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LU

Montagne
û
D
LU n°1

Éléments d'hydraulique torrentielle


Maurice MEUNIER

CEMAGREF
ERRATA

« Page 34, fin de page : formule (2.17), lire :

/ 10g (150 çfZç


cx = 0.4 W=/ (2.17)
ï 3 Ç

\ 3 au lieu de v-

* Page 110, § 7.6.1, 1ère ligne, lire :


"La notion de concentration linéaire, notée X , joue un grand rôle ..."

» Page 115, 2ème §, dernière ligne : supprimer la parenthèse après "écoulement".

» Page 207, § 12.7.2, 2ème ligne : "équilibre" au lieu de "équuilibre".

m Page 211: 2ème cas :

. 2ème ligne, lire : "La relation (12.12) est donc non vérifiée ..." au lieu de :
"La relation (12.10) est donc non vérifiée ..."

. 5ème ligne, lire : [C* a ( Ps -P ) + (a 4 ho) a ] g . sin G

. 12ème ligne, lire : "... et on a donné à 1/k des valeurs supérieures à 1 ..."

. 14ème ligne : formule (12.15), lire :

C*((>s-e)
tg ©-> : tg vu (12.15)
C * ( ^ s - ^ ) + (l + l/k)Ç

* Page 242, 1e r §, dernière ligne, dernier mot : lire croît au lieu de décroît :
... lisse (le transport solide décroît quand la concentration d'argile croît').

. Page 246:
. ajouter à la formule (13.3 1) la barre de fraction : —^
he
hs
. ajouter à la formule (13.32) la barre de fraction : —
ÉLÉMENTS D'HYDRAULIQUE
TORRENTIELLE

M. Meunier

GROUPEMENT DE GRENOBLE
CENTRE NATIONAL 2, rue de la Papeterie BP 76
DU MACHINISME AGRICOLE 38402 St-Martin-d'Hères Cedex
DU GÉNIE RURAL Tél. : 76 76 27 27 - Télex : 980 679 F
CEMAGREF DES EAUX ET DES FORÊTS Télécopie .765138 03
Les ÉTUDES du CEMAGREF

Série : Ressources en eau


N° 1 - Potentiel d'électrode de platine en épuration NM1 -Mise en valeur des sols difficiles. Drainage et après-
biologique * 1990, 164 pages • 200 F drainage des argiles vertes- 1991, 140 pages- 150 F
D
N°2-Le phosphore et l'azote dans les sédiments du fleuve N 12 - Colmatage des drains et enrobages
Charente : variations saisonnières et mobilité potentielle - 1991, 152 pages-200F
1990,228 pages-250F
Série : Equipement des IAA
N" 3 -Typologie aquacole des marais salants de la côte
atlantique - 1991 , 232 pages - 200 F N" 1 - Carbonisateur à pailles et herbes pour les pays en
développement - 1990, 56 pages - 100 F
N° 4 -Pêche, biologie, écologie des aloses dans le système
Gironde-Garonne-Dordogne - 199 1, 392 pages - 350 F

Série : Hydraulique agricole


Série : Forêt
N° 1 - Etude de la qualité des eaux de drainage. Diagnostic de
risque de lessivage d'azote en fin de campagne culturale. La W 1 - Annales 1988. 1989, 126 pages- 150 F
tranchée de drainage. Une nouvelle expression de la hauteur
équivalente. A propos des coefficients de forme de la nappe N° 2 - te Massif Centra! Cristallin. Analyse du milieu - Choix des
libre drainée - 1986, 21 x 29,7 - 182 pages - 200 F essences -1989, 104 pages- 150 F
D
N°2- Hydraulique au voisinage du drain. Méthodologie et N 3 - Les stations forestières du paysd'Othe- 1990, 174 pages
premiers résultats. Application au diagnostic du colmatage 150 F
minéral des drains - 1987, 21 x 29,7 - 220 pages - 200 F
N* 4 -Culture d'arbres à bois précieux en prairies pâturées en
N" 3 -Secteurs de références drainage. Recueil des moyenne montagne humide - 1990, 120 pages - 150 F
expérimentations - 1988, classeur 20 x 26 - 92 fiches - 150 F
H" 5 - Annales 1989 - 1991 , 196 pages - 150 F
N° 4 -Fonctionnement hydrologique et hydraulique du
drainage souterrain des sols temporairement engorgés : N°6 - Annales 1990 - 1991 , 268 pages - 200 F
débits de pointe et modèle SIDRA - 1989, 334 pages - 250 F
N" 7-Les stations forestières du plateau nïvernais- 1991 -
N° 5 - Transferts hydriques en sols drainés par tuyaux 150 F
enterrés. Compréhension des débits de pointe et essai de
typologie des schémas d'écoulement - 1989, 322 pages - 250 F N" 8 - Les types de stations forestières de Lannemezan, Ger et
Moyen Adour-1991 -250F
N" 6 -Réseaux collectifs d'irrigation ramifiés sous pression.
Calcul et fonctionnement -1989, 140 pages -150 F
Série : P r o d u c t i o n e t é c o n o m i e a g r i c o l e s
N° 7 -Géologie des barrages et des retenues de petites
dimensions - 1990, 144 pages - 200 F N°1-GEDE Logiciel d'aide à la décision stratégique pour
l'exploitation agricole - 1991 ,244 pages - 200 F
N°B- Estimation de l'évapotranspiration par télédétection.
Application au contrôle de l'irrigation - 1990, 248 pages -
250 F Série : G e s t i o n d e s services p u b l i c s

N° 9 -Hydraulique à l'interface sol/drain - 1991, 336 pages N° 1 - Économie et organisation à l'échelle départementale du __
J
250 F financement du renouvellement des réseaux d'eau potable -
1991,76pages-150F
ND 10-Le fonctionnement du drainage : approche pédo-
hydraulique - 1991, 248 pages - 200 F Série : M o n t a g n e

N"1 -Éléments d'hydraulique torrentielle - 1991, 280 pages -


300 F

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Le CEMAGREF est un organisme de recherches dans les domaines de l'eau,
de l'équipement pour l'agriculture et l'agro-alimentaire, de l'aménagement et
de la mise en valeur du milieu rural et des ressources naturelles.
En contact permanent avec les agents économiques et les collectivités, il
cherche â constituer des outils mieux adaptés dans différents secteurs d'activi-
tés :
• eau, hydrologie, hydraulique agricole, qualité des eaux
• risques naturels et technologiques
• montagne et zones défavorisées
• forêts
• machinisme et équipement agricoles
• équipement des industries agro-alimentaires
• production et économie agricoles.
Le CEMAGREF est un Etablissement Public à caractère Scientifique et Tech-
nologique sous la tutelle des ministères de la Recherche e t de la Technologie,
de l'Agriculture et de la Forêt.
Il emploie 970 agents dont 420 scientifiques répartis en 10 groupements :
Alx-en-Provencé; Antbny, Bordeaux, Clermoht-Ferrandi Grenoble, Lyon, La Mar-
tinique, Montpellier, Nogent-sur-Vernisson, Rennes.
A V E R TI S SE M E N T

Cette note a été écrite dans un but d'éclaircissement


des concepts de base en hydraulique torrentielle et de rassemblement
des travaux faits autour de ces concepts ; l'hydraulique
torrentielle se trouve à un stade de développement relativement
balbutiant et ne possède pas encore de "corpus" théorique autorisant
des développements compliqués, pour décrire ou pour quantifier les
phénomènes torrentiels.

Elle ne part pas tout à fait de rien malgré tout et utilise, au


moins en partie, des concepts usuels en hydraulique fluviale,
parfois d'ailleurs pour s'en éloigner.

En conséquence, tout lecteur ayant reçu une formation scientifique


raisonnable en hydraulique classique doit pouvoir lire ce document.

En conséquence également, de nombreux lecteurs, plus spécialisés,


pourront le trouver sommaire et le critiquer ; qu'ils veuillent bien
me faire bénéficier de leurs remarques et de leurs réflexions.

M. MEUNIER

Octobre 1991

- 5 -
SOMMAIRE GENERAL

lfe " PARTIE : GENERALITES ET RAPPELS 11

CHAPITRE 1 : SPECIFICITES DU FONCTIONNEMENT DES TORRENTS


PAR RAPPORT AUX RIVIERES ET AUX FLEUVES 15

CHAPITRE 2 : QUELQUES CONCEPTS DE BASE DE L'HYDRAULIQUE


FLUVIALE 23

2*°"» PARTIE : INTRODUCTION AUX SPECIFICITES


DE L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE 39

CHAPITRE 3 : QUELQUES DIFFERENCES A PRIORI ENTRE L'HYDRAU-


LIQUE FLUVIALE ET L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE .. 45

CHAPITRE 4 : CLARIFICATION DU DOMAINE D'ETUDES DE


L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE 55

CHAPITRE 5 : UN EXEMPLE DE TORRENT A LAVES : LE POUSSET 69

3fa-* PARTIE : DES CONCEPTS TRES UTILISES EN HYDRAULIQUE


TORRENTIELLE ... ET SUSPECTS 83

CHAPITRE 6 : QUELQUES ELEMENTS EN RHEOLOGIE ET LEUR


UTILISATION EN HYDRAULIQUE TORRENTIELLE 87

CHAPITRE 7 : NOTIONS DE CONCENTRATION 103

- 6 -
4»m. P A R T I E . DES RECHERCHES SUR LES LOIS DE COMPORTEMENT
ET LES LOIS D'ECOULEMENT QUI EN RESULTENT 115

CHAPITRE 8 : MODIFICATIONS DU COMPORTEMENT D'UN FLUIDE


PAR ADJONCTION DE MATERIAU SOLIDE 121

CHAPITRE 9 : HYDRAULIQUE A SURFACE LIBRE DES ECOULEMENTS


DE BINGHAM EN REGIME LAMINAIRE 137

CHAPITRE 10 : HYDRAULIQUE A SURFACE LIBRE DES FLUIDES


DILATANTS 153

CHAPITRE 11 : HYDRAULIQUE TORRENTIELLE : AUTRES APPROCHES -


AUTRES RECHERCHES 161

5*°- PARTIE : QU'Y A T-IL D'UTILISABLE POUR L'INGENIEUR ? 189

CHAPITRE 12 : LES LAVES TORRENTIELLES POUR L'INGENIEUR 195

CHAPITRE 13 : LES ECOULEMENTS HYPERCONCENTRES 225

CHAPITRE 14 : L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE ET LES ETUDES


DE BASSIN VERSANT TORRENTIEL 251

7-
SIGNIFICATION D E S SYMBOLES

Ql (ou Q) M3/S Débit liquide (Q s'il n ' y a pas d'ambiguité) .


Qs M3/s Débit solide (souvent exprimé aussi e n kg/s).
<§ Débit solide adimensionnel.
S m2 Surface occupée p a r l'écoulement,
hl m H a u t e u r fictive d'écoulement due a u débit
liquide,
hs m H a u t e u r fictive d'écoulement due a u débit
solide,
h m Tirant d ' e a u o u de mélange (hauteur totale
de l'écoulement h m = hs + hl).
P m Périmètre mouillé.
S
R m R a y o n hydraulique (R = — )
P
y m Ordonnée d'un point de l'écoulement perpen-
diculairement a u profil e n long.

U m/s
,- -°
Vitesse moyenne de l'écoulement (U = — )
s
Usa m/s Vitesse à la surface de l'écoulement
Us Vitesse du sédiment solide.
u(y) m/s Vitesse de l'écoulement à la hauteur y

u* m/s Vitesse de frottement (u* = \/-q )


I m/m Pente du profil en long. V 3
Ks mm Hauteur de la rugosité du lit (rugosité de
peau) .
g m/s 2 Accélération de la pesanteur.
Çl (ou f ) kg/m3 Masse volumique de l'eau ( Ç quand il n'y a
pas d'ambiguité ).
Ps kg/m3 Masse volumique du matériau solide.
Cm kg/m3 Masse volumique du mélange eau + solide
p Pa Pression du fluide.
TT(y) Pa(N/m 2 ) Contrainte de cisaillement à la hauteur y.
~U * Contrainte de cisaillement adimensionnel le.
To Pa Contrainte de cisaillement au fond.
ZTc Pa 1/ Seuil critique de la contrainte de cisail-
lement autorisant l'arrachement d'un grain.
2/ Rigidité initiale de la loi de Bingham
ou de Casson.
l(y) m Longueur de mélange (théorie de la turbu-
lence) .
k - Dépend du contexte :
1/ Constante de Von Karman l(y) = k.y
2/ Consistance de la loi d'Ostwald.
n - Indice d'écoulement de la loi d'Ostwald.
u. poiseuille Viscosité dynamique.
/ (N.S/m 2 )
-v m 2 /s Viscosité cinématique.
y£ poiseuille Viscosité de Bingham ou viscosité plastique.
fa. poiseuille Viscosité apparente. — »
<£, - Nombre de Reynolds ( &-= — »-— pour un
fluide newtonien). '
S.e Nombre de Reynolds universel.
3^ * Nombre de Reynolds de la rugosité.
Rw - Nombre de Reynolds de chute en eau calme.
X,Y,Z,W Nombres adimensionnels utilisés en transport
solide fluvial (voir § 2.5).
d m Diamètre représentatif du matériau solide.
d30, d50, d90 m Diamètre du matériau solide tel que 30 %,
50 % ou 90 % en poids du matériau solide
soit de taille inférieure.
Cx - Coefficient de trainée.
C* - Compacité .
Qs
C - Concentration (Rapport — )
Ql
Qs
Cv - Concentration volumique de flux ( )
Qs + Ql
Cp - Concentration massique,
i - Indice des vides.
& - Concentration linéaire.
§. - Teneur en eau.
CM E S kg/m3 Concentration des matières en suspension.
N et G 2 - Nombres adimensionnels de Bagnold.
ai - Paramètre de calage de la loi de Bagnold.
<P - Angle de frottement interne statique.
oi - Angle de frottement interne dynamique ou
-GC
Rapport dans l'utilisation de la loi
Vo
de Bingham.

9-
PEIEMIE R E P A R TI E

GENERALITES E T RAPPELS

Pour se constituer en discipline scientifique spécifique,


l'hydraulique torrentielle doit s'opposer à sa soeur ainée,
c'est-à-dire à l'hydraulique fluviale. Le but de cette première
partie est donc double :

- d'une part, indiquer dans le premier chapitre les raisons simples,


au premier degré, pour lesquelles n'importe quel ingénieur
hydraulicien a des réticences à appliquer les outils de
l'hydraulique fluviale à un écoulement torrentiel ;

- d'autre part, rappeler dans le deuxième chapitre quels sont les


concepts et les hypothèses de bases usuels de l'hydraulique
fluviale, car c'est à partir d'eux que les chapitres ultérieurs
seront développés.

Il va de soi que ces deux chapitres, qui plantent le décor, sont de


peu d'intérêt pour 1"hydraulicien praticien et qu'ils peuvent être
sautés sans difficultés.

1 -
S O M M A I R E D E L A 1**="— P A R T I E

CHAPITRE 1 :

1 - SPECIFIFICITES DU FONCTIONNEMENT DES TORRENTS


PAR RAPPORT AUX RIVIERES ET FLEUVES 15

1.1 - Morphologie et régime hydrologique 17

1 . 2 - Fourniture de matériaux solides 18

1.3 - Les écoulements torrentiels 19

Bibliographie 21

CHAPITRE 2 :

2 - QUELQUES CONCEPTS DE BASE DE L'HYDRAULIQUE FLUVIALE 23

2.1 - Le concept de contrainte de cisaillement 25

2.2 - Le concept de loi de comportement 26

2.3 - Les concepts de régime permanent et de régime


uniforme 29

2.4 - Le type d'écoulement et le profil des vitesses 29

2.5 - Dynamique du transport solide de charriage 32

2.6 - La suspension en hydraulique fluviale 34

2.7 - Utilisation de l'hydraulique fluviale en ingénierie . 35

Bibliographie 37

•- 1 3 -
C H A PI T R E 1

SPECIFICITES D U FONCTIONNEMENT
DES TORRENTS PAR. R A P P O R T
A U X RIVIERES E T FLEUVES

-15-
Le but de ce chapitre n'est pas de décrire ce qu'est un torrent
(voir à ce sujet réf. 1.1 ou réf. 1.2), mais de voir les différences
qui l'opposent à une rivière, (même à une rivière torrentielle), ou
un fleuve ; notre objectif étant d'apprécier la validité des
concepts usuels en hydraulique à surface libre et de décrire le
contexte intellectuel dans lequel on est placé lors de l'étude d'un
bassin versant torrentiel.

Rappelons tout d'abord la délimitation entre torrents, rivières


torrentielles et rivières, tirées de (réf. 1.1), concrétisée par une
valeur de pente :

rivières : pente inférieure à 1.5 %

rivières torrentielles : pente inférieure à 6 %

torrents : pente supérieure à 6 %

Ces valeurs devant être prises bien sûr seulement comme des ordres
de grandeur.

1.1 - MORPHOLOGIE ET REGIME HYDROLOGIQUE

Ce paragraphe pourrait être omis tellement les différences avec une


rivière sont évidentes et connues ; nous rappellerons donc
brièvement que :

- du point de vue morphologie, le torrent a, par rapport aux


rivières, une pente plus forte, un lit de nature et de profil
plus irrégulier, des berges plus rapidement variables, des
biefs de longueur plus courte ;

- du point de vue régime hydrologique, le torrent a, par rapport


aux rivières, un débit plus rapidement variable lors de la
crue comme lors de la décrue, des écoulements plus rapides,
plus turbulents, plus chargés en matériaux divers (arbres,
graviers, blocs), des types d'écoulement différents (charriage
torrentiel, transport en masse, lave torrentielle), un
fonctionnement marqué par la rareté mais 1'importance des
épisodes exceptionnels (qui sont souvent alors
catastrophiques), par la soudaineté de transformation de la
morphologie (déstabilisation du pavage notamment).

Quelques conclusions :

a/ A cause de ces caractéristiques, le torrent est mal connu, et


surtout difficile à connaître de manière quantitative ;
l'essentiel de ce qu'on en sait, provient de descriptions de
phénomènes exceptionnels (provenant souvent de témoins peu

17
habitués à donner des chiffres), qu'il faut confronter à un
examen des versants et du lit qui puisse en donner une
explication plausible.

b/ Les concepts habituels à l'hydraulique à surface libre


(hauteur d'eau, débit, rugosité, etc..) restent valables en
tant que concepts de raisonnement ; leur donner une
signification opératoire (pourtant nécessaire au praticien)
est déjà une extrapolation : que veut dire "une hauteur d'eau
de 3 m " pour un écoulement fortement turbulent et emulsionné
transportant des arbres et autant de cailloux que d'eau,
s 'écoulant dans un lit où la rugosité est déterminée par des
blocs de 2,5 m et dont la largeur passe en 1 mètre de 3 mètres
à 6 mètres et vice-versa.

Toutes ces notions doivent donc être prises comme des repères
conceptuels valables pour le raisonnement et pour l'utilisation des
équations, mais elles ne constituent pas obligatoirement des outils
de dimensionnement immédiatement utilisables ; il y a aussi en
hydraulique fluviale un écart entre la réalité d'un cours d'eau et
le modèle hydraulique utilisé pour la décrire et la transformer,
mais il se traduit seulement par une certaine incertitude sur le
résultat des calculs et par conséquent par la prise en compte d'un
coefficient de sécurité pour le dimensionnement des ouvrages ; en
hydraulique torrentielle, c'est le mode d'utilisation (des concepts
et non leur imprécision) qui est en question.

1.2 - FOURNITURE DES MATERIAUX SOLIDES

En hydraulique fluviale, quand on doit traiter des problèmes de


transport solide, on s'intéresse en général à de grandes portions de
rivières ; en conséquence, les processus les plus importants
concernent les liaisons entre écoulement liquide et transport
solide, et les échanges entre le matériau du lit et le matériau
transporté ; les matériaux solides proviennent donc soit de l'amont
(entrée du système, valeur fixée à partir de mesures) pour les
matières en suspension, soit du lit de la rivière pour le
charriage ; les concepts de base de l'hydraulique fluviale sont
issus de ce schéma (voir chapitre 2) ; limités spatialement, les
apports d'autres origines (affouillements de berges, apports des
affluents) sont alors traités comme des points singuliers du
système.

En hydraulique torrentielle, les distances sont nettement plus


courtes et les points singuliers d'apport sont suffisamment
rapprochés pour qu'ils puissent constituer le phénomène essentiel ;
par ailleurs il existe des écoulements d'eau claire, des écoulements
chargés de matériau solide sans modification du lit du torrent et
enfin des écoulements chargés avec modification du lit. Le schéma
d'interprétation est basé sur le fait que l'érosion est un phénomène
à seuils ; simplifions en admettant un seuil unique pour l'érosion
des versants et un autre unique également pour l'érosion du lit (en

18-
général supérieur au premier) : tant que la crue est inférieure aux
deux seuils, l'eau reste claire ; si elle dépasse le premier seuil,
l'érosion des versants intervient et fournira un matériau solide qui
sera transporté ou non ; si elle dépasse le deuxième seuil,
intervient en plus l'érosion du lit, qui procède de façon régressive
et devient évidemment très dangereuse pour la stabilité du torrent.

Quelques conséquentes :

a/ Le matériau solide transporté par une crue peut avoir une


origine triple : érosion des versants pendant la crue, érosion
des versants lors de crues antérieures, déposés dans le lit et
repris, érosion du lit enfin.

b/ Les aménagements importants qui sont réalisés dans les


torrents ont une fonction de protection ; à ce titre,
l'estimation de la quantité de matériau solide est aussi
importante que celle du débit liquide ; l'étude hydraulique
d'un torrent s'élargit donc forcément à l'étude d'ensemble
d'un bassin versant torrentiel où les compétences du géologue
et du géomorphologue sont requises ; de façon complémentaire,
les aménagements de protection ont deux volets, des ouvrages
dans le lit (souvent du génie civil) et des ouvrages sur les
versants (souvent du génie biologique et du petit génie
civil) .

c/ L'étude hydraulique proprement dite a pour but de quantifier


les volumes solides transportés, déposés ou repris, mais
également et dans un premier temps de situer la crue liquide
de projet par rapport aux seuils d'érosion ; et c'est ici que
les concepts de l'hydraulique gardent une efficacité
opératoire qu'on leur a contestée ci-dessus comme outils de
dimensionnement : une hauteur d'eau de trois mètres est
peut-être inutilisable pour faire un calcul de débit mais elle
peut nous indiquer sans ambiguïté si le seuil d'érosion du lit
(le seuil de dépavage) est atteint ou non.

d/ Le phénomène du pavage ou cuirassage, qui consiste en la


constitution d'une couche superficielle protectrice des galets
les plus gros, imbriqués, (augmentant ainsi leur résistance au
cisaillement) devient très important puisque c'est lui qui
conditionne le deuxième seuil d'érosion.

1.3 - LES ECOULEMENTS TORRENTIELS

En hydraulique fluviale, les écoulements sont très classiquement


biphasiques, avec comme support l'eau, et comme élément dérivé le
transport solide ; ces deux éléments peuvent être disjoints dans une
large mesure i on peut faire des calculs dans une première étape

19-
avec le débit liquide seul, puis en utiliser les résultats pour
calculer ce qui concerne le débit solide sans que celui-ci
n'interfère sur les premiers calculs ; la validité de ce mode de
raisonnement vient de ce que le débit solide représente une fraction
volumique très faible de l'écoulement. Enfin, les supports
conceptuels sur lesquels l'hydraulique fluviale est solidement
installée, sont la loi de comportement newtonienne pour le fluide et
les forces hydrodynamiques et de turbulence pour le transport du
matériau solide.

En hydraulique torrentielle, les écoulements de faible importance


peuvent être décrits à partir des mêmes hypothèses ; mais à partir
d'un certain seuil de transport solide et suivant la nature du
matériau solide, de nombreux postulats sont modifiés :

- les écoulements peuvent être monophasiques (ou d'apparence


monophasique ) bien qu'il y ait deux constituants ;

- les transports solides et liquides ne peuvent plus être traités


indépendamment l'un de l'autre, mais interviennent
simultanément dans la hauteur d'eau ;

- le fluide n'a plus un comportement newtonien, qu'il soit


monophasique ou qu'il reste biphasique ;

- des forces internes nouvelles apparaissent, qui viennent


s'ajouter à la turbulence ou la concurrencer : des forces
électrochimiques (notamment si la teneur en argile est
suffisante), des effets de collisions (en écoulement biphasique
si les galets sont en nombre suffisant), des modifications de
trajectoires des particules fluides par les mouvements des
particules solides (notamment les gros blocs).

Quelques conséquences :

a/ En hydraulique torrentielle, le premier problème est un


problème de reconnaissance du type de fluide en cause ; le
second est celui de la loi de comportement qu'il faut utiliser
pour le décrire correctement ; les problèmes suivants
concernent l'élaboration d'une hydraulique basée sur la
connaissance de la nature du fluide et de sa loi de
comportement (c'est-à-dire les lois de régime permanent et de
régime transitoire).

b/ Si des progrès peuvent être réalisés pour construire ces


différentes théories d'hydraulique torrentielle, la grosse
difficulté (et elle est peut-être irréductible) consistera
toujours à déterminer laquelle est adaptée au torrent étudié,
pour un épisode pluvieux donné ; le même torrent peut en effet
produire des crues d'eau claire, des crues chargées
biphasiques et des crues chargées monophasiques.

20
c/ Le même problème de reconnaissance du type d'écoulement se
pose aussi a posteriori, pour analyser le déroulement d'un
épisode catastrophique (et tenter de le quantifier). On
procède alors à l'examen des traces de crue, on écoute les
témoignages, pour arriver à choisir entre les différentes
hypothèses possibles : il faut pour cela savoir reconnaître
les différences dans le comportement macroscopique de
l'écoulement et en déduire les lois de comportement qui les
provoquent.

- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 1 -

(1.1) Cours de Restauration des Montagnes (1925) -


BERNARD - Ecole Nationale des Eaux et Forêts Nancy.

(1.2) Restauration des Montagnes - Correction des torrents -


Reboisement (1914) - THIERY - Encyclopédie des Travaux
Publics - Librairie Polytechnique BERANGER Paris.

-21
CHAPITRE 2

QUELQUES CONCEPTS I>E B A S E

D E L'HYDRAULIQUE FLUVIALE

-23
Nous allons dans ce chapitre reprendre les concepts de base utilisés
en hydraulique fluviale, pour différencier dans le chapitre 3 ceux
qui resteront valables en hydraulique torrentielle et ceux qu'il
nous faudra modifier. Nous insisterons sur l'enchaînement des étapes
qui sont faites à partir de ces notions de base, pour aboutir aux
formules et méthodes bien connues de l'hydraulique fluviale
(réf. 2.1 et 2.2).

2.1 - LE CONCEPT DE CONTRAINTE DE CISAILLEMENT

On va la définir sur un écoulement permanent et uniforme de hauteur


h, de pente I, (fig. 2.1) ; à la hauteur y, s'exerce sur un élément
de largeur unité une contrainte de
cisaillement qui équilibre le poids
Ç.g. (h - y) du volume de fluide
hachuré ( P = masse volumique de
l'eau) .

En projection sur l'axe de l'écoulement


on a donc :

~C(y) = f g (h - y) I (2.1)

Figure 2. 1
La c o n t r a i n t e de c i s a i l l e m e n t

La contrainte de cisaillement au fond est désignée par Cb.

ro = çg h I (2.2)

Par ailleurs, £o est souvent exprimée sous la forme de la vitesse


de cisaillement u.

u=
*l F F -
(2 3)

25 —
Ordres de grandeurs des valeurs numériques

Hauteur "£ o u*
Pente (m) (Pascal) (m/s)

Fleuve 0.0001 4 4 0.063

Rivière 0.001 2 20 0.14

Rivière torrentielle 0.02 1 200 0.44

Torrent 0.1 1 1 000 1.0

Tableau 2.1 : Contraintes e t vitesses de cisaillement

2.2 - LE CONCEPT DE LOI DE COMPORTEMENT

Cette contrainte de cisaillement rend compte au niveau du fond, du


frottement sur la paroi ainsi que de la poussée hydrodynamique qui
s'exerce sur les matériaux solides d'un lit mobile. A l'intérieur du
fluide, elle provoque les mouvements des particules fluides entre
elles, qui s'organisent selon deux modalités, suivant que la
viscosité est suffisante ou non pour supporter l'effet de la
contrainte ; si la viscosité est suffisante le régime de
l'écoulement est laminaire, si elle ne l'est pas s'ajoute alors un
effet de turbulence pour compenser le supplément de contrainte.

Avec un fluide qui a un comportement newtonien, la part de


contrainte supportée par la viscosité est proportionnelle au
du
gradient de vitesse du fluide ( // — où J l est la viscosité
dy
dynamique et u la vitesse). La part de contrainte supportée par la
turbulence est beaucoup plus complexe à connaître : la turbulence
est encore en effet un phénomène relativement incompris et de très
nombreuses équipes de recherches continuent à l'étudier : pour un
écoulement turbulent à deux dimensions, la vitesse
horizontale U et la vitesse verticale V, fluctuent en permanence
autour de valeurs moyennes ; on note u' et v' les écarts à ces
valeurs moyennes. La part de contrainte supportée par la turbulence
s'exprime par p u ' v' . Bien que des modèles explicatifs bien plus
élaborés soient utilisés, la théorie de la longeur de mélange
(PRANDTL, 1925) est toujours d'actualité (réf. 2.6) : elle conduit à
exprimer la dissipation d'énergie turbulente (viscosité turbulente)
du
par p. I2 — f Y où 1 est la "longueur de mélange". La longueur
v
\dy/
de mélange a été ensuite exprimée par Von Karman sous la forme
l(y) = k.y et la constante k est appelée constante de Von Karman.

— 26
On o b t i e n t finalement :

i i i i

Partie Partie
viscosité turbulence

Indiquons que ces deux caractéristiques du comportement newtonien du


fluide ne se manifestent pas à la même échelle d'espace : "la
viscosité est due aux forces d'attraction moléculaires et traduit la
capacité des molécules d'eau de se déplacer les unes par rapport aux
autres tout en restant liées ; la turbulence se produit à une
échelle d'espace bien supérieure par déplacements de tourbillons,
eux-mêmes pris dans d'autres tourbillons de plus grande échelle,
etc.. En toute rigueur, le comportement newtonien signifie
exclusivement qu'il y a proportionnalité entre la contrainte et le
gradient de vitesse, mais comme dans la pratique de l'hydraulique
fluviale, la viscosité ne peut jamais rendre compte de la totalité
de la contrainte, on utilise immédiatement l'équation (2.4), et en
omettant d'ailleurs la partie viscosité, négligeable dans les cas
courants comme le montre le tableau 2.2.

Ordre de grandeur des valeurs numériques


Nous allons vérifier l'adéquation de la formule (2.4) à une ordonnée

uz k (fig. 2.1) où la relation de Von Karman est bien vérifiée.

Pour cela il nous faut estimer -— ; on lit sur la figure 2.2


*i
qu'on a ~Xï_\ZB'} — ^ -37 o u Usi est la vitesse de
surface, et comme U ^ 0.8. Usa, nous prendrons ^i (A\ — 2.6-4/- ;

en fait le profil des vitesses se redresse pour les écoulements

turbulents nous prendrons — — ; W— pour les torrents.

Nous calculerons U par la formule de Manning Strickler et la


contrainte par l'équation (2.1).

Le tableau 2.2 montre les résultats ; on voit que :

- la part de contrainte supportée par la viscosité est


négligeable dans tous les cas de figure, y compris pour un
fleuve à 10- A de pente et que dans les cas usuels de
l'hydraulique fluviale, il est légitime de ne prendre en compte
que la turbulence ;

-27-
Figure 2 . 2 : P r o f i l s de v i t e s s e de l ' I s è r e à St-Gervais
l e 7/1/87 (BOIS. ENSHG)

du Contribution de la
Pente Hauteur Coefficient D Total Contrainte
de rugosité i/s dy viscosité turbulence (Pascal)
s-1 (Pascal) (Pascal) (Pascal)

fleuve 0.0001 4 40 1 0.65 0.00065 10.8 10,8 3.6

Rivière 0.001 2 35 1.75 2.28 0.00228 33 33 18

Rivière 0.02 1 30 4.2 11 0.011 193 193 180


torrentielle

Torrent 0.1 1 20 6.3 13.9 0.0139 309 309 900

Tableau 2 . 2 : Comparaison de l a c o n t r a i n t e de c i s a i l l e m e n t ,
de l a v i s c o s i t é e t de l a turbulence

- la comparaison entre la viscosité et la turbulence montre bien


que la seconde dissipe beaucoup plus d'énergie que la première.
Le tableau montre également que la contrainte de cisaillement
est inférieure à la turbulence sauf dans le cas du torrent, ce

-28 —
qui montre qu'un autre support s'impose ; on sait (réf. 2.3)
qu'on est situé en dehors du cadre d'application de la formule
de Manning Strickler et qu'il y a une cause de dissipation
d'énergie autre que la turbulence qui vient s'y ajouter ou s'y
substituer.

2.3 - LES CONCEPTS DE REGIME PERMANENT ET DE REGIME UNIFORME

Ces deux concepts sont fondamentaux car ils constituent les deux
bases sur lesquelles sont installées la plupart des formules simples
utilisées en hydraulique fluviale ; le régime permanent est obtenu
lorsque l'écoulement ne varie pas dans le temps et le régime
uniforme lorsque le chenal d'écoulement ne varie pas dans l'espace
(pente et forme constantes).

Le niveau élémentaire d'utilisation de l'hydraulique fluviale est


donc celui du régime permanent et uniforme car les équations y sont
évidemment bien simplifiées ; en pratique ce régime se rencontre
malgré tout assez souvent : les canaux artificiels bien sûr, mais
même sur les rivières et fleuves on trouve des biefs assez longs où
le concept de régime permanent et uniforme est opérationnel. Par
contre, lorsque le chenal d'écoulement varie (coudes, élargissement,
rupture de pente, piliers de pont, e t c . ) , le régime n'est plus
uniforme mais varié ; et lorsque le débit varie (crues, ondes de
ruptures de barrage, lâchures, e t c . ) , le régime n'est plus
permanent mais transitoire ; dans ces deux cas, les lois de
l'hydraulique doivent être utilisées dans leur généralité et ne
peuvent plus être traitées "à la main".

2.4 - LE TYPE D'ECOULEMENT ET LE PROFIL DES VITESSES

Le profil des vitesses est obtenu en égalant les équations (2.1) et


(2.4).

1er cas : bien que ce cas ne se produise pas en hydraulique


fluviale, signalons le cas où la viscosité toute seule équilibre la
contrainte ; on a alors

du
Û g (h - y) I =H — (2.5)
I dy
qui s'intègre sans problème pour donner un profil parabolique de
vitesses. Dans ce type d'écoulement, les filets liquides sont
parallèles entre eux et glissent les uns à côté des autres sans
turbulence ; on a donc donné à ce type d'écoulement le nom de
es _ /? U L
laminaire ; il se produit pour des nombres de Reynolds u ^ — — ——

-29-
inférieurs à 1 000 ou 2 000 (par extension des expériences de
Nikuradse sur des écoulements en conduite). Indiquons enfin que,
pour les écoulements en conduite pour lesquels le régime laminaire
peut exister, le coefficient de perte de charge X- est inversement
proportionnel au nombre de Reynolds ( ~
<
!- - - ^ - ) avec £ . k - \ . 3 ^ - . M — .

où A&. est la perte de charge sur une longueur L, d'un écoulement


dans une conduite de diamètre D ayant la vitesse U.

2ëme cas : on a déjà indiqué (tableau 2.2) que c'est la turbulence


qui supporte la contrainte de cisaillement dans notre cas (les
nombres de Reynolds sont largement supérieurs à 2 000). L'écoulement
porte naturellement le nom d'écoulement turbulent ; il se compose
alors de deux zones :

- une zone centrale, où l'écoulement est indépendant des parois


et de la viscosité ; le profil des vitesses est donné par :

nl*-i)*= e£^ f (26 )-


qui s'intègre en donnant un profil logarithmique de vitesses,
moyennant quelques approximations ;

- une couche pariétale, (proche de la paroi) qui supporte


l'essentiel de la dissipation d'énergie par frottement. La
nature de cette couche dépend de l'importance de la rugosité
(K.) par rapport aux forces de viscosité ; on la détermine
par un nombre de Reynolds de la rugosité :

#= ï>-*- .
( 2 7 )

<§2 < 5 : la couche pariétale est laminaire ; son épaisseur€


est donnée par l'équation :

V " (2.8)
$* > 70 : la couche pariétale est turbulente et indépendante de
la viscosité ; le profil logarithmique des vitesses de la zone
centrale commence très près de la paroi ; son expression est la
suivante :

2 s L s 5
^ r = - —^ + - (2.9)
5 > S e < 70 : on est entre les deux types de comportement de la
courbe pariétale ; il dépend à la fois de la rugosité et de la
viscosité.

-30 —
Dans les cas courants de l'hydraulique fluviale, $* est
supérieur à 70 ; on peut intégrer (2.9) pour obtenir la vitesse
moyenne, mais il faut se donner la distance y„ où la vitesse

u(y 0 ) est nulle ; on a proposé M tr-i<A_ (réf. 2.4)

On obtient alors :

ù= ^ . s \ J X T u(JL)

En remplaçant 19.5 Ln f— ) par 26 1— j qui en est une bonne

approximation, puis K. par dao (diamètre du matériau du lit


tel que 90 % en poids du matériau lui soit inférieur en
taille), on obtient la célèbre formule :

U = — ^ *- I (2.10)

En fait il est évident que ce sont les mesures in situ des


valeurs globales qui ont avalisé l'expression 2.10 plutôt que
le développement théorique ci-dessus. L'expression 2.10 est
d'ailleurs plus connue sous la forme (dite de Gauckler Manning
Strickler) .
_ Va A &
U = .
K R I (2.11)

où K est un coefficient de rugosité empirique et R le rayon


hydraulique. Le coefficient de perte de charge est ici
indépendant du nombre de Reynolds.

Remarque :

Les recherches dont on parlait en 2.2, relatives à la turbulence,


ont affiné la connaissance de ce qui se passe dans la couche
pariétale lorsqu'elle est turbulente (réf. 6.2) : la couche
pariétale est divisée en trois zones selon la prédominance du
phénomène dissipateur de l'énergie : la sous-couche visqueuse où
la turbulence est négligeable, une sous-couche tampon où viscosité
et turbulence ont des ordres de grandeur similaires et une
sous-couche inertielle où la turbulence seule importe.

Dans la partie centrale, au-delà de -


S c ho , on retrouve la
u u.*
loi logarithmique, exprimée cette fois en fonction de —

u* K v-

-31 -
Les expériences montrent qu'on a A - 5 et que le paramètre de
Von Karman, K, est égal à 0,4.

2.5 - DYNAMIQUE DU TRANSPORT SOLIDE DE CHARRIAGE

En effectuant (réf. 2.1 et 2.2) une analyse des forces qui


interviennent dans le mouvement d'un grain solide isolé (inertie,
poids, forces hydrodynamiques) dans son mouvement, en sélectionnant
des variables adimensionnelles, en simplifiant notablement,
notamment en supposant que la pente n'intervient que dans la force
motrice, que l'écoulement est à faible nombre de Froude e t c . , on
arrive à formuler le problème du transport solide de façon
satisfaisante en fonction de quatre variables adimensionnelles.

où fs est la masse volumique du sédiment et ds o le diamètre médian


des grains.

X représente le nombre de Reynolds du grain, Y le rapport des forces


hydrodynamiques agissant sur le grain à son poids immergé, Z
représente la hauteur d'eau et W l'inertie du grain.

Le débit solide sous une forme adimensionnelle doit s'exprimer en


fonction de ces quatre variables. De même on arrive à formuler le
problème du seuil de charriage en fonction de X et Y.

Ainsi la célèbre courbe de Shields délimite dans un plan X, Y,

Figure 2.3 : Courbe de S h i e l d s donnant l e s e u i l de charriage


( t i r é de l a r é f . 2 . 1 )

32
la zone avec transport de la zone sans transport (fig. 2.3). On voit
que pour X > 100 (régime turbulent totalement développé) on a
Y = 0.058. Signalons que pour le domaine suivant :

0.01 < h S 1.2 m

4. 10-* < I < 2.10- 2

0.4 mm < dS o £ 30 mm

0.25. 10* < g ( p . - f ) < 3.2.10*

Meyer-Peter a trouvé Y = 0.047 (souvent pris égal à 0.05).

Arrêtons nous à la signification physique de ce résultat : Y peut


aussi s'exprimer sous la forme

g
y =— i ° > , ( 2 - 13 >

Si la contrainte de cisaillement "Eb dépasse un seuil critique "Ec


égal à ^c = 0.05 g ( Ps - Ç ) d5 o, le grain est détaché du
fond. Cette résistance du grain au transport est donc reliée au
poids immergé du grain de taille médiane ; les schématisations par
rapport à la réalité sont nombreuses :

- l'étendue de la courbe granulome trique est occultée (tous les


grains dans la réalité n'ont pas le même diamètre) ;

- les irrégularités de la surface du lit ne sont pas prises en


compte, aussi bien les configurations de forme (rides, dunes,
e t c . ) que la "protection" des petits grains par les gros qui
les cachent ;

- l'armature du pavage qui rend les grains solidaires les uns des
autres est négligée ;

- on néglige le côté aléatoire de la turbulence qui rend la


contrainte de cisaillement 'Co variable au cours du temps.

Toutes ces approximations ont fait l'objet d'études ultérieures plus


ou moins sophistiquées dont nous ne parlerons pas, sauf pour dire
qu'une théorie complète du démarrage du transport solide serait
beaucoup plus complexe que ce qui est exposé ici.

En conservant ce souci de simplification, on peut présenter la loi


du charriage la plus simple, celle de Meyer-Peter :

<5S - _! -r- CE-CJ <2.14)


«V*.m î(f»-f) Vf

- 3 3 -
D'autres approches ont permis de déterminer d'autres formules, soit
empiriquement, soit par des approches probabilistes (EINSTEIN)
vérifiées sur des expérimentations (au laboratoire ou in situ). Le
gros problème vient de ce qu'elles sont très tributaires du domaine
de calage des paramètres et qu'on ne peut les utiliser brutalement
sans risquer des erreurs importantes. Terminons par une remarque qui
sera également fondamentale pour l'hydraulique torrentielle :
l'hypothèse, non formulée et pourtant très importante, sur laquelle
se basent les travaux qui élaborent des formules de transport
solide, comme la formule (2.14), est l'existence d'une liaison
biunivoque entre débit liquide et débit solide ; cette biunivocité
est largement remise en cause à l'heure actuelle.

2.6 - LA SUSPENSION EN HYDRAULIQUE FLUVIALE

Si le transport solide par charriage est le plus immédiatement


visible à cause des transformations qui en résultent pour les cours
d'eau à chaque crue, il en existe un autre, le transport solide en
suspension, qui est en fait beaucoup plus important (réf. 2.1) par
le volume transporté qu'il représente, ainsi que par les
conséquences économiques : c'est lui en effet qui comble plus ou
moins rapidement les retenues et l'on sait que ce phénomène de
sédimentation (relativement maîtrisé en France sauf quelques cas
dans le bassin de la Durance (réf. 2.5)) réduit dans certains pays à
érosion importante, la durée d'utilisation des retenues à quelques
dizaines d'années seulement.

Dans le contexte de l'hydraulique fluviale, les concentrations


volumiques des suspensions sont inférieures à/ou de l'ordre du
millième ; les grains en suspensions sont très éloignés les uns des
autres et on est alors habilité à se référer à la vitesse de chute
en eau calme, notée W. Celle-ci s'exprime différemment selon la
valeur du nombre de Reynolds de chute :

(Q W Asa (2.15)

Le coefficient de trainée Cx qui traduit la résistance du fluide au


mouvement s'exprime différemment suivant que le mouvement autour du
grain est laminaire ou turbulent :

Régime laminaire :%w < 1•

0* = — U/= & ,S i z î - (formule de Stokes) (2.16)

Régime turbulent : 5l„ > 1 000 .

w=yK5re: 2-IJ)

-34-
Les problèmes concrets posés par l'existence de la suspension sont
divers et suivant les cas on sera amené à s'intéresser à la quantité
de matériaux transportés (diverses formules sont proposées) au seuil
critique d'érosion qui donne naissance au transport par suspension,
ou au contraire au dépôt dans les retenues avec éventuellement des
problèmes complexes de courants de densité et de rhéologie des vases
qui s'y posent.

Signalons enfin que dans certains pays (la Chine en est l'exemple le
plus connu) le transport en suspension est tel que le cadre
théorique classique utilisé dans le contexte français (réf. 2.1) ne
peut plus être utilisé.

2.7 - UTILISATION DE L'HYDRAULIQUE FLUVIALE EN INGENIERIE

Au niveau sommaire (et même un peu caricatural) où nous la


présentons, l'hydraulique fluviale donne l'aspect d'une discipline
complètement maîtrisée puisque le praticien possède les trois outils
de dimensionnement nécessaires à tout problème d'aménagement :

- une formule de calcul de débit liquide en régime permanent, la


formule de Manning Strickler (2.11) ;

- des formules de démarrage du transport solide, comme celle de


Shields (fig. 2.3) ;

- des formules reliant le débit liquide et le débit solide, comme


celle de Meyer Peter (2.14).

En pratique, les choses sont loin d'être aussi simples, car le débit
solide en un point ne dépend pas que du débit liquide en ce point :
comme il provient de l'amont, il dépend aussi des phénomènes
d'arrachement, dépôts et reprise dans tout le cours d'eau à l'amont
du point de mesures ; ceux-ci dépendent des conditions hydrauliques
au moment de la crue (vitesse, hauteur, forme de la section), mais
également de la nature et de l'état des dépôts antérieurs, qui
constituent le lit actuel et où interviennent la courbe
granulométrique , la nature des matériaux, le degré de cimentation
des dépôts, etc ... Certains vont jusqu'à dire que c'est toute
l'histoire antérieure du cours d'eau qui conditione la valeur du
débit solide à un moment donné. Vu sous cet aspect, la tâche de
l'ingénieur de terrain devient particulièrement redoutable.

Insistons pour terminer, sur une hypothèse essentielle délimitant le


champ d'application des outils présentés ci-dessus : ils ne sont
utilisables qu'en régime permanent uniforme. Pour en mesurer
l'importance, il suffit d'indiquer que leur utilisation lors d'une
simulation mathématique avec des conditions hors du domaine de
validité peut conduire à des aberrations (réf. 2.8) comme d'élever
la hauteur d'une bosse au lieu de la raboter.

35
Cet exemple montre bien l'écart qui existe entre la "théorie" et la
pratique, qui explique d'une part que les cas difficiles
d'aménagements ponctuels continuent à être traités par une
modélisation physique et que des modèles mathématiques complexes
aient remplacé depuis longtemps les formules très simples indiquées
ci-dessus, et d'autre part que dans le monde entier, les recherches
continuent en ce domaine. Comme on l'a dit, la résolution des
problèmes est loin d'être aussi avancée en hydraulique torrentielle.
On en restera donc la plupart du temps à ce niveau simple
conceptuellement, celui du régime permanent et uniforme (cf. § 3.4).

-36-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 2 -

(2.1) Le système fluvial et le transport solide (Tome 1) - La


suspension (Tome 2), (1987) NICOLLET. Module hydraulique
fluviale et aménagement de l'ENPC et de l'ENGREF.

(2.2) Cours d'hydraulique générale. Ecoulements à surface libre


(1979) POCHAT - ENGREF.

(2.3) Strickler Formula, a Swis contribution to hydraulics (1987)


[Link], énergie, luft 79.

(2.4) Etude sédimentologique de la Durance. J. CACAS - cours de


l'ENITRTS.

(2.5) Retenues EDF (1988). GUICHON - Journées techniques de la SHF


sur le Transport Solide. Paris.

(2.6) La turbulence racontée aux enfants des Grandes Ecoles.


G. BINDER. Cours de 2**"" année. ENSHMG - INPG, 1989-1990.

(2.7) Transport solide dans le lit des cours d'eau. Dynamique


fluviale. P. LEFORT. SOGREAH - ENSHMG - INPG. 1991.

(2.8) Modélisation du transport par charriage de matériaux solides


en écoulements non permanents. LEE Sung-HO, mémoire de DEA,
MMGE . UJF Grenoble, 1990.

37
D E U X IE M E P A R TI E

I N T R O D U C T I O N AUX! S P E C I F I C I T E S

D E L ' H Y D R A U L I Q U E T O R R E N T I E L L E

C'est ici qu'on commence à introduire l'hydraulique torrentielle,


d'abord en reprenant (chapitre 3) les concepts de l'hydraulique
fluviale et en regardant les problèmes nouveaux qu'ils posent, puis
en décrivant globalement (chapitre 4) le champ de l'hydraulique
torrentielle et en lui donnant sa place intermédiaire entre
l'hydraulique fluviale classique et la mécanique des sols et des
roches (mouvements de terrain) , enfin en sensibilisant le lecteur à
ce phénomène particulier qu'est la lave torrentielle (chapitre 5)
grâce à une description qualitative qui a été faite d'un torrent à
laves célèbre et de son fonctionnement.

39-
SOMMAIRE D E L A 2""™"» P A R T I E

CHAPITRE 3 :

3 - QUELQUES DIFFERENCES A PRIORI ENTRE L'HYDRAULIQUE


FLUVIALE ET L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE 45

3.1 - Contrainte de cisaillement 47

3 . 2 - Hydrostaticité 48

3.3 - Lois de comportement interne 49

3 . 4 - Régime permanent et uniforme 50

3.5 - La résistance à la contrainte de cisaillement. Le


pavage 51

3.6 - L'effet des parois 52

3 . 7 - Conclusion 53

Bibliographie 53

-41
CHAPITRE 4 :

4 - CLARIFICATION DU DOMAINE D'ETUDES DE L'HYDRAULIQUE


TORRENTIELLE 55

4.1 - Délimitation quantitative de l'hydraulique torren-


tielle par rapport à l'hydraulique fluviale 57

4.1.1 - La pente 57

4.1.2 - Le transport solide 57

4.2 - Le champ de l'hydraulique torrentielle 58

4.2.1 - Domaine où la notion de régime permanent n'a


pas de sens physique : les laves torrentielles. 58

4.2.2 - Domaine où la notion de régime permanent


a un sens 59

4.3 - Représentation du champ de l'hydraulique torrentielle 59

4.4 - Quelques conséquences 63

4.4.1 - Il n'y a pas "une" hydraulique torrentielle ... 63

4.4.2 - Quelques risques potentiels de confusion 65

4.5 - Un peu de terminologie 65

Bibliographie 67

42 —
CHAPITRE 5 :

5 - UN EXEMPLE DE TORRENT A LAVES : LE POUSSET 69

5.1 - Formation des laves 72

5.1.1 - Préparation des terrains 72

5.1.2 - Formation du mélange 73

5 . 2 - Déclenchement 74

5 . 3 - Ecoulement 75

5.4 - Dépôt 77

5.5 - Reprise 78

Bibliographie 81

43
C H A PI T R E 3

QUELQUES DIFFERENCES A PRIORI


ENTRE L'HYDRAULIQUE FLUVIALE
E T L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE

45
Nous reprenons ici la philosophie du chapitre 1, mais en spécifiant
les différences entre l'hydraulique des torrents et celle des
rivières par rapport au raisonnement théorique qui a été exposé au
chapitre 2. Cela devrait nous permettre d'asseoir les théorisations
de l'hydraulique torrentielle sur des bases sûres.

Comme on l'a dit le transport solide dans les torrents peut


atteindre jusqu'à 50 % du volume total de l'écoulement ; il ne peut
plus être négligé dans la formulation des équations de l'écoulement
liquide.

3.1 - CONTRAINTE DE CISAILLEMENT

On rencontre dans la littérature (réf. 3.1) l'utilisation du même


concept de contrainte de cisaillement mais on remplace la masse
volumique P de l'eau par celle du mélange f i m. On obtient alors :

V(y) = f m g (h - y) I (3.1)

Vo = fm g h I (3.2)

On peut toutefois se poser la question de la validité de cette


extension des formules (2.1) et (2.2).; si cela semble réaliste pour
un fluide assez visqueux en régime laminaire pour lequel c'est une
matrice fine visqueuse qui supporte le poids des éléments les plus
gros, pour un écoulement biphasique où le poids des éléments
grossiers est supporté par leurs collisions réciproques, la réponse
n'apparaît pas évidente ; elle se pose d'ailleurs également pour les
écoulements fluviaux turbulents, du moins au niveau de la contrainte
de cisaillement critique (réf. 3.4).

En fait, la question posée ci-dessus est légitime sur un petit pas


d'espace à cause des effets non stationnaires inévitables à cette
échelle d'espace (par exemple 10 cm) ; par contre si on se place à
une échelle d'espace plus grande, où les notions de valeurs moyennes
(du tirant d'eau, de la vitesse du fluide et des particules
solides), sont valables (par exemple sur quelques mètres),
l'expression 3.1 résultant de l'équilibre des forces appliquées au
volume Al. h (fig. 3.1), le concept de contrainte de cisaillement
conserve sa signification physique ; mais celle-ci n'est valable
qu'"en moyenne".

47-
Figure 3.1 :
La c o n t r a i n t e de c i s a i l l e m e n t
en écoulement t o r r e n t i e l

3.2 - HÏDROSTATICITE

Si p désigne la pression du fluide, on connaît la relation


fondamentale de l'hydrostatique p = ("g h, qui fait correspondre
pression et hauteur d'eau. La même question se pose que pour la
contrainte de cisaillement au paragraphe précédent, faut-il
remplacer la masse volumique de l'eau par celle du mélange et
écrire :

p = fm g h (3.3)

Cette question est fondamentale pour interpréter de façon cohérente


les mesures des limnigraphes lorsque ceux-ci mesurent une pression,
comme l'illustre la figure 3.2 d'une crue sur un site des Bassins
Versants Expérimentaux de Draix pour laquelle les concentrations ont
varié entre 200 g/1 et 330 g/1 ; pour une concentration en MES de
400 g/1, la densité du mélange est en effet de 1.25. La réponse
n'est pas évidente car on ne sait pas si le poids des éléments
solides dans leur mouvement est supporté intégralement par le
fluide ; la réponse doit être variable selon la nature des matériaux
solides et la loi de comportement du mélange. En tout cas, cette
question est toujours une question "ouverte".

-48
Figure 3 . 2 :

E f f e t de l a concentration s u r l a mesure des d é b i t s

3.3 - LOIS DE COMPORTEMENT INTERNE

En hydraulique fluviale, le support de l'écoulement est un fluide,


et la présence d'un faible pourcentage volumique de matériau solide
ne change pas sa nature, ni par conséquent sa loi de comportement
interne, et donc le mode de dissipation de l'énergie qui s'effectue
par les frottements au fond et la turbulence (et non la viscosité).
On a déjà vu (tableau 2.2) que la turbulence ne suffit plus en
hydraulique torrentielle à supporter la contrainte de cisaillement.

Il y a donc d'autres forces qui interviennent, qui correspondent en


fait à des hypothèses sur la nature du matériau qui s'écoule (fluide
visqueux à seuil, mélange d'un fluide et de particules solides,
matériau solide déformable). A chacun de ces cas, doit correspondre
un jeu de dissipations d'énergie différent, parmi les différentes
contraintes résistantes possibles :

- la viscosité peut devenir beaucoup plus importante ;

- les mouvements vers le bas des gros éléments créent des


mouvements ascendants du fluide qui contribuent à l'ascension
des particules voisines ;

-49-
- si les particules sont nombreuses, un effet de limitation de
l'espace intervient ; les particules entrent en collision.

A ces trois possibilités de contraintes résistantes qui jouent au


niveau particulaire ou même moléculaire, peut ou non s'ajouter la
turbulence qui joue à un niveau macroscopique par rapport aux trois
autres.

Comme on le voit, le gros problème qu'on rencontre en hydraulique


torrentielle est celui de savoir comment s'effectue la dissipation
d'énergie pour poser les équations théoriques de base qui lui
correspondent. En découle l'existence de plusieurs domaines de
l'hydraulique torrentielle correspondant aux différents cas
possibles. On en reparlera au chapitre suivant de manière globale et
quelques-uns de ces domaines seront explorés dans la quatrième
partie.

3.4 - REGIME PERMANENT ET UNIFORME

En hydraulique fluviale, le concept de régime permanent uniforme est


très utile et l'équation qui permet de l'approcher est l'équation
(2.11).

Il faut dire à ce propos pour l'hydraulique torrentielle que cette


notion apparaît un peu théorique : les biefs sont très courts, les
sections en travers très rapidement variables, les pentes aussi,
soit naturellement, soit artificiellement ; on a des chances malgré
tout de rencontrer des sections de torrents où ce concept peut
s'appliquer, notamment sur les cônes de déjection où les sections
sont assez rectilignes et souvent endiguées, ainsi que dans les
sections artificialisées par des seuils en travers ; encore faut-il
que l'écoulement ait un minimum de caractère permanent, ce qui est
très discutable avec des laves torrentielles dont une des
caractéristiques est un fonctionnement transitoire par "bouffées".

Nous serons malgré tout obligés de "faire comme si" ce concept


était directement opérationnel ; de toute façon, c'est ce qu'on
obtient avec des essais sur modèle réduit ; mais il faut alors
souligner que l'importance du transport solide est telle qu'il
intervient dans la définition de la hauteur de l'écoulement, comme
le montre le graphique (3.3), et comme cela est logique puisqu'il
intervient dans le type de loi de comportement à utiliser pour
caractériser l'écoulement.

-50-
Hauteur totale Hauteur fictive Hauteur fictive
de débit liquide de débit solide

Figure 3.3 :

Augmentation de l a hauteur de l 'écoulement


à d é b i t l i q u i d e constant à cause du transport s o l i d e
(SMART e t JAEGGI, 1983, r é f . 3 . 3 )

Insistons pour terminer sur le fait que, si on utilise pour calculer


des débits les hauteurs de crue constatées, en se basant sur le
concept de régime permanent et uniforme, tant la non uniformité du
bief que la présence du transport solide conduisent à surévaluer le
débit réel écoulé, donc ne nous placent pas du côté de la sécurité.

3.5 - LA RESISTANCE A LA CONTRAINTE DE CISAILLEMENT. LE PAVAGE

Faute de mieux, on a longtemps utilisé les lois de démarrage du


transport solide telles qu'elles ont été calées en hydraulique
fluviale ; deux facteurs au moins devraient nous rendre
circonspects :

- l'effet de pente, supposé nul dans la définition du seuil de


démarrage du charriage, peut jouer un rôle important et qui
doit être élucidé ; la composition des forces agissant sur un
grain (fig. 3.4) montre que la pente a pour effet de diminuer
l'angle existant entre la force hydrodynamique et le poids et
par conséquent d'augmenter la résultante agissant sur un
grain ;

-51 -
lit horizontal lit en pente

Figure 3.4
Composition des f o r c e s agissant s u r un grain

- le pavage, cette armure superficielle que constitue


naturellement le torrent à partir des gros blocs en les
imbriquant les uns dans les autres, est un élément fondamental
à prendre en compte ; on a déjà dit qu'il y a des crues d'eau
claire, ce qui signifie que le lit du cours d'eau n'est pas
détruit, il y a aussi des crues chargées dont le transport
solide ne provient pas (ou peu) du lit du cours d'eau ; la
responsabilité de cette résistance est classiquement attribuée
au pavage ; il importe donc de savoir distinguer la
granulométrie du pavage de celle des matériaux solides déposés
en surface, qui participeront à la prochaine crue mais dont le
départ n'affectera pas la stabilité du torrent. Cette
distinction n'est pas facile à réaliser sur le terrain et la
quantifier semble encore plus difficile.

3.6 - L'EFFET DES PAROIS

En hydraulique fluviale, les parois jouent un rôle surtout vis-à-vis


du frottement, dans la couche pariétale dont on a vu qu'elle est de
faible épaisseur ; cet effet se traduit en pratique par la prise en
compte du rayon hydraulique à la place de la hauteur d'eau dans le
calcul de la perte de charge (passage de (2.10) à (2.11)).

Les fluides très chargés qu'on rencontre en hydraulique torrentielle


viennent compliquer ce schéma, notamment lorsque les fluides sont
très visqueux ou très chargés en matériau solide ; la grande
viscosité dans le premier cas, spécialement quand la loi de
comportement est une loi à seuil critique, le manque de place dans
le second cas, qui oblige les particules solides à rester côte à

-52
côte, font peut-être jouer aux parois un rôle spécifique ; nous en
tiendrons compte notamment quand nous étudierons les fluides
visqueux.

3.7 - CONCLUSION

La conclusion semble s'imposer si on accepte d'évaluer l'adéquation


des concepts de l'hydraulique fluviale aux conditions de
l'hydraulique torrentielle : beaucoup de présupposés, à peine
rappelés dans les traités d'hydraulique fluviale, doivent être revus
et par conséquent c'est en amont de l'hydraulique, donc à partir de
la mécanique des fluides qu'il faut formuler les fondements de
l'hydraulique torrentielle.

- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 3 -

(3.1) High velocity in erodible channel. (1987) [Link].


22ème congrès Lausanne.

(3.2) Compte rendu de recherche n° 1 en érosion et hydraulique


torrentielle. BVRE de Draix - CEMAGREF - RTM - ONF (1987).

(3.3) Sédiment transport on steep slopes (1983) SMART et JAEGGI -


Mïtteilungen der Versuchsanstalt fiir Wasserbau, Hydrologie
und Glaziologie - Zurich Suisse.

(3.4) Do critical stresses for incipient motion and érosion really


exist ? (1987) LAVELLE et MOFJELD - Journal of Hydraulic
Engineering - Vol. 113. N° 3.

-53
CHLAJE» I T R E -4

CLARIFICATION D U DOMAINE D'ETUDES

E>E L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE

55
4.1 - DELIMITATION QUANTITATIVE DE L 'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE
PAR RAPPORT A L'HYDRAULIQUE FLUVIALE

Deux paramètres, d'ailleurs corrélés entre eux, interviennent dans


l'idée qu'on se fait qualitativement des écoulements torrentiels :
la pente qui est forte, le transport solide qui est important.

4.1.1 - La pente

On a vu au chapitre 1 que BERNARD (réf. 2.1) plaçait à 6 % la


séparation entre rivière torrentielle et torrent ; on a vu qu'avec
une pente de 2 % (tableau 2.2) déjà, la turbulence peut devenir
insuffisante à compenser la contrainte de cisaillement ; du point de
vue hydraulique, le domaine à explorer doit commencer au dessous de
6 %, vers 2 à 3 %. Vers les bornes supérieures, il n'y a pas de
limite précise ; des pentes de 20 % à 25 % jusqu'à 40 à 50 %
s'observent dans la nature, dans les chenaux d'écoulement ; les
parties de torrent les plus importantes pour la sécurité, sont
évidemment les cônes de déjection pour lesquels les pentes varient
de 4 à 12 % à peu près. C'est pour eux que les aménagements sont
prévus et c'est pour cette zone qu'une théorie a le plus de chance
de pouvoir être utilisée. Notons d'ailleurs que les essais
systématiques sur modèle réduit balaient une plage de pentes allant
de 3 à 20 %, mais lorsqu'on s'intéresse au problème du déclenchement
d'une lave torrentielle, les pentes sont bien supérieures.

4.1.2 - Le transport solide

Les choses se compliquent ici par rapport à l'hydraulique fluviale,


comme on l'a déjà indiqué, car la nature du matériau doit
intervenir, en plus de sa courbe granulométrique. En effet, à forte
concentration, les matériaux fins cohésifs possèdent des
particularités spécifiques (forces électrochimiques, floculation)
qui n'interviennent pas en transport fluvial mais qui sont par
contre primordiales lorsqu'on étudie la sédimentation dans les
barrages ou les estuaires.

De plus, en hydraulique torrentielle, l'importance du transport


solide n'a rien de comparable avec les ordres de grandeurs connus en
hydraulique fluviale : au lieu de travailler en millièmes ou en
mg/1, on travaille en % et dizaines de % ou bien en centaines de
g/1.

Enfin, du point de vue phénoménologique, le transport solide,


lorsqu'il est très important, engendre des écoulements aux
particularités spécifiques, appelées laves torrentielles, ce qui
rend le domaine de l'hydraulique torrentielle complexe à
appréhender.

-57-
4.2 - LE CHAMP DE L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE

Compte tenu d'une caractéristique particulière des laves


torrentielles, on peut séparer en deux domaines le champ de
l'hydraulique torrentielle suivant que la notion de régime permanent
a ou non une signification physique.

4.2.1 - Domaine où la notion de régime permanent n'a pas de sens


physique : les laves torrentielles

Les caractéristiques des laves torrentielles intéressantes du point


de vue de la mécanique des fluides sont les suivantes :

- écoulement transitoire par bouffées : ce phénomène peut être,


suivant les cas de figure, provoqué soit par des causes
externes (écroulements successifs de berges, embâcles et
débâcles) soit par des causes internes (processus encore mal
expliqué, voir paragraphe 11.2.2) ;

Figure 4.1 : Bouffée de l a v e t o r r e n t i e l l e

absence de tri granulométrique du matériau solide dans la


déposition ; la conséquence est que l'écoulement ne s'adapte
pas à une diminution de pente en déposant ses matériaux les
plus gros, mais en ralentissant globalement, puis en s 'arrêtant
dans sa totalité à une pente non nulle ;

58
- absence d'étalement lors des débordements mais formation de
bourrelets latéraux ressemblant aux moraines latérales de
glaciers ;

- comportement intermédiaire entre les solides et les liquides.


En découle une certaine autonomie de la lave torrentielle qui
en général prend naissance à forte pente (supérieure à 25 ou
30 %) mais peut se propager jusqu'à des pentes plus faibles
(moins de 5 %) ;

- transport de gros blocs en surface et sur le front des


bouffées ; c'est le grano-classement inverse des morphologues.

Comme on le voit, ces caractéristiques des laves torrentielles, ne


peuvent être expliquées dans le cadre classique de l'hydraulique
fluviale ; comme de plus elles se produisent rarement (une fois tous
les dix ou trente ans dans les Alpes pour un torrent donné) et qu'en
conséquence elles sont rarement observées, elles constituent un
phénomène encore très mystérieux.

4.2.2 - Domaine où la notion de régime permanent a un sens

Il existe vraisemblablement un seuil de concentration au delà duquel


se produisent les caractéristiques typiques des laves
torrentielles ; ce seuil dépend certainement de la nature des
sédiments cohésifs, de la proportion de sédiments cohésifs par
rapport aux sédiments granulaires, etc.. En-deçà de ce seuil, on
retrouve des écoulements "normaux", mais avec simplement une grande
quantité de matériaux solides en plus de l'eau ; la loi de
comportement du fluide n'y est pas forcément newtonienne, mais au
moins la notion de régime permanent et uniforme y a un sens, comme
on l'a vérifié sur modèle réduit (réf. 3.3) jusqu'à 20 % de pente et
30 % de concentration volumique. Ce domaine est sécurisant pour
l'ingénieur de terrain par rapport aux laves torrentielles car lors
de l'étude hydrologique, on peut admettre qu'il existe une relation
entre le volume de la crue de projet et le débit de pointe alors
qu'il n'y en a a priori aucune pour les laves torrentielles.

4.3 - REPRESENTATION DU CHAMP DE L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE

On peut maintenant situer le domaine de l'hydraulique torrentielle


de façon intermédiaire entre l'hydraulique fluviale (beaucoup d'eau,
peu de matériau) et ce qui est communément appelé "mouvements de
terrain" (beaucoup de matériau, peu d'eau).

-59
On peut démarrer cette représentation (fig. 4.2) en opposant deux
pôles (l'eau, le matériau solide) et en séparant deux axes suivant
que le matériau solide est constitué par des matériaux fins ou des
matériaux grossiers. On peut s'éloigner de chaque pôle en augmentant
soit la concentration en matériau solide (notion usuelle en
hydraulique), soit la teneur en eau (notion usuelle en glissements
de terrain) car elle conditionne la pression interstitielle.

Figure 4 . 2 : Schématisation du domaine de l ' h y d r a u l i q u e


e t des mouvements de t e r r a i n

En partant du pôle "eau", et en augmentant la concentration en


matériau solide (donc la pente qui permet cette augmentation de
transport solide), on se trouve au départ dans le domaine de
l'hydraulique classique où la présence du matériau solide ne modifie
pas la loi de comportement et n'influe pas sur la hauteur de
l'écoulement. Tous les problèmes sont alors traités avec les
équations de l'eau, et on y ajoute ensuite le traitement du
transport sans interaction des deux phases. L'eau conditionne seule
tout l'écoulement.

-60-
A partir d'une certaine limite (fig. 4.3) (relativement inconnue et
dépendant de plusieurs facteurs), la façon de procéder "classique"
n'est plus possible, soit parce que le comportement n'est plus
newtonien, soit parce que la hauteur de l'écoulement n'est plus
assimilable à la hauteur d'eau, soit parce que le solide interagit
avec le liquide, soit pour plusieurs de ces raisons à la fois. C'est
le domaine des écoulements hyperconcentrés, où la notion de régime
permanent garde un sens physique. Ces écoulements peuvent se
rencontrer avec des matériaux fins (en particulier en Chine, sur les
affluents du Fleuve Jaune), notamment lorsque le taux de matériaux
en est contrecarré. Mais les écoulements hyperconcentrés existent
aussi avec du matériau granulaire comme on l'a vu avec les
expériences de SMART et JAEGGI (fig. 3.3), c'est le charriage
hyperconcentré .

Au-delà d'une certaine limite (tout aussi inconnue que la


précédente, les écoulements hyperconcentrés font place à un autre
phénomène ayant le comportement en bouffées décrit précédemment
(§ 4.2.2).

Ce sont les laves torrentielles, qui peuvent aussi être à dominante


argileuse ou à dominante granulaire ; les premières, les plus
fréquemment rencontrées en France, ont une apparence d'écoulement
monophasique. Les secondes sont beaucoup plus rares en France et
sont le sujet principal d'études au Japon. On les appellera "laves
torrentielles biphasiques" , car les deux phases, solide et liquide,
sont alors beaucoup plus dissociées que pour les laves torrentielles
à dominante argileuse.

Si l'on part maintenant du pôle "matériau solide", on voit que les


phénomènes sont totalement différents, puisqu'on part de l'immobile
et on étudie à partir de quelle teneur en eau débute un mouvement.
Les problématiques scientifiques sont donc très différentes et fort
logiquement, l'étude de la rupture (en écroulements) et de la
stabilité (en glissements de terrain) occupe beaucoup les
spécialistes. Dès lors que le mouvement a démarré, ces deux classes
de phénomènes (glissements du côté de l'axe des matériaux fins, et
écroulements rocheux) se distinguent : en effet l'écroulement passe
brutalement de la stabilité à un mouvement rapide, alors que le
glissement présente une phase dite à cinétique lente. L'accélération
de ce mouvement lent conduit à un changement d'état : la structure
se désagrège, les vitesses ne se mesurent plus en mm/ jour mais en
m/s, et on obtient une lave torrentielle. Les choses sont moins
simples du côté de la dynamique des écroulements rocheux
et on ne sait pas encore s'ils se distinguent des laves
torrentielles biphasiques et comment. Les mêmes supports conceptuels
leur sont en tout cas applicables (interaction entre blocs, pression
dispersive) .

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On peut maintenant (fig. 4.4) préciser les disciplines scientifiques
qui ont pour objet d'étude les différents phénomènes que nous venons
de décrire. L'hydraulique fluviale et l'hydraulique torrentielle se
distinguent de l'étude des glissements des terrains et des
écroulements par le fait que les lois de base sont les équations de
continuité et de conservation de la quantité de mouvement. On y
utilise donc la liaison entre le tenseur des contraintes et le
tenseur des vitesses de déformation (et non le tenseur des
déformations). Et enfin, comme on l'a dit, l'hydraulique fluviale
et l'hydraulique torrentielle se distinguent par le fait que dans le
deuxième cas, il faut prendre en compte la phase solide pour
résoudre les équations gouvernant la phase liquide.

4.4 - QUELQUES CONSEQUENCES

4.4.1 - Il n'y a pas "une" hydraulique torrentielle

Il faut vraisemblablement ne pas compter décrire l'hydraulique


torrentielle à partir d'une seule théorie unificatrice ; il faut
plutôt trouver le moyen de reconnaître dans quel domaine (quelle loi
de comportement) on se situe ; de manière plus précise, le travail
de recherche devrait permettre de trouver des critères de séparation
entre ces domaines, analogues au nombre de Reynolds qui sépare le
régime laminaire du régime turbulent. Tant que cette possiblité
n'existera pas, on courra le risque de se tromper de domaine, et
d'interpréter un phénomène selon un schéma erroné.

Le travail de recherche doit ensuite, pour chacun de ces domaines,


fournir les outils permettant de franchir les trois étapes
suivantes :

- connaissant la pente du chenal, la composition et les


caractéristiques du fluide, quel modèle de comportement du
fluide doit on adopter ?

- connaissant le modèle de comportement adéquat, quelles sont les


équations de l'écoulement qui en dérivent ?

- et enfin, cette traduction au niveau macroscopique est-elle


bien vérifiée par des mesures et des observations des
écoulements naturels ?

A l'heure actuelle, la plupart des travaux de recherche se situent


sur l'un ou l'autre des axes représentant les matériaux, alors que
bien évidemment, les écoulements naturels se situent entre les deux.

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4.4.2 - Quelques risques potentiels de confusion

Le premier a déjà été cité en 4.4.1 : adopter un schéma explicatif


qui n'est pas adapté au phénomène ; la tentation est grande
notamment d'utiliser les rares modèles théoriques existants pour
faire des calculs, et cela est d'autant plus facile qu'on ne sait
pas reconnaître sur le terrain si le modèle est valable ou non ; on
peut citer à titre d'exemple, l'utilisation peut-être abusive, de la
théorie de JONHSON (chapitre 9) qui a modélisé les laves
torrentielles en leur donnant une loi de comportement du type loi de
Bingham : connaissant rigidité et viscosité du fluide, on peut
calculer l'écoulement (vitesse, hauteur, etc..) ; le calcul en sens
inverse est également possible mais donne aux grandeurs
microscopiques des valeurs bien supérieures à celles qu'on obtient
par des mesures (réf. 4.2 et 4.5). Le modèle est-il adéquat ?

Le deuxième risque consiste à se situer en dehors de ces nécessaires


séparations et d'interpréter tous les phénomènes comme si un seul
schéma explicatif existait ; on débouche alors sur la constatation
d'une très grande variabilité des paramètres qui peuvent être
observés ; cette variabilité ressort nettement dans l'excellente
synthèse bibliographique de SAURET (réf. 4.1) qui, en rassemblant
beaucoup d'observations, montre que la lave torrentielle "type"
n'existe pas, car la densité peut varier de 1.4 à 2.2, elle peut se
déplacer en silence ou en faisant un bruit de tonnerre, sa vitesse
peut être petite (1 m/s) ou grande (15 m/s), etc.. Cette
présentation confirme bien qu'on ne pourra faire l'économie de la
mise au point de modèles hydrauliques de comportement qui
permettront de relier toutes les caractéristiques des écoulements,
et qu'on ne pourra faire non plus celle de caractériser les domaines
de validité de ces différents modèles.

4.5 - UN PEU DE TERMINOLOGIE

Si tous les concepts de l'hydraulique fluviale sont normalement


utilisés en hydraulique torrentielle, des notions supplémentaires
s'introduisent, qui nécessitent d'être explicitées. Le concept de
concentration le sera au chapitre 7, les notions issues de la
rhéologie au chapitre 6.

D'autres termes et d'autres notions existent, qui ne seront guère


utilisés dans cette note :

. - la notion de compétence, issue de la géomorphologie, bien


connue dans le milieu de la Restauration des Terrains en
Montagne, veut traduire à la fois la capacité d'érosion et de
transport en gros blocs des écoulements torrentiels ; comme
elle n'est pas issue d'un modèle mécanique, on ne peut que la
traduire analogiquement , par "la taille du plus gros élément
transporté" (réf. 4.3) ; l'utilité de cette notion n'est donc
pour 1'instant que descriptive ;

-65-
de nombreux termes existent dans la littérature anglo-saxonne :
hyperconcentrated flow, débris flow, mudflow, valley confined
flow, granular flow, quasi débris flow, etc.. en plus des
célèbres lahars, qu'on peut tenter de reprendre plus ou moins
en français (réf. 4.3). Certains (réf. 4.4) tentent de les
classer selon le critère de la concentration. Comme on l'a dit
en 4.3, on ne fera de classification opérationnelle que
lorsqu'on saura reconnaître la loi de comportement
caractérisant le fluide torrentiel en question ; or celle-ci
dépend de la concentration mais aussi de la nature du matériau
et également de la pente. Il semble que les classifications
basées sur un seul critère ne peuvent avoir qu'un intérêt
descriptif, le plus opérationnel étant vraisemblablement celui
de la concentration volumique en matériau solide.

66 —
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 4

(4.1) Synthèse bibliographique sur les laves torrentielles


(1986) SAURET - [Link].

(4.2) The main features of the mudflow in Jiang-Jia Ravine (1983) -


LI JIAN, YUAN JIANMO, BI CHENG, LUO DEFU - Zeitschrift fur
géomorphologie n° 273.

(4.3) Coulées boueuses - Laves torrentielles - Coulées de débris


canalisées - Compte rendu bibliographique. SAURET. Bull. Labo.
P. et Ch. 150-151 Juil. Août Sept. Oct. 87.

(4.4) The effects of high sédiment concentration on transport


processes and flow phenomena - BRADLEY et Me CUCHEON -
International Symposium on Erosion Débris flow and disaster
prévention - Tsukuba - Japon (1985).

(4.5) Les modèles rhéologiques et la résistance hydraulique en


torrents (1987) - RENDON [Link] (DEA).

67-
C H A PIT R E 5

U N EXEMPLE D E TORRENT A LAVES ï

LE P O U SS E T

69-
Dans le chapitre 4, nous, avons tenté de clarifier le contenu du
champ d'études de l'hydraulique torrentielle en raisonnant de
manière déductive ; mais c'est une discipline beaucoup trop
balbutiante pour qu'on puisse progresser très loin de cette
manière ; le raisonnement inductif à partir d'exemples sera encore
longtemps nécessaire pour nous orienter vers tel domaine de
l'hydraulique torrentielle plutôt que vers tel autre, dans l'étude
d'un cas particulier donné. Il a donc semblé utile de présenter
l'analyse du fonctionnement d'un type de torrent à laves, le Pousset
(Maurienne), où il s'en produit assez souvent (fig. 5.1). Cette
description est tirée d'une étude de SOGREAH (réf. 5.1) que nous
allons citer in extenso.

Les caractéristiques du torrent sont les suivantes : petit affluent


de rive droite de l'Arc, il est situé entre 830 et 2909 m
d'altitude, il a une superficie de 4,39 km 2 , une longueur
d'écoulement de 3 km avec une pente moyenne de 40 %. Le substratum
rocheux est constitué de grès et de schistes anthracifères qui se
décomposent en donnant une granulométrie très étendue ; il y a enfin
quelques placages glaciaires composés de blocs de toute nature
enrobés dans une gangue limoneuse.

Figure 5.1 : Plan de s i t u a t i o n du Pousset

-71
DEBUT DE CITATION ( r é f . 5.1)

Les principales caractéristiques du phénomène des laves


t o r r e n t i e l l e s du Pousset s o n t l e s suivantes :

5 . 1 - FORMATION DES LAVES

Les laves t o r r e n t i e l l e s s e d é f i n i s s e n t comme un f l u i d e à une s e u l e


phase visqueuse, ce qui l e s d i f f é r e n c i e fondamentalement du
charriage c l a s s i q u e à deux phases s o l i d e + l i q u i d e mélangées ( l o i s
d'écoulement d i f f é r e n t e s : f l u i d e Binghamien f l u i d e Newtonien).
E l l e s s o n t caractérisées par l a mise en présence d'une matrice
boueuse dont l a composition granulométrique e t l a teneur en eau s o n t
comprises à 1 ' i n t é r i e u r d'une f o u r c h e t t e assez é t r o i t e ( i l s u f f i t
souvent de changer peu de chose dans l a composition pour r e t r o u v e r
un charriage à deux phases), e t d'une q u a n t i t é au c o n t r a i r e t r è s
variable de matériaux transportés, de granulométrie é l e v é e ( c a i l l o u x
e t blocs).

La genèse des laves implique donc p l u s i e u r s a c t i o n s : l a préparation


des t e r r a i n s en place, l a présence d'eau en q u a n t i t é adéquate, e t l e
mélange des composants avec l a charge des blocs.

5 . 1 . 1 - Préparation des t e r r a i n s

La préparation des t e r r a i n s en place e s t l 'ensemble des processus


p a r l e s q u e l s l e matériau, s o i t d ' o r i g i n e g l a c i a i r e (placages
morainiques), s o i t d ' o r i g i n e primaire ( s c h i s t e s e t grès s c h i s t e u x du
système permocarbonifère) e s t d i v i s é e t imbibé d'eau.

Il s ' a g i t donc, d'une p a r t , des transformations mécaniques


( f i s s u r a t i o n , f r a c t u r a t i o n , broyage r é s u l t a n t de mouvements anciens
ou a c t i f s ; e f f e t s d i r e c t s de l ' é r o s i o n , g e l e t dégel, e t c . ) ,
d ' a u t r e p a r t , de l ' a l t é r a t i o n physico-chimique s u p e r f i c i e l l e (à
l ' a i r ) ou profonde (sous l ' e f f e t des c i r c u l a t i o n s d'eau) qui
provoque une désagrégation en éléments f i n s e t t r è s f i n s ( a r g i l e s ) ,
e t e n f i n de l'imprégnation d'eau qui a g i t à l a f o i s directement e t
comme agent de transport i n t e r s t i t i e l (migration des éléments t r è s
f i n s provoquée p a r l e s c i r c u l a t i o n s hypodermiques e t entraînant des
colmatages accompagnés éventuellement de mise en charge).

L'ensemble de ces phénomènes e s t aggravé p a r t o u t e d é s t a b i l i s a t i o n


des s o l s , arrachement de l'humus s u p e r f i c i e l e t de l ' o s s a t u r e
végétale, a c t i o n s d ' é r o s i o n de p i e d qui d é s é q u i l i b r e l e s versants,
etc. . .

-72
L'aboutissement de ce processus e s t l a création, en place, en
s u r f a c e ou en profondeur ("poches"), de l a matrice visqueuse qui s e
met en mouvement au f u r e t à mesure de sa formation, s o i t lentement
( f l u a g e ) , s o i t brutalement (rupture d ' é q u i l i b r e de poches colmatées
e t en charge).

On constate t r è s nettement s u r l e t e r r a i n l e s zones de génération de


l a lave, à tous l e s degrés de f l u i d i t é .

5 . 1 . 2 - Formation du mélange

Une f o i s l a l a v e préparée dans l e s t e r r a i n s en place, e l l e e s t donc


entraînée, en général p a r volumes r é d u i t s (de quelques mètres cubes)
e t parcourt peu de chemin : e l l e e s t bloquée, s o i t s u r l e versant
p a r un changement de pente ou un obstacle, s o i t l o r s q u ' e l l e a t t e i n t
l e fond d'un talweg. C ' e s t l à q u ' i n t e r v i e n t généralement une phase
de brassage du mélange e t d'enrobage de l a charge en blocs.

Le processus c l a s s i q u e c o n s i s t e en l'accumulation d'une q u a n t i t é


c r o i s s a n t e de l a v e d e r r i è r e l e barrage c o n s t i t u é p a r quelques blocs
p l u s gros, un dépôt de débris végétaux, ou seulement une v a r i a t i o n
de l a pente du talweg.

Une f o i s l a l i m i t e de r é s i s t a n c e du barrage a t t e i n t e , l a masse


f l u i d e , dont l e volume continue à c r o î t r e , bascule e t entraîne l e s
éléments c o n s t i t u a n t l e barrage.

La "coulée élémentaire" a i n s i c o n s t i t u é e s a u t e successivement p a r


embâcles consécutives en augmentant rapidement de volume, p a r des
coulées a f f l u e n t e s e t l ' é r o s i o n q u ' e l l e peut déclencher s u r son
passage.

De p l u s , l e brassage a i n s i produit avec un apport d'eau dans l e fond


du thalweg achève l a formation du mélange homogène e t l u i confère l a
v i s c o s i t é optimale pour son écoulement.

I l a r r i v e aussi qu'un s u r c r o î t d'eau largement supérieur à l a


q u a n t i t é nécessaire ( f o u r c h e t t e é t r o i t e ) parvienne à provoquer l a
ségrégation du mélange e t l 'entraînement des p a r t i c u l e s f i n e s en
suspension. La boue t o r r e n t i e l l e e s t a l o r s "lavée" e t perd s a
v i s c o s i t é : on retrouve un mélange à deux phases. Ce processus e s t
heureusement fréquent, de même que l'inverse, c'est-à-dire
l ' e s s o r a g e s u r p l a c e de c e t t e "coulée élémentaire", s i e l l e n ' e s t
p l u s alimentée e t s i e l l e r e s t e immobilisée d e r r i è r e son barrage.
Une f o i s " f i g é e " s u r place, l a r e p r i s e de v i s c o s i t é e s t , en général,
t r è s d i f f i c i l e c a r 1 'eau a beaucoup de peine à p é n é t r e r l a masse
t r è s compacte de l a lave devenue cohésive. I l f a u t a l o r s s o i t une
phase de désagrégation complète, p u i s un nouveau mélange des
éléments, s o i t l a r e p r i s e mécaniquement de 1 'ensemble de l a coulée
(par exemple p a r l e passage d'une autre coulée beaucoup p l u s
importante) e t son brassage avec un apport d'eau simultané.

73-
5 . 2 - DECLENCHEMENT

On a vu que 1 'ensemble de p l u s i e u r s "coulées élémentaires" s e


conjuguait peu à peu p a r embâcles s u c c e s s i v e s pour former une masse
f l u i d e de p l u s en p l u s importante qui acquiert de p l u s en p l u s de
f o r c e pour surmonter l e s obstacles. Cette croissance peut ê t r e t r è s
rapide p a r l a conjugaison de nombreuses coulées, e t par
"1 'auto-engraissement" de l a coulée p r i n c i p a l e .

En e f f e t , contenue en général dans un thalweg profond dont i l ne


peut ê t r e question de s o r t i r , l a coulée f i n i t toujours p a r e n t r a î n e r
I 'obstacle qui l ' a r r ê t e en emportant p a r f o i s avec e l l e une p a r t i e
des versants. Une f o i s a t t e i n t e une c e r t a i n e masse c r i t i q u e , l a
ségrégation e t l e lavage ne peuvent p l u s s e produire e t l a masse de
l a coulée conserve son é t a t visqueux.

On peut admettre que l e phénomène d e v i e n t i r r é v e r s i b l e à p a r t i r d'un


volume mis en mouvement qui p o u r r a i t ê t r e de 1 'ordre de quelques
m i l l i e r s de mètres cubes.

Cette préparation peut ê t r e longue, voire même ininterrompue ( t o u t e s


l e s reconnaissances e f f e c t u é e s dans l e bassin versant depuis 1974 e t
à toutes l e s époques : s i x ou s e p t f o i s au moins, ont permis de
c o n s t a t e r l a présence de t e l l e s coulées élémentaires - même sous l a
neige - qui n 'ont pas cependant produit t o u t e s des coulées
importantes parvenant jusqu'au l i t de l ' A r c .
Un autre processus de déclenchement peut cependant aussi s e
produire, p l u s b r u t a l , e t qui peut prendre t o u t e s l e s formes
intermédiaires e n t r e l a coulée e t l e glissement de t e r r a i n .

I I s ' a g i t de l a mise en d é s é q u i l i b r e s o i t p a r l ' é r o s i o n progressive


du pied, s o i t p a r l a diminution de l a cohésion i n t e r n e , de masses
beaucoup p l u s importantes de t e r r a i n s , dont une p a r t i e au moins peut
déjà a v o i r s u b i l a préparation évoquée p l u s haut.

Une t e l l e masse, qui peut r e p r é s e n t e r des volumes de p l u s i e u r s


d i z a i n e s de m i l l i e r s de mètres cubes, e s t capable, dans ces
conditions, de déclencher une coulée importante qui parviendra
jusqu'à la vallée.

Plusieurs exemples de t e l s glissements en masse ont é t é observés :


c ' e s t notamment l e cas en 1944, en 1952 e t p l u s récemment
(glissements nouveaux sous l a L o z i è r e ) .

-74
5 . 3 - ECOULEMENT

L'écoulement des laves e s t e s s e n t i e l l e m e n t c a r a c t é r i s é p a r l a


non-permanence du phénomène ; bien p l u s encore que pour une onde de
crue qui peut avoir, en régime t o r r e n t i e l , une durée t r è s courte e t
une forme dissymétrique pointue, l a lave t o r r e n t i e l l e s ' é c o u l e sous
forme de "bouffées" d ' a u t a n t p l u s brèves que l a lave e s t p l u s
visqueuse, ce qui e s t justement l e cas des laves du Pousset.

Ce caractère e s t expliqué par l e phénomène d'embâcles e t débâcles


successives qui s o n t i n é v i t a b l e s dans un l i t naturel e t qui imposent
une progression p a r bonds.

Non seulement 1 'acheminement de l a coulée de lave vers 1 'aval e s t


discontinu mais, de p l u s , sa composition e s t également variable pour
chaque bouffée.

On trouve, en e f f e t , systématiquement, un bourrelet f r o n t a l en t ê t e


de l a coulée c o n s t i t u é uniquement de gros blocs, éventuellement
d ' a r b r e s ou d é b r i s d i v e r s (éléments de construction, t a b l i e r s de
ponts, e t c . . ) e t sans matrice boueuse. Ce bourrelet possède un
f r o n t t r è s raide ( f r u i t de l 'ordre de 1/1 : l e s témoins p a r l e n t
toujours d ' u n "mur" de p l u s i e u r s mètres de haut) qui peut p a r f o i s ,
s u i v a n t l e s caprices du l i t , s e détacher complètement de l a coulée
ou, au contraire, y ê t r e p a r t i e l l e m e n t e n g l o u t i . Poussé par l e corps
de l a coulée, ou dévalant p a r g r a v i t é dans l e s passages p l u s raides
du l i t , ce f r o n t de blocs c o n s t i t u e t a n t ô t un f r e i n , t a n t ô t une
f o r c e motrice complémentaire .

Presque toujours à s e c (des témoignages nombreux, e t notamment des


h a b i t a n t s du hameau des "Sordières", s i t u é s u r l e versant en f a c e du
t o r r e n t du Pousset, f o n t é t a t de traînées d ' é t i n c e l l e s comparables à
une descente au flambeau (à s k i ) lorsque l e s coulées ont l i e u l a
n u i t ) , ce b o u r r e l e t , qui s u b s i s t e une f o i s l a coulée parvenue s u r l e
cône, l u i donne justement un r e l i e f général c a r a c t é r i s t i q u e qui
c o n s t i t u e l e premier s i g n e p a r lequel on d i s t i n g u e un t o r r e n t à
laves d'un t o r r e n t à charriage s o l i d e c l a s s i q u e .
I l e s t a s s o c i é de façon dégressive à des b o u r r e l e t s l a t é r a u x qui ont
l e s mêmes caractères, mais qui s o n t souvent déposés au f u r e t à
mesure de l a progression de l a coulée e t qui jalonnent a i n s i son
passage. Ces b o u r r e l e t s l a t é r a u x alimentés p a r l e bourrelet f r o n t a l ,
qui e s t repoussé s u r l e s c ô t é s en même temps q u ' i l s ' e n g r a i s s e de
tous l e s obstacles rencontrés s u r l e chemin de l a coulée, s o n t t r è s
nettement v i s i b l e s dans l e l i t i n f é r i e u r du Pousset, en dessous de
l'emplacement des anciens barrages, de 900 à 1000 m d ' a l t i t u d e : on
constate, en e f f e t , au-delà de l 'auge du l i t a c t u e l , l a présence de
ces b o u r r e l e t s ( s u r t o u t en r i v e gauche) qui permettent d ' a i l l e u r s
d ' a v o i r une i d é e p r é c i s e du niveau a t t e i n t p a r l a coulée l o r s de son
passage .

-75-
Figure 5 . 2 : P r o f i l en travers du l i t i n f é r i e u r

A l'amont immédiat du bourrelet f r o n t a l , s e s i t u e l e corps de l a


coulée, c o n s t i t u é e de l a lave visqueuse précédemment d é c r i t e , dans
l a q u e l l e s o n t noyés des blocs de t o u t e s dimensions. En général, l e s
t r è s gros blocs (plus de 50 m3) s o n t p l u s souvent charriés au s e i n
de l a coulée p l u t ô t que poussés devant l e bourrelet. I l f a u t
p r é c i s e r que l a lave c o n s t i t u e un f l u i d e de d e n s i t é élevée (comprise
e n t r e 1,8 e t 2), thixo tropique, dans lequel l e s blocs sont fortement
a l l é g é s e t peuvent donner, en rebondissant s u r l e fond, l e s parois
ou d ' a u t r e s blocs charriés ensemble, l ' i m p r e s s i o n évidemment
erronnée de " f l o t t e r " dans l a l a v e .

Enfin l a consistance de l a lave e s t , en général, variable dans l a


coulée : p l u s é p a i s s e en t ê t e de coulée, e l l e d e v i e n t de p l u s en
p l u s f l u i d e pour s ' a c h e v e r généralement p a r un d é b i t d'eau t r è s
chargée .

I l f a u t e n f i n remarquer que l a puissance d ' é r o s i o n de l'écoulement


de lave e s t t r è s d i f f é r e n t e de c e l l e d'un courant d'eau :
extrêmement a c t i v e s ' i l s ' a g i t d'arracher un obstacle qui gêne l a
progression de l a coulée, e l l e p e u t a u s s i bien ê t r e n u l l e , v o i r e
même i n v e r s e (comblement des creux e t dépôt d'une couche continue
qui t a p i s s e l e l i t dans l e s zones non r é t r é c i e s de capacité
c o n f o r t a b l e ) . I l s ' a g i t p l u t ô t d'un "rabotage" général du l i t au
g a b a r i t de passage de l a coulée, peu variable.

-76
5 . 4 - DEPOT

S i l 'immobilisation de l a coulée de lave t o r r e n t i e l l e peut


exceptionnellement s e produire à une rupture de pente s u i v i e d'un
p a l i e r du l i t dans l e bassin versant, e l l e a s u r t o u t l i e u s u r l e
cône de d é j e c t i o n s . Sur l e Pousset, l a pente des d i f f é r e n t s l i t s du
bassin versant r e s t e constamment t r è s é l e v é e e t i l n ' y a aucune
a u t r e zone de dépôt que l e cône de d é j e c t i o n s e t l a p a r t i e du l i t
amont où l e s dépôts peuvent régresser.

Le phénomène de l a sédimentation s u r l e cône de d é j e c t i o n s s e


p r o d u i t , à des variantes de tracé p r è s , toujours de l a même façon :

- l a première coulée qui descend dans l e l i t du t o r r e n t e s t


bloquée p a r l 'immobilisation de son bourrelet f r o n t a l au niveau
de l a première rupture dé pente rencontrée, ou contre un
obstacle formé p a r des gros blocs p r é s e n t s dans l e l i t avant,
ou même p a r un ouvrage (culées de pont, digues, e t c . ) . S i l a
poussée de l a coulée e s t s u f f i s a n t e , e l l e peut r e p a r t i r s u i v a n t
l e processus d é c r i t p l u s haut, mais l a p e n t e é t a n t nettement
p l u s f a i b l e s u r l e cône que dans l e l i t , e l l e e s t généralement
impuissante à a t t e i n d r e l e p i e d du cône. I l n ' y a pas d'exemple
connu de l a v e du Pousset qui, dès l a première coulée, a i t
a t t e i n t l e l i t de l 'Arc ;

- après 1 'immobilisation du bourrelet f r o n t a l , l a coulée g o n f l e à


1 ' a r r i è r e , alimentée p a r l e corps de l a lave. E l l e a t t e i n t
généralement rapidement l a capacité maximale du l i t et
s'épanche latéralement en créant un nouveau l i t s u r l e cône :
p l u s f l u i d e puisque d é l e s t é e de son bourrelet f r o n t a l e t de l a
t ê t e de coulée p l u s épaisse qui transporte l e s blocs l e s p l u s
lourds, l a nouvelle coulée descend p l u s l o i n e t peut a t t e i n d r e
directement l 'Arc ou à l a rigueur, s i l e premier bouchon s ' e s t
formé t r è s à l 'amont, a v o i r l e temps de r e c o n s t i t u e r un
bourrelet f r o n t a l e t de s ' i m m o b i l i s e r de nouveau avant l e p i e d
du cône ;

- l e s coulées s u i v a n t e s qui parviennent s u r l e cône s u i v e n t , en


général, l e chemin ouvert par l a première e t peuvent souvent
a t t e i n d r e directement l 'Arc, c a r l e l i t une f o i s raboté p a r l a
première coulée n'oppose p l u s d ' o b s t a c l e s à l e u r passage ;

- lorsque l e s coulées s o n t suffisamment l i m i t é e s en volume (ce


qui e s t heureusement l e cas général : 10 000 à 25 000 m3),
e l l e s o n t seulement pour e f f e t de changer l e l i t du t o r r e n t e t
a t t e i g n e n t à p e i n e l e l i t de l 'Arc. Par contre, l e nouveau l i t ,
soumis à une érosion hydraulique i n t e n s e (à cause des
changements de p e n t e ) , va rapidement r e s t i t u e r dans l ' A r c l e s
matériaux provenant de son creusement ;

77-
-s i par contre, l e s volumes s o n t p l u s importants (en moyenne
au-delà de 20 000 m3), l e s coulées remplissent rapidement l e
l i t de l ' A r c en s ' é t a l a n t par couches s u c c e s s i v e s s u i v a n t des
génératrices de pente de p l u s en p l u s f a i b l e ;

- i l f a u t remarquer que l e s volumes nécessaires pour boucher l e


l i t de 1 'Arc s o n t t r è s variables s u i v a n t l a zone de débouché
des laves ;
- s i l e s coulées débouchent dans l 'Arc dans l a m o i t i é amont du
cône, i l f a u t un volume minimal d'environ 20 000 m3 pour
obstruer l ' A r c j u s q u ' à l a Route Nationale. S i , p a r contre, l e s
coulées débouchent dans l a m o i t i é aval, i l f a u t au moins l e
double de volume de l a v e s pour o b s t r u e r complètement l e l i t de
l 'Arc (sans compter l e volume accumulé s u r l e cône sensiblement
identique dans l e s deux cas.

5 . 5 - REPRISE

La remise en mouvement de l a lave après son dépôt s u r l e cône de


d é j e c t i o n s ou dans l e l i t de l 'Arc e s t t o u t à f a i t impossible. Les
pentes disponibles ( l e l i t de l 'Arc a une pente moyenne de 4 % dans
l a zone du c o n f l u e n t ) s o n t évidemment bien i n f é r i e u r e s à c e l l e s qui
s o n t nécessaires pour permettre l e mouvement de l a lave, même s i une
nouvelle coulée a r r i v e d e r r i è r e , e t s u r t o u t , une f o i s immobilisée,
l a lave s e " f i g e " rapidement (par essorage, e t parce que l e s e f f o r t s
s t a t i q u e s nécessaires pour l a mettre en mouvement s o n t bien
supérieurs aux e f f o r t s dynamiques nécessaires pour prolonger son
mouvement ) .

Le s e u l processus de r e p r i s e n a t u r e l l e de l a l a v e e s t donc 1 'érosion


par l 'eau chargée ou non e t provenant s o i t de l 'Arc, s o i t du t o r r e n t
du Pousset. Cette r e p r i s e e s t d ' a u t a n t p l u s e f f i c a c e q u ' e l l e
i n t e r v i e n t p l u s v i t e après 1 'immobilisation de l a lave, mais e l l e ne
joue que s u r l a s u r f a c e de contact e n t r e 1 'écoulement e t l a lave, au
niveau de l a q u e l l e l a séparation des éléments f i n s entraînés par
suspension, des éléments moyens entraînés p a r charriage e t des
éléments p l u s gros l a i s s é s s u r place, s e p r o d u i t .

Une f o i s complètement s o l i d i f i é e (un à quelques j o u r s ) , l ' é r o s i o n de


l a lave déposée e s t p l u s d i f f i c i l e que c e l l e d'un t e r r a i n a l l u v i a l
de même granulométrie : en e f f e t , l a compacité de l a matrice essorée
dépasse t r è s largement c e l l e d'un t e r r a i n n a t u r e l , même consolidé.

La r e p r i s e de l a lave e s t , p a r contre, d i f f é r e n t e e t peut ê t r e


beaucoup p l u s e f f i c a c e s i 1 'écoulement p a r v i e n t à s e mélanger à l a
l a v e (donc avant son immobilisation) .

-78-
En e f f e t , ce mélange s e t r a d u i t a l o r s p a r un changement de l a teneur
en eau avec un excès important d'eau, qui modifie radicalement l e s
p r o p r i é t é s de l a l a v e e t q u i l a transforme en un écoulement
biphasique c l a s s i q u e où 1 'entraînement p a r suspension e t charriage
retrouve s e s p r o p r i é t é s .

La décomposition de l a lave e s t donc beaucoup p l u s rapide dans ce


cas ; l e problème n ' e s t pas nécessairement r é s o l u pour autant c a r l e
dépôt une f o i s décomposé e s t en général trop important pour ê t r e
e n t r a î n é a u s s i v i t e p a r l'écoulement e t ce dépôt d o i t ê t r e r e p r i s au
f u r e t à mesure p a r une érosion c l a s s i q u e . La d i f f é r e n c e e s s e n t i e l l e
avec l e cas précédent e s t que c e t t e érosion c l a s s i q u e a g i t s u r un
matériau complètement déconsolidé e t auquel l e "lavage" a déjà
enlevé l a m a j o r i t é des éléments f i n s , au l i e u d ' a g i r s u r un matériau
compact e t é tanche.

Enfin, l a r e p r i s e a r t i f i c i e l l e au moyen d'une a c t i o n mécanique d o i t


s u b i r l e s caractères s u i v a n t s :

- trop rapide, avant l a s o l i d i f i c a t i o n de l a lave, e l l e e s t


d i f f i c i l e car l e matériau "coule" e t n ' e s t déplacé ou
transporté qu 'avec un rendement médiocre ;

- trop t a r d i v e , après s o l i d i f i c a t i o n , elle doit a g i r s u r un


matériau d u r e t compact ;

- son e f f i c a c i t é e s t donc meilleure lorsque l a consolidation du


dépôt de l a v e n ' e s t pas encore complète, mais déjà amorcée.

En f a i t , 1 ' e f f i c a c i t é e s t optimale s i l e s deux moyens : mécanique e t


par entraînement d'eau s o n t associés, l ' e f f e t mécanique servant à l a
déconsolidation e t à l a décomposition de l a l a v e p l u s facilement
emportée p a r 1 'écoulement.

FIN DE CITATION

-79
Cette analyse du fonctionnement d'un torrent particulier montre
bien, de façon qualitative, une certaine logique du fonctionnement
des laves torrentielles sur ce torrent, où chaque phase dépend des
caractéristiques de la lave, la viscosité au premier chef ici ;
celle-ci, elle même conséquence de la capacité des schistes à
fournir des sédiments fins de type argileux, est responsable de
"l'accumulation de lave derrière un barrage" (§ 5.1.2), de
l'écoulement en bouffées "d'autant plus brèves que la lave est plus
visqueuse" (§ 5.3), de la densité élevée (1,8 à 2) et de la
thixotropie (§ 5.3), de l'arrêt des premières laves avant l'arrivée
à l'Arc (§ 5.4), et de la pente élevée du cône de déjection (20 %).

Même si ce n'est pas étayé par un raisonnement chiffré, on conçoit,


à lire cette description, qu'une lave avec une viscosité plus faible
aura un comportement différent, qu'une lave avec une teneur en
matériaux grossiers plus importante deviendra plus facilement
diphasique etc.. On conçoit aussi à quel point un phénomène aussi
complexe sera difficilement traduit par un jeu d'équations ; on se
rend compte en revanche qu'un examen attentif comme celui-ci permet
d'assez bien délimiter les domaines de l'hydraulique torrentielle
qui sont pertinents dans ce cas particulier : celui des laves
torrentielles monophasiques fortement transitoires, à forte
viscosité car à forte concentration de matériau argileux, pour le
front de lave, celui des fluides hyperconcentrés pour la queue de la
coulée.

-80-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 5 -

(5.1) Etude hydraulique de la protection de la R.N.6 (route de


Fréjus - Lyon - Turin) au confluent de l'Arc et du torrent du
Pousset (1979) - LEFEBVRE - SOGREAH - DDE Savoie.
TROISIEME PARTIE

D E S CONCEPTS TRES UTILISES


E N HYDRAULIQUE TORRENTIELLE
... E T SUSPECTS

Comme l'hydraulique torrentielle est encore balbutiante, les


concepts qu'on y utilise sont souvent compris et quantifiés par
rapport au même concept de l'hydraulique fluviale, et ceci peut
engendrer des incompréhensions : il est par exemple parfois
difficile de faire admettre à un spécialiste des transports solides
de fleuves, qui a beaucoup de mal à mesurer et déterminer des
concentrations de matière en suspension de quelques mg/1, que nous
travaillons à plusieurs centaines de g/1 et qu' en-dessous de 10 g/1
cela ne nous intéresse pas, alors que c'est un maximum qu'il
n'atteindra jamais !

Au-delà de cette incompréhension, réelle mais grossière, il y a les


glissements de sens qu'affectent certains concepts lorsqu'on passe
de l'hydraulique fluviale à l'hydraulique torrentielle. Deux d'entre
eux s'y prêtent particulièrement : la viscosité et la concentration,
qui ne sont pas ambiguës en hydraulique fluviale mais sont beaucoup
plus complexes à utiliser en hydraulique torrentielle. Les
chapitres 6 et 7 sont destinés à clarifier leurs différents sens
possibles.

- 8 3 -
SOMMAIRE D E L A 3 f c
~"= P A R T I E

CHAPITRE 6 :

6 - QUELQUES ELEMENTS DE RHEOLOGIE 87

6.1 - Hypothèse newtonienne 89

6 . 2 - Liaison non linéaire 91

6.3 - Fluides à seuils 92

6.4 - Fluides à loi de comportement dépendant du temps .... 93

6.5 - Obtention des rhéogrammes 94

6.5.1 - Problèmes d'appareillages 94


6.5.2 - Problèmes d'interprétation 95

6.6 - Différentes optiques d'utilisation de la rhéologie .. 96

6.6.1 - L'optique empirique 96


6.6.2 - L'optique scientifique 96
6.6.3 - Quelle optique en hydraulique torrentielle ?. 97

6.7 - Clarifications préliminaires à l'utilisation de la


rhéologie en hydraulique torrentielle 97

6.7.1 - La viscosité des laves torrentielles 97


6.7.2 - Gradients de vitesse usuels en hydraulique
torrentielle 98
6.7.3 - Conclusion 98

Bibliographie 101

-85
CHAPITRE 7 :

7 - NOTIONS DE CONCENTRATION 103

7.1 - Critères de définition 103

7.2 - Les notions les plus courantes 103

7.3 - Relations de passage 104

7.3.1 - Concentration en masse et en volume


(critère a ) 104
7.3.2 - Concentration (rapport des débits) et
concentration en volume (critère b) 105
7.3.3 - Cas où les vitesses du fluide et du solide
sont différentes (critère c) 105

7.4 - Utilité des concentrations de flux et des concentra-


tions spatiales 105

7.5 - Concentration en volume et compacité 107

7.6 - Autres notions liées à la concentration 108

7.6.1 - Concentration linéaire 108


7.6.2 - Teneur en eau 108
7.6.3 - Masse volumique 109
7.6.4 - Concentration des matières en suspension .... 109

Bibliographie 111

-86
C H A P I T R E €>

QUELQUES ELEMENTS D E RHEOLOGIE


E T LEUR UTILISATION
E N HYDRAULIQUE TORRENTIELLE

-87
On a vu en 3.3, qu'on était conduit en hydraulique torrentielle, à
penser que la turbulence ne pouvait suffire à supporter la
contrainte de cisaillement ; des lois autres que la loi de Newton
seront donc utiles et le texte cité dans le chapitre 5 indique
nommément la loi de Bingham ; nous allons donc ici rappeler quelques
éléments de rhéologie pour faire le tour des lois de comportement,
différentes de celle de Newton, qui pourront être envisagées en
hydraulique torrentielle (réf. 6.1, 6.2, 6.3).

Comme on peut le voir dans les références citées, les développements


de mécanique des fluides deviennent extrêmement complexes dès qu'on
sort de l'hypothèse newtonienne. Le but de cette note n'est
évidemment pas d'entrer dans ces développements, sauf si cela
devient nécessaire. Nous allons notamment dans ce chapitre
expliciter ces notions de rhéologie en adoptant une présentation
unidimensionnelle, mais c'est une simplification, car la théorie
existe sous forme tensorielle en trois dimensions.

Le schéma de départ qui définit la viscosité est celui des plaques


séparées par une couche de
fluide d'épaisseur e. En
exerçant sur la plaque
supérieure une force F, on la
déplace à une vitesse U ;
si les couches de fluide glis-
sent les unes sur les
autres de manière homogène le
gradient de vitesse est
linéaire et on définit la
viscosité dynamique par

Figure 6.1 :
s
Définition de la ?
= r -r (6.D
viscosité e t du
cisaillement

où S est la surface des plaques. En toute rigueur, on devrait


préciser "coefficient de viscosité de cisaillement".

Le principe d'études de la rhéologie est contenu dans cette


expérience : il s'agit de savoir comment une contrainte de
cisaillement est reliée au gradient de vitesse créé.

-89-
6 . 1 - HYPOTHESE NEWTONIENNE

du
C ' e s t l e c a s s i m p l e de l a l i n é a r i t é e n t r e l a c o n t r a i n t e T
> et —
dy
( e n r e p r e n a n t l a n o t a t i o n de
l'hydraulique unidimensionnelle
où l ' a x e d e s y e s t p e r p e n d i -
culaire à l'écoulement).

I l f a u t s o u l i g n e r que d a n s c e
c a s , l a v i s c o s i t é dynamique e s t
une c a r a c t é r i s t i q u e a b s o l u e du
f l u i d e , i n d é p e n d a n t e de l a c o n -
t r a i n t e a p p l i q u é e e t du t e m p s .

Rhéogramme n e w t o n i e n

A p a r t i r de t*- , on d é f i n i t a u s s i v~ = - — , v i s c o s i t é cinématique

q u i i n t e r v i e n t d a n s l e nombre de R e y n o l d s notamment.

Unités :

Systèie
Diiension International CGS Correspondance

du -1 -1 -1
laui de défonation : — T s s
dy

-1 -2 H/i' dyne/ci' 1 Pascal = 10 dyne/ci'


Contrainte M
L T ou Pascal

-1 -1 poiseuille = 1H.S/»'
Viscosité dynaiique Hl T ou Pa.S poise = dyne.s/ci 1 1 Pa.s = 10 poise

2 -1 i'/s stokes 1 Ï ' / S = 10* St


Viscosité cinéiatique L T

En h y d r a u l i q u e , on n ' a évidemment g u è r e à s o r t i r de l ' h y p o t h è s e


n e w t o n i e n n e ( v o i r § 2 . 2 ) p u i s q u e l ' e a u a c e comportement.

C a r a c t é r i s t i q u e s de l ' e a u ( à 20 , , C) :
-3
M = 10 poiseuille = 1 centipoise
-6
iT = 10 m2 / s = 1 c e n t i s t o k e s .

- 9 0 -
6.2 - LIAISON NON LINEAIRE

Lorsque la liaison entre con-


trainte et taux de déformation
n'est pas linéaire, on arrive à
la traduire la plupart du temps
par une fonction puissance. On
obtient la loi d'Ostwald de
Waele

B
=M^f
Figure 6.3 :

Rhéogrammes non l i n é a i r e s

On a alors une loi à deux paramètres souvent appelles consistance


(k) et indice d'écoulement (n) . Suivant que n est supérieur ou
inférieur à 1, on a un fluide rhéoépaisissant (ou rhéofluidifiant) .

On voit immédiatement que, pour un point \'~XZ~ ) o n Pe u t

calculer une grandeur }


f^fr* ) analogue à la viscosité dynamique du

cas newtonien ; mais cette grandeur est une grandeur locale qui

dépend de la position du point (s, °^~ ) où elle est calculée.


\ d.% /

Elle ne peut donc jouer le rôle de la viscosité dynamique du cas


newtonien ; on l'appelle d'ailleurs viscosité apparente et on la
note /v.

Dilatance : c'est la propriété qu'ont certains corps d'augmenter de


volume sous l'action d'un cisaillement simple. Dans le cas des
écoulements torrentiels, comme les sables et graviers présentent
cette propriété, les écoulements granulaires (mélange biphasique
eau-sable ou eau-gravier) ont un comportement analogue aux fluides
épaississants ; mais c'est une propriété liée à la fraction solide
du mélange et non au fluide interstitiel.

-91-
6.3 - Fluides à seuil

Figure 6 . 4 : Rhéogramme avec r i g i d i t é i n i t i a l e

Il s'agit des fluides qui présentent une résistance au déplacement,


qui nécessitent donc que la contrainte de cisaillement appliquée
soit supérieure à un seuil critique r,., appelée rigidité
initiale ; elle représente un troisième paramètre qui vient
s'ajouter aux deux autres déjà exprimés en 6.2. La forme générale
est en effet :

[ h j (6.3)
i±_ = o si V< Xi.
d
3
La viscosité reste une grandeur locale non comparable par conséquent
à la viscosité dynamique du cas newtonien.

Quelques cas particuliers de ce type de loi méritent d'être


soulignés, notamment ceux pour lesquels la valeur de n est égale à 1
ou 2 :

- n = 1 Loi de Bingham : loi linéaire au-delà du seuil ; cette


loi est évidemment plus simple à manipuler que les autres lois
à seuil et en pratique on s'y ramène souvent. La consistance
est alors appelée viscosité plastique ou de Bingham et est
notée K - C'est une grandeur absolue ;

- n = 2 Loi de Hershel Buckley pour les fluides à seuil du type


fluide dilatant ;

- une autre loi à seuil qui ne suit pas la forme général de


l'équation (6.3) peut être indiquée également : la loi de
Casson :

«*- -— *fêf
-92-
6.4 - Fluides à loi de comportement dépendant du temps

La non linéarité du tenseur des contraintes et de celui des taux de


déformation s'explique généralement (réf. 6.1) par une modification
de la structure interne du fluide. On s'est placé dans les
paragraphes précédents dans le cas où cette modification intervient
de façon rapide ; si ce n'est pas le cas, on a affaire à des fluides
thixotropes quand il y a désorganisation de structure sous l'effet
d'un cisaillement, et des fluides rhéopectiques quand il y a
organisation de structure au contraire, par effet de cisaillement.

La thixotropie est observée assez couramment ; on le constate au


laboratoire par un effet d'hystérésis sur un rhéogramme quand on

Figure 6.5 ( r é f . 6.5) :

Rhéogramme de vases de Dunkerque


à v i t e s s e c r o i s s a n t e p u i s décroissante
du r o t o r du viscosimètre

augmente puis diminue le cisaillement (fig. 6.5). Elle existe pour


les fluides naturels qui nous intéressent, à un degré variable
suivant le type d'argile en cause.

La rhéopexie par contre semble plus rare, et plus complexe à


comprendre par ailleurs ; ce phénomène a été relativement peu étudié
et seulement de façon qualitative. Selon la réf. 6.1, une solution
aqueuse de gypse à 42 % se resolidifie en 40 minutes au repos après
agitation, mais en 20 secondes seulement sous l'effet d'un
cisaillement modéré ; mais si le cisaillement est trop fort il y a,
à nouveau, destruction. Cet élément d'information est intéressant
pour nous puisqu'on sait qu'il y a des torrents à gypse produisant
des laves torrentielles (réf. 6.6).

-93-
En pratique (réf. 6.1), pour étudier un écoulement permanent on
néglige dans un premier temps le caractère thixotrope ou
rhéopectique du fluide ; si ceci est vrai pour les fluides
industriels ou de laboratoire, cela l'est encore plus pour nous qui
nous intéressons à des fluides naturels beaucoup plus difficiles à
caractériser.

6.5 - OBTENTION DES RHEOGRAMMES

6.5.1 - Problèmes d'appareillages

Il faut insister sur le fait que l'obtention d'un rhéogramme au


laboratoire est une opération délicate, minutieuse, dont le résultat
peut dépendre de plus du type de rhéomètre utilisé, et des
conditions de manipulations (voir réf. 6.1 et 6.2). Les deux grands

rhéomètre à rhéomètre
cylindres coaxiaux cône-plan

Figure 6.6 :

Schéma de p r i n c i p e de rhéomètres courants

types de rhéomètres commercialisés sont du type cylindres coaxiaux


et plan-cône (ou plan-plan également). Ce sont des appareils de
précision, relativement fragiles, qui ne peuvent mesurer les
caractéristiques des fluides disparates rencontrés dans les
torrents : il faut en effet retenir les particules au-dessus de
quelques dizaines de microns, les volumes contenant le fluide à
cisailler sont en effet très petits, ce qui permet d'obtenir les
gradients de vitesse uniforme.

Ceci pose donc d'emblée un problème pour connaître la rhéologie des


fluides torrentiels, parfois résolu en mettant au point un appareil
spécifique (réf. 6.7). Ainsi MAJOR et PIERSON (réf. 6.12) d'une
part, PHILIPPS (réf. 11.10) d'autre part, ont construit des
rhéomètres de grande taille, les premiers sur le principe des

-94
cylindres coaxiaux, le second sur le principe de la géométrie
cône-plan. Le travail de PHILIPPS est décrit ultérieurement avec
l'ensemble de ses travaux ; MAJOR et PIERSON, de leur côté, se sont
limités à une granulométrie inférieure à 2 mm d'un matériau issu de
laves torrentielles réelles. Ces travaux, intéressants (voir
fig. 8.4) doivent malgré tout être complétés par une analyse de
matériaux plus proches du matériau réel.

6.5.2 - Problèmes d'interprétation

L'interprétation d'un rhéogramme est l'opération par laquelle on


"reconnaît" comment se comporte le fluide cisaillé pour chaque
partie du rhéogramme ; pour les fluides complexes, cette opération
est souvent difficile ou même impossible, étant donné qu'on ne voit
pas ce comportement du fluide pendant l'expérience de cisaillement.

Pour les fluides simples, ce comportement est supposé connu, et


l'interprétation se borne à rechercher une loi mathématique qui
traduit le rhéogramme obtenu. Ceci ne se fait pas forcément sans
problèmes. Pour les lois à seuil notamment, la forme théorique
s'adapte avec quelques difficultés au rhéogramme expérimental, comme
on peut le voir sur la fig. 6.7 ; il arrive en pratique qu'on
distingue les deux seuils, le seuil théorique ^Cc obtenu comme
ordonnée à l'origine de la droite asymptote, et le seuil
réel t? c à partir duquel la rigidité initiale est effectivement
vaincue .

Figure 6 . 7 : Rhéogrammes de suspension de k a o l i n


à concentration c r o i s s a n t e ( r é f . 6.4)

95
6.6 - DIFFERENTES OPTIQUES D'UTILISATION DE LA RHEOLOGIE

Il faut ici distinguer deux optiques, que, pour simplifier, nous


appellerons l'optique empirique et l'optique scientifique.

6.6.1 - L'optique empirique

Elle consiste à utiliser les résultats de mesures rhéologiques comme


des indices caractérisant les matériaux par comparaison entre eux,
ne traduisant pas nécessairement avec exactitude des grandeurs
physiques ; ces indices peuvent être utilisés dans des "modèles"
empiriques les reliant à des grandeurs macroscopiques, mais en
principe pas dans un système d'équations théoriques.

Un bon exemple de cette optique empirique est trouvé dans le domaine


de l'ingénierie des vases estuariennes (réf. 6.5) pour lesquelles on
a fait un très grand nombre de mesures rhéologiques permettant de
comparer entre elles différents types de vases : la rigidité
initiale théorique TC par exemple y est un paramètre fondamental,
elle est utilisée sans difficulté comme un indice, sans que l'écart
avec la grandeur réelle "Gé (voir § 6.5) ne pose de problème,
puisque les liaisons utilisées avec les grandeurs macroscopiques
sont empiriques ; ainsi par exemple, la liaison entre la rigidité
initiale des vases et la vitesse de cisaillement de début d'érosion
(réf. 6.9 et 6.8). Dans le même état d'esprit, l'obtention d'un vrai
rhéogramme (en fonction du gradient de vitesse et non en fonction de
la vitesse du rotor, cf. fig. 6.5) n'est pas primordiale puisque les
résultats ne sont pas intégrés dans un système d'équations
traduisant le comportement physique d'un système (comme l'équation
de conservation de la quantité de mouvement par exemple).

6.6.2 - L'optique scientifique

Dans cette optique, les relations rhéologiques obtenues pour


caractériser le comportement du fluide, sont utilisées dans un jeu
d'équations (lois de la mécanique) destiné à bâtir un modèle le plus
complet et le plus exact possible du système physique considéré et
de son évolution. L'intérêt d'un tel modèle est qu'il permet
d'étudier par simulation des phénomènes inaccessibles à
l'observation. Sa contrainte est que les grandeurs physiques
utilisées doivent avoir une signification physique réelle : dans cet
esprit par exemple, on peut utiliser le modèle de Bingham avec E,-
(fig. 6.7) au-delà d'un gradient de vitesse de 100 sec - 1 par
exemple, mais certainement pas en dessous de 50 sec - 1 , l'écart
entre le modèle et les points expérimentaux devenant trop grand.

96-
Dans le domaine des fluides industriels (réf. 6.1, 6.2 et 6.3),
l'optique empirique est encore largement utilisée, surtout en
contrôle des processus ; mais il y a de nombreux efforts de
recherche dans l'optique (dite scientifique) de trouver des modèles,
ne serait ce que pour connaître les lois d'écoulement des fluides en
question et notamment les pertes de charge permettant de
dimensionner les installations de- génie chimique. Ces travaux de
recherche satisfont aussi un objectif de recherche fondamentale.

6.6.3 - Quelle optique en hydraulique torrentielle ?

L'optique empirique est d'autant plus rapidement fructueuse que les


mesures in situ sont nombreuses et faciles à faire ; ceci n'est pas
le cas en hydraulique torrentielle, et c'est d'ailleurs la raison
pour laquelle l'ingénieur de terrain se sent aussi démuni pour
dimensionner ses aménagements ; on est donc en partie condamné à
mieux connaître la réalité physique en cause en hydraulique
torrentielle, que ce soit au niveau des écoulements (observations
éventuelles in situ, mais plutôt sur modèle réduit), ou au niveau du
comportement du fluide (c'est-à-dire de la rhéologie), malgré la
difficulté des problèmes.

6.7 - CLARIFICATIONS PRELIMINAIRES A L'UTILISATION DE LA RHEOLOGIE


EN HYDRAULIQUE EN HYDRAULIQUE TORRENTIELLE

6.7.1 - La viscosité des laves torrentielles

On trouve assez couramment dans la littérature spécialisée des


valeurs de viscosité de laves torrentielles ; elles sont en général
comparées à celles de l'eau et sont 50 000 à 100 000 fois plus
élevées. Ces valeurs ne sont pas des valeurs mesurées en
laboratoire, mais dérivent de mesures macroscopiques in situ
(vitesse, hauteur du front de lave) par l'intermédiaire d'hypothèses
sur la loi de comportement du fluide (Newtonien ou Binghamien la
plupart du temps) et sur le régime de l'écoulement (toujours supposé
laminaire) ; or, ces hypothèses n'ont pas été vérifiées, et il est
vraisemblable que, quand on pourra le faire, on sera obligé
d'admettre qu'elles sont bien trop simplistes pour pouvoir rendre
compte de la complexité du phénomène "lave torrentielle". Les
valeurs de viscosité ainsi obtenues n'ont donc qu'une signification
analogique .

Comme d'ailleurs les laves torrentielles n'ont vraisemblablement pas


un comportement newtonien, il faut insister sur le fait que la
viscosité (qu'on doit appeler viscosité apparente) n'est alors
qu'une grandeur locale : on voit par exemple sur le graphique 6.7,
qu'une suspension de kaolin avec une concentration volumique de
14,9 % peut avoir une viscosité apparente de 36 ou 645 centipoise
suivant les points considérés (soit un écart de 1 à 20).

-97-
6.7.2 - Gradients de vitesse usuels en hydraulique torrentielle

En nous basant sur l'hypothèse d'un profil de vitesse semblable à


ceux obtenus sur des rivières torrentielles, nous avons calculé un
gradient de vitesse de l'ordre de 15 pour les torrents
(tableau 2.2). Cette valeur est bien sûr contestable ; et elle l'est
certainement pour certaines laves torrentielles où peut se produire,
à très fort cisaillement, un glissement important entre filets
fluides adjacents. Hormis ce cas particulier, il est à peu près
admis (réf. 6.7) que les ordres de grandeur usuels de gradient de
vitesse en hydraulique torrentielle sont faibles (inférieurs à 30 ou
50 sec - 1 ). Il est donc nécessaire d'explorer le comportement des
fluides torrentiels dans cette plage des faibles gradients de
vitesse ; or c'est précisément là que ce comportement est le plus
difficile à traduire d'une part, et que les viscosités apparentes
sont les plus élevées d'autre part. On voit par exemple sur la
figure 6.8 le rhéogramme d'une concentration à 500 g/1 de boue
de Draix. Il montre qu'il est bien difficile de le représenter par
une "loi" qui soit fidèle sur toute la plage de variation du
rhéogramme ; notamment aux très petits gradients de vitesse (cas d),
on voit que la contrainte commence par décroître. Certains proposent
(réf. 6.10) de traduire le rhéogramme différemment suivant les
plages d'utilisation, mais ceci n'est bien évidemment qu'un artefact
et le problème est d'abord de comprendre ce qui se passe
physiquement lorsqu'un tel fluide est mis en mouvement. On rejoint
là une conclusion déjà exprimée ailleurs (réf. 10.6).

6.7.3 - Conclusion

On voit donc, d'une part que l'étude des écoulements torrentiels


conduit à des études rhéologiques fondamentales, à faible gradient
de vitesse, d'autre part que suivant la nature, la minërologie, la
concentration volumique du matériau solide constitutif de
l'écoulement, mais aussi en fonction des caractéristiques de
l'écoulement (pente, vitesse, gradient de vitesse), les modèles
rhéologiques adaptés seront différents.

On retrouve une conclusion développée au § 4.4.1 à partir d'une


analyse globale du champ de l'hydraulique torrentielle : il n'y a
pas "une" hydraulique torrentielle.

-98
Figure 6 . 8 :

Rhéogramme d'une boue de Draix à 500 g/1


p r é s e n t é à d i f f é r e n t e s é c h e l l e s de gradients de v i t e s s e

- 9 9 -
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 6

(6.1) Mécanique et rhéologie des fluides en génie chimique - MIDOUX


(1985) - Technique et Documentation - Lavoisier Paris.

(6.2) Initiation à la rhéologie - COUARRAZE et GROSSIORD (1983) -


Technique et Documentation - Lavoisier Paris.

(6.3) Fluides non newtoniens - J.M. PIAU - Techniques de


l'Ingénieur - A. 710 et 711.

(6.4) Bed material movement in hyperconcentrated flow - Wan ZAOHUI


(1982) - Institute of Hydrodynamics and hydraulic
Engineering - Technical University of Denmark - Séries paper
n° 31.

(6.5) Synthèse des connaissances sur le tassement et la rhéologie


des vases (1987) - Service Technique Central de la Direction
des Ponts et des Voies Navigables - LCHF.

(6.6) Etude hydraulique du franchissement du torrent de la Griaz


par la voie express Le Fayet - Les Houches (1985) - SOGREAH -
DDE Haute-Savoie.

(6.7) Laboratory analysis of mud flow properties (1988) - O'BRIEN


et JULIEN - ASCE Journal of Hydraulic Engineering -
Vol. 114 - n° 8.

(6.8) Etude des possibilités d'érosion des vases des retenues de


l'Escale et Saint-Lazare sur la Durance : méthodologie,
propriété des vases et simulation numérique de
l'érosion - BOUCHARD, CORDELLE, LORIN - SHF Comité Technique
- Session n° 137 - Novembre 1988.

(6.9) Etude des propriétés physiques de différents sédiments très


fins et de leur comportement sous des actions
hydrodynamiques - C. MIGNIOT - Houille Blanche n" 7/ 1968.

(6.10) A critical review of the research on the hyperconcentrated


flow in China - DIAN NING et WAN ZHAOHUI - IRTCES 1986.

(6.11) Dictionnaire de rhéologie - GROUPE FRANÇAIS DE RHEOLOGIE -


IMFT, 1988.

(6.12) Rheological analysis of fine grained natural débris flow


matériel. J.J. MAJOR - T.C. PIERSON - Hydraulic/Hydrology of
Arid Lands - Symposium ASCE San Diego. July-August 1990.

101
C H A PIT R E 7

NOTIONS D E CONCENTRATION

103
Dès lors que dans un fluide, il y a deux phases, l'utilisation de
la notion de concentration devient obligatoire car elle permet
d'exprimer la part relative de chaque phase dans le mélange. Mais
cette notion a une définition variable selon les domaines
d'utilisation ; de plus les notions anglo-saxonnes correspondantes
sont souvent peu explicitées et on risque quelques erreurs si on
n'est pas vigilant sur leur signification. Enfin du type d'appareil
de mesures dépend le type de concentration obtenue ; il est donc
nécessaire de rendre l'utilisation qui est faite de la concentration
cohérente avec la nature de la mesure effectuée.

7.1 - CRITERES DE DEFINITION

Toute définition de concentration fait intervenir trois critères :

a on utilise les volumes ou les masses (ou les poids).

b on rapporte une phase soit à l'autre phase, soit à la somme des


deux phases.

c on utilise les flux ou les grandeurs spatiales.

Par exemple, en hydraulique fluviale (réf. 5.1), on utilise la


concentration pour caractériser les matières en suspension CM E S ;
elle est souvent mesurée en g/1 (ou mg/1) : on a des masses
(critère a), qu'on rapporte au volume total (critère b) et on a une
grandeur statique (critère c) ; il faut alors multiplier par la
vitesse pour obtenir le débit solide.

En hydraulique torrentielle, l'importance du transport solide rend


les choses complexes et il est nécessaire de bien savoir quelle
concentration on utilise puisque on peut être amené à raisonner sur
des concepts de concentration dont on ne se sert pas en hydraulique
fluviale.

7.2 - LES NOTIONS LES PLUS COURANTES

Les deux notions les plus souvent rencontrées sont d'une part le
rapport des débits solides et liquides appelé concentration.

f5
Concentration : C- — — (7.1)

- 105-
d'autre part le rapport du volume occupé par la phase solide au
volume occupé par les deux phases ; on l'appellera Concentration en
volume.

Concentration en volume : L* (7.2)


UE + "Ut

On voit que ces deux notions diffèrent selon les


critères b et c . L e critère c n'introduit pas de différence
lorsque la vitesse du matériau solide et celle du fluide sont
égales : ceci se produit bien sûr dans les dépôts (vitesse nulle)
mais aussi vraisemblablement dans les fluides très chargés en
sédiments (réf. 7.4) et dans les laves torrentielles ; mais cette
hypothèse est controversée, notamment pour les fluides chargés (cf.
mesures de SMART et JAEGGI (réf. 3.3) ; dans les cas où on peut la
considérer comme valable, la concentration en volume devient alors :

Concentration en volume : Go- (7.3)

La mesure des concentrations pour des laves torrentielles passe


évidemment souvent par la mesure des poids des échantillons
prélevés ; on rencontre donc très souvent également la notion de
concentration en poids (ou en masse) que l'on notera ici Cp :

Poids de sédiment
Concentration en masse : Cp - (7.4)
Poids total de l'échantillon

7.3 - RELATIONS DE PASSAGE

Les plus utilisées sont celles qui relient les concentrations en


volume et en masse (critère a), et celles qui relient la
concentration (7.1) à la concentration en volume (7.3)
(critère b ) . Les masses volumiques du matériau solide et du
fluide sont indicées par s et 1.

7.3.1 - Concentration en masse et en volume (critère a)

C j
Cp = . „ fe ", (7.5)

C v r - £L£? (7. 6 )

fe C
P + 0 (4- - C, )

— 106 —
7.3.2 - Concentration (rapport des débits) et concentration
en volume (critère b)

c c
-
( 7 7 )
i +
- C

C = — ^ r - (7.8)
1 - CJ

Rappelons toutefois que ces deux relations ne sont exactes que si


les vitesses du matériau solide et du fluide sont égales (cf.
paragraphe précédent).

7.3.3 - Cas où les vitesses du fluide et du solide sont différentes


(critère c)

Dans ce cas, les notions définies par les formules (7.2) et (7.3)
sont différentes, et, si les vitesses respectives du solide et du
fluide sont notées Us et Ul, on obtient comme relations de passage,
en lieu et place des relations (7.7) et (7.8) :

C (7.9)
(—sj- —
ik. +C
-
LU

u
.& c«- (7.10)
=
C
- ' ~ ;— r —

7.4 - UTILITE DES CONCENTRATIONS DE FLUX ET DES CONCENTRATIONS


SPATIALES

La concentration de flux C (formule 7.1) est directement accessible


lors des expérimentations sur modèle physique puisqu'on mesure
séparément les débits solides et liquides. Elle est aussi
particulièrement utile dans les projets de correction torrentielle
pour passer de l'estimation du débit liquide donnée par l'étude
hydrologique à celle du débit solide ; cette notion est donc
primordiale pour le dimensionnement des plages de dépôts.

107-
Les mesures in situ par contre conduisent naturellement à utiliser
la concentration en volume Cv puisqu'on est amenée à prélever des
échantillons et à mesurer le volume (ou le poids) de la phase solide
et à le rapporter à celui des deux phases réunies. Du point de vue
du projet de correction, cette notion est également primordiale
puisqu'elle représente l'occupation par la phase solide de la
section en travers de l'écoulement ; elle traduit donc
l'augmentation du tirant d'eau dont est responsable le volume de
sédiment transporté.

On peut d'ailleurs aller plus loin dans l'utilisation de cette


notion dans le cadre des projets en remarquant que, lorsque le
fluide est très concentré en matériau solide, on peut considérer que
la totalité du volume de l'écoulement est utilisée tant par le
fluide que par le matériau solide (fig. 7.1).

On peut alors définir des hauteurs


fictives de débit solide hs et de
débit liquide hl.

Les notions de concentration définies


ci-dessus s'écrivent alors sous la
forme suivante :

Figure 7.1 :

Ecoulement t r è s concentré

C _Hi.A
= (7.11)

C= — (7.12)
As + U

Si la hauteur fictive de débit liquide Iki est connue, le supplément


de tirant d'eau créé par la présence du solide peut être estimé par
l'une ou l'autre des formules :

h- = ^ . C (7.13)

iU _ &*- (7.14)
17 1- -Cr

— 108 —
7.5 - CONCENTRATION EN VOLUME ET COMPACITE

Nous avons défini la concentration en volume comme le taux


d'occupation spatial de la phase solide ; pour des sédiments au
repos, elle équivaut à la compacité, complément à l'unité de la
porosité, qui est notée C* dans la littérature anglo-saxonne.

En général, pour des sédiments au repos, la valeur de la compacité


est de l'ordre de 2/3 mais elle varie selon la forme et la dimension
des grains. Selon le Laboratoire Central d'Hydraulique de France
(réf. 7.2), cette concentration, varie de 52 % à 74 % pour des
sphères d'égale dimension suivant la façon dont les sphères sont
empilées les unes sur les autres. On tire aussi de ce document les
valeurs suivantes de la compacité :

- sables : 65 % à 79 %
- graviers : 64 %
- argiles moyennement plastiques : 35 % à 55 %
- argiles très plastiques : 10 % à 25 %

Bien que la compacité soit notre concentration selon les volumes, où


l'air occupe les pores entre les particules solides à la place de
l'eau, ces notions ne doivent pas être assimilées, en particulier
parce que le mélange eau + sédiment que l'on étudie en hydraulique
torrentielle est un mélange en mouvement, mais également parce que
ce mélange ne se comporte pas forcément, même en statique, comme le
mélange sédiment + air, ce qui est particulièrement vrai des argiles
gonflantes. C'est pour les matériaux pulvérulents que le
rapprochement peut se faire de la façon la plus satisfaisante, la
concentration en volume ayant alors la compacité comme borne
supérieure.

Il faut noter la dépendance entre la compacité et la forme de la


courbe granulométrique : un ensemble monodisperse (granulométrie
uniforme) de sphères a une compacité maximum égale à 74 % ; mais, si
la granulométrie est adéquate, des sphères plus petites peuvent
s'installer dans les pores sans perturber l'agencement des sphères
les plus grosses ; la valeur de la compacité augmente alors
notablement.
Citons enfin deux autres concepts qu'on rencontre en mécanique des
sols : la porosité (complément à l'unité de la compacité) et
l'indice des vides i ; cet indice est le rapport du volume des vides
au volume de la phase solide. On a donc :

^ - y y <S =

On en tire :

i . + *.

109-
7.6 - AUTRES NOTIONS LIEES A LA CONCENTRATION

7.6.1 - Concentration linéaire

La notion de concentration linéaire, notée , joue un grand rôle


dans une théorie importante pour l'hydraulique torrentielle basée
sur les expériences de BAGNOLD (réf. 7.3). Cette concentration
linéaire est le rapport du diamètre moyen des grains solides à la
distance moyenne qui sépare les deux grains voisins.

la distance moyenne qui sépare les centres de gravité de deux grains


dans le fluide biphasique en mouvement est donc :

Lorsque tout est au repos, et que les grains sont jointifs, on


obtient la concentration maximum, c'est-à-dire la compacité C*, avec
une distance 1 nulle et A = °
o . Quand les grains sont disjoints, la
concentration en volume Cv est donnée par :

c C
r __. v <L (7.15)

Cette concentration linéaire est donc reliée aux concepts déjà


établis par la relation inverse ; elle est importante à connaître
car elle intervient dans la loi de comportement des fluides
"dilatants" sur lesquels nous aurons à revenir (chapitre 8).

7.6.2 - Teneur en eau

On rencontre une autre variable dans la littérature traitant


d'hydraulique torrentielle, en particulier lorsqu'il s'agit de laves
torrentielles ; c'est la teneur en eau qui est le rapport du débit
massique de solide au débit massique de liquide. Si $ est cette
teneur en eau, on a :

e = I l . ±- (7.i6)

- 110-
7.6.3 - Masse volumique

La masse volumique du mélange est également une notion souvent


rencontrée : si on la note Pm on obtient :

En explicitant on obtient : (7.17)

+ c
Ç-" fe (
{ • - {i )
-

7.6.4 - Concentration des matières en suspension

Très utilisée par les pédologues, les agronomes et les


hydrauliciens, cette notion présente par rapport aux autres
définitions de concentration rencontrées précédemment, la très
grosse différence de ne pas être adimensionnelle puisqu'elle donne
le poids de matières en suspension (MES) par unité de volume : on
obtient donc soit des tonnes/m 3 soit des grammes ou
milligrammes/1. La distinction qui a été faite auparavant entre
concentration de flux et concentration spatiale pourrait intervenir
selon qu'on mesure la concentration de vase dans un estuaire ou le
taux de MES dans une rivière ou un fleuve, mais comme dans ce
dernier cas, on peut admettre l'égalité des vitesses du fluide et
des MES, la distinction n'est plus nécessaire.

Une possibilité d'incompréhension existe toutefois, due à la nature


dimensionnelle de cette concentration : si les agronomes et les
pédologues ont dans l'esprit des ordres de grandeur qui s'expriment
en mg/1, les taux de MES mesurés en hydraulique torrentielle
s'expriment généralement en g/1. Il faut donc bien préciser l'unité
avec laquelle on présente des résultats de taux de MES.

Si on appelle CMES , ce taux, on a :

CMe5) =
C2 fc + <3e

soit :

C„M = P. Cv (7.18)

- 111 -
Avec cette relation, on peut relier le taux de MES à toutes les
autres notions décrites précédemment. Par exemple, comme les
préleveurs d'échantillons permettent notamment d'obtenir la masse
volumique du mélange et le taux de MES en rapprochant les relations
(7.17) et (7.18) nous obtenons facilement la densité sèche des
matières en suspension :

On a ainsi la possibilité de contrôler la qualité des mesures des


préleveurs d'échantillons, puisque la densité sèche des MES est à
peu près constante si la géologie du bassin est homogène.

- 112-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 7 -

(7.1) La suspension - Cours de NICOLLET (1987) ENPC et ENGREF.

(7.2) Transport des sédiments. Etude bibliographique et théorique de


la capacité de transport par les fleuves et les rivières -
Rapport général - Secrétariat d'Etat aux Affaires Etrangères.
Sept. 71.

(7.3) The flow of cohesionless grains in fluids (1956) - BAGNOLD


Philosophical Transactions of the Royal Society of London -
Séries A. Mathematical and Physical Sciences.

(7.4) Transport de matériaux solides en conduite (1988) - REITZER


SCRIVENER - Journées Techniques de la SHF - Nov. 88 Paris.

113
Q U A T R IE M E E » A R TI E

D E S R E C H E R C H E S S U R L E S L O I S

D E C O M P O R T E M E N T E T L E S L O I S

E> * E C O U L E M E N T Q U I E N R E S U L T E N T

On a déjà vu à plusieurs reprises qu'il ne sera vraisemblablement


pas possible de construire une théorie unique pour tous les
écoulements torrentiels ; en conséquence, les théories nouvelles
proposées par les chercheurs devront être utilisées à l'intérieur de
leurs domaines de validité, et surtout devront ne pas être
extrapolées à d'autres types de matériau, d'autres fourchettes de
pentes et de concentrations pour lesquelles elles ont été établies.

Dans cette partie, on va présenter quelques travaux de recherche de


type "mécanique des fluides", c'est-à-dire qui abordent le problème
du modèle à appliquer à tel ou tel écoulement torrentiel de manière
complète, en partant de la connaissance de la loi de comportement
(rhéologie) pour aller jusqu'à celle de la loi d'écoulement).

- 115
SOMMAIRE D E L A 4.»»=— P A R T I E

CHAPITRE 8 :

8 - MODIFICATIONS DU COMPORTEMENT D'UN FLUIDE PAR ADJONCTION


DE MATERIAU SOLIDE 121

8.1 - Deux approches possibles 123

8.2 - Préliminaires 123

8.3 - Axe des matériaux cohésifs 125

8.3.1 - Quelques éléments sur la transition entre


fluides newtoniens et fluides binghamiens ... 125
8.3.2 - Variation des paramètres de la loi de Bingham
en fonction de la concentration 127
8.3.3 - Autres problèmes 128

8.4 - Axe des matériaux granulaires 129

8.4.1 - Approche de Bagnold. Théorie 129


8.4.2 - Approche de Bagnold. Vérification 130
8.4.3 - Commentaires 131

8.5 - Deux phénomènes concurrents : forces électro-


chimiques - occupation de l'espace 132

8.6 - Concentration volumique limite : comportement solide-


liquide 134

Bibliographie 135

117-
CHAPITRE 9 :

9 - HYDRAULIQUE A SURFACE LIBRE DES ECOULEMENTS DE BINGHAM


EN REGIME LAMINAIRE 137

9 . 1 - Hypothèse de départ et conséquences 139

9.2 - Régime permanent d'un écoulement laminaire à surface


libre pour un fluide de Bingham pour un plan infini
et un demi-cercle 140

9.2.1 - Plan infini 141


9.2.2 - Demi-cercle 142

9.3 - Une explication possible du comportement par bouffées


des laves torrentielles. La ravine de JIANJIA 142

9.4 - Détermination des paramètres de la loi de Bingham par


des mesures in situ 145

9.4.1 - Détermination de la rigidité initiale 146


9.4.2 - Détermination de la rigidité initiale et de
la viscosité plastique 146

9.5 - Confrontation des mesures in situ et des mesures de


laboratoire 148

9.6 - Conclusion 149

Bibliographie 151

CHAPITRE 10 :

10 - HYDRAULIQUE A SURFACE LIBRE DES FLUIDES DILATANTS 153

10.1 - Préliminaires 155

10.2 - Profil des vitesses en régime permanent 155

10.3 - Vitesse moyenne 156

10.4 - Nombre de Reynolds des fluides dilatants 157

10.5 - Conclusion 158

Bibliographie 159

- 118-
CHAPITRE 11 :

11 - HYDRAULIQUE TORRENTIELLE :
AUTRES APPROCHES - AUTRES RECHERCHES 161

11.1 - Travaux des théoriciens 163

11.1.1 - CHENG-LUNG CHEN 163


11.1.2 - Les fluides granulaires 164
11.1.3 - O'BRIEN et JULIEN 166

11.2 - Approches des expérimentateurs 167

11.2.1 - PHILLIPS 167


11.2.2 - DAVIES 170
11.2.3 - COUSSOT 177

11.3 - Approches par les modèles 179

11.3.1 - SOGREAH 179


11.3.2 - DELEON et JEPPSON 181
11.3.3 - Les modèles mathématiques 182

11.4 - Les observations in situ 184

11.5 - Conclusion 185

Bibliographie 186

119-
CHAPITRE 8

MODIFICATIONS D U COMPORTEMENT
D ' U N F L U I D E PAR. . A D J O N C T I O N
D E MATERIAU SOLIDE

- 121 -
On a déjà indiqué que la présence d'une quantité importante de
matériau solide modifiait aussi bien le comportement du fluide
(paragraphe 3.3) que celui de l'écoulement (paragraphe 3.4). Nous
allons dans ce chapitre tenter de faire le point des connaissances
relatives aux comportements des fluides chargés en matériaux
solides.

8.1 - DEUX APPROCHES POSSIBLES

Deux optiques sont possibles pour cela, que PFEIFF (réf. 8.1)
appelle l'approche microrhéologique et l'approche phénoménologique :
dans la première, on étudie les caractéristiques du mélange à partir
de celles de chacune des phases en traduisant leur
interaction ; cette approche permet de traduire le comportement du
mélange au degré de finesse que l'on souhaite ; elle est donc bien
adaptée au cas torrentiel où on doit distinguer les matériaux fins
des matériaux granulaires, où la concentration peut ne pas être
constante sur une verticale, etc.. ; cette approche est quasiment
obligatoire lorsque la physique du phénomène étudié est complexe,
mais elle est elle-même complexe.

La deuxième approche (dite phénoménologique) étudie les propriétés


et le comportement du mélange en considérant qu'il s'agit d'un tout
homogène ; qu'on peut relier aux caractéristiques globales de chaque
phase (concentration volumique par exemple, d5 D pour la phase
solide) mais non à leur mode d'interaction. Cette approche est
évidemment plus simple lorsqu'elle est utilisable ; c'est donc celle
que les chercheurs tentent d'utiliser en premier, d'abord pour
caractériser les mélanges et leur comportement, ensuite pour en
étudier la dynamique. Il ne faudra donc pas oublier les hypothèses
de base qui conditionnent la validité de cette approche : notamment
l'uniformité de la répartition du matériau solide au sein du
mélange.

Cette optique, dite phénoménologique est celle qui sera adoptée dans
les développements ci-après (cf. 8.3 et 8.4).

8.2 - PRELIMINAIRES

"La présence de particules solides au sein d'un liquide en mouvement


augmente le taux de déformation à leur voisinage ; l'énergie
mécanique dissipée en chaleur par unité de volume du liquide et par
unité de temps est donc plus grande dans un liquide avec particules
que dans un liquide sans particule". Ainsi, il est expliqué dans
(réf. 8.1) pourquoi la viscosité apparente d'un mélange est
supérieure à la viscosité absolue du fluide porteur.

123
A partir de là, de nombreux travaux ont calculé la part d'énergie
dissipée dans le fluide (approche microrhéo logique) et en ont tiré
des expressions de la viscosité apparente des mélanges. Citons
simplement le premier résultat de ce type dû à EINSTEIN (1906) :

/fa = (1 + 2.5 Cv) /»o (8.1)

où /^a est la viscosité apparente du mélange, /*o celle du fluide


porteur, et Cv la concentration volumique de la phase solide dans
le mélange.

Cette formule est établie pour des particules sphériques et n'est


valable que pour des concentrations Cv inférieures à 2 %. On
trouvera quelques travaux similaires (théoriques et expérimentaux)
dans (réf. 8.1). La dispersion des résultats est grande (fig. 8.1).

Figure 8.1 :

Synthèse de r é s u l t a t s expérimentaux montrant 1 ' i n f l u e n c e


de l a concentration volumique s u r l a v i s c o s i t é apparente
pour des mélanges de d i v e r s matériaux
(selon PFEIFF ( r é f . 8 . 1 )

- 124-
En fait, il s'avère que quand la concentration en matériau solide
croit, à partir d'un certain seuil, le comportement cesse d'être
newtonien ; la viscosité apparente n'est plus une caractéristique
absolue du mélange (voir chapitre 6) et le modèle rhéologique
adéquat est forcément un modèle à deux paramètres ou plus. On sait
de plus que le modèle pertinent n'est pas le même suivant que les
matériaux sont cohésifs ou granulaires, car les phénomènes physiques
qui interviennent alors ne sont pas les mêmes (forces
électrochimiques et floculation pour les matériaux cohésifs,
dilatance pour les matériaux granulaires).

Nous allons donc étudier séparément chacun de ces axes.

8.3 - AXE DES MATERIAUX COHESIFS

Lorsqu'on rajoute dans de l'eau des matériaux fins (de taille par
exemple inférieure à 10 (réf. 6.10)) on constate qu'à partir d'un
certain seuil de concentration, le fluide cesse d'être newtonien :
apparaît une contrainte structurale du fluide due (selon
(réf. 6.10)) à la floculation qui nécessite que le cisaillement
dépasse un certain seuil pour que le fluide soit effectivement
cisaillé ; c'est la rigidité initiale (voir § 6.3 et § 6.5). O n a v u
(§ 6.5) qu'elle n'est pas forcément évidente à obtenir et que sa
valeur risque de différer selon l'interprétation qu'on fait des
rhéogrammes, suivant notamment qu'on est placé dans l'optique
empirique ou l'optique scientifique (§ 6.6).

Nous allons résumer dans ce qui suit les connaissances existant sur
cet axe des éléments cohésifs en précisant que tous les chercheurs
ont adopté l'approche phénoménologique, c'est-à-dire qu'ils ont tous
considéré le mélange comme un fluide homogène qui pouvait être
caractérisé globalement, sans entrer dans le détail de l'interaction
fluide-solide.

8.3.1 - Quelques éléments sur la transition entre fluides newtoniens


et fluides binghamiens

Bien que nous n'ayons pas en notre possession d'étude précise sur
cette transition, nous pouvons nous en faire une idée à partir des
quelques éléments suivants :

- les études rhéo logiques des vases (réf. 6.8) ont montré que
lorsqu'on en enlève les éléments grossiers, la rigidité
initiale peut être exprimée sans problème en fonction de la
concentration, qui est donc celle des éléments fins ;

125
inversement, on a montré (réf. 6.7 et 6.4) que des
concentrations d'argile gardent leurs caractéristiques
rhéologiques lorsqu'on y ajoute du sable tant que la
concentration en volume de sable reste inférieure à 20 %
(réf. 6.7) ou que la concentration en volume totale (réf. 6.4)
reste inférieure à 30 %. Quand ce seuil est atteint, les
caractéristiques rhéologiques du mélange changent alors très
rapidement (fig. 8.2).

Concentration volumique
de toute la phase solide

Figure 8 . 2 :

E f f e t de 1 'addition de s a b l e à une suspension de b e n t o n i t e


dont l a concentration r e s t e constante (2,49 %) ( r é f . 6.4)

Les conclusions sont donc que le taux d'éléments fins joue le rôle
principal tant que la concentration totale reste inférieure à une
certaine valeur. Autrement dit le taux critique de matériaux fins
qui change le comportement du fluide dépend de la concentration
totale en matériaux solides.

Ces conclusions sont parfaitement représentées sur le graphique de


FEI (réf. 6.10) qui sépare fluides newtonien et binghamien
(fig. 8.3) : la séparation étant donnée par l'existence d'une
-
rigidité initiale supérieure à 5.10 * pascal.

Il faut préciser toutefois que le domaine d'où l'on a tiré les


résultats ci-dessus est celui des écoulements hyper-concentrés en
sédiments fins à faible pente (réf. 6.10) et des vases (réf. 6.8) ;
or les laves torrentielles ont des granulométries d'éléments
beaucoup plus étendues : si les conclusions dégagées ci-dessus
doivent rester valables, les valeurs des paramètres seraient à
déterminer.

126-
Figure 8 . 3 :

C r i t è r e de séparation e n t r e
f l u i d e s newtoniens e t
non newtoniens
(selon FEI Réf. 6.10)

8.3.2 - Variation des paramètres de la loi de Bingham en fonction de


la concentration

De nombreuses études déjà mentionnées ont été faites pour déterminer


les paramètres rhéologiques des suspensions d'éléments fins. Toutes
indiquent une forte croissance tant de la rigidité initiale que de
la viscosité de Bingham P (ou consistance) ; selon les auteurs,
cette croissance sera exprimée selon une loi exponentielle ou des
lois plus compliquées. Une autre caractéristique de tous ces
résultats est la grande dispersion des résultats selon le type
d'argile impliquée dans le mélange, et selon que les analyses
portent sur des mixtures d'argiles individualisées (bentonite,
kaolinite, etc..) ou de sols argileux naturels.

On peut représenter globalement ces résultats ainsi que leur


variabilité sur un graphique unique tracé à partir des résultats
expérimentaux de O'BRIEN et al. (réf. 6.7) et d'autres trouvés dans
la littérature.

On voit que les écarts sont grands et si on veut se servir de ces


résultats pour les cas naturels, on a intérêt à utiliser des ordres
de grandeur plutôt que des valeurs précises. On remarque aussi que
les expériences utilisées ne vont guère au-delà des concentrations
de l'ordre de 40 % volumique ; or on sait que les laves
torrentielles notamment peuvent avoir des concentrations volumiques
supérieures ; ceci semble indiquer que vers les fortes
concentrations, il se passe "autre chose" et que le modèle de
Bingham est peut-être alors hypothétique à ces concentrations
(cf. 8.3.3).

— 127 —
Figure 8 . 4 :

Variation des paramètres de l a l o i de Bingham


en f o n c t i o n de l a concentration volumique de l a phase s o l i d e

On voit aussi sur le graphique 8.4 combien la bentonite semble être


un cas particulier parmi toutes les suspensions argileuses qui ont
été testées puisque avec des concentrations en bentonite de quelques
centièmes on obtient les mêmes paramètres de la loi de Bingham
qu'avec les autres types d'argile pour des concentrations dix fois
plus élevées.

8.3.3 - Autres problèmes

Bien que peu de résultats expérimentaux existent, on peut dire que,


vers les très fortes concentrations (de l'ordre de 60 % en volume)
des phénomènes spécifiques sont visibles sur le rhéomëtre, comme des
fracturations, des glissements ou des fonctionnements puisés ; il va
de soi que l'interprétation des rhéogrammes devient alors
particulièrement délicate. De même, à ces valeurs de concentration,
une très faible variation de la teneur en eau modifie énormément les
caractéristiques de la loi de comportement obtenue au rhéomètre ; on
trouve là le correspondant de la constatation souvent faite sur le
terrain que les laves torrentielles ne se produisent que dans une
fourchette étroite de teneur en eau.

- 128-
Pour certains types d'argiles (la bentonite particulièrement) le
rhéosramme présente au démarrage une décroissance nette : la
rigidité initiale (et donc un
seuil d'écoulement) existe
alors bel et bien ; de plus
dès que la destruction est
intervenue, les caractéris-
tiques rhéologiques du fluide
en mouvement deviennent alors
instantanément différentes de
celles qu'avait le fluide au
repos. Ce phénomène se cons-
tate également évidemment sur
des vases (cf. fig. 6.5) mais
aussi sur boues argileuses
naturelles (fig. 6.8.d).

Figure 8 . 5 :

Rhéogrammes de l a b e n t o n i t e pour p l u s i e u r s concentrations ( r é f . 6. 4)

Généralement, les courbes de montée et de descente sont voisines, et


dans le cas contraire (fig. 6.5), on constate plutôt la
thixotropie ; toutefois on trouve, cité dans la littérature le cas
inverse, c'est-à-dire celui de la rhéopexie (réf. 6.10).

8.4 - AXE DES MATERIAUX GRANULAIRES

8.4.1 - Approche de BAGNOLD. Théorie

BAGNOLD (réf. 8.2 et 8.3) a étudié l'évolution de la loi de


comportement d'un fluide auquel on ajoute des sphères de petit
diamètre et de même densité. Il a supposé les grains élastiques et a
étudié comment peut se dissiper l'énergie reçue par une particule
lors d'un choc, en différentiant les cas extrêmes suivants :

- domaine macro visqueux : les particules sont suffisamment


espacées (ou le fluide suffisamment visqueux) pour que la
quantité de mouvement reçue au moment du choc soit dissipée par
frottement avec le fluide interstitiel avant un autre choc ;
l'analyse théorique de BAGNOLD l'amène à une loi newtonienne
mais avec une viscosité accrue et fonction de la concentration
linéaire (cf. § 7.6.1), donc de la concentration en sédiment
solide ;

- 129-
- domaine inertiel : les particules sont suffisamment rapprochées
pour que l'essentiel de l'énergie récupérée lors d'un choc soit
transmise lors d'un autre choc ; par une analyse théorique, il
est conduit à exprimer la contrainte de cisaillement comme
résultante du nombre de collisions et de l'importance de
l'énergie transmise par les chocs ; ces deux paramètres étant
proportionnels au gradient de vitesse, la loi de comportement

devient une loi dilatante » = l"-(j— • Par la même


analyse, il obtient, avec des hypothèses simplificatrices il
est vrai, l'expression de la consistance k en fonction de la
concentration linéaire et de la viscosité du fluide
interstitiel.

8.4.2 - Approche de BAGNOLD. Vérification

Elle a été faite avec un viscomètre composé de cylindres


concentriques, avec des billes sphériques de même densité que le
fluide. Il lui semble possible de séparer le domaine étudié selon le
schéma suivant, en fonction de la valeur de la concentration
linéaire A- (on prend la compacité égale à 0.74) :

Valeur de \ 1
4 2 Infini
Coiporteient Coiporteient
Type de îouveient liquide sans pâteux avec rigidité (as de îouveient
rigidité initiale initiale
Valeur de Cv (avec 0 60 0.64 0,74
C* = 0.74)

Tableau 8.1 : Séparation des domaines d'écoulement


s e l o n BAGNOLD ( r é f . 8 . 3 )

Dans le domaine des écoulements liquides ( A < 14) et jusqu'à des


concentrations de 13 % ( k = 1.3), BAGNOLD vérifie et cale les
relations théoriques obtenues auparavant ; il délimite trois
domaines séparés par les valeurs de deux nombres sans dimensions.

MN
fr à*° ] f i J± , Ç s
dsi 4
,
- — —,— & - .i E (8 2)

-130-
Ces deux nombres adimensionnels c a r a c t é r i s e n t l e rapport de
l ' i n e r t i e des g r a i n s à l a v i s c o s i t é ; i l s jouent l e même r ô l e que l e
nombre de Reynolds mais p a r rapport au g r a d i e n t de v i t e s s e (ou à l a
c o n t r a i n t e de c i s a i l l e m e n t ) e t non p a r rapport à l a v i t e s s e
elle-même.

Les expressions obtenues sont l e s suivantes :

Doiaine Valeur de Valeur de Expression de la loi


H G* de coiporteient

3/2 du
Hacro visqueux < 40 6! < 100 5= 2.2. \ M..— (8.3)
1
dy
Transition 40 < fi < 450 100 < G! < 3000 Inconnue

[du]'
Inertiel « > 450 h1 > 3000 T-- [Link]. P% [ \ A W — (8.4)
V
LdyJ

Tableau 8 . 2 :

Les l o i s de comportement de BAGNOLD pour 0.13 < Cv < 0.6

De plus, comme il mesurait la contrainte normale lors de ses


expérimentations, BAGNOLD en a déduit les valeurs de l'angle de
frottement dynamique (qui intervient -dans la loi dilatante (8.4)).
Il trouve °< = 36° pour le domaine macro-visqueux, et =(= 17° pour le
domaine inertiel ; cet angle décroissant progressivement entre les
deux valeurs dans le domaine de transition.

8.4.3 - Commentaires

- Quelques chercheurs ont cherché à compléter les expériences de


BAGNOLD. Citons SAVAGE et Me KEOWN (réf. 8.7) et SAVAGE et SAYED
(réf. 8.8), qui ont exploré selon PFEIFF (réf. 8.1) le domaine des
suspensions pour les premiers, celui Tles écoulements granulaires
secs pour les seconds. Ces auteurs confirmeraient "en gros" les
résultats de BAGNOLD en régime inertiel en indiquant que les
choses sont peut être plus complexes : influence de la
grànulométrie supérieure à ds o 2 à fortes concentrations, risque
de glissement des particules solides aux parois, exposant de la
relation entre contraintes et taux de déformations inférieur à 2
pour les fortes concentrations en écoulements granulaires secs.

131
Il semble donc que des points supplémentaires mériteraient d'être
explorés ; citons en deux qui semblent très importants : que se
passe-t-il avec une suspension qui n'est pas monodisperse, et avec
un fluide porteur nettement plus visqueux que l'eau, comme l'est
le fluide interstitiel des laves torrentielles naturelles.

Le tableau 8.2 montre que les nombres adimensionnels de BAGNOLD


séparent le domaine newtonien du domaine non newtonien : la courbe
N = 40 (ou G 2 = 100) est donc l'équivalent de la courbe donnée par
FEI (graph. 8.2), alors que la courbe N = 450 marque l'entrée
[du] 2

dans le domaine des fluides dilatants avec une loi en —


- d y.
Comme on le voit cette séparation entre le domaine newtonien et le
domaine non newtonien, est plus complexe, selon ces résultats, que
pour les matériaux fins puisque le gradient de vitesse intervient
dans le critère de séparation.

8.5 - DEUX PHENOMENES CONCURRENTS : FORCES ELECTROCHIMIQUES -


OCCUPATION DE L'ESPACE

On a vu (fig. 8.3) que les mesures au viscosimëtre de laboratoire


faites sur des échantillons réels d'écoulements torrentiels (MAJOR
et PIERSON (réf. 6.12) et O'BRIEN et al. (réf. 6.7)) n'allaient pas
au-delà d'une concentration en volume limite ; on a vu aussi que
l'addition de matériaux grossiers dans une suspension d'argile,
fait croître vertigineusement la rigidité initiale (fig. 8.1) mais
seulement au-delà d'un certain seuil de concentration volumique.
Tout se passe comme si, à partir d'un certain seuil de concentration
en volume, un autre phénomène se produisait interdisant la poursuite
des mesures avec le même dispositif. Cela doit correspondre à la
transition entre les comportements liquides et pâteux, que BAGNOLD a
caractérisé pour les écoulements granulaires (tableau 8.1). MAJOR et
PIERSON (réf. 6.12) arrêtent par exemple leurs expériences
lorsqu'ils ne peuvent plus mouvoir le mélange avec le bras : leur
concentration volumique est alors égale à 0.66.

Si un domaine nouveau de comportement démarre vers cet ordre de


grandeur de concentration, il reste à explorer de façon rigoureuse ;
remarquons toutefois qu'à ces concentrations les particules sont
très rapprochées les unes des autres (à Cv = 0.4 on a X = 8 pour
C* = 0.65 et des billes uniformes). La mobilité des grains devient
très limitée et se pose donc un problème d'occupation de l'espace
pour lesquels les grains interviennent selon leur volume ; à
l'inverse lorsque le phénomène principal est celui d'attraction
électrochimique et de floculation, les grains interviennent selon
leur surface extérieure. Or on sait d'une part qu'à concentration

132-
égale, les grains fins ont une surface plus importante que les
grains grossiers et d'autre part, que les grains grossiers ne sont
pas le support de forces électrochimiques comme l'argile : il est
donc logique que les grains grossiers ne jouent pas de rôle
particulier dans les caractéristiques rhéologiques d'un mélange tant
qu'il n'y a pas de limitation de l'espace disponible ; par contre,
dès que cette limitation intervient, les grains grossiers prennent
une grande importance puisque cet effet est fonction du volume des
grains.

Figure 8.6 :

Variation de l a v i s c o s i t é de Bingham
à p a r t i r d'un même mélange a r g i l e u x en augmentant
l a concentration s o i t en a r g i l e s o i t en sable ( r é f . 6.7)

En reprenant les mesures de O'BRIEN et al., on peut illustrer ces


deux comportements par la fig. 8.6 qui représente la variation de la
viscosité en fonction de la concentration suivant que celle-ci
augmente avec des matériaux fins ou avec des matériaux grossiers, à
partir d'une concentration en matériaux fins donnée. On voit que la
viscosité de Bingham croît "normalement" lorsqu'on rajoute du
matériau argileux, alors qu'elle ne le fait après adjonction de
sable qu'à partir d'un seuil, difficile à estimer mais qui serait de
l'ordre de 50 %.

Il va de soi que la concentration frontière entre ces deux domaines


de comportement dépend d'un grand nombre de paramètres et que tout
ceci est un problème à explorer.

- 133-
8.6 - CONCENTRATION VOLUMIQUE LIMITE ; COMPORTEMENT SOLIDE-LIQUIDE

On a vu (tableau 8.1) qu'une suspension de billes de verre n'a pas


un comportement liquide au delà d'une concentration en volume de
l'ordre de 60 %, mais un comportement de pâte avec rigidité initiale
qui augmente jusqu'à l'infini et fait donc cesser tout mouvement
au-delà de 64 %, alors que la compacité maximale pour des sphères
d'égale dimension est de 74 %. De plus, deux éléments viennent
modifier ces chiffres pour des mélanges solide-liquide naturels : le
fait que la granulométrie ne soit pas uniforme, et la non sphéricité
des particules. Dans le cas général, ces deux facteurs vont réduire
la concentration limite : par exemple (réf. 8.4) les expériences
faites pour tester la possibilité de transporter du charbon
"liquide" (suspension de particules solides de charbon dans de l'eau
ou du fuel) ont fait apparaître que cette concentration limite n'est
que de 44 % avec ce type de matériau ; pour améliorer cette valeur,
et rendre le charbon liquide compétitif, il a fallu à la fois
améliorer la qualité de la répartition granulométrique pour diminuer
nettement la porosité et ajouter un tensio-actif adéquat pour
augmenter la mouillabilité du solide.

Dans le cas des écoulements torrentiels, il est évident que la


répartition granulométrique est une donnée et en conséquence la
concentration limite également ; on peut penser a priori que
celle-ci sera élevée avec les courbes granulométriques étalées avec
beaucoup de fines permettant une meilleure imbrication des grains
solides ; PIERSON par exemple, a échantillonné à plusieurs reprises
des laves du Mont St-Helens (réf. 8.5) : il obtient des
concentrations volumiques allant jusqu'à 70 % alors qu'il fixe la
séparation entre laves torrentielles et fluides hyper concentrés à
une concentration volumique frontière de 50 %. Sur l'axe des
matériaux granulaires, TAKAHASHI (réf. 8.6) est conduit par ses
expériences sur modèle réduit à fixer la limite supérieure des
concentrations de laves torrentielles (débris flow) qu'il
expérimente à des valeurs de l'ordre de 80 à 90 % de la compacité ;
celle-ci pouvant aller jusqu'à 0.8, TAKAHASHI obtient des valeurs de
l'ordre de 0.7 comme limite supérieure de concentration volumique
des laves torrentielles biphasiques.

134-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 8 -

(8.1) Dépendance de la trainée d'obstacles cylindriques, de la


rhéologie de suspensions aqueuses concentrées (1986) - PFEIFF
- Thèse USMG IMG.

(8.2) Experiments on a gravity-free dispersion of large sphères in a


Newtonian fluid under shear (1954) - BAGNOLD - Philosophical
transactions of the Royal Society of London - Séries A.
Vol. 225.

(8.3) The flow of cohesionless grains in fluids (1956) - BAGNOLD -


Philosophical transactions of the Royal Society of London -
Séries A. Vol. 249.

(8.4) Le charbon liquide (1988) - FRANÇOIS et ANTONINI - La


Recherche - n° 202. Sept. 88.

(8.5) Flow behavior of channelized Flows. Mount St Helens (1986) -


PIERSON in ABRAHAMS. A.D. éd. Hillslope Process : Boston,
Allen & Unwin.

(8.6) Mechanical characteristics of débris flow (1978) - TAKAHASHI -


ASCE - Vol. 104 n° HY8.

(8.7) Shear stresses developed during rapid shear of concentrated


suspensions of large sphericol particles between concentric
cylinders (1983) - SAVAGE et Me KEOWN. J. Fluid Mech. 127.
453-472.

(8.8) Stresses developed by cohesionless granular materials sheared


in an annular shear cell. (1984) - SAVAGE et SAYED J. FLuid
Mech. 142. 391-430.

- 135
CHAPITRE 3

HYDRAULIQUE A SURFACE LIBRE


DES ECOULEMENTS D E BINGHAM
E N REGIME LAMINAIRE

- 137-
Plusieurs éléments militent pour élaborer une telle hydraulique :

- les laves torrentielles, du moins quand le taux d'argile est


suffisant, sont des écoulements monophasiques, qui ont souvent
un écoulement d'apparence fort bien canalisée, où les
déplacements différentiels des grosses particules sont faibles
et relativement lents.

L'impression qui domine quand on regarde ces écoulements est


effectivement qu'ils peuvent être laminaires ;

- les constituants des laves torrentielles, du moins ceux qui


composent la matrice fine qui enrobe et lie les éléments
grossiers, ont souvent un comportement binghamien (voir
chapitre 8) ;

- la loi de Bingham est relativement facile à utiliser


puisqu'elle ne fait qu'ajouter une rigidité initiale à la loi
newtonienne.

De nombreux chercheurs l'ont donc utilisée pour leurs travaux,


notamment en Chine pour les écoulements hyperconcentrés qu'on
rencontre dans les affluents du Fleuve Jaune, aux Etats-Unis pour
les laves torrentielles et également au Japon. C'est JOHNSON et
RODINE (réf. 9.1 et 9.2) qui sont allés le plus loin dans la
modélisation mathématique avec cette loi de comportement, et de
plus, ils ont poussé aussi très loin, l'utilisation sur le terrain
de leurs résultats ; il sera fait souvent référence à leurs travaux
dans ce chapitre.

9.1 - HYPOTHESES DE DEPART ET CONSEQUENCES

La première hypothèse est bien évidemment que la loi de comportement


du fluide est une loi de Bingham (fig. 6.4), qui est donnée par
l'équation 9.1 ( 5 c = rigidité initiale. £L= viscosité plastique).

/ ^ y (9.D

139-
La forme même de cette équation indique que, pour toutes les parties
de l'écoulement où la contrainte ~t=(y) est inférieure à la rigidité
initiale "ÇT C il n'y a pas de gradient de vitesse ; nous
l'appellerons, partie d'écoulement sans cisaillement ; pour les
écoulements en pression, un terme souvent utilisé est "l'écoulement
piston".

L'hypothèse d'une bonne représentation du fluide par une loi de


Bingham est souvent valable pour les écoulements hyperconcentrés en
matériau fin, ou les écoulements visqueux. Cet accroissement de la
viscosité augmente l'effet que peuvent jouer les parois sur les
filets liquides ; nous développerons donc en parallèle l'utilisation
de la loi de Bingham pour les deux hypothèses théoriques d'un chenal
circulaire et d'un chenal infini.

Nous allons travailler d'abord sur des sections en travers


théoriques, donc plus ou moins proches de la réalité ; mais il faut
rappeler aussi que par rapport aux lois de comportement réelles des
fluides naturels, la loi de Bingham n'est qu'une approximation
théorique (voir à ce sujet le rhéogramme de la fig. 6.5) et qu'il
faudra s'interroger dans un deuxième temps sur les conséquences de
cette approximation.

La deuxième hypothèse de base qui sera faite dans ce chapitre est


celle de l'écoulement laminaire, c'est-à-dire que la totalité de la
contrainte de cisaillement est encaissée par la seule viscosité.
Cette hypothèse est apparemment implicite dans tous les travaux déjà
faits sur ce sujet. Il est bon de l'indiquer dès le départ dans la
mesure où cette hypothèse peut éventuellement être infirmée par les
conséquences de l'utilisation de cette théorie (cf. § 9.5 ci-après).

9.2 - REGIME PERMANENT D'UN ECOULEMENT LAMINAIRE A SURFACE LIBRE


POUR UN FLUIDE DE BINGHAM POUR UN PLAN INFINI ET UN DEMI -
CERCLE

L'obtention du profil de vitesse se fait comme indiqué au chapitre 2


en égalant la contrainte motrice (Eq. 2.1).

"G (y) = ^ g (h - y) I

et la contrainte résistante qui est ici donnée par la viscosité


plastique de Bingham (Eq. 9.1). L'intégration se fait sans
problème : en appelant oc le rapport entre la rigidité initiale du
fluide 5
" c et la contrainte de cisaillement au fond
( t= = f m g h I).

% c ( 9 , 2 )
- Jhi - -

- 140-
9.2.1 - Plan infini

On obtient un profil de vitesse parabolique dans la partie de


l'écoulement avec cisaillement et une vitesse constante dans la
partie sans cisaillement.

Figure 9.1 :

Ecoulement laminaire de Bingham


s u r un plan i n f i n i

Profil de vitesse

K
P \ (9.3)

L'intégration pour obtenir la vitesse moyenne (au sens de vitesse


débitante, c'est-à-dire en comprenant les deux parties de
l'écoulement, avec et sans cisaillement), donne

_ _ -p.*. U _ u _ ^ u > \ ( 9 > 4 )


ME V3 a, é /

et la vitesse de surface, qui est celle de l'écoulement sans


cisaillement, est donnée par l'équation (9.3) pour y > h (1 - <*.).
L'épaisseur de cet écoulement sans cisaillement est égal à «-h.

- 141 -
9.2.2 - Demi-cercle

Comme on l'a dit, il peut être commode, pour tenir compte de


l'importance que jouent les parois dans des écoulements avec fluides
à seuils, de représenter le chenal d'écoulement sous la forme d'un
demi-cercle où la section d'écoulement est pleine.

F i g u r e 9 . 2 : Ecoulement l a m i n a i r e de Bingham dans un d e m i - c e r c l e

Profil de vitesses

'M U * / ^ J l (9.5)
ne U

On obtient comme précédemment la vitesse moyenne

û = *L* ( ^ L _ ^ . + JL-,**) (9.6)


a
ME \ « >
? /

9.3 - UNE EXPLICATION POSSIBLE DU COMPORTEMENT PAR BOUFFEES


DES LAVES TORRENTIELLES. LA RAVINE JIANJIA

Si on reprend les formules donnant l'épaisseur de l'écoulement sans


cisaillement (figures 9.1 et 9.2), et si on remplace le paramètre «.

par sa valeur -,— , on obtient :

U e
Plan infini : otL ~ ~ (a)
1

M (9.7)
2. E*.
Demi-cercle : £ctR-r .— .,— (b)

- 142-
On constate que l'épaisseur de cet écoulement piston ne dépend que
des caractéristiques du fluide ( % a , P m) , et du chenal
d'écoulement (forme et pente), mais pas du débit. Lorsque celui-ci
décroît, c'est donc l'écoulement avec cisaillement qui diminue
d'épaisseur jusqu'à s'annuler alors que l'écoulement piston conserve
son épaisseur : on a donc un arrêt d'écoulement à hauteur non nulle
avec ce type de fluide à seuil d'écoulement.

C'est l'hypothèse avancée par plusieurs chercheurs (réf. 4.2, 9.1 et


9.2, 9.4) et explicitée au laboratoire avec une suspension de
bentonite (réf. 9.3), pour expliquer les écoulements par bouffées
rencontrés en Chine sur les affluents du fleuve Jaune (fig. 9.3
et 9.4) : la présence du seuil d'écoulement dans la loi de
comportement provoque donc un arrêt de l'écoulement pour une hauteur
correspondant à l'épaisseur de l'écoulement piston, et,
réciproquement, l'écoulement ne peut commencer que lorsque la
hauteur est supérieure à cette valeur limite. Lorsqu'il y a arrêt de
l'écoulement, il faut donc attendre que les apports provenant de
l'amont regonflent l'épaisseur des sédiments en attente pour que
ceux-ci puissent à nouveau s'écouler.

Les figures 9.3 et 9.4 montrent que le phénomène n'est pas


parfaitement périodique ni parfaitement régulier, ceci pouvant
s'expliquer par les différences de viscosité et de densité des
bouffées successives. Une fois initiée, la bouffée se comporte comme
un phénomène indépendant (réf. 4.2) comme un "gigantesque serpent
avec une grande tête et une petite queue". Sur la ravine Jianjia, en
Chine, la bouffée peut avoir de 20 m à 100 m de long (fig. 9.5) et
on a constaté jusqu'à 310 bouffées successives. Les hauteurs vont de
2.3 m dans les sections larges jusqu'à 5.7 m dans les sections
étroites. Le débit maximum mesuré est de 2 430 m3/sec, ce qui, pour
un bassin versant de 47,1 km 2 donne un débit spécifique de l'ordre
de 50 m3/sec. km 2 , soit 20 fois plus que la crue liquide maximum
constatée. Lorsqu'elle rencontre un obstacle, la bouffée jaillit
jusqu'à une hauteur de 5 à 8 m ; la force d'impact est de 10 à
15 tonnes/m 2 . La première bouffée d'une série a un comportement
spécifique ; elle s'appauvrit progressivement en déposant un matelas
de sédiment qui facilitera l'écoulement des bouffées successives,
puis s'arrête avec une épaisseur de 10 à 20 cm. La capacité érosive
de ces bouffées est impressionnante : on constate couramment sur la
ravine Jianjia des incisions de 5 à 8 mètres, qui aussi bien, seront
comblées par le dépôt d'une bouffée ultérieure.

143-
Figure 9.3

Variations du niveau d'un a f f l u e n t du f l e u v e Jaune


l o r s d'un écoulement p a r bouffées ( r é f . 3.3)

Figure 9.4

Hydrogramme de l'écoulement i n t e r m i t t e n t d'une lave


t o r r e n t i e l l e s u r l a ravine J i a n j i a ( r é f . 9.4)

— 144 —
Figure 9.5 : Bouffée d'une coulée boueuse ( r é f . 4.2)

9.4 - DETERMINATION DES PARAMETRES DE LA LOI DE BINGHAM


PAR DES MESURES IN SITU

Si l'explication physique du comportement par bouffées des laves


torrentielles à partir de la théorie développée ci-dessus est
valable, on peut retrouver les paramètres de la loi de Bingham qui
sert de support au raisonnement, à partir de paramètres simples
mesurés sur le terrain. JOHNSON a été le premier à se servir de ce
modèle de comportement (réf. 9.1 et 9.2) et ce sont ses méthodes de
terrain qui sont décrites ici.

- 145-
9.4.1 - Détermination de la rigidité initiale

Deux possibilités sont indiquées par JOHNSON pour effectuer


facilement des mesures in situ :

- l'épaisseur des dépôts latéraux lorsqu'ils se sont produits


sans intervention d'un obstacle, et lorsque toute la lave s'est
étalée : on peut admettre que ce dépôt s'est produit lorsque
tout l'écoulement avec cisaillement a disparu ; l'épaisseur du
dépôt (h dépôt) donne alors la rigidité initiale (formule 9.7
(a)) si l'on a mesuré la pente et la densité Pm

X^ = Pm.g.h d «i,6t:.I (pour un plan infini) (9.8)

- les dimensions de sections particulières où l'examen attentif


des traces de lécoulement permet de penser que cette section
est proche de celle de l'écoulement sans cisaillement : ce sont
les sections plus étroites où l'effet de "rabot" de la lave est
particulièrement évident. La formule 9.7 (b) valable pour la
section circulaire permet également de calculer Ce

^ = Ï Pm g Rc I (pour un chenal circulaire) (9.9)

9.4.2 - Détermination de la rigidité initiale


et de la viscosité plastique

Le calcul de ces deux paramètres nécessite la connaissance de deux


variables de l'écoulement : JOHNSON se place pour cela dans des
sections à écoulement normal, dans un bief assez long pour avoir une
certaine uniformité de l'écoulement et mesure la largeur et la
vitesse de l'écoulement sans cisaillement ; il photographie pendant
un certain laps de temps l'écoulement qu'il a saupoudré de
particules réfléchissantes ; la longueur des raies de lumière lui
donne la vitesse, et la distribution transversale de la vitesse
donne la largeur de l'écoulement sans cisaillement (fig. 9.6).

— 146 —
(a) Velocity distribution for flow o f kaolin slurry in semicircular channel nearly
4
fillcd with slurry. Constant velocity in central half of channel represents plug'
flow. Variable velocilies on either side o f 'plug* hâve nearly parabolic
distributions

(b) Velocity distribution o f one o f the débris flows at Wrightwood, Californïa, on


20 May 1969. Photograph from which vclocities were measured is sho*vs in
Johnson (1970, Figure 14.8).

Figure 9,6 : Distribution transversale de la vitesse


d'une lave torrentielle

— 147-
Si la section en travers est assimilable à un demi-cercle,
l'épaisseur (R c = 2 «s R) et la vitesse Uc (formule 9.5) de
l'écoulement sans cisaillement donnent ti et v v (figure 9.7).

r* =f ï - * <?-¥) l ( 9 -1 0 )
O-lA. I

Figure 9. 7 : Ecoulement de Bingham


en s e c t i o n c i r c u l a i r e

9.5 -CONFRONTATION DES MESURES IN SITU ET DES MESURES DE LABORATOIRE

Un certain nombre de mesures d'écoulement in situ ou de relevés de


dépôts de laves ont été faits notamment par JOHNSON (réf. 9.2) et
PIERSON (réf. 8.5). La comparaison entre les valeurs des paramètres
des lois de Bingham déduites de ces mesures et les valeurs de ces
mêmes paramètres obtenues au laboratoire est dès lors intéressante
(réf. 4.5 et 9.5). Nous la présentons ici (fig. 9.8) en complétant
la synthèse des valeurs de laboratoire déjà décrite (fig. 8.4).

Figure 9 . 8 : Confrontation des mesures obtenues au laboratoire


e t à p a r t i r des formules d'écoulement
pour l e s paramètres de l a l o i de Bingham

- 148-
Comme on le voit, il y a un écart entre ces valeurs qui peut
s'expliquer par tout ou partie des raisons suivantes :

- le modèle de Bingham est peut-être trop simple ; on a déjà


indiqué en 6.7 la difficulté d'utiliser sans nuance ce modèle
de comportement aux laves torrentielles ;

- le régime est supposé laminaire ; or on a constaté sur des


écoulements hyperconcentrés (réf. 9.6) l'existence d'une couche
turbulente dans un écoulement présentant également une partie
sans cisaillement ; l'apparence laminaire de l'écoulement de
surface est peut-être compatible avec une dissipation
turbulente en dessous ;

- la concentration des laves torrentielles est plus élevée en


général que celle des matériaux mesurés au laboratoire avec des
viscosimètres qui supposent, rappelons le, que le comportement
du fluide mesuré reste laminaire ; o n a v u ( § 8.6 et 8.7) que
d'autres phénomènes peuvent se produire aux concentrations plus
élevées ;

- la composition et la granulométrie des laves torrentielles sont


bien plus complexes que celles des fluides expérimentés en
laboratoire.

9.6 - CONCLUSION

Bien que séduisante et permettant d'utiliser des mesures


éventuellement faites in situ, l'hydraulique à surface libre des
fluides de Bingham en régime laminaire nécessite d'être encore
vérifiée avant qu'on puisse l'utiliser sans problèmes dans le
domaine de l'ingénierie des torrents. Lorsqu'on essaie de l'utiliser
pour reconstituer des vitesses de lave torrentielle réelle, on
obtient des vitesses très élevées si on prend les valeurs de
paramètres mesurées au laboratoire. Pour rester réaliste, il faut
utiliser des valeurs beaucoup plus élevées (cf. fig. 9.8) qui sont
des résultats de calage et non des résultats de mesure.

La possibilité que donne cette hydraulique (comme d'ailleurs toute


autre issue d'une loi de comportement avec seuil) d'utiliser le
seuil d'écoulement pour interpréter le phénomène des bouffées est
malgré tout très intéressante et il est vraisemblable que les
recherches en cours (voir chapitre 11) apporteront des progrès
importants dans la compréhension du fonctionnement des laves
torrentielles.

149-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 9 -

(9.1) Physical Process in geology (1970) JOHNSON - Freeman - Cooper


et Company San Francisco.

(9.2) Débris flow. JOHNSON with RODINE. In Slope Instability -


BRUNSDEN et PRIOR (1984) John Wiley et Sons.

(9.3) Instability of hyperconcentrated flows (1984) ENGELUND et WAN


ZHAOHUI - Journal of Hydraulic Engineering. ASCE. Vol. 110.
n" 3.

(9.4) The continuons and intermittent viscous débris flow (1983) HUA
GUOXIANG, ZHANG SCHUCHENG et KANG ZHICHENG - Congrès AIRH.
Moscou.

(9.5) Essai de synthèse des connaissances en érosion et hydraulique


torrentielle (1989) MEUNIER. La Houille Blanche n°5.

(9.6) On the structure and movement mechanism of flow with


hyperconcentration of sédiment (1986) WANG MING FU. DUAN
WENZHONG, TAN GUANG MING et ZHAN YIRHENG. International
Workshop on flow at hyperconcentration of sédiment. Sept. 86.
Beijing. China.

-151
C H A PI T R E 10

HYDRAULIQUE A SURFACE LIBRE


D E S FLUIDES DILATANTS

- 153-
10.1 - PRELIMINAIRES
Sur l'axe des matériaux granulaires, on a vu avec les expériences de
BAGNOLD (cf. § 8.4) que trois types de comportement existent, à
l'intérieur de la plage de concentrations volumiques allant de 13 %
à 60 %.
Lorsque l'inertie du mouvement des grains est supérieure à la
viscosité du fluide porteur, le comportement du fluide est dit
inertiel et on doit alors avoir (formule 8.2 et tableau 8.2) :

M- s ^
P f t l >U5° (10.1)

Un écoulement fortement concentré de gravier (d S o — 1 cm) dans de


l'eau se trouve sans trop de problème dans ce domaine ; la loi de
. , .a
comportement y est alors une loi en I-T^-M , une loi "dilatante".
\H J
C'est sur cette base que de nombreux chercheurs japonais se sont
appuyés pour développer une théorie assez complète des laves
torrentielles qu'ils ont vérifiée sur modèle réduit physique en se
plaçant dans le cadre indiqué ci-dessus (écoulement en masse d'un
tas de gravier humecté par de l'eau). Ce sont essentiellement les
travaux de TAKAHASHI qui seront utilisés ci-après (réf. 8.6, 10.1 à
10.4).

10.2 - PROFIL DES VITESSES EN REGIME PERMANENT


On l'obtient sans problème en égalant la contrainte de cisaillement
motrice et la résistance due à la collision des grains trouvée par
Bagnold, soit :

M M(4-ei) *ç«]i r * ~
- *-" i ^ ^ K ^ Ï «0.2)

L'intégration donne ;

— 155-
Le seul paramètre de calage de cette formule est a*, qui vaut 0.043
selon BAGNOLD (voir tableau 8.2). On peut le recaler sur des
écoulements dont on connaît le profil des vitesses. Ainsi, TAKAHASHI
(réf. 10.1) a constaté qu'il n'était pas constant et que notamment

Figure 10.1 :

Comparaison du p r o f i l des v i t e s s e s des f l u i d e s


d i l a t a n t s à des mesures ( r é f . 10.1)

pour les lits mobiles des valeurs bien supérieures de a*, doivent
être adaptées. Cet écart provient vraisemblablement du fait que les
expérimentations ne sont pas les mêmes : BAGNOLD a utilisé un
rhéomètre, et TAKAHASHI des écoulements sur modèle réduit en
présupposant que le fluide de son modèle suivait la loi de Bagnold
en régime inertiel.

10.3 - VITESSE MOYENNE

L'intégration de la formule (10.4) donne sans problème la valeur de


la vitesse moyenne pour un plan infini :

h
k
Œ= 1 ± - (-&J. -1 \* i l do.5)

Les mêmes calculs avec un demi-cercle donnent :

4L

5- ?>^5to \Çs a.- /U*i(tj

— 156 —
L'utilisation des formules (10.5) ou (10.6) en pratique n'est pas
évidente car on ne connaît en général pas la composition de la lave
torrentielle : pm , et ds o notamment doivent être "inventés" ;
quand on se risque à ce genre de calcul, on obtient en règle
générale des valeurs de vitesse bien supérieures à la réalité, ce
qui peut conduire à augmenter la valeur des paramètres a* comme
l'a fait TAKAHASHI pour les essais avec lit mobile (fig. 10.1). On
retrouve là une difficulté identique à celle qu'on a déjà constatée
avec les fluides de Bingham (§ 9.5).

10.4 - NOMBRE DE REYNOLDS DES FLUIDES DILATANTS

La loi de comportement des fluides dilatants n'est qu'un cas


particulier des lois de comportement des fluides d'Ostwald de Velde
(formule 6.2) ; on a un indice d'écoulement n égal à 2 et la
consistance k est donnée par :

k = a± sin « . ç„ ( \.d s o )2 (10.7)


Le nombre de Reynolds généralisé des fluides non newtoniens
(réf. 6.1 p. 191) est_donné pour des conduites circulaires (diamètre
D, vitesse débitante U), par

u p
1 , e- do.8)
r
U
où M = k' . (8 ) ; pour un fluide d'Ostwald, (ç = k ( ^ ) ,
la consistance équivalente k' et l'indice d'écoulement équivalent n'
sont donnés par :

*v/=~ et 4'= ^ ( ^ - ) dO.9)

On en déduit l'expression du nombre de Reynolds des fluides


dilatants (n = 2)

p U D

Selon MIDOUX (réf. 6.1), ce nombre de Reynolds généralisé donne la


transition entre le régime laminaire et turbulent pour des valeurs
identiques à celles qu'on obtient pour un fluide newtonien
(Si R > 2 000 le régime est turbulent).

- 157-
En acceptant l'hypothèse que la forme de l'expression (10.10) reste
valable pour des écoulements à surface libre et en remplaçant k par
son expression (10.7) on obtient :

<
L = -®_ SrL J— -± .& (10.11)

En se donnant quelques valeurs numériques ( pm = 2 000,


a± = 0.04, "K= 10, d5 Q = 1 cm, h = 1,5 m) on constate que le
régime turbulent est assez facilement atteint ( SL= 2 370). On
débouche donc sur la difficulté déjà indiquée en 10.2. La loi
dilatante de Bagnold en régime inertiel ne suffit pas à supporter la
contrainte de cisaillement motrice ; il faut donc soit augmenter sa
valeur (la valeur de ai est multipliée par un ordre de grandeur),
soit ajouter d'autres forces dissipatrices d'énergie (viscosité du
fluide interstitiel ou turbulence par exemple). Par contre, pour une
granulométrie plus grossière (d S o = 5 cm) le régime devient vite
laminaire ( %_= 95) tout en restant inertiel.

10.5 - CONCLUSION

Les expériences de BAGNOLD sont célèbres car elles ont été le point
de départ de nombreuses recherches ; mais l'utilisation des
résultats obtenus dans le domaine inertiel semble problématique car
la dissipation d'énergie par chocs entre particules (du moins, telle
qu'elle est exprimée par Bagnold) n'est pas suffisante ; ainsi
Takahashi (réf. 10.5) l'utilise en complément de la turbulence pour
les fluides très chargés. On constate donc la même difficulté
qu'avec les fluides de Bingham en ce qui concerne le passage des
valeurs expérimentales aux valeurs utilisables sur le terrain.

158
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 10 -

(10.1) Débris flow and débris flow déposition (1983) TAKAHASHI -


Advances in the mechanics and the flow of granular matériels.
Volume II.

(10.2) Débris flow : its mechanics and hazard mitigation (1985).


T. TAKAHASHI ; ROC - JAPAN Joint Seminar on multiple hazard
mitigation - TAIPEI - TAIWAN.

(10.3) Débris flow (1981) TAKAHASHI. Ann. Rev. Fluid Mech. (1981)
13.57-77

(10.4) Débris flow on prismatic open channel (1980) TAKAHASHI. ASCE.


Journal of the Hydraulics Division. Mars 80.

(10.5) The Karman constant of the flow laden with high sédiment
(1986) ARAI et TAKAHASHI. 3ëme Symposium International on
River Sédimentation. Mississipi.

(10.6) The physics of débris flows - A conceptual assessment. (1987)


IVERSON et DENLINGER. Erosion and sédimentation in the
Pacific Rim. AIHS. n" 165. Corvallis Symposium.

159
CHAPITRE 11

HYDRAULIQUE TORRENTIELLE :

AUTRES APPROCHES —
AUTRES RECHERCHES

161 -
Les chapitres 9 et 10 relatent deux voies historiquement très
importantes, puisque les pionniers de ces démarches, YANO et DAIDO
au Japon, et JOHNSON aux Etats-Unis pour la première, BAGNOLD en
Grande-Bretagne puis TAKAHASHI au Japon, pour la deuxième, ont
franchi le pas de considérer les écoulements torrentiels comme
non-newtoniens . Ces deux démarches, forcément réductrices,
appelaient de nouveaux travaux de recherche.

Nous allons dans ce chapitre, faire un tour d'horizon, ni exhaustif,


ni très approfondi des travaux de recherche ultérieurs, que l'on
peut ranger dans trois grandes classes :

- les travaux faits pour traduire par une loi, une équation ou
un système d'équations, le comportement des fluides
torrentiels ; les expérimentations sont ici le moyen de
vérifier le bien-fondé des hypothèses simplificatrices faites
pour élaborer le modèle théorique.

- les travaux faits pour comprendre les phénomènes physiques,


sans prétention, du moins au départ, de traduire cette
compréhension par des relations mathématiques chiffrées.

- les travaux faits à partir de l'utilisation de modèles,


qu'ils soient mathématiques ou physiques ; souvent ces
travaux sont faits pour résoudre le mieux possible les
problèmes d'ingénierie posés par les laves torrentielles ;
ils sont d'une nature différente des précédents et ne se
basent pas sur une compréhension fine du comportement des
laves.

11.1 - TRAVAUX DES THEORICIENS

11.1.1 CHENG-LUNG CHEN

Ayant connaissance des travaux chinois relatifs aux écoulements


hyperconcentrés et aux laves torrentielles (réf. 11.1), et des
travaux japonais similaires, il s'interroge sur le bien-fondé de
l'un ou l'autre des modèles utilisés (réf 11.2) et tente de les
unifier (réf. 11.3) en bâtissant un modèle viscoplastique
généralisé, qu'il applique (réf". 11.4) à l'écoulement des laves
torrentielles.

- 163
Le modèle de CHEN est intéressant parce qu'il tient compte de
l'existence d'une contrainte normale et considère que les modèles de
Bingham, et de Bagnold en sont des sous modèles ; il écrit :

% = C . co* £< -t p./ ^ § -+ /** ./ ) (11.1)

M-T +A ( ^ r (n -2)
C est la cohésion, < J
> est l'angle de frottement interne, p est la
pression intersticielle, p-x et f o sont la consistance et la
consistance "croisée", et n est l'indice d'écoulement ; selon les
valeurs données à ces trois derniers paramètres, on retrouve le
modèle de Bingham (sous une forme intégrant le critère de Coulomb),
et le modèle de Bagnold.

Utilisant ensuite une relation du type de la formule d'Einstein


(8.1) pour traduire l'évolution de la viscosité en fonction de la
concentration, il établit les équations d'un écoulement
monodimensionnel, à concentration constante et les vérifie tant bien
que mal sur des enregistrements de profils de vitesses. Sa
conclusion est évidemment que ce modèle, plus général que les
autres, est plus intéressant ; mais surtout, CHEN insiste sur le
fait que les paramètres caractérisant le fluide, au nombre de 3,
(concentration, indice d'écoulement et consistance), sont
interdépendants et que leur donner des valeurs cohérentes pour
traiter un cas particulier est encore extrêmement compliqué.

11.1.2 - Les fluides granulaires

Il existe u n grand nombre de chercheurs qui tentent de mettre les


écoulements des fluides granulaires (écoulements de grains secs) en
équations ; citons GOODMAN, COWIN, LUN, JEFFREY, JENKINS, et
quelques autres ; SAVAGE (qu'on a déjà v u au paragraphe 8.4.3) est
peut-être le plus connu de tous ces chercheurs ; on reproduira
simplement ici les conclusions d'une synthèse rapide de leurs
travaux effectuée par COUSSOT (réf. 11.5) qui distingue une
approche micro-structurelle, dérivée de la cinétique des gaz, et une
approche globale basée sur les principes de la mécanique des milieux
continus :

- approche micro-structurelle : avec la première approche, on


comptabilise les facteurs les plus importants de dissipation
d'énergie : chocs entre particules (contacts courts),
dissipation d'énergie élastique lors des chocs, les frictions

- 164-
et frottements (contacts longs), les dissipations visqueuses
dans le fluide, et on tente de les traduire dans la relation
qui relie le tenseur des contraintes à celui des déformations
ou celui des vitesses de déformations ; mais la complexité
est telle qu'on est obligé de les réduire en nombre pour ne
conserver que ceux qui apparaisent comme étant les plus
importants ; et on n'a pas en fait les critères qui
permettraient de savoir quand il faut abandonner telle force
au profit de telle autre. Comme on l'a déjà fait remarquer à
propos des nombres de Bagnold, ces hypothèses
simplificatrices ne portent pas que sur la nature ou la
granulométrie du matériau solide, mais également sur le type
d'écoulement ; la conclusion de COUSSOT est de plus que les
modèles développés après ces simplifications, doivent en fait
s'appliquer à des plages réduites des écoulements des fluides
granulaires.

Citons enfin pour en terminer avec cette approche


microstructurelle, la séparation des écoulements
granulaires en trois types, proposée par SAVAGE :

régime macro-visqueux : la viscosité et les interactions


fluide-grains sont prédominantes. Pour les laves, ce cas
correspond à un écoulement assez lent d'une lave avec
fluide porteur d'assez grande viscosité ;

régime quasi-statique : les frottements secs entre


particules sont prédominants ; on pense là, pour les laves
torrentielles, au cas du front de laves où de gros blocs
sont poussés en avant sans que le moindre fluide ne
lubrifie le mouvement, les mouvements y sont lents et la
concentration en particules importante ;

régime inertiel : les transferts entre particules, soit


entre couches, soit de grains à grains, sont prédominants.
Les laves à fluide interstitiel de faible viscosité (donc
l'eau avec peu d'argile) peuvent se trouver dans ce cas
là ; la concentration en matériau solide n'est pas
suffisante pour qu'on se trouve dans le régime
quasi-statique, et les mouvements sont rapides.

Comme on le voit, SAVAGE reste cohérent avec les régimes


proposés auparavant par BAGNOLD ; il ajoute simplement un
régime qui est sûrement non décelable avec des fluides
diphasiques. Enfin, la correspondance que nous avons faite
ci-dessus entre les régimes d'écoulement proposés par SAVAGE
et certaines possibilités d'écoulements de laves
torrentielles, montre que l'utilisation des modèles
micro-structurels pour simuler des laves est peut-être
intéressante ; tout le problème est de savoir quand on est
dans un cas ou dans un autre.

- 165-
- approche globale : ici, on ne part pas des relations qui
décrivent les interférences de chaque particule solide avec
les autres ou avec un éventuel fluide interstitiel ; on
décrit l'ensemble du milieu, mais on ajoute une variable (qui
sera une distribution volumique des grains) pour traduire
globalement la nature granulaire de cet écoulement. Selon
COUSSOT (réf. 11.5), cette démarche rend compte des
équilibres, mais non des transitions équilibre-mouvement ; il
est douteux par ailleurs qu'elle permette de traduire les
discontinuités internes aux écoulements et les
stratifications qui existeraient par exemple dans les
écoulements hyperconcentrés. Elle semble donc peu
prometteuse, au moins dans l'état actuel des recherches.

11.1.3 - O'BRIEN et JULIEN

Dans le chapitre 9, on a vu que le modèle de Bingham est souvent


utilisé pour rendre compte du comportement de suspensions très
concentrées en matériaux fins ou de laves torrentielles à forte
composante argileuse. Dans le chapitre 10, c'est au contraire les
matériaux granulaires qui sont traduits par une loi dilatante. Dans
la réalité, la courbe granulome trique contient la plupart du temps
les deux types de matériaux. O'BRIEN et JULIEN (réf. 11.18)
proposent de combiner toutes les possibiliés en adoptant un modèle
quadratique à trois paramètres.
2
__ du du
fa= Te +/»p — + k — (11.3)
dy Ldy.
du
où c représente comme avant la rigidité initiale, /typ —
[du] 2 ' [dy.
l'interaction fluide-particules, et k — représente la
[dy.
somme de deux effets, la turbulence et les chocs entre particules
(pression dispersive).

JULIEN et LAN testent ensuite (réf. 11.19) ce modèle quadratique sur


des expérimentations rhéologiques variées, portant sur des mélanges
d'eau et de matériaux simples comme sur des matrices de laves
torrentielles. Ce modèle quadratique est ajusté aux données
expérimentales et les valeurs des paramètres sont étudiées : les
trois paramètres du modèle croissent tous avec la concentration et
diffèrent notablement à concentration constante selon la nature et
la taille du matériau.

- 166-
Le modèle est alors (réf. 11.19) adimensionnalisé par référence au
modèle de Bingham, ce qui permet aux auteurs de rendre concordantes
trois séries expérimentales différentes, mais ne portant pas sur des
laves réelles. Un résultat intéressant est la valeur du seuil du

rapport \£k ff. . j^_) entre la contrainte dispersive et la

contrainte visqueuse en-dessous duquel le modèle de Bingham est


suffisant : ce seuil est de l'ordre de 30. Au-delà, il devient
nécessaire d'introduire une partie quadratique au modèle
rhéologique, donc de prendre le modèle (11.3) complet.

11.2 - APPROCHES DES EXPERIMENTATEURS

Les travaux qui vont être décrits maintenant sont d'une inspiration
assez différente : ils ne cherchent pas d'abord à représenter la
réalité par un ensemble de relations ou d'équations, mais à
comprendre les phénomènes physiques qui se produisent et à délimiter
les domaines où soit les comportements des fluides, soit les
écoulements peuvent être considérés comme étant de la même nature.

11.2.1- PHILLIPS

Après une analyse des travaux antérieurs relatifs à la rhéologie des


laves torrentielles, puis des problèmes posés par l'instrumentation
rhéométrique sur un matériau aussi difficile que celui des laves
torrentielles (réf. 11.10), PHILLIPS en déduit que des progrès ne
peuvent être réalisés dans ce domaine que si on se dote d'outils
adaptés au matériau ; il choisit en conséquence de construire un
rhéomètre du type cone-plan (mais inversé par rapport au schéma de
principe de la figure 6.7) ; il le choisit de grande taille (2 m de
diamètre et 30 degrés d'ouverture), de façon à pouvoir accepter des
particules jusqu'à 10 cm. Il le construit enfin capable de tourner à
de faibles taux de cisaillement, conformément à l'analyse développée
ci-dessus (cf. § 6.7.2) qu'il illustre en reportant sur le même
graphique un grand nombre de données de vitesses de laves en
regard de la hauteur de l'écoulement (fig. 11.1) ; il constate que
le rapport vitesse/hauteur d'écoulement est compris entre 1 et
10 sec - 1 .

-167-
Figure 11.1 :

Vitesses/hauteurs de laves
observées s e l o n PHILIPPS
( r é f . 11.10)

1 Jiangjia Ravine, China - Li et al. (1983)


2 Jiangjia Ravine, China - Zhang et al. (1985)
3 Nojiri River, Japan - Vatanabe and Ikeya (1981)
4 Hunshui Gully, China - Li and Luo (19B1) and Zhang et al. (1985)
5 Ht. Sakurajima, Japan - Vatanabe and Hiroshl (1981)
6 Pine Creek, U.S.A. - Pierson (1985)
7 Kamikamihori Fan, Japan - Mizuyama and Uehara (1980)
8 Noziri River, Japan - Mizuyama and Uehara (1980)
9 Nanaerl River, Japan - Hizuyana and Uehara (1980)
10 Hoziri River, Japan - Mizuyama and Uehara (1980)
11 Rio Reventado, Colombie - Valdron (1967)
12 Bullocfc Creek, New Zealand - Pierson (1980)
13 Toutle River, U.S.A. - Pierson and Scott (1985)
14 Dragon Creek, U.S.A. - Cooley et al. (1977)
15 Almatinka River, U.S.S.R. - Niyazov and Degovets (1975)
16 Rudd Canyon, U.S.A. - Pierson (1985)
17 Hindu Kush, Pakistan - Vasson (1978)
18 Hayflover Gulch, U.S.A. - Curry (1966)
19 Wrightwood Canyon, U.S.A. - Sharp and Nobles (1953)
20 Ht. Yakedake, Japan - Hizuyama and Uehara (1980)
21 Matunuska Glacier, U.S.A. - Lavson (1982)

168-
Muni de cet outil, il étudie assez systématiquement les propriétés
rhéologiques de divers fluides "simples", et regarde l'évolution de
ces propriétés quand varie une seule composante du fluide : la
teneur en argile, la concentration en particules non cohérentes, la
viscosité du fluide interstitiel des mélanges biphasiques, la taille
des particules dans le mélange. Ses conclusions sont les suivantes :

- les résultats expérimentaux obtenus sont cohérents avec ceux


des autres chercheurs ;

- la variabilité des résultats est très grande (par exemple


pour l'argile, la minéralogie joue un grand rôle) ; mais on
peut regrouper les comportements des fluides étudiés par
grandes familles qui sont représentées sur la figure 11.2.

Figure 11.2 :

Rhéogrammes types pour d i f f é r e n t s mélanges


de f l u i d e s e t de p a r t i c u l e s s o l i d e s ( r é f . 11.10)

- 169-
Comme on le voit, PHILIPPS s'est donné trois classes de viscosité
pour les fluides étudiés ; leurs viscosités apparentes sont
respectivement de quelques dixièmes, quelques unités et quelques
dizaines de pascal-seconde (poiseuille) , soit, par rapport à l'eau,
de 100 à 500 fois plus pour la première classe, de 1 000 à 5 000
pour la deuxième, et de 10 000 à 30 000 pour la plus visqueuse.

Comme le montrent les graphiques, la présence de grains dans le


fluide crée ou augmente la dilatance (graphique b), parfois à partir
d'un seuil de vitesse de cisaillement (graphique d), alors que la
présence d'argile crée une rigidité initiale et rend le mélange
plutôt plastique ou binghamien (graphique e) ; un mélange de
particules solides dans une boue argileuse verra donc les deux
tendances (plasticité et dilatance) s'opposer et le résultat pourra
être de l'un ou l'autre type ; les grains grossiers l'emporteront
(graphique f), bien sûr à partir d'une certaine concentration, et
donneront une courbe dilatante, alors qu'ils n'y suffiront pas s'ils
sont trop fins (graphique f). Ceci est particulièrement important à
noter puisque les laves torrentielles peuvent être à granulométrie
unimodale ou bimodale. Si la granulométrie est unimodale vers les
matériaux fins, le rhéogramme sera du type plastique, si c'est vers
les matériaux grossiers, le rhéogramme sera du type dilatant ; et si
la granulométrie est bimodale, ce sera l'une ou l'autre des lois
suivant l'importance respective des concentrations en matériaux fins
et grossiers.

En ce qui concerne les échantillons de laves torrentielles qu'il a


pu étudier, dont les granulométries sont à peu près linéaires,
PHILIPPS trouve des rhéogrammes peut-être à seuils, plutôt
rhéof luidifiant, et avec peut-être une décroissance au démarrage
après que la rigidité initiale ait été vaincue, comme nous l'avons
constaté sur une boue de Draix à 500 g/1 (voir fig. 6.8 d). Toutes
ces conclusions sont un peu hypothétiques, vu la grande variation au
cours du temps des résultats de mesures des contraintes de
cisaillement, à taux de cisaillement constant ; peut-être d'ailleurs
faudrait-il s'interroger sur les causes de cette variabilité ; n'y
a-t-il pas un phénomène parasite non décelé ou déjà connu (courant
secondaire, glissement et chocs des grains aux parois,
fracturations ?) qui rend ces résultats aussi rapidement variables
dans le temps ? Enfin, PHILIPPS constate la très grande sensibilité
des paramètres rhéologiques d'une lave à la teneur en eau.

11.2.2 - DAVIES

Ce chercheur s'est intéressé aux phénomènes spécifiques aux laves


torrentielles, qui les rendent différentes des autres manifestations
hydrauliques qu'on rencontre dans la nature (réf. 11.11) : le
transport des gros blocs en amont et en surface, l'homogénéité du
transport solide sur une verticale de l'écoulement et le
comportement transitoire par bouffées.

170-
Selon DAVIES, le transport de gros blocs en surface ne peut être
expliqué par la plupart des différentes raisons invoquées parfois
(forces cohésives de la matrice argileuse, poussée d'Archimède,
supplément de pression interstitielle), mais seulement par
l'existence d'une force dispersive due aux contacts entre particules
qui conduit les gros blocs à se déplacer vers les zones à faible
cisaillement, c'est-à-dire vers la surface ; ce processus se produit
lorsque prédomine le régime inertiel. Comme on le voit, DAVIES suit
la voie ouverte par BAGNOLD et explorée par TAKAHASHI (voir
chapitre 10).

Mais, contrairement à ce dernier, DAVIES envisage aussi les cas où


le fluide porteur n'est pas de l'eau ; il admet que c'est le fluide
résiduel qu'on trouve entre deux bouffées d'une lave ; ce fluide est
souvent assez fortement chargé en particules fines et sa viscosité
apparente peut être 100 ou 1 000 fois celle de l'eau ; ceci suffit à
faire basculer la dissipation d'énergie des chocs vers le domaine
macro-visqueux (§ 8.4.1 et 8.4.2) ; notons d'ailleurs que cette
hypothèse de DAVIES est bien vérifiée par les expérimentations de
PHILIPPS (réf. 11.10).

DAVIES fait alors remarquer que, pour ce régime, BAGNOLD a montré


que la concentration était homogène sur une verticale (réf. 8.3) ;
ceci permettrait donc d'expliquer la deuxième bizarrerie des laves
torrentielles, le profil constant de la concentration ; en ce qui
concerne la première singularité, la flottaison des gros blocs,
qui ne s'explique par la pression dispersive qu'en régime inertiel,
DAVIES l'explique alors par le "tri dynamique" (kinetic sieving),
phénomène par lequel, pendant le déplacement d'un ensemble de
particules de granulométrie hétérogène, les plus fines se glissent
entre et sous les plus grosses et empêchent ensuite celles-ci de
redescendre .

Reste la troisième singularité des laves torrentielles, c'est-à-dire


leur comportement puisé ; DAVIES ne nie pas la possibilité que ce
comportement transitoire puisse provenir dans certains cas de
causes extérieures à la nature du fluide, succession d'effondrements
de berges, de glissements de terrain ou d'embâcles et débâcles dans
l'écoulement. Mais toutes ces raisons ne peuvent être invoquées dans
d'autres cas, comme par exemple les laves puisées des affluents du
Fleuve Jaune. Reprenant les explications déjà avancées (voir § 9.3),
et notamment les expérimentations en laboratoire de ce phénomène
(réf. 9.3) où l'on constate significativement un fonctionnement
puisé avec de la bentonite où le seuil est une réalité physique
nette et son absence avec de la kaolinite où le seuil est beaucoup
moins évident à mettre en évidence (fig. 11.3), DAVIES explique que
les fluides granulaires sont eux aussi des fluides à seuils, et que
le seuil une fois vaincu il y a sur le rhéogramme une décroissance
de la contrainte de cisaillement : il faut en effet moins d'énergie
pour entretenir le mouvement une fois créé que pour le déclencher.

171
DAVIES propose donc de compléter les rhéogrammes obtenus à grand
gradient de vitesse par un départ du type de celui obtenu avec la
bentonite (fig. 8.4 ou 6.8.d) ; il propose le schéma de principe
suivant (fig. 11.4).

Figure 11.3 : Forme des rhéogrammes de l a bentonite


e t de l a k a o l i n i t e ( r é f . 3.3)

Figure 11.4 : Rhéogramme d'un f l u i d e à écoulement puisé,


selon DAVIES ( r é f . 11.12)

172
Un autre problème étudié ensuite par DAVIES est celui de
l'atténuation ou de l'amplification de la bouffée une fois qu'elle
a démarré. Il étudie alors les conditions pour lesquelles se forme
un écoulement en rouleaux (roll-waves) ; on sait que cela se produit
en eau claire pour un nombre de Froude de l'ordre de 2. En fait, une
telle transformation de l'écoulement dépend d'un plus grand nombre
de facteurs (réf. 11.13), et notamment du nombre de Reynolds ;
DAVIES montre, à partir de travaux antérieurs, qu'en écoulement
laminaire, les instabilités peuvent s'entretenir à des nombres de
Froude très inférieurs à 2 ; il dresse le graphique 11.5 sur lequel
il a porté quelques exemples de laves torrentielles puisées ou non,
puisées dans les documents chinois.

Figure 11.5 :

Limite théorique entre écoulements puisés


e t non p u i s é s ( r é f . 11.12)

- 173-
Figure 11.6 :

Formation des intumescences avec un volume s o l i d e croissant


( r é f . 11.12)

- 174-
Après cette analyse de résultats hydrauliques établis par ailleurs,
DAVIES se demande si ce fonctionnement puisé se produit en présence
d'une grande concentration de sédiments ; comme on le sait, la
densité des bouffées est supérieure à celle du fluide
inter-bouffées ; un rassemblement des matériaux grossiers à
l'intérieur des bouffées est-il possible ? C'est ce fonctionnement
que DAVIES vérifie expérimentalement, montrant que la présence de
sédiments dans l'eau amplifie ces instabilités, que les particules
solides ont en effet tendance à se rassembler jusqu'à ce que leur
concentration soit suffisante pour changer le comportement du fluide
(réf. 11.12) : en-dessous de cette concentration, les grains sont
isolés dans l'eau et sont gouvernés dans leurs déplacements par leur
interaction avec le fluide ; au-delà de cette concentration ce sont
les amas de particules qui se déplacent avec un fluide qui sert de
lubrifiant et même des zones sans eau. Le film tiré de ces
expériences montre clairement le [Link] ces particules qui,
transportées par l'eau à faible concentration, interfèrent entre
elles, se rassemblent et forment des amas indépendants dont les
caractéristiques font effectivement penser aux laves torrentielles
et qui vont moins vite que le reste du courant plus fluide.

Au-delà des résultats fructueux obtenus par DAVIES sur le


fonctionnement interne de ces intumescences, il y a aussi des
indications qui, si elles étaient confirmées, pourraient devenir
très intéressantes pour les praticiens ; par exemple, à vitesse et
pente données, l'adjonction de sédiments ne conduit pas à une
augmentation de la hauteur de l'intumescence, mais à un
accroissement du corps de la bouffée, à hauteur constante
(fig. 11.6).

A volume constant, par contre, hauteurs et vitesses sont reliées


linéairement (fig. 11.7).

Figure 11.7 :
Variation des c a r a c t é r i s t i q u e s géométriques de l a bouffée
en f o n c t i o n de l a v i t e s s e e t de l a concentration ( r é f . 11.12)

175
Figure 11.8 :

Le phénomène du glissement ( r é f . 11.5)

Figure 11.9 :

Rhéogrammes avec glissement du t o r r e n t


du Pousset ( r é f . 11.5)

- 176-
Par ailleurs, l'analyse des vitesses différentielles à l'intérieur
des fronts de laves, montre que les forts cisaillements se
produisent très près du fond ; cette épaisseur cisaillée semble être
de l'ordre de une à trois fois l'épaisseur des matériaux solides ;
au-dessus, le reste des sédiments semble se propager sans beaucoup
•de mouvements relatifs entre grains adjacents ; ceci peut
s'interpréter à partir des théories de fluides à seuils, mais on
peut dire aussi qu'on a affaire à un écoulement "glissant" sur une
ou plusieurs couches de matériaux comme sur un roulement à billes.
Cette dernière interprétation peut sembler cohérente avec les
analyses de COUSSOT (voir ci-après).

11.2.3 - COUSSOT

Le travail de COUSSOT (réf. 11.5) s'apparente en première approche à


celui de PHILIPPS, car il porte d'abord sur la compréhension du
comportement rhéologique des matériaux qui composent les laves
torrentielles. On a vu que PHILIPPS s'intéresse aux faibles taux de
cisaillement (inférieurs à 20 s- 1 ) ; COUSSOT s'inscrit dans cette
tendance, mais de plus, il examine les phénomènes qui se produisent
au déclenchement. Notons qu'il n'a pu le faire qu'avec des
rhéomètres de laboratoire (du type plan-plan), ce qui suppose une
troncature de la courbe granulométrique des matériaux naturels pour
tout ce qui est au delà de 40 microns. Notons aussi que ce ne sont
pas les valeurs numériques des paramètres rhéologiques qui l'ont
intéressé, mais les phénomènes eux-mêmes qu'il a observés avec
microscope et caméra.

Les concentrations étudiées sont comprises entre deux limites ; une


limite inférieure en-dessous de laquelle il y a trop d'eau pour
qu'elle soit toute intégrée aux matériaux solides, et une limite
supérieure au delà de laquelle tous les grains solides ne peuvent
pas être humectés. Ces deux limites sont de l'ordre de 32 % et 45 %
en concentration volumique pour le torrent du Pousset (voir
chapitre 5). COUSSOT constate bien un seuil de contrainte au
démarrage, croissant avec la concentration ; mais surtout, le
premier phénomène clairement observé est celui d'un glissement à la
paroi supérieure par formation d'un film d'eau qui supporte tout le
cisaillement pendant un certain palier.

Il est vrai que le type de rhéomètre utilisé favorise ce phénomène,


en permettant une ségrégation par gravité ; il faut toutefois se
demander s'il peut se produire dans la nature : ce point doit faire
l'objet de recherches complémentaires, mais on peut penser que les
parois des torrents sont en général suffisamment rugueuses pour que
ceci ne se produise pas trop ; il doit par contre exister dans le
cas de transport de matériau solide en conduite où on doit au
contraire chercher à le favoriser.

177-
Quoiqu'il en soit, la conséquence pour les expérimentations a été la
transformation des parois du rhéomètre pour les rendre rugueuses et
éviter ce phénomène ; on voit la comparaison sur le graphique 11.10.

I n f l u e n c e de l a nature des parois s u r l e


rhéogramme ( t o r r e n t du Pousset) ( r é f . 11.5)

Ayant éliminé ce premier phénomène, COUSSOT s'intéresse ensuite à un


deuxième, qui est en fait un glissement, mais à l'intérieur de
l'échantillon cisaillé, que COUSSOT appelle fracturation. On peut
suivre sur la figure 11.11 comment se déroule une expérience de
cisaillement : pendant la première phase, le seuil de contrainte
initiale n'est pas dépassé, il n'y a pas de mouvement ; une fois ce
seuil dépassé, (deuxième phase), un mouvement de cisaillement
simple se produit sur tout l'échantillon ; et, à partir d'une
contrainte caractéristique, la fracturation se produit, entraînant
la partie supérieure, (avec cisaillement à peu près uniforme au
départ, difficilement observable ensuite), alors que la partie
inférieure reste immobile, du moins au départ. On peut suivre cela
sur les rhéogrammes obtenus, (fig. 11.12), pour les matériaux (les
fines seulement) de deux torrents à laves.

On voit que la fracturation se produit pour des gradients de vitesse


très faibles, 0.1 et 0.15 s- 1 . Ceci signifie que les écoulements
naturels, qui ont des gradients de vitesse pourtant faibles, (entre 1
et 10 s- 1 ), ont de bonnes chances de se produire avec des surfaces
de discontinuité il reste à voir ce qui se produit avec des
matériaux réels, non tronqués au dessus de 40 Microns.

- 178-
Figure 11.11 :

Phénomène de f r a c t u r a t i o n s u r un
rhéomètre cone-plan ( r é f . 11.5)

Figure 11.12 :

Rhéogrammes avec f r a c t u r a t i o n

Les expériences de COUSSOT montrent également que le niveau de la


zone de fracturation ne reste pas constante, mais descend quand la
contrainte croît ; de plus, la partie inférieure de l'échantillon

- 179-
ne reste pas immobile mais devient l'objet de mouvements par couches
non régulières, de langues qui glissent les unes sur les autres.
Enfin, il faut indiquer que, si avant la fracturation, la loi
rhéologique semble être une loi de Bingham, ses paramètres n'ont
rien à voir avec ce qu'une lecture aveugle du rhéogramme vers les
fortes valeurs de gradients de vitesses donnerait (tableau 11.1).

Paramètres de la loi de Bingham


Origine de 1
l'échantillon avant fracturation après fracturation

te A> ^ c /*P
Pousset 30 250 125 .38
Manival 20 135 78 .20
Bentonite 50 4000 120 .18
Argile d'Eybens 60 1000 170 .38

Tableau 11.1 :
Caractéristiques des l o i s de Bingham traduisant
des rhéogrammes au démarrage e t aux f o r t s gradients de v i t e s s e

11.3 - APPROCHES PAR LES MODELES

11.3.1 - SOGREAH

Ce n'est pas avec un objectif de recherches que les ingénieurs de


Sogreah se sont confrontés aux problèmes posés par les laves
torrentielles, mais pour proposer des aménagements compatibles avec
l'existence de ces phénomènes rares (réf. 6.6).

La technique utilisée pour cela est la modélisation physique ; mais


un problème de base est pour l'instant non résolu, celui des lois de
similitude permettant de passer de la réalité au modèle ; si
celles-ci sont connues et largement utilisées pour des fluides
diphasiques avec matériau grossier mais restant newtoniens, des
problèmes commencent à se poser pour reproduire en similitude les
matériaux fins d'une part, et d'autre part on est loin de connaître
suffisamment les forces qui gouvernent le comportement des laves
torrentielles pour être capable d'en construire un fluide "modèle".

180-
Les techniciens de SOGREAH ont donc été contraints de fabriquer un
fluide "modèle" au juger, en cherchant par essais et erreurs la
composition en sable, craie, argile, et adjuvants tensio-actifs qui
donne l'apparence la plus plausible d'une lave torrentielle ; la
modélisation physique n'a donc pu être réglée au niveau du fluide ;
•elle l'a par contre été, et de façon d'autant plus impérative, au
niveau global, par reproduction des événements catastrophiques du
passé et comparaison avec les témoignages des archives. Une fois ce
calage réalisé, l'étape suivante a consisté, comme pour les
autres modèles, à regarder quels aménagements permettent d'encaisser
la lave torrentielle sans dommage.

Cette possibilité de reproduction du comportement macroscopique des


laves peut être utilisée dans un but plus "scientifique" de
connaissance a priori, pour étudier les lois d'écoulement et caler
des modèles mathématiques, mais cette voie sera d'autant plus
fructueuse que l'on aura progressé dans la connaissance de la
rhéologie des différents fluides torrentiels, même si l'on aura
vraisemblablement du mal à en élaborer les lois de similitude.

11.3.2 - DELEOW et JEPPSON

Ces deux chercheurs ont un objectif similaire à celui des ingénieurs


de SOGREAH, qui est de posséder un outil de résolution des problèmes
posés par les aménagements de protection contre les laves
torrentielles ; possédant un modèle mathématique résolvant les
équations de Saint -Venant, ils ont cherché comment l'adapter à la
représentation des laves torrentielles (réf. 11.6).

Ils ont admis que la loi de perte de charge de Chézy restait valable
pour les laves torrentielles, que celles-ci étaient newtoniennes, et
qu'elles s'écoulaient en régime laminaire ; avec ces hypothèses, ils
ont calé deux relations empiriquement : la première entre le
coefficient de Chézy C et le nombre de Reynolds Û^e, la deuxième
entre densité, viscosité et rayon hydraulique traduit une sorte
d'équation d'état du fluide. Ils obtiennent :

C = 1.02 & e ° - " (11.4)

10
P/T— '
( 1 1 5 )

La difficulté a été bien sûr de caler ces relations sur des valeurs
expérimentales ; en fait, ils n'ont utilisé que deux laves
torrentielles en tout et pour tout, le reste des données provenant
soit des essais sur modèle de TAKAHASHI, soit de mesures
d'écoulement de boues dans des tuyaux.

- 181 -
En conséquence, la représentativité des équations ci-dessus doit
être questionnée dans un contexte plus large et devrait faire
l'objet de travaux complémentaires comme par exemple de confronter
le modèle de Saint-Venant ainsi obtenu à une propagation de lave
réelle (comme celles du Mont Saint-Helens par exemple où les données
de terrain doivent commencer à être nombreuses), mais ceci a
peut-être été fait depuis. De plus, il faut noter que dans leur
note, DELEON et JEPPSON traitaient seulement le problème du régime
permanent varié et non celui de la propagation du front de lave ;
et si les laves ont un comportement transitoire autogénéré, il est
évident que leur modèle ne le traduit pas.

Quoi qu'il en soit, outre la possibilité de calculer des courbes de


remous pour des laves torrentielles, on obtient également une
formule de régime permanent uniforme très simple :

V = 11.4 * R.* I (11.6)

Si on compare cette formule à une des formules donnant le régime


permanent uniforme en eau claire (par exemple la formule de
Manning-Strickler avec un coefficient de rugosité de 15), on
obtient, à rayon hydraulique et pente identiques, des vitesses de
2,5 à 6 fois plus faibles pour le régime permanent des laves
torrentielles, pour des rayons hydrauliques (1 à 5 mètres) et des
pentes (.05 à .2) usuels de laves torrentielles.

11.3.3 - Les modèles mathématiques

La voie décrite avec DELEON et JEPPSON est bien sûr tentante : dès
lors qu'on possède un modèle de propagation, comment le modifier
pour qu'il soit à même de simuler des laves torrentielles ?

Des travaux existent, plus ou moins complexes, sur ce thème : aux


Etats-Unis, on peut citer Mac ARTHUR et SCHAMBER (réf. 11.7) ou LANG
et DENT (réf. 11.8) ; de même TAKAHASHI et al. au Japon ont utilisé
un tel modèle (réf. 11.9) pour représenter l'évolution des lahars
qui ont causé la mort de 20 000 personnes à Armero en Colombie. Le
gros problème que rencontrent les usagers de ces modèles est celui
de savoir quelles lois rhéologiques y entrer, quelles valeurs des
paramètres internes adopter (densité, viscosité, concentration,
rigidité initiale, etc.), et enfin comment caler le modèle à défaut
de pouvoir le valider.

182-
Le point commun à tous ces modèles est malgré tout de travailler en
mono ou à la rigueur (réf. 11.7) en bidimensionnel : la répartition
des paramètres sur une verticale n'est pas prise en compte ; cette
démarche est en fait risquée, du moins tant que les questions posées
par DAVIES et COUSSOT notamment ne sont pas résolues : un modèle
résolvant les équations de Saint-Venant peut-il rendre compte du
comportement transitoire auto-généré des laves ? peut-il traduire
l'écoulement d'un fluide à fracturation surtout si on ne connaît
pas la position des surfaces de discontinuité ?

Néanmoins, étant donné que ce genre d'outil (le modèle, qu'il soit
physique ou mathématique), est le seul dont on puisse disposer pour
l'instant, il faut poursuivre la voie du modèle mathématique à
caler globalement ; mais ces modèles ne peuvent se contenter du
régime permanent varié comme l'ont utilisé DELEON et JEPPSON ; il
faut pouvoir simuler des fronts de laves (avec un modèle d'onde de
rupture de barrage par exemple), simuler un arrêt de lave à pente
non nulle (avec une dissipation d'énergie du genre frottement
solide ou rigidité initiale par exemple) et peut-être lui donner une
loi de variation des paramètres internes reliant viscosité, densité
et concentration (comme celle de DELEON et JEPPSON).

De plus, il faudra bien que ces modèles soient calés sur des données
observées et le plus sûr est évidemment de disposer de véritables
observations sur des laves torrentielles naturelles. C'est ce que le
CEMAGREF compte réaliser en poursuivant le travail de thèse de
MARTINET (réf. 11.17) qui a utilisé un modèle de St-Venant avec deux
lois de pertes de charge : la loi de Chezy qui traduit la
dissipation d'énergie turbulente usuelle et la loi de Bingham, en
n'utilisant que la rigidité initiale, traduisant ainsi le frottement
à la paroi. La lave torrentielle du 24/7/88 sur le Verdarel de
St-Chaffrey a laissé comme traces : des indications de hauteur
maximum pour une bouffée, et le volume et la distance d'arrêt pour
une autre. L'utilisation du modèle a permis de reproduire la réalité
observée avec des paramètres des lois de perte de charge qui

semblent vraisemblables (K M, 12 à 15, & - A^0.35 à 0.5) et de

reconstituer le volume de la première bouffée.

Bien que nécessitant encore de nombreuses confrontations à des laves


torrentielles, on peut penser que le modèle mathématique pourra
devenir un outil intéressant en ingénierie, mais également pourra
conforter les résultats sur les laves obtenues à partir d'autres
recherches.

- 183
11.4 - LES OBSERVATIONS IN SITU

Il sera primordial d'observer ce qui se passe réellement dans la


propagation des laves torrentielles dans la nature, car toutes les
théories, tous les modèles, toutes les expériences de laboratoire
dont on a parlé ci-dessus doivent être contrôlés à l'épreuve de la
manifestation naturelle.

Pour cela, il faut des sites où se produisent suffisamment de laves


torrentielles pour que l'investissement très important
d'installation des appareillages de mesures et d'observations y soit
rentable ; et il faut également une volonté de recherche sans
faille pour que l'effort soit maintenu suffisamment longtemps ; deux
sites au moins existent dans le monde : le premier au Mont Yakedake
au Japon, qui est sans doute le plus ancien ; le deuxième au Mont
Saint-Helens aux USA, où les laves peuvent provenir soit de fonte de
glacier consécutif à une éruption, soit de pluies violentes.
D'autres sites existent peut-être ailleurs, sans doute en Chine
(Ravine Jianjia notamment), mais peut-être en Nouvelle-Zélande, en
Colombie, ou en Indonésie. D'autres Bassins versants expérimentaux
pourraient éventuellement donner lieu à des observations de laves
torrentielles ou à quelques mesures, mais comme les laves y sont
plus rares, on risque fort d'y rater ces événements exceptionnels ;
il faut citer ici le bassin de l'Alptall en Suisse, celui de Draix
en France, du Rio Cordon en Italie (réf. 11. 16).

Il faut en effet insister sur le fait qu'observer et mesurer des


laves torrentielles est un projet difficile, hasardeux qu'il ne faut
pas confondre avec celui qui consiste à mesurer les écoulements et
même les crues normales d'un bassin de montagne ; ce projet est
lui-même sans commune mesure avec l'installation d'un bassin versant
expérimental de plaine. On trouvera des indications sur
l'instrumentation, dans les travaux de PIERSON pour le Mont
Saint-Helens (réf. 8.5 et 11.14), et dans les travaux de OKUDA pour
le Mont Yakedake (réf. 11.15).

- 184-
11.5 - CONCLUSION

Pour rendre compte de l'état d'avancement des recherches sur les


laves torrentielles, nous avons distingué trois approches, celles
des théoriciens, celle des expérimentateurs, et celle des
"modélisateurs" ; en fait, elles sont tout à fait complémentaires.
Les expérimentateurs par exemple sont attachés à la compréhension
fine des phénomènes physiques et ils ont raison de se méfier des
modèles théoriques qui pourraient ne pas représenter la réalité
"vraie" ; mais d'un autre côté, il semble peu vraisemblable qu'on
puisse avant longtemps, rendre compte de cette réalité sans la
simplifier et la schématiser ; la démarche des théoriciens consiste
justement à compliquer les modèles rhéologiques actuels trop
schématiques pour leur faire représenter de manière acceptable la
réalité, en la simplifiant ; les démarches sont donc complémentaires
et se rencontreront au moment où un ensemble de modèles rhéologiques
simplificateurs donneront aux expérimentateurs l'impression de
représenter de façon suffisamment juste la réalité.

Les "modélisateurs" enfin, confrontés à des problèmes d'ingénierie,


sont avides des progrès qu'apportent les autres démarches car, les
modèles mathématiques ne pouvant être calés que globalement pour
l'instant, une plus grande sécurité sera apportée dans leur
utilisation quand on saura aussi les caler sur le comportement des
fluides à un niveau rhéologique adéquat. Etant les seuls à traiter
des problèmes en vraie grandeur, les modélisateurs apporteront aux
autres chercheurs la confirmation que leurs expériences sur la
réalité à un niveau fin, et les modèles rhéologiques qui en sont
issus, sont bien cohérents avec la réalité prise à un autre niveau,
celui de l'ingénierie.

- 185-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 11 -

(11.1) Chinese concepts of modeling hyperconcentrated streamflow and


débris flow. (1986). CHENG-LUNG CHEN. 3ème Symposium
international sur la sédimentation des cours d'eau. Avril 86.

(11.2) Bingham plastic or Bagnold's dilatant fluid as a rheological


model of débris flow ? (1986). CHENG-LUNG CHEN. 3ème
Symposium international sur la sédimentation des cours d'eau.
Avril 86.

(11.3) Generalized viscoplastic modeling of débris flow. (1988).


CHENG-LUNG CHEN. ASCE Hydraulic Engineering. Vol. 114. N" 3.88

(11.4) General solutions for viscoplastic débris flow. (1988).


CHENG-LUNG CHEN. ASCE Hydraulic Engineering. Vol. 114. N" 3.88

(11.5) Rhéologie des laves torrentielles. (1989). COUSSOT. Mémoire


de DEA. IMG. CEMAGREF.

(11.6) Hydraulics and numerical solutions of steady-state but


spatially varied débris flow. DELEON et JEPPSON. Utah water
research laboratory. July 1982.

(11.7) Numerical method for simulating mudflows (1986). Mac ARTHUR


et SCHAMBER. 3ème Symposium International sur la
Sédimentation des Rivières. Avril 1986.

(11.8) Kinematic properties of mudflows on Mont St-Helens.(1987) .


LANG et DENT. ASCE Hydraulics engineering. Vol. 113. N" 5.
May 87.

(11.9) Estimation of débris flow hydrograph on varied slope bed.


(1987). TAKAHASHI, NAKAGAWA, KUANG. Corvallis Symposium.
AIHS.

186-
(11.10) Rheological investigations of débris flow materials. (1988) ,
PHILLIPS. Thèse University de Canterbury. New Zealand.

(11.11) Large débris flow : A macro-viscous phenomenon. (1986),


DAVIES Acta Mechanica 63, 161-178.

(11.12) Débris flow surges- A laboratory investigation. (1988).


DAVIES. Mitteilugen der Versuchsanstalt fur wasserbau,
hydrologie und glaziologie. N" 96. Zurich.

(11.13) Periodic surges and sédiment mobilization.(1986) . HEGGEN.


Congrès AIHS Albuquerque. Août 86. Document N" 159.

(11.14) Field techniques for measuring debris-flow dynamics (1985).


PIERSON. International Symposium on Erosion, débris flow,
and disaster prévention. Tsukuba. Japan.

(11.15) Observation on the notion of débris flow and its geom


orphological effects (1978). OKUDA. International
geographical Union Commission on field experiments in
geomorphology. Paris. Octobre 78.

(11.16) An expérimental station for the automatic recording of the


water and sédiment discharge in a small alpine watershed
(1988). FATTORELLI. LENZI. MARCHI . KELLER. Journal des
Sciences Hydrologiques 33, 6, 12/1988.

(11.17) Utilisation du modèle numérique LAVE 2D pour la simulation


de la lave torrentielle de St-Chaffrey du 24/7/88 (1992).
G. MARTINET. Congrès Interpraevent. Berne.

(11.18) Physical properties and mechanics of hyperconcentrated


sédiments flows J.S. O'BRIEN et P. Y. JULIEN (1985). Proc. of
the specialty Conférence on delineation of landslides, flash
floods and débris flow hazards in UTAH (cité in réf. 11.19).

(11.19) Rheology of hyperconcentrations (1991). P. Y. JULIEN et


Yorigquiang LAN. ASCE. Hydraulic Engineering. Vol. 117. N" 3.

187-
C I N Q U I E M E P A R T I E

Q U ' Y A —X — I L D ' U T I L I S A B L E

P O U R L •I N G E N I E U R ?

Si ce document a été écrit jusqu'ici avec le seul objectif de


synthétiser les diverses connaissances existant en hydraulique
torrentielle, nous allons dans cette cinquième partie, nous assigner
un objectif complémentaire ; on l'a dit en effet à plusieurs
reprises dans les parties précédentes, les outils qui sont élaborés
par les chercheurs dans les diverses voies de recherche possibles,
sont encore loin de pouvoir être utilisés directement dans les
problèmes d'ingénierie, hormis bien sûr les modèles réduits
physiques.

Aussi, nous allons maintenant aborder les mêmes phénomènes


qu'auparavant, sans la volonté d'être le plus explicatif possible,
mais plutôt avec celle de dégager des méthodes utilisables pour les
gens de terrain ; on en restera donc à un niveau plus global : on ne
parlera plus par exemple de loi de comportement et de profil de
vitesses, mais seulement de vitesses moyennes. Ce changement de
niveau de notre approche nous permettra d'ailleurs d'utiliser les
rares mesures de terrain existantes puisque jusqu'ici, elles ne
concernent que les paramètres globaux des écoulements torrentiels.

Mais notre souci de synthèse persistera et nous utiliserons en tant


que de besoin les recherches ponctuelles poussées lorsqu'elles nous
permettront de conforter un point de vue et de dégager une méthode
raisonnablement utilisable pour l'ingénieur.

189
SOMMAIRE » E L A 5»""- P A R T I E

CHAPITRE 12 :

12 - LES LAVES TORRENTIELLES POUR L'INGENIEUR 195

12.1 - Introduction 197

12.2 - Quel est le problème ? 197

12.3 - Ordre de grandeur des valeurs de la concentration


en sédiment solide 198

12.4 - Les méthodes indirectes de la vitesse in situ 199

12.4.1 - Remontée d'un versant opposé , 200


12.4.2 - Surélévation dans une combe 200

12.5 - Ordre de grandeur des vitesses de laves torrentielles . 201

12.5.1 - La voie théorique 202


12.5.2 - Les formules empiriques 202
12.5.3 - Mesures directes ou indirectes 203
12.5.4 - Conclusion 205

12.6 - Conséquences de l'existence des pulsations 205

12.7 - Le mode de formation des laves torrentielles 206

12.7.1 - Les laves à genèse hydrologique 206


12.7.2 - Les laves à genèse "glissement de terrain" 207
12.7.3 - Autres modes de formation 208

12.8 - Ordre de grandeur des débits des laves de type


hydrologique 208

12.9 - Ordre de grandeur des débits des laves de type


"glissement de terrain" 209

12.9.1 - Conditions d'occurence 210


12.9.2 - Ordre de grandeur des laves de type
"glissement de terrain" 21 2
12.9.3 - Condition d'érosion et de régime permanent 213

- 191 -
12.10 - Expérimentations 215

12.10.1 - Les expérimentations soviétiques 215


12.10.2 - Commentaires 217

12.11 - Synthèse 218

12.11.1 - Comparaison entre les calculs théoriques appro-


ximatifs et les expérimentations soviétiques .. 218
12.11.2 - Les débits des laves vus d'un point de vue
d'hydrologue 220
12.11.3 - Précautions pour l'utilisation de ces résultats 221

Bibliographie 222

CHAPITRE 13 :

13 - LES ECOULEMENTS HÏPERCONCENTRES 225

13.1 - La délimitation du domaine des écoulements


hyperconcentrés 227

13.2 - Retour sur la notion de concentration 230

13.3 - Contrainte critique de cisaillement. Débit critique


de début de transport. Déstabilisation du lit des
torrents 230

13.3.1 - Prise en compte de l'effet de la pente 231


13.3.2 - Prise en compte de l'effet des matériaux fins .. 233
13.3.3 - Conclusion 234

13.4 - Transport solide 234

13.4.1 - Concept de capacité maximale de transport 235


13.4.2 - Considérations sur le transport solide
à forte pente 236
13.4.3 - Ordre de grandeur du débit solide à la capacité
maximale de transport 237
13.4.4 - Formules plus complexes donnant la capacité
maximale de transport (le fluide est de l'eau) . 238

[Link] - Synthèse (TAKAHASHI) 239


[Link] - Formule SOGREAH 240

13.4.5 - Prise en compte de l'effet des matériaux fins .. 241


13.4.6 - Conclusion 243

13.5 - Lois de perte de charge 244

13.6 - Synthèse et conclusion 247

Bibliographie 248

192
CHAPITRE 14 :

14 - L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE ET LES ETUDES DE BASSIN VERSANT


TORRENTIEL 250

14.1 - Introduction 253

14.2 - Les études de bassin versant torrentiel 253

14.2.1 - Le contexte 253


14.2.2 - Les trois phases d'une étude de bassin versant
torrentiel 254

[Link] - 1ère phase : l'analyse des processus


érosifs et l'étude des protections ....254
[Link] - 2ème phase : l'évaluation des enjeux
concernés 262
[Link] - 3ême phase : la confrontation entre
les enjeux concernés et les risques ...262

14.2.3 - Le choix d'une stratégie de protection


et la programmation 265

14.3 - Importance stratégique de l'hydraulique torrentielle


dans les études de bassin versant torrentiel 266

14.3.1 - Existence de laves torrentielles 266


14.3.2 - Les enjeux à protéger sont éloignés des zones
génératrices de transport solide 267
14.3.3 - Une partie d'un bassin versant torrentiel
est urbanisée 267
14.3.4 - Zones montagneuses et cycloniques 267

Bibliographie 269

193-
C H A PI T R E 12

LES LAVES TORRENTIELLES

POUR. L ' I N G E N I E U R

195
12.1 - INTRODUCTION

On va aborder ici les problèmes posés par les laves torrentielles


dans le domaine de l'ingénierie courante. Lorsqu'un problème
difficile se pose qui justifie une étude spécifique, on peut pour
l'instant utiliser la technique du modèle réduit, malgré ses
incertitudes (cf. § 11.3.1) ; mais on ne peut alors traiter que des
parties limitées du torrent. Il n'est pas impossible que d'ici
quelque temps, on puisse utiliser des modèles mathématiques, avec
les mêmes incertitudes quant au calage que pour le modèle physique
et avec un intérêt sans doute complémentaire, car il sera alors
préférable de représenter un linéaire important de torrent plutôt
qu'une partie réduite.

Il existe par contre de nombreux cas où le praticien aimerait avoir


quelques idées sur l'effet des laves torrentielles et sur leur
importance, du moins en ordre de grandeur. Il faut préciser ici
tout de suite que les connaissances théoriques ne remplaceront pas
les connaissances qu'il aura acquises lui-même en regardant des
laves torrentielles, en prélevant des échantillons et en mesurant
la teneur en eau et la granulométrie, en mesurant les hauteurs
atteintes dans des biefs adéquats, puis en utilisant les résultats
de ces mesures pour approcher les valeurs des écoulements observés.

C'est dans l'optique de favoriser le passage des observations de


terrain aux valeurs quantitatives que ce chapitre a été écrit, en
synthétisant, pour chaque paramètre en jeu dans un écoulement de
lave, les méthodes simples permettant d'accéder à la quantification.
Les ordres de grandeur des résultats obtenus sont également
synthétisés, puis comparés à des valeurs obtenues par
expérimentations in situ.

12.2 - QUEL EST LE PROBLEME ?

Le problème qui se pose à l'ingénieur est celui de savoir comment


tenir compte de l'existence des laves torrentielles dans un torrent
donné lorsqu'il conçoit un aménagement de protection ; n'ayant que
peu de données quantitatives sur les laves du torrent considéré
(pour ne pas dire aucune), on se raccroche la plupart du temps à
des calculs hydrologiques classiques, et on cherche à les modifier
pour tenir compte de la possibilité de l'occurence de laves
torrentielles. La connaissance de l'importance et de la périodicité
des événements importants du passé est alors primordiale : souvent,
les torrents ont façonné des chenaux sur les cônes alluviaux qui
donnent des dimensions repères pour les projets.

197
Pour un projet, deux grandeurs sont importantes, le débit (et en
particulier le débit maximum) et le volume total (en particulier,
le volume de sédiments transportés) :

- en ce qui concerne le volume total, il faut ajouter au


volume liquide la quantité de sédiments solides dont on peut
connaître la concentration à partir de prélèvements ;

- en ce qui concerne les débits, les choses sont plus


complexes ; car trois éléments interviennent : la présence de
sédiments solides comme pour le volume total, la vitesse qui
n'est pas celle de l'eau claire , et l'existence éventuelle
de bouffées. Pour les débits, il va donc être plus difficile
a priori de donner un ordre de grandeur d'un coefficient
multiplicateur à affecter à un débit d'eau claire pour
obtenir le débit correspondant de la lave torrentielle qu'il
aurait générée.

12.3 - ORDRE DE GRANDEUR DES VALEURS DE LA CONCENTRATION


EN SEDIMENT SOLIDE

D'assez nombreux prélèvements ont été faits sur des laves réelles ou
sur leurs dépôts pour qu'on puisse avoir une fourchette des
concentrations volumiques de sédiments solides des laves
torrentielles : elles varient entre 35 % et 80 % ; ces
concentrations concernent la plupart du temps les fronts de laves ;
si on les utilise pour les volumes totaux (eau + sédiments), on
obtient des coefficients multiplicateurs de l'ordre de 1.5 à 5, qui
permettent de passer des volumes liquides aux volumes totaux.

La fourchette est large ; mais il faut noter que cette concentration


dépend de la granulométrie : elle est d'autant plus élevée que la
granulométrie est grossière (voir fig. 12.1 tirée de la réf. 8.5) ;
en fait, il faut rappeler que la granulométrie est mal représentée
par le d50 puisqu'elle est parfois bimodale.

On peut dire néanmoins que les laves ayant une concentration


volumique de 80 % présentent peu de matériaux argileux, et ont une
granulométrie étalée de matériaux grossiers et de matériaux fins
pulvérulents qui comblent les vides laissés par les matériaux plus
gros. Si la proportion de matériau fin augmente, l'apparition d'une
lave se fait à une plus faible concentration et l'on se rapproche de
la valeur inférieure de la fourchette. Des concentrations de l'ordre
de 35 à 40 % sont obtenues au laboratoire avec des matériaux
naturels argileux dont on a enlevé les éléments grossiers.

198
Figure 12.1 :

R e l a t i o n e n t r e l a concentration (en poids)


e t l a granulométrie (Mont St-Helens r é f . 8. 5)

Conclusion :

On peut estimer que les valeurs usuelles de concentrations


volumiques rencontrées dans la nature sont de l'ordre de 50 à 75 %
(densité de 1.8 à 2.25) ; ce qui donne des coefficients
multiplicateurs allant de 2 à 4 pour passer d'un volume liquide à un
volume total de lave, de 1 à 3 pour obtenir le volume de sédiments
solides correspondant.

12.4 - LES METHODES INDIRECTES DE LA VITESSE IN SITU

On ne peut la mesurer directement avec des appareils que sur des


sites équipés pour cela. Nous allons donc voir comment l'estimer par
des mesures indirectes, puis nous analyserons les mesures existantes
et les résultats obtenus (essentiellement sur des sites équipés).

- 199-
En hydraulique classique, lorsqu'on veut obtenir une estimation de
débit ou de vitesse sur le terrain, on cherche un bief où un régime
permanent uniforme a pu s'établir et à partir d'une mesure de
hauteur d'eau (ou de rayon hydraulique), on calcule vitesse puis
débit à l'aide d'une formule connue en se donnant un coefficient de
rugosité.

On ne possède pas de formule identique pour l'écoulement des laves


torrentielles (ou plutôt on en possède un grand nombre dont le
domaine de validité est mal connu) ; la mesure d'une seule grandeur
(le tirant d'eau) dans un bief supposé uniforme, est donc
insuffisante ; et il nous faut au contraire rechercher les biefs
particuliers où se produisent des échanges entre l'énergie cinétique
et l'énergie potentielle, de façon à pouvoir faire deux mesures
pour deux régimes différents et en déduire une estimation du débit
à partir des lois de l'hydraulique (équation de Bernouilli). Nous
allons donc voir dans quel cas de figure nous pouvons opérer ainsi.

12.4.1 - Remontée d'un versant opposé

Il peut arriver qu'une lave sorte de son lit et monte le long d'un
versant (fig. 12.2). En négligeant les frottements la formule de
BERNOUILLI donne :

U = (2gh)**.5 (12.1)

Figure 12.2 :

Remontée d'une lave s u r un versant ( r é f . 12.2)

12.4.2 - Surélévation dans une courbe

Les torrents à laves sont souvent tortueux, et les virages impriment


à l'écoulement une surélévation qui peut parfois être mesurée
facilement (fig. 12.3). Il faut en outre mesurer le rayon de
courbure Rc et la largeur du chenal 1.

200-
Figure 12.3 ;

Surélévation dans une courbe ( r é f . 12.2)

Pour un écoulement newtonien subcritique à filets liquides


parallèles, la hauteur de la surélévation se calcule facilement et,
en inversant, on obtient :

Û = (g. [Link]/1 )**.5 (12.2)

COUSSOT (réf. 12.8) a vérifié que cette formule pouvait être


utilisée également pour les fluides non newtoniens et a précisé la
méthode pratique.

Comme on le voit sur la figure 12.2, il y a des cas où l'incertitude


sur les mesures est grande ; on préférera donc les sites où les
berges sont le plus raides possible et les courbures des deux berges
le plus concentriques possible.

De plus, cette situation est souvent difficile à interpréter lorsque


l'écoulement se produit par bouffées, car on peut avoir du mal à
reconnaître les traces des bouffées successives ; une reconnaissance
préalable de l'événement est donc nécessaire.

12.5 - ORDRE DE GRANDEUR DES VITESSES DE LAVES TORRENTIELLES

On va tenter ci-après de rassembler les bribes de résultats pour


obtenir quelques indications sur le coefficient qui permettrait de
passer de la vitesse d'un débit d'eau claire à la vitesse du débit
de lave torrentielle ayant même hauteur ; ceux-ci proviennent de
diverses origines que nous allons inventorier.

201 -
12.5.1 - La voie théorique

On a vu que la loi de Bingham est utilisée par certains comme loi


de comportement explicative des laves torrentielles ; la
détermination des paramètres de cette loi à partir de mesures in
situ de vitesse superficielle et de largeur de l'écoulement sans
cisaillement a été faite (voir § 9.4.2 et 9.5) sur des hauteurs
d'écoulement faibles, inférieures au mètre. L'utilisation de ces
valeurs au delà du domaine de calage est hautement problématique et
donne des valeurs de vitesses très rapidement croissantes (en h 2 et
non en \fn) ; il semble donc bien qu'on ne puisse utiliser la loi
de Bingham et les paramètres qui y sont associés en dehors du
domaine de calage des paramètres, ce qui équivaut à se servir des
valeurs mesurées elles-mêmes, ce que nous ferons plus loin.

Le même problème se pose à partir de la loi dilatante, avec la


difficulté supplémentaire que peu de mesures réelles ont servi à la
caler et que par conséquent son domaine de validité est surtout
représenté par des essais sur modèle réduit.

On a vu par ailleurs (§ 11.3.2) que DELEON et JEPPSON ont déduit, à


partir de très rares mesures et à travers un modèle de comportement
du fluide, l'expression de la vitesse du régime permanent uniforme
des laves torrentielles et que cela donnait des vitesses 4 à 10
fois plus faibles que celles qu'on aurait pour un même rayon
hydraulique et une même pente ; on a vu aussi que cette théorie est
assez problématique ; constatons tout de même que les auteurs
obtiennent comme résultat une vitesse nettement plus faible pour
les laves torrentielles que pour de l'eau claire, à même hauteur
d'écoulement et même pente.

12.5.2 - Les formules empiriques

On trouve dans la littérature des formules empiriques non


vérifiables, mais qu'il est utile de citer. La plus ancienne est
vraisemblablement due à un Français, THIERRY (réf. 1.2) qui a
proposé de réduire le coefficient de rugosité des formules
classiques des formules de vitesse d'écoulement par un facteur
torrentiel k.

l =
d
(12.3)
4.+ Cr(jfe._4.J
Dans le même ordre d'idée, en URSS, SHRIBNY (cité par TAKAHASHI,
réf. 10.3 et par O'BRIEN, réf. 12.13) a proposé la formule :

ù_- fe.5 ft*. I * ± r / l


d2.4)
fii fil! _JDZ. +<L

-202 —
Ces deux formules ont pour conséquence de diminuer nettement la
vitesse de la lave, à hauteur d'écoulement constante.

12.5.3 - Mesures directes ou indirectes

Quand une vitesse de lave torrentielle est mesurée, il semble très


facile d'appliquer une formule de régime permanent
(Manning-Strickler) pour calculer la vitesse d'un débit d'eau claire
ayant même pente et même rayon hydraulique ; ce calcul est en fait
hasardeux, car les pentes sont en général trop fortes pour qu'on
soit dans le domaine de validité de la loi de Manning-Strickler ; de
plus, à de telles pentes, le débit d'eau claire serait
vraisemblablement puisé, et cette formule n'est alors plus valable.
Acceptons la malgré tout, et calculons la vitesse d'un débit d'eau
claire de même profondeur moyenne et même pente que les laves
mesurées directement ou indirectement.

a/ Mont St-Helens

PIERSON y a fait des mesures dans deux cas de figure :

- dans un article (réf. 8.5), il relate le comportement de


petites laves canalisées dues à une fonte du glacier de
Shoestring et s 'écoulant dans la "Muddy river" ; les hauteurs
de laves y sont métriques, les débits vont de 1 à 50 m3/s,
les concentrations volumiques du front de lave vont de 55 à
70 % et les vitesses, mesurées à partir d'appareillages
(caméra, limnigraphes à ultra sons, etc ...) vont de 1 à 6
m/s. Les vitesses obtenues pour de l'eau (avec k = 15) sont
de 1.5 à 2.5 fois plus élevées que les vitesses mesurées sur
les laves.

D'ailleurs, PIERSON propose, à partir de ses mesures, deux


formules de vitesse, pour la vitesse moyenne (12.5) et

Û = 8.7 *(R**.6667)*(I**.5) (12.5)

0 = 1 . 5 + 6 * H * I (12.6)

pour le front de lave (12.6) qui permettent de retrouver les


ratios indiqués ci-dessus (pour H*I < .5).

- dans un autre article (réf. 12.2), PIERSON décrit un


phénomène assez différent au moins par la taille : il s'agit
des lahars provoqués par l'explosion volcanique de 1980 du
Mont St-Helens, où un mélange de liquides, gaz et solides
s'est écoulé depuis le cratère en quantités énormes (14
millions de m3 au total) ; les débits vont jusqu'à
200 000 m3/s au départ sur des largeurs qui se comptent en

203
kilomètres, avec des vitesses de 30 à 40 m/s et des hauteurs
de 10 à 20 m ; toutes ces grandeurs décroissent rapidement
en s 'éloignant du cratère.

Il va de soi que toutes ces grandeurs ont été reconstituées


par des mesures indirectes (formules 12.1 et 12.2) ; elles
ont donc moins de fiabilité que dans le cas précédent.
PIERSON conserve les données les plus sûres et en tire une
relation :

U =20.15 * ((R**.6667)*(I**.5))**.73 (12.7)

valable pour : 0.1 < (R**.6667)*(I**.5) < 2.

Pour de telles largeurs et de tels tirants d'eau (même loin


du cratère, on reste à plusieurs mètres de hauteur de laves
sur des centaines de mètres de large), le coefficient de
rugosité de la formule de Manning-Strickler serait bien de
l'ordre de 30, et on obtient là encore des vitesses
supérieures pour l'eau dans un rapport de 1 à 1.8, mais cette
comparaison n'a pas grande signification évidemment : les
vitesses calculées pour l'eau claire sont énormes avec les
grands tirants d'eau (de l'ordre de 60 m/s) d'une part ; et
il est probable que les mélanges triphasiques ont des
comportements assez différents de ce qui nous intéresse ici,
d'autre part.

b/ Le Verdarel à Saint-Chaffrey

Le 25 août 1988, une pluie de faible importance (pas de pluie à


Briançon) mais peut-être de forte intensité (comment le savoir ?) a
provoqué une lave torrentielle sur le Verdarel de Saint-Chaffrey ;
une bouffée a submergé la cuvette du barrage RTM situé à la cote
1550 m, a franchi sans trop s'arrêter la plage de dépôts située à
l'amont du village et a saturé le pont de l'ancienne route
nationale. La première bouffée de lave a été très forte, et il y en
a eu au moins une autre qui s'est arrêtée au milieu du chenal à
biefs affouillables situé en aval de la plage de dépôts.

Un site de mesures a été trouvé dans une courbe à l'amont de la


plage de dépôts et des traces bien visibles ont été relevées dans le
chenal à biefs affouillables : l'application de la méthode exposée
en [Link] donne un débit de 250 m3/s dans le coude. La
connaissance de la hauteur de l'écoulement dans le chenal à biefs
affouillables permet de caler le modèle mathématique (cf. § 11.3.2)
et donne un débit de l'ordre de 150 m3/s. On a donc une réduction de
presque moitié (250 à 150 m3/s) du débit en 400 m d'écoulement
seulement, mais avec la traversée d'une zone avec dents freineuses
au milieu, il est vrai.

204
Le calage de la formule de Manning-Strickler dans le bief rectiligne
donne un coefficient de rugosité égal à 13 alors qu'on adopterait
largement le double pour un tel chenal en hydraulique classique. On
retrouve donc les résultats indiqués précédemment d'une vitesse de
lave 2 à 3 fois plus faible que celle d'une crue d'eau claire à même
hauteur d'écoulement.

12.5.4 - Conclusion

Si l'on choisit les résultats de mesures plutôt que les valeurs


théoriques pour se donner un ordre de grandeur du coefficient
multiplicateur qui fait passer de la vitesse en eau claire à la
vitesse d'une lave ayant même hauteur, on obtient un coefficient qui
varie entre 0.33 et 0.66. A débit constant, si la lave est canalisée
dans un chenal à berges à peu près verticales, cette diminution de
vitesse doit être compensée par une augmentation de hauteur et on
obtient des coefficients majorateurs qui vont de 1.5 à 3.

12.6 - CONSEQUENCES DE L'EXISTENCE DES PULSATIONS

Comme on l'a vu précédemment, le caractère transitoire des laves


torrentielles ne sera sans doute pas explicable à partir d'une
seule origine et on aura peut-être du mal à déterminer, pour une
lave donnée, si son comportement transitoire est auto-généré, ou si
des causes extérieures en sont responsables ; il faudrait faire une
synthèse de tout ce qui a déjà été étudié sur ce sujet ; on peut
malgré tout penser que, la génération des intumescences faisant
intervenir le rapport entre les forces de gravité et le frottement,
les cas de figure doivent être différents suivant qu'on est dans un
chenal étroit ou au contraire très large.

Quoi qu'il en soit, ce phénomène conduit à augmenter le tirant d'eau


à prendre en compte pour les projets et il n'est pas inutile de
connaître un ordre de grandeur de cette augmentation. Heggen par
exemple (réf. 11.13) donne des ordres de grandeur du rapport entre
la hauteur de l'intumescence et la hauteur moyenne qui varient entre
1.25 et 1.5 pour des ondulations qui ne déferlent pas. Le US Bureau
of Réclamation propose de prendre un rapport maximum de 2 pour
éviter le débordement dans les coursiers d'évacuateurs de crue.

Ces ordres de grandeur sont confirmés par des essais de TAKAHASHI


(réf. 10.1) qui donnent les résultats de la figure 12.4 ; ces
expérimentations ont été faites sur modèles réduits et avec des
matériaux granulaires. On voit que le rapport des hauteurs d'eau
est compris entre 1 et 2 pour les expériences faites avec le
matériau le plus grossier ; les valeurs du nombre de Froude pour
ces expériences confirme bien le résultat qualitatif de DAVIES
indiquant que des rouleaux peuvent se produire à des nombres de
Froude inférieurs à 2.

205
Figure 12.4 :

Rapport de l a hauteur maximum des intumescences


à c e l l e de l a hauteur normale ( r é f . 1 0 . 1 )

Par contre les résultats obtenus par TAKAHASHI avec le matériau le


plus fin (nombre de Froude allant jusqu'à 10), qui donnent des
coefficients multiplicateurs très supérieurs, devraient être
analysés de plus près car les nombres de Froude y sont bien
supérieurs à ce qu'on rencontre dans la nature.

Conclusion :

on peut admettre que l'existence de pulsations peut conduire à


majorer la hauteur d'écoulement par rapport à la hauteur de
l'écoulement permanent et uniforme correspondant, dans un rapport
allant de 1 à 2.

12.7 - LE MODE DE FORMATION DES LAVES TORRENTIELLES

On ne s'est jusqu'ici préoccupé que de la dynamique des laves


torrentielles et non de la façon dont elles se sont formées. Nous
nous y intéressons maintenant en distinguant deux types de
formation :

12.7.1 - Les laves à genèse hydro logique

Pour cette catégorie de laves, une pluie provoque un débit ruisselle


qui se charge de matériau solide, soit sur les versants, soit en
traversant une zone de stockage de matériau érodable, soit par
effondrement de berges, etc ... et se rassemblé avec son matériau

-206-
solide dans le réseau hydrographique, à une concentration adéquate
pour que l'écoulement soit une lave torrentielle. L'origine spatiale
de la lave torrentielle est alors diffuse, et on peut s'en assurer
en inventoriant tout le bassin, car les écoulements précurseurs dans
les affluents laissent en effet des traces identifiables.

Pour ce type de laves torrentielles, on doit pouvoir admettre, dans


une certaine mesure, une correspondance entre le volume total de la
lave et celui du ruissellement en eau claire. Cette correspondance
(que nous allons examiner au paragraphe 12.8) est sûrement d'autant
plus valable que le volume de ruissellement est faible et est
provoqué par un épisode pluvieux simple. Pour les épisodes
paroxysmaux d'origine hydrologique comme les cyclones en
Nouvelle-Calédonie, ou la Réunion, ou l'aiguat del 40 dans le
Vallespir, où la durée de la pluie est supérieure à la journée, les
transports solides torrentiels peuvent bien sûr provenir de
phénomènes alternés dans le temps, tantôt du type lave, tantôt du
type écoulement hyper concentré, et les interprétations sur ce qui
s'est passé deviennent alors très difficiles.

Le gros intérêt des laves torrentielles de type hydrologique pour


lesquelles on peut faire l'hypothèse d'une correspondance entre le
volume du ruissellement et celui de la lave torrentielle qu'il
génère, provient de ce qu'on peut alors poursuivre la logique de
l'étude hydrologique classique, c'est-à-dire faire de la
prédétermination de laves torrentielles, et attribuer des durées de
retour, ce qui est impossible avec les laves du type glissement de
terrain.

12.7.2 - Les laves à genèse "glissement de terrain"

Pour ce type de lave, le déclenchement provient d'un phénomène de


rupture d'une masse de terrain en équuilibre instable, en mouvement
parfois lent (vitesse comptée en cm/ jour ou cm/ an) qui, sous l'effet
d'un facteur déclenchant (rupture du pied du glissement, surcharge,
augmentation de la pression interstitielle), s'accélère et se met à
couler (vitesse comptée alors en m/s). Ce phénomène est bien connu
des spécialistes de mouvements de terrain qui distinguent souvent
les coulées boueuses (qui se produisent plutôt sur des versants) des
laves torrentielles (qui s'écoulent dans un chenal). Il n'y a pas de
différence à faire, de notre point de vue, entre ces deux
phénomènes, qui ont des lois de comportement et d'écoulement
identiques. La coulée boueuse sera simplement traitée en
bidimensionnel alors que la lave l'est en monodimensionnel. On peut
se reporter au graphique 4.3 pour lire la continuité entre
glissement de terrain et lave torrentielle et voir qu'on passe alors
de la mécanique des sols à la mécanique des fluides.

207-
On conçoit que la prévision du volume d'une lave de type "glissement
de terrain" soit extrêmement difficile, sauf cas particulier de
glissement menaçant des enjeux importants et par conséquent connu et
surveillé ; dans la plupart des cas, si les zones en glissement sont
connues et inventoriées dans les bassins torrentiels français, on ne
peut déterminer à l'avance quelle partie du glissement peut se
réactiver, ni à partir de quel seuil de pluie ; le mode de rupture
intervient également : on peut être proche d'un écroulement -exemple
du Mont Ontake au Japon où 30,16 e m 3 se sont écroulés [comme à
la Valtellina (1987) ou à Zermatt (1991)] mais se sont ensuite
écoulés dans la vallée en une énorme lave torrentielle de 40 m de
haut ; mais si la surface de rupture est plus vaste, répartie sur
une large surface, on a alors un glissement de terrain souvent lent
qui peut, à une rupture de pente du profil en long, par exemple,
générer une lave torrentielle d'une partie seulement de la masse en
mouvement (cas des glissements de Lavalette, de Boule ou de
St-Martin-la-Porte) .

Il faut maintenant indiquer un mode particulier de génération de


laves torrentielles de type "glissement de terrain" car il a donné
lieu à de nombreuses études au laboratoire (cf. § 12.9) : c'est le
cas d'un massif de terre ou de gravier, bien individualisé, dont la
stabilité est autonome par rapport au reste du bassin versant, et
dont on peut par conséquent étudier les conditions de rupture par
saturation. Tout le problème pour le praticien est évidemment celui
de savoir si le cas concret auquel il est confronté peut être
schématisé de cette façon. C'est ce qui a été fait par exemple pour
les Conques de Vernet-les-Bains (réf. 12.10 et 12.11).

12.7.3 - Autres modes de formation

On a détaillé ci-dessus les modes d'occurence de laves torrentielles


que l'on rencontre en France et auxquels le praticien français est
confronté. Il y a d'autres possibilités comme les lahars dus à la
fonte de quantités importantes de neige ou de glace par une éruption
volcanique ; certains exemples sont célèbres : Mont St-Helens (1981)
ou Nevado del Ruiz (1985), et ont été particulièrement étudiés.

12.8 - ORDRE DE GRANDEUR DES DEBITS DES LAVES DE TYPE HYDROLOGIQUE

En raisonnant très grossièrement, nous pouvons tenter de trouver un


ordre de grandeur permettant de passer du débit d'eau claire
générant la lave (ou de sa hauteur) au débit correspondant de lave
(ou à sa hauteur), en utilisant les ratios déterminés aux
paragraphes 12.3 à 12.6. Nous nous plaçons dans l'hypothèse où la
lave s'écoule dans un chenal canalisé où la section S(h) croît comme
h 1 -6 , ce qui nous permet de calculer les variations de hauteur
connaissant les variations de section et vice-versa. Nous
utiliserons la formule de Manning-Strickler :

V = K h2 / 3 I1 / 2 et Q = V . S(h)

208
Passons en revue les différents phénomènes qui interviennent :

- la présence de sédiment (cf. § 12.3) augmente le volume d'un


rapport kl (de l'ordre de 2 à 4). Admettons que celui-ci se
reporte sur la section. On en déduit :
1
H^..! = kl '1 -6 • **„„ (12.8)

- le coefficient de rugosité de la formule de vitesse est réduit


d'un rapport k2 (de l'ordre de 1.5 à 3), (cf. § 12.5.3). Pour que
le débit s'évacue, il faut donc que [h 2 / 3 . S(h)] soit multiplié
par k2. On en déduit :
l
Hi.v .. 2 = k2 '*-** . HL,..! (12.9)

- enfin, deuxième effet dynamique, les pulsations augmentent la


hauteur d'un facteur k3 (qui varie entre 1 et 2). On a donc :

Hi«.v = .3 = k3 . Hi„,.. 2 (12.10)

Conclusion : on obtient finalement :

H ^ . = kl *' 1 -6 . k2 1
/2 -2 6
. k3 . H „u (12.11)

ce qui nous donne un rapport multiplicateur variant entre 1.8 et


7.7. Le débit des pulsations par rapport au débit de régime uniforme
ne nous est pas connu ; on ne va calculer le rapport multiplicatif
qu'en l'absence de pulsations, à partir de :
2 / 3
Q. M = S(h. M ) . K h „u I1 '2

et K
Qi«v« = S(hi«l V €.) . — . hj.„.v « I
k2

"4 1
On obtient Q 1 1 1 V e = kl 1 - Q«„u , ce qui donne un rapport
compris entre 2.65 et 7.

12.9 - ORDRE DE GRANDEUR DES DEBITS DES LAVES DE TYPE


"GLISSEMENT DE TERRAIN"

Rappelons tout d'abord qu'on ne traite ici que le cas schématique


décrit à la fin du paragraphe 12.7.2 d'un massif de gravier
autonome, qui est vraisemblablement loin de pouvoir représenter tous
les cas possibles de génération de lave torrentielle à partir d'un
phénomène de rupture de type glissement de terrain ou écroulement.

-209-
De plus, la plupart des études ont considéré un massif de matériau
sans cohésion et à granulométrie uniforme. TAKAHASHI a été un des
pilotes de l'exploration de ce mode d'étude et nous allons ici nous
inspirer largement de ses travaux (réf. 8.6).

12.9.1 - Conditions d'occurence

Figure 12.5 :

Etude de l a rupture d'une lave


de type "glissement de t e r r a i n "

Le matériau, sans cohésion, est caractérisé par son angle de


frottement interne statique ( J
> , sa compacité C* et sa masse
volumique Ç s. Il s'agit de savoir à partir de quel niveau d'eau la
stabilité n'est plus assurée, en-dessous du niveau du sol, ou
au-dessus (ho > 0), et, lorsque la rupture survient, à quelle
profondeur a (> d50) elle se produit. La force motrice est donnée
par la composante dans le sens de l'écoulement du poids total (eau +
matériau solide) et la force résistante se déduit par l'angle de
frottement interne de la composante normale au sens de l'écoulement,
du poids des seuls matériaux immergés.

1er cas :

La rupture se produit sans ruissellement superficiel.

On a donc ho = 0. On est typiquement dans la problématique des


mécaniciens des sols qui étudient la rupture d'un massif de terre ;
on a :

Force motrice = Poids total . sin 9= [C* a( Ps - P ) + a p] g . sin©

Poids des grains seuls : C* a( Ps - P ) g

Composante normale du poids : C* a ( P s - P ) g cos 0


-

Force résistante : C* a ( Ps - P ) g cos & tg 4


>

210
On voit que la condition de rupture est indépendante de a et
s'exprime par :
c" le*-?)
e >
^ c*^s -e) + ç <1 2 -1 2 )

On est donc assez éloigné des cas étudiés dans la problématique


"rupture" de glissements' de terrain, pour lesquels il faut trouver
le niveau de la zone de rupture avec une nappe phréatique non
affleurante. Il est assez logique, dans le cas des laves, d'admettre
qu'il y a ruissellement, donc qu'on a ho > 0 et que la relation
(12.12) n'est pas vérifiée.

2ème cas :

La rupture se produit avec une lame d'eau ho.


La relation (12.10) est donc non vérifiée et on a :

C
K 9
<
,, *(fr-rt ^ <".13>

Seule la force motrice est modifiée ; elle devient :

[C* a ( Ps - P ) + (a + ho)] g . sin 9

et la condition de rupture, qui ne peut se produire que pour a S^O,


s'écrit :

v >
n&-ew^fc;c ^
En pratique, cette relation n'a pas été réellement vérifiée ; la
condition a = d50, notamment est trop irréaliste. Une autre
formulation a été ensuite donnée où a a été exprimée en fonction
de h a (a = k . ho) et on a donné à k des valeurs supérieures à 1
(1.3 à 1.5). La condition de rupture devient donc alors :

C
KQ > t ( e s "e \ s
fc-^cp (12.15)

Si elle a pu être utilisée dans des applications d'ingénierie pour


approcher des valeurs de la pente tg 9- à partir de laquelle peuvent
se produire des départs de lave torrentielle de type glissement de
terrain, elle ne l'a guère été en sens inverse, c'est-à-dire pour
déterminer la valeur ho de l'écoulement à partir de laquelle se
produit la rupture (Eq. 12.12).

— 211 —
12.9.2 - Ordre de grandeur des laves de type
"glissement de terrain"

On peut supposer que, lorsque le seuil de débit Qo qui déclenche la


lave se produit, le sédiment en place est saturé. On suppose
(réf. 12.3) qu'une tranche d'épaisseur (a) (fig. 12.6) de sédiment

Figure 12.6 :

Déclenchement d'une l a v e de type


"glissement de t e r r a i n "

(concentration C*) crée une lave (concentration volumique Cv) de


hauteur h et on applique l'équation de continuité à la fois à l'eau
et au sédiment ; on obtient :

solide 1 . ( [Link]) . a .. C* = L .([Link]) . h . Cv

eau Qo . dt + L .([Link]) . a . (1-C*) = L . ([Link]). n .(1-Cv)

Avec un débit de lave Qt égal à (L . h . U), on obtient en


développant :

Qt = ( C* / (C*-Cv)) . Qo (12.16)

Il est évident que les valeurs des concentrations, statiques (C*),


et dynamiques (Cv) sont reliées entre elles ; TAKAHASHI se fixe
comme valeur supérieure de Cv, 90% de C*. Si on se donne comme
valeur inférieure une concentration de l'ordre de 75% de Cv, on
obtient pour le rapport (Q*/Qo) une fourchette qui varie entre 4
et 10.

-212-
Conclusion :

Selon cette analyse, les débits des laves du type "glissement de


terrain" seraient de 4 à 10 fois plus élevés que les débits d'eau
qui les ont provoqués.

HIRANO et al (réf. 12.4) ont calculé ce rapport avec un simulateur


de pluie et non à partir d'un débit amont et proposent
Qx»v» = 18. Q„ (fig. 12.7) ; cette figure montre d'ailleurs que

Figure 12.7 :

Relation e n t r e l e d é b i t de lave (qT)


e t l e d é b i t de p l u i e (qr)
qui l a déclenche
selon HIRANO e t a l . ( r é f . 12.4)

la fourchette des valeurs expérimentales est très large : le rapport


Qt/Qo (qT/qr des auteurs) varie entre 7 et 70 ou 80. Il est vrai
que voulant simuler des laves torrentielles de cendre volcanique ils
avaient pris du matériau à fort indice des vides (0.7 à 0.8). ce qui
correspond à une compacité de 0.56 à 0.59.

12.9.3 - Condition d'érosion et de régime permanent

Au paragraphe précédent, on a utilisé l'équation de continuité pour


relier le débit d'eau avant la rupture au débit de lave après la
rupture. Dans celui-ci, on va reprendre le mode de raisonnement du
paragraphe 12.9.1, mais en l'appliquant non à l'état statique avant
le déclenchement, mais à l'écoulement constitué (fig. 12.8) d'une
lave (hauteur h, concentration volumique Cv) s 'écoulant sur un
massif de gravier de compacité C*. Le problème est de savoir si
une épaisseur supplémentaire a du lit torrentiel va être érodée.

Figure 12.8 :

Ecoulement d'une lave


de concentration volumique CV
s u r un l i t t o r r e n t i e l de compacité C*

-213 —
On est bien dans une problématique de type "rupture", mais elle est
appliquée "en statique", c'est-à-dire en négligeant les forces
hydrodynamiques qui s'exercent entre l'écoulement et la zone
immobile, et qui n'existaient pas dans le cas étudié au
paragraphe 12.9.1.

La force motrice s'écrit :

t(h Cv + a C-)- ( Ps - P ) + (a + h)-p ] g . sin 0

La force résistante s'écrit :

(h Cv + a C*) ( Ps - P ) g . cos 0- . tg P
<

Indiquons une approximation qui est faite ici dans l'expression de


la force résistante : on applique le même coefficient de frottement
interne <
p à la partie dynamique de l'écoulement hCv qu'à la partie
statique aC*.

En égalant forces résistante et motrice, on obtient l'épaisseur a


d'érosion de sédiment :

«-= — (12.17)

Comme il y a eu rupture avec une hauteur d'eau ho non nulle (qui est
devenue h hauteur de l'écoulement), on sait que la relation (12.11)
est vérifiée, donc le dénominateur de l'expression (12.15) est
positif. Il y aura donc érosion, si a > 0, donc si son numérateur
est positif. On obtient donc :

Condition d'érosion :

C < 7 „ ^ (12.18)
~ tf.-e) M - W
La condition de régime permanent s'obtient lorsque a est nul, mais
la force résistante ne s'exprimant maintenant qu'avec le matériau en
mouvement, il faut utiliser l'angle de frottement dynamique à la
place de l'angle de frottement statique. On obtient :

Condition de régime permament :

c ^
e^9 (12.19)

-214-
Rappelons qu'avec ce régime, TAKAHASHI, utilisant la loi de
comportement de BAGNOLD, se donne en plus l'expression de la vitesse
(équations 10.5 et 10.6).

Les développements ci-dessus sont très séduisants en théorie, parce


que très complets. En pratique, il est nécessaire de les "vérifier"
un peu en les confrontant à des valeurs de terrain.
L'expression 12.17 par exemple, qui ne fait pas intervenir la nature
et la granulométrie du matériau solide, semble devoir être utilisée
avec beaucoup de précautions. Rappelons aussi, pour inciter à la
prudence, que le système de raisonnement adopté dans ce paragraphe
néglige les forces hydrodynamiques et simplifie donc énormément la
complexité du problème.

12.10 - EXPERIMENTATIONS

12.10.1 - Les expérimentations soviétiques

Comme la question naturelle que se posent les ingénieurs est celle


de savoir de combien s'augmente un débit lorsqu'il se charge en
sédiment au point de devenir une lave torrentielle, les
expériences réalisées en URSS sont particulièrement intéressantes.
Leur description très abrégée se trouve en anglais dans l'ouvrage
collectif écrit pour l'UNESCO et le PNUE (réf. 12.1) ; [Link] elle
est un peu vague et que les chiffres ne concordent pas toujours, je
donne la traduction intégrale de l'extrait correspondant :

DEBUT DE CITATION

"Plus récemment, une seconde approche a é t é u t i l i s é e , c o n s i s t a n t à


produire des laves t o r r e n t i e l l e s (mudflows) a r t i f i c i e l l e s à une
é c h e l l e proche des laves n a t u r e l l e s . La première expérience de ce
type en URSS e u t l i e u en 1972. E l l e f u t r é a l i s é e à une douzaine de
kilomètres de l a v i l l e de Alma-Ata dans l e bassin à laves
t o r r e n t i e l l e s de l a r i v i è r e Chemolgan, par l e s chercheurs de
1 ' I n s t i t u t S c i e n t i f i q u e d 'Hydrométéorologie du Kazakhstan (KazNIGMI)
sous l a d i r e c t i o n de Vinogradov. Les o b j e c t i f s de l 'expérience
é t a i e n t de t e s t e r de nouveaux appareils automatiques de mesure des
c a r a c t é r i s t i q u e s des laves comme l a v i t e s s e , l e poids u n i t a i r e , e t
l ' e f f e t de choc e t d ' é t u d i e r l a dynamique des laves locales e t l e s
méthodes u t i l i s é e s pour l e s c a l c u l e r .

-215
La p a r t i e s u p é r i e u r e du c h e n a l d e l a r i v i è r e Chemolgan c h o i s i e
comme s i t e e x p é r i m e n t a l , c o n s i s t e en un énorme c h e n a l é r o d é a v e c
f o r m a t i o n d e l a v e s , dans un a n c i e n d é p ô t m o r a i n i q u e d e m a t é r i a u
f r a g m e n t é e t g r o s s i e r . Le c h e n a l a 930 m d e l o n g , 45 m d e
p r o f o n d e u r , e t a une l a r g e u r en c r ê t e moyenne d e 95 m, c o n s t i t u a n t
a i n s i un s i t e i d é a l p o u r l a g é n é r a t i o n d e s l a v e s . Un r é s e r v o i r
a r t i f i c i e l de 42 000 m3 é t a i t c o n s t r u i t à 1 'amont du s i t e , dans l e s
b i e f s s u p é r i e u r s du c o u r s d ' e a u . I l é t a i t r e m p l i a v e c d e l ' e a u de
f o n t e d e g l a c i e r e t é q u i p é d ' u n e vanne s p é c i a l e q u i r e n d a i t p o s s i b l e
l a l a c h û r e r a p i d e d ' u n d é b i t . L e s v o l u m e s , d u r é e e t d é b i t maximum
f u r e n t , r e s p e c t i v e m e n t , 12 m3, 1 8 . 5 m i n , e t 16 m 3 / s (VINOGRADOV,
1976).

Le t o r r e n t d ' e a u en p r o v e n a n c e du r é s e r v o i r f u t t r a n s f o r m é e n une
l a v e t o r r e n t i e l l e en q u e l q u e s s e c o n d e s a p r è s s a l a c h û r e . A une
d i s t a n c e d e s e u l e m e n t 1 à 2 km en a v a l d e l a vanne du r é s e r v o i r ,
l'écoulement présentait déjà toute l'apparence d'une lave n a t u r e l l e
t o u t à f a i t conséquente, s a hauteur dépassait 2 à 2 . 5 m e t s a
v i t e s s e é t a i t de 1 ' o r d r e d e 4 à 5 m / s . La l a v e é t a i t c o n s t i t u é e d e
boue e t d e c a i l l o u x , e t t r a n s p o r t a i t d e s r o c s d e 3 m d e d i a m è t r e . Le
volume de m a t é r i a u a r r a c h é au s i t e e t à s o n a v a l c o m p r e n a i t
32 000 m3 d e d é p ô t s g r o s s i e r s e t f r a g m e n t é s ; l e volume d e l a l a v e
é t a i t é g a l à 42 000 m3 ( i n c l u a n t l e s 4 000 m3 d ' e a u c o n t e n u e dans
l e s r o c s ) ; l e p o i d s moyen u n i t a i r e é t a i t de 2 070 kg/m3 e t l e d é b i t
maximum d e l a v e é t a i t 110-120 m 3 / s .

L ' e x p é r i e n c e a é t é recommencée l ' a n n é e s u i v a n t e . Le volume d ' e a u


dans l e r é s e r v o i r a v a i t a t t e i n t à c e moment 39 000 m3 à p e u p r è s .
Q u a t r e l a c h û r e s f u r e n t e f f e c t u é e s à 3 m i n u t e s d ' i n t e r v a l l e s . Le
volume r é s u l t a n t de d é p ô t s f r a g m e n t é s e t g r o s s i e r s f o u r n i s par l e
c h e n a l g é n é r a t e u r d e l a v e s de l a p a r t i e s u p é r i e u r e d e l a r i v i è r e
Chemolgan é t a i t d e 102 000 m3. I l e s t i n t é r e s s a n t de n o t e r q u e l e
p o i d s u n i t a i r e maximum m e s u r é f u t 2 300 k g / m 3 .

Caractéristiques des lachûres e t des laves résultantes


( d ' a p r è s VINOGRADOV, 1 9 7 6 ) .

Lachûres Laves

Durée en Volumes D é b i t max. D é b i t max. Volumes Poids u n i t ,


minutes 1000xm3 m3/s m3/s 1000xm3 kg/m3

2 2 18 100
10 8 15 90 63 2 120
9 6 12 70
222 25 2 18 73 1 970
- 4 1 - - 136 2 040

FIN DE CITATION

- 2 1 6 -
12.10.2 - Commentaires

Après avoir cité le texte complet, nous pouvons faire quelques


commentaires :

on voit tout d'abord que les chiffres présentés dans le texte


et le tableau ne sont concordants qu'en gros : la lachûre la
plus importante d'après le texte ne se retrouve pas dans le
tableau ; le cumul des volumes dans le tableau est celui des
4 lachûres (41 000 m3) et de 2 laves seulement (136 000 m3) ;
il est possible que le volume attribué à la deuxième lave
(63 000 m3) concerne en fait les trois premières (on ne
connaît pas en effet le temps qui a séparé ces lachûres et
comment on a mesuré les volumes des laves) ; • auquel cas, le
volume total des laves serait concordant avec celui des
lachûres, car il concernerait bien les 4 événements ;

en mélangeant toutes les données (donc celles relatives à une


lachûre individualisée et à leur cumul), on obtient les
rapports suivants entre les laves et les lachûres :

- à partir du tableau :

• pour les débits : 5.56, 6.00, 5.83 , 9.00


• pour les volumes : - , 7.88, - , 2.92, 3.32

- à partir du texte :

• pour les volumes : 3.50, 2.62

Un seul chiffre se distingue nettement, celui du rapport des


volumes de la 2ème lave à la 2ème lachûre ; s'il devient
celui des trois premiers événements, on obtient 3.94 ce qui
est tout à fait cohérent avec les autres données ;

les données de masse volumique (fourchette allant de 1 970 à


2 300) permet aussi (en se donnant une masse volumique du
matériau sec égale à 2 650 kg/m3) d'en déduire les
concentrations volumiques de sédiment dans la lave
(relation 7.17), soit 59 % à 79 % ; on en déduit ensuite le
rapport des volumes de lave (sédiment + eau) aux volumes
d'eau, soit 2.43 à 4.71. Ces chiffres confirment les rapports
obtenus directement ci-dessus ;

217-
si l'on reprend les volumes écoulés indiqués dans le tableau
et si on les compare aux volumes fictifs qui auraient été
obtenus en conservant le débit maximum pendant toute la durée
de la lachûre, on obtient :

Volumes des lachûres Volumes des laves

fictif réel fictif réel

1er épisode 2 160 2 000 12 000


2ème épisode 9 000 8 000 54 000 63 000
3ème épisode 6 480 6 000 37 000
3 premiers épisodes 17 640 16 000 103 800 63 000
4ème épisode 26 640 25 000 239 760 73 000

Ce résultat montre que les volumes fictifs des lachûres sont assez
peu supérieurs aux volumes réels ; en conséquence, le débit relâché
a toujours été proche du débit maximum (10 % inférieur en moyenne à
peu près). Or, le volume fictif de la 2ème lave est inférieur au
volume réel correspondant ; ceci confirme que ce volume réel
(63 000 m3) doit correspondre aux trois premiers épisodes ; le
volume fictif correspondant est en effet alors supérieur au volume
réel (dans un rapport 1.6), alors que pour le 4ème épisode, ce
rapport est de 3.3. Il semble bien que la bonne permanence du
débit des lachûres ne soit pas conservée pour le débit des laves ;
on pense évidemment à la possibilité d'un régime puisé, confirmé par
le rapport des débits maximum bien supérieur pour la 4ême lave (9)
que pour les autres (6 en moyenne) ; si cette explication est bonne,
on en déduirait même que le comportement transitoire puisé
introduit une augmentation de débit de l'ordre de 1.5 à 1.6 ; mais
il serait évidemment judicieux de bénéficier de plus d'informations
sur ces expérimentations.

12.11 - SYNTHESE

12.11.1 - Comparaison entre les calculs théoriques


approximatifs et les expérimentations soviétiques

Bien que la fourniture en sédiment solide y soit concentrée et non


diffuse, nous pouvons penser que les expérimentations soviétiques
sont plutôt du type "hydro logique" que du type "glissement de
terrain" .

-218-
Les comparaisons entre les calculs et leurs mesures peuvent être
rassemblées dans le tableau 12.1 ci-dessous.

Calculs Expérimentations
théoriques soviétiques

Rapport des volumes de laves 2 à 4 2.62 à 3.94


aux volumes d'eau

Rapport de la hauteur de lave


à la hauteur du débit d'eau
contenue dans une lave de type
hydrologique :
- sans pulsations 2 à 4
- avec pulsations 2 à 8

Rapport du débit d'une lave


de type hydro logique au débit
d'eau contenu dans la lave :
- sans pulsations 2,6 à 7 5.56 à 6
- avec pulsations - 9

Rapport du débit d'une lave de


type glissement de terrain au 4 à 10
débit d'eau qui la déclenche

Tableau 12.1 :

Rapports e n t r e volumes, d é b i t s e t hauteurs de laves


e t l e s volumes, d é b i t s e t hauteurs d'eau correspondants

Conclusion :

Compte tenu de la difficulté d'obtention des mesures sur des laves,


nous pouvons nous estimer assez satisfaits de la bonne adéquation
qui existe entre tous les résultats qui ont été confrontés ; il n'en
reste pas moins que les fourchettes obtenues sont très larges et
que les difficultés d'utilisation sur le terrain sont mal résolues.
Il semble malgré tout que ces ordres de grandeur peuvent être
considérés comme valables et que ceci est une amélioration certaine
par rapport à notre connaissance antérieure.

— 219 —
12.11.2 - Les débits des laves vus d'un point de vue d'hydrologue

Les valeurs obtenues pour les débits des laves sont certes
incertaines ; si l'on regarde malgré tout les valeurs obtenues pour
les laves déclenchées à partir de pluies, et non par suite de fonte
de neige ou de glacier ou comme conséquence d'un glissement de
terrain, on peut les rapporter à la superficie du bassin versant et
comparer les débits spécifiques aux normes hydrologiques usuelles en
ce domaine :

- l'analyse théorique approximative faite ci-dessus (§ 12.8 et


12.9.2) comme les expérimentations soviétiques à Alma-Ata
montrent que les débits spécifiques des laves sont 3 à
10 fois supérieurs aux valeurs correspondantes des crues
normales ;

- les résultats obtenus pour la lave du Verdarel le


24 juillet 1988 donnent un débit de 150 m3/sec. pour un
bassin versant de 1.8 km 2 (en fait la surface contributrice
doit être inférieure à cela) . Le débit spécifique est donc de
l'ordre de 80 m3/sec. km 2 ;

- la lave torrentielle du Saint-Antoine de Modane du


24 août 1987 a empli le chenal à la traversée du cône de
déjection avant de boucher le pont de la nationale 6. A
partir de la formule de Manning Strickler (L = 6 m, h = 4 m,
fruit = 0.7, K = 7) on obtient un débit de 170 m3/sec. pour
un bassin versant de 5.2 km 2 . Ceci nous donne un débit
spécifique de 33 m3/sec. km 2 . Précisons que le débit
centennal "normal" n'est que (!) de 22 m3/sec. (réf. 12.5),
soit 4 m3/sec. km 2 ;

- il en est de même pour les laves torrentielles observées en


Chine (cf. § 9.3), mais un ordre de grandeur au dessus pour
les superficies : LI JIAN et al. (réf. 4.2) mesurent des
débits de laves allant jusqu'à 2 430 m3/sec. pour la ravine
Jian Jia de 47,1 km 2 . Impressionnantes par la taille, ces
laves torrentielles ont les mêmes débits spécifiques (51
m3/sec. km 2 ) que celles qui se produisent dans les torrents
français des Alpes.

220-
Conclusion :

Du point de vue hydrologique, il est donc primordial de savoir si un


torrent est susceptible de générer des laves torrentielles ; si tel
est le cas, les débits qu'il doit faire transiter peuvent être de 5
à 10 fois plus grand que le débit centennal obtenu par une étude
hydrologique basée sur des crues "normales". On rejoint alors les
très grandes valeurs de débit spécifique observées sur les régions
à très fortes intensités de pluie et de crue [crues d'octobre 1940
dans les Pyrénées-Orientales (réf. 12.6) ou crues cycloniques de la
Réunion ou des Antilles, ou de la Nouvelle-Calédonie (réf. 12.7 et
12.12)].

12.11.3 - Précautions pour l'utilisation de ces résultats

Il est important de terminer ce chapitre sur les laves torrentielles


en précisant que les ordres de grandeur obtenus au paragraphe
précédent ne peuvent pas être utilisés de façon aveugle ; il serait
par exemple très regrettable que la tentative de clarification qui a
été faite dans ce chapitre soit utilisée pour valider le
raisonnement sommaire qui consisterait à multiplier automatiquement
par 6 ou 10, le débit centennal "normal" de tout torrent dès lors
qu'un risque de lave a été détecté, et à lui affecter ensuite une
durée de retour de 1 à 30 ans puisque c'est grosso modo la
fourchette d'occurence des laves pour les torrents alpins.

Ce scénario n'est pas improbable pour un torrent actif non corrigé


(l'exemple du Verdarel de St-Chaffrey en témoigne) ; mais
l'application automatique d'un tel ratio peut conduire à de
nombreuses absurdités, et dans l'état actuel de nos connaissances,
il reste indispensable de faire une étude poussée du torrent à laves
contre lequel on veut se protéger et de s'inspirer d'abord des
observations de terrain (cf. chapitre 14) ; c'est en synthétisant
dans une telle étude la compréhension physique des processus érosifs
(réf. 12.9), l'historique des poussées de fièvre du torrent, le
diagnostic du système de défense existant, et en les confrontant à
des raisonnements hydrauliques comme ceux qui ont été exposés
ci-dessus, qu'on peut arriver à l'"intime conviction" d'un volume et
d'un débit de lave, spécifiques au cas envisagé.

221
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 12 -

(12.1) Landslides and mudflows. (1988). Ouvrage collectif. UNESCO


et UNEP.

(12.2) Initiation and flow behaviour of the 1980 Pine Creek and
Muddy River lahars, Mount St-Helens. (1985). PIERSON.
Geological Society of America Bulletin Août 85.

(12.3) Estimation of potential débris flows and. their hazardous


zones ; soft countermeasures for a disaster. (1981).
TAKAHASHI. Journal of natural disaster Science. Volume 3.
No 1 .

(12.4) A modeling of débris flow in the active volcanic area.


(1986). HIRANO. MORIYAMA. HIKIDA. IWAMOTO. Symposium on
érosion, débris flow and disaster pevention. TSUKUBA. Japon.

(12.5) Etude de bassin du Saint Antoine. (1986). MEUNIER. MATHYS.


Région Rhône-Alpes. Service RTM - CEMAGREF.

(12.6) Averses et crues fantastiques dans le Roussillon en


octobre 1940. (1941). PARDE. Météorologie. Janvier - juin
1941.

(12.7) Protection contre les risques naturels et lutte contre


l'érosion en Nouvelle-Calédonie. (1989). DINGER et TACHKER.
Compte rendu de mission - CEMAGREF-RTM Grenoble.

(12.8) Calcul de la vitesse d'une lave torrentielle à la fin d'un


coude de canal, à partir de l'observation des dépôts
latéraux (1990). P. COUSSOT, CEMAGREF. Note d'information
RTM-ONF .

222-
(12.9) Les études de bassin versant torrentiel. (1987). M. MEUNIER.
Informations Techniques - CEMAGREF - N° 65.1.

(12.10) Etude des risques d'érosion aux Conques de Vernet-les-Bains.


1988). C. AZIMI, P. DESVARREUX. ONF-RTM 66 - ADRGT.

(12.11) Etude des risques d'érosion aux Conques de Vernet-les-Bains.


Rapport complémentaire. 1988. C. AZIMI, P. DESVARREUX -
ONF-RTM 66 - ADRGT.

(12.12) Etude des transports solides torrentiels. (1990).


M. MEUNIER. Commission de Réhabilitation de la Région de
Thio. CEMAGREF.

(12.13) Hydrologie properties of mud and débris flows. (1982).


J.S. O'BRIEN. American Geophysical Union. Front Range
Branch.

-223
C H A PIT R E 13

LES ECOULEMENTS HYPERCONCENTRES

225
Les laves torrentielles constituent le phénomène le plus
spectaculaire et le plus dommageable qui se produit dans le
torrent ; mais l'ingénieur de terrain, en France, est le plus clair
de son temps confronté à des phénomènes de moins grande ampleur, qui
nous rapprochent de l'hydraulique des crues classiques, avec cette
différence que le transport solide, quand il y en a, peut devenir
très important (de 1 % à 20 ou 40 % en volume). Une meilleure
connaissance de cette hydraulique est donc très importante,
notamment sur les problèmes concrets que sont les seuils de début de
transport et de dépavage, et la détermination du régime permanent
uniforme (en débit liquide et en débit solide).

13.1 - LA DELIMITATION DU DOMAINE DES ECOULEMENTS HYPERCONCENTRES

Il n'y a pas de problème particulier pour le délimiter du côté des


fortes concentrations : le critère phénoménologique adopté est
clair : les laves torrentielles se produisent en bouffées et les
écoulements concentrés non. Le délimiter du côté des faibles pentes
est plus difficile. On a justifié la nécessité (cf. § 4.2.2) de
traiter les écoulements hyperconcentrés différemment des écoulements
d'hydraulique fluviale par le fait qu'il existe un régime
d'écoulement où le transport solide est suffisamment conséquent pour
qu'on soit obligé d'en tenir compte dans le calcul de la hauteur
d'écoulement.

Ceci peut se produire de différentes manières suivant le cas :

- avec des matériaux fins, la loi de comportement est modifiée, donc


la vitesse moyenne de l'écoulement, donc sa hauteur ;

- avec des matériaux granulaires, le volume des matériaux solides


n'est plus négligeable, que ces matériaux occupent la totalité de
l'écoulement ou seulement qu'ils roulent sur le fond en formant
une couche mobile au-dessus d'une autre couche immobile (cet
écoulement est parfois appelé "immature débris flow". TAKAHASHI
(réf. 13.6)).

Dans le cadre de ce chapitre 13, on se place dans le deuxième cas,


celui des matériaux granulaires ; on peut lire le résultat de
l'interaction entre solide et liquide directement sur le graphique
des hauteurs d'écoulement (fig. 3.3) ; lorsqu'on en déduit des
formules d'écoulement (réf. 9.5) en calculant la vitesse moyenne à
partir de la section totale, et non à partir de la hauteur fictive
d'écoulement due au débit liquide, la pente ne joue plus son rôle en
I°- 5 comme le veut la théorie classique mais en i°- 3 ou même
moins (I°- 1 2 selon les mesures de JARRET, réf. 13.13).

-227-
Ce critère de séparation dit d'écoulement, entre charriage classique
et charriage hyperconcentré peut être traduit quantitativement, bien
que de manière très empirique : concentration Qs/Ql supérieure à
5 %, pente supérieure à 7 ou 10 %, épaisseur de la couche "mobile"
de matériaux solides sur le fond de l'ordre de 5 % de la hauteur
d'écoulement. En-deçà de ces seuils, l'interaction entre l'eau et
les sédiments existe tout autant, mais elle introduit un écart entre
la hauteur d'eau fictive et la hauteur totale de l'écoulement qui
est de l'ordre de grandeur de l'incertitude des résultats donnés par
les méthodes de quantification.

Mais, il y a aussi un critère phénoménologique qui permet de séparer


l'hydraulique fluviale classique et le charriage hyperconcentré :
avec ce dernier, le transport solide se produit par paquets, qui
s'arrêtent puis repartent, déplaçant en permanence l'écoulement
latéralement, dans un méandrage à petite échelle très rapide et
continuel au cours de la crue. Les concepts de largeur moyenne et de
hauteur moyenne de l'écoulement sont alors très difficiles à
quantifier, avec un tel comportement du transport solide. Ce critère
permet de ranger le fort transport solide des rivières torrentielles
dans le domaine des écoulements hyperconcentrés, qui débute alors à
des pentes de 2 à 6 % (cf. fig. 13.1).

HYDRAULIQUE LAVES
I Concentration vfrlumjque croissante | |

FLUVIALE I I I I I I TORRENTIELLES
-

i * " ECOULEMENTS HYPERCONCENTRES "*"l 1


! I I I I I
Critère, .de Critère. de Critère .de
^séparât on séparation séparation
phénoménologique Ecoulement phénoménologique
(pente 2 à 6 %) (pente 7 à 10 8 ) (pente 3 0 à 5 0 % pour le
déclenchement des laves)
Validité des formules
dnydraullque fluviale
Validité des formules spécifiques aux _
écoulements hyperconcentrés

Figure 13.1 :

Délimitation du domaine des écoulements


hyperconcentrés (avec des matériaux granulaires)

-228-
Le problème de savoir où faire démarrer le domaine des écoulements
hyperconcentrés n'est pas un débat académique. Il semble bon
d'adopter la définition "phénoménologique" de ce domaine, car une
conséquence importante pour les gens de terrain est que ce sont
l'évolution des transports solides qui conditionnent la ligne d'eau
et que l'utilisation des formules d'écoulement liquide classiques et
des modèles mathématiques peut donner des résultats aberrants si on
ne fait pas en parallèle une analyse des déplacements du fond du lit
et des profils en travers.

Nous allons maintenant nous intéresser aux méthodes qui permettent


de quantifier les écoulements hyperconcentrés, en restant dans le
charriage hyperconcentré, celui où le matériau granulaire (sable,
gravier, cailloux) semble jouer un rôle primordial même si les
matériaux fins n'en sont pas absents. Comme on l'a indiqué sur la
fig. 13.1, certaines formules, issues de l'hydraulique fluviale,
peuvent être étendues à une partie seulement du domaine des
écoulements hyperconcentrés (la formule de MANNING-STRICKLER en est
un bon exemple). Nous allons nous intéresser surtout à celles qui
représentent le domaine dans son entier, qui sont donc spécifiques
du charriage hyperconcentré et qui, pour certaines, ne peuvent pas
être utilisées en hydraulique fluviale classique.

Comme en hydraulique fluviale, chapitre 2, il va être question ici


de dégager, à la fois à partir de considérations théoriques, et de
mesures au laboratoire ou in situ, les meilleures méthodes qui
permettent de calculer les caractéristiques d'un écoulement
torrentiel, en condition de régime permanent uniforme. On cherche
donc un équivalent de la formule de MANNING-STRICKLER (formule 2.11)
pour le débit liquide, de la formule de MEYER PETER (formule 2.14)
pour le débit solide, de la méthode de SHIELDS (fig. 2.3) pour le
début du transport.

Des synthèses sont faites périodiquement, compilant tout ou partie


des travaux existants, chacune apportant sa pierre à l'édifice ; on
trouve ainsi TAKAHASHI (réf. 13.7), MEUNIER (réf. 9.5), RICKENMANN
(réf. 13.1) ; de grandes convergences se dessinent sur lesquelles
nous allons nous appuyer pour présenter les résultats les plus
utilisables pour l'ingénieur, en insistant sur le fait que les
travaux de recherches donnent des résultats qui varient assez
sensiblement, certainement à cause de la variabilité naturelle du
phénomène, mais peut-être aussi à cause des protocoles expérimentaux
eux-mêmes. Toutes les formules présentées ci-après devront donc être
utilisées en tenant compte de cette variabilité.

229
13.2 - RETOUR SUR LA NOTION DE CONCENTRATION

En hydraulique fluviale classique, le débit solide est la plupart du


temps compté en m3/s pour le charriage, en mg/1 pour la suspension,
parfois en ppm (partie par million). Pour les laves torrentielles,
on a utilisé, on l'a vu, la concentration volumique Cv (qui varie
entre 0.4 et 0.7).

La gamme de variation de la concentration volumique du charriage


hyperconcentré (de 0.01 à 0.3), le mode de liaison entre le débit
solide et le débit liquide, conduisent naturellement à privilégier
l'utilisation du rapport du débit solide au débit liquide, notée C
(formule 7.1) et appelée concentration. Il est donc important de ne
pas confondre les deux termes C et Cv qui sont reliés par les
relations 7.7 et 7.8.

On a là une indication assez claire du bien fondé de la notion


d'écoulement hyperconcentré puisqu'en étudiant ces écoulements, on
dégage naturellement des concepts spécifiques qui leur sont propres.

13.3 - CONTRAINTE CRITIQUE DE CISAILLEMENT. DEBIT CRITIQUE DE DEBUT


DE TRANSPORT. DESTABILISATION DU LIT DES TORRENTS

En hydraulique fluviale classique, les problèmes d'érosion du lit et


de début de transport sont assez logiquement confondus puisque le
charriage notamment provient essentiellement de l'érosion du lit et
non des apports de matériaux des versants à l'amont. En torrent, et
en rivière torrentielle aux confluents des torrents surtout, les
apports de matériaux des versants sont la plupart du temps
conséquents. Ils constituent la seule fourniture de matériaux
solides lorsque le lit du torrent n'est pas déstabilisé.

On devrait donc normalement distinguer un seuil (contrainte critique


ou débit critique) de transport des matériaux (sous-entendu :
provenant des versants ou des dépôts de crues antérieures non
consolidés), et un autre seuil (contrainte ou débit) à partir duquel
s'effectue l'érosion du lit ; ceci est particulièrement net lorsque
le torrent a modelé sa morphologie pour résister aux forts débits
d'eau claire les plus courants (fonte des neiges notamment) en
formant une structure pavée (pavage de surface et/ou profil en long
en marches d'escalier).

En pratique, on se trouve bien démuni pour aller au bout du


raisonnement ci-dessus, pour les raisons suivantes :

- La caractérisation et la compréhension du lit d'un torrent n'est


pas facile : s'il est possible de quantifier de façon économique
les caractéristiques d'une morphologie torrentielle donnée (les
fiches de torrents rédigées en France par les Services ad-hoc en
sont une bonne approche), il est plus difficile de leur donner une
interprétation en termes de dynamique torrentielle, et de
quantifier par une méthode simple, .d'une part les matériaux

230 —
solides qui participent à la structure, à l'ossature du lit (dont
le départ pourrait donc engendrer une déstabilisation
catastrophique), et d'autre part des matériaux solides qui n'y
participent pas, et qui sont donc transportables sans problème.

- Les méthodes qui sont à notre disposition pour évaluer les seuils
(de début de transport, ou d'érosion du lit) ont toutes été
obtenues à partir d'essais sur modèles réduits et réduisent donc
fortement la complexité du milieu naturel en cause, et les
confrontations entre les résultats des méthodes issues des modèles
et les phénomènes naturels sont forcément très rares, puisque ces
derniers sont mal connus et donc non quantifiés.

Les méthodes qui vont être présentées maintenant doivent donc toutes
être utilisées dans le contexte qui vient d'être décrit. Elles ont
été recensées par RICKENMANN (réf. 13.1) dont on va beaucoup
s'inspirer ci-après.

Le problème du démarrage du transport peut être formulé soit en


utilisant le concept de la contrainte critique de cisaillement comme
on l'a fait en 2.5, soit en calculant un débit critique de début de
transport ; on passe d'une méthode à l'autre par l'intermédiaire
l'une formule d'écoulement.

13.3.1 - Prise en compte de l'effet de la pente

Les méthodes usuelles en hydraulique fluviale (cf. § 2.5) sont


valables en eau claire, matériau granulaire et faible pente. De
nombreux auteurs ont étudié ce qui se passe à forte pente, toutes
choses égales par ailleurs.

ASHIDA et BAYAZIT (réf. 13.3 cités in réf. 13.1) et MIZUYAMA


(réf. 13.2) ont obtenu un coefficient correcteur de la contrainte de
cisaillement critique, qui la fait augmenter avec la pente :

Coi y . fcq <D - r-S / >iv.&


r
^ Çs-Ç

lit horizontal lit en pente


Figure 13.2 : Composition des f o r c e s agissant s u r un grain

-231 —
TSc~ est la contrainte de cisaillement critique adimensionnelle,
"£,c"*.I est la même mais corrigée par l'effet de la pente tg © ,
et £( est l'angle de frottement interne. L'expression 13.1 résulte
d'une analyse de l'équilibre des forces qui agissent sur un grain,
avec de nombreuses simplifications. Il n'est donc pas étonnant que
des variantes aient été proposées, qu'on trouvera dans la réf. 13.1.

C'est en fait l'adéquation à des valeurs expérimentales qui


commande. MIZUYAMA a proposé en définitive (réf. 13.2) :

£* - [Link]- . e (13.2)

alors que GRAF et SUSZKA (cité in réf. 13.9) ont proposé :

£o = [Link]. .
e (13.3)

où I est la pente (tg 8- ) en m/m, qui montre une augmentation de


~0 c avec la pente alors qu'avec d'autres formules c'est une
décroissance qu'on obtient (réf. 13.1). En fait, deux effets peuvent
se contrarier : d'une part l'effet du poids augmente avec la pente,
d'autre part la hauteur d'eau se réduisant et la rugosité relative
augmentant, la force hydrodynamique peut être réduite, notamment aux
faibles hauteurs relatives.
Comme pente et rugosité relative (d50/h), à débit constant, sont
liées, on ne s'étonnera pas que d'autres auteurs aient privilégié
une autre présentation : ainsi ASHIDA et al (réf. 13.5) cité dans la
réf. 13.6) ont proposé :
if Ci g o

^ fr-r 1(13.4)
2. * ^
»6o

Une présentation synthétique faisant apparaître l'effet des deux


paramètres est présentée par GRAF (réf. 13.9) sous la forme :

ç* = 0.6 .1 . A _ <L < ; — -£ <6 (13.5)

Comme on le voit, le problème du début du transport dans les cours


d'eau à forte pente, présenté sous la forme de la contrainte
critique de cisaillement, a été bien étudié. Voyons maintenant
l'autre mode de présentation qui consiste à chercher le débit
unitaire critique de début d'entraînement. Utilisant une formulation

-232-
due à SCHOKLITSCH, BATHURST et al. (réf. 13.4) ont proposé une
formule très simple (qc est en m3/s.m).

=. fk_ = O.<LS T (13.6)


%
« ^ X

Cette formule, établie sur du matériau uniforme et un régime


permanent, a été établie pour des pentes allant de 0.25 à 25 %.
TAKAHASHI (réf. 13.6) a montré que les deux formules 13.6 et 13.4
donnent des résultats cohérents entre eux.

RICKENMANN (réf. 13.1) reformule l'équation 13.6 sous la forme


suivante :

L (13 7 )
i L. ^ W I -
Il introduit ainsi le facteur lié à la densité du matériau adopté
par SCHOCKLITSCH, et cela lui permet de la comparer avec une formule
de même nature, établie par WITTAKER et JAEGGI (réf. 13.5)
traduisant le début de la destruction d'une rampe de blocs de taille
à peu près uniforme (la pente varie entre 5 et 25 %).

„ „ =[Link] -d I (13.8)

Le rôle de la pente est un peu plus grand, la granulométrie est


traduite par le d65 et non par le d50 ; on en conclut malgré tout
qu'une rampe de blocs uniformes bien calés les uns sur les autres
nécessite pour être détruit, un débit double du débit critique de
début de transport sur un lit mobile non pavé.

13.3.2 - Prise en compte de l'effet des matériaux fins

RICKENMANN (réf. 13.1) cite WAN (réf. 6.4) et DAIDO (réf. 13.7) qui
ont étudié la contrainte de cisaillement avec des fluides de
BINGHAM. En régime laminaire, les deux auteurs concluent à
l'augmentation de la contrainte critique de début d'érosion. WAN

0.44 Ç,
propose de l'augmenter de la quantité où Tig
g ( Çs - P ) d50

est la rigidité initiale du fluide porteur. Cette augmentation doit


provenir de l'absence de turbulence (on est en régime laminaire).

-233 -
Indiquons enfin que l'effet des matériaux fins sur la contrainte
critique d'arrachement des matériaux, tel qu'il est appréhendé ici,
ne doit pas être confondu avec la capacité d'érosion d'une lave
torrentielle dont l'effet de comportement solide est primordial ; il
s'apparente plus à un effet de "rabot" qu'à l'extraction d'un grain
solide individualisé.

13.3.3 - Conclusion

Pour l'utilisation pratique, on voit donc qu'un certain nombre de


travaux ont été faits au laboratoire qui pourraient nous permettre
de penser que le problème de la détermination du seuil critique
d'érosion est résolu, d'autant que les résultats sont assez
concordants. On doit pouvoir utiliser l'une ou l'autre des formules
13.2 ou 3, 13.5 ou 13.6 et obtenir des résultats de même ordre. Pour
tenir compte de l'effet d'armature du lit, on peut utiliser 13.7 ;
une pratique courante consiste aussi à utiliser les formules
usuelles mais en remplaçant le d50 par le d90 de la courbe
granulométrique du matériau du lit (pratique héritée de
l'hydraulique fluviale). On peut même dans une certaine mesure,
tenir compte de la diminution de la capacité érosive de l'écoulement
due à la présence d'éléments fins dans le fluide porteur.

En fait, les essais faits au laboratoire ne rendent pas exactement


compte du comportement du lit réel d'un torrent, notamment sa
variabilité, son histoire (consolidation du matériau fin
interstitiel), sa structure (de nombreux travaux sur le pavage
existent, et une synthèse sur ce sujet serait à faire), l'influence
des berges (non lisses, non verticales), etc ... Il est important
toutefois de savoir qu'on est vraisemblablement du côté de la
sécurité en utilisant ces formules, ainsi que l'a montré RICKENMANN
à partir d'un exemple de crue observée (réf. 13.10) pour laquelle,
en utilisant la formule (13.7), il a été conduit à remplacer le d50
par le d90 dans la formule, ce qui quadruple presque le débit de
début de transport.

En conclusion, des formules existent qui permettent d'approcher le


problème du début du transport solide et celui du début de
déstabilisation des lits de torrents mais elles sont basées sur des
résultats d'essais qui simplifient la réalité et doivent donc être
utilisées et interprétées en fonction de cet écart.

13.4 - TRANSPORT SOLIDE

Commençons par préciser les variables dont nous allons nous servir,
en plus de la notion de concentration que nous avons vu en 13.2.
Comme la plupart des mesures se font sur modèles réduits, il est
usuel d'en présenter les résultats par mètre de largeur ; ceci pose

234
un problème bien sûr dans la mesure où la définition de la largeur
n'est pas évidente dans un écoulement hyperconcentré sur un lit
alluvial à berges non fixées.

On a donc pour le transport solide :


.m3/s
Qs '
qs = (13.9)
1 *- m-
m3 /s.m

et la même notation pour le débit liquide.

De plus, les formules sont présentées sous forme adimensionnelle et


les variables réduites sont les suivantes :

S ,= ^ (13.10)

-Ç* _ ^ (13.11)
â(f -ç) &
5 S o

L'indice c est ajouté pour indiquer la valeur de la variable à un


seuil "critique" (début de transport pour "E ).

Définissons enfin le coefficient de perte de charge de DARCY


WEISSBACH V8/f ' qui est utilisé en concurrence de celui de MANNING
STRICKLER (formule 2.12)

\ÏL = JL-- U
(13.12)
Vf "* " y^cr

13.4.1 - Concept de capacité maximale de transport

On l'a dit au début de ce chapitre, en hydraulique torrentielle, il


faut distinguer un seuil de début de transport (qui jouerait
seulement sur les matériaux déposés immédiatement mobilisables) et
un seuil d'érosion du lit (qui est plus élevé que le premier). Cela
a bien sûr une conséquence immédiate sur la quantité de matériau
solide transporté (cf. figure 13.3).

— 235 —
Figure 13.3 : Schéma conceptuel de l a l i a i s o n
entre débit liquide e t solide

Si le débit liquide n'est pas suffisant, il n'y a pas de transport.


Lorsque le premier seuil est franchi, le débit solide dépend du
volume disponible en dehors du matériau du lit pavé : il s'agit donc
seulement du matériau venant des versants et du matériau déposé et
facilement mobilisable. Si le volume de ce matériau est important
(courbe A), ou au contraire très faible (courbe B), le débit solide
sera important ou non. Si le débit liquide franchit le deuxième
seuil, un deuxième réservoir de matériau devient disponible, et on
peut la plupart du temps admettre qu'il est suffisant pour que le
maximum de matériau solide soit transporté : on est alors à la
capacité maximale de transport.

Il est important de préciser que les formules dont nous allons


parler maintenant ont toutes été obtenues dans les conditions de la
capacité maximale de transport et qu'il est donc préférable de les
utiliser dans ces conditions.

13.4.2 - Considérations sur le transport solide à forte pente

Des résultats des études sur modèle et de l'utilisation de ces


résultats, on peut tirer un certain nombre de considérations :

- la pente joue le rôle principal dans le transport solide ; son


effet sur la concentration se traduit par une fonction puissance,
avec un exposant qui varie entre 1,5 et 2 ;

-236
- le transport solide adimensionnalisé ( <§ ) dépend de la contrainte
de cisaillement ; cette dépendance s'exprime selon une relation
6
§ *r> X>* d ' à forte contrainte de cisaillement, mais pour de très
<
2 5
forts transports solides, elle pourrait devenir ^ n-> "G* "
(RICKENMANN, réf. 13.1) ;

- le seuil critique de début du transport est souvent très faible


par rapport à l'importance des crues (notamment pour les crues
théoriques de projet) ;

- la largeur du chenal (pour un cours d'eau à berges mobiles) et la


forme de la courbe granulome trique, jouent un rôle moins important
que le débit liquide ;

- débit liquide et débit solide restent proportionnels si le


matériau disponible est suffisant.

13.4.3 - Ordre de grandeur du débit solide à la capacité


maximale de transport

On déduit des considérations précédentes, que dans le cadre d'une


étude sommaire du point de vue hydraulique (par exemple dans une
étude de risques sur l'ensemble d'un bassin versant torrentiel), qui
s'intéresse surtout aux fortes crues, il est justifié de ne
considérer que la variable principale qui joue sur le transport
solide, c'est-à-dire la pente ; on pourra donc utiliser des formules
très simples reliant uniquement la concentration à la pente. MEUNIER
(réf. 9.5) en a synthétisé un certain nombre, issues ou obtenues à
partir des travaux de MIZUYAMA (réf. 13.2), BATHURST et al
(réf. 13.4), SMART et JAEGGI (réf. 3.3) qui sont rassemblées dans le
graphique (13.4).

Réf. ( 9.5) C = 6.3 . I2 (13.13)

Réf. (13.2) C = 5.5 . I2 (13.14)

Réf. ( 3.3) C = 2.5 . I1 -6 (13.15)

Réf. (13.11) C = 2.5/_£». I1 -5 (13.16)


C
avec leurs plages de validité en fonction de la pente. Deux courbes
encadrantes sont également indiquées C = 3 et 10 I2 ; l'écart de 1
à 3 entre la fourchette basse et la fourchette haute traduit bien la
variabilité indiquée précédemment. Le graphique 13.4 traduit bien
aussi la borne "basse" d'utilisation de ces formules simplifiées,
qui est située à une pente de l'ordre de 3 à 5 %.

-237
Figure 13.4 : Formules s i m p l i f i é e s donnant l a concentration
à l a capacité maximale de transport

Il y a de nombreux cas de projets de correction torrentielle où


l'utilisation d'une formule simplifée est suffisante et où une
formule plus complexe donnerait des chiffres illusoirement précis.
Il ne faut toutefois pas oublier que ces formules (comme les
formules plus complexes) donnent la concentration à la capacité
maximale de transport ; elles sont d'autant plus valables que le
matériau solide est suffisamment disponible sur une grande distance,
qu'il est remanié, etc ... Sauf événement catastrophique (crue
d'octobre 40 sur le Tech), il est rare que toutes les conditions
soient réunies pour cela ; en règle générale, les formules de
transport solide le surdimensionnent.

13.4.4 - Formules plus complexes donnant la capacité


maximale de transport (le fluide est de l'eau)

Nous nous plaçons maintenant dans une optique plus "fine" que dans
le paragraphe précédent, celle où on ne peut plus négliger par
exemple l'effet du seuil de transport, celui de l'étendue de la
courbe granulométrique, et où il faut se souvenir aussi de la
différence qui existe, à fort débit solide, entre la hauteur de
l'écoulement et la hauteur d'eau (sans débit solide).

-238-
[Link] - Synthèse (TAKAHASHI, réf. 13.6)

Des travaux de synthèse existent, bien que les mesures restent peu
abondantes. De nombreux chercheurs essaient de comprendre pourquoi
telle formule convient mieux que telle autre. La difficulté de
comparaison des formules entre elles est grande ; en effet certaines
sont exprimées en fonction du débit unitaire de début de transport,
d'autres en fonction de la contrainte critique de cisaillement, et
il faut passer de l'une à l'autre par l'intermédiaire d'une formule
d'écoulement. Or, le choix d'une formule d'écoulement du charriage
hyperconcentré n'est pas évident, comme on le verra au
paragraphe 13.5. De plus, se pose à forte pente, le problème du
choix entre la hauteur fictive hl d'écoulement liquide et la
hauteur totale hm, et les auteurs sont rarement clairs sur ce
choix.

Citons une synthèse faite en 1987 par TAKAHASHI (réf. 13.6) qui
compare la formule proposée par SMART et JAEGGI (réf. 3.3), une
autre proposée par BATHURST et al. (13.14) et la sienne.

SMART et JAEGGI : f = A-.a .X . ^ r . ^ * . (^*_ £* ) (13.17)

BATHURST et al. : %~~~p " 'K[t.~ ^(-.c) (13.18)

TAKAHASHI : §= ** .\ & .V* *. 1- _u î ^ <-4=T (13.19)

Dans la formule 13.19, oc est une fonction un peu complexe qui varie
en fonction de la pente et & = Arctg I. On retrouve à partir de la
formule 13.18, la formule 13.16 en négligeant le seuil de début de
transport.

La comparaison entre les résultats de mesures et l'application des


formules se trouve sur la figure 13.5.

TAKAHASHI en déduit notamment que la formule de BATHURST (Eq. 17 du


graphique) n'est pas adaptée au-delà de 10 % de pente. Il est vrai
qu'elle avait été calée jusqu'à des pentes de 9 %.

-239-
Figure 13.5 :

Formules de t r a n s p o r t s o l i d e à f o r t e p e n t e
(TAKAHASHI, r é f . 1 3 . 6 )

[Link] - Formule SOGREAH (Réf. 2.7)

Utilisant de nombreux résultats d'essais sur modèle réduit et en y


ajoutant les résultats de SMART et JAEGGI, LEFORT (réf. 2.7) a voulu
caler lui aussi une formule de transport solide à forte pente ; mais
il l'a fait en utilisant les considération développées au § 13.4.2
relatives à la primauté de la liaison entre débit solide et liquide
d'une part, de l'influence de la pente par rapport à la largeur
d'autre part.

Il a donc utilisé le débit solide total Qs en fonction du débit


liquide total Ql. Pour cela, il lui a fallu choisir une loi
d'écoulement, il a adopté la formule de MANNING-STRICKLER ; il lui a
fallu aussi se donner une relation entre largeur du chenal et
hauteur d'écoulement et il a adopté celle qu'a proposé RAMETTE
(réf. 13.15) : au transport solide maximum sur un lit alluvial, le
rapport entre largeur et hauteur d'écoulement est de l'ordre de 18.
La formule obtenue est la suivante :

i:wW.l.f. d W (
13
.2
0)

Qt.t,-o.*3> Va-d*, . I (d-4.5. X) (13.21)

-240 —
La figure 13.6 donne en. coordonnées logarithmiques l'adéquation des
valeurs mesurées aux valeurs calculées : il montre que 90 % des
valeurs mesurées se trouvent entre le double et la moitié des
valeurs calculées.

Figure 13.6 :

Valeurs mesurées e t calculées avec l a méthode SOGREAH

Malgré les hypothèses faites dans l'établissement de cette formule


qu'il faudrait vérifier, elle est intéressante car elle rassemble
des conditions expérimentales assez diverses : recyclage du sédiment
ou circuit ouvert, berges fixes et berges mobiles, pente de
2,5/1 000 à 20 %, et comme on l'a dit, le principe d'utiliser le
débit total est prometteur.

13.4.5 - Prise en compte de l'effet des matériaux fins


(RICKENMANN, réf. 13.1)

Fidèle à son histoire (la formule de MEYER PETER y a été établie),


le laboratoire de Zurich continue dans le domaine des transports
solides des travaux très intéressants. Après les études de SMART et
JAEGGI dont on a beaucoup parlé depuis le début de ce document,
celle de DAVIES dont on a parlé au chapitre 11, nous pouvons
terminer ce paragraphe sur les écoulements hyperconcentrés par le
travail de RICKENMANN qui a étudié et quantifié l'effet de la
présence de sédiments fins sur le transport solide. De plus, dans
son étude (réf. 13.1), il a rassemblé l'état de la connaissance en

-241 -
matière d'hydraulique torrentielle de manière très complète et le
lecteur pourra s'y reporter pour nombre d'aspects non repris dans ce
document.

L'effet des matériaux fins, (en l'occurence une argile appelée


opalite, pour les essais de RICKENMANN) est différent suivant que le
régime hydraulique est turbulent complètement développé (le
transport solide croît beaucoup) ou au contraire turbulent lisse (le
transport solide décroît quand la concentration d'argile décroît.

Il faut donc d'abord déterminer la viscosité apparente du fluide


porteur

(13 2 2 )
r - = pe + \ 4 r -
où ïi et Me sont la rigidité initiale et la viscosité plastique du
modèle de BINGHAM qui traduit la loi de comportement du fluide
porteur. On en déduit un nombre de Reynolds effectif du grain :

g* _ a* è-to pf (13.23)

où Oç est la masse volumique du fluide porteur. RICKENMANN montre


que la limite entre les régimes est de l'ordre de 10 ce qui, pour
les essais de RICKENMANN, correspond à une concentration volumique
de l'ordre de 15 à 20 %. En-deçà d'un Reynolds de 10, donc au-delà
de ces valeurs de concentration, le transport solide décroît. On est
dans le cas où la sous couche visqueuse est plus épaisse que la
taille d'un grain. Au-delà d'un Reynolds de 10, les effets de la
viscosité ne jouent pas sur le transport solide et l'augmentation du
transport est due essentiellement à la diminution du poids immergé
des sédiments comme le montre la figure 13.7. Le transport solide
peut être doublé et même triplé aux très fortes pentes.

Bien sûr, RICKENMANN utilise ses données (et celles de SMART-JAEGGI


et MEYER-PETER également) pour déterminer plusieurs formules de
transport. Nous retiendrons la suivante :

*_ = 4£.6 (tîzVfJîJ)"V U - 3 ï A (13.24)

où le débit critique de début de transport est donné par


l'équation 13.7 que nous avons citée précédemment. RICKENMANN donne
comme conditions d'application de ses résultats : pente comprise
entre 5 et 20 %, débit liquide supérieur à 5 fois le débit critique,
hm
hauteur relative inférieure à 20.
d90

-242-
Figure 13.7 :

Variation du transport s o l i d e en f o n c t i o n
de l a d e n s i t é immergée du matériau s o l i d e

13.4.6 - Conclusion

On a présenté un certain nombre de méthodes qui permettent


d'approcher la valeur du transport solide dans les cours d'eau à
forte pente. La richesse de ces résultats ne doit pas toutefois
faire illusion. L'écart avec la réalité est grand, et sans qu'on
puisse valider ces chiffres, on peut penser que les formules
surdimensionnent le transport solide dans un rapport de l'ordre de 2
à 10. Le gros responsable de l'écart est bien sûr le bassin versant
torrentiel lui-même et le lit du torrent. Le premier n'est que
rarement entièrement dégradé, et le matériau du second n'est
pratiquement jamais suffisamment remanié et les berges suffisamment
affouillables pour qu'on puisse admettre que l'écoulement se fait à
la capacité maximale de transport.

C'est par son expérience de la vie des torrents, par la


confrontation de données quantitatives de volumes solides
transportés par des crues, que le praticien pourra décider du
coefficient réducteur à appliquer éventuellement aux formules
indiquées dans ce chapitre.

243-
13.5 - LOIS DE PERTE DE CHARGE

Le coefficient de rugosité peut être exprimé de deux façons,


provenant de deux formules donnant la vitesse moyenne, la formule de
MANNING-STRICKLER, déjà vue (formule 2.11) et celle de
DARCY-WEISSBACH.
U
MANNING-STRICKLER : K= £ / i
_^ ( 2.11)
K- -i

DARCY-WEISSBACH : Ui-r — — = (13.12)

Bien évidemment, K et \)V^ sont reliés (si on assimile le rayon


hydraulique et la hauteur d'écoulement) par une relation évidente.
La relation 13.12 est souvent utilisée par les chercheurs, car la
vitesse de frottement U^ (définition au § 2.1) est obtenue à partir
d'un profil de vitesses mesurées (formule 2.9) et comme la vitesse
moyenne U est également obtenue par les mêmes mesures, le
coefficient \ p f ? s'en déduit facilement.

Le coefficient K est donné en hydraulique fluviale par la formule


de MANNING (2.10)
26
K = (2.10)
1/6
d90

Il est donc important de savoir jusqu'où on peut l'extrapoler vers


les fortes pentes. De plus, plusieurs façons de faire intervenir la
hauteur d'écoulement sont possibles, car on peut utiliser soit la
hauteur fictive de l'écoulement liquide hl soit la hauteur
d'écoulement hm.

Première possibilité : on utilise la hauteur totale de l'écoulement


hm. Cette voie est logique car la hauteur de l'écoulement est
directement accessible à l'observation. Mais les coefficients de
hm
perte de charge varient en fonction de la hauteur relative ( )
d90
et/ou de la pente, et/ou du transport solide notamment aux fortes
pentes. Leur expression peut devenir particulièrement complexe
(réf. 13.6).

CARION (réf. 13.12) a confronté plusieurs formules présentées par


différents chercheurs à partir de données in situ et de données de
laboratoire. Il a retenu comme étant la meilleure sur l'ensemble des
jeux de données, celle de BATHURST et al. (réf. 13.14) :

\(T r r, L. (
D \ , I (13.25)

— 244 —
où D est la profondeur moyenne de l'écoulement (rapport de la
section et de la largeur au miroir).

Par régression directe des données de BATHURST (réf. 13.11), MEUNIER


(réf. 9.5) a obtenu une formule du type puissance qui, modifiée par
RICKENMANN (réf. 13.1) donne :

5
f = " (£["-?-
Cette formule montre que l'effet de la pente sur la vitesse ne se
traduit pas par la puissance 0,5 comme en hydraulique classique,
mais par la puissance 0,3. Les données de BATHURST sont des données
de cours d'eau réels (pente allant de 1 % à 3,7 %), sans transport
solide et en écoulement fluvial (nombre de Froude inférieur à 1). On
trouve la même conclusion avec les travaux de JARRETT (réf. 13.13)
qui obtient la puissance 0,12 comme traduction de l'effet de la
pente sur les vitesses.

Les données de SMART et JAEGGI (réf. 3.3) ont fait l'objet de


nombreux travaux. Eux mêmes ont proposé la formule suivante :

^=3-5 ^a^'^J.U^k) (13.27)


où on retrouve un effet de la pente et de la hauteur relative. Pour
comparer aux formules usuelles, MEUNIER (réf. 9.5) a obtenu, à
partir de leurs données :
o.!5
Jl=[Link] (JM J_ H3.28)

Dans ses travaux récents, RICKENMANN (réf. 13.1) propose, à partir


de ses propres mesures :
- o-5
JH- 1.5 /JM _±_ (13.29)

Même si l'écart entre toutes ces formules est grand (écart de


l'ordre de 20 %), la convergence est évidente et très encourageante
si on considère le fait qu'elles proviennent de données et de
conditions de mesures très différentes : avec ou sans transport
solide, in situ et laboratoire, critique et subcritique.

Deuxième possibilité : on utilise la hauteur fictive de l'écoulement


liquide, composante de l'écoulement total, donnée par le rapport
entre le débit liquide et la vitesse moyenne. Utilisant cette voie
de recherche, à partir des données de SMART et JAEGGI (réfs. 3.3 et
9.5), MEUNIER a obtenu des formules où l'effet de la pente redevient
semblable à celui qu'on a en hydraulique classique :

-245-
— o-èih , p ° - 's '+
^ = S.M T fil-) (&«.«*

Constatant la valeur des exposants, on en déduit donc qu'on peut


utiliser la formule de MANNING-STRICKLER, mais avec la hauteur
fictive de débit liquide, et avec un coefficient de rugosité donné
par les formules :

( 1 3 3 0 )
K=-7f>» ~ "'f^* -

Mais pour que cette approche soit productive, il faut pouvoir passer
de la hauteur fictive de débit liquide, à la hauteur totale de
l'écoulement. Des coefficients de passage ont été calculés ; ainsi
SMART et JAEGGI proposent, à partir de leurs données :

l ^ ±. (13.31)
£e -L - A.6if l (fis.)

et MEUNIER (réf. 9.5) :

it. ~
où hs est la hauteur fictive de débit solide. La hauteur de
l'écoulement est la somme des hauteurs fictives de débit liquide et
de débit solide. Ces deux formules donnent des résultats valables à
± 10 % sur hm pour la première et à ± 40 % sur hs pour la seconde
sur les propres données de calage. Leur utilisation en dehors de ce
domaine est donc encore plus incertaine.

Troisième possibilité : on utilise une liaison directe entre débit


et vitesse ; utilisée par TAKAHASHI pour les laves torrentielles
granulaires, cette possibilité est reprise par RICKENMANN qui
propose, à partir de ses essais :
c.2- °-6 0 ,e
~ =
A-2, r <\i ^ (13.33)

En fait, l'utilisation du débit unitaire comme paramètre explicatif


rend cette formule utilisable surtout dans le cas d'un aménagement
où le débit de projet est connu.

Conclusion : de nombreuses formules existent donc, qui permettent


d'estimer la vitesse de l'écoulement torrentiel. On choisira celle
qui sera le plus adaptée au cas traité, reconstitution de débits
après une crue, ou au contraire calcul de hauteur d'écoulement pour
une crue de projet. La convergence des résultats est bonne si on

-246-
exclut la formule de MANNING-STRICKLER (formule 2.10) sous sa forme
classique de l'hydraulique fluviale. En règle générale, les formules
issues d'essais avec transport solide donnent des vitesses
supérieures aux vitesses constatées sans transport solide, sans
qu'on puisse être sûr que l'écart ne provienne pas de la différence
entre les protocoles de mesure. Un complément de recherches avec
notamment plus de mesures de terrain serait bien entendu
souhaitable .

13.6 - SYNTHESE ET CONCLUSION

Les travaux de recherche effectués depuis ces dernières décennies


ont permis de donner aux praticiens un ensemble de formules qui
devaient se substituer petit à petit, pour l'ingénierie des
torrents, aux formules traditionnelles usuelles. Les précautions
d'utilisation faites au § 13.3 doivent être rappelées car la plupart
des formules dérivent de mesures faites sur régime permanent
uniforme obtenu sur modèle réduit.

L'application aux torrents et cours d'eau torrentiel n'est pas


évidente ; et, si un premier progrès semble réalisé avec cet
ensemble de méthodes pour approcher le régime permanent uniforme, il
va falloir qu'un second le soit aussi, celui qui permettra de relier
la dynamique de l'écoulement à la morphologie torrentielle, puisque
aussi bien, un torrent se présente plus comme une succession de
singularités que comme un bief de pente régulière et de sections en
travers identiques.

La première tache du praticien est donc bien de comprendre le


fonctionnement d'un torrent à partir d'observations nombreuses,
pendant et après les crues, de façon à utiliser les méthodes
explicitées ci-dessus avec la conscience la plus précise possible de
leurs incertitudes. Il peut (et il doit) utiliser les observations
et les mesures qu'il fait sur le terrain pour quantifier
l'hydrologie des torrents qu'il observe. Qu'il n'oublie pas alors
que selon les formules qu'il utilisera, il se placera (ou non) du
côté de la sécurité. La formule (2.10) si couramment utilisée,
surestime notablement les débits écoulés lors d'une crue, à forte
pente, et conduit ainsi une fausse sécurité lorsqu'on s'en sert pour
évaluer le débit écoulé par une crue réelle. Il a donc tout intérêt
à utiliser l'une ou l'autre des autres formules indiquées ici.

Citons enfin une autre difficulté qu'éprouvera le praticien, celle


de se donner des valeurs correctes de la courbe granulométrique. Des
méthodes existent (réf. 13.16) pour calculer valablement une courbe
granulométrique en un endroit déterminé. La difficulté vient de ce
qu'il faut choisir cet endroit, de manière à ce qu'il soit
représentatif et qu'on a beaucoup de mal à déterminer quel endroit
est représentatif et de quoi il l'est. Il s'agit donc ici d'établir
les relations entre la dynamique et la morphologie torrentielles,
problèmes à résoudre maintenant dans la communauté des chercheurs
travaillant en hydraulique torrentielle.

247-
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 13 -

(13.1) Bed load transport capacity of slurry flows at steep slopes


(1990). D. RICKENMANN. Versuchanstalt fur Wasserbau,
hydrologie und Glaziologie der Eidgenb'ssischen, Zurich.

(13.2) Bed load transport in steep channels (1977). T. MIZUYAMA.


Thesis Doctor of Agriculture. Kyoto University. Japon.

(13.3) Initiation of motion and roughness of flows in steep


channels (1973). K. ASHIDA et M. BAYAZIT. 15 t h AIRH
Congrès. Istanbul. (Cité in réf. 13.1).

(13.4) Initiation of sédiment transport in steep channels with


coarse bed material (1985). J.C. BATHURST, W.H. GRAF et
H. H. CAO. Proc. Euromech 156.

(13.5) Study of the initiation of motion of sand mixtures in a


steep slope channel (1977). K. ASHIDA, T. TAKAHASHI ,
T. MIZUYAMA. SUIN-SABO. Vol 29, n" 4. En japonais. Cité dans
réf. 13.6.

(13.6) High Velocity flow in steep erodible channels (1987),


T. TAKAHASHI. XXII Congrès AIRH. Lausanne.

(13.7) On the occurence of mud débris flow (1971). A. DAIDO. Bull.


Disasters Prévention Research Institute. Kyoto University.
Vol. 21. Part. 2. Cité in réf. 13.1.

(13.8) Bed-load transport in steep channels (1989). T. TSUJIMOTO.


International workshop on fluvial hydraulics of mountain
régions. Trent, Italie.

248
(13.9) Flow résistance over a gravel bed ; its conséquence on
initial sédiment movement (1989). W.H. GRAF. International
workshop on fluvial hydraulics of mountain régions. Trent,
Italie.

(13.10) Débris flows 1987 in Switzerland : modelling and fluvial


sédiment transport (1990). D. RICKENMANN. Symposium in
Hydrology in mountainous régions. AIHS Publication. N° 194.
Vol. 2.

(13.11) Flow résistance estimation in mountain rivers (1989).


BATHURST. Journal of Hydraulic Engineering. Vol. 111. N" 4.
Avril 1985.

(13.12) Pertes de charge et granulométrie en torrents (1986),


C. CARION. Mémoire de fin d'études. ENITRTS - CEMAGREF.

(13.13) Hydraulics of high gradient streams (1984). JARRETT. Journal


of hydraulics Engineering. Vol. 110. N° 11.

(13.14) Bed load Discharge équations for steep mountains rivers


(1985). BATHURST, GRAF, HUU HAI CAO. International Workshop
on problems of sédiment transport in Gravel Bed Rivers.
Pingree Park Colorado. USA.

(13.15) Guide d'hydraulique fluviale (1981). RAMETTE. EDF. Direction


des Etudes et Recherches.

(13.16) Etude méthodologique de la détermination des courbes


granulométriques des lits de cours d'eau (1987). M. MEUNIER,
C. CARION. CEMAGREF, groupement de Grenoble.

-249-
CHAPITRE 1 4

L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE
E T L E S ETUDES
D E BASSIN VERSANT TORRENTIEL

251 -
14.1 - INTRODUCTION

Les éléments d'hydraulique torrentielle qui font l'objet de la


synthèse entreprise dans ce document doivent évidemment être
utilisés en ingénierie des aménagements de protection contre les
risques torrentiels. Il n'est donc pas inutile de situer dans ce
dernier chapitre ce qu'est une étude de bassin versant torrentiel,
comment l'étude hydraulique s'y insère et quelle est sa place.

14.2 - LES ETUDES DE BASSIN VERSANT TORRENTIEL

14.2.1 - Le contexte

La grande aventure de la Restauration des Terrains en Montagne (RTM)


a démarré au milieu du 19èrne siècle avec un objectif très
explicitement désigné : la Restauration. Les évolutions multiples du
contexte montagnard ont profondément modifié le contexte
d'intervention sur les torrents, pour lesquels l'objectif principal
immédiat est plutôt essentiellement la Protection contre les Risques
Torrentiels.

Les outils des aménageurs se sont transformés en conséquence : la


protection active (maîtrise complète du fonctionnement paroxysmal du
torrent par aménagements de génie civil et de génie biologique de
grande envergure) qui conduisait à des travaux s 'étalant sur le long
terme, est souvent remplacée par la protection passive (zonage,
digues, barrage de rétention de sédiments, plage de dépôts) plus
immédiatement efficace que les reboisements, mais qui nécessite la
connaissance quantifiée des phénomènes torrentiels. Le contexte de
la décision a également changé : l'importance des aménagements de
protection à réaliser est forcément proportionnée à l'importance des
processus érosifs facteurs de risque, et à celle des enjeux menacés.

Tout ceci rend les études de bassin versant torrentiel faites en vue
de déterminer une stratégie de protection, nécessairement globales
et complètes, où l'hydraulique torrentielle joue un rôle, mais au
même titre que d'autres disciplines scientifiques.

253-
14.2.2 - Les trois phases d'une étude de bassin versant torrentiel

On peut décomposer l'étude d'un bassin versant torrentiel en trois


phases :

- la première phase analyse les processus érosifs et les moyens de


lutte, indépendamment des enjeux en cause ;
- la deuxième phase analyse les enjeux concernés ; il est
souhaitable, dans un premier temps, de considérer ces deux
analyses comme indépendantes, ce qui permet d'aller le plus loin
possible dans l'étude, et notamment de ne pas se limiter à
l'analyse de l'existant. On peut donc traiter ces deux phases dans
un ordre chronologique quelconque ;
- la troisième phase a pour but de confronter les résultats des deux
premières et d'en déduire une stratégie de protection.

[Link] - 1ère phase : l'analyse des processus érosifs


et l'étude des protections

Cette phase doit permettre au concepteur d'avoir une vue d'ensemble


des processus érosifs, de leur importance relative, et de leur
opposer un ensemble de moyens de protection, cohérents entre eux et
hiérarchisés selon l'importance des processus érosifs qu'ils doivent
maîtriser. Cette phase peut se décomposer en trois étapes :
l'analyse qualitative du fonctionnement du bassin, l'analyse
quantitative, puis la conception et le dimensionnement des
protections.

1ère étape :

Il s'agit de l'analyse qualitative du bassin versant torrentiel, des


phénomènes naturels qui s'y produisent et, notamment, des processus
érosifs. Cette analyse doit bien sûr inclure l'état et l'efficacité
du dispositif de protection existant. Une fois que le chargé
d'études a ainsi "compris" le fonctionnement du bassin versant, il
doit le restituer dans une note descriptive.

Le premier objectif, la compréhension du fonctionnement du bassin,


est atteint en parcourant le terrain, en l'analysant, zone par zone,
et pour chacune d'elles, en évaluant les risques d'érosion, puis en
évaluant les interactions des processus érosifs entre eux et entre
zones différentes.

Un aller-retour entre le terrain et les documents est nécessaire :


les photos aériennes sont ici d'un grand intérêt, surtout si l'on
peut en obtenir de dates différentes permettant d'analyser
l'évolution du bassin, mais aussi cartes géologiques,

254
géomorphologiques, de végétation, etc. Après avoir engrangé toutes
ces données, après avoir tenté de répondre à un grand nombre de
questions (d'où vient l'eau de cette source, est-ce que cette niche
d'arrachement est récente, est-ce que cet éboulis est calé en son
pied, est-ce que la protection végétale de ce sous-bassin est
durable ? etc...), se dégage, au bout d'un certain temps, une vue
synthétique du bassin qui permet d'imaginer le fonctionnement
habituel du bassin versant, puis dans un deuxième temps, les
scénarios catastrophes les plus plausibles, ou même les plus
probables, y compris en ce qui concerne l'efficacité des protections
existantes.

Cette compréhension du fonctionnement du bassin versant est


grandement aidée et corroborée par l'historique du bassin que l'on
retrouve dans les archives (départementales, communales, services de
l'Etat et notamment Services RTM) : dates des crues, types
d'épisodes pluvieux dangereux, processus érosifs ayant provoqué des
catastrophes, types de protection, fonctionnement du bassin avant et
après la mise en place des aménagements de protection. Un coup
d'oeil aux archives des Services RTM permet aussi de voir ce qui se
passe sur des bassins similaires et peut conforter des intuitions ou
des scénarios sur lesquels on a des doutes.

Lors de cette première étape, on est conduit à adopter une échelle


des documents cartographiques adaptée à la taille du bassin en
cause ; pour les "grands bassins" (plusieurs dizaines de km 2 ), on
rencontre d'ailleurs une difficulté particulière : on doit à la fois
voir les phénomènes "de haut", de façon globale, mais il faut avoir
aussi une connaissance fine des "détails" pertinents, susceptibles
d'engendrer des catastrophes. On peut, dans cette voie, ne jamais
être assez satisfait de la connaissance que l'on a du bassin et
craindre d'avoir raté l'indice d'instabilité le plus important mais
difficile à déceler car localisé sur une zone réduite et
difficilement accessible.

Il faut, dans un deuxième temps, expliciter sur le papier la vue


synthétique ainsi acquise et il est bien évident que le support
visuel offert par les cartes, plans, coupes, profils en long est
irremplaçable.

Ainsi, la figure (14.1) qui confronte une carte structurale et une


carte géologique du bassin du Charmaix, a pour but d'expliciter
l'intuition perçue sur photo aérienne, sur la façon dont la
morphologie du bassin a été conditionnée par la géologie : les
falaises et dorsales rocheuses, bien visibles sur le terrain, sont
en effet constituées de bandes lithologiques homogènes qui séparent
les schistes houillers du domaine briançonnais à l'ouest, des
schistes lustrés du domaine piémontais à l'est. Ce résultat est
également illustré par le bloc diagramme de la figure 14.2.

255
Figure 14,1 : Cartes s t r u c t u r a l e e t géologique

-256-
Figure 14.2 :

Bloc-diagramme du bassin du Charmaix

La confrontation entre les processus érosifs et la protection


assurée par les aménagements existants peut être représentée par un
schéma tel que celui de la figure 14.3 pour le torrent du
Saint-Antoine où chaque processus érosif est représenté par un
symbole (cf. légende), mais les processus érosifs ne sont pas
indépendants et un schéma fonctionnel peut être utile pour
expliciter leurs interactions (cf. schéma de la figure 14.4).

-257-
Figure 14.3 : Confrontation "Processus é r o s i f s - p r o t e c t i o n "

- 2 5 8 -
. Avalanches
. . Ravinement
\ TZZ:
Glissement
Chutes de pierres généralisé de terrain
Ecroulements (Zone H surtout (Zone I I surtout
(Zones I et II)' en R G Ï en R D )

A rv ALIMENTENT

la crus torrentielle
— charriage torrentiel
— lave torrentielle
Formation en zones I et II
Propagation en zones I I I et I V

PROVOQUE
r
ID
ni~,„;™, I I ~ / . , I Affouillement Destruction
X,7 Embâcle, d
„b d
.,
e n 2 e l ( z o
I °" I ",V, "
e t l V 1
<">»«' (»neil
I I et 11) et II)

FAVORISE FAVORISE FAVORISE

JX Débordements
puis divagations
(zone IV)
'— '
Figure 14.4 :

Schéma fonctionnel des processus é r o s i f s


pour l e t o r r e n t du St-Antoine

2ème étape :
C'est la quantification des processus érosifs, pour laquelle
l'absence d'outils est presque la règle : les processus érosifs
intervenant en effet en matière de risques naturels sont par
définition mal connus : aléatoires pour certains (crues,
avalanches), à effets de seuils pour la plupart (éboulement,
glissement de terrain, laves torrentielles), très rarement observés
pendant qu'ils se produisent et par conséquent encore moins mesurés
in situ. On en est réduit, la plupart du temps, à observer les
conséquences du phénomène et à en expliciter les causes et l'ampleur
a posteriori.

-259-
Toutefois, les tentatives existent d'observations des phénomènes
réels en matière de glissements de terrain (pose de repères de
déplacement, suivi photogrammétrique) , d'avalanches (par
déclenchements artificiels, films et mesure de certains paramètres
physiques), de crues torrentielles (bassins versants expérimentaux
de Draix) . Les études sur modèles réduits peuvent aussi améliorer la
connaissance (simulation en bassin d'avalanches de neige
poudreuse) : Division Nivologie du CEMAGREF, plateforme de
modélisation physique de laves torrentielles de SOGREAH et du
CEMAGREF, et malgré la précarité de nos connaissances théoriques,
les modèles mathématiques peuvent également aider le concepteur
notamment par des études de sensibilité (modèle mathématique de lave
torrentielle de la Division Protection contre les Erosions du
CEMAGREF (réf. 11.17), ou d'avalanche de neige dense de la Division
Nivologie du CEMAGREF).

Il existe cependant peu de techniques sûres permettant de quantifier


a priori les processus érosifs ; c'est l'expérience et la compétence
de l'expert qui priment, plutôt que la finesse ou la complexité de
méthodes ou de modèles tels que les connaissent classiquement les
ingénieurs.

Cette étape de quantification fait intervenir trois champs


scientifiques :1 'hydrologie t o r r e n t i e l l e , 1 'érosion t o r r e n t i e l l e et
1 'hydraulique t o r r e n t i e l l e (figure 14.5).

On voit que l'hydraulique torrentielle intervient seulement pour une


part dans le processus de quantification des phénomènes torrentiels.

En règle générale, l'étude d'hydrologie torrentielle est la moins


problématique même si le manque de données spécifiques aux zones de
montagne est flagrant. L'étude d'érosion torrentielle est souvent la
plus évasive et l'autorité de l'expert y joue un grand rôle. On y
est la plupart du temps totalement démuni de mesures chiffrées de
l'érosion. Il y a toutefois des exceptions, notamment lorsque
l'érosion est importante et a été particulièrement étudiée (cas du
Vallespir, réf. 14.1). L'hydraulique torrentielle enfin fait appel
aux méthodes et raisonnements explicités dans les chapitres
précédents.

Bien entendu, ces trois disciplines scientifiques doivent être


utilisées de manière cohérente entre elles, au niveau d'une étude
d'ingénierie. Dans certains cas favorables, on peut même utiliser
cette cohérence pour valider des outils d'une discipline à partir
des mesures issues d'une autre : ainsi, les estimations de transport
solide de la crue d'octobre 1940, dans le Vallespir, ont pu être
utilisées pour valider les estimations d'érosion faites pour l'étude
d'érosion torrentielle (réf. 14.2).

260
N*^ t _ Ensemble du
N^aractéristi- Versants Evolution des bassin versant
\ g u e s et ^ torrentiels. débits dans considéré comme
Type \ l i e u d'ap Formation l e réseau un système
de N^Uca- <je s débits hydrographique e t pris
débit ^^ior ^ans s a totalité

HYDROLOGIE
Débit liquide HYDRAULIQUE DYNAMIQUE
TORRENTIELLE

EROSION
Débit solide TORRENTIELLI TORRENTIELLE
TORRENTIELLE

I pÀhit I . hydraulique | | néhit


Liquide | ' [Link] i ^ L i a u de

**¥-" érosion ! , hydrai lioue


I PI UIF I torren ielle ! I torrentielle
^--i»-»« i '
* ^ ^ » -
n i '
" ' ' ^ V ^ — i | hydraulique ' rpâïïT"
Ë g g l g l J I torrentielle j " IM 1

I , CHENAL
VERSANTS ' TRANSITION HYDROGRAPHIQUE

Figure 14.5 : Tableau r e p r é s e n t a t i f


e t schéma fonctionnel des d i s c i p l i n e s s c i e n t i f i q u e s
intervenant dans une étude de bassin versant t o r r e n t i e l

3ème étape :

La conception et le dimensionnement des protections peuvent être


entrepris lorsqu'on a une vue synthétique des processus érosifs et
des réactions du bassin (1ère étape) et une idée de leur importance
(2ème étape). On pourrait penser que la conception pourrait se faire
à la fin de la première étape, mais en pratique, comme les
phénomènes en cause fonctionnent par seuils, regrouper dans cette
étape la conception et le dimensionnement semble préférable. Il faut
en principe, pendant cette étape, ne pas penser aux incidences
financières des aménagements, de façon à faire réellement le .tour de
toutes les solutions techniques envisageables et d'en étudier
complètement les avantages pour le devenir du bassin versant
torrentiel. La difficulté particulière à cette étape provient de
l'interaction entre les phénomènes érosifs : en effet, un ouvrage de
protection peut être efficace, et à des degrés différents, vis-à-vis
de plusieurs phénomènes érosifs : de même, plusieurs ouvrages
peuvent être soit complémentaires, soit concurrents vis-à-vis d'un
processus érosif . La phase de conception est donc très importante
pour assurer la cohérence d'ensemble du dispositif ; le résultat
obtenu à cette étape est une liste de propositions d'aménagements
cohérents, avec une idée de leur efficacité vis-à-vis des processus
érosifs dangereux et une hiérarchisation de leur intérêt respectif.

On peut terminer cette troisième étape par l'évaluation d'un ordre


de grandeur du coût des aménagements ainsi inventoriés.

-261 -
[Link] - 2ème phase : l'évaluation des enjeux concernés

Cette phase peut être indépendante de la première. Il s'agit de la


description des enjeux concernés, éclairée par des chiffres
permettant de situer l'importance des catastrophes susceptibles de
se produire ; il est souhaitable de dégager une vue prospective, par
exemple de l'évolution de l'enjeu lui-même, ou de ce qui se
passerait en cas de destruction des aménagements existants.

Dans l'étude de planification des actions RTM au niveau de la région


Maurienne, sept enjeux avaient été retenus :

1/ sauvegarde des personnes et des biens,


2/ enjeu économique au niveau national,
3/ enjeu économique au niveau régional,
4/ enjeu économique au niveau local,
5/ enjeu touristique,
6/ sauvegarde de l'économie agricole,
7/ et enfin sauvegarde de l'environnement d'ensemble.

La même répartition peut être utilisée sans problème dans le cas


d'un bassin torrentiel. Indiquons pour terminer cette phase que le
chargé d'études n'a pas à hiérarchiser les enjeux entre eux, car
cette tâche incombe aux décideurs.

[Link] - 3ème phase ; la confrontation entre les enjeux concernés


et les risques

Ultime phase de l'étude, elle permet de caractériser, pour chaque


enjeu en cause, l'efficacité de chaque action de protection
envisagée lors de la première phase, et donc de présenter, en un
simple tableau à double entrée, les niveaux de priorité de chaque
protection! pour chaque enjeu concerné.

On a souvent intérêt à scinder ce tableau à double entrée en deux


parties, l'une pour les actions à entreprendre pour maintenir le
niveau existant de la protection, s'il est jugé satisfaisant,
l'autre pour l'améliorer ou pallier une aggravation dangereuse des
processus érosifs (cf. tableau 14.1 concernant le torrent du
Saint-Antoine) .

-262-
Enjeu A : sauvegarde des personnes et des biens
Enjeu B : protection de l'environnement

Enjeu A I Enjeu B
A l'heure Ultérieurement I Secteur A l'heure Ultérieurement
actuelle si aggravation I concerné actuelle si aggravation
1) Maintien du niveau actuel de protection lf
Surveillance : |
Lit du torrent 1 u Lit 1
Secteur (b) et (c) 2 1 b.c 1
Secteur (e) 3 1 e 1
Reste des versants 3 I — —
Actions d'entretien et de maintien du |
niveau actuel :
Zonage des risques dans le secteur (a) 1 — —
Entretien des ouvrages du Ut du torrent 1 Lit 1
Maîtrise des eaux de la station de ski 2 b.c 1
Respect des règles de prudence pour la
sylviculture 2 b 1
Entretien des ouvrages du secteur (e) 3 e 1
Débiter les arbres morts pour éviter les
embâcles 4 — —
2) Amélioration du niveau de protection actuel
Construction d'une plage de dépôts 2 1 — —
Recalibrage, concentration des eaux et |
curage des ouvrages du St-Antoine I
(2175 4 2300 m) 4 I c 2
Réhabilitation secteur (d) S I d 1
Réseau de drainage secteur (b) 1 ou 5 I b 1
Réhabilitation secteurs (e) et (c) 5 e.c 1

Tableau 14.1 :

P r i o r i t é des a c t i o n s de p r o t e c t i o n pour chaque enjeu

Une difficulté particulière- peut se rencontrer pour présenter les


résultats de l'étude, car on doit faire la synthèse entre des enjeux
qui sont concrétisés par des secteurs géographiques déterminés, et
des actions de protection qui sont également localisées en des lieux
déterminés ; ces dernières peuvent être, ou peuvent ne pas être les
mêmes que les secteurs géographiques où sont localisés les enjeux
menacés. La figure 14.6 montre, par exemple, cette répartition des
zones géographiques concernées dans le bassin du Charmaix.

263-
Figure 14.6 :

Confrontation des s e c t e u r s menacés e t des zones d ' a c t i o n


s u r l e bassin du Charmaix

-264-
14.2.3 - Le choix d'une stratégie de protection et la programmation

A partir du tableau à double entrée donnant les priorités des


actions de protection par rapport aux enjeux par confrontation de
leurs efficacités et de leurs coûts, il faut fixer la liste des
actions retenues, pour un niveau de protection donnée, et selon une
hiérarchie donnée des enjeux menacés. Cette étape incombe en
définitive aux décideurs. Elle est facile à conduire lorsqu'un enjeu
est nettement prédominant par rapport aux autres car, dans ce cas,
c'est son ordre de priorité qui permet d'établir la liste des
actions de protection à retenir, en fonction des enveloppes
financières disponibles et du niveau de protection choisi. Le
tableau 14.2 donne un exemple de ce cas, et montre clairement
comment une programmation des aménagements de protection peut se
déduire des résultats d'une étude de bassin torrentiel.

Enjeu A : sauvegarde des personnes et des biens


Enjeu B : sauvegarde de l'environnement

Coût en KF Priorité par rapport


à l'enjeu B, tous
Intitulé de l'action Total sur 10 ans La lire année secteurs confondus

Actions de priorité 1 pour l'enjeu A


Surveillance du lit du torrent — — 1
Zonage des risques en zone I (secteur (a)) 50 50 —
Entretien des ouvrages du lit du torrent 2.260 1.130 1
Total : 3.310 1.180
Actions de priorité 2 pour l'enjeu A
Surveillance des secteurs (b) et (c) — — 1
Surveillance spéciale du secteur (b)
(le cas échéant) (300) (50) 1
Maîtrise des eaux de la station de ski
(sous réserve d'étude) (200) (200) 1
Respect des règles de prudence pour
la sylviculture — — 1
Construction d'une plage de dépôts 1.080 1.080 —
Total : 1.080 1.080
ou ou
1.580 1.330
Actions de priorité 3 pour l'enjeu A
Surveillance du secteur (e) et du reste
des versants — — 1
Entretien des ouvrages du secteur (e) 1.300 1.300 1
Total : 1.300 1.300
Actions de priorité 4 pour l'enjeu A
Débiter les arbres morts 25 25 —
Recalibrage et concentration des eaux entre
2175 et 2300 m 60 60 2
Total : 85 85
Actions de priorité 5 pour l'enjeu A
Réhabilitation du secteur (d) 10.000 10.000 1
Total : 10.000 10.000

Tableau 14.2

Les actions de protection hiérarchisés en fonction


d'un enjeu prioritaire (cas du Saint-Antoine)

-265-
Lorsqu'il n'y a pas d'enjeu prioritaire, et ceci arrive souvent,
notamment lorsque de nombreux décideurs ayant des fonctions
différentes sont concernés par la stratégie de protection à adopter,
la problématique de la décision devient plus complexe. Il est quand
même possible de clarifier les choix possibles en adoptant les
démarches de la Rationnalisation des choix Budgétaires (RCB) . Il
faut pour cela traduire toutes les. priorités par des échelles
quantifiées : ceci concerne aussi bien le chargé d'études qui doit
traduire la priorité des actions de protection, que le(ou les)
décideurs qui doit(ou doivent) quantifier la hiérarchie des enjeux à
protéger par des facteurs de pondération. (Voir exemple du
Vallespir, réf. 14.1).

14.3 - IMPORTANCE STRATEGIQUE DE L'HYDRAULIQUE TORRENTIELLE


DANS LES ETUDES DE BASSIN VERSANT TORRENTIEL

On a dit que l'hydraulique torrentielle est une des trois


disciplines scientifiques utilisées dans une étude de bassin versât
torrentiel. Elles sont toutes trois indispensables et chacune d'elle
peut présenter un aspect stratégique dans l'étude d'ensemble : la
connaissance des pluies courtes et intenses en hydrologie peut
devenir le point primordial lorsqu'on étudie les risques engendrés
par une zone urbanisée de montagne ; mais dans un autre cas, c'est
la quantité de matériaux érodables disponibles qui constituera le
facteur cYitique à étudier tout spécialement.

Nous terminerons donc ce chapitre en présentant quelques cas où la


contrainte principale se trouve dans le domaine de l'hydraulique
torrentielle.

14.3.1 - Existence de laves torrentielles

S'il y a possibilité de laves torrentielles (qu'elles soient de type


hydrologique ou conséquences de glissements de terrain), la nature
du problème scientifique change ainsi que l'ampleur du risque
torrentiel. Le fait qu'elles soient la plupart du temps assez rares
en France, sur le même torrent, vient compliquer le problème, car il
faut alors savoir si on décide ou non de se protéger contre ce
risque .

— 266 —
14.3.2 - Les enjeux à protéger sont éloignés des zones génératrices
de transport solide

Dans ce cas, le processus hydraulique du transport solide torrentiel


devient le facteur limitant, sauf bien sûr si le volume de matériau
solide fourni est inférieur à la capacité maximale de transport.
Dans le cas contraire, des dépôts se produisent dans le bief pendant
le parcours, et seuls les matériaux solides effectivement véhiculés
peuvent menacer les installations à protéger. L'hydraulique
torrentielle conditionne alors tous les raisonnements, et les
résultats sont tributaires de l'imprécision des méthodes développées
dans cet ouvrage.

14.3.3 - Une partie d'un bassin versant torrentiel est urbanisé

La connaissance de l'hydrologie devient ici primordiale puisqu'on a


pu montrer (réf. 14.3) qu'il suffit que 10 % d'un bassin naturel
normalement végétalisé, soit urbanisé pour que les crues en
provenance de la zone urbaine (donc provoquées par des pluies
courtes et intenses) deviennent plus importantes que les crues
générées par le ruissellement des zones végétalisées.

Mais les conséquences d'une telle modification du bassin versant


peuvent être dangereuses, voire catastrophiques, si le réseau
d'assainissement pluvial se déverse dans une petite rigole incapable
de supporter un tel accroissement de débit. C'est le seuil de
déstabilisation d'un lit torrentiel qu'il faut alors connaître et on
a vu au chapitre 13 combien il est difficile à connaître dans les
cas réels.

13.4.4 - Zones montagneuses et cycloniques

Certains Départements et Territoires d'Outre-Mer ou des Départements


du Sud de la France ont des sols en pente, naturellement fragiles ou
fragilisés par les activités humaines. De plus, ils sont visités,
plus ou moins périodiquement, par des cyclones qui inondent les
parties basses et génèrent dans les zones amont des écoulements
torrentiels importants. Dans ces circonstances, les raisonnements
classiques d'hydraulique fluviale, plutôt basés sur le transport
liquide, peuvent devenir inopérants car c'est du transport solide,
et de ses alternances de dépôts et de reprise qu'il faut se méfier
(réf. 12.12). Les ouvrages de franchissement routier notamment sont
particulièrement vulnérables, car la solution classique du pont,
dimensionné pour le débit liquide et avec une marge de sécurité pour
le transport solide, peut être inefficace si l'amont du pont devient
naturellement l'espace préférentiel du dépôt des matériaux solides,
ou si le pont doit se boucher avec des corps flottants de grande
taille. Raisonner les phénomènes en terme de dynamique torrentielle
et non en terme de dynamique fluviale devient ici primordial.

-267
- BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE 14 -

(14.1) Définition et prévention des crues torrentielles en


Haut-Val lespir (Haut-Tech et affluents), (1990).
S. BROCHOT. CEMAGREF - RTM.

(14.2) Présentation des crues torretielles en Haut-Vallespir :


validation des hypothèses de travail à partir de l'aiguat
d'octobre 1940. (1990). S. BROCHOT, P. LEFRANC. Colloque :
Les inondations d'octobre 1940 en Catalogne : 50 ans
passés. Vernet-les-Bains.

(14.4) Etude comparative sommaire des débits de crue des zones


urbanisées et des bassins versants naturels en montagne.
(1989). M. MEUNIER ET N. MATHYS. CEMAGREF

269
BIBLIOGRAPHIE GENERALE

(1.1) Cours de Restauration des Montagnes (1925) -


BERNARD - Ecole Nationale des Eaux et Forêts Nancy.

(1.2) Restauration des Montagnes - Correction des torrents -


Reboisement (1914) - THIERY - Encyclopédie des Travaux
Publics - Librairie Polytechnique BERANGER Paris.

(2.1) Le système fluvial et le transport solide (Tome 1) - La


suspension (Tome 2), (1987) NICOLLET. Module hydraulique
fluviale et aménagement de l'ENPC et de l'ENGREF.

(2.2) Cours d'hydraulique générale. Ecoulements à surface libre


(1979) POCHAT - ENGREF.

(2.3) Strickler Formula, a Swis contribution to hydraulics (1987)


VISCHER. Wasser, énergie, luft 79.

(2.4) Etude sédimento logique de la Durance. J. CACAS - cours de


1'ENITRTS .

(2.5) Retenues EDF (1988). GUICHON - Journées techniques de la


SHF sur le Transport Solide. Paris.

(2.6) La turbulence racontée aux enfants des Grandes Ecoles'.


G. BINDER. Cours de 2f c m e année. ENSHMG - INPG, 1989-1990.

(2.7) Transport solide dans le lit des cours d'eau. Dynamique


fluviale. P. LEFORT. SOGREAH - ENSHMG - INPG. 1991.

(2.8) Modélisation du transport par charriage de matériaux


solides en écoulements non permanents. LEE Sung-HO, mémoire
de DEA, MMGE . UJF Grenoble, 1990.

(3.1) High velocity in erodible channel. (1987) TAKAHASHI. AIRH.


22ëme congrès Lausanne.

(3.2) Compte rendu de recherche n° 1 en érosion et hydraulique


torrentielle. BVRE de Draix - CEMAGREF - RTM - ONF (1987).

(3.3) Sédiment transport on steep slopes (1983) SMART et JAEGGI -


Mïtteilungen der Versuchsanstalt fiir Wasserbau, Hydrologie
und Glaziologie - Zurich Suisse.

(3.4) Do critical stresses for incipient motion and érosion


really exist ? (1987) LAVELLE et MOFJELD - Journal of
Hydraulic Engineering - Vol. 113. N" 3.

(4.1) Synthèse bibliographique sur les laves torrentielles


(1986) SAURET - [Link].

271
(4.2) The main features of the mudflow in Jiang-Jia Ravine (1983)
- LI JIAN, YUAN JIANMO, BI CHENG, LUO DEFU - Zeitschrift
fur géomorphologie n° 273.

(4.3) Coulées boueuses - Laves torrentielles - Coulées de débris


canalisées - Compte rendu bibliographique. SAURET. Bull.
Labo. P. et Ch. 150-151 Juil. Août Sept. Oct. 87.

(4.4) The effects of high sédiment concentration on transport


processes and flow phenomena - BRADLEY et Me CUCHEON -
International Symposium on Erosion Débris flow and disaster
prévention - Tsukuba - Japon (1985).

(4.5) Les modèles rhéologiques et la résistance hydraulique en


torrents (1987) - RENDON [Link] (DEA).

(5.1) Etude hydraulique de la protection de la R.N.6 (route de


Fréjus - Lyon - Turin) au confluent de l'Arc et du torrent
du Pousset (1979) - LEFEBVRE - SOGREAH - DDE Savoie.

(6.1) Mécanique et rhéologie des fluides en génie chimique -


MIDOUX (1985) - Technique et Documentation - Lavoisier
Paris .

(6.2) Initiation à la rhéologie - COUARRAZE et GROSSIORD (1983) -


Technique et Documentation - Lavoisier Paris.

(6.3) Fluides non newtoniens - J.M. PIAU - Techniques de


l'Ingénieur - A. 710 et 711.

(6.4) Bed material movement in hyperconcentrated flow - Wan


ZAOHUI (1982) - Institute of Hydrodynamics and hydraulic
Engineering - Technical University of Denmark - Séries
paper n° 31.

(6.5) Synthèse des connaissances sur le tassement et la rhéologie


des vases (1987) - Service Technique Central de la
Direction des Ponts et des Voies Navigables - LCHF.

(6.6) Etude hydraulique du franchissement du torrent de la Griaz


par la voie express Le Fayet - Les Houches (1985) -
SOGREAH - DDE Haute-Savoie.

(6.7) Laboratory analysis of mud flow properties (1988) - O'BRIEN


et JULIEN - ASCE Journal of Hydraulic Engineering -
Vol. 114 - n" 8.

(6.8) Etude des possibilités d'érosion des vases des retenues de


l'Escale et Saint -Lazare sur la Durance : méthodologie,
propriété des vases et simulation numérique de
l'érosion - BOUCHARD, CORDELLE, LORIN - SHF Comité
Technique - Session n° 137 - Novembre 1988.

-272-
(6.9) Etude des propriétés physiques de différents sédiments très
fins et de leur comportement sous des actions
hydrodynamiques - C. MIGNIOT - Houille Blanche n°7/1968.

(6.10) A critical review of the research on the hyperconcentrated


flow in China - DIAN NING et WAN ZHAOHUI - IRTCES 1986.

(6.11) Dictionnaire de rhéologie - GROUPE FRANÇAIS DE RHEOLOGIE -


IMFT, 1988.

(6.12) Rheological analysis of fine grained natural débris flow


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of Arid Lands - Symposium ASCE San Diego. July-August 1990.

(7.1) La suspension - Cours de NICOLLET (1987) ENPC et ENGREF.

(7.2) Transport des sédiments. Etude bibliographique et théorique


de la capacité de transport par les fleuves et les
rivières - Rapport général - Secrétariat d'Etat aux
Affaires Etrangères. Sept. 71.

(7.3) The flow of cohesionless grains in fluids (1956) - BAGNOLD


Philosophical Transactions of the Royal Society of London -
Séries A. Mathematical and Physical Sciences.

(7.4) Transport de matériaux solides en conduite (1988) - REITZER


SCRIVENER - Journées Techniques de la SHF - Nov. 88 Paris.

(8.1) Dépendance de la trainée d'obstacles cylindriques, de la


rhéologie de suspensions aqueuses concentrées (1986) -
PFEIFF - Thèse USMG IMG.

(8.2) Experiments on a gravity-free dispersion of large sphères


in a Newtonian fluid under shear (1954) - BAGNOLD -
Philosophical transactions of the Royal Society of London -
Séries A. Vol. 225.

(8.3) The flow of cohesionless grains in fluids (1956 - BAGNOLD -


Philosophical transactions of the Royal Society of London -
Séries A. Vol. 249.

(8.4) Le charbon liquide (1988) - FRANÇOIS et ANTONINI - La


Recherche - n° 202. Sept. 88.

(8.5) Flow behavior of channelized Flows. Mount St Helens


(1986) - PIERSON in ABRAHAMS. A.D. éd. Hillslope Process :
Boston, Allen & Unwin.

(8.6) Mechanical characteristics of débris flow (1978) -


TAKAHASHI - ASCE - Vol. 104 n° HY8.

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(8.8) Stresses developed by cohesionless granular materials


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J. FLuid Mech. 142. 391-430.

(9.1) Physical Process in geology (1970) JOHNSON - Freeman -


Cooper et Company San Francisco.

(9.2) Débris flow. JOHNSON with RODINE. In Slope Instability -


BRUNSDEN et PRIOR (1984) John Wiley et Sons.

(9.3) Instability of hyperconcentrated flows (1984) ENGELUND et


WAN ZHAOHUI - Journal of Hydraulic Engineering. ASCE. Vol.
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(9.4) The continuons and intermittent viscous débris flow (1983)


HUA GUOXIANG, ZHANG SCHUCHENG et RANG ZHICHENG - Congrès
AiRH. Mascou.

(9.5) Essai de synthèse des connaissances en érosion et


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(9.6) On the structure and movement mechanism of flow with


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86. Beijing. China.

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(10.2) Débris flow : its mechanics and hazard mitigation (1985).


T. TAKAHASHI ; ROC - JAPAN Joint Seminar on multiple
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(10.3) Débris flow (1981) TAKAHASHI. Ann Rev. Fluid Mech. (1981)
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3ème Symposium international sur la sédimentation des cours
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(11.4) General solutions for viscoplastic débris flow. (1988).


CHENG-LUNG CHEN. ASCE Hydraulic Engineering. Vol. 114.
N° 3.88. '

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(11.8) Kinematic properties of mudflows on Mont St-Helens.(1987).


LANG et DENT. ASCE Hydraulics engineering. Vol. 113. N" 5.
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(11.9) Estimation of débris flow hydrograph on varied slope bed.


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Congrès AIHS Albuquerque. Août 86. Document N" 159.

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PIERSON. International Symposium on Erosion, débris flow,
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(11.16) An expérimental station for the automatic recording of the


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(1988). FATTORELLI. LENZI. MARCHI. KELLER. Journal des
Sciences Hydrologiques 33, 6, 12/1988.

(11.17) Utilisation du modèle numérique LAVE 2D pour la simulation


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(12.8) Calcul de la vitesse d'une lave torrentielle à la fin d'un
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(12.10) Etude des risques d'érosion aux Conques de


Vernet-les-Bains. 1988). C. AZIMI, P. DESVARREUX.
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(12.11) Etude des risques d'érosion aux Conques de


Vernet-les-Bains. Rapport complémentaire. 1988. C. AZIMI,
P. DESVARREUX - ONF-RTM 66 - ADRGT.

(12.12) Etude des transports solides torrentiels. (1990).


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(12.13) Hydrologie properties of mud and débris flows. (1982).


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(13.1) Bed load transport capacity of sluny. flows at steep slopes


(1990). D. RICKENMANN. Versuchanstalt fur Wasserbau,
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(13.2) Bed load transport in steep channels (1977). T. MIZUYAMA.


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(13.3) Initiation of motion and roughness of flows in steep


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Congrès. Istanbul. (Cité in réf. 13.1).

(13.4) Initiation of sédiment transport in steep channels with


coarse bed material (1985). J.C. BATHURST, W.H. GRAF et
H. H. CAO. Proc. Euromech 156.

(13.5) Study of the initiation of motion of sand mixtures in a


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dans réf. 13.6.

(13.6) High Velocity flow in steep erodible channels (1987).


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(13.7) On the occurence of mud débris flow (1971). A. DAIDO. Bull.


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Vol. 21. Part. 2. Cité in réf. 13.1.

(13.8) Bed-load transport in steep channels (1989). T. TSUJIM0TO.


International workshop on fluvial hydraulics of mountain
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-277-
(13.9) Flow résistance over a gravel bed ; its conséquence on
initial sédiment movement (1989). W.H. GRAF. International
workshop on fluvial hydraulics of mountain régions. Trent,
Italie.

(13.10) Débris flows 1987 in Switzerland : modelling and fluvial


sédiment transport (1990). D. RICKENMANN. Symposium in
Hydrology in mountainous régions. AIHS Publication. N° 194.
Vol. 2.

(13.11) Flow résistance estimation in mountain rivers (1989).


BATHURST. Journal of Hydraulic Engineering. Vol. 111. N" 4.
Avril 1985.

(13.12) Pertes de charge et granulométrie en torrents (1986).


C. CARION. Mémoire de fin d'études. ENITRTS - CEMAGREF.

(13.13) Hydraulics of high gradient streams (1984). JARRETT.


Journal of hydraulics Engineering. Vol. 110. N° 11.

(13.14) Bed load Discharge équations for steep mountains rivers


(1985). BATHURST, GRAF, HUU HAI CAO. Intemaitonal Workshop
on problems of sédiment transport in Gravel Bed Rivers.
Pingree Park Colorado. USA.

(13.15) Guide d'hydraulique fluviale (1981). RAMETTE. EDF.


Direction des Etudes et Recherches.

(13.16) Etude méthodologique de la détermination des courbes


granulométriques des lits de cours d'eau (1987).
M. MEUNIER, C. CARION. CEMAGREF, groupement de Grenoble.

(14.1) Définition et prévention des crues torrentielles en


Haut-Vallespir (Haut-Tech et affluents), (1990).
S. BR0CH0T. CEMAGREF - RTM.

(14.2) Présentation des crues torretielles en Haut-Vallespir :


validation des hypothèses de travail à partir de l'aiguat
d'octobre 1940. (1990). S. BROCHOT, P. LEFRANC. Colloque :
Les inondations d'octobre 1940 en Catalogne : 50 ans
passés. Vernet-les-Bains.

(14.4) Etude comparative sommaire des débits de crue des zones


urbanisées et des bassins versants naturels en montagne.
(1989). M. MEUNIER ET N. MATHYS. CEMAGREF

278-
LOUIS-JEAN
avenue d'Embrun, 05003 GAP cedex
Tél. : [Link]
Dépôt légal : 24 — Janvier 1992
Imprimé en France
"Etudes" du CEMAGREF, série Montagne n° 1, Eléments d'hydraulique torrentielle -
1991 - Maurice Meunier, Ve édition, ISBN 2-85362-263-0. Dépôt légal 4e trimestre
1991 - Coordonnateur de la série : Philippe Huet, chef de département. Photo de
couverture : M. Meunier - Impression et façonnage : Imprimerie Louis Jean, BP 87,
05003 Gap - Edition et diffusion : CEMAGREF-DICOVA, BP 22, 92162 Antony Cedex,
tél. : (1) 40 96 61 32 et CEMAGREF Grenoble, BP 76, 38402 Saint-Martin-D'Hères.
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