Grenats en Joaillerie : Histoire et Variétés
Grenats en Joaillerie : Histoire et Variétés
1. GENERALITES
1.1 Introduction
En pensant aux pierres gemmes de grenat, la plupart des gens pensent immédiatement au grenat rouge. De
grands gisements de grenat rouge ont été découverts en Bohême (Europe centrale) vers le XVIe siècle, qui
est devenu l'objet de l'industrie de la joaillerie dans la région, indiustrie qui se perpétue de nos jours.
Mais, le groupe des grenats est bien plus riches en variétés, et se limiter aux pierres de couleur rouge,
revient à négliger les plus belles gemmes de grenats que la nature peut nous offrir. Parmi toutes les variétés
de grenats ressencées ou non, six variétés principales sont utilisés comme gemmes : pyrope, almandin,
spessartite, grossulaire (incolore, hessonite), andradite (topazolite et surtout démantoïde) et uvarovite.
1.2 Histoire
Les grenats sont utilisés en joaillerie depuis plusieurs milliers d’années. En ces temps anciens, ils étaient
connus comme escarboucle ou comme gemme rouge. Il y en avait dans le plastron du jugement d’Aaron,
ème
décrit dans la bible (Exodus: xxviii, 15-30). Le Coran prétend que le 4 ciel est composé d’escarboucles.
Dans l’astrologie védique, qui est de 1000 ans antérieure à l’astrologie occidentale, et toujours pratiquée par
des millions d’adeptes, le grenat hessonite de couleur brun orangé à rouge est le talisman qui protège des
influences démoniaque du corps céleste nommé Rahu.
Le grenat est également considéré comme pierre sacrée par nombre de tribus indiennes d’Amérique du
nord, du centre et du sud.
En 1892, les Hunzas ont utilisé des projectiles faits de grenats contre les troupes britanniques au Kashmir,
pensant que leur action meurtrière était supérieure aux balles de plomb.
Historiquement, les grenats sont censés protéger des blessures et du poison, arrêter les saignements et,
symboliser la vérité et la fidélité, et apporter prospérité.
En tant que gemme, les grenats sont aujourd’hui plus populaires que jamais. D’ailleurs de nouvelles variétés
ne trouvent un essor que depuis ces dernières années.
Certaines formes de grenats almandins renferment des inclusions minérales d’asbeste, typiquement de
pyroxène ou d’amphibole, qui leur donne un effet chatoyant sous la forme d’une étoile à six branches (plus
rarement quatre branches) dans la gemme taillée en cabochon.
Pour améliorer la qualité de ces références, le GIA a acquis en 2005 la collection d’Edward J. Gübelin. De
nombreuses pierres précieuses sont des exemples extraordinaires en termes de couleur, de poids et de
phénomènes, améliorant ainsi significativement le potentiel éducatif et de présentation de la collection de
gemmes du GIA.
Depuis 2007, le GIA a entrepris un projet de caractérisation des pierres précieuses de la collection Edward J.
Gübelin. Ce projet a deux objectifs principaux:
- la systématisation documentée de ces pierres précieuses en utilisant une gamme de techniques,
- la diffusion des résultats et analyses, disponibles sur le site du GIA comme une ressource précieuse
pour les étudiants, gemmologues, chercheurs, et toute personne intéressée par les minéraux
gemmes
Des procédures de collecte de données normalisées ont ainsi été créées, avec pour chaque pierre précieuse,
la caractérisation de la gemme par une large gamme de techniques diverses. Cette base de données doit
permettre aux chercheurs intéressés de voir, par exemple, les variations possibles des propriétés gemmologie
d'une localité à l'autre au sein d'une espèce donnée.
La base de données du projet fournira les informations suivantes sur les pierres précieuses individuelles:
1. une photographie de la pierre précieuse.
2. le numéro de collection de gemmes du GIA
3. l'espèce de gemme, et le cas échéant, un groupe et un nom de variété.
4. des renseignements sur la localité géographique, signalés par pays, province ou État (district ou
comté) et ville (nom de la mine), tel qu'il est décrit dans les dossiers de collecte obtenus par le Dr
Gübelin.
5. les informations de base sur la pierre gemme, telles que la forme facettée (rapporté comme noms de
forme normalisés); poids de carat à deux décimales (1 CT = 0,2 g); Dimensions en millimètres à trois
décimales; diaphanéité (transparent, translucide ou opaque); et une description de la couleur selon la
terminologie de Gia pour les pierres gemmes colorées.
6. des croquis montrant la forme et l'arrangement de facettes de la pierre précieuse avec des vues
supérieures, latérales et inférieures. Ces schémas ont été créés à partir de données de mesure de la
proportion obtenues par le système de diavis du sarin. Ils n'ont pas été fabriqués pour des pierres
précieuses façonnées comme des cabochons ou d'autres formes non-facettes.
7. un résumé des propriétés gemmologie standards, y compris le caractère optique (uniaxial positif ou
négatif), la (les) valeur (s) d'indice de réfraction (les valeurs maximales et minimales de RI obtenues à
l'aide d’un réfractomètre sur chacune des facettes de la pierre gemme), la valeur calculée de
biréfringence, la valeur calculée de la masse spécifique, les descriptions des éventuels pleochroisme,
lustre, réactions de fluorescence ultraviolette (et phosphorescence) sous ondes longues et ondes
courtes, spectres d'absorption et phénomène optique (changement de couleur ou asterisme). Un
diagramme est fourni qui illustre l'emplacement approximatif (s) de l'axe optique (axes) lorsque la ou
les directions peuvent être déterminées à l'aide d'un microscope et d'une sphère en verre (qui agit
comme une lentille de condensation) positionnée au-dessus de la pierre précieuse. Dans cette
configuration, et en utilisant des filtres polarisants croisés, la pierre gemme est tournée jusqu'à ce
qu'une figure d'interférence axe optique centrée soit vue avec la sphère. Dans certains cas, nous
n'avons pas pu localiser visuellement l'axe optique d'une pierre précieuse à l'aide de cette méthode.
8. une brève description générale des caractéristiques internes ou externes que l'on peut voir avec un
grossissement standard (10 x à ~ 100). Beaucoup de dispositifs internes ont été photographiés au
microscope, et ces photomicrographies sont fournies avec des légendes. Les photomicrographies
n'ont pas été prises pour des pierres précieuses manquant de caractéristiques internes importantes.
9. dans la plupart des cas, plusieurs spectres sont présentés pour une pierre précieuse, y compris les
spectres infrarouge, visible, Raman et photoluminescence. Un spectre de fluorescence de rayon X est
également fourni avec les éléments principaux et mineurs détectés.
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3. GRENATS DE PERPIGNAN
3.1 Une culture ancestrale
Dans le Roussillon, l'utilisation de grenats en joaillerie se perpétue depuis le XVIIIe siècle. D'après la
littérature, on apprend qu'à l'époque les pierres étaient extraites des reliefs pyrénéens (Estagel, Caladroi,
Costabonne, Espira de l'Agly, Latour-de-France et plus vraisemblablement des alluvions de l'Agly et de ses
affluents). D'ailleurs, une association d'artisans bijoutiers de la région, "Le grenat de Perpignan", revendique
l'origine catalane de ces pierres, les premières à avoir été taillées très probablement dans le département
(voir encadré). Comme on le voit, le Costabonne n'a pas été forcément le seul site à grenats et d'autres, plus
à proximité de Perpignan, ont sûrement été plus productifs en matière de pierres gemmes dignes d'être
travaillées (et connus plus tôt). Malheureusement, ces gisements ont été bien vite épuisés en pierres de
bonne qualité pour la joaillerie. Difficile de dire d'où précisément et combien il en a été extrait dans la mesure
où les archives, contrairement à l'or, ne conservent pas en mémoire ce genre d'informations.
Ce que l'on retrouve par contre est la trace d'une importante activité dans le domaine de la taille des pierres
à Perpignan. On apprend également l'existence d'une entreprise spécialisée dans la taille de fausses
pierres, pour palier peut être à la pénurie de grenats gemmes catalans (?) et avant de trouver la filière
allemande.
Actuellement, les grenats proviennent très vraisemblablement du massif de bohême d'où elles transitent par
Idar Oberstein (Allemagne) où elles sont taillées en forme "rose", c'est à dire sans culasse (la partie
normalement bombée sous les pierres taillées). Les pierres sont ensuite montées en respectant une tradition
bien ancrée en territoire catalan. Les grenats ont donc progressivement perdu leur origine d'extraction
catalane pour ne garder, finalement, plus que la façon, catalane, d'être montés.
Néanmoins, il y a bien eu une vraie production catalane à une certaine époque et l'association "Le grenat de
Perpignan" qui compte une douzaine de bijoutiers parmi ses membres tente de promouvoir et de pérenniser
l'activité autour de l'utilisation du grenat en joaillerie.
De nos jours, cette tradition est maintenue sur la région de Perpignan, à travers deux institutions princi-
palement :
Les Grenats : Joaillerie : les Grenats de Perpignan Page 99
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Le Grenat
Symbole culturel en pays catalan, et pierre mythique, le grenat n’en finit pas de séduire. Ne lui prêtait-on pas
en des temps anciens, bien des vertus ?
Notre Histoire
L’ouverture à Prades de la Manufacture du Grenat, fait de la petite cité conflentoise, la capitale d’un savoir-
faire ancestral intimement lié à la tradition catalane.
En adhérant à l’Institut du Grenat, vous allez nous permettre de redonner à la bijouterie catalane une place à
part entière dans l’identité culturelle, artistique et économique du Roussillon, département des Pyrénées-
Orientales, vous aiderez ainsi à conserver un savoir-faire unique et permettrez d’œuvrer à sa transmission.
Les Grenats : Joaillerie : les Grenats de Perpignan Page 100
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personnes. Vous pourrez découvrir les gestes du bijoutier pendant la fabrication d’un bijou en grenat,
de la fonte à l'étape finale (durée 20 minutes).
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Il est probable que l’utilisation du grenat ait connu son essor à Perpignan dès le milieu du dix-huitième
siècle, à la faveur de la découverte de gisements d’almandin aux environs d’Estagel. Il est en revanche plus
difficile de dater précisément les premières apparitions du grenat sur les bijoux catalans, bien que quelques
chefs-d’œuvre de la joaillerie locale attestent de leur ancienneté. Ainsi, parmi les exemples les plus
significatifs, le médaillon reliquaire d’Elne fabriqué au quatorzième siècle et classé monument historique :
expression d’un savoir-faire ancestral, il est composé d’une agate ciselée montée sur argent doré
représentant le visage, de profil, d’un dignitaire de l’église et d’un entourage de 17 grenats (18 à l’origine,
l’un d’eux s’est desserti) taillés en cabochons ronds, qui soulignent superbement les traits du personnage.
La croix abbatiale de Saint-Michel-de-Cuxa, ornée de la pierre qui évoque la couleur du sang du Christ et
dont la fabrication remonterait aux environs de 1600, contribue également à illustrer le rôle éminent tenu par
les grenats dans l’art religieux et dans l’esthétique des pièces de joaillerie qui ont marqué l’histoire de la
région.
Ce même bijoutier précisait peu après que les pierres brutes étaient alors importées de Siriam au Pégu
(actuellement région du bas Irawady en Birmanie, située au nord-est de Rangoon) ; d’autres sources
mentionnent les célèbres gisements de Bohême en république tchèque. Les pierres étaient ensuite
envoyées dans le Jura pour être taillées. Depuis, le travail a été délocalisé vers l’Allemagne, à Idar-
oberstein, petite ville de Rhénanie dont l’activité principale est la taille des pierres précieuses.
Pourtant, la spécificité de la taille de la pierre a été intégralement préservée, elle se nomme « taille
Perpignan ». De même, l’appellation « Grenat de Perpignan » est devenue une marque déposée, un
« Institut du grenat » a d’ailleurs été créé.
Fenouillèdes :
L’almandin est bien présent à Caladroi et s’il demeure très improbable de pouvoir encore y rencontrer des
échantillons de qualité gemme, les cristaux sont en général bien formés et de dimension très honorable,
dépassant parfois le cm. Leur couleur est souvent brune, mais le rouge tirant sur le violet est également
signalé. La pureté laisse en revanche à désirer, les cristaux sont le plus fréquemment pierreux,
exceptionnellement translucides. Lors d’une visite dans ce petit village, des grenats de belle dimension
peuvent être observés à l’une des entrées du bâtiment de la propriété viticole, enchâssés dans les pierres
ayant servi à la construction ; ils ont malheureusement été très dégradés par les intempéries.
Restons dans le Fenouillèdes près de Felluns où l’andradite s’exprime parfois en gros cristaux noirs, brillants
et pouvant atteindre plusieurs cm de diamètre. La collection de Robert Boher, trésorier du Club
Minéralogique Catalan, contient plusieurs exemplaires de cette provenance qui présentent des cristaux noirs
de 5 à 8mm, très lumineux. L’un des échantillons est même composé d’une association de grenats, de
cristaux centimétriques de magnétite et d’une baguette de scapolite mesurant 4cm environ.
Dans les environs de Fenouillet le grossulaire peut également être rencontré. Cependant, il s’exprime en
cristaux engagés dans une gangue de feldspath et ne présente que peu d’intérêt esthétique.
Enfin, à Latour-De-France, l’almandin est présent en cristaux centimétriques bien formés, de couleur brune à
brun tirant sur le rouge. Les cristallisations sont le plus souvent opaques mais parfois aussi translucides.
Un collectionneur m’a confié avoir trouvé autrefois dans un ruisseau des environs de nombreux petits
cristaux roulés, de qualité gemme, dont les plus importants mesuraient entre 4 et 6 mm dans leur plus
grande dimension.
Dans le Vallespir :
Le gisement le plus connu est certainement celui du Pic de Costabonne où le grossulaire et l’andradite sont
représentés. Les cristaux de grossulaire que j’ai pu admirer dans les collections sont certes de taille
modeste, souvent très bien formés, brillants, mais opaques. Des cristaux de tailles plus importantes, pouvant
atteindre 2 à 3 cm ont été signalés ; ceux de petites dimensions sont parfois jaunes à rouge-orangé et
partiellement transparents. Concernant l’andradite, soulignons que les échantillons de Costabonne sont cités
dans la littérature comme étant les meilleurs de France.
L’ancienne mine de fer de Batère, dont l’exploitation s’est arrêtée en 1994, a également permis la
découverte d’échantillons d’almandin de taille parfois importante (certains cristaux dépassaient les 3cm).
Ces derniers n’auraient cependant constitué que rarement des échantillons esthétiques.
A Montbolo, proche du Mas Carbonell, des petits grenats grossulaires spessartites de couleur rouge sont
signalés, engagés dans leur gangue de pyrrhotite et sans intérêt esthétique. Toutefois, des découvertes
anciennes mentionnent des cristaux bien formés et mesurant plusieurs centimètres de diamètre.
Sur la commune de Reynes, une variété de composition chimique située entre le grossulaire et l’andradite
est présente aux environs de Roca Gelera. Elle s’y exprime en petits cristaux qui peuvent rarement devenir
centimétriques, de couleur rouge et parfois associés à la calcite.
Dans le secteur de Py, notamment au ravin de Tonnet, des grenats grossulaires de taille centimétrique,
légèrement rosés à orange, ont été récoltés. La collection de Robert Boher contient quelques exemplaires
intéressants de cette provenance.
Massif du Canigou :
Des grossulaires y sont signalés, le plus fréquemment en petits cristaux, mais aussi parfois de dimension
dépassant le cm, de couleur rouge et bien formés. La collection Guitard, offerte au musée de Tautavel au
début des années 1990, comprend plusieurs exemplaires remarquables de grenats des Pyrénées-Orientales
et notamment du Canigou.
Cette collection, dont un catalogue est disponible depuis la fin du mois d’avril 2010, n’est hélas pas
accessible au public.
Au début du vingtième siècle, M. Octave Mengel (1863- 1944), directeur de l’observatoire de Perpignan et
auteur d’écrits sur la géologie des Pyrénées-Orientales, fait don à M. le Professeur Lacroix d’un échantillon
de « grenats grossulaires rouge-hyacinthe situés dans une géode », récolté par le donateur au Pic du
Les Grenats : Joaillerie : les Grenats de Perpignan Page 103
Canigou. En 1922, M. J. Charpentier fils signale l’échantillon dans les collections du Muséum d’Histoire
Naturelle de Paris.
Les environs de la célèbre abbaye de Saint-Martin du Canigou se distinguent également par la présence du
grossulaire où il a été rencontré en cristaux d’un rouge sombre, avec les sommets des arêtes parfois
transparents, et dont le diamètre peut atteindre plusieurs centimètres.
Le pic Barbet est connu pour ses belles cristallisations, parfois translucides, de grossulaire rouge-orangé ; la
taille des cristaux peut parfois dépasser le centimètre. Certaines anciennes prospections auraient même
révélé des échantillons présentant des cristaux pluricentimétriques.
Un aperçu de l’activité minière dans le département. De nombreux gisements de fer, cuivre, or, argent et
autres minéraux, qui furent exploités avec plus ou moins de réussite, sont signalés dans les Pyrénées-
Orientales. Ils déclenchèrent parfois des conflits d’intérêts : « Le Sieur Coste découvrit des mines depuis
1709 jusqu’à 1731 en Roussillon, mais la compagnie Royale de Galabin, qui existoit alors, avoit pour
directeur le Sieur Ferrier qui prétendit que toutes ces mines devoient lui appartenir » (Le Monnier. 1739).
Le premier document d’archives recensé remonte à 1146; il mentionne l’attribution d’une concession pour
l’exploitation de l’argent à Coume de Boxéda que se disputaient alors l’abbé de Sainte-Marie d’Arles et le
Vicomte de Castelnou.
Le litige devait d’ailleurs nécessiter l’intervention de Monseigneur Udalgar, évêque d’Elne; finalement un
compromis attribua la propriété de la mine à parts égales aux deux rivaux.
En fait, les récits et autres descriptifs se rapportant au métal blanc sont nombreux dans la littérature
ancienne. Ainsi, en 1196, alors que le Roussillon était sous la domination des Rois d’Aragon, une
autorisation est accordée par le Roi Pierre II au monastère d’Arles pour l’exploitation de l’argent situé au
lieu-dit Pugalduc. En 1425, par une ordonnance, le Roi AlphonseV , dit « Le magnifique », mandate le
procureur royal du Roussillon pour l’exécution de toutes les démarches se rapportant à l’exploitation d’un
gisement d’argent récemment découvert sur le territoire de Montbolo.
Dans un document déposé aux archives départementales, daté de 1723, l’abbé Raguet, venu de Paris avec
pour mission l’inventaire des richesses du sous-sol de la région, mentionne une mine d’argent à Montferrer,
à la Serra de Bassaguda, située à quatre heures de marche de Saint-Laurent de Cerdans, où il assure avoir
vu « quarante quintaux de matière tirée » ; cette mine avait d’ailleurs été citée en 1717 par Villaroja alors
chargé par l’intendant du Roussillon du suivi des recherches des minerais. L’abbé Raguet localise ensuite
un autre filon d’argent près du ruisseau de Monells qui descend de l’Estagnol à Montferrer; il précise la
proximité d’une maison nommée de Fargas. Une mine d’argent est également recensée dans le massif du
Canigou, dans le secteur de Baillestavy, dans laquelle on pénétrait « comme dans un puits ».
Les Grenats : Joaillerie : les Grenats de Perpignan Page 104
Le Monnier, membre de l’Académie Royale des Sciences, médecin du Roi, est à l’origine d’un rapport
rédigé en 1739 et consacré aux ressources minières du Roussillon.
L’auteur y énumère les divers gisements d’argent qu’il a visités dans le département : « Un filon de quatre
pieds, dans la viguerie de Conflans, terroir de Balleftin, col de la Galline » puis, « Au village de Mezous près
Perpignan, un filon riche en argent », de même à proximité de Sorède : « Près de Lavaill, mine de cuivre
tenant argent en deux filons voisins », il signale aussi une mine « Au terroir de San Colgat » avec un filon
d’une puissance « D’un demi travers de doigt dans une roche bleuâtre ».. A la fin du dix-huitième siècle, le
Docteur Carrère cite également ce dernier gisement, mais avec une puissance de » deux travers de
doigts ».
Enfin, un arrêté ministériel en date du 29 novembre 1894, prononce la déchéance des propriétaires pour une
concession de mine d’argent et de plomb à Lamanère.
On peut noter qu’au dix-huitième siècle, les témoignages qui signalent la présence de divers minerais
deviennent plus nombreux (bien évidemment ils ne sont pas tous cités dans cet article) notamment suite à
l’intervention, en 1717, du Duc d’Orléans qui avait demandé aux intendants des provinces d’établir un
inventaire des ressources minérales de chaque département. Les richesses présumées du sous-sol
semblent alors avoir été l’objet de spéculations des plus audacieuses. Bien que la présence de minerais
métalliques dans le département soit avérée, qu’ils soient précieux ou d’un usage plus courant, son rapport
a certainement subit l’influence du Régent, puis du jeune Roi Louis xv qui, en 1722, assurait que : » Les
mines et minières seront un des plus riches objets que nous puissions avoir dans notre Royaume, si nous
pouvons parvenir à le mettre en valeur ; ce qui procurerait l’abondance à nos sujets en leur donnant en
même temps de l’occupation, et rendrait le commerce de notre Etat plus florissant en multipliant les
matières précieuses qui en font tout le mobile ».
Cet emballement a dû sans aucun doute contribuer à la constitution, en 1731, d’une « Compagnie Royale »
dont le siège se situait à la Preste (village proche de Prats-de-Mollo) et qui avait pour mission l’exploitation
des mines du Roussillon.
Cependant, la réalité devait se révéler plus contrastée. Dans un courrier du Duc de Noailles adressé à
l’intendant du Roussillon, l’histoire de la dite compagnie est ainsi résumée : « Cette entreprise a eu jusqu’à
présent le même sort que la plupart de celles de cette espèce, c’est-à-dire que tout s’en est allé en fumée ».
En effet, la compagnie avait dû cesser son activité dès 1737, soit six ans après sa création.
Autre métal précieux, l’or est présent dans de nombreux torrents et rivières du département; il semble y avoir
été exploité jusqu’au dix-huitième par des orpailleurs ou « orenguers » qui pratiquaient cette activité en
complément de revenu. En 1603, le procureur Royal du Roussillon accorde à un habitant de Fourques le
droit de chercher l’or dans le sable des rivières et des torrents du Roussillon. En 1613, un droit pour le même
type de recherche est accordé par le procureur Royal dans les rivières Têt et tech ; ce même droit est
renouvelé en 1622.
A partir du dix-huitième siècle, la recherche du métal se poursuit également dans le sous-sol grâce au
creusement de galeries. En 1787, le docteur Joseph Carrère mentionne une mine d’or située à la « Jasse
des Anyels ». Une autre mine comprenant six galeries a été exploitée à partir du début du vingtième siècle et
jusqu’en 1922 à proximité de Serrabona.
Enfin, la dernière exploitation du métal eu lieu à la mine de Glorianes, localisée à proximité du petit village
éponyme distant de quelques kilomètres de Vinça. Le gisement aurait été découvert par des bergers en
1902, mais l’essentiel de son exploitation s’est déroulé entre 1922 (date d’attribution de la concession sur
1080 hectares) et 1924, pour se poursuivre finalement de 1938 à 1939. Le minerai pouvait présenter une
teneur allant jusqu’à 24g d’or et 300g d’argent par tonne ; l’extraction s’est faite en tranchées, par décapage,
mais aussi en galeries dont le réseau s’étend sur environ 1700m. La guerre devait entraîner un arrêt définitif
de l’activité et la concession était abandonnée en 1967, malgré une nouvelle demande de recherche
déposée en 1968.
Des sondages du B.R.G.M, effectués en 1987, devaient évaluer les réserves à 25 000 tonnes de minerai,
avec une teneur moyenne pour l’or de 18g /tonne et 25g/tonne pour l’argent. Ces résultats n’ont, pour
l’instant, pas suscité de réel enthousiasme de la part d’éventuels investisseurs. Le site est actuellement
propriété de la COGEMA.
Apparemment dans le département l’or ne représente plus, pour l’instant, un intérêt économique suffisant
pour justifier son exploitation. On peut néanmoins le rencontrer en paillettes ou plus rarement en petites
pépites dans nombre de rivières et torrents. Ainsi en 2005, un prospecteur chanceux a découvert une pépite
Les Grenats : Joaillerie : les Grenats de Perpignan Page 105
de 4,87grammes dans un ruisseau des pyrénées-Orientales. Notons qu’en 1750 dans l’Ariège, département
voisin, une pépite de 15 grammes avait été déposée auprès du changeur du Roi à Pamiers. Pas de quoi
déclencher la ruée vers un nouvel eldorado me direz-vous!…
Bien qu’il n’ait pas le prestige de ses deux illustres prédécesseurs, le minerai de fer est à ce point présent
dans les Pyrénées-Orientales qu’il serait bien injuste de ne pas lui accorder un paragraphe, d’autant qu’il a
été l’objet d’une intense activité d’extraction et de traitement.
Les gisements du massif du Canigou sont même connus depuis l’époque gallo-romaine. Dans le
département, la métallurgie était une industrie encore prospère à la fin du dix-huitième siècle; cependant elle
devait connaître un ralentissement progressif dès le siècle suivant.
En 1787, le Docteur Carrère écrit : « Le fer est fabriqué dans vingt-deux forges du Conflent et du Vallespir » ;
un article paru dans l’Abeille Roussillonnaise le 11 avril 1885 mentionne : « Les fondeurs sont au nombre de
six, dont deux pour le cuivre ; notre département, dont les forges Catalanes étaient en si grand renom
autrefois, ne possèdent guère aujourd’hui que quelques établissements ».
L’exploitation du fer devait toutefois continuer encore plus d’un siècle, jusqu’en 1994, à Batère, sur le
versant sud du Canigou. Le minerai extrait, constitué d’hématite dans les couches oxydées proches de la
surface et de sidérite dans les couches profondes, semble y avoir été exploité sérieusement à partir du
milieu du dix-huitième siècle. Une concession fut accordée au Marquis de Vogué le premier avril 1830, puis
reprise ensuite en1897 par M. Monin, maître de forges à Arles-sur-Tech, et c’est un an plus tard que naquit
la Société Anonyme des mines de fer de Batère.
L’histoire de la mine fut émaillée de drames tels les terribles inondations de 1940, dont l’une des origines fut
probablement la déforestation exagérée du massif pour l’emploi du bois dans le traitement du minerai,
empêchant ainsi au couvert végétal de limiter le ruissellement des eaux, ou encore l’incendie qui détruisit
une partie des installations en 1948. Le travail devait perdre progressivement en intensité, seules 55
personnes étaient encore employées par la société en 1980 ; la production journalière se situait alors aux
alentours de 500 tonnes de minerai (sidérite). Ce dernier était transporté par des camions de la mine
jusqu’aux broyeurs, puis un convoyeur à bande l’acheminait vers des wagonnets qui le transportaient
ensuite sur 9km par voie aérienne (téléphérique) jusqu’à Arles-Sur-Tech où il subissait un traitement
d’enrichissement par grillage. Le produit obtenu était enfin dirigé vers les hauts-fourneaux de Decazeville, de
Fos-sur-Mer ou encore vers les aciéries du Creuzot.
Remerciements : J’ai pris un très grand plaisir à rencontrer des gens passionnés, dont la gentillesse et la
grande disponibilité ont été pour moi des éléments déterminants dans la poursuite de ma quête
d’informations. Je remercie tout particulièrement C. Berbain dont les conseils m’ont été précieux. Je n’oublie
pas les collectionneurs, tels R. Boher, B. Delory, qui, par leurs récits de prospections et la mise à disposition
d’échantillons pour la prise de photos, m’ont permis d’affiner mes écrits et de les illustrer. Mes
remerciements vont également au personnel et au conservateur du M.H.N de Perpignan.
Je salue enfin la patience dont m’a témoigné le personnel des archives de la ville de Perpignan et celui des
archives départementales lors de mes recherches qui n’ont, hélas, pas toujours été aussi fructueuses
qu’attendues.
Références :
Abade. E: L’Indépendant février 1991 pages 9 et 10 « Grenat, petite histoire d’une grande tradition ».
Ausseil. L: « L’orfèvrerie religieuse en Roussillon ». Perpignan, éditions du Conseil Général, Direction des
Archives départementales. 1994.
Berbain. C, Aymar. J, Favreau. G: » Mines et minéraux des Pyrénées-Orientales et des Corbières ».
2005.
Charpentier.J: « Les grenats »- l’industrie dans les Pyrénées-Orientales- (enquête du journal L’indépendant).
1923.
Fonquernie. Laurent: » Grenats de Perpignan- Bijoux du Roussillon ». Société Agricole, Scientifique et
Littéraire des Pyrénées-Orientales. 2006
Fonteille .M et Guitard. G: « Sur les conditions de formation du grenat almandin et de la staurotide dans les
métapélites mésozonales herciniennes des Pyrénées-Orientales
Gobert. Nicolas: « Les anciens minéralogistes du Royaume de France ». 1779. pp 249 à 257: « Des mines
du Roussillon » par Le Monnier.
Les Grenats : Joaillerie : les Grenats de Perpignan Page 106
Goujou. J.C, Guitard .G, Berbain. C : « Le massif de Costabonne, 2464m (Pyrénées-Orientales) ». Le Règne
Minéral n°34.
Guitard. Gérard: « Mise en évidence de la réaction grenat + muscovite: andalousite + biotite + quartz dans
les micaschistes mésozonaux des massifs du Canigou et du Roc de France ». 1969.
Guitard. G: « Mode de formation des skarns à grossulaire et diopside dans la mésozone du massif du
Canigou ». 1969.
Guitard. G et Raguin. Eugène: « Sur la présence de gneiss à grenat et hypersthène dans le massif de
l’Agly ». 1958.
Helson. Charles: « Richesses minérales des Pyrénées-Orientales » Le Roussillon 1876, l’Indépendant des
Pyrénées-Orientales 1903.
Mayen. G: « Le grenat reste un combat »- Métier d’Art- spécial Languedoc-Roussillon, pages 18 à 25, avril
1991.
Palassou (Abbé Pierre ): « Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées ». Paris, Didot, 1781. ( Roussillon:
pp 271-296 ).
Poirot. Fernand: » Artisanat catalan ». Midi Livre, Toulouse. 1973.
Réaumur (de). Antoine: « Des rivières et ruisseaux du Royaume qui roulent des paillettes d’or ». p 78 de
« Histoire de l’Académie Royale des sciences ».1718.
Les Grenats : Joaillerie : Spessartines du Nigeria Page 107
4. SPESSARTINE DU NIGERIA
Cf [Link]
Le Nigeria est l'un des pays d'Afrique qui dispose d’importantes variétés de ressources naturelles.
On y trouve métaux précieux, gemmes, ainsi que nombre de minéraux industriels tels que barite, gypse,
kaolin et marbre. La plupart de ces derniers sont encore à exploiter. Statistiquement, le niveau d'exploitation
de ces minéraux est très faible par rapport à l'étendue des gisements répertoriés dans le pays. L'un des
objectifs de la nouvelle politique nationale sur les minéraux solides est d'assurer le développement ordonné
des ressources minérales du pays.
En ce qui concerne les grenats, l’état de l’Oyo produit des gemmes issus de pegmatites. Ce sont des
spessartines de couleur jaune vif et de qualité gemme.
L'extraction des pierres précieuses s’est fortement développée dans diverses parties des États du plateau,
Kaduna et Bauch. Parmi ces pierres précieuses, nous pouvons citer le saphir, le rubis, l'aigue-marine,
l'émeraude, la tourmaline, la topaze, le grenat, l'améthyste; le zircon, etdu spath qui sont parmi les plus
belles du monde. De bonnes perspectives existent dans ce domaine pour des investissements viables.
13 x 8 x 8 mm 8 x 5 x 5 mm
7,90 cts 1,70 cts
14 x 11 x 10 mm 8 x 8 x 8 mm
11 cts 3,10 cts
11 x 10 x 8 mm 9 x 8 x 7 mm
6,65cts 3,10 cts
5. DEMANTOIDE D’IRAN
5.1 Cristaux
Depuis la mi-2001, des cristaux attrayants de démantoïde ont été extraits de la province de Kerman, dans le
sud-est de l'Iran. Les mines sont situées à proximité de la ville de Soghan et surtout dans les montagnes
proches du village de Bagh Borj, à près de 1500 m d’altitude.
On a produit des cristaux simples vert jaunâtre à vert, brun-vert à brun et des groupes de cristaux de 2 à 3
cm, alors que la plupart varient de 2 à 10 mm de diamètre. Les groupes forment des agrégats translucides
arrondis, tandis que les monocristaux de plus petites tailles (2 à 3 mm) sont transparents, et ceux de plus
grandes tailles, translucides
Moins de 0,1% des pièces récoltées, présentent un effet d’œil de chat. Cet effet optique d’œil de chat dans
le démantoïde iranien serait apparemment causé par de longues inclusions fibreuses parallèles (peut-être du
chrysotile ou du byssolite). Lorsque ce matériel a été comparé à des matériaux démantoïde oeil de chat de
la mine Klodovka, dans les montagnes de l'Oural en Russie, leurs formes cristallines, la distribution des
couleurs et les types et l'orientation des inclusions sont apparus différents…
Les inclusions de queue de cheval sont une caractéristique fascinante que seul un petit nombre de grenats
démantoïde possèdent, ce qui contribue à leur rareté. Les inclusions de queue de cheval ont reçu son nom
inhabituel parce que leur aspect ressemble à un faisceau de fils dorés qui semblent exploser à partir d'un
certain point et peuvent former une forme semblable à celle d'un cavalier. Ils ajoutent un effet spécial à la
pierre précieuse, la bénissant avec une lueur unique. Les grenats démantoïde qui ont l'inclusion de la queue
de cheval subissent de fortes demandes et donc des pierres avec de telles inclusions sont de grande valeur.
Le dispositif d'inclusion de queue de cheval se trouve exclusivement dans les pierres gemmes Perse et
russe.
Figure 47 : Iran : Démantoïde d’Iran présentant un œil de chat - Prix 24 000 USD
Figure 48 : Iran : démantoîde (origine inconnue) présentant une inclusion en queue de cheval
5.2 Historique
Le grenat démantoïde est l'une des pierres précieuses les plus rares et les plus précieuses au monde. Il a
d'abord été découvert en 1849 par Nils Gustaf Nordenskiöld dans les montagnes de l'Oural en Russie. Il ne
fallut pas longtemps avant que la pierre gemme devienne célèbre pour son éclat fascinant et son lustre. Il a
donc été convenablement nommé «démantoïde» qui signifie « semblable au diamant ». La famille tsarine
russe s'est éprise de cette pierre précieuse unique et qui donc a été régulièrement utilisée par son célèbre
designer de bijoux Carl Fabergé dans ses créations renversantes.
Après 1996, d'autres gisements de produits de qualité gemme ont été découverts en Namibie et à
Madagascar. Cependant, comme les couleurs de ces produits se composaient d'un vert pâle et jaune, ils
étaient de moindre qualité et donc de valeur par rapport à la beauté du démantoïde russe.
Le démantoïde a été trouvé pour la première fois en Iran (perse) autour de l'année 2000. Il était peu connu
comme gemme reconnue à l'époque, et il a été considéré comme un trésor ancien inconnu, en raison de sa
belle forme hexagonale naturelle.
Les Grenats : Joaillerie : demantoïdes d’Iran Page 110
A la bourse Tucson Show de 2002, des pièces brutes et taillées ont été montrées à l'éditeur du RNB
Brendan Laurions par Syed (Syed Trading Co., Peshawar, Pakistan) et Dudley Blauwet (Dudley Blauwet
GEMS, Louisville, Colorado). Selon les deux concessionnaires, le gisement est situé dans la province de
Kerman, près de Jiroft; M. Blauwet a précisé qu'il est situé près du village de Soghan.
M. Hussain avait extrait environ 150 kg de pierres brutes de plusieurs parcelles, mais seulement 5 kg était
approprié pour des pierres taillées et seulement 2 à 3 kg de grenat répondaient au haut de gamme. Il a
estimé qu'environ 2 000 carats ont été facettés, dans des tailles allant de 1 à 8 mm de diamètre. Les pierres
à facettes supérieures à 0,70 ct sont rares, et ont tendance à devenir trop sombres.
Les grenats démantoïde peuvent être taillés en cabochon. Les pierres qui présentent un modèle de
croissance bicolore, sont particulièrement bien adaptée à cette [Link] des cabochons ci-dessous
présentent une succession de couches alternées de grenat topazolite (brun) et de grenat démantoïde (vert)
(deux nuances de couleur des andradites).
Ces pierres sont présentées avec rétro-éclairage pour faire ressortir au mieux leur couleurs.
5.3.2. Propriétés
M. Hussain et M. Blauwet ont fourni plusieurs échantillons de pierres brutes et taillées au RNB pour analyse.
Les propriétés ont été obtenues par la GIA Elizabeth Quinn, sur six pierres facetées (0,12 – 1.13 ct):
- couleur : jaunâtre-vert à vert, moyen à foncé;
- R.I. — supérieur à 1,810; — 3.86 – 3.89;
Les Grenats : Joaillerie : demantoïdes d’Iran Page 111
- caractère optique — réfraction - avec une double réfraction anormale modérée à forte;
- rayonnement UV inerte à long et à ondes courtes;
- réaction rose au filtre Chelsea;
- doublet CR (620 et 640 nm) obervé avec un spectroscope de bureau.
L’examen microscopique a révélé des «empreintes digitales» sur tous les échantillons, ainsi que des plumes
et aiguilles. Des lignes subparallèles incolores ou des fibres courbes ont été obervées dans trois des
échantillons. Cependant ces fibres n'ont pas été observées dans des arrangements radiaux ou associés
avec des grains de chromite, comme c'est typique des « queux de cheval » des démantoïdes de Russie.
De plus, deux échantillons présentent un zonage entre une couleur orange brunâtre et des angles saillants
vert jaunâtre.
Figure 51 : Iran : Trois cristaux (A1, A3, A4) et deux cristaux cassés (A2, A5) - 3-5 mm
du village de Bagh Borj, district de Soghan, province de Kerman, Iran
3+
La large bande de Fe est bien présente dans la région du proche IR autour de 863 nm.
La fenêtre de transmission assez grande entre 500 et 600 nm donne sa couleur vert légèrement jaunâtre à
ce grenat andradite variété démantoïde.
Le spectre du démantoïde A3 (spectre vert foncé) présente la même allure de spectre que celui du
démantoïde A2. En raison des limites de la source lumineuse et de l'absorption «intense» au-dessous de
500 nm, le spectre n'est pas disponible pour la région de 380-500 nm. Le doublet à 624 et 640 nm est
beaucoup plus fort que pour l'échantillon A2. Deux bandes d’absorption secondaires, à 689 et 701 nm, sont
3+ 3+
également discernables (cf l’épaulement), elles sont elles aussi corrélées à Cr . La bande large liée à Fe
dans la région du proche IR autour de 863 nm, est également présente.
La fenêtre de transmission étroite autour de 530 nm est responsable de l’intense coloration verte de ce
grenat andradite variété démantoïde. La différence entre les niveaux d'absorption explique la différence de
couleur entre les échantillons A2 et A3.
5.4.3. Conclusion
Le grenat andradite de Bagh Borj est disponible en deux variétés, la première, verte, connue sous le nom de
variété démantoïde et la seconde, brune, connue sous le nom de variété topazolite. Le matériau est coloré
3+ 3+
par le fer et le chrome en valence +III, et selon l’importance du ratio Cr / Fe dans la composition, le
grenat est de couleur brune si le fer est prédominant et de couleur verte lorsque le teneur en chrome
augmente.
Ce matériau ne présente pas de caractéristiques distinctives avec d'autres sources dans le domaine
spectroscopique.
Les Grenats : Joaillerie : demantoïdes d’Iran Page 113
6.2 Joaillerie
Les bijoutiers new-yorkais Tiffany & C°, qui finançaient les recherches, baptisèrent ce grossulaire « tsavorite
», et bien que la Société allemande de minéralogie eût préféré« tsavolite », le premier nom s'est imposé.
D'autres gîtes exploités en Tanzanie, dans la région de Komolo, ont fourni des pierres de 10 à 15 carats qui
sont apparues à la bourse de Tucson en 1988.
C. R. Bridges avait trouvé une pierre de 7 carats, qui, taillée, mesurait encore 2,17 carats ; un collectionneur
américain lui en offrit 20000 $. Mais ce prix n'est valable que pour des pièces exceptionnelles, de 2 ou 3
carats, les autres étant moins appréciées.
En 1990, la production fut d'environ 1500 carats de pierres brutes, soit 375 carats de pierres travaillées.
6.3 Découverte
Un géologue écossais, Campbell R. Bridges, prospectait, en 1967, les montagnes de Leiatema, près de
Komolo, au nord-ouest de la Tanzanie, quand il mit à jour, dans des gneiss graphiteux, à proximité de
calcaires cristallins, des sortes de grumeaux au centre desquels scintillaient de magnifiques grains verts
entourés d'une pellicule d'altération, mélange d'épidote et de scapolite ; il venait de découvrir les premiers
grossulaires d'une couleur verte très soutenue, de qualité gemme.
Les Grenats : Joaillerie : Les tsavorites de l’est africain Page 116
6.4 Prospection
Suite aux recherches intensives entreprises, le Kilimandjaro (5 895 m) devient une nouvelle fois source de
pierres fines (on y avait découvert la tanzanite). À la fin de 1971, cinq riches gisements sont mis à jour au
Kenya, près des limites du parc de Tsavo, le plus gros échantillon dégagé accusant 32 carats. En août 1973,
c'est le gisement de Lualenyi, dans les monts Mgama, toujours au Kenya, qui est reconnu dans une zone
métamorphisée de silicates calciques avec graphite ; ces terrains sont datés du Précambrien.
En 2011, la tsavorite n’a quasiment été répertoriée qu’en tanzanie, au Kenya, à Madagascar, au Pakistan et
en Antarctique
Notons qu'en Australie occidentale, la « tsavorite » a été signalée dans les Eastern Goldfields, mais en
cristaux peu colorés et trop petits pour être taillés. Sa couleur, très vive, va du vert clair, presque incolore, au
vert émeraude intense, la plus recherchée. Ne contenant que peu d'inclusions elle est taillable sans avoir à
être retouchée.
L’une des études principales ayant pour sujet à la fois, la pétrologie des sites de tsavorite et l’identification
chimique des tsavorites de ces différents sites a été réalisée par Julien FENEYROL, au cours de sa thèse au
Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques (CRPG), intitulée
Pétrologie, géochimie et genèse des gisements de tsavorite associés aux gneiss et roches calco-silicatées
graphiteux de Lemshuku et Namalulu (Tanzanie).
6.5 Gîtologie
Les gisements de tsavorite ont pour origine, la convergence des deux supercontinents appelés «Gondwana
de l’Est » et les cratons du Kalahari et du Congo, il y a quelques 600 millions d’années. Avant que l’actuelle
Afrique de l’Est ne se soulève sous l’action de la tectonique des plaques, une mer séparait ces derniers :
l’océan du Mozambique. Sur le fond de cet océan s’étaient accumulés des sédiments argileux et organiques,
riches notamment en vanadium et en chrome.
Lors de la convergence entraînant la fermeture de cet océan, la plaque du Gondwana de l’Est plongeant
sous celle des cratons de l’ouest a entraîné avec elle ces sédiments en profondeur. Les hautes pressions et
températures, entre 600 et 750° C, générées par les mouvements tectoniques et l’enfouissement ont alors
permis de créer des conditions de métamorphisme, propices à la cristallisation des grenats et à la
transformation des roches sédimentaires en gneiss graphiteux. C’est ainsi que l’on retrouve aujourd’hui la
tsavorite exclusivement dans ces gneiss, sous forme de nodules de 5 à 20 cm de diamètre, autour de la
ceinture métamorphique néoprotérozoïque.
La tsavorite est exploitée dans des gisements primaires soit sous la forme de nodules, soit au sein de veines
de quartz, ou dans des gisements secondaires de type placer issus du démantèlement des formations
minéralisées
Les Grenats : Joaillerie : Les tsavorites de l’est africain Page 117
Figure 57 : Afrique de l’est : Schéma représentant dans le temps l’assemblage du Gondwana de l’est
(IRD 2011)
Le gondwana de l’ouest est constitué des cratons du Congo et du Kalahari, le gondwana de l’est ou SLAMIN
est constitué de la Somalie, des Seychelles, du Sri Lanka, de l’antarctique de l’est, de Madagascar et de
l’Inde.
Figure 62 : Afrique de l’est : Composition des tsavorites issues des différents gisements de tsavorite étudiés (3)
6.6.3. Conclusion
Ces deux études, avec des approches très différentes se sont avérées complémentaires et ont permis de
distinguer les sites d’exploitation des tsavorites.
Les géologues ont alors établi une nouvelle base de données, sorte de registre identitaire permettant de
retrouver sa provenance en fonction de la composition de chaque grenat.
6.7 Conclusion
Nouvel arrivant sur le marché de la bijouterie, la couleur émeraude, la brillance et la dureté du grenat vert en
font un rival de taille pour les autres pierres précieuses. Mais pour accroître son potentiel commercial
international, la gemme2 doit obtenir sa certification : autrement dit, on doit pouvoir tracer avec précision
l’origine géographique de chaque pierre. C’est ce que vient de réaliser une équipe de recherche de l’IRD et
ses partenaires.
Pour les pays est-africains qui exploitent les gisements de tsavorite, cette étude offre la possibilité d’établir
des guides de prospection pour la recherche de nouveaux gisements. Permettant la localisation de l’origine
géographique de chaque pierre, les résultats de ces travaux constituent en outre un premier pas vers la
certification des grenats verts.
Cette démarche s’avère essentielle pour préciser la valeur marchande des pierres et leur apporte une
grande plus-value sur le marché de la bijouterie.
Tsavorite à âme
Mine de D-BLOCK, Merelani, TANZANIE
35 mm x 9 mm
Collection : Grenadof, Geoforum
Tsavorite à âme
Tanzanie
22 mm x 11 mm x 9 mm
Collection : ebay
Figure 66 : Ua Pou : Port de l’ile de Ua Pou avec vue sur les sucs
Vue sur les principales protusions phonolitiques au nord de Ua POU
Avec de gauche à droite : les aiguilles de Oave (1203 m), Matahuena (1028m), en arrière plan Poumaka (979 m),
et Poutetainui (966m)
Figure 67 : Ua Pou : Carte bathymétrique des Figure 68 : Ua Pou : Carte géologique simplifiée de
Marquises, l’ile de Ua Pou, d’après Guille et al.
établie d’après les données altimétriques de Smith et
Sandwell (1997). L’orientation globale de l’archipel est
N40°W. La ligne N65°W, qui correspond a la migration
de la plaque Pacifique à la vitesse de 10,5 cm/an,
sépare les deux groupes isotopiques d’iles identifies
(groupe de Ua Huka au NE, groupe de Fatu Hiva au
SE). ZFM : Zone de Fracture des Marquises.
Figure 70 : Ua Pou : Phonolite à grenat fleurs jaunes gros plan sur les structures en pétales
Figure 72 : Ua Pou : Phonolite à grenat fleurs jaunes gros plan sur les structures en pétales
8.1 Principe
Le filtre de Chelsea est un filtre dichromatique développé en 1934, mais qui n’était pas initialement destiné
à une application en gemmologie.
La spécificité de ce filtre est de ne transmettre la lumière que dans deux régions limitées du spectre : le
rouge foncé (690nm) et près du jaune-vert (570nm).
Par conséquent, une pierre ne peut apparaître à travers ce filtre que dans ses tons, c’est-à-dire rouge,
verte ou dans un ton brunâtre, combinaison de rouge et de vert.
En 1934, on a découvert que par l’utilisation de ce filtre, il était possible de différencier certaines
émeraudes naturelles d’imitations et autres gemmes vertes. En effet, bon nombre d’émeraudes
colombiennes et sibériennes absorbent la majeure partie de la lumière jaune-vert du spectre, mais pas sa
composante rouge. Ainsi, observée à travers un appareil qui n’autorise que la transmission du rouge ou du
jaune-vert tel que le filtre de Chelsea, elles apparaissent en rouge.
Le filtre de Chelsea est particulièrement efficace pour les pierres qui contiennent du chrome ou du cobalt.
Leur couleur essentiellement vert olive est alors modifiée et peut ainsi permettre certaines identifications.
8.2 Fonctionnement
Placez la pierre sur une feuille blanche. Utilisez une lumière incandescente pour l’éclairer. Tenez le
filtre près devant votre oeil. La couleur réelle de la pierre peut être modifiée. Dans ce cas, le tableau ci-
après peut vous permettre de différencier un grenat d’un autre minéral.
Pierres vertes
Jadéite - quelques variétés teintées Peut présenter une teinte rouge ou rose
Pierres bleues
9. GEMMES ET MAGNETISME
9.1.1. Introduction
Les propriétés magnétiques de certains minéraux sont connues depuis des millénaires. Dans l'antiquité,
Pline l'ancien parlait déjà des "pouvoirs magiques" de la magnétite alors qu'un ouvrage chinois publié entre
70 et 80 après J.-C. mentionnait l'attraction d'une aiguille par un "aimant", ce que l'on connaît aujourd'hui
sous le nom de boussole (Li Shu-hua, 1954). En 1839, J.J. Berzelius évoquait l'état de polarité du minerai
de fer magnétique et en 1943, P.W. Selwood décrivit les différentes méthodes de mesure de la
susceptibilité magnétique des molécules dans leur ensemble. C'est en 1958 que le gemmologue B.W.
Anderson a cherché à mesurer les différences d'attraction des matières gemmes sous l'action d'une même
excitation magnétique. Les moyens et les tests furent améliorés à partir des années '90, avec l'apparition
d'une nouvelle génération d'aimants plus stables et plus puissants.
L'origine du magnétisme dans un matériau se situe à un niveau ultramicroscopique : il provient de la
rotation de l'électron autour de lui-même, créant un dipôle magnétique, un minuscule aimant, caractérisé
par son "spin". En l'absence de champ magnétique extérieur, les spins des électrons attachés aux atomes
présents dans la structure d'un matériau peuvent s'orienter de manière totalement désordonnée,
conduisant à une aimantation globale nulle ou très faible. Ils peuvent dans d'autres cas s'organiser de
façon plus ou moins structurée, conférant au matériau une aimantation permanente.
Un champ magnétique appliqué pourra modifier la répartition des spins et tendre à leur donner une
direction privilégiée, c'est à dire conférer une aimantation à des matériaux qui n'en possédaient pas (Néel,
1948). Ce champ magnétique sera, dans le contexte expérimental décrit ici, créé par un aimant permanent.
On caractérise alors l'aimantation du matériau par un coefficient reliant le champ magnétique (la cause
excitatrice) à l'induction magnétique (l'effet induit). Ce coefficient, appelé susceptibilité magnétique, est
caractéristique du matériau.
Ceci dit, il est possible de classer les matières gemmes en cinq catégories :
au-dessus d'une certaine température dite de Néel, l'agitation partielle détruit cette alternance et le
matériau retrouve une aimantation, qui va de nouveau s'atténuer si la température monte encore
en raison de l'augmentation de l’agitation thermique. Notons que ces minéraux peuvent devenir
faiblement paramagnétiques par modification de leur structure moléculaire ou en raison de
l'existence d'impuretés.
• Ferrimagnétique : C'est le cas typique de la magnétite Fe3O4, comportant deux ions
3+ 2+ 3+
Fe et un ion Fe . Les deux types d'ions Fe , l'un dans une lacune octaédrique et
l'autre dans une lacune tétraédrique de la structure, ont leurs spins opposés, et donc
2+
leur effet s'annulent, tandis que les ions Fe , situés dans des lacunes octaédriques, ont leurs
spins parallèles et sont donc responsables de l'aimantation. La structure atomique spécifique de
ce type de matériau (les ferrites) lui confère un très grand pouvoir magnétique. A titre de
comparaison, la susceptibilité magnétique de la magnétite est un million de fois plus grande que
celle des matières diamagnétiques. Au-dessus de leur température de Curie, ces matériaux
redeviennent paramagnétiques.
Notons que le diamant, naturel ou synthétique, en principe diamagnétique, peut se comporter comme une
matière paramagnétique ou ferromagnétique s'il contient suffisamment d'inclusions classées comme telles.
- Les ions paramagnétiques les plus magnétogènes sont, dans l'ordre (Hoover et al., 2007 & 2008)
3+ 2+ 2+
Fe , Mn et Fe
- Puis viennent, ce qui est déjà impossible à constater dans le cadre de ce test :
3+ 2+
Mn et Cr
- Ensuite dans une moindre mesure :
2+ 3+ 2+ 2+ 3+ 2+ 3+ 4+
Co , Cr , V , Ni , V , Cu , Ti , V
- Certains ions des terres rares (ETR), tous trivalents, sont magnétogènes, parfois dans de fortes
proportions. Dans l'ordre :
3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+ 3+
Dy , Ho , Er , Tb , Gd , Tm , Yb , Nd , Pr , Eu , Ce , Sm
• Aimant-Fe : désigne ici un aimant standard ou ferrite, de composition Fe2O3, à base d'oxyde de
fer. Ce type d'aimant est délaissé car son énergie magnétique est trop faible à comparer à celle
des aimants de dernière génération.
• Aimant-Al : désigne ici un aimant puissant, de composition AlNiCo à base d'aluminium, de nickel
et de cobalt. Il est instable et donc non fiable car il a tendance à se démagnétiser trop rapidement.
• Aimant-Sm : désigne ici un aimant SmCo à base de samarium et de cobalt. Son coût élevé et son
pouvoir magnétique trop faible n'en font pas un bon instrument pour les besoins de ce test.
• Aimant-Nd : désigne ici un aimant puissant et permanent, de composition NdFeB à base de
néodyme, de fer et de bore. Sa puissance d'attraction est 3,25 à 6,5 fois plus élevée que celle de
l'aimant-Fe. De ce fait, il permet de mieux constater visuellement le pouvoir d'attraction
magnétique, même sur les matières gemmes d'une teneur relativement faible en ions
magnétogènes. C'est exclusivement ce type d'aimant qui sera retenu pour ce test.
1. Méthode directe (Anderson, 1990 ; Gumpesberger, 2006) : Placer la gemme sur une surface
plane, lisse et propre, comme une plaque de verre ou une surface mélaminée, à l'écart de tout
objet métallique. S'il s'agit d'un cabochon, le placer dôme en bas afin de réduire au maximum la
surface de frottement. L'aimant est tenu par une extrémité et lentement approché horizontalement
de la gemme à plusieurs endroits jusqu'à constater si elle est ou non attirée et avec quelle facilité.
3. Méthode du bateau (Hanneman, 1996 ; Gumpesberger, 2006) : Placer la matière gemme sur un
petit morceau de polystyrène expansé, de liège ou de balsa qui sera à son tour déposé doucement
à la surface d'une soucoupe remplie d'eau. Tenir l'aimant par une extrémité et l'approcher de la
gemme horizontalement à plusieurs endroits jusqu'à constater si le "bateau" est ou non attiré et
avec quelle facilité.
Il existe une autre méthode, non testée ici mais intéressante à mentionner. Elle consiste à tester
une matière gemme suspendue par un fil dans un liquide de densité comparable afin d'augmenter
le plus possible la sensibilité magnétique (Koivula et al., 1984).
Il existe des tests plus précis tels que celui proposé par D.B. Hoover et B. Williams (2007) qui nécessite le
même aimant-Nd et une balance précise au 1/500ème de carat afin de "mesurer" les différences d'énergie
diamagnétique ou paramagnétique d'une matière gemme à l'autre.
Les Grenats : Joaillerie : Identification Page 134
2+
Figure 75 : Les matières gemmes riches en ions Mn sont distinctement à fortement attirées par l'aimant-Nd.
A gauche, une rhodonite du Brésil de 6,31 ct et à droite une rhodochrosite d'Afrique du Sud de 1,46 ct,
facilement soulevée.
Pour le seul grenat, ce test aide à distinguer les différentes variétés de couleur similaire en fonction de leur
degré d'attraction magnétique. Dans les nuances de rose, rouge ou orangé, les pierres fortement attirées
indiquent la présence significative de molécules d'almandin et/ou de spessartite alors que les pierres
nullement à faiblement attirées possèderont plutôt un nombre significatif de molécules de pyrope ou de
grossulaire. Entre autres tests, les mesures de l'IR et de la densité ainsi qu'un spectre pourront confirmer
l'identité de la variété
Les Grenats : Joaillerie : Identification Page 135
Les tableaux suivant indiquent les matières gemmes au pouvoir d'attraction magnétique visible en raison
de leur nombre suffisamment significatif d'ions magnétogènes. A notre connaissance, aucun article
précédent n'avait fait état d'une aussi longue liste, basée sur les tests des auteurs référencés en dernière
colonne.
magnétog
aimant-Nd
ènes
ions
effet
Matière gemme formule chimique réf.
Amphiboles :
2+ 2+
ACTINOLITE Ca2(Mg,Fe )5Si8O22(OH)2 Fe faible 4,18
2+ 2+
PARGASITE NaCa2Mg3Fe Si6Al3O22(OH)2 Fe faible 5,18
2+ 2+
RICHTERITE Na(Ca,Na)(Mg,Fe )5[Si8O22](OH)2 Fe faible 18
Pyroxènes :
2+
2+ 3+ Fe /
AEGIRINE-AUGITE (Ca,Na)(Mg,Fe ,Fe )Si2O6 3+ faible 18
Fe
BRONZITE (massive 2+ 2+ distinct
Fe MgSi2O6 Fe à fort 3,18
opaque)
2+
DIOPSIDE ÉTOILÉ 2+ 3+ Fe /
CaMgSi2O6 / Fe Fe 2O4 3+ fort 7,15,18
opaque Fe
2+ 2+ faible à
ENSTATITE (Fe )Mg2Si2O6 Fe distinct 3,18
2+ 2+ faible à
HYPERSTHÈNE (Mg,Fe )2Si2O6 Fe distinct 3,18
opaque
Les Grenats : Joaillerie : Identification Page 136
Grenats :
2+ 2+ 7,12,15,16,17,
ALMANDIN Fe 3Al2(SiO4)3 Fe fort
18
2+ nul à
PYROPE Mg3Al2(SiO4)3 Fe faible 7,12,15,17,18
PYROPE-ALMANDIN 2+ 2+ faible à
(Fe ,Mg)3Al2(SiO4)3 Fe fort 12,15,17,18
(rhodolite)
PYROPE-
SPESSARTITE 2+ 2+ faible à
(Mn ,Mg)3Al2(SiO4)3 Mn fort 15,17,18
(changement de
couleur)
2+ 2+ 7,12,15,16,17,
SPESSARTITE Mn 3Al2(SiO4)3 Mn fort
18
ANDRADITE
3+ 2+ distinct
(démantoïde, topazolite, Ca3Fe 2(SiO4)3 Fe à fort 7,12,15,17,18
mélanite)
GROSSULAIRE 2+ nul à 7,12,15,16,17,
Ca3Al2(SiO4)3 Fe faible
(hessonite, tsavorite) 18
2+ nul à
HYDROGROSSULAIRE Ca3Al2(SiO4)3(OH)4 Fe faible 18
Corindons :
Spinelles :
2+ 2+ nul à
SPINELLE bleu, violet Fe Al2O4 Fe faible 15,16,18
magnétog
aimant-Nd
ènes
ions
effet
Matière gemme formule chimique réf.
2+ 2+ distinct
ASTROPHYLLITE K2Na(Fe ,Mn)7Ti2Si8O26(OH)4 Fe à fort 18
2+ 2+ faible à
AXINITE-(Fe) Ca2Fe Al2BO3Si4O12(OH) Fe distinct 18
faible à
BASTNAESITE (Ce,La)(CO3)F ETR distinct 18
2+ 2+ nul à
CLINOCHLORE (Mg,Fe )5Al(Si3Al)O10(OH)8 Fe faible 18
impuretés nul à
DIAMANT NOIR naturel C + inclusions de Magnétite 2+ 3+ distinct 14
Fe / Fe
DIAMANT impuretés nul à
C + inclusions métalliques de flux 2+ distinct 6,7,8,10,11
SYNTHETIQUE Fe
3+ 3+ nul à
EPIDOTE Ca2(Fe ,Al)3(SiO4)3(OH) Fe distinct 7,12,15,18
2+
2+ 2+ Fe / faible à
EUDIALYTE Na4(Ca,Ce)2(Fe ,Mn )ZrSi6O17(OH, Cl)2 2+ distinct 18
Mn
2+ 2+
GASPEITE (Ni,Mg,Fe )CO3 Fe faible 18
HEMATINE 2+ 3+
(Ba,Sr)Fe12O19 Fe / Fe très fort 9,18
ARTIFICIELLE
2+ 2+ nul à
HUMITE (Mg,Fe )7(SiO4)3(F,OH)2 Fe faible 18
2+ 2+ nul à
CLINOHUMITE (Mg,Fe )9(SiO4)4(F,OH)2 Fe faible 18
2+ 2+ nul à
CHONDRODITE (Mg,Fe )5(SiO4)2(F,OH)2 Fe faible 18
2+ 2+ faible à
KORNERUPINE (Mg,Fe )4Al6(SiO4,BO4)5(O,OH)2 Fe distinct 18
3+ 2+ 2+ 3+
MAGNÉTITE Fe 2Fe O4 Fe / Fe très fort 18
OXYDE DE
faible à
ZIRCONIUM CUBIQUE ZrO2 ETR fort 15,16,18
- rose, noir
PERIDOT (forsterite 2+ faible à
(Mg,Fe)2SiO4 Fe distinct 2,7,12,15,18
<=> fayalite)
3+ 3+
PHOSPHOSIDÉRITE Fe (PO4)•2(H2O) Fe distinct 18
2+
2+ 2+ Mn / distinct
PYROXMANGITE (Mn ,Fe )SiO3 2+ à fort 18
Fe
2+
2+ 2+ Mn / distinct
RHODONITE (Mn ,Fe ,Mg,Ca)SiO3 2+ à fort 7,12,15,18
Fe
3+
3+ 3+ Fe /
SUGILITE KNa2 (Fe ,Mn ,Al)2 Li3Si12O30 3+ faible 18
Mn
2+ 2+ faible à
TEPHROITE Mn 2(SiO)4 Mn fort 15
2+ 3+
Fe / Fe
YIG ARTIFICIEL Y3Fe5O12 fort 15
/ ETR
1 2 3 4 5 6
Réf.: Weiss, 1899 - Nagata et al., 1957 - Akimoto et al., 1958 - Syono, 1960 - Vernon, 1961 - Rossman
7 8 9 10
et al., 1984 - Anderson, 1990 - Shigley et al., 1993 - Johnson, 1994 - Kammerling et al., 1995 -
11 12 13 14
Shigley et al., 1995 - Hanneman, 2002 - Hainschwang et al., 2003 - Titkov et al., 2003 -
15 16 17 18
Gumpesberger, 2006 - Hoover et al., 2007 - Hoover et al., 2008 - Testé sur les échantillons de
l'auteur T.P., 2010
9.1.6. Conclusion
En raison de son coût modique, de son faible encombrement et de sa facilité d'utilisation, l'aimant-Nd
devrait aujourd'hui faire partie de la trousse des instruments de base du gemmologue, notamment lors de
déplacements sur le terrain ou chez les négociants. Il faudra cependant veiller à ce qu'il ne soit jamais en
contact ou proche d'objets sensibles au magnétisme tels que clés USB, cartes à piste magnétique, petits
circuits électroniques, disques durs, etc.
Le résultat de ce test n'est pas diagnostique dans l'identification d'une matière gemme. Il donne seulement
une indication de ce qu'elle peut être ou ne pas être. D'autres tests plus probants doivent être effectués, à
l'aide des instruments gemmologiques de base ou des instruments avancés de laboratoire si nécessaire.
D'autre part, il est prudent de ne pas tirer de conclusion trop hâtive lorsqu'une matière gemme non
indiquée dans le tableau ci-dessus est magnétiquement réactive. Il se peut que la gemme soit
intrinsèquement diamagnétique mais que ses inclusions soient paramagnétiques ou ferrimagnétiques.
C'est notamment le cas du diamant naturel et synthétique mais aussi du quartz et d'autres silicates ou
carbonates.
Pour conclure, il est probable qu'une fois calibré en gemmologie de manière standard, le magnétisme des
matières gemmes effectué en laboratoire, mesuré scientifiquement, prendra de plus en plus d'importance
pour aider à distinguer les différentes variétés, les gisements, les types de traitement ou les synthèses. Les
ions magnétogènes n'ont pas fini de faire parler d'eux.
9.2 Le magnétisme des gemmes – une nouvelle méthode d’identification de grenats par Kirk
Feral
Les grenats sont parmi les pierres précieuses les plus magnétiques. D’ailleurs, je me souviens qu’on avait
séparé des grenats, d’un tas de petits cailloux, par l’action d’un champ magnétique en TP de minéralurgie,
au cours de mes études à l’ESEM à Orléans.
Au-delà de l’action de sélection, les études du magnétisme des gemmes permettent, de surcroit, de définir
la composition d’une gemme en ces concentrations en pôles limites du groupe grenats.
De plus, parmi les différentes variétés de grenat, la susceptibilité magnétique varie grandement, en
fonction de leurs concentrations en fer et/ou manganèse. Le grossulaire vert Mali à gauche ressemble à
l'hydrogrossulaire vert à droite, avec lequel il peut être confondu. Mais le grenat du Mali est bien davantage
3+
magnétique en raison de sa teneur en fer plus élevé (Fe ).
Les grenats sont les seules pierres précieuses transparentes communes qui montrent une réponse
marquée à un aimant N52. Ils sont en effet bien plus magnétiques que les autres gemmes transparentes,
grâce à leurs concentrations plus élevées en fer paramagnétique (jusqu'à 35%pds d'oxyde de fer) et/ou de
manganèse (jusqu'à 40%pds d'oxyde de manganèse).
Même l'uvarovite présente un fort magnétisme, causé par sa concentration en chrome (jusqu'à 27%pds
d'oxyde de chrome).
Ces exemples montrent qu’il est possible d’établir une méthode d’analyse des grenats gemmes à partir de
la mesure de la susceptibilité magnétique des grenats, car cette propriété intrinsèque à chacun des pôles
limites des grenats, rend possible la détermination des concentrations relatives de fer et de manganèse,
entre autres, du grenat étudié.
L'identification des grenats par leur composition chimique nécessite généralement, au-delà de la
destruction de l’échantillon ou de la gemme, des technologies compliquées et coûteuses. Par conséquent,
la composition chimique d'une gemme et donc, l’identification d’un grenat, n'est généralement pas connue
du gemmologue ou de l'étudiant moyen qui veut identifier un grenat par espèce et variété.
Habituellement, l'indice de réfraction, les spectres de couleur et d'absorption sont les principaux indices
d'identification d’un grenat. Mais, aujourd’hui, l’utilisation d’une balance de susceptibilité magnétique
Hoover permet d’aller plus loin dans l’analyse des grenats.
Les Grenats : Joaillerie : Identification Page 140
Avec une balance Hoover, en combinaison avec un réfractomètre et un diagramme Hoover, un échantillon
de grenat peut être identifié selon sa variété, et la composition chimique de la gemme peut être estimée
avec précision en termes de pourcentages de 2 ou 3 pôles limites des grenats.
C’est ainsi que cette méthode d'analyse a pu révéler la vraie nature de certaines gemmes vendues
jusqu’alors avec des appellations erronées.
Dr. B.S. Hoover, ainsi que Bear Williams et ses collègues, ont publié depuis, en 2008, une nouvelle
méthode pour identifier les grenats, basée sur une autre évolution du diagramme de Winchell, en faisant
intervenir le magnétisme comme variable. La méthode de Hoover permet une détermination beaucoup plus
précise de la composition du grenat que la méthode Manson/Stockton parce qu'elle repose, à la fois, sur
l'indice de réfraction et des mesures de susceptibilité magnétique, qui sont des mesures quantitatives
précises.
Le diagramme RIMS (indice de réfraction, susceptibilité magnétique) présenté ici est un graphique
montrant des compositions typiques de grenats exploitées en tant que gemme. Il a été rédigé par Kirk
Feral pour servir d'aide à l'enseignement pour les étudiants, et a été construit à l'aide d'un logiciel de
graphique gratuit appelé « Graph ». Les points rouge du graphe représentent des moyennes estimées pour
les espèces de grenat courantes et les variétés basées sur les mesures réelles des grenats de gemmes
obtenues par ce chercheur. Un graphique plus complet de tous les grenats gemmes est présenté en fin de
ce paragraphe.
Avec les parenthèses est indiquée la couleur prédominante couramment associée à la variété. Toutefois,
les couleurs des espèces 100% pures ne sont pas vraiment connues, puisque les grenats réels ne sont
jamais totalement pur. Notez que les le pyrope et le grossulaire sont allochromatiques (incolores) ; ils n'ont
pas de chromophores métalliques dans leurs compositions chimiques.
Le graphique montre que la susceptibilité magnétique de l'almandin est mesurée à 41, tandis que celle de
2+
l’andradite est seulement de 31. Le fer ferreux (Fe ) qui colore l'almandin engendre donc une
3+
susceptibilité magnétique plus élevée pour le pôle limite almandin que le fer ferrique ferrique (Fe ) qui
colore le pôle limite andradite.
Mais les gemmes de ces grenats ne correspondent pas à des pôles limites purs, et nous constatons que
les gammes réelles de susceptibilité magnétique pour les gemmes d'almandin et d'andradite sont très
semblables les unes aux autres.
2+
Le spessartine dont la couleur est due au manganèse (Mn ), possède la susceptibilité magnétique la plus
élevée de toutes les espèces de grenats gemmes avec une valeur de 47,5.
Les pôles limites pyrope et grossulaire sont totalement incolores et ont des valeurs de susceptibilité
magnétique de 0.
Ce graphique à barres montre que les grenats grossulaires (leuco, Rosolite, tsavorite, hessonite, Mali) sont
les moins magnétiques.
La spessartine est l'espèce la plus magnétique, suivie par andradite et l’almandin.
La variété la moins magnétique parmi les Pyralspites est le pyrope chromifère
(prix 2007)