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Auguste Comte et la naissance de la sociologie

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Auguste COMTE (1798-1857)

Auguste COMTE, polytechnicien, philosophe, est considéré comme l’un des précurseurs
de la sociologie. Il est d’ailleurs l’inventeur du terme même de sociologie qui vient du
latin socio=société et du grec logie = science.

Il est le fondateur du positivisme et est principalement connu pour sa « loi des 3 états ».

Auguste COMTE postulait que toute acquisition de connaissances devait se réaliser à


partir de l’observation des faits pour en déduire, à postériori, l’élaboration d’une théorie.
C’est ce que l’on nommera plus tard la méthode hypothético-inductive.

Cette approche rompt, à l’époque, avec la philosophie telle qu’elle était appliquée par les
philosophes des Lumières qui énonçaient des propositions sans les avoir préalablement
confrontées aux faits.

Pour lui, cette philosophie devait permettre d’élaborer une nouvelle science, la sociologie.

Pour Auguste COMTE, l’élaboration de la sociologie est une nécessité puisqu’aucune


discipline n’aborde de manière scientifique l’étude de l’homme en société, l’étude des
sociétés humaines.

Toujours selon lui, cette nouvelle science doit se diviser en deux grands champs
d’investigation : d’une part, la statistique sociale qui étudie les déterminants de l’ordre
et de la cohésion sociale ; d’autre part, la dynamique sociale qui se penche sur le
progrès de l’esprit humain et les lois de développement de la société humaine.

Auguste COMTE a également élaboré la loi des 3 états. Selon lui, les phénomènes sociaux
sont soumis à un déterminisme et c’est sur cette base qu’il élabore une loi générale
d’évolution de l’esprit humain et de la société.
Selon lui, les sociétés passent obligatoirement toutes par 3 états successifs dont le
dernier est stable, définitif et indispensable au progrès humain :

- Un état théologique ou fictif dans lequel les humains se représentent les


phénomènes comme la conséquence d’agents surnaturels plus ou moins
nombreux. C’est, par exemple, le cas de sociétés traditionnelles qui voient le
monde en référence à des religions.

- Un état métaphysique ou abstrait où les agents surnaturels qui expliquaient les


phénomènes, ou auxquels on faisait référence pour élaborer des règles de vie en
société, sont remplacés par des entités abstraites telles que la raison, la liberté,
l’égalité, la fraternité…

- Un état positif ou scientifique où l’on tente de trouver des lois d’évolution de la


société en s’appuyant sur le raisonnement et l’observation. Il s’agit là de la
science qu’Auguste COMTE voudrait voir émerger de l’application du positivisme à
l’analyse des phénomènes sociaux.

Cette loi met bien évidemment en évidence la vision évolutionniste de l’histoire qu’à
Auguste COMTE.

[Link]
Alexis de TOCQUEVILLE (1805-1859)

Alexis de TOCQUEVILLE devient juge après ses études de droit et entame par la suite une
carrière politique. Lors d’un voyage d’études en Amérique, qui avait pour but d’étudier le
système pénitentiaire américain, il décide de comprendre le système politique américain,
convaincu que celui-ci peut inspirer les nations européennes.

Selon lui, la démocratie américaine serait la forme la plus aboutie de la démocratie. Il


défend et prône la démocratie car elle apporte le bien-être au plus grand nombre.

Selon lui, démocratie et égalité sont intimement liées car, dans un système politique
démocratique idéal, les positions sociales ne sont pas transmises de manière héréditaire
et donc toutes les places sont accessibles à tous (Egalité sociale) ; ce qui entraine une
égalisation des conditions de vie et donc une amélioration de celles-ci pour le plus grand
nombre.

Néanmoins, Alexis de TOCQUEVILLE est conscient que certains dangers guettent la


démocratie et il énonce dès lors 4 grands dangers :

- L’individualisme : En égalisant les positions sociales, la démocratie place les


hommes à côté les uns des autres sans qu’aucun lien commun ne les retienne.
Cette égalisation des conditions de vie fait que certains ne sont plus assez riches,
ni assez puissants pour exercer une influence sur le sort de leurs semblables mais
ont néanmoins acquis ou conservés suffisamment de biens que pour se suffire à
eux-mêmes. Ils ne doivent rien à personne et n’attendent rien de personne. Dès
lors, ils se considèrent isolément et se replient sur eux-mêmes. Alexis de
TOCQUEVILLE recommande de combattre ce repli sur soi en développant des
formes associatives d’engagement civil et politique.

- L’anarchie qui peut s’installer lorsque les libertés des individus n’ont plus aucune
limite. La régulation sociale doit donc passer par une intériorisation des règles de
vie par les individus.

- Le despotisme démocratique. Dans une démocratie, le peuple est représenté par


les élus. Or, cette démocratie représentative peut transformer progressivement
les individus en citoyens passifs et les placer in fine dans une relation de
servitude. Alexis de TOCQUEVILLE recommande, pour éviter cette dérive, la
liberté de la presse pour favoriser l’expression des opinions individuelles.
- Le despotisme de la majorité est en rapport avec cette formule célèbre d’Alexis de
TOCQUEVILLE « c’est l’opinion qui mène le monde ». Il signifie de la sorte qu’à
force de s’en remettre à l’opinion publique, on finit par perdre une partie de son
identité personnelle au profit de comportements et d’attitudes conformistes. Le
danger est alors de détruire toutes les formes d’indépendance et de singularité
mais aussi de perdre l’autonomie, voire les droits et libertés des minorités.

L’approche sociologique d’Alexis de TOCQUEVILLE  :

Alexis de TOCQUEVILLE  n’a jamais affirmé porter un regard sociologique sur la société
américaine. C’est pourtant ce qu’il a fait lorsque, par exemple, il se questionne sur la
persistance de la démocratie en Amérique. Il identifie 3 causes à ce phénomène :

- Les causes contingentes : l’Amérique est un pays vaste et vierge de toute


organisation économique et politique

- Les causes culturelles telles que l’esprit de liberté, d’association, de liberté de la


presse ;

- Les causes institutionnelles telles que la décentralisation administrative du


pourvoir et l’organisation du pouvoir judiciaire.

La méthode d’Alexis de TOCQUEVILLE  :

L’ensemble des réflexions d’Alexis de TOCQUEVILLE sur la démocratie américaine repose


sur une démarche qui s’apparente à ce que deviendra la méthodologie sociologique. Il
réalise notamment un travail de terrain en procédant à des observations et des
entretiens. Il effectue aussi une étude documentaire diversifiée. Ses réflexions s’appuient
enfin sur une méthode comparative puisqu’il étudie les ressemblances et les différences
entre les systèmes politiques de différents pays et notamment une comparaison entre
France et Amérique.

On terminera en disant qu’Alexis de TOCQUEVILLE est un des premiers individualistes,


qui consiste en une posture intellectuelle dans laquelle on tente d’expliquer des
phénomènes collectifs à partir de comportements individuels çàd les intentions et les
motivations des individus, eux-mêmes influencés par les contraintes sociales.

[Link]
Karl MARX 
  
Karl MARX est un précurseur de la sociologie çàd qu’il n’est pas à proprement parler un
sociologue et il ne prétend d’ailleurs pas faire de la sociologie mais les connaissances qu’il a
produites servent pourtant la sociologie. On lui doit la théorie marxiste qui relève à la fois de
la sociologie mais aussi de l’économie, de l’histoire, de la science politique et de la
philosophie. 
  
L’importance de Karl MARX tient bien sûr à sa théorie mais aussi et surtout à l’influence que
celle-ci a depuis un siècle et demi (Léninisme, Maoïsme). 
  
Il importe néanmoins de faire la distinction entre la théorie marxiste et les utilisations qui en
ont parfois été faites de la part de ceux que l’on nomme les marxistes. 
  
Comme sociologue, Karl Marx est l’auteur d’une analyse du capitalisme et d’une théorie des
classes sociales et des rapports (principalement conflictuels) entre elles.  
  
Karl Marx présente une sociologie holiste et déterministe.  
Le holisme ou être holiste signifie que l’on estime que le tout (la société) est plus important
que les parties, que la société prime sur l'agrégation des individus (holos = tout en grec).  
Pour un holiste, la société existe indépendamment et au-dessus de ses membres. Les structures
priment sur l'individu.  
  
Pour Karl MARX, la société n’existe pas en elle-même, seuls existent les individus ainsi que
les relations que ces individus entretiennent entre eux. Selon lui, si les hommes peuvent
modifier la nature et leur environnement, ils sont néanmoins contraints se soumettre à cet
environnement. 
  
Pour Karl MARX, les contraintes économiques, idéologiques et politiques imposent aux
individus la logique des modes de production. 
  
Dans un premier temps, les individus entretiennent des rapports avec la nature. Ils tentent de
la maîtriser, de la dépasser par la transformation des matières premières, grâce à l’usage
d’instruments de travail mais aussi grâce à leur force de travail. 
  
Si les hommes entretiennent des relations avec la nature, ils entretiennent également des
relations entre eux, les uns avec les autres.  
  
Pour MARX, l’homme est un être social, il ne peut donc vivre seul. Il entretient des relations
avec les autres et c’est dans la cadre de l’organisation du travail que les hommes entrent en
relation entre eux. 
  
Son approche de l’évolution sociale peut être qualifiée de matérialisme historique et il donne
une place centrale aux infrastructures.  
  
Karl Marx place le mode de production au centre du fonctionnement des sociétés. Selon lui,
chaque société se définit par son mode de production qui comporte deux dimensions : 
 L’état des forces productives ; 
 Les rapports de production. 
  
Le mode de production est pour lui fondamental puisqu’il définit l’infrastructure économique
qui conditionne l’ensemble de l’organisation sociale et des superstructures juridiques et
politiques. 
  
Les forces productives sont l’ensemble des modes de production tels que la terre, les machines
ou la main d’œuvre. 
  
Les rapports de production sont les relations entre les producteurs regroupés en classes
sociales (les capitalistes, les propriétaires terriens ou la classe ouvrière). 
  
Chaque classe contribue à la production en apportant l’une ou l’autre catégorie des forces
productives : terre ou force de travail. 
  
A tout mode de production correspond une classe dominante qui est celle qui possède les
principaux moyens de production et donc en prive les autres. Il existe donc selon Karl
MARX, un rapport d’exploitation. 
  
Les classes sociales jouent un rôle essentiel pour Karl MARX dans le fonctionnement de la
société. 
  
Le fonctionnement de l’économie repose sur les rapports de propriété entre les classes et donc
sur des rapports d’exploitation économique : le fruit du travail des uns est, en partie, accaparé
par les autres. 
  
La loi, la religion, la morale et les institutions politiques sont façonnées par les rapports de
classe. L’Etat ne représente pas l’intérêt collectif mais sert à la classe dominante à contraindre
les autres classes. 
  
Un individu appartient à une classe sociale en fonction de sa possession ou non des moyens
de production. 
  
Une vision de l’évolution sociale : le matérialisme historique 
Les modes de production sont, selon Karl MARX, des situations passagères. 
  
L’analyse historique de Karl MARX, le matérialisme historique, cherche à comprendre
l’évolution sociale passée et future. 
  
Son point de départ est de considérer que la société n’a pas toujours été divisée en classes et
qu’elle ne le sera pas indéfiniment. 
  
Pour Karl MARX, l’existence de classes sociales s’explique par la propriété privée et il pose
donc comme objectif principal la disparition pure et simple de toute propriété privée qui
permettrait la disparition des classes sociales et in fine des conflits entre celles-ci. 
  
Il ressort donc des propos de Karl MARX que le changement social est nécessaire et doit
venir de la lutte des classes qui est un affrontement brutal qui passe par la Révolution. 
  
On peut donc dire que Karl Marx analyse et critique le capitalisme en tant que mode de
production et affirme qu’il est appelé à disparaitre.  
  
Selon lui, les deux classes sociales les plus importantes au sens de celles qui jouent un rôle
majeur sont : d’une part, les capitalistes qui possèdent les principaux moyens de production
Ceux-ci investissent leurs capitaux dans la production et achètent la force de travail des
salariés dans un seul et unique but : faire du profit. 
  
D’autre part, les prolétaires çàd la classe ouvrière qui ne possèdent pas de moyens de
production mais vendent leur force de travail pour assurer leur subsistance et pour couvrir
leurs besoins ainsi que ceux de leur famille. 
  
Ces deux classes sociales entretiennent des rapports d’exploitation puisque la bourgeoisie
exploite le prolétariat en s’accaparant la plus value (càd qu’un bien est vendu plus cher que le
salaire qui a été nécessaire à sa production). 
  
La plus-value est entièrement accaparée par les capitalistes qui utilisent, en plus, différents
instruments pour maintenir cette domination tels que la loi, la religion, l’Etat. 
  
Pour Karl MARX, la classe ouvrière s’opposera à cet ordre social pour libérer l’humanité en
détruisant le capitalisme. Les classes sociales disparaitront et laisseront place à un nouvel
ordre social : le communisme. 
  
Pour mieux comprendre : 
 [Link]
 [Link]
 [Link]
 [Link]

 
 
Emile DURKHEIM (1858-1917)

Pour mieux comprendre Durkheim ([Link]


A écouter en introduction mais aussi en conclusion. Tout y est dit 😉

Sa biographie (uniquement pour info) :

[Link]

Emile DURKHEIM est considéré comme l’un des pères fondateurs de la sociologie en
raison du fait qu’il n’a cessé d’œuvrer pour que celle-ci soit reconnue comme une science
indépendante de la psychologie et de la philosophie.

Pour faire reconnaître la sociologie, il a travaillé à lui donner un objet propre et une
démarche spécifique.

L’objet de la sociologie : les faits sociaux

Pour Emile DURKHEIM, la sociologie a pour objet de rechercher et d’expliquer les faits
sociaux.

Un fait social consiste en « des manières d’agir, de penser et de sentir, extérieures à


l’individu et qui sont douées d’un pouvoir de coercition en vertu duquel ils (les faits
sociaux) s’imposent à lui ». (Les règles de la méthode sociologique).

Les faits sociaux se distinguent par deux caractéristiques :

- Leur extériorité par rapport aux consciences individuelles. Ils existent en dehors
de nous.
- Leur pouvoir coercitif. Ils exercent sur les individus une contrainte si forte qu’ils
s’imposent à eux qu’ils le veuillent ou non. Les faits sociaux s’imposent à nous.
Un fait social ne peut donc pas se définir par sa généralité. Ce n’est pas parce qu’un
fait est général qu’il est social car sinon tous les faits comme dormir, manger, ou
boire seraient sociaux. Ce qui intéresse ce sont les manifestations collectives et non
pas leur incarnation individuelle. Ainsi les sociologues s’intéressent aux crimes et non
pas aux criminels, au suicide et non pas aux suicidés, aux mariages plus qu’aux
mariés.

Un phénomène peut donc être considéré comme social s’il a une existence propre,
indépendante de ses manifestations individuelles.

Pour mieux comprendre ce qu’est un fait social :

[Link] ou [Link]
v=3gMJrbT046g

Petits trucs pour identifier un fait social :

[Link]

Les faits sociaux s’imposent donc aux individus et c’est en cela qu’Emile FURKHEIM
est déterministe. L’être humain est déterminé sans pouvoir d’agir. C’est donc la
reconnaissance de la primauté de la société sur l’individu auquel elle s’impose.
[Link]

La méthode sociologique

Emile DURKHEIM a beaucoup travaillé sur la méthode sociologique puisque, selon


c’est en définissant une méthode qui lui est propre que la sociologie pourra être
reconnue comme une science à part entière. Sur la méthode :
[Link]

Cette méthode est décrite, entre autres, dans un ouvrage qui porte le titre évocateur de « Les
règles de la méthode sociologique ».
Deux règles globales doivent être respectées pour faire de la sociologie une science.

La première règle qu’Emile DURKHEIM énonce est qu’il faut considérer les faits
sociaux comme des choses çàd qu’il faut les observer, les décrire, les analyser
comme si nous étions tout à fait détachés. Cela implique que le sociologue doit se
débarrasser de toutes ses prénotions afin d’éviter la subjectivité et d’atteindre
l’objectivité nécessaire.

[Link]

Le moyen de parvenir, selon Emile DURKHEIM, à atteindre l’objectivité est d’utiliser


les indicateurs statistiques, les comparaisons et l’expérimentation. C’est le meilleur
moyen de rompre avec la subjectivité.

La deuxième règle fondamentale, selon Durkheim, est d’expliquer le social par le


social çàd qu’il faut écarter toutes les explications de type psychologique.

Le holisme

Durkheim pratique une sociologie holiste. Le holisme vient du grec ancien holos signifiant « la
totalité, l'entier ». Le holisme (qui est opposé à l’individualisme méthodologique) est une approche
qui étudie les phénomènes sociaux comme une totalité extérieure aux individus. Durkheim
appartient à ce paradigme.

Le holisme est une posture méthodologique qui privilégie le collectif sur l’individuel, le tout sur les
parties pour comprendre et expliquer les mécanismes sociaux et les comportements individuels. Il
s’agit donc de comprendre les faits sociaux en les considérant et les appréhendant dans leur
ensemble, dans leur totalité, et non pas en étudiant chaque partie séparément.

Ainsi, un individu est entièrement ou fortement déterminé par le tout dont il fait partie.

Il faut donc connaître ce tout pour comprendre toutes les propriétés de l'élément ou de l'entité
étudiés.

Le holisme, appliqué aux systèmes humains, qui sont des systèmes complexes, consiste à expliquer
des faits sociaux par d’autres faits sociaux.
La société exerce une contrainte (pouvoir de coercition) sur l’individu qui doit intérioriser les
principales règles et les respecter. Les comportements individuels sont donc socialement déterminés.

On cherche donc, par exemple à déduire la psychologie des personnes par les conditions sociales
dans lesquelles elles se trouvent.

Notons encore qu’une approche holiste implique une démarche de type quantitatif sur base
notamment de questionnaires.

Deux illustrations de théories de Durkheim

- Solidarité mécanique/ Solidarité organique 


[Link]
Dans son ouvrage « De la division du travail social », Durkheim décrit deux types de sociétés
différentes, caractérisées par des liens sociaux spécifiques.

Dans les sociétés traditionnelles, la solidarité y est décrite comme mécanique. Dans ces sociétés, les
individus vivent dans des communautés. La proximité, les valeurs sont fortes et partagées. L’écart à
la norme n’est pas toléré. Le groupe est important, très important, plus important que l’individu.
Dans ces sociétés, la solidarité est dite mécanique car basée sur la similitude entre les individus qui
sont interchangeables. Il y a une faible division du travail.

Dans les sociétés modernes, la division du travail est forte. Les individus sont complémentaires les
uns aux autres et le bon fonctionnement de la société repose sur une étroite collaboration entre les
individus. La solidarité, dans ces sociétés, y est donc décrite, comme organique.

[Link]

[Link]

[Link]

Le suicide :
[Link]

[Link]
minutes/

Dans son ouvrage Le Suicide, publié en 1897, Émile Durkheim met en œuvre les principes
méthodologiques qu'il a préalablement définis dans Les Règles de la méthode sociologique.

Il y défend l'idée selon laquelle le suicide est un fait social à part entière puisqu’il exerce sur
les individus un pouvoir coercitif et extérieur. Il peut donc être analysé par la sociologie.

Si le suicide peut être expliqué par des raisons psychologiques, il est également éclairé par
des causes sociales, des déterminants sociaux.

La statistique montre en effet que le suicide est un phénomène social normal  puisque c’est
un phénomène régulier que l'on retrouve dans la plupart des sociétés et, au sein de chaque
société, les taux de suicide évoluent relativement peu.

« Ce qu'expriment ces données statistiques, c'est la tendance au suicide dont chaque société
est collectivement affligée »2.

Durkheim va d'abord s'attacher à dégager les causes du suicide et ensuite proposer une
typologie des suicides, selon leurs causes.

Durkheim constate que la religion, la famille, certaines situations politiques protègent du


suicide. C’est ainsi que les personnes mariées se suicident moins que les célibataires, les
personnes avec enfants, moins que celles qui n’en n’ont pas, les catholiques moins que les
protestants….

La religion et la famille sont des instances d'intégration des individus qui les protègent du
suicide en leur interdisant moralement de se suicider.

La guerre et les révolutions semblent également protéger du suicide : en temps de troubles


publics, les taux de suicide ont tendance à diminuer car durant ce laps de temps, les
individus sont intégrés autour de grands enjeux nationaux qui ravivent le sentiment
d'appartenance à une société.

Ainsi l'une des causes déterminantes du suicide qui se dégage est celle de l'intégration,
facteur de protection des tendances suicidogènes.

Outre la question de l'intégration, la régulation est la seconde cause qui permet de rendre
compte des taux de suicide. Si les sociétés intègrent, elles ont également un pouvoir de
régulation : elles fournissent des règles que les individus doivent suivre, qui dictent leur
conduite et leur fournissent des repères.
À partir de ces deux grandes causes que sont l'intégration et la régulation, Durkheim dégage
quatre grands types de suicide.

Les différents types de suicide :

1. Le suicide égoïste : le suicide égoïste intervient lors d'un défaut d'intégration :


l'individu n'est pas suffisamment rattaché aux autres. La société tient les individus en
vie en les intégrant (cf. le suicide de célibataires).
2. Le suicide altruiste : à l'inverse du suicide égoïste, le suicide altruiste est déterminé
par un excès d'intégration. Les individus ne s'appartiennent plus et peuvent en venir
à se tuer par devoir (on peut avoir en tête les suicides dans l'armée, dans des sectes,
etc.).
3. Le suicide anomique : le suicide anomique intervient lors d'un défaut de régulation :
la réglementation, les normes sont moins importantes, elles sont devenues plus
floues. Les individus sont moins tenus, leurs conduites sont moins réglées, leurs
désirs ne sont plus limités ou cadrés. Ils peuvent éprouver le "mal de l'infini" où tout
semble possible alors qu'en fait tout ne l'est pas.
4. Le suicide fataliste : le suicide fataliste, quant à lui, intervient dans les cas d'excès de
régulation : la vie sociale est extrêmement réglée, les marges de manœuvre
individuelles sont réduites. Le contrôle social, les normes sont trop importantes
(exemple : rituel hara-kiri au Japon).

Défaut Excès
Intégration Egoïste Altruiste
Régulation Anomique Fataliste

On retrouve donc, chez DURKHEIM une préoccupation pour la cohésion sociale puisqu’il
établit une relation de cause à effet entre les formes déséquilibrées du lien social (défaut /
excès d'intégration ; défaut / excès de régulation) et les taux de suicide.

Donc pour Durkheim, la cause du suicide est bien une faiblesse dans la cohésion sociale. Quand la
cohésion sociale est forte, il y a moins de suicides que quand elle est faible.

[Link]
Max WEBER (1864-1920)
Pour débuter, deux vidéos complètes où tout est dit 😉

[Link]

[Link]

Max WEBER est considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie et pourtant il a
d’abord débuté par des études de droit, d’économie, de politique, d’histoire et de
théologie.

Max WEBER est opposé à Emile DURKHEIM. Si Emile DURKHEIM est considéré comme le
père du déterminisme, Max WEBER est quant à lui considéré comme le fondateur de
l’individualisme méthodologique.

Pour WEBER, la sociologie est la science de l’activité sociale ou de l’action sociale. Et


l’activité sociale est tout comportement humain qui a un sens aux yeux de celui qui
l’effectue. L’activité devient sociale quand le sens visé par l’individu qui l’accomplit se
rapporte au comportement d’autrui çàd que l’activité réalisée ne prend du sens qu’au
cours d’une interaction alors que prise, isolément, elle n’a aucune signification sauf pour
celui qui l’effectue.

Ex : un comportement religieux n’est pas une activité sociale tant qu’elle ne prend la
forme que de la méditation ou du recueillement personnel. Par contre, ce comportement
religieux devient une activité sociale quand elle prend la forme de la participation à un
office religieux où l’activité n’a de sens qu’en se rapportant aux autres.

Pour Weber, la sociologie a donc pour ambition la compréhension du sens que les acteurs
donnent à leurs actions. Il s’agit pour le sociologue de reconstituer les motivations de
l’acteur en replaçant son action dans son contexte.

Pour Max WEBER, il est donc indispensable de partir des individus eux-mêmes
Max WEBER s’oppose également à Emile DURKHEIM en revendiquant l’élaboration
d’idéaux-types. Un idéaltype est une forme de caricature, une situation utopique,
extrême où l’on force le trait pour en donner une vision extrême afin de rendre
compréhensible les phénomènes que l’on étudie.

Exemple d’idéal type au sens wébérien : WEBER cherche à comprendre ce qui motive un
individu à agir, à poser un comportement. Selon lui, 4 causes sont possibles :

- Comportement traditionnel : Par habitude, par coutume, je salue mes amis en


leur tendant la main ou en les embrassant ;
- Comportement affectuel : par sentiment, par émotion, je frappe quelqu’un qui m’a
insulté ;
- Action rationnelle en valeur : par conviction, j’agis en fonction de mes convictions,
de mes valeurs, « je ne mange plus de foie gras car mes convictions liées au bien-
être animal m’obligent à refuser la manière dont ils sont gavés ;
- Action rationnelle en finalité : par confrontation des moyens et des buts. Je fais
des études pour trouver un emploi.

Marx WEBER s’est attaché à expliquer les origines du capitalisme. A travers ses travaux,
il démontre que la morale protestante induit chez ses pratiquants des comportements
propices au développement de la logique capitaliste.

Pourquoi ? Le calvinisme implique la notion de prédestination. Le salut éternel n’est que


pure grâce de Dieu mais implique un engagement important dans le travail. L’oisiveté est
considérée comme un péché et la seule certitude est que Dieu ne choisira pas ses élus
parmi les pécheurs mais bien parmi ceux qui ne rechignent pas à la tâche.

Or, s’investir, travailler sans compter plutôt que consommer et se reposer sont des
caractéristiques favorables au développement de l’esprit du capitalisme.

3 vidéos équivalentes sur l’ouvrage « L’éthique protestante »

[Link]

[Link]

[Link]
La théorie a été critiquée mais il est utile de retenir qu’il a été un des premiers à
souligner l’importance des valeurs dans le changement social. Les valeurs comme moteur
de changement.

Max WEBER a également développé le concept de RATIONALISATION. Selon lui, les


sociétés évoluent vers plus de rationalisation ; ce qui aboutit à un « désenchantement du
monde ».

Ce qu’il signifie par ce terme est une tendance à agir en utilisant la raison plus que les
valeurs. Toutes les sphères de l’activité humaine seraient touchées selon lui par cette
rationalisation çàd la mise en place de procédures, de manières de faire formelles et
explicitées en fonction d’un objectif identifié.

Pour bien distinguer WEBER et DURKHEIM :

[Link]

[Link]
Georges FRIEDMANN (1902-1977)

Il est connu comme l’un des fondateurs de l’école française de sociologie du travail.

FRIEDMANN s’est particulièrement intéressé à la question du travail et propose


notamment une critique du taylorisme en tant qu’organisation du travail. Pour rappel,
le taylorisme est une nouvelle manière de concevoir le mode production. Le
taylorisme tire son nom de son inventeur Taylor qui critique la désorganisation qu’il
observe dans les ateliers de production. Pour lui, l’ordre et la discipline doivent être
instaurés pour aboutir à une organisation scientifique du travail dans laquelle, les
manières de produire (les gestes, les rythmes les cadences, le qui fait quoi) doivent
être définis à priori afin d’augmenter le rendement.

Selon FRIEDMANN, cette manière de concevoir le travail déqualifie l’ouvrier et


déshumanise le travail puisque le travail est découpé entre les concepteurs, les
bureaux des méthodes, les techniciens et les ouvriers, simples exécutants chargés
d’exécuter le travail comme d’autres l’ont imaginé. Plus aucun appel n’est donc fait
aux aptitudes des ouvriers et ceux-ci travaillent sans jamais pouvoir se dire qu’ils ont
accompli quelque chose, sans pouvoir prendre du recul.

Alain TOURAINE (1925-)

Sociologue français mais historien au départ. Il est particulièrement intéressé par les
évolutions du travail et par le mouvement ouvrier.

Il va commencer sa carrière dans le service de Georges FRIEDMANN. Pour lui,


l’organisation du travail est passée par 3 phases successives.

18
L'organisation du travail consiste dans les différents systèmes mis en place dans les
entreprises pour accroître la productivité, grâce à  une utilisation plus rationnelle du
travail. Alain Touraine distingue 3 phases dans cette organisation du travail :

 la phase A se situe au XIXe siècle et correspond à  une organisation


traditionnelle ou professionnelle du travail. La machine est
universelle, utilisée comme un outil grâce à  la compétence et au savoir
faire de l'ouvrier (il possède un métier), sans contrôle sur son rythme de
travail autre que sa conscience professionnelle. Le travail est organisé par
un chef d'atelier qui est l'ouvrier le plus ancien, celui qui a le plus
d'expérience.
 la phase B qui correspond au taylorisme/fordisme (XXe siècle et
surtout des années 1920 aux années 1970). La machine est
spécialisée pour une opération, actionnée par un ouvrier lui même
spécialisé (OS), incapable de la régler ou de l'entretenir. Celui-ci ne
possède pas de métier, il a juste acquis un tour de main, sur le tas, en
quelques jours. L'organisation et le rythme de travail, conçus par des
spécialistes (ingénieurs, bureau des méthodes), échappent à  l'ouvrier. Le
chef d'atelier n'est plus un compagnon qui organise le travail mais un chef
qui fait respecter la discipline imposée par le bureau des méthodes.
 la phase C est celle du système automatique et débute à  partir des
années 1970. Le travail est effectué par un ensemble de machines
intégrées (lignes transfert par ex) et autonomes. L'ouvrier effectue plus un
travail de contrôle et de surveillance que de production. Ce n'est plus la
cadence de la machine qui impose le rythme de travail de l'ouvrier mais
ses horaires de fonctionnement : le travail posté (en équipes) se développe
pour rentabiliser le capital.

Le passage d’une phase à l’autre est toujours progressif et partiel : la substitution d’une
phase par une autre n’est ni instantanée, ni intégrale.

Alain Touraine s’intéresse aux situations de travail, à son organisation mais aussi aux
effets engendrés sur la conscience ouvrière.

Dans la première phase, les ouvriers sont relativement autonomes, leurs compétences
sont reconnues et surtout ils sont placés au centre du processus de production. Ils sont
donc en position de revendiquer avec force et fierté un partage plus équitable des profits.

19
Dans la seconde phase, il observe la création d’une véritable conscience ouvrière née de
l’union entre des ouvriers qualifiés fortement syndiqués et de ouvriers peu qualifiés sans
passé ouvrier ni syndical qui sont confinés dans des tâches pénibles, peu gratifiantes et
mal payées.

Il observe une rencontre professionnelle et puis syndicale entre ces deux groupes (les
nouveaux et les anciens) qui débouche sur des revendications globales, politiques çàd
des revendications qui touchent le travail en lui-même (amélioration des conditions de
travail et augmentation salariale) mais aussi une revendication de la part de ce
mouvement ouvrier pour une reconnaissance de leur autonomie et un contrôle de
l’économie et la société. C’est l’émergence d’un syndicalisme révolutionnaire.

La troisième phase conduit à un isolement dans le travail et à une individualisation de la


situation et de la conscience. On observe alors des revendications beaucoup plus
particularistes (par groupe professionnel, par profession, par secteur, par entreprise et
entraîne un affaiblissement du syndicalisme revendicatif au profit d’un syndicalisme de
services (aides sociales, information sur les droits…).

Pour Alain TOURAINE, toute la société ne s’explique pas par le travail où l’organisation
des entreprises. Il va, par la suite s’intéresser à la notion de changement social et à ce
qui l’explique. Il met en effet en évidence que d’autres mouvements que le mouvement
ouvrier vont prendre de l’importance dans ce changement social.

Suite à la crise de mai 68, il diagnostique la transition d'une pure domination économique
vers une domination culturelle : à l'opposition entre prolétaires et bourgeois se
substituerait l'opposition entre ceux qui ont des savoir-faire et ceux dont la position dans
le système médiatique assure une large influence.

Il s'intéressa aux mouvements sociaux du début des années 1970 sous le vocable de
NMS signifiant nouveaux mouvements sociaux (mouvements féministes, régionalistes...),
et chercha à savoir si ces manifestations sociales pouvaient être perçues comme de
nouveaux acteurs sociaux en lutte contre les éléments de domination.

20
Pour TOURAINE, un mouvement social se caractérise en fonction de 3 principes :

- Un principe d’identité çàd le fait que les acteurs d’un conflit doivent se reconnaître
des valeurs et des attitudes communes ;
- Un principe d’opposition selon lequel les acteurs mobilisés s’opposent à d’autres
acteurs identifiés ;
- Un principe de totalité selon lequel l’objet de la revendication concerne des enjeux
de société, des enjeux globaux et non pas des enjeux particularistes ou
corporatistes.

Il est partagé entre l'actionnisme dans le sens où nous avons le pouvoir sur l'histoire, et
le déterminisme car nous sommes déterminés par nos lois et valeurs.

21
Ecole de Chicago
On regroupe sous le terme d’Ecole de Chicago, un ensemble de recherches qui ont été
menées au sein du département de sociologie de l’université de Chicago entre 1915 et
1940 pour la première vague et à partir de 1950 pour la seconde. Cette Ecole rassemble
plusieurs sociologues américains qui avaient comme point commun une forme de
pragmatisme. On les a d’ailleurs souvent nommés des ingénieurs du social.

Bien que l’on parle de l’Ecole de Chicago, on peut distinguer 2 périodes de la construction
de la sociologie américaine qui nous fait souvent utiliser le vocable de 1 ère et de 2ème école
de Chicago. La première s’étalant de la fin 1900 jusqu’après la seconde guerre mondiale.
La seconde prenant son essor à partir des années 1950 environ.

Contexte

On ne peut réellement comprendre l’école de Chicago sans tenir compte du contexte


historique dans lequel elle s’est constituée.

Les Etats-Unis de fin 1800, début 1900 peuvent être résumés par 3 caractéristiques
essentielles :

- Urbanisation. L’urbanisation est un phénomène d’augmentation du nombre de


personnes qui vivent en ville. En images : [Link]
v=35CL_iujXVk
- Industrialisation.
- Immigration massive.

Le développement économique entraîne une immigration très importante et les villes


se développent de façon spectaculaire. Exemple : Chicago en 1840 compte 4470
habitants, pour 1 100 000 en 1890 et 3 500 000 en 1930. Chicago est surnommée la
« Ville champignon » en relation avec son développement exponentiel et rapide
similaire à la croissance naturelle des champignons.

Cette évolution engendre de nombreux problèmes sociaux : alcoolisme, délinquance


juvénile, prostitution, pauvreté, criminalité, conflits sociaux… Chicago connaît

22
d’ailleurs à cette époque une série d’émeutes dont les plus célèbres sont celles de
1919.

Cette situation désastreuse sera encore amplifiée par la célèbre crise financière de
1929. Pour en savoir plus sur la crise de 1929 :
[Link]

L’école de Chicago selon Denis La Mache : [Link]

La première école de Chicago

C’est dans ce contexte que les sociologues sont appelés et chargés d’expliquer et de
gérer ces phénomènes. Des fonds importants, publics et privés, seront libérés pour
entreprendre des recherches multiples et variées.

La pensée majeure au début de l’Ecole de Chicago (et surtout avant 1914) était que
la sociologie devait être une science au service de la société en ce sens qu’elle devait
en résoudre les problèmes. La sociologie était alors proche de l’assistance sociale et
la démarche parfois peu scientifique.

Après la première guerre mondiale, la démarche devient plus scientifique. Les


sociologues évoluent au niveau de la méthode utilisée. Alors que jusque là, ils
n’utilisaient que des « informateurs » dont notamment des travailleurs sociaux pour
récolter leurs données, ils vont chercher des données de première main en
rencontrant directement les personnes concernées, en réalisant des entretiens, des
observations, en procédant en l’analyse de sources diverses.

Une des enquêtes les plus connues a donné lieu à un ouvrage « The city », où les
auteurs (PARK, BURGESS et MC KENZIE) mettent en évidence que la ville est
découpée en zone où chaque groupe s’approprie un territoire qui lui est propre, qu’il
défend.

23
Texte pour mieux comprendre : [Link]
chicago

La deuxième école de Chicago

La deuxième vague de recherches de l’école de Chicago se sont développées, aux Etats-Unis


à partir de 1950-1960, bien qu’ils n’aient été introduits en Europe que vers 1980.

Ce sont des courants de pensée très pragmatiques qui s’appuient sur une sociologie
qualitative.

On retrouve dans ce courant de pensée des auteurs comme Blumer et Hugues mais on
retiendra surtout Howard BECKER et Erving GOFFMAN ainsi que le courant de pense dont il
est à l’origine : l’interactionnisme symbolique.

24
Pierre BOURDIEU (1930-2002)

Un des principaux sociologues français de la deuxième moitié du 20ème siècle. Il est


l’auteur de nombreux concepts, ses analyses théoriques ont été très variées et globales.
Il a écrit une quantité d’ouvrages impressionnante.

Les pratiques culturelles comme marqueurs symboliques des identités sociales. « La
distinction. Critique sociale du jugement » P. BOURDIEU (1979)

La culture est et a aussi été étudiée par les sociologues dans le cadre qu’elle constitue,
dans les sociétés occidentales contemporaines, l’un des aspects de la stratification
sociale, qui intéresse l’analyse des inégalités et des rapports sociaux.

Le concept de stratification sociale alimente en retour un débat récurrent sur la


pertinence des politiques publiques de la culture :
- A quels types d’inégalités les politiques publiques de la culture répondent-elles ?
- Sur quels fondements s’appuient-elles ?

Dans la distinction Pierre BOURDIEU oppose

 la vision courante qui tient les goûts pour un don de la nature (les goûts et les
couleurs ça ne se discute pas) ;
 l’observation scientifique qui montre que ceux-ci (les goûts) sont déterminés
et organisés entre eux par notre position dans la société.

Exemple : Il peut paraître évident que ceux qui boivent du champagne ont plus de
chances que les buveurs de « gros rouge » d’avoir des meubles anciens, de pratiquer le
golf, de fréquenter musées et théâtres.

P. BOURDIEU montre qu’au delà des simples effets de revenus, toutes ces pratiques
révèlent des systèmes de représentations propres à des groupes sociaux, de leur position
relative et de leur volonté de se situer dans une échelle de pouvoir.

BOURDIEU va mettre à jour les mécanismes sociaux de construction du jugement.


« Comment jugeons-nous ce qui est beau ? » Pour Bourdieu ce n’est pas une réponse de

25
type personnel mais c’est une construction, cela dépend de la classe sociale à laquelle
nous appartenons et à l’habitus lié à cette classe sociale.

Selon le modèle théorique de P. BOURDIEU, la société est constituée de classes sociales.


Des inégalités sociales existent entre ces différentes classes sociales, certaines sont plus
riches, d’autres plus pauvres. Il y a des dominants et des dominés.

Classes sociales et inégalités entre classes sociales :

Selon Pierre Bourdieu, quatre critères peuvent nous permettre d’appréhender les
inégalités, les différences que l’on va retrouver d’une classe sociale à l’autre.

Il distingue le capital économique, le capital social, le capital culturel et le capital


symbolique.

Le capital économique est constitué par les revenus, les biens, héritages.

Le capital social. Le capital social peut s’exprimer par le fait d’avoir des relations avec des
gens qui ont du pouvoir. C’est aussi le réseau de relations plus ou moins influent, les
habiletés sociales.

Pour le capital culturel. On peut voir une différence dans l’accessibilité aux lieux culturels
qui n’est pas la même pour tous (les jeunes issus de familles populaires accèdent
nettement moins aux universités que les enfants dont les parents ont une profession
libérale, par exemple). Le capital culturel se traduit aussi par l’accessibilité aux livres,
aux bibliothèques, au patrimoine artistique, aux manifestations culturelles, les diplômes,
les bonnes manières…

Le capital symbolique est quant à lui le plus abstrait vu qu’il est une forme de
reconnaissance, de prestige accordé à la personne. Il s’agit en quelque sorte de l’aura

26
d’une personne qui lui est accordée par les autres membres de la société et qui repose,
entre autres, sur la possession des autres capitaux.

Bourdieu met en évidence que le jugement de goût dépend de la compétence esthétique


de l’individu, qu’il définit comme la capacité à percevoir les différences entre les œuvres,
à repérer les traits de style d’une œuvre. S’il existe une acquisition de compétences, on
peut donc parler de l’existence d’un capital culturel qui est le résultat d’un processus de
socialisation.

Bourdieu a d’ailleurs étudié les différentes institutions de socialisation dont les deux plus
importantes que sont l’école et la famille.

 L’école joue un rôle important dans le processus de socialisation à la culture. On


observe d’ailleurs que le niveau d’instruction est par exemple le facteur le plus
déterminant de la fréquentation des musées.

Lorsqu’on étudie l’institution scolaire, on observe qu’elle permet l’apprentissage


d’instruments et de concepts pour appréhender les œuvres culturelles. De plus, elle
inculque le « culte de la culture » çàd le « devoir d’aimer » certaines œuvres.

 La famille est une autre instance de socialisation qui occupe une place privilégiée dans
l’apprentissage des normes et des valeurs. En effet, la famille intervient très tôt dans la
vie d’un individu, elle permet des apprentissages quotidiens et le tout dans un climat
affectif particulier. La famille peut dès lors instituer un rapport précoce à la culture. Les
enfants sont familiarisés à la culture.

Les inégalités sociales se traduisent alors en termes de capital économique, capital social,
capital culturel et capital linguistique dont un individu dispose.

On peut constater une interdépendance entre ces différents capitaux.

27
EX : il est fort probable que si un individu dispose d’un capital économique élevé, il aura
également un réseau de relations intéressant (capital social).

Pour BOURDIEU, toute la société, l’organisation sociale doit être analysée à travers ce
rapport de domination.

Pour lui, la société n’est pas organisée comme une pyramide ou une échelle mais comme
un espace de différences.

Cet espace social s’organise autour de deux dimensions :

 le volume global des ressources détenues ;


 la répartition entre capital économique et capital culturel
 clivage entre l’argent et la culture (entre les commerciaux et les purs dans le domaine
artistique)

Ce clivage pour Bourdieu est discriminant et permet de comprendre par exemple


l’identité forte des artistes qui choisissent l’art pour l’art. N’hésitant pas à se justifier
lorsqu’ils produisent suite à une commande, que c’est juste « alimentaire ».

Dans d’autres catégories sociales en revanche, l’argent est signe de distinction.

Le décalage entre classes sociales (par exemple entre les patrons de PME et les artistes)
tient aussi à la confrontation entre deux univers différents, ce que BOURDIEU appelle des
champs.

Les champs, ce sont des sortes de microcosmes, relativement homogènes et uniformes


et pertinents au regard d’une fonction sociale : on parlera des champs artistiques,
journalistiques, universitaires...

28
Les champs sont des lieux de concurrence et de lutte. EX : dans le champ journalistique :
le pouvoir appartient aux grands médias et aux journalistes qui font l’actualité ; les
dominés sont les journalistes de base et les pigistes.

Chaque champ possède ses propres règles du jeu. Ainsi dans le champ littéraire, il vaut
mieux déployer du capital culturel et du capital social (des réseaux de relation, des
cocktails…) plutôt que du capital économique.

Un individu est inséré dans différents champs mais il n’y occupera pas le même rang.
EX : les universitaires sont en position de dominés (par rapport aux industriels) dans le
champ du pouvoir mais ils sont dominants (par rapport aux artistes) dans le champ
intellectuel.

Pour décrire le fonctionnement des champs, BOURDIEU utilise la notion de jeu. Le jeu
social peut être vu comme une partie de cartes ou d’échecs : chaque individu a une
position plus ou moins favorable, a des atouts (capitaux) plus ou moins adapté en
fonction des circonstances.

La domination dépend donc des ressources des acteurs mais aussi de leur stratégie.

En effet, si certains sont totalement démunis de ressources et subissent le jeu, beaucoup


d’acteurs peuvent déployer des stratégies pour améliorer leur position. EX : transformer
un type de capital en un autre.

Une fois l’espace social ainsi défini, BOURDIEU montre comment à chaque classe de
positions sociales correspond une classe d’habitus ou de goûts.

C’est ici que BOURDIEU met à mal l’expression selon laquelle les goûts et les couleurs, çà
ne se discute pas ; çàd l’idée que les préférences sont une affaire personnelle.

29
Ce qu’il montre c’est, au contraire, que nos jugements (en matière de musique, de sport,
de cuisine, de décoration, de loisirs,…) sont le reflet de notre position dans l’espace
social.

Ce qui fait lien entre les structures sociales et nos goûts personnels : c’est l’habitus.

Selon BOURDIEU, « les éléments constitutifs du style de vie de l’individu sont le produit
de son habitus, çàd l’ensemble des dispositions, des schèmes de perception et d’action
incorporés aux différents stades de la socialisation et qui reflètent les caractéristiques
sociales de son environnement » [Bourdieu, 1980].

Dit autrement, l’habitus est une sorte de matrice à travers laquelle nous voyons le
monde et qui guide nos comportements.

La position sociale de chaque sujet détermine un ensemble cohérent de pratiques, de


valeurs et de goûts que l’on nomme l’habitus.

Ainsi les enseignants qui possèdent peu de capital économique et davantage de capital
culturel ont un habitus radicalement différent de celui des commerçants ou petits
patrons.

En fonction de la classe sociale à laquelle vous appartenez, vos pratiques, vos valeurs
mais aussi vos goûts seront différents.

Ce qui est donc pertinent pour observer l’espace social, ce n’est donc pas le train de vie
mais le style de vie.

Dans cet ouvrage, BOURDIEU met en évidence des univers différents entre classes
sociales, des « styles de vie » (l’artiste, l’intellectuel, le bourgeois, l’employé…).

30
Les classes sociales se distinguent ainsi par le partage et la transmission de traits
culturels qui conditionnent les comportements individuels (habitudes alimentaires,
attitudes morales, opinions politiques, goûts…

Il peut bien sûr y avoir des exceptions : des ouvriers qui lisent Marguerite DURAS ou des
universitaires qui aiment Johnny Hallyday.

Ce n’est donc pas un déterminisme mécanique, pur et dur mais des lois tendancielles,
des tendances générales.

Le moteur de cette stylisation de la vie : c’est la distinction. Chaque groupe tentant de


se distinguer des autres.

Et pour montrer que l’on est distingué, quel meilleur moyen que la culture ?

C’est ainsi que BOURDIEU constate dans ces enquêtes que l’accès à la culture est inégal
selon les classes sociales.

Ex : quand ils visitent les musées, les membres des classes cultivées manifestent une
familiarité spontanée avec l’art, qui provient, non pas d’un don mais de codes et de
langages acquis par la socialisation : l’habitus.

Les classes dominées ne possèdent pas ces codes. Ils vont donc appliquer à l’art les
schémas qui structurent leur perception de l’existence quotidienne.

C’est ainsi, par exemple,  qu’en cinéma les classes populaires préfèrent ce qui se
rapproche de la vie quotidienne, les histoires vraies, les happy-end alors que les classes

31
supérieures ont un rapport de distanciation, une certaine aisance. Elles préfèrent la
lecture au second degré.

Il y aurait donc selon BOURDIEU une hiérarchie des pratiques culturelles.

Les classes dominantes auraient donc une attirance pour des domaines culturels nobles
(musique classique, peinture, sculpture, littérature, théâtre).

Les membres des classes moyennes se caractériseraient par de « la bonne volonté
culturelle » çàd qu’ils ont une intense activité culturelle, mais comme ils maîtrisent mal
les codes des domaines culturels les plus nobles, ils se tournent vers des succédanés, des
produits dérivés : le cinéma, la bande dessinée, le jazz, les revues de vulgarisation
scientifique, la photographie…

Les classes populaires, il ne leur reste que les miettes puisque BOURDIEU réfute l’idée
d’une culture populaire.

Globalement, on pourrait donc dire que ce qui oppose la classe dominante aux classes
populaires :

- La familiarité avec les arts savants ;


- Le rejet des arts populaires ou de la culture de masse.

L’espace social :

- serait donc établi sur une hiérarchie des goûts et des pratiques ;
- constituerait un espace de domination symbolique fondé sur l’intériorisation d’un
ordre de légitimité culturelle des préférences.
 Idée d’une culture légitime.

Certaines pratiques seraient donc distinguées et d’autres vulgaires. A l’intérieur de


chaque domaine culturel, on trouve des niveaux de distinction.

32
Pierre BOURDIEU a souvent été critiqué pour son déterminisme excessif.

- La distinction : [Link] – Sylvain Dramaix


- La distinction (les capitaux) : [Link] – Sylvain
Dramaix
- Interview de Bourdieu sur les jugements de goût : [Link]
v=09ZI1hkarQk
- Habitus et champs sociaux – la Mache : [Link]
v=CJ923rxCOBM&t=339s

La vie est un long fleuve tranquille : [Link]

Intouchables : [Link]

Rapport de forces , rapport de sens

33
Les paradigmes - les grands courants de la sociologie

Dans la plupart des sciences humaines ou dures, il existe des courants de pensée différents
çàd que les approches, les méthodes, les conclusions peuvent être différentes. Bien sûr
chaque sociologue est différent mais on peut néanmoins les regrouper par courants de
pensée similaires.

- L’individualisme méthodologique
- Le holisme
- Le fonctionnalisme
- L’interactionnisme
- Le culturalisme

L’individualisme méthodologique

Le terme d’individualisme peut prendre 3 significations différentes :

- Un sens moral ou justificatif : est individualiste un individu ou une idéologie qui met
l’individu au centre. Opposé au collectivisme.

- Un sens sociologique ou individualisme descriptif : il caractérise un type de société


où l’autonomie de l’individu est la valeur fondamentale. Une société individualiste
s’oppose à une société où ce sont les valeurs collectivistes ou communautaires qui
priment.
- Un sens méthodologique ou individualisme explicatif : il s’agit alors de la base d’un
processus d’explication çàd une manière de concevoir des réponses à des questions
de recherche. On parle alors d’individualisme méthodologique. L’IM énonce que les
comportements individuels sont les causes des phénomènes macroscopiques et non
l’inverse. Il s’oppose à la démarche holiste ou structurelle.

On peut donc retenir que l'individualisme méthodologique est un paradigme de sciences


sociales, selon lequel les phénomènes collectifs peuvent (et doivent) être décrits et expliqués
à partir des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles
(approche ascendante). Cette approche s'oppose au holisme, selon lequel les propriétés des
individus ne se comprennent pas sans faire appel aux propriétés de l'ensemble auquel ils
appartiennent (approche descendante).

L'individualisme méthodologique ne doit pas être confondu avec l'individualisme en tant que
conception morale et politique : il ne comporte aucune hypothèse ou prescription
concernant les motivations ou les actions des individus. Il se contente d'affirmer que les
individus sont les seuls organes moteurs des entités collectives, et qu'on peut toujours
reconstruire une propriété collective à partir de propriétés individuelles.

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Deux grands auteurs appartiennent à l’IM méthodologique (-weber et Boudon). Ils
s‘intéressent donc aux individus et à leurs actions en s’attachant à comprendre leurs
intentions et motivations (qu’est-ce qui les poussent à agir).

La sociologie a donc pour but de comprendre le sens que les acteurs donnent à leurs actions.
Il s’agit donc de reconnaître les individus comme des êtres rationnels.

En sciences humaines, la rationalité caractérise une conduite cohérente, voire optimale, par
rapport aux buts de l'individu.

Se pose toutefois la question de la rationalité des buts par rapport aux intérêts supposés des
individus

La rationalité instrumentale correspond en bref à la maximisation des bénéfices et à la


minimisation des coûts. C’est le type de rationalité privilégié dans tous les modèles
économiques standards et dans la théorie du choix rationnel.

La rationalité cognitive, s’attache principalement aux théories scientifiques mais aussi à


toutes formes de connaissance. Pour résumer, cela sous-entend qu’une personne a des
raisons de croire en une théorie tant que cette dernière n’est pas remise en cause par un fait
clairement établi. Cette rationalité cognitive permet de comprendre en quoi les scientifiques
ont pu soutenir des théories, de manière tout à fait rationnelle, alors que l’on sait
aujourd’hui qu’elles sont fausses.

Enfin, la rationalité axiologique, pendant de la rationalité cognitive pour ce qui a trait aux
valeurs et croyances, signifie qu’un individu peut accepter certaines valeurs du fait
qu’aucune série d’arguments contraires n’est venue l’en dissuader. Raymond Boudon parle
en ce sens de "raisons fortes" de croire en de telles valeurs.

Sur la base e cette typologie, Boudon énonce les 3 postulats de sa sociologie :

- Le postulat de l’individualisme méthodologique selon lequel les faits macroscopiques


sont le résultat d’actions individuelles ;
- Le postulat de la sociologie compréhensive selon lequel il s’agit de comprendre le
sens que les acteurs donnent à leurs actions ;
- Le postulat de la rationalité selon lequel les individuels sont des êtres rationnels.

35
Courant 2 : le holisme

Le holisme vient du grec ancien holos signifiant « la totalité, l'entier ».

Le holisme (qui est opposé à l’individualisme méthodologique) est une approche qui étudie
les phénomènes sociaux comme une totalité extérieure aux individus. Marx et Durkheim
appartiennent à ce paradigme.

Le holisme est une posture méthodologique qui privilégie le collectif sur l’individuel, le tout
sur les parties pour comprendre et expliquer les mécanismes sociaux et les comportements
individuels.

Il s’agit donc de comprendre les faits sociaux en les considérant et les appréhendant dans
leur ensemble, dans leur totalité, et non pas en étudiant chaque partie séparément.

Ainsi, un individu est entièrement ou fortement déterminé par le tout dont il fait partie.

Il faut donc connaître ce tout pour comprendre toutes les propriétés de l'élément ou de
l'entité étudiés.

Le holisme, appliqué aux systèmes humains, qui sont des systèmes complexes, consiste à
expliquer des faits sociaux par d’autres faits sociaux.

La société exerce une contrainte (pouvoir de coercition) sur l’individu qui doit intérioriser les
principales règles et les respecter. Les comportements individuels sont donc socialement
déterminés.

On cherche donc, par exemple à déduire la psychologie des personnes par les conditions
sociales dans lesquelles elles se trouvent.

Notons encore qu’une approche holiste implique une démarche de type quantitatif sur base
notamment de questionnaires.

36
Courant 3 : le fonctionnalisme SUPPRIME POUR L’EXAMEN !!!!

Paradigme qui s’est principalement développé aux Etats-Unis à partir des années 40. Ce
courant de pensée traverse l’anthropologie, la sociologie et la psychosociologie.

Pour expliquer ce qu’est une approche fonctionnaliste, il faut partir du terme même de
fonction.

Le terme de fonction a 3 acceptations :

- Un sens courant : statut, emploi, profession ou ensemble de devoirs et de tâches :


« occuper la fonction de président »
- Un sens mathématique : relation qui existe entre deux éléments
- Un sens biologique : la contribution qu’apporte un élément à l’organisation de
l’ensemble dont il fait partie. Le cœur et les poumons ont des fonctions vitales pour
le corps humain.
C’est le sens biologique qui a donné son nom au fonctionnalisme sociologique qui consiste
donc à expliquer les phénomènes sociaux à partir de leurs fonctions sociales.

Le fonctionnalisme absolu : on le doit à Malinowski et Radcliffe Brown. Ils énoncent le fait


que toute activité humaine remplit une fonction en satisfaisant un besoin particulier. Donc si
un comportement existe c’est qu’il répond à un besoin particulier et qu’il remplit donc une
fonction en participant au bon fonctionnement de l’ensemble.

Le structuro-fonctionnalisme de Talcott Parsons. Selon lui, toutes les actions humaines


doivent être appréhendées au regard de leur fonction vis-à-vis de l structure sociale.

Pour PARSONS, pour qu’une société fonctionne correctement, certaines fonctions


indispensables doivent être remplies :

- La poursuite de buts : toute structure sociale se fixe des buts et des moyens de les
atteindre ;
- Le maintien d’une stabilité normative : toute structure produit un système de
valeurs ;
- Un système d’intégration de tous lés éléments : il doit y avoir cohérence interne ;
- Des mécanismes d’adaptation à l’environnement
On peut par exemple appliquer cette grille à l’analyse de la famille.

Le fonctionnalisme relativisé ou de moyenne portée de Merton :

37
Robert K. Merton a synthétisé l'approche de Malinowski afin d'en faire la critique.

Il résume le fonctionnalisme de Malinowski en trois points : l'universalité, la nécessité, la


globalité.

 la notion d'universalité fonctionnelle consiste, pour Malinowski, à affirmer que toute


pratique, toute institution est fonctionnelle.

Merton le réfute, argumentant qu'une telle approche n'aboutit qu'à des exercices
intellectuels sans grand intérêt. S'il est toujours possible à l'analyste de trouver une
fonction à une pratique, celle-ci n'est peut-être que le résultat de son désir d'en
trouver. Le raisonnement fonctionnaliste doit donc être réservé à ce qui répond à un
problème, un besoin, réel.

 la notion de nécessité fonctionnelle consiste, pour Malinowski, en l'idée que toute


pratique ou institution est nécessaire au fonctionnement de la société. Puisque la
raison d'être des institutions est leur fonction pour le système social, une pratique
qui n'est pas absolument nécessaire devrait disparaître. Selon Merton, il faut au
contraire reconnaitre que différentes institutions peuvent remplir des fonctions
similaires. Il existe donc, dans un corps social, des équivalents fonctionnels, soit des
pratiques ou institutions remplissant les mêmes fonctions et que les individus
peuvent mobiliser indifféremment.

 Enfin, Merton critique le postulat de globalité fonctionnelle selon lequel la culture


doit être considérée comme un ensemble unifié. Il observe que les sociétés
modernes sont pleines de contradictions, de groupes sociaux en désaccords. À ce
titre, ce qui est fonctionnel pour un groupe ne l'est pas nécessairement pour la
société ou pour un autre groupe.

Le modèle fonctionnaliste proposé par Robert K. Merton se veut donc plus souple.

Merton soutient en effet que les sociologues doivent abandonner les théories globales pour
produire des théories de moyenne portée, c'est-à-dire soutenues par des observations
limitées à un domaine restreint de la vie sociale.

Il rompt donc avec une vision trop intégrée et globale de la société.

38
Il montre ainsi qu'il existe des pratiques « dysfonctionnelles », c'est-à-dire perturbant le
fonctionnement d'un système social.

Il note également l'existence, pour une même institution, de fonctions manifestes et


fonctions latentes, les fonctions manifestes étant celles que les individus cherchent à
remplir, les fonctions latentes étant des résultats non intentionnels mais tout de même
fonctionnels de l'action.

39
Courant 3 : L’interactionnisme

On regroupe dans le courant interactionniste, deux écoles de pensée américaine :


l’interactionnisme symbolique et l’ethnométhodologie qui ont comme point commun de
critiquer le holisme et l’individualisme méthodologique.

Ces courants sont ceux de la deuxième vague de chercheurs de l’école de Chicago et se sont
développés, aux Etats-Unis à partir de 1960, bien qu’ils n’aient été introduits en Europe que
vers 1980.

Ce sont des courants de pensée très pragmatiques qui s’appuient sur une sociologie
qualitative.

On retrouve dans ce courant de pensée des auteurs comme Blumer et Hugues mais on
retiendra surtout Howard BECKER et Erving GOFFMAN.

L’interactionnisme symbolique repose sur deux principes :

- Les individus agissent en fonction du sens qu’ils donnent aux choses qui les entourent
et non pas forcément en fonction de ce qu’elles sont réellement. Ce sont donc les
représentations qui ont de l’importance et non pas les faits tels qu’ils sont. Ex : le
sentiment d’insécurité

- Ces représentations se construisent au cours d’interactions quotidiennes. Et donc


pour comprendre le sens que les acteurs donnent aux objets qui les entourent, il est
indispensable de s’intéresser aux interactions quotidiennes des individus. Si un acte
nous semble incompréhensible, il importe de comprendre en quoi les circonstances
ont poussé un individu à agir de la sorte.

Le point de vue de l’individu est donc primordial dans l’explication des faits sociaux.

L’objet même de la sociologie est donc la conception que se font les acteurs du monde, la
manière dont ils se le représentent.

L’ethnométhodologie s’attache à décrire les procédures, les méthodes que les individus
mettent en œuvre de façon sponténée (çàd sans s’en rendre compte tellement elles sont
devenues comme « allant de soi ») pour réaliser ce qu’ils ont à faire dans la vie quotidienne.
Toutes ces procédures ont fait l’objet d’un apprentissage dans notre groupe social.

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Courant 4 : le culturalisme

Le culturalisme est, au départ, un courant émanant de l’anthropologie. Le culturalisme


considère la culture comme la clé d’interprétation des phénomènes sociaux.

A l’origine, on trouve Franz Boas, un anthropologue américain, fondateur de l’anthropologie


culturelle.

Au cœur du culturalisme, on trouve le concept de culture que l’anthropologue TYLOR définit


comme « un ensemble complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l’art, le
droit, la morale, les coutumes et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert
l’homme en société ».

Le travail des culturalistes a été d’une part de mettre en évidence la diversité culturelle de
l’humanité. Il n’existerait donc pas une mais des cultures. Et celles-ci sont parfois bien
différentes les unes des autres = concept de diversité culturelle.

D’autre part les culturalistes ont mis en évidence que, dans une société donnée, même si les
individus différent les uns des autres par leur personnalité, il existe néanmoins un socle
culturel commun ; une sorte de personnalité de base.

Cette personnalité de base s’acquiert au cours d’un processus de socialisation. La culture et


l’environnement influence donc sur la personnalité de l’individu. Un individu ne se construit
donc pas tout seul, il est le produit de l’environnement culturel dans lequel il a grandi.

On doit également aux culturalistes le concept de relativisme culturel selon lequel on ne


peut pas isoler les éléments de l’ensemble culturel dont ils font partie. La culture est une
totalité. En vertu de ce principe est donc rejetée toute idée d’ethnocentrisme qui consiste à
étudier et analyser les autres cultures en considérant que sa propre culture constitue la
norme.

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