Dépistage des anticorps anti-érythrocytaires
Dépistage des anticorps anti-érythrocytaires
d’origine paternelle. Les cellules fœtales peuvent fran- d’allo-anticorps variés : anti-leucocytaires-HLA, anti-
chir la membrane placentaire, entrer dans le comparti- plaquettaires et anti-érythrocytaires.
ment vasculaire maternel puis stimuler la production
Tableau 32. Conséquences transfusionnelles et périnatales en fonction de la spécificité de l’allo-anticorps (suite)
Anticorps
Conséquences transfusionnelles :
détectés Risque de MHNN
Système Considérations générales sélection de CG testés négatifs
en technique
pour l’antigène
AGH
Les anticorps anti-Jka et anti-Jkb
sont relativement rares et souvent
retrouvés au sein d’un mélange
d’autres anticorps. L’anti-Jkb est
moins fréquent que l’anti-Jka. Ces Oui
anticorps sont caractérisés par leur Il est impératif, en cas de présence Oui (rare)
capacité à induire une réponse
d’anticorps du système Kidd, de Les anticorps de ce système sont
JK (Kidd) Tous anamnestique rapide et intense
pouvant être responsable de sélectionner des hématies rarement responsables d’une MHNN
réactions transfusionnelles sévères. dépourvues de l’antigène qui est classiquement bénigne.
Leur agressivité en situation correspondant.
d’incompatibilité transfusionnelle
associée à leur difficulté classique
de détection les a fait qualifier de
« perfides et dangereux ».
En général, les anti-M et anti-N Non Exceptionnel
sont naturels, de nature IgM, et L’anti-M cause rarement une MHNN.
Sur le plan transfusionnel, en cas
présentent peu d’intérêt clinique. D’exceptionnels cas d’anti-M de
Anti-M d’anti-M actif à 37 °C, il est nature IgG et de titre élevé ont
NB : les antigènes M, N, S et s recommandé de ne pas apporter
étant altérés par la papaïne, la néanmoins été rapportés comme
l’antigène correspondant. responsables de MHNN.
détection de leurs anticorps
correspondants repose sur le test Non
Anti-N direct à l’antiglobuline. Non Aucun cas sérieux de MHNN causée
MNS par un anti-N n’a été rapporté.
Oui (S–)
Il convient donc de ne pas apporter Oui
Anti-S
les antigènes correspondants en Ils sont rarement impliqués.
Les anti-S et anti-s sont des cas de transfusion. Quelques cas décrits, presque
anticorps immuns (bien que des
Oui (s–) toujours bénins, mais de rares cas
anti-S naturels soient décrits).
Il convient donc de ne pas apporter sévères ont été rapportés avec
Anti-s les antigènes correspondants en l’anti-S.
cas de transfusion.
Anti-Lea Ce sont le plus souvent des anticorps
naturels irréguliers. Leur fréquence est
Anti-Leb
plus élevée chez les sujets de race Non
noire et les femmes enceintes. Non Les anticorps du système Lewis ne
Le système Lewis présente peu Une épreuve de compatibilité sont pas impliqués dans la MHNN
d’intérêt en pratique transfusionnelle.
LE (Lewis) – L’anti-Lea est fréquent, élaboré négative en test indirect à car ils sont souvent de nature IgM
Anti-Lea+b par les sujets Le(a-b-) sécréteurs. l’antiglobuline est classiquement (ne passent pas la barrière
Il est parfois actif à 37 °C. suffisante. placentaire) et que tous les
– L’anti-Leb est plus rare, élaboré par nouveau-nés sont Le(a-b-).
les sujets Le(a-b-) non sécréteurs.
– L’anti-Leab est peu fréquent.
Non
Il est uniquement recommandé de
Anti-Lua sélectionner des unités donnant des Non
Les anti-Lua sont rares ; les anti-Lub
réactions négatives en test indirect à Aucun cas de MHNN nécessitant un
sont exceptionnels. Ils peuvent
l’antiglobuline pour l’anti-Lua. autre traitement qu’une
apparaître après grossesse ou
photothérapie n’a été rapporté.
transfusion et ont un impact Oui (Lub–)
Cette faible influence peut être liée
LU (Lutheran) clinique modéré. Il est recommandé de sélectionner
Anti-Lub des unités dépourvues de l’antigène à la maturation tardive de ces
Ils ne sont impliqués que dans des
correspondant pour l’anti-Lub. antigènes, ainsi qu’à la présence
réactions transfusionnelles minimes
de molécules Lutheran capables
et des ictères post-transfusionnels. Oui (Lua–b–) d’absorber les anticorps sur le
Il est recommandé de sélectionner placenta.
Anti-Lua+b des unités dépourvues de l’antigène
correspondant pour l’anti-Lua+b.
L’anti-P1 est considéré comme un
anticorps peu significatif en
Non
P Anti-P1 transfusion sanguine. Il est naturel Non
et irrégulier, habituellement actif en
deçà de 25 °C.
AGH : antiglobuline humaine ; CG : culot globulaire ; MHNN : maladie hémolytique du nouveau-né ; SA : semaines d’aménorrhée.
— Circonstances de l’allo-immunisation tale, mais le plus souvent, l’incompatibilité reste asymp-
tomatique (tableau 32).
En France, l’incompatibilité fœtomaternelle (IFM), hors
système ABO, concerne 1 à 2 femmes enceintes sur
— Dépistage
1 000.
Les allo-immunisations anti-érythrocytaires appa- Le dépistage prénatal de l’allo-immunisation par RAI
raissent lors de la première grossesse incompatible et est fixé par le décret 92-143 du 14/02/1992 :
se complètent ou s’amplifient au cours des grossesses • RAI au premier trimestre de la grossesse pour toutes
ultérieures, au gré des nouveaux stimuli antigéniques les femmes ;
fœtaux. • puis, en cas de RAI négative au premier trimestre :
Au décours d’une grossesse d’évolution normale, le pas- – RAI au 6e, au 8e et au 9e mois chez la femme RHD
sage transplacentaire est faible aux 1er et 2e trimestres, négatif et la femme RHD positif avec antécédents
augmente avec le terme et survient surtout à l’accouche- de transfusion ou de grossesse ;
ment. L’hémorragie fœtomaternelle (HFM) peut égale- – RAI au 6e ou au 7e mois chez la femme RHD positif
ment survenir dans diverses situations pathologiques sans antécédents de transfusion ou de grossesse.
(avortements, métrorragies, traumatismes utérins…) ou
• après l’accouchement chez les femmes RHD négatif,
lors de gestes invasifs réalisés au cours de la grossesse
juste avant l’injection d’immunoglobulines anti-D
(version par manœuvre externe, cerclage du col, amnio-
(IgRh).
centèse, cordocentèse…).
En cas d’immunisation, le risque fœtal est évalué
L’allo-immunisation anti-D est la plus fréquente. En d’après la spécificité de l’anticorps car, dans 40 % des
France, 15 % des femmes sont RHD négatif (RH : –1) cas, l’anticorps ne présente aucun risque puisqu’il s’agit
et 60 % d’entre elles portent un enfant RHD positif d’un anticorps naturel.
(RH : 1). L’immunisation n’apparaît pas de façon systé-
matique : elle est détectée chez 1 % des femmes à la fin
— Distinction entre anti-D immuns
de la première grossesse RHD incompatible, puis chez
et anti-D passifs
5 à 7 % à 6 mois du post-partum et chez 12 % à la
fin de la seconde grossesse RHD incompatible. Un taux L’injection prénatale d’IgRh peut compliquer la détec-
maximal de 20 à 25 % est atteint chez les multipares. tion d’un anti-D immun. En effet, les IgRh sont sans
Les autres immunisations sont beaucoup plus rares ; effet sur une immunisation anti-D déjà constituée et
seules émergent les allo-immunisations anti-c (RH4), n’empêchent pas la réactivation.
anti-Kell, anti-Jka et anti-Fya. Les autres anticorps Seules la mesure précise de la concentration de l’anti-D
observés sont le plus souvent des anticorps naturels en ng/ml et sa comparaison avec la concentration atten-
comme l’anti-Lewis, l’anti-M et l’anti-E. due permettent de distinguer un anti-D immun d’un
anti-D passif (tableau 33). Si l’injection est incertaine
ou mal datée, il est recommandé de renouveler le bilan
— Conséquences de l’allo-immunisation
1 mois plus tard.
Ces immunisations peuvent être responsables d’anémies
fœtales (à partir du 2e trimestre, mais surtout au 3e tri-
Tableau 33. Concentration sériques d’anti-D attendues
mestre). En l’absence de traitement, leur évolution peut
conduire à une mort fœtale en état d’anasarque fœto- après injection d’anti-D
placentaire ou à une encéphalopathie bilirubinique Concentrations sériques (en ng anti-D/ml)
postnatale (ictère nucléaire). Ces formes graves ne Délai après injection après injection de :
représentent qu’une petite minorité des cas d’IFM 200 μg 300 μg
(< 5 %). 48 heures 30 ng/ml 45 ng/ml
1 semaine 24 ng/ml 36 ng/ml
Elles peuvent également être responsables d’anémies
néonatales avec ictère hémolytique : c’est la maladie 3 semaines 15 ng/ml 22,5 ng/ml
hémolytique du nouveau-né (MHNN). 6 semaines 7,6 ng/ml 11,4 ng/ml
9 semaines 3,8 ng/ml 5,7 ng/ml
Trois spécificités cumulent la quasi-totalité des cas 12 semaines 1,8 ng/ml 2,7 ng/ml
d’anémie fœtale par allo-immunisation : anti-D (90 %),
15 semaines 0,9 ng/ml 1,35 ng/ml
anti-Kell et anti-c. L’anti-E n’est qu’exceptionnellement
Exemple : patiente ayant reçu 2 doses (300 μg et 200 μg respectivement
en cause. Les autres anticorps limitent leur expression 9 semaines et 1 semaine avant). Concentration attendue : 5,7 + 24 =
à l’ictère hémolytique et parfois à une anémie postna- 29,7 ng/ml.
Pour mesurer la concentration de l’anti-D, le dosage — Surveillance de l’alloimmunisation (tableau 34)
pondéral étant une technique lourde à mettre en œuvre,
on lui préfère une technique de microtitrage comparatif En situation d’IFM et si l’anticorps présente un risque
fœtal, la surveillance nécessite de suivre le titre et la
sur microcolonnes.
concentration de l’anticorps qui permettent d’évaluer le
• Anti-D passif : l’injection d’une seule dose de 100 μg risque hémolytique in utero en fonction de l’âge gesta-
d’IgRh entraîne l’apparition d’un anti-D identifiable tionnel (tableau 35).
dans le sérum à un taux décroissant pendant 1 à En cas d’immunisation sévère, la surveillance bio-
4 mois selon la sensibilité de la technique. L’anticorps logique est couplée à la surveillance échographique
est décelable en technique à l’antiglobuline dès que pour déceler les signes d’anasarque fœtoplacentaire.
son taux est supérieur à 5 ng/ml. En deçà et jusqu’à
1 ng/ml, il n’est mis en évidence que par technique Quand le titre et la concentration dépassent les seuils
enzymatique. La demi-vie des IgRh étant de dangereux, l’amniocentèse permet de mesurer la biliru-
3 semaines, le taux d’anticorps est prévisible et binamnie. La ponction de sang fœtal pourra être discu-
dépend de la dose injectée ainsi que du délai du prélè- tée pour évaluer le degré d’anémie fœtale.
vement après injection (tableau 33).
— Traitement
• Anti-D immun : l’anti-D immun n’a pas tendance à
décroître, contrairement à l’anti-D passif. Le taux Deux mesures thérapeutiques permettent d’éviter l’évo-
peut rester stable ou augmenter fortement de façon lution vers l’anasarque fœtoplacentaire : la transfusion
imprévisible en cas de réactivation. L’immunisation fœtale in utero, parfois nécessaire en cas d’atteinte
anti-D n’est pas toujours décelable en technique à sévère, et le déclenchement de l’accouchement à partir
l’antiglobuline. En début d’immunisation ou si l’anti- de 7 mois de grossesse.
corps a une très faible affinité, l’anti-D n’est décelable Le traitement postnatal (photothérapie, exsanguino-
qu’en technique enzymatique. transfusion ou transfusion simple) de la maladie hémo-
lytique est aujourd’hui bien codifié. L’anémie néonatale
peut survenir jusqu’à l’âge de 3 mois en raison de la
— Recherche de l’incompatibilité fœtomaternelle persistance des anticorps maternels.
• Prévention de l’allo-immunisation anti-D par pro- attendue par l’injection systématique d’IgRh à
phylaxie systématique : les immunisations résiduelles 28–30 SA recommandée conjointement par le Collège
résultent d’oublis, d’insuffisances posologiques ou de National des Gynécologues et Obstétriciens Français
l’absence de couverture du risque d’HFM spontanée (CNGOF), le Centre National de Référence en Hémo-
en cours de grossesse (principalement au 3e tri- biologie Périnatale (CNRHP) et la Société Française
mestre). Une nouvelle réduction de leur incidence est de Médecine Périnatale (SFMP). Il est préconisé de
Tableau 35. Taux « critiques » des anticorps à risque fœtal
Anti-D Dosage pondéral (μg/ml) ≥4 3 2 1 0,7
Anti-c
Dosage pondéral (unités CHP/ml) 2 000 1 500 1 000 750 500
Anti-E
Anti-K Titre > 128 128 64 16 16
Risque fœtal à partir de 18 SA 24 SA 28 SA 32 SA 36 SA
Remarques : unité CHP = unités du Centre National de Référence en Hémobiologie Périnatale (unités locales, utilisées en l’absence d’étalon international).
En situation d’IFM, le risque d’anémie fœtale dépend du taux de l’anticorps et de l’âge gestationnel. Par exemple, un anti-D à 1 μg/ml expose un fœtus RHD+ à partir
de 7 mois alors que pour un taux de 4 μg/ml, le risque apparaît dès 18 SA.
D’après : Brossard Y, Parnet-Mathieu F, Larsen M. – Diagnostic et suivi prénatals des allo-immunisations érythrocytaires. – Feuillets Biol 2002 ; 43/245 : p. 16.