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Manuel d'Agriculture Haïtienne

Le Manuel d'Agriculture Haïtienne, produit par le Groupe de Recherche et d'Échanges Technologiques, vise à fournir des solutions pour améliorer la production agricole en Haïti, face à des défis écologiques et économiques variés. Il souligne l'importance d'une approche théorique et pratique pour former les agronomes, en tenant compte des réalités locales et des besoins des agriculteurs. Ce manuel est conçu comme un outil pour les étudiants et les professionnels afin d'adapter les techniques agricoles aux contextes haïtiens.

Transféré par

kendy Georges
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Manuel d'Agriculture Haïtienne

Le Manuel d'Agriculture Haïtienne, produit par le Groupe de Recherche et d'Échanges Technologiques, vise à fournir des solutions pour améliorer la production agricole en Haïti, face à des défis écologiques et économiques variés. Il souligne l'importance d'une approche théorique et pratique pour former les agronomes, en tenant compte des réalités locales et des besoins des agriculteurs. Ce manuel est conçu comme un outil pour les étudiants et les professionnels afin d'adapter les techniques agricoles aux contextes haïtiens.

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Manuel

Facultéd’Agronomieet de MédecineVétérinaired’Haïti
Damien, Port au Prince, Haïti

Groupe de rechercheet d’échangestechnologiques


213 rue La Fayette,75010Paris,FRANCE
Photo de couverture : Damien Mermet

OGRET 1990
ISBN Z-86844-034-7
Ce Manuel d’AgricultureHaitienne a été produit par le Groupe de Rechercheet
d’EchangesTechnologiquessousla directionde DidierPillotà la demandedu Ministère
Françaisde la Coopérationet du Développement.

Michel Bonnefoya assuréla rédactiondéfinitivedes parties 1 et 3 et Didier Pillot celle


de la partie2 ; ils ont ensemblerevu la partie4. Certainschapitresn’auraientpas vu le
jour sans la contributionde leurs collè[Link] soient remerciésici :
l AudalbertBienaimé (chapitres12 et 13)
l Marc Dufumier(chapitre4)
* HélèneMassieu (chapitres5 et 6)
l PhilippeMathieu(chapitre10)
* FrançoisMonicat (chapitres12, 13 et 14)
9Agnès Temple (chapitre11)
l PhilippeVazeilles(chapitre10)

Marie-AgnèsLeplaideura patiemment relu et corrigé les textes et suivi l’éditiondu


[Link] conçu la maquetteet exécutéles dessins.

D’autres encore, spécialistes d’Haïti ou pédagogues,ont conseillé, amicalement


critiqué,et en définitivetoujourssoutenules auteurspar la permanencede leur intérêt.
Les enseignantsde k-faculté d’Agronomieet de MédecineVétérinaired’Haïti ont su,
chacun dans sa propre discipline, apporter d’utiles remarques. Ceux qui n’ont pu
participerdirectementà la rédactionde cet ouvrageont néanmoinsfournises basesles
plus originalespar les travauxqu’ils ont conduitsavec les paysanshaïtiens.

Enfin,LucienCousinaurasansdoute été l’undes premiersà croireen ce [Link]


encouragementspersonnelsaurontété décisifs pour mener à terme sa publication.

III
A Sintilus Sintil,
paysan des mornes...

La compréhension du monde réel observé implique un travail


incessant de la pensée théorique sur la multiplicité infinie
des faits bruts. Sans cette discipline, l’effort de recherche
reste à la surface des données empiriques ou s’y enlise. A
l’inverse, si on laisse libre cours à la spéculation théorique,
sans que celle-ci ne soit fermement guidée par des données
réelles soigneusement établies, il peut en résulter une sorte de
griserie intellectuelle, mais notre compréhension du monde
réel ne sera pas avancée pour autant.

Wassily Léontieff
Prix Nobel d’Economie

IV
PREFACE

L’agriculture est un secteur incontournable du développement économique d’Haïti. Les


agronomes sont régulièrement invités à proposer des solutions pour augmenter la produc-
tion agricole afin de mieux satisfaire les besoins du pays. Ceux-ci sont considérables.
Produire davantage de vivres pour nourrir une population croissante, notamment dans les
villes, et réduire les importations alimentaires, est le premier objectif. Disposer de denrées
d’exportation en quantité et en qualité pour procurer des devises suffisantes à l’économie
nationale est le second but visé.

Alors qu’on pourrait croire que le dénuement et la précarité des techniques agricoles
traditionnelles rend leur amélioration aisée, l’expérience a montré que des solutions
simples n’existaient pas.

La diversité des conditions écologiques dans lesquelles opèrent les paysans haïtiens est
probablement la première difficult.& De la plaine de Jacmel aux sommets cultivés du morne
La Selle, sur une distance de quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau, la quantité
annuelle de précipitations varie de 1 à 4. On passe des sols riches sur alluvions à des sols
basaltiques profonds ou, au contraire, totalement érodés, en traversant les pentes calcaires
et les plateaux à sols rouges. Chaque unité écologique pose des problèmes de développement
agricole spécifiques qui méritent des solutions techniques particulières.

La diversité des conditions économiques des agriculteurs haïtiens constitue le second écueil
auquel se heurte l’agronome. Du paysan «de mouatié» de 1’Artibonite au grand planteur de
canne à sucre de Léogane, l’éventail des situations économiques est large. Or, pour être
véritablement prise en compte et appropriée par un agriculteur, il ne suffit pas qu’une
amélioration technique soit efficace, il faut aussi qu’elle corresponde aux possibilités et aux
moyens de celui qui doit la mettre en oeuvre : l’agriculteur.

Etre capable d’identifier puis de mettre en oeuvre des techniques agricoles plus productives,
adaptées au milieu, préservant les ressources naturelles et compatibles avec les moyens des
agriculteurs, telle est l’ambition proposée aux jeunes agronomes haïtiens. Ambition
démesurée, objectif impossible, diront les pessimistes et les résignés. Pourtant, d’autres
veulent relever le défi. Depuis quinze ans, la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétéri-
naire et la Coopération française se sont souvent associées pour montrer qu’il était possible
de transformer l’agriculture d’une région pour qu’elle soit plus favorable à la fois aux
agriculteurs et à l’ensemble de la collectivité nationale. D’autres ont également mené des
actions exemplaires dont la leçon est toujours la même : pour réussir face à la complexité
des situations, il faut de la durée dans l’action, et encore plus de compétence et de
connaissance du milieu rural.

Donner la compétence, former aux techniques de production et d’analyse du milieu, est


l’objectif de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire d’Haïti. Pour ce faire, la
formation qu’elle entend donner passe par un rapport étroit avec le milieu rural, auquel les
futurs agronomes doivent être systématiquement confrontés. La formation aux disciplines
de base ne doit cependant pas être oubliée. Elle seule apporte les outils nécessaires pour bien
observer et analyser une situation et intervenir au mieux.

La Coopération française a toujours soutenu cet effort pour lier la formation des agronomes
à la recherche et aux actions de développement. Aujourd’hui, alors que les enjeux de
développement se font toujours plus difficiles, c’est une contribution supplémentaire
qu’apporte cet ouvrage. Nul doute que les nouvelles générations d’agronomes y trouveront

V
l’alliance équilibrée entre les nécessaires apports théoriques et leur adaptation aux contex-
tes haïtiens. Nul doute également que les professeurs sauront s’en faire un précieux
auxiliaire, pour donner à leurs élèves une formation plus complète et plus profonde.
Souhaitons enfin que les techniciens en activité puissent y trouver matière à réactualiser
leurs connaissances et améliorer leurs interventions.

Nous ne saurions terminer sans rappeler qu’une grande partie des références qui ont
permis la préparation de ce manuel, notamment celles qui portent sur la réalité haïtienne,
sont dues au travail des professeurs et des étudiants. Leurs savoirs sur l’agriculture du pays
progressivement accumulés au cours de leurs sorties et leurs stages se trouvent utilement
valorisés ici.

Souhaitons que l’exemple de ces anciens soit repris par leurs jeunes collègues pour que
progresse la connaissance agronomique en Haïti.

Michel Fritz
Doyen de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire

Michel Monfort
Chef de la Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle

VI
AVANT-PROPOS

Ceux qui ouvrent cet ouvrage pour y chercher des «recettes» - la variété de haricot ou la dose
d’engrais à utiliser dans leur région, la formule idéale pour l’élevage de porcs ou la
rentabilité d’un investissement en attelage et charrue - seront sans doute déçus. Ils ne les
y trouveront pas, parce qu’elles n’existent pas.

En agriculture, rares sont les techniques dont la validité est indépendante du contexte
écologique et économique dans lesquelles elles sont appliquées. Au contraire, dans leur très
grande majorité, le succès de ces techniques est étroitement conditionné par les caractéris-
tiques du milieu, l’organisation sociale ou l’environnement économique.

A la question de savoir par exemple, si le labour est un progrès technique ou non, la réponse
est “ça dépend” (du type de labour, de l’objectif poursuivi et du milieu). Le même raisonne-
ment peut être conduit à propos d’un investissement économique. Selon les conditions
propres à la famille en question, et les objectifs qu’assigne en conséquence le paysan à son
agriculture, l’achat d’un nouvel équipement sera ou non justifié. Faut-il maximiser le
revenu agricole, la production agricole ou le taux de profit ?

Respecter une recommandation-type ne garantit nullement la réussite. L’agronome se


trouve obligé d’analyser la situation sur laquelle il envisage d’intervenir. Aussi ne s’agit-il
plus pour les étudiants en agronomie d’apprendre des modes d’emploi mais plutôt d’acquérir
les moyens nécessaires pour obtenir un bon résultat.

L’agronome devra alors posséder une théorie agronomique (au sens large, c’est-a-dire
incluant l’économie et la zootechnie) qui lui permette de dépasser la recette et de mettre en
oeuvre des interventions adaptées. Cette théorie doit donner les outils pour interroger le
réel, c’est-à-dire les techniques mises en oeuvre par les paysans et l’organisation économi-
que et sociale qui structure le milieu rural. Elle permet de <<lire»les faits, de les classer, de
les hiérarchiser, de les relier entre eux.
Le savoir théorique dont il est question ici n’a rien à voir avec une collection de techniques,
ni avec la mémorisation de formules d’engrais ou de valeurs fourragères, que trop
d’étudiants considèrent à tort comme de la théorie.

Agronomie et agriculture se distinguent donc bien, la première se définissant comme la


science qui a pour objet d’étude la seconde. En ce sens, ce manuel estdavantage un manuel
d’agronomie qu’un manuel d’agriculture, et plus précisément un manuel d’agronomie
tropicale car il privilégie les situations des régions chaudes.

Cependant, la théorie agronomique se construit à partir de l’observation des faits et de leur


classification en un ensemble ordonné et cohérent. Il faut éviter une connaissance théorique
coupée des réalités de l’agriculture, et particulièrement des pratiques empiriques des
paysans. C’est pourquoi ce manuel s’intitule <(Manuel d’Agronomie Tropicale appliquée à
l’agriculture haïtienne».

Le choix d’Haïti n’est pas dû au hasard. En Haïti, sans doute plus qu’ailleurs, se sont
développés depuis quinze ans des travaux de recherche sur la réalité agraire du pays, sur
les pratiques paysannes, leur diversité, leur logique, leur efficacité, sur l’économie des ex-
ploitations agricoles ou celles de régions entières de production. De ce fourmillement ont
émergé les résultats qui, patiemment collectionnés, ont fourni la matière de base à l’illus-
tration du discours théorique. Certains secteurs fondamentaux, comme l’élevage des

VII
ruminants, ont fait l’objet de très peu de travaux et les références haïtiennes y sont trop
rares. Des références caribéennes ou, à défaut, africaines, ont alors été recherchées.
Puissent les lacunes qui paraissent ainsi susciter chez les jeunes agronomes le désir de les
combler par des recherches qui, tout en portant sur les réalités agraires nationales - une
paysannerie pauvre économiquement mais riche techniquement - et dans des conditions de
travail difficiles, sauront ne faire aucune concession à la qualité scientifique de leurs
travaux.

VIII
Sommaire général*

A LA DÉCOUVERTE
DECAMP-LOUISE 1

q Camp-Louise,
petiterégionagricolede la Plainedu Nord. 3

LE~CONDITIONS
ÉCOLOGIQUES
DEL’AGRICULTURE 25

q La grandediversitédesclimatshaïtiens 27

EI Natureet diversitédessols haïtiens 41

L’EXPLOITATION
ETSONENVIRONNEMENT
ÉCONOMIQUE 91

q1 Définirl’exploitationet la situerdansson environnement 93

RI Décrirele fonctionnementde l’exploitationet


mesurerles résultatséconomiques 119

q. Etuderégionale: la canneà sucredansla Plainedu Nord 147

LESSYSTÈMES
DECULTURE 177

q Lefonctionnementde la plantecultivée 179

q*: La gestionde la lumiere 223

q La gestionde l’eau 237

qI La gestionde la fertilité 283

LESSYSTÈMES
D’ÉLEVAGE 381

q L’élevageà la Valléede Jacmel 383

q La reproductiondesanimaux 393

q Lesbesoinsalimentaireset la digestion 413


1 Nourrirau mieuxle troupeau 433
a
q La santéanimale 471

Pouren savoirplus 480

Glossaire 488

l Au début de chaque chapitre figure un sommaire détaillé.


A LADËCOUVERTE
DECAMFkOUISE
CAMP-LOUISE,
PETITERÉGIONAGRICOLEDELA PLAINEDU NORD 3

Observerle paysage 4
l Premiereapproche : une diversité des milieux et de la végétation 4
l L’observationdétaillée : des cultures spécifiquesà chaque zone 4
- les mornes 6
- la plaine 6

Comprendrel’agriculture 9
l Connaître les données physiques 9
- le climat : des pluies abondantes mais irrégulières 9
- de haut en bas : trois types de sols 9

l Comprendre la société paysanne 10


- étudier les pratiques agricoles 10
- analyser les exploitations agricoles 11

Expliquerla diversité 13
0. Des structures d’exploitation et des stratégies paysannes diverses 13
- les salariésagricoles 14
- les métayers 14
- les petits propriétaires 14
- les moyens propriétaires 14
- les autres métiers 15
l Des systèmes de culture adaptés à chaque milieu 15
- systèmes de cultures à base de riz en plaine inondable 15
- dans les mornes : des associationsde cultures très diverses 18
- systèmes de cultures et alimentation des animaux 20

Commentdécouvrirrapidementet comprendrel’agriculture 21
d’unepetiterégion
l Parcourirle terrain et observer le paysage 21
- recueillirl’informationet la classer 22
- questionner des paysans et des personnes connaissant bien la région 23
- utiliserles documents existants 24

1
Camp-Louise,
petiterégionagricole
de la Plaine-db-Nord
Comprendre l’agriculture d’une petite région, c’est comprendre
comment une société paysanne utilise et transforme le milieu pour
obtenir les produits végétaux et animaux dont elle a besoin.

Ces produits peuvent être soit consommés dans la région, soit vendus
sur les marchés des régions voisines ou des villes. Inversement,
certains produits nécessaires aux familles, à la broduction agricole
ou à d’autres activités proviennent d’autres régions ou d’autres pays
(vêtements, outils, vivres...). L’agriculture d’une petite région test
donc économiquement dépendante de l’extérieur-.
,
La découverte d’une agriculture régionale met ainsi en évidence sa
complexité. Pour la comprendre, il est nécess~air,ed’acquérir #des
outils et des méthodes d’observatioq et d’analyse.
i
8,
Observerle paysage :
La région de Camp-Louise se présente comme une longue bande de terrain se
déroulant du nord au sud sur une dizaine de ‘kilomètres.
Elle est limitée à l’est par la mer (baie de’l’Acu1) et à l’ouest par un massif
montagneux s’élevant de 200 à 400m d’altitude.

PREMIÈREAPPROCHE: UNE DIVERSITÉDES MILIEUX


ET DE LA VÉGÉTATION
L’observation visuelle du paysage permet une première appréhension de ses
différentes composantes.

Vue générale de la petite région de Camp-Louise et de la baie de I’Acul (photo D. Mermet).


Sur la photo ci-dessus on peut ainsi distinguer trois milieux physiques très diffé-
rents :
l les mornes, très déboisées sauf dans le fond des ravines ;
l la plaine, relativementboisée, où se trouve la plupart des habitations et la route ;
l une zone de marécage séparée de la mer par une mangrove.
En regardant de plus près chacun de ces milieux, on constate des différences au
sein de chacun d’entre eux.

4
OCÉANATLANTIQUE

Figure ,l : la Plaine du Nord cri Haïti.

OCÉAN

AGUI
‘duNord

Figure 2 : la région de Camp-Louise dans la Plaine du Nord.

5
L’OBSERVATIONDÉTAILLÉE :
DES CULTURES SPÉCIFIQUESÀ CHAQUE ZONE
LES MORNES l Les mornes, au sud, n’ont pas du tout le même aspect qu’au nord ; d’altitude plus
faible, elles sont plus boisées et plus rocailleuses.
On observe, entre ces deux zones, de grandes différences de morphologie (relief’),
de végétation et de type de sol. Ces différences sont essentiellement dues à la
nature différente des sous-sols (géologie), basaltiques au sud, calcaires au nord.

A gauche, au sud de la région, l Les cultures qui y sont pratiquées sont aussi différentes :
les mornes basaltiques sont . maïs, manioc, patate, haricot (pois) dominent sur les versants déboisés des mor-
très déboisées, sauf dans le nes basaltiques ;
fond des ravines. . café, banane, igname, taro, couvrent les pentes boisées des mornes calcaires (et
A droite, au nord les mornes le long des ravines des mornes basaltiques).
sont moins élevées, plus.
En bas des pentes des mornes, quelles qu’elles soient, on observe des parcelles de
rocailleuseset boisées
terrain très boisées. La plupart des arbres sont des fruitiers : des bananiers, des
(photos M. Bonnefoy).
ignames, des taros, des caféiers et cacaoyers.
Cette observation plus fine du paysage révèle finalement trois zones distinctes :
l les versants des mornes basaltiques ;
. les versants des mornes calcaires ;
l les pieds mornes (bas des pentes).

LA PLAINE De la même manière, la plaine présente une grande diversité de cultures regrou-
pées en trois zones.
En partant du pied des mornes et en allant vers la mer, on distingue :
l la plaine sèche : une zone relativement boisée, surtout d’arbres fruitiers, et
dont les cultures principales sont le bananier, le manioc, la patate douce, le maïs,
lepois inconnu (vigna). C’est dans cette zone traversée par la route que se trouvent
la plupart des habitations. Ce morceau de plaine est plus étroit au nord, au niveau
des mornes calcaires (cf. fig. 3).
l la plaine inondable : une zone de marécage où certains terrains sont inondés,
Plus on se dirige vers la mer, plus la proportion de terre inondée est importante.
Les cultures pratiquées sont :
. surtout le riz et la patate douce, mais aussi la banane, le taro, la canne à sucre.
. lorsque l’on approche de la mer, on ne trouve plus qu’une seule culture : le riz.
l la mangrove, couverte de mangliers (arbustes supportant l’eau de mer), sépare
cette plaine de la mer.
Une simple observation du paysage et quelques discussions avec les paysans sur
leurs connaissances du milieu ont permis de reconnaître six zones distinctes dans
cette petite région: les mornes basaltiques, les mornes calcaires, les pieds-mornes,
la plaine sèche, la plaine inondable, la mangrove.

6
Nous avons ainsi réalisé un zonage de la région en y distinguant des wnités de
paysage>>. Chacune de ces unités se caractérise par son milieu physique et des
pratiques agricoles spécifiques.
L’observation visuelle des paysages permet de distinguer leur variété et de reiérer
les différences d’occupation des sols. Cette première approche n’est cependant pas’
suffisante pour expliquer l’agriculture de la région et sa diversité.

Au premier plan, la plaine


inondable où l’on distingue une
parcelle de maïs, manioc et
patates douces et une parcelle de
riz plus basse et régulièrement
inondée. Au fond la zone boisée
correspond à la plaine sèche
(photo Ph. Vazeille).

Figure 3 : répartition dans I’espac


des unités de paysage.
OCEANATLANTIQUE

2
-’#-+’\

7
Figure 4 : ces schémas sont des
coupes topographiques
correspondant aux lignes AA’ et
BB’ sur la carte
(perpendiculairesà la pente). Figure 5 : pluviométrie mensuelle,
La répartition de la végétation, des station de Limbe (alt. 25 m).
cultures dans les différentes unités moyenne sur 30 ans
de paysages y est présentée. année très sèche (1929)

Pluviométrieannuelle :
l moyenne sur 30 ans : 2010 mm
l année la plus sèche (1929) :
1227 mm
* année la plus humide (1931) :
3999 mm
(1) saison pluvieuse de printemps.
(2) saison pluvieuse d’automne.

;Ii :....
l : : :..,i .....

l . . . . . . . . . l

J FMAMJ JASOND

8
Comprendre
.I’agriculture ~
Comprendre et expliquer l’agriculture de Camp Louise nécessite de connaître à la
fois le milieu physique qui détermine les possibilités agricoles et leur mise, en
valeur par les paysans, mais aussi les contraintes sociales, économiques et
techniques qui pèsent sur eux.

CONNAîTRE LES DONNÉESPHYSIQUES


La lecture des documents et des cartes, ainsi qu’une étude encore plus fine du
paysage, va expliquer en grande partie les différences observées.

LE CLIMAT: DES PLUIES Au sein de la petite région de Camp Louise, le principal facteur de variation du cli-
ABONDANTES MAIS mat est l’altitude. La pluviométrie moyenne annuelle aux niveau de la plaine
avoisine les 2.000 mm ([Link]. 5). Elle augmente avec l’altitude alors que la tempéra-
IRRÉGULIÈR$ ture moyenne diminue ainsi que l’étilairement.
Le climat est caractérisé par deux saisons pluvieuses, la plus importante se situe
à l’automne et l’autre au printemps. Ces deux saisons permettent deux périodes de
mise en culture par an, l’une en octobre-novembre et l’autre en mars-avril.
L’histogramme ci-contre représente la hauteur d’eau reçue par mois, en moyenne,
depuis 30 ans. Mais en réalité, les précipitations annuelles etleur,répartition dans
le temps varient fortement d’une année sur l’autre.. Ainsi, la courbe en pointillés
représente la pluviométrie de 1929, année particulièrement sèche.
La grande variabilité inter-annuelle de la pluviométrie, caractéristique des
climats tropicaux, est une contrainte pour Yagriculture. Les agriculteurs gèrent
généralement leurs cultures de manière à réaliser une production quelque soit la
pluviométrie. Cela se traduit notamment parla recherche de terres dans différents
milieuxcàdes altitudesdifférentesparexemple) etparlapratique desassociations
de cultures.

DE HAUT EN BAS : Le sol, élément déterminant du milieu et de sa fertilité, doit ,être pris en compte
dans la réalisation d’un zonage régional tel, que celui réal~isé à Camp-Louise.,
TROIS TYPES DE SOLS
A première vue, la végétation est déjà révélatrice de la répartition des différents
types de sol dans le paysage.
Pour l’agriculteur chaque type de sol a des caractéristiques particulières dont il
tient compte autant pour le choix des espèces et des variétés que pour le choix des
techniques à appliquer et leurs dates de mise en oeuvre.
A Camp-Louise, nous pouvons distinguer en fonction de leur mode de formation
trois grands types de sol.
Lës sols dés niornes Ils sont issus de la décomposition de la roche sous-jacente. Leur profondeur est
limitée par les phénomènes d’érosion ; les fortes pluies arrachent aux pentes
déboisées des particules de sol, qui sont ensuite entraînées par les eaux de

‘9
ruissellement. Leur profondeur et leur fertilité dépendent de leur situation
topographique (forte ou faible pente) et de,la nature de la roche sous-jacente.
Les sols des mornes basaltiques sont plus sensibles à l’érosion que ceux des mornes
calcaires, car ils sont formés sur une roche plus tendre. Ce phénomène est accentué
par le déboisement.
Lessols de piedmornes Ils sont issus de l’accumulation des particules de terre arrachées aux mornes. Ces
et de la plainedrainée colluvions déposées sur des sables marins ont des caractéristiques différentes se-
lon qu’elles proviennent des mornes calcaires ou basaltiques.
La moindre intensité de l’érosion sur le calcaire dur explique l’étroitesse de la
plaine littorale au pied des mornes calcaires.
Lessolsde la plaine Ils sont constitués de particules fines transportées par l’eau de ruissellement des-
inondable cendant des mornes et déposées sur les sables.
Plus on s’approche de la mer, plus les sols sont argileux, les particules les plus fines
étant déposées les dernières, quand l’eau a perdu sa vitesse.

I-zone d’érosion zone d’accumulation I

i Littoral

Pierrelx sur mornes calcaires

Figure 6 : phénomènes Surlegraphique ci-dessus, on distingue une zone d’accumulation et une zone d’éro-
d’érosion représentés sur une sion. Les éléments constitutifs du sol se dëplacent avec l’eau de pluie qui ruisselle.
coupe topographique. Ce phénomène est relativement rapide et continu, il entraîne une évolution du
paysage et des modifications du milieu, ainsi :
l certaines parcelles des mornes ne sont plus cultivées car le sol a complètement
disparu ;
l certaines parcelles ne sont plus inondées (alors qu’elles l’étaient avant) car elles
ont fait l’objet d’une forte accumulation d’éléments. Les cultures pratiquées chan-
gent.

COMPRENDRELA SOCIETE PAYSANNE


L’agriculture d’une région est déterminée par son milieu physique, mais aussi par
son milieu économique et social. En effet, face à des données physiques semblables,
le type d’agriculture adopté varie avec la population qui en a la charge.

ETUDIERLES Etudier l’agriculture, c’est donc aussi étudier les pratiques agricoles mises en
PRATIQUES oeuvre par la société. Ces pratiques peuvent être sociales, économiques ou
techniques. Leur très grande diversité au sein d’une région comme dans l’ensemble
AGRICOLES du pays explique la grande variété des situations rencontrées.
Voici quelques exemples de ce qu’il faut étudier :

10
l pratiques sociales : les modalités d’accèslau foncier ; les formes d’organisation
du travail comme les «ramponneaux» ;
l pratiques économiques : les prix pratiqués pour la location de terre, la vente
de produits ; la nature des échanges et leur forme (ventes,, trocs) ;
l pratiques techniques : le choix des cultures ; le choix des dates de semis.
Ces pratiques sont le résultat de décisions prises individuellement ou collective-
ment (comme le parcours d’animaux, la gestion de l’eau d’irrigation, la mise en
culture de terres en indivision). Le pouvoir de chaque individu de prendre une
décision varie selon son statut social et ses ressources économiques.
La société qui vit dans une petite région comme Camp-Louise est composée
essentiellement d’agriculteurs mais aussi d’artisans, de commerçants et éventuel-
lement de pêcheurs. Ils contribuent tous à la vie économique de la région. La
manière dont l’ensemble de ces personnes (qui ont entre elles de multi-
ples relations) exploite le milieu, représente ce qu’on appelle un <<système
agraire».

ANALYSER LES C’est l’étude du fonctionnement des exploitations agricoles qui permet de bien
EXPLOITATIONS comprendre le fonctionnement de l’agriculture d’une région. Les enquêtes auprès
des agriculteurs sont donc à la base de ce travail.
AGRICOLES Une exploitation agricole est une unité de production que l’on étudie en tant que
telle. Elle est constituée d’un ensemble de facteurs de production gérés par un
agriculteur et sa famille en fonction de leurs objectifs.
Ces objectifs sont multiples mais visent essentiellement à satisfaire les besoins
familiaux par l’auto-consommation, la recherche d’un revenu monétaire et d’une
certaine sécurité.
Les facteurs de production constitutifs de l’èxploitation à étudier sont :
l La terre (le foncier) : qui se caractérise par une surface (taille de l’exploitation)
et sa répartition en parcelles (jardins) dans les différents écosystèmes de la région’
(parcellaire). La valeur de chacun de ces jardins dépend de ses caractéristiques
physiques (type de sol - pente) et de sa capacité à produire telle ou telle plante
(fertilité). Une parcelle cultivée par un agriculteur est aussi définie par’son mode
de faire-valoir (propriété, fermage, indivision).
l Les animaux : ils peuvent être en propriété ou pris engardiennage. Leurs rôles
sont multiples dans le fonctionnement de l’exploitation.
l Les plantes : aux plantes présentes dans les différents jardins, il faut ajouter
les plantes «stockées», c’est-à-dire les récoltes destinées à la vente ou à l’auto-
consommation et les semences gardées pour les prochaines cultures.
l La main-d’oeuvre : elle peut être familiale (l’agriculteur, sa femme et ses
enfants) ou salariée, temporaire ou permanente. On parlera souvent de main-
d’oeuvre extérieure à l’exploitation. La santé est un élément déterminant de la
disponibilité de la main-d’oeuvre familiale.
l La maison d’habitation ou kuy : c’est le centre de l’exploitation où vit la
famille. Elle peut faire l’objet d’investissements intéressant directement la pro-
duction agricole : citerne, glacis de séchage, grenier de stockage.
l Les outils : ils peuvent être fabriqués par l’agriculteur, achetés ou empruntés.
Ils concernent le travail du sol et les techniques culturales, la transformation des
produits et leur transport.
l L’argent : les disponibilités financières de l’agriculteur lui permettent, au
moment voulu, d’acheter les semences dont il a besoin (éventuellement de l’engrais
ou des produits de traitement), mais aussi de louer une parcelle ou de faire appel
à la main-doeuvre extérieure.
Le nombre des parcelles cultivées par un agriculteur, leur taille, leur répartition
dans [Link]érents écosystèmes, leur situation par rapport à la& et leur mode de
faire-valoir définissent la structure d’une exploitation.
Cette structure est déterminante pour les choix que va faire l’agriculteur notam-

11
ment pour la mise en place de son système de production (voir encadré).
Le plus souvent, l’agriculteur cherche à cultiver danS la plupart des milieux (unités
de paysage), ce qui lui permet de diversifier ses systèmes de culture et ainsi de:
l subvenir à la plupart des besoins de sa’famille ;
l étaler ses périodes de travail dans le temps ;
l limiter les risques face aux aléas climatiques ;
l avoir des ressources fourragères toute l’année.
La structure d’une exploitation agricole est également liée à son histoire, à son
évolution passée. Il est nécessaire de la connaître afin de mieux évaluer les
contraintes que rencontre aujourd’hui l’agriculteur pour réaliser ses objectifs et les
voies d’évolution qui lui sont permises.
L’exploitation est considérée aussi comme un système dont nous venons de décrire
rapidement les principaux éléments.
L’ensemble de ces facteurs de production mis en oeuvre par l’agriculteur afin
d’obtenir différentes productions animales ou végétales définit un système de
production.
A chaque exploitation agricole correspond u,n système de production composé d’un
ou plusieurs systèmes de culture et systèmes d’élévage dépendant les uns des
autres.
Les activités de transformation des produits, de transport, de commercialisation
doivent être aussi prises en compte dans l’étude d’une exploitation ainsi que toute
activité réalisée par l’agriculteur ou un membre de la famille à l’extérieur du
système considéré. Le fonctionnement de l’exploitation agricole dépend aussi de
son environnement. Cet environnement physique, économique et social se pré-
sente comme une série de contraintes qui gênent l’agriculteur dans la réalisation
de ses objectifs, ou d’atouts qui, au contraire, favorisent sa reussite.

. Systéme de production : c’est la’combinaison Un système de culture est caractérisé par le


Quelques des moyens de production mis en oeuvre par niveau de production qu’il permet et par son
définitions l’agriculteurafin d’obtenir différentes productions
animales ou végétales. A chaque exploitation
influence sur la fertilité du milieu. Dans une
exploitation, plusieurs systèmes de culture
agricole correspond, à un moment donné, un coexistent généralement (parfois en concurrence
système de production que l’on considère entre eux).
comme un ensemble de sous-systèmes . kuccession de cultures : c’est l’ensemble des
interdépendants : cultures apparues sur une parcelle, en
. les systèmes de culture au niveau de chacune association ou non, durant une période donnée
des parcelles, avec leur ordre de succession. Exemple, les
. les systèmes d’élevage au niveau de chacun rotations des mornes à base de manioc décrites
des troupeaux, precédemment.
. les systèmes de transformation et de
l Itin&aire technique : c’est une combinaison
commercialisationdes produits.
logique et ordonnée de techniques appliquées à
. Systbme d’blevage : c’est l’ensembfe des une culture ou une association de cultures. Ces
pratiques et techniques mises en oeuvre par un techniques (culturalesa>vont de la préparation
paysan ou une communauté pour faire exploiter du sol à la récolte en passant par toutes les
les ressourcesvégetales par des animaux et techniques d’entretien telles que le sarclage,
ainsi obtenir une production animale. Cette l’irrigationou la lutte contre un parasite. Elles
notion s’appliqueen Haïti surtout à l’échellede sont mises en oeuvre par l’agriculteurdans le but
l’exploitationagricole et du troupeau. Pour mieux de tirer le meilleur parti des espèces qu’il cultive,
comprendre ces concepts, relisez leurs compte tenu des caractéristiquesdu milieu.
définitions au fur et à mesure qu’ils seront . L’assolement est la répartition des différentes
utilisesdans les chapitres suivants, notamment associations de cultures pratiquées sur
dans les études de cas. l’ensemble des parcelles d’un agriculteur à un
lSystbme de culture : c’est l’ensemble des moment donne.
successionsde cultures et des techniques mises l La rotation est la successiondes espèces ou
en oeuvre sur une même parcelle pour obtenir associationssur la même parcelle durant un
une ou plusieursproductions végétales. temps donné.

12
Expliquer
la diversité

La prise en compte des conditions écologiques et socio-économiques permet de


mieux comprendre les comportements des agriculteurs et d’expliquer les raisons
de la diversité des systèmes de production rencontrés.
Dans cette région fortement peuplée, une des principales contraintes que rencon-
trent la plupart des agriculteurs est la diffkulté d’accéder au foncier.
La proximité du Cap-Haïtien, la piste qui traverse-toute la région et les nombreux
circuits de commercialisation poussent les agriculteurs à produire des marchan-
dises destinées à la vente, quitte à devoir acheter une grande partie de leur
nourriture sur les marchés. Ainsi, ,aucunem exploitation paysanne n’est orientée
-uniquement vers des cultures vivrières d’auto-subsistance. Les échanges entre les
exploitations et entre les exploitations et leur environnement économique sont
denses et très monétarisés.
Face à un même environnement économique, les exploitants agricoles ne font pas
tous les mêmes choix. Leur attitude dépend-des ressources dont ils disposent
(terres, main d’oeuvre, capital...). Ainsi, les petits agriculteurs disposant de très
peu de terre en propriété ont tendance à la cultiver intensivement et sont
contraints pour faire vivre la famille soit d’exploiter des surfaces en faire valoir
indirect soit de travailler à l’extérieur de de l’exploitation. Au contraire, les moyens
et grands propriétaires fonciers ne peuvent pas exploiter eux-mêmes la totalité de
leur exploitation et ont donc recours à de la main d’œuvre extérieure, ils ont intérêt
à rentabiliser au mieux le capital-argent investi.

DES STRUCTURESD’EXPLOITATIONET
DES STRATÉGIES PAYSANNESDIVERSES
L’analyse qui a été faite dans cette région à partir d’enquêtes a permis de classer
les exploitations en fonction des critères qui paraissaient déterminer le plus leur
mode de fonctionnement. Les principaux critères qui ont été retenus sont :
l la structure des exploitations
. la surface totale travaillée par I’agriculteur et sa famille ; elle varie à Camp-Louise
entre O,25 et 4 carreaux (un carreau = 1,29 ha) ;
. la localisation des parcelles travaillées dans les différentes zones écologiques ;
. le mode de tenure ou mode de faire-valoir de ces différentes parcelles.
. la possibilité de travailler à l’extérieur et d’avoir ainsi un revenu monétaire,
en distinguant les niveaux de rémunération de ce travail (certains travaux non
agricoles peuvent être très rémunérateurs).
La surface minimale permettant d’utiliser toute la main-d’oeuvre familiale sans
avoir besoin de vendre son travail à l’extérieur est voisine d’un carreau.

13
Sur la base de ces deux critères, on a pu regrouper les agriculteurs de la région en
quatre classes. Au sein de chacune de ces classes,il existe en fait une diversité d’ex-
ploitations qui n’est pas prise ici en considération.

LES SALARIÉS Ils ne possèdent qu’un petit jardin de 0,25 à 0,30 carreau cultivé d’une manière
AGRICOLES intensive près de leur kaye, en plaine ou en piedmorne. Ils ne cultivent jamais de
parcelles de lagon. La moitié de leur production est vendue (surtout du manioc).
Le manque de ressources fourragères ne leur permet pas de pratiquer l’élevage.
Ils travaillent entre 150 et 300 jours par an hors de leur exploitation chez des
pêcheurs, des artisans ou d’autres agriculteurs. Les femmes et les enfants adultes
vendent Cgalement de nombreux jours de travail.
La journée de travail est rémunérée 5 à 10 gourdes, soit 1 à 2 dollars selon le type
de travail (1988). Leur principal problème est bien sûr le manque de terre et autres
moyens de production. Ils n’ont reçu qu’une petite parcelle en héritage et il leur est
impossible d’en acquérir davantage étant donné le coût élevé du foncier et leurs
faibles revenus.

LES MÉTAYERS Ils cultivent une surface de 0,6 à 0,8 carreau dont la moitié est prise en métayage.
Ils ne cultivent que des cultures annuelles (surtout manioc) sur les terres de morne
et de plaine les moins fertiles. Ils n’ont’jamais accès au lagon. La possibilité de
cultiver sur des terres en métayage leur permet de laisser, de temps à autre, leur
jardin en jachère. Certains disposant de meilleures terres les plantent en bana-
niers.
Les métayers vendent environ 50 journées de travail par an et prennent parfois
une vache en gardiennage. Leur problème est aussi le manque de terre, certains
d’entre eux parviennent parfois à en acheter (mais jamais en lagon).

LES PETITS Ils cultivent 1 à 2 carreaux, dont plus de ;la moitié est en propriété, mais ne
PROPFilÉTAIRES possèdent en général aucune parcelle en lagon. Ils ont acquis leur foncier par
héritageetrarementparachat. Ilscultiventunegamme deculturespluslargeque
les métayers, notament du riz et du café, car leur situation financière leur permet
de prendre des parcelles de lagon ou de plantation de café en fermage. Ils ont
souvent une vache en gardiennage.
Toute la main-d’oeuvre familiale travaille sur l’exploitation et des salariés agrico-
les peuvent être employés occasionnellement.
L’objectif principal des petits propriétaires est l’accès à des terres de lagon car la
culture du riz est une des plus rémunératrices etpermet donc de valoriser aumieux
le travail familial investi dans l’exploitation.

LES MOYENS Ils possèdent 2 à 4 carreaux, souvent dans les meilleures terres, les lagons et les
PROPRIÉTAIRES sols les plus profonds de la plaine. Ils ne peuvent pas tout cultiver avec la main-
d’oeuvre familiale disponible sur l’exploitation. Ils cèdent les moins bonnes terres
ou les plus éloignées de leurkuye à des métayers et/ou utilisent de la main-d’oeuvre
salariée extérieure à leur exploitation.
On distingue deux catégories de moyens propriétaires :
l ceux dont le système de production est basé sur le café et le cacao dans les jardins
boisés de plaine et de piedmornes. Ils exercent pour la plupart un autre métier qui
leur a permis l’achat de ces terres. Leur objectif est l’achat de terres de lagon ;
l ceux dont le système de production est basé essentiellement sur le riz de lagon
sont les plus nombreux. Ils achètent beaucoup de main-d’oeuvre à l’extérieur de
l’exploitation. Leurs systèmes de culture sont diversifiés (accès aux terres de
plaine et de piedmornes). Ils pratiquent l’élevage et sont aussi parfois commer-
çants.
Les moyens propriétaires disposant de surfaces importantes peuvent pratiquer
couramment la jachère, ce qui leur permet d’avoir du fourrage pour leurs animaux
tout en maintenant une certaine fertilité de leur terre.
Ils possèdent souvent un glacis devant leur maison d’habitation et peuvent faire
sécher leurs produits pour mieux les conserver. Ainsi, ils pourront attendre pour
vendre que les prix soient élevés.

14
LES AUTRES MÉTIERS La société rurale comprend aussi des pêcheurs, des artisans, des commerçants
dont les activités sont plus ou moins liées à la production agricole. A Camp-Louise,
ces individus investissent peu dans la terre mais ont presque tous quelques
parcelles de café, banane ou autres cultures vivrières. Les plus aisés (gros commer-
çants) emploient de la main-d’oeuvre salariée, mais beaucoup d’entre eux s’occu-
pent eux-mêmes de leurs terres et de leurs animaux.
Cette description rapide des types d’exploitations agricoles identifies a Camp-
Louise nous montre la diversité des problèmes qui se posent aux agriculteurs.

DES SYSTÈMES DE CULTURE ADAPTÉS À CH,AQUEMI,LIEU


Pour aller plus loin dans l’analyse, il est nécessaire d’étudier avec précision les
systèmes de culture adoptés,par les paysans en fonction des contraintes du milieu.
Deux cas nous serviront d’exemples: la plaine inondable et les mornes.

SYSTÈMES DE Au moment des grosses pluies d’automne, une partie de l’eau pénètre dans le sol,
CULTURES À BASE une autre partie ruisselle sur les pentes érodées des mornes et se concentre dans
les ravines. Ces ravines traversent la plaine littorale (drainée) et débouchent sur
DE RIZ EN PLAINE la plaine inondable. Ici, la pente étant pratiquement nulle et le sol moins
INONDABLE perméable, l’eau ralentit et s’étale, couvrant la surface du sol.
Cependant, il existe un micro-reliefet seules certaines parcelles sont inondées en
fonction de la ha’uteur de l’eau.
Cette dynamique de l’eau dans la plaine amène les paysans à distinguer trois
types de situations, visibles sur la photo ci-dessous.

Arrivée de l’eau en provenance


des mornes, dans la plaine
inondable dont la partie basse
est cultivée exclusivement en
riz : c’est le lagon
(photo Ph. Vazeille).

l les terrains les plus hauts ne sont (pratiquement) jamais inondés. Ils sont
plantés en bananiers, en canne à sucre, voire dans certains cas en arbres fruitiers.
Ils correspondent entre autres aux débouchés des ravines où s’accumulent les
alluvions ;
l les lagons sont les terrains les plus bas, inondés ou boueux toute l’année. Ils sont
cultivés exclusivement en riz ;
l les demi-lagons se situent àun niveauintermédiaire. Ils ne sont inondés qu’une
partie de l’année et généralement secs durant l’été. Le riz et la patate y sont
cultivés en alternance.

15
L’eau commence à monter après le début de la grande saison des pluies en
novembre/décembre et atteint son niveau maximum en janvier/février. A la fin de
la petite saison des pluies, en mai/juin, les demi-lagons s’assèchent.

Au premier plan, le demi-lagon,


cultivé en riz ou en patate
douce sur billon. Au fond, des
terrains qui ne sont jamais
inondés, plantés en bananiers,
canne à sucre, arbres fruitiers
(photo Ph. Vazeille).

Des mises en cultures La répartition des pluies étant très variable d’une année sur l’autre, l’agriculteur
différentes sur lagon ou ne sait jamais précisément à quel moment ses parcelles seront inondées et donc
prêtes à être repiquées. Certaines années, cela peut se traduire par de très faibles
sur demi-lagon rendements.
Aussi, pour limiter les risques, l’agriculteur qui posséde une parcelle en lagon et
une autre en demi-lagon a-t-il mis au point des systèmes de culture parfaitement
adaptés à ces deux situations.
Il prépare deux pépinières, l’une en novembre et l’autre en décembre. Les plants
de la pépinière de décembre seront repiqués en premier dans la parcelle de demi-
lagon (janvier-février), et les plants de la pépinière de novembre, un peu plus tard
dans la parcelle de lagon.
A première vue, ce choix peut paraître incohérent aux yeux de l’agronome. En
réalité, il est fondé sur une bonne connaissance du milieu et répond à une certaine
logique de l’agriculteur face à des contraintes précises :
l en demi-lagon, le risque qui guette le riz est le manque d’eau en fin de cycle; le
repiquage doit donc être réalisé sur ces parcelles le plus tôt possible. On utilise des
plants jeunes que l’on repique dans la boue avant que l’eau ne soit à son niveau
maximum ;
l le principal risque sur les parcelles de lagon est que l’eau monte trop vite et noie
les jeunes plants. On attend donc que l’eau atteigne son niveau maximum et on y
repique des plants plus âgés (donc plus grands).
Jusqu’à la récolte, les parcelles de riz ne sont plus travaillées. Dans les parcelles
de lagon, l’eau ralentit la reprise des ad&tices. En revanche, pour certaines
parcelles de demi-lagon qui sont repiquées avant l’inondation, des mauvaises
herbes ont le temps de se développer et entrent en compétition avec le riz dont le
rendement pâtit.
Un mois avant la récolte, une surveillance est nécessaire pour empêcher les
oiseaux (<<Madam Sara>>) de manger le riz. Il faut rester toute la journée sur la
parcelle et Yagriculteur est aidé pour cela par ses enfants.
La récolte doit souvent se faire en deux passages car la venue à maturité des épis

16
s’étale sur un période pouvant dépasser un mois. Cet échelonnement est dû
essentiellement à l’utilisation de semences de différentes variétés mélangées.
Attendre que tous les épis soienttiûrs entraînerait des pertes par égrenage (chute
-. des grains trop mûrs) et à cause des oiseaux. Le premier passage a lieu en mai/juin
et le deuxième ,en juillet.
Les parcelles de demi-lagon sont récoltées avant celles de lagon. La récolte se fait
manuellement ; on coupe les épis avec un petit couteau spécial et on laisse la tige
et les feuilles en place. Cette technique permet de choisir les épis à récolter.

Figure 7 : les contraintes


agronomiques rencontrées Notion de contrainte agronomique Choix’technique
en lagon et demi-lagon. Risque d’échaudage
1 l---

1 Climat aléatoire

Figure 8 : rotation sur lagon et demi-lagon.

/- _\

Aprèsla-récoltedu riz : Selon l’abondance des pluies durant les mois de juin, juillet et août, l’état des
uneutilisationvariabledeparcelles varie. Les lagons et les demi-lagons sont alors conduits de manière
laparcelleenfonctionde différente’
sa situationet de la Lagon
Dès la fin de la récolte, les animaux (attachés à un piquet que l’on déplace) sont mis
/ pluviométrie

17
à pâturer dans les pailles de riz :
l si les pluies sont suffisantes, il reste dans les rizières assez d’eau pour permettre
une repousse de riz. Les bêtes sont retirées de la parcelle vers la fin août. Les
touffes de riz non pâturées sont coupées à la machette à 10-15 cm au-dessus du sol
pour faciliter la repousse. La récolte aura lieu en novembre/décembre juste avant
la nouvelle saison. Cette deuxième pousse s’appelle le c~patabefi~.
l si les pluies sontjugées insuffisantes, les animaux sont laissés àpâturerjusqu’à
la prochaine culture (décembre).
La variabilité du climat est telle que la production depatabefn’est réalisable qu’un
an sur deux en moyenne.
Demi-lagon
Les bêtes ne sont mises 21pâturer que pendant un temps très court après la récolte
du riz :
l si les pluies sont très abondantes, les paysans font une récolte depatabefcomme
sur les lagons. Mais cela arrive seulement une année sur dix, en année exception-
nellement humide ;
l généralement, ces parcelles sont asséchées en été, ce qui permet une culture de
patates douces dont la récolte aura heu en décembre;
Le sol est travaillé à la houe; l’agriculteur confectionne de grosses buttes sous
lesquelles il enfouit les pailles de riz et les adventices. Les boutures de patate douce
sont alors plantées au sommet de la butte.
Le principal rôle de ces buttes est de maintenir les tubercules hors de l’eau pour
éviter leur pourrissement en cas de grosses pluies.
Dans les parcelles régulièrement inondées, le choix d’espèces cultivées est très
limité: riz en lagon, riz et patate douce en demi-lagon et taro en bordure des
parcelles. Les agriculteurs y pratiquent des rotations annuelles : les mêmes
cultures reviennent tous les ans avec des variantes selon le climat de l’année.

DANS LES MORNES: Dans les autres zones de la région (plaine drainée, piedmornes, mornes), les
DES ASSOCIATIONS systèmes de culture sont plus variés et complexes. Les deux espèces qui dominent
sont le manioc amer pour la vente et la banane plantain essentiellement pour l’au-,
DE CULTURES toconsommation, mais toujours en associ&on avec d’autres espèces.
TRÈSDIVERSES
Dans les diverses associations de cultures pratiquées dans la région de Camp-,
Louise on rencontre un grand nombre d’espèces.
l Les cultures annuelles:
céréales : maïs, riz ;
tubercules : manioc, igname, taro ;
légumineuses : pois Congo, haricot, arachide, vigna.
l Les cultures pluri-annuelles (restant en place plusieurs années) sont repré-
sentées essentiellement par la canne à sucre et le bananier.
l Les arbres : caféiers, cacaoyers, arbres fruitiers, arbres fourragers et d’om-,
brage.
Ces différentes espèces se différencient surtout par :
. la durée de leur cycle ;
. leurs besoins spécifiques en facteurs de croissance (lumière, eau, éléments’
minéraux...) ;
. leur place dans le système de culture ;
. leurs rôles dans l’économie de l’exploitation agricole et de la région.
Un agriculteur choisit ses productions et son assolement de manière à obtenir des
résultats économiques optimum par rapport aux critères qu’il privilégie: nombre
de calories produites, revenu monétaire par carreau ou par journée de travail...
Ainsi l’assolement choisi dépendra:
l des caractères structurels de l’exploitation agricole:
. foncier disponible,
. localisation des parcelles dans les différents écosystèmes et distance par rapport

18
à l’habitation,
. mode de faire-valoir des différentes parcelles,
. disponibilité en main d’oeuvre,
. disponibilités. financières,

Les bananiers sont cultivés l du climat à la période de mise en culture,


en priorité dans les parcelles l des prix du marché l’année considérée :
abritées et proches des . prix des semences et des produits,
habitations . prix de
~- la journée de travail,
(photo Ph. Vazeille).
l du fonctionnement de l’exploitation :
. relations entre les cultures et I’élevage (fourrages, fertilité),
. cultures présentes sur les parcelles l’année precédente (rotations).
Nous avons vu précedemment comment étaient réparties les cultures dans les
différents milieux situés le long de deux transects à Patrice et A St Michel.
Les jardins boisés sont situés sur les piedmornes, les mornes calcaires et près des
habitations en plaines ($-~dins pré-kuye»). Les principales cultures qui y sont
pratiquees sont la banane plantain, le taro et l’igname en association ou le caféier
et le cacaoyer.
La localisation des systèmes de culture à base de bananier est déterminée par les
exigences de celui-ci : sol profond, riche en matière organique et bien drainant. De
plus, le bananier étant sensible au vent qui découpe ses feuilles, il sera particuliè-
rement présent dans les zones abritées. L’agriculteur évite de planter en bananier
les parcelles trop éloignées de sa maison (par crainte des voleurs) de même que les
parcelles en location (car il n’estjamais sûr de pouvoir les garder l’année suivante).
Ainsi, bien que la banane plantain soit à la base du régime alimentaire de la
plupart des paysans de Camp-Louise, elle n’est cultivée ni dans les zones inonda-
bles précédemment décrites, ni sur les mornes basaltiques érodés qui représentent
pourtant une part importante des surfaces cultivées.

Lesrotationsà base Le manioc est la culture dominante sur les sols érodés des mornes basaltiques. On
de manioc le trouve aussi en plaine et en piedmorne, sur les sols les moins fertiles et impro-
pres à la culture du bananier. Dans tous les cas, il est cultivé en association avec
d’autres espèces.
Il est planté à deux périodes de l’année correspondant au début de chaque saison
des pluies. S’il est planté en mars-avril, il sera plutôt associé à du maïs et du vigna.
Si1 est planté en novembre, c’est de préférence avec de la patate douce.
Le manioc est toujours planté sur de larges buttes, parfois sur billon en plaine.
La butte a plusieurs rôles essentiels :
l éviter les excès d’eau, surtout en plaine, ce qui provoquerait le pourrissement des
tubercules ;
l augmenter le volume de terre meuble exploitable par les racines ;
l concentrer la matière organique sous la butte lors de son enfouissement ;
l limiter l’érosion sur les fortes pentes.
Figure 9 : représentation
graphique des différentes JFMAMJJASOND JFMAMJJASOND JFMAMJJASOND ?!k
rotations à bases de manioc
pratiquées à Camp-Louise.
1. Associationde manioc, maïs,
et vigna de printemps et de
patates douces d’automne.
2. Maïs et vigna au printemps et
manioc et patates à l’automne.
3. Manioc, maïs et vigna au prin-
temps et manioc-patates
douces à l’automne.

19
La figure 9 presente les différentes associations à base de manioc pratiquées à
Camp-Louise :
l les rotations 1 et 2 sont biennales (la même association de culture revient sur la
parcelle tous les deux ans) ;
l dans la rotation 3, la même association ne revient que tous les 3 ans (rotation
triennale).
Pour chacune de ces rotations, il existe des périodes de jachère. Leur durée est plus
ou moins longue (3 à 7 mois) et elles interviennent à différentes époques de l’année.
Ce sont des rotations-types auxquelles correspondent dans la réalité de multiples
variantes.
En fonction de leurs ressources en surface et en main-d’oeuvre, les agriculteurs
peuvent certaines années soit réaliser une culture supplémentaire (indiquée entre
parenthèses dans le tableau), soit laisser une de leurs parcelles une année de plus
en jachère pour y faire pâturer leurs animaux.
Dans les associations à base de manioc, ce dernier reste seul sur la parcelle durant
la longue période qui suit la récolte du maïs, du vigna ou de la patate douce. Cela
permet un développement des mauvaises herbes qui serviront de fourrage.

SYSTÈMES DE Les paysans de Camp-Louise essayent, dans la mesure du possible, de cultiver des
parcelles situées dans les différents milieux. Cela leur permet de diversifier leurs
CULTURES ET
productions, de réduire les risques face aux aléas climatiques mais aussi de
ALIMENTATION faciliter l’affouragement des animaux en disposant de ressources échelonnées sur
DES ANIMAUX l’année.
Quelques paysans exploitent de grandes surfaces et ainsi peuvent laisser régulièl
rement certaines parcelles en jachère pour y faire pâturer leurs animaux. Mais la
plupart rencontrent des problèmes dans l’alimentation de leurs bêtes.
l En juin, après la récolte du riz, les animaux sont mis à pâturer sur les lagons
et les demis-lagons. A cette époque, les parcelles des mornes sont en culture.
l En août, les animaux doivent quitter les, demis-lagons pour la plantation des
patates douces, mais aussi les lagons si une repousse du riz est possible. Ils sont
alorsmisàpâturerdanslesmorneslesrésidusdeculturedumaïsrécoltéenjuillet.
Ceci jusqu’en novembre, époque de mise en culture (patates-manioc).
l De novembre à mars, les animaux restent obligatoirement dans les mornes car
toutes les parcelles de lagons et demi-lagons sont en culture. Les paysans qui ne
disposent pas de jachère font alors pâturer leurs animaux sur le bord des chemins
où l’herbe est relativement abondante durant la saison pluvieuse.
l De mars à juin, la disponibilité-en fourrage est très faible pour les paysans qui
n’ont pas de parcelle en jachère. L’herbe des bords des chemins est rare, elle est
complétée par des apports tels que : fleurs de maïs ; branches d’arbres, fourragers
(orme, gommier...) ; feuilles de bananiers.

Figure 10 : calendrier des


disponibilitésfourragères à
Camp-Louise. IJIFIMIAIR

20
Commentdécouvrir
rapidementet ~
-.
.comprendre
l’agriculture d’une
petite région
L’objectif de la méthode présentée ici est d’arriver, en quelques jours, à décrire et
comprendre l’agriculture d’une petite région comme nous venons de le faire pour
Camp-Louise.
Les sources d’informations que l’on peut utiliser sont de quatre types :
l l’observation du paysage ;
l les discussions avec les paysans ;
l les entretiens avec des informateurs privilégiés : personnes connaissant parti-
culièrement bien la région et son histoire ;
l la lecture des documents existants.

PARCOURIR LE TERRAIN ET OBSERVERLE-PAYSAGE


Les parcours d’observation ne sont pas réalisés au hasard, on les choisira selon les
critères suivants :
l l’époque : le paysage est très différent selon qu’on se situe en saison sèche ou
pluvieuse, en période de début ou de fin de cultures. Des parcours réalisés à
différentes périodes de l’année apporteront des informations complémentaires
notamment sur les rotations pratiquées dans les différents milieux.
l les trajets : on passera en priorité sur les points hauts et dégagés pour avoir
différentes vues d’ensemble de la région.
On repérera les principales particularités (zones érodées, bâtiments, végétation
différente), ce qui permettra d’organiser le parcours de manière à passer dans les
endroits ainsi repérés.
On cherchera à traverser le maximum de situations différentes en tenant compte
des variations de milieu (relief, végétation, rivières) et de l’organisation de l’espace
(villages, routes, limites de parcelles).

21
a.. ..f’ limik duterrifoire
- courbes
dehmu

Figure 11 : choix des Un parcours réalisé de cette façon est appelé un transect. Il est réalisé dans le sens
directions de transect de la pente car l’altitude est un facteur important de variabilité du milieu, on parle
alors de transect altitudinal.
Dans le cas d’une plaine, les transects seront choisis, à partir d’un village, dans
différentes directions en s’arrangeant pour traverser les zones particulières
observées sur la carte : zones hydromorphes, rivières, zones plus arborées par
exemple.
Les parcours sont effectués à pied, mais un véhicule peut-être utile dans le cas de
vastes zones à traverser.
Les observations permettent de caractériser par exemple :
l les différents types de sol rencontrés, leur nature, leur profondeur, leur localisa-
tion et leur importance en superficie ;
l les problèmes d’érosion et leur localisation ;
l la végétation naturelle, la répartition des espèces ;
l la faune ;
l les associations de cultures pratiquées par les paysans dans ces différentes
situations et certaines des techniques utilisées ;
l les animaux domestiques et les lieux de pâturages ;
l les équipements agricoles.
La réalisation de croquis permet de compléter la prise de note et aide à mieux
observer.
L’intérêt est d’alterner l’étude globale du paysage et l’analyse de détails des
éléments le composant. On définit ainsi différents niveaux d’observation qui
peuvent être: le jardin, un groupe de jardins, le versant d’une colline ou le fond
dune vallée, la petite région.
Quant au matériel utile, les seuls objets indispensables sont un bloc-notes et un
crayon pour relever, au fur et à mesure du cheminement, les informations que l’on
recueille, faire des dessins et des schémas. Mais d’autres objets peuvent rendre
service tels qu’une boussole, une paire de jumelle, un mètre...
Les cartes sont très utiles et on les emportera toujours sur le terrain. Elles aideront
à définir les trajets, à se repérer et à resituer les observations.

RECUEILLIR Sur le terrain, il est important de recueillir toutes ces informations avec méthode.
Pour cela, il est nécessaire de s’arrêter régulièrement pour :
L’INFORMATION ET l prendre des notes, écrire les questions que l’on se pose, les hypothèses qu’il
LA CLASSER faudra vérifier ;
l rapporter des échantillons de plantes pour ultérieurement les déterminer ou dé-
terminer une maladie ;
l resituer les informations recueillies sur une carte de la région.
Très rapidement, il est possible de réaliser un zonage, de découper la région en
différentes unités de paysages.
Une fois les limites entre ces zones reportées sur une carte, chacune d’elles sera
décrite, ce qui permet de faire une première synthèse des informations recueillies
et d’élaborer de nouvelles hypothèses.

22
QUESTIONNERDES En observant le paysage, on se pose une multitude de questions et on Cmet des
PAYSANS ET DES hypothèses sur les pratiques agricoles de !a région et leur évolution.
C’est lors d’entretiens avec les paysans rencontrés durant la réalisation de ces
PERSONNES transects, puis dans les villages avec les personnes connaissant bien la r6gion et
CONNAISSANT BIEN son histoire que l’on répondra à ces questions.
LA RÉGION L’encadré ci-dessous donne une idée des informations que l’on peut recueillir lors
de discussions avec les habitants.

En observant le paysage . association de cultures ; techniques utilis6es ;


. utilisation d’engrais,Bd’outils,de l’irrigation.
l ~wwwhie:
altitude, forme du relief, mesure de pente. l Elevage :
. taille des troupeaux ;
que l’on peut : Géologie-podologie : . modes de’gestion, reproduction, gardiennage ;
. alimentation: types de fourrages utili&.
recueillir sur le : ~k~d~~ ~~~~~~ndeur;
. structure, texture ; 9 Forêt :
terrain . phénomènes d’érosion ; . qode d’exploitation : par qui ; parcours d’ani-
maux ; bois,de chauffage, de constructions; char-
l Végétation : bon de bois.
. densité des différentes zones arborées et conti-
nuité ; Outillage :
l

. identificationdes espèces spontanées et réparti- . pour les cultures ;


tion par strates (indicationsur la fertilitédu milieu) ; . pour la récolte ;
. effets de l’action de l’homme. . pour le transport (lieu de fabrication).
l Utilisation du milieu : Environnement socio-Bconomique :
l

. utilisation des forêts ; . marché : prixdes produits,de la journée de travail,


. forme et dimension des parcelles,nature de leurs de la terre, destination des produits, types de
limites ; commercialisation,approvisionnement ;
. identification des cultures, répartition ; . unités de transformation ;
. localisationdes friches, des animaux ;
. artisanat
. état des cultures et des animaux ;
. types d’habitat et localisation. . La famille et l’exploitation agricole :
répartition des activitésentre les membres ;
En questionnant les paysans . répartition des activités dans l’année ;
. transmissiondu patrimoine.
* Foncier :
. mode de faire valoir, prix de la terre, mode de Pour tous ces thèmes, il est important d’aborder
transmission ; l’aspect histbrique :
. parcellairedes exploitations ;
. nouvelle culture, disparition d’une autre,
, mode d’utilisationdes terres collectives.
. nouvel outil, depuis quand ?
Cultures :
l . zone en friche, depuis quand ?
. assolements et rotations pratiqués ; . évolution des prix.

Lors de la réalisation du transect, les questions posées sont surtout relatives, à ce


que l’on observe. Cela peut-être, par exemple, reconstituer avec un paysan sur sa
parcelle les itinéraires techniques qu’il met en oeuvre; essayer d’expliquer l’origine
d’un6 pratique comme la construction de murets; ou bien encore essayer de
comprendre l’importance économique d’une production comme le charbon de bois.
Des entretiens plus longs peuvent être réalisés ensuite avec certaines personnes.
11est alors nécessaire de préparer une liste de questions à poser ou d’informations
à recueillir.
On cherchera à rencontrer des personnes différentes de manière à confronter les
informations car, selon leur situation sociale et familiale, les gens n’ont pas les
mêmes points de vue (il faut donc connaître la personne à qui on s’adresse).
De la même manière que le parcours des transects a suscité des questions à poser
lors des entretiens, les réponses fournies par les gens peuvent inciter à retourner
sur certaines zones.
Il y a donc alternance entre l’observation et l’enquête.

23
UTILISER LES Il existe différents types de cartes : topographiques, géologiques, climatiques.
DOCUMENTS Elles fournissent de nombreuses indications sur le relief, la localisation des routes,
des rivière’s et la répartition de l’habitat.
EXISTANTS La comparaison de cartes réalisées à des époques différentes met en évidence les
transformations qui ont affecté le paysage.
La comparaison d’une carte de végétation assez ancienne avec la réalité permet
par exemple de voir l’évolution de certains milieux. Il faudra alors rechercher les
causes possibles de cette évolution, qu’elles soient techniques, sociales ou écono-
miques.
Les photos aériennes sont aussi une source très riche d’informations, mais elles
sont onéreuses, difficiles à interpréter et nécessitent l’utilisation d’un stéréoscope.
Les documents écrits complétent la connaissance de la région. Ils sont plus ou
moins nombreux selon les régions et il n’est pas toujours facile de se les procurer.
On peut trouver sur certaines régions des études historiques, des études économi-
ques, des résultats d’enquêtes ou des rapports administratifs. La comparaison des
informations recueillies et des études anciennes permet de confirmer ou d’infirmer
les hypothèses que l’on avait faites sur l’évolution de l’agriculture.
En règle générale, il ne faut jamais se contenter d’une seule information sur un
sujet mais chercher à recouper des informations de sources différentes.

24
LESCONDITIONS
ECQLOGIQUES
DEL’AGlWJlTllRE
LA GRANDEDIVERSITÉ
DESCLIMATSHA-l-TIENS 27

Les pluieset lessaisons 28


l Les alizés et la zone intertropicalede convergence 28
l Les mécanismes des pluies et leur répartition 29
- les pluies orographiques ou effet de foehn 29
- les orages liés aux vents locaux, aux brises de mer 30
- les pluies de “nordé” 30
- les dépressions tropicales et les cyclones 30
* De grandes variations dans le temps et l’espace 31
- les pluies sont très variables d’une année à l’autre 31
- les trois grands types de distribution saisonnière 32
l Des températures stables 33
Lesrégionsclimatiques 34
l La répartition spatiale des pluies 34
l Les huit régions climatiques 34
- la région du nord 34
- la région du nord-ouest 34
- la Haute-Artiboniteet le plateau central 35
- la Basse-Artibonite 35
- la région de Port-au-Princeet du cul de sac 35
- la région du sud-est 35
- le Sud-Ouest caraïbe 36
- le Sud-Ouest jérémien 36
L’étudedescomposantesclimatiques 37
- la température 37
- les précipitations 37
- l’humidité relative 38
- I’insolation 38
- le vent 38
- I’évaporation 38
- utilisationdes données climatiques 39

25
NATUREETDIVERSITÉ
DESSOLSHAïTIENS 41

Constitutionphysique,propriétéset coniportementdes sols 43


l Etudier la fraction minérale du sol 44
- l’analysegranulométrique 44
- propriétés des différents constituants minéraux du sol 44
- la texture d’un sol 48
l Etudier la fraction organique du sol 52
- origine et évolution de la matière organique d’un sol 52
- propriétés de la fraction organique du sol 55
l Analyser-lecomportement physique d’un sol, étudier sa structure 56
- qu’est-ce que la structure d’un sol .: 57
- les différentes formes de structure 58
- État et comportement d’un sol 60

Lafertilité chimiqued’unsol 64
- origine et nature des éléments minéraux 64
l Les échanges d’ions entre le complexe adsorbant et la solution du sol 65
- des échanges permanents 65
- maintien d’un équilibre entre le complexe adsorbant et la solution du sol 66
- mesure de la CEC et du taux de saturation 66
- le pH du sol et ses variations : échanges d’ions H+ 67
l La dynamique des éléments nutritifs de base dans le sol 68
- le pool alimentaire 68 :
- les cyclesdes élements minéraux 69
Lessols haïtienset l’agriculture _ 73
l La formation des sols et leur évolution 73
- origine et évolution de la fraction minérale 75
- condition de formation des argiles 76
l Les grands types de sols haïtiens dans le paysage 77

26
Lagrandediversi’té
des climats
Le climat est l’état de l’atmosphère et son évolution en un lieu don-
né. Les composantes climatiques qui le caractérisent sont : la tempe-
rature, les précipitations, l’insolation; le vent, l’évaporation, ’
l’hygrométrie.. .
Le climat agit directement sur la croissance et le développement des
plantes tout au long de leur vie; ainsi chaque espèceou variété a ses
propres exigences climatiques. Nous verrons, en particulier dans le
chapitre 7, comment les différentes composantes climatiques condi-
tionnent la vie des plantes et les rendements des cultures.
Le climat agit aussi indirectement sur les plantes’enmodifiant l’état
du sol et l’environnement biologique constitué des êtres vivants du
sol et de l’atmosphère: micro-organismes, champignons, insectes,
plantes.. . favorables ou défavorables aux cultures.
Le rôle important que joue le climat dans la formation et l’évolution
des sols sera étudié dans le chapitre suivant portant sur la nature et
la diversité des sols haïtiens.
Comme nous l’avons observé à Camp-Louise, les conditions climati-
ques et, en particulier, la répartition des pluies déterminent en
grande partie le rythme des semis, des sarclages, des récoltes.
Les habitants des régions comprises entre le tropique du Cancer (23” 27’N) et celui
du Capricorne (23” 27’s) voient le soleil tantôt au sud, tantôt au nord, suivant la
‘Nous verrons dans le chapitre 7
son influence sur les plantes cultivées. saison. Et, deux fois par an, le soleil passe exactement à la verticale (au zénith).
A l’équateur, ces passages ont lieu aux équinoxes, les 21 mars et 23 septembre.
Figure 12 : évolution de la En Haïti, situé entre 18” et 20” de latitude nord, on voit le soleil environ 10 mois
hauteur du soleil à midi au au sud et deux mois au nord (en juin et juillet). A Port-au-Prince, le soleil passe au
cours de l’année, à Port-au- zénith le 13 mai et le 30 juillet.
Prince, sous le tropique du Lalongueur dujour* est beaucoup moinsvariable que dans les régions tempérées,
Cancer et sous l’équateur. elle varie de 10 h 54 à 13 h 12 à 19’ de latitude nord (St Marc).

I I I 1

,baJFMAMJTASOND
I l I
Figure 13 : durée théoriwe du

Les pluies .-,


jok à 19” de latitude Nord
(position de la pointe Nord de
l’île de la Gonave).

et les [Link]
Haïti est un pays tropical aux climats extrêmement variés : la pluviométrie
moyenne est de 550 mm par an à Gonaïves et de 2000 mm aux Cayes, soit près de
quatre fois plus. Certaines régions sont très marquées par la sécheresse, caractère
parfois accentué par le déboisement de vastes zones et l’érosion.

LES ALIZÉS ET LA ZONE INTERTROPICALEDE CONVERGENCE


Plus ou moins à la verticale du soleil, se trouve une zone pluvieuse correspondant
au point de rencontre des alizés, vents caractéristiques des régions tropicales qui
se chargent d’humidité en parcourant les surfaces maritimes. Cette zone, appelée
front intertropical (FIT), ou zone intertropicale de convergence (ZIC), suit le soleil
dans son voyage aller et retour entre les deux tropiques.
Ainsi à Port-au-Prince, comme le montre la figure 14, les deux périodes les plus
pluvieuses correspondent approximativement aux passages du soleil au zénith.
Ceci explique le découpage de l’année en quatre saisons, courant dans toutes les

28
Antilles et particulièrement marqué à Port-au-Prince et dans le sud du pays :
l une grande saison sèche- du mois de novembre au mois de mars; la zone
intertropicale de convergence étant dans l’hémisphère sud ;
l une première saison des pluies du mois d’avril à la mi-juin correspondant au
passage du soleil au zénith ;
l ~une petite saison sèche centrée sur le mois de juillet; la TIC’ remontant versle
nord jusqu’au tropique du Cancer ;
Figure 14 : chutes dé pluies l une seconde saison des pluies qui s’étale entre août et octobre, correspondant~au
mensuelles et dates’de vntnnr r-lnln RTf-!mm-a
1
l'&-m~tnnr
passage du soleil au zér$h à
Port~au-Prince.
Figure 15.: i’ëffët de fqehn, -~
exemple du massif du Nord,
entre la plaine du Nord
(humide ) et la plaine des
Gonaïves (sèche) .

LES MÉCANISMESDES PLUIES ET DE LEUR RÉPARTITION


LES PLUIES Explication du phénomène : les Ven#ts véhiculent des masses d’air humide
OROGRAPHIQUES- souvent à la limite de l’instabilité. Lorsqu’elles rencontrent un relief suffisamment
élevé, ces masses d’air subissent un refroidissement par élévation, ce qui provoque
OU EFFET DE FOEHN des précipitations sur le versant “au vent”. A l’inverse, la descente de l’air sous le
vent entraîne son réchauffement et donc la disparition rapide de la nébulosité et
des précipitations (voir figure 15).
Les chaînes de montagne du pays sont globalement perpendiculaires à la direction
des vents et ainsi les empêchent d’atteindre de la même manière toute les régions:
l les versants exposés au vent et les sommets des massifs sont les plus pluvieux,
l inversement, les versants sous le vent et les dépressions (vallées, bassins)
représentent les zones les plus sèches.
Cette opposition est certainement la caracteristique majeure du climat haïtien.
Elle [Link] par exemple que la pluviometrie annuelle soit de 2000 mm à Grison-
Garde dans la plaine du Nord et seulement de 550 mm à Gonaïves, ces deux plaines
étant séparées par un haut massif montagneux.(le Massif du Nord).
Sur le versant au vent de la plaine du Nord, les masses d’air subissent une
ascension forcée qui provoque une chute de température, des accumulations de
nuages et de la pluie. Sur le versant SOUSle vent de la plaine des Gonaïves, les
masses d’air subissent une descente forcée qui provoque une élévation de la tem-
pérature, la disparition plus ou moins complète des nuages et l’absence de pluies.

29
Paysage de plaine au vent, Quand il n’existe pas de montagnes suffisamment élevées pour contraindre les
la plainedu Nord (2000 mm/an). ventsà s’élever,iln’y aplusd’effetde foehn etlesfaiblesprécipitationsenregistrées
ne créent pas d’opposition entre versants’au vent et sous le vent. C’est le cas, par
Paysage de plaine aride sous le
exemple, de la presqu’île du Nord-Ouest et de l’île de la Gonâve.
vent, la plaine de Larbre
(400 à 500 mmlan) Le cas de la péninsule du Sud est original par le fait qu’il existe un équilibre, au
(photos Michel Bonnefoy). long de l’année, entre les vents de nord-est et les vents de sud-est. Cet équilibre
entraîne une symétrie de la pluviométrie moyenne annuelle de part et d’autre du
relief orienté est-ouest.

LES ORAGES LIÉS Le jour, la terre se réchauffe plus vite que la mer. L’air chaud s’élève, créant un
AUX VENTS LOCAUX, appel d’air en provenance de l’Océan : c’est la brise de mer qui a une intensité maxi-
male dans l’après-midi. Ces brises, chargées d’humidité, provoquent dans les ré-
AUX BRISES DE MER gions montagneuses de l’intérieur du pays des orages locaux. Ces orages se déclen-
chent en fin de journée, surtout durant les mois les plus chauds : juillet et août.
Ces pluies d’été font le lien entre la saison pluvieuse d’avril-juin et celle d’août-
novembre. Ainsi, dans la région du Plateau-Central (en altitude) on n’observe que
deux saisons, très contrastées:
l une grande saison pluvieuse du mois d’avril au mois d’octobre,
* une saison sèche très marquée de cinq mois, de novembre à mars.

LES PLUIES De décembre à février, un vent de secteur nord appelé “nordé” (norte en espagnol,
DE “NORDÉ” norther en anglais) souffle du continent nord-américain vers l’Amérique centrale
et les Antilles.
Ceventqui traduit l’intervention de l’air polaire se fait sentir essentiellement dans
la région Nord d’Haïti. Son approche donne lieu à des brouillards et des pluies
fines; son arrivée est marquée par le passage de lignes de grains (perturbations
pluvieuses).
Ainsi, dans les régions du Nord et du Nord-Ouest, les mois de novembre, décembre
et janvier sont les plus pluvieux alors qu’ils correspondent à la saison sèche dans
le reste du pays (voir les graphiques pluviométriques de la figure 16).

LES DÉPRESSIONS Les dépressions tropicales sont des zones perturbées et classées selon lavitesse des
TROPICALES vents en dépression, tempêtes ou cyclones. Leur passage en quelques heures pro-
voque des précipitations dont l’importance n’est pas liée directement à la vitesse
ET LES CYCLONES des vents.
Les cyclones sont des événements plutôt accidentels. En Haïti, il en passe à peu
près un tous les cinq ans. Leurs effets sont dévastateurs et certains d’entre eux,
comme Allen qui a ravagé le Sud-Ouest d’Haïti en août 1980, atteignent une
intensité exceptionnelle avec des vents de plus de 250 km/h. Les plus célèbres sont
Hazel (octobre 1954), Flora (octobre 1963) e,t Ines (septembre 1966). La période des
cyclones s’étend du mois d’août au mois d’octobre. Ils ne touchent en général que
le sud du pays.

30
DE GRANDES VARIATIONSDANS LE TEMPS ET DANS’L’ESPACE
LES PLUIES SONTTRÈS Les données plwiométriques présentées dans les graphiques de la figure 16 sont
VARIABLES D’UNE des moyennes établies sur plusieurs dizaines d’années. Ces moyennes cachent en
fait des variations importantes d’une année à l’autre.
ANNÉE À L’AUTRE

300 --

200 Q l~
2. ..: a’.’
m .,..‘Z

J&nie-1293.3? Con&s-554-5

Figure 16 : carte climatique


d’Haïti (d’après l’atlasd’Haïti).
Haïti est affecté par la sécheresse à peu près une année sur cinq. Les secteurs les
moins pluvieux sont naturellement les plus touchés.
Deux sécheresses successives particulièrement catastrophiques ont été enregis-
trées en 1975 et 1976. Le Nord et le Nord-Ouest ont été frappés par la famine qui
en a résulté. Cap-Haïtien n’a reçu en 1976 que 805 mm soit 53 % de la normale. La
situation était pire à Port-de-Paix où la pluviométrie a été 50 % inférieure à la
moyenne annuelle déjà faible.
Inversement, les années exceptionnellement pluvieuses sont très rares. Elles sont,
cependant plus fréquentes au Cap-Haïtien, ce qui traduit une plus grande
variabilité pluviométrique pour les régions bien exposées au vent.

Figure 17 : variabilité
inter-annuelle de la 1960:2641mm 1972:X56 mm
3000 o\uwoknZhc n
pluviométrie, exemple de la
linnuelleen mm
Plaine du Nord 1961:1801mm 1973:1865 mm
(Station de Grison-Garde).
1962:1476 mm 1974:2359 mm

1963:1944 mm 1975:1700 mm

1964:1880 mm 1976:1247 mm

1965:1818 mm 1977:2048 mm

1966:2209 mm 1978:2942 mm

1967:1599mm 1979:2095mm

1968:2005 mm 1980:2485 mm

1969:2249 mm 1981:3115 mm

1970:2514 mm 198231595 mm

1971:2033 mm

LES TROIS En Haïti comme souvent dans le monde tropical, les saisons se présentent sous la’
GRANDS TYPES forme dune alternance de périodes sèches et de périodes pluvieuses avec de faibles1
variations de température annuelle.
DE DISTRIBUTION Selonles régions l’influence des alizés, des vents locaux et des fronts froids est plus
SAISONNIÈRE ou moins marquée. La répartition des pluies dans l’année y est donc différente.
On distingue ainsi trois grands types de distribution des saisons.
l Dans tout le sud du pays, en remontant jusqu’à la plaine du Cul-de-sac,;
l’année se partage en quatre saisons pluviométriques : une première saison des
pluies allant de mars-avril-mai à début juin, une petite saison sèche en juin-juillet,
et enfin une seconde saison pluvieuse entre août et octobre, cette dernière étant la
plus arrosée de l’année {cf. pluviométrie de Port-au-Prince, Jacmel, Jérémie).
l Dans les régions du Plateau Central et de l’Artibonite, règne un climat à’
deux saisons très contrastées (voir les pluviométries de Mirebalais et des Gonaï-m
ves): une saison pluvieuse centrée sur l’été, d’avril-mai à octobre, et une saison’
sèche coïncidant avec l’hiver, de novembre à mars. On observe cependant une
légère récession des pluies au milieu de la saison pluvieuse, au mois de juillet.
l Dans le nord, on observe une relative inversion des saisons par rapport a celles
du type précédent. A Cap-Haïtien la période pluvieuse s’étend de septembre à juin
avec un maximum pluviométrique en novembre-décembre et une récession en fé-8
vrier-mars. Elle est suivie d’une courte saison sèche en juillet-août.
On observe un décalage des pluies entre le nord, le sud et le centre du pays. Les’

32
mois les plus humides à Cap-Haïtien (novembre-décembre-janvier) correspondent
à la saison sèche sur la plus grande partie du pays. Inversement, l’été qui est la
saison sèche dans le Nord regroupe les mois les plus pluvieux dans la partie
centrale.
Il faut souligner que le rythme des saisons est fortement perturbé certaines
années. Une saison sèche peut avoir une durée anormale et réduire la saison
pluvieuse qui la suit.
Cela arrive une fois sur deux entre la sécheresse hivernale (décembre à février) et
les pluies de printemps qui sont alors plus tardives (mai). Dans ce cas les semis
doivent être aussi retardés. S’ils sont réalisés trop tôt, à l’occasion dune petite
pluie précoce, ils échouent à cause de la sécheresse qui suit et il faut alors les re-
faire.
Il est en revanche plus rare que la sécheresse de juillet-août déborde sur la saison
pluvieuse d’automne (septembre à novembre).

DES TEMPÉRATURESSTABLES
En Haïti les températures varient très peu d’une saison à l’autre. La différence de
température entre le jour et la nuit (amplitucte diurne, de 10% à 12°C) est bien plus
grande que la différence entre le mois le plus chaud et le mois le moins chaud
(amplitude annuelle, de 3°C à 4°C).
En revanche, les températures présentent de nombreuses et importantes varia-
tions dans l’espace en raison surtout des changements d’altitude. Ainsi, la
température s’abaisse de un degré à chaque fois qulon s’élève de 150 à 200 m.
La fibre 18 résume bien l’ensemble des possibilités qu’on peut trouver en Haïti.
La température annuelle moyenne varie entre 12”5 C à Seyin (Massif de la Selle)
et 2.8”2 C aux Gonaïves, mais pour la plupart des stations elle oscille entre 23” et
27°C.
En gros, l’année comprend deux saisons thermiques : une saison très chaude de
mars à novembre culminant en juillet-août et une saison moins chaude de
décembre à février.

Figure 18 : courbes de
températures moyennes b GONAÏVE (5 ml
mensuelles pour cinq stations
d’altitudesdifférentes (d’après
G. Anglade, Espace Haïtien).

, V.J. = 12°C

I , , , , , , , , , , !l’EMPERATUREi
.T<MAH~TAcoND

33
Les régions
‘climatiques

LA RÉPARTITIONSPATIALE DES PLUIES


La carte pluviométrique (voir figure 16) m;intre du nord au sud une succession de
bandes bien arrosées correspondant aux côtes et aux massifs montagneux exposés
aux vents pluvieux, et de bandes sèches constituées par les dépressions et les côtes
sous le vent.
Les zones les plus sèches sont la presqu’île du Nord-Ouest, la plaine des Gonaïves,
laBasse-Artiboniteetl’intérieurdelaplainedeCul-de-Sacquiformentunegrande
diagonale, mais aussi l’île de la Gonave, la région de Belle-Anse et la bande côtière
d’Aquin/Côtes-de-Fer. Pour l’ensemble de ces régions les précipitations moyennes
annuelles sont inférieures à 1000 mm. Environ le quart de la superficie d’Haïti
reçoit moins de 1200 mm.
Les zones les plus arrosées (>1500 mm) correspondent aux massifs montagneux,
puisque la pluviosité augmente avec l’altitude, et en particulier les versants
exposés au vent. On peut citer du nord au sud: le massif du Nord et la plaine du
Nord, les montagnes et le plateau du centre du pays, le massif de la Selle et l’ouest
de la presqu’île du Sud.

LES HUIT RÉGIONSCiIMATIQUES


On peut diviser le pays en huit régions climatiques. Ce découpage traduit
l’influence des différents facteurs climatiques qui viennent d’être présentés mais,
au sein de chacune de ces régions, il existe’de multiples nuances locales liées sur-
tout à l’altitude et à l’exposition.

LA RÉGIONDU NORD Elle est délimitée vers l’intérieur par une ligne passant par Port-de-Paix, Plai-
sance, St-Raphaël et Mont-Organisé. Elle inclut la plaine du Nord, le massif du
Nord et l’île de la Tortue.
L’année y est découpée en quatre saisons comme nous l’avons vu à Camp-Louise,
avec une petite saison des pluies en avril-mai et une grande saison des pluies de
septembre à décembre. Le mois le plus sec est le mois de juillet.
Les pluies sont plus abondantes à l’ouest de Cap-Haïtien et en particulier sur les
sommets des massifs du Nord où on observe des orages l’été. La partie Est de la
plaine du Nord est plus sèche (1120 mm à Ouanaminthe) car abritée des vents par
les massifs montagneux de la République Dominicaine.
Il faut souligner enfin que cette région est l’une des moins touchées par les
cyclones.

LA RÉGION Elle est l’une des plus sèches du pays car elle est à l’abri des massifs du Nord et est
DU NORD-OUEST de faible altitude. La pluviométrie moyenne est de 800 mm par an mais diminue

34
vers l’ouest jusqu’à 590 mm au Môle St-Nicolas où certaines années elle est infé-
rieure à 300 mm. Il est difficile d’y distinguer des saisons en raison des faibles pré-
cipitations tout au long de l’année.

Figure 19 : précipitations
moyennes mensuelles dans les
huit régions climatiques

PRECIPITATIONS MOYENNES MENSUELLES


T T

Région climatique Station J F M A M J J, A S 0 N D

Région du Nord Cap-Haïtien 123 115 88 106 139 88 32 62 97 206 278 195

Région du Môle-saint
Nord-Ouest Nicolas 21 40 27 52 63 57 26 38 51 71 100 43

Ba&e-Artibonite Gonaïves 3 12 14 33 87 89 75 63 84 63 23 8

Hautektibonite
et Plateau central Mirebalais 17 26 50 136 280 215 187 244 256 223 74 23

Région de Port-au-
Prince et du Port-au-
Cul-de-sac Prince 33 35 69 215 91 83 137 155 176 87 41.

Sud-Ouest jérémien Jérémie 68 73 80 159 111 92 95 109 139 165 108

Sud-Ouest caraïbe Les Cayes 76 72 90 254 161 180 205 235 310 117 69

Jacmel 42 147 152 170 66 40


gg %-$qq
$f&& g?jg

LA HAUTE- Cette région est entourée de massifs montagneux: les massifs du Nord au nord, les
ARTIBONITE montagnes duTrou d’Eau au sud, la chaîne des Cahos à l’ouest et la Cordillère cen-
trale dominicaine à l’est. On pourrait, du fait de cette situation, s’attendre à un’cli-
ET LE PLATEAU mat sec. Pourtant, la pluviométrie moyenne est de 1500 mm par an et dépasse 2 m
CENTRAL dans certains secteurs comme celui de Mirebalais par exemple. Le climat se carac-
térise par deux saisons très contrastées.
C’est la région la plus “continentale” du pays, peu marquée par les variations
interannuelles et où l’amplitude thermique annuelle est la plus élevée.

LA BASSE-ARTIBONITE La Basse-Artibonite, abritée des alizés par les massifs du Nord et les Montagnes
Noires, est une région presqu’aussi sèche que le Nord-Ouest. La pluviométrie
décroit d’est en ouest avec une moyenne de 520 mm par an à Gonaïves. Comme
dans la Haute7Artibonite l’année comprend deux saisons.

LA RÉGION DE Cette région, située entre les deux précédentes dune part et le massif de la Selle
PORT=A&PRINCE d’autre part, englobe l’île de la Gonave. On y trouve la distribution classique en
quatre saisons pluviométriques. Si les pluies d’avril sont liées à l’action de la brise
ET DU CUL-DE-SAC de mer, celles d’automne découlent plutôt de l’arrivée des vents du sud-est.
De nombreuses nuances sont à souligner. Ainsi par exemple, la région de 1’Etang
Saumâtre ne reçoit en moyenne que 500 à 600 mm par an alors qu’on enregistre
près de 3 m de pluies sur certains sommets du Massif de la Selle.

LA RÉGIONDU SUD-EST Située au sud de la région précédente, le Sud-Est est une région assez pluvieuse
saufdanslapartieàl’EstdeBelle-Anse. L’influencedela topographieyestdécisive
car, en dehors d’une mince plaine côtière, l’ensemble de la région est constitué par
le versant sud du massif de la Selle qui reçoit uniquement les vents provenant de
la Mer des Antilles.

35
On retrouve ici un climat à quatre saisons, les pluies tombant en avril-mai d’une
part et en août-septembre-octobre d’autre part. La sécheresse d’été est peu
marquée et la pluviométrie des mois d’hiver est assez médiocre. Les maxima
pluviométriques s’observent sur les sommets où les totaux dépassent souvent 2 m.
Enfin cette région est souvent touchée par les cyclones comme tout le sud d’Haïti.

LE SUD-OUEST Le climat de cette région est assez confus. On peut y distinguer quatre saisons mais
on s’accorde en général pour n’en retenir que deux : une période pluvieuse s’étalant
CARAIBE
d’avril à novembre avec une légère baisse des pluies en juin-juillet, et quatre mois
secs (décembre à mars).
Le relief et la situation par rapport aux vents introduisent de nombreuses nuances
dans le climat de cette région. La station typique est celle des Cayes où la pluvio-
métrie moyenne est de 2010 mm par an avec des records de plus de 3 m certaines
années.

LE SUD-OUEST Cette région, légèrement abritée des vents pluvieux, a un rythme pluviométrique
qui rappelle celui de la région de Port-au-Prince, mais avec des saisons moins con-
JÉRÉMIEN
trastées. De nombreuses nuances climatiques locales pourraient être également
soulignées ici.

36
L’étude
des composantes
climatiques
,.~
L’étude du climat dune région est indispensable à l’agronome pour comprendre les
systèmes de culture mis en place par les paysans, pour mettre en évidence les
principaux problèmes qu’ils rencontrent et pouvoir proposer des améliorations
techniques adaptées aux conditions locales.
Pour étudier le climat d’une région, on mesure régulièrement les valeurs de
chacune des composantes climatiques en’ un lieu donné (enregistrements). On
s’intéresse ensuite aux moyennes de ces valeurs sur des périodes de différentes
durées, à leurs fréquences et leurs gammes de variation.
On cherche aussi à estimer la probabilité de réalisation d’un événement climati-
que et le comportement probable des cultures. Par exemple, combien de fois sur 10
ans la pluviométrie sera-t-elle favorable--à un semis du riz pluvial entre le ler et
le 15 avril dans telle région ?

LA TEMPÉRATURE La température météorologique est la température de l’air mesurée à 2 m de


hauteur dans un abri météorologique.
La température moyenne journalière est estimée à partir des maxima et des
minima enregistrés chaque jour a l’aide de thermomètres spécifiques :
A A
l température moyenne journalière = t = Jx&& ,
2
tx : température maximale journalière, tn : température minimale journalière.

l température moyenne mensuelle = ti+ ti


2 ’
tx et tn étant les moyennes des températures minimas et maximas du mois.

LES PRÉCIPITATIONS On mesure à l’aide d’un pluviomètre le volume d’eau tombe par unité de surface,
traduit en hauteur d’eau (1000 m3/ha = 100 mm).
l Le pluviomètre ne permet de mesurer que les hauteurs d’eau journalière.
l Le pluviographe enregistre la durée, l’intensité et la fréquence journalière des
pluies.
La pluviométrie, c’est-à-dire les chutes de pluie, n’est qu’un élément des précipi-
tations. La condensation (la rosée du matin), si elle demeure dune importance
quantitative très limitée, peut-être essentielle pour les plantes s’il n’y a pas
d’autres sources d’eau. Ainsi, dans le sud du pays pendant les mois d’hiver froids
et peu pluvieux, sur certains terrains, la condensation peut atteindre 3 mm par
nuit claire, soit la moitié des besoins quotidiens de la plante.
La répartition des précipitations dans le temps est une caractéristique climatique

37
très importante. Les variations des quantités et des dates de pluies dans l’espace
sont considérables de même que les variations inter-annuelles de la pluviométrie
en un même point.
L’analyse de la pluviométrie dans une région (moyennes et fréquences) nécessite
l Un exemple détaillé d’analyse
des données sur une longue période d’observation (20 à 30 ans>.*
fréquentielle est présenté à la fin
du chapitre 9 p. 266.

Relevé de la pluviométrie jour-


nalière à l’aide d’Ainpluviomètre
(photo G. de Laubier).

L’HUMIDITÉ RELATIVE L’humidité relative de l’air (hygrométrie) est le pourcentage de vapeur d’eau’qu’il
contient par rapport à celle qu’il contiendrait à saturation à la même température.
On la mesure à l’aide d’un hygromètre ou d’un psychromètre.

L’INSOLATION La radiation globale a une action directe par sa durée et son intensité sur les
* voir chapitre 7. végétaux* .
On mesure ia durée d’insolation journalièie à l’aide d’un héliographe. On peut
complèter cette information par l’estimation de la nébulosité (évaluation de la
fraction du ciel couverte de nuages plusieurs fois par jour).

LE VENT On mesure sa direction et sa vitesse à 2 m au dessus du sol. La vitesse en n-k est


relevée plusieurs fois par jour à l’anémomètre instantané, ou de façon continue à
I’anémomètre totaliseur.
Le vent a une importance considérable en agriculture : il augmente l’évaporation;
il peut provoquer des dégâts aux cultures; il est responsable de l’érosion éolienne;
il transporte du pollen, mais aussi des spores de parasites.

L’ÉVAPORATION L’évaporation s’estime par différentes méthodes utilisant divers types d’appareil:
l les bacs d’évaporation (bac Colorado) permettent la mesure de la perte en eau
d’une nappe d’eau libre,
l l’évaporométre de Piche mesure la perte en eau d’une colonne d’eau obturée par
une pastille de buvard,
l la mesure des variations de l’humidité du sol en l’absence de drainage et sur sol
nu.
L’évapotranspiration potentielle (ETP) est étudiée dans le chapitre 9.

38
UTILISATION Il importe d’abord de définir l’échelle d’étude: pays, région, parcelle (micro-climat).
DES DONNÉES Et il faut s’assurer de la représentativité du poste météorologique par rapport a la
région que l’on étudie (relief, exposition, altitude). 11 ne faut jamais oublier que
CLIMATIQUES certaines donn$es (pluviométrie, température) varient très rapidement dans l’es-
pace.
Les composantes climatiques sont ensuite analysées une,par une ou de~manière
plus synthétique par l’étude d’indices tels que les sommes de températures ou les
’ voir chapitre 9. bilans hydriques*.
On peut comparer les caractéristiques du climat dune région avec ce que l’on
connaît des exigences des cultures, ou avec le climat dune autre région.
On distingue dans les effets du climat ce qui est favorable ou défavorable
directement aux plantes et ce qui joue indirectement à’ travers les techniques
culturales employées.
Pour interpréter des observations sur les cultures et les mesures de rendements,
il est nécessaire d’avoir les valeurs des principales composantes climatiques (au
minimum la pluviométrie locale) au cours de l’année considérée. Ces valeurs ne
pourront être interprétées (année favorable oudéfavorable pour la culture étudiée)
que si l’on dispose de données sur un grand nombre d’annees.

39
.&l u est -ce‘qlu unpaysan attend de sa “terre”? Quand il y cultive du’riz
pluvial, par exemple, il attend : 7
. que le sol permette aux graines de, bien germer,
l que l’état du sol favorise l’enracinement des jeunes plants,
l que le sol fournisse aux plantes la chaleur, l’eau et les éléments nu-
tritifs dont elles ont besoin tout au long de leur cycle, du semis à la
récolte.
L’état du sol évolue dans le temps sous l’action du climat, des plantes
et des outils de travail utilisés par le paysan.
Dans les exemples d’itinéraires techniques décrits à Camp-Louise,
nous avons remarqué que la plupart des techniques employées par
les paysans, que ce soit pour une culture de riz ou de manioc,
s’appliquaient directement au sol : préparation du sol à la houe -
buttage - enfouissement de la matière organique, ou indirectement
par le sarclage des mauvaises herbes.
Nous avons vu aussi que l’agriculteur, dans. la mesure de ses possi-
bilités, organise son assolement de façon à cultiver les différentes
espèces dans les sols qui leur conviennent le mieux. Par exemple, il
réserve ses terres les plus profondes et les plus fertiles aux bananiers
et cultive les associations à base de manioc sur les pentes érodées des
mornes.
La même association de cultures ne fournit pas le même montant de
production selon qu’elle est pratiquée sur tel ou tel type de sol.
Chaque type de sol possède des contraintes et des atouts qui permet-
tent des niveaux de rendement plus ou moins élevés selon les
exigences des cultures ; on parle alors despotentialités agronomiques
d’un sol.

41
Qu’est-ce qui détermine la potentialité agronomique d’un sol et comment peut-on
l’apprécier ?
La diversité des sols en Haïti est grande et l’agronome doit être capable de
s’adapter rapidement aux différentes situations. Sur une courte distance parcou-
rue à pied, on peut rencontrer des types de sols très‘différents.
On peut caractériser le sol par :
l sa situation : sa topographie et son exposition (dans le fond dune vallée, sur un
plateau, au milieu dune pente) ;
l son aspect de surface : sa couleur, la sensation qu’il produit au toucher
(rugueux, farineux, collant...), la taille et la forme des mottes de terre ;
l sa profondeur : celle-ci peut varier de quelques centimètres à plusieurs métres.
Au sein d’un même champ, desvariations du simple au double sont tres courantes ;
l son organisation spatiale : l’observation d’une coupe de sol (sur le bord dune
route, en creusant une tranchée dans un ~champ) permet de distinguer les
différentes: couches (horizons) superposées qui le constituent. La nature et la
répartition de ces différents horizons définissent ce qu’on appelle leprofil du sol ;
Profil pédologique, d’un l la composition physique et chimique de chacune de ces couches et l’activité
vertisol peu profond sur biologique qui y règne ;
calcaire (photo J. Cavalié). l son comportement sous l’action de facteurs tels que le climat ou les outils.

Par exemple : après un travail du sol à la houe, l’aspect de la surface du champ


est motteux. Après quelques jours de pluie, son état a changé. Les mottes ont été
détruites par les gouttes de pluie. Le comportement d’un sol dépend de sa compo-
sition physique et chimique. Ses caractéristiques déterminent son aptitude à
produire et s’étudient de façon complémentaire par des observations de terrain et
des analyses en laboratoire.

Figure 20 : destruction des


mottes par la pluie.

42
Constitut’ion ‘!
physique,propriétés
et comportement
des~sols ,’

l Le sol est un milieu poreux de composition très complexe.


Si l’on pétrit de la terre humide dans sa main, on se rend vite compte que sa
composition est complexe. En comparant ainsi des échantillons de terre pris à
differents endroits ou différentes profondeurs, on s’aperçoit que leur composition
est extrêmement variable. On y trouve, en proportions différentes, des particules
de taille variable dont les plus fines, non visibles à l’oeil nui forment une sorte #de
pâte plus ou moins collante et plus ou moins plastique.
Si l’on prend un peu de terre sèche, on remarque qu’elle se présente sous forme de
mottes de tailles et de formes différentes. La difficulté d’écraser ces mottes entre
ses doigts varie d’un échantillon à l’autre.
Quand on plonge une motte de terre dans l’eau, il s’en échappe des bulles, Le sol
peut donc contenir de l’air ou de l’eau.
l Le sol est un milieu poreux dans lequel on distingue trois phases :
. une phase solide : constituée de particules minérales provenant de la dégrada-
tion des roches et de particules organiques provenant de la décomposition des
végétaux ;
. une phase liquide : l’eau qui circule dans le sol y dissout les éléments soIubles;
c’est la solution du sol ;
. une phase gazeuse : l’air circule dans le sol et permet aux racines et à certains
micro-organismes de respirer. Les gaz dégagés par les activités biologiques
modifient la composition de l’atmosphère du sol.
L’importance relative de ces trois phases varie constamment (dans le cas par
exemple d’un sol complètement sec, la phase liquide est nulle).
Le mode d’assemblage des constituants de la phase solide crée un milieu poreux
dont les pores sont plus ou moins comblés d’eau ou d’air.
l La nature des constituants solides du sol permet de faire une première
classification:
. la fraction minérale du sol, issue de la dégradation des roches en particules plus
ou moins fines et de leur altération (modification chimique).
. la fraction organique, qui provient de la décomposition des végétaux par les
micro-organismes. Elle peut représenter entre 1% et 20% du poids de terre sèche.
Nous étudierons successivement ces deux fractions.

43
ETUDIER LA FRACTION MINERALE DU SOL
L’ANALYSE L’analyse granulom&rique sert à classer les différentes particules de la fraction
GRANULOMÉTRIQUE minérale du sol selon leur taille et à déterminer le pourcentage de chaque fraction.
Elle permet ainsi de déterminer, à partir d’un échantillon de terre, sacomposition
granulométrique.
Après avoir séché la terre et écrasé les mottes, on passe l’échantillon au travers
d’un tamis à trous ronds de 2 mm. On élimine ainsi les cailloux, graviers et gros
débris végétaux et on obtient la terre fine sur laquelle porte l’analyse.
La matière organique est ensuite détruite par de l’eau oxygénée.
Les différentes particules constituant la terre fine sont classées selon leur taille.

Figure 21 : classes
granulométriques retenues par
les méthodes internationales
(1 micron = 111000mm).

50 à 200 microns
200 microns à 2 mm

Mais les particules se trouvant dans une même classe peuvent être de nature
minéralogique différente, car d’origine différente, selon :
l les roches dont elles sont issues,
l le mode d’altération qu’elles ont subi (décomposition chimique).
Il sera donc important, en plus, de l’analyse granulométrique, de connaître la
nature de ces particules et notamment leur comportement chimique d’où décou-
lent certaines propriétés du sol.

PROPRIÉTÉS DES Les constituants solides du sol ont des propriétés qui dépendent en grande partie
DIFFÉRENTS de leur taille, mais aussi de leur nature (comportement physico-chimique).
Ainsi par exemple, les sables grossiers n’adhèrent pas facilement les uns aux
CONSTITUANTS autres et, s’il y en a beaucoup, le sol est perméable ou “filtrant”. Si, en revanche,
MINÉRAUX DU SOL les éléments fins sont majoritaires, ils constituent lorsqu’ils sont humides une
masse plus ou moins continue, le sol est alors moins perméable.
On distingue les argiles de l’ensemble des autires constituants du sol :
l les argiles forment la partie active d’un sol,
l les liinons et les sables forment sapartie inerte ou encore son “squelette’!
Cette distinction s’explique par les particularités des argiles et les propriétés
qu’elles confèrent au sol. ’

44
Propriétésspécifiques A l’appellation “argile” correspondent dans la pratique plusieurs définitions, qu’il
des argiles est important de bien distinguer :
argiles granulométriques : c’est l’ensemble des particules minérales du sol dont
la taille est inférieure à 2 pm et donc classées dans les “argiles” par l’analyse gra:
nulométrique ; mais elles peuvent être de natures très différentes :
l minéraux provenant de la fragmentation des roches, appelés minéraux
primaires(silice-quartz-calcaire...),
l minéraux provenant de l’altération chimique des roches : argiles minéralogiques
(montmorillonite, illite, kaolinite); oxydes de fer et d’aluminium.
argiles minéralogiques : ce sont aussi des particules de taille inférieure à 2’prn
mais de nature spécifique. Elles sont issues de 13 transformation chimique (alté-
ration) des minéraux constitutifs des roches. C’est leur comp,osition chimique
(silicates d’alumine hydratés) et leur structure en feuillet qui leur donnent des pro-
priétés particulières (cf. encadré).

Propriétés des argiles minéralogiques


l Propriétés hydriques : rétentiond’eau, variation de volume.
La structure en feuillets extrêmement fins donne à l’argile la capacité de stocker
une importante quantité d’eau. Selon leur teneur en eau, ces minéraux présentent
des variations de volume :
l en phase d’humectation (augmentation de la teneur en eau), l’argile gonfle,
l en phase de dessiccation (diminution de 13 teneur en eau), l’argile se rétracte.
Au niveau d’un sol, cela se traduit par la formation de fissures en période sèche.
Cette propriété concerne surtout les argiles de type montmorillonite (argiles
gonflantes). Elle concerne très peu la kaolinite (celle-ci sert à la fabrication des
poteries et si elle changeait de volume, les poteries se fissureraient à 13 cuisson).
Une terre riche en argile pourra stocker une grande quantité’ d’eau:

Fentes de retrait en saison l Propriétés physico-chimiques : rétention d’ions, dispersion et floculation.


sèche dans les vertisolsriches Les-particules argileuses, de par leur composition, possèdent des charges électri-
en argiles gonflantes - ques capables de retenir les ions présents dans le sol.
(photo G. de Laubier) Ces charges sont essentiellement négatives et retiennent donc principalement les
ions positifs ou cations (par ex. K+, Ca++, H’).
Les argiles jouent ainsi un rôle essentiel de stockage d’éléments minéraux
nécessaires à 13 plante. (Cf. fig. 22).
Figure 22 : rétention des Pour être disponibles pour les plantes, ces éléments minéraux (cations) doivent
cations par une particule être libérés et passer sous forme dissoute dans la solution du sol (eau).
d’argile Le nombre de cations que peut retenir (adsorber) une particule d’argile représente
sa Capacité d’Echange Cationique, notée CEC. Celle-ci dépend du nombre de char-
ges électronégatives que présente la particule. Elle varie selon le type d’argile et
est particulièrementimportante pour 13 montmorillonite.
Les particules d’argiles possèdent aussi quelques charges positives leur permet-
tant de retenir des anions, en particulier PC,---, mais en très faible quantité.
Les particules d’argile étant toutes chargées négativement, elles ont tendance,
dans l’eau, à se repousser entre elles. Elles seront donc à l’état dispersé en
suspension dans l’eau. Si l’on introduit dans cette suspension d’argile un acide qui
libère des ions H+ ou un sel de calcium libérant des ions Ca++, ceux-ci s’accolent aux
particules d’argile et les neutralisent. Les micelles d’argiles s’agglutinent alors
entre elles : c'est 13 floculution.
L’argile floculée maintient soudés les différents constituants d’un sol sous forme
d’agrégats (mottes).
Au contraire, l’argile dispersée se mélange à l’eau et peut être entraînée par le
ruissellement ; elle rend le sol compact et asphyxiant pour les racines.
Un sol dont l’argile est floculée est relativement perméable ; il devient imperméa-
ble lorsqu’elle est dispersée (problème d’érosion).

45
Les argiles sont des silicatesd’ahmine hydratés, Une classificationde ces minéraux est réaliséeen
LES cristallisésen forme de feuillets. Certains feuillets considkrant la constitution des feuillets(surtout le
PROPRIETES sont constituhsde silice(atomes de siliciumentou- rapport SVAI)et leur mode d’association(distance
rés d’atomes d’oxygéne), d’autres d’alumine (ato- entre les feuillets). Les trois principauxtypes d’ar-
DESARGILES mes d’aluminium entourés d’atomes d’oxygène et gilescouramment rencontrésdans les solssont la
MINERALOGI- de groupements OH). Une particule d’argile est kaolinite, Mite et la montmorillonife (cette der-
constituée de plusieurs feuillets superposés et niére faisant partie des smecfiques).
QUESSONT s’appelle une micelle.
Les propriétés des argiles s’expriment de façon
DUESA LEUR plus ou moins importantes selon leurs structures.
CONSTITUTION
Structure des feuillets de
2 types d’argile

Angstrom : unit6 de mesure de


longueur d’onde et des distances
atomiques et valant 1O-10 mktre.

Strwture typekaolinit6 Strwctwetpe montvnorilloirite

Comparaison des propriéth


dé trois types d’argile.

* Propriétés mécaniques : plasticité-adhésivité-cohbsion


Plasticité : c’est l’aptitude à être modelé, à recevoir une déformation permanente.
C’est cette propriété qui est utilisée en pdterie (kaolinite). Un sol contenant de
l’argile devient plastique A partir d’une certaine teneur en eau.
Adhésivité : c’est l’aptitude d’une terre à rester collée aux doigts ou aux outils.
L’adhdsivité de l’argile est forte; elle augmente avec l’humidité, jusqu’A un maxi-
mum au delà duquel elle décroît. On parle aussi parfois d’adhbrence.
Cohésion : elle correspond à la force qu’il est nécessaire d’appliquer sur une motte

46
pour provoquer son fractionnement. La cohésion entre les particules d’argile est
forte. Plus une terre est riche en argile, plus il est difficile d’en casser les agrégats.
La cohésion diminue quand l’humidité augmente.
‘i
Figure 23 : la cohésion et
l’adhésivitédépendent de sol Gyileux
l’humidité du sol
(d’après Henin. Le profil
cultural, Masson 1970).

*
w
. . . . . cohésion
Lorsque croît l’humidité d’un sol, la cohésion diminue et l’adhésivité i,
u’A un maximum au-delà duquel,elle décroît.

Propriétés des argiles granulométriques


l Les minéraux provenant de la fragmentation des roches se comportent comme
des limons très fins (voir plus loin).
l Les hydroxydes de fer et d’aluminium sont chargés positivement et peuvent ainsi
retenir les anions (PO,-- par exemple). Ils jouent donc aussi un rôle dans le stockage
des éléments nutritifs de la plante. Ils existent en quantité importante dans
certains types de sols haïtiens. Comme l’argile, ils peuvent être floculés ou
dispersés.

Propriétésdes limons Les limons, les sables et les éléments grossiers proviennent de la désagrégation des
et des sables roches; Ce sont donc soit des fragments de roches (pierres, graviers), soit des
minéraux qui constituaient ces roches (limons et sables). Ils constituent ce qu’on
appelle le squelette du sol.
Les limons et les sables ne représentent pas de phénomène de gonflement ou de
retrait et ne sont pas plastiques à l’état humide.
Seuls les limons fins peuvent présenter une certaine capacité de rétention d’eau et
éventuellement d’ions (mais beaucoup plus faible que celle de l’argile).
Les limons
Leslimons sont peu perméables : ces éléments fins n’étant pas capables de floculer,
ils sont facilement mélangés à l’eau de pluie et peuvent être entraînés par le
ruissellement.
Dans un sol constitué essentiellement de limons, les mottes de terre sont ,très
facilement détruites par la pluie. La surface du sol devient alors compacte et
imperméable, ce qui peut poser des problèmes de germination des grains, d’enra-
cinement et d’asphyxie des plantes : c’est la battance. On dit d’un sol sensible à ce
phénomène qu’il est battant. Lorsqu’ensuite’il sèche, il devient très dur et compact,
c’est la prise en masse.
Un sol limoneux (riche en limons) peut présenter une cohésion très forte à l’état sec
mais elle diminue très vite dès que lhumidit4 augmente. Son adhésivité est faible.
(voir figure 23)
Les sables
Les sables sont très perméables. Leur capacité de rétention d’eau est très faible,
sauf pour certains sables calcaires poreux. Ils sont ‘rugueux et peuvent user les
outils de travail du sol. Ils n’ont aucune cohésion, ni adhésivité, ni plasticité.
Dans les sols basaltiques, ils peuventjouer un rôle important : lorsqu’ils s’altèrent

47
(se décomposent chimiquement), ils sont source d’éléments minéraux assimilables
par les plantes.

Particularité Ils peuvent qaire partie des différentes classes granulométrigues. Cert,aines
desélémentscalcaires méthodes d’analyse utilisent l’acide chlorhydrique pour disperser les éléments
fins. Les particules calcaires sont alors dissoutes. D’autres méthodes utilisent le
KCl qui ne les dissout pas..Leur comparaison permettra de connaître la repartition
de particules calcaires dans les différentes classes granulométriques.
Le calcaire joue un rôle important dans les propriétés physiques et chimiques d’un
sol. Les ions Calcium (Ca++) provoquent la floculation des argiles, au point qu’en
excès il devient très diffkile de faire une analyse granulométrique. Ils ont aussi
pour effet de réduire fortement la disponibilité du phosphore (PzO,).
Certains limons ou sables calcaires poreux peuvent jouer un rôle dans la capacité
d’un sol a retenir l’eau.

Figure 24 : récapitulatif des


propriétés des différentes i Propriétes Argiles (1) Limons Sables
fractions granulométriques. (0 -2 Id (0 - 20 l-4 (50 - 200 p)
-~~-.---
t
Rétention d’eau Forte Moyenne Faible à nulle
t -.~
Variationde volume
à I’humectation Forte à faible Nulle Nulle
dessication
--
Plasticitéet adhésivité Très forte Faible Nulle
à l’état humide

Cohésion à sec Très forte Nulle à faible Nulle

Cohésion à Assez forte Nulle à très faible Nulle


l’état humide
--
Rugosité Nulle Nulle Forte

Rétention Forte Très faible Nulle

(1) Variable selon la nature minéralogique des argiles

LA TEXTURE D’UN SOC Les propriétés d’un sol résultent de celles de, ses différents constituants et de leur
importance relative, elles dépendent donc en grande partie de sa composition gra-
nulométrique.
La texture est l’ensemble des propriétés qui résultent d’une composition
granulométrique donnée. Elle permet de porter un jugement global sur un sol.
Dans la pratique, on assimile souvent la texture d’un sol à sa composition granu-
lométrique, mais il faut se rappeler qu’àune même texture correspond de nombreu-
ses compositions granulométriques.

Letriangletextural Le triangle textural permet une identification ‘graphique des textures issues des
compositions granulométriques possibles des sols. Elle est basée sur la proportion
DDE: sables (de 50 p à 2 mm); limons totaux (de 2 p à 50 p) ; argiles (< 2 p).
l La somme de leurs pourcentages respectifs pour un sol est égale à 100%. Le
triangle est construit de telle façon qu’à chacun de ses points correspond une

48
composition granulométrique précise (cf. figures 25 et 26). Il est divisé en “‘[Link]
de texture” auxquelles correspondent une appellation. Par exemple, un sol qui est
constitué de plus de 60% d’argile correspond à une “texture d’argile”. Un sol
composé de 25% d’agile, 40% de limons et 35% de sable a une “texture limqno-
argilo-sableuse”.
Les limites entre ces classes et les appellations sont légèrement différentes entre
les triangles français et américains. Le mode de,représentation graphique est
aussi différent.

Figure 25 : triangle de texture


du Geppa cité par Henin,
Gras, Monnier - 1969.
Figure 26 : triangle de texture
d’après le Soi1Survey
Manual- 1951.

tièsfifi
90 SO ?b 60 & 40 30 20 io

1 \ \
10 20 30 40 50 60 Xl SO 90

Utilisationet limites ,’ l Le triangle textural permet de prévoir le comportement global d’un sol grâce à
sa composition granulométrique, mais cela ne doit être qu’un élément complémen-
taire aux observations réalisées sur le terrain. ~
l Il permet de comparer des sols entre-eux de manière plus objective que par des
observations de terrain.
l Les rôles de la matière organique et du taux de calcaire (voir plus loin) ne sont
pas pris en compte.
l Il n’est pas tenu compte de la nature minéralogique des divers constituants du
sol, notamment des argiles.

49
Figure 27 : exemple d’utilisa-
tion du triangle textural
pour quelques sols haïtiens ;
échantillons de terre prélevés
entre 0 et IO’cm.

4
I(
0
u
a
6

1 \ . \.
10 20
20 30 40 !Xl
!Xl 60
60 H, BO
BO 90
90
hm (2-50~) ~-
.7- I
type de sol situation topographique argile limon

39 54 7 518
Colluvionssur piedmont 39 48 13 2,5
calcaire 40 56 4 4,7
Sols du versant Sols rouges
Nord de la bauxitiques 23 45 32 5,2
presqu’île Sud Milieu de pente sur 13 75 12 10,o
(transect calcaireérodé 18 72 10 5,0
Madian-Salagnac)
calcaire 49 42 9 739
Vertisols bas de pentes basalte 53’ 34 13 2,7
‘calcaire 70 26 4 5,5

Sol peu évolué d’apport alluvial / 25 42 33 3,4


Sols du périmètre
irrigué de 39 7 593
St Raphaël
(Plateau Central) Sol brun calcaire 60 36 4 498

Vertisolshydromorphes 65 29 6 5,3

Sois sablo-limoneux d’alluvions(Plaine de Larbre) 28 56 2,7

50
On utilise les différentes propriétés des 1) Essai de rbalisation d’un anneau de tbsre
APPRECIATION constituants solides du sol et en particulier la 9 On prend entre ses mains un peu de terre que
DE LA TEXTURE pfasticite de l’argile. l’on amène à son humidité maximale
Ce diagnostic tactile de la texture donne des d’absorption, à laquelle elle est le plus plastique.
SURLE TERRAIN indications qui peuvent expliquer les autres ob- l On essaie de réaliser ensuite, un boudin
servations réalisées sur un profil cultural d’environ 5 mm de diametre et de 10 cm de
(voir chapitre 10) notamment les états structu- long:
raux observés à differentes périodes. II permet - si cela est impossible, il y a moins de 10%’
aussi de plus ou moins prévoir ou expliquer le d’argile ;
comportement de certains sols (battance, - si cela est réalisable, il y a plus de 10%
stabilite structurale...). d’argile
et on essaie alors de faire un anneau.
9 Lors de la réalisationd’un anneau avec le . Savonneux : abondance de limons grossiers
boudin : (20 à 50 p).
- si l’anneau est facilement réalisable, la teneur . Rugueux : sables grossiers.
en argile est sufkieure à 30%. Si, de plus, la
Remarques
terre trés humide est très collante aux doigts, elle l Lorsqu’une terre riche en argile est seche, il
contient au moins 40% d’argile ;
est difficile de faire ce test, car elle s’humecte
- si l’anneau se fissure aux 3/4 de sa fermeture,
lentement. II est difficilede l’homogénéiser et
la teneur en argile est inférieure à 30% et la terre
on peut alors confondre des petits agrégats très
contient plus de limon que d’argile ;
durs avec des sables grossiers.
- si l’anneau se fissure avant la 112fermeture, le
0 La présence de beaucoup de matière
taux d’argile est inférieur à 30% et la teneur en
organique peut conduire à assimiler son
limon est égale ou légèrement supérieure à celle
comportement à celui d’une terre riche en argile
de l’argile.
ou limons fins.
Trés humide, si la terre colle encore aux doigts, La présence de sables grossiers rend plus
l

elle contient 15% à 25% d’argile ; si elle séche difficile ce test.


rapidement et ne colle pas, elle contient 10% à Des terres peuvent être diagnostiquées
l

15% d’argile. comme riches en argile par l’analyseet ne pas


en avoir le comportement. Cela est fonction de
2) Aspects de la terre sbche au toucher la nature minéralogique des argiles : les
. Soyeux ou talqueux : abondance de limons fins hydroxydes de fer et d’aluminium qui sont
(2 à 20 p). Ceux-ci salissentla main, mais cela dominants en sol ferralitique se comportent
peut étre aussi le signe de la présence comme des limons très fins bien que classés
d’oxydes ferriques (sols ferralitiques). dans les argiles par l’analysegranulométrfque.

51
ETUDIER LA FRACTION ORGANIQUE DU SOL
La fraction organique joue un rôle très important dans le comportement d’un sol,
l’alimentation minérale des plantes et le stockage de l’eau.

ORIGINEETÉVOLUTIONElle provient principalement dela décomposition des résidus végetaux et animaux


DELA MATIÈRE morts par les micro-organismes vivant dans le sol. Sa composition est variable,
principalement constituée de carbone, d’oxygène, d’hydrogène et d’azote mais
ORGANIQUE D’UNSOL aussi de phosphore, de potassium, de calcium, de soufre et d’oligo-éléments.
La décomposition des matières organiques fraîches se déroule en différentes
phases successives, de durées plus ou moins longues et dont l’aboutissement est la
formation d’humus.
Au cours de cette décomposition, une partie des matières organiques est transfor-
mée en éléments minéraux: c’est la min&uZisation. L’humus se mineralise aussi,
mais beaucoup plus lentement que les, matières organiques fraîches.
Les matières organiques présentes dans’Ûn sol sont plus ou moins decomposées et
on peut les classer selon leur stade d’évolution.
l Les matières organiques libres (ou fraîches) : ce sont les résidus de culture, les
racines, les feuilles d’arbres, les déjections animales, déposés sur le sol ou enfouis
et les corps microbiens. Elles sont peu évoluées et le plus souvent encore visibles,
car non liées à la matière minérale du sol. Elles correspondent aux matières orga-
niques qu’on isole facilement en laboratoire (par sédimentation).
l L’humus : c’est la forme la plus évoluée et la plus stable des matières organiques.
Il constitue de ce fait l’essentiel du stock de matière organique du sol. Il se
transforme lentement en éléments minéraux, 1% à 10% du stock d’humus est
minéralisé chaque année dans les sols tropicaux.
l Les produits transitoires : ce sont toutes les substances issues d’une première
décomposition rapide des matières organiques libres et qui évolueront ensuite en
partie pour donner de l’humus.
L’humus et les produits transitoires constituent ce qu’on appelle les matières
organiques liées car elles sont étroitement associées aux constituants minéraux du
sol, plus particulièrement aux argiles. Dans un sol, la matière organique existe à
tous les stades d’évolution, l’humus représentant la fraction la plus importante en
conditions normales.

Processusd’évolution Selon leur composition d’origine, les matières organiques libres ne suivront pas la
desmatièresorganiques même évolution, mais toutes passeront par les êtres vivants du sol (petits
animaux, champignons, micro-organismes) auxquels elles servent de “nourri-
ture”.
On considère trois grandes étapes dans le processus d’évolution des matières
organiques qui, dans la réalité, se déroulent plus ou moins simultanément.
lère étape : la minéralisation directe (ou primaire)
Les résidus végétaux et animaux sont constitués de différentes substances.
l Celles qui sont faciles à décomposer, comme les sucres, l’amidon, les protéines,
la cellulose. Elles vont être rapidement transformées par les micro-organismes du
sol qui vont, dans un premier temps, se multiplier puis mourir. La décomposition
de ces matières organiques et la mort des micro-organismes aboutissent à la
libération d’éléments minéraux et de quelques substances organiques simples
appelées substances pré-humiques.
l Certaines sont plus difficiles à décomposer, comme la lignine, les graisses, les
résines, les tanins. Elles vont être lentement attaquées par les animaux et micro-
organismes du sol et transformées en divers substances organiques plus simples
(molécules moins complexes).
Cette première étape, rapide, s’accompagne d’une prolifération de micro-organis-
mes et d’une libération d’eau, de gaz carbonique (CO,) et d’énergie (chaleur).

52
Figure 28 : évolution dés
matières organiques dans ORGANISMES
le sol ViVANTS.

. kdMV~T\O~. ’
physico-cltbmqh3

Une grande partie des matières organiques libres sont ainsi transformées en
éléments minéraux : c’est la minéralisation directe. L’autre partie donne de
nouvelles substances organiques qui sont des produits transitoires.
Au cours de cette première étape, les fortes concentrations en carbone provoquent
une forte multiplication des micro-organismes qui ont aussi besoin d’azote (envi-
ron lg d’azote pour 30g de carbone soit UN = 30). Si les matières organiques a
décomposer sont pauvres en azote (C/N c 30), ils utilisent alors l’azote minéral: du
sol, le rendant ainsi indisponible momentanément pour les dlantes;. Ce phénomène
se produit souvent à l’arrivée des premières pluies, au moment de la preparation
des terres et de l’enfouissement des résidus de la culture précédente. Il peut se tka-
duire par un effet dépressif sur les cultures immédiatemr(nt mises en place, ,on
parle alors de “faim d’azote”.
~!
2ème étape : l’humification
Le processus de décomposition que nous venons de décrirè consiste en une
dégradation de molécules complexes en molécules plus simples, minérales !OU
organiques.
‘A l’inverse, l’humification consiste en une construction de molécules de plus en
plus grosses, à partir des molécules simples obtenues par la décomposition des
matières organiques libres.
Ce processus, plus lent, aboutit à la fabrication de produits organiques plus
stables, les substances “humiques” que l’on regroupe sous le nom d’humus.
Lors de cette phase d’humification, une partie des produits transitoires est
intégrée dans la fabrication de l’humus, l’autre partie est minéralisée.

'53
La quantité d’humus qui sera produite à partir d’une quantité donnée de matières
végétales (ou animales) dépend de leur composition. Ce sont surtout les végétaux
riches en lignine, substance constituant le bois, et dans une moindre mesure en
cellulose qui fournissent de l’humus.
Par exemple, si l’on enfouit de l’herbe jeune et verte dans le sol, elle sera
rapidement et totalement minéralisée et ne produira pas d’humus. Par contre, les
tiges de maïs ou de sorgho qui restent après la récolte sur le sol sont riches en
lignine et fournissent beaucoup d’humus.
Sème étape : la minéralisation de l’humus ou minéralisation indirecte
L’humus est relativement stable, mais bien que résistant aux attaques microbien-
nes, il est lentement minéralisé par les micro-organismes car les variations des
conditions physico-chimiques (ex: humidité, température...) le déstabilise : c’est la
minéralisation indirecte.
La part de l’humus stocke dans le sol, qui est ainsi minéralisée chaque année,
dépend essentiellement de la nature du sol, mais aussi des conditions climatiques
et des pratiques culturales. Elle varie entre 2% et 12% dans les sols tropicaux.
La minéralisation nette
L’action des micro-organismes sur des résidus organiques récemment enfouis
dans le sol se traduit à la fois par :
l une décomposition des résidus avec libération de carbone et d’azote minéral: cela
correspond à la minéralisation brute,
. une synthèse de composés humiques (humus) à partir de chaînes carbonées et
d’azote minéral: c’est la réorganisation ou immobilisation.
Le bilan de ces deux processus correspond à la minéralisation nette, soit:
minéralisation nette = minéralisation brute - immobilisations.
l Si la matière enfouie a un rapport C/N inférieur à 20, sa décomposition fournit
plus d’azote que les micro-organismes n’en utilisent. Il y a donc libération d’azote
minéral dans le sol: la minéralisation nette est positive.
l Si au contraire la matière enfouie a un rapport C/N très supérieur a 20, sa
décomposition fournit une quantité de carbone telle que l’azote minéralisé ne suffit
pas à satisfaire les besoins des micro-organismes. Ces derniers utilisent alors
l’azote minéral du sol: la minéralisation nette est négative. L’azote minéral du sol
ainsi immobilisé n’est plus disponible pour les plantes, il le sera de nouveau
ultérieurement au fur et à mesure de la minéralisation de l’humus.

Répartitiondesmatières En général, la couche de terre la plus riche en matières organiques et en humus


organiquesdansle sol correspond a l’horizon travaillé par l’agriculteur et colonise par la plupart des
racines. Cet horizon de surface est en effet celui où sont enfouis tous les résidus
végétaux : on l’appelle Z’horizon humifere, il est de couleur noire ou foncée, d’epais-
seur très variable et correspond en général a la couche du sol la plus fertile.

La gestion de la fertilité des sols passe toujours par le maintien d’un horizon
humifère (ou organique) en surface, le plus important possible.
Lorsqu’un terrain est soumis a l’érosion, cet horizon est le premier a être dégradé
et sa disparition entraîne une chute brutale et très importante de la fertilité. Il est
donc nécessaire de privilégier toute technique permettant le maintien ou la
création d’un horizon de surface riche en matières ,organiques.
Une augmentation de la profondeur de travail du sol aboutit a une dilution
irréversible de la matière organique dans un volume de terre plus grand.
La quantité et la nature des matières organiques présentes dans le sol sont en
constante évolution. Chaque année, une partie de l’humus est minéralisee, mais
il est remplacé plus ou moins par celui qui se forme a partir des résidus végétaux
Profild’un sdl brun vertique sur et animaux déposés sur le sol.
basalte. On distingue l’horizon Ainsi la variation de la quantité d’humus du sol sur une période donnée correspond
supérieur plus sombre, dû à au résultat du bilan suivant : humus produit - humus mineralisé. Un résultat
une concentration plus élevée négatif de ce bilan indique que le stock d’humus du sol décroît, un résultat positif
en matière organique indique qu’il augmente. Le mode de réalisation de ce bilan humique est exposé
(photo J. Cavalié). dans le chapitre 10.

54
PROPRIÉTÉS l Propriétés hydriques : I’humus est hydrophile ; il peut retenir beaucoup plus
DELA FRACTION d’eau que l’argile (jusqu’a 15 fois son poids). Mais il la retient énergiquement et
celle-ci n’est donc pas totalement disponible pour les plantes: Dans les sols pauvres
ORGANIQUEDU SOL en argile, surtout les sols sableux, l’humus aura un rôle très imqortant: augmen-
Propriétésde I’homus ter la capacité de stockage en eau du sol. ,
l L’humus est électronégatif : comme l’argile, les molécules d’humus sont en-
tourées de charges électronégatives. De ce fait, elles sont capables de fixer les ions
positifs. La capacité qu’a I’humus de retenir les cations est plus importante que
celle de l’argile.

Figure 29 : capacité d’échange


cationique de I’humus et de
différents types d’argile.

(1) Voir définition p. 65.

Ainsi, dans un sol pauvre en argile, l’humus permettra d’augmenter la capacité


d’échange cationique (CEC) et donc d’àméliorer l’alimentation minérale des plan-
tes. L’humus peut être floculé, mais plus difficilement que l’argile à cause de
l’épaisse couche d’eau entourant ses molécules. Cependant, le calcium (cation
bivalent Ca++) le flocule en particulier dans les milieux où les saisons sèches et
humides sont bien marquées.

L’argilet Ilhumus= Les micelles d’humus et d’argile sont électro-négatives; elles ne devraient donc pas
le complexe s’associer. Mais cela se réalise par l’intermédiaire de cations tels que le fer (Fe++)
et surtout le calcium (Ca++, plus stable). On parle alors de pont calcique ou pont
argilohumique ferrique. Dans un sol pauvre en argile mais riche en oxydes de fer ou d’aluminium,
l’humus se fixe directement à ces derniers. Cette association argile + humus forme
le complexe argilo-humique (Cf. encadre le complexe argilo-humique).
De cette manière, l’humus protège l’argile contre la dispersion, Ils forment
ensemble un ciment qui, avec les autres constituants du sol, permet la formation
d’agrégats résistants à la dégradation par l’eau. Ainsi, dans certaines terres
sensibles à l’érosion, une forte teneur en humus limitera le phénomène.
Une forte teneur [Link] favorise la formation d’humus Cnumification) et limite
sa minéralisation (surtout en terrain calcaire).

Le rôlede I’humus D’une manière générale, l’efficacité de l’humus sera d’autant plus importante que
dépenddu type de sol le sol est pauvre en argile :
l il permet une meilleure cohésion des agrégats, il améliore la structure du sol ;
l il augmente la rétention de l’eau et des éléments minéraux, surtout dans les sols
sableux ;
l il rend les terres argileuses moins imperméables et plus faciles à travailler
(moins collantes);
l il fournit aux plantes des éléments minéraux lors de sa minéralisation.

Lesmatières Elles augmentent fortement la stabilité strr+cturale du sol (cf. ci-après) mais du fait
organiques.
libres de leur utilisation rapide par les micro-organismes, ce role est temporaire.
Leur évolution est rapide en saison humide, ce qui limite les problèmes qu’elles
peuvent causer, la création d’obstacles aux racines par exemple.
Leur rôle essentiel dans les sols où les agriculteurs n’utilisent pas d’engrais
chimiques est l’immobilisation sous forme organique des éléments nutritifs néces-
saires à la plante et leur libération sous forme mi)nérale.
La minéralisation directe des matières organiques libres et la minéralisation
indirecte de l’humus constituent l’essentiel de l’alimentation des plantes dans la
plupart des sols haïtiens.

55
Les particules d’argile et d’humus, bien que de
LE COMPLEXE même l

signe négatif, peuvent se lier ensemble :


ARGILO-HUMIQUE
-- -c---, n, ,A. --“--<I t?l ,-\.- - ----^d-- 1-b Ha

. par l’intermédiairedes . par l’intermédiairedes . sur les quelques charges positive&


ions Ca++(pont calcique); hydroxydes de Fe ou d’Al; des feuillets d’argile.

lCette liaisonargile-humus est tres resistante,


ainsi I’humus protège l’argilecontre la dispersion.
Lors dune pluie importante par exemple :

. l’argile seule risque de se disperser et d’être en- .’ce risque est très faible s’il y a formation d’un
traînée par ruissellement; complexe argilo-humique.

l L’humus joue donc un rôle de protection contre retour, l’argile ralentit la minéralisation de
la dispersion des cléments fins de sol et limite I’humus.
les risques d’une dégradation par les pluies. En

Elles jouent aussi un rôle important dans les comportements physiques des sols et
améliorent leurs qualités biologiques en étant l’aliment des animaux et micro-
organismes qui y vivent.
Enfin elles protègent le sol contre Yerosion.
Les matières organiques, sous leurs différentes formes constituent la base de la
fertilité chimique des sols haïtiens.

ANALYSER LE COMPORTEMENTPHYSIQUED’UN SOL :


ETUDIERSA STRUCTURE
Quels sont les principaux
l rôles du sol vis-à-vis d’une culture ?
. un rôle de support physique des plantes ; il doit donc favoriser la pénétration des
racines en profondeur,
. un rôle d’approvisionnement en eau des plantes ; il doit être capable de stocker
une grande quantité d’eau et de la rendre disponible pour les racines,
. un rôle d’alimentation chimique des plantes en fournissant les éléments miné-
raux dont elles ont besoin. Ce rôle est lié à celui d’enracinement.

Porter un diagnostic sur un sol, c’est évaluer ses aptitudes à jouer ces différents
rôles en fonction des techniques qui lui sont appliquées.

56
QU’EST-CE QUE LA La structure, c’est le mode d’assemblage dés différents constituants d’une
STRUCTURED’UNSOL? couche de terre à un moment donné.
Les différents constituants-du sol s’associent entre eux de différentes façons :
l les sables et les limons jouent le rôle de squelette,
l les argiles et la matière organique jouent un rôle de ciment.
Cette association constitue des éléments structuraux (ou mottes) de tailles et de
formes variables, et plus ou moins solides (cohérents).
On caractérise la structure d’un sol par :
l la forme et la taille des mottes (éléments structuraux),
l la cohésion de ces mottes, c’est-à-dire leur résistance à la rupture,
l la porosité, c’est-à-dire l’espace occupé dans le sol par des gaz ou des liquides.

La porosité Pour un volume de sol donné, la manière dont sont associées entre elles les
particules élémentaires de la terre et dont sont agencés les éléments structuraux
ainsi formés définit la répartition entre les pleins et les vides, donc la porosité.
Celle-ci joue un rôle important sur :
l la circulation de l’eau et de l’air dans le sol (éléments nécessaires aux racines) ;
l la croissance et le fonctionnement des racines; ’
l la vië biologique dans le sol.
Généralement, les techniques culturales et en particulier le travail du sol, viseront
à favoriser l’aération, la circulation de l’eau, l’enracinement et donc à augmenter
la porosité du sol (saufpar exemple dans certaines rizières où l’on cherche à garder
l’eau en créant un horizon imperméable).
Les cavités ou pores qui constituent cette porosité peuvent être d’origine diffé-
rente.
l La porosité due à l’assemblage des particules élémentaires est une caractéristi-
que de la constitution granulometrique du sol ; c’est la porosité texturale. Par
exemple, dans un tas de sable, cela correspond à l’ensemble des vides existant
entre les grains. Elle est peu modifiable par des agents externes.
l Laporosité structurale est due à l’arrangement entre eux des agrégats. Contrai-
rement à la précédente, elle varie dans le temps sous l’action du climat, des outils,
de la faune et de la flore. Le travail d’une terre à la’houe, par exemple, augmente
la porosité structurale. Dans les parties non travaillées du sol, elle représente une
faible part de la porosité totale.

Figure 30 : porosité structurale


et texbrale.

*‘...* .. ..’ :‘.... . I’.‘.,,


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La porosité texturale intervient dans le stockage de l’eau et sa circulation par des


mécanismes de succion (voir chapître 9).
La porosité structurale est le plus souvent observable à l’oeil. Son influence est
déterminante sur les possibilités d’enracinement, la circulation de l’eau par gra-
vite et sur celle de l’air.

57
LES DIFFÉRENTES La structure d’un sol se modifie sous l’action des outils de travail du sol, du climat,
FORMES DE des racines et de la faune. Leurs effets sont très variables selon la nature du sol,
en particulier selon l’abondance des argiles et de leur état (dispersé ou floculé). En
STRUCTURE effet, ce sont surtout les argiles (avec les matières organiques) qui jouent le rôle de
ciment.
l Dans un sol sableux, pauvre en argile, les constituants du sol sont peu liés entre-
eux. La structure d’un tel sol ne seprésentepas, ourarement, sous forme de mottes,
mais plutôt comme une juxtaposition des particules minérales du sol (comme dans
un tas de sable par exemple). On parle dans ce cas de structure particulaire, sa-
bleuse.
l Dans un sol argileux, au contraire, l’argile lie fortement entre eux les différents
constituants du sol. Si l’on prend entre les doigts une motte relativement sèche, il
est difficile de la casser. Lorsqu’un tel sol présente une structure motteuse, celle-
ci résiste bien à l’action de la pluie, elle est stable.

Structure motteuse obtenue


par un travail du sol à la
4ouchettelb (sorte de bêche
très étroite) dans un sol brun
argileux, Dondon
(photo M. Bonnefoy).

L’observation de la structure d’un soi se fait lors de l’étude de son profil


cultural.
Le profil cultural se définit comme l’ensemble constitué par la succession des
couches de terre, individualisées par l’intervention des instruments de
culture, des racines des végétaux et des facteurs naturels réagissant A ces
actions.
Son étude a pour objet d’observer principalement l’état structural de ces couches
de terre et la façon dont elles sont exploitées par les racines dans le cadre d’un
diagnostic sur la culture en place. On cherche particulièrement a porter un
jugement sur les techniques culturales employées.
Les techniques de réalisation d’un profil cultural sont décrites dans le chapitre 10.
Ne pas confondre le profil cultural avec le profil pédologique. Ce dernier a pour
objet d’identifier les mécanismes? naturels qui ont présidé à la formation et
l’évolution des sols ainsi que de connaître leurs propriétés en vue de leur mise en
valeur. Les horizons pédologiques se distinguent par leur texture, leur structure
et leur couleur.

58
On distingue trois grands types de structure plus ou moins favorables à
la croissance et au développement des plantes.

Lesstructures Les constituants solides du sol sont entassés sans aucune liaison.
particulaires Elles sont le plus souvent défavorables .
l
l Si les constituants qui dominent sont des sables plus ou moins grossiers, la
porosité texturale est importante et le sol est filtrant. Mais il’ne retient ni l’eau, ni
les éléments minéraux.
l Si ce sont les éléments fins qui dominent (sables fins et limons), ils s’accumulent
dans les fissures de façon à réduire au maximum la porosité et le sol est battant
et imperméable.
Dans ces deux cas, le sol est très sensible à l’erosion, surtout s’il est pauvre en
matières organiques.

Lesstructures Les constituants sont liés entre eux, mais en un seul bloc. Il n’apparaît aucune
compactesoucontinues fissure permettant la distinction d’éléments structuraux.‘Elle sont également
défavorables. .
l L’air et l’eau n’y circulent pas suffisamment par manque de porosité. Le sol est
asphyxiant, ce qui est néfaste à la vie des animaux, des microbes et des racines.
l Le sol résiste à la pénétration [Link].
l La plage d’humidité favorable auxravail du sol est réduite.

Lesstructures Les constituants sont liés entre eux sous forme d’éléments structuraux plus ou
fragmentaires moins gros et qui se séparent facilement les uns des autres. Chaque élément
structural est constitué d’un ciment argileux entourant les limons et les sables.
A l’intérieur de ce denier groupe, on distingue une multitude de formes de
structure selon :
l la taille des mottes, du millimètre au décimètre ;
l leur forme : sphérique, prismatique, feuilletée... ;
l leur cohésion (solidité) ;
l la netteté des séparations.
Lorsque l’on prend une motte dune vingtaine de centimètres de diamètre et que
l’on exerce une pression dessus, elle se divise en plusieurs mottes qui à leur tour
se divisent en mottes plus petites et ainsi de suite. On définit ainsi, plusieurs
niveaux d’organisation de la structure dont le niveau supérieur est appelé la ma-
crostructure.
.Les séparations entre les éléments structuraux à chacun de ces niveaux sont plus
ou moins nettes et, pour un sol donné, elles sont plus nettes en conditions sèches.
Les structures fragmentaires sont en général recherchées car elles permettent :
. une bonne circulation de l’eau en profondeur lorsqu’elle est en excès (sauf s’il
existe un horizon imperméable dessous);
l une bonne aération favorable à la vie des racines et des micro-organismes;
l une bonne germination des graines (selon la taille des mottes en surface);
l une pénétration facile des racines.
La notion de structure favorable dépend de la culture à mettre en place.
Au cours des différentes phases de leurs cycles, les plantes n’ont pas les mêmes
exigences.
Germination : pour pouvoir germer correctement, les graines ont besoin d’air et
d’eau, il faut donc que la structure de l’horizon de surface favorise leur circulation,
et permette un bon contact entre les graines et les particules de terre (imbibation).
Semis de riz sur un sol dont la
La structure à rechercher dépend donc de la taille des graines, mais aussi des con-
structure superficielle (lit de
ditions hydriques.
semence) est trop grossière. De
nombreux grains risquent de ne Levée : la structure doit aussi permettre la circulation des fluides. La sortie hors
pas donner de pieds (photo D. du sol des parties aériennes ne doit pas être gênée par la présence de grosses mottes
Mermet). en surface ou de croûte de battance.
Développement et croissance des racines : les racines ont besoin d’air, d’eau et
d’éléments nutritifs. On recherchera unelstructure favorisant la circulation des

59
fluides et la pénétration des racines, en profondeur. On évitera la création
d’obstacle aux racines (voir chapitre 7). Les effets dune structure sur l’enracine-
ment dépendent du type d’enracinement. Lorsque l’organe récolté est la racine de
la plante (tubercule), la structure a une influence particulière.

ETATET On caractérise l’état d’un sol a un moment donné principalement par sa structure.
COMPORTEMENT Le comportement d’un sol est la façon ‘dont il va modifier son Btat (donc sa
structure) sous l’action de facteurs externes. Ainsi, la structure d’un sol, et donc sa
D’UNSOL porosite, sont en constante évolution.
Une augmentation de la porosité a, en général, un caractère favorable aux cultures
(jusqu’a une certaine limite), alors qu’une diminution est le plus souvent défavo-
rable et correspond à une dégradation della structure.

Dégradation
de la structure

Figure 31 : dégradation de la
structure par les pluies :

l La pluie est le facteur essentiel de la dégradation de la structure d’un sol :


. l’impact des gouttes d’eau sur le sol désagrège la structure de surface. Les
éléments fins entraînés par l’eau s’accumulent dans les fissures et les bouchent,
le sol devient imperméable : c’est la battanc~ 8’les sols limoneux y sont sensibles, on
dit qu’ils sont battants ;
. lorsque les agrégats s’imbibent d’eau, ils peuvent éclater d’autant plus facilement
que leur cohésion est faible.
Plus les pluies sont longues et intenses, plus la structure risque d’être dégradée.
. Le tassement, provoqué par le piétinement d’animaux par exemple, diminue la
porosité d’autant plus qu’il a~lieu en conditions humides.
. Une structure dégradée, compacte, rend 1e:sol très sensible à l’érosion en favori-
sant le ruissellement.
l La stabilité structurale
La stabilité structurale d’un sol est sa capacité à résister à la dégradation
de sa structure par les pluies,
Augmenter la stabilité structurale d’un sol, c’est aussi le rendre moins sensible à
l’érosion.
La stabilité structurale dépend de la texture du sol. Les sols où les limons dominent
ont tendance à avoir une structure très instable, à être battants, sauf si la teneur
en matière organique est forte.
Les argiles jouent un rôle important et en particulier la montmorillonite : plus la
teneur en argile est Blevee, plus la structure du sol est stable. Mais le rôle des
argiles varie selon la nature des cations fixés :
. le calcium (Ca++) flocule l’argile et rend ainsi la structure du sol très stable ;
. au contraire, le sodium (Na+) a pour effet de disperser les micelles d’argile en s’en
écartant pour former de la soude avec l’eau. Les terres riches en sodium sont donc
particulièrement instables. C’est le cas des sols de plaines proches de la mer.

60
Les matières organiques ont pour effet d’accroître la stabilité structurale des sols.
Les produits transitoires ont une efficacité supérieure à celle ,de l’humus. Les
substances libérées lors de la décomposition des matières organiques libres et les
microbes qui proliferent à ce moment enrobent les agrégats de terre et les rendent
moins mouillables.
L’humus joue un rôle en constituant avec l’argile un complexe argilo-humique qui
lie entre eux les constituants du sol.
L’intensité de la dégradation de la structure du sol dépend :
. de la stabilité structurale du sol,
. de la somme des pluies reçues depuis le dernier travail du sol et de leur intensité,
. de l’état initial du sol : une structure émiettée se dégrade plus vite, dans les
mêmes conditions, qu’une structure plus grossière.
l Protéger la structure et limiter les risqués d’érosion,
Plusieurs techniques peuvent être utilisées, :
. apports réguliers de matières organiques ;
. paillage pour protéger contre l’effet de choc dès gouttes de pluies ;
. éviter de laisser un sol nu, surtout en saison pluvieuse ;~ ~
. éviter les excès d’eau, par exemple en cultivant sur buttes ou billons ;
. limiter le ruissellement sur les pentes par’des aménagements ‘anti-érosifs. ~

Régénération de la Une structure fragmentaire se crée sous l’action du climat, des racines,, des outils
et correspond à une augmentation de la porosité par fkuration du sol. ~
structure,formation
d’unestructure l Action du climat
fragmentaire Ce sont les alternances d’humectation et de dessication du sol qui sont a l’origine
de la fissuration du sol. L’aptitude d’un sol à se fissurer est liée aux variations de
volume que subissent les argiles selon leur humidité.
Elle dépend :
. dé la teneur en argile du sol et de la nature minéralogique de cette argile, la
montmorillonite étant la plus sensible aux variations de volume,
. de la teneur en matière organique qui joue un rôle régulateur : elle diminue
l’aptitude à la fissuration d’un sol riche en argile et augmente celle des sols qui en
sont moyennement pourvus.
Cette action du climat est spectaculaire sur les uertisols que l’on trouve souvent en
bas des pentes ou dans les zones d’accumulation.
Lorsque la teneur en argile gonflante dépasse 40%, cette fissuration atteint aussi
bien les couches profondes que les couches superficielles.
l Action des racines
Les racines, surtout celles des graminées, sont un moyen efficace d’améliorer la
structure de l’horizon superficiel du sol. Elles fragmentent le sol en s’introduisant
dans les moindres fissures qu’elles agrandissent et qu’elles laisseront libres en
mourant l’année suivante. Elles créent des zones préférentielles d’humectation-
Figure 32 : régénération de la dissécation dans les horizons qu’elles colonisent.
structure du sol par le climat.
l Action de la faune
Figure 33 : facteurs influençant Les animaux vivants dans le sol, vers, insectes, larves, en créant des galeries
le comportqent du sol sous augmentent la porosité du sol. Les micro-organismes
- jouent aussi un rôle sur la
l’actiond’Ainoutil.. structure en décomposant les matières organiques.

1
ETATSTRUCTIJRRL w El-ATFINAL
INITIAL m wwh&Jn
deY laporositi

61
Actiondes outils La préparation des terres à l’aide d’outils (houe, machette, charrue) a plusieurs
sur la structuredu sol objectifs possibles :
. la suppression des mauvaises herbes, qui peuvent être soit enfouies, soit brûlées,
soit mises en tas,
. la création d’une structure favorable à la germination des graines,
. la création dune structure favorisant la croissance des racines,
. l’enfouissement des graines, l’incorporation d’éléments fertilisants...

Travail du sol à la charrue Dans de nombreuses situations en Haïti, la préparation des terres consiste à
tractée par deux bovins supprimer les adventices et les résidus de la culture précédente et à créer un lit de
(labeur) à la plaine du Nord. semence en ameublissant le sol sur 3 ou 4 cm.
Dans d’autres situations, c’est l’ameublissement d’un grand volume de terre qui
Travaildu sol à la houe, en est recherché par un travail du sol plus profond (10 à 20 cm) ou la constitution de
équipe dans les rizières,
buttes.
Grison-Garde, plaine du Nord
Quelques soient les objectifs assignés au travail du sol, il aboutit à une modifïca-
(photo M. Bonnefoy).
tion de la structure du sol plus ou moins prévue.
Différents outils n’auront pas les mêmes effets sur la structure (types de houe,
types de charrue, état des outils).
Un même outil n’aura pas les mêmes effets sur la structure selon (fig. 33) :
. la façon de faire de l’agriculteur,
. la nature du sol,
les conditions d’humidité du sol et son état structural lors de l’utilisation de
i’outil.

. Lorsqu’un sol est très peu humide, sa cohésion est forte et sa plasticité est faible.
Les mottes se cassent très difficilement et le travail du sol demande une énergie
très importante.
. A une humidité moyenne, la cohésion diminue et le sol devient légèrement
plastique. Les mottes sont beaucoup plus faciles à casser et la fragmentation est
plus importante.
. Lorsque le sol est très humide, la cohésion est réduite et il devient plastique. La
terre colle aux outils, les mottes peuvent se souder les unes aux autres, les outils
créent des lissages, la porosité des élémentssstructuraux peut être diminuée (cf. fig.
23).
Ainsi, le travail du sol n’a pas toujours un effet positif sur la structure du sol, c’est
le cas par exemple du labour réalisé dans les rizières inondées.

62
Paysan sarclant au “couteau
digo” (photo G. de Laubier).

Semis de mil en paquet sans


aucun travail du sol A la plaine
de Larbre
(photo M. Bonnefoy).

Figure 34 : schéma des


hypothèses de comportement
des sols de Colombier.

/Yewii&ww$horizonpouflreux

SAISON
HUMIDE

,
I ,, 8’ ‘j, ::

La fertilité:chimimque
/
d’un sol ’

ORIGINE ET NATURE Les plantes puisent dans le sol les éléments minéraux dont elles ont besoin. Ces
DE~ÉLÉ~IIENT~ cléments existent sous différentes formes qui ne sont pas toutes assimilables par
les plantes.
MINÉRAUX Les éléments minéraux peuvent se trouver dans le sol soit :
l sous forme insoluble, combinés à des fragments de roche ou à des matières
organiques; ils constituent ainsi les réserves du sol,
l sous forme soluble dans la solution du sol,
* échangeables, fixés sur le complexe adsorbant.
Ils sont absorbés par les racines sous forme minérale simple (ionique), et pour la
plus grande partie sous forme dissoute dans la solution du sol. Une faible part est
puisée par contact direct des racines avec les particules du sol.
Pour une bonne alimentation des plantes, il donc est nécessaire que la concentra-
tion de la solution du sol en éléments minéraux soit importante.
On distingue les éléments qui se trouvent dans la solution du sol, sous forme de
cations (chargés positivement) de ceux qui s’y trouvent sous forme d’unions
(chargés négativement);
l principaux cations : K+, Ca++, Na+, Mg++, NH,’
l principaux anions : NO,-, SO,--, PO,---.
Leur origine peut être :
. minérale : provenant de l’altération des minéraux constitutifs des roches mais
aussi des engrais,
. ‘organique : provenant de la minéralisation des matières organiques (animales ou
végétales). Les réserves du sol en N et S sont essentiellement organiques.
Généralement, on classe les éléments minéraux en fonction des quantités qu’en
absorbent les plantes.
l Les éléments majeurs ou macro-éléments :
. le phosphore (P), l’azote (N) et le soufre (S) se trouvent dans la solution du sol sous
forme d’unions ;
. le potassium (K), le calcium (Ca) et la magnésium (Mg) sont dans la solution du
sol sous forme de cations.
Parmi ces six éléments, les plantes prékvent en plus grande quantité l’azote, le
potassium et le phosphore qui constituent donc la base de la fertilisation minérale.
Les trois autres éléments (Ca, Mg et S) sont aussi très importants bien que prélevés
en moindre quantité. Ils entrent dans la composition de certains engrais (sulfate
de potassium - phosphore bicalcique).
l Les oligo-éléments sont-prélevés en très faibles quantités par les plantes, mais
sont indispensables àleurbonfonctionnement. L’insuffisance d’un de ces éléments
peut provoquer une carence. Les principaux sont : le fer (Fe), l’aluminium (Al), le
manganèse (Mn), le cuivre (CU), le zinc (Zn), le cobalt, le bore, le molybdène.
Certains se trouvent en grande quantité dans le sol comme le fer, l’aluminium, le
silicium, le chlore.

64
LES ECHANGES D’IONS ENTRE LE COMPLEXEADSQRBANT
ET LA SOLUTION DU SOL
~,
Le complexe adsorbant est l’ensemble des particules solides du sol qui
sont capables de retenir les ions grâce aux charges électriques (ou sites)
qu’elles portent.
Il est constitué :
. des particules argileuses et des matières organiques liées (humus). Ces particu-
les sont charges négativement et s’associent pour former le complexe argilo-
hu+que (cf. p. 55). Ce complexe retient essentiellement des cations.
. des hydroxydes de fer et d’aluminium, chargés positivement et qui retiennent les
anions, essentiellement le phosphore : PO,--- . Ils se trouvent en très grande
quantite dans les sols ferralitiques.
,’
DE~ÉCHANGES Le potassium peut être rétrogradé : les ions K+ peuvent s’introduire entre les!
PERMANENTS feuillets d’argile et s’y fixer. Il sont alors retenus très énergiquement et deviennent
très difficilement échangeables.
Echangesde cations
La présence d’humus limite ce phénomène de rétrogradation (mécanisme impor-
tant avec des argiles du type Illite).
La Capacité d’Echange Cationique (CECI est la quantité maximale de
cations de toutes sortes qu’un poids déterminé de sol est capable de
retenir. Elle correspond autrement dit au total des charges négatives des
particules du sol. La CEC est d’autant plus importante que le sol est riche en
argile et en humus.
Figure 35 : échanges de . .*...
cations.
1- Echanges rapides entre
les ions de la solution et ceux
adsorbésen surface.
2- Echanges plus lents entre
les ions adsorbés en surface
et sur les sites internes.

Figure 36 : fixation des ions


PO;-- sur lezcomplexe argilo-
humique.

Echangesd’anions Les anions phosphates ‘(PO;--) sont les seuis qui sont très bien retenus par le
complexe adsorbant. Les autres sont entraînés facilement par les eaux de drai-
nage, on dit qu’ils sont “lessivés” (NO;, Cl, SO,--).
Les ions phosphates sont retenus de différentes façons :
. par les quelques charges positives du complexe argilo-humique ;
.. par les hydroxydes de fer et d’aluminium,, particulièrement en sol acide (sols
-ferralitiques) ;
. en sols neutres ou calcaires par l’intermédiaire d’ions Ca++ qui forment des “ponts
calciques”.
Dans certains sols,les ions phosphates sont retenus très fortement, ce qui rend très
.
difficile l’alimentation phosphatée des plantes :
. dans les sols calcaires et basiques (pH > S), le phosphore peut être fixé sous forme
insoluble (phosphate tricalcique) et être indisponible pour les plantes. C’est le’cas
des rendzines, nombreuses en Haïti sur pente calcaire ;
. dans les sols riches en hydroxydes de fer et d’aluminium, le phosphore, est
fortement retenu et en grande partie sous des formes non assimilables par les
plantes. Ce phénomène de rétrogradation du phosphore est d’autant plus impor-
tant que le sol est pauvre en matières organiques (sols ferralitiques).

,65
MAINTIEN Lorsque la concentration de la solution du sol en un élément diminue, le complexe
D’UN ÉQUILIBRE ENTRE adsorbant libère une certaine quantité de cet élément jusqu’à obtention d’un nou-
vel équilibre. Cette diminution peut être due par exemple à l’absorption de cet élé-
LE COMPLEXE ment par les racines des plantes où à son lessivage par les eaux de drainage.
ADSORBANT ET LA Inversement, lorsqu’on apporte un engrais soluble, une partie desionslibérés dans
SOLUTION
DU SOL la solution va se fixer sur le complexe adsorbant jusqu’à équilibre.
Plus les possibilités d’adsorption du complexe adsorbant sont importantes, plus sa
saturation nécessite de grandes quantités d’ions. Pour K+ les possibilités d’adsorp-
tion sont fonction de la richesse du sol en argile et en humus. Pour PO,--- elles
dépendent de la saturation du complexe argile-humique en Ca++ ou de la richesse
du sol en hydroxydes de fer et d’aluminium.
Dans des sols argileux, la concentration de la solution en cations n’augmente que
très lentement.

Fig. 37: relation entre la


richesse de la solution et le
degré de saturation du
complexe adsorbant pour
différents types de sol.

Ainsi, le sol s’oppose à toute cause tendant àmodifier la composition de sa solution.


Ce mécanisme est d’autant plus fort que le sol est riche en argile et en humus.
Les différents ions ne sont pas retenus avec la même- intensité par le complexe
adsorbant. Les lois déchanges entre les différents ions sont très complexes et ne
seront pas abordés ici. Cependant, on peut retenir un ordre préférentiel de fixation
valable pour la majorité des sols :
H+>Ca++>Mg++>K+ >NH,+>Na+.
L’ions H+ est retenu plus facilement que l’ion Ca++, lui-même prioritaire sur l’ion
Mg++... Par exemple, en sol acide la plupart des sites du complexe sont occupes par
des ions H+ et les autres cations sont peu retenus.

MESURES DE LA CEC L’importance du complexe adsorbant d’un sol correspond à la mesure de sa CEC
ET DU TAUX (T, dans les analyses de sol):
Elle s’exprime en milliéquiualents pour 100 g de terre. C’est cette, unité qui est
DE SATURATION utilisée dans la plupart des analyses de sol.
L’équivalent d’un corps est le rapport de sa masse atomique sur sa
valence. Le milliéquivalent (mes) en est le millième.
Par exemple, un sol qui a une CEC de 20 meq pourrait retenir :
. en Na (monovalent) : 20 meq x 23/1= 460 mg de Na pour 100 g de terre,
. en K (monovalent) : 20 meq x 39/1= 780 mg de K pour 100 g de terre,
. en Ca (bivalent) : 20 meq x 40/2 = 400 mg de Ca pour 100 g de terre,
. en Mg (bivalent) : 20 meq x 24/2 = 240 mg de Mg pour 100 g de terre.
La CEC d’un sol est stable, elle dépend du taux et de la nature des argiles et de
l’humus du sol. Elle est trés forte pour les argiles du type “montmorillonite” que
l’on trouve, par exemple, en grande proportion dans les vertisols.
Dans les sols rouges ferralitiques, la CEC est très faible (peu d’argile) et dépend
essentiellement du taux de matière organique.
La somme des bases échangeables (S) est la quantité de cations métalli-
ques échangeables, fixés sur le complexe à un moment donné. Elle
s’exprime également en meq pour 100 g de terre. La différence T-S représente donc

66
la quantité d’ions’H+ fixés sur le complexe.
Le taux de saturation (v) est le rapport entre la somme des bases
échangeables et la CEC. Il s’exprime en pourcentage : V = S/r x 100.

Cette relation ne peut-être établie que pour des Les analyses de cinq sols du transect
RELATIONENTRE sois de même type, ayant des argiles de même “Colombier”, à la Pla)nede Larbre mettent ausli
LE TAUX nature et des teneurs en mati&es organiques en Rvidencecette relation
proches. (sdls alluviaux calcaires) :
D’ARGILE Ainsi, pour les sols non-calcaires(CaCO, < 5%)
ET LA CEC de la plaine des Gonaïves, il a été montré
une relation entre la CEC et le taux d’argile
granulométrique : CECul meq _’,’

Relation entre la CEC l pourlOOgd~5d


,..’
:
,.;’

et la teneur en argile des sols Argile en % CEC en m.e.q. ,’


....

non-calcairesde la plaine pour 100 g de sol .


;
:.
.’
des Gonaïves. :;
:
lOà20 20 à 25
Relation entre les CEC ,:
:’
.
et les teneurs en argile de sols
20 à 30 30 à 40
de la plaine de Larbre.
30à40 45à55 1
(0% 20 30 40

40 à 50 50 à 65

LEPHDU SOL Comme pour les autres cations, il existe dans le sol un équilibre entre les ions H’
dans la solution et ceux fixés sur le complexe adsorbant.
ETSESVARIATIONS:
ÉCHANGESD’IONSH+ Rappels
Lorsqu’on mesure le pH d’un sol, on mesure la concentration en ions H+ de sa
solution. Mais celle-ci est influencée par le complexe adsorbant.
1
pH = log
concentration en ions H+

La concentration en ions H+ de l’eau pure est del/lO’ion-gramme, son pH est de 7.


Lorsque le pH d’un sol est voisin de 7, on\dit qu’il est neutre. Si le pH est inférieur
à 7, le SOIest acide. A pH 6, la solution du sol contient 10 fois plus d’ions H+ que l’eau
pure. Si le pH est supérieur à 7, le sol est basique (ou alcalin). A pH 8, la solution
du sol contient 10 fois moins d’ions H+ que l’eau pure.
Le pouvoir tampon d’un sol est sa capacité à résister à une variation de pH. Cette
capacité est d’autant plus forte que le complexe adsorbant est important, ,donc
capable de libérer ou de fixer de grandes quantités d’ions H’. Le pouvoir tampon
d’un sol argileux ou humifère est fort, celui d’un sol sableux est faible.
Il existe une certaine corrélation entre le pH d’un sol et son taux de saturation. En
effet, lorsque le complexe est saturé en bases échangeables, il ne reste plus de place
pour les ions H+. Cette corrélation est ma?quée pour les sols acides ou basiques
mais n’existe pas pour les sols voisins de la neutralité.
.‘Les sols ferralitiques lorsqu’ils sont pativres en matières organiques sont très

67
acides. Leur pH est souvent inférieur à 6 et leur taux de saturation est faible. Les
cations échangeables sont très facilement lessivés par les eaux de drainage.
l Les “rendzines” sont des sols très calcaires. Leur pH est souvent supérieur à 8
et leur taux de saturation égal a 100%. Mais, le complexe adsorbant est sature en
grande partie avec des ions Ca++ issus de la roche. Pour cette raison, dans ces sols
l’alimentation des plantes en potassium (K+) et magnésium (Mg++) est souvent
diffkile.

Figure 38 : valeurs de CEC (T),


sommes de bases Type de soi SI V
échangeables (S), taux de et lieu de pr618vement somme& des S/T
saturation (V) et pH de bases échang. taux de
quelques sols haïtiens saturation
(horizons de surface : 0 à 10 cm).
Presqu’île Sud, versant N.

l sol bauxitique sur calcaireérodé


(Moneyron) 2,75 894
l sol bauxitique sur colluvions
(Moneyron) 2,26 7,6
lrendzine sur calcaire
(Mathurin) 41
lsol fersiallitique
(plateau Astrie) 42 42
l vertisol à argile gonflante
(Madian) 63 63

Plaine du Nord-Grison-Garde

lsol sur alluvions provenant de


mornes basaltiques 26 87%

Plateau central : périmètre irrigué


de St-Raphaël

lsol sur alluvionscalcaires


peu évoluées 30

l sols bruns calcaires

Dans les sols termes sur matériau talc ! par les ions calcium.

LA DYNAMIQUEDES ELEMENTS NUTRITIFS D,EBASE DANS LE SOL


LE P()OL ALIMENTAIRE Le pool alimentaire correspond à l’ensemble des ions présents dans le sol et
rapidement assimilables par les plantes, ce sont :
. les ions dissous dans la solution du sol ;
. les ions fixés sur les sites externes du complexe adsorbant et qui peuvent être
rapidement libérés dans la solution.
Au fur et à mesure que les plantes puisent-dans le sol les éléments dont elles ont
besoin, la terre située autour des racines s’appauvrit. Les mouvements d’ions dans
le sol permettent alors d’enrichir de nouveau ces zones.
Les ions se déplacent de deux manières :

68
. soit entraînés par les mouvements d’eau dans le sol : drainage en profondeur
(lessivage), vers les racines grâce à I’évapotranspiration.
. soit par diffusion dans la solution du sol (sans qu’il y ait mouvement d’eau) d’une
zone à forte concentration vers une zone où le sol est appauvri.
Les déplacements par diffusion se font sur de faibles distances :
. de l’ordre du millimètre pour POL- ;
. de l’ordre du centimètre pour K+ ;
. de l’ordre du décimètre pour NO,- ;
Il est donc nécessaire pour une bonne alimentation des plantes en éléments
minéraux que les réserves du sol soient importantes, mais aussi :
. que le sol soit humide pour faciliter les mouvements d’ions ;
. que le système racinaire soit dense et développé.
Les sols ferralitiques de plateaux sont très filtrants de par leur structure et sont
soumis à une pluviométrie importante. Les ions mobiles comme la potasse et
l’azote sont facilement entraînés en profondeur par les eaux de drainage et sont
perdus pour les cultures.

LESCYCLESDESÉLÉ- Les [Link] solution sont régulièrement prélevés par les plantes, mobilisés par les
MENTSMINÉRAUX micro-organismes ou lessivés en profondeur. D’où viennent les ions qui réalimen-
tent en permanence le pool alimentaire ?
Pour l’azote (N) et le soufre ($9, l’essentiel du stock du sol est sous forme organique,
leurs cycles sont donc liés à celui de la matière organique. Pour le phosphore (P)
et le potassium (K), il y a des réserves minérales qui libèrent des ions p’ar
solubilisation.

Les différentessources Les matières organiques en libèrent lors de leur minéralisation (Cf. p. 52). Le
l

d’ionsK+et PO,--- potassium est très rapidement libéré sous forme ionique. Par contre le phosphore
est soumis comme l’azote à un cycle de minéralisation et de réorganisation par les
micro-organismes (Cf. ci-après le cycle de l’azote).
l Les minéraux primaires (issus des roches) lors de leur altération peuvent aussi
en libérer, surtout dans les sols jeunes, peu épais et sur roche cristalline (basalte).
l Dans les sols calcaires, le phosphore à tendance à précipiter sous forme peu
soluble. Une légère acidification peut libérer quelques ions phosphates.
l Les engrais en libèrent plus ou moins rapidement selon leur solubilité.
l/ Certains micro-organismes, associés aux racines, permettentl’utilisationpar les
plantes d’éléments présents au départ sous forme peu assimilables.
L’azote du sol est d’origine organique ou atmosphérique. Contrairement au
calcium, au phosphore, au potassium, l’azote ne provient pas de la dégradation des
‘roches.
1

Trois sources et trois l Les trois sources d’azote


formesd’azote 1) Les matières organiques sont les principales réserves d’azote du sol :
. l’humus ;
. les matières organiques enfouies, plus ou moins décomposées ;
. les micro-organismes morts et les racines restant dans le sol.
2) L’azote de l’air est fixé par des micro-organismes qui le libèrent ensuite dans le
sol.
Ainsi les légumineuses vivent au niveau de leurs racines en symbiose avec une
batterie (Rhizobium). Cette association permet à ces plantes d’utiliser l’azote
atmosphérique fixé par les bactéries. De ce fait, elles ne nécessitent qu’une faible
fourniture en azote (au départ) et de plus la culture suivante bénéficiera de l’azote
contenu dans les résidus de cultures lors de leur minéralisation.
Les pluies entraînent en faible quantité de l’azote de l’air et le libèrent dans le sol.
3) Les engrais azotes sont synthétisés à partir de l’azote de l’air ou issus de déchets
organiques.

69
.

. . . . . . . . . . . . . . . . ..i I
Figure 41 : cycle de l’azote
au niveau d’une parcelle

eh+. PV
colGfillsntto
,....:[Link]
...,,
. du sol

l .Les trois formes d’azote dans le sol


L’azote contenu dans les matières organiques constitue la réserve en azote du sol.
La plus grande partie se trouve dans l’humus stable qui contient en moyenne 5%
d’azote. Chaque année, une quantité d’azote est libérée1 dans le sol lors de la
minéralisation des matières organiques fraîches et de Ilhumus par les micro-
organismes.
Cette minéralisation se produit en deux temps.

Figure 42 : minéralisation de azote organique -NH;- (NO,) - NO,


l’azote
azote azote azote
ammoniacal nitreux nitrique
I
1 I
(1) ammonification (2) nitrification

1. Durant l’ammonification,il y a libérationdans le sol d’ions NH; à partir des matiéres organi-
ques. Cet azote ammoniacal est une forme transitoire, soluble dans la solution du sol et retenu
par le complexe adsorbant.
2. Les ions NH,+sont transforméspar les micro-organismesdu sol en ions NO; (lesnitrates),c’est
la nitrification. Les anions NO; sont très solubleset ne se fixent pas sur le complexe adsorbant.
Ils sont facilement [Link] plantes sont capables d’assimilerl’azote minéral sous ces
deux formes mais utilisent préférentiellement l’azote nitrique (NO;).
C’est la forme la plus fréquente dans le sol sauf lorsque les conditions de milieu sont peu
favorables à la nitrification.

71
l Les conditions de la nitrification
L’ammonifïcation a lieu dans la plupart des conditions, par contre, la nitrification
en nécessite de particulières. Ce sont celles qui favorisent la vie des bactéries
nitrifïantes :
. présence indispensable d’oxygène ;
. humidité du sol suffisante ;
la température optimale est de 25°C. La nitrification s’arrête lorsqu’elle est
inférieure à 5°C ou supérieure à 40°C ;
. le pH optimal est voisin de la neutralité. La nitrification est inhibee lorsque le pH
est inférieur à 5 ou supérieur à 9.
La libération de nitrates dans les sols haïtiens a lieu surtout au début de la saison
des pluies (humidité suffkante), en particulier après la préparation des terres
(aération du sol, enfouissement des matières organiques, élévation de la tempéra-:
ture du sol).

Lorsque les conditions sont mauvaises, ce qui est le cas des sols hydromorphes par
exemple, il peut y avoir accumulation de NH,’ ou NO; qui peuvent être alors
toxiques pour les plantes, les pertes sont alors surtout sous forme gazeuse.
Dans la réalité, on ne sait jamais très bien quand et quelle quantité d’azote est
nitrifiée dans un sol.

Comme nous le verrons par la suite, l’alimentation minérale d’une culture ne


dépend pas seulement de la richesse du sol en éléments minéraux mais aussi de
l’enracinement (profondeur et densité des racines) qui détermine le volume de,
terre exploitée.
Les besoins journaliers d’une culture varient au cours du temps avec son stade de:
développement (pour le riz par exemple ils sont maximaux durant la montaison).
La satisfaction de ces besoins dépend de la disponibilité instantanée des éléments,
minéraux.
Enfin la notion de richesse d’un sol est très relative, elle dépend des cultures, qui’
ont des exigences différentes, et des objectifs de rendement que l’on se fixe.

72
.Lessols h@itiens
et I’agricu;lture
Il existe en Haïti, une grande diversité de sols plus ou moins favorables à
I’agriculture.
Dans les limites de leurs possibilités, les paysans adaptent leurs systèmes de
culture aux, types de sol qu’ils cultivent. En effet, à chaque type de sol correspond
des contraintes dont il faut tenir compte. Connaître les caractéristiques d’un, ,sol
permet aussi de mieux comprendre comment un paysan choisit les espèces qu’il
cultive et les techniques culturales qu’il applique.
Dans la majorité des situations en Haïti, la faible fertilité des sols est une des
principales contraintes à l’obtention de rendements corrects. Elle constitue donc
1’
un problème urgent à résoudre.
Malheureusement, les sols haïtiens n’ont fait l’objet d’études approfondies que sur
quelques régions limitées. L’agronome devra donc le plus souvent se passer
d’analyse de laboratoire et privilégier les observations de terrain.
Les caractéristiques d’un sol dépendent de son histoire, c’est-à-dire des conditions
de sa formation. Les trois séries de facteurs qui conditionnent la formation des sols
sontleclimat,le~reliefetlanaturedelarochedontils sontissus. Lateneuren argile
d’un sol et la nature de cet argile jouent un rôle essentiel dans son comportemekk.
Connaître les conditions de formation net d’accumulation des’ argiles permet ‘de
savoir si, sur un terrain donné, le sol en est constitué.
Ainsi, en resituant une parcelle dans son milieu, on peut connaître facilement son
type de sol et ses principales caractéristiques agronomiques. Quelques observa-
tions et une discussion avec le paysan sur le comportement de sa terre perméttent
ensuite d’affiner le diagnostic. ~ :
Enfin, il faut tenir compte du fait que l’agriculture modifie Iles conditions dévolu-
-tien des sols, notamment en favorisant l’érosion, ou en modifiant ses propriétés par
ses modes de gestion des matières organiques.

LA FORMATION DES SOLS ET LEUR EVOLUTION


Lorsqu’une roche affleure, elle est progressivement colonisée par la végétation,
d’abord herbeuse, puis arbustive, puis arborescente si le climat est suffisamment
humide. Les effets cumulés du climat et de la’végétation faisant évoluer le sol, de
nouveaux types de végétaux pourront se mettre en place jusqu’à une relative
stabilité correspondant à un type de sol associé à un climat et à un type de
végétation. L’agriculture rompt cet équilibre, modifiant les processus d’évolution
des sols (déboisement par exemple).
Il est nécessaire de bien distinguer les processus de pédogenèse, de ceux de
morphogenèse :
l la pédogenèse concerne la formation d’un sol par dégradation et altéra-
tion d’une roche sur place ;

73
l la morphogenèse concerne les modifications dues à des déplacements
de matériaux tels que l’érosion (départ) et le colluvionnement (apports).
Ainsi, sur une forte pente sans végétation, au fur et à mesure que le sol se forme
(que la roche se dégrade), les éléments fins sont entraînés par les eaux de
ruissellement : le sol est constamment “rajeuni”. En bas de la pente, en revanche,
les éléments fins s’accumulent sans cesse, le sol est profond, mais n’évolue guère,
car il est régulièrement recouvert de nouveaux éléments ; il est aussi constamment
rajeuni.
Dans cet exemple, le processus de morphogenèse domine sur celui de pédogenèse.
Les sols dépendent en premier lieu du type de matériau à partir duquel ils ont été
formés : la roche-mère.
Paysage de mornes calcaires
Les trois grands types de formation géologique que l’on rencontre en Haïti sont :
aux formes arrondies
(la Vallée de Jacmel). l les roches calcaires : ce sont des matériaux sédimentaires, déposés par la mer
il y a plusieurs millions d’années. Une classification de ces roches est faite en
Paysage de mornes
fonction de leur composition et de leur résistance à la dégradation par le climat
basaltiques aux pentes abrup-
(calcaire dur ou tendre) ;
tes et aux arêtes vives. Seuls
les fonds de ravines sont l les roches basaltiques : ce sont des roches éruptives, issues d’un volcanisme
boisés, région de Jacmel très ancien. Leur dégradation est assez rapide (plus rapide que la plupart des
(photos M. Bonnefoy). roches calcaires) ;

. les alluvions : formées beaucoup plus récemment par l’accumulation, dans les
,vallées fluviales ou les plaines d’épandage,, de particules fines arrachees par l’eau
aux mornes calcaires ou basaltiques. Ces particules, transportées sur de courtes
distances et accumulées à mi-pente ou en bas de pente constituent des colluvions.
Ces matériaux se distinguent par leur composition chimique, qui jouera directe-
ment sur les caractéristiques chimiques des sols formes (donc sur l’alimentation
minérale des plantes) et aussi sur leurs caractéristiques physiques.
Ils se distinguent aussi par leur résistance à la degradation et l’altération. Dans
les mêmes conditions pédogénétiques, certaines roches se dégraderont plus rapi-
dement, formant un sol plus profond. Enfin leur perméabilité jouera aussi un rôle,
I’eau étant le facteur principal d’évolution’ d’un sol.

74
ORIGINE La fraction minérale des sols provient dei la transformation des roches qui
ETÉVOLUTION subissent une désagrégation physique et une altération chi+que~sous l’action du
climat et de la végétation.
DELA FRACTION Parallèlement, des déplacements d’éléments se produisent à l’intérieur du sol,
MINÉRALE modifiant sa constitution.

Désagrégation Elle se produit sous l’effet :


physiqueet mcicanique . des fortes variations d’humidité ;
. des variations de températures ;
. des racines d’arbres qui s’introduisent dans les fissures des roches.
Le vent et la pluie jouent un rôle en déplaçant les matériaux (ruissellement
SuStout).
Ainsi, il se produit une fragmentation de la rpche-mère donnant des particules de
différentes tailles : les sables, les limons et les argiles granulométriques.

Altérationchimique Elle provoque une transformation des minéraux primaires (constitutifs de la


roche) et une formation de minéraux secondaires (synthèse des argiles). Elle
aboutit à la formation d’un ensemble de produit solubles ou pâteux, le complexe
d’altération, qui contient :
. des éléments solubles : sels de cations (Ca++, Mg++, Na+...) qui seront soit lessivés,
soit fixés sur les argiles ou l’humus ;
. les hydroxyde6 de fer ou d’aluminium ;
. les argiles qui fixent à leur surface les cations et les hydroxydes de fer et
d’aluminium.
On retrouve ici les éléments constitutifs du lcomplexe adsorbant.
Le facteur essentiel d’altération est l’eau gui entraîne dans le sol de l’oxygène, du
gaz carbonique et les acides provenant de la décomposition des matières organi-
ques. L’altération, comme toute réaction chimique, est d’autant plus rapide que la
température est élevée. Elle est très intense sous climat chaud et huniide
‘(tropical).
Elle est d’autant plus active en Haïti que l’on monte en altitude (pluviométrie plus
importante). Elle est plus réduite dans les plaines semi-arides comme la plaine des
Gonaïves par exemple.

Figure 43 : mécanismes de
la formation des sols
ROCHEMÈRE
mAth-;AMxdwhjlne

durs
c6ilcM.s
[Link]&s
brasdès
fllhions
cdluviom

75
Déplacements l Migrations descendantes : c’est un phénomène très important dans les sols
d’élémentsh l’intérieur haïtiens qui conditionne leur fertilité chimique et physique. L’eau qui s’infiltre
dans le sol entraîne avec elle les éléments solubles ou en suspension (minéraux
du sol d’altération).
Ceux-ci peuvent, soit être déposés plus profondément dans le profil, soit être
entraînés hors du profil. Dune manière générale, on parle de lessivage. Cela
concerne par ordre décroissant : les cations (Na, K., Ca, Mg...), la silice (minéral
constitutif des argiles), les oxydes de fer ou d’alumine, les argiles.
Nous verrons plus loin que l’intensité de ce phénomène détermine les caractéris-
tiques des différents types de sols haïtiens.
Les déplacements descendants sont plus ou moins importants selon :
l le drainage : c’est la quanttité d’eau qui s’infiltre en profondeur dans le sol. Il
dépend du climat et correspond à la pluie moins l’évapotranspiration (D = P - ETP).
Il dépend aussi de la pente : plus la pente est forte, plus grande est la proportion
d’eau reçue qui ruisselle (et ne s’infiltre donc pas). Il dépend aussi de la perméa-
bilité du sol et de la roche ;
l la nature de la roche : dans les sols très calcaires, les argiles restent floculés par
le calcium et ainsi retiennent les cations ; le lessivage est moindre ;
l E’humus : il fixe les cations, les hydroxydes, en s’associant à l’argile pour former
le complexe argilo-humique et limite ainsi le lessivage.
l Migrations ascendantes : en saison sèche, l’évapotranspiration provoque une
remontée del’eau dansle sol par capillarité, cette eauentraîne avec elle des cations
solubles qui se fixent sur les argiles et l’humus (resaturation du complexe argilo-
humique). Ce phénomène peut provoquer aussi des remontées de sels (sodium) qui
se cristallisent à la surface du sol et rendent la terre impropre aux cultures (cas de
certaines plaines maritimes en Haïti).
Dans les sols hydromorphes, le fer remonte avec la nappe d’eau et se cristallise.
l Remontées biologiques : elles sont dues aux êtres vivants : les vers de terre
ou les termites mais surtout les végétaux (arbres) dont les racines puisent en
profondeur les éléments et les restituent au sol par les feuilles, les branches, les
racines qui meurent chaque année. Ce phénomène, très important, permet le
maintien dune bonne fertilité dans les parcelles arborées notamment les jardins
devant kuye.

CONDITIONS Les argiles se forment en milieu riche en cations (ou bases : Ca++ - Mg+ - K+ - Na+)
DEFORMATION à partir de la silice et de l’aluminium. Cependant, les cations et la silice sont
facilement lessivables.
DESARGILES
Si le drainage
l est faible (roche imperméable, faible pluviométrie), ces élé-
ments ne sontpas éliminés et il se forme des argiles du type montmorillonite, argile
gonflante riche en silice (dans les vertisols’ par exemple). ”
l Si le drainage est plus important (roche plus perméable, moins forte pente,
forte pluviométrie) une partie de la silice et des cations est entraînée en profon-
deur. Les argiles formées sont plus pauvres en silice, ce sont en partie des
montmorillonites et en partie des kaolinites. Plus le drainage est important, plus
la proportion de kaolinite est importante.
C’est la fersiallitisution (sols fersiullitiques).
Sile drainage est très important,
l la plus grande partie de la silice est lessivée
et seule la kaolinite peut se former ; c’est la ferrulisation qui aboutit à la formation
de sols riches en hydroxydides de fer et d’aluminium : les sols ferrulitiques.

Formationdes“argiles Certaines roches calcaires contiennent à l’origine des argiles déposées par la mer.
de décarbonatation” C’est le cas des calcaires à plaquettes et surtout des marnes.
L’altération de ces~roches consiste surtout en une décarbonatation (dissolution du
ensols calcaires. carbonate de cacium CaCO, par l’eau et lessivage) d’autant plus rapide que la roche
est filtrante.
Après dissolution du calcaire, il reste en surface une “argile de décarbonatation”,
constituée essentiellement d’argiles gonflantes (type montmorillonite). Ces argi-

76
les s’accumulent souvent, par érosion, dans les dépressions. Dans les situations de
drainage intense, elles s’altèrent en libérant de la silice et de l’alumine.
Ces sols meuvent aussi être soumis à la ferralitisation, c’est le cas des sols
ferralitiques du plateau des Rochelois.

Figure 44 les types d’argiles Conditions de


formés selon l’intensitédu Drainage Milieu
drainage liees à Drainage
drainage (d’après D. Soltner). intense moyen confine
la pluviométrie,
la topographie (sans drainage)
et la roche-m&e

Présence de bases Bases lessivées Lessivage plus ou Riche en Ca et Mg


acidité sols acides moins accentué sols neutres à
des bases calcaires

Types d’argile Kaolinite ou plus Kaolinite Montmorillonite


formés du tout faute de t
silice montmorillonite ;Kaolinite)

Autres éléments du Gibbsite : Al *03


du complexe oxyde de fer : Fe, 0, oxyde de fer (oxyde de fer)

Types de sols Sols ferralitiques Sols fersiallitiques Sols vertiques


(ou ferrugineux) (ou vertisols)

LES GRANDS TYPES DE SOLS HAïTENS DANS LE PAYSAGE


Les sols se classent selon leur degré d’évolution qui dépend, en Haïti, essentielle-
ment de la pente et de la pluviométrie.
Plus le climat est humide (altitude-exposition), plus l’évolution est rapide, les sols
sont plus évolués.
.Plus la pente est forte, plus l’eau reçue ruisselle en entraînant les éléments fins.
Le sol est ainsi rajeuni en permanence.
Le degré d’évolution dépend aussi de la nature de la roche-mère, plus ou moins
résistante aux agents de dégradation et d’altération.
Dans les bas de pentes où s’accumulent les éléments fins se forment des sols sur
colluvions plus riches et plus épais.
A partir des sols bruns, formés sur calcaire ou sur basalte, plus l’évolution est
poussée avec de bonnes conditions de drainage, moins les sols sont fertiles.
La fertilité décroît dans le sens suivant :
l sols bruns

l sols fersiallitiques
l sols ferrugineux tropicaux
l sols ferralitiques
Au cours de cette évolution “normale” sous climat tropica! :
l la réserve en ,bases devient de plus en plu,s faible ;
l les phosphates deviennent de plus en plus insolubles ; ~
l la CEC de plus en plus faible ;
l la structure devient de plus en-plus fragile ;
l la fertilité devient de plus en plus liée à la matière organique.
l _ Dans les bas-fonds, l’évolution est plus liée à la situation topographique qu’au
climat.
!

77
Figure 45 : évolution des sols, Pentes faibles Bas-fonds et
Roche Pentes Pentes
en fonction de la roche, moyennes ou plateaux dépression
fortes
de la pente et du climat
Rendzines Bruns calciques
Sols bruns Vertiques
calcaires Fersiallitiques
Calcaires Lithosols
Bruns Vertiques
Bruns calciques Fersiallitiques et
Fersiallitiques Hydromorphes

Calcaires a (Lithosols) Bruns calcaires Bruns vertiques


plaquettes Régosols Bruns calcaires
Bruns vertiques Vertisols

Marnes Rendzines Bruns Hydromorphes


fersiallitiques Vertiques
Argilites Bruns eutrophes Humide
Bruns calciques Bruns vertiques

Cal&ques Bruns eutrophes Bruns vertiques


mélanisés
(pararendzines) Rouges Vertisols
Basaltes fersiallitiques

Rouges Vertisols
Bruns fersiallitiques
Fersiallitiques
Bruns Vertisols
fersiallitiques hydromorphes

Les paysans donne une dénomination à lëurs sols en fonction de certaines carac-
téristiques de l’horizon travaillé. Ils tiennent comptent essentiellement de leur
couleur, de leur consistance, de leur aspect et de leur réaction à l’outil. Le paysan
privilégie une caractérisation de la terre au moment où il intervient : travail ausol,
semis, sarclage.
Les horizons plus profonds ne font pas systématiquement l’objet d’une observa-
tion.
Un qualificatif complémentaire chaude ou froide &? chô ou tè furet? exprime à la fois
la température moyenne (liée à la couleur et la pierrosité) et l’état hydrique moyen
(caractère séchant plus ou moins accusé).
Une telle classification est importante à connaître car elle permet un meilleur
dialogue avec le paysan et une meilleure appréhension de sa vision du milieu.
Mais elle est limitée dans l’espace : elle concerne pour un paysan donné la
caractérisation des sols de son terroir et conduit à des dénominations équivoques
lorsqu’on change de terroir (tè rouj’par exemple).

Sur pentesfortes, Ces sols sont constamment soumis à l’érosion et n’ont, de ce fait, qu’une très faible
dessols peuévolués : épaisseur de terre :
Sur calcaire dur, ce sont des litho-sols constitués uniquement
l de pierres et
les lithosolset régosols impropres à la culture. Dans les fissures où s’accumule un peu de terre fine, des
arbres peuvent pousser.
l Sur calcaires à plaquettes ou sur marnes (roches plus tendres), ce sont des
régosols ou, lorsqu’il y à un début d’évolution, des rendzines.
l Sur arène basaltique (basalte en voie d’aitération), les sols peuvent faire l’objet
d’aménagements anti-érosifs. En effet, cette roche à l’avantage de s’altérer
rapidement, formant ainsi un nouveau sol retenu par les aménagements et la
végétation (terrasses progressives).

78
Figure 46 : correspondance
entre la classificatiorlfrançaise Classification française nuancbe Typologie crbole, Caractbre privilégib
des sols et la classificationcréole pour la rbgion paysanne
des paysans de la Vallée de
Jacmel (d’après Luc Pierre Jean . Sols sur basalte
cité par Y-M Cabidoche, 1984). Consistance
Sol fersiallitiquesaturé Tè,gra ou melanj t ‘Couleur
Vertisol Tè nwa Couleur
Soi calcique mélanisé profond Tè mélanj Couleur t texture
Sol calcique mélanisé court Tè gra Consistance
Altérite désorganisée Té grizon Cohésion
Isaltérite Tè grizon Cohésion

l Sols sur argilites


Sol fersiallitiquedésaturé Té rouj (1) Couleur

lSols sur calcaire dur


Sol fersiallitiquesaturé profond Tè rouj (1) Couleur
Sol fersiallitiquesaturé court, Té rouj gravwa Couleur + Pierrosité
caillouteux
Régosols divers ou sols calciques Té gravwa Pierrosité
mélanisés très caillouteux

. Sols sur calcaire en plaquettes


Vertisol Té nwa (/Tè mar (1)) Couleur/aspect
Sol fersiallitique Tè gra (/?è rouj) Consistancelcouleur
Rendzine grise Té tuf gra Consistance + aspect
Rendzine blanche Tè tuf Aspect
Sol calcique mélanisé caillouteux Té tuf ou Té gravwa Aspect
(selon pierrosité)
Sol fersiallitiqueà croûte calcaire Té grasilè pov Cohésion
Consistance
Sol brun calcique Tè’nwa

e Sols sur molasses


Sol brun calcaire Couleur

Lithosol sur calcaire dur et


forte pente (photo M. Bonnefoy).
Sur lesversants l Les rendzines sur pentes moyennes à fortes
calcaires: dessols Une rendzine est le résultat de l’évolution d’un lithosol ou d’un régosol sous l’action
du climat et de la végétation.
calci-magnésiques . Sur calcaire dur, les rendzines sont souvent grises avec un horizon superficiel noir
riche en matière organique.
. Sur calcaire plus tendre (marnes), les rendzines peuvent prendre une couleur
brune ou rouge. Cela est dû à un début d’élimination du calcaire, le calcium étant
très lessivable.
La matière organique se lie alors aux argiles par l’intermédiaire du fer. La couleur
brune apparaît : le sol se brukfie (évolution vers les sols bruns calcaires). Si ce phé-
nomène est important, le sol devient rouge, couleur du fer oxydé.
Leurs caractéristiques agronomiques
Les caractéristiques physiques et chimiques de ces sols sont essentiellement liées
à l’abondance de calcaire actif.
l Comportement physique : le calcaire actif confere à ces sols une structure très
stable, souvent grumeleuse en surface et bien aérée. Mais il les rend très collants
lorsqu’ils sont humides et très durs quand ils sèchent ce qui les rend difficiles à tra-
vailler.
Les rendzines sont peu épaisses (10 à40 cm), de profondeur irrégulière, caillouteu-
ses et sèchent très vite, ce qui pose des problèmes d’alimentation hydrique des
cultures. Leur bonne porosité facilite la pénétration des racines.
l Fertilité organique et chimique : ces sols sont riches en matière organique mais
leur fertilité chimique est limitée par le faible volume de terre fine et la présence
de calcaire actif.
Le calcaire actif:
. accélère la décomposition des matières organiques fraîches mais ralentit la
minéralisation de l’humus. Le taux de matière organique est élevé, 4% à 5% en
surface, puis diminue en profondeur (2%);
. rend le phosphore inassimilable par les plantes en le “rétrogradant” sous forme
de phosphates tricalciques;
. rend le fer aussi plus diffkile à assimiler, ce qui peut provoquer la chlorose de
certaines plantes (blanchissement);
. élève le pH au dessus de 7 (7,5 à 9). Il en résulte une lenteur de la minéralisation
de l’azote, dont une partie est perdue par drainage sous la forme de nitrate de
calcium, et une insolubilisation de certains éléments comme le bore et le manga-
nèse;
provoque la saturation du complexe adsorbant par le calcium, pouvant induire
des carences en potassium (K+) et en magnésium (Mg++).
Les rendzines nécessitent particulièrement des apports réguliers de matières
organiques de manière à maintenir une teneur en humus suffisante. Les engrais
verts rendent ces sols moins alcalins et favorise la minéralisation de l’humus.
On peut donc observer sur les végétaux cultivés sur ces sols des carences en K, N,
P et Mg. Les apports d’éléments fertilisants doivent être réalisés en petites doses
répétées pour éviter les pertes par lessivage (azote) ou rétrogradation (phosphore).
. Les sols bruns calcaires ou bruns calciques
Ce sont des sols plus évolués que les rendzines. Ils ont subi une “brunifïcation” par
élimination du calcaire. Ils se forment sur roches calcaires, en conditions de
drainage plus important : r
l pente moyenne à faible- (selon pluviométrie) ;
l zones d’accumulation en bas de pente (faible pluviométrie).
Les sols bruns calcaires contiennent encore’des carbonates (calcaire fin). Ils
‘sont plus profonds que les rendzines, les plus épais sont ceux situés sur colluvions.
Le sol brun calcaire devient calciquél lorsque tous les carbonates ont été
éliminés par drainage. Le calcium n’est présent que sous forme soluble et sature
le complexe adsorbant.

80
Leurs caractéristiques agronomiques
Ils sont riches en matières organiques et en argiles.’ Leur réserve en eau dépend
de leur profondeur et de leur pierrosité qui sont très variables.
Sur le planchimique, ces sols sont moins défavorables que les rendzines; car le
calcaire actif est moins abondant ou absent. Il cesse d’exercer une action nocive,
mais garde une influence favorable sur la structure. ~
Les,sols bruns sont le plus souvent des sols profonds et fertiles qui conviennent à
une gamme étendue d’espèces. Le facteur limitant sur ces sols sera souvent plus
le climat (pluviométrie).
Les sols bruns calcaires peuvent se former aussi sur des alluvions calcaires.

Surversants Le basalte est une roche riche en calcium et en magnésium.


l Sur pente moyenne, se forment les sols calciques mélanisés, proches des
basaltiques:
rendzines mais sans carbonates (calcaire fin>. La matière organique est très liée
des sols calciques aux argiles.
mélaniséset des sols l Sur pente faible, le drainage étant plus important une ;Partie du calcium est
brunseutrophes lessivé, il se forme des sols bruns eutrophes; très proches des sols bruns calciques
sur calcaire.
En général, sur versants basaltiques, les sols sont plus profonds et plus fertiles que
sur les pentes calcaires. Ils sont plus sensibles à l’érosion mais se reconstituent
aussi beaucoup plus vite.

Sur peritesfaibles Ces sols-se forment sur toute roche lorsque la pente est faible et dans les
calcairesou basaltiques: dépressions des plateaux calcaires où le drainage est important.
Leur formation (la fersiallitisation) nécessite :
dessols rouges un climat humide avec une saison sèche marquée ;
l

fersiallitiques . une élimination totale-des carbonatespour les roches calcaires donc un bon drai-
-~ l

nage;
l une richesse suffisante en Fer, Silice et Aluminium, (d’où leur nom : Fer-Si-Al-
litique). -,

Les SOIS formés sur versants Durant la saison humide, les minéraux sont fortement altérés, le fer est libéré,
basaltiquesà fortes pentes sont oxydé et donne au sol une couleur rouge (c’est la rubéfaction). La silice et les bases
très sensiblesà l’érosion. sont plus ou moins lessivées.
Lavial, région de Jacmel Durant la saison sèche, les bases remontent avec la solution du sol par capillarité
(photo M. Bonnefoy). et saturent le complexe adsorbant. La présence de silice et de bases permet la
formation d’argiles du type montmorillonite (argile gonflante).
.Dans les situations où le drainage est important, une plus grande partie de la silice
et des bases est lessivée et les argiles qui dominent sont alors des kaolinites.
Leurs propriétés agronomiques
Ce sont des sols d’épaisseur très variable où la matière organique évolue assez
rapidement. Les fortes teneurs en argile leur contèrent une structure stable,
polyédrique fine à moyenne en surface, grossière en profondeur.
Leur CEC peut être importante lorsque les argiles gonflantes dominent. Elle est
souvent saturée par le calcium. Leur pH est neutre ou légèrement alcalin (7 a 8).
Leur fertilité chimique est bonne et ne présente aucun déséquilibre. Elle est
malgré tout étroitement liée aux restitutions organiques.
Lorsque ces sols sont sur des pentes moyennes, et surtoutbasaltiques, ils sont très
sensibles à l’érosion.
Lorsque les conditions de drainage sont bonnes et que la pluviométrie est
importante, ces sols peuvent devenir acides, première étape vers la ferralitisation.
Sur les hauts plateaux calcaires de la région de Désarmes (Artibonite), des sols
fersiallitiques se sont formés dans le fond ‘des dépressions (dolines). Ces sols,
reconnus comme les plus fertiles de cette zone sont les terrains privilégiés pour
l’installation des “lakous” (jardins boises, devankay).

'81
Enbas Les conditions nécessaires à la formation des vertisols sont :
l un climat à saison sèche marquée ;
des pentes,dansles
l un mauvais drainage ;
dépressionsou les l un milieu riche en calcium et en magnésium.
bas-fonds: Il se forment donc dans les endroits où s’accumulent les éléments fins apportés par
des wertisoh et des les eaux de ruissellement.
6oIs vertiques)) On peut en trouver sur différents types de matériaux : calcaires et marnes, basalte,
colluvions d’origine basaltique ou calcaire, alluvions anciennes.

Dans les bas-fonds se forment


des cwertisols~~
ou des
4oIs vertiques)*
(photo M. Bonnefoy).

Le mauvais drainage et la richesse du milieu permettent la formation d’argiles


gonflantes en grande quantité (montmorillonite).
Les variations d’humectation et de dessication favorisent la maturation d’un
humus stable et fortement lié à l’argile. Il se produit des “mouvements vertiques”:
sous l’effet des alternances de retrait et de gonflement de l’argile, les matières
organiques sont incorporées profondément dans le sol (en tombant régulièrement
dans les importantes fentes de retrait).
Ces sols, riches en matières organiques, présentent un épais horizon supérieur
noir qui les caractérisent : “tê nwà’.
Dans certains cas particuliers, ils peuvent être rouges (comme a Petite Rivière de
Nippes par exemple).
Les sols vertiques se rattachent à d’autres types de sols,‘mais, de par leur teneur
en montmorillonite et leur situation, ils sont soumis à des mouvements vertique,s.
On trouve par exemple des sols bruns vertiques ou des sols alluviaux vertiques.
Leurs caractéristiques agronomiques
l Des propriétés physiques liées à l’argile gonflante
La texture de ces sols est toujours très argileuse ; de 30% dans les sols peuvertiques
à plus de 80% dans certains vertisols typiques (,a Petite Rivière de Nippes par
exemple).
Leur structure est assez grossière, prismatique et présente a sec de grandes fentes
verticales. En surface elle peut être fine et grumeleuse à polyédrique moyenne
selon le caractére vertique plus ou moins marqué.
La terre est très collante à l’état humide et de cohésion très forte à l’état sec ; ce qui
la rend difficile à travailler. Notons que les mouvements vertiques réalisent
naturellement un bon travail du sol.

82
Ces sols emmagasinent de grandes quantités d’eau mais celles-ci sont très
fortement retenues par les argiles. La part facilement accessible aux plantes est
finalement réduite (cf. le chapitre 9 ).
Leur faible perméabilité se traduit dans les situations de cuvette par des engorge-
ments ponctuels (voire inondations) qui peut les rendre hydromorphes.
Sur la plaine d’Aquin où les vertisols sont dominants, cette imperméabilité
favorise le ruissellement et l’erosion est importante malgré:la très faible pente.
l Une très bonne fertilité chimique et organique
Le taux de matière organique dans l’horizon de surface est élevé (4% à 6%), il reste
encore important en profondeur. Le pH de ces sols peut êtr’e legèrement acide à
franchement alcalin. Leur capacité d’échange est extrêmement élevee (souvent
proche de 80 meq/lOOg) dans l’horizon humifère. Le complexe adsorbant est très
souvent saturé en bases.
Lorsque ces sols sont formes à partir de matériaux calcaires, la saturation de la
CEC par le calcium peut provoquer une mauvaise disponibilité du potassium ou
du magnésium et une immobilisation du phosphore.
La présence de calcaire actif peut aussi dans certains cas réduire l’assimilabilité
du phosphore.
Ces sols sont parmi les sols tropicaux les plus fertiles. La plupart du temps, ils se
situent dans des zones où la pluviométrie est faible et c’est l’eau qui est alors le
facteur limitant les rendements.
l Les uertisols peuvent être hydromorphes
Dans les dépressions ou les bas-fonds, à la saison des pluies, ces sols peuvent être
temporairement engorgés d’eau ou mêmé inondés. On dit alors qu’ils sont hydro-
morphes.
Ils sont privés d’oxygène plus ou moins longtemps car l’eau occupe toute la porosité
du sol et cela a plusieurs conséquences :
- la structure se dégrade et devient compacte ;
- les racines ne respirent plus, elles réduisent leur développement et nourrissent
mal la plante ;
- la matière organique évolue mal ;
- le fer n’est plus oxydé, il est réduit et devient soluble. Le sol prend par endroits
une teinte gris-bleu, ce sont des gleys, caractéristiques des sols asphyxiés.
Dans les vertisols, l’hydromorphie est toujours temporaire et la matière organique
évolue bien grâce à l’alternance des saisons.
Dans certains sols alluviaux de plaines ou de cuvette, l’hydromorphie peut être
plus ou moins permanente. Ces sols sont la plupart du temps réservés à la
riziculture. Dans certains, des aménagements sont réalises pour les drainer.

Sur les, hauts plateaux Ces sols n’ont été étudiés que dans la péninsule sud d’Haïti, sur le plateau des
calcaires: dessols Rochelois près de Miragoane et sur les plateaux de Ridoré et Ternier près de Jac-
mel.
rougesferralitiques La présence de sols profonds sur calcaires durs (jusqu’à plusieurs mètres) laisse
supposer qu’ils se sont formés à partir d’une roche qui recouvrait antérieurement
ces plateaux.
Ala suite dune longue évolution, cette roche (probablement du calcaire marneux)
aurait totalement disparu, laissant à la place des sols très évolués : des sols
ferralitiques.
Les conditions sont réunies pour permettre une ferralitisation ;
l une pluviométrie élevée ;
l une température moyenne élevée ;
l une altération très ancienne ;
l un sous-sol très perméable.
Ainsi, les bases et la silice sont, pour l’essentiel, évacuées par les eaux de drainage.
Les sols formés dans ces conditions sont riches en hydroxydes de fer et en alumine,
le premier donnant la couleur rouge aux sols. Seules, les argiles à une seule couche
de silice (kaolinites) peuvent se former et subsister dans ces sols.

83
Dans certains cas extrêmes, la ferralitisation conduit à un lessivage complet de la
silice et des bases et à une accumulation d’hydroxydes de fer et d’alumine qui
forment la bauxite. C’est le nom donné au minerai d’aluminium, exploité jusqu’en
1982 par la Compagnie Reynolds sur le plateau des Rochelois.
Leurs propriétés agronomiques
l Des propriétés physiques favorables
Bien que les analyses granulométriques donnent des teneurs en argile importan-
tes pour ces sols, ils ne se comportent pas comme des sols très argileux. En effet,
la fraction argileuse est constituée uniquement d’hydroxydes de fer, d’aluminium
et de kaolinite.
La structure de ses sols est fine, elle se présente sous la forme de micro-agrégats
très stables (de 50 à 100 PL)qui s’assemblent en mottes cohérentes. Elle se dégrade
lorsque le taux de matière organique diminue fortement.
La porosité de ces sols est importante et permet un bon drainage (surtout micro-
porosité).
La réserve en eau par unité de volume est assez faible mais, dans la mesure où les
plantes ont un enracinement profond, la réserve en eau globale est importante
(sols profonds).
l Une fertilité chimique très fragile Ivoir’aussi le chapitre 10)
La capacité d’échange cationique de la fraction minérale est pratiquement nulle.
C’est donc la matière organique qui assure à elle seule le stockage des éléments
nutritifs de deux façons :
- en fixant les bases échangeables sur les sites électronégatifs de l’humus ;
- en stockant sous forme organique, dans l’humus et les matières organiques
fraîches,lescations,l’azoteetlephosphorequiserontlibérésparlaminéralisation.
Le phosphore, en milieu acide et riche en AP’ et Fez+, se trouve sous forme peu
soluble et est inassimilable par les plantes.
Etant donné la présence dune roche calcaire, la CEC est souvent saturée en
[Link] revanche, on y observe des carences en potassium.
Dans ces sols, la fertilité chimique dépend donc uniquement du taux de matière
organique.
Cela explique les pratiques des paysans de’ces plateaux calcaires qui concentrent
les matières organiques dans les parcelles cultivées de manière intensive près des
habitations (fumier, résidus de cultures et de cuisine).

Figure 47 : relation entre la teneu


en matière organique et la CEC 32 CEC es kvxq potiv IOOgdes01
des sols ferralitiquesdu Plateau
des Rochelois.
28-

24

4-
0

4% 2 b 4 b 6 3

84
Dans les sols ferralitiques courts, en plus des problèmes organiques et minéraux
évoqués ci-dessus, se posent des problèmes d’alimentation’en eau des plantes.
Dans des sols ferralitiques appauvris en matières organiques, l’utilisation d’en-
grais solubles aurait plusieurs effets défavorables :
l un gaspillage des cations qui seraient rapidement lessivés, ne pouvant être fixés
(très faible CEC) ;
l un blocage du phosphore apporte sous forme de phosphate d’aluminium ;
l un éventuel déséquilibre cationique provoquant une acidification du sol.
Il faut donc privilégier la fertilisation organique qui non seulement fournit des
éléments minéraux mais produit de l’humus, capable de retenir les cations
apportés par la suite.

Dans les plaines et les Les alluvions sont constituées par des accumulations de particules (argiles,
vallées : des sols limons, sables, pierres) arrachées sur les versants des mornes par l’érosion, puis
déposées dans des zones planes quand l’eau qui les transportent perd de savitesse.
formés sur alluvions Les facteurs qui conditionnent ces accumulations sont complexes : matériaux
d’origine, vitesse de l’eau, conditions d’alluvionnement. /’
Ces sols de composition et de caractéristiques très variables constituent toutes les
plaines et vallées d’Haïti - (plaine du Nord - plaine des Cayes-vallée de l’Artibo-
nite...) et représentent donc des surfaces agricoles très importantes.
Il faut distinguer :
l les alluvions anciennes qui ont pu subir une forme de pédogenèse (altération des
matériaux accumulés) et peuvent être soumis à l’érosion ;
l les alluvions récentes (ou actuelles) qui sont constamment rajeunies par de
nouveaux apports.
Souvent, le problème de ces sols n’est pas la fertilité chimique. Ils sont générale-
ment bien pourvus en éléments minéraux puisque ce sont d’abord les éléments les
plus fins qui sont emmenés par l’eau de ruissellement. Ce sont surtout le climat,
l’hydrologie de la zone et le fonctionnement hydrique de ces sols qui vont détermi-
ner leurs aptitudes culturales.
Les sols formés sur alluvions se situent souvent dans des régions à faible
pluviométrie (basses altitudes) ; l’alimentation en eau des plantes est ainsi
souvent le facteur principal limitant la production agricole (ex : plaine d’Aquin,
plaine des Gonaïves).
Dans ces conditions, la possibilité d’irrigation est déterminante ; la contrainte liée
à la disponibilité en eau étant levée, ces sols sont souvent fertiles et permettent de
bons rendements (plaine de 1’Artibonite).
Sols hydromorphes
Les sols hydromorphes se situent dans les “bas-fonds”, à proximité des rivières, en
bordure de mer (avec parfois des problèmes de salinité) et dans les plaines aux sols
Profil pédologique sur ou sous-sols imperméables : certains secteurs de la plaine du Nord par exemple.
alluvionsà la plaine de Larbre Une hydromorphie peut être due soit à une nappe perchée d’origine pluviale
(paroi d’une ravine). retenue par un horizon imperméable, soit à la proximité de la nappe phréatique.
On observe une successionde Ellepeutêtretemporaire (apparitiondurantlasaisondespluies) soitpermanente.
couches de terre de couleurs Ces sols sont, en général, cultivés en riz durant la saison des pluies (période
différentes. La couche plus d’inondation), puis en cultures pluviales (tubercules, haricots) sur buttes ou
sombre est un horizon billons durant la saison sèche (voir les systèmes de culture ,de Camp-Louise).
organique qui a été recouvert Les possibilités de mises en valeur de ces sols dépendent essentiellement de la
par des alluvions rkentes dynamique de l’eau. Certaines zones hydromorphes en Haïti ont été l’objet
(photo M. Bonnefoy). d’aménagements de drainage.

l Les alluvions dans les vallées fluviales


Ces alluvions sont déposées par les rivières (ou les ravines) lors des crues. Le mode
de dépôt des particules transportées par l’eau suit la loi de sédimentation ; les plus
fines étant déposées en dernier quand l’eau a perdu le maximum de sa vitesse.
l Les éléments les plus grossiers sont déposés en premier et forment ainsi les
berges qui petit à petit peuvent soulever le lit de la rivière.,

85
CHAîNES DE SURVERSANT
0ASALTMUE
SOLS SUR
VERSANTS
CALCAIRES ET
BASALTIQUES.
(d’après Y.M Cabidoche-INRA
Guadeloupe - Reconnaissance
pédologique dans le district de
Jacmel - 1984).

tt
EN PRÉSENCE D’ÉROSION t
.: +
4
+ 4
:
.
./ + z

SURCALCAIRE
DURhorner) SURCALCAIRETENDRE

86
Lors des crues, les éléments les plus fins (argiles> sont déposés en dernier et
s’accumulent dans la cuvette où l’on trouve des sols hydromorphes (imperméables
et engorgés d’eau à la saison des pluies).
Ceci concerne les alluvions récentes qui ‘reçoivent encore régulièrement des
apports. En cas de crues plus importantes, les argiles accumulées dans les dépres-
sions peuvent être recouvertes de sables ou de graviers. C’est ainsi que l’on peut
observer des profils de sols caractérisés par des successions de couches de terres
de composition granulométrique différente.

Figure 48 : sols formés sur


alluvions.
Dans les vallées plus importantes, les alluvions qui ont été déposées à différentes
Figure 49 : sols formés et périodes forment des terrasses alluviales anciennes qui ne sont plus inondées.
alluvions.
l Les sols de plaine alluviale: cas d’une plaine au climat sec, la plaine de Larbre.
. Les sols de la plaine d’épandage
Ce sont des sols jeunes et constamment rajeunis par: les apports des crues
naturelles ou de l’irrigation.
Lapédogenèse y est d’autant plus faible que le climat est sec. La mise en valeur de
ces terres par les paysans est liée aux différentes possibilités d’irrigation. La
pratique de l’irrigation, quelqu’en soit la technique, modifie le rythme de sédimen-
tation et conditionne l’évolution pédogénétique de ces sols. Ces sols se caractéri-
sent par une faible structuration (peu de’ cohésion), une porosité élevée (mais
surtout texturale) et une alternance de dépôts de texture variée.
Dans les zones les plus basses (cuvettes), l’accumulation des éléments fins et
l’alternance d’humectation et de dessication favorisent la néo-formation de mont-
morillonites. Les sols de ces zones sont à tendance vertique.
Au niveau agronomique, une grande variabilité des sols à l’intérieur d’une même
parcelle rend difficile le choix de techniques adaptées (cultures, doses d’irrigation,
fertilisation).
Fertilité de ces sols
. Ils sont pourvus en matières organique (2 à S%>, celle-ci est répartie dans tout le
profil.
. La CEC est élevée et saturée en calcium.
. La richesse en calcaire (souvent supérieure à 20%) et le pH élevé (> 7,8) de ces sols
conditionnent leur fertilité chimique :
- carences possibles en fer et en manganèse, en bore, cuivre et zinc qui peuvent
provoquer une chlorose.
- le phosphore peut être bloqué sous forme de phosphates tri-calciques insolubles.
- le pH favorise l’assimilation du K, Mg, N et S d’autant plus qu’il n’apparaît pas
de déséquilibre &/Mg ou Mg/K (qui pourrait rendre Mg ou K insuffisamment
disponible).
. Les teneurs en phosphore sont moyennes et par endroits faibles.
. Les teneurs en potassium sont bonnes et parfois très élevées.

87
Figure 50 : bloc diagramme
explicatif : transect du
Colombier, plaine de Larbre.
(LEO,1983).

I
MORNES GLACIS PLAINE . PLAINE
.
D’EPANDAGE
.
- Calcaires ou basaltes - Alluvions anciennes - Alluvions récentes - D@ôt des alluvions
définissent la nature des traversées par des et soumises à des les plus fines surtout
minéraux qui vont constituer ravines et soumises à apports réguliers de dans la mangrove où
les alluvions. I’érosion en nappe limons, sables, argiles Peau devient plus calme
(accumulation de et pierres selon - Sols sales puis
pierres en surface). I’hydrologie. hydromorphes.
- Raccordement entre - Les ravines ici se
la plaine et les mornes. divisent en nombreux
- Texture des sols très chenaux et I’écoulement
variables : devient laminaire
limoneux - Texture des sols tres
limoneux-sableux variable :
avec de I’argile quand surélévation des
la pente est nulle chenaux par apport de
(terrasse). sables.
accumulation des argiles
dans les partiesbasses.

. Les reserves en eau de ces sols sont assez élevees, fonction du pourcentage de
matière organique et de la granulonktrie. (voir chapitre 9, exemple de calcul de
R.U.).
l Les sols de la plaine maritime
Au fur et à mesure que l’on va vers la mer, la nappe phréatique d’eau douce ou peu
salée se rapproche de la surface. La forte évaporation permet une remontée
capillaire et une concentration des sels en surface rendant le sol inculte (profon-
deur inférieure à 3-4 cm). Ce sol est issu d’un matériau d’origine salé et gypseux.
Ces sols salés précèdent les sols hydromorphes (engorgés d’eau).

88
Figure 51 : sols de plaine
maritime. sol sn;bl i sol salé ; solhyAvomovphe

. .
. .,: . .*. , . . 8

Galinew dans la plaine


maritime de la plaine de Larbre
(photo M. Bonnefoy).

89
L’EXPLOITATION
ETSONENVIRONNEME
ECONOMIQUE’
DÉFINIRL’EXPLOITATION
ETLA SITUERDANSSONENVIRONNEMENT 93
Qu’estcequ’uneexploitationagricole? 96
l Les éléments d’une exploitation agricole 96
l Caractériser l’appareilde production 98
L’exploitationdansson environnementéconomiqueet social 104
l L’accès à la terre 104
l L’accès aux moyens de production 108
l L’accèsà la main-d’œuvre“extérieure” : les relations entre agriculteurs 110
l La commercialisationdes productions agricoles 112
l Les relationsavec I’Etat 115

DÉCRIRELEFONCTIONNEMENTDEL’EXPLOITATION
ET
MESURER LE~ RÉSULTATS
ÉCON~MIOUES 119

Deuxexploitationsen fonctionnement: Dieujusteet Luckner 120


l Première étape : caractérisationdes exploitations 121
l Deuxième étape : l’analysedu fonctionnement 122
0’ Apporter des améliorationsadaptées 127
Calculdesrésultatséconomiques 130
l La production de l’exploitation: calcul du produit brut 130
l Calcul de la valeur ajoutée 132
l Répartition de la valeur ajoutée : calcul du revenu 134
l Exemples de calcul 136
l Analyse des résultats économiques 141

: LA CANNEÀ SUCREDANSLA PLAINEDU NORD


ETUDERÉGIONALE 147

L’histoireagrairede la Plainedu Nord 149


l Une successionde productions 149
l Les leçons de l’histoire 150
Dessystèmesde cuitureet d‘élevagevariés 152
l La culture de la canne 152

91
l La culture de la banane 154
. Les associationsvivrières 155
l Les autres systèmes de cultures 157
l L’élevage 158
. Un choix économique plus qu’agronomique 159
La logiquede fonctionnementéconomiquedesexploitations 160
l Les salariésagricoles, métayers et fermiers (type 1) 161
l Les petits propriétaires (type 2) 164
l Les moyens propriétaires (type 3) 166
l Les exploitationscapitalistes (type 4) 168
l Une sous-utilisationdes ressources nationales : terre et travail 159
Quellepolitiqueagricolepour la Plainedu Nord 171
l Les causes des difficultés de l’industriesucrière 171
l En cas de fermeture de I’USN : quelles évolutions ?’ 173

92
.~-~~
dans-son environnement
Les exploitations agricoles haïtiennes seprésentent, pour la plupart,
comme des exploitations familiales, car le rôle de la famille y &t
,essentiel. Pour comprendre le fonctionnement de ces unités ,de
production, il faut en analyser chaquk composante, puis les resitper
dans leur environnement économique et social. ~m ~ ~
Il
Des exploitations essentiellement familiales
l La construction même de l’exploitation
L’exploitation est constituée autour de lamaison d’habitation (la kuye) occupée par
une famille: un couple et ses enfants, une femme et ses enfants....
Cependant, à certains moments de l’histoire de‘l’exploitation, il se peut que la
maison ne soit pas occupée par une famille, mais seulement par un jeune n’ayant
pas encore fondé une famille, ou par une personne seule dont la famille (enfants,
adultes...) n’est plus présente.
Il se peut aussi que la maison ne soit pas encore construite: c’est le cas chez les
jeuneshommes qui sont en train de constituer leur exploitation. Les constructions
La kaye est le centre de I’exploi- sur I’exploitation se limitent alors a une cuisine. La maison sera construite
tation familiale. progressivement avec les premiers revenus de l’agriculture ou dé l’élevage. La
maison terminée, le jeune homme pourra alors prendre femme.
Assurer la subsistance de la Une même unité de résidence, c’est-a-dire une même maison ou plusieurs maisons
famille est le premier objectif de rassemblées dans la même cour, peuvent abriter plusieurs exploitations. C’est
l’exploitationagricole notamment le cas lorsqu’un jeune continue à vivre avec ses parents, mais dispose
(photos G. de Laubier). déjà de parcelles et d’animaux dont il a, seul, la responsabilité.

l Son fonctionnement
Le travail nécessaire au fonctionnement de l’exploitation (travail sur les jardins,
soins aux animaux, vente des produits,...) est essentiellement fourni par les
membres de la famille.
Cependant une part plus ou moins importante de travail peut être réalisée par des
ramponneau, des coumbites ou encore par des journées achetées à des voisins, des
jeunes sans terre,....
Inversement, certains membres de la famille peuvent consacrer une partie de leur
travail hors de l’exploitation familiale.
Ce travail familial hors exploitation peut être agricole (notamment lorsqu’il y a
vente de journées à un voisin...), ou non-agricole. C’est souvent le cas des femmes
qui font du commerce ; parfois celui des hommes qui ont une activité artisanale par
exemple. Ces activités familiales hors exploitation sont importantes à considérer
dansl’analyse du fonctionnement de l’exploitation. En effet, elles réduisentlaforce
de travail disponible mais génèrent des revenus complémentaires, parfois utilisés
Eour l’activité agricole (achat d’un animal, de semences...).
l Ses objectifs
Le premier objectif poursuivi est d’assurer, par l’activité agricole, la subsistance
des travailleurs, c’est-à-dire de la famille. Le travail familial investi sur l’exploi-
tation vise donc d’abord à produire pour satisfaire les besoins de la famille.
Il est important de remarquer que les besoins sont de différents ordres:
l des besoins alimentaires pouvant être satisfaits par des productions réalisées

94
sur I’exploitation même: céréales, fruits, légumes....
l des besoins alimentaires qui ne peuvent pas être satisfaits par des produits en
provenance de l’exploitation: sel, huile, poisson....
l des besoins non alimentaires nécessitant pour être satisfaits de disposer d’ar-
gent : achat d’outils, habits, écolage des enfants, frais de maladie....
La satisfaction de l’ensemble des besoins de la famille peut donc difficilement être
obtenue a partir de la seule autoconsommation des produits de l’exploitation. Il est
indispensable que la famille vende au moins une partie de ses productions pour
obtenir un revenu dit monétaire (c’est-à-dire sous forme d’argent); les exploita-
tions doivent donc, de ce point de vue, être marchandes. Une exploitation est qua-
lifiée de marchande lorsqu’elle vend une part de ses productions sur le marché.
Si toutes les productions de l’exploitation sont utilisées ou consommées directe-
ment par la famille, l’exploitation est dite en autosubsistance.

Cependant, toutes les exploitations agricoles haïtiennes ne sont pas des exploita-
tions familiales. Il existe des exploitations qui utilisent pour l’essentiel ou quasi-
exclusivement de la main-d’œuvre fournie par des travailleurs salaries (temporai-
res ou permanents, journaliers, travailleurs engagés pour des contrats à la
tâche,...). Ce type d’exploitation est appelée exp2oitation capitaliste.
Dans l’exploitation capitaliste,contrairement à l’exploitation familiale, il y a
séparation entre celui qui fournit le capital (le propriétaire) et ceux qui fournissent
le travail (les salariés). Ces exploitations sont généralement de grande, voire de
très grande taille: dune dizaine à plusieurs centaines de carreaux. Elles sont
dirigées par des exploitants individuels ou des sociétés.

95
Qu’est-ce
‘qu’une [Link]
agricol-e?

Une exploitation agricole, dans son fonctionnement productif, c’est-à-dire en tant


qu’unité de production, doit réunir différents éléments, tous nécessaires pour
qu’une production, qu’elle soit végétale ou animale, puisse être entreprise. Ces
éléments sont: la terre, le travail (humain) et les moyens de production.
l La terre
C’est évidemment le support indispensable pour toute production, même pour les
* La production de porcs productions “hors-sol”* qui ne nécessitent que très peu de terre (à la limite
réalisée dans des seulement l’emplacement pour des bâtiments).
exploitations spécialisées
achetant la totalité des . Le travail humain
aliments pour les animaux 9 Toute activité productive est impossible sans la mise en oeuvre de travail, que ce
en dehors de l’exploitation est
un exemple de production travail soit fourni par la famille, par des salariés ou par toute autre personne en
hors-sol. relation avec l’exploitation.
l Les moyens de production
Ils correspondent à tous les autres biens ou matériels qui vont être utilisés au cours
de la production :
l outils et machines: houe, machette, attelage de trait, charrue, tracteur,...
l bâtiments, infrastructures: maison d’habitation, intallations de stockage (gre-
nier, drums ,... ), glacis de séchage, citerne, porcherie, . . .
l animaux reproducteurs (mâles et femelles),
l semences, engrais, produits de traitements, aliments pour le bétail achetés (son
pour les porcs)...
l aménagements fonciers: canaux et parcelles planées pour l’irrigation, terrasses,
canaux de contour...
l plantations pérennes: café, cacao, canne, banane...
On regroupe souvent ces biens en deux catégories:
l les biens qui vont servir à plusieurs cycles de production (outils, bâtiments,
cheptel reproducteur, aménagements fonciers, plantations). On les appelle aussi
moyens de production à usage (ou à consommation) pluriannuel.
l les biens qui vont entrer dans le processus de production~pour être transformés
au cours d’un cycle. Ils sont encore appelés consommations intermédiaires ou
intrants (inputs en anglais). Ce sont: semences, engrais, produits de traitement,
aliments pour le bétail achetés, .. .
L’exploitation agricole, en tant qu’unité de production, peut donc être définie
comme une combinaison de terre, travail et moyens de production choisie

96
par l’exploitant pour artificialiser le milieu en sa faveur. Autrement dit,
l’exploitation agricole applique du travail et des moyens de production aux
écosystèmes dans lesquels elle se trouve afin d’assurer au moins la subsistance
de ses. travailleurs.

CERNER Il est souvent difficile de cerner les limites exactes de l’exploitation agricole.
L’EXPLOITATION Prenons l’exem$e de la famille de Relus
Relus a 45 ans. Il habite l’essentiel de l’année à “Tête de l’eau”, où il a une femme,
Anilia, et cinq enfants. Les deuxainés, Gérard (21 ans) et Lucien (18 ans), sont sui-
vis de deux filles; puis d’un très jeune garçon, Elifet.
A “Tête de l’eau” et dans ses environs, Relus cultive sept jardins, totalisant un
carreau et demi. Il a aussi deux boeufs, trois chèvres (dont Elifet s’occupe). En plus
de ces sept jardins cultivés sous la responsabilité du père, chacun des deux fils
cultive de son côté d’autres parcelles. Gérard travaille deux jardins : le premier lui
a été cédé par son père, et le second est “afferme”, c’est-à-dire en fermage. Lucien
cultive un seul jardin, donné par Rélus, mais a en plus un jeune boeuf, qu’il laisse
pâturer sur les terres de la famille. Le petit Elifet possède lui-même déjà un jeune
cabrit. Anilia tient un petit commerce, avec la plus jeune de ses filles.
L’autre fille fait un peu de couture, et vend les vêtements fabriqués.
Dans cet exemple, comme souvent en Haïti, il n’y a pas coïncidence exacte entre
l’unité de résidence, l’unité deproduction, l’uriité de consommation et l’unité d’ac-
cumulation. Ainsi, toute la famille résidant dans la même kuye, nous sommes en
présence d’une seule unité de résidence. Si tout le monde mange la même cuisine,
il n’y a également qu’une seule unité de consqmmation. En réalité, ceci n’est pas
vrai:, chacun des grands enfants est individuellement responsable lorsqu’il s’agit
‘d’acheter une chemise... ou de jouer à la borlette.
Lorsqu’enfin on considère la production, on peut identifier six unités de produc-
tion :
l la première constituée de Relus et de sa famille a temps partiel, de ses sept
jardins, deux boeufs, trois chèvres et six poules....;
l la seconde avec Gérard (à temps partiel) et !de ses deux parcelles,
l la troisième avec Lucien, son jardin et son jeune boeuf,
l la quatrième avec Elifet et son cabrit, ~
l la cinquième avec le commerce d’ArClia,
l la sixième avec l’atelier de couture de la jeune fille.

Figure 52 : la famille de Relus, Le travail La terre Les moyens UP


six unités de ptodüction de production

1 Relus IJlJ2J3 18182 ) UP1 1 Anilia ( fond de 1UP5 g


J4 J5 J6 57 Cl c2 c3 lère fille commerce

Gérard J8 J9 UP2 Pnde fille atelier UP8


couture

Lucien JlO 83 UP3

Elifet c4 UP4

Jl : jardin rio1 ; Bl : boeuf no1 ; Cl : cabri n”l.

Les quatre premières sont des unités de production agricoles, les deux dernières
sont des unités de production familiales, mais non agricoles;
En theorie, chaque unité de production est caractérisée par un centre de décision
unique. Dans la pratique, la distinction est souvent malaisée: ainsi le boeuf de
Lucien est bien reconnu par tous comme sa propriété personnelle, puisqu’il l’a
acquis grâce à la vente de ses journées de travail. Mais comme’il pâture le plus sou-
vent dans les jardins de Relus, peut-on vraiment le considérer comme élément

97
dune exploitation à part?
Pour simplifier, on considérera souvent, dans une première approche, qu’il n’y a là
qu’une seule exploitation agricole. On fait alors l’assimilation entre l’unité de
résidence, l’unité de consommation et l’unité de production. Mais on gardera
présent à l’esprit que cette assimilation est abusive, et par une analyse plus
approfondie, il faudra faire la distinction entre ‘les différentes unités, puisque
chacune met en jeu une combinaison différente de terre, de travail et de moyens
de production.

Figure 53 : la famille de Relus,


une exploitation agricole et des
Relus Jl J2 J3
J4 J5 J6 J7
Bi B2
Cl C2 C3 unité de
Anilia
1ère fille
fond de
commerce
.r
unité de l---
production
activités annexes production non
Gérard J8 J9 agricole 2nde fille atelier agricole
= couture =
Lucien JlO B3 exploitation activités
agricole annexes
Elifet c4

L’exemple présenté ici apparait complexe, mais la réalité l’est souvent encore
davantage. Il peut en effet y avoir plusieurs unités de consommation au sein dune
même unité de résidence (fréquemment si l’un des enfants est “placé”). Un même
exploitant peut aussi avoir installé une femme-jurdin sur une partie éloignée de
son exploitation: il y a alors une seule exploitation pour deux résidences...
Pour un agronome, comprendre ces situations est nécessaire pour pouvoir expli-
quer les pratiques agricoles des paysans. Ainsi pourra-t-il identifier les facteurs de
blocage du développement pour une exploitation, puis un quartier et enfin une
petite région.

Le commerce pratiqué par une


femme ou une fille est
considéré comme extérieur à
l’agriculture,tout comme
l’artisanat souvent pratiqué par
les hommes, tels ces scieurs
de long.
(photos D. Mermet).

CARACTERISERL’APPAREIL DE PRODUCTION
La première étape dans la description et l’analyse d’une exploitation agricole est
la caractérisation qualitative et quantitative de son appareil de production (terre,
travail, moyens de production).

98
LATERRE Le foncier .de l’exploitation est constitué par l’ensemble des terres exploitées
OUFONCIER (jardins, raks, pâturages pour le bétail, bois,...) et des superficies construites (oc-
cupées par la kuye, la cuisine, le glacis,...).
Les jardins sont des parcelles cultivées.. Celles-ci peuvent être effectivement en
culture ou en jachère. Les ruks sont des surfaces non cultivées, mais utilisées col-
lectivement pour le pâturage des animaux.

Lanaturedesterres Elle peut être appréciée par des caractéristiques physiques et par la nature des
écosystèmes représentés sur l’exploitation: type de sol, nature du sous-sol, niveau
de fertilité, morne/plaine, humidekec, pente, exposition, altitude,...
Ces renseignements sur le foncier de l’exploitation sont, dans certains cas, décisifs.
En effet, certains exploitants cherchent à disposer de jardins dans différents
écosystèmes, ce qui peut leur ‘permettre par exemple :
l de cultiver un plus grand nombre d’espèces (par exemple riz irrigue ou inondé en
plaine ou dans des bas-fonds et espèces pluviales dans les mornes) ;
l de décaler les calendriers culturaux pour mieux faire face aux pointes de travail
(par exemple en disposant de jardins situés à différentes altitudes) ;
l de réduire les risques de mauvaise récolte; un accident climatique a moins de
chances de se produire également et simultanément sur tous les jardins s’ils sont
dispersés dans différents écosystèmes.

Laswerficie Elle est une donnée essentielle à connaître pour qui s’intéresse à une analyse
économique de l’exploitation.
La superficie totale de l’exploitation comprend les superficies exploitées (jardins,
terres utilisées par le bétail) et les surfaces construites. Les unités de mesure ha-
bituellement utilisées sont le carreau (c) ou l’hectare (ha), 1 c = 1,29 ha.
‘Cependant, dans certaines régions, les paysans utilisent d’autres unités ; il
conviendra d’en réaliser une estimation en carreaux avant d’entreprendre tout
travail d’analyse économique dans ces régions.
Lors d’une enquête, on ne cherchera pas à connaître directement la superficie
totale de l’exploitation. On préferera faire l’inventaire de toutes les parcelles, en
identifiant chacune par le nom du lieu-dit où elle est située. On demandera la
surface de chacune, puis on effectuera la s,omme pour calculer la superficie totale
de l’exploitation.
Il est rare que le premier inventaire suffise pour dresser la liste de toutes les
La terre, la force de travail et parcelles de-l’exploitation, car l’enquêté en omet #souvent quelques-unes, soit vo-
les moyens de production lontairement, soit involontairement. L’expérience et le savoir-faire de l’enquêteur
(ici un outil et les semences) permettent de réduire ces omissions.
constituent les bases de Lors de l’étude d’une exploitation, il est parfois souhaitable de visiter toutes les
l’appareilde production (photo parcelles afin d’en estimer la superficie plus précisément que ce qui peut être fait
G. de Laub,ier). à partir des déclarations de l’exploitant.

Le modede tenure Il définit la nature des relations juridiques existant entre l’exploitant et le sol qu’il
utilise.
La situation foncière en Haïti se caractérise lpar une très grande diversité des
modes de tenure, avec des différenciations régionales importantes. Pour simpli-
fier, nous n’en distinguerons ici que quatre grands types.
l Les terres en propriété
Les terres dont les exploitants sont propriétaires sont exploitées en faire-ualoir
direct. Il s’agit d’abord des parcelles achetées, en bonne et due forme. On trouve
également dans cette catégorie les surfaces héritées, pour lesquelles il y a eu un
partage formel, avec arpentage et légalisation par un notaire.
Parcelles achetées ethéritées avec séparation formelle représentent les’té tit;pour
lesquelles l’exploitant dispose d’un titre individuel de propriété. L’exploitant
propriétaire peut utiliser ces terres à sa guise, en toute liberté. Il est très rare que
son droit de propriété soit remis en cause. On dit que la sécurité de tenure est forte.
Parmi les terres en propriété, on classe également les terres en indivision. Celles-
ci sont des terres héritées, mais qui n’ont pas été officiellement partagées entre les

99
achetées héritiers. La propriété est collective. Ce sont les terres “mineures”,‘té minb;au sens
t strict.
è
Les transactions foncières au moment d’un héritage peuvent se dérouler de
différentes manières:
. soit les CO-héritiers n’arrivent pas à se mettre d’accord pour procéder à un partage
formel du foncier et la terre reste en indivision stricte ; chacun des cohéritiers est
héritées avec libre de l’utiliser comme bon lui semble.
partage légalisé . soit la taille des parcelles résultant de la division serait si faible que les dépenses
nécessaires à l’établissement d’un titre de propriété (frais d’arpentage et de nota-
riat) dépasseraient la valeur de la terre. Les CO-héritiers peuvent alors choisir
partage informel
d’exploiter les terres en indivision stricte. Mais ils peuvent aussi procéder, d’un
(titre collectif,
utilisation commun accord, à un partage sans l’officialiser avec l’établissement de titres de
individuelle) propriété par un notaire. Dans ce cas, la sécurité de tenure pour chaque “proprié-
taire” est moindre que lorsqu’il y a émission de titres de propriété, car le partage
peut être remis en cause en cas de mésentente. On dit qu’il y a partage informel.
L’indivision en partage informel est le statut foncier le plus courant au sein de la
indivision stricte petite paysannerie haïtienne. L’indivision peut être de première génération (il
(titre collectif, s’agissait d’une‘té tit’d’un des parents), mais aussi de seconde, troisième généra-
utilisation tion ou au-delà. L’indivision peut remonter au-delà des souvenirs des occupants
collective) actuels.
Plus l’indivision est ancienne, plus le risque d’un conflit entre les héritiers est
Figure 54 : les terres important; la sécurité de tenure devient ‘alors très faible.
en propriété Les conséquences de l’indivision sont très graves en Haïti. L’indivision est souvent
accusée de décourager l’occupant de protéger sa terre, et encore plus de l’amélio-
rer ou d’y faire des investissements susceptibles d’augmenter sa productivité.
l Les terres en métayage
Il s’agit d’un mode de faire-valoir indirect: l’exploitant n’est pas le propriétaire
direct de la terre. L’exploitant et le propriétaire établissent un contrat oral
donnant droit à l’exploitant (appelé métayer) d’utiliser les terres du propriétaire,
pour une durée déterminée, et en échange d’une part déterminée de la récolte.
Cette part s’élève généralement en Haïti au tiers ou à la moitié de la récolte. Le
contrat est le plus souvent de courte durée, pouvant se réduire a une saison’de
culture.
Ces terres sont dites’socié’ou’de mouatié: La sécurité de tenure est faible. Un
métayer n’a aucun intérêt à améliorer la qualité de sa terre; dans la plupart des
cas, cela encouragerait le propriétaire à la reprendre pour l’exploiter directement.
l Les terres en fermage
Il s’agit encore d’un mode de faire-valoir indirect. L’exploitant et le propriétaire
établissent un contrat (appelé bail) pour une durée déterminée, par lequel
l’exploitant (appelé fermier) pourra utiliser les terres en échange d’une somme
déterminée et réglée au moment de l’établissement du contrat.
La durée des baux est très variable. Elle peut ne pas excéder une saison de culture
dans certaines plaines rizicoles (Artibonite, Solon, Saint Raphaël, . ..). le fermage
est alors appelé’ferm: Le bail peut porter sur un grand nombre d’années; c’est
généralement le cas dans les régions de morne et il est alors appelé’potek.’
l Les terres occupées.
Il peut arriver que des exploitants utilisent des terres dont ils ne sont pas
propriétaires légaux et pour lesquelles. ils n’ont pas établi de contrat avec le
propriétaire. Cette situation, souvent, concerne des terres occupées depuis très
longtemps et dont le nom des propriétaires est méconnu.
Ces terres peuvent faire l’objet de transactions (ventes, locations, partages entre
héritiers, . ..) mais il n’est pas possible d’établir de contrats ni de titres de propriété.

‘Dans la caractérisation du foncier d’une exploitation, il importe de bien préciser le


mode de tenure pour chaque jardin de l’exploitation. Mais attention à ne pas
confondre propriété foncière et exploitation agricole. Les parcelles d’une
même propriété foncière peuvent être confiées à des exploitants diffé-

100
rents, et une même exploitation peut rassembler des parcelles aux modes
de tenure très variés.

Un paysan cultive des jardins de statut multiple: propriétaire de certains jardins,


il en cultive d’autres en métayage ou en fermage. Des terres indivises mais infor-
mellement partagées peuvent être cultivées. Il peut enfin avoir accès à des terres
indivises non partagées, par exemple pour le pâturage de son bétail.
Dans une enquête, on n’oubliera pas, après, avoir fait l’inventaire des jardins et
avoir caractérisé leur statut de demander à l’exploitant s’il ne possède pas en outre
d’autres parcelles qu’il a données en métayage ou en fermage à’d’autres paysans.
L’inventaire et la caractérisation du foncier est d’un grand intérêt pour avoir une
idée du niveau social et économique dune exploitation agricole. Ils permettent de
distinguer [Link] qui ont plus de jardins oumoins, et ceux qui sont plutôt pro-
priétaires de ceuxqui sont métayers.

Le capitalfoncier Il est égal à la valeur des terres en propriété.


Bien que difficile à connaître précisément, on peut en faire une estimation simple
après avoir demandé à des exploitants locaux à quel prix se vendent, en général,
des terres de qualité analogue à celles de l’exploitation étudiée.

LETRAVAIL La description de l’appareil de production nécessite l’évaluation du travail effec-


tivement dépensé dans l’activité agricole pendant un cycle de production (généra-
lement un an). Ce travail peut être fourni :
l par la main-d’oeuvre dite “familiale”. Il s’agit de la main-d’oeuvre fournie par les
personnes de la famille vivant sur l’exploitation (dans la kaye) ;
l par une main-d’oeuvre dite “extérieure” (à l’exploitation): groupes d’entraide
(corvées), associations de travail (escouades, ramponneaux, coumbites), salariés ou
journaliers.
L’analyse économique d’une exploitation agricole demande une évaluation quan-
titative du travail utilisé sur 1‘exploitation.
Cette évaluation est délicate+ surtout pour la-main-d’oeuvre familiale. En effet, les
tâches domestiques, qui ne doivent pas être prises en compte dans l’analyse de
lùnitédeproduction, sont difficiles à distinguer des tâches agricoles. De plus, toute
la main-d’oeuvre familiale ne s’investit pas toujours totalement dans un travail
sur l’exploitation : commerce pour la femme, travail d’artisanat, participation à
des échanges ou à des groupes de travail,....
En première approximation, on peut évaluer, en pourcentage, la part de travail
que consacre chaque individu de la famille à l’activité agricole (au sens large, c’est-
à-dire y compris l’élevage). Par exemple, la femme de l’exploitant peut être comptée
à 80 % si elle consacre une journée par semaine à aller aumarché, et les autres jours
dans les jardins. Si, en revanche, elle tient une petite boutique, qui exige sa
présence quotidienne, elle ne pourra être comptée qu’à 20 %.
Pour aller davantage dans le détail, on peut repérer, sur toute la durée d’un cycle
de production, les principales périodes de travail et lister, pour chacune d’entre
elles, le temps de travail fourni par la main-d‘oeuvre “extérieure’:. On obtient, en
additionnant ces deux types de travail, le nombre total d’heures de travail
consacrées annuellement à la production agricole. On peut ensuite transformer
cette valeur avec une unité de mesure plus simple (par exemple en journées de 6
ou 8 ou... heures de travail).
Une autre méthode, encore plus précise mais plus difficile à mettre en oeuvre
consiste à faire l’inventaire, jardin après jardin, des travaux culturaux entrepris
lors du dernier cycle: préparation du sol, semis, sarclages, . .. . Pour chacun de ces
travaux, on reconstitue le nombre de journées qui ont été nécessaires, puis on
additionne. On fait ensuite la même chose pour le bétail.
On peut remarquer que de tels calculs ne tiennentpas compte des différences dans
la qualité de la force de travail des différents travailleurs (âge, force physique, état
de santé, savoir-faire technique...)

101
LES MOYENS Pour connaître les moyens de production dune exploitation, il faut en faire un
inventaire à une date déterminée.
DE PRODUCTION
L’outil le plus courant est la
houe dont il existe de
nombreuses formes. La
longueur du manche et la
largeur du fer doivent être
adaptées aux utilisateursde
l’outil et aux types de sols
I (photo G. de Laubier).

Là encore, tous les outils utilisés ne sont pas automatiquement en propriété. Une
houe peut, par exemple, être cédée par un tiers au paysan en échange de services:
une demi-journée de travail par exemple:
Parmi les moyens de production, une attention particulière est à porter au bétail:
on distingue les animaux par leur espèce? leur âge, leur fonction (reproduction, en-
graissement, transport, traction...) et éventuellement leur état (femelles en
gestation).
Tous les animaux ne sont pas en propriété. Certains sont en gardiennage, c’est-à-
dire soignés et entretenus par l’exploitant alors qu’ils appartiennent a un tiers. En
échange, l’exploitant reçoit une part du produit, par exemple un veau sur deux
dans le cas dune vache ou une part de la valeur à la vente dans le cas d’un jeune
boeuf. Le gardiennage représente, pour les animaux, ce que le métayage est au
foncier.
Lorsqu’on cherche à comparer plusieurs exploitations, il peut parfois être intéres-
sant de faire une évaluation quantitative des moyens de production avec une unité
de mesure homogène pour tous ces biens.
Les moyens de production sont tous de l’argent, du capital que l’exploitant a dû
investir, à un moment ou à un autre, pour pouvoir en disposer. On peut donc
calculer leur valeur.

l Le capital fixe d’exploitation est la valeur des biens qui servent à


plusieurs cycles de production. Exemple: une houe, une vache, un glacis de
séchage.

l Le capital d’exploitation circulant est la valeur des consommations in-


termédiaires, consommées pendant un cycle de production. Exemple: un
lot de semences, un sac d’engrais, des aliments concentrés pour les porcs.

l Le capital total d’exploitation est égal à: capital foncier + capital fixe


d’exploitation + capital circulant d’exploitation.

102
Parmi les moyens dë
production, ne pas oublier les
éléments de construction qui
ont une fonction dans la
production agricole : ainsi les
glacis, les greniers ou les
citernes individuetles
(photo D. Mermet et
G. de Laubier).

Le bétail est un moyen de


production-important. Même
s’il n’est pas en propriété, il
permet de transformer des
végétaux en viande ou en lait
(photo G. de laubier).
L’exploitation dansé
son ehiron-nement
économiqueet social
L’agriculteur haïtien ne produit pas de façon isolée. Les exploitations agricoles
sont des systèmes “ouverts” dans la mesure où, pour pouvoir réaliser leur activité
de production, les exploitants sont presque toujours amenés à nouer des relations
de natures diverses avec leur environnement économique et social.
Ces relations se traduisent par la mise en’rapport de l’exploitant avec des agents
économiques exterieurs à l’exploitation. Ces rapports sociaux sont appelés rup-
ports de production et d’échange et forment la-base des conditions économiques et
sociales de la production pour les exploitants.
Citons par exemple:
l rapport avec un propri&aire foncier poùr obtenir un jardin en fermage ou en
métayage,
0 rapport avec des agriculteurs voisins ,ou des commerçants pour l’achat de
semences,
l rapport avec des commerçant Ce>set des transporteurs pour la vente des produc-
tions,
l rapport avec d’autres agriculteurs pour établir les échanges de travail, pour
acheter ou vendre des journées de travail,
l rapport avec des ‘gro nèg-‘pour emprunter l’argent nécessaire à l’achat de
semences ou d’aliments,
l rapport avec le notaire et l’arpenteur pour acheter un morceau de terre.
Nous allons étudier quelques-unes des conditions économiques les plus détermi-
nantes pour l’activité agricole et’leur influence sur le fonctionnement de l’exploi-
tation. Car le choix des types de production et des techniques de production n’est
pas seulement conditionné par la nature et l’importance des moyens de production
dont disposent les exploitants, il dépend aussi étroitement des rapports que
l’exploitant est en mesure d’établir avec son environnement économique.

L’ACCÈS À LA TERRE
Pour les exploitants agricole,s haïtiens, l’accès à la terre représente un enjeu
considérable. Du fait de la très forte pression démographique, la concurrence pour
accéder au foncier est très vive et le coût à payer pour dispos,er d’un terrain à
,cultiver est toujours très élevé.

LA SÉCURITÉ Les conditions d’accès au foncier déterminent le niveau de sécurité dont l’exploi-
DE TENURE tant peut jouir sur les terres qu’il cultive. La sécurite de tenure est satisfaisante
lorsque l’exploitant peut utiliser la terre à sa guise et pendant une durée assez

104
longue et connue d’avance.
Lorsque la sécurité sur le foncier est faible, l’agriculteur n’a pas d’intérêt à y
investir du capital ou du travail qui risqueraient de bénéficier au propriétaire (cas
de faire-valoir indirect) ou aux autres co-exploitants (cas d’indivision).
l Ainsi, les terres en indivision stricte, c’est-à-dire non partagées (même infor-
mellement), demeurent-elles en général non cultivées. En effet, aucun des héri-
tiers ne se risquera a y semer une culture, puisque n’importe lequel de ses frères
ou soeurs peut venir y attacher un animal au piquet. Ces terres sont généralement
utilisées comme terres de parcours pour l’élevage.
Ce sont souvent des jardins trop petits pour être partagés au moment de l’heritage
ou de trop mauvaise qualité. Une exception notable existe dans certaines régions :
il s’agit du jardin boisé entourant la maison, le jardin‘Zako$ La fertilité de celui-
ci est élevée et il est plante d’espèces riches (arbres de charpente, fruitiers, caféiers,
bananiers...). A la disparition des parents, il est fréquent que les héritiers ne
puissent se résoudre à l’attribuer à un seul d’entre ‘eux. Ce jardin reste alors ‘en
indivision et tous les membres de la famille peuvent venir y prélever du bois, des
fruits ou des plants. Comme personne ne veut l’entretenir, ce jardin périclite
rapidement, alors qu’il-avait fallu beaucoup de travail pour le constituer.
L’indivision n’est donc pas seulement un obstacle à la capitalisation; elle est aussi
une source importante de décapitalisation.
l La faible durée des contrats de métayage (qui, de plus, sont souvent
seulement oraux) incite rarement les exploitants à investir autre chose que leur
propre travail sur les parcelles concernées. Il n’y a pas lieu de s’étonner si les
métayers ne sont pas enclins à épandre des engrais: ou entreprendre des amélio-
rations foncières.: .pour le bénéfice de leurs succeseurs!
l En revanche, le paysan qui exploite ses propres terres sait qu’il pourra lui-
-même bénéficier de tout investissement a moyen et long terme. Il aura tout intérêt
à entretenir son patrimoine en maintenant ou améliorant la fertilité, en plantant
des arbres, en utilisant des techniques ou des dispositifs anti-érosifs...
D’une façon générale, les maisons d’habitation sont construites sur des parcelles
en propriété ‘qui bénéficient par ailleurs d’importants transferts de fertilité
(résidus de culture provenant d’autres parcelles, déjections animales,...) et sur
lesquelles sont très souvent établis des jardins boisés.
Les paysans mettent en place des plantations pluriannuelles préférentiellement
- voire exclusivement - sur’des parcelles en propriété ou là où ils bénéficient d’une
grande sécurité de tenure.
l hs fermiers de 1’Etat bénéficient généralement des terres pour des durées
indéterminées, souvent très longues. Certains baux semblent même pouvoir être
hérités de génération en génération, La sécurité de tenure peut donc y être assez
élevée.
Toutefois, il est fréquent que, les terres de 1’Etat soient attribuées à des “grands
fermiers” qui résident en ville et sous-louent ces terres, par petits morceaux, à des
paysans. La sécurité de tenure est alors faible.
. Sur les terres “occupées~’ de fait, la sécurité de tenure est assez faible, les
exploitants (et/ou ~acquéreurs s’il y a eu une transaction avec les prdcédents occu-
pants) pouvant se trouverprivés de tout recours légal en cas d’éventuels conflits
ou procès.

LA RENTEFONCIÈRE Ces conditions d’accès au foncier déterminentiégalement le coût que doivent payer
les exploitants pour pouvoir utiliser ce foncier. Ce coût, versé au propriétaire
foncier, est appelé rente fone2re.
La rente foncière et le prix des terres en Haïti sont très élevés en raison de
l’importante demande de foncier de la part d’une population nombreuse. On dit
qu’il y a une forte pression foncière.

Lemétayage: l La rente fpncière, dans le cas du métayage, est payée au propriétaire au


unepart de la récolte moment de la récolte, c’est un pourcentage, fixé de la récolte.

105
Lors de larécolte, on appelle le propriétaire et on procède au partage. Les modalités
de celui-ci sont diverses :
l soit on partage le jardin et le propriétaire effectue lui-même la récolte sur la
partie qui lui revient. Dans ce cas, le choix de l’emplacement (plus ou moins fertile)
est de grande importance ;
l soit on récolte d’abord, puis on met en tas et on partage. Cette solution est en
général préférée par les propriétaires qui sont présents sur place.
Le taux de rente foncière varie, selon les régions, entre un tiers et la moitié de la
récolte. Plus la terre est riche et productive, plus ce taux est éleve. Plus la pression
foncière est forte, plus ce taux est également fort.
A cette rente “en nature”, le métayer devra fréquemment ajouter d’autres presta-
tions à son propriétaire, comme par exemple des journées de travail ou des services
personnels (s’occuper d’un animal, aller chercher de l’eau). Ces prestations ne sont
jamais exigées dans le contrat oral passé entre les parties, mais sont souvent
indispensables si le métayer veut continuer à disposer du jardin une année
supplémentaire. Ces services représentent une rente masquée en travail.
En cas de mauvaise récolte, ce que devra payer le métayer sera réduit en
proportion. Ainsi, si pour un jardin de haricots, un paysan, métayer à 50 %, récolte
8 q/ha en bonne saison, il paiera 4 q de rente foncière. Mais si la saison est
défavorable et qu’il ne récolte que 2 q/ha, il devra donner seulement 1 q de haricots
au propriétaire. Il lui restera alors 1 q, ce,qui représente à peu près ce qu’il avait
dû mettre comme semence. De ce point de vue, la prise de terres en métayage
convient .assez bien aux paysans les plus pauvres puisque le paiement de la rente
foncière ne leur fait pas prendre un risque trop important. Mais c’est aussi pour
le métayage que la rente est la plus élevée.
l Dans le cas du métayage, la fixation de la rente sous forme d’une part de
la récolte a une conséquence essentielle sur I’investissement en travail et en
capital de l’exploitant.

Le métayage : un tas pour


l’exploitant,un tas pour le
propriétaire
(photo G. de Laubier).

Dans la mesure où les frais de culture sont en général à la charge de l’exploitant,


ce dernier hésite à utiliser des engrais, des produits phyto-sanitaires ou de la main-
d’oeuvre salariee car l’accroissement de la production qui en rbsulte, une fois
amputé de la part qui revient au propriétaire, ne permet pas toujours de compenser
les frais correspondants.

106
Prenons l’exemple de l’engrais. Supposons qu’une application de 10 $ d’engrais
permette de doubler la production en valeur d’un jardin qui passe de 15 à 30 $.

(30$ x 0,50)- lO$ = 5$


(prix de l’engrais lO$)

On voit que seul le propriétaire-exploitant a intérêt à mettre de l’engrais. Le


métayer, lui, gagne moins d’argent s’il met des engrais que s’il s’abstient. Bien
entendu, ce n’est pas toujours le cas et tout dépend du niveau des prix du produit
et des intrants, ainsi que du taux de rente foncière. Objectivement, le métayer a
toujours intérêt à cultiver’avec moins d’intrants que,le propriétaire.

Le raisonnement sur l’engrais est aussi valable pour la quantité de travail fournie
par l’exploitant sur le jardin. C’est en partie parce que les métayers n’ont pas
intérêt à fournir les mêmes soins aux cultures que les parcelles en métayage ap-
paraissent souvent moins bien entretenues ou sarclées en retard.
On dit que le métayage est un facteur d’extensification de l’agriculture.

Lefermage: l Dans le cas du fermage, la rente foncière (encore appelée loyer de la terre) est
le loyerde la terre payable avant la récolte. L’exploitant doit être en mesure de payer la rente pour
toute la durée du fermage, au moment de l’établissement du “contrat”. Ainsi, pour
un fermage de sept ans à 10 $ par an, le fermier doit-il payer 7 x 10 $ = 70 $ dès la
conclusion de l’accord. Ce système présente quelques risques,pour le preneur dans
la mesure où il ne peut être sûr que la récolte permettra de compenser les dépenses
effectuées, et en particulier la rente. A l’inverse du métayage, la prise de terres en
fermage n’est pas àlaportée de toutes les bourses; elle est généralement le fait d’ex-
ploitants plus aisés.
l La rente foncière est variable suivant la nature des contrats de fermage.
Le fermage de courte durée CfermJ traduit une forte dépendance du preneur à
l’égard du propriétaire et le poids de la rente est à peu près du même ordre que dans
le cas du métayage.
Les fermages de longue durée @otek. ont une tout autre signification. Un proprié-
taire cède souvent ses terres en location lorsqu’il doit faire face à des besoins
d’argent immédiats. Il consent donc à louer ses terres à relativement bas prix à
ceux qui peuvent fournir tout de suite les sommes correspondant à la rente
foncière. Le rapport de force est alors beaucoup plus favorable à celui qui loue les
terres, et le poids de la rente foncière est d’autant plus bas que la durée du bail est
longue.

Calculons à titre ‘d’exemple la rente foncière d’un jardin de 1/4 de carreau,


cultivé un an sur deux et affermé pour cinq ans au prix de 30$ au total.
l la rente annuelle est de 30/5 = 6$.
l la rente annuelle par carreau est de : 6 $/0,25 c = 24 $/c
l la rente par culture est de : 30/3 = 10$ (trois cultures en sept ans)
l la rente par culture et par carreau est de : 10 $/0,25 c = 40 $/c
Comme 1 c = 1,29 ha, tous ces chiffres doivent être divisés par 1,29 pour obtenir
des rentes par hectare. Ainsi la rente par culture et par hectare est de
40s / 1,29 = 31s
Supposons que ce jardin ait permis de produire 70 “marmites” de haricots (pois
noir), soit 210 kg, le rendement par carreau a été de’70 m X 4 = 280 marmites ou =
840 kg/carreau. Si le haricot peut être vendu à 3 $‘par marmite, le produit brut est

107
de : 280 X 3$ = 840$/carreau.
En métayage au tiers, la rente par culture et par carreau aurait été de :
840 / 3 = 280 $ et de 420$ en métayage à moitié. Ces chiffres sont à comparer aux
40 $ de rente par culture et par carreau dans le cas du’potek:
On voit que la différence de rente foncière entre le métayage et le’potek’peut être
considérable.

Certains paysans aisés qui ont accès à des terres en’potek’ne manquent d’ailleurs
pas de recèder ces mêmes terres en métayage a de tout petits paysans, afin de
profiter sans effort de la différence de montant des rentes correspondant à ces deux
modes de tenure. Remarquons enfin que, contrairement au métayage, le fermage
n’est pas un facteur d’extensifïcation. Un paysan a le même intérêt Bconomique à
augmenter son rendement, qu’il soit fermier ou qu’il soit propriétaire.
l Les terres appartenant au domaine national sont pour la plupart cédées par
1’Etat en fermage contre paiement d’une rente annuelle au service des contribu-
tions. Le loyer de la terre est généralement très faible, souvent de dix fois inférieur
à celui demandé par des propriétaires privés. Les grands fermiers de l’Etat,
bénéficiant d’une bonne sécurité de tenure, se considèrent quasiment comme “pro-
priétaires” et en profitent pour recéder les terresà de tout petits paysans (en
fermage ou en métayage) afin de tirer un bénéfice de l’écart entre le niveau des
rentes, sans avoir aucunement besoin de travailler.
l La rente foncière payée par les exploitants occupant des terres sans titre de
propriété ou sans contrat, est évidemment nulle.

L’ACCÈS AUX MOYENS DE PRODUCTION


L’agriculteur haïtien produit parfois lui-même dans son exploitation certains
moyens de production dont il a besoin pour mettre en oeuvre ses productions
animales et végétale : semences, haies vives, greniers (colombiers), fumier et
animaux reproducteurs.
Mais, dans un très grand nombre de cas (houe, machette, arrosoirs, charrue,
engrais minéraux, semences améliorées, vaccins, produits phytosanitaires,...),
l’exploitant doit s’approvisionner à l’extérieur de son exploitation: chez des voisins,
dans des boutiques, auprès des commerçantes sur les marchés locaux ou régio-
naux, etc.
Les modes d’accès à ces différents moyens de production peuvent être très divers
selon que l’exploitant a pu ou non dégager préalablement des revenus suffisants
pour s’autofinancer, c’est-à-dire acheter ces biens au comptant avec ses propres
revenus.
L’histoire haïtienne montre que, dans leur immense majorité, les paysans ont
toujours éprouvé de grandes difficultés pour épargner et dégager les ressources qui
leur permettraient de développer ou d’améliorer leurs moyens de production. Un
achat au comptant est alors impossible et les exploitants ont recours à l’achat à
crédit ou à la prise d’animaux en métayage.
L’ACHAT Lorsque l’agriculteur dispose de ressources monétaires suffrsantes au moment de
AU COMPTANT la transaction, quitte à devoir vendre un animal pour la circonstance, l’achat peut
se faire au comptant.
L’acheteur s’efforce alors, dans la mesure du possible, de mettre en concurrence les
divers fournisseurs afin d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix.
Mais peu de commerçants disposent de toute une gamme d’intrants et de matériels
agricoles. Face à cette situation de monopole, l’agriculteur doit alors accepter le
prix qu’ils proposent.
Aujourd’hui les petits commerçants privés hésitent souvent à commercialiser de
telles marchandises car la demande leur paraît encore insuffisante et aléatoire du
fait du faible pouvoir d’achat de la paysannerie.

108
L’ACHAT-À CRÉDIT Nombreux sont les petits paysans qui ne peuvent renouveler ou acheter de
nouveaux moyens de production sans avoir recours au crédit.
Le crédit agricole, officiel n’a jamais représenté de très grosses sommes d’argent et
në bénéficie en réalité qu’à un trés faible nombre d’exploitants (5 % du total
environ).
l L’Institut du Développement Agricole et Industriel (IDAI) a longtemps octroyé
des prêts de campagne (pour un cycle de production) et d’équipement a des
producteurs individuels, pour les productions de riz, coton, haricot, dans Iles
plaines de l’Artibonite, des Gonaïves et des Cayes, sur le plateau central et dans
la région de JacmkXMais ces crédits n’ont généralement concerne qu’une minorité
d’exploitants parmi les plus aisés.
l Le Bureau du Crédit Agricole (BCA) concède des, prêts de campagne a de plus
petits agriculteurs, pour les cultures vivrières et I’engraissement animal, à
condition que les bénéficiaires constituent desgroupements à caution solidaire (so-
ciétés agricoles de crédit).
l A cela, s’ajoutent aussi des crédits qui sont fournis par des organismes de
(1) Le taux d’intérêtest Bgal (exprimé développement régional du type O.D.V.A. (Artibonite), O.D.N. (Nord), O.D.P.G.
en’%) à: (Gonaïves), et les avances faites par certaines compagnies industrielles (Usine
100 X (1 - capital remboursékapital Sucrière du Nord, “Comme il faut”,...).
emprunté)
(2) L’hypothèqueconsiste, De l’avis unanime, les prêts fournis par des organismes officiels n’ont jamais
pour une personne realisantun permis de répondre aux immenses besoins de financement de la paysannerie.
emprunt,a donner un de sas biens en
propriété (ici les recoltes ou les terres) La paysannerie a donc largement recours au crédit fourni par de petits commer-
commegarantie du remboursement çants et des spéculateurs locaux. En cas de difficultés de trésorerie, les paysans
de l’[Link] l’empruntne peut être leur achètent à crédit les biens dont ils ont besoin, ou leur empruntent les fonds qui
rembourselorsqu’il arrive à échéance, leur sont nécessaires.
le prêteur a le droit de faire vendre
le bien hypothéque pour obtenir Les taux d’intérêts (1) pratiqués sont’ extrêmement élevés, pouvant dépasser
le remboursementde la créance. 100 % par-an. L’emprunteur risque donc de devoir hypothéquer (2) ses futures
récoltes ou ses terres.

On va chercher du crédit chez


les notables du bourg mais
aussi chez les paysans plus
aisés de la localité
(photo D. Mermet).

La vente surpied des récoltes est un autre moyen de se procurer les liquidités dont
une famille paysanne peut avoir besoin.
Cette pratique est plus fréquente pour le caf& qui est une culture uniquement
destinée à la vente (on parle de czdture de rente), que pour les vivres. Elle consiste
&Vendre le produit dune culture bien avant sa récolte. Le prix fixé est évidemment
marqué par une décote d’autant plus importante (par rapport au prix attendu a la
récolte) que le stade de la culture est précoce.
On distingue :
l la vente sur pied d’une surface : on vend la récolte dune certaine surface de
jardin. L’acheteur supporte le risque d’un éventuel accident cultural sur le jardin
(passage dune tempête, par exemple...),
l la vente sur pied d’une quantité : l’exploitant promet un certain volume de la
récolte. L’acheteur ne supporte plus alors le risque cultural,‘et la décote de prix est
un peu moins élevée.

109
Cette procédure n’est pas sans risque pour les producteurs et l’on comprend que les
paysans, souvent endettés (3) pour les besoins de consommation familiale, hési- ’
(3) On dit qu’une personne est
tent à s’endetter encore davantage pour améliorer leurs moyens de production. Le
endettée lorsqu’elle a réalisé un
emprunt qu’elle n’a pas encore besoin d’argent pour l’équipement des unités de production n’en reste pas moins
totalement remboursé. réel.

L’ACCÈS À LA MAIN-DYEUVRE“EXTÉRIEURE” :
[Link] ENTRE AGRICULTEURS
Pour mener a bien les travaux agricoles, les paysans sont fréquemment amenés a
établir entre eux des relations plus ou moins stables et complexes.
Trois catégories de rapports peuvent être distinguées : la coopération simple, la
coopération élargie et le salariat.

LA COOPÉRATION l Les escouades sont des associations d’échange de travail qui regroupent
SIMPLE: LES un nombre limité de travailleurs ayant, en principe, les mêmes droits et les mêmes
obligations les uns envers les autres. Selon les régions, on les appelle aussi’kolonn,
ESCOUADESOU
chenn, kbuadi, mazinga, ramponneau:
L’ÉCHANGE Pour mieux en saisir le fonctionnement, prenons l’exemple dune escouade de cinq
MUTUALISTE personnes A, B, C, D et E. Le premier jour, l’ensemble de l’escouade travaille pour
A, le second pour B et ainsi de suite jusqu’à la fin du cinquième jour, où après avoir
travaillé pour E, chacun se retrouve dans une situation où il a reçu autant qu’il Ia
donné.
L’intérêt des exploitants à participer à de telles associations réside dans le fait qu’il
est souvent plus facile et plus rapide de réaliser certains travaux en groupe qu’iso-
lément (par exemple: la défriche). Ces associations permettent, par ailleurs, a
chacun d’affronter les pointes de travail aux moments optima, en concentrant la
force de travail du groupe pendant les quelques jours adéquats pour la réalisation
Travaillervite et au bon des travaux. Elles évitent ainsi les retards qui occasionnent des pertes de récolte,
moment : la première fonction sans pour autant payer plus cher-la main-d’oeuvre. Les pointes de travail peuvent
de l’escouade. Cependant les’ intervenir à des moments différents pour’les membres d’un même groupe, car les
escouadesdejeunesoude systèmes de culture dune même zone peuvent être variés et les dates de travaux
paysans sans terre sont une très échelonnées. La capacité qu’ont les associations de faire face aux pointes de
forme déguisée de salariat travail de chacun des membres dépend surtout de la souplesse avec laquelle ceux-
(photb G. de Laubier). ci parviennent à s’échanger leurs tours dans la rotation.
l Les escouades sont de deux types, selon les rapports sociaux existant entre
les membres.
. Les unes rassemblent des paysans de même catégorie sociale, par exemple des
jeunes démarrant leur exploitation. Au lieu de travailler chez les uns et les autres,
l’escouade travaille alors souvent chez un tiers, qui rémunère alors celui des
membres dont c’est le tour. La “vente des tours” est un phénomène de plus en plus
fréquent: l’échange mutualiste dérive vers le salariat.
. Les autres rassemblent des exploitants de niveau différent, qui jouent alors sur
la complémentarité de leurs besoins pourtirer avantage de l’escouade. Dans ce
deuxième cas, l’échange entre les membres est fréquemment inegalitaire. Ainsi,
une escouade peut parfaitement rassembler plusieurs paysans dont l’un est le
propriétaire de jardins cultivés par les autres en métayage. On constate alors que
le propriétaire est favorisé dans le fonctionnement de l’escouade. On lui “offre” des
tours. Lorsqu’on travaille pour lui, on arrive plus tôt au jardin, on part plus tard
et on s’active davantage.

LA COOPÉRATION ‘Entre paysans voisins, il est fréquent de pratiquer l’entraide dans le travail
ÉLARGIE: agricole. Cette entraide peut prendre la forme de “coups de main” que l’on se donne
LE COUMBITEOU KOVÉ mutuellement de temps à autre, pour ‘effectuer certains gros travaux qu’un
exploitant et sa famille ne sauraient réaliser tout seuls. Cette forme d’entraide
repose alors, implicitement, sur la réciprocité des services rendus entre agricul-

110
leurs sans que l’apport en travail desuns et des autres soit nécessairement comp-
tabilisé. Celui qui invite au travail offre la nourriture a sesinvités. En principe, il
devra ensuite répondre aux invitations de ceux qui sont venus travailler chez lui.

La coumbite est une forme


d’entraide sans réciprocité
automatique... mais où la
distribution de nourriture joue
un grand rôle
(photo G. de Laubier).

Dans la réalité, on constate là aussi que la réciprocité n’est que rarement complete.
Dans un quartier, ce sont les plus gros agriculteurs qui organisent le plus de’ko@
Beaucoup de paysans y participent, car ils sont souvent redevables envers
l’organisateur (jardin en métayage, petit crédit accordé oumespéré,..). L’organisa-
teur peut, en offrant un repas modeste, disposer d’une main-d’oeuvre a très bas
coût.
Il est néanmoins possible aux plus petits paysans d’organiser une’koué: Mais ils
devront alors offrir davantage de nourriture pour attirer leurs invités. Le travail
leur revient alors aussi cher, voire davantage que s’il avait été fait par des salariés.

Figure 55 : exemples de
coumbifes organisés pour les organisateur nombre de
semis de haricots à Rey participants
(Miragoane). travaillées

propriétaire local
(plus de 15 carreaux)
paysan modeste
(1,5 carreau)
paysan pauvre
(1/4 c. en indivision)

LE SALARIAT Nombreux sont aujourdhui les paysans aisés qui ont recours à des travailleurs
INDIVIDUEL salariés individuels, permanents ou temporaires, pour la réalisation de travaux
agricoles. Ces travailleurs sont généralement des paysans sans terre ou de petits
exploitants dont les surfaces ne sont pas suffisantes pour assurer le plein emploi
de leur main-d’oeuvre familiale. Ces’o!jobktes’peuvent être payés à la journée ou
à la tâche (au forfait). Dans ce dernier cas, ils restent relativement libres
d’organiser leur travail comme ils l’entendent et peuvent même faire appel à des
aides extérieurs qu’ils rémunérent à leur tour. Cette forme de travail salarié
s’étend de plus en plus actuellement, notamment dans les zones de plaine et les
quelques grandes plantations en faire-valoir direct ou par l’intermédiaire de
gérants.
Il est à noter enfin, la présence de’restauecs’dans certaines familles paysannes
aisées qui acceptent d’élever des enfants qui leur ont été confiés par les familles les
plus misérables. Ces’restuuecs’effectuent généralementles tâches les plus ingrates
sur les exploitations et ne bénéficient en échange d’aucune rémunération en
dehors des soins qui leur sont apportés quotidiennement par les familles d’accueil.
LA COMMERCIALISATIONDES PRODUCTIONSAGRICOLES
On appelle conditions dechange les relations qui s’établissent avec le marche, que
ce soit pour la vente ou l’achat des produits.
L’économie coloniale agro-exportatrice Btait déjà totalement intégrée aux échan-
ges marchands(*) internationaux: exportations de coton, de sucre et de café, et
(‘) Les échanges sont des mouve-
mentsde marchandisesqui importations d’esclaves et de produits manufacturés.
s’effectuent directementou par Depuis l’indépendance, la paysannerie haïtienne n’a cessé de commercialiser une
I’intermédiairede la monnaie. Dans ce partie plus ou moins importante de ses productions (café, vétiver, haricot, produits
dernier cas, les échangessont dits animaux...) de façon à pouvoir acheter sur les marchés les biens qu’elle ne pouvait
marchands.
produire par elle-même (outils, sel, poisson séché...).
Certaines conditions de la commerciali~sation;des produits agricoles sont détermi-
nantes dans la conduite de l’exploitation ‘paysanne. Ce sont:
l la nature du circuit de commercialisation,
l le prix des produits sur le marché et ses fluctuations,
l le niveau de dépendance de l’exploitant avec le(s) commerçant(s),

LESCIRCUITSDE Des producteurs aux consommateurs, les produits agricoles transitent par des
COMMERCIALISATION circuits de commercialisation où une même marchandise peut être achetée et
vendue plusieurs fois par des agents économiques différents.
Ces circuits sont de nature différente pour les circuits vivriers et les denrées
d’exportation. La nature du circuit de commercialisation détermine le coût de la
commercialisation pour le producteur. Ce cotit peut être appréhendé par la diffé-
rence entre le prix payé par le consommateur et celui perçu par le producteur.

La commercialisation Si l’on excepte les produits vivriers que les consommateurs achétent parfois
des produitsvivriers directement aux producteurs, l’essentiel desvivres commercialisées passent entre
les mains de commerçantes appelées’Madam Sara: Leur travail consiste principa-
lement à acheter ces vivres sur un marché et à les revendre un peu plus cher sur
un autre.
On a coutume de distinguer deux grands types de Madam Sara.

Figure 56 : les deux types de Revendeuse


Madam Sara (Sara locale)

Capital investi faible fort

Produits produits de faible valeur produits de forte valeur


transport& volumique, mais difficile volumique’faciles a rassembler
à rassembler : fruits! en quantité importante : grains.
tubercules, volailles.

Objectif valorisationdu travail de valorisation du capital investi


collecte au niveau local

chez le oui non


Centres producteur
d’approvi-
sionnement marchés sur les sentiers, près des sur la route, près du lieu de
, centres de production imaiché

producteurs producteurs et revendeuses

l lespetites revendeuses de~détail résident généralement en milieu rural. La


plupart sont elles-mêmes agricultrices. Elles achètent des produits diversifiés
(fruits, tubercules, céréales,...) sur les marchés de leur alentour immédiat.

112
. Les grossistes résident en ville et rachètent des produits souvent de même
nature (haricot, céréales,...) aux petites vendeuses locales pour les revendre
ensuite sur-les plus gros marchés urbains. Ces grossistes se consacrent unique-
ment à leur activité commerciale et leur fonds de roulement dépasse souvent 500$.
Les premières se consacrent au petit commerce afin d’accroître leurs revenus
lorsque leur force’de travail ne peut être pleinement employée aux tâches agricoles
sur leur exploitation. Les secondes exercent leur activité à plein temps avec
l’objectif de valoriser au mieux le capital-argent dont elles disposent. Mais la
différence n’est pas toujours aussi tranchée: il peut arriver qu’une petite reven-
deuse locale devienne progressivement commerçante grossiste à plein temps au
fur et à mesure que son capital s’accroît.

De la~petiterevendke Aux w,,‘“:,_ ,’ : ..


marchés de Port au-Prince Q
(le marché dë la Croix des
B&ales), les circuitsde
commercialisationmobilisent
beaucoup d’intermédiaires
(photos-D. Mermet et -Fzy
G. de lautjer)~ ,“’
f”d

La part du prix payé par le consommateur qui passe aux mains des commerçantes
est évidemmentfonction du produit et de la distance entre le lieu de production et
le lieu de consommation. Elle peut varier de 20 à 50%, ce qui est relativement faible
en comparaison de celle relative aux denrées d’exportation.
Cette situation relativement favorable aux producteurs résulte de la multiplicité
des commerçantes. Etant en concurrence, chacune d’elles a intérêt a offrir les con-
ditions les plus avantageuses à sa clientele afin de la conserver et de l’étendre.

La comryercialisation A la différence des produits vivriers, la~commercialisation des denrées d’exporta-


desdenrées tion (café, cacao, sisal, vétiver...) n’est pas aux mains d’une multitude d’opérateurs.
Elle depend d’un nombre réduit de [Link] d’exportc-kion qui, en outre, établissent
d’exportation entre elles des accords implicites pour léurs zones de collecte respectives.
La concurrence entre les commerçants est très réduite. Le’ négoce présente donc
peu de risques pour les maisons d’exportations et les producteurs se voient quasi-
ment imposer le prix d’achat de leurs produits.
On peut remarquer que la faiblesse du mouvement coopératif n’a pas encore
permis de remettre en cause la toute puissance des négociants qui assurent parfois
eux-mêmes la première transformation ‘des denrées (décortiquage et déparchage
du café, extraction des huiles essentielles...).

LEPRIXDESPRODUITS L e prix des produits subit des variations interannuelles en fonction des auantités
SURLE MARCHÉ récoltées. Il existe aussi des variations de prix selon la saison: les prix sont bas
pendant les périodes de récolte et s’élèvent dans les périodes “de soudure” (avant
récolte). Ces variations, particulièrement sensibles pour les produits vivriers,
peuvent être considérablement amplifiées par la spéculation réalisée par certains
commerçants.
La spéculation est d’autant plus importante que la concurrence est faible entre les
commerçants. Les commerçants qui disposent de moyens lde stocker des vivres
tirent profit de la situation en achetant à bas prix au moment de la récolte Po:ur
revendre à des prix élevés à la période de soudure.
Les agriculteurs les plus soumis à ces variations de prix sont ceux qui ne disposent
pas de moyens de stockage ou ceux qui, endettés, doivent vendre immédiatement
à la récolte pour rembourser leurs dettes.
Un marché rural
(photo G. de Laubier).

Ces mouvements de prix ont des conséquences très importantes sur les économies
des exploitations agricoles. Le cas des haricots est révélateur car l’investissement
en semences y est particulierement élevé (la graine est grosse). Il n’est pas rare que
les prix varient du simple au double dans l’année, les prix les plus élevés
intervenant au moment des semis (beaucoup1 de paysans achètent sur le marché),
alors que les plus bas cours se constatent au moment des récoltes.

Si un paysan récolte 3 q/ha, alors qu’il lui a fallu 1 q/ha de semence, la marge
réalisée est de 2 q. Mais si le prix double au moment des semis, il faut vendre 2, q
pour couvrir le coût des semences. Il ne reste alors qu’un quintal par hectare pour
rémunérer le travail agricole. Sile paysan est métayer et ne touche en réalité de
1,5 q à la récolte, on calcule aisément qu’il subit alors une perte financière nette.

LE NIVEAU Il peut exister des relations de dépendance assez fortes entre l’agrioulteur et le
DE DÉPENDANCE commerçant. Cette dépendance est établie le, plus souvent à travers des mécanis-
AVEC LE COMMERÇANT mes d’usure. Les prix sont alors imposés aux producteurs.
l Les commerçants qui spéculent sur les variations de prix des produits vivriers
peuvent aussi être usuriers dans la mesure où en période de soudure ils revendent
fréquemment les produits à crédit avec des taux d’intérêt très élevés.
Les agriculteurs les plus démunis doivent avoir recours au crédit usuraire qu’ils
proposent pour acheter vivres et semences. Certains sont même contraints
d’hypothéquer leurs futures récoltes, voire de vendre celles-ci “sur pied’ à leurs
prêteurs pour des prix très bas.
l Les maisons d’exportation accordent généralement des avances monétaires aux
“spéculateurs” (*> des bourgades de l’arrière-pays. Ces avances sont le principal
(‘) Les spklateurs sont des agents
liés aux maisons d’exportation, chargés moyen dont disposent les exportateurs1 pour s’assurer un approvisionnement
par elles de collecter les denrbes autour régulier. Les “spéculateurs” accordent ensuite eux-mêmes des crédits à des taux
de leur résidence. usuraires aux habitants producteurs lorsque ceux-ci ont des besoins financiers im-
portants. Le remboursement s’effectue aussi par le biais de la fourniture de
denrées, au moment de la récolte, à ‘des prix fixés unilatéralement par “les
spéculateurs” dont les producteurs sont devenus dépendants.
l Consciente de sa dépendance et de sa’v+érabilité face au quasi-monopole des

114
négociants, la paysannerie limite depuis de nombreuses années les superficies
consacrées aux cultures d’exportation pour se tourner davantage vers les cultures
vivrières.
Dans leur immense majorité, les paysans, même ceux qui disposent de peu de
surface et vivent dans des régions isolées, produisent des marchandises destinées
‘à la vente. Mais ils n’ont pas tous intérêt à se spécialiser pour produire un ou quel-
ques produits pour lesquels les conditions écologiques, les techniques utilisables
par eux et les prix de marché sont particulièrement favorables.
Les agriculteurs ont intérêt à se spécialiser ‘dans une ou plusieurs productions
destinées à la vente lorsque leurs prix sont favorables et lorsque les conditions
d’approvisionnement et de commercialisation sont relativement sûres, stables et
rémunèrent correctement leur travail. Lorsque les conditions de marché sont
aléatoires et défavorables, ils ont au contraire intérêt à se soustraire aux échanges
marchands, à produire en priorité pour l’autoconsommation une gamme la plus
large possible de productions animales et végétales.
Il est, cependant, rarement possible de produire sur l’exploitation tous les biens de
première nécessité et l’agriculteur se trouve maigre tout dans l’obligation de ’ .~
vendre quelques produits pour pouvoir acheter ceux dont il a besoin. Son intérêt
peut être alorsde ne commercialiser que des surplus vivriers lorsque les conditions
de marché sont favorables.

LES RELATIONSAVEC.L’ETAT
La politique agricole définie et menée par 1’Etat influence le choix et l’évolution des
processus de production mis en oeuvre par les exploitants.
Les interventions de l’Etat en matière de production agricole peuvent prendre des
formes multiples et variées: modalités diverses de taxation des produits à lïmpor-
tation et à l’exportation, politiques de prix, taxes et subventions aux productions,
mise en place d’infrastructures, recherche agronomique et vulgarisation agricole,
prévention vétérinaire et protection phytosanitaire, réforme agraire,....
L’Etat haïtien a presque toujours privilégié deux grands types d’intervention: la
taxation des produits agricoles et la mise en oeuvre de projets de développement
rural.
l La taxation des produits agricoles a longtemps éte pratiquée et a constitué
la principale ressource budgétaire de l’Etat. Depuis 1986, ces taxes ont considéra-
blement diminué et même parfois totalement disparu.
Les taxes à l’importation des produits vivriers protégèrent pendant longtemps les
produits vivriers nationaux et l’agriculture nationale. En effet, ces taxes élevaient
le prix relativement bas des biens produits à l’étranger,’ et les rendaient non
concurrentiels avec les produits nationaux. Ainsi, les importations étaient-elles
limitées et les prix relativement élevés (donc favorables aux producteurs) sur le
marché intérieur.
La contrebande, qui a pris de l’essor à partir de 1986, occasionna une chute des prix
agricoles sur le marché haïtien et contribua notablement à fragiliser la production
vivrière des régions les plus spécialisées (comme la plaine rizicole de 1’Artibonite).
l Le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement
Rural, avec l’appui fréquent de certaines agences de financement international, a
promu de nombreux”projets de développement ruralintkgré”. Ces projets ont
pour objectif d’apporter un appui scientifique, technique, financier et matériel aux
exploitants de régions définies.
L’expérience de ces projets montre qu’il est souvent inutile de proposer des
solutions toutes faites aux agriculteurs tant que l’on ne connaît pas précisément
leur savoir-faire, leurs intérêts et les moyens dont ils disposent pour les satisfaire.
Toute “solution” issue des stations expérimentales ou en provenance de l’étranger
doit pouvoir faire l’objet d’adaptations progressives par les intéressés eux-mêmes.
La réaction des agriculteurs aux diverses interventions de 1’Etat differe suivant les
conditions économiques et sociales dans lesquelles opère chacun d’eux.
Quelles que soient, par ailleurs, les grandes options de politique agricole des gou-
vernements, 1’Etat doit toujours être à même de concevoir et de créer les conditions
socio-économiques permettant à la plus grande majorité des agriculteurs d’avoir
intérêt à produire dans le sens souhaite et leur en donnant les moyens matériels
et financiers.
En résumé, nous avons vu que :
l Si chaque agriculteur dispose de moyens de production, leur distribution parmi
la population rurale est inégale. La structure des exploitations est un paramètre
essentiel pour comprendre les choix de production que fait l’exploitant et les
résultats qu’il obtient.
l Chaque agriculteur est inséré, à sa manière, dans des rapports sociaux de
production et d’échange qui sont également déterminants dans les choix de
production.
En fait, la paysannerie haïtienne frappe d’abord par sa diversité. Loin
d’être un ensemble homogène sur lequel on pourrait intervenir sans discernement,
la paysannerie est un assemblage complexe de situations différentes mais très
imbriquées entre elles, un peu comme un puzzle.
Pour reconstituer la réalité agraire dune région, puis la comprendre, il est souvent
utile de commencer par classer les exploitations, comme on classerait les pièces
d’un puzzle selon les formes ou les couleurs avant d’en entamer le montage. On
regroupe ainsi dans une même catégorie ou “type” des exploitations qui “se
ressemblent” soit par les moyens de production dont ‘elles disposent, soit par les
rapports sociaux dans lesquels elles sont engagées.
On bâtit ainsi une typologie. Comme celle-ci est surtout basée sur la structure des
exploitations, on parle de typologie structurelIe.
Quelques exemples de typologie structurelle :
l la plus simple :
“Les gros, les moyens et les petits paysans” (mais encore faut-il définir ce que l’on
entend par gros ou petit...).
l ou plus précise :
- les agriculteurs cultivant plus de 5 carreaux,
- les agriculteurs cultivant entre 2 et 5 carreaux,
- les agriculteurs cultivant moins de 2 carreaux.
ou plus compliquée,
l la typologie suivante :

Figure 57 : un exemple de
activité annexe . type 1
typologie structurelle
moins de 2 bovins
pas d’activitéannexe type 2
l les agriculteurscultivant plus de
3 carreauxltravailleurfamilial
type 3

moins de 2 bovins type 4


en propriété ou potek
{ (pas de métayage) i 2 bovins ou plus type 5
l les agriculteurs cultivant entre
1 et 3 carreauxltravailleur
activité annexe type 6
métayage significatif
pas d’activité annexe type 7

l les agriculteurscultivant moins


de 1 carreauhravailleur type 8

116
Le choix des critères qui sont retenus pour bâtir une typologie structurelle doit se
faire, non pas au hasard, mais de façon raisonnée : on retiendra les critères qui
semblent les plus déterminants, dans la région étudiée, pour expliquer les choix de
production des agriculteurs et leurs résultats économiques.

117
de l’exploitation 1
et mesurer
L’appareil de production est mis en oeuvre a& niveau de l’exploita-
tion pour aboutir à des productions v$gétales et animales. L’exploi-
tant organise une combinaison cohérente dans l’espace et le
temps des capacités de production (terre, travail, capital) en
vue de la production.
Il est essentiel d’identifier les relations qui s’établissent, dans cette
combinaison, entre les différels éléments de l’appareil de produc-
tion, certaines de ces relations pouvant être déterminantes dans les
résultats obtenus. C’est ce qu’on appelle étudier le fonctionnement
d’une exploitation agricole.
Pour porter un jugement sur l’exploitation, il faut ‘aussi mesurer ses
performances économiques. L’étude du fonctionnement et le calcul
économique permettent de classer les exploitations beaucoup plus
finement que par leurs structures. On peut alors’adapter les inter-
ventions de développement agricole aux besoins réels des paysans.

119
Deux exploitations
en fonctiornnement:
Dieujuste
.:“I et Luckner
En comparant l’exploitation à un moteur automobile, on comprend tout l’intérêt de
l’étude de son fonctionnement. Ainsi pour décrire une voiture, il n’est pas néces-
saire de connaître comment fonctionne le #moteur. On donne sa couleur, sa forme,
ses caractéristiques techniques, ses performances. De la même façon, on peut
décrire une exploitation agricole par tous les critères que nous avons détaillés dans
le chapitre précédent: le foncier, le travail, les moyens de production. On peut aussi
préciser ses performances par le calcul économique ou les rendements obtenus.
Cependant, il serait risqué de modifier dès réglages ou de changer des parties du
moteur sans savoir comment il fonctionne. Bien des parties sont en effet interdé-
pendantes: la carburation et l’allumage, les transmissions et l’embrayage, etc.
L’intervention sur lune d’entre elles a des conséquences sur les autres. On dit que
les éléments sont interreliés. Les rapports qu’ils établissent entre eux constituent
le fonctionnement du moteur.
Il en est de même pour une exploitation agricole. Il est utile de comprendre son
fonctionnement pour déterminer des interventions adaptées, ou pour prévoir les
effets dune action de développement ou de politique agricole. Parmi les relations
les plus importantes à prendre en compte, Citons :
l les affectations du foncier dans le temps et vers différentes productions: succes-
sions culturales, rotations, assolements...
l les affectations de la main-d’oeuvre dans l’espace et le temps: étude du calendrier
de travail (pointes de travail, temps morts...), itinéraires techniques...
l les affectations dans le temps du capital, analyse de la trésorerie au cours d’un
cycle de production (déficits...)
l les relations entre l’agriculture et l’élevage : calendriers fourragers, complémen-
tarité ou concurrence pour les temps de travaux, utilisation des animaux pour la
reproduction de la fertilité sur les jardins...

L’habitat, premier témoin du


niveau socialdes familles
(photos G. de Laubier et
D. Mermet).

120
De nombreuses études ont été réalisées’en Haïti sur le fonctionnement d’exploita-
tions agricoles, notamment par des étudiants et des enseignants de la Faculté
,’ d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire. Bien comprendre comment fonctionne
une exploitation agricole exige des suivis très fins, avec des enregistrements
répartis sur toute une année. Sans rentrer dans les détails, ce qui serait trop long
dans le cadre de ce manuel, nous pouvons prendre, à titre d’exemple, le cas de deux
exploitations différentes localisées à Changieux, sur la commune de YAsile, dans
le Département du Sud.

Dieujuste et Luckner
Dieujuste a 54 ans. C’est un exploitant moyennement aisé qui dispose de neuf
carreaux de terre. Il travaille avec sa femme et son dernier fils, Emmanuel, 28 ans,
qui se prépare à quitter la famille pour fonder son propre foyer (il a construit sa
maison sur une parcelle voisine).
Luckner a 32 ans. C’est un exploitant beaucoup plus pauvre, qui dispose seule-
ment d’un carreau et demi, ce qui est peu dans cette région de mornes où la pression
foncière n’est pas très forte. Lui et sa femme ont trois enfents en bas âge, qui, ne
sont pas encore en mesure de travailler, mais qui, en revanche, pèsent lourdement
sur l’économie du ménage.

PREMIÈREÉTAPE:~ARA~TÉRI~ATI~NDE~EXPLOITATI~N~

Figure 58 : ressourcesde Surface cbdbe~


Surface exploitée directement (carreaux)
Dieujuste et de Luckner en
(SED) faire-valoir indirect
foncier et mode de faire-valoir

Propriété Indivision Prisen Prisen total


divisée non partagée “potek” métayage

Dieujuste 5 0,25 2 0,25 73

Luckner 0,25 0,5 - 0,75 1,5

Figure 59 : ressourcesde Main-d’oeuvre familiale


Dieujuste et de Luckner en
main-d’oeuvre

l Sur les 9 carreaux dont il dispose, Dieujuste n’en exploite que ‘7,5. Il cède
1,5 carreau en métayage, dont la moitié à Luckner. On peut être surpris de
constater que simultanément Dieujuste prend des jardins en faire-valoir indirect
et en cède d’autres. Ainsi que nous l’avons déjà souligné, cette situation est assez
courante: Dieujuste cède d’abord des terres en métayage, avec une rente élevée,
mais en prend d’autres en “pot&“, avec une rente très faible. Il en prend aussi en
métayage, ce qui est plus étonnant, mais c’est pour disposer d’un jardin situé assez

121
haut en altitude, là où il n’en possède pas lui-même et où le haricot de juillet “vient”
bien.
l Luckner ne dispose que d’un seul jardin en propriété pleine et entière CO,25
carreau). L’essentiel de la surface qu’il travaille est soit en indivision (0,5 carreau),
soit en métayage (0,75 carreau, appartenant a Dieujuste). Le jardin en indivision
correspond a un héritage de son père, ses frères et soeurs ayant tous migre 8 Port-
au-Prince depuis plusieurs années.
* SED : surface exploitée l Au total, l’exploitation de Dieujuste est caractérisée par un rapport SEDiMOF*
directement. assez élevé. Chaque unité de main-d’oeuvre exploite 3,4 carreaux, contre 0,9 chez
MOF : main-d’oeuvre Luckner. Aussi Dieujuste doit-il fréquemment recourir a de la main-d’oeuvre ex-
familiale.
térieure: il propose des “djobs” à la tâche et surtout, il participe h une escouade.
Jamais il ne vend son tour, mais il achète fréquemment le tour de ses associés.
Luckner, en revanche, fait exactement l’inverse: il vend souvent son tour pour se
procurer une petite somme d’argent.
l Les moyens de production des deux exploitations sont également sensiblement
différents (figure no 59).

Figure 60 : moyens de pro-


. ..
auctron des exploitations de
Dieujuste et Luckner

DEUXIÈMEÉTAPE : L’ANALYSE DU FONCTIONNEMENT


Examinons quelques-unes des conséquences de ces différences structurelles sur le
fonctionnement des exploitations de Dieujuste et de Luckner, en regardant plus
particulièrement les systèmes de culture, les calendriers de travail et les systèmes
d’élevage.

LES SYSTÈMES On appelle assolement l’affectation des jardins aux différentes utilisations agrico-
DE CULTURE les : les cultures ou associations de culture, bien entendu, mais aussi les jachères
et les pâturages.
L’assolement Un assolement est donc une photographie de l’utilisation des jardins à un moment
donné. L’assolement change dune saison à l’autre.

Figure 61 :
assolement de Luckner

0,lO c : maison
0,15 c : jardin de mars haricot-maïs puis sorgho
(pas de patate)

0,35 c : jachère puis jardin d’octobre


haricot patate

jardin de mars: maïs, patate puis sorgho

122
Figure 62 :
N” du Localisation Superficie Destination
assolement de Dieujuste
jardin carreaux

lc : café t arbres de couverture et fruitiers (notamment


avocatiers, ignames eimalangas sous couvert)
‘La Sous , 1,75
(propriét@ 0,5 c : fourrages t quelques arbres fruitiers (manguiers)
0,25 c : maison d’habitation et dépendances

Nan Zaiguy 1,25 0,50 c : jardin :de mars : maïs-haricot, puis sorgho
(propri&é) 0,75 c :mjachére

Nan Sab 1 jardin de mars : maïs-haricot, puis sorgho


(propriété) 0 25 c boise avec arbres “veritables” et avocatiers

4 Tet Roch jachère


(profkté)

5 Platon Corail 0,25 pâturage permanent


(indivision)

0,75 0,25 c : jachére


6 Morne Cabrit (pris en 0,50 c : haricot-patate de juillet
qotek~~)

1,25
Fond Pilastre (pris en 0,75 c : jachère toute l’année
qo tek,,)

0,25
Tête Boeuf (pris en haricot de iuillet
métayage)

l la proportion de jachère est fonction de la dispoiGbilit6 globale en


terres cultivables. Elle est plus importante’chez Dieujuste que chez Luckner :
l Dieujuste a 2,75 carreaux de jachère complète soit 46 % de la superficie exploitée;
ou 3,25 carreaux jusqu’en octobre, soit 46 % de la surface exploitée.
l Luckner n’a aucune jachère complète ; 0,35 carreau de jachère jusqu’en octobre,
soit 23 % de la surface exploitée.
La faiblesse du foncier disponible conduit Luckner à supprimer la jachère.
l Il en est de même pour les proportions respectives de culture de rente
et de vivres. Luckner n’a pas de jardin de café. Toute sa superficie est consacrée
aux cultures vivrières, qui sont indispensables pour la subsistance de la famille.
Dieujuste dispose d’un carreau en café, bien situé près de sa maison.
Ceci a des conséquences importantes sur la structure des revenus monétaires:.
l Dieujuste peut compter sur les ventes de cafe pour obtenir l’argent indispensa-
ble aux achats de la famille (huile, pétrole,...) et aux besoins monétaires de l’exploi-
tation: achat des semences de haricot, achat de main d:oeuvre, affermage des terres
en “pot&“...
l Luckner, lui, n’a pas cette ressource: il ne peut donc ni prendre de terres en potek,
ni acheter de main-d’oeuvre. Il doit au contraire se salarier pour obtenir le
minimum d’argent qui demeure nécessaire pour sa famille. Il’ne peut pas, non plus,
cultiver beaucoup de cultures coûteuses en intrants, comme les haricots. C’est
faute de suffisamment d’argent, par exemple, qu’il sème le haricot beaucoup moins
dense que Dieujuste.
l Dieujuste, grâce à ses jardins plus nombreux, peut répartir les risques de
mauvaises récoltes dues à des circontances climatiques incertaines. Ainsi, il
cultive le haricot de juillet en deux endroits différents:

123
LESCALENDRIERS l à “Tête Boeuf’, en altitude, cette culture sera plus à l’abri des risques de
sécheresse (il y pleut davantage) et des problèmes sanitaires fréquents à cette
DETRAVAIL époque de l’année (citadelles et mosaïque dorée qui sévissent en période chaude);
l à “Nan Zaiguy”, il installe un deuxième jardin de juillet qui donnera bien si
l’année est pluvieuse.
.Luckner, qui n’a aucun jardin en altitude, est obligé de tenter “le tout pour le tout”
en semant le haricot de juillet dans un seul jardin (Nan Sab, un endroit qui de plus
n’est pas très favorable à cette culture). Bien qu’il ait l’exploitation la plus fragile,
c’est lui qui, faute de suffisamment de terre, est obligé de prendre le plus de risques.
l Les besoins de l’élevage se traduisent dans l’assolement. Pour ses trois
bovins, Dieujuste reserve les jachères (3,25 carreaux jusqu’en octobre) puis le
jardin d’Herbe de Guinée qu’il a installé à côté de sa maison.
Grâce aux avocatiers, manguiers, palmistes et “arbres véritables” dont il dispose,
il va pouvoir faire de l’engraissement de porc au moment où ces arbres fruitiers
sont en production.
Mais il fait peu de patate douce, car :
l il faut faire des buttes, la récolte est étalée; la patate douce est une culture
exigeante en main-d’oeuvre, ce dont Dieujuste ne dispose pas en abondance ;
l c’est une culture qui se pratique avec le haricot; sa présence réduit les densités
du haricot, alors que ce dernier rapporte beaucoup plus d’argent ;
l il n’a pas de gros besoins en fanes de patate (les bois-patate) puisqu’il n’entretient
pas de cochon en permanence.
Faute de terre, faute de jachère, Luckner ne peut pas élever de bovin. Il prend
néanmoins deux truies en gardiennage, tentant ainsi de se constituer un cheptel
en propriété, à partir des porcelets qui lui seront laissés. On dit qu’il fait du
naissage. Pour satisfaire aux besoins alimentaires de ses truies, Luckner est obligé
de mettre systématiquement de la patate dans ses jardins en mars, en juillet ou en
octobre de façon à toujours disposer de fanes à distribuer. Cela va évidemment
contribuer à réduire les densités en haricot dans ces jardins (facteur qui va se
cumuler avec les faibles ressources monétaires pour l’achat des semences de
haricot).
En outre, la patate douce est exigeante en main-d’oeuvre, ce dont Luckner dispose
largement, mais ne coûte rien en plants.
Luckner ne peut pas faire d’engraissement, faute d’arbres fruitiers.
l Les modes de faire-valoir expliquent une partie des choix. Nous avons vu
que Luckner ne disposait que de peu de semences de haricot. Lorsqu’il a le choix,
comme par exemple en mars, il met donc du haricot dans un jardin en propriété
(Fond Palmiste) plutôt que dans un jardin en métayage (La Sous). La rente qu’il
paiera alors sera sous forme de patate, culture peu coûteuse pour Luckner, et non
pas en haricot.

Lestechniques Ce sont les techniques appliquées au jardin. L’effet des techniques culturales sur
culturales le milieu et les rendements est l’objet spécifique de l’Agronomie, et sera traité dans
les chapitres 7, 8,9 et 10. Mais ces techniques sont en partie déterminées par le
fonctionnement de l’exploitation. Nous n’en citerons qu’un seul exemple: celui des
techniques de plantations de patate.
l Toujours pressé par le temps du fait de’la vente de nombreux tours d’escouade,
Luckner plante ses patates seul, avec un minimum d’investissement. La prépara-
tion se limite à un simple coup de “louchette” (empruntée, puisque Luckner n’en
dispose pas en propre).
l Pour sa part, Dieujuste, lorsqu’il prépare son jardin de juillet avec son escouade,
demande à ce que l’on construise de petites buttes, ce qui facilitera le développe-
ment’ des tubercules (voir figure 64). La situation économique plus favorisée de
Dieujuste lui permet donc plus de facilités techniques, et donc, en retour, de
meilleures performances.

124
On appelle calendrier culturul les dates des travaux culturaux operés sur un
jardin, de la préparation des terres à la récolte.
AChangieux;il existe trois grandes époques de semis-plantation (voir figure 63).
l Les ‘jardins de ,mars” sont nettoyés en février et en mars. Les herbes So)nt
rassemblées en tas et brûlées, puis on procède à la plantation des patates, sur ‘de
petites buttes préalablement constituées, et au semis du maïs et du haricot,,en
général en avril.
Un “grattage”, c’est-à-dire en réalité un sarclage, permet de contrôler les mauvai-
ses herbes. En juin, après la récolte des haricots et un secondgrattage, on sème le
sorgho, entre les plants de maïs et de patate.
On récolte le maïs en août, puis la patate et enfin le sorgho, à la fin de l’année.
Ceci est le calendrier-type, mais des variations sensibles peuvent exister entre les
jardins. Il est, par exemple, fréquent qu’une des trois composantes de l’association
maïs-haricot-patate soit absente. 11 reste alors une association maïs-patate ou
maïs-haricot ou encore haricot-patate sans que les grands traits du calendrier
cultural soient bouleverses.
l Les ‘jardins de juillet” sont préparés avant le 20 juillet, semés en haricot-
patate ou haricot pur. Il n’y a, en principe, pas de sarclage.
l Les’jardins d’octobre”sont préparés en octobre et semés en novembre (haricot
seul ou haricot-patate selon les cas). La récolte du haricot est souvent l’occasion
d’un sarclage de la patate.

Figure 63 : calendrier cultural


type à Changieux. I J F tl A tl J 3 A S 0 N Dl

9dii9e
v&-,,\~c

Ces calendriers sont plus ou moins bien respectes selon les possibilités des
exploitations. On constate en effet que les retards par rapport au calendrier “op-
timum” sont fréquents. A ceci, deux raisons principales:
l un manque d’argent pour acheter les semences. Ce fut le cas pour Luckner en
juillet. Il a alors dû vendre, avant la mise-bas, l’un des porcelets qui allait lui
revenir dans la portée d’une de ses truies. Malgré cela) il n’a pu semer que le 2 août,
ses haricots sont donc arrivés à maturité mi-octobre, en pleine saison des pluies,
Une partie d’entre eux a germé sur pied, l’autre s’est très mal conservée.
l une compétition dans les travaux agricoles. On parle alors de pointe de tramil.
C’est le cas de Dieujuste, dont la main-d’oeuvre est limitée, notamment en
septembre. Il y a une forte compétition entre la préparation des jardins d’octobre
et la récolte du café. Celle-ci est considérée comme prioritaire; c’est pourquoi
Dieujustefaitpeu de haricot d’octobre. Il fait appel à des salariés. Le travail est mal
fait, les reprises d’adventices sont importantes et le rendement est faible:
0,8 q par hectare alors que plusieurs jardins voisins atteignent 3 q/ha.
Luckner doit faire face à une autre forme de compétition dans les travaux: c’est

125
celle qui s’établit entre le travail sur ses propres jardins et celui qu’il doit réaliser
en vendant ses tours d’escouade pour disposer d’argent. Ainsi, en juin, à la
(‘) Remarquons au passage que recherche de moyens monétaires pour acheter ses haricots de juillet, Luckner a
Luckner n’a pas appliqué cette
technique du semis à la volée sur tous vendu tous ses tours. Il a pris du retard pour les semis de sorgho. Il a alors dû semer
ses jardins de sorgho. A Fond à la volée, technique beaucoup plus rapide, mais beaucoup moins efficace que le
Palmiste, là où il est propriétaire, il semis en poquet.
sème en pcquets. Une fois de plus, on Là encore, les conséquences sur les rendements sont importantes: 5 q/ha pour
constate que Luckner privilégie
I’utilisation de ses ressources limitées Luckner dans son jardin de “La Sous” (*> contre 12 q/ha pour Dieujuste qui a pu
sur son jardin semer en poquets a “Nan Zaïguy”.

Figure 64 I récapitulatif de Aspect du Opération Jardin


quelques effets du fonctionnement culturale Modalitbs concernb
fonctionnement des en cause
exploitations de Dieujuste et
de Luckner sur les productions
sans butte Luckner 52
végétales.
plantation
patate _ - - _ - - - - - .
Disponibilitéen avec butte Dieujuste J6
main-d’oeuvre,
concurrence
avec la vente de journées
salariées

Disponibilitéen préparation bâclée Dieujuste J7


main-d’oeuvre, concurrence haricot _ - - _ _ _ - - -
avec la récolte du café d’octobre soignée Luckner J2

Disponibilitéen trésorerie semis du semis le 15/7 Dieujuste J6


haricot - -A - _ - - - - -
juillet sgmis le 218 Luckner J2

La méthode utilisée ici consiste à comparer des jardins deux à deux. Il convient de
l’employer avec beaucoup de prudence. En effet, elle suppose que, hormis les
techniques dont on veut comparer les effets, tous les autres paramètres condition-
nant l’élaboration du rendement aient été les mêmes: les types de sol, les dates des
autres travaux, lesvariétés utilisées, etc... On dit que les différences de traitement
doivent s’exprimer “toutes choses égales par ailleurs”. Dans la réalité, ce n’est
pratiquement jamais le cas.

LES SYSTÈMES Nous avons déjà noté que les moyens de production propres a Dieujuste et à
D’ÉLEVAGE Luckner les amenaient à entreprendre des élevages de nature différente:
l Dieujuste possède une vache et son veau, auquel s’ajoute un jeune boeuf
appartenant en fait a son fils Emmanuel.’ Il’ne pratique l’élevage de cochon qu’a
certaines périodes de l’année.
l Luckner ne possède pas d’animal en propre. Il est conduit Q prendre des cochons
en gardiennage.
Au-delà du choix des espèces, c’est tout le système d’élevage qui apparaît étroite-
ment relié aux autres paramètres de l’exploitation.
l L’acquisition et la vente d’un animal sont des moyens de réguler la
trésorerie. Ainsi, pendant l’année du suivi Dieujuste a-t-il acheté un premier
cochon en mars, grâce à’la vente du veau. ‘Il en achète deux autres en septembre,
grâce à l’argent provenant de la vente de son’café. Il les revend tous fin décembre,
à un moment où les cours sont élevés, pour racheter une vache.
l .L’arrivée ou le départ d’un animal dépend aussi de la force de travail

126
susceptible de s’en occuper. La vente du veau peut s’expliquer par la charge de
travail qu’il représentait pour le déplacer, alors que les pâturages sont éloignés
après les mises en culture de mars. La femme de Dieujuste, en revanche, peut
s’occuper du jeune cochon qu’il achète alors avec l’argent de la vente du veau.
Pendant tous les sarclages du maïs en mai-juin, période de l’année la plus occupée,
le cochon est attaché dans les jachères, avec des apports complémentaires limités
aux déchets de cuisine. L’objectif est que l’animal survive, mais en demandant le
moins de travail possible. A partir de juin, les sarclages étant finis, Dieujuste
décide de se consacrer àl’engraissement de l’animal. Le temps qu’il lui consacre est
alors multiplié par trois (apports de mangues, de graines de palmiste, etc...) par
rapport au mois d’avril.
Il diminue de nouveau en août, faute de fruits, et encore plus en septembre où la
concurrence avec le travail sur le café joue a plein. L’animal est alors au pâturage,
sans apport et avec des abreuvements peu fréquents. Enfin en octobre-novembre,
l’animal est ramené près de la maison, aujouk et nourri essentiellement avec les
Figure 65 : temps consacré avocats.
par Dieujuste à l L’engraissement se fait parles apports’aujouk qui sont surtout constitués
l’engraissement de son des fruits. Aussi Dieujuste centre-t-il la présence de ses cochons sur les périodes
cochon (en minutes par jour). d’abondance des mangues (mai-juin) et des avocats (octobre-novembre).
Selon les cas, et les moments de l’année, ce sera tantôt la trésorerie, tantôt la
disponibilité du travail, tantôt les ressources alimentaires qui détermineront la
conduite de l’élevage.
l Ceux qui le peuvent jouent volontiers sur les variations des cours. Grâce
à son jardin d’herbes à proximité de la rivière, Dieujuste peut acheter un bovin à
bas prix en début de saison sèche et le revendre en mars à un moment où les prix
sont plus élevés.

APPORTER DES AMÉLIORATIONSADAPTÉES


l Dieujuste et Luckner, n’ayant pas les mêmes moyens de production, ni les
mêmes disponibilités en [Link] en travail, sont conduits à faire des choix
différents pour l’organisation de leurs productions.
Les choix de culture et d’élevage apparaissent dépendants entre eux, et étroite-
ment liés aux disponibilités en trésorerie et en main-d’oeuvre. Comme tous ces
éléments sont liés entre eux, on parle de système dephoduction. Pour comprendre
les choix techniques opérés par les agriculteurs, il faut s’intéresser à latotalité du
système.
l Inversement, lorsqu’on examine les choix techniques de Dieujuste et de Luckner,
on leur trouve une raison d’être, une justification qui tient au fonctionnement
global du système de production. On dit que ces choix sont rationnels, affirmant
ainsi la cohérence du système.
En d’autres termes, Dieujuste et Luckner ont de bonnes raisons de faire ce
qu’ils font, même si ces pratiques aboutissent à des résultats médiocres
sur le plan technique. Lorsqu’on est surpris par la pratique d’un agriculteur,:il
faut toujours se demander s’il n’existe pas une raison qui justifie cette pratique.
Les agriculteurs sont souvent capables d’expliquer eux-mêmes la raison de leur
choix. Ce n’est cependant pas toujours le cas et c’est alors l’analyse scientifique du
fonctionnement de l’exploitation qui la fait apparaître.
Remarquons aussi que la rationnalité n’a de sens que par rapport au système de
production concerné. Ainsi, ce qui est rationnel pour Dieujuste ne l’est pas
systématiquement pour Luckner.
Les caractéristiques stmcturelles de l’exploitation déterminent, dans une large
mesure, le choix des productions et des techniques qui “peuvent” être adoptées par
l’exploitant.

127
l Pour mietix comprendre la logique ou l’intérêt de la combinaison observée au
moment, de l’analyse, une étude historique est toujours une aide très
précieuse - voire une étape obligée de l’analyse.
II est conseillé de retracer, depuis l’installation de l’exploitant jusqu’à la pdriode
actuelle, les évolutions de l’appareil de production (qualitative et quantitative),
de la combinaison des éléments terre /travail / capital d’exploitation, des produc-
tions pratiquées: espèces cultivées, rotations, assolements, itinéraires techniques,
rendements; races, conduite des troupeaux, performances zootechniques,...
L’ordre dan8 lequel s’enchaînent 16s transformations permet souvent, d’en repérer
la logique et, de comprendre, par exemple:
. pourquoi la transformation a été opérée àl ce moment? Comment. la disponibilité
en terre, travail, capital l’a rendue possible?
. quels étaient les objectifs poursuivis lors de la mise en oeuvre du changement?
l La cohérence du système et la rationnalité des choix techniques des agriculteurs
n’empêche pas d’apporter des améliorations techniques et économiques. En
effet, de meilleures performances peuvent être atteintes dans deux circonstances:
. Une action de développement peut modifier les conditions de l’environnement
socio-économique (par un aménagement,, ou une action sur les prix, la disponibi-
lité du crédit,..). Le système de production $un agriculteur est ainsi amené A se ré-
équilibrer pour abo’utir à des résultats plus satisfaisants pour la collectivité : une
production supérieure, dégageant plus de surplus vivriers, ou encore un emploi
rural plus abondant, ralentissant ainsi l’exode rural...
. Même si l’environnement socio-économique n’est pas modifié, des apports pure-
ment techniques peuvent permettre au système de production de mieux satisfaire
aux objectifs de l’agriculteur. Ainsi une nouvelle variété à cycle plus court, peut
supprimer une pointe de travail par exemple.
l Les propositions de développement doivent donc être ajustées aux
systèmes de production. Les propositions intéressantes pour l’exploitation de
Dieujuste sont différentes de celles adaptées aux contraintes de’ Luckner.

Prenons quelques exemples:


F Toute action sur la production de café intéressera Dieujuste, qui en possède,
mais pas Luckner, qui n’en cultive pas. C’est le cas le plus simple.
l Un crédit “porcelets” offrant, aux producteurs la possibilité d’obtenir de jeunes
porcelets à engraisser intéresserait certainement Dieujuste. Elle intéresserait
également Luckner, mais dans son cas, elle devra être accompagnée d’un crédit
“aliments” car Luckner n’a rien pour engraisser ses porcs.
l Si on veut, proposer à Dieujus& et à Luckner des variétés améliorées de haricot,
les critères de sélection ne seront pas les mêmes. Luckner sera intéréssé par des
variétés rustiques, susceptibles de s’adapter à des conditions de culture difficiles:
semis en retard, culture en juillet à basse altitude... Dieujuste préferera des
variétés à haut rendement,, mais devant êtriz impérativement cultivées dans les
meilleures conditions...

On remarque que les propositions sontplus faciles & faire pour Dieujuste que pour
Luckner, qui est davantage prisonnier dë szi situation économique et, sociale.
Ce cas est généralisable: il est plus facile d’apporter des améliorations techniques
aux agriculteurs plus favorisés qu’aux plus pauvres. C’est, pourquoi les projets de
développement ont, souvent du mal à atteindre les catégories inférieures de la
population.
l L’étude du fonctionnement des ex@oitations permet d’adapter les pro-
positions de développement. Mais il ri’est-évidemment pas possible d’étudier
le fonctionnement de toutes les exploitatioiw, d’une petite région avant, d’y installer
une opération de développement.

128
Aussi est-il courant de n’en étudier que quelques-unes (un échantillon de familles
qui sont choisies pour recouvrir toutes les situations sociales existantes), puis de
les-regrouper en grand types o?efonctionnement. On bâtit alors une typologie de
fonctionnement, laquelle se différencie de la typologie de structure vue precédem-
ment.

En Haïti, la typologie de fonctionnement la plus sommaire distingue trois catégo-


ries d’agriculteurs selon la combinaison’quïls réalisent entre foncier et travail.
l Ceux qui possèdent peu de terres en regard de la force de travail dont
ils disposent. Ils prennent des terres en métayage, vendent des journées de
travail, doivent fréquemment recourir au crédit usuraire. Ils ne peuvent organi-
ser leur système de production que pour la satisfaction de leurs besoins essentiels
à très court terme. C’est le cas de Luckner.
l Ceux qui, à l’inverse, disposent de davantage de terres que ce qu’ils
peuvent directement exploiter. Ils en cèdent une partie en métayage, utilisent
du salariat ou achètent desjoumées. Ils pratiquent souvent une activité artisanale
ou commerciale lucrative. Ils offrent du crédit, se créant ainsi un réseau de
dépendants qui leur sont liés. Leur système de production comprend davantage de
cultures de rente, et leur stratégie se raisonne à moyen ou long terme. C’est le cas
‘de Dieujuste.
l Entre les deux, il y a les agriculteurs qui disposent d’une quantité de
foncier équilibrée avec leur capacité de travail.

La construction de ces typologies est également utile pour le suivi-évaluation des


projets de développement. Elle permet de voir sur quel groupe d’exploitations le
projet a un effet et pourquoi.
Les typologies sont un instrument très utile pour l’agronome, mais elles supposent
un effort important d’enquête, de suivi et d’analyse.

129
Calcul des résultats
économiques

La calcul économique présenté dans Lorsqu’on a mis en évidence le fonctionnement d’une exploitation, il importe
cette partie est inspiré de :
ensuite d’en mesurer les performances. Les performances purement techniques
J.M. VIEL - Le calcul économique s’appréhendent au niveau des parcelles par la mesure des rendements, et au
appliqué B l’exploitation agricole - INA niveau des animaux par celle de leur production (production laitière ou gain moyen
Paris-Grignon et ESAT Montpellier,
1989. quotidien en poids). Les performances économiques, elles, se mesurent au niveau
de l’exploitation par le calcul économique.
0. DENISSE - Analyse économique
de I’exploitation de stage - INA Paris- Le calcul économique a pour objectif de mesurer les résultats obtenus par l’agri-
Grignon, 1987. culteur dans les processus de production qu’il met en oeuvre. Autrement dit, il
s’agit de se donner les moyens de juger, compte-tenu de l’appareil de production
disponible, de l’efficacité du travail investi dans l’activité agricole.
La finalité de l’activité agricole est de permettre à l’exploitation d’existerdurable-
ment. Pour cela, il faut pouvoir au moins:
l assurer la subsistance des travailleurs,
l renouveler le matériel et les installations.
Toutes les exploitations n’arrivent pas à ce résultat; certaines parviennent à peine
à faire vivre la famille. D’autres, au contraire, s’agrandissent (foncier et cheptel)
et améliorent leurs moyens de production (outillage, stockage,...).

LA PRODUCTIONDE L’EXPLOITATION : CALCUL DU PRODUIT BRUT


Le produit brut correspond à la valeur de la production. Il est calculépour un cycle
de production. Pour des raisons de commodité, nous choisirons un cycle égal à un
an (365 jours>. Ce calcul peut être réalisé pour une année déterminée ou pour une
année “moyenne”.
Le produit brut (PB) est donc la valeur de ce qui a été produit pendant un
an sur l’exploitation.
Il ne faut pas confondre la valeur de la production (ce qui constitue le PB) et la
valeur des ventes (ce qui constituent les recettes). En effet:
l la production de l’année n’est pas toujours entièrement vendue pendant cette
même année. Une partie peut être utilisée pour la consommation familialê. Une
partie peut être stockée pour être vendue l’année suivante ;
l les ventes ne résultent pas toujours dune production de l’année. Il peut y avoir
vente de produits récoltés l’année précédente et stockés, ou vente de produits
résultant de la production de plusieurs années (par exemple vente de bois).

CALCUL DU PRODUIT Il existe plusieurs méthodes’pour mener ce calcul. La plus simple est de partir
BRUT VÉGÉTAL directement des quantités physiques produites pendant le cycle de production (un
an) et de calculer, pour chaque culture:
Quantité physique produite x valeur d’l unité physique de produit

130
Le produit brut : ce que La quantité physique de produit est obtenue soit directement (l’exploitant sait
I’explqitationa produit en une quelle quantité de produit il a “sorti” de son jardin), soit en calculant:
année (photos & de LaUbier). superficie cultivée x rendement à l’unité de surface.
La détermination de la valeur d’une unité de produit est délicate. L’intérêt est,
dans le calcul économique, de choisir un critère de “valeur” qui soit le plus proche
possible de celui utilisé par le paysan lorsque ce dernier raisonne ses objectifs de
: production. Ainsi, il peut être souhaitable, dans le cas d’une paysannerie produi-
sant quasi-exclusivement pour l’autoconsommation familiale, de mesurer #la
valeur de la production en nombre de calories produites.
Dans le cas de la paysannerie haïtienne, nous avons vu que toutes les exploitations
sont marchandes, même si la part de la production commercialisée varie selon l’ex-
ploitation. Il est donc intéressant dévaluer la production en termes deprix; Mais
quel prix choisir sachant que toute la production vendue ne l’est pas toujours en
une fois et a un seul prix, et que la production n’est pas toujours entièrement ven-
due?
l La part de production. consommée par la famille peut être estimee de deux
manières selon qu’on la considere comme autant de moins à acheter en période de
disette ou comme autant de moins à vendre (au moment de la récolte ouplus tard).
Dans le premier cas, l’estimation de l’autoconsommation se’fera au prix pratiqué
sur le marché au moment où l’exploitant devrait acheter ce produit sur le marché
s’il ne disposait pas de sa production (prix élevé de la période de soudure). Cette
estimation est intéressante pour les exploitants dont la production est essentiel-
lement autoconsommée.
Dans le deuxième cas, l’estimation de l’autoconsommation se fera au prix pratiqué
sur le marché au moment où l’exploitant vend ses produits (en général, prix bas de
la récolte). Cette estimation est intéressante pour les exploitants pratiquant des
cultures essentielIement pour la vente.
l Pour simplifier la collecte d’information etles calculs, on peut se limiter a un
calcul du produit brut végétal dans lequel on estime toute la production (autocon-
sommée + vendue) au prix de vente de la production sur le marché au moment de
la récolte. Cette méthode donne, la plupart du temps, une approche des résultats
économiques suffisante. On a donc pour chaque culture:
Produit Brut végétal
= quantités récoltées x prix de marché (unitaire) à la récolte
Remarque: les fourrages ne sont pas, en général, un produit final de l’exploitation.
Ils sont utilises ,pour la production animale qui, elle, fournit le produit final,
consommé par la famille ou vendu. Il n’y a donc pas lieu de tenir compte de la
production de fourrage pour le calcul du PB végétal de l’exploitation. La produc-
tion de fourrage sera “présente” dans le calcul du produit brut animal.

131
La production animale réalisée au cours du cycle de production étudié (1 an) peut
apparaître sous différentes formes:
l vente de produits animaux (lait, oeufs,...),
l vente d’animaux,
l consommation par la famille d’animaux ou de Pr~oduits animaux,
l croissance du cheptel provenant de la croissance interne du troupeau (naissan-
ces d’animaux sur l’exploitation). Même si cette croissance~n:entraîne pas de
recette en argent dans l’immédiat, il s’agit bien dune production’de l’exploitation.
Mais il ne faut pas considérer comme production de l’exploitation une croissance
du troupeau qui proviendrait d’achats d’animaux.
On calculera le PB animal en additionnant, pour chaque troupeau present sur l’ex-
ploitation:
valeur des produits consqunés par la famille
(‘) Pour faire ce calcul, on réalise un + montant de ventes de produits animaux
inventaire du troupeau en début et en
fin de cycle. La valeur du cheptel est + montant de (ventes - achats) d’animaux
obtenue en additionnant la valeur + valeur du cheptel en fin de cycle - valeur du cheptel en début de cycle
estimée de chaque animal. c*>

Les troupeaux sont généralement de petite taille dans les exploitations haïtiennes
et l’estimation des variations de valeur des animaux au cours dune année est
difficile. Le plus souvent, le calcul du PB peut donc difficilement être réalisé en sui-
vant la démarche ci-dessus.
On étudiera la production sur une période correspondant à la durée réelle du cycle
de productioti pratiqué sur l’exploitation. Cette durée est égale, pour un atelier
animal donné, au temps séparant le début de la production (achat de l’animal ou
naissance) et le moment de sa consommation ou de sa vente.
On calculera le produit brut (pour 1 an> en rapportant le PB total pour le cycle de
production à la duree (en année) de ce cycle.

Prenons un exemple.
Le cheptel reproducteur est constitué .de deux vaches qui produisent chacune un
petit par an (supposons un mâle et une femelle par an>. Les petits mâles sont élevés
jusqu’à 3 ans et sont alors vendus 150 $. Les petits femelles sont élevés jusqu’à 2
ans et sont alors soit vendus (pour 200 $1, soit intégrés au cheptel reproducteur de
l’exploitation. Lesvaches produisent chacune 150 gallons de lait par an vendus 0,8
$ par gallon.
Le PB est constitué par la vente du lait, la production de mâles et la production de
femelles.
Le PB animal annuel est égal à:
(2 vaches x 150 gal. x 0,8 $/ga1)+(150 $ en 3 ans/ 3)+(200 $ en 2 ans/ 2) soit 390 $

Pour calculer le produit brut total, on additionne le produit brut végétal et animal.
PB total = PB vé&tal + PB animal

CALCUL DE LA VALEUR AJOUTÉE


Pour obtenir cette production, l’exploitant a dû utiliser des biens et services achetés
à léxtérieur : semences, engrais, prod-uits phytosanitaires,
de 1éxploitation eau
d’irrigation, aliments pour le bétail, produits et frais de vétérinaire, carburants,
location de tracteur ou dë charrue, frais d’entretien et de réparation des maté-
riels,...
Ces biens ‘et services sont destinés à entrer dans un processus de production. Ils
vont être entièrement utilisés, consommés au cours d’un (et un seul) cycle de
production; on les appelle consommations intermédiaires (CI).
Les consommations intermédiaires vont être transformées grâce au travail et aux

132
moyens de production (outils, installations,...) mis en oeuvre, en des produits plus
élaborés qui auront donc une valeur supérieure.
Les personnes qui travaillent sur l’exploitation ajoutent ainsi chaque année une
certaine, valeur aux moyens de production qu’elles utilisent.
Les semences : une Mais il existe d’autres biens achetés à l’extérieur de l’exploitation qui sont utilisés
consommation intermédiaire dans la production: outils, matériel de stockage, plantations, aménagements
(photo G; de Laubier). fonciers,.... Ils constituent le capital fixe; ils ne seront pas entièrement consommés
au cours d’un cycle de production mais pourront être utilisés pendant plusieurs
années. Ils s’usent et donc perdent progressivement de leur valeur au cours des-f-
férents cycles de production.
On appelle amortissement la fraction de la valeur du capital fixe qui est incorporee
chaque année à lavaleur des produits, et ce durant toute la duree d’utilisation des
biens considérés.
Par exemple, pour un matériel ou un bâtiment ayant une durée probable d’utili-
sation de 10 ans (estimation demandée à ~l’exploitant lui-même), l’amortissement
sera estimé à l/lO ème du capital nécessaire; pour le remplacer.
Pour une plantation occupant une parcelle pendant 5 ans, l’amortissement est égal
à l/5 ème du capital nécessaire à sa mise en place. Ce capital comprend la valeur
des plants achetés, les salaires dépensés lors de l’installation de la culture.
Le produit brut ne correspond donc pas exclusivement à de la valeur créée s,ur
l’exploitation; il intègre la valeur des consommations intermédiaires et celle des
amortissements. On définit la valeur ajoutée (sous-entendu “par le travail sur
I’exploitation”) par:
Valeur Ajoutée (VA) =
Produit Brut - Consommation Intermédiaire - Amortissements
La valeur ajoutée est un résultat important car elle permet de comparer l’activité
productive des exploitations sans préjuger de l’utilisation de cette valeur. Autre-
ment dit, on peut comparer des exploitations qui ne sont pas dans la même
situation du point de vue de la propriété des divers éléments de l’appareil de pro-
duction.

Prenons le cas de deux exploitants, Delius et Emecene.


Delius a produit 3600 $ sur son exploitation, et Emecene 22,OO$. Mais Emecene a
peu de consommations intermediaires (200 $1: il ne met pas d’engrais, et il cultive
surtout du maïs et du sorgho qui demandent peu de semences. Delius, a planté
beaucoup de bananes, ce qui lui a coûte 900 $ en plants, amortis sur 18 mois, soit
600 $/an. Il a aussi répandu pour 200 $ d’engrais.
Le calcul de valeur ajoutée donne donc:
VA Delius = PB - CI - A
= 3600 - 200 - 600
= 2800$
VA Emecene = PB - CI - A
= 2200 - 200
= 2000$
(‘) La productivité d’un facteur est égal Si Delius a créé, par le travail sur son exploitation, davantage de valeur qu’Eme-
à la valeur ajoutée produite par unité cene, cela ne veut pas dire que la productivité de son travail est supérieure.
de ce facteur. 0~ peut aussi calculer
la productivité du capital. On définit la productivité du truuaiZ(*) sur l’exploitation par le ratio Valeur
Ajoutée / travail investi sur l’exploitation (travail total utilisé, d’origine
familiale, salariée, entraide, etc...). La productivité du travail s’exprime donc en
dollars par unité de temps de travail (heure, jour, travailleurs à plein temps
pendant l’année,...)
Ainsi, Delius, pour la plantation et le soin à ses bananiers, a dû recourir à de
nombreuses escouades qu’il a payées: 800 hommes-jours en tout pendant l’année,
auxquelles il faut ajouter 600 journées de travail familial.

133
La productivité du travail dans l’exploitation de Delius est donc de :
P= 2800&300 + 600) = 2 $ par jour de travail.
Emecene, lui, n’a utilise que 100 jours de travail extérieur, lui-même et sa famille
ont travaillé 400 jours.
P = 2000 $/(100+400) = 4 $ par jour.

RÉPARTITIONDE LA VALEUR AJOUTÉE : CALCUL DU ‘REVENU


La valeur ajoutée par les travailleurs ne correspond généralement pas a’leur
revenu. L’exploitation doit encore faire face à des charges qui reflètent les condi-
tions économiques et sociales dans lesquelles elle opère.
Lavaleur ajoutée est donc répartie entre les différents agents intervenant dans ‘le
processus productif, soit parce qu’ils possèdent une partie du capital d’exploita-
tion, soit parce qu’ils ont travaillé directement sur l’exploitation. De plus, l’Etat
* Pour un emprunt d’une somme (K)
à un certain taux (i) et pour un peut prélever directement sous forme d’impôts une partie de la valeur ajoutée,
nombre d’années (n), chaque année
l’exploitant remboursera au prêteur: Ainsi, la valeur ajoutée va se répartir entre différentewfictutions:
une fraction Wn du capital l la rente foncière payée au propriétaire foncier,
des intérêts annuels Ki. l les intérêts des emprunts payés au prêteur (banque ou usurier)*.
0n ne compte pas dans les affectations la fraction du capital remboursée chaque
année, puisqu’elle a servi a acheter des moyens de production dont nous avons déjà
tenu compte en charge de production (dans le calcul des amortissements).
l les taxes liées à la production et payées à l’Etat.
Elles peuvent exister sur certains périmètres irrigués.
La part de la valeur ajoutée (PVA) conservée par l’exploitation est ce qui reste de
la valeur ajoutée une fois ces prélèvements effectués.

Pour reprendre l’exemple d’Emecene et de Delius, nous avons:


PVA Delius = 2800 - 900 = 1900 $ si Delius a la moitié de sa terre en métayage à
50% (RF = 1800 X 0,50 = 900 $), mais n’a,rien emprunté.
PVA Emecene = 2000 - (2200/2) = 900 $ si Emecene est métayer à 50% sur toute
sa surface.

La PVAne correspond pas toujours aurevenuagricole de l’exploitation, c’est-à-dire


à ce qui va servir à rémunérer le travail de la famille.
l Si l’exploitation n’utilise pas de main-d’oeuvre extérieure à l’exploitation, la PVA
correspond au revenu de l’exploitant.
PVA=rémunération du travail familial.
l Si l’exploitant a utilisé du travail extérieur à l’exploitation, une fraction de la
PVA sert à payer les travailleurs extérieurs qui sont intervenus.
Remarque: les travailleurs “extérieurs” ne’sont pas toujours payés uniquement
sous forme monétaire. Souvent, en Haïti, les travailleurs reçoivent, au cours de
leur travail, nourriture et boisson payées par l’exploitantiemployeur. D’autres fois
(pour le travail de récolte en particulier), ils peuvent être payés “en nature”; ils
reçoivent alors une certaine quantité du produit récolté.
Dans le calcul du paiement des’travailleurs extérieurs (montant qui sera a déduire
de la PVA), il faut compter ces rémunérations ,en nature qui font partie de la
rémunération reçue par le travailleur. Si’l’exploitant les a achetés sur le marché
(boisson,. ..>, on les estimera au prix d’achat payé par l’exploitant. S’il s’agit de biens
produits sur l’exploitation, ils seront estimés au même prix que celui utilisé pour
le calcul du produit brut.

134
La rémunération du travail Revenu agricole = rémunération du travail familial
extérieur à l’exploitationdoit = [Link]. - paiement des travailleurs “extérieurs”
être estimée pour calculer le
revenu agricole
(photo G. de Laubier). Pour Delius, qui a payé chacune des 800 journées de travail qu’il a achetées à 1,6 $,
on a : RA = 1900 - (800 x 1,s) = 620 $.
Pour Emecene on a : RA = 900 - 160 = 740 $.
Si on rapporte le revenu agricole au nombre de journées de travail fournies par la
famille (revenu du travail journalier), on a:
RTJ Delius = 620/600 = 1,03 $/j RTJ Emecene = 660/400 = 1,65 $/j

C’est le revenu agricole qui servira à assurer les besoins DDEla famille. S’il est
suffisant, il pourra de plus permettre d’épargner, d’accroître le capital d’exploita-
tion, d’élargir et d’améliorer l’[Link] production (nourrir mieux la famille,
ameliorer l’outillage, accroître le foncier, améliorer la fertilité des jardins, aug-
menter le troupeau,...)
On voit dans l’exemple de Delius et d’Emecene que la comparaison des résultats
économiques de deux exploitations dépend étroitement des critères que, l’on
retient. C’est pourquoi, il est très important de bien saisir ‘le sens des différents
paramètres que sont la production, la valeur ajoutée, la productivité du travail ou
le revenu agricole. Chacun de ces paramètres a un sens qui donne un éclairage
particulier à l’analyse économique de l’exploitation.
Remarque: les exploitants qui investissent peu ou pas du tout de main-d’oeuvre
familiale sur l’exploitation, et qui disposent de quantités importantes de capital,
utilisent un autre critère pour juger et orienter leur activité productive. Il s’agit du
taux de profit.
Le tati de profit annuel est égal au revenu agricole annuel rapporté au
total du capital-argent immobilisé dans la production.

Ainsi, prenons l’exemple d’un exploitant qui ainvesti 80 OOOl$dans une plantation
de canne, pour acheter le matériel, aménager les terres et assurer la trésorerie
(c’est-à-dire la “caisse” pour payer les journaliers, les intrants, etc.)
Imaginons que le produit brut (la vente de la canne) soit de 50 000 $ et que les
consommations intermediaires, les amortissements et les salaires distribués
soient de 30 000 $, le revenu agricole annuel [Link] 50 000 - 30 000 = 20 000 $.
et le taux de profit T = 20 OOOBO 000 = 25 %

135
Le taux de profit exprime l’intérêt que perçoit l’exploitant en décidant d’investir
son capital dans l’agriculture. Les exploitants capitalistes comparent aisément ces
taux de profit à ceux qu’ils obtiendraient en plaçant la même somme dans le
commerce ou l’industrie. Une baisse des prix agricoles déplace ces capitaux hors
de l’agriculture, alors que les hausses de prix ont tendance à les y ramener.

Figure 66 : calcul des résultats


consommations
économiques
intermédiaires
C.I C.I.
C.I.
Ymortissements A
A ;

Rente foncière? RfF.


Produit R.F. t
Brut I
Total Intérêts I
Valeur f
Ajoutée Taxes T
-
V.A.
Paiement des
Part de la V.A travailleurs
restant à “extérieurs”
l’exploitation
P.V.A. Revenu
Agricole

EXEMPLESDECALCUL
l Le plus souvent, en Haïti, la culture est manuelle. Le capital investi sous forme
d’outils (houe, bêche, machette,...) est modeste, même s’il constitue l’essentiel du
capital pour les petites exploitations. Les amortissements annuels pour les outils
sont donc faibles. On peut généralement les négliger dans le calcul économique.
C’est ce qui est fait dans le calcul ci-dessous. Nous considérons qu’il n’existe aucun
autre capital fixe hormis l’outillage.
l Pour des raisons de commodité de présentation, nous ferons les calculs par sous-
activités, c’est-à-dire pour chaque atelier animal et pour chaque jardin. Puis nous
ferons le récapitulatif pour l’exploitation tout entière. Cette méthode peut être
intéressante à suivre aü cours de la collecte des informations auprès de l’exploi-
tant; elle évite les oublis dans le recueil des données.
l Dans les exemples suivants, le capital d’exploitation est uniquement du capital
détenu en propre par l’exploitant. Il n’y a donc pas d’emprunt.

UN PETITMÉTAYER Soit une exploitation constituée de 0,5 carreau en métayage, cultivés avec l’asso-
ciation arachide/maïs/manioc. L’exploitant a un boeuf et une vache en gardien-
nage.

La productionvégétale l Le métayage est au tiers


’ m : marmite
l L’exploitant achète 4 m* de semence de vigna à 3 $/m, 2 m de semence de maïs
à 1 $/m et 10 m de semence d’arachide à 1 $/m. Les boutures de manioc sont
produites sur l’exploitation.
l Tout le travail pour la culture de ce jardin est fourni par l’exploitant, sa famille
et des voisins dans un cadre d’entraide.

136
pour la préparation du sol : 6 personnes pendant 10 jours
le semis du vigna 6 4
le semis du maïs 5 2
le semis de l’arachide 5 4
le ler sarclage 6 11
la plantation du manioc 4 6
le 2ème sarclage 6 10
la récolte du vigna 4 5'
la récolte du maïs 5 2
la récolte de l’arachide 5 10
la récolte du manioc faite par l’acheteur
l Le manioc est vendu sur pied pour 160 $
l La récolte de vigna est de 12 m à 1,4 $ la marmite
maïs 50 m à 0,5 $ la marmite
arachide 220 m à 0,8 $ la marmite

Le produit brut est égal a :


PB = 160 $ + (12m x 1,4 $/m3 + (50m x 0,5 $/m> + (220m xX 0,8 $/m>
= 377,a $
l Les seules consommations intermédiaires utilisées sont les semences.
=(4mx3$/m)+(2mx1$/m)+(10mx1$/m)=24$
ti = PB - CI = 377,8 $ - 24 $ = 353,8 $.
l Le travail total investi sur le jardin est de:
60+24+10+20+66+24+60+20+10+50= 344j.
l Lu productivité du travail pour cette culture est de:
-’ 353,s $ / 344 jours = 1,02 $lj.

Cn peut supposer que le travail fourni dans le cadre d’une entraide sera “rendu”
par l’exploitant et sa famille et que le nombre de jours de travail reçu sera égal à
celui rendu. Cette hypothèse n’est pas toujours vérifiée.
Cela revient à dire que tout le travail investi sur le jardin doit être pris en compte
comme de la main d’oeuvre-familiale. On a donc:
PVA = VA - rente foncière = 353,8 $ - (377,B $/3) = 228 $
et Revenu = PVA
La rémunération du travail par jour de travail investi sur la production végétale
est de: 228 $1344 jours = 0,66 $1 jour

Laproductionanimale Le contrat de métayage précise que le montant de la vente de l’animal sera partagé
à part égale entre le propriétaire et le gardien. La bête est en général vendue après
“bovin à l’engraisse-ment”
deux ans pour 240 $. L’exploitant consacre une heure de travail par jour pour
l
nourrir et déplacer sa bête. I
PB annuel = 120 $.
Il n’y a pas de consommation intermédiaire pour l’élevage: pas d’aliments achetés,
pas de frais vétérinaires,... Donc: VA = PB
La part de la valeur ajoutée restant à l’exploitation est donc égale à:
VA - “rente” = 120 - 12012 = 60 $.
Le travail est totalement fourni par la main-d’oeuvre familiale. On a donc:
Revenu = PVA = 60 $.
Le temps de travail est de 365 heures par an. En estimant, comme pour la
production végétale, les journées à environ 8 heures, l’exploitant investit donc
environ 45 jours de travail dans sa production animale.
La productivité du travail est de :
120145 = 2,66 $/‘j.
La rémunération du travail est de :
60 $145 = 1,32 $/j.

137
Production Production Total
vbgbtale animale

PB (en $4 377,8 120,o 497,8


CI (en $1 24,0 w 24,0
VA(en$4 354,9 120,o 474,0
PVA (en $) 228,0~ 60,O 288,0
Revenu (en $) 228,0 60,O 288,0
Nombre jours de travail 344' 45 389
Productivitédu travail 1,02 2,66 1,34
Rémunérationljour de travail 0,66 1,32 0,74
familial (en $/jour)

UN EXPLOITANT DE Soit une exploitation constituée d’un carreau en propriété cultive en canne.
L’exploitant ne travaille pas directement sur les terres. La force de travail est
CANNE À SUCRE
fournie par des journaliers et autres travailleurs “extérieurs” à l’exploitation. Un
carreau de “terre à canne” s!achète 3500 $.
l An&!e 1
l La préparation du sol est faite à la charrue (tracteur) dans le cadre d’un contrat
à la tâche avec un propriétaire de [Link]ût : labour 140 $ et sillonage 20 $
l 60 charges de plants sont achetées à 0,l $ par charge,
l La plantation est faite par 10 journaliers qui travaillent pendant 2 jours et
gagnent 2 $ par jour,
- ler sarclage: réalisé par des salariés ” à la tâche” pour 80 $,
- 2ème sarclage: même coût,
- coupe: par des journaliers payés au rendement 2 $ par tonne coupée,
- transport: par des transporteurs (petits entrepreneurs) qui prennent 2,6 $ par
tonne de canne transportée.
l Année2, 3et4
- 1 sarclage par an: voir sarclage de l’année 1
- coupe et transport: voir année 1
l Récolte: la canne est vendue à l’USN qui l’achète 13 $ la tonne rendue usine.
récolte année 1: 10 camions de 10 tonnes
récolte année 2: 8 ”
récolte année 3: 7 ”
récolte année 4: 6 ”

La durée de la plantation est de 4 ans. .Chaque année, les résultats économiques


sont différents. Si l’on veut connaître le produit brut d’une année précise, il est
nécessaire de faire un calcul économique en faisant intervenir un calcul d’amortis-
sement de la plantation. Mais il est bien rare que l’on ait ce type d’objectif; on
cherche en général’ à connaître les résultats sur une année “moyenné”. C’est ce
dernier calcul que nous allons mener
La méthode la plus simple consiste à calculer les résultats pour toute la durée de
la plantation et à les diviser par la durée de plantation pour obtenir les résultats
annuels de l’exploitation.
l Le produit brut
PB total = (10+8+7+6 camions) x 10 tkamions x 13 $/t
=310tx13$/t=4030$
Soit un produit brut annuel de :
PB annuel = 4030 $/4 = 1007,5 $
. Les consommationsintermédiaires sont constituées par:
. l’achat des plants soit 60 charges x 0,l $/Charge = 6 $
. le travail réalisé par une “entreprise” pour la préparation du sol,

138
soit 140 + 20 = 160 $
. le transport de la canne, également réalisé par des “entrepreneurs”,
soit 310 tonnes x 2,6 $lt = 806 $

Soit un total de 966 $ pour les 4 années de culture, et 241,5 $ par an.
. Lu valeur ajoutée’ annuelle est égale à:
VA = PB - CI = 1007,5 - 241,5 = 766 $
l Le temps de travail consacré à la culture pour les 4 années se répartit en:
- travail de plantation, soit 20 jours
- travail de sarclage (5 sarclages).
On ne connaît pas ici le nombre de jours de travail effectif. L’exploitant lui-même
n’a pas contrôlé le déroulement des opérations. Il faut donc nécessairement faire
une hypothèse de calcul pour poursuivre. Lorsqu’on n’a pas de renseignements
précis sur le fonctionnement des groupes de travail qui fournissent les contrats à
la tâche, le plus simple est de supposer que la rémunération des personnes qui
travaillent dans ces groupes est du même ordre de grandeur que celles des
journaliers (cette hypothèse s’appuie sur le fait constaté que les journaliers et les
travailleurs à la tâche sont souvent les mêmes personnes qui travaillent avec des
“contrats” différents suivant les opportunités).
On supposera donc que les contrats à la tâche équivalent à du travail réalisé par
des journaliers payés 2 $/jour.
Chaque sarclage payé 80 $. représente donc 40 journées de’ travail :
- soit 5 x 40 j = 200 jours de travail de sarclage pour’les quatre années.
- travail de récolte
Le travail de récolte, avec la même hypothèse que précédemment, est de :
(310 t x 2 $/t> / 2 $Yjour = 310 j.
Le temps de travail investi pour les 4 années est de :
20 + 200 + 310 = 530j. soit 132 j par an.
l Lu productivité du travail est égale à:
766 $ / 132 j = 5,8 $/j.
l La part de valeur ajoutée conservée sur l’exploitation équivaut à la valeur
ajoutée, puisqu’il n’y a ni rente foncière, ni taxes, ni’intérêt d’emprunt à payer.
PVA = VA
l La main-d’oeuvre extérieure reçoit, sur les 4 années de culture:
- pour le travail de plantation:
10 journaliers x 2 j x 2 $/j = 40 $
- pour les 5 sarclages:
5 sarclages x 80 $/Sarclage = 400 $
- pour le travail de coupe:
310 tonnes x 2 $lt = 620 $
soit au total 1060 $ pour les quatre années
soit 1060 $14 = 265 $ par an.
l Revenu agricole pour une année moyenne :
RA = PVA - paiement de la maind’oeuvre extérieure = 766 $ - 265 $ = 501$
Le revenu agricole ne peut, dans le cas de cette exploitation, être appelé rémuné-
ration du travail familial puisque l’exploitant ne travaille pas du tout sur son
exploitation. Calculer le revenu par jour de travail n’aurait aucun sens. Le résultat
économique le plus intéressant à calculer est le taux de profit du capital.
Taux de profit = reventi /
(prix de la terre + CI+ paiement de la main d’oeuvre extérieure)
Taux de profit (année moyenne) = 501$ / (3500+241,5+265) = 12,5 %
Cela signifie que, pour cet exploitant, le capital qu’il investit dans la production
agricole équivaut à un capital qui lui rapporterait 12,5 % d’intérêt par an.

139
UN EXPLOITANT Soit une exploitation de 1 carreau de terre en propriété planté en banane.
DE BANANE L’exploitant ne travaille sur sa parcelle que pour la récolte. La plantation dure 3
ans. Les travaux culturaux sont les suivants:
l Année 1
l nettoyage de la parcelle: avec un contrat ” à la tâche” pour 60 $ ;
l achat et transport des plants: les plants sont achetés 0,056 $ par plant et sont
transportés pour 24 $ par des travailleurs sous contrat “a la tâche”;
l plantation: densité de 2000 pieds par carreau réalisée par 25 journaliers tra-
vaillant pendant 2 jours et payés 2 $ par jour ;
l 3 sarclages faits par des travailleurs sous contrat pour 60 $, 60 $ et 40 $,
l récolte réalisée par l’exploitant. Un homme récolte environ 9 douzaines de
régimes par jour.,
l éclaircissage: contrat “à la tâche” de 30 $.
l Année2et3
l 3 sarclages par an: voir-année 1
l éclaircissage de année 2: voir année 1
l Récolte
année 1: 1600 régimes
année 2 : 2200 régimes
année 3 : 2500 regimes
1 régime est vendu en moyenne 2,6 $ par le producteur.
Une partie de la production est consommée par la famille, l’autre est vendue.
Il s’agit ici, comme dans l’exemple précédent, d’une plantation pluriannuelle. On
raisonnera encore sur une année “moyenne”.
l Pour le calcul du produit brut se pose la question de l’estimation de la valeur de
la part de récolte consommée par la famille. De plus, l’exploitant n’a pas su
indiquer quelles étaient les quantités autoconsommées et vendues.
Lorsqu’on ne peut pas mener une enquête plus approfondie sur l’exploitation, le
plus simple est d’estimer toute la production au prix auquel l’exploitant vend la
fraction commercialisée de la récolte.
Cela revient à considérer l’autoconsommation comme autant de moins à vendre
pour l’exploitant, ce qui, dans le cas présent, correspond assez bien au raisonne-
ment mené par l’exploitant. En effet, l’exploitant travaille sur ses parcelles
uniquement pour la récolte, la surveillance contre les vols étant indispensable à ce
moment et ce travail ne pouvant être effectué que par l’exploitant lui-même. On
peut donc supposer que l’objectif de l’exploitant est la recherche dune rémunéra-
tion maximale par jour de travail à travers la vente de ses productions.
On a donc:
PB total = (1600 + 2200 + 2500) régimes x 2,6 $/régime
= 16380 $ pour 3 ans
soit PB annuel = 5460 $

l Les consommations intermédiaires sont constituées par:


l’achat des plants: 2000 plants x 0,056 $/Plant = 100 $
: le transport des plants soit 24 $
Total des consommations intermédiaires : 100 $ + 24 $ = 124 $.
Le transport des plants est effectivement à considérer comme une consommation
intermédiaire car le travail ne [Link] pas sur l’exploitation. Il ne va pas ajouter
de valeur aux moyens de production utilisés sur l’exploitation. Au contraire, il fait
partie de la valeur de la consommation intermédiaire “plant”.
VA = 16380 - 124 = 16256 $ pour 3 ans
soit
VA annuelle = 5419 $.
l Pour calculer le nombre de jours destravail ‘[Link] employés à la tâche,
on fait la même hypothèse que -dans l’exemple précédent : un travailleur gagne
2 $/jour.

140
tempsdetravail “salaires” tempsdetravail
familial payes
enjours y $
nettoyageannéel 60
plantation 100
sarclages anriée 1 160
éclaircissageannée 1 30
sarclages année 2 160
éclaircissageannée 2 30
sarclage année 3 160
* Calcül du’ temps de travail récolte année 1 ‘15
poufla rkolte (exemple de l’an- récolte année 2 20
née 1) :
T = 1600 régimes/@x 12) = 15 j.
récolte année 3 23
T

TOTAL I I 700 I 350

Le temps de travail total est de 408 jours, soit 199 jours par an. La productivité du
,travail est égale à:
5414 $1199 j = 27,2 $/j
l Lapart de valeur ajoutée restant sur l’exploitation est de 100 %
PVA = VA
l Revenu agricole (pour 3 ans) = 16 256 $ - 700 $ = 15 556,$
soit un revenu annuel de 5185 $
soit une rémunération par jour de travail familial de:
15 556 $ /58 jours = 268 $/jour

ANALYSE DES RESULTATSECONOMIQUES


Connaissant les définitions des principaux critères économiques utiles a l’analyse
du fonctionnement des exploitations, il convient de s’interroger sur ce qui déter-
mine les résultats économiques.

LE NIVEAU Les caractkristiques structurelles de l’exploitation affectent directe-


DE PRODUCTIVITÉ ment le niveau de productivité.
DU TRAVAiL l Plus le foncier disponible par travailleur familial présent sur l’exploitation est
important, plus la productivité du travail est grande. Pour deux exploitations,
ayant la même disponibilité en main-d’oeuvre familiale et pratiquant les tiêmes
productions, celle qui dispose du foncier le plus important dégagera davantage de
valeur ajoutée par travailleur qu’une exploitation plus petite.
l Le foncier intervient au niveau de la productivité du travail, non seulement par
son importance quantitative, mais aussi par sa “qualité”: niveau de fertilité
organique,épaisseurdusol,importancedel’érosion,... Pluslaqualitédes terresest
bonne, plus les rendements sont élevés et plus la production de valeur ajoutée par
travailleur est importante.
l La productivité du travail dépend aussi, en grande partie, du niveau d’équipe-
ment (outillage, matériel,...) de l’exploitation. Elle est d’autant plus importante
que le niveau d’équipement est élevé.
Quelle que soit l’intelligence et l’ardeur au travail d’un exploitant, il lui faudra
toujours plus de temps pour retourner une parcelle avec une houe qu’avec une
charrue, et donc plus de temps pour obtenir une production équivalente.
Les exploitants, qui ne disposent pas de moyens financiers stisants pour
améliorer leur matériel, seront contraints detravailler davantage pour dégager la
.. mêmevaleur ajoutée que des exploitationspratiquantles mêmes productions mais
mieux équipées.

141
l Avec un appareil de production donné, les agriculteurs ont intérêt à valoriser au
mieux les ressources dont ils disposent en relativement moins grande quantité.
Ces ressources peuvent être selon les cas: le terre, la force de travail, le capital-
argent,.... Les processus de production mis en oeuvre sont choisis par l’exploitant
pour essayer d’obtenir une maximisation des productions (ou des revenus)
rapportées à l’unité de la ressource la plus rare: par carreau si le foncier est
limité, par heure de travail si la main-d’oeuvre familiale est peu abondante par
rapport au foncier et/ou au capital disponibles, par dollar investi si le capital est
limitant.
On peut de cette manière analyser les objectifs (d’ordre économique) qui
guident les choix des exploitants en matière de production.
Ce raisonnement sur les objectifs des exploitants peut être fait de manière
analogue à l’échelle nationale. L’agriculture qui satisfait le mieux l’interêt
national (c’est-à-dire l’intérêt de l’ensemble de la population) est celle qui permet
de maximiser la productivité de la ressource la plus rare au niveau national. En
Haïti, il est clair que la ressource la plus rare est la terre (comme le prouve les très
fortes pressions démographique et foncière).
Le moyen le plus sûr de satisfaire au mieux les besoins de la population est donc
l’établissement des conditions économiques et sociales qui permettent de maximi-
ser la valeur ajoutée par carreau sur l’ensemble du territoire national.
l Les objectifs de l’exploitant, fixés pour tenir compte des caractéristiques struc-
turelles de l’exploitation (à savoir les disponibilités en terre, force de travail
familiale, capital), influencent donc la nature et l’intensité des productions
(‘) sauf accident climatique ou mau- pratiquées.
vaise efficacité technique qui ne per- On dit qu’un procès de production est intensiflorsqu’il met en oeuvre une quantité
mettraientpasde”valoriser”,sousforme de travail ou de capital importante par unité de surface. L’accroissement de la
d’une valeur ajoutée accrue, le travail ou
le capital (engrais, produits de traite- quantité de travail ou de capital à l’unité de surface s’accompagne généralement
ment,...) utilisés. (“1 d’une augmentation de valeur ajoutée.
Le critèreVA/carreau peut être un indicateur intéressant pour traduire le niveau
d’intensification d’une exploitation. Mais ce critère intègre à la fois les effets des
potentialités du milieu naturel et ceux duniveau d’intensification. Pour des exploi-
tations placées dans des conditions de milieu identiques, comparer lesVA/c permet
de comparer les niveaux d’intensification.
l De mauvais résultats provenant dune mauvaise efficacité technique (mau-
vaise mise en oeuvre technique de l’appareil de production) sont susceptibles d’être
corrigés. De mauvais résultats, liés aux caractéristiques structurelles de l’exploi-
tation, indiquent que l’exploitation a peu de chance d’améliorer ses capacités de
production si les conditions économiques et sociales ne sont pas radicalement
modifiées.

LE NIVEAU L’importance des dépenses à effectuer pour disposer des terres et des
DE REPRODUCTION capitaux dont l’exploitant n’est pas propriétaire n’intervient pas sur le
niveau de productivité mais influe directement sur le revenu de l’exploi-
DES EXPLOITATIONS tation.
Le coût très élevé que doivent payer les exploitants haïtiens pour avoir accès au
foncier (par achat, par le paiement d’une rente foncière > limite considérablement
le revenu des exploitations.
De plus, soumise depuis longtemps (*) à de multiples prélèvements financiers
(‘) En fait depuis Vindépendance et la
fuite des esclaves marrons vers les (rente foncière, intérêt des emprunts, taxes, amendes...), la paysannerie haï-
mornes. tienne, dans sa grande majorité, ne dispose pas aujourd’hui des fonds nécessaires
pour acheter au comptant les moyens de production8dont elle aurait besoin. Aussi
est-elle souvent contrainte d’avoir recours là des achats à crédit, à des emprunts,
à des locations et prises en métayage... Mais ces modes d’accès aux moyens de
production ne sont jamais véritablementgratuits et grèvent lourdement le budget
des exploitations.
Les sommes versées aux propriétaires fonciers, aux CO-héritiers ou aux prêteurs
quittent, en général, la sphère agricole: elles ne sont pas investies pour mettre en
place ou développer l’activité agricole. En effet, ces derniers ont accès à des inves-

142
tissements dans des secteurs qui dégagent des taux de profit du capital plus élevés
que dans l’agriculture (par exemple dans le commerce, dans la spéculation foncière
en milieu urbain,...). Ils utilisent aussi leurs revenus pour permettre l’émigration
de leur famille. La rentabilité de cet “investissement” n’est pas forcément immé-
diate mais elle peut être, à terme, très importante.
L’analyse du i-evenu agricole permet de déterminer si le produit de
l’année, une fois payées les charges anmielles de profluction et assuré’le
maintien des installations existantes, permet + ceux qui travaillent sur
l’exploitation d’en vivre, c’est-à-dire de rémunérer, suffisamment leur
travail.
Toutes les exploitations qui n’atteignent pas au moins ce résultat sont vouées, a
plus ou moins long terme, à la disparition.
L’exploitation, considérée comme une unité de production agricole mettant en jeu
du travail et des moyens de production, doit, pour exister durablement, assurer la
subsistance de ses travailleurs et le renouvellement de ses~installations.
Remarque: le renouvellemént à lïdeniique des installations et équipements
intervient dans le calcul économique au niveau des amortissements. Nous avons
considéré les amortissements comme la part de capital fixe consommée annuelle-
ment. On peut aussi~comprendre la notion d’amortissement comme la somme
d’argent que l’exploitant doit dégager ou épargner’annuellement pour être en
mesure, au moment du renouvellement du matériel, de disposer du capital
nécessaire à l’achat d’un matériel neuf identique à celui qui est totalement usé.

Lesexploitations Les exploitations ne disposant que d’un appareil de production très réduit
vouéesà disparaitre n’obtiennent pas toujours un revenu agkicole assez élevé: pour permettre a la
famille de satisfaire ses besoins minimaux. On dit alors que la reproduction de ces
exploitations n’est pas assurée.
De telles exploitations sont marquées par :
l une sous-alimen’tation de lsi famille,
l un endettement profond qui nécessite pour les remboursements, la vente sur
pied des récoltes,
l l’absence d’épargne pour le renouvellement dumatériel. Souvent lorsque la houe
est usée, l’exploitant n’a pas de quoi en racheter une nouvelle. La dégradation des
moyens de production va même jusqu’à’la vente progressive du foncier et du
cheptel en propriété, des équipements (s’ils existent!). Les “recettes” ainsi déga-
gées permettent momentanément de compenser la faiblesse du revenu.
A terme, ces exploitations vont vers une baisse de la productivité du travail (déjà
faible) et une baisse du revenu. Elles rencontreront des diffkultés de plus en plus
grandes pour rembourser les emprunts. Enfin, elles disparaîtront avec l’exode
rural d’une partie ou de la totalité de la famille.

La reproduction Lorsque le revenu agricole ,est suffisant pour exister durablement, certaines
simpleet élargie exploitat3ons peuvent tout juste vivre, d’autres s’agrandissent et améliorent sans
cesse leurs moyens de production. On parle alors respectivement d’exploitations
en reproduction simple et en repraluqction élargie.
Remarque : la reproduction d’une exploitation peut être assurée sur le long terme
mais certaines années, un accident climatique, une chute des prix des produits,
une dépense exceptionnelle de la famille (décès,...) peut empêcher un revenu
suffisant pour vivre. Pendant ces années “diffkiles”, le revenu agricole peut être
complété par la vente de moyens de production; on parle alors de décapitalisation
(vente de cheptel reproducteur, vente de matériel, hypothèque sur un jardin,...,).
Lorsque le revenu agricole d’une exploitation est suffisant pour permettre sa
reproduction élargie, cela signifie que la rémunération du travail familial obtenue
permet:
l de satisfaire les besoins de la famille,
l de disposer d’un surplus qui pourra constituer la base d’une épargne, d’une
accumulation de capital. On dit de telles exploitations qu’elles accumulent.

143
L’accumulation peut servir à augmenter la productivité du travail et à développer
les capacités de production. L’exploitant est en mesure de choisir :
l acheter du foncier,
l améliorer et élargir la main-d’oeuvre familiale disponible sur l’exploitation:
manger mieux, être en bonne santé, prendre des “iestauecs”,...
l agrandir le capital fixe d’exploitation: agrandissement du troupeau de reproduc-
teurs, amélioration de l’outillage (nouveaux outils manuels, culture attelée,...),
développement de l’équipement (glacis de séchage, moyens de stockage,...),
l utiliser davantage de capital circulant: achat d’engrais,... sans avoir recours au
crédit.
Cependant certains exploitants préférent parfois ne pas investir directement dans
leur exploitation l’épargne ainsi dégagée. Ces exploitants ne modifient pas leur
appareil de production et utilisent l’épargne pour investir dans le commerce ou
pour faire émigrer un membre de la famille.
Parmi ceux qui investissent dans leur exploitation pour développer leur appareil
de production et accroître leur revenu, tousn’ont pas obtenu ce capital de leur seule
activité agricole. Les investissements sont faits parfois a partir des revenus tirés
d’autres activités. C’est le cas lorsque l’exploitant a une autre profession assez ré-
munératrice (artisan, “boss” maçon, charpentier, houngan, instituteur,...) ou
lorsque la femme a un commerce important.
Meilleures seront les conditions du milieu naturel de l’exploitation, plus
important sera leur appareil de production, moins lourd seront le fer-
mage et les intérêts d’emprunts à payer, plus les eploitations seront pro-
ductives et obtiendront un revenu a&ricole important.
Plus leur revenu sera important, plus elles pourront élargir et améliorer
encore leur foncier et leurs moyens de production, plus leur productivi-
té du travail sera augmentée ainsi que leur revenu.
Le creusement des inégalités de productivité entre exploitations peut
être, par ce mécanisme cumulatif, assez rapide et conduire à une différen-
ciation accrue dans le niveau de vie des familles paysannes.
Les exploitants qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour autofi-
nancer des investissements, ou pour avoir accès à emprunt, seront contraints de
travailler plus, de limiter la dimension de leur exploitation, ou de choisir des
productions (choix des espèces, des itinéraires techniques,...), moins coûteuses en
équipement et qui leur assurent un revenu suffisant pour vivre.
Dans certaines régions, ce mouvement peut induire une spécialisation des exploi-
tations qui cherchent ainsi à tirer profit d’avantages naturels (écosystèmes
particuliers). ou d’avantages économiques (proximité du marché de consomma-
tion,...) leur permettant d’avoir une meilleure productivité du travail. C’est le cas
dans les plaines rizicoles (Artibonite,...) et dans les régions maraîchères (Kens-
koff,...).
Dans son ensemble, la paysannerie haïtienne a dû très tôt supporter des prélève-
ments importants. Elle se retrouve limitée dans ses capacités à dégager des
surplus et donc à améliorer sa productivité. La grande faiblesse des moyens de
production et des revenus de la majorité des exploitations que l’on peut constater
aujourd’hui trouve là son origine.

144
Caractériser une exploitation agricole, comprendre et analyser son fonc-
tionnement économique signifie:
1. décrire la structure de l’exploitation (appareil de production),
2. décrire comment les éléments constitutifs de l’appareil de production sont
organisés, combinés dans l’espace et dans le temps, pour permettre d’aboutir a des
productions végétales ou animales (fonctionnement),
3. retracer l’histoire de la constitution de l’appareil de production et des transfor-
mations dans les pratiques agricoles et d’élevage,
4. décrire les relations qu’entretient l’exploitation avec son environnement écono-
mique et social pour accéder à la terre, au capital et au marché (des produits et de
la force de travail).
5. calculer et analyser les résultats économiques obtenus. Les comparer aux
objectifs de l’exploitant et voir dans quelle mesure ils permettent la reproduction
simple ou élargie de l’exploitation.
La démarche que nous avons suivie peut être menée au niveau d’une région. Elle
permet alors de caractériser les exploitations, d’identifier les objectifs des exploi-
tants, de comprendre leurs choix en matière de production, de hiérarchiser les
éléments conditionnant leur situation et leur avenir.

145
Étuderégionale:
la canneà sucre
dansla Plainedu Nord1
La Plaine du Nord a été marquée, au cours de son histoire par une
succession de tentatives de développement de productions agricoles
dans le cadre dune agriculture capitaliste. Elles se sont toutes
soldées, à plus ou moins long terme, par des échecs alors que les
exploitations paysannes ne cessaient de s’accroître en nombre. La
première tentative fut la mise en place des habitations sucrières
dans la Plaine du Nord au 18ème siècle. Mais la période qui s’étend
du début de l’occupation américaine (1915) aux années 50 est égale-
ment riche d’expériences d’implantation de cultures d’agro-exporta-
tion produites dans de larges exploitations utilisant de la main-
d’oeuvre salariée: ananas, canne à sucre, figue-banane, si&...
On constate aujourd’hui que seule la canne à sucre s’est maintenue,
mais elle est menacée par le déficit chronique de ~1’Usine Sucrière.
Imaginer un avenir pour cette région et les mesures de politique qui
en découlent, tel est l’objet de l’étude régionale.

147
On constate aujourd’hui que le seul secteur de production, hormis les productions
vivrières, qui se soit maintenu plus ou moins bien dans la plaine du Nord est celui
de la canne à sucre, avec notamment l’implantation de 1’Usine Sucrière du Nord
(USN), l’existence de nombreuses unités de transformation artisanales ou indus-
trielles (moulins à canne, siroteries, guildives,*......) et 8 500 ha de canne dans la
* Guildives : petites unités arti-
sanales de fermentation et dis- plaine. Cependant, ce secteur apparaît maintenant touché par une crise qui risque
tillation du jus de canne pour d’atteindre tous les agents économiques: unités de transformation, “salariés” de la
enfaireleclairin6urhumblanc. canne, exploitations paysannes et aussi grandes exploitations capitalistes où la
canne à sucre reste la culture présentant le plus d’avantages économiques. L’USN,
confrontée à de graves diffkultés d’approvisionnement présente un déficitrégulier
qui grève lourdement le budget national depuis son rachat par l’Etat en 1982. De
plus, ces difficultés s’inscrivent dans un environnement international défavorable
au développement de l’industrie sucrière: saturation du marché mondial du sucre
(surproduction mondiale) et changements structurels visant le remplacement du
sucre par des produits de substitution (isoglucose à partir du maïs).

OBJECTIFS ET Nos objectifs dans cette étude sont:


DÉMARCHES l d’illustrer comment s’établit un diagnostic agro-socio-économique régional, à
partir du calcul économique, en montrant quels sont les choix et les objectifs, des
DE L’ÉTUDE différents types d’agents économiques de’la filière et quels sont les éléments qui
conditionnent ces choix;
l de montrer, au vu du diagnostic précédent, comment peuvent être élaborées et
formulées les orientations de politique agricole et industrielle pour mettre en place
une dynamique de développement des exploitations agricoles dans la région.
La compréhension de l’origine et du fonctionnement d’une réalité agraire donnée
est rarement complète quand l’analyse est menée dans un cadre trop étroit, trop
local. Une réalité agraire résulte. de l’interaction de mécanismes économiques
Figure 67 : la culture de la relevant de différents niveaux d’analyse (régional, national, international....).
canne à sucre dans la Plaine Cette étude sera l’occasion de prendre en compte ces différents niveaux dans une
du Nord. même démarche pour éclairer une même réalité.

148
~L’histoireagraire de
la Plaine du Nord
Au 18ème siècle, les habitations sucrières de la Plaine du Noyd sont parmi les plus
importantes de la colonie. En 1789, les quartiers de Limonade, du Cap et du Limbé
comptent, à eux seuls, 139 sucreries “en blanc”. L’Qconomie de l’île, et celle de la
Plaine du Nord particulièrement, reposent sur la production et la transformation
de la canne produite par les grands domaines capitalistes. ‘Elle dépend entière-
ment de la métropole pour l’exportation ,du sucre et pour l’importation de main-
d’œuv-re et de vivres.

UNE SUCCESSIONDE PRODUCTIONS

APRÈS Après 1804, les grandes habitations, laissées vacantes par les colons, vont être
l’enjeu de multiples tentatives de reconstruction d’urwprospère industrie sucrière.
LINDÉPENDANCE Elles échouent et ne se traduisent que par des reliquats de manufacture mainte-
nus par une aristocratie de grands planteurs sur un mode paternaliste, des
distilleries rustiques, une culture disséminée etfortementintégrée àl’exploitation
L’installationde l’usinesucrière
familiale, productrice de sirop et de rapadou. La plupart des grandes plantations
n’a pas empêché le maintien
sont morcellées et occupées par une paysannerie qui accède ainsi, tout au long du
de petites guildives tradition-
19ème siècle, à la “propriété” foncière. Elle pratique des cultures viyrières qui lui
nelles disséminées dans la
assure une meilleure valorisation de la main-d’oeuvre familiale. La production de
plaine.
sucre s’effondre, les exportations ne dépassent pas 43000 livres en 1871 (contre
Les techniques de transport plus de 162 millions de livres en 1788). Vers 1910, on ne compte plus qu’une seule
sont restées les mêmes depuis usine active dans la Plaine du Nord.
l’époque colonia!e Ce n’est qu’avec l’investissement de capital étranger dans 1~ secteur agro-indus-
(photos G. de Laubier). trie1 que parviendront à se reconstituer de vastes latifundia agro-exportateurs.

149
DE L’OCCUPATION La période qui va de 1915 à 1934 marque le début de ce nouveau développement
AMÉRICAINE d’une agricuhure capitaliste dans la Plaine idu Nord. La concession par 1’Etat de
vastes superficies à des compagnies étrangères ou à de riches particuliers, accom-
A NOS JOURS pagnées d’expulsions paysannes, permet la reconstitution de quelques grandes ex-
ploitations capitalistes a salariés. Les productions qui sont pratiquées sur ces
domaines sont diverses.
l En 1923, la “Haitian Pineapple CO.” produit de l’ananas en conserve sur 800 à
1000 c. L’activité de cette compagnie se terminera avec la crise de 1929.
l En 1935, la ” Standart Fruit and Steamship CO.‘! produit des figues-bananes
d’exportation grâce à un monopole d’achat sur tout le territoire national. Après
être passé de 2 000 régimes exportés en 1930 à 3 millions de régimes en 1940 et à
7,4 millions en 1947, cette florissante économie bananière va s’effondrer rapide-
ment en raison de désaccords entre 1’Etat haïtien et la compagnie américaine dûs
notamment à un frénétique trafic de concessions privées.
l Dans les années 20, la culture de sisal domine, sur 8000 ha avec deux usines dans
la region de Fort Liberté. En 1942, la ” Société Haitiano-Américaine de Develop-
pement Agricole” afferme 2000 c aux propriétaires locaux pour créer une nouvelle
usine de transformation. Cette ” monstrueuse réussite” de l’économie du sisal ne
durera qu’un temps et ce secteur s’effondrera en même temps que les cours
mondiaux et la demande du marché américain.
l En 1928, des entrepreneurs d’origine corse et italienne créent une sucrerie
industrielle à La Rue, profitant de la politique de taxation de la production d’alcool
de canne mise en oeuvre pour favoriser’ l’implantation de la HASCO (Haitian
American Sugar Company) dans la région de Port-au-Prince. Cette usine fonction-
nera jusqu’en 1952 mais ne produira jamais plus de 1500 t de sucre par jour.
l Plus récemment, plusieurs grands planteurs de la Plaine du Nord ont tenté la
culture intensive de tabac dans le cadre de contrats avec la compagnie de
fabrication de cigarettes “Comme il faut” . Cette expérience s’est soldée par un
échec et certains planteurs ont dû, pour rembourser leurs dettes, céder gratuite-
ment une partie de leurs terres à la compagnie pendant plusieurs années.

LES LECONS DE L’HISTOIRE


l Les capitalistes ont toujours cherché à profiter des conditions agro-écologiques
” tropicales” de la Plaine du Nord en y produisant ananas, banane, sisal, canne...
Parmi ces productions, celle qui se maintient le mieux jusqu’à aujourd’hui est la
canne. Comme le prouve l’implantation dune usine en 1970 dotée d’une capacité
de broyage de 2000 t de canne par jour, et l’extension des superficies en canne qui
l’accompagna. Or, paradoxalement, la Plaine du Nord ne présente pas des condi-
tions agro-écologiques particulièrement favorables à la culture de la canne à sucre.
Les pluies interviennent en pleine période de récolte ce’qui ‘donne un très faible
taux de sucre (4 à 5%) aux cannes livrées ‘aux unités de transformation. Le choix
des exploitants n’est donc pas exclusivement régi par dès avantages comparatifs
dûs à des conditions agro-écologiques particulières. Ce choix dépend surtout des
conditions socio-économiques: disponibihté foncière,, disponibilité ou accès au
capital, rapports d’échange, prix de marché;.... ~
8’
l La concentration foncière actuelle dans la Plaine du Nord est le fruit d’une
(*) D’après les chiffres de l’M-
histoire agraire particulière. Elle est relativement importante pour un pays large-
SI qui sont peutAtre suresti- ment dominé par la petite et micro-propriété paysanne et pour une région aussi
més. densément peuplée que la Plaine du Nord (480 habitants/km2 en milieu rural)(*).

150
Lorsque les conditions de climat et de sol d’une sur le marché mondial par rapport à la Thaï-
Avantages réaion sont favorables à une oroduction. ou au lande où la productivité est supérieure.
comparatifs et moins plus favorables que dans la moyenne des
situations d’un pays, on dit que cette région
Prenons maintenant le cas du producteur le plus
mal placé, celui vis-à-visduquel tous les autres
rentes bénéficie d’un avantage comparatif. bénéficient d’avantages comparatifs.
On veut dire par là que les producteurs de cette Soit P la valeur de sa production. Un autre
différentielles région, à niveau d’intensification équivalent, producteur produit P’ avec la même quantité de
retireront une plus grande rémunération de leur travail et on a P’>P.
travail. PI-Pest le surplus de production dont bénéficie
Ainsi, les zones de plaine bien arrosées et bien le second paysan grace à son avantage
drainées, aux sols profonds bénéficient pour la comparatif.
plupart des cultures d’un avantage comparatif On l’appelle rente différentielle.
par rapport aux mornes érodées. II existe deux grands types de rentes différentiel-
On parle aussi d’avantages comparatifs sur le les :
marché mondial lorsque les produits d’origine l les rentes différentielles de situation, liées à
différente se retrouvent a ce niveau face à une des conditions de milieu plus favorables,
même demande. l les rentes différentielles de capitalisation, dont
Ainsi, si les zones bien irriguéesde I’Artibonite bénéficient les producteurs qui ont amélioré leur
bénéficient d’avantages comparatifs vis-à-vis productivité par le capital (en s’équipant d’outils
des lagons pour le riz, il n’en est pas de même plus performants ou en installant l’irrigation...).

Figure 68 : la distribution
Type d’exploitation l I / II I Ill IV Total’ ”
foncière actuelle.
Superficie par exploitation Oàl ,2,5 à 10 210
(carreaux)

Nombre d’exploitants Nb 8.222 4.118 726 138 13.204


% 62,3 31,2 595 1,O 100

* y compris les 3.000 ha de Superficie totale ha 3.550 8.925 3.550 6.750* 22.775
terres d’Etat à Escagedo.
% 15,6 39,2 15,6 29,6 100

Superficie moyenne ha 0,43 2,16 4,89 58

Cette répartition foncière résulte des tentatives répétées de spéculations agro-


industrielles de la part de capitalistes (locaux ou étrangers)‘pour tirer profit des
conditions offertes par la Plaine du Nord, privilégiées par rapport à la majeure
partie du reste du pays: zone de plaine, mécanisable selon le modèle euro-améri-
tain, sols profonds assez riches en matière organique et en éléments minéraux,
Les échecs successifs des tentatives de développement d’une agriculture capita-
liste depuis la période coloniale ont permis à la’paysannerie de regagner à chaque
fois le terrain perdu par les exploitations capitalistes: les exploitations de moins
de un carreau et demi (soit 83 % du total des exploitations) occupent actuellement
42 % de la surface agricole. La dernière illustration de ce dynamisme paysan a eu
lieu en 1986 avec les occupations paysannes des terres de grands propriétaires ab-
sentéistes. La forte concentration foncière ajoutée à la croissance démographique
importante induit aujourd’hui une forte pression foncière.
Des systèmes d,e
culture et ‘d’élevage
variés
Les principaux systèmes de culture présents dans lazone sont les suivants: canne,
banane , vivrier type manioc ou patate douce-associée, riz de lagon, tomate, tabac
café-cacao ou fruitiers (oranges, chadèques).

Figure 69 : occupation des


canne sucre destinée à l’usine 5 000 ha
sols dans la plaine du Nord.
canne sucre pour siroterieset guildives 3 500 ha
total canne sucre 8500ha
café, cacao, agrumes 2 000 ha
bananiers 2800 ha
associationscultures vivrières 6250 ha
maïs-haricot,purs,en rotation 100 ha
riz pluvial 550 ha
riz de lagon 450 ha
maraîchage 100 ha
total cultures vivribres 12250 ha
pâtures, prairies naturelles et friches 2000ha
TOTAL 22775 ha

LA CULTURE DE LA CANNE
Elle est très présente au coeur de la plaine (Plaine du Nord, Quartier Morin, La
Rue, Laury, Chiron, Limonade, Ca Douche). Elle est beaucoup moins importante
dans les zones bordant les mornes. L’éloignement des structures de transforma-
tion impliquerait un surcoût de transport important pour un produit aussi
pondéreux que la canne.
La zone de culture influe sur le type de transformation de la canne. A proximité de
l’USN, on vend à I’USN mais aussi aux giildives qui ne sont jamais très loin (cas
de La Rue, Quartier Morin). Dans~ le,s zones plus éloignées de I’USN, on vend
préférentiellement aux guildives (cas de, Laury, Chiron).

LA CONDUITE La mise en place de la plantation se fait le plus souvent avec du vivrier associé à
DES PLANTATIONS la canne pendant la première année (maïs et vigna, avec manioc quelquefois). La
préparation du sol est unique pour la plantation de la canne et pour les semis de
vivrier, même si les mises en terre des différentes espèces ne sont pas toujours
simultanées. Elle est réalisée à la houe ou à la charrue (louee ou en propriété).
Les planteurs confient souvent la première année de culture à des “métayers” qui

152
(*) ler sarclage : 1 à 2 mois sont des paysans disposant de très peu de foncier. Le propriétaire fournit les plants
apr&s la plantation
2ème sarclage : 4 B 6 mois
de canne, assure la coupe de la canne et garde la totalité de la récolte de canne. Le
ap&s la plantation métayer réalise l’implantation et le sarclage des cultures (*>, fournit les semences
LC4 canne et le vivrier devivrier, le récolte et le conserve en totalité. Dans ce cas, le travail d’implantation
profitent du ler skrclage. et d’entretien de la canne constitue la rente fonciére que paye le métayer pour sa
Le Péme sarclage a lieu après
la rkolte de ;ïs et de vigna.
culture de vivrier. A l’inverse, on peut considérer que la récolte de vivrier
représente, pour le propriétaire, le salaire qu’il abandonne à son métayer pour le
travail de sa parcelle de canne.
La durée dune plantation est en général de sept à huit ans. La récolte a lieu de
treize à vingt mois (le plus souvent de quinze à dix-huit mois) après la plantation
et; les annees suivantes, de douze à quatorze mois après la iprécédente récolte.’
Les calendriers de culture et le choix de la~date de plantation (de septembre’&
janvier) permettent toujours une récolte pendant la période de fonctionnement de
l’usine (de janvier à avril en 1987). Même les planteurs qui livrent aux guildives
coupent en général pendant cette période. C’est la période où le taux de sucre, bien
que relativement bas, est optimal. Cependant, quelques planteurs livrant aux
guildives profitent de leur fonctionnement sur toute’ l’année pour décaler leurs
dates de plantation et étaler leurs récoltes (par exemple: plantation en mars et
récolte en septembre).
Le temps de travail nécessaire pour cultiver un carreau de canne est de 100 à 250
jours(moyenne sur toute la durée de la plantation), presque identique à celui du
manioc associé. Mais pour la canne, le travail essentiel se situe au moment de la
récolte: un homme par jour pour deux tonnes récoltées en moyenne. Ala différence
de ce qui se passe pour les associations de culture à dominante manioc, le temps
de travail à investir pendant la période de (re)pousse est très limité (*>.
(*) La seule intervention
pendant les années suivant 11 apparaît donc que le système de culture canne peut facilement être ‘mis en
l’année de plantation est un
sarclage réalisé 1 ZI 2 mois pratique par des grands planteurs absentéistes, dans les Con~ditions de production
après récolte. qui sont celles de la Plaine du Nord.
l Grâce au système de “métayage” particulier existant pour ,la canne, la première
année de culture n’induit pas d’autre charge pour le propriétaire que le coût de la
récolte.
l La totalité du travail sur la canne (sarclage, coupe) ne nécessite pas de sur-
veillance particulière et peut être complètement réalisée par des salariés rémuné-
rés à ‘la tâche.
l Les planteurs de canne ont besoin d’acheter de la main-d’oeuvre à un moment
qui ne correspond pas à une pointe de travail pour ceux qui veulent en vendre. En
effet, pour les petits agriculteurs, les plus gros travaux se situent au moment de
la mise en place des cultures vivrières, pendant la période des pluies ,d’octobre à
décembre.

DESRÉSULTATS Les rendements sont très variables et dépendent pour l’essentiel de l’âge des
VARIABLES SELON plantations et du type d’exploitant. Ils peuvent atteindre 150 WC en première
récolte (dix-huit mois après la plantation) et en année exceptionnelle. Mais ils des-
~ LES EXPLOITANTS cendent ensuite très rapidement et se situent fréquemment au-dessous de 40 tic
après la quatrième coupe.
Les résultats économiques dépendent donc, pour l’essentiel, des fréquences de
coupe et de replantation. Les revenus dégagés par carreau et par an sont
supérieurs chez les petits exploitants qui renouvellent fréquemment leur planta-
tion et qui s’efforcent de faire une coupe tous les douze à quatorze mois. Ils sont bien
inférieurs chez les grands planteurs qui conduisent leur’ plantation de façon
beaucoup plus extensive.
Dans la figure 70, on a reporté, à titre d’exemple, les résultats économiques
‘- correspondant à deux parcelles de canne à sucre. La première est conduite de façon
extensive par un propriétaire qui réside au ,Cap Haïtien, :alors que la seconde
concerne le champ d’un petit planteur qui réside sur place. Le premier ne travaille
pas la terre directement, mais utilise des journaliers, notamment pour la récolte.
Il fait faire la plantation par un métayer qui conserve la récolte de vivrier associé.
Le second fait tout lui-même, mais avec l’aide de journaliers. La récolte de vivrier
associé fait donc partie du produit brut d’exploitation qu’il r6alise.
Globalement, on remarque que la canne $ sucre est une culture qui exige peu de
travail. Même si la valeur ajoutée par carreau est faible, cette culture représente
un coût en salariat très faible pour les absentéistes et, en définitive, elle leur
permet d’obtenir un taux de profit de 10 % sans exiger d’eux de présence continue
sur leur propriété.

Figure 70 : résultats économiques pour la culture de canne CI Figure 71 : résultatskconomiques pour la culture de banane pour
sucre pour deux exemples d’exploitants dans la plaine du Cap deux exemples d’exploitants (calculsde moyenne sur toute la
Haïtien (calculsde moyenne sur toute la durée de la plantation). durée de la plantation).

Cl % B,
Planteur moyen Petit planteur Propriétaire non
propriétaire (0,75 c. en canne] absentéiste mais
exploitant 3,5 c. éloigné de l’usine ne travaillant
livrant à I’usine livrant aux qu’à la récolte
guildives des régimes

Rendement 60 t/c (canne) 17 dhms sirop t Rendement 2100


vivrier associé (en régimesMan)
Produit brut ($/c) sirop : 680 Produit brut 5 460
I
11=13$ 780 vivrier : 67
1 drum=40$ total : 747 ConsommationS
Consommations intermédiaires et 41
intermédiaires et 230 21 amortissements (plants)
amortissements ($)
Valeur ajoutée ($)
(plants, transport, labour)
VA=P-CI-A 5 419
Valeur ajoutée ($/c)
VA=P-CI-A 550 726 Temps Familial Wf 93
de travail
Temps Familial Wf 0 32 117
(jours) Salarié Ws
de travail
(jourslc) Salarié Ws 110 152 Coût du travail salarié.($)
Coût du travail salarié ($) Cw=Wsx2$/j, 234
Cw=Wsx2$/j 220 304
Productivité du travail
Productivité du travail Pw = VA / (W t Ws) (en $/j) 26
Pw = VA / (Wf t Ws) (en $4) 510 33
Revenu agricole ($/c) 5185
Revenu agricole ($/c) 320 422 RA=VA-Cw
RA=VA-Cw
Revenu du travail familial Revenu du travail familial ($/j;
pas de sens 13,2 RA/Wf pas de sens
RAMlf ($4
Prix de la terre ($/c) T 3 000 Prix de la terre ($/c) T 4 000
I
Taux de profit Taux de profit
RA/(TtCItCw) 9,3 % RAj(TtCItCw)

LA CULTURE DE LA BANANE
Cette culture est très présente dans toute la plaine, mais beaucoup plus faiblement
dans les zones bordant les mornes. Les systèmes ‘canne et banane coexistent en
général dans toute la plaine. La seule zone où le système banane est généralisé,
alors que la canne y est presque absente, est la zone de Bord-de-Mer-de-Limonade.
Là, il existe une rente différentielle en faveur de la banane en raison de la bonne

154
fertilité des sols sablo-argileux (sédimentation par les inondations de la Grande
Rivière du Nord) et d’une faible profondeur de la nappe phréatique assurant une
bonne alimentation hydrique.
La plantation est réalisée en association avec du vivrier : maïs, vigna, haricot. La
densité de plantation varie de 1200 à plus de 3 000 pieds par carreau. Ces gran-
des variations sont surtout liées au type d’exploitation. La dùrée de la Plantation~
est en général de trois à six ans.
Le temps de travail nécessaire pour cultiver un carreau de banane est de 120 à 150
jours par an et le plus souvent de 170 à 220 jours en moyenne sur toute la durée
de la plantation. Il comprend pour l’année de plantation: le nettoyage de la
parcelle, la trouaison, la préparation et le transport des plants, au minimum deux
sarclages, la récolte et un éclaircissage. Pour les années suivantes, il comprend un
sarclage chaque trois à quatre mois et la récolte-éclaircissage.
Pour une plantation de 2000 pieds, on obtient un rendement moyen sur toute la
durée de la plantation de 2 000 a 2 400 régimes par an.
Dans la figure 71, on a reporte l’exemple de deux parcelles de banane, la première
étant conduite par un absentéiste (présent néanmoins en période de récolte), la
seconde étant cultivée par un paysan moyen.
On notera que, de toutes les cultures présentes dans la plaine, c’est la banane qui
permet d’obtenir le produit brut et lavaleur ajoutée les plus élevés (7 à 10 fois ceux
de la canne à sucre). Le travail de plantation et d’entretien est aussi plus important
(le double de la canne), mais cette culture demeure très rémunératrice pour ceux
qui peuvent l’entreprendre.

LES ASSOCIATIONSVIVRIÈRES
Présentes en tout lieu de la plaine du Nord, elles occupent une superficie variable.
Le terme “associations vivrières” regroupe les associations suivantes, où le manioc
est l’une des cultures principales :
l manioc-maïs-vig-ria-pois congo,
l patate-manioc-maïs,
l manioc-maïs-vigna-patate-arachide,
l riz pluvial:maïs,
Les associations vivrièresplus l riz-manioc.
intensives, produisent une La plantation a lieu entre octobre et février, ce qui correspond à une saison de
valeur ajoutée élevée et culture pendant la grande saison des pluies. Toutes les cultures associées sont gé-
emploient davantage de main- néralement implantées en même temps. Les dates de semis varient selon les
d’œuvre que !a canne (photos climats (différences entre les zones) et, dans une même zone, selon la disponibili-
D. Le Pelletieret D. Mermet). té en main-d’oeuvre de chaque type d’exploitation.
(*) Par exemple les associations Le temps de travail [Link]~sur ce système de culture est en moyenne de 200 à 300
avec arachide sont beaucoup
jours et peut aller jusqu’ a 600 jours par an et par carreau. Il est variable suivant
plus exigeantes en travail : 300
h 700 jours. Engénéral, les tra- la nature des espèces de l’association (*> et suivant le type de l’exploitation où elles
vaux culturaux comprennent 2 sont pratiquées.
SI 3 sarclages, 1 h 2 pour le maïs-
vigna et 1 sur le manioc quand Ainsi, par exemple, la présence d’arachide dans l’association augmente fortement
les autres espèces ont été rhcol- le temps de travail, du fait des sarclages ,et de la récolte, longs et pénibles.
tées.
La figure 72 permet la comparaison des résultats de deux jardins (V, et VJ, de
qualité agronomique Bquivalente, mais dont le second est cultivé plus intensive-
ment que le premier. Grâce à l’arachide, la ,valeur ajoutée double, mais le temps
de travail total est multiplié par trois. bu total, la productivité du travail du
système le plus intensif est très inférieure à celle du système sans arachide : 1,8
$/jour contre 2,5 $/jour.
La parcelle V, correspond a un champ plus fertile. L’agriculteur bénéficie alors
d’une rente différentielle, par rapport a V,. Le produit brut, la valeur ajoutée et la
productivité du travail y sont plus élevés,.

Figure 72 : exemple de V
résultats économiques pour
V2
Association Association
trois parcelles vivrières. -vivrièretype vivrièreintensive
ManiocVigna ArachideVigna
Patate MaïsManioc

Rendement Manioc Ventes/pied


Vigna 36 m
Maïs 15Om
Arachide 660 m
Patates
Produitbrut($/c)Manioc
Vigna 50
480

Maïs
Arachide
Patates i
512$
1
175
528
1133$

Consommations
intermédiaires
et 4
amortissements (plants)
cValeurajoutée($/c)
VA=P-CI-A 508
Temps FamilialWf 200 610
de travail
(jours) SalariéWs
Coût du travailsalarié($)
Cw=Wsx2$lj
Productivité
du,travail
Pw= VA/ (Wft Ws)(en$4) 2,5 138
Revenuagricole($/c) 508
PA=VA-Cw
Revenudu travailfamilial
l+wf ($4 2,5
Prixde la terre($/c)T
Tauxde profit
FIA/(T t Clft Cw) pas de sens [Link]

156
LES AUTRES SYSTÈMESDE CULTURES
Le système café-cacao ou fruitiers n’est pas typiquement un système de plaine: on
ne le trouve que dans les zones limitrophes des mornes.

LE RI; DE LAGON Il n’est présent que là où il existe un lagon c’est-à-dire une zone inondée après la
saisonmde pluies, mais dont la maîtrise de l’eau est limitée : c’est le cas à La Suisse,
Modrène et dans la zone de rivière Salée.
Les principaux résultats économiques (valeur ajoutée, quantité de travail, produc-
tivité) sont proches de ceux duvivrier associé, lorsque celui-ci n’est pas cultivé très
intensivement. Ils sont très dépendants du prix du riz. Dans la figure 73, ils ont été
calculés sur la base du prix au moment de l’enquête, soit 1,4 $ par marmite. Avant
la chute des prix due a l’entrée massive de riz détaxé à partir de 1986, les prix
atteignaient couramment 2 $ par marmite. Les résultats économiques du riz de
lagon étaient alors beaucoup plus favorables et faisaient apparaître une rente
différentielle par rapport au vivrier associé (productivité de travail : 3,7 $/jour).

Figure 73 : exemple de
résultats économiques pour la
culture du riz de lagon et de la
tomate da?s la plaine du Cap’
Haïtien

Coût du travail salarié ($)

LA TOMATE Ce système n’est présent que là où il existe une rente différentielle due à la
ET LE TABAC présence de sols légers avec possibilité d’arrosage-irrigation: c’est le cas à Ca
Douche. Il n’occupe qu’une partie de la superficie de la zone mais est présent dans
des exploitations de tailles différentes.
Les résultats économiques expliquent cette localisation: malgré un nombre de
jours de travail à investir par carreau supërieur à Celui~ du système “vivrier
manioc”, le système tomate-tabac permet d’obtenir des revenus par carreau et d,es
rémunérations du travail familial supérieures.

157
L’ÉLEVAGE
Les bovins, bien que moins nombreux que les caprins, représentent la part la plus
importante du capital sous forme cheptel. Cette prédominance de l’élevage bovin
dans la Plaine du Nord suppose que les conditions nécessaires à son developpe-
ment sont ici réunies : un capital d’exploitation relativement important (par
rapport à d’autres régions du pays) et des ressources en fourrage et en eau
suffkantes pour satisfaire les besoins des animaux.
Des cultures comme la canne et la banane fournissent des quantités élevées de
résidus de récolte pouvant être utilisés comme fourrages. En particulier, la canne
pour les guildives, qui est récoltée pratiquement toute l’année, joue un rôle
important dans l’alimentation des animaux pendant la période de soudure (mois
secs de juin à septembre)
Les petites exploitations prennent en gardiennage jusqu’à trois fois plus de bovins
qu’elles n’en possèdent grâce à des possibilités d’affouragement particulières à la
canne. Les salariés pour la coupe de la canne chez les moyens et grands planteurs
ont le droit d’amener leurs animaux consommer les feuilles de canne sur les
parcelles récoltées.
D’autre part, certains grands domaines privés ou appartenant à YEtat, du fait de
l’absentéisme des propriétaires et des fermiers, sont laissés en friche et constituent
une importante ressource en fourrage gratuit pour les paysans voisins qui peuvent
y faire pâturer leurs animaux.

L’élevage bovin intensif


valorise les sous-produits de la
canne et de la banane mais
peut aussi constituer une
forme d’utilisationdes friches
laissées par les propriétaires
absentéistes (photo R.
Cogno).

(*) Le gallon de lait se vend 1 L’élevage bovin peut constituer, pour des petites exploitations, une source de
A 1,6 $ de septembre A revenu non négligeable car la ville du Cap constitue un débouché important pour
novembre et se maintient
ensuite B 0,8 $. le lait (*>. La production laitière permet un revenu annuel par vache compris entre
260 $ et 110 $ ( en incluant le produit de la vente du veau), ce qui représente une
(**) Le cobt d’opportunité est rémunération du travail familial intéressante. Le temps de travail réellement
la charge supplc5mentaire que
reptisente I’utilisation d’un
consacré à l’élevage laitier est faible et souvent fourni par de la main- d’oeuvre
nouveau facteur de produc- familiale dont le coût d’opportunité(**) est quasiment nul (enfants).
tion. L’élevage bovin laitier est aussi pratiqué par quelques grands planteurs non
absentéistes, mais il est alors conduit de façon extensive sur prairies naturelles.

158
UN CHOIX É~~N~MIGUE PLU~ OU~AGR~N~MI,OUE
Une caractéristique essentielle de la Plaine du Nord est la quasi-omniprésence de
tous les systèmes de culture dans toutes les zones. Al’intérieur de toutes les petites
régions de la plaine définies par leurs caractéristiques pédo-climatiques, les
systèmes canne, banane et “association vivrière” sont toujours simultanément
présents et imbriqués dans l’espace. Seuls sont localisés, dans des petites régions
bien délimitées, les systèmes riz de lagon et tomate-tabac, là où existent des
conditions spécifiques qui sont à l’origine dune rente différentielle. Il est donc
impossible de comprendre les déterminants de la localisation et de l’importance
des principaux systèmes de culture, uniquement à partir de l’étude de leurs
caractéristiques pédo-climatiques et des avantages comparatifs qui en découlent.
En termes de valeur ajoutée produite par unité de surface, critère qui permet
d’évaluer la création de richesse d’un système et donc d’en évaluer l’avantage pour
l’intérêt national, la culture de la banane se situe loin au-dessus de la canne et des
systèmes “vivrier manioc”. Le rapport est inversé pour les temps de travaux par
unité de surface: le nombre de journées de travail consacré par carreau au “vivrier
manioc” est supérieur à celui fourni pour la canne et pour la banane.
De plus, il existe de grandes variations, suivant le type d’exploitation considéré,
dans la conduite des cultures et dans les résultats économiques obtenus. C’est donc
que tous les exploitants ne prennent pas en compte les avantages comparatifs de
type agro-économiques de la même manière.
Lechoix d’un système de culture étant déterminé essentiellement par l’interêt
matériel que l’exploitant peut attendre compte-tenu des conditions socio-économi-
ques et des ressources dont il dispose, il apparaît donc évident que l’intérêt éco-
nomique des exploitants pour tel ou tel système n’est pas le même dans tous les cas.

159
La logique de
fonctionnement
économique des
exploitations
Les exploitants de la région ne réagissent pas tous de la même manière face aux
incitations économiques de leur environnement et aux interventions de 1’Etat. Il
faut donc rechercher la logique de fonctionnement économique des exploitations
en mettant en évidence les critères que chacune d’elles a intérêt à optimiser. Les
exploitations ayant la même logique seront regroupées dans une même classe de
la typologie.
Les exploitations agricoles sont en relation avec leur environnement économique
en particulier à travers les rapports d’échange au moment de la mise sur le marché
des produits.

l?ES EXPLOITATIONS Toutes les exploitations de la Plaine du Nord sont marchandes et même étroite-
MARCHANDES ment intégrées au marché, c’est-à-dire engagées dans des rapports d’échange
marchands concurrentiels. En effet. étant donné la proximité de la capitale
régionale, le réseau dense de pistes et les nombreux circuits de commercialisation,
les exploitants ont intérêt à produire des marchandises destinées a la vente plutôt
que pour leur propre consommation. Ils maximisent donc leur revenu monétaire,
quitte à acheter une grande partie de leur nourriture sur les marchés. Les
systèmes de production sont alors susceptibles de changer rapidement en fonction
de l’évolution des prix.
Dans leur recherche de revenus monétaires, les exploitants s’efforcent de valoriser
au mieux les ressources dont ils disposent relativement le moins. Les plus petits
agriculteurs ont tendance à faire un usage intensif du peu de terre à laquelle ils
ont accès. Ceux dont la force de travail familial est relativement limitée par
rapport à leur surface disponible et /ou aux opportunités d’emplois à l’extérieur,
ont intérêt à mettre en oeuvre le; systèmes de production qui rémunèrent le mieux
leur force de travail familiale. Ceux qui, ne pouvant .travailler eux-mêmes la
totalité de leur exploitation, ont largement recours à de la main-d’oeuvre salariée,
s’efforcent de rentabiliser au mieux le capital investi.
Cependant, face aux nombreuses fluctuations climatiques et aux mouvements
erratiques des prix sur certains marchés, les agriculteurs qui opèrent dans des
conditions de grande précarité (endettement, dépendance à l’égard des usuriers et
du faire-valoir indirect, terres hypothéquées,...) s’efforcent en général de minimi-
ser et de disperser les risques de très mauvaise récolte, quitte à ne pas toujours
maximiser l’espérance mathématique des revenus. Cela va souvent de pair avec

160
des systèmes de production fondés sur la polyculture-élevage. Les exploitants les
plus aisés, qui ont accès aux marchés les plus stables, peuvent au contraire prendre
les risques inhérents à une-monoculture (canne à sucre par exemple).
. . :

LES SALARIES AGRICOLES, METAYERSET-FERMIERS(TYPE 1) '~

PEU DE TERRE, Ces exploitations agricoles sont les plus petites de la Plaine du Nord. Les exploi-
BEAUCOUP DE BRAS tants de type 1 sont quasiment des paysans ‘!Sans terre”.
La caractéristique principale de ces exploitations est de disposer de moyens de
production ét d’un capital-d’exploitation extrêmement réduit (de 0 à 1000 $1. La
superficie cultivee est de 0,2 a 0,8 c dont-0 a 0,25 c en faire-valoir direct. Cette
contrainte d’un foncier limité détermine la logique économique des exploitants de
ce type ainsi que les différentssystèmes de production qu’ils vont mettre en oeuvre
pour subvenir_ à lëùrs besoins essentiels et a ceux de leurs familles.
.~.T~ i
La :faible ~superficie des exploitations ne permet en auc,un cas de- satisfaire
l’ensemble~dës besoins alimentaires de la famille sur la base .de ‘la seule culture.
Même si les systèmes de production étaient exclusivement toürnésvers la produc-
tion devivrespourl’autoconsommation, les exploitants seramnt contraints d’aclie-
ter une partie de leurs aliments sur le marche. En fait, toutes les exploitations de
type 1 sont très intégrées au marché, à la fois marché des produits (pour la vente
et pour l’achat, et marché’ de la force de travail. Compte-tenu des conditions
d’échange (prix des produits et prix de la force de travail),, la survie de cas
exploitations passe par un’fonctionnement marchand. ~
La force de travail’familiale est la ressource la plus abondante. Ils sont donc prets
à en faire un usage intensif à l’hectare pour maximiser leurs-revenus. Mais, ils
peuvent aussi avoir intérêt à ne pas investir la totalité de leur forcè de travail sur
l’exploitation et en vendre une partie à l’extérieur lorsque des opportunités se
présentent. Leur logique économique est de rechercher la rémuneration maximale
de chaque journée de travail en combinant étroitement le trabail investi dans leurs
propres exploitations et la vente de force de travail à l’extérieur.

La vente de travail hors


exploitation des~petitspaysans
se fait surtout en période de
récolte de la canne, car 16s
prix so$ plus élevés
(photo D. Mermet).
Figure 75 : logique de fonctionnement des exploitations de type 1,:

/
Foncier Foncieren Faiblessede l’outillage Capital circulant rare
--
inégalement réparti quantité limitée et des équipements et difficile d’accès

intensifs en travail avec

1
Productiondu travail faible ~
Intérêts des emprunts
sur l’exploitation très élevés
If, ~
Faible rémunération du travail
sur l’exploitation -.
I S”I I.” I”. .“.“.V
1 Endettement quasi
importante permanent
l-1
I I l

I I
i
I
Existenced’acheteurs
de force de travail ” l
(opportunité
d’emploi salarié)

L’accumulation est donc rarement possible sur du long terme: elle reste fugace et
limitée. La satisfaction des besoins minimaux de la plupart desfamilles n’est pas
assurée. L’auto-consommation de produits vivriers et l’achat sur le marché de
compléments vivriers éventuels grâce aux revenus de la vente de travail n’y suf-
fisent pas. La plus grande partie des exploitants de type 1 vont même jusqu’à ven-
dre du vivrier produit (riz, haricot, banane, vigna) pour racheter sur le marché du
vivrier constitué par des calories moins chères.

LES PETITS PRO’PRIETAIRES(TYPE 2)


Les exploitants de type 2 disposent d’un foncier de 1 à 2,5 carreaux dont la moitié
au moins en faire-valoir direct. Leur capital d’exploitation varie de 1000 a 7000 $.

LA FORCE DE TRAVAIL : Pour reprodmre leurs conditions de vie, ils vont chercher à dégager un revenu
UNE RESSOURCE RARE maximal en valorisant au mieux leur ressource la plus rare: le foncier. Leur main-
d’oeuvre s’investit totalement dans des systèmes de culture intensifs en travail.
Cette stratégie n’est viable queparce que les exploitants de type 2 peuvent mettre
en place des systèmes de culture pour lesque!s la rémunération du travail familial
est supérieure au prix de la journée sur le marché du travail. Faute de quoi ils
auraient intérêt, comme ceux de type 1, à vendre des journées de travail.
.
Etant donné le faible coût de la main-d’oeuvre salariée, ils peuvent même avoir
recours à l’emploi de maind’oeuvre extérieure, généralement dans le cadre de
groupes de travail (escouades,~ ramponneaux..;) avec échange de journées, sans
avoir nécessairement besoin d’engager des liquidités. Ces formes de travail en
groupe s’apparentent davantage à de l’entraide qu’à l’achat et à la vente de

164
journées de travail. L’intérêt des exploitants à participer à de tels groupes est
double:
l pouvoir travailler à plusieurs, ce qui, outre le fait d’être plus agreable, permet
parfois d’accroître la productivité du travail- en comparaison avec les travaux
réalisés par des personnes isolées,
l pouvoir affronter des pointes de travail aux moments optima, sans que des
retards éventuels viennent occasionner des pertes de récolte, et sans qu’il soit non
plus nécessaire de payer de la main-d’oeuvre plus cher pouwéaliser les travaux à
temps. Les pointes de travail peuvent intervenir à des moments différents pour
les membres d’un même groupe, dans une même zone, car les systèmes de culture
y sont variés et les dates de travaux peuvent y être très différents pour un même
système. Il semble que [Link] de travail aient alors pour objectif d’éviter
l’indexation du prix de la force de travail sur son coût d’opportunité ou sa
productivité.

DESSYSTÈMESDE Les petits propriétaires, dont les moyens de production sont moins limités que ceux
CULTUREVARIÉS du type 1, sont en mesure de maximiser leur revenu par carreau en choisissant
leurs systèmes de culture parmi une gamme plus large. La diversité observée dans
les systèmes de culture pratiqués à l’intérieur d’air-es géographiques assez res-
treintes est, en grande partie, le reflet de l’activité des petits propriétaires qui
mettent en oeuvre des systèmes de production différenciés selon les zones.

Dansleszones Les exploitants de type 2 ne cultivent pas du tout de canne, peu ou pas de manioc
limitrophesde mornes associé, de la banane, du café-cacao et des pâturages pour l’élevage.
l La quasi-absence de canne n’est pas ici liée au manque de capital. Mais dans ces
zones éloignées des structures de transformation de la canne, les exploitants
devraient supporter un surcoût de transport. De fait; moyens et petits propriétai-
res ne la cultivent pas dans cette zone. En revanche,.dans d’autres zones, on trouve
des petits propriétaires qui cultivent la canne:-
* Les exploitations étant marchandes et pouvant s’approvisionner en vivrier sur
le marché, elles n’ont donc intérêt à cultiver que les associations de vivrier où la
valeur ajoutée est la plus élevée. Il est donc rarement à base de manioc, il s’agit sur-
tout de riz pluvial, maïs, haricot....qui apparaît de manière significative dans des
régions comme Grison Garde où il existe une rente différentielle liée à l’irrigation.
l L’importance de labanane (de même que pour le café-cacao) estjustifiée car cette
culture est celle qui répond le mieux aux intérêts économiques de petits proprie-
taires. Cette culture dégage les revenus mon@aires ‘les plus élevés eu égard à ,la
terre et à la force de travail disponibles.
l L’élevage, qui comprend de 2 à 5 ovins et de 1 à 3 caprins en propriété, permet
également de dégager un revenu par carreau important.

Dansla plaine Les exploitants de type 2 pratiquent des systèmes de culture soit uniquement
proprementdite’ basés sur la banane, soit basés sur banane et canne, soit sur des productions liées
à une rente-différentielle (cas de la tomate et du tabac à Ca Douche).
l La banane est ici aussi la culture qui répond le mieux aux intérêts des petits
propriétaires.
l La culture de la canne leur permet de diversifier les systèmes de culture pour
limiter les risques inhérents à une “monoculture” de banan,e. En effet, la banane
est sensible au vent et les risques de destruction dune plantation sont ressentis
comme une contrainte importante par les petits propriétaires.
Les exploitants de type 2 mettent en oeuvre des systèmes de production fondés sur
la polyculture-élevage qui dégagent des valeurs ajoutées souvent importantes à
l’unité de surface. Leurs disponibilités en terre vont donc hêtre suffisantes pour
faire vivre la famille uniquement sur la base du revenu tiré de l’exploitation. Les
exploitants de type 2 se différencient des types 1 avant tout par l’absence de vente
- de travail hors exploitation. De plus, l’élevage joue pour eux le rôle de placement
de l’épargne.

165
LES MOYENS PROPRIETAIRES(TYPE 3)
Les exploitations du type 3 se caractérisent surtout par une quantité de terre en
propriété relativement importante, environ ;quatre carreaux. Le capital d’exploi-
tation (foncier et capital circulant) est important: environ 12 000 $.

DE LA TERRE La quantité de terre disponible en propriété est donc nettement supérieure à la


ET DES SALARIÉS superficie que peut cultiver la seule main-d’œuvre familiale en culture manuelle,
même extensive. Dans une telle situation, les choix des exploitants peuvent être
les suivants:
l conserver une culture manuelle, mais en cédant une partie de leurs terres en
faire-valoir indirect ; de fait ces cessions sont très rares ;
l utiliser des moyens de production permettant d’obtenir une meilleure producti-
vité du travail familial, mais la grande majorité fonctionne avec un outillage
manuel. On note seulement la présence de quelques charrues à traction animale
et de quelques motoculteurs. Leur utilisation ne concerne alors que les opérations
de préparation du sol avant implantation de la culture (labour, hersage, sillon-
nage), ce qui limite fortement l’augmentation de la productivité du travail au
niveau d’un cycle de production et, surtout, oblige à toujours faire appel a de la
main d’oeuvre salariée pour les opérations de semis, sarclage et récolte ;
l recourir à de la main-d’œuvre salariée en complément de la main-d’oeuvre
familiale. C’est la solution la plus généralement retenue par les exploitants. La
part de la main-d’œuvre salariée est toujours plus abondante que la part de la
main-d’oeuvre familiale. A l’exception toutefois de certaines parcelles cultivées en
vivrier et où il y a, soit équilibre entre main-d’oeuvre salariée et familiale, soit
domination de cette dernière.
Dans certain cas, la main-d’oeuvre salariée constitue même la seule force de travail
utilisée pour la mise en valeur des terres. Toutefois les propriétaires absentéistes
sont rares parmi les exploitants du type 3.

DES CULTURES La majorité des exploitants de type 3 pratique des systèmes de culture intensifs en
INTENSIVES travail qui dégagent des revenus importants par carreau, la banane étant de loin
la culture la plus intéressante. Elle est d’ailleurs cultivée par un grand nombre
d’exploitants de type 3. La diversité des autres cultures pratiquées résulte
essentiellement de leur recherche de spéculations tirant le meilleur parti des avan-
tages comparatifs de type agro-écologiques de chacune des zones: banane à Bord
de Mer, tomate et tabac à Ca Douche, riz dè lagon à La Suisse,....
Cependant, si la majorité des exploitants de type 3 cultive la banane, cette culture
est souvent présente au sein de l’exploitation avec la canne, et certains exploitants
ne cultivent même que la canne.
L’importance de la canne apparaît d’autant plus grande dans les exploitations
proches des ateliers de transformation et dans celles où les sols sont moins
favorables à la culture de la banane (la canne tolérant mieux des périodes de
sécheresse que la banane). Pourtant, certains exploitants cultivent la banane sans
cultiver la canne alors qu’ils se tro,uvent à proximité de l’USN (Quartier Marin) ou
de guildives en fonctionnement (Ca Douche). Il faudra donc expliquer pourquoi la
canne, bien que moins intéressante que la banane, tient une telle place dans les
systèmes de culture.

LA MISE EN L’utilisation très rare de la culture attelée et de motoculteurs par ces exploitants
VALEUR DIRECTE : UN n’est pas liée à un manque de capital. Mais dans les conditions actuelles de la
Plaine du Nord où les paysans sans terre’sont très nombreux, il est économique-
INTÉRÊTÉCONOMIQUE ment plus intéressant d’acheter la force’de travail bon marché et abondante des
journaliers agricoles que d’investir dans du matériel de culture. En effet, l’achat
d’un attelage (investissement de 800 $ plus les frais d’entretien, en particulier en
fourrages pour les boeufs) n’est rentable par rapport à l’achat de main-d’oeuvre
salariée, qu’à condition de rendre des services hors de l’exploitation. De plus, les
difficultés pour faire réparer correctement et de façon durable le matériel agricole
autre que manuel, ont pu décourager les acquéreurs potentiels que sont les exploi-

166
tants de type 3, alors que la force de trava,il des journaliers agricoles est toujours
disponible, bon marché et . .. ne tombe jamais en panne.
Les agriculteurs de type 3 ont de bonnes raisons pour préfèrer acheter de la force
de travail plutôt que de céder une partie de leurs terres en faire-valoir indirect.
Al’exception des unités artisanales directement liée à l’activité agricole (transfor-
mation de la canne...), les exploitants n’ont pas véritablement les moyens d’inves-
tir leur argent et leur travail dans des activités non agricoles qui leur assurent une
meilleure rémunération de leur travail ou IWI meilleur profit que dans leur
8’
exploitation.
,, Le montant de la rente foncière qu’ils obtiendraient dune cession de terre est
inférieur au revenu monétaire et au taux de profit qu’ils! peuvent réaliser en
exploitant eux-mêmes leurs terres. Un carreau, cédé en métayage au quart à un
exploitant de type 1 qui y cultive du vivrier, dégage un produit brut dè 400 $, soit ,,
une rente foncière de 100 $, soit un taux de profit de 5% si ~la terre vaut 2000 $/.
carreau. Un carreau de terre exploité en faire-valoir direct peut procurer urrrevenu
monétaire de 300 à 700 $ (jusqu’à 4000 $ pour la banane), soit un taux de ‘profit
rarement inférieur à 20%.
L’intérêt économique pour les exploitants de type 3 est donc la mise en valeur
directe de leurs terres en ayant recours à de la main-d’oeuvre salariée. Cette voie
est rentable car la force de travail salariée s’obtient à un coût faible (1 à 2 $ par jour)
et les exploitants de type 3 disposent de suffisamment de capital-argent à investir
(essentiellement sous forme ‘de salaires) pour mettre en~ place des systèmes
permettant d’obtenir un revenu par carreau etiou un taux de profit élevés.
On peut distinguer deux catégories drexploitants de type 3 selon la stratégie qu’ils
vontadopter pour,tirer profit’ de cette situation.
l La grande majorité est constituée par ceux qui sont présents sur l’exploitation
et effectuent eux-mêmes avec le reste de la main-d’oeuvre familiale certains
travaux agricoles. 11scherchent à maximiser le revenu monétaire par unité de sur-
face cultivée.
Disposant du capital circulant nécessaire, ils sonten mesure de mettre en place les
systèmes de culture les plus rémunérateurs (banane en particulier) mais qui
.,’
_’ nécessitent les disponibilités en capital les plus importantes (pour la plantation,
mais surtout pour supporter les risques de destruction par ‘le vent).
l Une minorite est constituée d’exploitants qui sont plutôt absentéistes et cher-
chent davantage à maximiser le taux de profit du capital investi. La culture de Ila
canne répond mieux à leurs intérêts. En effet, la banane exige une présence quasi-
permanente en raison des vols fréquents dans’la Plaine du Nord. La canne, moins
sensible à ce dernier phénomène, se prête mie’ux à une présènce occasionnelle, les
.,, 1,
opérations culturales étant, de plus, très bien délimitées dans le temps.
.’ Les .exploitations de type 3 sont des exploitations en voie de capitalisation.
L’accumulation est visible au niveau du cheptel (3 à 4 bovins adultes et 2 jeunes
, ,’ bovins enmoyenne par,exploitation) et du foncier. En effet, la plus grande part des
..,, ,, terres en propriété (60%) ont été achetées par l’actuelle génération, le reste ayant
., ‘.. été reçu en héritage (terres achetées par la génération précédente). L’accumula-
).
tion du capital peut avoir été faite au départ grâce aux revenus tires d’activités non
agricoles relativement bien rémunérées, (artisanat, commerce, “compagnies”),
investis dans l’achat de terres. Une bonne gestion du capital foncier, combinée à
la poursuite des activités extra-agricoles, a permis ensuite de franchir le seuil à
partir duquel l’accumulation sur une base uniquement agricole est devenue
possible.

16’7
LES EXPLOITANTSCAPITALISTES(TYPE 4)
DE GRANDS Les exploitants capitalistes sont de relativement grands propriétaires: plus de dix
PROPRIÉTAIRES carreaux . 11s sont pour la plupart absentéistes, leur travail sur l’exploitation se
limite le plus souvent aux tâches de gestion de leur patrimoine. Généralement, ces
grands planteurs exercent aussi d’autres métiers extérieurs à l’agriculture: com-
merce de détail, négoce import-export, petites industries (guildives, usines à gla-
ce...), profession libérale, fonction publique, transport, etc... 11s ont ainsi accès,
pour leur propre capital, à d’autres opportunités d’investissement que la seule
agriculture.

Le recours à de la main-
d’œuvresalariée est indispen-
sable pour les grands plan-
teurs, notamment pour la
coupe (photo D. Mermet).

Avec les ressources dont ils disposent, les grands planteurs ont intérêt à maximi-
ser leur taux de profit global. 11smettent en oeuvre des systèmes de. production
agricole qui leur garantissent un taux de profit au moins égal à celui qu’ils peuvent
réaliser dans les autres secteurs d’activité.

DES SYSTÈMES Les grands planteurs utilisent exclusivement de la main-d’oeuvre salariée pour les
bE PRODUCTION travaux directement productifs sur l’exploitation. Dans la grande majorité des cas,
ils pratiquent des systèmes de production extensifs, peu exigeants en force de
EXTENSIFS
travail et en intrants à l’unité de surface. La canne à sucre, conduite de façon ex-
tensive avec une faible fréquence de coupe et de replantation, est la règle quasi-
générale. Cette canne est pour une très large part destinée à I’USN. Certaines
terres sont laissées en prairies naturelles pour l’élevage bovin extensif. D’autres
sont le siège dune arboriculture conduite :assez médiocrement: café, cacao, agru-
mes, bois de chauffe... Le caractère extensif peut surprendre à première vue quand
on connait le coût relativement faible de la force de travail salariée. Mais il
s’explique aisément par le fait que les planteurs investissent une grande part de
leur capital dans des activités non~agricolesjugées plus lucratives que l’agriculture
intensive. De plusles systèmes de production intensifs (banane, légumes, tabac...)
exigent pour être bien conduits, une présence régulière sur les exploitations, ce qui
limite aussi les risques de vol.
Ces systèmes de production apportent unevaleur ajoutée et des revenus monétai-
res relativement faibles par unité de surface, mais le taux de profit réalisé n’est pas
nettement inférieur a celui réalisé dans les autres activités économiques. Cela
tient à deux raisons:
l les revenus agricoles sont obtenus avec peu d’investissements annuels en
capital-argent,
l le profit est réalisé pour une large part par l’augmentation annuelle du prix de
la terre qui résulte notamment de l’accroissement démographigue sur des surfa-
ces agricoles limitées (spéculation foncière). Certains grands propriétaires ont

168
même tendance à céder des parcelles en faire-valoir indirect à des paysans sans
terre, et se satisfont des revenus apportés par le paiement de la rente foncière en
plus de l’accroissement du prix du foncier.
Les exploitants de type 4 sont donc pour la plupart des propriétaires absentéistes.
Seule une minorité de ces exploitants réside sur l’exploitation-même ou la visite
quotidiennement. Ces derniers sont les seuls à pratiquer des systèmes de produc-
tion plus exigeants en soins: banane, maraîchage, cultures vivrières mécanisées,
élevage bovin laitier... Encore ne le font-ils en général que pour des courtes durées
et sur des superficies restreintes.

UNESOUS-UTILISATION DES RESSOURCESNATIONALES :


TERREET TRAVAIL
Nous avons vu que nous pouvions relier :
l le type de l’exploitant ;
l la superficie agricole qu’il cultive :
- moins d’un carreau pour le type 1,
- entre 1 et 2,5 carreaux pour le type 2,
- entre 2,5 et 10 carreaux pour le type 3,
- plus de 10 carreaux pour le type 4.
Grâce aux résultats du recensement agricole pour le département du Nord, nous
savons combien d’agriculteurs appartiennent à ces différentes catégories et nous
pouvons construire ainsi le tableau de la page 170.
Une fois ce résultat obtenu, on peut, grâce à des enquêtes sur un échantillon
raisonné d’exploitations des quatre types, établir un profil moyen d’assolement par
type.
Grâce aux paramètres établis dans les figures, 70,71,72, on peut calculer l’emploi
et la valeur ajoutée créés par l’activité agricole d’un exploitant moyen de chaque
type., Il suffit alors de multiplier ces résultats par le nombre d’exploitants pour
obtenir la contribution de toutes les exploitations de ce type à la création de valeur
et. d’emploi dans la Plaine du Nord (figure 76).
L’analyse du fonctionnement économique des différentes exploitations de la
Plaine, en mettant en évidence l’intérêt économique de chaque agent, montre
clairement où se situent les sous-utilisations des ressourcessnationales et quelles
sont les limites de la situation actuelle du point de vue de l’intérêt national.
l Les exploitants de type 1 constituent de loin la catégorie la plus importante
en nombre (62% du total des exploitations) mais ils ne controlent, en propriété ou
en faire-valoir indirect que 15,6% de la superficie agricole, soit une superficie
moyenne de 0,43 ha par famille.
Dans cette situation d’une précarité extrême, les exploitants de type 1 risquent de
venir renforcer la masse des chômeurs qui affluent dans’les bidonvilles péri-
urbains si l’on ne parvient pas à les doter très rapidement de nouvelles terres, ou
si les interventions delEtat (en matière de politique, programmes ou projets de dé-
veloppement agricole) ne veillent pas à assurer des conditions d’emploi à des fins
directement productives pour cette abondante force de travail. L’emploi salarié
généré par les grandes exploitations et les industries agricoles n’est pas, en effet,
e,n mesure d’absorber l’afflux actuel de main-d’oeuvre qui résulte de l’accroisse-
ment démographique.
l Avec 2,16 ha par famille, les exploitants du type 2 contrôlent environ 39,2%
de la superficie agricole disponible. 11s sont sans doute ceux qui sont à même de
satisfaire au moindre coût l’intérêt général, car ils assurent le plein emploi de la
force de travail familiale sur les exploitations grâce à des systèmes de production
intensifs en travail et fortement producteurs de valeur ajoutée à l’hectare. Leur

169
intérêt est de produire toujours davantage sur les surfaces dont ils disposent en
ayant recours au maximum à leur propre force de travail familiale. Renforcer ce
type d’exploitation permettrait d’assurer le plein emploi de la force de travail pay-
sanne et de faire le meilleur usage possible des superficies agricoles disponibles.
l Avec 156% de la superficie totale, les exploitants de type 3 ne reprèsentent
que 5,5% du nombre des exploitants. Avec leurs systèmes de production intensifs,
ces exploitations assurent un volume dlemploi relativement important pour la
main d’oeuvre salariée et procurent des valeurs ajoutées à l’hectare non négligea-
bles.
l Avec près de 30% de la superficie agricole disponible, les exploitations de
type 4 font l’objet dune mise en valeur extensive, avec un volume d’emploi et des
valeurs ajoutées à l’hectare relativement faibles. L’intérêt de ces exploitants n’est
pas d’intensifier leur système de production et ils manifestent ouvertement leurs
craintes par rapport à une éventuelle fermeture de I’USN.

Figure 76 - répartition des


superficies,de la création de Type1 Type2 Type3 Type 4
valeur et d’emploi entre les
Agents % ,6%3 #QI,2, 5,5 18
quatre types d’exploitants de la
Plaine du Nord.
Superficie occup6e % 15,6 39,2 15,6 29,6 100,o

Valeur cr&e $ 2966 . 7 278 3 117 1 566 14 928


% 19,9 48,7 20,9 10,5 100,o

Création d’emploi QW 976 1’491 527 733 3 727


% 26,2 40,o 14,l 19,7 100,o

170
‘.:’ ,.Qu.,elle
\,,-., pc#[Link]

.,<’

L’industrie sucrière est donc en crise. Les déficits de I’USN, regulièrement combles
parl’Etat,, pèsent’ sur la collectivité nationale. ‘Faut-il alors fermer l’usine su-
’ ‘crière ?Mais ne risque-t-on pas, ce faisant;,de’précipiter le déclin agricole de toute
._ ,‘, ‘la plaine, de’priver d’emploi des dizain&de milliers de paysans et de gonfler ainsi
,, .’
ll. ,, l’exode rural vers les villes de Cap Haïtien et de Port-au-Prince ? Pour répondre à
ces questions, il convient d’examiner le pr,oblème de la canne à sucre à plusieurs
niveaux :
,~ .‘, >‘,. l celui du marché mondial, pour en connaître l’évolution possible et la place que
/ peut tenir Haïti face aux autres pays producteurs, compte tenu de leur producti-
1
vité ;.,
.% 1
_,, -- ‘, l celui ,de l’usine proprement, dite, en analysant les causes du déficit actuel ;
: L, l celui de l’activité économique agricole au’niveau de l’ensemble de la région, qui
;, ;1
..~ -sera affecté par la décision de 1’Etat;quelque soit lalsolution retenue ;
l celui des agriculteurs et de leur famille, qui, en définitive, sont ceux qui prennent
les ‘décisions de culture et de commercialisation.
,c,-, .-
{’
‘8,.

LES &USES [Link]ÉSDE L’INDUSTR!ESUCRI’ÈRE

-, Ces causes sont à rechercher tout d’abord dans la situation mondiale du marché
du sucre et la place occupée par Haïti sur. ce marche, ainsi, que dans la politique
suivie par le gouvernement haitien dans le secteur sucrier (production et transfor-
mation).

UN MARCHÉ MONDIAL Le marché mondial du sucre connaît à l’heure actuelle des problèmes structurels.
Les stocks accumulés sont de l’ordre de ,38 millions de tonnes en 1988.
PLÉTHORIQUE
Le sucre de betterave dans les pays de la CEE et la production d’isoglucose (sucre
*
de maïs) aux Etats-Unis, principal pays importateur du sucre haitien se dévelop-
pent.
Les Etats-Unis développent une politique d’auto-suffisance avec la substitution
progressive du sucre par des édulcorants de synthèse. Ils réduisent leurs quotas
d’importation en 1986-87, ils ont déjà été drastiquement réduits pour différents
pays : Philippines, République Dominicaine... A terme Haïti n’aurait donc aucun
intérêt à développer une production de sucre pour 1:exportiition.
l I ,< Le marché mondial se caractérise aujourd’hui par une baisse tendancielle du prix
~ ,I ,-, (, du sucre de canne, se situant entre ‘7 et 9 cents de dollars par livre. Le prix intema-
tional du sucre raffiné est descendu jusqu’à 6 cents la livre en 1987. Au-delà de
possibles fluctuations conjoncturelles, le prix international du sucre sera sans
doute amené à subir de nouvelles baisses dans l’avenir a cause surtout de la
concurrence des marchandises substituables produites dans les pays industriali-
sés avec une très forte productivité du travail.
Cependant, parmi les pays producteurs de sucre de canne, le cas d’Haïti est assez
atypique. Haïti dispose de quotas d’exportation aux Etats-Unis à des prixgarantis
de 18 cents la livre. Mais le sucre exporté aux Etats-Unis ne représente qu’une
moyenne de 10 000 tonnes par an alors que le quota est de 30 000 tonnes depuis
les années 60. En effet, la production nationale de sucre ne suffit pas Q satisfaire
la demande nationale.
Pendant les années 80, Haïti importe deux fois plus de sucre qu’elle n’en exporte.
Le volume moyen importé représente environ 20 000 tonnes, soit le tiers de la
consommation effective courante. La consommation de sucre en Haïti se situait en
1988 aux alentours de 60 000 tonnes par an et avait progressé de 30% au cours des
10 dernières années. On suppose que si le rythme de croissance de la demande
nationale reste le même, la demande atteindra 100 000 tonnes de sucre par an dans
20 ans.

UNE CONCURRENCE Dans ce contexte de non satisfaction de la demande intérieure, et en l’absence de


EXACERBÉE mesures efficaces de protection de la production nationale, la concurrence d’autres
pays producteurs de sucre peut librement s’exprimer. Ce jeu de la libre concur-
rence, a pour résultat l’entrée en contrebande sur le marché haïtien de sucre
dominicain dont le prix est nettement inférieur au prix du sucre produit locale-
ment. Non seulement cela ne génère pas de recettes pour 1’Etat haïtien mais cela
constitue même un nouveau coût pour la nation.
Les importations (licites ou illicites) ont eu pour conséquence la mévente du sucre
haïtien et l’accumulation de stocks importants dans les usines sucrières, en
particulier à l’USN, à partir de 1986. Cette situation s’est traduite par une aug-
mentation considérable dans les coûts de production sortie-usine (frais de stockage
supplémentaires), rendant encore moins compétitif le sucre haïtien. Les autorités
locales ont du baisser le prix sortie-usine, le sac de 100 livres passant de 24 $ à 17
$, niveau correspondant au prix de gros local du sucre importé en contrebande de
la République Dominicaine. Les usines sucrières haïtiennes ont ainsi dûfaireface
à de graves difficultés financières qui n’ont pu être réglées qu’au prix de soutiens
apportés par 1’Etat aux usiniers sous différentes formes :
l octroi d’une part accrue des recettes (20% du prix fixé en 1970 et 47,8% en 1987)
l comblement de tout ou partie de leur déficit financier, soit 3,4 millions de $ pour
I’USN,
l le subventionnement du prix du sucre. Ainsi dans’le Nord, malgré une baisse du
prix payé aux planteurs pour leur canne livrée à l’USN, le prix de 13 $ [Link] reste
encore soutenu, si on le compare aux 7,4 $ payés par les guildives et siroteries. 11
en coûte ainsi plus de 800 000 $ par an à l’Etat, dont la moitié environ revient aux
exploitants de type 4.
L’ensemble de ces soutiens se traduit, déduction faite des rentrées que constituent
les taxes sur le sucre, par des dépenses annuelles pour 1’Etat de 54 millions de
dollars.

DES DIFFICULTÉS Dans le cas de I’USN, outre les difficultés liées au marché international du sucre
DE GESTION et qui touchent toutes les usines sucrières’haïtiennes, se surajoutent les problèmes
de gestion de l’entreprise qüi affectent sa rentabilité.
l L’USN dispose d’une capacité installée de 2000 tonnes de canne broyée par jour.
Or, cette capacité n’a été utilisée qu’a40% de 1983 a 1987, ce qui a eu des incidences
malheureuses sur la rentabilité de l’entreprise.
l Les principaux fournisseurs de 1’USN sont des grands propriétaires. Seulement
8% des agriculteurs-exploitants de la Plaine du Nord sont impliqués dans l’appro-
visionnement de I’USN, et parmi ces fournisseurs,’ 95 exploitants de plus de dix
carreaux délivrent à eux seuls 64% de la canne broyée. Lorsque l’usine estinstallée

172
en 1970, de nombreux grands propriétaires se lancent dans la plantation de canne.
-usine représente, en effet, un débouché sûr, par lequel les risques techniques in-
hérents a la culture sont faibles ; il est possible et rentable de conduire la culture
sur un mode extensif (durée des plantations très longues, soins quasi-nuls après
la première année, pratiquement pas d’intrants... 1. Ce mode de culture des prin-
cipaux fournisseurs de l’usine a pour conséquence des rendements très médiocres
et un ren~dement en sucre très faible (5,SF en moyenne de ‘1983 à 87).
Les différents responsables de I’USN ont tente vainement de trouver une période
.~m
de coupe qui permette d’obtenir un rendementen sucre acceptable et susceptible
de viabiliser l’entreprise. Le problème apparaît incontournable, la qualité de la
canne dans la Plaine du Nord, fortement exposée aux pluies alizées, ne convient
pas- à une usine sucrière.
Même si l’usine vendait toute sa production aux Etats-Unis au prix garanti de 18
cents la livre, elle n’en resterait pas moins déficitaire.
Dans cette situation, 1’Etat haïtien semble subventionner une entreprise et une
culture d’intérêt économique nul. Les propriétaires de l’usine perdent de l’argent
alors que les principales exploitations agricoles en amont sous-utilisent une des
ressources les plus rares du pays: la terre agricole de plaine humide. Dans ces
conditions, l’Etat peut décider de cesser ses soutiens financiers au secteur sucrier
‘de la plaine du Nord. L’étude économique régionale permet d’imaginer quelles
seraient les conséquences dune telle mesure sur l’économie agricole de la région.

DES SYSTÈMES Considérons l’hypothèse de la fermeture de l’usine Sucrière du Nord, mais sans
MODIFICS intervention de d’Etat, les exploitants agricoles modifiant ‘par eux-mêmes leurs
systèmes de production en fonction de la nouvelle conjoncture. Les modifications
prévisibles dans la production agricole, compte-tenu des comportements économi-
ques mis en évidence pour chaque type d’agricuteur, seront les suivantes :
‘0 Les. exploitants de type 4 seraient les premiers touchés. Ne pouvant plus
~livrer à l’usine, ils devraient soit livrer aux guildives, soit reconvertir leurs terres
vers d’autres cultures, soit vendre ou céder leurs terres en’faire-valoir indirect.
Il est. probable que les propriétaires qui, sans exploiter directement, résident
néanmoins à proximité de leurs plantations, chercheront vraisemblablement à
éviter les investissements qu’exigerait la reconversion de leur système de culture.
Sans doute s’efforceront-ils de livrer leur récolte aux guildives déjà présentes dans
(*) Les guildives sont actuelle- la Plaine du Nord (*>, au risque de faire baisser les prix de la canne dans la région,
ment en mesure d’augmenter ce qui ne manquerait pas de porter préjudice aux tout petits propriétaires.
leur volume de canne traitée
en fonctionnant a des niveaux
Cette modification sera plus difficile à réaliser pour les exploitants absentéistes;
plus proches de leurs capaci- en effet, leurs livraisons à l’usine étaient concentrées dans le temps, avec de gros
tés maximales. Cependant, tonnages à chaque livraison, ce qui est un mode d’organisation inadapté pour les
ceci signifie une réorganisa- guildives. Les superficies libérées par la canne chez les exploitants absentéistes
tion complete de la filière
guildive pour l’approvisionne-
seront plus probablement reconverties en prairies naturelles pour l’élevage bovin
ment en canne et il n’est pas extensif ou cédées en faire-valoir indirect à des exploitants offrant suffisamment
certain que cela puisse se de garanties (type 3, plus difficilement type 2).
faire sans heurts. Or, dans la Nous pouvons penser que les agriculteurs de type 4 ne mettront pas en oeuvre des
situation de rbférence, cette
filière fonctionne de manier-e systèmes de production avec monoculture pour l’exportationvers les Etats-Unis ou
tout 31 fait satisfaisante. d’autres pays: ananas, pamplemousses... Leur intérêt est de maximiser leur taux
de profit, quel que soit le type d’activités dans lesquelles ils investissent. Or
l’histoire agraire de la Plaine du Nord montre que les conditions n’ont jamais été
réunies pour que les tentatives de développement de ce type de production soient
viables.
l Les exploitants de type 3 reporteront vers les guildives une partie de leur
production de canne destinée auparavant à l’usine. Néanmoins ils subiront de
plein fouet la baisse du~prix du sirop que la’nouvelle concurrence d’agriculteurs du
type 1 provoquera. Il est probable que beaucoup d’entre eux diminueront leurs
cultures de canne, la rémunération de leur travail familial devenant trop faible. Ils
préfèreront installer des cultures de banane, là où le sol et le climat sont le moins
défavorables, et des cultures vivrières ailleurs.
Ces nouvelles cultures seront beaucoup plus exigeantes en travail que la canne.
Aussi, les agriculteurs de ce groupe chercheront-ils vraisemblablement a s’atta-
cher les services des anciens salariés de la canne. Néanmoins, alors que l’emploi
pour la canne est extrêmement saisonnier,lcelui procuré par les bananeraies ou les
parcelles vivrières est plus permanent.’ La demande ne sera donc vraisemblable-
ment pas satisfaite. Aussi peut-on s’attendre a une augmentation des prix de la
main-d’œuvre. Ceux-ci peuvent dépasser sensiblement les rémunérations du
travail, de l’ordre de un à deux dollars par jour de travail familial, qu’obtiennent
les paysans les moins productifs, notamment ceux qui, au sein du type 4, sont
contraints au système le plus intensif avec arachide, ou ceux des mornes avoisi-
nantes pour lesquels l’avantage comparatif est négatif.
l Les exploitants de type 2 subiront de pIein fouet la concurrence des agricul-
teurs de type 3 et 4 pour la vente de leur canne aux guildives.
La baisse du prix de la can,ne entraînera une baisse du revenu agricole insuppor-
table pour ces agriculteurs. On peut penser que les superficies jusque là cultivées
en canne seront très largement reconverties en vivrier. Là encore, cette modifica-
tion s’accompagnera dune demande supplémentaire en travail que les familles
productrices ne pourront sans doute compenser elles-mêmes totalement.
l Les agriculteurs de type 1 seront largement privés des emplois que leur pro-
curaient les activités liées au fonctionnement de l’usine; notamment lors, de là
coupe, du transport et de la transformation de la canne. Le surcroît de travail
qu’offriront les nouvelles plantations de banane et de vivrier des agriculteurs de
type 2 et 3 compenseront en partie les pertes d’emploi dans les plantations de
canne. Cependant l’emploi journalier offert se ‘produira à des saisons où les
agriculteurs de type 1 sont justement occupés sur leur propre exploitation.
Les plus petits agriculteurs, déjà fragiles économiquement, vont voir leurs difficul-
tés s’accroître’alors même que le niveau des salaires offerts dans les plantations
,de banane et de vivrier augmentera. Il est vraisemblable qu’ils réduiront le niveau
d’intensification de leurs cultures vivrières (abandon de l’arachide par exemple...),
voire seront contraints à l’abandon de leur exploitation.

L’INTERVENTION ,Dans ce scénario, 1’Etat haïtien réalisera une kconomie importante par rapport à
DE L’ETAT la situation actuelle, puisqu’il n’aura plus à subventionner I’USN.
Mais ,ia diminution de la valeur’ajoutée due à la canne à sucre et à la fabrication
de sucre risque de n’être que partiellement compensée par les,nouvelles activites
créées : accroissement du travail des guildives, nouvelles plantations de banane et
de vivrier.
Pour dépasser ces limites, il revient à 1’Etat d’intervenir. 11 s’agit,pour lui non pas
de chercher à installer lui-même de nouvelles activités créatrices de valeur ajoutée
et d’emploi, mais de mettre en place les conditions les plus favorables pour que les
agents économiques, notamment les paysans, le fassent dans un sens conforme, à
l’intérêt national.
Ainsi, dans le cas présent, 1’Etat devrait favoriser la reconversion de la canne en
banane : ,-.
l par la mise en place d’un système dè crédit agricole, notamment au profit des
agriculteurs de type 2 dont les capacités financièrès sont souvent insuffisantes
pour assurer l’investissement d’une plantation de bananes ;
,,
l par des mesures fonciè[Link] l’acquisition par des propriétaires de type
3 des terres des absentéistes libéré[Link] la canne, ce qui facilite leur reconversion
vers des productions intensives plutôt que vers lrélevage extensif. Il en serait de

174
même en réglementant les cessions de terre en faire-valoir indirect. L’objet de,
telles mesures serait de créer une situation où les grands propriétaires absenteis-
tes auraient davantage intérêt à céder leurs terres en fermage plutôt qu’a les
garder dans un but spéculatif ou pour une mise en valeur extensive. Il faut en
particulier qu’ils soient assurés de pouvoir revendre leurs terres le jour où ils le
souhaitent.
De la même façon, les fermiers et les métayers doivent être assurés dune sécurité
foncière suffisante pour se lancer dans la production bananière.
On voit que tous les partenaires économiques peuvent avoir intérêt a une
intervention mesurée de l’Etat pour réguler le jeu du marché. L’objectif d’une
politique agricole doit donc être de creer les conditions d’un développement rural
harmonieux, au bénéfice de la collectivité toute entière.

175
[Link]ÈMES
DE~CULTUR
LEFONCTIONNEMENT
DELA PLANTECULTIVÉE’ 179

Multiplicationet rendementdes plantescultivées 180


l Les plantes et leurs modes de multiplication 180
l Qu’est-ce que le rendement ? 186
Croissanceet développement
des plantescultivées 192
l La vie d’une plante 192
l La croissancedes plantes cultivées 193
l Le développement des plantes cultivées 196
l L’analyse de l’élaborationdu rendement 200
Densitéet compétitionentreles plantes 208
l Mesurer la densité 208
l Densité et rendement des cultures 2ii
L’enracinement
descultures 214
l Qu’est-ce que l’enracinement ? 214
l La croissancedes racines et leur fonctionnement 216
l Compétition entre les plantes pour les facteurs du sol- 220

LA GESTIONDELA LUMIÈRE 223

Utilisationde la lumièrepar la plante 224


l Rayonnement net et production potentielle 224
l L’indicefoliaire 225
9 Utiliserau mieux la lumière 227
l La lumière dans les associationsde cultures 228
l Les relations de compétition dans l’associationmaïs-sorgho-pois congo 230

LA GESTIONDEL’EAU 237

Lesbesoinsen eaudescultures 238


l Transpiration et photosynthèse 238
l Evaluer les besoins en eau d’une culture 239
l Evapotranspirationet production de matière sèche 244
L’eaudansle sol et sa disponibilitépour la plante 247
l Humidité, porosité et densité apparente dun sol 247
. Rétention de l’eau par fe sol et succion par la plante 249
. Réserve d’un sol en eau utflisablepar les plantes 252

177
Lacirculationde l’eaudansle sol 255
l Infiltration de l’eau et perméabilité du sol 2558
l Déplacement de l’eau par diffusion capillaire 257
l Dessèchement d’un sol saturé en eau 257’
Luttecontrela sécheresse: techniquespouréconomiserl’eau 259
l Limiter l’evaporation maximale des cultures (ETM) 259
l Augmenter la quantité d’eau disponible pour les cultures 262
L’alimentationeneaudu riz pluvialà Grison-Garde 265
l Analyse fréquentielle des pluies ,. ., ~ 266
l Calage du cycle du riz en automne 1986 268
l Bilanshydriques 272
L’excésd’eauet lestechniquesadaptées 276
l Effets sur les plantes 276
l Effets sur le sol 277
l Techniques culturales pratiquées dans les zones inondées 279

LA GESTIONDELA FERTILITÉ ‘,‘, 283

Un modede gestionde la fertilité : Ies’jardinsdu plateaudes Rochelois 285


l Les trois “jardins” 285
. Les jardins proches les plus fertiles 287
* Une gestion paysanne de la fertilité 288
Les besoinsdesculturesen éléments‘minéraux 292
l Des besoins qui varient dans le temps 293
l Prélèvements par les cultures et exportation des irécoltes 294
l Carences et toxicités 297
. Une fertilisationadaptée aux besoins 301
Apprécierla fertilitéd’unsol 302
l Le profil cultural 303
l L’analysede terre i 308
l Les bilans humiques et minéraux ., ‘, 320
La luttecontre l’érosionen Haïti 329
l Les formes d’erosion ‘: II’ 330
l Lutte contre’l’erosiondiffuse : effkacite’et contraintes 333
l Aménagement des petites et moyennes ravines, ,_ 340
2’ ‘, ,,s _,“>
Lafertilisationorganique ’ 345
l Deux exemples de gestion de la fertilité organique 346
. Les effets des techniques de [Link] leurs difficultés d’utilisation 351
Lafertilisationminérale .: :+ 360
l Les principauxtypes d’engrais minet-aux ” 360
l Les grands principes de la fertilisation minérale 363
l Pratique de la fertili,sationminérale I ,‘,1 , 365
l Fertilisationminerale,[Link] ,m 372
l Résultats d’expérimentationsen Haïti 374

178
LefonctionnemiM
de la plantecultivée
Les techniques culturales mises en œuvre par l’agriculteur ont pour
but de favoriser lacroissance et le développement’des plantes afin
d’obtenir les meilleures récoltes possibles.
: -_., .<‘l>”

,“;
Ces techniques peuvent concerner la plante directement (taille des
~_.. -, arbres, traitement contre les parasites), mais le plus ‘,souvent elles
agissent, sur le milieu (le travail du so$ l’irrigation par exemple).
‘I
Le:choixd’une technique et de sa date d’application est déterminé
par : 8.
l les besoins et les exigencesdes plantes cultivées,
‘,.
l les aptitudes du milieu à répon,dre a ces besoins’,
l les objectifs de production du paysan,-définis par son système de
production et l’environnement socio&conomique, en particulier la
destination du produit selon sa qualité et sa date de récolte.

Chaque ‘espèce de plante cult+ée ‘a ,des besoins, particuhérs qui


varient tout au long de sa vie. Ainsi l’on distingue’ :
T les facteurs de croissance de la plante : la lumiere, l’eau, le gaz
carbonique, les éléments minéraux, qui doivent ‘être fournis à la
plante par le milieu,
l ,les conditions de vie de ‘la plante, principalement la température,
r ,!,, ,‘I l’aération et l’humidité du sol, qui vont régler l’utilisation de ces
,’ ,, ._
facteurs.’

,., i.
Multiplication et
rendementdes
plantes cultivées

LES PLANTES ET LEURS MODES DE MULTIPLICATION


CHAQUEORGANE .Une partie de la plante est souterraine, ce sont les racines. L’autre est aérienne,
JOUEUN RÔLE elle est constituée des tiges, des feuilles et des organes reproducteurs.

Partiesouterraine l Les racines forment la partie souterraine de la plante, sauf pour certaines
espèces qui ont des tiges souterraines : rhizomes, bulbes.
. Elles fixent la plante dans le sol,
. Elles puisent dans le sol l’eau et les éléments minéraux dont la plante a besoin
pour sa croissance,
. Elles respirent, donc consomment de l’oxygène et de l’énergie et libèrent du gaz
carbonique dans le sol,
. Elles peuvent aussi rejeter certaines substances dans le sol par sécrétion
racinaire,
. Certaines plantes accumulent des réserves dans leurs racines : le manioc,
lïgname, la patate douce.

Partieaérienne l Les feuilles : elles captent l’énergie lumineuse qui leur permet de fabriquer à
partir de CO,, des éléments minéraux et de l’eau, des composés organiques qui
constitueront les différentes parties de la plante : c’est laphotosynthèse.
. Elles respirent et donc puisent de l’oxygène dans l’air et rejettent du gaz
carbonique.
. Elles transpirent en rejetant de la vapeu d’eau.
l Les tiges : les tiges vertes jouent aussi un role dans la photosynthèse.
. Elles transportent dans leurs canaux la sève brute des racines vers les feuilles et
la sève klaborée des feuilles vers les roganes en croissance.
. Elles forment le “port” de la plante, caractéristique de chaque espèce.
Comme les racines, les tiges de certaines plantes peuvent être le lieu d’accumula-
tion de réserves, c’est le cas du taro et de la pomme de terre.
Certaines plantes ont des tiges souterraines comme le gingembre, la pomme de
terre ; on les appelle des rhizomes.
Chez les plantes pérennes, les tiges se lignifient en formant dubois, constitutif des
branches et du tronc de l’arbre.

180
Photosynthèseet lLa production de mati&e sèche est r4alMe /‘équation générale de la photosynthése peut
par les plantes lors de la photosynth&se : être résumée de la façon suivante :
respiration
gaz carbonique t eau - substance organique t oxygène
énergie lumineuse
n CO, t n H,O P n (C HOH) t n 0,

Lors de la photosynthèse, les plantes consomment de l’eau et du gaz carbonique et rejettent de


l’oxygène. L’énergie lumineuse nécessaire a ce phénomene est captée par la chlorophylle.

. La respiration est la degradation d’une partie de la matikre skhe fabyiquée lors de la


photosynth&se. Ellefournit l’énergie nécessaire au métabolisme des plantes. La respiration répond
à l’équation inverse de la précédente :

oxygéne inspirée t matière végétale -gaz carbonique expiré t eau t Bnergie


schbma explicatif
de la photosynthèsë
nO,tn(CHOH) w n CO, t n H,O (t énergie)

l Les fleurs - les fruits - les graines


Les fleurs sont les organes de reproduction sexuée des plantes, elles proviennent
de la ramification d’un rameau. Après fécondation, la fleur donne naissance à un
fruit ou à une graine. La disposition générale des fleurs sur la tige représente
l’inflorescence.
Une graine provient de la transformation d’un ovule fécondé8 : grain de maïs -
grain de haricot - pépin d’orange.
Un fruit provient de la transformation de l’ovaire contenant lui-même un ou
plusieurs ovules fécondés. Il contient donc plusieurs graines (pépins, fèves dans
une~cabosse de cacao, graines dans une gousse de haricot) ou une seule graine
(noyau de mangue).
-Cas particulier : certains fruits se développent sans graines, ils sont parthéno-
carpiques : c’est le cas de la majorité des variétés de bananes.
La. matière sèche des fruits et des graines ne résulte pas uniquement de la
photosynthèse ayant lieu après la floraison, mais aussi de la migration de réserves
constituées avant et stockées dans les autres organes.

DEUX-MODES-DE On distingue deux grands modes de multiplication des plantes, qui ont des
MULTIPLICATION conséquences importantes pour le paysan : ~
l l’utilisation de semences issues de la reproduction sexuée : les graines,
l l’utilisation de semences végétatives, qui sont des morceaux de tiges, de racines
ou de tubercules.

Multiplicationpar voie C’est le cas des céréales (riz, maïs, sorgho> et des légumineuses vivrières (pois, pois
sexuée: lesgraines congo, pois inconnu).
Dans ce cas, les semences pour la culture suivante sont prélevées sur la récolte et
doivent être conservées dans les meilleures conditions possibles. Parfois, pour des
raisons économiques, un paysan est obligé de vendre la totalité de sa récolte. Lors
de la mise en culture suivante, il doit alors acheter de nouvelles semences lorsque
les prix sont très élevés ; pour cette raison, les densités de semis sont parfois trop
faibles.
Par exemple, le paysan du plateau des Rochelois recherche des variétés de haricots
à petites graines pour réduire ses coûts de production. En effet, plus les graines
sont petites, plus le poids de semences nécessaire est faible pour une densité
donnée. Les problèmes auxquels sont confrontés les paysans en matière de
semences sont leur prix et leur qualité, liée au mode de conservation.

181
Le choix des graines lors de la récolte est très important car certaines maladies sont
transmissibles par les semences : c’est le cas de l’anthracnose pour le haricot et de
la pyriculariose pour le ‘riz; Une mauvaise conservation des semences (humidité,
parasites3 se traduit par une mauvaise germination et une chute de rendement de
1
la culture suivante.
l La germination des graines
Pour germer, une graine doit être en état physiologique correct (par exemple ne pas
être en dormante) et a besoin :
. d’eau ; c’est l’imbibition qui déclenche la germination,,,
. d’oxygène,
. dune certaine température,. I
La quantité d’eau que doit absorber une graine pour germer dépend des espèces.
L’imbibition est plus’ou moins rapide selon la nature des téguments de la graine.
Pour la’faciliter on utilise, dansmcertains cas, la technique de prégermination qui
consiste à tremper les graines dans l’eau avant le semis (trempage de 24 h pour le
riz par exemple).
Pour chaque espèce, il existe une température minimale et maximale de germina-
tion. Dans cet intervalle, la vitesse de germination varie avec un optimum
thermique. En Haïti, la température est très rarement un facteur limitant. En
revanche, l’eau en est un dans les régions à’faible~pluviométrie.~
Cas particulier : lorsque la maturation des graines en fin de culture se passe en
conditions très humides, il arrive qu’elles ,germent sur pied avant la récolte. C’est
le cas, parfois, du haricot ou du maïs en altitude durant la saison pluvieuse.

Figure 77 : évolution du
pouvoir germinatif de deux lots VARIÉTÉS POUVOIRGERMINATIF
de semences de haricots de
variétés différentes au cours 1 mois après 4 mois après m
du temps. la récolte la récolte

Salagnac 92 96% 83% 58%

76% 63% 60%

La germination dépend de la qualité des semences: la capacité d’une graine


à germer s’appelle le pouvoir germinatif.‘11 décroit avec le temps et il sera toujours
préférable d’utiliser des semences issues de la récolte précédente plutôt que de
vieilles semences.
l La qualité des semences. Pour avoir des semences de bonne qualité il faut:
. Choisir les plantes sur lesquelles onles récolte en fonction des caractéristiques
‘recherchées (rendement - résistances aux ,maladies). C’est sur ce principe de
sélection «massale» qu’ont été’sélectionnées à Salagnac des variétés de haricots
résistants à l’oïdium. :i
. Récolter les graines lorsqu’elles ont atteint leur maturité physiologique qui
correspond à la fin du développement de l’embryon. Les graines inon mûres n’ont
pas accumulées suffisamment de réserves pour nourrir correctement la jeune
plantule.
. Trier les graines indemnes de maladie (exemple: anthracnose du haricot visible
sur la graine).
. Sécher correctement les graines. Leur tauxd’bumidit8 doit être inférieur à 15 %
afin d’éviter le développement des moisissures ‘et les attaques d’insectes.
. Stocker les graines dans de bonnes conditions: à l’abri de l’humidité et des
parasites (insectes - rats).
l Les conditions de senhs.,Les exigences de’ la germination définissent les
conditions dans lesquelles doivent se trouver les graines après le semis:
. la structure du sol doit permettre à la fois une bonne aération et un bon contact

182
La cabosse, fruit du cacaoyer, contient plusieurs graines ou Les patates douces sont des racines tubérisées
8’ ”
“fèves”. Chaque feve est issue d’un ovule fécondé (photo G. de Laubier).,
(photo G. de’Laubier).

Germination de grains de riz en


pépinière irriguée
(photo M. Bonnefoy):

Pour une bonne conservation


des grains, il est nécessaire de
les faire sécher correctement.
Séchage du riz sur glacis dans
la Plaine du Nord
(photo D. Mer-met).

Les conditions de stockage des


grains jouent sur leur qualité
alimentaire et leur pouvoir
germinatif. Colombier pour le
stockage du sorgho, plateau
central, 1987
(photo D. Mermet).

Les jeunes plants de riz


produits en pépinière sont
repiqués dans les parcelles
irriguées entre 20 et 30 jours
(photo M. Bonnefoy).

Jeunes plants d’arbres


destinés au reboisement des
versants érodés
(photo J. Cavalie).
entre la terre et la graine; la taille des mottes dulit de semence est donc à adapter
en fonction de la taille des graines. Dans un sol battant il faudra’choisir un bon
compromis entre un lit de semence très~fin et un risque de battance,
l l’humidité de la terre doit être suffisante pour l’imbibition,
l la graine doit être placée à la bonne profondeur qui se raisonne en [Link]
climat.
Dans certains cas, le paysan doit attendre une pluie suffisamment importante
pour semer car le sol est trop sec; c’est le climat qui détermine alors la date de semis.
Parfois, ce sont, au contraire, les excès d’eau qui sont à craindre (sols hydromor-
phes, zones inondables) car ils provoquent une asphyxie des graines.

l On prend dans le sac de semences, 100 germées le pouvoir germinatif est de 85 %.


Mesuredu graines choisiesen différents endroits (pour
pouvoir avoir un échantillon représentatif car souvent les Cela permet :
conditions de conservation sont moins bonnes
germinatif d’un au fond du sac).
‘a de vérifier, ou de comparer différentes
conditions de conservation des semences,
lot de semences 9On étale ces semences au fond dune assiette
l d’ajuster la quantité de graines à semer pour
sur un morceau de tissu (ou coton)
obtenir la densité de plantes désirée,
réoulièrement imbibé d’eau (sans excès, les
graines ayant besoin d’oxygène). ; si l’on constate une mauvaise levée, de
l’attribuer soit aux graines elles-mêmes, soit aux
l Au bout de quelques jours, on vérifie le nombre ‘conditionsde germination (sol, techniques,
de graines germées: si l’on trouve 85 graines climat).

l Cas particuliers

L’utilisation de plants: pour le riz irrigué et de nombreuses plantes maraîchè-


res (tomates - choux - tabac, . ..> l’implantation de la culture se fait en deux étapes:
l les graines sont semees avec une forte densité et sur une petite surface : la
pépinière,
l ensuite, les jeunes plants sont arrachés et transplantés sur la parcelle réservee
à la culture.
Cette méthode permet de mieuxmaîtriser les conditions de germination; ce qui est
particulièrement important pour les semences maraîchères qui sont très petites.
Cela permet aussi de mieux contrôler les densités et d’économiser de la surface en
réduisant le temps de présence de la culture sur la parcelle. On utilise cette
méthode également pour la productiond’arbres.
Dans le cas de variétés hybrides, obtenues par croisement de variétés différen-
tes (certaines variétés de maïs par exemple) ; le paysan ne peut pas utiliser une
part de sa récolte comme semence car les plantes issues de ces graines perdent les
caractères génétiques obtenus par hybridation.

Multiplication Pour multiplier de nombreuses espèces,:on utilise différents organes de la plante:


l morceaux de tiges pour le manioc ou la patate douce,
végétative
l rejet de bananier,
l morceaux de tubercules pour l’igname’et le taro.
La plante obtenue possède exactement les mêmes caractères génétiques que la
plante mère sur laquelle on a prélevé la bouture (ou le tubercule). Comme il n’y
a pas de fécondation, il ne peut donc y avoïr aucun croisement entre individus de
caractères différents.
L’ensemble des plantes obtenues à partir~d’une seule plante constitue ce qu’on
‘appelle un clone. Toutes les plantes d’un même clone ont un parent unique dont
ils p0rten.t les caractères. Mais, après ungr(and nombre de multiplications, un
clone peut se montrer hétérogène car il peut se produire des mutations dans
certains bourgeons.

184
Ce mode de reproduction a plusieurs conséquences:
l les risques de transmission desmaladies sont très grands, en particulier pour les
maladies virales. C’est le cas de la mosaïque du manioc transmise par les boutures
d’une génération à l’autre. Il est donc nécessaire de prélever le matériel végétal
de reproduction sur des plantes saines,
l la qualité des organes récoltés est importante, elle conditionne la croissance et
le développement de la future plante dans lapremièrepartie de savie et détermine
en partie le rendement. Les réserves nécessaires à une bonne reprise doivent être
importantes (taille des boutures de manioc ou de taras),
l Les boutures sont souvent prélevées au moment de la mise en culture et ne
posent pas de problèmes de conservation comme pour les grains.
La reprise des boutures
La qualité des boutures, qui dépend des conditions du milieu qu’elles ont subies
durant leur formation sur la plante-mère, est très importante. Elle doivent être
sur des plantes saines, ayant fourni une bonne production. Cette sélection est
facile à opérer par les paysans. Comme les graines, les semences végétatives ont
besoin, pour avoir une bonne reprise, de chaleur, d’humidité, et d’oxygène. De fa-
çon générale, elles sont moins exigeantes que les graines car elles possèdent des
réserves plus importantes.
Prenons quelques exemples:
l les boutures de patate ont besoin d’humidité et sont généralement plantées
après une bonne pluie,
l les boutures de manioc résistent bien à un manque d’eau. Elles sont parfois
plantées en conditions sèches. Mais, après la reprise, l’alimentation en eau durant
les deux premiers mois de végétation doit être réguliére. Lors de la reprise, la
plante vit uniquement sur ses réserves et la taille des boutures est déterminante,
l pour l’igname, la qualité de la bouture dépend aussi de sa taille, du nombre
d’yeux et de la partie du tubercule choisie comme plant.

Plantation d’une bouture de


patate douce
(photo G. de Laubier)

185
D’une manière générale, le rendement est la quantité.d’organes récoltés par le
paysan par unité de surface, Cette notion est nécessaire mais insuffisante pour
porter un jugement sur la production d’une parcelle.

LESORGANES Voici pour quelques plantes la nature des organes récoltés:


l grhines: c’est le cas des légumineusesvivrières telles que le haricot, la pistache,
RECOLTES
le pois congo dont le fruit est la gousse,
l fruits: on distingue les fruits secs tels que les grains de céréales; les fruits
charnus comme la mangue, l’avocat, la banane, la tomate,
l tiges et feuilles: c’est le cas des fourrages et des plantes qui y accumulent leurs
réserves: feuilles pour les choux et les oignons, tiges pour la pomme de terre et la
canne à sucre,
l racines: les racines tubérisées comme celles du manioc et de la patate douce;
les racines de vétiver dont l’essence est utilisée en parfumerie,
l fleurs: chou-fleur dont on récolte le bouton floral.
La nature de ces organes détermine les modes de récolte et de stockage.
Pour certaines plantes, les organes récoltes sont différents de ceux qui servent à
la multiplication, pour dautres ce sont les mêmes:
l lorsque les organes récoltés sont aussi les semences pour la culture suivante, le
paysan doit garder une partie de sa récolte. C’est le cas des céréales, des
légumineuses alimentaires et de l’igname dont on sème des morceaux de tuber-
cules. Pour beaucoup de paysans haïtiens, trouver les semences nécessaires à la
culture est un problème important,
l pour d’autres espèces comme le manioc, la patate douce, le bananier, le paysan
peut vendre ou consommer toute sa récolte sans que cela ait une incidence sur la
culture suivante. Il trouvera dans ses parcelles les boutures ou rejets dont il aura
besoin.
l Les organes non récoltés sont des soh-produits, mais ont toujours une
utilité particulière:
. les pailles de céréales, les fanes de haricots, sont souvent destinées,à l’alimenta-
tion des animaux,
. les organes non utilisés et qui restent sur la parcelle restituentau sol de lamatière
organique. Lorsqu’elles sont brûlées, les cendres participent à l’alimen-tation
minérale de la culture suivante.

Stadede récolte La maturité à la récolte de certains organes détermine leur qualité qui peut avoir
maturité une incidence sur la commercialisation.’ Clest le cas des fruits et légumes en
général. C’est vrai aussi pour la canne ‘a sucre pour laquelle on recherche une
bonne teneur ‘en sucre.

Récolte de pommes de terre


sur le plateau des Rochelois.
Récolte du vigna (pois connu)
dans le Nord-Est(photos D.
Mermet).

186
La période de récolte est plus ou moins longue selon les espèces. Prenons quelques
exemples.
l Pour le riz et la plupart des céréales, la récolte se fait en quelques jours et, dès
que les grains sont mûrs, ils sont récoltés pour Qviter les attaques d’oiseaux. Ce-
pendant, il est nécessaire pour certaines varietés (populations de ~maïs ; riz dont
les talles mûrissent après les brins maîtres) d’effectuer plusieurs récoltes, espa-
cées de quelques jours a quelques semaines.
l Par contre, pour certaines variétés de patate douce ou de manioc, les périodes de
récolte sont longues. Les tubercules peuvent rester en terre longtemps (plus d’un
an pour certaines variétés de manioc) sans s’abîmer. Cela permet aux paysans de
récolter au fur et à mesure de leurs besoins et de garder des réserves sur leurs
parcelles.

LESMESURES Au niveau de son exploitation agricole, le paysan s’intéresse à l’ensemble de ses


DU RENDEMENT productions animales et végétales. Celles+i constituent son revenu monétaire et
l’alimentation de sa famille, ou y participent s’il a d’autres sources de revenu.

Le rendementagricole Au niveau de chacune des parcelles, le rendement est la production récoltée par
rapport àla surface de la parcelle considérée. Ainsi, lorsqu’on calcule le rendement,
on détermine la production produite sur une surface standard : un hectare ou un
carreau. Cela permet de comparer les niveaux de production atteints dans
différentes situations.

Le rendement agricole d’une parcelle est le poids d’organes récoltés


(grains de riz par exemple) sur la surface de la parcelle.

l Sur une parcelle de riz, un paysan a récolté cinq “chuj” de paddy. Une “chaj”
représente ce qui est chargé sur le dos d’un mulet soit deux sacs d’environ 60 kg
chacun, ainsi : une “ch@” : 120 kg ; cinq “chuj” : 600 kg, soit 6 quintaux.
l La parcelle a une surface de 2500 m2. Un hectare équiv’aut à 10.000 m2. Un
carreau équivaut à 1,29 ha soit 12.900 m2. Le rendement agricole de cette parcelle
est de :
6 x 10.000/2.500 = 24 quintaux par hectare (q/ha)
ou : 6 x 12.900/2.500 = 31 quintaux par carreau (q/c).

l Mais, le rendement agricole n’exprime pas la production réelle de la culture


puisqu’il ne tient pas compte des pertes (grains tombés lors de la récolte, mangés
par les oiseaux) qui peuvent parfois être importantes.
. Il exprime une moyenne qui ne permet pas de mettre en évidence les variations
de rendement entre les différents points de la parcelle.
. Sa mesure précise nécessite de connaître exactement le poids de chaque sac et la
surface exacte de la parcelle. Ceci est rarement réalisé bien qu’il soit important de
bien connaître les niveaux de production de chaque culture dans une région.

Lerendement Le rendement biologique est la quantité d’organes *ellement produits


biologique par une culture sur une surface donnée, une parcelle ou une partie de
parcelle.
C’est le rendement que, l’on mesure lors d’expérimentations agronomiques en
station ou dans des parcelles paysannes en faisant des cari-és de rendement.

Un carré de rendement est facile à réaliser comme le montre l’exemple suivant :


l dans une parcelle de riz pluvial par exemple, on mesure un carré d’un mètre de
côté, soit une surface dl m2 que l’on matérialise par une corde et quatre pique+.
On récolte délicatement les épis de tous les pieds situés dans ce carré et on les bat
soigneusement ;
l si le poids de grains obtenus est de 250 g, cela correspond à un rendement de 25
q/ha. En effet, 250 g = 0,25 kg = 0,25/100 quintaux, et 1 ha k 10.000 m2.
Le rendement est donc de :
(0,25/100) x 10.000 = 25 q/ha soit 32,25 Q/c.
Lors de laréalisation d’un carré de rendement, de nombreuses autres mesures sur
les plantes et le milieu peuvent être réalisées.

Séchage du riz récolté dans


différents carrés de
rendement, Grison Garde
1988 (photo D. Mermet).

l Taille du carré de rendement


Le choix de la taille du carré de rendement à réaliser se fait selon la densité, c’est-
à-dire selon le nombre de plantes par unité de surface. Il faut qu’il y ait dans le carré
un minimum de cinquante pieds (ou paquets) et jusqu’à deux cents s’il existe une
grande variabilité.

. Riz pluvial : les densités pratiquées sont élevées et peuvent dépasser 100 pieds
par mètre carré. Un carré de 1 m2 (1 m x 1 m) suffit. On prendra un carré plus grand
(4 m2> lorsque la densité sera faible (~50 pds) et hétérogène.
. Maïs, sorgho : les densités sont extrêmement variables (5000 à 50.000 pieds/ha
pour le maïs) : une densité de 30.000 pieds/ha correspond à 3 pieds par m2, il faut
donc 5013 = 17,6 m2 pour avoir 50 pieds.
On prendra un carré: de 5 m x 5 m soir 25 m2 dans lequel on aura 75 pieds.
Pour une densité de 10.000 piedsAra, il faut faire un carré de 50 m2 pour avoir 50
pieds.

En cultures associées, les carrés doivent être au minimum de 25 m2, les densités
de certaines espèces étant faibles.
Le rendement obtenu lors de la réalisation d’un carré de rendement ne correspond
jamais au rendement agricole pour plusieurs raisons :
. il n’y a pas de pertes à la récolte,
. le rendement varie d’un endroit à l’autre de la même parcelle car les facteurs du
rendement ne sont pas les mêmes :
- la profondeur et la nature du sol,
- les densités,
- les techniques culturales pratiquées,
- la date de réalisation de ces techniques,
- le matériel végétal utilisé.
l Localisation et nombre des carrés de rendement
Lorsque l’on réalise un diagnostic sur une culture dans une petite région, on est
amené à comparer les rendements obtenus dans différentes parcelles.
Pour que la comparaison entre deux parcelles aboutisse à des conclusions, il faut
que :

188
l le nombre de facteufs variant d’une parcelle à l’autre soit limité. Il est conseillé
pour cela de [Link] parcelles par couple au sein duquel lun seul facteur varie
(par exemple deux ptircèlles ayant subiles mêmes itinéraires techniques mais avec
deux types de terrains diffbrents),
l les parcelles choisiés soient aussi homogènes que possible car, si lavariabilité du
rendement est plus importante à l’intérieur de la parcelle qu’entre les différentes
parcelles étudiées, aucune conclusion ne pourra en être déduite.
Lorsqu’une parcelle est hétérogène, on la divise en plusieurs petites surfaces plus
homogènes appelées stations. La réalisation de carrés de rendement sur ,chaque
station d’une même parcelle permet de comparer des situations où un seul facteur
varie.
Ces comparaisons permettent de porter un jugement sur le8 techniques utilisées
ou sur des différences de milieu (par exemple, bas de pente et haut de pente).
Dans chaque station ou parcelle homogène, N carrés de rendement doivent être
réalisés. Pour être représentatifs, ces carrés de rendement sont choisis au hasard
-(par exemple, par tirage au sort de N endroits à partir d’un quadrillage préalable
de la station). Le nombre N dépend de la culture ,étudiée, des observations à
réaliser et de la taille de la station (2 à 5 carrés de 1 m2 poUr le riz).

Lerendementdes L’association de plusieurs espèces différentes est pratiquée par tous les paysans
associationsde haïtièns. cette pratique complique beaucoup l’ir$erprétation des rendements et
leur comparaison (on ne peut pas additionner des productions d’espèces différen-
cultures tes !). Les méthodes doivent être adaptées à chaque type d’association.

LAVARIABILITÉ Pour la même saison de culture, les rendeme,nts sont difféients d’une parcelle à
l’autre, d’une région à l’autre. Ces variations sont dues à dei différences de milieu
DU RENDEMENT
(climat, sol, topographie, attaques de parasites) ou de techniques (dates de semis
Variabilitédans -ou de sarclage différentes par exemple). Ces variations peuvent aussi exister au
l’espace sein de la même parcelle.

Figure 78 : rendements
mesurés sur 15 parcelles
paysannes de maïs semées
en avril et récoltées en juillet
1985, dans 2 villages de la
Plaine d’Aquin.

Dans les associations de


cultures, l’interprétation des
rendements est plus difficile,
maïs et vigna dans la Plaine
du Nord (photo D. Mermet).

Variabilité Sur la même parcelle, avec les mêmes techniques et les mêmes variétés, les
dansle temps rendements changent d’une année à l’autre. Cela est essentiellement dû aux
conditions climatiques (auxquelles sont liées aussi certaines attaques parasitai-
res) et aux interactions techniques-milieu dont le résultat dépend du climat.

No Parcelle Rdt 1979 Rdt 1980 I Rdt 1981

Clé0 1 20,7 4,2


Clé0 2 18,8 296
Admon 1 60 14,7
Porismé 1 8x7 0
Porismé 2 615 990
Fritz 1 10;8 10,9
Fritz 2 55 6-7
L’APPRÉCIATION
DU L’agriculteur apprécie le résultat d’une culture en fonction des objectt-fs qu’il a
assignés à cette culture. Ces objectifs peuvent être atteints avec des rendements
RENDEMENTPARLE
différents et des coûts de production différents. Dans l’appréciation du rendement,
PAYSAN Yagriculteur tient compte en particulier :
l de la destination de la production,
l des moyens de production mis en oeuvre.

l Dans les zones non irriguées de la plaine de l’Artibonite, l’association patate-pois


Destinationde
laproduction congo est assez fréquente. La patate est destinée àlavente, expédiée en sacs à Port-
au-Prince. Dans ce cas, le paysan cherche à ce que toutes les patates arrivent à
maturité en même temps et ne plante donc qu’une seule variété. Lepois congo est
autoconsommé.
l Dans les mornes d’altitude, on cultive surtout la patate douce pour l’alimenta-
tion de la famille. Le paysan cherche alors à étaler ses récoltes et plante un mélange
de variétés de diverses précocités (jusqu’à 10 variétés).
l L’opération qui consiste à récolter tous les tubercules en même temps est
désignée: «Batpatat». Celle qui consiste à récolter au fur et à mesure des besoins
est désignée: «fouyé patat».
La présence sur un même champ d’espèces et de variétés à cycles de diverses
durées répond aux objectifs de la plupart des paysans pour de nombreuses
cultures:
l étaler au maximum les récoltes dans le temps,
l répartir les pointes de travail,
l résoudre en partie les problèmes de stockage.
L’amélioration génétique, ou l’introduction de nouvelles variétés (ou espèces) dans
une région doivent en tenir compte.
Certaines espèces sont cultivées à la fois pour la vente et pour Yautoconsomma-
tion ; la part de la récolte qui est vendue est alors déterminée par les besoins
monétaires du moment (médicaments, écoles...). Les productions peuvent avoir
d’autres buts :
l alimentation animale,
l engrais vert, ~
l production de plants ou de semences,
l production artisanale (bois),
l conservation des sols.
Certaines peuvent avoir plusieurs destinations.

Productivitédes Ce n’est pas toujours le rendement, en terme de production par unité de surface,
moyensdeproduction qui intéresse le paysan. Pour le pois, par exemple, il mesure la prqductivité des se-
,mences qu’il a investies:
«X marmites de semences me donne y marmites de pois à la récolte».
C’est alors le rapport x/y : récolte sur semences utilisées qui est important et
significatif pour lui. ceci est d’autant plus vrai que le prix des semences est élevé
et qu’il y a des terres disponibles.
On peut aussi mesurer le rendement en fonction :
l du’rendement ,de la main-d’œuvre,
. du rendement de l’engrais ou de l’eau : on parle alors plutôt d’efficience ou
d’efficacité.

Rendementsur les Quand un paysan prend une parcelle en métayage; une part de la production
parcellesen métayage revient au propriétaire. Dans ce cas, le rendement des moyens qu’il investit dans
la mise en culture est plus faible que pour une parcelle qui lui appartient. Par
exemple, un paysan investit 100 heures’ de travail dans une parcelle dont la
production récoltée a une valeur marchande de 100 gourdes. Si la parcelle lui
appartient, il peut vendre toute la récolte. Il obtient ainsi 100 gourdes et la
rémunération de son travail est de 1 gourde de l’heure. En revanche, s’il a pris une
parcelle en métayage, seule la moitié de la récolte lui appartient et sa vente ne lui

190
rapporte que 50 gourdes. Dans ce cas, la rémunération de’son travail est de 0,5
gourde de l’heure soit deux fois moindre (les rendements par unité de surface sont
identiques).
La notion de productivité des moyens de production est importante car elle
conditionne en permanence les choix techniques que font les paysans.: «si je mets
cinq marmites d’engraisdans mon jardin, combien de marmites de pois supplémen-
taires cela va-t-il me rapporter ?)A

L’ANALYSE DES Le rendement ne permet qu’un jugement global de la culture, correspondant a son
COMPOSANTES DU état final, et l’on peut obtenir le même rendement avec, des techniques très
différentes. Or, le rendement est la résultante des interactions qui se sont établies
RENDEMENT entre le sol, le climat et ‘les plantes tout au long du cycle de la culture.
Lors d’un diagnostic, l’intérêt est d’analyser la façon dont le rendement a été ob-
tenu, de comprendre ce qui s’est passé sur la parcelle durant la culture. Dans cet
esprit, la décomposition du rendement en plusieurs composantes, participantl’une
après l’autre a son élaboration, est d’une grande utilité.
Nous pouvons décomposer par exemple le rendement du riz comme suit. Il est égal :
l au poids des grains/m2
l ou au nombre de grains/m2 x poids moyen’ d’un grain
l ou au nombre de pieds/m2 x nombre d’épis/pied x nombre de grainskpi x poids
d’un grain.
Chacune de ces composantes est déterminée à une période définie du cycle et
constitue donc un témoin de ce qui s’est passé durant cette! période.
L’analyse des composantes du rendement sur’une parcelle permet de retracer, en
quelque sorte, l’histoire de la culture ; de rechercher les éléments qui ont été
déterminants durant telle période du cycle et qui ont donc limité la valeur de telle
composante.
Cette méthode de diagnostic est aussi bien adaptée aux parcelles expérimentales
qu’aux parcelles paysannes.
Très souvent, la seule comparaison du rendement entre les parcelles ne permet pas
d’émettre une conclusion car il n’existe aucune liaison directe entre une
technique et un rendement.
Les techniques employées modifient l’état du milieu et le rendent plus ou moins
favorable à la culture en place. Les effets d’une même technique sont variables
selon les conditions de climat et les interactions avec le sol. Les relations à étudier
sont donc du type :
Techniques x Milieu - Composantes du rendement
ou:
Techniques - Etat du milieu - composantes du
t t rendement
climat climat

L’analyse de ces relationsnécessite d’une part une bonne connaissance de la plante


considérée, de ses besoins et de son processus d’élaborati,on durendement et,
d’autre part, un suivi de la culture et des états du milieu en fonction des techniques
appliquées.
Ainsi, par un suivi minimal des parcelles des agriculteurs, complété par des
enquêtes sur les techniques culturales, on peut aboutir à :
l une identification des problèmes rencontrés au niveau de la parcelle. Mettre en
évidence le ou les facteurs qui limitent telle composante du rendement ;
l une comparaison des effets de différentes techniques et à discuter leur choix. Il
faut alors pouvoir faire la part des effets propres de ces techniques et de leurs
interactions avec le milieu et les autres techniques ;
l une hiérarchisation des facteurs limitants les rendements d’une culture au
niveau d’une petite région (climat, sol, techniques);
l une prévision des effets possibles de l’introduction de nouvelles techniques. A
partir de cette analyse, des solutions adaptées aux problèmes identifiés et aux
techniques employées peuvent être recherchées.

191
Croissance et
développementdes
plantes cultivées
LA VIE D’UNE PLANTE
LES TROIS PHASES DE On distingue :
l une première période durant laquelle la plante se ramifie, multiplie ses organes
LA VIE D’UNE PLANTE
végétatifs : tiges, feuilles, racines, c’est lapériode végétative,
l ensuite, la plante fabrique les organes dans lesquels la matière sèche s’accumu-
lera ultérieurement, c’est lapériode reproductrice,
l enfin, la plante accumule de la matjère sèche dans les organes fabriqués
précédemment, c’est la période de remplissage des grains pour les céréales et
légumineuses; elle débute après la floraison et fécondation.
Le début de la période reproductrice n’entraîne pas forcément l’arrêt de la
production d’organes végétatifs. Ainsi on distingue:
l les plantes déterminées pour lesquelles la période végétative et la période
reproductrice ne se chevauchent pas comme par exemple le maïs,
l les plantes indéterminées pour lesquelles durant une partie de leur cycle les trois
périodes se chevauchent. C’est le cas deslégumineuses ou on distingue en début
de cycle une période végétative stricte puis une période végétative et reproductrice.

Le maïs

Figure 79 : le cycle végétatif et


reproducteur du maïs.

NB : Durant la période
reproductrice, les organes
reproducteurs sont fabriqués
mais ne sont pas visibles. Ils
n’apparaissent qu’à la
floraison. La fécondation qui
suit immédiatement la
floraison, marque la fin be la
période reproductrice et le
debut de la période de swiis
remplissage du grain.

Le manioc
Dans le cas des plantes à tubercules, la floraison a peu d’importance. Pour le
manioc, les organes dans lesquels s’accumulent les réserves sont des racines qui
tubérisent. C’est cette période de tubérisation qu’il faut considérer et qui suit la
période végétative.
Le début. de la période reproductrice n’entraine par l’arrêt de la production
d’organesvégétatifs; il y a chevauchement des deux périodes. Ainsi, durant le
remplissage des tubercules, la plante continue d’émettre de nouvelles feuilles.

192
On distingue quatre phases principales dans le développement du manioc :
l La reprise : c’est une phase relativement courte (3 semaines) caractérisée par
l’émission des premières racines et le départ du ou des bourgeons végétatifs de la
bouture.
l L’installation : durant cette phase qui dure 1 mois à 1 mois et demi, la plante
vit principalement de ses réserves, la croissance des racines est beaucoup plus
rapide que celle des tiges et feuilles.
l Développement aérien : c’est une période de multiplication et de croissance
active des tiges et des feuilles. On considère que cette phase prend fm lorsque la
plante a atteint sa surface foliaire maximum (nombre et taille des feuilles). Cette
phase dure 1 mois et demi à 2 mois.
l Développement des tubercules : à trois ou quatre mois, la plante n’augmente
plus son nombre de feuilles mais les remplace régulièrement. Trois à cinq
tubercules se mettent à grossir; leur croissance diminue six-a huit mois après la
plantation. Après deux ans, les tubercules peuvent se lignifier et pourrir.

LA DURÉEDEVIEDES On distingue deux types de plantes :


PLANTES l les plantes annuelles dont la vie se termine après la première floraison et
fructification. Ce sont les plantes dites saisonnieres dont le cycle varie de quelques
mois à 1 an. C’est la cas des céréales (riz - maïs) et des petites légumineuses
(haricots; pois inconnu; arachide).
l les plantes pluriannuelles (on dit aussi vivaces ou pérennes). Leur vie
comporte plusieurs floraisons et fructifications; c’est le cas de tous les arbres et de
nombreuses plantes telles que la canne à sucre, le piment, le sisal, le vétiver.
Certaines plantes, ou variétés de plantes, sont cultivées comme des plantes an-
nuelles alors qu’elles sont pérennes à l’état sauvage : le manioc, la patate douce
sont des plantes vivaces dont on interrompt la vie par la récolte qui nécessite
l’arrachage de la plante. Le pois Congo, souvent cultivé comme plante annuelle,
peut fournir une récolte plusieurs années de suite si les conditions de milieu sont
favorables. Le temps qui s’écoule entre le semis ou la plantation et la dernière
récolte est le cycle cultural, il peut être différent de la durée de vie des plantes.
Dans la vie d’une plante on distingue : sa croissance qui est son accrois-
sement en taille et en poids et son développement qui correspond à
l’initiation et l’apparition de nouveaux organes.
Croissance et développement ne doivent pas être confondus. Leurs significations
agronomiques sont très différentes; par exemple :
l un déficit hydrique ralentit la croissance, mais pas le développement. (Sauf cas
extrême : mort de la plante),
l une température supérieure à la température optimale de végétation peut
ralentir la croissance mais pas le développement,
l la croissance est proportionnelle aux facteurs de croissance (à l’assimilation
nette), fe developpement à la température et/ou(la photopériode.

LA CROISSANCEDES PLANTES CULTIVÉES


QU’EST-CE
QUELA La croissance est l’augmentation en dimension de la plante. Elle résulte de deux
CROISSANCE? phénomènes : l’augmentation en dimension de chacun des organes après leur
initiation, et celle du nombre des organes de la plante (nombre de feuilles par tige,
nombre de tiges par pied). C’est en fait une production de matière sèche.
Laproductionde
matièresèche: La quantité de matière sèche produite par un végétal est le résultat d’un bilan
l’assimilationnette entre la photosynthèse et la respiration (voir page 18 1). C’est Z’assimilation nette.
Lorsque la quantité de matière sèche produite par la photosynthèse est supérieure
à celle qui est dégradée par la respiration, l’assimilation nette est positive : il y a
croissance.
Maïs et manioc cultivés en association
La croissanced’un pied de maïs peut être estimé par sa hauteur et le diamètre de sa tige à la base (photos G. de Laubier).

(Matière sèche produite par la photosynthèse)


- (Pertes de matière sèche par respiration)

= (matière sèche réellement produite)


= assimilation nette (ou photosynthèse nette)

La respiration est continue alors que la photosynthèse n’a lieu que le jour et varie
en fonction de l’éclairement comme le montre la figure 80 ; un éclairement
minimum est nécessaire pour que l’assimilation nette soit positive (point de
compensation).

Figure 80 : l’assimilationnette varie avec l’éclairement.


Figure 81 : effet de la température sur la production de matière sèche de la tomate (d’après Bierhuizen, 1973).

pho~osydhè~sbrub

. . . . . . . . . . -.-mimik%o~
..--. . . . . .nette
. . . *. ..-
Actionde la La photosynthèse et la respiration varient en fonction de la température avec des
températuresur optima thermiques différents pour ces deux activités.
La respiration est plus sensible aux variations de température et son optimum
l’assimilationnette thermique est (pour la plupart des plantes) plus élevé que celui de la photosyn-
thèse.
Il existe donc une température pour laquelle l’assimilation nette est maximale :
c’est la température à laquelle l’écart entre la photosynthèse et la respiration est
le plus grand (voir la figure 81).

La mesurede la La croissance d’une plante se mesure de différentes façons, mais dans tous les COS
croissance c’est la quantité de matière sèche produite que l’on cherche à déterminer, directe-
ment ou indirectement :

l Mesure directe de la matière produite :


. soit on pèse la matière sèche; mais il faut que les plantes récoltées soient correc-
tement séchées, ce qui est délicat pour des quantités importantes,
. soit on pèse la matière verte récoltée et on en déduit le poids en matière sèche. On
sèche alors à l’étuve un échantillon des plantes que l’on pèse avant et après. Le rap-
port poids sec/poids humide obtenu est le taux qu’il faut appliquer au poids de
matière verte pour connaître le poids de matière sèche. On ne peut pas comparer
des poids de matières vertes. Mais cette méthode est destructive et pose de ce fait
souvent problème car : les plantes n’existent plus pour des mesures ultérieures.

l Mesure indirecte de la matière sèche produite :


. On mesure la hauteur de la plante, et son diamètre à la base et on applique à ces
mesures une formule de regression permettant d’en déduire le poids de matière
sèche. Ces dimensions sont corrélées à la matière sèche des parties aériennes
jusqu’à la floraison. Cette méthode permet de faire plusieurs mesures sur les
mêmes plantes mais nécessite que les corrélations aient été établies auparavant
en station par mesures directes.
A Petite Rivière de Nippes, des formules de régression du type :
log (matière sèche) = a + b log (hauteur) + C log (diamètre),
ont été mises au point pour étudier la croissance de certaines variétés de maïs,
sorgho et pois Congo. Une formule ne peut être utilisée que pour la variéte et les
conditions de milieu pour lesquelles elle a été mise au point.
Une mesure de croissance en fonction du temps permet de déterminer une vitesse
de croissance et d’établir une courbe de croissance qui servira au diagnostic de la
culture.

Facteurset conditions Pour qu’une plante ait une bonne croissance, il faut que ses besoins et ses exigences
de la croissance soient satisfaits. Cela dépend du milieu et des techniques employées par le paysan.
l Les facteurs de croissance sont les éléments du milieu qui interviennent dans
la fabrication même de la matière sèche. Ce sont : l’énergie lumineuse, l’eau, le gaz
carbonique et les éléments minéraux. Il existe des liaisons quantitatives entre
facteurs et croissance.
l Les conditions de croissance sont les caractéristiques du milieu qui influent
sur le fonctionnement de la plante. Ce sont : la température, l’aération des racines,
la structure du sol qui permet l’enracinement. Les liaisons entre conditions et
croissance sont qualitatives.
L’eau est àlafois condition et facteur. Facteur car élément constitutif de lamatière
sèche et condition car elle permet l’absorption et le transport des autres facteurs
et les échanges gazeux.
11 est nécessaire pour une plante, que les facteurs de croissance soient disponibles
dans le milieu en fonction de ses besoins et qu’elle soit capable de les utiliser. Les
conditions du milieu doivent donc permettre son bon fonctionnement. Les besoins
d’une plante évoluent dans le temps en fonction de sa vitesse de croissance et de
son stade de développement. A chaque fois qu’un besoin n’est pas satisfait, on dit
qu’il y a un facteur limitant.

195
LE DÉVELOPPEMENTDES PLANTES CULTIVÉES
BIENCONNAîTRE Le développement, c’est l’ensemble des modifications qualitatives de la
LESCYCLESDE plante correspondant B l’initiation et à l’apparition de nouveaux organes
(racines, tiges, feuilles, fleurs, puis fruits et graines).
DÉVELOPPEMENT
La connaissance des cycles de développement des plantes permet :
l de connaître les possibilités de cultiver telle espèce ou telle variété dans une
région donnée en fonction du climat,
l de mieux choisir une date de semis en fonction des données climatiques et du
cycle des plantes,
l de choisir une variété en tenant compte des calendriers culturaux pratiqués par
les paysans,
l d’analyser les possibilités d’introduction d’une nouvelle espèce dans une région,
l de connaître l’évolution des besoins d’une culture dans le temps,

A Madian, sur la presqu’île Sud, les paysans disposent de plusieurs variétés de


maïs au cycle de développement de durée différente sont :
l le maïs «alizaine» qui fleurit à 60 jours et termine son cycle à 100 jours,
l le maïs «gros bougon», qui fleurit à 85 jours et termine son cycle à 135 jours.
Selon la date de semis (avril à mai) et la variété utilisée, les risques de voir se
dérouler la floraison (phase sensible) durant la petite période sèche de juin-juillet
sont différents. C’est la connaissance des cycles de développement de ces variétés
qui permet de les choisir en fonction des dates de semis possibles.

Les différents organes de la plante ont chacun une vie propre avec différents
stades :
l induction : la plante devient capable de fabriquer un nouvel organe.
l initiation : la plante commence à construire cet organe par différenciation
cellulaire. ce stade est suivi par une période de croissance active de cet organe.
Les différents stades déterminent au cours de la vie dune plante des phases au
cours desquelles ses exigences vis-à-vis du milieu varient.
l l’optimum thermique du haricot est de 25”C, ce qui explique qu’il est surtout
cultivé en altitude,
l le manioc ralenti sa croissance à partir de 40°C.

Lessommesde Le temps qui s’écoule entre l’apparition de deux stades phénologiques (par
températurescomme exemple levée et floraison) détermine une vitesse de développement.
Ainsi le maïs «aZizaine» qui fleurit à 60 jours a une vitesse de développement
mesurede la vitessede supérieure à celle du maïs <gros bougon» qui fleurit, dans les mêmes conditions, a
développement 80 jours. On dit qu’il est plus précoce.
Cette vitesse dépend particulièrementde la température et pour certaines varié-
tésde la durée du jour (cas des variétés photopériodiques).
On constate expérimentalement que si I’on exprime le temps qui s’écoule entre
deux stades pour une même variété en somme de températures, celle-ci est
pratiquement constante d’une année sur l’autre ou entre deux lieux. Et inverse-
ment, une même variété aura un cycle de développement plus long lorsque les
températures moyennes journalières seront plus basses.

196
La précocitévariétale A l’intérieur d’une même espèce, on distingue des variétés hâtives (ou précoces) et
des variétés tardives.
A la même température, les variétés hâtives réalisent leur cycle de développement
en un temps plus court. Pour comparer la précocité de plusieurs variétés, on s’ar-
rangera pour qu’elles soient semées à la même date et on pourra alors comparer
leur cycle en nombre dejours. Sinon, on les comparera en sommes de températures.

Calcul dine Somme de température 690 = n (27,25 - 10)


donc n = 690/(27,25 - 10) = 40 jours
somme‘de = t (Tj-TO) (10 est le zéro de végétation du maïs).
I
température: n : nombre de iour entre les deux stades Si la température durant cette même phase est
considérés. - de 21,5”C. en moyenne (haute altitude) sa
Tj : temperature moyenne du jour j durée sera de :
T, f zéro de végétation de l’espèce.
n = 690/(21,5 - 10) = 60 jours
Exemple : la somme de température dont a
besoin le maïs ualizaineB>
a partirdu semis pour En effet, les observations ont montré que le
commencer à fabriquer ses fleurs est de maïs «alizaine~~réalisait son cycle en 3 mois a
690%. jour (phase végétative). Madian (niveau de la mer) et en 5 a 6 mois à
Salagnac (800 m.). De’la même façon, une
Si la température moyenne durant cette phase même variété de manioc aura un cycle plus long
est (basse altitude : Madian) de 27,25X. le en altitude qu’en plaine.
temps qui s’écoulera durant cette phase est :

Souvent, un paysan cherche à cultiver plusieurs variétés de précocité’différente


pour étaler sa récolte dans le temps et limiter les risques face aux aléas climati-
ques. C’est ainsi que l’on trouve courammentjusqu’à 10 variétés de patates douces
dans une même parcelle de paysan, ce qui lui permet d’en recolter durant la plus
grande partie de l’année.
En Haïti, les températures varient peu d’une année, sur l’autre, cela permet de
prévoir facilement une date de récolte pour une date de semis données et pour une
variété connue.
En revanche, les températures varient d’une région a l’autre, surtout avec l’alti-
tude. Il sera donc nécessaire de dresser une carte des variétés cultivées et
utilisables dans les différenteszones climatiques (les autres conditions, et surtout
la pluviométrie, doivent être aussi considérées).

Durant la période de floraison,


le riz est particulièrement
sensible a un manque d’eau
ou à une trop forte chaleur
(photo M. Bonnefoy).

197
Let hermopériadisme Certaines espèces ont besoin de subir des’températures particulières pour initier
certains organes. Par exemple la tomate a une floraison beaucoup plus abondante
lorsque l’écart de température entre le jour et la nuit est de 10 à 12 degrés C : c’est
le thermoperiodisme journalier.

ACTIONDELA Le photopériodisme est la sensibilité des plantes à des durées variables du jour et
LONGUEUR DU JOUR: de la nuit. Cette durée influe sur le développement de certains organes comme la
floraison ou la tubérisation.
LE PHOTOl%RIODISME
On divise classiquement les plantes en trois catégories selon leur réaction à la
longueur du jour :

Lesplantesde jours Elles mettent en train leur floraison (ou leur tubérisation) lorsqu’elles ont subi un
courts certain nombre de nuits plus longues qu’une durée donnée (ou jours inférieurs à
une durée donnée).
Ce sont en général des plantes d’origine tropicale dont la floraison se trouve ainsi
placée a la fin de la saison des pluies. Leurs graines mûrissent à temps pour germer
au début de la saison des pluies suivante. Il existe unphotopériodisme strict : c’est
le cas [Link] plupart des variétés de sorgho et depois congo cultivées en Haïti et qui
ne fleurissent que lorsque les jours deviennenent inférieurs à une durée précise.
Lephotopériodismepeut être relatif: c’est le cas du maïs qui a besoin d’une somme
de température plus faible lorsqu’il fleurit en jours courts, mais qui fleurit quand
même en jours longs.

Le degré de photopériodisme est une caractéristique variétale, certaines variétés


de sorgho sont non photopériodiques.
Autres exemples : le manioc tubérise mieux en jours courts. En jours longs, le
développement de ses organes aériens est favorisé par rapport à celui des
tubercules.

Lesplantes Elles peuvent former leurs organes en toutes saisons, quelque soit la longueur du
indifférentes jour.

Lesplantesde Elles fleurissent après avoir subi un certain nombre de jours plus longs qu’une
jours longs durée donnée. Ce sont en général les plantes des régions tempérées dont la
floraison ou la tubérisation se trouvent ainsi placées en été. On peut cultiver en cli-
mat tropical les plantes de jours longs dont les parties aériennes sont consommées,
et non les fruits.

198
La plupart des variétés de sorgho cultivéesen courbe suivante montre la corrélation qui existe
Le sorghd : effets Haïti sont photopériodiques : leur floraison a lieu entre la duree du cycle et le rendement par pied.
combinés de la en periode de jours courts. A Petite Riviere de Chaque point est une date de semis différentes.
Nippes (côte nord de la presqu’île sud), sur une La photopkode agit en liaison avec la
températureet de centaine de parcelles paysannes qui ont été temperature. Le sorgho a besoin d’une somme
la photopériode suivies : de température en un temps donne pour pouvoir
lles dates de semis etaient Ataléesde la fin mai fleurir.
à la fin août (sur 3 mois),
lmais toutes les parcelles avaient atteint 50 % ConSéquences pour le paysan
de floraison entre le 13 et le 16 novembre (sur
II existe une relation entre la somme des
une semaine) et étaient récoltées en janvier.
températures du semis à l’épiaison et le
Les résultats d’expérimentationsréalkees au rendement du sorgho. Pour une variété donnée,
Tchad nous montrent comment secomportent il existe une valeur optimale de la somme des
des variétés de sorgho photopériodiques températures, déterminant une productivité
semées à intervallesd’un mois : maximale. II est donc possible en étudiant cette
plus le sorgho est seme tard, plus la pkode
l relation d’en déduire pour une variete donnée,
végétative est courte. La quantité de matiere dansune région donnée, une date de semis
sèche fabriquée est plus faible,#lasomme de optimale.
température accumulée entre le semis et la
floraison diminue, Remarque : le choix de la date de semis par le
on constate aussi que le nombre de feuilles
l paysan tient compte surtout de la date d’arrivee
fonctionnelles et le nombre de grains par des pluies. Le rendement du sorgho est aussi
panicule diminuent avec la durée de l’intervalle déterminé par la quantité d’eau reçu durant son
semis-épiaison.‘Pourles semis réalisesà partir cycle et la répartition de cette pluviométrie (cas
de septembre, les rendements sont nuls. de régions ou l’eau est le principale facteur
A partir des données du tableau précédent, la limitant).

Données sur [Link]


développement et les
rendements de variétés tardives
et photopériodiques de sorgho
au TCHAD
(d’après Cocheme et Franquin,
1967).

Nbre de feuilles 1 &O

Courbe de productivité d’un


sorgho tardif en fonction ‘de la 1 pwrépi ..
somme de températures entre Avril
AWII
le semis et l’épiaison A
A Ml.-+-.-’
(d’après Cochemé et Franquin, -800 .-:
1967). -600
,..@Jcrin
.’
AM
.i5~illet
-200 ::’

199
L’ANALYSE DE L’ÉLABORATION DU RENDEMENT
L’analyse de la croissance et de l’élaboration du rendement permet de déterminer
quels ont été les facteurs limkants durant les différentes phases du cycle des plan-
tes. Cela nécessite aussi une analyse fine des conditions. du milieu .: climat, sol,
parasites.

L’élaborationdu On distingue quatre phases dans le cycle du maïs :


rendementdu maïs lère phase : au départ, le fonctionnement de la plante dépend uniquement de la
taille de la graine dont les réserves permettent l’établissement des premières
feuilles et des premières racines.
Sème phase : durant la phase végétative, la plante fabrique ses cupteurs : les feuil-
les captant I’énergie lumineuse et le CO,,‘les racines captant Yeau et les éléments
minéraux. C’est durant cette phase qu’est déterminé le nombre de feuilles total.
3ème phase : c’est la période reproductrice ; le fonctionnement de la plante assure
l’extension de ses feuilles et racines et la fabrication des organes reproducteurs
(fleurs mâles et femelles). Durant cette phase, s’élabore le nombre de fleurs, donc
de futurs grains.
A lieu ensuite la fécondation ; le nombre de grains est déterminé par le nombre de
fleurs formées et le taux de fécondation.
4ème phase :dans la dernière phase; après fécondation, la plante ne fabrique plus
ni feuille, ni racine. Son fonctionnement assure uniquement l’accumulation de
matière sèche dans le grain.
Le rendement du maïs peut se décomposer ainsi :

poids de grains nb de grains


Rendement = = x poids d’l grain
surface surface

Le nombre de grains par unité de surface et le poids d’un grain sont des
composantes du rendement (voir p. 193) :
l le nombre de grains/m2, noté NG/m2, s’élabore entre le semis et la floraison
femelle,
l le poids moyen d’un grain, noté PlG est déterminé entre la floraison femelle et
la maturité.

l Interprétation de ces valeurs


Le poids moyen d’un grain (PlG) est lié aumnombre de gruinslm2 (NG/m2); on ne
peut donc juger de sa valeur qu’en fonction du nombre de grains/m2.
Le poids maximum que peut atteindre un grain est défini par lavariété (génotype).
Lorsque le nombre de grains formés est supérieur à un seuil NGx/m2, le poids d’un
grain ne peut plus atteindre son niveau maximum, même si les conditions
d’alimentation minérale et hydrique ne sont pas limitantes. C’est le rayonnement
(lumière) reçu qui devient insuffisant,pour satisfaire la demande de croissance
exprimée par le nombre de grains.
Ainsi, à toute augmentation de NG/m2 au delà du seuil NGx/m2 correspond une
diminution de PlG. Mais cette diminution n’affecte pas le rendement. Le rende-
ment potentiel (maximum) permis par le rayonnement et !a variété est une
constante telle que: Rdt max.= NG/m2 x PlG; d’où la courbe de la figure 82 :
. Si le poids moyen d’un grain est jugé trop faible (C et D)
On s’intéressera à rechercher quels ont été les .facteurs limitants durant’ la
dernière phase. Cela n’est possible que si l’on a bien déterminé cette période et les
conditions de milieu correspondantes : alimentation en eau, maladies ou parasi-
tes... Cela peut être aussi la conséquence d’une récolte réalisée avant maturité.
. Si le,nombre de grain est faible (A et D>
Soit un ou plusieurs facteurs ont été limitants entre le semis et la floraison ; soit
la densité était trop faible, soit il y a eu une mauvaise fécondation; ces causes
pouvant se cumuler.

200
Figure 82 : relation entre le
poids moyen d’un grain et le
nombre de grains par m*.

On peut resituer par rapport à


cette courbe les valeurs
mesurées sur les parcelles
paysannes suivies:
- en A, la culture n’a pas formé
assez de grains, il faut donc
essayer-de comprendre
pourquoi;
- en B, le nombre grains/m* et
le [Link] d’un grain sont
suffisants; [Link]
potentiel est atteint;
- en C, NG/m* est suffisant
mais Pl G est trop faible et il
faut en rechercher la cause;
- en D, ,le rendement est limité
a la fois par le NG/m* et le
PlG.
:

Il est nécessaire alors de préciser le diagnostic en décomposant A son tour le


j nombre de grains par mètre carré en autres composantes du rendement :
-.
nbre de grains/m 2 = nbre de pieds/m2 x nbre d’épis par pieds
x nbre de grains par épi.
NG/m2 = NP/m2 x NE/P x NG/E

9 Si le nombre de pieds est faible, ce qui est facilement mesurable, on recherche-


ra la cause de cette faible densité : nombre de grains semés, qualité des semences,
conditions de germination.
Si le nombre de grains par épi est faible : soit il y a eu une mauvaise fécondation;
l

il faut alors connaître les conditions climatiques durant cette période; soit la croks-
sance durant la période semis-floraison a été mauvaise, le poids de matière lsèche
à la floraison est alors réduit, ce dernier peut être facilementmesuré (cf. fig.-W.
Les pieds sans épi résultent de situations particulièrement limitantes ou d’acci-
dents.

Les composantes du rendement du maïs sont On pèse les grains récoltés et on obtient :
Déterminationdes l

les suivantes : 3.600 grammes, soit 144 grammes par m*.


comDosantesdu - nombre de DiedsDar mètre carré : NP/m* On @se 3 fois 500 grains pris au hasard et on
- nombre d’épis par pieds : NE/P obtient le poids moyens des 3 pesées =
rendementdu - nombre de grains par épi : NOIE 90 grammes.
maïs - poids moyen d’un grain : Pl G On en déduit :
- le poids moyen d’un grain : 901500= 0,18 gr.
ona donc: - le nombre de grains par m* :
Rendement (en glm2) = (144 x 500)/90 = 800 grains/m*
NP/ti x NBP x NGIE x Pl G - le nombre de grains par épi : 80013 = 267
l Exemple sur un carre de 25 m* : grains par épi
- on compte 75 pieds soit : nombre de pieds par Le rendement se décompose donc ainsi :
m2=3
Rendement =
- chaque pieds à un épi : nombre d’épis par
3P/m*xl P/Ex267G/Ex0,18gr.=144g/m2
Dieds = 1
soit 1440 kg/Ha.

201
NOTION DE PHASES Certains organes sont particulièrement sensibles aux conditions’de milieu. C’est
CRITIQUES le cas des fleurs pour les céréales et les légumineuses. Si les conditions du milieu
provoque la mort des fleurs pendant la phase critique, cela conduit à une chute
irréversible du nombre de grains donc du rendement.
l Le maïs
La sensibilité du maïs àla sécheresse varie au cours de son cycle. Elle est maximale
durant la quinzaine de jours qui précèdent la floraison femelle et la semaine
suivante : si l’on mesure un faible nombre de grains par épi lors d’une analyse, de
rendement, il faut étudier les conditions climatiques lors de cette phase critique.
Un déficit hydrique sans conséquences sur le rendement durant les cinquante
premiers jours de végétation peut faire chuter le rendement de plus de 50 % s’il a
lieu lors de la phase critique.
Pour toutes les céréales (riz, mil, sorgho); une mauvaise alimentation en eau
durant la période entourant la floraison fait chuter considérablement-le rende-
ment.
l Le riz
l De mauvaises conditions de température, d’éclairement ou d’alimentation en
eau durant la période de formation des panicules (25 jours avant la floraison) et la
floraison entraîne un nombre important de fleurs stériles, donc réduit le nombre
de grains par panicule,
l Durant la phase de remplissage des grains, la plante a besoin d’eau pour assurer
la circulation de la sève. Une mauvaise alimentation hydrique ou un fort coup de
chaleur provoquant un déssèchement de,la’plante pendant cette phase empêche
les migrations des réserves vers les grains : on dit qu’il y a échaudage. La période
la plus sensible se situe entre 15 et 20 jours après la floraison. Lorsqu’il y a
échaudage, le poids moyen d’un grain est réduit, il y a une grande proportion de
grains vides.
l Les légumineuses
Pendant la floraison, les légumineuses sont particulièrement sensibles aux mau-
vaises conditions de milieu (fortes températures, sécheresse ou excès d’eau, vent

Figure 83 : le déficit de
rendement occasionné par un STADESDE VÉGÉTATION DÉFICITDEREtJDEMLkËN %
même stress hydrique varie en w
fonction du stade de la culture 00
’ au moment où il intervient. __ 25% ,m
/

10ekd\e dmjle carnd.............~ T


........................ * ............

PÉR\ODE
CRITIQUE flor~lson m,\, .................... .
floraison fem~lls..................
................................
grain kiilemx..........

grak pdhx............

t4 edela plcd~enjomr5

202
violent, parasites) qui peuvent provoquer la chute d’un nombre élevé de fleurs,
réduisant ainsi le nombre de gousses et le rendement final : fortes températures,
sécheresse ou excès d’eau, vent violent, parasites. Mais l’évaluation de tels effets
est beaucoup plus difkile que pour les céréales car la floraison est très étalée.

l Les plantes à tubercules


Il n’y a pas pour les plantes à tubercules de périodes critiques comme pour les
ceréales. Il n’existe aucune phase comparable à la floraison des céréales dans
l’élaboration du rendement en tubercules. Le rendement est beaucoup plus liés au
poids des tubercules qu’à leur nombre. Cependant, la phase d’implantation de la
plante est déterminante dans l’élaboration du rendement final. Selon les espèces,
11 existe des phases du cycle durant lesquelles un facteur devenant limitant
diminue plus fortement le rendement : par exemple, la patate douce est relative-
ment résistante à la sécheresse mais supporte mal un déficitihydrique entre 50 et
60 jours après la plantation.

L’INDICE DE RÉCOLTE L’indice de récolte mesure la répartition de la matière sèche entre les or-
ganes récoltés (grains, tubercules) et le reste de la plante. Il s’exprime de
la façon suivante :
poids des organes récoltés
lR indice de récolte = I-mm x 100
poids de la plante entière
L’indice de récolte permet de porter un jugement sur l’efficacité de la matière sèche
fabriquée. La capacité d’une plante à produire des grains dépend de sa taille, du
nombre de ses feuilles vertes et de ses réserves donc globalem’ent de son poids. Une
plante d’un poids important, ayant donc fabriqué une grande quantité de matière
sèche, et donnant peu d’organes de récolte traduit une mauvaise efficacité de la
croissance. En absence de facteur limitant, l’indice de récolte, est limité génétique-
ment, c’est une caractéristique variétalemque prend souvent en considération en
amélioration génétique.
l ’ Plantes dont on récolte les graines : pour les céréales et les légumineuses
l’indice de récolte est souvent utilisé :
Poids de grain
IR= x 100
Poids de (paille + grain)
Un faible indice de récolte (par rapport à une référence connue) indique que la
période de floraison ou de post-floraison s’est déroulée dans’ de mauvaises condi-
tions, c’est à dire que le nombre de grains était insuffisant pour utiliser toutes les
réserves de matière sèche présentes dans la plante ou que les conditions n’ont pas
permis le transfert.
Par exemple : manque d’eau ou trop forte chaleur durant la floraison des céréales,
coulure des fleurs par le vent ou la pluie pour les légumineuses.
Lors d’une mesure de rendement dans une parcelle, la pesée des plantes entières
correctement séchées est facile à réaliser et le rapport Poids~de grains/poids della
plante est un bon indicateur de l’efficacité de la croissance (voir fig. 83).
Pour les légumineuses, l’effkactk de la croissance ,s’analyse aussi à partir du
nombre de grains formés, mais elle est très varaible selon le nombre d’étages
fructiferes (ramifications) formés.

l Les plantes à tubercules : pour le manioc, par exemple, l’indice de récolte


s’exprime :
Poids de tubercules
x 100
Poids de tubercules + parties aériennes
La matière sèche photosynthétisée dans les feuilles est utilisée d’une part pour le
maintien de l’appareil de production (croissance des tiges et renouvellement des
feuilles), d’autre part, pour la croissance des tubercules.

203
Figure 84 : relation entre la Cette courbe met en évidence
croissance de l’appareil une corrélation positive entre la
végétatif et le rendement en croissance de l’appareilvégétatif
grain du sorgho &ejour,~ à et le rendement en grain du
Petite Rivière de Nippes; sorgho ((disejour)).Cela indique
d’après Yves JEAN et Jean que les faibles rendements sont
CAVALIE, 1980. dûs à une faible croissance
durant la période semis floraison.
Une situation en A indiquerait
qu’il y a eu des mauvaises
conditions durant la phase
critique.

La proportion de matière sèche stockée dans les tubercules varie de 40 % à 70 %


selon les variétés et les conditions du milieu. Il y a comme une concurrence entre
les parties aériennes et les tubercules.
l Conséquences sur le choix d’une variété :
Les variétés les mieux adaptées à une situation donnée sont celles qui consacrent
le minimum de matière sèche au maintien d’une surface foliaire et le maximum
aux tubercules. Par exemple : les variétés à fort développement végétatif seront
mieux adaptés aux régions fraîches d’altitude où leur développement végétatif
sera réduit.
L’indice de récolte traduit-le bon équilibre entre le développement aérien et celui
des tubercules et donc l’adaptation d’une variété au milieu.

L’EFFICIENCE DE LA L’efficience de la croissance est définie par le rapport entre le nombre de


CROISSANCE grains et la matière sèche à la fin de la floraison :
Nombre de grains
= effkience de la croissance
Poids de matière sèche
-à la fin de la floraison
des parties aériennes. -~

Figure 85 : le rapport entre


poOidsde,&berculs MANIOC i ponlbre de grak/m2
matière sèche des tubercules et
matière sèche de la plante
entière est constant pour une
variété donnée de Manioc
(d’après BOERBOOM,1978).
Figure 86 : relation entre l’état
de croissancede la culture à la
floraison et le nombre de
grains/m2(mesures effectuées
sur 15 parcelles paysannes).

204
l Le cas du maïs
Le nombre de grains peut être considéré comme le résultat de l’activité photosyn-
$hétiq~&$e l<$a&e avant floraison : lorsque les conditions sont favorables entre
..- la floràisorxëk [Link]é, il existe une étroite relation entre le nombre de grains
et le poids de matière sèche à la floraison pour une même variété de maïs.
Mais dans la pratique, quand on compare des résultats obtenus dans différentes
situations, on observe que pour une même croissance.réalisée à la floraison (MS/
m2), le nombre de grains/m2 peut varier et donc que l’efficience de la croissance peut
varier.
Une faible efflcience peut être due :
l soit à une r4duction de la vitesse de croissance à la floraison (stade critique), ce
qui a’pour effet de réduire le nombre de giains,
l soit à un poids individuel des pieds a la floraison trop faible ou trop fort.
En effet, ii n’y a pas de proportionnalité entre le poids moyen d’un pied et le nombre
de grains moyen par pied car :
l les gros pieds ne sont pas capables de fabriquer un nombre de grains supérieur
& un seuil NGX (défini par la variété) ; leur effkience est faible car il n’y a pas assez
de grains pour utiliser toute la croissance disponible ;
l les pieds plus petits qu’un seuil MSo ne sont pas capables de fabriquer des grains
(pieds sans épis).’
Par ailleurs, pour une disponibilité en facteurs de croissance donnée, le poids
moyen d’un pied varie en fonction de la densité :
l plus la densité est faible, moins la compétition entre les pieds est forte et plus le
poids moyen d’un pied est élevé.
l au contraire, plus la densité est forte, plus la compétition entre les pieds est forte
et plus leur poids individuel est faible (voir p. 211, densité et’compétition entre les
plantes).
Donc, selon la densité, pour une même croissance de la culture à la floraison
(MS/m2), le nombre de grains (et l’effkience) varie.

Figure 87 : relation entre le


poids de matière séche par
pied (MSIP) à la flpraison et la
densité (nombre de pieds
par m* : NP/m*).
Figure 88 :.rel&on entre le
nombrë dé grains-par pied
(NG/P) et le Do-s de matière
sèche par Pied à la floraison
(MSIP).

l Analyse de l’efficience par pied (voir fig. 88) :


Lorsque l’on compare la croissance de maïs d:une même variété dans différentes
situations (ici 15 parcelles paysannes, chaque point représente une parcelle) ; si
l’on réalise un graphe avec en abscisse le poids de M.S. à 1a:floraison par pieds et
en ordonnée le nombre de grains par pieds; la courbe eiweloppe obtenue en
rejoignant les meilleures situations est caractéristique de la variété.
A partir de cette courbe, on peut faire l’analyse des différentes situations renccin-
trées :
A. Le nombre maximum de grains par épi est atteint (li@t$ génétiquement),
aucun facteur n’a été limitant durant le cycle du maïs. Le nombre de grains/m2 et
l’efflcience au niveau de la parcelle sont limités par la densité. Celle-ci peut être
augmentée.
B. Le nombre de grains est limité par une faible croissance des pieds. Certains

205
facteurs de croissance ont été limitants durant la période semis floraison. Au
niveau de la parcelle, la densité est trop forte pour la disponibilié des facteurs.
C. Le nombre de grains est limité non par [Link] croissance du pieds, mais
par de mauvaises conditions durant la période critique.
D. L’éfIkience est maximum, la densité est optimale par rapport à la disponibilité
des facteurs de croissance.

CROISSANCEDANS LE A un instant de la vie d’une plante, sa capacité a produire de la matière sèche


TEMPS ET COURBES dépend
_ du milieu et de ses surfaces captatrices : taille et nombre de ses feuilles et
racines.
DE CROISSANCE Dans un milieu favorable, la croissance d’une nlante est limitée Dar sa taille.
_ En début de cycle, au fur et à mesure que la plante grandit, sa capacité à produire
mafièreskhe mmwmlé$/fflz de la matière sèche augmente; ses besoins en facteurs de production aug-
r-c - mentent de la même manière.
La courbe de croissance durant la première partie du cycle d’une plante suit une
loi exponentielle.
Lorsque le nombre et la taille maximas des feuilles est atteint, la vitesse de
croissance se stabilise puis diminue pour s’annuler. Pour le maïs, la vitesse de
croissance maximum est atteinte à la floraison, phase du cycle à laquelle les be-
soins sont aussi maximum (eau, lumière, éléments minéraux).

Sovnrnede La courbe de la figure 89 représente le poids de matière sèche fabriquée en fonction


tempérchwe3 du temps exprimé en sommes de températures :
l dans un premier temps (A), la vitesse de croissance augmente, cela correspond
7gure 89 : la courbe de à la mise en place des capteurs (feuilles, tiges, racines), la courbe est exponentielle,
xoissance d’une plante est une l au point d’inflexion (B) la vitesse de croissance (dMS/dt) est maximum,
:ourbe en « S «. l ensuite (C), la vitesse de croissance diminue.
Pour une même variété, si les facteurs du milieu ne sont pas limitants, les courbes
de croissance sont semblables, même pour des dates de semis différentes.
l Utilisation des courbes

,
La comparaison d’une courbe de croissance (établie a partir de mesures chez un
paysan) avec une courbe potentielle (déterminée en station) permet de déceler les
périodes où il ya eu des limitations de croissance dans la parcelle du paysan:
De la même manière, on peut comparer la même variété de maïs dans deux
situations différentes, dans la même parcel!e ou entre plusieurs parcelles paysan-
nes.
La mesure de la croissance par le poids de matière sèche nécessite la destruction
régulière de plantes sur les parcelles. Dans la plupart des cas, on se limite à des
mGl%okl
I mesures de hauteur et de diamètre à la base des tiges (cf. page 197). Pour des dates
de semis et des conditions de température identiques (exposition, altitude), on peut
exprimer le temps en nombre de jours. L’analyse des courbes de croissance
complète l’analyse de l’élaboration du rendement. Elle permet d’évaluer une
technique dont l’effet, pour différentes raisons, a joué sur la croissance des plantes
sans que le rendement n’en ait été affecté.

l Croissance des organes dans le temps


La croissance globale d’une plante est liée a la croissance de chacun de ses organes,
mais aussi à l’apparition de nouveaux organes; donc au développement.
périodeàpnlfi~de laquelle L’initiation de certains organes, selon les variétés, ne peut se faire que sous
ilycl 13~4
liw&ho~de 164 certaines conditions (température, lumière) qui définissent le mode de développe-
xaisscrncechs IGIpmzl\e ment de ces plantes. Voici quelques exemples de courbes mettant en évidence le
paysmne lien entre croissance et développement.

Figure 90 : courbes de
croissancedu maïs (même
variété), l’une établie’en
station (1) et l’autre sur une
parcelle paysanne (2).

206
Figure 91 : courbe de
croissance de deux variétés
cultivées dans les mêmes
conditions, la variété 1 est plus
précoce que la 2.

Figure 92 : évolution en fonction Figure 93 : évolution de la part des différents organes dans le poids total de
du temps du poids de matière matière sèche de l’igname [Link] 4NRA 5-20,~(centre de recherche
sèche des différents organes du agronomique Antilles-Guyanne, et 1979)
maïs (d’après [Link]).

% de M.S.t&le
1

207
Dens’ité et
compétition entre
les plantes
La parcelle : c’est une portion de terrrain . les cultures pures : toutes les plantes cultivées
Quelques l

conduite de façon homogéne : les espèces en même temps sur la parcelle sont de la même
définitions cultivées et les techniques qui y sont appliquées espéce (mais peuvent être de variétés
sont identiques sur l’ensemble dune parcelle. différentes), par exemple : un champ de riz, une
C’est le +rdh des paysans haïtiens. parcelle de choux, une culture de manioc...
l les cultures associées : des plantes d’espèces
. Une tif&>est une portion de terrain différentes sont cultivées en même temps sur la
appartenant à un même propriétaire et cultivée même parcelle. Leurs cyclessont souvent
par le même paysan. Elle peut être divisée en différents et de ce fait le peuplement cultivé
plusieurs «jardina,cultivésdifféremment; donc change dans le temps. Les associationsde
plusieurs parcelles. cultures se caractérisent par le nombre
d’espèces présentes, leur nature et leur
9 Le peuplement végétal d’une parcelle-est dispositiondans l’espace. Ce mode de culture
l’ensemble des plantes qui s’y trouvent. est largement dominant en Haïti.
On distingue :
- le peuplement cultivé qui est l’ensemble des l Systbme de culture : c’est l’ensemble des
plantes mises en place par le paysan, successions de cultures (pures ou associées)
- les plantes adventices, ou mauvaises herbes et des techniques mises en oeuvre sur une
dont la présence est indésirableet qui nuisent à même parcelle pour obtenir une ou plusieurs
la croissance des plantes cultivées. productions végétales.
Un système de culture est caractérisé par le
l Une culture est l’ensemble des plantes niveau de production qu’il permet et par son
cultivées sur une parcelle et des techniques qui influence sur la fertilité du milieu. Dans une
‘Voir aussi les définitions dans leur sont appliquées par le paysan. exploitation, plusieurs systèmes de culture
le chapitre 1. On distingue : coexistent généralement*.

MESURER LA DENSITÉ
La densité d’un peuplement végétal est le nombre de plantes d’une même
espèce par unité de surface. On l’exprime le plus souvent en nombre de pieds
par mètre carré (Nb de pieds/m? ou par hectare (Nb de piedsAra).
La densité de semis est le nombre de grains semés par unité de surface.
La densité de peuplement juste après la levée est plus ou moins inférieure à la
densité de semis carun certain pourcentage de graines ne germent pas à cause soit
de leur mauvaise qualité, soit de mauvaises conditions de germination (structure
du sol, humidité, profondeur des graines, parasites).
Entre la levée et la récolte, la densité de peuplement peut diminuer du fait de la

208
Dans la Plaine du Nord, la
patate douce est parfois
cultivée en Cu&re pure
(photo M. Bonnefoy).

disparition de certains pieds due aux parasites, aux techniques de culture (lors du
sarclage par exemple) et a certaines situations plus défavorables.

EN CULTURE PURE Lorsqu’une seule espèce est presente dans la parcelle, la mesure de la densité ne
pose aucun problème. On pratique de la même manière que pour réaliser un carré
de rendement. Lorsque l’on mesure le rendement d’une culture, il est d’ailleurs
’ Voir chapitre 7. toujours nécessaire d’en connaître la densité*.
Le choix de l’emplacement du carre est très délicat, il sera le plus souvent
nécessaire d’en réaliser plusieurs dans chaque parcelle en tenant compte des hé-
térogénéités de peuplement.
La comparaison entre plusieurs parcelles, ou plusieurs zones dans la même
parcelle permet de savoir si la densité a pu limiter la production.
Toutes choses étant égales par ailleurs, on ne pourra comparer l’effet de densités
différentes que si les adventices ont été correctement maîtrisées (car elles rentrent
en compétition avec les plantes cultivées).

DANS LE CAS L?‘UNE L’association de culture représentée dans le tableau suivant est celle qui est la plus
ASSOCIATION DE frequemment pratiquée sur le Plateau Central :
CULTURE

Figure 94 :-calendrierde
l’associationde culture: maïs/ A M J J ‘A S 0 ‘N D J F M
pois congo/sorgho/pois connu
pratiquée sur le Plateau
Central. Gros maïs

Pois congo

Sorgho

Pois inconnu

Nombre d’espkes présentes


dans la parcelle
Tout au long de l’année, le nombre d’espècwprésentes sur la parcelle varie entre
zéro et quatre. Les compétitions entre plantes sont différentes selon les périodes
et si un facteur devient limitant (sécheresse par exemple), l’èffet sera différent. Les
observations réalisées sur une culture où àssociation de cultures doivent donc
toujours être resituées par rapport aux circonstances climatiques correspondan-
tes.
Il est facile de mesurer la densité de chaque espèce présente mais impossible de les
additionner. Par contre il est important deinoter la répartition des différentes
espèces dans l’espace : la réalisation d’un dessin est le meilleur moyen.
Le tableau précédent permet de représenter la répartition des différentes espèces
dans le temps.

DÉTERMINATIONDE Cela permet par exemple de d&erminerl’assolement par espèce d’une exploitation
LA SURFACE ou de comparer des densités de plusieurs parcelles ayant la même association.
OCCUPÉE PAR Exemple d’une parcelle de 1000 m2 avec une association maïs-patate :
CHAQUE ESPÈCE l la parcelle mesure 1000 m2,
l la densité ,de la patate douce : 30 000 pieds/ha,
l la densité du maïs : 20 000 pieds/ha.
La densité optimale du maïs dans cette situation en culture pure est de 50.000
pieds/ha. Celle de la patate douce est de 30 000 pieds/ha. Les densités optimales
sont celles qui donnent dans les mêmes conditions (sol et climat) les meilleurs
rendements. Elles sont déterminées pour une variété et un milieu donnés, lors
d’essais où seules les densités varient.
l On calcule les rapports entre les densités réelles et les densités optimales en
culture pure :
20 000 30 000
- = 0,4 pour le maïs - = 1 pour la patate douce
50 000 30 000
Cela signifie qu’il faudrait 1,4 fois la surface considérée pour avoir le même nombre
de pieds en cultures pures.
l On en déduit le pourcentage de terrain occupé par chaque espèce :
1 x 1000 0,4 x 1000
= 710 m2 pour la patate ~‘290 m2 pour le maïs
1,4 124
Celanous donne l’occupation du sol à un moment donné ; mais les espèces cultivées
ont des durées de cycle différent dont on peut tenir compte : il sufit de multiplier
la surface occupée par le nombre de jours de présence de chaque espèce sur la
parcelle :
- patate : 180 jours soit 127.800 jours-m2.
- maïs : 165 jours soit 47.850 jours-m2.

Pour déterminer l’assolement d’une exploitation, il ne reste plus qu’à additionner


les valeurs des cultures de toutes les parcelles. Pour chaque espèce, on pourra
déterminer un pourcentage :
patate en j x m2 x 100

total de j x m2 pour l’exploitation.


Cette méthode a cependant des limites car ‘:
l le choix des densités en culture pure est difficile à réaliser,
l les espèces à cycle long sont privilégiées,
l les mêmes espèces n’ont pas la même durée de cycle selon les variétés et les
régions (altitude).

210
DENSITÉ.ETRENDEMENTDES CULTURES
La croissance et le développement des plantes sur une parcelle dépendent du
milieu mais aussi du nombre de plantes présentes. Il existe des phénomènes de
compétition entre plantes qui, pour une richesse du milieu1 donnée, s’accentuent
quand le nombre de plantes augmente. En choisissant les dates de semis (ou
plantation) des différentes espèces et leur disposition dans l’espace, le paysan
essaye de mettre les plantes dans les meilleures conditions de croissance possible.
Pour cela il faut savoir :
l que les conditions et facteurs du milieu varient dans le temps : surtout les
conditions climatiques,
l que les besoins de la culture varient dans le temps selon les stades de croissance
et de développement atteints par les différentes espèces.

Associationde riz pluvial et de


maïs en cours de sarclage.
Celui-ci intervient déjà trop
tard, les mauvaises herbes
sont plus hautes que le riz et
ont déjà nui à la culture
(photo M. Bonnefoy).

Le paysan ne contrôle pas tous les paramètres du milieu mais beaucoup mieux le
peuplement végétal.
Lesfacteursles plus souventlimitants en Haïti sont l’eau et les éléments minéraux
disponibles dans le sol :
l L’eau : en dehors des zones irriguées qui représentent une très faible proportion
de la surface cultivée en Haïti, les cultures sont tributaires de la pluviométrie.
C’est surtout en choisissant des dates de semis ou plantation en fonction des pe-
riodes de précipitations que le paysan peut influer sur l’alimentation en eau des
plantes.
l Les éléments minéraux : leur disponibilité dans le sol est en partie gérée par
les paysans qui en apportent sous forment de matières organiques ou d’engrais
minéraux. Mais les taux de matières organiques des sols haïtiens sont en moyenne
assez faibles et les engrais minéraux très peu utilisés. Face à une fertilité des sols
limitée, les paysans là aussi essayent d’adapter les peuplements végétaux.

RENDEMENT Le rendement d’une culture pure est une production par unité de surface.
EN GRAINS Il peut se décomposer de la manière suivante :
Rendement = Production moyenne d’une plante) ~
x (Nombre de plantes par unité de surface)

211
La courbe suivante nous montre la relation qui existe entre la densité- de,
peuplement et le rendement en grains des céréales :

Figure 95 : rendement en
grains d’une culture de céréale radement
1 et rendement moyen d’une
plante 2 en fonction de la
t
densite (Nb de plantes/m2)

On distingue à partir de l’allure de cette courbe trois situations différentes :


l Situation 1: le rendement augmente proportionnellement avec à la densité, il
n’y a pas de compétition entre les plantes (1). Le rendement moyen d’une plante
reste constant et est maximal (2).
l Situation II : la courbe s’applatie; le rendement n’augmente plus avec la
densité, il est maximum pour le milieu considéré. Au fur et à mesure que la densité
augmente, le rendement moyen par plante diminue (2); il y a une compétition de
plus en plus forte mais cela n’altère pas le rendement global (1).
l Situation III : la compétition se fait plus forte et la chute du rendement par
plante n’est pas compensée par l’augmentation du nombre de plantes, le rende-
ment global de la culture diminue.
En conclusion, pour une espèce et une ~Variété données, il existe une $ensité
optimale définie par le facteur le plus limitant. La zone II de la courbe représente
la gamme de densités idéales. Elle est importante pour le riz qui peut taller donc
émettre des tiges et des épis supplémentaires lorsque la densité est faible, et pour
les légumineuses qui emettent des ramifications. Elle est étroite pour le maïs qui
n’a pas cette capacité de compensation.

RENDEMENT EN Lorsque la compétition entre plantes est trop forte ; le rendement en grains
MATIÈRE SÈCHE diminue car chaque plante n’accumule pas suff%amment de matière sèche; mais
la production totale de matière sèche au niveau de la parcelle n’est pas altérée
comme le montrent les graphiques suivants :

plantes
snf&s

Figure 96 : relation entre la densité et le rendement en Figure 97 : rendement en matiére sèche de la culture
matière sèche des différents organes du maïs (courbe 1) et par plante (courbe 2), en fonction de la densité.
(d’après EARLOY 1972).

212
A partir d’une certaine densité, il a y compétition entre les pieds pour les facteurs
du milieu: le rendement par plante commence alors B diminuer mais le rendement
global de la culture en matière sèche continue à croître jusq+ un maximum puis
stagne.

Les densités généralement conseilléespour la Lorsque l’on passe d’une densité de 30 à 60


Exempledes culture pure de haricot sont de 20 à 30 pieds pieds/m*, le rendement augmente
fortes densités au m? Les paysans du plateau des Rochelois considérablement. Les densités que le paysan
pratiquent des densités tres elevées de l’ordre haitien applique sont donc correctes par rapport
de haricof de 35 à 55 pieds par m2. Avant de porter un au milieu où il travaille : les sols bauxitiques
pratiquées par jugement sur cette pratique et de conseillerdes particulierement pauvres du Plateau des
densites plus faibles, il importe d’en rechercher Rochelois.
les paysans du le bien-fondé. Une petite experimentation a Pour atteindre des densités de peuplement 35 à
plateau-des permit de comparer différentes densités, en voici 55 pieds/m2,les agriculteurs sèment 3 a 4 grains
les résultats. par poquet a raison de 18 Zr23 poquets/m2,ce
Rochelois. qui correspond à une densité de semis de 54 ‘a
92 grains/m’. II y a donc une perte tres
importante de plantes entre le semis et la
récolte. Les causes peuvent être la mauvaise
. . ..a* . . .
‘qualitédes semences ou la mortalité en
végétation (insectes-maladies).
- Les problémes que rencontrent les paysans pour
la culture du haricot sont : une faible fertilité des
,soIs,une perte importante de plantes durant la
chsiti vegétation.
Les fortes densités pratiquées sont une réponse
à ces deux contraintes. La recherche des
solutions doit donc s’orienter vers l’amélioration
Rendement du haricot en de la fertilité des sols et la réduction des perte,s
fonction de la densité de de,plantes : meilleure conservation des’
peuplement semences, lutte contre les insectes et maladies.

213
L’enracinementdes
cultures 8’

QU’EST-CEQUE L’ENRACINEMENT?
RÔLEDE Les systèmes racinaires des plantes ont deux fonctions essentielles : l’ancrage de
L’ENRACINEMENT la plante au sol, l’absorption par la plante de l’eau et des éléments minéraux.
Pour certaines espèces, les racines constituent des organes de réserve (manioc).

Rôled’ancrage Le système racinaire assure la fixation au sol de la plante et son maintien vertical.
Pour résister aux vents forts, la plante doit posséder un enracinement suffrsam-
ment profond et puissant. Certaines plantes, comme le maïs ou le sorgho,
possèdent des racines spécialisées pour l’ancrage : ce sont de grosses racines
partant des premiers noeuds de la tige et, en partie, aériennes. Pour les plantes
rampantes comme la patate douce, ce rôle n’existe pas.

Absorptionde l’eauet La plante puise dans le sol, grâce à ses racines, l’eau et les éléments minéraux in-
desélémentsminéraux dispensables à sa croissance et son développement.
l L’eau

L’absorption de l’eau par les racines est commandée par la transpiration des
feuilles qui crée un appel d’eau. Cette transpiration est elle-même gouvernée par
la demande climatique (l’évapotranspiration potentielle).
Cette perte d’eau se répercute à travers les vaisseaux de la plante jusqu’aux
racines qui. acquièrent ainsi une force de succion. La plante est capable de
s’alimenter en eau tant que cette force est supérieure à celle avec laquelle le sol
*Voir chapitre 9. retient I’eau*.
l Les éléments minéraux
La plus grande partie des éléments minéraux absorbés par les racines se trouve
sous forme dissoute dans l’eau du sol (ions). Une très faible part est puisée par
contact direct des racines avec les particules du sol.
Les sécrétions acides des racines et l’activité des micro-organismes du sol assurent
la solubilisation d’éléments minéraux se trouvant à l’état solide.
Deux mécanismes permettent simultanément l’absorption des ions par les raci-
nes :
l un entraînement passif des éléments minéraux par l’eau,
l une absorption active nécessitant une dépense d’énergie de la part des cellules
racinaires (car la concentration en ions de la sève brute est superieure à celle de
la solution du sol).
La capacité d’absorption des racines est très importante et n’est pas un facteur
limitant l’alimentation minérale. Ce sont la richesse du sol en éléments minéraux,
leur mobilité et la colonisation du sol par les racines qui peuvent être limitants.
L’alimentation hydrique et l’alimentation minérale des plantes sont donc étroite-
ment liées. Pour assumer ses deux fonctions, les racines doivent être nombreuses,
longues et bien ramifiées, ceci d’autant plus que l’humidité et la richesse minérale
du sol sont faibles :

214
. l’augmentation de la densité des racines dans un horizon donné permet une
meilleure extraction de l’eau et des Bléments minéraux disponibles à ce niveau,
l l’extension du système racinaire en profondeur et en largeur aboutit a mettre à
la disposition de la plante un volume de sol plus important.
L’alimentation hydrique et minérale des plantes est aussi fonction de la richesse
.du sol. Plus un sol est riche et humide, moins la plante a besoin dlexplorer un grand
volume de sol; un système racinaire bien développé est donc dans ce cas moins
necessaire.

LES DIFFÉRENTS Un système racinaire se construit 8 partir d’une ou plusieursIracines primaires qui
se ramifient en racines secondaires, tertiaires, quaternaires: Une partie de cet en-
TYPES
semble porte des poils absorbants.
D’ENRACINEMENT Les racines qui naissent a partir de la tige et non d’une racine primaire sont les
racines adventives. L’essentiel du système racinaire des graminées est construit
à partir de racines adventives, leur enracinement est dit ~~fasciculh (en forme de
Figure 98 : exemples de’ faisceau). Les legumineuses ont au contraire un système racinairepivotant, cons-
systbmes racinairespivotant truit a partir d’une racine principale qui se ramifie.
(pois congo) et fascicul6 Les plantes multipliées par boutures (manioc, patate douce) ne développent que
(maïs). des racines adventives.

-@~tp$i&To.~ *
0
SYsTÈMEfwirdtim PIVOTANT SYSTËN RACiNeiRE FAStiCUL~ ’
a

La forme générale d’un système racinaire est défini en partie généticw_ tement. Les l
différentes espèces n’explorent donc pas le sol de la même façon et cela leur donne
une plus ou moins grande capacité d’adaptation aux situations.
Un enracinement profond, comme celui du pois congo par exemple, permet à la
plante de mieux résister a la sécheresse en utilisant l’eau des horizons inférieurs.

Cas particuliers
l Certaines plantes développent des tiges souterraines appelées rhizomes. Ces
rhizomes sont des organes de multiplication vegétative et qui, dans le cas de
certaines espèces, peuvent tubériser.
l Certaines racines sont spkialisées dans la recherche d’eau en profondeur. Elles
s’enfoncent profondément jusqu’à la nappe phréatique.
l D’autres sont spécialisées pour venir respirer’ a la surface du sol comme les
racines respiratoires du palétuvier.
Quelques 9Plantesa systémeraclnalrefasclculé: lPlantesa rhizomes: gingembre, ananas,
maïs, riz, sorgho, mil, manioc, bananier, malanga pomme de terre, imperatas et certaines
exemples (Xanthosoma), mazombelle (Colocasia).. adventices : chloris guyanis et cyperus rotondus.
d’enracinement lPlantesa systémeracinairepivotant: haricot, . Plantes8 racinestubéreuses: manioc,
pois congo (cajanus cajan), arachide, pois connu patate douce, mazombelle, malanga.
(Vigna unguiculata), tabac, tomate, cotonnier,
carotte, ricin.

Enracinementfasciculé du riz
(photo M. Bonnefoy).

LA CROISSANCEDES RACINES ET LEUR FONCTIONNEMENT


COMMENT POUSSE l Si le sol n’est pas déformable : une racine s’aHong& dans le sol en cheminant
dans les pores d’une dimension supérieure ou égale à la sienne. C’est le cas des sols
UNE RACINE très sableux à toutes humidités, et de tous les sols en conditions sèches. Lorsqu’un
sol est sec, sa cohésion est forte et les racines ne peuvent pas agrandir les pores
pour y pénétrer; elles ne se développent alors que dans la porosité structurale ou
macroporosité.

. Si le sol est suffisamment humide et argileux, il devient déformable : les


racines peuvent alors, en exerçant une pression, pénétrer dans les pores légère-
ment inférieurs à leur diamètre (sauf s’il y aune trop grande différence de porosité
avec la zone d’où elle vient). -.
Ainsi, en condition sèche particulièrement, une bonne colonisation du sol par les
racines nécessite une porosité structurale importante et bien répartie (structure
fragmentaire fine).

CONDITIONSET Les facteurs nécessaires à la croissance et au développement des racines sont :


Yeau, I’oxygène, les éléments nutritifs.
FACTEURS Les cqnditions qui favorisent plus ou moins leur croissance sont : la température,
NÉCESSAIRESÀ LA la structure du sol, l’absence d’obstacles, de substances toxiques ou de parasites.
CROISSANCE ET AU Une mauvaise croissance des racines :entraîne une moins bonne alimentation de
DÉVELOPPEMENT DES la plante, une mauvaise croissance des ‘parties aériennes et pour finir un faible
rendement. Ceci d’autant plus que le sol est pauvre en eau ou en éléments
RACINES

216
min&aux. Certaines techniques culturales comme le travail du sol, le sarclage; le
buttage ont pour effet de créer de bonnes conditions de croissance des racines:

Latempérature La temphrature optimale de croissance des racines se situe entre 30 et 35” pour les
espèces tropicales.

L’aérationdu sol Les racines ont besoin d’oxygène pour respirer et cet oxygène doit donc circuler
dans le sol en permanence (sauf pour certaines plantes comme le riz, capable de
croître en milieu inondé).
Les besoins en oxygène des racines varient selon les espèces mais, d’une façon
gén&ale, une bonne aération du sol favorise leur croissance. En l’absence totale
d’oxygène la plante peut mourir en quelques heures. Lors de sa respiration, elle
consomme de l’oxygène (O,), libère du gaz carbonique (CO,) et de l’bthylène (C,H,).
L’accumulation de ces substances dans le sol est nbfaste pour les racines.

L’eau Elle est indispensable a la vie des racines, mais elle peut aussi entraîner leur
asphyxie lorsqu’elle est en excès. Si la macroporosité du sol est occupée par l’eau ;
I’air ne circule plus et les racines ne peuvent plus circuler. Ainsi, la présence d>une
nappe d’eau dans un sol est un obstacle au développement du système racinaire.

L’absence-de- Les substanc@toxiques peuvent être :


substa’nces
toxiques l du calcaire actif,
l des ions toxiques comme l’aluminium (Al+++) qui devient soluble et assimilable
ou de parasites par les plantes lorsque le pH du sol est très acide. Certains cas de toxicité
aluminique ont ét6 observés dans les sols bauxitiques du Plateau des Rochelois,
l certains produits toxiques comme les sulfures peuvent s’accumuler dans les
zones asphyxiées.
l les parasites des racines : champignons, nématodes, insectes et larves.

La structuredu sol* La structure du sol joue un rôle fondamental dans la croissance des racines d’une
l Voir chapitre 3. culture. C’est la structure qui détermine sa porosité :
l les conditions d’aération du sol et des racines,
.-la circulation de l’eau et le drainage,
l le nombre et la taille des pores dans lesquels les racines vont pouvoir p6nétrer.

~Porositéet Des expérimentations rbalisées par I’IRATsur l plus la porosité est importante, plus le systbme
sols ferrugineux en 1969 au Sénégal montrent racinaire se développe,
enracinement que pour le maïs : 9 plu8 la densité racinaire est importante,
meilkur est le rendement du maïs.

Relation entre la porosité du sol et la densité Relation entre la densiié racinaireet le


racinaire d’une culture de maïs (Nicou - RAT). rendement d’une culture de maïs (Nicou - RAT).
/
0,9-

w
o;t-
Qb.

45.

%.
0,3.

217
LES OBSTACLES A LA Dans un sol, les racines peuvent rencontrer1 différents types d’obstacles qui vont
CROISSANCEDES modifier leur croissance et, de ce fait, l’aspect général du système racinaire de la
plante.
RACINES
l Obstacles liés à la structure du sol,
Toute zone où la porosité (donc la densité apparente) change peut être un obstacle
à la pénétration des racines :
zones où la porosité est pl’us faible : zone pius tassée (motte de terre compacte),
horizon du sol non travaillé,
. zones où la porosité est beaucoup plus forte : zones creuses, fentes de retrait en
sol très argileux, galeries d’animaux.
Plus la transition entre deux zones de structure différentes est brutale, plus les
racines ont du mal à y pénétrer.
l Autres types d’obstacle
. pierres, changement d’horizon pédologique,
. présences de matières organiques non décomposées,
. gley, zones asphyxiées,
. nappe deau.
. L’observation des racines lors de la réalisation d’un profil cultural permet de
repérer les différents obstacles présents et leurs effets sur l’enracinement.
En arrivant sur un obstacle, la racine peut modifier sa trajectoire, changer d’aspect
ou arrêter sa croissance.
Le tableau suivant présente les réactions visibles des racines face à différents
types d’obstacles.
Lorsque les obstacles sont importants et que la majorité des racines primaires et
secondaires d’une plante sont modifiées, lleur répartition dans le sol devient
hétérogène.
Un volume important du sol est donc inexploré.
Les schémas d’enracinement qui se développent dans un milieu défavorable sont
déformés.
Un obstacle est plus ou, moins gênant selon le type de système racinaire, les
répercussions sur un système pivotant sont souvent plus importantes que sur un
système fasciculé.
Un enracinement réduit a un effet néfaste ‘d’autant plus important sur le rende-
ment que le sol est pauvre.
Les plantes sont donc moins bien alimentées, réduisent leur croissance aérienne
puis racinaire, ce qui limite le rendement de la culture.
Des systèmes racinaires déformés ont des conséquences néfastes sur le fonction-
nement des plantes :
l d’une part, les racines réduisent leur activité lorsqu’elles sont déformées ou
asphyxiées.
l d’autre part, le volume de sol exploité par les racines est réduit.

COMMENT FAVORISER Pour favoriser l’enracinement des cultures, il est nécessaire d’avoir un sol bien
L’ENRACINEMENT aéré, avec une porosite structurale importante. C’est le travail du sol qui permet
la création d’une structure favorable au bon dévelonnement du svstème racinaire.
Mais la jonction entre l’horizon travaillé et l’horizon;nférieur ne-doit pas être trop
Travail du sol et marquée par un changement brutal de densité.
enracinement*
* Voir chapitre 3. Pour la grande majorité des cultures,.70% a 80% des racines se trouvent dans les
25 a 30 premiers centimètres. Cela correspond, dans la plupart des cas, à l’horizon
du sol le plus riche en matières organiques et en éléments minéraux. En Haïti,
l’horizon travaillé n’excède jamais 20 cm lorsque le travail du sol est réalisé a la
charrue (traction animale) et 15 cm lorsqu’il est travaillé à la houe. Dans de
nombreuses situations il est inférieur a 5 cm.
L’augmentation de la profondeur de travail du sol permet souvent un développe-
ment plus important des racines, mais’il a pour effet en même temps de diluer la
matière organique de l’horizon supérieur dans un plus grand volume de terre.
La réalisation de buttes ou billons A pour effet de mettre A disposition des plantes

218
Obstacles. structuraux l Les racines essaient de contourner l’obstacle ; ” ta
**~
- Mottes compactes - Ellessont coudées -1
- Zones tassées - Les racines pivots sont fourchues G
- Lissages dus au passage - Leur trajectoire devient horizontale 5
d’un outil (charrue) - Certaines se terminent en massue

l Les racines qui ont réussià Pénétrerdans une ‘1

- Zones creuses l Les racines n’adherent plus à la terre et


(fentes et retraits) n’arrivent plus à trouver d’appui :
- il y a une prolifération de ramificationset de poils
- Zone tres meuble sur un absorbants.
horizon tassé La racine a un aspect velu.

- Espace vide a Racine en tortillon.

Autres obstacles : lLes racines sont coudées ; leur trajectoire est


- Pierres/profondeurdu sol modifiee ; elles deviennent éventuellement
- Paquets de matières horizontales (taille de l’obstacle).
organiques non
décomposées l La racine arrête sa croissance,se renfle à son
- Zones asphyxiantes, gley extrémité où elle développe de nombreuses
ramifications.

- Présence d’une nappe d’eau. lLes reactions sont semblables à celles des
racines buttant sur un horizon très tassé.

Figure 99 : reactions des


racines a divers types
d’obstacles,telles qu’on peut
les observer.
un grand volume de terre meuble, tout en concentrant localement la matiére or-
ganique de l’horizon de surface.
Dans certains cas, c’est la profondeur du sol qui limite l’enracinement, notamment
sur les sols érodes des mornes où la roche est parfois apparente.

Observation’d’un Lorsque l’on réalise un diagnostic sur une culture en place, il est nécessaire
enracinement d’évaluer le développement de son système racinaire. Des méthodes d’observation
’ Voir chapitre 3. sont décrites dans le chapitre sur le profil cultural*. l
Pour porter un jugement sur l’enracinement d’une culture, il est nécessaire d’avoir
des références telles ‘que le type d’enracinement correspondant aux meilleurs

219
Figure 100 : systèmes
racinaires fasciculés, normal et
modifiés.
Figure 101 : systèmes
racinaires pivotants, normal et
modifiés.

normal modifik

normal

rendements pour la même culture et dans les mêmes conditions. De telles


références n’existent pas en Haïti. Cependant, la comparaison d’enracinements
observés en différents points d’une parcelle ou sur plusieurs parcelles d’une même
zone peut permettre d’expliquer certaines différences de rendement. De telles
observations sont indispensables lorsque l’on cherche, par exemple, à comparer
l’effet de différentes techniques de travail du sol.

COMPETITIONENTRE LES PLANTES POUR LES FACTEURS DU SOL


La compétition pour les facteurs du sol entre les différentes plantes d’une culture
(ou d’une association de culture) commence généralement plus tôt que pour la
lumière.
De la même manière qu’un enracinement SinsufIisant limite la croissance des
parties aériennes, une plante -qui ne reçoit pas suffisamment de lumière (ombre
d’autres plantes au début de son cycle par exemple) aura un enracinement limité.

CONCURRENCE Cette concurrence se produit dès que les zones d’épuisement autour des racines des
différentes plantes se rejoignent.
VARIABLE POUR LES
Elle est plus rapide pour l’eau et les ionsnitrates (NO,-) qui sont plus mobiles que
ÉLÉMENTSM~~ÉRA~X le phosphore et le potassium. ”
La zone d’épuisement de l’eau peut s’étendre jusqu’à 25 cm autour d’une racine.
Les ions mobiles (NO,-) sont entraînés par l’eau en mouvement dans le sol et leur

220
zones d’épuisement peuvent correspondre à celle de l’eau s’ils sont absorbés dès
qu’ils arrivent aux racines.
Les éléments nutritifs comme le phosphore, le calcium, le potassium, l’ammonium,
sont absorbés à la surface des particules du sol. Leur concentration est faible dans
l’eau et leur déplacement concerne de très faibles distances (seulement quelques
millimétres pour le phosphore). Les zones d’épuisement de ces ions est réduite à
quelques millimètres autour des racines. La concurrence pour ces éléments est
donc très faible, sauf dans le cas d’une densité racinaire importante, les systèmes
racinaires se pénétrant l’un dans l’autre.
En conclusion :
l un enracinement dense est nbcessaire pour une bonne alimentation en potas-
sium mais surtout en phosphore, d’autant plus que le sol en est peu pourvu,
l la compétition est forte pour l’eau et l>azote et peut se manifester assez tôt.
Ces principes sont valables quelques soient les espèces cultivées dans les associa-
tions.

COMPÉTITIVITÉ DES Selon les types d’enracinement, certaines espèces sont plus ou moins compétitives
PLANTES POUR LES pour les facteurs du sol. La compétitivité dépend du volume de sol exploite, de la
répartition spatiale des racines (notamment en profondeur) et de la densite de
FACTEURSDUSOL racines dans le volume exploré. C’est surtout un développement rapide des racines
et une absorption précoce qui détermine une forte compétitivité d’une espèce pour
les éléments mobiles. Mais c’est la richesse du milieu qui détermine le degré de con-
currence entre les plantes pour une densité donnée.

UTILISATION ‘La plupart des profils racinaires observés en Haïti sur des associations de cultures
COMPLÉMENTAIRE annuelles montrent que 80% des racines sont concentrées dans les horizons de sur-
face (25 a 30 cm) et en particulier dans l’horizon travaillé (i5 premiers centimè-
DES FACTEURS DU tres). Il n’y a donc généralement pas d’utilisation complémentaire des différents
SOL horizons par des profondeurs d’enracinement différentes. Il a ét4 montré a Madian
que lepois congo et le sorgho cultivés en association exploitent aussi intensément
l’horizon superficiel malgré le caractère pivotant du système racinaire du pois
Congo.
Par contre, cette complémentarité existe et joue un rôle important dans les
parcelles arborées, notamment les jardins “devant porte-kaye”. Dans ce cas, les
arbres puisent les éléments dont ils ont besoin à plusieurs mètres de profondeur
et les restituent en surface lorsqu’ils perdent leurs feuilles. ,L’horizon superficiel
est ainsi régulièrement enrichi en matières organiques et Bléments minéraux dis-
ponibles pour les plantes annuelles.
Dans les associations de légumineuses et non-legumineuses, la légumineuse
satisfait généralement l’essentiel de ses besoins en azote par la fixation symbioti-
que. Les autres composantes exploitent la solution du sol. Certains auteurs ont
montré que la fixation symbiotique s’effectuait mieux en présence de non-légumi-
neuse, c’est à dire quand le milieu .est appauvri en azote.
Dans certaines associations, les besoins très contrastés des différentes composan-
tes peuvent conduire a une utilisation complémentaire des divers éléments
minéraux (ou formes d’éléments).
Enfin, la meilleure utilisation des facteurs du sol par certaines associations de
cultures s’explique le plus souvent par un décalage dans le temps des périodes de
fortes demandes (pour ces facteurs) des différentes composantes.

221
L--
La gest~ion
de la lumière
La fabrication de matière sèche par les plantes suppose‘la transfor-
mation d’énergie lumineuse par l’assimilation chlorophylienne. En
milieu tropical comme en Haïti, le manque d’eau ou la faible fertilité
chimique des sols sont souvent des facteurs plus limitants pour les
plantes que la lumière. Une variation de celle-ci n’a alors pas de
‘conséquencesur le rendement.

Il arrive toutefois que la lumière, soit un yfacteur important du


rendement ; dans les régions d’altitude-où la nébulosité peut être
forte en saison des pluies, dans les zones ‘irriguées où l’eau est
abondante. Dans les deux cas, la limitation sera surtout sensible si
la fertilité chimique du sol est élevée.

La pratique des cultures associéesgénère aussi des compétitions par


rapport à la lumière entre les plantes qui méritent d’être soigneuse-
ment analysées avant de porter un jugement.

223
Utilisation
de la lumière
par la plante

RAYONNEMENTNET ET PRODUCTIONPOTENTIELLE
L’énergie lumineuse est a la base de toute production de matière sèche. Son origine
est le soleil.
Le rayonnement est un ensemble d’ondes électromagnétiques qui trans-
portent une énergie. Une radiation est un ensemble d’ondes de même
longueur d’onde.
Nous distinguerons :
l les radiations visibles (de courte longueur d’ondes) qui jouent sur la photosyn-
thèse,
l les autres radiations, et en particulier celles de grandes longeurs d’ondes (infra-
rouge), qui jouent sur I’évaporation.
Le. rayonnement global (Ro) est composé de l’ensemble des rayonnements:
l le rayonnement direct (rayons de soleil),
l les rayonnements diffus, émis par l’atmosphère et tous les corps.
La part du rayonnement global reçue par le sol et les plantes est le rayonnement
net (R&. Cette Bnergie sert à~:
l l’échauffement de l’air, du sol, des plantes,
l l’évaporation de l’eau,
l la photosynthèse.
Le rayonnement net correspond au bilan représenté par la figure no 101 et s’écrit:
R, = R, - rayonnement réfléchi - rayonnement émis
La part de rayonnement réfléchi varie de 10 à 20 % pour un sol nu, et de 30 à 40
% pour la végétation.
L’énergie lumineuse est une donnée climatique sur laquelle le paysan ne peut pas
intervenir directement. Elle differe de ce fait des autres facteurs de’croissance. La
lumière devient souvent le facteur limitant lorsqu’on a recours à l’irrigation et à
des engrais minéraux car l’eau et la fertilité du sol ne sont alors plus limitants. L’un
des buts des systèmes de culture est donc d’exploiter la lumière de façon optimale.
La production potentielle est la quantité de ma&re sèche totale qui peut
être produite quand tous lës facteurs et conditions de croissance sont
optimum et que seule l’énergie lumineuse est ,limitante. La production
potentielle varie d’un endroit à l’autre., En Haïti elle diminue quand l’altitude
augmente, les heures d’ensoleillement étant plus réduites car il y a plus de nuages.

224
Figure 102 : les composantes du bilan radiatif au-niveau du peuplement végétal et du sol

CINDICE FOLIAIRE
La capacité d’un peuplement végétal A capter l’énergie lumineuse dé-
pend de la surface totale des feuilles vertes par unité de surface du sol;
c’est l’indice foliaire, Egal au rapport :
surface des feuilles vertes = indice foliaire
surface du sol
Au-fur et a mesure que les plantes poussent, l’indice foliaire augmente; le sol et la
base des plantes sont de moins en moins éclairées. Seules les feuilles du haut et du
milieu reçoivent assez de lumière pour que la photosynthèse soit supérieure à la
respiration.
Ainsi, par [Link]é, dans un champ de riz où la densité est très forte, les feuilles
du bas ne recevant plus assez de lumière jaunissent rapidement.
En début de culture, l’indice Au contraire, lorsque la densité est très faible, la lumière atteint directement le sol’
foliaire est très faible. Les qui a tendance à se dessécher en surface.
plantes (patates douces) L’intérêt du paysan est que le peuplement cultivé sur sa parcelle ait un indice’
couvrent très peu le sol foliaire optimal le plus longtemps possible. Mais plus l’indice foliaire augmente,,
(photo M. Bonnefoy). plus les besoins en eau et en éléments minéraux augmentent.

NOTION D’INDICE Lorsque l’indice foliaire augmente, la photosynthèse augmente, puis se stabilise à
FOLIAIRE OPTIMAL un maximum quand la quasi-totalité de la lumière est interceptée par les feuilles.
Mais la respiration continue d’augmenter (sauf dans certains cas où elle peut se
stabiliser); le bilan, donc l’assimilation nette ou la quantité de matière sèche
fabriquée diminue. On définit ainsi pour une espèce et un rayonnement donnés
une plage dïndice foliaire optimal ,
La valeur de l’indice foliaire optimal suppose que les autres facteurs ne soient pas
limitants. L’indice foliaire optimal differe selon l’organe récolte.
Au delà d’un indice foliaire de 3-4, le manioc fabrique plus de tige et de feuilles et
moins de tubercules. Pour la production totale de matière sèche, l’indice optimal
est de 6; pour la production de tubercules il est de 3-4.

225
Figure 103 : variation de l’assimilationnette (matière séche fabriqube par la photosynthèse moins celle dégradée parla respiration) en
fonction de l’indicefoliaire d’une culture.
Figure 104 : production et répartition de la matière sèche dans les différents organes du manioc en fonction de l’indicefoliaire.

INDICE FOLIAIRE ET L’indice foliaire optimal est différent selon les espèces et notamment le port des
PORT DE LA PLANTE plantes :
l il est d’environ 6 pour les plantes à port dressé comme le riz,
l il est de 3-4 pour des plantes recouvrant mieux le sol comme la patate douce.
Il diminue lorsque la luminosité est faible. Il suppose que les autres facteurs ne
soient pas limitants.
En culture intensive, la sélection de variétés à port partïculièrement dressé
permet d’obtenir un meilleur rendement de la photosynthèse (recherche actuelle
sur le riz aux Philippines).

LES VARIATIONS
DANS LE TEMPS .
DES BESOINS Figure 105 : l’indicefoliaire dépend du port de la plante.
EN LUMIÈRE Figure 106 : besoins en énergie solaire du riz à différents stades de C!roissanceet de développement
D’UNE PLANTE

Périodecritiquepour les besoinsen lumiére,durant


laquelleun faible rayonnementpeut provoquerune forte
stérilité,donc un faible rendement.

226
UTILISER AU MIEUX LA LUMIERE
CHOISIRLA DENSITÉ Plus le nombre de plantes par unité de surface [Link], plus la compétition
ET LA STRUCTURE DU pour la lumière est forte. Une trop forte densité provoque un étiolement des
plantes : c’est à dire une élongation des tiges et des feuilles, la plante est plus haute
PEUPLEMENT et plus fine; elle est aussi plus fragile et risque d’être couchée par le vent (c’est la
Densité ~ verse des céréales). Mais le plus souventen Haïti, c’est la disponibilité en eau ou
en éléments minéraux qui détermine la densité optimale.

Organisation spatiale La disposition des plantes dans un champ qui permet une meilleure utilisation de
la lumière est la disposition en quinconce car elle offre à chaque plante un espace
identique.

Figure 107 : la disposition A


des plantes permet une
utilisationplus rationnelle de la
lumière que la disposition B.

Plusieurs techniques permettent de favoriser un démarrage rapide des plantes :


. en choisissant bien la date de semis ou de plantation pour que les conditions de
croissance soiént favorables, ) ‘,, i,’
l en ayant des semences ou des boutures de bonne qualité,~ “,
l en créant une structure du sol favorable ‘à une bonne Igermination et à un
enracinement rapide, i
l en limitant la compétition avec les adventices. ) I
‘;_
Le sarclage a pour effet de
limiter la compétition des
mauvaises herbes sur la
culture, ici haricots
(photo G. de Laubier).

227
PROLONGERLA VIE L’attaque de parasites et certaines maladies réduisent la surface foliaire. Une
DES FEUILLES feuille qui n’est pas verte ne fonctionne plus. A titre d’exemple, la reduction de la
surface foliaire du haricot par les maladies à Salagnac est responsable d’une chute
du rendement de 35 %.
Dans le cas des céréales, à la fin du cycle, durant le remplissage .des grains, le
nombre de feuilles vertes est réduit (seules les feuilles du haut fonctionnent). Une
mort précoce de ces feuilles diminue fortement le rendement.
Pour maintenir un indice foliaire important le plus lontemps possible, il
faut limiter les attaques de parasites et les maladies et favoriser une ali-
mentation correcte en eau et éléments minéraux en fin de cycle.

Les maladies et ravageurs réduisent l’indicefoliaire des cultures ; c’est le cas ici d’un jeune choux dévoré par les chenilles
(photo G. de Laubier).
Culture d’ignames dans un jardin boisé. Le tuteurage des ignames et la culture en étages sont des techniques permettant une utilisation
très rationnelle de la lumière (photo D. Mermet).

AUTRES TECHNIQUES Le tuteurage des plantes grimpantes- permet une meilleure utilisation de #la
lumière, c’est le cas de l’igname et desvariétés de haricots grimpants. Cela,est
d’autant plus important que ces plantes sont en association avec d’autres espèces.

LA LUMIERE DANS LES ASSOCIATIONSDE ‘CULTURES


L’un des buts des systèmes de culture est d’exploiter la lumière de façon optimale.
Cela nécessite une interception élevée de la lumière mais aussi son utilisation ef-
ficace. Des valeurs maximales d’interception de la lumière peuvent être atteintes
en culture pure avec des densités optimales de plantes. Mais dans les associations
de cultures, la lumière est souvent utili’see de manière plus efficace (car la surface
foliaire optimale est obtenue plus rapidement, surtout en sols peu fertiles).

CULTURES EN ÉTAGES Les surfaces foliaires des composantes de l’association peuvent occuper différen-
tes strates verticales,~la composante la P;~UShaute ayant un feuillage tolérant une
I
lumière forte, et la plus basse étant une plante diombre. Comme dans les jardins
,- ‘devant porte-kuye!’ des paysans haïtiens. Chaque culture, allant des grands
arbres aux plantes annuelles basses à croissance lente, est adaptée à son étage
particulier de lumière.
C’est le cas de nombreuses autres associations telles que la culture de caféiers et
de cacaoyers sous l’ombre d’arbres forestiers ou fruitiers.

COMPÉTITION Dans une association, il y a toujours des plantes dominantes et des plantes
dominées.
INTER-SPÉCIFIQUE

228
Les plantes les plus hautes sont dominantes et les plus basses sont dominées. De
légères différences de hauteur au début de la croissance créent une dominante qui
généralement s’accentue. L’association doit permettre de réduire la concurrence
pour la lumière. Différentes techniques le permettent :
l la disposition en ligne double ou en poquet des plantes dominantes. Ainsi dans
l’association maïs/arachide, il faut concentrer au maximum le maïs pour qu’il
laisse passer la lumiere. Lorsque le paysan haïtien introduit de l’arachide dans une
Associationde maïs et de
association comprenant du maïs, il diminue la densite de ce dernier,
vigna. Le vigna tolére bien
l le choix de la date de semis permet desmettre en situation de domination une
l’ombre mais le maïs est très
espèce par rapport a l’autre,
sensible & un manque de
l le choix d’espèces dominées tolérant l’ombre,
lumière (photo D. Mermet).
l l’inclinaison des feuilles joue aussi un rôle important : elle permet une-meilleure
Figure 108 : calendrier de utilisation de la lumière par l’espèce elle-même mais accroît aussi la lumière
l’associationde cultures maïs/ disponible pour les plantes dominées. C’est pourquoi les centres de recherche
sorgholpois congo a Petite sélectionnentdepuis quelques années des,variétés de maïs B’feuilles inclinées, spé-
Rivière de Nippes cialement adaptées aux associations (maïs/manioc, maïskaro).

PLANTES D’OMBRE, Certaines plantes ont la capacité de s’adapter aux faibles intensités lumineuses en
PLANTES DE LUMIÈRE diminuant dans l’obscur% leur respiration, leur rapport racines/pousses et en
l augmentant leur rapport surface foliaire/poids des feuilles.
Plantes d’ombre :
l le malanga tolère bien l’ombre et adapte son type de croissance a la hrminosité.
Les plantes qui sont ombragées ont des pétioles plus longs et des feuilles beaucoup
plus larges que celles qui sont exposées directement à la lumière solaire,
l le pois connu (vigna) tolère aussi l’ombre et est souvent cultivé sous céréales
hautes comme le maïs ou le sorgho,
l lïgname, plante forestière, tolère bien l’ombre.
Plantes de lumière :
l les cereales comme le maïs ou le riz sont très sensibles a un manque de lumière.
C’est aussi le cas du manioc.

CULTURES DÉROBÉES~ On appelle culture dérobee la culture d’espèces dont les cycles se chevauchent de
façon 21ce que les périodes oùles exigences des différentes espèces sont maximales
OU DE RELAIS
ne coïncident pas.
Ainsi, le manioc est une espèce exigeante en lumière mais lente à établir sa surface
foliaire. Cela permet d’effectuer une culture de courte durée au départ (vigna -
maïs) ou à la fin du cycle (haricot) lorsque la surface foliaire décroît.

229
Figure 109 : interception de la
lumière par le manioc pendant
son cycle végétatif et périodes
possiblespour des cultures
associées.

6 9 12

LES RELATIONS DE COMPÉTITIONDANS L’ASSOCIATION


MAïS - SORGHO - POIS CONGO
Petite Rivière de Nippes est située dans les mornes de basse altitude, sur le versant
nord des Nippes. Le système de culture largement dominant dans cette zone est
l’association maïslsorgholpois congo (calendrier de l’association ci-dessous).

Dans cette région, la saison pluvieuse s’étend de lami-avril a la fin octobre, elle est
coupée par une petite saison sèche en juin-juillet.
Le principal facteur limitant de la croissance plus ou moins accentué selon le type
de sol est l’eau. La contrainte principale que rencontrent les paysans est la lutte
contre les adventices qui nécessite énormément de main-d’oeuvre, (en moyenne 400
heures par ha au «couteau dio»). De plus, les dates de semis’étant déterminées par
l’arrivée des premières pluies, l’ensemble des parcelles’ doivent être: sarclées en~
même temps, ce qui occasionne des pointes de travail insurmontables. :
Figure 110 : calendrier de
l’associationde cultures maïs/ -*e..,,:
MISI 1: ‘. : ~~‘r3 ~.pOis:KMqO : . ‘. :i POIScomo mm...i;
sorgholpois congo à Petite w m
Rivière de Nippes *PC “’,,G,, “‘,,‘,’ # ',',sorat~o *,f,r,', ', ', ', ' ,I
----,
MG2 [ : -‘. ‘w&. ~.pOIS’cLwlIIO
: .. : i pars mlqo m-2
-
*Pc r,,*I, I f ', Sotqho', ', : , ', ', '< ', 1
. . .. . : mfi(s ‘[Link] ‘coH& : : .‘. i klo\s umo
-- -*‘:
M2S2 -a..;
rr ’ l-
+tX ‘,‘,‘,‘OYO’,~,‘,‘, I I / #

La succession des travaux (itinéraire technique) est la suivante :


l la préparation du sol a lieu des les premières pluies : “dechoukaj” du sorgho et
sarclage à la houe ou au <<couteau digo» ;
l dès que le sol est préparé, le mais et le pois congo sont semés en poquets. Dans
chaque poquet on trouve : 3 a 6 graines deImaïs, 0 à 3 graines de pois Congo.
Les semis du maïs et du pois congo sont toujours réalisés avant la saison seche de
juin.
l Le premier sarclage a pour objectif d’éiiniiner la compétition des adventices sur
les plantes cultivées et de préparer le sol pour l’implantation du sorgho.
l Le semis du sorgho : les dates sont beaucoup’plus étalées que pour le maïs, de la
fin mai 81la fin août. Le sorgho est semé en poquets dune trentaine de graines.
l Un deuxième sarclage est réalisé avant la récolte du maïs et parfois même un
troisième selon le développement des adventices.

230
Le maïs est récolté en août-septembre, il ne reste alors sur la parcelle que le sorgho
récolté fin janvier (photopériodique) et le pois congo dont la récolte s’étale de
décembre A mars.

LE FONCTIONNEMENT Des observations en parcelles paysannes, accompagnées d’expérimentations en


station, ont permis de mettre en évidence certaines relations qui existent entre les
DEL’ASSOCIATION
pratiques paysannes et le fonctionnement du peuplement végétal dans le milieu:
Nous en présentons ici quelques résultats.

Conséquence du semis La question que l’on peut se poser est la suivante : la structure du semis en poqu+s
en poquetsdu maïs entraîne-t-elle une compétition importante entre les pieds,;au point de limiter la
croissance du maïs et le rendement final ?
En effet, nous pouvons faire l’hypothèse que la structure en poquets ne permet pas
une utilisation homogène de l’espace, les racines et les feuilles étant moins bien
réparties qu’avec une structure par pied unique.
Pour répondre à cette question, on réalisa upe expérimentation comparant des
cultures de maïs semées A la même densité mais de structures différentes :
l des peuplements en structure concentrée, c’est-à-dire en paquets de 4 pieds,
l des peuplements en structure diluée, c’est à dire en poquets de 1 pied.
Les densités sont identiques et égales à 50 000 pieds/ha. ’

Le semis en poquet du maïs


permet de faciliter les
sarclages et de laisser passer
plus de lumière pour le sorgho
qui sera semé ultérieurement
entre les poquets de maïs
(photo G. de Laubier).

l Résultats

. En début de cycle, le maïs en poquets de 4 pieds a une croissance légèrement plus


faible que le traitement en structure diluée. Puis cette différence de croissance di-
minue pour s’annuler à la floraison et plutôt s’inverser A la rP,colte. Mais ces
différences ne sont pas significatives.
. Par contre, la forme des pieds varie : le rapport hautetir/diamètre est signifïca-
tivement plus élevé pour la structure concentrée, la quantité de lumière reçue par
pied est donc moindre.
. Le rendement en grain et les valeurs des composantes du rendement n’ont pas de
valeurs significativement différentes.
l Interprétations

Le semis en poquets augmente la compétition pour la 1umièTe entre les plantes,


cela se traduit par un étiolement : les pieds s’étirent en hauteur et le rapport
hauteur/diamètre augmente avec le nombre de pieds par poqu$. L’interceptiqn de
la lumière n’est pas optimale mais cela n’a pas #derépercussion sur le rendemen!
pour deux raisons :
. le facteur limitant n’est pas la lumière mais l’eau. Or des observations montrent
que l’enracinement est équivalent entre un semis concentré ou,dilué. La contrainte
en eau joue donc de la même façon, que le maïs soit en poquet ou non,
. tant que l’indice foliaire ne dépasse pas 3 (dans ces conditions de luminosité) le
nombre de pieds par poquet ne joue pas sur le rendement.

231
Les densités de maïs pratiquées par les paysans sont telles que l’indice foliaire du
maïs est toujours inférieur à 3. Cela veut dire que l’utilisation de l’énergie
lumineuse n’est pas maximale.
Dans ce cas, c’est le nombre de pieds total qui caractérise la densité et non le
nombre de poquets.

Figure 111 : comparaison des


4 pieds par poquet 1 pied par poquet
résultats obtenus lors de
cultures de maïs de méme par pied par unit6 par pied par unité
densité avec une structure de surface de surface
diluée (1 pied par poquet)
Densité A la rkolte 49600 p /ha 46650 p /ha
et une structure concentrée
(4 pieds par poquet). Matibre skhe :
à 27 jours* 1,13 glpied 0,059 tlha 1,37 g /pied 0,072 tlha
à la floraison 74 glpied 3,700 Uha 78,6 glpied 3,670 tlha
à la récolte 118 glpied 6,28 tlha 114,5 glpied 5,8 Uha
Rendement : 27,8 glpied Wqxlha 25,2 glpied il,8 qxlha
nombre de grains 159 glpied 782 glm2 151 g/pied 701 g/m2
poids de 1000 grains 173g. 166 g.
nbr. d’épislpied 0,84 0,87
NGIMS floraison 2,13 grainslg. de MS 2,ll grainslg. de MS
(efficience de la croissance)
Indice foliaire 1,65
Taille des pieds :
- hauteur H 175cm 175cm
- diamêtre D 1,5cm 1,57 cm
- HID * 117 111
Développement :
.- nombre de feuilles total 22,3 22,8
- durée semis-floraison 73,7 jours 73 jours

l Conclusion

Le rendement n’est pas affecté, dans ces conditions, par un semis en poquet mais
n’en est pas non plus amélioré. En revanche, cette pratique permet :
l de gagner du temps lors des sarclages,
l de laisser passer plus de lumière pour le’sorgho, semé ultérieurement entre les
poquets de maïs.

EFFET DE LA Pour étudier les relations de compétition, en particulier pour la lumière, entre les
COMPÉTIONDU MAïS différentes espèces de l’association, le protocole suivant a été réalisé. Trois traite-
ments correspondants à des dates différentes de semis du maïs et du pois congo.
ET DU POIS CONGO dune part et de sorgho d’autre part ont été mis en place.
SUR LE RENDEMENT
l La comparaison de Ml Sl et Ml S2 permet de mettre en évidence l’effet sur le
DU SORGHO
rendement du sorgho, de la longueur de son cycle lorsqu’il est associé au maïs (cette
variété de sorgho étant photopériodique, plus il est seme tard, plus son cycle est
court).
l La comparaison de Ml S2 et M2 S2’permet de mettre en évidence l’effet de la
durée de recouvrement des cycles de maïs et de sorgho (---> sur le rendement du
sorgho.

232
l Ces trois traitements ont été croisés avec quatre densités de pois congo : 0,3000,
6000,12 000 piedska.
l Une parcehe sans maïs 62; PC 12 000) permet de mettre en évidence l’effet
indirect du maïs sur le sorgho (des échantilllons de 24 ou 48 poquets de sorgho ont
été suivis dans chaque parcelle).
Lorsque le sorgho est semé, le maïs et lepois Congo ont déjà une taille importante.
La lumière qu’il va recevoir jusqu’à la récolte du maïs dépend de la structure de
peuplement du maïs et du pois Congo. La disposition en poquets de ces plantes
Figure 112 : pénétration de la permet une meilleure pénétration de la lumière.
lumière en fonction de la ~La figure 112 met en évidence que plus l’indice foliaire du maïs est important,
surface foliaire du maïs. moins la lumière pénètre. Mais pour un même indice foliaire du maïs, 13 lumière
pénètre mieux quand le nombre de pieds par poquet est élevé (figure 113).
Figure 113 : pénétration de la
lumière,en fonction de la La date de semis du sorgho est peu importante pour les autres espèces. L’ombrage
structure de peuplement du du-maïs est [Link] la croissance du sorgho n’est importante qu’après la récolte du
maïs. maïs.
pén&tv&oM deluluwieve
tauvfivtw AH sol 01%
0 l
00
0.0 Surface foliaire Nombre de pieds Nombre de Perméabilitédu
0 oo,* par pied par poquets poquets par couvert A la
0
Oo ha lumière
00.
0 3046 cm2 2 16000, 59,9 %
l Ae+Ae
3 @&
opoqudde-deJ3lj\d5
paquet 3046 cm2 4 8000 72,3%

Compétition Après la récolte du maïs, la croissance du sorgho est limitée par la présence du pois
entrele sorgho congo. L’effet négatif du pois congo est d’autant plus important qu’il a une forte
croissance et une forte densité. Cela s’exprime clairement dans la figure 114. Plus
et le poiscongo la densité du pois congo est importante plus le rendement ‘du sorgho est faible.
D’autre part, sans maïs, le rendement du sorgho-est nul. Cela révèle l’effet indirect
Figures 114-l 15 :’rendement du maïs sur le sorgho : la présence du maïs limite la croissance dupois congo et pro-
du sorgho pour les différents voque son étiolement, ce qui réduit par la suite la dominante dupois congo sur le
traitements. sorgho.

.*.
....'.
*. densités du 0 3000 6000 Il2000 12000
#. *:.y.. AM~~I
*. sans maïs
*... “k...: .,.., ‘. l M152
. .*. -.._ oM252
-. ..
.. ‘..A -. -... OShI rn&s~
0.. *. -.
*... Ml si 25,4 17,7 14,0,- -
*. .._. .
)- "a. . . . . . . . ..
.*. . . -. . . .':a Ml S2 24,9 i7,5 16,5 7,3 096

Gh?Mjlti;p"loHp M2 s2 22,2 i3,8 10,4 7,6 -


(pieds/l-la) I

I I 0
*
3000 6000 12000

233
Interprétation L’analyse de rendement du sorgho met en évidence :
desrésultats l l’absence de différence entre les lkitements Ml Sl et Ml Sg le raccour-
cissement du cycle du sorgho photopériodique n’a pas eu d’effet sur son rendement.
Pendant la période de croissance végétative supplémentaire, la croissance du
sorgho est limitée par la présence du maïs qui crée un ombrage important ;
l une chute de rendement significative entre Ml 52 et M2 S2 ce qui indique
justement l’effet négatifdu maïs sur la croissance du sorgho. Cet effet est d’autant
plus’marqué que la période de coexistence des deux espèces est longue comme
l’exprime la chute de rendement entre Ml S2 et M2 S2. Ceci est vérifié par les
mesures de croissance du sorgho (figure 116) ;
l que plus la densité du pois congo augmente, plus le rendement du
sorgho chute quels que soient les traitements. Le pois congo est, par son
semis précoce, dominant dans la compétition des facteurs de croissance, en
particulier l’eau et les éléments minéraux’cpar ailleurs, des mesures individuelles
ont montré que les pieds de sorgho les plus proches dupois congo étaient les moins
productifs) ;
Figure 116 : croissance du
sorgho en fonction de la
densité du pois congo

l que le rendement est pratiquement nul lorsque le sorgho est semé dans
un peuplement de pois congo sans maïs. Ainsi, le maïs limite la domination
dupois congo sur le sorgho pour les facteurs de croissance.
Pour un échantillon de poquets de sorgho, les composantes du rendement ont été
mesurées. La figure 117 présente celles qui sont révélatrices de l’efficience de la
croissance.
A l’augmentation de la densité du pois congo correspond une moindre croissance
de l’appareil végétatif, un poids de grains et un, nombre d’épis plus faibles. Par
contre lerapport poids de grainslpoids des appareils végétatifs reste constant. La
chute de rendement est donc liée à une diminution de la croissance végétative.

UNE L’association d’espèces a cycle court, comme le maïs, et à cycle long, comme lepois
COMPLÉMENTARITÉ congo et le sorgho, permet d’avoir un indice foliaire total élevé durant toute la
période pluvieuse (avril a octobre). La croissance rapide du maïs permet de bien
JUDICIEUbE utiliser les premières pluies et limite la’domination dupois congo sur le sorgho. Le
semis en poquet du maïs permet au sorgho de démarrer sa phase végétative:.
Il existe donc, dans les techniques pratiquées par les paysans, la recherche dUne
certaine complémentarité entre les espèces pour l’utilisation de la lumière. Les
paysans1 qui introduisent de l’arachide (pistache) dans cette association, dimi-
nuent la densité de maïs pour que la lumière pénètre mieux, l’arachide étant une
plante basse et exigeante en lumière.
Par ailleurs l’analyse de l’élaboration du rendement du maïs n’a permis de mettre
en évidence aucun effet significatif de la présence du pois Congo, quelle qu’en soit
la densité, sur le rendement du maïs.

234
Figure 117 : quelques caractéristiquesdes composantes du rendement des échantillons de poquets de sorgho.
l
l l Ml Sl
l
M2 S2 l

Matière Poids Poids


Densité sèche de de
du poids aw. grains grains
congo végétatif (PG) (PG)
(MW

0 plha 118 320 236

3000 80,5 206

6000 67 176 106

12000 - -

235 l
La gestionde l’eau:
L’eau est le constituant principal des végétaux puisqu’elle forme
environ 80% de leur poids fiais. Elle est indispensable à la vie des
cellules et à la quasi-totalité des processus biologiques. Elle joue
le rôle de transporteur, d’agent de réaction chimique et elle donne
aux plantes leur turgescence (gonflement des cellules qui donne à
la plante sa rigidité). Une plante qui perd 15 à 20% de son eau
meurt rapidement, excepté certains végétaux comme les mousses
ou les lichens.

237
Les besoins
en eau
des cultures

TRANSPIRATIONET PHOTOSYNTHÈSE
La transpiration est l’émission d’eau sous forme de vapeur, principale-
ment à travers les stomates, mais aussi à travers la cuticule de la surface
des feuilles (fig. 119).
Elle assure le refroidissement de la plante et lui permet de supporter les forts
rayonnements du soleil.
Elle crée un appel d’eau dans la plante qui se transmet jusqu’aux racines. Celles-
ci acquièrent, de cette manière, la force de succion nécessaire à l’absorption de l’eau
du sol et, par la même occasion, des éléments minéraux.
La transpiration foliaire est donc le moteur de la circulation de la sève dans les
vaisseaux de laplante.
La transpiration consomme une grande quantité d’eau qui ne fait que transiter par
la plante. Ainsi, l’eau contenue dans une plante ne représente que 2% de sa
consommation totale.
Elle est due à l’énergie d’origine solaire disponible au niveau des feuilles et à un
déficit de saturation en eau entre l’air et les feuilles. L’énergie mise en jeu dans ce
phénomène est environ dix fois supérieure à celle fixée par la photosynthèse.
Le passage de l’eau de l’état liquide à l’état gazeux (évaporation) nécessite 590
calories pour vaporiser 1 g d’eau. Cette énergie est fournie par :
‘0 le rwyonlzement net intercepté par les feuilles sous forme de lumière et de chaleur,
l Z’uduection : le vent, en renouvelant un air sec à la surface des feuilles, augmente
la transpiration.
La surface des feuilles est constituée dune fine membrane très peu perméable : la
cuticde. Celle-ci est percée de nombreux pores à ouverture variable : les stomates.
Lorsqu’ils sont ouverts, c’est par eux que se réalisent les échanges gazeux entre la
plante et l’atmosphère.

Lorsque le rayonnement solaire devient plus fort, créant une augmentation de


température ou une diminution de l’humidité relative, la transpiration augmente.
Mais il arrive que la plante soit incapable d’absorber suffisamment d’eau par ses
racines pour remplacer celle qui est transpirée. Dans ce cas, la plante fane
légèrement et ses stomates se ferment, limitant ainsi les pertes en eau. Mais lafer-
meture des stomates empêche aussi la fixation du gaz carbonique et la photosyn-
thèse s’arrête ; seules certaines plantes comme l’ananas ou les cactées absorbent
le gaz carbonique la nuit, le stockent et ré[Link] photosynthèse stomates
fermées. Il n’y a plus de production de matière sèche, il peut même y avoir
destruction car la respiration continue.

238
Figure 118 : facteurs intervenant sur l’évaporationà la surface du sol ou sur la transpiration à la surface des feuilles
Figure 119 : échange gazeux à la surface d’une feuille.

Ce phénomène se produit dans deux situations : ,


l en période de sécheresse, lorsque la plante ne trouve pas suffisamment d’eau
dans le sol,
l aux heures les plus chaudes dune journée ensoleillée, l’alimentation instanta-
née en eau de la plante n’étant pas assez rapide pour couvrir les pertes par trans-
piration.
Ainsi, au cours d’une journée tropicale, la photosynthèse co,[Link] le matin dès
que la lumière est suffisante : c’est le seuilphotique. Elle peut s’arrêter en milieu
de journée si le rayonnement, et donc la température dépassent un certain seuil
(seuil hydrique) pour reprendre le soir (fig. 120). Le vent peut corkribuer à abaisser
ce seuil. Ainsi, certains jours, vers midi, on peut voir des plantes se lfaner
légèrement, même quand le sol est bien pourvu en eau.
Ces seuils sont variables selon les espèces végétales. Les espèces adaptées aux
conditions tropicales ont en général des seuils hydriques supérieurs a ceux des
plantes originaires des zones tempérées.

Figure 120 : évolution de


I’évapofranspifafionpofenfielle
dans le cours d’une journée
tropicale et d’une journée d’été
tempérée. En conditions
tropicales, quand I’ETP
dépasse le seuil hydrique de
certaines plantes, la photosyn-
thèse s’arrête car les stomates
se ferment.
lih 18h 4h

EVALUER LES BESOINS EN EAU D’UNE CULTURE


L’ÉVAPO- Au niveau d’un champ, les besoins’en eau d’une culture correspondent à la somme
TRANSPIRATION
: de l’eau transpirée par les plantes et de l’eau évaporée par le sol, on parle alors
E.T. d’éuupotrcmspirution. On l’évalue, comme les precipitations, en hauteur d’eau par
unité de temps (mm par jour, mois, année).

239
Cette évapotranspiration dépend :
l de l’énergie disponible, donc du climat : elle est beaucoup plus importante en
climat chaud et sec qu’en climat plus tempéré et. humide (plaine/morne),
l de l’importance de la surface foliaire de la culture,
l du degré de fermeture des stomates.

L’ÉVAPO- L’évapotranspiration potentielle est la quantité d’eau qui serait évapo-


TRANSPIRATION rée si toute l’énergie disponible était utilisée à cela.
L’ETP ne dépend que des facteurs climatiques : le rayonnement global, le vent,
POTENTIELLE :
l’humidité de l’air.
E.T.P. L’ETP correspond à la quantité maximale d’eau perdue par une culture dont la
végétation, abondante et en pleine croissance, couvre totalement un sol largement
pourvu en eau. Elle est indépendante du type de cultures.

Différentes formules ont été-élaborées pour le calcul de I’ETP à partir de données


climatiques. Mais ces formules, plus ou moins adaptées aux différents climats,
sont à utiliser avec grandes précautions. En effet, elles ne donnent que des valeurs
approchées et souvent inférieures à celles qui sont obtenues par mesure directe.
En Haïti, on ne, dispose pas actuellement de données climatiques suffisantes
.. . .. . . . .. . permettant d’utiliser ces formules, ni de mesures directes de I’ET. Les mesures
d’ETP à Miragoâne (fig. 121) ont été calculées à partir de formules simplifiées,
utilisées par les bioclimatologistes de l’INRA de la Guadeloupe.
La formule est la suivante (méthode du rayonnement) :
E.T.P; (mm/jour> = a Rg + b
l Rg est le rayonnement global mesuré ou calculé à partir des durées moyennes
d’insolation journalière ;
I L l a et b sont des coefficients obtenus à partir de mesures directes d’ETP. Ils
peuvent être utilisés que dans les conditions climatiques proches de celles pour
Figure 121 : moyenne lesquelles ils ont été initialement calculés.
mensuelle des ETP
journalières à Miragoâne Cette courbe montre une variation annuelle d’ETP relativement faible. L’écart
(ait. 20 m, moyenne sur 20 ans). entre les périodes où I’ETP est la plus forte (mai à août) et celles où elle est la plus
faible (novembre-décembre) est d’environ 1.5 mm. La moyenne est de 50 mm par
décade.
Lesvariations interannuelles sont aussi très faibles et l’on peut considérer que, sur
un cycle de culture, l’ETP est stable d’une année sur l’autre à la même période.
Ces conclusions sont valables pour la région de Miragoâne, d’autres régions
peuvent présenter de plus grandes variations.
D’un endroit à l’autre, les variations peuvent être très importantes. D’une manière
générale, I’ETP diminue lorsque l’on monte en altitude, car :
. la température est plus faible,
. les durées d’insolation sont plus courtes (plus de nuages),
. l’humidité de l’air et la nébulosité augmentent.
L’exposition au vent est aussi un facteur de variation de I’ETP; plus le vent sera
sec, chaud et fort, plus I’ETP sera importante.

L’ÉVAPO- L’évaporation d’un sol nu est inférieure à celle dune culture. Au début de leur
TRANSPIRATION croissance, les plantes ne couvrent pas totalement le sol et leur transpiration est
faible. L’évapotranspiration maximale de la culture (ETM) est donc inférieure à
MAXIMALE DES
E.T.P.
CULTURES : E.T.M. L’ETM est la quantité d’eau maximale que peut évapotranslhrer une cul-
LES COEFFICIENTS ture bien alimentée en eau.
CULTURAUX L’ETM varie selon les espèces-cultivées,‘l’importance de’ la surface foliaire de la
culture et en particulier selon :
l la densité de peuplement (nombre de pieds au m2),
l le stade végétatif de la culture,
l la fertilisation (surtout azotée).
Lorsque l’on connaît les valeurs d’ETP d’une région donnée, pour connaître les

240
valeurs d’ETM des cultures, on utilise des coefficients culturaux (K) tels que :
K = ETM/ETP ou ETM = K . ETP

Figure 122 : valeurs des


coefficients culturaux (K) de
quelques cultures selon leur Cultures K durant la phase K durant la phase
stade de développement. de pleine végbtation de maturations

Figure 123 : relation entre Aubergine 1.0 0.9


I’ETMet les stades végétatifs
de la culture. Tomate 1.1 0.7
(On suppose, par commodité
pour le graphique, que ETP Mils 1105 0.3
est constante) :
Sorgho 1.05 0.5
Figure 124 i relation entre
I’ETM et la densite de
Maïs 1.1 0.55
peuplement de la culture
Riz 1.2 1.1 (0.9 le
mois derécolte)’:

l
.. 1.15 0.85 1;
‘tktdicefols.4lre~~atimuw~ Canne 8
) [Link] wwr/jow sucre
-_ - ------ I
------------- ETP IN
Banane 1.0 0.65

Fourrage 1.0 I
l l

Coton 1.1 0.3


l

1
Durant la phase initiale,juste après le semis ou la
A E.7.a~ ttm/jow plantation, la valeur K choisie est celle de
---------i------------------ ETP
l’évaporationd’un sol nu soit : K = 0.35.
Ensuite, K augmente en fonction de la croissancedes
plantes jusqu’aux valeurs inscritesdans le tableau.

Par définition, la valeur de l’évapotranspiration maximale (ETM) ne peut pas


dépasser celle de l’évapotranspiration potentielle ETP. On devrait donc avoir
ETM < ETP et K < 1. Mais en fait, ETP est souvent une mesure de référence faite
sur gazon, et certaines cultures de grande taille peuvent avoir une évapotranspi-
ration supérieure à cette référence et donc une valeur de K supérieure à 1 (riz,
maïs, canne à sucre).
* voir diapitre 8 L’ETM, donc K, varie selon l’indice foliaire* de la culture, donc selon 1~ stade vé-
gétatif et la densité .
Jusqu’à présent, nous avons considéré des cultures qui étaient bien alimentées en
eau. Dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas et, en particulier, dans les régions
de plaine où la pluviométrie est faible et aléatoire, du moins + certaines périodes.
Lorsque l’alimentation en eau devient limitante, en fermant leurs stomates, les
plantes réduisent leur transpiration : I’évapotranspiration réelle devient infé-
rieure à I’évapotranspiration maximale possible de la culture.

241 1
Ainsi, par définition, l’on a : ETR c ETM c ETP
Outre une mauvaise alimentation en eau, d’autres raisons expliquent que
ETR<ETM :
l une trop faible densité,
l une attaque de parasites foliaires,
l une mauvaise croissance due a un autre facteur limitant (fertilité),
l une mauvaise colonisation du sol par les racines, due à la structure du sol, ou un
mauvais fonctionnement des racines (nécroses ...>.
Toute réduction de la surface foliaire (ou des capteurs aériens) dune culture
entraîne une réduction de son ETR.

UN EXEMPLE Pour un maïs de quatre mois semé le ler mai et récolté le 30 septembre a Petite
DE CALCUL Rivière de Nippes (Sud Haïti), Nous disposons des données suivantes : ETP
journalières, moyennes par décade, valeur de K pour les différentes phases de
développement du maïs.
Nous allons calculer par décade, puis sur l’ensemble du cycle de la culture, Z’ETM
cumulée.

Figure 125 : calcul de I’évapo-


Période
transpiration maximale (ETM) considbrée
cumulée d’une culture de (décade)
maïs, par décade et sur
l’ensemble du cycle, à Petite
Rivièrede Nippes (Sud Haïti). Mai1

Mai2 ( 4.6 1 0.50 1 2.3 1 23

Mai3 / 4.2 1 0.75 / 3.15 / 11 ( 34.5

Durant cette période (cycle du maïs), la culture du maïs évapotranspirera, si elle


est bien alimentée en eau, 490 mm, c’est I’ETM cumulée.
Le coefficient cultural est souvent difficile à choisir. On trouvera différentes
valeurs de K selon les publications. Dans tous les cas il faut prendre les valeurs se
référant à la méthode de calcul d’ETP que l’on a utilisée et à des conditions
climatiques proches de celles de la zone où l’on travaille. Malgré tout, il faut avoir
conscience que ces valeurs ne sont que des approximations et les utiliser en tant
que telles.
Les besoins en eau dune culture varient non seulement selon son développement
végétatif, mais aussi selon :
l les variétés ; celles à cycle long utiliseront plus d’eau ; certaines résisteront
mieux à la sécheresse ;

242
l les conditions climatiques et en particulier le vent ; l’évapotranspiration dune
culture sera réduite si elle se trouve dans une parcelle ‘entourée d’arbres qui
coupent le vent et ombragent en partie la culture ;
l les techniques culturales : densité, date de semis, fertilisation, travail du sol.
Dans la plupart des situations en Haïti, les données nécessaires à l’estimation des
besoins en eau des cultures par cette méthode sont insuffisantes. On se référera
alors au tableau suivant, donnant des gammes d’estimations de ces besoins pour
quelques cultures.

Figure 126 : gammes CULTURE 1 BESOINSEN MM I


d’estimations des besoins en
eau de différentes espèces . Maïs

Sorgho I 300 - 650

Riz 500 - 800

Haricot 250 - 400

Canne à sucre 1000 - 1500

Bananier 700 - 1700

Caféier, cacaoyer 800 - 1200

Coton 550 - 950

Tomate 300 - 600

Oignon l 350 - 600

Tabac

Pomme de terre I 350 - 700


1

Patate douce 450 - 700


\
Malanga 1400 - 2000

Mazombelle 1750 - 2500

Manioc 750 - 1500

Igname

Attention, si l’on veut comparer les besoins en eau de


différentes espèces, il faut tenir compte de la durée de leur
cycle et des .valeursd’ETP(par ex. riz de saison sèche et riz
de saison humide).

Cela permet par exemple de savoir rapidement, en comparant’ces données à la


pluviométrie locale, s’il est possible d’introduire une nouvelle espèce dans la zone.
Ou encore démettre des hypothèses sur d’éventuels problèmes d’alimentation
hydrique que peuvent connaître certaines cultures. Dans ce cas un diagnostic plus
approfondi sera nécessaire pour pouvoir faire des propositions.

243 l
EVAPOTRANSPIRATIONET PRODUCTIONDE MATIERESECHE
L’efflcience de l’eau transpirée est la quantité de matière sèche que
fabrique une plànte en traaspirant tin litre d’eau.
Elle est déterminée par le coefficient (en g/l):
MS _ Poids de matière sèche nroduite sur une nério&
T Poids d’eau transpirée durant la même période
L’effkience de l’eau varie selon les espèces; elle est, par exemple, deux fois plus
élevée pour le maïs que pour le riz.
Elle varie très fortement au cours du cycle de développement d’une plante. D’une
façon générale elle est, pour une période donnée; d’autant plus grande que la
croissance est plus active et les conditions climatiques moins évaporantes: lorsque
la plante ferme ses stomates, la photosynthèse s’arrête tandis que la transpiration
est simplement ralentie, l’efficience de l’eau chute alors fortement.
Elle varie d’un organe à l’autre. Il faut donc prendre soin de préciser le critère choisi
pour mesurer cette efficience (matière sèche totale, grains, tubercules, sucre,
huile...).
Elle varie aussi selon les conditions de milieu, ainsi :
l elle augmente quand le sol est riche en éléments fertilisants,
l elle diminue quand la température et l’éclairement augmentent (lorsque la
demande climatique devient plus forte),
l elle est plus faible en saison sèche qu’en saison humide.

Figure 127 : relation entre le rendement et la quantité d’eau Figure 128 : relation entre un déficit relatif d’alimentation en eau et
consommée pour deux cultures, le maïs et le sorgho la perte relative de production de grain qu’il entraîne, pour le maïs
MST : matière sèche totale. et le sorgho. Un même déficit hydrique produit, chez le maïs, une
chute de production deux fois plus importante que chez le sorgho.

I I I I ETRIETM
0 0,s wi 4
250 Jloo coM5OWfflfiow
moyetwle ernM

244
Figure 129 : rendements moyens en canne obtenus sur le Figure 130 : relation entre l’alimentation hydrique durant la phase
domaine de Garde1à la Guadeloupe en fonction de la sensible et l’efficiencede la croissance du ‘maïs alizaine a Petite
consommation en eau ETWETM,de 1964 à 1984. Rivière de Nippes.

Lors dexpérimentations sur trois annéesmconsécutives,il a été mis


en évidence que plus l’alimentation en eau du maïs durant la phase
critique était faible, plus l’efficiencede la croissance était réduite.

Lesstadescritiques Selon le stade de la culture auquel il a lieu, un déficit hydrique ne produit pas la
même chute de rendement.
Pour toutes les cultures dont on récolte principalement le grain, il existe des
périodes où un déficit hydrique a des répercussions plus fortes sur le rendement.
l Pour les céréales et les légumineuses ces périodes sensibles entourent la flo-
raison.
l Pour les plantes fourragères, on récolte pratiquement toute la matière sèche
fabriquée. Il n’y a pas de stades critiques comme pour les céréales, mais durant les
périodes où la croissance est intense, un déficit hydrique aura un effet particuliè-
rement néfaste.
l Pour les tubercules, il n’existe pas de stade critique comme pour les céréales
mais, selon les espèces, les exigences ne sont pas les mêmes :,
. l’approvisionnement en eau est particulièrement important pour la reprise et
l’établissement de ces cultures étant donnés les modes de multiplication végéta-
tive utilisés,
. les meilleurs rendements du mazombelle sont obtenus en bordure des rizières
inondées,
. l’alimentation en eau des ignames doit être particulièrement régulière entre la
14ème et la 2Oème semaine de végétation,
. la patate douce supporte assez bien une longue période de sécheresse sauf si celle-
ci à lieu 50-60 jours après la plantation, lorsque commence le renflement des
tubercules,
. le manioc s’adapte particulièrement bien aux zones sèches où les pluies sont
incertaines. Mais une mauvaise alimentation hydrique durant le premier mois de
végétation diminue considérablement le rendement final.
Chez certaines plantes (sorgho, graminées fourragères...), il existe des phénomè-
nes de compensation partielle : une période de sécheresse ralentit la croissance,
mais lorsque la plante est de nouveau correctement alimentéemen eau, la croissance
reprend avec une vitesse supérieure à celle d’une plante qui n’a pas subi de manque
d’eau. Ce sont les racines qui profitent le plus de cette phase de “rattrapage”.
Des études ont montré que chez certaines plantes, le rapport entre le poids de la

245
partie aérienne et celui de la partie souterraine pouvait varier selon les conditions
d’alimentation en eau : lorsque celle-ci dhient mauvaise, la plante a tendance à
développer plus son système racinaire. Pour des plantes dont on récolte la partie
souterraine, on pourra trouver des valeurs d’efficience améliorées.

Le mazombelle (colocash),
exigeant en eau, est souvent
cultivé en bordure des rizières
inondées (photo D. Mermet).

246
L’ea#udans le sol et
sa disponibilité
pour la plante ~

HUMIDITE,,PORQSITEET DENSITEAPPARENTED’UN SOL


L’humidité d’un sol représente la quantité d’eau qu’il contiént. On distingue :
l l’humidité! pondérale (Hp) d’un sol, exprimée en pourcentage de son poids :

Poids de terre humide - Poids de terre sèche x 100


Hpen%=
Poids de terre sèche

l Z’humidité volutiique (Hv) d’un sol, exprimée en pourcentage de son volume :

Volume d’eau
Hven%= x 100
Volume occupé par la terre en place

MESURE DE On prélève un échantillon de terre que l’on dessèche en le passant à l’étuve durant
24 heures à 105%. On en déduit l’humidité à partir de son poids avant et après
L’HUMIDITÉ
séchage (cf for%nule ci-dessus). On obtient ainsi Z’humidité pqndérale (Hp) du sol.
Lorsque l’on ne dispose pas d’étuve, on peut procéder de la façon suivante. On pèse
un échantillon de terre humide puis on y ajoute de l’alcool jusqu’à saturation. Après
avoir bien melange, on brûle l’alcool. On répète cette opératmn jusqu’a obtenir un
poids constant (3 à.4 fois). On pèse de nouveau pour avoir le poids sec. On obtient
aussi l’humidité pondérale.
Cette méthode, moins précise, ne peut pas être utilisée pour des sols très riches en
matières organiques.
Soit un échantillon de terre humide pesant 50 grammes. Après dessiccation, cet
échantillon ne pèse,plus que 45 grammes. Sonhumidité était égale a:
Hp % = 50 - 45 = ll,l% de la terre sèche.
45

DENSITÉ APPARENTE La densité apparente d’un échantillon de terreest le rapport entre son poids sec
et son volume (ou du poids d’un même volume d’eau).
ET POROSITÉ

Das (densité apparente) = Poids d’un volume de terre sèchè en place


Poids du même volume d’eau
Si l’on prélève, à l’aide d’un anneau métallique (voir encadré), 50cm3 de terre et
qu’après séchage cet échantillon pèse 700 grammes:

247
densité apparente = Das = 700/500 = 1,4 (50cm3 = l/2 litre, et l/2 litre d’eau pèse
5OOg).
Si l’on connaît la densité réelle de cet échantillon, c’est-à-dire la densité des cons-
tituants solides du sol, on peut en déduire la porosité exprimée en pourcentage:
densité réelle - densité apparente x loo
Porosité =
densité réelle
La densité réelle des sols varie peu et celle d’un sol de texture équilibrée est de 2,6.
Les sols très riches en matières organiques ont de faible densité.

Mesurede la Poids d’un volume de terre sèche en place La mesure de la densité apparente est
das = nécessaire pour estimer les réserves en eau,
Poids du même volume d’eau
densité lorsque les humidités mesurées sont des
humidités pondérales (ce qui est la plupart des
apparente (das) cas).

METHODE DES ANNEAUX l On enfonce un~anneaumétallique avec


précaution dans le sol, de manière à prélever un
volume déterminé de terre en place (sans la
tasser).
l On pése cet échantillon dont on connaît le
volume (= volume de l’anneau), puis on en
mesure l’humidité.
On obtient le poids de terre sèche en
l

déduisant le poids d’eau du poids total.


Dans la pratique, cela se fait sur la paroi d’un
l

profil cultural: Cela permet de prélever plusieurs


échantillons a diverses profondeurs.

. On creuse une cavité dans le sol en récupérant


la terre que l’on pèse après séchage.
On mesure le volume de la cavité en y plaçant
’ DENSITOMÈTRE une membrane élastique que l’on remplit d’eau
A MEMBRANE jusqu’au niveau du sol : on mesure alors le
volume d’eau apportée
(cette méthode est moins précise, surtout
dans les sols caillouteux).

ESTIMATION l Lorsque l’on connaît l’humidité pondérale d’un sol, on peut en déduire la
DE LA QUANTITÉ quantité d’eau qu’il contiént parunité de poids;
Poids d’eau = (PS x Hp) / 100
D’EAU CONTENUE PS = poids de la terre considérée.
DANS UN SOL Hp = Humidité pondérale de cette terre en %.
. Mais lorsque l’on veut calculer la quantité d’eau contenue dans un sol, il faut
calculer le volume du sol.
Vs = Volume du sol = S x h
S = surface du sol considérée.
h = épaisseur de l’horizon considéré (qukcorrespond géneralement à la profondeur
d’enracinement).
l Pour savoir le poids de terre que cela représente, il est nécessaire de connaître
sa densité apparente telle que:

248
Ps=Vsxdas=Sxhxdas
l On obtient de cette façon la formule suivante:
Quantité d’eau contenue dans un volume de sol = (S x h x das x Hp) / 100
Si la surface est exprimée en mètres carrés et l’épaisseur de l’horizon en mètres; la
quantité d’eau le sera en tonnes ou mètres-cubes.
.~ Mais par convention, on exprime toujours la reserve en eau d’un sol en hauteur
d‘eau (mm), ce qui permet une liaison directe avec la plutiométrie.
Un mètre-cube d’eau correspond 31une hauteur d’eau de un mètre sur un mètre-
carré.
Ainsi l’équation peut s’écrire :
Volume d’eau (m3)
hauteur d’eau (en m) = =(hxdasxHp)/lOO
Surface du sol (m2)
et pour obtenir cette hauteur d’eau en millimètres :
.
Réserve totale en eau (en mm) = (1000 x h x das x Hp) / 100 = 10 x h x das x Hp
h = épaisseur de l’horizon en m
das = densité apparente
HP = humidité pondérale en %

l Soit un sol pour lequel on a:


Hp =20%
das = 1,4
h = 0,5 m
La réserve en eau de ce sol est de : 10 x 0,5 x 1,4 x 20 = 140mm
Cela represente1.400 m9 d’eau par hectare (10 000 m2).

l Note : lorsque l’on mesure des humidités ou des densités apparentes, il est
nécessaire de réaliser ces mesures sur un grand nombre d’échantillons prélevés à
différents endroits de la parcelle. En effet, ces caractéristiques sont très variables
d’un point à l’autre d’une parcelle.

RETENTION DE L’EAU PAR LE SOL ET SUCCION PAR LA PLANTE


HUMIDITÉS L’humidité d’un sol est maximale lorsque toute sa porosité est saturée d’eau: c’est
REMARQUABLES l’humidité à la saturation : Hst.
Dans cette situation, il n’y a plus d’air dans le sol,.tous les pores sont occupés par
l’eau, les plantes souffrent d’asphyxie car leurs racines ne peuvent plus respirer.
Lorsqu’après une pluie, un sol est bien humecté, une partie de l’eau qu’il contient
va rapidement s’écouler par drainage en profondeur sous ‘l’effet de la gravité.
Lorsque cette eau en excédent s’est totalement écoulée et qu’elle est remplacée par
de l’air, le sol est ressuyé. L’eau qui reste alors dans le sol est retenue par capilla-
rité assez fortement pour ne pas être entraînée par gravité.
hwwrid;tkduso\
Lorsqu’un sol est juste ressuyé, son humidité correspond à l’humidité à la capacité

H?t ~. .-.- au champ : Hcc.


L’humidité àla capacité au champ représente donc la quantité d’eaumaximale que

LHcc
peut retenir un sol pendant la culture. Cette eau, stockée dans le sol, est soumise
......*.*... à deux forces:
l la force de rétention du sol (capillarité),
l la force de succion des racines, due à l’appel d’eau provoqué, par la transpiration
des feuilles.
Lorsqu’un sol est bien humide, les racines peuvent en extraire facilement l’eau.
Mais plus l’humidité du sol diminue, plus l’eau restante est retenue fortement par
Figure 131.: ressuyage d’un
le sol.
sol après sa satiiration en eau
par la pluie. A partir dune certaine humidité, la force de rétention du sol est supérieure à la

249
force de succion des racines; l’eau qui reste dans le sol est donc inaccessible aux
plantes. A ce stade, l’humidité du sol est au point de jlétrissement permanent.
Toute l’eau contenue dans un sol n’est pas disponible pourles plantes. Une partie
est drainée en profondeur et l’autre est retenue trop fortement dans les micropo-
res du sol.
La différence entre l’humidité observée à la capacité au champ et celle aupoint de
flétrissement donne la quantité d’eau disponible pour les plantes ou l’eau utile.

Figure 132 : représentation


graphique des différents états
de l’eau dans le sol.

Macroporosité La porosité totale d’un sol est la fraction de son volume occupée par de l’air ou de
et microporosité l’eau.
l Macroporosité: ce sont les pores de plus grosse taille occupés pàr de l’air lorsque
le sol est ressuyé ou à la capacité au champ.
. Microporosité: ce sont les pores de taille plus fine dans lesquels l’eau est retenue
après ressuyage. Plus ils sont fins, plus l’eau est retenue fortement.

MESUREDELA FORCE L’eau est retenue dans les pores du sol avec une certaine énergie. Cette énergie
DERÉTENTION peut se mesurer comme la pression P qu’il faut exercer sur un sol, à une humidité
donnée, pour commencer à en extraire l’eau.
Cette pression P s’exprime en grammes par centimètre carré (g/cm2>. Plus I’humi-
dité du sol est faible, plus cette pression doit être forte.
Pour plus de commodité, on mesure cette énergie par lepotentiel hydrique noté pF
tel que:
potentiel hydrique= pF= log P
Pour saisir plus concrètement cette notion de potentiel, prenons l’exemple dune’
éponge imbibée d’eau: lorsque l’éponge est pleine d’eau, il sufit dune faible:
pression de la main pour extraire de l’eau. Mais au fur et à mesure que l’éponge se
vide, l’eau qui reste est de plus en plus fortement liée au tissu,de l’éponge et il faut
comprimer l’éponge avec une force de plus en plus importante pour extraire cette
eau.
La figure 133 donne les valeurs de cette force de rétention pF aux humidites
remarquables.
Le pF à la capacité au champ varie seion la texture des sols de 1,8 (sables) à 3,l
(argile). De ce fait l’humidité à la capacité au champ (Hcc) est très diffkile à
mesurer. C’est la raison pour laquelle on utilise dans la pratique une approxima-
tion : He = Humidité équivalente = humidité du sol à pF 3.

250
He est facilementmesurable: il suffit d’ appliquer a un échantillon de terre saturée
en eau une pression de 1000g/cm2 puis de mesurer son humidité.

Le point de flétrissement permanent correspond 8 un pF de 4,2.


La force de succion maximale pour la plupart des plantes correspond à un pF’ de
4,2 (sauf pour certaines plantes adaptées aux zones arides qui ont une force de
succion supérieure). :II
Ainsi, lorsque l’humidité du sol est inférieure a l’humidité a pF 4,2 les racines ne
peuvent plus en extraire l’eau. L’humidité d’un sol à pF 42 est fonction de sa
texture (figure- 134).

Figure 133 : correspondance entre force de rétention, pF et certaines humidités remarquables.


Figure 134 : texture et humidité au point de flétrissement (pF 4,2) .

Presslon P Texture du sol


Wm2) pF = 1og.P
(1 atmosphbre :
1.033 g/cm*)

0 saturation
1 0
10 1
100 2
500 2,7
[Link] 3- humidité équiva-
10.000 4 lente (k Hcc)
16.000 4,2 - > point de flétrisse- Argilo-limoneux
100.000 5 ment permanent
[Link] 6

L’eau utile est la différence d’humidite pondérale Elle est souvent utiliseedans les rapports de I
Eau utile et d’un sol entre l’humiditéet la capacite au champ pedologie lorsqu’on ne connaît pas les densités
sensibilité à la et l’humidité au point de flétrissement apparentes des sols. Elle indique la sensibilitéà
permanent. la sécheresse d’un sol.
sécheressedes eau utile = HpFS(He)- HpF 4,2
principaux types
de sols haïtiens

accentuée par la faible profondeur


RESERVESD’UN SOL EN EAU UTILISABLE PAR LES PLANTES
RÉSERVE
UTILE: RU La réserve utile est la quantité maximale d’eau retenue par le sol et utilisable par
les plantes.

Modede calcul On la calcule pour un horizon homogène d’épaisseur h.


RU 3 (Quantité d’eau retenue par le iol’à la capacité au champ)
- (Quantité d’eau retenue au point de flétrissement permanent)
RU = 10 x h x das x (Hcc - HpF 4,2)
RU= réserve utile en mm d’eau
h= épaisseur de l’horizon en m (mètre)
das= densité apparente
Hcc et HpF 4,2= humidités en %
Calcul de la réserve utile de l’horizon de surface (20cm) d’un sol de la plaine de
Colombier (Plaine de Larbre).
h = 20cm= 0,2m ; das = 1,2 ; Hcc = 46 % ; HpF 4,2= 19%
RU= 10 x 0,2 x 1,2 x (48 - 19) = 69,6 mm d’eau
Dans les analyses de sols, on trouvera généralement lesvaleurs pour les humidités
àpF3 àpF4,2 et àpF2,5. On considèrera alors pour les calculs que Hcc= He = HpF3
pour les sols plutôt riches en argile (~25% d’argile) et Hcc = pF 2,5 pour les sols plus
légers (bien que ces valeurs soient des approximations).

Effetde la texture La capacité de rétention en eau d’un sol et donc sa réserve utile varient selon sa
du sol texture.
Plus un sol contient d’éléments fins, plus il cède l’eau avec difficulté. Les sols très
argileux Ont une humidité très élevée après ressuyage (Hcc), mais une grande
partie de cette eau n’est pas utilisable par les plantes car l’humidité au point de
flétrissement (HpF 4,2) est aussi très élevée.
Des mesures de réserves utiles pour un sol ferralitique et un vertisol a la
Guadeloupe ont donné les résultats suivants (figure 135).
Que ce soit à la capacité au champ ou au point de flétrissement permanent, le
vertisol retient une plus grande quantité d’eau que le sol ferralitique. Cependant,
c’est ce dernier qui a une plus grande réserve utile.

Figure 135 : réserves utiles


A la capacité ) Au point de flétrissement I
calculées sur 1 m. de au champ permanent
profondeur pour un sol
ferralitique et un vertisol.
Humidité Quantité Humidité Quantité Densité RU.
pondérale d’eau pondérale d’eau apparente
en % en mm en % en mm

Vertisol 55 583 37 392 1,06 191 mry

Sol ferralitique 44 440 22 220 t 1,08 220 mm

Importancede la La réserve utile est proportionnelle àlaprbfondeur du sol coloniséepar les racines.
profondeurdu sol Il est de plus nécessaire que l’enracinement soit dense pour que cette eau soit
réellement utilisable par les plantes.
Pour les sols ferralitiques, la profondeur du sol est particulièrement déterminante
dans l’alimentation en eau des plantes, lmais aussi en éléments minéraux (sols
pauvres).
La faible réserve en eauestune des principales caractéristiques desrendzines dont
la profondeur est souvent très faible.
A Petite Rivière de Nippes (Sud-Haïti>, le principal facteur limitant la production

252
PF
Textureet réserve
eriéau du sol

Relation entre l’humidité du sol et la force de


rétention~del’eau (pF).
L’humidité à un pF donné varie selon la texture
du sol : à pF égal, elle est plus élevée dans un ( powcwtaqedesable
sol argileux que dans un sol sableux. Variationde la réserve utilé(RU) et de la réserve
facilement utilisable (RFU), en mm, pour des
sols de différentes textures (sur une profondeur
d’l m) .

est l’eau. En 1976, année particulièrement sèche, les rendements en maïs étaient
liés à l’épaisseur du sol (vertisols). Celle-ci est donc un bon indicateur de la réserve
en eau. En fait, elle est un indicateur de la richesse globale (eau et éléments
minéraux) mais’dans ce cas, c’est l’eau qui limite lti producti’on, les vertisols ayant ~
une bonne fertilité chimique.
9
1
Figure 136 : relation entre le rendement en grain du maïs et la profondeur moyenne du sol à Petite Rivière de Nippes.
Figure 137 : RU et RFU des sols de la plaine alluviale du Colombier, Plaine de#Larbre.

Ru (mm) 1 RFU=Z3RU 1

Profondeur du sol ‘50 cm’ 80 cm 50 cm 80cm


I
Sols très légers 80 110 54 74
(sableux ; argiles < 10 %)

Sols équilibrés 135 220 90 147’,


(A.L.S.)

Sols lourds 160 245 106 163


(argiles > 30 %)

RÉSERVE FACILEMENT Les plantes commencent à souffrir d’un déficit hydrique et ferment leurs stomia-
UTILISABLE : RFU tes avant que la RU ne soit vide. La production de matière sèche est donc réduike.
l La réserve facilement utilisable ou RFU est la quanhd d’eau que peut
utiliser la plante sans avoir à fermer sed stomates. ~
Elle correspond à la quantité d’eau minimale qu’il faut bans le sol pour qtie
l’alimentation hydrique des plantes soit optimale (sans réduction de transpira-
tion).
Plus l’évaporation est forte (climat tropical, zones de basses altitude en Haïti) plus
la RFU est faible par rapport à la RU.

253
Plus la texture d’un sol est fine, plus le rapport RFU/RU est faible car l’eau y est
retenue plus énergiquement.
On admet, de manière genérale, que la RFU varie de l/2 a 2/3 de la réserve utile
selon les types de sol. Mais cette convention est plus ou moins arbitraire, elle ne
prend en compte ni l’effet de l’évaporation,‘ni’l’adaptation de certaines espèces ou
variétés à de légers déficits hydriques.

RÉSERVES UTILES Dans cette région, plus un sol est riche en éléments fins, et surtout en argile, plus
DES SOLS DE LA sa réserve utile est importante pour une profondeur de sol donnée. Un taux de ma-
tières organiques élevé augmente cette réserve en eau, particulièrement dans les
PILAINE ALLUVIALE DE sols sableux
COLOMBIER Ces sols alluviaux sont des sols jeunes et constamment “rajeunis” par les apports
de terre des crues naturelles oude l’irrigation. Ils se caractérisent par une faible
structuration (peu de cohesion), une porosité élevee et une alternance de dt!pôts de
texture variée.
Au niveau agronomique, la grande variabilité de ces sols, à l’intérieur d’une même
parcelle, rend difficile le choix de techniques adaptées (cultures, irrigation, ferti-
lisation).
Lors de la réalisation d’un profil pédologique, on observe une succession d’horizons
bien distincts aux textures très différentes. Ces horizons correspondent à des
apports successifs d’éléments par les crues. La capacite de rétention du sol est don’c
différente pour chacun de ces horizons.
Le calcul de la RU doit se faire pour un volume de sol homogène et donc pour chaque
horizon identifié.
Le schéma suivant représente, pour un profil pédologique réalisé à “Ti-Saline”, les
valeurs des humidités à pF 4,2, à pF 2,5 et les réserves utiles de chaque horizon.
Ces réserves en eau sont légèrement surestimées car l’on considère que Hcc (Hu-
midité à la capacité au champ)= HpF 2,5 bien que ces sols soient riches en éléments
fins.
Les sols de la plaine de Colombier ont fait l’objet d’une étude approfondie pour
déterminer les possibilités d’irrigation. Les données présentées ici sont issues de
cette étude.

Figure 138 : distribution de la Réserve Utile dans le profil d’un sol de la plaine de Larbre en fonction de la texture des différents horizons
(d’après L. Bonheur, Ti-Saline, plaine alluvialede Colombier, 1984).

%Hz0 demit&
TEXTURE %‘r9i’a pF4,2 pF25 appared-c

AI

45 160
16” L--w, : . . . . . . . . . . ..
;.
.. 50,5 218,5
.......................,.
....:- 8;12x,6
.

16,8 243,4
-- 194 2618
52 313,8

254
La circulation ~cle i’
l’eau dans le sio1 mi
Pour un climat donné, c’est la manière dont circule l’eau dans le sol qui détermine
les conditions de remplissage et de vidage de la réserve eneau. -
Ainsi lors d’une pluie, la quantité d’eau qui pénètre dans le sol, et va donc remplir
la réserve hydrique, est plus importante SUT une parcelle plane que sur une
parcelle en pente où une partie de cette eau ruisselle.
Les mouvements d’eau dans le sol sont liés essentiellement à deux processus :
l I’infiltration (ou percolation) liée à la pesanteur,
l la diffusion capillaire, liée à des différences d’humidité entre les différents points
du sol.

Figure 139 : mouvements de


l’eau au niveau d’une parcelle.

<, f?? . INFILTRATION ‘1

INFILTRATIONDE L’EAU ET PERMÉABILITÉ DU SOL


INFILTRATION Au cours dune pluie, l’eau penètre dans le sol en profondeur sous l’effet de la
pesanteur. Elle continue à descendre tant que les couches supérieures ont une hu-
midite supérieure à Hcc (Humidité à la capacité au champ), et qu’elle ne rencontre
pas d’obstacle (couche imperméable). La limite entre la zone humide et lazone sé-
che s’appelle le front d’humectation.
Lorsque la pluie s’arrête, il y a redistribution de l’eau des couches supérieures vers
les couches inférieures jusqu’à ce que ces premières aient une humidité bgale ou
inférieure à Hcc: on dit alors que le sol est ressaye.

255
Figure 140 : infiltration de l’eau
en profondeur au cours d’une
pluie (d’après Henin; 1977).

Figure 141 : redistribution de


l’eau dans les différentes
couches du sol après une pluie
(d’après Henin, 1977).
- : profil hydrique juste
après la pluie
__-_-- : profil hydrique après
redistribution de l’eau

PERMÉABILITÉ La vitesse à laquelle l’eau s’infiltre dépend de la perméabilité du sol. Plus un sol
est perméable, plus il sera traversé rapidement par l’eau de gravité.
Cette propriété est fonction de la texture et de la structure du sol.
l Texture: plus la texture d’un sol est fine, moins il est perméable. Certains
chercheurs ont montré qu’il existait une certaine corrélation entre la perméabili-
téd’un solet sateneuren argiles etlimonsfins. Les solslesplusperméablesouplus
filtrants sont donc ceux où dominent les sables grossiers et les graviers.
Les argiles gonflantes du type montmorillonite ont leur perméabilité qui diminue
lorsque leur humidité augmente. Certains sols riches en argiles gonflantes présen-
tent de ce fait des problèmes de drainage et d’hydromorphie (mauvaise aération du
sol et des racines due à la stagnation de l’eau).
La présence de matière organique augmente la perméabilité des sols. I
, Structure: l’infiltration
l est d’autant plus rapide que la macroporosité est ‘élevée.
Ainsi, un sol riche en argile peut présenter une forte perméabilité si sa structure
est bonne. Les sols limoneux, au contraire, caractérisés par une grande instabilité
structurale sont très peu perméables: lors dune pluie, le choc des gouttes d’eau
détruit les mottes de surface et les éléments fins bouchent la macroporosité; le sol
devient imperméable en surface: c’est la battance.

Ces deux types de sol ont la même texture infiltrationdiffuse homogène pour les sols
Effetde la caractérisée par une forte teneur en argile.
l

fersiallitiquesmême en saison humide.


structure sur la Leurs caracteristiqueschimiques sont aussi très
. infiltration localisée dans les fentes de retrait
voisines.
perméabilitéet la Seul leur compoflementpbysique est différent :
pour les vertisols : lorsque l’humidité augmente,
les fentes se referment par gonflement de
circulation de les sols fersiallitiquesont une structure
l
l’argileet le sol devient pratiquement imperméa-
polyédrique de 1 a 5 cm et assez stable,
l’eau les vertisolsont une structure prismatique
l
ble. Entre deux pluies, le dessèchement
provoque la réouverture des fenteset permet
Deux sols a Petite Rivibre de grossière (30 cm) et font apparaître des fentes
ainsi une aération du sol. Les problèmes
Nippes : un sol ferslallitlque de retrait en saison seche. d!hydromorphie sont accentues par le fait que
et un vertisol
La perméabilite de ces sols est de ce fait très ces sols sont localisésdans les cuvettes et en
differente: bas de pente.

Granulombtrie de ces sols (horizon : 20-40 cm) en %

Sable Sable Limon Limon Argile


grossier fin! grossier fin

Sol fersiallitiquecourt 12 133 2,9 9,9 84,7


Sol fersiallitiqueprofond 1,7 099 193 15,s 80,6
Vertisol 1,9. !,3 zo 10,6 84,2
FAVORISER Les techniques culturales doivent permettre d’augmenter: la perméabilité du sol
L’INFILTRATION .- pour favoriser I’infiltration:
l pour limiter les risques d’excès d’eau et ses effets nefastewur la structure du sol,
la vie biologique du sol et la respiration des racines, ,
l pour limiter le ruissellement (état de la surface du sol) et ses effets néfastes sur
l’érosion et la réserve utile (perte d’eau).
Lorsque les sols sont très filtrants (l’eau les traverse très rapidement) et la
pluviométrie importante, l’eau de drainage peut entraîner en profondeur certains
élements minéraux. Il se pose alors un problème de disponibilité de ces éléments
pour la plante (faible fertilité des sols ferrallitiques de plateau).

DÉPLACEMENT DE L’EAU PAR DIFFUSIONCAPILLAIRE


La diffusion est la manière dont se déplace l’eau de rétention dans la mi-
’ croporosité du sol (lorsque H c HC&.
L’eau se déplace en tous sens depuis les zones humides vers’les zones plus sèches,
tendant à égaliser en tout point l’humidité du sol. Les potentiels hydriques (pF) en
‘_! _.
différënts points du sol tendent à s’équilibrer.
Ainsi, au fur et à mesure que le sol se dessèche par évaporation en surface, son pF
augmente dans cette zone, créant un appel d’eau et un courant ascendant.
Ce phénomène a pour origine les forces capillaires. Il est d’autant plus important
que les pores sont fins et donc que la texture du sol est fine: la hauteur d’ascension
en sol nu est d’environ 40cm dans un sol sableux et d’un mètre dans un sol limono-
argileux. Une fissure dans le sol (par exemple fentes de retrait en vertisol), est un
obstacle a [Link].
C’est bar le même principe que se déplace l’eaulatéralement vers les racines au fur
et à mesure de l’absorption par la plante. Cela permet aussi, par la même occasion,
le transport d’éléments *minéraux solubles nécessaires aux plantes.
Mais ce mécanisme de diffusion est lent et ne concerne que de courtes distances.
Ainsi la répartition spatiale des racines est très importante.‘Un sytème racinaire
ayant une faible distance moyenne entreles racines utilise mieux l’eau du sol qu’un
système racinaire aux racines espacées, et ceci d’autant plus que I’eau est
limitante.

DESSÈCHEMENTD’UN SOL SATURÉ EN EAU


CAS D’UN SOL NU l 1” phase : circulation sous forme de films
(fig. 142) Lorsqu’un sol nu saturé en eau se dessèche, dans un premier temps le dessèche-
ment a lieu à la fois en surface et en profondeur. Ce mouvement n’est pas lié à la
diffusion car il ne tend pas à l’égalisation des potentiels.
En fait, l’eau se trouve sous forme de films ininterrompus depuis la surface
jusqu’en profondeur. Sous l’action de l’évaporation, l’ensemble de l’eau est “tiré”
jusqu’à la rupture des films (on passe du profil hydrique 1 au profil 2).
.2”” phase : assèchement en surface, création d’un self-mulch
Lorsque les films sont rompus, seule la couche de terre au-dessus de cette rupture
continue à se dessécher. L’humidité reste pratiquement constante en profondeur.
Il se créé un mulch qui a pour effet de réduire l’évaporation (on passe du profil 2
au profil 3).
l 3” phase : l’évaporation est très lente grâce au mulch créé en surface.
Très lentement l’humidité s’égalise entre les couches superficielles et les couches
profondes jusqu’au profil 4.

Lorsqu’un sol nu saturé en eau se dessèche de cette façon, la rupture des films
intervient plus ou moins rapidement selon les situations:

257
Figure 142 : profils hydriques
illustrant les différentes étapes
de dessèchement d’un sol nu
initialement saturé en eau
(d’après Henin, 1969).

Figure 143 : desséchement


d’un sol cultivé (d’après Henin,
1969).

l un self-mulch se créé plus facilement en sol argileux qu’en sol limoneux ou


sableux,
l il se créé plus facilement dans un sol meuble en surface qu’en sol tassé.
Certaines techniques ont comme objectif de favoriser la création d’un self-mulch
(rupture des films) pour limiter les pertes en eau par évaporation (voir plus loin,
le binage).

CAS D’UN SOL Lorsqu’un sol est en culture, les plantes limitent ce phénomène en absorbant l’eau
CULTIVÉ (fig. 143) des couches inférieures avec leurs racinek.
L’évaporation est intense dans l’horizon colonisé par les racines.
On passe progressivement de la capacité au’champ (profil 1) au point de flétrisse-
ment permanent dans l’horizon exploré par les racines (profil 2). Lorsque le profil
2 est atteint, les plantes meurent.

258
Lutte contre,la
sécheresse :
techniques’pour
économiser l’eau
\
,

Face à des situations de relative sécheresse, certaines techni:ques permettent une


meilleure utilisation par la culture de l’eau disponible. ~
Les espèces couramment cultivées dans ‘les zones seches (et sans8 irrigation) en’
Haïti (pluviométrie entre 500 et 1500 mm/an) 1’sont :’ ,
l le mil et le sorgho pour les céréales,
l le manioc et la patate douce pour les tubercules,
l le pois connu Nigna unguiculata) et lepois congo (Cajanus cajan) pour les légu-
mineuses.
Bien qu’il soit plus sensible à la sécheresse, le maïs apparaît aussi dans la plupart
des associations.
L’association maïsfsorgholpois congo est souvent dominante dans ces zones:
Miragoane, Plaine d’Aquin, Désarme, Gonaïves, Plateau Central etc... A ces trois
espèces de base peuvent être associés de l’arachide, du manioc, du coton.
(

LIMITER ,L’ÉVAPORATIONMAXIMALE ‘DESCULTURES (ETM)


l Dans l’association maïs/sorgho/poi&congo 21Petite Rivière de Nippes :
CHOISIR DES
CULTURES DONT LE le maïs est seme des le debut de la saison pluvieuse. Sa croissance rapide permet
une utilisation maximale des premières pluies. Le sorgho et le pois Congo, aux
CYCLE CORRESPOND cycles plus longs et résistants a la sécheresse permettent une utilisation maximale
AUX PÉRIODES DE de l’eau sur toute la saison pluvieuse.
DISPONIBILITÉEN EAU Dans cette région, la saison pluvieuse s’étend d’avril à octobre mais elle est coupée
par une petite saison sèche en juinjuillet. Le risque est donc que la floraison du
maïs (période sensible) ait heu durant cette période, ce qui serait catastrophique
pour les rendements.
L’utilisation de variétés à cycle court, ayant leur floraison avant cette période, ou
de populations à la floraison étalée dans le temps permet de limiter ces risques.l
l Choix de la date de semis: les paysans sèment dès les premières pluies si elles’
sont s&%amment importantes pour permettre la germination. Ainsi, ils dimi-
nuent ces risques et celaIleur permet de récolter le maïs en conditions sèches, ce’
qui favorise une bonne conservation des graines.
En situation de cuvette, où l’eau s’accumule, ‘les paysans réalisent des semis

259
précoces et utilisent les variétés les plus tardives car ce sont les situations où les
risques de déficit hydrique sont les plus faibles.
Dans le cas de semis tardifs, les paysans sèment les variétés les plus précoces qui
risqueront moins d’être atteintes par la sécheresse de juin-juillet en pleine
floraison.
l Sur le Plateau Central,deux variétés de maïs sont utilisées:
l le maïs “tibourrique”, à cycle court, doit être semé très tôt pour être récolté
durant la petite saison sèche de juillet-aout,
l la variété “gros maïs”, avec un cycle de 5 mois, peut être semée plus tardivement.
Elle est récoltée en fin de saison des pluies en octobre/novembre.

CHOISIRUNE DENSITÉ En climat sec, la densité optimale de peuplement est inférieure à celle des climats
CORRESPONDANT plus humides. Lorsqu’on augmente la densité, on augmente la surface foliaire de
la culture et donc son évapotranspiration maximale. L’eau disponible est utilisée
AUX DISPONIBILITÉS plus rapidement, ce qui augmente les risques de déficit hydrique.
EN EAU
Les densités relativement faibles pratiquées par les paysans dans les zones sèches
sont très souvent justifiées (sauf lorsqu’elles sont dues à des mauvaises levées).

En réduisant la densité des cultures, on diminue Dans l’exemple de la ferme de FORO-FORO,on


Effet de la densité I’évapotranspiration,ce qui permet aux cultures peut faire I’hypothese qu’en année humide les
SUI’ le rendement de mieux résister aux périodes sans pluie. A la résultats auraient Bté inverses.
ferme de Foro-Foro (Côte d’lvoire) une très
du riz pluvial faible densité lors d’une année très sèche a Densité et rendement du riz pluvial en.
en 1983, annbe très sèche, a la d onné des résultats spectaculaires. conditions hydriques déficitaires.
fermedeFORQFOROenCGte En 1983 la pluviométrie durant la culture a été
d’lvoire * de 230 mm alors que les besoins minimaux du
*d’après [Link], 1987. riz pluvial sont de 500mm à 600mm de pluies
durant le cycle.

Si en année trés seche, une très faible densité


(10 pieds/m2)permet d’avoir un meilleur
rendement, cette même densité ne permet pas
d’espérer un rendement correct en année
humide.

Lorsque la pluviométrie est très variable d’une année A l’autre, il est très diff@
de connaître la densité optimale. Pour choisir les itinéraires technsques, on peut
raisonner de la manière suivante:
l choisir d’abord un objectif de rendement raisonnable compte tenu de la pluvio-
sité de la région (cela nécessite une bonne connaissance du climat et notamment
une analyse fréquentielle des pluies sur un grand nombre d’années),
l choisir une densité suffkante pour atteindre l’objectiffixé mais assez faible pour
que la culture résiste en cas de relative sécheresse,
l ajuster de la même façon la fertilisation et les autres facteurs de production.

LUlTER CONTRE LES Les mauvaises herbes consomment -de l’eau et réduisent la quantité d’eau dispo-
MAUVAISES HERBES nible pour la culture. Il [Link] nécessaire de les éliminer le plus tôt possible, c’est
le rôle du sarclage . i
Celui-ci est réalisé soit au “couteau digo”(dans les terrains pierreux), soit à la houe
ou a la machette.
Le premier sarclage peut aussi serviride préparation du sol, par exemple pour le
semis du sorgho dans l’association maïslsorgholpois-congo. Plusieurs sarclages
sont nécessaires au cours de la [Link] nombre varie selon le développement
des adventices, en général deux ou trois suffisent lorsqu’ils sont réalisés au bon
moment (avant que les adventices ne gênent la culture).

260
(arachide à Terrier Rouge,
Nord-Est)
(photo M. Bonnefoy).
Le sarclage exige une grande quantité de travail:
l 200à400 heureshectare selon les situations pour l’association maïslsorgholpois
congo à Petite’ Riviére de Nippes,
l 70 à 120 heures/hectare par sarclage pour le riz pluvial à Grison-Garde dans la a
Plaine du Nord.
Lorsque la plupart des parcelles sont semées a la même période (pour mieux
profiter des pluies par exemple), elles nécessitent alors d’être sarclées en même
temps, ce qui pose de gros problèmes aux exploitations qui ne disposent pas d’une
main-d’oeuvre suffisante.

LIMITER l Un sol tassé favorise la remontée de l’eau du sol en surface au fur et a mesure de
L’ÉVAPORATION À LA son évaporation.
Le~Le binage, en cassant l’horizon de surface, provoque son dessèchement rapide et
SURFACEDUSOL la rupture des films d’eau. La remontée de l’eau est ainsi stoppée’ et les couches
inférieures du sol restent humides (effet mulch).

Figure 144 : effet du binage


sui’le dessèchement d’un sol.

l Au contraire, un léger arrosage (ou une faible pluie) maintient humide les,
premiers centimètres, ce qui augmente l’évaporation et favorise la remor&e dè
l’eau de profondeur.
0 Recouvrir le sol avec des déchets végétaux (pailles adventices...) limite aussi
I’évaporation: c’est un mï+hing.

LES BRISE-VEN-ïSET l Brise-venta : les haies’d’arbres autour des parcelles protègent les cultures du
L’OMBRAGE vent et diminuent l’évapotranspiration. La plantation de haies brise-vent autour
d’une parcelle est doncune technsque de lutte contre la sécheresse. Cette technique
joue aussi un rôle sur la circulation de l’eau, l’érosion et l’ensoleillement.
Elle est beaucoup plus efficace lorsqu’elle est appliquée sur l’ensemble des
parcelles d’une zone plutôt que sur une parcelle isolée. On parle alors de zone
embocagée.
l Ombrage : dans les jardins “pré-kuye”, les: cultures vivrières bénéficient d’un
véritable micro-climat créé par la présence d’arbres. Le rayonnement et le vent
sont moins importants et l’humidité de l’air y est supérieure. Ces parcelles sont
réservées aux plantes exigeantes en eau:,bananes, ignames, taros, mais suppori
tant bien l’ombre. Ces parcelles sont également des zones où la fertilité est élevée
du fait d’apports réguliers de matières organiques (détritus de cuisine, parcage des
animaux, chute des feuilles d’arbre).

Dans les jardins “pré-kaye”, les


cultures vivriéres bénéficient
d’un véritable micro-climatcréé
par la présence d’arbres
(photo D. Mermet).

AUGMENTER LA QUANTITÉ D’EAU DISPONIBLEPOUR LES


CULTURES
L’irrigation, lorsqu’elle est bien menée, résout évidemment les problèmes d’ali-
mentation hydrique des plantes. Mais les possibilités d’irriguer ne sont limitées
qu’à quelques régions en Haïti. Dans les autres régions, certaines techniques
simples permettent d’améliorer l’alimentation en eau des cultures.

LIMITER LE Lors d’une pluie, une partie de l’eau reçue ruisselle sur le sol et quitte la parcelle.
Cette eau n’alimente donc pas la réserve utile et ne sert pas aux cultures en place.
RUISSELLEMENT La part de l’eau qui s’infiltre dans le sol’varie selon sa perméabilité, l’état de sur-
face, la pente et la violence de la pluie (qriantité d’eau tombée par unité de temps).
Quand le ruissellement devient important, même sur pente faible, l’eau entraîne
avec elle des particules de sol: c’estl’érosion, problème très important en mHaïti.
En cultivant le manioc sur des
billons perpendiculairesà la
pente, les paysans réduisent le
ruissellement. Une plus grande
part de l’eau s’infiltredans le
sol (photo D. Mermet).

262
Limiter le ruissellement, c’est freiner les phénomènes d’érosion mais aussi favo-
riser l’infiltration et donc augmenter la réserve en eau du sol pour les cultures:
les plantes elles-mêmes favorisent l’infiltration
l de l’eau en freinant le ruisselle-
ment et limitent l’érosion en protégeant le sol de l’impact’ des gouttes de pluie.
Ainsi, on évitera de laisser longtemps sansvégétation des terrains sensibles àl’éro-
sion,
ce même rôle peut être joué aussi par une couverture de déchets végétaux (qui
l

joue aussi le rôle d’un mulch), i


le binuge, en créant un horizon de surface meuble facilite l’infiltration
l de I’e,au
dans le sol, ) ,i
les amenagements
l anti-érosifs, réalisés correctement, favorisent l’infiltration
en freinant fortement le ruissellement. Lorsque ces aménagements correspondent
a des plantations d’arbres ou d’arbustes, ils jouent aussi un ,rôle de brise-vent.,
i
FAVORISER UN La réserve en eaulutilisable par les plantes depend de la profondeur d’enracine-
ENRACINEMENT ment et de sa densité. Ainsi, en créant des conditions favorables a~l’implantation
rapide et profonde des racines, on contribue a mettre,& la disposition de la culture
PROFONDET BENSE : une réserve en eau importante.
Un travail du sol correct facilite l’enracinement des cultures en créant une
structure favorable et en éliminant les obstacles à la croissance des racines.‘!11
favorise aussi l’infiltration de l’eau de pluie et diminue le ruissellement.
En Haïti, le travail du sol est le plus souvent réalisé manuellement, ce qui limite
la profondeur du sol travaillee. Un travail du sol plus profond peut aboutir à un
enracinement plus profond lorqu’il permet l’élimination d’obstacles à la pénétra-
tion des racines. Mais cela entraîne une dilution importante et irréversible de la
matière organique dont dépend en grande partie la fertilité: des sols.
Parfois, c’est l’épaisseur du sol elle%ême qui limite l’enracinement. Un travail
profond du sol est alors a proscrire car il peut être néfaste (remontée en surface de
roches ou d’éléments peu fertiles). Sur pente, les aménagements anti-érosifs
permettent une accumulation des éléments entraînés par l’érosion et donc une
augmentation de l’épaisseur du sol.
Dans tous les cas il est nécessaire de connaître précisément ce qui limite la
’ voir chapitre 7 pour I’enracinement descente des racines avant de vouloir modifier les techniques’culturales prati-
et chapitre 3 pour le profil cultural quées par les agriculteurs*.

. Moyens permettant de limiter . Moyens permettant $augmenter la quanti&


Les moyens I’hapotranspiration maximale des f’eau disponible peuh les cultures ~’
de lutte contre la cultures.
Limitation du ruissellement (favoriser
sécheresse Choix de cultures aux cycles de
l
l

l’infiltration;cultures sur billonsien courbes de )


développement adaptés aux périodes de niveau; aménagements anti-érosifs; couverture!
disponibilitéen eau: choix de variétés aux cycles BUsol). ‘1’
courts, associationsde cultures ayant des
l Favoriser un enracinement dense et profond
périodes sensiblesdécalées dans le temps,
(élimination des obstacles aux racines par le
lChoix d’espéces ou de variétés résistantes à la travail du sol).
sécheresse. l Irrigation (si possibilité).
9Choix d’une densité correspondant aux l Amélioration de la capacité de rétention en eau
disponibilitésen eau.
du sol par apports de matiéres organiques
l Lutte contre les adventices (sarclages). (surtout en sols sableux).
l Binage pour favoriser un self-mufch.
lMise en place de brise-vents (création de
bocages).
l Mulching par couverture du sol de déchets
végétaux.
Canal creusé par les paysans à la plaine de Larbre. Au moment des crues, l’eau est amenée jusqu’à leurs parcelles.
Canal desservant des parcelles d’échalottes à la plaine de Larbre, irrigation par pompage (photos M. Bonnefoy).
Micro-barrage réalisé par des paysans pour irriguer leurs parcelles de riz (plaine du Nord) (photo M. Bonnefoy).
Parcellesde riz irriguées, périmètre irrigué de Grison-Garde (plaine du Nord) (photo D.‘Mermet).

264
A Grison-Garde (plaine du Nord), les précipitations annuelles sont voisines de
2 OOOmm et se répartissenten deux saisons-pluvieuses et deux saisons sèches:
l saison pluvieuse d’automne: de septembre à décembre,
l saison sèche d’hiver: janvier et février,
l saison pluvieuse de printemps: de mars à juin,
l saison sèche d’été: juillet et août.
Le riz est cultivé durant les deux saisons pluvieuses:
-semis en février-mars: riz de printemps,
-semis en août-septembre: riz d’uutomne.
Le riz est le plus souvent associé au maïs et au vigna, ce qui permet aux paysans
de reduire les risques d’une mauvaise récolte en cas d’aléa climatique :
l en cas de sécheresse, le maïs et le vigna produisent alors ‘que le riz Echoue, ”
6 inversement, en année humide, c’est le riz qui fournit la quasi-totalité de la
production (les. sols, à tendance hydromorphe mettent le #maïs et le vigna en
situation d’asphyxie).
Les surfaces semées en riz sont beaucoup plus importantes lors de la saison
1
d’automne car les pluies y sont en général’ plus abondantes et surtout plus
régulières.

Associationde cultures riz-


maïs-vigna à Grison-Garde,
plaine du Nord
(photo D. Mermet).

265
CALAGE DU CYCLE DU RIZ EN AUTOMNE 1986
La figure suivante présente la pluviométrie mensuelle de 1986-1987 comparée à
la médiane (P3 de l’analyse fréquentielle) et àl’ETP. En dessous figurent les cycles
du riz pluvial pour trois saison-s de culture.

Figure 147 : pluviométrie


mensuelle de janvier 1986 à Sao Pwwl
août 1987 (soit sur 3 cyclesde’
riz pluvial), médiane (P3) et
ETP (Grison-Garde). 300.

600.

509.

400.

3ao.

I : : ! : ! :“! ! ! ! : : . . * I * I I ,

,JFMRMJJ ASONOJFMAMJJA

!iz%zin~\\\ yT\

F:flpiSon ;i?vh1ps86 c$;v$3b


krecdte 645mw\

II ressort de ce graphique :
l que la saison d’automne 1986 est exceptionnellement sèche. Les deux derniers
mois de la saison culturale sont déficitaires (P<ETP),
l que la saison de printemps 1987 est particulièrement pluvieuse, les besoins en
eau de la culture sont très largement couverts,
l que la saison de printemps 1986 est proche de la médiane, seul le dernier mois
de culture (juin) est déficitaire. Il faudrait étudier plus finement la répartition des
pluies sur le cycle (par 5 ou 10 jours>.
Au cours’ de ces trois cycles de culture, odes rendements ont été mesurés sur un
certain nombre de parcelles d’agriculteurs.
Cette grossière analyse laisse penser qu’une faible pluviométrie (dans notre cas,
particulièrement enfin de cycle) limite les rendements en riz pluvial, d’autant plus
que le déficit est prononcé.
Une étude plus sérieuse serait néèessaire et pour cela il faudrait :
l analyser les résultats d’un plus grand’nombre d’années,
l voir sur quelles composantes du rendement les différences s’établissent,
l étudier plus finement la répartition des pluies ‘sur le cycle du riz.

l
268
Figure 148 : relation entre la
pluviométrie et les rendements
en riz pluvial pour trois saisons
de culture (Grison-Garde
1986-87).

Figure 149 : effets d’üne


sécheresse a différentes Période de Rendement Nombre de Stérilité EpilIe&
périodes du cycle du riz sur le sécheresse en grammes de panicule des pleins
rendement et les composantes en nombre par pied par pied épillets en %
du rendement(Matsushima). de jours par en %
(la période de~séchëresseest rapport à
donnée en nombre de jours I’épiaisonl
par rapporta Cépiaisonl floraison
floraison) -55 18,O 11 11 70
-51 16,8 11 9
- 43 19,5 11 14
- 35 20,o 12 11
-27 17,o 11 12
-19 ‘15.7 11 34
-11 65 10 62
3 833 10 59
t5 1625
t13 20,5
c;ans période 22,7 65
Cle sécheresse
.,&-~,~r,v..t-,
.p ‘.yTsi
:y:.:!.,.;rf.<!p
F.‘j ‘:y”: p
..i’,_.>2
l (I’épilletest la fleur ou le futur grain.:Lorsqu’un épillet est stérile, il ne donne pas de grain).

269
l Ces résultats confirment aussi :
. qu’en automne 1986, le premier facteur limitant pour le riz pluvial est l’eau,
. qu’une période de sécheresse est beaucoup plus néfaste lorsqu’elle a lieu au
moment de la floraison.
l Quels conseils peut-on donner aux paysans?
,Il ressort de cet exemple qu’il aurait été favorable de semer tôt, soit avant le ler
septembre, pour que la floraison ait lieu au mois de novembre, plus pluvieux que
le mois de décembre. Mais peut-on généraliser aux autres années?
L’analyse fréquentielle de la pluviométrie mensuelle sur 24 ans confirme que les
risques dune sécheresse sont plus importants en décembre qu’en novembre(voir
figure 143):
. une année sur quatre, la pluviométrie du mois de décembre est inférieure à
50 mm. Il faudrait alors une réserve utile de plus de 100 mm et pleine fin novembre
pour satisfaire la demande climatique (ETP),
. une année sur douze seulement, la pluviométrie du mois de novembre est
inférieure à 50 mm. De plus, le mois d’octobre est régulièrement le mois le plus
pluvieux ce qui laisse supposer que la réserve utile est suffisamment pleine pour
satisfaire les besoins du riz durant une bonne partie du mois de novembre en cas
de sécheresse.
En revanche, s’il est préférable de semer tôt, il faut aussi que les conditions le
permettent:
. préparation des terres à temps,
. pluviométrie suffisante pour une bonne ‘levée.
Ces conditions ne sont pas toujours réunies et, dans le cas d’un semis tardif, ~’
l’utilisation dune variété à cycle court permet de limiter les risques d’échec en
avançant la date de floraison.. C’est pourquoi, dans la plaine du nord, a été
introduite une variété de riz à cycle court que les paysans appellent “Riz soleil” et
dont le cycle est de 100 jours au lieu-de 130 jours pour les variétés locales. Dans
i notre exemple, cette variété semée le 15 septembre aurait fleuri le 25 novembre au
lieu de 15 décembre pour la variété locale. ;L’utilisation de cette variété limite donc
les risques d’échec du riz d’automne dans cette région.

BILANS HYDRIQUES ,,
Dans une région donnée, une bonne connaissance du climat, des sols et des besoins
en eau des cultures permet d’estimer lesproblèmes d’alimentation qui peuvent se
poser à certaines périodes pour les cultures..
Faire un bilan hydrique, c’est comparer la quantité d’eau nécessaire à la culture
et celle qui est disponible dansksol. Ces deux valeurs varient constamment dans
le temps selon le stade de la culture’ et les conditions climatiques (pluie et
évapotranspiration potentielle). 1 1
L’encadré suivant nous montre quelles sont les entrées et sorties qui constituent
les termes de ce bilan.
On distingue deux types de bilan: les bilans réels et,les bilans prévisionnels.

LES BILANS RÉELS Ils sont calculés après une culture~à l%de de mesures réalisées directement tout
au long DDEla culture. :
Ils sont utiles pour mieux connaître-le milieu et les relations climat-sol-plante qui
ont lieu lors de la culture. Ils permettent de mieux connaître les doses d’eau à
apporter, lesmoments desapports et ainsi defairele diagnostic du fonctionnement
d’un système d’irrigation. -1 ,-

272
AfMOSPHÈRE
Bilans hydriques

J
Grâce à son système racinaire, la culture peut l les entrées : pluies, irrigations.
prospecter une certaine profondeur de sol. l les sorties :

Dans ce volume de sol exploite, elle est capable - eau évaporée par le sol,
d’y-trouverun certain volume d‘eau: c’est la : eau transpirée par la ‘culture (ETR),
réserve en eau utilisable du sol. - eau drainée en profondeur et donc perdue pour
Faire un bilan hydrique, c’est évaluer cette la culture,
réserve et son évolution au cours du cycle de la - ruissellement.
culture. C’est donc évaluer dans le temps: La taille maximale de cette réserve est égale à la
réserveMe.

La formule est la suivante:


P - D - R = ETR + (H finale - H initiale) du sol
l -Pti pluie ou irrigation 1'
l D= drainage ~ en-mm sur la periode considéree
l R-ruissellement

l ETR= evapotranspiration réelle de la culture J


l (Humidité finale - Humiditë initiale)= A RU& différence entre la quantité d’eau
présente dans l’horizon du sol exploité par les racines entre la fin et le début de la
période considérée (en mm).
Lorsque des mesures d’humidité du sol sont ,réalisées, si le ruissellement et le
drainage sont négligeables, ces bilans permettent:
l de déterminer l’évapotranspiration réelle sur une période donnée et la comparer
B ETM pour savoir si la culture a souffert d’un déficit hydrique,
l de déterminer la réserve en eau facilement utilisable BFU).

Bilanshydriques Durant une période de culture, lorsque la pluviométrie est inférieure à I’ETM (éva-
simplifiéspour le potranspiration maximale), la culture puise l’eau dont elle a besoin en partie dans
la réserve utile. Si cette période se prolonge, il arrive un moment où la réserve utile
diagnostica posteriori est vide, la plante connaît alors un déficit hydrique qui peut’entraîner son dessè-
chement et sa mort.
En réalité, la plante commence à souffrir, et donc à réduire sa photosynthèse avant,
dès que la RF’U est vide.
Lors d’un diagnostic sur une culture (après récolte), il est important de savoir si elle
a connu un déficit hydrique et à quelle phase de son cycle, ce qui peut expliquer en
partie le rendement.
On réalise alors un bilan hydrique précis sur la période où P - ETM c 0
L’e&s d’eau r,:
et“,les techiniques ,’
adaptées ~ :~
l Définition d’un excès d’eau
Lorsqu’un sol est ressuyé (humidité à la capacité au champ, Hcc), l’eau occupe la
microporosité du sol et la macroporosité est occupée par de l’air.
Si pour différentes raisons l’eau occupe toute la porosité, le sol est satwé, il n’y a
plus d’air, ce qui est néfaste pour les plantes: il y a excès d’eau.
En général, on estime qu’il y a excès d’eau dès que l’humidité du sol est supérieure
à Hcc, c’est-à-dire qu’une-fraction de la macroporosité reste occupée par l’eau. Mais
dans les cas extrêmes, l’eau recouvre totalement le sol, on parle alors d’inondation.
l Les zones à excès d’eau
Les problèmes d’excès d’eau se rencontrent dans des situations pédologiques et
topographiques particulières où un obstacle empêche l’eau de gravité de s’infiltrer
en profondeur.
Cet obstacle peut être:
l une couche imperméable du sol (argile, limons fins) ou du sous-sol,
l la présence d’une nappe d’eau souterraine (nappe .phréatique) qui remonte à la
surface du sol à la saison des pluies.
Voici quelques exemples de zones où l’on rencontre régulièrement des problèmes
d’excès d’eau:
l cuvettes en bas de pente(vertisols),
l bords de rivières, ,~
l plaines maritimes,
l plaines hydromorphes.
)

EFFETS SUR LES PLANTES


Les plantes sont plus ou moins sensibles aux excès d’eau selon les espèces:
l le riz, par exemple, est adapté aux zones inondées,
l les tubercules, en général, sont très sensibles aux excès d’eau puisque la partie
récoltée est en terre. Seul le mazombelle (tara) peut supporter de longues périodes
d’inondation, sa tubérisation est même favorisée par une forte humidité du sol.
C’est pour cela qu’on le trouve fréquemment planté en bordure des rizières.
l la plupart dés légumineuses sont souvent plus sensibles aux excès d’eau que les
céréales.
Les plantes sont plus sensibles aux excès d’eau à certaines périodes de leur vie
(stades physiologiques) qui sont pour la plupart des espèces :

276
Une plaine hydromorphe : le marais de la Suisse dans la plaine du Nord.
Une plaine maritime : le’ 4agorb CICamp-Louise (photbs M. Bonnefoy).

l la germination des graines ou la reprise des boutures,


l la formation des fleurs ; la période la plus sensible se situe juste avant la
floraison.

LES SYMPTOMES Les symptômes dune plante subissant un excès d’eau sont trèsproches de ceux dus
à une mauvaise alimentation hydrique ou minérale:
l les feuilles flétrissent, jaunissent puis meurent a partir de leur base,
l les racines deviennent brunes et visqueuses et arrêtent leur croissance. Après la
période d’excès d’eau, de nouvelles racines, courtes, blanches et épaisses apparais-
.,
sent,
l la croissance globale de la plante ralentit.
Plus l’excès d’eau dure longtemps, plus ses ,conséquences, sont néfastes sur la
plante et le rendement.

EFFETS SUR LE SOL


MODIFICATIONDES Le sol n’étant. plus aéré, la concentration en oxygène diminue et celle en gaz
PROPRIÉTÉS. carbonique (CO,) augmente. Les conséquences sont multiples:
‘. ‘e les racines ne peuvent plus respirer et I’alimentation en eau et en éléments
CHIMIQUESET minéraux de la plante ne se fait plus correctement,
BIOLOGIQUES l les micro-organismes adaptés aux conditions anaérobies se développent,
l la décomposition des matières organiques se fait mal et libère des substances
toxiques pour les plantes. On retrouve alors facilement desmatières organiques
peu évoluées et le sol prend une odeur de vase,
l la minéralisation de l’azote s’arrête à NH,’ qui s’accumule dans les sols hydro-
morphes (NH,’ est beaucoup moins assimilable par les plantes que NO;),
l les minéraux oxydés sont réduits; le fer, lorsqu’il est présent sous forme d’oxyde
ferrique (Fe3+), donne au sol aéré une couleur rouille ; réduit’à l’état ferreux (Fez+>
en l’absence d’oxygène, il colore le sol en gris-bleu ouverdâtre. Ces tâches bleu-vert
présentes dans un profil sont un indicateur des milieux asphyxiants, on les appelle
des gleys.
D’autres minéraux sont réduits et peuvent devenir toxiques pour les plantes: NO,,
MG+.

MODIFICATIONDES Les risques de battance et de prise en masse sont très importants, surtout s’il ya
PROPRIÉTÉS stagnation d’eau en surface. Les argiles se gonflent, les fissures séparant les
agrégats disparaissent, la structure devient compacte... Dans ces conditions, les
PHYSIQUES : LA risques d’une mauvaise germination ou d’une mauvaise levée sont élevés et les
STRUCTURESE, racines ont du mal à s’implanter.
DÉGRADE

277
La cohksion diminue etle sol devient très sensible au tassement; il ne peut plus êtie
travaillé : les paysans ne peuvent pas préparer leurs terres 0~ sarcler leurs
cultures à ces périodes.
La dégradation de la structure entraîne une diminution de la perméabilité et les
risques d’un nouvel excès d’eau sont alors accrus. ~

Le riz est la seule céréale qui supporte et Une asphyxie, pas une maladie
Exemple apprécie la submersion. Mais les racines ont Toutes ces observations concordent à montrer ”
d’un diagnostic de aussi besoin de respirer et leur oxygénation est
qu’il ne s’agit pas d’une maladie mais
assurée par un renouvellement régulier de l’eau
mil’ieuasphyxiant dans les parcelles.
d’asphyxie,même pour des racines de plantes
adaptées à la submersion:
pour les racines Sur certaines parcelles de St Raphaël, les
. l’eau stagnante est trop,pauvre en oxygène,
paysans se plaignaient que’leur riz était “brûlé”
sur des parcelles par une “maladie”.
le sol n’a pas de porosité visible:
l

f soit parce qu’il s’agitde ‘limonâ structure


de riz irrigué à St- Des observations réalisées sur place ont permis fragile qui s’esttassée,
soit parce qu’il n’y a pas eu de travail du sol
Raphaël de trouver la cause de ces symptômes. l

pour reconstituer la porosité,


l Observation des parties aeriennes: soit â cause d’un piétinement excessifen
l

. la plupart des feuilles sont petites, jaunes ou conditions humides ce qui a gêné la circulation
sèches, la croissance des plants de riz est de l’eau et la pénétration des racines,
bloquée, la décomposition des débris végétaux (résidus
l

. les mauvaises herbes, quelqu’elles soient, ont de cultures ‘précédentes,mauvaises herbes) à


les mêmes symptômes, ce n’est donc pas une l’abri de l’air a aggravé cette asphyxie.
maladie du riz,
Mais ce diagnostic rapide sur le terrain ne
. dans les parcellesen eau, les zones atteintes
permet pas d’évaluer si cette hydromorphie a
sont les plus bassesDans les parcellesassé- provoqué une chute de rendement. Et dans le
chées, les zones atteintes sont les cuvettes où cas d’une baisse de rendement, à quelles
l’eau a stagné car il reste a la surface du sol une conséquences de la saturation en eau (asphyxie
mince couche blanchâtre d’algues sèches. des racines, blocage d’éléments minéraux ,..)
9Observation du sol et des racines: est-elle due.
. par simple prélèvement d’une pelletée de terre Pour répondre a ces questions, un suivi fin de
pour les parcelles inondées; par un profil cultural parcelles dans ces conditions est à réaliseravec
en parcelle asséchée dans les zones atteintes. une analyse de l’élaboration du rendement.

Parcellesen eau : Remèdes proposés


. il n’y a pas de porosité visible, Dès que des signes d’asphyxieen cours de
. on note la présence de tâches bleu-noirâtres, culture sont observés, la situation peut être
en particulier autour des débris végétaux, avec améliorée :
une adeur de vase, en asséchant fréquemment la parcelle et en
l

. les racines sont rares, fines en surface et creusant des rigoles pour drainer les cuvettes où
mortes en profondeur. l’eau stagne,
Le milieu est donc asphyxiant. Les débris l en assurant une circulationd’eau permanente
organiques fermentent sans oxygène, ce qui durant les submersions.
aggrave les’conditionsréductriceset Pour la culture suivante:
asphyxiantes provoquant des “gleys”. l améliorer le planage (mettre la terre des
Parcellesasséchées : bosses à la pelle dans les dépressions),
. pas de porosité visible, l reconstituer une bonne porosité par un labour
. des tâches de rouille, en particulierautour des ou un bêchage,
racines vivantes, indiquent une réoxydation l éviter de piétiner le sol,
récente du fer qui avait été, auparavant, dissous éviter l’enfouissement de masses de matières
l

dans l’eau privée d’oxygène sous forme de sels organiques non décomposées,
ferreux(Fe+$ .juste sous la surface du sol, à irriguer avec une circulation permanente de
l

côté de racines en mauvais état ou mortes, l’eau,


poussent de nouvelles petites racines blanches. assécher fréquemment pour réoxygéner en’
l

Le milieu a donc été récemment asphyxiant. creusant des rigoles pour drainer les cuvettes.

278
TECHNIQUESCULTURALES PRATIQUEES
DANS LES ZONES INONDEES

ZONESINONDÉESEN La pratique de la riziculture inondée implique que le sol soit a la fois suffisamment
PERMRNENCEOU drainé, et alimenté en eau. Pour cela, des aménagements (réseaux de canaux) sont
QUASI-PERMANENCE nécessaires ainsi qu’une grande disponibilité’ en eau (source, rivière déviée). 1
Le niveau de la nappe d’eau dans ces zones varie au cours de Irannée selon ila
pluviométrie. Ainsi, à certaines périodes, le niveau descend lëgèrement en dessous
de la surface du sol, ce qui permet de pltiver d’autres espèçes utilisant certaines
techniques.

La plainede La plaine maritime de Camp-Louise est pratiquement horizontale et le sol est


Camp-Louise saturé d’eau en permanence par la présence de la nappe phreatique et les remoii-
tées capillaires. l
Lorsqu’en saison sèche,,le niveau de la nappe se trouve en dessous de la surface du
sol (voir schéma ci-dessous). Les paysans, en réalisant des biilons, placent hors de
l’eau un certain volume de terre. Celle-ci est alors suffisamment aérée pour per-
mettre aux racines et aux tubercules de s’y développer.

Figure 153 : schémas de


bilions

Les patates douces, plantées sur les billons profitent d’un sol aéré et régulièrement
alimenté en eau par les remontées capillaires. La réalisation des billons dans le
sens de la pente (même très faible) permet d’accélérer le drainage.
Du riz peut être planté dans les sillons, la surface du sol est: alors complètement
utilisée. Le fond des billons est ainsi souvent utilisé comme pépinière pour le rizl
Contrairement aux buttes réalisées pour l’igname, par exemple dans les sols drai!
nés, ici il faut éviter d’enfouir des débris végétaux sous la butte. La décomposition
de ces matières organiques dans un sol sature d’èauproduit des gleys toxiques pour
les racines.

ZONESÀ EXCÈSD’EAU Des inondations de durées plus ou moins longues se produisent dans différentes
TEMPORAIRES situations.

Prèsd’unerivièrelors La réalisation de buttes ou de billons dirigés vers la rivière permet de réduire la


des périodesde crues période d’ennoyage des racines lorsque la nappe d’eau remonte à la surface.

Cuvetteoù s’accumule De par leur situation, les sols de fond de cuvette sont souvent très argileux (ver-
l’eau’ tisols) et deviennent imperméables lorsqu’ils sont très humides. Ces zones ont
l’avantage de pouvoir être cultivées en périodes sèches alors que les terrains de
pentes sont desséchés. Mais en période de fortes pluies, les risques d’asphyxie sont
élevés. Les modes de mise en valeur de ces zones sont fonction de la durée de la
période d’inondation, de la possibilité de drainage et de la quantité d’eau permet-
tant ou non une irrigation régulière.

279
Constitution de grosses buttes
dans les bas-fonds inondables
de Bois-de-Lance (plaine du
Nord) avec concentration des
résidus organiques
(photo M. Bonnefoy).
Préparation des buttes pour la
culture du haricot (ou de
l’associationmaïs-manioc-
vigna) en plaine inondable à
Grison-Garde, plaine du Nord,
1988.
Haricots sur billon en plaine
hydromorphe inondée, plaine
du Nord, 1988
(photos D. Mermet).

Lesplaines Dans le cas de plaines hydromorphes,,les inondations ne sont pas dues à la


hydromorphes remontée de la nappe phréatique mais à la présence d’un horizon du sol imperméa-
ble qui empêche le drainage en profondeur de l’eau de pluie.
Dans ces plaines, les problèmes d’excès d’eau sont particulièrement importants
dans les parcelles situées dans les dépressions où s’accumule l’eau.
Seuls des aménagements importants, tels que la réalisation d’un réseau de canaux
de drainage, permettent un assainissement de ces zones. La présence de sources,
de rivières, permet de plus la mise en place éventuelle d’un réseau d’irrigation.
L’aménagement de telles zones est une opération de grande envergure qui
nécessite de nombreuses études préalables (études pédologiques, hydrologiques,
agronomiques et économiques), car-cela entraîne de nombreuses modifications,
non seulement du milieu physique mais aussi du fonctionnement socio-économi-
que de la région concernée.
Dans le cas d’une plaine maritime (comme a Camp-Louise), ce type d’aménage-
ment risque de provoquer a moyen terme des remontées d’eau saumâtre (salée> qui
rendraient le sol impropre à la culture de manière irréversible.
La plupart de ces zones (plaines ou cuvettes) sont alimentées en partie par l’eau
qui ruisselle sur les pentes des mornes avoisinantes. Le déboisement de ces mornes
favorise le ruissellement et l’érosion. Cela a des conséquences sur ces zones qui
sont alors inondées de façon plus violente et irrégulière, rendant d’autant plus
difficile leur mise en culture.

280
La réalisation d’aménagements anti-érosifs efficaces sur les pentes a donc aussi
une action [Link] les zones inondables.
_, _,
Mazombelle cultivé sur buttes
dans les rizièresinondées
(photo G:de Laubier).

DANSDESZONES’ La réalisation de buttes dans cette région permet surtout deiconcentrer la matière
D’ALTITUDE~-: organique (résidus de cultures et mauvaises herbes) sous les espèces les plus exi-
geantes (maïs, igname). Mais son rôle est aussi de favoriser le drainage: en période
Sur le plateau de fortes pluies, la perméabilité du sol n’est pas suffisamment grande pour drainer
des Rochelois toute l’eau, -les buttes permettent de maintenir une bonne aération du sol (‘ce
problème est plus lié à la violence des’pluies qu’au type du’sok sol ferrallitique).
(900m12000mm
de pluiespaTan) Le haricot est très sensible aux excès d’eau: (comme la plupart des légumineuses:
pois connu -pois Congo> .,
Les périodes où il est le plus sensible à l’asphyxie se situent avant la floraison, soit
30-40 jours après le semis et au début du cycle (levée>. Le choix desldates de semis
et des terrains pour cette culture est un compromis entre leslrisques d’excès d’eau
et de sécheresse. Trois périodes de semis sont pratiquées: ~
l semis de février: ,ils sont réalisés au retour des pluies, après la saison sèche de
décembre-janvier. Un décalage des semis dune semaine en fonction des pluies fait
varier les rendements,
l semis de jui&?.t: ils ont lieu après la courte saison sèche de juin,
l semis d’octobre: ils sont toujours effectués en conditions humides. Les risques
d’excés d’eau sont trésimportants. Ils sont limités par les capacités drainantes des
rendzines de pentes réservées aux haricots d’octobre. La figure 154 montre com-
ment ces problèmes d’asphyxie liés au sol et au climat limitent le rendement final
à travers son élaboration.

Sur le plateaucentral
Dans l’association maïs-sorgho-pois Congo, le maïs et lepois congo sont générale-
ment semés ensemble après les premières pluies d’avril (comme à Madian). Mais
dans les sols hydromorphes, les paysans ne sèment lepois congo qu’après les fortes
pluies du mois de mai, entre les pieds de maïs: cela permet au pois Congo, très
sensible aux conditions asphyxiantes, d’éviter les périodes où les risques d’excès
d’eau sont importants.

28’1
QU’EST-CE QUE LA La fertilité d’un sol représente, dans un climat donné, son aptitude à
FERTILITÉ D’UN SOL ? assurer de façon régulière et répétée la croissance des cultures et
l’obtention de récoltes. Elle est la résultante de diverses composantes qui
amènent à distinguer :
l la fertilité chimique,
l la fertilité physique,
l la fertilité biologique;
La notion de fertilité du sol est relative. En effet, un même sol ne permettra pas
les mêmes niveaux de production selon le climat. D’autre part, il faut tenir compte
des besoins des plantes, un sol peut être fertile pour une espèce et impropre à la
croissance dune autre.
Les moyens techniques- disponibles transforment le milieu et modifient le juge-
ment que l’on porte :
l l’irrigation par exemple a permis de ,mettre en valeur des sols qui étaient
autrefois peu productifs (vallée de 1’Artibonite). Dans ce cas, la fertilité proprement
dite du sol n’est pas améliorée, mais la contrainte principale est levée, ici la dispo-
nibilité en eau,
l certains aménagements anti-érosifs peuvent permettre la remise en culture de
sols abandonnés. Ici on agit sur le sol lui-même.
La fertilité d’un sol ne se mesure pas uniquement au rendement des cultures qu’il
porte. Le coût de la production est à prendre en compte, coûts des techniques mais
aussi leur difficulté d’application.

QU’EST-CE QUE Gérer la fertilité d’un sol, c’est lui appliquer les techniques qui lui permettront de
GÉRER LA FERTILITÉ produire abondamment, mais aussi de reproduire ou d’améliorer sa fertilité à long
terme. Certains systèmes de culture ont, à moyen terme, un effet négatif sur la
D’UN SOL ? fertilité du sol, même s’ils permettent une forte production les premières années.
Fertiliser un sol, c’est améliorer ses propriétés physiques, chimiques et biologiques
pour que les plantes puissent s’y nourrir et s’y développer correctement. Cela
signifie :
l que le sol puisse fournir aux plantes les éléments nutritifs dont elles ont besoin,
l que sa structure favorise l’enracinement et la circulation de l’air et de l’eau,
l que ses propriétés physico-chimiques favorisent l’activité biologique utile à une
bonne évolution des matières organiques,
l que ses propriétés biologiques permettent de limiter la présence d’organismes
pathogènes et le stock d’adventices.
L’ensemble des techniques que l’on applique au sol dépendent les unes des autres.
) ,“< o ‘.‘
Les actions à entreprendre pour l’amélioration de la fertilité des sols devraient
logiquement suivre l’ordre suivant :
’ ~:::- l s’opposer à I’érosion,
l stabiliser la richesse du sol en éléments nutritifs et sa structure par des apports
de matières organiques,
l créer une bonne structure en travaillant le sol au bon moment,
l compléter éventuellement l’alimentation des plantes en apportant des engrais
minéraux.
L’ordre logique des actions tel qu’il est présenté ici ne tient compte que des aspects
écologiques du milieu. Dans la réalité, il n’est jamais respecté car l’agriculteur
haïtien organise son exploitation et son travail en fonction des conditions écono-
miques et sociales dans lesquelles il se trouve.

284
Un mo(jem~.d& ~ i;’
-gestiondes-la,~
~fertilité: les jardins

La majorité des sols du plateau des Rochelois sont des sots ferrallitiques (voir
chapitre 3). Leur fertilité est liée essentiellement à leur teneur en matièr,e
organique qui stocke et fournit la quasi-totalité des éléments nutritifs: Ainsi,‘plus
‘que dans d’autres types de sol, la gestion de la fertilité passk ici par la gestion de
la matière organique.
Dans ces conditions, les paysans ont mis en place des systèmes, de’culture où les
transferts réguliers de matières organiques ont modifie la fertilité des jardins de
~~manière différente selon leur mode de faire-valoir, leur distancede l’habitation’et
leur nature. ‘1
-Les jardins se trouvant près des habitations voient leur fertilité, croître grâce aux
‘- différents apports de [Link]ères organiques. Au contraire, les’jard$rs éloignés et
souvent en métayage ou en fermage voient leur fertilité baisser à cause des expor-
tations régulières de résidus de cultures vers les autres parcelles.’
Ainsi, sur les mêmes types de sol, on observe trois types de jardins qui different par
leurs modes de culture et leur niveau de fertilité.
-Chaque exploitation agricole’est constituée au moins de trois jardins :
.* un jardin «devant-porte-kayew de 500 à 2000m2,
l un jardin «pré kaye» de 1000 à 5000m2,
l un ou plusieurs jardins «tain kaye».

LES TROIS <(JARDINS»


LE JARDIN C’est une zone de végétation dense entourant la maison d’habitation et toujours en
DEVANT «PORTE-KÀYE,> propriété. Dans ce jardin, les paysans associent de nombreuses espèces pérennes
ou annuelles formant plusieurs étages de végétation :
l les espèces arborescentes forment l’étage supérieur : avocatiers (Perseh amer;-
cana), chadéquiers (Citrus maxima), sucrins (Inga vera), lauriers (Octea Zeucoxy-

285
Figure 158 : relation entre
l’importance des apports
organiques et les rendements
d’une culture de haricot sur les Jardins cpré-kayej>
sols ferralitiques du plateau 27 %
recevant d’importants
des Rochelois. apports organiques

Jardins ttpré-kayej,
recevant peu 26 %
d’apports organiques

Jardins &in-kayejj
sans restitution 26 %
organique

UNE GESTION PAYSANNEDE LA FERTILITE,


Pour gérer les réserves de matières organiques et leur répartition dans les
différentes parcelles, les paysansmettent en oeuvre trois pratiques complémentai-
res :
l le transfert des résidus de culture des jardins «loin kuyewers les parcelles entou-
rant la maison,
l des jachères plus ou moins longues sur les jardins «pré-kuye» et «loin-kuye»,
l la concentration de la matière organique dans les buttes des jardins «loin-kuye»
et «pré-kuye».

LA GESTION DES Sur le jardin «devantporte-kuye» est attaché le cochon. Il s’y nourrit d’avocats,
RÉSIDUS DE CULTURE de lianes... produits de ce jardin, mais aussi de fanes de patates douces et d’adven-
ticesvenant des autresjardins. Salitière estrépartie ensuite entre les deuxjardins
proches de l’habitation.
Sur le jardin «pré-kuye », on retrouve le même mécanisme avec le gros bétail
(vache-cheval-mulet), L’animal y trouve une partie de sa nourriture, l’autre partie
provient soit du jardin boisé (stipes de bananïers, herbes de Guinee...) soit desjar-
dins «loin-kuye» (chaumes et feuilles de maïs, adventices).
Les résidus de cuisines (fanes de haricots, spathes de maïs..;) sont iépandus sur les
jardins proches de la maison. Les cendres fertilisent uniquement, le jardin boisé.
La cuisine est déplacée chaque année et les’ paysans plantent shr leur emplace-
ment des bananiers qui bénéficieront de la potasse contenue dans les cendres.
D’autre part, les arbres du jardin «dem& porte-kuye» produisent de la matiëre
organique; ici c’est uniquement un transfert vertical des élements nutritifs puisés
en profondeur.
Les jardins«Zoin-kuye»ne bénéficient d’aucun apport, par contre sont exportés :
l les fanes, les gousses et les grains de haricots,
l les tubercules et une partie des fanes de patate-douce,
l une partie des adventices.
Il y a très peu de restitution de matière organique après recolte dans ces jardins.
Les transferts se font donc toujours dans le même sens et appauvrissent les jardins
les plus Bloignes au profit des autres. La raison en est que la sécurité de tenure des
jardins «loin-kuye» est très faible (terres en métayage ou en indivision). Les
paysans ont donc peu intérêt à les fertiliser. Au contraire, ils extrayent le
maximum de fertilité de ces terres qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir cultiver
Yannée suivante.

288
LA PRATIQUE Dans les jardins “pr&kuye», la jachère est sous couvert de manioc. La faible den,sité
DES JACHÈRES de celui-ci laisse passer la lumière,‘ce qui permet la con,stitution d’un couvert
végétal adventice durant la deuxième année de rotation (cf. fig. 154-155).
,’

A gauche : le plateau des


Rochelois. Au premier plan,
des jachères ; au loin, des
parcelles récemment mises en Dans les jardins «loin-kuye u, la jachère est nue et pâturée par les animaux. Sa
culture. durée est fonction de la disponibilité en terres de l’exploitant. Lorsqu’elle devient
A droite : jachére sous manioc très courte (par manque de terres) la végétation spontanée qui s’y installe est très
dans un jardin epré-kaye),,. .-réduite; Il~se peut alors que cela entraîne un’ déséquilibre de tout le système : la
plateau des Rochelois (photos- production de ces jardins diminue, les transferts vers les autres parcelles sont donc
M. Bonnefoy). aussi réduits et le niveau de production agricole baisse.

CONCENTRATION Cette pratique concerne autant les jardins «pré-kaye» que les jardins doin-kuye».
DE LA MATIÈRE A la fin de la jachère, un mois avant les semis et plantations,’ les mauvaises herbes
sont sarclées à la houe.
[Link] Quinze jours plus tard, le secouage consiste à séparer la’terre des mauvaises
LES BUTTES herbes, ce qui empêche leur reprise et active leur minéralisation.
Le buttage est réalisé une dizaine de jours après le secouage :,les mauvaises herbes
sont rassemblées en tas puis recouvertes avec la terre prise dans les 15 premiers
centimètres de l’horizon de surface, formant ainsi des buttes d’un mètre de
diamètre environ (cf. fig. 159). Cette opération favorise le développement racinaire
Figure 159 : confection d’une
par amélioration de l’aération et du drainage. Mais surtout elle permet une con-
butte avec concentration de la ~~
~... centration de la matière organique puisque : ~ ‘1
matière organfque.
l la terre servant à la confection des buttes est prélevée dans l’horizon le mieux
Figure 160 : rendement en q/ -- 1 pourvu en matière organique,
ha de haricotoselonla posi -* la matière organique-fraîche (mauvaise herbe) est concentrée sur l/4 de la
tion des piedssur la butte; surface comme le montre le schéma suivant.

orgfawqw’~~. :.y. I ..-. .. ..’


.~ r . .. ” .: . .~ ,:

289
cultures~en
éléments minéraux’
Les besoins des plantes en éléments minéraux sont extrêmement variables selon
les espèces, mais aussi selon les variétés et les conditions de croissance des cultures
(climat, sol, fertilisation).
L’essentiel des éléments minéraux sont puisés par les racines sous forme soluble
dans le sol. Ils sont ensuite distribués dans les autres parties de la plante par la
circulation de la sève brute vers les lieux de photosynthèse active. Ils ont chacun
des rôles biologiques spécifiques.
Les racines peuvent aussi absorber certaines molécules organiques simples (urée
- acides aminés) mais cela ne représente qu’un faible apport.
Lorsque l’on analyse des plantes d’une même espèce qui ont poussé dans des
conditions différentes, on s’aperçoit que leur composition chimique est très va-
riable. Il est donc difficile de connaître les besoins en éléments min&aux,d’une
culture, et encore moins d’une association de cultures. En régle générale ils sont
proportionnels 21 la production totale de matière sèche, mais pas toujours au
rendement qui dépend du rapport organes récoltés sur plante entière.

Figure 162 : composition iléments majeurs en pourcentage Micro-éléments reconnus


élémentaire des végétaux. de matière seche comme nécessaires par en très faible quantité
des végétaux entiers (O/,,) million de matfére
séche de,s~feuilles
~~&!dJQ)

Carbone 40 a 50 % Ier 40 a 1300. ‘NiclielCobalt, ‘Lithium,


Hydrogène 6 a 7% vïanganése 25 #a 63 Rubidium, Cesium,
Oxygène 42 à 44 % 3ore 12 ‘à 80 Aluminium,Titane, Chrome,
Azote là 3% Zuivre 18a 36 Fluor, Brome, Iode,
Phosphore 0,05 à 1% Zinc 12 ‘à 83. Arsenic, Sélénium,
Soufre 0,i à 0,5 % Wolybdéne’ ,214 ~a 4,3 Vanadium, etc.
Potassium 0,3 à 3%
Sodium 0,001 (jusqu’à
à 3,58 %)
% ~,, ~

292
Durant la végétation, la teneur d’un élément dans la plante peut modifier son
fonctionnement et avoir un effet sur le rendement. A la récolte, la teneur joue
surtout sur la qualité du produit pour l’alimentation hum/+ne ou animale et sur
sa conservation.
Les oligos-éléments sont présents à très faibles doses dans les plantes mais sont
indispensables à leur bon fonctionnement. Chacun a un rôle spécifique et ne peut
être remplacé par un autre. Ce sont des catalyseurs des réactions biochimiques de
la plante. <1

Figure 163 : courbes


d’absorotion des éléments DES BESOINSQUI VARIENT‘DANS LE TEMPS
nutritifs’du riz au cours de son
cycle, au Nord du Japon.
La plante absorbe des éléments minéraux tout au long de sa vie. Mais les rythmes
Figure 164 : évolution de la d’absorption varient au cours du temps avec le stade de développement. Ainsi, à
quantité d’azote dans chaque certaines périodes de son cycle, une plante aura des <<besoins instantanés» plus
organe (par plante). élevés qu’à d’autres.
Les courbes suivantes montrent l’evolution des quantités totales de différents
éléments absorbés par un pied de riz au cours de son cycle.

tcilps

Ces courbes ont toujours l’allure de courbes en S. Dans la cas du riz, l’absorption
minérale par la plante est maximale durant le tallage et le début montaison. Ainsi
80 % à 90 % de l’azote et du phosphore sont absorbés avant l’épiaison.
Durant la phase de remplissage de grains, il s’opère des transferts d’éléments des
feuilles et des tiges vers les panicules.
On peut remarquer qu’à partir de l’épiaison du riz., la quantité d’azote dans les tiges
et les feuilles diminue alors qu’elle augmente très rapidement dans la graine
(transfert).

UNE FERTIL-ISATION Le sol doit pouvoir fournir aux plantes les éléments minéraux en fonction de leurs
ADAPTÉE besoins.
Le manque d’un élément dans le sol aura un effet d’autant plus néfaste sur le
rendement qu’il se situe à un moment où la plante en a besoin en grande quantité.
En consequence, les apports d’engrais solubles, et donc facilement lessivables (en
particulier l’azoteet la potasse), doivent être fractionnés dans le temps et avoir lieu
aux phases de forts prélèvements par les plantes,

293
PRELEVEMENTSPAR LES CULTURES ET
EXPORTATIONDES RECOLTES
Les,prélèvements en éléments minéraux par les cultures sont toujours supérieurs
aux exportations par les récoltes. En effet, on ne récolte jamais des plantes
entières. Pour les céréales par exemple, les pailles peuvent être exportées (pour la
nourriture des animaux par exemple) mais il restera toujours les chaumes et les
racines sur la parcelle.
Pour certaines espèces comme le manioc, la chute des feuilles tout au long du cycle
permet une restitution régulière d’éléments minéraux au sol.
Les racines peuvent aussi exsuder une certaine quantité d’éléments. Les exporta-
tions de la plante entière ne représentent qu’une partie des éléments minéraux
totaux absorbés.

Il est donc nécessaire de bien faire la différence entre les prélèvements, qui
représentent la quantité totale d’éléments minéraux absorbés par la
culture durant tout son cycle, et les exportations qui correspondent aux
éléments contenus dans la matière végétale récoltée.

l Ala récolte du sorgho, les racines contiennent 11% de l’azote mobilisé par la
plante, 33 % du phosphore et 5 % du potassium.
l Pour le mil, l’accumulation maximale d’éléments minéraux se situe à la florai-
son. Des mesures ont permis d’observer que les pertes entre le stade floraison et
la récolte (par sénescence foliaire et exsudation racinaire) représentaient en pour-
centage du maximum d’accumulation :
. 154 % de la matière sèche,
. 36,7 % de l’azote,
. 154 % du phosphore,
. 30,8 % du potassium.

Récolte du riz irrigué dans la


plaine du Nord. Les grains et
la paille sont exportk de la
parcelle (photo D. Mermet).

Chez les céréales, en général,,Jes prélèvements en potassium sont très rapides en


début de végétation mais les restitutions avant récolte sont importantes. Chez les
plantes à tubercules en revanche, les besoins en potassium sont élevés jusqu’à la
fin du cycle (les tubercules sont riches en potassium contrairement aux grains).
Nous verrons plus loin, que pour la réalisation de bilans minéraux, on tient compte
uniquement des exportations, les parties non récoltées des végétaux étant resti-
tuées au sol, sous forme organique puis minérale.

294
,

EVALUATION DES On trouve dans de nombreux ouvrages ,ou articles scientifiques des tableaux de
valeurs d’exportations minérales pour différentes cultures. Ces valeurs, souvent
EXPORTATIONS très variables, doivent être utilisées avec prudence.
Les exportations varient avec les rendements et pour cela sont présentées généra-
lement en kilos d’éléments minérauxpar tonnq deproduit récolté (voir figure 166).
Mais cette relation (rendementlexportation) est dans la pratique rarement li-
néaire. On observe souvent de grandes différences de teneurs en éléments
minéraux dans les parties exportées à la récolte pour une même variéte. Elles sont
dues aux conditions climatiques de l’année et a la richesse du milieu.
La fertilisation, par exemple, modifie les teneurs en éléments des plantes, surtout
dans le cas d’une fumure potassique.

Figure 165 : effet de la fumure


potassique sur le rendement et
sur la teneur en K des pailles
de mil (Pieri, 1982).

Figure 166 : ordres de N K*O Mg0 Ca0


grandeur des quantités
d’éléments minéraux exportes Riz : grain 10;15 3-6 3-4
par les cultures en kg/t de grain + paille 20-30 6-10 40-50
produits récoltés. Maïs : grain 15-20 4-7 4-6 1-2 0,5-l
grain t paille 20-30 5-10 20-30 5-8 6-11
Sorgho : grain 13-17 5-8 4-5 2 0,6-0,6
grain t paille 20-35 8-14 25-45 8-15 8-12
Mil : grain 18-20 5-7 5-6 48-2 0,3-0,5
grain t paille 35-50 10-15 60-90 14-17 12-14

Manioc : tubercufes 0,7-3,5 0,8-l ,2 ~2,5-6 0,2-0,a 0,5-0,Q


total 2,5-6 1,3-4 17-11. l-2,5 1,2-4,2
Patate douce : tubercules 2,6 1,5 42 0,7 04
Taro : tubercules 4 2 8 93 1
Igname : tubercules 3,5 ‘1 5,5 0,5 091
Pommette terre : 4.6 186 8
tubercules

Arachide : grain 35-40 4-7 7-9 1,5-2,5 0,5-l ,5 2


total 45-65 5-10 15-40 8-15 10-20 3-5

Soja : grain 60-70 12-14 22-28 4-5 4-9 ‘48


total 70-80 15-16 35-40 1O-20 25-35 4

Haricots: grain 35-40 4-6 ,,2-4


Canne B sucre :
cannes 1 108 OS3 092 OS3
total 2 4,l 1 t,3 OI5
Banane(fruits) 0,2-0,5 2,5-6

Coton : graines 8-9 6-10 3-3,5 i-2,5 I-4


total 12-20 30-50 5-10 m-20 3.5-6

Tomate (fruits) 03 485

Caf4 cerises(sèches)

(1) Les légumineuses prélévent en partie leur tiote dans I’abnosphére.

295
Lorsque l’on augmente la fertilisation potassique (de 0 à 90 kg de Kparha), à partir
d’un certain seuil (ici 30 kg), le rendement en grain n’augmente plus, mais le rap-
port grain/paille diminue et la teneur en Kldans [Link] augmente : on parle
souvent pour cet élément de «consommation de luxe». Cela existe aussi, mais dans
une moindre mesure, pour les autres éléments.
‘La variabilité des valeurs d’exportation est essentiellement due :
l à la variété (qui détermine en partie les facteurs suivants),
l au rendement,

l au rapport grain/paille,
l à la teneur en éléments principaux des pailles.
Pour une même variété, les teneurs en éléments minéraux des grains sont très
stables. Ainsi, lorsque les pailles ne sont pas récoltées mais restent sur 1~ parcelle,
le calcul des exportations est assez précis.
Pour certaines plantes comme le cotonnier, il n’existe aucune,corrélation entre le
rendement en graine et les exportations minérales par la plante entière.
L’évaluation des exportations minérales par les cultures en conditions tropicales
est donc très délicate. D’autant plus que l’on ne possède généralement aucune
référence sur les variétés cultivées traditionnellement.
Le problème se complique encore lorsque l’on a à faire à des associations de culture,
cas le plus fréquent en Haïti comme dans de nombreux autres pays.

DES BESOINS Les céréales exigent de grandes quantités d’azote, mais aussi de potassium &t <e
DIFFÉRENTS SELON phosphore. Les tubercules, le bananier et les stimulants comme le café et le cacao
ont particulièrement besoin de potasse.
LESESPÈCES La plante a la faculté de choisir les éléments qu’elle absorbe selon ses besoins mai6
la quantit6 de chaque ion absorbé dépend aussi de sa disponibilité dans le milieu.
Certaines plantes ont la capacité d’absorber certains éléments lorsqu’ils sont très
peu disponibles dans le sol. C’est le cas du manioc qui, grâce aux mycorhizes, est
capable d’absorber le phosphore dans des sols très pauvres en cet élément
(mycorhizes = micro-organismes du sol, champignons vivant en symbiose avec les
racines).
Lorsque les conditions le permettent, les légumineuses ont la capacité de satisfaire
une plus ou moins grande part de leurs besoins en azote en fixant l’azote de l’air.
En revanche, l’application d’engrais azotés en trop grande quantité aura pour effet
de réduire cette fixation symbiotique.

CULTURES Dans les associations de cultures, les différentes plantes ont des besoins nutritifs
ASSOCIÉES : différents et la période maximale de besoin pour une espèce ne coïncide pas néces-
sairement avec celles des autres cultures.
UNE ÉVALUATION
Dans de nombreux cas, l’association permet ainsi une meilleure valorisation de la
DÉLICATE richesse du milieu, surtout si l’on associe des espèces B cycle court (maïs, haricot...)
avec des espèces à cycle long (manioc, pois c’ongo...).
Des chercheurs ont montré que l’étalement dans le temps des besoins de certaines
plantes était différent en cultures pures ou associées. Ainsi le pois congo associé
au maïs retarde sa croissance donc ses prélèvements d’éléments minéraux, mais
il y a un rattrapage après la récolte du maïs et les rendements sont identiques a
ceux d’une culture pure.
En conséquence, il est très d6licat de raisonner la fertilisation minérale des
cultures associées d’autant plus que nous ne disposons pas de références suffisan-
tes sur ce sujet.
Des mesures régulières de rendements peuvent permettre d’évaluer globalement
les exportations de Chaque espèce et donc l’appauvrissement du sol. Mais l’utilisa-
tion d’engrais provoque souvent des déséquilibres favorisant plus une culture
qu’une autre, diminuant ainsi l’intérêt de l’association et l’efficacité globale des
engrais. A titre d’exemple, l’apport d’azote, nécessaire au maïs dans une associa-
tion maïs patate douce peut nuire à la production de tubercule.

296
Dans les associations de
cultures, les différentes
composantes ont des besoins
différents, à des périodes
différentes (photo D. Mermet).

CARENCES ËT TOXICITÉS
LES CARENCES -- Lorsqu’un élément indispensable à la nutrition des plantes; se trouve en quantité
insuffisante dans le sol ou ne peut pas être prelevé par les racines, on observe des
troubles physiologiques qui s’ext+iorisent par des symptômes :
l ralentissement de-la croissance, l
l .déformations de certains organes,
l couleurs anormales du feuillage, ~
l nécroses de certains tissus (feuilles, tiges..).
Selon la nature d.e l’élément, les symptômes de carence different (rôles différents
dans la I&nte). Cela permet en observant la végétation de détecter l’élément
manquant. Mais si dans certains cas, les symptômes sont bien connus et faciles à

-observer, dans d’autres cas, il sera nécessaire de réaliser des analyses de plantes
et de sol car des carences d’éléments différents provoquent parfois des symptômes
très semblables.
Selon le stade de développement de la plante, les carences peuvent se,manifester
de manières différentes. Elles se manifestent surtout lorsque la plante a un grand
besoin d’éléments~nutritifs (montaison - fructification).
Le tableau ci-dessus décrit les symptômes observables poursles principales caren-
ces rencontrées en Haïti.
On distingue deux types de carence : la carence vraie (ou absolue) et la carence
induite (ou conditionnée).
l Lu carence vraie est due à la présence insuffisante d’un élément dans le sol. On
y remédie par l’apport à la plante de cet élément sous forme assimilable.
l La carence induite est plus fréquente. L’élément responsable est souvent prése,nt
en quantité suffisante dans le sol, mais ne peut pas être prlélevé par la plante: Il
est nécessaire dans ce cas de rechercher la cause de cette non assimilation.
. ~
Une carence induite peut être due :
l à un pH du sol défavorable au prélèvement de certains éléments par la plante,
l à un déséquilibre minéral ; la présence d’un élément en grande quantité dans le
sol peut gêner l’assimilation d’un autre élément: il y a untugonisme entre ces deux
éléments. Les principaux antagonismes entre éléments sont présentés dans la
figure 171.

297
Eléments SymptBmes de carence Causes déterminantes Elaments pour Exemple de cas
des carences y remédier observes en Haïti

Mg l Décoloration des feuilles l L’excès de calcium freine I’as- 9 Apports d’amende- Haricots sur le sol ferrallitique a
Magnésiur âgées. similation du Mg. ments magnésiens ou Salagnac. Les feuilles inférieures des ~
l Chlorose de la partie média- l Un rapport K/Mg trop élevé calci-magnésiens. plants de haricots étaient nécrosées et de
ne des feuilles, suivie de né- peut faire apparaître des signes l Apports de fumier. couleur jaunâtre. Ces symptômes avaient
croses interveinaires (appari- de carence, surtout en sol acide été confondus avec ceux de maladies
tion de rayures jaunes dans et humide. cryptogamiques.
le sens des feuilles). l En sol acide un excès de NH,
l Retard de croissance. limite~l’assimilation de Mg. Par
l Racines et fruits très petits. contre l’azote nitrique NO;
limite la carence.

Fe Chlorose : le limbe des feuil- Sols riches en calcaire actif.


l Pulvérisation des Plaine des Gonaïves
Fer les prend une coloration vert pH élevé provoquant f’insolubili,
l feuilles avec du sulfate *#De graves chloroses ferriques ont été
pâle (jaune). Seules les ner- sation du fer. ferreux. observées sur plusieurs espèces. Des
vures restent vertes. Excès d’engrais phosphorés.
l pulvérisations des feuilles avec du sulfate
l Cela débute toujours par les Excès de cuivre, de zinc ou de
l ferreux à 1 % ont provoqué un spectacu-’
feuilles les plus jeunes. manganèse. laire reverdissement des feuilles.

l Réduction,imponante de la l L’augmentation du pH diminue l Apports de’ Zn Iocali- Riz - Vallee de I’Artibonite


croissance. Raccourcisse- la mobilité du Zn. sés ou mélangés ‘aux La carence en zinc a été diagnostiquée à
ment des entre-nœuds, feuil- l Se rencontre surtout en sols matières fertilisantes. la suite :
les petites et déformées. calcaires riches en matières or- l Pulvérisation avec l des analyses sur de nombreux échan-
l Coloration grisâtre des pail- ganiques. des solutions de Zn SUI tillons de sols de rizières,’
les de céréales. . Apports excessifs d’engrais le feuillage. d’observations de ralentissement de la
l

l Sur maïs, apparition de 2 phosphatés. croissance des plantules de riz sur certai-
bandes blanches sur la moitié *Sols humides ou inondés. nes parcelles.
inférieure des feuilles les plus l Mauvaise exploration par les Le trempage des racines des jeunes
âgées de part et d’autre de la racines. plants au repiquage: dans une suspension
nervure centrale. d’oxyde de zinc a donné de bons
résultats.

Figure 168 : autres carences possibles, causes et symptômes ..

Eléments Symptômes de carence

Mn’ Chlorose marginale et internervaires diffuses. lLa carence est d’autant plus forte que le sol est très aéré,
Manganése Mauvaises maturation et conservation des fruits. pauvre en’matières organiques et que le pH est élevé.
lSe rencontre surtout en sol riche en calcaire actif.

CU l Céréales :‘décoloration à l’extrémité des lus jeunes l Sols sur roche pauvre en cuivre (Basaltes).
Cuivre feuilles. i l Sols calcaires.
Sur mais, raccourcissement des entre-nœuds, nanisme. lLe cuivre peut être bloqué dans les matières organiques
l Sur légumineuses, développement ralenti, gousses anciennes, mais un apport de matières organiques fraîches
vides.

B l Ralentissement de la croissance.
Bore l Légumineuses : jaunissement des feuilles terminales. l dans les sols lessivés et pauvres en M.O.,
l Arbres fruitiers : feuilles boursouflées. l dans les ‘sols basiques,
l lorsque le developpement racinaire est faible, en période

La matière organique joue un rôle important dans sa


8, ,’
disponibilité.

Mo l Son assimilabilité augmente avec le pH.


Molybdene l II est surtout associé à la matière organique.
l Carence possible en sol acide.
Figure 169 : exemples de toxicité observées en Haïti

Eléments Signes de toxlcite Causes Elements pour


y remedier :-

N lRetard de maturité Essentiellement émplois de trop * Réduction des Riz Irrigue !- Plaine de Torbeck
Azote lEtiolement grandes quantités d’engrais- apports aux Cayes.
lSensibilité a la verse et aux azotés. Sur certaines parcelles, il a été observé
maladies par ramollissement des cas de verse avec rallongement du
des tissus. cycle. Les agricufteurs apportaient trop
d’engrais azotés. Une r&tuction de ces
apports a permis de limiter ces problè-

Al 9 Réduction à la croissance, Sol très acide. Le pH très bas l Amendements calcaf-


Alumfniur aspect chlorotique des plante! >4,5) rend l’aluminium échan- res et organiques.’
l Signes de carenceen P leable.
(blocage du phosphore).

Na, * Arrêt du fonctionnement Sur les parcelles proches de l Ne pas utiliser d’en-
Sodium physiologique de la plante. amer. grais riche en Na ou CI.
l Arr# de croissance et Utilisation d’eau d’irrigation l Bonne maîtrfse de
flétrissement. rop riche en sels. l’eau irrigation et drai-
(apparition de cristaux à la Remontée du sel du sous-sol nage pour accentuer
surface du sol). )ar capillarité. le lessivage.
Drainage insuffisant.

Bile à mettre en œu

> Souvent les phénomènes de toxicité d’un élément s’expriment par une carence en
un autre élement ,(antagonisme).

UNE FERTILISATIONADAPTÉE AUX BESOINS


Les pratiques de fertilisation ontpowobjectifde satisfaire les besoins des cultures
à chaque moment!
Il s’agit en premier lieu de fixer un niveau de rendement à atteindre. Ce niveau
dépend des autres facteurs et conditions du milieu et notamment du climat, mais
aussi des objectifs économiques de l’agriculteur.
Pour raisonner la fertilisation minérale, il faut aussi connaître la capacité du sol
à fournir aux cultures les éléments minéraux dont elles ont besoin, de manière à
pouvoir apporter, sous une forme ou une autre et au bon moment, les éléments
disponibles en quantités insu&antes dans le sol (se reporter à la partie sur ‘la
fertilisation minérale).
Mais les relations qui existent entre l’offre du sol et la demande des cultures sont
extrêmement complexes, les organismes demandeurs étant susceptibles, chacun
à leur manière, de modifier les disponibilités apparentes du sol.

3qa
À
INFORMATIONS Quelqu’en soit l’objectif, avant la réalisation d’un profil Cultural, il est nécessaire
RECUEILLIR
AU de collecter touteslesinformations qui pourront aider àinterpréter les observations.
PRÉALABLE
Le climat Les dates et l’importance des dernières pluies pour pouvoir interpréter l’humidité
des différents horizons.

L’histoirede la parcelle Les cultures précédentes et les techniques qui leur ont été appliquées :
l la parcelle a-t-elle été pâturée par des animaux ?
l les résidus de culture ont-ils été brûlés, enfouis ou mis en tas (a quel endroit) ?
l des buttes ou des billons ont-ils été constitués ?
l la parcelle était peut-être anterieurement divisée en plusieurs parties portant
des cultures différentes ?

Lestechniques Les dates et conditions de réalisation des différents travaux doivent être connues :
culturales préparation des terres, fertilisation, semis et plantations des différentes espèces,
sarclages.
i Les travauxréalisésmanuéllement s’étalent parfois sur delongues périodes et cela
induit des hétérogénéités de milieu. Une:différence de 15 jours pour le travail du
.,’ sol entre deux endroits de la parcelle est courante. Si des pluies importantes ont
eulieu entre-temps, cela entraînedes différences~de structures et d’humidité peut-
être observables et pouvant ‘avoir des répercussions sur le rendement.
Parfois les techniques utilisées varient, d>unI endroit à l’autre :
l l’agriculteur a manqué de temps pour tekminer le travail du sol et une partie de
la parcelle n’a été que superficiellement’s~arclée,
l plusieurs variétés ont pu être utilisées, 1
t l de l’engrais a pu être épandu seulement sur une, partie de la parcelle.

L’étatde la culture l stades des différentes- espèces,


l densité et hétérogénéite du peuplement,
l étàt de croissance, niveaux des composantes déja élaborées,
l symptômes de carences ou de maladies;
l présence de parasités,
l état général de la végétation par rapport aux parcelles voisines,
l développement des adventices.

CHOIXDE Le choix de l’emplacement dépend essentiellement des informations que l’on veut
L’EMPLACEMENT recueillir, des questions auxquelles on desire répondre.
Si on cherche à connaître-l’état moyen du sol de la parcelle pour le comparer à
DU PROFIL d’autres (comparaison de techniques culturales différentes), on choisira
l’emplacement le plus représentatif de l’ensemble de la parcelle, dans la zone la
plus homogène. On évitera les bordures, la proximité d’un arbre, les anciens
emplacements de feux... Parfois l’hétérogéneite est telle~qu’il est difficile de choisir
un emplacement. Dans ce cas on réalisera deux profils (ou trois) dans des zones
différentes..
Si on recherche par exemple lës~causes~d$rne mauvaise végétation en un endroit
donné, il sera nécessaire de réaliser aumoins deux profils : l’un dans la zone étudiée
et l’autre dans une zone ou la végetation est normale. La comparaison de plusieurs
profils facilite l’interprétation de chacun d’entre eux.
Dans tous les cas, des discussions avec le paysan sont indispensables lors du choix
de l’emplacement d’un profil cultural. Une fois ,l’emplacement détermine, une
observation précise de l’état de surface et de la végétation a cet endroit est réalisée.

REALISATION L’examen d’un profil se pratique en sol bien ressuyé; sauflorsqu’il s’agit d’examiner
DU PROFIL le comportement du sol- en période humide.
Toutes les observations sont notées au fur et à mesure sur une fiche et un dessin
du profil est réalisé.
La fosse est réalisée à la bêche, elle doit être assez large pour pouvoir y descendre.
La face à observer est longue de 1 a 2 mètres, orientée au soleil et si possible

304
perpendiculaire au sens du travail du sol (s’il est fait a la charrue) ou/et aux lignes
de semis (s’il y a semis en lignes). La terre est rejetée en arrière de la fosse et on
évitera de tasser le sol au-dessus de la face observée. Si la parcelle porte une
association de cultures, on S>‘arrangera pour pouvoir observer l’enracinement des
différentes espèces présentes.
Lors du creusement de la fosse, un certain nombre d’observ&ions sont faites. Elles
seront notées et permettront d’être plus attentif à certains critères par la suite, par
exemple : selon la profondeur, le sol est .plus ou moins difficile à creuser; la
pierrosité augmente‘en profondeur;’ de l’eau apparaît au fond du profil...

LIOBSERVATION L’observation commence toujours par la mise en Evidence des différents horizons.
DUPROFIL Ils se distingue& par des ,différences de couleur, d’humidité, de tonalite à
l’auscultation. Lorsque l’on frappe le sol avec l’extremitt5 d’un manche de couteau,
Délimiterles-horizons le son émis change d’une couche a l’autre’: une couche sèche ou compacte émet un
à l’aided’üncouteau son clair et üne couché-humide ou meuble émet un son mat: On cherchera ensuite
a quoi correspondènt les limites des différentes couches mises ainsi en évidence;
Les changements de structure peuvent correspondre aux profondeurs atteintes
par les outils de travail du sol: Les traces de houe, les semelles de labour créées par
le passage d’une charrue sont à identifier. Une bonne connaissance des techniques
utilisées par.I’agriculteur est nécessaire.
Les profondeurs, délimitant les horizons ainsi différenciés sont reportées sur’un
dessin. Les limites entre les horizons ne sont pas systématiquement horizontales
et rectilignes, D’un endroit à l’autre du profil, l’épaisseur des horizons peut varier
et cela doit êtrë note.
Il existe aussi une plus ou moins nette variabilité horizontale que l’on cherche à
mettre en évidence. Ainsi dans la couche travaillée, on délimite pour chaque
horizon des zones d’états homogènes que l’on essaye d’expliquer (zone
particulièrement tassée par exemple).

Par la suite toutes les observations seront realisées une a, une pour chacun des
horizons ou zones particulières déterminés.
Ces délimitations seront affinées lors des observations suivantes, notamment lors
de l’étude de l’état structural.

L’étatstructural On observe tout d’abord l’état de surface : existence d’une croûte de battance,
épaisseur ; fentes de retrait, profondeur et distances.
Al’aide d’un couteau, on effrite l’ensemble du’profil en s’efforçant de provoquer’la
rupture des mottes selon leur fissuration naturelle. C’est en réalisant ce travail
que l’on fait le plus d’observations, elles sont toutes notées au fur et à mesure sur
une fiche préparée à l’avance et sur le dessin du profil.
l Texture : la texture de chaque horizon est évaluée selon la méthode décrite dans
-le chapitre 3.
. Structure : la structure de chaque horizon est décrite (voir chapitre 3). Elle est
appréciée en rompant délicatement des mottes ,de tailles différentes. Les
observations suivantes sont réalisées :
- aspect général de la structure(compacte/motteuse),
- proportion de terre [Link]/mottes, : _;
- tailles moyenne et extrêmes-dei mottes, ~~ ~-: i
- forme des mottëskmgulèuse; arrondie,.), - i :, ‘1
- consistanceetrésistance desm-ottesàlarupture,présencedefissures àl’intérieur.
l
L’ensemble de ces observations donne une idée de la porosité,~donc de la circulation
de -au, .de l’air et des racines dans chaque niveau. Elle affine le diagnostic de la
texture fait préalablement. Attention, il faut tenir compte de l’humidité qui joue
sur l’aspect (cohésion/adhésivité).
i
Lorsque l’objectif du profil est d’étudier l’effet, d’un outil sur le sol, ce travail doit
être réalisé avec une très grande précision. Qn utilise alors des fiches spécialement
préparées. avec un système de notation (taille .des mottea...) permettant plus
.,
.,

3oj
Lorsque l’on désire comparer l’enracinement entre plusieurs parcelles, un comptage
des racines doit être réalisé à l’aide d’un quadrillage du profil et d’un système de
notation adapté, (par exemple une note de 1 a 5 est affectée à chaque carré de 10
cm x 10 cm, en fonction du nombre de racines apparentes).

La faune du sol La faune du sol est variée : .petits mammifères, insectes et larves d’insectes, vers
de terre, champignons et micro-organismes. ~
Elle a des actions favorables sur le sol :
l augmentation de la porosité (galerie. ..) etdonc de la circulation de l’air et de l’eau,
de la pénétration des racines et de l’évolution. de 1a;matière organique,
l mélange de matière organique à la terre et création d’une micro-structure
(augmentation de la porosité),
l augmentation de la stabilité structurale. ’
Elle peut aussi être parfois néfaste : attaques de racines par des rongeurs, larves
et parasites.
Il est important de noter l’abondance de cette,faune par son observation directe ou
celle des traces de sa présence. Une faune abondante et équilibrée est globalement
favorable à la fertilité du sol.

INTERPRETATION Nous avons déjà insisté sur l’importance de toutes les informations concernant la
DU PROFIL parcelle et la manière dont elle est cultivée., L’interprétation d’un profil est une
synthèse des observations faites et de toutes ces informations. C’est un travail
délicat qui demande une grande expérien(e et une bonne connaissance de la zone
(acquisition de références). ~
Le seul moyen d’apprendre à observer des profils culturaux et surtout a les
interpréter est d’en réaliser le plus souvent possible. Les occasions ne manquent
pas lors de parcours de terrain ou’de visites de parcelles paysannes. C’est un outil
à privilégier et à utiliser beaucoup plus souvent qu’il ne l’est actuellement.

L’ANALYSE DE TERRE
8;

A QUOI SERT L’analyse de terre est un outil complémentaire aux observations de terrain et aux
L’ANALYSE DE TERRE ? expérimentations agronomiques. Mais seule, elle est difficilement utilisable.
Elle est souvent utilisée pour rechercher les causes d’un rendement anormal, non
expliqué par les conditions climatiques ni par les propriétés physiques du sol. Il
peut s’agir soit d’un rendement très faible, soit d’ûne chute de rendement brutale,
soit d’une non efficacité des fertilisants utilisés:
On pratique des analyses de terre à grande échelle, par exemple au niveau d’une
région pour dresser une carte des potentiàlités agronomiques des terrains,.établir
un référentiel.
Dans certaines régions d’Haïti, lors de! ~la réalisation d’études pédologiques, .‘de
nombreuses analyses de terres ont été pratiquées (plaine des Gonaïves, plaine,du
Nord, plaine de Larbre...).
Ces études ont été effectuées principalement en plaine car leur objectif était
-. surtout d’apprécier les possibilités d’irrigation de ces sols. Ces analyses sont
précieuses- car elles constituent les seules références dont on ‘dispose pour
l’interprétation’de nouvelles analyses. En revanche, pratiquement aucune étude
n’a été réalisée sur lessols des mornes (sauf sur un tranaect,de~la,péninsule sud).
Le but des analyses de terre peut être aussi de définir les techniques de fertilisation
à utiliser mais elles ne suffisent pas. Il est nécessaire de les compléter par des
expérimentations et des calculs de bilans humiques et minéraux (voir plus loin).
.- Elle peuvent servjr à la recherche pour évaluer l’effet d’un système de culture sur
les propriétés chimiques et physiques du sol. En France, des essais de fertilisation
de longue durée-(20 ans) accompagnés d’analyses régulières de terre ont permis
entre autres choses de mettre en évidence les effets néfastes de certains engrais
minéraux sur la fertilité des. sols à long terme.

308
QU’APPORT~ Les propriétés et le comportement physiques drun sol sont essentiellement appréciés
L’ANALYSE
DE par les observations sur le terrain. Cependant l’analyse apporte certains cléments
l complémentaires #qui peuv,ent expliquer les comportements observés (battance,
TERRE?
comportementhydrique...). Lescritèresfournisparl’analysepermettant d’apprécier
1 Sur lespropriétés les propriétés physiques d’un sol sont : la granulométrie,~la teneur en matière
organique, le pH et la teneur en calcaire.
physiques-et
biolcigiques L’évaluation de la8capacité de rétention du sol en eau nécessite la connaissance ‘de
certaines valeurs fournies par l’analyse : degrés d’humidité aux pF 4,2 et pF 3.
Elles sont indispensables au calcul de la réserve utile et doivent être mesurées pour
chaque couche du sol (voir chapitre 9).
La nature des matières organiques KYN) et le pH donnent quelques indications sur
les propriétés biologiques. Lors d’études préalables à la mise en place de systèmes
d’irrigation, des mesures complémentaires sont faites, telles que le coefficient de
perméabilité.

Sur les pGpriét& L’analyse tente d’apprécier la capacité d’un sol a fournir aux plantes les éléments
chimiques minéraux dont elles ont besoin. Pour chaque élément, différentes méthodes sont
utilisées en laboratoire pour tenter d’extraire du, sol la fraction réellement
,. disponible pour les végétaux. Aucune de ces méthodes n’ylparvient vraiment et
chacune d’entre elles convient plus ou moins bien selon le type de sol analysé. Cela
rend particulièrement difficile l’interprétation des résultats, cependant l’analyse
permet assez facilement de détecter les cas d’extrême pauvreté en un élément.
L’interprétation des teneurs en éléments minéraux fournis par l’analyse nécessite
des <grilles d’interprétation» ou <<abaques>>.Ces abaques sont conçues pour une
région donnée et pour un type de sol à partir de la synthèse des résultats d’un grand
nombre d’analyses, des observations sur les conditions de production et des
résultats d’expérimentations.
La disponibilité d’un élément ne dépend pas uniquement de sa quantité dans le sol
mais aussi de l’enracinement de la culture et du degré d’hur$iditb qui conditionne
sa mobilité.
Interpreter une analyse chimique d’un sol en Haïti est une opération délicate étant
donné le peu de références. D’autant plus que les analyses existantes ont été
réalisées dans plusieurs laboratoires utilisant des méthodes d’extraction différentes,
ce qui rend parfois impossible les comparaisons de résultats.
L’analyse comparative dë dïvers échantillons prélevés dans une même parcelle ou
sur des parcelles proches (même sol) est riche d’enseignements. Lorsque dès
prélèvements sont réalisés. dans des zones où la végétation est différente, les
analyses pourront parfois révéler le ou les facteurs limitant la production dans
certaines de ces zones, les autres conditions de. production étant identiques,
notamment le climat et I’enracinement.
Notons que la disponibilité en azote n’est pas appréciée par l’analyse. Cet élément
est stocké dans lesmmatières organiques et sera plus ou moins disponible selon la
quantité minéralisée à chaque saison de culture. Le rapport C/N donne une
indication sur la capacité de la matière organique à minéraliser.
L’analyse des oligo-éléments sert essentiellement à mettre !en évidence certains
risques de carence par manque d’u,n élément ou par excès entraînant des
antagonismes. Il est souvent nécessaire de compléter le diagnostic d’une carence
probable par des analyses foliaires.

LEPRELEVEMENT L’analyse de terre ne pourra fournir desrenseignementsvalables que si l’échantillon


DESECHANTILLONS est correctement’ réalisé et accompagne des renseignements nécessaires à son
interprétation. 1~

Quandprélever? On peut effectuer des prélèvements toute l’année. Mais il faut attendre deux mois
après l’épandage d’engrais minéraux et quatre’mois après un apport important de
matières organiques (compost, fumier).’ En ‘général, la meilleure période d’e

‘i

309
Lesmatières La teneur en matières organiques est obtenue par le dosage du carbone (Cl. On y
organiques applique la formule suivante :
M.O.% = C% x 1,72
Il faut tenir compte de leur quantité, mais aussi de leur qualité qui est fonction des
conditions dans lesquelles elles ont évolué (pH, aération, humidité).
Les teneurs rencontrées dans les sols haïtiens varient de 2% à plus de 10%. Etant
donné les multiples rôles que les matières organiques jouent dans le sol, on
cherchera toujours àmaintenir un stock élevé dans le sol, d’autant plus qu’en Haïti
les conditions sont souvent favorables à une minéralisation rapide et que les
engrais minéraux sont peu utilisés.
Leur qualité est appréciée par le rapport C/N qui indique leur degré d’évolution.
Un rapport CYN inférieur ou égal à 10 indique une bonne évolution, des matières
organiques. Un rapport C/N supérieur à 10 exprime une accumulation dans le sol
de matières organiques peu évoluées. Le ‘stock organique fournit alors peu
d’éléments minéraux, en particulier de l’axote. Il faut y remédier en recherchant
les causes de cette mauvaise évolution et en privilégiant les apports de matières
organiques riches en azote (fumier).
Les conclusions sont à moduler en fonction des derniers apports de matières
organiques et de leur nature.

Le pH eauet le pH Kcl Le pH eau exprime l’acidité ou l’alcalinité du sol. Il a une incidence sur l’activité
biologique, l’assimilabilité des--éléments et la qualité des matières organiques. Il
peut varier dune saison à I’autre, mais peu.
Le pH KCl est obtenu à partir d’une suspension de sol dans une solution de chlorure
de potassium. Il est toujours inférieur aupH~eau et plus stable. La différence entre
ces deux valeurs de pH indique le pouvoirltampon du sol. Plus cette différence est
élevée, plus l’acidité du sol sera difficile a corriger.

LaCEC La capacité d’échange cationique (voir chapitre 3) n’est pas mesurée systémati-
quement par tous les laboratoires, il faut en faire la demande.
Sa détermination est nécessaire pour lessols haïtiens dont la nature des argiles
n’est pas systématiquement connue.
Des valeurs pour les principaux types; de sol haïtiens sont indiquées dans’ le
chapitre 3. Elle augmente avec le taux dé matières-organiques. ‘,
La CEC varie avec le pH, elle devrait donc; être mesurée au pH du sol. Mais en
général, elle est mesurée à pH 7 et donc sur-évaluée pour les sols acides. E!lle
s’exprime en milliéquivalents~pour 1OOg he sol (meq/lOOg).

Lesbases Ce sont les cations soumis à des phénomènes d’échanges entre .le complexe
échangeables adsorbant et la solution du sol, (Ca - Mg’- K - Na).
Selon les analyses, elles sont exprimées’soit sous forme pure (ion) soit sous forme
d’oxyde, utilisée sur les étiquettes d’engrais (&O : oxyde de potassium).
Leur teneur est exprimée en differentes unites de mesure :
l en meq/lOOg de sol (milliéquivalents pour. 1OOg de sol); cette unité est celle de
la CEC et permet la correspondance entre éléments.
l en %0 (pour mille),
l en ppm (partie par million).
(1 %o = 1000 ppm = lg/kg). La figure 190 p,. 354 donne les coefficients de conversion
de l’élément en %Oou meq/IOOg à l’oxyde, en %o.
Rappelons que les cations bivalents sontplus facilement retenus sur le complexe
adsorbant que les monovalents (Ca++ > ,Mg++ > K+ > Na+).

Lecalcium La ,teneur en calcium joue directement sur le pH du sol et son comportement


structural en permettant la formation- du complexe argile-humique.
L’apport de calcium (chaulage) a pourbut de relever le pH des sols acides en
remplaçant les ions H+ du complexe adsorbant par des ions Ca++. Cela demande des
apports importants posant, en Haïti, des problèmes de coût et de transport.

312
Dans les sols calcaires, la CEC est saturée en ions Ca++ (pH 3 7, voir calcaire actif).
L’exigence en’ cet élément varie selon le type de plante. Par exemple, ‘le pH
optimum pour le riz se situe entre 5 et 65 alors que pour les legumes il varie entre
5,5 et 7,5;

Le magnésiumet Dans les sols caleaires;la présence en grande quantité d’ions calcium peut gêner
l’équilibreCalMg l’assimilation du magnésium. L’optimum du rapport Ca/Mg!est compris entre 2 et
8. Dans les sols alluviaux du pdrimètre irrigué de St-Raphaël (plaine du Nord) des
carences magnésiennes sont à craindre, les analyses indiquent des rapports Ca/
Mg entre 10 et 15.

Le potassiumet La richesse minimale d’un sol en potassium est fonction de sa CEC. Plus cette
1l’équilibreMg/K dernière est importante, plus la teneur en potassium échangeable doit être élevée.
Une faible teneur peut-être corrigée facilement par des apports minéraux en sols
calcaires à fortes CEC et en conditions sèches.
Dans le cas des sols plus oumoins acides et oùle drainage est important (conditions
humides), les apports organiques sont à privilégier. Les apports complémentaires
sous forme minérale devront être fractionnes en petites doses.
L’optimum du rapport Mg/K se situe entre 3: et 20 pour que ces deux éléments
soient assimilables (ou Mgo/&0 compris entre 1 et 3). Dans certains sols de la
Plaine de Larbre, des rapports Mg/K de 1,5 ont été observés pouvant induire des
carences magnésiennes.
Le rapport (Ca + Mg)/K permet d’apprécier la disponibilité du potassium pour les
plantes. Les analyses des sols calcaires de St Raphaël indiquent des valeurs
nettement supérieures à 50 et donc des risques de déficience en K

Lesodium Des teneurs élevées en sodium sont des caractéristiques des sols salins ou alcalins.
Ces sols sont défavorables aux cultures, parfoismêmeimpropresà toute végétation,
à cause de leur mauvaise structure (dispersion des argiles par le sodium), de leur
pH trop élevé et de la forte pression osmotique due à la présence de sels solubles
qui nuit à l’alimentation en eau des plantes. C’est le cas de terrains situés en bord
de mer comme dans certaines zones des Plaines de Larbre, des Gonaïves et de
l’Artibonite.

Letaux de saturation- Le taux de saturation est le rapport entre les sommes des bases échangeables (Ca -
Mg - K -.Na) et la CEC, il s’exprime en pourcentage :

Il est égal à 100% dans les sols calcaires où le complexe absorbant est saturé en
calcium. Il est faible dans les sols acides où les cations sont facilement drainés en
profondeur.

Le phosphore Plusieurs méthodes sont utilisées pour l’extraction et le dosage du phosphore.


Elles sont différentes pour les sols calcaires ou acides car le ti,hosphore n’y est pas
sous la même forme. Il faut en tenir compte lors de l’interprétation.
L’analyse mesure la teneur en P assimilable, mais cette valeur ne représente
jamais la quantité réellement disponible pour les plantes. Pour chaque type de sol,
il faut, par région, mener des expérimentations pour pouvoir interpréter
correctement ces valeurs et constituer des «abaques» (grilles de normes d’inter-
prétation).
Rappelons qu’une partie, parfois importante, du phosphore est liée à la matière
organique.

Lesoufre(S) -~ Le cycle du soufre est lié comme celui de l’azote au cycle de la matière organique.
Son diagnostic n’est pas possible par l’analyse de sol courante. Une déficience est
mise plus facilement en évidence par l’analyse de plante. ~

Lesoligo-éléments Souvent le diagnostic nécessite des analyses de plantes.

313
Conditions d’apparition

En sols acides (pH inférieur à 6), le fer se


trouve sous forme réduite et soluble, pou-
vant former avec les phosphates des com-
posés ferro-phosphatés insolubles.
Son excès risque de bloquer les phosphates
sous cette forme inutilisablepar la plante.

La carence en manganèse est favorisée


par un excès de fer.

L’excèsde fer (surtout en sol acide) freine


l’assimilationdu molybdène

En sol acide et mal aéré, f’excèsde man-


ganèse est défavorable à l’assimilationdu
magnésium.

Chlorose ferrique induite par un excès de


manganèse

La carence en zinc est souvent associée


à un excès de manganèse.

L’assimilationdu molybdène est freinée par


un excès de manganèse (sol acide surtout).

Le cuivre catalyse l’oxydationdu fer, le


bloquant sous forme non [Link]
chlorose ferrique peut être induite par excès
de cuivre.

Le cuivre favorise l’oxydationdu manganése


échangeable (ou réduit).
En sol pauvre en manganese assimilable, CU -
cette transformation peut provoquer une
carence en manganèse.

L’excèsde cuivre diminue l’assimilationdu CU - Mo )’


molybdène.

Une richesse excessivedu sol en zinc, Zn e Fe T


freine l’assimilationdu fer (rare).

En sol acide, de fortes teneurs en bore dimi-


nuent l’assimilationdu molybdène.

Des apports excessifsd’engrais borates en


sol calcaire, pauvres en fer soluble, vont
diminuer la solubilité du fer et risquent de
provoquer une carence ferrique.

316
INTERPRETER DES Cet exemple est tiré-de :Etude pédologique réalisée par +rotechnique en 1982
ANALYSES DE TERRE : pour YOrganisme de Développement .du Nord (ODN) dans le cadre de la
réhabilitation du périmétre Irrigue de St-Raphaël (plateau central). ~,
LES SOLS
COLLUVIAUX DU Le périmètre couvre une surface de l’ordre de 1000ha sur la rive droite de la plaine
alluviale de la Bouyaha.
PERIMETRE IRRIGUE On y rencontre six groupes de sols différents : )
l
DE ST RAPHAEL l
l les sols peu évolués dérosion,
l les sols peu évolués d’apport alluvial,
l les sols peu évolués d’apport colluvial,~~ ~
l les rendzines,
l les sols bruns calcaires,
l les vertisols hydromorphes.
Les caractéristiques présentées se rapportent à l’ensemble ‘des analyses de teries
prélevées sur diffërentes parcelles ayant le même type de, sol : sols peu évolués
d’apport colluvial. Les analyses de terre d’une des parcelles sont jointes comme
illustration ainsique la description du profil pedologique correspondant.
Les sols appartenant à ce groupe sont formés dans les zones sujettes au colluvion-
nement par suite d’un modelé irrégulier avec des pentes marquées (ils sont donc
répartis irrégulièrement soit sur le talus de rkcordement aux terrasses alluviales
inférieures, soit au niveau des ravines, soit sur le pourtour+ piemont du morne).
Ce groupe de sol a-éte sùbdivise en trois unités, en fonctiok de,la profondeur du
profil jusqu’à la roche-mère (calcaire marneux en général) ~:
Unité 1: Solpeu évohé d’apport colluvialpeu bpais. La roche-mère est située à 3’0-
35 cm au-dessous’d’un horizon organique brun, légèrement caillouteux.
Unité 2 : Solpeu’évolué d’apport colluviai moyennement éphis. Lairoche-mère est
située à 60-80 cm au-dessous~ des horizons organiques. le profil SR 18 ci-dessous
appartient à cette unite. ’ 1
Unité 3 : Sol peu évolué d’apport colluvial épais. La roche-mère est située à 80-100
cm.

Figure 172 : tableau des


Unités ~ Hectares % du périmètre
superficiesoccupées par les
différentes unités de sols
1 71’,76 7:37
colluviaux.
-: 2 105,08 11;09

3 28,64 3,02

Description d’un profil’ 0 - 20 cm i argile limoneuse noire, structure polyédrique fine, consistance
pédologiqw type moyenne, porosité moyenne fissurale, enracinement dense. Transition diffuse
avec Yhorizon sous-jacent. ‘,
20 - 50 cm : argile limoneuse brun foncé avec petits cailloux calcaires, structure
polyédrique, moyennement compacté, enracinement ~moyennement abondant,
sec. Transition assez nette.
50 - 80 cm : argile hmoneuse, jaune beige, riche en cailloux et calcaire pulvérulent,
structure polyédrique peu nette, moyennement consistant, poreux, racines rares,
légèrement humide. Transition graduelle.
80 cm et plus : limon argileux, jaune blanchâtre, marno-calcaire, structure polye-
drique mal développée, plus consistant, moins poreux, sans racine, humide. Cet
horizon correspond à la roche-mère.
L’horizon humifere noir peu’épais qui caractérise ce profil peut disparaître. On:a
alors un horizon organique brun à brun foncé. Le colluvionnement est lié à la
l La conductiuité hydraulique (K) mesure la perméabilité d’un sol S&ur6 (lorsque
toute la porosité est remplie d’eau). Le coeff%ient Kexprime la vitesse d’écoulement
de I>eau en’ cmfh.
Les valeurs médianes suivantes ont étélobtenues pour les différents horizons :
- (0 à 40cm) : 0,62 cdh
- (40 à 90cm) : 0,83 cm/h
- (70 h 120cm) : 1,30 cm/h I
‘,- (120 à 170cm) : 0,35 cm?h
La-perméabilité au travers du profil est phitôt faible vers la surface puis augmente
dans les horizons intermédiaires avant de diminuer sensiblement dans les coucheb
profondes. L’ensemble de la drainabilité de ces sols apparaît assez limitée.

Utilisation Les différentes caractéristiques de ces ,sols en font de bonnes terres pour les
de cessols légumes. Il y aura lieu toutefois de prendre $es précautions dans les zones où les
horizons calcaires apparaissent superfïci&llement (en particulier pour les sols de
l’unité 1). Dans ce cas, outre un redressement potassique, il sera également
souhaitable de doser largement les apports phosphoriques, et d’apporter
également des fumures organiques pour compenser l’alcalinité du sol et
améliorer l’assimilation des éléments.

LES BILANS HUMIQUESET MINERAUX


Les bilans humiques et xkinéraux permettent d’évaluer l’évolution de’la
fertilité des sols, mais-leur réalisation est très difficile en conditions
tropicales.

LESBILANS Les rôles des matiéres organiques dahs le sol sont multiples :
HUMIQUES l création d’une bonne structure, donc augmentation de la porosité,
l augmentation de la Capacité d’Echange Cationique,
l augmentation de la capacité de rétention en eau,
l fourniture d’éléments minéraux assitiilables par les plantes, rôle essentiel en
Haïti où les engrais minéraux sont peu’&ilisés. ~,
Un stock convenable et régulièrement; r’enouvelé de matière organique est
indispensable au maintien de la fertilité d’un sol.
Selon les systèmes de cultures pratiquées, la richesse d’un sol en matières
organiques peut augmenter ou diminuer, et, pour porter un jugement sur sa
fertilité, il est, nécessaire d’avoir une idée chiffrée de cette évolution.
La réalisation de bilans humiques est, un moyen de savoir si un systeme de culture
enrichit ou appauvrit le sol en matières organiques.

Lesmatières Lorsque l’on enfouit dans le sol des matières végétales, celles-ci vont fermenter
organiqueset leur, sous l’action des micro-organismes. Il se passe alors un ensemble de processus
complexes qui aboutissent à la libération d’éléments minéraux (minéralisation
évolution directe) et la formation d’un liumus stkzble. Cet humus se minéralise ensuite
(voir chapitre 3)
lentement (minéralisation,indirecte).
L’humus étant la forme la-plus stable1 des matières organiques, c’est par rapport
à lui que se fait le bilan humique, en comparant les gains et les pertes.
II est, nécessaire de délimiter le système que l’on étudie. Un bilan peut être réalisé
à l’échelle d’une parcelle, d’une exploitation, d’un terroir et sur une période plustou
moins longue.
Nous nous situerons dans le cas le plus général en agronomie, c’est-à-dird au
niveau de la pqrcelle et sur la période d’une succession de cultures.

320
Figure 174 : schéma simplifié
de 1’6volutiondé la matière
organique dans le sol.

:
Détermin~tiotfdela La teneur en matière organique-varie d’ün horizon-à l’autre. Dans la grande
quantitéd’hümus majorité des sols,-elle diminue en profondeur. L’évaluation du stock organique doit
donc être réalisé indépendamment pour chaque horizon.
Les bilans~humiques sont réalisés sur l’horizon superficiel du sol, le plus riche; en
humus. Il correspond a la,couche de terre travaillée, la mieux exploitée par les
racines et où sont enfouies les matières organiques fraîches. La couche travaillée
varie dë 5 a 20 cm, mais l’horizon humifere peut atteindre d,ans certains cas 40 cm
et plus (vertisols).
C’est l’observation du profil cultural qui permet de délimiter l’épaisseur ‘de
~~l’horizon à prendre en compte.

.- -Pour calculer- le stock d’humus en tonnes par hectare d’une couche de sol, on
.-. i’
applique la formule suivante :
10.000 x h x Da x MO% = quantité d’humws en t4ha
-0 h est l’épaisseur de.l’horizon considéré en mètre,
l Da èst la densité apparente de la terre,
~.- l MO% est la teneur en humus en pourcentage.
-Exemple : Si on c,onsidère l’horizon humifere d’un sol régulièrement travaillé de
15 cm avec une densité apparente de 1,2’et une teneur en humus de 4%, on a :
10.000 x 0,‘15 x 1,2 x 4/100 = 72 Vha d’humus ‘,

.~ Il~s’agit ensuite d’évaluer les pertes et les gains qui ‘vont jouer sur ce stock.

Lespertesd’humus *_La minéralisation


Chaque année, une fraction de l’humus est minéralisée. Cette fraction est déterminée
par le .coefficient de minéralisation annuelle K2 tel que :
Stock d?humus/ha x IX!2 = quantité d’humus minéralisékalan.
1 .~ .La quantité d’humus minéralisée est ‘donc proportionnelle au stock initial.
Si le coefficient K2 du sol de l’exemple précédent était de 5%,, nous aurions la lère
.- année :
72 x !Y100 = 3,6 tia d’humus minéralisé
,
Le stock restant serait de 72 - 3,6 = 68,4 +a
Le problème est l’appréciation du coefficient K2. Il est fonction du type de sol, des
conditions climatiques et du système de culture pratiqué. Ainsi le travail du sol
accélère la minéralisation de l’humus.
’ \ Très peu d’études ont été réalisées pour connaître les valeurs des K2 en conditions

321
Les références africaines que nous possédons concernent des sols ferralitiques,
ferrugineux ou bruns subarides. La dynamique de la matière organique dans les
sols calcaires haïtiens est très différente.
D’après ces références, les systèmes de culture qui améliorent ou conservent la
teneur en humus sont certainesplantations arbustives ou pérennes’et les rizières.
l Dans les plantations arbustives, les restitutions organiques sont très
importantes et la minéralisation de l’humus est freinee par l’ombrage et le non
travail du sol. C’est parfois le cas de certaines cultures comme la canne à sucre et
le bananier.
l Dans les rizières, la minéralisation de l’humus est très ralentie par la presence
dune nappe d’eau qui limite la présence d’oxygène et la température; Lorsque les
pailles ne sont pas exportées, les bilans humiques sont généralement positifs. Les
sols de rizières sont, de par leur situation topographique (zone d’accumulation des
éléments fins), les sols souvent les plus riches en’éléments minéraux et humus.
l Dans les autres systèmes de cultures annuelles, celles qui restituent le plus
d’humus sont les céréales lorsque les pailles sont laissées sur la parcelle. Mais bien
souvent elles sont soit exportées (habitation, alimentation animale), soit brûlées
(difficulté d’évolution en climat sec). Viennent ensuite les jachères et prairies à
base de graminées, leur production dhumus dépend des espèces dominantes et
surtout de leur durée. Les restitutions d’humus parles résidus de petites légumineu-
ses à graines, patate douce et pomme de terre sont considérées comme négligeables.

Figure 176 : valeurs de Kl Espèces Valeursde Kl odesrésidus


pour des résidus de cultures de cultures
fourragères, estimés lors dune
étude en Côte d’ivoire. Graminbes :
Panicum
S&kia
Penisetum

Tripsacum
Brachiaria
Cynodon

Légumineuses :
Stylosanthes
Centrosema

Figure 177 : ordres de


Nature du produit
grandeurs des valeurs Kl de
quelques matières organiques.
Fumier décomposé
Fumier de parc
Végétaux ligneux
Pailles
Engrais vert jeune
Résidus de prairie ou jachère

Le tableau 175 donne des valeurs indicatives des restitutions humiques pour
quelques cultures. Leur comparaison avec d’autres sources montre qu’elles sont
sous-estimées. Pluslesrendements sont importants, plusles restitutions organiques
sont élevées.

l 324
LESBILANS, La démarche est identique à celle des bilans humiques. Les-bilans minéraux se
MINERAUX réalisent en général à l’échelle de la parcelle et sur la période d’une succession de
cultures. Leur objectif est d’évaluer l’effet à moyen ou long terme d’un système de
P, K, Ca,, Mg culture sur la fertilité minérale d’un sol. Ils aident donc à la détermination de
l’ensemble des techniques de fertilisation à mettre en oeuvre pour maintenir un sol
à un certain niveau de. fertilité.
Ils prennent en compte l’ensemble des éléments saufl’azote (N) et le soufre (S) qui
sont très dépendants du cycle de la matiére organique et de la vie microbienne. Ils
sont souvent positifs pour certains éléments et négatifs pour d’autres.
La connaissance de la dynamique des éléments minéraux dans les sols tropicaux
est très insufisante’pour pouvoir réaliser de manière précise de tels bilans. En
effet, certains phénomènes, considérés comme mineurs sous climat tempéré, ont
une importance considérable. C’est le cas en particulier des pertes par lessivage’+
ruissellement, très difficiles à mesurer.
Il s’agit donc d’évaluer les gains et les pertes pour chaque élément dans le sol. On
doit alors considérer les différentes formes sous lesquelles ils peuvent être
présents :
l éléments nutritifs disponibles pour les cultures,
l éléments constitutifs de la matière organique,
Figure 178 : représentation
l réserves minérales du sol.
schématique des flux minéraux
dans un SOI. Evaluer le devenir de ces trois ensembles nécessite de prendre en compte les flux
externes au sol, mais aussi les flux internes qui assurent une redistribution entre
ces différents ensembles.

.~ ..‘. * ,
. . . . Les Gains :
l

Apports organiques par restitution de résidus,

luies, IeS eaux d’irrigation,

ue de l’azote atmosphérique.)

Les flux internes :


Minéralisation de la matière organique.
-r: Réorganisation.
-d: Enrichissement par altération et dissolution
des minéraux du sol.
- fix : Fixation sous forme non assimilable (K.P.)

‘,

Lesapportsminéraux l Les engrais


l Ils sont encore très peu utilisés en Haïti. Il est assez facile dévaluer les apports
réalisés en P et s faut-il encore connaître la surface sur laquelle une quantité
donnée est épandue. Mais souvent les éléments mineurs (Cl et S par exemple) qui
y sont associés sont mal connus, surtout pour les engrais complets, les plus utilisés.
En Haïti, les types d’engrais disponibles sont peu nombreux, ce qui limite les choix
l concernant la forme des éléments majeurs et la nature des éléments secondaires.

325
l Les restitutions et apports organiques
Elles sont en nature et quantité très variables ‘et constituent bien souvent
l’essentiel des supports minéraux dans les systèmes de culture haïtien. Les
tableaux 186 et 187 p. 354 donnent à titre indicatif les valeurs des restitutions
minérales de quelques produits. Ce ne sont que des ordres de grandeur étant donné
la variabilité de la composition de ces produits.
Le problème essentiel de l’emploi des matières organiques réside dans leur
disponibilité et dans leur difficulté d’utilisation (transport, enfouissement).
Les apports minéraux atmosphériques sont difficiles a évaluer et souvent très
faibles. Il est cependant intéressant de constater qu’en Afrique de l’Ouest, les
apports de calcium correspondent environ à ce qui est exporté par les céréales de
culture sèche de cette zone.

Dans les rizières,les matières


organiques fraîches se
décomposent mal CIcause de
I’hydromorphie (manque
d’oxygène). Les paysans
mettent les résidus de la
culture précédente en tas
(Plaine du Nord, Bois de
Lance) (photo M. Bonnefoy).

l Les exportations par les cultures


Evaluationdes pertes
(voir p. 292 : les besoins des cultures en éléments minéraux)
l Les pertes par ruissellement et éro+on
Les pertes par érosion sont minérales mais surtout organiques. L’eau de
ruissellement entraîne des particules de terre en suspension (érosion solide) et des
éléments minéraux dissous (érosion liquide).sLes pertes peuvent être importantes,
même en zone sèche, à cause du caractère agressif des pluies. Dans la plaine
d’Aquin, par exemple, malgré le climat sèc et les faibles pentes, l’érosion provoque
parfois de graves dégâts. Sur pente basaltique, ces pertes peuvent être extrêmement
rapides et importantes jusqu’à rendre certaines parcelles impropres à la culture.
Le ruissellement n’implique pas forcément l’érosion qui dépend essentiellement
du couvert végétal. Ainsi, une prairie de graminées à peu d’influente sur le
ruissellement mais limite beaucoup les pertes en terre en jouant le rôle de filtre.
L’importance des pertes par érosion est très lié au système de culture pratiqué.
L’apport de matière organique (fumier en particulier) limite l’érosion tandis que
le brûlis l’accentue en diminuant la stabilité structurale. L’emploi d’engrais
minéraux peut aussi avoir un effet positif en favorisant le développement rapide
d’un couvert végétal dense et l’enracinement. La lutte contre l’érosion est
indispensable au maintien d’une bonne fertilité des sols.
l Les pertes par lixiviation («lessivageb>)
Elles ont été étudiées en Afrique de l’Ouest sur solsferrallitiques et sols ferrugineux
où elles sont très importantes. Elles sont fonction de la pluviométrie et du drainage
lié à la pente et la nature du sol (voir chapitre 3).
En Haïti, dans les sols ferrallitiques de plateaux, pauvres en argile et soumis à une
forte pluviométrie, ce phénomène est très important, surtout pour l’azote et les
catipns (particulièrement K+).’ A Madagascar, dans des sols ferrallitiques sous
culture fertilisée, les pertes par lixiviation’ont étd évaluées à une cinquantaine de
kg d’azote et une centaine de kg de base’s ([Link] - Ca0 - Mg01 par hectare et par an.

326
Le ruissellementet l’érosion
entraînent des pertes
importantes en humus et
éléments minéraux
(photo M. Bonnefoy).

La fertilisation minérale et surtout azotée favorise la lixiviation des cations en


libérant dans le sol des anions tels que des chlorures, des sulfates et des nitrates.
Ces pertes sont très importantes en sol sec, mais dès qu’un couvert végétal est
installé (surtout des graminées) les pertes sont fortement réduites. Les apports de
matières organiques limitent ce phénomène, surtout dans les sols à faible CEG.
Sur les sols de pente et certains sols de plaine riches en éléments fins, une grande
partie de l’eau ruisselle, ce qui limite le ‘drainage mais accentue les pertes par
érosion.
Dans les sols riches en argiles et à.forte CEC,‘ce phénomène concerne l’azote et le
potassium, moins bien retenus par le complexe adsorbant que les autres cations
(Ca, Mg). Ainsi, des ,défïciences en potassium sont courantes en sol calcaire.

Lesflux internes Le rôle joué par la dissolution des minéraux constitutifs du sol est très mal connu.
Sur les sols de pente peu épais, en particulier sur basalte, on sait que ces apports
, peuvent jouer un rôle non négligeable sur l’alimentation minérale des plantes.
7 Concernant la fixation d’éléments sous forme inassimilable, le cas du phosphore
a déja été signalé. Cet élément peut être bloqué aussi bien en sol ferrallitique (par
l’aluminium) qu’en sol riche en calcaire actif. Ce phénomène doit être pris en
considération dans le choix des techniques de fertilisation.
l La minéralisation de l’humus a été abordée lors de l’étude du bilan humique. Elle
joue un rôle essentiel sur la disponibilité des éléments minéraux, en particulier
l’azote, le soufre et le phosphore. Elle est très intense au début de la saison des
pluies, d’autant plus que la saison sèche est marquée.

Utilisati,ondes Faute de pouvoir en évaluer précisément tous les termes, les bilans minéraux se
bilansminéraux limitent dans la pratique à l’évaluation des pertes et des apports facilement
mesurables :
l les exportations par les cultures,
l les fumures minérales,
l les apports organiques.
Ces bilans «simplifiés» ont pour objectif de comparer les effets de différents
systèmes de culture sur la fertilité des sols pour proposer éventuellement des
améliorations. Ils permettent de mettre en évidence les déséquilibres minéraux les
plus apparents et d’en rechercher les causes.
Cependant, plusieurs études réalisées en Afrique ont montré que de tels bilans ne
permettaient pas de prévoir de façon significative l’évolutions des stocks minéraux
et organiques. Les pertes par lixiviation, les pertes par érosion et les flux internes
de redistribution minérale y jouent des rôles déterminants. ~
En Haïti, les pertes par lixiviation dominent dans les sols ferrallitiques. Les
apports par altération des minéraux primaires dans les sols peu épais sur basalte
et les pertes par.érosion sont importantes . Dans les sols feisiallitiques, les sols

327
bruns calciques, les vertisols èt les sols alluviaux non soumis à des phénomènes’
d’érosion, ces mécanismes jouent peu. Par contre, dans les zones d’accumulation,
les apports d’éléments fins par ruissellement peuvent enrichir régulièrement les
sols. Dans les sols riches en calcaire fin se pose le problème de rétrogradation du
phosphore sous forme inassimilable et de carence en certains oligo-éléments.
L’évolution des variations des stocks organiques et minéraux par des analyses de
sols réalisées en début eten fin de rotation permet de mesurer la signification de
tels bilans selon les situations.

LES BILANS AZOTÉS L’évaluation du bilan azoté des sols est plus complexe du fait de la dynamique de
cet élément.
Dans l’ensemble des sols, la disponibilité en azote (et en soufre) est essentiellement
due à la minéralisation de l’humus et des résidus organiques et son évaluation
nécessite donc la réalisation de bilans humiques.
On ne realise généralement pas de bilans azotés sur une succession de cultures,
mais plutôt avant chaque culture pour prévoir la fumure azotée nécessaire (voir en
fin de chapitre la fertilisation minérale).
Dans l’établissement d’un bilan azoté, il convient de prendre en compte d’une part
les apports dûs à la fixation symbiotique de l’azote atmosphérique par les
légumineuses, et d’autre part les pertes gazeuses de cet élément.
l La quantité d’azote fixée par une culture de légumineuse varie très largement
en fonction des conditions de milieu. Cette fixation peut être limitee en sol
ferralitique par une carence en phosphore ou une forte acidité. Elle dépend aussi
des conditions climatiques (périodes de sécheresse), de la richesse du sol en azote
minéral et de l’efficience des souches de Rhizobium.
Il a été montré en Afrique de l’Ouest que, sous certaines conditions climatiques,
une culture d’arachide appauvrissait le sol en azote. Il ne faut donc pas surestimer
les apports d’azote par les légumineuses.
l Les pertes d’azote sous forme gazeuse sont généralement faibles sauf dans
certains cas particuliers :
- elles peuvent être élevées dans les sols hydromorphes (pertes par dénitrifïcation).
- lors d’une fertilisation sans enfouissemènt; 30% à 50% de l’azote-engrais epandue
à la surface d’un sol peuvent être perdus par volatilisation. En revanche, des que
l’engrais est enfoui à quelques centimètres, ces pertes sont négligeables,
- lors des brûlis des résidus végétaux, les pertes en azote (et en soufre) peuvent
aussi être importantes.
L’immobilisation de l’azote lors de la décomposition des matières organiques
fraîches (au moment de l’enfouissement des pailles par exemple) peut être impor-
tante et rendre momentanément indisponible l’azote minéral du sol. Enfin, cet
élément est très facilement entraîné par les eaux de drainage (le soufre egalement).

328
Lalutte contre

Autrefois en Haïti, les systèmes de culture: des mornes se caracterisaient pàr


l’alternance de courtes périodes de culture (2 à 3 ans) et de longues périodes DDE
jachère (une dizaine d’année ou plus) avec brûlis. Ce mode de gestion de la fertilité,
relativement économique en travail, était possible tant que la densité de populati,on
restait assez faible. On l’observe encore ‘actuellement dans, les mornes du Sud-
Ouest d’Haïti.
Avec laforte croissance de la population rurale, les surfaces cultivées ont beaucoup
augmenté. Ainsi, les jachères sont devenues de plus en iplus courtes, jusqu’à
disparaître dans certaines’zones.‘Elles ne peuvent plus assnrer comme autrefois
les fonctions de préservation de ‘la fertilité des sols. Par ailleurs, de nouvel$es
zones; particulièrement fragiles, ont été déboisées et mises en culture (fondsde
ravines, fortes pentes).

A-gauche : défriche par le feu Cette évolution a abouti dans de nombreuses régions à une sur-exploitation du
d’une longue jachère dans le milieu, à une baisse globale de la fertilité’des sols, et à une quasi-disparition des
Nord-Est (Vallières, 1988) surfaces boisées. Or, le contexte naturel haïtien est favorable à l’érosion : pentes
(photo D. Mermet). souvent très fortes et climat tropical agressif. Les signes d’une érosion intense sont
A droite : <(terresfinies,, dans visibles partout dans le paysage des mornes : traces d’ërosion superficielle,
la région de Jacmel, 1988. nombreuses terres complètement dégradées («terres finies»)‘et réseaux de ravines
(photo M. Bonnefoy). en plein développement.
Face à cette évolution du milieu, les paysans haïtiens ont modifié leurs systèmes
de culture en y intégrant des techniques coûteuses en travail mais permettant le
maintien d’une assez bonne fertilité dans les parcelles situées a; proximité des
habitations. Mais ces pratiques concernent des surfaces réduites. Dans l’exemple
du plateau des Rochelois, exposé en début de chapitre, nous avons vu que le
maintien d’une fertilité relativement élevée dans les parcelles entourant lamaison
impliquait un transfert de fertilité à-partir des parcelles les plus éloignées.
Souvent en Haïti, l’amélioration de la fertilité doit commencer par la lutte contre
l’érosion. Parallèlement à la mise en place d’aménagements anti-érosifs, il est
A gauche : le décapage par
l’érosion d’un sol rouge sur ce
substrat calcaire constitue une
dégradation irréversibledu
milieu.
A droite : versants basaltiques
sur fortes pentes érodées
(Lavial) (photo M. Bonnefoy).

LESSTADESDE
L’ÉROSION

Figure 179 : stades et


conséquences de l’érosion sur
les systèmes de culture.

I
I I
I
I I
1936 \94b 1950 -- 1966

332
Lorsqu’une parcelle est arrivée au stade 3 de l’érosion,, on atteint l’isaltérite
appelëe localement «grison ». A ce stade, il ne s’agit pas seulement de stabili’ser
mais de reformer un sol. Ces <<terre finies» ont de très faibles réserves en eau et
surtout les racines ne peuvent mécaniquement pénétrer dans le sol. Ce sont les
principaux facteurs limitants car les potentialités chimiques de l’isaltérite restent
-élevées en ce qui concerne les bases et le phosphore (seul le stock ,d’azote est très
faible, car le sol a été décapé de ses horizons humifères). !

LUTTE CONTRE L’EROSION DIFFUSE :


EFFICIiCITE ET CONTRAINTES
Traditionnellement, les agriculteurs utilisent certaines techniques pour réduire
l’érosion. Elles sont assez peu efficaces mais ont l’avantagesd’être intégrées aux
systèmes de culture et pourront donc être ameliorées. I

Les rampes depaille sont largement utilisées mais réduisent peu l’érosion. Ce sont
de petites barrières (clayonnages) implantées dans les parcelles. Ces ouvrages ine
sont pas pérennes, il n’y a donc pas d’effet cumulatif d’une année sur l’autre. Leur
horizontalité est souvent approximative et leur perméabilité est trop élevée.
Les bilions horizontaux n’ont qu’un impact limité sur le ruissellement. Ils suivent
rarement-tout à fait les courbes de niveau et concentrent ainsi le ruissellement
dans les points bas. Par ailleurs, les billonscèdent souvent lors de grosses averses.
Les haies vives constituées de diverses espèces sont assez efficaces mais ne
concernent que les parcelles proches des habitations et de faible pente. Leur
principal rôle est la protection des cultures contre les vols et contre la divagation
des animaux.

Sur de très fortes pentes; les


techniques anti-érosives mises
en œuvre par les paysans sont
insuffisantes (Jacmel) pour
supprimer l’érosion
(photo M. Bonnefoy).

LE CANAL DE Dans les projets, cette technique a été utilisée couramment dans plusieurs régions
CONTOUR: d’Haïti. Elle consiste à creuser des canaux en courbes de niveau, et à planter sur
les buttes en aval des espèces fourragères (herbe de Guinée -herbe du Guatemala).
COÛTEUX ET FRAGILE
Les eaux de ruissellement se concentrent dans ces canaux qui, ayant une légère
pente (l%), les évacuent jusqu’à un exutoire. L’exutoire est le plus souvent une
ravine naturelle qu’il est nécessaire d’aménager.
Cette technique présente plusieurs inconvénients :
l le canal de contour nécessite non seulement beaucoup de travail pour sa
réalisation, mais aussi un entretien régulier : curage du canal, réparation du talus,
l la nécessite de déboucher sur un exutoire rend impossible la réalisation de tels
ouvrages de manière dispersée,
. ces ouvrages sont particulièrement fragiles et ont tendance à transformer
l’érosion diffuse en érosion linéaire lorsqu’ils sont mal conçus ou mal entretenus.
A gauche : creusement d’un On observe, en Haïti, de nombreuses situations où les canaux de contour ont
canal de contour provoqué des dégâts plus graves que ceux,dus à l’érosion diffuse. C’est le cas des
(photo [Link]). canaux réalisés sans exutoire : - l’eau s’y accumule jusqu’à débordement puis
A droite : aménagement de rupture du talus. Il se crée alors des ravines qui entaillent le sol. Ce même
versants avec des canaux de problème se pose aussi lorsque l’entretien (curage) n’est pas régulier.
contour, Jacmel
D’autre part, cette technique employée seule, si elle limite les pertes par érosion,
(photo G. de Laubier).
n’améliore pas la fertilité du sol. Le paysan n’est donc pas motivé pour entretenir
ces ouvrages surtout s’ils sont réalisés sur des terrains non cultivés (terres finies).
Seuls les salaires versés par un projet de développement incitent les paysans à
construire ces aménagements.

LA TERRASSE Il s’agit d’implanter une végétation pérenne sur des bandes horizontales de faible
PROGRESSIVE: largeur. Ces bandes de végétation freinent le ruissellement et provoquent le dépôt
UN OUTIL ADAPTÉ * de la terre transportée : elles jouent le rôle de filtre ou de piège à sédiments. Ce
dépôt s’effectue au niveau de la bande végétalisée et surtout un peu en amont de
*‘Pour plus de détails, voir le celle-ci, dans une zone où l’eau stagne momentanément lors de pluies importantes.
document de la FAO :
«Techniques biologiques de Cet aménagement conduit, à moyen terme, à remplacer la pente plus ou moins
conservation des sols en Haïti» régulière d’un versant ou d’une parcelle par une succession ‘de terrasses, c’est-à-
par Charles Lilin et A.P. dire de replats à pente faible ou nulle et de talus à pente forte’ (ou parfois de
Koohafkan, juin 1987.
murette). Le versant est ainsi remodelé en marches d’escalier.

Cette technique permet à la fois d’améliorer la fertilité des parcelles traitées et de


réduire l’érosion par l’eau, ceci avec des coûts de construction et d’entretien
réduits. Elle pose beaucoup moins de problèmes que le canal de contour si
l’entretien estmomentanémentnégligé. Elle supporte mieuxune certaine dispersion
des aménagements.
Les bandes de Elles peuvent être constituées de simples bandes de terrain que I:on cesse de
végétation cultiver et où repousse la végétation spontanée, ce qui suffit pour freiner les
écoulements.
Cette végétation spontanée peut être enrichie ou remplacée par des cultures
fourragères P&ennes, graminées ou légumineuses, qui fourniront une production.
Les espèces herbacées doivent être choisies en fonction de leur capacité à former
des touffes et deleur intérêt économique pour le paysan. Les graminées fourragères
comme l’herbe de Guinée, l’herbe de Guatemala et l’herbe éléphant sont déjà
largement utilisées en Haïti-et faciles à reproduire. La canne à sucre peut être
plantée sur des terrains ayant un bon potentiel agronomique. D’autres cultures
pérennes comme le sisal peuvent jouer le même rôle.
Une rangée d’arbres peut venir compléter cette bande enherbée pour produire du
bois, des fruits et pour améliorer la fertilité du sol.
Les espèces ligneuses à croissance rapide procurent au paysan un revenu à court
terme. Mais certains paysans sont aussiintéressés à planter des espèces àbois dur
et croissance plus lente pour la fourniture de bois d’oeuvre. Les arbres fruitiers,
enfin, sont généralement très demandés (variétés améliorées). On évitera cependant

334
de provoquer une surproductionlocalisée en diversifiant les espèces et les variétés.
La bande de végétation peut être uniquement constituée d’espèces ligneuses
arbustives et arborées comme les haies vives qui clôturent les parcelles pour les
protéger du bétail divagant.
Enfin, elle peut être remplacée par une murette en pierres sèches dans les
pqcelles très pierreuses. Mais cette technique est moins intéressante car elle est
fi& coûteuse et nécessite un rehaussement régulier des murettes si l’on désire
obtenir un réel remodelage. ’ ‘1

Murets en pierres séches


(photo G. de Laubier).

Constitutiond’un filtre Les bandes de végétation sont rarement suffisantes pour disperser et freiner
de résidusvégétaux efficacement le ruissellement. L’eau contourne les touffes et les tiges, et les
écoulements restent assez concentrés.
Elles doivent être complétées par des résidus végetaux (branchage, résidus de
récoltes, stipes de bananier, etc.) qui s’appuient contre elles. Ce filtre «mort> doit
être légèrement enterré pour éviter que lleau ne passe par !dessous.
Un tel filtre est également nécessaire à l’amont des murettes ènpierres sèches,
pour éviter que l’eau ne ,trouve des cheminements privilégiés entre les pierres ou
sous la murette.

L’entretien L’entretien de la bande de végétation doit être régulier pour permettre l’élévation
desterrasses progressive de la terrasse ainsi quo pour traiter à temps les éventuellles
brèches. Il se fait en renforçant lavégetation vivante par de nouvelles plantations
dans les zones fragiles et en mettant en ,place de nouveaux filtres en résidus
végétaux lorsque les anciens sont détruits ou recouverts de terre.

Bandes enherbées de vétiver


non entretenues (Jacmel)
(photo M. Bonnefoy).

335
Des défauts d’horizontalité de la bande de végétation peuvent provoquer
l’écoulement le long de son bord amont d’une partie de l’eau provenant de la
parcelle etbrutalementfreinée. Cet écoulement doit être traité (création d’obstacles
pour l’obliger à traverser la bande de végétation. et renforcement de celle-ci au
niveau de ces traversées) pour éviter l’apparition de ravinements importants.
La base de la terrasse peut être affouillée par les eaux de ruissellement qui ne
s’infiltrent pas dans le talus, d’autant plus que ces eaux ont déposé leur charge
Figure 180 : construction dune solide et sont plus érosives. Par ailleurs, lorsque le talus est d’une horizontalité
terrasse progressive.
approximative, des écoulements peuvent aussi apparaître le long de son bord
Figure 181 : problèmes posés inferieur et raviner. Les zones affouillées ou ravinées doivent être végétalisées,
par une mauvaise horizontalité l’important étant d’intervenir de façon précoce, lorsque l’affouillement ou le
de la bande~enherbee. ravinement sont encore faciles à maîtriser.

a. Ecoulement et ravinement le long du bord supérieur


de la terrasse.
b. Ravinement dans la traversée de la terrasse,
1. Mise en place des bandes enherbées
risque d’érosion régressive.
2. Remodelage du versant obtenu par piégeage des
éléments entraînés par l’érosion (stade final) c. Ecoulement et ravinement le long du bord inférieur
du talus.

Leseffets de la terrasse L’aménagement en terrasses freine le ruissellement, ce qui augmente Yinfiltration


de l’eau et réduit l’érosion diffuse. De plus, la présence de bandes de végetation en
courbes de niveau permet aux paysans de réaliser des billons avec une meilleure
horizontalité. Ainsi, l’apparition d’écoulements concentrés est retardée et ceux qui
apparaissent sont dispersés au niveau des talus. L’érosion par rigoles ou ravines
ne peut donc pas se développer.
D’un point de vue agronomique, la terrasse augmente la fertilité des terrains, en
provoquant l’accumulation de terre fine et de matières organiques. L’épaisseur du
sol sfaccroît juste en amont dela bande de végétation. Pour valoriser au mieux cet
accroissement de fertilité, il est nécessaire d’adapter le choix des cultures, en
particulier par la plantation d’espèces exigeantes en eau à l’amont immédiat des
talus.

336
Fascines en bois : techniques
de conservation des sols
mises en œuvre paf les
paysans à Vallières(Nord).
(photos D. Mermet).

Culture de manioc sur billo$


technique issue d’une action
menée par un projet de
développement à Grison-
Garde (photo D. Mermet).
Mise en culture d’une fqrte
pente à Jacmel
(photo M. Bonnefoy).
Exémplesd’espèces utilisables pour l’implantationde bandes de vébétatitin
l Espkes herbacbes : . Frêne (Simaruba g/auca),
. Herbe Eléphant, . Bois pelé (Colubrina ferruginosa),
. Herbe de Guinée, . Filao (Casuarina equisefifolia),
. Herbe du Gtiatemala, . Bois blanc (Siramuba oiricinalis),
~; Citronnelle, . Bois kapab (Schaefferia ffutescens),
. Canne à sucre,
. Sisal... A croissance lente :
. Chêne (Macrocafalpa Iongissima),
l Espéces arborées pour la production de . Acajou (Swietenia mahogani).
bois :
A croissance rapide : l Espèces fruitibres :
. Casse (CasSiasiamea), . Manguier,
. Neem (Azadirachfaindica), . Avocatier,
. Graine de lin (Leucaena eucocepba/a), . Citrus greffés...

Enfin, la réduction du ruissellement permet une meilleure valorisation des


engrais minéraux car elle limite les pertes par entraînement de fertilisants. C’est
principalement pour cette raison que les paysans maraîchers de Kenscoff ont
réalisé des [Link] ce cas, l’aménagement est valorisé par la culture
d’espêces à fortes marges brutes dont la commerciali- sation est aisée (proximité
de Port au Prince). De plus, le niveau économique de ces paysans leur permet de
réaliser de tels investissements et de les valoriser (utilisation de nombreux
intrants : engrais, semences améliorées, outils di versifiés).

Limiteset conditions l Impact sur les cultures vivrières


d’utilisationde la L’implantation de bandes de végétation pérenne réduit la surface en cultures
vivrières de la parcelle. Il y a donc, dans un premier temps, baisse du niveau de
terrasseprogressive production. Cette réduction de surface est d’autant plus importante que la parcelle
est pentue, car les bandes de végétation doivent alors être plus rapprochées.
Les effets d’amélioration de la fertilité n’apparaissent que plus; tard et ne sont
conséquents que s’il y a fertilisation organique et adaptation du choix des cultures.
Pour le paysan, l’augmentation du niveau de production de sa parcelle est le but
principal. Il est donc préférable de commencer par aménager des terrains peu
dégradés et peu pentus où l’augmentation est plus rapide.
l Contraintes foncières
La création de terrasses constitue un investissement important en temps de
travail. Pour le paysan, l’intérêt de cet investissement, dont la rentabilité n’est pas
immédiate, est d’autant plus important que la sécurité foncière est bonne.
L’aménagement d’une parcelle en fermage ou en métayage peut même pousser le
propriétaire à récupérer sa terre.
Dans le cas du métayage ou de l’indivision, l’exploitant devra partager la plus-
value apportée par l’amélioration de lalfertilité avec d’autres personnes.
De tels aménagements doivent donc être réalisés en priorité sur les parcelles en
faire valoir direct.
l Cas des très fortes pentes
La terrasse a pour effet d’augmenter l’infiltration des eaux de pluie. Lorsque le
versant est raide, l’accumulation d’eau dans le sol peut provoquer des glissements
de terrain superficiels. La plantation d’arbres a racines pivotantes dans les haies
limite ce risque mais peut être insuffisante sur pentes très fortes.
Ce problème s’ajoute a celui posé par la nécessité d’un écartement faible entre les
talus sur pentes fortes.
La technique de la terrasse progressive est donc à réserver en priorité auxversants
à pentes faibles ou moyennes.

338
L’amélioration de la productivité agricole obtenue sur ces terrains devrait permettre
par la suite de consacrer les zones les plus raides à des cultures pérennes
protégeant mieux le sol. Mais cette proposition ne peut pas ‘être faite aux paysans
qui exploitent uniquement des terres sur pentes très fortes. Dans ce cas, d’autres
réponses doivent être recherchees.
l L’élevage sur la terrasse
L’aménagement en terrasse d’une zone n’est pas compatible avec le libre parcours
du bétail. Les animaux en liberté détruisent les bandes de végétation et favorisent
la création de ravines dans les passages créés pour traverser les talus.
Cependant, la construction de terrasses et le développement de l’élevage sont
complémentaires. L’élevage au piquet ou à l’étable permet de valoriser les cultures
fourragères. Il rentabilise ainsi les bandes de végétation, mais nécessite la
présence d’un point d’eau proche, ce qui est rarement le cas en Haïti.

L’ARBRE ET LA L’arbre peut jouer un rôle dans l’amélioration de la productivité agricole par sa
TERRASSE : production (bois, fourrages, fruits) et par ses effets sur l’érosion et la fertilité du sol.
DES RÔLES l Sur l’érosion
COMPLÉMENTAIRES . L’arbre joue un rôle direct relativement modeste dans la réduction de l’érosion :
- il protège le sol contre l’impact des gouttes de pluies et; de ce fait, retarde la
formation de croûtes de battance. Mais cet effet ne concerne qu’une surface
réduite,
- les feuilles tombées et les branches taillées régulièrement, lorsqu’elles sont
répandues sur la parcelle jouent un rôle protecteur comparable à celui des résidus
de culture.
. Par leur production de bois et de fourrages, les arbres ont un effet indirect sur
l’érosion : ils réduisent le déboisement des zones les plus fragiles (versants raides,
talwegs et fonds de ravines).
l -S la fertilité
L’ar re peutjouer un rôle important dans l’amélioration de la fertilité, mais il peut
aus Ti avoi,r des effets négatifs sur les cultures. ~ ‘~
. Effets positifs de l’arbre sur la fertilité :
- par la chute de ses feuilles, il restitue en surface des éléments minéraux prélevés
‘en profondeur et enrichitle sol en matière organique (et en azote pour certaines
espèces),
- il crée un micro-climat favorable aux cultures, en particulier en les protégeant du
vent.
. L’arbre,peut avoir des effets dépressifs surlescultures, dans certaines conditions :
- lorsque les arbres sont plantes trop rapprochés et ique la plantation n’a pas été
éclaircie, il concurrence les cultures pour la lumière. Le problème est identique
lorsque les arbres ne sont pas taillés régulièrement,
+$- lorsque les espèces plantées ont un enracinement superficiel et concurrencent
ainsi les cultures pour les éléments fertiiisants,
- lorsque la parcelle est cultivée avec des plantes très exigeantes en lumière.
l Sur la terrasse elle-même
Il y a tout intérêt à associer ces deux outilsde manière à profiter des effets de
synergie. Cette association n’est pas, pour autant, obligatoire. D’autres formules
peuvent être retenues :‘par exemple la création de bandes enherbees avec des
graminées et la plantation d’arbres uniquement autour de la parcelle, en clôture.
Sur les versants à très forte pente et non cultivés, le reboisement éventuel ne
nécessite pas la construction de terrasses, ni d’ailleurs de canaux de contour. Ces
aménagements sont trop coûteux. La réalisation de micro-terrasses individuelles
est aussi efficace.

339
L’AMÉLIORATION DE La terrasse progressive etl’agroforesterie sont des éléments de réponse auxgraves
LA PRODUCTIVITÉ problèmes de fertilité dans les mornes. Mais l’intérêt du paysan pour ces techniques
est souvent fonction d’actions complémentaires visant à développer l’agriculture
AGRICOLE et l’élevage.
Dans ce cadre, l’amélioration de la gestion de la matière organique joue un rôle
important.
L’insuffisance des restitutions organiques a des conséquences non seulement sur
la fertilité, mais aussi directement sur l’érosion :
l l’enlèvement des résidus de récoltes prive le sol d’un mulch protecteur,
l la baissemde la teneur en matière organique du sol peut diminuer sa stabilité
structurale et ainsi augmenter le splash et favorisant l’apparition de croûtes de
battance.
Inversement, des mesures visant à améliorer la fertilité des sols ont aussi un
impact direct important sur l’érosion, en particulier :
l le maintien en surface de résidus de cultures,
l les apports de composts aux parcelles situées à proximité de la Kuye,
l la valorisation agronomique des déjections animales.
L’ensemble des techniques permettant une augmentation de la production
(fertilisation organique et minérale, utilisation d’espèces plus productives, etc.) se
traduit par une végétation couvrant mieux le sol et une masse plus importante de
résidus de récoltes. Ces résidus contribuent à la protection du sol et à l’amélioration
de la fertilité. Les associations, de cultures permettent souve,nt une meilleure
couverture du sol, sur un temps plus long (cultures en relais). Elles contribuent
ainsi à protéger le sol contre l’agressivité des pluies.
L’aménagement en terrasses de certaines zones et les mesures agronomiques qui
l’accompagnent doivent se traduire par une amélioration de la productivité
agricole et un accroissement des revenus des paysans.

AMENAGEMENT DES PETITES ET MOYENNESRAVINES


LES DIFFÉRENTS Les ravines sont des entailles importantes, d’une profondeur d’au moins plusieurs
TYPES DE RAVINES dizainesdecentimètres.,Ellesnepeuventpasêtreeffacéesparlesfaçonsculturales
et se situent en règle générale dans des creux topographiques (vallon, talweg...).
Nous ne nous intéresserons ici qu’aux petites et moyennes ravines, c’est-&dire à
celles dont le ravinement peut être contrôlé par la plantation de végétaux. Il
convient de savoir les distinguer sur le terrain des grosses ravines qui nécessitent
des ouvrages en dur (gabion, maçonnerie). Les principaux critères de distinction
sont la longueur et l’aspect du lit et des berges.
Les petites et moyennes ravines sont en général longues de quelques centaines de
mètres, exceptionnellement plusieurs’kilomètres. Les alluvions qui encombrent
leurs lits sont fines et la végétation ligneuse colonise encore certains tronçons.
Les grosses ravines sont longues de quelques kilomètres, généralement encombrées
d’alluvions grossières et peu colonisées par la végétation.

COMMENT SE CRÉE Le développement de l’érosion-en ravine sur un versant se fait habituellement en


UNE RAVINE ? deux phases.
l Dans une première phase, la mise’ en culture des versants Epargne les
dépressions (talwegs, bas-fonds) où la végétation ligneuse subsiste. Il s’agit soit
d’une végétation naturelle préservée, soit d’arbres plantés pour profiter de l’humidité
de ces endroits.‘Cette végétation pérenne joue un rôle important dans les talwegs
où se concentre l’eau de ruissellement desversants cultivés. Elle réduitlabrutalité
des crues, retient une partie de la terre provenant de l’érosion des versants et
empêche le creusement des ravines.

340
l Dans une seconde phase, devant la rareté des terres cultivables, les paysans
mettenten culture les talwegs. La végétation arborée est donc supprimée, ce qui
fragilise ces bas-fonds et favorise le ravinement. Ce ruissellement est accentué par
la poursuite de la mise en culture des versants. L’équilibre antérieur est rompu.
Le ravinement se développe, alors rapidement, surtout lorsque le substrat est
.meuble (plusieurs mètres en quelques années).
L’érosionrégressiveintervientensuiteengrignotantrégulièrementsurlesversants
.(élargissement de’la ravine).
Dès que la ravine a commencé à se creuser, il faut restaurer l’équilibre par la mise
en place d’aménagements.

LES TECHNIQtiES L’outil de base de ces aménagements est le seuil placé en travers de la ravine et
D’AMÉNAGEMENT DES constitu.4 de matériel végétal vivant. Cette technique s’inspire des haies vives
utilisées par les paysans pour clôturer les parcelles cultivées et les protéger contre
RAVINES le bétail. Il convient de l’adapter aux problèmes spécifiques du traitement des
ravines.
Les aménagements ont deux objectifs principaux :
l améliorer la productivité agricole par la mise en valeur des atterrissements
derrière chaque seuil. Au fur et àmesure que la terre s’accumule en amont du seuil,
on peut y planter des arbres fruitiers (arbre à pain, manguier, cocotier, bananier,
etc.)‘et des espèces vivrières exigeantes en eau («mazombelles», «malangas»),
l protéger les secteurs situés en aval de la zone aménagée en régularisant
l’écoulement de l’eau et en réduisant la quantité de sédiments transportés.

Quel mahiel végétal La construction d’un seuil fait appel à divers types de matériel végétal :
l boutures d’espèces ligneuses,
utiliser ?
l graminées et sisal pour mieux freiner l’eau et protéger l’aval de l’ouvrage contre
I’affouillement.

Figure 182 : profil en long de


petite ravine : correctich par
seuils biologiques.

~
Parmi les bois repousse utilisés pour la’ construction des clôtures, il convient ode
sélectionner les espèces les mieux adaptées au traitement des ravines : vitesse; de
croissance élevée et résistance aux chocs, à~l’écorçage, à l’affouillement et à~la
submersion.
Voici une liste d’espèces végétales intéressantes, mais il convient de l’élargir et de
l’adapter à chaque région :
l Candélabre (Euphorbia Zactea), Pite ou sisal (Agave rigidu),
l Pingouin (BromeEia pingouin), Commier (Bursera simaruba),
l Benzoliv (Moringa oleifera), Lilas étranger (GZirickZia sepium),
l Joyeuse (Yucca alojfolia), Bambou (Bambusa uulgaris),

341
l Goyavier (Psidium guajava), Paresseux m(Polyscias pinnata),
l Médicinier (Jatropha curcas), Casse (Cassis emarginata),
l Graine de lin (Leucaena leucocephala).~
Les boutures de «bois repousse» utilisées par les paysans pour les clôtures sont en
général de grande longueur (de l’ordre ‘de 1,50 a 2,00 m>, ce qui assure une
protection immédiate de la parcelle contre le bétail.
Des boutures plus petites conviennent mieux au traitement des ravines : 1,20 à
1,50 m dont 0,50 m seront enterrés. La récolte des boutures se trouve ainsi facilitee
et les conditions de reprise sont probablement meilleures.
Après l’installation de la haie vive en travers du lit, il est nécessaire de réaliser un
filtre au moyen de branchages s’appuyant sur les plants installés. Le rôle de ce
filtre est de favoriser le depôt des sédiments transportés par l’eau. Il doit être
régulièrement rehaussé au fur et à mesure de l’atterrissement et de la croissance
des végétaux.

Installationdes Lorsque les conditions sont favorables, les boutures peuvent être plantées
seuilsbiologiques directement en travers du lit, en une ou deux rangées a faible écartement (environ
0,30 m entre les boutures).
Mais, dans certains cas, le lit actif de la ravine estune zone où la végétation est
difficile à installer :
l soit parce que la terre fine est souvent emportée par les crues et que la roche
apparaît,
l soit parce que la hauteur d’eau, plus forte à cet endroit lors des crues, arrache les
plants installés.
Lorsque ces conditions défavorables jouent, on utilise différentes techniques pour
installer la végétation :
l construction de clayonnages en appui sur la végétation préalablement installée
sur les deux berges,
l construction d’un petit seuil en pierres seches qui, par son atterrissement, crée
un milieu favorable à l’installation des plants. Il a aussi pour effet d’étaler,la nappe
Aménagement de petites et d’eau lors des crues et permet à la végétation de résister à l’arrachage,
moyennes ravines à l’aide de l lorsque les pierres sont rares, elles peuvent être remplacées par des sacs remplis
fascines en bois. Grison-Garde de terre et recouverts d’une petite couche de terre (méthode utilisée à Aquin).
(à gauche), Dondon (à droite)
(photos D. Mermet). Ces seuils en pierres ou en sacs de terre ont un rôle provisoire, la végétation du
seuil biologique prend ensuite le relais pour maîtriser le ravinement.

342
L’entretiendesseuils Une fois construits, les seuils biologiques nécessitent un entretien régulier :
est indispensable l plantation de nouvelles boutures aux points faibles et, réfection du filtre en
résidus végétaux,
,. installation d’une végétation le long des berges pour éviter le contournement du
seuil par l’eau (complétée éventuellement par un filtre),
l protection du seuil contre l’affouillement. Cela consiste a limiter sa hauteur, et
à installer à son pied (en aval) certaines espèces : agaves, espèces fourragères à fort
développement.
Cet entretien ne ‘pourra être assuré par les’ paysans que dans les situations où
l’impact des seuils sur’la productivité agricole est su&ant,,c’est-à-dire lorsque les
zones d’accumulation ainsi créées sont mises en valeur et ,productives.

Localisationdesseuils L’espacement entre les seuils de correction d’une petite ravine n’a pas besoin d’être
calculé comme’ ‘dans le cas d’une grosse ravine a fonctionnement torrentiel.
Lorsqu’un seuil est détruit, l’érosion régressive progresse moins vite vers l’amont
dans ces petites ravines carl’epaisseur des alluvions est faible etlavégétation joue
un rôle protecteur’efficace. Il n’existe donc pas de règle technique stricte déterminant
la localisation des premiers seuils a réaliser,
En général, il est préférable de démarrer le traitement d’une ravine par les
secteurs où les paysans y sont le plus intéressés et où les chances de réussite sont
importantes. Ainsi, on pourra privilégier :
l les terrains où la sécurité de la tenure foncière est bonne~et où les propriétaires
riverains sont disposés à collaborer entre-eux,
l les tronçons de ravine où la mise en valeur agricole sera plus aisée : zones
Aménagement de ravines à permettant un atterrissement important, proximité des ‘villages, accessibilité
l’aidede murets en pierres facilitant la surveillance et Yécoulement’des récoltes, ~
sèches. Cap Rouge (à l les tronçons amont, oùles chances de réussite sont supérieures car l’écoulement
gauche), Calmettes (à droite) y est moins agressif. Une fois ces secteurs aménagés, le traitement de l’aval sera
(photos D. Mermet). ~ plus facile.

Seuil e,n sacs remplis et


recouverts de terre avant
plantation du matériel végétal
(aménagement de ravines à la
Plaine d’Aquin, 1987)
(photo M. Bonnefoy).
En haut : aménagements
réalisés par les paysans dans
une grande ravine de la plaine
de Larbre (1988).
En bas : aménagement d’une
grosse ravine par des seuils
en gabion, plaine de Larbre
(1988) (photos M. Bonnefoy).

:
‘,

344
.Lafertilisation
organique
Nous avons vu dans l’exemple du plateau des Rochelois en début de chapitre que
les techniques mises en oeuvre par les paysans pour gérer la fertilité organique de
leurs parcelles sont très diverses.
Les systèmes de culture ont tous pour effet d’accroître, d’abaisser ou bien de
maintenir les taux de matière organique des sols. L’utilisation d’outils,tels que les
bilans humiques et les analyses de sol, malgré leur imprécision, permet d’apprécier
la reproduction de la fertilité d’une parcelle soumise à un système de culture
donné. Un tel diagnostic est nécessaire pour pouvoir ensuite proposer des techniques
de fertilisation adaptées aux situations.
Dans Quelles situations les bilans humiques sont-ils négatifs, ou les
teneurs en humus insuffisantes ?
Globalement, nous pouvons distinguer trois grands types de situations : les hauts
plateaux calcaires, les versants des mornes, les plaines alluviales et les bas-fonds.
l Sur les hauts plateaux calcaires, les bilans humiques des parcelles éloignées
des habitations sont très souvent négatifs car celles-ci ne reçoivent aucun apport
et les jachères y sont de plus en plus courtes. Les sols ferralitiques de ces zones sont
particulièrement pauvres et fragiles car ils sont soumis à un lessivage des
éléments fertilisants et une minéralisation rapide de la matière organique. Le
maintien d’un taux élevé d’humus dans ces sols nécessite des apports réguliers et
importants de matières organiques. Il apparaît que les quantités disponibles
‘actuellement (en rapport avec labiomasse produite) sont insuffisantes pour main-
tenir des teneurs en humus correctes dans l’ensemble des parcelles de ces zones.
l Dans les sols des versants des mornes, l’érosion participe à la baisse des
teneurs en matière organique des sols. A l’origine, les sols formés sur basalte ou
calcaire marneux sontriches en argile et en matièreorganique (&errenoire»). C’est
encore le cas de certaines parcelles non soumises à l’érosion car protégées par une
végétation arborée (&kou - fonds frais»> et située dans les endroits les moins
pentus. Mais dans de très nombreuses situations, l’horizon organique a disparu,
emporté par les eaux de ruissellement. La fertilisation organique nécessaire pour
améliorerlafertilité de ces sols ne peut être efficace que si des aménagements anti-
érosifs sont préalablement construits.
l Les sols des plaines alluviales et des bas-fonds sont en général bien pourvus
en matière organique mais leur évolution est mal connue. Ils sont par endroits
soumis à des phénomènes d’érosion ou de colluvionnement qui modifient très
rapidement leur statut organique. Généralement riches en argile, il est nécessaire
de maintenir dans ces sols une teneur élevée en matière organique pour avoir une
bonne structure. Dans les sols alluviaux du périmètre irrigué de Grison-Garde
(plaine du Nord) les teneurs en matière organique sont souvent supérieures à 3%.
Ces teneurs ne sont pas excessives étant donné la richesse en argile (25 à 30%) et
doivent être au minimum maintenues. Des apports fréquents de résidus riches en
lignine (UN élevé) sont fortement conseillés mais leur date d’apport est à raison-
ner en fonction des besoins en azote des cultures,

345
Dans les sols acides, les apports de calcium et de magnésium (amendements calci-
magnésiens) ont des effets sur la fertilité physique équivalents à ceux produits par
la matière organique : ils améliorent la stabilité structurale des sols riches en
éléments fins.
Dans les sols calcaires, l’humus se minéralise plus lentement, ce qui favorise le
maintien de teneurs assez élevées : 2,5 à 4% dans l’horizon supérieur des sols de
la plaine des Gonaïves et de la plaine de Larbre. Mais des apports importants et
réguliers de matières organiques fraîches sont nécessaires pour rendre disponibles
aux plantes les éléments minéraux présents sous formes inassimilables dans ces
sols.
Le problème souvent rencontré par les paysans dans les plaines sèches est la
trop lente décomposition des résidus de récoltes riches en lignine (tiges de maïs et.
de sorgho). Au moment de la mise en culture, le moyen le plus rapide et le plus facile
de s’en débarrasser est le brûlis. L’impact de cette pratique sur l’évolution du stock
d’humus du sol n’est pas vraiment connu. Le brûlis de ces pailles apporte des
éléments minéraux rapidement disponibles pour les plantes, en particulier du
potassium dont ces sols sont souvent déficients. Notons que dans ces zones, la
préparation des terres consiste en généralIen ungrattage du sol sur 3 a 5 cm. Cette
intervention limite la minéralisation de l’humus qui serait plus importante s’il y
avait un réel travail du sol. Lors de l’introduction de la culture attelée, son impact
sur la teneur en matière organique des sols à moyen terme doit être étudié. Cette
technique a, par contre, l’avantage de permettre l’enfouissement des résidus de
récoltes. Le facteur limitant le plus les [Link] dans ces zones est la faible
pluviométrie, mais la richesse en matière organique joue aussi sur la capacité de
rétention en eau du sol.
l Dans les plaines humides, soumises plus ou moins régulièrement aux
inondations, le problème est aussi la difficile évolution des matières organiques.
Dans ce cas, c’est l’oxygène qui manque à cause de l’excès d’eau. Ce phénomène joue
autant sur les matières organiques fraîches que sur l’humus. La décomposition des
résidus végétaux dans de telles conditions entraîne la production de substances
toxiques pour les plantes dans le sol. En général, lors de la préparation des terres,
les paysans mettent les résidus de cultures et les adventices en gros tas de manière
à favoriser la décomposition. Le travail profond du sol à la houe et la constitution
de buttes ou billons permet l’aération d’un certain volume de terre pendant les
périodes d’inondations.

DEUX EXEMPLES DE GESTION DE LA FERTILITE ORGANIQUE


JACMEL: FUMIER Dans la région de Jacmel (Sud d?Haïti), les paysans pratiquent un grand nombre
ETJACHÈRES d’associations de cultures différentes. Les espèces qui prédominent dans toutes les
zones sont le maïs et le haricot. Elles sont associées à un grand nombre d’autres
espèces : ignames, patates douces, manioc, bananier, sorgho, pois Congo.
Les trois grandes périodes de mise en culture correspondent à celles des plantations
de haricot : mars, juillet et octobre. La saison de mars (ou saison de printemps) est
la plus importante car elle correspond à l’arrivée des premières pluies.

Choixdes Le choix des espèces cultivées dans les ,associ,ations s’explique par plusieurs
espècescultivées facteurs dont certains sont relatifs à la fertilité des sols.
l Le typemde jardin, sa distance par rapport a la «kaye» :
. sur les jardins proches des maisons (&kous») sont cultivées les espèces les plus
exigeantes en éléments fertilisants et en eau : maïs, haricots, ignames, bananiers.
[Link] sont les plus fertiles, elles reçoivent en priorité les apports organiques,
. sur les autres jardins, plus érodés et moins fertilisés, on rencontre surtout le
manioc, le sorgho, la patate douce et le pbis congo qui sont moins exigeants.

346
Jardin d’igname à Jacmel
(photo M. Bonnefoy).

l Le type de sol :
. les sols relativement épais et bien pourvus en matière organique peuvent recevoir
n’importe quelle culture. Les types d’association sont alors déterminés par des
critères économiques (Zones de Bouchereau, Tuff, Delille),
A gauche : exploitations sur les sols de pente érodés comme àLavia1, on cultive surtout le manioc, la patate
agricoles dans les mornes à *douce et le pois congo,
Jacmel(l988) . la culture de l’igname se rencontre surtout dans les zones à terres noires, terme
(photo D. Mermet). caractérisant les vertisols et les sols bruns, riches en humus et profonds.
A droite : préparation de buttes
avec enfouissement de l Les autres facteurs déterminants sont d’ordre socio-économique : besoins de
matière organique à Jacmel la famille, Coûts des semences, nombre de jardins, mode de faire-valoir, prix du
(photo M. Bonnefoy). marché...

Fertilisationet La grande majorité des paysans n’utilise pas d’engrais minéraux mais par contre
constitutiondu tous se servent de «fumiër»*. Le fumier est constitué de tous les résidus des
récoltes : tiges de vetiver, mauvaises herbes arrachées des jardins... associés à des
ctfumieb déjections animales.
* L’Bppellatipn «fumien, est
donnée par les paysans de Il peut être directement constitué sur place : l’agriculteur met en culture une partie
cette région h toute matiè* de sa parcelle et laisse l’autre pour la pâture des animaux. Le sol s’enrichit grâce
végétale ou animale plus ou aux déjections animales et aux résidus végétaux. L’éleveur apporte aux animaux
moins décomposée.
des fourrages qu’il cultive, souvent sur les bandes de végétation anti-érosives
(herbe de Guinée).
L’agriculteur peut aussi transporter du fumier sur ses autres jardins, deux mois

347
avant les semis. Certains paysans en mettent une poignée sur chaque’poquet de
maïs après le semis.
Suite à l’application du fumier, la parcelle est débarrassée des adventices par un
sarclage réalisé à la houe environ un mois;avant le semis.
Après une jachère, le sol est compacté par le piétinement des animaux, il est donc
nécessaire de le «piquer». Le piquage consiste en un’travail du sol avec une pioche
à une profondeur de 15 à 25 cm. Cette opération permet un certain enfouissement
du «fumier».
Lorsque l’association comprend des tubercules, le paysan confectionne des buttes
où il concentre la matière organique.

Figure 183 : concentration de


la matière organique dans les
buttes d’ignames, région de
Jacmel.

Lesdifférentstypes En général, les parcelles sont pâturées par les animaux durant lasaison seche,
de ctjachères>j c’est-à-dire de novembre à février, le reste du temps elles sont en culture.
Lorsqu’une parcelle est laissée sans culture à une autre période de l’année, on
considère qu’elle est en jachère.
La durée d’une jachère varie de trois mois à deux ans selon le type de jardin et la
disponibilité en terres du paysan :
l les moins bonnes terres et les plus éloignées des habitations sont laissées en
jachère un an ou deux après une-à deux années de culture,
l pour les autres terres, la jachère ne dure en général que deux à trois mois, le
temps de fertiliser la parcelle en y laissant les animaux auxqueis on apporte du
fourrage.
Dans le premier cas, la jachère correspond: à une simple mise en repos de la terre.
Dans le deuxième cas, la jachère est une reelle technique de fertilisation avec
apports de quantités plus ou ~moins i&ortantes de ‘matières organiques et
d’éléments fertilisants.
Les durées et fréquences des jachères varient d’une zon’emà l’autre. A Ternier, où
la pression foncière est forte, les paysans pratiquent des jachères très courtes pour
fertiliser les parcelles avec les animaux. A Lavial ou Bellande, les surfaces par
exploitation sont plus élevees mais les terres beaucoup plus dégradées. C’est dans
ces zones que l’on pratique les plus longues’jachères. Dans certains cas, les terres
ne sont pas mises en culture car elles ne produisent plus rien, la jachère est alors
obligatoire. La simple mise en repos d’une terre épuisée durant deux ou trois
années ne permet pas la reconstitution dè sa fertilité initiale (voir p. 356).
D’après les résultats d’une enquête, un paysan sur deux a pratiqué la jachère dans
la région de Jacmel en 1982. Cette enquête révélait aussi que l’ensemble des
agriculteurs considéraient la faible .fertilité des sols et l’érosion comme leurs
principaux problèmes.

348
MORNESDE BASSE Ces systèmes de culture ont déjà été décrits dans le chapitre 8.
ALTITUDE: PASDE Dans cette région, la faiblesse et l’irrégularité des pluies sont les principales
JACHÈREMAISDES contraintes. La moyenne des précipitations annuelles est de 1250 mm alors que
BRûLIS* l’évapotranspiration est de 1650 mm par an.
*Petite Rivière de Nippes Les principaux sols rencontrées sont des rendzines, des vertisols et des sols
Sud Haïti. fersiallitiques. Ils sont pour la plupart bien pourvus en matière organique et sont
tous saturés en bases échangeables. Leurs teneurs en argile élevées leur confèrent
de fortes capacités d’échange cationique. Ils sont en revanche assez pauvres en
potassium et en phosphore assimilable (voir chapitre 3).
Les caractéristiques de ces terrains qui influencent le plus les systèmes de culture
et les rendements sont la profondeur du sol qui détermine sa réserve utile et sa
situation topographique qui détermine l’importance de l’infiltration.

L’absencedejachère L’association de cultures largement dominante est constituée de maïs, de sorgho


dans/es rotations et de pois Congo. A ces espèces principales peuvent être associées des espèces
secondaires (densités plus faibles) telles que l’arachide, le manioc, le vigna (pois
connu). Cette association occupe la parcelle presque toute l’annee, c’est-à-dire
d’avril à février.
Les parcelles sont, en général, cultivées tous les ans. Les jachères sont rares, elles
n’interviennent dans les successions de cultures qu’à un ‘rythme très espacé et
irrégulier.
Lorsqu’une parcelle n’est pas mise en culture, l’exploitant évoque des raisons
économiques : manque de semences, héritage de nouvelles terres, disponibilité en
travail insuffisante. Jamais ne sont invoquées des raisons liées au maintien de la
fertilité du sol.
Lajachère esttrèspeupratiquéeetaucunengraisminéral n’estutilisé. L’evolution
de la fertilité du sol ne dépend donc que du fonctionnement des associations mises
en place et de l’évolution pédologique.

De faiblesrestitutions Durant une année de culture, sont exportés des jardins :


organiques -~ l les produits récoltés :
- épis-de maïs et de sorgho,
- gousses de légumineuses,
- tubercules de manioc et patate douce,
l suivant les besoins des animaux :
- une partie des adventives lors du sarclage,
- les pieds de maïs et de sorgho jugés non productifs a la floraison peuvent servir
de fourrage.
l les tiges de pois ,congo pour la cuisine.
En février, les récoltes terminées, les agriculteurs font pâturer leurs parcelles par
le bétail qui valorise ainsi les résidus de culture (essentiellement les pailles de
sorgho>. Cette période est très courte car dès les premières pluies, en mars-avril,
commencent les préparations des terres.

Rôlede la préparation La préparation du sol a pour objectif de débarasser la parcelle des adventices et
du sol résidus de cultures, de préparer un lit de semences et de restituer au sol les
éléments minéraux immobilisés dans la matière végétale résiduelle.
L’agriculteur procéde simultanément à un &&+zoukuj» du sorgho et à un sarclage
à la houe et au «couteau digo».
La matière végétale résiduelle est très ligneuse : tiges de pois Congo, tiges de
manioc, chaumes de sorgho, adventices refusées par le bétail. Lorsqu’elle est
présente en quantité importante (plus de 0,5 Vha), elle est brûlée aprés mise en tas
et sèchage. Si sa répartition est continue, le feu est répandu sur toute la parcelle.

349
La quantité de matière sèche brûlée dépend essentiellement du développement
végétatifdes cultures précédentes. Elle varie de 0,5 à 3 t/ha de matière sèche pour
le maïs-sorgho et jusqu’à 7 t/ha pour le manioc.
Les restitutions minérales sont relativement importantes puisqu’une grande
partie de la masse végétale produite est brûlée. En effet, étant donnés les variétes
utilisées et l’alimentation hydrique souvent déficiente, les efficiences sont faibles
(rapports graimpaille faibles). En particulier pour le sorgho et le pois congo dont
les périodes de formation des graines coïncident avec une période sèche. Pour le
sorgho, 90 % du potassium prélevé est contenu dans l’appareil végétatif, donc
restitué en grande partie lors du brûlis.
Les restitutions organiques sont très faibles, mais d’après les analyses, les teneurs
en matière organique de ces sols sont élevées. La pratique du brûlis dans ces
conditions (climat sec, sols argileux) serait donc justifiée. Il serait malgré tout
nécessaire de connaître l’évolution à moyen terme de ces teneurs pour porter un
jugement sur l’effet de ces systèmes de cultures sur la fertilité organique des sols.
Le pois congo joue un rôle important dans l’association pour la reproduction de la
fertilité. Cette légumineuse de type arbustif possède une racine pivotante qui
perce les horizons massifs profonds et améliore ainsi l’état physique du sol. Son
système racinaire profond permet une remontée des éléments minéraux des
couches du sol non exploitées par les autres espèces. D’autre part, grâce à ses
nodosités, le pois congo laisse aux graminées la plus grande partie de l’azote
minéral disponible. Le rôle joué par cette espèce est bien perçu par le paysan qui
en ajuste les densités selon le degré de fertilité de sa parcelle. Il peut être absent
dans les sols les plus fertiles et atteindre des densités très élevées dans les sols les
moins pourvus.
Les rendements obtenus sont souvent très faibles et parfois nuls, en particulier sur
les sols de pente peu profonds où les réserves en eau sont réduites. Ils sont aussi
faibles dans les cuvettes où l’eau stagne et crée des situations d’anoxie (manque
d’oxygène). Dans tous les cas, ils sont extrêmement liés à la pluviomètrie, donc très
variables d’une année à l’autre.

DEUX SITUATIONS Les deux situations qui viennent d’être décrites sont très différentes.
CONTRASTÉES l Dans les mornes de la région de Jaqnel, les contraintes principales sont la
faible fertilité des sols et l’érosion. Les agriculteurs ont donc mis en place des
systèmes de culture basées sur la gestion des résidus organiques et les jachères.
L’animal a un rôle déterminant dans le maintien de la fertilité.
l Dans les mornes de basse altitude à Petite Rivière de Nippes, les sols sont
plus fertiles mais l’eau manque. Les sols sont très argileux et difficiles àtravailler.
Les agriculteurs ontmis en place des systèmes de culture visant àutiliser aumieux
les pluies. Le brûlis permet une rapide préparation des terres et la libération d’une
grande quantité d’éléments minéraux disponibles en début de culture. De plus, la
présence des résidus de récolte sur le sol jusqu’au semis gêne la repousse des
adventices. Ces résidus importants et très ligneux se décomposeraient très
lentement et gêneraient la mise en culture s’ils n’étaient pas brûlés. La richesse
de ces sols en matière organique etbases:échangeables, les importantes restitutions
minérales permettent une culture quasi-permanente. La jachère est donc
accidentelle.

350
LES EFFETS DES TECHNIQUESDE FERTILISATION~ORGANIQUEET ~
LEURS DIFFICULTES D’UTILISATION
La fertilisation organique a pour objectifs le maintien d’un stock de matière
organique suffisant dans le sol (pour ses propriétés physiques, chimiques et
biologiques) et la fourniture d’éléments minéraux aux cultures : éléments majeurs,
mais aussi oligo-éléments et en particulier ceux qui ne sont pas apportés par les
engrais minéraux.
Dans la plupart des situations en Haïti, les pertes de matière organique sont
importantes, en particulier sous culture annuelle et sur pe,nte. Il est possible de
limiter ces pertes grâce à une bonne gestion du couvert végétal et l’utilisation de
techniques anti-érosives.
L’épandage d’engrais minéraux peut assurer en partie l’alimentation minérale des
plantes, mais il ne permet pas d’ameliorer les propriétés des sols liées à la matière
organique, sauf dans le cas d’amendements calciques (chaulage) qui améliorent la
structure et élève le pH des sols acides.
Certaines techniques favorisent la minéralisation de la matière organique du sol
et contribuent ainsi à la diminution de son taux d’humus. L’augmentation de la
profondeur de travail du sol provoque une dilution de la matière organique dans
un plus grand volume de terre et, dans certains cas, active la minéralisation.
L’irrigation, le drainage, la fertilisation azotée ont aussi pour effet de créer des
conditions plus favorables à la .minéralisation. Ces techniques permettent une
A gauche : parcelle de manioc augmentation de production qui se traduit souvent par une augmentation des
paillée. restitutions (si les résidus de récolte ne sont pas exportés). Dans tous les cas,
A droite : enfouissement de l’emploi de nouvelles techniques modifient les termes des bilans humiques et il
résidus de cultures à Jacmel convient de s’assurer que les apports organiques sont suffisants pour maintenir un
(photos M. Bonnefoy). équilibre.

Nous distinguerons trois types d’apports de matières organiques :


l apports de matières organiques peu évoluées : pailles et autres résidus de culture,
l apports de matières organiques plus ou moins évoluées : fumiers et composts,
l enfouissement d’une jeune jachère, d’engrais vert ou autre couvert végétal.

351
LA MATIÈRE Si la paille reste à la surface du sol elle joue le rôle d’un paillage, si elle est enfouie,
ORGANIQUEPEU elle apporte de la matière organique fraîche au sol.
ÉVOLUÉE : Le paillage protège le sol de l’impact des gouttes de pluies. Il permet ainsi de limiter
PAILLES ET RÉSIDUS les pertes de terre et de matière organique par érosion. Il réduit les pertes en eau
DE.RÉCOLTES dues à l’évaporation au niveau du sol. Il limite également l’augmentation de
température du sol, ce qui freine la minéralisation de l’humus.
Enfin le paillage gêne la repousse des adventices. Il est d’autant plus efficace qu’il
Le paillage et
recouvre bien le sol, c’est le cas des pailles de graminées lorsqu’elles sont bien
l’effet ccrnulchjj réparties.
Globalement, cette technique a un effet positif sur les rendements des cultures.
Par contre, certaines études ont montré qu’elle n’avait pas d’effet sur les propriétés
chimiques du sol (teneurs éléments minéraux).
Des essais ont été menés en République Centrafricaine sur l’effet du paillage des
caféières où il permet, sur quinze ans, l’obtention des meilleurs rendements.
Le problème principal du paillage est sa<non-rentabilité>>. Il nécessite de nombreuses
journées de travail en récolte, transport et épandage des matériaux. En général,
le coût par rapport aux autres activités possibles est supérieur à l’augmentation
de rendement obtenu, En revanche, il peut être rentable pour des cultures à marge
brute élevée, cultivées sur des surfaces réduites telles certaines culturesmaraîchères
(tomate par exemple).
Le paillage peut aussi être réalisé avec des branches des arbres clôturant les
parcelles, ce qui résoud les problèmes de transport.

L’enfouissement La paille de céréales (riz, maïs, sorgho> a un rapport C/N élevé (180 à 150).
de la paille Lorsqu’elle est enfouie dans le sol, les micro-organismes utilisent pour la décomposer
l’azote minéral du sol. Il n’est plus disponible pour les plantes.
Ce phénomène n’a un effet négatif sur les cultures que si les quantités de paille
enfouies sont importantes (> 10 t/ha). Dans la réalité, les pailles à la récolte ne
représente que 2 à 5 t/ha et des effets dépressifs sur les rendementsont rarement
été observés.
Pour éviter cette «faim.d’azote», il sufI% d’apporter de l’engrais azoté au moment
de l’enfouissement. Les micro-organismes n’utiliseront alors pas tout l’azote du
sol.
D’après des essais longue durée réalisés en sols ferrallitiques (Madagascar, et Côte
d’ivoire), les enfouissements réguliers de pailles et résidus de récoltes ont des
effets positifs sur les rendements des cultures et les propriétés du sol :
l augmentation de la teneur en matière organique du sol,
l amélioration de la stabilité structurale et de la perméabilité,
l effets modestes mais positifs sur l’alimentation azotée des cultures,
l effets notables sur la richesse du sol en potassium,
l remontée du pH des sols acides.
.
Figure 184 : influence des
enfouissements de paille
(1Offhalan)et des fumures
azotées sur les rendémet+ du
maïs en sol ferrallitique
désaturé; Ampangabe,
Madagascar.

352 /
Figure 185 : influence des
enfouissements répétés de
paille (5ffhalan) et d’une
fumure azotée (Nl : 60 N sur
riz et 100 N sur maïs) sur les
rendements du riz pluvial et du
maïs en zone centrale de Côte
d’ivoire sur sol ferrallitique
gravillonnaire.

Utilisationdei . A Grison-Garde dans la plaine du Nord, la succession de culture la plus courante


résidusckrécbltes ,est la-suivante : ,manioc-maïs-vigna /jachère, pâturéé de 6-7 mois / riz pluvial.
:, Après la récolte du riz, épi par épi, les pailles sont pâturées par les animaux.
l ‘La preparation du sol pour la mise en place de l’association manioc-maïs-vigna
consiste en la fabrication de buttes de 60 cm de haut. Ce travail, réalisé à la houe,
permet l’enfouissement
.~ des résidus de la culture du riz et la création de conditions
favorables à la croissance des tubercules de manioc.
l Lors de la préparation des terres pour le riz pluvial, les paysans font rarement
un houage profond (10-E cm) mais plutôt un sarclage superficiel (3-5 cm). Les
résidus ligneux (tiges de manioc) les bouses et les herbes sèches sont alors mis en
tas et brûlés. Leur présence gênerait la levée du riz.
l Dans les zones’plus humides, le brûlis est impossible et les résidus de culture ou
dé jachère sont souvent mis en tas à composter. Dans les rizières irriguées, les
résidus sont mis sur les diguettes.

A gauche : dans les rizières


inondées, les résidus-de
cultures sont souvent mis en
tas (Ousur-lesdiguettes).
A droite : effet sur le riz de --
l’emplacement d’un ancien tas
de compost (Plaine du Nord)
(photos M. Bonnefoy).

MATIEREORGANIQUE Ces deux types d’apports organiques fournissent au sol de l’humus et des éléments
PLUSOU MOINS minéraux en quantité parfois importante.
ÉVOLUÉE: FUMIERS
ETCOMPOSTS-

Le fumier : Le fumier est un mélange de déjections animales et de résidus végétaux (litière).


[Link], Sa production nécessite que les animaux soient affouragés toujours au même
endroit et sous abri pour éviter le lessivage des éléments fertilisants. Le transport
des fourrages et des résidus végétaux pour la litière, l’abreuvement des animaux,
-_ la fabrication du fumier (compostage éventuel), son transport sur les parcelles et
etson enfouissementposentdenombreuxproblèmes. Tousces travauxnécessitent
des outils et beaucoup de travail. De plus, pour que les effets sur les rendements
des cultures soient importants, les doses doivent être élevées (20 à 30 tha). Or, le
nombre des animaux par exploitation en Haïti est très faible (1 ou 2 bovins et
quelques caprins). Les fourrages sont constitués essentiellement des résidus de
cultures et desjachères, le pâturage est donc plus intéressant pour les agriculteurs.

353
Les déjections animales lors du pâturage ont un effet positifreconnu sur la fertilité
du sol.
A Jacmel, la fabrication du fumier est liée à l’utilisation croissante de fourrages
cultivés et récoltés. Au contraire, dans les régions où l’alimentation du bétail est
assurée par le-parcours de zones non cultivées (rucks), les possibilités de fabrication
de fumier sont extrêmement limitées.
Les effets d’un apport de fumier sur le sol sont multiples :
l augmentation du taux de matière organique et des teneurs en azote et en bases
échangeables,
l amélioration durable de la macroporosité et de la stabilité structurale,
l élevation du pH et de la CEC dans les sols acides (ferrallitiques),
l diminution des teneurs en aluminium échangeable dans les sols ferrallitiques.
L’action .sur la richesse en éléments minéraux est surtout importante pour le
potassium, le magnésium et le calcium. Seule la teneur en phosphore n’est pas
améliorée, mais une part plus importante de cet élément se trouve sous forme
organique mieux utilisée par les cultures. Ceci est vrai autant pour les sols
ferrallitiques que les sols calcaires. Enfin, le fumier améliore l’ensemble des
propriétés du sol liées à la matière organique.

Figure 186 : composition de Colonnes :


différents fumiers. 1. Fumiers fermiers de France.
2. Poudrette de parc, région de Manjakandriana, Madagascar.
3. Idem, région d’Ambatolampy, Madagascar.
4. Poudrette de parc et fumier, région de Mahitsy, Madagascar.
5. Fumier fermier. Madagascar.

Teneursen %

N 68
P 3
K 8,4
Ca CV3
Mg 7,2

2,7 23
~ 1 093

Figure 187 : Richesse


Elément Teneur en matière sèche (%) Valeursextrêmes
minérale moyenne de fumiers
moyenne cv
prélevés dans les régions de
Tananarive, Mahitsy,
N 0,68 32,6
Ambohimandratrino et PA 0,26 37,l
Bevalala (Madagascar, 1958, 40 os9 42,8
1962, 1965). Ca0 0,12 61,9
*CV : coefficient de variation. Mg0 1,48 100,9

Enl’absence Les composts proviennent de la décomposition de divers produits végétaux,’ et


d’animaux: leurs teneurs en éléments minéraux sont extrêmement variables.
Les effets immédiats du compost sur les’cultures sont moins spectaculaires que
lescomposts ceux du fumier. De plus, il n’est intéressant qu’à des doses élevées (20 à 30 t/ha),
ce qui rend son utilisation difficile.
Dans les exploitations où il y a des animaux, la fabrication de fumier est toujours
plus intéressante. Dans les autres, le compost est un bon moyen de transformer de
la matière organique fraîche en matière organique humiliée plus facile à enfouir.
Il est rentable pour la fertilisation des cultures maraîchères, très rémunératrices

354
et cultivées sur des surfaces réduites. Une des contraintes principale à sa
fabrication dans de nombreuses régions est la nécessite de l’arroser en période
sèche (problème de disponibilité en eau).
Dans plusieurs régions d’Haïti, des paysans fabriquent du compost (semi-aérobie)
en mettant en tas (ou dans les canaux de contour) les résidus de cultures ou de
jachères. La concentration des matières organiques (sous les buttes par exemple)
plutôt que leur répartition sur l’ensemble de la parcelle accroissent leur effet.

Figure 188 : influence du


compost (10 t de M.S./ha/an)
et des doses d’azote sur les
rendements du maïs cultivé en
premier cycle (mars à juin) à
Gagnoa, Côte d’ivoire.
Fumure annuelle uniforme :
100 P,O,, 150 &O + 200 kglha de
dolomie (amendement calci-
magnésien). Apport de compost :
170 kg Nlhalan.

l Un transport pénible
DIFFICULTÉS
D’UTILISATION La majorité des agriculteurs ne dispose d’aucun moyen de transport ni de
manutention des matériaux (charettes, brouettes; fourches, pelles...). Les parcelles
sont souvent très éloignées des habitations et d’accès difficile. Les chemins,
lorsqu’ils existent sont étroits et mal entretenus. Les produits récoltés sur les
parcelles sont transportés par les membres de la famille sur la tête, ce qui est
pénible et demande beaucoup de temps. Seulement quelques exploitants, les plus
aisés, possèdent un âne ou un cheval.
Dans ces conditions l’intérêt du transport des matières organiques (fumiers,
composts, résidus végétaux...) d’une parcelle A l’autre est extrêmement limité,
d’autant plus que la disponibilité en travail est faible.
l Un enfouissement difficile
En général, les résidus de récolte sont utilisés comme fourrage pour les animaux,
ce qui réduit considérablement la masse végétale à enfouir, mais les refus sont les
parties les plus ligneuses qui se décomposent plus lentement. En revanche les
déjections animales se décomposent rapidement.
L’enfouissement est lune des principales contraintes concernant la fertilisation
organique. Que ce soit pour des pailles, des résidus de jachères, du fumier ou du
compost, il faut disposer d’une force de traction importante pour enfouir de
grandes quantités de matières organiques dans le sol. La culture attelée n’est
pratiquée que dans quelques régions et avec des animaux dont la force est limitée
(de petite taille et souvent mal soignés).
Loikqu’un réel travail du sol est réalisé (15 à 20 cm), à la houe ou à la charrue et
que les résidus végétaux sont peu importants-et peu ligneux, leur enfouissement
est possible. Les recrues herbacées des jachères courtes sont généralement
enfouies, notament lorsque l’agriculteur confectionne des buttes.
Lorsqu’ils sont ligneux et importants (manioc, sorgho, pois Congo), il est impossible
pour le paysan de les enfouir, ils sont donc brûlés. Dans les régions à faible
pluviomètrie, la décomposition des résidus ,de culture est très lente jusqu’à
l’arrivée des pluies. Pour semer le plus tôt ‘possible dès les premières pluies,
l’agriculteur doit brûler les résidus de cultures qui recouvrent ses parcelles. Le
travail du sol souvent très superficiel (quelques cm) ne permet aucun enfouissement I

LES JACHÈRES La jachère est l’état de la terre d’une parcelle entre la récolte d’une culture et le
ET LES ENGRAIS moment de la miseen place de la culture suivante. Elle se caractérise par sa durée,
les techniques culturales qui sont appliquées à la terre et les,rôles qu’elle remplit.
VERTS Les jachères sont des pratiques culturales indissociables de leur contexte : milieu
Les jachères naturel, autres techniques, environnement socio-économique.

355
l La durée des jachikes
En Haïti, les jachères sont le plus souvent «naturelles», c’est à dire que la
végétation qui s’y développe est spontanée.
Autrefois, les jachères étaient de longue durée (10 ans minimum) et séparaient
deux périodes de cultures n’excédant pas ‘3 ans.
La défriche était réalisée à la machette, sans travail du sol car la végétation était
essentiellement ligneuse etl’horizon de surface présentait une bonne structure
grâce a la richesse en matière organique. Actuellement en Haïti, les jachères
forestières ont pratiquement disparu sauf dans certaines petites régions reculées
dans les mornes.
La majorité des jachères pratiquées (lorsqu’elles existent) sont courtes, leur durée
varie de quelques mois à deux ou trois ans maximum. Les quantités de matière
organique stockée et d’éléments minéraux libérés lors du brûlis dépendent de la
masse végétale produite. Celle-ci est d’autant plus réduite que la jachère est courte
et le sol peu fertile.
On distingue plusieurs stades successifs dans l’installation de la végétation
spontanée d’une jachère :
l au premier stade, se développent des graminées à port rampant,
l au second stade, ce sont des graminées à port érigé, moyennement élevées et a
enracinement superficiel,
l le troisième stade correspond au développement de graminées élevées à
enracinement profond (herbe de Guinée, herbe à éléphant),
l par la suite.s’installe une vegétation arbustive.
Ce n’est qu’à partir du troisième stade que la jachère aunrôle efficace d’amélioration
de la structure du sol et produit une grande quantité de fourrage. Ce stade est
atteint d’autant plus rapidement que le sol est fertile.
Lorsque les jachères raccourcissent, la baisse de fertilité qui en résulte provoque
une modification de leur composition floristique. C’est ainsi que sur le plateau des
Rochelois (à Moneyron) la jachère est successivement passée, en moins de 50 ans,
d’une végétation où dominait l’herbe de Guinée (Punicum maximum) à une
végation à base de verveine (Stachytarpheta jamaïcensis) avant d’aboutir à des
gazons rampants de deb sî» (Axono$us compressus). Une telle Evolution a
d’importantes conséquences sur le système d’élevage : la production fourragère des
jachères décroit et l’herbe de Guinée doit être plantée pour nourrir le bétail. Le
surpâturage qui résulte de la réduction des surfaces en jachère accentue encore
cette évolution floristique.
Dans certaines situations, le niveau de fertilité de la parcelle est si bas que durant
la première année dejachère aucune végétation ne s’installe. Le sol n’est donc plus
du tout protégé des phénomènes d’érosion et se dégrade très rapidement.
Lorsque lesjachères sont très courtes(quelques mois), aucune végétation suffisante
n’a le temps de s’installer. Le pâturage d’animaux, auxquels on apporte
régulièrement du fourrage, fournit un apport rapide de matière organique et
d’éléments minéraux. Il y a alors transfert d’éléments fertilisants des parcelles où
sont prélevés les fourrages vers les jachères pâturées.

A gauche : bovin au piquet


dans une jachére en cours de
retournement
(photo D.‘Mermet).
A droite : défriche d’une
jachère par le feu
(photo G. de Laubier).

356
l Il a et6 montre au Sénégal qu’il fallait au minimum sept années de jachère pour
que des champs épuisés par des cultures successives de mil et d’arachide puissent
retrouver leur niveau de fertilité initiale.
l Les systemes de culture traditionnels itinérants (pratiqués dans différents
pays : voir figure 189) étaient basés sur l’alternance de périodes de culture ne
dépassant pas deux à trois ans et de jachères dont les durées permettaient la
reconstitution d’une forêt secondaire soit de huit a quinze ans ou plus. Cesjachères
avaient (ont) pour fonctions essentielles la reconstitution d’un stock important de
matière organique, la remontée d’éléments fertilisants des couches profondes et
l’accumulation d’éléments minéraux dans les parties aériennes de la végétation,
libérés lors du brûlis qui precède la mise en place des cultures. Tant que les
jachè[Link] assez longues la fertilité du milieu est préservée. Cependant, du
fait de la croissance dimographique dans les pays tropicaux, les jachères tendent
à se raccoucir et ne peuvent donc plus remplir les mêmes fonctions.

Figure 189.: Cotiparaison de


Système cullural Durée d’occupation Plantes secondaires
quelques systémes culturaux Plantes(s) principale(s) du terrain
traditionnels dans la zone
forestière intertropicale. 1. Igname Plantain taro maïs
Vanuatu (Mélanésie) 1 an
P= 1000à2000mm

2. Taro (pluvial)
Vanuatu (Mélanésie) 1 an
P > 2000 mm

3. Manioc
(Ethnie Witoto) 2ans
Est-Colombie (Amazonie)
P>3000,mm

4:Riz (pluvial) Plantain, arachide, igname,


(Ethnie Oubi) Ian canne à sucre, papayer,
Sud-Ouest ivoirien almier à huile, haricot;
P = 2000 mm

5. Manioc-Plantain Maïs, riz, patate douce,


avec arachide, macabo 2 ans haricot, légumes divers...
Sud Cameroun
P=1700à2500mm

l Etudier les jachères


Lesjachères ont été très peu étudiées en Haïti, pourtant leur étude est intéressante
a plusieurs titres, ne serait-ce que pour savoir comment1 les, remplacer. Les
questions qu’il faut se poser : ~
l quels rôles joue la jachère dans le système de culture ? ~
!;
l quel est l’intérêt pour le paysan de pratiquer la jachère ? ~
l par quelles techniques peut-il la remplacer ?
Au niveau agronomique, il s’agit d’abord de vérifier si, dans un milieu et un
système de culture donné, les rendements obtenus après une jachère sont supdrieurs.
Ensuite quelles sont les raisons de cette augmentation de rendement. Elles
peuvent être multiples car la jachère modifie toujours plusieurs facteurs : teneurs
en azote, en matière organique, état structural, infestation des adventices... De
plus, il existe des interactions entre ces facteurs.
Les étapes à suivre pour l’étude d’une jachère peuvent être les suivantes :
1. Caractériser l’évolution de l’état de la parcelle entre la récolte de la dernière
culture et la fin de la jachère. Il faut donc analyser les effets de la jachère sur

357
chaque caractéristique du milieu, sans privilégier ceux dont on pense qu’ils
affecteront le plus la culture suivante.
2. Caractériser l’évolution des états de la parcelle à long terme, c’est-a-dire aprés
plusieurs rotations dans lesquelles intervient la jachère. Certains effets de la
jachère ne sont pas décelables au bout d’un cycle, ils sont cumulatifs.
3. Porter un jugement sur les rôles réellement joués par ce type de jachère en le
comparant avec d’autres systèmes de culture. Analyser les conséquences de cette
pratique sur l’élaboration du rendement des cultures suivantes en tenant compte
du climat.
4. Enfin, mesurer le degré de reproductibilité du système de culture au sein de
l’exploitation face a un environnement socio-économique (la jachère joue souvent
un rôle important dans le système d’élevage).
En règle générale, on cherche à comparer des successions avec jachère et des
successions sans jachère, leurs effets sur la vie de l’exploitation, le coût des
productions et leurs impacts sur le milieu.
l Améliorer les jachères
L’implantation de certaines espèces dans les jachères permet d’accélérer la
régénération de la fertilité. De nombreuses expérimentations ont été réalisées en
Afrique sur l’utilisation d’espèces «amélioratrices» de jachères sur sols ferralli-
tiques. II a été notamment montré que les graminées de type herbe de Guinée ou
herbe à éléphant, amélioraient rapidement la structure du sol. Des légumineuses
peuvent y être associées pour que les résidus de jachères soient plus riches en
azote.
De telles jachères, pour être efficaces, doivent durer au minimum deux à quatre
ans selon la fertilité initiale du sol. La dernière année, les résidus de jachère
peuvent être brûlés pour fournir des éléments minéraux à la culture suivante.
Mais le brûlis ne doit en aucun cas avoirlieu tous les ans.
Résidus d’une culture de Du point de vue des restitutions organiques et minérales, la jachère herbacée n’est
manioc après récolte jamais équivalente à une jachère forestière. Cependant, elle permet une nette
(photo M. Bonnefoy). reconstitution de la fertilité des sols dégradés par des cultures continues.
La jachère peut aussi être rentabilisée ‘comme pâture. On y associe alors des
graminées améliorant la structure du sol et des plantes à haute valeur fourragère.
La vitesse d’installation de la végétation améliorée d’une jachère dépend de la
fertilité dumilieu. Si le sol est épuisé, le développement de cette végétation est très
lent et l’effet régénérateur de fertilité e’st retardé. Des fumures organiques ou
minérales appliquées sur les cultures précédentes profitent aussi aux espèces
végétales de la jachère et accélère le processus de régénération.
Il est possible, pour gagner du temps, de mettre en place les plantes de la jachère
avant la récolte de la dernière espèce de l’association. Les plantes arbustives
comme le manioc et le pois Congo, en fin,de cycle, laissent passer suffisamment de
lumière pour qu’une végétation d’adventices s’installe. Il s’agit de la remplacer par
des espèces amélioratrices et fourragères.
Pour intéresser les paysans, la jachère doit réunir plusieurs conditions. Il faut que
les espèces soientréellementutilisablespar~les animaux, qu’elles soient facilement
mises en place (disponibilité des semences et boutures) et faciles à remplaçer par
les cultures vivrières. La jachère améliorée demande un investissement en travail
important pour un surplus de production (animale ou végétale) qui arrive souvent
beaucoup plus tard et qui est difficile à évaluer.
Pour qu’il y est un réel intérêt économique à plus ou moins court terme, des
améliorations concernant l’élevage sont souvent nécessaires. Dans certaines zones
de la région de Jacmel, des paysans cultivent des fourrages (herbe de Guinée) et
parfois en vendent une partie. La vente du fourrage permet de rentabiliser
immédiatement une jachère améliorée.

358
Figure 190 : évolution
comparée d’une jachère
forestière et d’une jachère
herbacée en Cuvette Centrale
Congolaise .

Lesengraisverts Un engrais vert est une culture enfouie en vert avant maturité, quelques mois
après sa mise en place.
Le premier rôle d’un engrais vert est de couvrir rapidement le sol de manière à le
protéger contre la battance des pluies et l’érosion due au ruissellement. Les
conditions climatiques et de fertilité du sol nécessaires à la croissance de l’espèce
choisie doivent être réunies.
L’engrais vert mobilise des éléments mineraux qui sont ainsi protéges du lessivage.
Certaines espèces peuvent aussi avoir un effet positif sur la structure du sol.
Après enfouissement, les engrais verts se décomposent rapidement et libèrent
dans le sol des éléments minéraux qui sont facilement assimilables par les plantes
comme le phosphore. En revanche, ils ne produisent pratiquement pas d’humus.
Dans le cas des légumineuses, l’apport d’axote préalablement fixé peut être
important. L’apport de matière organique frafche à rapport C/N faible favorise la
mineralisation des résidus végétaux ligneux (pailles).
Pour que l’engrais vert soit efficace, il faut choisir des espèces à système racinaire
fasciculé profond et à croissance rapide ou des légumineuse,s fixatrices d’azote et
pratiquer des techniques culturales adaptées (fertilisation par exemple).
L’engrais vert ne procure aucun revenu, ni monétaire, ni en produits pour l’auto-
consommation. Mais il représente un coût important en argent, mais surtout en
travail. Dans les conditions économiques actuelles, cette technique n’est donc pas
rentable pour la majorité des paysans haïtiens.

Figure 191 : quantités


Production Quantité totale d’éléments minéraux
d’élements minéraux contenus
engrais vert restitués (kg/ha)
dans quelques engrais verts
Culture
pratiqués à Madagascar (MF :
matiére fraîche; MS : matière
(K) ”
sèche).
$iylosanthes gracilis 30 33 202 29 74l 164 103
Chlorisguyana 60 25 162 38 396 95 77
Brachiariaruziziensis 40 22 142 40 268 44 88
Soja fourrager 50 32 400 70 285 225 115
Melinis minutiflora 70 20 210 105 287 49 140
Pois fourrager 70 20 225 42 174 57 42
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&,.-i:-‘z’2.,..L
.s&er.~+x-‘.z
La plantationd’arbres Nous ne reviendrons pas ici sur le rôle des arbres dans la gestion de la fertilité
organique et minérale. Les paysans les connaissent parfaitement. L’association de
cultures vivrières et d’arbres placés est une pratique traditionnelle à améliorer et
a développer. On peut favoriser [Link] d’arbres en diffusant des espèces
productives (fruits, fourrages). Dans certaines régions la demande est très forte et
les besoins sont urgents.

359
La fertilisation
minérale

Rares sont les paysans qui utilisent des engrais minéraux en Haïti. L’alimentation
minérale des plantes dépend donc uniquement de l’offre naturelle du sol, des
apports de matière organique~et pour l’azote, de la présence de légumineuses dans
les associations.
La fertilisation minérale doit être considérée comme une technique complémentaire
aux techniques de gestion de la fertilité décrites .dans les pages précédentes. Le
recours aux engrais minéraux peuvent permettre d’obtenir des accroissements de
rendement importants mais leur efficacité est très variable et leur coût est élevé.
Il convient donc de les utiliser avec prudence.
Les principaux objectifs de la fertilisation minérale sont :
l corriger les carences minérales qui limitent la fertilité potentielle des sols,
l compléter «l’offre» minérale des sols pour satisfaire à la «demande» des cultures,
tout en maintenant un milieu équilibré,
l limiter les risques économiques encourus par les paysans qui emploient les
engrais minéraux. Pour cela, il est souvent nécessaire de proposer d’autres
améliorations techniques.

LES PRINCIPAUXTYPES D’ENGRAIS MINERAUX


Les engrais minéraux sont des substances qui apportent aux plantes, par
l’intermédiaire du sol, un ou plusieurs éléments minéraux, jugés en teneurs
insuffisantes dans le sol pour nourrir les cultures.
On caractérise un engrais par la nature du ou des éléments qu’il apporte et par sa
teneur en cet ou ces éléments. Il s’agit:
l pour l’azote, de la teneur en l’élément pur N,
l pour le phosphore, de la teneur en anhydride phosphorique PZ05,
l pour le potassium, de la teneur en oxyde anhydre de potassium &O (potasse),
l pour les autres éléments, de la teneur en Ca0 pour le calcium, en Mg0 pour le
magnésium, en S pour le soufre.
On parle souvent d’unités fertilisantes : un apport de 30 unités de phosphore à
l’hectare correspond en fait à un apport de 30 kg de P205 a l’hectare.
Sur les sacs d’engrais, les teneurs sont indiquées en pourcentage: par exemple, 100
kg d’engrais contenant 21% d’ N apporte 21 kg ou 21 unités d’azote.
On classe généralement les engrais d’après le nombre d’éléments fertilisants qu’ils
apportent :

l les engrais simples n’apportent qu’un seul des éléments majeurs N-P-K,
l les engrais composés en apportent 2 ou 3.
En plus des éléments N-P-K, les engrais simples ou composés apportent souvent
d’autres éléments : Ca, Mg, S, Na... et des oligo-bléments.

360
On classe aussi les engrais selon leur solubilité:
l Les engrais mitiéraux solubles se dissolvent dès leur leur épandage dans la
solution .du sol. Ils s’y dissocient en ions dont une partie se fixe sur le complexe
adsorbant. Ce sont:
. les engrais azotés nitriques, ammoniacaux et uréiques,
. les engrais phosphatés solubles (superphosphates, phosphates d’ammoniaque...),
. les engrais potassiques, surtout sous forme de chlorure et de nitrate,
. les engrais composés contenant les formes précédentes.
l Les engrais insolubles ou peu solubles qui ne se dissolvent que peu ou pas
dans l’eau. Ils sont attaqués progressivement par l’acidité du sol et surtout
l’activité enzymatique des micro-organismes et des racines. Les ions ainsi libérés
sont soit assimilés directement par les plantes, soit recombines sous des formes
temporaires, le plus souvent organiques, facilement utilisables au fur et à mesure
des besoins des végétaux. Ce sont:
. les phosphates naturels, les scories de déphosphoration, le phosphal,
: . les poudres de roches éruptives broyées, particulièrement riches en potasse,
. dans une certaine mesure les engrais potassiques sous forme de sulfate, un peu
moins soluble que les chlorures (sulfate de potasse, patentkali).
Lors du choix d’un engrais, on tient compte de sa richesse, de sa solubilité, des ions
accompagnateurs et de son prix (ramené au prix de l’unité fertilisante). En Haïti,
peu d’engrais sont disponibles et les choix souvent très limités.

LESENGRAISSIMPLES Ces engrais sont classés selon les éléments fertilisants majeurs qu’ils apportent.

Lesengraisazotés: l Les engrais azotés nitriques ont une action très rapide mais sont rapidement
tous solubles dans l’eau lessivables. Ils libèrent dans la solution du sol des ions NO,- non retenus par le
complexe adsorbant mais directement assimilables ‘par les plantes. Ils sont
appliqués en cours de culture, aumoment ou les plantes ont desbesoinsimportants.
Les principaux engrais nitriques sont:
. le nitrate de soude, qui contient 16 % d’azote, 25 % de sodium et des oligo-
éléments ‘(notamment du bore),
. le nitrate de chaux, qui contient 15 à 15,5 % d’azote et 25 % de chaux (CaO). Très
hygroscopique, il se conserve mal, mais convient en apports tardifs, sur sols secs
et en période sèche,
. le nitrate de chaux et de magnésie, qüi contient 13 à 15 % d’azote et 8 % de
magnésium. 11 convient aux sols carencés en magnésium.
l Les engrais azotés ammoniacaux libèrent dans le sol des ions NH,+, retenus
par le complexe adsorbant. Les ions NH,’ sont peu assimilables par les plantes
mais sont rapidement transformés en NO; lorsque les conditions sont favorables
à l’activité microbienne. Les principaux engrais ammoniacaux sont:
. le sulfate d’ammoniaque, qui contient 20 à 21% d’azote et 23 % de soufre. Il
laisse un résidu acide et convient donc aux sols à pH élevé. Sa richesse en soufre
le fait apprécier sur les cultures de cruciferes, de légumineuses et de pommes de
terre,
. l’urée contient 46 % d’azote, Elle est très concentrée, ce qui réduit les frais de
transport. Très soluble, elle convient aux fertilisations foliaires et aux irrigations
fertilisantes.
l Les engrais ammoniaco-nitriques présentent à la fois la rapidité d’action des
nitrates et la durée d’action de l’ammoniac:
. les ammonitrates sont constitués de nitrate d’ammoniaque fixé sur un support
de CaO. L’azote est pour moitié sous forme nitrique et pour moitié sous forme
ammoniacale,
. le nitrate d’ammoniaque contient 35 % d’azote mi-nitrique, mi-ammoniacal. 11
n’est pas utilisé pur mais sert à la fabrication, des engrais composés.

Les-engraisphosphatés: Ces engrais sont obtenus à partir de phosphates naturels que l’on traite par
classésselonleur broyage, par voie thermique, ou par voie chimique. Ces traitements thermiques et
chimiques ont pour but d’accroître la solubilité du phosphore.
solubilité
l Les engrais phosphatés solubles contiennent du phosphate monocalcique
soluble da,ns l’eau et fournissent directement les ions monovalents H,PO,-
assimilable par les plantes. Ils peuvent être utilisés en cours de culture de façon
localisée. On distingue:
. le superphosphate normal, qui contient 16 à 22 % de P,O,, 12 % de soufre et 28 %
de CaO,
. le superphosphate enrichi, qui contient 25 a 36 % de P,O,, 6 à 8 % de soufre et peu
de CaO,
. le superphosphate triple, qui apporte 44 à 48 % de P,O,.
l Les engrais hyposolubles sont insolubles dans l’eau, mais solubles dans
l’acide citrique ou le citrate d’ammonium. Ce sont:
. le phosphate bicalcique, qui contient 38 à 42 % d’acide phosphorique,
les scories de déphosphoration, qui contiennent 16 B 20 % de Pz05, 45 à 55 % de
CaOet2à5%deMgO,
. le phosphal, qui contient 34 % d’acide phosphorique.
l Les engrais phosphatés insolubles sont des phosphates naturels. Ils sont
insolubles dans l’eau et le citrate d’ammonium, et sont constitués de phosphates
tricalciques, lentement solubilisés par les acides faibles du sol. Pour être efficaces,
ils doivent être finement broyés et utilisés en sols acides. Leur action est lente et
de longue durée. Ils sont plus efficaces en sols et climats humides, et lorsque
l’activité biologique (racines et microbes) est intense. On obtient de bons résultats
en les incorporant à des matières organiques en fermentation (fumier, compost,
enfouissement avec des engrais verts ou des résidus de culture).
On notera en particulier que les phosphates naturels (peu solubles > sont a
proscrire en sols calcaires.

Lesengrais Ces engrais sont tous solubles dans l’eau. Ils fournissent des cations K+ retenus par
potassiques le complexe adsorbant, ce qui ne les empêche pas d’être lessivés lorsque les apports
sont importants et le complexe insuffisant.
Ils sont directement assimilables par les plantes qui ont tendance à en faire une
consommation de «luxe» lorsqu’elles les trouvent en grande quantité.
Ils proviennent tous du sel brut de potasse, la sylvinite, mélange de chlorure de
potassium et de chlorure de sodium.
Ils ne diffèrent entre [Link] par l’anion associé au cation K+ et par la présence
ou l’absence d’autre sels, On distingue donc :
l les engrais potassiques contenant du sodium, comme la sylvinite, qui sont à
éviter sur les sols battants riches en limons fins et argile,
l les engrais potassiques contenant duchlore, comme le chlorure de potassium,
qui convient à la majorité des sols et des cultures sauf au tabac et aux haricots,
l les engrais potassiques contenant du soufre, comme le sulfate de potasse et
le patentkali. Ils sont utilisés sur les cultures qui craignent le chlore ou qui ont
des exigences particulières en soufre (crucifères, légumineuses), ou lorsque l’on
recherche la qualité des produits.
La sylvinite contient 40 % de %O et 30 % de NaCl qui disperse l’argile.
Le chlorure de potassium contient 60 % de KO et 3 % de NaCl.
Le sulfate de potassium contient 50 #%de %O et 18 % de soufre.
Le patentkali est un mélange de sulfate; de potasse et de sulfate de magnésie, il
contient 28 % de %O, 18 % de soufre et 8 % de MgO.

LESENGRAIS Ces engrais apportent deux ou trois éléments fertilisants principaux N,P,K,
COMPOSÉS groupés :
l soitdansunmêmesel commelenitratedepotasseoulephosphated’ammoniaque
par exemple,
l soit [Link] plusieurs sels, tantôt Simplement mélangés, tantôt combinés
chimiquement.

362
Un engrais est appelé binaire lorsqu’il contient deux éléments et ternaire lorsqu’il
en contient trois.
On désigne les engrais composés par une formule de trois nombres, représentant
dans l’ordre N-P-K, la quantité de chacun de ces éléments contenus dans 100 kg
d’engrais.
Par exemple : I’engrais composé 20-10-20 cqntient :
l 20 % d’azote (q) soit 20 kg ou unités d’N pour 100 kg d’engrais,
l 10 % d’acide phosphorique (P,O,. soit 10 kg ou’ unités de PzO, pour 100 kg
d’engrais,
l 20 % de potasse (&O) soit 20 kg ou unités de &O pour 100 kg d’engrais.
Il existe une grande variété d’engrais composés. Les principaux engrais binaires
sont:
l les phosphates d’ammoniaque (N-P),
l le nitrate de potasse (N-K), qui apporte 13 % d’azote et 44 % de potasse. Cet
engrais est entièrement soluble dans l’eau et ne laisse aucun résidu acide (Cl-, SO,).
Il peut être apporté en couverture de manière fractionnée.
l les engrais phosphopotassiques (P-K), utilisés comme fumure de fond.
Les engrais composés ternaires sont souvent appelés engAis «complets». Mais’ce
terme est équivoque car pour être réellement complet un engrais devrait apporter
aussi du Ca, Mg, S et des oligo-éléments. Or, plus un engrais’composé est concentré
en N-P-K, moins il apporte d’autres éléments.
Certaines formules cherchent A apporter les trois éléments NLP-Kdans laproporlon
convenant le mieux aux exportations d’une culture donnée.
En Haïti, les engrais composés sont les plus utilisés. Cependant, le choix est
souvent limité A un très petit nombre d’engrais différents qui conviennent
seulement B quelques cultures. Si, en général, on connait la formule de ces engrais
en N-P-K, par contre, on connait très rarement leur compositi& précise, en
particulier les ions accompagnateurs.
Etant donn6 !a diversit6 des sols haïtiens et des systèmes de culture pratiqués, une
fertilisation minérale rigoureuse n6cessite l’utilisation d’une grande Vari@é
d’engrais minéraux. Les engrais complets sont pratiques à l’utilisation mais sqnt
souvent inadaptés aux cultures en place, en particulier aux associations ;de
cultures.

LES GRANDS PRINCIPESDE LA FERTILISATIONMINÉRALE


LA NOTION DE Lorsque l’on fait varier la concentration d’un élément minéral dans le sol, les
FACTEUR LIMITANT autres facteurs ne variant pas, et que l’on mesure le rendement de la culture, on
obtient une courbe de même allure que la courbe suivante.

Figure 192 :évolution du


rendement en fonction de la 1) Dans la premike partie de la courbe, une augmentationde la
concentratign du sol en un concentrationentraîneune augmentationde rendement L’élément
élément minéral. est consid& comme le facteur limitantle rendement
vendevrterfi 2) La courbe tend ensuite vers l’horizontale.L’augmentationde la
concentrationne permet plus d’accroîtrele rendement.L’BIément
n’est plus le facteur limitant. Un autre facteur de croissance est
limitant,ce peut étre un autre BIBmentfertilisantmaisaussiI’eau ou

3) Si on augmente encore la concentration en cet &ment, le


rendement dkroit. Cet efffet dbpressif peut Btre dû soit à une
it à un effet secondaire telle que la verse, ou un
e avec un autre klément.
prkntée ici a l’allure de celle que I’on obtiendrait en
@ : 0 augmentantla concentrationen [Link] le potassium ou le
m W’- phosphore, l’optimumcorrespondA une plage de concentrations
déficience $iVntWl efhZl beaucoupptus&endue. Parcontre,les oligos-élémentsdeviennent
dép& toxiques très brutalement.

363
Un facteur de croissance est dit «limitant, lorsque l’augmentation de sa quantité
disponible pourlesplantespermetune augmentation de croissance oude rendement.
Cette définition concerne tous les facteurs de croissance.
Un facteur est limitant soit parce qu’il se trouve en quantité insuffisante dans le
milieu, soit parce qu’une condition défavorable gêne son utilisation : la température,
l’état structural du sol, les conditions hydriques, le parasitisme... Ces conditions
sont parfois qualifiées elles aussi de «facteurs limitants». Dans la réalité, de faibles
rendements sont toujours dûs à plusieurs facteurs limitants.

LES INTERACTIONS 11y a interaction entre deux éléments fertilisants lorsque l’application simultanée
ENTRE ÉLÉMENTS~~ de doses de ces deux éléments a pour effet une augmentation de rendement
différente de la somme des augmentations de .rendement obtenues par des
FACTEURS applications séparées des mêmes doses de chacun des deux éléments. Une
interaction peut être positive ou négative.
Les résultats d’essais de fertilisation d’une culture de maïs sont les suivants :
l témoin sans engrais . . .. . .. . . .. . .. . . .. .. . . .. . . .. . .. . . 14 quintaux
l parcelle avec 100 unités de N : . . .. . .. . . .. . . .. 1.24 quintaux
(soit 10 qx de plus que le témoin)
l parcelle avec 100 unités de %O : . . .. . .. .. ..:. 19 quintaux
,r4 -:.: ::::.::‘::: .-. -:
Iv3 . .._. . . ._ ; ; (soit 5 qx de plus que le témoin)
Iv2 i :
: : l parcelle avec 100 N et 100 K : . .. . . .. . .. . . .. . .. . 32 quintaux
(soit 18 qx de plus que le témoin)
L’apport d’azote permet une augmentation de rendement de 10 qx. L’apport de
potasse permet une augmentation de rendement de 5 qx. L’effet cumulé des deux
1 2 3 4 5 6
dc dose: apports devrait être de 15 qx (10 + 5) alors qu’il est de 18 qx. L’interaction
tioombrc entre
dkn vmis, les deux éléments est positive, elle est responsable d’un accroissement de rendement
dpp?iquees de 3 ‘qx.
Tous les facteurs et conditions de croissance sont plus ou moins interdépendants.
Figure 193 : évolution du Par exemple, le choix d’une fumure azotée pour du riz pluvial doit s’accompagner
rendement en fonction des du choix d’une variété résistante à la verse (variété à pailles courtes).
doses d’engrais appliquées,
EFFICACITÉ ET «Lorsqu’on apporte au sol des doses ckoissantes d’un élément fertilisant,
RENTABILITÉ DE tous les autres facteurs restant égaux, les augmentations de rendement
obtenues sont de plus &II plus faibles au furet à mesure que les quantités
L’ENGRAIS apportées s’élèvent». L’engrais devient donc de moins en moins efficace.
C’est la loi des accroissements de rendement moins que proportionnels.
La courbe ci-contre exprime cette loi.
Au fur et à mesure que l’on augmente les doses d’engrais, on observe un accroissement
de rendement «dr» qui diminue :
drl > dr2 > dr3 > dr4.
Au-delà de la quatrième dose, le rendement plafonne, mais les prélèvements, de
l’élément par la culture peuvent augmenter. On dit alors qu’il y a consommation
de luxe.
Si on augmente encore les doses, le rendement va décroître plus ou moins
rapidement selon l’élément considéré, la culture et les conditions générales de
végétation.

Optimum économique La dose dr4 est la dose [Link] au-delà de laquelle l’engrais n’est plus efficace.
Mais c’est surtout la rentabilité de l’engrais qui importe pour l’agriculteur.
La dose d’engrais qui correspond à l’optimum économique est celle au-delà de
laquelle le gain dû au supplément de récolte est inférieur au coût dû a l’engrais
appliqué en plus.’
Cette dose optimale est toujours inférieure à la dose maximale d’efficacité. Elle
dépend de l’efficacité de l’engrais et du rapport : prix de l’unité d’engrais / prix de
l’unité du produit récolté.

364
LES LIMITES DE CES l Dans la pratique, il y a toujours plusieurs facteurs qui changent et les problèmes
sont plus compliqués.
PRINCIPES
L’efficacité des engrais minéraux varie pour une même culture selon les conditions
climatiques, le type de sol et les techniques culturales mises en oeuvre.

Figure 194 : effet d’une fumure Le rendement est dans certaines parcelles plus limit6 par la faible densité que par la disponibilité
minérale (80N-40P-40K) sur le minérale. Lorsque la densité est inférieure à 3 pieds au m2, l’engrais n’est pas rentable et le paysan
rendement du maïs en fonction perd de l’argent dans ce type de milieu.
de la densité.
(Observationsréalisées en
parcellespaysannes par
l’office de Développement du
Nord à Grison-Garde en Juin
1987).

1 2 3 4,
den& ek~piedsjm2

l En Haïti, la grande majorité des parcelles sont cultivées en association. Les


effets d’un apport d’éléments minéraux étant différents s6lon les espèces, l’effet
global sur l’association est diffkile à prévoir. Le facteur limitant peut être un
élément pour une des espèces d! l’association et un autre pour une autre espèce.
Ainsi, par exemple, un apport d’azote dont l’objectif est d’accroître le rendement du
maïspeut avoir un effet dépressif surlapatate douce qui y est associée. L’abondance
d’azote favorisera la croissance des organes aériens de la patate aux.dépens de la
production de tubercules.
l Les éléments fertilisants fournis par le- sol et les engrais n’ont pas la même
,efflcacité. Il est toujours préférable d’avoir un sol riche dans lequel les apports
d’engrais sont réduits. Les éléments minéraux apportés par les engrais ne sont pas
tous disponiblespour la plante. Une fois qu’ils sont dissous, ils peuvent enrichir la
solution, être prélevés par la plante, mais aussi être lessivé& fixés, réorganisés ou
rétrogradés (insolubilisés sous une autre forme). ~
I

l Ces principes ne tiennent pas compte non plus de la qualité des produits dont la
composition varie avec la fertilisation. Par exemple, la teneur en sucre de la canne
varie en fonction de la fertilisation. Le ch’oix des fumures à apporter doit en tenir
compte. Par son impact sur les qualités nutritives des produits viviers et des
fourrages, la fertilisation joue un rôle indirect sur la santé humaine et animale
mais ce rôle est très difficile à évaluer.
L’ensemble de ces principes et de leurs limites doit être pris en compte dans le choix
des .techniques de fertilisation minérale et organique @ais aussi des autres
techniques culturales.

PRATIQUEDE LA FERTILISATIONMINERALE
CALCULER LES L’objectif principal de la fertilisation minérale est de complèter «l’offre» minérale
QUANTITÉS des sols pour satisfaire les <<besoins>>des cultkes :
Fumure à apporter = besoins des cultures - offre du sol
D’ENGRAIS À
APPORTER Cette démarche se fait en plusieurs étapes :
l
1. déterminer un niveau de rendement à atteindre en fonction des références régio-
l

365
nales, des particularités de la parcelle, des techniques appliquées et des objectifs
de l’agriculteur,
2. en déduire les besoins de la culture aux différents stades et les restitutions par
les résidus de récolte,
3. estimer les quantités d’bléments minéraux qui seront fournies parle sol au cours
du cycle cultural,
4. déterminer à partir de ces données les doses d’engrais et leurs dates d’application.
Il s’agit, en fait, de réaliser un bilan minéral tel qu’il a été étudié précédemment.
Reprenons-en les principaux termes :
Bilan minéral = éléments contenus dans les résidus de récolte,
éléments contenus dans les autres matières organiques
apportées,
+ éléments passant d’une forme inassimilable a une forme
assimilable (libération, solubilisation),
azote fourni par les synthèses microbiennes.
prélèvements par les cultures,
pertes par lessivage (ou ruissellement),
éléments immobilisés sous formes inassimilables
(organiques ou minérales).
La méthode des bilans n’est pas applicable en Haïti actuellement par manque de
références sur la dynamique des éléments, particulièrement l’azote. Cependant, la
connaissance, même très approximative, de l’importance des différents termes de
ce bilan permet de mieux raisonner la fertilisation.
Dans la pratique, les doses et formes d’engrais sont déterminées surtout grâce aux
résultats d’expérimentation obtenus en stations ou parcelles paysannes. Dans
chaque région, il est nécessaire de constituer un référentiel à partir d’essais de
fertilisation sur différentes cultures ou associations, dans les différents types de
sol représentés. Il s’agit le plus souvent de comparer les effets de doses croissantes
d’éléments minéraux (sous différentes formes) sur les composantes du rendement
et, de mesurer les quantités d’éléments prélevés en fonction de la matière sèche
produite.
L’objectif est de déterminer les formules, les doses et les modes d’épandage les plus
intéressants pour l’agriculteur.
De tels essais permettent l’établissement de courbes de réponse des cultures aux
engrais. L’interprétation .de ces courbes, est très délicate car la réponse d’une
culture à un même engrais est très variable selon les conditions de milieu et les
systèmes de culture.
Une fertilisation «efficace» doit non seulement être adaptée aux besoins des
cultures, différents selon les espèces, mais elle doit ausssi être pratiquée de
manière à réduire au maximum les pertes. Pour cela, certaines techniques
particulières d’épandage doivent être respectées.

LA FERTILISATION L’azote minérale du sol provient essentiellement de la minéralisation des matières


AZOTÉE organiques et de I’humus sous l’action des micro-organismes. C’est le cas aussi du
soufre dont la fertilisation se raisonne de la même façon.
A l’arrivée des premières pluies, il y a en général libérations d’une quantité
importante d’azote. Ensuite, la minéralisation se poursuit plus lentement en
fonction du rythme des pluies. Dans un sol riche en matière organique, l’azote ainsi
libéré permet une alimentation régulière des cultures. Cependant, des apports
complémentaires aux périodes de besoins intenses peuvent permettre d’obtenir de
meilleurs rendements. De même, un apport en début de culture est utile, surtout
lorsque des matières organiques riches en carbone (C/N élevé) ont été enfouies.
Au total, l’azote du sol se trouve essentiellement sous forme organique, une faible
part est sous forme minérale.

366
Lors de la réalisation d’essais, la mesure du poids de matière sèche produite et de
sa teneur en azote permet de connaitre les quantités d’azote prélevées par la
culture sans apport et donc d’estimer la fourniture du sol en cet élément (si aucun
autre facteur n’est limitant).
Un apport excessif d’azote peut avokty des effets néfastes sur les cultures :
l verse des céréales,

l sensibilité accrue des plantes aux maladies et parasites,’


l développement des tiges et feuilles aux dépens des organes de récolte (tubercules),
l moindre qualité de certains produits. l
l
L’engraisazotéest Se trouvant dans le sol essentiellement sous forme nitrique (NO,-), l’azote minéral
facilementlessivé est très peu retenu par le complexe adsorbant. Il est donc facilement entraîné par
les eaux de drainage en profondeur. Ce lessivage est d’autant plus rapide que les
pluies sont importantes et le sol filtrant.
Deux techniques de fertilisation permettent de,limiter ces pertes : le fractionnement
des apports et la localisation de l’engrais azoté.
l Le fractionnement des apports consiste à apporter aux cultures des petites
doses d’engrais espacées dans le temps. On choisira les périodes de forte demande
des cultures. Par exemple. pour le riz : le début du tallage et le début de la montai-
son. Si on apporte une trop grande ‘quantité d’azote, une forte proportion sera
perdue pour les plantes’à cause du lessivage.
l La localisation de l’engrais consiste à le disposer aupr&,s de chaque plante de
manière à ce qu’il enrichisse uniquement le volume de terre occupée. par les
racines.
Cette technique est utile uniquement lorsque les racines des plantes ne colonisent
pas le sol sur l’ensemble de la parcelle :
l cultures à faibles densités en début de cycle (manioc), ~
l cultures sur buttes ou billon,
l association d’espèces aux besoins différents.

Les pertessous forme Ces pertes correspondent à deux processus : la denitrification et la volatilisation.
gazeuse l Les pertes par dénitrifkation sont généralement considérées comme de faible
importance, mais elles peuvent atteindre 30 à 40 % de l’azote minéral du sol dans
certaines conditions : forte acidité et assèchement du sol, hydromorphie (rizières).
l Les pertes par volatilisation sont importantes dans le cas d’apports d’engrais
azotés a la surface du sol. Elles peuvent atteindre 30 à 50 % de l’azote appliquée.
Pour les éviter, il suffrt d’incorporer les engrais sous quelques’centimètres de terre.

L’engraisazotéet Les légumineuses utilisent l’azote atmospherique fixé par un micro-organisme (le
les légumineuses Rhizobium). Elles ne nécessitent donc qu’une faible fourniture du sol. Cependant,
une petite fumure azotée est souvent bénéfique, ne serait-ce ~que pour favoriser le
développement racinaire en début de cycle, et donc le nombre de sites sur lesquels
le Rhizobium va pouvoir s’installer.
Par contre un apport excessif non seulement ne permet pas d’obtenir de meilleurs
rendements, mais peut avoir des effets dépressifs (chute du’rendement).
L’intérêt des légumineuses est aussi de fournir à la culture suivante l’azote
organique contenu dans les résidus de récolte (racines et éventuellement partie
aérienne). La quantité d’azote peut être importante et il convient d’en tenir compte
dàns le choix de la fumure suivante.
Dans les associations, les légumineuses permettent une plus grande disponibilité
de l’azote minéral du sol pour les autres espèces.
La quantité d’azote fixée par les légumineuses dépend des conditions de milieu
dans lequel elles poussent. Lorsque les conditions sont défavorables, la fixation est
réduite et les plantes puisent alors dans le sol l’azote dont elles ont besoin.
L’amélioration de la fixation de l’azote peut être réalisée par :

367
* l’inoculation des sols et des semences avec des souches de rhizobium adaptées
aux cultures,
l le choix de variétés fixant de grandes quantités d’azote,
l la lutte contre les stress hydriques,
l le choix de pratiques culturales favorisant la fixation :
- chaulage des sols acides,
- apports de matières organiques (fumiers),
- travail du sol favorisant l’enracinement et l’aération.

Engraisnitriqueset Nous verrons plus loin que les engrais du commerce peuvent apporter l’engrais
ammoniacaux sous deux formes :
l soit sous forme de nitrates NO;,
l soit sous forme d’ammoniaque NH,+.
Nous savons que les plantes absorbent ,surtout l’azote nitrique NO,-. L’azote
apporté par les nitrates est donc immédiatement disponible pour les cultures. En
revanche, il est facilement lessivé dans le sol. L’azote ammoniacal, lui, doit d’abord
être oxydé en nitrite, puis en nitrate par les micro-organismes du sol avant d’être
absorbable par les plantes. Les engrais ammoniacaux présentent donc un effet
retard. L’azote ammoniacal étant partiellement adsorbé sur le complexe argilo-
humique, il est beaucoup moins lessivé par les pluies que l’azote nitrique. Il est
cependant acidifiant, car les ions NH,’ chassent une partie des ions Ca&+ et Mg++
du complexe absorbant, ce qui favorise leur lessivage.
De plus, l’apport dans le sol d’ions NH,+ (amoniacaux), retenus par le complexe
adsorbant, provoque le lessivage des ions Ca++ et Mg++ et donc l’acidification du sol.
On dit que les engrais amoniacaux sont acidifiants.

PHOSPHORE ET Contrairement à l’azote, le phosphore et le potassium sont stockés dans le sol en


POTASSIUM: UNE grande partie sous forme minérale.
Une partie des réserves du sol est rapidement disponible pour les plantes : ce sont
À
FERTILISATION les ions PO;- et K+ soit en solution, soit fixés sur les sites externes du complexe
ADAPTER AUXSOLS adsorbant.
ETAUXPLANTES L’autre partie de ces éléments qui est la plus importante se trouve sous forme
(Voir chapitre 3 : la dynamique
inassimilable par les plantes (ou difficilement) : ions fixés sur les sites internesdu
des éléments nutritifs). complexe adsorbant ou rétrogradés sous formes insolubles.

Principesgénéraux En règle générale, les cultures s’alimentent en P et K beaucoup plus en puisant


dans les réserves assimilables du sol qu’en utilisant les engrais récemment
épandus.
De ce fait, les engrais phospho-potassiques n’ont pas pour objectif d’alimenter
directement les plantes, mais de reconstituer les réserves entamées par’ les
exportations de cultures.
Les réserves du sol en éléments minéraux assimilables doivent donc être suffisantes
pour couvrir les besoins de la culture exigeante de larotation. Le niveau souhaitable
de ces réserves sera particulièrement élevé pour les cultures maraîchères qui
prélèvent de grandes quantités d’éléments.
Selon l’état des réserves du sol, on distingue deux types de fumure.
l Les fumures d’entretien
Lorsqu’un sol est suffisamment pourvu en P et K pour satisfaire les besoins des
cultures, la fumure consiste à compenser les pertes dûes aux exportations, au
lessivage (surtout pour K) et aux fixations irréversibles (surtout pour P). Les
engrais minéraux complétent ainsi les apports organiques.
Les pertes par lessivage et les rétrogradations sont très difficiles à évaluer. Il est
conseillé de ne pas majorer de plus de 1O’à 20 % les apports destinés à couvrir les
exportations. Mais il est surtout préférable de limiter au maximum ces pertes par
des modes d’épandage adaptés (frationnement et localisation) et par des apports
organiques.
La matière organique stocke les éléments qui ne sont alors plus soumis ni au
lessivage, ni à la rétrogradation.

368
Dans les sols pauvres en argile, la matière organique augmente la CEC donc la
capacité du ‘sol à retenir le potassium. Dans les sols calcaires, elle freine les
phénomènes d’insolubilisation du phosphore.
l Les fumures d’enrichissement
Elles concernent les sol.~ insuffkamment pourvus et consistent a les enrichir de
manière a ce que leurs réserves assimilables atteignent un niveau «optimal».
Dans la pratique, cela revient à apporter régulièrement des doses d’engrais
légèrement supérieüres aux exportations par les cultures. Mais ce surplus ne doit
pas dépasser 50 % de la dose normale. La difficulté est de connaître le niveau
optimal de richesse du sol à atteindre. L’analyse de sol est un outil de diagnostic
intéressant mais elle doit être complétée par des expérimentations. Le niveau de
richesse souhaitable en potassium est fonction’de sa CEC, donc de sa teneur en
argile et en matière organique. Dans des sols à ‘faible CEC, l’engrais potassique non
utilisé par les plantes est rapidement lessivé. La teneur souhaitable en phosphore
~dépend du pouvoir fixateur du sol, élevé en sols ferrallitiques et en sols calcaires.
Des apports de potassium en’ trop grande quantité peuvent se traduire par des
consommations de luxe.

Périodeset modes Les périodes et modes d’épandage dépendent surtout ,des types de sol, caractérisés
d’épandage par leurs capacités à fixer en quantités variables et plus ou moins fortement les
éléments minéraux.
Seuls des essais de fertilisation longue durée complétés par des analyses de sols
régulières permettent d’évaluer l’effet à moyen et long terme de la fertilisation
minérale sur la fertilité des sols. De tels essais, pourraient être mis en place sur les
principaux types de sols haïtiens soumis a divers Systèmes~ de culture.
l Phosphore
. Dans les sols pauvres en phosphore, pour que’l’engrais soit utilisé par les cultures
il doit être très soluble et localisé près des racines. En même temps, un engrais peu
soluble peut être appliqué de manière à enrichir le sol (sols non calcaires
uniquement).
. Lorsque le sol a un fort pouvoir fixateur (sols ferralitiques ou sols calcaires), les
fumures doivent être appliquées le plus tard possible, localisées près-des racines
et sous forme rapidement soluble.
En sols ferrallitiques, on peut apporter des formes moins solubles (tricalcique) qui
enrichissent le milieu en P mais aussi en calcium.
. Rappelons que, dans les sols calcaires, les apports organiques permettent une
meilleure utilisation des réserves et freinent la rétrogradation. Il a été montré lors
d’expérimentations que les plantes étaient capables d’utiliser des phosphates
primitivement précipités.
. Dans. les sols bien pourvus et à faible pouvoir fixateur, les périodes et modes
d’épandage importent peu.
l Potassium
Les exportations de potassium par les cultures sont très variables. Elles sont
souvent supérieures’ à celles de P20, et sont importantes pour les plantes ,à
tubercules et les plantes maraîchères.
. Un apport massif de potasse est toujours à éviter. Il risque de conduire à une
consommation de luxe inutile, de nuireàl’alimentation magnésienne (antagonisme)
et d’exagérer les apports de chlore (chlorure de potassium).
. Dans les sols à faible CEC, le potassium ne peut être retenu. Il doit donc &re
apporté de manière fractionnée : en petites doses successives aux périodes de
besoins intenses des cultures et éventuellement localisé près des racines.
Dans les sols faiblement pourvus et à forte CEC, une fumure d’enrichissement
peut être conseillée sous forme de petits apports réguliers. Le fumier apporte de
grandes quantités de potasse ainsi que les cendres de cuisines.

369
Fractionnement de l’engrais potassique :

A Madagascar, sur un sol ferralitique, un apport de 90 kg/[Link] &O a permis


d’obtenir :
l 3709 kg/ha de grains de maïs lorsque l’engrais était épandu au semis,
l 4134 kg(ha lorsque l’engrais etait Bpandu en 2 fois,
l 4630 kg/ha lorsque l’engrais était épandu en 3 fois.

LES AUTRES Une fertilisation équilibrée doit permettre une alimentation correcte des cultures
ÉLÉMENTS en tous les éléments.
Lorsque la fertilisation est essentiellement organique, tous les éléments minéraux
sont apportes en même temps. Si une carence apparait, elle est surtout due à la
nature du sol, plus ou moins accentuée par le système de culture en place (selon
l’importance et la nature des exportations.). Cependant les apports organiques
peuvent être insuffisants pour couvrir toutes les pertes minérales.
Lorsque la fertilisation utilise en abondance des engrais chimiques, elle peut
provoquer des déséquilibres et induire des carences. En effet, les engrais minéraux
apportent essentiellement les éléments N,P et K. Les accroissements de rendement
qu’ils permettent ont pour conséquence une augmentation des exportations #de
tous les éléments et donc l’appauvrissement du sol en éléments <<secondairesn et
oligo-éléments (ceux qui ne sont pas apportés par les engrais).

Le calciumet En règle générale, le problème du calcium en tant qu’aliment pour la plante ne se


le chaulage pose pas. Les sols en sont suffisamment pourvus pour satisfaire les besoins des
cultures. Cependant, dans les sols cultivés non-calcaires, les pertes en calcium par
le lessivage et les exportations des cultures peuvent conduire à une acidification :
le pH diminue.
Une diminution de pH (pHc6) a des effets néfastes sur les proprietés chimiques,
physiques et biologiques du sol. En Haïti, ce problème se rencontre essentiellement
dans les sols ferralitiques.
Le calcium est apporté par lesamendementsculciques (chaux ou calcaire). Lorsque
l’on incorpore des amendements calciques au sol, on réalise un chaulage.
Le chaulage a pour objectif de relever le pH des sols trop acides en saturant la CEC
avec des ions Ca++, ce qui a pour effet :
l d’améliorer la structure des sols riches en éléments fins, facilitant ainsi la
circulation des fluides et des racines,
l de favoriser l’humification des matières organiques et la vie biologique du sol,
l de rendre certains éléments minéraux plus facilement assimilables,
l de favoriser la fixation des cations et du phosphore sur le complexe adsorbant.
Le calcium est apporte aussi en grande quantite par l’épandage d’engrais phosphatés
(phophates naturels ou tricalciques en particulier).

Une étude réalisée sur un sol ferralitique désaturé originaire de Madagascar et sur
* Les andosols sont des sols deux andosols* de la Réunion a montré que des apports de chaux ou de dolomie
VolcaniquestrPsp~.~~ (roche calcaire) avaient pour effet une nette augmentation du pH et de la CEC, et
sont parfois,
Réunion, pauvres en Ca et
que cela se traduisait par une forte rédùction des pertes par lessivage des ucations-
acides. engrais». Suite aux amendements calciques, 30 a 50 % des cations apportés
restaient fixés sur le complexe adsorbant alors qu’en l’absence de ceux-ci jusqu’à
90 % des cations étaient lessivés.
Les phosphates naturels tricalciques ont par contre eu des effets beaucoup plus
limités de ce point de vue.

370
Le magnésium Le magnésium se trouve généralement en quantité suffisante dans le sol pour
satisfaire lesbesoins des cultures. De plus cet élémentestmobile, ce qui facilite son
prélèvement par les plantes. Cependant, certains facteurs peuvent gêner
l’alimentation des cultures en magnésium :
l les fortes fertilisations potassiques diminuent l’absorptiqn du magnesium par
les plantes et favorisent son lessivage; il y a antagonisme entre ces deux Bléments.
Ce phénomène est à l’origine de carences dans les sols pauvres en magnésium,
l dans les sols calcaires, la richesse élevée en calcium peut être a l’origine de
déficiences en magnésium (&/Mg > 8). Des déficiences ont été observées dans
certains sols du périmètre irrigué de St-Raphaël (nord du Plateau Central). De
plus, une déficience en magnésium limite l’absorption du: phosphore déjà peu
‘assimilable dans ces sols,
l l’acidité est défavorable à 1’ alimentation en magnésium, ~
l l’excès d’eau limite l’absorption du magnésium par les plantes.
Dans les sols où les risques de déficience en magnésium sont élevés, des apports
doivent être réalisés, surtout si l’on pratique régulièrement la fertilisation
potassique. Dans les sols acides, le magnésium est apporté en même temps que le
calcium lorsqu’on applique des amendements calci-magnésiens (dolomie).

Lesoufre La majeure partie du soufre du sol se trouve sous forme organique, non directement
utilisable par les végétaux. Il est libéré lors de la minéralisation de la matière
organique par les micro-organismes. La teneur en soufre total du sol n’indique
donc pas son aptitude à satisfaire les besoins des cultures.
Le taux de minéralisation du soufre est beaucoup plus important que celui de
l’azote. L’ion sulfate est encore plus mobile que l’ion nitrate, il est donc très
facilement lessivable.
Le soufre est apporté au sol par les matières organiques, les eaux d’irrigation, les
eaux de pluies. Les plantes absorbent aussi directement le SO2 de l’atmosphère .
Dans les systèmes de culture intensifiés, avec utilisation d’engrais minéraux, le
bilan en soufre peut devenir rapidement déficitaire. Pour y remédier, on utilise des
engrais (NPIQ dont l’ion accompagnateur est le soufre (sulfate de potasse, sulfate
d’ammonium).
Les légumineuses, les crucifères (choux) et certaines espèces maraîchères (poireau,
oignon,pomme-de-terre) sont très exigeantes en soufre.
l
Lesoligo-éléments Les oligo-éléments peuvent devenir toxiques très rapidement. Des apports ne sont
nécessaires que dans le cas d’un diagnostic de déficience ou de carence confirmée
par des analyses de sols et de plantes. Ils doivent être réalisés avec une extrême
prudence.
Pour assurer une alimentation correcte des cultures en oligo-éléments, il faut :
l favoriser l’activité biologique du sol par des, apports organiques et une bonne
gestion du couvert végétal,
l utiliser des engrais peu concentrés mais riches en oligo-éléments,
l éviter des apports importants d’engrais solubles qui peuvent créer des antago-
nismes : fractionner le plus possible les apports d’engrais minéraux en doses
modérées.

EFFICACITÉ
DES L’efficacité des engrais dépend de l’ensemble des conditions et facteurs de croissance.
l ENGRAISMINÉRAUX L’alimentation minérale de la plante est fonction de la richesse du sol mais aussi
de l’enracinement (densité et profondeur) et de l’humidité (mobilité des ions).
Danslessystèmesdeculturehaïtiens,Yengraisestparfoispe~efficacecard’autre’s
facteurs limitent les rendements : faibles densités, compétition des adventices,
maladies, parasites, déficit hydrique. Cela explique pourquoi, dans certaines
situations, l’application d’engrais n’est pas rentable pour le #paysan.
Dans les sols bien pourvus en P et K il est normal que la fertilisation phospho-
potassique ait peu d’effet sur les rendements mais cela ne signifie pas pour autant
qu’elle est inutile. Elle sert à équilibrer les bilans minéraux lorsque les restitutions
et autres apports organiques sont insuffisants pour compenser les exportations
par les cultures.
L’eff?icacité des engrais dépend aussi de la nature du sol. Les sols riches en humus
et en argile se prêtent généralement bien à la fertilisation chimique, les sols bruns
calciques, les alluvions, les vertisols et les sols fersiallitiques ne doivent pas poser
de problème contrairement aux sols ferralitiques (risques de lessivage et d
acidification) et aux sols riches en calcaire fin (antagonismes et blocage de certains
éléments).
En région sèche les risques de déficit hydrique rendent l’efficacité des engrais très
aléatoire et limitent leur intérêt pour les paysans. D’où l’intérêt particulier de
raisonner les apports en fonction des besoins.

Fertilisation du maïs sur rendzine à Morne-à-Brûler (Jacmel)

Dans ces sols peu épais, filtrants et riches en calcaire actif, on peut observer des
signes de carence en K, P, N, et Mg.
Les quantités de fumier qu’apportent les paysans ( 10 à 12 Uha), permettent de
couvrir totalement les besoins d’une culture de maïs en K et partiellement en N.
Lors d’essais de différents types de fertilisation,‘les meilleurs rendements ont été
obtenus avec les techniques suivantes:
l épandage de fumier exactement comme le font les paysans,
* apport de superphosphate au semis et’localisé à chaque poquet (l’engrais est
placé à un pouce des graines de manière à éviter toute brûlure),
l de l’urée ou du sulfate d’ammonium est épandu sur la ligne, autour des poquets
ou à lavolée, lorsque les jeunes plantes ont atteint la hauteur du genou. Cet apport
est souvent réalisé en même temps que le sarclage.
Ces techniques ont permis de faire passer les rendements de 15 qx/ha jusqu’à 50
qx/ha dans le meilleur des cas.

FERTILISATIONMINERALE DES CULTURESASSOCIEES


Plusieurs études ont montré que les systèmes de cultures associées exploitaient
généralement de façon plus efficace les milieux peu fertiles. Mais la question est
de savoir s’ils utilisent aussi effkacement les engrais minéraux.
Les connaissances sur la fertilisation minérale des cultures associées sont encore
très rudimentaires car presque tous les essais d’engrais ont été réalisés en culture
pure. Cependant, les paysans qui ont accès aux engrais minéraux les utilisent
souvent sur les associations de cultures. 11 est donc nécessaire de procéder à des
expérimentations, non seulement pour déterminer les types et doses d’engrais les
plus adéquats, mais aussi pour repenser les associations de cultures en fonction de
la croissance et du développement de chacune des espèces cultivées avec engrais.
Il faut alors tenir compte du fait que les modèles de croissance changent quand il
s’ agit de cultures associées (compétition entre les différentes espèces).

EFFETS DES ENGRAIS Le problème principal pour l’emploi des engrais est que les espèces d’une association
ont des besoins nutritifs différents et que la période de besoin maximal d’une
SUR LES CULTURES espèce ne coïncide pas nécessairement avec celles des autres. De ce fait, les engrais
ASSOCIÉES minéraux sont parfois peu efficaces sur certaines associations. L’application
d’azote sur des associations céréales/légumineuses, par exemple, a une efficacité
réduite car elle nuit à la fixation symbiotique parles légumineuses. De même dans
l’association maïs/patate, l’azote réduit les rendements en tubercules de la patate.

372
A gauche : cultures Sur une association maïs/manioc, le phosphore aura une faible efficacité carile
associées : riz, maïs, bananier. manioc y réagit à peine. Il faut donc apporter les engrais de: telle manière que les
A droite : association besoins d’une espèce soient satisfaits sans réduire le rendement de l’autre espèce
complexe de bananier, taros, ou sans gaspiller l’engrais en l’appliquant sur une culture qui n’y réagit pas.
patate douce, igname, riz
L’engrais peut avoir pour effet d’accroître la dominante d’une espèce jusqu’à
(photos M. Bonnefoy).
presque supprimer l’autre espèce. Par exemple, I’apport dazote sur une association
maïs/arachide favorise le maïs dans la compétition pour la lumière, puis pour les
autres facteurs. Dans certains cas, les relations de dominance peuvent s’inverser.
Généralement, les variétés locales sont adaptées aux milieux ‘peu fertiles ‘et
répondent mal aux engrais. Il est donc souvent nécessaire d’introduire des
variétés améliorées en même temps que la fertilisation, minérale. Mais ces
nouvelles variétés ont des modèles de croissance et de développement différents
qui vont modifier le fonctionnement global de l’association. Les densités, les
espacements et éventuellement les dates de semis devront alors être adaptés à ces
nouvelles situations de manière à limiter la concurrence. C’est un des rôles de
I’expérimentation.
Enfin, les engrais n’ont pas d’effets seulement sur les cultures en place, mais aussi
sur les cultures suivantes. En conséquence, la comparaison’de la fertilisation des
cultures pures ou en association doit se faire sur des rotations complètes.

MODES D’ÉPANDAGE Pour que les engrais minéraux aient une efficacité maximale, les techniques
d’apport doivent être adaptées à chaque type d’association et au milieu. Les dates
et la localisation des apports doivent être choisis de manière à ce que les éléments
nutritifs soient disponibles au moment où les besoins sont les plus élevés.
Une possibilité consiste à enfouir une fumure de base P/K, avant la plantation et
à appliquer l’azote localement en fonction des différentes espèces. Mais cela n’est
possible que dans les sols où il n’y a pas de risque de lessivage de la potasse ou de
fixation irréversible du phosphore.
La disposition des cultures en bandes alternées facilite beaucoup l’épandage
localisé, mais de telles modifications dans les itinéraires techniques peuvent nuire
à certains intérêts de l’association traditionnelle. Une bonne connaissance des
systèmes de cultures pratiqués est un préalable indispensable à toute proposition
technique. Lorsque les cultures sont en mélange, il est possible de localiser les
apports au niveau de chaque poquet, ce qui demande beaucoup de travail.
Cependant,la technique de localisation des engrais a une limite. Elle n’est plus
efficace lorsque les systèmes racinaires sont en concurrence’car I’engrais apporté
localement sur une culture peut être alors prélevé par Yautre.

Les doses moyennes d’engrais recommandées pour les associations de cultures


céréales/légumineuses, en Afrique de l’Ouest sont : 30 à 40 kg de P,O,, 20 à 30 kg
de KzO et 30 à 40 kg d’azote comme fumure de départ;#les céréales reçoivent en plus
une fumure de couverture complémentaire de 30 à 40 kg d’azote (urée) environ 6

373
semaines après le semis. Cet apport d’azote @proximité de la céréale n’affecte pas
le rendement de la légumineuse.

Enfin, l’efficacité des engrais doit être ‘mesurée en termes économiques. Elle
dépend alors des rapports de prix des différentes cultures. Les cuhures maraîchères
sont souvent plus lucratives, c’est pourquoi les paysans les fertilisent en, priorité.
Pour comparer la rentabilité des engrais dans différentesiassociations, il suffrt de
comparer les augmentations de recettes par rapport aux coûts supplemenfaire,s.

RESULTATSD’EXPERIMENTATIONSEN tiAïi
FERTILISATION DU Dans ces sols, la fertilité est limitante tout au long du cycle de la culture. Deux
HARICOT DANS LES expérimentations, menées en juillet 1976 et juillet 1977, ont permis de comparer
les effets sur les rendements de haricot d’apports de cendres, de fumier et d’engrais
SOLS minéraux.
FERRALLITIQUES
DUPLATEAUDES
ROCHELOIS.
Figure 195 : effets de l’apport
de divers éléments fertilisants I Rendement grains secs en qulntautihectare
sur le rendement en grains du
haricot (Salagnac, juillet 1976
et juillet 1977)

Cendres (4,2 tonneslha) :


30 P, 260 K, 70 Mg, w 83
1200 Ca t oligo-élémenis
,:.:+:.:.:.:.:.:.:.:.:.:.:;:~::,::::::;~;~.~
.::::::.:::::::::::::::::::::::::::.:,:~:::~:~
...~....:.:.:,:.:.:.:,:
<,.,<,.,:,:,:,,,,,,
Cendres (idem) t fumier 13,4 :.:I::::.:.:.:.:.:,:.:.:.:.:,:.:,:.:.:
,.,,.,.,
:::::.:,:,:.:.:.:,:.:.:.:~:~:~:$~:~:~:.:;~:~
.x.:::::::::.::::::::::...:.+:,:.:.:.:.:.:.
.:.:.:....~.;.:.:.:.:.:.:.:.:.:.:,:.:.:.:.:.:.:
..<..,<,,,<,.:
,,.,.,<,,,.:
.,.,.,.......,.....
(30 Vha) ‘:‘:‘:‘:::~:,:,~~~:,~~;:::::::::::::::::
~,~~~i:;i:i:i:i:i:i:i:i::::::::::::::l:::::

Cendres (idem)
t 180 P (engrais)
.::::::.:+:.:.:+:
...:.:.:.:.:.:,:.:::::::::::::
.).).,,,<,<<,
:,:,:.:,:.:.:.:.:.:.:.:.:.:.:.:,:
Engrais : 60 N _ 180 P _ 180 K

Engrais : go N _ 240 p _ 240 K

Les cendres ont été épandues à raison de 4,2 tonnes par hectare et ont été
analysées. Toutes les autres techniques sont identiques, sur l’ensemble des
parcelles, à celles pratiquées par les paysans: -travail du sol à la houe, semis en
poquets, variété «mélange»...

Résultats Cette expérimentation a fait l’objet de quatre répétitions.


L’analyse statistique montre que les différences de rendement sont significatives
entre tous les traitements.
L’analyse des composantes du rendement a ~$5 réalisée mais n’est pas présentée
ici. Elle a mis en évidence :
l que le nombre de pieds au mètre carré pouvait être considéré comme constant,
l que les accroissements de rendementtétaient dus essentiellement à des augmen-
tations du nombre de grains par pied, et secondairement à des augmentations du
poids des grains. Ce qui indique que le facteur fertilité est limitant tout au long de
la culture.

374
Parcellede haricots et maïs
sur le plateau des Rochelois
(photo M. Bonnefoy).

On constate que l’apport de cendres permet de doubler la production les deux


années, et qu’en 1976 des apports simultanés de cendres et de fumier (30 Vha) :la
font tripler.
Les cendres apportent essentiellement du calcium et du potassium; lorsqu’on y
ajoute du phosphore sous forme de super phosphate la ;production n’est pas
améliorée.
L’apport de 180 unités de P et de 180 unités de K, accompagné d’un épandage
fractionné de 60 unités d’azote (urée) permet une production équivalente à celle
qu’entraîne l’apport simultané de cendres et de fumier.
Par contre, lorsqu’on double les doses d’engrais (90 N, 240 K, 240 P), l’apport
excessif d’azote provoque un développement de la végétation au détriment de la
floraison, ce qui se traduit par une chute du rendement en grains.

FERTILISATION DU Ces essais ont été réalisés sur vertisol, pauvre en potassium’et en phosphore, avec
un taux de matière organique très élevé.
MAÏS À PETITE L’objectif était d’évaluer l’effet sur le maïs local de l’application d’un engrais
RIVIÈRE DE NIPPES complet apportant 60 unités d’azote et 120 unités de potassium et de phosphore à
l’hectare.

Résultats Aux trois périodes de semis, l’apport de l’engrais permet une forte augmentation
de rendement (x2). Elle est due essentiellement à l’accroissement du nombre de
grains par épi, mais on observe aussi un nombre d’épis par pied plus important et
un poids de 1000 grains plus élevé avec fertilisation,
Par ailleurs, il a été observé une croissance ‘végétative plus importante et une
floraison plus précoce dans les parcelles fertilisées. ~
L’ensemble de ces observations et résultats indique que la disponibilité en
éléments minéraux a été limitante tout au long de la culture dans les parcelles non
fertilisées.
Il faut aussi noter la variation du nombre de pieds levés, facteur important de
variation du rendement.
Figure 196 : effet d’une
Période Dose Densité Nombre Nombre Poidsde Rendement
fertilisàtionminérale sur les de grain!
desemis d’engrais pieds/ha d’épis
composantes du rendement du N-P-K par épi grains 1
par PiA
maïs à Petite Rivière de
Nippes en 1977-78. Mai 1977 0 40850 0,87 208 196 1,45
60-120-120 43180 1,22 286 210 3,17

Avril1978 0 45900 0,92 262 iO5 2,27


60-120-120 41700 1,09 416 216 4,09

375
Jardin de maïs
(photo G. de Laubier).

RENTABILITÉ L’association riz/maïs/vigna est très pratiquée dans la région de Grison-Garde


ÉCONOMIQUEDE (Plaine du Nord). Elle peut être mise en place soit a l’automne (septembre/octobre),
soit au printemps (février/mars).
L’ENGRAIS SUR
L’ASSOCIATION RIZ/ En 1986 et 1987, après l’introduction de nouvelles espèces de riz pluvial, des essais
MAïS/POIS INCONNU, ont été réalisés en parcelles paysannes afin d’évaluer I’effet dune petite fertilisation
minérale. Une distinction est faite entre les parcelles situées dans le périmètre
À GRISON-GARDE irrigué (zone irriguée) et les autres (zone pluviale).
Chaque parcelle est divisée en deux parties, l’une est fertilisée et l’autre non. La
fumure consiste en un enfouissement de 200 kg d’engrais complet (20-20-10) à la
préparation du sol et d’un Epandage de 90 kg d’urée au cours de la montaison du
riz. Cela correspond à un apport total de : 80 unités d’azote, 40 unités d’acide
phosphorique, 20 unités de potasse.
Ces essais ont été menés durant trois saisons culturales:
l printemps 1986, saison à pluviométrie normale,
l automne 1986, saison particulièrement sèche,
l printemps 1987, saison particulièrement humide.
Dans la grande majorité des situations, l’engrais a permis d’augmenter les
rendements. Mais il faut s’assurer de la rentabilité de l’investissement pour le
paysan, c’est-à-dire que le produit réalisé en plus soit supérieur au supplément de
charges du à l’engrais.

Les bénéfices réalisés grâce à l’engrais sont calculés à l’aide de la formule suivante:
Bénéfice = C(RR x PR) + (RM x PM) + (RV x PV)] - CE
l RR = supplément de Rendement en Riz obtenu grâce à l’engrais,
l RM = supplément de Rendement en Maïs ‘obtenu grâce à l’engrais,
l RV = supplément de Rendement en Vigna obtenu grâce à l’engrais.

l PR = prix d’une tonne de Riz paddy, soit 440 $,


l PM = prix d’une tonne de Maïs en grain, soit 140 $,
l PV = prix d’une tonne de Vigna on vert, soit 150 $,
l CE = coût de l’engrais pour fertiliser &r hemctare, soit 84 $.

Ces prix ont été relevés sur le marché lo~cal. Ils sont particulièrement bas pour le
maïs et le riz à cause des importations massives de riz americain à bon marché qui
avaient lieu à cette époque (novembre 1987). Ceci entraîne une élévation du seuil
de rentabilité de l’engrais.

376
Résultats Les résultats obtenus sont résumés dans les tableaux qui;suivent. --.i-.

Figure 197 : bénéfices moyens


par hectare ré@és grâce 2
l’engrais sur l’associationriz/
maïslvigna (automne 1986 et
printemps 1987).

Lesbénéfices réalisés grâce àl’engrais en zone irriguée sont très supérieurs à ceux
réalisés en zone pluviale. On peut donc émettre l’hypothèse que l’engrais est
d’autant plus efficace que les autres facteurs sont moins limitants (ici, l’eau).
En zone irriguée comme en zone pluviale, la rentabilité de l’engrais est nettement
plus élevée au printemps humide de 1987 qu’à l’automne sec de 1986. Cela
confirme que-l’eau est un des principaux facteurs limitants.
En automne 1986 et en zone pluviale, l’apport d’engrais n’était pas intéressant car
les rendements étaient nuls dans pratiquement une parcelle sur deux.
L’association riz/maïsfvigna rentabilise mieux l’engrais que l’association maïs/
vigna. Ceci s’explique en partie par le prix de vente du riz très superieur à celui du
maïs. Ainsi, les cultures à forte valeur marchande valorisent en général mieux les
fertilisants.

Figure 198 : bénéfices moyens


par hectare réalisés grâce-â
l’engrais, au printemps 1986
sur deux types d’association.

FERTILISATION DU Depuis son introduction en 1981 à Salagnac, la culture du chou a connu un


CHOU À SALAGNAC développement rapide. Son rendement potentiel est très supérieur à ceux des
variétés cultivées traditionnellement. Il représente actuellement une importante
source de revenu monétaire pour les paysans de la région. La majeure partie de la
production est vendue sur le marché de Port-au-Prince.
,En octobre 1984, une expérimentation a été réalisée afin d’évaluer les effets d’une
fertilisation et de traitements phytosanitaires sur la production de chou (variété
K.K-CROSS) en sol ferrallitique.
Quatre traitements différents ont été appliqués sur quatre parcelles de 40 m2
chacune :
l parcelle A : témoin,
l parcelle B : traitement phytosanitaire,
l parcelle C : fertilisation,
l parcelle D : traitement phytosanitaire et fertilisation.

Mode de fertilisation Du fumier et de l’engrais complet sont apportes sur la pépinière.


Sur les parcelles fertilisées, plusieurs types d’engrais sont :Utilisés:
l la fumure de fond, apportée juste avant le repiquage, est constituée de 20 tha de
fumier, de 600 kg/ha d’engrais complet (20-10-20) et de 160 kg/ha de sulfate de
potassium,
l à la pommaison, 240 kg/ha de sulfate d’ammonium sont apportes en couverture.
Le chou est une culture particulièrement exigeante en soufre et en potasse, c’est
la raison pour laquelle il est apporte du sulfate de potassium en plus de l’engrais
complet.
Le soufre et d’azote étant très facilement lessivés, surtout dans ces sols, leur apport
a été fractionné en deux applications, l’une au repiquage et l’autre àlapommaison,
période où les besoins sont très élevés.

377
Parcellede choux à Salagnac
(photo M.-Bonnefoy).

Figure 199 : techniques


culturales suivies sur les
parcelles d’essais de
fertilisation du chou
(Salagnac, 1984).

Calculdesquantités l L’engrais complet 20-10-20 apporte:


apportées - 20% d’N, soit 20 kg ou unités d’N pour 100 kg d’engrais,
- 10% de P,05, soit 10 unités pour 100 kg d’engrais,
- 20% de &O, soit 20 unités pour 100 kg d’engrais.
l Le sulfate de potassium apporte:
- 50 unités de &O pour 100 kg d’engrais,
- 18 unités de S pour 100 kg d’engrais.
l Le sulfate dammonium apporte:
- 21 unités de N pour 100 kg d’engrais,
- 23 unités de S pour 100 kg d’engrais.
Connaissant les quantités d’engrais épandues et leur composition, nous pouvons
calculer les apports minéraux que cela représente.
Le fumier apporte aussi des éléments minéraux, surtout de la potasse, mais son
rôle est surtout d’améliorer la structure du sol et sa capacité à retenir l’eau et les
éléments fertilisants. Il n’a pas été analysé et nous estimerons donc très
approximativement les quantités d’éléments minéraux qu’il apporte en prenant
des normes dans la bibliographie.
D’après ces normes, 20 t de fumier apportent 136 kg d’azote, mais la plus grande
partie sera immobilisée sous forme d’humus. Nous estimerons que seulement 40
kg d’azote sont disponibles pour la culture.

378
Figure 200 : quantités
d’éléments minéraux Types d’engrais et doses l Quantités d’éléments apportées
apportés par la fertilisation
minérale (en kg/ha)
9 600 kg de 20-l O-20 120 60
I
l 160 kg de sulfate de potassium 80 , 28 /

Fumure de fond 120 60 200 28 1

Fumure de couverture l
* 240 kg de sulfate d’ammonium 50 - - 55 1
1
Fumure min&ale totale 170 60 200 82 I

Les quantités d’éléments fertilisants apportés par 20 [Link] de fumier peuvent ainsi
être estimées à :
l 40 kg/ha d’azote
l 50 kg/ha de P,O,
l 120 kg/ha de KO
Les engrais minéraux et le fumier représentent donc des apports totaux de :
l 210 kg/ha d’azote
l 110 kg/ha de P,O,
l 320 kg/ha de KO
l 80 kg/ha de soufre
(L’offre du sol n’est pas connue>

Résultatsdesessais Les résultats de l’expérimentation sont les suivants, exprimés en tonnes de


matière verte par hectare :
Témoin 1345 ttha
Traitemeds phytosanitaires 16 t/ha
Fertilisation 64,5 t/ha
Traitements + fertilisation 74 t/ha
l L’effet de la fertilisation est spectaculaire, la production est presque multipliée
par cinq, le rendement passe de 13,5 a 64,5 tonnes de matière verte par hectare.
l Les traitements phytosanitaires permettent une augmentation de rendement de
18%. Ils permettent une meilleure efficacité des fertilisants.
L’effet important de la fertilisation confirme que la fertilité minérale est le
principal facteur limitant dans ces sols.

Calculdes exportations Il aurait fallu mesurer les teneurs en divers éléments minéraux des choux récoltés
par la culture dans les différentes parcelles. Mais faute d’analyse, nous pouvons grossièrement
évaluer les exportations minérales en utilisant les normes citées dans la
bibliographie. D’après ces normes, une tonne de matière verte de chou exporte :
2,64 unités d’azote, 0,99 unités de P,O,, 4,28 unités de KO
Pour la parcelle traitée et fertilisée, les exportations minérales ont donc été de
Yordre de:
.74 x 264 = 195 unités dazote
.74 x 0,99 = 73 unités de P,O,
.74 x 4,28 = 317 unités de I(i0
Le tableau suivant montre que les exportations par la culture sont globalement
équivalentes aux apports de la fertilisation pour N et K Pour le phosphore, les
apports sont supérieurs aux exportations, ce surplus risque d’être fixé sous forme
inassimilable par les hydroxydes de fer et d’aluminium.
Concernant I’azote, on peut penser que les apports ont été trop importants car il

379
faut tenir compte des quantités libérées par la minéralisation de la matière
organique du sol. Une partie de l’azote minéral a donc certainement été entraînée
par les eaux de drainage.

Figure 201 : comparaison des


apports d’éléments fertilisants
par la fertilisationet des
exportations par la culture de Apports par le fumier
chou (Salagnac, 1984). et les engrais

Exportation par 1 195 / 73 1 317


la culture

Apports - Exportations I t 15 l t 37 I 13

380
LESSYSTEMES
Dl’ElEVAG
383

9 Peu de terres surexploitées 384


l Des interlocuteursvariés 385
l Une conduite de troupeaux extensive 386
l Les productions animales : des fonctions diverses 389
l Agricultureet élevage : complementarité et concurrence 390
l Des contraintes a cerner 391

LA REPRODUCTION
DESANIMAUX 393

Lavie sexuellede la femelle 394


l La puberté 394
l Le cycle sexuel 394
l Les chaleurs ou œstrus 395
l L’ovulation 396
l La fécondation 396
l La gestation 396
l La mise-bas 397
Lavie sexuelledu male 398
-0 La puberte 398
l La fabrication des spermatozoïdes 398
l La production de sperme 399
Lesparamètresd’appréciationde la reproduction 401
l La fécondité 401
l La fertilité 401
l La précocité sexuelle 401
l La prolificité 402
9 L’intervalleentre deux mises-bas 403
. La répartition des mises-bas 403
La carrière
l 403
Mie prépondérantde l’alimentationsur la reproduction 405
l Fertilitéet fécondité : état corporel et alimentation 405
l Prolificité: rang de la portée, race et alimentation 407
l Intervalleentre deux mises-bas : alimentation et conduite d’élevage 407
Laconduitede la reproduction 408
9 Préparationdes saillies 4p8
l Réalisationdes saillies 409
l Techniques de mise à la reproduction 4p9
l Le diagnostic de gestation 410
l La gestation et les mises-bas 410

381
LESBESOINSALIMENTAIRES
ETLA DIGESTION 413

Lesbesoinsdes animaux 414


. Vivreet produire 414
La nature des dépenses
l
414 ~~
L’entretien et la production
l
416

L’ingestionet la digestiondes aliments 420


l La capacité d’ingestion 420
. La digestion 420
Utilisationdigestiveet valeurdesaliments 428
l La digestibilité 428

NOURRIRAU MIEUXLETROUPEAU 433

Ladéterminationdes besoinsd’untroupeau 434 ~


l Inventaire du troupeau 434
. Sexe] âge et poids des animaux 435
. Etat physiologique et niveau de production 436
l Besoinsquantitatifs d’entretien et de production 437
l Besoinsqualitatifs 445
Lesressourcesdisponibles 448
l La végétation spontanée des espaces non cultivés 448
l Les fourrages cultivés 455
l Les sous-produits agricoleset agro-industriels 457
l L’eau 460
‘Confronterbesoinset ressources 461 ~
l Les calendriers fourragers 461
. ‘Les systèmes d’alimentation 463
l A chacun son système 467

LA SANTÉANIMALE 471

Lesdifférentstypes de maladies 472 ~


l Les maladies transmissibles 472
l Les maladies non transmissibles 477
Lediagnosticde la maladie 478 ~
l L’examen clinique 478
l L’interrogatoirede l’éleveuret..lavisite d’élevage 478 ~
l L’autopsie et les examens de laboratoire 479

382
L’élevage
à la vallée de~JactWl
Estime Jean-Baptiste vient d’être affecté comme technicien d’élevage
à la Vallée de Jacmel (sud-est d’Haïti) et nous allons découvrir avec
lui les systèmes d’élevage de cette petite région.

Très rapidement, Estimé Jean-Baptiste s’aperçoit que les agriculteurs


privilégient les productions végétales et que l’élevage est, pour la
majorité d’entre eux, une activité secondaire, trës dépendante des
systèmes de culture.

Les paysans en donnent plusieurs raisons :


l le niveau de production souvent bas : mises bas tardives et espa-

cées, production laitière réduite,


l la petite taille des surfaces exploitées et les faibles disponibilités en

ressources fourragères,
l le peu de temps disponible pour le soin des animaux,

l le manque d’argent pour acheter du bétail. ~

Cette situation peut être améliorée, mais Jean-Baptiste sait qu’il ne


pourra proposer des innovations techniques adaptées qu’en ayant
une bonne connaissance des pratiques locales. Il cherche donc, dans
un premier temps, à comprendre les objectifs des éleveurs et les
modes de conduite des troupeaux afin de définir les priorités de son
intervention.

,’
l
‘ii

383
PEU DE TERRES SUREXPLOITÉES
Les principales caractéristiques de la région sont regroupées dans l’encadré ci-
dessous. On pourra éventuellement les comparer à celles d’autres régions.

Prbsentation géographique Ressources en eau


La Vallée
localisation : mornes du Sud-Est Essentiellementles eaux de résurgence au flanc
de Jacmel
l

laltitude : 300 a 800 m des mornes et en zone basse. La plupart des


lsuperficie : 300 Km* sources captées sont taries en saison sèche.
lpaysage : ensemble de collineset de gorges
dominées par le plateau de Ridoré (800 m) Cultures
Associationsvariees en fonction de la fertilité des
sols (haricot, maïs, igname, sorgho, pois congo,
l substrat : calcaire dur, calcaire a plaquette, manioc, patate, herbe de Guinée).
basa1te
Elevage
Climat lbovins et caprins essentiellement
b pluviométrie : 1475 mm (moyenne annuelle) léquidés (transport)
2 saisons sèches (décembreà mars, lère décade lvolailleset lapins (autoconsommation familiale)
de juillet) lporcs (raresdepuis l’abattage systématique pour
. température : 24’ (moyenne annuelle) cause de peste porcine).

Paysagesde versants
basaltiques et de plateaux
calcairesà la Vallée de Jacmel
(photos M. Bonnefoy).

*Marronage : fuite des Avec le marronage* des anciens esclaves dans les zones boisées, la mise en valeur.
esclaves vers les montagnes
pour échapper au travail dans
des terres s’est faite surtout par la culture du café. La pression démographique
les plantations. augmentant (310 hab/km2 en 1982) et le marché n’étant plus favorable, les
plantations caféières ont été progressivement remplacées par la culture d’espèces
vivrières (haricot, maïs, sorgho, tubercules) destinée essentiellement à
l’autoconsommation.
Le morcellement des parcelles et la diminution de la surface disponible par exploi-
tation (1,4 carreau en moyenne, soit 1,9 haparfamille en 1986), dus à l’augmentation
de la population, ont obligé les paysans àmodifier progressivement leurs pratiques
agricoles.

384
Ils [Link]é ce manque,de terres par-:
l uneintensif~[Link]ères(associationsdeplusenpluscomplex~s,

rotations plus rapides et réduction des temps de jachère),


~0une réduction des. surfaces fourragères’(herbe de Guinée),
l la mise en culture de zones moins accessibles (éloignées, pentues),
l l’exploitation des derniers îlots forestiers (charbon de bois, construction, artisanat).
Cette intensification a entraîné une surexploitation dumilieudont les conséquences
sont :
l une baisse de fertilité des sols cultivés,
l l’apparition de signes d’érosion sur les terres à forte pente récemment mises en
culture,
l l’abandon progressif des terres devenues impropres à la,culture (jusqu’à 50% en
terrain basaltique) et la disparition du gros bétail sur ces zones dégradées.

[Link]ÉS
Pour connaître les personnes à qui il devra s’adresser pour proposer des
améliorations, Estimé Jean-Baptiste pose les questions suivantes pour chaque
espèce animale :

l conduite du troupeau : à qui appartienne+ les animaux ?


qui s’en occupe ? ~
qui prend les décisons ?
~
l commercialisation..: qui commercialise les animaux et
leurs produits ? ~
à quel endroit ?
i ,--. qui sont les’ acheteurs ?
-i
Rapidement, il apprend que les éleveurs ne sont pas forcément propriétaires de
leurs animaux (gardiennage) ,et, inversement, que le cheptel appartenant à une
même personne peut être réparti dans plusieurs exploitations.
Le- technicien est doric confronté à plusieurs ipterlocuteurs, les
PROPRIETAIRES des animaux et les ELEVEURS, dont les intérêts
peuvent être contradictoires.
De plus, les tâches sont réparties entre tous les membres de la famille (cqnduite
[Link]èvres par les enfants, utilisation des ânes et mulets parles femmes pour aller
au marché...). !
La commercialisation a lieu sur les marchés, principalement celui de Ridoré et
celui de Blockaus, et con,cerne plusieurs partenaires : l
l les agriculteurs qui vendent leurs productions ou achètent des animaux pour les
élever ; l
‘0 les maquignons dont l’activité repose sur l’achat et la revente d’animaux chez
l’éleveur ou sur le marché. Ils assurent éventuellement le transport des animaux
depuis le point d’achat jusqu’aux marchés régionaux où.ils seront revendus ;
l les bouchers qui achètent les animauxvivants, les abattent sur place et vendent
directement la viande en gros et au détail. ~ l

Les personnes concernées par l’élevage


Pour comprendre l’organisation du système dyélevage, il faut conn’aître :
l les propriétaires des animaux,
l les éleveurs,
l les acheteurs et les vendeurs,
l et qui prend les décisions à chaque niveau.

385
Dans les jardins cultivés, lianes, vétivers, adventices sarclées sont utilisés comme
fourrages.
Ces ressources sont extrêmement varia’bles’ et liées à la pluviométrie.
Pendant la saison des pluies, les fourrages sont très abondants. Ils peuvent l’être
encore en début de saison sèche mais leur stade de développement avancé diminue
fortement leur valeur nutritive (sécs et ligneux).
D’autre part, selon les années et l’importance des pluies, la productivité d’un même
pâturàge est extrêmement variable. Il est donc très difficile de prévoir, même de
façon grossière, la quantité de fourrages dont on disposera l’année suivante.
Le calendrier des cultures joue sur ‘la disponibilité des fourrages. Les
jachères longues, sont accessibles toute l’année. En revanche, les residus de
culture, disponibles après récolte, ne sont que temporaires, de même que les
jachères courtes enfermées dans des blocs de culture. -
Il existe donc une période critique en’fmde-saison sèche, lorsque les résidus de
culture sont consommés et que la préparation des terres pour la saison de mars
réduit les surfaces en jachère. Les fourrages cultivés sont alors essentiels.
La difficile évaluation du disponible fourrager. La prédiction du disponible
fourrager est très utile pour organiser l’alimentation des animaux surtout en
saison sèche.
La mesure de la biomasse herbacée demande du temps et du matériel parfois
coûteux. Il s’agit cependant plus d’une! estimation que d’une mesure exacte,
surtout imprécise pour la production de’fourrages ligneux.
Il faut ensuite estimer la valeur alimentaire des différents fourrages qui est très
variable.

Figure 202 : calendrier


fourrager et répartition de la
pluviométrie à la Vallée de plwiowétv~e
Jacmel. ufoyennemensuelle

J:F~M.A~:M:J:J:A:S:O:N:D.
. .. .. -; *, . . . . . ,
. . . ; . . . . * . . . .
+y&~ &-ha L ti:,,:, G ‘i : Z-i : : 1-I-I
. . . .,. . . .
fms de haricot . . Lm-* . k
tigfidemaïs . t i i ’ ’ ’ : : : : : :
’ . .
‘[Link]àlesdedis ’ : : A. . . . - . . .
+;y+& sovgho . ; : ; : : L : . A
. . .. . * . . . ,.
)etm5 pbwxs de sorgho *’ 1 . :A . . . . * .
. . . . . . . .
fldvwkes sarc\&s : : : , : . . : . . . .
,fernilksd'avbves

AispoMibilité
euJachère
des exploitatim
en"carveaux"

388
Le disponible fourrager est l’ensemble des Pour @valuer, il faut :
Récapitulatif fourrages dont peut disposer l’éleveur pour ses
l

- connaître le milieu : sols, végétation naturelle,


animaux à un moment donné. utilisation par l’homme,
- faire un inventaire des différentes ressources
fourragères * Ce sont les parcours, les jachères, les fourragères,
fourrages ligneux, les sous-produitsde - mesurer la production de chaque type de
l’agriculture... fourrages et déterminer sa valeur alimentaire
(à défaut de tables de composition et de valeur:
l II varie : alimentaire des fourrages haïtiens).
- en quantité, en fonction de la pluviométrie, C’est faire le bilan fourrager qui permet de
- en valeur alimentaire : en saison des pluies, confronter les ressourcesfourrageres
les herbes et feuilles sont tendres et disponibles a la demande alimentaire des
nourrissantes alors qu’elles sont très dures et animaux présents sur l’[Link] en déduit
pauvres en saison sèche. ainsi les périodes excédentaires et déficitaires.

UNE MORTALITÉ Les éleveurs se plaignent d’une importante mortalité au sein de leurs troupeaux
IMPORTANTE surtout chez les caprins. 11s l’attribuent principalement aux accidents (pluies,
terrains accidentés), à l’attaque nocturne des chiens et aux diarrhées.

l Comment les éleveurs perçoivent la santé de leurs animaux ?


l Quels sont leurs niveaux de reconnaissance des maladies ?
l Quels soins apportent-ils (utilisation de médicaments, de plantes . ..) ?

LES PRODUCTIONSANIMALES : DES FONCTIONS DIVERSES


LA VENTE OU Le paysan investit peu pour son troupeau et ne recherche pas un rendement
L’AGRANDISSEMENT maximal en viande ou en lait. Son principal objectif est la production de jeunes qui
seront vendus ou qui agrandiront le troupeau (femelles). La vente d’un jeune
DU TROUPEAU caprin permet de financer des dépenses courantes (achat de vêtements, d’outillage
manuel, scolarisation des enfants, fonds de roulement d’un petit commerce>. La
vente d’un bovin permet de faire face à des circonstances exceptionnelles
(hospitalisation, funérailles) ou de réaliser un investissemnent important (achat
d’une terre, construction d’une maison). L’agrandissement du troupeau est un
moyen de capitalisation ou d’épargne.
Seules les viandes de volaille et de lapin, parfois de chèvre, sont consommées par
la famille. Le lait est réservé aux enfants et aux malades. ~

Abattage d’un bovin


(section de la carotide)
(photo G. de Laubier).

389
LA FERTILISATION A la Vallée de Jacmel, les bovins et équins sont mis au piquet sur les parcelles en
DES TERRES jachère, avant remise en culture. Leur déplacement quotidien permet de fertiliser
toute la parcelle avec leurs déjections. Cela correspond bien à un apport d’éléments
fertilisants puisque les fourrages proviennent d’autres parcelles (transfert de
fertilité). Le mélange des déjections et des résidus végétaux non consommés est
appelé «fumier» par les paysans.

UN MOYEN DE Les ânes et mulets sont surtout employés pour le transport des marchandises
TRANSPORT (vivres vers les marchés, fourrages coupés pour les animaux, transport du vétiver
et corvées d’eau). Le cheval est couramment utilisé comme monture.

LES FONCTIONSDE Ils constituent :


l Ils permettent : l

L’ÉLEVAGE EN HAïTI - une gestion de la fertilite des sols - une tresorerie pour les dépenses
(jouk dans le jardin de case, alimentation courantes (petits ruminants, porcins,
au piquet dans les parcellesa fumer) volailles)facilement mobilisables
- ils constituent un Instrument de - un capital sur pied pour les grosses
transfert de la matiére organique. dépenses (achats de terres, mariages,
retraites pour personnes âgees)
- une epargne pour les jeunes
agriculteurs “gardiennage”
- une caution pour obtenir du credit :
vente à terme “dans le ventre”

l Ils tirent profit des espaces


marginaux :
- racks, parcours, pentes érodées
. Ils transforment les sowproduits
de I’exploltation :
- résidus de culture
Ils produisent - fruits, jacheres

I l Produits autoconsommés pour la


Un travail :
l famille
Bovins : traction animale, labours, Lait, chevreaux, volailles
moulin a canne . Vente sur les marches :
Equins : transport, eau, ravitaillement des jeunes, des adultes (maigres, gras),
( marches des réformés

AGRICULTURE ET ÉLEVAGE :
COMPLÉMENTARITÉET CONCURRENCE
Il existe une très forte intégration de l’élevage dans l’agriculture :
l valorisation des résidus de cultures,
l fertilisation des parcelles par les déjections animales,
l valorisation des zones non cultivées (faibles surfaces dans cette région) par le
pâturage et la récolte de fourrage.
Il existe cependant une période critique pour certaines exploitations agricoles
lorsque toutes les terres sont en culture. Une portion de parcelle doit alors être
préservée pour la mise .au piquet des animaux. Le vagabondage des animaux

390
(animaux détachés ou bien jeunes s’éloignant des mères) dans les parcelles
cultivées est à cette saison là surtout source de conflits entre agriculteurs.
l

DES CONTRAINTES À CERNER


Après cette première approche, Estimé Jean-Baptiste cerne mieux les caracté-
ristiques importantes des systèmes d’élevage de la Vallée de Jacmel et les
problèmes que rencontrent les éleveurs.
l Les troupeaux sont petits et constitués de plusieurs espèces.
l Les systèmes d’élevage familiaux sont subordonnés aux autres activités agricoles
et dépendants des systèmes de culture.
l L’élevage n’a pas uniquement un rôle de production alimentaire. C’est aussi un
moyen d’entretien de la fertilité des sols, de transport et d’accumulation de capital.
l L’élevage est soumis à de nombreuses contraintes :
- naturelles : déficit fourrager à la fin de la saison sèche,
- socio-économiques : forte pressionfonciètie, relations de dépendance avec d’autres
acteurs économiques,
- agricoles : calendrier des cultures, disponibilités en jachère.
l Le paysan cherche à rentabiliser au mieux les ressources disponibles. L’élevage
permet de valoriser des zones non cultivées (zones arides, trop érodées ou trop
pentues), ou des ressources en travail encore’disponibles (enfants).
Il est nécessaire de bien connaitre le fonctionnement des systèm?s
d’élevage.
Les interventions des techniciens d’élevage doivent aider l’éleveur à mieux
,
satisfaire ses objectifs, tout en tenant compte de ses contraintes.
Les performances sont sous-exploitées ; mieuxgéré, I’élevage pourrait certainement
être optimisé, mais tout n’est pas si simple. Avant de proposer des améliorations
techniques, le technicien va devoir foumiiun gros travail d’information auprès de
tous ceux qui sont concernés par l’élevagé.
Mais il se rend compte aussi qu’il ignorejencore beaucoup DDEchoses. Il lui faut
approfondir ses connaissances, en particulier sur les potentialités fourragères du
terroir et sur les performances des races locales. Cela demande la mise en place de
programmes de recherche, sur le terrain et en station expérimentale. 1~
Pour analyser avec précision un système d’élevage, il faut :l
l une méthode et des outils d’analyse : l’enquête, fe suivi, l’expérimentation ;
l calculer des paramètres pour mesurer les performances animales, pour estimer
les ressources fourragères ; ,
l comparer ces paramètres à des références pour apprécier ces perforqances et
diagnostiquer les problèmes.

391
La vie sexuelle
de la femeille

LA PUBERTÉ
La puberté se définit comme l’âge où’ la reproduction devient possible. Elle
correspond aux premières chaleurs avec’ovulation.
L’âge à’la puberté est variable suivant ‘les espèces.
En Guadeloupe, on a observé un âge à la puberté de 171 jours pour des truies
créoles contre 275 jours pour des truies Large-White élevées dans des conditions
équivalentes.
La sous-alimentation des jeunes retarde l’âge de la puberté et donc de la première
mise-bas.
Pour les bovins créoles, c’est le poids qui est le facteur déclenchant de la puberté.
Ce n’est qu’à 27 mois, alors que le poids est supérieur à 260 kg que les génisses
présentent une activité ovarienne et sont aptes à être fécondées.

Figure 203 : caractéristiques Espèces Age à la Type d’activitésexuelle Durée du cycle Durée de l’oestrus
sexuellesdes femelles de et période d’activité (jours) (heures)
puberté (mois)
diverses espèces d’après @q
Thibiér. pi
g$ s
Brebis 6-8 Saisonnière 17 24-36 h&
(jours décroissants)i
,m
Chèvre 8 Saisonnière ~ ~ 21 32-40
(jours décroissants)
~
Jument 12-15 Saisonnière (j. croissants 22 Variable - 6 jours
et parfois décroissants) (2-11 jours)

Truie Toute I’année~ ~ 21 36-48


(après sevra&) ~~
:’
Vache Toute l’annee~ ; 1
‘1 ‘21 1 l8

LE CYCLE SEXUEL
Le propre de la femelle est de présenter une activité sexuelle de type cyclique. Un
certain nombre d’événements précis et déterminés (oestrus, ovulation) vont se
renouveler à des intervalles moyens constants propres à l’espèce considérée
(fig. 203).
Certaines espèces (vaches, truies) présentent des cycles sexuels toute l’année,
d’autres (chèvres, brebis) seulement pendant une partie de l’année. Dans ce cas
l’activité sexuelle est dite saisonnière. Pour les petits ruminants, elle s’observe
pendant la période des jours décroissants (été, automne). Néanmoins, d’après

394
Anatomiede L’ensemble de l’appareil génital de la femelle se situe dans la cavité abdominale et communique à
l’extérieurpar la vulve.
l’appareil génital
femelle

. -, colde IvtTéra

Schéma de l’appareilgénital de la vache : Schéma de l’appareil génital de la vache :


organes en place. organes étalés.

lLes ovaires : les ovaires au nombre de 2 l LWrus : toute la gestation s’effectue dans
produisent les ovules (gamètes femelles) et l’utérus. ~
certaines hormones necessairesà l’ovulationet à la
gestation. . ILe vagin : le vagin est le lieu de dépôt du
[Link] la copulation.
l Les oviductes : les oviductesoù a lieu la
fécondation, relient les ovaires à l’utérus où se l La vulve : la vulve correspond à l’orifice
déroule la gestation. uro-génital.

certaines études, il semblerait que, pour les, races créoles de petits ruminants,
l’effet saison ne soit pas très marqué et qu’elles aient une activité sexuelle étalée
sur toute Yannée.
L’arrêt des cycles sexuels s’appelle l’ancestrus. Il peut à être :
: normal quand la femelle’est en gestation ou en lactation.
anormal quand les conditions d’alimentation
l et d’entretien des femelles sont
défectueuses (anoestrus de saison sèche, périodes de disette, maladies).

LES CHALEURS OU CESTRUS


Une femelle gestante et en bon état général, présente régulièrement des périodes
de chaleur pendant lesquelles son comportement est modifié : baisse d’appétit,
excitation, recherche du mâle et surtout acceptation du chevauchement. La vulve
est gonflée et turgescente. La durée des chaleurs est variable suivant les espèces.
L’oestrus accompagne la phase d’ovulation du cycle sexuel. Pour qu’il y ait
fécondation, la saillie doit intervenir de 24 à 36 heures après~ le début des chaleurs
(fig. 204).
L’ovulation ne s’accompagne pas nécessairement de chaleurs ; on parle alors de
chaleurs silencieuses. Elles surviennent quand les femelles sont sous-alimentées,
malades ou n’ont pas suffisamment reconstitué leurs réserves après une mise-bas
ou juste après la puberti.

.
395
‘Figure204 : chaleurs et
périodes de saillie chez la
Chè!re.

MISEA. ?kp i bon : winy


LASAilLIE \ôP : ffloment :

L’OVULATION
L’ovulation a lieu de 18 heures (vaches) à 30 heures (petits ruminants) après le
début des chaleurs.
Le nombre d’ovules expulsés par ltovaire (taux d’ovulation) qui va déterminer la
prolificité, varie suivant les saisons, l’âge des animaux (minimum chez les jeunes,
maximum vers 4-5 ans), la race et l’alimentation ( les animaux bien alimentés ou
sur-alimentés temporairement ont un taux d’ovulation plus élevé).

LA FÉCONDATION
La fécondation est la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule (gamètes à n
chromosomes) quiva donner naissance àun oeuf(2n chromosomes) qui se transfor-
me en embryon ou foetus.
La fécondation fait intervenir :
l l’accouplement (coït, monte, saillie, lutte, etc.) favorisé par le comportement et
l’odeur de la femelle qui excite le mâle ;
l la remontée des spermatozoïdes à travers l’appareil génital de la femelle ;
l la pénétration du spermatozoïde dans l’ovule et la fusion des gamètes. Les
spermatozoïdes mettent environ 8 heures pour remonter vers le lieu de la
fécondation dans l’oviducte.
La femelle est très sensible aux perturbations qui peuvent entraîner des retards
dans la remontée des spermatozoïdes et donc diminuer les chances de fécondation.
Respecter la tranquillité du troupeau pendant la lutte est donc
indispensable.

LA GESTATION
La gestation est la période de la vie de la femelle comprise entre la fécondation et
la mise-bas du produit de la conception. Elle,est dune durée très variable suivant
les espèces.

Figure 205 : durée moyenne


Espèces En jours En mois et semaines
de gestation chez les I I c
principales femelles
Jument 345 11 mois et demi
domestiques.
Vache 280 9 mois et 1 semaine
Brebis 150 5 mois
Chèvre 150 5 mois
Truie 115 3 mois, 3 semaines, 3 jours

396
Au début de la gestation, le jeune embryon développe des membranes protectrices
et émigre de l’oviducte dans l’utérus où il va s’attacher a la paroi interne et
développer un placenta. C’est la nidation. Les Blénients nutritifs nécessaires au
développement de l’embryon passent de la mère au foetus a travers le placenta.
Lorsqu’ilyadesovulationsmultiples(petitsruminants, truies),plusieursembryons
se développent et se répartissent également dans les deux cornes utérines.
Quand la gestation ne va pas a son terme, il y a avortement. Les causes d’avor-
tement sont nombreuses : chocs, chutes, infections knucellose...) etc.

LA MISE-BAS
La mise-bas, aussi appelée parturition, vêlage (bovins), agnelage (ovins), est
précédée demodifications anatomiques (monte de lait danslesmamelles, gonflement
des lèvres vulvaires, écoulement d’un liquide glaireux) et comportementales
(recherche de niche, isolement).
La durée de la mise-bas varie assez largement, de quelques minutes a quelques
heures suivant les espèces, l’âge, l’état d’entretien des mères. Plus la mise-bas se
. prolonge, plus les risques de mortalité des nouveaux-nés sont élevés (en particulïer
chez la truie où les derniers porcelets deT. la portée sont les plus exposés).
Après la mise-bas, le placenta est expulsé, c’est la délivrance. Chez la vache, la
délivrance s’effectue quelques heures ap,rès le vélage. ~
Juste après la mise-bas, la mère lèche intensément ses petits et dans les premières
24 heures apprend à les reconnaître parmi les autres. Pendant cette période, les
jeunes animaux ingèrent le colostrum (lait’ des premiers jours) qui les protégera
contre les maladies néonatales.

Figure 206 : les étapes de la


mise-bas.

...puisVu$4vc

\e nouvem-nédoit in &ev
lecoloh4w4 (tëléem % iberoa) le plus déinfecfon du covdorc
titpos5ibk.
397
La vie sexLlelle
du mâle

LA PUBERTÉ
L’âge de la puberté est variable suivant les espèces (6 mois chez les caprins, 18
mois chez les bovins).
Il varie suivant la saison de naissance et le poids de l’animal. Des animaux en bon
état et bien nourris ont une puberté plus précoce.

Figure 207 : âge de la puberté


Esphes Age de la puberG Age optimal de mise à
et de la mise à la reproduction
la reproduction
chez les mâles. ci:.+
Etalon 4 ans

Taureau 18 mois 3 ans

Bélier 6-8 mois 18 mois

Bouc 6-8 mois 18 mois

Verrat 6 m-ois 10-12 mois

Lapin 7-9 mois 1 an

-LA FABRICATION DES SPERMATOZOïDES


Le testicule commence fabriquer des spermatozoïdes un peu avant la puberté.
La durée de fabrication d’un spermatozoïde dans le testicule est de 2 mois. En
pratique, cela signifie qu’il faudra intervenirsur les mâles réservés à la lutte deux.
mois avant celle-ci et qu’une perturbation de la fonction sexuelle du mâle aura des
conséquences deux mois plus tard.

398
Anatomiede Contrairementàlafemelle,unepartiedesorganes porteruneattentiontouteparticulièreàcesorganes
génitaux du mâle est externe. L’éleveur devra avant et pendant lesipériodes de lutte.
l’appareil génital
mâle r

Schéma de l’appareilgénital du taureau : Schéma de l’appareil,génital du taureau :


organes en place. organes étalés. ~

l Les testicules : situés à l’intérieur‘du scrotum, l L’ur&re et le canal dbfbrent : ils permettent le
les testicules produisent et stockent le sperme transit du sperme des testicules au pénis.
qui contient les spermatozoïdes (gamètes l Le pbnis : c’est l’organe de [Link]
mâles) et le liquide séminal. Les testicules permet l’émissiondu sperme dans le tractus
élaborent aussi certaines hormones mâles. génital de la femelle.;

LA PRODUCTIONDE SPERME
Le volume de l’éjaculat et sa concentration en spermatozoïdes est variable suivant
les espèces (fig. 208). Le volume de l’éjaculat duverrat (250 ml> est important mais
sa concentration en spermatozoïdes est faible.

Figure 208 : caracteristiques


des semences des mâles des Espbce Volume moyen de I’bjaculat
espéces domestiques. en ml

Buffle 3

Taureau 5

Bouc 0,7

Bélier 1

\ Verrat 250
,.> ‘ .;i ‘_. ..- ‘.. i l..c. ..1 ,I

La quantité et la qualité du sperme (nombre de spermatozoïdes par ml, mobilité)


varient en fonction de nombreux facteurs liés au mâle lui même (âge, poids, état
général) ou à son environnement (heure, jour, température extérieure). Par
exemple, les fortes chaleurs diminuent la qualité du sperme (fig. 209)L’effetretard
observé entre les fortes chaleurs et la baisse de qualité du sperme est du au temps
de maturation des spermatozoïdes dans le testicule.

399
Les races créoles sont moins sensibles aux variations de l’environnement que les
races importées et la production de spermatozoïdes de bonne qualité est plus
régulière tout au long de l’année.

Figure 209 : variations


saisonnièresde la qualité du
sperme chez le jeune en
station d’insémination
artificielleà Cuba.

* La motilité exprime la
vigueur des spermatozoïde5.

Figure 210 : caractéristiques


zootechniques des taureaux et Taureau
boucs créoles (INRA-CRAAG-
Guadeloupe 1983). Poids à la naissatice (gramme) 26
Croissancede 0 à 155 jours (g/j) 610
Croissance post sevrage (g/j) 700
Poids à la puberté (kg) 280
Poids adulte (kg) 590
Diamètre testiculaire
à la puberté (cm) 4,74

400
.Pour pouvoir apprécier les capacités de reproduction d’un animal ou d’un troupeau,
il est utile de calculer des paramètres de performance, de les comparer entre eux
ou à des valeurs de référence. Ces paramètres sont en quelque sorte pour l’élevage
les équivalents de ce que soit, pour l’agriculture, les composantes du rendement.

LA FiCONDITÉ
La fécohdité est l’aptitude de la femelle à donner la vie. Elle correspond au
nombre d’animaux vivants auxquels une femelle a donné naissance au cours de sa
carrière.
Pour un troupeau, le taux de fécondité est le nombre de produits nés vivants sur
le nombre de femelles mises à la reproduction pour une période donnée. Il dépend
de la fertilité et de la prolificité.

-LA FERTILITÉ
La fertilité est l’aptitude de la femelle à être fécondée.
Pour un troupeau, le taux de fertilité est le nombre de femelles fécondes sur le
nombre de femellks mises à la reproduction pour une péridde donnée. ”
Le taux de fertilité exact est souvent diffkile à obtenir car il doit tenir compte des
avortements, (précoces et tardifs) qui passent souvent inaperçps. Le taux DDE
fertilité est donc souve,nt estimé par le nombre de mise.+bas observées,sur 1,l:e
nombre de femelles mises à la reproduction. i

LA PRÉCOC@SEXUELLE
La précocité sexuelle ou âge de la puberté est souvent estimé desmanière indirecte
par l’âge à la première mise-bas duquel on ,retranche la durée de gestation DDE
l’espèce considérée. En fait ce calcul permet de définir l’âge à la première saillie
fécondante, qui peut être’différent de l’âge de la puberté en raison de conditions
défavorables ou d’un choix délibéré de l’éleveur (voir plus loin : la conduite de la
reproduction).
l Figure 212 : définition et
Parambtres Definitions-Calculs Remarques
calculsdes paramétres utilisés
au cours d’une analyse
~ Taux de fécondité = (nbre annuefde naissances / La fécondité dépend de la fertilité,
démographique
nbre de femelles en âge de de la prolificitéet de la précocité
reproduire) x 100 sexuelle. Elle est souvent sous-
estimée (oubli des jeunes morts ou
vendus à la naissance ou peu après).

Taux de fertilité = (nbre de mises-bas/ nbre de La fertilité traduit l’aptitude d’une


femelles en âge de reproduire) femelle à être fécondée.
x100

Prolificité = nbre de produits nés vivants llié à l’espèce, la race.


par mise-bas lindique le nombre de naissances
multiples ~

Mortalité Total décès La mortalité est souvent calculée


par classe d’âge (plus fréquente
chez les jeunes animaux)

Productivité = (nbre annuel de jeunes sevrés/ Encore aooelé taux de sevraae


numérique nbre de femelles en âge de
reproduire) x 100

Taux d’exploitation = (nbre d’animaux sortisdéfiniti- Ne sont pas comptées les morts
numérique vement / effectif moyen du naturelles dans les sorties
troupeau) x 1,OO définitives

Croit numérique = ((effectif final -effectif début Le croit exprime le bilan de


brut exercice) / effectif moyen du l’accroissementnaturel et de
troupeau) x 100 l’exploitationdu troupeau. II peut
etre positif, négatif ou nul

Croit numérique Même calcul que croit brut, sans


net tenir compte des apports
d’animaux extérieurs (achats,
dons, hdritages)

Rendement Taux d’exploitation t croit net Quand le croit est négatif, le


numérique rendement numérique est inférieur
au taux d’exploitation.

404
Rôle-prépondérant
de I’alimmtati~on
sur la reproduction

FERTILITÉ ET FÉCONDITÉ : ÉTAT CORPOREL ET’ALIMENTATION


La sou&alimentation des reproducteurs provoque :

l l’arrêt de la production de spermatozoïdes chez le mâle,


l le retard de la puberté chez la femelle,
Figure 213 : répartition des
l la prolongation anormale de l’anœstrus,
mises-bas caprines en
l la multiplication des avortements précoces.
situation de plaine en Haïti
Figure 214 : répartition des Les mises-bas des chèvres haïtiennes élevéesen plaine et en altitude s’effectuent
mises-bas caprines en tout au long de l’année, mais 50% sont regroupées en 3-4 mois. Cependant, suivant
situation d’altitude en Haïti les régions, les pics de mises-bas sont différents.

misu bas (en%)

2
1 , ,‘; ,; knout mi5
b‘J FPl AM JJA S 0 N D J F HA M' JjASON

l En plaine : on note deux périodes princip,ales de mises-bas, février et août,


totalisant chacune environ 20 % du total des mises-bas de l’année, ainsi qu’un
troisième pic, plus petit, au mois de novembre. Cette périodicité est mettre en
relation directe avec les disponibilitis alimentaires durant les mois précédant les
fécondations c’est-à-dire août, février et mai. Les mois de mai et août sont, en effet,
les deux mois où la, pluviométrie est la plus importante, assurant la repousse des
herbes de bordure de chemins et des zones incultes (les cultures occupant la quasi
totalité de l’espace cultivable). Les fécondations importantes de mars sont liées
aux disponibilités des résidus de culture (chaumes de sorgho en février). De plus

405
la répartition des disponibilités alimentaires, avec des conditions (systèmes de
culture/pluviométrie) optimales à deux périodes de l’année, février et août, permet
une meilleure alimentation des jeunes, puisque les mises-bas ont lieu ces mêmes
époques.
l En zone d’altitude, où la pluviométrie est beaucoup plus étalée, et où le
système de culture en place n’offre que peu de résidus, d’ailleurs destinés en
priorité au gros bétail, il en va tout autrement. Les deux tiers des mises-bas sont
regroupées sur 6 mois. Les fécondations plus nombreuses de janvier, mars et août
sont liées à la repousse des herbes (pluviométrie) sur les «terrains-cabris>> qui ne
sont pas enclavés, d’octobre a décembre.
De la même manière, l’écart entre les mises-bas des chèvres beaucoup plus
important en zone d’altitude (438 jours) qu’en zone de plaine (273 jours) est du, en
grande partie, aux déficits alimentaires plus importants et plus longs en altitude.

Figure 215 : performances des Guadeloupe


caprins créoles en Haïti et en Altitude Mise-bas
Guadeloupe saison
des pluies

7 438 210

Intervalle mises-baslfécondation 64

Nombre de portéeslfemellelan 1 1,33 1,5

Les besoins en minéraux sont importants au moment de la lutte et en gestation-


lactation. Si les animaux ne trouvent pas minéraux et vitamines en quantité
suffisante dans leur alimentation (carence des fourrages), la fertilité diminue.

D’autres facteurs interviennent sur la fertilité :


l le climat : les fortes chaleurs diminuent la spermatogénèse et peuvent provoquer
des avortements. L’exposition au soleil entraîne les mêmes conséquences et, dans
la mesure du possible, il faut réserver les endroits ombragés pour la lutte ou
réaliser des abris simples pour les heures chaudes de la journée.
Les races locales sont en général moins sensibles aux variations du milieu
climatique que les races importées.
l l’âge : plus les animaux vieillissent, plus leurs capacités de reproduction
faiblissent. A partir d’un certain âge, elles cessent totalement : c’est la stérilité.
l les pratiques d’élevage :
- l’allaitement prolongé des jeunes retarde la reprise des cycles oestraux chez les
mères et allonge l’intervalle entre deux mises-bas,
- une fécondation à une Epoque défavorable aboutit à une mise-bas dans de
mauvaises conditions alimentaires. Les jeunes sont mal nourris et les mères ne
pourront pas reconstituer leurs réserves ce qui retarde la reprise de l’activité
sexuelle.
l les maladies :
- la brucellose est une des principales causes d’avortement tardif des ruminants.
Elle provoque également une mortalitëdes jeunes et l’infécondité des femelles.
D’autresmaladies provoquent des avortements : la trypanosomiase, lapiroplasmose,
la listriose, etc,
- les vaginites (inflammation du vagin) et les métrites (inflammation de l’utérus)
s’opposent à un accouplement correct et à une bonne nidification. L’inflammation
de l’épidydime (glande de l’appareil sexuel), souvent d’origine infectieuse, rend le
mâle peu fertile et même stérile.
Enfin et de façon plus générale, toutes les maladies (parasitaires notamment)
affaiblissent l’organisme maternel et entraînent une baisse de fertilité.

406
PROLIFICITÉ : RANG DE-LA PORTÉE,RACE ET ALIMENTATION
Les primipares (femelles mettant bas pour la première fois) ont des portées plus
petites que les multipares (femelles ayant déjà mis-bas). Par exemple, en
Guadeloupe, on observe pour les chèvres primipares une porte moyenne de 1,67
chevreaux et 2,22 chevreaux pour les multipares. Cette caractéristique se retrouve
pour toutes les espèces prolifiques et particulièrement les porcins.
Certaines races dans des conditions d’élevage équivalentes sont plus prolifiques
que d’autres (les races de porc chinoises par rapport aux races européennes).
Enfin l’alimentation joue également un rôle important sur la prolificité. En Haïti,
chez les caprins dans les conditions traditionnelles d’élevage, on observe un
nombre moyen de petits par portée de 1,8 en plaine et de 1,6 en altitude où les
conditions d’alimentation sont moins bonnes. Près de la moitié des mises-bas en
altitude sontconstituées de portées simples alors qu’en plaine, elles n’en représente
que le quart.

INTERVALLE ENTRE DEUX MISES-BAS :


ALIMENTATION ET CONDUITE D’ÉLEVAGE
Les conditions d’alimentation dans l’allongement de la période entre deux mises-
bas interviennent directement par la diminution de la fertilité des femelles et
indirectement par la presence prolongée sous la mère des petits qui ne sont pas
sevrés du fait du déficit alimentaire.
L’absence de mâles actifs dans le troupeau augmente l’intervalle moyen entre deux
mises-bas, de même qu’une mauvaise détection des chaleurs, principalement
quand les animaux sont enfermés ou attachés: Cette dernièrb ,cause est souvent !a
plus importante quand l’éleveur est pris par d’autres occupations dans l’exploitation.

407
La conduit6 db la
reproduction
C-énéralement, en zone tropicale, les races locales peuvent se reproduire toute
l’année et la présence permanente du mâle parmi les femelles entraîne des saillies
étalées. Il en résulte une baisse de la fécondité, des mortalités importantes à
certaines périodes et une faible croissance sur les jeunes animaux qui restent
vivants.
Le premier objectif du contrôle de la reproduEtion est donc d’obtenir des périodes
choisies à l’avance (en fonction des disponibilités alimentaires ou de main d’oeuvre)
le plus grand nombre de femelles mettant bas (fertilité) dans le moins de temps
possible (bonne synchronisation).

PRÉPARATIONDES SAILLIES

CONSTITUTIONET Il est préférable, quelques semaines avant la saillie de constituer le troupeau qui
ISOLEMENT DES LOTS va à être mis à la reproduction et donc d’éliminer les animaux qui doivent à être
réformés (femelles trop âgées, stériles, malades, élevant mal leurs jeunes, etc.).
C’est à ce moment qu’il faut introduire dans le troupeau, si ce n’est déjà fait, les
jeunes femelles mises à la lutte pour la première fois. Ces jeunes femelles devront
être d’âge et de poids suffisant pour qu’il y ait fécondation (260 kg pour les bovins
créoles, 15 kg pour les chevrettes et 24 kg pour les agnelles).
Pour obtenir une bonne fertilité en toute saison et, particulièrement pour les petits
ruminants, il est très souhaitable de recourir à l’effet mâle (voir plus loin) qui
permet d’induire des cycles chez les femelles en [Link] technique n’est
valable que lorsque les femelles ont été séparées du mâle (vue, sons et odeur)
pendant au moins trois semaines avant la lutte.

PRÉPARATION Une préparation alimentaire des femelles peut commencer 8 a 15 jours avant la
DES ANIMAUX saillie, c’est le a<flushing». La distribution d’un aliment complémentaire ou d’un
fourrage de bonne qualité améliore la fertilité en déclenchant une nouvelle
ovulation chez les femelles en anoestrus.
De même, pour les mâles, une alimentation de bonne qualité deux mois avant les
saillies augmente le volume testiculaire et la qualité du sperme. Ces pratiques sont
spécialement indiquées quand les saillies se déroulent en periode de déficit
alimentaire (saison sèche).
Tous les animaux devront à être déparasités et l’eleveur devra prendre garde aux
boiteries qui entraînent toujours une baisse de fertilité (impossibilité du chevau-
chement).

408
RÉALISATION DES SAILLIES
DÉTECTIONDES La détection des chaleurs au pâturage ne pose; en général, pas de problème à un
CHALEURS .- éleveur expérimenté. Elle demande néanmoins un certain temps, pour observer
attentivement les femelles. En cas de surcharge de travail, certaines femelles en
chaleur pourront ne pas être détectées et la fertilité globale du troupeau sera
diminuée.
En-stabulation ou l’attache, la détection des chaleurs est plus délicate car seules
les modifications physiologiques et anatomiques trahissent l’oestrus. Dans ce cas,
l’introduction d’un mâle vasectomisé (dont les cordons testiculaires sont coupés)
est le meilleur moyen pour indiquer les femelles en chaleur : il cherche a les saillir
sans q?u’il y ait de risques de fécondation.

UTILISATION DE L’effet mâle est la brusque réintroduction de mâles dans une troupe de femelles
L’EFFET MÂLE après une séparation complète d’aumoins 3 semaines. Elle provoque la reprise des
cycles chez la quasi totalité des femelles en anoestrus (principalement chez la
chèvre).
Au cours d’une expérimentation en Guadeloupe, l’effet mâle a permis d’obtenir
trois fois plus de chevreaux. Cette technique peut être contraignante en main
doeuvre mais elle est peu coûteuse.

TECHNIQUESDE MISE À LA [Link]


LA MONTE EN LIBERTÉ Ce sont les reproducteurs brutalement réintroduits qui induisent les cycles et qui
réalisent les fécondations. La présence des mâles avec les ‘femelles doit à être ,
suffisamment longue (durée d’au moins deux cycles oestral) pour que toutes les
femelles puissent être saillies au moins deux fois.
La monte en liberté a l’avantage de diminuer le temps de surveillance du troupeau
et, dans certains cas, d’augmenter la fertilité globale par une meilleur détection
des femelles en chaleur par les mâles.
l Lorsque plusieurs mâles entiers sont introduits parmi les femelles : certains
mâles peuvent s’épuiser rapidement ou se désintéresser de quelques femelles. La
paternité des produits et les dates de mises-bas ne seront pas connus.
L’utilisation d’un harnais marqueur permet de connaître les dates et pourcentages
de saillies et de prévoir les mises-bas.
l Lorsqu’il y a un seul mâle par lot de femelle : l’éleveur connaît la paternité des
produits. En revanche, si le mâle utilisé est défaillant, il n’y a’pas de possibilité de
rattrapage par un autre. Dans ce cas l’utilisation du harnais marqueur pour
contrôler les femelles effectivement saillie,s est recommandée.

LA MONTE EN MAIN Après détection des chaleurs (par l’éleveur, par un mâle vasectomisé ou par un
mâle portant un tablier empêchant la saillie), les femelles sont mises en présence
du mâle choisi pour réaliser la saillie (le matin de bonne heure de préférence). Pour
augmenter les chances de fécondation, une femelle sera saillie au moins deux fois
pendant la période de mise à la reproduction.

L’INSÉMINATION L’insémination artificielle consiste féconder une femelle avec du sperme (frais ou
ARTIFICIELLE congelé) préalablement prélevé sur un mâle et introduit dans !e vagin de la femelle
en chaleur à l’aide d’une sonde.
L’insémination artificielle offre de nombreux avantages mais nécessite une
infrastructure et une technicité importante pour à être utilisée à une large échelle.
Nous ne la développerons pas ici.
Dans tous les cas de figure, des modifications de l’environnement pendant la monte
(alimentation, climat, manipulations) sont à déconseiller vivement car elles
entraînent toujours une baisse de la fertilité.

409
LE DIAGNOSTICDE GESTATION
Le retour en chaleur des femelles saillies indique que la fécondation ne s’est pas
effectuée et qu’elles ne sont pas gestantes. Elles doivent alors être remises a la
saillie.
Si le retour en chaleur n’a pas pu à être observé, certains signes morphologiques
indiquant la gestation mais intervenant tardivement peuvent à être observés :
tendance à l’engraissement, développement du tiers inférieur de l’abdomen puis
développement de la mamelle.
Des diagnostics de gestation plus précoces existent mais nécessitent une certaine
technicite : palpation transrectale, dosages hormonaux, échographie.

LA GESTATIONET LES MISES-BAS


Toute gestation qui n’arrive pas a son terme est un avortement. Ceux-ci peuvent
être traumatiques, alimentaires et surtout infectieux. Dans ce cas, pour éviter
d’autres avortements dans le troupeau et une éventuelle contamination de
l’homme (par la brucellose notamment), certaines précautions doivent être prises.
Pour tous les avortements constatés:
l détruire le foetus et le placenta,
l isoler la femelle qui a avorté,
l rechercher une éventuelle cause infectfeuse (isolement de bactéries, recherches
sérologiques).
Avant la mise-bas et principalement pendant la saison sèche ou en période de
déficit alimentaire, il est recommandé de distribuer un complément d’alimentation
aux femelles (concentré, fourrages de bonne qualité) pour permettre un bon
démarrage de la lactation qui réduit la mortalité des jeunes sous la mère.
Il est recommandé de prendre certaines précautions pendant le déroulement de la
mise-bas : femelle isolée ou ramenée près de la maison pour éviter l’attaque des
nouveaux-nés par les chiens, mises-bas sur un terrain sec et plat et sur une litière
de préférence.
Pour optimiser la productivité d’un troupeau, il ne suffit pas de vouloir augmenter
le nombre de jeunes par mère, il faut aussi raisonner la répartition des naissances
sur l’année en tenant compte des possibilités alimentaires, de l’état d’entretien des
animaux, de la main d’oeuvre ainsi que des exigences du marché.
Pour toutes les espèces, l’alimentation apparaît en Haïti comme le principal
facteur limitant de la reproduction des races créoles pourtant adaptées.
Avant toute intervention sur un troupeau,lune analyse conjointe des paramètres
de reproduction et des disponibilités alimentaires devra donc être mise en oeuvre.

410
l
Les races créoles La race créole (vaches, chèvres, moutons, génétique, mémoire de l’évolution passée des
porcs) est la fille du climat et du sol. Elleest née animaux et des objectifs de l’éleveur qui ont
des ressourcesalimentaires, du milieu et des sélectionné des types’bien définis au fil des
conditions générales de l’élevage, du patrimoine générations.

Chèvre créole
(photo J. Cavalié)

Facteurs d’adaptation des


races

CLIMAT

Une grande facultb d’adaptation Un patrimoine génétique riche à préserver


l Un immense patrimoine : l’adaptation des
“i” PATWiOlNE lAux conditions climatiques : bonne résistance
races créoles leur milieu s’est inscrite avec le
GiNETIQUE aux températures élevées et aux pertes d’eau
B~~EURS DE5 ANIMAUX temps dans leurs chromosomes. C’est un
corporelles.
immense réservoirgénétique dans lequel
lAux maladies endémiques : parasites internes l’homme peut puiser pour les améliorer tout en
et externes, certaines maladies infectieuses. préservant leur adaptation.
l Au milieu physique et aux ressourceslocales : l un patrimoine sous-utilisé: les faibles
résistance importante aux périodes de déficit performances des races créoles en milieu
alimentaire annuelles ou exceptionnelles. villageoistraditionnel ne sont pas liées à leurs
caractéristiquesgénétiques mais des conditions
d’élevage actuellement non satisfaisantes
(alimentation, reproduction, maladies).

411
les besoinsalimentaireS
et l’adigestion~ .’
Chaque animal domestique doit s’alimenter quotidiennement pour,
dans un premier temps, assurer sa vie et quelquefois sa survie quand
les conditions deviennent particulièrement dif&iles. La vie d’un
animal, c’est-à-dire le maintien de l’intégrité de ses tissus, le
fonctionnement de son organisme, son activité physique spontanée,
l’utilisation d’aliments, la lutte contre des conditions climatiques
défavorables impliquent diverses dépenses dites d’entretien.
L’animal va devoir senourrir pour compenserles dépensesd’entretien
qui contribuent à le maintenir en vie.

Quand les aliments à sa disposition sont suffkants et bien adaptés,


l’animal va produire ce que l’éleveur attend de, lui : viande, lait,
jeunes, laine, travail... Dans ce cas, en plus des dépensesd’entretien,
l’alimentation -devra couvrir les dépenses nécessaires à ces
productions.

C’est la digestion qui va permettre de transformer les aliments en


nutriments assimilables par l’organisme pour satisfaire sesbesoins
d’entretien et de production. Les m&anismes de cette digestion sont
très différents selon les espèces. Grâce à cette transformation, les
aliments acquièrent une valeur alimentaire caractéristique pour
chacun d’entre eux et chaque espèce animale.

413
Les besoins des
animaux

VIVRE ET PRODUIRE
Les phases productives, improductives ou très peu productives (période entre le
sevrage et la mi-gestation par exemple) alternent tout au long de lavie de l’animal
domestique.
Dans les systèmes d’élevage dits intensifiés, les périodes improductives sont
réduites au minimum et les animaux restent en production permanente tout au
long de leur carrière dans l’exploitation. Les femelles sont en croissance, en
gestation’ou en lactation. Les jeunes mâles sont en croissance continue pour
produire beaucoup de viande en un minimum de temps. Les mâles adultes servent
à la reproduction ou produisent du travail.
Pour maîtriser l’alimentation de ses animaux, l’éleveur doit dans tous les cas,
couvrir tout au long de la vie de l’animal les dépenses d’entretien auxquelles
s’ajoutent pendant les phases productives, les dépenses de production.

LA NATURE DES DÉPENSES


Les dépenses d’entretien et de production engendrent des besoins physiologiques
d’eau, d’énergie, de protéines, de minéraux et de vitamines.

L’EAU L’eau assure de nombreuses fonctions indispensables à la vie. Elle représente


jusqu’à 2/3 du poids vif d’un animal. Sa concentration est variable dans les
différents tissus, de 70% à l’intérieur des cellules à 80% dans le sang, la lymphe et
le contenu digestif. Elle contient les ions nécessaires au bon fonctionnement des
cellules et assure les échanges et les équilibres ioniques entre les différents tissus
de l’organisme.
L’eau corporelle se renouvelle en permanence. Elle est apportée par l’alimentation
et l’abreuvement. Elle est éliminée principalement par l’urine mais aussi par les
fécès (excréments), la surface corporelle (respiration et transpiration) et certaines
productions (lait).
De nombreux facteurs influent sur cette élimination de l’eau corporelle : l’espèce,
le sexe, l’âge, les conditions climatiques. La chaleur va augmenter l’élimination de
l’eau par la peau (sudation) et par les poumons (halètement).
La réserve d’eau constituée par le volumineux contenu digestif des ruminants leur
permet de résister plus longtemps que le porc ou l’homme à la privation d’eau.

414
L’ÉNERGIE Un organisme vivant consomme de l’énergie en permanence :
l pour assurer la bonne marche et le renouvellement de ses cellules,
l pour maintenir son tonus musculaire (coeur, poumons, déplacements ~sponta-
nés...), l
Cette énergie est dissipée sous forme de chaleur qui sert, entre autres, a maintenir
la température interne de l’animal. ”
Les dépenses énergétiques varient avec la surface corporelle de l’animal. Pour un
type d’animal donné, elles augmentent moins vite que le poids, elles sont
proportionelles au poids de l’animal élevé à ,la puissance 3/4 (P”.76) qui est appelé
poids métabolique.

Figure 215 : relation entre le


poids et le poids métabolique.

l LES PROTÉINES Les protéines représentent 15 à 20% du poids du corps. Elles sont présentes dans
les muscles en premier lieu mais aussi dans les cartilages, les tissus conjonctifs et
les phanères (poils, laine, onglons). Les protéines sont en permanence détruites et
reconstruites par l’organisme pour la constitution de tissus et le métabolisme
général. Une partie des acides aminés provenant de la dégradation des protéines
est reutilisée par Yorganisme. Le reste est éliminé par les excréments, 1>urine sous
forme d’urée et la peau (perte des poils, sueur>.

~ LES MINÉRAUX Le squelette et les dents contiennent de 70 à 80% du calcium, du phosphore et du


magnésium de l’organisme. Ceux-ci avec le sodium participent également au
métabolisme général et sont indispensables au bon fonctionnement de la cellule.
Le réaménagement perpétuel des tissus osseux implique une démobilisation des
éléments minéraux qui sont, pour la plus grande partie, réutilisés. Une petite
partie est éliminée dans les fécès.
L’organisme pour assurer le bon fonctionnement de ses chaines métaboliques
essentielles a la vie a également besoin d’autres minéraux en très petite quantité
(fer, manganése, cuivre, zinc, cobalt, iode, etc). Ce sont les oligo-éléments.

LES VITAMINES Les vitamines sont des molécules non synthétisées par l’organisme mais indis-
pensables à son métabolisme. Elles sont apportées à l’animal par l’alimentation.
l Lavitamine Aparticipe àla synthèse protéique (peau, hormone) et àl’immunité.
l Lavitamine D intervient dans le métabolisme du calcium. C’est un facteur anti-
rachitique et de consolidaton des os principalement pour les femelles laitières(et
les animaux en croissance.
l La vitamine E est un anti-oxydant intervenant dans la constitution et le
fonctionnement des parois cellulaires. _
l La vitamine B intervient dans l’activité cellulaire et la vitamine K dans la
coagulation du sang.
Figure 216 : apports de
Vitamine A Vitamine D
vitamines recommandés
(en Unité Internationale par kg
Vaches taries 600 kg 4000 1200
de Matière Sèche, Ullkg MS).
Vaches laitières en début de lactation
(O-3semaines) 4000 1000
Vaches laitiéres en pleine lactation 3200 1000
Vaches allaitantes 3900
Taureaux 3200 300
Génisses et taurillons en croissance 2200 300
Veaux : aliment d’allaitement 3750 600
Veaux : aliment concentré 2200 300
Brebis~al’entretienet en début de gestation 2700
Brebisau dernier mois de gestation 3300
Brebis en lactation 2400
Agneau 20 kg 950
Agnelle 40 kg 1350
Belier 80 kg 2000

2200

Figure 217 : un régime


alimentaire équilibré

L’ENTRETIEN ET LA PRODUCTION
LES DÉPENSES Dans la situation physiologique dite d’entretien, l’animal ne produit rien, ni croît,
D’ENTRETIEN ni lait, ni travail. Son poids vif reste constant ainsi que ses réserves corporelles.
Les depenses énergétiques d’entretien varient suivant plusieurs paramètres :
l l’espèce : les dépenses d’entretien par’kilo de poids vif des bovins sont supé-
rieures de 20 à 30% a celles des ovins,
l la race : les bovins de race laitière ontdes dépenses d’entretien supérieures de
13% aux bovins de race à viande,
l le sexe : les mâles ont des dépenses.d’entretien 15 à 20% supérieures à celles des
femelles,
l l’âge : les besoins d’entretien diminuent regulièrement avec l’age,
l les dépenses d’entretien liées à l’alimentation et a la digestion varient
suivant I’espèce (monogastriques, polygastriques) et le régime alimentaire. Un

416
Un foin entraîne une dépense d’ingestion et de rumination 7 à 8 fois plus
importante qu’un aliment concentré,
l en période de sous-alimentation, les besoins d’entretien en énergie
diminuent progressivement. Cette adaptation a la sous-alimentation résulte
d’une diminution du poids des viscères (en particulier du foie) parrapport au reste
du corps et d’une diminution de leur activité métabolique. Cette résistance a la
sous-alimentation est plus importante pour les races rustiques bien adaptées à
leur milieu que pour les races améliorées. Les animaux rustiques s’adaptent à la
disette.
l l’activité physique (station debout, déplacements spontanés, parcours)
augmente les dépenses d’entretien ‘en énergie. Elles s’accroissent avec la
vitesse de déplacement et avec la pente du sol : de 5 à 15% sur des parcours
horizontaux jusqu’à 60% pour les parcours à forte dénivellation,
l enfin les dépenses énergétiques varient en fonction des conditions
climatiques. Les jeunes animaux, dans les heures qui suivent leur naissance,
sont mal protégés par leur pelage ou leur toison et sont très sensibles aux varia-
tions d’ambiance (chaleur, humidité, courants d’air).

LESDÉPENSES Les productions (gestation, lait, viande, travail, etc.) créent des besoins physiolo-
[Link] giques en eau, énergie, protéines, minéraux et vitamines. Il n’y a pas de dépenses
spécifiques à la production. Elles sont de même nature que les dépenses d’entretien
et vont s’ajouter à ces dernières.
Le niveau de production permet de comparer l’importance des dépenses
engendrées par les différentes productions :

dépenses dépenses
d’entretien + de production
Niveau de production =
dépense d’entretien

Il est égal à 1 quand la production est nulle et va augmenter avec celle-ci.

Lagestation Le foetus se comporte comme un parasite vis-à-vis de sa mère. Il y puise tous les
éléments nécessaires à son développement et a sa croissance qui s’effectue à 80%
dans le dernier tiers de la gestation. Les depenses de gestation sont beaucoup
moins importantes que les besoins d’entretien de la femelle. D’un point de vue
quantitatif, la gestation n’est pas très coûteuse.
En revanche, la croissance du foetus nécessite certains éléments spécifiques :
vitamine A et glucose en fin de gestation particulièrement. Si celui-ci n’est pas
apporté en quantité suffisante par l’alimentation, la mére va puiser dans ses
réserves et favoriser ainsi l’apparition de maladies (toxémie de gestation chez la
chèvre et la brebis par exemple).

La lactation La mamelle se développe en fin de gestation et produit le colostrum dans les jours
précédant la mise-bas. Dès la mise-bas, la mamelle commence à produire du lait
pour atteindre un pic de lactation en quelques semaines pour les ruminants.
Pour fabriquer le lait, la mamelle va puiser dans le sang tous les éléments
nécessaires à son élaboration : eau, glucose, acides aminés, acides gras, minéraux.
Chez les ruminants, 400 litres de sang sont filtrés pour l’élaboration d’un litre de
lait.
Les dépenses de lactation incluent les éléments exportes par le lait et ceux
nécessaires au fonctionnement de la mamelle (de l’énergie’principalement).
Chez la vache laitière, les dépenses engkndrées par la production de 12 litres de lait
sont équivalentes aux dépenses d’entretien (respectivement’1 litre et2 litres de lait
pour la brebis et la chèvre).
Comme la gestation, la production de lait est exigeante en glucose et calcium. Un
défaut de ces élements ou de leurs précurseurs dans l’alimentation entrainera la

417
mobilisation des réserves et augmentera le risque d’apparition de certaines
maladies (cCtose, fièvre délait). /

La croissanceet Lors de la croissance, les différents tissus et organes vont augmenter en taille et
l’engraissement en poids et. varier dans leur composition.
Les muscles vont se développer dans un,premier $mps par une augmentation
importante de !a masse protéique puis, avec Yâge, la for’mation de gras prendra le
pas sur la production de viande.
Le squelette se dével0ppe moins que les muscles mais se solidifie avec le temps.
Certaines caractéristiques des animaux vont jouer sur la croissance musculaire et
l’engraissement :
l I’âge,

l l’espèce : certaines espèces développent plus de gras que d’autres (porcins,


ovins),
l la race : les races à viande ont des croissances plus rapides et plus orientées vers
la production de viande que les races laitières,
l le sexe : les femelles font plus de gras iue les mâles,
l certains aliments favorisent la production de viande, d’autres la production de
gras.
Les dépenses engendrées par la croissance et I’engraissement sont moins
importantes que les dépenses de lactation. Elles sont toujours inférièures aux
besoins d’entretien. Le niveau de production varie de 1.3 pour les animaux
d’élevage à 1.8 pour les animaux en croissance maximum (agneaux par exemple).

Letravail Le travail va principalement augmenter la consommation d’énergie mais les


protéines et les minéraux sont aussi nécessaires pour la reconstitution des masses
musculaires.
Les dépenses de travail varient suivant l’effort ‘demandé (transport, labour,
hersage...), la nature du terrain, le temps de travail, les conditions extérieures et
l’état de l’animal.
Il existe peu de données concernant. les niveaux de production liés au travail dans
la littérature.

La constitution ‘Les animaux domestiques n’utilisent pas immédiatement tous les aliments qu’ils
de réserves ingérent. Quand l’alimentation est abondante, en saison des pluies ou en période
de moindre production (fïp de lactation, aéht autarissement), I’animal consomme
plus d’aliments que n’en nécessitent ses besoins d’entretien et de production. Il va
alors stocker dans son organisme cesnutriments excédentaires : l’animal constitue
des réserves.
A l’inverse en période difficile (saison ,sèche) ou dans certaines conditions
physiologiques particulières où les besoin; augmentent brutalement (début de la
lactation), l’alimentation seule ne suffit pas à couvrir les besoins d’entretien et de
productioti. Pour faire face à cette demande, l’animal va puiser dans ses réserves.
Ces réserves constituent un volant de sécurité et permettent aux animaux
domestiques de franchir sans trop de dommages certaines étapes difficiles. Les
races rustiques sont, plus aptes à constituer et à mobiliser des réserves sans
dommages pour leur santé que les races améliorées.
La gestion optimale des réserves corporelles demande une maîtrise permanente de
la conduite alimentaire. Elle est souvent un bon indicateur du savoir-faire de
l’éleveur.
Les aliments excédentaires ingérés sont stockés par l’organisme principalement
en lipides sous forme de graisse. Les grai,sses constituent la majeure partie des
réserves énergétiques de l’organisme. Leur répartition est variable suivant les
espèces :graissesdecouverturepourlespo~cinsetlesovins,graisseintramusculaire
pour certains bovins et graisse intra-péritonéale pour les caprins. Une chèvre,
maigre eti apparence, peut avoir à sa disposition plusieurs kilos de graisse de
réserve à l’intérieur de son abdomen.

418
L’état d’engraissement d’un animal et donc ses réserves corporelles peuvent
s’apprécier par certaines techniques :
l mesure de l’épaisseur de la couche de lard dorsal chez le porc,
l manipulations de certains points anatpmiques pour les bovins et les moutons,
l les réserves corporelles sont très diffkile à estimer pour les chèvres adultes.
Les deux grandes périodes de mobilisation des réserves corporelles sont :
l la saison sèche et les périodes de soudure (périodes d’alianentation réduite),
l le début de la lactation pour les femelles (forte augmentation des depenses de
production).
Pour que l’animal passe sans encombre ces étapes diffrcilesj l’éleveur devra veiller
a ce que les réserves se reconstituent lors des périodes d’abondance ou de moindre
production. Les apports alimentaires devront alors être supérieurs [Link]
durant ces périodes.
Quelquefois, et en particulier pour les petits ruminants, l’éleveur peut distribuer
dans les semaines qui précédent la mise-bas un aliment très énergétique qui va
permettre aux femelles daugmenter leurs réserves corporelles. Cette pratique
s’appelle le «flusching».
gestion et
estion
des aliments
LA CAPACITÉ D’INGESTION
Les animaux domestiques mangent pour couvrir leurs besoins d’entretien et de
production.
La capacité d’ingestion est la quantité totale d’aliments que peut ingérer
volontairement un animal alimenté a volonté. Elle se mesure en unités
d’encombrement KJE).
La capacité d’ingestion d’un animal dépend de plusieurs paramètres :
l principalement, de son niveau de production énergétique : plus un animal
depense d’énergie (production de lait, de viande, de travail, etc.) plus sa capacité
d’ingestion augmente,
l de ses caractéristiques anatomiques : plus le ou les estomacs sont développés,
plus la capacité d’ingestion est importante (au cours de la croissance, la taille de
l’estomac augmente avec la taille de l’animal); en fin de gestation, le ou les foetus
présents dans l’utérus compriment l’estomac (le rumen chez les ruminants), ce qui
diminue la capacité d’ingestion de la femelle,
l de caractéristiques physiologiques : la capacité d’ingestion augmente avec
l’appétit de l’animal. Cet appétit est régulé par le système nerveux central.
L’environnement de l’animal ainsi que les pratiques d’élevage et d’alimentation
influent également sur la capacité d’ingestion. Elle peut être diminuée par de
nombreux facteurs :
l le manque d’abreuvement,
l une consommation insuffisante d’azote et de minéraux,
l des maladies parasitaires ou métaboliques,
l tous les stress : changement d’alimentation, transport, intégration dans un
autre troupeau, etc.

LA DIGESTION
La digestion est l’ensemble des phénomènes mécaniques, chimiques et
microbiologiques qui transforment les aliments ingérés par l’animal en
nutriments assimilables par l’organisme pour satisfaire ses besoins
d’entretien et de production.
Les fonctions mécaniques de la digestion sont la préhension, la mastication, la
déglutition, le mélange et le transit des aliments.

420
l La fonction chimique est assurée par l’action des sécrétions digestives (gastriques
et intestinales).
l La fonction microbiologique est la conséquènce dè l’action de dégradation et de
transformation des aliments par la flore microbienne présente dans le tube
digestif.

Figure 218 : représentation schématique des principaux facteurs qui déterminent la capacité d’ingestion d’un animal et la quantité de
matière séche ingérée.

~ksse din+tion tilk AU bekn éyw ékjuc ‘etoltdesvéseuves


(apphtit) vuwIw &mdl4ctlon
4
[
1

CAPACITÉ D’INGESTION
DE L’ANIMAL
mrknces
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Stresshaujetq ) mpacit~d'i#g&i\ofl
v
1 QUANTITÉ DE MATIÈRE $lE INGËRËE 1

I I
it&ESTiBiLiTË VALEURUF QUANTITElJF
ivyestibilité encombvewten1 digestibilité

Q Q ,J+$Jz i -- ZgiMéraM ”

I
FOURRAGES I l
‘CONCENTRÉ I

Figure.219 : schéma général de la digestion. Sucres


Acidesgras volatiles hiéraux Eau
Ammoniac Acides aminés AGV
f f Vitamines f
Digestion Digestion Digestion Digestion Digestion
mécanique microbienne mécanique et chimique et microbienrle
chimique [salive) chimique enzymatique q

Aliments -
1 Monogastriques
Préhension

T
Masti’ation ’ Brassage -- Brkssage -Transit -Transit - Fécès
Eau - Transit

--J

BOUCHE PRE-ESTOMAC ESTOMAC INTESTIN GROS


(polygastriques) GRELE INTESTIN

421
Les principes généraux de la digestion sont les mêmes pour tous les animaux.
Néanmoins, il exkte deux grandes familles d’animaux domestiques présentant
des caractéristiques anatomiques de l’appareil digestif bien differenciées :
l les monogastriques, «a un seul estomac», qui peuvent être des herbivores
(chevaux, lapins), des omnivores (porc) ou des granivores (volailles). L’homme est
un monogastrique,
l les polygastriques, «à plusieurs estomacs», qui sont tous des herbivores. Ce
sont les ruminants (bovins, moutons, chèvres, etc.).
Nous allons étudier séparement les caractéristiques de la digestion chez ces deux
grandes familles d’animaux domestiques.

LA DIGESTION
CHEZ Chez le porc, la motricité de l’estomac et de l’intestin jouent un rôle majeur dans
LEPORCETLES la digestion.
MONOGASTRIQUES Les aliments ingérés à l’occasion d’un repas unique peuvent rester jusqu’a 24
heures dans l’estomac. L’évacuation de l’eau d’abreuvement et de la phase liquide
Lesfonctions d’un aliment s’effectue trés rapidement sous l’influence de la pression. L’évacuation
des particules solides contenues dans l’estomac est beaucoup moins rapide.
mécaniquesde la
digestion Le transit dans l’intestin grêle dépend de plusieurs facteurs :
l de la vitesse de vidange de l’estomac,
l de la nature et de la présentation des aliments ingérés : le son augmente la
vitesse de transit alors que le broyage des aliments la diminue. Quand la vitesse
de transit est faible, l’animal est constipé. Les truies en gestation sont très
sensibles à la constipation.

Lessecrétions Les sécrétions digestives impliquées dans la digestion sont :


l la salive (glandes salivaires),
digestives
l le suc gastrique (estomac),
l la bile (foie),
l le suc pancréatique (pancréas),
: les sucs intestinaux (muqueuse intestinale).
, Les aliments sont tout d’abord en contact avec la salive lors de la mastication. Ils
sont ensuite mélangés avec la secrétion gastrique pendant toute la durée du séjour
dans l’estomac. Après son expulsion dans l’intestin gréle, le contenu de l’estomac
est mélangé à la bile, au suc pancréatique et enfin aux secrétions intestinales.
Toutes ces secrétions sont très riches en enzymes qui dégradent les protéines, les
glucides et les lipides de l’aliment.
Les sécrétions digestives sont sous le contrôle ,du système nerveux central. Par
exemple, la simple présentation d’un aliment à un porc va déclencher la production
de salive et de suc gastrique.

Ladigestion Dans les aliments d’origine végétale, les glucides sont représentés par : la cellulose,
desglucides lalignineetunensemblede substancesappelées”extractif’nonazoté(hémicellulose,
pectine, amidon, glucose, lactose, fructose, etc..). Les enzymes présents dans les
sécrétions digestives du porc dégradent l’extractif non azoté mais ils n’ont
pratiquement pas d’action sur la lignine et la cellulose. Les monogastriques à
l’inverse des ruminants sont donc de très mauvais utilisateurs des végétaux riches
en cellulose (fourrages).
Les glucides et particulièrementl’amidonreprésentent 80% des nutriménts
énergétiques du porc en croissance.
La digestion de l’amidon constitue l’aspect le plus important de l’utilisation des
glucides chez le porc. Les amylases salivaires et pancréatiques (enzymes dégradant
l’amidon) coupent l’amidon en chaînes courtes qui sont ensuite hydrolysées en
sucres simples dans l’intestin grêle où ils sont absorbés. Les sucres simples
présents dans les aliments passent directement dans le sang au niveau de
l’intestin grêle sans subir de transformation.

422
Figure 220 : l’appareil digestif
du porc.

c4apuchon
(cd desac’ ’
gauche)

coh hkoïdal . . ’ ‘-a’:

Dans le gros intestin, des bactéries dégradent une petite partie de la celluloseIde
la ration grâce à une action équivalente à celle observee chez les ruminants.

l
La digestion Les acides aminés utilisés par le porc pour fabriquer ses protéines proviennent
des protéines exclusivement des protéines contenues dans l’alimentation’et dégradées au cours
de la digestion.
Leur dégradation comporte trois étapes :
l une phase stomacale (dans l’estomac) préparatoire où elles subissent une
attaque par les sucs gastriques (pepsines),
l une phase intestinale enzymatique : le mélange de @rotéines hydrolysées
(peptides) et d’acides aminés subit dans l’intestin grêle l’attaque des enzymes
pancréatiques et intestinales. Les acides aminés résultant de cette action sont
absorbés par la muqueuse intestinale et passent dans le sang,
l une phase microbienne dans le gros intestin où les bactéries présentes dégradent
en acides aminés les protéines qui ne l’ont pas été auparavant.

423
Ladigestiondes lipides La digestion des lipides et l’absorption des produits issus de leur dégradation
dépendent des secrétions biliaires et pancréatiques.

LA DIGESTIONCHEZ Les ruminants domestiques se nourrissent essentiellement de fourrages : plantes


LES RUMINANTS herbacées et arbustives des pâturages et parcours naturels, plantes fourragères
cultivées, sous-produits de plantes cultivées à d’autres fins (pailles, tourteaux,
résidus etc.).
Ils consomment et utilisent efficacement les fourrages parce qu’ils sont dotes de
trois pré-estomacs en amont de l’estomac proprement dit équivalent à celui des
monogastriques.
Cet estomac au sens strict s’appelle la caillette et sécrète les sucs gastriques qui
serviront à la digestion chimique des aliments.
Les trois pré-estomacs où se déroule l’essentiel de la digestion microbienne
sont :
l la panse appelée aussi le rumen et qui est de loin le plus volumineux avec une
contenance allant jusqu’à 100 kg chez la vache laitière,
l le réseau (ou bonnet ou réticulum) qui n’est que partiellement séparé du
rumen. Réseau et rumen sont associés quand on considere la digestion microbienne.
l le feuillet (ou omasum) qui est un compartiment de passage entre le rumen-
réseau et la caillette.

Figure 221 : l’estomac des


ruminants.

.owopha9e
cc?rdica., ::
:
. . ..
colde la panse

piliws chcwnu5. . . . . . . . . . . . . .,<.

‘pylore

424
Lapréhension,la Le ruminant happe. sa nourriture avec la langue et la coupe avec les dents. Les
masticationet la bovins coupent l’herbe a la base de la touffe et les petits ruminants au sommet. La
chèvre choisit les parties de la plante les plus appétentes. Elle passe beaucoup~de
ruminatiorï temps à trier les parties de vegétaux quelle ingére et laisse d’importants «refus».
Les mouvements de mastication qui écrasent les fourrages sont deux fois plus,
élevés chez les petits ruminants ( 125 à 150 mouvements de machoire à la minute
,; chez le mouton) que chez les bovins (70 à 80).
Le temps de mastication est beaucoup plus long pour les aliments grossiers
(pailles, foi’ns),que pour les aliments fins (concentrés, résidus).
Les fragments alimentaires résultant de la mastication sont avalés dans un flot de
salive : de l’ordre de 150 1 par jour chez le bovin adulte et de 10 1 chez le mouton.
Ils arrivent alors dans le rumen où grâce à des contractions de la paroi, ils sont
rejetés vers l’arrière et complétement immergés (l’eau repr’ésente plus de 80% du
contenu frais du rumen).
Peu après la fin du repas (10 a 15 mn), commence la rumination. Sous l’influence
d’une contraction du réseau, un bol du contenu du rumen est aspiré par l’oesophage
et remonte dans la bouche. La taille du bol est de 600 à 1060 g chez les bovins et
de 50 à 80 g chez les petits ruminants.
Une fois dans la bouche, le bol alimentaire subit une mastication intense. Les
éléments importants sont broyés en fines particules (clmm). Plus les aliments
ingérés sont grossiers, plus la rumination est longue. Après la rumination, les
aliments sont renvoyés dans la panse ou s’effectue la digestion microbienne.
En règle gënérale, la rumination occupe de plus longues periodes (de 6 a 8 heures
par jour) que Yingestion.
Plusieurs conditions sont nécessaires à une bonne rumination :
l une ration riche en aliments grossiers qui vont stimuler les remontées du bol
alimentaire et la production de salive,
l du repos et du calme : une frayeur peut interrompre le cycle de rumination,
l un remplissage suffisant de la panse.

La digestion Le rumen et le réseau forment une vaste cuve de fermentation dans laquelle de très
microbiennedansle’- nombreux micro-organismes vivent et se développent. Ce sont principalement :
rumen-réseau l des bactéries dites anaerobies parce qu’elles n’ont pas besoin d’oxygène pour
vivre. On a dénombré plus de 200 espèces de bactéries dans le rumen. Ce sont pour
l’essentiel des bactéries qui vont attaquer et dégrader la cellulose des parois des
végétaux. Grâce à elles, ces parois qui ne peuvent pas,être dégradées par les autres
processus de la digestion vont être transformées en nutriments assimilables p,ar
l’appareil digestif de l’animal. Ce sont les bactéries du rumen qui permettent aux
ruminants de se nourrir essentiellement de végétaux.
l des protozoaires et quelques champignons microscopiques présents en
moins grand nombre et qui jouent un-rôle équivalent a celui des bactéries.

Lesproduitsde la Les micro-organismes du rumen dégradent les glucides ingérés (sucres, cellulose)
digestionmicrobienne en acides grasvolatils (acide acétique, acide butyrique, acide propionique) qui sont
absorbés par la paroi du rumen, du réseau et du feuillet. Des gaz sont aussi
produits. Ils sont rejetbs,de la panse par éructation. Dans le cas où cette éructation
ne peut s’effectuer, ils s’accumulent et provoquent un gonflement de la panse
(météorisation) qui peut entraîner la mort de l’animal.
Outre les acides grasvolatils, le renouvellement permanent des micro-organismes,
qui sont &leur tour digérés, produit des nutriments et en particulier des protéines
qui sont assimiles lors du transit digestif.
La lignine (bois), autre constituant des parois1 des vegétaux avec la cellulose n’est
que très peu dégradée par les micro-organismes du rumen. Elle est éliminée dans
les fëcès. Plus les végétaux sont âgés, plus ils sont riches en’ lignine. Ils sont donc
moins digestibles que les végétaux jeunes.

425
La digestion ’ Le contenu du rumen qui n’a pas et.6 assimile lors de la digestion microbienne passe
aprésle rumen dans la caillette à travers le feuillet, puis dans l’intestin grêle où il subit l’attaque
des sucs gastriques et intestinaux. La première partie de l’intestin grêle est le siège
d’une digestion et d’une absorbtion analogues à celles observees chez le porc et
l’homme.
Enfin, le contenu restant arrive dans le gros-intestin où il va séjourner de 15 à 24
heures. Il subit alors de la part de la population microbienne présente une attaque
équivalente, bien que moins importante, a celle observée dans le rumen.
Dans le colon, dernière partie de l’intestin, l’eau restant dans le contenu digestif
sera en grande partie réabsorbée. Les résidus de l’ensemble de la digestion seront
alors éliminés par Yanus : ce sont les fécès.

Ruminants Monogastriques
Ruminantset
monogastriques l L’appareil digestif des ruminants est i L’estomac des monogastriques est constitué
caractérisé par quatre reservoirs. Seul d’une seule poche.
le dernier compartiment (caillette) peut
être assimiléà l’estomac des autres
animaux (sécrétionsanalogues).

lDe régime herbivore, les ruminants sont lDe régime omnivore, le porc consomme des
capables d’assimiler des aliments riches aliments d’origine végetale et animale.
en parois vegetales : herbes, arbustes..

. Les aliments subissent d’abord une . Chez le porc, la digestion est un phenomene
dégradation microbienne dans la panse essentiellement chimique ; cependant il
avant de subir la digestion chimique existe dans le gros intestin du porc une
propre àtous les animaux. L’attaque micro- degradation microbienne des glucides
bienne des fourrages est facilitée par la membranaires lui permettant de valoriser
rumination. racines, herbes et fruits. Cette activité
microbienne de l’intestin est encore plus
developpée chez les [Link]
herbivores (lapin, équidés) ‘maiselle est moins
efficace que celle de [Link] des ruminants. ~

LA DIGESTION
CHEZ L’alimentationdesjeunesanimauxdomestiques(monogastriquesetpolygastriques)
LESJEUNESANIMAUX comporte 2 phases :
l une phase d’alimentation lactée de la naissance au sevrage,
l une phase d’alimentation solide du sevrage a l’âge adulte.

L’alimentationlactée A la naissance, les animaux de toutes les espèces sont des monogastriques. Chez
les jeunes ruminants, les pré-estomacs ne sont pas formés et les aliments passent
directement de l’oesophage a la caillette (par la gouttière oesophagienne).
Pendant les premiers jours de la vie, les nouveaux-nés vont absorber le colostrum
maternel. Il est riche en éléments nutritifs (énergie, protéines, vitamines). Le
colostrum contient surtout des immunoglobulines, anticorps qui transmis par la
mère, vont protéger le nouveau-né pendant les premiers mois de la vie contre de
nombreuses maladies (diarrhées néonatales, maladies virales, etc.).
Les trois fonctions du colostrum sont les suivantes :
l amorcer la digestion dans le tube digestif :du nouveau-né,
l apporter des éléments nutritifs,
l protéger les nouveaux-nés contre un grand nombre de maladies.
Le nouveau-né doit recevoir la premiére têtée de colostrum le plus rapidement
possible après la naissance. Il en consommera pendant cinq à six jours.

426
Après la phase d’absorption du colostrum, et pour certaines espèces (vaches et
chèvres laitières), le nouveau-né peut être separé de la: mère qui sera traité
séparément. Une partie du lait de la mère lui est alors apporté au biberon ou lau
seau.
La durée de la phase d’allaitement est variable suivant les espèces et les modes de
conduite d’élevage. Elle ne sera jamais inférieure a trois mois chez les ruminants
et un mois chez le porc.

L’alimentationsolide Le passage de l’alimentation lactée à l’alimentation solide srappele le sevrage. Le


sevrage peut être brutal ou progressif (mise a disposition progressive en fin
d’alimentation lactée d’aliments solides). Pendant cette phase, il est important que
les jeunes puissent boire a volonté une eau de bonne qualité.
Chez les jeunes ruminants, la consommation d’aliments solides détermine
l’augmentation du poids et du volume du rumen. La digestion microbienne
s’installe progressivement. L’animal passe du statut de monogastrique à celui :de
polygastrique.
Pendant la phase de sevrage, il faut mettre a disposition des animaux des aliments
de bonne qualité, et en particulier pour les ruminants des fourrages secs de bonne
digestibilité.
Par ailleurs, les nouveaux-nés et les jeunes animaux sont très sensibles aux
mauvaises conditions extérieures : humidité, mauvaise hygiène. L’éleveur devra
être très attentif à l’environnement pour Bviter une mortalité qui dans certains cas
peut dépasser 50% des naissances. <1

427 .
Utilisation
cligestiveet valeur
‘desaliments

LA DIGESTIBILITÉ
Grâce àl’ensemble des processus de la digestion, une partie de l’aliment ingéré est
absorbée et utilisée par l’animal. L’autre partie est rejetée dans les fécès. Par
exemple, tout ou une partie de la cellulose d’un végétal sera absorbée alors que la
quasi-totalité de la lignine sera éliminée.

On appelle digestibilité apparente d’un aliment la proportion de sa


matière organique (MO) qui disparaît dans le tube digestif.

quantité de MO quantité de MO
Digestibilité ingérée - des fécès
apparente =-
quantité de MO ingérée

On calcule la digestibilité apparente par kilo de matière sèche pour la matière


organique, l’énergie, la matière azotée, la matière grasse, la cellulose brute. Les
données de digestibilité sont données par les tables d’alimentation.
Plus un fourrage est riche en lignine, plus sa digestibilité apparente en matière
organique est faible.
Dans les fécès, outre les déchets de l’aliment ingéré, se retrouve aussi une partie
des corps microbiens ayant participé à la digestion et des sécrétions de l’organisme.
Cette fraction des fécès ne peut donc pas être ‘attribuée à l’aliment. C’est pourquoi,
on parle de digestibilité apparente et non pas de la digestibilité réelle qui ne devrait
prendre en compte que la part des fécés attribuable à l’aliment. Cette dernière
étant très difficilement mesurable, c’est la digestibilité apparente, toujours infé-
rieure à la digestibilité réelle, qui est retenue.
La digestibilité varie en fonction de plusieurs facteurs liés àl’animal ou àl’aliment.
l Les facteurs liés à l’animal
- L’espèce et la race : la cellulose et la lignine sont beaucoup mieux utilisées par
les herbivores et principalement par les ruminants. La chèvre est l’animal
domestique qui valorise le mieux les’fourrages grossiers. De même, les races de
bovins des pays tropicaux utilisent mieux les fourrages grossiers que les races des
pays tempérés,
- L’âge : les jeunes ruminants ne peuvent pas digérer la cellulose car ils ne

428
disposent pas de l’équipement bactérien nécessaire, le r,umen, le réseau et le
feuillet n’étant pas encore formes,
- L’état sanitaire : le parasitisme intestinal tend a’ diminuer la digestibilit&
l Les facteurs liés à l’aliment
- La teneur en lignine : les plantes âgées riches en lignine sont les moins
digestibles (pailles de sorgho après la récolte),
- Le volume de la ration : une certaine quantité d’aliments grossiers (donc peu
digestibles) est nécessaire pour remplir les estomacs des ruminants, déclencher la
rumination et le brassage, et ainsi augmenter la digestibilité du contenu de la
panse. Cette quantité d’aliment grossier s’appelle le 4est>>. Chaque aliment ingéré
fournit une partie du lest, mesuré en unit& d’encombrement,
- La présentation de l’aliment : le broyage des grains de sorgho et de maïs
améliore leur digestibilité (enveloppes dures brisées).
En revanche, les fourrages ne doivent pas être hachés trop fins. En effet, ce sont
les fibres longues qui déclenchent la mastication, la salivation et la rumination.

LES PRODUITS DE LA DIGESTION


Les produits de la digestion ou nutriments passent dans le sang après avoir
‘. traversé la paroi du rumen ou des intestins. Ce sont :
, l dans le rumen des ruminants :
- des acides gras volatiles,
- de l’ammoniac,
l dans l’intestin grêle :
--du glucose (principalement pour les monogastriques),
- des acides gras provenant de l’alimentation ou de la’destruction des corps
microbiens,
- des acides aminés longs provenant de l’alimentation ou des corps microbiens;
-DDEl’eau, des mineraux et des vitamines, ~
-
. dans le gros intestin :
- eau, sodium, ammoniac et acides gras volatiles provenant de la fermentation
microbienne du gros intestin et du caecum.

LA VALEUR DES ALIMENTS


Pour équilibrer un régime alimentaire, il faut connaître et mesurer la quantité de
chacun des élements apportes par les différents constituants d’une ration.
I’ Chaque aliment fournit à des degres variables tout ou partie des constituants
nécessaires a I’animal: Rnergie, protéines, minéraux, vitamines et eau.

VALEUR Au cours de leur utilisation par les animaux,les aliments subissent de nombreuses
ÉNERGÉTIQUE transformations dans l’apareil digestif et dans les tissus. Ils sont dégradés
progressivement et chaque étape se traduit par des pertes d’énergie très variables
DES ALIMENTS suivant les aliments.
L’énergie nette d’un aliment est la part d’énergie utilisée pour couvrir les dépenses
d’entretien et de production d’un animal.
Elle est Egale à l’énergie totale apportée par un aliment ‘(Energie brute) moins
l’energie des fécès, de l’urine, des gaz éliminés et de l’énergie utilisée par le
mé[Link] l’animal.
Chez les ruminants, l’énergie nette est apportée à 75% par les acides gras volatiles,
20% par les protéines, 5 B 10% par les acides gras longs provenant de la digestion
des lipides et 1 a 2% par le glucose.

429
Figure 222 : Les diffbrentes
étapes de l’utilisationde * . .
l’énergie des aliments par les éhqie brdc , . .
.
ruminants.

Chez le porc, l’énergie nette est apportée à 80% par l’amidon contenu dans la
ration.
Lavaleur énergétique d’un aliment est la Quantité d’énergie nette apportée
par kilo de matière sèche. Elle se mesure efi kcal par kilo de matière
sèche. Cependant,pourfacilitersonutilisation, desunitésdemesureintermédiaires
ont été définies pour les différents types d’animaux domestiques.

Lesruminants Chez les ruminants, la valeur énergétique’d’un aliment est rapportée4 celle d’un
kilo d’orge de référence à 87% de matière sèche. Elle est exprimée alors en Unité
Fourragère (UF) :

Energie nette d’un kg d’aliment


lUF=
Energie nette d’un kg d’orge de référence

La production de lait et de viande ne nécessite pas la même:quantité d’énergie.


Pour tenir compte de cette différence, deux unités Fourragères ont 6tté crées :
l’Unité Fourragère Lait (UFL) et l’Unité Fourragère Viande (WV).
Une UFL #est la quantité d’énergie nette fournie par un kilo d’orge moyenne
distribuée au dessus de l’entretien a une vache en lactation. Cette énergie est
exportée dans le lait ou fixée sous forme dè réserve corporelle. Une UFL égale 1700
kcal.
Une UFV est la quantité d’energie nette fournie par un kilo d’orge moyenne pour
l’entretien ,et l’engraissement d’un ruminant. Une UFV égale 1820 kcal.
*voir figures pd41-442. Lesvaleurs énergétiques des aliments sont données par les tables d’alimentation*.
La valeur énergétique d’une ration alimentaire sera la. somme des valeurs
énergétiques apportées par les aliments de la ration.

Lesporcins Pour les porcs il existe deux systèmes #de mesures de l’énergie apportée par
Yalimentation :
l les Unités Fourragères (UF) définies précédemment,
l 1’Energie Nette (EN) qui est l’énergib dé la part de l’aliment effectivement
digéree, diminuée de la quantité d’énergie contenue dans les urines et celle utilisée
pour le métabolisme général (extra-chaleur).

430
Les autres unités lLe syst’me TDN(Total Digestible Nutrient) des l Lesystème des Equivalents - Amidons(EA),
pays anglophones suppose que la valeur tres utilise dans de nombreux pays europeens.
de mesurede Anergetique des aliments depend uniquement L’Equivalent - Amidon est le rapport entre
de leur teneur en éléments digestibles. l’énergie nette de l’aliment et celle d’un kilo
l’énergie : d’amidon.
lg de TDN : 3,65 calories métabolisables pour
T.D.N,et E.A. les bovins et les ovins
E.A. = EN/2366 (en kcallkg)
1g de TDN : 4,l calories métabolisablespour les
porcins
L’unit&de ce systéme est 1’Unite Amidon =
Ce systéme surestime la valeur des aliments 1,43 UF. Comme le systéme des Unités
grossiers, surtout pour la croissance et Fourrag&es, il sous estime les aliments
l’engraissement. cellulosiques par rapport aux concentrés pour
l’entretien et ,la lactation.

LA MATIÈRE AZOTÉE Pour fabriquer les protéines necessaires à son entretien et a sa production,
l’organisme a besoin d’énergie et de matériaux spécifiques (la matière azotée).
Sans matière azotée, il n’y a pas fabrication de protéines.
La valeur azotée des aliments est exprimée par leur teneur en Matière Azotée
Digestible (MAD). LaMAD estladifférence entre lamatière azotée totale présen-
te dans l’aliment et la matière azotée éliminée dans, les fécès.
Elle s’exprime en gramme par kilo de matière sèche d’aliment. La valeur en MAD
* voir figures p. 441442. des aliments est donnée par les tables d’alimentation*.

Lesruminants Une partie de la matière azotée ingerbe par un ruminant estutilisée par les micro-
organismes de la panse. Il s’agit de la matière azotée fermentescible. Les
bactéries la transforment en amoniac (NH,), absorbé par la paroi du rumen, et en
protéines qui seront dégradées en acides aminés par les sucs gastriques et
intestinaux puis absorbés à travers la paroi de l’intestin grêle.
L’azote non fermentescible, composé essentiellement de protéines, est directement
degradé dans la caillette et l’intestin pour être assimilé sous forme d’acides aminés
dans l’intestin grêle.
Tous les acides aminés nécessaires à la fabrication des protéines seront apportes
a l’organisme du ruminant soit directement par les aliments (partie non
fermentescible), soit indirectement par les protéines fabriquées par les bactéries
du rumen.
Unité de mesure de la matière azotée chez les ruminants, la MAD est peu précise
et ne tient compte ni de la dégradation, ni de la synthèse de protéines par les
bactéries du rumen. Un système de mesure base, sur la connaissance des taux de
Protéines Digestibles dans l’intestin d’origine Alimentaire (PDIE) et Microbienne
(PDIM) a été introduit dans les tables alimentaires en France. Les valeurs des
fourrages tropicaux dans ces unités ne sont pas disponibles. De ce fait, il est
préferable d’utiliser la I$AD pour le rationnement des animaux domestiques des
pays chauds.

Lesporcins Les porcs ne peuvent pas synthétiser par,eux-mêmes certains acides aminés : ce
sont les acides aminés indispensables. Le plus important de tous est la lysine qui
doit obligatoirement être apporté par l’alimentation.

LES ÉLÉMENTS Les matières minérales présentes dans l’aliment ne sontpas’udigérees» par le tube
MINÉRAUX digestif. Elles sont mises en solution dans le contenu intestinal (souvent sous
forme ionisée, seule ou en combinaison avec d’autres minéraux) et traverse ainsi
la paroi de l’intestin. Une partie de la matière minérale en solution est absorbée,
l’autre partie rejetée dans les excréments en proportion variable suivant le
minéral.

431
Les tables alimentaires donnent les teneurs en calcium (Ca> et en phosphore (P>
des aliments, en gramme par kilo de matière sèche. Ce sont les deux principaux
*voir figures p. 441-442. minéraux présents dans l’alimentation*.

LES VITAMINES Les animaux .domestiques ont besoin de vitamines en très petites quantités. En
règle générale, elles sont fournies en quantités suffisantes par l’alimentation. Les
fourrages verts sont riches en vitamines.
Chez les ruminants, une partie des vitamines nécessaires est synthétisée par les
bactéries du rumen (vitamines du groupe B).
Le défaut de vitamines va entraîner des carences qui se traduisent par des
troubles : problèmes de croissance, de poils... Quand on remarque une carence, des
vitamines doivent être ajoutées à la ration.
Les vitamines se mesurent en Unit& Internationalg WI). Les teneurs en
vitamines, très variables suivant les aliments, ne sont pas indiquées dans les
tables d’alimentation. En règle générale, plus un aliment a été conservé longtemps,
moins il est riche en vitamines.
Les porcs nourris avec des aliments achetes sont particuliérement sensibles au
manque de vitamines.~

L’EAU L’eau indispensable à l’animal est apportée par l’abreuvement et l’alimentation.


La teneur en eau des différents aliments est très variable : 70% pour un fourrage
vert, 60% des racines et’tubercules (manioc, igname, taro), 15% pour des grains de
maïs.
On déduit la teneur en eau d’un aliment-de son taux de matière sèche. La matiere
sèche est le poids restant d’un kilo d’aliment après évaporation de toute l’eau qu’il
contient.
La teneur en eau d’un alimentvavarieren fonction de sa récolte, de sa conservation
et de nombreux autres facteurs. C’est pourquoi, les valeurs alimentaires (énergie,
matière azotée) sont toujours rapportee à la matière sèche de l’aliment dans les
tables d’alimentation.

ABSENCE DE 11 n’existe pas de tables de composition et de valeur alimentaire des fourrages et


RÉFÉRENCESSUR LA des autres aliments dubétail specifiques en Haïti. Un inventaire precis des plantes
fourragères du pays en fonction des zones climatiques et pedologiques devrait être
VALEUR ALIMENTAIRE entrepris. A partir de là, des analyses fourragères associées à des suivis de
DES FOURRAGES performance établiraient les differentes’valeurs alimentaires de ces aliments.
HAïTIENS
En attendant, le conseiller d’élevage devra utiliser les tables d’alimentation
figurant dans les manuels d’agriculture et d’élevage des pays tropicaux. Ces tables
seront complétées par les mesures et analyses partielles effetuées en Haïti lors de
différentes études de terrain.
L’ensemble des données issues des tables -d’alimentation des pays tempérés
peuGent être utilisées mais avec circonspection car :
l les fourrages tropicaux sont différents des fourrages temperés. Ils sont plus
riches en parois cellulosiques et en lignïne et plus pauvres en matières azotees,
l les races des pays tropicaux sont plus rustiques que celles des pays tempérés.
Elles valorisent mieux l’énergie pour l’entretien (en particulier en cas de sous-
alimentation) que pour la production (lait, viande). Cette caractéristique montre
l’adaptation des races tropicales à un milieu où les ressources alimentaires sont
très variables.
Faute de mieux, la précision et le contenu des tables existantes sont malgré tout
utilisables pour une première approche des ressources alimentaires et des besoins
des animaux domestiques des pays tropicaux;

432
Nourrir au mieux
le troupeau
Pour vivre et produire ce que l’on peut,attendre de,lui, un animal doit
avoir une alimentation équilibrée.

L’établissement d’un plan d’alimentation comprend toujours trois


étapes :
l la détermination des besoins du troupeau à ‘partir de ceux de
chacun des animaux qui le constituent,
l la connaissance des ressources alimentaires disponibles,
l la recherche de la meilleure adéquation (optimisation) entre les
besoins, les ressources, les objectifs de l’éleveur et les contraintes du
milieu.
La clétermination
des besoins d’un
‘troupeau
La somme des dépenses d’entretien et de production en eau, énergie, matière
azotée, minéraux et vitamines va correspondre aux besoins alimentaires d’un
animal.
Pour un cheptel ou un troupeau les besoins alimentaires seront la somme des
besoins individuels des animaux qui le composent.

Le troupeau de Jonas Alcinor, éleveur à la Vallée, qui est composé uniquement de


ruminants, servira d’exemple.

Porcsallant au pâturage
(photo G. de Laubier).

INVENTAIRE DU TROUPEAU
La première étape de la démarche consiste 8 déterminer les animaux qui seront
concernés par le plan de rationnement.
Le conseiller et l’éleveur vont faire le compte des animaux par espèce, présents ou
attendus dans l’exploitation qui auront accès aux aliments.
Le troupeau de Jonas Alcinor comprend au moment de l’inventaire :

434
. 4 caprins sevrés et 1 chevreau nourri exclusivement au lait de la mere,
l 5 bovins sevrés et 2 veaux nourris avec le lait de la mère.
Mais Jonas Alcinor prévoit d’acheter une jeune vache laitière le mois prochain. 11
a décidé de l’inclure dans le plan de rationnement., ~

SEXE,
ÂGEET POIDS DES ANIMAUX 1’
Après inventaire des animaux, le sexe, l’âge et le poids sont appréciés. Pour le sexe,
on distingue les mâles ca&% des mâles non castrés. I
l Deux methodes complémentaires peuvent être utilisées pour apprécier l’âge des
animaux :
- le demander à l’éleveur ou à sa famille pour les animaux ries dans l’exploitation.
Dans ce cas, il faudra être prudent, surtout pour les animaux âgés, car la mémoire
n’est pas toujours précise,
- apprécier l’âge par observation des dents des animaux. En effet, au cours de la vie
d’un animal les premières dents vont disparaître (les dents de lait), de nouvelles
vont apparaître (dents d’adulte) et s’user avec le temps. La détermination du
nombre de dents et l’observation de leur état’permet d’estimer assez précisément
I’âge d’un animal.

Figure 223 : détermination de l’âge de la chèvre par l’observationde sa denture. ~,

Figure 224 : détermination de


Eruption Dents de Dents définitives
l’âge à partir de l’observation
des dents lait
des stades dentaires
Pinces 1” mitoyennes 2” mitoyennes Coins
(d’après le Mémento de
l’agronome, Ministere de la
Chevaux < 5-6 mois 32 mois 52 mois
Coopération Française)
Bovins < 8 jours 26-28 mois 32-36 mois 4347 mois 54-60 mois
Ovins, caprins
l Le poids sera mesuré soit par pesée directe pour les animaux de petite taille, soit
par analogie “à l’aide de tables donnant ie poids d’animaux de même race et de
même âge. Le poids des gros animaux sera apprécié à 50 kg près. Il existe pour
certaines espèces des rubans appelés rubans barymétriques qui donnent la
correspondance entre le tour de poitrine et le poids d’un animal. Ces rubans, quand
ils sont disponibles, sont très utiles et relativement précis.

Pesée d’un caprin


(photo J. Cavalié).

ETAT PHYSIOLOGIQUEET NIVEAU DE PRODUCTION


Pour déterminer les besoins de production, l’état physiologique et les productions
actuelles ou souhaitées devront être établies. Dans un premier temps, il est
préférable de prendre en considération des productions proches de celles observées
dans l’exploitation ou dans certaines exploitations présentant un système d’élevage
comparable.
l Pour l’estimation de la quantité de lait produite (lait absorbé par le veau et lait
trait), on retire le petit de la mère une journée et on mesure la quantité de lait
produite par deux traites a 12 heures d’intervalle. Le lait est redistribué au veau
au seau ou au’biberon.
l Le gain de poids quotidien sera estimé par comparaison à des tables de
croissance ou à des mesures effectuées en station d’expérimentation dans des
conditions comparables à celle de l’exploitation.

436
Les animaux de ;Tonas Alcinor :

SEXE AGE POIDS STADEPHYSIO’

CAPRINS

No1 Femelle 3 ans 25 kg Allaitement OF5kg IaiVj


No2 Femelle 2 ans 20 kg Allaitement 0.5 kg IaiVj

No3 Femelle 10 mois 14kg Croissance 40 glj

No4 Mâle ent. 6 mois 10kg Croissance 50 glj

t 1 chevreau n rri au lait c 3 mére.

BOVINS

N”1 Femelle 5 ans 200 kg Allaitement 3.5 kg lait/j


(ième mois)
No2 Femelle 3 ans 200 kg Allaitement 3.5 kg IaiVj
(7ème mois)

No3 Femelle 3 ans 250 kg Gestante


(7ème mois)
No4 Femelle 2 ans 200 kg Sèche ~
No5 Femelle 18 mois 100 kg Croissance ~ 250 glj
à acheter
N”6 Mâle ent. 3 ans 300 kg Reproduction

t 2 veaux nouri au lait de la Imère.

BESOINS QUANTITATIFSD’ENTRETIENET DE PRODUCtION


A l’aide des tables d’alimentation, les besoins d’entretien et de production seront
estimés pour chaque animal. Ces tables étant très générales, elles ne permettent
d’apprécier qu’un ordre de grandeur théorique des besoins.

Calcul des besoins d’entretien d’une ch&vre :

Besoins e,nénergie d’une chevre de 30 kg : 0.47 UF


Besoins en énergie d’une chèvre de 40 kg : 0.53 UF

Le besoins d’entretien en énergie d’une chèvre de 35 kg sera donné par le calcul suivant : ~
UF,- UF,
UF,, = UF,, t 5
40 - 30
5 ( 0,53 - 0,47)
= 0,47 t = 0,50 UF
‘10

l Lorsque certaines caractéristiques ne sont pas disponibles (par exemple le % ‘de


matière grasse du lait), on retient la Valeur moyenne des tables.

437
Besoins lLes besoins sont calculés pour la matiére Le travail entraîne
seche, l’énergie, la matière azotee et les d’importantes dépenses
approximatifs minéraux. d’énergie (photo D. Mermet).
des bovins, des l Les besoins d’entretien s’entendent pour des
ovins, des animaux immobiles, à l’attache en étable ou au
caprins et des piquet. En cas de déplacement ou de parcours,
ils seront majores de 20% pour des parcours de
porcins selon leur stade 8 km en terrain plat à 60% pour des parcours de
physiologique et leur niveau plusieurs heures en terrain fortement accident&
de production
l Les tables donnent les valeurs des besoins par
palier, il faut donc faire une péréquation lorsque
l’âge de l’animalou son niveau de production se
retrouve entre deux paliers.

BOVINS Entretien Croissance Gestation Lactation Travall(V


3 derniers
mois
Energie (en U.F.) lOOkg:l,2 Par kg de gain 7” mois : 0,38 par kg Besoins totaux
150 kg : 1,6 (croissance moyenne) O,l/lOO kg P.V. de lait à (entretien E
200 kg : 2,0 au sevrage : 1,2 à 1,7 8” mois : 4p. 1OOde t travail)
250 kg : 2,3 6-12 mois : 2,1 0,2/100 kg P.V. matière Travail faible 3E/2
300 kg :<2,6 12-l 8 mois : 2,7 9” mois : grasse Travail moyen 2E
400 kg : 3,2 18-24 mois : 3,0 0,3/100 kg P.V. Travail fort 5E/2
500 kg : 3,8 24-36mois : 3,2
Besoins totaux Pour un travail
Besoins protéiques 0,6 g par jour (entretien + croissance fort à moyen
(matières azotées et par kg de exprimés en g par UF : 100 g/UF 60-g par kg 0,8 g par kg P.V.
digestibles MAD) poids vif Sevrage : 130-l 40 de lait à (besoin total)
6-12 mois : 100-130 4p. 1OOde
12-18 mois : 80-100 matière
t 18 mois ~80 grasse
20 000 U l/j 20 000 Ul/j 13 000 Ul/j 30 000 Ul/j
Vitamine A par 100 kg P.V et par 100 kg P.V. 100 kg P.V.
Viiamine D Pour 100 kg P.V. 300 UI 600 à 1 000 UI
veaux : 880 Ul/j pour 100 kg P.V. par 100 kg
jeunes : 220 Ul/j P.V.
3 mg/1 00 kg 4 à 5 mg/100 kg P.V.
Pour P.V.
les
2 mg/100 kg 3 mg/1 00 kg P.V.
P.V.
Calcium 5 mg/100 kg 15 à 25 glkg de gain 6 g/l 00 kg P.V.
P.V.
Phosphore 3 mg/100 kg 10 à 20 glkg de gain 5,5 g1100 kg P.V.
P.V.
NaCI 5 mg/100 kg 2 g/kg de gain
P.V.

l bovins : t 0,026 UFlkmllOO kg de poids vif


l caprins : t 20 % besoins d’entretien,pour grands déplacements (8 km/j)

438
OVINS Entretien Croissance Engraissement Lactation

Energie (en UF) 10 kg : 0,26 Pour 100 g de gain 3”moist5% 0,6 UF par kg de
20 kg : 0~38 (croissance moyenne) 4O mois t 20 % lait à8p. 1OOde
36 kg : 0,47 1” mois : 0,16 50 mois t 50 % matières grasses
40 kg : 0,53 2” mois : 0,21 des besoins d’entretien
50 kg : 0,58 3” mois : 0,27
60 kg : 0,64 t de 3 mois : 0,32

Besoins 0,8 à 1,2 g/j et Besoins totaux Jusqu’à 3 mois :


protéiques par kg P.V. (entretien t croissance) 0,8 g par kg P.V. 110 !Atre de lait Besoins totaux :
(matières azotées chezl’adulte exprimés en g/UF Du 3” au 5“ mois :
digestibles MAD) 2à3glj Jusqu’à 3 mois : 1,3àl,8gparkgP.V.
chez le jeune 150à190g
de3à5mois:135g

Vitamine A 220 Ul/j/kg P.V. 680 Ul/kg P.V. 930 Ull/kg P.V.
par kg d’aliment

Vitamine D 1 oooà 1 500 250 à 300 Ul/50 kg P.V.


LJIpar jour

Bésoins inconnu
Pour les généralement
aaneaux couverts
par les rations

Calcium 0,5 9110 kg P.V. Besoins totaux 4 à 5 gllitre lait


3.5 à 5 g

Phosphore 0,3 g/lO kg P.V. 2,5 à 3,5 g 3 à 4 gllitre lait

NaCI 2 gAitre de lait


,~~~~~~~~~~~~

CAPRINS Joidsvif (kg) Energie en UF M.A.D. Ca P Vit. A


Entretien 10 0,434 30 !4 ),7 095 200 Ul/j et par
!O 0,50 35 I,O 0,6 kg de P.V.
10 0,57 40 t,5 099
10 0,64 45 $0 12
SO 0,71 50 !,5 t,5
j0 0,78 55 50 158
Entretien et UFlj UFlkg gain S/i gIUF
croissance
(gain : 1-5 0,50 1,5 85 170 !,O 113 220 Ul/j et
150 à 175 g/j) l-9 0,70 1,8 120 170 !,7 1,7 par kg P.V.
14-15 0,85 2,2 140 165 !,7 198
19-20 0,92 2,2 145 155 !,9 13
!4-25 0,95 2,5 135 140 32 33
!9-30 0,97 2,7 120 125 32 2,0
)3-35 1,05 3,0 105 100 32 2,o
Gestation Entretien Entretien :ntretien Entretien début :
4” mois t 0,25 t2og + 1,5! + 1389 250 UliKg P.V.
fin :
700 Ul/kg P.V.
Lactation
par kg lait
3%MG 0432
4%MG 0,36
5%MG 0,40
PORCINS
l Besoins énergétiques et azotés

r Besoins Bnerghiques

Sevrage précoce à 7-15 j i


-r
Besoins azoth

Matières protéiques totales


Sevrage à 7 semaines
Age P.V. en % ration
semaines kg EMljour UF@ur EWjour UFljour

1 1,5 730 0,23 750 0,23 25


2 28 950 03 1000 0,33 25
3 410 1 180 03 1400 0,45 25 180
Porcelets 4 517 1 425 0,45 1700 0,55 25 180
5 7,5 1 620 0,52 2150 0,70 22 170
6 38 1830 09 2500 O&J 22
7 12,2 2050 0,65 2800 09 18
8 14,8 3100 110 18

P.V. kg
1
gains moyens UF/jour EM/kg aliment

20 500 1,15 3000 17,5


Entretien 30 625 1,3 3000 17
Croissance 40 750 1,6 3000 16
Finition 50 750 119 3000 15
60 775 22 3000 14
70 775 Z6 2900 14
80 800 24 2 900 13
100 800 3,O 2900 13
I
Reproducteur! Entretien I Gestation Lactation Gest.

PV kg UF EM UF EM (cal) T-piy %

Truies 125à150 1,55 4 830 du début à la fin 5,2


160 1,75 55 450 0,lOà 300
950 800.
180 1,90 12,5
200 2,lO 6500 0,25
225 2,25 7 000

Verrats 2,5 7850


3,l 9700
4:,‘,...$i,
,:,>,;,.
.!.i.>*;
L (
,.,.,”,!.:...

l Besoins vitaminlques et minbaux : quantiUs par kg de rbglme.

T PV Carothe
kg
5-10
UI

3,5
Vit. A
UI

22 000
VIT D
mg

2 200
Vlt. B,
mg.

1,3
Vit. B,
mg-

3,0
Vit. PP
mg

22,0
Vit. B,
mg-

1,5
Vit. B,,
mg--

0,022
Ac Pant Ca
g

13,0
g

15
P
g

10
Sel
g

,2,5
TAutres minéraux’
mg

Porcs en 1O-20 2,6 17,500 2000 1,l 3,0 18,0 1,5 0,015 11,0 13 9 2,5 Fer 120
croissance 20-35 2,6 13 000 2 000 1,l 2,6 14,0 1,l 0,011 11,0 11 8 2,5’ Zinc 70
35-60 2,6 13 000 1 250 1,l 2,2 10,o - 0,011 11,0 10. 7 2,5 Manganèse 50
60-100 2,6 13 000 1 250 1,l 2,2 10,o - 0,011 11,0 7 5 2,5 Cuivre 30
Iode 02

Repro- Gest. 8,2 4 100 1 500 1,4 4,l 22,0 - 0,014 16,5 7 5 2,5 Idem
ducteurs Lact. 6,6 3300 2200 1,l 3,3 17,6 - 0,011 13,2 7 5 2,5
Verrat 8,2 4 100 2750 1,4 4,l 22,0 - 0,014 16,5 7 5 2,5
.-:.,\L‘..;,
:.,Y
,.: ,;,‘,,..I-
1i.l!

440
Figure 225 : apports
énergétiques recommandés Intensité Effort de Vitesse
(UFUjour) pour des bovins Poids du traction (kmW
tropicaux adultes attelés par (kg) travail 4h
paire et effectuant un travail (kg)
régulier 250 Très élevée 35 zo
Elevée 30 8-J
Moyenne 25 23 52
Légère 3,5 495

350 Très élevée 50 290


Elevée 42 2,5
Moyenne 35 2,5 6,5
Légère 3,5 5,7

Très élevée
Elevée
Moyenne
Légére

Tous les animaux de Jonap Alcinor sont 8 l’attache; les besoins estimés à
l’aide des’ tables sont les suivants :

ENERGIEen UF par JOUR :

POIDS PRODUCTION ENTR. PRODUCTION TOTAL


‘7,
No1 25 kg 0.5 kg lait/j 0.54 0.36x0.5=0.18 0.72 UF3 :
No2 20 kg 0.50 _ 0.50 UF
No3 14kg 40 glj 0.46 2.2x0.04~0.09 0.55 UF
No4 10kg 50 g/j 0.43 1.8x0.05=0.09 0.52 VF

I I TOTAL CAPRINS : 1.93 UF + 0.36 UF = 2.29 UF

ENERGIEen UF par JOUR :

POIDS PRODUCTION ENTR. PRODUCTION TOTAL

200 kg 3.5 kg IaWj 2 0.38x3.5=1.33 3,3 UF

200 kg 3.5 kg IaWj 2 0.38x3.5=1.33 3,3 UF

No3 250 kg Gestante 2,3 0.2 2,5 UF


(7ème mois)
No4 200 kg Sèche 2 2 UF
No5 2.7x0.25=0.675
N”6

TOTAL BOVINS ,

441
BESOINS EN Pour les animaux en croissance, les tables indiquent la Matière Azotée Digestible
MATIÈRE AZOTÉE (entretien + croissance) en grammes par UF apporté. Par exemple dans le cas du
bovin N”5, les besoins sont de 1.87UFparjour. Les tables indiquent pour’les bovins
de plus de 18 mois des besoins Equivalents à 80 g de MAD par kg d’UF apporté. Soit
pour le bovin No5 : 80 x 1.87 = 150 g.

MAD en GRAMMES par JOUR

POIDS PRODUCTION ENTR. PRODUCTION TOTAL /

CAPRINS
l

No1 25 kg 0.5 kg IaitIj 37 27 649


No2 20 kg - 35 - 35 9
No3 14kg 40 glj 165 g/UF x 0,55 UF 919
No4 10kg 50 g/j 170 g/UF x 0,52 UF 88 9
TOTAL CAPRINS : 278 g

BOVINS
No1 200 kg 3.5 kg IaWj 120 210 330 g
No2 200 kg 3.5 kg laiffj 120 210 330 g
No3 250 kg Gestante 150 20 170g
(6éme mois)
No4 200 kg ~Sèche 120 - 12og
No5 100 kg 250 glj 100 g/UF x 1,9 UF 19og
N”6 300 kg Reproduction 180 - 180g
TOTAL BOVINS : 1320 g

TOTAL BOVINS ET CAPRINS : 1598 g

CAPACITÉ La capacité d’ingestion est la quantité maximale de matiere sèche qu’un animal
D’INGESTION peut ingerer par jour volontairement. Elle est donnée en kg de matière sèche par
100 kg de poids vif.

Figure 226 : capacité


d’ingestion (consommation Entretien Gestation Lactation
volontaire) des ruminants
domestiques 2,5 kg MS/100 kg PV 3 kg MS/100 kg PV t 280 g MSlkg lait
prod. (en fin de lactatic14

2,5 kg MS/100 kg PV 3,5 kg MS/100 kg PV 5 kg MS/100 kg PV


en début de lactation

Caprins 2,5 kg MS/100 kg PV 3 kg MS1100kg PV 4,5 - 5 kg MS1100kg F


en début de lactation

442
L’élevage de Jonas Alcinor

CAPACITED’INGESTIONen kg de Matière SBche


POIDS
ENTRETIEN PRODUCTION TOTAL

CAPRINS
N’Y 25 kg 0.625 4.5x0.25=1.125 1.75 kg MS
No2 20 kg 0.5 0.5 kg MS
No3 14kg 0.35 0.35 kg MS
No4 10kg 0.25 0.25 kg MS
TOTAL CAPRINS : 2.85 kg MS

t BOVINS

No1 200 kg 5 3.5x0.28=6 11 kgMS


_.
No2 200 kg 5 1 11 kgMS
No3 250 kg 6.2 6 12,2 kg MS
No4 200 kg 5 - 5kgMS
No5 100 kg 2.5, 2.5 kg MS
N”6 300 kg 7.5 7.5 kg MS

TOTAL BOVINS : 49,2 kg MS

Besoins totaux de l’ensemble des anima& de Jonas Alcinor

Jonas Alcinor doit donc apporter à ses animaux, tout les jours, &II
maximum 52 kg de matière sèche totalisant 16 UF et 1606 g de matière
azotée.
Si la situation de son troupeau change (achat~de nouveaux animaux, changement
du type de production), Jonas Alcinor doit calculer les nouveaux besoins.
Certains animaux changent’ de production Eau- cours de l’année (tarissement,
gestation,...), leurs besoins varient donc. Il’ est nécessaire de les recalculer à
intervalles réguliers pourréaménager la ration issue du premier calcul et d’étahjir
ainsiuncalendrierdesbesoinsqui seracomparéaucalendrierdesressources.

443
LES BESOINS EN Les fourrages des pays tropicaux sont souvent déficitaires en phosphore (PI, soufre
MINÉRAUX 6) et parfois en sodium (Na).
Les autres minéraux sont présents en quantité suffisante dans les fourrages
(surtout quand ceux-ci sont variés) pour ne pas nécessiter un bilan précis des
besoins et des apports.

LES BESOINS EN EAiU L’eau indispensable à l’animal est apportée par les aliments lorsque ceux-ci sont
riches en eau (fourrages verts pendant la saison des pluies). Quand les aliments
sont pauvres en eau (fourrages séchés, graines, aliments concentrés), l’eau doit
être apportée par l’abreuvement.

Figure 227 : quantités Id’eaU


nécessairesà I’entretis!n et à la
production (en litres)

Vache s’abreuvant
(photo G. de Laubier)..

444
Les besoins en eau varient selon :
l les espèces, l’âge et le poids. Les porcs sont très sensibles au manque d’eau
quand ils sont alimentés avec des aliments secs ou faiblement humides. Ils
présentent alors des troubles de l’appareil urinaire’qui vont pénaliser toutes les
productions : reproduction, engraissement etc...
l le stade physiologique : les besoins en eau augmentent considérablement pour
les femelles en lactation,
. la saison : pendant la saison des pluies, l’eau présente dans les,fourrages couvre
la plupart des besoins des animaux. Les besoins sont très élevés en saison chaude
(faible teneur en eau des aliments, transpiration importante des animaux du fait
de la chaleur, etc.) et doivent être couvert par un abreuvement quotidien.
Les animaux ne peuvent supporter que quelques jours la privation deau : 4 à 5
jours pour le mouton, 2 à 3 jours pour les bovins. ‘Dans un premier temps, les
animaux puisent dans leur réserve corporelle, ce qui va entraîner une pertemde
poids. Si la privation d’eau est prolongée, la deshydratation entraîne des lésions
irréversibles et aboutit à la mort de l’animal (7 jours pour un mouton, 4 jours pour
un bovin).
La déshydratation reste tolérable tant qu’elle peut être rétablie. par un seul
abreuvement.

BESOINS QUALITATIFS
Dans certaines conditions d’environnement et de production, l’alimentation, bien
que distribuée en’ quantité suffisante, peut être trop ~pauvre en éléments
indispensables ou ne pas présenter les qualités nécessaires au bon déroulement de
la digestion : l’alimentation est déséquilibrée. Cela ‘peut avoir plusieurs
conséquences :
l apparition de carences qui se traduiront par une fragilisation des animaux et
dans certains cas par des maladies (carences en vitamine, en acides aminés
indispensables, en minéraux, en oligo-éléments...). Une alimentation monotone,
composée d’un nombre réduit d’aliments augmente les n,sques -1 d’apparition de
carences ;
~
l une mauvaise utilisation des composants de la ration ‘présents pourtant ‘en
quantité suffisante. Par exemple, chez les ruminants, un déficit en fourrage
grossier entraîne une perturbation des micro-organismes ‘du rumen, l’énergie et
les protéines apportéespar ailleurs ne sont donc pasutilisees de manière optimale ;
l certains aliments de la ration peuvent être antagonistes; la présence de l’un
entraînant une mauvaise utilisation d’un ou des autres.

LE~ ÉLÉMENTS Les éléments indispensables d’une ration sont les, nutriments qui ne sont pas
IilDISPENSABLES DE [Link] par l’animal ou indirectement par les bactéries présentes
;i
dans son tube digestif.
LA RATION
Pour les ruminants, ce sont principalement des mineraux (oligo-&ment.$ et
certaines vitamines qui ne sont pas synthétisées par le rumen.
Le porc, outre les oligo-éléments et les vitamines, a besoin dans son alimentation
de certains acides aminés indispensables que son organisme ne synthétise pas.
L’acide aminé indispensable le plus important est la lysine. La lysine doit donc
être apportée par I’alimentation.
Certaines carences peuvent être mises en évidence par une observation attentive
des animaux : rachitisme des porcelets indicateur d’une carence en vitamine, D,
décoloration des poils (oligo-éléments), etc.

445
La meilleure manière de lutter contre les carences est de distribuer une alimentation
variee tout au long de l’année.
Il est aussi possible de distribuer dansl’alimentation (ou d’injecter) des compléments
minéraux et vitaminiques achetés dans le commerce.
Certains elements indispensables, en particulier les oligo-éléments, peuvent
devenir toxiques s’ils [Link]és (ou présents) en trop grande quantite dans la
ration.

Figure 228 : symptômes de carence pour les principauxéléments minéraux et prophylaiie

Elément Animal Trouble de Troubles Fièvre Troubles


croissance osseux de lait de l’app&it

Calcium Jeunes .
Adultes .
Poules . .
Femelle allaitante .

Phosphore Jeune . . .
Adulte . . .

Potassium Tous animaux Très rare


Veaux nourris
au lait
artificiel
Poulets .

Sodium Tous animaux .


Poules .

Chlore Tous animaux ’


Poules .

Soufre Tous animaux ’

LES INTERACTIONS Les aliments concentrés apportent beaucoup d’éléments nutritifs avec un faible
ENTRE ALIMENTS encombrement. Ils se distinguent des fourrages par leur concentration élevée en
amidon et en protéines et par une faible-teneur en éléments fibreux. Certains
CONCENTRÉSET
sont surtout énergétiques (céréales), d’autres sont énérgétiques et protéiques
FOURRAGES (légumineuses, tourteaux, farin~es de poissons). Ils sont souvent broyés et condi-
tionnés sous forme de granulés pour faciliter leur’manipulation et leur transport.
Les disponibilités locales et leur prix élevé sur le marché haïtien limitent leur
emploi aux périodes de soudure en fin de saison sèche ou pour l’engraissement d’un
animal. En aucun cas ils ne seront distribuesSeuls chez les ruminants : ce sont des
aliments complémentaires. ’
Les aliments concentrés nécessitent un temps court de mastication. Ils sont peu
encombrants et ne provoquent pas, quand ils sont distribués en petite quantité,
une diminution sensible de l’ingestion des fourrages.

446
Les concentrés sont attaques prioritairement par les bactéries du rumen et
transformés rapidement en acides gras volatils. Trop de concentres entraîne une
digestion moins rapide et moins complète des fourrages. Cette perte de digestibilité
perturbe la flore bactérienne du rumen et entraîne une moins bonne valorisation
des fourrages et une augmentation de l’encombrement de la ration.
A l’inverse une quantité raisonnable d’aliment concentré donne de l’énergie aux
bactéries du rumen qui sont alors plus efficaces pour dégrader des végetaux peu
digestibles. Cette particularité est surtout intéressante pour les fourrages tropicaux
riches en lignine. L’adjonction en quantité raisonnable de concentré apporte la
matière azotée nécessaire à la production dont ces fourrages sont souvent pauvres.

LES ANTAGONISMES Certains composants de la ration peuvent avoir des actions contraires. Par
exemple, les fourrages tropicaux sont souvent très riches e,n fer et en aluminium.
Ces deux éléments vont s’associer dans la panse avec le phosphore et réduire son
absorption par l’organisme.

ih QUALITÉ DE L’EAU Les animaux, comme l’homme, ont besoin d’une eau de bonne qualité. L’eau en
milieu tropical est l’un des principaux vecteurs des maladies (maladies digestives,
hépatites, parasites..).
L’eau pour être potable doit présenter; de bonnes qualités bacteriologiques et
chimiques.
l Les eaux chargées de matières organiques et, en particulier les eaux stagnantes,
sont souvent très riches en microbes et parasites (douves, tenias, entéro-
bactéries,etc.). Il faut donc éviter de distribuer de l’eau souillée par des déjections,
oucontaminéespardesinfiltrationsdedéjectionshumainesouanimales.L’entretien
et la surveillance des points d’eau sont essentiels au bon état sanitaire d’un
troupeau.
l De nombreuses sources, particulièrement en zone sèche,‘sont très riches en sels
minéraux ou en sel. Elles ne sont pas potables et entraînent de sérieux troubles
digestifs.
Les jeunes animaux sont très sensibles à une mauvaise qualité bactériologique et
-chimique de l’eau. L’eau non potable est responsable d’une grande partie de la
mortalité des jeunes animaux.
Enfin l’eau est souvent l’intermédiaire par lequel des maladies vont circuler entre
l’homme et l’animal (zoonoses). La séparation entre les points d’abreuvement des
animaux et les zones de captation de l’eau destinée à la consommation humaine
doit être la règle. A défaut, des règles d’hygiène très strictes d’utilisation et de
gestion des points d’eau doivent être appliquées pour éviter la propagation de ces
maladies.

447
Les ressou~rces
disp0tdbleS

Un terroir dispose d’un ensemble de ressourses alimentaires pour les animaux


domestiques. La nature et l’importance de ces ressources dépendent des conditions
écologiques de la région et des modes .d’exploitation des écosytèmes par les
paysans. Dans une région à forte pression démographique, où les surfaces non
cultivées sont rares, la disponibilité en fourrage dépend totalement des systèmes
de culture. En revanche, dans les régions à faible pression démographique, les
surfaces non cultivees (savanes, racks) représentent des ressources fourragères
importantes.
Pour certaines productions animales (élevage hors sol) ou à certaines périodes
(saison sèche), des aliments produits ou non dans la région peuvent être achetés.
L’eleveur cherche en général à utiliser au mieux les ressources disponibles sur son
exploitation. Leur utilisation doit ausi permettre leur reproduction.
Ces ressources varient en quantité et en qualité au cours de l’année et il est
intéressant d’essayer de les faire coïncider aux besoins du troupeau (culture de
‘certaines espèces, choix des dates de mise-bas, stockage de fourrages).
Au niveau d’une région, il faut dans un premier temps faire l’inventaire des
ressources disponibles, puis connaître leur valeur alimentaire et surtout les
variations de cette valeur dans l’espace et dans le temps. En effet, la qualité d’un
fourrage varie fortement suivant son lieu de récolte mais aussi suivant son stade
de développement végétatif.
Les produits végétaux qui sont a la base de l’alimentation des ruminants se
subdivisent en quatre catégories :
l la végétation spontanée des espaces non cultivés,
l les fourrages cultivés pour l’alimentation animale,
l les sous-produits des végétaux destinés à l’alimentation humaine,
l les sous-produits de l’industrie agro-alimentaire.
Lors de l’inventaire des ressources, une attention particulière sera portée aux
besôins en eau.

LA VÉGÉTATIONSPONTANÉEDES ESPACESNON CULTIVÉS


La végetation spontanée des espaces non cultives constitue l’essentiel de
l’alimentation de la majorité des animaux haïtiens. Les espaces concernes sont :
les jachères, les parcours cracks, savanes...), les bordures de chemins, etc.
Ce type de végétation et sa productivité dépendent des facteurs climatiques et
principalement du régime des pluies. On distingue plusieurs strates parmi ces
espèces vegétales :
l la strate herbacée,
l les buissons et les cactées surtout en zone sèche,
l les arbustes et les arbres en zone plus humide.

448
LESPLANTES Les plantes herbacées appartiennent à de nombreuses familles botaniques.
HERBACÉES

Les graminées Elles constituent l’essentiel de la strate herbacée.


Les graminéès ont un enracinement important‘et ont la faculté de taller à partir
d’un plateau de tallage situé à quelques centimètres du sol : une tige principale
forme plusieurs tiges secondaires, portant chacune un épi.
Quand elle est coupée au dessus de ce plateau de tallage, la graminée repousse.

Figure 229 : graminées Nom latin Nom vernaculaire Lieu Animal


spontanees recensées au CrdolelFrançais
cours d’etudes sur le terrain.
Axonopus compressus Zeb si Moneyron -jachère ~
Changieux -jachère
Anatherum sp Jonc Jachère
Brachiariareptans’ Zeb si Treme - Jachère
Chloris sp Zeb pié-pou1 Plaine Port à Piment
Corde à graine Plateau central
Zeb si Treme - Jachére
Cynodon dactylon Chiendent Moneyron - Jachère
Racks
Dichantium eschaenum Zeb si Treme - Jachère
Digitaria sp Zeb fine Plateau central’- Jachere
Moneyron - Jachère ~
Eleusine indicata Pied Poule Moneyron - Jachère
Paspalum Jachére
lbreve Moneyron - Jachère
lciliatifolium I
lconjugatum
lfimbriatum
Setaria sp Jonk madidak Jachére
Racks
Moneyron - Jachére
Schizachyrium
Zeb fin Moneyron - Jachére
Plaine Port à Piment
Plateau central - Jachére

Il existe deux types de graminées :


les graminées
l annuelles dont le cycle de végetation est très court : intervalle
entre la levée et l’épiaison de 60 a 100 jours. Ces graminées sont a consommer dans
la courte periode où elles existent. Elles se retrouvent plutôt en zone sèche (racks
des plaines sèches, savanes du plateau central),
l les graminées vivaces qui peuvent repousser plusieurs fois au cours d’une
même saison si on les coupe ou les pâture :
- un déprimage est un pâturage en début de saison humide, lorsque les apex
reproducteurs sont situés très près du sol; ilsne sont donc pas atteints parles dents
des animaux. Après un déprimage, les tiges continuent leur croissance et forment
des épis. Cette méthode d’exploitation augmente la digestilhlité du cycle ulterieur

449
Figure 230 : les cyclesvégétatifs d’une graminée vivace.
Figure 231 : le rôle des apex chez les graminées.

l’allongement des entre-nœuds


exercent une double action :
l ils inhibent (empêchent) Mmission de

l ils entraînent la régression des talles


herbacées en surnombre, et utilisent
leurs substances nutritives,

La suppression des apex par la pâture ou la fauche lorsqu’ils sont à 10 cm environ évite cette
régression et fait redémarrer la production des talles feuillées : la production en est régularisee el le
nombre de coupes annuelles peut être augmenté.

de la graminée. 11peut cependant diminuer le rendement global annuel en matière


sèche,
- un étêtage est une coupe au-dessous de l’apex. Il entraîne une repousse des
feuilles uniquement. Les graminées vivaces doivent être consommées avant leur
floraison pour favoriser les repousses. Mais un surpâturage est dangereux car il
épuise les réserves de la plante qui devient alors incapable de survivre pendant la
saison sèche.
La valeur alimentaire des graminées dépend du stade végétatif et de la partie
consommée (cf fig. 232).
En début de végétation, elles sont riches en énergie et en protéines. Elles
s’appauvrissent après la floraison car les éléments nutritifs (sucres) migrent dans
les organes de réserve; les tiges s’épaississent et se lignifient d’où une diminution
,de la digestibilité.- Ensuite elles se dessè,chent et se transforment très vite en
pailles de faible valeur nutritive. _ .

450
Deux plantes herbacées
réservées à l’alimentationdes
porcs I la verveine et la
moutarde
(photos G. de Laubier).

63ipex-----
-T_
A--‘

r h-1, W _

Figure 232 : digestibilité des


différentes parties d’une
graminée tropicale. e

Figure 233 : évolution de la


composition d’une graminée Matière sèche Cellulose
% % de MS yoae ~3
..a I ..m

annuelle (chloris prieuni). MS

Stade végétatif 22,4 26,l 0,80 934

Leslégumineuses Les feuilles de légumineuses sont particulièrement riches en matières azotées’.‘La


herbacées quantité moyenne de [Link] par kilo d’aliment présente dans les légumineuses
tropicales s’élève à 12Og, contre 37g dans les graminées tropicales.
Elles sont également plus riches en éléments minéraux, et, en particulier, en
calcium (Ca> et en magnésium (Mg).
Leur digestibilité est variable : une part plus ou moins importante des matières
azotées présente dans la plante est peu soluble. Elle dépend des espèces mais aussi
de la richesse du sol, et surtout du stade de développement de la feuille : les jeunes
feuilles sont beaucoup plus digestes.

451
Figure 234 : les légumineuses Nom latin Nom vernaculaire
herbacées spontanées Créole/Français
recensées au cours d’études
sur le terrain. Cassia chamaechristia
Desmodium sp.
ascendens
tortuosum Cole-cole

Figure 235 : deimodium


fortuosum; plantule, port et
graine (x 0,5), gousse (x 0,25)
et fleur (x 2,5).

Lesautresfamilles
Figure236 : Autres espéces herbacées spontanées recensees au cours d’études sur le terrain.

Nom vernaculaire

452
Nom latin Nom vernaculaire Lieu Animal
CréolelFrançais

Acacia Acacia Ticoma - Plaine d’Aquin Bovins - Equins


Figure 237 : légumineuses
arborées ou arbustives Bois Gabriel Port a Piment - Racks Caprins - Anes
consommées par les animaux
domestiques. Campêche Plateau central : jachères Caprins
buissonnantes - Racks
Moneyron - Jachéres’ Bovins- Equins
Figure 238 : autres exemples
d’arbres ‘fourragers Caprins - Anes
couramment utilisésen Haïti Caprins

Bovins- Equins ,,

Nom latin Nom vernaculaire

Raquette

Calotropis procera Coton soie Asclepiadées Port &Piment Caprins - Anes

Capparis sp. Moutard Capparidacées Racks Caprins

Cannori Racks Caprins

Crescentia Calebassier Bignoniacées Plainesalluviales Caprins

Eupatorium odoratum Langui-chatte Asteracées, Jachéres Caprins

Guazuma ulmifolia Boisd’orme Sterculiacées Plateau central Bovins


Treme

Lantana sp. ti chic-chic Verbenacées Racks Caprins

lomarin Capparldacées Racks Caprins

Mangifera Manguier Anacardiacées Plaines alluviales ~ Caprins


Plateau central Bovins

Ocenium ninanthum Basilicmarron Lamiacées Racks

Persea americana Avocatier Lauracées Racks Caprins

Pisonia sp. cosse zo, croc chien Nyctagynacées Racks Caprins

Ruelliatuberosa pet pet Acnathacees Racks ~ Caprins

Spondias purpurea Sirouel Anacardiacées Plateau central Bovins

Ti sézi Racks Caprins


Tournefortia chic chic marron Boraginacées Racks ~ Caprins

Gommier Burcéracées Plateau central Bovins

Goyavier sauvage Hyrtacées Plateau central Caprins


(jachéres buisson- ~
nantes, racks)
LES PLANTES Les plantes ligneuses regroupent les buissons, les cactées, les arbustes et les
LIGNEUSES arbres.
Aux espèces spontanées des espaces non cultivés nous pouvons ajouter les arbres
et arbustes plantés dans les jardins <<pré-kuye» et dans les haies.
l Un feuillage à grande valeur alimentaire
De nombreux arbres sont des légumineuses (cf’fig. 234). Ces arbres fourragez-b:,
sont riches en azote.
Les feuilles d’arbre contiennent parfois des teneurs élevées en minéraux : par
exemple, la teneur en calcium des feuilles de l’acacia est supérieure a 1 % de la
matière sèche.
Les cactées accumulent des réserves dans les feuilles (raquettes), principalement
des sucres (apport énergétique) et des vitamines.

l Une digestibilité variable :


. les feuilles contiennent des tanins qui sont des substances indigestes,
. une grande partie de l’azote est liée aux constituants des parois cellulaires qui
sont peu digestibles car plus riches en cellulose que l’intérieur des cellules,
les plantes ligneuses ont, par définition, des teneurs en lignine supérieures a
celles des fourrages herbacées (la teneur en lignine peut dépasser les 20 % de MS.).
Les buissons et les arbustes ont généralement une plus grande digestibilité que les
arbres qui poussent sur les mêmes sols.
l Une réserve fourragère sur pied
La chute des feuilles (défeuillaison) survient bien après la fin des pluies a une date
qui dépend des espèces. Un parc arboré comprenant des espèces variées peut ainsi
fournir des feuilles pendant une grande partie de l’intersaison.
La feuillaison commence avant les premières pluies, en fin de saison sèche. A ce
moment de l’année, les autres fourrages ont complètement disparu, et les animaux
affaiblis par un long jeûne apprécient beaucoup cette nourriture.
Les gousses de légumineuses, par exemple les gousses de +uyaondes» (Prosopis
&&!O~U> restent sur les arbres après la chute des feuilles, et sont à la disposition
des animaux en période de soudure.
On peutprélever chaque année 25 à 30% de la couronne de l’arbre sans l’affaiblir,
mais des prélèvements plus importants ralentiraient sa croissance.

Récolte de feuilles de bois


d’orme, arbre fourrager des
plaines sèches
(photo G. de Laubier).

l Une part souvent importante de la ration


Les arbres et les buissons constituent :
l un aliment complémentaire pendant la saison humide. Leur richesse en matières
azotées et en éléments minéraux en font d’excellents compléments aux fourrages
de graminées abondants, mais souvent carences. Ceci explique pourquoi les
animaux ne semblent pas manquer de m-atières azotées,
l une -ressource essentielle permettant la survie de nombreux animaux pendant
la saison sèche, en particulier dans les régions arides.
Sur le plateau central, le <<Boisd’orme>> (Guczzumu uZm$oZiu), le <tgommier» et le
«sirouel» (Spondiuspurpureu) fournissent en période de sécheresse de 5 à 15 % des
U.F. de la ration.

454
Les espèces du genre Prosopissont des pluviométrie annuelle de 250 mm leur suffit,
Adaptationdu arbustes de taille moyenne ou des arbres mais certaines espèces s’adaptent à des zones
pros0pis aux pouvant atteindre une hauteur de 20 mètres, où elle est encore inferieure. Ellessupportent
avec un fût de plus d’un mètre de diamètre. Les aisément de longues periodes de sécheresse
zones
__
àrides et rameaux de la plupart des espèces sont tout en produisant des gousses en abondance.
salines épineux, et les feuilles, comme chez beaucoup
Les gousses de Prosopis sont longues de 3 à 20
d’autres arbres de la famille des légumineuses, cm, plates et enroulées en spirale. Elles
sont composées de nombreuses folioles renferment plusieurs graines enrobees dans une
disposées comme les barbes dune plume. Les pulpe douce ou sèche de couleur jaune. A
fleurs sont petites, généralement groupées en maturite elles tombent au sol sans s’ouvrir. De
inflorescencesspheriques ou allongées. cette façon, elles ne perdent ni leur pulpe, ni
Bien que poussant également à proximité de leurs graines. Ellespeuvent être consommées
l’eau, les diverses espèces de Proposisse directement par pâturage ou emmagasinées i
rencontrent dans des endroits secs où d’autres pour être utilisées ultérieurement. Leur valeur
plantes ont du mal a [Link]èrent les nutritive peut se comparer à celle de l’orge ou
sols salins ou peu fertiles, et peuvent même y du maïs. l
pousser rapidement. En général, une

Figure 239 : utilisationsde la


biomasse produite par les
arbres fourragers (d’après Piot
et al. 1980).

,
. 1 -

. a
_' . 49Xdela biowassefo\k&e 50th ~o#sommés
' . . - pavk5anirnaux .
-t .

. * humus -. 51% tICSOnt PAS Mfi\ibéS POUV ’ ’


. I'affoumgeme&divect

LES FOURRAGESCULTIVES
En Haïti, la surface moyenne cultivée par exploitation est très faible (0,5$ 2
carreaux) et la priorité est donnée aux cultures vivrières. L’alimentation,,des
herbivores se base essentiellement sur l’exploitation des espaces non cultivés et
des sous-produits des cultures.
Mais la déforestation, l’érosion et la dégradation desjachères diminuent de .phrs
en plus les ressources fourragères.
Pour remédier à cette situation, dans certaines régions (Plaine du Cul-de-sac,
Plained’Aquin...),lespaysanscommencentàCultiverquelquesespècesfourragères,
comme l’herbe de guinée (Punicum [Link]). Ces graminées sont implantées
par touffes éparses au milieu d’autres cultures (maïs, sorgho) ou en bordure de
chemin. Elles sont ensuite coupées et distribuées aux animaux.
De nombreuses espèces fourragères cultivées dans les pays de la Caraïbe ont été
introduites en Haïti par des projets de développement. Des expérimentations
devraient permettre d’évaluer leur intérêt :vitesse de croissance, valeur alimentaire,
adaptation aux conditions locales et aux systèmes de culture.

455
Les plus connues en Haïti sont :
. Herbe de Guinée (Punicum maximum)
L’herbe de Guinée est l’espèce fourragère cultivée la plus répandue en Haïti. C’est
une graminée vivace, en touffes dressées, pouvant atteindre un mètre de hauteur.’
Ses rendements varient avec la nature du sol, les conditions climatiques, sesmodes
de culture et d’exploitation.
La sélection génétique a abouti à des variétés pouvant produire 25 t de M.S/ha. Les
variétés locales mises en place en Haïti sont moins performantes : de 0,9 à 7,3 t de
M.S/ha à la Vallée de Jacmel.

Figure 240 : rendements en


tonnes de matières sèches à
I’ha de Panicum maximum à la
vallée de Jacmel (Pluviométrie
1495m-/an. Température
moyenne : 22°C).

Figure 241 valeur alimentaire


de Panicum maximum à la
vallée de Jacmel (coupe à 8
semaines)

l Herbe 8 éléphant (Pennisetum purpureum, graminée)


l Herbe du Guatemala (Tripsuxum hxum, graminée)
l Velvet bean (Stilozobium atterrimum ou Mucunu puriens, légumineuse)
l Sirato’(Mucroptilium utropurpureum, legumineuse)
Un apport supplémentaire d’éléments fertilisants (minéraux ou organiques) peut
permettre un accroissement important des rendements des cultures fourragères.
L’augmentation du rendement s’accompagne de modifications des teneurs en
éléments minéraux. Mais la rentabilité de la fertilisation minérale des fourrages
est plus diffkile à évaluer que pour les cultures vivrières, sauf dans le cas ou la
récolte est vendue.

Figure 242 : rendements en


Matière Verte de l’herbe de d6se 0 : pas d’engrais rendemed eMtawes de
Guinée avec apports de dose 1 : 50 N - 50 P - 100 K w7Gre vefte oii’k&are
différents doses de P et K sur dose2:50N-75P-150K
rendzine (d’après N. Dauphin, dose3:50N-lOOP-200K
Plateau des Rochelois, 1985). dose4:50N-125P-250K

Les doses P et K sont appliquéesen une


seule fois pour l’année. La dose N est
apportée après chaque coupe
(chaque 8 semaines).

dose0 dael dose2 dore4 doW

456
‘Figure 243 : valeurs
Fertilisation azotbe : UFL (‘) MAD (‘)
énergétiques et azotées de
30 unités N/ha pour les /kg MS glkg MS
quelques espèces fourragères
cultivéesdans la zone caraïbe. graminbes et le Dolichos

(G) Brachiariadecumbens 0,68 à0,70 16,l à 133

(G) Digitaria decumbens 0,71 à0,79 36,6 à 48,9

(G) Digitariaswazilandensis 0,76 87,3


(G) Digitaria trasvola 0,62 à 0,78 27,4 à 96,8
(G) Cynodon dactylon (chiendent) 0,63 à 0,81 30,9 à 69,7

(L) St Clozobium 0,83


(L) Dolichos lablab (dolique) 0,82
(L) Leucaena (leucocéphale) 0,70
(L) Stylosanthes(guyanensio) 0,53 à 0,73
(G) Panicum maximum 0,51 à0,81 17,8 à 120,9

l Les écarts sont dus à des choix différents de variétés et de dates de coupe (âge’de la plante et saison).

LES SOmUS-PRODUITS
AGRICOLES ET,AGRO-INDUSTRI~ELS
L’activité agricole crée beaucoup de sous-produits qui ont pour les animaux
domestiques une valeur alimentaire variable.

LES RÉSIDUS Les résidus de culture occupent une place importante dans l’alimentation des
porcs mais aussi des ruminants.
DE CULTURE
Ils complètent la ration fournie par les pâturages herbacés (sauvages ou cultivés).
En cas de déficit fourrager, ils peuvent même constituer l’aliment de base de la
ration. Cette situation se retrouve à lafin de la saison sèche, après les recoltes. Les
parcelles sont alors mises à la libre disposition des animaux qui profitent des
résidus et des repousses (pâture ou apports) tout en fertilisant par leurs excré-
ments.
l Les pailles de céréales (sorgho, mil, maïs, riz) sont constituées par les tiges et
les feuilles restant après la récolte des grains et habituellement laissées’ sur le
champ.
Elles représentent des tonnages importants mais ce sont des aliments très
pauvres.
Les pailles ont de très faibles teneurs en matières azotées,‘en glucides solubles et
en minéraux essentiels. De plus les fortes teneurs en cellulose, en lignine et
souvent en silice (jusqu’à 10 % dans la paille de riz) diminuent leur digestibilité.
Néanmoins, distribuées à volonté, elles peuvent couvrir, une bonne partie des
besoins énergétiques d’entretien des animaux. Ce sont des aliments grossiers et
très fibreux avec un coefficient d’encombrement élevé (23 à 5). Elles constituent
un excellent aliment de *lest».
La paille de riz a une teneur en cellulose inférieure à celle des autres pailles ce’qui
lui confere une valeur énergétique supérieure à 0,4 UF/kg de MS.
Le broyage des pailles limite l’encombrement et assure une meilleure attaque des
bactéries du rumen. Associé à une complémentation équilibrée (légumineuses,
mélasse, urée...), le broyage améliore leur utilisation et la’qualité de la ration. Si
de tels procédés se révèlent effkaces techniquement, il faut encore juger de leur
rentabilité économique et tenir compte des investissements en main d’oeuvre.

457
Figure 244 : composition et MAD
valeur alimentaire des pailles % MS
de cérbales.

l Les fanes et cosses de haricots : les fanes constituent un fourrage de qualité


surtout lorsqu’elles sont récoltées vertes; elles sont riches en matieres azotées. Les
cosses (écossage des gousses) contiennent beaucoup de cellulose mais apportent
aussi une quantité appréciable d’azote.
. Les résidus de cultures de tubercules (fanes, épluchures) sont généralement
réservés aux porcs. Cependant ils peuvent complèter une ration A base de pailles
de céréales pour les ruminants. Les tubercules sont des aliments énergétiques
(amidon).

Pâturage des résidus d’une ‘!,;, ,;1i,;:,


Ci<’
,‘_’ I,,,,,!:,,y ,!‘;:,d.,,:”
s,,, I!‘,
,, ‘),,l ! “’ j“,),_,‘,
; /;:: :r:/ : ,,,,‘) ,>
culture de canne à sucre après VI,, ,, II,
‘,,
la récolte
(photo G. de Laubier).
_‘,,,,,,_ ,’J ,,y
,,i I, :
Charge de bois patate
(photo G. de Laubier).

l Les adventices et les pieds de maïs ou de sorgho résultant du démariage


et du sarclage des culture.s, sont transportées et distribués aux animaux attachés
au bord des parcelles ou nourris au «jouk». Ces ressources fourragères sont
particulièrement importantes pour les jeunes’éleveurs sans terres qui pratiquent
le gardiennage. De plus, elles sont disponibles pendant une période déficitaire
(emblavement maximum des parcelles).
l Les fruits : dans les élevages familiaux, les fruits jouent un rôle important dans
la ration des petits ruminants et des porcs. Ce sont : les goyaves, les avocats
immatures, les graines de palmier royal (palmiste) et surtout les mangues.

LES ISSUES Les graines de céréales sont riches en amidon, et constituent une source d’énergie
très importante. Il est souvent nécessaire de les broyer et d’en faire une bouillie
DECÉRÉALES
pour en alimenter les mammifères qui ne disposent ,pas, comme les oiseaux, d’un
gésier pour les broyer.
Les céréales sont en priorité destinées àl’alimentation humaine. Seuls les déchets
sont généralement disponibles pour les animaux.
Les enveloppes (sons) issues du décorticage et du broyage des grains sont pauvres
en matières azotées mais riches en énergie et en minéraux.
Les sons de riz de bonne qualité peuvent être distribués aux ruminants. En
revanche,lessonsmélangés aveclesballesontunemoinsbonnevaleuralimentaire.:
Si le riz est broyé au pilon ou traité dans :les petits’décortiqueurs de village, les
issues sont toutes mélangées, toujours très riches en cellulose et en silice. Leur

458
digestibilité et leur valeur énergétique est beaucoup plus faible que celle du son
pur.

LES SOUS-PRODUITS La culture et la transformation de la canne à sucre nroduisent beaucoup de sous-


DE DISTILLERIE produits qui peuvent être utilisés comme aliments ‘pour le betail :
(DANS ,LES RÉGIONS’ l les têtes de cannes sont coupées avant la récolte et servent de fourrage en vert
pour les animaux (souvent les animaux de trait), ~
SUCRIERES)
l la bagasse, résidu de canne broyée et lavé de son sucre, est riche en fibre et très
peu digestible. La digestion de labagasse en l’état consomme plus d’energie quelle
n’en fournit. Le broyage et l’addition de mélasse améliorent sa digestibilité,
l la mélasse est le sous-produit final d’extraction du sucre. C’est un aliment très
énergétique, mais pauvre en matière azotée. La melasse est souvent sous-utilisée,
pourtant sagrande richesse en énergie associée à un apport~de matière azotée peut
en faire un des1 élément de base d’une :ration alimentaire (en particulier pour
l’engraissement).

LESDRÊCHES Les sous-produits de brasserie, les drêches, issues de la fermentation de l’orge, sont
des aliments peu fibreux et peu énergétiques. Elles peuvent être consommées
fraîches ou ensilées. Les drêches contiennent plus de 20%, de MAD.

LES TOURTEAUX Les tourteaux sont les résidus de l’extraction de l’huile contenue dans les fruits et
D’OLÉAGINEUX les graines des plantes oléagineuses : arachide, coton, palmier à huile, cocotier
(coprah), avocat, soja...
Dans les pays indutrialisés, ils entrent dans la fabrication des aliments concentrés
pour toutes les espèces d’animaux d’élevage. A ce titre, ils font l’objet d’un
commerce international très important.
Ils sont très riches en MAD (principalement en protéines) : 20 à 30 % pour les
tourteaux d’arachide, 30 % pour le kapokier,,et jusqu’à 50 % pour le soja. Ce sont
des protéines très solubles, avec une digestibilité très élevée : 80 à 90 %.
9’ Utilisés à 20 % de la ration, ils sont les compléments les plus adaptés à un régime
à base de paille chez les ruminants.
l Chez des monogastriques, ils peuvent constituer l’essentiel des apports azotés.
Les tourteaux peuvent rancir (oxydation des matières grasses), particulièrement
les tourteaux riches en huile, quand ils sont conservés trop longtemps, ou dans de
mauvaises conditions. Certains peuvent contenir des produits très toxiques
(aflatoxines dans les tourteaux d’arachide par exemple).
Les tourteaux d’oléagineux servent à la constitution de concentrés à certaines
périodes de l’année (période de soudure) ou pour des productions intensifiées
(engraissement, lactation).

LES SOUS-PRODtiITS Les aliments d’origine animale sont riches en azote, en acides aminés essentiels et
D’ORIGINEANIMALE en vitamines (comme les vitamines B). Ce sont des compléments particulièrement
intéressants pour les monogastriques, dont les rations à base de végétaux arrivent
difficilement à satisfaire les besoins. Des petites doses suffisent à apporter les
acides aminés et les vitamines nécessaires.
l Les sous-produits d’abattoir peuvent transmettre certaines maladies s’ils sont
distribués sans précautionCe sont également de très bons engrais azotés, très
utilisés en agriculture.
l Les farines de poisson sont particulièrement riches en matières azotées. Leur
fabrication est généralement industrielle, mais il est possible de mettre en place
des unités artisanales.
l L’ensilage de déchets de poisson, soit en présence de sons de céréales ou de
mélasses, soit par addition d’acide (ensilage acide), donne un aliment pour le bétail
peu coûteux.
l Les sous-produits de laiterie, le lactosérum, le petit lait et le babeurre sont des
aliments énergétiques qui conviennent pour les ruminants et pour les
monogastriques.
Compositionde Abréviations : la composition est donnée en Cell : cellulose brute
pourcentage de la matière sèche et la valeur MG : matière grasse
quelques produits énergétique est celle qui est contenue dans un ENA : extractif non azoté
kg de matière sèche. MM : matières minérales, cendres
distribués aux MS : matière sèche EM :‘énergie métabolisable
porcs MPB : matières protéiques brutes UF : unité fourragère
Memento de I’Agronome
1984
MS MPB Cell MG ENA MM Ca P MAD UF
g/kgMS NI MS

Fruits
lMangue : verte, pulpe 14,5 2,l 4,l 5,5 85,8 2,5 0,14 0,07
lBanane plantain, entière,
trop mûre 19,8 5,6 6,2 1,4 -80,9 5,6 0,03 0,14
C&éales et derivés
lMaïs grains pays humides) 86,2 9,8 2,4 4,5 81,6 1,7 0,05 0,32 75 1,25
lSorgho 90,8 10,2 3,0 3,8 80,7 2,3 0,03 0,38 72 1,20
lSon de maïs 86,5 13,l 9,8 10,l 61,7 5,3 0,04 0,90 90 0,35
lRafle de maïs 87,4 1,9 46-/ 0,3 50,5 0,3 0,02 0,04
lSon de sorgho 90,7 10,5 7,9 8,7 64,4 8,5 0,09 0,71 65 0,83
lSon de blé (son moyen) 88,9 15,9 14,3 3,8 59,4 7,0 0,15 1,44 102 0,58
Racines et tubercules
l Igname
- tubercules frais 29,4 5,5 3,l 0,3 87,7 3,4 0,17 0,14 25 1,17
- tubercules secs, cassettes 89,2 5,6 2,5 0,4 88,l 3,4 0,05 0,13 25 1,21
l Manioc
- tubercules frais 39,9 2,9 2,9 0,8 91,l 2,4 0114 0,12 6 1,20
- cassettes 88,9 2,0 3,0 0,9 91,9 2,8 0,14 0,12 4 1,13
l Patate douce
- tubercules frais 33,7 3,l 3,3 1,5 88,5 3,6 0,13 0,19 8 1,12
- cassettes 86,2 3,6 2,4 0,6 90,8 2,6 0,06 0,17 5 1,14
Esphes fourrageres
l Herbe de Guinée
(Panicum maximum)
4 semaines 17,4 15,5 32,8 2,5 40,4 9,2 0,79 0,39
5 semaines 18,9 13,6 33,8 2,0 39,8 10,8 0,64 0,31
6 semaines 20,O 10,2 36,2 1,7 41,5 10,4 0,51 0,29
8 semaines 23,8 8,4 37,0 1,5 43,2 9,9 0,33 0,22
12 semaines 27,8 3,7 40,l 0,9 45,5 9,8 0,30 0,09

L’EAU
L’eau en qualité et en quantité est la condition nécessaire a la vie des animaux
domestiques. Dans beaucoup de régions (en particulier dans les zones sèches),
l’eau est le facteur limitant au développement de l’élevage : absence de points d’eau
accessibles, transport de l’eau ou déplacements des animaux demandant une main
d’oeuvre importante. Les ressources en eau dans la zone d’alimentation doivent
être déterminées avec précision surtout pour les pâturages libres Crack, savane).
Il faudra être particulièrement attentif aux disponibilités en eau en fin de saison
sèche et à sa qualité.

460
-- .mConfronterbesoins
et ressources~

LES CALENDRIERSFOURRAGERS
Les ressources alimentaires présentes sur et autour dune exploitation sont
souvent nombreuses mais leurs valeurs alimentaires sont très variables. Il
n’existe pas d’aliment unique qui permet de satisfaire les besoins d’entretien et de
production des animaux domestiques. Il fautmtoujours en associer plusieurs dans
la ration pour obtenir une alimentation équilibrée en qualité et jamais insuf-
fisante en quantité.
L’association de plusieurs aliments dans la ration journal$ère permet de plusde
limiter les risques associés à l’indisponibilité soudaine d’un fourrage ou à Isa
qualité defectueuse.
Etablir un calendrier fourrager, consiste àvisualiser la répartition sur l’année des
différentes ressources fourragères disponibles pour l’alimentation du bétail. Cela
permet de repérer les périodes où les aliments à disposition seront en quantité
insufllsante pour satisfaire les besoins d’entretien et de production des animaux
(périodes critiques) et les périodes excédentaires.
Le calendrier fourrager doit présenter la meilleure adéquation entre les besoins
des animaux et les apports. La connaissance des ressources alimentaires disponibles
à un moment donné et de leur évolution au cours du temps détermine les objectifs
de production compatibles avec ces ressources ou les aliments complémentaires à
acheter.
Dans une même exploitation, les régimes alimentaires ipeuvent être variés :
présence de plusieurs espèces, productions différentes pour ane même espèce (lait,
engraissement, travail), âges variables, etc. Dans ce cas,’ plusieurs calendriers
fourragers sont réalisés.
Le calendrier fourrager est souvent dépendant du calendrier cultural. Tout deux
sont fonction du rythme des saisons et peuvent varier d’une année à l’autre.
Le calendrier fourrager n’est pas identique pour toutes les exploitations d’une
même région. Il est soumis aux disponibilités foncières et ati systèmes de culture :
l possibilités d’accès aux zones non cultivées,
l importance des jachères,
l présence de cultures fourragères dans l’assolement,
l importance des résidus de cultures,
l disponibilité financière pour l’achat d’aliments.
Dans une même région, àune même époque certaines exploitations enregistreront
un déficit fourrager et d’autres pas.
Dans une première approche, le calendrier fourrager sera qualitatif. Il définira les
types d’aliments disponibles pour les animaux tout au1 long de l’année. Cet
inventaire se fera par zones écologiques et foncières homogènes : jardins, parcours
en propriété, libre pâture sur territoires collectifs, etc.

461
L’importance,et la régularité des pluies vont Durant de telles p&iodes difficiles, l’origineet la
Calendrier déterminer la situation alimentaire des animaux. nature des fourrages varient presque d’un jour a
fourrager dans la La période étudiée se situe théoriquement à l’autre et d’un élevage à l’autre. Ces variations
cheval sur la saison séche de juillet-août, la prouvent la difficultédurant ces périodes à
basse-plainede saison des pluies de septembre-octobre et la nourrir les animaux ; chaque fomwle permettant
Port à Piment grande saison sèche de octobre à mars. de satisfaire les animaux pour quelques jours
seulement voire un seul.
(Nord-Ouestde Le deuxième semestre 1984, marqué par la
sécheresse se divise, au niveau conduite de Les pluies de fin septembre
Gonaïves) l’alimentation,en trois périodes :
l

La situation commence à se redresser suite aux


lLa période dbficitaire des mois d’août et pluies de fin septembre. Savane et jardins se
septembre couvrent d’herbes en quelques jours. Les
animaux recoivent alors de meilleurs fourrages.
La faiblesse des précipitationsdu mois de juin Le régime quasiment unique’est a base
fait des mois d’août et surtout de septembre des d’herbes fraichement poussées et très
mois de pénurie alimentaire. II est nécessaire de
appétentes.
distinguer les jardins verts (en amont de
Colombier) des autres. LUpuisement progressif des ressources
l

Calendrier fourrager pour Les premiers grâce aux crues de juin, assurent fourraghes en novembre
caprins, d’août à septembre une production de céréales dès la mi-août et
1984. Faute de pluie, la production fourragère décline
jusqu’à septembre ; de même, tous les canaux durant tout le mois de novembre. ‘herbe sortie
“Bourriques” et “cabrits” en recouverts d’herbes ainsi que les herbes de en octobre, loin d’être toute exploitée, devient
difficulté dans la basse plaine sarclage font de ces parcelles des zones vite dure et impropre à la consommation.
de Port à Piment (source : T. privilégiéespar rapport à Ti Carénage et Porc-
Lassalle, 1985). Melon. La situation rejoint celle des mois d’août et
septembre. Seules sont disponibles des
Les jardins non irrigués par les crues de juin ceréales sèches, “resserrées”aprés la pluie
donnent naissance à du mil qui, faute d’eau, puis de nouveau desséchées et quelques
avorte dès fin juillet. ces jardins procurent alors graminées sèches également.
une céréale morte, sèche et peu appétente. de
même, dans ces jardins ou dans le rak, la
végétation herbacée est vite sèche.

Résidus de :
l petif mil chandelle
Jardins verts l sorgho non photo
(amont Colombier) l sorgho
Herbe de sarclage
Herbe des canaux
Herbe de Guinée

Résidus de :
Jardins secs l mil chandelle
(aval Colombier) l sorgho non photo
Herbes

Zones Strate herbacée


non cultivées Coton soie
(W Bois Gabriel

Périmètre irrigué Résidus sorgho


voisin Herbe sarclage

Marché urbain Son maïs

462
Dans un deuxième temps, le calendrier fourrager doit permettre, quand cela est
possible, d’apprécier les quantités d’aliments et de fourrages qui pourront être
mises a disposition des animaux. Ces quantités sont difficilement appréciables
pour les parcours en zones non cultivées (rack). Pour les fourrages cultivés et les
résidus de récolte, le calendrier devraindiquerles quantitésattendues en référence
aux moyennes des années précédentes dans les mêmes conditions de culture;,
Pour les aliments du commerce, le calendrier devra indiquer leurs prix d’achat’en
plus des périodes de disponibilité sur le marché.
La plus grande partie des aliments du bétail sont, en général, produits sur
l’exploitation : fourrages spontanés ou cultivés, résidus de culture. Leur production
et leur utilisation ne demande que peu d’investissements financiers (sauf si il y a
stockage). En revanche, l’alimentation des animaux domestiques requiert souvent
une main d’oeuvre importante : gardiennage, coupe .et affouragement a l’auge ou
au piquet.
L’introduction de cultures fourragères dans les systèmes dé culture augmente les
ressources disponibles sur l’exploitation en quantite et en qualité. En Haïti, elle se
heurte à diverses contraintes :
l exiguïté des surfaces et priorité donnée aux cultures vivrières ou d’exportation,
l location, mise à disposition ou utilisation pour l’alimentation des animaux
d’espaces dont l’éleveur n’est pas propriétaire. Dans ce cas l’investissement
financier ou en main d’oeuvre nécessaire pour l’amélioration des pâturages risque
d’être limité.
Enfin, les aliments achetés (sons, mélasses, tourteaux, et4 permettent de combler
les périodes de déficit du calendrier fourrager. Leurs prix souvent élevés quand il
s?agit d’aliments importés limitent leur emploi. Leur utilisation est raisonnéeien
fonction des contraintes (climatiques, financières, techniques...) et des objectifs
(production, capitalisation, autoconsommation,..) de l’éleveur.
Sauf pour quelques productions (lait), la rentabilité des achats alimentaires est
rarement immédiate. Les effets d’une alimentation suffisante et équilibrée ne sont
perceptibles qu’au bout d’un certain temps. Certains paysans peuvent être
découragés parle peu d’amélioration à court terme engendré par des investissements
importants en aliments extérieurs à I’exploitation. ~ l

LES SYSTÈMES D’ALIMENTATION


La conduite alimentaire d’un cheptel doit tenir compte :
l des caractéristiques physiologiques des animaux,
l des ressources potentielles (qualitatives etquantitatives) offertes par le terroir,
l de l’ensemble des contraintes socio-économiques (foncier, marché, compétition
alimentaire entre lhomme et I’animal, etc),
l de la finalité de la production (production principale ou secondaire, autocon-
sommation, capitalisation,etc.),
l des objectifs économiques de l’éleveur (limitation des risques, optimisation des
coûts).
Le système d’alimentation d’un troupeau est l’ensemble des techniques’et
des pratiques mis en okre par un éleveur pour alimenter ses animaux
dans des conditions compatibles avec ses objectifs et~avec les contraintes
de son environnement’naturel, cul++l, écohomique et social. Le mot
système souligne la néces+é de prendre en compte tous les éléments de
l’environnement d’un troupeau sans l’isoler des autre activités de l’exploitation.
Le système d’alimentation d’un troupeau est constitué d’un ou plusieurs modes de
conduites d’alimentation, qui peuvent être associés ou se succéder au cours du
temps, selon les types d’animaux présents et les disponibilités fourragères. Ils
varient d’une région à l’autre et évoluent en fonction des systèmes agraires,

463
En Haïti, ces modes de conduite sont :
l le pâturage libre sur parcours,
l le pâturage au piquet sur les jachères ou les talus,
l I’apport au c<jouk».

Figure 245 : les différents modes


de conduite d’alimentation.

w( zz E;ia;Lge

Caprins : pâturage au
piquet sur bords de
chemin + apports

‘~~~:~~~~~
caprins
forte pente

LE PÂTURAGE LIBRE La notion de parcours englobe :


l les espaces produisant spontanément du fourrage, utilisable pour l’alimentation
SUR PARCOURS animale, appel& localement racks ou savanes,
l les terres qui se sont végétalisées artificiellement pour fournir des fourrages:

Les savanes l Les savanes sont des espaces ouverts que l Les racks sont des savanes envahies par des

l’on trouve surtout sur le Plateau Central, la espèces ligneuses xérophytes :


et les rabs région la moins densement peuplée d’Haïti.
Bayaonde Pfosopisjuliflofa (legumineuse)
Elles sont recouvertes par un tapis d’herbes
‘Goyavier Psidium gu!yava (myrtacée)
spontanées ou dominent les graminees :
Campêche Cenirosema virginianum
Corde à graines Chlorisgayanai (légumineuse)
Zeb Mme Michele Themeda quadrivalvis Bois:cabrit Cassia
Jonc Digitaria Gommier Burseragummifera (burceracee)
Gaïac Guajacum officinale
Pour contrôler le développement de l’herbe
madame Mich&e qui a une trés faible valeur Dans,ces espaces, le bétail est généralement en
fourragefe, les Aleveursmettent régulièrement tiberte; pendant la saison pluvieuse, l’élevage
le feu sur les savanes. caprin y prédomine. Le recrû ligneux est
regulièrement coupe pour la fabrication du
charbon de bois, activité complémentaire très
Bovinen parcours libre dans un importante qui peut être en competition avec
rack (photo G. de Laubier). l’élevage.

464
En Haïti, les parcours correspondent souvent à des terres indivises qui ne font
l’objet d’aucun investissement Kinancier et travail) de la part des co-propriétaires.
Ceux-ci bénéficient du droit de vaine pâture, c’est-à-dire d’exercer sur les terres
indivises le pâturage collectif de leurs troupeaux respectifs. Ce mode de tenure
entraîne souvent du surpâturage et la dëgradation de la végétation.
Les parcours peuvent s’étendre sur plusieurs centaines d’hectares sans que ne
soient materialisées les limites des parcelles en propriété ou en indivision.
Les parcours sont localisés dans les régions où le climat semi-aride limite les
possibilités de mise en culture (pluviométrie inférieure à 800 mm par an) : Plateau
Central, Nord-Ouest Basse Artibonite, Plaine du Cul-de-sac, Belle-Anse, Côte de
Fer.
Compte tenu de la faible densité de végétation, le pâturage est libre sur les par-
cours pour exploiter les plus grandes surfaces. Ce mode de conduite permet aux
éleveurs d’entretenir un grand nombre d’animaux : jusqu’à 20 bovins, 10 équidés,
30 caprins par exploitation dans les racks de la Plaine d’Aquin.
Plusieurs espèces peuvent cohabiter : bovins, équidés, caprins et même ovins.
Dans la Plaine d’Aquin, par exemple, les racks assurent les trois-quarts de l’ali-
mentation des caprins, la moitié de celle des bovins et le dixième de celle des
équidés.
Les chèvres et les moutons consomment les arbrisseaux refusés par le gros bétail.
Le comportement de tri ,des chèvres est favorable sur les parcours. En effet, leur
recherche continue des parties les plus nutritives des végétaux présents, leur goût
pour les flores arborées et arbustives et leurs qualités de marcheuse et d’escaladeuse,
leur permettent en général de mieux exploiter des parcours de qualité hétérogéne
que les bovins et les ovins.
Les caprins broutent. les branches les plus grosses des grands arbustes,
-principalement des légumineuses (Acacia, Prosopis). La strate herbacée est très
convoitée par les bovins et les équidés.
Pour les chevaux et les ânes, le pâturage libre dans les racks est limité. En liberté,
ils sont capables de parcourir de longues distances. Ils sont fréquemment sollicités
pour le transport et il convient de les garder a proximité de la résidence.
Les données concernant les apports alimentaires fournis par les parcours sont très
peu nombreuses. De même, il est très difficile d’apprécier la quantité et la qualité
des aliments ingérés sur parcours par un animal. ~
Les systèmes d’alimentation qui cherchent à valoriser au mieux les parcours
doivent faire appel au maximum à la capacité des animaux à stocker et à mobiliser
leurs réserves corporelles. Le but sera de compenser une sous-alimentation en
période sèche par une sur-alimentation en période d’abondance.
La stratégie de la complémentation du parcours devra, d’une part ëtre raisonnée
globalement sur l’année et d’autre part, tenir compte des stades physiologiques
critiques pendant les périodes de sous-alimentation (mises-bas, saillies). On peut
choisir les périodes de mises-bas en fonction des disponibilités fourragères.
Les animaux en parcours sont souvent très peu abreuvés : en saison humide, ils se
contentent de l’eau contenue dans lavégétation ou de l’eau des flaques forméesipar
les cavités du terrain. En saison sèche, la priorité est donnée aux vaches et aux
équidés regroupés. Ils sont conduits aux points d’eau les plus proches. Les petits
ruminants sont plus rarement abreuvés.
La conduite du pâturage libre se heurte aux problèmes du vagabondage ‘des
animaux dans les parcelles cultivées en limite de parcours. Le vagabondage
s’observe surtout en cas de sur-pâturage des parcours (nombre d’animaux par unité
de surface supérieure à la capacité fourragère du parcours).
Les animaux en pâturage libre subissent les attaques, nocturnes des chiens
errants. Pour y remédier, plusieurs techniques sont adoptées par les paysans.
l Les parcs pour la nuit : il s’agit de petits enclos délimités par des palissades

465
de bois et situés sur la zone même du parcours. Ils sont réservés aux petits
ruminants (caprins et ovins), souvent attaqués. Ils peuvent rassembler plusieurs
‘troupeaux qui y sont enfermés pour la nuit.
0 Les parcs-iakou : ces parcs sont édifiés dans l’enceinte même du lakou. Leurs
superficies sont réduites (10 à 20 m2). Y sont enfermés les petits ruminants et
quelquefois le gros bétail. Leur localisation exige une disponibilité’ en main
d’oeuvre importante puisqu’il faut quotidiennement conduire les animaux aux
pâturages puis les rentrer pour là nuit. Mais les parcs-lakou permettent une
meilleure protection contre les attaques des chiens errants.
l L’entrave : la méthode consiste à 1imiter:les mouvements de l’animal au moyen
d’une tringle de bois fixée à l’encolure. Les animaux restent à proximité de la
résidence et sont rentrés rapidement dans le lakou pour la nuit.

Porcsentravés pour limiter


leurs déplacements
(photo G. de Laubier).

l L’enclos : l’espace paturé est fermé par une clôture (enclos de 1000 B 2000 m2).
Le procédé est coûteux (bois et installation des palissades). L’utilisation des enclos
nécessite souvent une gestion collective avec rotation sur plusieurs enclos pour
éviter l’épuisement de la végétation.

LE PÂTURAGE AU Le pâturage au piquet se pratique sur les jachères, les bords de chemin ou dans les
PIQUET jardins après récolte.
Lorsque la pression démographique est faible, le paysan peut laisser chaque année
en jachère une proportion importante des terres travaillées (jusqu’à 50%).
Les jachères sont valorisées par les animaux qui les pâturent. La priorité est
donnéeauxbovinsetauxéquidé[Link]
(forte pente, végétation buissonnante).
Pour éviter que les animaux abîment les jardins cultivés voisins, ils sont attachés
à un piquet et sont régulièrement déplacés:

L’éleveur joue sur la longueur de corde en fonction des disponibilités du moment :


allongement de la corde au fur et àmesure que lavégétation diminue. Inversement,
la corde est très courte lorsque lavégétation est plus abondante et diversifiée, plus
appétante et plus digestible (saison humide).
La composition floristique des jachères évolue au cours du temps et des rythmes
d’exploitation :
l les jachères courtes (de moins d’un an) sont les plus courantes. Les espèces

466
herbacées rencontrées ont souvent plusieurs cycles (vivaces). Entre deux cycles de
végétation (saison sèche) la jachère n’est guère utilisable,
l les jachères longues (plus, d’un an) ont une composition floristique stable. Les
espèces herbacées sont annuelles et ontun recouvrement important (Axonopus
par exemple) tout au long de l’année.
Si la ration fournie par le pâturage est insuffisante, l’éleveur comph4mente par des
apports : résidus de culture, herbe coupée, etc.
‘,
L’APPORT AU JOUK L’apport au jouk est surtout pratiqué lorsque la superficje disponible pour les
animaux (parcours ou jachere) est réduite. Les animaux sont attachés ,en
permanence sous un arbre et nourris d’apports de résidus de culture, adventices,
herbes coupées, feuilles d’arbres, arbustes de ‘clôture, stipes de bananiers,
éventuellement sons achetés...

Ce mode de conduite demande une grande disponibilité en main d’oeuvre. En


période difficile (faible productivité des pâturages, peu de ~jachère), les animaux
sont exclusivement nourris de cette manière.

Bovin au piquet sur des terres


indivises(photo G. de
Laubier).

Apports au jouk de canne de


maïs à un cochon créole
(photo G. de Laubier).

A CHACUN SON SYSTÈME


Les modes de conduite alimentaire sont déterminés par les disponibilités offertes
l
par le système agraire.
Dans une exploitation, différents modes d’alimentation peuvent se,superposer ou
se succéder au cours du temps :
l les conduites peuvent être différentes suivant les espèces : caprins-en parcours,
bovins au piquet, chevaux au jouk, etc.
l les modes de conduite alimentaire peuvent varier au cours des saisons : parcours
en pente pour les caprins et pâturages herbacés pour les bovins en saison des
pluies, conduiteau jouk ou au piquet pour tous les animaux en saison sèche. ~
l la finalité de la production influe sur la conduite retenue. Les animaux yen
engraissement seront conduits au jouk ou au piquet. Ainsi les aliments ingérés
serviront pleinement à la croissance ou à J’engraissement et non à satisfaire des
besoins d’entretien augmentes par le déplacement des animaux. Les animaux
destinés à la reproduction pourront être conduits en libre pâturage à condition
d’effectuer les apports nécessaires lors des phases physiologiques importantes
(saillies, fin de gestation, particulièrement en saison sèche).

467
Un système d’[Link] évoluer au Avec la nouvelle route, les échanges avec le
Evolution des cours des années avec l’environnement socio-
l

reste du pays s’intensifièrent,notamment ceux


modes de économique, prenons l’exemple de la Plaine de du charbon de bois. Arbustes, cactus (nourriture
Larbre. des animaux) mais aussi palissadesen bois
conduite furent progressivement arrachées et
Traditionnellement les animaux pâturaient
d’alimentationà librement les zones incultes, les jardins cultivés
transformées en charbon. Les clôtures
supprimees, l’élevage libre a 6té aboli durant les
la Plainede etant protégés par des clôtures. Deux saisons de culture.
événements régionaux ont perturbe cette
Larbre organisation : En 1980, l’introductiondes périmètres irrigués a
l

une nouvelle fois bouleverse la conduite de


ll’ouverture de la route Gonaïves - Jean Rabel l’élevage en généralisant l’attache au piquet, les
en 1968, jardins étant désormais cultivéstoute I’annee.
l l’introductiondes périmètres irrigués en 1980.

Evénements extbrieurs Conséquences dlrectes Etat des jardins Conduite de l’élevage

l Ouverture de la route
GONAIVES-JEAN RABEL
I
Clôturés Libre

I I
I I

Introduction de t
Culture possible Suppression
périmètres irrigués toute I’annee -des jachères
1980.
I I I I

CALENDRIERS Sur te Plateau des Rochelois : une conduite au piquet en aire Cultiv&e proche
FOURRAGERS de la rksidence. Les zones non-cultivées sont trop éloignées de la maison.
SIMPLIFIÉS ONDJFMAMJ-JAS ONDJFMAHJJAS
CORRESPONDANTÀ . . ‘. . :.:... I -1:. ...:..
. - ..
,achèrc f: :.::..‘.*:I :” : : : *. . . . *...:
TROIS SYSTÈMES
D’ALIMENTATION
DIFFÉRENTS

a périodes de cultwes ~51


péviodes libres El péviode de, [Link]

Changieux : périodes de disponibilité Changieux : calendrier fourrager d’une


des parcelles cultivées. exploitation d’altitude

468
A Trémé, dans la Plaine d’Aquin, un système 31jachères réduites et apports
importants.

Figure 246 : Trémé, système wlnl


de culture et calendrier 7
fourrager. ‘LUViOMÉTR~E M
aoyetwe ale4m)

&a\ annuel :
134,4mm

;YSTÈME 4 * rnAï5
~~vigw
1ECULTURE ) 5ovgllo
M

ACHÈRWÂTURAGES

IÉSiDUS
DECULTURES
:TFOURRAGES SOUS
;ULTURES:appovts

IkiDUSDE CULTURE:
IalAvÀgc

ATi Coma, dans la Plaine d’Aquin, un elevage libre dans les zones non cultivées
et éloignées de la résidence.

Figure 247 : Ti Coma, LIEU DE PATURAGE


disponibilitéfourragère au DÉF’KiT
NON RAGKS FOIJIMAGER
cours de l’année d’étude.
odes en JcKhève 1 pavcellescutt;véer
400 *&&o”~&À l’au* .:>. : .* : . . :,, ,.. : . .:,, . . .
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mm . E on 0 &”. ._. :t Z.‘:.. q +I ,wua&iw . . :
. . . . . . . _ : .:. : . . . ,“.. .

469
Lasantéanim#le
La santé est le fkuit d’un équilibre complexe entre un organisme
vivant (l’animal), son environnement naturel (climat, sol, plante,
microbisme,etc.) et son environnement technico-économique (conduite
d’élevage, système d’alimentation, contraistes du marché, etc.). A
l’inverse, la maladie résulte d’une rupture de cet équilibre.
Les différents
types de maladie
:La maladie est, la plupart du temps, la cbnséquence d’une combinaison de
plusieurs facteurs :
l des facteurs déterminants ou déclenchants. Ce sont principalement des micro-
organismes (bactéries, virus, parasites..) qui en se multipliant dans l’organisme de
l’animal vont être à l’origine des différents symptômes observés.
l des facteurs favorisants qui fragilisent l’organisme et le rendent vulnérable aux
agressions de l’extérieur. Par exemple, une alimentation mauvaise ouinsufisante
prédispose l’animal aux maladies : le contact d’un animal avec un microbe
pathogène n’aura pas les mêmes conséquences pour un animal affaibli que pour un
animal bien nourri et plus résistant.
Quand la maladie est la conséquence d’une cause unique à la fois nécessaire et
suffkmte, on parle de maladie monofactorielle. C’est le cas desmaladiesinfectieuses
causées par un germe très pathogène (rage, fièvre aphteuse, peste porcine
africaine).
Dans les autres cas où la maladie est la conséquence d’une combinaison de facteurs
déclenchants et favorisants, la maladie est dite multifactorielle. C’est le cas des
maladies respiratoires, des diarrhées, de la mortalité des jeunes et de la quasi-
totalité des maladies non transmissibles.
La combinaison des facteurs favorisants et des facteurs déclenchants permet
d’expliquer l’apparition et le niveau de gravité. des maladies observées sur un
animal ou dans un troupeau.

LES MALADIES TRANSMISSIBLES


Ce sont les maladies causées par des micro-organismes, êtres microscopiques
invisibles à l’oeil nu qui se transmettent d’un animal sain àun animal malade selon
divers processus. Ces agents infectieux peuvent être des bactéries, des virus, et des
mycoplasmes à l’origine des maladies infectieuses ou des parasites à l’origine des
maladies parasitaires.
Attention, tous les micro-organismes ne sont pas nuisibles. Un grand nombre
vivent dans l’organisme des animaux sains et certains sont même indispensables
à la bonne santé de l’animal. Par exemple, chez les ruminants, la digestion de la
cellulose n’est possible que grâce à l’importante population microbienne de leur
rumen.
Les micro-organismes à l’origine de maladies sont appelés pathogènes.

LESESPÈCES Les agents infectieux présents dans un organisme entraînent des réactions
variables suivant les espèces. Quand la présence du micro-organisme n’entraîne
SENSIBLES
aucune réaction, l’espèce est dite résistante, dans le cas contraire elle est dite
sensible.

472
Certaines maladies sont caractéristiques d’une seule espèce : peste porcine,
péripneumonie bovine, etc. D’autres affectent plusieurs espèces : - -
l la brucellose et le botulisme sont communs à tous les mammifères,
l la fièvre aphteuse attaque sans discernement tous les animaux à onglons,
l la tuberculose touche toutes les espèces d’animaux domestiques et l’homme.
Quand une maladie est commune à l’homme et à une espèce animale au moins, on
parle de zoonose.
Certains parasites doivent infecter successivement plusieurs espèces différentes
pour pouvoir se reproduire. On parle alors de cycles parasitaires.

RÉPARTITION-- Lesmaladies transmissibles ont desrépartitionsgéographiquesvariables. Certaines


GÉOGRAPHIQUE n’existent qu’en zone tropicale, d’autres sont universelles (rage, brucellose).
En milieu insulaire, la présence ou l’absence d’une maladie du bétail est presque
toujours liée à l’introduction d’animaux provenant de régions infectées. De ce fait,
la liste des maladies présentes dans une île est directement liée 21l’histkique de
son cheptel et ne peut être déduite de celle existant dans des îles équivalentes. Par
exemple, la peste porcine africaine est apparue en Haïti à la suite de l’introduction
de porcs contaminés alors qu’elle est absente de nombreuses autres îles des
Caraïbes.
De même, a l’intérieur d’un territoire géographique, la rép&tition d’une maladie
est variable suivant l’écosystéme (régions sèches ou humides), les saisons et la
répartition des espèces sensibles.

PÉNÉTRATION DE La pénétration d’un agent infectieux dans un organisme sain peut se faire par :
l la peau : en bonne santé, la peau constitue une barrière naturelle très efficace.
L’AGENT INFECTIEUX
Néanmoinslamoindre lésion constitue une porte d’entrée pour beaucoup de micro-
DANS L’ORGANISME organismes tant qu’ellen’estpas cicatrisée. De même, beaucoup d’agents infectieux
peuvent s’introduire dans un organisme lors de morsures (rage), de piqûres
d’insectes ou d’une injection à l’aide d’une seringue mal stérilisée.
l les muqueuses sont plus perméables et offrent de nombreuses voies d’entrées :
par les poumons (maladies respiratoires), par l’appareil digestif ou par l’appareil
génital.

L’EXCRÉTION DE La maladie transmissible résulte de la multiplication d’un agent infectieux dans


L’AGENT INFECTIEUX un organisme sensible. Après s’être multiplié dans l’organisme, l’agent infectieux
est rejeté dans le milieu extérieur par l’animal infecté où il va contaminer les
animaux indemnes.
Les voies d’excrétion sont multiples et varient suivant les maladies :
l les excréments etl’urine sont les voies de dissemination les plus frequentes
(colibacilles, parasites intestinaux, etc.)
l la toux pour les maladies à tropisme respiratoire (tuberculose, pneumonie, etc.),
l la salive (rage),
l les sécretions génitales et les enveloppes foetales (brucellose et maladies abortives),
l 1; sang (certaines maladies virales et parasitaires),
l les cadavres et en particulier les viscères .qui peuvent’ contenir des bacilles
mortels. C’est pourquoi, il ne faut jamais autopsier le cadavre d’un animal mort de
façon suspecte sans prendre un minimum de précautions. ~

LA TRANSMISSION DE Plus une maladie infectieuse se transmet facilement d’un animal malade a un
L’AGENT INFECTIEUX animal sain, plus cette maladie est contagieuse. La fièvre aphteuse qui affecte très
rapidement la totalité des animaux d’un troupeau est une maladie très contagieuse,
51Knverse, le tétanos n’est pas très contagieux.
La contagiosité d’une maladie infectieuse dépend tout particulièrement du mode
de transmission de l’agent infectieux de l’animal contaminé vers l’animal indemne.
Cette transmission peut se faire par :
l contact direct entre un animal sain et un animal contaminé : léchage, accou-
plement, etc,
Figure 248 : un exemple de cycle parasitaire : le cycle du tenia (taenia sagenatta).

Lvl Ly31 ICwpK7


les .embwonS \ / - Il3
dans
le.5
muscles

Les microbes pathogenes


Germe Caractéristiques Maladies provoqubes
Virus l êtres unicellulaires,d’un millième de micron Peste porcine, peste bovine, peste des petits
invisiblesau microscope ordinaire ruminants (PPR), rage...
9 ne peuvent se développer que dans les
tissus vivants
l ils sont détruits :
- par des temperatures élevées (70-80%),
- par des antiseptiques : eau de javel,
formol, cresyl, soude caustique...
Mycoplasmes unicellulaires,visiblesau microscope
l Péripneumonie bovine, pleuropneumonie caprine,
‘ordinaire, mais plus petits que les bactéries maladie respiratoirechronique des oiseaux.

Bactbries . êtres unicellulairesvisiblesau microscope Choléra, charbon bactéride, tuberculose,


(0,2 à 0,3 micron) brucellose, botulisme...
selon la forme, on distingue :
l

- les coques, de forme arrondie (staphylo-


coques, streptocoques, méningocoques...)
- les bacilles,en forme de bâtonnets
(bacillesdu charbon, de la tuberculose...)
mode de duplication :
l

~- par simple divisioncellulaire


- par sporulation : spores = formes de survie
en vie ralentie
vivent dans les tissus vivants ou morts,
l

ou en milieu artificiel
action pathogéne :
l

- infection : multiplicationdes bactéries


dans l’organisme
- intoxicationpar sécrétion de toxines

474
Les parasites externes
Nom Caractéristiques Pathologie
Champignons Champignons microscopiquess’attaquant Teignes sur poils (hommes, mammiféres
(mycoses) à la peau et aux poils. Affections mineures domestiques). Blastomycosessur peau
Tiques l gros acariens parasites munis de piéces double action :
buccales piqueuses et suceuses l directe :
seules les femelles sont parasites
l - affaiblissement par prélévement de sang
. le cycle de développement est complexe : - empoisonnement par s$crétion de toxines
- les pontes ont lieu à terre, où les œufs (jaunisses)
Aclosent l transmission de maladies : piroplasmose,
- les jeunes larves se fixent sur un hôte rickettsie,cowdriose, anaplasmose,
intermédiaire streptothricose, maladie de Nairobi (moutons)
- la derniere géneration (les tiques adultes)
se fixe sur un gros mammifère
maladies de la peau provoquées par des
l les parties atteintes de la peau se couvrent
acariens microscopiques(les sarcoptes) de pellicules,boutons et vésicules ; violentes
. les femelles creusent des galeries dans demangeaisons ; l’animal dégage une odeur
l’épaisseurde l’épiderme où elles pondent repoussante et finit par mourir
“Mouches” Insectes piqueurs et suceurs
l action double :
- taons (dans les zones humides) laffaiblissement et empoisonnement de l’animal
- stomoxes : mouches du fumier ltransmission de maladies : trypanosomose,
- glossines ou mouches tsé-tsé onchocercose, anaplasmose, charbons...
Poux et puces insectespiqueurs
l provoquent des démangeaisons ,S’
signes d’une hygiène négligée
l ne sont pas vecteurs de maladies

Les parasites internes


Nom Caractbristiques Pathologie
Helmintes l les vers plats et annelés : plathelminthes affectent les différents organes :
“vers” ou castodes (exemple : tenia) ltube digestif : spirur, ascaris, strongyla, tenia
l les vers ronds : nématodes (exemple : oxyure, trichure
ascaris, strongyles lfoie et rein : grande et petite douves, cestodes
l les vers plats sans anneaux : trématodes lcœur et poumons : bilharzies
(exemple : douves) yeux et cerveau : tenia, thélazia
l

muscles, ligaments ou cysticerque, trichine,


l

onchocerque
Protozoaires contaminations par l’eau et les aliments
du systbme digestif l coccidies,parasites intestinaux hémorragies : “diarrhées rouges” caractéristiques
l amibes accès de fièvre, amaigrissements parfois mortels
Protozoaires l toujours introduits par des vecteurs
du sang (glossines,tiques)
l les trypanosomes : deux hôtes
- hôte définitif : mammifères ; vivant dans le sang,
la lymphe, le cœur et le système nerveux de
leur hôte définitif
- vecteur (hôte temporaire) : les glossines ;
vivant dans le tractus digestif
l les piroplasmoses : maladies transmises par fièvre, anémie, urines rouges, coloration
les tiques : protozoaires qui parasitent les jaune des muqueuses...
globules rouges du sang (babésioses,
theilarioses, anaplasmoses)
Champignons l mycoses internes aspergillose, lymphangi, Bpizootique...

475
Figure 249 : l’eau principale cause de dissémination des maladies infectieuses

t cobhninatio~ des wcwes


et des vivieres

Figure 250 : symptômes des Fer Cuivre Cobalt Iode Manganèse Zinc Sélénium
carences en oligo-éléments. A. J. A. J. A. J. A. J. A. J. A. J. A. J.

déficit de croiss.
ou d’engraissemt . . . . . . . . . .

chute production
du lait . . . .

inappétence . . . . . . . . l

pica . .

cachexie . . ;; . .

anémie . . . ..’

défaut d’aplomb . . ** l *

fracture spontanée l .

boiterie . . . . .

troubles cardiaque? ;; l

dyspnée . . .

diarrhée . .

décoloration poils ;*
poils piques . . **, ’
pelade . ;;
dermites **
goitre ‘**
infécondités . . . . .

déformation sabots . .

dégénérescence
musculaire I *

A : adultes - J : jeunes - * symptômes les plus spécifiques

476
l contact indirect par les objets de pansage, les harnachements, les injections,
l l’eauestlëmilieude transmissionidéaldenombreuxagents’infectieux(colibacilles,
salmonelles) mais aussi de-nombreux parasites. L’hygiène de l’abreuvement et la
bonne gestion des pâturages humides doivent être respectées très scrupuleusement.
l I’air : le vent peut transporter très loin certains agents infectieux. C’est
cependant un milieu très défavorable aux micro-organismes à cause de l’action
stérilisante des rayons solaires et du dessèchement.
l le sol : seuls quelques micro-organismes possèdent la faculté se survivre dans le
sol (charbon, tétanos).
La lutte contre les maladies transmissibles et leur prévention passe, dans un
premier temps, par une bonne connaissance de la biologkdes agents infectieux,
des espèces sensibles, de leur répartition dans l’espace et dans le temps, des modes
de transmission. L’ensemble de ces données permet de déterminer l’épidemiologie
d’une maladie transmissible.

LES MALADIES NON TRANSMISSIBLES


Les principales maladies non transmissibles sont celles qui découlent d’une
mauvaise alimentation, c’est-à-dire :
l la sous-alimentation, lorsque les besoins et plus particulièrement les besoins
d’entretien ne sont pas satisfaits,
l une alimentation déséquilibrée : déséquilibre entre les apports azotés et énergé-
tiques, carences en élements minéraux ou en vitamines.
Cette mauvaise alimentation aura pour conséquences physiologiques:
l une mortalité néo-natale accrue,
l des troubles de la croissance chez le jeunei : rachitisme, fragilisation des os,
l des troubles digestifs : douleurs abdominales, entérites des jeunes,
l des troubles de la reproduction : infertilité, mauvais retour en chaleur,
l des troubles de la vision et du système nerveux chez les’jeunes animaux.
De’plus, une alimentation défectueuse entraîne une sensibilité accrue de l’animal
aux infections microbiennes et aux maladies parasitaires, bée à l’affaiblissement
de l’organisme et à la réduction de ses capacités de défense. Par exemple, la
tuberculose se développe particulièrement chez les animaux mal nourris et élevés
dans de mauvaises conditions d’hygiéne.

477
Le diagnostic ~~
de la maladie ~

Le diagnostic vétérinaire permet de reconnaître une maladie sévissant sur un


animal ou dans un troupeau.
Il se base sur l’examen clinique, l’interrogatoire de l’éleveur, la visite d’élevage et
dans certains cas, sur l’autopsie d’un animal mort et les examens de laboratoire.

L’EXAMEN CLINIQUE
Devront être observés particulièrement :
l les symptômes externes :
- attitude de l’animal : prostré, agité, excité, raide, chancelant...,
- les perturbations de l’appétit : disparition de l’appétit (anorexie), baisse de
l’appétit, comportement anormaux (tendance a lécher les murs, les pierres,
ingurgitation des poils,...),
- l’état des, muqueuses (bouche, yeux, muqueuses génitales): pâles (anémie),
rouges (congestion), jaunes (atteintes du foie), présence d’aphtes ou d’ulcération.
- l’état de la peau et des poils : abcès, croûtes, aphtes, plaques, depilations, poils
secs et ternes, etc.
l le fonctionnement de l’organisme et des organes apprécié par :
- les variations anormales de la température interne (hausse ou baisse), observées
grâce à un thermomètre placé dans l’anus,
- les variations de la fréquence du pouls,
- un rythme respiratoire modifié.
l le bon fonctionnement des organes profonds peut être vérifié par :
- la percussion avec les doigts ou un petit marteau.
- l’auscultation avec un stéthoscope.

L’INTERROGATOIREDE L’ÉLEVEUR ET LA VISITE D’ÉLEVAGE


L’interrogatoire de l’éleveur complète l’examen clinique et permet d’obtenir des
informations sur l’historique de la maladie (apparition, évolution), l’état habituel
des animaux, les cas analogues survenus auparavant dans le troupeau ou dans le
voisinage.
La visite d’élevage consiste à passer en revue de manière méthodique et systkmatique
l’ensemble des composantes du système d’élevage afin de mettre en évidence les
différents facteurs pouvant être impliqués dans l’apparition ou le développement
de la pathologie observée.
En règle générale ies chapitres suivants doivent être abordés :
l le troupeau : démographie (achats, ventes), races, état général, consanguinité,
vaccinations, contacts avec d’autres troupeaux...

478
Figure 251 : temp&atures
rectales, fréqueye du pouls et rectale normale
de la respiration chez les
animaux domestiques en
bonne santé.

l l’alimentation : sous-alimentation, déséquilibres, carences, modes de


distribution.. .
~
l le,logement : parcours, abris, état des sols...
l la conduite d’élevage : conduite de la reproduction, traite, vente...
‘. *‘l’hygiène : de l’exploitation, des points d’eau, des parcours et des pâturages...
l l’éleveur : formation, technicité, implication...

L’AUTOPSIE ET LES EXAMENS DE LABORATOIRE


Dans certains cas, le diagnostic de la maladie sévissant sur un animal ou dans un
troupeau ne peut être posé qu’avec l’aide d’autopsies ou d’examens de laboratoire.
l l’autopsie : consiste à ouvrir un cadavre,pour :
- rechercher les lésions caractéristiques de’ la maladie existant sur les organes
internes,
- faire-des prélèvements en vue d’examens de laboratoires extérieurs.
Elle doit être réalisée par un technicien vétérinaire compétent. Un certain nombre
de précautions doivent être prises pour éviter une éventuelle, contamination de
l’homme ou des autres animaux du troupeau par des micro-organismes présents
dans le cadavre :
l autopsie réalisée à l’écart des lieux de vie des hommes et des animaux,
l . destruction complète du cadavre à l’issue de l’autopsie,
l port de gants en cas de suspicion d’une maladie transmissible à l’homme, etc.

l Les examens de laboratoire : permettant de confirmer un diagnostic clinique


peuvent être réalisés sur des prélèvements de sang (recherches sérologiques), de
fècès (examens coprologiques pour rechercher des parasites), de ,poils, de pus,
d’organes internes après une autopsie,etc.
La nature et le mode de prélèvement dépendent de la maladie suspectée et des
capacités d’analyse du laboratoire destinataire. Elles ne seront pas détaillées ici.
Dans tous les cas, les prélèvements en vue d’analyse doivent être réalisés par un
personnel compétent et dans les conditions les plus aseptiques possibles. Tous les
échantillons envoyés au laboratoire doivent être obligatoirement accompagnés
d’une fiche d’explications décrivant les symptômes observésJanima1 malade, le
lieu, etc.

479
POUR EN SAVOIR PLUS

CHAPITRE 1
CAMP LOUISE, PETITE REGION AGRICOLE DE LA PLAINE DU NORD
BEDU L. et al., Appui pédagogique à l’analyse du milieu rural dans une perspective de déve-
loppement.- Montpellier, CIRAI%DSA, coll. Documents’ Systèmes Agraires n’8, 1987,
191 p.

COGNO R., COURCIER R., REGIS J.: Agricultures et paysans du Nord et du Nord-Est
d’Haïti. Etude agro-économique de onze zones rurales.- Port-au Prince, ODN-FAC-IRAM,
1984.

GRAS R., ed., Le fait technique en agronomie. Activité agricole, concepts et méthodes d’étu-
de.- Paris, INRA-L’Harmattan, 1989, 184~.

LIZET B., de RAVIGNAN F., Comprendre un paysage. Guide pratique de recherche.- Paris,
INRA, 1987,147 p.

de RAVIGNAN F., BARBEDETTE L., Découvrir une agriculture vivrière. Guide d’observa-
tion sur le terrain.- Paris, Maisonneuve et Larose, 1977, 115 p.
SEBILLOTTE M., Agronomie et agriculture. Essai d’analyse des tâches de l’agronome.-
Paris, Cahiers ORSTOM, sér. Biologie, n”24, 1974, pp. 3-25.

CHAPITRE 2
LA GRANDE DlYERSITl$ DES CLIMATS HAITIENS
ANGLADE G., L’espace haïtien.- Montréal, Presses de l’Université du Québec, 1975.

ANGLADE G., Atlas critique d’Haïti.- Montréal, Presses de l’Université du Québec, 1982.

CENTRE D’ETUDES ET DE GEOGRAPHIE TROPICALES, Atlas d’Haïti.- Talence,


CEGET, 1985.
MADIAN-SALAGNAC, Paysans, systèmes et crises. Tome III: l’exploitation agricole.-.
Pointe-à-Pitre, DAC-UAG/FAMV Damien, en préparation,
MORAL Paul, Le paysan haïtien.- Paris, Maisonneuve et Larose, 1961, reprod. 1978,375 p.
PAGNEY P., Les climats de la terre.-’ Paris, Masson, 1976, 151~.
PAGNEY P., Etudes de climatologie tropicale.- Paris, Masson, 1986, 206~.
SOLTNER D., Les bases de la production végétale: le sol, le climat, la plante. Vol.11: le
climat.- Angers, 1981, 307~.

CHAPITRE 3
NATURE ET DIVERSITE DES SOLS HAITIENS
AGROTECHNIQUE S.A., Etude pédologique du périmètre de St-Raphaël.- Cap-Haïtien,
Office de Développement du Nord, 1982,39 p. + carte.

480
ASSEMBLEE PERMANENTE DES CHAMBRES D’AGRICULTURE (APCA), Conseil en
Agronomie.- Trie-Chateau, APCA, dossier de quatre documents, n.d. ~ 8’
BDPA-ORSTOM-GERDAT, Mémento de l’agronome.- Paris, Ministère de la Coopération,
1980, 1604 mp. ~

BLAIZE D., Guide des analyses courantes en pédologie.- Paris, INCA, 1988,172 p.
BONHEUR J.L., Etude pédologique et suivi agronomique de trois sites de la plaine du
Colombier (Haïti).- mémoire de D.E.A., Rennes, Ecole Nationale Supérieure Agronomique,
1984,84 p.
BOULAINE J., Pédologie appliquée.- Paris, Masson, 1980,220 p. ~
BOYER J., Les sols ferrallitiques. Tome X: facteurs de’fertilité et utilisation des sols.- Paris,
ORSTOM, 1982,384 p.
CABIDOCHE Y.M., Reconnaissance pédologique dans le district de Jacmel.-Miméo, INRA-
CRD La-Vallée-de-Jacmel, 1984.
DOMMERGUES Y., La biologie des sols.- Paris, P.U.F., 1968, 128 p.’
DUCIIAUFOUR P., Atlas écologique des sols du monde.- Paris, Masson, 1976, 179 p.
DUCHAUFOUR P., SOUCHIER B., Pédologie. Vol.1: Pédogénèse et classification ; vol.11 :
Constituants-et propriétés du sol.- Paris, Masson, 1977-1979,477 p. et 460 p.
DUCHAUFOUR P., Pédologie.- Paris, Masson, 1984, coll. Abrégés, 220 p.,:
DUTHIL J., Eléments d’écologie et d’agronomie. Vol 1: connaissance du milieu.- Paris,
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GUIGOU B. et al., Pour valoriser les analyses de,sols.- Purpan n”134, Toulouse, E.S.A.P.,
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HENIN S., GRAS R., MONNIER G., Le profil cultural.- Paris, Masson, ,1969,332 p.
HENIN S., Cours de physique du sol. Tomes 1 et 2.- Paris, ORSTOM-Edisciences, 1977,159
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LEO O., Carte de la zone du projet Plaine de l’Arbre et de ses bassins versants.- Paris,
B.D.P.A., 1983.
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Pointe-à-Pitre, DAG-UAG/FAMV Damien, en préparation.
MAGNY J., BAUR J., Pour comprendre les analyses de terre.- Purpan n”41-42, Toulouse,
E.S.A.P., n.d., 222 p.
SOLTNER D., Les bases de la production végétale: le sol, le climat, la plante. Vol.1: le sol.-
Angers, 1977,457~.

CHAPITRE 4
DEFINIR L’EXPLOITATIQN ET IA SITUER DANS SON ENVIRONNEMENT
ANS, A.M. d’Haïti. Paysage et société.- Paris;Karthala, 1987,341 p.
BASTIEN R., Le paysan haïtien et sa famille.- Paris, Ikthala, 1985,219p.
BELLANDE A., Rationnalité socio-économique des systèmes de production en Haïti. Une
étude de cas.- Thèse Ms. SC., Montréal, Université Mac Gill, 1982. .-
COGNO R., COURCIER R., REGIS J., Agricultures et paysans du Nord et du Nord-Est
d’Haïti. Etude agro-économique de onze zones rurales.- Port-au Prince, ODN-FAC-IRAM,
1984.
DEVERRE C., ed., Enjeux fonciers dans la Caraïbe.- Paris, INRA-Karthala, 1987,230 p.
GIRAULT C., Le commerce du çafé en Haïti. Habitants, spéculateurs et exportateurs.-
Paris, CNRS, 1981,293p.
MADIAN-SALAGNAC, Paysans, systèmes et crises. Tome II: stratégies ‘et logiques socia-
les; les conditions économiques de la production agricole. Tome III: l’exploitation agricole.-
Pointe-à-Pitre, DAC-UAG/FAMV Damien, en préparation.
MORAL P., L’économie haïtienne.- Port-au-Prince, Imprimerie de l’Etat, 1959.
PILLOT D., Des jardins haïtiens aux marchés de Port-au-Prince.- Recherches Haitiennes
n”2, Port-au-Prince, Institut Français d’Haïti, 1980, pp. 181-232.

CHAPITRE 5
DECRIRE LE FONCTIONNEMENT DE L’EXPLOITATIO,N
ET MESURER LES RESUL;rATS ECONOMIQUES,
BEDU L. et al., Appui pédagogique à l’analyse du milieu rural dans une perspective de
développement.- Montpellier, CIRAD-DSA, coll. Documents Systèmes Agraires n”8,1987,
191 p.
BELLANDE A., Rationnalité socio-économique des systèmes de production en Haïti. Une
étude de cas.-Thèse Ms. SC., Montréal, Université Mac Gill, 1982.
BOUCHET G. et coll., Systèmes de production à La-Vallée-de-Jacmel.- Miméo, Centre de
Recherche-Développement de La-Vallée, 1983,102~.
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caribéens et alternatives de développement. Actes du colloque de Fort-de-France, 9-l 1 mai
1985.- Pointe-à-Pitre, Université Antilles-Guyane, 1985, 736 p.
GRAS R., ed., Le fait technique en agronomie. Activité agricole, concepts et méthodes
d’étude.- Paris, INRA-L’Harmattan, 1989, 184~.
MADIAN-SALAGNAC, Paysans, systèmes et crises. Tome III: l’exploitation agricole.-
Pointe-a-Pitre, DAC-UAG/FAMV Damien, en préparation.
OSTY P.L., L’exploitation agricole vue comme un système. Diffusion de l’innovation et
contribution au développement.- Paris, Bull. Tech. Inf. Min.
, Agr. n”326, 1978, pp.43-49.
PIERRE-JEAN L., Diagnostic de deux exploitations agricoles’ de ‘La-Vallée-de-Jacmel.
Document de synthèse. Miméo, Centre de Recherche-Développement de La-Vallée, 1982.

CXAPITRE 6
ETUDE REGIONALE, [Link] A SUCRE ilANS LA PLAINE DU NORD

AGRICORP-IRAM: La canne-à-sucre et les possibilités de développement d’autres cultures


dans la plaine du Nord en Haïti.- Miméo, Port-au-Prince, Agricorp, 1988.

482
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BEDU L. et a1.i Appui pédagogique à l’analyse du milieu rural dans une perspective’de dé-
veloppement.- Montpellier, CIRAD-DSA, coll. Documents Systèmes Agraires n”8, 1987,
191 p.
CRISTOFINI B., La petite région vue à travers le tissu de ses exploitations. Un outil pour
l’aménagement et le développement rural.- Paris, INRA, 1986,44p. i ”
DEFFONTAINES J.-P., PETIT M.: Comment étudier des exploitations agricoles d’une
région? Présentation d’un ensemble méthodologique.- Paris, INRA, 1985,47p.
IEDÉS-SEDES, Analyses critiques des méthodes d’évaluation-des projets.- Paris, Minis-
tère de la Coopération, coll. Méthodologie, 1980, 160 p.
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perspective de développement. 3:Groupes socio-économiques et dynamique régionale.-
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CHAPITRE 7
LE FONCTIONNEMENT DE LA PLANTE CULTIVEE
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BDPA-ORSTOM-GE<RDAT, Mémento de l’agronome.- Paris, Ministère’de la Coopération,
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Paris, Terres et Vie, L’Harmattan, 1983,280 p.
DUTHIL J., Eléments d’écologie et d’agronomie. Vol 1: connaissance du milieu.-‘Paris,
Baillières, 1971, 387 p.
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gies au service de la production végétale.- Paris, INRA, Dossier 74 p.+ vidéocassette 27 mn.
INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE AGRONOMIQUE (INRA), Physiologie du
maïs: Colloque Royan, 15-17 Mars 1983.- Paris, INRA, 1984,519 p.
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INSTITUT DE RECHERCHES AGRONOMIQUES TROPICALES (IRAT), Intensification
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Mémoires et travaux, 1987,130 p.
INSTITUT TECHNIQUE DES CEREALES ET FOURRAGES (ITCF), L’élaboration d’un
protocole d’enquête.- Paris, ITCF, 1985,98p.
INSTITUT TECHNIQUE DES CEREALES ET FOURRAGES (ITCF), L’élaboration d’un
protocole d’essai.- Paris, ITCF, 1985.
MESSIAEN C.-M., Quelques caractéristiques des systèmes agricoles traditionnels en zone
tropicale: limites de leurs performances, améliorations éventuelles.- Pointe-à-Pitre, INRA-
CRAAG, Bulletin agronomique, vol 1, n’l, 1983, pp 4-16.

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MESSIAEN C.-M., Les variétés résistantes. Méthodes de lutte contre les maladies et
ennemis des plantes.- Paris, INRA, 1981,379 p.
MESSIAEN C.-M.,LAFON R., BLANCARD D., Les maladies des plantes maraîchères.-
Paris, INRA, 1965,333 p.
MOREAU D., L’analyse de l’élaboration du rendement du riz: les ,outils du diagnostic.-
Paris, GRET, 1987,72 p.
WESTPHAL E. et al., Cultures vivrières tropicales avec références spéciales au Cameroun-
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CHAPITRE 8
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calcaire. Péninsule Sud d’Haïti.- XVI” Congrès annuel Caribean Food Crop Society, Santo
Domingo, 5-11 Août 1979.
DUTHIL J., Eléments d’écologie et d’agronomie. Vol’ 1: connaissance du milieu.- Paris,
Baillières, 1971, 387 p.
GROUPE DE RECHERCHES ET D’ECHANGES TECHNOLOGIQUES (GRET), Cultures
associées en milieu tropical: éléments d’observation et d’analyse.- Paris, Ministère de la
Coopération, coll. Technologie et développement, 1982, 76 p.
MADIAN-SALAGNAC, Paysans, systèmes et crises. Tome IV: la parcelle et l’animal.-
Pointe-a-Pitre, DAC-UAG/FAMV Damien, en préparation.
STEINER K., Cultures associées dans les petites exploitations agricoles tropicales en
particulier en Afriqùe de l’Ouest.- Eschborn,, G.T.Z., 1985, 347 p.

CHAPITliE 9
IA GESTION DE L’EAU
ASSEMBLEE PERMANENTE DES CHAMBRES D’AGRICULTURE ‘(APCA), Conseil en
Agronomie.- Trie-Chateau, APCA, dossier de quatre documents, n.d.
BDPA-ORSTOM-GERDAT, Memento de l’agronome.- Paris, Ministère de la Coopération,
1980,1604 p.
BONHEUR J.L., Etude pédologique et suivi agronomique de trois, sites de la plaine du
Colombier (Haïti).- Mémoire de D.E.A., Rennes, Ecole Nationale Supérieure Agronomique,
1984,84 p.
CIRAD-ISBA, La sécheresse en zone intertropicale. Pour une lutte intégrée.; Paris, CILF,
1985,591 p.
DUTHIL J., Eléments d’écologie et d’agronomie. Vol’ 1: connaissance du milieu.- Paris,
Baillières, 1971, 387 p.
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DUTHIL J., Eléments d’écologie et d’agronomie. Vol II: exploitation et amélioration du
milieu. Bases d’une nutrition efficace du végétal.- Paris, Baillières, 1971,387 p.

484
DUTHIL J., Eléments d’écologie et d’agronomie. Vol III: exploitation et amélioration du
milieu. Emploi des facteurs de la production végétale.- Paris, Baillières, 1971, 387 p.
GAUTRONNEAU Y., MANICHON H., Guide méthodologique du profil cultural- Lyon,
CEREF-ISARA, 1987,71 p.
HENIN S., GRAS R., MONNIER G., Le profil cultural- Paris, Masson, 1969,332 p.
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de l’agriculture pluviale: relations entre la plante, le sol, et l’eau.- Paris,, sIRAT, coll.
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MADIAN-SALAGNAC, Paysans, systèmes et crises. Tome #IV:1la parcelle et l’animal-
Pointe-à-Pitre, DAC-UAG/FAMV Damien, en préparation.
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WESTPHAL E. et al., Cultures vivrières tropicales avec références spéciales au Cameroun.-
Wageningen, PUDOC, 1985,514 p. %

WYBRECHT B., Les effets du labour en milieu paysan dans la plaine d’Aquin; les autres
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lier, CNEARC, 1985.

CHAPITRE 10
LA GESTION DE LA FERTILITE
~
ASSEMBLEE PERMANENTE DES CHAMBRES D’AGRICULTURE (APCA), Conseil en
Agronomie.- Trie-Chateau, APCA, dossier de quatre documents, n.d. ~

BDPA-ORSTOM-GERDAT, Mémento de l’agronome.- Paris$ Ministère de la Coopération,


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CHAPITRE 11
L ‘ELEVAGE A IA VALLEE DE JACMEL
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CHAPITRE 12
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486
CHAPITRE 13
LES BESOINS ALIMENTAIRES ET IA DIGESTION
CHAPITRE 14
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CHAPITRE 15
LASANTEAN-IMALE
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GLOSSAIRE

BORLETTE : loterie populaire.

BOIS REPOUSSE : espèces arbustives pouvant être multipliées par macro-boutures. - -

BOURRIQUE : âne.
/
CABRIT : chèvre créole.

COCHON CREOLE ou COCHON PLANCHE : race locale de porciconstituée à partir


d’apports génétiques divers, extrêmement rustique, et qui a fait l’objet d’un abattage systé-
matique au début des années 80 en raison de la menace d’un épidémie de peste porcine
africaine. Depuis, les actions de repeuplement se sont multipliées, a partir de races plus ou
moins proches de la race originelle.

CARREAU : unité de mesure des superficies foncières, représentant 1,29 hectare.

COUMBITE ou CORVEE : groupe de travailleurs répondant à l’invitation d’un exploitant


pour réaliser une opération culturale limitée.

COUTEAU DIGO : outil à main, se présentant comme une petite serpe, et utilisé pour
sarcler dans les terres caillouteuses.

DECHOUKAJ : arrachage des souches de pied de ‘sorgho ou de ceréales avant la


préparation des terres.

DEVANT PORTE KAYE : jardin boisé entourant la maison d’habitation.

DJOBISTE : travailleur agricole acceptant des contrats à la tâche.

FERM : contrat de fermage court (une saison de culture), à prix fixé et payé d’avance.’

FIGUE-BABANE : banane-fruit (Musa sapientium).

GARDIENNAGE : contrat de confiage d’un animal en échange d’une partie de la valeur


ajoutée.

GOURDE : monnaie haïtienne, liée au dollar depuis 1919 au taux offkiel de 5 g pour l$.

GRATTAGE : terme créole désignant, en fait, un sarclage.


,l
GRO NEG : individu économiquement aisé, propriétaire foncier important ou commerçant,
susceptible de fournir des terres en métayage ou du crédit usuraire.

JARDIN : terme créole désignant en fait toute parcelle cultivée.

JOUK : attache et stabulation d’un animal au piquet, avec affouragement apporté; ce


système est fréquemment utilisé pour relever localement la fertilité organique d’un
emplacement.

JOURNEE : terme créole désignant une tranche horaire de travail agricole, de 3 à 6 heures
selon les régions.

488
RAYE : maison d’habitation.

LAKOU : espace cloturé entourant la maison d’habitation. Peut souvent être confondu avec
le jardin pré kaye, cultivé intensivement. Mais le lakou est aussi un espace social compre-
nant plusieurs unités élémentaires d’habitation rassemblant les membres d’une famille
élargie.

LOIN RAYE : jardin éloigné de l’habitation.

IWADAM SARA : ce terme désigne à la fois une espèce d’oiseau très friand du riz en
maturation, et les marchandes qui assurent la commercialisation des produits agricoles
entre les zones de production et les marchés de consommation.

MALANGA :Xanthosoma sagittifolium (macabo en Afrique, chou caraïbe dans les Antilles
françaises).
MARMITE : unité de mesure de volume, fréquemment utilisée pour mesurer les récoltes
ou assurer les transactions. Représente entre 2,5 et 3,5 kg de grains, selon les types de
marmite et la densité des grains mesurés.

MAZUMEtELLE : Colocasia esculenta (taro en Afrique, madère en Guadeloupe).

MORNE : terme créole désignant une petite montagne.


NORDE : vent du nord, porteur des pluies de saison fraiche sur les versants exposés à ce
secteur.

PATABEF : repousse de riz après la récolte, par redémarrage du tallage.

PISTACHE : arachide de bouche.

POIS : PhaseolUs uulgaris (haricot commun)

POIS CONGO : Cajanus cajan (pois d’Angole dans les Antilles françaises, ambrevade dans
l’océan indien).

POIS INCONNU : Vigna sinensis (niébé en Afrique, vohème dans l’océan in&en).

POTEK : contrat de fermage long (plusieurs saisons de culture), a prix fixé et payé d’avance.

PRE KAYE : jardin ouvert attenant au jardin devant porte kaye.

RAMPONNEAU ou ESCOUADE : association de travail, fonctionnant en échange mutua-


liste.

RESTAVEK : jeune enfant ou adolescent pris en charge par une famille en1échange
/ de
travaux et services non rétribués.

[Link] ou SAVANE : dans les zones sèches d’Haïti, à moins de 800 mm de pluqométrie, les
raks sont de vastes zones non cultivées, mais utilisées pour le pâturage duobétail et la
collecte de bois pour la fabrication de charbon.

SECOUAGE : opération culturale qui consiste à séparer la terre des racines des herbes
sarclées pour éviter leur reprise en conditions pluvieuses.

TE CH0 : appellation vernaculaire désignant des sols sableux ou peu épais, sensibles à la
sécheresse.

489
TE DE MOUATIE ou TE SOCIE : terres exploitées en métayage.

TE FWET : appellation vernaculaire désignant des sols argileux en géneral profonds, peu
sensibles à la sécheresse.

TE MINE : dans son sens le plus large, il s’agit des terres obtenues par héritage; au sens
strict, représente les terres en indivision, exploitées collectivement par les héritiers.

TE SOCIE : voir tè de mouatié.

TE TIT : surface en propriété, pour laquelle l’exploitant dispose d’un titre legal en bonne,
et dûe forme, soit par achat, soit par héritage avec arpentage et enregistrement notarié.

ZEB SI : ensemble de graminées (ex.:honopus compressus) formant un gazon ras dans les
jachères paturées.

ACHEVÉ D’IMPRIMER
SUR LES PRESSES DE L’IMPRIMERIE
e TARDY QUERCY (S.A.)
46001 CAHORS
No d’impression : 10124F - Dépôt légal : mars 1991
Imprimé en France

Common questions

Alimenté par l’IA

In intercropping systems, both the density and spatial arrangement of plant populations critically impact light penetration which is central to photosynthesis and crop yield. A higher density of a dominant species, such as maize, can significantly reduce light reaching the canopy of a shorter understory crop, thereby decreasing its yield as observed with sorghum in monocultures or mixtures with maize . By strategically managing planting density and arranging crops to optimize light interception, intercropping systems can be designed to enhance photosynthetic efficiency. For instance, modulation of density to prevent excessive shading and facilitate adequate light distribution is vital for maximizing the yield of all included species . This coordinated management aids farmers in maximizing yields through better resource use efficiency.

Within smallholder agricultural systems, economic constraints and labor availability significantly influence decision-making. Small farmers focus on maximizing returns from limited land and labor resources, often intensifying labor use per unit area and diversifying crop production to mitigate risk . Additionally, reliance on both family and hired labor can dictate the scale and type of agricultural operations they can sustainably manage. Economic precarity also compels smallholders to focus on cost-effective strategies, occasionally leading to compromises such as reduced fallowing periods which can impact soil fertility and sustainability in the long term . Hence, labor dynamics and financial constraints closely shape strategic farming decisions impacting productivity and sustainability in smallholder contexts.

Organic and inorganic amendments can markedly enhance soil fertility and structure, even in challenging environmental conditions. Organic matter, like compost or manure, improves soil structure, increasing water retention and facilitating root growth, crucial in dry scenarios. Inorganic amendments, such as lime or gypsum, can adjust pH levels, boosting nutrient availability by preventing soil acidity or alkalinity, which impacts nutrient solubility. When used appropriately, these amendments support sustainable yield and soil health even under adverse growing environments .

Water distribution within soil layers is crucial for plant growth as it governs the availability of water that roots can absorb. Efficient water use is impaired in soils with poor water distribution due to factors such as drainage issues or uneven porosity . To enhance water use efficiency, techniques such as mulching to reduce evaporation, deep plowing to improve water infiltration and retention, and employing drip irrigation to optimize the delivery of water directly to the plant roots are effective strategies. These approaches help in maintaining sustainable water levels in the root zones, promoting healthier plant growth by ensuring that water is effectively available throughout the growing season .

The key factors determining crop variety selection in specific regions include climate conditions, soil type, and water availability. Varieties with higher vegetative growth are better suited for cooler, elevated regions where plant stress is lower, promoting balance between foliage and production. Efficient use of limited water resources is crucial in arid areas, necessitating drought-resistant varieties. Additionally, the biological adaptation, such as root structure and nutrient requirements, to the local conditions and existing agricultural practices influence variety choice, ensuring sustainable productivity and resource use .

Small agriculturists employ strategies such as polyculture and diversification of income sources to mitigate risks associated with climate fluctuations and market volatility. By engaging in mixed farming systems, like combining crops and livestock, farmers can distribute risks and ensure some level of income regardless of environmental or market disruptions. In contrast, larger-scale farmers may focus on monocultures like sugarcane, as they can better absorb market shocks due to more significant economic stability and more extensive market access .

Calcareous soils are typically high in active calcium carbonate, which accelerates the decomposition of organic matter but inhibits the mineralization of humus, reducing the availability of nitrogen. They also make phosphorus and iron less available to plants by causing them to bind into insoluble forms . This can lead to phenomena like chlorosis in plants due to iron deficiency. To manage these issues, regular application of organic matter is recommended to maintain a sufficient humus content. Using green manures can help decompose the humus more effectively and manage alkalinity. Additionally, fertilization in small, repeated doses is advised to avoid leaching and retrogradation of nutrients like phosphorus .

Intercropping efficiency, especially between maize and sorghum, is influenced heavily by planting patterns and density. Lower densities lead to better light penetration and nutrient sharing, which enhances the yield of the component crops. For instance, maize is typically planted in pockets/seeds with specific densities to allow sorghum adequate space to thrive under its cover. The planting time of each species affects growth cycles and resource competition, where differences in density and planting time ensure that competition—especially for light and nutrients—is managed effectively .

Ownership models and land tenure practices significantly impact social and economic standings within agricultural communities. Different tenure statuses, such as property ownership, sharing, or renting, influence access to land and resources, thereby shaping economic potential. For example, a farmer may own, share, or rent different plots, affecting their capacity to invest, produce, and generate income. This diversity among land types within an agricultural setup allows communities to distinguish between wealth levels and economic practices based on property ownership and operational models .

Soil texture and porosity are pivotal in determining how well a soil can retain water and facilitate drainage. Sandy soils, with their coarse texture and large pores, drain quickly but retain little water, which could be disadvantageous during dry periods as plants may suffer from water stress. Conversely, clay soils, with fine textures and smaller pores, retain water more effectively but might lead to poor drainage and waterlogging . These properties can be modified by amending soils with organic matter which increases the water retention capacity of sandy soils while improving drainage and aeration in clay soils . Incorporating organic amendments can thus balance soil moisture properties to suit agricultural needs, promoting optimal conditions for crop growth.

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