Daniel Allemann
Secrets de trading
d’un moine
bouddhiste
Comment un trader ruiné
a fait fortune en Bourse
© Groupe Eyrolles, 2011
Sommaire
Prologue
L’incroyable réalité.......................................................1
Chapitre 1
Le moine faiseur d’or...................................................7
Chapitre 2
L’enterrement de mes certitudes...............................23
Chapitre 3
Rencontre avec un alchimiste des marchés.............37
Chapitre 4
Le vrai visage du trading...........................................59
Chapitre 5
L’ordre caché des coïncidences.................................73
Chapitre 6
Décider et agir sur les marchés.................................85
Chapitre 7
Alerte sur des mégatendances à venir.....................103
Chapitre 8
Le miracle de la proportion divine..........................127
Chapitre 9
Ma première journée à 200 000 dollars..................151
Chapitre 10
Les masseuses de l’esprit.........................................167
Chapitre 11
Le sésame de la sécurité financière.........................185
Chapitre 12
L’alpha et l’oméga du trading..................................205
Chapitre 13
Je vole de mes propres ailes !..................................225
Chapitre 14
La plus puissante des forces....................................245
Épilogue
Chronique d’un destin modifié
(le secret des secrets)...............................................259
Lexique des termes courants utilisés
sur les marchés financiers.......................................279
Chapitre 1
Le moine faiseur d’or
« Il y a certainement des tas de choses
que l’argent ne peut acheter, mais c’est
amusant : avez-vous déjà essayé de les
acheter sans argent ? »
Ogden Nash
Infarctus financier
« Spéculer en Bourse, si t’es plein aux as, tu peux
jouer. Tu peux prendre ça comme un super-casino.
Mais trader, ce n’est pas un jeu. C’est du boulot. Du
moins pour ceux qui veulent réussir ! »
À peine réveillé, cette phrase m’avait cogné dans la
tête. Je l’avais entendue deux ans auparavant de la
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bouche d’un assistant de George Sorros, croisé lors
du vernissage d’un jeune artiste hongrois.
Étrange, comme la vie vous envoie parfois des mes-
sages que vous ne comprenez que plus tard.
8 Secrets de trading d’un moine bouddhiste
Ce matin, le ciel est gris et bas sur New York, où
j’habite encore. Buvant mon deuxième café devant
ma fenêtre qui donne sur Central Park, je regarde dis-
traitement les premiers joggers déambuler. Je me suis
levé tard, pour ne pas être influencé par l’action des
cours à l’ouverture.
Je savais que la force des apparences est la cause
première de notre incapacité à anticiper l’avenir. Car
les apparences nous trompent et manipulent les réa-
lités qui nous entourent.
Et comme un trader n’est pas une sorte de
Mme Soleil des marchés, pas plus qu’il ne dispose de
« tuyaux » increvables venus d’on ne sait où, il doit
travailler. Travailler, pour tenter de trouver un ordre
et une cohérence dans une réalité mouvante et impré-
visible qui en semble complètement dépourvue.
Travailler aussi pour éviter de se laisser trop influen-
cer par le consensus1… et par lui-même.
Le pire ennemi du trader, ce n’est pas le marché.
C’est lui-même !
J’ai mis mon nez devant les écrans à 10 h 45, peu
après l’ouverture du marché des produits agricoles à
Chicago. Dehors, le ciel s’était assombri. Il commen-
çait à pleuvoir. Sans que je le sache, la mécanique
impitoyable de ma débâcle financière était lancée.
J’ai tellement analysé les événements qui m’ont
conduit à cette période noire de ma vie que je suis
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encore en mesure d’en reconstituer l’enchaînement
au détail près.
1. L’avis du plus grand nombre des analystes !
Le moine faiseur d’or 9
Le mini-krach qui m’a ruiné avait commencé par
une émission sur le réchauffement climatique diffu-
sée sur CNN. Elle a provoqué une sorte de séisme en
Amérique et, par ricochet, sur l’ensemble des prix des
matières première agricoles.
Les deux experts présents sur le plateau étaient
tombés d’accord – chose exceptionnelle – pour pro-
nostiquer une longue période de sécheresse aux États-
Unis, en raison du réchauffement du climat justement.
Dans le cadre déjà préoccupant d’une pénurie dans
le tiers-monde, cela aurait notamment pour consé-
quence une importante réduction de la production
des céréales en général, et du blé en particulier. On
pouvait donc s’attendre à de vives tensions sur les
prix. Un trader un tant soit peu sérieux ne pouvait
pas laisser passer une telle occasion.
J’estimais en être un.
Après avoir touché mon héritage, je m’étais mis à
mon compte. J’avais d’abord pas mal étudié les indi-
cateurs techniques et les figures chartistes. J’avais
suivi des formations très poussées. Et même deux
séminaires avec Tom DeMark. Ce qui avait contribué
à me donner de solides connaissances.
Je n’étais donc pas un novice. En tout cas, je ne me
considérais pas comme tel. C’est donc en connaissance
de cause que, le lendemain matin, j’achetai plusieurs
dizaines de contrats futures sur le blé. Je me position-
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nai ainsi pour jouer une forte hausse. Le marché de
Chicago commença par me donner raison : les cours
du blé grimpèrent rapidement de 670 à 705 et conser-
vèrent cette tendance pendant plusieurs jours.
10 Secrets de trading d’un moine bouddhiste
J’en étais là quand j’ouvris mon ordinateur par cette
matinée pluvieuse et sombre dans tous les sens du
terme.
Jusqu’à 17 heures, les cours du blé continuèrent à
grimper pour atteindre 897 points. Pendant des mois,
je me suis cruellement mordu les doigts de ne pas les
avoir vendus à ce cours. J’aurais pu me vanter d’avoir
fait un joli « coup » et sérieusement augmenté mes
gains après plusieurs belles opérations.
Mais il est toujours facile, avec le recul du temps, de
refaire les batailles perdues pour les imaginer victo-
rieuses.
C’est donc vers 17 heures que la courbe ascendante
du cours parut se stabiliser, puis fluctua autour des
32 points de gains, 860 dollars le contrat. À 18 heures,
l’amplitude des fluctuations s’amplifia. Manifestement,
le marché hésitait pour une raison que j’ignorais to-
talement. C’est alors que me vint à l’esprit la question
de la conduite que je devais adopter.
Il n’y avait pas trente-six solutions : sortir du mar-
ché, c’est-à-dire vendre. Ou maintenir ma position.
J’avais beau connaître l’adage qui veut que la fidélité
est une qualité en amitié et en amour, mais un défaut
majeur en Bourse, je décidai de maintenir ma posi-
tion.
Pourtant, j’aurais dû me souvenir d’une autre règle
d’or que m’avait transmise un vieux renard du tra-
ding : lorsque l’espoir et l’attente d’un trader ne sont
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pas satisfaits, il souffre émotionnellement. Cela active
la face cachée de sa personnalité et, s’il insiste, ses réac-
tions dans un tel contexte psychologique peuvent le
pousser à l’autodestruction.
Le moine faiseur d’or 11
Et c’était justement mon cas. Mon espérance n’était
pas satisfaite, loin de là. Je comptais sur cette opéra-
tion sur le blé pour asseoir à mes propres yeux mon
statut de trader expérimenté. Mais j’étais loin d’y être
parvenu. C’est par conséquent mon désir qui avait
décidé à ma place. J’en étais conscient. Mais cela n’a
en rien changé la suite des événements.
Toujours les yeux rivés sur mon écran, je déjeunai
d’un hamburger arrosé d’un Coca. C’est alors que le
téléphone a sonné. C’était Sam, mon broker :
– John, après le communiqué de la Maison Blanche,
tu devrais vendre tes contrats sur le blé !
– Quel communiqué, je n’ai rien vu ? lui demandai-je.
– À midi, le porte-parole de la présidence a démenti
formellement cette histoire de sécheresse, après que le
président a consulté plusieurs experts de réputation
internationale. En plus, il a ajouté que le gouverne-
ment a constitué d’importantes réserves stratégiques
de blé qui, quoi qu’il arrive, éviteront tout risque de
pénurie pendant la période de « soudure » entre les
deux récoltes à venir. C’est pourquoi il serait prudent
de vendre tes contrats. Tu es très engagé. Tu devrais
réduire ta position !
Pendant que John me parlait, je m’étais rendu sur le
site Internet de la NBC. Le communiqué de la prési-
dence y figurait en bonne place. Ce n’était pas une
rumeur comme il en circule des quantités dans les
milieux boursiers. John avait raison, il serait sage de
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vendre. C’est ce que je lui ai dit avant de raccrocher.
C’est ce que je lui ai dit, mais sans lui donner l’ordre
de vendre. J’attendais de retrouver mon prix d’entrée,
car j’en étais maintenant à 90 000 dollars de perte sur
12 Secrets de trading d’un moine bouddhiste
ma position. Je laissais mon envie de gagner masquer
la réalité et l’emporter sur ma raison.
Les conséquences de cette erreur ne se firent pas
attendre.
Vers 20 heures, le cours du blé commença par s’ef-
friter, à moins 3 % par rapport à sa cote à l’ouverture.
Ce qui, par un effet de comparaison, m’avait donné
un moral de perdant. J’avais perdu en effet 80 000 dol-
lars le soir précédent. Et j’en perdais presque le double
maintenant.
Il était urgent que je prenne une décision. Mais je n’en
ai prise aucune. J’ai laissé filer les cours, qui ont conti-
nué à piquer du nez de plus en plus dangereusement.
Aujourd’hui, je sais pourquoi j’ai été poussé à la
faute ce jour-là. Un trader qui ne se soumet pas à une
discipline stricte – ce qui était mon cas à l’époque
– refuse souvent de prendre ses responsabilités et
laisse ses pertes se creuser.
J’aurais dû tenir compte du fait que le mental joue
un rôle essentiel dans la pratique du trading. Les
pertes sont perçues de façon plus aiguë que les gains
du même ordre.
Le trader « indiscipliné » laisse donc s’approfondir
le trou. Il renforce sa position en se mettant sur le
mode « espoir » quand il est en perte. Espérant que le
marché ira dans son sens, il ne voit plus les réalités.
Alors que lorsqu’il est en gains, il coupe prématuré-
ment ses positions.
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Moi aussi, à l’époque, j’ai perdu de vue la réalité et
j’ai essuyé un échec cuisant en me cramponnant à un
scénario démenti par les faits, mais qui correspon-
dait à mon désir de gagner.