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Le gingembre : usages et perspectives

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Le gingembre : de son utilisation ancestrale à un avenir

prometteur
Anne Butin

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Anne Butin. Le gingembre : de son utilisation ancestrale à un avenir prometteur. Sciences pharma-
ceutiques. 2017. �hal-01932085�

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UNIVERSITE DE LORRAINE
2017
___________________________________________________________________________

FACULTE DE PHARMACIE

THESE

Présentée et soutenue publiquement

Le 3 avril 2017, sur un sujet dédié à :

Le gingembre : de son utilisation ancestrale à un avenir prometteur.

pour obtenir

le Diplôme d'Etat de Docteur en Pharmacie

par Anne BUTIN

née le 17 décembre 1991 à LAXOU (54).

Membres du Jury

Président : Madame Dominique LAURAIN-MATTAR,


Professeur de Pharmacognosie à la Faculté de Pharmacie de Nancy.

Juges :
Monsieur Jean-Claude SONNTAG, Pharmacien à Nancy.
Monsieur François LESEUR, Pharmacien à Vandoeuvre les Nancy
Monsieur Laurent OCCHIO, Pharmacien à Nancy.
UNIVERSITÉ DE LORRAINE
FACULTÉ DE PHARMACIE
Année universitaire 2016-2017

DOYEN
Francine PAULUS
Vice-Doyen
Béatrice FAIVRE
Directeur des Etudes
Virginie PICHON
Conseil de la Pédagogie
Président, Brigitte LEININGER-MULLER
Collège d'Enseignement Pharmaceutique Hospitalier
Président, Béatrice DEMORE
Commission Prospective Facultaire
Président, Christophe GANTZER
Vice-Président, Jean-Louis MERLIN
Commission de la Recherche
Président, Raphaël DUVAL

Responsable de la filière Officine Béatrice FAIVRE


Responsables de la filière Industrie Isabelle LARTAUD,
Jean-Bernard REGNOUF de VAINS
Responsable de la filière Hôpital Béatrice DEMORE
Responsable Pharma Plus ENSIC Jean-Bernard REGNOUF de VAINS
Responsable Pharma Plus ENSAIA Raphaël DUVAL
Responsable Pharma Plus ENSGSI Igor CLAROT
Responsable de la Communication Marie-Paule SAUDER
Responsable de la Cellule de Formation Continue Béatrice FAIVRE
et individuelle
Responsable de la Commission d'agrément Béatrice FAIVRE
des maîtres de stage
Responsable ERASMUS Mihayl VARBANOV

DOYENS HONORAIRES

Chantal FINANCE
Claude VIGNERON

PROFESSEURS EMERITES

Jeffrey ATKINSON
Jean-Claude BLOCK
Max HENRY
Alain MARSURA 
Claude VIGNERON
PROFESSEURS HONORAIRES MAITRES DE CONFERENCES HONORAIRES

Roger BONALY Monique ALBERT


Pierre DIXNEUF Mariette BEAUD
Marie-Madeleine GALTEAU Gérald CATAU
Thérèse GIRARD Jean-Claude CHEVIN
Michel JACQUE Jocelyne COLLOMB
Pierre LABRUDE Bernard DANGIEN
Vincent LOPPINET Marie-Claude FUZELLIER
Janine SCHWARTZBROD Françoise HINZELIN
Louis SCHWARTZBROD Francine KEDZIEREWICZ
Marie-Hélène LIVERTOUX
Bernard MIGNOT
ASSISTANTS HONORAIRES Jean-Louis MONAL
Blandine MOREAU
Marie-Catherine BERTHE Dominique NOTTER
Annie PAVIS Christine PERDICAKIS
Marie-France POCHON
Anne ROVEL
Gabriel TROCKLE
Maria WELLMAN-ROUSSEAU
Colette ZINUTTI

ENSEIGNANTS Section CNU* Discipline d'enseignement

PROFESSEURS DES UNIVERSITES - PRATICIENS HOSPITALIERS

Danièle BENSOUSSAN-LEJZEROWICZ 82 Thérapie cellulaire


Jean-Louis MERLIN 82 Biologie cellulaire
Alain NICOLAS 80 Chimie analytique et Bromatologie
Jean-Michel SIMON 81 Economie de la santé, Législation pharmaceutique
Nathalie THILLY 81 Santé publique et Epidémiologie

PROFESSEURS DES UNIVERSITES

Christine CAPDEVILLE-ATKINSON 86 Pharmacologie


Igor CLAROT  85 Chimie analytique
Joël DUCOURNEAU 85 Biophysique, Acoustique, Audioprothèse
Raphaël DUVAL 87 Microbiologie clinique
Béatrice FAIVRE 87 Biologie cellulaire, Hématologie
Luc FERRARI 86 Toxicologie
Pascale FRIANT-MICHEL 85 Mathématiques, Physique
Christophe GANTZER 87 Microbiologie
Frédéric JORAND 87 Eau, Santé, Environnement
Isabelle LARTAUD 86 Pharmacologie
Dominique LAURAIN-MATTAR 86 Pharmacognosie
Brigitte LEININGER-MULLER 87 Biochimie
Pierre LEROY 85 Chimie physique
Philippe MAINCENT 85 Pharmacie galénique
Patrick MENU 86 Physiologie
Jean-Bernard REGNOUF de VAINS 86 Chimie thérapeutique
Bertrand RIHN 87 Biochimie, Biologie moléculaire
ENSEIGNANTS Section CNU* Discipline d'enseignement

MAITRES DE CONFÉRENCES DES UNIVERSITÉS - PRATICIENS HOSPITALIERS

Béatrice DEMORE 81 Pharmacie clinique


Alexandre HARLE  82 Biologie cellulaire oncologique
Julien PERRIN 82 Hématologie biologique
Marie SOCHA 81 Pharmacie clinique, thérapeutique et biotechnique

MAITRES DE CONFÉRENCES

Sandrine BANAS 87 Parasitologie


Xavier BELLANGER 87 Parasitologie, Mycologie médicale
Emmanuelle BENOIT 86 Communication et Santé
Isabelle BERTRAND 87 Microbiologie
Michel BOISBRUN 86 Chimie thérapeutique
François BONNEAUX 86 Chimie thérapeutique
Ariane BOUDIER 85 Chimie Physique
Cédric BOURA 86 Physiologie
Joël COULON 87 Biochimie
Sébastien DADE 85 Bio-informatique
Dominique DECOLIN 85 Chimie analytique
Roudayna DIAB 85 Pharmacie galénique
Natacha DREUMONT 87 Biochimie générale, Biochimie clinique
Florence DUMARCAY 86 Chimie thérapeutique
François DUPUIS 86 Pharmacologie
Adil FAIZ 85 Biophysique, Acoustique
Anthony GANDIN 87 Mycologie, Botanique
Caroline GAUCHER 86 Chimie physique, Pharmacologie
Stéphane GIBAUD 86 Pharmacie clinique
Thierry HUMBERT 86 Chimie organique
Olivier JOUBERT 86 Toxicologie, Sécurité sanitaire
Alexandrine LAMBERT 85 Informatique, Biostatistiques
Julie LEONHARD 86/01 Droit en Santé
Christophe MERLIN 87 Microbiologie environnementale
Maxime MOURER 86 Chimie organique
Coumba NDIAYE 86 Epidémiologie et Santé publique
Marianne PARENT  85 Pharmacie galénique
Francine PAULUS 85 Informatique
Caroline PERRIN-SARRADO 86 Pharmacologie
Virginie PICHON 85 Biophysique
Sophie PINEL 85 Informatique en Santé (e-santé)
Anne SAPIN-MINET 85 Pharmacie galénique
Marie-Paule SAUDER 87 Mycologie, Botanique
Guillaume SAUTREY 85 Chimie analytique
Rosella SPINA 86 Pharmacognosie
Sabrina TOUCHET  86 Pharmacochimie
Mihayl VARBANOV 87 Immuno-Virologie
Marie-Noëlle VAULTIER 87 Mycologie, Botanique
Emilie VELOT 86 Physiologie-Physiopathologie humaines
Mohamed ZAIOU 87 Biochimie et Biologie moléculaire

PROFESSEUR ASSOCIE

Anne MAHEUT-BOSSER 86 Sémiologie


ENSEIGNANTS Section CNU* Discipline d'enseignement

PROFESSEUR AGREGE

Christophe COCHAUD 11 Anglais

 En attente de nomination

*Disciplines du Conseil National des Universités :


80 : Personnels enseignants et hospitaliers de pharmacie en sciences physico-chimiques et ingénierie appliquée à la santé
81 : Personnels enseignants et hospitaliers de pharmacie en sciences du médicament et des autres produits de santé
82 : Personnels enseignants et hospitaliers de pharmacie en sciences biologiques, fondamentales et cliniques
85 ; Personnels enseignants-chercheurs de pharmacie en sciences physico-chimiques et ingénierie appliquée à la santé
86 : Personnels enseignants-chercheurs de pharmacie en sciences du médicament et des autres produits de santé
87 : Personnels enseignants-chercheurs de pharmacie en sciences biologiques, fondamentales et cliniques

11 : Professeur agrégé de lettres et sciences humaines en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes


SERMENT DES APOTHICAIRES

je jure, en présence des maîtres de la Faculté, des conseillers de l’ordre


des pharmaciens et de mes condisciples :

Ð’ honorer ceux qui m’ont instruit dans les préceptes de


mon art et de leur témoigner ma reconnaissance en restant
fidèle à leur enseignement.

Ð’exercer, dans l’intérêt de la santé publique, ma


profession avec conscience et de respecter non seulement
la législation en vigueur, mais aussi les règles de
l’honneur, de la probité et du désintéressement.

Ðe ne jamais oublier ma responsabilité et mes devoirs


envers le malade et sa dignité humaine ; en aucun cas, je
ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état
pour corrompre les mœurs et favoriser des actes criminels.

Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes


promesses.

Que je sois couvert d’opprobre et méprisé de mes confrères si j’y


manque.
« L A F AC U LT E N ’E NT END DO N NE R AU CU N E
AP P ROB AT I ON, NI I M P ROB AT IO N AU X OP I NIO NS EMI SE S
D ANS LE S T HES ES , C ES OP INI ON S D OI VEN T ET RE
CO N SI DE R EE S CO MM E P R OP RE S A LE U R A UT EUR ».
Remerciements

A Madame Dominique Laurain- Mattar,


Professeur de pharmacognosie à la faculté de Pharmacie de Nancy,
Présidente et directrice de cette thèse

Merci de m’avoir fait l’honneur de diriger et présider ce travail et de mener à bien


ce projet. Veuillez recevoir l’expression de ma sincère reconnaissance.

A Monsieur Jean-Claude Sonntag,


Pharmacien à Nancy,
Co-directeur de cette thèse,

Merci de m’avoir soutenu, conseillé, et d’avoir co-dirigé cette thèse. Je vous


remercie également de m’avoir donné goût à la pratique de la phytothérapie à
l’officine et de m’avoir tant apris. Veuillez trouver l’expression de mon plus
profond respect.

A Monsieur François Leseur,


Pharmacien à Vandoeuvre les Nancy,

Merci d’avoir accepté de faire partie de ce jury et de vous être intéressé à ce


projet. Veuillez trouver ici le témoignage de ma plus grande gratitude.

A Monsieur Laurent Occhio


Pharmacien à Nancy,

Merci de m’honorer de votre présence dans ce jury, et d’avoir porté un grand


intérêt à cette thèse. Recevez ici l’expression de mon respect et de mon amitié.

A mes parents,

Merci d’avoir toujours été à mes côtés, de m’avoir toujours soutenu, dans mes
études comme dans la vie. Merci pour tout l’amour et la joie que vous
m’apportez, ainsi que pour cette belle complicité qui nous unit.

A Thomas,

Merci de m’avoir offert ta confiance et ton amour, d’avoir été présent et de


m’avoir encouragé tout au long de ce travail. Merci de m’apporter tout ce
bonheur et de partager ma vie et mes rêves. Je t’aime.
A mes amis de toujours (Laure, Pauline, Sylvain, Gabriel, Louis, Vincent,
Antoine, Anthony, Alexandre, Bérengère, Aurélie, Caroline, Adèle…),

Merci pour tous les bons moments passés ensemble ainsi que pour tous ceux à
venir, nombreux je l’espère, et merci d’avoir toujours cru en moi.

A mes camarades de fac’ (Jean-Félix, Mathilde, Justine, Clotilde, Maud,


Marisa, Héléna…),

Merci pour tout ce que vous m’avez apporté, et merci d’avoir partagé ces belles
années de vie étudiante.

A ma famille,

Merci d’avoir suivi mon parcours et l’aboutissement de ce projet, même de loin.

A mes collègues de la Pharmacie des Thermes, Julie, Floriane, Cécile et


Anne,

Merci d’avoir suivi pas à pas l’élaboration de cette thèse et de m’avoir conseillé
dans les moments de doute. Je vous remercie également pour toutes ces heures
de bonne humeur passées au travail, et pour ce lien d’amitié qui nous unit.

Merci enfin à vous tous, parents, famille, amis et collègues, d’être


présent en ce jour marquant la fin d’un grand chapitre de ma vie. Par
cette thèse, veuillez recevoir l’expression de mes sincères sentiments et
de toute mon affection.
Table des matières

Table des illustrations .................................................................... 3

Liste des tableaux .......................................................................... 5

Introduction .................................................................................. 6

1 Historique ................................................................................. 7

1.1 Etymologie ................................................................................... 7

1.2 De son origine à son état actuel ................................................... 7

2 Etude botanique de Zingiber officinale Roscoe. ....................... 10

2.1 Classification .............................................................................. 10

2.2 Ecologie ...................................................................................... 11


2.2.1 Conditions climatiques .............................................................. 11
2.2.2 Répartition mondiale de la production de gingembre ..................... 11
2.2.3 Plantation et récolte .................................................................. 12

2.3 Description botanique ................................................................ 13


2.3.1 Aspect général ......................................................................... 13
2.3.2 Partie souterraine ..................................................................... 13
2.3.3 Partie aérienne ......................................................................... 14

2.4 Partie active et Pharmacopée ..................................................... 17


2.4.1 Description de la drogue............................................................ 17
2.4.2 Monographies .......................................................................... 18

2.5 Utilisations ................................................................................. 20


2.5.1 Utilisation culinaire ................................................................... 20
2.5.2 Utilisations thérapeutiques ancestrales ........................................ 21
2.5.3 Utilisations thérapeutiques actuelles ........................................... 23

3 Phytochimie ............................................................................ 28

3.1 Oléorésine .................................................................................. 28

3.2 Huile essentielle ......................................................................... 30

3.3 Autres composés et analyse nutritionnelle ................................. 32

1
4 Activités pharmacologiques .................................................... 34

4.1 Niveau gastrointestinal .............................................................. 34


4.1.1 Nausées et vomissements ......................................................... 34
4.1.2 Digestion ................................................................................. 48
4.1.3 Protection gastrique .................................................................. 51

4.2 Inflammation et douleur............................................................. 56


4.2.1 Rappels physiopathologiques ..................................................... 56
4.2.2 Mécanisme d’action du gingembre .............................................. 58
4.2.3 Effet du gingembre sur l’ostéoarthrite du genou ........................... 59

4.3 Antioxydant ................................................................................ 61


4.3.1 Rappels physiopathologiques ..................................................... 61
4.3.2 Mécanisme d’action du gingembre .............................................. 61
4.3.3 Effet du gingembre dans la maladie d’Alzheimer ........................... 62

4.4 Activité antimicrobienne ............................................................. 64


4.4.1 Action antibactérienne .............................................................. 64
4.4.2 Action antifongique ................................................................... 71
4.4.3 Action antivirale ....................................................................... 74
4.4.4 Action antiparasitaire ................................................................ 80

4.5 Niveau métabolique .................................................................... 85


4.5.1 Action antidiabétique ................................................................ 85
4.5.2 Hypolipémiant et hépatoprotecteur ............................................. 95

4.6 Action antitumorale .................................................................. 104


4.6.1 Epidémiologie, définition et aspect moléculaire des cancers ......... 104
4.6.2 Mécanisme d’action anti-carcinogène du gingembre .................... 107

4.7 Le mythe de la plante aphrodisiaque ........................................ 115

Conclusion ................................................................................. 116

Bibliographie ............................................................................. 117

2
Table des illustrations

Figure 1 : Répartition mondiale des plantes de la famille des Zingiberaceae (10)


.............................................................................................................. 11
Figure 2 : aspect général de Zingiber officinale Roscoe (12) .......................... 13
Figure 3 : Rhizome de Zingiber officinale (13) .............................................. 14
Figure 4 : Inflorescences et fleurs de Zingiber officinale (15) ......................... 15
Figure 5 : Fleur de Zingiber officinale (9)..................................................... 15
Figure 6 : Coupes transversale et longitudinale de l’ovaire infère de Zingiber
officinale (12) .......................................................................................... 16
Figure 7 : Coupe transversale d’un rhizome de gingembre (9) ....................... 18
Figure 8 : Identification de plusieurs rhizomes de gingembre par
chromatographie sur couche mince à haute performance (HPTLC) (19) ........... 19
Figure 9 : Gingembre- gari (21) ................................................................. 20
Figure 10 : Gingembre frais coupé, gingembre séché confit, et moulu (23) ...... 21
Figure 11 : Structure chimique des gingérols (38) ........................................ 28
Figure 12 : Formule chimique des shogaols (38) .......................................... 29
Figure 13 : Formule chimique de l’acide oléique (40) .................................... 29
Figure 14 : Formule chimique de l’acide linoléique (40) ................................. 29
Figure 15 : Chromatogramme de l’huile essentielle de gingembre (41) ........... 30
Figure 16 : Formule développée générale des sesquiterpènes (45) ................. 31
Figure 17 : Formules développées du curcumène et du farnésène (46) ........... 31
Figure 18 : Index de Rhodes (55) ............................................................... 39
Figure 19 : Etat de contraction de muscle lisse de chèvre après administration de
gingembre à différentes doses (77) ............................................................ 49
Figure 20 : Etat de relaxation de muscle lisse de chèvre après administration de
gingembre à différentes doses (77) ............................................................ 49
Figure 21 : Etude de l’effet du gingembre sur plusieurs paramètres relatifs aux
ulcères gastriques (81) ............................................................................. 52
Figure 22 : Mécanisme d’adhésion de Streptococcus mutans à la plaque dentaire
(104) ...................................................................................................... 66
Figure 23 : Etude de l’activité antibactérienne de différentes épices sur des
souches isolées d’entérocoques (107) ......................................................... 68
Figure 24 : Concentrations minimales inhibitrices des différents extraits de
gingembre sur les bactéries testées (108) ................................................... 70
Figure 25 : Détermination de l’EC50 pour chacune des quatre plantes étudiées
(122) ...................................................................................................... 77
Figure 26 : Cycle parasitaire de Schistosoma mansoni (126) ......................... 81
Figure 27 : Etude de l’effet anti-cataracte d’un extrait contenant du gingembre et
du maïs chez des rats diabétiques (155) ..................................................... 93

3
Figure 28 : étude de l’épaisseur de la rétine chez des rats diabétiques, suite à
l’administration d’un extrait combiné de gingembre et de maïs (PWCG) à
différentes doses (155) ............................................................................. 93
Figure 29 : étude de l’effet inhibiteur d’un extrait combiné de gingembre et de
maïs (PWCG) à différentes doses sur l’aldose réductase (155) ....................... 94
Figure 30 : Caractéristiques des épices ajoutées au repas des participants (163)
.............................................................................................................. 98
Figure 31 : Inhibition in vitro de la production de la lipase pancréatique et de la
phospholipase A2 par les épices (163) ...................................................... 100
Figure 32 : Aspect moléculaire du processus de cancérogénèse (171) ........... 105
Figure 33: Schéma récapitulatif des étapes du processus de cancérogénèse (172)
............................................................................................................ 106
Figure 34 : Etude de la viabilité de cellules Hep-2 en fonction de la concentration
d’extrait de gingembre administrée (175) .................................................. 109
Figure 35 : Etude de l’effet de l’administration d’extrait de gingembre sur des
noyaux de cellules Hep-2 (175) ................................................................ 109
Figure 36 : Etude de l’effet de concentrations croissantes de 6-gingérol sur trois
lignées tumorales (177) .......................................................................... 111
Figure 37 : Schéma récapitulatif des effets du 6-gingérol sur le papillomavirus
humain (177) ........................................................................................ 112
Figure 38 : Effet apoptotique du 6-gingérol, combiné ou non au cisplatine (177)
............................................................................................................ 113

4
Liste des tableaux

Tableau I : Quelques compléments alimentaires contenant uniquement du


gingembre ............................................................................................... 25
Tableau II : Quelques compléments alimentaires contenant du gingembre
associé à d’autres plantes.......................................................................... 26
Tableau III : Répartition des macronutriments du gingembre (43) (48)........... 32
Tableau IV : Composition vitaminique de 100g de rhizome de gingembre (43) . 32
Tableau V : Composition en minéraux et oligoéléments de 100g de rhizome de
gingembre (43) ........................................................................................ 33
Tableau VI : Résumé des essais cliniques s’intéressant à l’effet du gingembre sur
les nausées et vomissements de la femme enceinte, versus placebo. .............. 38
Tableau VII : Doses de gingembre administrées lors de l’étude de Ryan JL et al44
Tableau VIII : Résumé d’essais cliniques sur l’efficacité du gingembre sur les
NVPO ...................................................................................................... 46
Tableau IX : résumé de quelques études concernant l’effet du gingembre sur
Schistosoma mansoni ............................................................................... 83
Tableau X : résumé d’essais cliniques randomisés étudiant l’effet antidiabétique
du gingembre sur des patients atteints d’un diabète de type 2 ....................... 87
Tableau XI : Constitution des groupes lors de l’étude in vivo sur l’association du
gingembre à l’atorvastatine (168) ............................................................ 102
Tableau XII: résumé des résultats de l’étude traitant de l’effet anti-inflammatoire
et anticancéreux du gingembre sur le cancer du foie chez des rats (173) ...... 107

5
Introduction

Longtemps inconnu en Occident, le gingembre fait partie intégrante de la cuisine


et de la médecine traditionnelle orientale : depuis des siècles, son rhizome est
utilisé pour guérir de nombreux maux, et constitue l’un des piliers de la
médecine chinoise et ayurvédique.
Importée en Europe lors des grandes découvertes, cette épice a rapidement fait
l’objet d’un commerce intense, auréolé de nombreuses croyances et incertitudes
concernant son origine et ses propriétés.

Ce n’est que récemment que le monde médical occidental s’est intéressé aux
pouvoirs pharmacologiques du gingembre, et quantité d’articles alimentent
désormais les ouvrages de phytothérapie.

Ce travail retracera tout d’abord l’histoire de Zingiber officinale, avant de


l’examiner d’un point de vue botanique. Nous décrirons dans un premier temps la
plante entière, puis nous nous intéresserons plus en détail à son rhizome, à
l’origine de la drogue vétégale aux vertus thérapeutiques. Nous résumerons
ensuite ses utilisations culinaires et pharmaceutiques ancestrales et
contemporaines. Quelques compléments alimentaires actuellement
commercialisés seront présentés dans ce chapitre.

Viendra ensuite l’analyse de sa composition chimique et nutritionnelle, nous


permettant d’introduire la partie la plus importante de ce travail, à savoir
l’examen des propriétés pharmacologiques du rhizome de gingembre.

Contrairement aux idées préconcues, les propriétés les plus évidentes ne sont
pas toujours les plus fondées d’un point de vue scientifique. A l’inverse,
beaucoup d’entre elles restent encore méconnues du grand public, et font de nos
jours l’objet d’une multitude d’investigations, prouvant ainsi que Zingiber
officinale a encore un bel avenir devant lui.

6
1 Historique

1.1 Etymologie

Le nom Zingiber officinale et sa traduction française « gingembre » proviennent


du mot sanskrit shringavera, qui signifie « en forme de bois de cerf », en allusion
à la forme des jeunes pousses sortant de son rhizome.

Apparaît ensuite le nom grec ziggiberis, qui découlerait du nom arabe zangabîl.
Le terme latin zingiber apparaît plus tard, et est à l’origine du nom de genre
botanique Zingiber. Il est adapté en vieux français en « gingibre », pour
finalement s’écrire « gingembre » à partir du XIIIe siècle (1).

1.2 De son origine à son état actuel

• Premières traces

Le gingembre est une plante dont l’origine exacte est inconnue, mais de
nombreux pays du continent asiatique l’utilisent depuis des millénaires à la fois
comme condiment, et comme plante médicinale : en effet, le rhizome de
gingembre est très employé dans la médecine ayurvédique indienne et dans la
médecine traditionnelle chinoise.
Confucius, grand philosophe chinois, le mentionne dès 500 avant Jésus-Christ :
dans ses entretiens, il est dit que « le gingembre éclaircit l’intelligence, et dissipe
toutes les impuretés. Confucius en avait toujours sur sa table » (2).

• Importation en Occident

Les Phéniciens ont probablement été les premiers à importer le gingembre dans
le bassin méditerranéen, dès le IVe siècle avant Jésus-Christ. C’est cependant au
Ier siècle après Jésus-Christ, grâce aux marins arabes naviguant sur la Mer
Rouge, que la plante fut véritablement introduite en Grèce et à Rome.

Par son goût poivré et par le manque de données concernant son origine, les
occidentaux ont longtemps cru que le gingembre constituait la racine du poivre.
C’est l’écrivain et naturaliste romain Pline l’Ancien (23-79), qui contredit les idées
reçues : « Ce n’est pas la racine du poivrier, comme certains l’ont pensé, qui
porte le nom de zimpiberi ou, suivant d’autres, celui de zingiberi, quoique la
saveur soit la même, car le gingembre croît dans l’Arabie et dans le pays des
Troglodytes, au voisinage des habitations. C’est la racine blanche d’une petite

7
herbe. » (3). Il le décrit également comme « une racine blanche, âpre et
piquante au goût ».
Dioscoride, médecin grec du Ier siècle après Jésus-Christ, décrit ses vertus
carminatives et antitoxines dans son traité De universa medicina : « Il croît en
Arabie et aux Indes, ses racines ont quasi le goust du poivre, bon à manger il
aide à la digestion, mollit le ventre moyennement, est bon à l’estomac ; on le
mêle aux antidotes » (4).

Les vertus culinaires du gingembre sont également mises en lumière dès le IVe
siècle, grâce au romain Apicius, qui le cite dans son traité de cuisine De re
coquinaria.

• Début du commerce en Europe

Au VIIe siècle, le commerce du gingembre débute entre les Arabes et les pays
méditerranéens voisins. Très utilisé par les pays du Moyen Orient, il est d’ailleurs
mentionné dans le Coran.

Au Moyen-Âge, c’est à dire à partir du IXe siècle, le commerce du gingembre se


fait de plus en plus fréquent, et la route des Indes devient une importante voie
d’échange de cette épice vertueuse entre l’Orient et l’Europe. Commercialisé
sous forme sèche, le rhizome de gingembre est une épice très prisée donc
onéreuse.

Vers 1100, les vertus médicinales du gingembre se font connaître : la célèbre


religieuse allemande Hildegarde de Bingen l’utilise dans ses remèdes pour ses
actions antiseptique et tonique.

A la même époque, l’école de Salerne, l’une des plus importantes écoles


européennes de médecine du Moyen-Âge, lui prête de multiples vertus : « Le
gingembre prévient nos maux, les guérit tous, jusqu’aux plus anciens, et chasse
les dégoûts » (5).

• Introduction en Afrique et en Amérique

L’implantation du gingembre en Afrique a lieu au XIIIe siècle, grâce au


commerce entre les Arabes avec l’Afrique de l’Est. Sa culture s’étendra ensuite
rapidement jusqu’en Afrique occidentale grâce aux colons portugais.

Francesco de Mendoca, le fils du vice roi du Mexique, introduit le gingembre sur


le continent américain, peu de temps après la découverte du Nouveau Monde. Sa
culture connaît alors un bel essor dans toutes les Antilles ainsi qu’en Jamaïque,
qui devient un pays exportateur dès le XVIe siècle.
Grâce à cette forte production outre Atlantique, son prix devient plus
abordable en Europe : le pharmacien français Moyse Charas, l’écrit lui même :

8
« Depuis que le gingembre a été transplanté dans les îles de l’Amérique, on
apporte une grande quantité en France, et il y est à beaucoup meilleur marché
qu’auparavant » (4). Il le cite également dans son ouvrage « Pharmacopée
royale et galénique et chimique ».

• Entrée officielle dans les textes scientifiques français

C’est à la fin du XVIIe siècle que le gingembre est officiellement introduit en


France : sa racine fait tout d’abord l’objet d’une notice à l’Académie des
Sciences, et est ensuite décrite dans de nombreux ouvrages botaniques. Ses
propriétés thérapeutiques sont alors limitées à des actions tonique et antitoxines.

• Du déclin au renouveau

Le succès de cette épice retombe au XVIIIe siècle et ses échanges commerciaux


diminuent : « Le gingembre tomba dans une espèce de mépris, et la culture en
fut à peu près abandonnée partout excepté en Jamaïque » (Guillaume-Thomas
Raynal, penseur et prêtre français, 1713-1796) (4).

Quasi absent des transactions commerciales aux XVIIIe et XIXe siècles, ce n’est
qu’à la fin du XXe siècle que le gingembre séduit à nouveau la France, grâce à la
fois à l’essor de la cuisine orientale, et à la fois au succès grandissant de la
phytothérapie.
Dorénavant inscrit à la Pharmacopée française et à la Pharmacopée européenne,
le gingembre ne cesse de faire l’objet de nouvelles études, et quantité de
propriétés pourtant connues et reconnues autrefois sont redécouvertes.

9
2 Etude botanique de Zingiber officinale Roscoe.

2.1 Classification

Le gingembre, dont le binôme latin est Zingiber officinale, appartient à :


• Règne : Végétal
• Embranchement : Spermatophyte
• Sous-embranchement : Angiospermes (Magnoliophyta)
• Classe : Monocotylédones (Liliopsida)
• Sous-classe : Zingiberidae
• Ordre : Zingibérales
• Famille : Zingiberaceae
• Genre : Zingiber
• Espèce : Zingiber officinale Roscoe.

La famille des Zingiberaceae est une importante famille botanique qui regroupe
plus de 1000 espèces différentes. Ce sont toutes des plantes herbacées de
grande taille, vivaces, à rhizome souterrain ramifié à l’origine de racines formant
souvent des tubercules, et de plusieurs tiges aériennes portant des feuilles
distiques, c’est à dire disposées sur deux rangs opposés (6).

Le gingembre, de par son nom, est la plante la plus connue des Zingiberaceae.
Cependant, d’autres espèces ont déjà montré d’intéressantes propriétés, tel que
Curcuma longa, riche en curcuminoïdes, composés responsables à la fois de sa
couleur jaune (il est d’ailleurs le principal constituant du curry), et de ses
propriétés pharmacologiques (6). Le curcuma est d’ailleurs appelé « gingembre-
safran » à la Réunion.

Une autre espèce de la famille des Zingiberaceae est connue sous le nom de
gingembre rouge (ou de lavande rouge). Il s’agit de l’espèce Alpinia purpurata
appartenant au genre Alpinia et non au genre Zingiber ; elle n’est utilisée qu’en
temps que plante ornementale (7).

Les dénominations internationales découlent toutes plus ou moins de la racine


latine Zingiber : ainsi, en anglais, le gingembre se dit ginger, en italien zenzero,
en espagnol jengibre, en portugais gengibre, en néerlandais gember, et en
allemand Ingwer (8).

10
2.2 Ecologie

2.2.1 Conditions climatiques

Le gingembre est une plante inconnue à l’état sauvage : elle ne peut se


développer seule dans la nature.
Sa culture requiert un climat tropical, c’est à dire une humidité élevée et
constante, une température moyenne supérieure à 21°C, et un bon
ensoleillement : le gingembre est une plante héliophile. Sa croissance nécessite
également des apports hydriques abondants (environ 2000mm) et réguliers.
C’est une plante qui supporte l’altitude : elle peut se développer jusqu’à une
altitude de 1500m.
Les plantations se font sur des sols légers et fertiles, argilo-sablonneux, et bien
drainés (9).

2.2.2 Répartition mondiale de la production de gingembre

Comme toutes les Zingiberaceae, le gingembre est majoritairement cultivé dans


les pays de l’hémisphère sud :

Figure 1 : Répartition mondiale des plantes de la famille des Zingiberaceae (10)

Bien qu’implanté sur tous les continents, sa culture s’est intensifiée dans certains
pays. La Chine et l’Inde sont les principaux exportateurs de gingembre : environ
la moitié de la production mondiale provient de leurs exportations. Les autres
pays d’Asie du Sud Est (Japon, Indonésie, Bangladesh, Thaïlande notamment)
ont également leur propre production.

11
Le Cameroun, l’Ethiopie et le Nigeria produisent la plupart du gingembre
originaire d’Afrique, tandis que la production du continent américain se concentre
sur la Jamaïque et la République Dominicaine.

Par cette diversité de pays producteurs, on distingue plusieurs types de


gingembre, de qualité et de saveurs variables :
• Le gingembre de Chine est principalement commercialisé sous forme
confite, et a un goût plus léger que les autres. Les méthodes de
stérilisation de la plante utilisent parfois des produits toxiques, ce qui
limite ses importations en Europe.
• Le gingembre indien a un goût piquant et citronné, et est divisé en sous
catégories en fonction de la région productrice : Bengale, Malabar, Calicut,
Cochin. Il est très souvent exporté, sous forme sèche.
• Le gingembre africain possède un goût corsé. Son huile essentielle sert
surtout aux filières cosmétique et alimentaire.
• Le gingembre de Jamaïque est surtout exporté, et principalement en
France. Considéré de bonne qualité, à l’arôme délicat, son utilisation est
fréquente en cuisine.
• On note également la présence de gingembre du Brésil, utilisé sous forme
fraiche, et le gingembre d’Australie, entrant dans la fabrication de
confiseries (11).

2.2.3 Plantation et récolte

La plantation du gingembre se déroule au début de la saison des pluies, ce qui


correspond aux mois d’avril et mai aux Indes et aux Antilles. Elle doit se faire sur
un sol meuble, profond, et à un emplacement ensoleillé.

Des fragments de rhizome d’environ 5 cm sont plantés à une profondeur de 5 à


10 cm et recouverts de fumier ou de compost ainsi que d’une couche de feuilles
pour favoriser la croissance de la plante.

Les premières pousses émergent environ 10 jours après la plantation, et des


feuilles apparaissent après 1 à 2 mois. La floraison n’a pas toujours lieu ; si elle
apparaît, elle ne se fera qu’au bout de 5 mois. Pour améliorer la croissance des
rhizomes, il est fréquent que les tiges florales soient coupées, afin que toute
l’énergie se concentre dans les parties souterraines.

Le début de la période de récolte est marqué par le dessèchement des parties


vertes, qui coïncide avec l’arrivée à maturité du rhizome.
Généralement récoltés manuellement, les rhizomes sont ensuite nettoyés et mis
à sécher (6) (9).

12
2.3 Description botanique

2.3.1 Aspect général

Figure 2 : aspect général de Zingiber officinale Roscoe (12)

Zingiber officinale est une plante vivace tropicale herbacée, dont le port fait
penser à celui d’un roseau, et mesure environ 1m30 de haut.
Il s’agit d’une plante stérile : les quelques graines et fruits produits n’entraînent
pas de reproduction sexuée. La multiplication de la plante se fait grâce aux
bourgeonnements de son rhizome à l’origine de nouveaux plants.

2.3.2 Partie souterraine

Le rhizome et les racines qui en découlent constituent la partie souterraine de


Zingiber officinale.
Le rhizome est de forme caractéristique : certains y trouvent une ressemblance
avec les bois d’un cerf, d’autres disent qu’il a la forme d’une main gonflée.

13
Figure 3 : Rhizome de Zingiber officinale (13)

Il possède une peau beige et une chair jaune parfumée et juteuse. En


vieillissant, il se couvre d’épaisses écailles et devient plus fibreux.
Les racines, de forme cylindrique, s’insèrent au niveau de la partie inférieure du
rhizome (14).

Comme nous allons le voir plus loin, le rhizome de Zingiber officinale constitue la
partie active de la plante.

2.3.3 Partie aérienne

[Link] Les tiges et les feuilles

Se formant annuellement suite au bourgeonnement du rhizome, les tiges sont de


deux types : les plus longues sont stériles, et servent à capter la chlorophylle,
pigment indispensable à la croissance de la plante. Les plus courtes, d’environ 20
cm de long, portent les fleurs, organes reproducteurs (14).

Les feuilles de Zingiber officinale sont longues (environ 20cm), engainantes,


lancéolées, persistantes et odorantes. Comme toutes les zingiberaceae, elles
sont distiques et alternes.

Le limbe des feuilles est dit penninervé, c’est à dire que les nervures secondaires
partent de la nervure centrale de façon oblique, comme les barbes d’une plume.

14
[Link] Les inflorescences et les fleurs

Les inflorescences sont soit portées par la partie terminale des tiges les plus
courtes, soit issues directement du rhizome, et sortent donc du sol (6).
Ce sont de courts épis, possédant de grosses bractées cireuses de couleur jaune-
vert formant un spadice dense, et dont la conformation superposée permet de
protéger les fleurs avant leur éclosion (14).

Figure 4 : Inflorescences et fleurs de Zingiber officinale (15)

Les fleurs sont zygomorphes (la symétrie est bilatérale), trimères, parfumées, de
couleur blanc jaune, avec des traînées violettes sur le labelle, faisant vaguement
penser à des fleurs d’orchidée (14).

Figure 5 : Fleur de Zingiber officinale (9)

15
Le périanthe, qui protège les organes reproducteurs, possède deux verticilles,
l’externe portant trois sépales soudés, et l’interne trois pétales.
L’androcée (appareil reproducteur mâle) se limite à une étamine possédant des
anthères biloculaires, et à un grand labelle pétaloïde coloré, dont la position
centrale facilite la pollinisation (6).

L’ovaire est infère est composé de trois loges, car le gynécée (appareil
reproducteur femelle) est constitué de trois carpelles à placentation axile, c’est à
dire soudés et fermés, dont le placenta est contre l’axe de l’ovaire. Un mince
style et un stigmate cilié surmontent les carpelles (16).

Figure 6 : Coupes transversale et longitudinale de l’ovaire infère de Zingiber


officinale (12)

La formule florale de Zingiber officinale est par conséquent : 3 Sépales + 3


Pétales + 1 Etamine + 3 Carpelles (6).

La floraison s’étend d’août à novembre et est suivie par la formation des fruits.
Ce sont des fruits secs déhiscents s’ouvrant à maturité de façon longitudinale : il
s’agit en effet de capsules loculicides trivalves renfermant des graines noires.
Les graines sont des arilles dont l’albumen et le périsperme sont farineux, et
dont le parenchyme renferme des essences (6) (16).

Comme nous l’avons dit précédemment, les fruits et graines ne peuvent


engendrer de nouvelles pousses : la reproduction se fait par bourgeonnement du
rhizome.

16
2.4 Partie active et Pharmacopée

2.4.1 Description de la drogue

La partie souterraine de Zingiber officinale Roscoe, c’est à dire le rhizome,


constitue la partie active de la plante.

Deux types de rhizomes sont généralement utilisés :


• Le rhizome gris (ou noir) ou rhizome complet : séché tel quel, sa surface
externe conserve sa couche de liège protectrice, ce qui le rend rugueux au
toucher.
• Le rhizome blanc : décortiqué avant d’être séché, l’absence de liège est
responsable de son aspect blanc et de sa surface lisse.
Dans les deux cas, le parenchyme interne reste jaune (17).

Au niveau macroscopique, il est ramifié dans un seul plan, et mesure 5 à 12 cm


de long pour 1,5 à 2 cm de large et 1 à 1,5 cm d’épaisseur. Possédant de
nombreuses ramifications ou lobes répartis de façon irrégulière, il est dit digité.
Comme décrit précédemment, sa peau est beige et son parenchyme jaune, riche
en amidon. Son odeur est forte et très aromatique, et son goût fort et épicé (18)
(19).

Au niveau microscopique, plusieurs types de cellules coexistent :


• En périphérie se trouvent des cellules subérifiées à l’origine de la couche
de liège qui enveloppe le rhizome. Elles sont polygonales, et deviennent
rectangulaires en profondeur.
• Le parenchyme cortical contient à la fois des cellules à oléorésine
polygonales et riches en molécules actives, de nombreux grains d’amidon
(on parle de parenchyme amylifère), ainsi que des cellules de soutien
regroupées en faisceaux libéro-ligneux.
• L’endoderme est peu développé et son péricycle n’est constitué que d’une
seule couche de cellules.
• Le cylindre central est volumineux et contient de nombreuses fibres et
faisceaux libéro-ligneux, et est riche en grains d’amidon de formes et de
tailles variées (18).
L’ensemble de ces éléments est représenté sur la figure page suivante.

17
Figure 7 : Coupe transversale d’un rhizome de gingembre (9)

2.4.2 Monographies

[Link] Règlementation

Le rhizome de Zingiber officinale séché fait partie des plantes médicinales


inscrites dans les Pharmacopées Française et Européenne. La 4ème édition de la
Pharmacopée Européenne (2002) attribue en effet une monographie aussi bien
au rhizome gris qu’au rhizome blanc de gingembre, sous forme entière ou sous
forme coupée (20).

Au niveau international, bien qu’entrant dans de nombreuses Pharmacopées, les


recommandations relatives à l’utilisation du rhizome du gingembre sont variables
selon les pays.
Ainsi, depuis la fin des années 1990, les textes allemands reconnaissent
plusieurs de ses propriétés, notamment son effet antiémétique et diverses
actions digestives.
A l’inverse, aux Etats-Unis, sa monographie ne le considère pas comme utilisable
à des fins thérapeutiques, à cause d’une insuffisance d’études à son sujet (20).

La réglementation française le place parmi les plantes entrant dans la


composition de médicaments à base de plantes, et son effet dans le traitement
du mal des transports est mentionné.
La teinture mère de gingembre possède notamment une monographie de
contrôle dans le cadre d’une utilisation comme préparation homéopathique.
Elle est obtenue suite à l’extraction du rhizome séché de Zingiber officinale
Roscoe par de l’éthanol anhydre, et a un titre alcoolique de 65% V/V. Elle est de
couleur jaune, et présente une fluorescence verte claire sous lumière
ultraviolette à la longueur d’onde de 365 nm (18).

18
[Link] Identification

Selon la Pharmacopée Européenne, l’identification du gingembre se fait par


chromatographie sur couche mince.

Le gingembre à identifier est réduit en poudre avant d’être dissout dans une
solution méthanolique. Après dépôt sur la plaque chromatographique, les
différents composés migrent le long de la plaque par phénomène de capillarité,
et sont ainsi individualisés. La révélation se fait ensuite grâce à une solution de
vanilline combinée à de l’acide sulfurique.
Les gingérols et les shogaols (composants caractéristiques du gingembre) sont
alors facilement repérables.

Figure 8 : Identification de plusieurs rhizomes de gingembre par


chromatographie sur couche mince à haute performance (HPTLC) (19)

Légende :

1 : 6-gingérol
2 : 8-gingérol
3 : 10-gingérol
4 : 6-shogaol

5 : Rhizome 1
6 : Rhizome 2
7 : Rhizome 3
8 : Rhizome 4
9 : Rhizome 5
10 : Rhizome 6
11 : Rhizome 7

19
2.5 Utilisations

Les utilisations culinaire et thérapeutique du gingembre sont intimement liées :


depuis toujours considéré comme une épice vertueuse, le gingembre entre dans
la composition de nombreux plats typiques orientaux et fait partie intégrante des
médecines traditionnelles chinoise et indienne.
De nos jours et dans les pays occidentaux, le gingembre est de plus en plus
utilisé en cuisine, et au niveau médical, de nombreux compléments alimentaires
en contiennent.

2.5.1 Utilisation culinaire

Depuis très longtemps, le gingembre est utilisé comme épice dans la cuisine
asiatique, notamment japonaise et indienne ; et africaine.

Dans la tradition japonaise, le gingembre mariné dans un mélange de vinaigre,


de sucre et de sel, appelé gari, sert d’accompagnement aux sushis.

Figure 9 : Gingembre- gari (21)

En cuisine chinoise, le goût fort des racines de gingembre est utilisé pour couvrir
l’odeur de la viande de mouton ou des fruits de mer.
En Inde, les épices sont indissociables de la cuisine quotidienne. Le gingembre
réduit en poudre est notamment utilisé en association avec le curry pour relever
de nombreux plats.
En Afrique, le rhizome frais est généralement pressé pour en récolter le jus et le
consommer comme boisson : appelé GnamakouDji dans plusieurs pays, cette
eau pimentée est à la fois désaltérante et possède de nombreux bienfaits sur la
santé (22).

20
L’attrait récent des pays occidentaux envers les traditions culinaires exotiques a
permis de démocratiser l’utilisation du gingembre et de donner un nouveau
souffle au commerce de cette épice.
L’industrie agro-alimentaire l’utilise notamment dans la fabrication de diverses
boissons, tels que des sodas, des eaux et thés aromatisés, ou encore des bières.

Il est de nos jours possible de trouver dans le commerce le gingembre sous de


nombreuses formes, qui découlent soit de rhizomes frais, soit de rhizomes
séchés :
• les rhizomes frais peuvent être vendus tels quels, en conserve, ou encore
sous forme d’extraits liquides (décoctions, teintures…).
• les rhizomes séchés sont d’abord nettoyés avant d’être préparés de
différentes façons : épluchés (c’est à dire débarrassés de la couche de
liège superficielle), fendus, moulus ou confits (trempés dans du sirop de
sucre).

Figure 10 : Gingembre frais coupé, gingembre séché confit, et gingembre moulu


(23)

2.5.2 Utilisations thérapeutiques ancestrales

Les propriétés thérapeutiques du gingembre sont connues et reconnues depuis


très longtemps dans les médecines traditionnelles asiatiques, qui l’ont utilisé à
des fins médicales avant de l’utiliser dans le domaine culinaire.

[Link] Utilisation en médecine traditionnelle chinoise

Les principes de la médecine chinoise sont totalement différents de ceux de la


médecine occidentale : l’équilibre de notre organisme, aussi bien au niveau
psychique que physique, repose sur une harmonie entre deux forces
complémentaires, le yin et le yang.

21
Le yin représente la part de féminité dans tout individu ; cette force est associée
à la Lune, à l’humidité, à l’obscurité, au froid, à la passivité. A l’inverse, le yang
correspond à l’aspect masculin, au Soleil, au chaud, à l’activité.
L’alternance et l’interaction entre ces deux forces correspond au grand principe
de l’Ordre universel du Tao.
Un déséquilibre entre ces forces induit un danger pour la santé : ainsi, un excès
de yin doit être contrebalancé par un apport de yang, et inversement (24).

Le gingembre, plante à la saveur piquante et poivrée, est considéré comme un


vecteur de yang, c’est à dire qu’il apporte de l’énergie, du tonus et de la chaleur.
Ainsi, son rhizome séché (appelé « gan jiang ») est utilisé pour dissiper la fièvre
en favorisant la transpiration, pour traiter une bronchite chronique, ou encore
pour diminuer les coliques intestinales, les vomissements, les douleurs
épigastriques, ou toutes les maladies de refroidissement. Le gingembre frais
(appelé « sheng jiang ») est également employé pour ses vertus antitoxines,
notamment vis à vis d’empoisonnements par des produits marins, ou par
certaines plantes tel que l’aconit (25).

[Link] Utilisation en médecine ayurvédique

Selon l’Ayurveda, c’est à dire la médecine traditionnelle indienne (reconnue


comme méthode de soin en 1982 par l’Organisation Mondiale de la Santé), il
existe une force vitale appelée Prana, présente dans toute forme de vie (nature,
plantes, animaux, humains). Cette force est divisée en trois humeurs (appelées
Dosha), qui constituent trois énergies (26).

Le Vata, dont la traduction sanskrite est « ce qui souffle », correspond au


mouvement, à l’air, l’espace, et a pour élément symbolique l’éther.
Le Pitta, c’est à dire « ce qui brûle », est symbolisé par le feu, et se rapporte à la
transformation, mais aussi à l’eau et à la cohésion.
Enfin, le Kapha est « ce qui lie », c’est à dire la densité, la terre, la cohésion
(26).
Tout comme en médecine chinoise, l’équilibre entre ces trois humeurs
conditionne l’état de santé.

Le gingembre occupe une place importante dans la pharmacopée ayurvédique :


nommé « Fresh Aardraka », il permet de rééquilibrer les affections du Kapha,
c’est à dire les maladies liées à une congestion ou à un refroidissement (rhumes,
toux…), mais aussi celles liées à un déficit en « feu digestif » (appelé Agni) :
nausées, vomissements, problèmes de digestion.
Il est également actif sur les déséquilibres du Vata : ballonnements, gaz,
douleurs abdominales, mais aussi douleurs articulaires. Enfin, ses propriétés
vasodilatatrices et antitoxines permettent de maintenir un feu digestif efficace, et
donc un bon fonctionnement de l’organisme (27).

22
En médecine ayurvédique, le gingembre est souvent associé au poivre : leur
combinaison décuple leurs actions anti-inflammatoire, antihistaminique et
carminative.

L’utilisation sous forme liquide est ici privilégiée: le rhizome frais peut faire
l’objet :
• d’une infusion, c’est à dire en mettant en contact le rhizome avec de l’eau
chaude pendant quelques minutes
• d’une décoction, c’est à dire en mettant en contact le rhizome avec de
l’eau tiède puis en portant à ébullition pendant quelques minutes
Le rhizome sec, plus fort et piquant, est simplement infusé, et indiqué dans les
rhumatismes chroniques.
Enfin, le jus de gingembre est quant à lui utilisé dans les troubles digestifs, les
nausées et les vomissements, et est souvent associé à du jus d’oignon (27).

2.5.3 Utilisations thérapeutiques actuelles

Aujourd’hui, le rhizome de Zingiber officinale, comme de nombreuses plantes et


épices, n’est pas considéré comme un médicament. Il entre cependant dans la
composition d’une multitude de compléments alimentaires, d’indications
diverses.

D’après l’Anses (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de


l’environnement et du travail), « On entend par compléments alimentaires les
denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal
et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances
ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés… » (28).

Bien qu’il ne s’agisse pas de médicaments et qu’ils ne nécessitent pas


d’autorisation de mise sur le marché pour être commercialisés, les compléments
alimentaires font l’objet de contrôles de qualité et de composition, et doivent
obtenir un dossier d’enregistrement validé par la direction générale de la
concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) afin
d’être admis dans le système commercial (28).

Comme pour l’ensemble des compléments alimentaires, la commercialisation du


gingembre peut se faire en dehors des pharmacies : on en trouve en effet en
grandes surfaces, dans les parapharmacies, ou sur internet.

Reconnu comme agent préventif des nausées et vomissement dus à la grossesse


par l’OMS depuis 1999, son indication principale est donc le traitement des
nausées, quelle qu’en soit l’étiologie.
Il est également indiqué comme carminatif, stimulant, tonique, ou encore
booster de libido (comme le montrent les tableaux pages 25 à 27).

23
Les formes de gingembre disponibles sur le marché sont variées : dans la plupart
des cas, le rhizome se trouve sous forme d’extrait sec (c’est à dire qu’il est séché
puis pulvérisé) contenu dans des gélules ; il peut également se présenter sous
forme liquide, en teinture ou en ampoules buvables par exemple.
Il peut constituer le seul composant actif de certains compléments, mais peut
également être associé à d’autres plantes ayant des actions similaires.
Les tableaux I et II ci dessous regroupent quelques unes de ces spécialités :

24
Tableau I : Quelques compléments alimentaires contenant uniquement du
gingembre

Substances actives et
Nom Laboratoire Propriétés/Indications
posologie
Arkogélules Gingembre
(29)
Poudre de racine de
gingembre : 365
Dynamisant mg/gélule
ArkoPharma
Etat nauséeux
2 gélules le matin + 2
gélules le midi

Naturactive Gingembre
(30)

Extrait de gingembre :
Naturactive Mal des transports 200 mg/gélule
(Pierre Tonique et stimulant
Fabre) 2 gélules par jour

Phytostandard Gingembre
(31)

Extrait de rhizome de
gingembre biologique :
Fonctionnement normal
200 mg/gélule
Pileje de l’estomac en début de
grossesse
2 gélules par jour
pendant 10 jours

Gingembre (32)
Gingembre : 280
mg/gélule
Fenioux Stimulant et tonique
3 à 6 gélules par jour 10
min avant les repas

25
Tableau II : Quelques compléments alimentaires contenant du gingembre
associé à d’autres plantes

Substances actives et
Nom Laboratoire Propriétés/Indications
posologie

Pour 20 mL :
Ergypar (33) - Extrait de gingembre :
380mg
- Extrait de noyer :
360mg
- Extrait de gentiane :
240mg
- Extrait de grande
aunée : 120mg
- Extrait de thym :
Hygiène gastro-
Nutergia 120mg
intestinale
- Extrait de mauve :
120mg
- Sélénium : 25 μg
- Chrome : 9 μg
- Molybdène : 9 μg

1 à 2 doses-bouchon
soit 10 à 20 mL / jour

Pour 10 mL :
Concentré Tonus Bio (34) - Extrait de racine de
gingembre : 1705mg
- Extrait de graines de
guarana : 1705mg
- Extrait de feuilles de
maté : 1705mg
- Extrait de racines de
Fleurance Tonus et vitalité mentale ginseng : 850mg
nature et physique - Extrait de pollen :
470mg
- Gelée royale : 110mg
- Caféine : 2,5mg

2 cuillères à café soit 10


mL le matin

26
Pour 1 ampoule :
- Extrait de guarana :
Ampoules Gingembre-
198mg
Guarana- Ginseng (35)
- Caféine : 19,8 mg
- Extrait de ginseng :
65mg
Tonus et vitalité - Ginsénosides : 11,5mg
Yves Ponroy
Libido - Extrait de gingembre :
60mg
- Gingérols : 3mg

1 ampoule / jour le matin

Pour 1 comprimé :
- Extrait de curcuma :
290mg titré à 95% de
curcumine (275mg)
- Extrait de poivre :
26,3mg titré à 95% de
pipérine (25mg)
Inflakin (36)
- Extrait d’ananas : 50mg
- Extrait de gingembre :
47,5mg titré à 2% de
gingérols (0,95mg)
- Extrait de saule blanc :
3 Chênes Etats inflammatoires
120mg titré à 25% de
salicine (30mg)
- Extrait
d’harpagophytum : 200mg
titré à 5% d’harpagosides
(10mg)
- Extrait de grande
camomille : 212,5mg

De 1 à 4 comprimés par
jour selon l’état
inflammatoire

Les tableaux présentés ci dessus ne sont pas exhaustifs. Ils montrent cependant
que les indications du gingembre sont très diverses : fatigue, nausées,
inflammation, libido… Les posologies sont également variables (de 60 mg/jour à
1,7 g/jour).

27
3 Phytochimie
La composition chimique du gingembre est complexe : outre l’amidon qui
représente une grande partie du poids de la plante (environ 60%), on distingue
la présence d’oléorésine, riche en composés piquants et en lipides ; et de 10 à 40
mL/kg d’huile essentielle, contenant de nombreuses molécules odorantes. Des
protéines, des vitamines et des minéraux sont également présents (37).

3.1 Oléorésine

L’identification des composés de l’oléorésine se fait par chromatographie liquide


haute performance (HPLC) : plus de 100 molécules ont ainsi pu être isolées.

Parmi elles, les 1-(3’-méthoxy-4’-hydroxy-phényl)-5-hydroxy-alcan-3-ones sont


majoritaires : plus communément nommés gingérols, leur chaine carbonée
latérale est de longueur variable (entre 7 et 16 atomes de carbone). Ainsi, on
distingue le (6)-gingérol, principal représentant, du (3)-gingérol, (5)-gingérol,
(8)-gingérol ou encore (10)-gingérol (37).

Figure 11 : Structure chimique des gingérols (38)

Ces composés phénoliques, responsables de la saveur piquante du gingembre,


font l’objet de recherches approfondies concernant leurs propriétés chimiques et
pharmacologiques.

Les rhizomes secs de gingembre contiennent des produits issus de la


déshydratation des gingérols et présentant également des propriétés
pharmacologiques intéressantes : les shogaols, ou 5-désoxy-4,5-
déhydrogingérols (37).
Plus la dessiccation du rhizome est importante, plus la proportion de shogaols
augmente, et à l’inverse, plus la proportion de gingérols diminue.

28
Figure 12 : Formule chimique des shogaols (38)

L’oléorésine contient aussi des dérivés de type diarylheptanes : les gingerenones


A, B, et C, et l’isogingerenone B sont des molécules fréquemment isolées des
racines et rhizomes de plusieurs espèces de zingiberacées, dont le curcuma (39).

Enfin, des composés mineurs relatifs aux gingérols s’ajoutent à cette


composition : des cétones telle que la zingérone, des gingerdiols (issus des
rhizomes frais), des paradols (ou déoxygingérols) ainsi que des esters (37) (39).

Des lipides entrent également dans la composition de l’oléorésine. La majorité


(53%) des acides gras totaux sont des acides gras insaturés, l’acide oléique et
l’acide linoléique étant leurs principaux représentants.

Figure 13 : Formule chimique de l’acide oléique (40)

Figure 14 : Formule chimique de l’acide linoléique (40)

Les acides gras saturés, et principalement l’acide palmitique, représentent


environ 46% des acides gras totaux. On note également la présence de
glycolipides, en faible quantité (39).

29
3.2 Huile essentielle

De couleur jaune à brune, l’huile essentielle de gingembre contient de nombreux


composés volatiles odorants. Leur teneur varie beaucoup en fonction de l’origine
géographique de la plante et des méthodes d’extraction.
La teneur totale en huile essentielle reste faible : entre 0,25% et 5% (39).

La chromatographie en phase gazeuse permet d’analyser plus d’une centaine de


composants.
Un projet d’étude de l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) a publié
en 2015 les chromatogrammes de nombreuses plantes : celui du gingembre est
représenté ci dessous :

Figure 15 : Chromatogramme de l’huile essentielle de gingembre (41)

La plupart des composants sont des hydrocarbures sesquiterpéniques :


• Zingibérène : constituant majeur
• Bêta-bisabolène
• Bêta-sesquiphellandrene
• Alpha-farnésène
• Curcumène…(42) (43).

Les sesquiterpènes sont des dérivés de la famille des terpènes, dont la formule
générale est (C5H8)n. Dans le cas des sesquiterpènes, n = 3 ; l’assemblage de
ces trois unités isopréniques conduit à leur formule chimique : C15H24 (44).

30
Figure 16 : Formule développée générale des sesquiterpènes (45)

Produits par de nombreuses plantes, ils peuvent être acycliques, monocycliques,


bicycliques, voire tri- ou tétracycliques. Ainsi, le zingibérène et le curcumène
sont des sesquiterpènes monocycliques, tandis que le farnésène est acyclique.

Figure 17 : Formules développées du curcumène et du farnésène (46)

Des composés monoterpéniques (de formule C10H16) sont également présents,


notamment le camphène, le béta-phellandrène et le limonène, ainsi que des
alcools tels que le géraniol, le linalol ou le bornéol, et des aldéhydes
terpéniques : les citrals, composés de géranial et de néral (39).

Le groupe des terpènes est très répandu dans le règne végétal. Synthétisés par
de nombreuses plantes, ces composés jouent un rôle essentiel puisqu’ils entrent
dans la composition de certaines hormones, notamment des hormones de
croissance, mais aussi hormones de défense : par exemple, le farnésène a une
forte action répulsive envers les pucerons (46).

Cette influence sur la défense et le métabolisme végétal fait des terpènes une
cible pharmacologique de choix ; certaines propriétés du gingembre peuvent
donc être liées à la présence de ces composés volatiles. En effet, de manière
générale, les monoterpènes ont une action décongestionnante respiratoire,
antiseptique, antivirale, et carminative ; tandis que les sesquiterpènes ont une
importante action anti-inflammatoire (47).

31
3.3 Autres composés et analyse nutritionnelle

D’un point de vue nutritionnel, l’apport calorique du gingembre est estimé à 332
Kcal pour 100g de plante fraiche. Cet apport provient principalement des
glucides, comme le montre le tableau ci dessous :

Tableau III : Répartition des macronutriments du gingembre (43) (48)

Composants Quantité pour 100g


Eau 10 g
Totaux 70 g
Amidon 55 g
Glucides
Sucres 3,5 g
Fibres De 12,5 à 14 g
Protéines 9g
Lipides De 4 à 6 g

Les quantités précises varient selon les sources, c’est pourquoi des valeurs
arrondies ont été utilisées ici, afin de donner un ordre de grandeur des quantités.

L’amidon représente plus de la moitié du poids d’un rhizome de gingembre : ce


polysaccharide (constitué de plusieurs chaines de D-glucose) issu des
mécanismes de photosynthèse constitue une importante réserve glucidique
nécessaire à la survie, à la croissance et la reproduction de la plante.
D’autres glucides tels que le fructose, le glucose et le saccharose sont également
présents, mais en faible proportion (48).

Bien que présents en faible quantité, des minéraux et des vitamines composent
également les rhizomes frais de gingembre. Les deux tableaux ci dessous, issus
du site de l’Agence pour la Recherche et l’Information en Fruits et Légumes
(Aprifel), résument les teneurs de chaque micronutriment ainsi que leur
pourcentage par rapport aux valeurs nutritionnelles de référence (VNR) :

Tableau IV : Composition vitaminique de 100g de rhizome de gingembre (43)

Vitamines Quantité pour 100 g % VNR


Provitamine A : Béta carotène 18 μg
Vitamine A 3 μg 0,375
Vitamine B1 0,046 mg 4,18
Vitamine B2 0,17 mg 12,14
Vitamine B3 9,62 mg 60,12
Vitamine B5 0,477 mg 7,95
Vitamine B6 0,626 mg 44,71
Vitamine B9 34 μg 17
Vitamine C 0,7 mg

32
Tableau V : Composition en minéraux et oligoéléments de 100g de rhizome de
gingembre (43)

Minéraux et oligo-éléments Quantité pour 100 g % VNR


Calcium 114 mg 14,25
Cuivre 0,48 mg 48
Fer 19,8 mg 141,43
Magnésium 214 mg 57,07
Manganèse 33,3 mg 1665
Phosphore 168 mg 24
Potassium 1320 mg 66
Sodium 27 mg
Zinc 4 mg 36,4

Au vu de ces données, le gingembre est donc une source importante de


vitamines B3 et B6, et dans une moindre proportion de vitamines B2 et B9.
Il est également riche en plusieurs minéraux, principalement le fer, le
manganèse et le potassium.
Il est cependant à noter que ces valeurs ne s’appliquent qu’au rhizome frais de
gingembre : le phénomène de dessiccation détruit les micronutriments, qui sont
donc absents des rhizomes secs.

33
4 Activités pharmacologiques
Après avoir présenté Zingiber officinale dans son ensemble et l’avoir détaillé d’un
point de vue phytochimique, nous allons maintenant nous intéresser à ses
propriétés médicinales.
Ce chapitre s’articule autour de sept parties, selon les principales actions
étudiées : l’effet sur le tube digestif sera traité en premier, puis viendra l’étude
de son action antalgique et antiinflammatoire, suivi par son effet antioxydant.
Nous étudierons ensuite les vertus antimicrobiennes et métaboliques du
gingembre, et enfin son action antitumorale. Nous concluerons par une
discussion sur son effet aphrodisiaque.

4.1 Niveau gastrointestinal

Très tôt intégré dans le régime alimentaire chinois et indien, le gingembre


possède de nombreuses actions au niveau du tube digestif : à la fois
spasmolytique, carminatif et protecteur gastrique, il est aussi et surtout employé
contre les nausées et vomissements, causés aussi bien par le mal des transport
(les marins chinois mâchaient son rhizome afin de prévenir la cinétose), la
grossesse, ou encore certains médicaments.

Cette partie traite de l’ensemble de ces propriétés, en commençant par l’action


antinauséeuse et antiémétique de Zingiber officinale, et en se terminant par une
propriété à l’avenir prometteur : l’inhibition de Helicobacter pylori, bactérie
responsable d’une grande partie des ulcères gastriques.

4.1.1 Nausées et vomissements

[Link] Mal des transports

• Rappels physiopathologiques

La cinétose correspond à un ensemble de troubles liés au déplacement par divers


moyens de transport : voiture, bateau, avion... Ils touchent principalement les
enfants, et davantage les femmes que les hommes.
Ces troubles sont le résultat d’un déséquilibre entre ce que l’œil perçoit, et les
informations transmises par le vestibule, organe situé dans l’oreille interne et
responsable de l’équilibre. En effet, l’œil perçoit un mouvement, celui du
véhicule, tandis que l’appareil vestibulaire ne perçoit pas de déplacement, car le
corps est immobile.

34
Les symptômes du mal des transports sont variables, pouvant aller d’une simple
sensation d’inconfort abdominal à des nausées, vomissements, vertiges, souvent
associés à une pâleur et des sueurs. Ces signes, bien que sans gravité et
disparaissant à l’arrêt du véhicule, sont gênants et rendent le voyage difficile
(49).

Les traitements existants reposent d’une part sur les antihistaminiques tels que
le diménhyindrate ou la méclozine qui sont des antinaupathiques ; et d’autre part
sur la scopolamine, qui agit au niveau vestibulaire. Dans tous les cas, ces
médicaments sont déconseillés aux femmes enceintes et aux jeunes enfants
(50).

Face à ces précautions d’emploi vis à vis d’une part non négligeable de la
population, les recherches se sont vite tournées vers les médecines alternatives,
dont la phytothérapie. Ainsi, de nombreuses études concernant l’effet du
gingembre sur la cinétose ont été réalisées.

• Effet du gingembre sur le mal des transports

Tout d’abord, une étude en double aveugle réalisée auprès de 79 marins


constituant l’équipage d’un voilier a montré une réduction significative des
vomissements et sueurs suite à la prise quotidienne d’un gramme de gingembre.
De même, une autre étude, réalisée cette fois sur 1741 volontaires allant
observer des baleines, a mis en évidence que 78,3% des personnes ayant reçu
250mg de gingembre deux heures avant le départ n’ont pas ressenti de mal de
mer (39).

Ces deux études ne renseignent pas sur le fait que les volontaires avaient ou non
des antécédents de mal des transports ; les résultats peuvent donc être discutés.

Cependant, une troisième étude (randomisée et en double aveugle) a été


réalisée sur 13 volontaires ayant déjà été sujets au mal de transports. 30
minutes après avoir ingéré le même repas et ayant reçu ou non une capsule de
gingembre (1g ou 2g), les volontaires se sont rendus dans une pièce rotative
dont les murs étaient peints d’une alternance de bandes noires et blanches ; une
situation propice aux nausées.
Il a ainsi été démontré, dans les groupes traités, une diminution de la sensation
nauséeuse ou une apparition plus tardive des nausées, une inhibition de
l’élévation de la vasopressine (ou hormone antidiurétique, dont l’élévation est
très marquée lors des nausées), ainsi qu’une réduction de l’hyperactivité
gastrique. De plus, il semblerait que l’efficacité maximale du gingembre soit
atteinte à la dose de 1g (39).

35
Aucune étude n’a à ce jour mis en évidence de mécanisme d’action. Il est
cependant probable que les actions antinauséeuse et antiémétique du gingembre
soient dues à une action directe sur la paroi gastrique : les gingérols et shogaols
agiraient en effet au niveau du péristaltisme gastrique.
Ainsi, contrairement aux traitements classiques, le gingembre n’agit pas au
niveau vestibulaire (51).

• Comparaison de l’effet du gingembre par rapport aux antinaupathiques


classiques

D’autres essais cliniques ont comparé l’effet du gingembre par rapport aux
traitements antinaupathiques classiques. Les résultats sont contrastés.

Ainsi, une étude lors de laquelle 1g de rhizome de gingembre a été administré


oralement à 36 volontaires (hommes et femmes) âgés de 18 à 20 ans a montré
une activité contre le vertige supérieure à celle de diménhidrynate (51).

Cependant, d’après Riebenfeld D et Borzone L, le gingembre n’est pas plus


efficace que le diménhydrinate contre le mal de mer. Sur soixante passagers
d’un paquebot de croisière (sur une mer agitée), trente personnes ont reçu 500
mg de gingembre toutes les quatre heures tandis que trente autres ont reçu
100mg de dimenhydrinate toute les quatre heures.
Il a été conclu que les deux traitements sont équivalents en terme d’efficacité,
mais que le gingembre entraine moins d’effets indésirables (39).

De même, un essai utilisant les techniques de la NASA pour créer une situation
de cinétose n’a pas montré d’efficacité supérieure du gingembre (administré à
500 ou 1000mg) par rapport à la scopolamine (dose de 0,6mg), ni au
diméhydrinate (dose de 50mg) (39).

Il n’est donc pas possible de conclure que le gingembre soit plus efficace que les
traitements classiques. Cependant, par son action au niveau gastrique et non au
niveau central, moins d’effets indésirables sont recensés.
Le gingembre pourrait donc constituer une alternative aux antihistaminiques ou à
la scopolamine, d’autant plus qu’il n’est pas déconseillé chez l’enfant, ni la
femme enceinte.

36
[Link] Nausées de la femme enceinte

• Rappels physiologiques

Les nausées sont des symptômes fréquents chez les femmes enceintes : plus de
la moitié d’entre elles y sont sujettes, à différents degrés d’intensité. Ces
nausées, pouvant être accompagnées de vomissements (les vomissements sans
nausées sont très rares), surviennent pendant le premier trimestre de grossesse,
c’est à dire jusqu’à la douzième semaine d’aménorrhée ; cependant, elles
peuvent continuer jusqu’à la vingtième semaine, voire dans certains cas jusqu’à
la fin de la grossesse.

Causées par l’augmentation des taux de plusieurs hormones (oestrogènes, HCG


ou hormone gonadotrophe humaine), les changements physiques (mouvements
de l’utérus notamment) et l’hypersensibilité aux odeurs, les nausées sont
généralement bénignes pour le fœtus et pour la mère. Néanmoins, dans
quelques rares cas, les nausées et vomissements peuvent être sévères : on parle
d’hyperémèse gravidique. Ce cas nécessite une surveillance étroite voire une
hospitalisation : en effet, il y a un risque de déshydratation et de malnutrition
pour la mère, qui peut entrainer des dommages fœtaux ou un accouchement
prématuré (52).

Du fait de la modification de leur état physiologique, l’utilisation de médicaments


allopathiques est délicate chez les femmes enceintes : en effet, de nombreux
traitements risquent de traverser la barrière placentaire, pouvant ainsi causer
des dégâts parfois graves sur le fœtus (malformations, retard de développement
…).
De plus, plusieurs paramètres physiologiques sont modifiés : motilité gastro-
intestinale, filtration glomérulaire, augmentation du volume plasmatique… Ces
phénomènes peuvent entrainer des modifications du métabolisme des
médicaments (absorption, distribution…), et ainsi modifier le taux plasmatique de
principe actif, avec des risques de sous dosage ou de surdosage.

• Effet du gingembre sur les nausées de la femme enceinte

Face à de telles contraintes thérapeutiques, le gingembre semble être la plante


idéale pour soulager les nausées et vomissements gravidiques. La plupart des
études concernant le gingembre s’intéressent en effet à son rôle préventif et
curatif des nausées et vomissements chez la femme enceinte. Certaines d’entre
elles sont résumées dans le tableau ci dessous :

37
Tableau VI : Résumé des essais cliniques s’intéressant à l’effet du gingembre sur les nausées et vomissements de la femme
enceinte, versus placebo.

Nombre de Forme Dose Durée du


Etude Résultats
participantes administrée administrée traitement
Poudre de
4x
1 (39) 27 rhizome de 4 jours Amélioration significative des symptômes
250mg/jour
gingembre
Poudre de
Amélioration significative des symptômes, pas d’effets
2 (51) 30 rhizome de 250mg/jour Non spécifiée
indésirables notables
gingembre
26 : Diminution de 4 points sur l’échelle de nausées pour 10
Sirop de rhizome 4x
3 (39) Gingembre=14 2 semaines femmes traitées et 2 sous placebo, arrêt des vomissements
de gingembre 250mg/jour
Placebo=12 au bout de 6 jours chez 8 femmes traitées et 2 sous placebo
70 : Amélioration des symptômes chez 20 femmes traitées et 1
4 x 250
4 (39) Gingembre=32 Non spécifiée 4 jours sous placebo, aggravation des nausées chez 9 femmes sous
mg/jour
Placebo=38 placebo, aucune traitée
Amélioration significative des nausées les deux premiers
120 :
Extrait de 4 x 125 jours pour le groupe traité, amélioration égale des nausées
5 (39) Gingembre=48 4 jours
gingembre mg/jour et vomissements dans les deux groupes à la fin de l’étude
Placebo=51
(4 jours).
120 :
Capsules de
Gingembre=40 Amélioration significative des symptômes dans le groupe
6 (53) rhizome de Non spécifiée 4 jours
Placebo=40 traité
gingembre
Contrôle=40
65 Poudre de
5 x 500 Diminution significative de la sévérité des nausées
7 (54) Gingembre=35 gingembre en 4 jours
mg/jour Diminution non significative du nombre de vomissements
Placebo=30 biscuits

38
Chaque étude contrôlée randomisée (tableau IV) est effectuée en double
aveugle versus placebo. Diverses formes de gingembre sont utilisées: extrait,
capsules, poudre, sirop, biscuit…; et dans la plupart des cas, la dose préconisée
est de 1g/jour.

Toutes les femmes incluses dans les études étaient enceintes de moins de 20
semaines, c’est à dire la période la plus propice aux nausées. Pour qualifier et
quantifier les symptômes, plusieurs méthodes sont utilisées : certaines études se
servent d’une échelle visuelle analogique graduée de 0 à 10 cm selon l’intensité
des nausées. D’autres utilisent l’Index de Rhodes : il s’agit d’un questionnaire
s’intéressant à la fois aux nausées et aux vomissements, et permettant
d’attribuer des points ou des adjectifs en fonction de l’état et du ressenti des
patientes, comme le montre le tableau ci dessous :

Figure 18 : Index de Rhodes (55)

39
Les résultats de ces études (tableau IV) et de plusieurs méta-analyses
permettent de conclure que le gingembre constitue une alternative intéressante
dans la prévention et le traitement des nausées de la femme enceinte ;
cependant, l’effet sur la réduction des épisodes de vomissements reste encore à
approfondir.
De plus, très peu d’effets indésirables sont relevés lors de l’emploi de cette
plante, ce qui la rend encore plus attractive (56) (57) (58).

D’autres études et méta-analyses ont comparé l’effet du gingembre à celui de la


vitamine B6, qui constitue l’un des traitements conventionnels. Il s’avère que ces
deux substances ont une action équivalente sur les nausées et vomissements
survenant pendant la grossesse, et sont toutes les deux bien tolérées (39) (59).

• Mécanisme d’action

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées concernant les mécanismes d’action.

Tout d’abord, le gingembre agit sur la vidange et le péristaltisme gastrique, ce


qui apaise les sensations nauséeuses (60).
D’autre part, les gingérols (et dans une moindre mesure les shogaols) agiraient
comme des antagonistes sérotoninergiques au niveau des récepteurs 5-HT3 : la
sérotonine est une hormone libérée par les entérocytes lors de divers stimuli et
qui agit sur le nerf vague, responsable des nausées et des vomissements ;
l’antagonisme des récepteurs présents sur ce nerf permet donc de lutter
efficacement contre les sensations nauséeuses (54) (61).
Une action directe sur le centre du vomissement par antagonisme cholinergique
serait également possible (60).
Enfin, il n’est pas exclu que le gingembre agisse au niveau du système nerveux
central (54).

[Link] Nausées et vomissements chimio-induits

• Rappels physiopathologiques

Les cures de chimiothérapie sont des traitements lourds qui entrainent plusieurs
types d’effets indésirables. Les nausées et les vomissements en font partie :
présentes chez plus de la moitié des patients, les nausées sont plus fréquentes
que les vomissements.
Ces effets indésirables altèrent fortement la qualité de vie des patients et
peuvent engendrer des désordres métaboliques importants si ils ne sont pas
traités. De plus, la peur de subir ces effets peut entrainer un manque
d’observance du patient, voire un arrêt du traitement.

40
Il existe plusieurs types de nausées et vomissements chimio-induits (NVCI) :
• Les NVCI immédiats ou aigus : ils apparaissent peu de temps après la cure
(de quelques minutes à quelques heures), et disparaissent généralement
au bout de 24 heures.
• Les NVCI retardés : apparaissant au moins 24 heures après le traitement,
ils peuvent persister pendant six jours.
• Les NVCI anticipés : ils concernent les patients ayant déjà effectué une ou
plusieurs cures de chimiothérapie, et ayant été sujets à des nausées et/ou
des vomissements lors des cures précédentes. Ils apparaissent avant le
traitement, et sont la conséquence d’un état d’anxiété du patient face à
son traitement et aux effets délétères qu’il induit.
• Les NVCI résistants sont, comme leur nom l’indique, résistants aux
traitements antiémétiques classiquement mis en place.
• Les NVCI réfractaires sont résistants à tous les antiémétiques, et peuvent
imposer l’arrêt de la chimiothérapie.

En plus du potentiel émétogène du traitement, plusieurs facteurs individuels


augmentent le risque de survenue des NVCI : ainsi, les femmes y sont
davantage sujettes, tout comme les patients âgés de moins de 55 ans, les sujets
anxieux ou ayant des antécédents de nausées gravidiques ou de mal des
transports (62) (63).

Enfin, la probabilité de survenue de nausées et/ou de vomissements dépend


également du cytostatique administré : en effet, les agents de chimiothérapie
sont regroupés en quatre classes en fonction de leur potentiel émétogène. Ainsi,
dans le groupe à fort pouvoir émétisant se trouvent entre autres le cisplatine, la
dacarbazine, le cyclophosphamide ou encore la carmustine ; la fludarabine et
l’ifosfamide sont moyennement émétisants, tandis que les dérivés du taxol
(docétaxel, paclitaxel) et le méthotrexate sont faiblement émétisants. La
bléomycine et les alcaloïdes de la pervenche (vinblastine, vincristine) seraient les
cytostatiques les moins émétisants (64).

• Mécanismes d’apparition des NVCI

Les mécanismes de mise en place des NVCI aigus sont complexes, mais il a été
clairement établi que la sérotonine (5-hydroxytryptamine ou 5-HT) constitue un
médiateur majeur de ce processus. En effet, l’administration d’un
antinéoplasique tel que le cisplatine entraine un relargage de sérotonine, qui va
activer des terminaisons afférentes vagales par liaison à ses récepteurs 5-HT3
situés notamment au niveau de l’area postrema, stimulant ainsi le centre du
vomissement.
De plus, il a été démontré que l’administration de cisplatine entraine une forte
augmentation du métabolite urinaire de la sérotonine, l’acide 5-hydroxy-indole-
actéique (5-HIIA), preuve de la consommation de sérotonine par l’organisme.

41
Ainsi, pour lutter contre les NVCI aigus, les médicaments ayant une action
antagoniste des récepteurs 5-HT3 constituent le traitement de première ligne :
c’est le cas de la famille des sétrons (granisétron et ondansétron notamment).

Concernant les NVCI retardés, le rôle de la sérotonine est moins flagrant : les
antagonistes des récepteurs 5-HT3 sont beaucoup moins efficaces sur ce type de
vomissements. D’autres médiateurs interviendraient dans ce phénomène,
notamment la substance P : aussi appelée neurokinine 1 ou NK1, elle se situe,
tout comme la sérotonine, dans les cellules du tube digestif. Après
l’administration de cisplatine, sa concentration augmente, laissant supposer un
rôle dans le réflexe émétique.
De plus, elle est capable de traverser a barrière hémato-encéphalique, et ainsi
d’agir au niveau central. Ainsi, de la même manière que pour les récepteurs
sérotoninergiques, l’effet antiémétisant peut se faire par antagonisme des
récepteurs NK1. D’autres médiateurs et d’autres récepteurs seraient également
impliqués dans la survenue des NVCI, mais leur rôle n’est pas encore défini (65)
(66).

• Mécanisme d’action du gingembre sur les NVCI

Bien que de nombreux traitements antiémétisants existent, les NVCI restent un


effet indésirable majeur et très handicapant chez les patients sous
chimiothérapie.
Nous avons vu précédemment que certains composants du gingembre (gingérols
et shogaols) ont vraisemblablement une action antagoniste des récepteurs
sérotoningeriques, mais également sur les récepteurs cholinergiques et de la
substance P.
De plus, ses propriétés anti-inflammatoires et ses effets au niveau gastrique
(motilité, vidange…) laissent penser que le gingembre serait potentiellement actif
sur les NVCI (67).

L’équipe Coréenne de Jin Z et Lee G est allée plus loin dans l’étude de l’effet du
gingembre sur les récepteurs 5-HT3. Un extrait aqueux de gingembre et de trois
de ces principaux constituants, le 6-gingérol, le 6-shogaol et la zingérone, ont
été testés sur des neurones afférents viscéraux impliqués dans les phénomènes
de nausées et de vomissements.
Il a été mis en évidence que le gingembre a une action antiémétique similaire à
un antiémétique classique tel que l’ondansétron ; et que les trois composés
testés bloquent la réponse sérotoninergique de manière dose-dépendante, le 6-
shogaol ayant la plus forte efficacité (suivi du 6-gingérol et de la zingérone).
La principale différence entre les antiémétiques classiques et les composés testés
est que ces derniers inhibent les récepteurs 5-HT3 de façon non compétitive,
c’est à dire qu’ils se lient à un site différent de celui de la sérotonine (68).

42
Cette découverte laisse à penser qu’en bloquant à la fois le site de liaison de la
sérotonine par un antiémétique classique, et un site voisin par le gingembre,
l’effet antiémétique serait démultiplié par action synergique des deux produits.

• Effet du gingembre sur les NVCI

Les résultats des différentes études menées ne sont pas aussi optimistes que
l’explication théorique du mécanisme d’action, et sont parfois contradictoires.

Tous les patients sous chimiothérapie prennent un traitement antiémétique en


parallèle : arrêter un tel traitement pour participer à un essai clinique testant
l’efficacité du gingembre sur les NVCI aurait été trop risqué quant à la qualité de
vie du patient et à son observance.
C’est pourquoi, dans tous les essais cliniques, les patients ont continué leur
traitement antiémétique conventionnel. Le gingembre n’a donc pu être testé
qu’en tant que traitement adjuvant des traitements antiémétiques standard des
NVCI.

L’étude réalisée par Arslan M et Ozdemir L s’est intéressée à l’effet du gingembre


sur les NVCI aigus de patientes traitées par chimiothérapie pour un cancer du
sein. Dans cette étude, la totalité des 60 patientes a reçu un traitement
antiémétique classique. 30 patientes ont reçu en plus une dose orale de
gingembre pendant les trois premiers jours de la cure, tandis que les 30 autres
n’ont rien reçu d’autre. La sévérité des nausées a été évaluée à l’aide d’une
échelle graduée de 0 à 10. Les épisodes de vomissements ont également été
mentionnés.
Après cinq jours de traitement, les résultats ont montré que les nausées étaient
significativement moins sévères et les vomissements moins fréquents dans le
groupe ayant reçu du gingembre par rapport au groupe témoin (69).

Une autre étude à plus grande échelle rejoint les résultats de l’étude précédente:
en 2012, Ryan JL et al ont inclut 774 patients dans un essai randomisé en double
aveugle. Le but était ici d’étudier l’action de capsules de gingembre sur les
nausées aigues chimio-induites.
Quatre groupes ont été constitués et ont reçu, en plus d’un antagoniste 5-HT3,
un traitement à base de doses variables de gingembre. Le tableau VII page
suivante résume la dose administrée selon les groupes de patients.

43
Tableau VII : Doses de gingembre administrées lors de l’étude de Ryan JL et al

Prise
Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3 Groupe 4
journalière
1 capsule de 2 capsules de
250mg de 250mg de 3 capsules de
3 capsules
1ère prise gingembre + 2 gingembre + 1 250mg de
de placebo
capsules de capsule de gingembre
placebo placebo
1 capsule de 2 capsules de
250mg de 250mg de 3 capsules de
3 capsules
2ème
prise gingembre + 2 gingembre + 1 250mg de
de placebo
capsules de capsule de gingembre
placebo placebo

Ce traitement a débuté 3 jours avant le début de la cure de chimiothérapie, et a


duré 6 jours. Les nausées étaient évaluées sur une échelle graduée de 0 à 7, du
premier jour de la cure au jour 4.
L’analyse finale (faite sur 576 patients) a démontré que les nausées aigues sont
significativement réduites dans les 3 groupes traités par le gingembre. De plus,
la dose la plus efficace serait comprise entre 0,5 grammes et 1 gramme d’extrait
sec de plante (70).

Bien que ces deux études annoncent des résultats prometteurs, certaines autres
viennent les contredire.

Ainsi, un essai clinique a été mis en place en 2009 par Zick SM et al. et a
regroupé 162 patients. Tous ont été traités par un antagoniste des récepteurs 5-
HT3 ou par de l’aprépitant, un antagoniste de récepteurs à la substance P.
Certains d’entre eux ont également reçu une dose de 1 à 2 grammes d’extrait
sec standardisé de gingembre (contenant 5% de gingérols) à répartir en deux
prises, pendant 3 jours.
Les résultats n’ont pas montré d’amélioration significative de NVCI lors de
l’addition du gingembre au traitement conventionnel. Par contre, les patients
traités par le gingembre étaient significativement moins fatigués et ont rapporté
moins d’effets secondaires que ceux du groupe placebo (39) (71).

Pour conclure, l’action du gingembre sur les nausées et vomissements chimio-


induits nécessite davantage d’investigations afin d’être totalement élucidée.
En effet, le mécanisme d’action est bien établi au niveau biochimique, et
quelques études (dont certaines avec un échantillon conséquent de patients) ont
montré des résultats prometteurs. Bien que les doses administrées lors des
essais sont sensiblement équivalentes, la durée de traitement est quant à elle
différente, ce qui pourrait expliquer les variations de résultats.
Dans tous les cas, l’innocuité du gingembre permet de l’utiliser sans crainte en
complément des traitements classiques.

44
[Link] Nausées et vomissements post-opératoires : NVPO

• Rappels physiopathologiques

L’anesthésie générale requise lors de nombreuses interventions chirurgicales


entraine fréquemment des phénomènes de nausées accompagnées ou non de
vomissements. Il s’agit d’un effet indésirable redouté des patients : en effet, les
NVPO touchent près de 30% des patients (cette incidence peut aller jusqu’à 80%
dans certains groupes à risque), et affectent le ressenti du patient (anxiété par
rapport aux éventuelles opérations futures), ainsi que sa qualité de récupération
post-chirurgicale. De plus, ils peuvent être à l’origine d’une prolongation de la
durée d’hospitalisation, voire d’une ré-hospitalisation.

En plus des facteurs de risque individuels que nous avons vu précédemment, la


survenue des NVPO est favorisée par la durée d’intervention, l’utilisation de
protoxyde d’azote, d’agents volatils ou encore de néostigmine (un
anticholinestérasique) à forte dose (plus de 2,5mg). Il semblerait également que
certaines chirurgies soient plus à risque que d’autres : c’est le cas de la chirurgie
mammaire, gynécologique, ou encore ophtalmologique.

Les NVPO étant un effet adverse fréquent et donc connu, un traitement


prophylactique est très souvent mis en place, après avoir déterminé le niveau de
risque du patient. Si des nausées et/ou vomissements surviennent malgré le
traitement préventif (ou si le patient n’a pas eu de traitement préventif), un
traitement curatif est mis en place.

L’arsenal thérapeutique est large, ce qui permet de combiner différentes classes


d’antiémétiques ou de changer de classe en cas d’échec thérapeutique. Les
médicaments antiémétiques sont les mêmes que ceux utilisés contre NVCI, à
savoir les antagonistes des récepteurs sérotoninergiques (les sétrons), les
antagonistes de récepteurs à la neurokinine-1 (ou substance P), les corticoïdes,
mais aussi les inhibiteurs des récepteurs à la dopamine (classe des
butyrophénones) ainsi que les anticholinergiques (72) (73).

• Effet du gingembre sur les NVPO

Tout comme pour les NVCI, des équipes de chercheurs se sont penchées sur
l’efficacité du gingembre dans le traitement des NVPO, à la fois au niveau
préventif qu’au niveau curatif. Certains ont également comparé l’effet du
gingembre par rapport à des antiémétiques classiques, tels que le
métoclopramide ou le dropéridol.
Plusieurs études sont résumées dans le tableau VIII pages suivantes :

45
Tableau VIII : Résumé d’essais cliniques concernant l’efficacité du gingembre sur les NVPO

Auteur Type de Groupe Groupe Moment


Participants Résultats
(date) chirurgie traitement contrôle d’administration
Amélioration significative des
Kalava 2 capsules de 1g 1 capsule 30 min nausées per-opératoires
N=239
(2013) Césarienne de poudre de Placebo avant Pas d’amélioration significative des
(74) gingembre 1 capsule 2h après nausées et vomissements post-
opératoires
Amélioration significative des
nausées 2h après l’intervention
Montazeri 4 capsules de
Non 1h avant Pas d’amélioration significative 4h
(2013) N=160 250mg de Placebo
renseignée l’intervention ou 6h après l’intervention
(75) gingembre
Pas d’effet significatif sur les
vomissements
Effet significatif sur les nausées et
Pongrojpaw vomissements immédiats (2h à 4h
N=80 1 g par voie orale 1h avant
(2003) Laparoscopie Placebo après l’intervention)
de gingembre l’intervention
(39) Pas d’effet sur les symptômes
après 24h
Extrait acétonique
Eberhart Pré-opératoire
de gingembre
(2003) Laparoscopie N=180 Placebo 3h et 6h post- Pas d’effet
(100mg ou
(39) opératoire
200mg)
Réduction significative des nausées
Bone
1 g par voie orale Métoclopramide par rapport au groupe placebo
(1990) Gynécologique N=60 Pré-opératoire
de gingembre 10mg par voie IV Effet similaire du gingembre et du
(39)
métoclopramide

46
Auteur Type de Groupe Groupe Moment
Participants Résultats
(date) chirurgie traitement contrôle d’administration
Effet similaire du gingembre et du
Philips Métoclopramide
N=120 1 g par voie orale métoclopramide : 21% et 27% de
(1993) Laparoscopie 10mg par voie IV Pré-opératoire
de gingembre nausées, contre 41% dans le
(39) Placebo
groupe placebo
4 groupes
-Groupe 1 : 2g de gingembre
Visalyaputra
-Groupe 2 : 1,25mg de dropéridol Pas de différences significatives
(1998) Laparoscopie N=80 Pré-opératoire
-Groupe 3 : 2g de gingembre + entre les 4 groupes
(39)
1,25mg de dropéridol
-Groupe 4 : Placebo
2 capsules de 0,5g
Mandal de gingembre + Ondansétron Effet supérieur de l’association
Non 1h avant
(2014) N=100 4mg (4mg IV) + gingembre + ondansétron à
renseignée l’intervention
(76) d’ondansétron en placebo l’ondansétron seul
IV

Abréviations : N = nombre de participants ; IV = voie d’administration intra-veineuse

47
Les résultats des essais du tableau VIII s’accordent à dire que le gingembre est
efficace pour traiter les nausées apparaissant dans les deux à quatre heures
suivant la chirurgie. Cependant, son effet sur les nausées plus tardives n’est pas
significatif, tout comme l’effet sur les vomissements.
De plus, l’action du gingembre est similaire à celle des antiémétiques classiques ;
néanmoins, l’association entre ces deux produits aurait un effet supérieur à
l’utilisation d’un antiémétique seul.
Enfin, l’administration de 1g de poudre gingembre par voie orale semble être la
posologie idéale en terme d’efficacité : en effet, la seule étude ne démontrant
pas d’effet est celle utilisant un extrait alcoolique de gingembre, dosé à 200mg
maximum.

Pour conclure, le rhizome de gingembre apparaît comme un produit utile dans le


traitement préventif et curatif des NVPO, et peut ainsi constituer une alternative
ou un traitement adjuvant sûr aux antiémétiques classiques.

4.1.2 Digestion

Depuis des siècles, le gingembre est largement utilisé pour ces propriétés
carminatives. Aujourd’hui, de nombreuses études sont réalisées pour tenter d’en
élucider les mécanismes d’action.
Nous allons tout d’abord nous intéresser à l’effet carminatif du gingembre dans
son ensemble, puis nous détaillerons ses actions au niveau de la contraction du
muscle lisse présent au niveau intestinal.

L’amélioration de la digestion viendrait à la fois de l’action de Zingiber officinale


sur l’irrigation de l’intestin, sur la motilité gastro-intestinale, ainsi que sur les
nerfs thermosensibles.

En effet, une première étude à montré que l’administration intraduodénale de 6-


shogaol à des rats à la dose de 2mg/kg induit une augmentation du flux sanguin
intestinal, donc une meilleure irrigation, et par conséquent, une meilleure
digestion.
D’autre part, lors d’une seconde étude in vivo où des cochons d’Inde ont reçu un
extrait de 6-shogaol, il a été mis en évidence une amélioration significative du
transit et du péristaltisme intestinal (39).
Lors de ces deux études, les shogaols ont été testés. Ces composés piquants,
tout comme les gingérols dont ils sont issus, stimuleraient les nerfs sensibles à la
chaleur, ce qui favorise la digestion.

Concernant l’effet sur le péristaltisme, il semblerait que le gingembre soit à la


fois spasmogène, et spasmotlyique.

48
En 2013, Mamaghani et al ont étudié in vitro et in vivo cette propriété.
Dans un premier temps, des morceaux de réticulum de muscle lisse issu de huit
chèvres ont été isolés et testés in vitro. Différentes doses d’extrait
hydroalcoolique de gingembre ont été administrées. Les résultats sont regroupés
dans les graphiques ci dessous :

Figure 19 : Etat de contraction de muscle lisse de chèvre après administration de


gingembre à différentes doses (77)

Figure 20 : Etat de relaxation de muscle lisse de chèvre après administration de


gingembre à différentes doses (77)

Les figures 19 et 20 montrent donc qu’à des doses comprises entre 10 et 100
mg/L d’extrait, le gingembre a un effet spasmogène, c’est à dire qu’il entraine
des contractions. A l’inverse, à la dose de 1000mg/L d’extrait, le gingembre est
spasmolytique : il entraine la relaxation du muscle lisse.

49
Cette propriété est due à l’inhibition de l’acétylcholine : en effet, cette substance
est un neurotransmetteur jouant un rôle important dans l’activité musculaire, par
liaison à des récepteurs nicotiniques et muscariniques. L’inhibition de ce
médiateur ou de ses récepteurs entraine donc une relaxation du muscle lisse
(77).

Une autre étude réalisée in vitro, a quant à elle montré que l’extrait aqueux de
rhizome entraine la relaxation du muscle lisse d’un iléon isolé de rat, à la
concentration optimale de 0,6mg/ml, et la relaxation du muscle lisse du fundus
gastrique de rat à la concentration optimale de 1 mg/ml (51).

Le test in vivo effectué par l’équipe de Mamaghani a concerné six chèvres,


soumises à une étude électromyographique, c’est à dire à l’étude des courants
électriques accompagnant l’activité musculaire. L’administration d’extrait de
gingembre à la dose de 40 mg/kg a entrainé une augmentation des contractions
du muscle lisse, et ce pendant les trois jours suivant l’administration. Ainsi, il a
été démontré une activité prokinétique du gingembre (77).

Le gingembre contiendrait donc des composés ayant des effets opposés en terme
de spasmogénicité : d’une part, les alcaloïdes et les saponines aux propriétés
cholinergiques et spasmogéniques ; d’autre part, les composés phénoliques tels
que les gingérols et le 6-shogaol, aux propriétés spasmolytiques (77).

Une autre étude in vivo, réalisée en 2007 par Riyazi et al, a permis de mettre en
évidence le rôle antispasmodique de l’alpha-phéllandrène, du beta-pinène, et du
terpinolène, via une interaction avec les récepteurs sérotoninergiques (78).

Parmi les essais cliniques concernant le sujet, l’un d’eux (portant sur des
volontaires sains) a démontré que l’administration par voie orale d’extrait de
gingembre augmente de façon significative la motilité antrale et la motilité
gastroduodénale, aussi bien à jeun qu’après un repas (25).
Cette propriété est due, là encore, à une action au niveau des récepteurs
sérotoninergiques 5-HT3.

Pour conclure, le gingembre possède indéniablement des composés ayant des


propriétés digestives, et agissant par des mécanismes divers et complexes :
• Des composés phénoliques tels que les shogaols et le 6-gingérol, qui
améliorent l’irrigation intestinale et ont un effet spasmolytique par
interaction avec l’acétylcholine
• D’autres composés volatiles tels que l’alpha-phéllandrène, le beta-pinène
et le terpinolène qui interagissent avec la sérotonine et entrainent une
relaxation du muscle lisse
• Les saponines et les alcaloïdes, qui à faible dose, ont une action
spasmogène, ce qui stimule le péristaltisme et la vidange gastrique.

50
4.1.3 Protection gastrique

En plus de favoriser et d’améliorer la digestion, le gingembre possède également


des propriétés gastroprotectrices, grâce à trois actions principales, détaillées
dans cette partie: l’inhibition de la sécrétion acide, l’action antiulcérogénique, et
enfin, l’inhibition d’Helicobacter pylori.

[Link] Inhibition de la sécrétion acide

Tout d’abord, il a été démontré que le gingembre a la capacité d’inhiber la


sécrétion d’acide chlorhydrique. Cet acide est responsable du pH acide de
l’estomac, nécessaire à la digestion, mais pouvant parfois s’avérer érosif et
inflammatoire pour la muqueuse gastrique.

Une étude in vivo a mis en évidence cette propriété : des rats ont reçu soit
1000mg/kg d’extrait de rhizome de gingembre, soit 100mg/kg de zingibérine
seule, soit 100mg/kg de 6-gingérol seul. Tous les extraits ont inhibé de manière
significative la sécrétion d’acide chlorhydrique, à des taux respectifs de 97,5%,
53,6% et 54,5%.
Ce résultat montre à la fois une action des composés phénoliques, 6-gingérol en
tête, et des composés terpéniques, majoritairement représentés par la
zingibérine. Ces deux familles de composés pourraient avoir un effet additif,
voire synergique, ce qui explique la différence entre le taux correspondant à
l’extrait entier, et les deux autres (une autre explication pourrait venir de la
différence de dose administrée) (39).

[Link] Protection contre les ulcères gastriques

D’autre part, le rhizome de gingembre a un effet protecteur contre les ulcères


gastriques. Apparaissant suite à un déséquilibre entre les sécrétions acides de
l’estomac et les sécrétions de mucus et de molécules protectrices de la
muqueuse, les ulcères gastriques sont la conséquence d’une inflammation
chronique et d’une érosion, et correspondent à des lésions de la paroi de
l’estomac et/ou du duodénum.
Plusieurs étiologies existent, dont certaines sont iatrogènes : en effet, l’utilisation
sur le long terme d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, d’aspirine, ou de certains
antihypertenseurs telle que la réserpine peuvent être source d’ulcères (79).

Il a été démontré que le gingembre a une action antiulcérogénique quelle qu’en


soit la cause : médicaments, éthanol, acide acétique, stress ou encore
Helicobacter pylori (ce point est abordé plus en détail dans le paragraphe
suivant) (80).

51
Parmi les études réalisées, l’une d’entre elles s’est intéressée à l’effet du
gingembre sur les ulcères induits par l’indométacine (AINS du groupe des
indoliques). Quatre groupes de rats ont constitué l’étude :
• Un groupe témoin sain ne recevant pas d’indométacine
• Un groupe malade, c’est à dire auquel l’AINS a été administré
• Deux groupes recevant un traitement par voie orale : soit 20mg/kg de
famotidine (antagoniste histaminergique entrainant une inhibition de la
sécrétion gastrique), soit 100mg/kg de gingembre.
Les rats traités ont reçu quotidiennement leur traitement, pendant 14 jours, puis
ont reçu 20mg/kg d’indométacine par administration intra-péritonéale. Les
résultats de l’étude sont reportés sur les graphiques ci-dessous :

Figure 21 : Etude de l’effet du gingembre sur plusieurs paramètres relatifs aux


ulcères gastriques (81)

L’indométacine entraine bel et bien la formation d’ulcères, comme en atteste


l’augmentation du nombre et de l’index des ulcères. Il a également été observé
une augmentation de la teneur en histamine et en peroxydes lipidiques.
La famotidine ainsi que le gingembre diminuent significativement l’apparition des
ulcères : les résultats macroscopiques présentés ici on été confirmés par une
étude histopathologique. L’action antiulcérogénique du gingembre est ainsi
démontrée (81).

52
Cette propriété serait due à la présence, entre autres, de (6)-gingérol, de
zingibérine, de beta-sesquiphellandrène, de beta-bisabolène, de ar-curumène…
Plus d’une douzaine de constituants du gingembre auraient ainsi une activité
antiulcérogénique (25).

Bien que les liens entre molécules et mécanismes d’action ne soient pas
clairement établis, la corrélation entre l’inhibition de la sécrétion gastrique, et
l’augmentation de la sécrétion de mucus (via l’augmentation de la sécrétion de
mucine, une protéine glycosylée) couplée à la diminution de la perte cellulaire
peut expliquer l’action gastroprotectrice du gingembre (82).
S’ajoute à ces processus une inhibition de la libération d’histamine, médiateur
jouant un rôle dans la sécrétion d’acide chlorhydrique. Enfin, les propriétés
antioxydantes du gingembre complètent son effet gastroprotecteur (81).

[Link] Inhibition d’Helicobacter pylori

• Rappels microbiologiques et physiopathologiques

Helicobacter pylori est une bactérie pathogène de forme spiralée et possédant


deux à six flagelles. Elle est capable de se développer dans la paroi de l’estomac,
qui est pourtant un milieu très acide : en effet, elle sécrète une enzyme,
l’uréase, qui permet de neutraliser l’acidité gastrique en créant de l’ammoniac, et
d’être ainsi protégée (83).

La transmission de cette bactérie est strictement interhumaine (les animaux n’en


sont pas porteurs) : elle se fait par voie orale ou via les selles ; le manque
d’hygiène (absence d’eau potable, contamination de l’eau ou des aliments par
des matières fécales…) et la vie en collectivité sont les deux principaux facteurs
favorisant l’infection. De plus, la transmission nécessite un contact rapproché,
c’est pourquoi les transmissions intrafamiliales sont fréquentes et les infections
durant l’enfance sont majoritaires (83).

Une fois que la bactérie a colonisé le mucus de la paroi gastrique, elle prolifère et
sécrète une toxine qui altère le métabolisme de cellules de l’estomac. En réponse
à cette attaque, ces cellules sécrètent davantage d’acide chlorhydrique : la
combinaison de ces deux sécrétions (toxine d’une part, acide chlorhydrique
d’autre part) entraine une inflammation chronique de la muqueuse gastrique
(84).

La principale forme d’infection à [Link] est donc une gastrite, pouvant persister
durant toute la vie de l’individu si elle n’est pas traitée.
Certaines formes sont asymptomatiques, tandis que d’autres peuvent se
manifester par des crampes, des douleurs abdominales, ou encore des nausées
et/ou vomissements.

53
En l’absence de traitement, une gastrite à [Link] peut évoluer en deux
pathologies plus graves : d’une part, les ulcères gastrique et duodénal, qui
entrainent une fragilisation des muqueuses et donc une sensibilité accrue de
l’estomac et de l’intestin ; d’autre part, le cancer gastrique.
Bien que seulement 1% à 3% des infections à [Link] évoluent en carcinome
gastrique (au bout de plusieurs années, voire dizaines d’années), ce type de
cancer reste particulièrement meurtrier.
Helicobacter pylori est d’ailleurs classée comme bactérie carcinogène de type 1
depuis 1994 (selon l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer), c’est à
dire qu’elle entraine un risque de cancer certain chez l’Homme (60% à 90% des
cancers gastriques sont dus à [Link]) (83).

• Effet du gingembre sur l’éradication d’Helicobacter pylori

Pour lutter contre une infection à [Link], des traitements efficaces existent, et
reposent sur l’association d’un antibiotique (amoxicilline dans un premier temps)
et d’un inhibiteur de la pompe a protons (IPP) pendant une dizaine de jours.
Cependant, face aux problèmes grandissants de résistance bactérienne aux
antibiotiques, les chercheurs s’intéressent davantage à la phytothérapie, et
notamment au gingembre.

Nous avons vu dans la partie précédente que Zingiber officinale possède un effet
gastroprotecteur important.
De plus, il exerce une action directe sur la bactérie : ainsi, il a été prouvé que
l’extrait de rhizome de gingembre est capable d’inhiber in vitro la croissance de
19 souches différentes d’[Link], dont cinq sont connues pour être responsables
de cancers gastriques.
Bien que les mécanismes d’action restent flous, on suppose que les gingérols et
les autres composés phénoliques jouent un rôle important : ils inhibent la
croissance d’[Link] à des concentrations minimales inhibitrices (CMI) allant de
0,78 à 12,5 microg/mL, et sont également de puissants inhibiteurs de la pompe
à protons. Ils seraient d’ailleurs six à huit fois plus puissants que le lansoprazole
(39) (85).

In vivo, une étude a été réalisée sur des rongeurs pour déterminer l’intérêt du
gingembre aussi bien en traitement curatif qu’en prévention. Pour cela, des
gerbilles ont reçu 100mg/kg d’extrait de gingembre trois semaines avant d’être
infectées, ou six semaines après exposition.
Il a ainsi été démontré une réduction significative de la croissance d’ [Link],
une diminution de l’inflammation et de l’érosion de la muqueuse gastrique, ainsi
qu’une diminution de la dégénérescence cellulaire dans le groupe traité par
l’extrait de gingembre par rapport au groupe contrôle, le tout sans augmenter la
mortalité ni la morbidité.
Ces observations prouvent donc une forte activité de Zingiber officinale dans
l’éradication d’Helicobacter pylori, et une certaine innocuité.

54
De plus, il a été prouvé que le gingembre possède une action inhibitrice envers
la cyclooxygénase 2, envers les interleukines IL-1, IL-6 et IL-8, et envers le TNF-
alpha (tumor necrosis factor-alpha) : ces molécules pro-inflammatoires et
promotrices de tumeurs (cas du TNF-alpha) sont libérées dans de nombreux
états inflammatoires (comme nous allons le voir plus tard), et notamment dans
le cas des cancers gastriques.

Ces résultats montrent par conséquent que le gingembre pourrait être utilisé à la
fois en traitement d’éradication d’ H. pylori, et à la fois en traitement
prophylactique contre les cancers gastriques (86).

• Association du gingembre aux traitements conventionnels

Plusieurs études in vitro se sont quant à elles intéressées à l’effet de l’association


entre de l’extrait de gingembre et l’un des antibiotiques utilisé en traitement
conventionnel.
Il a été prouvé qu’il existe une synergie d’action ou du moins une addition
d’effets entre le gingembre et la clarithromycine. De plus, l’action de cette
association est indépendante de la sensibilité de la souche d’ H. pylori à
l’antibiotique (39) (87).

L’ensemble de ces observations montre donc que le gingembre pourrait


constituer un traitement adjuvant à l’antibiothérapie dans le traitement
d’éradication d’Helicobacter pylori : il serait alors possible de diminuer la dose
d’antibiotique, et ainsi limiter à la fois les effets indésirables, et les phénomènes
de résistance bactérienne.

55
4.2 Inflammation et douleur

Le phénomène inflammatoire est un processus complexe comprenant plusieurs


étapes et impliquant de nombreuses molécules, qui sont autant de cibles pour les
traitements antiinflammatoires.
Afin de mieux comprendre comment Zingiber officinale agit sur l’inflammation,
cette partie débutera par des rappels physiopathologiques détaillés. S’ensuivra
une explication des voies d’action du gingembre, puis une démonstration de son
efficacité sur une pathologie inflammatoire : l’ostéoarthrite du genou.

4.2.1 Rappels physiopathologiques

L’inflammation correspond à un processus physiologique de l’organisme contre


une agression qui entraine une altération tissulaire. Ce phénomène déclenche et
régule une réaction immunitaire, et peut être aigu ou chronique (on parle alors
de syndrome ou de maladie inflammatoire).

Les facteurs déclenchants de l’inflammation peuvent être d’ordre physique, tels


que la chaleur, le froid, les rayonnements ionisants ; ou solides, tels que des
microorganismes, des insectes, des produits chimiques…
Dans tous les cas, l’inflammation est caractérisée par quatre signes (déjà définis
par Celse, médecin d’Auguste et auteur de De Arte Medica) :
• la tuméfaction, ou œdème (tumor)
• la douleur (dolor)
• la chaleur (calor)
• la rougeur, ou érythème (color)

Le processus inflammatoire aigu se déroule en trois phases, mettant en jeu


différentes voies et différents médiateurs.
Tout d’abord, la phase d’initiation, au cours de laquelle s’activent trois
systèmes :
• La coagulation, qui ne dure que quelques secondes, et qui correspond à
une activation plaquettaire et à une vasoconstriction, afin de créer un clou
hémostatique et par exemple d’isoler le microorganisme à l’origine de la
réaction.
• Le système des kinines, dans lequel la bradykinine induit une perméabilité
vasculaire aux prostaglandines et aux autres molécules proinflammatoires.
• Le système du complément, qui recrute des polynucléaires et des
mastocytes, des cellules immunitaires à l’origine de la libération
d’hormones inflammatoires telle que l’histamine.
A l’issue de cette première phase, le débit circulatoire et la pression des
terminaisons nerveuses augmentent, ce qui induit un érythème associé à un
dégagement de chaleur, ainsi qu’un œdème.

56
S’ensuit la phase d’amplification : il y a à la fois une activation et un afflux de
cellules immunitaires vers les tissus lésés ; et une libération de divers
médiateurs pro-inflammatoires, classés en deux catégories :
• Les médiateurs préformés, c’est à dire déjà existants dans l’organisme
avant l’agression : histamine, sérotonine, protéases, chimiokines.
• Les médiateurs néoformés, c’est à dire issus d’un précurseur initialement
présent :
a. L’acide arachidonique, entrainant la formation des eicosanoïdes via
la voie des cyclooxygénases (donnant les prostaglandines et le
thromboxane A2) et des lipooxygénases (donnant les leucotriènes).
b. Les cytokines, produites par les macrophages : certaines sont pro-
infkammatoires , notamment les interleukines IL-1, IL-6, IL-12, et
le facteur de nécrose tumorale TNF ; d’autres sont anti-
inflammatoires, telle que l’interleukine IL-10.
c. Les radicaux libres oxygénés et nitrés, produits par diverses
enzymes et dont le but et de détruire les microorganismes
pathogènes et les cellules. L’effet de ces radicaux est contrebalancé
par un système de défense antioxydant, mettant notamment en jeu
le glutathion et certaines enzymes (superoxyde dismutase,
catalase).
d. Les protéines de l’inflammation : protéine C réactive (PCR) et
fibrinogène par exemple.
C’est lors de cette phase d’amplification que se met en place la réponse
immunitaire, avec action des lymphocytes B et T.

Enfin, la phase de réparation et de cicatrisation termine le processus, et


correspond à un remodelage des tissus et à une néo-vascularisation.
Cette réparation peut être totale, si l’agent agressif est totalement éliminé et si
le système de défense de l’organisme est efficace. Si ce n’est pas le cas, la
réparation ne sera que partielle est pourra évoluer en inflammation chronique.

L’inflammation chronique, ou syndrome inflammatoire, est un phénomène


fréquent dans les pays industrialisés : il constitue en effet la troisième cause de
mortalité.
Il correspond à une inflammation dont la durée dépasse six semaines, et peut
atteindre les articulations, le système nerveux, ou tube digestif ou encore le
système respiratoire. Il peut faire suite à une inflammation aigue, mais il peut
aussi faire partie intégrante d’une pathologie chronique : c’est le cas de certaines
maladies auto-immunes (sclérose en plaque, polyarthrite rhumatoïde…), des
colites inflammatoires (maladie de Crohn, rectocolite), d’allergies, de pathologies
infectieuses (VIH, hépatites B et C) ou encore de maladies neurodégénératives
(Alzheimer, Parkinson…).

57
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments largement
utilisés dans les maladies inflammatoires. Leur mécanisme d’action réside dans
l’inhibition des cyclooxygénases, ce qui empêche la formation des
prostaglandines pro-inflammatoires.
Cependant, ils présentent de nombreux effets indésirables, dont les plus
fréquents sont d’ordre digestif : nausées, douleurs abdominales, troubles du
transit, lésions des muqueuses… Ils peuvent également induire une insuffisance
rénale, une réaction allergique, un bronchospasme, voire des atteintes
hépatiques.

Face à de tels effets néfastes, l’intérêt envers la phytothérapie et les


compléments alimentaires ne cesse de croître. Utilisé depuis longtemps pour
calmer les douleurs et l’inflammation, le gingembre fait l’objet de recherches
approfondies quant à son action anti-inflammatoire.

4.2.2 Mécanisme d’action du gingembre

Dans un premier temps, Zingiber officinale est capable d’inhiber l’action de la


cyclooxygénase-2 et de la 5-lipooxygénase, ce qui entraine une inhibition de la
synthèse de prostaglandines (dont la PGE2), hormones proinflammatoires.
Les composés piquants tels que le (6)-gingérol, le (6)-gingerdione, le (8)-
gingerdione, et les déhydrogingerdiones sont actifs à ce niveau, avec une action
plus importante des composés de type gingérols (25).

Ensuite, les gingérols et les shogaols ont une action inhibitrice sur certaines
cytokines : dans une étude in vitro réalisée en 2013, il a en effet été mis en
évidence qu’à une concentration de 20 micromoles/L, ces composés inhibent la
production d’interleukine-1 (IL-1), d’interleukine-6 (IL-6), du facteur de nécrose
tumorale (TNF-alpha), mais aussi de l’oxyde nitrique (NO).
Cette inhibition serait due au blocage de l’expression de gènes pro-
inflammatoires.
De plus, les gingérols ayant une chaine alkyl latérale plus longue seraient plus
efficaces : ainsi, le (10)-gingérol serait plus actif que le (6)-gingérol, composé
majeur du rhizome du gingembre (88).

L’inhibition de l’oxyde nitrique a été approfondie par Shimoda et al lors d’une


étude réalisée in vitro sur l’effet anti-inflammatoire du gingembre rouge
(Zingiber officinale [Link]).
Il a ici été démontré que le blocage de l’activation des macrophages serait à
l’origine du phénomène. Le (6)-shogaol, les gingerdiones et les
proanthocyanidines (caractéristiques du gingembre rouge) inhiberaient ainsi la
production d’oxyde nitrique à une concentration de 100 microgrammes/litre,
ainsi que certaines prostaglandines (dont PGE-2) (89).

58
Les résultats de ces investigations sont en adéquation avec ceux énoncés dans la
partie s’intéressant au rôle du gingembre dans l’éradication d’Helicobacter pylori.
En effet, le phénomène inflammatoire peut concerner plusieurs parties distinctes
de l’organisme : tube digestif, système respiratoire, articulations, ou encore
système nerveux. Les mécanismes d’action restent cependant les mêmes quels
que soient les organes ou systèmes atteints.

Ainsi, l’effet antiinflammatoire du rhizome de gingembre ne se limite pas aux


affections articulaires, mais concerne l’ensemble des situations inflammatoires.
Pour résumer les résultats démontrés précédemment, les composants piquants
du gingembre (majoritairement les gingérols, shogaols et gingerdiones) agissent
à trois niveaux différents :
• Inhibition des prostaglandines proinflammatoires par blocage des
cyclooxygénases et lipooxygénases
• Inhibition des cytokines (IL-1, IL-6 notamment) par blocage de l’activation
des macrophages
• Inhibition de la synthèse d’oxyde nitrique, dérivé nitré jouant un rôle
majeur dans l’inflammation

4.2.3 Effet du gingembre sur l’ostéoarthrite du genou

En 2001, l’équipe d’Altman a étudié l’efficacité et la sécurité d’emploi de deux


espèces de gingembre (Zingiber officinale et Alipnia galanga) sur une maladie
inflammatoire fréquente : l’ostéoarthrite du genou.

Cette étude randomisée réalisée en double aveugle versus placebo sur 261
patients souffrant de douleurs modérées à sévères s’est déroulée sur une période
de six semaines. Les patients ont reçu deux fois par jour soit de l’extrait de
gingembre, soit un placebo. La prise de paracétamol en complément était tolérée
en cas de besoin.
L’évaluation de la douleur reposait sur l’utilisation d’une échelle visuelle
analogique, et s’intéressait dans un premier temps à déterminer les patients
répondeurs au traitement : pour cela, leur douleur devait diminuer d’au moins
15mm sur cette échelle. L’efficacité du gingembre était ensuite étudiée par
rapport à la douleur en position debout, ainsi qu’à celle ressentie après une
marche de cinquante pas.
Les résultats de l’étude ont tout d’abord montré que les patients traités par le
gingembre répondaient significativement mieux que ceux sous placebo. De plus,
il a été démontré une réduction significative de la douleur aussi bien en position
debout qu’après une marche de 50 pas, ainsi qu’un moindre recours au
paracétamol. Quelques effets adverses digestifs ont été rapportés, cependant
leur intensité était modérée.
Par conséquent, il a été prouvé que le gingembre est efficace dans le traitement
anti-inflammatoire et analgésique de l’ostéoarthrite du genou, et qu’il est dans
l’ensemble bien toléré (90).

59
Une seconde étude réalisée en 2013, a quant à elle comparé l’effet du gingembre
à celui d’un anti-inflammatoire classique, le diclofénac.
Cet essai s’est déroulé sur douze semaines, et a inclus soixante patients
souffrant d’ostéoarthrite du genou.
Trois groupes ont été constitués :
• Groupe I : un comprimé de 50 mg de diclofénac et une capsule de placebo
• Groupe II : une capsule de 750 mg de poudre de gingembre et une
capsule de placebo
• Groupe III : une capsule de 750 mg de poudre de gingembre et un
comprimé de 50 mg de diclofénac
L’efficacité des traitements était évaluée grâce à une échelle visuelle analogique
(VAS) et à un index spécifique, toutes les deux semaines. L’apparition de tout
effet adverse était également notifiée.
L’interprétation des résultats a montré une diminution significative de
l’inflammation dans les trois groupes, avec une réduction encore plus importante
dans le groupe III. Les effets indésirables ne sont quant à eux pas
significativement différents entre les trois groupes.
Cette étude montre donc que le gingembre constitue un traitement sûr et
efficace des symptômes (principalement la douleur) de l’ostéoarthrite du genou,
sans pour autant être plus efficace que les anti-inflammatoires classiques (91).

Les résultats des deux études décrites ci dessus viennent corréler ceux d’une
méta analyse réalisée en 2015 par Bartels et al.
En effet, cette dernière a regroupé plusieurs essais cliniques traitant de
l’efficacité et de la sécurité d’emploi du gingembre dans le traitement de
l’osteoarthrite du genou : de manière générale, l’ensemble des essais montre
une réduction significative des symptômes, à savoir la douleur et l’invalidité qui
en découle (92).

En conclusion, le gingembre agit bel et bien sur le phénomène inflammatoire :


son action modérée et sa bonne tolérance font de cette plante un traitement
potentiel de l’ostéoarthrite du genou. D’autres études seraient cependant
bienvenues afin d’affiner les résultats.

60
4.3 Antioxydant

4.3.1 Rappels physiopathologiques

Le stress oxydant, ou stress oxydatif, correspond à une agression cellulaire par


des molécules pro-oxydantes : les radicaux libres et les espèces réactives de
l’oxygène (ERO).

Les ERO, dont la production est stimulée entre autres par des hormones, des
cytokines et des facteurs de croissance, jouent un rôle important d’un point de
vue physiologique : en effet, elles permettent la réalisation de réactions d’oxydo-
réduction, indispensables à la mise en œuvre de certaines cascades de
signalisation cellulaire, et donc au bon fonctionnement de divers systèmes
(notamment immunitaire, neuronal, vasculaire…)

Cependant, les propriétés toxiques des espèces réactives de l’oxygène sont


nombreuses et peuvent conduire à une altération de certaines fonctions. Ainsi,
lorsque les molécules pro-oxydantes s’accumulent dans les cellules, les
molécules anti-oxydantes telles que la vitamine C, le glutathion, la vitamine E,
ainsi que certaines enzymes telles que la superoxyde dismutase (SOD), la
catalase… ne sont plus capables de les neutraliser. On parle alors de stress
oxydant.
Cette surcharge en ERO entraine une importante oxydation de divers composés,
notamment les bases nucléiques, les acides aminés, certaines protéines, ou
encore les acides gras insaturés. A terme, ce phénomène entraine une mort
précoce des cellules.

Par conséquent, le stress oxydatif joue un rôle majeur dans le vieillissement


prématuré de l’organisme, et favorise l’apparition de pathologies variées liées au
vieillissement cellulaire : maladies dégénératives, cancer, diabète, maladies
cardiovasculaires (93).

4.3.2 Mécanisme d’action du gingembre

Les composés antioxydants sont nombreux et appartiennent à diverses familles


moléculaires. De nombreux fruits (et surtout les fruits rouges) et épices en
contiennent.
Le gingembre, qui contient plus d’une quarantaine de composés antioxydants
appartenant aussi bien à la classe des polyphénols (gingérols, shogaols) qu’à
celle des sesquiterpènes, est ainsi une plante très prisée pour lutter contre le
vieillissement prématuré de l’organisme.

61
En effet, comme nous l’avons vu dans le chapitre étudiant l’inflammation, les
composés phénoliques du gingembre inhibent la production de certaines
cytokines, ce qui altère la synthèse des espèces réactives de l’oxygène. D’un
point de vue phytochimique, il semblerait que l’action antioxydante du 6-shogaol
provienne de la présence d’un groupement cétonique insaturé.
Ces mêmes composés inhibent également l’oxyde nitrique (NO) et bloquent
l’action de l’eau oxygénée (H2O2), deux espèces réactives de l’oxygène
majeures (94).

Une étude in vitro réalisée en juin 2015 a permis de mettre en évidence les
différents niveaux d’action du gingembre, étudié ici sous forme d’huile
essentielle.
Les résultats montrent que les composés sesquiterpéniques tels que le
farnésène, le beta-sesquiphellandrène, le zingibérène, ainsi que les aldéhydes
(citrals) et le camphène sont capables de bloquer les radicaux hydroxyls (OH*),
et dans une moindre mesure, les radicaux oxygénés (O2*) (95).

La même équipe a également étudié l’effet in vitro du gingembre sur une


levure : Saccharomyes cerevisiae. Il a été démontré une relation dose
dépendante entre l’administration du gingembre et l’augmentation de la
concentration de trois enzymes : la superoxyde dismutase (SOD), la catalase
(CAT) et la glutathion peroxydase. Ceci a pour conséquence une augmentation
du catabolisme des espèces réactives de l’oxygène, et ainsi une inhibition de
l’oxydation cellulaire (95).

Ainsi, une multitude de constituants de Zingiber officinale agissent aussi bien sur
la production que sur l’action des molécules responsables du stress oxydatif.
Cependant, le stress oxydant est un processus difficile à qualifier et à quantifier,
aussi bien au niveau moléculaire que fonctionnel.
C’est pourquoi les études in vivo et d’autant plus les essais cliniques sont
difficiles à mettre en œuvre.

Afin de mieux comprendre dans quelles pathologies l’effet antioxydant du


gingembre peut être intéressant, prenons l’exemple de la maladie d’Alzheimer.

4.3.3 Effet du gingembre dans la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer est une pathologie neuro-dégénérative touchant dans un


premier temps l’hippocampe, puis s’étendant au reste du cerveau.
D’un point de vue clinique, cette pathologie se caractérise par des troubles de la
mémoire (d’abord à court terme), des fonctions exécutives (par exemple
s’habiller, écrire, cuisiner…), et de l’orientation spatio-temporelle.

62
Au niveau moléculaire, deux anomalies entrent en jeu :
• D’une part, une accumulation de la protéine béta-amyloïde dans le
cerveau, formant ainsi des plaques amyloïdes (ou plaques séniles)
toxiques pour les neurones.
• D’autre part, une phosphorylation accrue de la protéine Tau (protéine de
structure, naturellement présente dans le cerveau). Les neurones perdent
alors leur organisation structurelle : on parle de dégénérescence
neurofibrillaire. Cette désorganisation affecte d’abord la région de
l’hippocampe, siège de la mémoire à court terme ; puis s’étend. Ce
phénomène induit à terme une mort neuronale (96).

L’âge, les maladies cardiovasculaires, la sédentarité, ou encore les anesthésies


générales répétées font partie des facteurs de risque de cette pathologie.
Moins connu, le stress oxydant joue également un rôle : en effet, une
peroxydation lipidique accrue entraine une toxicité neuronale, propice à
l’installation des dépôts amyloïdes. Ce processus est bien entendu lent, d’où
l’intérêt d’une prévention efficace par l’apport d’antioxydants.

Plusieurs études ont mis en évidence la synergie de différents mécanismes


d’action du gingembre.
Ainsi, en 2012, Oboh et al ont montré que la protection neuronale se fait à la fois
par une prévention de la peroxydation lipidique, et par une inhibition de l’activité
acétylcholinestérasique de façon dose dépendante.
En effet, la maladie d’Alzheimer est corrélée à un déficit en acétylcholine,
neuromédiateur excitateur impliqué dans l’attention, la concentration, l’éveil. Le
blocage de la destruction de ce neurotransmetteur permet donc de maintenir un
taux d’acétylcholine cérébral correct, et de limiter ainsi la progression de la
maladie (97).

Une autre étude a quant à elle mis en évidence la faculté d’inhibition du peptide
beta-amyloïde, qui, combinée à une inhibition des cytokines, de
lipopolysaccharide, du facteur de nécrose tumorale TNF-alpha, fait du gingembre
une plante utile dans la prévention des désordres neurodégénératifs (98).

Pour résumer, le gingembre est une plante dont l’action combinée de plusieurs
de ses composés permet de prévenir la dégénérescence neuronale : action
antiinflammatoire (inhibition des cytokines, facteurs pro-inflammatoires), action
antioxydante (augmentation des enzymes luttant contre la peroxydation des
lipides), inhibition du peptide beta-amyloïde, inhibition de l’action
acétylcholinestérasique, et protection neuronale (99).

Bien qu’il ne puisse constituer un traitement curatif à part entière et qu’il est
difficile de mettre en place des essais cliniques, le rhizome de gingembre est
néanmoins une piste intéressante dans la prévention et la limitation de la
progression de la maladie d’Alzheimer.

63
4.4 Activité antimicrobienne

Le gingembre, tout comme beaucoup d’épices, fait partie intégrante du régime


alimentaire de certains pays chauds, notamment les pays d’Asie du Sud-Est
(Thaïlande, Vietnam), l’Inde, et plusieurs pays d’Afrique.
Or, dans ces pays, la conservation des aliments n’est pas une chose aisée. En
effet, à cause du climat chaud, voire tropical, et des conditions de vie parfois
précaires, la nourriture (et surtout la viande) est la cible facile d’attaques de
micro-organismes : bactéries, champignons, parasites…
Il a été montré que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les épices ne
sont pas seulement utilisées en cuisine pour leurs saveurs, mais également pour
leur action conservatrice des aliments, et antimicrobienne.

A partir d’un tel constat, il a été évident que les épices pouvaient également
avoir une activité bactéricide, antiparasitaire et antifongique à l’intérieur même
de notre organisme. De nombreuses études se sont intéressées au problème ;
plusieurs d’entre elles sont résumées dans les paragraphes suivants, en fonction
de la classe microbienne étudiée.

4.4.1 Action antibactérienne

La diversité bactérienne est immense et en constante évolution. C’est pourquoi


l’effet antibactérien du gingembre n’a pu être déterminé de façon exhaustive.
Quelques cas traitant de bactéries parmi les plus communes sont détaillés dans
ce chapitre.

[Link] Pseudomonas aeruginosa

• Rappels microbiologiques et pathogénicité

Aussi connu sous le nom de bacille pyocyanique en raison de sa capacité à


synthétiser un pigment gris-bleu, ce bacille à coloration Gram négatif, aérobie
stricte, mobile et ubiquitaire, est très résistant dans l’environnement et
affectionne tout particulièrement les milieux humides : sols et matériaux
humides, canalisations, lavabos, douches… Ce pathogène opportuniste est ainsi
responsable de nombreuses infections nosocomiales, et constitue la première
cause de mort par pneumonie nosocomiale.

Les infections à Pseudomonas aeruginosa touchent dans la plupart des cas les
patients fragilisés, aussi bien par l’existence de plaies, que par une
immunodépression (mucoviscidose, cancers, brûlures graves…), ou encore suite
à certaines techniques médicochirurgicales telles que le sondage ou l’intubation.
La transmission se fait lors des procédures de soins, via du matériel médical
contaminé (100).

64
Grâce à son flagelle et à la présence de facteurs d’adhésion, le bacille
pyocyanique s’installe facilement sur la peau ou les muqueuses, puis se protège
en créant un biofilm à base d’exopolysaccharides. Cette capacité d’adhésion
entraine des infections de localisations variées, se situant aussi bien sur la peau,
qu’au niveau urinaire, respiratoire, méningé ou encore ostéo-articulaire.

Enfin, cette bactérie est résistante à de nombreux antibiotiques, soit de façon


naturelle, soit de façon acquise, par exemple par hyper-expression de
céphalosporinases ou de béta-lactamases. C’est pourquoi le traitement d’une
infection au bacille pyocyanique est délicat, et requiert souvent l’association de
plusieurs antibiotiques (100).

Face à de tels problèmes de multirésistance bactérienne, de nombreuses équipes


scientifiques se sont intéressées à la phtyochimie.

• Effet du gingembre sur [Link] et mécanisme d’action

En 2013, Kumar L et al ont étudié l’effet de la zingérone, l’un des composés


actifs de Zingiber officinale et issu de la dégradation des gingérols, sur
Pseudomonas aeruginosa.
Par microscopie électronique, il a été démontré une diminution significative de
l’épaisseur du biofilm bactérien en présence de zingérone. L’inhibition de la
mobilité de Pseudomonas aeruginosa, aussi bien au niveau de son déplacement
que de son adhésion cellulaire, explique ce phénomène. De plus, l’éradication du
biofilm est encore plus importante lorsque la zingérone est associée à la
ciprofloxacine, l’un des antibiotiques utlisée dans le traitement des infections au
bacille pyocyanique (101).

En 2014, la même équipe a mis en évidence le mécanisme d’action de la


zingérone. L’évaluation portait ici sur trois paramètres structurels de la
bactérie intervenant dans la création du biofilm protecteur: l’hydrophobicité de la
surface cellulaire, la production d’alginate et la production de lipopolysaccharide
(LPS).
Après analyse par microscopie électronique et chromatographie liquide couplée à
de la spectrométrie de masse, il s’est avéré que la zingérone diminue de façon
significative les trois paramètres testés. Elle réduit également la production de
cytokine MIP-2 et de facteur de nécrose tumorale TNF-alpha, deux molécules
synthétisées par les macrophages immunitaires.

Ces résultats ont ainsi montré que la zingérone modifie la structure du bacille
pyocyanique, le rendant ainsi plus sensible au système immunitaire et aux
antibiotiques (102).

65
Pour conclure, il semblerait donc que le rhizome de gingembre, grâce notamment
à la zingérone, constitue un agent anti-Pseudomonas potentiel ; mais l’absence
d’étude in vivo ne permet pas de déterminer si il peut constituer un traitement à
part entière.
Cependant, son association à des antibiotiques conventionnels augmente la
sensibilité de la bactérie, et constitue ainsi une alternative intéressante face à
des germes multirésistants.

[Link] Streptococcus mutans

• Rappels microbiologiques et pathogénicité

Cette bactérie appartenant au groupe des Cocci à Gram positif fait partie de la
flore bactérienne commensale de la cavité buccale. Cependant, elle est
considérée comme responsable de l’apparition de caries : en effet, elle est
capable d’adhérer fortement à la plaque dentaire et aux autres bactéries de la
flore buccale. Ceci entraine la formation d’un biofilm polysaccharidique puissant
résistant à la salive et au fluor. Ce biofilm est renforcé par l’expression de
protéines liant les glucans (GBP : glucans binding protein).
De plus, lors de son adhésion, Streptococcus mutans utilise des sucres qui sont
convertis en acide lactique, très agressif pour l’émail dentaire et favorisant ainsi
l’apparition des caries (103).

L’ensemble du processus d’adhésion est résumé sur le schéma ci dessous :

Figure 22 : Mécanisme d’adhésion de Streptococcus mutans à la plaque dentaire


(104)

66
• Effet du gingembre sur [Link]

Début 2015, Hasan et al ont étudié in vitro et in vivo l’effet antistreptococcique


du gingembre. Deux formes étaient testées : un extrait brut, et une fraction
méthanolique.
In vitro, il a été démontré une forte diminution de la virulence bactérienne :
d’une part grâce à une réduction significative da la synthèse du biofilm; et
d’autre part par une diminution de l’adhérence et de la synthèse de glucans.
Ces effets sont dus en grande partie grâce à une régulation négative des gènes
de virulence, visible par technique de PCR (amplification de l’ADN en chaine par
polymérase) en temps réel.
In vivo, l’effet antistreptococcique s’est manifesté par une réduction importante
du développement des caries dans le groupe de rats traités, par rapport au
groupe témoin.

Ainsi, Zingiber officinale, aussi bien sous forme d’extrait brut que de fraction
méthanolique, est un agent anti-cariogène potentiel, et pourrait constituer un
traitement préventif intéressant (105).

[Link] Entérocoques

• Rappels microbiologiques et pathogénicité

Ces bactéries, tout comme les streptocoques, font partie des Cocci à Gram
positif, et sont présentes dans la flore commensale digestive et génito-urinaire.
Les deux espèces les plus connues sont Enterococcus feacalis et Enterococcus
faecium ; elle se développent facilement dans tout type de milieu, et sont ainsi
très résistantes dans l’environnement.

Les entérocoques sont des pathogènes opportunistes, qui, chez un patient


fragilisé ou immunodéprimé, peuvent être responsables d’infections urinaires ou
intestinales, voire d’endocardites ou de septicémies.
De plus, ils sont résistants à de nombreux antibiotiques, soit de façon naturelle
(notamment aux pénicillines et céphalosporines), soit de façon acquise (c’est le
cas de la vancomycine et des glycopeptides).
Ces deux paramètres expliquent que les infections à entérocoques représentent
plus de dix pour cent des infections nosocomiales (106).

• Effet du gingembre sur les entérocoques

Une étude in vitro réalisée en 2015 a comparé l’effet antibactérien de plusieurs


plantes et épices sous forme d’extraits secs sur plus de deux cents souches
isolées d’entérocoques : 148 étaient des Enterococcus feacalis, et 42 des
Enterococcus faecium. De plus, 69% des souches étaient résistantes à la
gentamicine (antibiotique de la famille des aminosides).

67
L’effet anti-entérococcique était évalué par une méthode de diffusion. Les
résultats sont représentés sur le graphique ci dessous :

Figure 23 : Etude de l’activité antibactérienne de différentes épices sur des


souches isolées d’entérocoques (107)

D’après ces résultats, seules trois plantes ont démontré leur efficacité : le clou
de girofle (cloves), la cannelle (cinnamon) et le gingembre (ginger) ; tandis que
le fenugrec (fenugreek) et le poivre noir (pepper) n’ont montré aucun effet.
De plus, avec 100% de souches sensibles, seuls la cannelle et le gingembre ont
une activité antibactérienne sur la totalité des souches d’entérocoques testées
(107).

Ainsi, comme dans le cas des infections à Pseudomonas aeruginosa où les


traitements antibiotiques font l’objet de résistances bactériennes grandissantes,
l’utilisation des plantes et épices est ici une alternative intéressante.

[Link] Autres bactéries

Pour tester plus globalement l’effet antibactérien du gingembre, de nombreuses


autres études in vitro ont été mises en place.

Parmi elles, l’étude de Gull et al réalisée en 2012 s’est intéressée au gingembre


ainsi qu’à l’ail (Allium sativum) sous trois formes : un extrait aqueux, un extrait
méthanolique, et un extrait éthanolique.

68
Chaque forme a été testée sur huit souches bactériennes
multirésistantes responsables de pathologies humaines :
• Escherichia coli
• Pseudomonas aeruginosa
• Bacillus subtilis
• Shigella sonnei
• Klebsiella pneumoniae
• Salmonella typhi
• Staphylococcus aureus
• Staphylococcus epidermidis

Pour préparer les trois extraits de plantes, ces dernières ont d’abord été lavées,
puis pelées, coupées, et séchées au soleil pendant une semaine. Elles ont ensuite
été pulvérisées, avant d’être mises en contact avec le solvant. Ainsi, 10
grammes de poudre d’ail d’une part, et 10 grammes de poudre de gingembre
d’autre part, ont été mélangés avec soit 100 mL d’eau distillée, soit 100 mL
d’éthanol ; soit 100 mL de méthanol, ce qui a permis d’obtenir un total de six
préparations.

La méthode d’évaluation utilisée était la diffusion sur disque : la bactérie choisie


était mise en présence de l’extrait à tester, et après incubation à 37 degrés
pendant 16 heures, les résultats étaient lus par mesure du diamètre d’inhibition
de croissance bactérienne.
Pour réduire les incertitudes, chaque test a été réalisé en triple exemplaire. De
plus, pour chaque extrait, la concentration minimale inhibitrice (c’est à dire la
plus petite concentration pour laquelle il n’y a aucune croissance bactérienne) a
été déterminée, grâce à des courbes de concentrations.

D’après les résultats de mesure de diamètre d’inhibition, il a été mis en évidance


que les extraits éthanolique et méthanolique de gingembre sont plus efficaces
que l’extrait aqueux.
Il a également été possible de déduire que les souches Escherichia coli et
Shigella sont les plus sensibles aux extraits de gingembre.

La détermination des concentrations minimales inhibitrices a permis de tracer le


graphique représenté page suivante:

69
Figure 24 : Concentrations minimales inhibitrices des différents extraits de
gingembre sur les bactéries testées (108)

Plusieurs paramètres sont à interpréter ici :

• La sensibilité des différentes bactéries : le gingembre agit sur toutes les


bactéries, mais surtout contre Escherichia coli, Shigella, Klebsiella
pneumoniae, Staphylococcus epidermidis et Salmonella typhi.
En effet, les concentrations minimales inhibitrices sont les plus faibles pour
ces espèces. Or, [Link], Shigella, [Link] et [Link] appartiennent
toutes à la famille des entérobactéries, qui sont des bacilles Gram négatif.
Il semblerait donc que le gingembre soit davantage efficace contre cette
famille bactérienne.

• L’effet selon la forme de gingembre testée : comme lors de la mesure des


diamètres d’inhibition, les extraits alcooliques sont plus efficaces que
l’extrait aqueux, sauf en ce qui concerne Bacillus subtilis (108).

[Link] Conclusion

Pour conclure, la rareté des études in vivo et des essais cliniques ne permet pas
d’utiliser le gingembre comme traitement curatif des infections bactériennes.
Cependant, les résultats de nombreuses études in vitro sont prometteurs : en
effet, diverses familles de bactéries sont sensibles à l’action de Zingiber
officinale ; il peut donc être qualifié d’agent antibactérien naturel.
Bien que son action antibactérienne sur des souches multirésistantes reste à
approfondir, il semble être une alternative efficace aux traitements antibiotiques
classiques.

70
4.4.2 Action antifongique

Bien que le nombre d’espèces de champignons et de levures soit immense et que


leur pathogénicité soit parfois aussi intense que celle de certaines bactéries, peu
d’investigations ont été menées à ce sujet.
Nous allons ici nous intéresser à deux champignons communs, et pathogènes
pour l’homme : Candida spp d’une part, et Aspergillus d’autre part.

[Link] Candida spp

• Rappels microbiologiques et pathogénicité

Il existe plus de 200 espèces de champignons appartenant au genre Candida.


Parmi elles, une vingtaine sont potentiellement pathogènes, et la plus connue est
Candida albicans.
Ces levures sont initialement présentes dans la flore commensale intestinale et
génitale humaine, mais dans certaines circonstances ou en présence de facteurs
favorisants, elles peuvent engendrer des infections : on parle de candidoses.

Les candidoses peuvent être classées en deux catégories :

• Les candidoses cutanées et muqueuses : elles se développent aussi bien


sur un terrain immunodéprimé que chez un individu sain. Les candidoses
cutanées touchent préférentiellement les zones humides (aisselles,
espaces interorteils, pli de l’aine), tandis que les candidoses muqueuses
atteignent surtout la cavité buccale (muguet) et la muqueuse vaginale.
Candida albicans est l’espèce la plus fréquemment incriminée.

• Les candidoses systémiques : plus graves, elles touchent l’organisme dans


son ensemble et sont liées à une immnodépression. Là encore Candida
albicans est la principale espèce pathogène, suivie de Candida glabrata,
Candida tropicalis et Candida parapsilosis (109).

Plusieurs familles d’antifongiques sont utilisées pour traiter les candidoses ; leur
indication dépend du type d’infection. Tout comme pour les antibiotiques,
certaines espèces développent une résistance aux traitements conventionnels, ce
qui a poussé les équipes de recherche à s’orienter vers des traitements
alternatifs, et notamment vers la phytochimie.

• Effet du gingembre sur Candida spp

Aucune étude in vivo n’a été mise en place concernant l’action anti- Candida du
gingembre, ce qui laisse encore beaucoup d’incertitudes sur cette propriété.
Cependant, quelques études in vitro ont été réalisées : leurs résultats, plutôt
encourageants, sont à approfondir.

71
L’une des études, effectuée in vitro en 2013, a montré l’efficacité anti–Candida
albicans d’un extrait éthanolique à 10% de gingembre, en déterminant une
concentration minimale inhibitrice de 2,5%, et une zone maximale d’inhibition de
14mm, via une technique de diffusion sur gel d’agar (110).

Takahashi et al, se sont quant à eux intéressés à l’inhibition de la filamentation


de Candida grâce aux huiles essentielles de diverses préparations de rhizomes de
gingembre : jeune, mature, séché, cuit à la vapeur, ou encore à partir de
graines.
Il a été montré que ces huiles essentielles, et surtout celles issues des rhizomes
secs et des graines, ont une action antifongique supérieure à celle des
oléorésines et des extraits éthanoliques.
De plus, il a été mis en évidence que le (6)-shogaol est le composé ayant l’effet
anti-filamentation le puissant, suivi du citral et du (6)-gingérol (111).

D’après ces résultats, Zingiber officinale présente bien une action anti-Candida.
Néanmoins, il semble que cela ne soit pas la plante la plus puissante dans ce
domaine.

En effet, une équipe brésilienne s’est intéressée dès 2008 à l’activité antifongique
d’huiles essentielles de plusieurs plantes : ainsi, la cannelle (Cinnamomum
zeylanicum), l’origan (Origanum vulgare), l’origan mexicain (Lippia graveolens)
le basilic (Ocimum basilicum), le romarin (Rosmarinus officinalis), le thym
(Thymus vulgaris), la sauge (Salvia officinalis) et le gingembre (Zingiber
officinale) ont été testées.
La cannelle, l’origan mexicain, l’origan, le thym et le gingembre ont montré un
effet antifongique, alors que le basilic, la sauge et le romarin n’ont eu aucun effet
sur les levures. Cependant, le gingembre a montré une moins bonne efficacité
que les autres plantes (112).

En plus de donner une hiérarchie des plantes testées, l’étude a également


démontré que les souches de Candida résistantes au fluconazole (un antifongique
de la famille des azolés, très utilisé pour traiter les candidoses) sont plus
sensibles à l’action de ces plantes que les souches sensibles à l’antifongique
classique.
D’après cette étude, il existerait donc une relation entre la susceptibilité des
espèces de Candida et la composition chimique des plantes examinées. Cette
conclusion est prometteuse : certaines plantes et épices pourraient constituer un
traitement alternatif sûr aux candidoses (112).

Une étude plus récente (menée en 2015) vient contredire les résultats de l’étude
précédente : en effet, les huiles essentielles des mêmes plantes ont été testées
sur Candida glabrata, une levure appartenant au genre Candida. Trente souches
étaient sensibles au fluconazole, tandis que trente autres y étaient résistantes.

72
Les huiles essentielles ont ici été testées à différents dosages, allant de 50
microgrammes/mL à 3200 microgrammes/mL.
Ici, l’huile essentielle de gingembre n’a montré aucun effet, tout comme celle de
sauge, de romarin et de thym ; aussi bien sur les souches sensibles que les
souches résistantes au fluconazole, et ce quelle que soit la dose utilisée (113).

Pour résumer, l’effet du rhizome de gingembre contre les levures Candida reste
discutable. Davantage d’études sont nécessaires pour conclure à une véritable
action antifongique sur ce type de germe.
Néanmoins, il apparaît évident que certaines plantes possèdent des propriétés
anti-Candida; leur association permettrait la mise au point de traitements
antifongiques parallèles aux traitements classiques, plus sûrs et naturels.

[Link] Aspergillus spp

• Rappels microbiologiques et pathogénicité

Aspergillus spp est un genre de champignon qui regroupe environ 180 espèces. Il
s’agit de champignons filamenteux asexués se développant surtout à des
températures comprises entre 25 et 40 degrés, et pouvant croître dans des
milieux très secs.
Parmi la quarantaine d’espèces pathogènes, Aspergillus fumigatus est la plus
répandue, suivie d’Aspergillus flavus et d’Aspergillus niger. Les infections que ces
champignons entrainent, appelées aspergilloses, peuvent être de gravité
variable, allant de la « simple » allergie clinique, à des aspergilloses pulmonaires
ou extrapulmonaires envahissantes chez les patients immunodéprimés (114).

La contamination se fait surtout par inhalation des spores, mais aussi par
ingestion d’aliments ou d’eau contaminés : en effet, Aspergillus est un genre
ubiquitaire ; il est donc présent dans l’air, sur le sol (terre, plantes…) , mais aussi
dans la nourriture ou l’eau, principalement dans les pays à climat tropical.

Le pouvoir pathogène d’Aspergillus provient à la fois de ses spores de petite


taille, qui peuvent atteindre facilement les alvéoles pulmonaires ; et à la fois des
mycotoxines qu’il produit : appelées aflatoxines, certaines d’entre elles ont des
propriétés génotoxiques voire carcinogènes (115).

• Effet du gingembre sur Aspergillus spp

C’est sur ce dernier point que quelques études in vitro se sont penchées : en
effet, dans la plupart d’entre elles, le paramètre testé était l’inhibition de la
synthèse d’aflatoxines, grâce à diverses plantes.

73
Plusieurs études s’accordent à dire que le gingembre a un effet minime quant à
son action anti-aflatoxine, ou en tout cas moins important que d’autres plantes
telles que la cannelle ou le clou de girofle (116) (117).

Une étude réalisée en 2013 s’est quant à elle intéressée à l’inhibition de la


sporulation et de la croissance du mycélium de plusieurs espèces d’Aspergillus en
présence de déhydrozingérone. Ce composé, dérivé de la zingérone et de
structure proche de la curcumine, est présent dans le rhizome de gingembre.

Il a été mis en évidence une concentration minimale inhibitrice comprise entre


755 et 911 micromoles/L, ainsi qu’une diminution significative de la croissance
fongique et de la germination des spores, par une diminution des constituants
cellulaire (ADN et protéines notamment) (118).

La déhydrozingérone est donc un composé antifongique potentiel. Néanmoins,


dans cette étude, le composé était testé seul ; le rhizome de gingembre n’était
pas directement testé dans son intégralité. La dose de gingembre nécessaire
pour obtenir un tel effet n’a donc pas pu être déterminée.
De plus amples investigations sont donc nécessaires pour évaluer l’action
antifongique réelle de Zingiber officinale sur les champignons du genre
Aspergillus.

[Link] Conclusion

En résumé, l’effet de Zingiber officinale contre les champignons et les levures


reste à approfondir. Comparativement à d’autres plantes et épices ayant montré
un pouvoir antifongique plus flagrant, il n’est actuellement pas possible de dire
que le gingembre possède un réel pouvoir antifongique.

4.4.3 Action antivirale

Beaucoup d’articles de vulgarisation scientifique affirment que le gingembre


possède de puissantes propriétés antivirales. Néanmoins, tout comme pour son
activité antifongique, très peu d’investigations ont été menées à ce sujet.

Dans cette partie, nous traiterons de trois types de virus responsables


d’infections mondialement connues: le virus respiratoire syncytial (VRS), les
virus de l’herpes simplex de types 1 et 2 (HSV-1 et HSV-2), et les virus de la
grippe saisonnière.

74
[Link] Virus respiratoire syncytial humain

• Rappels microbiologiques et physiopathologiques

Le virus respiratoire syncytial (VRS) est un virus enveloppé à ARN, de la famille


des paramyxoviridae.
Il s’agit d’un virus très contagieux, à l’origine d’épidémies de bronchiolites
s’étendant d’octobre à avril : ces infections respiratoires fréquentes touchent en
particulier les nourrissons et les jeunes enfants. En effet, 30% des enfants de
moins de 2 ans seraient infectés chaque hiver. Cette forte proportion s’explique
par le fait que le système immunitaire est incomplet avant l’âge de 2 ans ; une
fois passé cet âge, 95% des enfants sont porteurs d’anticorps anti-VRS et sont
donc protégés.
La contamination se fait par les gouttelettes issues des voies respiratoires et
émises lors d’un éternuement ou d’une toux par exemple.

Après une période d’incubation allant de 2 à 8 jours, une atteinte des voies
aériennes supérieures se manifeste, notamment par une rhinopharyngite. Une
atteinte des voies respiratoires basses peut apparaître assez rapidement, et se
caractérise par une toux, une dyspnée, voire des signes de détresse respiratoire.
Dans la plupart des cas, l’évolution est favorable ; cependant, chez les tout petits
ou les enfants immunodéprimés, une hospitalisation s’impose.

Le traitement des infections à virus respiratoire syncytial est souvent


symptomatique : des séances de kinésithérapie respiratoire peuvent être utiles.
Au niveau médicamenteux, l’efficacité des antiviraux classiques, et
principalement la ribavirine, reste limitée (119).

• Effet du gingembre sur le VRS

Une fois de plus, l’impasse thérapeutique actuelle a permis à la recherche de


s’intéresser aux traitements alternatifs, et notamment à la phytothérapie.

En 2013, une équipe Taïwannaise a étudié in vitro l’action du gingembre sur des
cellules respiratoires humaines infectées par le virus respiratoire syncytial.
Pour cette étude, des cellules des voies aériennes supérieures d’une part, et des
voies aériennes inférieures d’autre part, ont été mises en présence soit d’extrait
aqueux de gingembre frais, soit d’extrait aqueux de gingembre séché.
Par une méthode de dosage de réduction des plages virales dans les cellules du
tractus respiratoire, il a été montré que le gingembre frais inhibe la formation de
telles plages, aussi bien sur les cellules des voies respiratoires hautes, que
basses. A l’inverse, l’extrait de gingembre séché n’a montré aucun effet (120).

Le gingembre frais a donc une action antivirale, et ce de façon dose dépendante.


De plus, il a été démontré que son action est amplifiée lorsqu’il est administré
avant l’inoculation du virus dans les cellules.

75
Concernant le mécanisme d’action, il semblerait que le rhizome de gingembre
frais bloque à la fois l’adhésion du virus aux cellules, ainsi que son
internalisation. Enfin, à fortes doses, le gingembre serait capable de stimuler la
production de cytokines (notamment l’interféron-béta) chez les cellules infectées,
et ainsi de lutter contre l’invasion virale (120).

Bien que les résultats de cette étude soient encourageants, trop peu
d’investigations ont été faites à ce jour pour permettre d’affirmer que Zingiber
officinale puisse constituer un traitement anti-VRS à part entière. De plus, la
population atteinte par les infections à VRS est particulière : mener des études in
vivo et des essais cliniques risque de s’avérer difficile sur des enfants en bas âge.

[Link] Herpes simplex virus (HSV)

a. Type 1 : HSV-1

• Rappels microbiologiques et physiopathologiques

Le virus de l’herpes simplex de type 1 (HSV-1) est un virus à ADN faisant partie
de la famille des herpesviridae et du genre des alphaherpesvirinae.

Transmis par contact avec une muqueuse buccale infectée, il entraine des
infections très fréquentes : l’herpès orofacial et l’herpès labial, appelé
communément bouton de fièvre. Dans une bien plus faible proportion, le virus
HSV-1 peut également entrainer des infections génitales.

Les infections à HSV-1 sont endémiques du monde entier : l’organisation


mondiale de la santé estimait en 2012 à 3,7 milliards de personnes infectées
dans le monde.
La contamination a généralement lieu pendant l’enfance, et est dans la plupart
des cas asymptomatique.
Néanmoins, le virus HSV-1 est un virus latent, c’est à dire qu’en présence de
facteurs favorisants tels que le stress, l’immunodépression ou encore les
variations hormonales, une réactivation du virus a lieu : des lésions de type
vésicules ou ulcères peuvent alors apparaître autour ou à l’intérieur de la
bouche.

Ce phénomène de latence explique qu’une infection à HSV-1 dure toute la vie.


Par conséquent, les traitements antihérpétiques tels que l’aciclovir, le valaciclovir
ou le famciclovir ne peuvent guérir une telle infection ; ils sont cependant utiles
pour réduire l’intensité et la durée des symptômes (121).

76
• Effiet du gingembre sur le HSV-1 et mécanisme d’action

En 2007, une équipe allemande s’est intéressée à l’action de quatre huiles


essentielles sur le virus de l’herpes simplex de type 1, sensible ou résistant à
l’aciclovir selon les cas. Les huiles essentielles des plantes suivantes ont été
testées :
• Le gingembre, dont les composés principaux sont des sesquiterpènes
• L’hysope, riche en monoterpènes
• Le thym, contenant surtout du thymol et du carvacrol
• Le bois de santal, à prédominance d’alcools sesquiterpéniques
Chacune de ces huiles essentielles a été dissoute dans de l’éthanol avant d’être
intégrée au milieu de culture.

Deux paramètres ont été mesurés dans cette étude : d’une part, la concentration
de plante nécessaire à réduire de 50% la population cellulaire atteinte (CC50);
d’autre part, la concentration inhibitrice de 50% des plages virales (EC50).
Grâce à ces mesures, des courbes dose-réponse ont pu être déterminées, et sont
représentées ci dessous:

Figure 25 : Détermination de l’EC50 pour chacune des quatre plantes étudiées


(122)

Ce premier résultat montre bien une action antivirale du gingembre, du thym, de


l’hysope et du bois de santal, de façon dose dépendante.
Une concentration de 0,001% d’huile essentielle de gingembre permet d’inhiber
plus de la moitié des plages virales.

77
La deuxième partie de l’étude consistait à déterminer à quel moment du cycle
viral les huiles essentielles testées étaient les plus efficaces. Pour cela, les huiles
essentielles ont été ajoutées au milieu de culture à différentes phases d’infection
virales :
• Préincubation de cellules saines avec les huiles essentielles pendant une
heure, avant d’être mises en contact du virus
• Prétraitement du virus HSV-1 pendant une heure avec les huiles
essentielles, avant d’infecter les cellules
• Ajout des huiles essentielles lors de la phase d’adsorption virale
• Ajout des huiles essentielles lors de la phase de réplication intra-cellulaire
Des groupes contrôles, composés de cellules infectées par le virus, ont permis de
calculer des ratios du type : Production virale en présence d’huile
essentielle/Production virale en absence d’huile essentielle.

Il a ainsi été montré que les huiles essentielles des quatre plantes étudiées sont
plus efficaces sur le virus HSV-1 avant son adsorption cellulaire.
Cette découverte a permis de proposer un mécanisme d’action : il semblerait que
les composés sesquiterpéniques de l’huile essentielle de gingembre agissent au
niveau de la structure de l’enveloppe virale. En effet, certaines protéines de
l’enveloppe de HSV-1 sont indispensables à son adsorption et à son
internalisation cellulaire ; leur destruction empêche donc l’entrée du virus dans la
cellule hôte (122).
Cette action sur l’enveloppe virale est différente de l’action des antiviraux
classiques : en effet, l’aciclovir agit sur l’ADN polymérase virale une fois que le
virus se trouve dans la cellule hôte, ce qui inhibe la réplication virale.

Par conséquent, l’huile essentielle de rhizome de gingembre, tout comme celle


d’autres plantes, semble intéressante quant à l’élaboration de traitements
antiherpétiques complémentaires aux traitements classiques, voire alternatifs
dans le cas de virus HSV-1 résistants à l’aciclovir.

b. Type 2 : HSV-2

Le HSV-2, très proche du HSV-1, est responsable d’une infection sexuellement


transmissible (IST): l’herpès génital. La transmission du virus se fait lors de
rapports sexuels avec une personne infectée.
L’herpès génital est dans la plupart des cas asymptomatique, mais, comme pour
l’herpès labial, des symptômes de type vésicules ou ulcères peuvent apparaître
au niveau de l’appareil génital ou de l’anus.

Du fait de son caractère asymptomatique, l’infection à HSV-2 est peu


diagnostiquée. L’OMS estime cependant que plus de 400 millions de personnes
en sont porteuses (estimation de 2012). De plus, une personne infectée par le
virus de l’herpes de type 2 a un risque d’être infectée par le VIH trois fois
supérieur au reste de la population.

78
Les médicaments antihérpétiques sont les mêmes que ceux utilisés contre HSV-
1. Leur efficacité réside dans la réduction des symptômes, mais ils ne peuvent
éradiquer l’infection (121).

L’équipe de chercheurs qui s’était intéressée à HSV-1 a mené en 2008 une étude
similaire, mais sur des cellules infectées par HSV-2. La même conclusion a été
tirée : l’huile essentielle de gingembre a une action antiherpétique dose
dépendante, en détruisant l’enveloppe virale avant son entrée dans la cellule
hôte (123).

[Link] Virus de la grippe

• Rappels microbiologiques et physiopathologiques

Il existe trois catégories de virus grippaux : A, B et C, faisant partie de la famille


des orthomyxoviridae. La grippe saisonnière est causée par des virus des
groupes A et B.
Ces virus affectent principalement les voies aériennes supérieures, et entrainent
des infections aiguës facilement transmissibles : dans les pays à climat tempéré,
les épidémies grippales sont fréquentes en saison hivernale. La contamination se
fait par voie aérienne via des gouttelettes de salive infectée, mais peut aussi être
manuportée.

Pouvant toucher toutes les tranches d’âges, l’infection grippale se caractérise par
l’apparition d’une fièvre brutale accompagnée de maux de tête, de frissons, de
douleurs musculaires, et souvent d’une rhinite avec toux sèche et gorge irritée.
Généralement, la guérison est spontanée au bout d’une à deux semaines ;
cependant, chez les populations à risque telles que les nourrissons, les patients
immunodéprimés et les personnes âgées, des complications peuvent survenir,
nécessitant parfois une hospitalisation.

Le traitement de la grippe par les antiviraux est de nos jours limité : en effet,
des mutations génétiques virales ont lieu d’une année à l’autre, rendant le virus
résistant à de nombreux traitements.
Une fois l’infection installée, un traitement symptomatique (antalgiques,
antipyrétiques, traitement de la rhinite) permet de réduire l’intensité et la durée
des symptômes, mais n’élimine pas le virus.

Seule la prévention par la vaccination permet de limiter l’ampleur des


épidémies : les vaccins sont mis au point annuellement, en fonction des
mutations virales potentielles. Leur composition est différente chaque année.
L’efficacité d’un vaccin dépend par conséquent à la fois de l’adéquation entre la
souche virale et la souche vaccinale, et à la fois de l’âge et de l’état immunitaire
du patient (124) (125).

79
• Effet du gingembre sur le virus grippal

De par la variabilité génétique des virus grippaux, il est peu probable que le
gingembre ait une action antigrippale avérée, et aucune étude n’a été publiée à
ce sujet.

Cependant, le rhizome de gingembre, par le biais de son puissant pouvoir anti-


inflammatoire, peut être utile dans le traitement de la grippe.

En effet, la fièvre est un symptôme résultant d’une réaction inflammatoire


globale de l’organisme: suite à une infection par un virus, des cellules
immunitaires (les macrophages) sont activées, et stimulent la production de
molécules et facteurs proinflammatoires. Il en résulte une augmentation de la
température corporelle.

Or, comme nous l’avons précédemment, Zingiber officinale est capable d’inhiber
différents médiateurs de l’inflammation. Ainsi, il peut constituer un traitement
alternatif contre la fièvre et les maux de tête, principaux symptômes grippaux.

[Link] Conclusion

En conclusion, l’action antivirale du gingembre n’a pas encore été affirmée par
des études cliniques. Cependant, selon le virus étudié, plusieurs hypothèses ont
pu être émises.

Le gingembre aurait une action antivirale dose dépendante sur le virus


respiratoire syncytial et les virus herpétiques.
De plus, son efficacité serait augmentée lors d’une préincubation avec les virus
avant leur mise en relation avec les cellules hôtes. Cet effet de blocage de
l’adhésion et de l’entrée dans les cellules impliquerait les composés
sesquiterpéniques présents dans le rhizome.
Concernant les virus grippaux, l’action du gingembre se limiterait à son activité
anti-inflammatoire et antalgique. Son utilisation permettrait donc d’accélérer la
guérison, sans avoir recours à des traitements conventionnels.

4.4.4 Action antiparasitaire

Bien que peu nombreuses, la plupart des recherches sur les capacités
antiparasitaires du gingembre traitent d’un ver particulier : Schistosoma
mansoni. Ce parasite fait donc l’objet d’une grande partie de ce chapitre. Nous
résumerons également quelques études concernant d’autres parasites moins
communs.

80
[Link] Schistosoma mansoni

• Rappels microbiologiques et physiopathologiques

Il s’agit d’un ver plat (trématode) de 1,5 cm de long, appartenant à la famille des
schistosomatidae, et vivant dans les pays à climat tropical.
Son cycle parasitaire est indirect, c’est à dire qu’il nécessite un hôte
intermédiaire, où a lieu une reproduction asexuée ; et un hôte définitif, ou se
déroule la reproduction sexuée. Ce cycle est représenté sur le schéma ci
dessous :

Figure 26 : Cycle parasitaire de Schistosoma mansoni (126)

La forme présente dans l’environnement porte le nom de miracidium. Présent


dans l’eau douce, il pénètre dans un mollusque (hôte intermédiaire) et s’y
reproduit de façon asexuée : il y a formation de furcocercaires, qui sont les
formes infectieuses de Schistosoma mansoni.
Ces cercaires pénètrent dans l’hôte définitif, l’homme, par voie transcutanée lors
d’un bain dans de l’eau contaminée.
Les cercaires se transforment alors en vers adultes, et circulent dans le système
circulatoire veineux. Ils s’accouplent ensuite au niveau du plexus veineux
mésentérique inférieur et produisent des œufs.
Enfin, ces œufs sont éliminés dans les selles après avoir migré à travers
différents tissus, et se retrouvent dans l’environnement.

81
La bilharziose intestinale est l’infection causée par Schistosoma mansoni. Trois
phases peuvent être décrites :

• La phase de contamination, lors de la pénétration du parasite à travers la


peau : le plus souvent asymptomatique, elle peut cependant se traduire
par une dermite cercarienne, avec démangeaisons, éruptions cutanées de
types papules ou vésicules…
• La phase d’invasion toxémique, qui correspond à la migration des
cercaires et à leur maturation en forme adulte : elle se caractérise par une
sensation de malaise général, des maux de tête, des douleurs
abdominales, des diarrhées, des vertiges… De l’urticaire ou de l’asthme
peuvent également être le signe d’une réaction allergique.
• La phase d’état, où les formes adultes sont présentes dans l’intestin : les
symptômes sont d’ordre intestinal, hépatique et splénique : troubles du
transit, douleurs abdominales, diarrhées pouvant être sanglantes…

Les complications engendrées par une telle infection touchent principalement le


foie (cirrhose notamment) et la rate (ascite par exemple).
De plus, lors de la migration des œufs dans les tissus, des réactions de type
granulome (tumeur résultant d’une réaction inflammatoire) peuvent apparaître
(127) (128).

La bilharziose est traitée en première intention par le praziquantel, un


anthelmintique efficace contre la plupart des espèces de schistosomes.
Néanmoins, comme tout médicament, les effets indésirables qu’il engendre ne
sont pas négligeables, et des résistances ont été découvertes. C’est pourquoi les
chercheurs s’intéressent de plus en plus à la phytochimie.

• Effet du gingembre sur Schistosoma spp

Plusieurs études in vitro et in vivo ont été menées à propos de l’action anti-
schistosome du gingembre. Quelques unes d’entre elles sont résumées dans le
tableau IX page suivante .

82
Forme de
Modalités
Auteurs (date) gingembre Type d’étude Paramètres étudiés Résultats
d’administration
administrée
Mort de la quasi totalité des vers en
200mg/L, dans le milieu de 24h.
In vitro
culture Diminution significative de la
production d’œufs.
Extrait Mortalité et fécondité
Sanderson et al Pas de réduction significative du
éthylacétique des vers
(2002) (129) nombre de vers par rapport au
150mg/kg par voie orale et
In vivo sur des souris groupe contrôle.
sous-cutanée
Pas de diminution de la production
d’œufs.
Diminution de la densité des œufs
Nombre d’œufs et
dans le foie et les selles.
In vivo sur des souris aspect des vers dans
Perte de la structure normale de la
Extrait aqueux le foie et les selles
Mostafa et al Non renseigné surface des vers
brut
(2011) (130) Réduction du nombre et de la taille
Histopathologie après Examen du foie et des
des granulomes inflammatoires
sacrifice des souris intestins
hépatiques et intestinaux.
Quantité d’œufs et
Diminution significative
charge parasitaire
Administration par voie
Aly HF, Lantawy Réduction du diamètre des
Extrait éthanolique In vivo sur des souris orale pendant 45 jours, Diamètre des
MM granulomes.
début à J+2 ou J+45 granulomes,
(2013) (131) Réduction de certains médiateurs
inflammation
inflammatoires.
Seif El-Din et al Administration orale de
Extrait éthéré In vivo sur des souris Quantité de vers Pas de diminution significative
(2014) (132) 500mg/kg pendant 3 jours

Tableau IX : Résumé de quelques études concernant l’effet du gingembre sur Schistosoma mansoni

83
Les résultats du tableau IX montrent que le gingembre a une action anti-
schistosome, aussi bien sur les vers adultes (charge parasitaire) que sur les
œufs.
Cependant, les doses de gingembre administrées et les durées de traitement
diffèrent dans chaque étude, ce qui pourrait expliquer l’absence de résultat
positif dans l’étude la plus récente.

Dans tous les cas, de plus amples investigations sont nécessaires pour conclure à
une réelle efficacité d’une part, et pour élucider le mécanisme d’action du
rhizome d’autre part.

[Link] Autres parasites

Bien qu’aucune autre action vermifuge n’ait fait l’objet d’investigations poussées,
quelques données existent sur d’autres parasites :

• Le (10)- shogaol, et dans une moindre mesure le (10)-gingérol, auraient


une action sur Hymenolepsis nana, à la fois en inhibant sa capacité de
mouvement, et en stimulant le système immuntaire (production de
cytokines), le tout induisant la mort du parasite (133).
• Ascaridia galli : l’extrait de gingembre aurait une action dose-dépendante
et temps-dépendante sur ce ver. Son efficacité serait supérieure à celle de
la curcumine, l’un des constituants principaux du curcuma (134).
• L’extrait éthanolique et l’extrait aqueux de gingembre ont également
montré une efficacité contre Gyrodactylus turnbulli, un parasite de certains
poissons : son effet serait équivalent celui du traitement conventionnel, le
praziquantel (135).

En résumé, l’effet antiparasitaire du gingembre reste à confirmer, même si


Schistosoma mansoni semble être particulièrement sensible à son action.

84
4.5 Niveau métabolique

Comme nous l’avons vu précédemment, le gingembre est connu depuis


longtemps pour certaines de ces propriétés, notamment anti-inflammatoire et
antioxydante. A l’inverse, ce n’est que récemment que les équipes de recherches
se sont intéressées à son action sur les désordres métaboliques, et
principalement à son effet sur le diabète. Ce sujet est donc détaillé dans cette
partie.

4.5.1 Action antidiabétique

Ces dernières années, plusieurs études ont été menées sur l’activité
antidiabétique du rhizome de gingembre, et les résultats sont nombreux.
Après quelques rappels physiopathologiques, nous examinerons les résultats des
différentes études réalisées (in vitro, in vivo, et essais cliniques) en nous basant
notamment sur une méta-analyse d’une équipe de recherche australienne
(2012). Puis nous nous intéresserons plus en détail au mécanisme d’action du
gingembre sur les différents composés intervenant dans le diabète. Enfin, nous
étudierons comment le gingembre peut prévenir les complications du diabète.

[Link] Rappels physiopathologiques

Le diabète correspond à une situation d’hyperglycémie chronique : la glycémie à


jeun est supérieure à 7 millimoles/L, soit 1,26 g/L.
On distingue deux types de diabète:

• Diabète insulino-dépendant, ou DID, ou diabète de type 1 :


Les cellules responsables de la sécrétion d’insuline (les cellules béta des ilôts de
Langerhans, situées dans le pancréas) sont détruites par un mécanisme auto-
immun. L’insuline ne peut donc plus être produite : on parle d’insulinopénie.
Ce type de diabète est souvent détecté dès l’enfance, et doit être traité par des
injections d’insuline, afin de suppléer aux besoins.

• Diabète non insulino-dépendant, ou DNID, ou diabète de type 2 :


Beaucoup plus fréquent que le diabète de type 1, il affecte très souvent les
personnes sédentaires, obèses ou en surpoids, et constitue un important facteur
de risque de maladies cardiovasculaires.
Dans ce type de diabète, on observe un phénomène d’insulinorésistance : le
nombre de récepteurs à l’insuline diminue, tout comme l’affinité de l’insuline à
ces récepteurs, ce qui entraine une anomalie des protéines de transport du
glucose, et ainsi une perturbation de son entrée dans les cellules.

85
Les antidiabétiques oraux constituent le traitement de base de ce diabète. Ils
appartiennent à différentes classes pharmacologiques, et peuvent être utilisés
seuls, ou associés entre eux, ou associés à des injections d’insuline dans les cas
où une insulinopénie s’installe (136).

[Link] Effet du gingembre sur le diabète de type 2

• Etudes in vitro et in vivo

In vitro, diverses études s’accordent à dire que l’extrait alcoolique de rhizome de


gingembre entraine une augmentation de la recapture du glucose et de
l’expression de protéines responsables du transport de l’insuline dans les cellules
(les GLUT4). Cette action est possible grâce aux gingérols, principaux composés
piquants de Zingiber officinale (137).

Les études faites sur les animaux montrent quant à elles une diminution
significative de la glycémie suite à l’administration d’extrait de gingembre à des
rats diabétiques, et ce de façon dose dépendante (de 100mg/kg à 800mg/kg),
avec un effet maximal observé environ quatre heures après la prise.
De plus, après six semaines de traitement par le gingembre, il a été démontré
une augmentation de l’insulinémie, associée à une réduction du cholestérol, des
triglycérides plasmatiques et des acides gras libres, quel que soit le type de
diabète. Tout comme pour les études in vitro, le (6)-gingérol est le composé le
plus actif dans l’effet antidiabétique (137).

Bien que le gingembre soit efficace sur les rats diabétiques, il n’en est pas de
même sur les rats sains. En effet, les résultats des études sont ici mitigés, mais
après six semaines de cure de jus de gingembre, aucun effet n’a été démontré,
aussi bien sur l’insuline que sur le cholestérol (137).
Une étude réalisée sur des lapins a tout de même montré que l’administration
d’un extrait alcoolique de rhizome de gingembre à des doses allant de 100mg/kg
à 300mg/kg induit une hypoglycémie chez plus de la moitié d’entre eux. Cette
hypoglycémie a lieu deux heures après l’administration, et se maintient pendant
quatre heures (51).

Ainsi, Zingiber officinale peut constituer un traitement antidiabétique curatif,


mais ne semble pas efficace en traitement préventif.

• Essais cliniques

Suite aux bons résultats des études in vivo, plusieurs essais cliniques ont été mis
en place. La voie orale est ici la voie d’administration privilégiée ; les doses
administrées sont comprises entre 1 g/jour et 3 g/jour, pour une durée de
traitement allant de 2 à 3 mois. Le tableau X page suivante résume certains de
ces essais.

86
Tableau X : Résumé d’essais cliniques randomisés étudiant l’effet antidiabétique du gingembre sur des patients atteints d’un
diabète de type 2

Abréviations :
N : nombre de participants ; HbA1c : Hémoglobine glyquée ; LDL-C : Cholestérol de faible densité ; HDL-C : Cholestérol de
haute densité

Nombre de Forme Dose Durée du


Auteurs (date) Résultats
participants administrée administrée traitement
Shidfar F et al Capsules de poudre Amélioration des indices glycémiques : glycémie,
Non renseigné 3 g/jour 3 mois
(2015) (138) de gingembre HbA1c, insuline, résistance à l’insuline
Mozaffari-Khosravi Diminution significative de la glycémie à jeun et de
Capsules de poudre
et al N = 88 3 g/jour 8 semaines l’HbA1c
de gingembre
(2014) (139) Amélioration des paramètres d’insulinorésistance
Diminution significative de la glycémie à jeun, de
Khandouzi et al Poudre de
N = 41 2 g/jour 12 semaines l’HbA1c, de l’apolipoprotéine B et du
(2015) (140) gingembre
malondialdéhyde
Diminution de la glycémie à jeun, de l’HbA1c, de
Arablou et al
N = 70 Non renseigné 1600 mg/jour 12 semaines l’insuline, du cholestérol total, des triglycérides et
(2014) (141)
de certaines molécules inflammatoires
Pas d’effet sur les marqueurs glycémiques ni sur
Azimi P et al 3 g/jour + 3
N = 204 Non renseigné 8 semaines l’inflammation
(2014) (142) verres de thé noir
Effet sur le cholestérol total, le LDL-C et le HDL-C
Hossein et al N = 36 patients en
Non renseigné 1 g/jour 10 semaines Réduction de 20% de la glycémie à jeun
(2015) (143) dialyse péritonéale
Diminution significative du taux d’insuline, de LDL-
Mahluji et al C et de triglycérides et augmentation de l’index de
N = 64 Non renseigné 2 g/jour 2 mois
(2013) (144) sensibilité à l’insuline
Pas d’effet sur la glycémie à jeun ni sur l’HbA1c

87
La majorité des résultats du tableau X montre que le gingembre possède bel et
bien un effet antidiabétique : plusieurs essais concluent à une action réductrice
sur la glycémie à jeun, sur la résistance à l’insuline et sur l’hémoglobine glyquée,
qui reflète l’équilibre glycémique des trois derniers mois.
Cependant, certains résultats viennent contredire cette démonstration. Les
conditions d’évaluation ont peut être fait l’objet de biais : ainsi, le résultat de
l’étude de l’équipe d’Azimi et al pourrait être faussé par l’administration
simultanée du thé noir aux patients.

[Link] Mécanisme d’action antidiabétique du gingembre

Tout d’abord, le gingembre exerce une action sur diverses enzymes intervenant
dans le métabolisme des glucides :

• D’une part, il a été montré in vitro qu’un extrait d’acétate d’éthyle


contenant du gingembre a une action inhibitrice sur l’alpha-amylase et
l’alpha-glucosidase.
Ces deux enzymes jouent un rôle principal dans le contrôle du
métabolisme glucidique : leur inhibition entraine un métabolisme accru et
donc une dégradation plus rapide du glucose, d’où une réduction de la
glycémie. Cette action est due à la présence des composés phénoliques,
gingérols et shogaols principalement (137).

• D’autre part, une étude in vivo a montré que l’administration orale de


gingembre à des rats préalablement traités par streptozocine (antibiotique
antitumoral induisant une hyperglycémie par destruction des cellules beta
pancréatiques) entraine une augmentation de l’activité de la glucokinase,
de la phosphofructokinase et de la pyruvate kinase.
Ces trois enzymes sont nécessaires à la dégradation du glucose ;
l’augmentation de leur activité permet donc une meilleure métabolisation
du glucose, notamment sous sa forme principale de stockage, le glycogène
(145).

Deuxièmement, le gingembre agit au niveau de la libération de l’insuline, et de la


sensibilité de ses récepteurs. En effet, selon une étude in vitro, l’administration
de gingembre augmente la libération d’insuline des cellules béta du pancréas, ce
qui potentialise son action hypoglyécmiante (137).

Cette propriété a été confirmée lors d’une étude in vivo, où des rats ont tout
d’abord reçu 1 mg/kg de sérotonine par voie intrapéritonéale. L’injection de
sérotonine a induit une hyperglycémie et une hypoinsulinémie. Du jus de
gingembre a ensuite été admninistré, et il a été observé une normalisation de la
glycémie et de l’insulinémie (25).

88
Il semblerait donc que le gingembre agisse de façon inhibitrice au niveau des
récepteurs sérotoninergiques, et ce grâce aux composés phénoliques : en effet, il
est possible que ces composés forment un complexe avec les récepteurs, sur un
site distinct du site de liaison de la sérotonine, entrainant ainsi un phénomène
d’inhibition non compétitive avec le neurotransmetteur.
Bien que ce processus reste hypothétique, le (6)-shogaol serait le composé le
plus actif, suivi du (8)-gingérol, du (10)-gingérol et enfin du (6)-gingérol (137).

La diminution de la glycémie pourrait également provenir d’une meilleure


consommation du glucose par les cellules musculaires et les adipocytes, toujours
grâce à l’action des composés piquants phénoliques (137).

Cette consommation accrue est corrélée à une stimulation de l’action des


protéines de transport, les GLUT-4 (glucose transporter type 4), notamment par
le (8)-gingérol (146).

Enfin, et comme nous allons le voir dans la partie suivante, le gingembre joue
également un rôle dans le métabolisme des lipides.
Il est connu qu’une surcharge en lipides, notamment en acides gras libres, inhibe
le transport du glucose dans les tissus périphériques, et ainsi sa consommation.
L’effet hypolipémiant du gingembre permet donc de restaurer la sensibilité
cellulaire à l’insuline, et ainsi de diminuer la glycémie (137).

[Link] Effet protecteur sur les complications chroniques du diabète

A long terme, et surtout lorsqu’il est mal traité, le diabète peut entrainer de
graves complications, sur plusieurs organes distincts. Pour les prévenir, il est
essentiel d’avoir un traitement antidiabétique adapté, et de se montrer très
observant dans les contrôles glycémiques et le respect des mesures
hygiénodiététiques.

Malgré tout, l’apparition de complications est fréquente à partir d’un certain


temps. C’est pourquoi, grâce à l’intérêt grandissant envers la phytothérapie dans
nos pays ces dernières années, davantage d’investigations sont menées afin de
trouver des traitements complémentaires.

Cette partie s’articule autour de trois complications à long terme majeures du


diabète : les néphropathies, les complications oculaires, et enfin l’atteinte du
système nerveux central.

89
a) Néphropathie diabétique

Il s’agit d’une des complications graves du diabète : en effet, dans un premier


temps, une néphropathie fonctionnelle apparaît, où les reins augmentent de
volume. Puis s’ajoute un phénomène d’albuminurie (l’albumine, la principale
protéine sanguine, se retrouve dans les urines), associé à une augmentation de
la pression artérielle.
Par la suite, des dépôts peuvent se former dans les reins, et dans le stade ultime
de la néphropathie diabétique, le débit de filtration glomérulaire diminue
fortement : une insuffisance rénale terminale peut s’observer (147).

En 2011, Ramudu et al se sont intéressés à l’effet du gingembre sur les reins de


rats diabétiques. Dans cette étude in vivo, 5 groupes de rats ont été constitués à
partir d’une population de 30 individus:
• Groupe A : individus sains non traités
• Groupe B : individus sains traités par 200 mg/kg de gingembre, par voie
orale pendant 30 jours
• Groupe C : individus diabétiques non traités : la streptozocine est ici
utilisée pour induire le diabète chez les rats
• Groupe D : individus diabétiques traités de la même façon que le groupe B
• Groupe E : individus diabétiques traités par gibenclamide, un
antidiabétique oral du diabète de type 2 appartenant à la famille des
sulfonylurés

Après un mois de traitement, il a été démontré :

• Dans le groupe C, une forte augmentation de la glycémie, corrélée à une


diminution significative de l’activité de certaines enzymes rénales, à savoir
la glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD), la succinate
déshydrogénase (SDH), la malate déshydrogénase (MDH) et enfin la
glutamate déshydrogénase (GDH).
• Dans le groupe D, une normalisation de la glycémie et un maintien de
l’activité de ces enzymes rénales, et par conséquent un effet
néphroprotecteur.

Une autre partie de l’étude était d’ordre histopathologique. A partir des mêmes
groupes de rats, il a été observé une altération tissulaire rénale dans le groupe
C, et une absence de lésions dans le groupe D (148).

Une autre étude in vivo réalisée en 2015 a quant à elle évalué l’effet du
gingembre sur le rein par dosages de l’urémie et de la créatininémie ; l’urée et la
créatinine étant les deux indicateurs principaux de l’état de la fonction rénale.
Après avoir été rendu diabétique par l’administration de 50 mg/kg de
streptozocine, le groupe « traitement » a reçu 500 mg/kg d’extrait de
polyphénols issus du gingembre, pendant 42 jours.

90
A la suite du traitement, il a été observé une diminution significative de la
glycémie et de l’urémie, une augmentation de l’insulinémie, et aucune
modification de la créatininémie.
Parallèlement, l’étude histopathologique a révélé une restauration des
dommages tissulaires dans le groupe traité par le gingembre par rapport au
groupe témoin (149).

Dès 2008, l’effet positif du gingembre d’un point de vue histopathologique a été
démontré : en effet, les résultats de l’étude d’une équipe du Koweit montrent
clairement des différences entre le groupe traité par le gingembre et le groupe
témoin : le gingembre agit sur l’hypertrophie glomérulaire, signe de la
néphropathie fonctionnelle ; sur la fragmentation du cytoplasme et sa rétraction,
ainsi que sur la précipitation des éosinophiles dans les glomérules et les
microvaisseaux, un processus qui favorise la formation des dépôts
d’immunoglobulines (150).

D’après ces résultats, il apparaît donc probable que Zingiber officinale, et plus
particulièrement ses polyphénols tels que les gingérols et shogaols, puisse
constituer un traitement préventif des effets délétères à long terme du diabète.
La mise en place d’essais cliniques reste cependant indispensable pour conclure à
une réelle efficacité.

b) Complications oculaires

La rétinopathie diabétique et la cataracte sont des complications dégénératives


qui s’expliquent par la formation de dépôts de protéines glyquées dans les
membranes des vaisseaux et des capillaires sanguins : on parle de
microangiopathie.
Suite à ce phénomène, une opacification de la lentille oculaire apparaît,
entrainant une baisse de la vision, voire une cécité. D’autres complications
oculaires peuvent survenir, tels qu’un glaucome ou une myopie.
Ces atteintes oculaires sont souvent asymptomatiques dans un premier temps ;
un suivi ophtalmologique régulier est donc indispensable pour éviter la
propagation de la maladie et l’apparition de troubles irréversibles de la vision
(137) (151).

Tout comme pour la néphropathie, des équipes de chercheurs se sont


intéressées au pouvoir protecteur du rhizome de gingembre envers les
complications oculaires du diabète.

En 2006, une équipe japonaise a travaillé sur l’effet inhibiteur du gingembre sur
l’aldose réductase, in vitro et in vivo.
Cette enzyme permet de convertir le glucose en sorbitol et en fructose lors d’une
situation d’hyperglycémie. L’accumulation de ses glucides dans les micro-
vaisseaux oculaires favorise l’apparition de rétinopathie et de cataracte.

91
Plusieurs composés du gingembre ont été testés dans cette étude. Deux d’entre
eux se sont avérés être de puissants inhibiteurs de l’aldose réductase, avec une
concentration inhibitrice médiane (IC50) proche de 20 micromoles/L.
Ces deux composés diminuent également fortement l’accumulation de sorbitol
dans les globules rouges, ainsi que l’accumulation de galactitol, un autre polyol,
chez 30% des rats étudiés.
Enfin, il a été démontré une relation entre la structure du composé et son
activité inhibitrice: il semblerait que la longueur de la chaine alkyl, et la présence
d’un groupement méthoxy (O-CH3) dans le cercle aromatique joue un rôle
important dans l’effet anti-rétinopathie (152).

Une autre étude, réalisée en 2010, s’est quant à elle intéressée à l’effet du
gingembre sur les produits de glycation.
La glycation des protéines, aussi appelée réaction de Maillard, correspond à la
fixation du glucose sur les protéines, ce qui ne s’observe pas en temps normal
mais qui est accélérée en cas d’hyperglycémie.
Cette réaction est à l’origine de la formation de composés dont l’accumulation a
un effet délétère pour l’organisme, et plus particulièrement pour les reins, les
yeux et les vaisseaux. Le dosage de tels produits fait partie du suivi de chaque
patient diabétique : leur taux doit être le plus faible possible (153).

Dans cette étude, des rats ont tout d’abord reçu 35 mg/kg de streptozocine, afin
d’induire une situation d’hyperglycémie. Un groupe a ensuite reçu pendant deux
mois une certaine dose de gingembre dans son régime alimentaire : de 0,5 à 3%
selon les cas.
Les paramètres étudiés ont été d’une part l’effet in vivo sur la cataracte, et
d’autre part l’effet in vitro (après sacrifice des rats) sur les produits de glycation.

Les résultats montrent que l’administration du gingembre a permis de retarder


l’apparition de la cataracte, et de diminuer sa progression. De plus, les produits
de glycation, et notamment la carboxyméthyl-lysine, ont été inhibés dans le
groupe traité. Enfin, le stress osmotique oculaire a lui aussi été réduit (154).

En 2014, une équipe thaïlandaise a étudié l’effet d’un extrait combinant du


gingembre et du maïs sur les complications oculaires du diabète. Les conclusions
rejoignent celles des deux études précédentes, à savoir :

• Une diminution significative de la glycémie

• Une atténuation de l’opacité oculaire, donc une amélioration de la


cataracte, comme le montre la figure 27 page suivante.

92
Figure 27 : Etude de l’effet anti-cataracte d’un extrait contenant du gingembre et
du maïs chez des rats diabétiques (155)

(1B) : rat contrôle, sain et non traité


(2B) : rat diabétique non traité
(3B) à (5B) : rat diabétique, traité par des doses croissantes d’extrait

• Une amélioration de la rétinopathie, grâce notamment à une augmentation


de l’épaisseur de la rétine, comme le montre le graphique ci dessous :

Figure 28 : étude de l’épaisseur de la rétine chez des rats diabétiques, suite à


l’administration d’un extrait combiné de gingembre et de maïs (PWCG) à
différentes doses (155)

• Une diminution des marqueurs de stress oxydant : réduction du


malonaldéhyde, corrélée à une augmentation d’enzymes antioxydantes
telles que la superoxyde dismutase, la catalase et la glutathion
peroxydase.

• Une réduction de l’activité de l’aldose réductase, comme le montre le


graphique page suivante.

93
Figure 29 : étude de l’effet inhibiteur d’un extrait combiné de gingembre et de
maïs (PWCG) à différentes doses sur l’aldose réductase (155)

Pour conclure, l’ensemble de ces études démontre que Zingiber officinale a un


pouvoir protecteur vis à vis des complications oculaires du diabète. A défaut de
pouvoir constituer un traitement de première ligne, il peut néanmoins faire partie
d’un traitement complémentaire préventif des microangiopathies oculaires.

c) Atteinte du système nerveux central

Les complications neuronales, tout comme celles situées au niveau du rein et des
yeux, sont dues en grande partie au stress oxydatif et à un déficit en enzymes et
molécules antioxydantes.

Comme nous l’avons déjà abordé précédemment, le gingembre possède une


puissante propriété antioxydante et anti-inflammatoire. Plusieurs investigations
ont donc été menées afin d’affiner le lien entre cet effet et les complications
neuronales induites par le diabète.

Ainsi, une étude de 2011 s’est intéressée à l’action du gingembre sur différentes
zones du cerveau: le cortex cérébral, l’hypothalamus, l’hippocampe et le cervelet
ont été testés, grâce à l’extraction de fractions mitochondriales chez des rats
diabétiques.

Il a été montré une augmentation de l’action de la superoxyde dismutase, de la


catalase, de la glutathion peroxydase et de la glutathion réductase, qui sont des
enzymes antixoydantes dont l’action est amoindrie en cas de diabète.
En parallèle, une augmentation du taux de glutathion et une réduction de la
concentration en malondialdéhyde ont été observées, dans chacune des zones
testées.

94
Ce résultat rejoint celui du paragraphe précédent, et prouve que le gingembre
améliore le mécanisme de défense antioxydant du système nerveux central, et a
par conséquent un rôle neuroprotecteur (156).

Il semblerait que cette action vienne également du fait :

• de l’amélioration de la neurogénèse

• de la modulation de la réponse des cellules astrogliales. Ces cellules


cérébrales contribuent à la formation de la barrière hématoencéphalique
en servant de support aux neurones ; une meilleure réponse de ces
cellules permet donc de lutter plus efficacement contre le stress oxydatif.

• de la diminution de l’acétylcholinestérase : ceci permet de maintenir un


taux optimal d’acétylcholine, un neurotransmetteur indispensable au bon
fonctionnement du système nerveux (157).

Pour conclure, grâce à la combinaison de différents mécanismes d’action,


Zingiber officinale constitue un traitement préventif intéressant et sûr des
complications diabétiques.

[Link] Conclusion

Bien qu’encore peu connu, le gingembre possède un véritable potentiel


antidiabétique, aussi bien en temps que traitement curatif, qu’en prévention des
complications à long terme.
L’association de diverses actions complémentaires et la sureté d’utilisation de
cette plante pourraient lui permettre de faire partie de la prise en charge
thérapeutique des patients diabétiques : un apport journalier sous forme
d’extrait sec ou liquide pourrait être envisageable.

4.5.2 Hypolipémiant et hépatoprotecteur

Dans la partie précédente traitant du diabète, quelques résultats concernant


l’effet du gingembre sur les lipides ont été entrevus.
Après quelques rappels physiopathologiques, nous allons approfondir ces
résultats grâce à diverses études in vivo et essais cliniques, tout en nous
focalisant sur le mécanisme d’action de la plante. Enfin, nous nous intéresserons
à la propriété hépatoprotectrice du gingembre, illustrée par deux études in vivo.

95
[Link] Rappels physiopathologiques

Le métabolisme des lipides est un processus physiologique très complexe, qui


implique de nombreuses molécules, enzymes, et réactions.

Parmi les produits issus de ce métabolisme, le cholestérol et les triglycérides sont


très connus et sont source de pathologies fréquentes : hypercholestérolémies et
hypertriglycéridémies sont en effet répandues dans le monde entier. Bien
qu’asymptomatiques, elles constituent néanmoins des facteurs de risque
primordiaux des maladies cardiovasculaires.

En effet, l’accumulation de cholestérol dans les vaisseaux sanguins est à l’origine


de la formation de dépôts appelés plaques d’athérome. En grandissant, ces
plaques attirent des produits de coagulation telles que les plaquettes et la fibrine.
Le thrombus ainsi formé s’étend jusqu’à provoquer un phénomène de sténose
vasculaire, et ainsi une diminution de l’irrigation des organes voisins ; ce
phénomène peut donc être lourd de conséquences (158).

Face à un tel risque, les taux de cholestérol et de triglycérides font l’objet de


dosages fréquents aux normes strictes, et les traitements hypolipémiants de type
statines et fibrates constituent une part non négligeable du marché du
médicament.
Cependant, leurs effets secondaires peuvent être graves et sont source
d’inquiétude, c’est pourquoi de plus en plus de patients et de professionnels de
santé se tournent vers la phytothérapie.

[Link] Effets du gingembre sur les lipides

De nombreuses études in vitro ont été réalisées ces dernières années, et ont
obtenu des résultats similaires. Cependant, peu d’essais cliniques ont été mis au
point. Deux d’entre eux ainsi que trois études in vivo sont détaillés dans cette
partie.

Une récente étude in vivo s’est intéressée à l’effet du rhizome de gingembre et


du curcuma sur différents paramètres lipidiques. Pour cela, des rats ont suivi un
régime riche en cholestérol pendant deux semaines : il a été observé une
augmentation significative des taux de cholestérol total, de triglycérides et de
cholestérol de faible densité, ainsi que de l’activité de l’arginase (une enzyme qui
diminue indirectement la synthèse de monoxyde d’azote) et de l’index
athérogène. Parallèlement, une diminution du taux de cholestérol de haute
densité a été notée.
Après l’administration de gingembre ou de curcuma, l’activité de l’arginase et
l’index athérogène ont significativement diminué, et les constantes lipidiques ont
été normalisées, ce qui montre une action préventive de ces deux plantes sur
l’hyperlipidémie (159).

96
Dans le même ordre d’idées, des chercheurs ont obtenu dès 2010 des résultats
semblables, suite à l’administration de doses variables (allant de 100 mg/kg à
400 mg/kg) d’un extrait aqueux de gingembre à des rats.
Il a en effet été montré une diminution significative des paramètres lipidiques, à
savoir le cholestérol total, le cholestérol de haute densité, le cholestérol de faible
densité, ainsi que les triglycérides (160).

Il a également été prouvé qu’un extrait éthanolique de gingembre, administré


par voie orale à des lapins à une dose de 200 mg/kg par jour pendant 10
semaines a un effet hypolipémiant similaire à celui du gemfibrozil (traitement
hypolipémiant conventionnel), et qu’il entraine une diminution significative du
phénomène d’athérosclérose, comparativement au groupe témoin (161).

Pour approfondir les bons résultats des études in vivo, un essai clinique
randomisé a récemment été mis en place sur des patients sous dialyse
péritonéale.
Rappelons que cette méthode d’épuration du sang est indiquée chez certains
patients diabétiques, souffrant d’insuffisance rénale ou de néphropathie, ou
encore chez des personnes atteintes de pathologies vasculaires, donc à haut
risque d’anomalies lipidiques.

Les 36 patients intégrés dans l’étude ont soit reçu un placebo, soit 1000 mg de
gingembre par jour pendant 10 semaines. Grâce à une simple prise de sang en
début d’étude et à la fin du traitement, il a été montré que l’administration de
gingembre diminue de façon significative le taux de triglycérides dans le sang
(15% de réduction par rapport au début de l’étude).
Cependant, aucune différence significative n’a été observée concernant le
cholestérol, quelle que soit sa forme (totale, de haute densité, de faible densité).
Par conséquent, il semblerait que le gingembre soit davantage actif sur les
triglycérides que sur la cholestérolémie (162).

Dans un domaine plus large, une équipe américaine a réalisé en 2015 un essai
clinique visant à évaluer l’effet d’un régime alimentaire épicé sur divers
paramètres lipidiques, ainsi que l’effet du stress sur ces mêmes paramètres.
L’échantillon de population était constitué de 20 personnes âgées de 30 à 65
ans, en surpoids ou obèses, mais ne présentant pas de pathologies graves.

Quatre groupes de participants ont été constitués :


• Groupe 1 : repas épicé et repos
• Groupe 2 : repas épicé et condition de stress
• Groupe 3 : repas normal (avec capsule de placebo) et repos
• Groupe 4 : repas normal (avec capsule de placebo) et condition de stress

97
Afin de rendre les variations des paramètres plus évidentes, les repas de quatre
groupes étaient riches en lipides : 100 kcal dont 45 g de graisses.
Les repas des groupes 1 et 2 contenaient en plus 14,5 grammes d’épices
variées : origan, paprika, gingembre, clou de girofle, cannelle, romarin, curcuma,
ail et poivre noir. La répartition et la dose des épices sont résumées dans le
tableau ci dessous :

Figure 30 : Caractéristiques des épices ajoutées au repas des participants (163)

Les groupes 2 et 4 ont quant à eux été mis dans des conditions de stress après
le repas, sous forme d’un discours à préparer et déclarer devant des « experts »
peu compatissants.
A cause de l’odeur des épices, l’essai n’a pas pu être réalisé en aveugle.
Cependant, pour ne pas influencer les participants, l’intitulé de l’étude était de
comparer l’effet d’une alimentation épicée à une supplémentation en épices sous
forme de capsules ; ainsi, les groupes 3 et 4 ont reçu en plus de leur
alimentation une capsule, qui contenait en réalité un placebo.
A la suite de la prise alimentaire, plusieurs paramètres ont été mesurés : taux de
cholestérol total, triglycéridémie, estimation du cholestérol de haute densité,
insuline et glucose.

Plusieurs résultats ont été observés :


• La prise alimentaire engendre une augmentation des taux de triglycérides,
d’insuline et de glucose plasmatique.
• L’ajout d’épices dans l’alimentation a diminué de façon significative le taux
de triglycérides : réduction de 31% de la triglycéridémie dans le groupe 1,
mais n’a pas montré de diminution significative de l’insuline et du glucose.
• Le stress a entrainé une augmentation des taux de glucose et d’insuline.
• Le stress a annulé l’effet des épices : les paramètres du groupe 2 ne sont
pas meilleurs que ceux du groupe 4.

98
Ainsi, il est possible de conclure que les épices jouent un rôle dans la régulation
des triglycérides, et que le stress est également un acteur important de
modulation des paramètres lipidiques (163).

Pour résumer, cet essai clinique a permis de montrer qu’indépendamment de


tout traitement médicamenteux, une alimentation riche en épices dans un
contexte psychologique non soumis au stress permet de réduire certains
paramètres lipidiques, et ainsi de prévenir de façon naturelle certains facteurs de
risque cardiovasculaire.

Au vu des résultats de l’ensemble des études présentées ici, nous pouvons


déduire que le gingembre, tout comme d’autres épices, a une action réductrice
sur différents paramètres lipidiques, et principalement sur les triglycérides.
La plupart des études in vivo concluent à un effet hypocholestérolémiant, mais
les résultats des quelques essais cliniques restent encore mitigés. Davantage
d’investigations sont nécessaires pour affiner ce résultat.

[Link] Mécanismes de l’action hypolipémiante du gingembre

Nous venons de voir que le gingembre exerce une action réductrice sur le taux
de certains lipides. Pour aller plus loin dans le mécanisme d’action, l’équipe
américaine ayant réalisé l’essai clinique détaillé plus haut a effectué en parallèle
une étude in vitro afin d’évaluer l’effet des épices sur l’activité de la lipase
pancréatique et sur la production de la phospholipase A2.

Pour rappel, la lipase pancréatique est une enzyme sécrétée par le pancréas, qui
permet de convertir les triglycérides apportés par l’alimentation en mono et
diglycérides, ainsi qu’en acides gras. Une activité trop importante de cette
enzyme peut conduire à une pancréatite (164).

La phospholipase A2 est quant à elle une enzyme digestive impliquée dans la


régulation de la biosynthèse de médiateurs lipidiques. Elle est notamment
nécessaire à la libération de l’acide arachidonique, un acide gras jouant un rôle
dans les phénomènes inflammatoires.

Il a été montré que les épices diminuent de façon dose dépendante l’activité de
la lipase pancréatique et la production de la phospholipase A2, comme le montre
la figure page suivante.

99
Figure 31 : Inhibition in vitro de la lipase pancréatique et de la phospholipase A2
par les épices (163)

La courbe supérieure (symboles carrés) représente l’activité de la lipase


pancréatique, et celle du bas (symboles ronds) l’activité de la phospholipase A2.
Parmi les épices testées, la cannelle, le clou de girofle, et le curcuma ont montré
l’effet le plus important (163).

Ainsi, l’effet régulateur du gingembre sur les médiateurs lipidiques passe par une
inhibition de ces deux enzymes. Cette propriété serait due une fois encore à
l’action des composés phénoliques, présents dans de nombreuses épices.

D’autres études se sont intéressées aux autres actions de ces composés


phénoliques.
Ainsi, une équipe indienne a étudié l’effet des gingérols sur différents marqueurs
enzymatiques du métabolisme des lipides. Les rats cobayes ont reçu soit un
régime alimentaire standard, soit un régime enrichi en lipides jusqu’à ce qu’ils
deviennent obèses.

Plusieurs enzymes ont été dosées dans cette étude, chacune agissant à un
niveau différent du métabolisme des lipides, et participant pour certaines à
lasynthèse du cholestérol et d’acides gras libres.

Après avoir reçu 75 mg/kg par jour de gingérols par voie orale pendant 30 jours,
il a été observé une diminution significative du poids des rats, des marqueurs
inflammatoires, et de l’ensemble des marqueurs du métabolisme lipidique.
Ainsi, l’effet hypolipémiant du gingembre passe en partie par une action sur les
enzymes lipidiques, grâce aux gingérols (165).

100
Le gingembre pourrait également agir sur le métabolisme des lipides par un effet
régulateur de l’expression de certaines protéines de liaison nécessaires à la
synthèse ou à la libération des lipides: un groupe de chercheurs japonais s’est
penché sur ce sujet en 2009, via une étude in vivo.

Trois groupes de rats ont été constitués :


• Groupe A : témoin, alimentation standard
• Groupe B : régime enrichi en cholestérol
• Groupe C : régime enrichi en cholestérol et traité par 500 mg de
gingembre par jour pendant 12 semaines

A la fin de l’étude et grâce à une méthode d’amplification génique, plusieurs


paramètres ont été mesurés :
• Dans le groupe B, on note une surexpression de l’ARN messager codant
pour plusieurs protéines de liaison d’acides gras. Ce phénomène est
responsable d’une hyperlipidémie.
• Dans le groupe C, l’expression de l’ARN codant pour la protéine de liaison
du rétinol s’avère moindre celle du groupe B.
Bien que ce résultat reste encore à approfondir, il semblerait que le gingembre
exerce une action sur les gènes codant pour l’expression de certains produits
impliqués dans le métabolisme lipidique (166).

Enfin, les résultats d’une étude réalisée en 2014 rejoignent ceux de l’étude
précédente, et apportent de nouveaux éléments de réponse quant au mécanisme
d’action de Zingiber officinale.

En effet, suite à l’administration d’un extrait de gingembre enrichi en gingérols et


en shogaols à des hamsters, il a été montré d’une part une diminution dose
dépendante du taux de cholestérol plasmatique et du taux de cholestérol
hépatique; et d’autre part une excrétion accrue de composés de type stérols (tel
que le cholestérol), de façon dose dépendante.

Cette amélioration d’élimination de stérols serait due à la fois à une régulation de


l’expression de l’ARN messager de certaines protéines du métabolisme lipidique,
et à la fois à une stimulation de l’activité d’une hydroxylase du cholestérol
hépatique, qui permet d’initier son catabolisme (167).

Pour conclure, bien que de plus amples recherches permettraient d’élucider


totalement l’ensemble des mécanismes, la propriété hypolipémiante du
gingembre s’exprime par des actions différentes mais complémentaires : une
action régulatrice des enzymes du métabolisme lipidique et de certains gènes,
ainsi qu’une stimulation de l’excrétion du cholestérol et des acides biliaires.

101
[Link] Propriété hépatoprotectrice

Comme nous l’avons énoncé au début de ce chapitre, les traitements


hypolipémiants conventionnels peuvent être source d’effets indésirables
importants, notamment au niveau hépatique.

Pour essayer de limiter ses effets tout en gardant une efficacité sur les
paramètres lipidiques, une équipe égyptienne s’est intéressée à l’association de
l’atorvastatine et du gingembre, grâce à une étude in vivo.
Les rats cobayes ont ici été répartis en plusieurs groupes, résumés dans le
tableau XI ci dessous :

Tableau XI : Constitution des groupes lors de l’étude in vivo sur l’association du


gingembre à l’atorvastatine (168)

Gingembre
Groupe Atorvastatine 20mg/kg Atorvastatine 80mg/kg
200mg/kg
1 : témoin
2 X
3 X
4 X X
5 X
6 X X

Après une période de 4 semaines de traitement, il a été montré que, bien que
l’atorvastatine entraine une diminution du taux de cholestérol total, elle induit
également des désordres hépatiques.
En effet, il a été observé une augmentation significative des enzymes hépatiques
(aminotransférases), du malondialdéhyde hépatique, et de l’oxyde nitrique ; ainsi
qu’une diminution des enzymes anti-inflammatoires telles que la superoxyde
dismutase et la catalase.
De plus, cette hépatotoxicité est dose-dépendante : ces variations ont été plus
marquées dans le groupe 5 que dans le groupe 3.

A l’inverse, dans les groupes 4 et 6, des effets opposés ont été observés :
diminution des aminotransférases et du malondialdéhyde, sans pour autant
augmenter la cholestérolémie.
Enfin, une recherche histopathologique a montré que l’administration simultanée
de gingembre a entrainé une réduction des lésions hépatiques induites par le
traitement conventionnel.

Ainsi, grâce à ses actions hypolipémiante et anti-inflammatoire, le gingembre


permet de limiter les effets indésirables hépatiques des traitements
hypocholéstérolémiants conventionnels, tout en maintenant leur efficacité (168).

102
Une étude similaire a été conduite en 2013, et concernait cette fois l’association
du gingembre à l’acétaminophène, c’est à dire le paracétamol.
L’administration d’acétaminophène seul a entrainé chez les rats cobayes des
désordres hépatiques, caractérisés par une forte augmentation des enzymes
hépatiques, de l’activité de la phosphatase alcaline et de l’arginase, et enfin de la
concentration en bilirubine. Une diminution des taux d’albumine et de protéines
totales a également été observée.

Chez les rats préalablement traités par du gingembre, l’ensemble des marqueurs
enzymatiques hépatiques a diminué, ainsi que la bilirubinémie. De plus, une
diminution de la peroxydation lipidique a été observée, via une baisse du
malondialdéhyde (169).

Comme lors de l’étude précédente, une recherche histopathologique menée en


parallèle a montré une nette amélioration des dommages hépatiques dans le
groupe traité par le gingembre, grâce notamment à une réduction des
phénomènes de nécrose et de vacuolisation cellulaire.
Par conséquent, une administration simultanée de Zingiber officinale à de fortes
doses d’acétaminophène permet de réduire l’hépatotoxicité de ce dernier (169).

Les résultats de ces deux études mettent donc en évidence l’action


hépatoprotectrice du rhizome de gingembre. L’action inhibitrice de la plante sur
les enzymes hépatiques et sur certaines molécules favorisant l’inflammation
permet de conclure que le gingembre est un traitement complémentaire
intéressant aux traitements conventionnels présentant une hépatotoxicité.

[Link] Conclusion

L’action hypolipémiante du gingembre, et plus particulièrement son effet sur les


triglycérides, combinée à une propriété hépatoprotectrice, font de cette épice un
traitement prometteur, aussi bien pour lutter contre les hyperlipidémies, que
pour minimiser les effets indésirables hépatiques induits par de nombreux
médicaments conventionnels.

103
4.6 Action antitumorale

4.6.1 Epidémiologie, définition et aspect moléculaire des cancers

De nos jours, les cancers (tous organes atteints confondus) représentent la


première cause de mortalité dans les pays développés : 385000 nouveaux cas de
cancers ont été estimés en 2015, et 149500 décès ont été recensés.

Le cancer est une pathologie liée à l’espérance de vie : en effet, l’âge constitue le
premier facteur de risque d’apparition de cancer : l’âge médian de diagnostic est
de 68 ans chez l’homme et 67 ans chez la femme.

Parmi les organes atteints, la prostate est le plus fréquemment touché chez
l’homme, tandis que le cancer du sein est majoritaire chez la femme. Bien qu’un
peu moins fréquent, le cancer du poumon est le plus dangereux. Vient ensuite le
cancer colorectal (170).

Un cancer est une tumeur maligne formée par la prolifération désordonnée d’un
tissu ou d’un organe. Cette définition regroupe différentes notions.
Tout d’abord, le caractère malin d’un cancer signifie que les divers systèmes de
contrôle de l’organisme sont incapables de réguler sa croissance et son
expansion.
Ensuite, la notion de prolifération signifie que de nouvelles cellules se forment en
continu, sans organisation particulière, et au détriment des cellules constitutives
des organes atteints.
Enfin, tout tissu ou organe peut être le siège d’apparition d’un cancer : les
mécanismes de formation des tumeurs sont identiques quelle que soit la partie
du corps touchée.

Cependant, l’évolution d’un cancer est variable selon le tissu d’origine atteint et
la localisation de la tumeur. Ainsi, une tumeur au niveau cérébral sera plus vite
détectée qu’une tumeur située dans la cavité abdominale, car la place au niveau
du cerveau est réduite : une augmentation de la pression intracrânienne sera
rapidement diagnostiquée. A l’inverse, le diagnostic d’un cancer des ovaires est
souvent tardif, car la tumeur a de la place pour se développer, sans causer de
séquelles dans un premier temps.

D’un point de vue moléculaire, l’apparition d’un cancer résulte de plusieurs


étapes, résumées sur le schéma page suivante.

104
Figure 32 : Aspect moléculaire du processus de cancérogénèse (171)

Le processus de cancérogénèse est long, multifactoriel, et asymptomatique


jusqu’à un stade avancé de la maladie.
Les lésions de l’ADN peuvent être héritées, comme dans le cas du cancer du
sein, ou acquises par des agents carcinogènes d’origine chimique, physique,
hormonale ou virale.

L’accumulation des lésions entraine des mutations géniques non réparées et qui
s’amplifient : les cellules cancéreuses échappent au contrôle des autres cellules,
par la stimulation de gènes activateurs de tumeurs (proto-oncogènes) et
l’inhibition des gènes suppresseurs de tumeurs, et se répliquent de façon
anarchique, indifférenciée et infinie (perte de l’apoptose) (171).

Diverses voies de signalisation cellulaire sont touchées lors de la cancérogénèse :

• L’activation d’oncogènes se fait grâce à la surproduction de facteurs de


croissance, couplée à une production de récepteurs anormaux. Par
exemple, la surexpression de récepteurs de type tyrosine kinase, ou de
certains récepteurs transmembranaires appelés HER (Human Epidermal
growth factor Receptors) engendre une perturbation des signaux
intracellulaires et des facteurs de transcription du génome.

105
• L’inactivation des gènes suppresseurs de tumeurs touche de nombreuses
protéines, dont certaines sont régulatrices du cycle cellulaire. C’est
notamment le cas de la protéine p53, qui intervient en situation
physiologique dans le contrôle négatif du cycle cellulaire et dans la
réparation de la division de cellules. Une mutation de cette protéine
entraine donc son inactivation, et par conséquent le développement de
cellules anormales.
A l’inverse, l’hyperactivation de certaines protéines de type cyclines, les
CDK (cyclin dependant kinases) entraine également une altération du cycle
cellulaire et favorise la prolifération des cellules tumorales.

De plus, afin de nourrir cet afflux massif de nouvelles cellules, de nouveaux


vaisseaux se forment : le phénomène d’angiogénèse alimente l’expansion
tumorale.
S’ajoute à tout ceci une situation inflammatoire, avec la surexpression de
médiateurs pro-inflammatoires ayant également une fonction de promoteurs de
tumeurs, en particulier le facteur de nécrose tumorale, TNF-alpha (tumor
necrosis factor-alpha, dont nous avons déjà parlé précédemment), et plusieurs
cytokines.

Au bout d’un certain temps, les cellules cancéreuses s’échappent de leur site
d’origine et migrent dans d’autres tissus via la circulation lymphatique ou
sanguine, permettant ainsi le développement de métastases.

Pour résumer, au moins six étapes sont nécessaires à l’apparition d’un cancer,
symbolisées sur la figure 33 ci dessous :

Figure 33: Schéma récapitulatif des étapes du processus de cancérogénèse (172)

106
4.6.2 Mécanisme d’action anti-carcinogène du gingembre

Le résumé des différentes étapes de la cancérogénèse va nous permettre de


mieux comprendre à quels niveaux agit Zingiber officinale.

Tout d’abord, l’activité anti-inflammatoire du gingembre a déjà fait ses preuves


dans d’autres domaines. Son action au niveau des cellules tumorales est
particulièrement importante, car elle permet de bloquer l’angiogénèse et ainsi de
limiter l’apparition des métastases.

Une équipe de recherche a constaté cet effet dès 2008. Dans cette étude, cinq
groupes de six rats ont été constitués, et ont chacun reçu un régime différent. Le
régime administré au groupe 4, nommé CDE (pour cholin-deficient ethionin) était
pauvre en choline mais enrichi en éthionine, un composé connu pour favoriser
l’apparition de cellules précurseures de cellules tumorales hépatiques.

Après 8 semaines de traitement, les rats ont été sacrifiés et plusieurs paramètres
ont été étudiés : le nombre de nodules cancéreux hépatiques ainsi que leur taille,
l’aspect des hépatocytes, l’expression du facteur anti-apoptotique NF-kappaB
(nuclear factor kappa-B) et l’expression du facteur de nécrose tumorale TNF-
alpha.

L’ensemble des résultats est résumé dans le tableau ci dessous :

Tableau XII: Etude de l’effet anti-inflammatoire et anticancéreux du gingembre


sur le cancer du foie chez des rats (173)

Groupe 1 2 3 4 5
Extrait de Extrait de
Huile Régime
Régime Normal gingembre à gingembre +
d’olive CDE
100 mg/kg régime CDE
Nombre de rats
avec une 0 0 0 6 1
tumeur
Incidence de la
0 0 0 100 17
tumeur (en %)
Taille de la
tumeur (en 0 0 0 1 0,1
cm)
Expression du
NF-kappaB (en 0 0 0 88,3 32,4
%)
Expression du
TNF-alpha (En 0 0 0 83,3 7,9
%)

107
Ces résultats montrent clairement que l’administration de Zingiber officinale a un
impact direct sur la tumeur, aussi bien sur son apparition que sur sa croissance.
De plus, il est capable de bloquer l’expression du facteur anti-apoptotique NF-
kappaB, ainsi que celle du facteur de nécrose tumorale TNF-alpha.
Or, le TNF-alpha est un précurseur du NF-kappaB. L’inhibition du facteur anti-
apoptotique est donc la conséquence du blocage du son précurseur par le
gingembre.
Ce phénomène a pour effet de réactiver le processus d’apoptose, et ainsi de
bloquer la croissance tumorale ainsi que la formation des métastases.
Il semblerait que cet effet soit du à la présence du 6-shogaol et du 6-paradol
(173).

Il avait déjà été démontré que le 6-paradol, de structure de type vanilloïde tout
comme les gingérols et les shogaols, possède une action inhibitrice sur les
cellules tumorales et sur la synthèse d’ADN dans le cas de leucémies myéloïdes
(174).

D’autres éléments du mode d’action pro-apoptotique du gingembre ont été


démontrés dès 2007, par une équipe de chercheurs indiens.
Dans une étude in vitro, des cellules tumorales d’origine humaine (nommées
Hep-2) ont été utilisées, sur lesquelles des méthodes d’immunofluorescence ont
été appliquées.

L’étude s’est principalement intéressée à la viabilité des cellules, l’aspect de leur


noyau et la quantité de leurs composants nucléaires, ainsi qu’à la production
d’espèces réactives de l’oxygène.

L’extrait de gingembre a été réalisé à partir de poudre de gingembre diluée dans


une solution saline. Différentes doses ont été testées dans l’étude, ce qui a
permis de constituer quatre groupe de cellules : un groupe non traité, et trois
groupes traités respectivement avec 250 microgrammes/mL, 500
microgrammes/mL et 1000 microgrammes/mL d’extrait.

Il a été constaté que :

• Le gingembre a un effet cytotoxique sur les cellules tumorales, de façon


dose dépendante, comme le montre le graphique page suivante:

108
*P<0,0001

Figure 34 : Etude de la viabilité de cellules Hep-2 en fonction de la concentration


d’extrait de gingembre administrée (175)

• La cytotoxicité est bien visible au niveau du nombre de cellules et de leur


aspect (arrondissement des cellules et perte de contact entre elles), ainsi
qu’au niveau nucléaire : une condensation de la chromatine et une
fragmentation du noyau ont été constatées, ce qui est caractéristique de
cellules en apoptose.
Ce phénomène s’explique par une action inhibitrice du gingembre sur les
composants nucléaires des cellules, à savoir la quantité d’ADN, d’ARN et
de protéines. La concentration médiane inhibitrice a été déterminée à 900
microgrammes/mL.

L’image ci dessous montre bien le changement d’aspect des noyaux des cellules
tumorales:

Figure 35 : Etude de l’effet de l’administration d’extrait de gingembre sur des


noyaux de cellules Hep-2 (175)

109
• La quantité de nitrate et de glutathion a diminué dans les trois groupes
traités, tandis que la quantité d’ions superoxide a augmenté.
La production de radicaux libres (ions superoxides) combinée à la
réduction de molécules anti-oxydantes (nitrate et glutathion) crée un état
favorisant le stress oxydant dans les cellules tumorales, et participe donc à
l’activité pro-apoptotique du gingembre.

• Tout comme pour de nombreuses études, l’effet cytotoxique du gingembre


est du à la présence de composés terpéniques : ici, du clavatol et du
géraniol ont été identifiés.

Pour résumer cette étude, le gingembre présente bien une action cytotoxique sur
les cellules Hep-2, par une stimulation des espèces réactives de l’oxygène. Le
stress oxydatif qui en découle entraine une altération du noyau des cellules
tumorales, et une perte de leur composants : le processus d’apoptose est
réactivé (175).

Le 6-gingérol, composé majoritaire du rhizome de gingembre, est lui aussi


impliqué dans le processus d’apoptose : selon une étude de 2003 utilisant des
cellules leucémiques (nommées HL-60), il influe sur la production d’espèces
réactives de l’oxygène d’une part, et inhibe l’expression des protéines Bcl-2
d’autre part.
Or, la surexpression de ces protéines joue un rôle primordial dans l’immortalité
des cellules tumorales. Par conséquent, leur inhibition entraine la reprise de
l’apoptose (176).

Le mode d’action du 6-gingérol a été approfondi en 2015 par une étude in vitro
sur des cellules infectées par le papillomavirus humain (HPV), et in vivo sur des
souris infectées par le même virus.
Plusieurs résultats ont été constatés.

Tout d’abord, le 6-gingérol est capable d’inhiber la prolifération et d’induire


l’apoptose des cellules tumorales, de façon dose dépendante et temps
dépendant : ainsi, un effet est observé à partir d’une concentration de 50
micromoles/L et après 24 heures de traitement.
A l’inverse, l’administration de gingembre n’a eu aucun effet sur les cellules
saines.

110
Le graphique ci dessous montre l’effet du 6-gingérol sur trois lignées de cellules
tumorales :

Figure 36 : Etude de l’effet de concentrations croissantes de 6-gingérol sur trois


lignées tumorales (177)

Pour comprendre la façon dont agit le 6-gingérol, les chercheurs se sont


intéressés à plusieurs paramètres impliqués dans l’immortalité cellulaire,
notamment la protéine p53 et le protéasome.

Le protéasome est un assemblage complexe de molécules responsables de la


dégradation de protéines, dont la protéine p53, et qui est hyperactif dans les
cancers.

Il a été montré que le 6-gingérol réactive la protéine p53 qui, comme nous
l’avons vu plus haut, permet de protéger le génome contre les oncogènes. Cette
réactivation est possible grâce à une amélioration de sa transcription nucléaire,
et semble liée à l’augmentation d’une autre cible, la protéine p21 (177).

Il est probable que la réactivation de la protéine p53 soit la conséquence de


l’inhibition du protéasome : il a en effet été démontré que le 6-gingérol a un
effet identique à celui du Bortezomib, un médicament inhibiteur du protéasome.
Il semblerait également que le mécanisme d’action soit le même, à savoir une
inhibition compétitive par liaison sur la sous-unité 5-béta du complexe protéique.
Pour aller encore plus loin dans l’approche moléculaire du mécanisme, il a été
prouvé que la cible du 6-gingérol est la chymotrypsine, une protéine constitutive
du protéasome (177).

Pour résumer, l’effet antitumoral du 6-gingérol est en partie du à une action


inhibitrice du protéasome grâce à un blocage de l’activité de la chymotrypsine, et
ayant pour conséquence une réactivation de la protéine p53 protectrice du
génome.

111
Une autre partie du mode d’action réside dans la génération d’espèces réactives
de l’oxygène. Ces molécules agissent à deux niveaux : d’une part, elles
permettent de maintenir un taux optimal de protéine p53, et d’autre part, elles
bloquent l’action de la cycline B1, une molécule indispensable à la réplication des
cellules cancéreuses.
La combinaison de ces deux actions entraine des dommages irréversibles de
l’ADN tumoral, qui à terme induisent l’arrêt de la prolifération et l’apoptose des
cellules du papillomavirus humain.

Il est donc possible de résumer les effets du 6-gingérol sur les cellules malignes
du papillomavirus humain selon le schéma ci dessous :

Figure 37 : Schéma récapitulatif des effets du 6-gingérol sur le papillomavirus


humain (177)

L’ensemble de ces résultats a ensuite été confirmé in vivo, après avoir inoculé
des cellules tumorales à des souris.

Enfin, pour prouver l’importance du gingembre dans le traitement des cancers,


une partie de l’étude s’est intéressée à l’effet synergique du 6-gingérol avec le
cisplatine.

Le cisplatine est un traitement anticancéreux classique, de la famille des agents


alkylants : sa liaison avec l’ADN tumoral entraine des dommages responsables
de l’arrêt de la réplication des cellules cancéreuses. Cependant, de fortes doses
de cisplatine sont nécessaires pour que le traitement soit efficace, et les effets
indésirables sont nombreux.

112
Il a été constaté que le 6-gingérol potentialise l’effet du cisplatine : en effet, une
concentration de 50 micromoles/L de 6-gingérol sensibilise les cellules tumorales
à seulement 2,5 micromoles/L de cisplatine, et la quantité d’espèces réactives de
l’oxygène est significativement augmentée lors de l’association des deux
produits. Les lésions de l’ADN tumoral sont elles aussi plus nombreuses, avec à
la clé une accumulation des cellules cancéreuses à un certain stade de
réplication, caractéristique de son inhibition.
L’effet pro-apoptotique qui en résulte est donc décuplé lors de l’association du 6-
gingérol au cisplatine, comme le montre le graphique ci dessous :

Figure 38 : Effet apoptotique du 6-gingérol, combiné ou non au cisplatine (177)

Ainsi, cette étude a confirmé l’effet pro-apoptotique du gingembre grâce à


l’action inhibitrice du 6-gingérol sur le protéasome du papillomavirus humain et à
la production d’espèces réactives de l’oxygène. De plus, des résultats
encourageants ont été trouvés concernant l’association du gingembre au
cisplatine.
Zingiber officinale constitue par conséquent un traitement anticancéreux
potentiel et sans toxicité particulière, contrairement aux traitements classiques
(177).

Un autre versant de l’action cytotoxique du gingembre pourrait résider dans un


blocage de l’angiogénèse tumorale. En effet, en 2005, une équipe coréenne a
démontré in vitro que le 6-gingérol est capable d’inhiber le facteur de croissance
de l’endothélium vasculaire (le VEGF) responsable de la prolifération de nouvelles
cellules endothéliales. Il bloque ainsi la formation de nouveaux vaisseaux et
l’irrigation des cellules cancéreuses.

In vivo, ce résultat s’est observé par une diminution du nombre de métastases


pulmonaires chez des souris auxquelles des cellules de mélanome avaient été
injectées (178).

113
Pour conclure, Zingiber officinale possède une réelle action cytotoxique sur les
cellules tumorales, en agissant principalement comme agent pro-apoptotique,
grâce à des voies différentes :

• Inhibition du facteur de nécrose tumorale, du facteur anti-apoptotique NF-


kappaB et de certaines protéines anti-apoptotiques telle que Bcl-2

• Inhibition du protéasome, induisant une réactivation de la protéine p53


protectrice du génome

• Production d’espèces réactives de l’oxygène à l’origine d’altérations de


l’ADN tumoral

La restauration de l’apoptose induite par les composés phénoliques de la plante,


6-gingérol en tête, serait couplée à un effet anti-angiogénique.

Enfin, le gingembre a également une action synergique avec les traitements


anticancéreux conventionnels. Cette notion est primordiale car elle permet
d’avoir recours à des doses moindres de cytotoxiques classiques et ainsi de
diminuer la toxicité des traitements.

La mise en place de protocoles associant les deux types de thérapies


représenterait une grande avancée dans la prise en charge des cancers et
notamment sur le maintien d’une bonne qualité de vie des patients.
La réalisation d’essais cliniques reste cependant indispensable à la
reconnaissance et à la diffusion de cette propriété.

114
4.7 Le mythe de la plante aphrodisiaque

Pour beaucoup, le gingembre est la plante aphrodisiaque par excellence !

Dans de nombreuses civilisations, le rhizome de gingembre est réputé pour son


pouvoir stimulant, et booster de libido.
Il est très souvent utilisé dans la cuisine traditionnelle, notamment africaine :
dans les rites africains, les jeunes femmes sont sensibilisées à l’importance
d’incorporer des herbes et plantes aphrodisiaques dans leurs recettes (179).

Pourtant, contrairement aux croyances et idées reçues, il n’existe pas de preuves


scientifiques tangibles confirmant l’effet du gingembre sur la libido. Plusieurs
études se sont intéressées à l’effet de diverses plantes et herbes sur le désir et
les performances sexuelles : bien que le gingembre y soit cité, il ne figure pas
parmi les plantes les plus actives.

Quelques hypothèses peuvent cependant être émises quant au mécanisme


d’action supposé du gingembre.

D’une part, grâce à sa saveur piquante et à la sensation de chaleur que procure


sa dégustation, le gingembre pourrait augmenter la température corporelle et
ainsi avoir un effet stimulant et propice au désir. Cet effet tonique serait donc
plutôt d’ordre psychologique que réellement physique.

D’autre part, nous avons vu précédemment que le gingembre favorise la


production d’oxyde nitrique NO. Or cette substance entre en jeu dans le
phénomène de vasodilatation.
Le gingembre pourrait donc avoir un effet indirect ayant pour conséquence une
dilatation des vaisseaux et donc une augmentation du flux sanguin au niveau des
parties génitales (180).

De plus, des chercheurs Camerounais ont observé une action androgénique de


Zingiber officinale, grâce à une étude in vivo sur des rats.
Après un traitement de 8 jours par administration de 600 mg/kg d’extrait aqueux
de rhizome de gingembre, il a été noté une augmentation du poids des testicules
ainsi qu’un élévation du taux de testostérone, hormone androgènique stimulant
la spermatogénèse et la synthèse d’oxyde nitrique (181).

Pour conclure, l’effet aphrodisiaque de Zingiber officinale repose davantage sur la


transmission de croyances que sur la preuve d’une efficacité scientifique !

115
Conclusion

En s’intéressant de près au gingembre, ce travail nous a permis de mieux


connaître cette plante millénaire et de mettre en lumière de nombreuses
propriétés et indications.

L’intérêt apporté à la caractérisation des composés chimiques de Zingiber


officinale et de leurs effets a apporté une preuve scientifique à un emploi
jusqu’alors plutôt confidentiel en Occident, bien que faisant partie du quotidien
des civilisations d’Orient depuis la nuit des temps.

En effet, nous avons vu que les composés phénoliques de l’oléorésine, gingérols


et shogaols en tête, ont une action pharmacologique dans de nombreux
domaines. Les composés sesquiterpéniques de l’huile essentielle sont aussi
source d’intérêt.

Si les effets antinauséeux et digestifs sont désormais reconnus et font l’objet


d’indications de plusieurs compléments alimentaires, d’autres actions,
notamment antidiabétique et hypolipémiante, restent encore méconnues mais
mériteraient d’être davantage exploitées.

Les actions antioxydante et anti-inflammatoire sont également non négligeables,


ce qui fait du gingembre un traitement alternatif efficace et sûr aux traitements
classiques, tout comme plusieurs autres plantes et épices.

Enfin, nous avons pu remarquer que le pouvoir stimulant et aphrodisiaque n’est


pas aussi flagrant que le veut la réputation et la renommée de Zingiber
officinale : comparativement aux autres propriétés, aucune étude confirme l’effet
booster de libido tant attendu.

De plus amples investigations et davantage d’essais cliniques sont dans tous les
cas nécessaires pour valider et développer l’ensemble des propriétés présentées
dans ce travail.

Bien que de plus amples investigations et davantage d’essais cliniques soient


nécessaires pour valider et développer l’ensemble des propriétés présentées
dans ce travail, l’innocuité de cette épice permet de l’employer sans crainte,
notamment chez les enfants et les femmes enceintes.

116
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