Au service du destin
AU SERVICE DU DESTIN
Biographie du
Shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari
qu’Allâh sanctifie son secret
Par le disciple,
Jamil Zaghdoudi
Au service du destin est édité par l’Asbl Anwar
et sa maison d’édition Les 7 Lectures
Rue Fernand Brunfaut 44
1080 Bruxelles
© Éditions Les 7 Lectures 2022
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-930978-21-5
N° de dépôt : D/2018/14.291/8
Dépôt légal : décembre 2018
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ou partielle, destinée à un usage collectif, faite par
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بسم اهلل الرحمن الرحيم
و الصالة و السالم على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين
Au début de chaque siècle,
Allâh envoie un réformateur qui renouvelle
à cette communauté les affaires de sa religion.
Le Prophète Muhammad ﷺ
Introduction
Au Nom d’Allâh, le Clément,
le Très Miséricordieux.
Que la paix et le salut soient sur notre messager
et prophète, le seigneur des deux mondes, l’isthme
des deux mers, le sceau de l’existence, l’océan caché,
sayiduna Muhammad ﷺ. Et que le salut soit sur
ses compagnons et sur les gens de sa maison.
J’ai voulu, au travers de ce livre vous transmettre
ce que j’ai pu entendre de l’histoire de notre shaykh
sidi Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Allâh sanctifie
son secret. En plus d’avoir eu l’honneur d’entendre la
plupart des informations que vous trouverez dans ce
court livre directement de la bouche de notre shaykh,
j’ai également récolté certaines informations auprès
de ses disciples les plus proches. C’est pourquoi je
tiens à remercier sidi Abdel-Nasser, sidi Abdel-Ha-
fidh, sidi ibn Siniy et sidi Muhammad Fadhil pour
leur aide, ainsi que pour leur témoignage.
Au service du destin
Le disciple qui réussit dans la voie est celui qui
s’est éteint dans la présence de son maître spirituel.
Et ne peut s’éteindre dans son maître que celui qui
devient l’ombre de son maître. C’est dans ce sens
que notre shaykh, sidi Mohamed Faouzi al-Karkari
– qu’Allâh sanctifie son secret – dit dans l’un de ses
poèmes :
Me vois-tu moi ou bien
est-ce mon ombre que tu vois ?
Ne peut le comprendre
que celui qui est devenu comme moi
L’aspirant sincère est celui qui cherche à imiter son
shaykh dans chacun de ses gestes, et pour parvenir à
cela, il doit connaitre et suivre son parcours. C’est la
raison qui m’a poussé à écrire ce livre : permettre à
ceux qui le lisent de goûter de près comme de loin aux
états spirituels des gens d’Allâh. Cette ouvrage s’arti-
culera autour de courts et concis chapitres placés dans
un ordre chronologique voulu. Je demande à Allâh de
nous pardonner nos manquements et de nous guider
sur une voie blanche dont la nuit ne diffère pas du
jour, une voie de Lumière et de connaissance, une
Voie de convenance et d’espoir.
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Introduction
Sache cher lecteur, que la condition de ce noble
shaykh est étrange et sans pareille. Nous avons voulu,
par la grâce d’Allâh, te faire part de ce que nous avons
entendu durant nos trois ans de dépouillement passés
dans la zawiya karkariya. Il s’agit là de la véritable
biographie du shaykh éducateur sidi Mohamed Faouzi
al-Karkari – qu’Allâh sanctifie son secret.
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Son nom et sa famille
Il est le soleil de la connaissance, le confluent des
deux mers, l’océan de la gnose, le cœur de l’esprit, le
soufre rouge, héritier du secret de l’essence, guide
dans la voie du dévoilement. Il est le shaykh éduca-
teur Abu ‘Abdallah, sidi Mohamed Faouzi ibn Tayeb
al-Karkari, – qu’Allâh sanctifie son secret –, le noble
d’ascendance chérifienne idrisside et hassanienne.
Saydi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari a
épousé en première noce, la noble d’ascendance ché-
rifienne, la pieuse et pudique, lalla Najet, puisse Allâh
la combler en retour de son sacrifice pour la voie. De
cette union bénie sont nés six enfants, à la date du
25 juin 2018, dans l’ordre que voici : Wihem, Abdul-
lah, Aya, Ala, Wala’, Hira. Il nous faut témoigner de
la bonté et du sacrifice de l’épouse de notre shaykh
envers les disciples de la voie. Des années durant, elle
s’est occupée de nourrir les disciples présents dans la
zawiya sans se fatiguer dans son travail. Allâh lui a
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Au service du destin
octroyé en retour une vue perçante et bon nombre de
dévoilements qui se sont pour la plupart révélés vrais.
En ce sens, nous avons entendu saydi shaykh
Mohamed Faouzi al-Karkari dire : « Allâh me donne
le droit d’avoir trois autres épouses, mais par son
sacrifice, son abnégation, son caractère, elle a gagné
ma satisfaction, je n’en épouserai donc aucune autre. »
La sainteté de notre shaykh apparait également dans
sa descendance et cela à travers un cachet prophétique
dont sont marqués ses enfants.
Lorsqu’on observe de plus près ce cachet, on voit
qu’il s’agit d’une tache de naissance ayant la forme
d’une carte. Cette carte couvre avec une précision
étonnante l’ensemble des terres foulées par le Pro-
phète ﷺdurant sa vie. Le plus incroyable n’est pas
que ce cachet se répète sur chacun de ses enfants,
c’est plutôt qu’avant la naissance de sa quatrième
fille, Wala, il nous dit : « La prochaine va naître d’ici
quelques jours et vous verrez, elle aura le même cachet
sur son corps à tel endroit du corps. » Et effective-
ment, c’est ce qui s’est produit. Il s’agit là du cachet
prophétique prouvant la noblesse de leur ascendance.
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Sa chaine de transmission
dans la science
Sa chaine de transmission remonte sans interrup-
tion au messager d’Allâh ﷺde la façon suivante :
– Le shaykh sidi Mohamed Faouzi al-Karkari
al-Hassani al-Idrissi.
– Le shaykh moulay al-Hassan al-Karkari.
– Le shaykh moulay Taher al-Karkari.
– Le shaykh Ahmad al-Alawi al-Mostaghanemi.
– Le shaykh Muhammad ibn al-Habib al-Bouzidi.
– Le shaykh Muhammad ibn Abdul-Qadir al-Wakili,
connu comme shaykh ibn Qaddour al-Wakili.
– Le shaykh Abi Ya’za al-Mahaji.
– Le shaykh moulay al-‘Arbi Darqawi.
– Le shaykh Ali ibn Abdul-Rahman al-Omrani
connu sous le nom d’al-Jammal.
– Le shaykh al-‘Arbi ibn Ahmad ibn Abdullah
al-Fassi.
– Le shaykh Ahmad al-Fassi.
– Le shaykh Qassim al-Khassassi.
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Au service du destin
– Le shaykh Muhammad ibn Abdullah ibn Ma’an
al-Andalussi al-Fassi.
– Le shaykh Abdul-Rahman ibn Muhammad
al-Fassi.
– Le shaykh Yussuf ibn Muhammad al-Fassi.
– Le shaykh Abdul-Rahman al-Majdhub.
– Le shaykh Ali Sanhaji.
– Le shaykh Ibrahim al Faham.
– Le shaykh Ahmad ibn Ahmad al-Barnusi al Fassi
connu comme al-Zarrouq.
– Le shaykh Ahmad ibn ‘Oqba al-Hadrami.
– Le shaykh Yah’ia ibn Ahmad al-Qadri.
– Le shaykh ‘Ali ibn Muhammad ibn Wafa.
– Le shaykh Muhammad ibn Wafa.
– Le shaykh Abi Sulayman Dawud
ibn Omar al-Bakhili.
– Le shaykh ibn ‘Ata Allâh al-Iskandari.
– Le shaykh Abu ‘Abbas al-Mursi.
– Le shaykh Abu Hassan al-Shadhili.
– Le shaykh Abu Abdallah Abdel-Salam ibn
Mashish al Hassani al Idrissi.
– Le shaykh Abu Ziyed Abdul-Rahman al-Hassani
al-‘Atar connu comme al-Ziyyat.
– Le shaykh Taqi-al-Din.
– Le shaykh Fakhr al-Din.
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Sa chaine de transmission dans la science
– Le shaykh Nourredin.
– Le shaykh Muhammad Taj-al-Din.
– Le shaykh Muhammad Chams al-Din.
– Le shaykh Zinnedine al-Qazwani.
– Le shaykh Abi Ishaq Ibrahim al-Basri.
– Le shaykh abi Qacem Ahmad al-Marwani.
– Le shaykh Abi Muhammad Sa’id.
– Le shaykh Sa’d.
– Le shaykh Fath as-Su’ud.
– Le shaykh Sa’id al-Ghazwani.
– Le shaykh Abi Muhammad Jaber ibn Abdullah.
– Le pur et purifié sayiduna al-Hassan ibn Ali.
– La porte de la cité de la science sayiduna Ali ibn
Abi Talib.
– Le seigneur des deux mondes, la Lumière des
univers, le prophète et messager d’Allâh, le bien-
aimé, sayiduna Muhammad ﷺ.
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Son ascendance
Il est le fils du noble chérifien, sidi moulay Tayeb
al-Karkari al-Idrissi al-Hassani, fils du shaykh éduca-
teur et pôle de son temps, héritier du secret initiatique,
sidi moulay al Taher al-Karkari, qu’Allâh sanctifie son
secret, fils de moulay Muhammad al-Fardiy, fils de
moulay Tayeb, fils du shaykh et pôle sidi Muhammad
ibn Qaddour al-Boukili, fils de moulay Abdul’Qader,
fils de moulay Ahmad, fils de moulay al-‘Arbi, fils de
moulay Muhammad, fils de moulay ‘Ali, fils de moulay
Moussa, fils de moulay ‘Ali, fils de moulay Ya’coub,
fils de moulay Ibrahim, fils de moulay ibn Zayd, fils
de moulay Yahi’a, fils de moulay Abdul-Rahman, fils
de moulay ‘Abdullah, fils de moulay ‘Abdul-Aziz, fils
de moulay Zakariya, fils de moulay Yahiya, fils de
moulay ‘Aissa, fils de moulay al-Hassan, fils de moulay
Muhammad, fils de moulay ‘Ali, fils de moulay ‘Aissa,
fils de moulay Mimoun Abu-Wakili, fils de moulay
Mess’oud, fils de moulay ‘Aissa, fils de moulay Moussa,
fils de moulay ‘Azouz, fils de moulay ‘Abdul-Aziz, fils
21
Au service du destin
de moulay Me’zouz, fils de moulay ‘Alal, fils de moulay
Jaber, fils de moulay ‘Imran, fils de moulay Salem,
fils de moulay ‘Iyyad, fils de moulay Ahmad, fils de
moulay Muhammad, fils de moulay al-Qacem, fils de
moulay Idriss al-Azhar, fils de moulay Idriss Nafs-Al
Zakkiya, fils de Abdul Allâh al-Kamil, fils de moulay
Hassan al-Thani, fils de moulay Hassan al-Sebt, fils de
sayiduna ‘Ali – qu’Allâh anoblisse son visage – et de
Fatima az-Zahra, fille du Seigneur des deux mondes,
sayiduna Muhammad ﷺ.
Du côté maternel, la mère de notre shaykh, feu
lalla Yamna était la cousine paternelle de moulay
Tayeb, petite fille de moulay Muhammad al-Fardiy,
nièce de moulay Tahir, qu’Allâh sanctifie son secret.
22
La pureté de son ascendance
En plus d’avoir un arbre généalogique remon-
tant au seigneur des deux mondes, chacun des aïeux
paternels de shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari
– qu’Allâh sanctifie son secret – a épousé une ou
plusieurs épouses d’ascendance chérifienne. De plus,
depuis sidi Ali fils de Moussa – qu’Allâh sanctifie
son secret –, aïeux de la douzième génération, jusqu’à
moulay Taher al-Karkari – qu’Allâh sanctifie son
secret –, chacun de ses aïeux possède un mausolée
surmonté d’un dôme dans les environs de la ville
d’al-Aroui. Beaucoup d’entre eux, en plus d’être des
savants de la Loi, ont accédé à la connaissance directe
d’Allâh faisant d’eux des connaissants d’Allâh (‘arifin
billah). En ce sens, j’ai entendu saydi shaykh Mohamed
Faouzi al-Karkari dire : « Cette baraka se transmet de
père en fils et cela sur plusieurs générations. »
Cette famille s’est donc installée depuis douze
générations dans la ville d’al-Aroui, se trouvant dans
la région du Rif à vingt kilomètres de la ville de Nador.
23
Au service du destin
Parmi les membres de sa famille, nous pouvons
citer : sidi Mokhtar Boukhnif qui était connu pour ses
nombreux prodiges. Parmi ses prodiges, il avait pour
habitude de plier l’espace afin d’effectuer la prière du
vendredi dans la ville sainte de la Mecque. Un voya-
geur marocain venu faire le pèlerinage perdit l’argent
qu’il avait et se trouva dans l’impossibilité de regagner
son pays. Se plaignant de cela, les habitants de la
ville sainte lui conseillèrent d’aller trouver un certain
marocain inconnu de tous et qui avait l’habitude de
prier jumu’ah dans un endroit précis de la mosquée.
Suivant le conseil qu’on lui avait donné, le voya-
geur trouva sidi Mokhtar Boukhnif à l’endroit qu’on
lui avait indiqué. Après lui avoir expliqué sa situation,
sidi Mokhtar Boukhnif lui dit de revenir la semaine
suivante et qu’il trouvera une solution à son pro-
blème. La semaine suivante lorsqu’il le rencontra,
sidi Mokhtar demanda au voyageur de fermer les
yeux et de ne pas les ouvrir tant qu’il ne lui en avait
pas donné l’ordre. Il ferma les yeux et lorsqu’il lui
fut demandé de les ouvrir après quelques instants,
le voyageur se retrouva dans son pays, dans sa ville
et il put revoir sa famille.
Ce voyageur devint le disciple le plus proche de
sidi Mokhtar Boukhnif et lorsque ce dernier mourut,
24
La pureté de son ascendance
par amour pour son maître, il fit venir de Fès un
dôme fait d’un bois extrêmement lourd et précieux,
travaillé à la main, qui nécessitait de grands efforts
pour le faire parvenir depuis une ville éloignée à
une époque où moteurs et moyens de locomotions
modernes n’existaient pas.
Sidi Abu-l-Mawahib ibn Qaddour al-Boukili
– qu’Allâh sanctifie son secret –, aïeul paternel et
maternel ainsi que membre de la chaine initiatique
de la cinquième génération de saydi shaykh Mohamed
Faouzi al-Karkari fut un grand maître de la voie.
Il est le premier à s’installer sur le mont karkar se
trouvant à une quarantaine de kilomètres de la ville
d’al-Aroui et pour cette raison, ses descendants furent
appelés « karkari ». Il eut pour disciple le shaykh sidi
Muhammad ibn al-Habib al-Bouzidi qui propagea
la voie à travers son héritier, sidi Ahmad al-Alawi,
ainsi que le shaykh Muhammad al-Hebri, fondateur
de la voie hebriya dont les ramifications se sont éten-
dues à l’ensemble du Maghreb à l’instar de la voie
belqaydiyya en Algérie.
Il transmettait les secrets du Nom de majesté
« Allâh » ainsi que les sciences initiatiques, si bien
qu’il fut surnommé Abu-l-Mawahib (l’homme aux
miracles).
25
Au service du destin
Sidi Muhammad al-Fardiy – qu’Allâh l’agrée –,
arrière-grand-père de sidi Mohamed Faouzi al-Ka-
rkari – qu’Allâh sanctifie son secret –, était un homme
connu pour sa piété et sa sincérité, dans les paroles
tout comme dans les faits. A ce propos il est rapporté
que moulay at-Tayib – qu’Allâh lui fasse miséricorde –
insistait beaucoup, dans l’éducation de son fils sidi
Muhammad al-Fardiy, sur la sincérité et l’honnêteté.
Un jour, il décida d’envoyer son fils à la ville de
Fès, à l’époque de la colonisation… et il se trouva que
le groupe de voyageurs arriva à un barrage que les
forces d’occupation avaient établi et à partir duquel
ils arrêtaient tous les passants pour les fouiller. Or ils
n’arrêtaient personne sur qui ils trouvaient de l’argent
ou quel que bien que ce soit, sans que ces derniers ne
le leur soient confisqués… Ils questionnèrent alors
tous les occupants du bus l’un après l’autre, et tous
affirmèrent bien sûr n’avoir pas d’argent sur eux. On
commença donc à les fouiller et à les dépouiller tous
les uns après les autres, jusqu’à ce qu’ils arrivent face
à sîdî Muhammad al-Fardiy, et ils demandèrent :
– As-tu de l’argent sur toi ?
– Oui
– Combien as-tu ?
– J’ai ceci et ceci…
26
La pureté de son ascendance
Et tous se mirent à rigoler et se moquer de lui :
– Toi, tu as avec toi autant d’argent !?
Ils le laissèrent finalement passer, et c’est ainsi que
son honnêteté lui permit ce jour-là de leur échapper,
et c’est la raison pour laquelle Allâh ﷻlui accorda
de nombreuses et étonnantes karamâtes (prodiges).
Lorsqu’il mourut, il fut enterré dans la zawiya
de sidi Ibn Qaddour al Boukili sur le mont karkar.
Plusieurs mausolées et dômes furent érigés sur sa
tombe, mais ils s’écroulèrent à chaque fois jusqu’à ce
qu’un chérif vit en songe sidi Muhammad al-Fardiy
lui dire : « Je ne veux pas de dôme sur ma tombe, ce
serait un manque de respect envers mon père. »
A la place d’un dôme, c’est un arbre qui poussa sur
sa tombe se trouvant à l’entrée de la zawiya.
Sidi moulay Taher al-Karkari – qu’Allâh sanctifie
son secret –, grand-père paternel de notre shaykh, puisse
Allâh nous faire profiter d’eux, alla trouver le maître de
son temps, shaykh Ahmad al-Alawi – qu’Allâh sanctifie
son secret –, dans sa zawiya de Mostaganem en Algé-
rie. Il est à juste titre rapporté dans le livre du shaykh
Adda Bentounes, Rawdat Asaniya, que le moulay Taher
vint accompagné de sidi Muhammad as-Saghir, et
que le shaykh Ahmad al-Alawi se leva et se rendit de
lui-même à leur rencontre.
27
Au service du destin
De même, il est mentionné dans le même livre
que moulay Taher accéda à la station de la guidance
(irshad) du vivant même de son shaykh : « Et parmi ces
zawiya se trouve la zawiya du shaykh de noble lignée,
sîdî moulay Taher ibn Muhammad ibn al-Shaykh
al-Kabîr sîdî Muhammad ibn Qaddoûr al-Karkariy,
qui se situe dans la ville de Temsemen. Quant à sa
venue à Moustaghanem, nous l’avons déjà abordé en
évoquant sîdî Muhammad as-Saghîr ibn sîdî moulay
at-Tayib, donc comme nous avons dit à propos d’eux
deux : ils ont l’autorisation de la part de al-‘Ustâdh
(sîdî Ahmad al-‘Alawiy) dans le fait de donner le
wird de la tarîqa, et le shaykh sîdî moulay Taher a
reçu en plus l’autorisation de prendre en charge la
tarbiya des fuqara ainsi que de leur transmettre au
travers du dhikr (tadhkîr), les sciences spirituelles de
la tarîqa. Et de fait, Allâh lui a certainement permis
d’influer grâce à cela de la meilleure des manières,
en formant des gens qu’Allâh avait prédestinés pour
être les secoureurs de cette noble voie ainsi que pour
être du nombre de ses enfants bien-guidés 1. »
Sidi moulay Taher – qu’Allâh sanctifie son secret –
a lutté et aidé les moudjahidines durant la guerre qui
1 Ar-Rawdatu as-saniya, shaykh ‘Adda Bentounes.
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La pureté de son ascendance
opposa l’état colonial espagnol au Rif marocain. Sous
sa zawiya dans le village de Temsemen se trouvait une
caverne qui servait de refuge et d’entrepôt pour les
combattants. À la fin de la guerre, cette caverne devint
un lieu de retraite dans lequel de nombreux dis-
ciples obtinrent l’ouverture spirituelle (fath). Moulay
Taher s’est marié à sept femmes avec qui il eut qua-
rante-trois enfants vivant encore de nos jours, pour
la plupart d’entre eux, dans la région de Temsemen.
Parmi ses enfants, le père de notre shaykh, sidi moulay
Tayeb, puisse Allâh lui rajouter bienfaits sur bienfaits.
29
Sa naissance
Sidi moulay Tayeb, fils de moulay Taher et père de
saydi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Allâh
sanctifie leur secret – se consacrait corps et âme au
service de son père, bien qu’il ne prit pas la voie entre
ses mains. Cette abnégation et l’amour qu’il portait
pour son père firent qu’il devint le fils favori. Tou-
jours à ses côtés, moulay Tayeb conduisait son père à
tous ses rendez-vous, à toutes ses visites. Alors jeune
homme, il se rendit en Europe pour travailler. Cet
éloignement attrista profondément moulay Taher si
bien que lorsqu’il revint au pays, moulay Taher, pour
éviter que son fils ne reparte, le maria en première
noce à la fille de son frère, la pieuse et réservée lalla
Yamna, puisse Allâh la couvrir de Sa miséricorde.
En plus de cela, moulay Taher lui offrit la pièce dans
laquelle il vivait et qui se trouvait dans une annexe
de la zawiya de Temsemen dans le Rif marocain,
une région dont le peuple est connu pour sa foi et
sa bravoure.
31
Au service du destin
De cette union naquit saydi shaykh Mohamed
Faouzi al-Karkari – qu’Allâh l’agrée – dont le prénom
fut choisi par moulay Taher en personne, le mercredi
2 juillet 1974 (12 Jumada at-Thani 1394) dans cette
même pièce.
De nos jours, la plupart des murs de la zawiya
ont commencé à s’écrouler à l’exception de la pièce
dans laquelle notre shaykh a vu le jour.
Par la grâce d’Allâh, nous avons pu visiter ce lieu
à plusieurs reprises : la zawiya, faite de terre et de
pierre, se trouve au sommet d’une colline et est entou-
rée de champs cultivés. Au sommet de cette colline
se trouve aujourd’hui le tombeau de moulay Taher
couvert par un dôme conique et en contre bas, celui
de moulay al-Hassan – qu’Allâh l’agrée –. La colline
donne au loin sur la mer. Face à la zawiya se trouve
une mosquée construite sur le flanc de la colline. C’est
en ce lieu béni que saydi shaykh et moulay Abdel-Nas-
ser se rendaient afin de mémoriser le Coran lorsqu’ils
étaient encore enfants. Il est a noté que malgré le
fait qu’il s’agisse d’une région berbérophone, tous
les enfants et petits-enfants de moulay Taher parlent
exclusivement l’arabe, ce qui est une caractéristique
des familles d’ascendance chérifienne.
32
Sa naissance
À la mort de son père, moulay Tayeb construisit
pour lui, de ses propres mains, le mausolée ainsi que
le dôme surplombant la tombe que l’on peut encore
visiter de nos jours.
Parmi les signes de sa sainteté, pour ceux qui
ont un cœur, tous les frères et sœurs de notre shaykh
possèdent sur leur acte de naissance une date selon
le calendrier lunaire et une autre selon le calendrier
solaire, exception faite de saydi shaykh qui ne possède
sa date de naissance que sur base du calendrier gré-
gorien, c’est-à-dire solaire.
33
Son enfance et sa jeunesse
Il grandit normalement sous l’égide de ses parents
et de son grand-père, dans la pratique religieuse au
cœur même de la zawiya de Temsemen. Moulay
Taher, connu pour sa sévérité et son intransigeance,
allant parfois jusqu’à fouetter ses disciples et ses
enfants lorsque ceux-ci déviaient de l’ordre pro-
phétique, et malgré ses quarante-trois enfants et les
dizaines de petits enfants qu’il avait, se montrait par-
ticulièrement doux avec le jeune Mohamed Faouzi,
si bien que de nombreux membres de la famille en
furent jaloux. Et lorsqu’on demanda à moulay Taher
pourquoi il asseyait sur ses genoux, matin et soir, le
jeune Mohamed Faouzi alors à peine âgé de deux
ans, il répondit : « Si vous trouvez pareil à cet enfant,
alors amenez-le moi, mais vous ne le trouverez pas. »
C’est qu’il savait déjà par dévoilement qui allait
devenir son petit-fils.
Encore enfant, saydi shaykh Mohamed Faouzi
al-Karkari – qu’Allâh sanctifie son secret – se distin-
35
Au service du destin
guait des autres enfants par son sérieux, et non par
l’oisiveté, le jeu et la paresse. En ce sens, le frère de
notre shaykh, sidi Abdel-Nasser dit : « Encore enfant,
il était peu enclin au jeu. Sa singularité se voyait déjà
à cette époque. Ses vêtements n’étaient jamais tachés,
jamais déchirés, toujours propres. Il ne courait pas
dans tous les sens, ce qui est habituel pour les enfants,
mais était toujours posé. »
Il était alors sujet à des visions véridiques qui
se produisaient dans le monde sensoriel (mulk) de
la même façon qu’il les avait vues dans le monde
spirituel (malakoute). En ce sens, je l’ai entendu dire :
« Encore enfant, je voyais de nombreuses visions
durant mon sommeil et après quelques temps, elles
se produisaient dans le monde sensoriel. Je m’en suis
rendu compte après avoir, durant une vision pieuse,
visité une maison de fond en comble. Quelques temps
après cela je suis allé avec mes parents rendre visite
à une tante. En rentrant chez elle, je reconnus la
maison que j’avais visitée dans ma vision. J’étais même
capable de dire avec précision quelle pièce se trouvait
derrière telle ou telle porte. Lorsque je compris cela,
les rêves continuèrent de se produire, mais très vite,
je remarquai que si je venais à partager mon rêve
avec quelqu’un, celui-ci ne produisait pas. Dès lors
36
Son enfance et sa jeunesse
que je voyais que quelque chose de mauvais allait se
produire, je m’empressais de le raconter. »
Moulay Tayeb se maria à une deuxième épouse
qu’il installa dans la ville d’al-Hoceima, dans le Rif
marocain. C’est dans cette ville, entouré de son père et
de sa belle-mère, que saydi shaykh Mohamed Faouzi
Al Karkari effectua le début de ses études primaires. Il
s’installa ensuite dans un internat dans la ville de Taza
dans la région de Fès pour terminer son éducation
secondaire. Il dit : « Les internats du Maroc ne sont
pas semblables aux internats d’Europe 2, mais il s’agit
là de la meilleure des éducations 3. »
Allâh, Le très sage, décida qu’il interrompe son
instruction pour commencer son apprentissage du
grand monde, et ceci, jusqu’à ce qu’il porte l’étendard
de la sainteté.
2 Signifiant par-là que la condition de vie était difficile.
3 Il dit, durant une discussion avec les fuqara : « Pour ceux qui veulent
vivre dans la zawiya, il n’y a pas pour eux de meilleur exemple
que l’ordre militaire ou l’internat. Si je pouvais, j’enverrai tous mes
disciples au sein de l’armée pour qu’ils y apprennent l’ordre et la
rigueur avant qu’ils ne viennent à la zawiya. »
37
Au service du destin
Encore adolescent, il commença à travailler au
sein d’une usine de poisson pour aider sa famille. Il
se mit également à vendre du poisson ainsi que des
vêtements dans les marchés. Il subit alors de très
grandes injustices et de très nombreuses épreuves,
et en plus de cela, sa relation avec sa belle-mère se
compliqua si bien que le monde devint trop étroit
pour lui, et que la mort devint préférable à la vie.
Je l’ai entendu dire 4 : « Moi-même, votre shaykh,
avant de rencontrer mon shaykh, j’ai commis un péché
plus grave que tous vos péchés réunis. Dans notre
famille, la prière, le dhikr, l’abstinence étaient chose
courante, louange à Allâh pour toutes Ses grâces,
mais vint une période où le monde devint trop étroit
pour moi, ce jour-là, j’ai envoyé mon frère Abdullah
4 Le 30 avril 2018.
39
Au service du destin
m’acheter un jus et une centaine de capsules de
poison... Une seule de ces capsules pouvait tuer trois
chiens.
Ce jour-là, j’ai bu les cent capsules. Mes parents
nous avaient élevés dans la religion et dans le rappel
de certains hadiths et lorsque j’ai bu les cent capsules
de poison, je savais pertinemment qu’en mourant
ma place serait en enfer, je savais que, comme le
dit le hadith, je serais condamné à recommencer
mon geste perpétuellement en enfer... je le savais...
je me souviens encore que lorsque j’ai bu le poison,
l’appel pour la prière de ‘asr retentit. Je me suis alors
rendu à la mosquée, le poison dans le ventre, et j’ai
prié les deux unités de salutation de la mosquée... en
priant... je le jure... jusqu’à aujourd’hui... je n’ai pas
prié de prière semblable... à chaque prosternation,
c’était comme si je n’allais plus me relever et lorsque
je m’en relevais, je voyais en face de moi le Nom
« Allâh » sur une décoration, j’attendais la mort et
l’enfer. Je demandais uniquement à Allâh le fait de
ne pas déranger la prière avec ma mort... et effec-
tivement, j’ai eu le temps de prier. En sortant de la
mosquée, je suis tombé. »
40
Au service du destin
Il passa alors trois jours, du mercredi au vendredi,
inconscient, absent de lui-même, entre la vie et la
mort. Dans cet état, Allâh lui fit voir une vision qu’il
nous raconta : « Je me suis vu dans une sorte de tribu-
nal. En face de moi se trouvaient plusieurs hommes,
comme s’il s’agissait de juges. Je les voyais discuter de
mon cas entre eux jusqu’à ce que l’un d’eux se tourne
en ma direction saisissant son marteau, frappant avec
force et disant : « Mohamed Faouzi al-Karkari est
condamné à dix ans de prison. » »
Il se réveilla de son coma avec l’appel à la prière
du jumu’ah qu’il alla prier. Il ne subsistait alors en lui
aucune trace des capsules de poison, comme s’il ne les
avait jamais ingurgitées. Après quelques jours, âgé de
dix-neuf ans, son état spirituel devint si intense qu’il
s’isola de sa famille et de ses amis et voyagea à travers
tout le Maroc. Il visita nombre de villes, foula de ses
pieds des contrées lointaines, marcha entre monts
et vaux. Il dit : « Ma famille pensait qu’après mon
suicide j’allais recommencer. Pour eux, c’est comme
si j’étais mort. »
Le frère de notre shaykh, sidi Abdel-Nasser nous
dit : « Je me souviens encore de ce jour, il était avec
41
Au service du destin
le faqir ibn al-Siniy. Après avoir reçu un appel, il est
parti… ce fut la dernière fois que je le vis en dix ans. »
Le jeune Mohamed Faouzi, puisse Allâh l’agréer,
se rendit alors à Nador accompagné du chérif ibn
al-Siniy 5, et dépensa ce qu’il lui restait comme argent
pour rejoindre la ville la plus éloignée possible que
lui permettait le montant du billet et ce fut la ville de
Taza, celle où il vécut en internat durant son enfance,
puis il continua son voyage vers Fès.
Je l’ai entendu dire à ce sujet : « La première nuit
que nous avons passée dehors était sur une voie
menant à la ville de Sefrou 6 et la première ville dans
laquelle nous nous sommes installés était la ville de
Fès, près de Bab Boujloud, à quelques pas de la sta-
tion de Taxi… On ne connaissait personne, mais après
quelques temps je connus alors les différents quartiers
de Fès, Mont-Fleuri, Zouagha… je me souviens d’une
mosquée où nous avons passé de nombreuses nuits.
Après Fès, nous nous sommes rendus à pieds jusqu’à
Oujda où nous avons passé trois mois.
5 Sidi Muhammad ibn Siniy Taibi m’a dit : « Je l’ai accompagné jusque
Nador, il ne possédait que soixante-dix dirham. Il me tendit cin-
quante dirhams et il prit les vingt restants et il partit. Depuis ce
jour-là, je n’eus plus aucune nouvelle de lui durant près de dix ans. »
6 Sefrou signifie en berbère : « le lieu de la cachette. »
42
Au service du destin
Et parmi les quartiers où nous avons vécu, celui
dans lequel se trouve la zawya de Oujda. Puis, nous
nous sommes rendus à Nador pour seulement trois
jours et enfin à al-Hoceima où nous avons passé une
semaine. Depuis al-Hoceima, nous avons marché
jusqu’à Oued Laou 7. Nous dormions alors sous les
arbres et lorsque la faim nous tiraillait, nous man-
gions des feuilles. Puis, nous avons continué notre
voyage vers Tétouan, puis vers Tanger, puis nous
sommes encore revenus à Fès. De Fès, nous nous
sommes rendus à Marrakech où nous n’avons passé
que deux jours et nous avons continué notre voyage,
vers Chichaoua, Agadir, Ouarzazate, Tiznit, Tafraout,
Houara 8, jusqu’à atteindre le Mahbes 9, la première
année de la militarisation, puis nous avons rejoint
Agadir puis Rabat dans le quartier de Tamara, où
nous avons passé de longs moments, puis Kenitra et
il s’agit là uniquement des grandes villes, les douar
et villages ne se comptent pas, comme sidi Qacem,
Marmousha, al-Hajeb, Ifran, Ain Rahma, moulay
Yacoub, ‘ayn Shadya.
7 Dans la région de Tétouan.
8 Ouled Teima.
9 Il dit à ce sujet : « Je voyais au loin un amas de terre marquant la
frontière. »
43
Au service du destin
Il s’était alors écoulé une année complète depuis
notre départ. La seconde année, nous avons com-
mencé le Dour, la visite de moussem 10 en moussem
de 44 saints se trouvant sur l’ensemble du territoire
marocain. Nous dormions dans les mausolées et les
tombes de saints, parmi eux, sidi moulay Abdallah
Amghar, où nous avons passé un long moment…
nous nous sommes rendus au moussem du shaykh
al-Kamel, au moussem de sidi Ali ben Hamdoush,
de sidi Idriss al-Azhar et moulay Idriss al-Akbar…
parfois nous faisions près de trente allers-retours entre
deux tombeaux. Dans certaines villes, nous avons
passé une année entière, dans d’autres sept mois,
dans d’autres encore seulement quelques jours. De
ce fait, aujourd’hui, lorsqu’un disciple nous dit qu’il
vient de telle ou telle ville, nous savons qui il est, car
nous avons connu les caractéristiques des habitants
de ces villes durant notre siyaha (pérégrination), si les
habitants sont avares ou généreux, doux ou violents... »
Shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Allâh
sanctifie son secret – passait parfois des jours et des
mois seul à traverser les champs et les montagnes, et
dormait là où la nuit le surprenait. Il dit : « Je prenais la
10 Moussem : célébration religieuse, souvent en l’honneur d’un saint.
44
Au service du destin
terre comme lit, et le ciel étoilé comme couverture, j’ai
voyagé entre les montagnes mais c’est auprès d’Allâh
que j’ai attaché mes bagages. » Il dit, qu’Allâh l’agrée :
« Je servais le destin et je ne le savais pas. Quand j’in-
voquais, le Vrai répondait à mon invocation. Quand je
cherchais, j’obtenais ce que je cherchais. Les créatures
se tournaient vers moi où que j’aille. »
Lorsque les jours de faim se succédaient, il lui
arrivait de manger dans les poubelles. Dans cet
état, il entendait les arbres et les pierres lui parler
et il conversait avec eux. Il dit : « Je me suis isolé des
hommes, ce qui me poussa à converser avec les arbres
et les pierres. Je suis incapable d’énumérer tous les
prodiges que j’ai vécu durant ces années d’errance. »
Il dit : « Nous avons vécu avec des gens que vous
ne pouvez imaginer. Nous avons vécu avec les gens
les plus rabaissés et humiliés qu’il soit et malgré
cela, nous nous voyions comme encore plus rabaissés
qu’eux, car nous pensions que quoi qu’ils fassent, ils
n’atteindraient jamais le mal que nous avions commis.
Nous avions tenté de nous suicider et Allâh dit que
celui qui tue une âme, c’est comme s’il avait tué toute
l’humanité. C’est pourquoi aujourd’hui qu’importe le
passé de celui qui vient en notre présence, il repart de
chez nous repentant. Tu as beau lui faire dawah (l’ap-
45
Au service du destin
pel à Dieu) toute ta vie, tu ne l’influenceras jamais !
Pourquoi ? Parce que tu n’as pas vécu ses états ! Tu
ne peux pas guider et conseiller quelqu’un si tu n’as
pas vécu le même parcours. Nous avons connu au
milieu de ceux que vous appelez les « pécheurs », « les
hommes vils », les buveurs d’alcool, les prostituées, les
hommes et les femmes les plus élevés (iliyin), nous
avons vu en eux une miséricorde cachée. Ceux-là, en
quelques instants, deviennent les meilleurs. Et lorsque
nous sommes devenu shaykh, ceux qu’auparavant
nous considérions comme les plus élevés, se sont
révélés être les plus vils (soufli) et cela n’a fait que
nous rajouter étonnement sur étonnement. »
Parmi les épreuves qu’il eut à subir durant ces
années d’errance, il trouva un travail et fut accusé
par un des employés de vol. Si bien que la police
vint le trouver pour l’interroger. Juste avant d’être
incarcéré, un homme le reconnut et témoigna en sa
faveur en disant : « De tous les hommes sur terre, il
est le seul qui ne saurait voler, laissez-le tranquille. » Il
se révélera plus tard que c’était celui qui avait accusé
notre maître de vol qui en était coupable, et il fut
incarcéré pour cela.
C’est ainsi qu’il voyagea sans connaitre le dessein
du Vrai. Allâh voulut qu’il accompagne l’ensemble
46
Au service du destin
de Ses créatures qu’ils soient pieux ou pécheurs, qu’il
partage leurs états, leur vie jusqu’à ce qu’il devienne
l’enseignant des états. Il accompagna les vagabonds 11,
les alcooliques, les toxicomanes, sans jamais être
touché par ces péchés, et malgré la dureté du temps
et du voyage, il n’abandonna jamais la prière qu’il
continua d’effectuer toujours en son temps. Comment
peut-on guider le fornicateur, si l’on n’a jamais connu
ses problèmes, comment peut-on guider le brigand et
le toxicomane si jamais il ne nous a été donné de les
fréquenter, si toute notre vie se résume aux assises de
science ? C’est ainsi qu’Allâh a parfait son éducation,
faisant de lui une miséricorde pour les hommes qu’ils
soient pieux ou pécheurs 12.
Il nous dit : « Durant mes dix ans d’errance, il
m’arrivait de demander : « O Allâh, pourquoi ai-je
11 Il dit : « Je suis resté près de trois ans dans la compagnie d’un frère,
nul ne me connait mieux que lui. »
12 Ainsi, alors qu’il voyageait à travers le Maroc, il se posa près de la ville
de Taza et rejoignit un groupe de vagabonds vivant et dormant sous
les arbres. Là, une jeune femme enceinte vint les trouver et demanda
leur aide car elle était tombée enceinte avant son mariage et devait
fuir sa famille jusqu’à la naissance du petit. Tous les vagabonds ainsi
que le jeune Mohamed Faouzi – qu’Allâh l’agrée – s’occupèrent de
la jeune femme. Chacun, venait avec sa provision quotidienne aider
la jeune femme, la soutenir, subvenir à ses besoins jusqu’à ce qu’elle
accouche.
47
Au service du destin
à subir tout cela ? Qu’ai-je donc fait pour mériter
cela ? » mais ce n’est qu’après avoir rencontré mon
maître que je compris. »
Dix années s’étaient écoulées depuis son départ,
dix années sans que personne, ni sa famille, ni ses
amis n’ait eu de nouvelles. Vint alors le temps du
retour. Évoquant son retour, il dit : « C’est comme
si ces dix années comptaient en réalité pour vingt,
car lorsqu’on vit dans les rues, le temps nous parait
bien long. Lorsque je suis revenu, tout avait changé,
mon frère encore enfant au moment de mon départ
était devenu un homme, notre maison avait été
construite, certains membres de la famille s’étaient
mariés d’autres avaient eu des enfants. » Il s’était paré
lors de son voyage de l’habit de la confiance complète
en Allâh. Il avait abandonné toute assistance venue
d’autrui, jusqu’à ce qu’il ne se repose que sur Lui.
C’est alors que vint l’époque de son accomplissement
(wisal).
48
Le feu du repentir
Moulay al-Hassan était inconnu de tous bien qu’il
s’agissait d’un maître réalisé de la voie. L’occulta-
tion de sa sainteté était telle que sa propre famille
ignorait qui il était. En ce sens, sidi Abdel-Nasser,
le frère de notre shaykh dit : « Encore jeune, je dis à
mère, puisse Allâh la prendre dans Sa Miséricorde,
que j’allais me rendre en Egypte visiter le shaykh
Kishk pour prendre la bénédiction entre ses mains.
Elle me répondit : « tu n’as pas besoin d’aller jusqu’en
Egypte pour cela, rends-toi auprès de ton oncle, il
est shaykh et il a hérité de ton grand-père. » Je ne le
savais pas, alors qu’encore enfant, j’allais lui rendre
visite quotidiennement. »
Moulay al-Hassan était connu pour sa bonne
humeur et son visage souriant. Tous le décrivent
comme étant doux, souriant et généreux. En ce sens,
sidi hajj Muhammad Fadhil 13 me dit : « J’ai connu
13 Il s’agit d’un des premiers disciples de la voie.
49
Au service du destin
saydi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari alors qu’il
était encore enfant. Son père, moulay Tayeb, avait
un cabinet de dentisterie se trouvant juste à côté de
mon bureau d’électricien. Lorsque moulay Hassan
– qu’Allâh l’agrée – allait hebdomadairement à Nador,
il avait pour habitude de rendre visite à son frère,
sidi moulay Tayeb. Lorsqu’il me voyait, il écartait les
bras et me serrait contre lui. Moulay Hassan était
d’un jamal (beauté) absolu, toujours souriant, jamais
je n’ai vu sur lui la moindre trace de contrariété, sa
stature était forte et il s’habillait toujours en blanc. Il
était également d’une très grande générosité. Lors-
qu’il invitait les gens chez lui, il les accueillait de la
meilleure des façons et ne mangeait rien de ce qu’il
offrait. Il faut savoir qu’il ne mangeait que très peu.
Souvent, il disait à son frère : « celui-ci devrait nous
rejoindre à Temsemen » mais, hélas, j’étais jeune et
je ne comprenais pas. »
Saydi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Al-
lâh sanctifie son secret – a dit concernant moulay
al-Hassan : « Il n’était que jamal (beauté) et même
lorsqu’il pouvait être contrarié, son visage respirait
la joie et la bonne humeur, si bien qu’on ne pouvait
que rire. »
50
Le feu du repentir
Sidi Abdel-Nasser al-Karkari dit : « Il n’était que
beauté… il était connu pour sa grande générosité
et conviait quotidiennement des gens. Chez lui, on
pouvait trouver le pieu comme le pécheur et jamais
il ne faisait de distinction entre les deux. Tous étaient
égaux pour lui. Lorsqu’il sortait, il ne rentrait qu’après
avoir distribué aux nécessiteux et aux enfants tout ce
qu’il avait. »
Quelques temps après son retour, notre shaykh se
rendit avec son père visiter, à l’occasion de l’aid al-fitr,
son oncle, moulay al-Hassan.
Concernant cette soirée, sidi Mohamed Faouzi
dit : « Alors que je n’avais pas encore pris la voie, j’ai
assisté à une soirée en présence de celui qui allait
devenir mon maître spirituel, moulay al-Hassan
– qu’Allâh lui fasse miséricorde. Durant cette soirée,
alors que nous étions avec mon père chez lui, il se mit
à débattre avec quelques membres de sa famille sur
les attributs d’Allâh et Ses beaux Noms. Touché au
plus profond de mon être par son discours, je me mis
à me remémorer les péchés que j’avais commis et c’est
ainsi que le feu de la repentance m’enveloppa. À la
fin de la soirée, une fois que les gens furent partis, je
suis allé trouver moulay al-Hassan et lui demandais :
51
Au service du destin
« O mon oncle, je veux me repentir. Est-ce que Allâh
accepte mon repentir ? » Voyant mon état, moulay
al-Hassan se mit à pleurer et me dit : « si tu désires
la repentance, c’est qu’Allâh t’a déjà pardonné. » Je lui
demandais alors de me donner la bay’a (l’engagement)
et le wird 14, il me dit : « Quand je reviendrai de Rabat,
je te donnerai le wird et la bay’a, mais en attendant,
rentre chez toi ! » Je suis donc reparti chez moi avec
mon père alors que mon père et un membre de ma
famille discutaient dans la voiture, je ne cessais de
penser au repentir.
Arrivé à la maison, chacun regagna sa chambre ce
soir-là. Je n’ai pas réussi à dormir, je savais de par le
fait que j’étais né dans la zawiya de moulay Taher que
le disciple devait faire le dhikr du ism Allâh et c’est ce
que je fis jusqu’à la prière de fajr et seulement alors je
me suis endormi. En me levant, je me suis rendu au
cabinet de mon père. En arrivant sur place, je conti-
nuais le dhikr que je m’étais imposé. C’est comme si
le monde devint pour moi trop étroit, je suis ensuite
allé prier le dhor à la mosquée puis je revins auprès
de mon père mais cet état ne cessa pas d’augmenter,
c’est comme si j’allais imploser de l’intérieur.
14 Wird : les invocations journalières de la voie, imposées par le maître
spirituel et qui rattache le disciple à lui.
52
Le feu du repentir
Je suis allé voir mon père et je lui dis : « Donne-
moi l’autorisation d’aller chez moulay al-Hassan. »
Mon père interloqué me répondit : « On vient à peine
de rentrer de chez lui et tu veux déjà y retourner !
Pourquoi donc ? » Je lui dis : « Père, je veux faire la
khalwa ! » Et effectivement telle était mon intention.
Je pensais qu’on pouvait entrer en khalwa comme
on le souhaitait. Lorsqu’il entendit cela, ses yeux
s’emplirent de larmes et il me dit : « attends que je
te donne de quoi prendre le taxi » mais j’avais déjà
quelques 100 dirahms que m’avait donné ma tante
– qu’Allâh lui fasse miséricorde. Lorsqu’il me donna
finalement l’autorisation de me rendre auprès de
moulay al-Hassan, c’est comme si les portes du ciel
s’étaient ouvertes pour moi. Je me souviens avoir
monté les escaliers de notre maison en toute vitesse,
je vis ma mère qui préparait le repas, me demander
de me mettre à table... mais j’ai refusé malgré son
insistance. En montant, je me suis dit : qu’est-ce que
cette barbe sur mon visage ? Peut-être n’étais-je pas
sincère en la portant ? Je suis donc allé chez le coiffeur
et je lui ai demandé de me raser entièrement la barbe
ainsi que la tête.
Ensuite, je suis retourné chez moi et j’ai brûlé tous
mes vêtements, tous les papiers que je possédais...
53
Au service du destin
tout... tout ! Je n’ai trouvé de vêtement pour mon
voyage qu’une djellaba appartenant à mon frère, je
m’en vêtis et je suis alors sorti marchant jusqu’à un
fleuve.
Arrivé au fleuve, j’ai pris dans mes mains mes deux
sandales et j’ai continué à marcher pieds nus, les yeux
rivés vers le ciel, implorant Allâh d’agréer mon repen-
tir... en passant devant un souk, les gens se mirent à
se moquer de moi. Je voyais alors la Lumière emplir
l’horizon, je pensais qu’Allâh me punissait pour mes
fautes, qu’il allait m’ôter la vue, cette Lumière brillait
et le ciel de nuit devenait entièrement jour... et malgré
cela je continuais à marcher. »
Il arriva à Temsemen, pleurant toutes les larmes de
son corps, pieds nus et tête découverte. Les habitants
du village reconnurent le jeune homme qui avait
grandi au cœur de la zawiya, si bien qu’on rapporta
à moulay al-Hassan ce qui était en train de se pro-
duire. En effet, lorsque le fils de moulay al-Hassan
rentra, il dit à son père : « Je viens de voir Faouzi mar-
chant pieds nus avec ses sandales à la main. » Moulay
al-Hassan répondit : « Qu’a-t-il ? a-t-il perdu la tête ? »
Saydi ibn Siniy qui était alors sur place témoigne
en disant : « Quinze minutes plus tard, saydi shaykh
entra et vint embrasser les pieds de moulay al-Hassan,
54
Le feu du repentir
il pleurait toutes les larmes de son corps et demandait
d’entrer en retraite spirituelle. Cette après-midi-là,
lorsqu’il entra en khalwa, je me trouvais avec moulay
al-Hassan dans la pièce à côté. Je l’entendais crier
le Nom « Allâh » puis sangloter, puis encore crier.
Lorsqu’il sortit de la khalwa, moulay al-Hassan nous
dit qu’il avait obtenu une grande ouverture. »
Saydi shaykh dit : « Arrivé auprès de moulay
al-Hassan, je le trouvais en compagnie du faqir ibn
Siniy dans sa maison, et lorsque je le vis, je me suis
jeté à ses pieds et je les ai embrassés. Je lui disais : « Ô
mon oncle, fais-moi entrer en khalwa, s’il-te-plaît. »
Il me frappa avec ses pieds et me dit : « éloigne-toi
de moi ! Tu crois que je fais entrer en khalwa les
fous dans ton genre ? » Ce n’est qu’après avoir fait la
khalwa que je compris qu’il s’agissait d’une épreuve.
Il continua à me dire de m’éloigner de lui, si bien
que je me suis décidé à partir. Alors que je sortais, je
l’entendis dire à un de ses fils : « Vas l’accompagner
là où se trouvent les taxis pour qu’il puisse rentrer
chez lui. » Je lui dis : « Pas besoin, j’ai passé dix ans à
marcher, et maintenant, alors que je veux retourner
auprès de mon Seigneur, vous me refusez, et puisque
Allâh est partout, je vais partir sans revenir. » Moulay
al-Hassan – qu’Allâh lui fasse miséricorde – me dit :
55
Au service du destin
« Et où comptes-tu partir ? » je lui répondis : « Je vais
certainement longer la mer jusqu’à ce que cela en soit
fini pour moi. » Voyant mon état, il me dit finalement :
« Reste, va faire tes ablutions et viens. »
Je suis allé faire mes ablutions comme il me l’avait
demandé. En me lavant les pieds, je me suis rendu
compte qu’ils avaient été salis par la boue et qu’ils
étaient parsemés d’épines. En revenant, je les trouvais,
moulay al-Hassan et ses enfants entrain de dîner.
Moulay al-Hassan, lui, faisait du dhikr... il s’arrêtait
de temps à autre pour demander des nouvelles de
mes parents... puis il appela mon père et lui dit :
« Je suis jaloux de ces enfants que notre Seigneur t’a
octroyés. » Ceci parce que Abdel-Nasser, mon frère,
avait également fait la khalwa sous l’obédience de
hajj al-Hassan, mais il n’avait pas réussi à la terminer.
Alors qu’il faisait nuit, il vint me trouver et me dit :
« tu préfères dormir avec mes enfants ou seul ? » Je lui
dis : « je préfère seul. » Au moment où je m’apprêtais à
aller dans la chambre, il me dit : « attends, attends ! »
il me tendit un petit rosaire, il tint ma main avec et
récita quelques paroles et me dit : « voilà, maintenant
tu as le wird. » Je lui demandais : « mais que dois-je
dire ? » il me dit : « attends demain, je te le dirais ! » Je
ne savais rien de ce que c’était la bay’a. Je ne désirais
56
Le feu du repentir
que la tawbah 15, je voulais seulement être accepté
par mon Seigneur. Alors, j’ai pris le Coran qui se
trouvait dans la chambre, en l’ouvrant, je suis allé
voir le sommaire et j’ai trouvé une sourate, sourate
at-Tawbah... en voyant cela, je me suis dit qu’elle était
pour moi, moi qui voulait faire tawbah.
En lisant, je découvrais qu’elle n’avait pas de bas-
mala 16, je m’attendais à lire des versets du type « mon
serviteur, je te pardonne » mais non... cette sourate
se révéla être un désaveu des mécréants... et tel était
ma station (maqam). Et quelle lecture... je ne savais
même pas lire le Coran, la lecture fut pénible, je me
trompais un mot sur deux... mais j’ai réussi à finir la
sourate... je me voyais dans chaque verset parlant des
mécréants, je voyais les autres dans les versets parlant
des musulmans, des croyants... c’est ainsi qu’on a lu
le Coran.
Je voyais alors la Lumière, venir par la droite puis
par la gauche, au début je croyais qu’elle était en
dehors de moi, puis lorsque je gardais les yeux fixés
15 Le repentir.
16 Basmala : mot en langue arabe qui désigne tous les mots de la formule
bismi-llahi r-Rahmani r-Rahimi (Au nom d’Allâh, le clément, le
très miséricordieux). La basmala est utilisée au commencement de
chaque sourate du Coran à l’exception de la sourate at-Tawbah (Le
repentir).
57
Au service du destin
sur un point, elle bougeait, j’ai alors compris qu’il
s’agissait d’une Lumière en moi et non extérieure...
au milieu de la nuit, je me suis levé pour prier deux
unités, je vis alors tout le tapis de prière devenir
Lumière. »
Sidi Muhammad ibn Siniy Taibi nous a dit :
« Nous avions rendu visite à moulay al-Hassan à
l’occasion de l’aid al-fitr 17. Ce soir-là moulay al-Has-
san fit une moudhakarat 18 et engagea une discussion
avec ses enfants. Nous étions tous attentifs, mais
sidi Mohamed Faouzi, lui, écoutait en baissant la
tête et commença à pleurer. Sidi moulay al-Has-
san me demanda de faire un sama’ et c’est ce que
je fis. Je me souviens avoir récité le poème de sidi
Ahmad Al-Alawi – qu’Allâh sanctifie son secret –,
« Aya Murid Allâh Nu’it Qawli assgha » (Au aspirant
à Allâh écoute et prête attention aux paroles que je
répète). Ce soir-là, ce fut sidi shaykh qui ouvrit la
imara19. Nous étions douze hommes présents : moulay
al-Hassan, sidi Mohamed Faouzi, sidi Muhammad
ibn Siniy, sidi moulay Tayeb (père), sidi Abdel-Nasser,
17 Aid al-fitr : fête marquant la rupture du jeûne du mois de ramadan.
18 Moudhakara : assise de rappel religieux.
19 Imara est un synonyme de Hadra, la danse spirituelle pratiquée par
les soufis.
58
Le feu du repentir
Mounir ibn Nourredine, Taher ibn moulay al-Hassan,
Nourredine ibn moulay al-Hassan, Adil ibn moulay
al-Hassan, Said ibn moulay al-Hassan, Mohamed
amine ibn moulay al-Hassan, Ibrahim petit fils de
moulay al-Hassan.
Après la imara, lorsque la soirée prit fin, il
demanda à moulay al-Hassan l’autorisation de s’enga-
ger dans la voie. Il lui répondit d’attendre son retour.
Je lui dis de rester avec moi chez moulay al-Hassan
jusqu’à ce qu’il revienne mas il refusa. Il avait l’air
dérangé, bouleversé, il me disait : « je vais revenir, je
vais revenir. » Et il partit avec moulay Tayeb regagner
la ville d’al-Aroui. »
59
« Je t’ai certes pardonné »
Sidi Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Allâh
sanctifie son secret – dit : « Le lendemain, moulay
al-Hassan vint me trouver et me dit qu’il allait me
faire entrer en khalwa. Il n’avait pas de khalwa, mais
une pièce qui allait, plus tard, devenir une toilette...
et effectivement tel était mon maqam (station)... mais
pour moi, et ce, jusqu’à ce jour, il s’agit du lieu qui
m’est le plus cher. En entrant dans la khalwa le qua-
trième jour de Shawwal, moulay al-Hassan me dit
une phrase que je n’oublierai jamais : « Tu prétends
vouloir connaître celui qui ne dort jamais ? Je suis
vieux et je ne peux supporter ton dhikr 20 alors tu ne
devras pas dormir... prends garde à toi si tu dors ! »
En moi brûlait le feu du repentir, et c’est ce
qui me permit de ne pas dormir pendant les trois
jours. En arrivant chez mon shaykh, je n’avais rien,
ni argent, ni boulot, ni téléphone, absolument rien.
20 Le shaykh fait le dhikr du mourid lorsque celui-ci dort dans la khalwa.
61
Au service du destin
Ma tête était libre de tout, j’étais seul avec mon corps
et une djellaba.
En entrant dans la khalwa, moulay al-Hassan
– qu’Allâh lui fasse miséricorde – me demanda de faire
le dhikr du Nom « Allâh », mais j’espérais uniquement
que mon Seigneur accepte mon repentir, alors, lui
désobéissant, je ne faisais que de l’istighfar 21.
En me voyant faire cela, moulay al-Hassan
– qu’Allâh lui fasse miséricorde – me dit : « qui t’a dit
de faire ce dhikr, fais le Nom Allâh, tout est contenu
dans le Nom Allâh ! » Je demandais d’Allâh qu’il me
montre qu’il m’avait pardonné et qu’il avait accepté
mon repentir... c’est alors que je vis face à moi écrit
en lettre de Lumière : « Je t’ai certes pardonné. »
C’est en face de la wassita 22 que commencèrent
les visions, je vis le Nom Allâh et dans le Nom Allâh
je trouvais encore sept fois le Nom Allâh, pour cha-
cune des profondeurs, je voyais un verset du Coran
en lettres de Lumière, et puis je voyais les mondes
21 Faire l’istighfar : invoquer le pardon du Seigneur.
22 Wassita : support sur lequel le Nom « Allâh » est écrit afin d’aider
le disciple à visualiser les lettres du Nom. Selon le contexte dans
lequel ce terme est employé, il peut renvoyer à la notion de « d’in-
termédiaire », c’est-à-dire le shaykh par exemple.
62
« Je t’ai certes pardonné »
se plier et se réunir selon ce que contenait ce verset
depuis le trône jusqu’aux terres... et ainsi de suite.
Lorsque moulay al-Hassan vint s’enquérir de mon
état, je lui disais : « Ya saydi, en ce moment même,
je vois ça et ça » au moment même où je lui parlais,
j’étais plongé dans des visions... il m’écoutait et se
mettait à pleurer... j’étais entièrement plongé dans la
vision que je voyais tout autour de moi.
Je me voyais devenir une étoile et je voyageais
alors à travers le monde. Lorsque j’étais dans cet
état, moulay al-Hassan entra dans la pièce où je me
trouvais et il ne vit personne. Il alla voir dans la salle
d’ablution si je m’y trouvais, et n’y trouva personne.
En revenant dans la khalwa, il me demanda où j’étais
passé, je répondis que je n’avais pas bougé de place.
Mon intention était le repentir. Sauf qu’Allâh
accomplit son dessein et m’honora par son bienfait.
Dans ma khalwa bénie, j’ai vu ce que nul œil n’a vu
et entendu ce que nulle oreille n’a entendu. Le lende-
main, j’ai eu la grande ouverture et l’aide consistante
dans la journée du vendredi quand al-Wahhab m’ap-
pela et qu’Il m’enseigna Son Nom suprême caché.
C’est alors que je compris qui j’étais, je compris le
sens de ce monde, je compris qui étaient mes parents,
qui était mon grand-père, qui étaient les hommes.
63
Au service du destin
Après deux jours de khalwa, moulay al-Hassan
– qu’Allâh l’agrée – vint nous trouver et écrivit le nom
« Allâh » avec son index, il nous dit : « voici le Ha, voici
le Lam, voici le Lam et voici le Alif », il nous dévoila
le secret et nous dit qu’il fallait sortir de la khalwa.
Ce que nous avons refusé. Comment sortir de ce
bienfait ? Nous nous imaginions qu’en dehors de la
khalwa tout ce que nous vivions disparaîtrait... il nous
y laissa un jour de plus, alors nous sommes sortis. »
64
Le ravissement et le cheminement
Lorsqu’il sortit de la khalwa, sidi Mohamed
Faouzi al-Karkari fut ravi à lui-même par le secret
de la divinité. Il brisa ses habitudes et s’adonna à de
nombreux exercices spirituels. Il pensait alors que tous
les hommes avaient connaissance du secret et qu’il
était le seul à l’ignorer. Lorsqu’il passait au marché
et qu’il entendait les chants amoureux provenant des
enceintes de vendeurs ambulants, il fondait en larme,
pensant qu’il s’agissait d’un chant dédié au Seigneur.
Il passa les huit premiers jours après sa khalwa bénie
en dhikr, sans sortir de chez lui, assis dans une pièce.
Lorsque l’état spirituel devenait intense, il allait
au beau milieu des routes et marchait sur les traits
blancs malgré les klaxons, les bras écartés, comme
un funambule sur un fil. Il lui arrivait également de
s’absenter dans la vision de la Lumière et de n’en
ressortait qu’après avoir marché des kilomètres au
beau milieu de la route.
65
Au service du destin
Il se levait alors quotidiennement vers minuit pour
s’enfermer dans une pièce et faisait du dhikr jusqu’à
l’heure de duha 23. Tous avaient remarqué un chan-
gement complet, comme si l’ancien jeune homme
avait complètement disparu et c’est ainsi qu’ils virent
apparaître en lui les signes de la sainteté.
Saydi Abdel-Nasser dit : « Il portait les plus beaux
vêtements et puis, du jour au lendemain, lorsqu’il
sortit de la khalwa, il se laissa pousser la barbe et se
mit à porter des djellaba. Notre mère s’étonnait de
le voir se consacrer ainsi à l’invocation d’Allâh… Il
venait quotidiennement dans mon cabinet et s’en-
fermait dans une pièce.
Là, il faisait du dhikr du matin au soir, jeûnant
continuellement et ne sortait que pour les prières.
Nous sortions ensemble prier à la mosquée centrale
d’al-Aroui puis nous revenions au cabinet. Le soir,
après la prière de maghreb , il s’asseyait et récitait le
Coran en groupe dans la même mosquée, faisait son
wird, puis il regagnait la maison familiale. Parfois,
alors qu’il était enfermé dans mon cabinet, moulay
al-Hassan, lorsqu’il était de passage à al-Aroui, venait
23 Duha : une prière surérogatoire recommandé de faire lorsque la chaleur
du matin est forte et lorsque le soleil est bien haut dans le ciel.
66
Le ravissement et le cheminement
le retrouver et s’enfermait à clé avec lui dans la pièce
pendant trente à quarante minutes. »
Il passa plusieurs jours dans un jeûne continu,
n’interrompant son jeûne qu’avec de la terre ou de
l’eau, et dans certains cas, il interrompait son jeûne
surérogatoire quelques instants avant le maghreb. Et
lorsqu’on lui demanda pourquoi, il répondit : « Le
jeûne est pour Allâh, pas pour la récompense. » Par-
fois, il s’asseyait sous le soleil brûlant d’été et invoquait
son Seigneur jusqu’à son coucher. Il montait sur la
montagne avec l’intention de ne la quitter que si un
ordre provenant directement d’Allâh l’y obligeait. Il
dit : « Parfois, je passais une journée entière à attendre
que me vienne un ordre par hatif 24 et c’est lorsqu’il
se produisait que je quittais ma place. »
Moulay Muhammad ibn Siniy Taibi dit : « Après
sa khalwa, il changea complètement… avant, il lui
arrivait de sourire, de blaguer de temps à autre, mais
après la khalwa, il était toujours dans le dhikr, dans la
réserve et la pudeur. Moulay al-Hassan nous disait le
concernant : « Voilà un vrai murid, si vous en trouvez
d’autres comme lui amenez-les moi. » »
24 Dévoilement par l’ouïe.
67
Au service du destin
Pendant près de six mois, il se rendit quotidienne-
ment au cimetière de sidi Ali-Moussa, s’asseyant près
d’une tombe et demandant à Allâh de lui dévoiler
ce qui se trouvait en dessous. Il nous raconta : « Je
me rendais tous les jours, qu’il neige, qu’il vente ou
qu’il pleuve, devant une tombe en ayant l’intention
de voir ce qui se trouvait en dessous. Mon but n’était
pas de recevoir un prodige ou de tenter le Vrai, plutôt
je voulais que mon cœur soit apaisé en recevant la
preuve physique que le Seigneur m’avait agréé. Je
sortais de chez moi après le lever du soleil et rentrais
le soir après son coucher. Six mois s’écoulèrent ainsi.
Certaines personnes me voyant dans cet état, s’ima-
ginaient que je pleurais un membre de ma famille
et me plaignaient. Au bout de six mois, en levant les
yeux vers le ciel, je vis la tombe se lever et s’ouvrir
sous mes yeux, je vis ce qu’elle contenait 25. »
Voyant l’intensité de son état, moulay al-Hassan
l’appela pour prendre de ses nouvelles et lorsque saydi
Mohamed Faouzi lui raconta les dévoilements qu’il
25 Lorsqu’Allâh voulut que nous ( Jamil, l’auteur du livre) allions faire
du dhikr au cimetière de sidi Ali-Mussa, Il nous fit rencontrer le
gardien du cimetière et qui, lorsque je lui dis que j’étais disciple de
sidi Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Allâh sanctifie son secret –,
le reconnut. Ainsi, de nombreux témoignages nous sont parvenus
de personnes l’ayant vu dans cet état durant les six mois.
68
Le ravissement et le cheminement
avait eus, il l’obligea à cesser toute forme de dhikr de
peur qu’il ne perde la raison. Saydi shaykh Mohamed
Faouzi al-Karkari – qu’Allâh sanctifie son secret – dira
plus tard : « C’est la seule fois où j’ai désobéi à mon
maître. » Il faisait alors tellement de dhikr, que sa
langue en était blessée.
Il dit : « Lorsqu’on nous offrait un vêtement neuf,
nous avions l’habitude de prier deux unités pour voir si
cela avait un effet sur notre âme (nafs) et si tel en était
le cas, nous donnions le vêtement au premier venu. »
Éteint en son shaykh, il dit : « Je l’ai aimé comme
jamais je n’avais aimé quelqu’un auparavant. » Il dit :
« Lorsque je sortais de chez moi et que j’avais une
question à lui poser, en marchant sur la route, je
reformulais encore et encore la question que j’allais
lui poser et une fois arrivé sur place, par pudeur, je
n’arrivais même pas à sortir ladite question de ma
bouche... Je rentrais bredouille après avoir marché
80 km, mais par la grâce d’Allâh, je reçus, par dévoi-
lement, la réponse que j’attendais. De même, comme
avec les compagnons du Prophète ﷺ, j’attendais
toujours l’arrivé de mon bédouin 26. Lorsque moulay
26 Quelqu’un n’ayant aucune convenance et qui ne se gêne pas pour
poser des questions.
69
Au service du destin
al-Hassan répondait à cet homme, en réalité, il répon-
dait à toutes mes questions et j’étais heureux... non
pas des réponses apportées, mais par le fait qu’entre
lui et moi, il existait ce lien.
Un jour, alors que j’étais chez lui, je le vis feuil-
leter un petit livret ne dépassant pas les 15 pages.
Lorsqu’il le déposa, mes yeux le fixèrent quelques
instants. C’était un livret sans titre, sans auteur, sans
aucun mot, seulement des nombres, des dizaines de
combinaisons de nombres.
En me voyant le fixer des yeux, mon shaykh le
reprit et me dit : « tu sais de quoi il s’agit ? » il conti-
nua : « et bien, il s’agit de nombres facilitant à celui
qui les utilise les comptes pour tout le mois lunaire.
En plus de cela, ce livret a été écrit par quelqu’un de
très pieux, regarde, il n’a même pas mis son prénom
ni son nom, il l’a surement écrit pour Allâh. » Moi,
je n’avais rien compris, alors qu’en une seule phrase, il
m’avait tout expliqué... Aujourd’hui ce petit livret se
trouve chez moi et comment je l’ai reçu ? Allâh en est
plus savant... et mon héritier, à son tour se retrouvera
avec le même livret, hérité de shaykh en shaykh... et
qui en est l’auteur ? Allâh en est plus savant ! Mais je
te le dis, tu ne le trouveras dans aucune librairie ni
dans une quelconque bibliothèque. »
70
Le ravissement et le cheminement
De plus, moulay al-Hassan ne cessait de soumettre
son jeune disciple à de nombreuses épreuves pour
tester sa sincérité 27.
Sidi Mustapha ar-Ribati nous dit : « Lorsque saydi
shaykh était encore sous l’éducation de moulay al-Has-
san, je l’ai croisé à al-Aroui, sa bouche ne cessait de
bouger, en m’approchant de lui, je le vis en train
de faire du dhikr. Il avait une djellaba qu’il m’offrit
en disant : « prends-la, pour que tu puisses invoquer
Allâh dedans. »
Nous avions l’habitude de nous réunir avec
quelques chorafa 28 pour faire du dhikr. Saydi shaykh
vint durant l’une de nos assises. Nous étions tous là
pour nous montrer, pour voir et être vus, mais lui, il
s’était assis en tailleur en face des chaussures à l’entrée,
il baissait la tête, ne parlait pas et n’arrêtait pas de
pleurer… lorsque je vis son état, je compris de suite
qu’il allait devenir shaykh. »
Sidi Idriss ar-Ribati ajouta : « Lorsqu’il était pré-
sent dans une de nos assises de dhikr, il pleurait et sa
main n’arrêtait pas de trembler, comme s’il contenait
son état. »
27 Lorsque sidi Mohamed Faouzi lui montrait ses poèmes, il les brûlait.
28 Les descendants de sidi ibn Qaddour al-Wakili.
71
Au service du destin
Saydi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari – qu’Al-
lâh sanctifie son secret – dit : « Après être sorti de
la khalwa, notre shaykh, qu’Allâh le prenne dans
sa miséricorde, nous conseilla de lire uniquement
deux livres : les Hikam de l’imam ibn ‘Ata Allâh
Iskandari – qu’Allâh sanctifie son secret – et le recueil
de poèmes du shaykh Ahmad al-Alawi – qu’Allâh
l’agrée –. Nous donnions tellement d’importance aux
paroles de notre shaykh que nous n’avions pour notre
cheminement que trois livres… le livre d’Allâh, le
recueil de poèmes et les Hikam.
N’ayant pas d’endroit où nous isoler, nous nous
rendions sur le lieu de travail de notre frère. Au
fond de son cabinet se trouvait une pièce que l’on
pouvait fermer à clé. C’est là que pendant plusieurs
mois, après avoir fait nos ablutions et nous être assis
dans la direction de la qibla, nous lisions les Hikam.
Non seulement nous les lisions, mais nous notions
les compréhensions qui nous venaient à la lecture
des sagesses… Et nous ne passions pas à un autre
Hikam tant que nous n’avions pas appliqué la sagesse
à notre propre âme. Lorsque nous lisions une nouvelle
sagesse, nous faisions tout pour nous y conformer,
parfois il fallait plusieurs semaines, parfois quelques
jours… le principal était de les appliquer. Nous
72
Le ravissement et le cheminement
sommes restés dans cet état des semaines durant
au point que nous considérions le livre des Hikam
comme notre propre ami, et quel ami ! Lorsque nous
avions le feu de l’amour en nous, nous lisions alors
les poèmes de shaykh Ahmad al-Alawi – qu’Allâh
sanctifie son secret.
C’est ainsi que plusieurs semaines s’écoulèrent
jusqu’au jour où nous sommes tombés sur un Hikam
qui nous bouleversa et que jamais nous n’oublie-
rions. Il s’agissait d’une sagesse expliquant le véritable
sens de la remise confiante en Allâh (tawakkul). Et
l’exemple donné était celui de sayiduna Ibrahim – paix
sur lui –, lorsqu’il fut catapulté après avoir refusé
l’aide d’un ange et s’en être remis entièrement à son
Seigneur. Un état spirituel nous saisit alors, et sur le
moment même nous avons vidé nos poches de tout
ce qu’elles contenaient… et nous sommes sortis dans
la rue avec la ferme intention de connaître et de vivre
le tawakkul.
Nous jeûnions le jour et passions nos nuits dans
les cimetières à invoquer notre Seigneur… Lors de
notre première siyaha qui dura 10 années, si nous
venions à ne pas trouver de quoi nous nourrir alors
nous allions mendier dans les rues mais au cours de
cette seconde siyaha, nous demandions à Allâh de
73
Au service du destin
nous nourrir et nous jurions que seulement ce qui
proviendrait de Lui entrerait dans notre bouche. Si
après la prière du maghreb nous ne trouvions pas de
nourriture, alors, pour couper le jeûne, nous léchions
nos doigts et nous mélangions notre salive à la terre
qui se trouvait sous nos pieds avant de l’avaler. Pen-
dant plusieurs jours, nous avons souffert de la faim et
du froid. Ne vous imaginez pas que dans notre nafs
(âme) nous n’avions pas de doute, bien au contraire,
nous nous demandions : « que pourrions-nous bien
manger, où pourrions-nous bien dormir » mais à
chaque fois, c’est vers notre Seigneur que nous nous
tournions…
Nous lui demandions de subvenir à nos besoins.
Cela dura plusieurs mois, jusqu’au jour où Allâh nous
permit d’être dans un état tel que si nous venions à
désirer un dirham, nous trouvions ce dirham devant
nous par terre. Si nous désirions du pain, nous
trouvions le pain à même le sol… Subjugué, nous
implorions Allâh de nous expliquer comment cela
était-il possible… Peut-être la pierre se changeait-elle
en argent ? Peut-être tombait-elle du ciel ? Allâh
exauça notre demande. A la sortie de la prière de ‘asr,
en face de la mosquée, nous vîmes un commerçant
compter ses billets… alors, comme par miracle, un
74
Le ravissement et le cheminement
billet sortit de la liasse, s’envola dans le ciel et finit
par atterrir juste en face de nous. Nous avons pris
le billet pour le rendre au commerçant. Après avoir
compté sa liasse, il nous jura qu’aucun sou ne lui
manquait… Nous lui avons juré avoir vu ce billet
sortir de sa liasse ce qu’il refusa d’entendre.
Après presque un an dans cet état, nous sommes
retournés dans le commerce de notre frère pour relire
les Hikam. Comme nous étions naïfs, nous pensions
que lorsque l’imam ibn ‘Ata Allâh Iskandari parlait du
miroir du cœur, il parlait d’un véritable miroir. Nous
nous disions que si le mot miroir avait été utilisé,
c’est qu’un secret se cachait derrière. Alors nous nous
sommes placés face au miroir et avons commencé le
dhikr du ism al-’Adham (Allâh), en ayant la ferme
intention de disparaître du miroir… des heures et
des jours durant, nous invoquions Allâh devant ce
miroir jusqu’au jour où nous avons complètement
disparu. Nous n’avions plus de reflet et lorsque nous
regardions notre corps c’est comme s’il était devenu
invisible. Nous voyions le mur derrière notre dos,
comme si nous étions devenus un œil sans corps.
Ainsi, nous nous sommes dit, si nous n’avons plus de
corps, alors pourquoi ne pas entrer dans le miroir ?
En entrant dans le miroir, nous avons atteint des
75
Au service du destin
compréhensions qu’il ne nous est impossible d’ex-
primer… Cela partait d’une incompréhension mais
Allâh jugea notre intention bonne et exauça notre
demande. Comprenez lorsque je vous dis qu’Allâh
est bon et que sa bonté n’a aucune limite. Qu’Il est
beau et que sa beauté ne saurait être contenue…
Comment ne pas l’aimer 29 ? »
Parmi les exercices spirituels auxquels il s’est
astreint, il ne coupa son jeûne durant dix jours qu’avec
des dattes et des grenades, puis, il jeûna encore dix
jours en interrompant son jeûne qu’avec de l’eau et
enfin, il compléta encore dix jours sans eau ni nour-
riture, coupant son jeûne par le dhikr du maghreb
jusqu’au fajr.
Toujours durant son cheminement, alors qu’il lisait
le Coran et méditait sur son sens, il se concentra sur
le point de la lettre « qaf » et de là, sortit un jeune
homme se prénommant Abdullah. Abdullah saisit
la subha (chapelet) de saydi shaykh et se mit à courir
en rond autour de la table. Saydi shaykh se leva et le
poursuivit jusqu’à ce qu’il entre dans le point du qaf.
En entrant dans le point, saydi shaykh vit un nouvel
29 Durant cette seconde siyaha, il ne porta qu’un seul et même vêtement
qui, lors de son retour, avait durci et était rempli de terre. Il voyait
alors les anges et les mondes spirituels les yeux ouverts.
76
Le ravissement et le cheminement
univers, mais continua malgré cela, de courir après
Abdullah. Lorsque le jeune s’arrêta, il tendit la main
et fit flotter les pierres de la subha dans le ciel. Saydi
shaykh dit : « C’est ouvert pour une dimension qu’il
m’est impossible d’exprimer. Après avoir réuni les
pierres de la subha, j’ai décidé de revenir au monde
physique. Petit à petit, comme un film qu’on rembo-
bine, je suis sorti du point, j’ai refait le tour de la table,
et je suis revenu à mon corps. Encore aujourd’hui,
cette subha se trouve chez moi. Je prenais le Coran et
le montrai à mon frère en lui demandant d’observer
le point pour savoir s’il voyait ce que je voyais. »
Il dit : « Durant mon cheminement, je m’efforçais
à rester continuellement en mouraqaba 30. Une nuit,
alors que je dormais, le diable me tenta et essaya de
me pousser à commettre un acte répréhensible durant
mon rêve. Je m’en suis rapidement rendu compte et
par la grâce d’Allâh, j’ai pu déjouer son stratagème.
En me levant, je le vis assis face à moi. Au lieu d’avoir
peur, ou de sursauter, je suis resté immobile pour
pouvoir l’observer. Je le vis changer successivement
de forme. C’est ainsi que j’ai connu les douze formes
différentes du diable. »
30 Mourraqaba : lien perpétuel du cœur avec le Seigneur.
77
Au service du destin
Lorsqu’il était en train d’invoquer son Seigneur,
il s’absentait de ce monde à un tel point qu’il ne
voyait plus celui qui se trouvait en face de lui. Sidi
Abdel-Nasser me dit : « Il fallait lui parler pour qu’il
se rende compte qu’on se trouvait en face de lui. Une
fois, il me dit : « Il m’est parfois vraiment difficile de
sortir du monde spirituel et revenir à l’insouciance. » »
Et je l’entendis dire : « Tout comme le cheminant
fournit un effort considérable pour brûler le monde
physique qui l’entoure, l’homme réalisé, lui, doit
fournir un effort considérable pour le ramener. »
Combien de fois me suis-je rendu auprès de saydi
shaykh – qu’Allâh l’agrée – alors qu’il tenait en main
sa subha, et c’était comme s’il ne me voyait pas.
Très vite, les prodiges propres aux saints de la
communauté mohammadienne se manifestèrent à
travers sidi Mohamed Faouzi. Il dit : « Lorsqu’Allâh
m’enseigna la science du regard, je devins capable de
porter des bouteilles de gaz à l’aide du regard seule-
ment. Pour m’assurer que ce que je voyais était vrai,
je levais la bouteille de gaz à une certaine hauteur et
la lâchait dans le vide. Lorsqu’elle tombait, l’impact
provoquait un trou dans le sol. »
Durant son cheminement sous l’égide de moulay
al-Hassan, sidi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari
78
Le ravissement et le cheminement
– qu’Allâh sanctifie son secret – se rendait faire sa
prière du vendredi à la mosquée centrale d’al-Aroui.
Il dit : « Lorsque moulay al-Hassan était encore vivant,
nous nous rendions à la mosquée centrale d’al-Aroui.
Alors que l’Imam faisait son prêche, nous nous absen-
tions de nous-même. Les murs de la mosquée étaient
faits de plaques de carrelage. À travers la vision à
l’état d’éveil, nous retirions ces plaques, et y voyions
le Nom divin qui se trouvait caché.
Ensuite, nous déposions la plaque auprès de nous.
Puis, nous retirions une seconde plaque et décou-
vrions un autre nom divin caché en dessous, c’est ainsi
que nous avons appris comment les noms se faisaient
face à face, c’est-à-dire comment s’opposaient et se
liaient les noms divins les uns aux autres. Vers la fin
du prêche, à force de retirer les plaques, tout le mur
de la mosquée était couvert de Nom divin écrit en
Lumière.
Lorsque l’imam commençait l’invocation de fin,
nous devions nous dépêcher de remettre en place
toutes les plaques, une par une jusqu’à ce que le mur
reprenne sa forme originelle. Lorsque nous avons
accéder au statut de guide, la mosquée dans laquelle
nous nous rendions a été entièrement détruite, peut-
être était-ce dû à cela, Allâh est plus savant. »
79
Au service du destin
Parmi les dévoilements dont notre shaykh a été
gratifié durant son cheminement sous l’obédience de
son shaykh : « Quand notre shaykh était encore vivant,
lors de notre dhikr, je voyais ma propre image sortir
de moi-même, je la voyais comme vous me voyez
en ce moment-même. Puis je fournissais un effort
dans le dhikr durant des jours jusqu’à ce que de cette
image sorte une seconde image qui m’était semblable.
Ainsi de suite jusqu’à voir une assemblée entière de
plusieurs personnes me ressemblant. L’étape suivante
consistait à leur faire faire du dhikr et, après quelques
jours, j’y suis arrivé. La pièce dans laquelle nous nous
trouvions était alors remplie de dhikr. Ensuite, je com-
mençais à donner à chacune de mes images un dhikr
particulier puis à les habiller chacun d’une couleur
particulière. À la fin, j’avais une assise de dhikr dans
ma propre khalwa, chacun ayant son propre dhikr,
ses propres vêtements, c’est pourquoi on vous dit que
le connaissant d’Allâh n’est jamais seul ! Pour enfin
savoir si mon dhikr avait atteint le monde physique,
j’ai demandé à toutes mes images de sortir de la pièce
dans laquelle on se trouvait. Elles se levèrent toutes
et quittèrent la pièce, en sortant elles ouvrirent la
porte. Lorsque j’ai quitté mon dhikr, je me suis levé,
en approchant la porte, je l’ai trouvée ouverte. C’est
80
Le ravissement et le cheminement
ainsi que j’ai compris que la vision avait eu un effet
dans le monde physique. »
D’innombrables sciences furent descendues dans
son cœur 31, faisant de lui le réceptacle de la connais-
sance.
31 Il nous dit : « En une soirée, je pouvais étudier près de 60 Noms divins. »
81
L’autorisation
Voyant l’excellence de son comportement, ainsi
que sa maîtrise de la voie, saydi Mohamed Faouzi
reçut de moulay al-Hassan l’autorisation (idhn) de
transmettre les différentes invocations de la voie et
de lier les cheminants à la voie. Malgré cela, il se
refusa, du vivant de son shaykh, à donner le wird. Si
bien que, lorsqu’on lui demandait le rattachement à
la voie, il se proposait de payer le déplacement jusqu’à
moulay al-Hassan. Ceci par pudeur et amour envers
son shaykh.
Quelques temps après, vint l’autorisation de la
tarbiyya. Il dit : « C’est dans la maison de notre shaykh,
à Temsemen, qu’Allâh nous a octroyé l’autorisation
(idhn) de la mashayakha 32. Ce soir-là, nous avons vu
toute la création nous prêter serment d’allégeance.
32 Mashyakha : la fonction de shaykh.
83
Au service du destin
Nous ne racontions pas nos visions à notre shaykh,
mais depuis cette nuit-là, il n’a pas cessé de nous
élever (yzakina) devant les gens. »
Dans ce sens, sidi Abdel-Nasser dit : « J’ai entendu
moulay al-Hassan élever saydi shaykh à quatre reprises.
La première fut au téléphone avec sidi ibn Siniy,
moulay al-Hassan a dit : « Il est muqqadam, il peut
transmettre le wird. »
La seconde fois, j’ai vu moulay al-Hassan dire en
face de moi : « Il est un des waliy d’Allâh ! », la troi-
sième fois, je l’ai entendu dire : « Faîtes attention à ne
pas le contrarier, c’est un qutb (pôle) » et la quatrième
fois, il dit : « Tout ce qui se trouve ici (et il désignait
son cœur) se trouve là (en désignant le cœur de sidi
Mohamed Faouzi – qu’Allâh l’agrée –). » »
Une autre fois, il lui donna une autorisation com-
plète. Cela se passa quand le père de notre shaykh, sidi
Tayyib, le frère de moulay al-Hassan lui dit « Pourquoi
ne donnes-tu pas à sidi Mohamed une autorisation
pour que les gens profitent de lui ? » Il lui répondit :
« c’est plutôt lui qui a une autorisation, et ceci ne date
pas de maintenant, mais de bien avant. »
Sidi Muhammad ibn Siniy Taibi a dit : « Nous
étions en voiture avec sidi Mohamed Faouzi, moulay
al-Hassan et sidi moulay Tayeb, lorsque moulay
84
L’autorisation
al-Hassan dit à sidi Mohamed Faouzi – qu’Allâh
l’agrée – : « Toi, tu deviendras un pôle. » »
Peu de temps après, sidi Mohamed Faouzi eut une
vision à l’état d’éveil annonçant la mort prochaine de
moulay al-Hassan. Par pudeur, il se refusa à raconter
sa vision mais en lui rendant visite, moulay al-Hassan
l’interrogea sur ce qu’il avait vu. Lorsqu’il lui raconta
sa vision, moulay al-Hassan répondit : « si Allâh le
veut, il en sera ainsi. »
Lorsque les affres de la mort touchèrent moulay
al-Hassan 33, l’ensemble de sa famille, de ses proches
et de ses enfants dont saydi Mohamed Faouzi se trou-
vaient réunis autour de lui. Saydi shaykh me dit : « Une
femme de notre famille refusa que nous l’emmenions
auprès du médecin, elle avait assisté à de nombreux
décès et savait que le temps était venu. Je n’espérais
qu’une chose, mourir à sa place ou avec lui. Pour le
soulager, j’humidifiais son visage.
Il répétait l’ism al-Moufrad : « Allâh… Allâh…
Allâh… » Je me suis mis à ses pieds et j’ai saisi sa
main droite avec ma main gauche, pour l’aider à
faire la shahada.
33 Moulay al-Hassan rejoignit le plus grand des compagnons durant
l’année 2006.
85
Au service du destin
À cet instant précis, tous les membres de la famille
quittèrent la pièce, à l’exception d’un membre de la
famille, lalla Soumaya et d’un vieil oncle aveugle.
J’étais seul avec lui, main dans la main. C’est ainsi
qu’il rendit l’âme. À l’instant où son âme le quitta,
il se produisit quelque chose, un secret, qui restera
entre lui et moi 34. »
34 J’ai entendu saydi shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari dire : « L’ange
de la mort ne peut saisir l’esprit du waliy, c’est le disciple héritier
qui saisit l’esprit du waliy. »
86
Le Shaykh
Quand son shaykh moulay al-Hassan mourut,
notre shaykh hérita de son grade de shaykh de la
voie car après la mort du shaykh, il en apparaît un
autre pareil. Il traversa alors les plus hautes stations
qui allaient faire de lui celui vers qui se dirige tout
humain ou djinn cherchant la vérité et cela sans que
personne ne sache qu’il était shaykh. Il dit, qu’Allâh
nous fasse profiter de Lui : « J’ai obtenu en terme de
proximité et de connaissance après la mort de mon
shaykh ce qu’il n’avait pas atteint lui-même au cours
de sa vie. » Il continua ainsi jusqu’à ce que le Vrai
l’honore par la station de la khatmiya qui est en réalité
l’héritage des noms divins et le khalifa mohammadien
(al-Khalifa al-Muhammadi). Il dit : « L’autorisation de
la mashyakha se fait d’abord par le shaykh, puis par le
prophète en personne et enfin par Allâh. » Il ajouta :
« Jamais nous n’avons cherché à devenir shaykh, cela
nous est tombé dessus sans que nous le désirions.
C’est un don (hibba) d’Allâh. »
87
Au service du destin
Il dit : « L’autorisation (idhn) de cette voie est
mashishiya, car de tous les shouyoukh de la silsila,
le seul à transmettre la Lumière dès la prise de la
bay’a comme nous le faisons, était le shaykh moulay
Abdel-Salam ibn Mashish. »
Il dit : « J’ai vu l’ensemble de mes disciples me
prêter serment d’allégeance dans les mondes spi-
rituels, je sais tout d’eux. Leur début, leur fin, s’ils
sont heureux (said) ou malheureux (chaqi), la sta-
tion qu’ils vont atteindre… et le plus incroyable,
c’est qu’encore aujourd’hui, je me souviens de chacun
d’eux. » En effet, un homme habitant la Belgique
voulut rencontrer notre shaykh lorsqu’il vint visiter
l’Europe. Lorsque saydi shaykh le vit, il nous dit : « Il
ne prendra pas la voie car lorsqu’un disciple vient à
nous et que nous le reconnaissons, notre cœur se met
à trembler (mimant le tremblement du cœur avec sa
main). » Cette personne rendit visite au shaykh dans
sa zawiya d’al-Aroui et partit au bout d’une semaine
sans demander à sa rattacher à la voie. Depuis, nous
n’avons plus eu de nouvelles.
Il dit : « C’est durant la nuit du 12 rabi’ al-awwal en
2007, que je vis la vision me faisant accéder au statut
de shaykh. Contrairement à ce que beaucoup pensent,
la bay’a est une descente et pas une ascension, elle est
88
Le Shaykh
nuzuliya. Depuis le Seigneur vers la créature. Cette
vision s’est produite dans le monde sensoriel. Je me
suis vu recevoir la bay’a d’Allâh, puis ce fut le pro-
phète ﷺqui prit de moi la bay’a et puis sayiduna
‘Ali et enfin al-Hassan et al-Hussayn en présence
de leur mère, sayida Fatma Zahra. Ensuite, je vis
tous les shouyoukh de l’arbre béni (de la chaine de
transmission), un par un, venir prendre bay’a auprès
de moi. C’est lorsque je passais d’un shaykh à l’autre
qu’a commencé à se manifester à moi la réalité du
Nom suprême caché.
La scène était si terrifiante que j’ai pris fuite. J’ai
fui et j’ai refusé cela, j’ai fui jusqu’à ce que je trouve
mon shaykh, moulay al-Hassan qui sortit la subha à
mille perles et qui m’y força, alors est apparu le Nom
suprême caché d’Allâh et le secret de l’Essence. Et
à cet instant précis, la haine a été retirée de mon
cœur, il ne restait que l’amour pour l’ensemble de
la création. C’est pourquoi le shaykh ne juge jamais
le disciple, même s’il connait ses moindres pensées,
ses moindres intentions. C’est ainsi que l’amour du
shaykh devance celui du disciple. C’est aussi pourquoi
on peut donner la bay’a et guider le disciple même
s’il se trouve au milieu de la mer, car il nous a déjà
donné bay’a dans le malakoute. »
89
Au service du destin
Sidi Mohamed Faouzi – qu’Allâh sanctifie son
secret – passa une année seul, sans que personne ne
le connaisse, dans une occultation absolue (khumul),
si bien que sa propre épouse ignorait tout de ce qu’il
était. Elle le voyait se lever, faire ses ablutions, s’asseoir
en direction de la qibla et faire du dhikr des heures
sans arrêt. Il cherchait alors quelqu’un pour échanger
avec lui sur les secrets de l’Essence, car lorsque le
secret habite le cœur, la langue ne peut s’immobiliser.
Il dit : « Je me prosternais, et demanda à Allâh :
Une seule personne… rien qu’une seule… je ne te
demande qu’une seule personne pour que je puisse
échanger avec elle. »
Sa mère, lalla Yamna ainsi que son frère, sidi
Abdel-Nasser savaient qu’il était devenu shaykh
et qu’il avait reçu l’autorisation pour transmettre
les enseignements de la voie. Tous deux voulurent
prendre la voie entre ses mains, mais il esquiva sans
cesse leurs demandes. Sidi Abdel-Nasser dit : « Quand
moulay al-Hassan mourut, j’eus peur de chuter. Je me
rendais souvent auprès de sidi shaykh et lui demandait
de me rattacher à la voie… je continuais sans cesse
de demander le rattachement jusqu’à ce qu’un jour, il
me donne le wird qui a cette époque-là ne contenait
90
Le Shaykh
pas les sourates du Coran. C’est ainsi que je devins
le premier disciple de la karkariya. »
J’ai entendu saydi shaykh dire : « Ma mère me
demandait la bay’a, mais par pudeur, j’esquivais sa
demande, comment pourrais-je devenir le shaykh
de ma propre mère ? Mais c’est qu’elle avait grandi
au sein même de la zawiya de moulay Taher, elle
connaissait la valeur de la bay’a, c’est pourquoi elle
n’en démordit pas jusqu’à ce que je lui donne la bay’a.
Elle mourut quelques temps après, la tête sur mes
genoux, invoquant le Nom « Allâh. » »
Sidi Muhammad ibn Siniy Taibi nous dit : « Après
la mort de moulay al-Hassan, j’ai demandé à son fils,
Nourredine, si on devait renouveler le wird avec lui.
Il me répondit : « non, le wird est celui de mon père. »
Nous avons été voir sidi shaykh Mohamed Faouzi
al-Karkari pour lui demander s’il était shaykh. Il refusa
de nous répondre… à chaque fois que je le croisais,
je lui demandais s’il était shaykh et il ne répondait
pas… jusqu’à ce qu’un jour, il me dise : « Oui, je suis
shaykh. » »
Après une année, vint l’obligation de la da’wah
(l’appel à Dieu), en 2007. Et s’il refusait, tout lui serait
retiré, il dit ainsi : « Plus le shaykh désire l’occultation,
91
Au service du destin
plus son apparition sera importante. » Lorsqu’il reçut
l’obligation de la da’wah, il dit : « Je me suis rendu
auprès des pierres pour leur faire da’wah, mais elles
me dirent de me rendre auprès des hommes. Lorsque
j’entendais parler de quelqu’un en bien, je lui rendais
visite pour la da’wah. » Les débuts furent difficiles
et il dut supporter le mal et la moquerie des gens.
Il sortit un jour de la mosquée, se présenta à lui un
malheureux, qui cracha à son noble visage. Notre
shaykh n’eut même pas une pensée pour la vengeance
ou pour retourner l’insulte. Au contraire, il essuya son
visage et continua sa route.
Les premiers disciples à rejoindre notre shaykh
étaient ceux qui avaient suivi moulay al-Hassan
– qu’Allâh l’agrée – de son vivant, à savoir : la mère de
notre shaykh, lalla Yamna, qu’Allâh la récompense, sidi
Abdel-Nasser al-Karkari, sidi Muhammad ibn Siniy.
Par sidi Abdel-Nasser entra dans la voie sidi Saïd
Menouach, alors à peine âgé de dix-sept ans. Puis ce
fut au tour de sidi hajj Muhammad Fadhil, l’épouse
de notre shaykh, lalla Najet, sidi Ahmad Boutaba, sidi
Ahmad ibn Tayeb, le frère de notre shaykh.
Sidi hajj Muhammad Fadhil m’a dit : « Nous
avions eu vent que saydi shaykh avait fait la khalwa
auprès de moulay al-Hassan, c’est par cela que, par
92
Le Shaykh
après, nous sommes entrés dans la voie. Au commen-
cement de la voie, alors que nous n’étions que quatre
ou cinq disciples, nous avions l’habitude de nous
réunir dans le cabinet de dentisterie de sidi moulay
Abdel-Nasser, le frère de saydi shaykh, et passions
des soirées et des journées entières avec lui. Lorsque
l’appel à la prière retentissait, nous allions ensemble
prier à la mosquée avant de regagner le cabinet. En
été, nous nous réunissions dans la cour intérieure du
commerce en dessous d’un arbre, pour écouter les rap-
pels de saydi shaykh – qu’Allâh sanctifie son secret. »
Sans zawiya et sans lieu pour se réunir, sidi shaykh
dit : « les premiers cours que nous avons dispen-
sés étaient le tafsir des poèmes du shaykh Ahmad
al-Alawi puis le tafsir des Hikam de l’imam ibn Ata
Allâh Iskandari. Durant près de deux ans, nous avons
expliqué aux fuqara les sens des Hikam. Nous qui ne
comprenions aucun livre, sommes devenus ceux qui
enseignent les livres…
Nous donnions tellement d’importance à ces deux
livres qu’après avoir terminé le tafsir des deux livres,
shaykh Ahmad al-Alawi et l’Imam ibn Ata Allâh
Iskandari – qu’Allâh soit satisfait d’eux – vinrent en
personne dans le malakut nous remercier. Shaykh
Ahmad al-Alawi nous fit alors visiter sa zawiya à
93
Au service du destin
Mostaghanem et nous montra comment il égorgea
un bélier pour inaugurer sa zawiya et c’est pourquoi
nous avons également égorgé un bélier pour l’inau-
guration de cette zawiya. »
La voie était bien différente de ce que connaissent
les disciples aujourd’hui. Lorsqu’ils prenaient la
bay’a, chacun d’eux recevait une des soixante-trois
allusions (ishara) correspondant aux années de vie
du prophète. Cette ishara, lorsqu’il le voyait, devait
mener le disciple à la vision de la Lumière. Seulement
alors, il pouvait faire la khalwa. Saydi shaykh dit :
« les quatre premiers murids que j’ai fait entrer dans
la khalwa, tous étaient sous la direction spirituelle
de sidi al-Hassan et c’est lui qui me disait comment
faire avec eux. »
À l’époque, la pièce dans laquelle la plupart
des disciples ont fait la khalwa n’était pas encore
construite. Le premier disciple à avoir fait la khalwa,
sidi ‘Alal, dut la faire dans une pièce se trouvant dans
la maison de moulay Tayeb.
Les douze premiers disciples à avoir fait la khalwa
sont : sidi ‘Alal, sidi Abdel-Nasser, sidi Ahmed (frère
de sidi Shaykh), sidi Saïd Menouach, sidi Muhammad
ibn Siniy Taibi, sidi Hajj Muhammad Fadhil, sidi
Abdel-Hafiz Ribati, lalla Najat, hajj Taieb Chérif
94
Le Shaykh
dit al-Ouadi, sidi Ahmad Boutaba, sidi ‘Aziz, sidi
Abdel-Hamid.
Tous obtinrent l’ouverture spirituelle et chaque
personne qui le rencontrait prenait un grand profit de
lui. Il leur apparaissait les Lumières de la proximité
divine et la brillance de la connaissance suprême. Il
dit : « Notre voie est la voie de la vision à l’état d’éveil,
celui qui ne voit pas, je ne suis pas son shaykh et il
n’est pas mon disciple. »
C’est ainsi que, petit à petit, la voie continua de
prendre de l’ampleur jusqu’à ce que sa renommée
traverse les frontières et les océans. Notre shaykh
continua d’enseigner les secrets du Nom « Allâh »
dans sa zawiya se trouvant encore aujourd’hui dans
la ville d’al-Araoui.
95
Son caractère
Aucun mot ne pourrait décrire son caractère. Et
les mots, aussi éloquents soient-ils, ne pourraient
décrire ne serait-ce qu’un atome de son caractère et
de ses mérites, qu’Allâh l’agrée. Comment décrire
celui, qui par la noblesse de son caractère et la per-
fection de ses convenances scella les lectures du Nom
de Majesté, comment pourrait-on décrire un servi-
teur dont l’objectif a dépassé les deux mondes, dont
le regard s’est détourné de tout autre que son but,
qu’aucune station n’attire, qu’aucun prodige ne distrait
et dont l’objectif n’est autre qu’Allâh, l’Unique. Son
état est tel que quiconque l’accompagne, profite de
ses Lumières et voit des compréhensions jusque-là
insoupçonnées, descendre dans le cœur. Car il abreuve
les cœurs d’une source impérissable, la source pro-
phétique, puisse Allâh nous faire profiter de Lui.
Parmi ses qualités se manifeste l’humilité. Nous
avons assisté à l’expression de sa grande humilité de
telle sorte que nous-mêmes, étant murid, en avons été
97
Au service du destin
saisi la première fois que nous l’avons vu. En effet,
nous l’avons vu de nombreuses fois ranger les chaus-
sures des fuqara. Dans cette science qu’est le soufisme,
les disciples œuvrent et se mettent au service des
maîtres, mais dans le cas de notre noble shaykh, force
est de constater que c’est le shaykh qui œuvre pour ses
disciples. Nous l’avons vu de nos propres yeux, et à
maintes reprises, laver les toilettes pour ses disciples,
ranger leurs vêtements, leur apporter le déjeuner.
Lorsque le bétail était immolé, je l’ai vu plusieurs
fois laver les intestins de la bête. Lorsque les déchets
des voisins s’entassent, il se rend les brûler de ses
propres mains passant parfois plusieurs heures au
travail et cela malgré les nombreuses maladies qu’il
subit. Il ne recherche que le rabaissement et répugne
les honneurs, pendant des mois, il porta la muraqa’a
(vêtement rapiécé multicolore) d’une femme, et lors-
qu’il sortait avec, mon cœur se resserrait bien qu’elle
n’était pas sur mes épaules. Un jour que j’enregistrai
un cours de notre noble shaykh, cours qui était d’une
telle profondeur qu’une pensée traversa mon esprit :
je me suis dit qu’il fallait diffuser ce cours afin que
les hommes sachent quel trésor nous avons à notre
disposition. A cet instant, saydi shaykh me regarda
et il me dit : « Il y a fort longtemps, la renommée
98
Son caractère
d’un shaykh se répandit jusqu’à la cour du roi. Le roi
voulut rencontrer ce shaykh et se rendit auprès de
lui. En arrivant, il trouva un vieil homme sénile qui
broutait de l’herbe… Les shouyoukh ne veulent pas
être connus pour être en paix. »
Certains gestes me marqueront à jamais, comme
le jour suivant le mawlid 35 de janvier 2014. Je voulus
profiter de la bénédiction de la zawiya en dormant
sur place. M’étant préparé à dormir, je vis saydi shaykh
m’attendre devant la porte de la khalwa les bras
chargés de couvertures qu’il avait faites descendre
de plusieurs étages.
De même, Allâh me permit de faire un jeûne
continu et pendant plusieurs jours, c’est le shaykh
lui-même qui me fit descendre le plat de rupture et
lorsqu’un soir, le plat manqua, il me donna son propre
repas et me dit en souriant : « ce soir, tu manges
comme le shaykh. » Qui pourrait donc faire preuve
d’une telle patience, faisant descendre le plat quo-
tidiennement à son disciple pendant des semaines,
si ce n’est celui qu’Allâh aura comblé de ses grâces ?
À travers son exemple, il nous enseigne modes-
tie et rabaissement. Il ne différencie pas le riche du
35 Mawlid : commémoration de la naissance du prophète.
99
Au service du destin
pauvre, et face à lui, l’homme de pouvoir est au même
rang que le vagabond. Les portes de sa zawiya sont
ouvertes à tous jour et nuit, y laissant entrer aussi
bien le dévot que le brigand. Combien de professeurs
d’université et de chercheurs, d’hommes de pouvoir, se
sont retrouvés assis face à des gens qui ne savaient ni
lire ni écrire. À ceux-là, je l’ai entendu dire : « Restez
avec-nous autant de temps qu’il vous plaira, mais ici,
vous mangerez dans la même assiette que les fuqara
et dormirez sur des tapis. »
Parmi ses qualités, la miséricorde envers toutes les
créatures, qu’il s’agisse d’un homme ou d’un animal.
Il souffre et s’inquiète de la situation de son disciple
lorsqu’il est atteint par des épreuves et se réjouit pour
lui lorsque le bien le touche. Il ne craint, en ce qui
concerne le droit d’Allâh, le blâme d’aucun, et ce
malgré la violence des attaques. Si bien qu’il dit un
jour : « Nous jetons sur les gens de la Lumière et eux
jettent sur nous du feu. » Sa magnanimité est telle
que de nombreux disciples, avant que leur poitrine
ne soit ouverte à la Lumière d’Allâh, étaient hostiles
à la voie mais une fois qu’Allâh jeta dans leur cœur
l’amour du shaykh, ils se trouvèrent sans la moindre
animosité. De même, lorsque la voie karkariya com-
mença à se propager dans le monde, les enfants de
100
Son caractère
moulay al-Hassan – qu’Allâh l’agrée – se mirent à
attaquer et calomnier notre shaykh, prétendant qu’ils
étaient les véritables héritiers du secret de leur père.
Notre shaykh ne répondit à aucune de leurs attaques,
il nous dit même : « Je vous demande de ne pas leur
répondre, par respect et amour envers mon shaykh,
je ne leur répondrais pas. »
Parmi ses qualités, on citera la générosité et la
bonté. Elles se manifestent dans toute leur profondeur
et leur degré le plus noble dans le fait qu’il donne la
Lumière à ses disciples et les conduit dans la pré-
sence du secret. Et n’est shaykh que celui qui fait don
de son secret. Et n’est shaykh que celui qui fait don
de la Lumière. Ceci est la vraie générosité car celui
qui te donne la Lumière t’aura certes offert ce qui à
jamais demeure. Et aucun mot n’est à la mesure de
la grandeur de sa générosité. Il nous dit : « lorsque
le mendiant tend la main, donne-lui tout ce que tu
possèdes et si tu ne te décides à lui donner que la plus
petite des tes pièces, sache qu’en vérité, tu dévoiles ta
propre station (maqam). »
Et parmi les qualités dont il est embelli, celle de
la fidélité et de la probité. Il couvre son disciple par
le voile de la miséricorde, tout en connaissant par-
faitement son état intérieur et ne dévoile jamais ses
101
Au service du destin
fautes, et ne le renie jamais. Je l’ai entendu dire au
sujet d’un homme qui attaquait la voie : « Par Allâh, je
l’aime. » Il dit : « Jamais le shaykh ne renie son disciple,
plutôt, c’est le disciple qui se détourne du shaykh. »
De même, notre frère en Allâh sidi Muhammad
Pierre vint trouver notre shaykh pour lui offrir une
lettre. Saydi shaykh me demanda de traduire ce qui
se trouvait dans la lettre. Le frère en question, ayant
vu son cœur se remplir par la Lumière de la certi-
tude, s’était décidé à offrir tout ce qu’il possédait au
shaykh, ses biens, sa voiture, etc. Pour cela, il avait
fait un acte de donation signé et cacheté. Lorsque
saydi shaykh vit cela, il prit la lettre en main et il dit
à Pierre : « Sache que j’accepte ton cadeau, mais me
permets-tu. » Il prit l’acte de donation et le déchira
en plusieurs morceaux qu’il plaça dans une enveloppe,
il dit : « je vais garder ta lettre et j’espère être enterrer
avec. » Il s’est vêtu du vêtement de la pauvreté. Tout
ce qu’il reçoit est donné pour nourrir les disciples
présents dans la zawiya.
Il m’est impossible de rapporter le nombre d’anec-
dotes sur son état et sa générosité qu’il m’a été donné
de voir en sa présence bénie. Cela lui vient d’avoir
foulé de son pied tous les domaines divins, d’où il a
vu que tout vient d’Allâh, du début à la fin. Je l’ai
102
Son caractère
accompagné pendant une longue durée. Il m’a fait
connaître la perfection de son caractère et m’a ébloui
par la beauté de son comportement. Il a atteint ces
qualités dans leurs perfections. C’est pour cela qu’Al-
lâh a choisi son cœur comme réceptacle de son saint
secret. En vérité, je dis n’avoir jamais vu de toute ma
vie une personne qui regroupe autant de qualités
dans leur perfection de la manière dont sidi shaykh
les regroupe, qu’Allâh augmente sa noblesse.
103
Sa science
Il est le détenteur de l’ensemble des sciences et
des connaissances, ceci parce qu’il est l’héritier de la
khatmiya du Nom suprême caché. Il dit : « le propre
du khatm (sceau des saints) est que tu le trouveras
dans toutes les sphères de connaissances, quel que
soit le savoir que tu recherches, tu le trouveras t’y pré-
céder. » Il ne dévoile ses connaissances qu’aux cœurs
méritants et qu’après les avoir éprouvés. Sa science se
prend par la voie du dévoilement et lorsque le disciple
parvient à tirer ses sciences par le dhikr, il découvre
que le cœur de son noble shaykh, est un océan sans
fin de savoirs et de sciences. Parmi les sciences, qu’il
m’a été permis de découvrir dans le cœur de notre
shaykh et qu’il m’a transmises à travers le dévoile-
ment 36, la science des lettres, la science des astres, la
science de la physiognomonie et la science des phases
36 J’entends par « dévoilement », des visions à l’état d’éveil qui sur-
viennent durant le dhikr.
105
Au service du destin
lunaires. Il partage sa science entre les disciples,
chacun découvrant une facette de sa connaissance.
Certains disciples étudient les sciences des plantes
et des lettres syriaques, d’autres encore étudient la
science des Noms divins. Son cœur est un océan de
secrets. Il dit : « prenez de moi ce que vous voulez.
Ma science découle du messager d’Allâh. Combien,
Ô murid, peux-tu porter de lumières et de secrets
divins ? Et bien, je ne me fatigue pas… tant que tu
ne te fatigues pas ! »
Lorsqu’il se limite au monde physique et sen-
soriel, sa parole est élevée et subjugue les intellects.
Combien ai-je vu d’universitaires s’étonner de son
savoir. Il s’exprime sur l’ensemble des sujets avec une
grande justesse, qu’il s’agisse des sciences de la Loi
ou des sciences profanes. Lorsque j’entendis un de ses
cours, quelques jours après avoir pris l’engagement
de la voie, je l’interrogeai sur la provenance de son
savoir, il me dit : « J’ai tout appris dans ma khalwa,
je n’ai lu que deux ou trois livres… »
Il, puisse Allâh nous faire profiter de lui, fait sortir
du peu le grand. Et il s’agit là d’une caractéristique
propre aux gens d’Allâh. Pour preuve, notre shaykh,
sidi Mohamed Faouzi al-Karkari, passa près de dix
ans à expliquer les secrets contenus dans la lettre
106
Sa science
« Ha » du Nom de Majesté. De même, je l’ai entendu
commenter jusqu’à trente reprises une partie de la
sourate al-Kahf (la Caverne) ainsi que les poèmes du
shaykh Ahmad al-Alawi, et à chaque commentaire, il
ramène une nouvelle compréhension et de nouvelles
subtilités. Il nous dit souvent « je tourne les pages
rapidement. Si tu voulais t’arrêter à chaque page,
personne ne dépasserait jamais le premier secret. »
Ceci est une indication claire sur sa générosité et
le fait qu’il facilite au murid le chemin. Il le trans-
porte d’une station à une autre avec relativement
peu d’efforts, en peu de temps, de telle sorte que le
faqir ne se rend pas compte de la station qu’il vient
de dépasser. S’il parle de la poignée de Lumière et
de ses manifestations, il suffira de se représenter les
effluves de la particularité. S’il parle des Noms et de
leurs manifestations, le cœur s’enivre de l’ivresse de la
proximité et de la sainteté. S’il parle de l’élu, le cœur
se remplit de Lumière manifeste.
Voilà comment sa Lumière entre dans le cœur !
Quant à son état, c’est parler d’une mer bouillon-
nante, d’une montagne ferme. En effet, il est en
permanence dans le témoignage du Vivant, l’Adoré.
Depuis qu’il connait le Vrai, il n’est plus voilé de
Lui. Le messager d’Allâh ﷺne quitte plus son
107
Au service du destin
regard. Je l’ai entendu dire « Par Allâh, si le messager
d’Allâh était voilé de moi l’instant d’un regard, je ne
me compterais plus du nombre des musulmans. » Au
contraire, on trouve parmi ses disciples, des disciples
qui vivent ce même état. Qu’en serait-il alors du
maître dont ils tirent cela ? Le disciple, quel que soit
son degré de proximité, ne peut connaître la valeur
réelle de ce guide sans pareil. S’il veut t’en donner,
il t’en donne et s’il veut t’en priver, il t’en prive. Il a
une autorité complète dans le noble secret. Quand
il parle, il englobe tous les cœurs et chacun profite
de sa parole, que ce soit le débutant, le cheminant
ou celui qui est arrivé.
108
Sa description physique
Saydi Abdel Hafidh Ribati dit, en décrivant phy-
siquement notre shaykh : « Il n’est ni grand ni petit. Il
a la peau blanche, approchant du rouge. Il est beau
du visage et on verra dans ses yeux une vivacité éton-
nante. Son regard transperce. Combien de fois mon
regard rencontra le sien et je sentis un frisson dans
tout mon corps ! Certaines fois, ce frisson a atteint
mes yeux et des larmes s’en sont écoulées. On voit sur
son visage de la Lumière, ce qui ne peut échapper au
doué de regard intérieur. Quiconque le voit ressent
de la crainte et qui le fréquente l’aime. Il a laissé les
vêtements recherchés pour préférer la muraqa’a. »
Je dis : Il a le nez aquilin, les yeux noirs, ronds
et grands. Sa barbe noire et teintée de gris est bien
fournie. Ses articulations sont fortes mais son corps
reste harmonieux et proportionné. Ce qui marque
celui qui l’aperçoit est l’amabilité qui se dégage de
son visage ainsi que la douceur de sa voix, douce et
forte à la foix, une voix presque androgyne.
109
Ses adorations et ses efforts
Sur ce plan, il suit la voie tracée du prophète ﷺ,
ne déviant jamais de son exemple. Il a fait des paroles
du messager d’Allâh ﷺla boussole de sa vie et
chacun de ses gestes quotidiens en est inspiré. Il
s’impose tout type d’adorations, parfois je l’entendais
invoquer son seigneur en larmes durant toute la nuit,
parfois, il se contentait d’une heure avant la prière
de l’aube (fajr). Parfois, il jeûnait de façon continue,
d’autres fois, il coupait son jeûne. Il n’a jamais imposé
la moindre chose au disciple sans se l’imposer à lui-
même d’abord. Il dit : « Lorsque le idhn (autorisation)
descend, je m’impose la chose une année lunaire
complète, avant de l’imposer au disciple. » Son adora-
tion se caractérise par la constance. Depuis plusieurs
années et ce, jusqu’à aujourd’hui, il veille sa nuit en
dhikr, prie la prière de l’aube et poursuit ses awrad
(pluriel de wird) jusqu’à l’heure du shourouq (lever du
soleil). Il descend après l’heure de doha et s’installe à
l’extérieur de la zawiya, qu’il vente ou qu’il pleuve, et
111
Au service du destin
lit son Coran, effectuant plusieurs lectures complètes
du Livre par mois et s’y consacrant plusieurs heures
par jour, et ce jusqu’à la prière de dhor. Puis, entre la
prière de ‘asr et de maghreb, s’il ne donne pas cours,
il poursuit dans la solitude son dhikr. Plusieurs soirs,
alors que nous nous trouvions dans sa zawiya bénie,
nous l’entendions faire son dhikr pendant des heures.
Parmi ses adorations, il veille toute la nuit du
qadr et de mi-sha’ban, s’enfermant avec son épouse
et ses enfants dans ses appartements privés pour
faire du dhikr, faisant raisonner dans la zawiya les
invocations divines. De même, les jours de fête, il a
l’habitude de sortir le rosaire aux mille perles (subha
alfiya) passant parfois plusieurs jours en dhikr entouré
de ses disciples. Une des images les plus marquantes
que j’ai pu voir dans la présence de ce noble shaykh
fut celle de la du’a du mawlid en 2016. Après s’être
assis, il leva les bras et commença à invoquer Allâh.
Son invocation dura près de trois heures, sans qu’il ne
s’arrête, si bien que de nombreux disciples quittèrent
les lieux ou s’assoupirent. Quelques instants avant la
prière de l’aube, alors qu’il ne restait plus qu’une poi-
gnée de disciples autour de lui, il se leva et continua
de prier jusqu’à ce que retentisse l’appel à la prière.
112
Ses adorations et ses efforts
Il dit : « Il convient à l’aspirant d’essayer toutes les
catégories de l’adoration. Parfois, il doit veiller toute
la nuit, d’autres fois sa moitié. Parfois, il doit jeûner
en continu et d’autres fois jeûner et rompre son jeûne.
Il doit donc voyager dans le royaume d’Allâh à pied,
sortir de chez lui sans argent ni bagage. Tout cela
pour s’essayer à la remise confiante en Allâh. C’est
ainsi qu’il convient à l’aspirant d’être. De telle sorte
que, s’il est conduit vers Allâh, il aura déjà goûté à
toute chose. S’il parle de l’ascétisme ou de la remise
confiante ou de l’isolement et de l’esseulement, il
l’aura lui-même vécu. » Il dit, qu’Allâh l’agrée : « je
n’ai obtenu ce que j’ai obtenu que par l’isolement et
le voyage. »
113
Ses prodiges
De par leur nombre, il est tout simplement impos-
sible de compiler l’ensemble de ses prodiges. Son
aspiration est telle que ses propres disciples sont
sujets aux prodiges. Il dit : « Jamais vous ne m’en-
tendrez parler de mes dévoilements car il me suffit
de demander à un de mes disciples de raconter ce
qu’il voit pour subjuguer les intellects. » Et comme
le dit notre maître saydi Ahmad al-Alawi – qu’Allâh
l’agrée – : « l’aspiration (himma) du shaykh se manifeste
par le disciple. »
Le plus grand prodige est bien sûr celui de la
rectitude (istiqama) et le suivi du messager d’Allâh
dans tous les états qu’ils soient intérieurs ou exté-
rieurs. Cependant, nous nous permettrons de citer
quelques-uns des prodiges que nous avons pu voir
dans la présence de ce shaykh béni.
Parmi ses prodiges les plus remarquables, celui de
faire descendre dans le cœur du disciple la Lumière
divine pour le faire accéder à la contemplation directe,
115
Au service du destin
et ce dès la prise du pacte (bay’a). Il dit : « Notre
voie est celle de la vision à l’état d’éveil, celui qui ne
voit pas, je ne suis pas son shaykh et il n’est pas mon
disciple. » Quiconque s’engage dans sa Voie se trouve
projeté dans la toute sainte présence de l’Attribut de
Lumière. Quel prodige pourrait dépasser celui de
faire descendre dans le cœur d’un homme un attribut
divin, celui au sujet duquel il fut dit : « Allâh est la
Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est sem-
blable à une niche où se trouve une lampe. La lampe
est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble
à un astre de grand éclat ; son combustible vient d’un
arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont
l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche.
Lumière sur lumière. Allâh guide vers Sa lumière qui
Il veut. Allâh propose aux hommes des paraboles et
Allâh est Omniscient 37. »
Non seulement, ce noble shaykh transmet la
Lumière divine au moment même du pacte initia-
tique, mais il la transmet également aux disciples
vivants dans des régions éloignées, et ce sans les avoir
rencontrés physiquement. En effet, de nombreuses
personnes vivant dans les pays en conflits, à l’ins-
37 Sourate an-Nur (la Lumière), verset 35.
116
Ses prodiges
tar de l’Irak ou de la Syrie, ne peuvent se déplacer
jusqu’au Maroc pour prendre le pacte. Ceux-là, après
avoir fait le wird durant quarante jours, reçoivent
la bay’a par téléphone, et tous attestent de la vision
de la Lumière. De même, j’ai entendu saydi shaykh
Mohamed Faouzi – qu’Allâh sanctifie son secret –
dire : « Quiconque désire sincèrement la bay’a, qu’il
se lève dans le dernier tiers de la nuit, qu’il fasse ses
ablutions et, après avoir prié deux unités de prière,
qu’il lève la main droite et dise : « Allâh, je prends la
bay’a de shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari. Je le
reconnais comme waliy de son temps. » Si son inten-
tion est bonne il recevra la Lumière, ceci parce qu’il
vit au temps du maître de l’époque (sahibul waqt). »
C’est ainsi qu’aujourd’hui des centaines de disciples
contemplent la Lumière à l’état d’éveil, sans jamais
avoir rencontré le shaykh. Certains d’entre eux ont
même pu faire la khalwa et accéder au secret de l’Es-
sence à distance. En effet, comment celui qui s’est
éteint dans la Lumière, brûlant ainsi les limitations
de l’espace et du temps pourrait s’en retrouver limité.
Parmi ses prodiges, sa capacité à apparaître dans
de nombreux endroits du monde au même moment.
C’est ce que nous avons vécu à maintes reprises, rece-
vant la visite de saydi shaykh – qu’Allâh sanctifie son
117
Au service du destin
secret – chez nous alors que nous étions en Belgique.
De même, lorsque saydi shaykh donna la bay’a par
téléphone à un disciple emprisonné aux États-Unis,
le disciple lui dit : « je te vois avec moi. » Saydi shaykh
lui répondit : « tu te rendras compte que je suis tou-
jours avec toi. »
Son dévoilement est si intense, que les moindres
pensées, les moindres intentions lui sont présentées.
Durant ses rappels, il dévoile et décrit l’état intérieur
du disciple, d’une façon si élégante et si raffinée que
le disciple se reconnait, alors il le conseille et le guide,
sans que personne ne sache qui était visé par le cours.
C’est ainsi qu’il voile les fautes du disciple tout en le
guidant. Ceci est devenu commun pour l’ensemble des
disciples, c’est dire l’immensité de son dévoilement.
Durant le mois de novembre 2016, quelques jours
avant la soirée du mawlid, nous étions une quaran-
taine de disciples réunis dans la zawiya d’al-Aroui.
Un soir, saydi shaykh Mohamed Fouazi al-Karkari
– qu’Allâh sanctifie son secret –, alors qu’il faisait un
rappel, nous dit : « Il y a parmi vous un qui est venu
jusqu’ici (à la zawiya) pour accéder à la vision de la
Lumière. Cependant, lorsqu’il est sorti de chez lui, il
118
Ses prodiges
a menti à sa famille et leur a dit qu’il se rendait à dar
al-bayda 38 et effectivement, ici, c’est bien la maison
blanche, j’entends par là, la maison de Lumière.
Mais lorsqu’il a prononcé cela, son intention était
différente. S’il se reconnait, et assume son mensonge
devant tout le monde, il repartira avec une lumière
jaillissante dans son cœur. »
Le silence s’était installé parmi les disciples, c’est
alors qu’un disciple algérien leva la main et dit : « Sidi,
j’ai dit à ma famille que j’allais en Espagne. » Puis,
un autre disciple reconnut encore avoir menti à ses
proches et dit : « J’ai dit à mes proches que j’allais me
rendre dans tel pays. » Et ainsi de suite, plusieurs dis-
ciples reconnurent leurs fautes mais saydi shaykh leur
dit : « Non, il ne s’agit pas de vous, je parle ici d’un
enfant du pays, qu’il se révèle donc ! Je lui promets
en contrepartie la Lumière. »
Plusieurs minutes passèrent jusqu’à ce qu’un frère
venu de la ville d’al-Hoceima lève la main et dise :
« Oui sidi, j’ai bien menti à mes parents en leur disant
que je me rendais à Casablanca, ceci afin qu’ils ne
s’inquiètent pas. » Saydi shaykh sourit et dit : « Oui,
c’est bien de toi dont je parle, maintenant, corrige
38 La ville de Casablanca qui veut dire en espagnol « Maison blanche ».
119
Au service du destin
ton intention, et voici la Lumière. » C’est ainsi qu’il
accéda à la vision de la Lumière. Nous étions une
quarantaine de disciples dans la même pièce et beau-
coup sont ceux qui peuvent témoigner de cette scène
et toutes les louanges sont pour Allâh.
En 2016, un groupe composé de frères venus
d’Algérie et plus précisément de la ville de
Mostaganem s’est rendu auprès de notre shaykh
– qu’Allâh sanctifie son secret – dans sa zawiya
d’al-Aroui. Certains d’entre eux, lorsqu’ils virent
le rabaissement et la modestie de notre shaykh
vêtu d’une muraqa’a que peu seraient capable de
porter, eux qui s’étaient habitués aux maîtres qui se
pavanaient dans les vêtements les plus raffinés, se
mirent à douter de notre shaykh.
Un jour, shaykh Mohamed Faouzi al-Karkari
– qu’Allâh sanctifie son secret – s’assit et fit un
rappel durant lequel il dévoila les moindres pensées
qu’avaient les frères algériens. Puis, lorsqu’il finit il
frappa avec force la table basse avant de se lever, le
silence régnait alors au milieu des disciples présents.
Juste avant de quitter la pièce, saydi shaykh se retourna
et dit à un des algériens présents : « Toi, dis-leur ce
que tu viens de voir à l’instant ! » Il répondit : « Sidi
à l’instant où tu as frappé la table, j’ai vu des galaxies
120
Ses prodiges
et des étoiles apparaître. » Saydi shaykh regarda les
autres algériens et leur dit : « Votre frère est venu avec
sincérité et en quelques instants, il a été illuminé ! »
Lorsqu’il quitta la pièce, personne n’osait faire le
moindre geste. Je descendis et je vis saydi shaykh
sourire et dire : « Vois-tu, parfois les coups de bâtons
peuvent être bons. » Par la suite, tous les algériens
présents prirent la bay’a et s’engagèrent dans la voie,
ils ouvrirent la première zawiya karkariya dans la
ville qui avait accueilli le shaykh de nos shouyoukh, sidi
Ahmad al-Alawi – qu’Allâh sanctifie son secret – : la
ville de Mostaganem.
Deux ans plus tard, un des frères qui était présent
lors de l’événement cité précédemment, n’arrivait
toujours pas accéder à la vision de la Lumière. Lors
d’un rappel, durant le mawlid de novembre 2018, saydi
shaykh dit : « Celui d’entre vous qui a vu la Lumière,
qu’il lève le bras », tous les disciples levèrent le bras.
Saydi shaykh dit : « Toi, ne lève pas ton bras car tu ne
l’as pas vue ! sais-tu pourquoi ? Te souviens-tu lorsque
j’ai frappé la table au moment où tu parlais sur ton
téléphone avec un autre shaykh ? À cet instant-là, le
cœur de ton frère a été illuminé et le tien fut éteint !
Après ce rappel, descends dans la pièce d’en bas, prie
deux unités et entretiens toi avec ton Seigneur, tu
121
Au service du destin
verras la Lumière par la grâce d’Allâh. » C’est ce que
le frère fit et il vit la Lumière.
Une fois, un des disciples de noble ascendance,
sidi Mohamed al-Hebri, faisait son dhikr dans la ville
de Oujda à l’aide d’une subha qu’il tenait en main.
Durant son dhikr, Allâh le gratifia d’une vision durant
laquelle il vit sa subha glisser d’entre ses mains et
disparaitre. Il continua son dhikr comme si de rien
n’était. Lorsqu’enfin il finit, sidi Mohamed al-Hebri
s’est aperçu que la subha qu’il tenait en main avait
disparue. Quelques jours plus tard, il se rendit à l’as-
sise de dhikr en présence de sidi Mohamed Faouzi
al-Karkari – qu’Allâh sanctifie son secret. Lorsque
notre shaykh le vit, il lui tendit une subha et lui dit :
« Reprends donc ta subha » et il s’agissait bien de la
sienne, celle qu’il avait perdu dans son dhikr.
Saydi shaykh dit au sujet de la voie : « L’autorisation
(idhn) de notre voie est Mashishi, c’est-à-dire que
seul le shaykh ibn Mashish transmettait la Lumière
à l’instant même de la bay’a comme nous le faisons
aujourd’hui. » De même, il nous dit concernant le
shaykh ibn Mashish – qu’Allâh sanctifie son secret – :
« Il est appelé dans l’assemblée des saints (diwan
al-awliyah) par le surnom de abu al-awliyah (le père
122
Ses prodiges
des saints). » Il dit : « Je vois le shaykh ibn Mashish en
chair et en os, comme vous me voyez maintenant, je
pourrais même dessiner chacun de ses traits. »
Un soir alors que notre shaykh était plongé dans
la sainte présence, saydi shaykh ibn Mashish vint
le trouver et lui demanda d’acheter un tissu pour
recouvrir son maqam. Saydi shaykh Mohamed Faouzi
vit alors avec une précision déconcertante l’empla-
cement du maqam, son agencement, les portes s’y
trouvant. Puis, saydi ibn Mashish demanda à notre
shaykh de donner une somme précise d’argent aux
quatre hommes (muqqadem) qui prenaient soin
de son tombeau. Il transmit à notre shaykh leurs
noms ainsi que la somme destinée à chacun. Saydi
shaykh s’empressa d’acheter le tissu et de réserver la
somme d’argent destinée aux quatre hommes. Hélas,
les affaires et l’éducation des disciples empêchèrent
notre shaykh de se rendre sur le mont ‘Alam où est
enterré le shaykh ibn Mashish. Jusqu’au jour où saydi
shaykh vit durant le dernier tiers de la nuit saydi ibn
Mashish et qu’au même moment son épouse lui dise
qu’elle avait rêvé d’un homme qui lui dit : « Pourquoi
ton époux ne vient-il pas me visiter ? » Lorsqu’elle se
mit à le décrire, shaykh Mohamed Faouzi reconnut
123
Au service du destin
instantanément le shaykh ibn Mashish qu’il voyait
en face de lui. Il se décida donc à se rendre jusqu’au
Mont ‘Alam près de Tétouan.
Il s’y rendit avec quelques disciples et, une fois
arrivé au sommet du mont, là où se trouve la tombe
du shaykh ibn Mashish, il alla trouver le muqqadem
et lui dit : « Tu t’appelles ainsi et tu as trois autres
collègues qui s’appellent ainsi et ainsi. » Le muqqadem
interloqué et surpris demanda à notre shaykh qui
était-il, il lui répondit : « Voici une somme d’argent
que tu devras répartir avec tes autres collègues, cela ne
vient pas de moi, cela vient de celui qui est enterré en
ce lieu. » L’homme qui était des gens du goût spirituel,
comprit qu’il avait affaire à un connaissant d’Allâh et
lui demanda en quoi il pouvait l’aider. Saydi shaykh
lui dit : « Shaykh ibn Mashish m’a demandé de poser
ce tissu sur sa tombe, peux-tu m’aider à le faire. »
« Je veux bien t’aider, répondit le muqqadem, mais
de la tombe de shaykh ibn Mashish sort un arbre,
ce n’est donc pas possible de déposer un tissu sur sa
tombe. »
Saydi shaykh dit : « Ma vision était claire et mes
visions ne nécessitent jamais d’interprétation (ta’wil),
voici ce que j’ai vu. » Il se mit à décrire avec précision
le lieu de la station, son agencement, la couleur des
124
Ses prodiges
murs, les portes et tout ce que contenait la pièce. Le
muqqadem reconnut le lieu et s’exclama : « Il s’agit du
lieu de naissance de shaykh ibn Mashish ! suis-moi, je
t’y emmène. » Arrivé sur place, saydi shaykh reconnut
les lieux qu’il avait vu par vision et déposa sur la sta-
tion le tissu qu’il avait emmené 39. Jusqu’aujourd’hui
lorsque le muqqadem voit des disciples de la karkariya,
il les accueille avec le plus grand soin.
Parmi ses prodiges, lorsqu’un jour je me trouvais
auprès de lui en dehors de la zawiya et qu’il était
entouré de pigeons, il me dit : « observe ce pigeon, il
fait le dhikr du Nom « ar-Rahman », quant à celui-ci,
il fait le dhikr du Nom « Allâh. » » C’est ainsi que je
sus qu’il possédait la langue des animaux 40, et il s’agit
là d’une science à laquelle peut accéder le disciple
karkari.
39 Parmi les témoins de cette histoire : sidi Said Menouach connu sous
le nom de « muqqadem Said ».
40 Il dit : « au début, j’entendais un son assourdissant semblable au vent
continu, puis le son se mit à diminuer et je pus recevoir des paroles
inspirées (hawatif ). » Il ajouta : « le disciple qui pénètre dans cette
science doit d’abord considérer les éléments qui lui sont extérieurs,
avant de considérer les sons provenant de son propre corps, sinon
il risque de perdre la raison. » Celui qui a l’ouïe ouverte devient
capable d’entendre la langue des anges, il entend les choses éloignées
comme étant proches, il perçoit le tasbih du monde minéral, animal
et infinitésimal, il perçoit et comprend des langues qui lui étaient
complètement étrangères et bien d’autres choses.
125
Au service du destin
Parmi ses prodiges, celui de faire descendre dans
le cœur du disciple des sciences et des compréhen-
sions qui lui étaient jusqu’alors inconnues. De même,
il maîtrise les dévoilements de ses disciples. En ce
sens, il dit : « Avant même que la vision ne t’atteigne,
sache qu’elle est en premier lieu passée par le cœur
du shaykh. » C’est ainsi que durant le mois de février
2016, j’ai entendu saydi shaykh dire : « Le mois pro-
chain, je vais faire descendre les visions en lien avec
la lecture du lam al-qabd. » Je m’étais décidé à vérifier
si cela allait se produire comme il l’avait indiqué.
Durant le mois de mars 2016, précisément un mois
après, sidi Suhayl (connu également sous le prénom
de Adrien) raconta les visions qu’il avait eu à l’en-
semble des disciples présents à l’assise de dhikr du
vendredi et toutes ces visions concernaient effective-
ment la seconde lecture, celle du lam al-qabd.
Parmi ses prodiges, le fait que chacune de ces
invocations soit exaucée. Un grand nombre de
personnes malades, ou cherchant une issue favo-
rable à leurs ennuis ont guéri par l’intermédiaire
des invocations de ce noble shaykh. Je peux citer
comme exemple l’anecdote que saydi Abdel-Nasser
m’a racontée. Il dit : « Au début de la voie, j’étais un
jeune homme sans le sou. Plusieurs fois, j’ai demandé
126
Ses prodiges
à saydi shaykh d’invoquer Allâh pour qu’il facilite
ma situation pécuniaire afin que je puisse aider la
voie et contenter ma famille, mais il s’y refusait. Un
vendredi, alors que nous revenions de la mosquée,
j’ai tenté ma chance. Cette fois-ci, il fixait le sol et
se mit à répéter à plusieurs reprises : « Qu’Allâh te
donne dounia 41 ! Qu’Allâh te donne dounia ! Qu’Al-
lâh te donne dounia ! » Depuis ce jour, les affaires se
sont si bien portées qu’aujourd’hui je croule sous les
biens, je ne sais même plus quoi en faire, je donne, je
construis, je dépense…et ça continue de venir. Il y’a
quelques temps, je suis retourné auprès de saydi shaykh
en larmes pour me plaindre car j’avais peur que cela
m’éloigne d’Allâh, il me dit en souriant : « patiente. » »
41 Dounia : le bas-monde.
127
Conclusion
C’est ici que finit ce court ouvrage qui, je l’espère,
vous a été profitable. Je demande à Allâh de nous
couvrir de sa miséricorde et de nous compter parmi
ses rapprochés, parmi ceux qui se prosternent sous
l’ombre de son trône, le jour où ne subsistera nulle
ombre hormis la sienne. Puisse Allâh nous permettre
de suivre les traces de notre shaykh, de s’éteindre dans
son nom, dans sa forme pour parfaire nos caractères
jusqu’à nous éteindre dans la présence de notre sei-
gneur et prophète, sayiduna Muhammad ﷺ. Puisse
Allâh nous anoblir et nous vêtir de Ses Lumières
jusqu’à ce que notre ouïe devienne la sienne, jusqu’à
ce que nos yeux deviennent les siens, jusqu’à ce que
nos sens deviennent les siens, jusqu’à ce qu’il ne sub-
siste plus que Lui.
129
Ouvrages des éditions
Le Livre du Secret
Les fondements de la Tariqa Karkariya
La Voie Blanche
Par l’Étoile lorsqu’elle descend
Le paradoxe du destin et du libre arbitre en Islam
Introduction au lâm al-qabd
Lecture du lâm al-qabd par le hâ
Les Voies d’Ascension Lumineuses
Les convenances du compagnonnage
Épître Lunaire
Shaykh Mohamed Faouzi Al Karkari
Traduit par les disciples
L’Appel de l’Esprit
Sébastien Biraud
Reflet des sagesses lumineuses
Recueil des réceptacles des âmes
Mehdi Badeche
Les secrets derrière le Voile
Pierre-Antoine Segri
Comme si tu Le voyais
Si tu ne Le vois pas, Lui te voit
Le pèlerinage : une initiation soufie
Mohamed Ouhraich
Le Soufisme dévoilé
Louis Mazué & Mohamed Ouhraich
Un regard sur mon âme
Florian Eme
De Toi à Lui
Les Fruits du Suivi
La Voie du Vrai
Louis Mazué
La certitude du croyant
L’atteinte du faîte dans l’affirmation de la vision
à l’état d’éveil des anges et des prophètes
Abou Nour Muhammad
Imprimé par
BoD – Books on Demand,
Norderstedt, Allemagne.