Troubles anxieux chez enfants et adolescents
Troubles anxieux chez enfants et adolescents
Remerciements..................................................................................................................................... 7
Préface......................................................................................................................................................... 8
PARTIE 1 Généralités......................................................................................................... 10
Chapitre 4 – Traitements...................................................................................................................... 48
1 PSYCHOTHÉRAPIE / PHARMACOTHÉRAPIE......................................................................................... 50
Psychothérapie...................................................................................................................................... 50
Pharmacothérapie............................................................................................................................... 51
2 THÉRAPIE COGNITIVE ET COMPORTEMENTALE (TCC)..................................................................... 54
Synchronie.............................................................................................................................................. 62
Diachronie.............................................................................................................................................. 62
Techniques thérapeutiques................................................................................................................. 63
3 EFFICACITÉ DU TRAITEMENT PAR THÉRAPIE COGNITIVE ET COMPORTEMENTALE.............................. 65
PARTIE 2 Programmes TCC enfants et ados................................ 70
Chapitre 5 – Généralités........................................................................................................................ 72
1 PRÉSENTATION DE LA THÉRAPIE........................................................................................................... 74
2 LES DIFFÉRENTS TEMPS DE LA THÉRAPIE............................................................................................... 75
Échelles................................................................................................................................................... 75
Ligne de base........................................................................................................................................ 76
Analyse fonctionnelle........................................................................................................................... 76
Situation ciblée...................................................................................................................................... 77
Techniques cognitives et comportementales................................................................................... 78
Diagnostic.............................................................................................................................................. 78
Explication de la thérapie.................................................................................................................... 78
Place des parents................................................................................................................................. 79
Prise en charge des parents d’enfants anxieux................................................................................ 79
Alliance thérapeutique........................................................................................................................ 87
Déroulement des séances................................................................................................................... 88
Manuels.................................................................................................................................................. 88
Bibliographie.............................................................................................................................................. 235
Remerciements
Je tiens à remercier très chaleureusement et sincèrement Sébastien qui a
accepté de passer beaucoup de son temps précieux pour travailler et dessiner
sur ce projet. Les illustrations apportent toute la vie à ce livre.
Je remercie également Chloé pour ses relectures et conseils toujours très perti-
nents.
Merci à Raphaëlle, Estelle et Céline pour leur aide pour les illustrations cliniques.
Et enfin, merci à Mazen, Maella et Janelle pour leur amour et leur patience.
Préface
C
’EST AVEC UN GRAND PLAISIR que j’ai pris connaissance du travail d’Hélène
Denis. Son livre et les deux guides thérapeutiques qui l’accompagnent
s’adressent aux thérapeutes des enfants et adolescents présentant une
anxiété pathologique.
Ce livre destiné aux thérapeutes se focalise sur les troubles anxieux (par
exemple, l’anxiété de séparation) mais également sur le refus scolaire anxieux.
Ce dernier, appelé autrefois « phobie scolaire » par certains, se traduit par un
refus d’aller à l’école et une déscolarisation du fait de l’ampleur des manifesta-
tions anxieuses. Il n’est pas retenu comme un diagnostic dans la CIM ou le DSM
en raison de ces manifestations « transdiagnostiques ».
Martine BOUVARD,
Psychologue, psychothérapeute
Préface
Partie 1
Généralités
Chapitre 1 – Peurs normales / peurs pathologiques 12
Chapitre 2 – Les différents troubles anxieux de l’enfant
et de l’adolescent 30
Chapitre 3 – Instruments de mesure, comorbidités
et évolution 42
Chapitre 4 – Traitements 48
Chapitre 1
Peurs normales /
peurs pathologiques
• Connaître le développement normal
et pathologique de la peur.
• Savoir différencier les peurs normales et les peurs
pathologiques.
• Connaître les différentes théories quant à l’origine
des peurs pathologiques.
La peur est donc utile, et elle suit les différentes phases du développement psy-
chologique. Elle est transitoire, réactionnelle, culturellement banale. L’enfant
apprend à y faire face en s’appuyant sur ses capacités d’adaptation et sur ses
modèles (ses parents, son environnement proche), puis en rencontre d’autres,
auxquelles il fait également face, et ainsi de suite.
Peurs normales
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ans
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Troubles anxieux
Figure 1.1. Les peurs « normales »
L’expression de la peur chez l’enfant jeune se fait par des cris, des pleurs, une
expression faciale évocatrice, parfois de l’agitation et un agrippement à l’adulte.
Parfois, quand l’enfant ne parle pas ou ne nomme pas cette émotion, il peut être
difficile de la reconnaître et de savoir ce que l’enfant ressent.
Mais si la peur fait partie de la vie, des émotions, du développement, si elle est
Quand l’enfant va présenter en dehors de cette période une peur d’être loin
de ses parents, nous ne pouvons plus considérer qu’il s’agit d’une peur dévelop-
pementale mais d’une peur pathologique, qui dans le cas présent se nomme
anxiété de séparation.
aller voir ses amis, aller à l’école ou encore dormir seul, et qui nécessite une aide.
Cette peur, qui entraîne des conséquences sur son développement psycholo-
gique, s’appelle un trouble anxieux.
Tableau 1.2. Différences entre peurs normales et peurs pathologiques
Les diagnostics des troubles anxieux sont classés selon la 5e édition du Manuel
diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’American Psychiatric Associa- 17
tion (DSM-5) en différentes catégories. Un enfant ou adolescent présente sou-
vent un trouble anxieux majeur, qui est en première ligne, et un ou plusieurs
autres troubles anxieux qui sont au second plan, l’anxiété ayant envahi d’autres
domaines de fonctionnement.
Le premier trouble anxieux que l’on peut voir au cours du développement d’un
enfant est l’anxiété de séparation, ou la peur d’être séparé de ses parents, ou la
peur qu’il leur arrive quelque chose de grave ou bien que ses parents l’aban-
donnent.
Le trouble anxieux généralisé est une peur qui se fixe sur tous les sujets que
l’enfant peut croiser et qui peuvent alors lui apparaître comme des dangers
insurmontables, comme l’annonce de fortes pluies, un devoir de mathéma-
tiques, le changement de travail de son père…
2 ÉPIDÉMIOLOGIE
Il n’y a pas de chiffres évaluant précisément la prévalence des troubles anxieux
de l’enfant et de l’adolescent en France. Dans d’autres pays européens ou aux
États-Unis, on retrouve une prévalence globale des troubles anxieux estimée
entre 8 et 30 % chez l’enfant et l’adolescent, ces chiffres variant selon les études,
ce qui en fait le diagnostic psychiatrique le plus fréquent chez le jeune entre 6
et 18 ans. La différence des chiffres entre les études est probablement due aux
difficultés à repérer ces troubles dans la population infantile, aux différentes
méthodes de repérage en fonction des pays et aux seuils utilisés. Tout ceci pou-
18 vant entraîner des difficultés de repérage dans le caractère pathologique ou nor-
mal de ces peurs ; le repérage en population générale est difficile à mener, se
basant sur l’évaluation des parents, qui ne reconnaissent pas toujours l’anxiété
chez leurs enfants. Par ailleurs, les enfants ou adolescents ne sont pas tous
capables de reconnaître leurs difficultés et de les nommer. En ce qui concerne la
répartition par trouble anxieux, en population « préscolaire » entre 2 et 5 ans,
une étude récente retrouve une prédominance du trouble anxieux généralisé
(avec une prévalence estimée entre 0,6 et 6,5 %), suivi de l’anxiété de séparation
(prévalence estimée entre 0,3 et 5,4 %) et des phobies spécifiques (prévalence
entre à 0,5 et 4,4 %). Il s’agirait donc bien des troubles psychiatriques apparais-
sant le plus précocement au cours du développement, mais également les plus
fréquents. Étant donné le risque important de chronicisation du trouble à l’âge
adulte, et les comorbidités fréquemment associées (comme la dépression,
les troubles liés à l’usage de substances), la reconnaissance et une prise
en charge adaptée précoce sont des enjeux majeurs afin de modifier la trajec-
toire développementale de ces enfants.
Pour l’âge scolaire, entre 5 et 12 ans, la prévalence des troubles anxieux est
de 27 %, et on retrouve peu de différence en fonction du sexe. Le trouble anxieux
généralisé est le plus fréquent à cet âge.
Généralités
Une étude réalisée aux États-Unis a montré que la prévalence sur la vie entière
concernant les adolescents était de 31,9 %. À cet âge, la différence entre les sexes
apparaît, les troubles anxieux sont plus fréquents chez les filles 38 % contre 26 %
chez les garçons.
L’anxiété de séparation est le trouble anxieux le plus fréquent chez l’enfant pré-
pubère : 33 % des enfants, dans une population d’enfants anxieux, ont comme
diagnostic principal celui d’anxiété de séparation. En population générale cette
prévalence est estimée entre 3 et 5 %. Il n’y a pas de différence entre les sexes.
Ce trouble apparaît le plus souvent chez l’enfant, avec un pic entre 7 et 9 ans.
Les troubles anxieux sévères concernent 8,3 % des adolescents1. Un autre article2
de 2020 met en évidence que la prévalence vie entière aux États-Unis du diag-
nostic de trouble anxieux avant l’âge de 19 ans est de 25,7 %. Une méta-analyse3
(2020) montre que la prévalence des troubles anxieux à l’âge de 7 ans est de
20 8,5 %. Une étude4 précise que sur les relevés de santé mentale en Angleterre, la
prévalence des troubles anxieux de l’enfant et de l’adolescent semble avoir aug-
menté de 51 % entre 2004 et 2017.
Nous avons le sentiment que l’anxiété grandit et arrive de plus en plus tôt dans
les pays européens. N’ayant pas de chiffres précis, il est difficile de l’affirmer.
Mais nous voyons que les enfants, dès le très jeune âge, sont sensibles à
l’anxiété ambiante dans la société en général, dans les attitudes et discours des
adultes. Ces dernières années, les enfants sont confrontés à des informations
qui peuvent les sensibiliser à la peur : les attentats et leurs conséquences ont été
diffusés sur toutes les chaînes de télévision en continu et des modifications
concrètes se sont vues dans nos vies quotidiennes : plan Vigipirate, barrières et
forces de l’ordre devant les écoles ou dans les gares, fouilles des sacs dans les
grands magasins ou les cinémas…
1. Research Review: Pediatric anxiety disorders – What have we learnt in the last 10 years?, Strawn JR,
Lu L, Peris TS, Levine A, Walkup JT. J Child Psychol Psychiatry. 2020 Jun 5. doi: 10.1111/jcpp.13262.
Online ahead of print. PMID: 32500537 Review.
Généralités
2. Psychosocial and biological risk factors of anxiety disorders in adolescents: a TRAILS report.
Narmandakh A, Roest AM, de Jonge P, Oldehinkel AJ. Eur Child Adolesc Psychiatry. 2020 Oct 28. doi:
10.1007/s00787-020-01669-3. Online ahead of [Link]: 33113027.
3. Research review: A meta-analysis of the international prevalence and comorbidity of mental
disorders in children between 1 and 7 years. Vasileva M, Graf RK, Reinelt T, Petermann U, Petermann
F. J Child Psychol Psychiatry. 2020 May 20. doi: 10.1111/jcpp.13261. Online ahead of
[Link]: 32433792 Review.
4. Vizard T., Pearce N., & Davis J., 2018. Mental Health of Children and Young People in England, 2017.
Leeds: Health and Social Care Information Centre.
Les enfants sont sensibilisés même dans les écoles aux risques d’attentat,
d’intrusion, d’incendie, de harcèlement, d’enlèvement, de pédophilie…
Les enfants des générations précédentes avaient été sensibilisés à des épidémies
comme le SIDA, la grippe A, ce qui était déjà assez inquiétant. Cette année, nous
sommes en train de vivre une situation exceptionnelle avec la pandémie de
Covid-19. Encore une situation où le risque est médiatisé de façon continue, et
les conséquences dans la modification de la vie des enfants et adolescents sont
majeures et prolongées. Certains jeunes ont très mal vécu cette nouvelle infor-
mation de l’existence d’un virus potentiellement mortel dans notre environne- 21
ment, d’autres ont mal vécu le déconfinement et la possibilité de sortir de chez
soi, avec le risque de rencontrer et transmettre ce virus, tout en prenant des pré-
cautions que certains ne suivent pas à la lettre. Le port du masque a été difficile
pour certains anxieux du fait de la gêne à respirer mais aussi du rappel qu’il
représente qu’un virus peut être présent à n’importe quel moment.
Tous ces exemples récents montrent que les dangers sont réellement présents
et potentiellement graves… Certains jeunes avec une susceptibilité à devenir
anxieux vont développer un véritable trouble anxieux dans ces circonstances
Il n’est pas étonnant que nos autorités nous annoncent une augmentation de
l’anxiété dans notre société ces derniers mois. Il faut de grandes capacités
d’adaptation pour faire face à tous ces dangers, toutes ces informations, tous ces
changements dans nos vies quotidiennes. Nous aurons certainement des
chiffres parlant d’une augmentation de l’incidence de l’anxiété chez nos jeunes
dans quelques mois ou années.
Théorie de l’attachement
Selon Bowlby, l’attachement de l’enfant à sa mère puis aux autres personnes est
un instinct primaire, autonome et autorégulé. La maturation du système émo-
tionnel correspond au neuvième mois de vie, période au cours de laquelle
le nourrisson manifeste une détresse lors de la disparition de la figure d’attache-
ment. L’attachement va évoluer entre neuf mois et quatre ans, période durant
laquelle l’enfant va pouvoir développer des capacités de gestion de sa détresse
lorsque la figure d’attachement disparaît. Lorsque cette figure d’attachement
établit un lien sécure avec son enfant, ce dernier va alors expérimenter le fait
que sa mère - ou équivalent maternel - peut partir, mais reste reliée à lui
et revient. Il s’agit d’un sentiment de sécurité. Lors de l’éloignement de sa mère,
l’enfant proteste, avec agressivité et efforts pour la retrouver, puis apparaît
Généralités
Théorie cognitivo-comportementale
La thérapie cognitive et comportementale (TCC) est issue des sciences expéri-
mentales. Le postulat de base repose d’abord sur les phénomènes d’apprentis-
sage : dans des conditions favorables à son apparition, le sujet va développer une
conduite pathologique qu’il va intégrer à son répertoire comportemental.
Le trouble se manifeste dans le corps (sensations physiques), dans le comporte-
ment observable, dans les pensées et les émotions. Les conditions favorables
regroupent : la vulnérabilité génétique à développer ce trouble, les conditions
environnementales comme les événements de vie stressants, les troubles exis-
tants chez les parents ou autres personnes vivant avec l’enfant et pouvant servir
de modèle. Ces conduites pathologiques vont persister en présence de facteurs
de maintien, qui empêchent leur disparition. Par exemple un enfant qui a peur 23
du noir, va un jour faire l’expérience d’être dans une pièce obscure et constater
qu’il ne se passe rien de grave, que sa peur diminue progressivement au fur
et à mesure qu’il se trouve dans la situation : il va mettre en place de façon natu-
relle un phénomène d’habituation. En revanche l’enfant qui a une phobie
du noir ne va pas apprendre par lui-même que les pièces peu éclairées le soir ne
sont pas dangereuses, puisqu’il va les éviter ou bien chercher des éléments
de réassurance, comme le fait de toujours être accompagné dans les endroits où
il fait sombre. L’habituation ne peut donc pas se mettre en place, la preuve par
Théorie psychanalytique
Il existe plusieurs concepts psychanalytiques qui peuvent servir d’éléments
explicatifs à l’apparition des troubles anxieux. Freud considère que certaines for-
mes d’anxiété sont liées à des conflits infantiles inconscients. Le traitement
relève de la mise au jour de ces conflits refoulés, par une psychanalyse. La
notion de névrose, s’opposant à celle des psychoses, repose sur la notion d’une
fixation à un stade de développement archaïque, secondairement à un trauma-
tisme psychisme. Le Surmoi reconnaît ses désirs comme inacceptables et
les refoule. Les symptômes de la névrose sont le reflet de ce conflit entre
les désirs inconscients et l’effort de refoulement. Un autre modèle psychanaly-
tique non freudien considère l’anxiété comme un reflet d’une pathologie
de l’estime de soi. Lorsqu’elle est instable et fragile, l’estime de soi peut s’effon-
drer, l’anxiété est alors associée à des symptômes dépressifs. Selon Grunberger
(1975), le fœtus dans le ventre de sa mère éprouve un sentiment de confort
et de sécurité qui va constituer le noyau narcissique. Mais la réalité de la vie
ensuite va être l’objet de sentiment d’impuissance, entraînant un état patholo-
gique.
Étiologie génétique
Les études génétiques sont très nombreuses dans le domaine des troubles
24 anxieux ; celles concernant l’enfant montrent qu’il existe une agrégation fami-
liale. L’étiologie génétique est la plus documentée dans le trouble panique,
le risque de trouble panique chez les sujets apparentés étant de 5,7 à 17,3 %.
Lorsque le trouble panique apparaît avant 20 ans, le risque pour les apparentés
de premier degré est multiplié par 17. Les études de jumeaux monozygotes
et dizygotes permettent d’obtenir des informations concernant le rôle de l’envi-
ronnement en complémentarité du rôle génétique. Le taux de concordance est
significativement plus élevé chez les jumeaux monozygotes que dizygotes. Dans
ce trouble, plusieurs régions chromosomiques sont associées, sans qu’aucun
gène majeur n’ait pour le moment pu être identifié. Il semblerait qu’il existe une
interaction gène-environnement, le fait d’être porteur de certains gènes, associé
à des éléments environnementaux (stress, caféine…) serait plus souvent
retrouvé chez les patients souffrant de trouble panique.
En effet, il est possible de distinguer les bons répondeurs des non répondeurs
à la TCC par l’augmentation ou la diminution de la méthylation de ce site pen-
dant et après la thérapie.
Au total, l’origine génétique des troubles anxieux est de plus en plus documen-
tée avec une modération d’interaction de type gène-environnement.
Neuro-imagerie et biologie
Grâce aux techniques récentes, nous pouvons améliorer nos connaissances
du fonctionnement anatomique et biologique du cerveau dans les troubles
anxieux. Chez des sujets sains, l’exposition à des stimuli déclenchant une émo-
tion de peur va entraîner une activation de l’amygdale et du cortex préfrontal
en imagerie fonctionnelle. De même des visages exprimant la peur induisent
une activation amygdalienne.
Les données biologiques ne sont pas spécifiques à l’enfant, et sont le plus sou-
vent issues des études pharmacologiques sur les animaux et les adultes.
Le rôle des pères a été très peu étudié. Dans la description de population
d’enfants ou d’adolescents anxieux, on retrouve une majorité de pères peu pré-
Généralités
Ces éléments ont été rapportés dans des études descriptives de grands groupes
d’enfants ou d’adolescents anxieux. Il s’agit de statistiques qui ont montré des
tendances, des fréquences plus élevées que dans des populations d’enfants ou
d’adolescents non anxieux. Mais aucune statistique n’a pu démontrer de façon
certaine des éléments de causalité. Pourtant, de nombreux auteurs ont évoqué
ce lien causal entre les comportements des parents et l’anxiété de l’enfant.
Des nouvelles études de grande ampleur ont été réalisées dans certains pays,
notamment aux Pays-Bas (Susan Bögels et son équipe, Amsterdam) et en Austra-
lie (Jenifer Hudson et son équipe) ces dix dernières années. Leurs travaux consis-
taient à observer l’apparition et l’évolution des troubles anxieux chez les très
jeunes enfants et les caractéristiques parentales. L’objectif de ces études obser-
vationnelles est de tenter de déterminer l’histoire développementale de l’anxiété
chez le jeune. 27
Si on observe, dans des situations expérimentales, des enfants très jeunes, inhi-
bés avec des caractéristiques précoces d’anxiété sociale, en train de partager des
activités de jeux en extérieur dans un parc avec leur mère, on peut constater en
effet que les mères d’enfants anxieux sont majoritairement dans des attitudes
de surprotection et de manque de stimulation de prise de risque par comparai-
son avec des mamans d’enfants non anxieux observées dans les mêmes circons-
tances. Dans cette expérience présentée par Pr Jenifer Hudson au congrès EABCT
en 2009, il a été proposé « d’échanger les mamans », et de mettre les enfants
L’hypothèse ainsi posée par ces deux chercheuses cliniciennes est que le com-
portement des mères dans la relation à leur enfant anxieux est adaptatif et non
causal. Quand l’enfant est anxieux, les mères ne le pousseraient pas mais tente-
raient de le protéger. Alors que quand il n’est pas anxieux, les mères ne senti-
raient pas la nécessité de le protéger et le pousseraient même à aller plus loin.
Ce seraient les mêmes comportements qu’adopteraient d’autres adultes en
charge de ces enfants anxieux.
Par ailleurs, dans le cadre de ces études, une attention est donnée à la place des
pères dans le développement de l’anxiété de l’enfant. Dans de récentes études
descriptives, les pères d’enfants anxieux sont décrits eux-mêmes plus souvent
porteurs d’un trouble anxieux. Cependant, lorsque l’enfant très jeune présente
des signes de début d’anxiété, comme une inhibition comportementale connue
pour être prémices d’une anxiété sociale, et que le père n’est pas anxieux, qu’il
stimule les sorties en dehors de la maison, le lien avec des personnes exté-
rieures à la famille et encourage la prise de risque dans les jeux, il semble que
l’anxiété sociale se développe moins que dans les familles où le père est anxieux.
28 Ainsi, le père pourrait jouer un rôle protecteur contre l’apparition de troubles
anxieux quand l’enfant présente des éléments précurseurs d’anxiété, en acti-
vant la prise de risque et en stimulant les relations à l’extérieur de la famille.
Ces études sont récentes et méritent d’être répliquées. Mais elles remettent en
question les postulats antérieurs concernant la causalité des parents dans
l’apparition des troubles anxieux. Les mères d’enfants anxieux sont dans la sur-
protection pour s’adapter au tempérament et à l’anxiété de leur enfant. Quand il
va mieux, les mamans stimulent leur enfant et le poussent à aller plus loin dans
ses exploits. De même, les pères s’adaptent à l’anxiété de l’enfant, mais sont
souvent moins sensibles à cette émotion surtout si eux-mêmes ne sont pas
anxieux. Ils vont alors pouvoir doucement pousser l’enfant à s’exposer aux
situations anxiogènes et à expérimenter la gestion de cette peur.
Nous pouvons tenter de mettre fin à cette théorie de la culpabilité des parents
avec ces nouvelles données.
Généralités
Notes
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Chapitre 2
Les différents
troubles anxieux de l’enfant
et de l’adolescent
• Connaître les différents troubles anxieux
de l’enfant et de l’adolescent.
• Pouvoir poser un diagnostic.
• Apporter des informations sur ce diagnostic
à l’enfant et à ses parents.
1 Phobies spécifiques 32
2 Anxiété de séparation 33
3 Anxiété généralisée 35
4 Trouble panique 35
5 Anxiété sociale 37
6 Refus scolaire anxieux 39
1 PHOBIES SPÉCIFIQUES
Il s’agit d’une peur intense, permanente et irrationnelle d’un objet ou d’une
situation spécifique, menant à l’évitement de cet objet ou de cette situation,
durant depuis plus de 6 mois. Cette peur interfère de manière significative avec
le fonctionnement scolaire, familial et social et/ou entraîne une souffrance mar-
quée et/ou des évitements, ce qui permet de la distinguer des peurs normale-
ment présentes au cours du développement. On peut distinguer quatre types
de phobies spécifiques :
• Phobies des animaux (chiens, souris, insectes, pigeons),
• Phobie des environnements naturels (orage, hauteur, eau),
• Phobie sang-injections,
• Phobies situationnelles (ascenseurs, transports publics).
Les thèmes des phobies varient selon plusieurs paramètres, comme l’âge
32 de l’enfant et le contexte familial et culturel, mais il est important de noter qu’ils
ont tendance à suivre les thèmes présents dans le développement psycholo-
gique.
Les phobies des animaux et orages débutent souvent dans la petite enfance.
Les phobies des animaux sont plus fréquentes chez les filles (3/1). Selon Ajuria-
guerra (1974) [24], le très jeune enfant (2 ans) a peur d’être mangé ou pourchassés
par des animaux, a peur des zones obscures et du noir, a peur des créatures ima-
ginaires. Vers 3 ans, c’est plus souvent la peur des petits animaux. Vers 4, 5 ans
ce sont les phobies des blessures, et des accidents de la circulation. À l’adoles-
cence, ce sont des phobies de l’avion, des examens scolaires ou du sang. Ces
peurs sont différentes des peurs développementales de par leur intensité et leur
retentissement.
Pour se confronter à sa peur, l’enfant doit souvent faire appel à un objet ou une
personne contraphobique. Les enfants reconnaissent souvent le caractère irra-
tionnel de leurs peurs.
chez l’enfant jeune, ou bien alors un agrippement à l’adulte. Les pensées asso-
ciées le plus souvent retrouvées sont des idées de danger ou même de mort
imminente. Dans un second temps l’enfant va mettre en place des phénomènes
d’évitement de la situation ou de l’objet phobogène. Il n’est pas rare de retrouver,
dans l’histoire du trouble, un événement déclenchant, source d’une peur
intense, cet évènement ayant dépassé les capacités de gestion de l’enfant (par
exemple poupées ou clowns vus à la télévision, publicité contre les accidents
de la route avec des images terrifiantes). La réponse parentale peut jouer un rôle
dans le maintien ou la disparition des phobies entre attitude de surprotection ou
au contraire de provocation.
Dans le cas des phobies spécifiques, il est rare que la demande de traitement
vienne directement de l’enfant lui-même.
2 ANXIÉTÉ DE SÉPARATION
L’anxiété de séparation est le premier trouble anxieux apparaissant dans le déve-
loppement.
L’enfant présente une difficulté majeure à se séparer de ses parents, avec des
réactions d’anxiété parfois intenses, allant de la simple crise de pleurs à l’agita-
tion empêchant ses parents de partir. Les situations de séparation sont antici-
pées avec beaucoup d’anxiété, des évitements se mettent en place, aboutissant
parfois à des refus d’aller à l’école (refus scolaire anxieux). Touchant souvent
l’enfant jeune, il est le plus souvent difficile pour lui de prendre conscience
de ses cognitions, l’anxiété se manifestant principalement par des symptômes
physiques comme les douleurs abdominales, les céphalées, les nausées… Ces
signes apparaissent dans les situations d’anticipation ou de séparation, dispa-
raissant lorsque l’enfant reste avec ses parents. Lorsque ce trouble survient chez
l’enfant plus grand ou l’adolescent, celui-ci a une meilleure conscience
de l’objet de ses peurs, et peut parfois en avoir honte. En effet, avoir des difficul-
tés à se séparer de ses parents pour un enfant prépubère peut paraître ridicule.
Les cognitions sont alors plus faciles à identifier, avec des « peurs que
les parents meurent, aient un accident de la voie publique, ou encore les aban-
Généralités
3 ANXIÉTÉ GÉNÉRALISÉE
Il s’agit d’anxiété et de préoccupations excessives, non réalistes, survenant la
plupart du temps et durant au moins 6 mois, concernant des événements ou
activités de la vie quotidienne. Ces enfants s’inquiètent en permanence, leurs
sujets d’inquiétude portant plutôt sur les événements à venir comme les exa-
mens, la guerre, les catastrophes naturelles, les maladies, les élections. Ils res-
sentent alors un sentiment de tension interne constant, avec la sensation d’être
survoltés, une fatigabilité, des difficultés de concentration ou de mémoire, une
irritabilité ainsi que des tensions musculaires. Des troubles du sommeil sont
également fréquemment retrouvés. L’anxiété est « flottante » non focalisée sur 35
des situations précises. L’enfant interprète les situations ambiguës d’une
manière plus menaçante qu’elles ne le sont effectivement, ou bien imagine être
4 TROUBLE PANIQUE
Selon le DSM-5, une attaque de panique correspond à la survenue soudaine
d’une anxiété, d’une peur, d’un malaise intense, en dehors de tout danger réel,
qui atteint son acmé en quelques minutes et dont la durée est brève (moins
de 20 minutes). Les symptômes doivent inclure quatre ou plus des éléments sui-
vants : palpitations, transpiration, tremblements, sensation de souffle coupé ou
d’étranglement, douleur ou inconfort thoracique ou abdominal, nausées, sensa-
tion de vertige, déréalisation ou dépersonnalisation, peur de perdre le contrôle
de soi ou de devenir fou, peur de mourir, sensation d’engourdissement ou
de picotement, frissons et bouffées de chaleur.
L’association avec une agoraphobie aggrave la situation par les nombreux évite-
ments mis en place (éviter de se retrouver seul en dehors de son domicile, d’être
dans une foule ou une file d’attente). La comorbidité avec un TAG est très fré-
quente. La complication la plus fréquente est la dépression, notamment à l’ado-
lescence, pouvant conduire à des tentatives de suicides (20 % des sujets avec
attaques de panique en population générale ont fait une tentative de suicide), ce
qui est à surveiller de près à cette période. Une autre complication connue est
l’automédication, par des tranquillisants ou de l’alcool, et entraîne un risque
de dépendance à ces substances à l’âge adulte.
37
5 ANXIÉTÉ SOCIALE
L’anxiété sociale est un des troubles anxieux les plus fréquents, le début se situe
Le DSM-5 précise que chez les enfants, la peur s’exprime aussi avec des pairs,
et non seulement avec des adultes. La durée du trouble doit être de plus de 6
mois. La peur peut se manifester sous forme de pleurs, de crises de colère,
d’impression d’être paralysé, par une incapacité à parler ou encore par un
besoin de s’agripper à un adulte. Il est important de noter qu’il existe un désir
d’interagir avec l’autre, mais avec le sentiment de ne pas en être capable. Cette
peur peut prendre la forme de véritables attaques de panique lors de la confron-
tation aux situations anxiogènes. Le DSM-5 distingue plusieurs formes spéci-
fiques :
• La peur de parler ou de se produire en public,
• La peur de manger et/ou d’écrire devant d’autres,
• La crainte de devoir interagir avec des personnes d’autorité.
Les jeunes patients souffrant d’anxiété sociale ne consultent pas facilement, ils
évitent les interactions sociales comme les interactions en classe, les présenta-
tions orales. Jusqu’à l’adolescence, ce trouble peut passer inaperçu, les interac-
tions étant souvent organisées par les parents. À l’adolescence, les sollicitations
par les pairs deviennent plus fréquentes, et même souhaitables par le jeune lui-
même qui peut alors demander de l’aide.
38
Cliniquement, ces enfants sont inhibés, évitent le regard, sont gênés et anxieux
à la cantine, au restaurant, dans la cour de récréation mais également dans la
classe, se plaçant d’ailleurs souvent au fond de la classe. Ils redoutent de trem-
bler, de bafouiller, de faire tomber un verre, un stylo, d’être interrogés, d’aller au
tableau, de « dire une bêtise », et provoquer des moqueries. Ils souhaiteraient
avoir des amis mais en ont peu, et se sentent incapables d’aller vers les autres,
de commencer une conversation. Leur vie sociale est pauvre, refusant fréquem-
ment les invitations ou les sorties. Ces jeunes tentent le plus souvent de passer
inaperçus par leur tenue vestimentaire, sobre et sombre. En présence de per-
sonnes familières, cette peur disparaît, ils peuvent alors devenir logorrhéiques,
désinhibés. Les anticipations des situations sociales et/ou de performance,
comme les récitations de poésie devant toute la classe par exemple, sont source
d’une anxiété majeure avec parfois des manifestations somatiques et des
troubles du sommeil. Pendant la situation, tous les signes de l’anxiété sont au
premier plan : tremblement, tachycardie, accélération du rythme respiratoire,
sueurs, rougissement… les capacités de mémorisation peuvent être altérées, ces
jeunes étant dans l’auto-focalisation : leur attention est portée essentiellement
sur leurs pensées anxieuses, sur les symptômes physiques, et non sur la perfor-
Généralités
Ces patients désirent le plus souvent retourner à l’école et ont des ambitions
scolaires, ils ont conscience de leurs peurs et du caractère irrationnel de leurs
pensées. Il s’agit le plus souvent d’un mode d’expression d’un trouble anxieux
sous-jacent, principalement une anxiété de séparation pour les plus jeunes, ou
une anxiété sociale pour les plus âgés, cependant tous les troubles anxieux
et leurs complications (dépression) peuvent s’y retrouver. L’anxiété de perfor-
mance y tient une place prépondérante, du fait du lieu du déclenchement
de cette anxiété, et est majorée par l’organisation du système scolaire français
avec des évaluations notées, des passages d’une année à l’autre en fonction des
notes, avec la possibilité de redoublement, ainsi que des comparaisons qui
peuvent se faire d’un élève à l’autre. L’anxiété se manifeste la veille du retour
40 à l’école, après un week-end ou des vacances, avec le plus souvent des manifes-
tations somatiques au premier plan (douleurs abdominales, céphalées…), ce qui
peut entraîner des retards diagnostics, par des examens complémentaires par-
fois nécessaires afin d’éliminer une autre pathologie organique. La déscolarisa-
tion est souvent inéluctable devant l’intensité des symptômes anxieux sur
le lieu de scolarité (maux de ventre, pleurs, tremblements, malaises), les peurs
exprimées sont variables en fonction du trouble anxieux sous-jacent, et peuvent
concerner la peur qu’il arrive quelque chose de grave aux parents ou à d’autres
membres de la famille, la peur d’être loin d’eux, ou encore la peur de se faire
moquer ou critiquer par des pairs, ou encore la peur de ne pas y arriver, d’avoir
une mauvaise note, de recevoir une critique d’un professeur… Il existe très peu
d’études épidémiologiques concernant ce trouble, la population étant très hété-
rogène. Le diagnostic différentiel est l’école buissonnière. En effet chez
les enfants concernés par l’école buissonnière, on ne retrouve pas le pro-
jet de retourner en scolarité, ni l’investissement dans les apprentissages, qui
sont présents chez les enfants anxieux. Les complications sont l’isolement
social, la dépression, le retard pris dans les apprentissages et le parcours sco-
laire, l’évolution vers un trouble anxieux chronique. La déscolarisation parfois
prolongée fait de ce trouble une pathologie avec un pronostic sévère, avec un
Généralités
41
1 Instruments de mesure 44
2 Comorbidités 45
3 Complications 46
4 Évolution 46
D
ANS L’ÉVALUATION INITIALE de l’enfant ou l’adolescent anxieux, il est
important de rechercher l’ensemble des troubles présentés, à la fois
les troubles internalisés (anxiété, dépression) et les troubles externali-
sés (troubles du comportement, trouble déficitaire de l’attention avec hyperacti-
vité). Il est parfois difficile de distinguer les comorbidités des complications,
en effet, nous savons qu’un même patient peut présenter plusieurs troubles au
même moment et aussi que certains sont la complication de troubles préalables.
1 INSTRUMENTS DE MESURE
Le diagnostic de trouble anxieux est avant tout clinique, et se fait après avoir
rencontré l’enfant ou l’adolescent et ses parents. Il est parfois nécessaire de réa-
liser plusieurs entretiens avant de confirmer l’impression clinique. Comme nous
l’avons déjà évoqué plus haut, certains enfants ou même adolescents ont des
44 difficultés à reconnaître leurs troubles, à les nommer et les décrire. L’entourage
peut également ne voir qu’une partie des difficultés. C’est la raison pour laquelle
la pose du diagnostic peut parfois demander du temps, celui de construire une
alliance avec l’enfant et sa famille, pour qu’il puisse nous confier ses émotions,
ses pensées, parfois masquées par la honte. Il faudra montrer à nos interlocu-
teurs que nous connaissons bien ces troubles et que nous pouvons les aider.
Vous pouvez retrouver l’ensemble des données sur ces questionnaires dans
l’ouvrage de Martine Bouvard, Échelles et questionnaires d’évaluation chez l’enfant
et l’adolescent. Volume 1, édition Elsevier Masson, 2008.
2 COMORBIDITÉS
45
Chez l’enfant et l’adolescent, au moment où le trouble anxieux est reconnu
et pris en charge, il est rarement isolé. En revanche chez les enfants très jeunes
(2 à 5 ans), les troubles anxieux sont déjà présents, mais souvent de façon isolée.
L’hypothèse est que rapidement, l’anxiété va envahir plusieurs domaines de la
vie de l’enfant, comme une anxiété de séparation va s’associer à un trouble
Des associations significatives ont été observées entre les troubles anxieux et
le trouble oppositionnel avec provocation, le trouble déficitaire de l’attention
avec hyperactivité (TDAH). Il s’agit alors soit de coexistence de plusieurs troubles
ou de complication, les enfants anxieux sont épuisés, donc très souvent irri-
tables et colériques. Leur attention est fugace puisqu’ils sont sans cesse en train
de réfléchir à leurs peurs et aux moyens de les éviter.
Les problèmes de dépendance à l’alcool et aux autres toxiques constituent une
comorbidité chez les adolescents les plus âgés. Il s’agit, cette fois encore, dans la
plupart du temps de complications, les adolescents ayant recours aux toxiques
pour apaiser leurs angoisses. Il est cependant difficile de mettre en évidence
le sens du lien, puisque dans certains cas la consommation de toxiques,
en engendrant des angoisses, conduit à l’apparition d’un authentique trouble
anxieux secondaire.
3 COMPLICATIONS
Les jeunes souffrant d’anxiété rencontrent le plus souvent des difficultés dans
les relations amicales, dans leur vie familiale et dans les apprentissages sco-
laires. Les répercussions sont d’autant plus importantes que le trouble est
intense. La survenue d’un trouble anxieux grave à une phase précoce du déve-
46 loppement psychologique d’un enfant peut avoir des conséquences majeures
dans différents domaines : le développement des compétences sociales, la
confiance en soi dans les apprentissages scolaires, la construction d’une estime
de soi positive, le gain d’autonomie vis-à-vis des parents… tout ce programme
peut être perturbé par l’anxiété, qui va retarder ou définitivement bloquer le pro-
cessus. Il est difficile de quantifier les répercussions sur le développement, qui
dépendent de l’intensité des symptômes anxieux, mais également des comorbi-
dités et de l’environnement familial, scolaire et amical. On retrouve toutefois
dans certaines études que les adultes souffrant de troubles anxieux depuis
l’enfance ou l’adolescence ont une moindre réussite scolaire, de moins bonnes
insertions professionnelles et une vie affective de moins bonne qualité, par rap-
port à des adultes non anxieux.
4 ÉVOLUTION
Les études de suivi naturalistiques (c’est-à-dire sans traitement efficace) et
les études épidémiologiques ont mis en évidence le risque de persistance des
troubles anxieux de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte. On retrouve
chez les adultes anciennement anxieux pendant l’enfance une fréquence
Généralités
Au total, les troubles anxieux de l’enfant et adolescent sont une pathologie fré-
quente qui mérite d’être recherchée, du fait des conséquences développemen-
tales et psychiatriques. Des traitements efficaces existent et permettent à ces
jeunes de retrouver un parcours développemental de bonne qualité, et un pro-
nostic identique à ceux qui n’ont jamais eu de troubles.
Chapitre 4
Traitements
• Connaître les différents traitements non
médicamenteux et médicamenteux.
• Connaître les recommandations dans
le traitement des troubles anxieux.
• Connaître plus précisément la thérapie cognitive
et comportementale.
1 Psychothérapie / Pharmacothérapie 50
2 Thérapie cognitive et comportementale (TCC) 54
3 Efficacité du traitement par thérapie cognitive
et comportementale 65
1 PSYCHOTHÉRAPIE / PHARMACOTHÉRAPIE
Les études concernant les traitements des troubles anxieux de l’enfant et l’ado-
lescent sont de plus en plus nombreuses. L’intervention psychothérapique est
le traitement de première intention selon les recommandations internationales
(American Academy of Child and Adolescent Psychiatry - AACAP). La pharmaco-
thérapie peut être utilisée en complément dans les cas sévères, ou en cas
d’échec de la première méthode.
Psychothérapie
La prise en charge en psychothérapie consiste à aider l’enfant et ses parents
à trouver des stratégies pour faire face à la peur, encourager l’enfant à ne plus
éviter les situations éventuellement en s’appuyant sur son entourage pour y
faire face. L’enfant ou l’adolescent est reçu seul la plupart du temps pour faire
50 part de ses peurs, et du contenu de ses pensées. Les parents sont également
reçus seuls, ou avec leur enfant, afin de les guider sur une nouvelle façon de
le rassurer et l’accompagner dans une vie quotidienne moins anxieuse. La
reconnaissance des troubles anxieux permet dans un premier temps au patient
de se sentir compris et reconnu dans sa souffrance. Les parents peuvent égale-
ment trouver une explication rationnelle aux situations qu’ils vivent, ou parfois
subissent, à la maison.
Dans les cas d’anxiété légère, la reconnaissance des troubles et une explication
sur le fonctionnement de l’anxiété peut permettre à l’enfant aidé par son entou-
rage de reprendre le cours normal de sa vie, en faisant face progressivement à ce
qui lui fait peur. Une écoute attentive, empathique, une réassurance sur le fait
que la peur est une émotion normale, faisant partie du développement, peut
permettre à un enfant, qui par ailleurs fonctionne bien, de reprendre le cours
de sa vie et de s’appuyer sur ses points forts et son entourage familial et social
pour faire face. L’enfant ou l’adolescent peut alors, avec l’aide du thérapeute,
retrouver une confiance en lui, fixer des objectifs atteignables et surmonter ses
peurs avec des stratégies plus adaptées, plutôt que les éviter. Les parents sont
également souvent reçus, afin d’expliquer le ou les trouble(s) anxieux. Le théra-
Généralités
peute les aide à trouver des solutions aux problèmes posés dans la vie quoti-
dienne avec leur enfant anxieux. Selon les thérapeutes et les techniques
utilisées, des techniques de relaxation et respiration pourront être apprises
à l’enfant et ses parents pour gérer les crises anxieuses, ou encore l’enfant ou
l’adolescent pourra voir comment s’appuyer sur le système familial pour mieux
fonctionner, en étudiant le rôle que chacun a pu prendre dans la famille ces der-
niers temps dans des stratégies peu efficaces autour des peurs du jeune, ou
encore rechercher ce qui aurait pu être une première expérience anxieuse qui
aurait permis que l’anxiété s’installe, ou encore, le travail peut se faire essentiel-
lement avec les parents afin de revoir la place de l’enfant ou de l’adolescent dans
la famille et son autonomie, l’histoire de chacun des parents et l’histoire précoce
de l’enfant. Selon les principes théoriques qu’appliquent les thérapeutes,
le focus de la psychothérapie peut être différent. Mais l’objectif reste le même :
que l’enfant ou l’adolescent trouve les moyens en lui pour surmonter ses peurs.
Pour les cas plus sévères, une psychothérapie plus spécifique sera nécessaire
à la fois avec le jeune et également avec les parents pour que chacun puisse
modifier progressivement ses attitudes pendant les crises d’angoisse.
La TCC des troubles anxieux de l’enfant et adolescent fait l’objet des chapitres
suivants. La TCC est une méthode psychothérapique qui vient des pays anglo-
saxons et des méthodes de psychologie expérimentale. Elle considère que
l’anxiété est un processus appris au cours du développement de l’enfant, proces-
sus qui s’est maintenu du fait de caractéristiques internes au sujet (peu de capa-
cité d’adaptation à la peur, immaturité, hypersensibilité…) et de caractéristiques
externes ou environnementales (attitudes anxieuses des parents, mauvaise
insertion scolaire…).
4 Traitements
Pharmacothérapie
Les premières études pharmacologiques démontrant l’efficacité des antidépres-
seurs de type tricycliques comme la Clomipramine dans le traitement des
troubles anxieux chez l’enfant sont récentes (années 2000). Les inhibiteurs sélec-
tifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont maintenant considérés comme
le traitement de fond des troubles anxieux. Ils agissent en diminuant le seuil
de déclenchement des crises d’angoisse. Des études existent pour l’anxiété
sociale avec la fluoxétine, paroxétine et venlafaxine ; pour l’anxiété généralisée
avec la sertraline et la venlafaxine.
Pour tous les troubles anxieux de l’enfant et adolescent, les études fiables
indiquent que la fluoxétine, la paroxétine, la sertraline et la venlafaxine sont
plus efficaces que le placebo, la fluoxétine, la sertraline et la paroxétine sont
les mieux tolérés.
Les traitements par ISRS sont poursuivis de façon prolongée après l’amélioration
significative des troubles anxieux. Les recommandations sont de poursuivre
le traitement entre 6 et 12 mois après la disparition totale des symptômes.
En France, la Sertraline est le seul ISRS ayant obtenu l’autorisation de mise sur
le marché (AMM) pour le traitement des TOC de l’enfant à partir de 6 ans. Aucun
traitement antidépresseur n’a l’AMM pour les autres troubles anxieux.
▶ Recommandations internationales
Les recommandations internationales chez l’enfant et l’adolescent sont les sui-
vantes :
54 Cette thérapie est issue des sciences expérimentales, c’est l’abord comporte-
mental qui est apparu initialement dans les années soixante, se basant sur
les principes des théories de l’apprentissage. Celles-ci sont au nombre de trois.
Une autre technique d'exposition pouvant être utilisée, notamment dans le cas 55
des phobies spécifiques, est la technique d’immersion. Elle consiste à présenter
d’emblée des stimuli fortement anxiogènes, durant une séance spécifique
et longue.
% âge anxiété
i
100 %
Courbe d’habituation
C1
50 % C2
C3
Temps
C4 d’exposition
t
15 min 45 min
4 Traitements
les chercheurs ont dans un second temps intégré une étape supplémentaire à la
situation stimulus – réponse. Les comportements automatiques développés
dans certaines situations sont conditionnés par des pensées, des cognitions pré-
sentes dans la mémoire à long terme, issues des expériences précoces et des
événements de vie. Ces cognitions influencent les comportements de façon
inconsciente, mais elles peuvent être activées dans des situations à fortes émo-
tions. La thérapie cognitive consiste à mettre à jour les pensées automatiques,
ainsi qu’à la prise de conscience de caractère irrationnel de ces pensées. Par
exemple, un enfant peut avoir des cognitions négatives sur ses capacités à faire
face aux situations de prise de parole à l’oral : « je suis nul, je ne suis pas capable
de réciter ma poésie, tout le monde va se moquer de moi ». Ces pensées vont
conduire à la production d’émotions très négatives lors de la situation d’interro-
gation, l’enfant ressentira alors une peur intense. La thérapie cognitive visera
à mettre en évidence ces pensées en apprenant à l’enfant à les repérer par lui-
même. Avec le thérapeute, il va ensuite apprendre à les discuter, à les critiquer,
puis à tenter de les modifier dans les situations qu’il craint. Les cognitions pré-
sentes dans les pathologies anxieuses sont souvent des surgénéralisations
de situations d’échec, les minimisations des réussites, des abstractions sélec-
tives… Il s’agit de biais cognitifs, qui réduisent l’objectivité du sujet en apportant
une connotation anxieuse aux situations qui ne le sont pas forcément. Les sur-
57
généralisations de l’échec (« je n’y arriverai jamais ») ne permettent pas au
patient d’être dans une dimension positive lors d’une nouvelle situation, la réus-
site est même dévalorisée, ce sont les minimisations des réussites. L’abstraction
sélective consiste à ne considérer qu’un élément de la situation en dehors de son
contexte et d’en tirer des conséquences (« ils ont tous pensé que j’étais nulle,
une personne a baillé quand j’ai parlé »).
S’il y a plusieurs objectifs à atteindre, ils seront travaillés les uns après les autres
successivement.
• Recontextualiser.
Lors d’une thérapie avec un enfant ou un adolescent amené par ses parents,
l’enfant ou l’adolescent est la personne avec qui le thérapeute va le plus tra-
vailler. Le premier entretien de présentation peut se faire avec parents et enfant
ou adolescent afin d’expliquer la situation, et de poser l’éventuel diagnostic
et l’indication de TCC. Par la suite, le jeune est reçu en premier et travaille 59
en individuel avec le thérapeute. Les parents seront reçus à la fin de la séance
pour faire un point sur ce qui se passe à la maison, pour expliquer le contenu
de la séance et sur les exercices à effectuer à la maison en présence ou non
de leur enfant.
Le diagnostic sera posé selon les critères des classifications internationales (CIM
10 ou DSM-5).
Afin d’être encore plus précis, mais également pour permettre au patient
de prendre conscience de l’ensemble de ses phénomènes qui s’enchaînent,
le thérapeute demandera une auto-observation sous forme d’agenda. Le patient
devra noter, entre les consultations, les jours où il ressentira de la peur, les situa-
tions déclenchantes de cette peur, l’intensité de la peur (sur une échelle analo-
gique de 0 à 10 par exemple), et éventuellement les sensations corporelles et
les pensées associées à la peur. Ces renseignements seront notés chaque jour
par le patient dans un tableau ou agenda. Ces éléments permettront au théra-
peute de commencer à construire l’analyse fonctionnelle mais également d’avoir
une ligne de base du comportement problème.
La ligne de base est ainsi construite, par des mesures répétées sur plusieurs
jours consécutifs, avant l’intervention thérapeutique, avec une note ou une
quantification la plus précise possible. Elle permettra de comparer ces données
avec celles recueillies en fin de thérapie.
Généralités
Exemple d’agenda d’auto-observation
Situations
Note Sensations
Date où tu as eu Pensées
de la peur corporelles
peur
Nous présenterons ici le modèle construit par Jean Cottraux, la grille SECCA. Elle
se présente en 2 parties, l’une synchronique, l’autre diachronique.
On choisit une situation problème, celle qui est la mieux décrite par le patient,
même si l’on sait qu’il en existe d’autres. Le principe est d’étudier la façon dont
s’enchaînent les différents éléments, ceci va également permettre de nous gui-
der sur les techniques à mettre en place dans un second temps.
La diachronie reprend l’histoire du trouble, et pose des hypothèses sur les fac-
teurs de maintien, qu’ils soient des facteurs internes au patient, ou liés à l’envi-
ronnement, notamment chez les parents. La diachronie reprend également
les facteurs déclenchants invoqués par le patient et/ou ses parents, ceci ne
constituera cependant pas l’objet du travail principal. On note également les fac-
4 Traitements
teurs précipitant le trouble, qui sont les événements, parfois bénins, ayant favo-
risé l’apparition du trouble, ou ayant suffisamment aggravé les troubles pour
amener le patient à consulter.
Synchronie
Anticipation
Situation
Émotion
Comportements Cognitions
Entourage
62
Diachronie
Données structurales possibles :
• génétiques,
• personnalité.
Facteurs de maintien.
Facteurs déclenchants.
Facteurs précipitants.
Autres problèmes.
Traitements précédents.
Maladie physique.
Techniques thérapeutiques
Nous ne décrirons ici que les techniques utilisées dans les troubles anxieux
de l’enfant, et particulièrement celles utilisée dans les manuels décrits ci-après.
63
▶ La gestion du stress
Relaxation : nous utilisons le modèle de relaxation de Jacobson qui consiste
à contracter et décontracter les muscles de plusieurs parties du corps les unes
après les autres.
▶ Les expositions
Ce sont les techniques de base du traitement en TCC des troubles anxieux, direc-
tement issues du conditionnement classique. Le patient devra s’exposer
de façon progressive, répétée et complète aux situations anxiogènes choisies,
4 Traitements
selon une liste hiérarchique de situations construites avec le patient. Il est pos-
sible d’utiliser la relaxation et la respiration pendant ces expositions pour dimi-
nuer le niveau d’anxiété, mais cela n’est pas systématique. Le thérapeute
accompagnera le patient lors de sa première exposition, dans une situation qui
génère peu de difficultés pour le patient. Le patient va alors vivre le déroulement
d’une crise d’angoisse, avec une explication claire sur ce qu’il doit faire ou modi-
fier, et surtout expérimenter, avec la répétition des expositions, le phénomène
d’habituation. Puis le patient devra répéter ses expositions à la maison à un
rythme quotidien jusqu’à ce que la peur diminue voire disparaisse. On pourra
alors passer à une autre situation choisie dans la liste.
▶ La restructuration cognitive
Elle consiste à mettre au jour les pensées automatiques présentes dans les situa-
tions anxiogènes, puis, en séance, à les remettre en question, les critiquer,
et éventuellement faire émerger des pensées alternatives.
▶ L’affirmation de soi
Il s’agit d’une thérapie réalisée en 12 séances hebdomadaires en groupe, permet-
tant de travailler à la fois les relations interpersonnelles et des techniques
64 de communication, par des jeux de rôle. Les jeunes apprennent puis s’entraînent
à parler à d’autres jeunes qu’ils ne connaissent pas, à faire ou accepter des com-
pliments ou des critiques, à exprimer leur opinion devant un groupe, à défendre
leurs intérêts. Elle est souvent utilisée dans un second temps, après des séances
de TCC en individuel ayant permis d’améliorer le trouble anxieux.
▶ Le renforcement positif
Technique directement issue du conditionnement opérant, qui vise à féliciter
voire récompenser la réalisation d’un exercice, d’un effort ou d’une tache.
L’enfant peut gagner des points, selon un contrat établi à l’avance avec le théra-
peute et ses parents. Des récompenses sont éventuellement prévues pour un
nombre de points donné, également fixé à l’avance. Cela permet d’augmenter la
motivation à la réalisation des tâches, de valoriser les efforts faits pendant la
thérapie. L’utilisation de la TCC dans les troubles anxieux de l’enfant se fait
selon le même modèle que celui utilisé chez l’adulte anxieux :
• 12 à 18 séances hebdomadaires d’une durée de 1h à 1 h 30,
• en individuel ou en groupe.
• psychoéducation du trouble,
• techniques de gestion du stress avec relaxation et/ou respiration,
• exposition progressive aux situations anxiogènes,
• généralisation aux autres situations,
• prévention des rechutes,
• restructuration cognitive,
• affirmation de soi.
Kendall est le premier à avoir, dès les années 1990 aux États-
Unis, proposé un programme de TCC standardisé, avec un
manuel prévoyant 16 à 18 séances individuelles : « Coping Cat ».
66 L’efficacité de ce programme a été démontrée, avec un taux
de rémission de 64 % (versus liste d’attente). D’autres pro-
grammes ont ensuite vu le jour dans d’autres pays, les manuels ayant tous
montré une efficacité comparable, reproductible par les différents thérapeutes,
quel que soit le niveau de formation en TCC (un niveau d’un an de formation
étant toutefois le minimum requis). Les manuels semblent à la fois uniformiser
la prise en charge TCC et permettre une prise en charge « transdiagnostique »,
puisque le même manuel est utilisé pour l’ensemble des troubles anxieux. Ces
manuels sont aussi efficaces dans les centres expérimentés et de recherche
qu’en population clinique tout venant d’un centre de consultation de pédopsy-
chiatrie.
Ces résultats ont d’abord surpris les thérapeutes et les chercheurs, qui pensaient
que certes la TCC était efficace, mais qu’impliquer les parents de façon active -
voire de faire de la TCC avec les parents anxieux - ne pouvait qu’en améliorer
l’efficacité. Plusieurs protocoles ont été testés : ne traiter que l’enfant et garder
Généralités
le contact avec les parents par téléphone après chaque séance, traiter l’enfant
d’un côté et les parents de l’autre en séances simultanées, recevoir les parents
en séance avec l’enfant à chaque fois, recevoir les parents pour des séances
de TCC 3 à 5 fois tout au long de la thérapie… les résultats ne montrent pas
de supériorité quand les parents sont inclus dans la thérapie, avec parfois même
de moins bons résultats quand les parents sont pris en charge.
Il est important que les parents comprennent que lorsque leur enfant ou adoles-
cent ira mieux, ils pourront alors changer certaines attitudes qu’ils avaient peut-
67
être mises en place pour l’aider quand il allait mal. Le changement de l’enfant
fera changer le comportement des parents, l’enfant pourra leur dire « tu n’as
plus besoin de m’aider, je vais y arriver ». Si l’enfant est très jeune, ou si
le patient demande que ses parents soient plus inclus dans la thérapie, il est
possible de le faire, tout en essayant régulièrement d’autonomiser l’enfant dans
la gestion de ses angoisses.
Si l’un ou les deux parents présentent des difficultés lors des exercices à faire
4 Traitements
68
Généralités
Notes
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
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.......................................................................
69
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.......................................................................
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.......................................................................
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4 Traitements
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
Partie 2
Programmes TCC
enfants et ados
Chapitre 5 – Généralités 72
Chapitre 6 – ZAP Zen Attitude : programme TCC
pour adolescents de 11 à 17 ans 90
Chapitre 7 – Dragon Zen : programme TCC
pour enfants de 5 à 10 ans 110
Chapitre 5
Généralités
• Connaître le déroulement de la thérapie.
• Connaître les outils utilisés.
1 Présentation de la thérapie 74
2 Les différents temps de la thérapie 75
1 PRÉSENTATION DE LA THÉRAPIE
Ces deux programmes ont été conçus pour des enfants et adolescents souffrant
d’un trouble anxieux caractérisé : anxiété de séparation, trouble panique, phobie
spécifique, anxiété sociale ou anxiété généralisée.
Le diagnostic doit être posé selon les critères DSM-5 (annexes) et évalué quanti-
tativement par des échelles standardisées (annexes).
Si la comorbidité est une humeur dépressive, il faudra alors évaluer les possibili-
tés pour le patient de répondre aux exigences de la TCC dans cet état, ou s’il faut
d’abord débuter par un traitement (en TCC ou par pharmacothérapie) de la
dépression.
Nous avons construit 2 programmes, le premier pour les 11/17 ans, le second
pour les 5/10 ans. Ces programmes consistent en 12 séances à réaliser, dans
Programmes TCC enfants et ados
Les manuels construits pour chacun des groupes d’âge vont vous permettre
de guider l’enfant ou l’adolescent dans les différentes étapes d’une thérapie cog-
nitive et comportementale. Vous serez là pour le guider dans la réalisation des
exercices, et éventuellement dans l’adaptation de ceux-ci à la problématique
personnelle du jeune.
Ce manuel est conçu de la même manière que ceux utilisés dans d’autres pays
depuis une vingtaine d’années (États-Unis, Australie, pays scandinaves…).
Le programme et les techniques spécifiques sont celles décrites dans les études
qui ont démontré l’efficacité de la TCC dans le traitement des troubles anxieux.
En fonction de la nature du trouble anxieux et de l’avancée du patient, le théra-
peute devra adapter le programme qui se veut flexible, en augmentant
le nombre de séances sur certains sujets, ou au contraire en passant très vite
certaines séances pour insister sur d’autres.
madaires de TCC. Il sera utile de refaire passer ces échelles à distance, puisqu’on
sait que les enfants et adolescents continuent à s’améliorer par eux-mêmes, ils
généralisent les acquis qu’ils ont appris pendant la thérapie jusqu’à un an après
les séances intensives.
Il est important pour un patient donné de noter un niveau initial d’anxiété dans
une situation donnée, c’est la ligne de base. Pour obtenir cette ligne de base,
nous allons demander au patient de s’auto-observer dans une situation pro-
blème donnée, afin qu’il puisse noter ses émotions et leur intensité de 0 à 10. Il
pourra également noter les sensations corporelles associées, les comportements,
et éventuellement les pensées présentes. Cette auto-observation va permettre
d’avoir une ligne de base que l’on pourra de nouveau enregistrer à un autre
moment. De plus, elle va permettre de construire l’analyse fonctionnelle. La
ligne de base est l’une des preuves de l’appartenance de la TCC au champ des
sciences expérimentales.
Analyse fonctionnelle
L’analyse fonctionnelle est l’étape indispensable pour le thérapeute avant
de véritablement commencer la thérapie. Elle consiste à schématiser la problé-
matique du patient selon la théorie cognitive et comportementale.
Programmes TCC enfants et ados
Il existe plusieurs modèles d’analyse fonctionnelle. L’un des plus utilisé est la
grille SECCA (Cottraux). Elle va permettre d’avoir une vision concrète et globale
de la problématique de l’enfant ou adolescent pris en charge ainsi qu’une hypo-
thèse sur les facteurs de maintien. Elle sera complétée tout au long des séances.
Cette grille n’est pas présente dans les manuels, le thérapeute la construit grâce
aux éléments recueillis lors des différentes séances. Les facteurs de main-
tien pourront être pris en charge en plus du travail demandé dans le manuel si
nécessaire.
Situation ciblée
▶ Synchronie
Anticipation
Situation
Émotion
77
Comportements Cognitions
Entourage
▶ Diachronie
Données structurales possibles :
• génétiques,
• personnalité.
Facteurs de maintien.
Facteurs précipitants.
Autres problèmes.
Traitements précédents.
Maladie physique.
5 Généralités
Techniques cognitives et comportementales
Une fois l’analyse fonctionnelle construite, le programme de TCC prévoit pour
les troubles anxieux de mettre en place
• des techniques émotionnelles : relaxation, respiration ;
• des techniques comportementales : exposition progressive aux situations
anxiogènes avec ou sans relaxation, en imagination ou in vivo ;
• des techniques cognitives : restructuration cognitive, résolution de pro-
blème.
78
Diagnostic
Le diagnostic doit être posé selon les critères DSM-5, et être expliqué à l’adoles-
cent et ses parents. Il s’agit d’une étape préliminaire indispensable au bon
déroulement de la thérapie. C’est ce qu’on appelle la psychoéducation.
Le patient doit connaître le nom de son ou ses troubles, doit comprendre sur
quel(s) critère(s) on se base pour le ou les poser.
Une information globale sur le ou les trouble(s) anxieux est donnée quant à la
fréquence, l’âge de survenue, le fonctionnement du trouble et le pronostic.
Explication de la thérapie
Programmes TCC enfants et ados
Le traitement par TCC doit être présenté et expliqué : il s’agit d’une thérapie
brève (12 séances hebdomadaires en moyenne), qui aura lieu avec le patient
essentiellement.
Les principes sont de lui apprendre des techniques pour qu’il puisse progressive-
ment mieux gérer les peurs et de nouveau se confronter aux situations qui lui
faisaient peur.
Des exercices seront donnés à réaliser entre chaque séance afin que le patient
mette en application, dans son quotidien, les techniques apprises.
Le travail avec les parents a pour objectif qu’ils puissent avoir une information
79
suffisante sur le trouble dont souffre leur enfant, qu’ils comprennent les fonde-
ments de la thérapie et puissent jouer un rôle actif en tant que co-thérapeutes,
en fonction de ce que prévoit le thérapeute. Si le thérapeute s’aperçoit que
les parents jouent un rôle de facteur de maintien des troubles, par exemple si la
mère est très angoissée à l’idée que son fils parte tout seul au collège à pied
alors que c’est l’exercice d’exposition prévu dans la thérapie, il faudra la recevoir
et lui expliquer l’importance de la réussite de cet exercice tout en prenant
en compte ses inquiétudes.
stratégies plus ou moins adéquates, ils sont également parfois pris dans des
demandes de réassurance intempestives des enfants. Les données scientifiques
montrent qu’il est fréquent que les parents d’enfants ou d’adolescents anxieux
sont eux-mêmes porteurs d’un trouble anxieux. Il est donc souvent difficile pour
un parent souffrant lui-même d’anxiété de soutenir son enfant pendant une
crise d’angoisse, lors d’insomnie d’endormissement, lors d’évitement de situa-
tion de séparation avec ses parents, etc.
dans la vie quotidienne, demander si les parents sont ou ont été anxieux et s’il
leur est difficile de gérer les émotions de leur jeune.
Une fois tous ces renseignements recueillis, nous aurons un point assez précis
de la situation familiale.
La rencontre avec l’enfant va ensuite permettre de poser les bases d’une alliance
thérapeutique pour le bon déroulement du reste de la thérapie.
Elle permettra déjà aux parents de modifier leur représentation autour des
troubles de leur enfant et peut-être de modifier leur attitude face à sa souffrance.
L’attitude des parents face à un enfant anxieux peut varier dans ces extrêmes
entre l’hyper accommodation à l’anxiété et le rejet de cet enfant qui n’arrive
plus à vivre normalement.
En dehors de ces caricatures, l’attitude des parents est en effet très variable et
dépend de leur propre expérience de l’anxiété, de leur relation à cet enfant qui
est actuellement en souffrance et de ses demandes en cette période difficile.
Les premières actions auprès des parents visent à les accompagner dans la com-
préhension des troubles et la modification de leurs attitudes qui parfois main-
tiennent l’anxiété. Il convient de tenter d’harmoniser l’attitude de chacun des
parents dans la vie quotidienne auprès de leur enfant anxieux, qu’ils vivent
ensemble ou non. L’idéal serait de trouver un juste équilibre entre l’attitude
empathique et la pose de limites, voire le refus de participer aux évitements de
l’enfant.
l’enfant, mais avec des mots pour adulte : la définition de l’anxiété, la notion de
peur normale et peur pathologique et le cercle vicieux qui a été mis en place par
l’enfant malgré lui et dans lequel les parents ont été pris au piège malgré eux.
82 Tous les parents ne sont pas prêts à accompagner leur enfant dans une situation
difficile et anxiogène, il faut alors que le thérapeute connaisse la situation fami-
liale et ne demande pas à ce parent d’accompagner le jeune dans un exercice
d’exposition.
Lorsqu’au cours de la thérapie, les patients ont des exercices à faire à la maison,
il est possible de demander aux parents de rappeler ces exercices, voire d’aider
en étant présents. Ce peut être une étape prévue, la suivante sera de le faire
sans la présence du parent. Cela dépend de l’âge de l’enfant, de sa motivation à
s’engager dans la thérapie et de la faisabilité des expositions.
Le thérapeute doit être à l’écoute des difficultés des parents pendant la thérapie,
il doit leur expliquer les principes de la TCC en cadrant bien en détail ses 83
attentes pour les exercices d’exposition à réaliser à la maison avec eux.
• Dans le cas d’une anxiété sociale grave, une adolescente de 14 ans a pour
exercice de poser une question lors de chaque repas du soir pris en
famille, ce qu’elle n’a jamais fait. Les parents doivent être prévenus de cet
exercice, éventuellement pour le rappeler à la jeune fille, pour l’encoura-
ger à le faire et avoir une attitude empathique et positive quand elle le
fera. Les blagues ou moqueries de la fratrie seront alors à canaliser
notamment lors des premières fois afin de limiter l’anxiété de la jeune.
• Dans le cas d’une phobie des pigeons, il peut être demandé au patient de
se rendre dans des endroits où il y en a beaucoup, ce n’est pas toujours
possible d’y aller en autonomie. Les parents seront alors sollicités pour
amener voire accompagner au début. Le thérapeute doit vérifier la dispo-
nibilité des parents pour permettre la réalisation de ce type
de déplacement.
• Dans le cas d’une phobie du sang, les premiers exercices décidés d’un
commun accord entre le thérapeute et le patient peuvent consister à
regarder des extraits de séries médicales où on peut voir du sang. Le
5 Généralités
Dans tous les cas, si l’enfant ou l’adolescent a besoin d’être accompagné pour
les expositions à un moment, il faudra prévoir que plus tard la présence des
parents ne soit plus indispensable et que l’enfant puisse aller seul dans les
situations qui avant lui faisaient peur.
Nous pouvons rencontrer des patients très anxieux pour qui la famille s’est
accommodée de telle façon à ce qu’il n’y ait plus d’anxiété. Tout le monde vit
dans la crainte d’une crise d’angoisse du jeune, alors on évite. C’est ce qu’on
appelle l’hyper accommodation. Ainsi, avec des aménagements, le jeune n’est
plus confronté à aucun stress. Certains de ces patients sont très anxieux mais
peu gênés, car il n’y a plus de situations problématiques dans la vie quotidienne,
la famille les ayant supprimées.
Ces jeunes ne sont donc pas ou peu en demande de soin, la situation aménagée
telle quelle leur va très bien. Ce sont souvent dans ces cas les parents qui
viennent demander de l’aide. Le thérapeute prendra alors le temps de poser les
Programmes TCC enfants et ados
Pour les plus petits, il est parfois proposé par le thérapeute de mettre en place
un contrat de points. Le patient peut gagner des points puis des récompenses
quand il réussit l’exercice. Les parents seront sollicités pour participer à ces
contrats et acheter ou mettre en place les récompenses. L’enfant sera sensible à
la valorisation des parents dans sa progression. L’encouragement et l’empathie
des parents sont indispensables au bon déroulement de la thérapie par TCC des 85
troubles anxieux.
Une explication sur les risques de l’hyper accommodation est intéressante, pour
que les parents puissent exprimer leur point de vue, notamment pour les
parents dont le jeune n’accepte pas encore les soins. Ces formats de groupe sont
complémentaires à la participation des parents aux séances de TCC de leur
enfant où le thérapeute pourra alors personnaliser l’explication et les guider au
5 Généralités
plus près. Le partage d’expériences émotionnelles vécues entre parents est très
riche et porteur d’espoir pour eux. Il peut être intéressant de faire venir à ces
réunions des parents dont l’enfant ne présente plus de troubles anxieux, ceux-ci
peuvent alors expliquer le déroulement de leur parcours, l’avancée progressive
de la thérapie et ses résultats actuels.
Certains parents expriment de grandes difficultés à pouvoir tenir le rôle que le
thérapeute leur demande car ils sont eux-mêmes très anxieux. Le thérapeute
pourra alors proposer des expositions à son patient en tentant de ne pas faire
intervenir son parent en difficulté. Pour les adolescents, cela est souvent pos-
sible. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il est tout à fait possible que
le jeune avance et progresse dans le traitement de son trouble anxieux si ses
parents qui restent anxieux ne participent que peu à la TCC. Nous avons
constaté ce phénomène de nombreuses fois. Quand l’alliance est de très bonne
qualité, et que les exercices d’exposition ne nécessitent pas trop d’interventions
des parents, le patient avance dans l’expérimentation d’une meilleure gestion
de son anxiété et s’expose ensuite par lui-même. Il nous est déjà arrivé que le
jeune qui a progressé dans la gestion de son anxiété réalise que son parent est
plus anxieux que lui et observe des évitements de la vie quotidienne qu’il n’avait
pas compris avant. Pour certains adolescents, ce peut être l’occasion d’une
opposition à leurs parents, ce qui n’est pas toujours facile à gérer. Il est possible
86
alors de proposer aux parents de consulter un confrère pour mettre en place une
thérapie pour eux-mêmes. Attention, cette proposition n’est pas toujours bien
acceptée. Il est peut-être plus facile d’attendre que les parents en fassent la
demande. Dans tous les cas, il est démontré dans la littérature scientifique qu’il
n’est pas opérant que les parents soient pris en charge par la même équipe que
les enfants. En effet, dans certains projets de recherche, il a été proposé que les
parents porteurs d’un trouble anxieux suivent une TCC pour eux en parallèle de
la TCC pour l’enfant, le même jour et par la même équipe. Les résultats ne sont
pas supérieurs en comparaison d’une TCC de l’enfant où les parents anxieux ne
sont pas pris en charge. Ces notions retrouvées dans les études sont surpre-
nantes, les hypothèses posées sont que le traitement des troubles anxieux de
Programmes TCC enfants et ados
Alliance thérapeutique
87
Avant de débuter le manuel, le thérapeute doit mettre en place l’alliance théra-
peutique avec le jeune et sa famille. Cette alliance permettra à l’enfant ou l’ado-
lescent d’être prêt à suivre le programme et réaliser différents exercices
notamment en dehors des séances.
Les techniques d’entretien utilisées par tout thérapeute formé en TCC sont très
importantes à utiliser pour améliorer et maintenir l’alliance avec le patient
et toujours vérifier que patient et thérapeute sont sur la même longueur d’onde.
• Reformuler,
• Recontextualiser,
• Renforcer.
« Si je comprends bien ce que tu viens de m’expliquer, tu as peur quand tes
parents quittent la maison, et à ce moment-là tu imagines des choses hor-
ribles concernant tes parents. C’est bien cela ? Je te félicite d’avoir réussi
à me dire tout cela, c’est grâce à ces éléments que nous allons mieux com-
prendre tes angoisses et trouver des techniques pour mieux les gérer ».
Manuels
Les manuels pour les patients sont parus aux éditions UMEO, le jeune a ainsi son
Programmes TCC enfants et ados
cahier où il peut suivre, avec l’aide du thérapeute, les séances et écrire directe-
ment dessus.
Il est possible de détacher les feuilles des exercices à faire à la maison pour évi-
ter de perdre le manuel entre le bureau du thérapeute et la maison. Chaque
séance est détaillée et s’adresse directement au patient qui suit le programme,
guidé par Anna et Théo pour les 11/17 ans et Dragon Zen pour les 5/10 ans. Nous
n’avons pas repris tous les éléments du manuel dans ce livre, seulement
les points importants, indispensables pour le bon déroulement de la thérapie.
Notes
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5 Généralités
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Chapitre 6
ZAP Zen Attitude :
programme TCC
pour adolescents
de 11 à 17 ans
1 Séance 1 : reconnaître mes émotions 92
2 Séance 2 : identifier mes peurs 94
3 Séance 3 : liste des situations anxiogènes 96
4 Séance 4 : sensations corporelles de la peur 98
5 Séance 5 : psychoéducation de la peur et exposition 100
6 Séance 6 : défocalisation et travail sur les cognitions 102
7 Séance 7 : poursuite des expositions 105
8 Séances 8 et 9 : avancée dans les expositions 106
9 Séance 10 : faisons le point sur les situations anxiogènes 106
10 Séance 11 : résolution de problème 107
11 Séance 12 : fin de la thérapie 108
Salut, nous sommes des ados comme toi, nous nous
présentons : Anna et Théo. Nous nous sommes connus au
collège à une période de notre vie où nous étions super stressés
et anxieux. Nous avons appris à reconnaître ce qui nous faisait
peur et petit à petit nous avons réussi à faire face à ces
situations. Aujourd’hui, nous n’avons plus de peur, en tous cas
plus d’angoisse majuere, juste des peurs comme tout le monde.
Nous sommes là pour t’aider et te montrer comment réussir à
devenir des ados et ensuite des adultes cools, zens, biens dans
notre peau et notre tête...
92
L
ES PREMIÈRES SÉANCES consistent à expliquer les concepts d’émotion,
de peur et d’anxiété. L’objectif est que le patient s’approprie les termes
et puisse identifier ce qu’il vit. Ces séances permettent, en plus de créer
l’alliance avec le patient, de recueillir des relevés de ce qu’il vit et de tester
le mode de prise en charge en TCC qui consiste à réaliser des exercices à la mai-
son.
Programmes TCC enfants et ados
Il doit réfléchir à ce qu’il ressent dans son corps et ses pensées dans ces situa-
tions décrites. Il est possible de laisser des cases vides si l’adolescent n’arrive
pas à décrire ce qu’il ressent ou ce qu’il pense. Le thérapeute doit l’inciter
à observer pour la prochaine fois et éventuellement compléter lors des pro-
chaines séances ces cases vides. Il est important que le patient ne se sente pas
en difficulté lors de cette première séance. Si elle paraît trop longue, on complé-
tera lors de la séance suivante. Une réflexion est proposée concernant les liens
existant entre émotion/pensées/ sensations corporelles. L’adolescent peut com-
mencer à prendre conscience que ces trois éléments sont dépendants les uns
des autres. Les émotions fortes provoquent des sensations corporelles, qui
peuvent être les mêmes avec différentes émotions. Les émotions fortes font par-
fois venir des pensées connotées de la teneur positive ou négative de l’émotion.
L’intérêt lors de cette première séance est juste de toucher du doigt ce lien.
Pour cette séance, le patient devra faire une liste de toutes les peurs qui lui
arrivent chaque jour en notant : situation / intensité de la peur de 0 à 10 / pen-
sées.
Le patient doit commencer à parler le langage « TCC » et coter son anxiété dans
différentes situations.
94
Il est très important de bien expliquer le principe et l’intérêt du relevé pour don-
ner toutes les chances à notre patient d’arriver à le remplir pendant la semaine.
On pourra compléter avec lui les premières lignes pour lui donner l’exemple.
Cette séance est une étape importante pour la suite. Elle permet au patient
de comprendre son trouble, d’avoir l’information qu’il n’est pas le seul à souffrir
de cela et d’apprendre à s’auto-observer. C’est la psychoéducation. Le jeune doit
savoir que la peur est une émotion normale, qu’elle permet de surveiller les dan-
gers éventuels, de les éviter ou les fuir. Mais dans son cas, la peur se déclenche
trop souvent.
Avec les parents : on pourra reprendre ces éléments avec les parents en fin
de séance, la psychoéducation étant une des principales techniques utilisées
pour leur permettre de mieux comprendre les troubles de leur enfant,
de prendre un certain recul vis-à-vis de ses comportements et émotions
et de traiter une éventuelle culpabilité souvent retrouvée. Si les parents ont des
informations théoriques sur le ou les trouble(s) de leur enfant, ils vont parfois
d’eux-mêmes rectifier certaines représentations qu’ils avaient construites
et ainsi modifier des comportements qui pouvaient maintenir le trouble. Il est
important d’expliquer les principes de la TCC qui en découlent directement.
Ainsi ils comprendront les étapes progressives mises en place et les expositions.
Les parents pourront encourager leur enfant à réaliser les tâches à faire à la mai-
son et le féliciter dans le passage des différentes étapes de la thérapie, c’est ce
qu’on appelle « le renforcement positif ». Les parents vont ainsi passer
du stade de facteur de maintien à celui de co-thérapeutes, ils vont aider le théra-
peute et le patient dans la réalisation des tâches, dans l’encouragement des pro-
grès réalisés, même s’ils sont minimes au début, et vont changer leurs
représentations et leurs attitudes vis-à-vis des troubles de leur enfant.
portée.
Il est possible que le patient ne puisse pas remplir toutes les cases. Le théra-
peute doit l’encourager à s’observer et les compléter tout en restant très empa-
thique et positif.
97
Puis, le patient construit avec le thérapeute une liste des situations anxiogènes
de la moins à la plus forte.
Les principes de la TCC sont repris pour expliquer cette liste, chaque situation
sera travaillée en détail afin de préparer une exposition progressive sur la pre-
mière situation ou sur la situation que le patient propose de travailler en pre-
mier. En effet, il n’est pas toujours nécessaire de commencer par la situation la
moins anxiogène, si elle se présente rarement ou si elle est peu importante pour
le patient. C’est lui qui choisit la première exposition. Il est par contre nécessaire
d’étudier avec le patient la faisabilité de cette exposition si on ne respecte pas
l’ordre hiérarchique, il ne s’agit pas de s’attaquer à trop difficile et de le mettre
en difficulté.
Tableau 6.3. Liste des situations anxiogènes
Nous revenons sur les sensations corporelles associées lors des crises d’angoisse
de notre patient.
Programmes TCC enfants et ados
Il est important qu’il puisse les décrire. L’apprentissage de la technique de la respi-
ration abdominale et de la relaxation va permettre d’amener une réponse à ces
sensations corporelles. Ces techniques vont déjà être expérimentées en dehors des
situations anxiogènes. Quand elles seront acquises et qu’elles seront décrites
comme aidantes par le patient, nous pourrons nous en servir lors des expositions.
99
Certains patients vont préférer une des deux techniques et s’en servir par la
suite, d’autres vont se saisir des deux, d’autres encore vont trouver ces tech-
niques trop difficiles et dire qu’elles ne vont pas constituer une aide pour lui.
Dans ce dernier cas, le thérapeute peut reprendre le principe de chacune des
techniques et demander au patient de réessayer. Il est également possible de se
passer de ces techniques de gestion de l’anxiété pour passer aux prochaines
étapes, les expositions peuvent se réaliser sans, le phénomène d’habituation va
se mettre en place et la réussite aux expositions sera suffisante pour poursuivre
les séances.
1. [Link]
5 SÉANCE 5 : PSYCHOÉDUCATION DE LA PEUR
ET EXPOSITION
Lors de la reprise des exercices faits à la maison, le thérapeute essaie de voir si
l’une ou les deux techniques sont bien comprises et paraissent éventuellement
utiles au patient pour se sentir mieux. Le thérapeute positive et encourage
le patient dans les étapes qu’il passe, même si ces techniques ne lui paraissent
pas utiles ou difficiles à réaliser seul. Soit il paraît intéressant d’insister sur la
respiration et/ou la relaxation, et on reprend la séance précédente, soit on peut
passer à l’étape suivante.
La construction des cercles vicieux permet encore une fois de visualiser l’enchaî-
nement qui intervient pendant la crise d’angoisse et de bien comprendre
les principes de la thérapie : empêcher que ce cercle continue à tourner sans fin.
Le patient doit donc reprendre la liste des situations problèmes et réfléchir
100 à remplir ce cercle vicieux pour un ou plusieurs situations.
Situation
.....................
Conséquences
(relationnelles, ...) Ce que je ressens
..................... .....................
.....................
Programmes TCC enfants et ados
Une fois le cercle vicieux travaillé, la psychoéducation d’une crise d’angoisse est
proposée.
101
La situation travaillée doit être clairement décrite. S’il n’est pas possible
d’accompagner le patient dans cette première exposition, on le fera en jeu
de rôle ou en exposition en imagination. Le patient doit être capable dans
les jours qui viennent de faire cette exposition dans les conditions prévues. Il
doit avoir bien compris qu’il doit rester dans la situation le temps nécessaire
pour sentir l’anxiété monter puis redescendre, et ainsi vivre le phénomène
d’habituation avec la répétition des expositions. Il est important qu’il note dans
102 le relevé l’intensité de l’anxiété ressentie pendant l’exposition, pour bien noter
le phénomène d’habituation.
103
Par exemple, le patient souffrant d’une anxiété sociale, lors d’une rencontre avec
des amis, va être focalisé sur ses pensées (« je suis ridicule, je vais rougir, je suis
nulle, les autres me trouvent inintéressant »). Cette focalisation peut aller
jusqu’à 80/90 %, il ne reste alors que 10 à 20 % de concentration pour regarder
les amis et voir réellement ce qui se passe. Le patient va alors en conclure avec
le peu qu’il voit de la situation que les autres ne s’intéressent pas à lui, ne va pas
voir qu’ils essaient de l’interpeller, de croiser son regard…
La première étape est la prise de conscience de cette auto-focalisation et la cota-
tion de celle-ci dans les différentes situations anxiogènes.
La suite de cette séance est un travail plus classique sur les cognitions : le repé-
rage des pensées anxiogènes, négatives et celles plus positives, aidantes. Ces
pensées seront désignées par le geste avec le pouce en bas pour les premières et
le pouce en haut pour les secondes.
104
l’un des piliers de la TCC pour donner confiance au patient et l’envie de conti-
nuer à progresser.
Le travail cognitif n’est possible que si les cognitions sont présentes et discu-
tables avec le patient. Il est possible de passer vite ce travail s’il n’est pas perti-
nent.
Les exercices à faire à la maison consistent à faire une prochaine exposition, afin
de vivre une nouvelle habituation, et également de tenter la technique de la
défocalisation. Le choix de la situation doit se faire avec le patient d’un commun
accord, en allant de façon croissante dans le niveau de difficulté mais également
en prévoyant un exercice faisable.
7 SÉANCE 7 : POURSUITE DES EXPOSITIONS
La séance reprend les exercices à faire à la maison avec toujours l’idée de félici-
ter le patient quand il a réussi à passer une étape. L’exercice de la focalisation/
défocalisation est utile pour certains patients et non pour d’autres. Le théra-
peute ajustera en fonction de son patient.
Les séances suivantes se passent dans la suite des précédentes : poursuite des
expositions, restructuration cognitive si nécessaire à poursuivre à chaque séance
pour diminuer le niveau de croyance, multiplier les pensées alternatives et éven-
tuellement poursuivre la défocalisation. Les exercices cognitifs sont plus pous-
sés dans cette séance et ont pour but de faire réfléchir le patient sur des pensées
alternatives possibles.
Si le patient ne présente aucune pensée ou très peu, ces exercices ne seront pas
réalisés, le thérapeute travaillera surtout sur les expositions.
Un point avec les parents peut être nécessaire pour expliquer la suite des soins,
expliquer de nouveau les objectifs des expositions et prévoir la généralisation
des acquis.
Le patient doit pouvoir maintenant dire s’il se sent capable de gérer les situa-
tions travaillées antérieurement et également celles non encore travaillées.
Le thérapeute peut lui montrer les progrès qu’il a faits. L’objectif est que
le patient prenne confiance en lui dans la gestion de l’anxiété et qu’il puisse
expérimenter de plus en plus de situations en autonomie.
S’il reste des situations à travailler, il faut prévoir des expositions selon le même
modèle que les séances précédentes.
Programmes TCC enfants et ados
Situation 1 :
Situation 2 :
Situation 3 :
Situation 4 :
Situation 5 :
Situation 6 :
Situation 7 :
Situation 8 :
Situation 9 :
108
Il est important de refaire passer les échelles remplies au début de la thérapie
et de calculer la différence entre les 2 temps.
Un point est nécessaire avec les parents sur le déroulement de la vie quoti-
dienne, sur les angoisses qui restent éventuellement.
Une explication complémentaire est parfois utile pour que les parents aident
Programmes TCC enfants et ados
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Chapitre 7
Dragon Zen :
programme TCC
pour enfants
de 5 à 10 ans
1 Séance 1 : reconnaître mes peurs 113
2 Séance 2 : identifier mes émotions 115
3 Séance 3 : listes des situations anxiogènes 116
4 Séance 4 : sensations corporelles de la peur 117
5 Séance 5 : psychoéducation de la peur et exposition 118
6 Séance 6 : défocalisation et travail sur les cognitions 120
7 Séance 7 : poursuite des expositions 124
8 Séance 8 : avancée dans les expositions 125
9 Séance 9 : fin des expositions 125
10 Séance 10 : faisons le point sur la liste des situations
anxiogènes 125
11 Séance 11 : résolution de problème 126
12 Séance 12 : fin de la thérapie 127
L
ES TECHNIQUES SONT les mêmes que pour les adolescents mais ajustées
à l’âge de l’enfant, à son niveau de compréhension, les exercices sont
simples, et expliqués avec des mots clairs. L’enfant doit suivre un petit
dragon qui vit avec sa famille, qui avait peur avant et donc ne sortait jamais sans
sa mère. Maintenant il va mieux et va expliquer à l’enfant comment faire.
112
Puis on propose à l’enfant de raconter une situation qu’il se rappelle avoir vécue 113
avec chacune des émotions et de décrire, s’il le peut, les sensations corporelles
associées et éventuellement les pensées.
Les exercices à la maison sont importants à réaliser. L’explication doit donc être
claire.
L’exercice consiste à ce que l’enfant, éventuellement aidé par ses parents, note
toutes les peurs qui lui arrivent dans la journée et cela tous les jours de la
semaine qui sépare de la prochaine consultation.
Pensées
Si l’enfant ne sait pas écrire, il faudra qu’il fasse ce relevé à l’oral avec le parent
qui écrira.
114
Tableau 7.1. Première auto-observation
Date, heure Situation qui t’a fait peur
Programmes TCC enfants et ados
Puis on reçoit les parents en présence de l’enfant si possible, pour leur expliquer
le trouble anxieux dont souffre leur enfant, le principe de la TCC et cette pre-
mière séance.
2 SÉANCE 2 : IDENTIFIER MES ÉMOTIONS
Nous reprenons la réalisation des exercices à la maison en permettant à l’enfant
d’expliquer ce qu’il a réussi et ce qui a été plus difficile.
Il faut donc regarder le relevé des situations anxiogènes réalisé. Si l’enfant l’a
rempli, on doit le féliciter très largement. S’il n’a pas réussi, nous analysons
les difficultés, éventuellement nous reprendrons avec les parents.
115
Les exercices à la maison sont pour le moment encore des éléments d’auto-
observation en notant les situations qui font peur, leur intensité et éventuelle-
ment les sensations corporelles associées. L’enfant peut avoir des difficultés
à remplir cette dernière case, on pourra alors la laisser vide.
Comme toutes les séances en TCC, l’enfant peut poser des questions avant que
les parents soient reçus pour une explication de la séance et surtout des exer-
cices à faire. Il est important que les parents soient dans une compréhension des
objectifs de la TCC, qu’ils soient là pour aider l’enfant à penser à faire les exer-
cices et à noter. Si l’enfant sait écrire, l’idéal est qu’il fasse les exercices seul.
L’analyse fonctionnelle peut alors être construite avec tous ces éléments. Plus
l’enfant est jeune, plus il peut avoir des difficultés à décrire ce qu’il ressent. On
pourra s’aider de ce que les parents observent dans les situations. On pourra
également se passer de certains éléments. La TCC s’adapte à ce que le patient
Programmes TCC enfants et ados
amène et vit.
L’analyse fonctionnelle doit ainsi être construite ainsi que la ligne de base.
4 SÉANCE 4 : SENSATIONS CORPORELLES DE LA PEUR
Cette séance commence par évoquer les sensations corporelles présentes pen-
dant les crises d’angoisse. Si l’enfant a repéré des signes dans son corps, il
les marque sur le dessin de Dragon Zen en entourant la ou
les partie(s) concernée(s).
117
118
5 SÉANCE 5 : PSYCHOÉDUCATION DE LA PEUR
ET EXPOSITION
Il est intéressant de voir si l’enfant a réussi la respiration et la relaxation et si
cela lui paraît utile pour gérer ses peurs. Ce n’est pas toujours le cas, certains
patients ne vont jamais s’en servir ; d’autres vont être rassurés d’avoir des tech-
niques pour se confronter aux situations qui font peur, cela diminuera leur
anxiété d’anticipation, mais finalement, ils ne s’en serviront pas ; d’autres
encore vont dire qu’il s’agit d’une technique indispensable à leur nouvelle vie. Ils
s’en serviront dès qu’ils sentiront les premiers signes d’une crise d’angoisse. Si
l’enfant a essayé de faire les techniques, il faut continuer le renforcement positif
et le féliciter. Puis il est intéressant de tenter de remplir le schéma du cercle
Programmes TCC enfants et ados
vicieux avec les éléments que l’on a, cela permet d’expliquer ce que le théra-
peute a analysé des crises d’angoisse de son patient et aussi de comprendre
le fonctionnement des évitements.
1. [Link]
Situation
.....................
Conséquences
(relationnelles, ...) Ce que je ressens
..................... .....................
.....................
Il est très important de choisir une première exposition assez facile, faisable
chaque jour. Il faut que l’enfant soit en réussite pour ce premier exercice, la suite
en dépend. L’enfant peut être accompagné par l’un de ses parents si cela est
prévu avec le thérapeute et que l’exposition consiste tout de même à une situa-
tion stressante.
L’enfant notera l’intensité de son anxiété pour vérifier que celle-ci descend jour
après jour comme le veut le principe de l’habituation.
Programmes TCC enfants et ados
Une explication très claire est nécessaire pour les parents qui seront à la maison
pour rappeler les exercices à faire ou éventuellement être avec l’enfant dans
les expositions.
La défocalisation sera utile à expliquer aux parents qui pourront inciter l’enfant
à se concentrer sur des éléments de l’environnement pendant les expositions
s’ils sont présents.
Les prochains exercices à la maison seront toujours sur le même modèle : une
nouvelle exposition à répéter chaque jour. On progresse ainsi dans la liste des
situations problèmes. Si la défocalisation est une technique pertinente pour
le patient, il est utile de proposer aux patients de l’utiliser et la noter lors
122 de chaque exposition et cela chaque jour. Pour motiver l’enfant à avancer,
à s’exposer alors qu’il a peut-être très peur, et du fait du jeune âge des patients,
il est utile d’ajouter une technique de renforcement positif avec un contrat
de point. Ce contrat doit être précis et clair et doit consister en une aide pour
l’enfant et ses parents. Les récompenses sont décidées avec les parents, elles
seront réalisables, d’un prix modique et plus à caractère social et familial que
matériel. Il faut que les parents aient bien compris le principe du renforcement
positif (ne compter que les points positifs, on n’enlève pas de point, on ne fait
pas de commentaires sur les expositions qui ne marchent pas mais plutôt on
encourage à réessayer le lendemain pour tenter de gagner le point). Les contrats
sont présents à la fin du programme.
Programmes TCC enfants et ados
Tableau 7.3. Exemple de contrat
Contrats :
Contrat 1 : Si je . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . je gagne un point.
Récompenses :
5 points : . . . . . . . . . . . . . . . . . ...
10 points : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
15 points : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
relevé des points :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Dates : Points :
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
Dates : Points :
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
.................... ....................
7 SÉANCE 7 : POURSUITE DES EXPOSITIONS
Le thérapeute reprend toujours comment se sont passées les expositions
à domicile. Si une situation est trop anxiogène, il est possible de la diviser
en sous-étapes, par exemple s’exposer dans une pièce noire accompagné,
jusqu’à ce que cela soit facile, puis non accompagné dans un second temps.
L’idéal est que ce soit l’enfant lui-même qui choisisse les prochaines expositions
à faire, l’ordre peut être différent de celui prévu au début, s’il se sent capable.
C’est lui qui mène désormais la thérapie s’il a compris le principe et qu’il réussit
à passer les étapes. L’ensemble des concepts sont utilisés en fonction des situa-
tions et de ce qui est utile pour le patient (défocalisation, relaxation, contrat
de point). Les parents sont souvent vus en fin de séance avec l’enfant pour faire
un point sur ce qui se passe à la maison, sur l’anxiété présente chez leur enfant
dans différentes situations, sur l’accompagnement lors des expositions, sur la
modification des comportements parentaux de réassurance… Un point sur la
124
défocalisation est fait si le patient le travaille avec le thérapeute.
Le relevé des exercices est toujours expliqué, il peut être intéressant de noter
les pensées aidantes si l’enfant arrive à les repérer.
S’il reste des situations à travailler, on peut le faire sur le même modèle que pré-
cédemment ou on peut proposer au patient de tenter des expositions plus
rapides si l’intensité de l’anxiété est moins élevée maintenant et que cela ne
nécessite pas de multiples exercices.
126 Dragon Zen demande à l’enfant s’il se sent prêt et armé pour faire face à toutes
les situations de la vie quotidienne maintenant.
dera si l’enfant est capable de comprendre et d’utiliser cette technique. Elle sera
également expliquée aux parents qui pourront la proposer à la maison ou même
l’utiliser pour gérer leurs propres pensées s’ils sont anxieux.
Situation problématique :
Ligne de base
Situation T1 T2 T3 T4
Elle permet de faire le point sur les avancées, sur la présence de la peur dans la
vie quotidienne, sur les situations maîtrisées…
Quelles sont les situations qui se sont le plus améliorées pour toi ?
–.....................................................................
–.....................................................................
–.....................................................................
–.....................................................................
–.....................................................................
–.....................................................................
Il faut recevoir les parents également pour connaître leur point de vue.
.......................................................................
Des séances sont parfois encore nécessaires mais de façon espacée pour assurer
la généralisation des acquis et faire de la prévention de la rechute.
128
Un point est nécessaire avec les parents sur le déroulement de la vie quoti-
dienne, sur les angoisses qui restent éventuellement.
Programmes TCC enfants et ados
L
E SUIVI DES PATIENTS anxieux se poursuit ensuite de façon espacée,
et en fonction des besoins exprimés du patient et de sa famille. S’il reste
des situations à travailler, il peut être utile de refaire un projet thérapeu-
tique sur d’autres objectifs.
La prise en charge des troubles anxieux est d’autant plus efficace qu’elle peut se
129
mettre en place tôt dans l’apparition des troubles. L’âge jeune des patients per-
met que les apprentissages se fassent rapidement, les enfants et adolescents
ayant de grandes capacités d’apprentissage, de flexibilité cognitive
et de construction de multiples nouvelles connections neuronales.
Si nous guérissons ces patients très jeunes, peut-être allons-nous faire baisser
les chiffres des dépressions et troubles anxieux des adultes dans nos pays ?
Je vous souhaite de connaître avec ces manuels autant de joie et de fierté que j’ai
pu connaître avec mes petits patients anxieux qui une fois soulagés viennent
me remercier pour ce que je leur ai appris.
Cas cliniques
Chapitre 8 – Phobie spécifique 132
Chapitre 9 – Anxiété de séparation 150
Chapitre 10 – Anxiété généralisée 166
Chapitre 11 – Trouble panique 180
Chapitre 12 – Anxiété sociale 192
Chapitre 13 – Anxiété de séparation
et refus scolaire anxieux 214
Chapitre 8
Phobie
spécifique
1 Cas clinique 1 : phobie des chiens 134
2 Cas clinique 2 : phobie du sang 139
1 CAS CLINIQUE 1 : PHOBIE DES CHIENS
Fanny, 14 ans, a une peur panique des chiens.
Elle vit dans une famille unie, elle a un frère de 10 ans, ils s’entendent plutôt
bien. Ses parents ont une bonne situation professionnelle, ils travaillent tous
les deux dans la région. La maman est assez disponible pour s’occuper de ses
enfants. Les grands-parents vivent également dans la région. Fanny est au col-
lège, c’est une bonne élève, elle a des copines, fait de la danse et de la musique.
On note un tempérament anxieux chez le père qui dit ne pas avoir été trop gêné
dans sa vie par cela, mais est conscient qu’il peut être tendu et préoccupé par
son travail et que cela peut avoir des conséquences sur sa vie familiale. La
maman a souffert petite d’une phobie des araignées, elle pouvait crier et courir
quand elle en voyait. Elle n’a pas consulté à ce sujet, et s’est « guérie » toute
seule en découvrant dans des encyclopédies et lors de ses études que les arai-
134 gnées n’étaient que rarement dangereuses notamment dans notre région. Elle se
dit également de tempérament anxieux surtout au sujet de ses enfants, elle peut
être dans l’excès de protection quand ils sont malades ou eux-mêmes anxieux.
Le frère ne paraît pas anxieux selon les parents. Il n’a pas de soucis particuliers,
est un peu en difficulté pour se mettre au travail à la maison, mais les résultats
scolaires sont bons. L’entente entre les deux enfants est bonne.
Fanny a été gardée par une nounou jusqu’à son entrée en maternelle. Elle n’a
pas posé de problème pour se séparer de ses parents et aller chez la nounou avec
laquelle elle paraissait en confiance et sereine.
Elle consulte à sa demande pour une peur envahissante des chiens car cette
peur a des conséquences très invalidantes pour elle.
Cas cliniques
Fanny a tellement peur des chiens qu’elle tente d’éviter les endroits où la pré-
sence de ces animaux est possible. Elle vit dans un village où les chiens sont
nombreux mais la plupart du temps, ils sont dans les jardins clos. Il arrive
cependant que dans le centre du village et notamment près de l’arrêt de bus, il y
ait des chiens errants ou sans laisse.
Fanny prévoit son trajet à l’avance et s’assure qu’il n’y a pas de chien connu sur
ce parcours. Dans le cas où elle doit passer à des endroits où il y a des chiens
(notamment au centre du village), elle se fait accompagner par sa mère, son
frère ou une de ses copines. Si ce n’est pas possible, elle refuse de sortir.
Fanny situe le début de ses troubles à l’âge de 6 ans, âge où elle s’est fait mordre
la cuisse par le chien des voisins de ses parents, chien qu’elle connaissait
bien car elle jouait souvent avec lui avant. Ce jour-là, alors qu’elle venait lui
apporter à manger avec son père, elle ne se méfiait pas du tout, il s’est mis
à aboyer très fort, il s’est jeté sur elle et a mordu sa cuisse. Son père a dû interve-
nir avec un bâton pour le faire lâcher. Elle a crié puis pleuré. Elle s’est vue mou- 135
rir. Elle a eu par la suite des soins à l’hôpital. La blessure a bien évolué, elle a une
cicatrice assez discrète. Le chien a été euthanasié juste après.
Cette peur est ancienne, mais elle ne l’empêchait pas de sortir jusqu’à cette ren-
trée scolaire. Sa mère a eu un changement de poste dans son travail, et elle
devait partir plus tôt le matin. Cela obligea Fanny à partir de chez elle seule pour
aller chercher son bus scolaire. Dès la rentrée, elle a eu quelques peurs de ren-
contrer des chiens sur ce trajet, mais elle tentait de ne pas y penser. Une
semaine avant les vacances de la Toussaint, elle était particulièrement fatiguée
avec tous les contrôles qu’elle avait à préparer, elle a rencontré plusieurs chiens
qui lui ont couru après et ont beaucoup aboyé. La peur est ainsi arrivée de façon
intense.
Cela fait maintenant 3 mois que cette peur est présente et invalidante.
Lors de l’entretien, elle dit qu’elle commence à avoir peur dès le repas du soir,
quand elle sait qu’elle va devoir aller au centre du village chercher le bus le len-
8 Phobie spécifique
demain. Elle essaie de chercher une copine qui pourra l’attendre sur le trajet, elle
envoie des SMS. Si une copine peut être présente avec elle, elle a peur mais cela
ne lui paraît pas impossible. Ses copines sont au courant de son problème
de peur des chiens. Si elle ne trouve pas de copine, elle essaie de demander à sa
mère ou son père de l’amener au bus. Une fois, elle a menti et a affirmé qu’elle
n’avait cours pas cours le matin, pour ne pas y aller. Si aucune solution d’accom-
pagnement n’est possible, elle essaie de penser à autre chose, mais ressent
beaucoup de stress, elle court sur le trajet et a hâte de retrouver les autres ado-
lescents. Si elle croise un chien sur son parcours et qu’elle est seule, elle ressent
une grande panique, son cœur se met à battre très fort, elle suffoque. Elle accé-
lère le pas ou même se met à courir. Elle imagine tout de suite que le chien va se
jeter sur elle et la blesser gravement. Comme elle est seule, personne ne pourra
la secourir.
Elle est consciente que sa peur est exagérée, que tous les chiens ne sont pas
dangereux, mais sa peur arrive de façon incontrôlable. Elle souffre du stress qui
arrive dès le soir, perturbe son sommeil et commence à jouer sur son humeur.
Elle se sent très souvent stressée et préoccupée.
Ses parents on fait le diagnostic de « phobie des chiens », mais ils ne savent pas
comment gérer la situation. Ils ont peur que cette phobie l’empêche d’aller au
collège et qu’un absentéisme se mette en place.
136
Fanny n’en peut plus de tout cela, et aimerait retrouver sa joie de vivre et sa
liberté d’action.
Séance 1 : psychoéducation
Fanny souffre d’une phobie spécifique. Elle est motivée pour s’en sortir et verba-
lise bien, il s’agit donc d’une bonne indication de TCC.
Elle est prête pour faire cette thérapie de courte durée et de venir en entre-
tien toutes les semaines. Ses parents l’accompagneront.
Elle remplit l’échelle ECAP qui ne sera pas très significative comme souvent dans
le cas des phobies spécifiques isolées.
Cas cliniques
Nous lui demandons pour la séance suivante une auto-observation où elle
pourra noter toutes les situations où elle a eu peur et le niveau de peur de 0 à 10
selon ce schéma :
Elle précise que son anxiété est importante la veille des jours où elle sait que
137
personne ne pourra l’accompagner sur le trajet pour aller au bus scolaire.
Vendredi et mardi matin, elle a été accompagnée par sa mère et par une copine
sur le trajet pour aller au bus. Les autres jours, elle n’a pas trouvé de solution,
8 Phobie spécifique
elle a eu très peur et a couru jusqu’à l’arrêt de bus. Sa peur diminue beaucoup
quand elle trouve une copine à l’arrêt de bus.
Anticipation :
Dès le repas du soir, a peur pour le trajet du lendemain matin.
Essaie de trouver quelqu’un pour l’accompagner une copine par SMS ou demande à ses parents.
Situation :
Doit partir seule pour prendre son bus scolaire.
Elle voit un chien.
Émotions :
Très grande peur, panique, cœur qui bat, suffoque.
138
Comportements : Cognitions :
Si accompagnée, elle s ’éloigne à plus de 5 m. « Il va me sauter dessus. »
Serre le bras de son accompagnateur. « C’est horrible, je ne veux plus vivre cela. »
Si seule, accélère le pas, court ou évite de sortir. « Le chien va se jeter sur moi et me blesser. »
Entourage :
Mère, Frère et copines acceptent parfois de l’accompagner.
Diachronie
• Données structurales
– Génétiques/histoire familiale : père anxieux, mère présente une pho-
bie des araignées, anxieuse pour ses enfants,
– Personnalité/tempérament : motivée pour se soigner.
• Facteurs de maintien : tous les évitements, évite de sortir, se fait accompa-
gner, son entourage accepte souvent, anticipe la situation et essaie
Cas cliniques
de l’éviter.
• Facteurs déclenchants : morsure par le chien des voisins à l’âge de 6 ans,
en garde une cicatrice.
• Facteurs précipitants : à la rentrée scolaire, sa mère ne peut plus l’accompa-
gner tous les matins au bus scolaire, une semaine avant les vacances sco-
laires de la Toussaint, elle est fatiguée, elle rencontre plusieurs chiens sur
le trajet.
• Autres problèmes : aucun.
• Maladies physiques : aucune.
• Traitements précédents : aucun.
Elle demande à voir quelqu’un qui pourrait l’aider car elle a très peur de voir
du sang et a des sensations de malaises dans les situations à risque.
139
Elle consulte car elle ne peut plus se rendre à son cours de SVT (science et vie
de la terre). Elle décide de consulter depuis qu’elle a feuilleté le livre de SVT au
tout début de l’année scolaire et qu’elle s’est aperçue qu’il y avait des dissections
de grenouilles au programme. Elle a alors été prise de panique et s’est dit qu’elle
ne pourrait jamais le supporter, qu’elle ferait une crise d’angoisse et un malaise
en pleine classe.
Cette peur est récente, date des vacances de l’été où elle a vu à la télévision un
reportage sur les accidents graves de la route. Il y avait « des carcasses de voi-
tures et du sang par terre ».
Depuis elle n’ouvre plus son livre de SVT et n’arrive pas à rentrer dans la classe.
Elle a peur de voir dès son entrée une grenouille disséquée ou du sang.
La veille des cours de SVT, elle commence à avoir peur, dort très mal et imagine
le pire.
Quand elle est devant la classe, elle a peur, elle ressent une sensation de ver-
8 Phobie spécifique
tiges, de malaise, de difficultés à respirer. Ses copines lui disent qu’elle devient
toute pâle.
Auparavant, elle savait qu’elle avait cette phobie, mais elle avait très peu
de situations où elle ressentait tout cela : les rares fois où elle a dû se rendre
à l’hôpital, plutôt pour visiter des personnes que pour elle ; elle a toujours évité
les prises de sang, mais n’a pas eu besoin ; refuse d’aller visiter des amies de ses
parents qui ont eu un bébé à la maternité ; essaie de ne pas aller voir le médecin
traitant…
Depuis ces malaises, elle refuse d’aller dans des endroits où elle pourrait voir
du sang (hôpital, cabinet médical…). Elle filtre les programmes de la télévision
ou sur internet pour ne pas tomber sur du sang, ce qui lui demande beaucoup
de temps, les émissions médicales et policières étant très nombreuses sur
les chaînes de la télévision. Parfois, elle demande à sa sœur de regarder l’épi-
sode de la série avant elle, pour qu’elle lui dise s’il est possible qu’elle le regarde.
Dans ses antécédents, on note une appendicectomie à l’âge de 9 ans sans com-
plication.
Ses parents vont bien, sa mère a la phobie des pigeons, elle n’aime pas aller
en ville à cause de cela. Elle est infirmière à l’hôpital.
Sa mère a vite compris qu’il s’agissait d’une phobie du sang et comme elle avait
pu l’apprendre pendant ses études et son métier, a proposé qu’elle respire dans
un sac plastique avant d’aller en cours de SVT, mais cela a aggravé les choses.
Son père ne comprend pas du tout ce qui se passe et s’énerve. Il n’accepte pas
qu’une peur puisse prendre une place aussi importante et mettre en jeu la scola-
rité. Il ne veut pas demander au lycée de la dispenser de cours de SVT.
Son frère, plus jeune, se moque d’elle et la menace de lui mettre un crapaud
mort dans son lit, cela le fait beaucoup rire rien qu’à l’idée d’entendre sa sœur
hurler de peur.
Léa n’a jamais consulté auparavant. Elle est très motivée pour guérir de cette
peur, d’autant qu’elle a vu sur internet que cela était possible en quelques
Cas cliniques
séances.
Mais il lui a fallu quelques semaines de réflexion quand elle a appris que la
consultation allait avoir lieu dans le service d’un hôpital. Elle a dû poser beau-
coup de questions à sa mère :
• Où se situe le service de pédopsychiatrie par rapport aux urgences (lieu
où elle imagine qu’il y a du sang partout) ?
• Est-ce que les médecins et autres personnels porteront des blouses ?
• Peut-on croiser des patients avec du sang dans ce service ?
Sa mère l’a rassurée en venant voir les lieux de la consultation avant, elle a ainsi
pu décrire le lieu avant que Léa accepte de venir.
Léa est très motivée pour traiter son trouble : elle est très gênée, il existe un
risque non négligeable de répercussions sur sa scolarité puisqu’elle se pose la
question de ne plus se rendre en cours de SVT. L’indication de TCC est donc évi-
dente.
Nous construisons l’analyse fonctionnelle sur une situation ciblée, celle d’aller
en cours de SVT. Nous savons qu’il y a d’autres situations problèmes : regarder
les TV, aller dans des hôpitaux ou cabinets médicaux… Nous les travaillerons
avec la liste des situations problèmes puisque le fonctionnement pathologique
est le même.
8 Phobie spécifique
Figure 8.2. Synchronie
Anticipation :
La veille commence a avoir peur, dort mal, imagine le pire.
Situation :
Aller en cours de SVT.
Émotions :
Peur, panique, vertiges, sensations de malaise,
difficultés à respirer, pâleur.
142
Comportements : Cognitions :
Évitements. « Je ne pourrais pas supporter les dissections. »
Essaie de ne pas aller en cours de SVT. « J’ai peur de faire une crise d’angoisse et faire un malaise. »
N’ouvre pas le livre de SVT. « J’ai peur de voir dès mon entrée en cours
des grenouilles disséquées et du sang. »
Entourage :
Mère donne des conseils (sac plastique).
Père s’énerve, ne comprend pas.
Frère se moque, menace de mettre un crapaud dans son lit.
Diachronie
• Données structurales
– Génétiques/histoire familiale : mère a également une phobie spéci-
fique avec des évitements (pigeons),
– Personnalité/tempérament : motivée pour se soigner, très entourée,
sociable.
• Facteurs de maintien : tous les évitements (ouvrir le livre de SVT, filtrer
les programmes TV…) ; moqueries de son frère, incompréhension de son
Cas cliniques
Elle remplira les échelles standardisées ECAP et STAIC, les résultats seront peu
significatifs du fait que la peur ne se situe que sur des situations bien précises. Il
n’y a pas d’autres sources de stress ni de peur.
Nous utiliserons le programme ZAP pour adolescent en précisant qu’il existe des
particularités dans cette phobie spécifique du sang.
Une explication sur la psychoéducation sera également nécessaire avec la mère. 143
Lors de cette séance, Léa participera très bien et sera très pertinente. Elle pourra
faire le lien entre l’explication du trouble anxieux et les sensations corporelles
ressenties lors de cette peur du sang.
P : « Je n’ai pas osé demander, j’ai tellement peur qu’il me réponde qu’il compte
le faire prochainement… Je pense que cela devrait durer 5 ou 6 cours de suite. »
T : « Si tu pouvais savoir quand auront lieu ces cours et combien de temps ils
vont durer, est ce que cela t’aiderait ? »
P : « Oui, s’ils ont lieu bientôt, je serai stressée. Mais s’ils ont lieu dans quelque
144
temps, je saurai peut-être gérer d’ici là. Et si les cours ne durent qu’une ou deux
séances, cela sera moins difficile pour moi. »
avant toi les images des dissections et je te dirai si j’ai raison… Qu’en dis-tu ? »
P : « En fait, si je sais que les dissections auront lieu plus tard et qu’il n’y a pas
de sang dans les grenouilles, cela change tout pour moi. J’ai quand même la
phobie du sang, mais plus la peur d’aller en SVT. »
Léa demandera très rapidement après la consultation à sa copine de se rensei-
gner. Les dissections auront lieu à la fin de l’année scolaire et sur des grenouilles
qui ne contiennent pas de sang. Léa sera alors complètement soulagée au
sujet du cours de SVT.
Nous continuons la thérapie sur les autres situations avec plus de légèreté,
les parents étant également rassurés sur le risque qu’elle n’aille pas en cours au
lycée.
Note de 0
à 10
Situation 1 : ouvrir le livre de SVT. 4
Situation 2 : regarder la TV quand je sais qu’il n’y a pas de programme à risque. 5
Situation 3 : regarder un programme à risque. 7
Situation 4 : aller dans un hôpital. 7
Situation 5 : être près du service des urgences. 9
Situation 6 : aller en cours de SVT (tant que je n’ai pas l’information 9
sur les dissections).
Situation 7 : être devant la classe de SVT. 10
8 Phobie spécifique
Il ne faut pas que Léa s’entraîne à la relaxation classique pour gérer ses crises, si
elle fait cela, elle va baisser son rythme respiratoire et cardiaque et donc accélé-
rer le malaise vagal. Il faut qu’au contraire, elle contracte tous les muscles
de son corps, elle serre ses bras contre son corps, contracte les muscles de ses
jambes et éventuellement elle met les jambes en hauteur si la situation le per-
met, tout cela pour augmenter la pression artérielle et améliorer l’oxygénation
146
cérébrale. Elle doit sentir la chaleur regagner son visage.
Elle doit également s’entraîner à cet exercice d’abord en dehors des situations
à risque.
Nous lui expliquons qu’avec ces techniques, elle peut éviter un malaise vagal,
elle pourra faire ces techniques dès qu’elle sentira venir le malaise.
Séance 4 : expositions
Cas cliniques
Léa est ravie, elle a très bien réussi à faire les exercices de respiration et contrac-
tions musculaires. Elle les a testés avec l’ouverture du livre de SVT, tout s’est
bien passé. Elle avait une anxiété anticipatoire à 4, puis elle a vérifié qu’il n’y
avait pas de sang, puis a fait les techniques pour vérifier que le malaise n’arrivait
pas. Le jour suivant, elle n’avait plus de peur de faire cet exercice.
Nous n’avons pas utilisé la technique de défocalisation, ni la thérapie sur
les pensées. Nous avons fait le choix de n’utiliser que les expositions aux situa-
tions anxiogènes.
Elle notera le niveau d’anxiété et l’efficacité des techniques sur les sensations
de malaise pour la prochaine fois.
Nous prévoyons également de faire une « balade » dans le couloir des urgences
ensemble lors de la prochaine consultation.
147
Séance 5 : poursuite des expositions
Léa a réussi l’exercice.
Note de l’anxiété
Dates Sensations de malaise Combien de temps
de 0 à 10
1 7 Oui, quand elle voit du sang Quelques secondes, le temps
de faire les techniques
2 6 Oui, idem Idem
3 7 Oui, je suis fatiguée ce jour-là Idem
4 4 Très peu Une seconde
5 3 Très peu Une seconde
6 0 Non
7 0 Non
8 Phobie spécifique
Nous ferons la « balade » dans les couloirs des urgences, sans difficultés, nous ne
croiserons personne comme elle avait pu l’imaginer avant d’y aller.
Nous prévoyons que pour la prochaine fois, elle regarde un épisode plus sanglant.
Séance 6 : généralisation des expositions
Léa a très bien réussi l’exercice, l’anxiété n’est pas montée au-dessus de 3, elle
n’a pas ressenti de sensation de malaise.
Elle n’a plus du tout peur pour le cours de SVT, elle ouvre son livre normalement,
elle ne filtre plus les programmes TV.
Nous expliquons que nous arrivons à la fin de la thérapie et qu’il est nécessaire
de s’entraîner régulièrement aux techniques de respiration et contraction car la
phobie du sang ne disparaît jamais complètement. Il est possible qu’elle ait
besoin de se rappeler ces techniques un jour où les circonstances
le nécessiteront.
semaine suivante afin que l’on reconstruise la ligne de base, nous donnerons
aussi les mêmes échelles que celles passées au début.
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
149
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8 Phobie spécifique
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Chapitre 9
Anxiété
de séparation
1 Séance 1 : psychoéducation 154
2 Séance 2 : auto-observation 155
3 Séance 3 : analyse fonctionnelle 156
4 Séance 4 : respiration et relaxation 158
5 Séance 5 : explication de la TCC 158
6 Séance 6 : début des expositions 160
7 Séance 7 : poursuite des expositions 161
8 Séance 8 : expositions associées à la restructuration
cognitive 162
9 Séance 9 : contrat de points 163
10 Séances 10, 11, 12 : généralisation des expositions 164
M
ARIE, 10 ANS, arrive à la consultation accompagnée de ses parents.
Elle est la seconde d’une fratrie de 3, sa sœur aînée a 2 ans de plus
qu’elle ; le dernier enfant a 2 ans. Sa mère est assistante familiale
à domicile, son père est maçon.
La mère se décrit comme anxieuse, elle est inquiète pour beaucoup de choses
de la vie quotidienne : comment payer les factures en fin de mois, comment
aider au mieux ses enfants dans les apprentissages… le sujet principal d’inquié-
tude est la santé de ses enfants et leur épanouissement. Le père se décrit comme
peu inquiet, il ne comprend pas toujours sa femme qui se fait du souci pour tout.
Marie n’a pas été gardée, puisque sa mère était elle-même nounou. Il n’y a pas
eu de jalousie avec les autres enfants gardés ; par contre, elle a toujours été
jalouse de sa sœur aînée, reprochant à ses parents de lui accorder trop d’atten-
tion et de temps.
dans la même maison, d’aller dormir chez les grands-parents sans ses parents…
Finalement, seule l’école était possible sans ses parents, même si la séparation
du matin était anxiogène et source de pleurs.
Les apprentissages se font lentement du fait d’une dyslexie qui sera prise
en charge par une orthophoniste.
La séparation du matin se passe mieux à la fin du CP. Puis Marie prend confiance
en elle, elle accepte petit à petit d’aller jouer chez des copines, d’être gardée par
les grands-parents, de faire une activité extrascolaire mais sa mère l’y accom-
pagne souvent car elle est impliquée dans l’association sportive. Elle va assez
volontiers à l’école, elle y a toujours beaucoup de copines. Les années suivantes
se passent de mieux en mieux, jusqu’à l’été avant le CM2.
À cette période, un secret de famille est révélé : la sœur aînée apprend que son
père biologique n’est pas celui qu’elle pensait. Elle est issue d’une relation entre
sa mère et un homme qui est parti pendant la grossesse. Le père de Marie a ren-
contré la maman quand elle était enceinte, il a ensuite reconnu l’enfant. Cette
révélation a eu lieu par hasard, lors de photos retrouvées par les enfants dans
l’album de la grand-mère. La sœur aînée a été bouleversée par cette nouvelle, la
mère a été très inquiète de sa réaction. Marie n’a pas montré d’émotion particu-
lière sur le moment. Quelques semaines après, lors de la rentrée en CM2, elle
ressent à nouveau de grandes angoisses à l’idée d’aller à l’école, de rester toute 153
la journée loin de sa mère. Elle a mal au ventre la veille de la rentrée, elle pleure
et dit qu’elle ne va peut-être pas arriver à aller à l’école. Elle pense que sa mère
sera triste et inquiète toute la journée et aimerait rester près d’elle pour la
consoler. Elle est également jalouse des petits qu’elle garde. Elle arrive finale-
ment à aller à l’école, aidée par les copines qui l’attendent devant le portail, mais
les journées lui paraissent longues, elle a mal au ventre en pensant à sa mère,
elle est tendue, elle stresse pour tout, elle imagine sa mère à la maison en train
de s’occuper des petits tout en étant triste, elle imagine qu’il pourrait lui arriver
quelque chose de grave, un accident par exemple. Elle dort mal, et demande sou-
vent à sa mère de venir se coucher avec elle pour s’endormir. Elle fait des cau-
chemars où sa mère meurt devant elle. Elle refuse toute sortie en dehors
de l’école sans la présence de sa mère. Elle accepte rarement de rester avec son
père à la maison. Elle ne peut plus aller chez des copines la journée comme la
nuit, elle ne va à son activité sportive que si sa mère est présente.
9 Anxiété de séparation
La mère est angoissée et épuisée, Marie lui demande beaucoup trop de présence,
elle ne peut pas travailler comme elle le voudrait, elle dort mal. Elle s’inquiète
que ces angoisses durent. Elle est également inquiète pour sa fille aînée et est
très culpabilisée que le secret si bien gardé ait été dévoilé de cette façon. Elle
en veut à Marie et pense qu’elle est de nouveau jalouse de sa sœur aînée qui
monopolise l’attention des adultes ces derniers temps.
Marie est consciente que ses peurs d’être loin de sa mère sont exagérées
et même ridicules pour son âge. Mais elle dit qu’elle ne peut pas les maîtriser,
qu’elles sont plus fortes qu’elle. Elle aimerait aller mieux. Elle se pose des ques-
tions sur son avenir proche puisqu’elle aimerait être moins angoissée avant
de rentrer au collège, sinon elle s’imagine être source de moquerie si elle
n’arrive pas à se séparer de sa mère devant le collège et devant les autres adoles-
cents.
Le diagnostic DSM-5 retenu est une anxiété de séparation. Nous lui faisons pas-
ser l’échelle d’évaluation ECAP, le score obtenu est de 125.
1 SÉANCE 1 : PSYCHOÉDUCATION
Nous expliquons à Marie et sa mère qui l’accompagne à chaque séance ce qu’est
l’anxiété de séparation. L’objectif est qu’elles comprennent le cercle vicieux qui
154 s’est installé entre elles, avec des évitements des situations. Marie pourrait être
sans sa mère, la peur d’être loin d’elle s’est aggravée, Marie n’a pas pu expéri-
menter qu’elle était capable de faire face. Nous prenons le manuel Dragon
Zen pour commencer la thérapie de façon ludique avec la jeune, nous commen-
çons par travailler sur les différentes émotions. Nous l’interrogeons sur ce
qu’elle ressent dans son corps et ses pensées lors de fortes émotions.
Nous devons travailler avec la maman pour qu’elle comprenne bien le principe
de la TCC, qu’elle arrive petit à petit à rassurer sa fille et qu’elle l’encourage à se
séparer d’elle. Si Marie sent sa mère confiante et déterminée, ce sera plus facile
de s’exposer. Nous devrons également l’écouter et la guider dans la gestion de sa
culpabilité vis-à-vis de sa fille aînée. Nous demandons à rencontrer le père dans
les séances qui viennent afin de lui expliquer que Marie souffre d’une anxiété
de séparation, que ce ne sont pas des caprices. Il faudra qu’il participe aux exer-
cices de séparation entre sa fille et sa mère, en rassurant les deux.
Marie paraît assez motivée pour faire les exercices mais elle dit être inquiète des
exercices de séparation qui vont venir par la suite. Nous la rassurons en préci-
sant que nous irons très progressivement. Nous demandons à la mère de ne pas
initier de changement pour le moment, nous ferons des séparations sous forme
d’exercice de façon progressive. Elle paraît partiellement rassurée.
2 SÉANCE 2 : AUTO-OBSERVATION
Marie revient en consultation accompagnée de sa mère. Elle a rempli le tableau
avec elle chaque soir.
Nous la félicitons d’avoir très bien rempli le tableau, elle a réussi à dire chaque
soir à sa mère les situations qui lui ont fait peur. 9 Anxiété de séparation
La mère nous précise qu’elle a bien réfléchi à la situation et qu’elle est plus
sereine avec sa fille aînée. Elle a pu discuter avec son mari, il semble avoir mieux
compris ce dont souffre sa fille et est prêt à venir en consultation pour qu’on
puisse en discuter.
« Maman est loin de moi, elle doit être inquiète et triste » ; « j’aimerais être près
d’elle pour la consoler » ; « je l’imagine en train de s’occuper des petits qu’elle
garde » ; « il pourrait lui arriver quelque chose de grave ».
Marie arrive très bien à repérer ses pensées malgré son âge. Nous l’encourageons
et la félicitons. Nous pouvons maintenant construire l’analyse fonctionnelle.
Cas cliniques
Anticipation :
La veille mal au ventre, pleure.
Demande à ses copines de l’attendre devant le portail.
Situation :
Aller à l’école.
Émotions :
Angoisses, stress, tendue, mal au ventre, cauchemars.
Comportements : Cognitions :
Dort mal. « Je vais rester loin de ma mère toute la journée. »
Demande à sa mère de rester avec elle pour s’endormir. « Ma mère va être triste et inquiète. »
Va à l’école avec beaucoup de difficultés. « J’aimerais rester la consoler. »
Refuse toutes sorties sans la présence de sa mère. « Je pense à ma mère qui est à la maison avec les petits. »
« Il pourrait lui arriver quelque chose de grave. »
Entourage : 157
Mère angoissée, épuisée, reste avec elle pour s’endormir.
Père agacé, menace de punition, crie.
Figure 9.1. Synchronie
Diachronie :
• Données structurales
– Génétiques/histoire familiale : mère anxieuse, probable TAG,
s’inquiète beaucoup pour ses enfants.
– Personnalité/tempérament : anxiété de séparation ancienne, jalouse
de sa sœur, très proche de sa mère, dyslexie.
• Facteurs de maintien : évitement des sorties en dehors de la présence de sa
mère, anxiété et culpabilité de la mère.
• Facteurs déclenchants : découverte du secret de famille à propos de la sœur
aînée, attention portée sur la sœur.
9 Anxiété de séparation
Nous proposons à Marie de lister toutes les situations qui lui font peur selon une
hiérarchie. Elle a besoin d’aide pour imaginer des situations où elle a des peurs
peu intenses.
Avant l’exposition
But de l’exposition :
Sur une échelle de 0 à 100, quelle serait la probabilité que cela se produise ? Ou pour des
enfants plus jeunes : à combien penses-tu que cela va se produire de 0 à 10 ?
Après l’exposition
Est-ce que ce que tu craignais de pire s’est produit ? oui ou non ?
Qu’as-tu appris ?
Marie a compris le principe des exercices, elle pensait que ce serait beaucoup
plus difficile d’y arriver et surtout elle ne pensait pas qu’elle serait à 0 au bout
de quelques jours. Elle ne peut pas décrire comment elle a fait pendant les expo-
sitions, au départ, elle s’est appuyée sur la présence de son père, puis elle a pris
confiance en elle, et a géré.
Rester avec son père à la maison pendant que sa mère va faire une petite course.
Il est convenu que la mère ne doit pas s’absenter plus de 30 minutes, elle com-
Cas cliniques
Marie pense que c’est possible, elle arrive maintenant à se raisonner et elle
s’appuie beaucoup sur la présence de son papa qui est beaucoup plus rassurant
avec elle qu’auparavant.
7 SÉANCE 7 : POURSUITE DES EXPOSITIONS
Marie revient avec les résultats des exercices de la semaine.
Elle est contente des résultats mais il n’a pas été encore possible que sa mère
parte plus de 15 minutes, elle a eu trop peur.
Marie remarque que cet exercice est plus difficile que les autres, elle était assez 161
angoissée et ne pouvait s’empêcher de penser à ce qui pourrait arriver à sa mère.
P : « Elle pourrait se perdre dans les rues et ne plus retrouver le chemin de mai-
son… »
bien cela ? »
P : « Parce que maman connaît bien le village, elle ne peut pas se perdre, en plus
elle a un GPS sur son téléphone, au pire, elle peut retrouver la maison. »
T : « Bon, si je comprends bien, ce qui te faisait peur, n’est pas du tout possible,
maintenant que tu y as réfléchi. C’est bien ça ? »
T : « Très bien, donc la prochaine fois que cette pensée viendra dans ta tête,
qu’est-ce que tu feras ? »
P : « Je me dirais que c’est une pensée débile, ce sont mes peurs qui font venir
ces pensées-là, tu me l’as déjà expliqué. »
T : « Est-ce que tu penses que tu arriveras à te dire cela toute seule la semaine
prochaine ? Et faire baisser ta peur ? »
162
P : « Oui, je suis d’accord pour essayer ».
J7 0
Marie n’a pas eu une seule fois la pensée que sa mère allait se perdre, elle a fait
la respiration abdominale et savait que de toute façon elle allait rentrer dans peu
de temps. Elle prend aussi confiance dans le phénomène d’habituation, elle sait
que le niveau de peur va baisser progressivement.
Nous préparons donc l’exercice suivant, tout en poursuivant le fait que la
maman doit très souvent partir et laisser Marie avec son père à la maison pour
aller faire une course.
Le nouvel exercice est de rester à la danse et que sa mère ne reste pas tout
le long de la séance. Marie est inquiète car il n’y aura pas son père pour la rassu-
rer, il y a le professeur de danse et les copines, mais nous précisons qu’il faudrait
qu’elle arrive seule à gérer son stress. Nous sommes arrivées à une étape où
Marie doit apprendre à se faire confiance et à ne plus dépendre de l’intervention
d’un autre adulte. Marie comprend le principe.
Contrat :
Si j’arrive à rester à mon cours de danse sans pleurer alors que maman s’est
absentée quelques minutes je gagne un point. 163
Par ailleurs, elle ne manifeste plus de peur quand sa mère part faire une course.
Elle dit qu’elle doit gérer sa peur mais elle le fait toute seule dans sa tête en se
rassurant.
Marie a toujours peur avant de partir à l’école le matin, mais elle est moins
intense, à 6/10 selon son estimation. Elle a beaucoup moins peur le soir avant
de dormir et ne réclame pas beaucoup sa mère.
Dates J1 J2
Points 1 1
Nous faisons le point sur la liste des situations problèmes que nous avions
construite au début de la thérapie et nous comparons avec les notes de peur
actuelles.
Note
de 0 à 10
Situation 1 : je reste à la maison et maman est dans le jardin 0
Situation 2 : j’ai du mal à m’endormir 3
Situation 3 : maman va faire les courses, je reste avec papa 0
Situation 4 : maman s’en va quelques minutes pendant le cours de danse 0
Situation 5 : partir à l’école le matin 3
Situation 6 : rester dormir chez mes grands-parents 4
Il existe encore des peurs mais elles sont beaucoup moins intenses. Elle aimerait
poursuivre les séances pour arriver à mieux gérer son anxiété notamment
Cas cliniques
autour de l’école. Nous acceptons de poursuivre mais nous espaçons les séances
toutes les 2 ou 3 semaines. Nous n’avons plus besoin des points, Marie arrive
à gérer ses peurs, ses pensées. Il lui reste à améliorer la confiance en elle dans
le fait de pouvoir y arriver.
Notes
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165
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9 Anxiété de séparation
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Chapitre 10
Anxiété
généralisée
1 Anamnèse 168
2 Diagnostics retenus (critères DSM-IV-TR) 170
3 Conceptualisation du cas 170
4 Protocole thérapeutique proposé 173
5 Séances 1-5 : lignes de base 174
6 Séances 6 et 7 : éducation sur les inquiétudes et l’anxiété 175
7 Séances 8-10 : contrôle respiratoire et relaxation 175
8 Séances 11-16 : résolution de problèmes 175
9 Séances 17-21 : exposition 176
10 Séances 22-25 : restructuration cognitive 177
11 Séances 26 et 27 : phase de suivi 178
1 ANAMNÈSE
Léa, 13 ans est scolarisée en quatrième et vit avec ses parents et son frère âgé
de 6 ans.
En reprenant son anamnèse les parents décrivent que Léa était un bébé très
désiré et qu’ils ont eu recours à plusieurs FIV pour l’avoir. La mère décrit sa gros-
sesse comme remplie de joie, elle dit avoir été assez malade et a été arrêtée tôt
de ce fait et du fait de la distance pour se rendre à son travail. La naissance s’est
bien déroulée et Léa est décrite comme un bébé calme qui fait rapidement ses
nuits. Les premières acquisitions se font dans la norme (marche à 13 mois)
et Léa parle assez rapidement et de façon construite. Avant d’entrer à l’école elle
va à la crèche, les séparations semblent difficiles les premiers temps mais rapi-
dement les choses rentrent dans l’ordre. L’entrée en primaire se fait sans diffi-
culté et Léa apprend rapidement à lire. L’année de CE1 est marquée par la
168 naissance de son frère, prématuré, dont l’état était inquiétant pendant de long
mois. Également, des complications à l’accouchement ont fait que la mère est
restée hospitalisée plusieurs jours et cette dernière fera une dépression du post-
partum. À cette même période, Léa a été malade de longs mois, ses parents
disent qu’ils avaient l’impression qu’elle était très affaiblie et se sentait mal
mais avec le recul, ils ont plutôt l’impression d’une anxiété due au contexte qui
aurait fait que l’enfant somatisait beaucoup. La suite de sa scolarité en primaire
est marquée par des préoccupations comme la mort, la maladie, les accidents
et son avenir. Les parents la décrivent comme angoissée et réservée mais cela ne
l’empêche pas d’avoir des copines. L’enseignante de CM1 avait également convo-
qué les parents pour leur faire part de ses inquiétudes car elle trouvait que Léa
se mettait beaucoup de pression lors des contrôles et était préoccupée par ses
résultats. Aussi, elle se demandait si ce n’était pas les parents qui avaient trop
d’exigences et la faisaient trop travailler. Lors de l’entrée en sixième, les résultats
de Léa sont légèrement moins bons mais restent toujours supérieurs à la
moyenne. La 5e se déroule dans les mêmes conditions. Actuellement, Léa est
en 4e en classe internationale et a des résultats toujours très corrects.
Cas cliniques
Histoire du trouble
Depuis l’école primaire, Léa est décrite par ses parents comme angoissée
et réservée. Elle est préoccupée par l’avenir, la mort, la maladie, les accidents
et l’école. Également, les parents disent qu’elle ne supporte pas l’incerti-
tude et que le moindre changement dans le quotidien pose problème.
Les parents essaient de la rassurer comme ils peuvent mais disent qu’ils n’ont
pas toujours su faire et qu’ils doivent avoir mal fait puisqu’elle est de plus
en plus inquiète. L’entrée au collège est également marquée de cette anxiété
et d’un évènement : le suicide d’un camarade de classe. Actuellement, elle est
en classe de 4e, année marquée par le départ de sa meilleure amie qui a démé-
nagé.
Un soir en faisant ses devoirs, Léa s’est sentie angoissée après avoir vu tout noir
avec des étoiles pendant quelques secondes. Elle s’est mise à pleurer, est rapide-
ment allée voir sa mère pour être rassurée sur le fait qu’elle n’allait pas mourir,
qu’elle avait besoin de sa mère et que rien de dangereux n’allait lui arriver.
Lors de la première consultation, elle paraît assez timide, s’exprime assez peu.
Les parents relatent leurs inquiétudes par rapport à leur fille, notamment sa
mère qui est assez préoccupée car elle trouve sa fille de plus en plus inquiète par
rapport à des thèmes qui sont « inappropriés pour son âge ». Lors de la 3e
consultation, l’adolescente semble plus à l’aise et peut spontanément parler
de ce qui l’inquiète en ce moment, en précisant que ses préoccupations peuvent
changer. Actuellement, elle est préoccupée par : ses chances d’aller à l’université
à cause de ses notes, la mort, le fait qu’il arrive quelque chose à sa famille ou
à elle et le jugement des autres à son égard. Elle dira aussi avoir de plus en plus
de mal à se concentrer et aussi à s’endormir le soir.
Demande
10 Anxiété généralisée
La demande est initialement faite par la mère de Léa qui se rend compte que
les angoisses de sa fille sont trop envahissantes et importantes. Initialement,
Léa ne semble pas avoir de réelle demande mais lors de la 3e consultation elle
pourra formuler qu’elle se sent différente des autres et toujours préoccupée.
Ainsi, le suivi pourra se mettre en place avec une alliance de qualité.
D’autre part, l’objet de l’anxiété n’étant pas limité aux manifestations d’un autre
trouble de l’axe I, nous pouvons exclure le Trouble Anxiété de Séparation car Léa
est inquiète de ce qui pourrait arriver à ses parents, pour autant elle peut se
170 séparer d’eux. Également, le diagnostic de phobie sociale n’est pas retenu car
l’adolescente se pose des questions par rapport au jugement des autres mais
pour autant n’a pas peur ou n’évite pas les contacts sociaux, en dépit
du manque manifeste de confiance en elle.
Diagnostic
Trouble d’anxiété généralisé.
3 CONCEPTUALISATION DU CAS
Des antécédents dans son développement ont pu prédisposer Léa à s’inquiéter
ou renforcer sa tendance à l’inquiétude. La mère a été hospitalisée suite à la
Cas cliniques
naissance de son frère et a été malade pendant de longs mois (dépression post-
partum). L’état du petit frère a lui aussi été préoccupant, Léa posait beaucoup
de questions sur son état de santé et paraissait très inquiète avec des éléments
de somatisation. Il semblerait donc que les renforcements reçus pour son « rôle »
auprès de sa mère et de son frère, l’éloignement de la mère et les comporte-
ments anxieux de son père puissent l’avoir conditionnée à toujours se soucier
des dangers, à contrôler le monde qui l’entoure pour prévenir des risques
et à développer la croyance selon laquelle s’inquiéter représente une caractéris-
tique positive (elle se dit plus responsable que les autres). De ce fait, il semblerait
que son intolérance à l’incertitude et son attitude négative face au problème
aient pu venir renforcer les choses.
Analyse fonctionnelle
Diachronie
Situation :
Un devoir approche.
Un membre de la famille est en retard et n’a pas prévenu.
Invitation à une fête par un garçon de la classe.
Aller à la cantine en passant devant ceux qui la trouvent « bizarre ».
Penser au programme de la journée…
Émotions :
Colère, irritabilité, peur
Palpitations du cœur, maux de ventre et de tête, tension.
Autres problèmes :
– Aucun.
Traitements antérieurs :
– Consultation avec une psychologue scolaire.
Maladie physique :
– Aucune.
Échelles et questionnaires
En début, et fin de thérapie puis en phase de suivi, une échelle d’évaluation des
inquiétudes a été utilisée :
• Le Questionnaire sur les inquiétudes de Penn State de Chorpita et al., 1997
(Traduction et adaptation française de Gosselin) pour les enfants et ado-
lescents.
– Score à 52.
• L’échelle d’anxiété état-trait pour enfant de Spielberger et al., 1973 (tra-
duction française Turgeon et Chartrand, 2003) pour les enfants et adoles- 173
cents jusqu’à 13 ans. Elle mesure deux types d’anxiété ; l’anxiété
en général (trait) et l’anxiété au moment de la passation (état).
– Anxiété État : 47.
– Anxiété Trait : 51.
Lignes de base
Avec la patiente, nous avons choisi d’évaluer le niveau moyen d’anxiété au cours
d’une journée après avoir convenu du fait qu’elle n’arrivait pas à trouver des
situations principales pour coter son anxiété (thermomètre de l’anxiété). Du fait
d’un niveau d’anxiété assez stable au cours des premières semaines, nous avons
pu débuter la prise en charge en TCC.
Objectifs thérapeutiques
Les objectifs thérapeutiques ont été fixés en collaboration avec l’adolescente.
La thérapie a porté sur le fait de pouvoir faire diminuer son anxiété par rapport
à ses inquiétudes.
▶ Techniques thérapeutiques utilisées
Nous avons recouru aux techniques suivantes :
• explications du modèle du TAG,
• techniques émotionnelles : respiration, relaxation de type Jacobson,
• techniques comportementales : exposition,
• techniques cognitives : résolution de problèmes, restructuration cognitive,
• prescription de tâches à domicile.
Déroulement de la thérapie
Le planning d’une séance était le suivant :
• revue de la semaine écoulée et des tâches à domicile,
• ligne de base,
• agenda de séance avec technique du jour,
174 • prescription de tâches à domicile,
• résumé et feedback sur la séance.
Les échelles d’évaluation ont été administrées, ainsi que des mesures à inter-
valles rapprochées permettant de constituer les lignes de base.
Léa a pu se rendre compte d’elle-même qu’elle avait tendance à ne pas faire ces
démarches-là mais de directement passer à une solution (à peu près toujours la
même bien souvent un évitement) et à s’inquiéter. Il lui a été précisé qu’il n’y
avait pas de solution parfaite et que celle qui présentait le plus d’avantages pour
elle et qui avait le plus de répercussions bénéfiques, pouvait être choisie. Ces
étapes ont pu être travaillées en séance et ont donné l’occasion de mettre
en place des jeux de rôle entre Léa, le psychologue et ses parents pour voir com-
ment elle pouvait faire avec ses habiletés et pour la préparer à l’action.
Nous avons donc repris le journal des inquiétudes de Léa, avons constitué une
hiérarchie des situations et elle a pu commencer l’exposition. Elle a également
pu le faire chez elle, avec le soutien et la validation de ses parents. Ainsi, la jeune
fille a rapidement pu envisager l’exposition comme une solution possible dans
son panel de stratégies et qui était beaucoup moins néfaste pour elle que l’évite-
ment à long terme. Notons que des stratégies de prévention de la réponse ont
Cas cliniques
aussi été apprises mais Léa a préféré s’exposer directement sans les utiliser car
elle se sentait suffisamment capable d’y arriver.
Par la suite, comme l’adolescente semblait toujours gênée par le fait que son
émotion puisse diminuer s’il se passait réellement quelque chose, nous avons
fait de l’exposition aux conséquences « imaginaires » des situations. L’idée était
de pouvoir lui apprendre à tolérer ses craintes en permettant à Léa de s’exposer,
de favoriser son habituation émotionnelle à des situations gênantes qui sont
nécessaires à la diminution de sa tendance à s’inquiéter. Notons que contraire-
ment à un « vrai » scénario catastrophe, il a simplement été question de trouver
des conséquences « réalistes », susceptibles de se produire. Après un entraîne-
ment sur un scénario lors de la séance (réalisation, lecture avec le psychologue
puis seule pendant 15 à 30 minutes avec cotation du niveau d’anxiété), Léa a pu
le faire chez elle en s’enregistrant sur son téléphone. Elle préfère d’ailleurs cette
méthode car cela lui permet d’arriver à mieux se concentrer sur ses visualisa-
tions.
Tout d’abord les différents types d’erreurs cognitives ont été discutés avec l’ado-
lescente, à savoir : la surestimation de la probabilité que quelque chose de néga-
tif ou de catastrophique se produise et le fait qu’elle pense que s’inquiéter a un
effet positif sur elle ou sur l’issue de l’évènement. La démarche de restructura-
tion cognitive vise à « ébranler » la conviction concernant un potentiel évène-
ment catastrophique, l’aider à acquérir une vision plus réaliste du monde qui
l’entoure et se situer dans le présent. Elle a ainsi pu mettre en place des pensées
alternatives plus aidantes pour elle telles que « même s’il est possible que je
n’aille pas à la fac un jour, j’ai eu la moyenne jusqu’à aujourd’hui et j’ai rare-
10 Anxiété généralisée
ment été en échec ». La suite de la démarche a été de faire adhérer Léa à ses
nouvelles pensées, ce qu’elle a rapidement pu faire grâce au fait de trouver des
avantages et inconvénients à sa nouvelle pensée. Elle a même pu parvenir à auto
critiquer ses pensées lors d’une séance ce qui est signe que la restructuration
cognitive a fonctionné.
11 SÉANCES 26 ET 27 : PHASE DE SUIVI
Pour s’assurer du maintien de cette amélioration et de l’application régulière des
techniques appréhendées, nous maintenons un suivi régulier avec la patiente
car nous tenons à stabiliser les premiers résultats obtenus. Les séances lors
de cette phase de suivi ont lieu à 1 mois et 2 mois.
Résultats
À partir des mesures pré et post-traitement et de suivi, nous avons évalué l’évo-
lution du TAG de Léa au cours de la thérapie. Les résultats, retranscrits dans
le tableau ci-dessous, montrent une baisse significative des scores à l’ensemble
des échelles d’anxiété et d’évaluation :
Penn State 52 29
Anxiété :
STAI État 47 32
STAI Trait 51 30
Nous avions fixé un objectif avant de débuter la thérapie avec Léa : faire dimi-
nuer son anxiété par rapport à ses inquiétudes. L’adolescente a arrêté de faire
ses lignes de bases dès lors qu’elle disait se sentir mieux, ainsi à partir de la 20e
séance, il n’y a plus eu de ligne de base malgré les demandes.
Cas cliniques
9
5
Semaine 1
4 Semaine 20
3
0
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche 179
Figure 10.2. Lignes de base Léa
10 Anxiété généralisée
Chapitre 11
Trouble
panique
1 Séance 1 : psychoéducation 183
2 Séance 2 : auto-observation et analyse fonctionnelle 184
3 Séance 3 : habituation 186
4 Séance 4 : défocalisation 187
5 Séance 5 : expositions 189
6 Séance 6 : généralisation des expositions 190
7 Séance 7 : fin de la thérapie 190
Y
VAN 14 ANS, consulte en pédopsychiatrie sur les conseils de son méde-
cin traitant. Il fait des crises d’angoisse intenses où il a peur de mourir
d’un problème cardiaque et entre les crises, il surveille sans cesse son
rythme cardiaque.
Son développement s’est fait sans particularité, il a été scolarisé dès la mater-
nelle sans difficulté. La suite se passe sans problème, il est bon élève, est actuel-
lement en troisième et souhaite passer en seconde générale. Il a des copains, n’a
182
aucun problème de comportement ni au collège ni en dehors. Il fait du sport col-
lectif en club. Il vit dans un quartier populaire où il a une vie sociale riche.
Sa mère souffre de crises d’angoisse à répétition qui sont apparues pendant son
adolescence et se sont aggravées lors de la séparation. Elle prend actuellement
un traitement de type ISRS pour diminuer ces crises. Elle reconnaît que les crises
d’angoisse de son fils aîné ressemblent beaucoup aux siennes.
plus respirer de façon automatique mais d’être obligé d’y réfléchir. Il a beaucoup
de difficultés à s’endormir chaque soir, il ne s’endort que par épuisement, il se
réveille parfois en sueurs et avec des peurs la nuit. Il dit avoir peur de mourir
pendant son sommeil.
Yvan demande de l’aide. Son médecin traitant l’a examiné et lui a expliqué que
son cœur fonctionnait bien, qu’il s’agissait de crises d’angoisse. Cela l’a partielle-
ment rassuré. Il demande qu’on l’aide à faire disparaître ses crises.
Yvan est très motivé, parle très clairement de son trouble. Il s’agit d’une très
bonne indication de TCC. Il est très autonome, pourra venir en consultation seul
ou accompagné de sa mère qui le soutient dans cette démarche.
183
1 SÉANCE 1 : PSYCHOÉDUCATION
Nous expliquons à Yvan et sa mère qu’il souffre d’un trouble panique. Nous lui
expliquons en quoi consiste ce diagnostic. Yvan est soulagé que son trouble soit
connu et qu’un traitement psychothérapique existe. Nous lui expliquons que la
TCC que nous pratiquons est une très bonne indication pour ce trouble et pour
les jeunes comme lui et nous en présentons les grandes lignes. Nous faisons
cette même psychoéducation avec la mère qui reconnaît le trouble dont elle
souffre et regrette de ne pouvoir bénéficier du même accompagnement pour
elle. Elle propose d’accompagner son fils dans un premier temps et ensuite de se
renseigner pour rencontrer un psychiatre d’adulte qui fait de la TCC pour elle.
Nous lui conseillons des livres (Self help Book) pour commencer déjà une pre-
mière approche.
Afin de construire l’analyse fonctionnelle et d’avoir une ligne de base, nous lui
demandons de remplir d’ici la prochaine séance qui aura lieu dans quelques
jours une auto-observation : il devra noter chaque jour s’il a été angoissé, dans
quelles situations, quel est le niveau d’anxiété de 0 à 10 et combien de temps
à durer cette crise. Yvan est souriant et enthousiaste.
2 SÉANCE 2 : AUTO-OBSERVATION
ET ANALYSE FONCTIONNELLE
Yvan vient seul à la consultation, il a pris le tramway sans trop de problèmes
même s’il dit être en alerte et surveiller son pouls. Il n’a pas peur particulière-
ment dans ce mode de transport et n’a pas peur d’y être seul.
Intensité
Situation, date
de la peur Durée de la crise Pensées
et heure
de 0 à 10
Jeudi, 22h, 8 Plus de 30 min « Je vais mourir ce soir. »
au moment « Non mon cœur
de m’endormir. fonctionne bien. »
Lundi, 9h, 9 10 min « J’ai du mal à respirer,
sur le trajet il faut que je me concentre
184 du collège. sur ma respiration. »
Mercredi, 23h, avant 8 1h « Mon cœur va s’arrêter
de m’endormir. pendant la nuit. »
Il n’a noté que les grosses crises d’angoisse, mais il précise qu’entre les crises, il
est tout de même tendu entre 2 et 5 sur 10. Il surveille son pouls, sa respiration…
Données structurales
• Génétiques/histoire familiale : mère a également un trouble panique, pas
d’autre trouble anxieux dans la famille.
• Personnalité/tempérament : motivée pour s’en sortir, sociable.
Situation :
Le soir, avant de dormir, seul dans sa chambre.
Émotions :
Cœur bat vite, palpitations cardiaques, respiration accélérée.
Entourage :
Mère connaît bien ce problème inquiète.
Figure 11.1. Synchronie
Nous nous inspirons du manuel ZAP pour prendre en charge ce jeune mais nous
allons très vite pour la psychoéducation, Yvan comprend très vite et a besoin
d’avoir des exercices pratiques pour pouvoir mieux gérer son anxiété.
Pensées
11 Trouble panique
Nous lui proposons une auto-observation plus complète et faisons la liste des
situations qui font peur (séance 2 et 3 du programme ZAP).
Note de 0
à 10
Situation 1 : survenue d’une crise d’angoisse dans la journée au collège. 10
Situation 2 : survenue d’une crise d’angoisse à la maison. 9
Situation 3 : le soir avant de s’endormir. 9
Nous faisons une séance de relaxation avec lui dans le bureau. Puis nous lui
demandons de s’entraîner chaque soir avant de s’endormir avec le fichier qu’il a
téléchargé sur son portable et qu’il écoutera.
3 SÉANCE 3 : HABITUATION
Il remarque que son anxiété est moins importante. La relaxation et la respiration
l’aident beaucoup. Mais il a toujours des vérifications. Les pensées autour de la
peur de mourir sont bien moins fréquentes depuis la psychoéducation.
Nous nous mettons d’accord sur le fait qu’il va tenter de ne plus vérifier son
pouls ni sa respiration chaque matin, il devra noter le niveau de peur de chaque
matinée pendant toute la semaine. Il continuera à s’entraîner à la relaxation
chaque soir avant de dormir puisqu’il trouve cela agréable et efficace.
4 SÉANCE 4 : DÉFOCALISATION
Yvan a réussi l’exercice de ne plus vérifier son pouls et sa respiration.
Il ne l’a fait que le matin les 2 premiers jours, puis a généralisé aux autres
moments voyant que cela se passait bien.
11 Trouble panique
Il explique qu’il n’a plus besoin de vérifier et que la pensée de la « peur de mou-
rir » a disparu dans la journée en dehors d’une crise d’angoisse.
stressé (le soir avant de dormir), il est auto-focalisé à 80 % sur ses sensations cor-
porelles et sur ses pensées de mourir pendant la nuit. Nous lui expliquons qu’il
va falloir qu’il s’entraîne maintenant à défocaliser, en regardant les meubles,
les murs et tous les éléments matériels de sa chambre comme s’il les voyait pour
188 la première fois. Nous lui montrons cette technique dans le bureau et le faisons
avec lui.
Il devra tenter ces exercices tous les soirs, en plus de la relaxation quotidienne.
Les exercices pour la prochaine fois seront donc de continuer à ne plus vérifier
son pouls, ni sa respiration, de faire des exercices de défocalisation le soir quand
la peur commence à monter et noter le niveau de peur et de défocalisation.
apportons.
5 SÉANCE 5 : EXPOSITIONS
Yvan nous dit qu’il va bien, il n’a pas fait d’attaque de panique. Il arrive à ne plus
vérifier son pouls et sa respiration. Il se surprend lui-même à ne plus du tout
penser à ses crises d’angoisse. Il reste les temps du soir à gérer, mais la défocali-
sation l’aide beaucoup. Voici le tableau d’auto-observation qu’il a pu remplir
dans la semaine.
Nous le félicitons pour tous ces exercices faits et réussis et son avancée
rapide dans la thérapie. Yvan nous fait un résumé de ce qu’il met en place
de façon automatique, presque sans s’en rendre compte, il a intégré les tech-
niques de respiration et de défocalisation à son mode de fonctionnement quoti-
dien.
Nous pensons qu’il est impatient de finir la thérapie voulant faire autre chose
le mercredi plutôt que de venir en consultation. Il est cependant sincère dans
les éléments qu’il rapporte.
Nous proposons de faire un point en entretien sur tout ce que nous avons fait
depuis le début, toutes les techniques utiles et nous proposons d’espacer
11 Trouble panique
Nous lui proposons de noter encore une semaine le niveau de peur le soir avant
de dormir et de noter les éventuelles attaques de panique dans les 3 semaines.
6 SÉANCE 6 : GÉNÉRALISATION DES EXPOSITIONS
Le soir avant de dormir Peur de 0 à 10
Jeudi 1
Vendredi 1
Samedi 2
Dimanche 3
Lundi 1
Mardi 0
Yvan gère de mieux en mieux les peurs du soir, il s’endort avec la relaxation qu’il
fait tout seul et utilise la défocalisation de temps en temps quand il sent qu’il
en a besoin. Il s’endort beaucoup plus tôt.
Il dit accepter de vivre avec ces petits désagréments, souhaite espacer encore
les consultations, tout en restant en lien si son anxiété réapparaissait. Nous
insistons sur le rappel des techniques et sur une information au sujet de la pré-
vention de la rechute : il doit avoir une hygiène de vie assez stable, les abus
de substances ou d’alcool, les nuits blanches, les manques de sommeil…,
peuvent favoriser la réapparition d’attaques de panique. Yvan est très attentif
et comprend le message donné.
Il a rempli les échelles et n’a coché aucune angoisse sur les deux échelles four-
Cas cliniques
nies. Sa mère qui l’accompagne est ravie, elle nous demande des noms
de confrères qui travaillent avec des adultes pour pouvoir elle aussi guérir de son
trouble panique. Encore une fois, nous félicitons Yvan pour sa rapide progres-
sion et nous restons à sa disposition s’il en avait besoin. Nous mettons ainsi fin
au suivi.
Notes
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191
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11 Trouble panique
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Chapitre 12
Anxiété sociale
1 Anamnèse 194
2 Diagnostic et évaluations 197
3 Déroulement des séances 199
U
N TROUBLE ANXIEUX très fréquemment retrouvé parmi les jeunes
patients est l’anxiété de performance. Ce diagnostic est caractérisé
par une forte appréhension face aux situations d'évaluations ou aux
situations où l'on se sent jugé. Dans les classifications internationales DSM-5,
elle est classée au même titre que la phobie sociale.
La plupart des élèves connaissent le stress qui précède les examens, les exposés
oraux et autres évaluations, sans que cette réaction normale d’anxiété ne vienne
perturber leur quotidien. Pour d’autres, au contraire, la réussite scolaire
et l’obtention de bons résultats peuvent être investis d’une valeur si importante
qu'ils causent un niveau de stress élevé prenant alors une place démesurée.
C’est ce qui arrive à ceux et celles qui sont aux prises avec une forte anxiété
de performance.
Elle se souvient avoir toujours été anxieuse et actuellement elle souhaite arriver
à mieux gérer ses émotions et avoir davantage confiance en elle. Une amie à elle
est venue dans le service, Diane a pu constater les effets positifs du suivi et a
demandé à sa mère de pouvoir consulter à son tour. C'est dans ce contexte que
cette jeune fille vient demander du soutien.
1 ANAMNÈSE
Diane est l'aînée d'une fratrie de deux enfants, sa sœur est âgée de 7 ans. La
mère est enceinte du troisième enfant. Les deux parents travaillent.
Actuellement, Diane est scolarisée en CM2. Ses résultats scolaires sont bons, elle
se classe parmi les premiers élèves de sa classe. Elle est décrite par sa mère
comme une enfant émotive, moins affirmée que sa sœur avec une timidité 195
importante. Son manque de communication et d'expression même avec les per-
sonnes familières la conduit parfois à mentir à ses parents.
Diane est à l'origine de la demande du suivi, elle exprime clairement ses difficul-
tés à communiquer, elle se dit « être mal à l'aise quand je ne peux gérer mon émotion,
je n'ose pas dire les choses que j'aime et que je n'aime pas et j'en ai marre de pleurer
quand je me sens en difficulté. Je viens vous voir car une amie est venue dans le service,
elle va mieux, ça se voit et je veux aussi aller mieux. »
SECCA.
Anticipation :
Évitements.
Mensonges.
Situation :
« Face à un exercice de math. »
Émotions :
Boule dans la gorge.
La gorge me serre.
Je suis triste.
Je pleure.
Diachronie
Données structurales :
• Génétiques : la mère se décrit comme anxieuse et hyper-émotive. Il n'est
pas rapporté d'autres éléments. Lors des consultations, il n’est pas rare
que sa maman s’effondre en larmes, touchée par les propos de sa fille
et se trouvant démunie pour l’aider lorsqu’elle la sent triste.
• Personnalité : la mère la décrit comme émotive, anxieuse, peu expressive
avec un manque de confiance en elle.
Les attitudes éducatives des parents peuvent être source de maintien. La mère
anticipe toutes les situations qui pourraient être anxiogènes pour sa fille, par
exemple, elle fait ses devoirs avec elle, autorise à les laisser de côté si elle sent
que l'angoisse monte. Les parents sont soucieux face à cette enfant qui se pré-
sente comme réservée et angoissée.
Facteurs déclenchant initiaux :
Diane s'est mise à pleurer en plein cours, suite à un échec lors d'un contrôle. Elle
ne souhaite plus que cette situation se reproduise et se projette sur l'année pro-
chaine lorsqu'elle sera en 6e.
Autres problèmes :
Maladies physiques :
Traitements antérieurs :
2 DIAGNOSTIC ET ÉVALUATIONS
Diagnostic
Au travers de la description de la mère on note une anxiété présente précoce-
ment dans le développement de l’enfant. Cette anxiété se manifeste à la fois sur
le plan scolaire, anxiété de performance, mais également dans certaines situa-
tions sociales où elle ne parvient pas à s'affirmer et s'en trouve par la suite affec-
12 Anxiété sociale
L'anxiété de performance, chez Diane, se traduit par une peur d'avoir de mau-
vais résultats, de ne pas parvenir à réaliser de manière autonome ses devoirs
et de décevoir ses parents et une perte de moyens dans les situations scolaires
particulières. Les habilités sociales sont inhibées, Diane ne parvient pas à expri-
mer ce qu'elle pense et ressent auprès de ses parents mais ne présente aucune
difficulté pour établir des relations avec les pairs de son âge, elle peut également
s’affirmer lorsqu’elle est en leur compagnie.
Ceci peut amener à un comportement d'évitement, qui est de ne pas faire ses
devoirs et même de mentir à ses parents afin de ne pas être confrontée à la
situation.
198
Évaluations
Afin d'évaluer les progrès de l'enfant et de tester les bienfaits des exercices pro-
posés, des évaluations régulières vont avoir lieu. Certaines auront lieu exclusive-
ment en début et en fin de suivi, d'autres seront réalisées tout au long du suivi.
d'anxiété qu'elle doit coter entre 0 et 10 (0 étant « pas d'anxiété ressentie »).
Nous pourrons ainsi évaluer l'intensité de l'anxiété et comptabiliser si le nombre
de situations problèmes tend à décroître et construire la ligne de base.
Prise en charge
Diane est réfléchie, elle se présente en début de suivi comme une enfant timide,
réservée, qui répond succinctement aux questions posées. Par la suite son dis-
12 Anxiété sociale
cours devient plus fluide, il est possible d'échanger avec elle. Elle apporte peu
d'informations spontanément mais répond aux questions parfois de manière
floue. Il est nécessaire de s'appuyer sur des exemples concrets, de recontextuali-
ser les situations problèmes pour obtenir des informations précises.
Tout au long de nos entretiens, la technique des 4 R sera utilisée : résumer, refor-
muler, recontextualiser et renforcer.
Le renforcement a lieu le plus souvent en début de séance, lorsque nous repre-
nons le travail qui devait être effectué à la maison. Diane a eu l'honnêteté dès
le départ de dire qu'il lui arrive parfois de remplir la feuille de comportement la
vieille ou le week-end précédent la consultation. Nous lui expliquons la néces-
sité de bien remplir son agenda, afin de bien identifier ce qui se passe durant
les situations problèmes « ces différents relevés permettront également de voir l'évolu-
tion, d'observer les progrès que tu fais ».
À la fin de la première séance, il est clair que Diane est une enfant motivée
et qui souhaite changer. C'est une bonne indication pour entamer une TCC dans
la mesure où elle a conscience de ses difficultés et qu’elle souhaite s'améliorer.
Elle parle aisément et sa famille est coopérante dans le suivi.
Afin qu'elle comprenne comment remplir les colonnes de l'agenda, nous recon-
textualisons un exemple à partir de la dernière situation vécue de manière iden-
tique. Lors de la semaine qui a précédé notre rendez-vous elle a « perdu ses
moyens » en classe car elle n'arrivait pas à faire son exercice.
Tableau 12.1. Recontextualisation de la dernière situation-problème
Date Situation Cognitions Émotions Comportements
(intensité)
Je suis Je n’y arriverai pas Je pleure. Je laisse mon devoir,
en classe C'est vraiment trop difficile. Je suis j'attends que la maî-
devant un exer- triste. tresse vienne me voir.
cice.
Exercice à faire : remplir l'agenda (en suivant la grille définie lors de cette séance).
« Ce travail nécessite une participation de ta part, nous allons avancer ensemble, se fixer
des objectifs de travail mais seule je ne pourrais t’aider à résoudre ton problème. Je vais
te demander à chaque séance de réaliser des exercices et de les reproduire à la maison.
Nous allons ensuite évaluer régulièrement l’avancée de notre travail mais je précise que
ta participation est très importante. »
– Nous commençons cette première séance de travail par une technique de res-
piration abdominale. Lors des deux premiers entretiens, nous pouvons observer
12 Anxiété sociale
des signes d'anxiété chez Diane, qui se traduisent par une fuite du contact ocu-
laire, une respiration saccadée et des réponses succinctes aux questions posées.
« Diane je te propose de commencer par un exercice de respiration qui va avoir pour but
de te concentrer sur ta respiration. Cette respiration, il faut que tu t’entraînes à la prati-
quer le plus souvent possible à la maison afin qu’elle puisse t’aider le jour où tu es
confrontée à la situation problème. Je te demande de fermer les yeux pour bien ressentir
ce qui se passe dans ton corps lorsque tu respires. Tu peux poser ta main sur ton ventre
et tu vas souffler lentement en rentrant ton ventre. Ensuite tu vas inspirer par le nez
en gonflant ton ventre et tu vas sentir ta main être repoussée. »
Nous faisons l’exercice durant plusieurs minutes, elle maîtrise rapidement cette
technique car sa mère lui a déjà enseigné.
Au fur et à mesure Diane exprime son besoin et son envie de pouvoir s'exprimer
librement et de dire ce qu'elle pense aux membres de sa famille. Il semblerait
Cas cliniques
qu'elle ne soit pas mal à l'aise avec les enfants du même âge ou avec sa sœur
mais par contre elle n'arrive pas à dire à ses parents ce qu'elle pense, ressent
que ce soit une émotion positive ou négative.
Je me trouve en difficulté
Je me dis
que je n'y arriverai pas J'angoisse
Je pleure
203
Figure 12.2. Cercle vicieux de la situation problème
Diane se comporte comme une enfant passive qui n’exprime pas ses besoins,
ses désirs, ses souhaits et laisse les autres décider pour elle-même. Elle peut par-
fois demander à sa sœur de dire à ses parents ce qu’elle aimerait leur dire elle-
même. Diane présente un défaut d’affirmation de soi lorsqu’elle doit s’adresser
aux adultes que ce soit ses parents ou autres adultes. Elle dit « je ne peux pas leur
dire ce que je pense, je dois les respecter, je ne dois pas m’opposer ». Nous reprenons
ces notions de respect « je suis d’accord avec toi, tu dois respecter les adultes comme
les enfants mais donner son avis, faire part de ses sentiments, ce n’est pas aller
à l’encontre des autres ou leur manquer de respect. C’est s’exprimer et faire part de ton
opinion, ton envie, tes besoins sans conflit. » On note que ce manque d’affirmation
de soi ne se généralise pas à toutes les situations, il est localisé. Nous propose-
rons de travailler sur ces notions tout au long du suivi.
Avec Diane nous élaborons une liste de choses qu'elle aimerait pouvoir amélio-
12 Anxiété sociale
– Apprendre à exprimer mes émotions, il faut que j'arrive à dire ce que je pense
et ce que je ressens. »
Exercice à faire : remplir l’agenda.
– Diane n'a pas rempli l'agenda. Elle se souvient d'une situation émotionnelle-
ment difficile que nous pouvons ensemble retranscrire dans les colonnes.
Elle évoque également que cette semaine, ses difficultés d'expression l'ont ame-
née à cacher des choses à ses parents et elle sent qu'elle s'engouffre dans
le mensonge. Il s'agit de pouvoir leur dire qu'elle a eu une mauvaise note
à l'école. Nous décidons alors de travailler sur cette situation précise.
204
Situation problème de ce jour : « j'ai eu une mauvaise note en classe (13/20) et je ne sais
pas comment le dire à mes parents. »
— Diane, il me semble qu'avoir un 13/20 est déjà une bonne note. Qu'en penses-tu ?
— Non ce n'est pas une bonne note, c'est une note juste moyenne.
— Je te propose que tu me dises ce que sont une bonne note et une mauvaise note.
0 5 10 15 20
Très mauvaise note Mauvaise note Note moyenne Bonne note
Nous travaillons sur les cognitions, ce que représentent ces notes, ces « mau-
vaises notes » et ce que pourrait dire sa mère lorsqu’elle connaîtra la note.
P : Non.
P : Je ne sais pas, ça fera deux fois que j'ai une mauvaise note.
T : Et alors ?
P : Je ne sais pas.
P : Que maman soit fâchée et que le collège privé ne veuille pas m'accepter…
Diane exprime la nécessité de le dire à sa mère car elle se sent mal à l’aise. Nous
mettons en scène un petit jeu de rôle dans lequel l'adulte joue son rôle et lui
montre comment elle pourrait dire sa note à sa mère, Diane jouant le rôle de la
mère. Nous reprenons les principes de l'affirmation « il faut que tu t’impliques, que
tu t’exprimes en utilisant le « je » et que tu sois franche ».
mère qu’elle lui avait caché sa note par honte et par peur des conséquences sur
son inscription dans le futur établissement, inscription qui devait se faire dans
la semaine.
Exemples de situations
Date Situation Cognitions Émotions (inten- Comportements
sité)
07/12 Je fais mes Je n’y arriverai pas. Je pleure ; Je suis J’arrête de faire mes
devoirs. Marre de pleurer tout triste ; J’ai de la devoirs.
le temps. peine et j'ai honte.
Il faut que j’arrête d’y 7/10
penser.
14/12 Je fais mes Je suis nulle. Je pleure J’ai arrêté de faire mes
devoirs Je n’y arriverai pas. 7/10 devoirs.
206 (Maths).
26/12 Maths. Trop difficile, je n’y Triste ; Mon nez Retenir mes larmes ;
arriverai pas. picote. Demande de l’aide pour
…… 7/10 la consigne.
…… Maths. Je suis trop nulle. Colère. J’ai essayé de faire
22/03 8/10 les devoirs seule, je n’ai
pas réussi alors j’ai
demandé de l’aide.
10/04 Maths. C'est difficile. Énervée. J'ai dit à maman que je
3/10 ne comprenais pas.
20/04 Maths. Je ne sais pas ce qu'il Énervée. Je relis la consigne,
faut faire. 2/10 j'essaie et je
demande qu'on me cor-
rige.
Les deux premiers relevés ont mis en évidence que lorsque la tâche lui paraît
trop complexe, ou qu'elle ne parvient pas à comprendre ou réaliser l’exercice
rapidement, Diane se sent prise d’un sentiment d’incapacité et ne parvient pas
à poursuivre ses devoirs. Elle demande de l’aide par rapport à la gestion de ses
émotions. Nous lui faisons remarquer qu’elle met en place une stratégie d’évite-
ment qui est de ne pas faire ses devoirs ou de les remettre à plus tard. Nous tra-
vaillons sur les comportements alternatifs possibles qu’elle pourrait mettre
Cas cliniques
Avec l’agenda on observe que Diane est une jeune fille qui est consciencieuse
et qui essaie de mettre en pratique ce qu’il lui est dit. Elle a pu mettre en place la
technique de respiration mais dit ne pas être suffisamment à l’aise pour l’utiliser
spontanément. Ce qui lui convient c’est de revenir sur les exercices cognitifs,
c'est-à-dire de trouver des pensées alternatives ou de remettre en cause les pen-
sées négatives qui lui viennent. Ainsi, lorsqu’elle pense qu’elle est nulle, elle
peut se remettre en question en disant qu’elle a « toujours eu la moyenne, que c’est
une enfant qui travaille et qui est courageuse, qu'elle fait partie des élèves les meilleurs
de sa classe et qu’il n’y a pas de raison de ne pas réussir ».
« Qu’est-ce que tu penses quand tu vois une amie stressée quand elle ne trouve pas la
solution du premier coup ?
— Je trouve que c’est dommage de se mettre à pleurer juste pour ça car ce n’est qu’un
devoir et qu’elle perd ses moyens en pleurant.
— Donc si j’ai bien compris tu trouves dommage de pleurer car ça n’entraîne rien de bon
et qu’il est possible de demander de l’aide pour éviter de se mettre dans cet état ? C’est
bien ça ?
— À l’inverse maintenant que doivent penser les copains lorsqu’ils te voient perdre tes
moyens ?
— Ils doivent se dire que c’est nul et qu’il ne faut pas pleurer pour ça. »
Les points forts mettent en évidence que c'est une enfant sérieuse, travailleuse.
Les points faibles, montrent qu'elle anticipe la difficulté, qu'elle imagine que
c'est trop difficile. Le manque de concentration interpelle, il est lié à une réelle
difficulté attentionnelle. Pour rappel un trouble attentionnel avait été évoqué
et un traitement par méthylphénidate avait été proposé. De plus la difficulté
qu'elle évoque dans la compréhension des consignes, notamment en mathéma-
tiques interpelle à nouveau.
L’argument qui revient le plus souvent en tant que point positif est qu'elle peut
demander de l'aide à ses parents. Diane se sent encore dépendante de la pré-
sence de ses parents pour réaliser ses exercices, cette présence ne pourrait-elle
pas être un évitement subtil ? Un des prochains objectifs à travailler sera l'auto-
nomie dans la gestion des devoirs.
Exercices pour la fois prochaine : noter ce qu'elle aimerait dire à ses parents
208 et qu'elle n'a pas pu faire. Essayer de trouver une situation passée, récente, dans
laquelle elle s'est sentie dans l'incapacité d'exprimer ce qu'elle désirait.
Il semble important de lui apprendre quelques notions utilisées dans les tech-
niques d'affirmation de soi. Cette technique est basée sur l'atténuation des
manifestations anxieuses et l'apprentissage des comportements de communica-
tion.
Diane part avec l’idée de mettre en pratique ces attitudes et de pouvoir exprimer
ce qu’elle a envie de faire en acceptant d’être frustrée si la réponse n'est pas
celle attendue. Dans l’entretien, nous nous apercevons que Diane manifeste une
mauvaise tolérance à la frustration et il semblerait qu’elle ne demande rien pour
ne pas obtenir un refus, qu’elle ne saurait ni gérer ni en demander une explica-
tion.
Nous avons fait des jeux de rôle sur des critiques qu’elle avait pu recevoir
à l’école par une amie et la manière d’y répondre, puis sur des demandes qu’elle
aimerait faire ou des choses qu’elle souhaiterait refuser à sa sœur.
Diane se décrit comme étant une jeune fille qui va beaucoup mieux, qui
s'affirme. Sa mère confirme ses propos en précisant qu’elle a pu mettre en appli-
209
cation ce que nous avons travaillé lors de nos séances. Elle la sent encore mal-
adroite dans le contact mais remarque les progrès.
Cette 10e séance permet de faire le point sur le niveau d'anxiété ressenti
de manière générale. Le niveau d’anxiété est auto-évalué par l’enfant sur une
grille de 0 à 10.
Auto-évaluation de l’anxiété
10
Max
8 Min
Intensité
6
12 Anxiété sociale
0
Début Milieu Fin
Temps de suivi
Figure 12.3. Évolution de l'anxiété évaluée au cours du suivi
Séance 11 : bilan du suivi
Nous profitons de cette séance pour faire un bilan. Il s'agit de la dernière séance
car la mère de Diane devrait accoucher dans les jours qui suivent. Nous décidons
d'un commun accord de faire une pause et de se revoir à la fin de l'année sco-
laire.
On note que le discours de l'enfant est en train de changer, elle peut remettre
en question ses pensées négatives et trouver des pensées alternatives. L'émotion
ressentie est différente, nous sommes passés à la colère ou l'agacement et
les moments de tristesse semblent être moins nombreux.
Bilan des séances, évolution
• Échelle comportementale d'anxiété phobique de L. Véra
– Note totale d'intensité phobique : 100 (< à 124, seuil de significativité).
– Échelle d'évitement : 22 (< à 32, seuil de significativité).
– Facteur 1 : 35 (< à 48, seuil de significativité).
– Facteur 2 : 16 (< à 20, seuil de significativité).
– Facteur 3 : 24 (< à 29, seuil de significativité).
l’intensité par rapport à certains items tels que « peur de parler aux adultes,
peur de ce que les parents vont me dire, de certains camarades… » en début
de suivi ces items étaient évalués à 3, actuellement ils sont à 2. Diane se fait
moins de soucis…
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120 119
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100 100
Avril 2011
80
60
40 40 35
25 22 29
20 17 16 24
0
Note totale Échelle Facteur 1 Facteur 2 Facteur 3
d'intensité d'évitement
phobique
Qualitativement, Diane dit se sentir mieux, elle se sent plus à même de gérer
les moments où l’émotion l’envahit par des techniques de respiration, d’image
211
positive et de réassurance. Le travail qu’elle aimerait poursuivre consiste à pou-
voir s’affirmer davantage.
Le bilan fait avec la mère confirme les propos de Diane. Elle exprime également
le souhait de modifier son attitude envers sa fille, elle se dit être trop « souvent
en train de l’observer, d’essayer de savoir si l’enfant va bien ou pas et de ne pas toujours
la croire lorsque Diane lui dit qu’elle va bien. Je ne sais pas pour quelle raison, je suis
toujours inquiète pour Diane ». Depuis le début du suivi, elle se rend également
compte qu’il est temps de la laisser grandir et qu’elle devienne autonome.
S’affirmer c’est aussi devenir autonome. Elle devance moins ses demandes
et ses besoins, elle peut attendre pour certaines situations, comme pour
les devoirs en lui laissant la possibilité de faire des demandes. La mère a égale-
ment pris conscience qu'elle est dans l'analyse constante de ce que pense et res-
sent sa fille. Il arrive parfois que les expressions du visage de Diane ne soient pas
en accord avec son émotion, qu'il y ait une divergence. Sa mère n'ayant que
les signaux extérieurs se voit contrainte d'analyser négativement l'émotion
12 Anxiété sociale
de sa fille. Nous avons abordé ses aspects avec Diane lors des exercices d'affir-
mation de soi. Une des caractéristiques des enfants ayant une anxiété de perfor-
mance est de remettre à plus tard les choses à faire (procrastination). Sa mère
trouve son comportement paradoxal, lorsque Diane a un contrôle de science, la
plupart du temps elle se dit être stressée mais ne fait rien pour diminuer son
anxiété. Sa mère lui reproche alors de ne pas travailler davantage. Or il nous
semble que Diane se montre anxieuse lors de l'apprentissage de ses leçons car
elle anticipe les éventuelles difficultés qu'elle pourrait rencontrer.
Également, elle perçoit mal les exigences de ses parents, c’est pour cette raison
que nous avons travaillé sur ses représentations à propos des notes et de ce que
penserait sa mère si elle obtenait des résultats moyens.
Cette dernière séance a permis de faire le point à la fois sur les difficultés
de l’enfant mais aussi sur celles de la maman, qui sans le vouloir peut parfois
être un facteur de maintien des difficultés de Diane.
212
Cas cliniques
Notes
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213
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12 Anxiété sociale
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Chapitre 13
Anxiété
de séparation
et refus scolaire anxieux
1 Présentation du cas 216
2 Plan de soins de l’anxiété de séparation 222
3 Description des séances en TCC et du devenir du patient 223
4 Devenir du patient après ces séances 226
1 PRÉSENTATION DU CAS
Anne, 12 ans, scolarisée en 5e présente un refus scolaire anxieux, elle est désco-
larisée depuis quelques jours. Elle était suivie par une consœur pour des difficul-
tés dans les apprentissages avec diagnostic de dyslexie/dysorthographie.
Anne a toujours été très « collée » à sa mère et ne supporte pas d’être loin d’elle.
Elle ne peut pas rester seule à la maison, et ne dort dans sa propre chambre que
depuis quelques mois, à condition que sa mère dorme dans la chambre voisine
de la sienne.
Depuis la rentrée scolaire, Anne présente des maux de ventre et des nausées
le matin avant d’aller au collège. Elle appréhende les moqueries de ses cama-
rades et les réprimandes des professeurs. De plus, elle craint que sa mère oublie
de venir la chercher, ou qu’il ne lui arrive un accident de voiture sur le trajet.
Anne est orientée vers notre consultation. Nous posons un diagnostic d’anxiété
216
de séparation et d’anxiété sociale compliqué d’un refus scolaire anxieux.
Anne est prise en charge sur une unité d’hospitalisation de jour avec d’autres
jeunes collégiens présentant un refus scolaire anxieux. Elle vient 4 demi-
journées par semaine. Chaque demi-journée de soins comporte une prise
en charge en groupe et à des temps de scolarité. Elle bénéficie également d’un
suivi en individuel en TCC.
Chaque jeune a son cahier personnel (manuel ZAP), il peut ainsi suivre
les séances avec les explications, et il fait les exercices prescrits lorsqu’il est à la
maison. Les séances ne se font pas toujours dans le même ordre, chacun va à sa
vitesse et l’ordre est déterminé par le thérapeute qui le suit en individuel. Ainsi,
tous les jeunes ont le même support, mais l’outil est personnalisé en fonction
de l’analyse fonctionnelle.
Les temps de soins en groupe sont réalisés par les soignants de l’unité avec les 5
jeunes ensemble. En fonction des temps de soins collectifs prévus dans la
semaine et de l’avancée progressive du groupe, la psychoéducation sur l’anxiété
est mise en place selon le manuel ZAP (séance 1, 2 et 3). L’auto-observation est
également expliquée et proposée à l’ensemble des jeunes du groupe, chacun la
Cas cliniques
remplira sur son cahier et en reparlera avec les soignants et son thérapeute
en individuel.
Anne suivra le programme commun pour les refus scolaires anxieux. Nous
avons choisi de traiter l’anxiété de séparation dans un premier temps lors des
séances hebdomadaires en TCC avec son thérapeute.
Motif de consultation :
Anne a un grand frère étudiant en prépa commerce et vivant dans son propre
appartement à quelques minutes du domicile familial.
La maman a fait un diabète gestationnel. Anne est née à terme par césarienne
en raison d’un gros poids de naissance.
Les parents étant très occupés par leur travail, Anne et son frère étaient gardés
par une assistante maternelle.
Examen clinique :
C’est une jeune fille souriante avec qui le contact s’établit facilement.
Elle rapporte une détresse intense dans les situations où elle est éloignée
de chez elle et de sa mère, en particulier au collège. Elle craint chaque jour qu’il
n’arrive un accident à sa mère, ou d’être kidnappée en l’attendant devant le col-
lège.
Cas cliniques
Elle a une faible estime d’elle-même, et craint le jugement de ses pairs et de ses
professeurs.
Thermomètre de la peur :
1) Partir en classe verte avec l’école 10/10.
2) Être au collège une journée entière 9/10.
3) Dormir chez une amie 8/10.
4) Dormir à la maison sans que Maman soit dans la chambre voisine 7/10.
5) Être seule à la maison en journée quand Maman part en réunion (2h
maximum) 6/10.
6) Être à la maison uniquement avec Papa 4/10.
7) Être au magasin familial sans Maman 3/10.
Anne choisit d’examiner la situation « Être seule à la maison », c’est celle qu’elle
a le plus envie de changer. Elle trouve en effet pénible de devoir accompagner sa
mère en réunion, en courses.
220
Nous lui demandons de remplir sur une semaine un agenda d’auto-observation
de la situation « Maman quitte la maison » : Situation/ Émotion/ Pensées/ Com-
portement. Grâce à l’agenda, nous avons pu mettre en évidence que l’évitement
de la situation était quotidien et total, Anne ne restant jamais seule à la maison,
même si sa mère part 5 minutes. De plus l’agenda a permis de récolter les pen-
sées « catastrophe » qui survenaient quand la Maman annonçait qu’elle sortait.
Nous avons alors réalisé un cercle vicieux de Cungi, résumé simplifié du pro-
blème, qui a permis à Anne de se rendre compte que ses conduites d’évitement
augmentaient sa peur de la séparation. Nous avons réfléchi à la façon de casser
ce cercle vicieux, ce qui a permis d’aborder le principe d’exposition graduelle à la
situation redoutée permettant l’habituation à l’anxiété.
Nous avons rempli la partie Diachronie de la grille SECCA avec l’aide des parents.
Cas cliniques
Anticipation :
Je vais angoisser, c’est sûr.
Je demande à accompagner Maman.
Situation :
Maman me laisse seule à la maison pour aller faire des courses ou se rendre à son travail
Émotions :
Peur ; tristesse.
Mal au ventre.
Comportement : Cognitions :
Je pleure. J’ai peur qu’elle ne revienne pas.
J’exige de l’accompagner Elle va partir et m’abandonner.
Elle va partir plus longtemps que prévu.
Elle va m’oublier.
Elle va avoir un accident. 221
Entourage : Un cambrioleur va entrer dabs la maison.
Mère inquiète de laisser Anne seule,
accepte qu’elle l’accompagne.
Diachronie
Facteurs de maintien :
• Internes :
– Évitements,
– « Signaux de sécurité » : appels téléphoniques fréquents à la
maman.
• Externes : attitude parentale :
– Surprotection, qui rend difficile l’autonomisation d’Anne :
les parents ont peur de la laisser faire de très courts trajets seule.
– Participation aux conduites d’évitement d’Anne : la mère lui pro-
pose systématiquement de l’accompagner quand elle sort. Il existe
aussi un maintien des évitements subtils, la maman s’astreignant
à toujours répondre aux appels d’Anne pour la rassurer.
Autres problèmes :
• Trouble spécifique du langage écrit.
Traitements précédents :
• Aucun concernant l’anxiété de séparation.
Maladies physiques :
• Retard de croissance en cours de traitement.
224 Séances 5 à 7
• Revue de tâche à domicile.
• Apprentissage de la défocalisation.
• Repérage des pensées « catastrophe », recherche de pensées alternatives
aidantes.
• Poursuite de l’exposition graduée in vivo.
Séance 8
Anne peut maintenant rester 30 minutes seule à la maison. Cependant, elle
exige que sa mère n’ait absolument aucun retard, lui faisant promettre de façon
répétée qu’elle reviendra pile à l’heure convenue.
Devant cet évitement subtil sous forme de demande de réassurance, nous propo-
sons à Anne d’examiner ensemble la situation en utilisant la technique
de restructuration cognitive.
— Th. : Comment te sens-tu quand Maman rentre plus tard que prévu lors des exposi-
Cas cliniques
tions ?
— Th. : Il s’agit d’une pensée catastrophe. À quel point es-tu convaincue que ce qu’elle
raconte va arriver ?
—P. : Au moins 80 % !
— Th. : Ok. Essayons ensemble de discuter cette pensée automatique. Tu me dis que tu
n’y crois pas à 20 %. Pourquoi ?
— P. : Et bien… elle n’a pas vraiment de raison de partir en fait, l’ambiance est détendue
à la maison. Et puis je crois que si elle devait quitter la maison, elle m’en parlerait
avant… Et elle partirait avec des valises.
— P. : Je ne sais pas… à l’hôtel ? (Anne sourit) Ça paraît un peu fou comme histoire !
— Th. : Je suis bien d’accord avec toi. As-tu d’autres explications à son retard que le fait 225
qu’elle soit en train de chercher un hôtel ?
—P. : (Anne rit) Mais oui ! Il peut y avoir des embouteillages… ou alors elle a pu rendre
visite à mon frère, c’est sur le chemin du retour. Ou alors il y avait du monde au super-
marché.
— P. : Tout compte fait, je dirai 30 %. Je pense que ça va m’aider pour les prochaines
expositions !
Séances 9 à 11
• Même modèle que séances 5 à 7.
• Nous ajoutons une exposition graduelle aux conduites exploratoires (aller
chercher le pain, faire des petites courses avec une copine), avec pour-
suite de l’auto-observation.
Les résultats sont normatifs. Ils sont à mettre en lien également avec la prise
226 en charge d’Anne par l’équipe soignante de l’unité des refus scolaire anxieux.
• Discussion sur les changements constatés dans la 2e évaluation,
• Identification des points anxieux qui résistent, programmation d’un pro-
jet thérapeutique pour ces points de résistance,
• Poursuite du suivi.
Nous avons poursuivi la prise en charge de façon plus espacée, avec des séances
en individuel, séances de rappel des outils thérapeutiques et la poursuite de la
guidance parentale.
227
Luis Véra a réalisé une étude sur cette échelle en 1996 pour valider les qualités
psychométriques.
Échelle des peurs Note > 124 : suspicion d’un trouble anxieux
Cette échelle n’a été validée que sur une population française.
L’échelle ECAP sera utile pour évaluer un ou des trouble(s) anxieux avant
et après la thérapie, afin de déterminer si le traitement a été efficace. Elle pourra
être repassée à distance de la thérapie pour vérifier le maintien des acquis voire
la poursuite de l’amélioration des patients.
Échelle comportementale d'anxiété et de phobie (ECAP)
[Link] (dès 8 ans)
NOM :
Prénom :
Date :
Instructions : Voici un certain nombre de choses ou de situations qui peuvent provoquer des
sensations désagréables (peur, inquiétude). Lisez attentivement chaque phrase et indiquez si elle
s'applique à vous presque jamais, quelquefois, ou souvent en mettant une X à côté de votre
choix.
230
J'évite de rester seul à la maison
231
31- J'ai peur de parler dans un groupe
232
46- J'ai peur d'aller au tableau
233
62- J'ai peur des chiens
234
Annexe
Annexe
Je remercie chaleureusement M. Luis Véra qui a accepté que l’échelle qu’il a
construite et évaluée puisse paraître dans ce livre.
Luis Véra a réalisé une étude sur cette échelle en 1996 pour valider les qualités
psychométriques.
Échelle des peurs Note > 124 : suspicion d’un trouble anxieux
Cette échelle n’a été validée que sur une population française.
L’échelle ECAP sera utile pour évaluer un ou des trouble(s) anxieux avant
et après la thérapie, afin de déterminer si le traitement a été efficace. Elle pourra
être repassée à distance de la thérapie pour vérifier le maintien des acquis voire
la poursuite de l’amélioration des patients.
Échelle comportementale d'anxiété et de phobie (ECAP)
[Link] (dès 8 ans)
NOM :
Prénom :
Date :
Instructions : Voici un certain nombre de choses ou de situations qui peuvent provoquer des
sensations désagréables (peur, inquiétude). Lisez attentivement chaque phrase et indiquez si elle
s'applique à vous presque jamais, quelquefois, ou souvent en mettant une X à côté de votre
choix.
230
J'évite de rester seul à la maison
231
31- J'ai peur de parler dans un groupe
232
46- J'ai peur d'aller au tableau
233
62- J'ai peur des chiens
234
Annexe
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