2, 3 octobre 1997
Aquaculture et environnement:
centre de Brest
actes de colloques 23
Coordinateurs
Marie-Christine Miner
Marc Kempf
poissons marins
23
Ifremer
2L014
Aquaculture
et environnement
Réglementation
et pratique des élevages
de poissons marins
Marie-Christine Miner, Marc Kempf
Actes des journées nationales de travail
Brest, 2-3 octobre 1997
Ifremer
Aquaculture et environnement : poissons marins
Organisation
Ces Journées ont été organisées conjointement par
l'université de Bretagne occidentale,
faculté de droit et des sciences économiques
centre de droit et d' economie de la mer (Cedem)
et
l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer,
direction de l’environnement et de l’aménagement littoral,
direction des ressources vivantes,
avec le soutien financier
de la région Bretagne,
du département du Finistère,
de la communauté urbaine de Brest,
et la collaboration
du syndicat français de l’aquaculture marine (Sfam).
3
Aquaculture et environnement : poissons marins
Sommaire
Résumé et synthèse
P. Ferlin, M. Kempf, M.-C. Miner, P. Paquotte, L. Prieur 7
Introduction
Situation et problématique 15
R. Bosc
Interactions entre la pisciculture et l’environnement :
présentation du groupe de travail et de ses principales conclusions 17
J. Petit, P. Jatteau
Interactions entre la pisciculture marine et l’environnement :
thèmes de réflexions 22
M. Kempf
Thème 1 - Cadre technique, économique et réglementaire
Caractéristiques techniques de la pisciculture marine :
typologie et contraintes réglementaires associées 27
A. Dosdat, J.-L. Gaignon
L’entreprise aquacole : spécificités économiques 33
P. Paquotte
La politique environnementale et l’aquaculture :
le cadre juridique communautaire 46
N. Conan
Thème 2 - Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
La pisciculture marine française face aux conflits d’usage 63
M. Kempf
Loi Littoral et aquaculture 70
J.-M. Bécet
La réservation des sites aquacoles par les documents d'urbanisme 85
L. Prieur
Thème 3 - Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
Impact de la pisciculture marine sur l’environnement 99
M. Kempf
Impact environnemental des médicaments vétérinaires :
bases scientifiques de la législation communautaire 115
G. Blanc, J.-C. Raymond, H. Le Bris
4
Aquaculture et environnement : poissons marins
L'aquaculture marine face à la procédure des installations
classées : rigueur du principe et pratique diversifiée 123
M.-C. Miner
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement :
pratique de l’instruction administrative 137
E. David
Mise en place d'un plan de surveillance
et de contrôle sur le site d’Aquanord : pratique professionnelle 145
J.-M. Facqueur
Thème 4 - Expérience des principaux pays producteurs européens
Development and management of aquaculture in Norway,
especially related to the environment 157
H. Kryvi
Regulation of marine fish farming in Scotland
by the Scottish Environment Protection Agency (SEPA) 171
A. Rosie
Pisciculture marine et aménagement du littoral en Grèce 185
L. Prieur
5
Résumé et synthèse
Résumé et synthèse
Philippe Ferlin(1), Marc Kempf(2),Marie-Christine Miner, (3)
Philippe Paquotte(4) et Loïc Prieur(5)
(1) Ifremer, directeur, direction des relations et de la coopération internationales
(2) Ifremer, direction de l’environnement et de l’aménagement littoral,
centre de Brest, BP 70, 29280 Plouzané
(4) Ifremer, service d’économie maritime
(3) (5) UBO, faculté de droit et des sciences économiques, centre de droit et d’économie de la
mer (Cedem), 12 rue de Kergoat, 29285 Brest
Des journées « Aquaculture et Environnement » : réglementation et
pratique des élevages de poissons marins ont été organisées à Brest les
2-3 octobre 1997 conjointement par le centre de droit et d’économie
de la mer (Cedem), de la faculté de droit et des sciences économiques
de l’université de Bretagne occidentale, et l’Ifremer (direction de l’en-
vironnement et de l’aménagement littoral et direction des ressources
vivantes). Elles marquaient l’aboutissement d'un groupe de réflexion
interorganismes (juristes, scientifiques, administratifs, professionnels),
qui s’était fixé pour objectif une synthèse sur les aspects réglementaires
de la pisciculture intensive vis-à-vis de l’environnement, en eau douce
comme en eau de mer. L’originalité de ces travaux est la tentative de
relier l' etat des connaissances scientifiques et techniques, les contraintes
juridiques et leurs incidences sur la vie des entreprises aquacoles en
France. Les objectifs des journées de Brest visaient ainsi l’examen des
réglementations et pratiques appliquées aux élevages marins, en parti-
culier celles concernant la protection de l’environnement : réflexions sur
la situation française et ouverture sur l’Europe (position de l’Europe
communautaire, comparaison avec l’expérience des principaux pays
producteurs : Norvège, Ecosse, Grèce)1. La manifestation était ouverte
à un public diversifié, comprenant les professionnels, l’Administra-
tion, les juristes, les scientifiques...
Quatre thèmes principaux, orientés vers la situation de la pisciculture
marine française, y ont été développés, avec des communications sui-
vies de débats.
Cadre technique, économique et réglementaire
Les exposés montrent à quel point les trois aspects du thème sont liés.
Les fortes interactions entre milieu d’élevage et cheptels sont dues à leurs
spécificités biologiques et aux pratiques zootechniques en vigueur.
Elles se traduisent par une exigence d’accès à une ressource très convoi-
tée et par l’existence d’externalités de production qui ont conduit à
1. L’exposé sur la Grèce a dû être annulé au dernier moment, l’expert invité n’ayant pu assurer
sa prestation. Il est remplacé par le résumé du compte rendu d’une mission effectuée dans ce
pays dans le cadre du groupe de réflexion cité.
/
Aquaculture et environnement : poissons marins
l' etablissement d’une réglementation harmonisée au niveau européen. De
même, les produits de l’aquaculture doivent s’insérer dans le marché
fortement concurrentiel des produits carnés, ce qui oblige les entreprises
aquacoles à chercher à réduire leurs coûts de production et à différencier
leurs produits. L’aquaculture rentre dans le champ de la politique com-
munautaire de i’environnement qui repose sur les principes de précau-
tion, de correction prioritaire à la source et de « pollueur - payeur ».
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Les principaux cas de conflits d’utilisation du littoral français, dans les-
quels des entreprises de pisciculture marine ont été ou sont impliquées,
mettent l’accent sur la diversité des situations, avec un point commun
qui est généralement l’appel à la protection de l’environnement pour la
défense d’autres intérêts non déclarés. L’analyse de la prise en compte
de l’aquaculture par la loi Littoral montre l’imprécision des textes dans
ce domaine. Il existe par ailleurs un vaste corpus législatif, offrant des
possibilités juridiques de réservation des sites, mais il semblerait que
la volonté politique de l’utiliser fasse défaut, en particulier chez bon
nombre des collectivités locales.
Prévention et contrôle de l'impact sur l'environnement
Un point est fait sur les connaissances actuelles en matière d’impact de
la pisciculture marine sur l’environnement et de son contrôle. Il s’avère
que la plupart des indicateurs de pollution retenus dans ie cas de l’eau
douce sont difficilement utilisables dans le cas des fermes en eau de mer.
Pour les élevages en cages flottantes, aucun effet notable n’est mesu-
rable lorsque le site dispose d’un bon renouvellement d'eau. En ce qui
concerne l’utilisation des médicaments, l’effort de recherche actuel
porte sur la mise au point de vaccins, ce qui permettrait de réduire consi-
dérablement l’usage d’antibiotiques. À l’échelon européen et mondial,
des possibilités existent à cet égard pour les salmonidés, mais l’aquaculture
méditerranéenne du bar et de la daurade reste un micromarché pour les
laboratoires pharmaceutiques.
Lors de l’instruction d’un dossier de création d’entreprise piscicole,
l’Administration insiste sur la nécessité d’une bonne communication
sur le plan local. Il faut en particulier que l’entrepreneur rencontre les
élus locaux et s’attache par ailleurs à réduire l’impact de son activité (les
aspects visuel et sonore étant également à prendre en compte en pisci-
culture continentale ou dans des installations littorales ou très côtières).
La réglementation concernant la pisciculture marine porte sur deux
volets distincts, les dossiers étant instruits à l' échelon des départements
par deux services sous l’autorité des préfets :
- l’occupation du domaine public (Affaires maritimes);
- l'impact sur l’environnement, relevant de la réglementation liée aux
installations classées (direction des Services vétérinaires).
8
Résumé et synthèse
L’influence de la législation environnementale se traduit par l’obliga-
tion d’une étude d’impact, qui est cependant inégalement respectée
selon les départements.
Les représentants du secteur professionnel font part des difficultés ren-
contrées dans ces procédures (diversité des services administratifs, évo-
lution rapide de la législation environnementale, coût des études préa-
lables, immobilisme des élus locaux) et plaident pour une adaptation
des règles à l'impact réellement observé sur le terrain. Un effort parti-
culier, réalisé par une entreprise pour la mise en place d’un plan de
surveillance et de contrôle, est exposé.
Expérience des principaux pays producteurs européens
En Norvège, l’ancienneté et l’importance de l’activité sont telles qu’une
réglementation très précise et complète a été mise en place. Il en est de
même en Écosse, bien que le développement de la salmoniculture et
celui d’une réglementation adaptée soient plus récents. Dans les deux
pays, il existe une structure administrative unique chargée de récep-
tionner les dossiers, puis de les instruire auprès des différents services
concernés. Une grande attention est portée à l’adéquation entre stocks
de poissons en élevage et capacité des sites à supporter les biomasses
(courantologie, température, autres activités). Les contraintes imposées
aux piscicultures sont donc très variables d’un site à l’autre. Le rôle de
l’aquaculture dans le maintien de populations dans des régions difficiles
est pris en compte par les gouvernements écossais et norvégien.
Ces journées « Aquaculture et Environnement » ont ainsi permis, sur
un sujet complexe, de faire dialoguer, avec les professionnels de la pis-
ciculture marine, trois communautés scientifiques ou universitaires
qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble : biologistes,
économistes et juristes. La présence de représentants d’entreprises de
toutes les régions maritimes est également une preuve que ce sujet est
une grande priorité pour les éleveurs. Il est par contre dommage que
l’Administration, également concernée et invitée, ait été peu présente
dans le débat.
Les principales conclusions issues de l’ensemble des communications
et des débats sont de quatre ordres : le constat d’une maîtrise de plus
en plus grande de cette activité, y compris dans son impact potentiel
sur l’environnement, un effort de réflexion sur une meilleure insertion
de l’aquaculture dans les programmes d’aménagement et de gestion
du littoral, un besoin d’information au niveau local et régional princi-
palement tournée vers les autres utilisateurs du littoral et, enfin, des
pistes d’actions tant pour la recherche que pour la réglementation et
sa pratique.
9
Aquaculture et environnement : poissons marins
• L’impact de la pisciculture marine sur le milieu est limité, voire très
difficile à mettre en évidence, pour peu que le site soit bien choisi et l' ele-
vage correctement mené. Il ne justifie pas les craintes suscitées par la
méconnaissance de la situation réelle ou l’appel à la protection de l’en-
vironnement comme alibi d’autres motivations. En fait, le milieu natu-
rel constituant bien souvent le milieu d’élevage (en particulier dans le
cas des cages), il existe un intérêt commun entre les performances des
poissons et la préservation de la qualité de l'environnement. Enfin, le
contrôle est possible, principalement axé sur l’autosurveillance des para-
mètres d elevage et un certain nombre d’observations et d’analyses du
fond marin, de complexité croissante et qu'il convient de moduler en
fonction du constat obtenu.
• Une réflexion sur l’insertion de l’activité aquacole dans l'aménagement
des [Link] littorales est cle nouveau nécessaire, après les vingt dernières
années de recherche-développement tournées vers la mise au point zoo-
technique des élevages et celle de standards technico-économiques à
l' echelon des entreprises. Cet effort est indispensable car, bien que
l’aquaculture ne regroupe encore qu’une minorité de producreurs, les
sites effectivement utilisables par elle en France restent limités ; un
effort de planification est clonc indispensable pour pouvoir mettre à
l' ecart des conflits un minimum de sites, en fonction d’arguments non
seulement techniques ou économiques, mais aussi sociologiques. Cette
insertion doit tenir compte cles aspirations des usagers du littoral qui
ne voient plus ces espaces comme des sites uniquement dévolus à la
production mais aussi au tourisme vert ou à des activités récréatives
et, souvent, à une combinaison de plusieurs cle ces activités. Les réa-
lisations observées sur les côtes américaines ou italiennes, ou même dans
le contexte cle l’aquaculture d'eau douce en France, constituent cles
èléments intéressants pour cette réflexion.
• Une meilleure information auprès des autres utilisateurs du littoral est
également indispensable afin de prévenir les conflits. Elle relève essen-
tiellement des producteurs eux-mêmes mais aussi cles collectivités locales
et cles services cle l’Administration (Affaires maritimes notamment). Des
exemples, comme le développement de l’aquaculture marine à Noir-
moutier ou celui des piscicultures d’eau douce en Aquitaine, basés sur
un effort d’information et cle communication dès le début cle l' elabora-
tion des projets, permettent de mesurer l'avantage que l’on tire de cette
prise en compte, grâce à l'absence presque complète de conflit.
• Enfin, ce séminaire permet déjà d’identifîer quelques voies d'actions
pour le futur, tant auprès cles administrations que de la recherche. La
pisciculture marine, du fait de la modestie de sa production actuelle,
n'a pas les moyens cle pression que peuvent avoir d'autres activités agri-
coles ou industrielles pour pouvoir influer sur les diverses réglemen-
tations qui régissent le secteur. Elle peut cependant tirer avantage de
10
Résumé et synthèse
certaines dispositions de ces textes, comme par exemple de celles de la
loi Littoral qui prévoit également développement et mise en valeur. C’est
dans l’application de la réglementation que l’action peut être poursuivie.
La recherche peut déjà fournir les types d’indicateurs nécessaires pour
les études préalables et le suivi des sites ainsi que les divers niveaux accep-
tables. Elle dispose aussi de modèles permettant de définir des capaci-
tés d’accueil de ces sites en fonction de l’hydrodynamisme, des types
d’élevages, des rejets estimés, etc. Cette approche doit encore être amé-
liorée mais un usage opérationnel de ces outils est déjà possible. La
recherche doit maintenant intégrer les aspects plus socio-économiques
de cette insertion de l’aquaculture dans son environnement, en parti-
culier en matière de mécanisme d allocation de la ressource commune
(essentiellement foncière, mais aussi hydrobiologique).
Il reste à convaincre l’Administration de la priorité qu il y aurait à
accorder à la simplification et à la coordination des procédures, en
tenant compte des points exposés ci-dessus. De même, le relèvement
du seuil d’application de la réglementation des installations classées (auto-
risation à 20 t) à un niveau compatible avec les pratiques européennes
(> 100 t) serait à envisager. Une tentative de médiation et de soutien
de la part de la collectivité avait èté faite en France dans les années quatre-
vingt, avec la désignation de délégués régionaux à l’aquaculture ; mais
elle n’est plus guère poursuivie. L’exemple de la Norvège, qui présente
un seul guichet administratif, tant pour le conseil aux futurs producteurs
que pour l’instruction des dossiers puis leur suivi, est à méditer.
11
Introduction
Introduction
Introduction présidée par Didier Le Morvan, professeur,
faculté de droit et des sciences économiques
université de Bretagne occidentale (UBO)
directeur du centre de droit et d’économie de la mer (Cedem)
13
Introduction
Situation et problématique
Roger Bosc
Ministère de l'Agriculture et de la Pêche, direction des pêches maritimes et des cultures marines,
3 place Fontenay, 75007 Paris
Monsieur le professeur,
Mesdames, Messieurs,
J'ai la charge d’un propos introductif qui se doit d'être bref pour ne pas
empiéter sur le temps imparti à nos travaux.
Néanmoins, je le voudrais utile en brossant à grands traits les orienta-
tions qui sous-tendent les actions du ministère de l'Agriculture et de
la Pêche en matière d’aquaculture.
Il importe tout d’abord de savoir de quoi on parle.
Il est clair qu'il convient de donner à « aquaculture » son sens le plus
large, à savoir la production de ressources vivantes aquatiques animales
et végétales. Pour autant, dans le cadre de cette dèfinition qui vise à
l’exhaustivité, le ministère porte aujourd’hui son attention en priorité,
et pour le territoire métropolitain, sur deux secteurs d activités bien
délimités :
- en premier lieu, la conchyliculture dont l’identité est fortement
affirmée sur notre littoral ;
- en second lieu, la pisciculture qu'elle soit marine ou continentale,
notamment sous ses formes les plus novatrices.
Bien entendu, je n’oublie pas la pisciculture en étang, la pénéiculture
ou encore d’autres types d’élevages ; mais si mon intention n’est pas de
faire une typologie fine, je reconnais l'intérêt de ces activités qui peu-
vent parfaitement trouver leur place au titre de la diversification.
Autre considèration essentielle : il me faut insister sur le fait que le minis-
tère a une vision socio-èconomique des filières aquacoles fondée sur le
constat que l’aquaculture est un outil privilègié d’aménagement et de
développement en milieu rural comme sur le littoral ; activités struc-
turantes, les activités aquacoles ne peuvent qu’être soutenues.
À cet égard, mesurons néanmoins que les emplois générés (entre 15 000 et
20000) et les chiffres d’affaires (entre 4 et 5 milliards de francs) pris
dans l’absolu ne prouvent pas, à eux seuls, l'intèrêt des filières aqua-
coles et, en particulier, n'illustrent pas leur effet structurant pourtant
essentiel.
Une troisième considération s’impose : la croissance sensible et conti-
nue des productions aquacoles dans le monde; aujourd hui, la produc-
tion des élevages tend à dépasser les tonnages pêchés. Sans doute, ce
constat doit-il être nuancé et apprècié région du monde par région du
monde et selon les espèces ou groupes d'espèces. Il n’empêche... l’émer-
gence de l’aquaculture est irréfutable !
15
Aquaculture et environnement : poissons marins
Pour autant, il convient - pour la métropole en tout cas - de « garder la
tête froide » en se donnant pour objectif d'abord, de conforter l’existant
mais également de s’assurer des moyens d'un développement maîtrisé.
En effet, des facteurs limitants caractérisés doivent être objectivement
constatés et pris en compte.
Je les regroupe dans trois grandes familles :
D’abord, il faut savoir faire. Le savoir-faire, c'est la maîtrise des cycles
d’élevage et des pratiques zootechniques, c’est savoir nourrir, savoir
soigner, etc. Les connaissances et l’expérience acquises en France par nos
organismes scientifiques et nos professionnels sont remarquables ; je
ne m’appesantirai pas plus sur ce point, sachant cependant qu’il reste
encore beaucoup à faire et que bien des voies sont à explorer;
Ensuite, il faut vendre rentablement ; ce n’est pas le sujet du jour mais
il mériterait à lui seul de longs débats. J’insiste simplement sur les
concepts cle <• filière » et de « pilotage par l’aval » auxquels le minis-
tère est tout particulièrement attaché : production et commercialisation
doivent être appréhendées globalement étant entendu qu'in fine c’est le
marché qui commande et c’est le consommateur qui fait le marché;
Enfin, dernier facteur que j'ai gardé pour la fin car il se rattache direc-
tement à nos travaux : il faut disposer de sites propices aux élevages.
J’entends par sites propices les sites favorables des points de vue météo-
rologique et hydrologique, physico-chimique, biotique... mais aussi
disponibles compte tenu de la concurrence des autres usagers. En la
matière, la caractéristique principale de notre métropole reste malheu-
reusement la rareté : les activités aquacoles sont tributaires cles qualités
du milieuet, en même temps, elles sont contestées (à juste titre ou non)
du fait de leur impact sur ce même milieu.
C’est pourquoi, à mon sens, les rapports de l’aquaculture à l’environ-
nement doivent être vus sous deux angles :
- qu’attend Faquaculture de l’environnement ?
- en quoi les contraintes environnementales sont-elles un frein aux
activités aquacoles ?
Merci de votre attention ; j’espère que ces propos vont contribuer à
ouvrir le débat.
16
Aquaculture et environnement : poissons marins
Interactions entre la pisciculture
et l’environnement : présentation du groupe
de travail et de ses principales conclusions
Jean Petit(1) et Philippe Jatteau(2)
(1) Inra, département hydrobiologie et faune sauvage, campus de Beaulieu, 35042 Rennes
(2) Cémagref, unité ressources aquatiques continentales - Bordeaux
Origine, composition et objectifs assignés au groupe de travail
En 1992, une réflexion initiale entre un juriste (Max Auffret) et un
scientifique (Jean Petit) a débouché sur la mise en place d'un groupe
de travail sur les interactions entre l aquaculture et l'environnement.
Ce groupe avait pour objectif d’identifier les difficultés d’application
des normes environnementales au secteur de la pisciculture intensive,
tant continentale que marine, et de produire un état des réflexions sur
les différentes procédures s’appliquant à cette interface aquaculture-
environnement.
Aux côtés des représentants des différents ministères concernés par
l’aquaculture :
- le ministère de l’Agriculture ;
- le ministère de l’Environnement ;
- le ministère de la Recherche ;
- le secrétariat d’État à la Mer,
le groupe était animé par les représentants des différents acteurs du
monde aquacole :
- les facultés de droit de Nantes et Brest pour les aspects juridiques ;
- l’Ifremer, l’Inra, le Cémagref et l’École nationale vétérinaire de Nantes
pour les aspects techniques et scientifiques ;
- les DDA et DSV pour la mise en application de la réglementation sur
le terrain ;
- les syndicats de pisciculteurs représentant les professionnels.
Réalisations
Les travaux de ce groupe ont été valorisés de différentes manières. Ils
ont tout d'abord permis la tenue de deux colloques, dont les actes sont
et seront publiés par l’Ifremer :
- « Aquaculture et Environnement », Nantes 1993, axé sur la pisci-
culture en eau douce1 ;
- le présent colloque concernant la pisciculture en eau marine.
1. Anonyme, 1994. Aquaculture et environnement : aspects réglementaires (Nantes,
octobre 1993). Éd. Ifremer, actes de colloques n° 16, 160 p.
17
Aquaculture et environnement : poissons marins
Enfin, la synthèse des travaux et des réflexions du groupe de travail est
compilée dans un ouvrage qui sera publié par l’Inra2.
Principaux enseignements
En introduction à ces journées consacrées à la pisciculture marine, il
convient cle rappeler les premiers enseignements du groupe qui por-
tent principalement sur l’aquaculture en eau douce. Ce dernier secteur
de production totalisait environ 61 000 tonnes en 1995, dont 53 000
pour la salmoniculture.
Singularités de l’aquaculture par rapport
à d'autres productions animales
L’interface aquaculture-environnement additionne les facteurs cle com-
plexité.
Pour l’essentiel, la production cle poisson se fait :
- dans des élevages intensifs (concentration d’animaux et concentra-
tion de déchets sur un espace restreint);
- mais... où l’on ne maîtrise pas le milieu d’élevage (cette maîtrise se
révélant trop coûteuse);
- milieu d elevage qui, de plus, n’appartient pas à l’exploitant.
Quant aux poissons élevés, ils ont une dépendance vis-à-vis du milieu
qui se rapproche plus de celle d’une plante que de celle d’un vertébré
à sang chaud, d’où une importante variabilité liée au climat. De plus,
ils n’ont généralement pas de pedigree suffisamment défini permettant
cle prévoir leurs performances d’élevage sur un site potentiel.
En conséquence, l’interface aquaculture-environnement est donc à la fois
« large » (de nombreux facteurs interviennent) et « diffuse » (la fron-
tière entre le milieu naturel et le milieu d’élevage n’existe que par-
tiellement). Le potentiel de nuisances lié à la production s’exerce simul-
tanément clans les deux compartiments du système, la ferme et l’envi-
ronnement concerné qui, parfois, peut être très vaste, notamment en
milieu marin.
Problèmes de cohérence des objectifs de production
avec les impératifs de protection de l’environnement
En France, l’aquaculture produisant du poisson, ou pisciculture, est
essentiellement constituée par des systèmes d elevages intensifs avec des
apports d’aliment exogènes à l’écosystème où s’effectue la production.
En matière d’autorisation d elevage intensif, l’arrêté préfectoral est une
décision administrative que sous-tendent des objectifs techniques (qua-
lité d’eau par exemple), sociaux et économiques (stabilisation de popu-
lation par exemple) et culturels (sports-loisirs associés à la pêche par
exemple). La décision, pour être acceptable, se doit cle pouvoir justi-
fier que ces différents objectifs ont été pris en compte, mais elle doit
2. Petit J. édit. (à paraître). Aquaculture et environnement : (1) aspects techniques et écono-
miques, (2) aspects juridiques et réglementaires. 2 tomes. Coll. Un point [Link], Paris.
18
Aquaculture et environnement : poissons marins
aussi montrer que cette prise en compte s'est iaite de façon cohérente.
Sur ce dernier point, des difficultés majeures et singulières à ce secteur
de production apparaissent depuis une quinzaine d’années. Ces diffi-
cultés ont conduit l’Administration à se tourner vers les scientifiques
pour obtenir des données propres à consolider les argumentations. Or,
les connaissances scientifiques se sont accrues considérablement en
matière de biologie des poissons ces quinze dernières années et de nom-
breux textes juridiques s’appliquent au secteur de l aquaculture. Le
manque cle connaissances ou de règlements n’explique que très par-
tiellement les difficultés rencontrées sur le terrain. Pour les profes-
sionnels, ces difficultés jettent un doute sur l’équité des instructions
des dossiers d’autorisation et sur le bien-fondé de certains arguments
ècologiques. Ils réclament une harmonisation des procédures d'ins-
truction et plus de transparence clans le traitement des dossiers.
Perception des décisions administratives par les professionnels
En effet, il semble que le bien-fondé des décisions administratives ne
soit pas correctement perçu par les professionnels. Le degré de crédi-
bilitè de la décision administrative va dépendre de la qualité des argu-
ments apportés par l'agent instructeur. Qu’il s'agisse des aspects juri-
diques ou des aspects scientifiques, les conclusions prêtent souvent à
discussion et, pour un même dossier, il est souvent possible d’arriver à
des conclusions différentes, toutes aussi plausibles les unes que les
autres. L’expérience cles agents instructeurs et leurs rèflexions sur la
pratique des dossiers d'agrément de piscicultures nous montrent qu une
latitude d'interprétation importante subsiste après utilisation des don-
nèes juridiques et techniques disponibles : c’est le savoir local et les
contraintes particulières connues de l’agent qui vont ainsi fournir les
raisons sur lesquelles il ètablira sa décision. Le traitement des dossiers
diffère donc d'une règion à l’autre et cela conduit parfois à un senti-
ment de suspicion chez les professionnels.
Conséquences de la diversité des procédures administratives
sur le développement aquacole
Cette situation d’incertitude n’est pas satisfaisante dans la mesure où
elle entraîne, pour l'entreprise, une visibilitè de l’avenir limitée à la durée
de l’autorisation préfectorale. Or, cette durée tend à se réduire comme
peau de chagrin : autrefois de 30 ans, elle a diminué progressivement
(5 à 10 ans) dans les régions où des conflits d'usage de l eau existent.
Alors, quelle politique d’investissement pratiquer ? Sur quelle valeur
hypothécaire cautionner un emprunt de longue durée ? Que vaudra une
pisciculture si les modalités cle production sont revues à la baisse lors du
renouvellement de l'autorisation ? Ces questions concernent directement
le développement aquacole et les pisciculteurs, et ont trait à la patri-
monialitè. De plus, les contraintes issues du droit de l’environnement
sont, au bout du compte, des charges pour les entreprises et des limites
aux capacités de développement de celles-ci.
19
Aquaculture et environnement : poissons marins
En résumé, la demande d’harmonisation des procédures a pour objet
de satisfaire d’abord un besoin de sécuriré de l’entreprise et ensuite un
désir d’équité dans la répartition des charges environnementales.
Décisions administratives et connaissances scientifiques
La validation et la pérennité des décisions administratives sont-elles une
question de connaissances scientifiques ? On constate que, tradition-
nellement, les juristes utilisent les arguments techniques pour justifier
le champ d’application de leurs textes. Mais l’extrapolation des données
scientifiques par les administrations et les bureaux d’études est faite, la
plupart du temps, sans la caution des scientifiques. Ainsi, l'identifica-
tion et la prise en compte des facteurs locaux (donc l’extrapolation)
devraient se faire selon une règle de base commune et applicable à tous.
Cette méthode appliquée par l’agent instructeur avec l’aide des acteurs
locaux serait la garantie que le projet juridique garde un sens pour les
administrés.
Mais cette démarche est intéressante à condition que les fondements
généraux soient suffisants, sinon il y a risque de dissolution de la
notion de norme commune. En effet, c’est « l’équation explicative
commune » qui, en permettant de démontrer qu’il existe un « ordre »
sous-jacent à la variabilité des décisions administratives, restaure la
notion de norme commune.
Améliorations possibles
A la lumière de ces réflexions et des particularités des élevages aquacoles,
que peut-on envisager pour améliorer le système ? L’analyse scientifique
de l’interface aquaculture-environnement aboutit à un paradoxe. Le pre-
mier terme de ce paradoxe est que, pour que la transparence soit réelle
aux yeux des pétitionnaires, la procédure ne doit pas dépasser un cer-
tain degré de technicité. Trop de science dècrédibilise le droit. Le second
terme du paradoxe est le suivant : les juristes tendent à prêter aux normes
techniques des vertus d’exactitude que leurs auteurs sont loin de leur
reconnaître ; ils découvrent avec surprise que le doute a sa part dans les
sciences exactes.
Si l’on s’accorde à considérer qu’une part importante de la difficulté
d’application des normes environnementales à l’aquaculture tient à
l’harmonisation des composantes techniques et normatives, alors c’est
par une approche mettant en relation plus étroite les juristes et les scien-
tifiques que la cohérence des décisions peut être améliorée. Cette cohé-
rence est quasi introuvable sur le terrain, sinon après des années de juris-
prudence, de conflits parfois traumatisants pour les intéressés. Là, la
réflexion se trouve enlisée dans la polémique alimentée par la variété des
observations factuelles et les émotions qu’elle suscite (pollution, etc.).
20
Aquaculture et environnement : poissons marins
Conclusion
Nous pensons que la pratique actuelle, qui consiste à laisser l’utilisa-
tion des données scientifiques au niveau du terrain, est peu efficace en
terme d’application du droit. Abonder les agents instructeurs de l'Ad-
ministration en « données scientifiques » ne fait le plus souvent qu’ali-
menter des débats polémiques, sans accroître la crédibilité de leur déci-
sion. Mais l’explication de ce qu’est la « donnée scientifique » et les
méthodes d’extrapolation de ces données dans un contexte réglemen-
taire restent à diffuser.
Laisser les conflits s’installer et compter sur la jurisprudence pour for-
muler des raisonnements justifiant l’application des normes c’est, selon
nous, faire peu de cas des acquis scientifiques et perdre beaucoup de
temps. Nous pensons que c’est d’une réflexion en amont, entre juristes
et scientifiques, que pourraient sortir les fondements de nouvelles
méthodes d’instruction des dossiers concernant l’aquaculture et l’en-
vironnement permettant de concilier faisabilité et équité dans l’appli-
cation des normes environnementales.
L’objectif de l’ouvrage de synthèse du groupe de travail sur l’aqua-
culture et l’environnement est de fournir, au lecteur qui doit prendre
une décision en matière d’aquaculture, les matériaux nécessaires pour
qu’il tente une réflexion lui permettant de sortir sans trop de dommages
des contradictions inhérentes aux normes environnementales et à leur
application.
21
Aquaculture et environnement : poissons marins
Interactions entre la pisciculture marine
et l’environnement : thèmes de réflexion
Marc Kempf
Ifremer, direction de l’environnement et de l’aménagement littoral,
centre de Brest, BP 70, 29280 Plouzané
Après l’exposé qui vient de s’achever, l’origine des présentes Journées
« Aquaculture et Environnement : réglementation et pratique des éle-
vages de poissons marins », et du groupe de travail qui leur a donné nais-
sance, est maintenant connue. C’est volontairement que la présentation
de ce groupe a été confiée à un spécialiste de la pisciculture continenta-
le, dans un souci à la fois d’antériorité historique et d’un rappel de
l’état de la réflexion existant dans cette activité avant d’aborder les
débats consacrés à la pisciculture marine.
Le but poursuivi ici est bien celui du groupe de travail, i.e. l’examen
de l’interface entre la pisciculture marine et son environnement, en
reliant l’état des connaissances scientifiques et techniques, les contraintes
juridiques, la pratique administrative et leurs incidences sur la vie des
entreprises aquacoles. C'est également l’occasion de susciter un dia-
logue entre des métiers c|ui n’ont pas toujours l’habitude de travailler
en étroite collaboration : scientifiques et techniciens, économistes,
juristes, administratifs, professionnels de la pisciculture marine.
Il est un constat connu et préoccupant concernant la pisciculture marine
française. Malgré des réussites individuelles remarquables, une position
dominante en écloserie sur les espèces d’Europe du Sud et des efforts
soutenus du secteur de recherche-développement, cette activitè ne
représente encore qu’un faible poids économique. Pendant ce temps,
la production de poissons en mer s’est considérablement développée dans
d’autres pays, avec un petit nombre d’espèces bien adaptées (saumon
en Norvège et en Ecosse, bar et daurade en Grèce pour prendre les
exemples les plus proches). De plus, l'augmentation règulière que
montre le tonnage français est due aux gains de productivité des entre-
prises les plus performantes, alors qu'il n'existe pas ou peu de créations
récentes.
Mais la pisciculture marine est une activité à part entière qui a sa place
en zone côtière et peut s’y montrer parfaitement compatible avec d’autres
usages : il s’agit d'un problème d’aménagement et de gestion du litto-
ral ainsi que de volonté politique. Comme on le verra, son impact sur le
milieu est réduit et maîtrisable si les sites et les procèdés sont bien
choisis. Il ne justifie pas les contraintes suscitées par la méconnaissance
de la situation rèelle ou l’appel à la protection de l’environnement
comme alibi d’autres intèrêts non déclarés.
22
Aquaculture et environnement : poissons marins
La science et la technique, de même que le droit, ne suffisent pourtant
pas à eux seuls pour faire évoluer cette situation, en particulier pour res-
taurer une perception a priori défavorable de la pisciculture marine par
le public, les élus et l'Administration, résultat du précédent fâcheux
de l’élevage agricole productiviste à terre. De plus, les disciplines citées
sont mal armées pour organiser le partage d’une ressource désormais
commune que représente l’espace littoral.
Il y a donc un besoin de dialogue entre tous les acteurs concernés, un besoin
cle changement des mentalités, un besoin d evolution et d'harmonisation
de la réglementation et de son application, un besoin d’ouverture d un
nouveau champ d'investigation pour l’accès à des ressources à partager.
Les deux journées qui débutent, grâce aux échanges attendus d’une
confrontation de métiers très divers autour de la pisciculture marine
française, devraient permettre de faire avancer cette approche commune.
Quatre thèmes figurent à l’ordre clu jour :
- cadre technique, économique et réglementaire ;
- aquaculture, aménagement et gestion du littoral ;
- prévention et contrôle cle l’impact sur l'environnement ;
- expérience des principaux pays producteurs européens.
11 s’agit ainsi successivement d’une présentation du cadre clans lequel
évolue la pisciculture marine française, puis d’un examen de ses deux
préoccupations majeures en matière d’environnement, i.e. sa place sur
le littoral et le contrôle de son impact, enfin cle levocation d’exemples
étrangers proches et significatifs susceptibles d’éclairer la situation
nationale. À la fin de chaque thème, un débat portera sur celui-ci et
les diverses communications présentées. Une synthèse générale clôtu-
rera la rencontre. Les contributions des intervenants étrangers seront
distribuées en séance en l’absence de traduction simultanée ; dans le même
souci, elles seront précédées d’une courte présentation par les étudiants
de la faculté de droit ayant travaillé sur le pays en question dans le
cadre du groupe de réflexion précédemment évoqué. Le mélange des
métiers et de l’origine des participants propre à ce groupe se retrouve
dans ces journées. Ceci est volontaire et correspond au même souci de
brassage des opinions.
Enfin, au nom des organisateurs, il me reste à remercier tous les parti-
cipants, les intervenants et présidents de thème pour leur contribution,
ainsi que nos hôtes de la faculté de droit pour leur accueil.
23
Cadre technique, économique et réglementaire
Thème 1
Cadre technique,
économique et réglementaire
Séance présidée par Roger Bosc,
ministère de l’Agriculture et de la Pêche,
direction des pêches maritimes et des cultures marines
25
Cadre technique, économique et réglementaire
Caractéristiques techniques
de la pisciculture marine : typologie
et contraintes réglementaires associées
Antoine Dosdat(1) et Jean-Louis Gaignon(2)
(1) Ifremer, direction des ressources vivantes, station de Palavas, 34250 Palavas-les-Flots
(2) Ifremer, direction des ressources vivantes, centre de Brest, 29280 Plouzané
Introduction
La pisciculture marine est une activité d'élevage au même titre que ses
homologues dans le domaine terrestre. Cependant, du double fait de
l’appartenance des poissons à une classe d'animaux bien particulière et
de la nature du milieu d elevage, certains traits originaux de la pisci-
culture marine peuvent être relevés.
Définitions
La représentation d'un élevage de poissons peut se matérialiser sous
trois voies différentes d’analyse selon l'angle sous lequel cette activité
est observée.
Conception halieutique
Issue du domaine marin, où la pêche est encore le mode de production
majeur, la pisciculture peut être analysée selon les mêmes concepts
(fig. 1 ). Alors que l’activité de pêche n'agit que sur un nombre limité
de facteurs, uniquement lors de la capture finale, la pisciculture peut
être analysée comme une série de tentatives d’intervention sur les para-
mètres conditionnant la gestion d’un stock de poissons. Ces interven-
tions trouvent leur point d’application tant sur le milieu d élevage que
sur les individus de lelevage et ont pour but essentiel de contrôler la
croissance pondérale et la mortalité endémique des individus.
Figure 1
Exploitation d’un stock
de poissons.
Analyse halleutique.
27
Aquaculture et environnement : poissons marins
Conception biologique
Ces contrôles peuvent s'appliquer à différents stades du cycle biolo-
gique des animaux (fig. 2). Celui-ci peut être décomposé en différents
sous-ensembles que leleveur se donne comme objectif de maîtriser
plus ou moins complètement selon la part « d’artificialisation » de sa
procédure d’élevage. La connaissance détaillée de la physiologie de
l’animal vivant permet alors une plus grande maîtrise des différentes
fonctions (adaptation, croissance, reproduction, excrétion...) qui inter-
viennent dans l’accroissement pondéral du stock animal. Chaque sous-
ensemble peut entraîner une spécialisation technique (écloserie pour
les stades larvaires, prégrossissement pour les juvéniles, engraissement
pour les adultes... ).
Figure 2
Exploitation d’un stock
de poissons.
Analyse biologique.
Conception agronomique
La pisciculture peut ainsi s’assimiler à un ensemble divers de systèmes
de production dont les facteurs (ou variables) peuvent être systématisés
en une sèrie de concepts emboîtès (fig. 3). Du gènome au marchè, leur
Figure 3
Exploitation d’un stock
de poissons.
Analyse agronomique.
28
Cadre technique, économiqne et réglementaire
degré de globalisation augmente, intégrant tour à tour la physiologie
animale, le comportement des groupes d’animaux, les environnements
naturels, sociaux et économiques dans l'analyse de la production. La pro-
duction animale, contrairement aux conceptions précédentes, fait alors
partie d’un ensemble complet, intégrant aussi bien les aspects environ-
nementaux qu’économiques, dont les différentes strates interagissent.
Originalités de la pisciculture
Certaines des « originalités » des poissons par rapport aux vertébrés
aériens entraînent des conséquences techniques dans l’élevage. Ces
caractéristiques sont liées essentiellement aux effets du milieu aqueux
et aux régulations métaboliques des animaux, et, dans une moindre
mesure, aux aspects strictement marins.
Effets physiques de l’eau
L'eau présente des caractéristiques de viscosité, de densité, de transmis-
sion de la pression et de conductibilité qui se traduisent par des adap-
tations physiologiques et anatomiques. Parmi celles-ci, la proportion de
squelette dans la constitution des corps est moins importante chez les
poissons, où elle demeure en outre constante quand l’animal grandit, que
chez les mammifères. Cette particularité est associée à une moindre
dépense énergétique pour la locomotion et conduit à des besoins éner-
gétiques et minéraux inférieurs à ceux des animaux aériens.
Effets de la vie dans l’eau sur la respiration et l’excrétion
Le siège principal des échanges entre le poisson et le milieu aqueux est
la branchie, responsable à la fois de la respiration et de l’excrétion.
L’accès à l’oxygène est rendu plus délicat au poisson puisque l'eau
contient 40 fois moins d’oxygène que l’air et subit en outre de fortes
variations de concentration en fonction de la température, de la sali-
nité, de la quantité de végétaux présents et cle la consommation par les
animaux. L’eau de mer contient ainsi moins d’oxygène que l’eau dou-
ce. L’accès à l’oxygène est clonc énergétiquement plus coûteux pour le
poisson que pour un vertébré supérieur : un poisson cloit « filtrer »
10 m d’eau (soit 10 t) là où un animal terrestre de même poids respi-
1
rera 600 l d’air (soit 700 g). La respiration représente 10 à 20 % de la
dépense énergétique totale chez un poisson contre 1 à 5 % chez les ver-
tébrés aériens. Le maintien d'une concentration d’oxygène adéquate est
donc la donnée la plus importante que l’éleveur ait à gérer.
Au contraire, l’excrétion est chez les poissons plus économe en énergie
puisqu'elle s’effectue sous forme d'ammonium (NH4+) directement
émis dans l’eau. C'est également le cas du CO2 et des matières fécales.
Ces matières sont difficilement séparables. Les poissons sont ainsi ame-
nés à vivre dans leurs déchets, qui peuvent devenir toxiques s’ils s’accu-
mulent. Le maintien d’une qualité de l’eau adéquate est la deuxième
donnée importante que lèleveur ait à gérer.
29
Aquaculture et environnement : poissons marins
Effets de la température
Lcs poissons sont des animaux <• à sang froid » (poïkilothermes) qui
sont extrêmement sensibles à la température extérieure. Les deux consé-
quences les plus importantes pour les poissons sont une économie éner-
gétique par rapport aux animaux à sang chaud (homéothermes), qui
doivent maintenir une température constante, et une extrême sensibi-
lité de leur croissance aux variations de température. Pour une espèce
donnée, les fonctions physiologiques sont optimales à une température
précise, appelée preferendum. L’éleveur aura donc intérêt à privilégier
l’élevage d’espèces adaptées au profil thermique de son site d’exploi-
tation ou bien à mettre en œuvre des dispositifs de maintien de la tem-
pérature à la valeur du preferendum.
Les conséquences indirectes de la poïkilothermie sont une consomma-
tion d’oxygène 10 fois plus faible que pour le maintien de l’homéother-
mie, une résistance à la mise à jeun plus élevée, une flore intestinale très
pauvre et des juvéniles de très petite taille (quelques millimètres).
Effets sur le régime alimentaire
Les caractéristiques écologiques du milieu aqueux ont orienté les
chaînes trophiques aquatiques vers la prédominance des carnivores,
au contraire des chaînes trophiques terrestres. Quatre-vingt-cinq pour
cent des poissons sont carnivores et présentent donc des besoins en
acides aminés essentiels et en protéines deux fois plus élevés que chez
les autres vertébrés. Leur faible besoin énergétique compense quanti-
tativement ce besoin élevé, de sorte que l'indice de transformation de
l’aliment, rapport du gain de poids sur la quantité d’aliment ingéré,
est généralement très élevé.
Les disparités nutritionnelles interspécifiques sont cependant très
importantes chez les poissons, de même que celles dues aux effets de
l’âge de l’animal et de la température de l’eau. L’éleveur aura donc à
choisir des aliments correspondant à ces contraintes dans le but d'op-
timiser leurs rendements et de limiter l’impact des rejets sur l’envi-
ronnement.
Typologie simplifiée
Le croisement de toutes les variables évoquées permet d etablir une typo-
logie des systèmes de production piscicole en fonction des différents
niveaux de maîtrise des facteurs de production (fig. 4). Il est possible
alors de parler d’intensification de la production. Cette intensifica-
tion s'accompagne de modifications de certaines caractéristiques qui
voient leurs valeurs augmenter (concentration des déchets, contrôle du
milieu) ou diminuer (durée d’élevage, dimension de l’unité d’élevage
de base).
Cette variété des systèmes de production s’accompagne d’unités d’ex-
ploitation également très diversifiées et progressivement de plus en
plus spécialisées. C’est ainsi, par exemple, qu’un contrôle accru de la
30
Cadre technique, économique et réglementaire
reproduction et de la fécondation, associé à la petite taille des indivi-
dus produits, a conduit au développement d ecloseries, entreprises spé-
cialisées dans la gestion de stocks de reproducteurs et la production de
juvéniles. La phase ultérieure du grossissement est également en char-
ge d’exploitations spécialisées. Synthétiquement, ces dernières peuvent
être classées en trois groupes :
- des exploitations reposant sur l’utilisation de grands bassins (de l'ordre
de l’hectare), issus de zones lagunaires aménagées. Elles reposent en
grande partie sur les caractéristiques du milieu naturel, tant pour l’ap-
provisionnement en juvéniles sauvages que pour l’alimentation à par-
tir de la productivité naturelle. Ces exploitations sont généralement asso-
ciées à d’autres activités (chasse, pêche...) et ont un rôle important
dans l’aménagement de zones autrement vouées à l'abandon;
- des exploitations en cages flottantes, qui représentent de l'ordre de
90 % de la production mondiale. Le milieu naturel fournit ici essen-
tiellement l’eau et l’oxygène. Cette méthode d’élevage est adaptée à
pratiquement tous les milieux, à toutes les espèces et à toutes les tailles
de poissons. Sa répartition est mondiale. Ses avantages sont liés à un
investissement faible, d’une grande modularité. Son développement se
dirige actuellement vers des zones moins littorales où les risques océa-
nométéorologiques sont plus grands rnais où la concurrence des autres
activités pour l’octroi des sites est plus faible, où l’eau est de meilleure
qualité et plus stable;
- cles exploitations en bassins, où l’eau est amenée par pompage. Ce
type de système, s’il est plus coûteux en énergie, présente les avantages
d’un meilleur contrôle de la qualité de l’eau, d’une meilleure maîtrise
des risques et d’une mécanisation plus aisée des opérations courantes
(tri, vaccination, nettoyage), et donc d’un plus grand contrôle des per-
formances et des résultats d’élevage. En outre, il est envisageable d’y
associer des dispositifs de traitement de l’eau pour une meilleure pro-
tection de l’environnement, ce qui est impossible dans des dispositùs
en cages flottantes.
Figure 4
Typologie des systèmes
de production piscicole.
(C.O. : circuit ouvert;
C.F. : circuit fermé).
31
Aquaculture et environnement : poissons marins
Conclusion : conséquences réglementaires
La pisciculture marine est soumise à de très nombreuses contraintes
réglementaires. Etant donné son développement récent, elle est une pro-
fession jeune, dernière arrivée dans une frange littorale (marine et ter-
restre) très convoitée. Ln France, les dispositifs institutionnels d’alloca-
tion qui régissent cette dernière, s'ils conviennent à des activités instal-
lées et stabilisées, permettent mal le développement d’activités nou-
velles (tableau ci-dessous). Pour les entreprises novatrices, généralement
des PME, les délais requis pour détenir les droits d’exploiter sont pro-
hibitifs et sont la source de coûts souvent rédhibitoires. Dès lors, il paraît
nécessaire de rèviser les dispositifs réglementaires qui régissent la créa-
tion des entreprises aquacoles afin d’en vérifier l’opportunité et l’adéquation
avec les besoins, les droits et les devoirs de ce secteur de production.
Besoins des piscicultures marines et contraintes réglementaires.
Typologie Caractérisation Intervention réglementaire
Espace Propriété DPM : concessions
marin Droit d’accès Conflit d’utilisation, allocation des ressources, régulation
Navigation Circulation, droit du travail
Espace Propriété DPM, Conservatoire du Littoral
terrestre Foncier Remembrement, schémas d’aménagement et zonation, Safer
Bâtiments Loi Littoral
Eau Qualité Pollution, aménagement des bassins versants
Renouvellement Modification des infrastructures littorales, hydraulique
collective (marais)
Pompage Autorisation de prise d’eau
Forage Utilisation collective
Autres Juvéniles Autorisation de capture
ressources Adultes Propriété (pacage marin)
naturelles Rejets métaboliques Étude d’impact, classement de l’établissement, autorisation
de rejet, distorsion cles lois européennes, enquête publique,
formation des enquêteurs
Autres rejets Pollution, traitement vétérinaire, métabloquant, fuite OGM
Maladies Déclaration, zone indemne
Construction Ecloserie Loi Littoral, distorsion des lois européennes
Base à terre Loi Littoral, services vétérinaires
Ouvrages en mer Législation du travail, plongée, sécurité
Capital immobilisé DPM (pérennité)
Commerce Aliments Additifs, farine animale
Qualité des produits Protection du consommateur, OGM, abattage
Mise en marché Sanitaire, répression des fraudes (taille à la vente), pêche
et élevage, eau douce et eau de mer, équarrissage
Bien-être animal Protection animale (jeûne, saignage, abattage)
DPM : domaine public maritime;
OGM : organisme génétiquement modifié;
Safer : société d’aménagement foncier et d’établissement rural.
32
Cadre technique, économique et réglementaire
L’entreprise aquacole :
spécificités économiques
Philippe Paquotte
Ifremer, service d’économie maritime,
155 rue Jean-Jacques Rousseau, 92138 Issy-les-Moulineaux Cedex, France
Résumé
Le fonctionnement économique des exploitations aquacoles est déter-
miné par un ensemble de facteurs internes et externes à ces établisse-
ments qui permettent d’expliquer la diversité des modèles d’entre-
prises et de leurs implantations géographiques. Les facteurs externes sont
à l’origine d’avantages comparatifs dont vont bénéficier les entreprises
en fonction des conditions économiques, institutionnelles ou environ-
nementales dans lesquelles elles sont situées. Ces avantages peuvent se
traduire par des coûts de production moins élevés ou par de plus grandes
facilités d’accès aux marchés. Étant donné la forte dépendance des entre-
prises aquacoles vis-à-vis du milieu, les questions d’appropriation de
la ressource et de l’espace, en particulier sur une irange littorale très
convoitée, et de protection de l’environnement face à l’impact de ces
élevages prennent une grande importance. La pisciculture marine doit
trouver ses débouchés dans un marché en faible croissance en France,
celui du poisson frais. Depuis quinze ans, l’augmentation des impor-
tations de saumon d’élevage a eu pour conséquence une substitution
de celui-ci aux autres espèces de poisson de pêche. Cette situation tra-
duit la réceptivité du marché français pour les poissons d’élevage mais
souligne le fait qu’il s’agit d’un marché très concurrentiel. Dans ces condi-
tions, la rentabilité des entreprises françaises de pisciculture marine
reste satisfaisante mais, étant donné la longueur des cycles d elevage et
les risques liés à l’activité, la période de démarrage nécessite une tré-
sorerie importante. Des gains de compétitivité-prix sont encore pos-
sibles avec le support de la recherche mais ils doivent s’accompagner
d’une politique de différenciation des produits afin de mieux s’adap-
ter à la demande des consommateurs. Dans cet objectif, toutes les formes
de coopération entre les acteurs de la filière sont à rechercher, particu-
lièrement dans les domaines du transfert des acquis de la recherche et
de la promotion cles produits.
Les facteurs qui déterminent le fonctionnement économique
des entreprises aquacoles
L’étude du fonctionnement économique des entreprises aquacoles fait
apparaître deux caractéristiques qui sont, d’une part, ieur dépendance
33
Aquaculture et environnement : poissons marins
vis-à-vis du milieu naturel et, d’autre part, l'insertion de leur pro-
duction dans un marché fortement concurrentiel, celui des produits
de la mer. Par rapport à la pêche dont l’activité dépend totalement
d’une ressource renouvelable, c’est-à-dire d’une ressource faisant l’objet
d’une exploitation par l’homme sans que celui-ci puisse en influencer
le renouvellement, l’aquaculture permet d’accroître la productivité du
milieu naturel et de modifier partiellement le produit, en fonction de
la nature de la demande. Les différentes pratiques aquacoles consistent
donc à contrôler un certain nombre d'eléments comme la productivité
naturelle du milieu, la disponibilité en juvéniles ou l’alimentation et à
concentrer les animaux en un espace restreint. Pour cela, les entreprises
aquacoles mettent en jeu des technologies, des équipements et de la
main-d’œuvre de plus en plus spécialisés afin de s’adapter aux conditions
de milieu, au contexte économique et à la demande des consommateurs.
Ainsi, le fonctionnement d’une entreprise est déterminé par tout un
ensemble de facteurs qui peuvent être classés comme internes ou externes
à l’entreprise.
Facteurs internes et facteurs externes
Les principaux facteurs internes qui caractérisent une entreprise aqua-
cole sont la taille, les techniques d’élevage (en cages ou en bassins), la
qualification du personnel, le niveau d’intégration vers l’amont (pro-
duction d’alevms dans l’entreprise ou achat à l’extérieur) ou vers l’aval
(maîtrise de la commercialisation et éventuellement de la transforma-
tion des produits), le choix cles espèces (en monoculture ou en polyculture)
ou encore la structure du capital (familial ou extérieur). Les facteurs
internes comme la taille de l’entreprise, la technique d elevage ou le choix
de l’espèce ont une forte incidence sur les coûts de production, aussi
bien en eau douce qu’en eau de mer. Dans le cas cle la pisciculture
marine, une étude menée par Stephanis ( 1 995) en Grèce a montré que
les coûts de production des fermes artisanales utilisant des cages flot-
tantes pour élever du bar et de la daurade (production annuelle autour
de 50 t) sont 30 % supérieurs à ceux obtenus par les fermes semi-indus-
trielles (plus de 350 t par an). La différence est due avant tout à la
meilleure productivité du travail dans les grandes entreprises, puisque
l’investissement dans les cages reste à peu près proportionnel à la capa-
cité de production. Cette différence est cependant fréquemment mas-
quée par le fait que, la main-d’œuvre étant le plus souvent familiale dans
les entreprises artisanales, sa rémunération n’apparaît pas dans les
comptes d’exploitation.
En dépit de ces différences de productivité, on constate qu’il existe une
grande diversité de types d’entreprise et qu’il n’y a pas de combinaison
particulière de ces facteurs internes aboutissant à un modèle optimal d’en-
treprise. En effet, la prise en compte des facteurs internes ne permet pas
d’appréhender complètement le fonctionnement économique des entre-
prises aquacoles, qui dépend aussi d’un grand nombre de facteurs externes.
Classiquement, on peut citer parmi les facteurs externes le contexte
34
Cadre technique, économique et réglementaire
macro-économique, le contexte institutionnel et réglementaire ainsi
que les caractéristiques de la demande (fig. 1).
Une des spécificités de l’aquaculture est qu’à ces facteurs externes éco-
nomiques s’ajoute la dépendance vis-à-vis du milieu naturel, que ce
soit pour la disponibilité en juvéniles dans les formes les plus exten-
sives d’aquaculture (conchyliculture, carpiculture traditionnelle), pour
l’alimentation des animaux en élevage ou tout simplement pour l’uti-
lisation d’eau propre en tant que support aux échanges métaboliques
des animaux (Billard, 1994).
Figure 1
Les facteurs externes
qui déterminent
le fonctionnement
des entreprises aquacoles.
La diversité des entreprises aquacoles
Ces facteurs externes sont à l’origine d’avantages comparatifs dont
vont bénéficier les entreprises en fonction des conditions économiques,
institutionnelles ou environnementales dans lesquelles elles sont situées.
Ces avantages peuvent se traduire par des coûts de production moins
élevés ou par de plus grandes facilités d’accès aux marchés. Leur com-
binaison permet d’expliquer la diversité des implantations géogra-
phiques des entreprises et de leur environnement naturel et écono-
mique. Par exemple, l’existence d’un fort soutien public sous forme
d’effort en recherche et développement ou de subventions peut com-
penser des conditions de milieu moins favorables. C'est ainsi que la
salmoniculture a pu se maintenir du nord au sud de la Norvège, en
dépit de conditions de température dèfavorables dans le nord mais
grâce à une politique nationale de soutien aux activités côtières dans
les zones défavorisées.
Cependant, dans un contexte général d’instabilité économique et de forte
pression anthropique sur les milieux naturels, ces avantages comparatifs
ne peuvent pas être considérés comme permanents. Les coûts salariaux
des pays du sud de l’Europe ou du pourtour du bassin méditerranéen sont
amenés à rattraper ceux des pays du nord de l’Europe tandis que l’ap-
plication des accords du Gatt conduisent à uniformiser les coûts des
intrants dans la plupart des pays. De même, les conditions de milieu
petivent être sujettes à évolution sous l’influence de phénomènes de
pollution industrielle ou urbaine cle grande ampleur.
35
Aquaculture et environnement : poissons marins
Pour faire face aux contraintes externes imposées par les différentes
conditions de milieu (température et qualité de l’eau, conditions d’ac-
cès aux sites) et par les différents contextes économiques (coût du capi-
tal, coût de l’acquisition du savoir-faire), les entreprises peuvent jouer
sur leurs facteurs internes (taille de l’entreprise, techniques d’élevage)
ou bâtir des stratégies basées sur la qualité des produits et sur la maî-
trise de la commercialisation. Ainsi, la mise au point des techniques
d'élevage des poissons en système clos a pour objectifs de s’affranchir des
contraintes de site et de contrôler les paramètres du milieu afin d’obte-
nir les meilleures performances zootechniques des animaux (vitesse de
croissance, taux de conversion alimentaire, absence cie pathologies). Par
ailleurs, les entreprises artisanales dont les coûts de production sont
plus élevés par l’absence d’économie d’échelle privilégient la vente
directe ou les marchés de proximité plus rémunérateurs tandis que les
grandes entreprises s’adressent aux GMS ou aux marchés à l’exportation.
Le contexte concurrentiel des entreprises aquacoles
La concurrence pour l’accès aux facteurs de production
Etant donné la forte dépendance des entreprises aquacoles vis-à-vis du
milieu, il n’est pas possible de les étudier sans poser le problème des
interactions entre elles et le milieu, d’une part, et entre les entreprises
elles-mêmes, d’autre part. Les questions d’appropriation de la ressource
et de l’espace, en particulier sur une frange littorale très convoitée, ainsi
que les modes de régulation de l’usage de cette ressource prennent une
très grande importance. C’est pourquoi l’intégration des contraintes
d’environnement dans le fonctionnement des entreprises aquacoles
conduit à raisonner non seulement dans un cadre d’économie de l’en-
treprise mais aussi dans celui d’économie publique. La concurrence pour
l’accès aux facteurs de production joue un rôle de plus en plus impor-
tant dans la dynamique de développement de l'ac]uaculture. Cette ques-
tion a donné naissance à une large réflexion sur les politiques publiques
à mettre en place afin de garantir, d’une part, les bonnes conditions de
milieu nécessaires au développement des élevages et, d’autre part, la pro-
tection cle l’environnement face à l’impact de ces élevages (Bailly &
Paquotte, 1996).
Quel que soit le domaine d’activité, on constate que l’utilisation com-
mune de ressources naturelles et hmitées se fait difficilement dans le
seul cadre du marché. C’est le cas de l’eau, ressource pour laquelle îl
n’existe pas de droit de propriété ni de prix de marché. Cependant, le
développement de l’aquaculture entraîne tine demande toujours plus
forte d’eau, ce qui oblige à gérer l’accès à cette ressource que ce soit pour
des motifs économiques (garantie d’une qualité suffisante du milieu pour
le maintien de l’activité), environnementalistes (protection du milieu
naturel) ou sociaux (partage équitable d’une ressource entre différents
utilisateurs).
36
Cadre technique, économique et réglementaire
La politique publique française en matière d’aquaculture et environ-
nement associe instruments réglementaires et instruments économiques.
Les mesures réglementaires permettent aux autorités de fixer, sous la
menace de sanctions, des normes techniques, des quotas d’utilisation de
la ressource ou des limitations d’activité. Les mesures de ce type, si elles
sont respectées, permettent d’évaluer précisément les effets attendus sur
la qualité de l'environnement puisqu’il y a obligation de réduire les
émissions de substances polluantes. En revanche, il n’y a pas d’incita-
tion à aller au-delà des normes. De plus, en l’absence d’une bonne
connaissance des coûts des entreprises, il peut y avoir entrave à leur fonc-
tionnement économique et risque de distorsion de la concurrence. Par
ailleurs, les coûts de recherche scientifique pour définir les standards,
les coûts de mise en place des mesures et les coûts de contrôle peuvent
s’avérer élevés pour les pouvoirs publics.
Les instruments économiques comme les taxes, les redevances et les
subventions doivent permettre à l’entreprise de ressentir non seule-
ment les coûts de production liés à leur activité (coûts internes) mais
aussi en partie le coût social des externalités (coûts externes), par l’as-
sujettissement à une taxe. Cette taxe doit être suffisamment élevée
pour inciter les entreprises à limiter les rejets ou à mettre en place des
dispositifs techniques réduisant l’impact de leur activité sur le milieu.
Les avantages sont une meilleure répartition des efforts en fonction des
caractéristiques propres des entreprises, mais il est plus difficile d’éva-
luer l’efficacité globale à terme que dans le cas de mesures restrictives.
Les taxes peuvent être utilisées pour compenser les agents affectés par
les externalités, pour financer les opérations de contrôle de l’Adminis-
tration ou pour subventionner des techniques ou des pratiques d’éle-
vage plus respectueuses de l’environnement.
Pour l’instant, seule la pisciculture en eau douce fait l’objet d'une
réflexion sur la mise en place d’un système de redevances pour pollu-
tion, de primes pour épuration et d’aides financières pour incitation à
consommer moins d’eau ou à réduire les flux polluants. En revanche, ni
les approches par les droits de propriété qui existent aux États-Unis
pour la qualité de l’air, ni celles concernant les systèmes d’assurance à
tarif dégressif dans le but d’inciter les entreprises à s’équiper pour pré-
venir les risques n’ont encore été développées en France (Paquotte, 1994).
La concurrence pour l’accès aux marchés
La France est avec le Japon et les États-Unis un des plus gros marchés
mondiaux pour les produits issus de l’aquaculture. Il s’agit essentielle-
ment de coquillages (huîtres, moules, coquilles Saint-Jacques), de crus-
tacés (crevettes tropicales) et de poissons (salmonidés, bars et daurades,
turbots). La consommation apparente de produits de l’aquaculture en
France peut être estimée à plus de six milliards de francs en 1996. Les
produits de l’aquaculture ont contribué en 1996 pour près du tiers au
déficit du solde de la balance commerciale française en produits de la
37
Aquaculture et environnement : poissons marins
mer (3 milliards de francs sur dix milliards) alors que cette proportion
ne dépassait pas 11 % en 1985 (650 millions de francs sur 6 milliards).
En effet, l’offre en produits de la mer sur le marché français a été for-
tement influencée par les développements récents de l’aquaculture
mondiale avec, en particulier, des importations en forte hausse de pro-
duits d'élevage à des prix de plus en plus bas : saumon (Norvège, Ecos-
se) et crevettes (Thaïlande, Indonésie, Equateur).
En Europe et dans la plupart des pays développés, les produits d’aqua-
culture arrivent dans des marchés en situation de saturation en protéines
d’origine animale. C’est pourquoi la concurrence porte sur le prix et la
qualité à l’intérieur de l’ensemble des produits carnés et pas seulement
à l’intérieur des produits de la mer. Il faut raisonner en terme de gains
de parts de marché qui ne s’obtiennent pas uniquement par la compé-
tition sur les prix, mais aussi par l’adaptation aux goûts des consom-
mateurs, l’image des produits, l’innovation, la praticité et la garantie
de qualité (Lahlou, 1997). L’évolution comparée des productions de
saumon et de bar en Europe et du prix de ces poissons sur leurs mar-
chés principaux (respectivement France et Italie) clepuis 1988 témoigne
de la sévérité du contexte concurrentiel dans lequel se situe la pisciculture
marine (fig. 2).
Après une période de contraction continue entre 1983 et 1993, le mar-
ché du poisson frais, cible principale de l’aquaculture actuellement, est
en progression très récente. La consommation en volume de poisson frais
à domicile est estimée en 1995 au même niveau qu’en 1983 (source
Figure 2
Évolution des productions
de bar, daurade et saumon
d’élevage et du prix
de ces poissons
à limportation en Italie
et en France.
Production de bar et daurade Prix moyen du bar et de la daurade
en Europe et dans les pays a l'importation en Italie
méditerranéens
Production de saumon Prix du saumon frais norvégien
atlantique en Europe à l'importation en France
38
Cadre technique, économique et réglementaire
Fiom/Secodip). Pendant la même période, les importations françaises
de saumon frais d’élevage sont passées de 4 000 t à 75 000 t par an. Il
y a donc eu substitution du saumon aux autres espèces de poisson de
pêche, ce qui démontre la réceptivité du marché français pour les pois-
sons d’élevage mais souligne le fait qu’il s’agit d’une situation de concur-
rence dans un marché à volume global constant. Au contraire, l’aug-
mentation des importations de crevettes tropicales d’élevage de 800 t
en 1983 à 26000 t en 1996 s’est traduite dans le même temps par un
accroissement de la consommation à domicile de crustacés de plus de
30 %. Les importations de crevettes ne se sont pas faites en substitu-
tion directe aux autres produits de la mer (poissons et coquillages),
dont les consommations à domicile sont restées stables, mais au détri-
ment d’autres produits alimentaires puisque la part du budget des
ménages consacrée à l’alimentation a diminué pendant cette période.
La viabilité économique des entreprises de pisciculture marine
et les possibilités d’amélioration de leur compétitivité
Estimation de la viabilité économique des entreprises de pisciculture
marine françaises
Bien qu’il y ait moins de 50 entreprises de pisciculture marine en fonc-
tionnement en France, on observe une grande diversité de tailles, avec
une majorité d’entreprises artisanales (moins de 50 t par an) et une
dizaine d’entreprises industrielles (plus de 200 t par an), ces dernières
assurant un peu plus des deux tiers de la production française (tab. 1).
Tableau 1 - Répartition, par classe de taille, du nombre et de la production
des entreprises françaises de pisciculture marine en 1996.
50 t - 200 t plus de 200 t Total
o
o
Nombre d’entreprises
Bar et daurade 21 8 i 33
Turbot 3 2 5
Salmonidés marins l 1 4 9
Toutes espèces 25 12 10 47
% du nombre total 53 20 21 100
Production 0 - 50 t 50 t - 200 t plus de 200 t Total
Toutes espèces (tonnes) 560 1 20 4 4 167 5 931
% de la production totale 9 20 70 100
Cette hétérogénéité n’est pas de règle pour toutes les espèces. Elle est
forte pour les entreprises de bar et de salmonidés puisqu’en 1996, tan-
dis que les tailles moyennes de ces entreprises sont respectivement de
100 t et 200 t par an, les tailles médianes ne sont que de 30 t pour le
bar et 50 t pour les salmonidés. En revanche, la taille médiane des
entreprises de turbot est très proche de la taille moyenne, de l’ordre de
150 t par an.
39
Aquaculture et environnement : poissons marins
Étant donné la diversité des espèces, des techniques d’élevage, des
conditions de milieu, des capacités de production et cle l'ancienneté de
ces entreprises, leurs coûts de production sont très vanables. De même,
le prix de vente varie beaucoup avec le circuit de distribution. C’est pour-
quoi on ne peut parler que de rentabiltté moyenne des entreprises,
d’autant plus qu'elles ont pu bénéficier à leur création de conditions
de financement très différentes. Dans les conditions actuelles, on peut
estimer que le ratio de rentabilité en année de routine (rapport entre le
résultat et le chiffre d’affaires) d’un projet de ferme de bar en France
est de l’ordre de 15 % à 20 % hors frais financiers et avant impôts. Ce
chiffre peut apparaître assez élevé en comparaison de ce qui est observé
dans d'autres secteurs industriels mais il s'agit d’une activité qui reste
très risquée en raison de sa dépendance vis-à-vis clu milieu naturel.
Dans la pratique, les risques pathologiques, climatiques, techniques ou
commerciaux peuvent très rapidement réduire ce ratio.
En dépit d’une rentabilité prévisionnelle satisfaisante en année de rou-
tine, on constate qu’il n’y a pratiquement pas eu de création d’entre-
prise entre 1990 et 1995. La difficulté actuelle à pouvoir disposer de
sites est bien entendu une des contraintes majeures à cette création
mais il faut tenir compte aussi de la faible rentabilité des capitaux
investis. En effet, dans le cas d’un projet de ferme d’élevage de bar en
cages flottantes d’une capacité de production de l’ordre de 300 t par an
et d’un montant d’investissement d’environ 12 millions de francs, on
peut estimer que le taux de rentabilité interne sur dix ans est inférieur
au taux d’actualisation tandis que le temps de retour sur investissement
s’élève à sept ou huit ans. Cette faible rentabilité des capitaux investis
est due à l’importance des investissements nécessaires au démarrage et
à l’arrivée tardive des premières recettes iors du lancement d’un projet
à cause de la longueur du cycle d’élevage.
Les gains de compétitivité-prix
Grâce à un effort de recherche en génétique, en nutrition, en pathologie
et à un meilleur contrôle de la qualité du milieu d elevage, les performances
zootechniques des élevages de poissons marins (vitesse de croissance, taux
de conversion des aliments, taux de survie) sont en constante améliora-
tion et de nouveaux progrès sont attendus. Ces progrès ont permis de
réduire les coûts de production et de surmonter dans l’ensemble les
crises de marché consécutives à l’augmentation rapide de l’offre, au
prix d’une restructuration du secteur professionnel (Paquotte & Harache,
1996). Ces gains dits de « compétitivité-prix » ont pu être obtenus non
seulement grâce aux acquis de la recherche mais atissi grâce à des éco-
nomies d’échelle, à des politiques d’achat groupé, à l’apprentissage
d’un savoir-faire aquacole et à une meilleure gestion d’entreprise. La com-
paraison des coûts de production moyens pour un projet de ferme de
bar d’une capacité de production de 30 tonnes entre 1988 et 1995
illustre bien les gains de productivité réalisés (tab. 2).
40
Cadre technique, économique et réglementaire
La structure des coûts de production en salmoniculture apparaît très dif-
férente de celle obtenue avec des espèces comme le bar ou la daurade.
Le poste aliment ne représente que 20 à 30 % des coûts de production
chez le bar ou la daurade (de la Pomélie, 1995) alors qu’il atteint 40 %
dans les élevages de truites en France et peut dépasser 50 % dans les
salmonicultures norvégiennes. Cette forte représentation du poste ali-
ment est la caractéristique d’élevages pour lesquels de nombreux pro-
grès zootechniques et technologiques ont été acquis. Au contraire, si
le poste aliment apparaît comparativement moins important pour les
espèces bar, daurade et turbot, c’est parce que les autres postes sont
plus élevés. Ainsi, le manque d’automatisation induit des charges de
personnel élevées, les faibles densités d’élevage augmentent les charges
d’amortissement des investissements par kilo de poisson produit et la
complexité des techniques de reproduction rendent les alevins plus
chers, surtout dans le cas du turbot.
Tableau 2 - Décomposition des coûts de production d’un kilo de bar
pour un projet de ferme d’une capacité de production de 30 tonnes par an
en cages flottantes sur le littoral méditerranéen français (hors frais
de commercialisation), en francs 1995 par kilo.
1988 1995
Alevins 16,2 6,1
Aliment 14,7 11,5
Energie 0,5 0,7
Travail 26,7 15,0
Amortissements 10,5 10,2
Divers 4,3 4,3
Total 72,7 47,6
Les gains de compétitivité hors-prix
Mais si les marchés du saumon et de la truite ont pu se développer avec
une telle ampleur, en particulier en France, alors que la consommation
de poisson est restée stable sur la période, c’est parce que l’accroisse-
ment de production s’est accompagné d'une diversification par la taille
et par la présentation : entier ou en filets, frais, fumé ou congelé, plats
préparés (Montfort, 1996). En l’absence de possibilité de diversifica-
tion des produits, les prix du bar et de la daurade ont chuté plus rapi-
dement puis se sont stabilisés à un niveau plus élevé que celui du sau-
mon frais d’élevage, dont le prix au détail correspond au prix moyen
du poisson frais en France. Alors que la recherche de compétitivité-
prix se fait par la diminution des coûts de production, la recherche de
compétitivité hors-prix passe par l’innovation, le contrôle de la qualité,
la maîtrise de la commercialisation et la différenciation des produits.
La notion de différenciation des produits comprend deux aspects com-
plémentaires qui sont la différenciation horizontale, basée sur la juxta-
position de plusieurs variétés ou présentations sans hiérarchie de prix,
41
Aquaculture et environnement : poissons marins
et la différenciation verticale basée sur une hiérarchisation qualitative
portant sur l’origine géographique, les process de fabrication ou des carac-
téristiques spécifiques. À l’instar de l’aviculture, la salmoniculture a su
développer une telle différenciation, sans être toutefois basée sur des cri-
tères aussi objectifs que pour les volailles (fig. 3). En particulier, la hié-
rarchisation en fonction de l’origine reste assez subjective, ce qui sou-
ligne le besoin d'un référentiel de qualité objectif pour les produits de
la pisciculture.
Figure 3
La différenciation
des produits
de la salmoniculture.
Les signes de qualité des produits agro-alimentaires
et leurs possibilités d’utilisation par la pisciculture marine
Les produits de l’aquaculture entrent dans un marché où ils ne sont pas
jugés uniquement sur leur prix, mais aussi sur leurs caractéristiques par
rapport à des produits de référence (produits de la pêche et produits car-
nés eux-mêmes en constante évolution) et sur la qualité de l’information
dont dispose le consommateur avant qu’il puisse accorder sa confiance.
Cette information est d’autant plus importante que le caractère rapi-
dement périssable des produits de la mer constitue un risque perçu par
les consommateurs. Les problèmes d’image des produits d’aquaculture
auprès des consommateurs ne cloivent pas être occultés, y compris
concernant le bien-être animal, mais ne pourront être résolus qu’après
avoir défini des critères objectifs cle qualité.
Les signes de qualité officiels applicables aux produits agro-alimen-
taires peuvent être classés en quatre catégories (Combenègre, 1995) :
- les signes généraux comme les marques individuelles ou collectives ;
- les signes spécifiques comme la certification de conformité qui exige
le respect d’un cahier des charges descriptif mais non sélectif;
42
Cadre technique, économique et réglementaire
- les labels agricoles qui attestent d’un niveau de qualité supérieur et de
caractéristiques spécifiques fixées également par un cahier des charges ;
- les signes de la qualité du terroir.
Les signes de la qualité du terroir se décomposent eux-mêmes en :
- indications de provenance avec une désignation géographique mais
sans réputation associée;
- appellations d’origine (AOC au niveau français et AOP au niveau
européen) avec définition précise de l’aire de production et reconnais-
sance d’un ensemble de caractéristiques dues essentiellement ou exclu-
sivement à des facteurs naturels ou humains de la zone géographique ;
- indications géographiques (IGP au niveau européen) avec seulement
la reconnaissance d’une caractéristique ou d’une réputation due au
milieu géographique.
En l’absence de paramètres mesurables reconnus comme indicateurs de
la qualité des produits et de cahier des charges précis concernant le mode
de production, il est encore difficile d’avoir une approche rationnelle de
cette question dans le domaine de la pisciculture marine. Jusqu a pré-
sent, les démarches de labellisation ou d’appellation contrôlée ont rare-
ment abouti car leurs coûts de mise en œuvre sont apparus trop élevés
face aux possibilités réelles de différenciation. Actuellement, la seule
labellisation de poissons d’aquaculture concerne le saumon d’Ecosse
« Label Rouge » ; elle repose avant tout sur les caractéristiques du
milieu d’élevage (absence de sources polluantes, courants très forts aug-
mentant le renouvellement de l’eau dans les cages et dispersant les
rejets). L’absence de facteurs de différenciation liés à la génétique ou à
l’alimentation limite actuellement le développement des politiques de
certification ou de labellisation des produits dans le cas des espèces
autres que les salmonidés (Paquotte, 1995). Dans le cas du bar par
exemple, les techniques d’élevage, l’origine génétique cles stocks en
élevage et la composition des aliments sont encore proches d’un pays
à l’autre et dans tous les types d’entreprises, artisanales ou industrielles.
Dans la plupart des cas, le produit est très similaire en sortie de cage
ou de bassin et seules les conditions d’abattage et de transport per-
mettent une différenciation.
Contrairement à ce qu’on observe en agriculture avec différentes formes
d’identification d’origine telles que les appellations « biologique » ou
« de montagne », les entreprises artisanales ou celles situées dans des
zones défavorables du point de vue des conditions de milieu ne peu-
vent pas pour l’instant baser leur développement sur la fourmture de
produits de qualité spécifique. Des contraintes de coûts de production
élevés et un manque de moyens financiers de la part d' entreprises arti-
sanales pour assurer la promotion de la spécificité de leurs produits
peuvent expliquer l'échec des élevages de bar dans les marais de la côte
atlantique française. En effet, la mise en place d’une politique de dif-
férenciation des produits suppose une contrepartie financière élevée en
termes de coûts de production, de démarche de certification et de cam-
pagne de promotion. Pour cela, un renforcement des structures de
coopération entre entreprises de pisciculture marine s’avère nécessaire.
43
Aquaculture et environnement : poissons marins
Conclusion
La pisciculture marine est une activité en situation de concurrence à la
fois pour l’usage de ressources naturelles et pour l’accès à son marché.
Cette concurrence s’exerce non seulement entre les entreprises piscicoles
elles-mêmes mais aussi avec les autres activités situées sur le littoral (accès
à la ressource) ainsi qu’avec les autres filières de produits carnés (accès
au marché). Dans ce contexte, les objectifs de réduction des coûts de
production, de contrôle de la qualité, d elargissement de la gamme des
produits par une politique de différenciation doivent s’accompagner d’une
bonne gestion de l’image de la pisciculture marine. Cette image doit
prendre en compte les aspects de création ou de maintien d’activités sur
le littoral, d’impact sur l’environnement et de bien-être animal. Que ce
soit pour l’attribution de sites, pour la conduite d’une politique publique
d’incitation à la création d’entreprises ou pour la mise en place d’un
schéma de reconnaissance officielle de signes de qualité spécifiques, la
pisciculture a besoin d’un encadrement réglementaire et institutionnel
rigoureux et adapté à ses spécificités. En particulier, la définition de
mécanismes d’allocation des ressources naturelles et de compensation à
l’attention des autres activités suite à l’émergence d’une activité nouvelle
doit se faire avec la participation de tous les acteurs de cette filière (Troa-
dec, 1994). De même, toutes les formes de coopération entre les acteurs
de la filière sont à rechercher, particulièrement dans les domaines du
transfert des acquis de la recherche et de la promotion cles produits.
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45
Aquaculture et environnement : poissons marins
La politique environnementale
et l’aquaculture : le cadre juridique
communautaire
Nathalie Conan
UBO, faculté de droit et des sciences économiques, centre de droit et d’économie de la mer
(Cedem), 12 rue de Kergoat, 29285 Brest
Introduction
L’objet de ce colloque est d’étudier dans quelle mesure l’aquaculture
marine et l’environnement sont liés. Le scientifique reconnaît que le
développement de l’aquaculture joue sur le milieu récepteur et que la
protection du milieu est nécessaire au développement cl’une aquacul-
ture de qualité.
La réglementation adoptée par l’LJnion européenne s’intègre dans ce
débat. Les institutions communautaires ont, en effet, vocation à inter-
venir dans le domaine de l’environnement et dans celui de l’aquacul-
ture et tentent de mettre en place une stratégie globale fondée sur le
principe de cléveloppement durable qui permet le développement de
l’aquaculture européenne tout en protégeant l’environnement.
Cet exposé a pour objet de présenter le cadre juridique communautaire
qui permet de concilier ces deux objectifs. Si les institutions euro-
péennes, par leurs compétences, agissent dans les deux domaines en
élaborant des actions distinctes, la stratégie communautaire s’est tou-
telois globalisée par l'adoption d’une logique horizontale de la politique
environnementale.
L’aquaculture et l’environnement : deux actions distinctes
de la Communauté européenne
Pour concevoir une politique clans le cadre communautaire, plusieurs
éléments doivent être établis. La première étape consiste à fonder l’ac-
tion communautaire sur des dispositions juridiques qui lui permet-
tent d’agir. Dans un second temps, la politique menée doit répondre à
des objectifs fixés par les traités. L’aquaculture et l’environnement sont
deux actions communautaires qui ont des fondements juridiques dif-
férents et cles objectifs distincts.
Des fondements juridiques différents
À l'origine, le traité de Rome n’a jamais fait état expressément de la
compétence communautaire en matière environnementale et l’aqua-
culture n etait qu’implicitement admise dans les dispositions. Ces deux
domaines n’étaient pas considérés comme prioritaires dans l' elaboration
46
Cadre technique, économique et réglementaire
de la construction communautaire. Lorsque fïnalement les institutions
communautaires s’y sont intéressées, îl a fallu trouver une base juridique
qui permette à la Communauté d’intervenir en toute légalité.
C’est ainsi que l’aquaculture fut dans un premier temps intégrée à la
politique commune des pêches. Quant à l’environnement, les institu-
tions européennes ont dû faire preuve de plus de subtilité pour l'inté-
grer dans leurs compétences.
• L’intégration de l’aquaculture dans la politique commune des pêches
L’aquaculture n’est pas une activité économique qui, au premier abord,
est concernée par la réglementation communautaire. En effet, dans
les dispositions originaires du traité de Rome, il n'existe aucune réfé-
rence explicite. Le traité de Rome ne fait qu’une brève référence aux
ressources halieutiques. Dans l’article 38 relatif à l’agriculture, il est
spécifié que « Le marché commun s'étend à l'agriculture et au commerce des
produits agricoles. Par produits agricoles. on entend les produits du sol, de l’éle-
vage et de la pêcherie, ainsi que les prodmts de première transformation qui sont
en rapport direct avec ces produits. » En vertu de cette disposition, toute
l’activité halieutique est régie par des règles concernant les produits
agricoles. Compte tenu des dispositions de l’article 38§4 admettant
que « le fonctionnement et le développement du tnarchécommunpour lesproduits
agricoles doivent s'accompagner de l’établissement d’unepolitique agricole com-
mune », les produits de la pêche ont donc été intégrés dans la politique
agricole commune (Pac).
Si le fondement juridique cle la politique commune des pêches dans le
droit originel paraît quelque peu lacunaire, le droit dérivé permet d'ins-
taurer une réglementation autonome relative aux ressources halieutiques
fondée sur les dispositions liées à la mise en œuvre de la politique agri-
cole commune. Dès 1970, la pêche est soumise à une réglementation com-
munautaire par l’adoption du règlement 2 141/70 portant établissement
d’une politique commune des structures dans le domaine de la pêche1.
Puis, la Cour de justice des Communautés européennes a, dans un arrêt
de 19762, reconnu de manière explicite la compétence communautaire
pour élaborer la politique commune des pêches.
Même s’il n'est fait nulle mention d’une spécificité aquacole dans la poli-
tique commune des pêches, l’aquaculture est directement concernée
par les dispositions relatives à la politique des structures de la pêche3
car les règles adoptées admettent de facto l’intégration de l’aquaculture
dans la réglementation de la pêche. Son développement est fondé sur
le règlement de 1976 relatif au développement des structures1 car
1. Règlement 2141/70 du 20 octobre 1970. JOCE L 236 du 27 octobre 1970, p. 1.
2. CJCE Affaire, 3,4 et 6/76. Cornélis, Kramer et autres, 14 julllet 1976, recueil 1976, p. 1310.
3. Pour exemple, le règlement 1852/78 du 25 juillet 1978 relatif à une action commune inté-
rimaire de restructuration du secteur de la pêche côtière (JOCE L 211 du 1er août 1978) consi-
dère que, sur la base du règlement 101/76, le développement de l’aquaculture peut être en
partie financé par la Communauté (article 1er).
4. Règlement 101/76 établissant une politique commune des structures dans le domaine de la
pêche. JOCE L 20 du 28 janvier 1976.
47
Aquaculture et environnement : poissons marins
l’aquaculture, qui est une activité différente de la pêche, n’a pas voca-
tion à être assujettie à la politique de gestion et de conservation de la
ressource halieutique.
Il fallut attendre 19835 pour que la politique commune des pêches
devienne une politique à part entière. Des règlements de base ont été
adoptés pour concevoir la politique commune des pêches dans son
ensemble. La Communauté a ainsi instauré deux règlements consacrés
d’une part au développement des structures liées à la pêche et l’aqua-
culture6 et, d’autre part, aux conditions de transformation et de com-
mercialisation des produits de la pêche et de l’aquaculture7.
Enfin, il fallut attendre 1993 et la réforme des fonds structurels, ins-
truments financiers communautaires, pour que cette distinction entre
le financement des structures et celui de la filière transformation et
commercialisation soit supprimée avec la création de l’instrument finan-
cier pour l’orientation de la pêche8 qui permet d’intervenir de manière
plus cohérente sur l'ensemble de la filière pêche.
Si l’aquaculture, malgré sa spécificité, est toujours intégrée dans les
objectifs de la politique commune des pêches, la place de l’environne-
ment dans la construction communautaire a évolué de manière fonda-
mentale. D’une politique sectorielle, l’environnement est devenu, au
fil des années et de l’entrée en vigueur des traités modificatifs, une
politique transversale, la Communauté mettant en œuvre le principe
de la dimension environnementale des politiques communautaires.
• La spécificité de la politique communautaire de l’environnement
Le traité de Rome se caractérise, à l’origine, par l’absence de disposi-
tions spécifiques sur l’environnement. Ce domaine n’était pas un sujet
de préoccupation lors des négociations entre les États signataires9.
Cependant, depuis 1972, année où s’est tenue une conférence inter-
nationale pour la protection de l’environnement à Stockholm, la volon-
té politique des États membres de s’intéresser aux problèmes envi-
ronnementaux s’est affirmée par l’adoption de programmes d’action
pluriannuels. Pour octroyer une compétence environnementale à la
Communauté, les institutions communautaires n’ont pas hésité à faire
une lecture subtile du traité. En effet, le traité de Rome est composé
5. Règlement 170/83 du 25 janvier 1983 instituant un régime communautaire de conservation
et de gestion des ressources de pêche. JOCE L 24 du 27 janvier 1983, p. 1.
6. Règlement 4028/86 du 18 décembre 1986 relatif à des actions communautaires pour
l’amélioration et l’adaptation des structures du secteur de la pêche et de l’aquaculture. JOCE L
376 du 31 decembre 1986, p. 7.
7. Règlement 4042/89 du 19 décembre 1989 relatif à l'amélioration des conditions de trans-
formation et de commercialisation des produits de la pêche et de Taquaculture. JOCE L 388 du
30 décembre 1989, p. 1.
8. Règlement 2080/93 du 20 juillet 1993 portant dispositions d’application du règlement
2052/88 en ce qui concerne l’instrument financier d’orientation de la péche. JOCE L 193 du
31 juillet 1993, p. 1.
9 La création de la CEE fut basée sur un système institutionnel à vocation intégrée avec un
objectif bien défini : garantir la paix et la stabilité par Téconomique en tissant des liens entre
les différents acteurs économiques des États membres.
48
Cadre technique, économique et réglementaire
d’objectifs que les institutions communautaires, avec l’aide des États
membres, doivent atteindre. Il est donc aisé cie trouver cles objectifs qui
peuvent assurer une intervention communautaire en matière d’envi-
ronnement. À défaut de base juridique établie, « le consensus politique
a entraîné avec lui la légalité juridique »10.
La Communauté va justifier ses interventions en s’appuyant sur une inter-
prétation extensive d’une disposition du préambule combinée avec l’ar-
ticle 2 du traité de Rome. Le préambule du traité de Rome met en
lumière les objectifs ultimes de la Communauté économique euro-
péenne. C'est ainsi que le troisième paragraphe du préambule « assi-
gnant pour but essentiel à leurs efforts l’amélioration constante des conditions
de vie et d’emploi de leurs peuples » assure aux Communautés une mission
environnementale. Le concept de « conditions de vie » n’est pas seule-
ment réduit à la notion de niveau de vie mais intègre des notions qua-
litatives beaucoup plus larges. La protection de la nature peut être un
des éléments qui permet d'améliorer les conditions de vie des citoyens
communautaires11. L’utilisation de ce concept pour justifier l’inter-
vention communautaire a été unanime que ce soit de la part des chefs
d'État ou de gouvernement12 que du Parlement européen qui adopta
une résolution sur le sujet 13
Malgré tout, si la valeur juridique du préambule ne fait guère de doute14,
il n’en demeure pas moins que c’est l’article 2 du traité de Rome qui
sert de fondement juridique à l’action communautaire en matière d’en-
vironnement : « La Communauté pour mission, par l’établissement d’un mar-
ché commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques des États
membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques,
dans l’ensemble de la Communauté, une expansion continue et équilibrée, une
stabilité accrue, un relevement accéléré du niveau de vie et des relations plus étroites
entre les Etats qu’elle réunit. Les promotions d’un développement har-
monieux et d'une expansion continue et équilibrée sont les deux notions
qui permettent aux înstitutions d’admettre dans le champ des compé-
tences communautaires la protection de l'environnement. En effet, dans
l'exposé des motifs du premier programme d’action en matière d’en-
vironnement, il est spécifié que « cette harmonie et cet équilibre nepeuvent
se concevoir désormais sans une lutte efficace contre les pollutions et nuisances ni
sans l’amélioration de la qualitéde la vie et de la protection du milieu ».15
10. Michel Prieur. Droit de l’environnement. Précis Dalloz 3e édition 1996 Paris, p. 19.
11. Voir en ce sens, Didier Le Morvan, thèse de doctorat d’État : Les Communautés euro-
péennes et la protection de l’environnement marin. Université de Bretagne occidentale, 1984,
p. 236.
12. In: Sommet des chefs d’État ou de gouvernement. Paris, 17-18 octobre 1972.
13. Résolution du Parlement européen sur les possibilités qu’offrent les traités communautaires
en matière de lutte contre la pollution du milieu et les modifications qu’il faut éventuellement pro-
poser d’y apporter. JOCE C 46 du 9 mai 1972, p. 19 : •< La pollution de l'eau..., le défaut de res-
pecter des sites..., l'urbanisation sauvage portent une atteinte grave aux conditions de vie. »
14. Mégret. Le droit de la CEE : « La force juridique des dispositions du préambule est necessai-
rement liée à leur contenu concret et notamment à la précision de leur libellé. » Bruxelles, 1973.
15. 4e considérant du premier programme d’action (1973-1976). JOCE C 91 du 15 mars 1973.
49
Aquaculture et environnement : poissons marins
L'utilisation du préambule et de l'article 2 du traité de Rome est uue
technique qui est reconnue officiellement par le Parlement européen.
Celui-ci ne dispose-t-il pas dans la résolution de 1972 que « le traité
CEE contient dans le troisième considérant du préambule ainsi que dans l’ar-
ticle 2... un certain nombre de dispositions sur lesquelles la Commission peut
ou pourrait se fonder directement ou indirectement en vue de régler les problèmes
liés à la dégradation du cadre de vie » Cet article est donc devenu la
disposition qui justifie l’intervention communautaire en matière d’en-
vironnement et notamment lors de l’établissement de programmes
d’action17. Il consacre la mission des Communautés européennes en
matière de protection de l’environnement en général18.
Mais, la mise en œuvre d’actions spécifiques non prévues par le traité
requiert l’utilisation simultanée ou alternative des dispositions de l’ar-
ticle 100 relatif au rapprochement des législations nationales ou de
l’article 235 du traité de Rome19.
Cependant, une base juridique plus explicite devait être adoptée pour
permettre la mise en œuvre d’une politique communautaire plus effi-
cace. En 1 986, avec l'entrée en vigueur de l’Acte unique européen qui
modifia le traité de Rome, une partie de la compétence environne-
mentale est confiée à la Communauté européenne. Cette compétence fut
consacrée par l’introduction dans le traité de Maastricht d’un principe
liminaire qui accorde à la protection de l’environnement une place
particulière puisque, d’une action communautaire, les dispositions du
traité envisagent l’adoption d’une politique communautaire de l'en-
vironnement (article 3k du traité).
Des objectifs différents
La Communauté européenne s’est toujours investie dans le secteur aqua-
cole pour permettre un développement rationnel de l’activité dans le
cadre de la politique commune des pêches. Dans le même temps, par
l’adoption d’objectifs et principes fixés en matière environnementale,
les institutions européennes ont souhaité promouvoir sur tout l’espace
communautaire un « niveau de protection élevé de l’environnement ».
•L’objectif de la politique communautaire : développer l’aquaculture
Par son intégration dans la politique commune des pêches, l'aquaculture
se doit de respecter les objectifs fixés par le traité de Rome. Ceux-ci sont
16. Résolution du Parlement européen. JOCE C 46 du 9 mai 1972, précitée.
17. Le premier programme d’action (1973-1976), JOCE C 91 du 15 mars 1973; le deuxième
programme d’action (1977-1981), JOCE C 139 du 13 juin 1977 ainsi que le troisième pro-
gramme d’action (1982-1986), JOCE C 46 du 13 février 1983.
18. D. Le Morvan. Les Communautés européennes et la protection de l’environnement marin.
Thèse de doctorat d’État, université de Bretagne occidentale 1984, p. 244.
19. L’article 235 du traité de Rome dispose que « si une action de la Communauté apparait
nécessaire pour réaliser, dans le fonctionnement du Marché commun, l’un des objets de la
Communauté, sans que le présent traité ait prévu les pouvoirs d’action requis à cet effet, le
Conseil, statuant à l’unanimité sur proposition de la Commission et après consuitation du
Parlement européen, prend les dispositions appropriées. »
50
Cadre technique, économique et réglementaire
définis dans l’article 39 du traité relatif au développement du marché
commun dans le cadre de la politique agricole commune. Ainsi, la poli-
tique commune des pêches a pour objectifs d’accroître la productivité
en assurant notamment un développement rationnel de la production,
d’assurer un niveau de vie équitable, de stabiliser le marché, d assurer
la sécurité des approvisionnements ainsi que des prix raisonnables dans
les livraisons aux consommateurs20.
Ainsi, l’article 9 du règlement 101/76 dispose que les objectifs de la
21
politique commune des structures dans le secteur de la pêche sont de « pro-
mouvoir un développement rationnel du secteur de la pêche et d’assurer un niveau
de vte équitable à la population qui tire ses ressources de lapêche ». À cette fin,
il s’agit d'accroître la productivité, d’adapter les conditions de produc-
tion et de commercialisation aux exigences du marché. Laquaculture
est directement concernée. Dans le cadre des règlements intérimaires
annuels adoptés pour l’aquaculture, il est fait mention de ces objectifs à
atteindre En 1983, un règlement communautaire pluriannuel23 encou-
22
rageait le développement de cette activité en finançant la construction,
l’équipement ou la modernisation d’installations pour l' élevage de pois-
sons, crustacés et mollusques (article 2b) pour aboutir à une production
quantitativement significative et économiquement rentable (article 3b).
En 1986, un nouveau règlement communautaire2 4 permet là encore de
financer le développement cle l’aquaculture dans le but d élargir les
sources d’approvisionnement de la communauté. En 1989, fut aussi
adopté un règlement lié à la transformation et la commercialisation des
produits de l’aquaculture25.
20. Selon l’article 39§1 du traité de Rome, « La politique agricole commune a pour but :
a - d'accroitre la productivité de l'agriculture en développant le progrès technique, en assurant
le développement rationnel de la production agricole ainsi qu'un emploi optimum des facteurs
de production notamment de la main-d'œuvre ;
b - d'assurer ainsi un niveau de vie équitable à la population agricole notamment par le relève-
ment du niveau individuel de ceux qui travaillent dans iagriculture ;
c - de stabiliser les marchés ;
d - de garantir la sécurité des approvisionnements ;
e - d’assurer des prix raisonnables dans les livraisons aux consommateurs. »
21. Règlement 101/76 du 19 janvier 1976 portant établissement d’une politique commune des
structures dans le secteur de la pêche. JOCE L 20 du 28 janvier 1976, p. 19.
22. À partir de 1978, le Conseil a adopté des règlements intérimaires relatifs à la restructura-
tion de la pêche côtière en y intégrant l'aquaculture : le règlement 1852/78 JOCE L 211 du
1er août 1978, le règlement 592/79 JOCE L 78 du 30 mars 1979, le règlement 17/13/80
JOCE L 167 du 1er juillet 1980, le règlement 2992/81 JOCE L 299 du 20 octobre 1981, le
règlement 31/83 JOCE L du 7 janvier 1983.
23. Règlement 2908/83 du 4 octobre 1983 concernant une action commune de restructura-
tion, de modernisation et de développement du secteur de la pêche et de développement du
secteur de l’aquaculture. JOCE L 290 du 22 octobre 1983, p. 1.
24. Règlement 4028/86 du 18 décembre 1986 relatif à des actions communautaires pour
l’amélioration et l'adaptation des structures du secteur de la pèche et de l’aquaculture. JOCE L
376 du 31 décembre 1986, p. 7.
25. Règlement 4042/89 du 19 décembre 1989 relatif à l’amélioration des conditions de trans-
formation et de commercialisation des produits de la pêche et de l’aquaculture. JOCE L 388 du
30 décembre 1989, p. 1.
51
Aquaculture et environnement : poissons marins
Tous ces instruments liés au développement de l’aquaculture ont fina-
lement été abrogés du fait de la volonté des institutions européennes
de concentrer les outils financiers nécessaires au développement halieti-
tique. À cette fin fut créé en 1993 un nouvel instrument financier spé-
cifique à la pêche : l’Ifop26. Reprenant les dispositions du règlement
4028/86, l'Ifop, dans son article 3, précise qu’il peut « partkiper au
financement d’investissements qui concourent non seulement au développement de
l’aquaculture mais aussi à l’amélioration des conditions de transformation et
de commercialisation desproduits de l’aquaculture ».
La Communauté met donc en place une politique volontariste dans le
domaine de l’aquaculture par l’intermédiaire de financements de pro-
jets d’investissements qui assurent le développement de ce secteur éco-
nomique. Ce secteur aquacole est, plus que jamais, considéré comme
très important pour les institutions européennes. En effet, la capacité
de l’aquaculture d’augmenter l’approvisionnement, de réduire la dépen-
dance des importations ainsi que de diversifier les emplois liés aux
zones côtières permet de penser qu’elle continuera à être un pilier cle
la politique commune des pêches. Il est cependant clair que l’aqua-
culture ne se substituera jamais à la pêche.
L’élaboration de cette politique aquacole ne doit pas faire oublier que,
dans le même temps, la Communauté européenne s’est totalement
investie dans la protection de l'environnement.
• Les objectifs de la politique de l’environnement
Avant l’officialisation de la compétence communautaire en matière
environnementale par l'Acte unique européen, les objectifs environne-
mentaux étaient rassemblés dans cles programmes d'action plurian-
nuels. Dès 1973 était adopté le premier programme d’action27 suivi par
quatre autres en I97728, 198329, 198730et 1 993 31.
Au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, la Communauté a
adopté plus de 200 mesures communautaires qui avaient pour principal
objectif de répondre à une situation d’urgence. Puis, un changement
notable de stratégie a été développé. Une prise de conscience des gou-
vernants a permis de dégager une action préventive. Plus qu'une poli-
tique de lutte contre les pollutions, il s'agit maintenant de gérer l’en-
vironnement, considéré comme une ressource qu’il faut préserver, avec
les activités humaines. Cette nouvelle stratégie prône un niveau de pro-
tection élevé. Différents objectifs sont définis par les dispositions du
26. Règlement (CEE) 2080/93 du Conseil du 20 juillet 1993 portant dispositions d’application
du règlement (CEE) 2052/88 en ce qui concerne l'instrument financier d’orientation de la pêche.
JOCE L 193 du 31 juillet 1993, p. 1.
27. Déclaration du Conseil des Communautés européennes et des représentants des gouver-
nements des États membres du 22 novembre 1973 concernant un programme d’action des
Communautés européennes en matière d’environnement. JOCE C 112, p. 1.
28. Deuxième programme d'action. JOCE C 139 du 13 juin 1977.
29. Troisième programme d’action. JOCE C 146 du 17 fevrier 1983.
30. Quatrième programme d’action. JOCE C 328 du 7 décembre 1987.
31 ■ Cinquième programme d’action sur le développement durable. JOCE C 173 du 17 mai 1993.
52
Cadre technique, économique et réglementaire
traité. Ainsi, selon l’article 130R, il s’agit de « préserver, deprotéger et d'amé-
liorer la qualitéde l'environnement, de protéger la santédes personnes, ainsi que
d’assurer une utilisation rationnelle des ressources naturelles ». Pour réaliser
ces objectifs, la Communauté doit se fonder sur plusieurs principes :
le principe de précaution et d’action préventive, le principe de correc-
tion, par priorité à la source, le principe de pollueur-payeur.
En 1 992, intégrant les conclusions de la conférence internationale de
Rio, un nouveau pas a été accompli. La Communauté européenne a,
en effet, adopté un programme d’action fondé sur le concept de déve-
loppement durable32. Cette notion consacre la conciliation qu’il faut
rechercher entre le développement des activités humaines, générateur
de nuisances, et le respect de l’environnement. Elle implique un déve-
loppement économique respectueux de l’environnement afin d’assu-
rer la survie des écosystèmes. Il s’agira de découvrir le bon équilibre
entre l’activité humaine, le développement économique et la protec-
tion de l’environnement. Un partage clairement défini des responsa-
bilités, prenant en compte l’impact environnemental des activités
industrielles et l’utilisation des ressources humaines, doit être établi.
À cette fin, il est nécessaire d’inclure des objectifs environnementaux
dans la définition et l’application des politiques économiques et sec-
torielles, dans les décisions des administrations, dans le processus de
production, dans le comportement des individus et dans les habitudes
de consommation. Un dialogue et une action concertée entre tous les
acteurs sont donc nécessaires.
L’aquaculture est une activité concernée par le concept de développement
durable. Les deux matières qui tendaient à avoir une autonomie ont des
avenirs liés. Il est inconcevable de développer l’aquaculture sans étudier
ses effets sur le milieu récepteur comme il est indéniable qu’il est néces-
saire d’avoir un milieu sain pour accueillir toute activité aquacole.
L’aquaculture et l’environnement : deux politiques communautaires
aux destins liés
Dès 1990, la Communauté européenne s’est inquiétée des interactions
qui pouvaient exister entre l’aquaculture et l'environnement. En effet,
dans « le rapport Marin »33, la Communauté, bien que mettant en
avant la nécessité de développer l’aquaculture pour réduire le volume
des importations, admet que les difficultés concernant les contraintes
environnementales iront croissantes. La Communauté soulève des ques-
tions sur, d’une part, le maintien ou la restauration de la qualité des eaux
littorales polluées par des facteurs exogènes ou endogènes aux systèmes
d’élevage et, d’autre part, la compétition avec d’autres activités humaines
pour l’occupation du site. La nouvelle politique environnementale tente
une approche globale de ces problèmes.
32. Cinquième programme d’action sur le développement durable. JOCE C 173 du 17 mai 1993.
33. Communication de la Commission au Conseil et au Parlement : « La politique commune de
la pêche ». Com. (90) 2244 final du 30 novembre 1990.
53
Aquaculture et environnement : poissons marins
Le traité de Rome modifié par l'Acte unique européen en 1986 puis
par le traité de Maastricht en 1992 comprend des dispositions envi-
ronnementales précises et importantes, dont la dimension environne-
mentale des politiques communautaires par l'article 1 30 R§2 : « Les exi-
gences en matiere de protection de l’environnement doivent être intégrées dans la
définition et la mise en œuvre des autres politiques de la Communauté. »
Dans le cadre de la politique de gestion de l’environnement, la Com-
munauté européenne met donc en avant une stratégie permettant de
réduire l'impact de l’aquaculture sur l'environnement par l’application
de directives communautaires spécifiques (a). Par ailleurs, elle limite
aussi les dangers de pollution en intervenant sur la localisation du site
soit par le biais du cautionnement du projet soit par l’instauration de
zones protégées (b).
L’application des directives communautaires à la production aquacole
Si, effectivement, l’aquaculture est un des piliers de la politique com-
mune des pêches, il n'en demeure pas moins que les problèmes liés à
cette activite sont nombreux et empêchent son développement har-
monieux à grande échelle. La Communauté européenne est consciente
que, sur le plan écologique, l’aquaculture intensive peut avoir des réper-
cussions sur le milieu naturel. Elle a donc mis en place un véritable arse-
nal juridique lié à la protection cle l’environnement. Dans ce cadre, la
procédure d’évaluation est un instrument fondamental de la politique
de l’environnement. Une étude d’impact est désormais préconisée sur
tout le territoire communautaire avant toute installation de fermes de
salmonidés. Cette procédure d’évaluation est complétée par une régle-
mentation concernant la prévention de la pollution du milieu. En effet,
la lerme aquacole reste toujours sous le contrôle des autorités commu-
nautaires et nationales que ce soit dans le cadre cle la production, de la
transformation ou de la commercialisation des produits aquacoles.
• L’obligation d’une étude d’impact
En 1985, le Conseil a adopté une directive concernant l'évaluation cles
incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement 4 1
très importante pour l’aquaculture. Il s’agit en effet d’inciter « les Etats
membres à prendre les dispositions nécessaires pour que, avant l’octroi de l’au-
torisation, les projets susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environ-
nement, notamment en raison de leur nature, de leurs dimensions ou de leur
localisation, soient soumis à une évaluation en ce qui concerne leurs incidences »
(article 2.1). Selon l’article 3, levaluation des incidences sur l’envi-
ronnement identifie, décrit et évalue de manière appropriée, en fonction
cle chaque cas particulier, les effets directs et indirects sur l’homme, la
faune et la flore, le sol, l’eau, l'air, le climat, le paysage, les biens maté-
riels et le patrimoine culturel.
3 4. Directive 85/337 du 27 juin 1985 concernant l’évaluation des incidences de certains pro-
jets publics et privés sur l’environnement. JOCE L 175 du 5 juillet 1985, p. 40.
54
Cadre technique, économique et réglementaire
La Communauté européenne incite les États à soumettre les projets de
piscicultures de salmonidés à une étude d’impact. Il ne s’agit pas pour
la Communauté d’obliger les États membres à mettre en place cette
étude d’impact. L’article 4.2 de la directive 85/337 disposant que « les
projets appartenant aux classes énumérées à l’annexe II, dont les piscicultures de
salnwnidés, sont soumis à une évaluation lorsque les États membres considèrent
que leurs caractéristiques l’exigent », une certaine marge d’appréciation est
laissée à l’État35.
La directive de 1985 a été modifiée par la directive 97/11 du 3 mars
199736. Ces modifications alourdissent la procédure précédant l’auto-
risation qui ouvre le droit de réaliser l’ouvrage. En effet, le nouvel
article 2 dispose que les projets susceptibles d’avoir des incidences sur
l’environnement soient dorénavant soumis à une procédure d’autorisation
ainsi qu’à une évaluation.
Pour les projets dont l’évaluation était appréciée par les États membres,
comme les piscicultures de salmonidés, deux méthodes sont recom-
mandées par les institutions communautaires. C’est aux États membres
de décider le type d’évaluation qu'ils souhaitent mettre en place : soit
une évaluation pragmatique soit une évaluation basée sur des critères
et seuils fixes sachant que, si le projet répond à ces critères, il pourra
être autorisé. Enfin, il est aussi possible d’utiliser les deux procédures
successivement.
Si les préoccupations environnementales conditionnent l’autorisation
d’implantation de la ferme, la Communauté a aussi intégré des aspects
environnementaux à l’exploitation ainsi qu’à la transformation et la
commercialisation des produits.
• L’obligation de respecter les normes sanitaires
La Communauté européenne ne se contente pas d’agir sur les produits
aquacoles avant la consommation humaine. Elle intervient aussi au
niveau de la production en fixant des conditions minimales tenant à la
qualité du produit élevé. Une directive qui fixe des conditions tenant
aux maladies ainsi qu’à la situation géographique des fermes aquacoles
a été adoptée en 1991 Elle a été modifiée en 1993 et 199539 puis
37 38
complétée par une décision du Conseil du 11 décembre 1992 relative
35. Jean-Francois Chambault. Les études d’impact et la Communauté européenne. RJE 1985,
411-441.
36. Directive 97/11 du 3 mars 1997 modifiant la directive 85/337 concernant l’évaluation des
incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement. JOCE L 73 du 14 mars
1997, p. 5.
37. Directive 91/67 du 28 janvier 1991 relative à la mise en place d’une police sanitaire. JOCE
L 46 du 19 février 1991, p. 1.
38. Directive 93/54 du 24 juin 1993 modifiant la directive 91/67 relative aux conditions de
police sanitaire régissant la mise sur le marché d’animaux et de produits d’aquaculture. JOCE
L 175 du 19 juillet 1993, p. 34.
39. Directive 95/22 du 22 juin 1995 modifiant la directive 91/67 relative aux conditions de
police sanitaire régissant la mise sur le marché d’animaux et de produits d’aquaculture. JOCE
L 243 du 11 octobre 1995, p. 1.
55
Aquaculture et environnement : poissons marins
à l’article 14, à savoir les conditions de transports Cet instrument
concerne la mise en place d'une police sanitaire avant la mise sur Ie
marché d’animaux et de produits d’aquaculture.
La directive 91/67 a pour objectifs de garantir la santé des cheptels, de
renforcer les contrôles zoosanitaires de façon à éviter des situations trop
hétérogènes entre les États membres qui risqueraient de remettre en
cause le principe de libre circulation, d’améliorer l’harmonisation des
règles relatives à l’importation des produits en provenance des États tiers.
Les dispositions cle la directive concernent cleux types cle contrôle : un
contrôle cles maladies contagieuses par letablissement cle listes com-
munautaires de maladies et d’espèces sensibles à ces maladies et un
contrôle de la salubrité du site aquacole par l' etablissement d’un sys-
tème d’agrément.
Par ailleurs, les préoccupations liées à la protection du cheptel aqua-
cole ont abouti à l’adoption d’une directive du 24 juin 1993 instau-
rant des conditions identiques d eradication cle maladies contagieuses
sur le territoire communautaire41. Ces dispositions ont été instaurées
clans le but non seulement de garantir une circulation de produits de
l' aquaculture indemnes de toute maladie considérée comme conta-
gieuse mais aussi d’assurer la protection de la santé animale. Cette
directive a donc pour objectif detablir, au niveau communautaire, des
mesures de lutte en cas d’apparition de ces maladies. Ainsi, clès que la
présence d’une maladie est suspectée, des dispositions doivent être
prises cle manière à ce qu’une action immèdiate et efficace puisse être
mise en œuvre en cas cle confirmation.
Enfin, la directive du 22 juillet 1991 42 fixe les règles sanitaires régis-
sant la production et la mise sur le marché cles produits de la pêche.
Selon la dèfinition communautaire, par produit cle la pêche, on entend
« tous les animaux ou parties d’animaux marms ou d'eau douce, y compris
leurs œufs et laitances, à l’exclusion des mammifères aquatiques, des grenouilles
et des animaux aquatiques couverts par d’autres actes communautaires ». Cette
directive concerne aussi les produits d'aquaculture à savoir « tout pro-
duit de la pêche dont la naissance et la croissance sont contrôlées par l’homme
jusqu’à la mise sur le rnarché en tant que denrée alimentaire ». Complé-
mentaire de la directive 91/67, celle-ci règit les règles en matière
d aquaculture entre la fin de la production et la commercialisation sur
le marché communautaire.
Cependant, l’intervention communautaire sur l’exploitation aquacole
n’est pas suffisante. D’autres actions préventives sont menèes par la
Communauté clans le cadre cle la participation aux investissements et
cle la protection de sites fragiles.
4(). Décision 93/22 du 11 décembre 1992.
41. Directive 93/53 du 24 juin 1993 établissant des mesures communautaires minimales de
lutte contre certaines maladies des poissons. JOCE L 175 du 19 juillet 1993, p. 23.
42. Directive 91/493 du 22 juillet 1991 fixant les règles sanitaires régissant la production et
la mise sur le marché des produits de la pêche. JOCE L 268 du 24 septembre 1991, p. 15.
56
Cadre technique, économique et réglementaire
L’intervention communautaire sur les sites aquacoles
La dimension environnementale de l’aquaculture oblige les institu-
tions communautaires à respecter les différents principes qui lient les
mesures environnementales dans l’élaboration et l’adoption des diffé-
rentes actions. C’est ainsi que :
- rendre l’environnement critère d’éligibilité aux subventions com-
munautaires permet l’application du principe de prévention ;
- adopter des directives environnementales qui influent sur l’utilisation
des sites permet de réduire les risques d’effets néfastes sur le milieu
récepteur.
• Le respect de l’environnement : un critère d'affectation des subventions
communautaires
L’étude des différents règlements relatifs au développement de l’aqua-
culture met en lumière l’évolution de la prise de conscience de l’élément
environnemental par les institutions communautaires. C’est ainsi qu'en
1978, lors de l’adoption du premier règlement concernant le dévelop-
pement de l’aquaculture43 n’existait aucun critère de sélection envi-
ronnemental pour le financement de projet aquacole. Il n’était nullement
tenu compte des incidences que pourrait avoir l’activité aquacole sur le
milieu récepteur.
En 1983, s’il n’existe aucune prescription environnementale dans les
principes liminaires qui régissent la nouvelle action communautaire44,
l’article 1 1.4 dispose que, pour apprécier les projets, la commission doit
tenir compte des exigences environnementales. C'est ainsi que, pour l’at-
tribution de subventions, la demande liée au projet aquacole doit conte-
nir des informations sur le site concerné, sur sa délimitation et sur les
raisons d’un tel choix. Par ailleurs, elle devait aussi comporter une des-
cription des méthodes d’élevage ainsi que de la surface estimée. Dans ce
cadre, il s’agit de iaire non pas une évaluation de l’impact environnemental
du projet mais au moins de s’informer sur le projet.
Les règlements de 1986 15 puis de 198946 sont plus précis. Si aucune
référence environnementale n’est expressément insérée dans les dispo-
sitions du règlement, les annexes précisent que les programmes natio-
naux doivent contenir des mesures destinées à assurer la protection de
l’environnement47.
43. Règlement 1852/78 du 25 juillet 1978 relatif à une action commune intérimaire de restruc-
turation du secteur de la pêche côtière. JOCE L 211 du 1er août 1978.
44. Règlement 2908/83 du 4 octobre 1983 concernant une action commune de restructura-
tion, de modernisation et de développement du secteur de la pêche et de développement du
secteur de l'aquaculture. JOCE L 290 du 22 octobre 1983, p. 1.
45. Règlement 4028/86 du 18 décembre 1986 relatif à des actions communautaires pour
l’amélioration et l'adaptation des structures du secteur de la pêche et de l’aquaculture. JOCE L
376 du 31 décembre 1986, p, 7.
46. Règlement 4042/89 du 19 décembre 1989 relatif à l’amélioration des conditions de trans-
formation et de commercialisation des produits de la pêche et de l'aquaculture. JOCE L 388 du
30 décembre 1989, p. 1.
47. Ces règlements indiquent que l’octroi de subventions est conditionné par l’intégration du
projet dans les objectifs dégagés par les programmes d’orientation pluriannuels élaborés par
les États membres et soumis au contrôle de la Commission.
57
Aquaculture et environnement : poissons marins
La réforme des fonds structurels de 1988 48 modifiée en 1 993 a permis
de soumettre le financement des investissements aquacoles aux objec-
tifs de cohésion économique et sociale disposés dans l’Acte unique euro-
péen puis dans le traité de Maastricht. Cette politique qui permet le
financement de projets d’investissements nécessaires à la réduction des
disparités entre les régions de la Communauté doit se soumettre aux
contraintes environnementales.
C’est ainsi que dans le cadre de l’Ifop, instrument financier adopté par
le règlement 2080/9349, les projets liés au développement de l’aquaculture
sont soumis à l’obligation de respecter les normes environnementales.
Il peut arriver aussi que cet instrument permette le fînancement de pro-
jets qui ont pour objet de se conformer à ces prescriptions environne-
mentales. Dans l’exposé cles motifs du règlement 2080/93, le Conseil a
clairement indiqué que compte tenu « des principes et objectifs tle dévelop-
pement durable qui sont concrétisés par le programme communautaire de politique
et d’action en matiere d'environnement, des exigences environnementales obliga-
toirement intégrées dans la définition et la mise en œuvre des autres politiques de
la communauté {...}, les États mernbres doivent foumir, lors de la remise des
plans etprogrammes liés à l'aquaculture, une appréciation de la situation de l’en-
vironnernent et de l’impact environnemental des actions envisagées ».
Par ailleurs, selon l'article 14§2 du règlement 2082/9350 qui concerne
les dispositions d’application des différents fonds, le traitement des
demandes de concours «... doit cornporter toutes les informations nécessaires
pour vérifier la cornpatibilité de l’action concernée avec la législation et les poli-
tiques communautaires ». Il est clonc certain que des informations concer-
nant l’impact sur le milieu sont nécessaires pour obtenir des subventions.
Un second programme permet aussi de concilier aquaculture et envi-
ronnement : Pesca est une initiative communautaire fondée sur l’ar-
ticle 11 du règlement 2082/9351. Elle a été conçue spécifiquement pour
la restructuration du secteur de la pêche, y compris l’aquaculture, et est
dotée de 250 millions d’écus pour la période 1994-1999. Elle a pour
objectif d’aider la filière pêche à se restructurer ainsi qu’à surmonter
ses difficultés, notamment dans la mise aux normes communautaires
en matière d’hygiène et de sécurité.
48. Règlement cadre 2052/88 du 24 juin 1988. JOCE L 185 du 15 juillet 1988.
49. Règlement (CEE) 2080/93 du Conseil du 20 juillet 1993 portant dispositions d’applicatlon
du règlement (CEE) 2052/88 en ce qui concerne l’instrument financier d'orientation de la
pêche. JOCE L 193 du 31 juillet 1993, p. 1.
50. Règlement 2082/93 du 20 juillet 1993 modifiant le règlement 4253/88 portant disposi-
tions d’application du règlement 2052/88 en ce qui concerne la coordination entre les inter-
ventions des différents fonds structurels, d'une part, et entre celles-ci et celles de la Banque
européenne d’investissement et des autres instruments financiers existants, d’autre part. JOCE
L 193 du 31 juillet 1993, p. 20.
51. Article 11 du règlement (CEE) 2082/93 du Conseil du 20 juillet 1993 modifiant le règle-
ment (CEE) 4253/88 portant dispositions d'application du règlement (CEE) 2052/88 en ce qui
concerne la coordmation entre les interventions des différents fonds structurels, d’une part, et
entre celles-ci et celles de la Banque européenne d’investissement et des autres instruments
fmanciers existants, d’autre part. JOCE L 193 du 31 juillet 1993, p. 20.
58
Cadre technique, économique et réglementaire
Enfin, la Communauté intervient dans la localisation des sites aquacoles
par l’adoption de directives environnementales qui protègent des sites
considérés comme fragiles.
• L’aquaculture et les critères de localisation des sites
La directive 92/4352 a pour principal objectif de favoriser le maintien
de la biodiversité, afin de contribuer à l’objectif général du développe-
ment durable. Elle met en place le réseau Natura 2000 qui concerne
les habitats naturels menacés ou vulnérables. Les Etats membres ont la
possibilité de mettre en place des zones spéciales de conservation. Suite
à cette délimitation, les États membres doivent prendre des mesures
appropriées pour éviter dans ces zones la détérioration d’habitats natu-
rels et des habitats d’espèces sensibles ainsi que les perturbations sus-
ceptibles d’avoir un effet significatif. Une fois le site établi comme zone
spéciale de conservation, l’article 6.3 dispose que « toutplan ouprojet non
directement lié ou nécessaire à la gestion du site mais susceptible d’affecter ce site
de manière significative fait l'objet d'une évaluation appropriée de ses incidences ».
Les autorités nationales compétentes, compte tenu des conclusions de
l’évaluation, peuvent autoriser le projet après s’être assurées qu’il ne
portera pas atteinte à l’intégrité du site.
Les critères d evaluation des incidences sur le site protégé par la direc-
tive 92/43 sont ceux mentionnés dans la nouvelle directive 97/11 qui
modifie la directive de 198553. En effet, lors de l’évaluation des pro-
jets qui sont susceptibles d’avoir des effets sur l’environnement, un des
critères d’évaluation est lié à la sensibilité environnementale des zones
géographiques et notamment des zones répertoriées ou protégées par
la législation nationale conformément à la directive 92/43. Cela signi-
fie qu’un projet aquacole situé dans une zone spéciale de conservation
doit subir une évaluation de l’impact.
Pour achever cette construction communautaire relative à la procédure
d’évaluation, la Commission européenne a proposé au Conseil l’adop-
tion d’une nouvelle directive relative à l’évaluation des incidences de
certains plans et programmes sur l’environnement54. Ces dispositions
permettent d’intégrer les considérations environnementales dans les
plans qui sont adoptés au sein des États membres dans le cadre du pro-
cessus décisionnel en matière d’affectation des sols. Cette directive
serait essentiellement procédurale puisqu’il s’agirait d’établir une « éva-
luation environnementale » avant la prise de décision finale concernant l' af-
fectation des sols. La proposition définit cette évaluation environne-
mentale comme « la préparation d’une déclaration sur l’environnement ainsi
que les consultations requises ». Cette première étape permettra de dres-
ser le cadre pour les autorisations ultérieures liées à l’implantation de
52. Directive 92/43 du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que
de la faune et de la flore sauvage. JOCE L 206 du 22 juillet 1992, p. 7.
53. Précitée (34).
54. Proposition de directive du Conseil relative à l'évaluation des incidences de certains plans
et programmes sur l’environnement. JOCE C 129 du 25 avril 1997, p. 14.
59
Aquaculture et environnement : poissons marins
sites aquacoles sur le littoral. Cependant, il ne s agit ici que d une pro-
position transmise au Conseil en avril dernier; elle peut subir de nom-
breuses modifications.
Enfin, après l' etude d'une communication de la Commission, le Conseil
a adopté en février 1996 un programme de démonstration sur l'amé-
nagement intégré des zones côtières55 qui propose une réflexion sur
l'utilisation de la frange littorale par les activités humaines et les consé-
quences conflictuelles que cela peut engendrer ainsi que leur influence
sur la préservation du milieu. La protection des zones côtières dépend
de l' application de la politique de l'environnement et de son intègra-
tion dans les politiques sectorielles et notamment dans l’aquaculture.
Conclusion
L’aquacuiture est un secteur qui, depuis de nombreuses années, a voca-
tion à faire face au déficit des produits de la pêche. Mais aujourd’hui,
si son développement peut toujours être considéré comme une alter-
native à la pêche, il se doit d’être en harmonie avec la politique envi-
ronnementale.
Enfin, l’aquaculture et l’environnement sont liés. La démarche actuelle
de la Commission tend à résoudre les difficultés et les conflits qui appa-
raissent entre l' activité aquacole et l’environnement par une protection
adaptée des sites. Toutefois, les institutions européennes restent pru-
dentes. Malgré tout, sans aller jusqu’à la réservation de sites, qui n’est
pas de sa compétence, les incitations financières et environnementales
adoptées à l’aide d’instruments communautaires évoluent vers une poli-
tique d'aménagement du territoire communautaire qui, nécessairement,
intégrera la dimension aquacole.
55. Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen sur l’aménagement
intégré des zones côtières. Com. (95) 511 final.
60
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Thème 2
Aquaculture, aménagement
et gestion du littoral
Séance présidée par Hubert Calamy,
ministère de l'Environnement et de l’Aménagement du territoire
direction de la prévention des pollutions et des risques
61
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
La pisciculture marine française
face aux conflits d’usage
Marc Kempf
Ifremer, direction de l’environnement et de l’aménagement littoral,
centre de Brest, BP 70, 29280 Plouzané
Résumé
Les difficultés d'accès aux sites rencontrées par la pisciculture marine
française sont en partie liées à des conflits d’usage pour un espace de
plus en plus convoité. Mais le problème est plus complexe et découle,
pour une autre part, d’un a priori défavorable provenant d’un parallè-
le avec des précédents négatifs fournis par d’autres activités à terre.
Le recours à la protection de l’environnement invoqué dans les conflits
n’est alors qu’un alibi pour d’autres intérêrs non déclarés. Des solu-
tions techniques ou juridiques existent (choix du site, inventaire des
potentialités, réservation de sites dans des schémas d’aménagement,
mise au point de l' elevage en circuit fermé...). Mais elles ne suffisent
plus pour régler ou prévoir tous les conflits, sans une démarche volon-
tariste destinée à améliorer l’image de la pisciculture marine, à mieux
intégrer celle-ci dans les activités littorales er à faire évoluer la régle-
mentation et sa pratique.
La pisciculture marine est une activité récente sur les côtes de France.
L’augmenration régulière que montre le tonnage produit est due aux
gains de productivité des entreprises les plus performantes, alors qu’il
n’existe pas ou peu de créations récentes. Les difficultés d’obtention de
nouveaux sites, liées à des conflits d’usage, sont, pour une part, respon-
sables d’une telle situation. Mais ce blocage manque de justifications
objectives et semble surtout dû à un problème de mentalités et d’image
de cette activité chez le public et les autres usagers du littoral.
Contraintes techniques, économiques et réglementaires
Les différentes contraintes pesant sur la pisciculture marine française
sonr examinées dans plusieurs présentations spécialisées figurant au
programme de ces journées. Elles concernent les techniques propres
aux élevages, l’économie et la concurrence internationale, les régle-
mentations communautaire et française liées à l’obtention d’une conces-
sion et d’une autorisation d’exploitation, ainsi que les impacts poten-
tiels sur l’environnement, en particulier ceux liés aux intrants alimen-
taires et à l’usage de produits vétérinaires. Ces points, étant traités par
ailleurs, ne justifient donc pas de développement spécifique ici.
63
Aquaculture et environnement : poissons marins
Leur examen montre une maîtrise de plus en plus grande de la pisci-
culture marine, y compris dans son impact sur l'environnement. Le pro-
blème qu’elle rencontre pour trouver sa place sur le littoral n’est donc
pas de nature technique ou juridique, mais découle d'une pression
croissante et généralisée pour l’appropriation de la zone côtière, que
ce soit à des fins conservationnistes ou d’occupation et d'exploitation pour
divers usages. L’appel à la protection cle l’environnement sert alors d’autres
intérêts non déclarés.
Pression « démographique »
L’espace côtier est de plus en plus convoité et de moins en moins dis-
ponible. De nombreuses activités déjà installées l’occupent physiquement
ou engendrent un impact, rendant difficile tout nouvel usage. Les acti-
vités industrialo-portuaires, l’urbanisation littorale, les apports conti-
nentaux d’origines diverses compromettent de nombreux secteurs pour
l’aquaculture. Lt, parmi les usages s’appuyant sur un environnement
de qualité, la concurrence est également vive, suscitant des incompré-
hensions, voire cles conflits entre des activités qui pourraient être com-
plémentaires : tourisme et loisirs, pêche côtière, pêche récréative, conchy-
liculture. Même la protection cle la nature et la préservation des sites remar-
quables doivent s’accommoder de certains usages clans un espace depuis
longtemps soumis à l’occupation humaine et souvent façonné par elle
(marais maritimes entre autres).
Climat psychologique
La pisciculture marine est une activité encore peu connue. À ce titre,
elle suscite la méfiance, la peur de l’inconnu et des craintes diffuses
pouvant alimenter l’imagination du public. En raison de son caractère
essentiellement intensif, elle souffre cle plus cl’un parallèle fâcheux avec
des précédents négatifs, où une prise en compte tardive des préoccupa-
tions d’environnement ou cle santé publique n’est souvent intervenue
qu’après l’apparition de problèmes ou sous la pression cle l’opinion
publique : agriculture intensive, élevage hors sol, déchets industriels
et urbains, voire sang contaminé ou vache folle.
La protection de l’environnement jouit d'une grancle considération dans
l’opinion publique et provoque une forte résonance. Elle constitue sou-
vent, consciemment ou non, un alibi pour la défense d’autres intérêts
moins nobles, à commencer par le maintien de situations acquises ou
d’un statn qno favorable (appropriation privée de la vue sur mer par
exemple). Les autres professionnels des ressources marines, pêcheurs et
conchyliculteurs, déjà bien implantés, ont tendance à se méfier cle la
pisciculture marine et à invoquer la protection de l’environnement
pour lui contester l’accès à la zone côtière, souvent considérée comme
leur territoire exclusif. Et même si la position n’est pas hostile, la réac-
tion consiste à refuser toute nouvelle installation à proximitè de chez
soi (syndrome « nimby : not in my back-yard ») (Drévès, 1990).
64
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Atouts, handicaps et risques
Face à la concurrence régionale et mondiale, l’adéquation espèce/cli-
mat/économie n’est pas idéale pour la pisciculture marine française.
En matière de salmoniculture, les conditions climatiques et de site ren-
dent la compétition diificile avec l’Europe du Nord, même si la truite,
surtout la fario, peut prétendre à une certaine place à une échelle inter-
médiaire. Les espèces méridionales, bar et daurade, subissent la concur-
rence des pays méditerranéens aux conditions climatiques, socio-éco-
nomiques ou de sites plus favorables. Seul le turbot se trouve dans une
situation plus intéressante par rapport à la plupart de nos voisins. Mais
son marché en frais est de faible ampleur et principalement approvisionné
par la pêche. Les espoirs concernant cette espèce sont placés dans une
réduction des coûts de production, facilitant l’accès à la transformation,
ainsi que dans les circuits fermés permettant de s’affranchir en grande
partie des problèmes de site.
La pisciculture marine française est une activité encore jeune et fragile,
immédiatement confrontée à son impact. Même si ses réalisations sont
positives, elle ne peut pas faire état d’un succès majeur ayant un effet
d’entraînement. À l’inverse, il est vrai qu’aucune catastrophe ne vient
ternir son image. En effet, elle s’impose d’elle-même une certaine auto-
régulation vis-à-vis de son impact sur l’environnement car la qualité
de celui-ci conditionne le plus souvent directement les performances
de l’élevage. Des efforts constants sont effectués dans ce sens, même si
leur justification est également économique : perfectionnement de la
maîtrise technique, amélioration de l’aliment, progrès de l’indice de
conversion alimentaire et minoration corrélative des rejets. La piscicul-
ture marine peut ainsi servir de témoin (sentinelle) de la qualité de l’eau
et préserver celle-ci d’autres usages moins respectueux (rejets divers, urba-
nisation). Par ailleurs, elle peut jouer un rôle positif en matière d’amé-
nagement de la bande côtière par la création de richesses et d’emplois,
l’occupation d’espaces parfois peu valorisables autrement et une certaine
complémentarité à exploiter avec d’autres usages nécessitant un envi-
ronnement de qualité (pêche côtière, tourisme et loisirs par exemple).
L’importance économique de la pisciculture marine reste modeste,
même en comparaison de celle de la pisciculture continentale et des cul-
tures marines traditionnelles. Cela est encore plus vrai par rapport à
d’autres activités côtières plus franchement concurrentes ou exclusives
(voir tableau). On note, en particulier, le poids considérable du tourisme
littoral qui, avec 40 % de l’ensemble des séjours de vacances, représente
la moitié du chiffre d’affaires, de la valeur ajoutée et des emplois des
activités maritimes en France. La pisciculture marine bénéficie jusqu'à
présent d’un support de recherche et de développement proportion-
nellement important. Mais son soutien par la collectivité est dans l’en-
semble peu affirmé.
65
Aquaculture et environnement : poissons marins
Tout ceci conduit à la faiblesse du groupe cle pression susceptible de
promouvoir l’image de la pisciculture marine en France et de lui assu-
rer sa place comme activité à part entière dans la zone côtière. Il y a donc
un risque d'occupation cles sites potentiels par d'autres activités ou
usages freinant son développement, voire de délocalisation vers des
pays voisins aux conditions plus favorables.
Données économiques maritimes françaises en 1996 (unités : milliard
de francs, millier d’emplois). Publ. service d’économie maritime, Ifremer.
Chiffre d’affaires Valeur ajoutée Emploi
Tourisme littoral 1 14,3 48,0 156,5
Transport maritime : 31,3 7,8 46,9
ports maritimes 9,0 5.6 58.8
flotte de commerce 22,3 2,1 8,1
Produits de la mer : 31,2 9,8 4 4,8
pêche 5,6 3,3 17,1
cultures marines 5.5 2,3 10.0
dont pisciculture* marine 0.3 0.3
mareyage et transformation 22,4 4,2 17,7
Construction et réparation navales 24,6 8,5 42,1
Parapétrolier offshore 16,0 6,2 14,0
Services financiers (assurances, banques) 5,9 2,0 9,5
Travaux maritimes 3,1 1,4 1,1
Divers 2,9 6,4 1,2
Total 229,3 90,1 316,1
* Chiffres de la pisciculture française :
continentale : prod. 62000 t C.A. 900 MF emplois ~2 000
marine : prod. 6000t C.A. 280 MF emplois 350
Solutions
Les solutions aux conflits engendrés par l’arrivée de la pisciculture
marine dans la zone côtière passent essentiellement par le choix du site
et par le dialogue, permettant de conforter l'image de cette activité et
cle limiter les oppositions à son égard.
• Le choix du site est primordial à la fois pour le succès d’un élevage
et son acceptation parmi les autres usages de la zone côtière. La qualité
de l' eau, l’absence de risques de pollution, l’absence d’antécédents en
matière cle proliférations phytoplanctoniques toxiques et, surtout, les
capacités de dispersion sont les principaux éléments à prendre en
compte. Pour une installation à terre, une possibilité de lagunage est
vivement recommandée si le milieu n'est pas propice à la dispersion cles
rejets. Certaines techniques modernes contribuent très utilement à cette
recherche : systèmes d’information géographique (SIG), modèles hydro-
dynamiques de courants et de dispersion (illustration dans une com-
munication ultérieure : Impact de la pisciculture marine sur l’envi-
ronnement).
66
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
• Un inventaire de sites potentiels facilite ce genre d’approche, tant
pour l’État et les collectivités en matière d’aménagement du territoire
que pour les entreprises dans le choix de leur implantation. De tels
inventaires ont déjà été effectués dans le passé sur plusieurs secteurs du
httoral, entre autres pour l’ensemble des départements bretons dans les
années 1970-1980 (Cinexo Brest, ex. Fleury & Merceron, 1981 ) ou, plus
récemment, pour l’estuaire du Jaudy dans les Côtes-d’Armor (Sépia,
1993) et pour le littoral corse (carte, p. 68). Il en existe également à
l’étranger (projet Lenka norvégien par exemple, Kryvi et al., 1991).
• La réservation de sites affectés à la pisciculture marine est souvent
évoquée et correspond à un souhait de la profession face aux difficultés
d’accès au littoral. Si l’idée paraît séduisante, elle est difficile à mettre
en pratique, sauf dans le cadre d’un zonage par grand type d’activité à
l’occasion de schémas d’aménagement (Pos, SMVM) ou du partage d’une
ressource commune (eau de forage). Par ailleurs, l' évolution toujours
rapide des techniques, des matériels et des besoins s’accommode mal de
situations figées.
• Les circuits fermés enfin, dont la mise au point en conditions éco-
nomiques est attendue, devraient permettre de s’affranchir partiellement
des problèmes de site et d’impact sur l’environnement, au moins pour
les élevages à terre.
• Un dialogue doit s’instaurer très tôt dans la préparation d’un pro-
jet de pisciculture marine entre le promoteur, l’Administration et les
scientifiques et techniciens. Si nécessaire, l’opinion publique peut y
être associée, sans triomphalisme déplacé. En effet, les préoccupations
d’environnement sont à prendre en compte dès l’amont et à intégrer
dans le choix du site et les options techniques qui en découlent.
• Durant la conduite de la ferme, l’exploitant doit être associé à la
surveillance de l’environnement (livre de bord ou cahier d’élevage) pour
la fourniture des données d elevage et autres observations indispen-
sables à l’établissement de bilans et à la compréhension des résultats.
Il a, en effet, tout avantage à apporter le plus grand soin à son entre-
prise et à en minimiser l’impact car, le milieu naturel constituant bien
souvent le milieu d’élevage (en particulier dans le cas des cages), il existe
un intérêt commun entre le bien-être et les performances des poissons
et la préservation de la qualité de l’environnement.
• Une démarche volontariste, associant la profession, les pouvoirs
publics et les collectivités s’avère nécessaire pour une meilleure inté-
gration de la pisciculture marine dans les activités littorales ainsi que
pour l'’évolution d’une réglementation actuellement peu adaptée (seuil
de 20 t/an par exemple pour les autorisations relevant des installations
classées).
67
Aquaculture et environnement : poissons marins
Critères de sélection
1 2 3
• Richesses naturelles du milieu marin Znieff Znieff absence
majeure mineure Znieff
• Protection du site (vents et houles)
• Disponibilité de plan d’eau 1 2 3 4
• Compatibilité (autres activités mar.) Mauvais Moyen Bon Excellent
• Desserte
Note (potentialités aquacoles du site)
• Disponibilité foncière
Potentialités aquacoles des côtes de Corse. Étude lare Montpellier et région Corse,
(Frisoni et al., 1992).
68
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Références bibliographiques
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dossier Salmor. Rapp. Ifremer Brest Dro/El 90.24, 83 p. + annexes.
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culture sur le littoral du Morbihan. Rapp. Cnexo/Cob Brest et CCI
Morbihan, 266 p. + 2 tomes de fichiers de sites sélectionnés.
Frisoni G.F., ManterolaJ.J., Dutrieux E., Guidi J.B., Marchais A., 1992.
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de l’aquaculture sur les côtes de Corse. Rapp. Iare Montpellier et
Assemblée régionale de Corse, 102 p. + annexes.
Ifremer SEM, 1997. Données économiques maritimes françaises (publi-
cation annuelle). Ed. Ifremer, Bilans & Prospectives, 93 p.
Kryvi H., Ibrekk H.O., Evelstad S., 1991. Lenka -a method for a nation-
wide analysis of the sustainability of the Norwegian coast for aqua-
culture. Mar. Poll. Bull., 23, 785-788.
Sépia, 1993. Étude des potentialités en matière d’aquaculture dans l'es-
tuaire du Jaudy. Rapp. Sépia Internat. et Sivom des Trois Rivières,
Tréguier (22), 111 p. + 2 volumes (figures et annexes).
69
Aquaculture et environnement : poissons marins
Loi Littoral et aquaculture
Jean-Marie Bécet
Professeur agrégé de droit public. UBO, faculté de droit et des sciences économiques,
centre de droit et d’économie de la mer (Cedem), 12 rue de Kergoat, 29285 Brest
Résumé
La loi Littoral du 3 janvier 1986, en s’imposant aux documents d’ur-
banisme (plan d’occupation des sols, schémas directeurs et schéma de
mise en valeur de la mer), constitue la pierre angulaire du droit de
l’aménagement littoral. Elle est l'instrument d’une politique ambitieuse
d’aménagement du littoral qui doit assurer la préservation de l’envi-
ronnement tout en favorisant le développement de l’activité écono-
mique. Aussi, si son dispositif est contraignant en matière d’urbanisa-
tion, elle laisse une large place à l’aquaculture dans les différents espaces
qu’elle identifie. Les installations aquacoles sont ainsi possibles dans la
bande des 100 mètres, dans les espaces proches du rivage et, dans une
moindre mesure, dans les espaces remarquables et caractéristiques.
Introduction
Actuellement l’aquaculture commence sa révolution. Grâce aux nou-
velles techniques, il devient en effet possible d’expérimenter des uni-
tés de turbots en circuit fermé1. Bientôt, les installations aquacoles
auront donc un impact moindre sur l’environnement, demanderont
moins d'eau salée, produiront moins cle rejets en mer et exigeront moins
que les établissements traditionnels la proximité immédiate de l’eau.
Leur implantation, au regard des dispositions contraignantes de la loi
Littoral, pourrait s’en trouver facilitée.
Mais nous n’en sommes encore pas là et, aujourd’hui, aquaculteurs et
candidats-aquaculteurs se trouvent directement confrontés à ces dispo-
sitions législatives lorsqu’ils veulent étendre ou créer leurs exploitations
et les conflits sont nombreux en la matière2.
La loi Littoral, premier texte d’aménagement du littoral dont la valeur
juridique est incontestable, a pour objecrif principal de concilier les
impératifs de protection et les préoccupations de développement. Pro-
téger n'est pas stériliser, aménager n’est pas bétonner3. L’aménagement
1. Voir par exemple, Ouest-France, 19 septembre 1997, « Adrien, l’aquaculture sobre en eau ».
2. La plupart des schémas de mise en valeur de la mer actuellement à l’étude sont élaborés
pour résoudre les problèmes posés par les installations aquacoles.
3. Contrairement à la politique menée dans les années soixante. Voir J.-M. Bécet, « L’aménagement
du littoral ». Que sais-je, n° 2363, p. 18.
70
Aquaculture, amenagement et gestion du littoral
doit intégrer les préoccupations environnementales qui doivent deve-
nir une dimension même du développement durable. Une telle poli-
tique est nécessaire pour préserver l’attrait des côtes françaises.
À cet égard, la loi Littoral se présente comme un texte équilibré, res-
pectueux aussi de la décentralisation. Lt, pourtant, son application
suscite, surtout de la part des élus locaux qui considèrent que les dis-
positions législatives, telles qu'elles sont interprétées par l’Administra-
tion et le juge administratii, bloquent le développement économique
des communes littorales, une contestation sans cesse croissante4. Il ne
semble pas, pour autant, qu’il faille réviser la loi : il convient plutôt
d’en opérer une lecture qui ne soit pas à sens unique5.
Les activités aquacoles sont envisageables selon diverses techniques qui
impliquent des localisations différentes pour les installations : élevage
en cages en mer ouverte, généralement sur le domaine public maritime,
bassins et établissements à proximité du rivage, pour les activités menées
selon des méthodes traditionnelles, élevage en circuit fermé éventuel-
lement en retrait par rapport au rivage. Dès lors, les installations pis-
cicoles peuvent être confrontées au regard des dispositions de la loi Lit-
toral à des régimes juridiques variés : il s’agira, le plus souvent à l'heu-
re actuelle, du régime de la domanialité publique maritime ou de celui
applicable dans la bande des cent mètres ; mais, dans l'avenir, il n’est
pas exclu que doive s’appliquer le régime des espaces proches du rivage,
à moins que ces espaces ne soient considérés comme remarquables ou
caractéristiques au sens de l’article L. 146-6 cle la loi.
Activités aquacoles pratiquées sur le DPM
ou dans la bande des cent mètres
Les installations piscicoles implantées sur le domaine public maritime
sont peu concernées par la loi Littoral. Il faut pourtant signaler que, si
ce type d'activités apparaît favorisé, il doit cependant être compatible
avec les autres activités s’exerçant sur ce domaine. En revanche, les pro-
blèmes sont nombreux en ce qui concerne l’implantation des cultures
marines dans la bande dc-s cent mètres. Les certitudes sont encore rares
en la matière.
L’implantation des cultures marines sur le DPM
Il s’agit seulement ici d’examiner les conditions d’accès des activités aqua-
coles par rapport aux autres activités s’exerçant sur le domaine public
maritime (DPM). La loi Littoral réaffirme, en les renforçant, les prin-
cipes de protection du DPM et favorise l’accès des cultures marines sur
les plages.
4. A. Debièvre, « Gros temps sur la loi Littoral ». L’environnement magazine, n° 1519, juillet-
août 1993, p. 28.
5. J.-M. Bécet, « Quelques réflexions à propos du dixième anniversaire de la loi Littoral ». DMF,
n° 565, novembre 1996.
71
Aquaculture et environnement : poissons marins
• La consistance et les règles générales de protection du domaine public
maritime
Longtemps limité aux seuls rivages6 de la mer, le DPM s’est considé-
rablement accru avec l’intervention de la loi du 28 novembre 19637 .
Désormais, les lais et relais futurs8 de la mer, le sol et le sous-sol de la
mer territoriale en font également partie.
Le domaine public maritime bénéficie des règles de protection géné-
rales du domaine public mais également d’une protection particulière
apportée par la loi Littoral.
Les principes d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité du domaine public
ont été posés par l’édit de Moulins cle 1 566. Les aliénations ou la consti-
tution de droits réels sur cles biens du domaine public sont nulles9.
La loi Littoral a renforcé ces principes. L’article 25 de la loi subordon-
ne ainsi le changement substantiel d’utilisation de zones du DPM à une
enquête publique « Bouchardeau » suivant les modalités de la loi du
12 juillet 198310. La loi Littoral ne précise pas cette notion mais il
peut s’agir par exemple de la transformation d’une zone de loisirs nau-
tiques en une zone aquacole.
L’article 27 de la loi Littoral interdit de porter atteinte à l’état naturel
du rivage de la mer notamment par endiguement, assèchement, enro-
chement ou remblaiement. Cette disposition très protectrice réserve tou-
tefois le cas de cultures marines et ne devrait donc pas poser d’obstacle
de principe à leur installation.
• Les cultures marines et les conditions d’accès aux plages
Le principe de libre accès et de gratuité des plages et de leur affectation
au public est ancien en droit français. Valin justifiait ainsi l’interdiction
faite à toute personne de bâtir sur le rivage de la mer par l’ordonnance
de 1681 (art II titre VII livre IV) « par la raison précisément qu’une
chose est publique avec faculté pour chacun d’en user selon sa clesti-
nation, il n’est pas permis à l’un d’en jouir au préjudice des autres en
s'y attribuant un droit permanent et exclusif...11 ».
Les occupations privatives ne doivent pas faire obstacle à cette desti-
nation fondamentale.
6. Aux termes de l'arrêt du Consell d’État du 12 octobre 1973, Kreitmann (rec. p. 563; AJDA
1973, p. 586; RDP 1974, p. 1150, conclusions Gentot; D 1975, p. 154, note Distel), les
rivages de la mer sont constitués par les terrains couverts et découverts par la mer aux plus
hautes marées en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles.
7. JORF du 29 novembre 1963.
8. C’est-à-dire formés après l’entrée en vigueur de la loi de 1963.
9. La loi n° 94-631 du 25 juillet 1994 complétant le code du domaine de l’État et relative à la
constitution de droits réels sur le domaine public (JORF du 26 juillet 1994, p. 10749) admet la
constitution de droits réels sur le domaine public artificiel de l'État; le domaine public naturel,
par essence plus fragile, n’est pas visé par ces mesures. (Pour des commentaires, voir AJDA,
20 novembre 1994, pp. 759 et suivantes).
10. Loi n° 83-630 du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à
la protection de l'environnement (JORF du 13 juillet 1983) et décret n° 85-453 du 23 avril 1985
(JORF du 24 avril 1985).
11. Valin. Nouveau commentaire sur l'ordonnance de la marine d’août 1681, tome 2, pp. 527-528.
72
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
La jurisprudence a précisé que les cultures marines n'étaient pas incom-
patibles, par principe, avec l’affectation au public. Le Conseil d’État affir-
mait en 1 963 : « À les supposer imputables à la présence de bouchots
à moules, ni l’épandage cle coquilles de moules sur la plage, ni le ren-
forcement du courant marin en cet endroit de la côte ne tont obstacle
à l’usage normal du domaine public en vue de la promenade et de la
baignade12. »
La loi Littoral réaffirme ce principe en indiquant en son article 30 que
« l’usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des
plages au même titre que leur affectation aux cultures marines ».
Toutefois, l’égalité ainsi proclamée ne signifie nullement que les deux
activités puissent s’exercer dans tous les cas au même endroit.
L’article 25 al. 1 de la loi Littoral prévoit que toute décision d’utilisa-
tion du domaine public maritime doit tenir compte de la vocation des
zones concernées et de celle des espaces terrestres avoisinants. La
jurisprudence a eu l’occasion de préciser cette disposition qui met en
place un mécanisme de compatibilité des divers usages du DPM.
Dans l’affaire Aquamed1 , le tribunal administratif de Nice a estimé
que les arrêtés préfec toraux autorisant un élevage de 45 tonnes de bars
en cages immergées sur le DPM à Théoule-sur-Mer méconnaissaient
les dispositions de l’article 25 de la loi Littoral et devaient par consé-
quent ètre annulés. Les élevages se trouvaient à proximité immédia-
te d’une zone réservée par le plan d’occupation des sols aux activités
balnéaires. Le tribunal a estimé que les cages pouvaient faire obstacle
à leur pratique.
L’implantation des cultures marines dans la bande des cent mètres
Le principe de l’inconstructibilité d’une bande de cent mètres contiguë
au rivage fut posé par la directive d’aménagement national relative à l’amé-
nagement et à la protection du littoral du 25 août 197914. La loi Lit-
toral reconduit cette protection par le biais de l’article L 1 [Link] C C. Urb. :
« En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont inter-
dites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la lirnite du rivage... »
Le principe ainsi posé est immédiatement assorti d’une dérogation
puisque « cette interdiction ne s’applique pas aux installations nécessaires à
des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immé-
diate de l’eau... ».
La notion d’activité économique exigeant la proximité immédiate de
l’eau est omniprésente dans la loi Littoral et permet de déroger à certaines
règles protectrices qu’elle institue. Elle figure ainsi aux articles [Link],
L [Link], L 1 56.2, L 1 56.3 C. LJrb. et dans une version voisine à l’ar-
ticle 27 de la loi Littoral. Il est donc essentiel de préciser son contenu.
12. Conseil d’État, 3 mai 1963 ; commune de Saint-Brévin-les-Pins, AJDA 1963, p. 343 et 356,
RDP 1963, p. 1174.
13. T.A. Nice, 27 avril 1992; Quandt/Préfet des Alpes-Maritimes, RJE, 2, 1993, p. 289, conclu-
sions Lambert C.
14. Pour un commentaire, voir : Dufau J. Les constructions et la protection du littoral. Droit et
ville, 1980, p. 63.
73
Aquaculture et environnement : poissons marins
L’étude de cette notion implique une analyse en deux temps. Il faut
d’abord s’interroger sur la nature et l’objet des activités susceptibles de
s’implanter dans la bande des cent mètres puis sur la portée de l’exi-
gence de proximité de l’eau.
• La nature et l’objet des activités susceptibles de s’implanter
dans la bande des cent mètres
Elles doivent, en premier lieu, avoir un caractère économique ou être
liées à un service public. Mais, au-delà de ce critère issu de la loi, la juris-
prudence attache une grande importance à leur objet.
Ce sont des activités économiques ou des services publics
Les activités de cultures marines peuvent être considérées comme des
activités économiques mais également, dans certains cas, comme des
installations liées à un service public.
Des activités économiques
La recherche de la qualification d’activité économique pourrait passer
au second plan. Ce fondement a pourtant été utilisé par la cour d'ap-
pel de Rennes contre le directeur d’un centre de vacances poursuivi
pour implantation illégale d’habitations légères de loisirs, au motif
qu’une « fonction d'hébergement exclusivement envisagée par l’im-
plantation d’habitations légères de loisirs est, par nature, distincte
d’une activité économique telle qu’envisagée par le texte et donc insus-
ceptible de constituer la dérogation prévuel5 ».
Il ne fait aucun doute que les cultures marines soient des activités éco-
nomiques. Le décret du 22 mars 1983 16, modifié par le décret du
14 septembre 198717 instaurant le régime de l’autorisation d’exploi-
tation de cultures marines18, a remplacé la notion de concession d’éta-
blissement de pêche, issue des décrets de 1958 et 1969, par celle d’ex-
ploitation de cultures marines. Il tire ainsi les conséquences de la trans-
formation d’une activité marginale, souvent exercée à titre complé-
mentaire, en une véritable professionl9.
De la même façon, l’article 5.2 du décret exige du demandeur une for-
mation professionnelle. Il s’agit, dans un contexte de concurrence d’ac-
tivités sur le domaine public maritime, d’assurer sa mise en valeur en
le confiant à un professionnel qualifié.
Le nouveau régime juridique ne va toutefois pas au bout de la logique.
Alors que l’aquaculture marine devient une activité hautement capi-
15. Jurisprudence citée par Tanguy Y., Inconstructibilité dans la bande littorale des cent
mètres : la jurisprudence du tribunal admimstratif de Rennes. Annuaire de droit maritime et aéro-
spatial, tome 10, 1989, p. 225.
16. JORF du 25 mars 1983, p. 918.
17. JORF du 15 septembre 1987, p. 729.
18. Pour une analyse complète du régime, voir : Miner M-C., Analyse du décret du 22 mars
1983 fixant le régime de l’autorisation des exploitations de cultures marines, modifié par le
décret du 14 septembre 1987. Contrat Itremer/Cedem, novembre 1987, 48 pages.
19. Helin J.-C. Le droit de l'aquaculture marine : tendances et problèmes, RFDA, mai-juin 1993,
p. 549.
74
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
talistique20, l’article 5.4 du décret n’autorise qu a titre exceptionnel l’oc-
troi de concessions à des sociétés dont la majorité du capital n’est pas
détenue par des personnes physiques remplissant les conditions de
nationalité et de capacité.
Des services publics
Dans la majorité des cas, les installations de cultures marines seront qua-
lifiées d’activités économiques. Toutefois, certaines fermes aquacoles ne
sont utilisées qu’à titre expérimental - l’écloserie de l’Ifremer à Argen-
ton (29) - ou à titre pédagogique pour les établissements de formation
aux métiers de l'aquaculture21. Elles peuvent alors trouver le fondement
de leur implantation dans la notion de service public exigeant la proxi-
mité immédiate de l’eau.
L’objet des activités susceptibles de s’implanter sur la bande
des cent mètres
La loi Littoral n’apportant guère de précision sur la signification de la
notion d’activité économique exigeant la proximité immédiate de l' eau,
la jurisprudence a dû se déterminer en fonction de l'esprit du texte. Elle
ècarte ainsi systématiquement les activités touristiques de la bande des
cent mètres pour favoriser les activités traditionnelles liées à la mer.
Les activités exclues de la bande des cent mètres
Aux termes de décisions désormais célèbres, le juge administratif a
considéré que n'étaient pas des activités économiques exigeant la proxi-
mité immédiate de l’eau : un centre de thalassothérapie22, un centre
d’isothérapie2 des installations liées au tourisme24 (centres commer-
ciaux, hôtels...). Les promoteurs de ces projets invoquaient la nécessité
économique de la proximité immédiate de l’eau. Les juridictions n ont
jamais répondu favorablement à cette argumentation. Il est vrai que « ces
projets en fait ne visent qu’à tourner l’interdiction de construire en
zone non urbanisée en bord de mer... » et sont « prétexte pour créer
de vastes ensembles hôteliers ou para-hôteliers dans des zones natu-
relles25 ».
De telles décisions respectent l’esprit du lègislateur. Au sujet de ces
projets immobiliers, le rapporteur du projet de loi évoquait ainsi « les
activités nouvelles qui tendent à utiliser une part sans cesse croissante
de l’espace littoral et peuvent lui porter des atteintes profondes26 ».
20. Par exemple, pour la Salmor en baie de Morlaix : acquisition d’un navire de 260 mètres et
transformation en ferme aquacole, emploi d’une vingtaine de personnes... (source : demande
de concession sur le domaine public maritime du 25 août 1987).
21. Voir par exemple : Une écloserie pour le lycée maritime de La Rochelle. L’ostréiculteur fran-
çais, juillet-août 1994, p. 8.
22. T.A. Nice, 17 décembre 1987, mouvement niçois pour la défense des sites et du patri-
moine, RFDA 1990, p. 234, conclusions Calderaro N.
23. T.A. Pau, 22 octobre 1991, association de sauvegarde de ia plage de Hossegor, req.
n° 910025, non publié.
24. T.A. Besançon, 6 décembre 1990, fédération de défense du Jura, req. n° 16844, non publié.
25. Calderaro N. « Droit du littoral ». Éd. du Moniteur, 1993, p. 64.
26. Jean Lacombe, rapporteur du projet de loi. JORF débat A.N., 23 novembre 1985, p. 4724.
75
Aquaculture et environnement : poissons marins
L’article 1er de la loi établit une hiérarchie lorsqu'il prévoit le déve-
loppement des activités liées à la mer et le maintien des activités tou-
ristiques.
Les activités susceptibles de s’implanter dans la hande des cent rnètres
Une série d’indices permet, à défaut d eclairage précis de la loi, d’ad-
mettre les cultures marines au titre cles activités susceptibles de s'im-
planter clans la bande cles cent mètres.
En premier lieu, on peut utiliser des arguments tirés de l'esprit des
textes. Aux termes de l'article 1er de la loi Littoral, la politique d’amé-
nagement du littoral doit avoir pour objet : «... la préservation et le déve-
loppement des activités économiques liées à la proximité de l’eau, telles que la
pêche, les cultures marines, les activités portuaires, la construction et la répa-
ration navale et les transports maritimes ».
De la même façon, le décret du 20 septembre 1989 portant applica-
tion de dispositions clu code de l'urbanisme particulières au littoral
comporte, en annexe, un tableau qui modifie et complète le tableau
annexé au décret du 22 avril 1985 fixant la liste des catégories d’amé-
nagement, ouvrages ou travaux soumis à enquête publique régie par la
loi du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation cles enquêtes publiques
et à la protection de l’environnement. Il vise, notamment, les aména-
gements nécessaires à des activités conchylicoles, de pêche ou de
cultures marines ou lacustres, situés en tout ou partie dans la bande
des cent mètres, lorsque les travaux sont supérieurs à un million de
francs. Même si ce texte n’a pas pour objet de définir les activités déro-
gatoires cle l’article L [Link], il constitue un indice précieux.
Enfin, la circulaire du 22 octobre 1991 27 qui précise aux préfets les
conditions de délivrance des autorisations d’occupation privative du
domaine public maritime qualifie les cultures marines d’activités néces-
sitant la proximité immédiate cle la mer.
Des arguments de logique permettent de compléter l’analyse. L'article
27 de la loi Littoral admet que des installations nécessaires aux cultures
marines portent atteinte à l’état naturel du rivage. Dans le même esprit,
son article 30 indique, clans la ligne de la jurisprudence Saint-Brévin-
les-Pins28, que « l’usage libre et gratuit par le public constitue la destination
fondamentale des plages au même titre que leur affectation aux activités de
pêche et de cultures marines ».
Dès lors, on voit mal pourquoi des activités autorisées sur le domaine
public maritime, espace éminemment fragile, ne pourraient pas l’être
également sur l’espace contigu.
Les tribunaux ont été sensibles à ces arguments. Le tribunal adminis-
tratif cle Rennes admet ainsi que les installations « directement et
27. Circulaire du 22 octobre 1991 sur la protection et l'aménagement du littoral, chapitre 2.1,
RJE 1992, p. 103.
28. Conseil d’État, 3 mai 1963, commune de Saint-Brévin-les-Pins, RDP, 1963, p. 1174. Le
Conseil d’État indique que les autorisations de cultures marines ne peuvent faire obstacle à la
promenade et à la baignade.
76
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
exclusivement liées à cles activités d’aquaculture29 » sont susceptibles
de s’installer sur la bande des cent mètres,
Des difficultés peuvent toutefois se poser pour les bâtiments annexes aux
activités aquacoles. Il s’agit, d’une part, des habitations, souvent attenantes
aux exploitations et, d’autre part, des bâtiments commerciaux.
La possibilité de construire une habitation à proximité immédiate
du chantier conchylicole est une revendication omniprésente dans
le Morbihan. Dans la plupart des cas, la demande est motivée par la
nécessité de surveiller les chantiers (le vol est fréquent dans les exploi-
tations). Les tribunaux se montrent très hostiles à ces requêtes. Le tri-
bunal correctionnel de Lorient, statuant au pénal sur le fondement de
la loi Littoral, a ainsi condamné à 200 ()()() francs d'amende un ostréi-
culteur qui avait reconstruit une maison d’habitation attenante à son
chantier, au motif que si la reconstruction ne nécessitait pas de permis
de construire, elle n’en devait pas moins respecter la loi Littoral. Cette
décision fut confirmée par la cour d’appel de Rennes, puis par la Cour
de cassation30.
Commentant ces espèces, Richard Leroy indiquait : « Il faut apporter
la preuve que la future maison est nécessaire à l’activité économique et
ne cache pas une résidence secondaire. »
Il ne nous semble pourtant pas possible d’admettre une maison d’habi-
tation dans la bande des cent mètres. Le souci de protéger l’exploitation
est, certes, parfaitement légitime mais la vocation de la maison est, avant
la surveillance, le logement. Dans ces conditions, on ne peut considérer
l’habitation comme un accessoire de l’exploitation, ce qui justifierait,
suivant l’adage « l’accessoire suit le principal », la construction de la
maison dans la bande des cent mètres.
Pour les mêmes raisons, le sort des restaurants ou des espaces de dégus-
tation parfois annexés aux établissements conchylicoles paraît com-
promis. Ce type d’établissement mixte peut permettre de réduire les
conflits entre le tourisme et l’aquaculture en intégrant les exploita-
tions à des circuits de découverte. Mais, là encore, la jurisprudence,
extrêmement stricte dans la bande des cent mètres, ne devrait pas
admettre ces projets31.
Pour les bâtiments à vocation commerciale et administrative, il ne
semble pas qu’il faille faire preuve de la même rigueur. Cette fois, il
s’agit bien d’un complément de l’exploitation aquacole, l’adage précité
devrait donc trouver pleinement à s’employer. La loi vise d’ailleurs les
installations nécessaires à l’activité économique exigeant la proximité
de l’eau. Le demandeur devra donc soigneusement justifier la vocation
des bâtiments.
29. T.A. Rennes, 11 octobre 1989. Société pour l'étude et la protection de la nature en Bretagne,
req. n° 881383. Cette décision a été censurée en appel par le Conseil d’État mais sur un fonde-
ment différent, elle garde donc toute sa valeur pour l’interprétation de l’article L [Link] (voir
note 47).
30. Décisions non publiées mais commentées. Ostréiculteur français, juin 1993, p. 4, mars
1994, p. 6 avec les commentaires de Richard Leroy et février 1995, p. 7.
31. Les bars et restaurants de plage ne sont pas autorisés dans la bande des cent mètres.
T.A. Montpellier 28 juin 1989, association Bien vivre à Samt-Cyprien, req. n° 881637.
77
Aquaculture et environnement : poissons marins
• L'exigence de la proximité immédiate de l'eau
Certe exigence peut être appréciée par les juridictions selon des critères
techniques, mais ceux-ci ne sont pas pertinents s’ils ne sont pas com-
plétés par une approche économique.
Les insuffisances de l’argumentation technique
Le premier critère étudié, tiré de l’objet de l’activité, n’est certes pas
visé expressément par l’article L [Link] et les décisions d’annulation
se fondent le plus souvent sur des aspects techniques, liés notamment
aux méthodes de pompage. Ainsi, « un centre de thalassothérapie ne
saurait être regardé, eu égard aux possibilités de la technique, comme
une installation exigeant, impérativement, la proximité immédiate de
l’eau32 » ou alors, pour un atelier de mareyage, « l’emplacement a été
retenu parce qu’il se trouve [...] au droit d’une prise d’eau acceptable,
mais non pas parce que la nature des équipements impose de ne pas aller
à plus de cent mètres dans des conditions économiques acceptables ». 33
Les décisions publiées laissent penser que le juge recherche les activités
ayant objectivement besoin de la proximité immédiate de l’eau, la condi-
tion d’exigence s’analysant alors comme une impossibilité technique
d’amener l’eau vers l’intérieur des terres L Ce critère ne paraît pourtant
1
pas déterminant.
La lecture des conclusions des commissaires du gouvernement 35 inci-
te plutôt à qualifîer les installations d’activités économiques exigeant
la proximité de la mer en fonction de leur objet. À propos cle l’atelier
de mareyage, le commissaire du gouvernement, Marcel Pochard, rap-
pelle ainsi que le rapporteur du projet de loi Littoral a souligné la
nécessité de conserver sur le littoral les « activités traditionnelles
liées à la mer ».
En effet, on voit mal pourquoi, si l'on se fonde uniquement sur la pos-
sibilité ou l’impossibilité de tirer une canalisation pour apporter l’eau
vers l’intérieur des terres, soumettre à un régime différent un atelier de
mareyage, admis dans la bande des cent mètres, et un centre de thalas-
sothérapie, écarté de la bande des cent mètres, les besoins en quantité
d’eau des deux installations n’étant pas nécessairement éloignés.
Le critère technique, s’il ne nous paraît pas pertinent pour justifier, à
lui seul, une installation dans la bande des cent mètres, ne peut-il pas,
en revanche, servir de critère réducteur? Ainsi, certaines fermes aqua-
coles ne pourraient-elles pas, compte tenu de leurs besoins en eau limi-
tés - ce qui implique alors une installation de pompage moins coû-
teuse - être reportées au-delà des cent mètres ? Il semble qu’il faille là
recourir à une argumentation économique.
32. T.A. Nice, 17 décembre 1987, mouvement nicois pour la défense des sites, RFDA 1990,
p. 234.
33. Bernard J.-C., Conclusions sur T.A. Rennes, 27 juin 1991, de Four Réaux, cité par Cadieu P.,
la loi Littoral, précité, p. 197 - Jugement annulé par l’arrêt cité note 36.
34. Coulombie H., Jurisclasseur Construction, fascicule 9-1, n° 37 à 39.
35. Notamment les conclusions de Marcel Pochard sur C.E. du 23 juillet 1993, commune de
Plouguerneau, BJDU, janvier 1994, p. 3.
78
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Le recours à l’éclairage économique
Pour le commissaire du gouvernement Pochard, « il paraît en effet dif-
ficile de promouvoir le développement des activités économiques du
littoral et écarter tout éclairage économique de la réglementation au
moment de l’appliquer, surtout si cette réglementation se propose à la
tois protection et développement’6 •>.
Ces conclusions, développées devant le Conseil d’État à propos de la
construction d’un atelier de mareyage sur la commune de Plouguerneau
(29), soulignent l’importance du coût économique des canalisations.
A contrario, il paraît possible d’admettre que si, en fonction de ses
besoins en eau, le coût du recul de l’installation est compatible avec sa
rentabilité, son implantation dans la bande des cent mètres n’est pas
justifiée. Ce raisonnement pourrait être appliqué aux fermes aquacoles
nécessitant de faibles volumes d’eau comme les écloseries ou les ins-
tallations fonctionnant en circuit fermé avec recyclage de l’eau.
Les activités économiques exigeant la proximité immédiate de l’eau
seraient alors celles dont « l’implantation naturelle »37, compte tenu
de leur nature et de leur besoin en eau, est le littoral lui-même.
On peut proposer la grille de lecture suivante :
L’activité en cause est-elle de celles que la loi Littoral entend promou-
voir ? (critère principal)
oui non → installation au-delà des cent mètres
↓
Peut-elle, dans des conditions économiques viables, s'installer à plus
de cent mètres ? (critère réducteur)
non oui → installation au-delà des cent mètres
↓
Il s’agit alors d’une activité exigeant la proximité immédiate de l’eau.
Tels sont les problèmes que l’on rencontre fréquemment aujourd’hui
quant à l’application de la loi Littoral aux cultures marines. Mais d’autres
régimes juridiques, eux aussi tirés de la loi du 3 janvier 1986, sont
d’ores et déjà applicables ou pourraient être appliqués dans l’avenir.
Activités aquacoles pratiquées dans les espaces proches du rivage
et sur des espaces « remarquables ou caractéristiques »
Les cultures marines sont aujourd’hui peu intéressées par le régime juri-
dique des espaces proches du rivage. Les installations en circuit fermé seront
davantage concernées. En revanche, l’article 146-6 pose déjà problème.
L’implantation des cultures marines dans les espaces proches
du rivage
Au titre des cultures marines, il est important de préciser la notion d’es-
paces proches du rivage. Certaines installations peuvent être en effet
36. Conclusions Pochard, précitées.
37. Condusions Pochard, précitées.
79
Aquaculture et environnement : poissons marins
soit intégralement implantées au-delà des cent mètres, dans les espaces
proches du rivage au sens de l’article L [Link] C. Urb., c’est rare, nous
l’avons dit, soit, et c'est l’hypothèse la plus fréquente, situées à cheval
entre la bande des cent mètres et les espaces proches du rivage.
Les espaces proches du rivage sont contigus à la bande des cent mètres38
mais aucune disposition ne vient limiter leur étendue vers l’intérieur
des terres. La jurisprudence détermine au cas par cas en fonction des
caractéristiques des lieux et de leur état d’urbanisation39 si un espace
peut être qualifié de proche du rivage.
Larticle L [Link] définit les principes d’aménagement des espaces
proches du rivage. II indique également les cas d’ouverture à l’exten-
sion limitée de l’urbanisation.
• Les principes d’aménagement des espaces proches du rivage
Il s’agit des principes généraux d’aménagement de la loi Littoral (a) et
du principe, spécifique aux espaces proches du rivage, d’extension limi-
tée de l’urbanisation (b).
L’application des principes généraux d’aménagement
Les principes généraux d’aménagement sont applicables dans les espaces
proches du rivage. Il s’agit principalement des principes d’équilibre
(article L 121.10 C. Urb.), cle définition et du respect de la capacité
d’accueil (L 146.2 al 1 C. Urb.), mais également des coupures d’ur-
banisation (L 146.2 al 3 C. Urb.), des espaces caractéristiques et remar-
quables (L 146.6 C. Urb.) ainsi que de l’urbamsation en continuité
avec l’existant ou en hameaux nouveaux intégrés à l’environnement
(L 146.4.I C. Urb.).
Le principe d’extension limitée de l’urbanisation
La jurisprudence existante permet de définir la notion a contrano. Ainsi,
une zone d’aménagement concerté (ZAC) créant 44 870 m2 de surface
hors oeuvre nette (Shon) ne constitue pas une extension limitée. La plu-
part des projets annulés ont des surfaces de plusieurs dizaines de milliers
de mètres carrés40.
Cette notion s’apprécie relativement aux caractéristiques de la com-
mune d’accueil. « L’opération d’aménagement ne peut, eu égard à son
implantation et à sa densité et compte tenu des caractéristiques de la
commune d’Argelès-sur-Mer, être regardée comme une extension limi-
tée de l’urbanisation »
38. Ils peuvent aussi être en contact de l'eau lorsqu’il n’y a pas de rivage, par exemple au droit
des ports.
39. Voir Le Chatelier G., conclusions sur C.E. du 12 février 1993, commune de Gassin, JCP
éd. Notariale, p. 10.
40. Voir les décisions citées par Calderaro N. Droit du littoral, précité, p. 363-364. Mais ce
n’est pas toujours le cas, voir J.-M. Bécet, DMF n° 558, p. 334.
41. Conseil d'État, 29 mars 1993, commune d'Argelès-sur-Mer, req n° 128204 à propos d’un
PAZ prévoyant la création de 1 500 logements sur 29 hectares, pour une longueur de littoral
de 800 mètres.
80
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Les projets aquacoles dans les espaces proches du rivage devront donc
être d’une dimension limitée. Il ne semble de toute façon guère pos-
sible, en raison des diverses contraintes que subissent les projets aqua-
coles, d’envisager de gigantesques installations.
Quelle que soit la surface créée, le projet doit se trouver dans l’un des
trois cas d’ouverture prévus à l'article L [Link].
• Les différentes hypothèses prévues par l’article L [Link]
L’article L [Link] C. Urb. établit trois régimes juridiques pour l’ur-
banisation des espaces proches du rivage, en fonction des documents
d’urbanisme applicables. Aucun de ces cas d’ouverture ne permet de
dépasser le seuil de l’extension limitée.
En présence d’un schéma d’aménagement supra-communal
Si l’urbanisation est conforme aux dispositions d’un schéma directeur (SD)
ou si elle est compatible avec un schéma de mise en valeur de la mer
(SMVM), l’urbanisation peut se développer sans procédure particulière.
En présence d’un Pos justifiant l’urbanisation selon des critères
tirés de la configuration des lieux ou de l’accueil d’activités
économiques exigeant la proximité immédiate de l’eau
Dans ce cas encore, le maire délivre le permis de construire dans les condi-
tions habituelles. Le rapport de présentation du Pos devra expliquer le
parti d’aménagement retenu.
On notera que l’exception des activités économiques exigeant la proxi-
mité immédiate de l’eau est à nouveau utilisée. Recouvre-t-elle pour
autant les mêmes activités ?
Pour Henri Coulombie42, il s’agit d’une exception commune à la bande
des cent mètres et aux espaces proches clu rivage. Il nous semble au
contraire que l’appréciation qui sera portée à son sujet ne peut être la
même que dans la bande des cent mètres43.
Si l’on admet que la notion recouvre dans les deux cas les mêmes acti-
vités, elle perd son sens dans les espaces proches du rivage puisque ce qui
a permis leur implantation dans la bande des cent mètres, c’est justement
l’impossibilité de reculer au-delà. Il paraîtrait logique, au contraire, d’ad-
mettre que cette notion recouvre, pour les espaces proches du rivage, les
activités n’ayant pas pu figurer dans les cenr mètres faute d’avoir pu
prouver que le recul leur était impossible.
En l’absence de schéma supra-communal ou de Pos
ayant prévu et justifié l’opération
L'extension limitée de l’urbanisation 44 peut se réaliser avec l’accord du
préfet et après avis de la commission départementale des sites. Il s’agit
42. Le droit du littoral, p. 138.
43. Bécet J.-M. Décentralisation et urbanisme littoral, RJE 1993, p. 533.
44. « L’accord du préfet ne peut permettre de déroger au caractère limité de l’extension de l’ur-
banisation ». C.E. du 29 mars 1993, commune d'Argelès-sur-Mer, précité.
81
Aquaculture et environnement : poissons marins
d’un mécanisme de codécision. line décision ne respectant pas ce prin-
cipe serait viciée d’incompétence.
Sous ces réserves, des installations aquacoles de taille limitée sont tout
à fait possibles dans les espaces proches du rivage.
L’implantation des cultures marines dans les espaces remarquables
et caractéristiques
L’article L 146.6 C. Urb. issu de la loi du 3 janvier 1986 dispose : « Les
documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l’occupation des sols
préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou carac-
téristiques du patrimoine naturel ou culturel du littoral et les milieux nécessaires
au maintien des équilibres biologiques. »
Les Pos doivent préserver ces espaces par la règle de l’inconstructibili-
té, sous réserve de la réalisation d’aménagements légers, indépendam-
ment de la distance qui les sépare du rivage. Ce dispositif est suscep-
tible de s’appliquer à des espaces marins, relevant donc du domaine
public maritime.
L’article R 146.2 C. Urb., issu du décret du 20 septembre 1989modi-
fié par le décret du 25 août 199246, précise la notion d’aménagement
léger. Il s’agit, d’une part, des chemins piétonniers et des objets mobi-
liers qui leurs sont liés et, d’autre part, des aménagements nécessaires
à l’exercice des activités agricoles, de pêche et de cultures marines,
conchylicoles ou forestières.
Le décret pose toutefois des conditions cumulatives à l’admission de ces der-
niers aménagements. Ils ne devront pas créer de surface hors œuvre nette
et devront respecter des critères écologiques et techniques.
• La création de surface hors œuvre nette (Shon)
L’article R 146.2 C. Urb. modifié par le décret du 25 août 1992 auto-
rise la création d’aménagements légers liés, notamment, à des activités
aquacoles et ne créant pas plus de 20 m2 de Shon.
La notion de surface hors œuvre nette
La Shon est la surface de plancher d’une construction, une fois déduites
les surfaces liées aux combles non aménageables, aux terrasses non cou-
vertes, aux parcs de stationnement et aux bâtiments affectés aux récoltes,
aux animaux et au matériel agricole (article R 112.2 C. Urb.). Par exten-
sion, il faut y assimiler le matériel aquacole et les bassins d’élevage.
La rédaction initiale de l’article R 146.2 n’autorisait aucune création de
Shon. Des difficultés sont vite apparues, les professionnels ne pouvaient
mettre leurs installations en conformité avec les directives commu-
nautaires qui imposaient des équipements créant indiscutablement de
la Shon. Une note technique interministérielle du 10 décembre 1990
45. Décret n° 89-694 du 20 septembre 1989, JORF du 26 septembre 1989.
46. Pour un commentaire, voir : Payeur F., décret du 25 août 1992, Les chantiers conchyli-
coles dans des sites protégés. Rivages et cultures, n° 49, p. 17.
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Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
est toutefois venue rapidement préciser les conditions d’application de
l’article R 146.2, demandant aux préfets d’instruire les demandes d’ex-
tension liées aux normes communautaires dans un sens favorable. Le
décret du 26 août 1992 a fixé la limite admissible à 20 m2 de Shon.
Les difficultés ne sont pas pour autant résolues.
Une séparation artificielle des activités aquacoles
L’utilisation de la Shon comme élément de définition des aménagements
légers a l’avantage de la facilité car la notion est bien connue des ser-
vices instructeurs des demandes de permis de construire. Elle introduit
toutefois une curieuse distinction. Les parcs, bassins et autres terre-
pleins d’une exploitation aquacole ne créent pas de Shon. Il en va de même
des locaux affectés au stockage des aliments dans le cas des piscicul-
tures. En revanche, les bâtiments de traitement et d’expédition ainsi
que les bureaux en créent. La limite de 20 m2 est dès lors rapidement
dépassée pour une entreprise de moyenne importance.
Ce critère est d’autant plus étonnant qu’il ne vise que la destination des
bâtiments, pas leur intégration dans le site. À l’extrême, on pourrait
construire, dans un espace remarquable, un hangar comportant des bas-
sins d’élevage, mais pas un hangar, identique extérieurement, com-
portant des bureaux. L’absence de création de surface hors œuvre net-
te ne paraît pas garantir le respect des espaces remarquables.
• Les critères écologiques et techniques
Les aménagements légers ne doivent pas dénaturer le caractère des lieux
et leur localisation doit être justifiée par des nécessités techniques.
La localisation ne dénature pas le caractère des lieux
Ce critère est éminemment subjectif. Il n’est guère possible de se pro-
noncer dans l’absolu puisque tout dépencl cle la configuration du site
et des constructions envisagées. Il faut toutefois garder à l’esprit qu’une
construction, sous réserve d’un traitement architectural approprié, peut
fort bien améliorer l’esthétique d’un lieu.
La localisation est rendue indispensable par des nécessités techniques
La nécessité technique la plus probable paraît être la proximité immédiate
de l’eau. Le demandeur devra donc soigneusement la justifier. Les tri-
bunaux n’ont pas, à notre connaissance, eu l’occasion de se prononcer sur
cette notion dans le cadre des espaces remarquables et caractéristiques.
Il est probable qu’ils raisonnent, au moins pour les installations aqua-
coles, de la même façon que pour les activités économiques nécessi-
tant la proximité immédiate de l'eau.
L’étude de ces critères ne laisse guère entrevoir d’opportunité pour
développer les cultures marines dans les espaces remarquables. Le
83
Aquaculture et environnement : poissons marins
Conseil d’État a d’ailleurs estimé que la création d'une zone aquacole
de deux hectares et demi dans un site remarquable constituait une
erreur manifeste d’appréciation .
La loi Littoral laisse quelques fenêtres ouvertes pour le développement
des cultures marines. Elle ne hiérarchise cependant pas les activités qu’el-
le autorise et génère ainsi un abondant contentieux. Dans l’affaire de
l’atelier de mareyage de Plouguerneau48, il aura fallu trois ans au mareyeur
pour savoir s’il pouvait ou non poursuivre son activité. Ce délai a pu
avoir des conséquences économiques importantes pour son activité. Une
telle incertitude n’est pas acceptable. Au regard des cultures marines, il
est essentiel de planifier spatialement les possibilités de développement
laissées par la loi Littoral. Les documents d’urbanisme peuvent-ils en
être les instruments ?
47. C.E., 10 juin 1992, SEPNB, req n° 112-389, Droit administratif, 10 décembre 1992, n° 99.
48. C.E., 23 juillet 1993, précité note 35.
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Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
La réservation des sites aquacoles
par les documents d’urbanisme
Loïc Prieur
UBO, faculté de droit et des sciences économiques, centre de droit et d’économie de la mer
(Cedem), 12 rue de Kergoat, 29285 Brest
Résumé
L’aquaculteur, dans sa recherche d’un site propre à accueillir son activi-
té, est susceptible d’être au centre de conflits liés à la qualité de l’eau ou
à l’occupation de l’espace par des activités incompatibles. La réservation
doit permettre d’inscrire les sites favorables à l’aquaculture dans les
documents juridiques d’aménagement afin de garantir leur disponibi-
lité. Les plans d’occupation des sols, documents de base de l’urbanisme
communal, sont utilisables à cette fin mais ils souffrent d’un champ d’ap-
plication trop limité pour prétendre, au-delà de la protection d’un site,
préserver la qualité de l'eau. Le schéma de mise en valeur de la mer
constitue alors une alternative séduisante. Mais, si son contenu en fait
l’instrument idéal de réservation de sites aquacoles, son usage est trop
peu généralisé.
L’aquaculture est bien souvent au centre de conflits liés à l’occupation
de l’espace ou à la qualité de l’eau1.
La loi Littoral est un instrument de régulation essentiel. Aux termes
de son article premier, elle entend concilier protection de l’environne-
ment et développement économique, et favoriser le développement des
activités maritimes dont les cultures marines . 2
De fait, le dispositif de la loi Littoral laisse de nombreuses possibilités
d’installations aux fermes aquacoles, que ce soit sur le domaine public
maritime (DPM), dans la bande des cent mètres3, dans les espaces
proches du rivage4 et, de façon plus limitée, dans les espaces remarquables
1. Pour une vision complète de ces conflits, le lecteur se reportera au tableau des « Interactions
entre les différents usages de la mer ». Le grand atlas de la mer, Albin MichelAJniversalis, Paris,
1983, p. 256.
2. Article premier de la loi n° 86-2 du 3 janvier 1986, relative à l’aménagement, la protection
et la mise en valeur du littoral, JORF du 4 janvier : Le littoral est une entité géographique qui
appelle une politique spécifique d’aménagement, de protection et de mise en valeur. (...) La réa-
lisation de cette politique d’intérêt général implique une coordination des actions de l'État et
des collectivités locales ou de leur groupement ayant pour objet : (...) ;
-la protection des équilibres biologiques et écologiques, la lutte contre l'érosion, la préserva-
tion des sites et paysages et du patrimoine ;
- la préservation et le développement des activités économiques liées à la proximité de l'eau,
telles que la pêche, les cultures marines (...).
3. Article L [Link] du code de l’urbanisme.
4. Article L [Link] du code de l’urbanisme.
85
Aquaculture et environnement : poissons marins
et caractéristiques5. Il doit toutefois être complété par une approche spa-
tiale. Il reste, en effet, à inscrire dans les documents d’aménagement
les sites favorables à l’aquaculture6. Cette inscription doit permettre une
réservation des sites aquacoles7.
La réservation ne se confond pas avec l’affectation du site ; cette dernière
ne peut résulter que d’une concession cle cultures marines délivrée
conformément au décret du 22 mars 19838 modifié par le décret du
14 septembre 19879.
La réservation se situe en amont de l’affectation du site et en aval de
son identification. Elle a pour fonction de garantir la disponibilité d’un
site propice à l’aquaculture en assurant qu’aucune autre activité ne s’y
installe mais, également, en le préservant de l’impact d’activités incom-
patibles. Le travail du juriste consiste ici à rechercher les instruments
permettant de mener à bien cette mission, étant entendu que le choix
de leur mise en oeuvre relève, au final, de la décision politique.
À cette fin, deux instruments juridiques sont envisageables. Le premier,
le plan d’occupation des sols (Pos) a l’avantage de la généralisation : il
est présent dans la majorité des communes littorales. Mais, à bien des
égards, il est mal adapté (I). Le second, le schéma de mise en valeur de
la mer (SMVM)10, est spécifique à notre matière mais son utilisation
est loin d’être généralisée (II).
Le Pos, un instrument généralisé, souvent inadapté
Créé en 1967 1 1, le Pos détermine, dans le cadre d’une commune, les
règles générales et les servitudes d’utilisation des sols12. Matérielle-
ment, il se compose de documents graphiques qui découpent le terri-
toire communal en zones, chaque zone renvoyant à un règlement qui
fixe la vocation des sols et les possibilités de construire13 Un rapport
cle présentation explique enfin les orientations retenues14 . Conçu clans
une optique terrestre, son utiiisation pour réserver des sites aquacoles
en mer ou sur le rivage soulève un certain nombre de difficultés. Il
n’offre, en outre, que des garanties imparfaites aux aquaculteurs.
5. Article L 146.6 du code de l’urbanisme.
6. Sur ces questions, voir : Prieur L., La réservation de sites pour les cultures marines. Publication
n° 50 de l’association pour le développement de l’aquaculture, Bordeaux, 1996, 91 p.
7. Sur la notion de réservation de sites à vocation aquacole, voir : Prat J.-L., La réservation des
sites aquacoles. Les cultures marines en France et le droit. Publications du Cnexo, rapports
économiques et juridiques n° 11, 1983, p. 81.
8. JORF du 25 mars 1983, p. 918.
9. JORF du 15 septembre 1987, p. 10729.
10. Le Conseil d’État a rappelé que les SMVM étaient des documents d’urbanisme. C.E., 7 juillet
1997, association de sauvegarde de l'étang de Thau, Droit admimstratif, août - septembre 1997,
n° 308, p. 33.
11. Loi n° 67-1253 d’orientation foncière du 30 décembre 1967, JORF du 3 janvier 1968.
12. Article L 123.1 du code de l’urbanisme.
1 3. Articles R 123.16 et suivants du code de l’urbanisme.
14. Article R 123.17 du code de l’urbanisme.
86
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
Le Pos : une vocation maritime?
L’utilisation du Pos, document de base de l’urbanisme communal,
implique la résolution d’une question préalable : le territoire de la com-
mune se prolonge-t-il sur les espaces marins adjacents ?
L’existence et la gestion d'un territoire marin communal sont des sujets
de réflexion récents. Si, pendant des siècles, la mer n’était appréhendée
qu’en tant qu’espace lié à la Défense, domaine entièrement dévolu à
l’État, l’urbanisation massive du littoral, au début des années soixante-
dix, a introduit une dimension économique. Les communes se sont
intéressées à leur façade maritime et ont pris part à la réalisation d’équi-
pements côtiers dont elles tirent de substantielles recettes.
Si l’application du Pos aux rivages de la mer ne soulève guère de
controverse, les obstacles semblent se dresser dès que l’on s’en éloigne.
• Le principe d’applicabilité du Pos au domaine public maritime
L’existence d’un territoire communal en mer et l’applicabilité du Pos
au domaine public maritime n’ont jamais été clairement affirmées par
les textes. La jurisprudence joue ici un rôle essentiel.
Déjà, en 1970, dans un arrêt « commune de Batz-sur-Mer »15, le Conseil
d’État fournissait un mdice précieux en indiquant que les compétences
cle police des maires s’étendaient aux lieux de baignades adjacents à
la commune.
Mais il faut attendre encore onze ans pour que le Conseil d’Etat, dans
un arrêt « commune de Saint-Quay-Portrieux »l6 , prenne clairement
position à l’occasion d’un litige opposant les communes de Saint-Quay-
Portrieux et d’Étables-sur-Mer. Rappelons brièvement les faits : par
arrêté du 7 janvier 1971, la commune de Saint-Quay-Portrieux reçut
la concession de l’établissement et de l’exploitation d’un port de plai-
sance. La construction d’un terre-plein sur le domaine public maritime,
face à la commune voisine d’Étables, fit naître un litige que des ques-
tions de compétences pour délivrer les permis de construire et percevoir
les taxes ne tardèrent pas à envenimer. Le préfet des Côtes-d Armor
mit alors en œuvre les pouvoirs que lui conférait l’article R 112.2 du
code des communes pour trancher la contestation. Il constata que la tota-
lité du port faisait partie de la commune de Saint-Quay-Portrieux. Au
terme d’une longue procédure contentieuse, le Conseil d’État admit la
légalité du recours à l’article R 112.2. En reconnaissant la légalité de
la mise en œuvre d’un article concernant la délimitation des communes,
le juge reconnaissait implicitement l’existence d’un territoire marin à
partager.
15. Conseil d’État, 25 septembre 1970, commune de Batz-sur-Mer et dame veuve Tesson,
AJDA 1971, p. 60.
16. Conseil d’État, 20 février 1981, commune de Samt-Quay-Portrieux, AJDA 1981, p. 465,
chronique Tiberghien F. et Lasserre B., p. 476; D 1982, I, p. 351, note Moderne F. ; DMF 1983,
p. 270, note Beurier J.-P.
87
Aquaculture et environnement : poissons marins
Dans un même mouvement jurisprudentiel, le Conseil d’État avait,
dès 1973, dégagé, à l'occasion de la célèbre affaire « Schwetzoff »17, le
principe de l’applicabilité des documents d’urbanisme locaux au domai-
ne public maritime. Dans cette affaire, le requérant contestait la léga-
lité d’un arrêté du ministre de l’Aménagement du territoire autorisant
la construction d’une marina sur le domaine public maritime dans la
commune de Bormes-les-Mimosas. Le Conseil d’État annula les conces-
sions aux motifs qu’elles étaient incompatibles avec le plan d’urbanis-
me. Dans une formule célèbre, le juge indiquait : « aucun travailpublic
ouprivéà entreprendre dans le périmètre auquel s'applique le plan d'urbanisme
nepeut être réalise que s tl est compatible avec ce plan {...}. Considérant que le
programme d''aménagement du quartier de la Favières, à Bormes-les-Mimosas
{...}. n'aprévu aucune installation sur les rtves de la Méditerranée et a laissé
ainsi le domaine public maritime entïèrement affecté à l’usage, conforme à sa
destination. que le public est en droit d'y exercer {...}: les travaux autorisés {...}
n étaient d'es lors pas compatibles avec ce plan. » En l’espèce, le plan n’avait
prévu aucune installation sur le rivage, le domaine public devait donc
être laissé à sa destination naturelle : l’usage du public.
Si la jurisprudence rappelle depuis constamment ce principe18, la loi
Littoral ne consacre pourtant pas explicitement l’applicabilité du Pos
au domaine public maritime. Elle nous fournit cependant une série
d indices. En premier lieu, elle dispose que les Pos doivent préserver
les espaces remarquables et caractéristiques terrestres et marins . Le 19
Pos doit pour cela pouvoir s’appliquer en mer. Dans le même esprit,
l’article 8 de la loi Littoral ajoute un article L 121.7.1 au code de l’ur-
banisme qui prévoit l’association, à leur demande, des sections régio-
nales de la conchyliculture (SRC) au processus d’élaboration des Pos.
Cette disposition n’a d’intérêt que s’il s’agit de discuter de zonages à
vocation conchylicole, qui sont essentiellement situés sur le domaine
public maritime. Enfin, l’article 25 de la loi Littoral indique, dans
une formule qui n’est pas sans rappeler celle de la jurisprudence
« Schwetzoff », que les décisions d’utilisation du domaine public doi-
vent tenir compte de la vocation des zones concernées, vocation qui
peut s’exprimer par le zonage du Pos.
Cette dernière hypothèse était celle de l’affaire Aquamed20 dans laquelle
une concession de culture marine délivrée pour un élevage de bars, qui
constitue une décision d utilisation du domaine public maritime, a été
annulée par le tribunal administratif puisqu’elle était incompatible
17. Conseil d’État, 30 mars 1973, Schwetzoff, Rec. p. 264; AJDA 1973, p. 366, note Dufau
J. ; JCP 1973, II, 17528, note Brechon-Moulenes C. ; RA 1974, n° 511, conclusions Gulllaume.
18. Voir par exemple, Conseil d'État, 15 février 1980, association pour ia protection du site du
vieux Pornichet, JCP 1980, II, n° 19375; AJDA, 20 mai 1980, p. 303 et chronique Robmeau Y.
et Ferrer M. A. p. 291 ; également : Consell d’Ètat, 20 mal 1977, Paoli, GP 1978, I, p. 319;
Conseil d’État, 4 mai 1979, association des riverains du front de mer de Saint-Raphaël et autres,
rec. p. 194.
19. Article L 146.6 du code de l'urbanisme.
20. T.A. Nice, 27 avril 1992, Quandt/Préfet des Alpes-Maritimes, RJE, 2, 1993, p. 289, conclu-
sions Lambert C.
88
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
avec la vocation balnéaire prévue par le Pos pour cette partie de la com-
mune de Théoule-sur-Mer.
Dans les faits, le Pos est souvent utilisé pour réserver des sites à voca-
tion conchylicole ou pour prévoir des équipements portuaires.
• Les limites à l’applicabilité du Pos sur le domaine public maritime
La jurisprudence qui a dégagé les principes d’applicabilité du Pos au
domaine public maritime et de l’existence d’un territoire communal en
mer s’est formée à propos de projets situés sur le rivage21, le zonage sur
le domaine public maritime constituant le prolongement d’une ins-
tallation à terre. Le critère essentiel est celui de l’unité physique de la
zone. Les zonages en cause dans les affaires citées concernent des espaces
très fortement marqués par la proximité de la terre. Ce sont des plages
ou des espaces endigués. Le Pos ne se risque en mer que lorsque des enjeux
terrestres le lui imposent22.
Vers le large, dès que l’on sort de cette zone d’influence, l’utilisation du
Pos comme instrument de réservation de sites aquacoles se heurte à
certaines objections.
La loi Littoral, elle-même, ne contredit-elle pas l’existence d'une mer
communale en limitant le pouvoir de police générale des maires à la
laisse de basse mer et en lui conférant une police de la baignade et des
activités nautiques ne s’étendant pas au-delà d’une ligne de 300 m à
compter de la laisse de basse mer ?
Au fur et à mesure que l’on s eloigne clu rivage, les conflits d occupa-
tion que le Pos a vocation à traiter changent de visage. Plus au large,
l’aquaculture n’est plus confrontée à la baignade ou aux ports de plai-
sance, elle cloit se faire une place au milieu des pêcheurs et des zones de
navigation. Il ne s’agit plus là de conflits d’occupation du domaine
public maritime mais de conflits d’usage de la surface de l’eau23 Incon-
testablement, ce ne sont pas là des conflits qu’un Pos peut arbitrer. Une
ferme aquacole comme la Salmor, installée au milieu de la baie de Mor-
laix (29), n’était ainsi pas prévue par les Pos des communes riveraines.
L’usage du Pos comme instrument de réservation de sites piscicoles
sera donc limité, dans les faits, aux espaces situés à proximité du riva-
ge24. Plus au large, le Pos est inadapté et est, de fait, inutilisé.
Dans les cas où son utilisation est possible, les garanties qu’il présente
connaissent des limitations.
21. Le rivage est l'espace compris entre la laisse de basse mer et la laisse de haute mer. Il ne
faut pas tenir compte des perturbations météorologiques exceptionnelles. Voir Conseil d'État,
assemblée, 12 octobre 1973, Kreitmann; rec. p. 563; AJDA 1973, p. 596, chronique Franc
et Boyon, p. 586; RDP 1974, p. 1150, conclusions Gentot; D 1975, p. 154, note Distel.
22. Voir sur ce point C. Brechon-Moulenes, précitée, note 17.
23. L’eau de mer ne fait pas partie du domaine public maritime : Conseil d’État, 27 juillet 1985,
Galli, AJDA 1985, p. 47, note Rezenthel R. et Pitron F.
24. Voir la circulaire sur la prise en compte de l'aquaculture par les documents d'aménage-
ment : Circulaire AFU/UT 2, n° 338, Moniteur des travaux publics, 14 août 1978, supplément
textes officiels, p. 123.
89
Aquaculture et environnement : poissons marins
L’utilisation du Pos sur le domaine public maritime :
des garanties juridiques imparfaites
La garantie offerte par la réservation de sites par les Pos est doublement
limitée. D’une part, le zonage réalisé est, en toute hypothèse, soumis
au contrôle du juge administratif. D’autre part, réserver un site au Pos
ne signifie pas l’affecter. L’administration chargée de la gestion du
domaine public n’est pas obligée de se conformer aux dispositions du
Pos.
• Le contrôle juridictionnel des choix de zonage25
Il faut en premier lieu garder à l’esprit que les choix de zonage d’un
plan d’occupation des sols sont soumis au contrôle du juge. Dans ce
domaine, celui-ci laisse traditionnellement une marge de manœuvre à
l’Administration. Le contrôle du juge sur les choix de zonage est alors
dit restreint car le juge ne sanctionnera que les erreurs manifestes d'ap-
préciation26. Il peut s’agir par exemple d’un classement autorisant les
constructions liées aux activités balnéaires (zone NDb) dans un secteur
soumis à des risques d'éboulements27 . Il s'agit pour le juge de censurer
les erreurs grossières. Ce contrôle restreint se justifie par l’insuffisance
des règles de fond concernant le zonage des Pos. En l’absence de règle
prévoyant de manière impérative pour tel ou tel espace tel type de
zonage, l’Administration est libre de son choix28.
Sur le littoral, la situation diffère puisque la loi Littoral impose des
règles de classement : ainsi, la bande des cent mètres, en dehors des espaces
déjà urbanisés, et les espaces remarquables et caractéristiques devront être
inconstructibles. Ce renforcement des règles qui encadrent le contenu
des Pos appelle, de la part du juge, un contrôle plus poussé29.
La loi Littoral exige en outre que les documents d’urbanisme respectent
l’équilibre entre le développement des activités économiques et la pré-
servation des sites30. Cette disposition de la loi a permis en 1992 au Conseil
d’État d’annuler une réservation de site aquacole sur la commune de
Ploubazlanec (22) au motif que le site choisi présentait un caractère
exceptionnel et que la commune disposait déjà de deux zones aquacoles
inutilisées31.
25. Sur la légalité des plans d’occupation des sols, voir : Chauvin N., L’illégalité du plan d’oc-
cupation des sols, Litec, 1996, 450 p.
26. Conseil d’État, 23 mars 1979, commune de Bouchemaine, JCP 1979, II, n° 19171, note
Bouyssou F.
27. Conseil d’État, 29 mai 1991, commune de Villefranche-sur-Mer/commune de Beaulieu-sur-
Mer. Les petites affiches, 4 novembre 1991, p. 13.
28. L’article R 123.18 du code de l’urbanisme propose certes des catégories mais il s’agit plus
d’indications que de règles impératives.
29. Le juge administratif réalise alors un contrôle de la qualification juridique des faits ou
contrôle normal.
30. Ce principe, posé par l’article L 121.10 du code de l’urbanisme, est rappelé, pour le litto-
ral, par l’article L 146.2.
31. Conseil d’État, 10 juin 1992, S.E.P.N.B., req n° 112-389 ; Quotidien juridique, 10 décembre
1992, n° 99, p. 2.
90
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
L’illégalité éventuelle d’une réservation de site pourrait être soulevée
directement, dans les deux mois suivant la création de la zone par le
plan d’occupation des sols, mais également, par le biais de l’exception
d’illégalité, à l’occasion d’un recours contre un permis de construire32.
La légalité du plan d’occupation des sols peut ainsi être, à tout moment,
remise en cause.
• Les conséquences du zonage du Pos sur les compétences
de l'administration chargée du domaine public maritime
L’obstacle du contrôle juridictionnel passé, quelle sécurité juridique
offre la réservation ?
La réponse risque ici de décevoir. Le zonage aquacole sur le domaine
public maritime ne change en rien le principe d’appartenance du
domaine public à l'État. Celui-ci demeure en toute hypothèse compé-
tent pour délivrer les concessions de cultures marines.
Rien ne peut donc obliger l’administration chargée du domaine public
maritime à délivrer une concession sur un site réservé33. Elle ne pour-
ra toutefois pas accorder de concession ou d’autorisation d’occupation
temporaire pour un usage différent car, selon l’article 25, les décisions
d’utilisation du domaine public maritime doivent être compatibles
avec le zonage prévu au Pos.
On peut donc parler d’une réservation défensive du site aquacole : rien
n'indique que le site sera effectivement affecté à un aquaculteur, on
sait seulement qu’il ne sera pas affecté à une activité incompatible.
Le schéma de mise en valeur de la mer : un instrument spécifique
trop peu généralisé
Créé par la loi du 7 janvier 198334 et précisé par la loi du 3 janvier
1 98635, le schéma de mise en valeur de la mer (SMVM) devrait être un
instrument clé dans le dispositif d’aménagement du littoral. Mais, à ce
jour, seul le SMVM de letang de Thau a été approuvé36. Son contenu
en fait pourtant un document particul ièrement adapté à la réservation
de sites aquacoles. Il comporte, à cette fin, de nombreuses dispositions
dont il convient de préciser la valeur juridique.
32. Le requérant doit, à l’occasion du recours dirigé contre le permis de construire, exciper de
l’illégalité du plan d’occupation des sols. Toutefois, le Conseil d’État a rappelé que l’illégalité d’un
plan d’occupation des sols ne se communiquait pas automatiquement au permis de construire.
L’annulation ou la déclaration d’illégalité du plan d’occupation des sols n’affectera l’autorisation
d’occuper le sol que lorsque les deux sont indissociables. Voir : C.E., 12 décembre 1986, Gepro,
rec. p. 282; AJDA 1987, p. 275, conclusions Vigouroux.
33. Conseil d’État, 18 novembre 1977, SA entreprise Marchand, AJDA 1978, pp. 676 et 654,
note Mesnard A.-H. Le fait qu’une concession d’endigage soit compatible avec un plan d’urba-
nisme n’oblige pas l’Administration à la délivrer.
34. Article 57 de la loi n° 93-8 du 7 janvier 1983 portant transfert de compétence en matière
d’urbanisme aux communes, JORF du 9 janvier 1983.
35. Article 18 de la loi Littoral.
36. Décret du 20 avril 1995, JORF du 21 avril 1995, p. 6216.
91
Aquaculture et environnement : poissons marins
Le contenu aquacole du SMVIVI
Le SMVM permet non seulement de réserver un site, mais aussi de pré-
server un espace à vocation aquacole.
• La réservation d’un site aquacole
La principale originalité du SMVM ne vient pas tant du dispositif qu’il
met en place pour réserver un site que du fondement scientifique du
zonage réalisé. Au terme de l’article 1er du décret du 5 décembre 1986,
le SMVM doit porter sur une partie du territoire qui constitue une
unité géographique et maritime. La détermination du périmètre du
SMVM doit passer par une analyse approfondie du milieu. Cette éta-
pe doit, par exemple, permettre d’identifier les différentes sources de
pollution, de caractériser les courants dans l’espace considéré37. L’af-
fectation d’une zone à telle ou telle activité ne dépend plus uniquement
de considérations politiques mais de l’aptitude du milieu marin à la rece-
voir. Selon une circulaire du gouvernement38, « l’étude du milieu marin
et de ses caractéristiques constitue l'une des spécificités du SMVM, c’est notam-
rnent de la qualité de ces etudes que dépendra la fixation des orientations ».
La connaissance du milieu doit être prolongée par une connaissance
des usages de la zone maritime. La compétition d’activités justifiera lela-
boration du SMVM qui a vocation à arbitrer des conflits.
L identification des conflits passe par les mécanismes de concertation
mis en place par le SMVM. Celle-ci joue à deux niveaux. Elle doit, en
premier lieu, permettre d eviter les tensions entre l’État et les collecti-
vités locales. À cette fin, l'instruction du 22 octobre 1991 indique que
« le groupe de travail chargé d'élaborer le SMVM sera le lieu de concertation des
collectivités locales qui y prendront une part active » 39. L’État, responsable de
la conduite du SMVM, affirme ici clairement une volonté de concerta-
tion avec les collectivités locales. Elle doit également favoriser la conci-
liation des différents usagers de la zone. À cet égard, il faut noter que le
décret de 1986 accorde une large place aux sections régionales de la
conchyliculture (SRC) qui sont obligatoirement consultées sur le projet
de SMVM. La qualité du document dépend, pour une très large part, de
l’implication des usagers du secteur retenu.
Le résultat des études et de la concertation déterminera le parti d’amé-
nagement qui sera expliqué dans un rapport de présentation et traduit
visuellement par des documents graphiques. Après avoir dressé un
état de la situation existante, le rapport de présentation doit définir
la vocation générale des zones40 et hiérarchiser les activités qui pour-
ront y être exercées. Le SMVM de l' etang de Thau retient ainsi des zones
37. Décret n° 86-1252 du 5 décembre 1986, JORF du 9 décembre 1986.
38. Note n° 94-206 du 23 juin 1994. Ministère de l’Équipement et des Transports, direction
des ports et de la navigation maritime, non publiée.
39. Instruction du 22 octobre 1991, Revue juridique de l’environnement, n° 1-1992, p. 99; voir
Bécet J.-M., À propos de l’instruction du 22 octobre 1991, Revue juridique de l’environnement,
1992, p. 395.
40. Comme pour les plans d occupation des sols, le juge réalise un contrôle minimum sur le
contenu du SMVM. Conseil d’État, 7 juillet 1997, Malaude, Droit administratif, août-sep-
92
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
aquacoles à vocation exclusive et des 2ones aquacoles à vocation prio-
ritaire. Dans les premières, seules les cultures marines pourront s’im-
planter, dans les secondes, les activités compatibles avec les cultures
marines pourront s’établir.
La vocation des zones est également traduite sur les documents gra-
phiques. Elle est complétée, le cas échéant, par des sujétions particulières.
Il peut s’agir, par exemple41, de la délimitation de chenaux de naviga-
tion au milieu des zones aquacoles, de l’interdiction du ski nautique ou
de la planche à voile dans certains secteurs.
La crainte de voir le SMVM cristalliser la situation et bloquer les possi-
bilités de développement futur est souvent évoquée. On peut apporter
une double objection. Tout d'abord, le SMVM est un instrument pros-
pectif : il doit prévoir les possibilités de développement d’une activité.
En second lieu, rien n’oblige à affecter l’ensemble de l’espace, il est tout
à fait possible de laisser des espaces non affectés qui pourront l’être ulté-
rieurement si de nouvelles technologies ou des conditions économiques
nouvelles permettent à l’aquaculture d’occuper de nouveaux sites.
Enfin, le SMVM permet, au-delà de la réservation d'un site, la préser-
vation d’un espace. Les dispositions qu’il peut contenir en matière de
qualité de l’eau constituent, en quelque sorte, une pré-réservation de sites
qui permettra, le moment venu, d’affecter un espace demeuré sain à
l’aquaculture.
• La préservation d’un espace aquacole
Cette préservation rend utile une réservation actuelle en garantissant la
qualité de l’eau mais rend également possible une réservation future.
Le SMVM est un document marin. Or, la pollution de l’eau de mer
provient, pour une large part, des apports telluriques. Dès lors, dans
quelle mesure le SMVM doit-il gérer les activités qui s'exercent sur
les bassins versants ?
La prise en compte du bassin versant est indispensable lors de la phase
d’étude du SMVM. La vocation d’une zone d’activité dépendant, au
moins pour l’aquaculture, de la qualité des eaux, on comprend bien la
nécessité d’identifier l’origine des apports. Dans le cadre des études
préalables à l’élaboration d’un SMVM de la baie de Lannion, le projet
de zone mytilicole a suscité une analyse révélant que la zone prévue rece-
vait les apports d’un bassin versant d’environ 325 km2 42. Pour autant,
le périmètre définitif du SMVM ne doit pas englober la totalité de ces
espaces. Inclure dans le SMVM des communes situées à des dizaines de
kilomètres du rivage ne servirait qu’à alourdir une procédure déjà char-
gée et ferait peser sur ces communes des sujétions très importantes en
regard des avantages qu’elles retireraient du SMVM.
tembre 1997, n° 309, p. 33. II est toutefois légitime de penser que ce moyen d’annulation
sera rarement retenu puisque les choix de zonage reposent, en principe, sur un fondement
scientifique solide.
41. Exemples extraits du rapport de présentation du SMVM de l’étang de Thau et de sa façade
maritime, novembre 1992, 81 p. et annexes.
42. Étude de salubrité de la baie de Saint-Michel-en-Grèves, Ifremer, 1992.
93
Aquaculture et environnement : poissons marins
Les objectifs fixés en uval par le SMVM, par exemple la vocation bal-
néaire ou aquacole d’une zone, doivent être relayés, en amont, par des
instruments spécifiques à la gestion des eaux. Il s’agira notamment des
schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et
des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage).
Ces instruments ont été créés par la loi sur l’Eau du 3 janvier 1992 43.
Les Sdage définissent pour chaque bassin ou groupement de bassins les
orientations fondamentales de la gestion de la ressource en eau. Les
Sage ont une échelle plus réduite, ils mterviennent au niveau d’une
unité hydrographique : un bassin versant par exemple.
Les SMVM, les Sdage et les Sage ont un objectif commun de préser-
vation de la qualité de l’eau. Comment s’articulent-ils lorsqu’ils inter-
viennent sur un espace identique ?
La loi sur l’Eau dispose que les Sage doivent respecter les programmes
d’État et les documents d'orientation44. Le Sage devra donc être com-
patible avec le SMVM.
La loi n’a en revanche pas prévu l’articulation des Sdage et des SMVM.
On peut relever une supériorité hiérarchique du SMVM puisqu’il doit
être approuvé par décret en Conseil d’Etat alors que le Sdage est approu-
vé par le préfet. Des problèmes juridiques pourraient fort bien survenir
puisque l' elaboration des Sdage est obligatoire. Dans la plupart des cas,
les Sdage seront donc mis en œuvre avant les SMVM et leurs volets lit-
toraux pourraient fort bien remplacer, de fait, les SMVM.
La valeur juridique du SMVM
La valeur juridique du SMVM implique la résolution de deux questions :
quelle est son opposabilité, c’est-à-dire quels sont les actes devant respecter
ses dispositions ? Quelle est la normativité des différentes dispositions qui
le composent ?
• L’opposabilité du SMVM
Les SMVM sont opposables aux schémas directeurs et aux Pos dans un
rapport de compatibilité . Il s’agit d’un rapport de respect des grandes
orientations. L’exigence de compatibilité signifie que le tracé final d’une
zone aquacole au plan d’occupation des sols ou sa délimitation par l’ar-
rêté de concession de cultures marines pourra s’écarter du tracé initiale-
ment retenu. Ce tracé ne pourra toutefois pas aller jusqu'’à contrarier le
contenu du SMVM en créant une zone aquacole sur un espace réservé à
la baignade par exemple.
Les SMVM sont également opposables aux décisions administratives
prises, par exemple, au titre de la police de la navigation par le préfet
maritime ou aux décisions délivrant une concession de cultures marines
sur le domaine public maritime.
43. Loi n° 92-3 du 3 janvier 1992 sur l’eau, JORF du 4 janvier 1992.
44. Article 5 de la loi sur l’Eau.
45. Sur cette notion, voir notamment : Lebreton J.-P., La compatibilité en droit de l’urbanisme,
AJDA, juillet - août 1991, p. 491 ; Coulet W., La notion de compatibilité dans le droit de l’urba-
nisme, AJDA, juin 1976, p. 291.
94
Aquaculture, aménagement et gestion du littoral
• La normativité du contenu du SMVM
Un SMVM contient trois catégories de dispositions : la vocation géné-
rale des zones exprimée par le rapport de présentation et les documents
graphiques, la mention des projets d’équipement liés à la mer et des
prescriptions spéciales ou des sujétions particulières.
Pour les premières, pas de difficulté, la vocation des zones s'impose
clans un rapport de compatibilité.
Pour les projets d’équipement liés à la mer, comme les créations de
port, les activités industrielles ou, par exemple, les équipements aqua-
coles, il convient d etablir une distinction.
S’agissant des ports de plaisance, la normativité de leur prévision au
SMVM est déterminée par la loi. L’article 20 de la loi Littoral dispose,
en effet, que l’accueil des navires de plaisance se fait dans le respect des
normes édictées par le SMVM. Si un tel schéma existe, les créations de
ports de plaisance devront respecter ses dispositions. Ils seront donc réa-
lisés là où le SMVM les a prévus. Pour les autres projets, en revanche,
la loi n’a rien prévu. La liberté communale en matière d’aménagement
prévue par les lois de décentralisation demeure. Sous réserve de res-
pecter la règle de la compatibilité, une commune pourrait fort bien
décider de créer un équipement lié à la mer, autre qu’un port de plai-
sance, à un autre endroit que celui initialement prévu par le SMVM.
Enfin, pour les prescriptions particulières, il faut garder à l’esprit que
le SMVM n’est pas directement opposable aux tiers. Elles devront être
traduites par l’adoption, par les autorités concernées, des arrêtés cor-
respondants46.
Conclusion
Face aux lacunes du Pos lorsqu’il est utilisé sur le domaine public mari-
time, le SMVM semble être paré de toutes les vertus. Pourtant, à l’heure
actuelle, seul le SMVM de l' etang de Thau a été approuvé. Les autres sont
bloqués à des stades plus ou moins avancés de leur procédure.
L’un des freins principaux semble venir des collectivités locales qui
rechignent à mettre en œuvre un document de conception étatique. Le
reproche est, en effet, souvent fait à l’État de reprendre les compétences
accordées aux communes par la loi de décentralisation de 1983.
La loi Littoral propose certes des mécanismes d’incitation : les com-
munes retrouvent leurs compétences pour les créations de ports de
plaisance lorsque ceux-ci sont prévus par le SMVM, le maire redevient
également compétent pour délivrer les permis de construire dans les
espaces proches du rivage lorsque l'urbanisation est prévue par un
SMVM.
Pourquoi ne pas réfléchir à une solution plus radicale ?
46. II appartiendra ainsi, par exemple, au préfet maritime de prendre un arrêté interdisant la
navigation de plaisance autour des cages aquacoles.
95
Aquaculture et environnement : poissons marins
Les communes nc sont pas toujours intéressées à la gestion des espaces
marins, elles ne sont pas compétentes pour délivrer les autorisations
d’occupation du domaine public maritime, elles ne perçoivent en outre
aucune redevance.
Il serait possible de relancer cet intérêt en transférant, pour certains types
d’autorisation et sur un espace peut-être limité au seul rivage, la ges-
tion du domaine public maritime aux groupements de communes qui
seraient comprises dans le périmètre d’un SMVM. Sans remettre en
cause les principes de la domanialité publique, une telle solution pour-
rait constituer à la fois une incitation à l’élaboration d’un SMVM et un
moteur pour relancer l’intercommunalité.
96
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
Thème 3
Prévention et contrôle
de l'impact sur l’environnement
Séance présidée par Didier Le Morvan, professeur,
faculté de droit et des sciences économiques
université de Bretagne occidentale (UBO)
directeur du centre de droit et d’économie de la mer (Cedem)
97
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Impact de la pisciculture marine
sur l’environnement
Marc Kempt
Ifremer, direction de l’environnement et de l’aménagement littoral,
centre de Brest, BP 70, 29280 Plouzané
Résumé
L’essentiel des connaissances disponibles sur l’impact de la pisciculture
marine sur l’environnement concerne l’élevage en cages flottantes et les
salmonidés en Europe du Nord, dans des conditions non totalement extra-
polables à la situation française. Les rravaux sur les espèces exploitées
en Europe du Sud sont plus rares et plus récents.
Les effets des apports trophiques, conséquence de l’alimentation et des
rejets des poissons, sont les plus facilement identifiables et les mieux
documentés. Ils concernent la colonne d’eau, où ils sont difficiles à
mettre en évidence dans la pratique, et surtout le fond marin (sédi-
ment et organismes vivants). Mais ils sont très liés au site et à sa dyna-
mique et ils sont limités, lorsqu’ils deviennent perceptibles, au voisi-
nage immédiat de la ferme.
Les données fiables sur la quantification précise des flux polluants ont
été acquises en conditions expérimentales contrôlées sur des poissons de
tailles petite et moyenne car la production se prête mal à des mesures
précises en la matière. Ces chiffres sont utilisés, avec les taux de conver-
sion alimentaire, pour la prévision des apports au milieu. Les techniques
de modélisation permettent de simuler la dispersion des rejets.
Le contrôle des rejets dissous sur site ne peut guère concerner que l’azote
ammoniacal. La mesure de celui-ci demande un soin particulier et doit
être confiée à un laboratoire spécialisé ; son utilité reste limitée en rai-
son d’une dilution très importante en milieu marin. Les observations
les plus pertinentes portent sur le fond marin, avec une possibilité de
gradation dans l’effort et la complexité, adaptée à chaque situation : (1)
observation visuelle de l’état du fond par plongée ou vidéo sous-marine,
(2) analyse du sédiment (teneur en fraction fine, en matière organique,
en carbone et azote, épaisseur de la couche oxydée, teneur en métaux
traces), (3) analyse des paramètres biologiques sur les espèces et les
communautés ; mais, en mer, cette méthode très sensible est lourde et
coûteuse et doit être réservée aux cas les plus difficiles.
Enfin, dans la préparation des projets, il convient de se préoccuper des
problèmes d’environnement dès l’amont : dialogue de l’entreprise avec
l’Administration et les scientifiques, choix de l’implantation et des
options techniques qui en découlent. La surveillance ultérieure doit
associer l’exploitant, être adaptée aux caractéristiques du site et de l’éle-
vage, prévoir un ajustement de l’effort en fonction des constats successifs.
99
Aquaculture et environnement : poissons marins
Introduction
Les impacts de la pisciculture marine sur l’environnement ont fait l’ob-
jet de nombreuses études. Deux rapports de synthèse documentaire très
complets résument l' etat de l’art jusqu’en 1991 : Videau & Merceron, 1992 ;
Munday et al., 1992. Leurs conclusions sont largement utilisées ici, sans
que les auteurs soient à chaque fois cités. Ces synthèses montrent que l’es-
sentiel des connaissances disponibles concerne principalement lelevage
en cages flottantes et surtout celui des salmonidés en Europe du Nord,
dans des conditions qui ne sont pas totalement extrapolables à la situa-
tion française. Les apports trophiques et leurs effets sont les mieux docu-
mentés. Les travaux semblables sur les espèces exploitées en Europe du
Sud sont plus rares et plus récents. Une mise à jour appliquée aux pis-
cicultures françaises continentales et marines vient d’être faite par un
groupe de travail pluri-institutionnel (Petit, édit. sous presse).
Impacts potentiels
L’impact de la pisciculture marine sur l’environnement est lié aux
contraintes techniques propres à cette activité, en particulier l’occupa-
tion d’une place sur le littoral ou en mer (concession, installation) et
l’élevage d’un stock de poissons, produits en écloserie et maintenus en
conditions intensives avec apport d’aliments.
• L’utilisation de l’espace est en réalité un problème peu important
en raison des grandes capacités de production par surface unitaire. Dans
le cas d’un élevage en cages par exemple, qui utilise le milieu dans ses
trois dimensions, une seule cage de 12 x 12 x 7 m (soit environ 1 000 m3
chargés au maximum à 25 kg/m3) permet une production annuelle de
25 t de truites fario ou de 15 t de bars et de daurades.
• La nuisance esthétique paraît un problème peu important pour les
cages, qui sont des structures relativement légères et à caractère tran-
sitoire. Il peut être plus délicat pour les élevages à terre, notamment
dans des sites remarquables. Mais ces deux aspects, utilisation de l’es-
pace et nuisance esthétique, mineurs en termes d’impact écologique,
sont très surveillés par le public et les activités concurrentes, d’où une
source de conflits parfois aigus (cas de Théoule-sur-Mer par exemple).
Les sites classés sont également sujets à contraintes.
• La ressource en eau, contrairement à ce qui se passe en piscicultu-
re continentale, n’est pas un vrai problème en mer. Elle ne le devient
que dans les cas d’utilisation d’eau souterraine salée par des élevages en
bassins, nécessitant alors une gestion particulière de ce bien commun.
Pour les cages, la réduction dynamique due au freinage du courant par
les filets peut être négligée en terme d’environnement car ses consé-
quences se font sentir avant tout sur les élevages eux-mêmes.
100
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
• Les rapports avec la faune sauvage de poissons concernent les
risques d echanges de pathogènes et de parasites, les risques liés aux intro-
ductions et transferts (poissons d’élevage échappés dans le milieu), les
risques pour le patrimoine génétique des espèces élevées. Mais cette
thématique est encore peu étudiée en raison de la difficulté du sujet et
du manque de spécialistes, d’où un certain nombre de craintes diffuses
dans l’opinion.
Par ailleurs, il convient de signaler que la flore microbienne intestinale
du poisson est très pauvre et ne comporte pas les bactéries habituelles du
tube digestif des mammifères. Les élevages marins ne présentent donc
pas de risque sanitaire de pollution fécale pour la conchyliculture et la
recherche de germes tests qui leur seraient imputables est sans objet.
• Les produits utilisés sont des produits chimiques classiques de net-
toyage dont les effets sont connus et les limitations possibles, ainsi que
des médicaments vétérinaires. Pour ceux-ci, la communauté scientifique
manque encore de données objectives sur la rémanence et la toxicité réelles
des antibiotiques en milieu marin, d’où, là encore, un certain nombre
de craintes diffuses dans l’opinion. S’ils sont toujours utilisés à titre pro-
phylactique en écloserie, leur limitation est possible en production,
notamment par le choix d’un bon site et des pratiques d’élevage adap-
tées. L’effort de recherche actuel sur la mise au point de vaccins va dans
le même sens.
• Les effets des apports trophiques (enrichissement) sur l’environ-
nement sont les plus facilement identifiables et les mieux connus en
pisciculture marine. Ils concernent la colonne d’eau, où ils sont difficiles
à mettre en évidence dans la pratique, et surtout le fond (sédiment et
organismes). Mais ils sont très liés au site et à sa dynamique et limités,
lorsqu’ils deviennent perceptibles, au voisinage immédiat de la ferme.
Ils sont la conséquence de l’alimentation et des rejets des poissons.
Apports trophiques
Le sommet des chaînes trophiques aquatiques est principalement consti-
tué d’animaux carnivores. C’est le cas de 85 % des poissons en général
et de toutes les espèces de la pisciculture marine européenne. Il en
résulte un besoin particulièrement élevé de protéines dans les rations
et une forte teneur azotée des déchets d’origine alimentaire.
Déchets d’origine alimentaire
Les déchets d’origine alimentaire sont de deux types : les matières
fécales solides et les excreta solubles. Ils correspondent à deux processus
métaboliques différents, respectivement la digestion et l’excrétion.
Les matières fécales ou fèces sont évacuées sous une forme plus ou moins
compacte et sont composées essentiellement de matières organiques
et d’un peu de matières minérales. Elles sont sédimentables (fraction
101
Aquaculture et environnement : poissons marins
solide) mais comportent également une fraction soluble. Parmi les élé-
ments minéraux non assimilés, le phosphore et le calcium sont les plus
représentés. Aux rejets solides des poissons, vient s'ajouter une part
d’aliments non consommés dont l’importance est fonction du type
d’élevage et de sa conduite.
L'excrétion, chez les poissons, se fait essent iellement par les branchies.
Le rein et la peau ne jouent généralement qu’un rôle marginal en dehors
de l’élimination de certains sels (excrétion de phosphore par le rein par
exemple). Les produits terminaux de la dégradation des glucides et des
lipides sont le CO2 et l’eau, qui n’ont qu’un impact limité sur l’envi-
ronnement. En revanche, les produits finaux du métabolisme des pro-
téines sont plus complexes, entraînant la libération d'azote dans le
milieu, principalement sous forme d’ammonium. La production d’urée
et d’autres catabolites est généralement accessoire. Ceci permet aux
poissons d’économiser de l’énergie et en fait d’excellents transforma-
teurs des protéines. L’excrétion d’ammonium par les branchies n’est
pas constante dans le temps et reflète, à la fois, des rythmes internes et
ceux de la distribution de l’aliment.
Quantification des flux polluants
L’évaluation des rejets constitue un point capital de 1 etude d’impact
et peut être source de conflits. Quatre-vingt-quinze pour cent de la
production mondiale provenant de cages, il est pratiquement impos-
sible d’effectuer un bilan des rejets solubles en sortie d elevage. Seuls
les rejets sédimentables peuvent être approchés dans ces conditions, au
moyen de pièges à particules.
Quelques bilans de masse ont pu être effectués sur des élevages à terre
mais ils sont rares et présentent également des difficultés liées à 1 evo-
lution des sels nutritifs dans le circuit d’élevage (centre aquacole de Gra-
velines; Garidou, 1994; Lebègue, 1994). L’essentiel des mesures les
plus précises sur les rejets de métabolites a donc été acquis en conditions
contrôlées, sur des lots réduits de poissons, de taille généralement petite
ou moyenne, pour des raisons de logistique expérimentale.
Une étude comparative du rendement biologique des différentes espèces
élevées en France (bar, daurade, turbot, truite arc-en-ciel et truite com-
mune) a ainsi été effectuée avec un aliment expérimental optimisé
proche d’un aliment du commerce (53 % de protéines, 1,4 % de phos-
phore) (Servais, 1994 ; Dosdat et al.. 1996) :
- la digestibilité varie peu d’une espèce à l’autre pour un aliment donné ;
- le taux de rétention azotée varie selon les espèces ; le turbot montre
une meilleure capacité à retenir les protéines et, de ce fait, excrète
moins d’ammonium (20 % de l’azote ingéré) que la truite arc-en-ciel
(32-35 % de l’azote ingéré) ; au contraire, le bar et la daurade ont une
moins bonne utilisation de l’azote et, par là même, des rejets azotés
plus importants (35-38 % de l’azote ingéré se retrouvent sous forme
ammoniacale chez le bar) ;
102
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
- l’excrétion de phosphore sous forme de phosphate soluble est voisine
de zéro chez le turbot, plus élevée chez la daurade et intermédiaire pour
les autres espèces.
Les chiffres moyens (op. at. et Dosdat, com. pers.) sont donnés sur le
schéma résumant ces travaux (fig. 1).
Figure 1
Devenir de l’azote ingéré
par cinq espèces
de poissons d’intérêt
aquacole : truite arc-en-ciel,
truite fario, bar, daurade,
turbot (Servais, 1994;
Dosdat et al., 1996;
Dosdat, com. pers.).
Effets des apports trophiques
Les effets théoriques des apports trophiques d’une pisciculture marine
en cage sont schématisés par Videau & Merceron, 1992 (fig. 2). Ils sont
la conséquence de l’aliment distribué et du métabolisme des poissons.
Ils concernent la colonne d’eau (rejets dissous) et le fond (rejets parti-
culaires ayant tendance à sédimenter). Mais les effets réellement obser-
vés sont très dépendants de la conduite de l’élevage et, surtout, du site
et de sa dynamique. Enfin, il convient de ne pas oublier que le poisson
se trouve placé au premier plan des indicateurs d’un impact et intro-
duit ainsi une sorte d’autorégulation.
La situation est similaire dans le cas d'elevages en bassins à terre mais
les effets peuvent être partiellement différés dans le circuit d’eau de la
ferme (canaux, lagunes le cas échéant).
103
Aquaculture et environnement : poissons marins
Figure 2 Nourriture
Effets et interactions
des rejets trophiques
d’un élevage de poissons
sur l'environnement (eau
et sédiment).
Les conséquences
sur le milieu environnant
sont indiquées en italique
(Videau et Merceron, 1992).
Enrichissement, accumulation dans les sédiments
Eau
Compte tenu des volumes d’eau considérables en jeu et du rôle de la
dynamique, les effets des apports trophiques d’une pisciculture sur la
colonne d’eau sont considérablement dilués et pratiquement impos-
sibles à mettre en évidence en conditions normales.
• L’oxygène dissous et la production de CO2 ne posent généralement
pas de problème en mer dans les systèmes ouverts et bien brassés. Il n’en
va cependant pas de même dans les milieux fermés (lagunes) ou natu-
rellement sujets à l’eutrophisation (estuaires, zones propices à des phé-
nomènes d’eau colorée... ) dont l’utilisation piscicole intensive est à évi-
ter ou à aborder avec grande prudence. Dans les élevages en bassins, il
est possible d’avoir recours à l’oxygène liquide.
104
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
• Les sels nutritifs concernent surtout l'ammonium, principal produit
d’excrétion dissous des poissons. La quantité éliminée est en relation
avec l’alimentation et le rythme de celle-ci (cycle journalier). Mais la
dilution est rapide, surtout si la dynamique est bonne, et les traces mesu-
rables sont limitées au champ proche, voire très proche, de la ferme,
ne s’étendant guère au-delà de quelques dizaines de mètres (fig. 3).
L’ion ammonium (NHp consommé par le phytoplancton et les
macroalgues participe en théorie à l’enrichissement.
Figure 3
Évolution journalière
des teneurs en ammomum
(µmole/l NH+4) sur deux éle-
vages marins de truite fario
en cage.
©. Camaret (29) :
biomasse 80-90 t,
janv. 1994, coef. 91-93,
vit. max. 0,10 m/sec.
©. Cherbourg (50) :
biomasse 580 t,
déc. 1995, coef. 58-64,
vit. max. 0,40 m/sec.
Nourrissages
Les mesures sont effectuées en subsurface et au contact des cages Le courant est matérialisé
par la distinction entre l’amont (en grisé) et l'aval. L'évolution circadienne, liée au nourrissage, est
très nette en et s’inverse avec la circulation de marée. Elle est partiellement masquée en ©
par une forte courantologie, avec une vitesse maximale à P.M. induisant une dilution en aval.
Dans les deux cas, l'augmentation des teneurs en NH4+ concerne le voisinage immédiat des
poissons et disparaît en quelques dizaines de mètres en aval des cages. Elle reste, en absolu,
dans la gamme de variation observée dans les eaux côtières du secteur (Kempf et al. ; 1995 ©.
Merceron et al., 1997 ©).
105
Aquaculture et environnement : poissons marins
Mais la dilution et le temps de réponse des microalgues sont tels qu’il
semble difficile que la production primaire pélagique puisse être sti-
mulée de manière significative. Un lien de cause à effet entre des pis-
cicultures marines et des proliférations planctoniques n’a pu être éta-
bli que dans des circonstances exceptionnelles de milieux confinés et
déjà très chargés par ailleurs (baie de Hong-kong par exemple). Par
contre, la disponibilité permanente de NH|, à proximité immédiate
des poissons, facilite probablement la croissance de macroalgues sur
les structures et sur les filets (biosalissures).
Fond
Les apports trophiques d’une ferme piscicole au fond marin sont consti-
tués d’un rejet de nourriture non consommée et de fèces de poissons.
Comme dans le cas de ia colonne d’eau, le site et sa dynamique inter-
viennent de façon prépondérante sur la dispersion, la remise en suspension
ou l’accumulation de ce matériel particulaire.
Parmi les effets des apports trophiques, l’impact sur le sédiment et le
benthos est le mieux connu en raison de la plus grande facilité de loca-
lisation de l’aire touchée. En effet, les particules solides (nourriture et
fèces essentiellement) se déposent sous les installations piscicoles et
tendent à s’accumuler dans le sédiment. Cette accumulation dépend,
d’une part, de la taille des particules et de leur vitesse de chute et,
d’autre part, de la dispersion liée à la dynamique. Le cas échéant, elle
enrichit le sédiment dans les 10 à 15 premiers centimètres en carbone
organique et en nutrilites.
Cet enrichissement a pour conséquence directe l’augmentation de la bio-
masse bactérienne, avec un glissement progressif des formes aérobies
vers les anaérobies. Dans les cas extrêmes, il peut y avoir formation de
gaz, tels le méthane et l’hydrogène sulfuré, qui peuvent être relargués
dans la colonne d’eau, notamment en période estivale.
L’impact le mieux déterminé est celui qui s’exerce sur le macroben-
thos. Dans les conditions les plus défavorables, une zone polluée, et
parfois azoïque, est observée immédiatement sous les cages (cas de cer-
tains fjords ou lochs à la dynamique très faible ou nulle près du fond).
L’appauvrissement de la macrofaune peut s etendre jusqu'à 40 m autour
des cages. Au-delà, et jusqu’au retour à la normalité, l’enrichissement
modéré du sédiment entraîne le développement d’une faune abondante
mais peu diversifiée. Cependant, l’impact mesurable sur le fond reste
toujours très limité dans l’espace et ne dépasse guère une centaine de
mètres autour des installations. En milieu bien renouvelé, il est peu
visible, voire difficile à mettre en évidence (fig. 4).
106
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
Figure 4
Le fond marin à proximité
d’une pisciculture marine
en cages dans un site à fort
renouvellement (Cherbourg).
Période 1993-1995,
biomasse 140-350 t
de truites fario (Merceron
& Kempf, 1995).
Sédiment, fraction fine (a) : pas d’augmentation sous la ferme, en raison d’une accélération du
courant entre cages et fond.
Fèces : accumulation temporaire de matériel frais en petites taches limitées aux irrégularités
du fond (visibles en plongée ou par video sous-marine).
Métaux traces, Cu, Zn (b) : augmentation sous la ferme, dans les limites des valeurs normales
pour la zone.
Biomasse : pas d’altération (en moyenne 11 g/m2 mat. sèche).
Faune : quelques indicateurs d’un enrichissement limité (e.g. Melinna palmata), quelques détri-
tivores attirés par l'effet de récif (Paguridae, Callionymus lyra, Nassarius reticulatus, Nephtys
hombergii).
Maîtrise des rejets
Réduction des apports
Une réduction des intrants peut être obtenue par une action conjoin-
te sur les aliments (tenue à l’eau et flottabilité, digestibilité, adapta-
tion aux espèces et à lage des poissons) et sur la conduite des élevages
(rationnement en fonction des besoins des poissons, suivi de la consom-
mation). Cet effort, justifié par l’économie et le respect de l’environ-
nement, se traduit par une amélioration constante des taux de trans-
formation alimentaire.
107
Aquaculture et environnement : poissons marins
De plus, l’azote excrété peut être contrôlé par la quantité mais aussi par
la qualité de l’aliment. Dans une certaine mesure, une fois les besoins
protéiques du poisson couverts, il est en effet possible de limiter la
production d’énergie issue de la dégradation des protéines en rempla-
çant celles-ci par d’autres sources d’énergie, en particulier par des lipides
(aliments dits de « haute énergie »). Cette optimisation conduit alors
à une réduction de la perte azotée par excrétion et à une augmentation
de la proportion d’azote retenue dans l’animal.
Choix du site
Le choix d’un site dispersif est primordial pour réduire au maximum
les impacts potentiels et assurer aux poissons ies meilleures conditions
de vie. Pour les élevages en bassin, le rejet dans une zone très brassée
ou la possibilité de disposer d’un espace de lagunage sur le transit des
effluents sont à rechercher.
Traitement des effluents
Enfin, le circuit fermé, avec traitement des effluents, constitue une
voie prometteuse (Blancheton et al., 1996). En pisciculture marine,
cette technique est déjà effective sur de petits volumes et de faibles
biomasses (géniteurs, écloseries, prégrossissement). Peu réaliste sur cages,
elle fait actuellement l’objet d’expériences pilotes et de démonstrations
pour le grossissement en bassins à terre. Elle fait appel à la filtration et
à la sédimentation, au traitement biologique et physicochimique, au
lagunage avec production de biomasse végétale. Ce système permet de
limiter considérablement les besoins en eau fraîche ainsi que les rejets
directs dans l’environnement. Les déchets solides sont concentrés et
peuvent être éliminés ou valorisés par d’autres voies.
L’aquaculture intégrée, également très séduisante et pratiquée en élevage
semi-intensif en eau douce (ex. pisciculture chinoise), en est encore au
stade expérimental en mer. Elle consiste à reproduire une chaîne trophique
artificielle où les rejets des poissons sont utilisés pour la production de
phytoplancton, puis de coquillages. Mais ces deux derniers échelons
sont difficiles à maintenir en conditions optimales synchrones et ne peu-
vent encore satisfaire des impératifs économiques.
Prévision et contrôle
Évaluation prévisionnelle
• L’estimation des apports au milieu se fait en réalité d’après les pré-
visions théoriques de l’élevage : données propres à l’espèce élevée, per-
formances prévisionnelles, taux de conversion alimentaire escompté,
données propres à l’aliment.
Le taux de conversion alimentaire est très dépendant de la pratique pis-
cicole et de la qualité de l’aliment, elle-même variable. Il est en amé-
lioration constante et varie selon les espèces (tab. 1). Il est normalement
légèrement meilleur pour les élevages en bassins que dans le cas de cages
flottantes, en raison d’un contrôle du rationnement plus efficace.
108
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
Tableau 1 - Taux de conversion alimentaire (en condition de production,
selon espèce et taille, avec aliments standards haute énergie)
(A. Dosdat, com. pers.)
Truite 300 -400 g <1.0
Saumon 1 - 2 kg 1.2 - 1,3
Bar 300 g 1,8 - 2,0
• Les techniques de modélisation utilisées pour les prévisions hydro-
dynamiques (courants instantanés, mouvements à long terme, dilution)
sont évidemment applicables aux piscicultures marines et permettent
une très bonne évaluation prévisionnelle de la qualité dynamique d’un
site ainsi que de la dispersion des rejets dissous (fig. 5). Mais, ce sont
des techniques encore chères et hors de portée d’une petite entreprise.
De plus, leur mise en œuvre requiert une grande connaissance des phé-
nomènes océanographiques, ce qui restreint le nombre des intervenants
potentiels.
Wlesure sur site et caractérisation de l’impact
Rejets dissous
Compte tenu des volumes d’eau en jeu en mer et de leur disponibilité,
surtout dans un site ouvert, il est peu pertinent de s’attacher à certains
paramètres liés au milieu liquide, tel l’oxygène dissous (voire les MES
pour ce qui est des rejets particulaires). Même l’apport d’azote ammo-
niacal (NHp est rapidement dispersé et n’est guère mesurable qu’au
contact de la source. Et, dans ce cas, les concentrations restent faibles
et se rapprochent en quelques dizaines de mètres des valeurs de référence
du site. Par ailleurs, la mesure de l’azote ammoniacal en milieu marin
demande un soin particulier et la seule garantie d’un résultat correct est
une participation du laboratoire d’analyse choisi à un réseau de mesures
et à des exercices réguliers d’intercalibration (Aminot & Kirwood, 1995).
Rejets particulaires
Un effet localisé sur le fond est l’impact potentiel le plus évident en
pisciculture marine, en particulier dans le cas d’élevages en cages. Les
techniques dassiques d etude du sédiment, de la faune et de la flore per-
mettent de le surveiller et, le cas échéant, de le mettre en évidence.
En mer, la seule manière d evaluer quantitativement les rejets solides
consiste à disposer des pièges à particules. Mais ceci nécessite des appa-
reils sophistiqués, autonomes et programmables, ou le recours à des
plongeurs.
Dans des installations en bassins à terre, la mesure des rejets particu-
laires pose également des problèmes d’échantillonnage. Les causes pro-
bables des biais observés sont les effets cle parois dans les bassins et
conduits, la complexité des circuits hydrauliques offrant des zones de
dépôt intermédiaires, la gestion des nettoyages périodiques, l’impos-
sibilité de prélever en continu sur toute la masse d’eau en transit.
109
Aquaculture et environnement : poissons marins
Figure 5
Modèle de prévision des apports en azote dissous total d’un projet de salmoniculture marine,
baie de Morlaix (29). Hypothèse de production : 3 000 t/an. Concentrations normales du milieu en azote
dissous total : 1-12 pmol/1 selon la saison (Modèle Salomon & Breton, 1987).
110
Prévention et contrôle de l'Impact sur l’environnement
Observation macroscopique
L’observation visuelle directe, en plongée ou par vidéo sous-marine,
permet d’avoir une vue rapide de l’état superficiel du fond marin ainsi
que de la vie benthique et, surtout, de détecter des anomalies éventuelles,
indicatrices d’une certaine évolution ou d’une dégradation : concentration
d’animaux attirés par l’apport de nourriture (invertébrés détritivores,
poissons), raréfaction ou absence de vie macroscopique, bactéries fila-
menteuses se développant sur un sédiment anoxique (Beggiatoa)... Mais
la méthode est évidemment peu précise pour les dérives légères, échap-
pant à l’examen macroscopique.
Biogéochimie du sédiment
L’analyse du sédiment renseigne sur son enrichissement éventuel en
matière organique : pourcentage de fraction fine (<60 p), teneur en
matière organique (% MO), teneur en carbone et azote (% C et N),
oxydo-réduction (épaisseur de la couche oxydée et potentiel redox Eh),
respirométrie (échanges d’oxygène eau-sédiment).
Les métaux traces (cuivre et zinc), ajoutés comme oligoéléments aux
rations alimentaires, peuvent être recherchés dans le sédiment. Ils
constituent un traçage de l’élevage beaucoup plus qu’une mesure de pol-
lution car l’augmentation des teneurs, même perceptible, reste faible
en absolu.
Pour tous ces paramètres, les données disponibles dans la littérature sont
généralement trop diverses pour être utilisables. II convient donc de
connaître les valeurs naturelles du site (état de référence antérieur ou
comparaison hors de l’influence de la ferme) et de suivre leur évolution
au cours du temps.
Espèces et communautés benthiques
Plusieurs paramètres biologiques permettent d’établir un bilan de
santé de l’écosystème : espèces indicatrices, indicateurs globaux, totaux
et par groupes taxonomiques (abondance ou nombre d’individus, bio-
masse ou poids en g/m2, richesse spécifique ou nombre d’espèces,
diversité, régularité).
En mer, cette méthode très sensible est lourde, coûteuse et exigeante en
moyens, en temps, en personnel très spécialisé. Elle est donc à réserver
aux cas les plus importants : étude d’impact des projets d’une certaine
ampleur, surveillance de sites à problèmes. Si nécessaire, elle est à uti-
liser en complément d’autres observations et paramètres plus rapides
d’accès (observation directe, biogéochimie du sédiment).
Conclusions, recommandations
Les particularités du milieu marin conduisent en effet à toujours pri-
vilégier les capacités dispersives du site, à mettre en évidence le choix
des paramètres à prendre en compte et celui d’une stratégie adaptée et
cohérente dans sa chronologie (conception du projet, prévision d’im-
pact, surveillance).
lll
Aquaculture et environnement : poissons marins
• Dans la préparation d’un projet de pisciculture, les préoccupa-
tions d’environnement sont à prendre en compte très en amont. Il
convient que le promoteur contacte très tôt l’Administration ainsi que
les scientifiques et techniciens sur ce sujet afin d'examiner à temps les
sites disponibles et les options techniques qui en découlent. Dans le choix
de l' implantation, les capacités dispersives sont primordiales.
• Pour 1 etude d’impact et le dossier d’autorisation, les particula-
rités individuelles du site sont primordiales en milieu marin. Ceci
nécessite généralement une approche au cas par cas, adaptée à ces carac-
téristiques et à l’importance du projet. Un cahier des charges est à défi-
nir avcc les partenaires ainsi que, s’il y a lieu, des clauses particulières
à prévoir dans l’arrêté d’autorisation (paliers, niveau de surveillance
par exemple). En eftet, si le projet est important, il convient de s’entendre
sur une progression par paliers de production assortis d'une surveillance
adaptée. De plus, afin de ne pas bloquer le processus administratif par
une étude longue et coûteuse en préalable à toute décision, une auto-
risation sous conditions résolutoires peut être conseillée si le pètition-
naire s’engage sur un cahier des charges précis pour l’étude d’impact
et la surveillance ultérieure.
• Le besoin de surveillance et l’importance qu’il convient de donner
à celle-ci sonr à définir dans les clauses particulières de l’arrêté d’au-
torisation. Cette surveillance doit être adaptée aux caractéristiques du
site ainsi qu’à celles du projet. II y a lieu d’y prévoir un gradient dans
l’effort qui tienne compte de ces données, de la chronologie et des
constats successifs (le cas échéant, existence et importance de l’impact) :
observation visuelle, puis analyse du sédiment, enfin recours aux indi-
cateurs biologiques si nécessaire. L’exploitant doit être associé à cette
surveillance (livre de bord ou cahier d’élevage) pour la fourniture des
données d elevage et autres observations indispensables à 1'etablissement
de bilans et à la compréhension des résultats.
Enfin, le coût élevé et la complexité des mesures et analyses en milieu
marin recommandent une certaine pondération et une grande pertinen-
ce dans les prescriptions. Les études nécessaires à une bonne perception
de l’environnement dépassant souvent les enjeux d’un projet aquacole,
surtout si celui-ci est de taille moyenne ou modeste, un partage des frais
et des tâches entre le pétitionnaire et la collectivité est à rechercher : le
premier est responsable de la prévision et du suivi de son exploitation
ainsi que de l’impact potentiel, la seconde se doit d’apporter la connais-
sance générale de la zone permettant la compréhension du problème.
112
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
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Aquaculture et environnement : poissons marins
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114
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Impact environnemental
des médicaments vétérinaires :
bases scientifiques de la législation
communautaire
Guillaume Blanc(1) Jean-Christophe Raymond(2), Hervé Le Bris(l)
(1) Unité associée Inra/ENVN de chimiothérapie aquacole et environnement,
école nationale vétérinaire de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03
(2) Savu - CNPMEM, 81 rue Berthe Morisot, 34430 Saint-Jean-de-Védas
Introduction
L’emploi de la chimiothérapie en aquaculture est appelé à demeurer
incontournable ; en effet, les mesures alternatives, souches génétiquement
résistantes (Chevassus & Dorson, 1990), vaccins et immunostimulants
(Anderson, 1992 ; Ellis, 1 988) sont en cours de développement, ou de
portée limitée en raison des difficultés technico-économiques de leur
application ou d’une efficacité limitée sur le terrain (Rodgers, 1991).
Mentionnons cependant l’indéniable succès dans le modèle salmonicole
norvégien de quelques vaccins développés pour un très faible nombre
d’affections bactériennes ou virales. Par ailleurs, l’expansion de nouvelles
filières (bar, turbot, silure, esturgeon, tilapia...) et l’apparition de
nouveaux agents pathogènes rendent le recours à la chimiothérapie
indispensable.
Ainsi, le succès du développement de l’aquaculture restera largement
dépendant des médicaments et des désinfectants, auxiliaires de la déci-
sion thérapeutique du vétérinaire.
Depuis plus de 20 ans, les législations communautaires réglementent
la mise sur le marché des substances zoosanitaires ; les additifs ali-
mentaires y ont été soumis ciès 19701 ; les agents chimiothérapeutiques
et les vaccins depuis 19812. Les objectifs visés par ces textes commu-
nautaires peuvent être regroupés en deux catégories primordiales (Pinault
& Milhaud, 1993) : l’harmonisation des législations relatives aux médi-
caments vétérinaires, à leur évaluation et à leur fabrication dans les
États membres, d’une part, l'evaluation du risque médicamenteux,
d’autre part. Cette dernière catégorie d’objectifs a connu un récent
développement dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la
conservation de l’environnement.
1. Directive 70/524/CEE du 23 novembre 1970 modifiée par les directives 84/587/CEE et
94/40/CEE.
2. Directives 81/851/CEE JOCE L 317 du 6 novembre 1981, p. 1 et 81/852/CEE JOCE L 317
du 6 novembre 1981, p. 16.
115
Aquaculture et environnement : polssons marins
Les fondements des exigences réglementaires en matière
de conservation de l’environnement
Cette préoccupation de conservation de l’environnement remonte à
1984 pour les additifs alimentaires et fut amendée par la directive de
la commission 94/40/CEE3. Ce texte a rendu obligatoire l’étude des rési-
dus excrétés. En ce qui concerne les médicaments vétérinaires, la direc-
tive 92/18/CEE définit les exigences environnementales des médicaments
vétérinaires. En effet, elle a introduit des exigences supplémentaires en
matière de conservation de l'environnement notamment; la partie 3,
intitulée « Essais d’innocuité et études de résidus », comprend désormais
un alinéa relatif à l’environnement. Elle précise que, les médicaments
vétérinaires génériques exceptés, levaluation de l’innocuité environ-
nementale de tous les médicaments vétérinaires doit être réalisée y
compris pour les produits immunologiques ; pour les vaccins à base
d’OGM (organismes génétiquement modifiés), des exigences spéci-
fiques de conservation de l’environnement sont également à prendre en
compte4,5. En outre, le comité des médicaments vétérinaires européens
(CMV ou CVMP, Comity for Veterinary Medical Products) a recom-
mandé d’appliquer cette évaluation aux anciennes substances à l’occa-
sion du renouvellement quinquennal des AMM (autorisation de mise
sur le marché).
Cette évaluation a pour but d’estimer les valeurs acceptables des médi-
caments vétérinaires potentiellement toxiques dans l’environnement et
de rechercher toutes les précautions d’emploi permettant de réduire leurs
effets. Ce double objectif autorise le maintien sur le marché cles médi-
caments vétérinaires ayant un impact environnemental évalué, pour
autant que des précautions d’emploi soient préconisées par le fabricant.
Les aspects techniques et scientifiques en matière de conservation
de l'environnement
L’étude de la sécurité environnementale des médicaments vétérinaires
a été précisée récemment par le CMV sous la forme des deux lignes direc-
trices6,7 .
3. Directive 94/40/CEE de la Commission du 22 juillet 1994 modifiant la directive 87/153/CEE
du Conseil portant fixation de lignes directrices pour l’évaluation des additifs dans l’alimentation
des animaux.
4. Directive 90/220/CEE du 23 avril 1990 relative à la dissémination volontaire d’organismes
génétiquement modifiés dans l’environnement, JOCE L 117 du 8 mai 1990, p. 15.
5. Directive 90/219/CEE relative à l’utilisation confinée de microorganismes génétiquement
modifiés, JOCE L 117 du 8 mai 1990.
6. « Environmental risk assessment for veterinary medicinal products other than gmo-containing
and immunological products » dont la date d'entrée en application est fixée au 1er janvier 1997
pour les nouvelles substances; le CVMP a recommandé d'appliquer cette évaluation aux
anciennes substances à partir du 1er janvier 1998 et pendant les cinq années à suivre à l'oc-
casion du renouvellement quinquennal des AMM.
7. « Environmental risk assessment for immunological vetermary medicinal products » dont la
date d’entrée en application est fixée au 1er février 1997 pour les nouvelles substances.
116
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
La stratégie retenue pour étudier la sécurité environnementale des
médicaments vétérinaires est fondée sur l’analyse des risques. Elle com-
porte quatre objectifs dont les finalités sont les suivantes (voir fig.) :
- l’identification du danger : préciser la nature du danger (substan-
ce parente et/ou métabolites pertinents), évaluer l’exposition des com-
partiments concernés de l’environnement (concentration environne-
mentale prévisible et éventuellement biodisponibilité);
- la caractérisation du danger : évaluer le potentiel toxique et les
autres effets défavorables éventuels des molécules qui seront effective-
ment présentes dans ces compartiments ;
- l’évaluation du niveau de risque : apprécier la probabilité des effets
défavorables selon les conditions prévisibles d’exposition de l’environ-
nement ;
- la gestion du risque : préconiser des règles et/ou des recommanda-
tions d’usage du médicament et éventuellement de traitement des rejets
pour préserver l'environnement.
Ces quatre objectifs stratégiques ont été regroupés par le législateur en
étapes successives et indépendantes : l’estimation de la somme des expo-
sitions de l’environnement d’une part, l’estimation de la somme des effets,
d’autre part.
Présentation schématique
de l'évaluation réglementalre
de l’impact environnemental Etape 1 Évaluation des substances qui ne conduiront
des médicaments vraisemblablement pas à une exposition importante
vétérinaires. de l'environnement lors de l’utilisation recommandée.
Exposition significative attendue.
Produits considérés comme présentant un risque
potentiel pour l'environnement.
Étape 2 - Partie A -
D’emblée obligatoire
Identification des produits qui conduiront à un impact
pour les mv destinés
nuisible at si nècessaire évaluation del'efficacité
aux espèces aquatiques
des stratégies de gestion des risques.
Etape 2 - Partie B
Emploi de tests spécifiques pour caractériser
les effets néfakes sur l’environnement.
117
Aquaculture et environnement : poissons marins
Étape 1
L’objectif de la première étape est de déterminer si l’utilisation et l’éli-
mination du médicament vétérinaire, de ses principes actifs et métabo-
lites majeurs peuvent conduire à une exposition de l’environnement.
Cette étape doit être construite comme une base décisionnelle sur les don-
nées déjà disponibles dans le dossier d’AMM pour apprécier si le médi-
cament vétérinaire doit faire ou non l’objet de l’analyse des risques envi-
ronnementaux (Era, environmental risk assessment) prévue à l’étape 2.
Cette base décisionnelle prendra en compte l'utilisation conforme au
résumé des caractéristiques du produit (RCP) du médicament vétérinaire
et notamment :
- les espèces de destination et le mode d’emploi proposé;
- le mode d’administration et notamment la possibilité d’un passage
direct dans les écosystèmes concernés ;
- l’excrétion éventuelle dans l’environnement du produit, de ses prin-
cipes actifs et métabolites, ainsi que leur persistance dans ces excrétions ;
- l’élimination des produits non utilisés ou des déchets.
11 n’est pas înutile de remarquer que l’on doit également prendre en
compte les autres emplois du principe actif contenu dans le médicament
vétérinaire, par exemple son utilisation comme pesticide ou additif en
alimentation animale.
Cette évaluation primaire des risques environnementaux fait appel, le
plus souvent, à l’estimation d’une concentration environnementale pré-
visible8 (PEC). Remarquons que la PEC se calcule pour chaque com-
partiment de l’environnement et varie dans le temps au fur et à mesure
que le médicament vétérinaire se dégrade et se dilue. Les calculs réali-
sés pour cette première étape sont des cas extrêmes, à proximité du point
initial d’entrée du médicament vétérinaire dans les compartiments per-
tinents de l’environnement. En fonction du niveau de l’exposition pré-
visible, la seconde étape, plus détaillée, peut être rendue nécessaire.
Tous les médicaments vétérinaires entrant directement en contact avec
le milieu aquatique, c’est-à-dire la grande majorité des médicaments
vétérinaires destinés aux espèces aquatiques passent obligatoirement
à l’étape 2.
Lors de la seconde étape, il incombe à l’expérimentateur de décider s’il
est nécessaire d’effectuer des recherches complémentaires spécifiques sur
les effets du produit dans des écosystèmes particuliers, compte tenu de
l’évaluation menée dans la première étape et des renseignements dis-
ponibles sur les caractéristiques physico-chimiques, pharmacologiques
et/ou toxicologiques obtenus au cours des autres études exigées par la
directive pour la constitution du dossier d’AMM.
Étape 2,a
L’objectif de la seconde étape est de réaliser une évaluation de plus en
plus détaillée du devenir possible et des effets potentiels du médica-
8. Predictible Environmental Concentration.
9. Predictible No Effect Concentration.
118
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
ment vétérinaire (substance parente et métabolites majeurs) dans les
compartiments de l’environnement. Ceci se traduit par le calcul d’un
rapport entre deux concentrations : la PEC et la concentration prévi-
sible sans effets environnementaux9 (PNEC). Le produit présente d’au-
tant moins de risques que le rapport est faible, la valeur seuil étant
l’unité (voir tab., p. 120).
Il est important d’utiliser ici toute la documentation nécessaire à l’ana-
lyse des risques environnementaux. Celle-ci doit comprendre les don-
nées physico-chimiques, les données pharmaco-toxicologiques obtenues
au cours des autres études exigées par la directive pour la constitution
du dossier d’AMM. Des études complémentaires sur la persistance et la
dégradation de la substance active et de ses métabolites dans différents
compartiments de l’environnement, des études toxicocinétiques pour
déterminer les effets sur les organismes aquatiques et d’autres orga-
nismes auxquels le produit n’est pas destiné sont nécessaires.
Letude de la dégradation du médicament vétérinaire et de ses méta-
bolites majeurs dans les compartiments concernés de l’environnement
doit tenir compte des propriétés physico-chimiques du produit, de l’in-
fluence de la lumière, du pH et de facteurs biologiques éventuelle-
ment. La cinétique d’élimination du produit des compartiments envi-
ronnementaux intéressants peut également donner des informations
utiles sur le devenir du médicament vétérinaire dans l’environnement
et contribuer à une meilleure évaluation des PEC.
L’étude des effets du médicament vétérinaire est fonction des écosys-
tèmes et des biocénoses qu’il est susceptible d’affecter :
- pour les animaux terrestres, il peut être nécessaire de déterminer les
effets immédiats des résidus excrétés sur la faune coprophage, les effets
aigus sur la faune sauvage terrestre, les oiseaux coprophages en particulier,
les effets potentiels à long terme sur la faune coprophile et la biodégra-
dabilité des excréments. De plus, le lessivage possible à partir des déchets
animaux doit être pris en compte s’il est susceptible de contaminer des
zones d’élevages, piscicoles et conchylicoles en particulier;
- pour les animaux aquatiques, il est nécessaire de déterminer la concen-
tration létale 50 chez une espèce de poisson dulçaquicole ou marine,
la concentration efficace 50 chez la daphnie ou une espèce de crustacé
marin ainsi que pour une espèce d’algue dulçaquicole ou une microalgue
marine, en première approche.
Lemission aérienne, négligeable pour une grande majorité de substances,
doit être prise en compte aussi par le fabricant dans cette étape.
Ces études expérimentales, conduites indépendamment sur quelques
espèces de laboratoire, sont utilisées pour prédire les concentrations
sans effets prévisibles dans des écosystèmes et pour des biocénoses
variées. Une extrapolation est donc nécessaire pour prendre en comp-
te les différentes sources de variabilité et protéger les communautés
écologiques présentes dans les écosystèmes des effets à court terme
comme des effets à long terme du médicament vétérinaire. Un facteur
cle sécurité (10 à 1 000) est appliqué à la plus faible L(. 50 obtenue pour
estimer la PNEC dans différents compartiments de l’environnement.
119
Aquaculture et environnement : poissons marins
Etapes de l’évaluation des risques environnementaux des médicaments vétérinaires
destinés aux espèces piscicoles.
Cible des études Étape 1 Étape 2.a Étape 2.b
Objectifs Evaluation du degré Identifïcation des produits Etudes spécifiques des effets
généraux d’exposition potentielle susceptibles d’entraîner un effet néfastes pour l’environnement.
de l’environnement néfaste pour l’environnement. Les effets néfastes pour l’envi-
au médicament vétérinaire Evaluation du devenir et de certains ronnement sont considérés
et à ses métabolites majeurs effets du médicament vétérinaire comme acceptables ou non
lors d’une utilisation dans l’environnement. compte tenu des études spéci-
conforme au RCP10. Démonstration de l’efficacité fiques prévues et de la balance
Si une exposition des stratégies de gestion des risques bénéfices/risques.
significative est attendue environnementaux si nécessaire. Des mesures spécifiques
ou si les produits Si les produits sont considérés comme pour réduire ces risques
sont considérés comme potentiellement dangereux et si aucune sont un préalable pour utiliser
potentiellement néfastes mesure de gestion des risques le médicament vétérinaire.
pour l’environnement11 : environnementaux n’est proposée
voir 2.a. par le fabricant : voir 2b.
Propriétés Coefficient de partage octanol/eau
(Kow).
physico-chimiques
Coefficient d’adsorption
eau/sédiment12.
Devenir dans Détermination des demi-vies Étude dans les sédiments
les compartiments d’hydrolyse et de photolyse. en microcosmes et mésocosmes.
de l’environnement Cinétique d’élimination de la substance Étude de la dispersion
active des compartiments pertinents en milieu aquatique .
de l’environnement.
Etude d’adsorption et de biodégradation
en système eau/sédiment.
Étude de bioaccumulation13
Effets biologiques Étude de toxicité aiguë chez une espèce Étude en microcosme/méso-
de poisson d’eau douce ou marine15. cosme/terrain/cage-
Étude des effets toxiques sentinelle/pour les crustacés
chez la daphnie ou une larve benthiques.
de crustacé marin. Étude des effets
Étude des effets toxiques chez une algue sur les communautés
d’eau douce ou une microalgue marine. microbiennes en microcosme.
Études supplémentaires de toxicité
aiguë ou chronique chez des espèces
aquatiques additionnelles16.
Études de toxicité chez des espèces
vivant dans le sédiment.
10. Résumé des caractéristiques du produit.
11. Les médicaments vétérinaires ayant une grande probabilité d'être concernés sont les médicaments vétérinaires présents
dans les prémélanges médicamenteux qui sont utilisés à large échelle chez les animaux de rente, certains médicaments vétéri-
naires dont la rémanence est longue et qui ont un effet sur les invertébrés, les poissons et les végétaux ainsi que certains médi-
caments vétérinaires utilisés chez les poissons.
12. Si le rapport PEC/PNEC est supérieur à 1, ou si le Kow est supérieur à 1 000 ou si le temps de dégradation 50 dans feau
est supérieur à 14 |ours.
13. Des données complémentaires sur la dégradation de la molécule doivent être obtenues pour déterminer si la période d’ex-
position est suffisante pour conduire à une bioaccumulation.
14. Cette étude n'est pas obligatoire pour les médicaments vétérinaires administrés par voie orale bien que la libération à par-
tir de l’aliment non consommé et l’excrétion doivent être prises en compte.
15. Ces données seront générées pour le médicament vetérinaire dans son ensemble, le principe actif uniquement ou/et les
métabolites ayant une signification toxicologique.
16. Espèces pélagiques.
120
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Pour les substances dont le ratio PEC/PNEC est supérieur à 1, les sub-
stances susceptibles de persister dans l’environnement ou celles sus-
ceptibles de s’adsorber sur la matière organique, des études plus appro-
fondies sont nécessaires (voir tab., p. 1 20).
L’analyse des risques environnementaux peut être conclue à l’étape 2a
si l’on démontre par les études précédentes que le composé ne présente
pas de risques significatifs pour l'environnement ou que les stratégies
appropriées de gestion de ces risques, proposées par le fabricant, assu-
rent qu’il n’y a aucun risque environnemental lors de l’utilisation et de
l'elimination du produit. Dans le cas contraire, une évaluation plus
poussée prévue à l'étape 2b est nécessaire.
Étape 2.b
Seules les recommandations spécifiques des médicaments vétérinaires des-
tinés aux espèces aquatiques sont prises en compte ci-dessous. Dans
cette étape, les médicaments vétérinaires devront faire l’objet d’examens
complémentaires et approfondis. Citons notamment les études sur le deve-
nir du produit dans les sédiments ainsi que des études sur la dispersion
en milieu aquatique, les effets sur les communautés microbiennes et les
crustacés benthiques conduites en microcosmes et mésocosmes, puis sur
le terrain (monitoring en cages).
Si le médicament vétérinaire présente un risque pour certaines espèces
de la faune ou de la flore aquatiques, le fabricant devra proposer des pro-
cédures de gestion des risques qui seront suivies lors de son utilisation.
Ces procédures devront démontrer que les effets environnementaux du
médicament vétérinaire sont minimisés.
Les médicaments vétérinaires destinés aux espèces aquatiques sont
considérés comme ayant une forte potentialité écotoxique et l’étude
de leur devenir et de leurs effets potentiels dans Environnement doit
faire l’objet d’une évaluation détaillée qui peut être considérée comme
l’une des plus contraignantes.
Toutefois, la stratégie proposée d’analyse des risques environnementaux
procède par étapes progressives, de plus en plus exigeantes et spécifiques.
Cette progression va de pair avec les conditions d’essais ; à partir des
études de laboratoire initiales jusqu’aux études en microcosmes et méso-
cosmes, on aboutit aux conditions peu contrôlables mais bien réelles
de terrain. L’analyse du risque fait la synthèse de ces éléments ; elle pro-
cure des garanties en refusant l’autorisation de mise sur le marché des
produits écotoxiques sans restreindre le développement de produits
plus acceptables pour Environnement.
Conclusion
Les finalités premières des législations sur la pharmacie vétérinaire sont
la protection du consommateur et la conservation de l’environnement ;
l’ensemble de la construction juridique actuelle a été progressivement
adaptée pour remplir ces missions.
121
Aquaculture et environnement : poissons marins
Ces objectifs passent par l'encadrement réglementaire de la production,
de l’utilisation et de l’évaluation des médicaments vétérinaires. Les
garanties indispensables sont apportées dans la pratique par la réalisa-
tion et la validation d’études dont les objectifs sont définis clans le dos-
sier d’AMM, d’une part, et par l’utilisation du médicament vétérinaire
sous la responsabilité d’un prescripteur habilité, d’autre part. En aval,
les aquaculteurs sont des partenaires indispensables pour une bonne
application de la chimiothérapie prescrite. Ils doivent demander au
prescripteur les informations nécessaires pour être pleinement conscients
des conséquences de leurs actes dans l’application des traitements.
L’évolution de ces législations a considérablement renforcé le niveau des
exigences des dossiers d’AMM et l’on peut s’attendre à ce que des pro-
grès significatifs, tant méthodologiques que conceptuels, soient encore
réalisés dans le domaine de l’évaluation de la sécurité des médicaments
vétérinaires dans un proche avenir. Cependant, cette évolution doit
tenir compte des contraintes économiques de ces productions à volumes
faibles. Une adaptation de l’exemple américain, basé sur la coopération
directe du législateur et d’organismes de recherches pour le dévelop-
pement de méthodes alternatives, autorisant l’extrapolation à partir
d’autres espèces, pourrait être fort utile à la profession aquacole.
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122
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
L’aquaculture marine face
à la procédure des installations classées :
rigueur du principe et pratique diversifiée
Marie-Christine Miner
Maître de conférences, UBO, faculté de droit et des sciences économiques, centre de droit
et d'économie de la mer (Cedem), 12 rue de Kergoat, 29285 Brest
Résumé
La procédure « installarions classées » est issue de la loi du 19 juillet
1976 relative aux installations classées pour la protection de l’environ-
nement. Instrument de la politique environnementale, 1 autorisation
d’exploitation imposée par cette législation s’applique à toutes les entre-
prises de pisciculture marine. Elle nécessite une procédure lourde et
rigoureuse (étude d’impact, enquête publique) qui semble inégalement
appliquée. Les arrêtés d’autorisation délivrés par les préfers fixent par
ailleurs des prescriptions techniques c]ui peuvent varier selon 1 impor-
rance des exploitations.
Le thème de ces journées « Aquaculture et Environnement » doit être
replacé dans son cadre juridique, eu égard notammenr aux grands prin-
cipes posés par le droit de l’environnement.
La loi de 2 février 1995, dite « loi Barmer », relative au renforcement
de la protection de l’environnement1 réaffirme que la protection, la
mise en valeur et la gestion de l’environnement sont d’intérêt général
et concourent à l’objectif de développement durable.
Elle modifie notamment l’article 1 de la loi du 10 juillet 1976 sur la
protection de la nature2 en précisant que « les espaces, ressources et milieux
naturels, les sites et paysages. les espèces animales et végétales, la diversité et les
équilibres biologiques auxquels ils partiapent font partie du patrimoine com-
mun de la nation ».
Cette loi de 1995 introduit par ailleurs dans notre droit les grands
principes consacrés au niveau international et communautaire : le prin-
cipe d’action préventive et de correction3 et le principe de précaution1
inspirés de l’article 130 R du traité sur l’Union européenne ainsi que
du 15 principe de la déclaration de Rio de Janeiro de 1992.
e
1. J.O. 3 février 1995, cf. commentaire Morand-Deviller J., AJDA 1995, I, p. 453.
2. J.O. 13 juillet 1976.
3. Le principe d’action préventive et de correction signifie qu’il ne faut pas attendre qu’un risque
ait produit ses effets pour s’en prémunir. Il est présenté dans la loi comme « une action pré-
ventive et de correction, par priorité à la source, des atteintes à l'environnement, en utilisant
les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable ».
4 Le principe de précaution est un principe de prudence tendant à la mise en œuvre de
mesures destmées à prévenir d’éventuels dangers.
123
Aquaculture et environnement : poissons marins
Ne pas attendre qu’un risque ait produit ses effets pour s’en prémunir,
mettre en œuvre des mesures destinées à prévenir d eventuels dangers,
voilà bien des préoccupations, voire des priorités fondamentales en ce
qui concerne tant le milieu terrestre que marin.
Le milieu marin présente toutefois une particularité non négligeable par
rapport au milieu terrestre. En effet, le « contenant », en l’occurrence
l' eau de mer, obéit a un statut particulier : elle est traditionnellement
considérée comme res nullius, c’est-à-dire n’appartenant à personne et
dont l’usage est commun à tous.
Ce régime juridique de l’eau de mer fait aujourd’hui l’objet d’interro-
gations et de réflexions doctrinales. En effet, ce statut a bien vieilli. Est-
il toujours adapté, compte tenu de la multiplication des activités maritimes ?
Il est vrai que la loi du 28 novembre 19635 n’a incorporé au domame
public maritime que le sol et le sous-sol des eaux intérieures et de la
mer territoriale. La jurisprudence, tant de la Cour de cassation6 que du
Conseil d'Etat7, a d’ailleurs toujours réaffirmé ce principe selon lequel
« les eaux de la mer ne font pas partie du DPM ». Toutefois, on peut
legitimement s'interroger sur l'évolution de cette perception juridique
traditionnelle des eaux territoriales8.
Le développement des activités maritimes et la nécessité de maintenir
une eau de mer de qualité ont d’ailleurs contribué à faire évoluer l’esprit
de notre législation. Ainsi, dans le prolongement de la loi pêche du
29 juin 1984 qui précise que « la préservation des milieux aquatiques et
la protection du patrimoinepiscicole sont d’intérêt général », la loi sur l’Eau
du 3 janvier 1 992 dispose dans son article 1er que •• l'eau fait partie du
patrimoine cornmun de la nation. Sa protection, sa mise en valeur et le déve-
loppement de la ressource utilisable dans le respect des équilibres naturels sont
d'intérêt général ».
De la notion de res nullius à celle de « patrimoine commun de la nation »,
n’est-ce pas augurer de la reconnaissance d’une certaine patrimonialisa-
tion de l' eau de mer et, en tout cas, l’admettre comme composante de la
domanialité publique?
Cette interrogation peut d’ailleurs trouver un prolongement dans le
fait que le régime juridique de l’eau de mer n’est pas celui d’une totale
liberté d’usage. L’État, traditionnellement, agit sur l’eau ; il y exerce son
pouvoir de police afin, notamment, de garantir la qualité du milieu
marin. En matière de pisciculture marine, du fait de l’intensification
des élevages, il s’agit notamment de maintenir des qualités de rejets
acceptables.
5. J.O. 29 novembre 1963, p. 10643.
6. Cass. Civ. 26 novembre 1918, Proux contre Courcoux, D. 1923, I, p, 103; Cass. Civ. 15
et 23 février 1943, admmistration des douanes contre Cie française des câbles télégraphiques,
D. 1944, I, p. 53, note Rousseau.
7. C.E. 27 juillet 1984, ministère de la Mer contre Dame Galli, AJDA 1985, II, p. 47, note
Rezenthel et Pitron.
8. Cf. notamment Calderaro N. , « Droit du littoral », L'actualité juridique, collection Le Moniteur,
Paris, lre édition, 1993, p. 42; Inserguet-Brisset V. , « Propriété publique et environnement ».
L.G.D.J., coll. bibl. de droit de l'urbanisme et de l’environnement, Paris, 1994, tome 1, 34-379.
124
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
Le maintien de la qualité des eaux et la réduction des nuisances ne sont
pourtant pas nouveaux. De la notion d'exercice abusif du droit de pro-
priété déjà énoncé en droit romain dans le code de Justinien, visant à
limiter les nuisances causées aux tiers, aux principes de précaution et
d’action préventive de l’article 130 R du traité de l’Union européenne,
l’objectif est bien celui de la protection de l’homme et de son envi-
ronnement.
En France, la première véritable réglementation sur les établissements
dangereux, donc susceptibles de polluer le milieu aquatique, a été fixée
par un décret impérial du 15 octobre 1810. Ce texte, il est vrai, ne
s’appliquait qu’aux établissements du secteur de l’industrie mais conte-
nait déjà les grands principes de la législation sur les installations clas-
sées (nomenclature, autorisation préalable, enquête publique)9.
Ce régime, considéré comme trop rigide, fut modifié dans un sens plus
libéral par la loi du 1 9 décembre 1917 relative aux établissements dan-
gereux, insalubres ou incommodes, qui s’efforce de concilier les prin-
cipes de liberté du commerce avec les intérêts de la salubrité et de la
sécurité publiques.
Le régime de 1917 renforce les sanctions à l’égard des contrevenants ;
il assouplit également la réglementation dans un sens plus libéral en
créant une catégorie d’installations soumises simplement à déclaration
(établissements ne présentant que des inconvénients jugés mineurs). Tou-
tefois, le texte de 1917 ne visait que les établissements industriels et
commerciaux, à l’exclusion notamment des établissements agricoles.
La volonté de l’Administration de renforcer ses pouvoirs, la nécessité
d’élargir la législation à la protection de la nature et de l’environnement
ont conduit le législateur à modifier le régime des installations clas-
sées par la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations
classées pour la protection de l’environnement10, complétée par le
décret du 21 septembre 197711.
D’« établissements » à « installations », le glissement de l’intitulé
consacre la pratique et la jurisprudence administratives qui considé-
raient depuis longtemps que le classement ne portait pas tant sur des
« établissements » que sur des activités ou des opérations dangereuses,
incommodes ou insalubres.
La loi de 1976 étend ainsi son champ d’application en permettant
d’agir sur toutes les activités génératrices de nuisances ; elle ajoute aux
activités industrielles traditionnelles les activités de l’agriculture et, par
extension, celles de l’aquaculture.
Par ailleurs, les installations sont désormais classées en deux catégories :
la première, dite « A », est celle où se trouvent les installations sou-
mises à autorisation ; la seconde, dite « D », comprend les installations
soumises à déclaration (régime « allégé »).
9. Ce régime juridique de prévention des pollutions industrielles est une des plus anciennes
réglementations du droit de l’environnement.
10. J.O. 20 juillet 1976.
11. J.O. 8 octobre 1977.
125
Aquaculture et environnement : poissons marins
Instrument de la politique environnementale, la législation « installa-
tions classées » fait aujourd’hui partie intégrante du droit de l’aquacul-
ture et, plus particulièrement, du droit des piscicultures marines.
Ces exploitations sont ainsi soumises à une procédure d’installation
rigoureuse quoiqu’encore partiellement appliquée. Quant aux pres-
criptions techniques contenues dans l’autorisation et destinées au suivi
des exploitations, elles restent variables.
La création de l’exploitation : une procédure rigoureuse
mais partiellement appliquée
Pour toute activité polluante ou risquant de porter atteinte à l'environ-
nement, la meilleure prévention passe par l’exigence d’une autorisation
préalable. Ce principe de l’autorisation est classique dans le domaine des
« installations classées ».
Son application à l’aquaculture n’est toutefois pas générale. En effet, la
procédure des installations classées n’intéresse que certaines activités
aquacoles ; sa mise en oeuvre reste par ailleurs inégale.
Le domaine d’application de la procédure à l’aquaculture
• Nomenclature
Pour qu’une activité soit soumise à la législation sur les installations
classées, il suffit qu’elle soit visée par la nomenclature résultant d’un
décret du 20 mai 1953, régulièrement modifié.
Dès 1978, les salmonicultures ont été incluses dans cette nomencla-
ture mais dans la catégorie des établissements soumis à une simple
déclaration12.
Le classement dans la seconde catégorie d’installation (classe D) a fait
l’objet de critiques, notamment des organisations de pêcheurs et des
associations de protection de la nature. La modification de la nomen-
clature, réalisée par un décret du 1 septembre 19821 3 substitue alors
er
le régime complet de l’autorisation à celui de la déclaration.
La rubrique 58-8° de cette nomenclature, intitulée « salmonidés d’eau
douce ou non », va alors permettre d’inclure les salmonicultures marines
dans cette législation, sous réserve d’atteindre une production annuelle
supérieure à 20 tonnes. La Salmor, implantée en baie de Morlaix (Finis-
tère), sera une des premières exploitations de saumons à se voir appliquer
cette procédure, nouvelle dans le domaine de l’aquaculture marine.
Les élevages de loups, daurades ou turbots qui se sont développés dans
le courant des années quatre-vingt sont donc restés, dans un premier
temps, exclus de cette législation, ces espèces piscicoles netant pas visées
dans la nomenclature. On a en effet considéré que cette procédure pou-
vait constituer un frein au développement de ces nouveaux élevages.
12. La déclaration est un régime simplifié qui impose à l’exploitant des prescriptions techniques
générales définies dans chaque département par un arrêté préfectoral sur la base d’un arrêté
type établi par le ministère chargé de l’Environnement.
13. J.O. 4 septembre 1982, p. 2711.
126
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
À partir du moment où ces élevages ont atteint le stade de la produc-
tion, il semblait logique d’étendre la procédure à toutes les espèces de
poissons. Cette harmonisation a été réalisée par le décret du 29 décembre
199314 qui soumet donc actuellement à la procédure de l’autorisation
toutes les exploitations de poissons marins dont la production annuelle
est supérieure à 20 tonnes : rubrique 2130-3° A15
• Installations
La procédure s’applique à toute nouvelle installation mais également
aux transferts, aux transformations ou extensions importantes pour les-
quelles une procédure complète est exigée.
À titre d’exemple, la société Les Salmonidés d’Aquitaine a été autorisée
à exploiter un élevage de salmonidés en eau de mer en rade de Cherbourg
en 1991 pour une production de 1 500 tonnes. La mise en place de nou-
velles structures en 1996, avec une production envisagée de l’ordre de
3 000 tonnes, a nécessité une nouvelle procédure.
• Procédure environnementale
Enfin, dans le but d’éviter toure confusion juridique, il faut rappeler
que cette procédure « installations classées » est une procédure envi-
ronnementale au sens large du terme. Elle est donc indépendante et doit
être mise en œuvre parallèlement à la procédure permettant l’occupa-
tion domaniale, du moins lors de la création.
L’implantation domaniale est régie par le décret du 22 mars 1983 modi-
fié16 qui permet à l’exploitant de cultures marines (pisciculteurs, conchy-
liculteurs...) de s’installer et donc d’occuper une parcelle du domaine
public maritime, voire d’alimenter en eau de mer sa propriété privée.
Cette autorisation d’occupation domaniale, qui remonte dans son prin-
cipe au décret-loi de 1852 sur la pêche maritime17, ne prend pas en
considération les atteintes à l'environnement marin. Elle ne s’attache
qu’à la gestion et à la mise en valeur du domaine de l’Etat.
Les élevages de type traditionnel, c’est-à-dire les élevages de coquillages
(ostréiculture, mytiliculture...), ne sont donc soumis qu’au régime
juridique de l’occupation domaniale alors que les élevages piscicoles relè-
vent de deux procédures distinctes et complémentaires. Le Conseil d’É-
tat, lors de l’implantation de la Salmor et des litiges qu’elle a fait naître,
a d’ailleurs eu l’occasion de le rappeler dans un arrêt du 9 janvier 199118.
14. J.O 31 décembre 1993.
15. Ce seuil ayant été fixé par analogie avec l’eau douce, il est sans corrélation avec l’impact
environnemental en mer selon les études de l'Ifremer.
16. Décret n° 83-228 du 22 mars 1983 fixant le régime juridique de l’autorisation des exploi-
tations de cultures marmes (J.O. 25 mars 1983), modifié par le décret du 14 septembre 1987
(J.O. 15 septembre 1987).
17. B.O.M.M., vol. 29, p. 43.
18. C.E. 9 janvier 1991, société Carantécoise pour le respect de l’environnement et autres
contre société Salmor, non publié.
127
Aquaculture et environnement : poissons marins
Quoique distinctes sur le plan juridique et instruites par des adminis-
trations différentes (direction des services vétérinaires/direction dépar-
tementale des Affaires maritimes), certains stades de ces deux procé-
dures pourraient sans doute à l’avenir être regroupés19. C’est en tout
cas un aspect sur lequel il faudra nécessairement se pencher dans un objec-
tif de simplification administrative.
Les caractéristiques principales de la procédure
Depuis 1 origine de la loi du 19 juillet 1976 sur les installations clas-
sées, cette procédure d’autorisation s’est renforcée, suite aux réformes
successives : les consultations sont en effet plus nombreuses, les dos-
siers plus étoffés, les pouvoirs du commissaire enquêteur ont été ren-
forcés... Par ailleurs, sont prises en compte les capacités financières du
demandeur.
Cette procédure est minutieusement décrite aux articles 2 à 24 du
clécret du 21 septembre 1977 modifié. Elle se caractérise principale-
ment par le contenu de la demande d’autorisation et le régime des
enquêtes, préalables à la décision préfectorale.
• La demande d’autorisation
Adressée au préfet du clépartement où sera implantée l’installation, la
demande d’autorisation doit contenir différentes informations sur le
demandeur et son projet (emplacement, nature et volume de l’activi-
té...) ainsi que certaines pièces rendues obligatoires par le décret de 1977 :
cartes, plans, étude d’impact, étude de danger, notice relative à la sécu-
rité du personnel.
Létude d’impact et l’étude cle danger revêtent une importance parti-
culière, notamment dans le domaine de l’aquaculture.
L’étude d’impact
Inspirée de la législation américaine, letude d’impact connaît aujour-
d’hui de nombreux domaines d’application. En droit de l’environne-
ment, elle représente un document fondamental contribuant à la mise
en œuvre du principe de précaution.
La doctrine lui confère une triple fonction :
- elle est un instrument de conception et de prévision des effets du pro-
jet pour le maître d’ouvrage (celui-ci doit démontrer que les effets de
son projet sont limités pour l’environnement) ;
- elle constitue un outil d’information pour le public (l’étude est tou-
jours rendue publique) ;
- elle permet à l’Administration de s’assurer que le projet envisagé est
compatible avec le respect des préoccupations d’environnement.
En matière de pisciculture marine, il s’agit cle prévenir la pollution et
les atteintes au milieu marin, notamment en évaluant à l’avance les
effets des rejets émis en mer par les poissons.
19. Notamment en ce qui concerne la constitution des dossiers lors des enquêtes préalables.
128
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Instrument de conception, d’information et de décision, l’étude d’im-
pact est au cœur de la procédure de l’autorisation. Issue de la loi sur la
protection de la nature du 10 juillet 1976, elle a bouleversé l’esprit même
des décisions prises dans les procédures administratives.
Des textes récents ont d’ailleurs renforcé ses spécificités. Ainsi, les
décrets du 25 février 199 3 20 et du 9 juin 199421 ont transposé la direc-
tive CEE 85-337 du 27 juin 198522 et instauré un régime juridique
unique pour les études d’impact spécifiques aux installations classées.
Le nouvel article 3-4° du décret du 21 septembre 1977 précise désor-
mais le contenu de l’étude d’impact « installations classées » par déro-
gation aux dispositions de l’article 2 du décret du 12 octobre 197723.
Letude d’impact « installations classées » comporte ainsi différentes
rubriques qui lui servent de trame. On peut citer notamment :
L’analyse de l'état initial du site,
portant notamment sur les richesses naturelles et les espaces naturels
forestiers, agricoles, maritimes ou de loisirs, ainsi que sur les biens
matériels et le patrimoine culturel susceptibles d’être affectés par le
projet.
II s’agit de décrire le milieu naturel qui entoure le site : qualité des
milieux naturels, équilibres biologiques.
En milieu marin, l’expérience semble montrer que le périmètre à prendre
en compte dépend des conditions locales (courants, dispersion, proxi-
mité de zones sensibles). Il est donc fixè au cas par cas mais doit en tout
état de cause présenter un tableau général des différentes utilisations
de la zone maritime, notamment les usages agricoles (irrigations), les
usages de loisirs, pêche, sports nautiques..., ceci dans le respect du
« principe de gestion équilibrée de la ressource en eau »24.
Le juge sanctionne généralement l’absence ou l’insuffisance de l' etat ini-
tial dans l’étude d’impact25. Il sanctionne également les études qui ne
prennent pas en compte les situations résultant de l’existence de ser-
vitudes imposées au titre de législations diverses : urbanisme, protec-
tion des sites... A ainsi été sanctionnée une étude d’impact qui n’in-
diquait pas l’existence d’une réserve naturelle alors que le rejet des eaux
résiduaires de l’installation devait s’effectuer dans un bras de rivière inclus
20. Décret n° 93-245, J.O. 26 février 1993.
21. Décret n° 94-484, J.O. 12 juin 1994.
22. Directive CEE 85-337 du 27 juin 1985 concernant l’évaluation des effets de certains pro-
jets publics et privés sur l’environnement, JOCE L 175 du 5 juillet 1985.
23. Décret n° 77-1141 du 12 octobre 1977 pris pour application de l’article 2 de la loi du
10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, J.O. 13 octobre 1977.
24. Cf. article 2 de la loi sur l’Eau du 3 janvier 1992. II faut rappeler que l’article 11 de cette
loi, dans sa rédaction issue de l’article 69 de la loi n° 95-101 du 2 février 1995, dite « loi
Barnier », prévoit que les règles applicables aux installations classées ayant un impact sur le
milieu aquatique sont exclusivement fixées dans le cadre de la loi du 19 juillet 1976. L'article
69 de la loi de 1995 a toutefois rendu applicable aux installations classées l’article 2 de la loi
sur l’Eau. La législation sur les installations classées doit donc assurer le respect des intérêts
protégés par cet article 2 et le principe de gestion équilibrée de la ressource en eau. C'est ainsi
que l’étude d’impact doit prendre en compte les effets de l’installation sur ces intérêts.
25. T.A. Lyon, 2 décembre 1988, Bost, gazette du Palais 1989, 2, som. 345.
129
Aquaculture et environnement : poissons marins
dans la zone naturelle26. Le tribunal administratif de Pau a par ailleurs
estimé que la situation écologique illicite générée par une piscicultu-
re située en amont de l’installation salmonicole soumise à autorisation
ne peut être regardée comme letat initial du site27;
L’analyse des effets dn prnjet sur l’environnement,
en particulier sur les sites et paysages, la faune et la flore, les milieux
naturels et les équilibres biologiques, sur la commodité du voisinage
(bruit, odeurs...) ou sur l’agriculture, l’hygiène, la salubrité et la sécu-
rité publiques, sur la protection des biens matériels et du patrimoine
culturel.
Le pétitionnaire doit donc procéder à une analyse « très fine » des
conséquences de son projet sur l’environnement. À noter, à côté de la
prise en compte d’éléments naturels, l’introduction de ceux liés au
domaine de l’architecture et de l’esthétique :
- l’analyse cle l’origine, de la nature et de la gravité des inconvénients
susceptibles de résulter de l’exploitation doit également figurer dans
l’étude d’impact : il s’agira ici de déterminer la nature des rejets, leur
gravité, leur volume... ;
- la justification de l’option technique adoptée, notamment du point
de vue environnemental (raisons du choix du projet);
- une autre rubrique mérite elle aussi attention : il s’agit de celle concer-
nant les mesures envisagées par le demandeur pour supprimer, limiter
et si possible compenser les inconvénients de l’installation, ainsi que
l'estimation des dèpenses correspondantes.
Le décret de 1977 (article 4) souligne l’importance de l’impact des mesures
compensatoires sur les principaux intérêts désormais protégés par la loi
de 1976, dont l’eau. De nombreuses décisions de jurisprudence sont
venues constater une insuffisance des mesures prévues pour limiter les
inconvénients, du fait d’indications trop sommaires ou peu précises28.
Le préfet, suite à l’instruction du service chargé de l’inspection des ins-
tallations classées, apprécie si l’étude d’impact qui est présentée est
satisfaisante.
L’étude de danger29
Toute aussi importante que l'étude d’impact, l’étude de danger est une
étude prospective ayant trait aux dangers potentiels de l’installation et
aux moyens de les prévenir et d’y remédier s’ils se matérialisent.
Elle doit ainsi exposer les dangers que peut présenter l’installation en
cas d’accident, en présentant une description des accidents susceptibles
d’intervenir, et justifier de mesures propres à les réduire.
En matière cle pisciculture marine, les accidents pouvant survenir sont
liés soit aux structures (dérive, ouverture des cages...), soit aux animaux
eux-mêmes (mortalité massive).
26. T.A. Lyon, 25 avril 1989, Frapna, req. 8840335.
27. T.A. Pau, 29 décembre 1992, req. 90745.
28. T.A. Rennes, 21 mai 1986, association Rivières de Bretagne, req. 8522 154; C.E. 10 juin
1983, Decroix, rec. p. 255.
29. Article 3-5° du décret du 21 septembre 1977.
130
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Lorsque l'importance particulière des dangers ou inconvénients de l' ins-
tallation le justifie, le préfet peut exiger la production, aux frais du
demandeur, d’une analyse critique d’éléments du dossier justifiant des
vérifications particulières qui doit être effectuée par un organisme exté-
rieur expert choisi en accord avec l’Administration30.
• Les enquêtes 31
Les enquêtes prévues dans le cadre de cette législation ne sont pas à négli-
ger, particulièrement dans le domaine de l’aquaculture. Cette activité
considérée comme source de nuisance et dévoreuse de littoral doit pou-
voir être expliquée. Les usagers du littoral doivent par ailleurs être
informés afin de pouvoir présenter leurs observations.
Dans cette logique, l’enquête publique a pour objet de mettre à la dis-
position de tiers (particuliers, pisciculteurs voisins, associations de
cléfense de l’environnement...) tous les éléments d’information sur le
projet afin que ceux-ci puissent émettre une opinion éclairée avant la
prise de décision par l’Administration.
Cette procédure constitue l’un des points forts de la procédure d’ins-
truction des demandes d’autorisation. Elle découle de la loi du 12 juillet
1983 sur la démocratisadon des enquêtes publiques . 32
Cette enquête se déroule sous la responsabilité d’un commissaire enquê-
teur désigné par le président du tribunal administratif. Il est chargé de
procéder aux différents affichages et publicités ainsi que d’assurer le dia-
logue avec le public.
À la clôture de l’enquête publique, le commissaire enquêteur doit
remettre au préfet ses conclusions motivées, reflétant son opinion per-
sonnelle, ceci après consultation du ou des conseils municipaux33.
Parallèlement à l’enquête publique, une enquête administrative est
destinée à recueillir l’avis de différentes administrations intéressées par
le projet. Instruite par l’inspecteur des installations classées (direction
des services vétérinaires pour les piscicultures), cette enquête permet
de recueillir l’avis de différentes administrations : DDE, DDA, Ddass,
Diren , Ddam, ainsi que de l’Ifremer.
34
30. Cette décision du préfet d’imposer une analyse critique peut intervenir à n’importe quel
moment de la procédure. Elle n’interrompt pas le délai de 2 mois dans lequel le préfet doit adres-
ser le dossier complet au président du tribunal administratif aux fins de désignation du commis-
saire enquêteur. Lorsque l’analyse critique est produite avant la clôture publique, elle doit être join-
te au dossier.
31. Pour une étude détaillée concernant ces enquêtes notamment, se reporter dans cet ouvrage
à la communication de M. David, DSV Quimper.
32. Loi n° 83-630 du 12 juillet 1983, J.O. 13 juillet 1983.
33. Les conseils municipaux sont sollicités dès l’ouverture de l’enquête et doivent exprimer
leurs avis au plus tard dans les 15 jours qui suivent la clôture de l’enquête.
34. La consultation des Diren est une des plus importantes de la procédure consultative orga-
nisée dans le cadre de la procédure unifiée « eau-installations classées ». Ce sont elles qui se
trouvent les mieux placées pour donner une opinion relative à l’impact de l’installation sur !a ges-
tion équilibrée de l’eau et, notamment, sur la compatibilité de cette installation avec les objec-
tifs de qualité qui seront définis dans le cadre des documents de planification dans le domaine
de l’eau. La Diren peut également intervenir auprès du préfet pour déclencher une analyse cri-
tique des éléments de l’étude d’impact lorsque celle-ci sera jugée insuffisante au regard des
intérêts protégés par la loi sur l’Eau (cf. supra).
131
Aquaculture et environnement : poissons marins
L’inspecteur des installations classées est ensuite chargé de synthétiser
les différents avis émis lors des enquêtes devant le conseil départe-
mental d’hygiène55.
Lautorisation est alors accordée sous forme d’arrêté préfectoral, ceci
dans les trois mois à compter de la réception du rapport du commis-
saire enquêteur.
Cette procédure est considérée à juste titre comme lourde et rigoureuse.
Elle est parfois longue : de quelques semaines à plus d’un an pour la
réalisation de l’étude d’impact ; de sept à huit mois pour la décision pré-
fectorale. Elle peut aussi représenter un investissement financier non
négligeable pour le pétitionnaire, en raison notamment du coût de cer-
taines études d’impact.
Actuellement, cette procédure n’est toutefois que partiellement appliquée.
Une procédure inégalement appliquée
Cette procédure « installations classées » semble en effet inégalement
appliquée et ceci à plusieurs titres.
• Seuil de production
Elle est tout d’abord d’une application inégale relativement au seuil de
production. En matière de pisciculture marine, l’autorisation « installa-
tions classées » est obligatoire pour les exploitations produisant un ton-
nage supérieur à 20 tonnes annuelles. Les fermes ayant un objectif de pro-
duction inférieur lors de leur création n’ont donc pas été soumises à la
procédure. Toutefois, l’accroissement de la production, et donc les dépas-
sements de seuil, ne semblent pas toujours donner lieu à régularisation.
• Espèces
La procédure « installations classées » est aussi d’application inégale
selon les espèces élevées. Les salmonicultures par exemple se sont vues
appliquer cette procédure lourde : pour exemple, la Salmor en baie de
Morlaix, les Salmonidés d’Aquitaine implantés à Cherbourg.
Les exploitations de bars et de daurades, soumises à la procédure depuis
1994, ne semblent pas toutes détenir une autorisation au titre de la légis-
lation des installations classées. (.ertaines procédures sont en cours,
d’autres sont envisagées lors des renouvellements des concessions de cul-
tures marines.
Le fait d envisager cette possibilité (confirmée par certains quartiers
des Affaires maritimes) reste surprenant, les objectifs des procédures « ins-
tallations classées » et « autorisation d’exploitations de cultures marines »
étant juridiquement distinctes, les dossiers étant eux-mêmes instruits
par des administrations différentes.
35. La composition et les modalités de fonctionnement du CDH sont régies par l’article L 776
du code de la santé publique et par le décret n° 88-573 du 5 mai 1988 (J.O. 7 mai 1988).
Présidé par le préfet, il comprend notamment des représentants de l’Administration (DDE, DDA,
Ddass, Drire), des élus locaux et des membres désignés pour trois ans par le préfet en raison
de leurs compétences particulières (représentants des associations agréées de protection de
la nature, représentants des associations agréées de pêche).
132
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Dans un souci de simplification des procédures mais aussi de cohérence,
il paraît sans doute souhaitable de « fusionner » certains aspects de ces
deux procédures.
• Régions
Cette inégalité dans l’application de la procédure « installations clas-
sées » se traduit aussi au niveau régional. Les exploitations situées en
régions Manche et Atlantique connaissent cette procédure qui semble
globalement être suivie.
En région Paca, du fait des espèces élevées, elle n’a été découverte que
récemment. Quelques procédures sont en cours dans les Alpes-Mari-
times. En Corse, seule la ferme du Spano (golfe de Calvi, Haute-Corse)
a obtenu un arrêté d’autorisation au titre des installations classées en
février 19 97.
Le développement des élevages, l’information et la nécessaire compré-
hension de cette procédure devraient toutefois permettre une unifor-
misation prochaine de son application.
L’autorisation n’a toutefois pas pour seul objectif de contrôler l’ins-
tallation. Si elle constitue un permis d’exploitation et de rejet, elle fixe
par ailleurs des règles de fonctionnement destinées à assurer le suivi
de l’exploitation.
Le suivi de l'exploitation : des prescriptions spécifiques mais variables
La procédure mise en place dans le cadre de cette législation rigoureuse
est aussi l’amorce d’une réglementation que l’installation devra res-
pecter au cours de son fonctionnement. Ces « prescriptions techniques »
constituent l’essentiel du statut de l’exploitant en matière de nuisances.
L’élaboration des prescriptions
Ces prescriptions, élaborées pour chaque installation, répondent à des
objectifs déterminés par la loi du 19 juillet 1976. En matière de pis-
ciculture marine, elles sont établies sur mesure, au coup par coup.
• Les objectifs généraux
La loi du 19 juillet 1976 précise en effet que ces prescriptions doivent
avoir pour objet la prévention des dangers ou inconvénients que les
installations sont susceptibles de présenter « soit pour la commodité du
voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubritépublique, soit pour l’agri-
culture, soit pour la protection de la nature et de l’environnement, soit pour la
conservation des sites et des monuments ».
En principe, les prescriptions formulent donc des obligations de « résul-
tat » mais aucune disposition de la loi du 19 juillet 1976 n’interdit au
préfet de fixer des obligations de moyens. La précision des prescriptions
est donc très variable, ce qui se vérifie en matière de piscicultute marine36.
36. Cf. infra.
133
Aquaculture et environnement : poissons marins
Les prescriptions doivent toutefois être justifiées techniquement et ne
pas être d’une exécution impossible. Le préfet doit ainsi s’assurer qu’elles
pourront être mises en œuvre.
Les dernières modifications de l’article 17 du décret du 21 septembre
197737 disposent que les prescriptions « tiennent compte, notamment. d’une
part de l’efficacité des techniques disponibles et de leur économie. d’autre part
de la qualité,. de la vocation et de l’utïlisation des milieux environnants ». Il
s agit donc de trouver un équilibre entre le souci de limiter les nuisances
et le coût de la prévention en faisant application du principe « des
meilleures techniques disponibles >» dans des conditions économiques
acceptables. Cet article 17 précise par ailleurs que le préfet doit recher-
cher la gestion équilibrée de la ressource en eau lorsqu'il fixe les condi-
tions d’exploitation d’une installation classée.
• Le contenu des prescriptions
En ce qui concerne les piscicultures, les prescriptions contenues dans
les arrêtés d’autorisation sont établies par l’inspecteur des installations
classées, après avis du conseil départemental d’hygiène. Celui-ci peut
ainsi apprécier les inconvénients que peut présenter letablissement
ainsi que l’opportunité et l’efficacité des prescriptions.
Exceptionnels jusqu’en 1994, les arrêtés préfectoraux d’autorisation
relatifs aux élevages marins sont encore assez peu nombreux. La pra-
tique récente permet toutefois d’affirmer que les prescriptions contenues
dans ces autorisations sont généralement précises ; elles constituent
d’ailleurs la partie la plus longue et la plus importante de l’arrêté.
Les arrêtés consultés permettent de dégager des éléments communs, carac-
téristiques de ce type d’exploitation. On trouve ainsi :
- l’implantation des structures. Conformément aux arrêtés d’autorisa-
tion d’exploitation de cultures marmes, délivrès sur la base du décret
du 22 mars 1983 modifié, l' ’arrêté « installations classées » rappelle tou-
jours le lieu d’implantation des structures, c’est-à-dire la délimitation
précise de la concession38 ;
- la capacité maximale de production : l’autorisation est généralement
accordée en vue d’une production annuelle prédéterminée et pour une
espèce précise, sous réserve « de la préservation des caractéristiques du
milieu ». Le dépassement des seuils, de même que l’élevage de nouvelles
espèces, nécessitent une nouvelle autorisation ;
- les méthodes d elevage (description des locaux et des structures en
mer) et parfois d’approvisionnement en eau. Dans l’exemple de la SA
Salmor : « Lelevage sera réalisé dans deux barges de 116 m de longueur,
de 20 m de largeur, de 10 m de tirant d’eau en charge, comprenant
chacune 4 cales cle 4000 m . « Le pont et les cales seront aménagés
3
37. Modifications issues du décret n° 94-484 du 9 juin 1994 précité (article 4), J.O. 12 juin
1994 et du décret n° 96-18 du 5 janvier 1996 (article 7-1), J.O. 11 janvier 1996.
38. La date de délivrance de l’arrêté d’exploitation de cultures marines est toujours rappelée
dans les visas de l’arrêté « installations classées ».
134
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
en plate-forme d’élevage comportant 4 cuves autonomes. Chaque cuve
d’une capacité de 3 600 m3 sera alimentée en eau par un dispositif de
pompage sous la coque qui puisera l’eau à 15 m de profondeur pour la
ramener au niveau du pont où elle tombera en cascade à un débit com-
pris entre 1,2 m Vs et 1,7 m 7s... »
Y figurent aussi :
- les mesures concernant le fonctionnement et l’entretien des installa-
nons ;
- les règles d’hygiène et de sécurité du personnel ;
- les dispositions concernant les rejets : nature et modalités des rejets,
surveillance et contrôle des rejets.
À cette fin, il est demandé à l’exploitant de tenir un registre d élevage,
à la disposition de l’inspecteur des installations classées, comportant
diverses informations telles que la biomasse, la quantité et la composi-
tion des aliments distribués, les traitements médicamenteux éventuels,
les mortalités constatées...
Si 1 elaboration des prescriptions est nécessaire, répondant ainsi aux
objectifs de la loi sur les installations classées, un suivi est par ailleurs
demandé aux exploitarions afin de surveiller l’impact de l’exploiration
sur le milieu marin.
Le suivi des prescriptions
Différentes analyses de contrôle de la composition et de la qualité du rejet
de l’élevage doivent ainsi être effectuées par l’exploitant, et à sa charge,
selon une périodicité fixée par l’arrêté. Elles concernent la surveillance
physico-chimique (différentes formes d’azote, matières en suspension,
oxygène dissous, phosphates...) ainsi que la surveillance microbiolo-
gique (coliformes toraux, coliformes fécaux, salmonelles...) des rejets.
D’une manière générale, le contenu des suivis demandés par l’Adminis-
tration peut varier d’une exploitation à l’autre, même si l’on retrouve
certains paramètres communs : MES, NH4, PO4, NO3... Par contre,
la fréquence du suivi peut différer selon l’importance de l’exploita-
tion39, de même que la précision concernant parfois les normes maxi-
males de rejet40.
Pour ces suivis, l’arrêté d’autorisation impose généralement tine auto-
surveillance de la part des exploitants, nécessitant une implication
volontaire du pisciculteur et l’entretien d’un climat de dialogue avec
l’Administration.
Dans certains cas, il institue même des comités chargés des suivis.
C’est ainsi que l’arrêté d’exploitation de la Salmor instituait un comi-
té scientifique, chargé de l’analyse et de l’interprétation de toutes les
données collectées, ainsi qu’un comité de suivi comprenant les membres
39. Exemples : suivl de l’évolution blo-sédimentaire sous les cages : une fois par semestre pour
les Salmomdés d’Aquitaine en rade de Cherbourg de même que pour la ferme marine du Spano
en Corse; une fois par an pour Elsamer à Camaret dans le Finistère.
40. Certaines prescriptions sont très précises, s’agissant de la Salmor notamment.
135
Aquaculture et environnement : poissons marins
du comité scientifique, des élus, des représentants des administrations,
du conseil départemental d’hygiène, d’associations de protection de
l’environnement et de professionnels de la mer.
Un comité de suivi a également été créé par l’arrêté d’autonsation de
rejet du centre aquacole de Gravelines Aquanord11. Seul ce dernier
semble fonctionner normalement (3 réunions pour ce comité depuis
1992 ; 2 réunions seulement pour la Salmor entre 1987 et 1996).
L’Administration reste donc très exigeante sur les suivis des prescrip-
tions, sans doute en raison d’un manque de recul face à ce type d’éle-
vage encore récent mais aussi afin de se « garantir » vis-à-vis des oppo-
sants parfois présents lors de la mise en place de ces projets.
Les études menées par le département environnement littoral de l’Ifre-
mer Brest précisent pourtant que « les constats d’impact réalisés jusqu’à
présent sur des élevages des côtes de la Manche et de l’Atlantique n'ont
montré que des atteintes mineures à l’environnement, parfois même
difficiles à déceler » 42.
Il faut pourtant reconnaître que la législation actuelle sur les installa-
tions classées consacre « un véritable pouvoir d’immixtion de l’Admi-
nistration préfectorale dans la procédure d’autorisation »43. Sa respon-
sabilité pourrait donc être recherchée pour insuffisance des études ou des
prescriptions techniques qui en découlent. Une jurisprudence admet
d’ailleurs la responsabilité de l’État pour des préjudices résultant de
l’insuffisance des prescriptions imposées par le préfet44. Le tribunal
relève en l’espèce une contradiction dans l’arrêté d’autorisation entre
un objectif de préservation de la faune piscicole et des prescriptions
insuffisantes pour atteindre cet objectif.
Ceci ne peut que contribuer à maintemr ce réflexe de prudence de la
puissance publique, se traduisant par des exigences croissantes et pas
nécessairement justifiées par de réelles atteintes à l’environnement.
Dès lors, il apparaît nécessaire de rechercher une conciliation entre la
protection de l’environnement, le respect du principe de précaution et
les contraintes requises de ces exploitations afin que la satisfaction des
intérêts écologiques n’entrave pas le développement économique de la
pisciculture marine.
11. Ce comité a éte mstitué dans le cadre de l’arrêté d’autorisation de rejet accordé à Aquanord
en mai 1992 au titre de la législation sur l'eau, les espèces élevées (bars, daurades) n’entrant
pas à l'époque dans le cadre de la législation des installations classées.
42. Morice F., Merceron M., Kempf M., 1996. Pisciculture marine et environnement en France,
Réglementation - Pratique - Propositions. Rapport Ifremer/Del, p. 35.
43. Cf. Boivin J.-P., Droit des installations classées. Le Moniteur, collection l'Actualité juridique
p. 195.
44. T.A. Lyon, 30 décembre 1992, Buisson M./Frapna, req. 87-39054.
136
Prévention et contrôle de l'impact sur l’environnement
Prévention et contrôle de l’impact
sur l’environnement :
pratique de l’instruction administrative
Éric David
Inspecteur des installations classées - Services vétérmaires du Finistère,
BP 528, 29000 Quimper
L’inspection des installations classées (tab. 1) est une police de 1 envi-
ronnement, organisée sur un département directement sous les ordres
du préfet, en charge à la fois :
- de l’instruction des dossiers déposés au titre des procédures prévues
par les deux textes cadres (loi 76/663 du 19 juillet 1976 et décret
77/1133 du 21 septembre 1977, relatifs aux installations classées pour
la protection de l’environnement), c’est-à-dire la déclaration ou la
demande d’autorisation d’une installation classée, selon les seuils de
production prévus dans la nomenclature des installations classées, rap-
pelés en tableau 2 ;
- de l’inspection des établissements, régularisés ou non, à ce même titre.
Les inspecteurs des installations classées appartiennent à plusieurs corps
de fonctionnaires, dotés au départ de compétences de police et en lien
technique avec les établissements administrés (Drire, services vétérinaires,
Ddass, Ddaf).
En règle générale, les agents des services vétérinaires, inspecteurs des
installations classées, doivent assurer, à côté de leurs missions classiques
de surveillance de la santé animale et de l’hygiène alimentaire, le contrô-
le des élevages et de certaines industries agro-alimentaires (abattoirs,
équarrissage).
Selon les départements, la répartition des établissements peut varier entre
les différents corps d’inspecteurs mais les élevages sont toujours suivis
par des agents des services vétérinaires.
Les inspecteurs des installations classées, agents des services vétéri-
naires du Finistère, gèrent ainsi de l’ordre de 9000 établissements,
parmi lesquels environ 80 exploitations piscicoles en eau douce et en
eau de mer (1er département français en nombre de sites et tonnage
produit).
137
Aquaculture et environnement : poissons marins
Tableau 1 - Définition d’une installation classée et rôle du préfet
dans radministration des installations classées.
Définition d’une installation classée (article 1 loi 76-663 du 19 juillet 1976)
Toute installation pouvant présenter des dangers et inconvénients pour :
• Commodité du voisinage
• Santé, sécurité, salubrité publiques
• Agriculture
• Protection de la nature et de l’environnement
• Conservation des sites et des monuments.
Rôle du préfet (ou du secrétaire général de la préfecture)
= Autorité de police administrative des installations classées
Tranquillité publique
Ordre public
Sécurité publique Salubrité publique
• Donne, refuse, retire l’autorisation
• Impose ou réduit les prescriptions particulières
• Consulte :
- Conseils municipaux
- Services techniques obligatoirement
- Conseil départemental d’hygiène
• Peut suivre ou non les avis sollicités
Tableau 2 - Extrait de la nomenclature des installations classées
(Décret 93-1412 du 29 décembre 1993)
Rubrique 2130 - Piscicultures
1) Salmonicultures d’eau douce, la capacité étant
a) Supérieure à 10 t/an Autorisation
b) Entre 300 kg et 10 t/an Déclaration
2) Piscicultures d’eau douce à l’exception cles salmonicultures, la capacité étant
a) Supérieure à 20 t/an Autorisation
b) Entre 5 t et 20 t/an Déclaration
3) Piscicultures d'eau de mer, la capacité étant
a) Supérieure à 20 t/an Autorisation
b) Entre 5 t et 20 t/an Déclaration
Rubrique 2221 - Ateliers de transformation alimentaire
La quantité de produits entrant étant
a) Supérieure à 2 t/jour Autorisation
b) Entre 300 kg et 2 t/jour Déclaration
138
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
Rappel de la procédure d’autorisation
La procédure d’autorisation est décrite dans le tableau 3, extrait de
« Qualité de l’environnement et productions animales » ITSV. Elle est
articulée autour des temps forts que constitue la soumission du projet
à tous les tiers éventuellement concernés, soit directement lors de
l’enquête publique, soit par l’intermédiaire de représentants des ins-
titutions départementales lors du conseil départemental d’hygiène en
fin de procédure.
L’inspecteur des installations classées ne donne, théoriquement, qu’un
avis parmi d’autres. Il reste cependant en pratique, et de par son regard
privilégié sur la procédure, le principal filtre administratif et technique :
• administratif en début de procédure, durant l’étape de recevabilité
administrative où le dossier de demande est jugé sur la forme et non
sur le fond, c’est-à-dire qu’il doit présenter les pièces prévues par les
textes cadres déjà cités (renseignements administratifs, plans et des-
cription du projet, étude d’impact, étude des dangers...).
En fait, ce premier contrôle se double déjà d’un examen technique,
notamment sur l’étude d’impact. L’insuffisance d étude d impact reste
en effet une importante source de contentieux administratifs et il impor-
te en conséquence que les arguments présentés, d autant plus pour
une « nouvelle » production animale, soient le plus étoffés possibles
à partir de sources bibliographiques et d’expérimentations in situ.
Par ailleurs, le pétitionnaire doit garder à l’esprit la spécificité de la pro-
cédure, ce qui ne l’exonère pas des autres demandes d’autorisation
(concession maritime, permis de construire...) même si les arguments
évoqués sont parfois redondants (par exemple, problème de circulation
en mer pouvant affecter à la fois une demande de concession et une
demande d’exploitation) ;
• technique de par le rapport de synthèse réalisé à la fin de l’enquête
publique, pour présentation au conseil départemental d’hygiène. La
procédure est alors résumée et les différents avis portés sur le projet sont
discutés sur le fond.
Il est primordial pour le pétitionnaire et la viabilité du projet qu au cours
de cette phase l’inspecteur des installations classées dispose d’arguments
techniques étoffés sur les différents griefs évoqués lors de l’enquête
publique, soit directement par les tiers (registre « pour » et « contre »
tenu par le commissaire enquêteur) ou leurs représentants (avis des
conseils municipaux), soit par les autres administrations de contrôle
(Affaires maritimes, Ddass, DDE).
À cet effet, la réponse du pétitionnaire au commissaire enquêteur pré-
vue à l’issue de l’enquête publique constitue une phase cruciale à ne sur-
tout pas négliger.
139
Tableau 3 - Procédure d instruction d une autorisation d'installation classée (extrait de « Qualité de renvironnement et productions
animales » - ITSV).
Décret Exploitant Inspecteur Commissaire Préfet Conseil Tribunal Services
40 Conseils
n°77-1133
Aquaculture et environnement : poissons marins
o des installations enquêteur départemental administratif départementaux municipaux
du 21/09/77 classées (IIC) (CE) d’hygiène (CDH)
Art. 2 et 3 Adresse au préfet
la demande d'autorisation
(en 7 ex.) et dans
les 10 jours le récépissé
de la demande de permis
de construire.
Art. 4 Adresse 1 ex.
de la demande
à l’inspecteur des
installations classées.
Art., 5 Estime complet Communique Désigne un
le dossier le dossier au président commissaire enquêteur
de demande du tribunal administratif. dans les 15 jours.
et en informe Dès réception
le préfet. de la nomination du
commissaire enquêteur,
prend un arrêté préfectoral
déterminant l’ouverture
et les modalités de l’enquête
publique (durée : un mois).
Art. 7 Enquête
publique
de 30 jours.
Clôture.
Communication
dans les 8 jours
des observations
au pétitionnaire.
Décret Exploitant Inspecteur Commissaire Préfet Conseil Tribunal Services Conseils
n°77-1133 des installations enquêteur départemental administratif départementaux municipaux
du 21/09/77 classées d’hygiène
Art. 7 (suite) Répond au commissaire Adresse Réception du dossier
enquêteur au préfet d’enquête publique
dans les 22 jours. ses conclusions et des avis.
motivées Les adresse à l’inspecteur
dans les 8 jours. des installations
classées.
Art. H et 9 Dès ouverture de Avis dans Avis dans
l’enquête publique, les 45 jours. les 45 jours.
demande d’avis aux
conseils municipaux
intéressés et aux services
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
départementaux.
Art. 10 Est informé 8 jours Projet d’arrêté Transmet le projet Émet un avis
à l’avance de la date adressé au préfet. d’arrêté au CDH. sur le projet
et du lieu du CDH. d’arrêté.
Reçoit simultanément
les propositions de l’IIC
Art. 1 1 Reçoit le projet d’arrête Doit statuer dans
Doit présenter les 3 mois
ses observations après réception
dans les 15 jours. du dossier d’enquête
publique que lui
a adressé le CE.
Art. 17 L’arrêté est envoyé
à l’exploitant.
Il fixe les prescriptior s
141
à respecter.
Aquaculture et environnement : poissons marins
Quelques caractéristiques de l’enquête publique
sur les élevages marins
Une atmosphère de proximité souvent conflictuelle
L’accès au littoral étant de plus en plus réglementé et certaines pro-
fessions disposant déjà d’acquis en la matière, il est peu étonnant de
constater que les enquêtes publiques mobilisent fortement contre les
projets d’installations sur le littoral même ou en mer.
Elles fournissent alors une chambre d’écho, bien souvent relayée effica-
cement par les médias locaux, voire d’audience plus large, à un impor-
tant éventail d’oppositions : plaisanciers, pêcheurs, conchyliculteurs,
résidents permanents ou occasionnels, élus...
Des associations de protection de la nature peuvent d’ailleurs se créer
uniquement à l’occasion de la procédure, coexistant alors avec les asso-
ciations « classiques » en la matière.
Spécificité des arguments techniques
L'enquête publique permet à l’opposition de soulever un grand nombre
d'arguments, dont des arguments techniques caractéristiques : inadap-
tation des modèles généraux de circulation des fluides, effets locaux
des vents et courants de surface et de fond, existence d’un microclimat,
circulation maritime.
Inexistence des procédés de traitement des effluents aqueux
pour les élevages en cages
Cet aspect évident, induit par le mode d elevage, doit orienter l’em-
placement du projet et l’étude d’impact en conséquence.
Il me semble alors intéressant à partir des griefs émis par les tiers lors
des enquêtes publiques d’essayer d’appréhender une étude d’impact
type ainsi que son corollaire obligé, à savoir les mesures prises pour atté-
nuer les nuisances prévisibles d’un élevage en mer.
Griefs évoqués lors des enquêtes publiques
Nuisances directes
Gênes visuelles - insertion du site dans le paysage,
- insertion des locaux et équipements à terre,
- dérive d’aliments ou de rejets intempestifs dans l’eau
(gas-oil, lubrifiants... ) ;
Odeurs - liées à l’aliment, aux mortalités et éventuellement aux
dèchets organiques cle transformation plus qu'au
poisson vivant, problème des stockages (local déchets,
silos d’aliments) ;
Gênes auditives - groupes électrogènes, aérateurs, compresseurs sur
les installations en mer ou à terre, motorisation des
canots et barques, mouvements des camions ;
Circulation - circulation routière, maritime, balisage, accès aux
points de débarquement.
142
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
Nuisances indirectes
Elles résultent de l’éventuel impact des polluants sur les organismes
vivants environnants et des modifications biologiques qui peuvent en être
la conséquence.
On peut ainsi distinguer les pollutions continues, liées au process
d’élevage (distribution d aliments, de médicaments prophylactiques
type antiparasitaires voire antibiotiques), des pollutions à caractère
accidentel (accident sanitaire entraînant des mortalités de cheptel
subites, fuites de carburants ou de lubrifiants...), avec leurs risques asso-
ciés : développement de zones azoïques ou, au contraire, prolifération
d’algues, contamination des coquillages, des poissons sauvages...
Les conséquences de modification potentielle du biotope sont appré-
ciées vis-à-vis d’activités humaines de proximité : conchyliculture,
bancs classés de coquillages pour la pêche à pied ou embarquée, bai-
gnades, tourisme...
Prescriptions des arrêtés d’autorisation
L’application de prescriptions à un élevage marin reste un exercice
délicat. De par l’essence de la réglementation des installations classées,
c’est au pétitionnaire de garantir qu’il suit les obligations de son arrêté
préfectoral d’autorisation, à travers un certain nombre d’autocontrôles,
réalisés par lui-même ou sous-traités mais toujours sous sa responsa-
bilité.
La règle administrative appliquée veut normalement que le pétition-
naire dispose des capacités techniques d’élevage et de traitement ou
d'élimination des nuisances les plus efficaces et économiquement pos-
sibles du moment au regard de l’environnement.
Sans parler de prescriptions types, qui n’existent d’ailleurs à aucun
niveau (international, national, régional) en la matière, l’évolution des
arrêtés d’autorisation pris dans le département du Finistère se fait selon
les axes suivants :
• Suivi de lelevage avec garanties écrites d’une bonne maîtrise : rele-
vés de stocks, d’alimentation, d’indices de consommation actualisés, de
mortalités, suivi sanitaire sérieux ;
• Suivi du milieu avec autocontrôle de l’impact des rejets dans l’eau à
partir du point 0 de l’étude d’impact :
- les installations à terre se rapportent au cas classique de l’autocontrôle
d’un point de rejet bien identifié (normes physico-chimiques, éven-
tuellement bactériologiques),
- les rejets diffus de cages en mer doivent s’apprécier plus spécifique-
ment : relativité des analyses physico-chimiques, intérêt du suivi de la
sédimentation de matières organiques et du peuplement benthique de
proximité pour mesurer la dégradation du milieu;
• Entretien des installations et règles de fonctionnement : enregistre-
ment des pannes et incidents divers, actions correctives, enregistrement
143
Aquaculture et environnement : poissons marins
des visites et contrôles de sécurité, information rapide des services de
contrôle en cas d’incident ou d’accident;
• Évacuation des divers déchets dans le respect de l’environnement :
poissons morts, matières organiques récupérées si un système de traite-
ment existe, mais également les carburants, lubrifiants, eaux sanitaires...
Conclusion
La régularisation des élevages marins visés par la modification de la
nomenclature des installations classées semble être source d’une certaine
hétérogénéité de traitement administratif, peut-être dépendant du cli-
mat local généré par les élevages ou les projets. Cependant, l’absence
de présentation de demande d’autorisation par les pétitionnaires concer-
nés reste du domaine du délit, sanctionnable comme tel (amende de
5 classe pour les élevages sous déclaration).
e
Dans le département du Finistère, après une période de « garanties maxi-
malistes » et le recul apporté par l’exploitation de nombreux autocon-
trôles et contrôles officiels en la matière, les prescriptions sont étudiées
de manière économiquement raisonnée, s’appuyant principalement sur
la bonne gestion d’élevage et le suivi biosédimentaire de proximité.
Il reste que les projets d'élevages piscicoles sont souvent mal accueillis
et que la profession doit encore se mobiliser pour améliorer sa commu-
nication vis-à-vis d’un public de riverains peu enclin à accepter cette
activité, quelles que soient les nuisances suspectées.
Références bibliographiques
Installations classées pour la protection de l’environnement, 1997. Édi-
tions du Journal officiel.
Qualité de l’environnement et productions animales, 1989. Ouvrage
collectif. Informations techniques des services vétérinaires.
Morice F., 1994. L’environnement dans la réglementation de la pisci-
culture marine. Rapport de stage Ifremer/Del.
Billardon G., Deniel J., Leynaud G., 1992. Problèmes posés par les
piscicultures intensives dans certaines zones géographiques (Bretagne,
Landes, Dombes). Rapport au ministre de l’Environnement.
144
Prévention et contrôle de l’impact sur l'environnement
Mise en place d’un plan de surveillance
et de contrôle sur le site d’Aquanord :
pratique professionnelle
Jean-Michel Facqueur
Société Aquanord, Terre-plein des Marins, 59820 Gravelines,
et Sfam, syndicat français de l’aquaculture marine
Introduction
La société Aquanord se développe depuis plusieurs années sur le site de
Gravelines, dans le nord de la France.
Utilisant les eaux réchauffées par la centrale nucléaire attenante pour
produire du bar (Dicentrarchus labrax) et de la daurade royale (Sparus
aurata), sa montée en production rapide et son environnement socio-
économique l’ont poussée à se préoccuper précocement et à poursuivre
continuellement une politique de surveillance de ses rejets.
Contactés par le synclicat français de l’aquaculture marine, dont Aqua-
nord est un membre actif, il nous a semblé intéressant de montrer
quelles ont été les différentes phases de développement de ce suivi au
niveau environnemental et ce qu’il entraîne concrètement au quoti-
dien pour le centre aquacole1.
Petite Aquanord deviendra grande...
Phase pilote
Dès 1982, un marché porteur et l’opportunité d’un bon site ont conduit
la commune de Gravelines, le syndicat intercommunal d’alimentation
en eau de la région de Dunkerque (Siaerd) et Électricité de France à créer
le syndicat mixte pour l’étude d’un réseau aquacole à Gravelines (Sérag)
dans le but de promouvoir l’aquaculture intensive en utilisant l’eau de
mer réchauffée produite en quantité très importante (220 m Vs en 1996)
par la centrale EDF de Gravelines.
Les espèces ciblées étaient à l’époque le bar, la daurade et le turbot
(Scophthalmus maximus).
Pour tester la faisabilité technique et économique de l’élevage en eaux
tièdes, le Sérag construit en 1983 une ferme aquacole expérimentale
de 3 000 m2, la société coopérative maritime Aquanord. Cette phase
pilote durera 5 ans, de 1983 à 1988, et permettrade démontrer en vrai
grandeur la faisabilité technique et la rentabilité de ce type d’élevage
intensif.
1. Je remercie à ce titre M. Régis Delesmont de l’institut Pasteur de Gravelines qui m’a fourni
des documents utiles à cette présentation.
145
Aquaculture et environnement : poissons marins
L'année 1987 voit pendant ce temps se monter l' ecloserie marine de Gra-
velines qui sera depuis lors et reste aujourd’hui le principal fournisseur
d’alevins pour Aquanord. En 1997 en effet, 100 % des juvéniles de bars
proviennent de celle-ci alors que l’approvisionnement en daurades se
fait à partir de la ferme marine de Douhet.
L'année 1988 marque donc la fin de la phase expérimentale et le début
de l’expansion commerciale et technique de la société.
Première extension
Dès 1988, la société coopérative maritime Aquanord est transformée
en société anonyme. Sepia International, en participant majoritaire-
ment à la constitution du capital de la S.A. Aquanord, devient le prin-
cipal opérateur sur le site de Gravelines.
En 1990 débute la première des trois phases d’extension. Les travaux
qui seront achevés en septembre 1991 permettront d’accroître la capa-
cité annuelle de production de ia ferme de 80 à 500 t.
Parallèlement est créée la société anonyme d’économie mixte Gravelines
Aquaculture. Cette société prend en charge la construction des ouvrages
communs aux différentes fermes aquacoles qui comprennent, outre les
canalisations mises en place par EDF en 1983, un très important com-
plexe de gestion des eaux (froides et tièdes).
Seconde extension
La deuxième phase d’extension débute en 1 991 avec la constitution de
la société anonyme Aquaculture du littoral nord (ALN). Cette société
permet la production de 500 t supplémentaires, portant ainsi la capa-
cité globale du site à plus de 1 000 t.
La fusion des deux sociétés, opérée en 1993 dans le but de simplifier
l’organisation commerciale et administrative du site, entraîne l’ab-
sorption de la société ALN et le maintien d’une seule entité juridique :
la S.A. Aquanord.
Troisième extension
Enfin, en 1997, Aquanord a réalisé une extension lui permettant de pro-
duire tous les calibres de bars et de daurades et notamment la grosse
taille (800 g à 1 kg, 1 à 1,5 kg). Le tonnage total vendu s’élèvera à envi-
ron 1 350 t en 1997 avec une prévision de 1 700 t pour 1998.
Avec une telle production, pratiquement égale à la moitié des volumes
produits en France en 1997, Aquanord se positionne comme l’un des
leaders européens de l’élevage du bar et de la daurade.
Historique de la mise en place du suivi
Le cadre législatif dans lequel a évolué l’aquaculture sur le site de Gra-
velines est devenu de plus en plus important et contraignant au fil des
années et s est surtout développé de façon logique en concomitance
avec une volonté d’augmenter les tonnages produits (tab. 1).
146
Prévention et contrôle de l'impact sur l'environnement
Tableau 1 - Évolutions simultanées de la législation et de la montée
en production de l’élevage aquacole sur le site de Gravelines.
Années Centrale EDF Aquaculture Autorisation Surveillance
de rejet aquacole
1980 mise en service
TR 1 et 2
1 981 mise en service
TR 3 et 4
1982 Scrag * a l'EDF
198 4 ferme surveillance
expérimentale mensuelle
1985 mise en service
TR 5 et 6 (80 t/an)
1988 S.A. Aquanord
1990
1991 extension 1
1992 extension 2 pour l000 t/an programme
d’autosurveillance
1994 déclaration
d’exploitation
1997 extension 3 pour 2000 t/an
* Sérag (syndicat mixte pour l'étude d’un réseau aquacole à Gravelines) : commune
de Gravelines + EDF + Siaerd (syndicat intercommunal d’alimentation en eau de la région
de Dunkerque).
Études initiales
Dès la création du Sérag, en 1982, l’obtention d’une autorisation concer-
nant les rejets liés à une future activité aquacole est apparue nécessaire
malgré l’importance de l’impact que représentait à elle seule sur le milieu
l’implantation de la centrale nucléaire.
Les enjeux économiques très importants, qu’il s’agisse principalement
de valoriser les rejets d’eaux tièdes de la centrale ou de fournir des
emplois à une main-d’œuvre locale, n’ont pas pour autant fait oublier
les intérêts écologiques.
Opportunités pour la future Aquanord, les différentes études écologiques
réalisées depuis 1975, pour et avec les moyens d’Électricité de France,
ont permis d’aboutir en 1982 à une autorisation de rejet, accordée à
l’EDF, qui intégrait une clause concernant les effluents des activités
piscicoles annexes qui n’allaient plus alors manquer de se développer.
Dès lors s’est mis en place un plan de surveillance écologique et halieu-
tique qui clonne lieu chaque année à un rapport à diffusion libre. Les
principaux organismes auteurs en sont aujourd’hui l’Ifremer de Brest,
Boulogne et Nantes, l’institut Pasteur de Gravelines ainsi que la sta-
tion marine de Wimereux.
147
Aquaculture et environnement : poissons marins
À partir de 1984, une surveillance mensuelle des rejets de l’aquacul-
ture a débuté pour aboutir en 1989 à la rédaction par Créo (conjoin-
tement avec l’institut Pasteur) d’une étude d’impact sur le domaine
marin commanditée par le Sérag (Créo/92209 de novembre 1 989). Le
but de ce rapport était évidemment de faire une synthèse sur l’état ini-
tial du site de Gravelines et d’extrapoler à une ferme produisant 1 000 t
de poissons le suivi effectué sur une exploitation de 80 t. Les paramètres
analysés permettaient de décrire l'impact terrestre mais aussi et sur-
tout la composante maritime en termes de dynamique, de biologie, de
physico-chimie et de pollution liée à la prophylaxie (antibiotiques,
antiseptiques).
• Les principales conclusions des experts de l’époque étaient les suivantes :
- les impacts dynamic]ues et physico-chimiques du centre aquacole et
de ses extensions sont tout à fait négligeables ;
- 1 impact prophylactique est jugé « très minime », le rapporteur étant
même « tenté » de le considérer comme négligeable ;
- les impacts d’origine biologique, matière en suspension (MES), matière
organique (MO), matières azotées (MA) et phosphorées (MP), reste-
ront en deçà des normes autorisées (arrêté préfectoral du 11 août 1983)
à condition que les engagements pris en ce qui concerne l’extension soient
respectés en termes de débit et de gestion adaptée de l’aliment ;
- l' impact microbiologique se traduira par une augmentation de la
concentration en vibrions voire une diversification des espèces, la prévi-
sion étant à ce niveau difficile. De plus, aucune norme précise n’existe à
ce sujet.
Sur la base de cette étude, rien ne s’opposait donc à l’augmentation de
la production de la S.A. Aquanord et les deux extensions ont été
construites à une année d’intervalle pour aboutir à une production
potentielle de 1 000 t par an. Le centre aquacole réalisera 416 t de bio-
masse produite en 1992 (phase transitoire) et 892 t en 1993.
Premier arrêté préfectoral concernant directement la SAEM
« Gravelines Aquaculture »
L'arrêté préfectoral du 27 mars 1992 est venu définir un cadre légis-
latif très rigide concernant l’aquaculture sur le site de Gravelines :
• il autorise l’exploitation jusqu’à 1 000 t par an et jusqu'au 27 janvier
2004 (terme identique à celui de l’autorisation de rejet d’EDF);
• il fixe des normes de rejet sur le domaine public maritime (tab. 2);
• il définit un plan d’autosurveillance et de surveillance extérieure;
• il institue un comité de surveillance qui se réunit une fois par an.
Ce comité regroupe :
- la mairie de Gravelines;
- la police des eaux marines (port autonome de Dunkerque);
- l’institut français de recherche pour l’exploitation de la mer;
- la direction des services vétérmaires de Lille;
- la direction départementale des affaires sanitaires et sociales ;
148
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
- les Affaires maritimes (direction départementale) ;
- le centre de production nucléaire de Gravelines ;
- la station marine de Wimereux ;
- la section gravelinoise de l'institut Pasteur de Lille;
- la Lyonnaise des eaux.
À notre connaissance, et cela mérite d’être précisé, un tel comité est
unique en son genre.
Tableau 2 - Normes techniques de rejet fixées par l’arrêté préfectoral
du 27 mars 1992 pour une production limitée à 10001 par an.
Concentration Flux ajouté Flux ajouté Flux ajouté
(mg/l) en 2 h en 24 h annuel
(kg) (kg) (t)
Matière en suspension 5 480 5 760 1 750
Carbone organique total 1 96 1 152 950
NTK (azote Kjeldahl) 2 192 2 304 4 40
Ammonium 0,5 48 576 1 10
Nitrites 0,1 9,6 115,2 30
Nitrates 1 96 1 152 60
Orthophosphates 0,5 48 576 120
Chaque année, Aquanord « rend des comptes » concernant la biomasse
en stock, la consommation d’aliment, les traitements, les mortalités
au sein du cheptel et bien évidemment le suivi des paramètres physico-
chimiques, microbiologiques et bactériologiques des rejets.
À partir de fin 1993, le décret n 93-1412 du 29 décembre 1993,
modifiant la loi du 19 juillet 1976, s’impose à tout élevage de poissons
en eau de mer. Dans le contexte précisé ci-dessus, Aquanord peut donc
déclarer sans problème, le 20 avril 1994, l'exploitation d’une « pisci-
culture d’eau de mer d’une capacité de 1 000 t par an ».
Deuxième arrêté préfectoral :
autorisation accordée à la société Aquanord
Avec la troisième extension, le problème de dépassement du seuil de
1 000 t était évident et il fallait donc demander au préalable la révi-
sion de l’autorisation de rejet.
« L’arrêté préfectoral autorisant les activités piscicoles d’Aquanord à Gra-
velines » vient donc statuer le 27 septembre 1996 sur de nouvelles dis-
positions.
Concrètement, une autorisation d’exploitation pour 2000 t a pu
être accordée et cela dans des délais relativement courts parce qu’Aqua-
nord s’est engagée à respecter les mêmes normes de rejet ou presque que
dans l’arrêté du 27 mars 1992.
Ces normes sont en effet conservées à l’identique en ce qui concerne les
concentrations, les flux ajoutés en 2 h et les flux ajoutés en 24 h pour
tous les paramètres MES, carbone organique total (COT), azote Kjel-
dahl, ammonium, nitrites, nitrates et orthophosphates. Les progrès
149
Aquaculture et environnement : poissons marins
techniques, notamment en termes de qualité intrinsèque de l’aliment
et d’une gestion de la distribution et du rationnement de mieux en
mieux adapté, conduisent en effet d’une année sur l’autre à une amé-
lioration de l’indice de conversion global du cheptel, alors même que le
poids moyen de celui-ci ne cesse d’augmenter. Cette amélioration per-
met donc de mieux maîtriser les flux polluants induits.
Quelques concessions ont été faites néanmoins en ce qui concerne les
flux ajoutés annuels admissibles, qui correspondent aujourd’hui à 365
fois les normes de flux ajoutés journaliers, ce qui relève l’ensemble des
valeurs sauf celle du (iOT qui diminue pour passer cle 950 t à 420 t
annuelles admissibles.
L'arrété préfectoral de 1996 est très complet et contraignant car il va
jusqu’à fixer « la tenue de registres et de documents d’élevage », des
« consignes d’exploitation », des contrôles bactériologiques sur les
aliments.
Il précise également les actions qui doivent être menées en termes de
stockage et d’élimination des déchets, de nuisances sonores, de dépôt
d’oxygène liquide, d’hygiène et de sécurité. Il annule et remplace à ce
niveau l’arrêté préfectoral du 21 juillet 1994 imposant à la société
Aquanord des dispositions spéciales pour l’exploitation de dépôts d’oxy-
gène liquide. Il prend en compte également l’avis du comité d’hygiène
et de sécurité (CHSCT) institué sur Aquanord en plus de celui du
conseil départemental d’hygiène.
Comme dans l’arrêté de 1992, l’autorisation de rejets est accordée jus-
qu’au 27 janvier 2004.
L’autosurveillance est toujours de rigueur et le comité de surveillance
est évidemment maintenu avec l’accession d’un nouveau membre (à sa
demande), la mairie de Loon-Plage, et le départ de la Lyonnaise des eaux,
Aquanord ayant repris à sa charge la gestion de la station centrale de
pompage en amont des installations aquacoles.
Ceci montre la volonté de transparence des autorités locales et d’Aqua-
nord vis-à-vis du souci écologiste des communautés voisines.
Situation actuelle
Les contrôles aujourd’hui
Les dispositions liées aux arrêtés préfectoraux successifs se traduisent
dans les faits par la réalisation d’une pléiade d’analyses et de contrôles
avec des fréquences élevées (tab. 3). Ceux-ci s’insèrent en majorité
dans une logique d’autocontrôle (demandeur = Aquanord) ou dans
une volonté plus large de mieux appréhender l’environnement qui
entoure notre site pour s’assurer continuellement de sa totale innocuité
pour notre élevage.
150
Prévention et contrôle de l’impact sur l’environnement
Tableau 3 - Analyses et contrôles effectués pour Aquanord.
Support Type d’analyse Organisme demandeur Société prestataire Fréquence
Analyse complète : Aquanord Pasteur Gravelines mensuelle
Débit, pH, salinité
MES
Eau entrée Pertes au feu
Carbone org. tot.
Azote org. tot.
et sortie Ammonium
Nitrites et Nitrates
Orthophosphates
Silicates
Eau entrée Bactériologie : Aquanord Pasteur Gravelines mensuelle
et sortie Escherichia coli
Streptocoques fécaux
Vibrions (d. + sp.)
Eau baignade Vibrions halophiles Aquanord Pasteur Gravelines trimestrielle
(3 plages (dénombrement
à proximité) + spéciation)
Coquillages Vibrions halophiles Aquanord Pasteur Gravelines trimestrielle
(3 gisements)
Poisson Bactériologie : Aquanord CEVPM mensuelle
Aérobies mésophiles
Coliformes 44 °C
Anaérobies sulfito-red.
Staph. aureus
Salmonelles
Eau Métaux lourds Aquanord Pasteur Lille annuelle
Pesticides organochlorés
Poisson Fluor, Etain Aluminium DK Pasteur Gravelines annuelle
Aliment Bactériologie : Aquanord CEVPM semestrielle
Aérobies mésophiles
Coliformes 44 °C
Anaérobies sulfito-red.
Staph. aureus
Salmonelles
Streptocoques fécaux
Aliment Humidité Aquanord CEVPM trimestrielle
Glucides, Lipides
Protéines
Eau Radioactivité : Aquanord Opri semestrielle
Potassium naturel établissement public
Tritium à caractère
Strontium 90 administratif
Césium 137 (min. Santé et Travail)
Poisson Radioactivité : Aquanord Opri semestrielle
Potassium naturel
Strontium 90
Césium 137
Poisson Analyse Aquanord Axens semestrielle
sensorielle
Poisson Cotation organoleptique Aquanord CEVPM semestrielle
grille CEE J+1 / J+10
Eau Chlore EDF Ifremer - Pasteur mensuelle mais
Vibrions disponible sous
Chlorophylle forme de rapport
Plancton annuel
Eau Radioactivité EDF mensuelle
Poisson Lipides totaux Aquanord CEVPM mensuelle
Poisson Graisses périviscérales Aquanord interne mensuelle
Poisson Résidus antibiotiques Aquanord DSV Lille annuelle
âgé /facteurs croissance
151
Aquaculture et environnement : poissons marins
Cependant, toutes ces analyses ont un coût qui dépasse les 200000 F
annuels et demandent un investissement en temps non négligeable de
la part principalement du responsable qualité, Il est donc impensable
d’espérer pouvoir transposer ce type de contrôle des rejets à des petites
structures sans une aide des pouvoirs publics.
Aquanord (2000t), une goutte d'eau dans la mer
Avec un débit de rejet maximum autorisé de 48 000 m3/h (13,3 m3/s),
identique dans les deux arrêtés (pour les 1 000 puis 2 000 t de pro-
duction), la dilution est très importante dans le milieu récepteur inter-
médiaire constitué par le canal de rejet du CPN de Gravelines. Dans
le cas concret de l’année 1996 (voir schéma), 5,71 m3/s ont été rejetés
en moyenne par la ferme aquacole, par rapport aux 213,8 m3/s de la
centrale, ce qui correspond à un facteur de dilution de plus de 37.
Si nous prenons l’exemple des rejets en ammonium, la norme fixée pour
le rejet d’Aquanord à 0,5 mg/l signifie que la concentration moyenne
dans le rejet de la centrale serait au maximum de 0,1 mg/1 (valeur
approximative en entrée sur Aquanord) plus 0,5/34 (0,014) ce qui cor-
respond à 0,115 mg/1 dans le canal de rejet de l’EDF.
Schéma de la circulation
des eaux sur le site
de Gravelines, situation
moyenne en 1996
(d’après R. Delesmont,
institut Pasteur
de Gravelines).
152
Prévention et contrôle de l'impact sur l'environnement
À ticre de comparaison, la législation irlandaise impose un seuil maximal
admissible de 0,5 mg/1 d’NH4+ dans les rejets de pisciculture marine,
avec un seuil à 1 mg/1 d’NH4+ pour les eaux réceptrices.
De même, toujours en Irlande, pour les nitrates, le seuil passe de 1 à
11 mg/1 respectivement pour les effluents et les eaux réceptrices.
Les normes physico-chimiques de rejet apparaissent donc très sévères
au vu des dilutions qui s’opèrent dans le milieu récepteur intermé-
diaire puis dans la mer.
L’impact dynamique par apport d’eau est négligeable.
L’impact antibiotique et antiseptique, déjà apprécié comme négligeable
en 1989 par 1’étude de Créo, l’est encore plus aujourd’hui, avec une
réduction poussée à l’extrême de tous les traitements. Une approche
préventive du problème, grâce à une bonne maîtrise de 1 elevage d’une
part et une connaissance approfondie des caractéristiques bactériologiques
du milieu d’autre part, s’est révélée très fructueuse à ce niveau.
Au niveau bactériologique, Aquanord poursuit les analyses, de vibrions
principalement, qui lui ont été demandées mais il n’existe pas de normes
et on ne saurait en fixer car la ferme gravelinoise peut être considérée
comme un site pilote à cet égard. Aujourd’hui, la concentration en
vibrions dans le rejet d’EDF est stabilisée depuis la mise en service de
la sixième tranche de la centrale et malgré la montée en production
d’Aquanord. De plus, ces analyses déjà très lourdes financièrement
apparaissent néanmoins insuffisantes pour déterminer si l’augmenta-
tion de la diversité des espèces de vibrions est liée à l’aquaculture et,
si oui, dans quelle mesure.
Ces conclusions sont celles qui ont pu être tirées notamment par les dif-
férents auteurs ou responsables du rapport annuel concernant « La sur-
veillance écologique et halieutique - Site de Gravelines » (Ifremer).
Conclusion
Insérée dans une logique industrielle de la prévention des risques liés
à l’environnement, Aquanord est observée sous tous les angles, à tout
moment et le plus souvent à ses frais en application du principe « pol-
lueur/payeur ».
Comme nous l’avons montré en reprenant les conclusions des scientifiques,
Aquanord, grâce à son système d’implantation, n’est finalement pas
très polluante comme l’indique l’observation des paramètres physico-
chimiques, microbiologiques, bactériologiques et autres.
Il n’en est pas moins vrai que l’élaboration d’autocontrôles et 1 organi-
sation d’un comité de surveillance entre les mstances locales et la ferme
d’aquaculture sont un exemple qui pourrait être suivi même si des adap-
tations sont obligatoires pour des structures plus petites.
Mais, si des efforts sont à fournir pour appréhender de mieux en mieux
les risques réels de pollution de l’environnement par une pisciculture
marine, qui apparaissent bien souvent négligeables, les aquaculteurs ne
doivent pas être les seuls à financer les recherches.
153
Expérience des principaux pays européens
Thème 4
Expérience des principaux pays
producteurs européens
Séance présidée par Philippe Ferlin, Ifremer,
directeur des relations et de la coopération internationales
155
Aquaculture et environnement : poissons marins
156
Expérience des principaux pays européens
Development and management
of aquaculture in Norway, especially
related to the environment
Hakon Kryvi
Environmental Department, County Governor of Hordaland, Norway
(f.t.b. World Bank Group, Washington)
Résumé
Premier pays producteur mondial de saumon, la Norvège a élaboré,
depuis plusieurs années, une législation adaptée. Une ambitieuse poli-
tique est actuellement menée. L’une des premières étapes a permis de
dresser un bilan du potentiel aquacole norvégien (programme Lenka).
Parallèlement, les autorités compétentes ont défini une série d’objectifs
pour favoriser une industrie aquacole durable : mise en œuvre d’instru-
ments juridiques permettant une réservation de sites favorables et déve-
loppement de méthodes scientifiques et de procédures administratives
afin d’améliorer le contrôle des rejets.
Introduction
The aquaculture industry in Norway is a young enterprise. The first
self-educated attempts started in the early 1960s with some rainbow trout
(Oncorhynchus mykiss) in freshwater ponds. The technique was developed
further using both freshwater and saltwater, and transferred to salmon
(Salmo salar) which became the predominant species around 1977.
Figure 1
Production of Atlantic
salmon and rainbow trout
in Norway, 1992 to 1996
and prognosis (*) for 1997.
The figures are given in
1 000 tons round weight.
Source: Kontali analyse A/S.
Atlantic salmon
Rainbow trout
157
Aquaculture et environnement : poissons marins
From close co no production ot the species around the early 1970s, the
total production reached about 278000 tons in 1996 (fig. 1), of which
salmon represented approximately 90% (Aalvik, 1997). The export
value was about 1 billon US $.
Various features favour aquaculture in Norwegian seawater. The main
are possibly:
- favorable coastal water temperature (Gulf Stream), clean seawater,
- long (55 000 km) and protected coastline,
- abundant fish feed,
- sutticient freshwater to raise smolt all the year round,
- good infrastructure along the coast,
- leading scientific community,
- innovative fish farmers,
- matching regulations?
Environmental issues
The most pronounced environmental issues connected to aquaculture
in Norway are the following.
Pollution
If not handled properly, aquaculture activities may cause water pollu-
tion. The main sources are:
- release of organic material from excess leed and from feces. Excesses of
organic material will increase the turnover and the oxygen consumption
in the waterbody. If the supply of oxygen is not adjusted to this surplus
activity, the waterbody will suffer from lack of oxygen, the flora and
fauna will change, it might turn rotten, and will be uninhabitable for
organisms which need a certain amount of oxygen to survive (e.g.
farmed organisms). This kind of deteriorated waterquality causes severe
losses for the farmers and is also be detrimental for the surrounding
environment;
- release of medicines and antibiotics. These compounds are strangers
in the environment and can, exceeding certain concentrations, cause
damage to organisms in the waterbody. If excess antibiotics are being
used, the bacterias, including the target bacteria, may turn resistent to
the antibiotica used and the particular disease will be much more dif-
ficult to combat. Incidents of resistent bacteria, probably caused by
unsound use of antibiotics, has been abundant also in Norway. The last
few years the use of medicines have, however, decreased dramatically;
- release of various chemicals tised as desinfectants, when cleaning gear
and equipment, together with the antifouling agents used for the nets
(tri-butyl-tin, copper-agents).
Spreading of diseases
The conditions in an aquaculture rearing system could be excellent for
bacterias and viruses to thrive: a huge amount of target animals in a
158
Expérience des principaux pays européens
confined area, a lot of stressed individs many with ailing immune res-
ponses, skin-bruises on the individual, lack of oxygen, etc, - all fac-
tors that might trigger disease outbreaks in the cages. Adding to the
problem, these plants will serve as germ reservoir distributing the
pathogens further to the surroundings and to neighbouring aquacul-
ture facilities.
Escapees
In nature, the salmon species have genetically been adapted to the
special conditions in their home river, and have developed a better
opportunity to survive compared to other species entering the river.
In a salmon farming plant, the fish are a mix of various genetic diffe-
rent species. If these are escaping from the pens and migrate into the
rivers in big amounts, there might be possibilities that this somehow
might cause damage to the local stock in that particular river.
Conflicts of interests (area)
As the amount of sites for the fish-farm industry has multiplied, the
demand for space along the coast for the industry to operate has
increased. Areas which traditionally either were used by others or was
considered common property suddenly were claimed by fish farmers
excluding the other activities. This caused troubles and problems, and
represented a challenge to the management system: new regulations
and procedures had to be adopted.
Management systems/legal aspects
To run a fish farm in Norway you need a license. This licensing system
constitutes the base for the regulation of the fish farming industry.
The four Ministries to administer the various acts regulating the fish
farming industry in Norway are:
Ministry of Fisheries Act relating to the breeding of fish, shellfish of 1985
Ministry of Environment Pollution Control Act of 1981
Planning and Building Act of 1985
Ministry of Agriculture Provisional act concerning measures to counteract
diseases in aquatic organisms, 1990 (Fish Disease
Act). New version 1.1.98
Ministry of Local Planning and Building Act of 1985.
Government and Labour (e.g., confirming adoption of bylaws
by the municipal council).
The Mimstry of Fisheries (Coast Directorate) in addition takes care of
seaways considerations, and the Ministry of Defense deals with naval
matters.
The Ministry of Fisheries, the Ministry of Environment, and the
Ministry of Agriculture have subordinate agencies, the Directorate of
Fisheries, State Pollution Control Agencies, and the Animal Health
Protection Agency respectively, which are responsible for execution
of the regulations.
159
Aquaculture et environnement : poissons marins
The operational entities dealing with aquaculture and applications for
licensing are, however, situated at the county and municipal adminis-
trative level:
Ministry of Fisheries Chief Fishery offices in all aquaculture
counties (9), and 63 fishery advisors
divided among them
Ministry ot Environment County Environmental Departments under
the County Governor in every county
Ministry of Agriculture County Veterinary Authorities
Ministry of Local Government Municipal Authorities
Application route
The applicant, with the assistance of a fishery advisor, forwards the
application to the Regional Director of Fisheries (Chief Fishery Office)
who distributes the application to the Municipal Authority (planning),
County Governor (environment), Regional Veterinary Officer (diseases),
and Coast Directorate (transport/seaways) (fig. 2). These authorities
process the application pursuant to their laws and return it to the Chief
Fishery Office with a positive or negative decision. If the decision is
“No”, there will be no license. If “Yes”, the office migltt issue the
license, depentiing on its evaluation of the application. The average pro-
cessing time for an application is about one-half year, and the expenses
the fish farmer has to pay are about 1 000 US $. As can be seen, Nor-
wegian fish farming is strictly controlled by a number of laws and
regulations.
Figure 2
Application route.
160
Expérience des principaux pays européens
The various acts
Act relating to the breeding of fish and shellfish (Act of Fish Farming):
Licensing
The act, with its licensing arrangement, has been the key instrument
with which to ensure balanced and sustainable fish farming (Report n° 48
to the Storting, 1994-1995). The act introduced the licensing system
m 1973. The law has been amended several times, and in recent years
a set of regulations has been developed to regulate the establishment
and operation of various forms of fish farming activities. The system
imposes limitations with regard to the maximum size of each farm as
well as to the maximum number of permits given for fish larming.
Today, Norway has a total of 760 licenses for raising salmon and rain-
bow trout in salt water. In addition, there are 94 licenses for raising
trout in freshwater and some temporary fish farms (32) for research pur-
poses (Aalvik, 1997). No new licenses have been granted since 1988.
• Production regulations
The regulation on production has been set through the size of the
farm (12 000 m\ calculated down to 5 meters depth). The logic is not
obvious, and this condition has caused problems. To fit the regulation
of production to more relevant figures, restrictions of stocking density
in the pens have been introduced. The permitted stocking density is
now 23 kg/m\ Measuring tliis figure is very difficult, and enforce-
ment has similarly proved to be cumbersome. Other ways to regulate
the production have been proposed: simply the tons produced, the
amount of feed used, extent of pollution, etc. (see below: MOM).
Because of improved feed quality, better production techniques and
better husbandry, the stocking density limitation might be increased
to 50 kg/m"’ next year.
Since late 1995, the production of Norwegian fish farms has also been
regulated by feed quota. This regulation was imposed to cut back pro-
duction to balance the market. For 1997, each license had a feed quota
of 640 tons, giving a production of about 530 tons round weight of
salmon. This will be increased to 700 tons feed per license next year.
The quotas are established in cooperation with the EU authorities in
Brussels.
• Relation to other acts
Before issuing licenses, several conditions have to be met. A license shall
not be granted if the facility:
- will cause the risk of spreading diseases among fish and shellfish
(paragraph 5-1);
- will cause risk of pollution (paragraph 5-2);
- has a distinctly unfortunate location in relation to the environment,
lawful traffic or other exploitation of the area (paragraph 5-3).
161
Aquaculture et environnement : poissons marins
The authorities of paragraph 5-1 and paragraph 5-2 are the Regional
Veterinary Service and County Governor respectively. Paragraph 5-3
is not so straightforward. In this case, a qualified opinion on the subject
is given by the County Governor as the professional entity in these mat-
ters. The County Governor evaluates the application according to the
Nature Conservation Act and Open Air Recreation Act. The advice
might be challenged by the Regional Director for Fisheries. The hand-
ling of this paragraph has caused a lot of controversies because of diffe-
rences in opinion between the fisheries and environmental authorities
as to what extent the existence of aquaculture farms will interfere with
the animal life in protected areas or constitute a nuisance in recreation
areas. The laws dealing with these matters, specifically the Nature
Conservation Act and the Open Air Recreation Act, do not contain a
clear-cut description of how to measure possible damaging effect from
activities near the area in question.
The Planning and Building Act
The act applies to the whole country including watercourses. For the
purpose of county and communal planning, the outer seaward limit
of jurisdiction is defined by the act as the baseline, a line connecting
the outermost skerries and points of land (Bennett, I 996). According
to paragraph 20-1, “the municipalities shall carry out continuous municipal
planmng with a view to coordinate the physical, economk, social, and cultural
development within their own areas. A municipal master plan shall he pre-
paredin each municipality”. The plan consists of a long-term component
and a short-term component. The long-term component will contain
objectives for the development in the municipality, guidelines for sec-
tor planning, and a part referring to land-use to enable management
of land and other natural resources.
In 19H9, the jurisdiction of the Planning ancl Building Act in the sea
was clarified. According to paragraph 29-4, the land-use part of the
municipal master plan shall, as far as is necessary, designate areas for spe-
cific use or protection of sea and watercourses, including traffic areas,
fisheries areas, aquaculture areas, nature areas, and areas for open air
recreation singly or combined with one or more of the mentioned land-
use categories.
The adjustment of 1989 was introduced as a result of the increasing
conflicts of interests in the coastal areas, mainly caused by the fast
growing aquaculture industry. “The aquaculture plants need space,
and have certain zones around the plant with limited access for people
(it is prohibited to fish within 100 meters ofan aquaculture facility
or to approach within 20 meters thereof), they pollute, tend to make
some noise, smell a bit, they are visible, contribute to the spreading
of parasites and pathogens and they send off escapees, all of which
contribute to concern from other activities in the same area.” (Kryvi,
1994). The need for proper planning to regulate the use of sea area along
the coast was therefore imminent.
162
Expérience des principaux pays européens
To facilitate the coastal zone planning process to ensure proper mana-
gement along the coast, central authorities launched a program, cal-
led Lenka (Nationwide Analysis of the Sustainability of the Norwegian
Coast for Aquaculture) starting in 1987, ending in 1990 (Kryvi et al.,
1991; Ibrekk et al., 1991). The aim was to develop an efficient and
standardized tool for coastal zone planning. A method for calculating
the holding capacity and a procedure for finding the most suitable sites
for fish farming, considering other interests, were given, and a manual
of procedures for integrated coastal zone planning were introduced.
The Planning and Building Act is, and will be, the fundament for the
management of coastal areas in Norway. The Act will allocate areas to
the prioritized activities (e.g., fish farms, recreation, protected areas,
fishing and nursing grounds, fish confinement sites, etc.). Decisions will
be made at local (communal) level with broad participation of all sta-
keholders. To ensure that national interests will not be violated, the plan
must be accepted by the authorities at county level. It is mandatory for
these authorities to participate in the planning process. Intersectoral
cooperation is requested.
• Coastal zone planning
Norway has 281 coastal communes. The extent of coastal zone plan-
ning in these communes is demonstrated by the following figure (Ben-
nett, 1996).
Approved plans Planning in progress Not planning
1992 22% (64) 30% (80) 48 % (137)
1995 36% (101) 27% (75) 37% (105)
The planning tends to be concentrated in the skerry belt and outer
fjord districts which are most densely populated and intensively used
(Bennett, 1996).
• County coastal planning
When allocating space along the coast for various interests, a demand
to consider bigger areas than covered by commune borders often emerges.
Site allocation for one purpose in one commune influences the use of
areas in the neighbouring commune. So far, a management system does
not exist in which the use of common sea areas could be settled. Based
on this conclusion, a project has been launched in three counties to
develop a system and rules for county coastal planning.
• Dispensations
The Planning and Building Act contains opportunities for the muni-
cipality to give dispensations. When special reasons exist for doing so,
the municipality, unless otherwise stipulated in the provision concerned,
may, after application, grant permanent or temporary dispensation
from provisions contained in this Act, bylaws or regulations.
163
164
Aquaculture et environnement : poissons marins
The planning process in Norway (according to the Planning and Building Act).
Expérience des principaux pays européens
In the- event of dispensation from the land-use part of the municipal
master plan, a local development plan, or a building development plan,
the county municipality or national authorities whose area of respon-
sibility is directly affected shall be given the opportunity to express an
opinion before the dispensation is granted.
The practice to propose dispensations in matters concerning siting of
fish farms is frequent and causes a lot of commitments. Problems often
arise when permit to siting is granted by the special laws and the site
is not allocated to fish farming in the master plan. The understanding
that a dispensation has to be issued by the local municipality board, and
granted by the county authorities is not always present in this board.
The Pollution Control Act
As with every modern and decent enterprise, the Norwegian fish far-
ming industry shall have a balanced and sustainable development. One
condition for sustainability is not to pollute. This condition has been
put upon fish farms since the end of the 1970s, and has been an impor-
tant factor in the progressive reduction of the environmental impact
from fish farming. A license to operate the farm must include detailed
regulations on how to avoid pollution. This is issued by the County
Governor.
Overloading of fish farm sites with accumulation of sludge on the seabed
is less frequent than it used to be. A great deal of ongoing research
and development aids the reduction of emissions resulting from feeding
processes, e.g., the composition of feed and technical solutions and
systems for monitoring fish stock and feeding. Work is also being
done on the preparation of improved models capable of estimating
the effects of emissions in particular areas. Modeling of this sort will
help in the process of siting fish farms (National Objectives; see below:
MOM).
Besides pollution, this act also covers sound waste handling, ordinary
waste, chemicals and dead fish. Every farm must have equipment for
silage production and enter into a system for collection and treatment
of the product.
The Fish Disease Act
The objective of this act is to prevent, limit, and exterminate infectious
diseases in fish and other aquatic animals. All siting or relocation of a
farm must be approved by the County Veterinary Officer pursuant to
this act. The act deals with obligations to inform about and report on
disease outbreaks, attentiveness, internal control, disinfection, vacci-
nation, health control, removing of infected or dead animals, trans-
port, slaughtering, etc.
The distance between each farm should be at least 1 km. The distan-
ce between a salmon grow-out farm in the sea and a broodstock farm
should be at least 3 km. There is a proposal to increase the distances
up to 3 km between fish farms and 5 km to broodstock farms.
165
Aquaculture et environnement : poissons marins
The main goal is to have three sites per license. Due to lack of sites,
this might be difficult to fulfil in all parts of the country. As an ave-
rage, 70% of our fish farms have two or more sites per license. This makes
it possible, for the ordinary operation of a fish farm, to have always
one site free of fish every third year (Aalvik, 1997).
A new version of the Fish Disease Act became operative in January
1998. Possibility to establish epidemiological zones, admittance to
demand remedial actions to reduce the risk of spreading of diseases,
admittance to demand coordinated delousing, possibility to decide the
siting of slaughterhouses are among the new paragraphs included. In
the amended act, more emphasis has been put on the responsibility for
the veterinarians to include wild stock in their considerations.
Directives
A document with specific instructions on how to process the applica-
tion has been in operation the last 10 years. A new edition will be
issued at the end of this year. This edition will underline the impor-
tance of the proper handling of area conflicts ancl put the focus on the
impact on the wild stock of salmonids.
Enforcement
In the last 10 years, more effort has been put into enforcement of the
various acts. The fisheries, the environmental, and the veterinary autho-
rities at the county level have increased their follow-up work. The
internal control directive applies to the pollution control and the Fish
Disease Act. The County Governor has been implementing this for
several years with great success. The environmental and the hygienic
conditions in and outside the fish farms have improved considerably.
More frequent inspections by the fisheries authorities on siting, gear,
and equipment have also contributed to a more promising situation.
Environmental objectives for Norwegian aquaculture
To better acljust the aquaculture industry to the overall aim of sustai-
nability and ecologically balanced management, certain restraints and
actions towards the industry have been introduced.
Joint environmenral objectives for the Norwegian aquaculture indus-
try have been drawn up by authorities representing four different minis-
tries (Environment, Fisheries, Agriculture, and Health). The idea behind
this joint initiative is that the environmental authorities wish to gra-
dually transfer environmental thinking and responsibility to the sector
authorities (Environmental Objectives for Norwegian Aquaculture,
1994). The objecrives will be updated every year.
166
Expérience des principaux pays européens
Long-term environmental objectives and short-term result goals have
been defined in five problem areas. The priority of the problems appears
to be as follows:
- escapees,
- diseases,
- medicines and chemicals,
- release of organic matter.
Data are collected within the defined problem areas and once a year
constitutes the basis for the evaluation of the environmental objectives
put forward. Examples of long-term and short-term objectives follow
below. Note that the list is not exhaustive.
Escapees
The occurrence of large amounts of farmed salmon in the rivers is of
great concern in Norway, and is considered as the greatest environ-
mental threat from rhe aquaculture industry nowadays. The reason is
the threat of negative interaction between the large amount of escaped
salmon and the continuously dwindling wild stock in the rivers. Gene-
tic characteristics might be lost. In addition to the national concern,
Norway is also bound by formal obligations derived from the conven-
tion for preservation of Atlantic salmon strains.
Actions to improve the technical standard of the cages (making them
escape-proof), to be careful when siting the farms, to consider the
density of farms in the fjords, to establish salmon protection zones,
and to increase the access to catching salmon off season, etc., have been
introduced.
Long-term environmental objective:
- the number of fish that escape from fish farms should not represent
a threat to the maintenance of Norwegian strains of wild salmon.
Short-term (before year 2000):
- the number of escapees must not exceed 400000 each year;
- the part of escapees in the Norwegian spawning population must not
exceed 10%.
Diseases
By and large, the disease situation for Norwegian populations of wild
fish can be mapped to the distribution of equivalent diseases in Nor-
wegian fish farms. The most important methods of limiting infec-
tions are thus to improve the health of cultivated fish and to deal
effectively with the problems of escapees.
Because of successful vaccination programs and improved hygiene and
husbandry, the incidence of disease-outbreak in fish farms has been
reduced in the past few years. This does not include the sea lice infes-
tations. At present, sea lice is regarded as the most serious disease pro-
blem in the Norwegian aquaculture industry. Sea lice also represents
great problems for the wild populations of salmon and sea trout.
167
Aquaculture et environnement : poissons marins
To mitigate the sea lice problem, a national action plan towards lice in
salmonids has been launched (after the initiative of the Norwegian
Research Council). The plan advocate minimum frequencies for registra-
tion of the level of lice in the farms, standard registration and reporting
procedures, training of the farmers, mediation on information on sea lice
attacks, coordinated delousing programs, consideration of migration
routes for wild smolt when siting and establishment of regional task
groups in important areas. The plan has been in operation since spring
1996, with long term and short term environmental objectives.
Long-term :
- the risk of infection from cultivated fish to wild fish should not
constitute a threat to the conservation of wild strains.
Short-term:
- reduce the amount of sea lice in the farms to diminish the spreading
to wild stocks.
Medicines and chemicals
The long-term measure set in 1995 was to reduce the quantity of medi-
cines reaching the external environment by 75%, the value of total
consumption of medicines, in term of the mass of active substances
between 1 988 and 1 992. This has been met. The consumption of medi-
cines has been reduced drastically last years (96% reduction since 1993).
As mentioned above, this is mainly caused by a successful vaccination
program starting at the beginning of this decade and an improved
husbandry among the fish farmers.
Long-term objectives:
- the medicines used should be maximum effective and not have any
unaceptable environmental impact;
- the environmental impact of all new medicines shall be registered for
use on farmed fish;
- the release of copper from net impregnation is considered improper,
and should be terminated. A regulation to prohibit the use of copper
in anti-fouling of nets is on the way.
- chemicals used in aquaculture should be as efficient as possible and
should have no unacceptable environmental effects;
Short-term objective:
- the use of copper should not exceed the amount used in 1996.
Release of organic matter
Because of better understanding of the reasons for and the results of
discharge of organic matter from fish farms, sound procedures for siting
of farms have been given much attention the last 10 years. Early salmon
farms were located in protected fjords or enclosed bays which had poor
flushing capabilities, leading to accumulation of fish feces and excess
feed underneath the pens. Today, a premium is placed on water flow to
ensure an ever changing water supply through and around the pens, and
the problem with environmental deterioration caused by release of
organic matter has diminished over the last years.
168
Expérience des principaux pays européens
Efforts to develop a regulatory system for production (and thereby the
release of organic matter) adjusted to the holding capacity for the site
have gone on for many years. Participants in this determined develop-
ment have been central authorities, the Institute of Marine Research,
and the Norwegian Research Council. The system is called MOM
(Modeling - Ongrowing fish farms - Monitoring). The concept is based
on integrating the elements of environmental assessment, monitoring
of impact, and environmental quality standards into a system (Ervik
et al., 1997). The Norwegian authorities are showing great interest in
the MOM system, and it will probably in the near future be integrated
and implemented in the public regulations of our aquaculture industry.
Long-term objective:
- the release of organic matter from the fish farms should not have any
detrimental effect on either the local or the regional environment. The
handling of waste from the farms should fulfil the national standards
for such waste.
Short-term objectives:
- to implement MOM in the managing system (1999);
- the amount of offal recycled to fish feed should at least be kept on
the level it is today (based on the average of 1994-1996).
Final remarks
To my knowledge, the regulatory system for fish farming in Norway
is evaluated as suitable by the legal professionals. The opinion is that
grave loopholes on the whole are absent. However, the regulatory sys-
tem will probably continue to be refined to make it less elaborate and
easier to operate.
The idea behind the environmental objective mitiative was that the
environmental authorities wished to transfer environmental responsibility
to the sectoral authorities. The environmental authorities would pro-
vide general guidance by issuing environmental objectives and subse-
quently checking that these objectives were being met. The sectoral
authorities would then be responsible for identifying means and measures
that would ensure that the objectives were in fact met. This means that
in the future the fisheries and veterinary authorities should handle
matters involving environmental issues.
Still, there is benefit to be gained by better coastal zone planning. Not
all the municipalities have the capacity and experience to fully utilize
the advantages of proper planning in term of settling potential space
conflicts at an early stage. The establishment of county coastal plans
is expected to enhance beneficial outcome of coastal planning.
In addition to the economic success of the aquaculture industry in Nor-
way, I think it is fair to say that, by and large, this has become an envi-
ronmentally friendly industry. My opinion is that this achievement is
very much due to the regulatory system, operated by skilled civil ser-
vants, and followed up by proper enforcement. The regulatory system
169
Aquaculture et environnement : poissons marins
has, in addition, contributed to create an environmental awareness
among the performers of the business, which also is a part of the rea-
sons for the sound environmental development the industry has expe-
rienced in the last years.
Acknowledgements
The author acknowledges the support of Tone Lovold and Eva Katrine
Taule, Environmental Department, County Governor of Hordaland,
Bergen, and Eva Espeland, Ministry of Environment, Oslo, Norway.
Bibliographic references
Aalvik B., Directorate of Fisheries, 1997. Pers. com.
Bennett R.G., 1 996. Norwegian Coastal Zone Planning. Norsk Geogr.
Tidsskr., vol. 50, 201-213. Oslo.
Ervik A. etal., 1997. Regulating the local environmental impact of inten-
sive marine fish farming. I - The concept of the MOM system
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Kryvi et al., 1991. Lenka - a method for a nationwide analysis of the
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force in the Norwegian coastal industry”.
170
Expérience des principaux pays européens
Regulation of marine fish farming
in Scotland by the Scottish Environment
Protection Agency (SEPA)
AndrewJ. Rosie
SEPA team Leader for Orkney, Shetland & Western Isles
Résumé
Les rejets des fermes aquacoles sont encadrés par les dispositions de la
loi sur le contrôle de la pollurion de 1974 (Control of Pollution Act).
L’autorisation de rejet est accordée, depuis 1996, par la SEPA. Celle-
ci est actuellement engagée dans une refonte complète des procédures
d’instruction des dossiers d elevage. II s’agit, notamment, d’harmoniser
les pratiques sur l’ensemble du territoire écossais en matière d eva-
luation des demandes d’autorisation et de contrôle de l’impact des
élevages de poissons marins sur l’environnement.
Abstract
Wastes from Scottish fish farms fall wirhin the definition of trade
effluent under the Control of Pollution Act 1974 (as amended), and
can only be discharged to controlled waters with the consent of the
Scottish Environment Protection Agency (SEPA) who took over this
responsibility from the Scottish River Purification Authorities in April
1 996. This has coincided with a heightening of public interest in pol-
lution risks associated with fish farming. SEPA has recently embarked
on a fundamental review of the way it regulates the industry in view
of its wider remit set down in the Environment Act 1995.
The administration of fish farming activities is described along with the
legislative procedures used by SEPA and its new regulatory strategy
for the industry. This includes the assessment of applications for
consent, the consenting procedure and the monitoring methods to
gauge compliance with consent conditions and environmental cjuality
standards. The impacts arising from present husbandry techniques
are summarised including those arising from the discharge of thera-
peutant chemicals, nutrients and organic wastes.
Introduction
Salmon farming started in Scotland m the 1960’s with experimental
sites using the indigenous species, the Atlantic salmon, Salmo salar.
The industry remained small during the 1970s whilst the various
171
Aquaculture et environnement : poissons marins
husbandry problems of nutrition, breeding, disease and cage design
were addressed. Significant commercial production by small businesses
began to increase in the early 1980’s and the industry developed an
image as that of a “crofter based" enterprise.
As the industry has continued to develop, at an almost exponential
rate, the number of companies has contracted and the influence of small
businesses reduced as a greater proportion of the total production
became controlled by the large (sometimes multinational) companies.
During this period, the average farm size gradually increased from
85 tons in 1985 to 355 tons in 1995. In 1996, SEPA regulated 108 com-
panies operating 414 consented units producing an estimated 83 300tons
of fish.
Salmon Production
The production cycle for salmon farming attempts to mirror the natu-
ral life cycle of the fish, whilst also accelerating its growth to a market
size. The broodstock fish moved to freshwater to spawn, the eggs are
fertilised and kept in high quality freshwater until they hatch. About
mid-term, the eggs have developed sufficiently that they are relatively
robust and can be transported if necessary. On hatching, the fry are
kept in freshwater and fed an artificial diet.
The fish are kept either in tanks or in floating cages m freshwater until,
after about 18 months, they become “smolts”. At this stage, they can
be transferred to seawater where the growth rate is higher. The fish
are again kept in cages moored in coastal waters and fed a diet of spe-
cialised feed. They reach market size after about 2 years at sea.
The marine cages are normally circular or rectangular structures from
which a net is hung to a depth of between 10 meters and 15 meters.
The cages are generally moored in groups, as the moorings required are
substantial. The cages can theoretically be moored anywhere, but his-
torically sheltered areas, such as sealochs or Shetland voes, have been used.
As cage design and mooring technology improve, some operators are
moving into more open waters, which results in a wider dispersal of the
effluent, and thus fewer environmental effects. Prior to harvesting, the
salmon are starved for up to a week. This « firms » up the flesh and reduces
the chances of bacterial contamination due to having a full intestine. At
harvesting, the fish are killed, blecl, gutted and packed on ice for transit
to fish processors.
Administration of the Industry
Successful establishment and operation of a marine fish farm require
certain approvals or authorisations from governing agencies as follows.
172
Expérience des principaux pays européens
The Scottish Environment Protection Agency (SEPA)
SEPA was established under section 20 of the Environment Act 1995
(the 1995 Act) and came into being on 1 April 1996. On that date, a
number of the functions of several disparate regulatory bodies were
transferred to SEPA under section 21 of the 1995 Act, including the
water pollution control functions of the ten river purification autho-
rities (RPAs) under the Rivers Acts 1951 and 1965 (Prevention of
Pollution) (Scotland), and part II of the Control of Pollution Act 1974
(as amended) (the 1974 Act), and the RPAs were dissolved.
SEPA is therefore responsible for the regulation of discharges to control-
led waters, for the granting of consents for the discharge of any effluent
or other matter and for the sampling of controlled waters or effluents.
Under the 1995 Act, SEPA has a cluty to promote the cleanliness of
controlled waters and must exercise its pollution control powers to pre-
vent or minimize, or remedy or mitigate the effects of pollution of the
environment. To facilitate the carrying out of these pollution control
functions, SEPA is required to compile information relating to such
pollution.
A developer wishing to discharge effluent from a fish farm must first
obtain a consent from SEPA by submitting an application. This pro-
cedure is discussed in greater detail below.
The Crown Estates Commissioners (CEC)
As landlord of most of the seabed within territorial waters, the CEC will
grant a lease, at its discretion and on receipt of an annual rent, to permit
this siting and operation of the farm. There is a consultative procedure
associated with the processing of lease applications which essentially
gives CEC a non-statutory role as a planning authority. Conflicting opi-
nions on the suitability of a site are considered by an independent advi-
sory committee. CEC have published guidelines on siting fish cages and
have recommended separation distances for fish farms.
In applying for a lease from the CEC, environmental assessments are
required for large or sensitive applications. These assessments are
required as a result of the implementation of the EC Directive 85/337
into Scots Law.
Where the proposed fish farm is large or is to be located in a sensitive
area, SEPA will recommend to the CEC that a formal environmental assess-
ment commissioned by the applicant is advisable. In 1990, the Agriculture
Committee of the House of Commons reported considerable unease with
the dual planning and landlord roles of the CEC. However, it recom-
mended enhancing the powers of the advisory committee and against
handing this marine planning function to the local authorities.
The situation is slightly different in the Islands where, for example, the
Zetland County Council Act 1974 gives the Shetland Islands Council
jurisdiction over the coastal waters via a system of works licenses. In the
Orkney Islands and parts of the Western Isles, Harbour Orders give
similar powers to the Islands Councils in the areas covered by these
173
Aquaculture et environnement : poissons marins
orders. The processing of works license applications provides a form of
planning control which is acknowledged by CEC, and the granting of
a seabed lease normally follows automatically on the approval of a works
license.
Local Authorities
All development above the low water mark is subject to control under
UK planning legislation. The relevant planning authorities have res-
ponsibility for assessing the siting of any land-based support facilities
for marine cage fish farms, their impact on the terrestrial environment
and infrastructure. Some local planning authorities have set up local
area framework plans covering marine fish farming.
Scottish Natural Heritage
As the statutory guardian of Scotland’s natural heritage, Scottish Natu-
ral Heritage (SNH) is consulted by CEC, SEPA and Local Authorities
over the granting of fish farm leases, discharge and planning consents.
SNH is the statutory body responsible for various designated areas,
including Sites of Special Scientific Interest (SSSI), Special Areas of
Conservation (SAC), Special Protection Areas (SPA) and certain other
non-statutory designated sites which are important for nature conser-
vation. As such, the view of SNH on potential marine cage fish farm
developments is of considerable importance in the granting of correct
leases and discharge consents.
The Scottish Office
The Secretary of State for Scotland has overall responsibility for coordi-
nating the regulation of the marine fish farm industry and for ensuring
that relevant European legislation is transferred into Scots Law. This
includes determining appeals which challenge SEPA’s decisions on
discharge consent applications. The Scottish Office Development
Department has responsibility for coordinating the planning regula-
tions. The Scottish Office, Agriculture, Environment and Fisheries
Department (SOAEFD) is responsible for statutory measures under the
Disease of Fish Acts 1937 and 1983 and the Sea Fisheries (shellfish)
Act 1967. These regulations are designed to prevent the introduction
and spread of pests and diseases of fish and shellfish which affect both
farmed and wild stocks. Under these regulations, all fish farms are
required to be registered with [Link], and must notify the depart-
ment if certain diseases are contracted. There is a requirement under
these regulations for SOAEFD to carry out annual surveys and report
on the fin fish industry.
SOAEFD also has a wider role in the protection of fisheries and the
marine environment and has carried out some research into the envi-
ronmental impacts of the industry. SOAEFD developed many of the
analyses and mathematical models that have been used in regulating
marine fish farms to date.
174
Expérience des principaux pays européens
Veterinary Medicines Directorate (VMD)
The Medicines Act 1968 requires that any substance intended for use
as a veterinary medicine must hold a product license (now called a
marketing authorisation). Applications for marketing authorisations
are submitted to the VMD and assessed using criteria based on the qua-
lity, efficacy and safety of the product. The VMD is advised by the inde-
pendent Veterinary Products Committee (VPC). Safety is considered
in a very broad sense, covering the species to be treated, the operator,
the consumer and the wider environment.
Most medicines, including all prescriptions only medicines, are admi-
nistered under the guidance of a qualified veterinarian. Medicines
which are not licensed for use on farmed fish can be prescribed where
treatment was found to be necessary on welfare grounds and all other
licensed alternatives were discounted as not being effective. This requires
the veterinary to make a series of decisions referred to as the “cascade
principle”. Any question as to whether this principle has been incor-
rectly applied and therefore in breach of the Medicines Regulations
1992 (medicated feeding stuffs; n° 2) could be referred to the Stare
Vererinary Service, a function of the SOAEFD, for investigation.
Pollution Control Legislation
European Legislation
Leaving asicle the proposed amenclments to the EC water pollution
control legislation, the directives which are of direct relevance to fish
farming in Scotland at present are as follows.
• The Dangerous Substances Directive (76/464/EEC)
This directive defines principles for the control of lists of substances
ranging from those which are toxic, persistent and bioaccumulate (List
1 substances) to those which have "a deleterious effect upon the aquatic
environment’’ (List 2 substances). Some therapeutant chemicals used by
marine fish farmers fall within the List 2 definition. There are two
articles which lay down the means of control for List 2 substances.
Article 7 requires "programmes to reduce pollution... by substances within
List 2” by ensuring their authorisation on the basis of emission stan-
dards calculated from water quality objectives (described as Environmental
Quality Standards [EQS] in the UK). Paragraph 4 of article 7 states
that these programmes may involve product substitution (requiring
the use of a less hazardous chemical) and shall take into account the
"latest economically feasihle technical developments” (i.e. Best Environmental
Practice).
Article 9 requires that “measures pursuant to this Directive may on no
account lead, either directly or indirectly, to increased pollution of the waters... ’.
Pollution is defined by the Directive "... as to cause hazards to human
health, harm to living resources and to aquatic ecosystems... ”.
175
Aquaculture et environnement : poissons marins
The concept of “reasonableness” is critical in the understanding of the
restrictions imposed by the Directive. It was not the intention to
impose unrealistic demands upon industry nor to prevent further
industrial development. The purpose of the Directive was to “protect
the aquatic environment of the Community from pollution".
The UK Integrated Pollution Control regime applying to major indus-
trial processes, brought into operation by the Environmental Protection
Act 1 990, provides a « reasonable » interpretation of this Directive.
This includes the concept of EQS compliance, the use of best available
techniques not entailing excessive costs (or Batneec) and the minimus levels
of dangerous substances below which no action is deemed necessary.
• The Shellfish Directive (79/923/EEC)
This directive concerns the quality of shellfish waters in areas designated
by the Member States as needing protection or improvement in order
to contribute to the high quality of shellfish products directly edible
by man. It defines guideline and imperative values for shellfish flesh
and shellfish waters. Member States must establish programmes for
reducing pollution to ensure that designated waters conform with the
defined standards. At present, there are two designated shellfish areas
which coincide with those used for marine cage fish farming, the Kyles
of Bute and Loch Fyne Coastal Strip. Further designations are imminent,
many of which include waters with existing salmon farms m them.
Concerns over biocides are already covered by the Dangerous Substances
Directive, to which the Shellfish Directive makes reference. Additional
parameter limits relevant to fish farming are those that relate to suspended
solids and dissolved oxygen.
• The Habitats Directive (92/43/EEC) and the Wild Birds Directive
(79/409/ECC)
Both directives concern the protection and conservation of natural habi-
tats. SEPA is a “competent authority” with regard to all areas designated
under these directives, that is Special Areas of Conservation (SACs)
and Special Protection Areas (SPAs), collectively known as European
sites. SEPA is also a “relevant authority" for European marine sites, that
are any SAC or SPA which extends below mean low water mark. All
competent authorities must ensure that, in fulfiling their statutory
functions, they protect the conservation interests for which any SAC or
SPA was designated. For European marine sites, SEPA must, as a rele-
vant authority, participate with other relevant authorities in drawing
up a single management scheme for each site where any relevant autho-
rity considers that one is necessary.
International Agreements
The Paris Convention 1974 for the protection of the North Sea and
North-East Atlantic has direct implications for marine fish farming. One
of its requirements was the reduction by at least 50% by 1995 of the
176
Expérience des principaux pays européens
release of various toxic and persistent chemicals, including dichlorvos
- used to treat sea lice infestation in marine cage fish farms. The use of
dichlorvos has largely disappeared as a consequence of the resulting
regulatory pressure and, more recently, the appearance of resistance by
sea lice.
In 1994, the Paris Commission (ParcCom), the implementation body
for the Convention, made a “Recommendation” (ref. 94/6) that national
bodies should draw up codes of Best Environmental Practice covering
inputs of potentially toxic chemicals from aquaculture. Recommendations
are not legally binding, nevertheless, signatory countries are obliged to
have regard to recommendations when drawing up and administering
national policy and legislation.
In particular, the Recommendation covers:
- limitation of density of fish in pens;
- avoidance of the use of chemicals prophylactically;
- management agreements between neighbouring fish farms on the
use of high quality stock, disease prevention, and coordinating treat-
ments;
- fallowing periods to allow the recovery of benthic areas;
- washing or drying of nets instead of the use of anti-foulant compounds.
The UK Government at present maintains a “Reservation" which
avoids implementation of Recommendation 94/6. SEPA is well placed
to provide expert guidance on drawing up such a code and would be
ready to respond should the UK Government decide to withdraw their
reservation.
UK Legislation
• The Environment Act 1995
The 1995 Act vested SEPA with a wide range of new and pre-existing
duties. These duties include the promotion of the cleanliness of tidal
waters, the conservation and enhancement of the natural beauty and ame-
nity of coastal waters, and the conservation of aquatic flora and fauna.
The context for these duties is provided by the Secretary of State for
Scotland’s guidance on sustainable development. SEPA is required to
take a long-term, holistic approach to the protection and enhancement
of the environment resulting, where practical, in the enhancement of
biodiversity. Regulation should be clear and consistent and promote
improved technologies and management techniques (e.g. BATNEEC).
Regulation must also take account of the social and economic needs of
any area (and in particular rural areas), and the costs and benefits of how
SEPA exercises its power.
SEPA’s principal aim as defined by the Secretary of State’s guidance is
“to provide an efficient and integrated environmentalprotection system for Scot-
land which will hoth improve the environment and contrihute to the Govern-
ment goal of achieving sustainahle development".
177
Aquaculture et environnement : potssons marlns
In the “Background to the guidance on stistainable development”, the
Secretary of State identified six principles which are especially rele-
vant to [Link]:
- using the best available scientific information;
- the “precautionary principle”;
- the “polluter pays principle”;
- the wise use of natural environmental capital;
- the interests of future generations;
- the carrying capacity of habitats and ecosystems.
• The Control of Pollution Act 1974 [as amended] - (the 1974 Act)
SEPA's powers covering controlled waters are derived from the Control
ofPollution Act 1974 (as amended by the WaterAct 1989and the Envi-
ronment Act 1993). The definition of controlled waters extends over
coastal waters and territorial waters (for three miles seaward from the
coast or from bay closure lines).
The 1974 Act specifically defines the effluent from fish farming as trade
effluent (section 56) and makes it an offence under section 30F to
cause or knowingly permit any trade effluent to be discharged into
controlled waters. SEPA may issue a consent to discharge under section
34 of the 1974 Act subject to reasonable conditions. So long as a
consented discharge is made in accordance with the conditions imposed,
a defence is provided against the offence provisions of section 30F.
The conditions imposed may include:
- the location at which the discharge shall be made;
- provisions for samples to be taken;
- limitations on the chemical constituents of the effluent;
- the keeping of records and the making of data returns to SEPA;
- the steps to be taken to minimize the polluting effects of the discharge.
• Consenting procedure
Where a proposed discharge is likely to have an appreciable effect on
the receiving water, before an application for consent to discharge can
be determined, it must first be advertised in the local paper and the
national gazette. This provides a means for public consultation and
allows representations to be made. In parallel, SEPA consults other
agencies before its Divisional Licensing Teams consider each applica-
tion on its merits taking account of any relevant objections. SEPA’s
decision is open to challenge by both applicant and objectors. The
applicant can appeal to the Secretary of State for Scotland (SoSS) against
refusal ot consent or where conditions within a consent are considered
over-restrictive. Objectors, unhappy with SEPA’s decision, can ask the
SoSS to call in the application for his own determination.
Consents issued for marine cage fish farms contain conditions specifying
the following:
- the location at which the cages can be sited and the number and
dimensions of the cages;
178
Expérience des principaux pays européens
- the size of the farm (this is achieved by limiting the maximum weight
of fish [or biomass] that may be held);
- the medicines and other chemical therapeutants which are permitted
to be discharged including any limitations on their administration;
- the measures to be taken to minimize release ofpolluting substances
to the environment;
- the keeping of records of stock held, medicines and chemicals used
and the submission of data returns including times of administration
and quantities used;
- the need for monitoring to be carried out by the operator and the right
of access for SEPA to audit the results of this self-monitoring or obtain
samples for its own determination;
- various defmitions of terms used in the consent.
•Public Register
SEPA is required to maintain a public register permitting public access
to details of applications and consents or refusal notices. The register
also includes the results of any monitoring of effluent and receiving waters
undertaken and any action taken by SEPA as a result of a breach of
consent.
SEPA’s Regulatory Strategy
During the 1 980's, the RPAs took a reactive approach to the regulation
of fish farming. This stance did not unnecessarily restrict a new and
potentially important industry, which at the time posed a limited
local threat to environmental quality. As the industry developed in
scale, the need to provide a common and more proactive approach was
recognised but, despite attempts to standardise practice, a considerable
degree of variation between each RPA continued. In addition, there
were considerable practical problems in regulating such a highly dis-
persed industry.
One of the main reasons for the creation ofSEPA was to establish a com-
mon approach to pollution regulation which addressed the inconsistencies
and limitations of the previous regime. SEPA established the Fish Farm
Advisory Group (FFAG) which has been given the remit to develop a
uniform SEPA policy for the regulation and monitoring of marine cage
fish farms under the 1974 Act. To achieve the appropriate level of regu-
lation and monitoring, the group has listened to representations from
a wide range of interested parties. This review has also allowed new tech-
nologies and the wider expertise within SEPA to be brought to bear to
ensure the use of sound science in finding the best practical environ-
mental option, whilst also considering the overall cost benefit. The
review coincided with a heightening of public interest in the environ-
mental risks associated with fish farming.
179
Aquaculture et environnement : poissons marins
Applications need to be accompanied by sufficient clata to allow the
suitability of the site to be assessed, and to establish that ît will sustain
the biomass tonnage proposed. SEPA’s decision as to whether to grant
consent will be based on the predicted impact both in the immediate
vicinity of the site and on the wider coastal area.
Environmental Impact
The main polluting effects of cage fish farming can be summarised as
follows:
- release of medicines and other chemicals used in rearing the fish;
- release of nutrients from wasre fish feed and faeces;
- organic deposition on the seabed around the cages.
Admmistration of significant quantities of chemical therapeutants is
now required to maintain the health of farmed fish stocks and, in view
of the expansion of farm size, SEPA can no longer rely in all cases on the
availability of adequate dilution and dispersion to prevent significant
environmental damage. The medicines and chemicals used in marine
cage fish farming fall tnto categories according to use. These tnclude
sea lice treatments, antimicrobials, antifoulants and micronutrients
with sea lice chemicals being of greatest potential risk due to their
acute aquatic toxicity and in some cases their persistence in the envi-
ronment.
Fish feed is rich m nutrients, a proportion of which are released to the
environment via waste food and fish faeces. A typical salmon farm will
result in an annual discharge of waste nitrogen of 75-125 kg per ton of
production and in an annual discharge of waste phosphorous of 10 kg
per ton of production. These nutrients can be released to the envi-
ronment through two key routes, either directly to the water column
from the feed or faeces, or after being broken down on the seabed and
released into the water column gradually over a longer timescale.
If the discharges from the farm result in elevated nutrient concentra-
tions, the surrounding waters may become « hypernutrified ». The
extra-nurrient means that there is potential for an increase in primary
producrion, that is growth of phytoplankton and other primary pro-
ducers, which may lead to eutrophication with a consequent destabi-
lising of the ecosystem.
The organic load discharged by salmon farms is approximately 0.5 ton
per ton of salmon grown. This consists of uneaten food and faeces which
settle to the seabed in the vicinity of the cages. In more energetic
areas, this material may be dispersed and assimilated by the benthic
fauna with relatively little detectable accumulation or impact. In lower
energy areas, the sea bed may become organically enriched and anoxic
causing local but severe distortions in the structure of the benthic
fauna and development of bacterial films (Beggiatoa sp.) on the sedi-
ment surface. SEPA favours the more dispersive sires for marine cage
fish farms to reduce the severity of the impact.
180
Expérience des principaux pays européens
Marine cage fish farming, even when all waste is minimized, has an
effect on the water column and seabed immediately adjacent to the cages.
This concept has to be accepted if marine cage fish farming is to conti-
nue and is usually accommodated in the impact zone concept. The size
of the impact zone and its condition are monitored and controlled by SEPA.
An impact zone due to settlement of solid waste will exist on the seabed
around the cages but intermittent discharges of chemicals will result in
a moving patch or impact zone in the water column and monitoring and
modelling techniques have had to accommodate both of these concepts.
Impact zones can be defined spatially (volume or area) or temporally (as
a maximum time before an EQS would have to be complied with).
Beyond the allowable impact zone, the water column and sea bed should
be unpolluted and typical of surrounding clean coastal seawater. The
degree to which the concept of impact zones is acceptable is dependant
upon the size of the zone and the degree of environmental damage
caused within it. On environmental grounds, SEPA seeks to minimize
the size of these impact zones, while taking into account the necessity
to impose conditions which are reasonable in term of the balance between
the environmental benefit and the cost to the discharger.
Consent applications for marine farm sites have generally been consi-
dered individually in the past. However, the licensing of multiple fish
farms in a particular sealoch or voe may lead to pollution, even if indi-
vidually they would not have caused a significant impact. Therefore,
each receiving water body should ideally be assessed to determine the
limiting pollutant for that system. This quantity can be related to
maximum fish biomass and will determine the carrying capacity of
that system for marine cage lish farming.
The concepts of carrying capacity of a water body and the critical load
of any pollutant have been developed by SEPA (in this context) using
mathematical modelling techniques that will use hydrographic data
measured at each farm site to limit inputs of various pollutants by
site-specific consent conditions. This approach can be appiied to any
pollutant for which a standard is available. The critical load for that
pollutant in a particular sealoch is the load that, when discharged, just
meets all the relevant environmental standards. Any exceedence over
this limit would begin to pose an unacceptable risk of environmental
damage. It can be used to assess the discharge of nutrients and organic
waste and can also be applied to chemicals and medicines used in
marine fish farming. Here, the critical load could be defined as the
quantity of chemical therapeutant discharged which:
- does not cause toxic concentrations in water or sediments;
- does not result in measurable residues in shellfish or other fauna;
- does not cause any exceedence of standards in water or sediments in
controlled waters outwith the allowable impact zone.
It is important to emphazise that, in adopting the concept of carrying
capacity, there is no presumption that inputs to the receiving water body
should always be allowed until the full capacity is used.
181
Aquaculture et environnement : poissons marins
Simple models may not predict concentrations successfully in all situa-
tions. Hydrographic data may not always be accurate or entirely suitable
unless collected very comprehensively at great cost. Standards may not
always be accurate uniess developed over a long time period at great
expense. Due to these uncertainties, the predictive modelling approach
always needs to be combined with environmental monitoring.
Monitoring
Monitoring and regulation are dynamically linked with one using the
other to ensure the correct decisions are made.
Routine inspections of fish farm shore bases will involve the inspection
ol records of stock held, medicinal treatments, chemical storage faci-
lities, disposal facilities for dead fish and other solid wastes, net-washing
facilities, disposal of net-washings. Visits to the cages will be necessary
to inspect chemical treatments. The frequency of these visits will vary
depending on the size of the farm and the sensitivity of the site. Some
visits will be pre-arranged to ensure meeting appropriate personnel
and some must be unannounced. Further unannounced visits will be
undertaken if a consent breach is suspected.
SEPA’s assessment of the potential impacts of the farm will be used to
design the monitoring programme for each consented discharge taking
account of the consented biomass (both local and regional), the sensi-
tivity of the site and the local area.
Impact on the sediments is checked using visual surveys with either
video recording or photographs taken, by a diver or a remote operated
vehicle, along a 50 meters transect line set from the cages along the
axis of the prevailing current. The responsibility for carrying out these
surveys to an agreed protocol is placed upon the fish farmer via consent
conditions with SEPA retaining the right to be present and to audit the
results. In some circumstances, particularly where there are indications
of an unacceptable impact, this is augmented by a survey of the benthic
fauna and an analysis of the redox potential of the sediment.
Monitoring of chemicals in water is limited by the difficulty of relating
any water sample to a particular time and distance from the farm
under treatment, particularly where there are other farms close by.
Routine sampling of therapeutant chemicals in water at a distance
from the cages is therefore considered to be of limited effectiveness.
Furthermore, some chemicals may not be analytically detectable at
concentrations that are still toxic. Where possible, water sampling
will be used for occasional checks that modelling predictions correct
by limiting sampling to within an hour or two of discharge and the
sampling sites to within a short distance of the cages. Occasional
sampling of the water within the cages being treated is considered
essential to check that the concentration of chemical therapeutant
does not exceed that specified on the product label.
SEPA proposes to develop monitoring methods specific to each chemical
therapeutant authorized for use by the industry. This will depend on
182
Expérience des principaux pays européens
the properties of each chemical and the most sensitive part of the marine
environment to each chemical. This may involve the use of « bio-
markers » in future. These are biological responses at the sub-organism
or physiological level which provide a measure of exposure and toxic effect
in a test animal. Such tests would be used in a laboratory toxicity test
or in natural populations of animals. A good example of this has been
the use of acetylcholinesterase inhibition assays on mussels for detecting
the effect of dichlorvos.
The monitoring results from the fish farms are used to assess the
accuracy and validity of the original predictions. This validation will
be used in any review of the consent or for assessing any application
for increase in the size of the farm.
SEPA’s New Approach
The consenting policy which SEPA will now implement provides three
stages of environmental protection.
Firstly, consents will only be issued for those developments where an
assessment indicates an acceptable risk of environmental impact. Consent
conditions will be imposed limiting various components including the
biomass of fish and the type/quantity of medicines and chemicals
whichcan be used.
Secondly, a requirement to follow Best Environmental Practice (BEP)
further minimizes the discharge of polluting matter. The consent must
therefore in addition specify good practices, techniques and equip-
ment which will minimize the pollution caused within the impact
zone. The 1974 Act requires that these conditions be directly related
to minimize the polluting effect upon the environment. The combi-
nation of ensuring EQS compliance locally and on a wider scale and
promoting BEP will provide a robust mean of limiting the degree of
impact. It represents a precautionary approach consistent with the
Secretary of State’s Guidance and UK/EC legislations.
Thirdly, site inspections and environmental monitoring will be carried
out to check :
- that the original assessment correctly predicted the environmental
consequences of the development;
- that the conditions of the consent are being complied with;
- the need for any review.
Acknowledgements
The author acknowledges the support of the SEPA Fish Farming Advi-
sory Group in the preparation of this paper and the various references
taken from their 1997 Consultation paper “Marine Cage Fish Farming
in Scotland: Regulation and Monitoring”. The views expressed in this
paper are those of the author and do not necessarily reflect the views of
the Scottish Environment Protection Agency.
183
Aquaculture et environnement : poissons marins
Bibliographic references
Crown Estate, 1989- Marine Fish Farming in Scotland. Guidelines on
siting procedures & principles.
Fourth Report of the Agriculture Committee of the House of Commons
on "Fish farming in the UK”, HMSO, 1990.
Redshaw C.J., 1995. Ecotoxicological risk assessment of chemicals
used in aquaculture: a regulatory viewpoint. Aquaculture Resear-
ch, 26, 629-637.
Scottish Office, SEPA and sustainable development, 1 996. Part I. Sta-
tutory guidance to SEPA made under section 31 of the Environment
Act 1995.
Scottish Office, SEPA and sustainable development, 1996. Part II.
Explanatory document accompanying the Statutory Guidance.
184
Expérience des principaux pays européens
Pisciculture marine et aménagement
du littoral en Grèce
Loïc Prieur
UBO, faculté de droit et des sciences économiques, centre de droit et d'économie de la mer
(Cedem), 12 rue de Kergoat, 29285 Brest
Avec 12 000 t en 1994, la Grèce est en tête des pays producteurs de bars
er de daurades. Si la production a connu un développement important
depuis le début des années quatre-vingt-dix, les perspectives d’avenir sont
assombries par la disponibilité limitée des sites à vocation aquacole qui
sont revendiqués par de nombreuses activités incompatibles avec les éle-
vages de poissons marins.
La variété et la densité des usages de l’espace littoral grec ont conduit
les autorités à légiférer à de nombreuses reprises pour fixer le statut des
espaces littoraux; pourtant la planification spatiale, élément clef de
l’application de ces textes, n’a pas suivi. La prise en compte de l’aqua-
culture dans l’aménagement du littoral grec relève d’une approche au
cas par cas. Si l’Administration tente de rationaliser la localisation des
fermes, elle ne parvient pas pour le moment à mettre en œuvre une véri-
table politique de réservation des sites aquacoles.
Les règles applicables à la localisation des fermes aquacoles
La procédure d’autorisation d’installation d’une pisciculture marine est
centralisée par le ministère de l’Agriculture. Depuis 1994, une ins-
truction ministérielle est venue préciser les conditions d’instruction des
dossiers.
La procédure devant le ministère de l’Agriculture1
Concernant les élevages en mer, le candidat à l’exploitation d’une ferme
aquacole doit obtenir une autorisation du ministère de l’Agriculture.
Cette autorisation vaudra concession du domaine public maritime pour
les élevages en mer et permis de construire pour les élevages à terre.
Le pétitionnaire doit fournir au ministère un rapport technique com-
portant les informations liées à l’emplacement de l’exploitation, à la
dimension et à l’aspect des cages, aux équipements mis en œuvre et aux
espèces élevées. Ce rapport doit contenir le programme d’activité de la
ferme pour les années à venir. Il doit également comporter une carte
du site et un plan des structures mises en place.
Le ministère de l’Agriculture engage alors une enquête administrative
durant laquelle est demandé l’assentiment du ministère de la Défense,
1. Argyrou I., Stergiou I.I., 1992. Aquaculture in Greece, Environmental Legislation and Site
Restrictions. Hambourg Workshop on Fish Farm Effluents and their Control m EC Countries, p. 93.
185
Aquaculture et environnement : poissons marins
des phares et balises, du ministère de la Santé publique, de l’office de
tourisme, du département de l’archéologie sous-marine et des collecti-
vités locales intéressées par le projet.
Parallèlement, le pétitionnaire doit adresser une demande à la direction
de la planification spatiale du ministère de l’Environnement2. Cette
demande doit contenir un rapport technique (identique à celui exigé
par le ministère de l’Agriculture), une carte du site, des photographies
des lieux et une note concernant l’impact environnemental et social du
projet. Cette procédure permet aux différentes administrations d’examiner
le dossier. Le ministère de l'Environnement transmet ensuite son assen-
timent au ministère de l’Agriculture qui délivre la concession par l’in-
termédiaire du préfet de département.
S’agissant des élevages à terre, la procédure est sensiblement la même.
La demande est à adresser au département de l’agriculture de la pré-
fecture de département. Le dossier comporte un rapport technique, une
carte du site et un plan de l’installation. Il est transmis à la direction
des sols du ministère de l’Agriculture qui consulte l’office du touris-
me, ses autorités déconcentrées dans les régions et sa propre direction
de l’aquaculture. L’autorisation est accordée à la condition que le minis-
tère de l’Environnement délivre le permis de construire.
L'instruction des dossiers de piscicultures
En 1994, devant l’augmentation du nombre de demandes d’autorisa-
tion pour les piscicultures marines, le ministère de l’Environnement,
en accord avec le ministère de l’Agriculture, a élaboré une circulaire
concernant les conditions de localisation des fermes aquacoles3. Ce
document n’est, à notre connaissance, pas publié.
Aux termes de l’article A(I) de la circulaire, la création de nouvelles fermes
aquacoles est interdite à une distance inférieure à 1 000 m :
- des plages organisées ou des zones de baignade ;
- des plages importantes au sens des critères mis en place par la pré-
sente circulaire4 ;
- des habitations existantes ou en projeC ;
- des ports ou installations liés aux sports nautiques ;
- des zones de rejets industriels ou urbains;
- des plages des îlots inhabités6.
2. Décisions ministérielles 69269/5387 du 25 octobre 1990 et 75308 du 2 novembre 1990. Ce
second texte définit également les modalités de consultation du public et des administrations.
3. Cette circulaire est le resultat des travaux du comité établi par la décision ministérielle
n° 261646/94. L’auteur tient à remercier Maria Katsivela, étudiante en DEA sciences juridiques
de la mer au Cedem, pour avoir traduit ce document.
4. La circulaire prévoit de noter les plages en fonction de 10 critères (longueur, largeur, pay-
sage, nature du sol de la plage, nature du fond de l’eau, transparence de l’eau, pollution de la
partie terrestre, végétation, pente de la plage, exposition aux vagues et facilité d'accès),
Chacun de ces critères reçoit une note de 0 à 5. Seules les plages ayant obtenu plus de 35
sont considérées comme importantes.
5. II faut entendre par projet les constructions pour lesquelles une procédure est engagée.
6. Cette dernière disposition risque de poser problème si le mouvement de délocalisation des
fermes vers les îles se poursuit.
186
Expérience des principaux pays européens
Les distances doivent être mesurées en ligne droite à partir du centre
de la zone concédée pour la pisciculture7.
Ce document permet d’éviter une trop grande anarchie dans la locali-
sation des fermes, mais il ne peut remplacer une véritable planification
des usages du littoral. Les ministères de l’Agriculture et de l’Environ-
nement réfléchissent donc à l’application de mécanismes permettant une
réservation des sites aquacoles. Les professionnels revendiquent l’ap-
plication de textes plus contraignants en la matière et devraient pro-
poser une réforme législative dans ce sens8.
Les mesures de réservation de sites aquacoles envisagées
Les règles de localisation issues de la circulaire de 1994 permettent
d’éviter les incohérences manifestes dans la localisation des fermes. Il
faut toutefois souligner que ce texte confère à l’aquaculture une place
subsidiaire puisqu’elle ne pourra s'installer qu’en l’absence d’autres
usages. Les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, comme
les professionnels, souhaitent des mesures de réservation de sites plus
vigoureuses. Deux techniques sont envisagées9.
La première technique consiste à mettre en œuvre les « zones de contrôle
d’urbanisme » prévues par l’article 29 de la loi n° 13.37 de 1983. Au
sein de ces zones, l’Administrarion peut fixer des règles générales et des
servitudes d’utilisation du sol. Celles-ci peuvent, par exemple, comporter
des interdictions de construire. Elles pourraient donc être utilisées pour
réserver des sites aquacoles à rerre. La question de la réservation de sites
en mer est plus délicate. Il ne nous a pas été possible de savoir si ces
documents avaient vocation à s’appliquer aux espaces marins.
La seconde concerne les zones de développement des activités produc-
tives. Aux termes cle l’article 24 de la loi fondamentale n° 1650/1986
pour la protection de l’environnement, « Sont désignées comme zones de déve-
loppement d’activités de production des régions ou des étendues propices au déve-
loppement d’activités industrielles, d’activités liées à l’exploitation des carrières
et des mines ou propices à l’exploitation agricole (...)■ Elles peuvent se distin-
guer entre zones d'occupation exclusive, dans lesquelles toute autre activite que
celle visée par leur désignation est interdite, et en zone d’activitéprincipale où
d’autres activités sont autorisées sous certaines conditions (...) »
La mise en œuvre de ces zones de l’article 24 permettrait une réelle réser-
vation de sites pour l’aquaculture en excluant toutes les activités incom-
patibles. Toutefois, il faut souhgner que les décrets d’application de la
loi ont pris beaucoup de retard. L’applicabilité du texte n’est donc, à
l’heure actuelle, que très partielle.
7. Article A(II) de la circulaire.
8. Entretien avec Nikos Anagnopoulos, fédération des mariculteurs grecs.
9. Entretiens au ministère de l’Environnement et au ministère de l'Agriculture.
187
Aquaculture et environnement : poissons marins
La fédération des mariculteurs grecs souhaite proposer un texte de loi
sur l’aquaculture. Si ce projet aboutit, il constituera le premier texte
législatif prenant en compte l’aquaculture. Il faut cependant agir rapi-
dement. L’utilisation d’instruments juridiques permettant de réserver
des sites pour l’aquaculture n’aura plus d’intérêt lorsque le littoral sera
entièrement saturé.
188
Réalisation, mise en page : XLC (02 98 30 50 07)
Achevé d’imprimer sur les presses de Cloître Imprimeurs
ISSN 0761-3962
ISBN 2-84433-016-9/Dépôt légal n°815 - 3e trimestre 1999
© 1999, Ifremer. Tous droits de reproduction, même partielle,
par quelque procédé que ce soit, sont réservés pour tous pays.
Aquaculture et environnement :
poissons marins (Brest, octobre 1997)
Un public diversifié de professionnels, de scientifiques, d’éco-
nomistes, de juristes et d'administratifs a cherché à relier les
contraintes juridiques, l’état des connaissances scientifiques Jfremer
et techniques, et leurs incidences sur la vie des entreprises
piscicoles en France, avec une ouverture sur l'Europe (régle-
mentation communautaire, comparaison avec l’expérience
des principaux pays producteurs : Norvège, Écosse, Grèce).
Les principales conclusions issues des communications et
des débats sont de quatre ordres : le constat d’une maîtrise
de plus en plus grande de l'aquaculture, y compris dans son
impact potentiel sur l'environnement, un effort de réflexion
sur une meilleure insertion de cette activité dans les pro-
grammes d’aménagement du littoral, un besoin d’information
au niveau local et régional essentiellement tournée vers les
autres utilisateurs de la zone côtière et, enfin, des pistes
d’action tant pour la recherche que pour la réglementation
et sa pratique.
Ces conclusions sont résumées dans une synthèse géné-
rale, suivie d’une quinzaine de communications regroupées par
grands thèmes : (1) Cadre technique, économique et régle-
mentaire ; (2) Aquaculture et aménagement littoral ; (3) Pré-
vention et contrôle de l’impact sur l’environnement ; (4) Expé-
rience des principaux pays producteurs européens.
Mots-clés : aquaculture, pisciculture marine, environ-
nement, réglementation, France, Europe.
Aquaculture and the environment :
marine fish farming (Brest, october 1997)
The diverse participants, including professionals, scientific,
economic and legal researchers, and administrators
discussed the relations existing between legal constraints,
23
the state of sclentific and technological knowledge and their
influence on the life of fish farming enterprises in France, with
an opening onto Europe (Community regulations, comparison
with the principal producing countries: Norway, Scotland,
Greece).
The main conclusions resulting from these debates are four-
fold: the verification of an increasing mastery of this activity,
including its potential impacts on the environment, a study Éditions Ifremer
BP 70, 29 280 Plouzané, France
of better ways to integrate aquaculture into coastal devel- tél. 0298224013
opment plans, a need for local and regional information fax. 02 98224586
e-mail : editions@[Link]
concerning essentially other users of coastal areas and, lastly,
plans of action for future research as well as for regulations Diffusion : ALT Brest
Service Logistique
and their application. 3, rue Édouard Belin BP 23
These conclusions, summarized in a synthesis, are followed 29801 Brest Cedex 9
tél. 02 98023412
by about fifteen communications, organized into major fax 0298020584
themes: (1) Technical, economic and regulatory framework, e-mail : [Link]@[Link]
(2) Aquaculture and coastal management, (3) Control and ISSN 0761-3962
prevention of environmental impacts, (4) Experience of prin- ISBN 2-84433-016-9
cipal producing European countries. 180 F-27,44 €
Key words : aquaculture, marine fish farming,
environment, regulation, France, Europe
9 782 8 4 43 3 0 161