Le gingembre : usages et perspectives
Le gingembre : usages et perspectives
prometteur
Anne Butin
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LIENS
FACULTE DE PHARMACIE
THESE
pour obtenir
Membres du Jury
Juges :
Monsieur Jean-Claude SONNTAG, Pharmacien à Nancy.
Monsieur François LESEUR, Pharmacien à Vandoeuvre les Nancy
Monsieur Laurent OCCHIO, Pharmacien à Nancy.
UNIVERSITÉ DE LORRAINE
FACULTÉ DE PHARMACIE
Année universitaire 2016-2017
DOYEN
Francine PAULUS
Vice-Doyen
Béatrice FAIVRE
Directeur des Etudes
Virginie PICHON
Conseil de la Pédagogie
Président, Brigitte LEININGER-MULLER
Collège d'Enseignement Pharmaceutique Hospitalier
Président, Béatrice DEMORE
Commission Prospective Facultaire
Président, Christophe GANTZER
Vice-Président, Jean-Louis MERLIN
Commission de la Recherche
Président, Raphaël DUVAL
DOYENS HONORAIRES
Chantal FINANCE
Claude VIGNERON
PROFESSEURS EMERITES
Jeffrey ATKINSON
Jean-Claude BLOCK
Max HENRY
Alain MARSURA
Claude VIGNERON
PROFESSEURS HONORAIRES MAITRES DE CONFERENCES HONORAIRES
MAITRES DE CONFÉRENCES
PROFESSEUR ASSOCIE
PROFESSEUR AGREGE
En attente de nomination
A mes parents,
Merci d’avoir toujours été à mes côtés, de m’avoir toujours soutenu, dans mes
études comme dans la vie. Merci pour tout l’amour et la joie que vous
m’apportez, ainsi que pour cette belle complicité qui nous unit.
A Thomas,
Merci pour tous les bons moments passés ensemble ainsi que pour tous ceux à
venir, nombreux je l’espère, et merci d’avoir toujours cru en moi.
Merci pour tout ce que vous m’avez apporté, et merci d’avoir partagé ces belles
années de vie étudiante.
A ma famille,
Merci d’avoir suivi pas à pas l’élaboration de cette thèse et de m’avoir conseillé
dans les moments de doute. Je vous remercie également pour toutes ces heures
de bonne humeur passées au travail, et pour ce lien d’amitié qui nous unit.
Introduction .................................................................................. 6
1 Historique ................................................................................. 7
3 Phytochimie ............................................................................ 28
1
4 Activités pharmacologiques .................................................... 34
2
Table des illustrations
3
Figure 28 : étude de l’épaisseur de la rétine chez des rats diabétiques, suite à
l’administration d’un extrait combiné de gingembre et de maïs (PWCG) à
différentes doses (155) ............................................................................. 93
Figure 29 : étude de l’effet inhibiteur d’un extrait combiné de gingembre et de
maïs (PWCG) à différentes doses sur l’aldose réductase (155) ....................... 94
Figure 30 : Caractéristiques des épices ajoutées au repas des participants (163)
.............................................................................................................. 98
Figure 31 : Inhibition in vitro de la production de la lipase pancréatique et de la
phospholipase A2 par les épices (163) ...................................................... 100
Figure 32 : Aspect moléculaire du processus de cancérogénèse (171) ........... 105
Figure 33: Schéma récapitulatif des étapes du processus de cancérogénèse (172)
............................................................................................................ 106
Figure 34 : Etude de la viabilité de cellules Hep-2 en fonction de la concentration
d’extrait de gingembre administrée (175) .................................................. 109
Figure 35 : Etude de l’effet de l’administration d’extrait de gingembre sur des
noyaux de cellules Hep-2 (175) ................................................................ 109
Figure 36 : Etude de l’effet de concentrations croissantes de 6-gingérol sur trois
lignées tumorales (177) .......................................................................... 111
Figure 37 : Schéma récapitulatif des effets du 6-gingérol sur le papillomavirus
humain (177) ........................................................................................ 112
Figure 38 : Effet apoptotique du 6-gingérol, combiné ou non au cisplatine (177)
............................................................................................................ 113
4
Liste des tableaux
5
Introduction
Ce n’est que récemment que le monde médical occidental s’est intéressé aux
pouvoirs pharmacologiques du gingembre, et quantité d’articles alimentent
désormais les ouvrages de phytothérapie.
Contrairement aux idées préconcues, les propriétés les plus évidentes ne sont
pas toujours les plus fondées d’un point de vue scientifique. A l’inverse,
beaucoup d’entre elles restent encore méconnues du grand public, et font de nos
jours l’objet d’une multitude d’investigations, prouvant ainsi que Zingiber
officinale a encore un bel avenir devant lui.
6
1 Historique
1.1 Etymologie
Apparaît ensuite le nom grec ziggiberis, qui découlerait du nom arabe zangabîl.
Le terme latin zingiber apparaît plus tard, et est à l’origine du nom de genre
botanique Zingiber. Il est adapté en vieux français en « gingibre », pour
finalement s’écrire « gingembre » à partir du XIIIe siècle (1).
• Premières traces
Le gingembre est une plante dont l’origine exacte est inconnue, mais de
nombreux pays du continent asiatique l’utilisent depuis des millénaires à la fois
comme condiment, et comme plante médicinale : en effet, le rhizome de
gingembre est très employé dans la médecine ayurvédique indienne et dans la
médecine traditionnelle chinoise.
Confucius, grand philosophe chinois, le mentionne dès 500 avant Jésus-Christ :
dans ses entretiens, il est dit que « le gingembre éclaircit l’intelligence, et dissipe
toutes les impuretés. Confucius en avait toujours sur sa table » (2).
• Importation en Occident
Les Phéniciens ont probablement été les premiers à importer le gingembre dans
le bassin méditerranéen, dès le IVe siècle avant Jésus-Christ. C’est cependant au
Ier siècle après Jésus-Christ, grâce aux marins arabes naviguant sur la Mer
Rouge, que la plante fut véritablement introduite en Grèce et à Rome.
Par son goût poivré et par le manque de données concernant son origine, les
occidentaux ont longtemps cru que le gingembre constituait la racine du poivre.
C’est l’écrivain et naturaliste romain Pline l’Ancien (23-79), qui contredit les idées
reçues : « Ce n’est pas la racine du poivrier, comme certains l’ont pensé, qui
porte le nom de zimpiberi ou, suivant d’autres, celui de zingiberi, quoique la
saveur soit la même, car le gingembre croît dans l’Arabie et dans le pays des
Troglodytes, au voisinage des habitations. C’est la racine blanche d’une petite
7
herbe. » (3). Il le décrit également comme « une racine blanche, âpre et
piquante au goût ».
Dioscoride, médecin grec du Ier siècle après Jésus-Christ, décrit ses vertus
carminatives et antitoxines dans son traité De universa medicina : « Il croît en
Arabie et aux Indes, ses racines ont quasi le goust du poivre, bon à manger il
aide à la digestion, mollit le ventre moyennement, est bon à l’estomac ; on le
mêle aux antidotes » (4).
Les vertus culinaires du gingembre sont également mises en lumière dès le IVe
siècle, grâce au romain Apicius, qui le cite dans son traité de cuisine De re
coquinaria.
Au VIIe siècle, le commerce du gingembre débute entre les Arabes et les pays
méditerranéens voisins. Très utilisé par les pays du Moyen Orient, il est d’ailleurs
mentionné dans le Coran.
8
« Depuis que le gingembre a été transplanté dans les îles de l’Amérique, on
apporte une grande quantité en France, et il y est à beaucoup meilleur marché
qu’auparavant » (4). Il le cite également dans son ouvrage « Pharmacopée
royale et galénique et chimique ».
• Du déclin au renouveau
Quasi absent des transactions commerciales aux XVIIIe et XIXe siècles, ce n’est
qu’à la fin du XXe siècle que le gingembre séduit à nouveau la France, grâce à la
fois à l’essor de la cuisine orientale, et à la fois au succès grandissant de la
phytothérapie.
Dorénavant inscrit à la Pharmacopée française et à la Pharmacopée européenne,
le gingembre ne cesse de faire l’objet de nouvelles études, et quantité de
propriétés pourtant connues et reconnues autrefois sont redécouvertes.
9
2 Etude botanique de Zingiber officinale Roscoe.
2.1 Classification
La famille des Zingiberaceae est une importante famille botanique qui regroupe
plus de 1000 espèces différentes. Ce sont toutes des plantes herbacées de
grande taille, vivaces, à rhizome souterrain ramifié à l’origine de racines formant
souvent des tubercules, et de plusieurs tiges aériennes portant des feuilles
distiques, c’est à dire disposées sur deux rangs opposés (6).
Le gingembre, de par son nom, est la plante la plus connue des Zingiberaceae.
Cependant, d’autres espèces ont déjà montré d’intéressantes propriétés, tel que
Curcuma longa, riche en curcuminoïdes, composés responsables à la fois de sa
couleur jaune (il est d’ailleurs le principal constituant du curry), et de ses
propriétés pharmacologiques (6). Le curcuma est d’ailleurs appelé « gingembre-
safran » à la Réunion.
Une autre espèce de la famille des Zingiberaceae est connue sous le nom de
gingembre rouge (ou de lavande rouge). Il s’agit de l’espèce Alpinia purpurata
appartenant au genre Alpinia et non au genre Zingiber ; elle n’est utilisée qu’en
temps que plante ornementale (7).
10
2.2 Ecologie
Bien qu’implanté sur tous les continents, sa culture s’est intensifiée dans certains
pays. La Chine et l’Inde sont les principaux exportateurs de gingembre : environ
la moitié de la production mondiale provient de leurs exportations. Les autres
pays d’Asie du Sud Est (Japon, Indonésie, Bangladesh, Thaïlande notamment)
ont également leur propre production.
11
Le Cameroun, l’Ethiopie et le Nigeria produisent la plupart du gingembre
originaire d’Afrique, tandis que la production du continent américain se concentre
sur la Jamaïque et la République Dominicaine.
12
2.3 Description botanique
Zingiber officinale est une plante vivace tropicale herbacée, dont le port fait
penser à celui d’un roseau, et mesure environ 1m30 de haut.
Il s’agit d’une plante stérile : les quelques graines et fruits produits n’entraînent
pas de reproduction sexuée. La multiplication de la plante se fait grâce aux
bourgeonnements de son rhizome à l’origine de nouveaux plants.
13
Figure 3 : Rhizome de Zingiber officinale (13)
Comme nous allons le voir plus loin, le rhizome de Zingiber officinale constitue la
partie active de la plante.
Le limbe des feuilles est dit penninervé, c’est à dire que les nervures secondaires
partent de la nervure centrale de façon oblique, comme les barbes d’une plume.
14
[Link] Les inflorescences et les fleurs
Les inflorescences sont soit portées par la partie terminale des tiges les plus
courtes, soit issues directement du rhizome, et sortent donc du sol (6).
Ce sont de courts épis, possédant de grosses bractées cireuses de couleur jaune-
vert formant un spadice dense, et dont la conformation superposée permet de
protéger les fleurs avant leur éclosion (14).
Les fleurs sont zygomorphes (la symétrie est bilatérale), trimères, parfumées, de
couleur blanc jaune, avec des traînées violettes sur le labelle, faisant vaguement
penser à des fleurs d’orchidée (14).
15
Le périanthe, qui protège les organes reproducteurs, possède deux verticilles,
l’externe portant trois sépales soudés, et l’interne trois pétales.
L’androcée (appareil reproducteur mâle) se limite à une étamine possédant des
anthères biloculaires, et à un grand labelle pétaloïde coloré, dont la position
centrale facilite la pollinisation (6).
L’ovaire est infère est composé de trois loges, car le gynécée (appareil
reproducteur femelle) est constitué de trois carpelles à placentation axile, c’est à
dire soudés et fermés, dont le placenta est contre l’axe de l’ovaire. Un mince
style et un stigmate cilié surmontent les carpelles (16).
La floraison s’étend d’août à novembre et est suivie par la formation des fruits.
Ce sont des fruits secs déhiscents s’ouvrant à maturité de façon longitudinale : il
s’agit en effet de capsules loculicides trivalves renfermant des graines noires.
Les graines sont des arilles dont l’albumen et le périsperme sont farineux, et
dont le parenchyme renferme des essences (6) (16).
16
2.4 Partie active et Pharmacopée
17
Figure 7 : Coupe transversale d’un rhizome de gingembre (9)
2.4.2 Monographies
[Link] Règlementation
18
[Link] Identification
Le gingembre à identifier est réduit en poudre avant d’être dissout dans une
solution méthanolique. Après dépôt sur la plaque chromatographique, les
différents composés migrent le long de la plaque par phénomène de capillarité,
et sont ainsi individualisés. La révélation se fait ensuite grâce à une solution de
vanilline combinée à de l’acide sulfurique.
Les gingérols et les shogaols (composants caractéristiques du gingembre) sont
alors facilement repérables.
Légende :
1 : 6-gingérol
2 : 8-gingérol
3 : 10-gingérol
4 : 6-shogaol
5 : Rhizome 1
6 : Rhizome 2
7 : Rhizome 3
8 : Rhizome 4
9 : Rhizome 5
10 : Rhizome 6
11 : Rhizome 7
19
2.5 Utilisations
Depuis très longtemps, le gingembre est utilisé comme épice dans la cuisine
asiatique, notamment japonaise et indienne ; et africaine.
En cuisine chinoise, le goût fort des racines de gingembre est utilisé pour couvrir
l’odeur de la viande de mouton ou des fruits de mer.
En Inde, les épices sont indissociables de la cuisine quotidienne. Le gingembre
réduit en poudre est notamment utilisé en association avec le curry pour relever
de nombreux plats.
En Afrique, le rhizome frais est généralement pressé pour en récolter le jus et le
consommer comme boisson : appelé GnamakouDji dans plusieurs pays, cette
eau pimentée est à la fois désaltérante et possède de nombreux bienfaits sur la
santé (22).
20
L’attrait récent des pays occidentaux envers les traditions culinaires exotiques a
permis de démocratiser l’utilisation du gingembre et de donner un nouveau
souffle au commerce de cette épice.
L’industrie agro-alimentaire l’utilise notamment dans la fabrication de diverses
boissons, tels que des sodas, des eaux et thés aromatisés, ou encore des bières.
21
Le yin représente la part de féminité dans tout individu ; cette force est associée
à la Lune, à l’humidité, à l’obscurité, au froid, à la passivité. A l’inverse, le yang
correspond à l’aspect masculin, au Soleil, au chaud, à l’activité.
L’alternance et l’interaction entre ces deux forces correspond au grand principe
de l’Ordre universel du Tao.
Un déséquilibre entre ces forces induit un danger pour la santé : ainsi, un excès
de yin doit être contrebalancé par un apport de yang, et inversement (24).
22
En médecine ayurvédique, le gingembre est souvent associé au poivre : leur
combinaison décuple leurs actions anti-inflammatoire, antihistaminique et
carminative.
L’utilisation sous forme liquide est ici privilégiée: le rhizome frais peut faire
l’objet :
• d’une infusion, c’est à dire en mettant en contact le rhizome avec de l’eau
chaude pendant quelques minutes
• d’une décoction, c’est à dire en mettant en contact le rhizome avec de
l’eau tiède puis en portant à ébullition pendant quelques minutes
Le rhizome sec, plus fort et piquant, est simplement infusé, et indiqué dans les
rhumatismes chroniques.
Enfin, le jus de gingembre est quant à lui utilisé dans les troubles digestifs, les
nausées et les vomissements, et est souvent associé à du jus d’oignon (27).
23
Les formes de gingembre disponibles sur le marché sont variées : dans la plupart
des cas, le rhizome se trouve sous forme d’extrait sec (c’est à dire qu’il est séché
puis pulvérisé) contenu dans des gélules ; il peut également se présenter sous
forme liquide, en teinture ou en ampoules buvables par exemple.
Il peut constituer le seul composant actif de certains compléments, mais peut
également être associé à d’autres plantes ayant des actions similaires.
Les tableaux I et II ci dessous regroupent quelques unes de ces spécialités :
24
Tableau I : Quelques compléments alimentaires contenant uniquement du
gingembre
Substances actives et
Nom Laboratoire Propriétés/Indications
posologie
Arkogélules Gingembre
(29)
Poudre de racine de
gingembre : 365
Dynamisant mg/gélule
ArkoPharma
Etat nauséeux
2 gélules le matin + 2
gélules le midi
Naturactive Gingembre
(30)
Extrait de gingembre :
Naturactive Mal des transports 200 mg/gélule
(Pierre Tonique et stimulant
Fabre) 2 gélules par jour
Phytostandard Gingembre
(31)
Extrait de rhizome de
gingembre biologique :
Fonctionnement normal
200 mg/gélule
Pileje de l’estomac en début de
grossesse
2 gélules par jour
pendant 10 jours
Gingembre (32)
Gingembre : 280
mg/gélule
Fenioux Stimulant et tonique
3 à 6 gélules par jour 10
min avant les repas
25
Tableau II : Quelques compléments alimentaires contenant du gingembre
associé à d’autres plantes
Substances actives et
Nom Laboratoire Propriétés/Indications
posologie
Pour 20 mL :
Ergypar (33) - Extrait de gingembre :
380mg
- Extrait de noyer :
360mg
- Extrait de gentiane :
240mg
- Extrait de grande
aunée : 120mg
- Extrait de thym :
Hygiène gastro-
Nutergia 120mg
intestinale
- Extrait de mauve :
120mg
- Sélénium : 25 μg
- Chrome : 9 μg
- Molybdène : 9 μg
1 à 2 doses-bouchon
soit 10 à 20 mL / jour
Pour 10 mL :
Concentré Tonus Bio (34) - Extrait de racine de
gingembre : 1705mg
- Extrait de graines de
guarana : 1705mg
- Extrait de feuilles de
maté : 1705mg
- Extrait de racines de
Fleurance Tonus et vitalité mentale ginseng : 850mg
nature et physique - Extrait de pollen :
470mg
- Gelée royale : 110mg
- Caféine : 2,5mg
26
Pour 1 ampoule :
- Extrait de guarana :
Ampoules Gingembre-
198mg
Guarana- Ginseng (35)
- Caféine : 19,8 mg
- Extrait de ginseng :
65mg
Tonus et vitalité - Ginsénosides : 11,5mg
Yves Ponroy
Libido - Extrait de gingembre :
60mg
- Gingérols : 3mg
Pour 1 comprimé :
- Extrait de curcuma :
290mg titré à 95% de
curcumine (275mg)
- Extrait de poivre :
26,3mg titré à 95% de
pipérine (25mg)
Inflakin (36)
- Extrait d’ananas : 50mg
- Extrait de gingembre :
47,5mg titré à 2% de
gingérols (0,95mg)
- Extrait de saule blanc :
3 Chênes Etats inflammatoires
120mg titré à 25% de
salicine (30mg)
- Extrait
d’harpagophytum : 200mg
titré à 5% d’harpagosides
(10mg)
- Extrait de grande
camomille : 212,5mg
De 1 à 4 comprimés par
jour selon l’état
inflammatoire
Les tableaux présentés ci dessus ne sont pas exhaustifs. Ils montrent cependant
que les indications du gingembre sont très diverses : fatigue, nausées,
inflammation, libido… Les posologies sont également variables (de 60 mg/jour à
1,7 g/jour).
27
3 Phytochimie
La composition chimique du gingembre est complexe : outre l’amidon qui
représente une grande partie du poids de la plante (environ 60%), on distingue
la présence d’oléorésine, riche en composés piquants et en lipides ; et de 10 à 40
mL/kg d’huile essentielle, contenant de nombreuses molécules odorantes. Des
protéines, des vitamines et des minéraux sont également présents (37).
3.1 Oléorésine
28
Figure 12 : Formule chimique des shogaols (38)
29
3.2 Huile essentielle
Les sesquiterpènes sont des dérivés de la famille des terpènes, dont la formule
générale est (C5H8)n. Dans le cas des sesquiterpènes, n = 3 ; l’assemblage de
ces trois unités isopréniques conduit à leur formule chimique : C15H24 (44).
30
Figure 16 : Formule développée générale des sesquiterpènes (45)
Le groupe des terpènes est très répandu dans le règne végétal. Synthétisés par
de nombreuses plantes, ces composés jouent un rôle essentiel puisqu’ils entrent
dans la composition de certaines hormones, notamment des hormones de
croissance, mais aussi hormones de défense : par exemple, le farnésène a une
forte action répulsive envers les pucerons (46).
Cette influence sur la défense et le métabolisme végétal fait des terpènes une
cible pharmacologique de choix ; certaines propriétés du gingembre peuvent
donc être liées à la présence de ces composés volatiles. En effet, de manière
générale, les monoterpènes ont une action décongestionnante respiratoire,
antiseptique, antivirale, et carminative ; tandis que les sesquiterpènes ont une
importante action anti-inflammatoire (47).
31
3.3 Autres composés et analyse nutritionnelle
D’un point de vue nutritionnel, l’apport calorique du gingembre est estimé à 332
Kcal pour 100g de plante fraiche. Cet apport provient principalement des
glucides, comme le montre le tableau ci dessous :
Les quantités précises varient selon les sources, c’est pourquoi des valeurs
arrondies ont été utilisées ici, afin de donner un ordre de grandeur des quantités.
Bien que présents en faible quantité, des minéraux et des vitamines composent
également les rhizomes frais de gingembre. Les deux tableaux ci dessous, issus
du site de l’Agence pour la Recherche et l’Information en Fruits et Légumes
(Aprifel), résument les teneurs de chaque micronutriment ainsi que leur
pourcentage par rapport aux valeurs nutritionnelles de référence (VNR) :
32
Tableau V : Composition en minéraux et oligoéléments de 100g de rhizome de
gingembre (43)
33
4 Activités pharmacologiques
Après avoir présenté Zingiber officinale dans son ensemble et l’avoir détaillé d’un
point de vue phytochimique, nous allons maintenant nous intéresser à ses
propriétés médicinales.
Ce chapitre s’articule autour de sept parties, selon les principales actions
étudiées : l’effet sur le tube digestif sera traité en premier, puis viendra l’étude
de son action antalgique et antiinflammatoire, suivi par son effet antioxydant.
Nous étudierons ensuite les vertus antimicrobiennes et métaboliques du
gingembre, et enfin son action antitumorale. Nous concluerons par une
discussion sur son effet aphrodisiaque.
• Rappels physiopathologiques
34
Les symptômes du mal des transports sont variables, pouvant aller d’une simple
sensation d’inconfort abdominal à des nausées, vomissements, vertiges, souvent
associés à une pâleur et des sueurs. Ces signes, bien que sans gravité et
disparaissant à l’arrêt du véhicule, sont gênants et rendent le voyage difficile
(49).
Les traitements existants reposent d’une part sur les antihistaminiques tels que
le diménhyindrate ou la méclozine qui sont des antinaupathiques ; et d’autre part
sur la scopolamine, qui agit au niveau vestibulaire. Dans tous les cas, ces
médicaments sont déconseillés aux femmes enceintes et aux jeunes enfants
(50).
Face à ces précautions d’emploi vis à vis d’une part non négligeable de la
population, les recherches se sont vite tournées vers les médecines alternatives,
dont la phytothérapie. Ainsi, de nombreuses études concernant l’effet du
gingembre sur la cinétose ont été réalisées.
Ces deux études ne renseignent pas sur le fait que les volontaires avaient ou non
des antécédents de mal des transports ; les résultats peuvent donc être discutés.
35
Aucune étude n’a à ce jour mis en évidence de mécanisme d’action. Il est
cependant probable que les actions antinauséeuse et antiémétique du gingembre
soient dues à une action directe sur la paroi gastrique : les gingérols et shogaols
agiraient en effet au niveau du péristaltisme gastrique.
Ainsi, contrairement aux traitements classiques, le gingembre n’agit pas au
niveau vestibulaire (51).
D’autres essais cliniques ont comparé l’effet du gingembre par rapport aux
traitements antinaupathiques classiques. Les résultats sont contrastés.
De même, un essai utilisant les techniques de la NASA pour créer une situation
de cinétose n’a pas montré d’efficacité supérieure du gingembre (administré à
500 ou 1000mg) par rapport à la scopolamine (dose de 0,6mg), ni au
diméhydrinate (dose de 50mg) (39).
Il n’est donc pas possible de conclure que le gingembre soit plus efficace que les
traitements classiques. Cependant, par son action au niveau gastrique et non au
niveau central, moins d’effets indésirables sont recensés.
Le gingembre pourrait donc constituer une alternative aux antihistaminiques ou à
la scopolamine, d’autant plus qu’il n’est pas déconseillé chez l’enfant, ni la
femme enceinte.
36
[Link] Nausées de la femme enceinte
• Rappels physiologiques
Les nausées sont des symptômes fréquents chez les femmes enceintes : plus de
la moitié d’entre elles y sont sujettes, à différents degrés d’intensité. Ces
nausées, pouvant être accompagnées de vomissements (les vomissements sans
nausées sont très rares), surviennent pendant le premier trimestre de grossesse,
c’est à dire jusqu’à la douzième semaine d’aménorrhée ; cependant, elles
peuvent continuer jusqu’à la vingtième semaine, voire dans certains cas jusqu’à
la fin de la grossesse.
37
Tableau VI : Résumé des essais cliniques s’intéressant à l’effet du gingembre sur les nausées et vomissements de la femme
enceinte, versus placebo.
38
Chaque étude contrôlée randomisée (tableau IV) est effectuée en double
aveugle versus placebo. Diverses formes de gingembre sont utilisées: extrait,
capsules, poudre, sirop, biscuit…; et dans la plupart des cas, la dose préconisée
est de 1g/jour.
Toutes les femmes incluses dans les études étaient enceintes de moins de 20
semaines, c’est à dire la période la plus propice aux nausées. Pour qualifier et
quantifier les symptômes, plusieurs méthodes sont utilisées : certaines études se
servent d’une échelle visuelle analogique graduée de 0 à 10 cm selon l’intensité
des nausées. D’autres utilisent l’Index de Rhodes : il s’agit d’un questionnaire
s’intéressant à la fois aux nausées et aux vomissements, et permettant
d’attribuer des points ou des adjectifs en fonction de l’état et du ressenti des
patientes, comme le montre le tableau ci dessous :
39
Les résultats de ces études (tableau IV) et de plusieurs méta-analyses
permettent de conclure que le gingembre constitue une alternative intéressante
dans la prévention et le traitement des nausées de la femme enceinte ;
cependant, l’effet sur la réduction des épisodes de vomissements reste encore à
approfondir.
De plus, très peu d’effets indésirables sont relevés lors de l’emploi de cette
plante, ce qui la rend encore plus attractive (56) (57) (58).
• Mécanisme d’action
• Rappels physiopathologiques
Les cures de chimiothérapie sont des traitements lourds qui entrainent plusieurs
types d’effets indésirables. Les nausées et les vomissements en font partie :
présentes chez plus de la moitié des patients, les nausées sont plus fréquentes
que les vomissements.
Ces effets indésirables altèrent fortement la qualité de vie des patients et
peuvent engendrer des désordres métaboliques importants si ils ne sont pas
traités. De plus, la peur de subir ces effets peut entrainer un manque
d’observance du patient, voire un arrêt du traitement.
40
Il existe plusieurs types de nausées et vomissements chimio-induits (NVCI) :
• Les NVCI immédiats ou aigus : ils apparaissent peu de temps après la cure
(de quelques minutes à quelques heures), et disparaissent généralement
au bout de 24 heures.
• Les NVCI retardés : apparaissant au moins 24 heures après le traitement,
ils peuvent persister pendant six jours.
• Les NVCI anticipés : ils concernent les patients ayant déjà effectué une ou
plusieurs cures de chimiothérapie, et ayant été sujets à des nausées et/ou
des vomissements lors des cures précédentes. Ils apparaissent avant le
traitement, et sont la conséquence d’un état d’anxiété du patient face à
son traitement et aux effets délétères qu’il induit.
• Les NVCI résistants sont, comme leur nom l’indique, résistants aux
traitements antiémétiques classiquement mis en place.
• Les NVCI réfractaires sont résistants à tous les antiémétiques, et peuvent
imposer l’arrêt de la chimiothérapie.
Les mécanismes de mise en place des NVCI aigus sont complexes, mais il a été
clairement établi que la sérotonine (5-hydroxytryptamine ou 5-HT) constitue un
médiateur majeur de ce processus. En effet, l’administration d’un
antinéoplasique tel que le cisplatine entraine un relargage de sérotonine, qui va
activer des terminaisons afférentes vagales par liaison à ses récepteurs 5-HT3
situés notamment au niveau de l’area postrema, stimulant ainsi le centre du
vomissement.
De plus, il a été démontré que l’administration de cisplatine entraine une forte
augmentation du métabolite urinaire de la sérotonine, l’acide 5-hydroxy-indole-
actéique (5-HIIA), preuve de la consommation de sérotonine par l’organisme.
41
Ainsi, pour lutter contre les NVCI aigus, les médicaments ayant une action
antagoniste des récepteurs 5-HT3 constituent le traitement de première ligne :
c’est le cas de la famille des sétrons (granisétron et ondansétron notamment).
Concernant les NVCI retardés, le rôle de la sérotonine est moins flagrant : les
antagonistes des récepteurs 5-HT3 sont beaucoup moins efficaces sur ce type de
vomissements. D’autres médiateurs interviendraient dans ce phénomène,
notamment la substance P : aussi appelée neurokinine 1 ou NK1, elle se situe,
tout comme la sérotonine, dans les cellules du tube digestif. Après
l’administration de cisplatine, sa concentration augmente, laissant supposer un
rôle dans le réflexe émétique.
De plus, elle est capable de traverser a barrière hémato-encéphalique, et ainsi
d’agir au niveau central. Ainsi, de la même manière que pour les récepteurs
sérotoninergiques, l’effet antiémétisant peut se faire par antagonisme des
récepteurs NK1. D’autres médiateurs et d’autres récepteurs seraient également
impliqués dans la survenue des NVCI, mais leur rôle n’est pas encore défini (65)
(66).
L’équipe Coréenne de Jin Z et Lee G est allée plus loin dans l’étude de l’effet du
gingembre sur les récepteurs 5-HT3. Un extrait aqueux de gingembre et de trois
de ces principaux constituants, le 6-gingérol, le 6-shogaol et la zingérone, ont
été testés sur des neurones afférents viscéraux impliqués dans les phénomènes
de nausées et de vomissements.
Il a été mis en évidence que le gingembre a une action antiémétique similaire à
un antiémétique classique tel que l’ondansétron ; et que les trois composés
testés bloquent la réponse sérotoninergique de manière dose-dépendante, le 6-
shogaol ayant la plus forte efficacité (suivi du 6-gingérol et de la zingérone).
La principale différence entre les antiémétiques classiques et les composés testés
est que ces derniers inhibent les récepteurs 5-HT3 de façon non compétitive,
c’est à dire qu’ils se lient à un site différent de celui de la sérotonine (68).
42
Cette découverte laisse à penser qu’en bloquant à la fois le site de liaison de la
sérotonine par un antiémétique classique, et un site voisin par le gingembre,
l’effet antiémétique serait démultiplié par action synergique des deux produits.
Les résultats des différentes études menées ne sont pas aussi optimistes que
l’explication théorique du mécanisme d’action, et sont parfois contradictoires.
Une autre étude à plus grande échelle rejoint les résultats de l’étude précédente:
en 2012, Ryan JL et al ont inclut 774 patients dans un essai randomisé en double
aveugle. Le but était ici d’étudier l’action de capsules de gingembre sur les
nausées aigues chimio-induites.
Quatre groupes ont été constitués et ont reçu, en plus d’un antagoniste 5-HT3,
un traitement à base de doses variables de gingembre. Le tableau VII page
suivante résume la dose administrée selon les groupes de patients.
43
Tableau VII : Doses de gingembre administrées lors de l’étude de Ryan JL et al
Prise
Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3 Groupe 4
journalière
1 capsule de 2 capsules de
250mg de 250mg de 3 capsules de
3 capsules
1ère prise gingembre + 2 gingembre + 1 250mg de
de placebo
capsules de capsule de gingembre
placebo placebo
1 capsule de 2 capsules de
250mg de 250mg de 3 capsules de
3 capsules
2ème
prise gingembre + 2 gingembre + 1 250mg de
de placebo
capsules de capsule de gingembre
placebo placebo
Bien que ces deux études annoncent des résultats prometteurs, certaines autres
viennent les contredire.
Ainsi, un essai clinique a été mis en place en 2009 par Zick SM et al. et a
regroupé 162 patients. Tous ont été traités par un antagoniste des récepteurs 5-
HT3 ou par de l’aprépitant, un antagoniste de récepteurs à la substance P.
Certains d’entre eux ont également reçu une dose de 1 à 2 grammes d’extrait
sec standardisé de gingembre (contenant 5% de gingérols) à répartir en deux
prises, pendant 3 jours.
Les résultats n’ont pas montré d’amélioration significative de NVCI lors de
l’addition du gingembre au traitement conventionnel. Par contre, les patients
traités par le gingembre étaient significativement moins fatigués et ont rapporté
moins d’effets secondaires que ceux du groupe placebo (39) (71).
44
[Link] Nausées et vomissements post-opératoires : NVPO
• Rappels physiopathologiques
Tout comme pour les NVCI, des équipes de chercheurs se sont penchées sur
l’efficacité du gingembre dans le traitement des NVPO, à la fois au niveau
préventif qu’au niveau curatif. Certains ont également comparé l’effet du
gingembre par rapport à des antiémétiques classiques, tels que le
métoclopramide ou le dropéridol.
Plusieurs études sont résumées dans le tableau VIII pages suivantes :
45
Tableau VIII : Résumé d’essais cliniques concernant l’efficacité du gingembre sur les NVPO
46
Auteur Type de Groupe Groupe Moment
Participants Résultats
(date) chirurgie traitement contrôle d’administration
Effet similaire du gingembre et du
Philips Métoclopramide
N=120 1 g par voie orale métoclopramide : 21% et 27% de
(1993) Laparoscopie 10mg par voie IV Pré-opératoire
de gingembre nausées, contre 41% dans le
(39) Placebo
groupe placebo
4 groupes
-Groupe 1 : 2g de gingembre
Visalyaputra
-Groupe 2 : 1,25mg de dropéridol Pas de différences significatives
(1998) Laparoscopie N=80 Pré-opératoire
-Groupe 3 : 2g de gingembre + entre les 4 groupes
(39)
1,25mg de dropéridol
-Groupe 4 : Placebo
2 capsules de 0,5g
Mandal de gingembre + Ondansétron Effet supérieur de l’association
Non 1h avant
(2014) N=100 4mg (4mg IV) + gingembre + ondansétron à
renseignée l’intervention
(76) d’ondansétron en placebo l’ondansétron seul
IV
47
Les résultats des essais du tableau VIII s’accordent à dire que le gingembre est
efficace pour traiter les nausées apparaissant dans les deux à quatre heures
suivant la chirurgie. Cependant, son effet sur les nausées plus tardives n’est pas
significatif, tout comme l’effet sur les vomissements.
De plus, l’action du gingembre est similaire à celle des antiémétiques classiques ;
néanmoins, l’association entre ces deux produits aurait un effet supérieur à
l’utilisation d’un antiémétique seul.
Enfin, l’administration de 1g de poudre gingembre par voie orale semble être la
posologie idéale en terme d’efficacité : en effet, la seule étude ne démontrant
pas d’effet est celle utilisant un extrait alcoolique de gingembre, dosé à 200mg
maximum.
4.1.2 Digestion
Depuis des siècles, le gingembre est largement utilisé pour ces propriétés
carminatives. Aujourd’hui, de nombreuses études sont réalisées pour tenter d’en
élucider les mécanismes d’action.
Nous allons tout d’abord nous intéresser à l’effet carminatif du gingembre dans
son ensemble, puis nous détaillerons ses actions au niveau de la contraction du
muscle lisse présent au niveau intestinal.
48
En 2013, Mamaghani et al ont étudié in vitro et in vivo cette propriété.
Dans un premier temps, des morceaux de réticulum de muscle lisse issu de huit
chèvres ont été isolés et testés in vitro. Différentes doses d’extrait
hydroalcoolique de gingembre ont été administrées. Les résultats sont regroupés
dans les graphiques ci dessous :
Les figures 19 et 20 montrent donc qu’à des doses comprises entre 10 et 100
mg/L d’extrait, le gingembre a un effet spasmogène, c’est à dire qu’il entraine
des contractions. A l’inverse, à la dose de 1000mg/L d’extrait, le gingembre est
spasmolytique : il entraine la relaxation du muscle lisse.
49
Cette propriété est due à l’inhibition de l’acétylcholine : en effet, cette substance
est un neurotransmetteur jouant un rôle important dans l’activité musculaire, par
liaison à des récepteurs nicotiniques et muscariniques. L’inhibition de ce
médiateur ou de ses récepteurs entraine donc une relaxation du muscle lisse
(77).
Une autre étude réalisée in vitro, a quant à elle montré que l’extrait aqueux de
rhizome entraine la relaxation du muscle lisse d’un iléon isolé de rat, à la
concentration optimale de 0,6mg/ml, et la relaxation du muscle lisse du fundus
gastrique de rat à la concentration optimale de 1 mg/ml (51).
Le gingembre contiendrait donc des composés ayant des effets opposés en terme
de spasmogénicité : d’une part, les alcaloïdes et les saponines aux propriétés
cholinergiques et spasmogéniques ; d’autre part, les composés phénoliques tels
que les gingérols et le 6-shogaol, aux propriétés spasmolytiques (77).
Une autre étude in vivo, réalisée en 2007 par Riyazi et al, a permis de mettre en
évidence le rôle antispasmodique de l’alpha-phéllandrène, du beta-pinène, et du
terpinolène, via une interaction avec les récepteurs sérotoninergiques (78).
Parmi les essais cliniques concernant le sujet, l’un d’eux (portant sur des
volontaires sains) a démontré que l’administration par voie orale d’extrait de
gingembre augmente de façon significative la motilité antrale et la motilité
gastroduodénale, aussi bien à jeun qu’après un repas (25).
Cette propriété est due, là encore, à une action au niveau des récepteurs
sérotoninergiques 5-HT3.
50
4.1.3 Protection gastrique
Une étude in vivo a mis en évidence cette propriété : des rats ont reçu soit
1000mg/kg d’extrait de rhizome de gingembre, soit 100mg/kg de zingibérine
seule, soit 100mg/kg de 6-gingérol seul. Tous les extraits ont inhibé de manière
significative la sécrétion d’acide chlorhydrique, à des taux respectifs de 97,5%,
53,6% et 54,5%.
Ce résultat montre à la fois une action des composés phénoliques, 6-gingérol en
tête, et des composés terpéniques, majoritairement représentés par la
zingibérine. Ces deux familles de composés pourraient avoir un effet additif,
voire synergique, ce qui explique la différence entre le taux correspondant à
l’extrait entier, et les deux autres (une autre explication pourrait venir de la
différence de dose administrée) (39).
51
Parmi les études réalisées, l’une d’entre elles s’est intéressée à l’effet du
gingembre sur les ulcères induits par l’indométacine (AINS du groupe des
indoliques). Quatre groupes de rats ont constitué l’étude :
• Un groupe témoin sain ne recevant pas d’indométacine
• Un groupe malade, c’est à dire auquel l’AINS a été administré
• Deux groupes recevant un traitement par voie orale : soit 20mg/kg de
famotidine (antagoniste histaminergique entrainant une inhibition de la
sécrétion gastrique), soit 100mg/kg de gingembre.
Les rats traités ont reçu quotidiennement leur traitement, pendant 14 jours, puis
ont reçu 20mg/kg d’indométacine par administration intra-péritonéale. Les
résultats de l’étude sont reportés sur les graphiques ci-dessous :
52
Cette propriété serait due à la présence, entre autres, de (6)-gingérol, de
zingibérine, de beta-sesquiphellandrène, de beta-bisabolène, de ar-curumène…
Plus d’une douzaine de constituants du gingembre auraient ainsi une activité
antiulcérogénique (25).
Bien que les liens entre molécules et mécanismes d’action ne soient pas
clairement établis, la corrélation entre l’inhibition de la sécrétion gastrique, et
l’augmentation de la sécrétion de mucus (via l’augmentation de la sécrétion de
mucine, une protéine glycosylée) couplée à la diminution de la perte cellulaire
peut expliquer l’action gastroprotectrice du gingembre (82).
S’ajoute à ces processus une inhibition de la libération d’histamine, médiateur
jouant un rôle dans la sécrétion d’acide chlorhydrique. Enfin, les propriétés
antioxydantes du gingembre complètent son effet gastroprotecteur (81).
Une fois que la bactérie a colonisé le mucus de la paroi gastrique, elle prolifère et
sécrète une toxine qui altère le métabolisme de cellules de l’estomac. En réponse
à cette attaque, ces cellules sécrètent davantage d’acide chlorhydrique : la
combinaison de ces deux sécrétions (toxine d’une part, acide chlorhydrique
d’autre part) entraine une inflammation chronique de la muqueuse gastrique
(84).
La principale forme d’infection à [Link] est donc une gastrite, pouvant persister
durant toute la vie de l’individu si elle n’est pas traitée.
Certaines formes sont asymptomatiques, tandis que d’autres peuvent se
manifester par des crampes, des douleurs abdominales, ou encore des nausées
et/ou vomissements.
53
En l’absence de traitement, une gastrite à [Link] peut évoluer en deux
pathologies plus graves : d’une part, les ulcères gastrique et duodénal, qui
entrainent une fragilisation des muqueuses et donc une sensibilité accrue de
l’estomac et de l’intestin ; d’autre part, le cancer gastrique.
Bien que seulement 1% à 3% des infections à [Link] évoluent en carcinome
gastrique (au bout de plusieurs années, voire dizaines d’années), ce type de
cancer reste particulièrement meurtrier.
Helicobacter pylori est d’ailleurs classée comme bactérie carcinogène de type 1
depuis 1994 (selon l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer), c’est à
dire qu’elle entraine un risque de cancer certain chez l’Homme (60% à 90% des
cancers gastriques sont dus à [Link]) (83).
Pour lutter contre une infection à [Link], des traitements efficaces existent, et
reposent sur l’association d’un antibiotique (amoxicilline dans un premier temps)
et d’un inhibiteur de la pompe a protons (IPP) pendant une dizaine de jours.
Cependant, face aux problèmes grandissants de résistance bactérienne aux
antibiotiques, les chercheurs s’intéressent davantage à la phytothérapie, et
notamment au gingembre.
Nous avons vu dans la partie précédente que Zingiber officinale possède un effet
gastroprotecteur important.
De plus, il exerce une action directe sur la bactérie : ainsi, il a été prouvé que
l’extrait de rhizome de gingembre est capable d’inhiber in vitro la croissance de
19 souches différentes d’[Link], dont cinq sont connues pour être responsables
de cancers gastriques.
Bien que les mécanismes d’action restent flous, on suppose que les gingérols et
les autres composés phénoliques jouent un rôle important : ils inhibent la
croissance d’[Link] à des concentrations minimales inhibitrices (CMI) allant de
0,78 à 12,5 microg/mL, et sont également de puissants inhibiteurs de la pompe
à protons. Ils seraient d’ailleurs six à huit fois plus puissants que le lansoprazole
(39) (85).
In vivo, une étude a été réalisée sur des rongeurs pour déterminer l’intérêt du
gingembre aussi bien en traitement curatif qu’en prévention. Pour cela, des
gerbilles ont reçu 100mg/kg d’extrait de gingembre trois semaines avant d’être
infectées, ou six semaines après exposition.
Il a ainsi été démontré une réduction significative de la croissance d’ [Link],
une diminution de l’inflammation et de l’érosion de la muqueuse gastrique, ainsi
qu’une diminution de la dégénérescence cellulaire dans le groupe traité par
l’extrait de gingembre par rapport au groupe contrôle, le tout sans augmenter la
mortalité ni la morbidité.
Ces observations prouvent donc une forte activité de Zingiber officinale dans
l’éradication d’Helicobacter pylori, et une certaine innocuité.
54
De plus, il a été prouvé que le gingembre possède une action inhibitrice envers
la cyclooxygénase 2, envers les interleukines IL-1, IL-6 et IL-8, et envers le TNF-
alpha (tumor necrosis factor-alpha) : ces molécules pro-inflammatoires et
promotrices de tumeurs (cas du TNF-alpha) sont libérées dans de nombreux
états inflammatoires (comme nous allons le voir plus tard), et notamment dans
le cas des cancers gastriques.
Ces résultats montrent par conséquent que le gingembre pourrait être utilisé à la
fois en traitement d’éradication d’ H. pylori, et à la fois en traitement
prophylactique contre les cancers gastriques (86).
55
4.2 Inflammation et douleur
56
S’ensuit la phase d’amplification : il y a à la fois une activation et un afflux de
cellules immunitaires vers les tissus lésés ; et une libération de divers
médiateurs pro-inflammatoires, classés en deux catégories :
• Les médiateurs préformés, c’est à dire déjà existants dans l’organisme
avant l’agression : histamine, sérotonine, protéases, chimiokines.
• Les médiateurs néoformés, c’est à dire issus d’un précurseur initialement
présent :
a. L’acide arachidonique, entrainant la formation des eicosanoïdes via
la voie des cyclooxygénases (donnant les prostaglandines et le
thromboxane A2) et des lipooxygénases (donnant les leucotriènes).
b. Les cytokines, produites par les macrophages : certaines sont pro-
infkammatoires , notamment les interleukines IL-1, IL-6, IL-12, et
le facteur de nécrose tumorale TNF ; d’autres sont anti-
inflammatoires, telle que l’interleukine IL-10.
c. Les radicaux libres oxygénés et nitrés, produits par diverses
enzymes et dont le but et de détruire les microorganismes
pathogènes et les cellules. L’effet de ces radicaux est contrebalancé
par un système de défense antioxydant, mettant notamment en jeu
le glutathion et certaines enzymes (superoxyde dismutase,
catalase).
d. Les protéines de l’inflammation : protéine C réactive (PCR) et
fibrinogène par exemple.
C’est lors de cette phase d’amplification que se met en place la réponse
immunitaire, avec action des lymphocytes B et T.
57
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments largement
utilisés dans les maladies inflammatoires. Leur mécanisme d’action réside dans
l’inhibition des cyclooxygénases, ce qui empêche la formation des
prostaglandines pro-inflammatoires.
Cependant, ils présentent de nombreux effets indésirables, dont les plus
fréquents sont d’ordre digestif : nausées, douleurs abdominales, troubles du
transit, lésions des muqueuses… Ils peuvent également induire une insuffisance
rénale, une réaction allergique, un bronchospasme, voire des atteintes
hépatiques.
Ensuite, les gingérols et les shogaols ont une action inhibitrice sur certaines
cytokines : dans une étude in vitro réalisée en 2013, il a en effet été mis en
évidence qu’à une concentration de 20 micromoles/L, ces composés inhibent la
production d’interleukine-1 (IL-1), d’interleukine-6 (IL-6), du facteur de nécrose
tumorale (TNF-alpha), mais aussi de l’oxyde nitrique (NO).
Cette inhibition serait due au blocage de l’expression de gènes pro-
inflammatoires.
De plus, les gingérols ayant une chaine alkyl latérale plus longue seraient plus
efficaces : ainsi, le (10)-gingérol serait plus actif que le (6)-gingérol, composé
majeur du rhizome du gingembre (88).
58
Les résultats de ces investigations sont en adéquation avec ceux énoncés dans la
partie s’intéressant au rôle du gingembre dans l’éradication d’Helicobacter pylori.
En effet, le phénomène inflammatoire peut concerner plusieurs parties distinctes
de l’organisme : tube digestif, système respiratoire, articulations, ou encore
système nerveux. Les mécanismes d’action restent cependant les mêmes quels
que soient les organes ou systèmes atteints.
Cette étude randomisée réalisée en double aveugle versus placebo sur 261
patients souffrant de douleurs modérées à sévères s’est déroulée sur une période
de six semaines. Les patients ont reçu deux fois par jour soit de l’extrait de
gingembre, soit un placebo. La prise de paracétamol en complément était tolérée
en cas de besoin.
L’évaluation de la douleur reposait sur l’utilisation d’une échelle visuelle
analogique, et s’intéressait dans un premier temps à déterminer les patients
répondeurs au traitement : pour cela, leur douleur devait diminuer d’au moins
15mm sur cette échelle. L’efficacité du gingembre était ensuite étudiée par
rapport à la douleur en position debout, ainsi qu’à celle ressentie après une
marche de cinquante pas.
Les résultats de l’étude ont tout d’abord montré que les patients traités par le
gingembre répondaient significativement mieux que ceux sous placebo. De plus,
il a été démontré une réduction significative de la douleur aussi bien en position
debout qu’après une marche de 50 pas, ainsi qu’un moindre recours au
paracétamol. Quelques effets adverses digestifs ont été rapportés, cependant
leur intensité était modérée.
Par conséquent, il a été prouvé que le gingembre est efficace dans le traitement
anti-inflammatoire et analgésique de l’ostéoarthrite du genou, et qu’il est dans
l’ensemble bien toléré (90).
59
Une seconde étude réalisée en 2013, a quant à elle comparé l’effet du gingembre
à celui d’un anti-inflammatoire classique, le diclofénac.
Cet essai s’est déroulé sur douze semaines, et a inclus soixante patients
souffrant d’ostéoarthrite du genou.
Trois groupes ont été constitués :
• Groupe I : un comprimé de 50 mg de diclofénac et une capsule de placebo
• Groupe II : une capsule de 750 mg de poudre de gingembre et une
capsule de placebo
• Groupe III : une capsule de 750 mg de poudre de gingembre et un
comprimé de 50 mg de diclofénac
L’efficacité des traitements était évaluée grâce à une échelle visuelle analogique
(VAS) et à un index spécifique, toutes les deux semaines. L’apparition de tout
effet adverse était également notifiée.
L’interprétation des résultats a montré une diminution significative de
l’inflammation dans les trois groupes, avec une réduction encore plus importante
dans le groupe III. Les effets indésirables ne sont quant à eux pas
significativement différents entre les trois groupes.
Cette étude montre donc que le gingembre constitue un traitement sûr et
efficace des symptômes (principalement la douleur) de l’ostéoarthrite du genou,
sans pour autant être plus efficace que les anti-inflammatoires classiques (91).
Les résultats des deux études décrites ci dessus viennent corréler ceux d’une
méta analyse réalisée en 2015 par Bartels et al.
En effet, cette dernière a regroupé plusieurs essais cliniques traitant de
l’efficacité et de la sécurité d’emploi du gingembre dans le traitement de
l’osteoarthrite du genou : de manière générale, l’ensemble des essais montre
une réduction significative des symptômes, à savoir la douleur et l’invalidité qui
en découle (92).
60
4.3 Antioxydant
Les ERO, dont la production est stimulée entre autres par des hormones, des
cytokines et des facteurs de croissance, jouent un rôle important d’un point de
vue physiologique : en effet, elles permettent la réalisation de réactions d’oxydo-
réduction, indispensables à la mise en œuvre de certaines cascades de
signalisation cellulaire, et donc au bon fonctionnement de divers systèmes
(notamment immunitaire, neuronal, vasculaire…)
61
En effet, comme nous l’avons vu dans le chapitre étudiant l’inflammation, les
composés phénoliques du gingembre inhibent la production de certaines
cytokines, ce qui altère la synthèse des espèces réactives de l’oxygène. D’un
point de vue phytochimique, il semblerait que l’action antioxydante du 6-shogaol
provienne de la présence d’un groupement cétonique insaturé.
Ces mêmes composés inhibent également l’oxyde nitrique (NO) et bloquent
l’action de l’eau oxygénée (H2O2), deux espèces réactives de l’oxygène
majeures (94).
Une étude in vitro réalisée en juin 2015 a permis de mettre en évidence les
différents niveaux d’action du gingembre, étudié ici sous forme d’huile
essentielle.
Les résultats montrent que les composés sesquiterpéniques tels que le
farnésène, le beta-sesquiphellandrène, le zingibérène, ainsi que les aldéhydes
(citrals) et le camphène sont capables de bloquer les radicaux hydroxyls (OH*),
et dans une moindre mesure, les radicaux oxygénés (O2*) (95).
Ainsi, une multitude de constituants de Zingiber officinale agissent aussi bien sur
la production que sur l’action des molécules responsables du stress oxydatif.
Cependant, le stress oxydant est un processus difficile à qualifier et à quantifier,
aussi bien au niveau moléculaire que fonctionnel.
C’est pourquoi les études in vivo et d’autant plus les essais cliniques sont
difficiles à mettre en œuvre.
62
Au niveau moléculaire, deux anomalies entrent en jeu :
• D’une part, une accumulation de la protéine béta-amyloïde dans le
cerveau, formant ainsi des plaques amyloïdes (ou plaques séniles)
toxiques pour les neurones.
• D’autre part, une phosphorylation accrue de la protéine Tau (protéine de
structure, naturellement présente dans le cerveau). Les neurones perdent
alors leur organisation structurelle : on parle de dégénérescence
neurofibrillaire. Cette désorganisation affecte d’abord la région de
l’hippocampe, siège de la mémoire à court terme ; puis s’étend. Ce
phénomène induit à terme une mort neuronale (96).
Une autre étude a quant à elle mis en évidence la faculté d’inhibition du peptide
beta-amyloïde, qui, combinée à une inhibition des cytokines, de
lipopolysaccharide, du facteur de nécrose tumorale TNF-alpha, fait du gingembre
une plante utile dans la prévention des désordres neurodégénératifs (98).
Pour résumer, le gingembre est une plante dont l’action combinée de plusieurs
de ses composés permet de prévenir la dégénérescence neuronale : action
antiinflammatoire (inhibition des cytokines, facteurs pro-inflammatoires), action
antioxydante (augmentation des enzymes luttant contre la peroxydation des
lipides), inhibition du peptide beta-amyloïde, inhibition de l’action
acétylcholinestérasique, et protection neuronale (99).
Bien qu’il ne puisse constituer un traitement curatif à part entière et qu’il est
difficile de mettre en place des essais cliniques, le rhizome de gingembre est
néanmoins une piste intéressante dans la prévention et la limitation de la
progression de la maladie d’Alzheimer.
63
4.4 Activité antimicrobienne
A partir d’un tel constat, il a été évident que les épices pouvaient également
avoir une activité bactéricide, antiparasitaire et antifongique à l’intérieur même
de notre organisme. De nombreuses études se sont intéressées au problème ;
plusieurs d’entre elles sont résumées dans les paragraphes suivants, en fonction
de la classe microbienne étudiée.
Les infections à Pseudomonas aeruginosa touchent dans la plupart des cas les
patients fragilisés, aussi bien par l’existence de plaies, que par une
immunodépression (mucoviscidose, cancers, brûlures graves…), ou encore suite
à certaines techniques médicochirurgicales telles que le sondage ou l’intubation.
La transmission se fait lors des procédures de soins, via du matériel médical
contaminé (100).
64
Grâce à son flagelle et à la présence de facteurs d’adhésion, le bacille
pyocyanique s’installe facilement sur la peau ou les muqueuses, puis se protège
en créant un biofilm à base d’exopolysaccharides. Cette capacité d’adhésion
entraine des infections de localisations variées, se situant aussi bien sur la peau,
qu’au niveau urinaire, respiratoire, méningé ou encore ostéo-articulaire.
Ces résultats ont ainsi montré que la zingérone modifie la structure du bacille
pyocyanique, le rendant ainsi plus sensible au système immunitaire et aux
antibiotiques (102).
65
Pour conclure, il semblerait donc que le rhizome de gingembre, grâce notamment
à la zingérone, constitue un agent anti-Pseudomonas potentiel ; mais l’absence
d’étude in vivo ne permet pas de déterminer si il peut constituer un traitement à
part entière.
Cependant, son association à des antibiotiques conventionnels augmente la
sensibilité de la bactérie, et constitue ainsi une alternative intéressante face à
des germes multirésistants.
Cette bactérie appartenant au groupe des Cocci à Gram positif fait partie de la
flore bactérienne commensale de la cavité buccale. Cependant, elle est
considérée comme responsable de l’apparition de caries : en effet, elle est
capable d’adhérer fortement à la plaque dentaire et aux autres bactéries de la
flore buccale. Ceci entraine la formation d’un biofilm polysaccharidique puissant
résistant à la salive et au fluor. Ce biofilm est renforcé par l’expression de
protéines liant les glucans (GBP : glucans binding protein).
De plus, lors de son adhésion, Streptococcus mutans utilise des sucres qui sont
convertis en acide lactique, très agressif pour l’émail dentaire et favorisant ainsi
l’apparition des caries (103).
66
• Effet du gingembre sur [Link]
Ainsi, Zingiber officinale, aussi bien sous forme d’extrait brut que de fraction
méthanolique, est un agent anti-cariogène potentiel, et pourrait constituer un
traitement préventif intéressant (105).
[Link] Entérocoques
Ces bactéries, tout comme les streptocoques, font partie des Cocci à Gram
positif, et sont présentes dans la flore commensale digestive et génito-urinaire.
Les deux espèces les plus connues sont Enterococcus feacalis et Enterococcus
faecium ; elle se développent facilement dans tout type de milieu, et sont ainsi
très résistantes dans l’environnement.
67
L’effet anti-entérococcique était évalué par une méthode de diffusion. Les
résultats sont représentés sur le graphique ci dessous :
D’après ces résultats, seules trois plantes ont démontré leur efficacité : le clou
de girofle (cloves), la cannelle (cinnamon) et le gingembre (ginger) ; tandis que
le fenugrec (fenugreek) et le poivre noir (pepper) n’ont montré aucun effet.
De plus, avec 100% de souches sensibles, seuls la cannelle et le gingembre ont
une activité antibactérienne sur la totalité des souches d’entérocoques testées
(107).
68
Chaque forme a été testée sur huit souches bactériennes
multirésistantes responsables de pathologies humaines :
• Escherichia coli
• Pseudomonas aeruginosa
• Bacillus subtilis
• Shigella sonnei
• Klebsiella pneumoniae
• Salmonella typhi
• Staphylococcus aureus
• Staphylococcus epidermidis
Pour préparer les trois extraits de plantes, ces dernières ont d’abord été lavées,
puis pelées, coupées, et séchées au soleil pendant une semaine. Elles ont ensuite
été pulvérisées, avant d’être mises en contact avec le solvant. Ainsi, 10
grammes de poudre d’ail d’une part, et 10 grammes de poudre de gingembre
d’autre part, ont été mélangés avec soit 100 mL d’eau distillée, soit 100 mL
d’éthanol ; soit 100 mL de méthanol, ce qui a permis d’obtenir un total de six
préparations.
69
Figure 24 : Concentrations minimales inhibitrices des différents extraits de
gingembre sur les bactéries testées (108)
[Link] Conclusion
Pour conclure, la rareté des études in vivo et des essais cliniques ne permet pas
d’utiliser le gingembre comme traitement curatif des infections bactériennes.
Cependant, les résultats de nombreuses études in vitro sont prometteurs : en
effet, diverses familles de bactéries sont sensibles à l’action de Zingiber
officinale ; il peut donc être qualifié d’agent antibactérien naturel.
Bien que son action antibactérienne sur des souches multirésistantes reste à
approfondir, il semble être une alternative efficace aux traitements antibiotiques
classiques.
70
4.4.2 Action antifongique
Plusieurs familles d’antifongiques sont utilisées pour traiter les candidoses ; leur
indication dépend du type d’infection. Tout comme pour les antibiotiques,
certaines espèces développent une résistance aux traitements conventionnels, ce
qui a poussé les équipes de recherche à s’orienter vers des traitements
alternatifs, et notamment vers la phytochimie.
Aucune étude in vivo n’a été mise en place concernant l’action anti- Candida du
gingembre, ce qui laisse encore beaucoup d’incertitudes sur cette propriété.
Cependant, quelques études in vitro ont été réalisées : leurs résultats, plutôt
encourageants, sont à approfondir.
71
L’une des études, effectuée in vitro en 2013, a montré l’efficacité anti–Candida
albicans d’un extrait éthanolique à 10% de gingembre, en déterminant une
concentration minimale inhibitrice de 2,5%, et une zone maximale d’inhibition de
14mm, via une technique de diffusion sur gel d’agar (110).
D’après ces résultats, Zingiber officinale présente bien une action anti-Candida.
Néanmoins, il semble que cela ne soit pas la plante la plus puissante dans ce
domaine.
En effet, une équipe brésilienne s’est intéressée dès 2008 à l’activité antifongique
d’huiles essentielles de plusieurs plantes : ainsi, la cannelle (Cinnamomum
zeylanicum), l’origan (Origanum vulgare), l’origan mexicain (Lippia graveolens)
le basilic (Ocimum basilicum), le romarin (Rosmarinus officinalis), le thym
(Thymus vulgaris), la sauge (Salvia officinalis) et le gingembre (Zingiber
officinale) ont été testées.
La cannelle, l’origan mexicain, l’origan, le thym et le gingembre ont montré un
effet antifongique, alors que le basilic, la sauge et le romarin n’ont eu aucun effet
sur les levures. Cependant, le gingembre a montré une moins bonne efficacité
que les autres plantes (112).
Une étude plus récente (menée en 2015) vient contredire les résultats de l’étude
précédente : en effet, les huiles essentielles des mêmes plantes ont été testées
sur Candida glabrata, une levure appartenant au genre Candida. Trente souches
étaient sensibles au fluconazole, tandis que trente autres y étaient résistantes.
72
Les huiles essentielles ont ici été testées à différents dosages, allant de 50
microgrammes/mL à 3200 microgrammes/mL.
Ici, l’huile essentielle de gingembre n’a montré aucun effet, tout comme celle de
sauge, de romarin et de thym ; aussi bien sur les souches sensibles que les
souches résistantes au fluconazole, et ce quelle que soit la dose utilisée (113).
Pour résumer, l’effet du rhizome de gingembre contre les levures Candida reste
discutable. Davantage d’études sont nécessaires pour conclure à une véritable
action antifongique sur ce type de germe.
Néanmoins, il apparaît évident que certaines plantes possèdent des propriétés
anti-Candida; leur association permettrait la mise au point de traitements
antifongiques parallèles aux traitements classiques, plus sûrs et naturels.
Aspergillus spp est un genre de champignon qui regroupe environ 180 espèces. Il
s’agit de champignons filamenteux asexués se développant surtout à des
températures comprises entre 25 et 40 degrés, et pouvant croître dans des
milieux très secs.
Parmi la quarantaine d’espèces pathogènes, Aspergillus fumigatus est la plus
répandue, suivie d’Aspergillus flavus et d’Aspergillus niger. Les infections que ces
champignons entrainent, appelées aspergilloses, peuvent être de gravité
variable, allant de la « simple » allergie clinique, à des aspergilloses pulmonaires
ou extrapulmonaires envahissantes chez les patients immunodéprimés (114).
La contamination se fait surtout par inhalation des spores, mais aussi par
ingestion d’aliments ou d’eau contaminés : en effet, Aspergillus est un genre
ubiquitaire ; il est donc présent dans l’air, sur le sol (terre, plantes…) , mais aussi
dans la nourriture ou l’eau, principalement dans les pays à climat tropical.
C’est sur ce dernier point que quelques études in vitro se sont penchées : en
effet, dans la plupart d’entre elles, le paramètre testé était l’inhibition de la
synthèse d’aflatoxines, grâce à diverses plantes.
73
Plusieurs études s’accordent à dire que le gingembre a un effet minime quant à
son action anti-aflatoxine, ou en tout cas moins important que d’autres plantes
telles que la cannelle ou le clou de girofle (116) (117).
[Link] Conclusion
74
[Link] Virus respiratoire syncytial humain
Après une période d’incubation allant de 2 à 8 jours, une atteinte des voies
aériennes supérieures se manifeste, notamment par une rhinopharyngite. Une
atteinte des voies respiratoires basses peut apparaître assez rapidement, et se
caractérise par une toux, une dyspnée, voire des signes de détresse respiratoire.
Dans la plupart des cas, l’évolution est favorable ; cependant, chez les tout petits
ou les enfants immunodéprimés, une hospitalisation s’impose.
En 2013, une équipe Taïwannaise a étudié in vitro l’action du gingembre sur des
cellules respiratoires humaines infectées par le virus respiratoire syncytial.
Pour cette étude, des cellules des voies aériennes supérieures d’une part, et des
voies aériennes inférieures d’autre part, ont été mises en présence soit d’extrait
aqueux de gingembre frais, soit d’extrait aqueux de gingembre séché.
Par une méthode de dosage de réduction des plages virales dans les cellules du
tractus respiratoire, il a été montré que le gingembre frais inhibe la formation de
telles plages, aussi bien sur les cellules des voies respiratoires hautes, que
basses. A l’inverse, l’extrait de gingembre séché n’a montré aucun effet (120).
75
Concernant le mécanisme d’action, il semblerait que le rhizome de gingembre
frais bloque à la fois l’adhésion du virus aux cellules, ainsi que son
internalisation. Enfin, à fortes doses, le gingembre serait capable de stimuler la
production de cytokines (notamment l’interféron-béta) chez les cellules infectées,
et ainsi de lutter contre l’invasion virale (120).
Bien que les résultats de cette étude soient encourageants, trop peu
d’investigations ont été faites à ce jour pour permettre d’affirmer que Zingiber
officinale puisse constituer un traitement anti-VRS à part entière. De plus, la
population atteinte par les infections à VRS est particulière : mener des études in
vivo et des essais cliniques risque de s’avérer difficile sur des enfants en bas âge.
a. Type 1 : HSV-1
Le virus de l’herpes simplex de type 1 (HSV-1) est un virus à ADN faisant partie
de la famille des herpesviridae et du genre des alphaherpesvirinae.
Transmis par contact avec une muqueuse buccale infectée, il entraine des
infections très fréquentes : l’herpès orofacial et l’herpès labial, appelé
communément bouton de fièvre. Dans une bien plus faible proportion, le virus
HSV-1 peut également entrainer des infections génitales.
76
• Effiet du gingembre sur le HSV-1 et mécanisme d’action
Deux paramètres ont été mesurés dans cette étude : d’une part, la concentration
de plante nécessaire à réduire de 50% la population cellulaire atteinte (CC50);
d’autre part, la concentration inhibitrice de 50% des plages virales (EC50).
Grâce à ces mesures, des courbes dose-réponse ont pu être déterminées, et sont
représentées ci dessous:
77
La deuxième partie de l’étude consistait à déterminer à quel moment du cycle
viral les huiles essentielles testées étaient les plus efficaces. Pour cela, les huiles
essentielles ont été ajoutées au milieu de culture à différentes phases d’infection
virales :
• Préincubation de cellules saines avec les huiles essentielles pendant une
heure, avant d’être mises en contact du virus
• Prétraitement du virus HSV-1 pendant une heure avec les huiles
essentielles, avant d’infecter les cellules
• Ajout des huiles essentielles lors de la phase d’adsorption virale
• Ajout des huiles essentielles lors de la phase de réplication intra-cellulaire
Des groupes contrôles, composés de cellules infectées par le virus, ont permis de
calculer des ratios du type : Production virale en présence d’huile
essentielle/Production virale en absence d’huile essentielle.
Il a ainsi été montré que les huiles essentielles des quatre plantes étudiées sont
plus efficaces sur le virus HSV-1 avant son adsorption cellulaire.
Cette découverte a permis de proposer un mécanisme d’action : il semblerait que
les composés sesquiterpéniques de l’huile essentielle de gingembre agissent au
niveau de la structure de l’enveloppe virale. En effet, certaines protéines de
l’enveloppe de HSV-1 sont indispensables à son adsorption et à son
internalisation cellulaire ; leur destruction empêche donc l’entrée du virus dans la
cellule hôte (122).
Cette action sur l’enveloppe virale est différente de l’action des antiviraux
classiques : en effet, l’aciclovir agit sur l’ADN polymérase virale une fois que le
virus se trouve dans la cellule hôte, ce qui inhibe la réplication virale.
b. Type 2 : HSV-2
78
Les médicaments antihérpétiques sont les mêmes que ceux utilisés contre HSV-
1. Leur efficacité réside dans la réduction des symptômes, mais ils ne peuvent
éradiquer l’infection (121).
L’équipe de chercheurs qui s’était intéressée à HSV-1 a mené en 2008 une étude
similaire, mais sur des cellules infectées par HSV-2. La même conclusion a été
tirée : l’huile essentielle de gingembre a une action antiherpétique dose
dépendante, en détruisant l’enveloppe virale avant son entrée dans la cellule
hôte (123).
Pouvant toucher toutes les tranches d’âges, l’infection grippale se caractérise par
l’apparition d’une fièvre brutale accompagnée de maux de tête, de frissons, de
douleurs musculaires, et souvent d’une rhinite avec toux sèche et gorge irritée.
Généralement, la guérison est spontanée au bout d’une à deux semaines ;
cependant, chez les populations à risque telles que les nourrissons, les patients
immunodéprimés et les personnes âgées, des complications peuvent survenir,
nécessitant parfois une hospitalisation.
Le traitement de la grippe par les antiviraux est de nos jours limité : en effet,
des mutations génétiques virales ont lieu d’une année à l’autre, rendant le virus
résistant à de nombreux traitements.
Une fois l’infection installée, un traitement symptomatique (antalgiques,
antipyrétiques, traitement de la rhinite) permet de réduire l’intensité et la durée
des symptômes, mais n’élimine pas le virus.
79
• Effet du gingembre sur le virus grippal
De par la variabilité génétique des virus grippaux, il est peu probable que le
gingembre ait une action antigrippale avérée, et aucune étude n’a été publiée à
ce sujet.
Or, comme nous l’avons précédemment, Zingiber officinale est capable d’inhiber
différents médiateurs de l’inflammation. Ainsi, il peut constituer un traitement
alternatif contre la fièvre et les maux de tête, principaux symptômes grippaux.
[Link] Conclusion
En conclusion, l’action antivirale du gingembre n’a pas encore été affirmée par
des études cliniques. Cependant, selon le virus étudié, plusieurs hypothèses ont
pu être émises.
Bien que peu nombreuses, la plupart des recherches sur les capacités
antiparasitaires du gingembre traitent d’un ver particulier : Schistosoma
mansoni. Ce parasite fait donc l’objet d’une grande partie de ce chapitre. Nous
résumerons également quelques études concernant d’autres parasites moins
communs.
80
[Link] Schistosoma mansoni
Il s’agit d’un ver plat (trématode) de 1,5 cm de long, appartenant à la famille des
schistosomatidae, et vivant dans les pays à climat tropical.
Son cycle parasitaire est indirect, c’est à dire qu’il nécessite un hôte
intermédiaire, où a lieu une reproduction asexuée ; et un hôte définitif, ou se
déroule la reproduction sexuée. Ce cycle est représenté sur le schéma ci
dessous :
81
La bilharziose intestinale est l’infection causée par Schistosoma mansoni. Trois
phases peuvent être décrites :
Plusieurs études in vitro et in vivo ont été menées à propos de l’action anti-
schistosome du gingembre. Quelques unes d’entre elles sont résumées dans le
tableau IX page suivante .
82
Forme de
Modalités
Auteurs (date) gingembre Type d’étude Paramètres étudiés Résultats
d’administration
administrée
Mort de la quasi totalité des vers en
200mg/L, dans le milieu de 24h.
In vitro
culture Diminution significative de la
production d’œufs.
Extrait Mortalité et fécondité
Sanderson et al Pas de réduction significative du
éthylacétique des vers
(2002) (129) nombre de vers par rapport au
150mg/kg par voie orale et
In vivo sur des souris groupe contrôle.
sous-cutanée
Pas de diminution de la production
d’œufs.
Diminution de la densité des œufs
Nombre d’œufs et
dans le foie et les selles.
In vivo sur des souris aspect des vers dans
Perte de la structure normale de la
Extrait aqueux le foie et les selles
Mostafa et al Non renseigné surface des vers
brut
(2011) (130) Réduction du nombre et de la taille
Histopathologie après Examen du foie et des
des granulomes inflammatoires
sacrifice des souris intestins
hépatiques et intestinaux.
Quantité d’œufs et
Diminution significative
charge parasitaire
Administration par voie
Aly HF, Lantawy Réduction du diamètre des
Extrait éthanolique In vivo sur des souris orale pendant 45 jours, Diamètre des
MM granulomes.
début à J+2 ou J+45 granulomes,
(2013) (131) Réduction de certains médiateurs
inflammation
inflammatoires.
Seif El-Din et al Administration orale de
Extrait éthéré In vivo sur des souris Quantité de vers Pas de diminution significative
(2014) (132) 500mg/kg pendant 3 jours
Tableau IX : Résumé de quelques études concernant l’effet du gingembre sur Schistosoma mansoni
83
Les résultats du tableau IX montrent que le gingembre a une action anti-
schistosome, aussi bien sur les vers adultes (charge parasitaire) que sur les
œufs.
Cependant, les doses de gingembre administrées et les durées de traitement
diffèrent dans chaque étude, ce qui pourrait expliquer l’absence de résultat
positif dans l’étude la plus récente.
Dans tous les cas, de plus amples investigations sont nécessaires pour conclure à
une réelle efficacité d’une part, et pour élucider le mécanisme d’action du
rhizome d’autre part.
Bien qu’aucune autre action vermifuge n’ait fait l’objet d’investigations poussées,
quelques données existent sur d’autres parasites :
84
4.5 Niveau métabolique
Ces dernières années, plusieurs études ont été menées sur l’activité
antidiabétique du rhizome de gingembre, et les résultats sont nombreux.
Après quelques rappels physiopathologiques, nous examinerons les résultats des
différentes études réalisées (in vitro, in vivo, et essais cliniques) en nous basant
notamment sur une méta-analyse d’une équipe de recherche australienne
(2012). Puis nous nous intéresserons plus en détail au mécanisme d’action du
gingembre sur les différents composés intervenant dans le diabète. Enfin, nous
étudierons comment le gingembre peut prévenir les complications du diabète.
85
Les antidiabétiques oraux constituent le traitement de base de ce diabète. Ils
appartiennent à différentes classes pharmacologiques, et peuvent être utilisés
seuls, ou associés entre eux, ou associés à des injections d’insuline dans les cas
où une insulinopénie s’installe (136).
Les études faites sur les animaux montrent quant à elles une diminution
significative de la glycémie suite à l’administration d’extrait de gingembre à des
rats diabétiques, et ce de façon dose dépendante (de 100mg/kg à 800mg/kg),
avec un effet maximal observé environ quatre heures après la prise.
De plus, après six semaines de traitement par le gingembre, il a été démontré
une augmentation de l’insulinémie, associée à une réduction du cholestérol, des
triglycérides plasmatiques et des acides gras libres, quel que soit le type de
diabète. Tout comme pour les études in vitro, le (6)-gingérol est le composé le
plus actif dans l’effet antidiabétique (137).
Bien que le gingembre soit efficace sur les rats diabétiques, il n’en est pas de
même sur les rats sains. En effet, les résultats des études sont ici mitigés, mais
après six semaines de cure de jus de gingembre, aucun effet n’a été démontré,
aussi bien sur l’insuline que sur le cholestérol (137).
Une étude réalisée sur des lapins a tout de même montré que l’administration
d’un extrait alcoolique de rhizome de gingembre à des doses allant de 100mg/kg
à 300mg/kg induit une hypoglycémie chez plus de la moitié d’entre eux. Cette
hypoglycémie a lieu deux heures après l’administration, et se maintient pendant
quatre heures (51).
• Essais cliniques
Suite aux bons résultats des études in vivo, plusieurs essais cliniques ont été mis
en place. La voie orale est ici la voie d’administration privilégiée ; les doses
administrées sont comprises entre 1 g/jour et 3 g/jour, pour une durée de
traitement allant de 2 à 3 mois. Le tableau X page suivante résume certains de
ces essais.
86
Tableau X : Résumé d’essais cliniques randomisés étudiant l’effet antidiabétique du gingembre sur des patients atteints d’un
diabète de type 2
Abréviations :
N : nombre de participants ; HbA1c : Hémoglobine glyquée ; LDL-C : Cholestérol de faible densité ; HDL-C : Cholestérol de
haute densité
87
La majorité des résultats du tableau X montre que le gingembre possède bel et
bien un effet antidiabétique : plusieurs essais concluent à une action réductrice
sur la glycémie à jeun, sur la résistance à l’insuline et sur l’hémoglobine glyquée,
qui reflète l’équilibre glycémique des trois derniers mois.
Cependant, certains résultats viennent contredire cette démonstration. Les
conditions d’évaluation ont peut être fait l’objet de biais : ainsi, le résultat de
l’étude de l’équipe d’Azimi et al pourrait être faussé par l’administration
simultanée du thé noir aux patients.
Tout d’abord, le gingembre exerce une action sur diverses enzymes intervenant
dans le métabolisme des glucides :
Cette propriété a été confirmée lors d’une étude in vivo, où des rats ont tout
d’abord reçu 1 mg/kg de sérotonine par voie intrapéritonéale. L’injection de
sérotonine a induit une hyperglycémie et une hypoinsulinémie. Du jus de
gingembre a ensuite été admninistré, et il a été observé une normalisation de la
glycémie et de l’insulinémie (25).
88
Il semblerait donc que le gingembre agisse de façon inhibitrice au niveau des
récepteurs sérotoninergiques, et ce grâce aux composés phénoliques : en effet, il
est possible que ces composés forment un complexe avec les récepteurs, sur un
site distinct du site de liaison de la sérotonine, entrainant ainsi un phénomène
d’inhibition non compétitive avec le neurotransmetteur.
Bien que ce processus reste hypothétique, le (6)-shogaol serait le composé le
plus actif, suivi du (8)-gingérol, du (10)-gingérol et enfin du (6)-gingérol (137).
Enfin, et comme nous allons le voir dans la partie suivante, le gingembre joue
également un rôle dans le métabolisme des lipides.
Il est connu qu’une surcharge en lipides, notamment en acides gras libres, inhibe
le transport du glucose dans les tissus périphériques, et ainsi sa consommation.
L’effet hypolipémiant du gingembre permet donc de restaurer la sensibilité
cellulaire à l’insuline, et ainsi de diminuer la glycémie (137).
A long terme, et surtout lorsqu’il est mal traité, le diabète peut entrainer de
graves complications, sur plusieurs organes distincts. Pour les prévenir, il est
essentiel d’avoir un traitement antidiabétique adapté, et de se montrer très
observant dans les contrôles glycémiques et le respect des mesures
hygiénodiététiques.
89
a) Néphropathie diabétique
Une autre partie de l’étude était d’ordre histopathologique. A partir des mêmes
groupes de rats, il a été observé une altération tissulaire rénale dans le groupe
C, et une absence de lésions dans le groupe D (148).
Une autre étude in vivo réalisée en 2015 a quant à elle évalué l’effet du
gingembre sur le rein par dosages de l’urémie et de la créatininémie ; l’urée et la
créatinine étant les deux indicateurs principaux de l’état de la fonction rénale.
Après avoir été rendu diabétique par l’administration de 50 mg/kg de
streptozocine, le groupe « traitement » a reçu 500 mg/kg d’extrait de
polyphénols issus du gingembre, pendant 42 jours.
90
A la suite du traitement, il a été observé une diminution significative de la
glycémie et de l’urémie, une augmentation de l’insulinémie, et aucune
modification de la créatininémie.
Parallèlement, l’étude histopathologique a révélé une restauration des
dommages tissulaires dans le groupe traité par le gingembre par rapport au
groupe témoin (149).
Dès 2008, l’effet positif du gingembre d’un point de vue histopathologique a été
démontré : en effet, les résultats de l’étude d’une équipe du Koweit montrent
clairement des différences entre le groupe traité par le gingembre et le groupe
témoin : le gingembre agit sur l’hypertrophie glomérulaire, signe de la
néphropathie fonctionnelle ; sur la fragmentation du cytoplasme et sa rétraction,
ainsi que sur la précipitation des éosinophiles dans les glomérules et les
microvaisseaux, un processus qui favorise la formation des dépôts
d’immunoglobulines (150).
D’après ces résultats, il apparaît donc probable que Zingiber officinale, et plus
particulièrement ses polyphénols tels que les gingérols et shogaols, puisse
constituer un traitement préventif des effets délétères à long terme du diabète.
La mise en place d’essais cliniques reste cependant indispensable pour conclure à
une réelle efficacité.
b) Complications oculaires
En 2006, une équipe japonaise a travaillé sur l’effet inhibiteur du gingembre sur
l’aldose réductase, in vitro et in vivo.
Cette enzyme permet de convertir le glucose en sorbitol et en fructose lors d’une
situation d’hyperglycémie. L’accumulation de ses glucides dans les micro-
vaisseaux oculaires favorise l’apparition de rétinopathie et de cataracte.
91
Plusieurs composés du gingembre ont été testés dans cette étude. Deux d’entre
eux se sont avérés être de puissants inhibiteurs de l’aldose réductase, avec une
concentration inhibitrice médiane (IC50) proche de 20 micromoles/L.
Ces deux composés diminuent également fortement l’accumulation de sorbitol
dans les globules rouges, ainsi que l’accumulation de galactitol, un autre polyol,
chez 30% des rats étudiés.
Enfin, il a été démontré une relation entre la structure du composé et son
activité inhibitrice: il semblerait que la longueur de la chaine alkyl, et la présence
d’un groupement méthoxy (O-CH3) dans le cercle aromatique joue un rôle
important dans l’effet anti-rétinopathie (152).
Une autre étude, réalisée en 2010, s’est quant à elle intéressée à l’effet du
gingembre sur les produits de glycation.
La glycation des protéines, aussi appelée réaction de Maillard, correspond à la
fixation du glucose sur les protéines, ce qui ne s’observe pas en temps normal
mais qui est accélérée en cas d’hyperglycémie.
Cette réaction est à l’origine de la formation de composés dont l’accumulation a
un effet délétère pour l’organisme, et plus particulièrement pour les reins, les
yeux et les vaisseaux. Le dosage de tels produits fait partie du suivi de chaque
patient diabétique : leur taux doit être le plus faible possible (153).
Dans cette étude, des rats ont tout d’abord reçu 35 mg/kg de streptozocine, afin
d’induire une situation d’hyperglycémie. Un groupe a ensuite reçu pendant deux
mois une certaine dose de gingembre dans son régime alimentaire : de 0,5 à 3%
selon les cas.
Les paramètres étudiés ont été d’une part l’effet in vivo sur la cataracte, et
d’autre part l’effet in vitro (après sacrifice des rats) sur les produits de glycation.
92
Figure 27 : Etude de l’effet anti-cataracte d’un extrait contenant du gingembre et
du maïs chez des rats diabétiques (155)
93
Figure 29 : étude de l’effet inhibiteur d’un extrait combiné de gingembre et de
maïs (PWCG) à différentes doses sur l’aldose réductase (155)
Les complications neuronales, tout comme celles situées au niveau du rein et des
yeux, sont dues en grande partie au stress oxydatif et à un déficit en enzymes et
molécules antioxydantes.
Ainsi, une étude de 2011 s’est intéressée à l’action du gingembre sur différentes
zones du cerveau: le cortex cérébral, l’hypothalamus, l’hippocampe et le cervelet
ont été testés, grâce à l’extraction de fractions mitochondriales chez des rats
diabétiques.
94
Ce résultat rejoint celui du paragraphe précédent, et prouve que le gingembre
améliore le mécanisme de défense antioxydant du système nerveux central, et a
par conséquent un rôle neuroprotecteur (156).
• de l’amélioration de la neurogénèse
[Link] Conclusion
95
[Link] Rappels physiopathologiques
De nombreuses études in vitro ont été réalisées ces dernières années, et ont
obtenu des résultats similaires. Cependant, peu d’essais cliniques ont été mis au
point. Deux d’entre eux ainsi que trois études in vivo sont détaillés dans cette
partie.
96
Dans le même ordre d’idées, des chercheurs ont obtenu dès 2010 des résultats
semblables, suite à l’administration de doses variables (allant de 100 mg/kg à
400 mg/kg) d’un extrait aqueux de gingembre à des rats.
Il a en effet été montré une diminution significative des paramètres lipidiques, à
savoir le cholestérol total, le cholestérol de haute densité, le cholestérol de faible
densité, ainsi que les triglycérides (160).
Pour approfondir les bons résultats des études in vivo, un essai clinique
randomisé a récemment été mis en place sur des patients sous dialyse
péritonéale.
Rappelons que cette méthode d’épuration du sang est indiquée chez certains
patients diabétiques, souffrant d’insuffisance rénale ou de néphropathie, ou
encore chez des personnes atteintes de pathologies vasculaires, donc à haut
risque d’anomalies lipidiques.
Les 36 patients intégrés dans l’étude ont soit reçu un placebo, soit 1000 mg de
gingembre par jour pendant 10 semaines. Grâce à une simple prise de sang en
début d’étude et à la fin du traitement, il a été montré que l’administration de
gingembre diminue de façon significative le taux de triglycérides dans le sang
(15% de réduction par rapport au début de l’étude).
Cependant, aucune différence significative n’a été observée concernant le
cholestérol, quelle que soit sa forme (totale, de haute densité, de faible densité).
Par conséquent, il semblerait que le gingembre soit davantage actif sur les
triglycérides que sur la cholestérolémie (162).
Dans un domaine plus large, une équipe américaine a réalisé en 2015 un essai
clinique visant à évaluer l’effet d’un régime alimentaire épicé sur divers
paramètres lipidiques, ainsi que l’effet du stress sur ces mêmes paramètres.
L’échantillon de population était constitué de 20 personnes âgées de 30 à 65
ans, en surpoids ou obèses, mais ne présentant pas de pathologies graves.
97
Afin de rendre les variations des paramètres plus évidentes, les repas de quatre
groupes étaient riches en lipides : 100 kcal dont 45 g de graisses.
Les repas des groupes 1 et 2 contenaient en plus 14,5 grammes d’épices
variées : origan, paprika, gingembre, clou de girofle, cannelle, romarin, curcuma,
ail et poivre noir. La répartition et la dose des épices sont résumées dans le
tableau ci dessous :
Les groupes 2 et 4 ont quant à eux été mis dans des conditions de stress après
le repas, sous forme d’un discours à préparer et déclarer devant des « experts »
peu compatissants.
A cause de l’odeur des épices, l’essai n’a pas pu être réalisé en aveugle.
Cependant, pour ne pas influencer les participants, l’intitulé de l’étude était de
comparer l’effet d’une alimentation épicée à une supplémentation en épices sous
forme de capsules ; ainsi, les groupes 3 et 4 ont reçu en plus de leur
alimentation une capsule, qui contenait en réalité un placebo.
A la suite de la prise alimentaire, plusieurs paramètres ont été mesurés : taux de
cholestérol total, triglycéridémie, estimation du cholestérol de haute densité,
insuline et glucose.
98
Ainsi, il est possible de conclure que les épices jouent un rôle dans la régulation
des triglycérides, et que le stress est également un acteur important de
modulation des paramètres lipidiques (163).
Nous venons de voir que le gingembre exerce une action réductrice sur le taux
de certains lipides. Pour aller plus loin dans le mécanisme d’action, l’équipe
américaine ayant réalisé l’essai clinique détaillé plus haut a effectué en parallèle
une étude in vitro afin d’évaluer l’effet des épices sur l’activité de la lipase
pancréatique et sur la production de la phospholipase A2.
Pour rappel, la lipase pancréatique est une enzyme sécrétée par le pancréas, qui
permet de convertir les triglycérides apportés par l’alimentation en mono et
diglycérides, ainsi qu’en acides gras. Une activité trop importante de cette
enzyme peut conduire à une pancréatite (164).
Il a été montré que les épices diminuent de façon dose dépendante l’activité de
la lipase pancréatique et la production de la phospholipase A2, comme le montre
la figure page suivante.
99
Figure 31 : Inhibition in vitro de la lipase pancréatique et de la phospholipase A2
par les épices (163)
Ainsi, l’effet régulateur du gingembre sur les médiateurs lipidiques passe par une
inhibition de ces deux enzymes. Cette propriété serait due une fois encore à
l’action des composés phénoliques, présents dans de nombreuses épices.
Plusieurs enzymes ont été dosées dans cette étude, chacune agissant à un
niveau différent du métabolisme des lipides, et participant pour certaines à
lasynthèse du cholestérol et d’acides gras libres.
Après avoir reçu 75 mg/kg par jour de gingérols par voie orale pendant 30 jours,
il a été observé une diminution significative du poids des rats, des marqueurs
inflammatoires, et de l’ensemble des marqueurs du métabolisme lipidique.
Ainsi, l’effet hypolipémiant du gingembre passe en partie par une action sur les
enzymes lipidiques, grâce aux gingérols (165).
100
Le gingembre pourrait également agir sur le métabolisme des lipides par un effet
régulateur de l’expression de certaines protéines de liaison nécessaires à la
synthèse ou à la libération des lipides: un groupe de chercheurs japonais s’est
penché sur ce sujet en 2009, via une étude in vivo.
Enfin, les résultats d’une étude réalisée en 2014 rejoignent ceux de l’étude
précédente, et apportent de nouveaux éléments de réponse quant au mécanisme
d’action de Zingiber officinale.
101
[Link] Propriété hépatoprotectrice
Pour essayer de limiter ses effets tout en gardant une efficacité sur les
paramètres lipidiques, une équipe égyptienne s’est intéressée à l’association de
l’atorvastatine et du gingembre, grâce à une étude in vivo.
Les rats cobayes ont ici été répartis en plusieurs groupes, résumés dans le
tableau XI ci dessous :
Gingembre
Groupe Atorvastatine 20mg/kg Atorvastatine 80mg/kg
200mg/kg
1 : témoin
2 X
3 X
4 X X
5 X
6 X X
Après une période de 4 semaines de traitement, il a été montré que, bien que
l’atorvastatine entraine une diminution du taux de cholestérol total, elle induit
également des désordres hépatiques.
En effet, il a été observé une augmentation significative des enzymes hépatiques
(aminotransférases), du malondialdéhyde hépatique, et de l’oxyde nitrique ; ainsi
qu’une diminution des enzymes anti-inflammatoires telles que la superoxyde
dismutase et la catalase.
De plus, cette hépatotoxicité est dose-dépendante : ces variations ont été plus
marquées dans le groupe 5 que dans le groupe 3.
A l’inverse, dans les groupes 4 et 6, des effets opposés ont été observés :
diminution des aminotransférases et du malondialdéhyde, sans pour autant
augmenter la cholestérolémie.
Enfin, une recherche histopathologique a montré que l’administration simultanée
de gingembre a entrainé une réduction des lésions hépatiques induites par le
traitement conventionnel.
102
Une étude similaire a été conduite en 2013, et concernait cette fois l’association
du gingembre à l’acétaminophène, c’est à dire le paracétamol.
L’administration d’acétaminophène seul a entrainé chez les rats cobayes des
désordres hépatiques, caractérisés par une forte augmentation des enzymes
hépatiques, de l’activité de la phosphatase alcaline et de l’arginase, et enfin de la
concentration en bilirubine. Une diminution des taux d’albumine et de protéines
totales a également été observée.
Chez les rats préalablement traités par du gingembre, l’ensemble des marqueurs
enzymatiques hépatiques a diminué, ainsi que la bilirubinémie. De plus, une
diminution de la peroxydation lipidique a été observée, via une baisse du
malondialdéhyde (169).
[Link] Conclusion
103
4.6 Action antitumorale
Le cancer est une pathologie liée à l’espérance de vie : en effet, l’âge constitue le
premier facteur de risque d’apparition de cancer : l’âge médian de diagnostic est
de 68 ans chez l’homme et 67 ans chez la femme.
Parmi les organes atteints, la prostate est le plus fréquemment touché chez
l’homme, tandis que le cancer du sein est majoritaire chez la femme. Bien qu’un
peu moins fréquent, le cancer du poumon est le plus dangereux. Vient ensuite le
cancer colorectal (170).
Un cancer est une tumeur maligne formée par la prolifération désordonnée d’un
tissu ou d’un organe. Cette définition regroupe différentes notions.
Tout d’abord, le caractère malin d’un cancer signifie que les divers systèmes de
contrôle de l’organisme sont incapables de réguler sa croissance et son
expansion.
Ensuite, la notion de prolifération signifie que de nouvelles cellules se forment en
continu, sans organisation particulière, et au détriment des cellules constitutives
des organes atteints.
Enfin, tout tissu ou organe peut être le siège d’apparition d’un cancer : les
mécanismes de formation des tumeurs sont identiques quelle que soit la partie
du corps touchée.
Cependant, l’évolution d’un cancer est variable selon le tissu d’origine atteint et
la localisation de la tumeur. Ainsi, une tumeur au niveau cérébral sera plus vite
détectée qu’une tumeur située dans la cavité abdominale, car la place au niveau
du cerveau est réduite : une augmentation de la pression intracrânienne sera
rapidement diagnostiquée. A l’inverse, le diagnostic d’un cancer des ovaires est
souvent tardif, car la tumeur a de la place pour se développer, sans causer de
séquelles dans un premier temps.
104
Figure 32 : Aspect moléculaire du processus de cancérogénèse (171)
L’accumulation des lésions entraine des mutations géniques non réparées et qui
s’amplifient : les cellules cancéreuses échappent au contrôle des autres cellules,
par la stimulation de gènes activateurs de tumeurs (proto-oncogènes) et
l’inhibition des gènes suppresseurs de tumeurs, et se répliquent de façon
anarchique, indifférenciée et infinie (perte de l’apoptose) (171).
105
• L’inactivation des gènes suppresseurs de tumeurs touche de nombreuses
protéines, dont certaines sont régulatrices du cycle cellulaire. C’est
notamment le cas de la protéine p53, qui intervient en situation
physiologique dans le contrôle négatif du cycle cellulaire et dans la
réparation de la division de cellules. Une mutation de cette protéine
entraine donc son inactivation, et par conséquent le développement de
cellules anormales.
A l’inverse, l’hyperactivation de certaines protéines de type cyclines, les
CDK (cyclin dependant kinases) entraine également une altération du cycle
cellulaire et favorise la prolifération des cellules tumorales.
Au bout d’un certain temps, les cellules cancéreuses s’échappent de leur site
d’origine et migrent dans d’autres tissus via la circulation lymphatique ou
sanguine, permettant ainsi le développement de métastases.
Pour résumer, au moins six étapes sont nécessaires à l’apparition d’un cancer,
symbolisées sur la figure 33 ci dessous :
106
4.6.2 Mécanisme d’action anti-carcinogène du gingembre
Une équipe de recherche a constaté cet effet dès 2008. Dans cette étude, cinq
groupes de six rats ont été constitués, et ont chacun reçu un régime différent. Le
régime administré au groupe 4, nommé CDE (pour cholin-deficient ethionin) était
pauvre en choline mais enrichi en éthionine, un composé connu pour favoriser
l’apparition de cellules précurseures de cellules tumorales hépatiques.
Après 8 semaines de traitement, les rats ont été sacrifiés et plusieurs paramètres
ont été étudiés : le nombre de nodules cancéreux hépatiques ainsi que leur taille,
l’aspect des hépatocytes, l’expression du facteur anti-apoptotique NF-kappaB
(nuclear factor kappa-B) et l’expression du facteur de nécrose tumorale TNF-
alpha.
Groupe 1 2 3 4 5
Extrait de Extrait de
Huile Régime
Régime Normal gingembre à gingembre +
d’olive CDE
100 mg/kg régime CDE
Nombre de rats
avec une 0 0 0 6 1
tumeur
Incidence de la
0 0 0 100 17
tumeur (en %)
Taille de la
tumeur (en 0 0 0 1 0,1
cm)
Expression du
NF-kappaB (en 0 0 0 88,3 32,4
%)
Expression du
TNF-alpha (En 0 0 0 83,3 7,9
%)
107
Ces résultats montrent clairement que l’administration de Zingiber officinale a un
impact direct sur la tumeur, aussi bien sur son apparition que sur sa croissance.
De plus, il est capable de bloquer l’expression du facteur anti-apoptotique NF-
kappaB, ainsi que celle du facteur de nécrose tumorale TNF-alpha.
Or, le TNF-alpha est un précurseur du NF-kappaB. L’inhibition du facteur anti-
apoptotique est donc la conséquence du blocage du son précurseur par le
gingembre.
Ce phénomène a pour effet de réactiver le processus d’apoptose, et ainsi de
bloquer la croissance tumorale ainsi que la formation des métastases.
Il semblerait que cet effet soit du à la présence du 6-shogaol et du 6-paradol
(173).
Il avait déjà été démontré que le 6-paradol, de structure de type vanilloïde tout
comme les gingérols et les shogaols, possède une action inhibitrice sur les
cellules tumorales et sur la synthèse d’ADN dans le cas de leucémies myéloïdes
(174).
108
*P<0,0001
L’image ci dessous montre bien le changement d’aspect des noyaux des cellules
tumorales:
109
• La quantité de nitrate et de glutathion a diminué dans les trois groupes
traités, tandis que la quantité d’ions superoxide a augmenté.
La production de radicaux libres (ions superoxides) combinée à la
réduction de molécules anti-oxydantes (nitrate et glutathion) crée un état
favorisant le stress oxydant dans les cellules tumorales, et participe donc à
l’activité pro-apoptotique du gingembre.
Pour résumer cette étude, le gingembre présente bien une action cytotoxique sur
les cellules Hep-2, par une stimulation des espèces réactives de l’oxygène. Le
stress oxydatif qui en découle entraine une altération du noyau des cellules
tumorales, et une perte de leur composants : le processus d’apoptose est
réactivé (175).
Le mode d’action du 6-gingérol a été approfondi en 2015 par une étude in vitro
sur des cellules infectées par le papillomavirus humain (HPV), et in vivo sur des
souris infectées par le même virus.
Plusieurs résultats ont été constatés.
110
Le graphique ci dessous montre l’effet du 6-gingérol sur trois lignées de cellules
tumorales :
Il a été montré que le 6-gingérol réactive la protéine p53 qui, comme nous
l’avons vu plus haut, permet de protéger le génome contre les oncogènes. Cette
réactivation est possible grâce à une amélioration de sa transcription nucléaire,
et semble liée à l’augmentation d’une autre cible, la protéine p21 (177).
111
Une autre partie du mode d’action réside dans la génération d’espèces réactives
de l’oxygène. Ces molécules agissent à deux niveaux : d’une part, elles
permettent de maintenir un taux optimal de protéine p53, et d’autre part, elles
bloquent l’action de la cycline B1, une molécule indispensable à la réplication des
cellules cancéreuses.
La combinaison de ces deux actions entraine des dommages irréversibles de
l’ADN tumoral, qui à terme induisent l’arrêt de la prolifération et l’apoptose des
cellules du papillomavirus humain.
Il est donc possible de résumer les effets du 6-gingérol sur les cellules malignes
du papillomavirus humain selon le schéma ci dessous :
L’ensemble de ces résultats a ensuite été confirmé in vivo, après avoir inoculé
des cellules tumorales à des souris.
112
Il a été constaté que le 6-gingérol potentialise l’effet du cisplatine : en effet, une
concentration de 50 micromoles/L de 6-gingérol sensibilise les cellules tumorales
à seulement 2,5 micromoles/L de cisplatine, et la quantité d’espèces réactives de
l’oxygène est significativement augmentée lors de l’association des deux
produits. Les lésions de l’ADN tumoral sont elles aussi plus nombreuses, avec à
la clé une accumulation des cellules cancéreuses à un certain stade de
réplication, caractéristique de son inhibition.
L’effet pro-apoptotique qui en résulte est donc décuplé lors de l’association du 6-
gingérol au cisplatine, comme le montre le graphique ci dessous :
113
Pour conclure, Zingiber officinale possède une réelle action cytotoxique sur les
cellules tumorales, en agissant principalement comme agent pro-apoptotique,
grâce à des voies différentes :
114
4.7 Le mythe de la plante aphrodisiaque
115
Conclusion
De plus amples investigations et davantage d’essais cliniques sont dans tous les
cas nécessaires pour valider et développer l’ensemble des propriétés présentées
dans ce travail.
116
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