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Introduction aux groupes et monoïdes

Ce document décrit les notions de monoïdes, groupes et morphismes. Il introduit ces concepts mathématiques et donne des exemples pour illustrer leur définition et propriétés.

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Groupes

Marc Sage (collab. Michel WIGNERON)

19 septembre 2017

Table des matières


1 Introduction 2

2 Monoïdes, inversibles, groupes 3


2.1 Monoïdes, exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2 Itérés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3 Inversibles, groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.4 Groupes symétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.5 Autres exemples de groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

3 Création de structures 15
3.1 Loi "parties" . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
3.2 Groupes quotients Z n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
3.3 Produit cartésien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.4 Sous-structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.4.2 Sous-monoïdes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.4.3 Sous-groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
3.4.4 Sous-groupes de Z et de R, périodes . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.5 Intersection, structures engendrées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

4 Morphismes 37
4.1 Motivation : isomorphie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
4.2 Homomorphismes, exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4.3 Création de morphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
4.4 Morphismes & images . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.5 Morphismes & noyaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
4.6 Morphismes et générateurs (hors programme) . . . . . . . . . . . . . . 49
4.7 Groupes monogènes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
4.7.1 Ordres : dé…nitions & exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
4.7.2 Ordres & arithmétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54

5 Le point des compétences 58

1
1 Introduction

Structures et lois.
Une loi1 est donnée par une table de composition, telle nos tables de multiplication,
qui dicte comment deux éléments doivent être composés.

4 #
4 4 #
exemple de loi sur un trio f4; ; #g
4 #
# # # #
Selon les contraintes de la loi, l’ensemble régi sera di¤éremment structuré. Sans aucune
contrainte, il est amorphe –sans structure : on parlera de magma2 .
Les noms des structures groupes-anneaux-corps au programme des classes pré-
paratoires furent forgés principalement dans les tomes de Moderne Algebra de van
der Waerden, ouvrage qui a fortement inspiré le collectif Bourbaki –partant, une
bonne partie des mathématiciens postérieurs. Revenir à la langue allemande éclaire
en quoi ces termes français décrivent la complexi…cation croissante de ces structures :
1. simple regroupement (Grup, groupe) ;
2. cartel d’entreprises (Ring, anneau) ;
3. corps d’armée (Körper, corps).

Morphismes.
Connaître, c’est relier. Connaître une structure passe donc par la compréhension
des applications depuis et vers cette structure qui, si possible, "préservent" cette der-
nière : respecter la structure, c’est conserver la forme, c’est rendre la même forme, d’où
l’importance de l’étude des homomorphismes3 –souvent abrégé en "morphismes". Par
exemple, les morphismes d’espaces vectoriels sont les applications linéaires.
Chaque type de structure amène son lot de morphismes, lesquels nous dé…nirons
en temps voulu. Cependant, les dé…nitions suivantes s’appliquent indépendamment du
type considéré et c’est pourquoi nous les donnons dès cette introduction :
Un isomorphisme4 est un morphisme bijectif.
Un endomorphisme5 est un morphisme dont source et but coïncident.
Un automorphisme6 est un endomorphisme bijectif.
La notion la plus discriminante est celle d’isomorphisme : on ne voudra pas distin-
guer deux structures isomorphes –c’est-à-dire qui ont littéralement la même forme !
Par exemple, deux espaces vectoriels de même dimension sont indistinguables au sens
suivant : ayant …xé une base de l’un et une base de l’autre, chaque propriété vectorielle
portant sur l’un se transporte immédiatement sur l’autre. Et réciproquement. Le choix
1 Rappel : une loi de composition interne (l. c. i.) sur un ensemble E est une application E 2 !
E.
2 Un magma est donc simplement un ensemble muni d’une l. c. i., i. e. un couple (M; ) où est
une l. c. i. sur M .
3 homo = même, morphe = forme
4 iso = égal
5 endo = à l’intérieur de
6 auto = soi-même (retenir AUTO = ISO + ENDO)

2
des bases est précisément celui d’un isomorphisme : la variété de choix pour les espaces
vectoriels re‡ète leur automorphie, décrite par les groupes linéaires GL (E) = Aut E.
À l’instar des morphismes, plusieurs dé…nitions ou propositions pourraient être
formulées dans un cadre général où, par « truc » , il faudrait entendre l’un des types
de structure suivants :

monoïde, groupe, anneau, corps, espace vectoriel, algèbre.

Dans ce chapitre, nous aborderons les groupes et les monoïdes.

Exercice d’application
Proposer un magma dont la table de composition est donnée en introduction.
————————————————————————————————————

4 #
4 4 #
Cette table était . Le dièse # est absorbant et le carré est
4 #
# # # #
neutre : imposons donc # = 01 pour la multiplication complexe. Le triangle 4 est
alors une racine carrée de autre que , donc vaut 1. Réciproquement, on véri…e
1 1 0
1 1 1 0
que le monoïde f 1; 0; 1g multiplicatif convient : .
1 1 1 0
0 0 0 0
————————————————————————————————————

2 Monoïdes, inversibles, groupes

Les groupes décrivent nos actions composables et réversibles. Voyons déjà les ac-
tions composables tout court, étant plus naturel d’avancer avant de chercher à reculer.
Quitte à anticiper, signalons que les monoïdes seront aux groupes ce que les an-
neaux sont aux corps. Le langage monoïdal, bien que hors programme, permettra
donc d’éclairer la présentation des anneaux.

2.1 Monoïdes, exemples

Dé…nition (monoïde, ordre, abélien)


On appelle monoïde tout magma associatif7 unifère, i. e. tout triplet (M; ; ") tel
que
7 On pourra alors dans chaque (multi-)composé retirer toutes les parenthèses sans ambigüité, i. e.

associer les composants comme l’on désirera.

3
1. est une l. c. i. sur M ;
2. chaques éléments m; ; m de M véri…ent m ( m) = (m ) m;
m "=m
3. " est un élément de M véri…ant 8m 2 M; , alors unique ( exercice !)
" m=m
et appelé son neutre8 .
Le cardinal d’un monoïde est aussi appelé son ordre.
Un monoïde M est dit abélien9 (ou commutatif) si 8m; 2 M; m = m.

Conventions (multiplicatives et additives)


On renvoie au cours de première année pour les vocabulaire et notations multipli-
catifs et additifs10 :
monoïde M
loi notée loi appelée neutre noté neutre appelé
quali…é de
multiplicatif ou ou multiplication 1M voire 1 un
additif + addition 0M voire 0 zéro

Comme il est d’usage avec la multiplication usuelle, souvent la loi d’un monoïde
multiplicatif est abrégée en voire disparaît complètement11 .
L’usage est de réserver la notation additive exclusivement aux monoïdes abéliens.

Sauf contre-indication, nous utiliserons


dans ce cours la notation multiplicative.

Exemples (monoïdes)
1. Soit A un ensemble. L’ensemble AA = Fonc (A; A) est un monoïde pour la
composition. Son neutre est l’application identité IdA dont l’action ne change
rien. C’est l’exemple typique de monoïde qui "transcrit" en mathématique notre
action sur un ensemble donné.

2. Soit S une structure. Les endomorphismes de S forment un monoïde End S


pour la composition. Cela a déjà été montré pour les espaces vectoriels, ce le
sera pour les autres structures12 .
3. N est un monoïde additif (pour l’addition usuelle). Il permet d’itérer des endo-
morphismes (cf. § 2.2).

FIG 1 : 0 y 1 y 2 y 3 y
8 Un neutre est parfois appelé une unité, d’où la terminologie unifère (= qui porte une unité).
9 Dans ses travaux de 1824 sur la résolution des équations polynomiales de degré 5, Niels Abel

a mis en évidence l’importance de la commutativité d’un certain groupe de permutations, d’où la


terminologie.
1 0 Le symbole + vient simplement du t abrégeant le latin et. Il apparaît en 1489 avec Johannes Wid-

mann dans son ouvrage Behende und hubsche Rechenung au¤ allen Kau¤ manscha¤ t, puis en 1544
avec Michael Stifel dans son Arithmetica Integra.
1 1 Le premier usage de la croix de saint André apparaît en 1631 dans le Clavis mathemati-
cae de William Ougthred. Thomas Harriot utilisait un point et René Descartes simplement la
juxtaposition. Les imprimeurs cependant eurent sans doute leur part de responsabilité.
1 2 Remarque – En voyant un ensemble comme une structure "sans structure", i. e. où les mor-

phismes entre ensembles sont juste des applications sans contrainte aucune, on retrouve le mo-
noïde End A = AA du premier exemple.

4
`
4. Pour chaque ensemble A, est un monoïde l’ensemble A := n2N An des mots
sur A muni de la concaténation

((a; b; c; :::; z) ; ( ; ; ; :::; !)) 7! (a; b; c; :::; z; ; ; ; :::; !) .

Son neutre est le mot vide ( ), unique élément de A0 = A; .


5. Sont des monoïdes additifs13 N, Z, Q, Q+ , R et R+ (mais pas N , faute de
neutre) ou encore 18N, N nf1g et N nf1; 2; 5g .
6. Sont des monoïdes multiplicatifs f42n gn2N , f 1; 0; 1g, Z, Z , Z , Q, Q , Q ,
R, R , R , R+ , C et C .
7. Le segment [0; 1] est un monoïde pour min et pour max. Plus généralement, une
partie de R est un monoïde pour min (resp. max) ssi elle admet un maximum
(resp. un minimum).
8. Chaque singleton muni de la seule loi possible (constante) est un monoïde,
appelé un monoïde trivial.

Remarque –Le monoïde [0; 1] servira de cadre pour les familles sommables –cf.
chapitre 8 ? ? ?.

Exercices d’application
1. Déterminer les parties de R qui sont des monoïdes pour la soustraction, resp.
la division.
2. L’espace R3 est-il un monoïde pour le produit vectoriel ?
3. Soit E un ensemble. L’ensemble P (E) est-il un monoïde pour resp. la réunion,
l’intersection, la privation, la di¤ érence symétrique14 ?
4. Soit A un ensemble. L’ensemble A des mots sur A est-il un monoïde pour le
mélange faro

(a1 ; b1 ; a2 ; b2 ; a3 ; b3 ; :::; ap ; bp ; bp+1 ; bp+2 ; :::; bq ) si p q


((a1 ; a2 ; a3 ; :::; ap ) ; (b1 ; b2 ; b3 ; :::; bq )) 7! ?
(a1 ; b1 ; a2 ; b2 ; a3 ; b3 ; :::; aq ; bq ; aq+1 ; aq+2 ; :::; ap ) si p > q

————————————————————————————————————

1. Soit A R un monoïde "soustractif". Notons n son neutre. La di¤érence n


n vaut alors 0 (calcul usuel) mais vaut aussi n (puisque n est neutre), d’où n = 0.
La neutralité de 0 implique pour chaque a 2 A les égalités a 0 = a = 0 a,
i. e. a = a, d’où a = 0 et A = f0g. Réciproquement, ce singleton est un
monoïde (trivial) pour .
On montrerait de même que les monoïdes "divisifs" inclus dans R sont f1g
et f 1; 1g.
1 3 La barre coi¤ante signi…e l’achèvement de l’ordre, c’est-à-dire que l’on a rajouté au besoin des

maximum et minimum. Par exemple N := N q f1g et R := R q f 1g.


1 4 La di¤ érence symétrique de deux ensembles A et B est l’ensemble A B := AnB q AnB =

(A [ B)n(A \ B).

5
2. Le produit vectoriel ^ fait bien sens sur tout R3 . Soit par l’absurde n un
neutre pour ^. On a alors pour chaque vecteur a l’orthogonalité a = a ^ n ? a,
d’où a ? a et la nullité de a, ce qui montre l’inclusion R3 f0g : contradiction.
On aurait également pu nier l’associativité en invoquant un trièdre di-
(u ^ u) ^ v = 0 ^ v = 0
rect (u; v; w) et en constatant la di¤érence des composés .
u ^ (u ^ v) = u ^ w = v
3. Les lois [ et \ sont associatives et admettent pour neutres respectifs ;
et E (cf. cours de première année). De même, est associative et commuta-
tive (exercice de première année) et admet pour neutre le vide vu pour chaque
partie P E les égalités
P ; = (P [ ;) n(P \ ;) = P n; = P .
E n(E nE ) = E n; = E
En revanche, vu les égalités , la privation n’est ja-
(E nE ) nE = ; nE = ;
mais associative (sauf si E est vide, auquel cas P (E) est un monoïde trivial).
4. Le mot vide est un neutre pour le faro (remplacer dans la dé…nition p
ou q par 0). Si A est un singleton, le faro est clairement associatif (et, quand A
est vide, A = A0 est un monoïde trivial). En revanche, si l’on peut invo-
quer dans A deux éléments distincts a 6= b, on constatera la di¤érence des mé-
[ab] ([a] [b]) = [ab] [ab] = [aabb]
langes . Finalement, A est un monoïde
([ab] [a]) [b] = [aab] [b] = [abab]
pour le faro ssi Card A 1.
————————————————————————————————————

2.2 Itérés

Le monoïde N véri…e (admis) le théorème fondamental de dé…nition de


suites par itération dans chaque ensemble, étant donnés un point de départ dans
cet ensemble et une application stabilisant ce dernier :
8@ 2 A a0 = @
8A; ; 9!a 2 AN ; .
8f 2 AA 8n 2 N; an+1 = f (an )
Ce théorème est très fréquemment utilisé en analyse. Il permet également (hors
programme) de construire l’addition, la multiplication et l’exponentiation dans N.
Restant dans le programme, il permet de dé…nir proprement les itérés d’un élément.

Proposition – Dé…nition (suite des itérés, idempotent, involutif, invo-


lution)
Soit (M; ) un monoïde et soit a 2 M .
La composition par a (à droite ou à gauche15 ) détermine une unique suite (a n )n2N ayant
pour terme initial le neutre de M , appelée suite des itérés de a :
1 7 ! a 7 ! a2 7 ! a3 7 !
(en additif : 0 7 ! a 7 ! 2a 7 ! 3a 7 ! ).
1 5 La lectrice scrupuleuse montrera en exercice que les deux suites ainsi dé…nies coïncident.

6
L’élément a est dit idempotent16 quand a2 = a ( i. e. quand ses puissances sont
égales) :
17 !a7 !a7 !a7 ! . FIG 2
L’élément a est dit involutif17 quand a2 = 1 ( i. e. quand ses puissances bouclent
dès le début) :
17 !a7 !17 !a7 ! . FIG 3
Une involution d’un ensemble A est un involutif du monoïde AA , i. e. une ap-
plication f : A ! A telle que f f = IdA .

Les involutions permettant de "revenir en arrière", nous les retrouverons avec les
groupes. Elles font partie de la faune des classes préparatoires.

Exemples (involutions)
1. Les symétries dans un espace vectoriel (dont les ré‡exions planes et symétries
centrales),
2. la complémentation A 7! c A dans un P (E),
3. la complémentation x 7! a x dans un segment [0; a],
4. la complémentation d 7! nd dans l’ensemble des diviseurs d’un naturel n,
5. l’opposition r 7! r dans R, l’inversion q 7! 1q dans Q ,
6. la conjugaison complexe c 7! c.

Exercices d’application
1. Déterminer les idempotents de P (E) muni de ainsi que les involutifs de Z, Q, R
ou C muni de + ou .
2. On dé…nit la moyenne géométrique de chaque famille (a1 ; a2 ; :::; aN ) de réels
p
positifs par N a1 a2 aN . Soit n p1 un naturel. Montrer que la moyenne
géométrique des diviseurs de n vaut n.
————————————————————————————————————

1. Soit A E. Puisque A A = (A [ A) n(A \ A) = A nA = ;, le seul idem-


potent de P (E) muni de est ;.
Pour chaque complexe a, l’égalité 2a = 0 équivaut à la nullité de a et
celle a2 = 1 équivaut à a = 1. Ainsi, le seul involutif de C (a fortiori de Z, Q
et R) pour + est 0 et les deux involutifs pour sont 1.
2. Calculons le produit des diviseurs de d, reparamétré par l’involution d 7! nd
ci-dessus :
0 12
Y Y Y reparam étrage Y Y n Y n
@ dA = d = d = d = n# Div(n) .
d:= n d d
djn djn jn djn djn djn

Prendre la racine carrée conclut.


————————————————————————————————————

1 6 idem = même, potent = puissance


1 7 in -évolutif
: qui n’évolue pas (au sens des itérés), qui revient en arrière.

7
2.3 Inversibles, groupes

Dé…nition (élément régulier, inversible, groupe)


Soit M un monoïde.
Un élement a 2 M est dit régulier (ou simpli…able) si l’on peut simpli…er par a
des deux côtés, i. e. si18

am = a =) m =
8m; 2 M; .
ma = a =) m =

Deux éléments a et b sont dits symétriques l’un de l’autre si ab = 1 = ba.


À a …xé, quand il y a un tel b, l’élément a est dit symétrisable. Un tel b est alors
unique ( exercice !), est appelé le symétrique de a.
Lorsque la loi est notée multiplicativement (resp. additivement), un élément sy-
métrisable s’appelle un inversible (resp. opposable), son symétrique s’appelle son
inverse (resp. opposé) et est noté a 1 (resp. a) quand le symétrisable est noté a.
L’ensemble des symétrisables de M est appelé son groupe des inversibles19 et
est noté M (lire « M croix20 » ). Lorsque M = M , on dit que M est un groupe.

Un groupe est ainsi un magma associatif unifère où chaque élément est inversible,
i. e. un quadruplet (G; ; 1; i) où :
1. est une application G2 ! G (sa loi ) telle que 8g; ; g 2 G; g ( g) = (g ) g ;
g 1=g
2. 1 est un élément de G (son neutre) tel que 8g 2 G; ;
1g=g
g i (g) = 1
3. i est une application G ! G (son inversion) telle que 8g 2 G; .
i (g) g = 1
Avant de voir des exemples de groupes, étudions un peu leurs constituants : les
inversibles.

Propriétés (inversibles)
Soit M un monoïde.
1. Chaque inversible est régulier. Dans un groupe, chaque élément est régulier.
1
2. Chaque involutif est inversible et vaut son propre inverse (ainsi 1 = 1).
3. L’application m 7! m 1
est une involution de M qui "inverse" la loi21 :
1 1 1 1 1
8m; 2M ; m =m et (m ) = m .

Démonstration
1 8 Celarevient à l’injectivité des deux compositions par a.
1 9 En pratique, plus personne ne dit « symétrique » et la majorité se comprend lorsqu’elle parle
multiplicativement. Il n’est donc pas rare d’entendre « inversible pour + » , ce qui ne manquera pas
de choquer l’oreille avertie.
2 0 Ne pas confondre M (groupe des inversibles) avec M (notation déconseillée car ambigüe) qui
peut désigner l’ensemble des mots sur l’alphabet M tout comme le monoïde M privé de son neutre.
2 1 On dit que l’application m 7! m 1 est un anti-morphisme ; les morphismes (tout court) vont

quant à eux préserver la loi.

8
1. Composer par l’inverse d’un inversible va permettre de simpli…er par ce
dernier, d’un côté comme de l’autre. Montrons-le par exemple pour le côté
gauche. Soit a 2 M , soient m; 2 M tels que am = a . Composer à gauche
par a 1 donne a 1 (am) = a 1 (a ), i. e. a 1 a m = a 1 a , i. e. 1m = 1 ,
i. e. m = , c. q. f. d.
Dans un groupe, chaque élément est inversible, donc régulier.
2. Soit i 2 M involutif. On a donc i2 = 1, i. e. ii = 1 = ii, ce qui montre que i
est inversible d’inverse i.
3. Soit m 2 M . Notons := m 1 . On a alors m = 1 = m, i. e. m =
1
1 = m , ce qui montre que est inversible d’inverse m ; ainsi l’inverse m 1
fait-il sens et vaut-il m.
Soit de plus 2 M . On a alors les égalités
1
(m ) m 1 =m 1
m 1 = m1m 1 = mm 1 = 1
1 1 1 1 1 1 ,
m (m ) = m m = 1 = =1
1 1
ce qui montre que m et m sont inverses l’un de l’autre.

Remarques
Le point 1 légitime la simpli…cation dans chaque groupe sans autre forme de
procès.
Le point 2 est particulièrement utilisé dans les monoïdes fonctionnels :

chaque involution est bijective de réciproque elle-même.

Mnémonique (point 3) : on met ses chaussettes avant ses chaussures mais, pour
se mettre pieds nus, on retirer d’abord ses chaussures avant ses chaussettes.
Demander si un monoïde donné est un groupe cache une question plus …ne, à
savoir quel est son groupe des inversibles. C’est comme demander si un naturel est
premier, resp. si une application est surjective, resp. si un polynôme est scindé, resp.
si une application linéaire est injective : il est alors plus précis de trouver ses facteurs
premiers, resp. son image, resp. ses racines (avec multiplicité), resp. son noyau.

Exemples (groupes des inversibles)


1. On a Mn (R) = GLn (R) pour chaque naturel n et on a E E = SE pour
chaque ensemble E. Plus généralement, on démontrera en § 4.3 l’égalité

(End S) = Aut S pour chaque structure S.

C [X] pour +
2. Chez les polynômes, on a C [X] = et plus généralement
C pour

A [X] = A pour chaque anneau A intègre.

Z pour + f0g pour +


3. Chez les entiers, on a Z = et N = .
f 1g pour f1g pour

9
Exercices d’application
1. Montrons qu’est abélien chaque groupe dont chaque élément est involutif.
2. Soit M un monoïde. Montrer l’égalité M = M , i. e. que le groupe des
inversibles de M est un groupe.
————————————————————————————————————

1. Soit G un groupe où 8g 2 G; g 2 = 1. On a alors pour chaques a; b 2 G les


égalités
2
ab = a1b = a (ab) b = a (abab) b = a2 (ba) b2 = ba.
Autre rédaction : chaque élément de G est involutif, donc vaut son propre
1
inverse, d’où pour chaques a; b 2 G les égalités ab = a 1 b 1 = (ba) = ba.
2. Montrons que le "magma" M muni de la loi induite par celle de M est un
groupe. Il s’agit bien d’un magma car le composé de deux inversibles est inver-
sible (cf. propriété précédente, point (3)). Il est associatif car sa loi découle d’une
loi associative (celle du monoïde M ). Il est unifère car 1 est inversible (cf. point
(2)). Soit en…n m 2 M . Notons n l’inverse de m dans le monoïde M On a
donc dans M l’égalité mn = 1 = nm ; or, la loi de M étant celle de M , cette
dernière égalité se lit également dans M , montrant que m est inversible dans M
(d’inverse n), d’où m 2 M , c. q. f. d.
————————————————————————————————————

2.4 Groupes symétriques

Action fonctionnelle, permutations, groupes symétriques


Soit A un ensemble. Le groupe des inversibles de AA est formé des bijections de A
dans lui-même, appelées permutations de A. Il est noté SA ou S (A) et s’appelle
le groupe symétrique22 de A.
Pour chaque naturel n, on note Sn le groupe symétrique du segment [j1; n]. Ces
groupes ont été abordés en première année23 . Donnons-en une vision géométrique
pour les petits n, a…n de ne pas se noyer dans la dé…nition axiomatique24 .
Soit [AB] un segment. Alors les transformations géométriques de la droite (AB)
qui préservent le segment [AB] sont : la ré‡exion d’axe la médiatrice de [AB]... et25
l’identité de (AB). La ré‡exion "correspond à" la permutation de S2 échangeant les
extrémités 1 et 2, à savoir la transposition (1 2).
2 2 L’expression ab + ba est dite symétrique en un sens naturel : échanger les lettres a et b n’a¤ecte

pas la somme. Plus généralement, une expression littérale est symétrique lorsque son évaluation est
inchangée par permutations de ses lettres. Un groupe symétrique est ainsi l’ensemble des transfor-
mations préservant une expression symétrique – d’où son nom.
2 3 Ce sont ces groupes …nis qui apparaissent dans les travaux d’Évariste Galois (début du xixe

siècle) portant sur la résolution des équations polynomiales. Galois parlait alors de « groupes de
substitution » , signi…ant sans doute que ces substitutions étaient unies de quelque manière remar-
quable.
2 4 due à Arthur Cayley en 1854, plusieurs dizaines d’années après Galois
2 5 Ne pas oublier l’identité !

10
FIG 4 : les 2 symétries du segment
Soit ABC un triangle équilatéral. Alors les transformations planes préservant le
triangle ABC sont de trois types : les trois ré‡exions d’axes les médiatrices des seg-
ments de ABC (auxquelles correspondent les trois transpositions de S3 ), les deux
rotations d’angles 23 de centre celui de T (auxquelles correspondent les deux 3-
cycles (1 2 3) et (1 3 2)) –sans oublier l’identité.
FIG 5 : les 6 symétries du triangle
Le lecteur pourra également chercher à réaliser S4 à l’aide d’un tétraèdre régulier.

Proposition (translations, "petit" théorème de Lagrange)


Soit G un groupe.
G ! G G ! G
1. Ses translations et (lorsque a décrit G) en
g 7 ! ag g 7 ! ga
sont des permutations26 .
2. Lorsque G est abélien et …ni, on l’égalité g jGj = 1 pour chaque g 2 G ( "petit"
théorème de Lagrange27 ).

Démonstration

1. Soit a 2 G et notons a : g 7! ag la translation à gauche par a, élément


du monoïde GG . On y véri…e aisément les égalités 1 = Id et a b = ab (pour
chaque b 2 G), d’où le fait que a et a 1 soient réciproques l’une de l’autre.
On procéderait de même pour les translations à droite.
2. Soit g 2 G. Rédigeons additivement (juste pour changer). La translation
par g étant surjective par le point précédent, on peut écrire G = g + G. Tra-
vaillons alors la somme des éléments du groupe28 :
X G=g+G X reparam étrage X X X reparam étrage X
= = (g + g) = g+ g = jGj g+ ,
g:= g :=g
2G 2g+G g2G g2G g2G 2G
P
d’où le résultat jGj g = 0 en simpli…ant par 2G .

Remarques
Le fait de rapporter un élément à son action multiplicative (via les translations)
n’est pas anodin : essayez d’expliquer à un enfant pourquoi a1 1b = ab 1
sans parler
de l’e¤et de la multiplication par une fraction ! Cette remarque est à la base d’un
théorème de Cayley (cf. § 4.4) a¢ rmant que les groupes symétriques sont en un
certain sens les plus généraux.
L’hypothèse d’abélianité pour le "petit" théorème de Lagrange est en fait
super‡ue (cf. § 4.7).

2 6 Par exemple, si G est le plan (identi…é aux translations planes), on pourra visualiser que faire

glisser suivant un vecteur donné "ne change rien globalement" ; si G est le cercle U, faire tourner
d’un angle donné "ne change rien globalement".
2 7 Joseph-Louis Lagrange a prouvé dès 1771 un cas particulier de ce théorème dans ses Ré‡exions

sur la résolution algébrique des équations, II publiées dans les Nouveaux Mémoires de l’Académie
Royale des Sciences et Belles-Lettres de Berlin.
2 8 idée très fructueuse = démonstration exigible !

11
Exercice d’application
Soit A un ensemble. Montrer que SA n’est jamais abélien, sauf si jAj 2.
————————————————————————————————————

Il est clair que sont abéliens les groupes S0 = fId; g, S1 = fIdg et S2 = fId; (1 2)g.
Soit E de cardinal au moins 3. Soient a; x; y distincts dans E. Alors les deux
(a x) (a y) = (a y x)
transpositions (a x) et (a y) ne commutent pas vu que les composées
(a y) (a x) = (a x y)
di¤èrent (elles n’agissent pas pareil sur a par exemple).
————————————————————————————————————

2.5 Autres exemples de groupes

Automorphismes
Soit S une structure. Les automorphismes de S forment un groupe Aut S pour la
composition. Cela a déjà été montré pour les espaces vectoriels, ce le sera pour les
autres structures29 .

Groupe référent, itération bilatère30


Z est un groupe additif (est-il un groupe multiplicatif ? ). Il permet d’itérer "en
arrière", donc dans les deux sens. On renvoie au cours de première année pour les
dé…nitions et propriétés des itérés d’un inversible.

Groupes numériques
Sont des groupes additifs Z, Q, R, C (pas N).

y y y y y y
FIG 6 : 3 2 1 0 1 2 3

Sont des groupes multiplicatifs Q , R , C (pas Z ).


Tous abéliens.

Sous-groupes complexes
Les complexes unitaires forment un groupe31 (multiplicatif) noté U.

FIG 7 : cercle unité

Pour chaque naturel n, les racines n-ièmes de l’unité également, leur groupe32 est
noté Un .
2 9 Sans contrainte aucune (structure "sans structure"), on retrouve le groupe Aut A = du
A
premier exemple.
3 0 bi-latère : deux côtés
3 1 À visualiser comme le cercle unité.
3 2 À visualiser comme un n-gone régulier.

12
FIG 8 : n-gone régulier (selon parité n)
S
De même pour la réunion n2N Un (exercice !).
Tous abéliens.

Quaternions (hors programme)


Tout comme C peut être vu comme un espace vectoriel de la forme R Ri muni
d’une multiplication véri…ant i2 = 1, on admettra l’existence d’un R-espace vec-
toriel33 H de la forme R Ri Rj Rk muni d’une multiplication (associative)
véri…ant i2 = j 2 = k 2 = ijk = 1. Alors la partie f 1; i; j; kg est un groupe
d’ordre 8 appelé groupe des quaternions et noté H8 .

Groupes géométriques.
Forment un groupe (in…ni) pour la composition respectivement34 :
1. les translations du plan ;
2. les rotations de même centre ;
3. les homothéties de même centre ;
4. les composées de rotations et homothéties de même centre (similitudes directes
de même centre) ;
5. les rotations/translations (déplacements) ;
6. les homothéties/translations ;
7. les composées de ré‡exions (isométries : rotations, translations, ré‡exions glis-
sées).
Plus généralement, les isométries qui laissent invariante une …gure donnée dans
un espace euclidien (i. e., à F partie …xée d’un certain Rn , les isométries telles
que (F) = F) forment le groupe des symétries de la …gure considérée. Ainsi
avons-nous réalisé les groupes S2 , S3 et S4 .

Groupe ludique
Considérons un Rubik’s cube. Chacune de ses six faces comportant neuf cases, il
possède 6 9 = 54 cases. Les coups autorisés sont des rotations d’un quart de tour,
chacune réversible et toutes composables entre elles. Le "groupe ludique" associé est
ainsi un groupe inclus dans S54 (on parlera plus tard de sous-groupe).

Groupes triviaux
Chaque singleton muni de la seule loi possible (constante) est un groupe, appelé
un groupe trivial.

Exercices d’application
3 3 Lalettre "H" abrège au choix « hyper-complexe » ou leur créateur « Hamilton » .
3 4 Montrer que ces groupes sont stables par composition est le plus délicat, c’est de la géométrie
classique de lycée qui n’est plus dans l’esprit des concours. Le prouver à l’aide des expressions
complexes des transformations est cependant bien plus aisé (et éclairant).

13
1. Parmi les groupes géométriques donnés, lesquels sont abéliens ?
2. Déterminer le groupe des symétries du carré. Est-il abélien ?
3. Le groupe H8 est-il abélien ? Préciser la probabilité (pour la loi uniforme sur H28 )
que deux quaternions commutent. (On pourra établir la table de multiplication
de H8 .)
————————————————————————————————————

1. Forment des groupes abéliens : les translations, les rotations (resp. homo-
théties, resp. similitudes directes) de même centre. (En termes complexes, ces
groupes correspondent à C, U, R et C ). En revanche, vu que la composée de
deux symétries centrales distinctes est une translation dont le sens du vecteur
change selon l’ordre de composition, les trois autres groupes ne sont pas abéliens
(déplacements, homothéties/translations, isométries).
2. On trouve d’une part les ré‡exions par rapport aux deux médiatrices et par
rapport aux deux diagonales, d’autre part les quatre rotations d’angle multiple
d’un quart de tour (dont la symétrie centrale de centre celui du carré... et
l’identité). Ce groupe d’ordre 8 est un cas particulier de groupe diédral (hors
programme) – groupe des symétries d’un polygone régulier.

FIG 9 : les 8 symétries du carré


droite k ij k 2 = k
3. Multiplier l’égalité ijk = 1à par donne ,
gauche i i2 jk = i
ij = k
i. e. . Multiplier ces deux égalités donne alors ijjk = ki, d’où ik = ki.
jk = i
Par ailleurs, multiplier l’égalité ij = k à gauche par i donne i2 j = ik, i. e. ik =
j. On en déduit le produit ki = ik = j. Puisque j est non nul (son carré
vaut 1), son double non plus, i. e. j 6= j, i. e. ik 6= ki, ce qui montre que i
et k ne commutent pas. Ainsi H8 n’est-il pas abélien.
Les éléments 1 commutent clairement avec tous les autres. Il nous reste
à évaluer les produits mettant en jeu i; j; k autres que ij; jk; ik (déjà connus).
Pour ce faire, observons que 8 la validité de nos quatre hypothèses de calcul est
< i par j
conservée si l’on remplace35 j par k : d’une part c’est clair pour les égali-
:
k par i
tés i2 = j 2 = k 2 = 1, d’autre part multiplier ijk = 1 à droite i et à gauche
par i donne i2 jki = i2 , i. e. jki = 1, ce qui est l’égalité ijk = 1 ob-
tenue après action du cycle (i j k). Par conséquent, la validité des résultats du
paragraphe précédent8 est conservée par permutation8 cyclique de i; 8j; k : les éga-
< ij = k < jk = i < ki = j
lités déjà connues jk = i deviennent ainsi ki = j puis ij = k .
: : :
ik = j ji = k kj = i
3 5 Elle est dite invariante par permutation cyclique de i; j; k.

14
Nous en déduisons le reste de la table de H8 :

i i j j k k
i 1 1 k k j j
i 1 1 k k j j
j k k 1 1 i i .
j k k 1 1 i i
k j j i i 1 1
k j j i i 1 1

On voit alors que les seuls gros carrés contenant des couples qui commutent
sont les trois de la diagonales (et les sept contenant les produits de 1). Comme
chaque gros carré contient quatre couples, la probabilité cherchée vaut (3+7) 4
16 4 =
5
8 = 62; 5%.
Remarque – Un exercice jadis classique a¢ rme que la probabilité que
deux éléments d’un groupe non abélien commutent est inférieure à 62; 5%. Nous
venons d’établir que le groupe des quaternions réalise le cas d’égalité.
————————————————————————————————————

3 Création de structures

Lors de la création de nouvelles structures, la philosophie est la même que pour


les espaces vectoriels : à l’aide de briques de base (exemples du cours), on construit
des gros trucs de référence (souvent par puissances, cas particuliers de produits car-
tésiens), puis on en exhibe des sous-trucs et on y engendre d’autres sous-trucs.

3.1 Loi "parties"

Soit (M; ) un magma. Alors P (M ) est un magma pour la loi


a2A
A B := fa bgb2B (pour chaques parties A; B M ).
On utilise beaucoup cette loi dans les groupes, par exemple quand p on parle de
sommes de sous-espaces vectoriels, à l’instar de C = R + iR ou de Q 5 = Q +
p
Q 5. Elle constitue surtout une commodité d’écriture, un utile raccourci calculatoire,
en particulier pour l’étude des groupes quotient. Dans cette optique utilitariste, on
utilisera volontiers le fait que

les caractères associatif, abélien et unifère


"passent" de la loi sur M à celle sur P(M ).

15
Lorsqu’une partie est donnée par extension, on oubliera volontiers les accolades
a…n d’alléger les notations.

Propriétés ("opposé parties")


On a pour chaques parties A et B d’un groupe additif les égalités

( A) = A, A A = A + ( A) , (A + B) = A B
et l’implication A B =) A B.

Démonstration
Il su¢ t d’écrire tranquillement :

( A) = f ogo2 A = f ( a)ga2A = faga2A = A,


a2A a2A
A A = fa g 2A = fa + ( )g 2A = A + f g
2A = A + ( A) ,
a2A a2A a2A
(A + B) = fa + bgb2B = f (a + b)gb2B = f a bgb2B = A B et,
supposant A B, A = f aga2A f bgb2B = B.

Remarques –Gare aux confusions


La notation A B désignera en priorité un produit cartésien : dans un monoïde
multiplicatif, le produit "parties" sera noté AB.
Tout comme l’opposition ou l’inversion complexes, la "loi" A 7! A n’est pas
une l. c. i. car elle n’a qu’un seul argument (elle est dite singulaire) au lieu de deux
(ce n’est pas une loi binaire).
L’"opposé" A n’est pas le symétrique36 "parties" de A mais simplement l’image
directe de A par l’opposition a 7! a, ou encore l’image de A par la loi "partie" associé
à la loi singulaire "opposer".
De même, la "di¤érence" A A ne dénote pas le composé "parties" de A et de
son opposé "parties" (ce qui devrait donner le neutre "parties") mais simplement le
composé "parties" des parties A et A.

Exercice d’application
a. Que vaut la somme Z + Z ? L’opposé Z?
b. Soient et deux réels. Montrer que la partie Z + Z est stable par addition
et par opposition.
c. Soit n 2 N. Pour chaque relatif z, on note z := z+nZ. Montrer pour chaques a; b 2
Z l’égalité
a + b = a + b.
————————————————————————————————————

3 6 On montrerait aisément qu’un tel symétrique ne fait sens que si A est un singleton.

16
a. La présence d’un zéro permet d’écrire

Z+Z Z + 0 = fz + 0gz2Z = fzgz2Z = Z,

les stabilités de Z par addition et par opposition s’explicitent en les inclusions


2Z
Z + Z = fz + gz2Z fs ; s 2 Zg = Z
et Z = f zgz2Z fo ; o 2 Zg = Z,

en…n l’inclusion Z Z donne (par croissance de l’opposition "parties") l’inclu-


sion ( Z) Z, i. e. (par idempotence de l’opposition "parties") l’inclusion
réciproque Z Z.
Finalement, les deux double-inclusions sus-montrées aboutissent à

Z+Z=Z= Z.

Remarque – Il est immédiat de généraliser et d’obtenir pour chaque mo-


noïde M et pour chaque groupe G les égalités

M M = M et GG = G = G 1
(en additif : M + M = M et G + G = G = G).

b. Utilisons ce qui précède. On a d’une part les égalités

( Z + Z) + ( Z + Z) = Z + ( Z + Z) + Z
= Z + ( Z + Z) + Z
= ( Z + Z) + ( Z + Z)
= (Z + Z) + (Z + Z)
= Z+ Z

d’autre part les inclusions

( Z + Z) Z Z= ( Z) + ( Z) = Z + Z.

c. Soient a; b 2 Z. Le calcul précédent permet d’écrire

a + b = a + nZ + b + nZ = a + b + n (Z + Z) = a + b.
| {z }
=Z

————————————————————————————————————

Z
3.2 Groupes quotients n

On …xe pour toute cette section un naturel n 2 N.

Z
Proposition –Dé…nition (groupe n)

17
1. Les parties z := z + nZ pour z décrivant Z forment, pour l’addition "parties"
de P (Z), un groupe abélien où37
8
< a+0=a=0+a
8a; b 2 Z; a+b=a+b .
:
a= a

Ce groupe est noté38 indi¤ éremment Z


nZ ,
Z
(n) ou
Z
n := fz ; z 2 Zg = fz + nZgz2Z
Z
2. On impose n > 0. Le groupe n est alors d’ordre
Z
Card n =n
et constitué des classes des entiers de chaque suite de n entiers consécutifs, par
exemple
1; 2; 3; :::; n
Z
n = n
0; 1; 2; :::; n 1 o .
n; (n 1); :::; 2; 1

Démonstration
1. L’égalité a + b = a + b a déjà été établie et c’est grâce à elle que de nom-
breuses propriétés du magma Z vont se transférer à Z n simplement en "passant
tout sous la barre" : la commutativité en écrivant a + b = a + b = b + a = b + a,
a + b + c = a + b + c = (a + b) + c
l’associativité vu (à c 2 Z …xé) les égalités ,
a + b + c = a + b + c = a + (b + c)
le caractère unifère d’après les égalités a + 0 = a + 0 = a, en…n l’inversibilité
suivant a + a = a + ( a) = 0.
2. Montrons l’inclusion Z n 0; 1; 2; :::; n 1 . Soit g 2 Z n , soit z 2 Z
tel que g = z. La division euclidienne39 de z par n s’écrit z = nq + r, d’où (q
étant relatif) z = r, ce qui conclut (puisque r 2 [j0; nj[).
Montrons que les n classes 0; 1; 2; :::; n 1 sont distinctes, ce qui trans-
formera l’inclusion précédente en égalité. Soient u; v 2 [j0; nj[ tels que u = v.
Soit 2 Z tel que v u = n. Vu les appartenances u; v 2 [j0; nj[, la di¤é-
rence v u tombe dans ]j n; nj[, d’où la comparaison j nj < n. Puisque n 6= 0,
on peut récupérer j j < 1 ; or est entier, donc nul, d’où la nullité de n = v u
et l’égalité u = v.
En…n, vu la surjectivité des translations dans un groupe, on a pour chaque
relatif a les égalités
Z Z
n = a+ n = a + fugu2[j0;nj[ = fa + ugu2[j0;nj[
reparam étrage
= fa + ugu2[j0;nj[ = fvgv2[ja;a+nj[ .
v:=u+a

Z Z
3 7 Ces n
égalités traduisent le fait que la surjection est un morphisme de groupes.
z 7! z
La ‡èche multiple indique une surjectivité : on pourra visualiser de multiples ‡èches terminant
au même endroit, tels autant d’antécédents envoyés sur une même image.
3 8 Prononcer « Z sur nZ » ou « Z sur n » .
3 9 La division euclidienne est légitime car n est ici non nul.

18
Remarques
Lorsque l’on calculera modulo n, on gagnera à travailler avec des entiers de
norme minimale. Il sera ainsi utile d’utiliser des descriptions comme
Z Z
4 = 1; 0; 1; 2 ou 7 = 3; 2; 1; 0; 1; 2; 3 .

Lorsque n = 0, chaque classe est un singleton z = fzg et la surjection z 7! z


devient injective, donc le groupe
Z
0 = ffzg ; z 2 Zg

est d’ordre in…ni (dénombrable40 ). Il ressemble à s’y méprendre à Z : on dira qu’il


sont isomorphes. Quotienter par 0 ne présente donc aucun intérêt conceptuel.

Dé…nition (égalité modulo n)


On appelle égalité modulo n la relation sur Z formée des couples (a; b) tels que
déf.
a = b [n] () b 2 a + nZ () 9 2 Z; b a = n.

Remarque –Karl Gauss a introduit ce vocabulaire dans ses Disquisitiones arith-


meticae de 1801. Il y remplaçait l’égalité = par le symbole de congruence mais ce
n’est pas indispensable : l’essentiel est de signaler quelque part que l’on calcule modulo
(« à la mesure de » ) quelque chose et de préciser ce quelque chose41 , le module, la
mesure à l’aune de laquelle on calcule.

Proposition –Dé…nition (classes modulo n)

1. On a pour chaques relatifs a et b l’équivalence a = b [n] () a = b.


2. L’égalité modulo n est une relation d’équivalence sur Z.
3. Pour l’égalité modulo n, la classe d’équivalence d’un z 2 Z …xé est ce que nous
avons noté

z = z + nZ, appelée simplement classe de z modulo n.

4. L’égalité modulo n est compatible42 avec l’addition et la multiplication de Z.

4 0 On verra au chap8 ? ? ? que Z est dénombrable, par exemple via la bijection


8
< N g! Z
n 7 ! ( 1)n n2 .
: 2 jzj + 1 (z) j z
Z

4 1 Par exemple, les crochets « [n] » peuvent s’expliciter en « mod n » voire en « modulo n » .
4 2 Une relation = sur un magma M est dit compatible avec la loi de ce dernier si
m=m0
8m; m0 ; ; 0
2 M; =) m =m0 0
.
= 0
L’archétype de la relation compatible est l’égalité =, d’où la notation semblable = que nous avons
utilisée et celle similaire souvent rencontrée pour les relations d’équivalence compatibles (appelées
congruences).

19
Démonstration Soient a; b 2 Z.

1. On a toujours l’appartenance b = b + 0n 2 b. Si a = b, on en déduit b 2 b =


a = a + Zn, d’où a = b [n].
Supposons réciproquement a = b [n]. Soit 2 Z tel que b = a + n.
En se souvenant que les translations d’un groupe sont surjectives, d’où l’on
tire Z + = Z, on a alors les égalités

b = b + Zn = a + n + Zn = a + (Z + ) n = a + Zn = a.

2. Puisque l’égalité ensembliste est une relation d’équivalence, on a l’éga-


a=b
lité a = a, l’équivalence a = b () b = a et (à c 2 Z …xé) l’implication =)
b=c
a = c. Le point précédent permet alors de transformer ces trois a¢ rmations en
termes d’égalités modulo n, exprimant précisément ce qu’il fallait démontrer.
3. À z 2 Z …xé, les éléments de la classe d’équivalence43 de z sont par dé…nition
les relatifs a tels que a = z [n], i. e. ceux tels que a 2 z + nZ, d’où l’égalité
annoncée.
a = a0 [n] a = a0
4. Soient a0 ; b0 2 Z tels que 0 , i. e. tels que . Addition-
b = b [n] b = b0
ner donne alors a + b = b + b0 , i. e. a0 + b0 = a + b, ou encore a + b = a0 + b0 [n].
Pour la multiplication, il va falloir44 travailler "à la main". Soient ; 2 Z
a0 = a + n
tels que . On a alors
b0 = a + n

a0 b0 = (a + n) (b + n) = ab + n (a + b + n) 2 ab, d’où a0 b0 = ab [n] .

Remarque – Calcul modulo n. Le point (4) doit guider l’intuition : on addi-


tionnera "comme d’habitude" avec 8 des vraies égalités dans Z en précisant quelque
< a+0=a=0+a
part « modulo n » 45 . Les égalités a+b=a+b légitiment ce guide : on peut
:
a= a
écrire de vraies égalités dans Z n en mettant des barres partout et en additionnant
"comme dans Z".

Remarques – Quotient Z n .
Quotient & relation d’équivalence. L’ensemble Z n est le quotient de Z
par l’égalité modulo n, d’où la notation et l’appellation de groupe quotient46 .
Quotienter & diviser. Une relation d’équivalence correspondant à une par-
tition, « quotienter Z par l’égalité modulo n » (au sens du quotient Z = [n] ) signi…e
également « diviser le bloc Z en parties chacune un translaté de nZ » , « le partition-
ner suivant les classes modulo n » .
4 3 Ilserait insensé de parler de la classe d’équivalence de z sans avoir établi le point précédent.
4 4 La raison est simple : si l’on pouvait toujours écrire ab = ab pour la multiplication "parties", on
aurait en particulier l’égalité 00 = 0, laquelle implique l’inclusion nZ n2 Z, d’où le fait que n soit
multiple de son carré, ce qui est impossible dès que l’on impose n 2.
4 5 Un tel calcul est quali…é de modulaire (adjectif relatif à modulo).
4 6 Pour une histoire de la notion de groupe quotient (de Galois à Hölder en passant par Jordan),

on pourra consulter l’article The development and understanding of the concept of quotient group
de Julia Nicholson (disponible en ligne).

20
FIG 10 : Z, ses éléments, ses classes mod n

Quotienter & tuer. On observera l’égalité n = 0 et plus généralement la


nullité modulo n de chaque multiple de n. Dans cette optique, on pourra visualiser
la barre de quotient n comme la trace d’un coup de sabre assassin. « Quotienter
par » doit en e¤et être compris par « tuer » , « annuler » , « assassiner » :

quotienter par quelque chose,


c’est tuer tous ses éléments.

Il va de soi que cet assassinat porte des conséquences à assumer a…n de ne pas se
laisser surprendre. Par exemple, on peut évaluer la somme

arctan 2 + arctan 5 + arctan 8 = Arg (1 + 2i) + Arg (1 + 5i) + Arg (1 + 8i)

en l’identi…ant à l’argument du produit (1 + 2i) (1 + 5i) (1 + 8i) = 65 65i, argu-


ment valant 34 ; or la somme cherchée est clairement positive ! Comment lever cette
contradiction ? En ne perdant pas de vue que l’identi…cation précédente n’est valide
que modulo47 2 ... c’est-à-dire dans le groupe R 2 dont on devinera aisément le sens.
Quotienter & boucler (hors programme). Lorsque l’on s’intéresse aux
questions resp. de parité, de jours de la semaine, de demi-tons dans une octave,
d’heures dans la journée ou de minutes dans une heure, on considère des nombres
entiers (ce qui dénombre) tout en "tuant" le naturel resp. 2; 7; 12; 24; 60. Cela revient
à se placer dans le groupe Z n pour le naturel n correspondant48 . On pourra visualiser
que l’on "tord", "boucle", "enroule" la droite Z pour forcer n = 0 et l’on retrouve en
fait le groupe Un (à un isomorphisme près, cf. § 4), à l’exception de Z 0 qui s’identi…e
à Z ("tuer" 0 ne change pas grand chose !).

FIG 11 : "bouclage" de Z en n = 0, de R en 2 = 0.

Exercice d’application
Soit u un nombre entier de six chi¤ res divisible par 13, mettons u = abcdef écrit
en base 10. Montrer que l’entier bcdef a est aussi divisible par 13.
————————————————————————————————————

Notons v := bcdef a. Exprimons v en fonction de u modulo 13 (sachant que u 0


par hypothèse) :
v = 10u 106 a + a 1 106 a.
Il su¢ t donc de montrer 106 1 modulo 13. C’est l’occasion d’utiliser la compatibilité
de la multiplication ainsi que les classes des entiers de [j 6; 6j] :
6 2
106 ( 3) = 33 2
= 33 = 272 12 = 1, c. q. f. d.

————————————————————————————————————

4 7 Un bon encadrement fournirait 54 = 2 3


4
comme réponse.
4 8 Observer que tuer n revient à tuer chacun de ses multiples.

21
3.3 Produit cartésien

Rappelons que le produit cartésien49 M N de deux magmas est muni d’un loi
(dite loi produit)
m m
; 7! .
n n
De même, étant donnés un naturel ` et une suite (M1 ; M2 ; :::; M` ) de magmas de
Q`
longueur `, la loi produit est dé…nie sur le produit i=1 Mi par50
00 1 0 11 0 1
m1 1 m1 1
BB m2 C B 2 CC B m2 2 C
BB C B CC B C
BB .. C ; B .. CC 7! B .. C.
@@ . A @ . AA @ . A
m` ` m` `

Plus généralement, étant donnés un ensemble I et une famille (Mi ) de magmas


indexée par I, on dé…nit sur le produit cartésien51
Y
Mi := (mi )i2I ; 8i 2 I; mi 2 Mi
i2I

une loi produit par


(mi )i2I ; ( i )i2I 7! (mi i )i2I .
Lorsque les magmas coïncident – notons M leur valeur commune –, le produit
devient une puissance
Y Y
Mi = M = M I , espaces des fonctions de I vers M
i2I i2I

I ! M
et l’on retrouve les lois fonctionnelles (f; g) 7! . Bien se convaincre
i 7 ! f (i) g (i)
que la signi…cation est identique –nous sommes simplement passés de la notation in-
dicielle à celle fonctionnelle.

Propriétés (ce qui "passe" au produit)


Chaque produit de magmas est resp. associatif, commutatif, unifère ssi chacun de
ses facteurs l’est.
Chaque élément d’un tel produit est resp. neutre, inversible (quand cela fait sens)
ssi chacune de ses coordonnées l’est

Démonstration
4 9 Au cas où : cartésien vient de René Descartes et ne prend conséquemment pas de "h".
5 0 Tout se passe donc coordonnée par coordonnée (d’où le nom de loi terme à terme également
utilisé), ce qui seQvoit bien mieux en présentant les familles verticalement plutôt qu’horizontalement.
5 1 L’ensemble
i2I Mi est dé…ni par compréhension : mais dans quel ensemble ? La question est
oiseuse en classes préparatoires ; voici toutefois une réponse pour les pointilleuses. La famille (Mi )
est par dé…nition une application de sourceQI, notons M son but et dé…nissons M := [M. Alors
chaque Mi est inclus dans M et le produit Mi sera dé…ni comme partie de M I .

22
Soit (Mi ) une famille52 de magmas. On a alors les équivalences
Q Q
Mi commutatif () 8m; 2 Mi ; m = m
Q
() 8m; 2 Mi ; 8i; mi i = i mi .
?
() 8i; 8a; b 2 Mi ; ab = ba
() 8i; Mi commutatif
?
(bien prendre le temps de décomposer l’équivalence () en deux implications). L’as-
sociativité se traite de même. L’a¢ rmation sur le caractère unifère découle de celle
sur les neutres (montrée toujours de manière analogue), celle sur les inversibles de ce
que deux éléments du produit sont inverses l’un de l’autre ssi leurs coordonnées le
sont dans le magma unifère correspondant (démonstration toujours semblable).

Corollaire –Dé…nition (groupe produit, monoïde produit)


Le produit cartésien de chaque famille de groupes, muni de la loi produit, reste un
groupe, appelé groupe produit. ( Idem en remplaçant « groupe » par « monoïde » .)

Démonstration
Le caractère associatif et unifère passe au produit, de même pour les inversibles
–la proposition précédente montre au passage pour chaque famille (Mi ) de monoïdes
l’égalité
Q Q
i2I Mi = i2I Mi .

Exercice d’application
?
Préciser l’équivalence () dans la démonstration ci-dessus.
————————————————————————————————————
Q
Supposons 8i; 8a; b 2 Mi ; ab = ba. Soient m; 2 Mi , soit i0 2 I. Remplacer
dans l’hypothèse (i; a; b)Q
par i0 ; mi0 ; i0 donne alors mi0 i0 = i0 mi0 .
Supposons 8m; 2Q Mi ; 8i; mi i = i mi . Soit i0 2 I, soient a; b 2 Mi . On
dé…nit une famille f 2 Mi en envoyant i0 7! a et chaque autre indice sur le neutre
Q Mi correspondant : on a alors fi0 = a. On dé…nirait de même une famille g 2
du
Mi telle que gi0 = b. Remplacer dans l’hypothèse (m; ; i) par (f; g; i0 ) donne
alors fi0 gi0 = gi0 fi0 .
————————————————————————————————————

3.4 Sous-structures

3.4.1 Introduction

Les structures en classes préparatoires (monoïdes, groupes, anneaux, corps, espaces


vectoriels, algèbres) sont constituées
5 2 On omet de préciser l’ensemble indexant lorsque le contexte est clair.

23
1. d’une part d’éléments distingués (les neutres) ;
2. d’autre part d’opérations distinguées (lois internes, externes, inversion) ;
3. les objets de ces deux classes étant soumis à certains axiomes (associativité,
neutralité, distributivité...).
La philosophie est alors la suivante : un sous-truc sera une partie où ces axiomes
seront véri…és, ce qui présuppose que chacun de ces objets distingués (éléments53 &
opérations) fasse sens dans la partie considérée. Un sous-truc54 sera alors naturelle-
ment muni d’une structure de truc.
Pour les éléments distingués, faire sens dans une partie revient à l’appartenance à
cette partie.
Pour les opérations, faire sens reviendra à une certaine stabilité –voyons l’exemple
des lois (de composition interne). Soit M un magma et soit A une partie de M . On
M2 ! M
dispose alors d’une application (la loi de M ) ainsi que de sa res-
(m; ) 7 ! m
A2 ! M
triction à A2 , abusivement appelée "loi induite sur A", à savoir .
(a; ) 7 ! a
Si on peut remplacer dans cette dernière l’ensemble but M par A, alors cette restric-
tion sera une loi (interne) sur A –et réciproquement. Par conséquent :

la loi induite sur A fait sens ssi A est stable par la loi de M:

Par exemple, un sous-espace vectoriel55 est une partie contenant le vecteur nul (élé-
ment distingué), stable par addition (loi interne), par opposition (inversion pour +)
et par homothétie (l’action du corps de base, loi externe), les quatre axiomes – tous
des énoncés universels – étant automatiquement véri…és par restriction de ceux de
l’espace vectoriel de base.
Précisons à présent cette philosophie pour les groupes et (en vue des anneaux)
pour les monoïdes.

3.4.2 Sous-monoïdes

Dé…nition –Proposition (sous-monoïde) (hors programme)


Une partie d’un monoïde en est un sous-monoïde si :
1. elle contient le neutre56 de ce monoïde ;
2. elle est stable par la loi de ce monoïde.
Cette partie est alors un monoïde pour la loi induite par le monoïde de base.

Démonstration
Soit (M; ; 1) un monoïde, soit S un sous-monoïde de M . Montrons que S; jS 2 ; 1
est un monoïde. Avant toute chose, la loi jS 2 fait bien sens puisque S est stable par et
5 3 Lesneutres sont trop souvent oubliés !
5 4 sous= sous-ensemble = partie, truc = truc, la terminologie est limpide
5 5 Rappel : la stabilité par soustraction découle de celles par addition et par homothétie de rap-

port 1, d’où la caractérisation usuelle en terme de combinaisons linéaires.


5 6 Ne pas oublier le neutre !

24
l’élément 1 appartient bien à S. Ensuite, spécialiser l’axiome 8m 2 M; 1m = m = m1
en chaque élément de S (on peut car S est une partie de M ) montre que 1 est neutre
pour S. En…n, spécialiser l’axiome 8m; ; m 2 M; m ( m) = (m ) m en trois éléments
de S montre que jS 2 est associative.

Exemples (sous-monoïdes) Abrégeons M b M pour dire (uniquement dans


ces exemples) « M est un sous-monoïde de M » .
1. Soit M un monoïde. La relation b est une relation d’ordre sur P (M ) admet-
tant un minimum, le sous-monoïde neutre f1g, et un maximum57 , le sous-
monoïde plein M :
fneutreg b S b M (pour chaque sous-monoïde S).
Les éléments réguliers forment un sous-monoïde, tout comme ceux inversibles
(ainsi M b M ) ou encore ceux centraux (i. e. qui commutent avec chaque
élément de M ).
p
2. Chez les nombres, on peut écrire f0g b 2N b N, 2Q+ b R+ b (R+ + iR+ )
(pour + mais pas pour ). On peut s’amuser à compliquer : f0; 18; 23g q
7 q f3g q [4; 1[ b R+ .
(N + 36) b N, f0g q [42; 1] b R+ et f0g q 2; 15
3. Les fonctions R ! R impaires constituent un sous-monoïde de RR ; (mais
pas les paires –pourquoi ?).
4. Soit I un intervalle réel. Alors les fonctions I ! I croissantes forment un sous-
monoïde de I I , de même pour les monotones (mais pas pour les décroissantes).
Par ailleurs, les fonctions croissantes de I vers R forment un monoïde additif.
5. Soit S une structure. Soit f un endomorphisme de S. Alors les itérés de f
forment un sous-monoïde ff n gn2N de End S.
6. Soit E un espace vectoriel réel, soit f un endomorphisme de E. Alors les
polynômes en f constituent un sous-monoïde R [f ] de L (E), pour + comme
pour . Par ailleurs, l’ensemble des sous-espaces vectoriels de E forment un
sous-monoïde de P (E) pour l’addition "parties".
7. Soient A B deux ensembles. On a alors P (A) b P (B) pour [ comme pour
mais pas (sauf cas trivial) pour \ (pourquoi ?). Prolongeons par ailleurs à
chaque B les applications de source A en …xant chaque point de B nA : on peut
alors écrire AA b B B (pour ).
8. Soient a b deux naturels. Alors Qa [X] b Qb [X] pour l’addition. De même,
en complètant les matrices de taille a a en rajoutant58 des 1 sur la diagonale
de longueur b a, on obtient Ma (C) b Mb (C) pour + et pour .
9. Soient M un monoïde et I un ensemble. Alors la partie M (I) du monoïde puis-
sance M I formée des familles presque nulles (i. e. prenant une valeur neutre en
dehors d’un ensemble …ni) en forment un sous-monoïde. En particulier, si P dé-
N(P) g ! Q N
note l’ensemble des nombres premiers, on a une bijection vp
(vp ) 7 ! p2P p
59
entre monoïdes qui préserve le produit et le neutre .
5 7 Certains auteurs appellent ces extrema les sous-monoïdes triviaux mais tous ne sont pas d’accord

pour nommer ainsi le monoïde plein. Un peu de souplesse est donc de rigueur quand on parle de
sous-truc trivial.
5 8 Cela revient comme au paragraphe précédent à prolonger à l’aide de l’identité.
5 9 On parlera d’un isomorphisme de monoïdes (cf. § 4.2).

25
Remarque –Sous-monoïdes et loi "parties". L’utilisation de la loi "parties"
permet une reformulation économe :

chaque partie S d’un monoïde en


est un sous-monoïde ssi 1 2 S SS
(version additive : ssi 0 2 S S + S).

Remarque –Faux sous-monoïdes. Une partie peut être un monoïde pour une
autre opération (avec le même neutre) ou pour un autre neutre (avec la même loi)
sans pour autant être un sous-monoïde.
Par exemple, la partie R+ f0; 18g du monoïde additif R2+ est un monoïde pour
l’addition réelle sur la première coordonnée et la loi constante nulle sur la seconde,
ce monoïde contient le neutre (0; 0) du groupe R2+ mais ne peut en être un sous-
monoïde car n’est pas stable par l’addition de ce dernier (le double de (0; 18) sort
de R f0; 18g).
De même, la partie R f0g du monoïde R2 muni de la multiplication sur chaque
coordonnée est un monoïde pour la loi induite (de neutre (1; 0)) mais n’est pas un
sous-monoïde de R2 car ne contient pas son neutre (1; 1). Autre contre-exemple : étant
donné un idempotent i 6= 1, la partie fig du monoïde f1; ig est un monoïde pour la
même loi mais ne possède pas le même neutre. En…n, pour chaque naturel n > 0,
l’ensemble Z n est une partie du monoïde P (Z) qui est un monoïde pour loi induite
mais pas pour le même neutre (nZ contre f0g).

3.4.3 Sous-groupes

Proposition –Dé…nition (sous-groupe)


Soit G un groupe. Une partie de G est un groupe pour la loi induite par celle de G
ssi :
1. elle contient60 le neutre de G ;
2. elle est stable par la loi de G ;
3. elle est stable par l’inversion de G.
Cette partie est alors appelée un sous-groupe61 de G.

Démonstration
Soit A une partie de G.
=) Supposons que A est un groupe pour la loi induite par celle de G. La
partie A contient un neutre 1 : en composant l’égalité 1 1 = 1 par l’inverse 1 1
(dans G), on obtient 1 = 1G , ce qui montre62 la condition 1. La condition 2 signi…e
précisément que la loi induite est bien dé…nie (i. e. est à valeurs dans A). Soit en…n a 2
A : il admet un inverse a0 dans A, ce qui s’écrit aa0 = 1 = a0 a, i. e. aa0 = 1 = a0 a,
d’où les égalité et appartenance a 1 = a0 2 A et la condition 3.
6 0 Ne pas oublier le neutre !
6 1 Un sous-groupe est en particulier un sous-monoïde.
6 2 Notre démonstration du =) semble ne pas conclure dans les monoïdes sans pouvoir inverser

le neutre, d’où la recherche précédente de "faux sous-monoïdes" où le neutre fait défaut.

26
(= Supposons les trois conditions de l’énoncé. La condition 2 énonce que
la loi induite fait sens. L’associativité portant sur chaque élément de G3 , elle est en
particulier valide pour ceux de A3 . La condition 1 fournit un neutre pour A. En…n,
chaque élément de A est inversible dans G et la condition 3 nous dit que son inverse
reste dans A.

En pratique, on utilise surtout le sens (= a…n d’éviter à avoir à véri…er certains


axiomes pénibles comme l’associativité.

Exemples (sous-groupes) On note encore G b G pour dire (et uniquement dans


ces exemples) « G est un sous-groupe de G » .
1. Soit G un groupe. La relation b est une relation d’ordre sur P (G) admettant
un minimum, le sous-groupe neutre f1g, et un maximum, le sous-groupe
plein G :

fneutreg b S b G (pour chaque sous-groupe S).

Est un sous-groupe de G son centre Z (G) formé des éléments commutant avec
chaque élément de G.
2. Les polynômes réels composent un sous-groupe additif R [X] de RN . Plus gé-
néralement,
Q étant donnée une famille (Gi ) de groupes, les familles du groupe
produit Gi presque nulles (i. e. prenant une valeur neutre en dehors d’un en-
semble …ni) en forment un sous-groupe (strict ssi l’ensemble indexant est in…ni).
3. Avant de reprendre les groupes du cours, signalons que chaque sous-espace vec-
toriel d’un espace vectoriel donné en est un sous-groupe additif.
4. Parmi les groupes numériques additifs, on peut écrire :

f0g b Z b Q b R b C b H et même intercaler


1 h p i h 2 ii
7Z b Z b Z b Q b Q 5 b R b R e 3 b C.
8

5. Parmi les multiplicatifs63 :

f 1g = U2 b Q b R b C b H ;
[
Un b Uk b U b C ;
k2N
f 1; ig = U4 b H8 b H .

6. Parmi les géométriques : tous ceux cités (les in…nis comme les diédraux) sont des
sous-groupes du groupe des isométries (a¢ nes) du plan, lui-même sous-groupe
du groupe des permutations du plan.
7. En version complexe, on dirait que (toujours pour la composition) les groupes Id +C,
U Id, R Id, C Id, U Id +C et R Id +C sont des sous-groupes de (C Id +C) [
CId + C , lui-même sous-groupe de S (C) (exercice : mettre tous ces sous-
groupes sur un même schéma en précisant toutes les relations b).
6 3 L’exemple de
S
k2N Uk ne doit pas laisser penser qu’une réunion de sous-groupes est toujours
un sous-groupe. En e¤et, pour la réunion de deux sous-groupes, ce n’est jamais le cas (sauf situation
triviale : cf. exercice d’application 2).

27
8. De chaque groupe symétrique Sn le groupe alterné An est un sous-groupe (strict
si n 2).
9. On peut également adapter les exemples de sous-monoïdes précédents :
7Z b Z, Q b R,
SA b SB (si A B),
GLa (C) b GLb (C) (si a b),
ff z gz2Z b Aut S (si f 2 Aut S).
10. Soit I un intervalle réel : alors les homéomorphismes I ! I forment un sous-
groupe de SI , duquel les homéomorphismes croissants constituent un sous-
groupe (mais pas les décroissants).

Remarque – Faux sous-groupes. Une partie peut être un groupe pour une
autre opération (avec le même neutre) sans pour autant être un sous-groupe.
Par exemple, la partie R f0; 42g du groupe additif C est un groupe pour l’addition
réelle sur la première coordonnée et la loi constante nulle sur la seconde, ce groupe
contient le neutre (0; 0) du groupe C mais ne peut en être un sous-groupe car n’est
pas stable par l’addition de ce dernier (le double de (0; 42) sort de R f0; 42g).

Remarque – Sous-groupes et loi "parties". L’utilisation de la loi "parties"


permet une reformulation économe :
chaque partie S d’un groupe en
1 2 S SS
est un sous-groupe ssi64
S 1 S
02S S+S
(version additive : ssi .
S S
Proposition (théorème de Lagrange) (hors programme)
Dans chaque groupe …ni, l’ordre de chaque sous-groupe divise celui du groupe plein.

Démonstration
Soit G un groupe, soit S un sous-groupe de G. Soit g 2 G. La translation à
gauche par g induit une bijection S g !gS, ce qui montre que les classes modulo S
sont équipotentes. Par ailleurs, l’appartenance g = g1 2 gS montre que ces classes
recouvrent G et les implications (à 2 G et s; 2 S …xés)
1
g= s 2 S gS SS = S
gs = =) 1 =) =) gS = S
= s 2 gS S gSS = gS
que ce recouvrement est une partition (remarquer que l’on a utilisé toute l’hypo-
thèse 1 2 S = S 1 = SS). En notant Q l’ensemble (quotient) de ces classes, on peut
alors conclure quand G est …ni65 :
] X X
jGj = C = jCj = jSj = jQj jSj .
C2Q C2Q C2Q
6 4 On
peut même remplacer les inclusions par des égalités = d’après l’exercice d’application § 3.1).
6 5 La
notation ] pour l’union disjointe rappelle l’aspect additif du langage vernaculaire (« Dans
mon sac, j’ai une pomme plus un portefeuille plus un livre, plus...» ) et ainsi que le cardinal de chaque
union disjointe vaut la somme des cardinaux des réunis.

28
Exercices d’application
1. Soit A une partie d’un monoïde (resp. groupe). Montrer qu’est un sous-monoïde
(resp. sous-groupe) le commutant de A, i. e. l’ensemble des éléments qui com-
mutent avec chaque élément de A.
2. Montrer que la réunion de deux sous-groupes (d’un même groupe) demeure un
sous-groupe ssi l’un est l’inclus dans l’autre. Que dire si l’on remplace "deux"
par un entier plus grand ?
————————————————————————————————————

1. Abrégeons C le commutant de A. Soit a 2 A. Puisque 1a = a = a1, on a


l’appartenance 1 2 C. Soient c; c0 2 C : leur composé reste alors dans C vu les
égalités
c2C c0 2C
a (cc0 ) = (ac) c0 = (ca) c0 = c (ac0 ) = c (c0 a) = (cc0 ) a.

Lorsque le monoïde de contexte est un groupe, l’énoncé ac 1 = c 1 a fait sens et


équivaut (translater par c des deux côtés) à ca = ac, ce qu’on a puisque (a; c) 2
A C, d’où l’on conclut c 1 2 C.
Remarque –Quand A vaut tout le monoïde (resp. groupe), son commutant
est le centre de ce dernier et l’on retrouve le fait que les éléments centraux
forment un sous-monoïde (resp. -groupe).
2. Soient G et H deux sous-groupes. Le sens (= est immédiat vu qu’alors la
réunion G[H se réduit à G ou H. Supposons donc G[H sous-groupe. Supposons
que G n’est pas inclus dans H et soit g 2 G nH ; montrons alors H G. Soit h 2
H. Le composé gh reste dans G [ H : s’il tombe dans H, alors g 2 Hh 1 H,
ce qu’on n’a pas ; il tombe donc dans G, d’où h 2 g 1 G G, ce qui conclut.
Dans le plan F22 , les trois droites engendrées par resp. 10 , 01 et 11 sont
des sous-espaces vectoriels, donc des sous-groupes additifs. Leur réunion vaut le
plan tout entier, lequel est un sous-espace vectoriel, a fortiori un sous-groupe.
On pourrait généraliser en changeant de corps de base (…ni) ou en modi…ant la
dimension (…nie).
Remarque
S – Pour une réunion in…nie, nous avons déjà signalé le contre-
exemple n2N Un (exemple 5 ci-dessus). Sa version "plate" (et additive) serait
S
la réunion n2N Z n1 = Q.
————————————————————————————————————

3.4.4 Sous-groupes de Z et de R, périodes

Proposition (sous-groupes de Z)
Chaque sous-groupe additif de Z est monogène66 , i. e. de la forme aZ pour un
certain naturel a.
6 6 mono = un, gène = générateur, donc monogène = engendré par un élément

29
Démonstration
Soit G un sous-groupe additif de Z.

FIG 12 : un sous-groupe67 nZ

Si G est nul, il s’écrit 0Z et on a …ni. On supposera donc G non nul. Soit g 6= 0


dedans : quitte à l’opposer, on peut imposer g > 0. La partie G0 := G \ N est alors
non vide et il fait sens de dé…nir

m := min G0 .

Montrons l’égalité G = mZ. L’inclusion est immédiate puisque les itérés de m


restent dans G. Soit réciproquement g 2 G. Une division euclidienne de g par m (on
q2Z
peut car m 6= 0) donne g = qm + r où . Le reste r 2 N tombe alors hors
r 2 [j0; m[
g; m 2 G
de G0 (puisque r < inf G0 ) mais reste dans G (puisque r = g qm où ),
q2Z
donc appartient à (N \ G) nG0 = f0g, d’où l’appartenance g = qi 2 Zi.

Ces sous-groupes, dits discrets (car chaque élément est "isolé" des autres), se
généralisent à R (les multiples entiers d’un même réel forment un sous-groupe). Mais
nous connaissons d’autres sous-groupes non discrets – l’ensemble des rationnels, qui
sont denses. En un certain sens (la proposition suivante), on a décrit chaque sous-
groupe additif de R.

Proposition (sous-groupes additifs de R) (hors programme)


Soit G un sous-groupe (additif ) de R. Alors :
1. ou bien G est de la forme gZ pour un certain réel g 0;
2. ou bien G est dense dans R.

Démonstration
On suit la même démonstration68 que pour Z. Notons G0 := G \ R+ . Si G est nul,
on est dans le premier cas avec g = 0. On supposera désormais G non nul. Soit a 6= 0
dedans. Quitte à l’opposer, on peut imposer a > 0, d’où la non-vacuité de G0 ; le
réel i := inf G0 fait alors sens.
Supposons i = 0. Soient g < h dans G. La di¤érence h g est alors dans G0 . Par
dé…nition d’un in…mum, il y a un " 2 G0 tel que i " < h g : l’un des itérés de "
tombe alors dans ]g; h[ (par exemple69 le g" + 1 -ième), c. q. f. d.

FIG 13
6 7 Micro-analyse : si G est de la forme cherchée, disons G = nZ, alors n est le plus petit élément
strictement positif de G (à moins que G soit nul). Fin de la micro-analyse.
6 8 La démonstration va bloquer quand on va essayer de diviser g par i : non pas que la division

euclidienne n’ait pas d’analogue dans R mais diviser par 0 reste impossible, ce qui nous forcer à
envisager le cas i = 0. Par ailleurs, dans le cas i > 0, il faudra montrer en outre que l’in…mum est
un minimum.
g
6 9 On a d’une part
"
+ 1 " > g" " = g, d’autre part g
"
+1 " g
"
+ 1 " = g + " < h.

30
Supposons i > 0. Montrons i 2 G puis G = iZ.
Supposons par l’absurde i 2 = G. Par dé…nition de i, il y a70 des g; h 2 G0 tels
que i < g < h < 2i : alors la di¤érence h g reste dans G0 (comme di¤érence positive
d’éléments de G) mais est < i (vu la comparaison h g < 2i g et l’équivalence 2i g <
i () g < i), ce qui est absurde.
De l’appartenance i 2 G on déduit par itération l’inclusion Zi G.
q2Z
Soit en…n g 2 G. E¤ectuons une division euclidienne g = qi + r où .
r 2 [0; i[
Le reste tombe alors dans R+ (puisque r 0) et dans G (puisque r = g qi
g; i 2 G
où ) mais hors de G (puisque r < inf G0 ), donc appartient à (R+ \ G) nG0 =
0
q2Z
f0g, d’où l’appartenance g = qi 2 Zi.

Dé…nition –Proposition (périodes)


Soit f : R ! C. Une période71 de f est un réel T tel que f (Id +T ) = f , i. e.
tel que
8t 2 R; f (t + T ) = f (t) .
Les périodes de f forment un sous-groupe de R:
Lorsqu’il est discret, la période de f est la plus petite période strictement positive.
Dans le cas dense, f est constante si on l’impose de plus continue.

Démonstration
Puisque f (Id +0) = f Id = f , le réel 0 est une période de f . On a par ailleurs
pour chaques périodes T et U de f les égalités
T est une
f (Id T ) = [f (Id +T )] (Id T ) = f [(Id +T ) (Id T )] = f et
p ério de de f | {z }
=(Id T )+T =Id
T est une U est une
f (Id + (T + U )) = f (Id +T ) (Id +U ) = f (Id +U ) = f.
p ériode de f p ériode de f

Imposons que f soit continue et ait un groupe de périodes dense. Soit a un réel,
soit " > 0, soit par continuité > 0 tel que jtj < =) jf (t) f (0)j < ", soit
par densité T 2 ]0; [ une période de f et soit z 2 Z tel que ja + zT j < . On a
alors jf (a + zT ) f (0)j < ", i. e. jf (a) f (0)j < ". Ceci tenant pour chaque " > 0,
ce dernier module est nul, d’où l’égalité f (a) = f (0) et la constance de f .

Exercice d’application
a. Soient a et b deux réels non nuls. Montrer que aZ + bZ est un sous-groupe et
qu’il est dense ssi ab est irrationnel.
b. Soient f et g deux fonctions R ! C continues périodiques. Notons a et b
leurs périodes respectives. Donner une CNS simple sur a et b pour que f + g
soit périodique.
7 0 Insérer d’abord un h entre i et 2i, puis un g entre i et h.
7 1 L’application f est dite périodique si elle admet une période non nulle.

31
————————————————————————————————————

a. La somme aZ + bZ contient le neutre 0 = a0 + b0 et on a déjà vu (cf.


calculs § 3.1) qu’elle était stable par addition et par opposition.
Supposons aZ+bZ discret, mettons = cZ pour un réel c. Alors a 2 aZ+bZ =
cZ, d’où (a étant par ailleurs non nul) un k 2 Z te` que a = ck ; on dispose de
même d’un ` 2 Z te` que b = c`. On en déduit ab = ck k
c` = ` 2 Q.
a k
Supposons b rationnel, mettons = ` avec k; ` 2 Z. On a alors les inclusions

kb b` b b
aZ + bZ = Z+ Z (kZ + `Z) Z,
` ` ` `
ce qui montre que aZ+bZ est inclus dans un sous-groupe discret, donc ne saurait
être dense, donc est discret.
Remarque –Il n’est pas toujours vrai que le composé de deux sous-groupes
reste un sous-groupe, cf. tome de première année pour une caractérisation.
b. Regardons les cas simples : si b est un multiple de a, il est clair que f + g
sera b-périodique. Plus généralement, dans le cas où ab 2 Q, mettons ab = pq
avec p; q 2 Z, alors le réel aq = bp est clairement une période de f + g. Montrons
que la condition ab 2 Q est nécessaire.
Supposons f + g périodique et notons c sa période. On a donc f (Id +c) +
g (Id +c) = f + g, ce qui se réécrit mieux en séparant f et g :

f (Id +c) f =g g (Id +c) ;

notons cette fonction commune. En regardant le membre de gauche, on voit


que est a-périodique et elle est également b-périodique d’après l’expression de
droite, ce qui montre que tout réel de aZ + bZ est période de . Or, supposant
par l’absurde ab 2
= Q, la partie aZ + bZ est dense dans R, donc la fonction
est "-périodique pour chaque " > 0 ; étant plus continue, est constante. Une
récurrence immédiate montre alors les égalités

8n 2 N; f (nc) = f (0) + n

et le caractère borné de f (continue périodique) force la nullité de . Revenant


à la dé…nition de , on voit que la période c est une période commune à f et g,
donc doit être dans aN \ bN ; mais ce dernier est vide puisque ab 2 = Q, d’où la
contradiction voulue.
————————————————————————————————————

3.5 Intersection, structures engendrées

Dorénavant, le mot « truc » désignera


au choix « groupe » ou « monoïde » .

32
Proposition (intersection de sous-trucs)
Soit une structure de type truc. Alors la classe de ses sous-trucs est stable par
intersection quelconque (non nécessairement …nie).

Démonstration
La même que pour une intersection de sous-espaces vectoriels. Le cas monoïdal va
découler du cas pour les groupes. Soient donc G un groupe, I un ensemble et (Gi )
une famille de sous-groupes de G indexée par I. Le neutre appartenant à chaque sous-
groupe, il appartient à chaque Gi , donc à leur intersection. Soient par ailleurs a; b dans
cette dernière. Soit i 2 I : puisque Gi contient a et b et est stable par composition et
inversion, le composé ab et l’inverse a 1 tombent dedans.

Remarque – Cette propriété est fausse si l’on remplace « intersection » par


« réunion » , par exemple pour les espaces vectoriels où réunir deux droites distinctes
n’a jamais donné de sous-espace vectoriel (pour les groupes, cf. exercice 2 § 3.4.3).

Comme pour les sous-espaces vectoriels, cette propriété permet de décrire de façon
externe le sous-truc engendré par une partie, en partant du grand truc (l’"extérieur"
de la partie) et en rétrécissant petit à petit.

Proposition –Dé…nition (sous-truc engendré : description externe)


Soit A une partie d’une structure de type truc. Le sous-truc engendré par A
est le plus petit72 sous-truc contenant A, à savoir73
\S sous-truc
hAi := A.
S A

On a d’une part les inclusion et égalité

A hAi = hhAii , avec égalité A = hAi ssi A est un sous-truc,

d’autre part pour chaque partie B l’implication

A B =) hAi hBi, avec équivalence si B est un sous-truc.

Démonstration74
La partie hAi ci-dessus fait déjà sens car l’intersection est non vide (le truc dont A
est une partie est un sous-truc contenant A) ; elle est un sous-truc d’après la pro-
position précédente ; puisque chaque intersecté contient A, leur intersection aussi.
Ainsi hAi est-il un sous-truc contenant A. Soit par ailleurs S un sous-truc contenant A :
il apparaît dans l’intersection ci-dessus, donc contient cette dernière. Finalement, hAi
est bien le plus petit sous-truc contenant A.
A étant la plus petite partie contenant A, il su¢ t qu’elle soit un sous-truc pour
valoir le plus petit sous-truc contenant A ; puisque hAi est un sous-truc, d’une part
7 2 plus petit au sens de l’inclusion
7 3 Les symboles h.i s’appellent des chevrons (en anglais : pointed brackets ).
7 4 Aviez-vous pensé à véri…er que les symboles écrits faisaient sens ?

33
on obtient l’égalité hhAii = hAi, d’autre part l’égalité A = hAi implique que A soit
un sous-truc.
Supposons A B. L’engendré hBi est un sous-truc, il contient B, a fortiori A,
donc est un sous-truc contenant A, donc contient hAi, c. q. f. d. Si de plus B est un
sous-truc, le conséquent hAi hBi devient hAi B, ce qui avec l’inclusion A hAi
implique A B.

Remarques
Demander si une partie donnée est un sous-truc cache une question plus …ne, à
savoir quel est le truc qu’elle engendre.
Le cas d’équivalence s’utilise en pratique sous la forme

chaque sous-truc en contient un autre


dès qu’il en contient une partie génératrice.

Comme pour les sous-espaces vectoriels, on a une description interne de l’engen-


dré : rajouter ce qu’il manque. Pour les monoïdes, on rajoutera les composés75 d’élé-
ments de A, pour les groupes on rajoutera en outre dans les composés les inverses
d’éléments de A.

Proposition (sous-truc engendré : description interne)


Soit A une partie d’un monoïde, resp. d’un groupe. On a alors l’égalité
( n ) 8 9
Y <Y n n2N =
n2N
hAi = ai ; , resp. hAi = a"i i ; a 2 An .
a 2 An : n ;
i=1 i=1 " 2 f 1g

Démonstration
Démontrons formellement (et uniquement à but technique) le cas monoïdal, qui
doit paraître immédiat au niveau du sens. Le cas des groupes est analogue (reste
seulement à tenir compte de l’inversion) et laissé à la lectrice.
Soit M un sous-monoïde contenant A. ÉtantQstable par composition, M contient
n
(par une récurrence immédiate) les composés i=1 ai pour n parcourant N (et a
n
décrivant A ) ; contenant le neutre, composé de la famille vide, M contient le com-
Q0
posé i=1 ai . Finalement, M contient tout hAi.
Il reste à montrer que hAi est un sous-monoïde contenant A. La famille vide
(prendre n = 0) a pour composé le neutre, ce qui montre 1 2 hAi. Pour chaque a 2 A,
la famille à un élément 1 7! a a pour composé a, ce qui montre que hAi contient
Qn A.
Soient en…n x; 2 hAi. Soient n; 2 N et (a; ) 2 An A tels que x = i=1 ai
Q [j1; n] • i 7! ai
et = i=1 i . Alors la famille de An+ a pour com-
]jn; n + ] • 7! n
Qn Qn+
posé i=1 ai =n+1 n = x , ce qui montre que hAi est stable par composition.

Exemples (sous-trucs engendrés) Lorsque la partie génératrice est décrite en


extension, on retirera volontiers les accolades.
7 5 Sans oublier le composé vide – le neutre !

34
1. Les monoïdes monogènes sont de la forme
1; m; m2 ; m3 ; ::: = fmn gn2N
hmi = .
f0; m; 2m; 3m; :::g = Nm (additif)
2. Les groupes monogènes sont de la forme
:::; g 2 ; g 1 ; 1; g; g 2 ; ::: = fg z gz2Z
hgi = .
f:::; 2g; g; 0; g; 2g; :::g = Zg (additif)
3. Chaque groupe G est réunion de ses sous-groupes monogènes :
[
G= hgi .
g2G

4. Dans un groupe abélien76 (additif), chaque partie …nie fg1 ; g2 ; :::; gn g engendre
un sous-groupe
hg1 ; g2 ; :::; gn i = Zg1 + Zg2 + + Zgn .
5. Dans le monoïde N, on a les égalités h1i = N, h0i = f0g, h2i = 2N, h15i = 15N
et h2; 5i = N nf1; 3g .
6. Dans le groupe Z, on a h2; 3i = 2Z + 3Z = Z et h15; 35i = 15Z + 35Z = 5Z.
7. Dans le groupe Q, on a 101n n2N = Z 10 1
(nombres décimaux) et d1 ; d 2 N =
Q.
8. Dans le groupe H8 , on a h 1i = U2 , hii = U4 et hi; ji = hj; ki = hi; ki =
hi; j; ki = H8 .
9. Soient a; b dans un espace vectoriel réel. En voyant ce dernier comme un monoïde
additif, resp. un groupe additif, resp. un espace vectoriel, on obtiendra ha; bi =
Na + Nb, resp. ha; bi = Za + Zb, resp. ha; bi = Ra + Rb.
10. Chaque groupe symétrique …ni est engendré resp. par ses transpositions, par
une transposition et un cycle de longueur maximale.
11. En dimension …nie, chaque groupe linéaire est engendré par ses transvections et
ses dilatations.
12. Les isométries planes sont engendrées par les ré‡exions77 au sens où
hré‡exionsi = hrotations, translations, ré‡exionsi = fisométriesg .
13. Levons une éventuelle peur : qu’engendre la partie vide ? Si la question n’a pas
déjà été tranchée pour les espaces vectoriels, observer ou bien dans la descrip-
tion externe que le plus petit sous-truc fneutreg contient ;, ou bien dans la
description interne que chaque élément de h;i est un composé vide, à savoir le
neutre. Par conséquent78 ,
la partie vide engendre la sous-structure neutre : h;i = fneutreg .

7 6 Sans commutativité, tout se complique très vite, même avec seulement deux générateurs (penser

simplement à deux ré‡exions planes).


7 7 Rappel : la composée de deux ré‡exions est une rotation (si les axes sont sécants) ou une trans-

lation (si les axes sont parallèles).


7 8 Cela est valable pour les structures de monoïdes, groupes et espaces vectoriels mais ne saurait

l’être pour celles possédant au moins deux éléments distingués, le sous-truc h;i devant contenir ces
derniers. À préciser donc pour les anneaux, corps et algèbres.

35
Z
Proposition (générateurs de n)
Z
Soient n 2 N et z 2 Z. Alors z engendre n ssi z et n sont étrangers.

Démonstration
Z
Le z-ième itéré de 1 valant z, le groupe n est engendré par 1. On en déduit les
équivalences
Z Z hzi est un
z engendre n () hzi contient n = 1 () hzi 3 1 () 9 2 Z; z=1
sous-group e
Bézout
() 9 2 Z; z = 1 () 9 2 Z; 9 2 Z; z + n = 1 () z et n sont étrangers.

Exercices d’application
1. Montrer que le groupe Z2 n’est pas monogène.
2. Montrer que le groupe Q ne peut être engendré par un nombre …ni d’éléments79 .
3. Soit n 3 un entier. Considérons un n-gone régulier dont on note O le centre.
L’étoile régulière à 2n branches obtenue en reliant O aux n sommets du n-gone
et aux n milieux de ses segments détermine n droites. Notons D le groupe (dit
diédral) d’ordre 2n formé des n ré‡exions par rapport à ces n axes et par les n
rotations de centre O et d’angles multiples de 2n . Soit s une telle ré‡exion et
notons r la rotation de centre O et d’angle 2n . Montrer que r et s engendrent D
————————————————————————————————————

1. Soit par l’absurde ab un générateur de Z2 . La "droite" Z ab contient alors


le vecteur orthogonal ab , d’où un relatif tel que ab = ab . On a alors les
égalités a2 + b2 = a ( b) + ( a) b = 0, d’où la nullité du générateur ab et celle
de la droite Z ab = Z2 : contradiction.
2. Soit F une partie …nie de rationnels : en notant d un dénominateur commun
aux éléments de F , le calcul fractionnaire montre que l’engendré hF i ne contient
que des fractions de dénominateur réduit au plus d, donc ne saurait valoir Q
tout entier.
3. Tout d’abord, la rotation r appartient bien à D et engendre les n rotations
de D. Nous pouvons donc nous concentrer sur les ré‡exions, lesquelles illustrent
bien le principe de conjugaison suivant80 :
conjuguer une ré‡exion d’axe par une isométrie ' donne la ré‡exion d’axe ' ( ) .
On en déduit que les n ré‡exions de D sont les n conjuguées de s par la rotation
d’angle n . En notant cette dernière (qui n’appartient pas à D !), on peut lister
D = ra ; a
s a
; a 2 [j0; n[ .
7 9 Une structure …niment engendrée est dite de type …ni. Par exemple, chaque espace vectoriel est

de type …ni ssi il est de dimension …nie.


8 0 En e¤et, la composée d’isométries reste une isométrie et l’égalité Fix 'f ' 1 = ' (Fix f ) valide

pour chaque application f montre par ailleurs que l’isométrie considérée …xe exactement une droite.

36
Pour nous débarrasser de , remarquons que l’isométrie s est négative et (le
voir sur un dessin) qu’elle …xe au moins l’axe de s, donc81 est la ré‡exion s, ce
qui s’écrit s 1 = s, d’où l’on tire par une récurrence immédiate s a = a s
pour chaque naturel a. Ainsi les n ré‡exions de D se réécrivent-elles a s a =
a
( a s) = ra s pour a décrivant [j0; n[, ce qui conclut à l’inclusion D hr; si.

FIG 9 : les 8 symétries du carré


( Z Z
2 g
n! D
Remarque. – On a obtenu une bijection e
a; b 7 ! ra sb
(bien dé…nie vu les ordres de r et de s, surjective par ce qui précède, injective
par l’égalité des cardinaux) qui n’est toutefois pas un isomorphisme (le groupe
source est abélien mais pas celui but), à moins que l’on "torde" convenablement
la loi du produit (ce qui nous mènerait vers le produit semi-direct – très hors
programme).
————————————————————————————————————

4 Morphismes

4.1 Motivation : isomorphie

Le groupe des rotations planes


8 sera ici noté Rot.i
< le complexe e , élément du groupe (U; ) ,
Pour chaque réel , notons e la rotation d’angle , élément du groupe (Rot; ) , .
: b
l’angle de mesure , élément du groupe R 2 ; + .
Au lieu de symboles coi¤ants, on gagnera à utiliser des couleurs. Il équivaut alors, pour
chaques réels ; ; , d’écrire
8 7 8 8 7
>
< = 3 < ? la loi du groupe (U; ) >
< = 3?
7 7
e=e 3 e . En notant , e
? la loi du groupe (Rot; ) , cela se réécrit ?e
e = e3 e .
>
: : R >
:
b = 3b 7 b b
? la loi du groupe 2 ;+ b = 3b b
? 7b

Ainsi, le calcul e¤ectué dans l’un de trois groupes (U; ), (Rot; ) ou R 2 ; +


peut être transporté immédiatement dans les autres : aux conventions d’écriture près
(concernant les itérés), les calculs e¤ectués dans ces groupes sont les mêmes (on a sim-
plement changé la couleur de l’ampoule éclairant nos énoncés). En corollaire, puisque
le langage des groupes ne comporte aucun symbole de relation, les énoncés prouvables
dans ces trois groupes sont les mêmes (à un changement de couleur près) : ils sont
indistinguables du point de vue de leur structure. On dira qu’ils ont même structure,
même forme, qu’ils sont isomorphes.
8 1 En notant la ré‡exion d’axe celui de s "rotationné" de , la rotation se décompose en s,
2n
d’où il sort s = ( s) s ( s) = s2 s = 2 s = s.

37
Nous aurons besoin d’une notion un peu plus souple que l’isomorphie. Comme
annoncé en introduction, un (homo)morphisme de trucs82 sera une applications entre
trucs qui respectera la structure considérée, c’est-à-dire d’une part les éléments dis-
tingués, d’autre part les opérations distinguées. Nous préciserons cette notion pour
chaque structure, le formalisme général étant un peu lourd à présenter.

Dans toute cette section,


le mot « truc » désignera au choix
« groupe » ou « monoïde » .

4.2 Homomorphismes, exemples

Dé…nition –Proposition (morphisme)


On appelle (homo)morphisme de groupes toute application ' : G ! H dont
les source et but sont des groupes telle que83

8g; 2 G; ' (g ) = ' (g) ' ( ) .

On appelle morphisme de monoïdes (hors programme) toute application ' :


M ! N dont les source et but sont des monoïdes telle que84

8m; 2 M; ' (m ) = ' (m) ' ( ) et ' (1) = 1 .

Soient G et H deux groupes, soit ' : G ! H. Alors ' est morphisme de groupes
ssi ' est un morphisme de monoïdes qui respecte l’inversion au sens où
1 1
8g 2 G; ' g = ' (g) .

Démonstration
Le sens (= est immédiat. Supposons donc que ' préserve la loi. Observer
que le neutre de H est son unique idempotent (comme dans chaque monoïde ré-
gulier) ; or l’image de l’idempotent 1 par le morphisme ' est idempotente, donc
neutre, i. e. ' (1) = 1. Soit par ailleurs g 2 G : les égalités gg 1 = 1 = g 1 g
"passant" au morphisme ', on voit que ' (g) et ' g 1 sont inverses l’un de l’autre,
1
d’où ' (g) = ' g 1 .

Notations (non-exigibles) : étant données deux structures S et T de même


type, on abrégera85
Hom(S; T ) et Iso(S; T ) l’ensemble des homo- (resp. iso-) morphismes de S vers T ;
End S := Hom(S; S) et Aut S := Iso(S; S) l’ensemble des endo- (resp. auto-)
morphismes de S.
8 2 Noter le pluriel : il y a un truc source et un truc but – même s’ils peuvent coïncider.
8 3 On dit aussi que ' respecte ou préserve la loi (même s’il y a deux lois, une au départ et une à
l’arrivée), conserve ou préserve les composés ou encore que ' est un morphisme de magmas.
8 4 Ne pas oublier le neutre ! On dit alors que ' préserve le neutre, l’unité, ou encore que ' est

unitaire.
8 5 On renvoie à l’introduction pour les dé…nitions de iso-, endo- et auto-morphismes.

38
Remarque – Un homomorphisme doit par étymologie préserver la structure.
Constatons : un morphisme de magmas préserve la loi, un morphisme de monoïdes
préserve de plus le neutre, un morphisme de groupes préserve en outre l’inversion.
Ainsi,

plus la structure s’enrichit, plus les morphismes sont contraints.

Exemples (morphismes de groupes)


exp
1. L’exponentielle C C est un morphisme de groupes (surjectif), tout comme
l’exponentiation z 7! bz de base n’importe quel réel b > 0 autre que 1.
ln
2. Les logarithmes lga = ln a sont des isomorphismes de R+ sur R lorsque a dé-
crit R+ nf1g .
R+ ! C
3. Mettre à la puissance un complexe c donné est un morphisme de groupes .
t 7 ! tc
4. Le déterminant est un morphisme (surjectif) de GLn (K) sur K pour chaque
corps K et chaque naturel n non nul (si n = 0, le groupe GLn (K) est trivial et
le déterminant aussi).
5. La signature est un morphisme (surjectif) de Sn sur U2 pour chaque naturel n
2 (pour n 1, le groupe Sn est trivial et la signature aussi).
6. Pour chaque naturel n, la projection canonique modulo n est un morphisme de
Z
Z n
groupes86 .
z 7! z + nZ
7. Dans un monoïde M , les conjugaisons m 7! imi 1 par un inversible i sont des
automorphismes de M , appelés automorphismes intérieurs. Ces derniers
M ! Aut M
induisent (exercice !) un morphismes de groupes .
i 7 ! m 7! imi 1
N ! M
8. Itérer un élément m dans un monoïde M fournit un morphisme
n 7 ! mn
d’image hmi. Lorsque cet élément est inversible, ce dernier morphisme se pro-
Z ! M
longe en un morphisme de groupes . Par exemple, les groupes cZ
z 7 ! mz
Z g ! cZ
sont isomorphes (à Z) lorsque c parcourt C via les correspondances87 .
z 7 ! cz
9. Soit G un groupe, soit S un sous-groupe de G. Est alors un morphisme de
S ,! G
groupes l’injection canonique88 .
s 7! s
8 6 C’est traduire (certes pompeusement) en termes de morphismes le fait que le calcul dans le

quotient se passe "comme dans le groupe quotienté".


8 7 On peut rencontrer plusieurs notations pour abréger "est isomorphe à" (aucune n’est exigible).

Les plus lâches sont ou ' (existence d’un isomorphisme sans précision aucune), on renforcera en =
lorsque l’isomorphisme est implicite (par exemple lorsqu’il est unique), mettre en…n un "tilde" sur
une ‡èche d’application (on fusionne les notations ! et ', ce qui donne g!) signi…e que l’application
dénotée par la ‡èche est un isomorphisme.
8 8 En anglais : inclusive mapping.

39
10. Soient G et H deux groupes. Sont alors des morphismes de groupes les deux
G ,! G H H ,! G H
injections89 canoniques et ainsi que
g 7! (g; 1) h 7! (1; h)
G H G G H H
les projections canoniques et . On gé-
(g; h) 7! g (g; h) 7! h
néraliserait sans peine au produit d’une famille quelconque de groupes (et de
monoïdes).

Exercice d’application
Pour chaque monoïde M, on note Mc := Hom (M; C ) (appelé le dual de M).
Soit M un monoïde. Montrer que
c est un sous-groupe de C M ;
a. M
c
c.
b. l’application m 7! eval est un morphisme de monoïdes M ! M
m
————————————————————————————————————

a. L’application partout égale à 1 est toujours un morphisme de monoïdes


vers C , donc M c contient le neutre de C M . Soient par ailleurs '; 2 M
c :
' c
montrons 2 M . On a 90

' ' (1) 1


' et sont
d’une part (1) = =
= 1, d’autre part à m; 2 M …xés
(1)
unitaires 1

' ' (m ) ' et sont des ' (m) ' ( ) ' (m) ' ( ) ' '
(m ) = = = = (m) ( ).
(m ) m orphism es (m) ( ) (m) ( )

c
c.
b. Notons e l’application prétendue être un morphisme et 1 le neutre de M
c
Soit ' 2 M . On a alors d’une part
' est
[e (1)] (') = eval ' = ' (1) = 1 = 1 (') , d’où e (1) = 1,
1 unitaire

d’autre part à m; 2 M …xés

[e (m )] (') = eval ' = ' (m ) = ' (m) ' ( ) = eval ' eval '
m m
= [e (m)] (') [e ( )] (') = [e (m) e ( )] (') , d’où l’égalité e (m ) = e (m) e ( ) .

————————————————————————————————————

8 9 La ‡èche ,!, fusion d’une ‡èche d’application ! et d’un symbole d’inclusion , signale une
injectivité. En e¤et, généralisant les injections canoniques, il est bon de penser une injection A ,! B
entre ensembles comme une inclusion A0 B où l’on a identi…é A à son image directe A0 par
l’injection (on dit parfois qu’on a plongé A dans B).
9 0 Voici une très rare occasion où l’on peut se payer le luxe de ne pas séparer les deux véri…ca-

tions ' 2 M c et ' 1 2 M c.

40
4.3 Création de morphismes

Propriétés (identité, composée et réciproque de morphismes)

1. L’identité est un (auto)morphisme de trucs91 .


2. La réciproque de chaque isomorphisme de trucs est un (iso)morphisme de trucs.
3. Lorsqu’elle fait sens, la composée de chaques morphismes de trucs reste un mor-
phisme de trucs.

Démonstration

1. Dans les magmas, on a à m; …xés les égalités Id (m ) = m = Id (m) Id ( ),


le caractère unitaire (i. e. le fait de préserver le neutre) découlant de ce que Id
…xe chaque élément –neutre compris.
f
2. Soit f : M ! N un isomorphisme. Supposant f morphisme de magmas,
m f 1 (n)
à n; 2 N …xés, noter := permet d’écrire
f 1( )

1 dé…nition 1 f est un 1 dé…nition 1 1


f (n ) = f ( f (m) f ( ) ) = f ( f (m ) ) = m = f (n) f ( ).
de m et m orphism e de m et

1
Supposant f unitaire, appliquer f à l’hypothèse f (1) = 1 fournit l’éga-
lité f 1 (1) = 1.
f g
3. Soient M ! N ! O deux morphismes. Supposant ces morphismes de
magmas, on a à m; 2 M …xés les égalités
dé…nition f est un g est un
[g f ] (m ) = g ( f (m ) ) = g ( f (m) f ( ) ) = g (f (m)) g (f ( ))
de m orphism e m orphism e
dé…nition
= [g f ] (m) [g f ] ( ) .
de

Supposant ces morphismes unitaires, on aura


dé…nition f est g est
[g f ] (1) = g (f (1)) = g (1) = 1.
de unitaire unitaire

Corollaire (monoïde des endomorphismes)


Soit S une structure de type truc. Alors End S est un monoïde d’inversibles Aut S :

(End S) = Aut S.

Démonstration
Les première et troisième propriétés ci-dessus montrent que End S est stable par
composition et contient le neutre IdS de S S , donc est un sous-monoïde de ce dernier.
Un inversible de End S étant en particulier un endomorphisme bijectif, i. e. un
automorphisme, on a l’inclusion (End S) Aut S. Réciproquement, la deuxième
9 1 Rappel : le mot « truc » désigne au choix « groupe » ou « monoïde » .

41
propriété ci-dessus montre que la réciproque d’un automorphisme est un morphisme,
donc reste dans End S, d’où l’inclusion réciproque.

Remarque – Classes d’isomorphie. On en déduit en particulier que la "re-


lation92 " « être isomorphe à » véri…e les axiomes d’une relation d’équivalence :
ses classes d’équivalence constituent précisément les objets d’étude de la théorie des
groupes – on ne veut pas distinguer deux groupes isomorphes. (La même remarque
tiendrait en remplaçant « groupe » par n’importe quelle autre structure.)
Par exemple, le groupe de symétries d’un segment est isomorphe à U2 , Z 2 ou S2
à travers les correspondances
Z
symétries du U2 2 S2
= = =
segment, + .
Id $ 1 $ 0 $ Id
ré‡exion $ 1 $ 1 $ (1 2)

Proposition (produit de morphismes)

1. Le produit de chaque famille93 de morphismes de trucs reste un morphisme de


trucs.
2. Chaque produit d’isomorphismes de trucs est un isomorphisme de trucs.

Démonstration
Soit ('i : Mi ! Ni ) une famille de morphismes de magmas. Notons-en ' l’appli-
cation produit.
Q
1. On a alors pour chaques familles m; 2 Mi les égalités
déf. de la déf.
' (m ) = ' ( (mi ) ( i ) ) = ' ( (mi i ) ) = ( 'i (mi i ) ) et
loi pro duit de '
déf. déf. de la chaque 'i est
' (m) ' ( ) = ('i (mi )) ('i ( i )) = ('i (mi ) 'i ( i )) = ('i (mi i )) .
de ' loi produit un m orphism e

Imposant les morphismes 'i unitaires, on a alors les égalités


chaque 'i
' 1Q M 1Q N .
neutre déf. neutre
= ' ( (1Mi ) ) = ( 'i (1Mi ) ) = (1Ni ) =
i produit de ' est unitiare pro duit i

1
2. Imposons de plus chaque 'i bijectif. Alors le produit des morphismes 'i
est clairement une réciproque de '.

On peut par exemple a¢ rmer pour chaque ensemble E que les groupes pro-
Z E
duits 2 ; + et UE 2; sont isomorphes via la puissance E-ième de l’iso-
morphisme Z 2 g !U2 ci-dessus.
Autre corollaire de ce deuxième point :
9 2 Laclasse-domaine de la "relation" d’isomorphie n’est pas forcément un ensemble (tout comme
pour les relations d’appartenance, d’inclusion, d’équipotence, de subpotence...), d’où les guillemets.
9 3 Rappel fi
: chaque famille d’applications Ai ! Bi induit une application "produit" dé…nie
Q Q
Ai ! Bi
par .
(ai ) 7 ! ( fi (ai ) )

42
la "relation" d’isomorphie est compatible avec la multiplication cartésienne.
Z
18 g
!U18
Par exemple, les deux isomorphismes R induisent un isomorphisme Z 18
2g !U
R
2 g
!U18 U, ce qui peut alléger certaines écritures.

Exercice d’application
P (E) P (E) P (E) UE
2
Soit E un ensemble. Parmi les monoïdes , , ,
[ \
Z E
2
et , lesquels sont isomorphes ? Expliciter le cas échéant des isomorphismes.
E
! Z 2
On rappelle au besoin l’équipotence P (E) g via les fonctions caractéris-
94
tiques .
————————————————————————————————————

Les deux premiers monoïdes sont isomorphes via la complémentation A 7! c A.


Les deux premiers et le dernier ne sont pas des groupes, contrairement aux troisième et
quatrième, ce qui divise déjà les classes d’isomorphie en deux "groupes". La bijection
rappelée est en…n un morphisme de vers \ mais également de + vers ; or le
E
groupe produit UE 2 ; est isomorphe à Z
2 ; + . On a …nalement deux classes
d’isomorphie :
c E
P (E) UE
2 P (E) A7! A P (E) Z
2
"le" groupe g
! et "le" monoïde g
! g
! .
[ \
————————————————————————————————————

4.4 Morphismes & images

Propriétés (image directe d’un sous-truc, image réciproque d’un sous-


truc)

1. L’image directe de chaque sous-truc (source) par un morphisme de trucs est un


sous-truc (but).
2. L’image réciproque de chaque sous-truc (but) par un morphisme de trucs est un
sous-truc (source).

Démonstration
Soit ' : M ! N un morphisme de magmas.
9 4 Rappelonsque la fonction caractéristique d’une partie A E est l’application A : E ! Z
2
1 si e 2 A E
dé…nie par e 7! (" " comme "charactéristique"). L’application : (E) g ! Z 2
0 si e 2
=A
est alors bijective de réciproque f 7! fe 2 E ; f (e) = 1g.

43
1. Soit S un sous-truc de M . La stabilité de ' (S) par la loi de N découle des
égalité et appartenance (à s; 2 S …xés)
' est un S est
' (s) ' ( ) = ' (s ) 2 ' (S) .
m orphism e stable

Si ' est de plus unitaire, puisque S contient 1, l’image ' (S) contiendra alors ' (1) =
1.
2. Soit S un sous-truc de N . Pour chaques m; 2 ' 1 (S), on a
' est un invocation S est 1
' (m ) = ' (m) ' ( ) 2 SS S, d’où m 2 ' (S) .
m orphism e de m et stable

1
Si ' est de plus unitaire, l’appartenance ' (1) = 1 2 S montre alors 1 2 ' (S).

Corollaire (image d’un truc engendré)


Soient ' un morphisme de trucs et A une partie source. On a alors
' (hAi) = h' (A)i .
Démonstration.
Le lecteur doit tout d’abord se convaincre du résultat en utilisant la description
Q
interne
Q d’un sous-groupe engendré et en écrivant des égalités comme ' ( a"i i ) =
"i
' (ai ) . Montrons le cas général sans description interne ni externe, de manière
purement ensembliste.
P f 1 (f (P ))
Rappel : chaque application f induit des inclusions95 pour
f f 1 (Q) Q
chaques parties P et Q incluses resp. dans la source et le but de f .
De l’inclusion A hAi, prendre les images directes par ' donne ' (A) ' (hAi),
puis prendre les engendrés donne h' (A)i h' (hAi)i ; or, hAi étant un sous-truc
source, son image ' (hAi) est un sous-truc but, donc vaut son engendré et l’inclusion
précédente se réécrit h' (A)i ' (hAi).
Notons B := ' (A). De l’inclusion hBi B, prendre les images réciproques par '
donne ' 1 (hBi) ' 1 (B) A, puis prendre les engendrés donne ' 1 (hBi)
hAi ; puisque hBi est un sous-truc but, son image réciproque ' 1 (hBi) est un sous-truc
source, donc vaut son engendré et l’inclusion précédente se réécrit hAi ' 1 (hBi).
Prendre les images directes donne alors ' (hAi) ' ' 1 (hBi) hBi.

Exercice d’application
1. Montrer que les translations à gauche de chaque groupe (resp. monoïde) consti-
tuent un groupe (resp. monoïde) isomorphe à ce dernier. En déduire un théo-
rème de Cayley96 :
chaque groupe est isomorphe à un sous-groupe d’un groupe symétrique.
9 5 Mméno : la source venant avant le but, la partie P vient avant celle Q, donc P est avant et Q
P ?
est après, ce qui s’écrit ; compléter ensuite chaque inclusion avec la même lettre (a…n de
? Q
faire sens !).
9 6 Ce théorème fut publié en 1854 dans l’article On the theory of groups, as depending on the

symbolic equation n = 1 de la revue Philosophical Magazine.

44
2. Montrer que le groupe Z est indécomposable, i. e. n’est jamais isomorphe à
un produit de deux groupes (sauf cas trivial à préciser).
3. Montrer que le groupe des symétries du carré n’est pas isomorphe au groupe des
quaternions.
————————————————————————————————————

1. Notons a la translation à gauche par a. Les égalités97 a b = ab (pour


chaque b) et l’égalité 1 = Id montrent que est un morphisme de monoïdes
d’image formée par les translations à gauche. Ce morphisme est injectif vu
les implications98 a = b =) a (1) = b (1) =) a = b, donc induit un
isomorphisme du monoïde M (resp. groupe G) source sur son image, laquelle
est un sous-monoïde de M M (resp. un sous-groupe de SG ).
f g G = G = G f g
2. On a pour chaque groupe G deux isomorphismes
( ; g) $ g $ (g; )
pour chaque objet : ainsi, les groupes triviaux sont neutres ( modulo isomor-
phie) pour la multiplication cartésienne.
'
Soient A et B deux groupes et soit un isomorphisme Z = A B. Nous
allons montrer que A ou B est trivial (l’autre facteur étant alors isomorphe à Z).
D’une part, le groupe A est isomorphe à A f1B g, donc (via l’isomorphisme ' 1 )
à ' 1 (A f1g), d’autre part l’image réciproque du sous-groupe A f1B g de A
B est un sous-groupe de Z, donc de la forme aZ pour un certain naturel a : il en
sort une isomorphie A ' aZ. Si a est nul, on a terminé (A est trivial), sinon A '
aZ est isomorphe à Z. De même, si B n’est pas trivial, il est isomorphe à Z, mais
alors Z ' A B ' Z Z n’est pas monogène, contredisant l’exercice 1 § 3.5.
On retiendra que chaque groupe décomposable est isomorphe au produit
de deux de ses sous-groupes stricts.
3. Notons D le groupe diédral considéré, soit s une ré‡exion de D et appe-
lons r la rotation d’angle 2 (de centre celui du carré), de sorte à avoir (cf. exer-
'
cice 3 § 3.5) l’égalité D = hr; si. Soit par l’absurde un isomorphisme D = H8 .
On a alors les égalités H8 = ' (D) = ' (hr; si) = h' (r) ; ' (s)i. Puisque s
est idempotent, son image ' (s) est un idempotent de H8 , donc vaut 1, de
sorte que H8 est engendré par 1 et par un autre élément q := ' (r). Le carré
de ce dernier valant 1 ou 1, l’engendré H8 = h 1; qi sera toujours inclus
dans h 1; 1; q; qi = f 1; 1; q; qg, forçant en prenant les cardinaux l’absurde
comparaison jH8 j 4.
————————————————————————————————————

4.5 Morphismes & noyaux

Dé…nition (noyau d’un morphisme)


9 7 cf. proposition § 2.4
9 8 Entre groupes, on remplacera b par 1 pour montrer l’injectivité (cf. § 4.5).

45
On appelle noyau d’un morphisme de trucs l’image réciproque du singleton neutre.
Si ' : G ! H dénote un tel morphisme, son noyau est noté99

Ker ' := fg 2 G ; ' (g) = 1g .

Propriétés (noyau, image, injectivité)


1. Le noyau et l’image d’un morphisme de trucs sont des sous-trucs (resp. source
et but).
2. Un morphisme de groupes est injectif ssi son noyau est trivial100 .

Démonstration

Ker ' = ' 1 (f1g)


1. Vu les égalités , il su¢ t d’appliquer la propriété pré-
Im ' = ' (M )
cédente aux sous-trucs resp. neutre et plein.
2. Supposons ' injectif. On a alors à m 2 M …xé les implications
déf. du ' est ' est
m 2 Ker ' =) ' (m) = 1 =) ' (m) = ' (1) =) m = 1,
noyau unitaire injectif

d’où l’inclusion Ker ' f1g, la réciproque venant de l’unitarité de '.


Supposons Ker ' = f1g et soient m; 2 M . On a alors les implications101
N est un 1 ' est un 1 1
' (m) = ' ( ) =) '( ) ' (m) = 1 =) ' m = 1 =) m 2 Ker '
group e m orphism e
1
=) m = 1 =) m = , d’où l’injectivité de '.

Remarques
Image et surjectivité. On énonce souvent la propriété « un morphisme de
groupes est surjectif ssi son image vaut tout le groupe but » en vis-à-vis de la propriété
sur l’injectivité et le noyau. Nous ne l’avons pas fait car cette propriété est purement
ensembliste et ne concerne donc absolument pas les structures.
Noyau et injectivité. Le point 2 s’agit en tout et pour tout d’un raccourci
de calcul dans les groupes. Ne pas y recourir dénote toutefois –outre une inclination
pour le labeur inutile –une mécompréhension majeure, à savoir l’oubli qu’

à translation près, on peut toujours dans un groupe se ramener au neutre.

Exemples (noyaux de morphismes)


1. Le noyau de l’exponentielle C C vaut Ker exp = 2 iZ.
9 9 ker abrège l’allemand Kern ou l’anglais kernel –rien à voir avec le terme breton signi…ant "ville"

ou "chez soi".
1 0 0 On retrouve ainsi la proposition classique entre applications linéaires, ces dernières étant en

particulier des morphismes de groupes additifs.


1 0 1 Notre démonstration du sens (= nécessite l’inversibilité : étant donné un idempotent i 6= 1 dans

un monoïde, l’itération de i a pour noyau f1g mais n’est pas injective. Le point (2) est donc faux
pour les monoïdes.

46
2. Les noyaux des logarithmes R+ ! R sont triviaux : 8a 2 R+ nf1g ; Ker lga =
f1g.
3. Soient A un anneau et n un naturel : le noyau Ker det est le groupe spécial
linéaire SLn (A).
4. Soit E un espace euclidien. Restreint au groupe O (E) des isométries de E, le
déterminant a pour noyau le groupe spécial orthogonal SO (E) = Ker detjO(E)
des déplacements (isométries préservant l’orientation).
5. Soit n un naturel. Dans Sn , le noyau de la signature est le groupe alterné : Ker " =
An .
6. Pour chaque naturel n, le noyau de la projection canonique modulo n est formé
des multiples de n :
Z ! Z n
Ker = nZ.
z 7 ! z
7. Le noyau de l’injection canonique d’un sous-groupe dans un groupe est trivial.
G ,! G H
8. Soient G et H deux groupes. Les noyaux des deux injections canoniques
H ,! G H
sont alors triviaux.
G H G
9. Soient G et H deux groupes. Les noyaux des deux projections canoniques
G H H
f1g H
valent alors respectivement .
G f1g

Proposition (quotienter un morphisme de source Z) (hors programme)


Soit ' : Z ! G un morphisme de groupes. Soit n 2 N un générateur de Ker '.
Z
n ,! G
Est alors un morphisme injectif de groupes102 l’application .
z 7! ' (z)
Démonstration
Avant toute chose, le noyau de ' est un sous-groupe de Z, donc est monogène, ce
qui légitime l’invocation d’un naturel n comme dans l’énoncé.
Z
,! G
Comme chaque application, ' induit103 une injection :=
z 7! ' (z)
où dénote la relation d’équivalence "avoir même image par '". Or les équivalences
(à a; b 2 Z …xés)
com m e au
a b () ' (a) = ' (b) () a b 2 Ker ' () a = b [n]
p oint (2)

montrent que la relation est l’égalité modulo n. En…n, est un morphisme de


groupes au vu des égalités à a; b 2 Z …xés
' est un
a+b = a + b = ' (a + b) = ' (a) ' (b) = (a) (b) .
m orphism e

Z g! Im '
1 0 2 Le n
morphisme ' induit donc un isomorphismes de groupes .
z 7 ! ' (z)
1 0 3 L’image directe par ' d’une classe z étant le singleton f' (z)g, dont l’union vaut ' (z), on

dé…nira explicitement en envoyant une classe sur l’union de son image directe, i. e. par C 7! [' (C),
puis on en déduira la propriété (z) = ' (z).

47
Remarque – Quotients (très hors programme). Le groupe source ne joue
en fait aucun rôle : chaque morphisme de groupe ' : G ! H induit un isomor-
G
Ker ' g! Im '
phisme où, en abrégeant K := Ker ', le groupe source G K
g 7 ! ' (g)
est constitué des classes g := gK = Kg dites modulo K. Ces généralités ne sont plus
dans l’esprit des concours104 mais nous les utiliserons dans le cas particulier démontré
a…n d’alléger plusieurs démonstrations.

Corollaire (vers le lemme chinois)


Soient a et b deux naturels étrangers. Est alors un isomorphisme de groupes l’ap-
plication105
Z
ab g! Z a Z
b
.
z 7 ! z ; zb)
(e
Démonstration
Z ! Z a Z
b
L’application (inspirée du produit des projections ca-
z 7 ! z ; zb)
(e
noniques modulo a et b resp.) est un morphisme de noyau abZ vu à z 2 Z …xé les
équivalences
ze e
0 a j z Gauss
= b () () ab j z,
zb 0 bjz
donc induit un isomorphisme comme désiré.

Exercices d’application
M ! Aut M
1. Soit M un monoïde. Déterminer le noyau de .
i 7 ! m 7! imi 1
2. Soit c 2 C. Donner une CNS simple décrivant l’injectivité de l’élévation à la
puissance c.
Remarque
1. Notons le morphisme ci-dessus et Z le centre de M . On a alors à i 2 M
…xé les équivalences
1 1
i 2 Ker () m 7! imi = Id () 8m 2 M; imi =m
M
() 8m 2 M; im = mi () i 2 Z, d’où Ker = Z \ M .
1 0 4 Si A dénote une partie non vide d’un groupe G, les classes modulo A forment alors un groupe
pour la loi "parties" où 11 = 1 ssi A est un sous-groupe de G tel que 8g 2 G; gAg 1 = A (un tel
sous-groupe est dit distingué). L’application g 7! g est alors un morphisme de groupes.
1 0 5 Il est entendu que les barres, tildes et circon‡exes dénotent les classes modulo les entiers corres-

pondants.

48
a Re c R+ ! C
2. Notons := et appelons " le morphisme considéré .
b Im c t 7 ! tc = ta tib ln t
Si a est non nul, on a alors pour chaque réel t > 0 les implications

t 2 Ker " =) j" (t)j = 1 =) ta = 1 =) t = 1, d’où Ker " = f1g .

Supposons a = 0. Si b est nul aussi, alors c est nul et " est trivial : Ker " =
R+ . Sinon, on a pour chaque réel t > 0 les équivalences

2
t 2 Ker " () " (t) = 1 () tib ln t = 1 () b ln t 2 2 Z () t 2 exp Z ,
b
2 Z
d’où Ker " = exp Im c . Dans les deux cas, le noyau n’est pas trivial.
Finalement, le morphisme " est injectif ssi c n’est pas un imaginaire pur.
————————————————————————————————————

4.6 Morphismes et générateurs (hors programme)

Comme dans les espaces vectoriels, un morphisme est entièrement déterminé sur
une partie génératrice. Voyons la puissance de cette a¢ rmation.

Endomorphismes de Q
Soit ' 2 End Q. Puisque le groupe Q est engendré par les inverses des naturels non
nuls, il su¢ t de déterminer les images de ces inverses. Soit donc n 2 N et notons g :=
1 '(1)
n . Les égalités n' (g) = ' (ng) = ' (1) donnent ' (g) = n = ' (1) g, ce qui montre
que ' coïncide avec l’homothétie de rapport ' (1) sur une partie génératrice de Q,
donc vaut cette homothétie sur tout Q.
Réciproquement, les homothéties (de rapport rationnel) sont clairement des endo-
morphismes du groupe additif Q (et même des automorphismes si le rapport est non
nul).

Dual des groupes symétriques


Soit n un naturel. Déterminons les morphismes de Sn vers C .
Soit " un tel morphisme, imposé non trivial. Le groupe symétrique étant engendré
par les transpositions, il su¢ t de déterminer les images par " des transpositions.
Admettant que ces dernières soient conjuguées, le groupe but étant abélien, ces images
sont identiques au vu des égalités (à et ' permutations …xées)

1 1 C est 1
" ' ' = " (') " ( ) " (') = " (') " (') "( ) = "( ).
ab élien

Une transposition étant par ailleurs involutive, cette image commune est un involutif
de C , à savoir 1, le cas +1 étant à rejeter car conduisant à l’absurde trivialité de ".
Réciproquement, la signature est bien un morphisme valant 1 sur les transpositions.

49
Montrons le fait admis : pour chaque longueur ` 2 [j1; n], les `-cycles sont conju-
a1 ; a2 ; :::a`
gués. Soient deux suites de ` entiers distincts dans [j1; n]. Les par-
b1 ; b2 ; :::; b`
[j1; n] nfa1 ; a2 ; :::; a` g
ties ayant même cardinal n `, on peut invoquer une ap-
[j1; n] nfb1 ; b2 ; :::; b` g
plication les bijectant puis prolonger cette dernière en dé…nissant ai 7! bi pour
chaque i 2 [j1; `]. Le prolongement ' obtenu injecte alors [j1; n] dans lui-même (dis-
cuter selon que l’argument est un ai ou non), donc est une permutation de Sn et l’on
peut conclure aux égalités106
1
' (a1 a2 ::: a` ) ' = (' (a1 ) ' (a2 ) ::: ' (a` )) = (b1 b2 ::: b` ) .

Utiliser des générateurs du groupe linéaire


Soit n un naturel. Décrivons les morphismes de GLn (C) vers un groupe …ni.
Soit un tel morphisme et notons g l’ordre du groupe but. Le groupe linéaire étant
engendré par les transvections et les dilatations, on s’intéresse aux images de ces
dernières. Le groupe but étant d’ordre g, l’image du g-ième itéré de n’importe qui à
la source sera neutre (par le "petit" théorème de Lagrange). Vu les égalités In +
g
Ei;j = In + g Ei;j pour chaque scalaire et pour chaques indices i 6= j, chaque
transvection est envoyée sur le neutre. De même, chaque complexe admettant une
racine g-ième, chaque dilatation est une puissance g-ième, donc est également envoyée
sur le neutre. Finalement, notre morphisme est trivial.

Le principe ci-dessus est particulièrement e¢ cace lorsque l’on dispose d’une partie
génératrice simple, par exemple …nie, voire réduite à un seul élément –cas des struc-
tures monogènes. L’exercice qui suit permet de déterminer les endomorphismes des
groupes monogènes, à l’instar de Z et des Un cycliques.

Exercice d’application
Soient n un naturel et G un groupe abélien. Montrer que :
Z
Z
a. les morphismes de n vers G forment un sous-groupe de G n
;
n
b. la partie Gn := fg 2 G ; g = 1g est un sous-groupe de G ;
c. ces deux sous-groupes sont isomorphes.
En déduire End Z n et End Z.
————————————————————————————————————

a. Nous l’avons déjà fait dans l’exercice § 4.2 (dual d’un monoïde), la seule
hypothèse que nous eussions utilisée étant que le groupe but C était abélien.
b. G étant abélien, l’élévation à la puissance n est un endomorphisme de G. Son
noyau Gn en est donc un sous-groupe.
1 0 6 On a utilisé l’identité ' (a b c ::: z) ' 1 = (' (a) ' (b) ' (c) ::: ' (z)) valide dans chaque en-

semble E pour chaque permutation ' 2 E et pour chaques éléments distincts a; b; c; :::; z 2 E.

50
c. Le groupe Z n étant engendré par 1, un morphisme de source Z n est
entièrement déterminé par l’image de ce générateur. Or ce dernier devient le
neutre (de Z n ) après n itérations, donc son image devient le neutre (de G)
après n itérations, i. e. appartient à Gn .
Z ! G
Réciproquement, étant donné un g 2 Gn , le morphisme a
z 7 ! gz
Z
n ! G
un noyau contenant nZ, donc induit un morphisme .
z 7 ! gz
Il est alors aisé de montrer que la correspondance sus-établie est bijective
et est un morphisme de groupes :
8
< Hom Z n ; G = Gn
' 7 ! ' 1 .
:
z 7! g z j g

Lorsque G = Z n , on a alors Gn = G et l’isomorphisme ci-dessus se


Z
n = End Z n
réécrit , ce qui montre (comme pour Q) que les en-
g 7! z 7! zg = gz
Z
domorphismes de n sont ses homothéties. (Pour n = 0, on retrouve le cas
de Z.)
————————————————————————————————————

4.7 Groupes monogènes

1; a; a2 ; a3 :::
Regardons la suite des itérés d’un élément a d’un monoïde : . Se
0; a; 2a; 3a:::
107
poursuit-elle indé…niment ? S’arrête-elle ? Boucle-t-elle et, si oui, où ? Le cas des
idempotents et des nilpotents (par exemples dans les monoïdes matriciels) montre
qu’elle peut stationner à partir de n’importe quel rang. Dans les groupes, ce ne sera
pas possible.

On invoque pour toute cette section un groupe G et un élément g 2 G.

4.7.1 Ordres : dé…nitions & exemples

Dé…nition (ordre d’un élément dans un groupe)


Si l’un des itérés de g vaut le neutre, on appelle ordre de g le plus petit na-
turel108 n > 0 tel que g n = 1 (en additif : ng = 0). Sinon, 1 est appelé l’ordre
de g.
1 0 7 On parle bien sûr de la suite des termes, pas de celle des indices (qui est celle des natu-

rels 0; 1; 2; 3:::).
1 0 8 Bien observer la comparaison stricte n > 0 : la dé…nition forcerait sinon la nullité de chaque

ordre ! Un ordre est donc toujours supérieur à 1.

51
Notation : dans ce cours, l’ordre d’un élément a sera noté

1 si 8n 2 N ; an 6= 1
! (a) := = inf fn 2 N ; an = 1g .
min fn 2 N ; an = 1g sinon N

L’écriture en termes d’in…mum109 est inutile pour le calcul e¤ectif mais pourra rac-
courcir certaines démonstrations.

Exemples (ordres)
1. Le neutre est l’unique élément d’ordre 1. Les idempotents sont les éléments
d’ordre au plus 2. Les éléments d’ordre 2 sont donc les idempotents autres que
le neutre110 .
2. Dans C, chaque élément non nul est d’ordre in…ni. Dans R , chaque réel autre
que 1 est d’ordre in…ni. Dans C , les ordres Srespectifs de 1; j; i sont 2; 3; 4
et les élément d’ordre …ni forment la réunion k2N Uk . Dans H8 , les quater-
nions i; j; k sont chacun d’ordre 4.
3. Soit n 1 un naturel. Dans Z n , la classe 1 est d’ordre n. Dans U, l’ordre
2 i
de e n vaut n. Dans Sn , l’ordre d’un cycle vaut sa longueur.
4. Chaque translation est d’ordre in…ni (sauf si son vecteur est nul). Chaque ré-
‡exion est d’ordre 2. Une homothétie est d’ordre ou bien 1 (identité), ou bien 2
(symétrie centrale), ou bien in…ni.
5. Une rotation plane est d’ordre …ni ssi son angle est multiple rationnel de . Dans
ce cas, soient k et n deux relatifs étrangers tels que l’angle vaille 2kn : l’ordre
vaut alors jnj.
!(g)
6. Pour chaque diviseur d j ! (g), l’élément g d est d’ordre d.
!(g)
7. Plus généralement, soit z 2 Z et montrons ! (g z ) = !(g)^z .
Abrégeons ! :=
! = !0
! (g), := ! ^ z et soient ! 0 ; z 0 2 Z étrangers tels que . On a alors
z = z0
pour chaque naturel n > 0 les équivalences
n Gauss
(g z ) = 1 () g zn = 1 () ! j zn () ! 0 j nz 0 () ! 0 j n,

ce qui montre (! 0 étant non nul, sinon ! = ! 0 = 0) que le plus petit tel n vaut
!0 .

Propriétés (ordre d’un inverse, invariant d’isomorphie)

1. L’ordre de chaque élément est le même que celui de son inverse.


2. L’ordre est préservé par isomorphisme.

Démonstration
1 0 9 Rappel
: l’in…mum de la partie vide est le maximum de l’ensemble ordonné sous-jacent.
1 1 0 Plus
généralement, on distinguera bien soigneusement pour chaque naturel n les propriétés « être
d’ordre n » et « avoir le neutre pour n-ième itéré » .

52
1
1. On a pour chaque n 2 N les équivalences g n = 1 () (g n ) = 1 1 ()
1 n n
g = 1, d’où l’égalité des parties fn 2 N ; g n = 1g et n 2 N ; g 1 = 1 ,
a fortiori celle de leurs in…ma dans N.
2. Soit a 7! a un isomorphisme. On a alors pour chaque n 2 N l’équiva-
lence g n = 1 () gn = 1, ce qui montre l’égalité des parties fn 2 N ; g n = 1g
et fn 2 N ; gn = 1g, a fortiori celle de leurs in…ma dans N.

Application (Un2 6' U2n )


Soit n un naturel et demandons : les groupes Un2 et U2n sont-ils isomorphes ?
L’égalité des cardinaux ne doit pas nous induire en erreur. Remarquons plutôt
que chaque élément de U2n devient le neutre après n itérations, donc est d’ordre au
?
plus111 n. Or le groupe Un2 contient un élément d’ordre n2 . Une isomorphie Un2 ' U2n
forcerait donc la comparaison n2 n, i. e. l’appartenance n 2 f0; 1g.
Dans le cas n = 1, on obtient deux groupes triviaux –qui sont donc isomorphes.
Dans le cas n = 0, on demande si C est isomorphe à son carré : or C contient
un seul élément d’ordre 2 (le complexe 1) tandis que son carré en contient trois (les
couples ( 1; 1) privés du neutre), ce qui répond à la question par la négative.

Exercice d’application
Montrer que les groupes U8 , U4 U2 , U32 , H8 et D8 (symétries du carré) forment
autant de classes d’isomorphie.
————————————————————————————————————

Solution méthodique (méticuleuse). Tous ces groupes étant d’ordre 8, on ne


peut pas grossièrement éliminer des isomorphies à l’aide de di¤érences cardinales.
Comparons plutôt la liste des ordres de leurs éléments, comptés avec multiplicités.
Procédons avec méthode : 3
a 1 1 i e i4 ;e i 4
U8 : ,
! (a) 1 2 4j4 8j8j8j8
1 1 1 i
a sauf
U 4 U2 : 1 1 1 1 ,
! (a) 1 2j2j2 4j4j4j4
a (1; 1; 1) les autres
U32 : ,
! (a) 1 2j2j2j2j2j2j2
a 1 1 i j k
H8 : ,
! (a) 1 2 4j4 4j4 4j4
symétrie rotations
a Id ré‡exions
D8 : centrale d’angle 2 .
! (a) 1 2 2j2j2j2 4j4
1 1 1 À ne pas confondre : « être d’ordre n » , « être d’ordre au plus n » , « être d’ordre divisant n »

et « devenir le neutre après n itérations » (cf. toutefois théorème suivant pour l’équivalence des deux
derniers).

53
On obtient ainsi les listes d’ordres suivants (l’exposant marque la multiplicité) :

U8 U 4 U2 U32 H8 D8
.
1 2 42 84 1 23 44 1 27 1 2 46 1 25 42

Ces listes étant distinctes et l’ordre d’un élément étant préservé par isomorphisme,
on a terminé.
Solution débrouillarde (expéditive). Les produits de U? sont abéliens (contrai-
rement à H8 et D8 ), le groupe U8 contient un élément d’ordre 8 (et pas les autres),
tous les éléments de U32 sont involutifs (le seul groupe dans ce cas), en…n D8 est engen-
dré par deux éléments d’ordres respectifs 2 et 4 (cf. exercice 3 § 3.5), ce qui impossible
pour H8 (cf. exercice 3 § 4.4).
Remarque – On vient de décrire (à isomorphisme près, il s’entend – et sans
preuve) les cinq groupes d’ordre 8.
————————————————————————————————————

4.7.2 Ordres & arithmétique

Théorème (ordre et divisibilité)


On a pour chaque relatif z les équivalences

g z = 1 () ! (g) j z.

Démonstration
Quand g est d’ordre in…ni, l’équivalence souhaitée est une tautologie de la forme
"faux"()"faux". Supposons donc g d’ordre …ni. Itérer g fournit un morphisme sur-
Z hgi
jectif i := dont le noyau est un sous-groupe de Z, donc vaut !Z pour
z 7! g z
un certain naturel ! > 0 (le noyau est non nul puisqu’il contient ! (g) 1). On a
pour chaque relatif z les équivalences

g z = 1 () z 2 Ker i () z 2 !Z () ! j z.

Il su¢ t pour conclure de montrer ! = ! (g). Vu l’égalité g !(g) = 1, on déduit des


équivalences ci-dessus la divisibilité ! j ! (g), d’où la comparaison ! ! (g), l’éga-
lité voulue tombant alors en vertu de la minimalité de ! (g) et de l’égalité g ! = 1
(dé…nition du noyau de i).

Théorème –Dé…nition (groupes cycliques)


Chaque groupe monogène est :
1. ou bien cyclique ( i. e. isomorphe à Un pour un certain n 2 N ) ;
2. ou bien isomorphe à Z.

54
Explicitement, le caractère générateur de g induirait un isomorphisme112
Z
!(g) g! hgi
.
z 7 ! gz

Démonstration
Imposons G monogène engendré par g. Reprenons le morphisme d’itération de g.
Si les itérés de g sont deux à deux distincts (i. e. si g est d’ordre in…ni), alors ce
morphisme (surjectif) est injectif, donc est un isomorphisme Zg ! hgi. Sinon, il induit
en quotientant par son noyau ! (g) Z l’isomorphisme annoncé.

Remarque –En corollaire immédiat :

chaque groupe monogène est abélien.

Corollaire (ordre et ordre)


Dans chaque groupe, l’ordre de chaque élément vaut l’ordre du sous-groupe qu’il
engendre :
! (g) = Card hgi .
Démonstration
L’isomorphisme précédent fournit une bijection hgi g
!U!(g) , d’où les égalités Card hgi =
Card U!(g) = ! (g).

Corollaire ("petit" théorème de Lagrange)


Lorsque G est …ni, on a g jGj = 1 (en additif : jGj g = 0). En d’autres termes,

l’ordre de chaque élément divise l’ordre du groupe.

Démonstration
Appliquer le théorème de Lagrange (cf. …n de § 3.4.3) au sous-groupe hgi donne Card hgi j
Card G, i. e. ! (g) j Card G, ou encore g Card G = 1. (Le cas abélien a été traité § 2.4).

Corollaire (groupes d’ordre premier)


Chaque groupe d’ordre premier est cyclique.

Démonstration
Soit p un premier, soit G un groupe d’ordre p. Puisque p 2, on peut invoquer
un élément g dans G nf1g , qui n’est alors pas d’ordre 1. Or cet ordre divise jGj = p,
donc vaut p. L’inclusion hgi G devient alors une égalité vu les cardinaux.

Le théorème suivant permet d’élucider la structure d’un produit de groupes cy-


cliques d’ordres étrangers.
1 1 2 Observer pour la cohérence l’isomorphie Z
0 = Z (explicitement, un relatif z est en correspon-
dance avec sa classe-singleton z = fzg).

55
Théorème (lemme chinois)
Soient a et b deux naturels étrangers. Est alors un isomorphisme de groupes
8 Z Z Z
>
< ab = a b
z 7 ! z ; zb)
(e
> e
: (b ) k + (a ) ` j k; b̀

où sont deux relatifs (donnés par Bézout) tels que a + b = 1.

Démonstration
Notons C (comme "chinois") l’isomorphisme z 7! (e z ; zb) établi § 4.5 et D l’applica-
tion prétendue réciproque dans l’énoncé. Pour prouver les réciprocités relatives de C
et D, on véri…e d’une part pour chaque relatif z les égalités
C D
z ; zb) 7! b z + a z = (a + b ) z = 1z = z,
z 7! (e

d’autre part pour chaques relatifs k; ` les égalités

e
k D k ( k)^ a + ( `) a e
k
C
b̀ !
7 (b ) k + (a ) ` 7!
|{z} |{z} \
( k) b + ` ( `) b
= b̀ .
=1 a =1 b

Remarque –Le théorème est ainsi nommé car il permet de résoudre des conjonc-
tions d’égalités modulaires (également appelées systèmes de congruences arithmé-
tiques), à l’instar (si l’on cherche par exemple les vendredi treize sur une planète dont
x = 5 mod 7
les mois feraient trente jours) de d’inconnue x, dont on trouve des
x = 13 mod 30
113
traces dans des manuscrits chinois –évidemment dans un langage non moderne.

Exemple : dans la remarque précédente, il s’agit de trouver un antécédent de e


5; c
13 .
Vu l’identité de Bézout 13 7 + ( 3) 30 = 1, un antécédent (modulo 7 30 = 210)
sera
sanity 5 (+14 7)
30 ( 3) 5 + 7 (13) 13 = 450 + 1183 = 733 = 103 = .
check 13 (+3 30)

Exercices d’application
1. Déterminer les sous-groupes …nis de C . En déduire qu’est cyclique chaque sous-
groupe de chaque groupe cyclique.
1 1 3 Un tel problème apparaît dans le Classique mathématique de Maître Sun écrit entre les IIIe et V e

siècles. Une exposition méthodique de résolution devra attendre le XIIIe siècle avec la publication
en 1247 des Neuf chapitres d’écrits sur le calcul de Qin Jiushao.

56
2. Montrer que l’ordre du produit de deux éléments commutant et d’ordres étrangers
vaut le produit de ces ordres.
————————————————————————————————————

1. Soit S un tel sous-groupe, notons n := jSj. Le petit Lagrange nous dit alors
que chaque élément de S devient le neutre après n itérations, d’où l’inclusion S
Un qui est une égalité vu les cardinaux. Réciproquement, on sait que les Ua
pour a parcourant N sont des sous-groupes …nis de C .
Soit C un groupe cyclique, soit S un sous-groupe de C. Soit ' un isomor-
phisme C ' Uc où c := jCj. Alors ' (S) est un sous-groupe …ni de ' (C) = Uc ,
donc de C , donc vaut Us avec s := j' (S)j = jSj, d’où la cyclicité de S (iso-
morphe à Us via ').
2. Soient a et b qui commutent et d’ordres respectifs et étrangers. No-
tons ! l’ordre de ab. Puisque a et b commutent, on peut développer la puis-
sance (ab) = (a ) b = 1 1 = 1, d’où la divisibilité ! j . Élever par
! !
ailleurs l’égalité 1 = (ab) à la puissance donne 1 = a! b = a! , d’où la
divisibilité j ! ; l’hypothèse d’extranétité et le théorème de Gauss donnent
alors j !. On montrerait de même j !, d’où (toujours par extranéité) la
divisibilité j ! et la conclusion ! = .
Remarque – Sans les deux hypothèses, on se convaincra en composant
deux ré‡exions d’axes sécants que l’ordre d’un produit peut prendre n’importe
quelle valeur, …nie comme in…nie.
————————————————————————————————————

57
5 Le point des compétences

Formulaire
1. Généralités
Un groupe est un quadruplet (G; ; "; i) où :
1. est une application G2 ! G (sa loi ) telle que 8a; b; c 2 G; a (b c) =
(a b) c ;
g "=g
2. " est un élément de G (son neutre) tel que 8g 2 G; ;
" g=g
g i (g) = "
3. i est une application G ! G (son inversion) telle que 8g 2 G; .
i (g) g = "
Un groupe est abélien (ou commutatif ) si deux quelconques de ses éléments
commutent :
déf.
G abélien () 8a; b 2 G; ab = ba.
L’ordre d’un groupe est son cardinal.

Exemples : Z, Q, R, C (additifs), Q , R , C , U et les Un (multiplicatifs), les


groupes symétriques Sn (pour la composition), les groupes de symétries de …gures
géométriques, les groupes triviaux (singletons).

2. Création de groupes
Groupe produit : chaque produit cartésien de groupes est un groupe pour la
loi "coordonnée par coordonnée"
0 10 1 0 1
g1 h1 g1 h1
B g2 C B h2 C B g2 h2 C
B CB C B C
B .. C B .. C = B .. C et (gi )i2I (hi )i2I = (gi hi )i2I .
@ . A@ . A @ . A
g` h` g` h`

Un sous-groupe est une partie qui est un groupe pour la loi induite. Une
partie est un sous-groupe ssi elle contient le neutre, est stable par la loi et est stable
par l’inversion :
8
< 1 2 S (à ne pas oublier !)
S sous-groupe de G () st 2 S =) S groupe pour la loi de G.
: 8s; t 2 S;
s 12S

Chaque intersection de sous-groupes reste un sous-groupe :


\
(8i 2 I; Si sous-groupe de G) =) Si sous-groupe de G.
i2I

Soit G un groupe et soit A G. Le sous-groupe engendré par la partie A


est le plus petit (pour l’ordre d’inclusion) sous-groupe de G contenant cette partie.

58
Explicitement, il est formé des produits d’éléments et d’inverses d’éléments de A –le
produit vide étant le neutre.
8 9
\S sous-group e <Y n n2N =
hAi = A= a"i i ; a 2 An .
S A : n ;
i=1 " 2 f 1g

Un groupe est monogène s’il est engendré par un élément :


déf.
G monogène () 9g 2 G; G = hgi .

Chaque sous-groupe de Z est monogène, ces sous-groupes sont les nZ pour n


parcourant N :
S sous-groupe de Z () 9n 2 N; S = nZ.

3. Homorphismes de groupes
Un morphisme de groupes est une application entres groupes qui préserve
la loi (« l’image d’un composé est le composé des images » ).

G et H groupes
f : G ! H morphisme de groupes () .
8a; b 2 G; f (ab) = f (a) f (b)

Chaque morphisme de groupes préserve le neutre ainsi que l’inversion :

f (1G ) = 1H
f : G ! H morphisme de groupes =) 1 1
8a 2 G; f a = f (a)

Exemples : la signature et le déterminant sont des morphismes de groupes.

L’image directe de chaque sous-groupe (resp. l’image réciproque de chaque


sous-groupe) est un sous-groupe :

S sous-groupe de G f (S) sous-groupe de H


si f : G ! H morphisme de groupes, =) .
T sous-groupe de H f 1 (T ) sous-groupe de G

Le noyau d’un morphisme de groupes est le sous-groupe formé des éléments


envoyés sur le neutre. Chaque morphisme de groupes est injectif ssi son noyau vaut
le singleton neutre :

Ker f = fa 2 G ; f (a) = 1g
si f : G ! H morphisme de groupes, alors .
f injectif () Ker f = f1g

Un isomorphisme de groupes est un morphisme de groupes bijectif. La


réciproque de chaque isomorphisme de groupes reste un isomorphisme de groupes :

f morphisme de groupes 1
f isomorphisme de groupes () =) f isomorphisme de groupes.
f bijection

59
4. Groupes cycliques, ordres
Un groupe cyclique est un groupe isomorphe à Un pour un certain naturel n
non nul :
G cyclique () G isomorphe à UCard G .
Groupe quotient : soit n 2 N.
L’ensemble des a := a+nZ (classes modulo n) pour a décrivant Z est un groupe
pour la loi "parties". Ce groupe est noté Z nZ ou Z (n) ou
Z
n := fa ; a 2 Zg .

Il est d’ordre
Z n si n > 0
Card n = .
1 si n = 0
Il est monogène, ses générateurs sont les classes d’entiers premiers avec n :
Z
8z 2 Z; n = hzi () z ^ n = 1.

La projection canonique a 7! a est un morphisme de groupes :

8a; b 2 Z; a + b = a + b.
Chaque groupe monogène est ou bien cyclique (s’il est …ni) ou bien isomorphe
à Z (s’il est in…ni) :

UCard G si G …ni
G monogène =) G isomorphe à .
Z sinon

L’ordre d’un élément g est ou bien le plus petit naturel n non nul tel que
le n-itéré de g vaut le neutre (s’il existe un tel n) ou bien 1 (s’il n’en existe pas) :

1 si 8n 2 N ; g n 6= 1
ordre de g = .
min fn 2 N ; g n = 1g sinon

L’ordre de chaque élément vaut l’ordre du sous-groupe qu’il engendre :

! (g) = Card hgi .

Pour chaque relatif z, le z-ième itéré d’un élément vaut le neutre ssi z est
multiple de l’ordre de cet élément :

8g 2 G; g z = 1 () ! (g) j z.

Dans chaque groupe …ni, l’ordre de chaque élément divise l’ordre du groupe (à
savoir démontrer dans un groupe abélien) :

8g 2 G; g jGj = 1.

60
Exercices d’entraînement
1. F
(a) Montrer qu’un groupe est abélien ssi sa loi (resp. son inversion) est un
morphisme de groupes.
(b) Soit G un groupe. Montrer que les éléments d’ordre …ni du centre Z (G)
forment un sous-groupe de Z (G). Que dire si l’on remplace le centre Z (G)
par le groupe plein G ?
(c) Le complémentaire d’un sous-groupe reste-t-il un sous-groupe ? Déterminer
le sous-groupe qu’il engendre.
2. F
(a) Lesquels parmi les groupes additifs R, Z, Q et Z2 sont isomorphes ?
(b) Montrer que H8 est indécomposable.
(c) Regrouper selon leur classe d’isomorphie les groupes Q, Q , R, R , R+ , C,
C , H et H (on admettra l’isomorphie de groupes R ' C).
3. FSoient a et b deux naturels.
(a) Calculer le sous-groupe Ua \ Ub .
(b) Montrer que Ua est un sous-groupe de Ub ssi a divise b.
4. FSoit G un sous-groupe …ni d’un groupe liné[Link] g 2 G. Montrer que g
1 1
commute avec (chaque élément de) G ssi g = jGj 2G g .
5. FFMontrer que les sous-groupes de U autres que les Un sont denses dans le
cercle unité.
6. FFSoit G un groupe. Montrer que les morphismes de G vers C forment une
partie libre dans l’espace vectoriel CG .
7. FFSoit G un groupe …ni muni d’un automorphisme involutif ne …xant que le
neutre. On invoque une telle involution et on la nomme i.
G ! G
(a) Montrer que l’application est injective, puis surjec-
g 7 ! g 1 i (g)
tive.
(b) En déduire que i est l’inversion de G.
(c) Montrer que G est abélien puis que l’ordre de G est impair.
Soit réciproquement un groupe …ni abélien d’ordre impair.
(d) Exhiber un automorphisme involutif de qui ne …xe que son neutre.
8. FFFOn appelle exposant d’un groupe le p. p. c. m. des ordres de ses éléments
(qui peut être in…ni). Soit G un groupe abélien …ni. Montrer que G contient un
élément d’ordre l’exposant de G.
9. FFFCaractériser les paires de groupes dont le produit est cyclique.
10. FFFSoit G un groupe …ni, soit A une partie non vide de G. Pour chaque
naturel n, on note An le n-ième itéré de A pour la loi "parties". Montrer que
AjGj est un sous-groupe de G. (On pourra étudier la suite des jAn j.)

61
Solutions des exercices d’entraînement
1.
G2 ! G
(a) Notons m l’application . On a alors les équiva-
(a; b) 7 ! ab
lences
a a
m est un morphisme () 8a; b; ; 2 G4 ; m =m m
b b
a
() 8a; b; ; 2 G4 ; m = ab
b
() 8a; b; ; 2 G4 ; a b = ab
sim pli…cation
() 8a; b; ; 2 G4 ; b=b
par a et par

() 8b; 2 G2 ; b = b
() G est abélien, c. q. f. d..

L’inversion i : g 7! g 1 est une involution, donc une bijection de G


sur G. On demande donc de montrer qu’elle est un morphisme (de groupes)
ssi G est abélien. Or, se rappelant (cf. cours) les égalités i (g ) = i ( ) i (g)
(valides pour chaques g; 2 G), on a les équivalences

G est abélien () 8a; b 2 G; ab = ba


i injectif
() 8a; b 2 G; i (ab) = i (ba)
() 8a; b 2 G; i (b) i (a) = i (ba)
() i est un morphisme, c. q. f. d..

(b) Le neutre est d’ordre 1 et appartient au centre. Soient g et h d’ordre


a ! (g)
…ni dans Z (G). En notant := , la commutativité des itérés
b ! (h)
ab b a
de a et b permet de réécrire (gh) = (g a ) hb = 1b 1a = 1, ce qui montre
que gh est d’ordre …ni. L’inverse g 1 a par ailleurs même ordre que g, donc
est d’ordre …ni.
S
Remarque –Nous retrouvons ainsi que n2N Un est un sous-groupe
de U.
Sans la commutativité, la stabilité par composition tombe en défaut,
comme nous l’avons déjà relevé dans le cours en composant deux ré‡exions.
(c) Un sous-groupe contenant toujours le neutre, son complémentaire ne
peut être un sous-groupe.
Soit S un sous-groupe. L’intuition vectorielle où S est une droite dans
un plan nous permet d’intuiter que c S engendre le groupe plein – sauf
si S vaut déjà ce dernier, auquel cas son complémentaire, vide, engendre
le sous-groupe neutre.
Puisque hc Si contient déjà c S, il su¢ t de montrer qu’il contient aussi S.
Soit donc s 2 S. Lorsque S n’est pas tout le groupe, on peut invoquer

62
un élément a hors de S : alors sa et a 1 tombent hors de S (sinon le
1
composé s 1 (sa) ou l’inverse a 1 resterait dedans puisque S est un
sous-groupe), donc hc Si contient le composé (sa) a 1 = s, ce qui conclut.
2.
(a) Le groupe R est indénombrable, contrairement aux autres. Le groupe Q
est divisible par 2, au sens où chaque rationnel est un double, ce qui n’est
pas le cas des puissances de Z (considérer un vecteur dont chaque coordon-
née vaut 1). Z est monogène contrairement à son carré (cf. exercice 1 § 3.5).
Les groupes donnés sont donc deux à deux non isomorphes.
(b) D’après l’exercice 2 § 4.4, un groupe décomposable est isomorphe à
deux de ses sous-groupes stricts. Listons donc ces derniers pour H8 : il
y a U1 , U2 , U4 et ses analogues en remplaçant i par j ou k (si un sous-
groupe contient deux éléments parmi i; j; k, il contiendra le troisième et
donc l’engendré hi; j; ki = H8 ). Tous sont abéliens, donc chaque produit de
deux d’entre eux aussi, ce qui n’est pas le cas de H8 .
(c) Les groupes R et R+ sont isomorphes via l’exponentielle (ou le loga-
rithme naturel). Dans chaque groupe multiplicatif (sauf R+ ), l’élément 1
est d’ordre 2 mais aucun groupe additif ne contient de tel élément (chacun
d’ordre 1 ou 1). Les groupes rationnels sont dénombrables, contrairement
aux autres. Les groupes quaternioniques ne sont pas abéliens, contraire-
ment aux autres. Le groupe C contient des éléments de chaque ordre …ni
2 i
mais pas R : pour chaque naturel n 1, le complexe e n est d’ordre n
mais le binôme X n 1 n’a qu’au plus deux racines réelles, 1 et 1, d’ordres
ln
respectifs 1 et 2. Finalement, à l’exception de R+ = R ' C, chaque groupe
est seul dans sa classe d’isomorphie.
Remarque (très hors programme) – Toutes les puissances (entières
non nulles) du groupe additif R sont isomorphes. En e¤et, R étant indénom-
brable, sa Q-dimension114 est in…nie, d’où pour chaque naturel n 1 les
égalités115 dimQ Rn = n dimQ R = dimQ R, montrant l’isomorphie Rn ' R
en tant que Q-espaces vectoriels (on retrouve C quand n = 2), a fortiori
en tant que groupes additifs.
3. Une observation fort utile : pour chaque naturel n 1 la description

Un = fu 2 U ; un = 1g = fu 2 U ; ! (u) j ng .

(a) On a pour chaque u 2 U les équivalences.

u 2 Ua ! (u) j a
u 2 Ua \Ub () () () ! (u) j a^b () u 2 Ua^b .
u 2 Ub ! (u) j b

(b) Puisque Ua est un sous-groupe de U, il contient le même neutre que Ub


(le complexe 1) et est stable par multiplication et par inversion, donc sera
un sous-groupe de Ub ssi il en est une partie. Or un sous-groupe en contient
1 1 4 L’axiome du choix – cf. annexe – est implicitement utilisé pour invoquer des Q-bases et pour

pouvoir parler de Q-dimensions ; c’est pourquoi les isomorphismes trouvés demeurent "intangibles".
1 1 5 On a utilisé l’arithmétique très simple et très hors programme des cardinaux in…nis.

63
un autre ssi il en contient une partie génératrice. On peut alors conclure
avec les équivalences
D 2 iE 2 i 2 i
Ua Ub () e a Ub () e a 2 Ub () ! e a j b () a j b.

4. Une observation triviale et vitale : l’équivalence g = g () g = g 1


pour chaque 2 G. Ainsi tombe le sens direct où la sommande vaut constamment g.
Supposons à présent que g vaut la moyenne de ses conjugués. On a alors, pour
chaque h 2 G, les égalités
0 1
X X 1 reparam étrage
X
jGj hgh 1 = h @ g 1A h 1 = (h ) g (h ) = cgc 1 = jGj g,
c:=h
2G 2G c2hG=G

d’où l’on tire la conclusion gh = hg.


Remarque –Commuter avec quelqu’un, c’est être invariant par la conju-
gaison par ce dernier. En ce sens, l’égalité de l’énoncé "moyenne" les énoncés
« g commute avec » et l’exercice montre qu’un élément commute avec chaque
ssi il commute en moyenne avec tous.
R U
5. Notons s le morphisme surjectif . Soit H un sous-groupe
t 7! eit
1
de U. Notons G := ' (H). Puisque s est surjective, le groupe H est l’image
directe ' (G) de son image réciproque. Puisque s est un morphisme, l’image
réciproque du sous-groupe H est un sous-groupe de R, donc est ou bien dense
dans R, ou bien discrète. Dans le premier cas, l’image H par l’application conti-
nue s est dense dans s (R) = U. Supposons donc le second cas, mettons G = aZ
pour un certain réel a > 0. On en déduit une description de H = s (G) =
s (hai) = hs (a)i = eia . Si a est un multiple rationnel D de E, en notant d le
1
dénominateur réduit du rationnel 2a , on aura eia = e2 i d = Ud . Dans le
cas contraire, le sous-groupe aZ + 2 Z sera dense dans R, donc son image sera
(toujours par continuité de s) dense dans U ; or cette image vaut s (ha; 2 i) =
hs (a) ; s (2 )i = hs (a)i = H, ce qui conclut.
6. La liaison de Hom (M; C ) dans CM revient à la liaison d’une de ses parties
…nies, c’est-à-dire à la non-vacuité de l’ensemble des cardinaux de ces parties, ou
encore à donner sens au plus petit tel cardinal. Raisonner par l’absurde permet
donc (et on le fait) d’invoquer une telle partie …nie de cardinal minimum :
appelons-la .
P
Soit alors 2 C tel que '2 ' ' = 0 (on peut bien imposer chaque '
non nul par minimalité de Card ). Soient 2 et m 2 M . On a alors dans CM
2 3
X ' est X
d’une part 0 = 4 ''
5 (m Id) chaque = ' ' (m) ',
un m orphism e
'2 '2
X X
d’autre part 0 = (m) 0 = (m) '' = ' (m) ',
'2 '2
P
d’où par di¤érence la nullité de la combinaison linéaire '2 [ '] (m) ' '.
Puisque le -ième coe¢ cient est nul, la minimalité de impose la nullité de

64
chaque coe¢ cient [ '] (m) ' , d’où (simpli…ant par ' ) l’égalité (m) =
' (m) pour chaque '. Cela tenant pour chaque m, la famille est le single-
ton f g mais alors la relation de liaison initiale se réécrit = 0, d’où la
nullité de qui, du coup, ne peut plus prendre ses valeurs dans C .
7.
(a) Appelons f l’application donnée (elle est bien dé…nie car, à g 2 G
…xé, les éléments g 1 et i (g) font sens et tombent dans G –a fortiori leur
produit). On a alors pour chaques a; b 2 G les implications
1 1 i est un 1 1
f (a) = f (b) =) a i (a) = b i (b) =) i ab = ab
m orphism e
1 1
=) ab 2 Fix i =) ab = 1 =) a = b.
Puisque les ensembles source et but de f sont de même cardinal …ni, l’in-
jectivité de f implique sa surjectivité.
(b) Soit g 2 G. Soit a un antécédent de g par f . On a alors les égalités
1 1 1 1
i (g) = i (f (a)) = i a i (a) = i (a) i2 (a) = a 1
i (a) = f (a) =g 1
.
| {z }
=Id(a)=a

(c) L’inversion i est un morphisme, donc (cf. exercice 1) G est abélien.


L’involution i partitionne G en paires de la forme fg; i (g)g, lesquelles
sont de cardinal 1 ou 2, le cas du singleton ayant lieu ssi g = i (g), i. e.
ssi g = Fix i ou encore ssi g = 1. Il y a donc une seule paire réduite à un
singleton, les autres étant chacune de cardinal 2. Additionner ces cardinaux
donne un ordre impair pour G.
(d) Les questions précédentes montrent qu’un tel automorphisme vaut né-
cessairement l’inversion. Montrons que cette dernière, notée I, répond à la
question. C’est clairement une involution et c’est un morphisme d’après
l’exercice 1. Soit en…n 2 Fix I. Puisque 2 = 1, l’ordre de vaut 1 ou 2 ;
or cet ordre divise celui de , qui est impair, donc ne saurait être 2. On a
par conséquent l’inclusion Fix I f1g, l’inclusion étant immédiate.
8. Comme dans tous les problèmes de groupes …nis, c’est la décomposition du
cardinal de notre groupe qui contient la « complexité » du groupe :
Y
jGj = pi i .

L’énoncé demande de trouver un élément g0 de G dont l’ordre est multiple de


l’ordre de chaque autre élément. Puisque Q l’ordre de chaque élément de G divise
l’ordre de G et est donc de la forme pi i , les puissances i du g0 que l’on
cherche doivent être plus grandes que le i de chaque élément de G. D’où l’idée
de considérer, pour chaque i, parmi les éléments d’ordre une puissance de pi
(il y a toujours au moins le neutre), un élément gi tel que cette puissance soit
maximale, disons ! (g Qi ) = p . Un exercice
i
Q du cours (cf. § 4.7.2) assure alors
que le produit g0 := gi est d’ordre p i .
Véri…ons
Q que tout ce passe comme on le souhaite. Q Soit g 2 G dont on
note pi i l’ordre. Alors, à i …xé, l’élément g puissance j6=i pj j est d’ordre pi i ,
d’où i i par maximalité de i , et ce pour chaque i, ce qui conclut ! (g) j
! (g0 ).

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9. Soient G et H deux groupes.
Supposons que G H soit cyclique. Un groupe cyclique étant …ni, G et
G0 G
H doivent être …nis. Soient ensuite deux sous-groupes : alors le pro-
H0 H
0 0
duit G H est un sous-groupe de G H, donc est cyclique. En particulier,
si H 0 = f1H g, le sous-groupe G f1G g, qui est isomorphe à G, est cyclique.
Bien sûr, par symétrie, l’on obtient la cyclicité de H.
On cherche donc une CNS sur deux entiers u; v 1 pour que, en notant Cn :=
Z
n pour chaque entier n 1, le produit Cu Cv soit encore de la forme Cw .
Lorsque u et v sont étrangers, c’est le cas d’après le lemme chinois. Montrons
la réciproque.
Soit par l’absurde p un premier divisant u et v. Alors Cu et Cv ont
tous deux un sous-groupe d’ordre p (prendre les multiples de up et vp ), donc
le groupe Cp Cp sera cyclique comme sous-groupe d’un groupe cyclique. Mais
cela est impossible car les éléments de Cp Cp sont chacun d’ordre au plus p
(raisonner sur chaque coordonnée) tandis que la cyclicité de Cp Cp lui impose
d’avoir un élément d’ordre 2p, d’où la contradiction.
Finalement, G H est cyclique ssi G et H sont cycliques d’ordres étrangers.
10. Notons ! l’ordre de G.
Déjà, le produit de ! fois un même élément de A donne le neutre de G
d’après le théorème de Lagrange, donc A! contient 1. Par ailleurs, si l’on
montre que A! est stable par multiplication, tout élément de A! admettra
un inverse (son (! 1)-ième itéré) toujours par Lagrange. Il nous su¢ t donc de
montrer que A! A! A! ; l’inclusion réciproque étant claire (on vient d’a¢ r-
mer 1 2 A , d’où A = 1A!
! !
A! A! ), il su¢ t même de montrer l’égalité des
?
cardinaux A2! = jA! j.
Il est bon d’observer que la translation par chaque élément de A (il en existe
puisque A est non vide) injecte An dans An+1 = An A (pour chaque n 0).
Ainsi, la suite des cardinaux jAn j croît ; puisqu’elle ne peut dépasser l’ordre de G,
elle stationne. Montrons que la croissance est stricte jusqu’au stationnement.
a
Soit N 2 N tel que AN +1 = AN . À a 2 A …xé, la translation AN ,!
N +1
A devient alors surjective (par égalité des cardinaux source et but), i. e. AN +1 =
aA , ce qui permet d’écrire AN +2 = AN +1 A = aAN A = aAN +1 , d’où AN +2 =
N

AN +1 . Une récurrence immédiate montre alors le stationnement dès le rang N .


?
Pour conclure A2! = jA! j, il su¢ t donc d’avoir ! et 2! au-delà de N ,
?
autrement dit N ! ; or, en choisissant rétrospectivement N minimal, on
aura An+1 > jAn j pour chaque naturel n < N , ce qui permet d’obtenir

! = jGj AN AN 1
+1 AN 2
+2 A0 + N N , c. q. f. d.

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