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Environnement et industrie minière durable

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Environnement et industrie minière durable

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Préambule

La protection de l’environnement constitue un enjeu majeur pour la société. Depuis plus d’une
trentaine d’années, les gouvernements, les entreprises et la population débattent des moyens à
prendre pour établir un équilibre entre l’exploitation des ressources
disponibles et la protection des systèmes écologiques, et ce afin de préserver la qualité des
milieux de vie pour la flore, la faune et l’humain. Il faut élaborer des approches afin de satisfaire
à la fois le désir légitime des personnes d’assurer un environnement sain et la nécessité de
produire pour ces mêmes personnes des biens et des services qui répondent à leurs besoins.
Cette dualité se retrouve dans le concept du développement durable, issu des travaux de la
commission Brundtland en 1988. Le rapport qui découle de ces travaux a énoncé un objectif
central, soit la promotion d’un développement économique et social qui répond aux besoins du
présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Cet
objectif général, qui suppose une minimisation des effets des activités humaines sur
l’environnement, est largement accepté par la société en général, y compris par la vaste majorité
des entreprises. L’objectif sous-tendu par le développement durable est basé sur l’application
du principe des 3R, soit la réduction, la réutilisation et le recyclage des matières et de l’énergie
employées pour fournir les produits et services (aussi connu comme 3R-V, avec valorisation,
ou même comme 4R, avec récupération). Un élément central de cette approche veut que l’on se
préoccupe de l’ensemble des flux de matière et d’énergie utilisés lors du cycle de vie d’un
produit afin d’évaluer sa charge environnementale, un concept connu sous le vocable « du
berceau à la tombe » (from cradle to grave, en anglais).

La mise en application des principes du développement durable peut engendrer des difficultés
significatives tant pour les personnes que pour les organisations. L’atteinte des objectifs visés
par le développement durable requiert en outre de bonnes connaissances scientifiques et
techniques ainsi qu’une formation adéquate des personnes qui ont des activités pouvant
potentiellement avoir une incidence sur l’environnement. Une certaine sympathie, ou même
empathie, pour les causes environnementales ne remplace jamais les compétences pour définir
les problèmes correctement, et pour développer et appliquer des solutions efficaces et viables
d’un point de vue technique et économique.

Le domaine de l’environnement, multidisciplinaire s’il en est un, est d’ailleurs actuellement en


plein essor au Canada, comme dans plusieurs autres régions du monde. Les chiffres colligés par
le Conseil canadien des ressources humaines de l’industrie de l’environnement (CCRHIE)
indiquent, par exemple, que le secteur environnemental canadien employait environ 220 000
personnes en 1998. La moitié de ces travailleurs seraient des spécialistes diplômés d’une
université ou d’un collège. Quelque 95 000 organisations des secteurs public et privé emploient
des spécialistes du domaine de l’environnement pour des fonctions reliées à la protection et à
la conservation, à l’éducation, aux communications et à la recherche. Le recrutement dans ce
domaine se maintient à un niveau élevé, avec une augmentation de plus de 10 % des ressources
humaines entre 1998 et 2001. Pour leur part, les employeurs soulignent régulièrement le besoin
de formation et de perfectionnement pour les spécialistes qui œuvrent directement ou
indirectement en environnement. Ce n’est donc pas sans raison que l’Ordre des ingénieurs du
Québec (OIQ) a fait de l’environnement et du développement durable des thèmes prioritaires
pour la formation des ingénieurs. Cette importance se retrouve également dans les critères
adoptés par le Bureau canadien d’accréditation des programmes d’ingénierie (BCAPI), qui
évalue le contenu des divers programmes offerts à travers le pays. La formation dans ce

1
domaine est donc devenue un préalable pour tous les ingénieurs, comme pour plusieurs autres
professionnels d’ailleurs.

Cet essor du domaine de l’environnement s’est fait particulièrement sentir dans le vaste secteur
de la géo-ingénierie et des géo-sciences, qui inclut notamment la géologie, la géotechnique,
l’hydrogéologie, la géochimie et la géophysique. Ainsi, les professionnels qui se retrouvent en
grand nombre dans le domaine de l’exploitation des ressources minérales sont fortement
interpellés par les questions environnementales.

Mines et environnement

Les entreprises minières, tout comme celles d’autres secteurs industriels, ont progressivement
adopté les principes découlant du développement durable, et ce même si la transposition de ces
principes n’est pas évidente pour un domaine basé sur l’exploitation de ressources en grande
partie non renouvelables. Au cours des dernières années, les compagnies minières ont consenti
des efforts considérables afin d’ajuster leur pratique à cette vision quelque peu différente de
celle qui prévalait jusqu’alors. Cela a modifié passablement l’approche employée pour
développer un projet minier, avec comme corollaire des coûts additionnels non négligeables. Il
faut dire que le défi est de taille pour les entreprises minières, qui sont susceptibles d’émettre
divers types de contaminants dans l’air, dans l’eau et sur les sols. Les compagnies minières sont
d’ailleurs associées à bon nombre des grands défis environnementaux auxquels la société fait
face, que ce soit les changements climatiques reliés à l’émission de gaz à effet de serre,
l’acidification de l’eau et des sols, la préservation et l’utilisation responsable des ressources
hydriques, abiotiques et biotiques, et les effets écotoxicologiques de certains éléments libérés
par les activités humaines. En plus de produire des grands volumes de rejets minéraux,
l’industrie minière utilise en abondance des produits chimiques, des biens manufacturés, de
l’eau et de l’énergie.

Les préoccupations de l’industrie minière pour la protection de l’environnement et la


préservation du patrimoine écologique ne datent pas d’hier. Par exemple, on peut en retrouver
des traces historiques dans le fameux livre De Re Metallica de Agricola, écrit au XVIe siècle,
qui énumérait déjà certains effets dommageables comme la diminution de la diversité
biologique dans les lacs et les rivières à proximité des mines. Ingénieur de mines et géologue
avant le terme, Agricola soulignait alors que l’homme se devait de faire passer sa santé avant
ses profits, un principe qui demeure sans doute valable encore aujourd’hui. Les progrès ont
cependant été lents à venir en ce domaine. La littérature scientifique et technique montre qu’une
prise de conscience plus généralisée ne s’est matérialisée que dans la deuxième moitié du XXe
siècle, avec une progression particulièrement impressionnante dans les années 1970, soit au
moment où les premières législations sont véritablement apparues. Depuis ce temps, les
préoccupations environnementales n’ont cessé de croître, et on a pu assister à un essor des
connaissances pour reconnaître la nature des problèmes et pour élaborer des mesures de
contrôle, de correction et de prévention.

Les préoccupations environnementales associées aux activités minières sont d’abord reliées aux
quantités de rejets produits, qui sont proportionnellement plus grandes que pour tout autre
secteur de l’activité humaine. Par exemple, pour produire 10 grammes d’or, il faut excaver plus
d’une tonne de roche et la traiter avec environ 4 tonnes d’eau, ce qui engendre un total de près

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de 5 tonnes de rejets solides et liquides. Ceux-ci se retrouvent sous forme de rejets de
concentrateur (ou d’usinage du minerai), qui sont souvent entreposés en surface dans des parcs
à résidus miniers (on en produit entre 30 et 40 millions de tonnes par an au Québec), de roches
stériles qui sont empilées dans des haldes (générées à un rythme d’environ 50 à 60 millions de
tonnes par an dans la province), et d’eaux de mines et de traitement qui sont usuellement
confinées dans des bassins de sédimentation et de polissage. Évidemment, ces divers types de
rejets ne sont pas déversés directement dans l’environnement sans l’application d’un contrôle
sévère. L’eau, en particulier, peut être soit réutilisée dans le procédé de production, ou remise
en circulation dans le milieu naturel après avoir été traitée pour répondre à des exigences strictes
établies pour protéger les écosystèmes environnants. Pour les solides, on voit aussi apparaître
certaines techniques permettant de réutiliser les rejets (comme le remblayage des ouvertures
souterraines, et la construction de routes et de structures de retenue et de confinement) ; on
envisage éventuellement de les rentabiliser par une récupération des valeurs ayant un potentiel
commercial mais les progrès à cet égard sont limités (malgré les diverses initiatives des quinze
ou vingt dernières années).

Les questions environnementales reliées aux activités minières sont aujourd’hui d’une grande
importance pour plusieurs pays, et en particulier pour le Canada qui compte parmi les cinq
premiers producteurs mondiaux pour 17 métaux et substances minérales. Le Québec étant une
des trois provinces les plus actives dans le domaine, l’industrie minière y occupe une place
significative. Ainsi, selon des données produites à l’automne 2002 par le ministère des
Ressources naturelles du Québec (MRNQ), il y aurait à travers la province près de 1000 sites
d’extraction, de mise en valeur et de traitement du minerai. Ces sites ont été créés par plus de
250 ans d’activités, qui ont débuté par l’exploitation du fer en Mauricie (à partir de 1730
environ), puis de l’or et du cuivre en Beauce et en Estrie (1860), de l’amiante et du chrome dans
les Appalaches (1880), des métaux précieux et de base en Abitibi-Témiscamingue (1920), du
fer et du titane sur la Côte-Nord et des métaux en Gaspésie (1950), du sel gemme aux Îles-de-
la-Madeleine et ainsi de suite.

Évolution de la formation

La diversité et l’ampleur des activités minières posent plusieurs défis de taille aux ingénieurs
et aux autres professionnels qui y travaillent, notamment en ce qui a trait à la gestion des rejets
miniers. La formation de l’ingénieur de mines doit donc comporter un volet environnemental,
mais cet aspect du programme de 1er cycle universitaire est relativement nouveau (et pas
seulement pour l’ingénieur de mines, pourrait-on ajouter). À cet égard, l’École Polytechnique
a fait figure de pionnière puisqu’un cours dédié à l’environnement minier y existe depuis plus
de 30 ans. Un ancien professeur de l’École Polytechnique, le Dr Gérard Grassmuck, publiait
d’ailleurs en mars 1970 un article précurseur, intitulé « There is no future in mining unless
environment is preserved » (Mining in Canada, p. 30-33), dans lequel il tentait de convaincre
les professionnels et décideurs de l’industrie minière de la nécessité de minimiser les
répercussions de la pollution associée aux mines. Par la suite, le professeur Pierre Dubé a pris
la relève en continuant d’offrir aux étudiants de génie des mines un enseignement sur les
questions environnementales. Toutefois, les premiers cours sur l’environnement minier offerts
à l’École Polytechnique mettaient surtout l’accent sur les problèmes reliés au milieu de travail,
soit sur ce que l’on appelle maintenant l’hygiène industrielle (bruits, poussières, gaz, astreintes
thermiques, etc.); c’était également le cas dans la plupart des autres programmes universitaires
de génie des mines en Amérique du Nord, en Europe, en Australie et en Afrique du Sud. Au fil

3
des ans, la composante portant sur «l’effet de l’exploitation minière sur le milieu environnant
» a pris de plus en plus d’ampleur dans l’enseignement du génie des mines à l’École
Polytechnique. Vers la fin des années 1980, lorsque le premier auteur du manuel a pris charge
du cours d’environnement minier, environ 50 % de la matière était consacrée aux questions
environnementales telles qu’on les envisage maintenant. Compte tenu de l’évolution des
contraintes et des connaissances dans le domaine, il est apparu clairement qu’une plus grande
place devait être accordée à cet aspect. Pour satisfaire les besoins de l’industrie, l’ingénieur se
devait d’avoir une bonne connaissance des problèmes environnementaux auxquels sont
confrontées les mines, et il avait besoin d’outils pour aborder cette problématique selon ses
causes, les contraintes légales et opérationnelles, les techniques de contrôle et de prévention
disponibles (et en développement), et les implications pratiques et financières. C’est en grande
partie pour satisfaire ces attentes que le présent manuel a été élaboré, à partir de 1999.

Objectifs des auteurs

Il y a déjà un assez grand nombre de volumes dédiés aux questions environnementales touchant
l’industrie minière. Plusieurs de ces ouvrages sont d’ailleurs inclus dans la liste de références
que l’on retrouve à la fin du manuel, et ils ont été maintes fois consultés pour développer l’une
ou l’autre des sections du manuel. Toutefois, aucun des ouvrages connus des auteurs n’aborde
l’ensemble des sujets jugés prioritaires avec suffisamment de détails pour les besoins de
formation des futurs ingénieurs de mines.

Ce manuel a été rédigé afin de répondre, d’abord, aux exigences de la formation des étudiants
inscrits au programme de génie des mines de l’École Polytechnique de Montréal, qui est
conjoint avec le programme de l’université McGill. Le manuel, présenté sur un support
cédérom, présente diverses facettes de la problématique visée et les principales solutions
disponibles, en insistant plus particulièrement sur les aspects opérationnels et techniques
applicables aux mines de métaux en roches dures que l’on rencontre au Québec et au Canada.
Il est le fruit d’une collaboration étroite entre les trois auteurs, et il a été préparé avec la
participation de nombreux professionnels (que nous nommons plus loin) de diverses disciplines
œuvrant dans le domaine de l’environnement et de la gestion des rejets miniers.

Au total, les auteurs exercent des activités professionnelles dans le domaine de l’environnement
et des mines depuis plus de 40 ans. Leur formation et leur expertise étant complémentaires, cela
a permis de couvrir la problématique de façon relativement large. Michel Aubertin a une
formation de géotechnicien (et d’ingénieur civil) qui l’a amené à s’intéresser d’abord aux
questions de stabilité des ouvrages de retenue et de confinement, puis aux techniques visant le
contrôle de la migration de l’eau et des gaz. Bruno Bussière est ingénieur de mines avec une
expertise en hydrogéologie, en traitement du minerai, sur les modes de disposition des rejets et
sur la restauration des sites. Louis Bernier est géologue avec une connaissance approfondie de
la géochimie du drainage minier acide, en plus d’avoir développé une expertise en méthode de
caractérisation des rejets solides et liquides. Ensemble, ces trois chercheurs ont pu assembler
une somme d’information qui devrait s’avérer utile pour les futurs ingénieurs de mines, comme
pour d’autres professionnels qui s’intéressent aux questions environnementales. Le manuel
comporte en outre certaines sections qui vont plus loin que la formation de base de l’ingénieur,
et en cela il pourrait être utile aux professionnels qui travaillent déjà dans le domaine (en
particulier les chapitres 5, 6, 8, et 10 – décrits sommairement ci-après)

4
Contenu

Le manuel comprend 13 chapitres, un grand nombre de références et une série d’annexes


portant sur les unités (avec tableaux de conversion) et sur certaines propriétés de base des
matériaux naturels (eau, air, sols). On y met l’accent sur les problèmes associés à la gestion des
rejets solides et liquides émis par les opérations minières. Les quatre premiers chapitres
présentent la problématique générale, en commençant par une présentation sommaire sur des
notions d’écologie, sur les systèmes de management environnemental et sur l’ampleur de la
problématique des aires d’accumulation de rejets miniers au Québec. On aborde ensuite, au
chapitre 2, les aspects législatifs dans un contexte de changements marqués au Québec et au
Canada. On répertorie ensuite, au chapitre 3, les effluents produits avec les principaux types de
rejets (solides, liquides, gazeux) selon leur nature particulière. Nous présentons spécifiquement
au chapitre 4 les incidences environnementales découlant de la présence de divers contaminants
retrouvés dans l’industrie minière.

Les quatre chapitres suivants traitent des aspects scientifiques et techniques reliés aux
approches disponibles pour affronter les problèmes jugés les plus sérieux pour les opérations
minières typiques en roches dures, telles qu’on en retrouve un grand nombre au Québec et
ailleurs au Canada. Les chapitres 5 et 6 sont consacrés à la production d’eaux de drainage minier
acide (appelées communément le DMA), abordée sous le jour des mécanismes
physicochimiques à la source de sa production. On y traite notamment des processus
géochimiques en jeu, du traitement des eaux acides et des méthodes de prévention et de contrôle
de la production du DMA. Le chapitre 7 est pour sa part consacré aux contaminants issus des
procédés d’extraction minéralurgique ; on y insiste sur les problèmes posés par les cyanures
communément retrouvés dans les opérations aurifères. Le chapitre 8 traite des méthodes de
disposition des rejets solides, et met l’accent sur les aspects géotechniques et opérationnels.

Les cinq derniers chapitres permettent d’aborder divers aspects corollaires aux modes de
gestion des rejets présentés au préalable. Le chapitre 9 aborde les questions reliées à la
fermeture et à la restauration des sites miniers, en établissant un lien direct avec la législation
québécoise. Le chapitre 10 traite de l’instrumentation et du suivi des ouvrages et des mesures
adoptées afin de prévenir les problèmes environnementaux. Le chapitre 11 inclut plusieurs
sections relativement courtes, chacune abordant d’autres problèmes qui ne sont pas rencontrés
régulièrement dans la pratique minière courante au Québec, mais qui se retrouvent ailleurs au
pays et dans le monde ; par exemple, on y traite de rejets radioactifs, des charbonnages, des
sables bitumineux, des fonderies, de la subsidence, etc. Le chapitre 12 est consacré aux outils
d’analyse économique des solutions disponibles, et le chapitre 13 présente plusieurs facettes
des pratiques environnementales telles qu’appliquées sur des sites miniers au Québec. Malgré
la variété des sujets traités, il demeure important de mentionner ici que le manuel ne prétend
pas faire le tour des questions environnementales auxquelles sont confrontées les entreprises
minières. Par exemple, il n’est pas question ici des problèmes de sols contaminés, de déchets
dangereux, de démantèlement des bâtiments et des infrastructures ainsi que de la sécurisation
des ouvertures (toutes des activités encadrées par la loi).

Le manuel propose de nombreuses références tirées de publications (revues scientifiques et


techniques, conférences, etc.) du domaine public et aussi de certains rapports techniques et de
sites Web. Dans ce dernier cas, les auteurs ont voulu mettre à la disposition des personnes

5
intéressées des sources d’information récentes, maintenues à jour de façon dynamique, malgré
le risque que ces sites ne soient pas nécessairement supportés de façon continue ou qu’ils
disparaissent (la durée de certains sites Web étant parfois assez limitée). Le site Web qui
accompagne ce manuel (voir l’adresse plus loin) fera l’objet de mises à jour occasionnelles et
contiendra des liens jugés utiles pour le lecteur intéressé à une vision plus poussée de certains
sujets traités ici.

Contributions

La préparation du manuel a été rendue possible grâce à la participation de plusieurs personnes.


Il nous faut d’abord mentionner Luc St-Arnaud, du Centre de technologie Noranda, qui était
parmi les initiateurs du projet. Bien que ses affectations aient été modifiées au cours des
dernières années, M. St-Arnaud a constamment soutenu les activités des auteurs dans le
domaine de l’environnement et de la gestion des rejets miniers, et nous voulons ici lui exprimer
notre gratitude. Nous devons aussi remercier plusieurs professionnels du domaine qui ont fourni
des documents ayant servi librement à la rédaction de certaines portions du manuel (textes,
figures ou tableaux) ; par ordre alphabétique :

Claude Bédard, Journeaux, Bédard et Ass. Inc.


Tikou Belem, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Mostafa Benzaazoua, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Lionel Catalan, Centre de technologie Noranda (anciennement)
Claude Delisle, École Polytechnique de Montréal
Jean Dionne, ministère des Ressources naturelles du Québec
Jean-Baptiste Dromer, École Polytechnique de Montréal
Claude Dufour, ministère des Ressources naturelles du Québec
Omar Fala, École Polytechnique de Montréal
Lise Filiatrault, bibliothécaire
Danielle Gagnon, École Polytechnique de Montréal
Claude Gignac, ministère de l’Environnement du Québec
Michel Julien, Golder Associés
Raymond Juneau, Laboratoire d’Expertise de Québec Ltée
Daniel Lang, La Compagnie Minière Québec Cartier
John Lemieux, Journaux, Bédard et Ass. Inc.
Li Li, École Polytechnique de Montréal
Michael Li, Centre de technologie Noranda
Réal Marcotte, ministère des Ressources naturelles du Québec
Louis Marcoux, ministère des Ressources naturelles du Québec
Mamert Mbonimpa, École Polytechnique de Montréal
Philippe Poirier, SNC-Lavalin
Robert Prairie, Centre de technologie Noranda
Pierre Primeau, Corporation Minière Inmet (anciennement)
Jean-François Ricard, Golder Associés (anciennement)
Jean Roberge, Association minière du Québec (anciennement)
Richard Simon, École Polytechnique de Montréal
Stéphanie Somot, URSTM-UQAT (anciennement)
Gilles Tremblay, MEND/NEDEM – CANMET
André Vachon, Groupe Roche
Serge Vézina, Cambior
Bernard Vigneault, Centre de technologie Noranda (anciennement)

6
Gérald Zagury, École Polytechnique de Montréal

Quelques-uns des textes du manuel ont été complétés et mis en forme à l’École Polytechnique
par du personnel du département des Génies civil, géologique et des mines: Louise Comtois,
Annick Marchand et Lise Robert. Ces textes avaient d’abord été préparés durant la période
1999-2002 pour le cours MIN3313, qui était sous la responsabilité du premier auteur (M.A.) du
manuel.

Tous les textes ont été revus et corrigés par Nicole Blanchette, réviseure. Plusieurs personnes
(principalement des collègues chercheurs et étudiants diplômés) ont également participé à la
relecture de portions du manuel, pour aider à corriger certaines erreurs et inconsistances :
Sénami Aurore Apithy, Robert P. Chapuis, Anne-Marie Dagenais, Isabelle Demers, Jean-
Baptiste Dromer, Omar Fala, Jovette Godbout, Michael James, Darcy Jolette, Li Li, Réal
Marcotte, Vincent Martin, Mamert Mbonimpa, Mariam Ouangrawa, Serge Ouellet, Benoit
Plante, Robin Potvin, Valérie Thériault, Dominic Tremblay, Sandra Trépanier, Mathieu
Villeneuve, Gérald Zagury.

Lucette de Gagné, du département des Génies civil, géologique et des mines de l’École
Polytechnique, a produit ou corrigé un grand nombre de figures ; les auteurs lui expriment ici
leur reconnaissance pour tous les efforts consentis à cette fin. Les personnes suivantes ont fourni
des photos incluses dans le manuel : Mostafa Aachib, Bernard Aubé, Claude Bédard, Christian
Dallaire, Michel Julien, Philippe Poirier, Stéphanie Somot. La plupart des photos du manuel
sont tirées des collections personnelles des auteurs.

Le cédérom et les pages du site Internet sont une réalisation de Guy Daoust, de la firme
Multimédia Imagémo inc. M. Daoust s’est avéré un collaborateur exceptionnel, sans qui ce
cédérom n’aurait sans doute pas vu le jour.

La diffusion du manuel sur cédérom est assurée en Amérique du nord, par les Presses
internationales Polytechnique et en Europe, Afrique et Asie par Technique et Documentation -
Lavoisier, S.A..

En terminant, les auteurs tiennent à remercier le ministère des Ressources naturelles du


Québec et le service pédagogique de l’École Polytechnique pour leur soutien financier à ce
projet. Les sommes obtenues ont essentiellement servi à l’achèvement de certaines portions
du document, à sa révision et à sa mise en forme électronique.

Des renseignements complémentaires sur le manuel, y compris corrections, ajouts et mises à


jour, sont disponibles sur le site Internet : [Link]/min3313p (mot de passe
disponible sur demande auprès des auteurs).

7
8
Avant-propos

1. Introduction
1.1 Préambule
1.2 Quelques notions d'écologie
1.3 Cycles miniers et environnement
1.4 Systèmes de gestion environnemental
1.5 Les aires d'accumulation de rejets miniers au Québec
1.5.1 Mise en situation
1.5.2 Définition et classification
1.5.3 Caractéristique des aires d'accumulation
1.5.4 Travaux de restauration des aires d'accumulation

2. Législation
2.1 Introduction
2.2 Cadre législatif canadien
2.3 Situation au Québec
2.3.1 Lois, règlements et directives
2.3.2 Processus d'autorisation environnementale
2.3.3 Délais courants
2.3.4 Principales études
[Link] Directive 019
[Link] Étude d’impact
2.3.5 Consultation publique
2.3.6 Demandes connexes
2.4 Situation dans le reste du Canada
2.4.1 Processus d’autorisation environnementale
2.4.2 Normes à l’effluent final
2.5 Situation aux États-Unis et ailleurs dans le monde
2.6 Tendances et approches nouvelles

3. Effluents et rejets miniers


3.1 Introduction
3.2 Contaminants contenus dans les effluents de mines
3.2.1 Effluents liquides
3.2.2 Effluents atmosphériques
3.2.3 Autres contaminants
3.3 Contamination de l'eau
3.3.1 Provenance
3.3.2 Facteurs d'influence
3.3.3 Réduction et contrôle des apports d'eau
3.3.4 Hydrologie et hydrogéologie
3.4 Contamination de l'air

4. Impacts environnementaux
4.1 Introduction
4.2 L'environnement naturel
4.2.1 Les milieux physiques et biologiques
4.2.2 L'environnement atmosphérique
4.2.3 L'environnement terrestre

9
4.2.4 L'environnement aquatique
4.3 Effets et impacts sur l'environnement
4.3.1 Définitions
4.3.2 Détection, mesure et variabilité
4.3.3 Importance écologique
4.3.4 Considérations temporelles
4.3.5 Contaminants d'intérêts (CI)
4.3.6 Représentation
4.4 Effets et impacts particuliers sur l'environnement
4.4.1 Systèmes atmosphériques
4.4.2 Systèmes terrestres
4.4.3 Systèmes aquatiques
4.5 Facteurs d'influence
4.5.1 Caractéristiques des sources de rejets
4.5.2 Milieux physiques
4.5.3 Récepteurs biologiques
4.5.4 Facteurs anthropiques
4.6 Modes d'évaluation des impacts environnementaux
4.6.1 Modélisation
4.6.2 Surveillance
4.6.3 Tests de toxicité
4.6.4 Conditions environnementales et surveillance
4.7 La protection de l'environnement
4.7.1 Généralités
4.7.2 Décisions découlant des caractéristiques du site
4.7.3 Autres considérations

5. Le drainage minier acide : formation, prédiction et traitement


5.1 Introduction
5.2 Formation du DMA
5.2.1 Définition
5.2.2 Oxydation des sulfures et production du DMA
5.2.3 Mécanismes de neutralisation
5.2.4 Produits des réactions de neutralisation
5.3 Processus géochimiques
5.3.1 Généralités
5.3.2 Transfert de masses
5.3.3 Processus qui affectent les taux de réaction
5.3.4 Mécanismes contrôlant la dissolution et la précipitation
5.4 Composition du DMA
5.4.1 Développement et évolution du DMA
5.4.2 Exploitation de métaux de base
5.4.3 Exploitation de métaux précieux
5.4.4 Exploitations de charbons
5.4.5 Opérations exploitant l'uranium
5.5 Prédiction du DMA
5.5.1 Prévision d'un point de vue minéralogique et géologique
5.5.2 Essais statiques
5.5.3 Essais minéralogiques et géochimiques
5.5.4 Essais cinétiques

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5.5.5 Modélisation géochimique
5.6 Cas des thiosels
5.6.1 Généralités
5.6.2 Définition et historique de la recherche
5.6.3 Processus de formation
5.6.4 Méthodes d'analyses
5.6.5 Oxydation
5.6.6 Effets sur l'environnement
5.6.7 Prédiction, prévention et traitement
5.7 Traitement des eaux acides
5.7.1 Captage des eaux
5.7.2 Traitement chimique
5.7.3 Procédés de neutralisation
5.7.4 Autres systèmes de traitement

6. Le drainage minier acide : prévention et contrôle


6.1 Généralités
6.2 Diverses approches pour prévenir ou réduire la production de DMA
6.3 Recouvrements en eau
6.3.1 Généralités
6.3.2 Facteurs d'influence
6.3.3 Importance des facteurs dans l'efficacité du recouvrement
6.3.4 Conception de la couverture
6.4 Recouvrements multicouches
6.4.1 Généralités
6.4.2 Configuration des recouvrements
6.4.3 Recouvrement visant à limiter l'infiltration d'eau
6.4.4 Recouvrements multicouches de barrière capillaire
6.5 Autres approches
6.5.1 Recouvrements à consommation d'oxygène
6.5.2 Remblayage et densification
6.5.3 Désulfurisation

7. Les agents de traitement minéralurgique


7.1 Généralités
7.2 Procédés d'extraction et agents chimiques utilisés
7.2.1 Usine de traitement pour les métaux de base
7.2.2 Usine de traitement pour les métaux précieux
7.2.3 Lixiviation en tas
7.3 Toxicité des agents chimiques
7.3.1 Agents chimiques utilisés pour la concentration
7.3.2 Cyanures
7.4 Gestion de l'eau
7.5 Traitement des effluents cyanurés
7.5.1 Le procédé SO2 - Air d'INCO
7.5.2 Le procédé SO2de Noranda
7.5.3 Procédé au peroxyde d'hydrogène
7.5.4 Chloration alcaline
7.5.5 Méthode AVR
7.5.6 Choix du procédé

11
8. Entreposage des rejets miniers
8.1 Introduction
8.2 Nature des rejets
8.2.1 Origine
8.2.2 Caractéristiques géotechniques
8.3 Sélection du site d'entreposage
8.4 Haldes à stériles
8.4.1 Construction des haldes
8.4.2 Écoulement dans les haldes
8.4.3 Stabilité physique des haldes
8.5 Digues pour parcs à résidus
8.5.1 Méthodes de construction de digues
8.5.2 Conditions d'opérations
8.5.3 Dimensionnement et étapes de construction
8.5.4 Analyses de stabilité
8.5.5 Digues de rétention d'eau
8.5.6 Dernières remarques
8.6 Remblayage souterrain
8.6.1 Généralités
8.6.2 Problèmes particuliers
8.7 Barrières d'étanchéité
8.7.1 Généralités
8.7.2 Caractéristiques générales des tapis
8.7.3 Compaction et mise en place
8.7.4 Configuration géométrique des tapis
8.7.5 Utilisation des géosynthétiques
8.7.6 Barrières de recouvrement

9. Restauration et fermeture des sites


9.1 Généralités
9.2 Principales dispositions de la Loi sur les mines du Québec
9.2.1 Dispositions générales
9.2.2 Contenu du plan de restauration
9.2.3 Garantie financière
9.3 Exigence en matière de restauration
9.3.1 Définition de l'état satisfaisant
9.3.2 Mise en végétation
9.3.3 Sols contaminés
9.3.4 Bâtiments, infrastructures et équipements
9.3.5 Travaux souterrains et à ciel ouvert
9.3.6 Haldes à stériles et parc à résidus miniers
9.3.7 Effluents miniers
9.3.8 Autres considérations
9.4 Plan d'urgence
9.4.1 Préambule
9.4.2 Contenu du plan d'urgence
9.4.3 Défaillance possibles
9.4.4 Dernières remarques

12
10. Instrumentation et suivi
10.1 Introduction
10.2 Techniques d'instrumentation
10.2.1 Instrumentation hydrogéotechnique
10.2.2 Qualité des eaux souterraines
10.2.3 Instrumentation météorologiques
10.2.4 Commentaires sur le programme d'auscultation
10.2.5 Exemples d'application
10.3 Autres aspects
10.3.1 Observations visuelles
10.3.2 Interprétations et corrections

11. Autres problèmes environnementaux associés aux activités minières


11.1 Introduction
11.2 Rejets miniers radioactifs
11.2.1 Sources de radioactivité dans les rejets miniers
11.2.2 Désintégration et activité de la matière
11.2.3 Radioprotection
11.2.4 Rejets de mines d'uranium
11.2.5 Transfert des radionucléides vers la géosphère
11.2.6 Gestion des rejets radioactifs
11.2.7 Dernières remarques
11.3 Combustibles fossiles
11.3.1 Charbonnage
11.3.2 Sables bitumineux
11.4 Lixiviation en tas
11.4.1 Procédés
11.4.2 Méthodes de contrôle et de restauration
11.5 Fonderies
11.5.1 Pollution due aux fonderies
11.5.2 Procédés usuels
11.5.3 Prévention, contrôle et suivi
11.6 Alumineries et boues rouges
11.6.1 Origine des boues rouges
11.6.2 Enjeux environnementaux
11.7 Minéraux industriels
11.7.1 Définition
11.7.2 Incidences environnementales
11.8 Sautage
11.8.1 Contamination des eaux
11.8.2 Poussières et gaz nocifs
11.8.3 Bruit et jets d'air
11.8.4 Projectiles et vibrations
11.8.5 Destruction des explosifs et des articles de sautage
11.9 Subsidence minière
11.9.1 Mécanismes
11.9.2 Effets de la subsidence
11.9.3 Détection et prévention
11.10 Autres préoccupations
11.10.1 BPC

13
11.10.2 Pneus usés
11.10.3 Dernières remarques

12. Aspects financiers


12.1 Introduction
12.2 Analyse des coûts
12.2.1 Classification des projets
12.2.2 Types et modèles d'évaluation des coûts
12.2.3 Critères d'évaluation des projets
12.3 Exemple d'application
12.3.1 Données de base
12.3.2 Traitement chimique de l'eau
12.3.3 Ennoiement des résidus
12.3.4 CEBC faite de matériaux naturels
12.3.5 CEBC faite de résidus désulfurés
12.3.6 CEBC faite de résidus sulfurés avec mise en place hydraulique
12.3.7 Désulfuration prolongée et CEBC faite de résidus désulfurés
12.3.8 Comparaison entre les différentes solutions analysées
12.4 Évaluation du risque
12.4.1 Définition
12.4.2 Risque relié aux aspects environnementaux
12.4.3 Risque et décision d'investissement

13. Pratiques environnementales


13.1 Introduction
13.2 Organismes sectoriels et entreprises minières
13.2.1 Organismes canadiens
13.2.2 Sociétés minières
13.2.3 Quelques approches utilisées dans la pratique
13.3 Exemples d'application
13.3.1 Sites miniers gérés par le gouvernement du Québec
13.3.2 Sites miniers gérés par l'industrie
13.3.3 Autres sources de renseignements

14
Le présent document traite des incidences des exploitations minières sur le milieu environnant
et sur les techniques disponibles pour minimiser leurs dommages potentiels ou réels. Par effets
sur le milieu, on entend tous les changements attribuables à l'intervention humaine. Ces effets
augmentent à mesure que la demande de matière première croît et que les teneurs de coupure
diminuent, puisque les volumes d'excavation à gérer gagnent en importance. En outre, le
traitement des minerais devenant de plus en plus complexe, on observe une utilisation croissante
de réactifs.

Nous avons vu dans le chapitre 2 que les contraintes légales peuvent varier d’une région à
l’autre. De plus, elles ne sont pas uniquement fonction du risque ou de la densité de la
population, mais dépendent aussi du niveau de vie des personnes affectées, de leur degré
d'organisation et de leur sensibilisation au problème.

Pour évaluer l’ampleur et l’importance du problème de l’effet de l’exploitation sur le milieu


environnant, il faut :

- connaître l’état du milieu avant le début de l’exploitation;

- pouvoir estimer les effets de l’exploitation sur le milieu et des moyens utilisés afin de les
minimiser;
- entreprendre une surveillance en continu du milieu pour évaluer les changements qui
s’y produisent;
- prévoir l'état des terrains à la fin de l'exploitation.

Il est parfois difficile de mener adéquatement cette évaluation à terme. En effet, on n’a pas
toujours facilement accès aux ressources et à la technologie nécessaires, et les solutions
proposées peuvent nuire gravement au rendement économique de l’opération. On considère
souvent que les montants investis pour la gestion des rejets miniers ne rapportent rien; ils
servent surtout à satisfaire aux exigences sociales ou légales.

Comme nous le verrons ici et dans le chapitre 4, plusieurs facteurs jouent un rôle sur l’impact
environnemental d’une exploitation minière. L’impact dépendra par exemple des quantités de
matériaux excavés et de résidus produits et entreposés en surface. Le relief (topographie des
lieux) peut aussi s’avérer important, tout comme le climat (vents, cycles de gel-dégel,
précipitations, etc.). La proximité des eaux de surface et souterraines constitue un autre facteur
dont il faut tenir compte.

La nature du milieu environnant et les caractéristiques des matériaux exploités sont d’autres
aspects à prendre en considération. Par exemple, les sites d’exploitation de minéraux industriels
se trouvent souvent à proximité de centres urbains. Les procédés de transformation qu’ils
nécessitent sont simples et il n'y a généralement pas de matières toxiques libérées. Les
problèmes majeurs qui découlent de l’opération de ces sites sont la génération de poussières,
de bruit, de vibrations, de sautage et d'impact visuel. Dans le cas des minéraux métalliques, par
contre, on assiste à la génération de grandes quantités de rejets (solides et liquides) et à
l’excavation de volumes importants, compte tenu de leur faible teneur. Les réactifs et les
effluents associés à l’exploitation de ces minéraux pourront avoir un impact majeur sur les
systèmes écologiques. Dans des conditions particulières, il arrive qu’on observe une formation
d’eaux acides (chap. 5 et 6). Pour ce qui est de l’exploitation du charbon et des sables
bitumineux, elle produit des quantités de sols remaniés parfois très grandes, surtout dans les cas

15
d'exploitation en tranchée (ou à découvert — strip-mining). Il y a aussi des risques d'oxydation
et de combustion de la ressource ou des rejets.

La méthode d’exploitation joue un rôle clé en ce qui a trait aux quantités et à la nature des rejets
produits. Lorsque l’on exploite une mine à ciel ouvert, on manipule souvent de très grands
volumes, en particulier pour la roche stérile (figure. 3.1).

Dans ce cas, tous les rejets demeurent à la surface puisqu’on ne s’occupe pas de remplir les
excavations. Il y a aussi des risques d'instabilité des pentes, surtout à long terme, à la suite de
l'arrêt du pompage ou de l’arrêt de l’entretien des installations. Les exploitations souterraines
sont moins visibles et le volume des rejets y est habituellement moins important. On peut
souvent entreposer une partie de ces derniers sous terre (figure. 3.2).

16
Néanmoins, on doit prévoir des risques d’affaissement ou d’instabilité à court ou à long terme.
L’exploitation en tranchée, qui suppose un décapage des sols, entraîne pour sa part des
dommages importants sur le plan de l’apparence, car ce procédé favorise l'érosion subséquente
des surfaces et produit une inversion des sols qui nuit grandement à la restauration et à la
revégétation des lieux. De plus, ces exploitations couvrent souvent de grandes étendues (figure.
3.3).

Dans le cas d’exploitations par méthodes hydrauliques (lessivage ou lixiviation), un haut risque
de pollution des eaux s’explique par la libération de matières toxiques ou par la déposition de
sédiments en aval de l'exploitation.

17
Enfin, il ne faut pas négliger l’étape, ou l’état d’avancement du projet, qui a elle aussi une
influence sur l’environnement (figure.3.4).

18
On peut constater qu’il faut prendre en compte une foule de facteurs au moment d’évaluer les
effets d’une opération minière sur les écosystèmes locaux et régionaux. Le point de départ
consiste à établir la nature des rejets et des effluents produits. Dans la section 3.2, nous décrirons
certaines des principales sources de contaminants et leurs caractéristiques.

19
Les exploitations minières génèrent une grande quantité de rejets sous formes solide, liquide et
gazeuse. La disposition des rejets solides constitue en soi un problème particulièrement
important, dont nous traiterons séparément dans les prochains chapitres (notamment dans le
chapitre 8). Pour l’instant, nous traitons de façon plus spécifique des effluents liquides et, dans
une moindre mesure, des effluents gazeux, qui constituent des sources de contamination
susceptibles de polluer l’environnement.

3.2.1 Effluents liquides

Un contaminant présent dans un effluent constitue une substance potentiellement nocive pour
la vie aquatique ou terrestre, soit directement à cause de sa toxicité, soit indirectement, du fait
qu’il élimine des éléments de la chaîne alimentaire ou qu’il entraîne des effets nuisibles à leur
développement. On peut les diviser en trois groupes, soit les contaminants non solubles, les
contaminants solubles et les contaminants radioactifs.

Les contaminants non solubles sont constitués de particules solides en suspension dans l’eau
qui résultent le plus souvent de travaux de construction ou de phénomènes d'érosion. Dans l’eau,
ils entraînent une turbidité (coloration et manque de transparence) accrue ou des effets
d'ensablement par sédimentation. En général, ces effets ne sont pas directement toxiques, mais
ils empêchent le benthos et le plancton de se développer et ils modifient la migration des
poissons en plus de nuire à leur reproduction ou à leur croissance.

Les contaminants solubles comprennent à la fois les acides générés par l'exposition des sulfures
à l'oxygène de l'atmosphère, les métaux lourds (Cu, Pb, Zn, Hg, etc.) et les contaminants
résultant des procédés de traitement des minerais. En ce sens, le pH de l'eau est une propriété
critique en ce qui a trait au milieu de vie de la faune aquatique. L’acidification des eaux de
mines et des lixiviations (des rejets) résulte de l'oxydation de minerais sulfureux,
principalement ceux contenant du fer. Cette oxydation peut être de nature chimique ou
bactériologique et avoir des effets très importants, alors que l’on a observé des valeurs de pH
de 1,8 à 3 (Hutchison et Ellison, 1992 ; Banks et al., 1997; voir aussi les chap. 4 à 6 du manuel).
On estime par ailleurs que c’est le problème environnemental le plus important de l’industrie.
Il importe de mettre en place des modes de prévention dès le début des opérations afin de réduire
les dommages et les coûts associés au contrôle de ce que l’on appelle communément le drainage
minier acide (DMA).

La majorité des métaux lourds sont toxiques lorsqu'ils sont sous une forme soluble, et cette
solubilité dépend du pH de l'eau. Généralement, plus le pH est faible, plus la concentration en
métaux lourds est grande. Les métaux lourds en solution peuvent se déplacer très loin (plusieurs
kilomètres) en aval du point de déversement et abaisser la qualité des eaux de surface et
souterraines. Cette contamination peut en outre continuer de nombreuses années, même après
la fermeture des opérations.

D’autres contaminants résultent du traitement minéralurgique des minerais. Les agents


collecteurs, les cyanures et les agents moussants présentent tous divers degrés de toxicité pour
la vie aquatique. Dans le cas des cyanures, par exemple, on a observé que des concentrations
aussi faibles que 0,05 ppm dans une solution neutre ont causé la mort de poissons exposés en
moins de 5 minutes. La toxicité individuelle de chaque contaminant se voit même augmentée
lorsqu'il y a plusieurs contaminants en présence. Lorsqu’on établit des normes de l’effluent
rejeté, il est préférable de ne pas dépasser une concentration supérieure de 1 % à 5 % de la
concentration mortelle connue.

20
Les réactifs utilisés dans les procédés de concentration varient beaucoup en toxicité et leur
persistance est très variable. Certains seront détruits rapidement dans le bassin de rétention alors
que d'autres pour lesquels les temps de séjour s’avèrent insuffisants pourront s'échapper avec
les eaux de rejet. Lorsqu’on choisit les réactifs, il faut essayer de retenir les moins toxiques et
ceux dont la dégradation est la plus rapide. Il est de plus nécessaire de tenir compte de l’effet
global des réactifs sur le cours d'eau récepteur en fonction de sa demande chimique en oxygène,
de la demande biochimique en oxygène, de la biodégradabilité, des effets sur la faune et la flore
marine, des effets sur la concentration des solides dissous, et des effets sur la dureté de l'eau.
Dans le chapitre 7, nous reviendrons sur ces aspects et sur d’autres notions relatives aux agents
de traitement minéralurgique.

Des thiosels, ou polythionates, se retrouvent aussi dans les eaux de traitement des minerais de
sulfures (chap 5). Ils peuvent acidifier l'eau (pH de 2,5 à 3,5 typiquement) en aval des points de
déversement, même si la solution est neutre lors du déversement. Dans certaines eaux de rejet
de concentrateurs traitant des sulfures, on a déjà mesuré des concentrations de polythionates
dépassant 1000 ppm. Le meilleur moyen de lutter contre ces polythionates est d'oxyder tous les
thiosels en une forme plus stable et moins dangereuse, de préférence sur le site du concentrateur
lui-même ou, à défaut, dans le bassin de déversement des rejets. À noter que la recirculation de
l'eau peut avoir pour effet d'augmenter la concentration des thiosels présents.

Enfin, on retrouve des contaminants radioactifs principalement suite au minage ou au


traitement de minerai d'uranium. Les eaux produites contiennent du radium 226, du thorium
230 et 232 et du plomb 210. On tentera de réduire au maximum les teneurs en contaminants
radioactifs grâce à diverses technologies (nouvelles ou en développement) parce que leurs effets
peuvent s’avérer très dommageables, surtout à long terme (chap. 11).

Dans tous les cas, les normes usuelles contenues dans les règlements et les directives concernent
surtout des produits causant des dommages à la faune aquatique, pour des échantillons prélevés
le plus près possible du point de déversement ( soit à l’effluent final).

3.2.2 Effluents atmosphériques

Outre les effluents liquides, l’activité minière rejette de nombreux contaminants dans
l’atmosphère, à une distance plus ou moins éloignée du site. Parmi ces contaminants, on note
la présence de poussières et d’autres matières particulaires, ainsi que divers contaminants
gazeux (Down et Stock, 1977 ; Ripley et al., 1982 ; Marshall, 1982 ; Marcus, 1997).

Selon leurs dimensions et leurs compositions, les poussières peuvent être inertes et peu
dommageables pour l’environnement et pour la population exposée. Certaines poussières
relativement fines ( 10  m environ) sont dites respirables et peuvent même s’avérer
dangereuses, comme c’est le cas des poussières d’amiante, de béryllium et de silice qui sont à
la source de pathologies du système respiratoire. D’autres poussières qui peuvent contenir des
métaux lourds (plomb, nickel, cuivre, etc.) ont un potentiel toxique lorsqu’elles s’accumulent
dans un organisme vivant. Le plus souvent, les poussières sont le résultat de procédés de
combustion ou d’abrasion.

Les autres matières particulaires (aérosols, brouillards, fumées, etc.) peuvent comprendre à la
fois des particules solides et des gouttelettes de liquide en suspension. Leur effet dépend de leur
nature et de leurs compositions respectives.

21
Les contaminants gazeux, qui constituent une source de préoccupation importante pour
l’industrie minière, incluent le monoxyde de carbone (CO), le gaz carbonique (CO2), le dioxyde
de soufre (SO2) et les oxydes d’azote (NOx). Le monoxyde de carbone, incolore et inodore, est
un gaz qui peut se révéler toxique en raison de son affinité pour l’hémoglobine du sang
(Vesilind et al., 1994; Reible, 1999; Heinsohn et Kabel, 1999). En présence de l’oxygène de
l’air, il a toutefois tendance à se convertir en CO2. Le CO2 serait pour sa part peu dommageable
pour l’environnement à faible altitude. Toutefois, le CO2 qui s’accumule dans l’atmosphère
contribue à l’effet de serre qui, estime-t-on, serait responsable d’un certain réchauffement de la
planète (Kiely, 1997; Heinsohn et Kabel, 1999). Ce gaz résulte notamment de la combustion
incomplète du charbon et des dérivés du pétrole. Notons que son effet réel sur l’environnement
et sur le climat est quelquefois mis en doute, notamment par les gens qui œuvrent dans le
domaine de l’exploitation de ces ressources minérales (par exemple, Ramani, 1998). La
combustion de carburants fossiles est également à la source de l’émission de SO2 et d’autres
types d’oxydes de soufre (SOx). Les polluants de ce type sont très dommageables pour
l’environnement, et sont aussi le fait des exploitations de charbon et des fonderies des métaux
de base (cuivre, nickel, plomb, etc.). Tous les organismes vivants, y compris l’être humain,
ressentent l’effet du SO2. Il s’agit d’un gaz irritant pour le système respiratoire (à une
concentration de l’ordre de 5 ppm et plus). Plusieurs plantes (les conifères en particulier)
supportent mal sa présence, même à une concentration aussi faible que 0,3 ppm. La végétation
des zones situées à proximité des fonderies (par exemple Rouyn-Noranda au Québec, Sudbury
en Ontario, Trail en Colombie-Britannique, etc.) et d’usines au charbon (autour des Grands
Lacs et dans le Midwest américain) porte des marques des émissions de SO2. En outre, le SO2
émis dans l’atmosphère peut y réagir avec l’humidité et former de l’acide sulphurique qui
retombe au sol sous forme de pluies acides. Les forêts canadiennes et scandinaves ont subi les
effets néfastes de telles précipitations. Il en va de même pour plusieurs types d’ouvrages
exposés (structures d’acier et de béton, fils électriques, toitures, pierre de taille, peinture, etc.)
qui connaissent une dégradation accélérée en raison de la présence de SO2 et d’autres SOx dans
l’atmosphère. Les oxydes d’azote (NOx) sont aussi des composés nocifs, issus de l’utilisation
de carburants fossiles, dont l’émission découle directement ou indirectement des activités
minières. Le radon, souvent associé à l’uranium mais aussi aux exploitations de phosphates et
autres évaporites, constitue un autre contaminant gazeux. Sans oublier, bien sûr, plusieurs autres
types de contaminants qui méritent qu’on s’en préoccupe, comme le méthane, les composés
organiques volatiles (ou COV) et les nombreuses substances de type HAP (Hazardous Air
Pollutants) comme les solvants, les catalyseurs, les pigments et autres additifs.

On a adopté diverses lois et des normes de rejets en ce qui concerne les contaminants dans l'air
(par exemple, Kiely, 1997; Dastous et Heitz, 2000). Un des problèmes que soulèvent les
contaminants atmosphériques est le fait qu’ils peuvent se propager et se disperser facilement et
rapidement; seul un contrôle à la source est efficace (Heinsohn et Kabel, 1999 ; Vésilind et al.,
1994). Nous revenons sur cette problématique à la section 3.4.

3.2.3 Autres contaminants

Les opérations minières sont à la source de nombreux autres types de rejets. Outre les rejets
solides, qui comprennent la roche stérile, le mort-terrain et les rejets du concentrateur (chap. 8),
mentionnons divers types de métaux, des sels minéraux (surtout dans le cas d’exploitation
d’évaporites : potasse, sel gemme, etc.), des boues de traitement des eaux, divers agents
chimiques utilisés dans les procédés minéralurgiques (ou des agents dépresseurs, des agents
moussants, floculants, etc.- chap. 7), ainsi que des rebuts de toutes sortes : pneus, barils,
transformateurs, réservoirs, débris de construction, etc. À noter que la manipulation et

22
l’entreposage des équipements ayant été en contact avec des huiles ou des graisses susceptibles
de contenir des BPC et autres agents toxiques doivent se faire en conformité avec la législation
appropriée (chap. 11). On retrouvera dans le guide de l'association minière du Canada plus
d'information sur les divers types de contaminants produits (DIG 2000).

L’industrie minière est une très grande consommatrice d’eau, particulièrement au Québec, au
Canada et dans plusieurs États américains où l’on dispose de grandes quantités d’eau en surface.
En ce sens, l’industrie minière nord-américaine ressemble à la société qui l’entoure où la
population, les établissements de services (restaurants, hôtels, écoles, hôpitaux, etc.) et l’activité
industrielle consomment d’énormes quantités d’eau. Par exemple, selon un dossier de Trottier
(1999), on estime que chaque citoyen de Montréal fait un usage quotidien de 300 à 350 L d’eau,
une valeur comparable à la moyenne nord-américaine (Henry et Heinke, 1996), mais dix fois
supérieure à la consommation moyenne en Asie du Sud-Est et 20 fois plus que celle de
l’Afrique. En outre, la quantité totale d’eau traitée par la Communauté urbaine de Montréal
(CUM) représente un volume équivalent à 1050 L d’eau par habitant de l’Île ; on exclut ici
environ 300 L par jour d’eau de pluie ou de neige qui passent par les usines de traitement, mais
on tient compte des infiltrations dans le réseau de distribution et de la consommation dans les
commerces, les industries, et les établissements de service.

L’industrie minière, malgré sa voracité, consommerait moins de 2 % de l’eau utilisée par


l’ensemble des activités industrielles aux États-Unis (Down et Stock, 1997). À cet égard, les
exploitations de minerais de base (le cuivre en particulier), d’or, de fer et de phosphates sont
les plus exigeantes, avec une consommation variant de 4000 à plus de 22 000 L par tonne de
minerais. Seulement au concentrateur, les quantités d’eau requises peuvent atteindre de 4  105
à 6  106 litres par jour (Marshall, 1982), selon le type et le volume de minerai traité.

3.3.1 Provenance

L'eau en provenance d’une exploitation minière est très variable selon la nature des opérations.
Dans une mine, les principales sources incluent les eaux d'infiltration (en provenance de la
surface ou de la nappe phréatique), les eaux de pluie récupérées directement dans les opérations
en fosse, les eaux utilisées avec la machinerie ou dans des procédés (ex. contrôle des
poussières), ainsi que l’eau contenue dans le remblai hydraulique. Pour toute opération, il faut
veiller à minimiser la consommation d’eau et en réutiliser le plus possible, surtout s'il faut traiter
cette eau avant de la retourner à la nature. Voici quelques points à mentionner en ce qui a trait
à la provenance des eaux des mines.

Eaux d'infiltration.

Il n’y a pratiquement aucun moyen de maîtriser l’infiltration des eaux souterraines en


provenance de la surface et de la nappe phréatique. Il s'agit là de la principale source des eaux
de mines. Le creusement d’excavations souterraines modifie grandement le réseau
d'écoulement naturel des eaux. Une des seules méthodes disponibles pour estimer les débits qui
pourront être générés est de procéder à des essais de pompage dans des trous de grand diamètre
forés dans le massif. Cependant, il s'agit là d'une pratique exceptionnelle, onéreuse et souvent
peu précise.

Il est possible de réduire les infiltrations grâce à des injections de coulis dans le massif fissuré
(grouting), au pompage de la nappe ou au détournement des eaux de surface à l’écart des zones
exploitées. Dans plusieurs cas, on peut collecter les eaux infiltrées dans les niveaux supérieurs

23
et les utiliser aux niveaux inférieurs de la mine (ce qui évite de s’alimenter à l’extérieur). Nous
présenterons à la section 3.4 les mécanismes de transport de l’eau souterraine.

Eaux de forage.

Les quantités d'eau de forage requises sont de l'ordre de 2 à 5 L/min pour les perforatrices
(stoppers, drifters) et le forage de longs trous. Le forage aux diamants peut demander beaucoup
plus (20 à 25 L/min). La qualité de l’eau d’alimentation des foreuses dépend surtout aux coûts
d’entretien des machines. Les principaux paramètres à surveiller pour ces eaux sont le pH, la
dureté, et la concentration des solides en suspension. Dans certains cas, il est possible, pour
minimiser les quantités d'eau introduites sous terre, d'utiliser de l'eau d'infiltration ou de recycler
de l'eau déjà utilisée après une décantation et une clarification.

Eaux de contrôle des poussières.

Les quantités d’eau en cause dépendent du nombre de volées sautées par jour, du nombre de
points de transfert utilisant l'eau comme agent de lutte contre les poussières, des besoins des
concasseurs, et des autres besoins généraux, y compris le nettoyage. Généralement, s'il n'y a
pas acidification, cette eau ne nécessitera qu’une clarification pour qu’on puisse l’utiliser de
nouveau. Cependant, certaines techniques de lutte contre les poussières supposent l’utilisation
d’embouts spéciaux pour vaporiser l’eau en fines gouttelettes. Dans ces cas, il faut utiliser de
l’eau contenant relativement peu de particules solides en suspension parce que ces dernières
peuvent bloquer les orifices des embouts.

Eaux de refroidissement.

Pour estimer les besoins en eau de refroidissement pour les roulements à billes ou pour les
machines, on peut se baser sur les spécifications du fabricant. Dans bien des cas, toutefois, ces
appareils peuvent fonctionner avec de l’eau recirculée, surtout si l’on utilise un échangeur de
chaleur pour le refroidissement. Pour ce qui est de la climatisation de l’atmosphère, les quantités
en cause peuvent fluctuer de façon importante, mais elles sont négligeables au Québec.

Eaux potables et sanitaires.

On estime qu’une personne a besoin de 70 L d’eau potable par jour. Il s’agit cependant là d’une
valeur très variable. Il convient ici d’éviter de laisser les robinets ouverts pour attendre l’arrivée
d’eau froide ou pis encore de les oublier ouverts par négligence. Étant donné que sous terre on
ne fait généralement pas usage d'eau pour les besoins sanitaires, ces eaux ne posent pas de
problèmes particuliers.

Eaux de fuites des pompes.

Les quantités d’eau en cause sont fonction de la grosseur des pompes et de la qualité de leur
entretien. Cependant, il s’agit de quantités généralement petites en regard de l'ensemble.

Eaux de remblayage hydraulique.

Les remblais hydrauliques consistent généralement en pulpes ayant une densité de 35 % à 85


% solide (chap. 8). Le remblai se draine jusqu'à un pourcentage d’humidité d’environ 10 % à

24
50 % (selon sa nature et sa position), ce qui peut représenter une quantité d’eau à pomper en
surface d’environ 400 L par tonne de remblai utilisée.

Pour sa part, le concentrateur (usine minéralurgique) utilise une grande quantité d’eau, qui peut
atteindre plus de 3 t par tonne de minerai traité (par exemple, Ripley et al., 1982). Lorsque l’on
établit les bilans d’eau nécessaires pour l’opération d’un concentrateur (sect. 3.5), il faut prendre
en considération toutes les sources disponibles et tous les besoins à satisfaire. Parmi ces sources,
il faut compter les eaux de la mine, les surverses des épaississeurs, les eaux de filtration, les
eaux décantées des étangs, les eaux de refroidissement des machines et les apports d’eau
nouvelle.

3.3.2 Facteurs d’influence

Les principaux facteurs qui influent sur la qualité des eaux de mines sont le type de
minéralisation du massif, l’hydrogéologie du dépôt, les types, les quantités et les procédures
d’utilisation des explosifs et des huiles ou lubrifiants, les caractéristiques des matériaux utilisés
comme remblai ainsi que les moyens utilisés pour disposer des déchets sanitaires. Examinons
brièvement certains de ces facteurs.

Nature du minerai.

Il s'agit probablement du facteur le plus important en ce qui a trait à la qualité des eaux de
mines, surtout dans les cas de génération d'eau acide. On a mis au point des procédures d’essais
permettant de déterminer si un gisement sera ou non générateur d'eau acide (chap. 5). Si c’est
le cas, le pH des eaux de mines peut être très bas (souvent entre 2 et 3) et les concentrations en
métaux lourds, par contre, seront relativement élevées car la solubilité dépend fortement du pH
de l'eau (voir figure 3.5, voir aussi la figure 5.9). Si le gisement est de type basique, on aura
des eaux générées le plus souvent presque neutres et peu de métaux lourds dissous.

25
Explosifs et lubrifiants utilisés.

Le nitrate d’ammonium (dans l’ANFO) est hautement soluble et il arrive qu’il y ait
contamination de l’eau en cas de déversements accidentels ou de lavages d’explosifs
partiellement explosés. Des quantités importantes d’huile ou de lubrifiant, si on n’y prend garde,
peuvent se déverser sur le sol et parvenir jusqu’à l’eau.

Remblayage hydraulique.

La qualité des eaux de drainage du remblai hydraulique dépend d’abord du type de matériau
utilisé comme remblai et de sa réactivité, et aussi du fait que l’on y ajoute ou non du ciment.
Souvent, ce sont les eaux du moulin qui acheminent le remblai sous terre. Cette eau, si elle est
légèrement alcaline, peut favoriser la neutralisation des eaux de mine. Cependant, dans les
exploitations où l’on utilise de grandes quantités de ciment, la neutralisation de l’eau peut
entraîner la formation de quantités importantes de boues gélatineuses. De plus, si l’on utilise
l’eau de rejet du concentrateur pour la mise en place du remblai, il peut y avoir contamination
des eaux de mine par des réactifs de concentration non dégradés (le cyanure, par exemple).
Enfin, on peut retrouver dans certains rejets de concentrateur des quantités relativement
importantes de matériaux très fins, et ce phénomène peut donner lieu à un problème de
manipulation de boues.

26
Eaux de forage.

Le forage affecte la qualité de l’eau, car les particules fines produites augmentent la
concentration des solides en suspension. La grande surface de contact générée par ces particules
fines facilite les réactions chimiques avec le milieu environnant. De plus, l’huile de lubrification
peut contaminer l’eau soit à la suite du dépôt des gouttelettes formées dans l’air, soit par des
renversements accidentels.

Eaux sanitaires.

Les eaux sanitaires sont habituellement un facteur secondaire. Comme on retire régulièrement
les rejets des toilettes (sèches) et qu’on les élimine en surface, ils ne représentent pas une source
de contamination notable des eaux de mine.

Eaux traitées chimiquement.

Dans le but de minimiser les dépôts dus à une eau dont la dureté est trop élevée, on peut devoir
faire appel à des produits chimiques pour adoucir l’eau. Cependant, ces derniers ont parfois
comme effet de favoriser la formation et la croissance d'algues dans les eaux de déversement.

Par ailleurs, certains gaz comme le H2S, le SO2, le NH3 et le CO sont solubles dans l’eau. En
général, ils ne présentent toutefois pas un danger de contamination étant donné qu'ils sont en
majeure partie éliminés par la ventilation. Le tableau 3.1 montre les caractéristiques de divers
effluents miniers. D'autres informations à ce sujet sont présentées aux chapitres 5 et 7.

27
3.3.3 Réduction et contrôle des apports d’eau

Une des meilleures façons de réduire les quantités d'eau consommées dans les opérations
minières est d’en réutiliser une proportion aussi grande que possible. On procède ainsi sans trop
de problèmes pour le forage, la lutte contre les poussières et le remblayage hydraulique, entre
autres. De plus en plus de mines canadiennes recyclent une partie de leur eau dans les opérations
souterraines. L’eau réutilisée provient typiquement à 70 % d’eau recyclée et à 30 % d’eau
d’infiltration ou pompée. En outre, un certain nombre de mines n’installent pas de conduites
d’eau potable sous terre, mais ont plutôt recours à des réservoirs transportables.

Il y a plusieurs façons de manipuler les eaux de mines durant l’opération. On peut les recueillir,
les traiter et les recycler à l'intérieur même de la mine, ou les diriger vers le concentrateur afin
de les utiliser dans le procédé de concentration. On peut également les acheminer sur la halde
de déchets, les traiter si nécessaire et les recycler soit au concentrateur, soit à la mine, selon les
besoins et les situations. Dans la plupart des cas, on les achemine vers un bassin de traitement
en surface avant leur réutilisation. Dans des cas exceptionnels, on les déverse directement dans
l’environnement si elles satisfont aux normes en vigueur.

En règle générale, pour recycler les eaux, il faut en retirer les solides en suspension. Si l’on
utilise des pompes à haute pression pour transporter les eaux de mine, on pourrait devoir faire
subir à ces eaux une clarification antérieure au pompage. On procède le plus souvent à cette
opération dans des bassins de sédimentation érigés à cet effet.

Si l’eau est acide, il est préférable de la traiter en surface où il y a plus d’espace et où l’on peut
mieux contrôler et surveiller le procédé (chap. 5). S’il s’avère nécessaire de pomper une eau
acide en surface, on peut soit la neutraliser sous terre et la pomper avec des pompes et des
tuyaux ordinaires en acier, ou soit la pomper sans traitement avec des pompes et des conduites
recouvertes de caoutchouc, ou dans des conduites en acier inoxydable ou en plastique. Cette
deuxième solution présente davantage d’intérêt parce qu’on se trouve alors à minimiser l’usure
des composantes causée par les boues résultant de la neutralisation. Il est aussi plus facile de
disposer de ces boues en surface que sous terre.

Dans le cas des traitements minéralurgiques, il y a diverses options quant à la façon de réutiliser
l’eau. On peut récupérer l’eau du concassage et s’en servir pour le tamisage humide, la
suppression de la poussière, la filtration par un procédé humide, la protection contre le feu et le
nettoyage général. Le refroidissement des équipements de concassage représente une autre
utilisation. Les quantités d’eau que demande le refroidissement de l’huile des concasseurs
varient selon les fabricants, de même que de la température de ces eaux. Par exemple, un
concasseur donné nécessite de 25 à 195 L/min pour de l’eau à 21  C, mais le débit requis passe
à des volumes d’entre 20 L et 100 L pour de l’eau à 15  C. On peut soit refroidir et faire circuler
de nouveau ces eaux de refroidissement, soit les utiliser dans un autre procédé. Dans ce dernier
cas, il faut s’assurer qu’il n’y a pas de fuites d’huile dans le système pour éviter que l’eau ne
contamine les processus. Les concasseurs munis d’une enceinte à scellage humide contre les
poussières utilisent environ de 50 à 60 L/min (ou moins).

L’eau nécessaire au broyage sert d’abord à produire une pulpe d’une densité initiale de 60 % à
80 % de solides, et ces pourcentages passeront ensuite à 30 % à 50 % de solides. Si l’eau n’est
pas trop acide, on peut utiliser de l’eau non traitée; sinon, on peut toujours ajouter la chaux
nécessaire pour rehausser le pH. Un autre besoin en eau est le refroidissement des machines,
comme dans le cas du concassage.

28
Le procédé de flottation a un effet significatif sur les besoins en eau, car il peut exiger de grandes
quantités d’eau ayant des caractéristiques très spécifiques. En effet, sa qualité influe directement
sur le taux de récupération des valeurs commerciales et, par conséquent, sur le rendement du
concentrateur. Des résidus de réactifs présents dans l’eau qu’on fait recirculer peuvent nuire à
l’efficacité du processus de flottation. Compte tenu de la sensibilité chimique des réactifs, on
recommande de ne pas utiliser de l’eau en recirculation pour la préparation des solutions de
réactifs. Notons toutefois que la qualité de l’eau reconnue comme acceptable pour la flottation
est généralement moindre que celle qu’on prescrit pour l’effluent final retrouvé dans la nature.
Il est donc logique de faire circuler de nouveau autant d’eau que possible en provenance de
l’opération, y compris les eaux de mines et les eaux de la halde de stérile pour le procédé de
flottation.

3.3.4 Hydrologie et hydrogéologie

Les océans et les glaciers contiennent environ 96 % de l’eau de toute la planète. La population
a accès à 0,6 % à peine de l’eau qui est douce pour ses usages courants (Castany, 1982). La
répartition de l’eau sur le globe dépend du cycle hydrologique, établi sur une période de temps
donnée (souvent sur 12 mois, de novembre à octobre). Ce cycle inclut quatre grandes
composantes : les précipitations (P), l’évaporation et l’évapotranspiration (E), le ruissellement
(R) et l’infiltration (I). La figure 3.6 présente la répartition typique du cycle global de l’eau sur
la Terre.

À l’échelle planétaire, de 75 à 80 % des précipitations se produisent au-dessus des océans, ce


qui représente approximativement 4  1017 L d’eau par année (Down et Stocks 1977).

Il est possible, sur un territoire donné, d’évaluer les composantes de ce cycle, et d’établir ainsi
le bilan hydrique du bassin. Le bilan hydrique d’un site correspond à la formule suivante :

(3.1) P=E+R+I

Il peut aussi y avoir, en plus des composantes précitées, d’autres éléments à prendre en
considération, y compris les échanges entre bassins voisins, le stockage temporaire ou

29
permanent, et les venues d’eaux qui ne seraient pas de sources naturelles (par exemple, une
partie ou la totalité de l’eau des opérations d’extraction et de traitement).

Composantes du bilan hydrique

D’après les observations, les précipitations annuelles moyennes sur le sud du Québec (qui
comprend une partie de l’Abitibi) sont généralement de l’ordre de 900 à 1000 mm.
L’évaporation peut atteindre de 400 à 450 mm/année, et même plus compte tenu de la présence
de plans d’eau. Le ruissellement et l’infiltration dépendent beaucoup du type de sol, de la
végétation et de la topographie. Il n’est pas rare que l’infiltration représente entre 10 à 20 % des
précipitations. En Abitibi-Témiscamingue, l’excédent d’eau moyen annuel (P - E) varie
d’environ 300 mm près de Ville-Marie et de La Sarre, à 400 mm à Rouyn et à Val d’Or, et à
plus de 500 mm près de Chibougamau.

La figure 3.7 illustre de façon schématique l’évolution possible des composantes du bilan (débit
par unité de surface) en fonction du temps lors d’une averse à taux de précipitation constant.

La figure 3.8 (a et b) montre les principales composantes du bilan hydrique d’un site
d’exploitation et de concentration du minerai.

30
Le bilan doit faire l’objet de calculs précis, car il servira à la conception des divers ouvrages
destinés à l’exploitation de la mine, en particulier les bassins d’accumulation et de rétention des
rejets solides et liquides.

La première étape de l’établissement d’un bilan hydrique est la construction d’un modèle
conceptuel, un exercice qui fait souvent appel à l’utilisation d’un code numérique hydrologique
(on en trouve plusieurs sur le marché). Les données requises pour mettre ce modèle au point
incluent les données météorologiques concernant les précipitations, la température et le

31
rayonnement solaire (si disponible). Au cours de la construction du modèle et de l’établissement
du bilan, on tient souvent compte à la fois des conditions moyennes et des conditions
exceptionnelles.

Certains organismes, comme Environnement Canada, produisent des tableaux et des figures sur
les valeurs observées de précipitations et de températures (généralement réparties sur les 12
mois de l’année) à un endroit spécifique et sur une période donnée. De ces observations, on
peut tirer des valeurs statistiques, notamment les valeurs moyennes ainsi que les écarts pour
une probabilité choisie. À partir des données météo détaillées, on peut aussi établir des relations
entre l’intensité de l’événement (en millimètres par heure pour les précipitations, par exemple),
sa durée (en minutes ou en heures pour une averse) et sa période de récurrence (la fréquence de
l’averse par année). Une fois ces données connues, on peut faire une évaluation des conditions
extrêmes pour les besoins de la conception. On fait en principe le design pour des précipitations
ayant une durée donnée (par exemple: 1 heure, 6 heures, 24 heures, 48 heures, etc.) et une
période de retour (ou de récurrence) PR donnée (disons 20, 50, 100, 1000 ans, etc.). Comme la
période d’observation et d’accumulation des données est souvent bien plus courte que la période
choisie pour les événements récurrents, il faut avoir recours à des fonctions d’extrapolation,
lesquelles peuvent produire des résultats un peu différents selon l’expression mathématique
retenue (Rao, 1995; ASCE, 1996). Le choix de la fonction retenue devient surtout importante
pour les PR très longues, et en particulier pour la PMP (précipitation maximale probable)
correspondant à l’ampleur (la hauteur) maximale d’une durée fixe pour une averse (ou un orage)
sur une superficie donnée à une période particulière. À titre d’exemple, mentionnons que dans
le sud du Québec (Hull, Montréal, Sherbrooke), la PMP d’une durée de 24 heures sur une
superficie de 10 mi2 (environ 30 km2) est de l’ordre de 50 à 65 cm environ pour les mois de
juillet et août. Cette valeur de PMP a tendance à diminuer lorsque l’on se déplace vers le nord.
Pour la région d’Elliot Lake, et celle des rivières N.B.R. au Québec, elle serait de l’ordre de 35
à 40 cm (durée de 24 heures, sur 30 km2). L'ampleur de la PMP diminue aussi lorsque la
superficie prise en compte augmente (surtout au-delà de 1000 km2). À la PMP correspond la
crue maximale probable (CMP) du bassin, qui dépend de sa superficie et de ses caractéristiques
de drainage.

La répartition de l’eau en surface dans le temps constitue l’hydrogramme du site, qui varie avec
l’intensité et la durée des précipitations, le taux d’infiltration et le volume d’eau infiltrée (voir
Hartman 1992 – section 7; ASCE 1996). Un hydrogramme a souvent une forme de cloche avec
un sommet dans le débit de ruissellement, qui est déphasé dans le temps par rapport au début
des précipitations (figure. 3.9).

32
D’autres caractéristiques interviennent dans l’établissement du bilan hydrique d’un site.
Mentionnons la topographie et la superficie des divers bassins versants, la présence de
composantes majeures (par exemple haldes de stérile, parc à résidus, etc.), ainsi que le
pourcentage de ruissellement et d’infiltration correspondant au terrain (végétation, sols
granulaires, sols peu perméables, stériles, etc.), et à l’averse étudiée.

Comme nous le verrons au chapitre 8, l’un des défis du concepteur est de concevoir des
ouvrages qui sont en mesure de fonctionner aussi bien en période de production normale que
lors d’événements critiques. Dans ce dernier cas, il s’agit d’éviter les déversements
catastrophiques et les dommages importants aux infrastructures et à l’environnement. La
gestion des eaux a aussi une incidence importante sur les équipements de traitement, soit pour
les eaux acides (chap. 5) ou pour les eaux contenant des agents chimiques (chap. 7).

Eau souterraine

Si la gestion des eaux en surface est très importante, on peut en dire autant des écoulements
souterrains dans les sols, les rejets et les massifs rocheux. Le domaine de l’hydrogéologie (la
science qui étudie ces aspects) fournit les outils nécessaires pour caractériser la nature et les
propriétés des matériaux géologiques, pour évaluer la trajectoire et la vitesse de l’eau de même
que pour analyser la migration des contaminants. L’hydrogéologie fait appel à de multiples
techniques pour résoudre les problèmes posés, y compris les travaux de terrain (forage,
échantillonnage, essais en place, levés piézométriques, etc.), les essais de laboratoire (propriétés
de base, propriétés hydrauliques, interaction avec la lixiviation, etc.), les simulations sur
modèles physiques et numériques, ainsi que l’instrumentation et l’auscultation des sites et des
ouvrages.

Dans une analyse hydrogéologique, il est essentiel de définir adéquatement les composantes
préalables du bilan hydrique et la stratigraphie des géomatériaux en place. L’identification des
couches très perméables (aquifères, qui peuvent contenir beaucoup d’eau) et de couches peu
perméables (aquitars), la position de la nappe phréatique, l’existence de surpressions et de
gradients hydrauliques naturels importants (en particulier les pressions artésiennes), et la
présence de contaminants dans les sols et l’eau constituent ici des points particuliers sur lesquels
il faut se pencher.

33
L’analyse des conditions d’écoulement dans les matériaux géologiques se fonde sur l’équation
de Bernouilli, qui exprime la charge totale (habituellement exprimée en mètres d’eau) en un
point de la façon suivante (Bowles 1984) :

(3.2) h = z + p/ w + v2/2g

où z = l’élévation pour un datum donné


p = la pression d’eau
 w = le poids unitaire de l’eau ( w = 9,8 kN/m3 à 20  C)
v = la vitesse d’écoulement
g = l’accélération gravitationnelle

Comme la vitesse est souvent faible et qu’elle varie peu entre deux points dans le sol, on
exprime souvent la charge hydraulique, h, sans tenir compte du troisième terme de droite de
l’équation 3.2.

Transformée par Hagen et Poiseuille, puis par Darcy, cette équation a été reformulée pour
exprimer la vitesse d’écoulement de l’eau, v, dans un milieu poreux soumis à un gradient
hydraulique. On peut écrire ainsi l’équation de Darcy, utilisée universellement comme suit :

(3.3) v = k i = k ( h/ L)

où k est la conductivité hydraulique (ou coefficient de perméabilité, ou coefficient de Darcy),


qui est généralement exprimée en centimètres par seconde ou en mètres par seconde (et parfois
en mètres par jour, en kilomètres par année, etc.) ;  L est la distance entre les deux points où
l’on évalue la différence de charge  h (= h1 - h2, entre les points 1 et 2). À partir de la vitesse
de Darcy, v, qui est linéairement proportionnelle au gradient hydraulique i, on peut calculer le
débit d’eau en multipliant par l’aire A (Q = v  A).

On peut également exprimer la facilité avec laquelle s’écoule un fluide (eau, air, huile, etc.)
sous l’effet d’un gradient hydraulique à l’aide de K, la perméabilité (ou perméabilité
intrinsèque) du milieu, qui est théoriquement indépendante des caractéristiques du fluide. On
peut écrire :

(3.4) K = k  / f = k g/v

où  est la viscosité du fluide et  f est son poids unitaire. On exprime la valeur de K en unités
de surface (cm2, m2, pi2) ou en Darcy (1 Darcy = 9,87  109 cm2).

La valeur de k (et de K) de l’eau peut varier de plusieurs ordres de grandeur, selon la nature des
matériaux. Pour les sols, elle peut aller de moins de 10-7 cm/s (argile ; valeur souvent considérée
comme son pratiquement imperméable) à 102 cm/s (graviers). Les variations peuvent être tout
aussi grandes dans les roches, selon que l’on a affaire à un massif très dense (k de 10-8 à 10-10
cm/s) ou à un massif fracturé, altéré, ou très poreux (k de 10-4 à 100 cm/s).

Pour déterminer la vitesse de migration d’un contaminant, il faut d’abord convertir la vitesse
de Darcy (éq. 3.3) en vitesse réelle (ou actuelle), va, qui tient compte du fait que l’eau ne
s’écoule que dans le système de pores. On exprime cette vitesse ponctuelle comme suit :

34
(3.5) va = v/ne

où ne est la porosité effective qui contribue à l’écoulement. Comme ne est plus petit que 1
(typiquement, ne = 0,1 à 1 n, où n est la porosité totale), on aura toujours va > v. La porosité
totale n d’un sol peut varier de 0,1 (très dense) à 0,5 et plus (structure ouverte), alors que celle
des roches et massifs rocheux peut aller de moins de 0,01 à plus de 0,4.

S’il est relativement facile d’estimer la valeur de k (ou K) pour des sols et des rejets de
concentrateur, cette opération peut s’avérer plus compliquée dans le cas des empilements de
roches stériles (chap. 8) et pour les massifs rocheux fracturés. Dans ce dernier cas, il est possible
de combiner les essais de terrain à des relevés de fractures pour estimer la conductivité locale
du massif, ce qui engendre souvent de grandes imprécisions et incertitudes.

La structure d’un sol, sa porosité et sa conductivité hydrauliques sont en relation étroite. On sait
par exemple que l’on peut estimer la valeur de k à partir de relations empiriques comme la
relation de Hazen pour les matériaux sableux :

(3.6) k  c D102

où on exprime le D10 en centimètres et k en centimètres par seconde ; la valeur de c varie


typiquement de 0,4 à 1,5 selon les caractéristiques du milieu poreux. Cette valeur de c varie
approximativement en fonction de ex (où x varie de 2 à 3), avec c qui augmente lorsque l’indice
des vides e augmente (e = n/(1-n)). La valeur de k (comme celle de e) affecte aussi la
compressibilité du matériau et sa vitesse de consolidation.

Dans un matériau stratifié, ou anisotrope (comme le sont souvent les rejets miniers), la valeur
de k varie selon la direction de l'écoulement. Pour un écoulement dans le sens des strates, on
peut écrire :

(3.7) kh =  ki li /  li

où kh est la conductivité hydraulique équivalente du système, avec ki et li qui représentent les


valeurs de k et l (épaisseur) pour la couche i ; pour l’écoulement vertical, on écrit :

(3.8) k v=  li /  (li / ki)

En appliquant ces équations, on constate que la valeur de kh, plus fortement influencée par les
couches plus perméables, est supérieure à celle de kv, qui dépend surtout des couches moins
perméables.

Dans le cas de contaminants, il faut aussi se rappeler que ces derniers peuvent migrer sous
l’effet de mécanismes complémentaires à l’advection (loi de Darcy), comme la diffusion
moléculaire et la dispersion (par exemple, Freeze and Chery, 1979).

La caractérisation des sols en place, et des zones aquifères en particulier, peut réclamer la mise
en oeuvre d’essais de pompage dans des puits qui permettent, sous certaines conditions,
d’estimer les paramètres hydrogéologiques comme la transmissivité T (le taux de transmission
à travers une largeur unitaire d’un aquifère pour i = 1 ; T = kb, où b est la largeur de l’aquifer
estimé) et le coefficient d’emmagasinement S des sols (le volume d’eau qu’un volume unitaire
de sol aquifère laisse s’échapper ou emmagasine lorsque  h = 1) (par exemple, Freeze et Chery,

35
1979 ; Todd, 1980). Les essais de pompage sont également utiles lorsque l’on doit dénoyer une
partie ou la totalité d’une mine afin d’estimer les caractéristiques du milieu.

Outre les essais directs en laboratoire ou in situ, on peut également se servir d’un bilan d’eau et
d’une caractérisation hydrogéologique pour analyser les caractéristiques d’écoulement de l’eau
souterraine sur un site (c’est-à-dire k, i, ne, etc.). À cet égard, des lectures piézométriques
permettent d’évaluer les charges hydrauliques en divers points pour tracer des surfaces
équipotentielles et des lignes d’écoulement, pour calculer les gradients hydrauliques, pour
mesurer des valeurs de k et pour déduire les valeurs de v (= k i =  h/ L). Des piézomètres
bien installés peuvent aussi servir à échantillonner l’eau souterraine et ainsi à évaluer la qualité
des eaux naturelles et la contamination (en fonction de pH, ions en solution, oxygène dissous,
etc.) actuelles et futures. Les précautions à prendre et les vérifications à effectuer dans un tel
cas sont de première importance pour s’assurer de travailler avec des données de qualité
(Chapuis, 1991).

Dans les matériaux poreux, l’eau peut remonter au-dessus du niveau de la nappe phréatique par
capillarité. Il y a en fait au-dessus de la nappe une zone humide, appelée zone vadose, qui inclut
une frange capillaire où l’eau est présente en grande quantité (le degré de saturation, Sr, y est
proche de 100 %). Cette remontée capillaire et les conditions de l’eau dans la zone vadose
constituent une branche de l’hydrogéologie qui touche les écoulements en milieux non saturés
(Freeze et Chery, 1979 ; Fredlund et Rahardjo, 1993). Dans ces circonstances, on doit tenir
compte, lorsqu’on utilise l’équation de Darcy, du fait que k varie en fonction de Sr (ou de la
teneur en eau volumique  = Sr  n). Nous reviendrons brièvement sur ces aspects dans les
chapitres 6 et 8.

L’écoulement souterrain de l’eau peut poser divers problèmes en ce qui a trait à la conception
des ouvrages. On peut caractériser ces écoulements à l’aide de réseaux d’écoulement composés
d’équipotentiels et de lignes (trajectoires) d’écoulement, qu’on construit par des méthodes
analytiques (par exemple, Bowles, 1984 ; Cedergren, 1989) ou numériques (Chapuis et al.,
1999). Ces réseaux d’écoulement sont particulièrement utiles pour déterminer les débits
d’exfiltration (à travers une digue par exemple), ou pour évaluer les pressions interstitielles en
divers points et ainsi déterminer les risques de boulance, de soulèvement et d’érosion
régressive. Les réseaux d’écoulement sont également très utiles pour analyser l’effet des
mesures de contrôle (par exemple, drains de pieds, drains cheminés, noyaux imperméables,
etc.), pour fournir les données de base requises aux analyses de stabilité des pentes (chap. 8), et
pour évaluer les risques associés à des situations particulières (colmatage d’un drain ou d’un
filtre, vidange rapide, rehaussement du niveau de l’eau dans les bassins, etc.).

Un être humain inspire quotidiennement environ 12 m3 d’air (Landry, 1997). Ces 15 kg d’air
aspiré représentent approximativement sept fois la quantité d’eau consommée (environ 2 kg par
jour) et dix fois la masse de la nourriture ingérée (1,4 kg par jour en moyenne). L’air est tout
aussi indispensable que l’eau et le sol à la subsistance des êtres humains. Il est donc nécessaire
que les opérations minières se conforment aux meilleures normes connues pour protéger la
qualité de l’environnement atmosphérique.

À proximité du sol, l’air contient habituellement 78,1 % d’azote (N2), 20,9 % d’oxygène (O2),
0,9 % d’argon (Ar), et 0,03 % de dioxyde de carbone (CO2), avec des éléments traces comme
le néon (Ne), l’hélium (He) et l’ozone (O3), etc. L’atmosphère terrestre comporte quatre grandes
couches, soit la troposphère (de 0 à 12 km d’altitude environ), la stratosphère (de 12 à 50 km),
la mésosphère (de 50 à 82 km) et l’asthénosphère ou thermosphère (de 82 à plus de 120 km);

36
certaines caractéristiques de ces couches sont illustrées à la figure 3.10. C’est dans la
troposphère, dont l’épaisseur varie selon la saison et la latitude, qu’on retrouve la grande
majorité des contaminants.

Le vent et autres turbulences atmosphériques (d’origine thermique ou mécanique) contribuent


à favoriser la propagation des contaminants, qu’ils soient sous forme solide, liquide, ou gazeuse.
Entre autres contaminants pouvant être émis dans l’atmosphère, on reconnaît les contaminants
gazeux et les matières particulaires composées des substances liquides et solides en suspension
dans l’air (Règlement sur la qualité de l’atmosphère Q-2 à Q-20). Ces dernières prennent
diverses formes : aérosols, brouillards, brume, gouttes, poussières, fumées, spores, pollen,
cendres, etc.

Les contaminants gazeux comprennent surtout le dioxyde de soufre (SO2), les oxydes d’azote
(NOX), les oxydes de carbone (CO et CO2), ainsi que des composés organiques volatils (COV)
incluant les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et l’ozone (O3). Ce dernier est
typiquement produit lorsque les rayons UV dissocient le NO2 (en NO + O) en présence de
l’oxygène atmosphérique O2 (réaction O + O2 → O3). Plus d’information sur la nature et
l’origine ces contaminants atmosphériques sont présentés dans Landry (1997), Kiely, (1997) et
Reible (1999).

Un des effets nocifs de ces émissions atmosphériques est la production de pluies et de neiges
acides. Les précipitations acides dues à la présence de H2SO4 ou de HNO3 résultent du contact
de l’eau avec l’ozone, le NO2 ou le SO2. Le pH normal des précipitations, qui est de 5,4 à 5,6

37
environ, peut alors être considérablement abaissé. Par exemple, on a déjà observé un pH de
1,69 pour un échantillon de brouillard au sud de la Californie et des précipitations avec un pH
de 2,4 en Écosse (Landry, 1997). Le Québec, en raison de sa position géographique et de la
trajectoire des vents, s’est révélé être une des victimes de cette pollution souvent exportée sur
de longues distances. On a aussi produit sur son territoire de grandes quantités de SO2 ; en 1991,
on parlait de 211 200 t de SO2 émises par année par les exploitations de Cu-Zn au Québec
(contre 640 900 t en 1980). Les sols et les cours d’eau ont été les premiers touchés, et les
victimes ont été la flore et la faune environnantes. Plusieurs entreprises minières, au Canada et
au États-Unis, ont toutefois modernisé leurs installations au cours des dernières années, les
rendant ainsi moins polluantes (Newman et al. 1999; Warner, 1999)

Pour évaluer la migration et les trajectoires des contaminants atmosphériques, il faut tenir
compte des caractéristiques météorologiques de l’endroit (Johnston et Durucan, 1999). La
direction et l’ampleur des vents constituent évidemment le premier facteur, mais il faut
également s’attarder aux gradients thermiques naturels, à la proximité de sources de chaleur
(villes, usines, etc.), et aux obstacles à la circulation de l’air (montagnes et vallées, bâtiments,
etc.). Les contaminants se déplacent aussi verticalement, vers le haut ou vers le bas, sous l’effet
des gradients de pression et de leur poids propre, en plus de se déplacer horizontalement.

La figure 3.11 illustre schématiquement la relation qui existe entre la variation de température
et l’altitude. Une variation adiabatique (soit une diminution de température due à l’expansion
de l’air avec l’augmentation en altitude, sans échange de chaleur) est d’environ -1°C par 100
mètres d’élévation (Down et Stocks, 1977).

Si la baisse de température est plus rapide que le taux de variation adiabatique, alors
l’atmosphère devient instable et un mélange rapide de l’air survient. Si par contre, la diminution
de température est plus lente que le taux de variation adiabatique, alors l’atmosphère devient
stable. On peut même atteindre des conditions propices à une inversion (soit une augmentation

38
de la température avec l’altitude), ce qui contribue à freiner la dispersion des contaminants
atmosphériques. La plupart des graves épisodes de pollution atmosphérique observés dans le
monde ont été associés à de telles inversions de température. La figure 3.11b illustre comment
les variations de conditions atmosphériques peuvent affecter le comportement des panaches de
fumées émanant des cheminées d’usines. Le fait d’émettre les contaminants à partir de hautes
cheminées peut aider à réduire les retombées locales, mais certaines conditions climatiques
(dites super-adiabatiques) ont tendance à faire retomber le panache à proximité des points
d’émission (Vesilind et al., 1994 ; Reible, 1999).

Dans le cas des particules, leur dimension joue un rôle prépondérant sur leur transport, et sur
leur mode d’ingestion par les organismes vivants. Les mines et les carrières sont d’ailleurs l’une
des principales sources industrielles de matières particulaires, qui sont alors d’origine
mécanique (comminution, tamisage, transport, etc.), thermique ou chimique (condensation,
combustion, etc.). La taille des particules peut varier de moins de 0,1 μm à plus de 10 μm. Plus
elles sont grosses et lourdes, plus elles ont tendance à se déposer près du site de leur émission
(en général).

Il convient aussi de prêter une attention particulière aux contaminants gazeux qui se déplacent
vers les couches plus élevées, notamment ceux qui affectent la couche d’ozone (le chlore et le
brome en particulier) à une élévation de 20 à 40 km environ, ainsi que les gaz à effet de serre
qui seraient la cause d’un réchauffement de la planète (CO2, CH4, etc.).

Il n’est toutefois pas facile de prévoir le devenir des contaminants dans l’atmosphère (Johnston
et Durucan, 1999; Calviac et Vesovic, 1999). On sait néanmoins que dans pratiquement tous
les cas, les contaminants atmosphériques ont tendance à se disperser rapidement, de sorte qu’il
est de loin préférable de les capter à la source plutôt que de tenter de les récupérer après leur
émission (Hartman 1992 – section 11; Davis et Taylor, 1994 ; Heinsohn et Kabel, 1999).

Par ailleurs, il convient de noter en terminant cette section que les questions relatives au
traitement et à la qualité de l’air ambiant sont l’objet de cours qui traitent de l’hygiène du travail,
et ils ne sont donc pas abordés dans ce manuel (voir aussi Peavy et al., 1985; Vutukuri et Lama,
1986; Vesilind et al. 1994; Davis et Taylor, 1994 ; Reible, 1999).

Comme nous en avons discuté au chapitre précédent, les pratiques minières actuelles génèrent
divers types de rejets que l’on retrouve sous différentes formes (solides, effluents liquides, rejets
atmosphériques). Bien confinés et isolés, ces rejets ont peu de conséquences, du moins à court
terme. Toutefois, il y a lieu d’être préoccupé lorsque les différentes formes de rejets entrent en
contact avec leur environnement avoisinant.

Au chapitre 2, nous avons vu que la législation québécoise oblige le promoteur d’un projet
minier à réaliser une étude environnementale pour l’obtention du certificat d’autorisation requis
afin d’amorcer les activités d’exploitation. Dans plusieurs cas, le promoteur fera une étude
d’impact afin d’évaluer les effets de l’intervention humaine sur les écosystèmes en présence.
Même lorsque la législation locale n’est pas explicite, les agences et organismes qui participent
au financement des projets miniers exigent souvent une étude d’impact complète (Sinha, 1995).
Plus élaborée qu’une évaluation environnementale, qui représente essentiellement une opinion
scientifique sur les modes de gestion et de contrôle environnementaux et sur les risques qui y
sont associés, l’étude d’impact inclut un inventaire et une évaluation détaillée de l’ensemble
des répercussions environnementales (Vachon et Amyot, 1992; André et al., 1999). Au Québec,
les étapes du déroulement d’une étude d’impact sont définies par la Directive 025. La démarche

39
préconisée par le ministère de l’environnement du Québec est montrée schématiquement à la
figure 4.1.

Dans le présent chapitre, nous nous intéresserons plus particulièrement à la nature et aux
composantes de l’environnement et aux divers effets et impacts reliés aux activités minières.
En ce sens, la quasi-totalité des activités liées à l’exploitation d’une mine (extraction du minerai,
traitement minéralurgique, transport et fusion) présentent des risques d’exposition pour l’air, le
sol, les sédiments et l’eau. L’exposition du milieu aux rejets peut entraîner une introduction de
contaminants chimiques ou physiques (p. ex., métaux ou solides en suspension) ou une
modification de leurs propriétés (p. ex., augmentation de la température de l’eau). Ces
changements peuvent exposer des organismes qui vivent dans ces milieux aux différents
contaminants d’intérêt (CI) ou à des conditions physiques modifiées, ce qui pourrait avoir un
effet sur leur survie, leur croissance ou leur reproduction. Les rejets miniers risquent aussi de
produire certains effets qui sont les résultats directs de l’action humaine sur le milieu et de
générer certains impacts environnementaux découlant de ces effets. Les effets associés aux
activités minières incluent par exemple les modifications à la topographie d’un site, les
changements dans la qualité du sol, de l’air et de l’eau, les modifications dans le régime des
cours d’eau, la production de bruits, etc. Les impacts comprennent pour leur part les résultats
induits sur certaines composantes du milieu et sur les activités qui y sont pratiquées :
agriculture, élevage et pâturage, foresterie, pêcheries, activités récréatives (chasse, camping,
vélo de montagne, ski de fond) et autres. Les impacts environnementaux incluent également les
modifications du milieu qui ont une incidence esthétique, ou qui peuvent affecter la santé des
espèces végétales et animales ou encore les populations humaines.

40
Pour comprendre les processus par lesquels les rejets miniers ont des répercussions sur
l’environnement et pour évaluer et gérer les risques reliés à ces impacts, il faut tout d’abord
connaître les caractéristiques propres des rejets. Pour la même raison, il faut également
comprendre les caractéristiques de l’environnement où l’impact peut se produire. Une
connaissance des processus associés à ces deux catégories conceptuelles, et des interactions
entre elles, devient tout aussi nécessaire. Au chapitre 3, nous avons présenté un aperçu des
différents types de rejets miniers ainsi que leurs principales caractéristiques. Le présent chapitre
traitera de l’environnement et de la façon dont il interagit avec les sources de contamination
potentielles. Les sujets abordés dans le chapitre incluent :

• la nature générale des différentes composantes de l’environnement;


• les effets et impacts qui peuvent résulter d’une exposition aux rejets liés à
l’exploitation minière;
• les facteurs qui influencent les risques de tels effets et impacts et leur ampleur;
• les outils et les techniques qui existent pour évaluer les effets et les impacts pouvant se
produire.

Une dernière partie intègre sommairement ces sujets dans un cadre de gestion des rejets
miniers dans le but d’offrir une protection contre les impacts environnementaux et de
maintenir la stabilité écologique.

Pour les besoins de cette présentation, on considère que l’environnement (conformément à la


législation du Québec) comprend les composantes biotiques (ou vivantes) et les composantes
abiotiques (ou non vivantes). Les composantes abiotiques incluent (Landry, 1997) :

• le sol, qui est formé de tout terrain ou espace souterrain, même submergé ou couvert
par une construction.
• l’eau de surface et souterraine, où qu’elle se trouve.
• l’atmosphère, composée de l’air ambiant qui entoure la Terre à l’exclusion de l’air qui
se trouve à l’intérieur d’une construction ou d’un espace souterrain.

Les composantes biotiques comprennent pour leur part tous les êtres vivants (micro-
organismes, plantes, animaux, humains) qui interagissent avec leur milieu et donc avec les
composantes abiotiques.

Nous verrons ces composantes plus en détail dans les sections qui suivent.

Pour comprendre et mieux gérer les effets possibles des rejets miniers sur l’environnement, il
faut d’abord comprendre l’environnement lui-même. Il y a plusieurs façons de définir le mot «
environnement» selon les circonstances dans lesquelles on l’utilise. Toutefois, la définition
standard (du dictionnaire) du mot « environnement » peut s’exprimer comme suit :

" conditions ou circonstances entourant un organisme et influant sur son développement. "

Selon cette définition très large, l’environnement pourrait comprendre à peu près tout ce que
l’on trouve dans les milieux naturels. Pour simplifier la notion d’environnement naturel aux
fins de nos besoins particuliers, ce concept fondamentalement complexe est divisé en
composantes. En réalité, toutes les composantes de l’environnement sont directement ou
indirectement reliées et elles ne peuvent fonctionner séparément. Toutefois, la division de
l’environnement en plusieurs composantes aide à comprendre les impacts possibles des

41
activités minières. Elle fournit également un cadre conceptuel pour les discussions qui vont
suivre sur les types, les outils de mesure et la gestion en matière d’impacts environnementaux
associés aux rejets miniers.

Afin de les distinguer de l’environnement pris dans son ensemble, les milieux physiques et
biologiques situés à proximité d’une source de rejets et pouvant être exposés à ces rejets seront
appelés " environnement récepteur ". L’environnement récepteur englobe essentiellement tout
milieu qui peut être directement exposé, ou exposé par le biais de transport secondaire, aux
rejets ou aux contaminants liés aux rejets.

De façon générale, l’environnement (soit pris dans son ensemble, soit l’environnement
récepteur) peut être divisé en composantes biologiques (biotiques) et physiques (abiotiques).
L’environnement physique comprend tous les milieux inertes, y compris l’air, les sols (y
compris l’eau souterraine), l’eau de surface et les sédiments. L’environnement biotique est
constitué d’organismes vivants (y compris les animaux, les plantes et les micro-organismes)
qui résident dans les milieux physiques. Les caractéristiques générales définissant ces deux
catégories de milieux environnementaux font l’objet de commentaires plus détaillés à la section
4.2.1.

Il existe d’autres classifications pouvant s’appliquer aux milieux physiques et biologiques dans
l’environnement récepteur. Comme il en a été question au chapitre 3, les opérations minières
constituent des sources variées de rejets. La gamme des rejets liés aux activités minières se
retrouve sous une forme solide, liquide ou atmosphérique. L’utilisation de cette terminologie
parallèle facilitera la compréhension des interactions entre les rejets miniers et les composantes
du milieu physique de l’environnement récepteur. De la même manière que les milieux
physiques, les milieux biologiques peuvent être classifiés comme aquatiques ou terrestres, selon
la nature des milieux physiques dans lesquels ils résident. Nous traiterons des caractéristiques
pour chacun de ces modes de classification des milieux environnementaux dans les sections qui
suivent; nous en proposons une schématisation à la figure 4.2a.

42
La présentation qui suit réfère, de façon générale, aux caractéristiques ou aux processus associés
aux différentes composantes et sous-composantes de l’environnement récepteur à titre de
systèmes isolés. Il est toutefois important de noter la relation complexe entre les sous-
composantes environnementales et aussi le fait qu’un impact sur une composante
environnementale aura presque assurément des répercussions sur les autres composantes.
Mentionnons aussi qu’on utilise souvent le terme système (système écologique ou écosystème)
pour identifier une composante environnementale particulière.

La figure 4.2b montre les grandes zones écologiques du Canada.

43
Chacune de ces zones possède ses propres caractéristiques, et celles-ci affectent la réaction du
milieu suite aux perturbations induites par les activités minières. En ce sens, la susceptibilité
particulière de certaines zones plus fragiles doit être prise en compte lorsque l’on s’intéresse
aux effets et impacts environnementaux.

4.2.1 Les milieux physiques et biologiques

Les milieux physiques sont généralement caractérisés par une série de paramètres physiques ou
chimiques. Par exemple, les caractéristiques d’un lac peuvent se définir par ses dimensions
(superficie, profondeur) et par les propriétés physiques ou chimiques de la colonne d’eau
(température de l’eau, concentration des divers éléments ou composés). Les milieux physiques
sont usuellement considérés comme des unités collectives ayant une référence particulière à
leur lieu. Par exemple, on considère les multiples lacs, rivières et baies du Canada comme des
entités propres dont chaque captage d’eau est distinct selon le lieu. De façon générale,
l'observation des impacts environnementaux sur l’eau et les autres milieux physiques suit cette
même structure (p. ex., détérioration de la qualité de l’eau d’un lac ou d’une rivière en
particulier, détérioration de la qualité de l’air d’une grande ou d’une petite ville en particulier).

La réaction des milieux physiques lorsqu’ils sont exposés aux rejets et à leurs contaminants
associés est souvent évaluée à partir d’un changement dans la composition chimique du milieu
(c.-à-d. des changements dans les concentrations des contaminants liés aux rejets) ou par une
réaction physique (p. ex., modification de la texture du sol, modification des concentrations des
solides en suspension dans l’eau, augmentation de la température de l’eau). À l’exception de
l’écoulement souterrain, qui peut être modifié par les travaux d’excavation et par le stockage

44
des rejets, l’effet des rejets miniers sur les milieux physiques se traduit assez rarement par un
changement important des caractéristiques du milieu.

Pour leur part, les organismes biologiques sont caractérisés principalement par une
identification selon l’espèce. Tous les types d’organismes vivants (animal ou végétal) peuvent
être catégorisés selon l’espèce, chaque espèce étant distincte de toutes les autres. Depuis
longtemps, les scientifiques débattent de la nature exacte du concept de l’espèce; pour nos
besoins actuels, nous définirons l’espèce comme tout groupe d’organismes individuels
démontrant des caractéristiques très semblables et une capacité de reproduire des organismes
semblables. Il est important de noter que l’impact découlant des rejets miniers et des
contaminants associés sur les organismes biologiques sera généralement le même pour toute
une espèce donnée.

Pour chaque espèce animale ou végétale, on dispose de données pour décrire sa physiologie
(taille corporelle, structure des organes), ses caractéristiques biochimiques, son comportement
et son écologie (habitudes alimentaires, distribution, etc.).

Dans le contexte des impacts environnementaux, on envisage les organismes biologiques selon
l’espèce et aussi, plus généralement, selon des communautés. Ces communautés se décrivent
sur la base de l’abondance (nombres absolus) et de la diversité (nombre de différents types) des
espèces à l’intérieur de la communauté ou, en termes plus généraux, selon le type d’écosystème
(p. ex., forêt tropicale humide, prairies à herbes hautes), ou encore selon d’autres systèmes de
classification. Les organismes retrouvés dans les communautés biologiques peuvent être
catégorisés selon leur sensibilité (quant aux perturbations physiques ou les effets
toxicologiques) ou leur statut spécial (raretés, menacés, vulnérables, etc.). En 1999, le Comité
sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) a répertorié 312
espèces (animales et végétales) en danger de disparition, menacées ou vulnérables. Ces espèces
doivent naturellement faire l’objet d’une attention particulière lorsque l’on évalue les effets et
impacts d’une activité humaine.

Comme nous le verrons plus loin, les espèces vivantes (animales ou végétales) avec un court
cycle de vie ont généralement une plus grande capacité d’adaptation aux contaminants, qui peut
alors évoluer sur plusieurs générations. De même, la sensibilité d’un écosystème augmente en
général lorsque le taux de reproduction du système baisse. Habituellement, on remarque qu’un
écosystème avec une longue chaîne alimentaire a tendance à augmenter la concentration des
matières toxiques persistantes chez les espèces retrouvées dans le haut de la chaîne. Si on
représente la chaîne alimentaire par une pyramide, les effets des contaminants qu’on y introduit
se manifestent alors généralement par une diminution de la hauteur et de la largeur de celle-ci.

Les organismes biologiques les plus facilement reconnaissables et les plus familiers sont
probablement les mammifères terrestres, que l’on retrouve proche du sommet de la pyramide
alimentaire. Ils comprennent des animaux communs comme le bétail, le gibier et les nombreux
animaux que l’on voit dans les jardins zoologiques, les livres, les films, etc. Le terme animal
" ou animaux " réfère en réalité à une grande variété d’organismes, y compris les mammifères,
les oiseaux, les poissons, les amphibiens, les reptiles, les insectes et même certains micro-
organismes. Les animaux se distinguent des végétaux (y compris les végétaux verts, les
champignons et les mousses) sur la base de leur capacité de se mouvoir volontairement et de
leur incapacité de produire des aliments à partir de matières inorganiques, comme le font les
végétaux. Ces distinctions générales jouent un rôle prépondérant dans la détermination des
impacts environnementaux des rejets miniers sur ces deux classes d’organismes biologiques. Il

45
existe également plusieurs autres distinctions entre les animaux et les végétaux qui sont liées à
leurs caractéristiques physiques et biochimiques. La présentation qui suit au sujet des impacts
des rejets miniers sur les communautés biologiques traitera de ces deux classes selon leurs
différences inhérentes.

Les organismes biologiques qui sont exposés aux contaminants ou à d’autres agents présentant
des risques nocifs portent souvent le nom de " récepteurs ". Dans ce qui suit, les récepteurs
biologiques seront, de façon générale, catégorisés comme étant aquatiques ou terrestres. Il y a
toutefois plusieurs organismes qui occupent conjointement les habitats terrestres et aquatiques,
dans une certaine mesure (p. ex., le gibier d’eau ou les orignaux). Aux fins de cette présentation,
l’expression " biote aquatique " s’applique exclusivement aux espèces qui résident de façon
permanente dans les plans d’eau (y compris le sédiment de fond) et qui extraient l’oxygène
directement de l’eau.

4.2.2 L'environnement atmosphérique

a) Description générale

En langage courant, l’atmosphère représente l’enveloppe de gaz qui entoure la Terre. Elle est
relativement dynamique puisqu’elle existe dans un état de mouvement et de changement
continus et relativement rapides. De plus, l’atmosphère est variée, particulièrement lorsqu’on
l’examine dans sa pleine grandeur qui fait plus de 35 000 kilomètres de circonférence (avec une
épaisseur de plus de 100 km). Pour nos besoins actuels toutefois, il n’y aura pas de distinction
entre les diverses composantes atmosphériques (p. ex., couches atmosphériques, systèmes
météorologiques, etc.). Notre attention principale portera sur la basse atmosphère où les
conditions sont bien amalgamées et où il y a exposition aux habitats terrestres et aquatiques. En
ce qui a trait aux rejets miniers et à leur influence sur l’environnement, l’atmosphère locale peut
être considérée comme un milieu homogène et uniforme. Le tableau 4.1a présente un sommaire
des caractéristiques de l’atmosphère en comparaison avec d’autres milieux physiques. Le
tableau 4.1b présente un résumé des impacts possibles de certaines formes de contamination.

46
47
48
L’atmosphère est un milieu où il y a un risque élevé de dispersion des contaminants à partir de
leur point d’origine, ce qui donne des ramifications positives et négatives. La vitesse
relativement élevée de dispersion résulte souvent en une dilution rapide des contaminants ou
des matières associées aux rejets atmosphériques. En conséquence, les concentrations des CI
peuvent descendre rapidement sous les seuils définis pour prévenir les impacts possibles.
Toutefois, des vitesses élevées de dispersion peuvent également mener au transport des CI sur
de grandes distances, résultant ainsi en un grand domaine d’exposition, et aussi en une
exposition d’un plus grand nombre d’habitats et d’organismes biologiques.

L’atmosphère constitue un milieu unique du fait qu’elle est ubiquiste et étroitement associée à
tous les secteurs liés à la terre et à l’eau. Elle est unique également du fait qu’elle n’est
généralement pas considérée comme le principal domaine d’une ou de plusieurs communautés
d’organismes biologiques. Les études écologiques types catégorisent toutes les communautés
biologiques comme étant terrestres ou aquatiques. Suivant cette approche, la présente section
considérera l’atmosphère strictement comme un milieu physique. Toutefois, la discussion au
sujet des effets et impacts environnementaux associés aux rejets atmosphériques comprendra
les interactions entre l’atmosphère et les systèmes terrestre et aquatique.

b) Caractéristiques particulières

Les facteurs qui influent sur les échanges et réactions atmosphériques sont principalement liés
aux caractéristiques de la source de rejets (voir chapitre 3) et, dans une moindre mesure, aux
caractéristiques de l’atmosphère elle-même (Heinsohn et Kabel,1999). Les principaux facteurs
qui influent sur le degré initial d’exposition et le degré de dispersion des contaminants rejetés
dans l’atmosphère incluent :

• la concentration des contaminants (particulaires ou gazeux) rejetés à partir de la


source;
• la nature de ces contaminants (p. ex., taille des particules, volatilité);
• la configuration physique de la source (p. ex., la hauteur de la cheminée ou l’étendue
de la surface exposée d’une mine à ciel ouvert).

49
Les principales caractéristiques de l’atmosphère qui influent sur le comportement et le sort des
contaminants sont les phénomènes météorologiques. Ces caractéristiques s’observent
principalement à une échelle régionale plutôt que locale. À cet égard, les caractéristiques
atmosphériques les plus importantes sont la vitesse et la direction du vent. L’abondance et la
distribution des précipitations jouent également un rôle dans le transport des rejets et
contaminants liés à l’exploitation minière dans l’atmosphère.

c) Voies d'exposition et de transport

Il existe diverses voies par lesquelles l’atmosphère peut être exposée aux rejets miniers;
mentionnons :

• les émissions de gaz ou de particules des exploitations et des fonderies;


• les poussières issues de l’extraction du minerai (mine à ciel ouvert ou souterraine);
• les poussières émises au cours du broyage;
• les poussières produites par le transport du minerai;
• les particules remises en suspension aux sites d’entreposage des rejets;
• les gaz générés par la dégradation des rejets en phase solide ou liquide (p. ex., le radon
provenant des exploitations d’uranium).

Les contaminants rejetés dans l’atmosphère, nous l’avons mentionné, peuvent être rapidement
transportés par le vent. Les contaminants liés à l’exploitation minière peuvent alors affecter les
divers écosystèmes terrestres ou aquatiques. Le taux de dépôt atmosphérique dépend de divers
facteurs, y compris la distance à partir de la source, les conditions météorologiques et la nature
du contaminant atmosphérique lui-même (gaz ou particules, taille et densité des particules, etc.).
Une exposition secondaire aux contaminants atmosphériques peut se produire par le contact
avec les matières déposées sur le sol, l’eau ou les végétaux. Les organismes terrestres peuvent
également être exposés directement aux contaminants en suspension dans la basse atmosphère
par contact externe (immersion) ou par la respiration. Le tableau 4.2 présente une liste
sommaire des diverses voies d’exposition et de transport pour les milieux physiques et
biologiques, y compris l’atmosphère. La figure 4.3a,b,c illustre certains processus de transport
des contaminants relâchés dans l'environnement.

50
51
52
4.2.3 L'environnement terrestre

a) Caractéristiques générales et voies d'exposition

En comparaison avec l’atmosphère, l’environnement terrestre représente une couche


relativement mince. Il comprend les milieux physiques et biologiques. En matière de
changement dans le temps, les milieux physiques dans l’environnement terrestre sont
relativement statiques, particulièrement sur l’échelle de la durée de vie typique d’une
exploitation minière. Les effets et impacts sur les milieux physiques à l’intérieur d’un
environnement terrestre ont tendance à être plutôt isolés, mais ils sont souvent de longue durée
(p. ex., le drainage minier acide).

Les principales voies d’exposition des sols sont le dépôt de matières en suspension provenant
de l’atmosphère, le contact direct avec les rejets solides (stériles, résidus miniers) et la libération
secondaire de matières provenant de l’entreposage de rejets par le biais de l’érosion (vent ou
eau). Les eaux souterraines sont principalement exposées par le biais de la lixiviation des eaux
de percolation provenant des dépôts de rejets sus-jacents (résidus miniers, stériles) ou du sol
sus-jacent qui a lui-même été contaminé. Les eaux souterraines peuvent également être
exposées par le biais du transport latéral de l’eau entre les zones (aquifères) contaminées et non
contaminées.

Le biote terrestre peut subir des effets dus aux rejets à la suite d’une exposition aux
contaminants par le biais de plusieurs voies (voir le tableau 4.2). Les végétaux peuvent absorber
les contaminants à partir du sol environnant ou de l’atmosphère, occasionnant une exposition
secondaire des animaux herbivores ou omnivores lors de l’ingestion de tissus végétaux.

b) Caractéristiques des milieux physiques

On considère ici que les composantes physiques de l’environnement terrestre comprennent


principalement le sol et les eaux souterraines. Ces deux milieux physiques constituent le point

53
de contact avec les rejets miniers et leurs contaminants associés dans l’environnement terrestre.
Ces milieux sont également reliés de façon complexe. Les caractéristiques du sol affecté par les
rejets peuvent influencer la qualité des eaux souterraines sous-jacentes. Par exemple, les
contaminants qui se trouvent dans les rejets peuvent être transportés à l’aquifère sous-jacent par
l’infiltration des eaux de surface et leur lixiviation subséquente.

Sol

On considère souvent le sol comme un milieu assez simple, mais il est fondamentalement
complexe et peut montrer un grand nombre de réactions à l’introduction de contaminants
provenant des rejets. Une partie de la complexité du sol est liée à sa structure physique (ou
physico-chimique).

Les principales caractéristiques du sol qui ont un lien avec les impacts environnementaux des
rejets sont celles qui influent sur le transport et la fixation des contaminants et celles qui
déterminent la mobilité des particules du sol (par le biais de l’érosion) ou des eaux interstitielles.
Les principales caractéristiques d’intérêt du sol sont :

• la granulométrie (texture) du sol (gravier, sable, silt ou argile);


• la minéralogie;
• la consistance (c.-à-d. limites d’Atterberg);
• la teneur en eau naturelle;
• le pH du sol et de l’eau interstitielle;
• la teneur en matières organiques;
• la porosité du sol (partiellement liée à la texture);
• l’érosivité (également liée en partie à la texture).

Le facteur sans doute le plus important est la granulométrie du sol, qui a une influence directe
sur son comportement en ce qui a trait aux processus physiques et chimiques. La granulométrie
influence notamment :

• la conductivité hydraulique, la capacité de rétention d’eau et le taux d’infiltration des


eaux de surface (affectant le transport et la lixiviation de contaminants aux eaux
souterraines);
• la fixation et l’atténuation des CI dans le sol (affectant subséquemment le transport des
CI par le biais de l’érosion, la lixiviation, l’ingestion accidentelle par la faune, etc.);
• l’érosivité du sol (affectant le transport des CI par le biais de l’érosion provoquée par le
vent ou l’eau).

La capacité du sol d’adsorber les contaminants peut constituer un facteur déterminant face à
l’impact environnemental des rejets miniers. La capacité de fixation du sol est quelquefois
associée au coefficient de distribution (Kd), lequel représente une mesure relative de la quantité
d’un contaminant donné qui sera retenue par les particules du sol par rapport aux eaux
interstitielles du sol. On détermine la valeur de Kd par des essais où l’on mesure la variation de
la masse d’éléments sorbés ( g/g, usuellement) par rapport à la variation de la concentration
de la solution (mg/L) qui passe dans un sol. Le coefficient de distribution est basé sur une
fonction d’adsorption (définie selon l’isotherme de Freundlich), et il permet de calculer le
facteur de retardement Fr qui lui est linéairement relié (Fetter 2001). Le tableau 4.3 présente
un sommaire des valeurs typiques de Kd pour différents types de sol et de métaux.

54
Dans les conditions où les sols ont une grande affinité avec les principaux CI (c.-à-d. un Kd
élevé), le risque de transport et de libération des CI dans les eaux souterraines sera relativement
bas (du moins tant que le milieu ne sera pas saturé par le CI). Si la perte de sol par le biais de
l’érosion par le vent ou l’eau est élevée, le degré de transport des CI aux secteurs adjacents peut
cependant devenir élevé. L’impact environnemental dépendra alors de la mobilité des particules
de sol et aussi du degré de sensibilité des milieux en aval qui seront touchés.

Eau souterraine

Au premier abord, on est souvent tenté de considérer l’eau souterraine comme un milieu
appartenant à l’environnement aquatique. Toutefois, l’existence même des eaux souterraines et
de plusieurs de leurs caractéristiques est fondée sur l’association étroite du milieu fluide avec
la matrice solide du sol. Les facteurs qui influent sur la réaction de ce milieu à une exposition
aux rejets miniers sont souvent interreliés avec ceux du sol. Les principales caractéristiques des
eaux souterraines peuvent être caractérisées selon la porosité et la granulométrie du sol ainsi
que par la capacité d’adsorption des CI (Kd) des solides. La mobilité du fluide (p. ex., la vitesse
de Darcy) est associée de façon complexe aux caractéristiques de la matrice des grains solides.
Généralement, la mobilité des eaux souterraines est beaucoup plus faible que la mobilité des
eaux de surface et à cet égard, les eaux souterraines se comportent davantage comme le sol que
comme les eaux de surface (voir tableau 4.1).

L’autre groupe de caractéristiques des eaux souterraines qui les rendent semblables au sol sont
les voies d’exposition possibles des organismes biologiques aux CI. La voie d’exposition la
plus probable des CI dans les eaux souterraines est l’ingestion. Dans la plupart des cas, les eaux
souterraines ne représentent qu’une petite fraction du volume total de l’eau potable ingérée par
les animaux, mais elles constituent souvent la principale source d’eau pour les plantes.

c) Caractéristiques des milieux biologiques

Animaux terrestres

Comme nous l’indiquons dans l’introduction, les animaux terrestres comprennent une grande
variété d’espèces bien connues, dont plusieurs revêtent une certaine importance commerciale

55
ou sociale (p. ex., le bétail, le gibier et les animaux socialement importants). L’expression
" animaux terrestres " englobe donc un grand nombre d’organismes qui ont en commun, de
façon générale, une certaine mobilité et le fait qu’ils respirent de l’air et boivent de l’eau (de
surface principalement). Ce groupe comprend les mammifères, les oiseaux, les amphibiens, les
reptiles et divers invertébrés tels que les insectes et les vers. Certains microbes provenant du
sol peuvent également être considérés comme faisant partie de cette classe d’organismes
biologiques.

En comparaison avec les végétaux et les animaux aquatiques, les animaux terrestres sont
généralement plus mobiles et ils se retrouvent dans une multitude d’endroits physiques. C’est
pourquoi les animaux terrestres peuvent être exposés aux contaminants liés à l’exploitation
minière par l’entremise de plusieurs voies. Leur mobilité permet quelquefois d’éviter, jusqu’à
un certain degré, les endroits et les milieux où le risque d’exposition aux rejets miniers est le
plus élevé. À la différence des animaux aquatiques, les animaux terrestres sont uniques du fait
de leur exposition directe aux contaminants atmosphériques, à l’externe et à l’interne (par
inhalation). De nombreux animaux terrestres sont également sensibles aux perturbations
physiques qui peuvent découler des activités liées aux installations de stockage de rejets. En
conséquence, l’exposition aux contaminants et les perturbations physiques méritent d’être
prises en considération lors de l’évaluation des impacts possibles des installations de rejets sur
les communautés d’animaux terrestres. Le tableau 4.4a présente un sommaire des
caractéristiques relatives aux animaux terrestres et à d’autres catégories de récepteurs
biologiques dont nous traitons dans le présent chapitre.

Au tableau 4.4b, on décrit sommairement les caractéristiques du développement des espèces


vivantes dans un écosystème ; le niveau de développement affecte également la réaction d’un
système écologique aux contaminants qui y sont introduits.

56
Pour les vertébrés terrestres (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens), on évalue souvent
l’exposition aux contaminants présentant un risque toxique par rapport à la dose, c’est-à-dire la
masse de contaminant absorbée (par ingestion, par inhalation ou par la peau) divisée par la
masse de l’animal; la dose est normalement exprimée en milligrammes par kilogramme
(mg/kg). Pour les invertébrés tels que les vers ou les insectes dans le sol, les effets présentant
un risque toxique d’exposition aux contaminants sont souvent considérés par rapport à la
concentration de contaminants dans le sol environnant.

Plantes terrestres

Les plantes terrestres ont en commun avec les animaux terrestres le fait qu’elles peuvent être
directement exposées aux contaminants liés à l’exploitation minière qui ont été rejetés dans
l’atmosphère (voir tableau 4.4a). Les plantes sont essentiellement immobiles et, en
conséquence, les impacts environnementaux locaux sur les communautés de plantes peuvent
être extrêmes aux endroits où les conditions sont fortement défavorables (p. ex., près des
bassins ou dans les bassins de résidus miniers toxiques). Les plantes terrestres peuvent aussi
servir d’intermédiaires dans la chaîne alimentaire des animaux terrestres. Les plantes ont la
capacité d’absorber un grand nombre d’éléments et de composants, y compris de nombreux
métaux, provenant du sol et de l’air ambiant. Par ce processus, les contaminants liés à
l’exploitation minière peuvent passer du sol et de l’air aux tissus végétaux. Sous cet aspect, les
plantes constituent un lien important entre les milieux physiques et les animaux terrestres. Cette
caractéristique des plantes peut s’avérer un avantage ou un inconvénient dans la gestion des
rejets miniers entreposés en surface dans les habitats terrestres.

Les plantes peuvent aussi présenter des réactions toxicologiques aux métaux ou d’autres
composés dans le sol (tableau 4.5a)

57
La susceptibilité de chaque espèce végétale à un contaminant donné est variable. En général,
les plantes à longue durée de vie (p. ex., arbres et arbustes) ne sont pas en mesure de développer
une tolérance à un nouveau contaminant (surtout les métaux). Des plantes ayant un cycle de vie
plus court, comme certaines légumineuses et herbacées, réussissent mieux pour leur part à
développer une certaine tolérance par adaptation successive. Lorsqu’elles sont exposées aux
métaux, plusieurs espèces végétales deviennent chlorotiques (elles dépérissent en raison d’un
manque d’air et de lumière) ou nécrotiques (avec mort du tissu organique); ces phénomènes
sont décrits sommairement au tableau 4.5b.

58
Comme ils ne peuvent pas être efficacement filtrés ni rejetés, les métaux ont une forte tendance
à s’accumuler dans les organismes vivants qui y sont exposés, en particulier dans les organismes
ayant une durée de vie prolongée ou qui se retrouvent plus haut dans la chaîne alimentaire.

4.2.4 L'environnement aquatique

a) Caractéristiques générales et voies d'exposition

De manière semblable à l’environnement terrestre, les divers milieux qui composent


l’environnement (ou écosystème) aquatique peuvent être classés comme physiques ou
biologiques. L’association entre les milieux physiques et biologiques est ici plus prononcée
qu’elle ne l’est dans l’environnement terrestre, particulièrement en ce qui concerne l’exposition
aux contaminants. Les organismes qui y résident sont constamment exposés aux contaminants
en suspension ou dissous dans l’eau de surface et aux conditions modifiées (p. ex., température
élevée, oxygène appauvri) qui peuvent résulter de l’exposition aux rejets miniers.

En matière d’uniformité et de stabilité spatiales au fil du temps, les milieux physiques dans
l’environnement aquatique sont intermédiaires entre les milieux atmosphériques et terrestres
(voir tableaux 4.1a,b).

Tout comme l’atmosphère, l’eau est mobile, donc prédisposée à la dispersion, sans toutefois
l’être au même degré que l’atmosphère. Le mouvement même de l’eau peut d’ailleurs constituer
la cause des changements dans les propriétés chimiques ou physiques de la colonne d’eau.
Contrairement à l’atmosphère, la direction et la vitesse de l’eau sont relativement confinées par

59
les caractéristiques du terrain environnant, telles que l’inclinaison ou la présence de frontières
naturelles à l’écoulement.

Les milieux physiques dans l’environnement aquatique peuvent être exposés de plusieurs
façons aux matières provenant des rejets miniers, soit directement des sources de rejets ou
indirectement par le biais d’autres milieux qui ont eux-mêmes été exposés aux rejets. Les
principales voies d’exposition des eaux de surface aux rejets miniers et à leurs contaminants
associés sont :

• une déposition (sèche ou humide) de contaminants atmosphériques;


• un ruissellement avec libération érosionnelle;
• le rejet direct d’effluents (p. ex., eaux usées d’un concentrateur, rejets d’une usine de
traitement des eaux);
• le rejet direct de surnageants (bassins d’eaux de mine, de résidus miniers ou de stériles);
• le suintement ou l’émergence des eaux souterraines (p. ex., à travers les digues de
retenue des résidus miniers).

Étant donné que les sédiments et la colonne d’eau sont étroitement liés, l’exposition des
sédiments se produira de façon secondaire à la libération de rejets ou de CI dans l’eau. De plus,
les sédiments peuvent aussi être exposés directement si le rejet d’eaux souterraines contaminées
sous un plan d’eau se fait par le biais de sédiments sous-jacents. Le biote aquatique est exposé
à la suite d’un contact avec une colonne d’eau contaminée et/ou des sédiments contaminés (voir
tableau 4.2).

b) Caractéristiques des milieux physiques

Les milieux physiques dans l’environnement aquatique comprennent l’eau et les sédiments. Les
deux milieux peuvent être classifiés selon qu’ils appartiennent à un milieu marin (eaux salées)
ou lacustre (eaux douces).

Tout comme l’atmosphère, les milieux physiques dans l’environnement aquatique sont
prédisposés à une dispersion considérable des contaminants provenant des exploitations
minières. Dans tout plan d’eau récepteur, la concentration de contaminants provenant de rejets
miniers sera fonction de la nature de la source. La concentration des contaminants et le risque
subséquent d’impacts environnementaux sera également fonction des caractéristiques du plan
d’eau, y compris le volume, la vitesse (ou le débit), la profondeur et un certain nombre de
propriétés liées à la qualité de l’eau telles que le pH et la concentration du total des solides en
suspension (TSS). Un point important à cet égard est le fait que l’eau agit comme un solvant
passablement efficace. De nombreux métaux communément associés aux rejets miniers se
dissolvent facilement dans la colonne d’eau. Le degré de dissolution dépend des caractéristiques
physiques ou chimiques de l’eau, y compris la température, le pH, la salinité, la concentration
des solides en suspension (et leur capacité de fixation) ainsi que la concentration d’autres
solutés (qui peuvent se fixer au métal en question ou peuvent limiter la dissolution plus avancée
de métaux donnés). La présence de métaux dissous dans l’eau constitue un facteur important
sur leur disponibilité pour les organismes biologiques (c.-à-d. la biodisponibilité) dans
l’environnement aquatique. La biodisponibilité des métaux a une influence directe sur les
impacts et le risque de toxicité sur le biote aquatique et constitue donc un facteur déterminant
vis-à-vis des impacts environnementaux.

60
Les sédiments dans l’environnement aquatique sont étroitement liés à la colonne d’eau sus-
jacente dans les habitats marins et lacustres. La composition de base et le comportement général
de la fraction solide des sédiments sont usuellement assez similaires à ceux des sols. Toutefois,
la présence constante d’eaux interstitielles sédimentaires et l’interaction continue entre ces eaux
sédimentaires et la colonne d’eau sus-jacente influence la qualité environnementale des
sédiments. En conséquence, les effets environnementaux des rejets miniers sur les sédiments
sont fortement liés à la qualité de l’eau sus-jacente. Il existe plusieurs caractéristiques des
sédiments qui affectent l’interaction avec la colonne d’eau. Ces caractéristiques comprennent
la porosité et l’épaisseur de la couche sédimentaire ainsi que la capacité de fixation (pour les
CI) des solides sédimentaires. L’exposition aux eaux interstitielles constitue la principale voie
d’exposition aux contaminants pour le biote aquatique ayant une association avec les sédiments.

Les modes de propagation et de dispersion des contaminants dépendent aussi de la nature du


milieu. Par exemple, en rivière, le mouvement suit normalement le courant et on observe une
déposition plus accentuée des CI dans les zones de plus faible vitesse. Dans les lacs par contre,
on observe souvent des mouvements verticaux dus aux variations de température. Ceci peut
avoir pour effet d’exposer successivement le plancton (zooplancton et phytoplancton) et le
benthos (faune et végétation vivant au fond) à des contaminants remis en suspension par les
courants thermiques. Les vagues peuvent aussi produire un effet assez similaire.

c) Caractéristiques des milieux biologiques

Animaux aquatiques

Les animaux aquatiques d’intérêt pour nous comprennent les poissons et les invertébrés de
grande profondeur (p. ex., les chironomes) ou flottants (p. ex., les daphnies) qui forment une
grande partie du zooplancton Ces animaux habitent l’eau libre ou le sédiment. Ils sont
continuellement exposés aux contaminants qui peuvent résider dans la colonne d’eau ou dans
les eaux sédimentaires. Le degré d’exposition aux eaux libres ou sédimentaires dépend du
comportement des animaux en question. Les poissons et les invertébrés peuvent être autonomes
et passer tout leur temps en eau libre ou ils peuvent avoir une forte association avec le fond
avec un degré élevé d’exposition aux sédiments et aux eaux sédimentaires.

Les contaminants peuvent être ingérés à partir des milieux physiques par le biote aquatique à
travers les branchies (pendant la respiration) et les organes internes comme les intestins (après
absorption d’eau et de sédiments). Dans l’environnement aquatique, l’exposition de certains
organismes biologiques aux contaminants liés à l’exploitation minière peut également se
produire en raison des effets de la chaîne alimentaire. Les poissons, les invertébrés et les plantes
aquatiques peuvent servir de nourriture aux autres animaux aquatiques, de même qu’aux
animaux terrestres (p. ex., l’ingestion de végétation aquatique par les orignaux, l’ingestion de
petits poissons ou d’invertébrés aquatiques par les gibiers d’eau). Toute forme de vie aquatique
a une certaine capacité d’accumuler divers CI des milieux physiques environnants (eau et/ou
sédiment). Le niveau d’accumulation varie et dépend d’un certain nombre de facteurs, y
compris la nature des CI et les espèces en question. Le tableau 4.6 présente quelques exemples
du niveau d’absorption de certains CI par catégorie de biote aquatique.

61
Dans le cas particulier de contaminants radioactifs, les animaux aquatiques peuvent recevoir
une dose radiologique directement de la colonne d’eau ou des sédiments simplement par le
contact externe ou encore par une exposition interne. La dose radiologique provenant de toutes
les sources est cumulative. L’exposition radiologique peut également avoir des répercussions
sur la chaîne alimentaire, étant donné que la radiation ambiante peut être ingérée et devenir
éventuellement une source d’exposition pour les autres organismes terrestres ou aquatiques qui
se nourrissent des organismes exposés. La dose radiologique totale qui est alors transmise
dépend du CI radioactif et de la voie d’exposition de l’organisme qui sert de nourriture.

Le degré d’exposition du biote aquatique aux contaminants environnementaux est normalement


évalué par rapport aux concentrations des CI dans la colonne d’eau ou dans les sédiments et les
eaux sédimentaires.

Plantes aquatiques

Tout comme la végétation terrestre, les plantes aquatiques ont une relation étroite avec leurs
milieux environnants (eau et sédiment) basée en partie sur le fait qu’elles sont immobiles. C’est
pourquoi les plantes aquatiques peuvent avoir une réaction extrême aux modifications des
caractéristiques chimiques ou physiques des milieux. Les CI liés à l’exploitation minière, y
compris les métaux, ont la capacité de produire une réaction toxique dans la végétation
aquatique. Le degré de réaction dépend du CI donné et de l’espèce végétale en question.

De façon semblable aux plantes terrestres, la végétation aquatique sert de lien entre les milieux
physiques (eau et sédiment) et les niveaux trophiques élevés des milieux biologiques (terrestres
et aquatiques). Les plantes terrestres peuvent accumuler les CI provenant de l’atmosphère et du
sol, tandis que les plantes aquatiques peuvent absorber les CI directement de la colonne d’eau,
du sédiment et, dans certains cas, de l’atmosphère également.

Les plantes aquatiques comprennent quatre grands types de végétation, soit :

• végétation sous-marine : les plantes dont les racines et les tissus sont totalement sous
l’eau;

62
• végétation partiellement submergée : les plantes dont les racines sont dans le sédiment
et dont la quasi-totalité des tissus est au-dessus de la surface de l’eau (p. ex., les diverses
espèces d’herbes à brochet);
• végétation flottante : les plantes dont les racines sont dans le sédiment et dont les feuilles
du haut flottent sur la surface de l’eau (p. ex., les lys d’eau);
• végétation émergente : les plantes dont les racines sont dans le sédiment et dont une
partie de la hampe et/ou des feuilles sort de la colonne d’eau et est exposée à
l’atmosphère (p. ex., les roseaux des étangs).

Ces formes de végétation aquatique diffèrent jusqu’à un certain point quant à leur niveau
d’exposition aux CI ainsi qu’à leur disponibilité comme sources de nourriture et comme
intermédiaires possibles dans la chaîne alimentaire. Ces quatre classes sont exposées aux CI
dans la colonne d’eau et/ou aux CI associés au sédiment ou aux eaux sédimentaires. La
végétation sous-marine ou partiellement submergée est peu exposée aux dépôts de CI
aéroportés et elle est moins utilisée comme source de nourriture par les animaux terrestres
(p. ex., les orignaux). La végétation émergente présente le plus haut degré d’exposition aux CI
aéroportés et constitue la classe de végétation aquatique la plus utilisée comme source de
nourriture par les animaux terrestres. La végétation flottante est intermédiaire entre ces types.

Il est important de noter les effets que peuvent avoir les communautés de végétation aquatique
sur la dynamique de transport des milieux physiques dans l’environnement aquatique. Lorsque
la végétation établit un point d’ancrage, elle peut réduire la vitesse d’écoulement de l’eau et
créer des conditions qui emprisonnent les solides en suspension, ce qui mène à des dépôts de
sédiments qui changent la morphologie du plan d’eau. Dans l’éventualité où les sédiments en
suspension transportent des contaminants sorbés, ce processus pourrait entraîner le
développement de zones de sédiments fortement chargées en CI.

L’introduction dans l’eau de nutriments provenant de sources de rejets peut également avoir
des effets considérables sur la végétation aquatique.

Il est intéressant de noter que diverses plantes aquatiques peuvent être mises en valeur dans le
but de remédier aux effets associés à la détérioration des sédiments ou de la qualité de l’eau.
Des zones humides aménagées servent dans bien des circonstances à enlever ou à contenir les
contaminants dans l’eau ou les sédiments. On parle quelquefois de " marais épurateurs " (voir
chapitre 5).

4.3.1 Définitions

Comme nous l’avons vu à la section 4.1, les effets qui découlent de l’activité minière peuvent
engendrer des impacts sur l’environnement. Ce sont ces impacts qui, ultimement, nous
préoccupent. Une des meilleures façons de présenter le concept d’impact environnemental
consiste à examiner, en premier lieu, les avantages environnementaux. L’environnement naturel
apporte une valeur à notre vie quotidienne, sous plusieurs formes. De façon plus précise,
l’environnement est la source directe de nombreuses ressources consommables. Nous tenons
pour acquis la disponibilité de certaines ressources parce qu’elles n’offrent aucun aspect
commercial à leur utilisation, tels l’air que nous respirons et (dans une moindre mesure) l’eau
douce que nous buvons ou utilisons pour plusieurs activités. D’autres avantages évidents
provenant de notre environnement naturel sont associés aux ressources biologiques qui

63
proviennent des terres ou des voies d’eau. Ces dernières comprennent une grande variété de
produits agricoles, viandes, poissons, produits forestiers, médicaments et autres.

Il faut également tenir compte des autres composantes de l’environnement qui ne sont pas
directement considérées comme des ressources et qui n’ont donc pas de valeur directe. Dans
ces cas, il est utile d’examiner leur valeur indirecte et leurs relations avec les divers milieux
environnementaux. Par exemple, le rejet d’un contaminant qui réduit le taux de reproduction
d’un insecte aquatique dans un lac peut sembler ne pas avoir de conséquences sur notre qualité
de vie (du moins à court terme). Toutefois, le déclin subséquent de l’abondance d’insectes
aquatiques aura probablement un impact sur la population de poissons qui se nourrissent
d’insectes. Ainsi, d’une façon indirecte, l’existence d’une population d’insectes saine et viable
fournit un avantage en matière de populations viables de poissons. Il en va de même pour
chaque maillon de la chaîne alimentaire. Étant donné la complexité des interactions entre les
diverses formes de vie qui composent tous les écosystèmes, on peut dire que l’existence de
populations saines de chacun des organismes fournit un certain avantage. En soi, le simple
maintien d’une stabilité écologique est donc un avantage.

Il y a également des avantages intangibles que nous retirons de la beauté de notre environnement
immédiat par l’intermédiaire d’activités récréatives, culturelles et artistiques. Comme on ne
peut quantifier facilement ces avantages esthétiques, ils ne possèdent pas de valeur évidente
pour la société. Ils sont cependant de plus en plus reconnus, tant par la population que par le
législateur.

Compte tenu de ce qui précède, on peut donc définir simplement l’impact environnemental
comme toute réduction ou détérioration d’un quelconque avantage provenant de notre
environnement naturel. En d’autres termes, tout ce qui altère la qualité ou la quantité des
composants de l’environnement peut être réputé avoir un impact.

4.3.2 Détection, mesure et variabilité

Afin de déterminer si la réduction ou la détérioration d’une ressource s’est produite, on doit


définir une façon de détecter ces changements. Notre capacité d’évaluer et de réagir aux effets
et impacts environnementaux dépend en grande partie de notre capacité de détecter (et de
mesurer) les diverses variables résultantes (p. ex., la qualité de l’eau, la santé des poissons) pour
une grande variété de milieux.

Si nous pouvons identifier les variables résultantes appropriées, qui sont mesurables et qui
servent d’indicateurs relatifs de la qualité de l’environnement, nous devons aussi avoir des
points de référence et des seuils qui serviront de base dans l’évaluation comparative. Autrement
dit, il doit y avoir des valeurs de base pour les variables résultantes d’intérêt. La différence entre
les variables résultantes dans l’environnement récepteur et les valeurs de base sert de fondement
pour identifier les effets et impacts sur l’environnement. Dans la plupart des cas, il faut avoir
un point de référence afin de déterminer l’envergure et l’" orientation " générale d’un effet. On
obtient le plus souvent ce point de référence en examinant les données lorsque toute influence
qui pourrait entraîner un effet est absente. Ces données peuvent être les renseignements
recueillis à l’endroit en question, avant l’apparition d’une source d’intérêt. On les appelle
également données de base. Ce concept est repris plus loin dans ce chapitre. Les données
comparatives peuvent également inclure les renseignements qui décrivent un environnement
local absent de toute source d’intérêt, qui est par ailleurs semblable à l’environnement
récepteur. On les appelle souvent données de référence.

64
Il faut ici garder en mémoire que l’environnement naturel est intrinsèquement variable. Par
exemple, la composition chimique de l’eau et les dimensions physiques générales (superficie,
profondeur) d’une série de lacs à l’intérieur du même bassin hydrographique différeront d’un
lac à l’autre. La composition des espèces de poissons peut également différer d’un lac à l’autre.
De plus, l’âge, la taille et la santé générale de poissons en particulier sont également variables,
et ce même à l’intérieur d’un banc de poissons donné. Les contaminants rejetés à l’intérieur
d’un bassin hydrographique peuvent avoir des effets hautement variables sur la qualité du
sédiment et de l’eau ainsi que sur les communautés de poissons. En considérant également que
les conditions dans l’environnement récepteur (p. ex., la température de l’eau) changent
constamment, on conçoit que les réactions à l’exposition aux contaminants peuvent varier
considérablement au fil du temps et dans l’espace. C’est pourquoi toute évaluation qui inclut
des mesures environnementales doit également prendre en considération cette variabilité. À
cette fin, plusieurs applications statistiques appliquées aux données mesurées servent à
comparer les groupes de données et à représenter les variations. Les différences statistiquement
importantes dans les mesures environnementales sont celles qui indiquent une forte probabilité
selon laquelle les différences sont réelles et existent malgré l’incertitude associée à la variabilité
naturelle.

4.3.3 Importance écologique

Un autre aspect significatif à prendre en compte a trait à la question suivante : de quelle


envergure doivent être les changements dans la quantité ou la qualité des ressources, tels
qu’indiqués par les variables résultantes mesurées, pour qu’on les considère comme nuisibles ?
En d’autres termes, est-ce que les différences observées (statistiquement importantes) sont assez
grandes pour être socialement ou écologiquement importantes ? Prenons quelques exemples. Si
le taux de production d’œufs d’une espèce de poissons (déterminé en laboratoire) est réduit de
1 à 5 % en raison de l’exposition aux contaminants (une réduction que nous pouvons démontrer
et quantifier), est-ce que cela constitue un impact important (ou significatif) ? Cette réduction
se produira-t-elle également dans l’environnement récepteur réel et, dans l’affirmative, aura-t-
elle un effet mesurable sur les populations de poissons, étant donné qu’un faible pourcentage
d’œufs seulement se rendent à l’âge adulte ? Si au contraire la production d’œufs de ces mêmes
poissons augmentait de 1 à 5 % avec des nutriments introduits dans le lac (généralement pauvre
en nutriments), cette augmentation aurait-elle un impact important, même si elle semble
engendrer une amélioration des ressources halieutiques ? Si la concentration d’un contaminant
toxique pour les poissons augmente dans un lac ayant une très faible concentration d’oxygène
et, en conséquence, n’ayant aucune population de poissons notable, peut-on considérer qu’il y
a impact ?

Il n’est pas simple de répondre à de telles questions parce que nous savons que l’environnement
est complexe et que des changements mineurs dans quelque variable que ce soit (concentrations
des contaminants, teneur en oxygène, taux de croissance des poissons) peuvent avoir des effets
indirects non négligeables, soit localement ou à une certaine distance de l’endroit en question.

Il est également important de noter que l’environnement naturel possède un certain degré
d’élasticité et qu’il peut affronter une variété de changements (même importants) provoqués
par les activités humaines. Dans l’évaluation des impacts environnementaux, il faut aussi
prendre en considération la capacité d’auto-épuration de l’environnement récepteur (c’est-à-
dire la proportion de la charge de contaminants qui peut être absorbée sans l’apparition d’effets
et d’impacts importants). Cette capacité peut varier grandement d’un endroit à l’autre, selon les
facteurs d’influence.

65
4.3.4 Considérations temporelles

Le temps représente une variable clé dans l’évaluation des impacts environnementaux. Il faut
connaître la fréquence et la durée de l’exposition environnementale aux contaminants pour
évaluer ces impacts. Les expositions de très courte durée peuvent dépasser certains critères
seuil, et ces durées limitées peuvent réduire (et même éliminer) le risque d’effets observables
dans l’environnement récepteur. Par exemple, les effluents liquides qui dépassent les normes
présentes dans les directives applicables pourraient être rejetés dans un plan d’eau pendant une
très courte période de temps de sorte que les charges de contaminants qui en résulteraient
pourraient être très faibles et ne pas avoir d’effets observables. De plus, l’exposition peut se
produire principalement à des moments où d’autres facteurs minimisent le risque d’effets et
d’impacts (p. ex., effluents liquides rejetés dans un plan d’eau pendant l’absence saisonnière de
certaines populations de poissons).

Il faut aussi considérer la durée et la fréquence de l’exposition lorsque des contaminants


écologiquement persistants sont présents. Le rejet de ces contaminants, même en petite quantité
(qui semble inoffensive), peut représenter une charge cumulative ayant un risque élevé si le
rejet est continu et prolongé. Le temps est également important en ce qui concerne le concept
de rétablissement. Dans certains cas, le retour à des niveaux acceptables de contaminants liés
aux contaminants dans l’environnement récepteur peut exiger une période de temps
relativement courte, de sorte qu’il n’y aurait aucun effet observable après le retrait de la source
, réduisant ainsi l’impact global.

Par ailleurs, en raison de la nature intrinsèquement intégrée de l’environnement, les effets et


impacts sur l’une ou l’autre de ses composantes peuvent entraîner des impacts secondaires sur
d’autres milieux ou d’autres récepteurs étroitement associés à l’environnement. Par exemple,
une modification de la qualité de l’eau d’un ruisseau pourrait très bien entraîner un impact
secondaire sur la vie aquatique d’une source dans certaines conditions. De la même façon, toute
détérioration de la qualité du sol peut avoir des effets et impacts secondaires sur les récepteurs
biologiques ayant une étroite association avec le sol, tels que les communautés de plantes
locales. Ces effets secondaires peuvent aussi avoir des répercussions sur d’autres récepteurs.
En général, l’évaluation d’un impact sur les milieux physiques (air, sol, sédiment ou eau) est
effectuée dans un contexte d’effets secondaires pouvant avoir une incidence sur les
communautés biologiques associées à ces milieux. Cela inclut des répercussions sur la santé
humaine. Nous reviendrons sur ces aspects plus loin dans le chapitre.

4.3.5 Contaminants d'intérêt (CI)

Comme nous l’avons indiqué dans l’introduction du présent chapitre, notre principal intérêt en
ce qui concerne les conséquences environnementales des rejets miniers porte sur l’émission de
contaminants dans l’environnement récepteur. L’identité et la nature des agents physiques et
chimiques pouvant être associés aux rejets miniers varient grandement. Certains de ces agents
sont plus susceptibles d’être rejetés en quantités suffisantes pour qu’il y ait un risque de
provoquer des changements dans l’environnement récepteur. Il faut rappeler ici que
pratiquement toutes les substances naturelles ou produites par l’homme ont un certain degré de
toxicité, et que ce degré ne peut pas être évalué dans l’absolu. On peut ainsi comparer la toxicité
à la température, où le niveau zéro est une valeur théorique qui n’est jamais atteinte (Campbell,
1996). Tout devient alors question de dosage, pour passer d’un effet neutre ou bénéfique à un
effet délétère.

66
Étant donné que les exploitations minières ont comme objectif de produire des minerais ou des
métaux, il n’est pas surprenant de constater que diverses formes d’éléments métalliques, y
compris les radionucléides, se retrouvent parmi les principaux contaminants d’intérêt (CI). Il y
a des métaux associés aux rejets à toutes les étapes de l’exploitation minière, des travaux
d’excavation au traitement final. Plusieurs CI sont associés au traitement des minerais, tels que :

• les sulfosels (retrouvés dans les effluents liquides lors du traitement minéralurgique;
voir chapitre 5);
• les sulfures (émis comme gaz lors de la fusion; voir chapitres 3 et 11);
• les eaux de drainage minier acide (DMA provenant des travaux d’excavation, des
résidus miniers et des roches stériles; voir chapitres 5 et 6);
• l’ammoniac (associé aux explosifs utilisés lors des travaux d’excavation; voir
chapitre 11);
• les réactifs de traitement spécialisés tels que le cyanure (voir chapitre 7).

Il faut d’autre part rappeler que presque tous les effets possibles associés aux rejets miniers
peuvent être atténués, jusqu’à un certain point, grâce à une bonne planification, à l’adoption de
procédés efficaces et à l’incorporation des meilleures techniques existantes (MTE) dans la
gestion des rejets (voir les chapitres 5 à 8). Au cours des années, les techniques disponibles ont
beaucoup progressé et elles continueront probablement d’évoluer grâce aux nombreux travaux
de recherche et développement. Ce facteur jouera un rôle important face aux impacts
environnementaux qui se produisent dans l’industrie minière. Il est néanmoins bon de souligner
ici que dans presque tous les cas, il existe actuellement une façon d’atténuer les impacts
environnementaux associés aux rejets miniers.

4.3.6 Représentation

Les rapports sur les études d’impact comportent souvent des tableaux synthèses qui résument
les résultats obtenus. À cet égard, on distingue usuellement les matrices d’effets, qui présentent
les résultats directs de l’action de l’homme sur le milieu (p. ex., modification de la topographie,
changements chimiques ou physiques du sol, de l’air ou de l’eau, émission de bruit, etc.) et les
matrices d’impacts qui donnent une évaluation des répercussions environnementales découlant
des effets directs. Ces matrices peuvent prendre diverses formes (similaires ou non pour les
effets et impacts), y compris une représentation quantitative (p. ex., sur une échelle de 0 à 10)
sous forme de bâtonnet (voir figure 4.4a,b)

67
68
et une représentation à double mode (dite matrice Léopold - voir figure 4.5) avec une valeur
numérique donnée à l’ampleur des effets ou impacts réels. Les deux types de représentation
peuvent être combinés, tel que montré à la figure 4.6.

L’élaboration de telles matrices est basée sur des jugements factuels établis selon les mesures
de contrôle adoptés et l’ampleur des effets ou impacts potentiels. Les matrices permettent en
outre d’évaluer l’efficacité des mesures de contrôle et les conséquences d’une interruption de
ces mesures. Les matrices montrées à titre d’exemples aux figures 4.4 à 4.6 (adaptées de Ripley
et al., 1982) permettent d’évaluer globalement les effets et impacts de diverses activités
minières sur quelques composantes majeures de l’environnement.

69
Les matrices d’effets et d’impacts peuvent aussi être présentées sous une forme plus descriptive,
comme on peut le voir à la figure 4.7 (Vachon et Amyot, 1992). On peut ainsi identifier
l’existence d’interrelations avec le milieu (figure 4.7a) et décrire qualitativement le type et
l’importance de l’effet ou de l’impact avec les mesures d’atténuation (figure 4.7b).

70
71
Mentionnons pour terminer cette section qu’un groupe de travail du Comité technique sur
l’évaluation de l’impact environnemental de l’Association canadienne de normalisation tente
d’élaborer une " norme " pour l’évaluation environnementale (CAN/CSA Z 770-99). Celle-ci
pourra éventuellement être utilisée pour représenter de façon uniforme et plus systématique les
résultats d’études d’impact.

Nous avons vu dans la section précédente que l’évaluation des effets et impacts sur
l’environnement peut se fonder sur des variables résultantes précises telles que les
concentrations de contaminants dans un milieu donné. Nous verrons dans cette section un
aperçu des variables résultantes à l’intérieur des milieux environnementaux, en considérant plus
spécifiquement les agents causals ainsi que les mécanismes et la nature des réactions
concernées. Nous identifierons aussi les facteurs qui atténuent les effets relevés. Le tableau 4.7
présente une liste sommaire des impacts des rejets miniers provenant de diverses sources sur
les environnements atmosphérique, terrestre et aquatique.

Certains de ces effets et impacts sont décrits ci-après. On trouvera plus de détails dans Down et
Stock (1977), Ripley et al. (1982, 1996), Sengupta (1993), Henry et Heinke (1996), Dudke et
Adriano (1997), ainsi qu’auprès de divers organismes tels que l’Association minière du Québec
(AMQ, 1998; voir aussi MEF, 1991) et l’Association minière du Canada (MAC, 2000; DIG
2000), qui produisent des rapports sur les diverses substances émises par les entreprises
minières dans l’environnement ainsi que sur leur niveau en rapport avec les normes légales en
vigueur.

4.4.1 Systèmes atmosphériques

Les contaminants atmosphériques se présentent sous forme particulaire ou à l’état gazeux.


Comme nous l’avons vu au chapitre 3, les principaux contaminants gazeux associés aux
activités minières sont le dioxyde de soufre (SO2), les oxydes d’azote (NOx), ainsi que les
oxydes de carbone (CO et CO2). On retrouve aussi à l’occasion divers composés organiques
volatils (COV) dont des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des nitrates de
peroxyde (PAN), et l’ozone (O3) qui est produit lorsque les rayons UV dissocient le NO2 (en

72
NO+O; O+O2 → O3). Les contaminants particulaires sont surtout reliés aux poussières diverses
dont certaines peuvent contenir des métaux dommageables pour l’environnement.

Les effets et impacts environnementaux associés aux activités minières et à leurs rejets
atmosphériques (et autres) sont généralement évalués et présentés sous forme de hausses de la
concentration des contaminants d’intérêt (CI) en relation avec les seuils établis.

Ainsi que nous en avons discuté précédemment, l’atmosphère est un milieu dynamique et, en
conséquence, les effets sur l’atmosphère locale peuvent être de durée relativement courte. C’est
pourquoi plusieurs des normes, critères et directives se rapportant aux rejets atmosphériques
précisent les périodes de temps (souvent 24 heures) au cours desquelles les valeurs s’appliquent
à titre de limite maximale ou de valeur moyenne. Les seuils pour la qualité de l’air sont
généralement fondés sur les effets possibles sur la santé humaine. Il arrive aussi qu’ils tiennent
compte de phénomènes atmosphériques plus vastes tels que les pluies acides ou les
changements climatiques.

Il n’est pas nécessaire que le rejet atmosphérique dépasse les normes ou ait des conséquences
immédiates sur la santé de la faune ou des êtres humains pour avoir un impact. Le rejet de
contaminants atmosphériques peut entraîner de simples effets esthétiques au niveau local,
comme le panache hautement visible d’une cheminée d’affinerie. Les contaminants
atmosphériques peuvent également induire des effets esthétiques plus répandus sous forme de
brume sèche ou de fumée. Le dioxyde de soufre et ses composés contribuent grandement à ces
phénomènes.

La dégradation générale de la qualité de l’air, attribuable à une ou à plusieurs sources de


contaminants atmosphériques, peut avoir des conséquences sur la santé de la faune et des êtres
humains. La mauvaise qualité de l’air peut par exemple résulter en irritations respiratoires
pouvant être très graves pour certains individus sensibles. Certains contaminants
atmosphériques peuvent également ralentir la croissance de la végétation tant indigène
qu’agricole.

En règle générale, les plus grands impacts sur l’atmosphère sont associés au traitement et à
l’affinage des métaux. Les procédés métallurgiques utilisés varient selon le minerai, et la nature
des émissions dans l’atmosphère dépend largement du type de procédé employé. En
conséquence, les effets possibles sur l’environnement atmosphérique dépendent également de
ces facteurs. Le fait que les minerais métalliques du Canada sont très souvent des minerais
sulfureux et que la plupart de ces minerais sulfureux (pour métaux non précieux) sont fondus
entraîne la production de dioxyde de soufre (SO2), qui a un impact atmosphérique important.
Le SO2 s’attaque d’abord à des espèces plus sensibles, comme le lichen en climat nordique, qui
peuvent alors devenir des indicateurs pour la surveillance des impacts. Le SO2 peut aussi
s’attaquer au système respiratoire des animaux et des personnes, causant des maladies
chroniques (irritations, bronchites, etc.). Les effets du SO2 peuvent être amplifiés en présence
d’autres contaminants tels les oxydes d’azote (NOx), causant des effets de synergie
particulièrement dommageables pour l’environnement. Le tableau 4.8a résume certains effets
associés au SO2.

73
Dans l’atmosphère, le dioxyde de soufre produira (en présence de l’humidité) de l’acide
sulfurique qui retombe sous forme de pluie, de neige ou de brouillard. Ce dépôt acide, tout
comme le dépôt de particules métallifères, mène à de nombreux effets et impacts secondaires –
dont les principaux sont un pH modifié (pH quelquefois inférieur à 4 et moins) et des
concentrations élevées de métaux – dans les systèmes terrestre et aquatique.

Les préoccupations actuelles en ce qui concerne les effets climatiques néfastes des gaz " à effet
de serre " pourraient entraîner des changements importants dans les critères utilisés pour
l’évaluation de la qualité de l’air. Le gaz à effet de serre le plus commun qui soit associé aux
rejets atmosphériques provenant des exploitations minières est le dioxyde de carbone (CO2). Il
est présentement inclus dans les objectifs canadiens en matière de qualité de l’air. Un autre gaz
important à cet égard est le méthane (que l’on retrouve dans les charbonnages).

Une autre préoccupation importante en ce qui a trait à l’atmosphère se rapporte aux effets
néfastes sur la santé humaine de divers contaminants gazeux ou particulaires que l’on observe
la plupart du temps dans les lieux de travail. Par exemple, la poussière d’affinage de nickel
(sous forme de sulfate de nickel ou d’oxyde de nickel) est considérée comme potentiellement
cancérigène pour les travailleurs exposés dans les installations de fusion (EPA, 1997).
Toutefois, cette préoccupation représente surtout un danger en milieu de travail (plutôt qu’une
préoccupation environnementale) du fait que l’exposition à l’extérieur du milieu de travail est
extrêmement limitée. Ce type de problème relève plutôt du domaine de l’hygiène industrielle.

Le radon est un autre contaminant atmosphérique qui provient de rejets miniers et qui peut avoir
de grandes répercussions sur l’environnement. Le radon est un produit de désintégration
radioactive issu principalement de divers sous-produits dans l’extraction et le traitement de
l’uranium. On peut le rejeter par le biais des installations de stockage de stériles ou de résidus
miniers, de même que de façon secondaire à partir de tout milieu contaminé par les rejets
d’uranium (p. ex., un sol exposé au dépôt de poussières provenant de l’extraction ou du
traitement de l’uranium). Dans son état de radionucléide, le radon présente des risques possibles
par les effets de rayonnement sur les animaux et les humains. Il est possible de recevoir une
dose radioactive de radon soit par simple exposition externe, soit par inhalation. Les animaux
et les plantes qui respirent le radon peuvent par la suite représenter une voie d’exposition pour
les autres animaux appartenant aux niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire.

74
Le tableau 4.8b résume certains effets et impacts découlant de la présence de divers
contaminants dans l’atmosphère.

4.4.2 Systèmes terrestres

Dans l’environnement terrestre, les rejets miniers peuvent entraîner des effets de nature
esthétique, causer des perturbations physiques ou produire des effets et impacts par le biais des
contaminants évacués. Les effets et impacts sur les milieux physiques et biologiques
surviennent par l’intermédiaire de nombreux mécanismes.

a) Milieux physiques

Les effets sur les sols peuvent être associés à l’établissement et au maintien continu de lieux de
stockage de rejets solides et liquides, tels que les parcs de résidus miniers et les haldes à stériles.
Une densification du sol et un drainage détérioré peuvent se produire en raison d’une circulation
excessive de véhicules. Ces conditions nuisent à la capacité de rétablissement de la végétation
et augmentent également le risque de ruissellement et d’érosion en surface, ce qui peut entraîner
d’autres répercussions néfastes sur la qualité de l’eau.

Les milieux physiques dans l’environnement terrestre peuvent être exposés à une variété de
contaminants de plusieurs façons, comme nous l’avons vu. Les effets directs sur les milieux
physiques (sols et eaux souterraines) sont généralement mesurés par les hausses de
concentration des CI. Comme points de référence pour l’évaluation de tels effets, il existe de
nombreux critères dans la réglementation qui s’applique aux sols et aux eaux souterraines. Les
critères (ou normes) pour les deux milieux peuvent varier selon l’utilisation prévue des sols ou
des eaux souterraines à l’endroit en question. Nous traitons de ce sujet à la section 4.5 et ailleurs
dans le document (voir le chapitre 2).

Comme c’est le cas avec la plupart des critères relatifs aux contaminants dans les milieux
physiques, les normes concernant la qualité des sols et des eaux souterraines se basent
principalement sur les répercussions possibles sur la faune ou la santé humaine. Par conséquent,
on peut établir un lien entre une modification dans les milieux physiques et les effets et impacts
possibles sur les récepteurs biologiques qui résident dans les environnements terrestres.

75
À cet égard, il faut mentionner que les changements dans le pH du sol peuvent grandement
influer sur la solubilité et la mobilité des métaux (voir chapitre 5). C’est vrai pour les métaux
naturellement présents de même que pour ceux provenant des rejets miniers. Ce phénomène
peut entraîner plusieurs effets secondaires, y compris la migration accrue de métaux vers les
eaux souterraines, un plus grand risque de phytotoxicité des métaux, une plus grande absorption
végétale de métaux et un risque accru d’impacts sur la chaîne alimentaire.

Par ailleurs, même si on les omet parfois, les impacts visuels (surtout de nature esthétique) n’en
sont pas moins importants pour les populations locales, surtout dans des régions à vocation
récréotouristique (e.g. Banks et al., 1997). Pour s’en convaincre, on n’a qu’à rappeler l’allure
quasi lunaire du paysage de la région de Sudbury jusqu’à la fin des années 1970 en raison d’un
pH des sols très acide (e.g. Dudka et Adriano, 1997), les empilements gigantesques des rejets
de mines d’amiante dans les régions de Thetford Mines et Asbestos, ou encore les nombreuses
zones colorées par les traces de drainage minier acide dans plusieurs régions minières du
Québec, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. Les principales sources de " pollution "
visuelle incluent aussi les ouvertures à ciel ouvert, les aires d’accumulation de rejets (parcs à
résidus, haldes à stériles, bassins de sédimentation, etc.), les divers bâtiments et autres
infrastructures (cheminées, routes, lignes électriques, pipelines, etc.), la machinerie mobile et
les traces laissées par les contaminants dans l’air, l’eau et sur le sol. La planification d’une
exploitation devrait viser à réduire autant que possible les impacts visuels pour les populations
avoisinantes et pour les visiteurs occasionnels.

b) Milieux biologiques

L’établissement d’installations de stockage de résidus miniers ou de stériles a un impact


environnemental direct en raison de la perte de communautés végétales établies à l’endroit en
question, ce qui constitue à la fois un effet esthétique et écologique. La capacité de récupération
de la végétation à ces endroits de stockage dépend de nombreux facteurs – dont plusieurs
reflètent les pratiques de gestion – tels que les applications de chaux (pour augmenter le pH),
la fertilisation, l’ensemencement, la plantation ou la mise en place et le maintien d’un milieu
de croissance sur les rejets.

Le stockage et la gestion de rejets solides tels que les résidus miniers, les scories et les stériles
peuvent également avoir des impacts négatifs sur la faune en raison des perturbations physiques
qu’ils causent. Par exemple, l’excès de bruit et d’activités est reconnu pour produire un
comportement d’évitement chez les animaux et les oiseaux, entraver les activités liées à
l’alimentation et causer un manquement dans la nidification ou l’abandon des petits. Les
oiseaux particulièrement sensibles sont les oiseaux nicheurs, en partie parce qu’ils ne peuvent
relocaliser les nids en activité. Ces perturbations sont difficiles à évaluer puisque les techniques
d’évaluation elles-mêmes peuvent contribuer à la perturbation. En général, de tels effets et
impacts sont limités dans l’espace et se produisent surtout au cours des périodes d’activités
intenses aux installations de stockage des rejets.

On a souvent observé une mauvaise performance de la végétation sur les sols contaminés. Elle
peut découler des niveaux élevés de métaux ou de sels, ou des modifications importantes du
pH. Même si on admet que plusieurs métaux sont des éléments nécessaires à la croissance
adéquate de la végétation (oligo-éléments), la plupart des métaux peuvent être phytotoxiques
(c.-à-d. avoir des effets néfastes sur la croissance, la survie ou la reproduction des plantes) si
les concentrations deviennent trop élevées. Les concentrations qui entraînent de tels effets
néfastes dépendent du métal donné et de l’espèce végétale en question. Le tableau 4.9 présente

76
quelques exemples de seuils phytotoxiques pour certains CI liés à l’exploitation minière.
L’exposition des plantes aux contaminants et les seuils de toxicité sont mentionnés sous forme
de concentration de CI dans le milieu de croissance (c.-à-d. le sol). Plus le seuil de concentration
est bas, plus le CI est toxique. Dans le tableau 4.9, les valeurs indiquées sont les concentrations
les plus faibles des effets observés (CFEO). Ces dernières représentent les concentrations les
plus faibles à partir desquelles les impacts d’un CI donné ont été observés.

Comme on peut le voir au tableau 4.9, l’impact spécifique d’un contaminant donné peut varier.
Les effets phytotoxiques comprennent la mort des végétaux, la réduction ou l’élimination de la
croissance, la réduction ou l’élimination de la reproduction (production de graines ou
reproduction végétative) et la réduction ou l’élimination de germination de graines. L’impact
global de tels effets sur les communautés végétales peut inclure :

• une perte complète de toute végétation au fil du temps;


• des changements dans la structure de la communauté végétale (augmentations relatives
ou augmentations de diverses espèces dans la communauté);
• une diminution nette dans la biomasse sur pied (c.-à-d. la production totale de tissus
végétaux par unité de surface).

Ces changements peuvent entraîner des impacts subséquents sur la faune terrestre qui compte
sur diverses espèces de végétaux pour se nourrir.

Le rejet de dioxyde de soufre (SO2) dans l’atmosphère et la formation subséquente d’acide


sulfurique peuvent résulter en un dépôt acide sur les tissus végétaux, lequel peut entraîner des
effets nuisibles directs variant entre un dommage mineur aux tissus et la mort des végétaux.

Plusieurs végétaux ont également la capacité d’accumuler des métaux dans leurs tissus à des
concentrations qui peuvent être nettement supérieures à celles retrouvées dans le sol, ce qui
présente des répercussions possibles sur les animaux qui utilisent ces plantes comme nourriture.

Les animaux terrestres peuvent également être exposés aux contaminants toxiques par
l’ingestion accidentelle de sol contaminé ou l’ingestion d’eau contaminée. Comme nous l’avons
mentionné précédemment, les animaux terrestres sont aussi exposés aux CI par l’inhalation de
contaminants atmosphériques. L’exposition totale à tout contaminant par le biais des voies

77
d’exposition est cumulative, et la dose totale (c.-à-d. la masse totale de contaminant absorbé
par unité de poids de l’animal) constitue le facteur déterminant dans le niveau de toxicité qu’un
contaminant peut avoir. L’effet d’une dose de contaminants peut être aussi simple qu’un mal à
l’estomac et aussi significatif qu’une croissance réduite chez les animaux, une perte de poids,
un comportement altéré par la détérioration du système nerveux, une fertilité réduite, la perte
des petits en gestation ou la mortalité. Le tableau 4.10 donne des exemples de seuils toxiques
de divers contaminants liés à l’exploitation minière pour différents animaux terrestres.

L’exposition et la toxicité des contaminants pour ces animaux sont exprimées selon la dose,
c’est-à-dire la masse de contaminant absorbée par la masse unitaire de l’organisme en question.
Plus le seuil de la dose est bas, plus le CI est toxique.

4.4.3 Systèmes aquatiques

Les effets et impacts environnementaux dans l’environnement aquatique constituent la


principale préoccupation en ce qui touche les rejets miniers en raison de divers facteurs, tels :

• l’abondance relative de contaminants déversés dans l’environnement aquatique à toutes


les phases de l’exploitation minière (extraction et traitement);
• le transport de façon secondaire dans les milieux aquatiques des contaminants provenant
de presque toutes les sources de rejets;
• la persistance des CI transportés dans ces milieux;
• un confinement relatif et une immobilité des milieux biologiques à l’intérieur de
l’environnement aquatique.

78
Comme nous l’avons indiqué à la section 4.2, l’environnement aquatique se compose de trois
principaux milieux: l’eau, le sédiment et le biote aquatique. Les effets et impacts des rejets
miniers à l’intérieur de l’environnement aquatique peuvent avoir un lien avec les concentrations
élevées de CI dans l’un ou l’autre de ces milieux.

La liste des principaux contaminants associés aux rejets miniers qui peuvent influencer
l’environnement aquatique comprend (Down et Stock, 1977; Ripley et al., 1982, 1996;
Marshall, 1982; Sengupta, 1993) :

• les métaux (p. ex., Al, Cr, Cu, Mn, Mg, Ni, Pb, Zn, etc.) provenant de dépôts
atmosphériques, des effluents d’usine et de traitement ainsi que du suintement ou du
ruissellement en surface à partir des travaux d’excavation, des résidus miniers ou des
stériles;
• le drainage minier acide (DMA) provenant du suintement ou du ruissellement en surface
des travaux d’excavation, des résidus miniers ou des stériles; les poissons ne résistent
pas en général à un pH plus petit que 4,5 à 5, et très peu de plantes survivent si le pH
est inférieur à 4 (quelques algues vertes et brunes qui colorent l’eau);
• les solides en suspension provenant de presque toutes les activités, qui affectent la faune
et la flore ;
• les sulfosels (aussi appelés thiosels, voir chapitre 5) provenant du traitement du minerai
de pyrrhotite et autres sulfures de fer;
• le cyanure provenant de certains procédés de broyage (voir chapitre 7);
• l’ammoniac retrouvé comme résidu de dynamitage dans les travaux d’excavation et
dans le stockage des stériles.

Le tableau 4.11 montre à titre d’exemple les caractéristiques de divers effluents miniers (voir
aussi le chapitre 5).

79
a) Milieux physiques

La présence de contaminants dans l’eau ou dans les sédiments peut entraîner divers effets et
impacts. Certains contaminants dans les milieux aquatiques peuvent produire des effets
esthétiques sans répercussion sur la santé humaine ou les communautés biologiques. Par
exemple, des concentrations relativement élevées dans l’eau potable peuvent altérer l’apparence
et le goût sans présenter de risques pour la santé. Dans certaines conditions, le fer dans la
colonne d’eau ou dans les eaux de porosité sédimentaires peut former un précipité rouge-orange
qui altère la couleur de l’eau ou des sédiments.

L’effet le plus évident et le plus direct observé dans l’environnement aquatique est la
détérioration de la qualité de l’eau. Au Canada, comme dans d’autres pays, il existe plusieurs
directives qui définissent les limites acceptables pour une variété de paramètres physiques ou
chimiques. Le chapitre 2 traite des principaux règlements applicables au Québec et au Canada.
Essentiellement, lorsqu’une limite pour une directive est dépassée, une forme " d’effet " se
produit. La variable résultante mesurable est tout simplement la concentration du paramètre en
question. Toutefois, l’impact réel peut prendre plusieurs formes selon l’utilisation du plan d’eau
en question. Les impacts peuvent être biologiques lorsqu’une concentration élevée d’un
contaminant altère la croissance ou la reproduction d’un organisme aquatique ou résulte en
réactions mortelles. Dans les situations où le plan d’eau en question sert d’approvisionnement,
alors les préoccupations au sujet de la santé sont évidentes lorsque des contaminants y sont
introduits.

80
b) Milieux biologiques

La présence de contaminants provenant de rejets miniers dans l’environnement aquatique peut


avoir un certain impact sur le biote aquatique par le biais de plusieurs processus, y compris :

• les impacts toxiques directs sur les processus physiologiques influençant la croissance,
la reproduction et/ou la survie;
• l’interférence physique des fonctions biologiques;
• les modifications du comportement.

Le phénomène d’évitement peut être provoqué par la présence de contaminants tels que les
métaux dans la colonne d’eau ou les sédiments. Par exemple, les poissons sont relativement
sensibles aux gradients chimiques dans l’eau et ils tendent à éviter les eaux où les concentrations
de certains contaminants sont élevées. Cela ne représente pas nécessairement un impact direct,
mais l’évitement d’endroits précis peut entraîner des effets sur la structure de la communauté
si les espèces qui démontrent un évitement sont des poissons fourrages importants ou des
prédateurs dominants.

La présence de concentrations relativement élevées de solides en suspension (TSS) peut


entraîner des effets d’ordre esthétique, comme nous l’avons vu précédemment. Cette présence
peut également avoir des effets et impacts physiques sur les communautés biologiques. Les TSS
peuvent former un dépôt dans la colonne d’eau au-dessus des frayères et produire des effets
nuisibles sur la croissance et la survie des embryons de poissons en perturbant l’extraction
d’oxygène. Ce même phénomène peut avoir des impacts nuisibles (c.-à-d. une diversité et/ou
une abondance amoindrie) sur les populations d’invertébrés benthiques (retrouvées en
profondeur). Généralement, le traitement des effluents provenant des usines d’exploitation
minière réduit le risque de libération de particules dans l’eau. D’autres sources de particules qui
peuvent entraîner des concentrations élevées en TSS incluent le ruissellement en surface et les
décharges des eaux pluviales provenant des travaux d’excavation ou des zones de stockage pour
les stériles et les résidus miniers. La gestion adéquate de ces sources (telle que la remise en
végétation de zones de résidus miniers ou la collecte et le traitement des eaux pluviales) peut
atténuer les risques à cet égard.

Les risques d’impacts dans l’environnement aquatique qui soulèvent une autre grande
préoccupation sont ceux associés aux effets toxiques des CI sur le biote aquatique,
particulièrement les poissons et les invertébrés. Tout métal pouvant provenir de sources
minières présente un certain potentiel de toxicité. Les concentrations à partir desquelles les
divers métaux peuvent avoir un effet toxique sur les poissons, les invertébrés ou les plantes
aquatiques sont très variables et dépendent du métal et de l’espèce en question. Les
concentrations de métaux qui produisent des impacts dus aux effets toxiques peuvent également
dépendre de certains autres facteurs tels que le pH ou la dureté de la colonne d’eau. Le tableau
4.12 présente des exemples de seuils toxiques de divers CI pour différentes formes de vie
aquatique. Il est à noter que les seuils varient grandement entre les contaminants et parmi les
différentes formes de vie.

81
L’introduction de matières qui altèrent le pH de l’eau constitue également une autre
préoccupation en ce qui a trait aux rejets miniers dans l’environnement aquatique. Les rejets
des concentrateurs et des fonderies peuvent réduire le pH des eaux réceptrices. De plus, le
drainage acide peut être libéré dans l’environnement aquatique à partir des travaux d’excavation
ou des rejets solides accumulés (résidus miniers ou stériles) et entraîner le même effet général.

82
La principale conséquence d’une diminution du pH est le risque accru d’effets toxiques des
métaux sur les formes de vie aquatique. La diminution du pH accroît la mobilité et la
biodisponibilité des métaux en favorisant la phase dissoute contrairement à la phase sorbée (c.-
à-d. liée aux sédiments en suspension ou au fond). Une réduction du pH augmente également
la méthylation du mercure dans l’environnement naturel, une transition qui accroît sa
biodisponibilité et sa toxicité. Plusieurs contaminants (p. ex., l’ammoniac, l’aluminium) sont
renommés pour causer une plus grande réaction toxicologique dans le biote aquatique dans des
conditions acides, même si les concentrations de ces contaminants demeurent constantes. Il est
possible dans plusieurs cas que les sources de rejets dégagent des métaux et des contaminants
altérant le pH, entraînant ainsi un double effet négatif sur l’environnement récepteur.

L’ampleur des effets et des impacts environnementaux possibles peut varier considérablement
selon les caractéristiques de la source et de l’environnement récepteur. Au cours du processus
d’évaluation des impacts, il est important de prendre ces facteurs d’influence (ou facteurs
modificatifs) en considération.

4.5.1 Caractéristiques des sources de rejets

La principale préoccupation liée aux rejets de l’exploitation minière et à leurs impacts


environnementaux est le transport de contaminants à un ou plusieurs milieux récepteurs. Par
exemple, les préoccupations associées aux effluents liquides sont liées à la libération de CI dans
la colonne d’eau ou dans le sédiment où ils peuvent, à leur tour, avoir des impacts sur les
organismes biologiques aquatiques. La quantité de CI rejetés dans l’environnement récepteur
est notamment fonction des caractéristiques de la source d’origine, qui déterminent à la fois la
quantité et la qualité de rejets. Le premier facteur qui influence les effets et impacts
environnementaux associés aux projets miniers est la méthode d’extraction, qui influence
directement la nature et l’ampleur des rejets produits (voir tableau 4.13).

Les technologies de stockage et de traitement appliquées dans la gestion des rejets liés à
l’exploitation minière auront également une grande influence sur la qualité et la quantité. Nous
aborderons plus en détail le sujet des technologies de stockage et de traitement aux chapitres 5
à 8. Mais même avec l’application des meilleures technologies existantes, un risque de variation
subsiste dans la concentration des CI dans les rejets. En fin de compte, plus grande est la charge

83
d’un CI donné provenant d’une source en particulier, plus grand est le risque de libération du
CI en question dans l’environnement récepteur à des concentrations qui peuvent causer des
problèmes.

Une autre caractéristique relative à la source de rejets qui agit sur le risque de concentrations
dangereuses de CI dans l’environnement récepteur est la proximité de la source de l’endroit en
question. En règle générale, plus la source est éloignée, plus la concentration de CI dans le
milieu a tendance à baisser (voir figure 4.3c).

En effet, les CI sont rejetés à partir d’une source à un taux donné et se diluent (ou se dispersent)
à mesure qu’ils bougent dans le milieu récepteur. Certaines configurations des sources de rejets
agiront sur le déplacement dans le milieu récepteur. Par exemple, la hauteur d’une cheminée
d’affinerie peut avoir une grande influence sur la dispersion atmosphérique des contaminants
aéroportés. De même, la configuration d’une sortie d’effluents liquides (p. ex., un déversoir par
rapport à un diffuseur multipoint) aura une influence sur le degré de mélange et de dilution des
contaminants dans l’environnement récepteur aquatique.

Par conséquent, tout un ensemble de caractéristiques (relativement simples) pour toute source
de rejets donnée agissent dans la détermination des concentrations de CI dans l’environnement
et représentent ainsi les facteurs déterminants de l’impact sur le milieu environnemental.

La composition des rejets relativement à la présence ou à l’absence de CI variés est un autre


facteur important. La forme précise des CI dans les rejets joue un rôle clé dans la détermination
des effets et impacts environnementaux qui peuvent se produire. Par exemple, selon certaines
conditions ambiantes, le mercure peut être présent sous forme organique ou méthylée. Le taux
d’absorption de mercure méthylé par les organismes biologiques et les risques d’effets toxiques
sont beaucoup plus grands que ceux du mercure inorganique. L’arsenic peut également exister
sous plus d’une forme selon les conditions oxydantes et les autres facteurs (pH, conductivité,
activité microbienne). L’arsénite (la forme réduite) est plus soluble et donc plus mobile dans la
plupart des milieux. C’est pourquoi l’arsénite est plus disponible et présente de plus grands
risques de produire des effets toxiques dans les récepteurs biologiques.

On a aussi prêté une attention particulière à la composition des rejets miniers relativement aux
combinaisons de CI variés. Il existe plusieurs contaminants qui peuvent interagir en affectant
les récepteurs biologiques. Lorsque des contaminants multiples sont présents dans un milieu
physique, les effets toxicologiques sur les organismes biologiques exposés peuvent être :

• Additifs : l’effet final de plusieurs contaminants différents est équivalent à la somme des
effets anticipés de chaque contaminant en isolement.
• Synergiques : l’effet final de plusieurs contaminants différents est plus grand que la
somme des effets anticipés de chaque contaminant en isolement.
• Antagonistes : l’effet final de plusieurs contaminants différents est moindre que la
somme des effets anticipés de chaque contaminant en isolement.

À titre d’exemple, la toxicité du sélénium en présence du cuivre est généralement moindre que
celle du sélénium présent en isolement (CCME, 1997). D’autres études sur la réaction aviaire
aux contaminants auraient montré que la présence d’arsenic a réduit le degré d’effet du sélénium
sur la croissance et la survie des canetons.

4.5.2 Milieux physiques

84
a) Environnement atmosphérique

Les rejets atmosphériques qui proviennent d’installations telles que les usines minéralurgiques,
les fonderies, les fosses et les puits de mine et les autres sources liées à l’exploitation minière,
sont sujets à divers mécanismes de dispersion. Comme nous l’avons mentionné précédemment,
le degré de dispersion est notamment fonction des caractéristiques de la source (p. ex., la
hauteur de la cheminée) et des conditions atmosphériques (surtout la vitesse du vent et sa
direction).

Après le rejet de contaminants dans l’atmosphère, les CI peuvent faire l’objet d’un dépôt
secondaire sur les surfaces terrestre ou aquatique. Le degré de déposition dépendra de la vitesse
du vent et de sa direction, de même que d’autres facteurs météorologiques qui déterminent le
lavage et le dépôt (p. ex., les précipitations).

Un facteur clé qui modifie les effets et impacts des rejets atmosphériques est la présence ou
l’absence à l’échelle locale d’autres sources importantes de polluants atmosphériques. L’effet
de plusieurs contaminants atmosphériques se produit à grande échelle, en raison de leur action
cumulative (p. ex., des précipitations acides provoquées par les émissions cumulatives de SO2,
des changements climatiques provoqués par les concentrations cumulatives de gaz à effet de
serre).

b) Environnement terrestre

Nous avons indiqué déjà que la texture du sol, son pH et sa teneur en matières organiques
représentent des caractéristiques qui peuvent agir sur la mobilité et le sort des contaminants. En
conséquence, ces mêmes facteurs peuvent modifier l’impact environnemental causé par la
présence de rejets liés à l’exploitation minière et leurs contaminants associés. Le même principe
s’applique aux caractéristiques des eaux souterraines.

L’utilisation prévue du sol est un autre facteur important, puisque les niveaux d’exposition et
les risques peuvent varier considérablement selon les circonstances (voir tableau 4.14).

Pour tous les milieux, un autre facteur essentiel à prendre en compte en ce qui a trait aux risques
d’impacts environnementaux est la présence préalable des contaminants d’intérêt (CI). Au
Canada, le processus d’évaluation de l’impact sur l’environnement (ÉIE) exige que de telles
conditions préexistantes soient prises en considération. Un environnement présentant déjà des

85
charges élevées de contaminants a une capacité limitée de tolérer des contaminants
supplémentaires. Il est donc primordial que les évaluations ou les planifications en matière
d’impacts sur l’environnement tiennent compte des concentrations des divers éléments qui
existent déjà dans l’environnement récepteur.

c) Environnement aquatique

Les impacts environnementaux dans les habitats aquatiques sont principalement reliés aux
effets nuisibles des contaminants (dans la colonne d’eau ou le sédiment) sur les récepteurs
biologiques exposés à ces milieux. Ces effets sont partiellement liés aux concentrations
ambiantes dans les milieux récepteurs, qui sont influencés jusqu’à un certain degré par les
caractéristiques de ces milieux. Dans la colonne d’eau, la quantité absolue de CI ambiants peut
dépendre des facteurs suivants :

• le volume et le débit dans le plan d’eau en question qui influencent la dispersion et la


dilution des CI;
• les dimensions physiques du plan d’eau qui influencent le degré de mélange et le temps
de résidence des CI;
• la stratification thermique de la colonne d’eau (et les changements saisonniers) qui
influence la dispersion et la dilution des CI.

Quant aux sédiments, la concentration des CI dans les eaux sédimentaires subit l’influence des
facteurs qui déterminent la séparation des CI entre les solides et les eaux interstitielles ainsi que
de l’écoulement entre ces eaux et la colonne d’eau sus-jacente. Ces facteurs incluent la texture
des sédiments (argile, silt ou limon, sable), la teneur en matières organiques, la porosité, la
profondeur des couches de sédiment et la disponibilité de l’oxygène (sédiments aérobies ou
anaérobies).

Chacun de ces facteurs, qui agissent sur les concentrations ambiantes locales des CI dans le
sédiment ou la colonne d’eau, modifiera le risque d’effets et impacts nuisibles sur le biote
aquatique.

La biodisponibilité et la toxicité possible des CI dépendent également de plusieurs


caractéristiques de la colonne d’eau et des sédiments. Dans l’eau, la concentration des solides
en suspension et la nature de ces solides agissent sur la biodisponibilité par le processus de
fixation de CI aux particules. Les CI liés aux particules ont tendance à avoir une biodisponibilité
plus faible. Dans les sédiments de fond, le même phénomène existe et il dépend aussi des
caractéristiques des solides. Le risque d’effets toxiques de plusieurs CI liés est influencé par un
ou plusieurs autres facteurs, y compris :

• le pH – en général, un pH plus faible (plus d’acidité) signifie une toxicité plus grande;
• le carbone organique dissous (COD) – un COD plus faible signifie une plus grande
toxicité;
• la dureté (la concentration des autres cations) – en général, une dureté plus faible signifie
une plus grande toxicité;
• la température de l’eau.

On peut voir au tableau 4.15 le lien entre certains facteurs et les CI.

86
Le tableau 4.16 présente pour sa part un sommaire de l’influence spécifique de la dureté.

Les Recommandations pour la qualité des eaux au Canada (CCMRE, 1999) sont fondées sur la
connaissance actuelle des risques d’effets toxiques des divers contaminants d’intérêt. Il est
raisonnable de dire que ces recommandations représentent un bon indicateur des risques d’effets
et impacts nuisibles et qu’en conséquence, ces risques dépendent également des facteurs
mentionnés. Comme le démontre le tableau 4.16, les recommandations pour le cuivre, le plomb
et le nickel varient à mesure que la dureté varie; les recommandations les plus faibles reflètent
un plus grand risque d’impact à un niveau de dureté plus bas. Dans les cas du plomb et du
nickel, les recommandations (qui servent d’indicateurs inverses du risque toxique) augmentent
d’une façon plus marquée que les niveaux définis de dureté.

4.5.3 Récepteurs biologiques

Comme on l'a vu dans les exemples de seuils toxiques fournis aux tableaux 4.9, 4.10 et 4.12, la
toxicité des CI liés à l’exploitation minière dépend de la classe d’organisme en question.

À l’intérieur de toute classe, cette toxicité dépend également des espèces. La sensibilité des
diverses espèces, même à l’intérieur d’un groupe commun, peut aussi différer grandement.
Ainsi, le risque d’impact environnemental résultant de l’exposition aux contaminants peut
différer selon les espèces qui sont présentes à l’endroit en question. Nous pouvons même dire
que la sensibilité de toute population précise d’une espèce donnée peut différer de la sensibilité
de la population dans son ensemble. Par exemple, le phénomène d’adaptation peut mener à des
populations locales de biote moins insensibles que d’autres. Dans le cas des sites miniers, les
concentrations de métaux sont souvent élevées dans les divers milieux naturels en raison de la

87
présence de gisements. Après plusieurs générations exposées aux concentrations élevées de
métaux, des espèces d’organismes biologiques peuvent développer un certain degré de
tolérance à ces métaux. De la même façon, en d’autres endroits, certaines populations locales
peuvent être plus sensibles aux métaux selon leur histoire évolutive.

La mobilité de toute espèce de biote joue également un grand rôle dans sa vulnérabilité aux
effets toxiques des contaminants, particulièrement si la distribution de ces contaminants est
limitée. Les espèces hautement mobiles ont moins tendance à souffrir des effets de CI localisés
dans l’environnement par rapport à celles qui ont une faible mobilité. Le degré de mobilité
représente un facteur d’influence du degré d’exposition (sans tenir compte des concentrations
des CI à l’endroit en question). La mobilité de tout organisme est déterminée par sa physiologie
et, dans certains cas, par les contraintes géophysiques. Par exemple, les poissons peuvent avoir
une grande capacité de mouvement mais peuvent être très limités dans cette mobilité s’ils sont
confinés à un petit lac.

La vulnérabilité des organismes biologiques aux effets toxiques est également influencée par le
niveau global de stress dans lequel ils vivent. L’absence de sources de nourriture adéquates ou
la présence d’autres conditions extrêmes (p. ex., température élevée, faible disponibilité
d’oxygène) augmenteront probablement l’effet en réaction à l’exposition aux CI. Si une source
de contaminants dans un environnement récepteur donné est également responsable des niveaux
accrus de stress, les effets toxicologiques pourront augmenter. Par exemple, un effluent rejeté
dans un lac peut élever la température de l’eau, résulter en un appauvrissement d’oxygène et
entraîner des effets nuisibles sur les populations d’invertébrés (une source possible de nourriture
pour les poissons). Ces effets se traduiront tous en stress supplémentaire sur les populations de
poissons et pourront les rendre ainsi très vulnérables aux effets toxiques à la suite d’une
exposition aux contaminants liés à l’exploitation minière. Il est important de noter que la
présence d’activités minières peut constituer la source de nombreux facteurs de stress et ainsi
accroître le risque d’effets toxiques (par rapport aux prévisions).

4.5.4 Facteurs anthropiques

Plusieurs des facteurs de l’évaluation des impacts environnementaux sont strictement liés à
l’utilisation et à la perception humaine. On estimera que les changements dans l’environnement
ont ou non un impact important selon l’utilisation de cet environnement particulier. Les
modifications esthétiques du milieu sont un bon exemple, puisque le niveau de tolérance dépend
alors largement de la population qui y est exposée.

Les Recommandations pour la qualité des eaux au Canada (RQEC) visent à fournir des
renseignements scientifiques de base sur les paramètres de la qualité des eaux et sur les valeurs
des seuils toxicologiques écologiquement pertinents pour les espèces canadiennes afin de
protéger certaines utilisations de l’eau. Les Recommandations fournissent une valeur
numérique ou un énoncé circonstancié résumant la recommandation pour plus de 100
substances. Elles comprennent des recommandations pour les paramètres chimiques,
physiques, radiologiques et biologiques requis pour protéger et mettre en valeur les utilisations
désignées de l’eau. Le document " Recommandations pour la qualité des eaux au Canada "
(CCMRE, 1987) inclut des recommandations pour les utilisations suivantes de l’eau :

• eau non traitée pour approvisionnement en eau potable;


• qualité et esthétique des eaux récréatives;
• vie aquatique (eaux douces et eaux de mer);

88
• utilisations agricoles (irrigation et abreuvement du bétail).

Les Recommandations pour la qualité des sols au Canada (RQSC-CCME, 1997) sont fondées
sur une approche semblable, mais leurs niveaux sont plus sévères (c.-à-d. concentrations
permises des CI plus faibles), surtout dans les situations où le risque d’exposition humaine est
grand.

Ces critères ne signifient pas nécessairement que le CI est plus toxique dans des circonstances
précises ou que l’anticipation de la présence du CI est plus grande. Ces recommandations
reflètent plutôt le niveau anticipé d’activité humaine et d’exposition dans des circonstances
précises, et elles sont établies dans le but de protéger la santé humaine.

Cette section traite de divers outils et techniques applicables à l’évaluation des effets et impacts
environnementaux reliés aux rejets miniers. L’approche utilisée pour l’élaboration de
programmes d’évaluation efficaces à l’aide de ces outils y est également décrite.

Les deux principaux outils qui existent pour évaluer les impacts environnementaux sont la
modélisation, qui est de nature prédictive, et la surveillance donnant accès à des mesures
quantitatives des conditions existantes.

4.6.1 Modélisation

La modélisation consiste à appliquer des représentations mathématiques de processus donnés


afin de fournir une estimation quantitative de diverses variables mesurables à des moments
précis. De nombreux modèles ont été développés pour représenter les contaminants reliés aux
rejets miniers, leur transport, et les effets subséquents dans l’environnement récepteur.

Dans le processus de modélisation environnementale, les principales composantes à déterminer


incluent :

• la concentration des CI dans les divers rejets;


• la concentration et la charge des CI rejetés dans l’environnement;
• la persistance et le transport des CI;
• les concentrations des CI qui se retrouveront dans les divers milieux aux endroits en
question;
• le degré d’exposition aux CI des organismes dans les endroits en question;
• l’effet, s’il y a lieu, que cette exposition aura sur ces organismes et les impacts qui y
sont associés.

Une telle modélisation tient généralement compte des changements dans le temps et dans
l’espace. Il existe différents modèles qui peuvent comprendre une ou plusieurs de ces
composantes. Il est important de noter que les résultats du modèle pour l’une ou l’autre des
composantes mentionnées plus haut sont partiellement déterminés par les résultats de la
composante précédente. Chacune des étapes de modélisation exige une certaine quantité de
données mathématiques pour mener à terme les calculs. Par exemple, pour calculer le degré
d’exposition d’un organisme biologique aux contaminants par ingestion, le modèle exige
typiquement une estimation de la quantité de nourriture ingérée de même qu’une distribution
des formes variées de nourriture faisant partie du régime alimentaire des animaux.

89
Avec chaque donnée, il y a forcément une certaine variabilité et une incertitude. Certains
modèles peuvent s’adapter à la variabilité et à l’incertitude. Toutefois, en général, on tient pour
acquis qu’avec la modélisation, une variété de résultats est possible et qu’il faut considérer le
pire résultat possible pour ce qui est des impacts environnementaux.

La modélisation ne fournit pas de réponses définitives mais donne plutôt une indication de la
variété possible des impacts qui peuvent se produire à une installation minière. Ces indications
peuvent être utilisées pour prendre des décisions en matière de planification afin de réduire le
risque d’impacts sur l’environnement. Au cours de la durée de vie d’une installation minière,
la surveillance continue peut servir à confirmer les résultats ou à calibrer le modèle pour
d’autres applications.

4.6.2 Surveillance

Dans tout programme de surveillance, il est important d’inclure la mesure des conditions
ambiantes qui peuvent ou non influencer le problème d’intérêt. Les conditions ambiantes sont
importantes pour déterminer le degré d’impact associé à toute variable résultante surveillée. Par
exemple, pour une usine de concentration où les eaux usées traitées sont rejetées dans un cours
d’eau, la surveillance de routine consistera à prélever des échantillons d’eau pour en faire
l’analyse chimique. Les analyses peuvent cibler plusieurs CI, comprenant probablement
l’ammoniac. Des mesures constantes de concentration d’ammoniac dans la colonne d’eau
fournissent des indications sur les risques d’effets toxiques sur les organismes biologiques à
l’intérieur de l’environnement récepteur. Toutefois, la toxicité de l’ammoniac sur la vie
aquatique dépend aussi de la température. Pour avoir une connaissance approfondie des effets
nuisibles possibles de l’ammoniac, il faut donc comprendre également les tendances ou les
changements dans la température de l’eau.

a) Sources de rejets

Dans un programme de surveillance conçu pour traiter le problème des effets environnementaux
des rejets miniers, la surveillance des rejets eux-mêmes s’avère fondamentale. Pour comprendre
les risques d’impacts environnementaux, et pour gérer efficacement la prévention de tels
impacts, il faut de toute évidence avoir une connaissance détaillée des sources de contaminants
associées aux installations minières. Pour que cette compréhension soit adéquate, il faut
connaître la quantité de rejets et leur composition et l’évolution de ces paramètres dans le temps.
Pour la plupart des rejets liés à l’exploitation minière, l’approche la plus commune et efficace
consiste à prélever des échantillons au moment de l’évacuation dans l’environnement et à les
analyser.

Effluents liquides

Surveiller les effluents liquides provenant des installations minières utilisées pour l’extraction,
le broyage ou la fusion constitue une activité courante exigée par la réglementation au Québec
et au Canada. Par effluents liquides, on entend toutes les eaux de traitement rejetées dans
l’environnement récepteur. Ils comprennent les eaux usées provenant des usines
minéralurgiques et des fonderies, de même que les eaux générées lors de l’assèchement des
mines, les eaux collectées lors du ruissellement et du suintement, et les eaux provenant des
installations de stockage de rejets solides (résidus miniers, stériles).

90
L’approche habituelle de surveillance des effluents liquides consiste à prélever des échantillons
à l’endroit où ils sont rejetés et à soumettre ces échantillons à une gamme d’analyses physiques
et chimiques. Les caractérisations physiques et chimiques des échantillons servent d’indicateur
quant à la qualité des effluents. C’est pourquoi des échantillons composites sont prélevés en
plus des échantillons simples pris au hasard. Il y a prélèvement d’échantillons à intervalles
réguliers afin de permettre la caractérisation des effluents sur une période de temps. Cette
approche donne la variabilité dans la qualité des effluents liquides, laquelle peut être causée par
les modifications du traitement, les changements dans la composition du minerai traité, les
changements naturels dans la composition chimique de l’eau ou dans sa disponibilité, etc.

Les résultats des analyses physiques et chimiques, lorsqu’ils sont comparés aux
recommandations applicables, fournissent des indications quant aux effets possibles des
constituants des effluents sur les organismes biologiques. Les effluents liquides peuvent être
soumis à des tests de toxicité directs au cours desquels des organismes expérimentaux (poissons
et invertébrés surtout) sont exposés à des dilutions variées de l’effluent échantillonné. Bien que
ce soit moins fréquent, il est aussi possible d’employer des plantes (p. ex., laitue, tomates,
millet, etc.) pour les essais de toxicité (e.g. Wang et al., 1989). Cela serait même souhaitable
puisque les plantes en santé sont une partie intégrante des écosystèmes bien équilibrés. La
section 4.6.3 traite des tests de toxicité plus en détail.

Émissions atmosphériques

Les émissions de particules ou de rejets gazeux peuvent généralement être échantillonnées et


caractérisées à l’endroit où elles sont rejetées (du moins dans le cas de sources ponctuelles).
Souvent, ce processus s’effectue à l’aide de prélèvements automatisés avec un appareillage
installé à l’intérieur des cheminées. Dans ces cas, les analyses (p. ex., concentration de dioxyde
de carbone ou de dioxyde de soufre) peuvent être effectuées instantanément sur place.

D’autres sources non localisées de contaminants dans l’atmosphère (p. ex., poussières ou gaz
émanant d’un endroit où sont stockés les rejets miniers) sont moins faciles à surveiller de façon
directe. L’approche habituelle pour évaluer le taux de rejet de contaminants atmosphériques
provenant de telles sources consiste à utiliser des pièges à chute de poussières. Ces pièges sont
placés à proximité de la source et captent les particules lorsqu’elles se déposent. La quantité de
matière captée dans le piège au cours d’une période de temps peut servir de mesure de
concentration de matière dans l’air. Les échantillons de poussières peuvent également être
soumis à des analyses chimiques pour déterminer la composition des particules aéroportées. On
peut aussi échantillonner les gaz de façon ponctuelle.

Résidus miniers et roches stériles

Le stockage des rejets solides, tels que les résidus miniers et les roches stériles, implique
souvent de grandes quantités de matières solides, placées à un endroit désigné, et retenues par
les caractéristiques topographiques naturelles du terrain avec l’apport de structures artificielles
de confinement (digues). L’échantillonnage de cette forme de rejets consiste généralement à
prélever des volumes prédéterminés de matières près de la surface et en profondeur. Les
échantillons sont prélevés à des endroits représentatifs dans toute la zone de stockage afin de
s’assurer de la prise en compte de la variabilité. Les résidus miniers et les stériles peuvent être
hautement hétérogènes puisque les différentes matières sont déposées à différentes étapes de la
vie de la mine (voir chapitre 8). L’analyse des matières échantillonnées porte généralement sur
les métaux et les autres CI.

91
b) Milieux physiques

Comme nous l’avons mentionné, la principale mesure des effets dans les milieux physiques
porte généralement sur les concentrations de CI dans l’environnement récepteur. De la même
façon, le principal élément de surveillance de ces milieux est l’échantillonnage jumelé à la
caractérisation analytique. En ce sens, de nombreux programmes de surveillance de
l’environnement supposent le prélèvement d’échantillons et des caractérisations analytiques
pour évaluer la qualité de l’air, du sol, des sédiments et/ou de l’eau.

On dispose de nombreuses méthodes d’échantillonnage bien établies pour l’air, l’eau, les eaux
souterraines, les sédiments et les sols. La plupart des méthodes d’échantillonnage comprennent
le prélèvement de volumes ou de masses prédéterminés du milieu en question. Il existe des
protocoles bien définis pour le prélèvement, la conservation et le traitement de tels échantillons.
Les protocoles de prélèvement sont propres au milieu, tout comme l’est le type d’analyses à
effectuer. Par exemple, les échantillons d’eau peuvent être filtrés, conservés chimiquement ou
prélevés sans espace libre (c.-à-d. sans air dans le contenant d’échantillonnage), selon le type
d’analyses chimiques à effectuer. Les paramètres analytiques peuvent inclure diverses
caractéristiques physiques ou chimiques. Le tableau 4.17 fournit un sommaire des paramètres
types à analyser pour les milieux physiques.

Les analyses à effectuer sur les échantillons prélevés portent généralement sur certaines
caractéristiques naturelles clés, de même que sur les CI anticipés, selon la nature de la source
de rejets. Quant à l’évaluation des effets et impacts possibles des rejets miniers, les paramètres
analytiques incluent souvent les contaminants et les mesures clés qui peuvent changer selon le
niveau de contamination (p. ex., le pH; voir le chapitre 2). Les techniques analytiques et
l’appareillage disponibles actuellement permettent la détection de la plupart des CI
(particulièrement ceux liés à l’exploitation minière) dans la plupart des milieux, à des
concentrations bien inférieures à celles qui sont considérées importantes du point de vue
environnemental ou écologique.

c) Milieux biologiques

En raison de leur nature, la surveillance des milieux biologiques diffère de celle des milieux
physiques. Les animaux et les plantes peuvent être considérés sur un plan individuel, tandis que
les milieux physiques sont généralement considérés comme collectifs.

92
La surveillance des milieux biologiques dans l’environnement récepteur comprend
l’échantillonnage aux fins d’analyse chimique. Les échantillons de tissus peuvent provenir des
animaux ou des plantes et être analysés relativement aux CI (principalement les métaux). Tout
comme pour les échantillons des milieux physiques, il existe des protocoles établis pour le
prélèvement des tissus biologiques afin d’assurer qu’ils soient représentatifs des conditions
d’ensemble. Les données analytiques provenant des échantillons de tissus fournissent des
indications quant au degré d’exposition et d’absorption de CI, donnant ainsi certaines
informations sur les risques toxiques. Les données peuvent également être utilisées pour
déterminer les répercussions sur la chaîne alimentaire et sur les niveaux trophiques élevés de la
faune.

Il existe également des techniques analytiques qui fournissent une mesure indirecte du degré
d’exposition des organismes biologiques aux CI. L’une des plus utilisées est l’analyse des
métallothionéines (MT) dans les tissus des animaux aquatiques. Les MT constituent un groupe
spécial de protéines qui se lient aux métaux (y compris le zinc, le cuivre, le cadmium, le mercure
et autres) à l’intérieur des tissus des animaux, poissons et invertébrés. Les échantillons de tissus
de poissons peuvent être analysés relativement aux MT. Les concentrations de MT qui en
résultent servent à mesurer le degré d’exposition aux métaux dans l’environnement. Les MT
sont présentes à de faibles concentrations dans des conditions normales (c.-à-d. en l’absence de
contamination significative de l’eau et des sédiments par les métaux). En présence de
concentrations élevées de métaux (même celles qui sont sub-létales), l’abondance des MT dans
les tissus peut augmenter d’un facteur de 10 ou plus (e.g. George, 1990).

En plus de l’échantillonnage de tissus, la surveillance biologique comprend souvent diverses


formes de recensement de populations pour fournir des informations sur l’abondance, la
distribution et la diversité de la faune par rapport aux sources de contamination. Il y a plusieurs
techniques de recensement établies pour les plantes, les oiseaux, les mammifères, les poissons
et les invertébrés terrestres et aquatiques. De nombreuses techniques de recensement
fournissent de plus la possibilité d’examiner la santé relative des organismes en question. Les
évaluations de santé incluent généralement des mesures physiques comme indicateurs de
croissance (p. ex., le poids et la taille des poissons), la présence ou l’absence de tissus
endommagés, et la présence ou l’absence de maladies. Dans le cas des poissons, il est possible
de relever les structures pouvant être utilisées pour déterminer l’âge, telles que les écailles ou
les rayons des nageoires, pour obtenir des renseignements supplémentaires sur la distribution
des classes d’âge pour les populations en place. Jumelées aux mesures physiques de poids et de
taille, ces données fournissent un aperçu des taux de croissance des poissons, qui peuvent être
influencés par les rejets miniers.

d) Programme de surveillance

Comme on peut le constater à la lumière de ce qui précède, la surveillance de l’environnement


a recours à une vaste gamme de techniques pour obtenir des données physiques, chimiques et
biologiques servant à évaluer l’impact de l’exploitation minière et des rejets associés sur
l’environnement récepteur local. Comme nous en avons discuté, l’environnement récepteur se
compose de divers milieux qui sont liés entre eux, souvent de façon très complexe. C’est
pourquoi la surveillance de l’environnement pour chaque site doit être effectuée dans le cadre
d’un programme qui englobe toutes les voies d’exposition ainsi que tous les milieux touchés,
en tenant compte de la nature dynamique de l’environnement. Les initiatives de surveillance
doivent également prendre en considération et inclure les facteurs d’influence (modificatifs)

93
afin de fournir une connaissance complète sur l’envergure ou le degré possible des impacts
environnementaux.

Il faut prendre en compte plusieurs facteurs dans la conception du programme de surveillance


pour que la surveillance soit efficace quant à la saisie de preuve d’impacts sur l’environnement.
Ces facteurs sont étroitement liés à l’occurrence d’effets et impacts sur l’environnement (soit
comme causes, soit comme conséquences).

Une des exigences clés pour effectuer une surveillance efficace est de tenir compte de la
variabilité spatiale dans l’environnement récepteur ou l’environnement de référence. Les
stations d’échantillonnage ou de surveillance doivent être établies en nombre suffisant dans des
endroits représentatifs pour bien tenir compte de cette variabilité. Cette étape exige une
connaissance initiale de la composition de l’environnement récepteur.

La surveillance doit également refléter la variabilité temporelle. Les événements doivent être
relevés dans le temps pour tenir compte des changements saisonniers (p. ex., la migration des
poissons ou des animaux, les changements de température de l’eau) ou des tendances à long
terme (p. ex., la succession des prairies à la forêt) qui influeront sur les données recueillies à
partir de l’environnement récepteur. La surveillance devrait également inclure les tendances
temporelles associées à l’exploitation minière et aux sources de rejets.

Un programme de surveillance bien conçu devrait également permettre de réagir à certaines


tendances observées dans les données. Le programme devrait inclure des éléments déclencheurs
qui mettent en place des changements dans l’envergure de la surveillance lorsque les données
de routine indiquent un quelconque changement. Par exemple, si les données sur la chimie du
sol révèlent un dépassement des seuils toxiques à un endroit donné, des tests supplémentaires
de toxicité du sol ou une inspection de la végétation devraient être faits pour cet endroit. À
l’opposé, si la surveillance de la santé ou des populations de poissons indique une réduction
complète des effets nuisibles dans un endroit précis, certaines activités de surveillance (p. ex.,
l’échantillonnage et les analyses d’eau et de sédiments) pourraient FEEEEEEEE5alors être
réduites localement. Un programme devrait intégrer diverses activités de surveillance afin
d’obtenir des renseignements complets pour effectuer de telles évaluations. L’établissement de
stations de surveillance biologique devrait presque toujours chevaucher la surveillance
physique et chimique en matière de temps et de localisation.

Un autre élément à considérer porte sur la sélection des récepteurs biologiques aux fins de
surveillance. Pour être efficaces dans la saisie d’observations des effets et impacts, les
récepteurs biologiques doivent avoir un certain degré de sensibilité aux contaminants, à la
perturbation physique, à la perte d’habitat, etc. Les récepteurs sélectionnés doivent être en assez
grand nombre et bien répartis dans l’environnement récepteur, tout en étant représentatifs des
principales niches écologiques rencontrées dans cet environnement (p. ex., les mammifères
herbivores terrestres, les oiseaux prédateurs, les plantes à fruits, etc.).

4.6.3 Tests de toxicité

On peut définir la toxicité d’une substance comme le risque inhérent ou la capacité inhérente
d’une matière de causer des effets nuisibles sur un organisme vivant. L’effet peut être
physiologique ou comportemental, et peut résulter en un certain affaiblissement sur les plans

94
de la croissance, de la reproduction et de la survie. La toxicité d’une substance dépend des
propriétés de la substance même ainsi que de l’organisme ou des organismes en question. Les
tests de toxicité s’effectuent simplement en exposant l’organisme donné à des concentrations
connues de contaminants ou au milieu contaminé, en observant et en mesurant la réaction au
cours d’une période de temps définie.

L’application de tests de toxicité peut fournir de meilleures indications des risques d’effets
nuisibles propres au site à la suite d’une exposition aux contaminants rejetés dans
l’environnement récepteur. Il est possible d’effectuer des tests de toxicité pour les effluents
liquides, les déchets solides (tels que les résidus miniers) ou tout autre milieu contaminé (sol,
sédiment ou eau). À cet égard, plusieurs essais normalisés ont été développés au cours des
années pour évaluer la toxicité de l’eau, du sédiment et du sol. Les variables de contrôle dans
les tests de toxicité incluent :

• la substance testée, c’est-à-dire un contaminant donné ou un échantillon du milieu


contaminé;
• l’organisme testé, sélectionné pour représenter la grande classe des organismes
biologiques en question;
• le temps d’exposition, pour tenir compte de la durée d’exposition anticipée;
• la variable résultante mesurée, pour faire une différence entre la croissance, la
reproduction ou la survie.

Une variété de tests effectués sur différents organismes est nécessaire pour tenir compte de la
diversité du biote dans tout environnement récepteur ainsi que de la sensibilité propre de
différents organismes à toute substance toxique donnée. Une telle variation dans la sensibilité
se produit entre les grandes classes (p. ex., les mammifères par opposition aux poissons) ou
entre les espèces à l’intérieur d’une classe (p. ex., la truite arc-en-ciel par opposition à la carpe).

La variabilité du temps d’exposition dans les tests de toxicité tient également compte des
différences entre l’exposition à court terme et à long terme dans l’environnement récepteur, qui
peuvent toutes deux se produire dans un endroit donné. Essentiellement, la variation dans le
temps d’exposition établit une distinction entre les effets aigus (c.-à-d. de courte durée), qui
engendrent généralement la mortalité comme réaction, et les effets chroniques (c.-à-d.
exposition de longue durée), qui affectent plutôt la croissance ou la reproduction.

Pour tenir compte de la variabilité physiologique et biochimique inhérente à toute espèce


d’organisme testé, les tests de toxicité sont habituellement effectués sur divers organismes. Les
résultats sont généralement rapportés en pourcentage du groupe d’organismes exposés qui
affichent une réaction précise. Par exemple, le test de létalité aiguë pour la truite arc-en-ciel
indiquera une CL50 (concentration létale, 50 %), laquelle représente la concentration de la
substance testée (p. ex., un effluent minier) menant à la mort de la moitié (50 %) des poissons
testés durant une période donnée (p. ex., en 96 heures).

Les tests standardisés en laboratoire ont l’avantage de permettre des comparaisons entre les
substances toxiques et de fournir un indice relatif des dommages possibles. La sélection
d’organismes relativement sensibles permet également des tests en laboratoire qui donnent des
indicateurs prudents sur les risques d’effets dans l’environnement récepteur.

Presque toutes les recommandations et tous les objectifs environnementaux actuels qui
s’appliquent aux concentrations des contaminants dans les milieux physiques de

95
l’environnement récepteur sont fondés sur les risques des CI de provoquer une réaction
toxicologique dans les organismes biologiques. Toutefois, le fait qu’un CI soit présent à des
concentrations qui dépassent les recommandations propres à ce contaminant ne signifie pas
nécessairement qu’un effet se produira. Il existe de nombreux facteurs qui peuvent modifier le
risque d’effets toxicologiques, y compris la présence d’autres éléments ou composés, la nature
du milieu et les organismes eux-mêmes (voir la section 4.5). Enfin, les résultats provenant des
tests de toxicité fournissent de bonnes indications sur les risques d’effets nuisibles causés par
l’exposition de certains organismes ou de certaines classes d’organismes à des contaminants
précis ou à un milieu contaminé donné.

À titre d’exemples, les diverses parties du tableau 4.18 montrent des résultats typiques d’essais
de toxicité réalisés sur des effluents miniers, illustrant les impacts potentiels de certains
contaminants sur les écosystèmes.

96
97
4.6.4 Conditions environnementales et surveillance

a) Conditions de base

Chaque environnement récepteur peut varier quant à sa vulnérabilité. C’est pourquoi


l’évaluation de la vulnérabilité représente une partie importante du processus de gestion globale
des rejets. Pour les exploitations qui sont en opération depuis très longtemps, la capacité
d’évaluer la sensibilité de l’environnement récepteur est limitée par le fait que l’environnement
peut avoir déjà été modifié par les activités minières. Dans le cas de nouvelles exploitations, on
a la possibilité d’effectuer une évaluation approfondie des conditions environnementales avant
le début de la construction ou de l’activité minière elle-même. Cette forme d’évaluation
s’appelle " Surveillance environnementale de base ".

La connaissance des conditions de base, particulièrement en ce qui concerne les concentrations


des métaux dans divers milieux, est très importante dans l’évaluation des impacts
environnementaux associés aux activités minières. Pour la plupart des sites miniers, il existe
une probabilité que les concentrations de métaux dans la majorité des milieux puissent excéder
les normes régionales simplement en raison de la présence d’un gisement. Les concentrations
élevées de métaux dans les sols, les eaux et même les tissus végétaux sont en fait utilisées par
les prospecteurs comme indices de présence d’un gisement. Sur l’échelle de temps géologique,
la présence de concentrations naturellement élevées de métaux peut jouer un rôle important
dans la configuration des communautés biologiques, y compris la présence ou l’absence
d’espèces sensibles aux métaux et le degré d’adaptation des espèces quant à la tolérance aux
métaux.

Les études d’impacts (qui évaluent notamment les conditions de base) pour les projets miniers
sont habituellement réalisées en collaboration avec des firmes de consultants spécialisées.
Celles-ci doivent être sélectionnées avec soin, en fonction de leur expertise et de leur
connaissance du milieu, et recevoir l’appui et la collaboration de l’entreprise (e.g., Johnson et
Sides, 1991).

L’exécution d’une surveillance de base doit respecter les mêmes principes que pour la
surveillance environnementale pendant les activités minières. Elle doit tenir compte de la
variabilité temporelle et spatiale et converger sur les récepteurs appropriés, les lieux
d’échantillonnage et les paramètres analytiques. Si on suit ces lignes directrices, il est possible
de comparer directement les données recueillies au cours de la surveillance de base aux données
recueillies pendant les activités minières. Cette comparaison peut aider à déterminer l’ampleur

98
et l’orientation des changements physiques, chimiques et biologiques. Les données de base
peuvent également servir à l’étape de planification pour identifier les secteurs présentant une
sensibilité particulièrement élevée et pour réduire les risques d’impact à ces endroits.

b) Suivi durant l’opération

Durant l’opération d’une mine, l’information recueillie grâce aux activités de surveillance
associées aux milieux environnementaux physiques fournit des renseignements précieux dans
l’évaluation des impacts environnementaux. La qualité des milieux physiques est souvent liée
aux effets possibles sur les communautés résidant dans l’environnement physique. On peut
également employer divers récepteurs biologiques afin de procéder au suivi, en utilisant certains
paramètres représentatifs. Le tableau 4.19 en donne quelques exemples.

Le programme de Suivi des effets sur l'environnement (SEE) représente un outil de rétroaction
très utile en fournissant l’information relative à l’efficacité des mesures de protection
environnementale, que ce soit dans le cadre de la gestion d’une mine ou de politiques de
réglementations. À cet égard, Environnement Canada a instauré (en 1993) le programme
Aquamin, dont le principal objectif consiste à examiner l’efficacité des réglementations
actuelles à protéger les environnements aquatiques (Aquamin, 1996). La principale tâche
faisant partie de ce programme a été de concevoir et valider un programme SEE pour identifier
les effets dans l’environnement aquatique. Le programme SEE conçu dans le cadre d’Aquamin
présente la même approche de base que le programme SEE qui a été élaboré pour l’industrie
des pâtes et papiers. Le principal élément du programme consiste à obtenir des données
physiques, chimiques et biologiques à l’intérieur de l’environnement récepteur et à évaluer ces
données en les comparant aux données provenant d’un environnement de référence (c.-à-d. un
environnement qui est généralement semblable en l’absence de sources de contaminants liées à
l’exploitation minière). Ces comparaisons de données servent à identifier les effets biologiques
(aux échelles individuelle et communautaire) et les effets physiques et chimiques dans les
milieux aquatiques (eaux et sédiments).

Les premiers programmes SEE (établis pour les pâtes et papiers et les mines) ont été conçus
pour traiter les enjeux qui se présentent dans l’environnement aquatique. Il est tout à fait
possible de concevoir l’adoption de l’approche SEE pour l’environnement terrestre.

Un autre programme, appelé ÉTIMA, piloté par CANMET en collaboration avec l’Association
minière du Canada, porte sur l’évaluation des techniques de mesures d’impacts en milieu
aquatique. Il visait l’évaluation des différentes méthodes utilisées pour mesurer l’incidence des

99
effluents miniers sur l’environnement aquatique, en se concentrant sur les tests de toxicité
(aiguë et chronique), la surveillance biologique en eaux réceptrices et la surveillance de l’eau
et des sédiments. Les principaux résultats issus de cette vaste étude ont été présentés dans les
monographies ÉTIMA (1996) et ESG (1999).

Cette section traite succinctement des concepts généraux et de l’approche globale visant la
protection environnementale et la préservation de la stabilité écologique, en relation avec la
gestion des rejets miniers. Les concepts présentés précédemment dans ce chapitre sont revus
dans une perspective de gestion pour contrer les impacts possibles.

4.7.1 Généralités

Bon nombre d’exigences s’appliquent à une gestion efficace des installations minières et de
leurs rejets associés dans le but d’assurer la protection environnementale et la stabilité
écologique. Une gestion efficace pour réduire les risques d’impacts environnementaux s’appuie
d’abord sur une connaissance des processus fondamentaux menant à ces impacts. Ainsi, une
connaissance approfondie de la nature des rejets, de l’environnement récepteur lui-même et des
types d’impacts pouvant se produire forme la pierre angulaire d’une gestion efficace. Les
décideurs qui possèdent cette information peuvent prendre des décisions éclairées visant à
réduire les risques d’impacts environnementaux.

Une gestion environnementale efficace des activités minières s’appuie sur l’utilisation des
meilleurs outils disponibles. Une bonne gestion sera basée en partie sur les données provenant
de programmes de surveillance adéquatement conçus, comme nous les avons décrits
précédemment. La modélisation peut également servir d’outil de prévision pour aider lors du
processus de planification.

Les stratégies de gestion les plus efficaces prennent tous ces aspects en considération de façon
intégrée pour obtenir une protection environnementale optimale.

4.7.2 Décisions découlant des caractéristiques du site

L’élément fondamental auquel les décisions de gestion peuvent s’appliquer est la source de
rejets elle-même. Plusieurs caractéristiques s’appliquant à la plupart des sources de rejets liées
à l’exploitation minière sont directement touchées par les décisions de gestion. Ces
caractéristiques comprennent l’endroit où les rejets sont stockés, le moment où ils sont rejetés,
ainsi que la nature et l’efficacité du mode d’entreposage et des processus de traitement. Une
connaissance de ces facteurs de même qu’une connaissance des constituants présents dans les
rejets permettront de prendre des décisions qui minimiseront les risques d’exposition aux
contaminants et les impacts environnementaux associés.

Les caractéristiques de l’environnement récepteur constituent aussi des facteurs déterminants


dans l’occurrence ou l’absence d’impacts environnementaux. Toutefois, en comparaison des
rejets eux-mêmes, il y a beaucoup moins d’aspects de l’environnement récepteur qui peuvent
être directement influencés par les exploitants miniers. Néanmoins, la gestion du site peut se
faire selon le contexte de ces conditions. Il est utile de connaître la dynamique des mouvements
associée à certains milieux (p. ex., la direction de l’écoulement des eaux souterraines), le lieu
et l’abondance de récepteurs sensibles ainsi que la capacité d’auto-épuration de
l’environnement récepteur, car ce sont des éléments qui aident à la protection
environnementale.

100
Voici quelques exemples de décisions qui tiennent compte de la nature de l’environnement
récepteur et qui sont souvent jumelées à la connaissance des caractéristiques des activités
minières et des rejets associés :

• sélectionner le lieu des installations de stockage des rejets en fonction des risques de
transport subséquent et d’exposition des récepteurs sensibles dans l’environnement
récepteur;
• placer des barrières pour la faune afin de limiter l’accès des récepteurs biologiques aux
endroits fréquentés où le risque d’exposition peut être élevé à certains moments des
activités minières (p. ex., clôtures autour d’une zone de rejets miniers);
• ajouter des rectificatifs environnementaux pour modifier les effets possibles des CI dans
l’environnement récepteur (p. ex., ajouter de la chaux ou de la pierre calcaire aux résidus
miniers ou aux stériles pour augmenter le pH et minimiser la mobilité des métaux).

Dans les chapitres qui suivent, nous examinerons d’autres considérations techniques
susceptibles d’aider l’exploitant à mieux gérer les rejets produits par les activités minières. Les
méthodes de prévention et de contrôle disponibles sont aussi discutées par Elander et al., (1998)

4.7.3 Autres considérations

Une gestion efficace visant à protéger l’environnement exige également de prendre en


considération les changements qui se produisent au fil du temps, étant donné que les processus
et les installations ont une durée de vie limitée. Il y a plusieurs différences substantielles entre
les conditions lors de l’exploitation et les conditions après la fermeture du site en ce qui
concerne la distribution des rejets et leurs caractéristiques, et les conditions dans
l’environnement récepteur lui-même. Par exemple :

• les caractéristiques des rejets peuvent changer (p. ex., l’oxydation des résidus miniers
au fil du temps peut décroître, diminuant ainsi la mobilité des métaux);
• l’environnement physique peut changer de plusieurs façons, soit de façon naturelle
(p. ex., les lacs peu profonds qui deviennent des marécages avec le phénomène de la
succession) ou à la suite de changements opérationnels (p. ex., abaissement des niveaux
d’eau suite à l’enlèvement de digues);
• les communautés biologiques peuvent changer de façon importante (p. ex., les
changements de succession dans les communautés végétales).

Il est important de comprendre les changements qui peuvent se produire et à quels moments ils
peuvent se produire pour évaluer les risques d’impacts environnementaux à mesure que la vie
de la mine progresse.

Une gestion judicieuse reconnaît d’autre part qu’il peut presque toujours y avoir un certain
risque d’effets sur l’environnement récepteur. Ce sont les conséquences possibles (c.-à-d. les
impacts) sur l’écologie ou sur la santé humaine de ces effets qu’il faut prendre en considération
autant que les effets eux-mêmes. Il faut ici tenir compte globalement de la capacité de
l’environnement naturel de supporter les effets isolés et cumulatifs et de récupérer de ces effets
à mesure que les conditions changent.

101
Une gestion basée sur le risque peut permettre de tenir compte des conditions locales et de la
sensibilité environnementale ou de la capacité d’auto-épuration dans l’évaluation des effets
possibles. Elle exige toutefois une révision continue à mesure que les conditions du site
évoluent (p. ex., les nouvelles activités qui commencent ou des activités qui se terminent, les
nouveaux systèmes de traitement qui sont implantés). En utilisant une approche basée sur
l’évaluation du risque, une mine pourra progresser en ayant des activités qui présenteront une
probabilité minimale d’impacts importants. L’analyse du risque environnemental constitue
d’ailleurs, depuis plus d’une décennie, un outil fréquemment utilisé dans le processus
décisionnel (e.g. Krewski, 1987). Il s’agit toutefois d’un outil relativement imprécis et encore
peu uniformisé qui peut conduire à des résultats différents selon celui qui l’applique. Il y a
néanmoins des efforts de standardisation en cours (Campbell, 1996; Schafer et Lewis, 1998)
qui devraient mener vers une utilisation plus systématique.

En parallèle avec ces méthodes, les audits environnementaux sont également utiles pour évaluer
la performance environnementale d’une mine (Balhau, 1995). Un audit (ou vérification)
environnemental permet d’évaluer le degré de conformité environnementale face aux lois, aux
règlements et aux politiques en vigueur. On évalue alors l’ensemble de la situation
environnementale (y compris les aspects techniques, économiques et légaux) et du système de
gestion environnementale (politiques, procédures, budgets, communication, suivi et formation
du personnel). Ces audits peuvent être menés par la compagnie elle-même ou par les
consultants. C’est un outil souvent utilisé par l’acquéreur, le vendeur ou le prêteur pour juger
de la valeur d’une éventuelle transaction (Vachon et Amyot, 1992).

Divers produits peuvent contaminer les eaux issues des opérations minières. Comme nous
l’avons vu au chapitre 4, cette contamination constitue une préoccupation majeure puisqu'elle
peut causer de graves dommages à l'environnement. Parmi les divers types de contamination,
les eaux acides produites par l'oxydation des minéraux sulfureux constituent sans doute le
problème le plus grave auquel doit faire face l'industrie minière au Canada (Ritcey, 1989; SRK,
1991, Feasby et Jones, 1994; Ripley et al. 1996; Morin et Hutt, 1997; Tremblay et Hargreaves,
1999), aux États-Unis (Hutchison et Ellison, 1992; Skousen et Ziemkiewicz, 1995), en Australie
(Price, 1995), dans plusieurs pays d'Europe (Banks et al., 1997) ainsi que dans de nombreuses
autres régions du globe. Le problème est d'une telle importance qu’on a assisté à la mise sur
pied, au fil des deux dernières décennies, de plusieurs programmes de recherche sur le sujet
(e.g. Tremblay et Hargreaves, 1999). Des résultats importants issus de ces travaux ont été
présentés à l’occasion d’une série de conférences internationales organisée au cours des
dernières années (voir les comptes rendus des conférences internationales, ICARD de Montréal
1991, Pittsburgh 1994,Vancouver 1997 et Denver, 2000).

Les eaux contaminées par le drainage minier acide (DMA), aussi appelé drainage rocheux acide
(DRA), peuvent provenir de divers types d'exploitation, incluant des mines de métaux précieux
(or, argent), de métaux de base (cuivre, nickel, zinc, plomb), de charbon et d'uranium. Le
drainage minier acide se produit naturellement lorsque les minéraux sulfureux réactifs, tels la
pyrite et la pyrrhotite, sont exposés à l'eau et à l'air. L'oxydation qui survient libère alors des
ions H+ qui acidifient l'eau. Ce phénomène favorise la mise en solution de divers éléments qui
deviennent plus solubles à bas pH. Cette acidité, combinée à la présence de contaminants
potentiellement toxiques comme divers métaux lourds (par exemple, Fe, Al, Mn, Zn, Cu, Cd,
Hg, Pb, Co, Ni, Ta, As, pour n'en nommer que quelques-uns), peut affecter sérieusement les
écosystèmes qui reçoivent les effluents contaminés.

102
Le phénomène de production d’eaux acides n'est pas exclusif à l'industrie minière puisqu'il est
susceptible de survenir dès que des travaux d'excavation ont lieu dans des roches contenant des
minéraux réactifs. On a par exemple observé la production de DRA à proximité d'ouvrages de
génie civil, tels des routes et des remblais pour pistes d'aéroport. C'est cependant par
l'exploitation d'une mine que l'on risque le plus de générer de grandes quantités d'eaux acides.

Le DMA n'est pas un problème nouveau, et on en connaît l'existence depuis très longtemps (on
en parle depuis des centaines d'années en Europe). Ce n'est cependant qu'au cours des années
1980 et 1990 que l'on s'est véritablement attaqué à cette situation problématique, tant du point
de vue des incidences environnementales et des contrôles législatifs que des divers aspects
techniques reliés à la prédiction, à la prévention (réduction à la source) et au contrôle (rétention
et traitement) du DMA. À cet égard, le Canada est un des pays qui a le plus contribué à
l'avancement des connaissances et à l'élaboration de solutions pratiques, notamment à travers
le programme NEDEM (Neutralisation des eaux de drainage dans l'environnement minier -
MEND, en anglais; e.g. Feasby et Jones, 1994; Tremblay et Hargreaves, 1999), auquel le
Québec a participé activement (NEDEM 1996; Bienvenu, 1998).

Contrairement à ce que l'on croyait à une époque pas si lointaine, le drainage minier acide n'est
pas un phénomène qui a tendance à s'arrêter de lui-même sur un site; l'acidification du lixiviat
peut se poursuivre pendant des centaines (voire des milliers) d'années après la fermeture d’un
site, comme on l’observe sur certains sites en Europe (Feasby et Jones, 1994).

Pour l’industrie et les gouvernements, les coûts associés au DMA peuvent se révéler très
importants. C’est particulièrement le cas pour les anciens sites exploités avant que l'on adopte
les mesures modernes efficaces de prévention et de contrôle. On note ainsi que les coûts de
fermeture des sites générateurs d'acides sont beaucoup plus élevés que ceux encourus pour les
sites de rejets neutres ou alcalins (non générateurs de DMA); on parle de 100 à 300 k$ par
hectare dans le premier cas (voir les chapitres 6, 12 et 13) que l’on oppose à environ 2 à 10 k$
dans le second cas (Feasby et Jones, 1994; Marcotte, 1994; Aubertin et al., 1999). Ces coûts
peuvent comprendre la collecte et le traitement des eaux acides provenant de la mine et des
zones d'entreposage (incluant la gestion des boues produites), la construction et l'entretien
d'ouvrages de retenue et de confinement pour les rejets réactifs, diverses mesures pour prévenir
la production du DMA ainsi que les travaux de réaménagement des sites qui peuvent abriter des
zones d’exploitation à ciel ouvert ou en souterrain, une usine minéralurgique (moulin), un
bassin d’eaux d’exhaure, des zones d'empilement de roches stériles et de minerais de même
qu’un parc à résidus contenant les rejets du concentrateur et les boues de traitement.

Au Canada, on estimait au début des années 1990 qu'environ 740 millions de tonnes de roches
stériles potentiellement acidogènes (qui peuvent générer de l'acide) étaient entreposées en
surface, et que près de 1,9 milliard de tonnes de rejets de concentrateur potentiellement
acidogènes se retrouvaient dans des parcs à résidus qui couvrent une superficie de plus de 12,5
millions d'hectares. Pour sécuriser et restaurer ces sites, il pourrait en coûter entre 3 et 5
milliards de dollars (les coûts sont exprimés en $Can sauf lorsque spécifié), selon l'évolution
des technologies et des conditions d'application (Feasby et Jones, 1994; Tremblay et
Hargreaves, 1999; voir aussi l'information sur le site WEB [Link] En
Australie, les coûts correspondants excéderaient un milliard de dollars, alors qu'en Suède, il est
question de près d'un demi-milliard de dollars. Aux États-Unis, les coûts de restauration des
557 000 sites abandonnés pourraient atteindre 32 à 72 milliards de dollars ($US); certains sites
de très grandes dimensions pourraient engendrer individuellement des coûts de plusieurs
centaines de millions de dollars, notamment au Colorado et en Utah (selon des données

103
reproduites par Tremblay et Hargreaves, 1999; voir aussi le site WEB de MEND2000). Il y
aurait en outre aux États-Unis environ 20 000 km de cours d'eau affectés par le DMA, et ce
surtout par des effluents non traités de mines abandonnées.

À l'échelle mondiale, on estime un coût d'ensemble qui pourrait excéder 100 milliards de dollars
($US), si l'on inclut les projets en développement en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique.

On constate que l’on fait face à un phénomène à prendre très au sérieux tant en regard des
incidences graves que le DMA peut avoir sur l'environnement que de la complexité des
processus engagés et des difficultés que posent sa prédiction, sa prévention et son contrôle.

La communauté scientifique et l'industrie minière ont tout de même fait de belles percées au
cours des dernières années, et on est mieux en mesure aujourd'hui de faire face à la situation,
du moins pour les nouvelles opérations et pour plusieurs exploitations encore en activité (e.g.
Orava et Swinder 1996; voir aussi le chapitre 6). Le cas des mines fermées mais non restaurées
demeure toutefois encore très problématique.

Dans le présent chapitre, nous verrons de façon assez détaillée comment se forme le drainage
minier acide en présentant les principaux mécanismes et processus physiques et géochimiques
qui mènent à sa production. Nous examinerons également la composition typique des effluents
liquides en provenance de divers types d'exploitations génératrices de DMA. Nous décrirons
ensuite certaines techniques de prédiction. Nous aborderons le cas des thiosels de façon
distincte, car ces derniers constituent une source particulière d'acidification des eaux de moulins
en opération. Pour terminer, nous ferons une présentation des principales techniques visant à
traiter les eaux acides. Les aspects relatifs au contrôle et à la prévention de la production d'eaux
acides feront pour leur part l’objet du chapitre 6.

Comme nous l’avons déjà mentionné, l’industrie minière est une activité économique très
importante pour le Québec ainsi que pour d’autres provinces canadiennes. L’exploitation de
gisements de métaux précieux et de métaux de base génère toutefois une variété de rejets formés
de matériaux rocheux de granulométries diverses, entreposés dans les haldes de roches
faiblement minéralisées, les haldes de roches stériles, les parcs à résidus miniers (où l’on
retrouve les rejets du concentrateur) et les amoncellements de minerais et rejets produits par la
lixiviation en tas (figure 5.1).

104
Tous ces matériaux et les minerais en place dans les mines souterraines et les exploitations à
ciel ouvert peuvent, dans certaines conditions, conduire à la production d’eaux acides
communément appelées drainage minier acide (DMA), ou encore drainage rocheux acide
(DRA). Nous utiliserons l’appellation DMA dans ce document.

Outre les mines de métaux de base et de métaux précieux, plusieurs autres catégories
d’exploitations sont susceptibles de produire du DMA, notamment les industries charbonnière
et uranifère. D’abord, qu’entend-on par drainage minier acide (DMA)? Comment se produit-il?
Peut-on reconnaître les roches et les rejets susceptibles de causer la production de DMA? Peut-
on prédire cette production? Pouvons-nous la contrôler, sinon la traiter? Ce sont là des questions
primordiales auxquelles l’ingénieur minier, l’ingénieur géologue, le géologue et le biologiste
sont appelés à répondre dans l’exercice de leur profession. Les prochaines sections de ce
chapitre traitent de l’étude et de la compréhension des processus conduisant à la génération du
DMA, des mécanismes qui causent la lixiviation des métaux, des réactions de neutralisation
naturelles du DMA et des méthodes permettant de prédire la production de DMA.

5.2.1 Définition

On peut définir le drainage minier comme étant le résultat de la circulation des eaux tant de
surface que souterraines à travers les composantes d’un site minier (rejets du concentrateur,
haldes de roches stériles, galeries de mine, etc.).. Les effluents miniers sont donc alimentés par
le drainage minier. On peut diviser le drainage minier en quatre classes principales (Morin et
Hutt, 1997), soit: le drainage minier acide (pH < 6), le drainage minier alcalin (pH > 9-10), le
drainage minier circum-neutre (6 < pH < 9-10), ainsi que le drainage minier au pH peu
problématique, qui découle de l’exploitation de minéraux industriels non métalliques comme

105
le sel gemme, la potasse, la kaolinite, etc. Le diagramme de la figure 5.2 illustre les
caractéristiques de ces quatre classes de drainage minier.

Le processus d’exploitation minière, qui vise l’extraction de substances minérales ayant une
valeur commerciale, donne lieu à l’exposition du mort-terrain, de rejets miniers ou de sièges
d’extraction. Les matériaux ainsi exposés peuvent contribuer à la formation du DMA. Le
drainage minier acide est, de loin, le problème environnemental qui soulève le plus de
préoccupations (tant à l’échelle nationale qu’internationale), car il s’agit en fait de la
mobilisation (solubilisation) de métaux lourds et d’autres substances toxiques pour
l’environnement. Il importe donc de bien comprendre le processus de génération du DMA pour
pouvoir le prédire, le contrôler et le traiter, que ce soit pour des sites miniers en opération ou
désaffectés. Ces connaissances permettront à l’ingénieur de prendre les décisions qui
s’imposent dans le cadre de la gestion environnementale d’un site minier comportant des rejets.

5.2.2 Oxydation des sulfures et production du DMA

Le DMA résulte de l’oxydation naturelle de minéraux sulfureux que l’on retrouve dans les
matériaux rocheux exposés à l’air et à l’eau. Les eaux de drainage acide sont caractérisées par
un faible pH, des concentrations en métaux lourds et en sulfates solubles élevées, une grande
concentration en solides dissous et l’absence relative de matière organique.

Les réactions conduisant à l’acidification des effluents miniers sont relativement bien connues
et amplement décrites dans la littérature (e.g. Kleinmann et al., 1981 ; Ritcey, 1989 ; SRK, 1991
; Ellison et Hutchison, 1992; Ritchie, 1994; Blowes et Ptacek, 1994; Evangelou, 1995; Perkins
et al., 1995; McIntosh et al., 1997; Morin et Hutt, 1997). Les principaux minéraux sulfureux
(ou sulfurés) rencontrés dans les gisements et rejets miniers sont énumérés au tableau 5.1.

106
Le minerai sulfureux le plus abondant dans les rejets miniers est sans contredit la pyrite (FeS2).
Les mécanismes conduisant à l’oxydation de la pyrite servent souvent à illustrer le mode de
production d’acide.

L’oxydation de la pyrite peut être directe ou indirecte. L’oxydation directe se produit lors d’une
réaction chimique (éq. 5.1) entre la pyrite à l’état solide avec l’oxygène de l’air et l’eau :

(5.1) 2FeS2 + 7O2 + 2H2O → 2Fe2+ + 4SO42- + 4H+

L’oxydation indirecte de la pyrite se produit par une réaction qui met en jeu un oxydant comme
le fer ferrique (Fe3+). Lorsqu’il y a dissociation de la pyrite (éq. 5.1), le fer ferreux (Fe2+) produit
peut s’oxyder :

(5.2) 2Fe2+ + 1/2O2 + 2H+ → 2Fe3+ + H2O

Le fer ferrique peut précipiter sous forme d’hydroxyde, comme la ferrihydrite, si le pH est
suffisamment élevé :

(5.3) Fe3+ + 3H2O → Fe(OH)3 + 3H+

Lorsque le milieu est plus acide (pH  3 environ), le Fe3+ peut alors oxyder la pyrite :

(5.4) FeS2 + 14Fe3+ + 8H2O → 15Fe2+ + 2SO42- + 16H+

107
La notion de génération de drainage minier acide devient explicite lorsqu’on combine les
réactions précitées (éq. 5.1 à 5.3) pour obtenir la réaction globale (éq. 5.5) qui produit de l’acide
sulfurique et un hydroxyde de fer :

(5.5) FeS2 + 15/4O2 + 7/2H2O → Fe(OH)3 + 2H2SO4

En comparant la stœchiométrie de la réaction d’oxydation directe de la pyrite (éq. 5.1) avec


celle de la réaction d’oxydation indirecte (éq. 5.4), on se rend compte que l’oxydation directe
conduit à la formation de 2 moles de H+ (ou 1 mole d’acide sulfurique) pour 1 mole de FeS2,
tandis que la réaction d’oxydation indirecte produit beaucoup plus d’acidité, soit 16 moles de
H+ (ou 8 moles d’acide sulfurique) pour 1 mole de FeS2. La réaction d’oxydation directe de la
pyrite se produit surtout à des valeurs de pH proches de la neutralité (5 < pH < 7). L’oxydation
indirecte de la pyrite survient typiquement à des valeurs de pH beaucoup plus faibles (pH < 3).
On peut illustrer le processus global de génération du drainage minier acide comme à la figure
5.3 (inspirée de Stumm et Morgan, 1981).

À partir des équations qui précèdent, on peut donc présenter les étapes de l’acidification des
effluents, schématisée à la figure 5.4, de la façon suivante (Kleinmann et al., 1981).

108
1. La pyrite ainsi que d’autres minéraux sulfureux (chalcopyrite, pyrrhotite, sphalérite,
covellite, arsénopyrite, galène, etc.) sont mis en contact avec une eau dont le pH est
proche du point de neutralité (pH  7). Ils subissent d’abord une oxydation chimique
lente suivant l’équation 5.1 ; c’est l’oxydation directe. Selon certains auteurs (e.g.
Singer et Stumm, 1970; Kleinmann et al., 1981), ce processus peut être catalysé par
diverses bactéries, telle la bactérie thiobacillus ferrooxidans, lorsqu’elles sont
directement en contact avec les sulfures. Notons toutefois que l’action de telles bactéries
est plus marquée lorsque le pH est relativement bas, soit pH  3,5 environ. Le milieu
s’acidifie graduellement autour des sulfures et la deuxième étape du processus s’amorce.
2. La deuxième étape consiste en la transformation du fer ferreux en fer ferrique selon
l’équation 5.2. Il y a alors précipitation d’un hydroxyde de fer (Fe(OH)3), ce qui
contribuera à acidifier davantage le milieu (éq. 5.3), engendrant ainsi un pH de plus en
plus bas. En deçà de 3,5 environ, le fer ferrique reste en solution et devient un agent
oxydant pouvant oxyder la pyrite selon la réaction 5.4; c’est l’étape de l’oxydation
indirecte.
3. À la troisième et dernière étape, on observe habituellement l’effet catalytique marqué
des bactéries acidophiles qui contribueraient notamment à accélérer le processus
d’oxydation du fer ferreux en fer ferrique, ce qui se traduit par une augmentation de
plusieurs ordres de grandeur du taux d’acidification générale (e.g. SRK, 1991). La
présence de ces bactéries permet l’établissement d’un processus cyclique mettant en jeu
les réactions 5.2 et 5.4 (sans passer par la réaction 5.3). Les métaux lourds présents dans
plusieurs sulfures (par exemple, Zn, Mn, Cd, Hg, Fe dans la sphalérite; Fe, Ni, Co, As
dans la pyrite) seraient ainsi libérés en même temps que de grandes quantités d’acide
sont générées.

Il est utile de mentionner ici qu’il existe une certaine controverse quant à l’importance du rôle
catalyseur des bactéries acidophiles dans le processus d’acidification des effluents miniers.
Ainsi, des résultats contradictoires découlant des travaux de Singer et Stumm (1970) et de
Morth et al. (1972) laissent planer une incertitude quant à l’importance du rôle des bactéries
thiobacillus ferrooxydans. Plus récemment, des études en laboratoire et sur le terrain, utilisant

109
des échantillons stérilisés et non stérilisés, ont démontré des taux d’oxydation semblables pour
un large éventail de conditions du pH (1-8), ce qui contredirait les effets attribués aux bactéries
dans des conditions de bas pH (e.g. Nicholson, 1994; Kwong et al., 1995) ; Mustin et al. (1992),
Gould et al. (1994), Morin et Hutt (1997) et McIntosh et al. (1997) donnent plus de détails sur
ce sujet. Nous reviendrons sur l’action des bactéries à la section 5.3.

Par ailleurs, on peut illustrer à l’aide d’un diagramme Eh-pH (e.g. Appelo et Postma, 1993) ,
les conditions d’oxydoréduction fréquemment rencontrées dans les études sur le DMA, comme
on peut le voir à la figure 5.5.

Le Eh représente une mesure de la tendance à l’oxydation et à la réduction d’une solution, ou


la tendance rédox; celle-ci est une mesure du voltage lorsque la valence des métaux varie
(Ritcey, 1989; Nordstrom et Munoz, 1994). Le diagramme Eh-pH indique les domaines (ou
champs) des espèces à valence incomplète en solution.

Les réactions d’oxydation des principaux minéraux sulfureux rencontrés dans les résidus
miniers pouvant générer du DMA apparaissent au tableau 5.2 ; on peut trouver plus de détails
sur les processus géochimiques affectant les sulfures et les oxydes dans Perkins et al. (1995).

110
La minéralogie des résidus sulfureux et des produits d’oxydation a fait l’objet d’une discussion
détaillée dans Jambor (1994) et Alpers et al. (1994), alors que la réactivité des divers sulfures
est abordée par Kwong (1993), Nicholson et Scharer (1994), Rimstidt et al. (1994), Evangelou
(1995) et Janzen et al. (1997). Ces nombreuses études ont largement contribué à faire progresser
les connaissances. Par exemple, nous savons, à la suite de nombreuses observations sur le
terrain et de travaux en laboratoire, que la pyrrhotite est beaucoup plus réactive que la pyrite ;
elle s’oxyderait entre 20 et 100 fois plus rapidement que cette dernière (Nicholson et Scharer,
1994). Dans la réalité, la réactivité des sulfures peut varier grandement, car plusieurs facteurs
l’influencent, notamment la morphologie des particules sulfureuses, la surface exposée, les
conditions de l’oxydation (biotique contre abiotique), l’humidité, la température, la structure
cristalline, la présence d’inclusions et la présence d’autres cations en solution. On peut
mentionner, à titre d’exemple, que la pyrite se présente avec plusieurs morphologies, comme le
montre la figure 5.6.

111
La pyrite framboïdale et polyframboïdale, qui se rencontre généralement dans les roches
sédimentaires comme les shales, est beaucoup plus réactive que la pyrite bien cristallisée
montrant des cristaux en cubes, pyritohèdres et octaèdres (Evangelou, 1995). Sa réactivité
supérieure serait attribuable à la très grande surface des petits grains et à sa plus grande porosité.
Comme autre exemple, citons le lien entre la marcassite et la pyrite. Ces deux minéraux sont
des polymorphes, c’est-à-dire qu’ils ont la même formule chimique (FeS2), mais ils sont de
structure différente, la marcassite étant orthorhombique et la pyrite, cubique. C’est justement
(du moins en grande partie) cette différence dans sa structure qui fait de la marcassite un minéral
plus réactif que la pyrite.

Par ailleurs, un autre facteur déterminant dans le processus de génération d’acide dans les
matériaux miniers sulfureux est la disponibilité de l’oxygène. En effet, l’oxygène est l’élément
déclencheur et, dans plusieurs situations, il est le paramètre clé du contrôle et de la prévention
de l’oxydation. S’il est possible de limiter la disponibilité de l’oxygène, il sera possible de
contrôler l’oxydation des résidus miniers sulfureux. Yanful et Saint-Arnaud (1991) ont ainsi
démontré, à l’aide de profils de concentration d’oxygène gazeux dans les résidus du site Waite
Amulet, l’importance du rôle de l’oxygène dans le processus d’oxydation de la pyrite. Le
transfert de l’oxygène dans les résidus miniers a fait l’objet d’une discussion par Nicholson et
al. (1989), Collin et Rasmuson (1990), Hustwit et al. (1992), Ritchie (1994), Aubertin et al.
(1995, 1997); nous reviendrons sur cet aspect plus en détail au chapitre 6.

5.2.3 Mécanismes de neutralisation

Certains minéraux possèdent un potentiel de neutralisation intrinsèque grâce à leur capacité de


réagir avec l’acide sulfurique et à le neutraliser. Parmi les minéraux ayant le plus grand potentiel
de neutralisation, on retrouve les minéraux carbonatés, plus particulièrement la calcite et la

112
dolomite. Le tableau 5.3 présente les principaux minéraux ayant un pouvoir neutralisant
(appelés acidivores) et fréquemment rencontrés dans les résidus miniers.

Les réactions 5.6 et 5.7 illustrent la réaction de la calcite et de la dolomite avec l’acide
sulfurique produit par l’oxydation d’un sulfure :

(5.6) 2CaCO3 + H2SO4 → 2Ca2+ + 2HCO3- +SO4-2

(5.7) CaMg(CO3)2 + H2SO4 → Ca2+ + Mg2+ + 2HCO3- +SO4-2

Ces réactions montrent qu’il faut deux moles de calcite pour neutraliser une mole d’acide
sulfurique et produire des sels dissous, alors qu’une mole de dolomite neutralise une mole
d’acide sulfurique. Au fur et à mesure que la réaction se déroule, les concentrations des solutés
vont augmenter jusqu’à engendrer la précipitation de minéraux secondaires comme le gypse
(CaSO4 ·2H2O), la bassanite (CaSO4·1/2H2O), l’anhydrite (CaSO4), l’epsomite (MgSO4·7H2O)
ou l’hexahydrite (MgSO4·6H2O).

Cependant, tous les carbonates n’ont pas la même réactivité et la même capacité de neutraliser
l’acide. La réactivité relative des carbonates va selon l’ordre décroissant suivant : calcite 
dolomite > ankérite magnésienne > ankérite > sidérite (Blowes et Ptacek, 1994). Le taux de
dissolution de la calcite est suffisamment rapide pour maintenir des conditions de quasi-
équilibre et tamponner le pH des eaux interstitielles entre 6 et 7,5. La dissolution des autres
carbonates est plus lente et des situations de déséquilibres chimiques sont fréquemment
observées dans les résidus miniers. Dans certains cas, on remarque aussi que les ions HCO3-
pourront réagir avec du Fe2+ et former de la sidérite selon la réaction suivante :

113
(5.8) HCO3- + Fe2+ → FeCO3 + H+

La précipitation de la sidérite pourrait constituer un important mécanisme qui limite la


concentration en Fe dissous dans les sites de résidus miniers (Blowes et Ptacek, 1994). Il est
également à noter que cette réaction génère de l’acide.

Divers autres minéraux ayant un potentiel de neutralisation moindre que celui des carbonates
sont identifiés au tableau 5.4a, selon une classification proposée par Sverdrup (1990).

Les propriétés acidivores de plusieurs minéraux neutralisants sont énumérées au tableau


5.4b.

114
Parmi ces minéraux, mentionnons les oxydes, les oxyhydroxydes et hydroxydes de Fe et Al, les
feldspaths (albite, anorthite, orthose) et les phyllosilicates (chlorite, biotite, muscovite,
kaolinite). Les équations 5.9 à 5.12 donnent des exemples de réactions de dissolution pour
chacun de ces groupes de minéraux.

(5.9) 2 Fe(OH)3 + 3 H2SO4 → 2 Fe3+ + 3 SO42- + 6 H2O

(5.10) KAlSi3O8 + 2 H2SO4 → K+ + Al3+ + 3 SiO2(aq) + 2 SO42- + 2 H2O

(5.11) CaAl2Si2O8 + 4 H2SO4 → Ca+ + 2 Al3+ + 2 SiO2(aq) + 4 SO42- + 2 H2O

(5.12) Mg5Al2Si3O10(OH)8 + 8 H2SO4 → 6 Mg2+ + 2 Al3+ + 3 SiO2(aq) + 8 SO42- + 12 H2O

L’équation 5.9 met en jeu la dissolution de la ferrihydrite, un hydroxyde de fer. La dissolution


de la gibbsite (Al(OH)3) induit une réaction fort semblable. Si les concentrations en ions Al3+
et Fe3+ augmentent dans la solution, des minéraux secondaires tels que l’alunite
(K2Al6(SO4)4(OH)12) et la jarosite (K2Fe6(SO4)4(OH)12) pourront alors précipiter (Perkins et al.,
1995). Les réactions de dissolutions totales (éq. 5.10 à 5.12) font intervenir pour leur part des
minéraux silicatés, soit l’orthose, l’anorthite et la chlorite; elles indiquent le potentiel de
neutralisation maximal de chacun de ces minéraux. Par exemple, chaque mole d’orthose
neutralisera deux moles d’acide sulfurique, tandis qu’une mole d’anorthite pourra en neutraliser
quatre et une mole de chlorite magnésienne pourra neutraliser huit moles d’acide sulfurique.
Toutefois la précipitation de minéraux secondaires réduit le potentiel de neutralisation de ces
minéraux en fonction de la concentration, du pH, de la température, etc. Il importe donc

115
d’évaluer les minéraux secondaires formés, sans quoi il ne sera pas possible de prédire de façon
précise la capacité d’un minéral à neutraliser l’acide.

5.2.4 Produits des réactions de neutralisation

La présence de minéraux secondaires dans les résidus miniers sulfureux est l’expression
minéralogique des processus ayant conduit à la neutralisation du DMA. On a répertorié de
nombreux minéraux secondaires dans les parcs de résidus miniers sulfurés (Jambor, 1994;
Alpers et al., 1994; Morin et Hutt, 1997). Certains de ces minéraux peuvent être solubles alors
que d’autres sont insolubles. Les grands groupes de minéraux secondaires sont : les sulfates, les
carbonates, les oxydes, hydroxydes et oxyhydroxydes, les phosphates, les arséniates et certains
composés halogénés ; les plus communs apparaissent dans le tableau 5.5.

116
Il est à noter que certains minéraux peuvent être à la fois primaires et secondaires, par
exemple le gypse et la sidérite (figure 5.7).

117
Ces deux minéraux font souvent partie des assemblages de minéraux primaires associés aux
gisements de sulfures massifs, mais ils peuvent également découler des réactions de
neutralisation dans le parc à résidus.

Après la dissolution d’un minéral, la concentration des ions dissous contrôlera la précipitation
des minéraux secondaires. Inversement, la précipitation et la dissolution de minéraux
secondaires pourront limiter la concentration maximale des espèces métalliques aqueuses.
Lorsque la concentration des ions dissous dépasse l’état d’équilibre, il y aura saturation ou
même sursaturation, ce qui induira la précipitation d’un minéral secondaire. La composition
géochimique des eaux acides peut être reliée quantitativement à la solubilité des minéraux par
le calcul d’un indice de saturation minéralogique (IS) selon l’équation suivante :

(5.13)

où PAI est le produit d’activité de l’ion (calculé) et Ksp est la constante du produit de solubilité
à une température et une pression données (Nordstrom et Munoz, 1994). Trois situations
peuvent se présenter :

IS = 0, et le minéral est en équilibre avec la solution;

IS < 0, et la solution est sous-saturée par rapport au minéral ;

IS > 0, et la solution est sursaturée par rapport au minéral.

118
La capacité d’un minéral de neutraliser l’acide produit lors de l’oxydation de la pyrite dépend
de la nature du minéral secondaire formé. Prenons l’exemple de la calcite, dont la capacité à
neutraliser l’acide diminue après la précipitation d’un minéral secondaire, comme le démontrent
les réactions suivantes :

(5.14) 2 FeS2 + 7 O2 + 2 H2O + 4 CaCO3 → 2 Fe2+ + 4 Ca2+ + 4 SO42- + 4 HCO3-

(5.15) 2 FeS2 + 7 O2 + 4 H2O + 6 CaCO3 → 2 FeCO3 + 6 Ca2+ + 4 SO42- + 4 HCO3-

(5.16) 2 FeS2 + 9 O2 + 4 H2O + 8 CaCO3 → 2 Fe(OH)3 + 8 Ca2+ + 4 SO42- + 8 HCO3

Ainsi, si la sidérite précipite (éq. 5.15), la quantité de calcite nécessaire pour neutraliser l’acide
sulfurique produit par l’oxydation de la pyrite est de 50 % plus élevée que s’il n’y en a pas (éq.
5.14); si la ferrihydrite précipite (éq. 5.16), il faudra alors 2 fois plus de calcite pour neutraliser
l’acide sulfurique (par rapport à la réaction 5.14). Examinons un autre exemple : le potentiel de
neutralisation de l’albite est réduit de 75 % si la kaolinite précipite (Perkins et al., 1995). Dans
certains cas, l’accumulation des minéraux secondaires peut conduire à la formation d’un
horizon induré (hard pan) qui forme localement une interface moins perméable entre la zone
de résidus oxydés et les résidus frais, ce qui pourrait contribuer à limiter le passage de l’eau et
la diffusion de l’oxygène en profondeur. Des exemples de formation de cet horizon induré sont
présentés dans Blowes et al. (1992), Chermak et Runnells (1997) et Tassé et al. (1997.

La compréhension des processus géochimiques prenant place dans la formation des minéraux
secondaires est primordiale si on veut pouvoir prédire l’évolution du DMA.

5.3.1 Généralités

Nous avons vu à la section 5.2 les principaux mécanismes d’oxydation des sulfures et les
processus de formation des minéraux secondaires faisant suite aux réactions de neutralisation
de l’acide sulfurique. On peut résumer ces mécanismes à l’aide de trois types généraux de
réactions qui contribuent à la formation du DMA et à sa neutralisation (Perkins et al., 1995;
Morin et Hutt, 1997). Sous une forme générale, ces trois types prennent la forme suivante :

(5.17) minéral sulfuré + O2 + H2O  sulfate + acidité + métaux

(5.18) minéral sulfuré + Fe3+ + H2O  sulfate + acidité + métaux

(5.19) carbonate + acidité  sulfate + H2O + CO2 (pH < 6,3)

La formation du DMA dépend d’une variété de processus géochimiques qui influent sur
l’évolution du DMA ; certains de ces processus sont résumés au tableau 5.6.

119
On considère souvent qu’il y a trois principaux processus géochimiques engagés dans la
formation du DMA, soit les processus de transfert de masse, les processus qui contrôlent la
vitesse des réactions et les processus qui modifient les taux des réactions (Perkins et al., 1995).
Nous définissons ces processus dans les articles qui suivent.

5.3.2 Transfert de masse

Les transformations qui mettent en jeu des transferts de masse incluent la dissolution des
minéraux primaires et la précipitation des minéraux secondaires, les échanges ioniques, les
mécanismes de sorption (adsorption et désorption), ainsi que la dégradation radioactive.

Nous avons vu précédemment que la dissolution de minéraux comme les carbonates et les
silicates contribuait à neutraliser l’acidité. Par contre, la précipitation de minéraux secondaires
peut engendrer de l’acidité et, de là, influer sur la qualité de l’eau (Perkins et al., 1995). La
dissolution et la précipitation sont des mécanismes géochimiques majeurs qui affectent la
minéralogie et la géochimie des rejets miniers (dans les haldes et les parcs à résidus). La
dissolution et la précipitation des minéraux donnent lieu à un ensemble de mécanismes parmi
lesquels on retrouve les réactions acide-base, l’hydrolyse, les réactions d’oxydo-réduction
(redox), la coprécipitation, la capture et la formation de gaz de même que les cycles de
mouillage et de séchage. La dissolution d’un minéral pourra être congruente (le minéral se
décompose complètement en espèces ioniques) ou incongruente (la dissolution conduit à la
formation d’une nouvelle phase intermédiaire, ou encore les matériaux dissous sont dans des
proportions différentes de celles du minéral). La précipitation, quant à elle, nécessitera une
étape additionnelle, l’étape de nucléation (début de la croissance d’un cristal à un endroit
donné).

Lors de la dissolution et de la précipitation, l’influence des cycles de mouillage et de séchage


peut s’avérer importante, surtout dans le cas de résidus miniers non saturés. L’infiltration
répétée de l’eau de pluie, le drainage, l’évaporation et l’oxydation par l’air dans les rejets
favoriseront la dissolution et les précipitations des minéraux secondaires, lesquels sont souvent
des sels très solubles produits par les réactions entre les minéraux et les gaz en l’absence d’une
phase aqueuse (période sèche). Les différentes étapes découlant d’un cycle mouillage-séchage
sont schématisées à la figure 5.8.

120
Le comportement des métaux en solution est régi par la spéciation chimique, autrement dit les
espèces ioniques et moléculaires qu’ils vont former. L’hydrolyse des ions métalliques se produit
lorsqu’ils se combinent au groupement ionique OH-, en fonction du pH, pour former des
complexes aqueux cationiques M(OH)z-1+, anioniques M(OH)z-1-, ou encore neutres M(OH)z
(où M est un cation métallique et z est sa charge ou état d’oxydation). Outre des complexes
mononucléaires, des complexes métalliques polynucléaires peuvent également se former. Ces
réactions d’hydrolyse peuvent jouer un rôle important dans la chimie des eaux de drainage
minier et dans la solubilité des métaux (Dyer et al., 1998). La solubilité de certains métaux sous
forme de sulfures et hydroxydes apparaît, en fonction du pH (à T = 25  C), à la figure 5.9.

121
La coprécipitation prend place lorsque les métaux mis en solution par la dissolution de minéraux
primaires sont incorporés dans les sites structuraux de minéraux saturés qui précipitent,
notamment la goethite (FeOOH) ou la ferrihydrite (Fe(OH)3), formant ainsi des solutions
solides. Des métaux adsorbés sur des surfaces de minéraux pourront aussi se trouver
emprisonnés (encapsulés) par l’addition d’un précipité minéral. Les métaux coprécipités sont
surtout remis en solution par des mécanismes de dissolution plutôt que par désorption (Perkins
et al., 1995). La coprécipitation est un mécanisme majeur à prendre en compte pour réussir à
contrôler les concentrations des métaux dans le DMA.

Les réactions d’oxydoréduction se définissent par un transfert d’électrons entre des espèces
pouvant avoir plusieurs valences différentes, c’est-à-dire des réactions mettant en action des
minéraux et des solutions contenant des métaux de transition (comme Fe, Mn et Cr)
omniprésents dans les eaux de DMA. On représente généralement ces réactions à l’aide de
diagrammes pe-pH (ou Eh-pH), comme celui qui apparaît à la figure 5.10; le paramètre pe est
défini de façon analogue au pH, soit pe = -log [e-] (pe = Eh / 0,06 environ à température
ambiante; Appelo et Postma, 1993).

122
Sur la figure 5.10, on voit comment la dissolution d’équilibre de la jarosite se traduit dans un
diagramme pe-pH. Dans un plan pe-pH, elle serait verticale, puisqu’elle ne dépendrait que du
pH de la solution :

(5.20) KFe3(SO4)2(OH)6(s) + 6 H+ → K+ + 3 Fe3+ + 2 SO42- + 6 H2O

Par contre, la réaction de réduction de la jarosite est inclinée dans l’espace pe-pH, car elle
dépend à la fois du pH et du nombre d’électrons (e-) engagés dans la balance de charge pour
tenir compte du transfert Fe3+ → Fe2+ (Nordstrom et Munoz, 1994) :

(5.21) KFe3(SO4)2(OH)6(s) + 6 H+ + 3 e- → K+ + 3 Fe2+ + 2 SO42- + 6 H2O

Les échanges ioniques entre un minéral et une solution, de même que la capacité de sorption
d’un minéral, dépendent, entre autres, de la surface spécifique du solide en contact avec la
solution et des propriétés électrostatiques de la surface du solide. La sorption se définit comme
le transfert d’une substance (ions, molécules) entre une solution et une phase solide (Manahan,
1993). Le mécanisme qui fait en sorte que la qualité de l’eau subit l’effet de la sorption est relié
à la tendance qu’ont certaines espèces ioniques à être davantage échangées ou adsorbées à la
surface de solides. Dans ce cas, les propriétés ioniques telles que le rayon de la particule
hydratée et sa charge de surface joueront un rôle important dans le processus d’échange. Les
minéraux ayant une grande capacité de sorption incluent les zéolites et certains minéraux
argileux gonflants comme le groupe des smectites ou montmorrillonnites (e.g. Mitchell, 1993 ;
Klein et Hurlbut, 1999). À cet égard, les zéolites sont souvent qualifiés de filtres moléculaires
en raison des espaces (3,9-5,0 Å) présents dans leur structure cristalline; ils sont exploités
comme minéraux industriels compte tenu de leur grande capacité d’échange cationique. Outre

123
ces minéraux, les colloïdes et les solides très fins comme les oxyhydroxides de Fe et de Mn
offrent une grande superficie de contact par rapport à leur masse, et peuvent donc avoir un effet
sur les cations et anions des solutions dans lesquelles ils se trouvent.

La dégradation radioactive découle pour sa part de la mise en solution d’éléments radioactifs


à la suite de la dissolution de minéraux radioactifs. Cette mise en solution se produit
principalement dans le cas des gisements d’uranium encaissés dans des roches sédimentaires
pyriteuses. L’oxydation de la pyrite de ces roches produit de l’acide sulfurique qui peut par la
suite contribuer à la dissolution des minéraux radioactifs comme l’uranothorite ((Th,U)O2) et
la monazite ((Ce,La,Nd,Th)PO4), un phosphate de terres rares qui contient souvent des éléments
radioactifs en trace (Ifill et al., 1989, 1996). De plus, des radionucléides de radium, de thorium
et d’uranium peuvent se retrouver dans les eaux du DMA ainsi que dans les eaux de traitement
du minerai. La décomposition naturelle de U238, U235 et Th232, présents dans le minerai, produit
des radionucléides comme le radium-226, le radium-228, le plomb-210, le polonium-210, le
thorium-228 et le thorium-230. Le radium-226 est probablement le radionucléide le plus
dommageable pour l’environnement à cause de sa très grande solubilité et de sa radiotoxicité
élevée (EPS, 1987). Nous reviendrons sur cet aspect un peu plus en détail au chapitre 11.

Les différentes réactions géochimiques et les transferts de masse ayant trait au DMA sont
résumés au tableau 5.7 (tiré de Saint-Arnaud, 1995).

La mise en solution de contaminants métallifères est régie par la cinétique et les équilibres
thermodynamiques, représentant en quelque sorte la dualité des modèles géochimiques. Dans
le cas d’un contrôle cinétique, la concentration du contaminant dans le DMA va augmenter dans
le temps, tandis que pour une réaction d’équilibre, la concentration sera toujours la même tant
et aussi longtemps que l’équilibre est maintenu (figure 5.11).

124
Les principes de la thermodynamique régissent les conditions de l’équilibre géochimique et
permettent de déterminer s’il y a suffisamment d’énergie pour qu’une réaction donnée
s’amorce. Les mesures des concentrations et les calculs des activités des phases en jeu sont
préalables au calcul des constantes d’équilibre. Par contre, dans le cas des réactions contrôlées
par la cinétique, on peut procéder par expérimentation ou en utilisant des expressions
mathématiques pour déterminer les taux de réaction. La dissolution et la précipitation des
minéraux dans les résidus miniers sont très souvent contrôlés par des processus cinétiques, qui,
dans le temps, tendront à s’approcher des conditions d’équilibre (Morin et Hutt, 1997).

5.3.3 Processus qui affectent les taux de réaction

Les facteurs d’influence et les processus agissant sur les taux de réaction d’oxydation et de
production de DMA comprennent la diffusion, la nucléation, les réactions de surface,
l’adsorption et la désorption, la catalyse par les bactéries, les réactions galvaniques et
abiotiques, la température, la pression et la surface spécifique. On peut étudier ces phénomènes
à partir de la chimie cinétique, soit la science qui caractérise les changements des espèces
chimiques actives dans une réaction en fonction du temps.

Dans un système aqueux, la diffusion est le mécanisme associé au changement de position d’un
soluté dans le temps. La force motrice de la diffusion à tout moment est le gradient de
concentration du soluté suivant la direction de diffusion [autrement dit, ( C/ x)t, où C est la
concentration et x la dimension suivant laquelle la diffusion opère; Crank, 1975 ; Barrow,
1979]. La diffusion moléculaire peut aussi survenir dans la phase gazeuse. La diffusion peut se
produire à l’échelle macroscopique, microscopique ou même atomique (figure 5.12).

125
La diffusion macroscopique est un processus important, particulièrement pour l’oxydation des
haldes de roches sulfurées. L’oxydation des minéraux sulfureux à l’intérieur de la halde diminue
la pression partielle de l’oxygène, créant ainsi un gradient de pression partielle avec
l’atmosphère à l’extérieur de la halde (Perkins et al., 1995). Ce phénomène favorise le transport
de l’oxygène de l’atmosphère vers les rejets réactifs.

La diffusion microscopique affecte le taux de dissolution des sels, qui se dissolvent rapidement
au contact du lixiviat qui transporte les solutés de la surface du minéral. Il peut toutefois se
former une interface d’eau stagnante (de 10-2 à 10-4 cm d’épaisseur, typiquement) entre le
minéral qui se dissout et la solution, ce qui réduit le taux de diffusion des solutés du minéral
vers la solution. La convection et l’agitation de la solution principale limitent l’épaisseur de
cette couche d’eau stagnante. La formation d’une couche microscopique d’hydroxyde de fer
secondaire autour des grains de sulfure réduit également la diffusion des solutés dans la
solution.

La diffusion atomique se produit dans les minéraux ayant des vacances dans la structure ou des
défauts, par exemple des plans de dislocation. La diffusion atomique peut également se produire
le long des contacts entre les grains de minéraux. La pyrrhotite est particulièrement susceptible
de subir la diffusion atomique dans le réseau cristallin. La pyrrhotite (Fe1-xS) n’est pas
stœchiométrique; elle est constituée de deux ions Fe3+ et de trois ions Fe2+ plus une vacance par
unité de formule pour préserver la neutralité électrostatique. Lorsque la pyrrhotite s’oxyde, le
Fe2+ peut voyager dans le réseau cristallin en sautant d’une vacance à l’autre. Ce transfert de Fe
vers la surface des grains est favorisé par l’établissement d’un gradient du potentiel chimique
entre l’intérieur du grain et la surface qui s’oxyde. En contrepartie, la pyrite (FeS2), qui est en
équilibre stœchiométrique, n’offre que très peu de sites vacants dans son réseau cristallin et la
diffusion atomique du fer n’a pas été observée (Evangelou, 1995; Perkins et al., 1995).

La réactivité des sulfures dépend principalement de leurs propriétés cristallographiques et de


leur composition. Les réactions de surface sont fréquemment contrôlées par les mécanismes de

126
diffusion précités, qui jouent également un rôle dans la capacité d’adsorption et de désorption
d’un minéral. Comme nous l’avons vu, l’adsorption est l’incorporation d’ions venant d’une
solution vers la surface d’un minéral, alors que la désorption consiste en le mécanisme inverse,
soit le relâchement d’ions du minéral vers la solution.

Les réactions se produisant à la surface des minéraux ont notamment un rôle à jouer dans
l’intempérisme des minéraux silicatés (Berner, 1981). À cet égard, le taux de dissolution des
feldspaths est contrôlé par des réactions de surface, tout comme c’est le cas pour les pyroxènes,
les amphiboles, l’hématite et la pyrite. Il s’agit ici de la formation de complexes chimiques à la
surface des minéraux à la suite d’une réaction entre une ou plusieurs espèces aqueuses avec un
métal, un ion hydroxyde (OH-), ou un oxyde (O2-) attaché à la surface du minéral. Plusieurs
facteurs influencent la formation de ces complexes, comme la température, le pH, le Eh, la
concentration des agents de complexation et les propriétés chimiques du minéral. La formation
de ces complexes de surface affaiblit les liens entre le métal, l’hydroxyde ou l’oxyde et le solide,
favorisant ainsi sa dissolution (Herring et Stumm, 1990; Perkins et al., 1995).

Les processus biologiques, bien que n’étant pas à proprement parler de nature géochimique,
peuvent aussi jouer un rôle dans les réactions de surface et agir comme agents catalyseurs de la
réaction chimique en cours. Nous avons mentionné précédemment la controverse entourant
l’importance du rôle des bactéries (notamment la thiobacillius ferroxidans) dans le processus
d’oxydation de la pyrite. La controverse vient en partie du fait qu’on tend souvent à négliger
les principes de base inhérents à l’étude des populations de bactéries dans les études
géochimiques. Les bactéries ne réagissent pas simplement à une source d’énergie comme les
sulfures, mais elles ajustent leur activité en fonction de la grosseur de la population bactérienne,
de la disponibilité d’éléments nutritifs inorganiques (K, Ca, P, Mg, etc.) dans leur
environnement et de plusieurs autres facteurs comme la température, l’humidité, le degré
d’aération et l’acidité de l’environnement de croissance (Leduc, 1997; Morin et Hutt, 1997).
Plusieurs de ces bactéries sont photolithotrophes (elles utilisent la lumière comme source
d’énergie) ou chemolithotrophes (elles utilisent les composés inorganiques comme source
d’énergie). Dans les deux cas, elles utilisent le CO2 comme seule source de carbone cellulaire
dans leur métabolisme. L’hydrogène et l’oxygène dont elles ont besoin sont dérivés de l’eau,
alors que l’azote, le phosphore et le soufre proviennent de composés organiques ou
inorganiques (Leduc, 1997). Il y aurait plus d’une douzaine d’espèces de bactéries pouvant
évoluer dans tout le spectre de pH observé dans le drainage minier (tableau 5.8), et qui jouent
probablement un rôle dans les interactions eau-minéraux.

127
On y retrouve surtout les bactéries neutrophiles, actives entre un pH de 5,5 à 8,5, et les bactéries
acidophiles, qui croissent dans des conditions de pH variant entre 1,0 et 5,5 (Leduc, 1997). Il y
aurait peu de bactéries alcalnophiles actives entre 8,5 et 11,5. En fait, 95 % des bactéries
rapportées dans les études sur le DMA ne sont pas des thiobacillius ferroxidans. Globalement,
on peut dire que leur contribution au DMA demeure encore assez méconnue. À titre d’exemple,
mentionnons les travaux de Morin et Hutt (1997), des chercheurs qui ont effectué une
expérience en cellule d’humidité (sect. 5.5) pour étudier l’effet de thiobacillius ferroxidans sur
l’oxydation de la pyrite. Morin et Hutt ont démontré que les cellules inoculées avec thiobacillius
ferroxidans à la semaine 11 avaient enregistré une accélération importante de la production des
sulfates solubles reliés à l’oxydation de la pyrite. Toutefois, les populations de bactéries se sont
réajustées après quelques semaines aux niveaux d’avant l’inoculation. Il est possible que les
bactéries aient été déjà présentes au début et tout le long de l’expérience, mais qu’on n’ait pas
pu les identifier à cause des limites importantes, en regard de la détection, des méthodes de
quantification utilisées dans le comptage des colonies bactériennes.

L’activité bactérienne est depuis longtemps utilisée dans le processus de bio-lixiviation de la


pyrite. Mustin et al. (1992) ont décrit ce processus en quatre étapes. À l’étape 1, les ions Fe3+
et l’oxygène moléculaire sont réduits à la surface de la pyrite. Il y a alors diminution de la
population de bactéries. Le pH ne varie pas et il n’y a pas de textures indiquant la dissolution
de la pyrite. À l’étape 2, la surface de la pyrite devient le principal site d’oxydation et le Fe2+
est transformé en Fe3+ par l’oxydation bactérienne ; c’est le début de la dissolution de la pyrite.
À l’étape 3, l’attaque superficielle de la pyrite débute. Cette étape est caractérisée par
l’abondance du Fe3+ dans la solution et une solubilisation accrue du fer et du soufre. Il y a
croissance de la population bactérienne, diminution constante du pH et une quantité très faible
de fer ferreux. Les premiers signes de corrosion apparaissent à la surface de la pyrite. L’étape
4 se dénote par l’apparition de zones de dissolution profondes dans la pyrite, avec une géométrie
contrôlée par la structure cubique. Le fer ferreux commence à réapparaître dans la solution,
mais le fer ferrique domine toujours. La population bactérienne se stabilise et le pH diminue à
environ 1,3 après 45 jours. On estime qu’un scénario semblable peut mener à la production du
DMA.

128
Un processus galvanique peut, dans certains cas, contrôler la dissolution d’un sulfure par
rapport à un autre (e.g. Kwong, 1993 ; Evangelou, 1995 ; Perkins et al., 1995 ; McIntosh et al.,
1997). Une réaction galvanique peut se produire lorsque deux sulfures de composition
différente sont en contact dans une solution acide de sulfate ferrique, qui constitue en fait une
cellule galvanique naturelle. Les réactions galvaniques sont indépendantes de la concentration
en oxygène dissous dans la solution, car un des deux minéraux agit comme agent oxydant et
l’autre, comme réducteur. Le mécanisme galvanique peut se résumer comme suit : lorsque deux
sulfures sont en contact dans une solution électrolytique, l’oxydation du minéral ayant le
potentiel électrochimique le plus bas sera accélérée, tandis que le minéral ayant le potentiel
électrochimique le plus élevé sera protégé galvaniquement (un tel processus est bien connu dans
le domaine de la protection des structures métalliques, comme les réservoirs souterrains, contre
la corrosion). La pyrite est reconnue pour être un sulfure agissant telle une cathode qui accélère
l’oxydation et la dissolution des autres sulfures en contact avec elle. Nous pouvons résumer la
série électrochimique binaire de sulfures à l’aide d’un diagramme Eh-pH (figure 5.13).

Dans ce diagramme, le minéral ayant le potentiel d’électrode (Eh) le plus élevé sera protégé
cathodiquement dans un processus de dissolution galvanique mettant en jeu deux sulfures.
Parmi les paires galvaniques connues, on reconnaît les paires pyrite-pyrrhotite, pyrite-
chalcopyrite et pyrite-sphalérite. Le mécanisme de réaction galvanique pour certaines paires de
sulfures apparaît à la figure 5.14.

129
Voici les réactions galvaniques représentant la dissolution de la chalcopyrite (éq. 5.22) et de la
sphalérite (éq. 5.23) en contact avec la pyrite :

(5.22) CuFeS2 + O2 + 4 H+ → Cu2+ + Fe2+ + 2 S0 + 2H2O

(5.23) ZnS + 1/2O2 + 2 H+ → Zn2+ + S0 + H2O

L’importance des réactions galvaniques dans la dissolution des sulfures est difficile à évaluer
dans les parcs à résidus miniers et les haldes de stériles. Il est probable que plusieurs des
mécanismes géochimiques dont nous venons de traiter soient actifs simultanément.

130
5.3.4 Mécanismes contrôlant la dissolution et la précipitation

Nous venons de présenter les mécanismes géochimiques usuels qui jouent un rôle dans la
formation du DMA. Les principales étapes qui régissent la dissolution des minéraux et, à
l’inverse, leur précipitation, s’appuient sur ces trois types de processus géochimiques. Voici ces
étapes en résumé.

• La diffusion des solutés se fait entre la solution électrolytique principale et la surface du


minéral en traversant une couche de solution stagnante.
• Il y a adsorption à la surface du minéral.
• Le transport des produits réactifs vers les sites de réaction se fait par diffusion à la
surface, le long de dislocations dans le réseau cristallin, ou encore le long du contact
entre les grains.
• Il y a des réactions chimiques de surface.
• Il y a diffusion des produits des sites de réaction vers la surface du minéral.
• Il y a désorption de certains produits de la surface du minéral.
• Il y a diffusion de produits à travers la couche de solution stagnante vers la solution
électrolytique principale.
• La précipitation de minéraux secondaires sera induite par la nucléation.

Les réactions d’oxydation des sulfures et de neutralisation de l’acide généré supposent donc la
dissolution et la précipitation d’espèces minérales primaires. Elles subissent l’influence de
l’adsorption et de la désorption, de la diffusion et des réactions de surface secondaires suivant
les étapes énumérées ci-dessus. Le processus qui régira la dissolution sera le plus lent et
dépendra des propriétés et des compositions des minéraux et des solutions en jeu dans les
réactions de dissolution. Or, comme ces propriétés changent dans le temps, les processus qui
gèrent la dissolution, la précipitation, la génération d’acide, la neutralisation, la teneur en
métaux et la quantité de solides totaux dissous (STD) dans les eaux varient également dans le
temps. Par exemple, la dissolution de la calcite est contrôlée par la diffusion dans des solutions
dont le pH est inférieur à 4, alors que pour des solutions neutres à alcalines (pH > 6), la
dissolution sera régie par des réactions de surface.

En bref, les processus géochimiques les plus importants dans la formation du DMA sont la
dissolution et la précipitation. On peut résumer en quatre grands points les interactions minéral-
solution qui contribueront au DMA ainsi qu’à la production et à la consommation des métaux
(Perkins et al., 1995).

• L’oxydation des sulfures génère des métaux, de l’acide et des sulfates.


• La précipitation des oxyhydroxydes génère de l’acide et consomme des métaux.
• La dissolution et la précipitation des sulfates auront une incidence sur la quantité de
métaux dissous et de STD (solides totaux dissous, en anglais TDS).
• La dissolution des carbonates, silicates, et oxyhydroxydes consomme de l’acide.

La coprécipitation pourrait aussi être un mécanisme qui contrôle la concentration des métaux
en solution. Les mécanismes de sorption et d’échanges ioniques n’auront qu’une incidence
secondaire.

Les différents processus géochimiques, physico-chimiques et bio-géochimiques présentés dans


cette section sont responsables de la formation du DMA. Nous pouvons maintenant nous
attarder sur la composition du DMA et son évolution dans un site minier.

131
Nous avons vu dans la section 5.3 la génération du DMA et les processus géochimiques qu’elle
sous-tend. Nous pouvons nous demander quelles sont les opérations minières les plus
susceptibles de générer un DMA et quelle en serait la composition. Ces opérations minières se
répartissent en quatre grandes classes, soit les opérations exploitant les métaux de bases (Cu,
Pb, Zn, Fe, etc.), les opérations exploitant les métaux précieux (Au, Ag, Pt), les mines de
charbon et les exploitations d’uranium. Nous verrons en détail chacune de ces classes; toutefois,
auparavant, il est bon de revenir brièvement sur les étapes qui mènent à la production des eaux
acides.

5.4.1 Développement et évolution du DMA

Les sources primaires responsables du développement du DMA dans une opération minière
sont les haldes rocheuses (stériles), les parcs à résidus (rejets de concentrateur), les mines à ciel
ouvert (parois exposées), les travaux souterrains (galeries, chantiers et remblais) et les tas de
lixiviation. Les sources secondaires du DMA sont pour leur part associées aux expositions
fraîches de roche contenant des sulfures, aux structures conçues à partir de matériaux pouvant
être générateurs d’acide, aux enclos contenant le concentré, aux piles de minerais non traités et
aux bassins de rétention d’eau (Lawrence, 1995). La figure 5.15 schématise les différentes
étapes de la formation du DMA sur un site minier donné, pour un parc à résidus ou une halde
de stériles (qui constituent les deux sources les plus importantes).

132
133
Le tableau 5.9 indique les caractéristiques physiques de ces deux sources potentielles de
DMA.

134
Il y a trois étapes importantes dans l’évolution du DMA, et qui influent sur sa composition
(Morin et Hutt, 1997). L’étape 1 est caractérisée par des vitesses (cinétiques) de réaction
élevées, car les minéraux primaires ne sont pas à l’équilibre après qu‘ils ont été exposés à l’air
et à l’eau à la suite de l’exploitation du minerai. Il se produit alors une dissolution des minéraux
primaires suivant les processus d’oxydation et de neutralisation. Les taux de réaction excèdent
la solubilité des minéraux secondaires, ce qui entraîne une sursaturation et la précipitation de
sulfates, carbonates et hydroxydes dans l’environnement minier. On observe une certaine
rétention de métaux et autres constituants dans ces minéraux secondaires, alors que le reste des
éléments dissous compose le DMA qui s’écoulera de la source étudiée (parc à résidus, halde
rocheuse, etc.). Cette étape a une durée très variable, de quelques années à plusieurs milliers
d’années. L’étape 2 débute lorsque les minéraux primaires les plus réactifs sont complètement
dissous. Cette étape est marquée par la remise en solution de certains minéraux secondaires
solubles et la dissolution de minéraux primaires moins réactifs. Comme la précipitation et la
dissolution des minéraux secondaires sont des processus d’équilibre, les taux de réaction sont
relativement constants. Cette étape pourra durer plusieurs dizaines (voire des centaines)
d’années, et déterminera la composition du DMA intermédiaire. L’étape 3 s’amorce lorsqu’il
ne reste que des minéraux primaires et secondaires très peu réactifs comme le quartz. À ce
stade, les concentrations d’éléments en solution sont très basses. On observe cette situation le
plus souvent dans les affleurements rocheux qui contenaient des sulfures et qui ont été lessivés
par l’intempérisme pendant plusieurs milliers d’années (les gossans, par exemple).

Pour sa part, l’évolution de la composition du DMA peut aussi être schématisée selon trois
étapes (tableau 5.10),

135
pour la zone de vadose (non saturée) et la zone saturée d’un parc à résidus miniers. À l’étape
1, l’oxydation des sulfures débute et le pH est supérieur à 4,5 ; l’étape 2 représente le début des
conditions très acides alors que le pH se situera typiquement entre 3 et 4,5 ; enfin, l’étape 3 est
marquée par la disparition des espèces acidivores qui tamponnent le pH. Les produits aqueux
et les minéraux secondaires pouvant résulter de la dissolution des sulfures et arséniures
primaires et qui influenceront la composition du DMA sont donnés au tableau 5.11.

Comme mentionné précédemment, il faut également considérer que plusieurs de ces minéraux
peuvent contenir des métaux en concentrations importantes sous forme de substitution atomique
ou encore en traces [exemple : Ni, As, Co dans la pyrite (FeS2); Fe, Mn, Cd, Hg dans la
sphalérite (ZnS)], lesquels pourront passer en solution lors de la dissolution des minéraux et
affecter la composition du DMA.

136
Le mode de production et de dépôt des divers rejets miniers influence un certain nombre de
propriétés physiques, chimiques et biologiques qui régissent la solubilité des métaux et la
migration des contaminants (SRK, 1991). À la sortie des rejets, le DMA traverse des sols ou
des strates rocheuses qui peuvent eux aussi présenter un certain potentiel de neutralisation.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la qualité du lixiviat, dont :

• les caractéristiques chimiques et physiques et la nature minéralogique des rejets


(contexte géologique),
• le taux de génération d’acide,
• les conditions climatiques,
• le taux de lixiviation des métaux,
• le taux de la neutralisation de l’acide,
• la solubilité des métaux et de leurs complexes (qui est fonction du pH),
• l’accumulation des produits de l’oxydation (minéraux secondaires, formation d’un
horizon induré),
• les réactions minéralogiques le long du parcours de l’écoulement, soit la migration du
DMA et son atténuation.

Les principales caractéristiques des résidus miniers pouvant affecter la formation DMA
comprennent la nature des sulfures présents, leur réactivité et leur distribution, la nature des
minéraux acidivores (neutralisants) et leur réactivité, la granulométrie des particules minérales
et le degré de libération des sulfures et des minéraux acidivores. La migration et l’évolution du
DMA sont fonction respectivement du transport de l’eau interstitielle du site générateur d’acide
ainsi que de l’atténuation du DMA et de ses contaminants par des facteurs physiques, physico-
chimiques, chimiques et biologiques.

Il importe de mentionner que la génération d’acide dans le micro-environnement près de la


surface des minéraux ne résultera pas nécessairement en DMA pour l’environnement récepteur.
En effet, l’eau interstitielle dans la zone d’oxydation d’un parc à résidus peut être localement
très acide, puis neutralisée et diluée dans la zone saturée plus profonde du parc à résidus. En ce
sens, il est fréquent que les eaux de résurgence et de ruissellement ne soient pas acides au début
du processus d’oxydation. Il importe de considérer chaque composante (haldes de stériles,
minerai, parc à résidus, etc.) d’un site minier sur une base individuelle. C’est l’approche du cas
par cas qui est de mise! Il faut évaluer les caractéristiques physiques des résidus, déterminer de
quelle manière et à quels endroits il pourrait y avoir atténuation du DMA, et établir les
paramètres physico-chimiques et biologiques qui pourraient en contrôler l’évolution sur un site
donné (tableau 5.12).

137
Il faut ici se rappeler que l’atténuation du DMA peut avoir lieu dans les résidus eux-mêmes,
dans le bassin de rétention, dans les strates sous la surface, dans la zone de vadose de même
que dans les eaux de surface et souterraines.

L’évolution du DMA est régie en grande partie par les processus géochimiques et bio-
géochimiques décrits à la section 5.3. Nous allons à présent comparer différentes compositions
de DMA pour les quatre principaux types d’opérations minières mentionnés plus haut. Il ne
s’agit pas ici de généraliser la composition du DMA découlant de ces types d’opérations mais
plutôt de présenter un éventail des variations de la composition observées dans ces
exploitations.

5.4.2 Exploitations de métaux de base

Les opérations minières qui exploitent les minéraux contenant des métaux de base (Cu, Zn, Pb,
Ni, Fe) sont très nombreuses de par le monde. Les propriétés chimiques et physiques des résidus
miniers générés sont aussi très variables d’un site à l’autre. Elles dépendent en grande partie du
contexte géologique et de la nature du minerai exploité. Il est impossible de prédire la
composition du DMA d’une opération simplement en se référant à d’autres opérations
exploitant les mêmes métaux. Comme de nombreux facteurs entrent en ligne de compte dans la
formation et l’évolution du DMA, il est impératif de se rappeler de traiter chaque opération
minière comme un cas particulier.

Pour représenter la composition du drainage minier, on peut utiliser un diagramme des métaux
(Zn+Pb+Cu+Ni+Cd+Co) opposé au pH, comme celui qu’on voit à la Figure 5.16 (Ficklin et
al., 1992).

138
Ce diagramme (donné à titre d'exemple) subdivise la composition du lixiviat en neuf sous-
classes, dont six pour le DMA.

Le tableau 5.13 présente pour sa part quelques exemples de composition de DMA pour des
opérations minières exploitant les métaux de base. Soulignons que plusieurs gisements de
métaux de base contiennent également des concentrations intéressantes, sur le plan commercial,
de métaux précieux comme l’or, l’argent et le platine. Comme on peut le constater en observant
les données du tableau 5.13, il y a une grande variabilité dans les conditions de pH et les
concentrations en métaux dissous.

139
140
Dans la plupart des cas, le pH est bas et les concentrations en métaux et sulfates sont élevées.
Par exemple, la mine Sullivan, en Colombie-Britannique, est une opération de Pb-Zn encaissée

141
dans des roches métasédimentaires qui offrent peu de potentiel de neutralisation de l’acide
produit par l’oxydation des sulfures. Les amoncellements de roches contenant entre 1 et 3 % de
soufre total y sont fortement générateurs d’acide et le pH du DMA est inférieur à 3.

À l’opposé, certaines eaux de drainage de mines de métaux de base sont neutres. C’est le cas
par exemple des résidus du site Vangorda Plateau, au Yukon. La chimie des eaux de drainage
provenant des amoncellements de phyllades pyriteuses dépend des minéraux acidivores qui
génèrent suffisamment d’alcalinité pour garder le pH neutre. Un pH neutre n’est toutefois pas
garant d’une eau de drainage de bonne qualité puisque pour le site Vangora, les eaux de drainage
contiennent des concentrations élevées en sulfates, Zn, Al, Fe et Ni (Norecol et al., 1996). Un
autre exemple de drainage neutre est celui de la mine de Ballangen, en Norvège. Le pH est
tamponné par l’olivine magnésienne qui agit comme minéral acidivore et, dans ce cas, les
valeurs en métaux respectent les normes environnementales.

Plus près de nous, les anciennes mines de cuivre Eustis, Albert et Capelton situées près de North
Hatley, dans les Cantons de l’Est, ont été exploitées entre 1865 et 1939. Les gisements de
sulfures massifs étaient encaissés dans des roches métavolcaniques felsiques offrant peu de
pouvoir de neutralisation. Les principaux sulfures présents sont la pyrite, la pyrrhotite, la
chalcopyrite, la galène, la sphalérite et l’arsénopyrite. Certains lithofaciès altérés contiennent
des carbonates, principalement l’ankérite, mais aussi la calcite, la magnésite et la malachite; le
volume de ces roches est toutefois insuffisant pour contribuer de façon significative à la
neutralisation du DMA. L’effluent du parc à résidus de la mine Eustis se déverse dans la rivière
Massawippi (figure 5.17).

Plusieurs éléments du site minier apparaissent sur cette figure, dont les haldes rocheuses, le
parc à résidus et les anciens bâtiments. Le site est maintenant un attrait touristique et une
visite guidée souterraine de l’ancienne mine Capelton est offerte d’avril à novembre.

142
Un cas extrême de DMA est par ailleurs révélé par les données issues du site minier Iron
Mountain (mine Richmond), dans le district minier de West Shasta, en Californie (É.-U.)
[Alpers et Nordstrom, 1991]. Ce site minier génère l’effluent le plus acide de la planète,
enregistrant des valeurs de pH parfois négatives. Les conditions optimales favorisant le
développement du DMA semblent être réunies à cet emplacement. Il y a cinq caractéristiques
hydrogéochimiques qui favorisent la formation d’effluents miniers extrêmement acides; ce sont
la concentration élevée de pyrite dans les résidus miniers, un accès facile à l’oxygène, des
températures élevées favorisant l’évaporation, des facteurs hydrologiques spécifiques à ce site,
et un faible pouvoir neutralisant des roches encaissantes. De façon plus détaillée, on reconnaît
les facteurs suivants :

- Facteur 1 : le gisement de sulfures massifs de Richmond comprenait 11,5M tonnes avec des
teneurs moyennes de 1 % Cu et 3 % Zn. Comme il y a peu de minéraux de gangues dans le
minerai, la teneur en pyrite est souvent supérieure à 95 %. La concentration de la pyrite atteint
100 % dans de larges blocs de sulfures massifs.

- Facteur 2 : Les sulfures massifs sont situés en majorité dans la zone non saturée. L’oxygène
peut atteindre les sulfures par advection des courants d’air entre les galeries d’accès, les portails
et les puits ainsi que par les trous résultant des effondrements de surface. De plus, la circulation
de l’air est probablement facilitée par des courants résultant de cellules de convection initiées
par la chaleur qui se dégage de l’oxydation des sulfures. Environ 1500 kJ de chaleur sont
dégagés pour chaque mole de pyrite oxydée. Cette quantité de chaleur est suffisante pour faire
augmenter la température de l’eau souterraine proche du point d’ébullition et peut même
engendrer l’autocombustion de la pyrite et provoquer des feux souterrains.

- Facteur 3 : Le gradient thermique est suffisant pour permettre l’évaporation des eaux de la
mine sous la surface et contribuer au DMA.

- Facteur 4 : La mine à ciel ouvert Brick Flat est au-dessus des travaux souterrains de la mine
Richmond et l’eau est drainée vers la mine Richmond par un seul portail.

-Facteur 5 : Les roches encaissant le gisement sont des roches volcaniques felsiques altérées
qui offrent peu de pouvoir de neutralisation.

Combinés, ces cinq facteurs font de ce site minier un véritable réacteur hydrogéochimique
favorisant une production maximale de DMA (Alpers et Nordstrom, 1991).

En résumé, on peut considérer que la plupart des opérations exploitant les métaux de bases sont
potentiellement génératrices de DMA. Avec un pH inférieur à 5 et des concentrations en métaux
et sulfates solubles souvent très importantes, elles nécessitent le plus souvent une intervention
dans le but de contrôler ou de neutraliser l’eau acide. On observe de telles conditions dans
plusieurs mines d’Abitibi, du Nord-Est ontarien et de la Colombie-Britannique.

5.4.3 Exploitations de métaux précieux

Le tableau 5.14 fournit la composition du DMA de diverses opérations de métaux précieux.

143
Comme dans le cas des opérations de métaux de base, c’est la présence de sulfures, comme la
pyrite et la pyrrhotite, ou de sulfures de métaux de base disséminés qui causeront la production
de DMA. Certaines opérations minières, comme la mine Doyon (en Abitibi), produisent des
résidus miniers fortement générateurs d’acidité, car les roches offrent peu de potentiel de
neutralisation. Par contre, certains gisements aurifères filoniens sont riches en carbonates
(calcite, dolomite) et offriront un bon pouvoir de neutralisation (comme la mine Sigma). Il faut
rappeler que chaque site minier est spécifique et qu’il faut tenir compte de tous les aspects
pouvant affecter le développement et l’évolution du DMA.

Outre les problèmes environnementaux reliés au DMA, les opérations de métaux précieux
produisent également des effluents miniers pouvant contenir des cyanures. Ritcey (1989) et
Smith (1994) ont réalisé une revue de la géochimie des composés cyanurés; il en sera question
au chapitre 7. La solubilité de certains sulfures dans les solutions de cyanures est indiquée au
tableau 5.15.

et divers types de composés cyanurés pouvant se former sont énumérés au tableau 5.16.

144
Aux problèmes du DMA s’ajoute donc le risque de la contamination des effluents miniers par
les cyanures. Il conviendra de tenir compte de cette problématique particulière dans
l’élaboration du traitement des eaux des sites miniers producteurs de métaux précieux (chap.
7).

5.4.4 Exploitations de charbon

Le charbon est exploité partout dans le monde et les résidus de cette exploitation sont une source
considérable de DMA. Seulement dans la région des Appalaches (É.-U.), le DMA est
responsable de la pollution de plus de 8000 km de cours d’eau (Skousen et Ziemkiewicz, 1995).
Le DMA est causé par l’oxydation de la pyrite, ayant souvent une structure framboïdale,
contenue dans le charbon et dans les shales encaissant le charbon (Evangelou, 1995). Le DMA
est généralement caractérisé par la présence de concentrations relativement élevées en Fe, Mn,
Al et sulfates. Les variations de composition du DMA de plusieurs opérations charbonnières
apparaissent au tableau 5.17.

145
Les exploitations charbonnières dans l’est du Canada représentent également une source
considérable de DMA. Le charbon produit par les provinces de l’Atlantique est souvent riche
en pyrite. Par exemple, la mine Minto du Nouveau-Brunswick produit un charbon ayant une
teneur en soufre variant entre 6 et 10 %. Par contre, le charbon produit dans les mines de l’Ouest
canadien est généralement faible en soufre (moins de 0,5 à 1 %) et il sera moins propice à
générer un DMA (SRK, 1991).

5.4.5 Opérations exploitant l’uranium

Tout comme dans le cas des opérations de charbonnage, les opérations exploitant l’uranium
sont susceptibles de produire un DMA, car les gisements sont généralement encaissés dans des
roches sédimentaires pouvant contenir de la pyrite ou de la pyrrhotite. Le tableau 5.18 présente
les caractéristiques de DMA de quelques sites miniers exploitant l’uranium.

146
Aux problèmes environnementaux potentiels associés au DMA s’ajoute celui des
radionucléides pouvant contaminer les cours d’eau et la nappe phréatique. Si une telle
contamination survenait, il faudrait collecter les eaux et les traiter afin qu’elles répondent de
nouveau aux normes (e.g. Ritcey, 1989).

Dans la section 5.4, nous avons fait un tour d’horizon des différents types d’opérations minières
pouvant produire des résidus miniers générateurs de DMA. Outre des métaux lourds, les eaux
de surface et souterraines peuvent aussi contenir des composés cyanurés (chap. 7), des thiosels
(sect. 5.6) et des radionucléides (chap. 11). Voilà pourquoi il est primordial de bien caractériser
un site minier, qu’il soit abandonné, en cours de production, ou encore qu’on projette son
exploitation de façon à pouvoir prédire, contrôler, ou traiter le DMA et, par conséquent, limiter
les incidences sur l’environnement. À cette fin, il convient d’évaluer les potentiels
d’acidification et de neutralisation des résidus miniers afin de prédire s’il y a ou non production
de DMA. Il s’agit là d’aspects importants de l’étude de base (base line study), qui constituent
le sujet de la présente section.

La prédiction du DMA s’appuie sur une approche comportant jusqu’à cinq volets : la
comparaison géographique, l’étude du contexte géologique et paléo-environnemental, la
réalisation et l’interprétation d’essais statiques, la réalisation et l’interprétation d’essais
cinétiques et l’application de modèles mathématiques (Ferguson et Erickson, 1987). Les
données ainsi recueillies peuvent servir à l’application de modèles géochimiques pour la
prédiction du DMA (Perkins et al., 1995). Les méthodes de prédiction du DMA et les différents
types d’essais statiques et cinétiques sont bien décrits dans Lawrence et al. (1989), SRK (1991),
et dans Morin et Hutt (1997). Soulignons que ces méthodes ont pour la plupart été développées
et utilisées en Amérique du Nord.

147
Chaque année, on dépense des millions de dollars pour limiter les problèmes environnementaux
reliés au DMA. Malgré cela, il faut constater que peu de méthodes éprouvées permettent de
prédire l’efficacité à long terme des mesures de réduction des niveaux de contamination. Le
développement d’outils de prédiction des caractéristiques du DMA qui seraient précis, peu
coûteux et efficaces constitue un objectif prioritaire que poursuivent plusieurs organisations
privées et gouvernementales.

Pour toutes les nouvelles mines et tous les développements d’opérations, il est nécessaire de
caractériser les matériaux géologiques (roches, minerais, mort terrain) qui seront exploités dans
le but de prédire s’il y aura formation de DMA. Une prédiction fiable est nécessaire en vue de
réduire les dommages à l’environnement et les coûts pour l’industrie , car elle permettra
d’élaborer un programme de gestion des rejets miniers qui préviendra efficacement la formation
du DMA ou qui optimisera son contrôle et son traitement si on ne peut éviter sa formation. Les
diverses méthodes de prédiction actuellement disponibles sont utilisées par les compagnies
minières, les gouvernements, les universitaires et les autorités législatives. Ces méthodes sont
généralement de deux types : les essais statiques, qui déterminent la balance entre la capacité
de production et de neutralisation de l’acide par les minéraux du rejet considéré, et les essais
cinétiques, qui visent à prédire le délai de production d’acide et l’évolution de la qualité du
drainage dans le temps. Il faut bien admettre que l’élaboration de telles prédictions n’est pas
une tâche facile, car un site minier est un système ouvert et complexe où se produisent des
échanges entre les matériaux solides, les eaux de surface et souterraines et l’atmosphère. Pour
prédire précisément le comportement d’un tel système, il faudrait connaître et inclure toutes les
caractéristiques physiques, chimiques et biologiques, ce qui est très difficile à réaliser. On peut
faire une analogie avec la tâche du météorologue, qui doit prévoir le temps qu’il fera. Tout le
monde, un jour ou l’autre, a quitté la maison avec un parapluie sans avoir eu à l’utiliser et vice
versa! Éviter une situation analogue dans la gestion environnementale d’un site minier
représente un véritable défi, et il faut pour le relever avoir recours à des outils performants et
adaptés aux situations rencontrées.

La première étape de la mise en exploitation d’un gisement est l’élaboration du plan de la mine
qui prévoit l’emplacement, la taille et le mode de gestion de chacun des éléments de l’opération
(puits et galeries, fosses, bâtiments, usine de traitement des eaux, concentrateur, etc.). Ce plan
doit également inclure le programme de gestion environnementale des rejets miniers générés
lors de l’exploitation, y compris les eaux de la mine, les amoncellements de résidus, de déblais
ou de mort-terrain, les réserves de minerais ainsi que les divers bassins d’accumulation (SRK,
1991). Comme chacune de ces composantes de l’opération a des caractéristiques physiques,
hydrologiques et géochimiques qui lui sont propres et que les conditions d’exposition
climatiques seront différentes, il faut donc évaluer l’incidence environnementale du projet en
fonction des diverses composantes. On trouve à la figure 5.18 une procédure systématique
d’évaluation du potentiel de production d’eaux acides pour chaque composante.

148
De plus, nous discuterons dans les paragraphes qui suivent de différentes approches souvent
utilisées de façon complémentaires entre elles.

5.5.1 Prévision d’un point de vue minéralogique et géologique

La première étape dans la prévision du DMA est de bien caractériser les conditions géologiques
du gisement que l’on souhaite exploiter. Cette étape comprend la comparaison du site étudié
avec d’autres mines semblables ou voisines (s’il y a lieu), et l’élaboration d’un programme
d’échantillonnage des différents matériaux géologiques (minerais, roches encaissantes, etc.).
Les observations sur le terrain dès le stade de l’exploration sont très utiles pour juger du
potentiel de formation de DMA. Une bonne connaissance de la géologie et de la minéralogie
des matériaux excavés lors de l’exploitation est à la base de l’interprétation des résultats des
différents essais (statiques et cinétiques) dont nous traiterons plus loin. Les observations qu’on
peut faire et les mesures qu’on peut prendre sur le terrain lors des travaux d’exploration et de
mise en valeur figurent au tableau 5.19.

149
Pour plus de simplicité, on peut estimer qualitativement la capacité d’un type de roche de
neutraliser l’acide en se référant à la classification présentée dans Smith et al. (1994) et donnée
au tableau 5.20.

Kwong (1993) a par ailleurs proposé une classification des gisements de métaux de base et
précieux en fonction de leur susceptibilité à générer un DMA (tableau 5.21); selon cette
classification, les gisements ayant une cote 1 sont beaucoup plus susceptibles de produire un
DMA que les gisements ayant une cote 7.

150
Ce tableau montre par exemple que les gisements de charbon et d’uranium encaissés dans des
roches sédimentaires seraient très susceptibles de produire un DMA.

Ce genre d’approche qualitative permet de déterminer, dans un premier temps, le potentiel de


formation du DMA en fonction du contexte géologique du gisement et de regrouper les
matériaux géologiques en classes suivant leurs susceptibilités à générer le DMA. Cette étape
servira de base à l’échantillonnage des différents lithofaciès, à caractériser plus en détail par
l’identification des minéraux présents et pour lesquels on effectuera une analyse chimique de
roche totale (éléments majeurs, métaux, C organique, C inorganique, soufre total, sulfates
solubles). Dans un deuxième temps, on s’occupera de quantifier spécifiquement le potentiel de
formation du DMA en effectuant une série d’essais statiques (et cinétiques, si requis) sur
plusieurs échantillons des roches et résidus les plus susceptibles de contribuer à la formation du
DMA. On peut estimer le nombre d’échantillons recommandé en fonction de la masse de l’unité
géologique à l’aide de la courbe de la figure 5.19.

151
5.5.2 Essais statiques

Un essai statique permet d’établir la capacité d’un échantillon de produire de l’acide et de le


neutraliser. Il s’agit en fait de produire un bilan chimique entre les minéraux producteurs
d’acide (ou acidogènes) et les minéraux acidivores pouvant le neutraliser (carbonates, silicates,
hydroxydes). Ce sont des essais relativement peu coûteux, soit habituellement de 100 $ à 300
$ par échantillon. Comme son nom l’indique, l’essai statique fournit un instantané de l’équilibre
chimique d’un échantillon à un moment donné dans le temps. Il ne permet pas de prédire le
moment où un échantillon produirait de l’acide, mais seulement si cet échantillon a un potentiel
de production nette d’acidité. Il y a plusieurs variantes à ce type d’essai de sorte que l’on peut
parler des divers essais statiques (e.g. SRK, 1991; Miller et al., 1991; Adam et al., 1996; Kwong
et Furguson, 1997; Morin et Hutt, 1997; Bethune et Lockington, 1997; Lawrence et Wang,
1997; Lawrence et Scheske, 1997; Li et Bernier, 1999).

Pour mener l’essai statique de base, on doit disposer de l’information suivante :

• La teneur en soufre total (Stotal).


• Le potentiel de neutralisation brut (par titrage acide base).
• Le pH de la pâte.

Pour la version étendue de l’essai, il faut connaître de plus :

• L’analyse des espèces sulfurées (sulfates solubles, S natif).


• L’analyse du carbone inorganique total.

Les résultats des analyses sont utilisés pour évaluer les caractéristiques suivantes :

152
• Le potentiel d’acidité maximal (PAM = % Stotal x 31,25 kg/t CaCO3)
• Le soufre provenant des sulfures (Ssulfures = Stotal-Ssulfates)
• Le potentiel d’acidité des sulfures (PAS = % Ssulfures x 31,25 kg/t CaCO3)
• Le potentiel de neutralisation brut (PN, titrage acide-base en kg/t CaCO3)
• Le potentiel de neutralisation des carbonates (PNC = % CO2(inorganique) x 22,74 kg/t
CaCO3)
• Le potentiel de neutralisation nette (PNN = PN - PAM)
• Le potentiel de génération d’acide (PGA = PAM – PN)
• Le potentiel de neutralisation nette étendu (PNCN = PNC - PAS)
• Les ratios PN/PA et PNC/PAS

Ces résultats peuvent prendre la même forme qu’au tableau 5.22.

Il est important de mentionner que si le potentiel d’acidité maximal (PAM) est estimé de façon
conservatrice (on considère que tout le soufre peut produire de l’acide), le potentiel de
neutralisation (PN) brut est très souvent surestimé (Adam et al. 1997; Lawrence et Wang, 1997;
Morin et Hutt, 1997). Heureusement, il existe des méthodes plus raffinées pour évaluer le
potentiel de neutralisation en tenant compte de la nature des minéraux acidivores (Lawrence et
Scheske, 1997; Li, 1997; Li et Bernier, 1999).

À partir de ces informations, on peut établir qu’un échantillon qui a un potentiel de


neutralisation net (PNN) négatif serait potentiellement générateur d’acide (un PGA positif
signifie la même chose). Compte tenu de l’incertitude quant à ces résultats, on considère
toutefois que le matériau sera potentiellement générateur jusqu’à un PNN +20 kg/t CaCO3
(idem pour le PGA). On peut aussi utiliser une méthode graphique pour représenter le potentiel
de génération d’acide selon un diagramme PN en fonction de PAM (figure 5.20).

153
Sur ce graphique, les échantillons qui montrent un rapport PN/PAM < 1 sont considérés comme
générateurs d’acide, ceux dont le rapport PN/PAM est situé entre 1 et 3 sont dans une zone
d’incertitude (donc potentiellement générateurs) alors que ceux qui auront un rapport PN/PAM
> 3 ne produiraient pas d’acide (Adam et al., 1997).

5.5.3 Essais minéralogiques et géochimiques

Puisque la composition chimique des eaux du DMA est dépendante des réactions
minéralogiques, il est primordial de procéder à une bonne caractérisation minéralogique des
résidus miniers, roches stériles et tout autres matériaux géologiques utilisés par l’opération
minière ou qui en sont issus. De même, pour bien interpréter les résultats des essais statiques
(et cinétiques), il est important de procéder à des essais minéralogiques afin de déterminer les
types de sulfures présents (pyrite, pyrrhotite, sphalérite, etc.), la nature des minéraux acidivores
(carbonates, silicates, hydroxydes, etc.), de même que la présence de minéraux secondaires qui
pourrait indiquer que l’oxydation des sulfures et la neutralisation de l’acide sulfurique sont déjà
en cours. La minéralogie environnementale est une science qui se développe rapidement et le
lecteur est convié à consulter les ouvrages de Jambor et Blowes (1994), McIntosh et Groat
(1997) et Cabri et Vaughan (1998) pour en apprendre davantage à ce sujet.

Plusieurs méthodes d’analyse conviennent pour procéder à une caractérisation minéralogique


des rejets miniers, notamment : l’étude pétrographique et minéragraphique de lames minces
polies au microscope polarisant et en lumière réfléchie, l’identification des minéraux par la
diffraction des rayons-X (DRX), l’étude de la morphologie des grains de sulfures au microscope
à balayage électronique (MEB), et l’étude de la composition des minéraux par microanalyse à
la microsonde électronique (MAME). On peut faire appel à plusieurs autres méthodes plus

154
sophistiquées dans le cas de travaux minéralogiques détaillés (par exemple : la microscopie par
transmission électronique, la spectrométrie de masse d’ions secondaires, la spectroscopie
électronique Auger, la microscopie de force atomique, la spectrophotométrie infrarouge, la
spectroscopie Raman, etc.). Généralement, on a recours à une combinaison de méthodes
d’analyse pour effectuer la caractérisation minéralogique des rejets miniers; nous décrivons les
plus utilisées ci-dessous.

Étude pétrographique et minéragraphique

L’étude pétrographique et minéragraphique s’effectue à l’aide d’un microscope en lumière


polarisée transmise ou réfléchie. Elle nécessite la fabrication d’une lame mince polie à partir
des matériaux étudiés. Une lame mince polie est constituée d’une mince tranche de roche de 30
microns d’épaisseur montée sur une lame de verre puis polie à l’aide de différents abrasifs.
Dans le cas de rejets miniers, une imprégnation à l’époxy peut être nécessaire pour la fabrication
de la lame mince. La lame mince polie est très versatile, car elle permet l’observation de tous
les minéraux présents, les transparents comme les opaques. L’étude des minéraux au
microscope polarisant en lumière transmise permet de déterminer la pétrographie tandis que
l’étude des minéraux opaques (par exemple, les sulfures) en lumière réfléchie donne la
minéragraphie. Les propriétés optiques des minéraux font l’objet de plusieurs ouvrages dont
ceux de Craig et Vaughan (1981), Jambor et Vaughan (1990), Battey et Pring (1997) et Klein
et Hurlburt (1999).

L’étude pétrographique et minéragraphique permet également d’estimer la granulométrie des


minéraux étudiés ainsi que leur degré de libération. Par exemple, un résidu minier à grains fins
dont la totalité des sulfures sont libres sera potentiellement plus générateur d’acide qu’un résidu
plus grossier dont 50 % de la pyrite serait contenue en inclusions dans le quartz. La proportion
volumique des minéraux présents peut aussi être estimée par un comptage de points. Ce
pourcentage volumique pourra être converti en pourcentage poids en utilisant la densité des
minéraux répertoriés lors de l’examen au microscope polarisant. Cette façon de faire permet
également de calculer la densité de l’échantillon (qui variera généralement entre 2,7 et 5 g/cm3).
On peut voir des exemples de photos de minéraux en lumière transmise et réfléchie à la figure
5.21.

155
L’examen minéralogique est aussi utile, car il permet, dans certains cas, de mieux interpréter et
de nuancer les résultats des essais statiques. Par exemple, dans l’essai statique, on calcule
habituellement le potentiel d’acidité en supposant que le sulfure réactif est la pyrite, alors qu’il
pourrait s’agir surtout de pyrrhotite ou de n’importe quels autres minéraux sulfureux parmi les
centaines connus (Morin et Hutt, 1997). Si la pyrrhotite est le sulfure dominant, le potentiel
d’acidité sera le même qu’avec la pyrite, mais comme la pyrrhotite est beaucoup plus réactive,
l’interprétation du potentiel de génération d’acide n’aura pas la même signification en ce qui a
trait à la cinétique d’oxydation. L’examen minéralogique au microscope polarisant en lumière
transmise et en lumière réfléchie devrait être effectué de façon standard dans toute étude de
caractérisation des rejets miniers.

Identification des minéraux par DRX

L’identification qualitative des minéraux primaires contenus dans les rejets miniers est
fréquemment effectuée par diffractommétrie des rayons X. Toutefois, la limite de détection de
cette méthode (0,5-1,0 %) limite la détermination des minéraux secondaires présents en petites
quantités (Jambor, 1994 ; Morin et Hutt, 1997). On doit alors recourir à des méthodes d’analyse
complémentaires. La théorie inhérente à la DRX est présentée dans la plupart des manuels de
minéralogie de base, dont Klein et Hurlburt (1999), et nous ne la décrirons pas ici. Précisons
qu’il faut confier l’interprétation du diffractogramme à un minéralogiste expérimenté, car même
avec les systèmes informatisés modernes, on a noté plusieurs identifications erronées,
particulièrement dans le cas des mélanges de minéraux.

Les travaux de DRX seront généralement effectués de concert avec l’étude pétrographique et
minéragraphique. Ils permettent d’identifier les minéraux les plus abondants dans un mélange
de minéraux comme dans un rejet minier.

156
Un exemple de diffractogramme apparaît à la figure 5.22.

Dans cet exemple, les principaux minéraux dans les résidus sont la pyrite, le quartz, la calcite,
l’ankérite, les feldspaths et la chlorite. Les sulfures secondaires (< 1 %) comme la chalcopyrite,
la sphalérite et la galène n’ont pas été détectés par DRX mais ont été observés lors d’un examen
au microscope en lumière réfléchie. La pyrrhotite, qui est souvent magnétique, peut être
détectée après avoir concentré la fraction magnétique du rejet en question.

Microanalyses électroniques

Les travaux de microanalyses, que ce soit au microscope à balayage électronique (MEB) ou à


la microsonde électronique (MAME), permettent d’étudier la texture et la morphologie des
particules et la composition (qualitative et quantitative) des minéraux. Le lecteur qui voudrait
se familiariser avec ces techniques de microanalyses est invité à consulter les ouvrages produits
par White (1985) et Goldstein et al. (1992).

La plupart des microsondes électroniques modernes qui offrent des fonctions similaires aux
MEB incluent des images en électrons rétrodiffusés et en mode de balayage électronique, en
plus de permettre la microanalyse quantitative par spectroscopie des longueurs d’onde. De
façon routinière, un spectre EDS (Energy Dispersive Spectroscopy) permet d’identifier les
éléments chimiques présents dans le minéral, sauf l’oxygène et certains éléments légers de
numéros atomiques inférieurs à 16 (excluant les gaz rares). On peut voir un exemple de spectre
EDS d’une sphalérite à la figure 5.23.

157
Pour sa part, le MEB sert surtout à étudier la surface et la morphologie des minéraux (comme
les sulfures), de façon à pouvoir identifier des textures de dissolution, par exemple. La figure
5.24 montre des puits de dissolution dans un cristal de pyrite suivant la direction
cristallographique (001).

158
Les MEB modernes sont équipés d’un système d’analyse d’image qui peut avoir comme
applications des études granulométriques et de distribution minéralogique. On peut ainsi
quantifier le degré de libération de certains sulfures par analyse d’image.

Outre la caractérisation minéralogique des rejets miniers, la caractérisation géochimique par


l’analyse des éléments majeurs (analyse de la roche totale) et des éléments traces permet
d’obtenir une information complémentaire et parfois unique. Par exemple, la teneur de certains
métaux en traces (Co, Cd, Hg, Se, Be, etc.), toxiques pour l’environnement, ne saurait être
détectée par les autres méthodes décrites précédemment.

5.5.4 Essais cinétiques

Si les essais statiques et minéralogiques indiquent qu’un rejet minier ou une unité lithologique
est potentiellement générateur d’acide, alors on devra effectuer un ou plusieurs essais cinétiques
pour prédire quand débuterait la génération du lixiviat acide et aussi pour caractériser
l’évolution de la qualité de l’eau dans le temps. Ces essais permettent d’évaluer des taux de
réaction et le temps requis pour épuiser les réserves minérales (sulfures, minéraux acidivores).
Les différents essais cinétiques sont décrits en détail par SRK (1991) et Morin et Hutt (1997);
nous en discuterons brièvement dans les paragraphes qui suivent. Il existe six principaux types
d’essais cinétiques :

• Essai de confirmation de Colombie-Britannique (C.-B.)


• Réacteur Soxhlet
• Essai en flacons vibrateurs
• Cellules d’humidité
• Colonnes et lysimètres
• Parcelles d’essais in situ

Les cinq premiers types d’essais mentionnés ci-dessus se font en laboratoire tandis que le
dernier s’effectue sur le terrain. Les essais cinétiques sont généralement plus longs et plus
coûteux que les essais statiques, car ils nécessitent de nombreuses analyses chimiques
répétitives étalées sur une longue période (typiquement, de 3 mois à 1 an et plus). Les essais
cinétiques en laboratoire portent souvent sur de petits échantillons (moins de 1 kg à 100 kg,
selon le type d’essai) et dans des conditions bien contrôlées, tandis que les essais sur le terrain
se font sur de gros échantillons (1000 kg et plus), dans des conditions moins bien contrôlées
mais généralement plus représentatives des conditions en place.

La première étape à réaliser lors d’un essai cinétique consiste à obtenir les caractéristiques
additionnelles non révélées par les essais statiques, y compris la surface spécifique, la
minéralogie et la teneur en métaux. Ces données sont essentielles à l’interprétation des résultats
obtenus lors des essais cinétiques en laboratoire et sur le terrain. Par exemple, la taille des
particules (et la surface spécifique correspondante) peut avoir une forte incidence sur la
production d’acide de même que sur les résultats de consommation par les minéraux acidivores.
Les matériaux fins ont une plus grande superficie par unité de poids (surface de réaction) que
les particules grossières. La surface spécifique peut être estimée à partir des résultats du
tamisage (courbe granulométrique) d’un échantillon en utilisant l’équation suivante :

(5.24)

159

Mi = masse de la fraction i
Di = diamètre de la fraction i exprimé comme le point milieu de l’intervalle i des tamis
délimitants
 = masse volumique des grains solides (qui varie généralement entre 2,7 et 5,0 g/cm3)

Il y a un lien direct entre la minéralogie du matériau et les vitesses de réaction. La composition


chimique et la forme cristalline des minéraux influencent fortement les vitesses de production
et de neutralisation de l’acide. Ainsi, les minéraux moins cristallins réagissent plus rapidement
et certains sulfures s’oxydent plus rapidement que d’autres (par exemple, pyrrhotite > pyrite
framboïdale > pyrite cristalline). La minéralogie peut également permettre de déterminer quels
métaux seront les plus susceptibles d’être libérés lors de la lixiviation au cours de la production
d’acide. On peut aussi estimer dans quelle mesure l’échantillon pourra neutraliser l’acide par
l’identification de minéraux acidivores.

Avec la plupart des essais cinétiques, les paramètres mesurés afin d’évaluer le comportement
du matériau sont le pH, l’acidité et la concentration des sulfates, et des métaux dans l’eau de
lixiviation. On interprète les variations du pH de la façon suivante : si le pH est inférieur à 3,
l’échantillon est très acidogène; pour un pH entre 3 et 5, l’échantillon est acidogène mais une
certaine neutralisation de l’acide peut avoir lieu; si le pH est supérieur à 5, alors l’échantillon
est peu acidogène ou la neutralisation de l’acide prévaut sur la production.

La teneur en sulfates est une mesure directe du taux d’oxydation des sulfures. On suppose ici
que tout le soufre oxydé se dégage dans l’eau, que le soufre dans l’eau s’oxyde pour former des
sulfates et qu’il n’y a pas de précipitation de minéraux sulfatés comme le gypse. Il est possible
qu’on relève une forte teneur en sulfates même si le pH est élevé, en particulier lorsque des
carbonates sont présents.

Le taux de production d’acide pourra être exprimé en fonction de la masse (par exemple, mg
SO4/ kg rejets/semaine), en fonction de la surface spécifique (mg SO4/ m2 /semaine), ou encore
en fonction de leur accumulation (total de mg de SO4/kg).

L’acidité est, pour sa part, une mesure cumulative qui reflète la présence de plusieurs espèces
dans la solution, dont le Fe2+, Al3+, Fe(OH)2+, HSO4, etc. L’acidité peut servir de mesure brute
de la capacité de production d’acide. Si la neutralisation et la précipitation ne sont pas
importantes, il y aura une bonne corrélation entre l’acidité et la teneur en sulfates.

Enfin, la concentration des métaux de la solution permet de déterminer le taux d’épuisement


d’un métal donné par rapport au contenu original dans l’échantillon. L’hydrolyse et la
précipitation de minéraux secondaires font toutefois en sorte que le dégagement de métaux de
minéraux sulfurés n’est pas nécessairement un indicateur du taux de production d’acide (SRK,
1991).

Lors d’essais cinétiques, il est important de distinguer les résultats initiaux, qui reflètent
souvent la mise en solution de sulfates solubles déjà présents dans le matériau étudié (Aachib,
1997; Li, 1997).

Voici une brève description de certains essais cinétiques.

160
Essai de confirmation B.C.

Cet essai a comme principal objectif la confirmation des résultats des essais statiques. Il vise à
déterminer si les bactéries inoculées (Thiobacillus ferrooxidans) peuvent transformer, par
oxydation, suffisamment de sulfures en acide sulfurique pour satisfaire leur besoin en acide. Si
les bactéries demeurent vivantes dans un milieu acide (pH < 3,5), il y a un risque de génération
d’un DMA. Par contre, si la production d’acide est insuffisante (pH > 3,5), le matériau sera
considéré comme peu ou pas acidogène.

Réacteur Soxhlet

Cet essai permet aussi de corroborer les résultats des essais statiques et fait appel à la méthode
standard du réacteur Soxhlet. Le réservoir contient de l’eau distillée qui est chauffée et
vaporisée, puis condensée. Le condensat tombe goutte à goutte sur l’échantillon pendant une
période variant entre 64 et 192 heures. Le percolat est par la suite analysé. L’interprétation se
fait à la suite de la mesure du pH de l’eau du réservoir qui contient des produits dérivés de la
production d’acide.

Flacons vibrateurs

L’essai par flacons vibrateurs permet de déterminer le taux de production d’acide et d’évaluer
sa variation dans le temps ; de décrire les variations de la qualité de l’eau, de corroborer les
résultats des essais statiques, et même d’évaluer certaines mesures de contrôle. Ce test simule
un environnement submergé et de forte énergie. L’échantillon est placé dans un flacon, et est
immergé dans de l’eau contenant des éléments nutritifs. La qualité de l’eau permet de suivre les
variations du pH et de la composition chimique dans le temps. Le flacon est agité de façon
constante pendant ce test.

Cellules d’humidité

Cet essai introduit par Caruccio (1967) est, depuis plus de 30 ans, l’essai cinétique de
laboratoire de prédilection pour plusieurs organisations. Le design et l’opération des cellules
d’humidité sont décrits en détail dans Sobek et al. (1978), SRK (1991) et Morin et Hutt (1997);
des études de cas sont aussi décrites dans Li (1997) et Li et Bernier (1999). Il existe des cellules
d’humidité pour tester les roches stériles ou pour tester les rejets de concentrateur. La figure
5.25 présente un schéma d’une cellule d’humidité.

161
L’objectif premier de l’essai en cellules d’humidité est de déterminer le taux de production
d’acide et d’établir sa variation dans le temps. De plus, il permet d’estimer à quel moment la
production de DMA débute et combien de temps durera sa génération. Cet essai contribue
également à corroborer les résultats des essais statiques, à décrire l’évolution de la qualité de
l’eau dans le temps et à vérifier certaines mesures de contrôle proposées.

On peut décrire sommairement la procédure d’essai comme suit. Un échantillon dont la masse
varie entre 250 g et 1 kg est déposé dans la cellule. La cellule reçoit un afflux d’air humide
préfiltré. On y ajoute périodiquement de l’eau distillée, et on laisse tremper pendant une heure.
Puis, on récupère le lixiviat pour analyse (c’est-à-dire T, pH, Eh, conductivité, acidité,
alcalinité, sulfates, alcalis, métaux). On effectue généralement une alternance de cycle de
sécheresse et d’humidité. L’analyse chimique des solutions de rinçage indique l’intensité de
l’oxydation des sulfures, de la production d’acide, de la neutralisation et de l’épuisement des
métaux depuis le dernier rinçage. Les résultats sont reportés dans un diagramme des paramètres
en fonction du temps semblable à celui de la figure 5.26.

162
Les taux de réaction sont calculés à partir de la formulation typique suivante :

Taux (mg/kg/semaine) = {[Concentration (mg/L)*Volume de rinçage (L)]/[poids échantillon


(kg) * intervalle de rinçage (semaine)]}

Encore une fois, il est important de rappeler que les minéraux solubles déjà présents passent en
solution plus rapidement. Les résultats correspondants (habituellement sur quelques semaines)
ne devraient pas être considérés directement dans le calcul des taux de réaction.

Comme ce genre d’essai est souvent utilisé, il est fait mention de plusieurs études de cas portant
sur les cellules humides dans la documentation (e.g. Sobek et al., 1978; Lapakko et Wessels,
1995; Day et al., 1997, Morin et Hutt, 1997). À titre d’exemple, on présente dans le texte qui
suit les résultats d’essais cinétiques sur les résidus miniers de la mine Louvicourt, près de Val
d’Or (Li, 1997; Li et Bernier, 1999). Cette mine, située à environ 20 km à l’est de Val d’Or,
exploite un gisement de sulfures massifs polymétalliques de Cu-Zn-Au et est détenue par les
compagnies Aur, Teck et Noranda. La production, qui a débuté en 1994, est d’environ 1200
tonnes/jour. Les résidus miniers sulfurés sont directement entreposés dans un parc ennoyé
(disposition subaquatique –voir chapitre 6) de façon à prévenir l’oxydation des sulfures et la
génération de DMA.

Les résidus miniers ont été caractérisés (granulométrie, minéralogie, chimie) et fait l’objet
d’essais statiques avant de subir les essais cinétiques. Voici les résultats obtenus :

• D5 0= 0,03 à 0,075 mm
• Surface spécifique : 0,1299 m2/g
• Bilan acide-base :

163
PA = 475 à 545 kg CaCO3/t
PN = 74 à 181,5 kg CaCO3/t
PNN = -294 à -444 kg CaCO3/t
PN/PA = 0,15 à 0,38
pH de la pâte = 7,5 à 7,64

• Chimie :

Stot = 9,01 à 26,5 %


SO4 = 0,55 à 1,29 %
CO2 = 3,0 à 11,8 %

• Minéralogie :

Pyrite = 16,1 à 47,5 %


Pyrrhotite = 0,2 à 3,3 %
Chalcopyrite = 0,2 à 1,5 %
Sphalérite = 0,1 à 1,5 %
Galène = 0 à 0,2 %
Arsénopyrite = 0 à 0,1 %
Ankérite = 1,8 à 14,5 %
Sidérite = 6,3 à 13 %
Chlorite = 4,9 à 8,7 %
Gypse = 1,0 à 2,31 %

On rencontre également d’autres minéraux dans les résidus (soit le quartz, les feldspaths, la
séricite et la magnétite), mais ils jouent un rôle négligeable dans la formation et la neutralisation
du DMA.

Les résultats de la caractérisation et des essais statiques montrent que ces résidus ont un fort
potentiel de génération d’acide, et ce malgré la présence abondante de minéraux acidivores
(comme les carbonates et la chlorite). Pour cette raison, on a procédé à des essais cinétiques.
En 1995, quatre échantillons de résidus représentatifs ont été prélevés pour les essais en cellules
humides, réalisés au Centre de Technologie Noranda (CTN). Huit cellules (4 en duplicata)
furent montées avec 200 g de résidus ; on a ajouté 200 ml d’eau déionisée chaque semaine en
2 heures. Le lixiviat récupéré a été analysé pendant 80 semaines. Les paramètres suivants furent
mesurés : volume, pH, conductivité, potentiel redox (ORP ou Eh), acidité et alcalinité. Chaque
échantillon de lixiviat a par la suite été filtré puis soumis à diverses analyses pour déterminer
21 éléments (par ICP) et le Fe3+.

La Figure 5.26 montre certains résultats relatifs à une des cellules d’humidité pour la durée de
80 semaines. Les taux d’oxydation et de neutralisation ont été calculés chaque semaine à partir
des résultats des analyses chimiques des lixiviats, en posant qu’après le lessivage initial des
espèces solubles (comme le gypse), la production de sulfate provient uniquement de l’oxydation
des sulfures ; on a aussi supposé que, pour la période précédant la génération d’acide, l’alcalinité
n’est attribuable qu’à la présence d’ions bicarbonates et que tous les Ca, Mg, Na et K dans le
lixiviat provenaient de la dissolution des minéraux neutralisants (comme les carbonates ou les
silicates). Les calculs interprétatifs s’appuient sur des bases définies dans les sources
mentionnées précédemment. Ces calculs reposent sur les deux expressions suivantes :

164
Production d’acidité totale + Alcalinité résiduelle = Production d’alcalinité totale + Acidité
résiduelle

Production d’acidité totale - Acidité résiduelle = Production d’alcalinité totale - Alcalinité


résiduelle

On utilise ici les définitions suivantes :

[SO42-] = acidité totale produite par l’oxydation des sulfures

[HCO3-] = alcalinité résiduelle dans le lixiviat

[Ca2+] + [Mg2+] + [K+] + [Na+] = alcalinité totale produite par la dissolution des carbonates et
des silicates

[Al3+] + [Fe2+] + [Mn2+] + [Cu2+] + [Zn2+] = acidité résiduelle dans le lixiviat

On détermine l’alcalinité résiduelle utilisée dans les calculs par titration jusqu’à un pH de 4,3
avec du HCl (Li et Bernier, 1999). On peut également voir ces résultats et le pH du lixiviat en
fonction du temps à la Figure 5.26. À partir de ces résultats, on peut constater une augmentation
initiale de l’acidité totale durant les 5 premières semaines, qui serait attribuable à la dissolution
du gypse dans le résidu. Pour les raisons déjà citées, on ne prend pas en compte ces résultats (5
premières semaines) dans les calculs des taux d’oxydation. Après 5 semaines, la production
d’acidité totale diminue pour atteindre un plateau entre les semaines 22 et 34, alors que le pH
diminue graduellement pour descendre sous une valeur de 4,0 à la semaine 35. Le début de la
production d’un lixiviat acide correspond ici à la semaine 35. Avant le début de la production
de ce DMA, le taux de production totale d’acide résultant de l’oxydation de sulfures est à peu
près égal au taux de la production totale d’alcalinité, ce qui maintient le pH à une valeur proche
de la neutralité. Après le début de la génération du DMA, l’acidité résiduelle augmente de façon
prononcée, car le taux de production de l’alcalinité totale ne peut plus compenser le taux de
production de l’acidité totale, et le pH diminue alors rapidement. Le taux d’oxydation de la
pyrite calculé pour les résidus de Louvicourt serait de 0,85 g de pyrite/kg de résidus/semaine.

Essais en colonnes ou lysimètres

Ces essais font appel à des montages en colonnes formés de différentes matières (PVC,
plexiglas, etc.) dans lesquels on place un échantillon de résidus ou de roche. Des variantes des
montages en colonnes apparaissent à la figure 5.27.

165
Il n’y a pas de dimension standard et la masse des échantillons peut varier de 1 kg jusqu’à 20 t
(Morin et Hutt, 1997). On laisse s’écouler, de façon continue ou discontinue, de l’eau distillée
ou une solution aqueuse qu’on récupère plus tard au bas de la colonne. On peut aussi maintenir
un niveau d’eau donné au-dessus de la base de la colonne. Il y a plusieurs variantes possibles à
ces essais, notamment l’alternance de cycles humides et secs, un contrôle du degré de saturation
de l’eau dans l’échantillon, une fluctuation contrôlée de la position de la nappe d’eau, un débit
d’écoulement de l’eau constant, un écoulement de bas en haut au travers de l’échantillon et une
inoculation de bactéries (SRK, 1991). On prélève régulièrement des échantillons du lixiviat ou
de l’eau retenue pour des analyses chimiques (Aubertin et al., 1995, 1997, 1999 ; Aachib, 1997).

Les essais cinétiques en colonnes ont comme principal objectif de déterminer le taux de
production d’acide et d’établir sa variation dans le temps. Ils servent aussi à faire le suivi de la
qualité de l’eau et à corroborer les résultats des essais statiques. L’interprétation de ces résultats
permet également, en principe, de déterminer le taux d’oxydation des sulfures et de
l’épuisement des métaux. Il faut toutefois s’assurer que tous les minéraux solubles ont été
lessivés avant d’effectuer certains calculs. En outre, comme le rapport de la quantité solide/eau
de rinçage est beaucoup plus grand dans les colonnes de lixiviation que dans les cellules
d’humidité, on note souvent que ce n’est pas toute la surface des particules qui est lixiviée, de
sorte que la valeur obtenue excède souvent la solubilité des minéraux secondaires. Le lecteur
intéressé peut consulter des résultats publiés pour obtenir des exemples d’études de cas portant
sur les travaux en colonnes, y compris Aachib et al., 1993 1994,1998a,1998b; Aachib (1997) ;
Aubertin et al., (1995), (1997, 1999); Morin et Hutt (1997), Li et St-Arnaud (1997), Bussière
et al. (1997, 1998), Benzaazoua et al. (1998).

Cellules sur le terrain

166
La construction sur le terrain de cellules à échelle intermédiaire permet de suivre l’effet des
conditions environnantes (précipitations, température, facteur vent, etc.) sur le taux de
production d’acide et sur la qualité de l’eau. Le schéma de la Figure 5.28 montre un exemple
d’amoncellement de stérile sur le terrain.

Dans cette version simplifiée de l’essai, on dispose d’une quantité relativement importante de
matériau sur une couche formée d’un drain et d’un fond imperméable (SRK, 1991). Les
précipitations sur les rejets traversent l’échantillon en produisant une lixiviation. La solution
est recueillie dans un réservoir prévu à cette fin, et échantillonnée à intervalle régulier à des fins
d’analyses chimiques. L’interprétation des résultats doit tenir compte des facteurs climatiques
du site étudié afin qu’on puisse évaluer les effets de ces conditions sur les taux de production
d’acide, d’oxydation des sulfures, de neutralisation et d’épuisement des métaux qu’auront
révélés au préalable les analyses chimiques. À noter que la quantité des précipitations détermine
les taux de lixiviation et de dilution de l’acide, mais qu’elle a peu d’effets directs sur les vitesses
de réaction (SRK, 1991). Le site est instrumenté pour enregistrer les conditions
météorologiques nécessaires à l’interprétation des résultats. Plusieurs études de cas d’essais
cinétiques sur le terrain sont présentées dans le livre de Morin et Hutt (1997), et on trouve des
résultats d’essais en cellules dans le rapport NEDEM 2.22.2c (Aubertin et al., 1999).

Le tableau 5.23 résume les principaux avantages et inconvénients des divers types d’essais
cinétiques.

167
5.5.5 Modélisation géochimique

La modélisation géochimique est un outil d’aide à l’interprétation des résultats d’essais


cinétiques et , lorsque le modèle a été préalablement validé, à la prédiction quant à l’évolution
à long terme des caractéristiques de l’effluent in situ. Perkins et al. (1995) et Joanes (1999) ont
effectué une revue de différents modèles géochimiques pouvant s’appliquer à l’étude du DMA.
On peut regrouper les différents types de modèles géochimiques en cinq grandes classes
(tableau 5.24), soit (Perkins et al., 1995) :

• Classe 1 : les modèles d’équilibre thermodynamique;


• Classe 2 : les modèles de transfert de masse;

168
• Classe 3 : les modèles mixtes de transfert de masse et d’écoulement;
• Classe 4 : les modèles de support;
• Classe 5 : les modèles empiriques d’ingénierie.

Les paramètres requis pour la modélisation géochimique sont résumés au tableau 5.25.

Modèles d’équilibre thermodynamique

Ces modèles géochimiques utilisent les résultats des analyses d’eau pour résoudre la balance
de masse entre diverses espèces chimiques aqueuses sous forme de complexes. La
modélisation géochimique aqueuse permet de calculer :

• les concentrations (ou les activités) des espèces chimiques et des complexes dans la
solution à l’équilibre ;
• les indices de saturation (IS) des phases solides en équilibre avec la solution à partir
des résultats d’analyses chimiques (réelles ou hypothétiques), ce qui permet d’évaluer
la dissolution et la précipitation des minéraux ;
• les effets résultant du mélange de solutions ;
• les effets de l’ajout d’une ou de plusieurs phases en équilibre dans la solution ;
• les effets reliés aux changements des caractéristiques de la solution (T, pH, Eh, etc.).

Plusieurs logiciels sont disponibles, dont certains gratuitement, pour effectuer de telles
modélisations géochimiques aqueuses; mentionnons Visual MINTEQ
([Link] PHREEQC (Parkhurst,
1995), MINTEQA2 (Allison et al., 1991 ;
[Link] ), EQ3/6 (Wolery, 1992), JGWB
(Geochemist WorkBench, [Link] Ces modèles géochimiques sont
généralement assez souples et permettent à l’utilisateur de modifier la composition et les
caractéristiques de la solution (T, P, pH, Eh), l’évaporation, et à différents degrés, de faire
interagir la solution avec un ou plusieurs minéraux.

Modèles de transfert de masse

169
Ce type de modèle permet d’évaluer le changement de composition d’une solution dans un
système roche-fluide alors que ce système tend vers l’équilibre. Certains modèles simulent
également d’autres processus, comme l’évaporation. Les paramètres nécessaires pour effectuer
les calculs incluent par exemple la composition de la solution, une suite de minéraux ainsi que
leurs masses initiales et la surface spécifique. Ces modèles ont rarement été appliquées à l’étude
du DMA, mais ils pourraient s’avérer avantageux. Parmi les logiciels disponibles, citons EQ6,
PATHARC et GWB.

Modèles mixtes de transfert de masse et d’écoulement

Ces modèles évaluent les réactions entre la solution et la roche dans un système ouvert. Ils
prennent en compte l’écoulement, le transport des solutés et les échanges de chaleur. Certains
de ces modèles mettent l’accent sur la géochimie alors que d’autres sont essentiellement de
nature hydrogéologiques. Les données nécessaires aux calculs proviennent des analyses
chimiques détaillées des solutions décrivant la composition de départ et en fonction du temps,
la minéralogie initiale pour la zone d’étude, les débits à l’entrée et à la sortie du système ainsi
que les variations de température dans le temps. Perkins et al. (1995) ne recommandent pas
l’utilisation de ces modèles dans l’étude du DMA, car aucun ne traite conjointement et avec
suffisamment de détail les aspects géochimiques et physiques du problème.

Modèles de support

Les modèles de support géochimiques ne sont pas conçus expressément pour traiter des
problèmes de DMA mais peuvent néanmoins être utiles pour construire des diagrammes de
phases servant à évaluer des conditions T-P, et pour la détermination de paramètres
géochimiques particuliers comme l’énergie libre, les constances d’équilibre (Log(K)) et les
diagrammes de paramètres endogènes (T, P, log fO2, activité, etc.).

Modèles empiriques d’ingénierie

Cette dernière classe de modèle vise à évaluer la génération d’acide et les charges de métaux
générés dans différentes conditions d’entreposage et d’exposition in situ. Toutefois, lorsqu’on
utilise ces modèles, on pose plusieurs hypothèses simplificatrices pour tenir compte des
paramètres chimiques et physiques du système modélisé, ce qui limite leur capacité de
prédiction de la génération du DMA. Ces modèles sont toutefois utiles pour comparer
différentes solutions de réhabilitation d’un site minier (Perkins et al., 1995). Le logiciel Watail
(Scharer et al., 1993) en est un bon exemple.

5.6.1 Généralités

La production de thiosels peut résulter du traitement de minerais riches en sulfures exploités


par l’industrie des métaux de base, des métaux précieux et de l’uranium. Le problème des
thiosels ne se pose que durant la phase d’exploitation; lorsque l’opération du moulin prend fin,
la génération des thiosels cesse également. Lorsqu’ils sont émis dans l’environnement, les
thiosels s’oxydent progressivement pour former de l’acide sulfurique, ce qui diminue la
capacité tampon de l’effluent et contribue potentiellement à faire baisser le pH dans le milieu
récepteur. Cette acidification peut rendre l’eau toxique pour les poissons et les autres formes de
vie aquatique. La diminution du pH peut également entraîner la dissolution de certains métaux

170
présents dans les sédiments, ce qui accroît la toxicité de l’habitat. De plus, durant les périodes
d’oxydation prononcée des thiosels dans le cours d’eau récepteur, la concentration en oxygène
dissous peut diminuer et atteindre un niveau toxique pour la vie aquatique.

Lorsqu'une portion significative des eaux de procédés est recyclée, comme c’est le cas dans
plusieurs mines canadiennes, la concentration des thiosels et des sulfates peut augmenter dans
l’eau jusqu’à un niveau entraînant une diminution de la performance des procédés
métallurgiques et , de là, une baisse de l’efficacité de l’opération de traitement du minerai.

5.6.2 Définition et historique de la recherche

Le terme thiosels désigne un groupe d’espèces sulfureuses à l’état aqueux que l'on peut définir
comme des oxy-anions métastables et partiellement oxydés contenant des chaînes de soufre en
solution. Les thiosels sont des espèces intermédiaires formées lors de l’oxydation du soufre
présent dans les minéraux, de la forme sulfure (S2-) vers la forme sulfate (SO42-). Dans l’eau de
surface bien oxygénée, les sulfates, thermodynamiquement stables, constituent la seule espèce
de soufre aqueux. Les thiosels sont instables et tendent à s’oxyder en sulfates solubles. Les
différentes espèces chimiques regroupées sous le terme thiosels incluent :

• le sulfane-monosulfate, (-S-S…S-SO3-);
• le sulfane-disulfonate, (-O3S-S…S-SO3-);
• le thiosulfate, (S2O32-);
• les polythionates : trithionate, (S3O62-); tétrathionate, (S4O62-); pentathionate, (S5O62-);
…; tétradécathionate, (S14O62-).

Les espèces les plus fréquemment rencontrées dans les eaux de procédés de traitement
minéralurgique sont le thiosulfate, le trithionate, le tétrathionate et le pentathionate. La figure
5.29 illustre les changements dans les états d’oxydation de plusieurs espèces chimiques formées
lors de l’oxydation des sulfures en sulfates.

Les espèces chimiques suivantes sont pour leur part exclues des thiosels : sulfure, (S2-);
polysulfures, (S-S…-S2-); soufre élémentaire, (S0); dithionate, (S2O62-); sulfite, (SO32-); sulfate,
(SO42-).

171
Dans l’industrie minière, on a d’abord rapporté le problème des thiosels à la fin des années 1960
et au début des années 1970. Les premiers travaux de recherche portant sur les thiosels ont
principalement été effectués par des centres de recherche gouvernementaux et industriels au
Canada, notamment par Canmet et le Centre de Technologie Noranda (CTN, anciennement le
Centre de Recherche Noranda). Le rythme des travaux de recherche s’est intensifié à la fin des
années 1970 et au cours des années 1980, ce qui a permis la publication de plusieurs articles et
rapports parmi lesquels on retrouve une étude importante sur la chimie, la génération et le
traitement des thiosels dans les effluents de traitement du minerai (Wasserlauf et Dutrizac,
1982, 1984), et une autre sur la faisabilité technico-économique de différentes méthodes de
traitement des thiosels (Wasserlauf et al., 1985, 1988). On trouve une liste détaillée de travaux
portant sur les thiosels réalisés avant 1982 dans Wasserlauf et Dutrizac (1982). D’autres
informations sur les thiosels sont contenues dans Guo et Jank (1980); Silver et Dinardo (1981),
Rolia et Tan (1985), Tan et Rolia (1985), Anon (1987), Ritcey (1989), Canmet (1996) et
Dinardo (2000). Ces efforts de recherche ont considérablement enrichi nos connaissances
fondamentales et appliquées relativement à la caractérisation, à l’analyse, à la formation et au
traitement des thiosels dans les effluents miniers.

En 1994, on a formé un groupe canadien de coordination gouvernement-industrie, le


Consortium des Thiosels. Ce groupe poursuit son action pour résoudre le problème des thiosels.
Parmi les travaux chapeautés par le consortium, mentionnons une étude évaluant la possibilité
d’éliminer les thiosels dans les effluents miniers par une méthode d’électro-oxydation contrôlée
par la réduction microbienne (Béchard et al., 1996; Haque et Dinardo, 1997), un survol récent
des opérations minières canadiennes faisant état de leurs expériences et problèmes avec les
thiosels (Canmet, 1996) et une étude sur le traitement des thiosels par l’addition de bicarbonate
(Li, 1999). Les efforts de recherche se poursuivent.

5.6.3 Processus de formation

La formation des thiosels a fait l’objet d’études en laboratoire, en usine pilote et à grande échelle
(Wasserlauf et Dutrizac, 1982; Rolia et Tan, 1985). Selon ces études, la formation des thiosels
a lieu à pratiquement toutes les étapes du traitement de minerais riches en sulfures. La formation
de thiosels est particulièrement critique dans le cas des minerais de sulfures complexes
(polymétalliques). Le tableau 5.26 contient les proportions typiques de thiosels formés aux
différentes étapes du traitement pour trois circuits.

172
D’après ces données, la plus grande proportion de thiosels se forme lors de l’étape de flottation,
alors qu’on ajoute divers additifs chimiques (soit des activants, des collecteurs, des
modificateurs, des ajusteurs de pH et des agents moussants) et des gaz (notamment du SO2) à
l’eau de traitement, sous une forte agitation et aération pour faciliter la séparation des différents
assemblages de minéraux.

Les taux de génération de thiosels dépendent de plusieurs paramètres internes et externes au


concentrateur, entre autres :

• les caractéristiques du minerai : minéralogie, teneur en soufre, type et microstructure


des sulfures;
• les conditions d’opération du circuit de traitement de minerai : pH, température,
aération, addition de différents réactifs, dispersion du gaz ajouté, densité de la pulpe,
temps de résidence (dans le conditionneur, l’aérateur et les cellules de flottation), vitesse
d’agitation, conditions et finesse du broyage, etc.;
• autres paramètres : le taux et l’âge de l’eau de recyclage, le pourcentage d’eau fraîche
ajoutée, la saison et la température ambiante (les thiosels sont plus abondants dans
l'effluent l'hiver que l'été, car ils se dégradent moins vite), etc.

Plusieurs mécanismes participent à la génération des thiosels dans les circuits de traitement, et
certains sont encore méconnus. La chimie aqueuse de la formation et de la destruction des
thiosels est complexe et dépend grandement des conditions physico-chimiques spécifiques au
circuit de traitement du minerai. Dans les conditions typiques de traitement (pH > 9 en zone
aérée et agitée), les mécanismes réactionnels pouvant conduire à la formation des thiosels
commencent avec l'oxydation des sulfures en soufre natif par l’oxygène:

(5.25) FeS2 (pyrite) + ½O2 + H2O → Fe2+ + 2OH- + 2S0

(5.26) FeS (pyrrhotite) + ½O2 + H2O → Fe2+ + 2OH- + S0

La proportion du soufre élémentaire se retrouvant dans les thiosels et les sulfures ou les
polysulfures est donnée par les équations suivantes (à noter que l’oxygène dissous n’est pas
requis):

(5.27) 4S0 + 6OH- → S2O32- + 2S2- + 3H2O

xS0 + 12OH- → SnO62- + Sm2- + 6H2O

(5.28) (où n = 3, 4, 5, 6; m = 1, 2,…, n + m = x)

Suit alors l'oxydation des thiosulfates en polythionates :

(5.29) 3S2O32- + H2O + 2O2 → 2S3O62- + 2OH-

(5.30) 4S2O32- + 2H2O + O2 → 2S4O62- + 4OH-

Ces dernières réactions ne sont pas nécessairement favorisées, et elles se déroulent très
lentement ou cessent complètement dans des conditions très alcalines. Puis, il y a
décomposition des polythionates par l’oxy-hydrolyse et l’autodosage :

173
(5.31) S3O62- + 2OH- → S2O32- + SO42- + H2O

(5.32) 4S4O62- + 6OH- → 5S2O32- + 2S3O62- + 3H2O

Comme nous le verrons plus loin, les ions S2O32-, S3O6-2 et S4O62- pourront ultérieurement
s'oxyder en présence d'oxygène pour former de l'acide sulfurique.

Les études en laboratoire portant sur les taux de formation des thiosels à partir des minéraux
sulfureux indiquent l’ordre de réactivité suivant : FeS2 (pyrite) > FeS (pyrrhotite) > CuFeS2
(chalcopyrite) > ZnS (sphalérite) > PbS (galène). Cet ordre suggère que la présence du fer dans
la structure cristalline des minéraux sulfureux pourrait jouer un rôle important dans la
génération des thiosels.

Jusqu’à ce jour, il n’y a eu que très peu d'études portant sur la formation des thiosels dans les
parcs à résidus miniers. Il est probable qu’en l’absence de forte agitation et d’aération, le taux
de formation des thiosels sur les plages de dépôt des résidus et dans les étangs soit très faible,
sinon négligeable. Cet aspect doit encore faire l’objet de recherches.

5.6.4 Méthodes d’analyses

On dispose de plusieurs méthodes pour procéder à l’analyse et à la spéciation des thiosels en


solutions aqueuses (Wasserlauf et Dutrizac, 1982). On peut classer les principales selon les
catégories suivantes : la titrimétrie, la spectrophotométrie, la séparation ionophorétique, la
chromatographie ionique et la polarographie. Les méthodes les plus courantes comprennent la
titration acidométrique et la titration iodométrique.

Dans la méthode de titration acidométrique, aussi connue sous le nom de méthode titrimétrique
Noranda, on ajoute un chlorure mercurique à la solution contenant les thiosels afin qu’il réagisse
avec les polythionates SxO62- (x = 3, 4, 5 6) et le thiosulfate (S2O32-):

(5.33) 2SxO62- + 3HgCl2 + 4H2O → HgCl2 2HgS + 8H+ + 4Cl- + 4SO42- + (2x-6)S0

(5.34) 2S3O32- + 3HgCl2 + 2H2O → HgCl2 2HgS + 4H+ + 4Cl- + 2SO42-

La solution est alors titrée pour déterminer l’acidité totale générée par les réactions 5.33 et 5.34.
Les résultats correspondent ainsi à des concentrations totales en thiosels, exprimées en
milligrammes de thiosulfate (S2O32-) équivalent par litre (L) de solution.

Avec la méthode de titration iodométrique, on obtient la somme des concentrations en


thiosulfate et sulfite. Les polythionates ne réagissent pas et n’interfèrent pas avec cette méthode.
De plus, on peut masquer la réaction avec les sulfites par l’addition de formaldéhyde, permettant
ainsi la titration des thiosulfates seuls. Ainsi, à la suite de deux titrations, l’une en présence, et
l’autre en l’absence de formaldéhyde, il est possible de déterminer les concentrations des
thiosulfates et des sulfites, des thiosulfates seuls, et des sulfites (par différence). Une autre
méthode, la chromatographie ionique, permet de déterminer les concentrations des différents
polythionates et du thiosulfate.

5.6.5 Oxydation

174
L’oxydation abiotique (c’est-à-dire en l’absence de bactéries) des thiosels dans les conditions
ambiantes est extrêmement lente. Par exemple, on a aéré des solutions de thiosulfate et de
polythionates au laboratoire du CTN, dans des conditions stériles à un pH de 7, pendant quatre
mois. À la fin de la période d’aération, la concentration en thiosels avait varié de moins de 10
%.

L’oxydation des thiosels dans les étangs de résidus, ou encore dans les eaux transportant les
résidus vers le parc, est grandement accélérée par la présence de bactéries. L’oxydation
bactérienne des thiosels se fait par l’entremise des réactions suivantes :

• Oxydation complète du thiosulfate en sulfate:

(5.35) S2O32- + 2O2 + H2O → 2SO42- + 2H+

• Oxydation complète des polythionates en sulfate (x = 3, 4):

(5.36) 2SxO62- + (3x-5)O2 + 2(x-1)H2O → (2x)SO42- + 4(x-1)H+

• Oxydation partielle du thiosulfate en polythionates (x = 2 à 6):

(5.37) xS2O32- + (5-x)O2 + (x-2)H2O → 2SxO62- + 2(x-2)OH-

Comme on le constate, les deux premières réactions (5.35 et 5.36) génèrent de l’acide tandis
que la troisième génère une certaine alcalinité.

Les bactéries de type thiobacillus qui favorisent ces réactions sont essentiellement les mêmes
que celles qu’on a déjà identifiées pour le DMA au Tableau 5.8 (voir aussi Guo et Jank, 1980).
Pour un environnement aqueux donné, l’espèce de bactérie dominante dépend de plusieurs
facteurs, dont le pH, la température, les espèces chimiques du substrat, la présence d’éléments
nutritifs et la présence d’inhibiteurs (Silver et Dinardo, 1981).

5.6.6 Effets sur l’environnement

La présence de thiosels dans les eaux du circuit de traitement du minerai peut engendrer à la
fois des problèmes opérationnels et environnementaux. Les méthodes conventionnelles de
traitement des eaux acides, comme la neutralisation à la chaux (voir section 5.7), affectent peu
les thiosels présents dans les effluents miniers. Lorsque les thiosels sont incorporés au cours
d’eau récepteur, ils peuvent s’avérer toxiques pour la biota aquatique pour les raisons suivantes
:

• Les thiosels peuvent s’oxyder à différents taux pour produire de l’acide, diminuer la
capacité tampon et donc contribuer à la baisse du pH dans l’environnement récepteur.
Une baisse de pH prononcée pourrait entraîner une augmentation de la toxicité et
affecter les poissons et autres organismes benthiques et aquatiques.
• La baisse de pH peut entraîner la dissolution de certains métaux présents dans les
sédiments et engendrer une toxicité additionnelle.
• Durant les périodes de production maximale de thiosels dans le cours d’eau récepteur,
la quantité d’oxygène dissous peut diminuer et atteindre un niveau toxique pour la vie
aquatique.

175
• L’oxydation des thiosels peut à certains moments provoquer la précipitation de solides
qui, à des concentrations suffisamment élevées, peuvent devenir toxiques.

Le cours d’eau récepteur de l’effluent minier contenant des thiosels pourrait devenir impropre
au maintien de la vie aquatique si un ou plusieurs des processus mentionnés ci-dessus sont
suffisamment actifs. La figure 5.30 illustre comment les thiosels (symbolisés par S2O32-)
présents dans les effluents miniers peuvent éventuellement nuire aux poissons du milieu
récepteur.

On ne sait pas avec certitude si la seule présence de thiosels dans un cours d’eau (sans qu’il y
ait d’oxydation) peut s’avérer toxique pour la vie aquatique. Par exemple, les travaux récents
réalisés au CTN indiquent qu’une concentration en thiosels aussi élevée que 500 mg/L environ
n’est pas toxique pour la truite arc-en-ciel, à la suite du bio-essai standard de 96 heures LC50
(Li, 1999). Les travaux de Canmet suggèrent aussi que les thiosels ne sont pas toxiques en soi
pour des concentrations typiques d'effluents miniers (pouvant aller jusqu’à 1000-1500 mg/L).
Pour l’instant, la toxicité des thiosels pour les organismes aquatiques autres que les poissons et
leurs effets sur le biota benthique laissent encore des questions en suspens.

5.6.7 Prédiction, prévention et traitement

À l’heure actuelle, il est pratiquement impossible de prédire avec certitude si une nouvelle
opération avec concentrateur générera des thiosels. Toutefois, en identifiant le type de gisement,
la nature des sulfures présents ainsi que les conditions d’opération du circuit de traitement du
minerai, on est en mesure de savoir si des thiosels seront formés en concentration importante.
En ce sens, les tests en usine pilote menés lors de l’étude de faisabilité et du design du procédé
peuvent servir à prédire la production des thiosels. Il faut préciser néanmoins que les résultats

176
des essais en usine pilote ne se transposent pas toujours facilement à l’échelle réelle du
concentrateur.

Jusqu’à ce jour, les essais industriels visant à contrôler la production de thiosels à la source en
modifiant les paramètres du procédé ont été peu fructueux. On pourrait apporter des
modifications au circuit de broyage pour réduire la production des thiosels, mais ces
changements ne doivent pas se faire au détriment de la performance minéralurgique.
Présentement, il ne semble pas possible d’enrayer la production de thiosels en modifiant le
procédé. Il faut donc avoir recours à un traitement de l'eau pour contrôler la présence de thiosels
à l'effluent minier.

L’objectif principal du traitement est d’éliminer la toxicité qui résulte de l’oxydation des
thiosels dans le milieu récepteur. Bien qu’on ait proposé plusieurs méthodes de traitement, les
résultats dont on dispose proviennent pour la plupart d’essais en laboratoire. Il y a quatre
avenues principales pour le traitement des thiosels, soit :

• l'oxydation des thiosels en sulfates et neutralisation de l’acidité générée;


• la réduction des thiosels en sulfures par la précipitation de sulfures métallifères;
• le tamponnage de l’acidité générée par l’oxydation des thiosels;
• la préconcentration des thiosels suivie par le traitement et l’élimination des solutions
riches en thiosels.

On peut voir différentes techniques de laboratoire au tableau 5.27. La technique de traitement


la plus étudiée est l’oxydation des thiosels. Parmi les méthodes indiquées au tableau 5.27, la
bio-oxydation naturelle, qui suppose une longue période de rétention et un bas pH dans l'étang
de traitement, est l’approche de facto à pratiquement toutes les mines aux prises avec un tel
problème.

On favorise alors l’oxydation bactérienne des thiosels. En fait, cette approche découle
directement de la gestion des eaux du concentrateur. Les principaux avantages de cette méthode
incluent sa simplicité et de faibles coûts en capital et d’opération. Comme inconvénient,
nommons la baisse de l’efficacité du traitement durant les périodes de basse température,
lorsque l’activité bactérienne est pratiquement réduite à zéro. Parmi les méthodes du tableau
5.27, aucune ne semble avoir été adoptée à une échelle industrielle.

177
Le traitement des eaux contenant des thiosels engendre des coûts non négligeables. Wasserlauf
et al. (1988) ont conduit une évaluation économique préliminaire en utilisant comme référence
les paramètres d’opération nominaux à la Division de la Mine Brunswick de Noranda Inc. (à
l’époque Brunswick Mining and Smelting, Mining Division). Ils ont étudié des eaux de rejets
avec un débit de 720 m3/h, contenant 1400 mg/L de thiosels totaux (S2O32-), traitées pour
atteindre une concentration totale inférieure à 100 mg/L. Leur étude a permis d'examiner 13
approches différentes (avec 24 configurations différentes si les variations des différentes
solutions sont prises en considération). Les coûts annuels globaux amortis varient entre 4
millions de dollars par année pour la dégradation naturelle et 73 millions de dollars par année
pour la méthode de l’adsorption par le charbon activé (voir tableau 5.28).

Ces coûts sont exprimés en dollars canadiens de 1984 (les taux d’intérêt pour annualiser les
coûts en capital ne sont pas donnés dans le rapport). La principale conclusion issue de leur étude
peut être formulée comme suit : " tous les coûts considérés sont très élevés, et aucune des
méthodes évaluées n’a pu démontrer une constance dans l’efficacité à grande échelle du
traitement d’effluents miniers sur une base continue. " (Wasserlauf et al., 1985)

Malgré le fait que cette étude économique remonte à il y a assez longtemps, elle indique
clairement que le traitement des thiosels est très dispendieux (voir aussi Ritcey, 1989). Au cours
des dernières années, les coûts pour le traitement des thiosels ont toutefois diminué quelque
peu, grâce notamment aux recherches qui ont conduit à certaines innovations technologiques
(dans l’application des procédés) et à une meilleure compréhension des paramètres du
traitement. Néanmoins, malgré près de trente années de recherches sur ce sujet, on n’a pas
encore trouvé de solution satisfaisante aux problèmes que peuvent causer les thiosels. Même
s’il est techniquement possible de traiter les eaux contenant des thiosels, on ne peut considérer
comme économiquement avantageuses les méthodes connues aujourd’hui.

178
Il existe plusieurs modes de traitement reconnus pour neutraliser le DMA faisant en sorte qu’on
puisse déverser dans l'environnement un effluent non toxique et respectant les normes. La
neutralisation chimique, le traitement biologique, l'osmose inversée, la distillation, l'extraction
par solvant et l'extraction par électrolyse constituent quelques-unes des méthodes de traitement
disponibles. De toutes ces méthodes, la neutralisation chimique demeure encore aujourd’hui la
plus courante pour les problèmes de DMA d’envergure . Dans cette section, nous examinerons
quelques méthodes, en accordant une attention particulière à celles qui sont appliquées à grande
échelle dans l’industrie minière canadienne. Il ne s’agira ici que d’une brève synthèse de
l’information disponible; on trouvera plus de détails dans l’abondante documentation sur le
sujet (e.g. Down et Stocks, 1977; Lama et Vutukuri, 1986; Anon, 1987; 1988; MacDonald et
al., 1989; Ritcey, 1989; SRK, 1991; Kuyucak, 1994; Senes, 1994, 1999; Skousen et
ZieMkiewicz, 1995; Morin et Hutt, 1997; MEND, 2000).

5.7.1 Captage des eaux

Les eaux contaminées par le DMA ne devraient pas entrer en contact avec les eaux propres de
surface ou souterraines. De plus, il est avantageux de réduire la quantité d’eau qui entre en
contact avec les matériaux générateurs d’acide en étanchant les ouvertures ou les surfaces
exposées, en choisissant un site qui minimise le ruissellement des zones adjacentes, en
interceptant les eaux souterraines (par scellement, injection, pompage, etc.), ou en construisant
des ouvrages de dérivation et de détournement (fossés, tranchées, levées, etc.).

En cas de drainage acide, il faut capter les eaux contaminées (en surface ou souterraines) pour
ensuite les traiter avant de les retourner dans l’environnement. Le captage des eaux de
surface, plus visibles et aussi plus nuisibles au milieu aquatique, se fait à l’aide de fossés et
d’autres ouvrages de dérivation (comme des banquettes ou levées de remblai, par exemple).
Ces fossés doivent être en mesure d’acheminer toutes les eaux contaminées, même en période
de crue (voir chapitre 8).

Les eaux souterraines peuvent s’avérer plus difficiles à capter. Pour y arriver, on a recours à
des fossés plus profonds, à des puits de pompage ou à des barrières d’étanchéité qui font
remonter les eaux vers la surface où il est plus facile de les collecter.

Tous les systèmes de collecte des eaux requièrent un entretien régulier pour toute la période de
leur fonctionnement. Les conditions topographiques, climatiques, hydrauliques et hydro-
géotechniques du site jouent un rôle clé quant à leur conception, leur efficacité et leur entretien.
On doit s’assurer en particulier de maintenir une surface stable, de façon à réduire la présence
de solides en suspension et de matières organiques dans les eaux acheminées au système de
traitement. Nous décrirons plus en détail les méthodes de contrôle des eaux au chapitre 8 (voir
aussi Hartman 1992 et ASCE 1996).

5.7.2 Traitement chimique

La neutralisation à la chaux est la méthode usuelle adoptée par l'industrie, puisque que cette
méthode est efficace, fiable et habituellement moins dispendieuse que les autres méthodes de
traitement. Cette méthode vise à rehausser le pH, ce qui réduit la solubilité de plusieurs éléments
en solution (comme les métaux lourds) et provoque leur précipitation. On a proposé de
récupérer les métaux en solution, mais les études montrent que les coûts d’une telle opération
sont si élevés qu'il est moins dispendieux de faire précipiter les métaux et de rejeter les boues
de traitement ainsi produites. De même, il n'est pas économiquement rentable de récupérer les

179
métaux à partir des boues formées par la neutralisation chimique, puisque le contenu en métaux
récupérables est généralement faible en comparaison du contenu en eau, en gypse et en
hydroxydes de fer.

Il existe plusieurs procédés pour l'application des méthodes de neutralisation chimique des
effluents acides. Il peut y avoir des différences marquées entre les divers procédés qui feront
varier grandement les caractéristiques des effluents et des boues. Il est généralement souhaitable
de produire une boue avec une densité la plus élevée possible afin d'économiser sur les coûts
d'entreposage, puisqu'une boue normale, à basse densité (P = 1 à 3 % de matière solide) occupe
beaucoup plus d'espace qu'une boue à haute densité (P = 10 à 30 % de matière solide). Nous
ferons d’abord une présentation générale des diverses réactions chimiques associées aux
procédés, puis nous décrirons certains éléments particuliers des procédés de traitement usuels
ou plus récents. Voyons en premier lieu les étapes communes aux divers procédés de traitement
chimique de neutralisation des eaux acides : la préparation du " lait de chaux " et la mise en
contact du DMA (eau acide) pour amener l'eau à un pH prédéterminé, l'oxydation du fer ferreux
(Fe2+ ) en fer ferrique (Fe3+ ), la formation et la floculation des précipités et enfin la séparation
des solides.

• Neutralisation de l'eau et précipitation des métaux

Afin de neutraliser le DMA, on doit se servir d’un agent alcalin propice à une réaction rapide.
La chaux hydratée (Ca(OH)2), la chaux vive (CaO), le carbonate de sodium (Na2CO3) et
l'hydroxyde de sodium (NaOH) sont les choix les plus communs.

Le carbonate de calcium (CaCO3), qui forme la calcite que l'on retrouve dans la pierre calcaire,
est adéquat pour un prétraitement, mais son temps de réaction est habituellement trop court et
son alcalinité trop basse pour amener le DMA au pH nécessaire afin de respecter les normes
relatives aux concentrations de métaux. En outre, le dégagement de CO2 qui suit la réaction de
neutralisation limite la hausse du pH (autour de 6,5) en raison de l'acide carbonique qui peut se
dégager. On peut écrire cette réaction comme suit :

(5.38) H2SO4+CaCO3+H2O → Ca SO4  2H2O + CO2

L'hydroxyde de sodium et le carbonate de sodium sont pour leur part considérablement plus
dispendieux que la chaux; on ne s’en sert que lorsque la dureté de l'effluent (due à la présence
d’ions [Ca2+] et [Mg2+]) est importante pour l'équilibre des écosystèmes local et régional.

Dans l'industrie minière, la chaux vive et la chaux hydratée sont de loin les agents alcalins les
plus utilisés. La chaux vive est la moins dispendieuse mais nécessite un système d'hydratation
sur place; elle pose aussi des risques pour la santé et la sécurité de ceux qui la manipulent. La
chaux hydratée est efficace et simple à utiliser, même si elle est un peu plus chère que la chaux
vive. Pour ces deux agents chimiques, on emploie un lait (ou une solution) de chaux afin de
contrôler le pH de l'effluent traité. Le lait de chaux contient typiquement de l'eau mélangée à
une proportion variant de 10 à 25 % (de solides, en poids) de chaux hydratée. Une particularité
du lait de chaux est le fait qu’il peut contenir des impuretés formées de solides non réactifs
(appelées " grit ") qui peuvent constituer de 1 à 5 % du produit. Après l'hydratation de la chaux
vive, on ajoute usuellement une étape de séparation des particules, soit pour les éliminer (rejets
solides) ou pour les broyer et les réintroduire dans le lait de chaux. Les méthodes de séparation
ne sont pas toujours parfaitement efficaces et il y a toujours une possibilité qu'une certaine
fraction de ces particules subsiste et parvienne jusqu’au système de traitement. Par contre, avec

180
la chaux hydratée, la concentration en impuretés est la plupart du temps négligeable, ce qui
constitue un autre avantage en sa faveur.

L'hydratation de la chaux vive constitue une étape préalable importante de la neutralisation. On


peut écrire cette réaction de la façon suivante :

(5.39) CaO +H2O → Ca (OH)2

L'efficacité de la neutralisation est liée de près à la réactivité de la chaux produite. Cette


réactivité varie selon la surface spécifique (généralement exprimée en mètres carrés par
gramme) des particules de la chaux hydratée. Cette surface spécifique dépend de la grosseur et
de la géométrie (forme) des particules et, dans une moindre mesure, de la porosité. Des essais
en laboratoire ont par exemple démontré que le lait de chaux peut être plus réactif lorsque la
chaux vive est hydratée à plus haute température (Zinck et Aubé, 1999). Les autres facteurs
pouvant affecter l'efficacité de la neutralisation comprennent le mode d'agitation, le temps de
mise en contact et le pH de la solution.

Dans les procédés de neutralisation conventionnels, le lait de chaux est mis en contact
directement avec le DMA et les principales réactions de précipitation prennent la forme
suivante :

(5.40) Ca(OH)2 → Ca2+ + 2OH-

(5.41) Fe2+ + 2OH- → Fe(OH)2

(5.42) Fe3+ + 3OH- → Fe(OH)3

(5.43) Mex+ + xOH- → Me(OH)x

Dans ces équations, Mex+ représente les divers métaux (Al, Cu, Pb, Zn, etc.), autres que le fer,
présents dans le DMA. Si seul le fer ferrique et l'aluminium sont présents, le pH nécessaire à
leur précipitation, afin de respecter les normes, peut être aussi bas que 7,0. Toutefois, afin de
neutraliser un DMA qui contient des métaux lourds plus difficiles à faire précipiter (Cu, Pb et
Zn), le pH de la solution devra atteindre une valeur située entre 9,0 et 9,5 (et même plus dans
certains cas).

Le contrôle du pH se fait souvent dans un réacteur de mélange rapide (voir l’article 5.7.3). Cette
pratique est avantageuse, car un temps de rétention réduit permet un meilleur contrôle du pH
de l'effluent, surtout lorsqu'il y a des changements rapides dans l'acidité ou dans le débit
d'alimentation du DMA. Cette pratique peut toutefois occasionner la précipitation incomplète
du fer ferreux dans le réacteur. Un deuxième réacteur avec une composante d’aération, ayant
un temps de rétention plus long, sert alors à compléter la précipitation après l'oxydation du fer
ferreux en fer ferrique. La précipitation du Fe3+ étant plus complète que celle du Fe2+, il est
profitable de bien oxyder ce dernier lors des étapes de transfert.

- Oxydation du fer ferreux

Comme nous le verrons plus loin, l'oxydation du Fe2+ a habituellement lieu dans le réacteur de
neutralisation qui fait suite au réacteur de mélange. L'air est utilisé afin que l'oxygène puisse
réagir avec le fer ferreux en solution ou sous forme d’hydroxydes ferreux pour l’oxyder en

181
hydroxydes ferriques, beaucoup plus stables. L'oxydation peut se faire selon l’une des deux
réactions suivantes:

(5.44) Fe2+ + ¼ O2 + 2OH− + ½ H2O → Fe (OH)3 (s)

(5.45) Fe(OH)2 + ½ H2O + ¼ O2 → Fe(OH)3 (s)

D'après l'équation 5.45, l'oxydation se ferait théoriquement sans affecter le pH, mais ce n’est
pas toujours le cas. En pratique, on observe le plus souvent un abaissement du pH dans le
réacteur où se déroule l’oxydation. Cet abaissement de pH serait aussi attribuable à l'aération et
à la dissolution du dioxyde de carbone de l’air, qui se transforme en bicarbonate ou qui précipite
avec le calcium provenant de la chaux selon les réactions suivantes :

(5.46) CO2 (g) + H2O → HCO3− + H+

(5.47) HCO3− → CO32− + H+

(5.48) Ca2+ + CO3−2 → CaCO3

Rappelons que l'air contient environ 0,03 % de CO2, qui se dissout beaucoup plus rapidement
que l'oxygène dans l’eau.

• Formation de gypse

Le sulfate (SO4−2 ) en concentration élevée dans le DMA peut réagir avec le calcium (Ca2+) de
la chaux pour former du gypse. Il est commun d’avoir des concentrations de 1 à 10 % de gypse
dans les boues de traitement du DMA. On reconnaît le gypse au fait qu'il engendre des précipités
en forme d’aiguilles ou de bâtonnets visibles au microscope électronique (figure 5.31).

Ces précipités peuvent contribuer à augmenter la viscosité de la boue, ce qui cause parfois des
problèmes lors du pompage. La réaction de formation du gypse peut prendre la forme
suivante :

182
(5.49) Ca2+ + SO4− 2 + 2H2O → CaSO4·2H2O

Le gypse se forme plutôt lentement en comparaison avec la formation et la précipitation des


hydroxydes de métaux lourds. L'effluent d'une usine de traitement du DMA est donc souvent
sursaturé en gypse. Une telle sursaturation peut occasionner une précipitation dans la
tuyauterie ou sur les instruments de mesure de débit de l'effluent ainsi que dans les cours d'eau
récepteurs. L’entartrage qui en résulte peut aussi causer des problèmes si l’on utilise une
clarification et filtration au sable.

• Floculation des précipités

Les particules d’hydroxydes de métaux sont très petites, de sorte qu’elles ne précipitent pas
aisément; le temps de sédimentation requis peut être long. On ajoute souvent un floculant afin
d'agglomérer les particules de précipités (quelquefois appelées flocs) et ainsi faciliter la
sédimentation et la séparation solide-liquide dans l’usine de traitement d'eau. Sans les
floculants, il peut être difficile de respecter les normes en vigueur, puisqu'il ne suffit que
d’une faible quantité de solides en suspension dans l'effluent pour engendrer une
concentration importante en métaux. Par exemple, une concentration de 10 mg/L de solides en
suspension dans l’eau d'un procédé qui produit des solides contenant 10 % de zinc induit un
contenu total en Zn de 1 mg/L; la norme actuelle sur le zinc est de 0,5 mg/L (voir chapitre 2).

Les floculants typiquement utilisés dans les usines de traitement du DMA sont des polymères
à haute densité, peu ou modérément anioniques. La figure 5.32 démontre conceptuellement la
formation de précipités en présence d’un floculant dans un procédé de neutralisation
contenant des hydroxydes de fer, de zinc ainsi que du gypse. Les grandes chaînes ainsi
formées accélèrent le processus de sédimentation des particules en suspension.

- Séparation solide-liquide

Selon la méthode de traitement utilisée, la séparation solide/liquide peut se faire dans un


bassin de sédimentation (voir chapitre 8), dans un clarificateur traditionnel (figure 5.33), ou
dans un clarificateur à lamelles (SRK, 1989; Siwik et Payant 1989).

183
Dans un bassin de sédimentation , les temps de rétention sont en général suffisamment longs
pour qu'un floculant soit inutile. Pour un traitement bien contrôlé qui produit des boues de
haute densité (BHD; aussi HDS pour " High Density Sludge "), il est nécessaire de faire
recirculer une certaine quantité de boues. Cette opération requiert la présence d’un
clarificateur afin de permettre la récupération des boues. La plupart du temps, on emploie un
clarificateur traditionnel. On opte surtout pour les clarificateurs à lamelles lorsqu'il y a un
manque d'espace; en effet, ils nécessitent une moins grande superficie pour assurer la
clarification de façon efficace. Lorsqu'il y a un clarificateur, des floculants sont
systématiquement utilisés pour agglomérer les solides et accélérer la sédimentation.

Il y a souvent une étape de polissage qui suit la clarification lors d’un traitement de type
BHD. Dans la majorité des cas, on utilise un étang de polissage. Ce genre d'étang diffère d'un
bassin de sédimentation conventionnel puisque ici la grande majorité des solides (> 95 %) ont
été enlevés (décantés) au préalable. Un bassin de sédimentation accumule l’ensemble des
précipités et nécessite donc un nettoyage régulier. Un étang de polissage permet pour sa part
de décanter la fraction des solides qui n’a pas été enlevée lors de l'étape de séparation
préalable. Ce genre de bassin peut servir pendant plusieurs années avant d’être rempli et
d’avoir besoin d’être vidé et nettoyé.

Une autre technique de polissage de l’eau applicable aux effluents miniers est la filtration au
sable. Les filtres au sable peuvent enlever les solides en suspension (SS) d'une eau traitée pour
abaisser le contenu à moins de 1 mg/L de SS, ce qui représente un effluent très propre. Les
inconvénients de tels types de filtres sont les coûts (opération et capital) et les risques
d'entartrage et de colmatage.

Il y a deux principaux types de filtres au sable : les filtres à lavage par lots (conventionnel) et
les filtres en continu. Le premier type possède typiquement deux médias filtrants juxtaposés:
une couche d'anthracite suivie d'une couche de sable. Cet assemblage permet d’enlever les
grosses particules par l'anthracite de granulométrie grossière, alors que les plus petites
particules sont captées par le sable plus fin. Après un délai prédéterminé ou après la mesure
de la pression (perte de charge) de filtrage, les filtres conventionnels sont lavés à contre-
courant avec un débit d’eau suffisant et aussi avec de l'air. Le nettoyage sert à libérer les
particules captées qui sont ainsi rejetées. Un filtre en continu, pour sa part, ne contient qu’un
sable homogène constamment recirculé à l'intérieur du filtre et qui se nettoie en même temps
que les eaux sont filtrées.

184
5.7.3 Procédés de neutralisation

Dans la section précédente, nous avons brièvement présenté les principales étapes nécessaires
à la neutralisation du DMA. La figure 5.34 montre d’une façon intégrée ces étapes communes
aux divers procédés.

Dans les paragraphes qui suivent, nous allons décrire plus en détail les caractéristiques
spécifiques de différents procédés destinés à traiter l’eau acide dans l’optique des normes
environnementales en vigueur.

- Traitement en bassin de sédimentation

Dans les cas où une grande superficie est disponible pour le traitement, il est possible
d’accumuler les eaux acides dans un grand bassin auquel on ajoute la chaux directement à
l’eau pour rehausser le pH à un niveau suffisant afin d’assurer la précipitation des métaux
(figure 5.35).

Ce procédé de neutralisation est peu dispendieux et bien adapté lorsque les débits ne sont pas
trop élevés et que la construction d'un tel bassin est possible. Il ne nécessite habituellement
pas de floculant puisque le temps de rétention est suffisamment long pour permettre de
décanter tous les précipités dans le bassin.

185
Un premier inconvénient de ce procédé est le fait qu'il n'est pas facile d’oxyder le fer ferreux
(s'il y en a). L'aération dans ce genre de bassin peut en effet nuire à la sédimentation et
engendrer une grande concentration de solides en suspension dans l'eau. De plus, les boues
produites sont alors de très faible densité (P < 1 à 5 %; e.g. MacDonald et al., 1989). On doit
donc les pomper de façon régulière afin d'empêcher la surverse des éléments solides.
L'efficacité du chaulage est aussi beaucoup moins grande que dans la plupart des autres
procédés puisque la chaux, qui est souvent ajoutée dans un fossé, ne subit pas d'agitation
mécanique pour favoriser sa dissolution. Un second inconvénient est la difficulté de bien
contrôler les réactions. Puisque l’écoulement est assuré par gravité, il est en outre ardu de bien
contrôler le débit de l’eau acide si l'usine de chaux doit ralentir ou s’arrêter, par exemple.

Une variante du procédé de traitement en bassin de sédimentation est pratiquée par certaines
mines en opération, soit la codéposition boues-résidus miniers. Il s’agit de combiner les eaux
acides aux résidus et à un débit contrôlé de lait de chaux à la sortie du moulin. Cette pratique
permet de neutraliser le DMA et de codéposer des boues produites avec les résidus du moulin
(rejets du concentrateur). Les mécanismes de neutralisation pour ce genre de procédé de
traitement ne semblent pas avoir fait l’objet d’études détaillées, mais il est possible qu'une
certaine portion des solides formés précipitent sur la surface même des résidus miniers. Le
grand avantage de cette pratique réside dans les coûts, qui sont minimes puisqu’il faut de
toute façon acheminer les rejets du concentrateur vers le parc à résidus (voir chapitre 8) et
qu'il n'y a pas de bassin spécifique destiné à l'entreposage des boues. La codéposition des
boues et des résidus miniers minimise les besoins en volume d'entreposage puisque les boues
comblent les pores (interstices) présents dans les résidus miniers. Par contre, cette pratique
n'est pas applicable à plusieurs sites miniers générateurs de DMA, notamment, bien sûr, aux
sites qui ne sont plus en opération.

Avec le procédé de codéposition , on a en principe besoin d’un seul bassin pour l'entreposage
des solides. Les boues peuvent alors offrir une certaine alcalinité venant atténuer
l'acidification des résidus codéposés. Ce procédé minimise aussi la conductivité hydraulique
des résidus, et peut augmenter la rétention d'eau. Il est toutefois possible que l'oxydation des
rejets réactifs se produise tout de même dans le bassin et que, en raison de l’abaissement du
pH, les métaux présents dans les boues soient remis en solution. Dans ce cas, il est nécessaire
de retraiter les effluents, suivant la collecte des eaux de drainage du bassin.

- Traitement conventionnel

Le procédé de traitement conventionnel consiste à neutraliser le DMA dans un réacteur où


l'aération permet aussi d'oxyder le fer ferreux (figure 5.36).

186
La séparation des solides est typiquement réalisée dans un clarificateur qui produit un effluent
propre et une boue contenant de 1 à 5 % de solides (MacDonald et al., 1989). Comme on peut
le voir à la figure 5.36, on peut ajouter un floculant à l'entrée du clarificateur ou à la surverse
du réacteur de neutralisation et d’oxydation.

Ce procédé permet de traiter l’eau acide efficacement et avec un bon contrôle et de produire
une boue sans hydroxydes ferreux. Les coûts d'opération liés à ce procédé sont certes plus
élevés que ceux d'un procédé en bassin de sédimentation, mais ils sont inférieurs aux coûts
d'autres techniques, si l'on exclut la gestion des boues. Le principal désavantage de ce procédé
est justement qu’il produit une boue très lâche (P  2 à 5 % de solides), ce qui peut engendrer
des volumes énormes à entreposer si le débit d’eau acide et/ou la concentration des métaux
dans le DMA sont importants.

Le procédé de traitement conventionnel est assez rarement utilisé au Canada de nos jours
puisqu'il est facile de le convertir en un procédé plus avantageux produisant des boues à haute
densité (voir plus loin). Afin de convertir un procédé de traitement conventionnel en procédé
de traitement avec boues à haute densité (BHD), il faut essentiellement recycler (ou
recirculer) une partie des boues formées aux endroits appropriés. Également, il faut souvent
ajouter un réacteur, et il y a parfois lieu de renforcer certaines composantes mécaniques
(râteau et pompes) du clarificateur afin qu’elles soient en mesure de manipuler des boues plus
épaisses.

• Procédé de boues à haute densité (BHD)

Le procédé BHD, qui existe depuis la fin des années 1960, est maintenant utilisé
régulièrement pour le traitement du DMA. Sa principale caractéristique est le recyclage d’une
portion des boues, ce qui permet de produire des boues à plus haute densité (Kostenbader et
Haines, 1970). Ce procédé est notamment employé sur plusieurs sites canadiens afin de
produire des boues plus denses et ainsi minimiser le coût d'entreposage. Il permet notamment
de produire des boues dont la densité de pulpe P varie de 10 à 40 % (MacDonald et al., 1989),
selon les caractéristiques du DMA et des composantes de l'usine. Comme le montre la figure
5.37, le procédé consiste à traiter l’eau acide à l'aide d'un mélange de boues recirculées et de
lait de chaux. Un clarificateur est nécessaire afin de décanter les précipités et de récupérer une
partie des boues produites.

187
Dans le cycle du procédé BHD, les boues récupérées sont recirculées dans un réacteur où elles
sont mélangées avec le lait de chaux avant d’être mises en contact avec le DMA. Le réacteur
de mélange boues/chaux est appelé réacteur d'alcalinisation, et il a normalement un court
temps de rétention (< 10 min). Le mélange boues/chaux vient ensuite neutraliser l’eau acide.
D'après ses concepteurs (Kostenbader et Haines, 1970), la chaux se déposerait sur la surface
des particules solides des boues recyclées dans le réacteur d'alcalinisation. Pendant l'étape
subséquente de neutralisation, la précipitation des métaux se ferait aussi sur cette surface, ce
qui permettrait aux particules solides de grossir et peut-être même de se cristalliser afin de
former une boue qui est plus dense et qui sédimente plus rapidement.

Les études réalisées au cours des années 1960 ont démontré que le rapport entre le fer ferreux
et le fer total (Fe2+/FeT) influence la densité maximale qu’on peut atteindre avec ce procédé
(Kostenbader et Haines, 1970). Avec un rapport de 90 % ou plus, une densité de boue P de
l’ordre de 40 % solide est possible; si ce rapport n’est que de 30 %, la valeur maximale de P
tomberait à environ 15 % solide. Il est important de noter que ces études ont été faites avec
des eaux qui ne contenaient pas de concentrations importantes en zinc ou en cuivre, mais
essentiellement du fer et un peu d'aluminium.

La quantité optimale de solides à recycler est évaluée en fonction de la densité finale des
boues et de la superficie de clarification nécessaire. Des études ont démontré qu'un rapport
entre les solides recyclés et les solides produits variant entre 25 : 1 et 30 : 1 résulte en une
boue de densité acceptable avec un clarificateur de diamètre raisonnable. Avec un rapport
plus élevé, la densité de la boue augmente peu alors qu'un plus grand clarificateur devient
nécessaire. Avec un rapport plus petit, la densité des boues peut être très inférieure à sa valeur
optimale.

Le temps de rétention minimal suggéré serait de l’ordre d’une minute dans le réacteur
d'alcalinisation et de dix minutes dans le réacteur de neutralisation. Il est important d’allouer
un temps suffisant pour l'oxydation du fer ferreux, lorsqu'il y en a.

Les travaux de Kostenbader et Haines (1970) ont aussi montré qu’on pouvait réduire
d’environ 25 % la demande de chaux en aérant le DMA avant de le déverser dans le réacteur
de neutralisation. Cette baisse s’expliquerait par l’enlèvement du gaz carbonique qui peut être

188
présent en concentration importante; la transformation du CO2 en HCO3− serait responsable du
besoin additionnel en chaux.

Lors des études originales de Kostenbader et Haines (1970), il n'y avait pas de réacteur de
floculation puisque, durant ces essais pilotes, on n’avait observé aucune amélioration de
l'effluent par l’ajout d’un floculant. La qualité des floculants disponibles a grandement évolué
depuis ce temps, de sorte que cet aspect a progressé considérablement.

Les travaux réalisés subséquemment ont fait ressortir qu'il est possible d'obtenir des boues
dont la densité P est supérieure à 50 % à l'aide d’une filtration sous pression, après un
traitement au procédé BHD avec des boues initialement à 20 % solide (Rice, 1986). En
comparaison, le procédé conventionnel produit une boue ayant une densité initiale de l’ordre
de 3 % qui, après filtration, peut passer à 30 % de contenu solide. La figure 5.38 montre un
filtre-presse typique utilisé à certaines usines de neutralisation de DMA.

Parmi les autres modifications au procédé BHD, on peut mentionner celle que les ingénieurs
de Cominco (Kuit, 1980) ont introduit à la mine Sullivan de Kimberley (C.-B.). Ils ont ajouté
un réacteur à mélange rapide afin de faciliter le contrôle du pH et un réacteur de floculation
pour faciliter la sédimentation (figure 5.39). Pour cette eau acide, aux caractéristiques assez
typiques du DMA que l'on rencontre dans les mines de métaux de base (Zn à environ 20 mg/L
et Fe à ~250 mg/L), le procédé BHD produit une boue avec un contenu en solides dépassant
20 %. Le procédé appliqué au site Kimberley est en quelque sorte devenu une norme pour
l’industrie canadienne et a été mis en place sur plusieurs autres sites au pays.

189
À l'intérieur du groupe Noranda par exemple, les mines Brunswick, Waite Amulet, et Mattabi
utilisent ce même procédé (figure 5.40). Plus récemment, on est toutefois revenu au
traitement dans un seul réacteur de neutralisation (comme à la figure 5.37), sans utiliser de
réacteur de mélange rapide ni de floculateur.

Avec les systèmes de contrôle automatisés, ces composantes ne sont plus vraiment nécessaires
(Aubé, 1999).

• Procédé Geco

Développé principalement au Centre de technologie Noranda, le procédé Geco est un procédé


utilisé à un seul endroit, soit à la mine Geco en Ontario. Avec ce procédé, les boues recyclées
sont mises directement en contact avec le DMA dans un premier réacteur dont le temps de
rétention est d’environ 30 min (Aubé et Payant, 1997; Aubé, 1997). Ce procédé est différent
des autres procédés de type BHD puisqu'il n'y a pas de bassin destiné au mélange boues/chaux
(figure 5.41).

190
Le pH du premier réacteur varie typiquement entre 6,5 et 8,5, avec un rapport entre les solides
recyclés et les solides produits entre 15 : 1 et 35 : 1. L'usine Geco (figure 5.42) possède aussi
un réacteur à mélange rapide et un réacteur de floculation (qui n’apparaissent pas dans le
schéma de la figure 5.41), mais ces réacteurs ne seraient pas toujours nécessaires.

Avec le procédé Geco, la solution alcaline produite à l'étape de neutralisation serait


principalement responsable de l'augmentation du pH dans le premier réacteur. Il en résulte
une efficacité de neutralisation supérieure, puisque l'alcalinité des boues est récupérée afin de
favoriser la neutralisation du DMA. Des études ont en effet démontré que les boues formées
par ce procédé contiennent moins de chaux inutilisée, ce qui indique une plus grande
efficacité du traitement.

Un des avantages de ce procédé est qu’il n’y a pas de réacteur d'alcalinisation produisant un
mélange boues-chaux très visqueux qui occasionne souvent des problèmes de mélange et

191
d'entartrage. Puisque toutes les boues recyclées sont directement mises en contact avec le
DMA dans le premier réacteur, aucun mélange visqueux n'est formé. Un autre avantage est
que les boues formées sont partiellement cristallisées (Aubé and Zinck, 1999), donc plus
denses, moins visqueuses et chimiquement plus stables. La densité élevée diminue les coûts
d'entreposage, la basse viscosité réduit les problèmes de manipulation par pompage, et la
stabilité chimique rend plus faibles les risques de remise en solution lors de l’entreposage à
long terme.

• Autres procédés de neutralisation du DMA

Il y a plusieurs autres types de procédés visant à neutraliser le DMA. Par exemple, le brevet
US 4,695,378 porte sur un procédé où le DMA est pompé à travers un système venturi pour y
apporter de l'air et oxyder le fer ferreux en fer ferrique. Le mélange passe ensuite à travers des
systèmes de mélange statique. Il est aussi possible de neutraliser l’eau acide dans le même
système, mais il semble difficile de recycler les boues et de produire des boues à haute densité
à l'aide de ce procédé. D’autres procédés ont aussi été brevetés (par exemple voir US
4,465,597; US 4,543,189; US 4,606, 829; et US 5,039,428) mais aucun n’a encore fait de
percée majeure sur le marché.

D’autre part, Demopoulos (1996) a montré qu'il est possible de produire des précipités
cristallins qui forment une boue très dense (50-70 % solide). La méthode proposée a été
développée et utilisée sur un effluent synthétique à l'échelle de laboratoire. À l'aide de
plusieurs réacteurs (simulés en plusieurs étapes par lots), il serait possible de contrôler la
sursaturation afin que les solides formés soient cristallisés et ne précipitent pas de façon
amorphe. Ce procédé présente un grand potentiel, mais les études réalisées à ce jour ont fait
ressortir quelques lacunes; à cet égard, mentionnons que tous les essais ont été faits à
température élevée de 50 oC (le coût du réchauffement du DMA éliminerait la possibilité
d'appliquer un procédé de ce genre); que le procédé comporte plusieurs étapes, l'exemple
donné comportant 4 réacteurs de neutralisation, ce qui suggère un coût de capital élevé; que
les études ont été conduites avec un seul mélange de DMA synthétique qui ne comportait que
du sulfate ferrique. Si ce procédé s’avérait aussi efficace avec le DMA réel à une température
représentative (de 1 à 20 oC), un coût élevé en capital pourrait peut-être s’avérer justifié.
Cependant, il faut aussi se rappeler que les boues ayant une densité de pulpe P de 20 à 30 %
solide produites à l'aide du procédé BHD ont tendance à se consolider sous leur poids pour
atteindre une densité allant jusqu'à 50 % solide lorsqu'elles sont déposées dans un étang pour
quelques années.

Enfin, une autre variante du traitement chimique à la chaux est l'utilisation d'une source
alternative d'alcalinité. Certains sites miniers utilisent ainsi du caustique (NaOH) pour faire la
neutralisation. Le NaOH a comme avantage de ne pas réagir avec le sulfate et donc de
produire moins de boues et moins d'entartrage. Ce facteur devient important lorsque la
séparation solide/liquide se fait dans un décanteur à lamelles (fabriquées de plastiques) et que
les concentrations en sulfate sont élevées ( 2000 mg/L).

5.7.4 Autres systèmes de traitement

Il est possible, dans certaines circonstances, d’utiliser des systèmes passifs, tels des zones
marécageuses et des drains de pierre calcaire, afin de traiter le DMA. Les systèmes passifs
constituent une solution de remplacement aux systèmes de neutralisation chimique présentés
précédemment.

192
• Terrain marécageux

On utilise depuis des décennies des marécages naturels ou artificiels afin de traiter des eaux
usées, particulièrement les eaux issues des égouts municipaux et des eaux de pluie (WPCF,
1990). À partir d’observations in situ, on a constaté que de tels terrains marécageux pouvaient
être bénéfiques pour la qualité de l’eau associée au DMA (Hedin et al., 1994; Skousen et
Ziemkiewicz, 1995). On a ainsi démontré que la concentration des solides en suspension, en
sulfates et en métaux dissous pouvait chuter de façon significative lorsque le DMA circule
dans des systèmes de marécages naturels contenant entre autres de la sphègne (e.g. Lane et
Ass., 1990). On a aussi observé une certaine hausse du pH. Les effets ne sont toutefois pas
toujours reproductibles. Par ailleurs, on s’est aperçu que, dans certains cas, l’eau acide pouvait
provoquer la détérioration des zones marécageuses, surtout après une longue période
d’exposition. Dans de tels cas, les métaux accumulés au fil des ans peuvent même être
relâchés plus rapidement que ceux qui entrent dans le système passif. En outre, il peut
s’avérer difficile, tant d’un point de vue légal qu’environnemental, de justifier l’utilisation de
zones humides naturelles, souvent considérées comme des territoires protégés.

En quête de solutions de rechange, on s’est tourné vers des systèmes artificiels conçus
spécifiquement pour recevoir et traiter les eaux contaminées (Fennessy et Mitsch, 1989;
Hedin et Nairn, 1992; Moshiri, 1993; Kadlec et Knight, 1996). De tels systèmes, construits
par l’homme, ont pour avantage de mieux s’adapter aux conditions réelles d’exposition et
d’introduire dans les écosystèmes des zones humides souvent jugées bénéfiques pour la faune
et la flore situées à proximité des opérations minières. Dans certaines situations, les systèmes
de traitement par marécage sont même moins onéreux à construire et surtout à exploiter que
les systèmes de neutralisation chimique. Il faut toutefois faire preuve de prudence avec de tels
systèmes, dont la performance fluctue grandement avec les saisons et demeure incertaine à
long terme.

Des études de laboratoire et in situ ainsi que des applications de systèmes de traitement passif
basées sur la construction de zones marécageuses ont paru dans plusieurs publications (e.g.
Ritcey, 1989; Hedin et al., 1994; Kalin et al., 1992; Wildeman et al., 1993; Witthar, 1993;
Skousen et Ziemkiewicz, 1995; Morrey, 1995; Gusek, 1995; Batelle, 1999). De toutes ces
études ressort un certain nombre d’éléments importants dont il faut tenir compte. Voici les
principaux.

• Les mécanismes de filtration, d’absorption et d’accumulation des contaminants par les


plantes (en particulier pour les métaux lourds) peuvent conduire à une transmission
subséquente de ces éléments dans la chaîne alimentaire.
• Les systèmes ont une capacité limite et il faudrait alors ajouter régulièrement des
matières organiques additionnelles pour maintenir l’efficacité de traitement à long
terme.
• Les interactions entre la matière organique et les éléments inorganiques peuvent créer
de nouveaux complexes problématiques.
• Les réactions chimiques et biochimiques d’oxydo-réduction et de dénitrification dans
le système peuvent favoriser la précipitation des éléments en solution, mais la stabilité
chimique à long terme de ces précipités est incertaine.
• La sélection des plantes les plus appropriées aux conditions d’exposition, incluant la
composition de l’eau et les facteurs climatiques, n’est pas simple et est sujette à
interprétation.

193
• La topographie des lieux et la nature des sols en place (incluant leur stratigraphie et
épaisseur) influence la superficie requise (ou disponible) et les conditions hydriques.
En ce sens, il faut prévoir une superficie pouvant atteindre près de 80 m2 par mètre
cube de DMA à traiter.
• La position de la nappe phréatique et les gradients hydrauliques naturels peuvent
favoriser des écoulements préférentiels et la migration des contaminants hors des
zones contrôlées.
• Il faut que la configuration géométrique des systèmes de traitement permette d’éviter
les " courts-circuits hydrauliques " et autres écoulements préférentiels; des systèmes
de contrôle tels des déflecteurs (en sols ou en bois) peuvent s’avérer nécessaires.
• Les conditions climatiques engendrent de grandes variations dans les conditions
d’opération des systèmes marécageux, notamment en fonction du débit (par exemple,
fonte des neiges, crues suite à des pluies abondantes, périodes de sécheresse et
d’étiage, etc.) et de température (-30  C à +30  C dans plusieurs régions du pays).
Ces variations rendent difficile une conception optimale.

Pour des applications relatives à des mines en opération, les terrains marécageux présentent
de l’intérêt parce qu’ils pourraient contribuer à améliorer la qualité d’une eau déjà traitée
chimiquement. De tels systèmes peuvent aussi être utiles pour contrôler la qualité des eaux
d’exfiltration de rejets ayant déjà fait l’objet de mesures de contrôle pour réduire la
production de DMA, les couvertures multicouches, par exemple (voir chapitres 6 et 13).

• Drains de pierre calcaire

Lorsque les débits d’eau à traiter sont restreints, il est possible d’utiliser un système de
traitement passif composé d’un milieu drainant formé de pierre calcaire, préférablement en
condition anoxique, où l’on fait circuler le DMA. Il y a alors génération d’alcalinité et
augmentation du pH. La condition anoxique empêche l’oxydation du fer ferreux (Fe2+) en fer
ferrique (Fe3+), ce qui aurait pour effet de recouvrir les grains calcaires d’un précipité
d’hydroxyde de fer.

Les systèmes de ce type sont essentiellement construits en tranchée, où l’eau captée s’écoule.
La tranchée, appelée drain, est remplie de pierre calcaire (avec un maximum de calcite) et
recouverte de matériaux peu perméables à l’eau et à l’air (géomembrane, géocomposite
bentonitique, argile compactée, etc.) de façon à empêcher l’oxygène de pénétrer dans le
système de traitement. Un tel drain anoxique calcaire (DAC) est souvent suivi d’un bassin
d’aération où les métaux sont oxydés, puis précipités sous forme de minéraux secondaires
(Bernier, 1999, 2002). Dans certains cas, les DAC sont suivis de terrains marécageux. On
trouvera plus d’information sur de tels systèmes dans Kleinman (1989), Hedin et Watzlaf
(1994), Skousen et Ziemkiewicz (1995), et Wilderman et al. (1997).

Comme option de rechange, on utilise aussi des tranchées non recouvertes (Bernier, 1999),
mais la formation de précipités limite la durée et l’efficacité de ce système.

Bernier (1999, 2002; aussi Bernier et al., 2001,2002) décrit un système à la pierre calcaire
destiné au site Lorraine (voir aussi le chapitre 13). La figure 5-43 illustre schématiquement la
configuration de systèmes de traitement du DMA utilisant la pierre calcaire.

194
Dans ce cas, l'écoulement de l'eau vers le haut permet de libérer plus facilement le gaz
carbonique produit lors des réactions de neutralisation (voir équation 5.38).

• Approches en développement

Plusieurs autres approches de traitement passif ont vu le jour au fil des années, et d’autres
continuent de se développer (e.g. Ritcey, 1989; Skousen et Ziemkiewicz, 1999) Parmi les
récents travaux qui semblent prometteurs, on peut mentionner le développement de procédés
électrochimiques (Pavel et al., 1998), de techniques biologiques à base de bactéries sulfato-
réductrices et/ou sulfato-oxydantes (Vegt et al., 1998, Beaulieu et al., 1999; Prassad et al.,
1999; Zagury et al., 2000), l’utilisation de matériaux sorbtifs comme le zéolite pour filtrer et
traiter l’eau contaminée (Olin et Bricha, 1998), l’emploi de rejets d’autres industries comme
les résidus alcalins générés par les producteurs d’électricité à partir de la combustion du
charbon (Ashby, 1998) ou les rejets ligneux (Biominet, 1999), les composts ainsi que les
engrais et fumiers (Duc et al., 1998).

Certains de ces procédés, qui sont à l’état expérimental pour la plupart, auront peut-être un
jour une application dans le traitement du DMA.

195
Comme nous l’avons vu précédemment, la production de drainage minier acide (DMA)
constitue le principal problème environnemental lié à l’industrie minière tant au Québec qu’au
Canada. Lorsque l’on sait que des rejets miniers sont potentiellement générateurs de DMA, il
est essentiel de prendre des mesures qui limiteront leurs impacts environnementaux. Dans le
chapitre 5, nous avons traité d’une façon d’atteindre cet objectif, soit le traitement de l’eau.
Cependant, il faut se rappeler que cette technique présente certains inconvénients, comme le
maintien à long terme (pour des centaines d’années dans certains cas) d’infrastructures
servant au traitement chimique de l’eau et la production de boues de traitement que l’on doit
entreposer dans des aires prévues à cet effet. Un autre moyen de limiter les incidences
environnementales du DMA produit par les rejets miniers réactifs consiste à contrôler la
production de DMA par la prévention ou la réduction. On entend par prévention les mesures
qui visent à inhiber les réactions d’oxydation des sulfures à la source et par réduction (ou
atténuation) celles ayant pour effet de limiter la production de DMA en agissant sur des
facteurs qui influencent le taux de production d’acide.

Les méthodes de contrôle qui visent à prévenir la production de DMA ont comme principal
objectif d’exclure un ou plusieurs des éléments constitutifs des réactions d’oxydation
mentionnées dans le chapitre 5, soit l’eau, l’air ou les sulfures. Quant aux méthodes
d’atténuation, elles visent à contrôler le milieu afin de réduire le taux d’oxydation des
sulfures. Parmi les facteurs qui influent sur le taux d’oxydation, et sur lesquels on peut agir,
on retrouve l’activité bactérienne, la température et le pH (SRK, 1991), auxquels on peut
ajouter la passivation des surfaces réactives.

Dans ce chapitre, nous présenterons tout d’abord les principales approches en matière de
prévention et de contrôle de la production du drainage minier acide. Nous nous attarderons
par la suite sur les deux principales méthodes de prévention, soit les recouvrements en eau et
les recouvrements multicouches. Enfin, nous examinerons certaines approches nouvelles.

Les méthodes visant à prévenir la production d’acide ont comme objectif d’éliminer, ou du
moins de réduire à des niveaux très faibles, la disponibilité de l’air (ou de l’oxygène), de
l’eau, ou des sulfures. Comme ces trois éléments sont indispensables aux réactions qui
causent le DMA, on peut arriver à réduire la production d’acide à des niveaux très faibles en
éliminant toute interaction entre eux. On peut voir dans la figure 6.1 les classes de méthodes
qui permettent de contrôler le DMA.

196
Voici un résumé des principales techniques que l’on peut utiliser pour prévenir la production
de DMA (SRK, 1991).

Enlèvement des sulfures

La présence de minéraux sulfureux dans les résidus miniers est une condition à la formation
de DMA. Si l’on retire suffisamment de soufre des résidus pour que le pouvoir net de
neutralisation devienne plus grand que le pouvoir net de génération d’acide, il en résultera une
quantité de DMA négligeable. Pour séparer les sulfures contenus dans les résidus miniers, on
utilise des techniques de concentration telles la flottation et les méthodes gravimétriques (par
exemple, Bussière et al., 1995, 1998a). Nous décrirons cette technique de façon plus détaillée
à la fin du présent chapitre (sect. 6.5.3).

Exclusion de l’eau

En éliminant les apports d’eau aux résidus miniers générateurs de DMA, on peut empêcher la
production d’acide provenant de l’oxydation des minéraux sulfureux. Pour ce faire, on doit
aménager des barrières imperméables qui empêchent toute infiltration des eaux de surface et
souterraines. Ces barrières peuvent consister en sols à faible conductivité hydraulique ou en
matériaux synthétiques peu perméables (par exemple, géomembrane et géocomposites
bentonitiques). On admet cependant qu’en raison des effets dégradants du temps, il est
difficile de maintenir l’intégrité à long terme de ce type de barrières, et ce tant pour les
couvertures en sols que pour les couvertures contenant des géomembranes (SRK, 1991 ; Suter
et al., 1993). Parmi les principaux facteurs de la dégradation des barrières visant à limiter
l’infiltration d’eau, on reconaît les phénomènes de retrait dus aux cycles de mouillage-
séchage, les effets dus aux cycles gel-dégel, l’érosion des sols, la subsidence et les intrusions
biologiques (racines et animaux). On trouvera plus loin une description détaillée des
recouvrements visant à limiter l’infiltration d’eau dans la section 6.4.

197
Exclusion de l’oxygène

Nous avons montré, lorsque nous avons établi les équations chimiques qui décrivent le
processus d’oxydation des minéraux sulfureux (chap. 5), que l’oxygène est un des réactants
du processus menant à la production de DMA. On s’entend pour dire que la réduction de
l’apport en oxygène est la méthode la plus efficace pour prévenir la génération de DMA de
résidus miniers (SRK, 1991), bien que l’on sache que ces réactions arrivent parfois à se
produire en conditions anaérobies, soit par l’effet d’autres réactants tel le fer ferrique (Fe3+),
soit par l’action directe des bactéries (Lowson, 1982; Evangelou, 1995). Pour limiter l’apport
en oxygène au point de ramener la production d’acide à un niveau négligeable, il faut installer
un recouvrement ayant une perméabilité au gaz extrêmement faible. L’eau, les sols, les
matériaux synthétiques et des combinaisons de ces matériaux peuvent constituer des
composantes de ces couvertures. Nous verrons dans la section 6.3 comment un recouvrement
d’eau peut servir à cette fin, alors que la section 6.4 traitera plus particulièrement de
recouvrements multicouches visant à limiter l’infiltration de l’oxygène.

En plus des méthodes préventives, on dispose de méthodes directes qui permettent de réduire
la génération de DMA en agissant sur les facteurs qui font varier le taux de production
d’acide, dites méthodes de réduction. Voici les principaux facteurs sur lesquels on peut agir :

Température

On peut réduire la production d’acide en abaissant la température, idéalement sous le point de


congélation de l’eau. Cette mesure s’avère particulièrement intéressante dans les régions de
pergélisol, à condition de prendre certaines précautions durant les périodes de dégel
saisonnier. Habituellement, il faut déverser par-dessus les résidus miniers une couche de sol
(entre 1 m et 3 m d’épaisseur, selon la configuration; Geocon, 1993) pour s’assurer que les
résidus sont gelés en permanence.

Contrôle du pH

La production d’acide est fortement déterminée par les caractéristiques géochimiques de


l’eau, notamment le pH. Le maintien du pH à un niveau supérieur à la valeur neutre, ou
proche, ramène la production d’acide à des niveaux acceptables d’un point de vue
environnemental. Pour faire monter le niveau de pH, on peut ajouter des matériaux alcalins
aux résidus. On peut également procéder à un minage sélectif en choisissant la séquence de
minage selon le potentiel de neutralisation net des différentes zones (Michaud, 1995). Si la
capacité de neutralisation des matériaux ajoutés (matériaux alcalins ou résidus miniers) est
supérieure à la capacité de production d’acide des résidus miniers en place, l’eau de drainage
produite ne sera pas acide.

Contrôle de l’action bactérienne

Les bactéries telles que la Thiobacillus ferrooxidans font augmenter le taux de production du
drainage minier acide par un facteur entre 20 et 1000 fois (Berthelin, 1987). En limitant leur
développement, on peut réduire de façon significative la génération de drainage minier acide.
L’industrie dispose à cette fin de différents types de bactéricides tels des surfactants
anioniques, des acides organiques et des agents de conservation alimentaires. Il importe
cependant de comprendre que l’ajout de bactéricide, même s’il réduit le taux de production
d’acide, n’arrête pas pour autant le processus. Certaines études montrent d’ailleurs une faible

198
amélioration de la qualité de l’eau à la suite de l’ajout de bactéricide. En outre, l’efficacité de
ce traitement dépend de répétitions régulières. On peut lire Kleinmann et Erickson (1983),
Watzlaf (1986), Sobek (1987), SRK (1991), Rastogi (1996) pour en savoir plus sur les
différents bactéricides et leur degré d’efficacité.

Passivation des surfaces

L’objectif des techniques utilisant la passivation des grains de sulfures pour limiter la
production de DMA est de modifier la surface afin d’empêcher tout contact avec l’oxygène
(Evangelou, 1995; Fytas et al., 1996). On peut procéder à la passivation en incorporant dans
les résidus une substance (par exemple, H2O2 et KH2PO4) qui réagit avec les sulfures de fer et
qui entraîne la formation d’une couche protectrice. Les principaux problèmes liés à cette
technique sont la durabilité limitée à long terme de l’enrobage, le coût des réactifs et le soin
que demande leur manipulation (le H2O2 est une substance toxique).

On peut constater qu’il y a plusieurs options disponibles pour limiter la production de DMA.
Ultimement, le choix d’une méthode pour un cas spécifique dépendra de plusieurs facteurs,
dont les plus importants sont les suivants (SRK, 1991) :

• le potentiel de génération d’acide (basé sur la quantité de minéraux sulfureux présents)


et le potentiel de neutralisation d’acide des résidus miniers;
• la nature et les caractéristiques physiques des résidus;
• les conditions de terrain, y compris le climat, la topographie, ainsi que l’hydrologie
des eaux de surface et souterraines;
• la durée d’efficacité requise de la mesure de contrôle;
• la sensibilité du milieu récepteur face au drainage minier acide.

Notons qu’il arrive qu’une mesure de contrôle unique ne suffise pas pour atteindre les
objectifs environnementaux; le cas échéant, on devra opter pour une combinaison de
méthodes (voir les études de cas proposées dans le chapitre 13).

Dans les sections qui suivent, nous présenterons une description plus détaillée des principales
techniques de prévention du DMA. Nous mettrons notamment l’accent sur les techniques les
plus appropriées aux contextes du Québec et du Canada à l’heure actuelle, soit les
recouvrements en eau, en sols et en matériaux synthétiques. Pour terminer le chapitre, nous
discuterons brièvement de quelques approches nouvelles qu’on pourrait mettre en pratique
dans l’avenir.

6.3.1 Généralités

Une technique efficace pour prévenir la production d’acide consiste à limiter l’apport
d’oxygène en déposant un recouvrement d’eau par-dessus les résidus miniers (habituellement
des rejets de concentrateurs). Le rapport de SRK (1991) cite quelques exemples de dépôt sous
une couverture d’eau où on a réussi à limiter la production d’acide à des niveaux négligeables.
Cette technique se fonde sur le fait que le coefficient de diffusion D0w de l’oxygène dans l’eau
est environ 10 000 fois plus faible que ce même coefficient dans l’air ( le coefficient de
diffusion dans l’eau stagnante à 25° C (D0w) est d’environ 2 x 10-9 m²/s ). Le flux d’oxygène
disponible pour la réaction d’oxydation des minéraux sulfureux est proportionnel à ce
coefficient, selon la première loi de Fick (éq. 6.1) :

199
(6.1)

où F est le flux diffusif de l’oxygène dans l’eau (flux par unité de surface), D0w est le
coefficient de diffusion de l’oxygène dans l’eau, C est la concentration d’oxygène et z,
l’élévation (Nicholson et al., 1989 ; Cussler, 1996). Cependant, nous verrons plus loin qu’il y
a d’autres phénomènes de transport de l’oxygène dont il faut tenir compte lors d’un
recouvrement en eau exposé aux conditions atmosphériques.

En règle générale, on maintient une couverture d’eau grâce à la construction d’infrastructures


étanches qui créent ni plus ni moins qu’un réservoir artificiel. Occasionnellement, on utilise
les ouvertures souterraines (chantiers et galeries de mines souterraines) ou les ouvertures en
surface (mines à ciel ouvert) comme réservoir pour l’ennoiement. Par ailleurs, on a jadis
utilisé des plans d’eau naturels pour limiter la production d’acide en y déversant des résidus
miniers. Cependant, les législations actuelles et le caractère controversé de l’utilisation de
cours d’eau pour submerger les résidus générateurs de DMA indiquent qu’on ne saurait
approuver cette technique que dans des cas très particuliers où toutes les autres options
seraient inapplicables (et encore...). En ce qui a trait aux bassins artificiels, on peut construire
les infrastructures avant la mise en opération de la mine et déposer les résidus directement
dans l’eau (dépôt subaquatique) par opposition aux infrastructures érigées après la vie de la
mine (couverture aqueuse). Dans ce dernier cas, on doit prendre en compte la possibilité que
les résidus miniers aient déjà commencé à s’oxyder, ce qui peut nuire à l’efficacité de la
couverture, comme nous le verrons plus loin.

Malgré l’efficacité de cette technique, certains facteurs peuvent en rendre l’application plutôt
difficile. Mentionnons à cet égard (Aubertin et al., 1997c) :

• la disponibilité de l’eau afin de maintenir une couverture permanente et suffisamment


épaisse pour limiter la production de DMA;
• l’aménagement de digues étanches et d’ouvrages de dérivation pouvant résister aux
événements extrêmes (précipitations, séismes);
• le suivi et l’entretien des ouvrages à long terme (pendant plusieurs centaines
d’années).

Plusieurs facteurs peuvent nuire à l’efficacité du recouvrement en eau. Examinons à présent


ces facteurs d’influence.

6.3.2 Facteurs d’influence

L’efficacité d’un recouvrement en eau ne dépend pas uniquement de sa capacité de limiter la


diffusion moléculaire de l’oxygène. On peut voir à la figure 6.2 les différents processus qui
touchent l’efficacité du recouvrement de même que la qualité de l’eau de recouvrement.

200
Comme on peut le constater, un recouvrement en eau est un système complexe et dynamique.
La plupart des processus en cause sont interdépendants. Parmi les facteurs d’influence, on
reconnaît le mouvement de l’eau, les processus de transport de l’oxygène, la remise en
suspension des particules et le relargage des métaux dissous. Pour bien comprendre et prédire
l’efficacité des recouvrements en eau, on doit intégrer l’effet de tous ces processus (Li et al.,
1997).

Mouvement de l’eau

L’eau peut s’ajouter au bilan hydrique du bassin de recouvrement à la suite d’un ajout
volontaire (eaux de procédés, par exemple) ou de façon naturelle par les précipitations, le
ruissellement du bassin versant ou par une recharge souterraine. De manière analogue, elle
peut se soustraire du bilan par évaporation, par le biais de l’évacuateur de crue ou par
écoulement souterrain. Un recouvrement en eau efficacement conçu doit permettre la
réception d’eau en quantité suffisante (surtout du bassin versant) pour assurer un bilan
hydrique positif même en période d’évaporation et de sécheresse intense.

L’eau dans le réservoir inondé n’est pas stagnante, mais est toujours en circulation en raison
de l’écoulement des entrées vers les sorties, des gradients verticaux et du vent. Le vent produit
deux types de mouvements, soit des mouvements locaux qui se manifestent sous forme de
vagues et de tourbillons, soit des mouvements globaux qui se traduisent par un courant sur
l’ensemble du réservoir (fig. 6.2). Ces courants ont leur importance puisqu’ils favorisent le
transport de l’oxygène dissous et qu’ils peuvent remettre en suspension les résidus miniers.
Ces deux phénomènes peuvent entraîner une augmentation du taux de production d’acide et,
par conséquent, une dégradation de la qualité de l’eau du recouvrement. On estime à cet égard
que les principaux mouvements qui affectent l’efficacité d’un recouvrement en eau sont les
courants locaux (vagues et tourbillons) et l’infiltration.

Processus de transport de l’oxygène

201
Pour qu’il y ait oxydation des minéraux sulfureux contenus dans les résidus miniers, la
présence d’oxygène est nécessaire. L’oxygène peut provenir de différentes sources : par les
entrées ou les sorties d’eau, par le biais de l’interface eau-air et par son transport à travers la
couche d’eau.

L’apport d’oxygène par les entrées et les sorties d’eau sera d’autant plus significatif qu’il y
aura une différence importante entre les concentrations en oxygène dissous entre ces deux
points (c’est-à-dire dans l’eau de l’entrée et l’eau du recouvrement ou dans l’eau du
recouvrement et l’eau de sortie).

Le transport d’oxygène en provenance de l’interface eau-air est fonction de deux principaux


facteurs, soit la concentration en oxygène dissous dans l’eau de la zone supérieure du
recouvrement et le coefficient de transfert air-eau de l’oxygène. Ce coefficient est fortement
dépendant de la vitesse, de la durée et de la fréquence des vents et on estime habituellement
qu’il est en grande partie responsable du transport d’oxygène à l’interface air-eau.

En ce qui a trait au transport de l’oxygène à travers la couche d’eau elle-même, il dépend du


gradient de concentration entre le haut et le bas du recouvrement en eau (éq. 6.1) ainsi que du
mouvement de l’eau causé par les vagues et les variations thermiques. En général, dans des
conditions réelles, le transport de O2 attribuable au mouvement de l’eau serait beaucoup plus
important que celui qui découle de la diffusion moléculaire (Li et al., 1997).

Remise en suspension des particules

La remise en suspension des particules découle principalement de l’action des vagues. Une
fois en mouvement, les particules se trouvent exposées à l’oxygène dissous dans l’eau et le
processus d’oxydation s’amorce ou accélère s’il est déjà commencé. De plus, le mouvement
même des particules dans l’eau entraîne le contact de nouvelles particules avec l’interface
eau-résidus, ce qui accroît l’importance du processus d’oxydation de ces particules. Parmi les
facteurs qui ont une influence sur la remise en suspension des particules, on reconnaît la
vitesse, la durée et la fréquence des vents.

Relargage des métaux dissous

L’oxydation des minéraux sulfureux et la baisse de pH entraînent la dissolution de métaux


dans l’eau du recouvrement. Selon la qualité géochimique de cette eau, les métaux resteront
sous forme d’ions ou encore parviendront à l’état solide par précipitation. Dans ce dernier cas,
la réaction ne devrait pas nuire à la qualité de l’eau du recouvrement. Dans les cas où l’on
dépose directement les résidus dans le réservoir (technique de dépôt subaquatique), les
phénomènes de relargage de métaux s’avèrent beaucoup moins prononcés (on suppose une
conception initiale adéquate du recouvrement). Le problème du relargage des métaux est
préoccupant surtout lorsqu’on procède au recouvrement en eau un certain nombre d’années
après la fermeture du site, c’est-à-dire après qu’il y a eu oxydation des minéraux sulfureux,
car les métaux présents dans les eaux interstitielles et dans les phases solubles des minéraux
avant la mise en place du recouvrement en eau peuvent alors se libérer. Les concentrations et
les charges des métaux libérés peuvent devenir suffisamment importantes pour nécessiter un
traitement de l’eau après la mise en place du recouvrement (SRK, 1991; St-Arnaud et Yanful,
1993; St-Arnaud, 1994). Les phénomènes de transport des contaminants concernés par le
relargage des métaux dans le recouvrement d’eau sont la diffusion moléculaire, l’écoulement
vertical de l’eau et la remise en suspension des particules (Li et al., 1997).

202
6.3.3 Importance des facteurs dans l’efficacité du recouvrement

Au cours des dernières années, on a mené certaines études visant à évaluer l’incidence des
principaux facteurs d’influence définis dans l’article 6.3.2 sur l’efficacité du recouvrement en
eau comme technique de limitation de la production de DMA. Li et al. (1997) ont présenté les
quatre scénarios inclus dans le tableau 6.1 : recouvrement avec une eau stagnante (cas 1),
recouvrement avec une eau saturée en oxygène (cas 2), cas 2 avec une infiltration d’eau vers
le bas (cas 3) et le cas 3 avec en plus une remise en suspension des résidus (cas 4).
L’épaisseur de la couverture d’eau est de 0,3 m dans chacun des quatre cas.

On peut voir dans la figure 6.3 les principaux résultats obtenus.

203
Sur cette figure on indique notamment la demande en oxygène due à l’oxydation des sulfures
(en grammes de O2/m²) selon le nombre de jours après la déposition. Les résultats montrent
que la concentration en oxygène dissous de l’eau de recouvrement et la remise en suspension
des particules ont une grande incidence sur l’efficacité de la couverture (plus la demande en
oxygène est grande, moins le recouvrement est efficace). L’infiltration a également un effet,
qui est cependant moindre que ceux des deux autres facteurs.

Dans un deuxième temps, on a étudié l’effet du vent et des vagues sur le transport de
l’oxygène (Li et al., 1997). On estime ici que l’oxygène peut provenir de trois sources
distinctes : la dissolution de l’oxygène dans l’eau, la diffusion de l’oxygène à travers la
couverture d’eau et la diffusion de l’oxygène dans l’eau interstitielle jusqu’à ce qu’il y ait
consommation par le processus d’oxydation des minéraux sulfureux. L’étude pose les
hypothèses selon lesquelles il y a un régime permanent, les vents soufflent à 2 m/s et la
couverture a une épaisseur de 0,3 m. On a aussi étudié la possibilité de placer une couche de
matériaux granulaires de 2 mm et de 10 cm par-dessus les résidus miniers. Le tableau 6.2
contient les principaux résultats de cette étude.

Ces résultats indiquent qu’en raison de l’action des vagues causées par le vent, la
concentration théorique en oxygène dissous atteindrait presque le point de saturation, ce qui
signifie que poser l’hypothèse selon laquelle l’eau est stagnante n’est pas du tout réaliste
lorsque l’on veut prédire l’efficacité d’un recouvrement en eau. D’ailleurs, des mesures prises
sur le terrain confirment que l’eau de recouvrement au site Louvicourt est proche de la
saturation en oxygène (St-Germain et al., 1997). Toujours selon le tableau 6.2, il semble que
l’ajout d’une couche de 10 cm par-dessus les résidus miniers pourrait améliorer
considérablement (par un facteur d’à peu près 200) la performance du recouvrement en eau en
réduisant la concentration en oxygène dissous de l’eau à l’interface résidus-matériaux
granulaires.

Des études ont également porté sur le relargage des métaux dans l’eau du recouvrement en ce
qui a trait à deux types de recouvrement en eau : par-dessus des résidus qui n’ont jamais
oxydé (dépôt subaquatique) ou par-dessus des résidus ayant déjà oxydé (Li et al., 1997).
Même en posant des hypothèses très conservatrices (pour le cas du site Louvicourt), les
concentrations maximales en zinc prédites, pour une période de 10 ans, ne seront que de 0,45
mg/L (ce qui respecte les normes en vigueur). On peut également observer dans la figure 6.4
que les teneurs en sulfates dans l’eau du recouvrement devraient théoriquement varier entre
15 et 75 mg/L.

204
Ces travaux permettent de conclure qu’un recouvrement en eau créé avant la mise en
opération du site (dépôt subaquatique) pourrait prévenir de façon efficace la production
d’acide à partir des résidus miniers.

Des travaux réalisés sur des couvertures aqueuses mises en place après la vie de la mine ont
cependant montré que l’oxydation préalable des résidus miniers pouvait nuire grandement à
l’efficacité du recouvrement (St-Arnaud et Yanful, 1993). À partir d’essais en laboratoire et
sur le terrain, on a observé que lorsque le recouvrement s’étale directement sur les résidus
oxydés, il peut y avoir mobilisation des métaux présents dans les sous-produits d’oxydation.
Les concentrations en métaux dans les eaux du recouvrement du site étudié dépassent les
normes, avec des valeurs supérieures à 10 mg/L pour le zinc et d’entre 1 et 10 mg/L dans le
cas du fer (figure 6.5).

205
Par conséquent, il faudrait munir le site d’une usine de traitement de l’eau pour que les
effluents du site respectent les critères de qualité en vigueur (chap. 2). Pour pallier ce
problème, St-Arnaud (1994) a proposé l’ajout d’une couche de matériaux granulaires qui
aurait pour rôle de limiter le transfert des métaux du solide à l’eau de recouvrement. Des
essais en laboratoire ont permis de constater qu’une couche de sable de 10 cm peut limiter la
mobilisation des métaux et permet de maintenir la qualité de l’eau au-dessus des normes
imposées (figure 6.6).

206
Dans le but de respecter les critères environnementaux, il peut donc s’avérer nécessaire de
placer, préalablement à l’ennoiement, une couche de matériaux granulaires visant à limiter la
mobilisation des métaux contenus dans les résidus oxydés. Cependant, d’un point de vue
pratique, l’installation de cette couche de matériaux peut être difficile et coûteuse à réaliser.
L’ajout de matériaux alcalins est une possibilité qu’on peut envisager pour réduire l’acidité
des eaux interstitielles.

6.3.4 Conception de la couverture

Au moment de concevoir un recouvrement en eau, il faut définir l’épaisseur de la couverture


qui assurera l’efficacité. Atkins et al. (1997) ont proposé une méthodologie pour ce faire,
basée sur le principe selon lequel il existe une épaisseur critique, dmin ,qui assure que la
vitesse induite par les vagues à l’interface eau-résidus sera inférieure à la valeur qui induit la
remise en suspension des particules. Il faut rester en tout temps en deça de cette valeur
critique, même dans les situations extrêmes. On peut voir dans la figure 6.7 une
représentation schématique de l’effet des vagues. Les principaux paramètres qui interviennent
dans le calcul de l’épaisseur critique, dmin , sont liés aux caractéristiques des vents (longueur
de traversée, vitesse) et des particules (densité, dimensions).

207
Il est donc nécessaire de déterminer la valeur de design des vents maximaux pour le site
envisagé lorsqu’on conçoit un recouvrement. Habituellement, on se fonde sur les probabilités
qu’un événement se produise pour une durée de vie donnée de l’ouvrage.

Méthodologie de design d’un recouvrement en eau

On peut voir dans la figure 6.8 un diagramme bloc représentant la suite logique des étapes à
suivre pour la conception d’un recouvrement en eau avant les débuts de l’opération minière
(dépôt subaquatique). On peut résumer ainsi les principales étapes.

208
• Recueillir des données disponibles au sujet du site. On amasse des renseignements sur
les conditions climatiques et hydrologiques et sur les caractéristiques de sédimentation
des résidus. On doit réunir dès cette étape toutes les données concernant la
topographie du site. Il arrive souvent qu’on doive compléter les données existantes par
des travaux de terrain.
• Rassembler et consulter les études qui ont porté, de près ou de loin, sur la technologie
des recouvrements en eau. Ainsi, le concepteur sera au courant de toutes les nouvelles
méthodes ou technologies qui pourraient s’appliquer au cas étudié.
• Prendre connaissance des lois, des règlements, des objectifs et des critères à respecter
pour satisfaire aux exigences des différents paliers de gouvernement. On s’attarde ici
principalement sur les critères de qualité des effluents et sur les niveaux de risque
considérés comme acceptables (notamment au regard des périodes de récurrence) pour
le design des ouvrages.
• Évaluer les caractéristiques de l’usine de traitement (taux de production, densité
relative et granulométrie des résidus, etc.), en coopération avec les responsables du
procédé minéralurgique de la mine.
• Estimer un volume initial pour le parc à résidus, qu’on pourra ajuster avec les années
en fonction des stratégies d’expansion. À ce volume correspondent les dimensions du
parc. Ainsi, s’il faut augmenter le volume du parc, on peut rehausser les digues ou
mettre en place une autre cellule adjacente au site existant pour contenir les résidus.
On doit également tenir compte de la direction et de l’intensité des vents afin de bien
sélectionner l’emplacement (par exemple, on ne mettra pas, autant que possible, le
plus grand côté du parc dans le sens des vents dominants afin de limiter la hauteur de
vague).
• Intégrer les périodes de récurrence dans le design. Les paramètres dont on devra
évaluer les valeurs critiques sont les vents, les vagues, les précipitations et le
ruissellement (c’est-à-dire les apports d’eau).
• Établir l’épaisseur minimale de la couverture d’eau (dmin). Comme on doit s’assurer du
respect en tout temps de cette valeur critique, on doit tenir compte de tous les
phénomènes qui peuvent intervenir dans l’évolution de l’épaisseur du recouvrement
(évaporation, pertes par exfiltration, crue de projet, etc.).
• Estimer un volume total de l’aire d’accumulation pour la durée de vie de l’ouvrage.

209
• Calculer, selon les règles de l’art, la hauteur de digues nécessaire pour contenir le
volume estimé à l’étape précédente (chap. 8). On doit aussi procéder à l’analyse
détaillée de la géométrie des digues compte tenu des conditions de design (chap. 8).
• Estimer les coûts en capital et les coûts d’opération du parc à résidus miniers.

Ces informations peuvent être utilisées afin d’optimiser les dimensions du bassin en
maximisant le volume entreposé pour un coût donné. On peut le faire en collaboration avec
les opérations, surtout s’il est possible d’adapter le taux de production ou d’autres
caractéristiques des rejets.

La dernière étape, mais non la moindre, réunit l’auscultation et le suivi du comportement


physique et chimique des installations. À cet égard, la stabilité des ouvrages de retenue est
particulièrement critique. L’entretien des diverses composantes du système de régulation des
eaux (digues, évacuateurs, tranchées) doit aussi faire l’objet de mesures particulières.

6.4.1 Généralités

Une autre technique reconnue pour prévenir la production d’acide consiste en la mise en place
d’un recouvrement multicouche (parfois appelé barrière sèche) constitué de un ou de plusieurs
types de sols ou de matériaux géosynthétiques (Aubertin et al., 1995). Son rôle se résume à
limiter l’infiltration d’eau ou d’oxygène, ou des deux, deux des éléments essentiels à
l’oxydation des minéraux sulfureux. On peut construire ce type de recouvrement sur des parcs
à rejets de concentrateurs, sur des haldes à stériles, sur des empilements de minerais et sur des
rebuts de lixiviation en tas (SRK, 1991).

La fonction principale d’un tel recouvrement est d’isoler les déchets de l’environnement
extérieur. Il doit entre autres choses :

• empêcher les échanges entre les rejets et l’extérieur;


• réduire les infiltrations d’eau;
• dans le cas des recouvrements visant à limiter la production de DMA, contrôler la
migration des gaz vers l’intérieur.

Pour favoriser l’atteinte de ces objectifs à long terme, le recouvrement doit également
satisfaire à d’autres exigences, notamment :

• résister aux phénomènes d’érosion ;


• assurer un ruissellement contrôlé ;
• stabiliser les surfaces ;
• éviter les accumulations d’eau ;
• rétablir l’esthétique du site ;
• faciliter toute utilisation future du terrain.

Le recouvrement doit être en mesure de jouer son rôle sur une période prolongée. S’il semble
relativement facile de concevoir des systèmes d’étanchéité ayant une durée de vie de l’ordre
de 30 à 50 ans, il est plus problématique de le faire lorsque les spécifications exigent une
durée de vie de 200 à 1000 ans et plus, comme c’est maintenant le cas pour certains types de
rejets (Wing, 1994; Aubertin et al.,1995).

210
Outre les prescriptions légales, la durée de vie effective d’un recouvrement dépend de
plusieurs facteurs propres au site, y compris la nature des rejets et des matériaux de la
couverture, les conditions hydrologiques et hydrogéologiques de même que l’entretien de la
surface. Parmi les facteurs qui peuvent influer sur la conception et la performance de
recouvrements, mentionnons :

• les conditions de température, notamment les effets des cycles de gel-dégel qui
peuvent modifier les caractéristiques de certains matériaux;
• les précipitations avec les cycles mouillage-séchage, qui sont souvent à la source de
fissuration dans les sols;
• les intrusions biologiques (racines, insectes, animaux, etc.);
• les tassements totaux et différentiels (liés à l’hétérogénéité et à la compressibilité des
déchets, ainsi qu’à la consolidation des matériaux de fondation et de sous-fondation);
• le glissement de couches inclinées ou leur déplacement différé;
• la circulation de véhicules, qui peut endommager certains éléments du recouvrement
pendant ou après la construction;
• l’érosion par le vent et l’eau;
• les déformations induites par les séismes ou par d’autres sollicitations dynamiques;
• le changement des propriétés dans le temps, en fonction des conditions d’exposition
(chimie des fluides, rayonnement, humidité relative, etc.).

On saisit aisément l’importance de concevoir et de construire la couverture selon les règles de


l’art afin qu’elle puisse résister à ces nombreuses causes de détérioration.

6.4.2 Configuration des recouvrements

On présente à la figure 6.9 la configuration idéalisée d’un recouvrement visant à prévenir la


production de DMA.

211
Cette configuration est valable autant pour les recouvrements devant limiter l'infiltration d'eau
que pour ceux destinés à limiter le flux d'oxygène. On a quelquefois recours à des systèmes
encore plus complexes (jusqu’à 10 couches différentes) (voir par exemple Hutchison et
Ellison, 1992; EPA, 1993 ; Aubertin et al., 1995). On a également proposé des couvertures un
peu plus simples (on peut combiner deux couches pour n’en former qu’une) pour certains cas
particuliers (voir par exemple Ricard et al., 1997).

Pour constituer les couches de tels recouvrements, on fait appel à différents matériaux répartis
en trois grands groupes :

• les matériaux naturels : argile, sable, silt, gravier, roches concassées, etc. ;
• les matériaux synthétiques : géotextiles, géomembranes, bitumes, ciments, etc. ;
• les matériaux composites : géocomposites bentonitiques, etc.

Voici une description des différentes couches illustrées à la figure 6.9.

• La couche A, placée en surface, a une épaisseur qui varie habituellement entre 10 et 20


cm (mais qui peut atteindre 50 à 90 cm dans certains cas particuliers). Cette couche a
comme objectif de séparer les couches inférieures du milieu extérieur, de permettre la
réintégration paysagère du site, de réduire les effets des fluctuations de température et
d’humidité et de résister à l’érosion. Cette couche est le plus souvent composée de sols
organiques et de végétation, mais elle peut également contenir des géosynthétiques
perforés, des lits de graviers et des enduits routiers.

212
• La couche B a une épaisseur variable (jusqu’à 1 m) et des fonctions multiples, soit
empêcher les racines et les animaux de parvenir jusqu’aux couches sous-jacentes,
minimiser les risques d’intrusions humaines à travers la barrière, retenir ou stocker
provisoirement une portion des eaux d’infiltration jusqu’à leur élimination par
évapotranspiration et protéger les matériaux sous-jacents contre les cycles climatiques
(gel-dégel, précipitations). Plusieurs types de matériaux peuvent entrer dans la
composition de cette couche. Le choix le plus économique est souvent un sol tout-
venant trouvé près du site (un silt sableux, par exemple). Lorsque la protection contre
les intrusions biologiques (plantes, animaux ou êtres humains) s’avère indispensable,
l’utilisation de matériaux comportant un pourcentage élevé de cailloux peut s’avérer
nécessaire.

• La couche C est une couche drainante qui joue un rôle important dans la performance
du recouvrement. Elle doit permettre de réduire le gradient hydraulique sur la couche
sous-jacente, ce qui réduit le débit d’infiltration dans la couche D (Daniel et Koerner,
1993; Aubertin et al., 1995). Elle a également comme fonction de réduire les pressions
interstitielles (ce qui augmente la stabilité), de contrôler les écoulements dans les
couches supérieures (A et B) de façon à augmenter leur capacité de stockage d’eau. De
plus, elle favorise les écoulements latéraux plutôt que verticaux et réduit les remontées
capillaires et l’assèchement de la couche D grâce aux effets de barrière capillaire.
Cette couche se compose de matériaux granulaires naturels (sable et gravier) ou de
géosynthétiques drainants, simples ou sous forme composite. Lorsqu’on fait appel à
des matériaux granulaires naturels (avec k > 10-3 cm/s typiquement, la conductivité
hydraulique doit être suffisamment élevée pour produire un contraste important entre
cette couche et le matériau de la couche D. La couche C a habituellement une
épaisseur supérieure à 30 cm.

• La couche D est la couche qui constitue la véritable barrière aux échanges entre les
rejets et l’extérieur. Dans le cas des couvertures qui visent à limiter l’infiltration de
l’oxygène (donc la production de DMA), c’est cette couche qui, grâce à sa capacité de
rétention d’eau, va réduire la diffusion des gaz. En effet, les propriétés de barrière
capillaire résultant du contraste de rétention d’eau entre cette couche et les couches C
et E permettent à la couche D de se maintenir à un degré de saturation élevé. Étant
donné que les matériaux habituellement contenus dans cette couche sont plutôt fins
(argileux ou silteux), leur faible conductivité hydraulique contribue aussi à limiter
l’infiltration de l’eau, une autre composante essentielle à la formation du DMA, et ce
en plus de réduire le flux d’oxygène grâce aux effets de barrière capillaire. Lorsque
des recouvrements ont comme principal objectif de limiter l’infiltration d’eau, il est
fréquent d’incorporer des matériaux géosynthétiques à cette couche. L’épaisseur
courante de la couche D est de l’ordre de 50 à 100 cm lorsqu’elle se compose de
matériaux géologiques.

• La couche E est la couche responsable des effets de barrière capillaire qui permettent
de maintenir un haut degré de saturation dans la couche D. Pour produire des effets de
barrière capillaire, il est nécessaire d’établir un contraste suffisant entre les propriétés
hydriques de cette couche et celles de la couche D. Tout comme pour la couche C, on
estime qu’une conductivité hydraulique saturée entre 10-3 et 10-1 cm/s convient
habituellement pour le matériau de la couche E. En plus d’empêcher la remontée
capillaire du lixiviat contaminé provenant des résidus, cette couche sert de couche de
support pour les autres couches du recouvrement. C’est pourquoi les matériaux de

213
cette couche doivent posséder des caractéristiques adéquates, en ce qui a trait à la
déformabilité et à la capacité portante, car ils doivent permettre la circulation des
équipements utilisés pour la mise en place du recouvrement. Ces matériaux incluent
principalement les sables ou les graviers, ou les deux. L’épaisseur de cette couche
atteint le plus souvent plus de 30 cm. Dans le cas d’un recouvrement placé sur une
halde à stériles, il est possible d’utiliser le stérile lui-même comme composante de la
couche E (Wilson et al., 1997).

Il est important de mentionner que les matériaux qui constituent les différentes couches du
recouvrement doivent être stables et compatibles entre eux afin d’éviter toute érosion interne
ou migration de particules fines. À cette fin, on utilise habituellement les critères filtres basés
sur les caractéristiques granulométriques des matériaux adjacents (voir par exemple Bowles,
1984 ; Hutchison et Ellison, 1992).

6.4.3 Recouvrement visant à limiter l’infiltration d’eau

Comme nous l’avons mentionné précédemment, une façon de prévenir la production de DMA
consiste à limiter l’apport en eau, laquelle est une des composantes essentielles des réactions
d’oxydation des minéraux sulfureux.

Le rôle principal du recouvrement devient alors de former une barrière entre les déchets et
l’eau provenant de l’environnement extérieur. Ce rôle devant se maintenir sur une période
prolongée, il s’avère nécessaire d’intégrer la notion de pérennité.

La configuration d’un recouvrement visant à limiter l’infiltration d’eau est souvent similaire à
celle qu’on emploie pour limiter l’infiltration des gaz (art. 6.3.4). À cet effet, on fondera
essentiellement le choix des matériaux de la couche D (figure 6.9) sur la conductivité
hydraulique saturée. Souvent, parce qu’il est difficile de trouver dans la nature des matériaux
ayant une conductivité hydraulique in situ suffisamment faible (inférieure ou égale à 10-7 cm/s
par exemple), on ajoutera dans le recouvrement au moins une couche constituée de matériaux
géosynthétiques (figure 6.10). On désigne parfois ce type de recouvrement un recouvrement
de type " tombeau étanche ".

214
Les recouvrements de ce type sont appropriés aux climats humides (comme celui que l’on
retrouve au Québec) et aux climats secs. Cependant, sous des climats plus arides, on peut
aussi préconiser l’utilisation des effets de barrière capillaire pour limiter l’infiltration d’eau
(voir par exemple Ross, 1990 ; Stormont et Morris, 1998). Pour ce type de couverture, on peut
limiter la configuration à deux ou trois couches. On cherche alors à limiter, à l’aide des effets
de barrière capillaire (art. 6.3.4), l’écoulement vers le bas de l’eau contenue dans le matériau
fin en le plaçant par-dessus un matériau grossier. Il est possible d’exposer la couche de
matériau fin aux conditions extérieures afin qu’elle perde une quantité maximale d’eau durant
les périodes sèches. En cas de pluie, cette couche doit être en mesure de stocker la venue
d’eau jusqu’à la période d’évaporation suivante. Le fait d’incliner la surface du recouvrement
permet d’améliorer l’efficacité du recouvrement grâce à l’écoulement latéral qui se produit à
l’interface. Des résultats récents montrent que dans les climats arides, les barrières capillaires
seraient au moins aussi efficaces que les barrières conventionnelles (avec de l’argile
compactée) pour réduire les infiltrations d’eau, tandis que ce n’est généralement pas le cas
dans les climats humides.

Traditionnellement, les couvertures peu perméables comprennent une couche de sols argileux.
Pour diverses raisons, on a maintenant tendance à remplacer l’argile par des matériaux
synthétiques ou à y ajouter de tels matériaux, soit des géomembranes ou des géosynthétiques.

Les géomembranes

On retient souvent les géomembranes lorsqu’on cherche à améliorer l’étanchéité des sites
d’entreposage de résidus de toutes sortes. Afin de tenir compte des législations de différents
pays, on en a fréquemment employé pour minimiser l’écoulement des lixiviats en dehors des
sites d’entreposage de déchets autres que miniers (EPA, 1988; Koerner, 1994). Cependant, on
recense encore relativement peu de cas d’utilisation de géomembranes pour recouvrir des
résidus miniers. Au Québec, on a répertorié deux cas, soit celui du site Weedon et celui du
site Poirier.

Divers thermoplastiques et élastomères entrent dans la composition des géomembranes ;


parmi eux, mentionnons : PEHD ("Polyethylene High Density"), PEVLD ("Polyethylene
Very Low Density"), CPE ("Chlorinated Polyethylene"), CSPE ("Chlorosulfonated
Polyethylene"), EIA ("Ethylene Interpolymer Alloy"), PVC ("Polyvinyl Chloride"). Ces
polymères sont à l’occasion renforcés à l’aide d’un canevas tissé, et la surface de la
géomembrane peut être lisse ou rugueuse. Le choix du type de géomembrane dépend des
propriétés recherchées pour le recouvrement, y compris (Aubertin et al., 1995) :

• les propriétés physiques : épaisseur, densité, masse spécifique, transmissivité de


vapeur;
• les propriétés mécaniques : résistance à la traction et déformabilité correspondante,
résistance des joints, résistance au déchirement et à la perforation, résistance aux
impacts, résistance frictionnelle à l’interface, résistance au fluage;
• les propriétés chimiques : résistance aux attaques par l’eau, l’ozone, les rayons
ultraviolets, les lixiviats;
• les propriétés biologiques : altération des caractéristiques par les bactéries, les
champignons, ou autres;
• les propriétés thermiques : effets des températures extrêmes sur la résistance
mécanique, coefficient d’expansion, contraction thermique.

215
La conception d’un recouvrement avec géomembrane doit viser à assurer un facteur de
sécurité adéquat contre les instabilités dues aux forces de flexion, de cisaillement,
d’affaissement et d’arrachement (voir par exemple Koerner, 1994 ; Daniel et Koerner, 1998).
Cet aspect peut constituer un inconvénient à l’utilisation des géomembranes, puisque leur
angle de friction avec les sols ou d’autres géosynthétiques varie généralement entre 7 et 14°.
Pour cette raison, les géomembranes sont souvent mal adaptées lorsque l’angle des pentes est
élevé ou lorsqu’on envisage des sollicitations dynamiques. Il faut aussi garder à l’esprit que la
résistance des interfaces avec les géomembranes dépend de la température.

La pose de géomembranes requiert un contrôle de qualité spécifique, tant de la part du


fabricant que de la part de l’entrepreneur responsable du transport et de la pose. Les joints,
notamment, demandent une attention particulière pour garantir leur qualité, qu’ils soient
produits par extrusion, par fusion, à l’aide de solvants ou d’adhésifs (Koerner, 1994).

Malgré les avantages indéniables associés à l’utilisation de géomembranes dans les


recouvrements visant à limiter l’infiltration d’eau, leur coût constitue une limitation sérieuse à
leur utilisation (il en coûte entre 6 $/m² et 12 $/m² pour l’achat et l’installation de la
géomembrane). De plus, une incertitude importante demeure quant à leur durabilité à long
terme (SRK, 1991), particulièrement dans les cas où l’on anticipe une réduction de la ductilité
et un accroissement de la fragilité du matériau en raison des attaques d’ordre chimique ou
biologique, des effets de rayonnement ou des cycles de gel-dégel.

Les géocomposites

Les géocomposites, tels les GCL ("Geosynthetic Clay Liners") ou géosynthétiques


bentonitiques (GSB ou GCB en français), représentent une solution de remplacement assez
récente aux géomembranes et aux sols fins comme composante de faible perméabilité (couche
D) pour les couvertures visant à limiter l’infiltration d’eau. On les a d’ailleurs retenus pour la
restauration du site minier SOMEX (chap. 13). Les GCB sont des produits fabriqués en usine,
disponibles sur le marché et habituellement constitués de deux géotextiles ayant entre eux une
couche de bentonite sodique. On fixe le tout par suture ou à l’aide d’adhésifs. Les GCL
contiennent environ de 3 à 5 kg/m² de bentonite et leur épaisseur est de l’ordre de 0,5 cm.
Après hydratation, cette épaisseur tend à doubler. On les achète en feuilles (rouleau) d’une
largeur de 4 à 5 m et d’une longueur allant de 25 à 60 m. Par exemple, Bentofix ,
Bentomax et Claymax ( : noms commerciaux enregistrés - "Registered Trade Mark")
sont des GCB. Parmi les principaux avantages des GCB, on reconnaît :

• une tendance à s’autosceller à la suite de l’hydratation de la bentonite, faisant en sorte


qu’il n’est pas nécessaire de lier mécaniquement les feuilles, ce qui réduit le temps de
pose et les coûts de main-d’œuvre (Didier, 2000);
• des propriétés jugées très avantageuses, telles qu’une conductivité hydraulique k
généralement inférieure à 10-8 cm/s, un comportement pratiquement réversible
lorsqu’ils connaissent des cycles de mouillage-séchage ou de gel-dégel, et une bonne
résistance aux tassements différentiels;
• une bonne résistance aux perforations accidentelles, surtout si elles sont de petites
dimensions (diamètre < 2,5 cm), en raison de leur capacité d’autoscellement.

Bien qu’ils présentent des avantages notables, les géocomposites bentonitiques GCB ont
cependant des inconvénients qu’il faut prendre en compte lors du design d’un recouvrement
visant à limiter l’infiltration d’eau :

216
• la composition chimique du lixiviat peut accroître de façon significative la
conductivité hydraulique de la couche de bentonite ;
• un faible angle de friction (interne et externe) limite la pente maximale permise ;
• le flux diffusif des gaz à travers une couverture étant fonction de l’épaisseur des
couches, la faible épaisseur des géocomposites a une incidence importante sur les
mécanismes de transfert par diffusion.

De plus, les géosynthétiques bentonitiques peuvent subir des dommages lors de la pose
(Didier et Noratte, 1999), ce qui limite leur efficacité. Dans certains cas particuliers, il peut
s’avérer utile (et même nécessaire) de combiner le géocomposite avec une géomembrane ou
avec un sol peu perméable (Aubertin et al. 2000).

Choix des matériaux

Utiliser d’autres matériaux en combinaison avec des matériaux traditionnels ou en


remplacement de ces derniers peut se révéler avantageux pour améliorer l’étanchéité du
système de recouvrement. Des études réalisées au cours des dernières années ont porté sur
certains de ces matériaux. Parmi ces matériaux, on retrouve les suivants (SENES, 1994).

• Les rejets des industries de pâte et papier (y compris les résidus de désencrage du
papier) :

ces matériaux pourraient, s’ils subissaient une densification adéquate, devenir suffisamment
imperméables (k < 10-7 cm/s) pour entrer dans la composition d’un recouvrement visant à
limiter l’infiltration d’eau (voir par exemple Cabral et al., 1997).

• Enduits bitumineux :

il est possible d’appliquer un enduit bitumineux peu perméable, soit par vaporisation d’une
émulsion sur un matériau meuble ou par la pose d’un mélange ressemblant à un béton
asphaltique (voir par exemple Wing et Gee, 1994).

• Ciment ou cendres volantes :

mélangés à un sol (pouvant être de la bentonite), le ciment et les cendres volantes (ensemble
ou séparément) peuvent former une couche de faible perméabilité. Cette couche se révèle
toutefois peu déformable et sujette à la fissuration (voir par exemple Saarela, 1994).

• Enduits de surface :

on peut vaporiser certains produits à base de caoutchouc ou de polymères sur un géotextile ou


sur une surface à imperméabiliser afin de produire une membrane déformable et étanche.

• Boues amendées :

divers types de boues, comme des boues de traitement d’eaux domestiques amendées à la
chaux, ont été utilisés (avec un succès mitigé) comme matériau de recouvrement.

Le choix des matériaux pouvant constituer la couche imperméable dépend de nombreux


facteurs, entre autres le rôle premier du recouvrement, les conditions climatiques, l’ampleur et

217
la nature des tassements anticipés, la vulnérabilité aux problèmes d’érosion et de perforation,
le débit d’infiltration admissible, la topographie, la géométrie du dépôt et les pentes du
recouvrement. Bien entendu, il faut également tenir compte des aspects économiques et
chercher à sélectionner la solution qui allie le mieux efficacité et coûts.

Les différents types de matériaux qui peuvent servir à rendre étanche la surface d’un site
générateur de DMA possèdent chacun des avantages et des inconvénients qui leur sont
propres. Afin de faciliter la sélection des matériaux, nous avons inclus dans le tableau 6.3 une
comparaison entre des structures d’étanchéité en fonction de différents facteurs, pour les
matériaux " traditionnels ".

Comme on peut le constater, lorsque l’objectif principal est d’empêcher l’infiltration d’eau,
les systèmes composés de trois matériaux (structures G et H) sont les plus recommandables.
Dans ce type de système, il semble préférable de placer un GCB entre deux géomembranes
plutôt qu’une couche argileuse compactée. Cependant, les systèmes triples s’avèrent parfois
difficiles à installer dans les pentes. Dans les climats arides, les CEBC peuvent représenter
une solution de remplacement intéressante. Évidemment, la sélection d’une structure au
détriment d’une autre est également une fonction des coûts que l’on est prêt à engager pour
l’achat et la construction du recouvrement. Le choix final repose donc le plus souvent sur
l’établissement d’un rapport coûts/bénéfices.

Dans l’article 6.4.4, où nous traiterons plus spécifiquement des couvertures avec effets de
barrière capillaire, nous ferons d’autres commentaires sur les limites et les difficultés reliées à
la conception et à la construction des recouvrements ; parmi ces dernières, plusieurs peuvent
s’appliquer aux couvertures visant à limiter les infiltrations d’eau.

218
Instrumentation et monitoring

L’instrumentation et le monitoring pour les recouvrements visant à réduire les infiltrations


d’eau se rapprochent de ceux que l’on retrouve pour les recouvrements placés sur les sites
d’enfouissement. Les paramètres à surveiller comprennent (EPA, 1991b) :

• la qualité de l’eau souterraine ;


• la quantité de lixiviats récupérée;
• les tassements différentiels;
• l’érosion de surface.

Les instruments qui permettent d’évaluer la qualité de l’eau souterraine consistent


principalement dans les puits d’observation et les piézomètres, dont on détermine la
profondeur à partir de la stratigraphie des environs, installés sur le pourtour du site. La
fréquence d’échantillonnage peut varier, selon les risques pour l’environnement, de une fois
par mois à une fois tous les quatre mois.

En ce qui concerne la quantité de lixiviats, elle contribue à rendre compte de l’efficacité du


système. Une augmentation subite du débit d’exfiltration peut indiquer une défaillance du
recouvrement . Il est également important de noter que les bactéries peuvent colmater les
drains par lesquels s’écoule le lixiviat et ainsi réduire les débits à la sortie (ce problème se
manifesterait surtout dans les sites d’enfouissement de déchets domestiques).

Étant donné que certains sols et géosynthétiques peuvent souffrir des effets des tassements
différentiels (déchirement ou bris des soudures), il est essentiel de procéder au suivi de ce
paramètre. Des inspections visuelles, des mesures du déplacement de plaques de tassement et
une étude inclinométrique (pour les pentes) résument les principaux moyens d’auscultation
disponibles.

Quant à l’érosion de surface, on peut maîtriser ce phénomène par l’instauration d’un couvert
végétal sur la couche supérieure du recouvrement. Il convient de faire des vérifications
périodiques de la qualité du couvert (suivi agronomique) pendant toute la durée de vie de
l’installation. On peut également prévenir l’érosion de surface à l’aide d’autres techniques
(souvent plus dispendieuses) telles que l’ajout d’une couche de matériaux inertes et la pose de
matériaux géotextiles ou produits apparentés (nattes biodégradables, géoconteneurs, etc.).

6.4.4 Recouvrements multicouches de type barrière capillaire

Les couvertures avec effets de barrière capillaire (CEBC) se présentent comme une solution
de remplacement aux recouvrements à faible conductivité hydraulique saturée. Jusqu’à
maintenant, on s’est surtout servi de ce type de couverture pour limiter l’infiltration d’eau
dans des climats arides (voir par exemple Ross, 1990 ; Stormont, 1996). Dans le contexte
minier, on a proposé d’employer les CEBC comme recouvrement visant à limiter l’infiltration
des gaz (voir par exemple Nicholson et al., 1989 ; Collin et Rasmuson, 1990 ; Yanful, 1993 ;
Aubertin et al., 1993, 1995, 1999; Bussière, 1999).

Fonctionnement des CEBC

Dans un climat humide comme celui du Québec et de l’Ontario, le principal objectif d’une
couverture avec effets de barrière capillaire utilisée pour le contrôle du DMA est de limiter

219
l’infiltration de l’oxygène jusqu’aux résidus réactifs et de réduire ainsi l’oxydation des
minéraux sulfureux. Afin de rendre le flux d’oxygène minimal, on doit favoriser le maintien
d’un haut degré de saturation dans une des couches du recouvrement. La diffusion (ou
l’infiltration) de l’oxygène à travers un sol saturé est très faible puisqu’elle s’avère nulle à
travers les grains solides et grandement réduite à travers l’eau. Puisque le flux d’oxygène
disponible pour l’oxydation des sulfures est une fonction du coefficient de diffusion effective
De et du gradient de concentration (on pose que le principal processus de transport est la
diffusion moléculaire, selon l’équation 6.1), l’efficacité d’un recouvrement est proportionnelle
à la valeur de De qui diminue lorsque Sr augmente. La figure 6.11 propose un exemple de
relation entre le coefficient de diffusion effective et le degré de saturation ; le degré de
saturation (Sr = vW / vV) correspond au rapport entre le volume des vides remplis d’eau et le
volume des vides total.

On peut remarquer que, pour que le matériau ait un coefficient de diffusion effectif similaire à
celui de l’eau stagnante (le coefficient de diffusion dans l’eau stagnante à 25 °C est d’environ
2 x 10-9 m²/s), il doit avoir un degré de saturation d’environ 90 %. Rappelons toutefois que
l’hypothèse selon laquelle l’eau est stagnante amène à surestimer l’efficacité du recouvrement
en eau; voilà pourquoi on considère habituellement qu’un degré de saturation d’environ 85 %
dans un sol équivaut à peu près à la performance d’un recouvrement en eau.

L’efficacité d’une CEBC est donc liée à sa capacité de limiter l’infiltration de l’oxygène. Les
effets de barrière capillaire apparaissent en présence d’un écoulement non saturé dans un
matériau fin situé par-dessus un matériau grossier. En raison du contraste de granulométrie
des matériaux et, par conséquent, du contraste dans les caractéristiques de rétention d’eau,
seulement une partie du débit d’eau qui atteint l’interface parvient au matériau grossier sous-
jacent (Nicholson et al., 1989, 1991 ; Collin et Rasmuson, 1990 ; Aubertin et al., 1993, 1995,
1996a, 1996b ; Morel-Seytoux, 1993 ; Aachib et al., 1993).

On peut expliquer le phénomène d’effets de barrière capillaire à l’aide des fonctions


hydriques des matériaux. La relation  - d'un matériau meuble (où  est la succion et  est la
teneur en eau volumique), souvent appelée courbe caractéristique de succion ou courbe de
rétention d’eau, permet d’estimer les conditions d'écoulement non saturées. Cette relation
s'apparente à la courbe de remontée capillaire de l'eau dans un sol homogène au-dessus de la

220
nappe phréatique, dans la zone vadose (Freeze et Cherry, 1979; Kovács, 1981). Lorsque  
 a, on a   n (un degré de saturation Sr  100 %); de ce fait, ku  ksat (où ksat est la valeur de
la conductivité hydraulique à l'état saturé et ku ,la conductivité hydraulique non saturée pour
une succion donnée). L’application de la loi de Darcy pour les écoulements non saturés
requiert qu’on dispose de la valeur de la fonction de perméabilité ku -  (ou ku -  ). On peut
voir à la figure 6.12 deux exemples, pour un silt et un sable, d'une telle relation entre k,  , et
 . Puisque  varie en fonction de  et que k est fonction de  , il est théoriquement possible
de déduire la fonction k- à partir de la relation  - .

Il y a similitude entre la forme de la relation  - et celle de la relation k- , comme on peut


le voir dans la figure 6.12.

En effet, on peut constater que la valeur de k diminue progressivement à mesure que la


pression d'eau baisse (succion plus marquée) ou que la teneur en eau volumique diminue.
Lorsque l'on compare des matériaux de granulométrie différente (un silt et un sable, par
exemple), on s’aperçoit que le sol fin est moins perméable que le sol grossier à l'état saturé.
Toutefois, l'inverse peut devenir vrai dans certaines conditions de succion : le sable se
drainant plus aisément, la chute de la valeur de k est plus rapide dans son cas que pour le silt.
Cette différence amène à supposer que dans certaines conditions, le matériau le plus grossier
peut s'avérer moins perméable. Ce phénomène contribue à l'effet de barrière capillaire dans un
système bicouche en réduisant l'écoulement de l'eau d'un matériau fin placé sur un matériau
grossier. La rétention d'eau dans la couche supérieure d'un tel système s’en trouve ainsi
favorisée.

En résumé, on a déterminé que le fait de placer une couche de matériau fin entre deux
couches de matériaux plus grossiers produira des effets de barrière capillaire si le contraste
entre les capacités de rétention d’eau des différents matériaux est assez marqué. Dans un tel
cas, l’eau qui s’infiltre à partir de la surface aura tendance à demeurer emprisonnée dans la
couche de matériau fin, à forte rétention capillaire, ce qui favorisera le maintien d’un haut
degré de saturation, Sr. Étant donné qu’une valeur de Sr élevée entraîne une réduction du

221
coefficient De, il se formera une barrière à la diffusion de l’oxygène et, par conséquent, une
réduction de la production de DMA. Des essais de laboratoire et des essais sur le terrain ont
pu confirmer le fonctionnement de tels systèmes (Aubertin et al., 1995, 1999 ; Aachib, 1997;
Bussière, 1999).

Conception d’une CEBC

Si l’on examine la procédure schématisée de la figure 6.13, on se rend compte que la


conception d’une CEBC découle souvent d’une approche itérative qui nécessite la collecte de
données climatiques, l’évaluation des propriétés des matériaux utilisés et l’établissement
d’une géométrie de départ fondée sur les propriétés des différents matériaux.

Les propriétés qu’il importe de prendre en compte lors de cette analyse sont les
caractéristiques de rétention d’eau (fig. 6.12a), les fonctions de perméabilité (fig. 6.12b) et la
relation entre le coefficient de diffusion effectif et le degré de saturation (fig. 6.10). Il est
également essentiel de faire des essais sur les différents matériaux, en laboratoire et in situ,
soit des analyses minéralogiques, des essais de consolidation et des tests de résistance
mécanique. On se servira par la suite des résultats de ces essais lors de l’application des
méthodes d’analyse, souvent à l’aide de codes numériques, notamment dans le but d’évaluer
les conditions hydriques qui prévalent, le flux diffusif de l’oxygène à travers la barrière et les
réactions chimiques dans les rejets. L’utilisation des codes numériques simplifie la résolution
des problèmes associés à la CEBC, car les équations mathématiques qui interviennent dans
l’analyse sont complexes et peuvent difficilement être résolues par des solutions analytiques
(voir par exemple Collin et Rasmuson, 1990; Nicholson et al., 1991; Wilson et al., 1995;
Aubertin et al., 1995, 1996a, 1996b; Vanapalli et al., 1996).

Les modèles numériques sont calibrés à partir des propriétés de chacun des matériaux qui
entrent dans la conception de la CEBC et on peut les valider au moyen d’essais sur modèles

222
physiques instrumentés en laboratoire ou in situ (Aubertin et al., 1997a, Aachib, 1997). Une
fois validés, ces modèles numériques peuvent servir à prédire le comportement à grande
échelle et à long terme d’un recouvrement réel (voir le cas de LTA au chapitre 13, par
exemple). Il faut toutefois s’assurer de confirmer les résultats obtenus à l’aide de modèles
numériques par des mesures en place prises avec l’instrumentation appropriée.

Autres facteurs à prendre en compte

Comme il y a relativement peu de documentation sur le comportement réel des CEBC (cette
technologie n’a cours que depuis quelques années), il est difficile de dresser une liste précise
de tous les problèmes qui peuvent se poser, tant en cours de conception, de construction qu’en
matière d’entretien. Voici quelques points qui méritent une attention particulière.

Récupération des fluides

Un objectif secondaire d’une CEBC visant à limiter la production d’acide est de réduire les
infiltrations d’eau. À cet effet, il devient important de concevoir des systèmes de récupération
des eaux de ruissellement, des eaux qui s’infiltrent dans les premières couches du
recouvrement et des eaux d’exfiltration. Comme nous l’avons mentionné précédemment, il est
possible d’utiliser des matériaux meubles (sable, gravier, farine de roche broyée) ainsi que des
géosynthétiques pour le drainage. On doit déterminer le débit anticipé dans les couches
drainantes au moyen d’une méthode de bilan appropriée, en prenant en compte les conditions
spécifiques du site au regard des précipitations, du ruissellement, de l’évaporation et de
l’infiltration. Quant aux exfiltrations, il est nécessaire de prévoir des tranchées ou des fossés
de capacité suffisante pour les récupérer. Divers programmes, comme les logiciels HELP
(Schroeder et al., 1994) et SEEP/W (Geoslope Int., 1994) par exemple, peuvent servir à
l’établissement des débits et des conditions hydrogéologiques de la couverture (voir par
exemple Woyshner et Yanful, 1995; Aubertin et al., 1996a; Ricard et al., 1997; Bussière et
al., 1997a, 1997b).

Effets de la pente

Les CEBC doivent avoir une pente donnée pour favoriser le ruissellement et le drainage
(habituellement un minimum de 1 à 3°). De plus, en raison du fait que les couvertures doivent
également s’étendre sur les côtés des aires d’accumulation de résidus miniers (lesquelles sont
souvent ceinturées par des digues de plusieurs mètres de haut), il est possible que l’angle de la
pente d’une CEBC atteigne entre 15 et 20° (et même plus dans le cas des haldes de stériles).
Des travaux récents ont montré que la pente avait une influence sur le comportement
hydrogéologique des CEBC (Ross, 1990 ; Stormont, 1996 ; Aubertin et al., 1997b, Bussière et
al., 1997b, 1998). Les principaux paramètres qui affectent le comportement d’une CEBC
inclinée sont les propriétés capillaires (y compris une éventuelle anisotropie), la géométrie du
système (épaisseur et longueur des couches, angle de la pente), le régime hydraulique et les
composantes du bilan hydrique. L’influence de la pente a d’ailleurs trouvé confirmation après
plusieurs mesures sur le terrain (Ricard et al., 1997; Bussière, 1999).

Pour minimiser le risque de désaturation dans les pentes (rappelons qu’une diminution du
degré de saturation entraîne une réduction de la capacité du recouvrement de limiter
l’infiltration de l’oxygène), on peut envisager certaines actions, comme la mise en place de
bris de succion et la construction de paliers. Les bris de succion ont comme objectif de
favoriser l’accumulation d’eau à certains endroits critiques de la pente, ce qui permet

223
d’abaisser localement la succion à une valeur proche de zéro. Le fait de ramener la succion
locale à zéro permet de maintenir un degré de saturation moyen plus élevé. Le principe du bris
hydraulique est cependant encore à l’étude. Par la construction par paliers, on vise à diviser la
pente de la CEBC en deux ou en plusieurs portions de pentes plus ou moins indépendantes, ce
qui réduit les effets de la longueur de la pente et améliore la capacité du recouvrement de
limiter la diffusion de l’oxygène.

Contrôle des eaux

Il est plus difficile de limiter les infiltrations en climat humide qu’en climat aride. Lorsque
l’excédent du bilan hydrique (précipitations moins évaporation) est important, le sol absorbe
beaucoup d’eau et doit subir de fréquents mouillages, ce qui favorise la percolation d’eau dans
la barrière et la formation de pressions interstitielles qui peuvent nuire à la stabilité des pentes.
L’étude de la stabilité des pentes constitue donc un aspect important qu’il faut prendre en
compte lors du design de la CEBC, particulièrement en climat humide. Les couvertures
conçues pour les climats arides et semi-arides visent pour leur part à capter l’eau et à favoriser
son évaporation plutôt qu’à maintenir un haut degré de saturation comme nous l’avons vu
précédemment.

Construction sur rejets de concentrateur

En raison des propriétés géotechniques des rejets de concentrateur, il est difficile de procéder
à la construction de la CEBC dans les zones humides avec de la machinerie lourde. En effet,
des problèmes liés à la faible capacité portante des rejets ainsi que des problèmes de
liquéfaction peuvent se poser. Pour y remédier, on peut accélérer la consolidation par drainage
ou surcharge, stabiliser les rejets en place (à l’aide d’additifs, par exemple) ou encore
construire un recouvrement temporaire qu’on pourra remplacer ultérieurement lorsque les
rejets seront moins compressibles.

Dans les secteurs situés plus au nord, où l’hiver amène des périodes de gel de plusieurs mois
(comme en Abitibi-Témiscamingue), on peut profiter du froid pour bénéficier d’une fondation
plus solide (Ricard et al., 1997). Cependant, si l’on a l’intention de procéder aux travaux de
construction en hiver, il est nécessaire de prévoir des mesures particulières, soit :

• l’enlèvement de la neige avant la mise en place de la première couche afin que les
rejets gèlent rapidement et aient ainsi une meilleure capacité portante;
• le choix et la mise en place de matériaux d’emprunt peu humides avant que le gel ne
les atteignent;
• l’enlèvement et le stockage des matériaux gelés qu’on ne peut mettre en place;
• la gestion de la glace et de la neige autant sur le parc à rejets que sur le site
d’excavation des matériaux de construction.

Il est également très important, autant pour la construction en période hivernale qu’en période
estivale, de procéder à un contrôle de qualité serré. Les paramètres à vérifier comprennent le
niveau de compactage, la teneur en eau, la granulométrie et l’épaisseur des couches. On se
fonde sur des des méthodes éprouvées en contrôle de qualité pour déterminer le nombre des
essais et leur localisation. Dans tout projet de ce genre, on devrait implanter un programme de
contrôle de la qualité afin de démontrer, au profit des propriétaires du site et de l’organisme
responsable (souvent le gouvernement), que les travaux sont bien conformes à l’ensemble des
spécifications.

224
Auscultation

Une fois la construction du recouvrement complétée, il est nécessaire de surveiller son


comportement afin d’évaluer s’il correspond aux objectifs de conception et de déceler toute
anomalie. L’auscultation du système de recouvrement devrait inclure la mesure en continu des
débits d’exfiltration et de la qualité du lixiviat évaluée à partir de tranchées de puits, de
piézomètres ou de lysimètres. On doit aussi examiner les tassements sur la couverture ainsi
que l’érosion des surfaces. Le comportement hydrique de la CEBC doit également faire
l’objet d’une évaluation. Pour ce faire, on prendra soin de mesurer régulièrement les teneurs
en eau volumiques et les succions dans les différentes couches, à l’aide d’instruments tels que
les sondes RDT ou à neutrons pour la teneur en eau volumique et les tensiomètres ou blocs à
senseurs de résistance pour la succion (figure 6.14).

La fréquence de lecture des mesures devra permettre de mettre au jour tout problème lié aux
conditions environnantes du site; on estime qu’une fréquence de mesure d’environ une fois
par mois est réaliste. Il y a d’autres paramètres qui méritent un suivi, comme les conditions
climatiques et le flux d’oxygène à travers la couverture. Pour obtenir plus de détails
concernant l’instrumentation et le suivi du comportement des CEBC, on peut consulter Yanful
et al. (1993b), Barbera (1996), Aubertin et al. (1997a ; 1999), Ricard et al. (1997). Des
informations additionnelles sur divers aspects reliés à l'analyse, la conception, la construction
et le suivi des recouvrements multicouches (incluant les CEBC) peuvent être obtenues en
consultant le site Web [Link]/enviro-geremi .

Au cours des dernières années, on a proposé des approches nouvelles pour prévenir ou réduire
la production de DMA de résidus miniers. Nous examinerons ici les recouvrements à
consommation d’oxygène, le remblayage et la densification de même que la désulfuration.

6.5.1 Recouvrements à consommation d’oxygène

225
La proposition d’utiliser des matériaux organiques pour prévenir la production de DMA date
d’un bon nombre d’années déjà (voir par exemple Reardon et Poscente, 1984). Le principe
des recouvrements constitués de matériaux organiques repose sur l’hypothèse selon laquelle la
couverture consomme l’oxygène avant qu’il n’atteigne les résidus miniers sulfureux. Des
matériaux de nature variable peuvent constituer ce type de recouvrement : entre autres, on a
étudié dans quelle mesure les résidus forestiers (Tassée et al., 1996), les résidus de désencrage
provenant d’usine de pâtes et papiers (Cabral et al., 1997) ainsi que la tourbe et les composts
(Pierce et al., 1994) peuvent entrer dans la composition d’un recouvrement à consommation
d’oxygène.

Mentionnons qu’en plus de consommer l’oxygène, ce type de recouvrement peut également


remplir en partie des fonctions traditionnellement associées à des recouvrements composés de
géosynthétiques ou de sols. En effet, les résidus forestiers, bien que plutôt perméables,
montrent néanmoins des capacités de rétention d’eau intéressantes. Un recouvrement fait de
résidus forestiers parvient donc à maintenir un degré de saturation élevé, ce qui limite
l’infiltration de l’oxygène. D’un autre côté, les résidus d’usines de désencrage ont une
conductivité hydraulique faible (entre 10-5 et 10-7 cm/s) qui limite l’infiltration de l’eau tout
en laissant libre cours à la consommation d’oxygène.

Comme nous le verrons dans le chapitre 13, il existe au moins un cas bien documenté de mise
en place d’un recouvrement à consommation d’oxygène sur un parc à rejets de concentrateur
générateur de DMA, soit le cas East Sullivan (Tassé et al., 1996). Depuis 1984, on dépose des
résidus forestiers (fragments d’écorces, billes de bois, panneaux de particules) et des boues
d’usine de traitement de la ville de Val d’Or sur le parc à rejets de concentrateur de 136 ha.
Les résultats obtenus jusqu’à présent indiquent une teneur en oxygène faible sous la
couverture organique. On remarque également la présence, dans la couverture organique, de
gaz secondaires tels le bioxyde de carbone, CO2, et le méthane, CH4, provenant des réactions
de dégradation de la matière organique. Malgré ces résultats intéressants, il est difficile de se
prononcer quant à l’efficacité de la couverture pour le site East Sullivan; en effet, l’eau
interstitielle des rejets est contaminée en raison de l’oxydation préalable des rejets au cours
des années qui ont précédé la mise en place de la couverture organique. Cette remarque
pourrait d’ailleurs s’appliquer à pratiquement tous les types de couvertures placées sur des
résidus oxydés.

Les recouvrements à consommation d’oxygène constitués de matières organiques pourraient


constituer une solution de remplacement intéressante aux méthodes traditionnelles de
prévention du DMA lorsque la matière première est disponible (SENES, 1994). Cependant, il
est essentiel de préciser certains points importants :

• la durée de vie de ce type de barrière (y compris l’épuisement de la stérile et les


risques d’incendie);
• la variabilité chimique et physique de la matière première;
• les critères de design (par exemple, l’épaisseur de la couverture en fonction de la
matière organique utilisée);
• la contamination organique du lixiviat.

6.5.2 Remblayage et densification

Ce n’est pas d’hier que l’on retourne les rejets miniers (roches stériles et rejets du
concentrateur) sous terre. Cette approche a toutefois connu un essor avec l’avènement de la

226
technologie du remblai en pâte, développée dans les années 1970. Le remblai en pâte est un
mélange des rejets de concentrateur (sans classification granulométrique) avec un ou des
agents liants tels que le ciment Portland, les laitiers (résidu minéral de la préparation de la
fonte dans les hauts fourneaux) et les réactifs pouzzolaniques. Une fois que les rejets de
concentrateur atteignent le pourcentage de solides voulu (on utilise habituellement des filtres
pour les densifier), on les mélange avec le liant pour ensuite pomper la mixture sous terre
dans les chantiers exploités. Cette technique permet d’utiliser le chantier remblayé comme
pilier secondaire pour l’extraction du minerai restant. En plus de son utilité à des fins
d’exploitation, le remblai en pâte permet de réduire la quantité de résidus à stocker en surface
(il est possible de retourner sous terre environ 50 à 60 % des rejets de concentrateur). Lorsque
ces résidus (rejets de concentrateur) sont générateurs de drainage minier acide (DMA), les
coûts de restauration se trouvent réduits puisque la surface perturbée par les aires de stockage
est moins grande. Nous verrons plus en détail dans le chapitre 8 l’utilisation du remblai en
pâte dans les mines souterraines et ses caractéristiques (voir aussi Hassani et Archibald,
1998).

Au cours des dernières années, on a émis une proposition à l’effet qu’on pourrait utiliser le
remblai en pâte pour un entreposage en surface. Pour ce faire, on pomperait la pâte jusqu’à
l’aire d’accumulation pour ensuite la mettre en place. Les principaux avantages
environnementaux de cette nouvelle approche sont (Cincilla et al., 1997) :

• la réduction de la surface perturbée, puisque les résidus ont une plus haute densité de
pulpe (entre 70 et 85 % comparativement à 30 à 60 % pour les méthodes
conventionnelles);
• après curage du remblai, l’eau disponible dans les rejets est très limitée et sa
conductivité hydraulique est de l’ordre de 10-7 cm/s, ce qui signifie que la quantité
d’eau qui peut s’écouler à travers la masse est réduite;
• le volume d’eau résultant est beaucoup plus faible (il n’y a pas d’étang dans l’aire
d’accumulation);
• l’ajout d’agent liant à fort pouvoir acidivore peut permettre de neutraliser en partie
l’acide produit par l’oxydation des minéraux sulfureux.

Malgré ces avantages, certaines interrogations demeurent quant à l’application de cette


nouvelle approche.

• Qu’en est-il de la pompabilité sur de grandes distances d’une pâte ayant un


pourcentage solide aussi élevé?
• Que sait-on de la résistance du remblai en pâte aux conditions climatiques
(particulièrement aux cycles de gel-dégel et de mouillage-séchage)?
• À combien peuvent s’élever les coûts liés à l’implantation de cette technologie?

6.5.3 Désulfuration

Nous avons vu précédemment dans ce chapitre qu’une façon de prévenir le problème de la


génération de DMA provenant de résidus miniers sulfureux consiste à séparer les minéraux
sulfureux de la gangue et à les entreposer séparément. Pour les rejets de concentrateur (cette
technique ne s’applique pas aux stériles à l’heure actuelle), on procède à la séparation au
moyen de procédés minéralurgiques tels que la flottation ou la séparation gravimétrique à la
fin du procédé minéralurgique d’extraction (Humber, 1995; Bussière et al., 1995; 1998a).
Comme les minéraux sulfureux ne représentent qu’une fraction des rejets (pouvant varier

227
entre 0 et 70 %), la séparation produit deux fractions distinctes, soit une fraction stérile
désulfurée (qui serait non génératrice de DMA) et un concentré de sulfure (très générateur
d’acide).

La désulfuration réduit le volume de résidus problématiques, mais n’élimine pas


complètement ces résidus. Il faut donc se préoccuper de la prévention de la formation de
DMA par le concentré de sulfure. Pour éviter des problèmes environnementaux liés à la
génération d’acide du concentré de sulfure, on peut :

• retourner sous terre le concentré de sulfure sous forme de remblai en pâte (si on juge
ses caractéristiques adéquates) ;
• gérer de façon séparée dans le parc à résidus les deux fractions produites par la
désulfuration.

Les techniques de prévention usuelles telles que les recouvrements en eau, les recouvrements
en géosynthétiques ou en sols visant à limiter l’infiltration d’eau ou les CEBC visant à limiter
l’infiltration des gaz conviennent toutes à la prévention de la génération d’acide du concentré
de sulfure. Pour limiter les coûts liés à cette prévention, il est possible d’utiliser la fraction
non génératrice des rejets de concentrateur provenant de la désulfuration comme composante
de la couche D d’une CEBC (Bussière et al., 1997a, 1998a). Puisqu’on réduit au minimum les
coûts de transport relatifs à cette couche, il en résulte une diminution de 10 à 30 % des coûts
globaux de construction de la CEBC.

Les principaux avantages qu’offre cette approche incluent :

• une réduction du volume de résidus problématiques (ou générateurs de DMA)


entreposés en surface (cette réduction est encore plus significative si on retourne sous
terre le concentré de sulfure sous forme de remblai en pâte) ;
• la possibilité de réutiliser les résidus de la fraction désulfurée comme matériau de
construction pour une CEBC ou pour des digues ;
• la réduction, dans certains cas, des coûts globaux de restauration ;
• la récupération possible de métaux (Au, Cu, Zn, ou autres) contenus dans le concentré
de sulfures ;
• une réduction des problèmes environnementaux potentiels après la fermeture de la
mine.

En ce qui concerne les principales limites à l’application de la désulfuration, on peut noter :

• la difficulté de produire une fraction stérile non génératrice de DMA lorsque le rejet
contient un fort pourcentage de minéraux sulfureux et un faible pourcentage de
minéraux acidivores;
• des coûts de désulfuration élevés dans certains cas;
• la gestion séparée des deux résidus (concentré de sulfure et fraction stérile) de la
désulfuration peut entraîner des frais supplémentaires.

Cette technique, comme plusieurs autres, fait actuellement l’objet de recherches soutenues
(voir le site Web [Link]/enviro-geremi .

228
Une fois le minerai extrait de la roche mère, à la mine, il faut récupérer les valeurs
commerciales qu’il contient. Dans le cas des exploitations de métaux précieux ou de métaux
de base, on transporte habituellement la roche concassée, extraite du gisement, jusqu’à l’usine
de traitement; cette dernière comprend des équipements permettant de broyer finement le
minerai et d’en extraire, à l’aide de procédés minéralurgiques, les minéraux ayant une valeur
économique (en grande partie du moins). On peut également faire appel, dans certaines usines
de traitement du minerai à des procédés métallurgiques (surtout des procédés
hydrométallurgiques). Une autre méthode de traitement du minerai possible est la technique
de lixiviation appliquée in situ (ou lixiviation en tas). Le procédé de traitement utilisé pour
concentrer les minéraux ou pour extraire les métaux précieux peut modifier les
caractéristiques des rejets liquides et, par le fait même, la qualité de l’environnement. Ces
effets sont en partie reliés à l’utilisation de produits chimiques ayant un certain degré de
toxicité à l’usine de traitement.

Dans ce chapitre, nous présenterons succinctement les principaux problèmes


environnementaux liés à la concentration du minerai et à l’extraction des métaux dans les
usines de traitement minéralurgique, souvent appelées " moulin " ou " concentrateur ". Nous
ferons d’abord une brève description des principaux procédés d’extraction des métaux, en
indiquant les divers agents chimiques qu’ils font intervenir. Nous nous attarderons par la suite
sur la toxicité des agents chimiques les plus fréquemment utilisés dans les usines de
traitement du minerai, en mettant l’accent sur les cyanures, qui sont les composés présentant
le plus de danger. Enfin, nous aborderons la question de la gestion de l’eau ainsi que les
méthodes de traitement existantes pour éviter la contamination de l’environnement par les
cyanures.

Afin de récupérer les métaux inclus dans la roche mère, on doit faire subir différents
traitements au minerai extrait de la mine. Dans un premier temps, il est nécessaire de broyer la
roche pour obtenir de fines particules et, ce faisant, libérer de la gangue les minéraux
contenant les métaux ayant une valeur commerciale (Cu, Zn, Au ou autres). On peut recourir
à différents types de concasseurs et de broyeurs pour atteindre la finesse granulométrique (ou
texture) désirée, qui favorisera une récupération des métaux optimale. Parmi les types de
concasseurs, on peut mentionner les concasseurs à mâchoires, à cônes et giratoires. Quant aux
broyeurs, on peut citer les broyeurs à boulets, à barres, autogènes et semi-autogènes.
Habituellement, on insère dans le procédé une étape de classification (en utilisant des
hydrocyclones, par exemple) annexée aux broyeurs, ce qui permet d’homogénéiser la
granulométrie de l’alimentation et de la sortie. Le lecteur trouvera plus de détails sur ces
procédés et équipements ainsi que plusieurs références pertinentes dans les ouvrages cités
plus loin (e.g. SME, 1985 ; Wills, 1997).

Une fois le minerai broyé à la granulométrie désirée, on procède à la récupération proprement


dite. Pour certains types de gisement, il est nécessaire de concentrer le minerai contenant les
éléments ayant une valeur économique (par exemple, la sphalérite pour le zinc, la chalcopyrite
pour le cuivre) avant de passer à l’étape de la récupération des métaux par des procédés
métallurgiques (par exemple, pyrométallurgie, hydrométallurgie). Cette étape de
concentration s’effectue généralement sur le site de l’opération minière ou à proximité au
moyen de procédés minéralurgiques. Pour certains minerais, il arrive qu’on puisse omettre
cette étape ; on procède alors directement à la récupération des métaux à partir du minerai
broyé, sans passer par la phase de concentration. Dans la plupart des mines exploitées au

229
Canada, on retrouve une étape de concentration du minerai dans les exploitations de métaux
de base et dans certaines exploitations de métaux précieux. La récupération directe, à partir du
minerai broyé, se fait principalement dans les opérations minières de métaux précieux (or
et/ou argent) lorsque ces métaux se retrouvent autant dans les sulfures que dans la gangue.

Certaines techniques de concentration et d’extraction exigent l’utilisation de produits


(réactifs) chimiques. Ces produits peuvent être ajoutés aux différents stades du procédé. On
peut, par exemple, ajouter les réactifs pendant le broyage ou un peu plus tard durant les étapes
de concentration ou d’extraction. Ces réactifs peuvent servir à obtenir différents résultats, tels
que la baisse ou la hausse du pH, la dissolution de certains métaux, la formation de surfaces
hydrophobes ou hydrophiles, la formation d’une mousse dense, etc. Pour permettre de mieux
saisir la nature des produits utilisés, nous présentons dans les articles qui suivent certaines des
techniques les plus couramment employées pour la concentration ou l’extraction des métaux
ainsi que les principaux produits chimiques utilisés.

7.2.1 Usine de traitement pour les métaux de base

Comme nous l’avons mentionné précédemment, diverses techniques permettent de concentrer


les minéraux exploités pour leur valeur économique (c.-à-d. contenant les métaux de base) à
partir du minerai broyé. La technique la plus connue et la plus utilisée au Québec et au
Canada est sans doute la flottation, qui consiste à flotter les particules hydrophobes. Bien que
beaucoup de particules soient naturellement hydrophobes, dans la plupart des cas, on leur
impose cette propriété à l’aide de produits chimiques appelés collecteurs (ou agents
collecteurs) . Une fois ainsi " hydrophobisées ", les particules de minéraux adhèrent à la
surface de bulles d’air générées de façon contrôlée, à l’aide d’un mouvement mécanique ou
avec de l’air injecté, à l’intérieur d’un équipement conçu à cet effet. Cet équipement se
compose habituellement d’une cellule ou d’une colonne de flottation. On peut voir une
représentation schématique du phénomène de la flottation à la figure 7.1.

230
Pour rendre optimales les conditions de la flottation (au regard de Eh, du pH, des
concentrations en ions, etc.) et pour engendrer les interrelations solide-liquide-gaz désirées,
on utilise différents agents chimiques tels les collecteurs, les déprimants, les moussants, les
activants, les floculants et les régulateurs de pH (acides et bases).

D’autres techniques peuvent également servir à récupérer les minéraux, soit les méthodes
gravimétriques, la séparation par milieux denses, la séparation magnétique et la séparation
électrique (Wills, 1997). Les techniques par milieux denses peuvent mettre en jeu l’utilisation
de liquides (solvants organiques) ou de suspensions (ferrosilicium ou magnétite) ayant une
certaine toxicité. Les autres techniques exploitent plutôt les propriétés physiques des
minéraux (susceptibilité magnétique, densité, dureté, etc.) dans le but de les séparer de la
gangue; comme il n’y a pas d’agents chimiques présents en quantité notable, ces techniques
entraînent peu d’effets environnementaux. Encore une fois, le lecteur trouvera plus de détails
sur les méthodes de séparation minéralurgique dans la littérature citée, notamment dans les
ouvrages produits par SME (1985) et Wills (1997).

7.2.2 Usine de traitement pour les métaux précieux

Lorsque l’or est très finement disséminé dans le minerai ou lorsqu’il n’est pas complètement
libéré des minéraux qui le contiennent (sulfures, quartz, etc.), la séparation par gravimétrie
n’est pas une méthode assez efficace pour atteindre de bons rendements au regard de la
récupération. Dans ces cas, il faut avoir recours à des méthodes hydrométallurgiques
consistant à dissoudre l’or. Parmi ces méthodes, on utilise fréquemment la cyanuration.

La capacité du cyanure à dissoudre l’or est une propriété connue depuis fort longtemps;
d’ailleurs, cette caractéristique est devenue, sous des formes diverses, le fondement de
plusieurs méthodes largement utilisées encore de nos jours pour récupérer le métal précieux.
La récupération de l’or à partir de solutions enrichies au cyanure se fait en principe suivant un
des trois procédés suivants : 1) Merril-Crowe; 2) charbon en pulpe (carbon in pulp ou CIP);
3) charbon en lixiviation (carbon in leach ou CIL). Dans ces trois procédés, la mise en
solution de l’or se fait par un mécanisme de lixiviation, qu’on peut décrire par l’équation
d’Elsner (pour le cyanure de calcium) :

(7.1)

Pour les autres types de cyanure (cyanure de potassium et de sodium), les réactions de
complexation de l’or peuvent s’exprimer à partir des équations suivantes :

(7.2)

(7.3)

Dans le procédé conventionnel Merril-Crowe, la solution enrichie (qui contient l’or dissous)
est séparée des solides par épaississement ou filtration de la pulpe, puis clarifiée lors d’un
passage dans des filtres à sable ou à plaques. On élimine l’oxygène de la solution enrichie en
créant un vide (c.-à-d. une pression gazeuse négative) et on ajoute par la suite de la poudre de
zinc pour faire précipiter l’or. Les précipités d'or ainsi formés sont séparés de la solution au
moyen de filtres (filtre-presse ou filtres à plaques) d’où ils sont enlevés périodiquement pour
être fondus et coulés en lingots.

231
Dans le procédé CIP, la solution enrichie est transférée, après la cyanuration conventionnelle,
dans un circuit d’adsorption de l’or, qui comprend plusieurs cuves agitées en série. On
introduit la solution à une extrémité puis on verse du charbon activé à l’autre extrémité, lequel
s’écoule à contre-courant. En raison de sa capacité d’adsorption, le charbon activé attire l’or
contenu dans la solution enrichie. Le charbon utilisé possède une granulométrie bien calibrée,
et il peut être séparé de la solution à l’aide de tamis. Une fois le charbon chargé en or, on le
retire du circuit d’adsorption pour ensuite l’envoyer dans le circuit d’extraction où une
solution concentrée en cyanures et en soude vient détacher l’or du charbon (procédé appelé
élution). Pour récupérer l’or en solution, on se sert d’une poudre de zinc ou on procède par
électrolyse. Le charbon, régénéré par lavage acide, chauffage et broyage par attrition, est
réutilisé. On emploie presque exclusivement du charbon de noix de coco en raison de sa
résistance à l’abrasion et de sa capacité d’adsorption et de régénération. On peut voir un
exemple schématique de procédé de traitement de type CIP à la figure 7.2.

Le circuit du procédé CIL diffère relativement peu du circuit CIP. La différence est l’ajout
direct du charbon au circuit de lixiviation du cyanure; les phases de lixiviation et d’adsorption
se produisent ainsi en même temps que le procédé CIL. Cette façon de faire élimine le besoin
d’un circuit d’adsorption séparé, mais réduit la souplesse opérationnelle. Le choix du circuit
dépend des caractéristiques du minerai, et il y a parfois lieu de procéder à des essais à
l’échelle pilote pour effectuer le choix final.

7.2.3 Lixiviation en tas

La lixiviation en tas consiste à arroser un empilement de minerai avec des produits chimiques
qui vont dissocier les minéraux de valeur contenus dans la roche concassée lors de leur
percolation dans les pores du matériau. L’empilement est mis en place sur une fondation
formée de matériaux imperméables (ou très peu perméables), ce qui permet la récupération du
lixiviat en aval de l’écoulement à travers le minerai. Le lixiviat est par la suite traité afin de
récupérer les métaux. Même si le taux de récupération des métaux est généralement plus

232
faible avec cette technique (SME, 1985), les faibles coûts d’exploitation peuvent compenser
et rendre cette technologie plus avantageuse que les procédés en usine, dans certaines
conditions. On a surtout recours à la lixiviation en tas pour les minerais à faible teneur,
lorsque les conditions climatiques sont favorables. Les facteurs pouvant affecter la
performance de la technique incluent la conductivité hydraulique des matériaux de
l’empilement, la température, les précipitations, la présence de bactéries acidophiles (capables
d'oxyder les sulfures métalliques), la formation de précipités de même que la présence de
minéraux acidivores ou acidogènes, qui peuvent modifier le pH durant la percolation.

La lixiviation en tas est depuis longtemps en usage pour les minerais de cuivre. Depuis
quelques années, on utilise également cette technologie pour les minerais d’or et d’uranium
(Jackson, 1986; EPA, 1994). En 1998, la plus grosse installation de biolixiviation au monde
(au Ghana) traitait quotidiennement environ 1000 tonnes de concentré de pyrite à faible teneur
en or (Zagury et al., 2001). Comme solutions servant d’agents de dissolution des minéraux
exploités, on retrouve principalement l’acide sulfurique (pour solubiliser le cuivre et
l’uranium) et le cyanure (pour l’or). Dans les mines d’uranium, il arrive aussi que l’on
favorise l’oxydation par l’injection d’oxygène et par l’ajout d’une solution de carbonate-
bicarbonate de sodium. On choisit parfois d’autres réactifs pour la lixiviation en tas; ces
réactifs sont essentiellement les mêmes que ceux qu’on emploie dans les usines de traitement
de minerai de métaux de base et de métaux précieux.

Certains produits requis par les procédés minéralurgiques peuvent avoir des incidences sur
l’environnement. À cet égard, le cyanure est sans doute celui qui représente le plus grave
problème en ce qui concerne la toxicité des agents chimiques utilisés dans les procédés de
récupération des métaux, et nous lui réservons une analyse distincte dans le texte qui suit.

7.3.1 Agents chimiques utilisés pour la concentration

Dès que les étapes de concentration sont terminées, la pulpe contenant les rejets solides du
concentrateur (c.-à-d. la gangue) est pompée jusqu’au parc à résidus miniers. L’eau imbibée
dans la pulpe peut être acide, neutre ou basique, et elle peut contenir différents contaminants
organiques et inorganiques. Comme nous l’avons mentionné dans la section précédente, les
principaux contaminants provenant de la concentration du minerai sont les collecteurs, les
déprimants, les moussants, les activants, les floculants et les modificateurs de pH (acides et
bases). Chacun de ces agents de traitement peut avoir une certaine toxicité, et il convient de
prendre cet aspect en compte lors de la sélection des produits chimiques utilisés et aussi au
moment de choisir la méthode de disposition la plus appropriée.

En ce qui concerne les agents collecteurs, les principaux types que l’on retrouve sur le marché
sont les xanthates et les dithiophosphates. Hawley (1974) a rapporté différents niveaux de
toxicité pour les xanthates, représentés par des valeurs de TLm (tableau 7.1).

Ce paramètre correspond à la concentration pour laquelle le taux de mortalité des poissons


soumis aux bio-essais est de 50 % pour une durée d’exposition de 96 heures. Les valeurs
incluses dans le tableau 7.1 donnent une indication de la toxicité, mais elles ne reflètent pas
nécessairement la toxicité réelle in situ, puisque divers autres facteurs peuvent affecter le taux
de mortalité (par exemple, la dureté de l’eau et la présence simultanée d’autres contaminants
affectent le taux de mortalité pour une concentration donnée). Les valeurs du tableau 7.1
indiquent néanmoins que différents types de collecteurs induisent différents niveaux de
toxicité.

233
Hawley (1974) a également étudié la toxicité des agents moussants; ces agents visent à
produire une mousse durable et stable servant à extraire les minéraux devenus hydrophobes
lors de la flottation. Les principaux types d’agents moussants sont les huiles de pin, les acides
crésyliques et les méthyle-isobutyle-carbinol (Anon., 1987). Les principaux résultats des
essais de toxicité sont présentés au tableau 7.2; à nouveau, on constate que divers agents
induisent différentes toxicités.

234
En ce qui concerne les agents modificateurs de pH, les déprimants et les activants utilisés
dans les usines de traitement du minerai, on retrouve certains résultats d’essais de toxicité au
tableau 7.3.

On remarque encore une fois, à partir des données montrées ici, que les niveaux de toxicité de
ces divers agents diffèrent de façon importante. Enfin, pour ce qui est des agents floculants (et
coagulants), également utilisés pour le traitement des eaux (voir section 5.7), les travaux du
même auteur ont montré qu’en général la toxicité de ces produits était relativement faible
(tableau 7.4).

Ces données ne sont bien sûr pas exhaustives, et plusieurs autres produits disponibles sur le
marché entrent dans les divers traitements minéralurgiques (e.g. Melis, 1998; Senes, 1999).
Les résultats indiqués dans les tableaux précédents montrent néanmoins que certains agents
chimiques employés dans les procédés de traitement du minerai ont une toxicité significative
et peuvent avoir des effets nocifs sur l’environnement. Il convient toutefois de rappeler que
les effets sur l’environnement (chapitre 4) dépendent également de la persistance des produits
chimiques. Or, plusieurs réactifs, tels les collecteurs et les moussants, se dégradent assez
rapidement dans le temps. Par exemple, certains de ces produits se décomposent en CO2 et en
H2O par l’intermédiaire de l’auto-oxydation (réaction chimique) ainsi que par l’action des
micro-organismes (oxydation microbiologique). Ainsi, si le temps de rétention est adéquat et
que les phénomènes de dégradation ont le temps d’opérer, la concentration en agents réactifs
pourra s’abaisser suffisamment pour ne pas causer de tort à l’environnement. Cette propriété
joue un rôle dans le choix des réactifs.

235
Il est également utile de mentionner que les concentrations en réactifs dans les pulpes, à
l’usine de traitement du minerai, sont en général plutôt faibles, particulièrement lorsque les
procédés sont optimisés (Barbery, 1981). Par exemple, on estime qu’après la flottation, à la
sortie de l’usine de traitement, la concentration en collecteurs de type xanthate ou
thiophosphate ne serait que d’environ 0,1 mg/L. À ce niveau de concentration, peu de
collecteurs sont toxiques (tableau 7.1).

En ce qui concerne les autres agents réactifs (moussants, modificateurs de pH, etc.), les
concentrations retrouvées à l’effluent final sont souvent de l’ordre du dixième de milligramme
par litre, donc relativement peu toxiques en général. En outre, lorsque le temps de rétention
dans les bassins est assez long, la dégradation naturelle réduit encore davantage la
concentration et peut ramener celle-ci à des niveaux qui n’ont pas d’incidences
environnementales importantes.

7.3.2 Cyanures

Nous avons mentionné dans une section précédente que le cyanure est un produit
fréquemment utilisé dans les mines du Québec et du Canada pour extraire les métaux précieux
qui deviennent solubles en présence de composés de CN (e.g. Ritcey, 1989; Broughton et
Mehling,1989; Soto et al., 1996). On recourt également à des composés cyanurés pour
déprimer certains minéraux dans les procédés de flottation. Malgré son efficacité, qui le rend
très attrayant, il faut garder à l’esprit que le cyanure peut avoir un potentiel de toxicité élevé,
notamment en raison du fait que le cyanure entrave l’action des enzymes qui aident les
cellules à capter l’oxygène chez les organismes vivants. Lorsque ces cellules ne parviennent
plus à capter l’oxygène, elles passent à un mode d’action anaérobique qui produit de l’acide
lactique. L’accumulation d’acide lactique et le manque d’oxygène entraînent alors, à plus ou
moins brève échéance, la détérioration et la mort des cellules.

Le potentiel de toxicité du cyanure varie cependant selon la forme dans laquelle il se présente.
Dans les pulpes issues des usines de traitement du minerai, on retrouve essentiellement deux
formes de cyanures : les ions cyanures complexes et les ions cyanures libres (CNL). La
toxicité d’un effluent est en majeure partie déterminée par la quantité d’ions cyanures libres
(CN-,HCN). L’ion H+ réagit avec l'ion CN- pour produire du HCN. Cette réaction sera
principalement contrôlée par le pH de la solution; plus le pH sera acide, plus il y aura
production de HCN qui est volatil. À pH faible, les ions complexes de cyanure peuvent se
dissocier et produisent des ions libres (CN-) qui réagissent avec les ions H+ pour générer du
HCN.

On peut voir dans le tableau 7.5 des résultats d’essais de toxicité réalisés sur des effluents
miniers contenant des cyanures. Le paramètre T50 correspond au temps (en heures) requis
pour atteindre un taux de mortalité des poissons (bio-essais) de 50 % dans l’eau.

236
Comme on peut le constater, le temps de survie des poissons est fortement dépendant de la
concentration en cyanure.

Le tableau 7.6 montre d’autre part une classification des composés cyanurés au regard de la
stabilité des composés dans l’eau (voir aussi : Weiner, 1975; Maës, 1977; Brickell, 1981;
Leduc et al., 1983; Howe, 1984; Ritcey, 1989; Soto et al., 1996).

Cette stabilité donne une indication de la tendance d’un composé à se dissocier en cyanures
libres et, éventuellement, en HCN (les formes considérées comme les plus toxiques). Les
composés cyanures-métaux faibles (avec Cd, Cu, Ni, Zn) sont appellés «WAD» (Weak-Acid-
Dissociables), alors que les complexes cyanures-métaux forts (avec Co, Au, Fe, Hg) sont
appelés «SAD» (Strong-Acid-Dissociables). La toxicité des différents types de composés de
cyanure dépend beaucoup de la nature des ions, comme on peut le voir au tableau 7.7; on y
utilise le paramètre T50 pour évaluer quantitativement la toxicité des cyanures.

237
Tout comme pour la plupart des réactifs utilisés dans les usines de traitement du minerai, les
cyanures ont la capacité de se dégrader naturellement lorsqu’ils séjournent assez longtemps à
l’air libre (surtout s’ils sont exposés à la lumière). L’évaporation de l’acide cyanhydrique
(HCN) est le principal mécanisme de dégradation des cyanures (ce phénomène est
quelquefois appelé volatilisation). Pour que le phénomène soit efficace, il faut s’assurer
d’abaisser le pH de l’eau (initialement alcalin), ce qu’on peut faire de façon naturelle par
l’absorption du CO2 atmosphérique. Lorsque la valeur du pH est près de la neutralité, les
composés de cyanure auront tendance à se dissocier en ions CN- qui, à leur tour, se
volatiliseront sous forme de HCN. On estime qu’environ 95 % du cyanure se trouve sous la
forme HCN lorsque le pH est de 7,5 (Anon., 1987). On peut résumer les réactions chimiques à
la base du phénomène de volatilisation de la façon suivante :

(7.4)
(abaissement naturel du pH)

(7.5)
(dissociation des composés de cyanure)

(7.6)
(volatilisation sous forme de HCN gazeux)

La dissociation des composés de cyanure est également fonction du temps, et elle est
accélérée lorsque l’eau est exposée à la lumière ultraviolette UV (ce qui contribue à la
dégradation naturelle des cyanures). D’autres facteurs influent sur le taux de volatilisation des
cyanures, y compris la température du milieu, le rapport superficie exposée / profondeur (on
cherche un rapport élevé) et l’aération de l’eau.

Même si la volatilisation est de loin le mécanisme le plus important, on peut également


effectuer la réduction des concentrations en cyanures dans les eaux de mine au moyen

238
d’autres processus, notamment la photodécomposition, la biodégradation, la précipitation de
complexes peu solubles, l’adsorption sur des particules solides et la transformation lente en
cyanates, bicarbonates et ammoniac. Dans plusieurs mines québécoises et canadiennes, la
dégradation naturelle est la principale méthode de traitement des effluents cyanurés. Des
travaux récents ont également montré le potentiel important d'atténuation naturelle des
cyanures dans les résidus miniers solides, suite à l'activité bactérienne (Oudjehani et al.,
2002). Cependant, lorsque cette méthode ne permet pas d’atteindre les critères
environnementaux, on doit faire appel à d’autres méthodes de traitement des effluents. Nous
traiterons de cet aspect plus loin (section 7.4).

La décharge d’effluents dans les eaux de surface est réglementée au Québec, ailleurs au
Canada et dans pratiquement tous les pays. Cette réglementation vise à prévenir les effets
néfastes que pourraient avoir des concentrations trop élevées de certains composés chimiques
dissous et en suspension (chapitre 2). Au Québec, les normes à respecter dans ce domaine
sont régies par la directive 019 du ministère de l’Environnement du Québec (MEQ), qui fixe
la teneur tolérée pour la plupart des espèces chimiques en milieu aqueux.

Lorsque les concentrations en contaminants dans l’effluent dépassent les normes prescrites, il
y a lieu de mettre en place des procédés de traitement à l’amont de l’effluent final (section 5.7
pour les eaux acides; section 7.4). Ces procédés représentent toutefois des coûts qui peuvent
s’avérer importants.

Compte tenu de ces facteurs et des principes énoncés plus tôt dans ce document, il n’est pas
surprenant d’observer un accroissement du recyclage de l’eau dans l’industrie minière de nos
jours, tant pour la préservation de l’environnement que pour des raisons d’approvisionnement
et d’économie. Le recyclage, total ou partiel, des eaux, qui permet de réduire la charge de
contaminants à l’effluent final, représente une partie de la solution pour réduire les effets
nuisibles sur l’environnement des eaux résiduelles des usines de traitement du minerai.

Le recyclage consiste essentiellement à utiliser les eaux d’exhaure de la mine plutôt que de
l’eau fraîche pour différentes opérations, telles que les travaux de forage, de remblayage, de
rabattement de poussières et de concentration du minerai (chapitre 3). Certains problèmes
peuvent cependant survenir lorsque l’on utilise des eaux usées plutôt que des eaux propres :
baisse de récupération des métaux au moulin, perte de résistance des remblais souterrains,
endommagement des équipements mécaniques, etc. Un bon contrôle des temps de séjour et
certains traitements primaires de l’eau contaminée permettent en général de réduire les effets
négatifs associés à la recirculation de l’eau usée. C’est ce qui explique que cette pratique soit
aujourd’hui très répandue; par exemple, selon les bilans de l’Association minière du Québec
(AMQ) et du ministère des Ressources naturelles (MRNQ) produits au cours des années 1990,
le taux de recyclage moyen de l’eau dans les mines a enregistré une augmentation importante
au fil des années. Autrement dit, les exploitations minières ont réduit la consommation d’eau
fraîche et la quantité de contaminants liquides rejetés dans l’environnement (tableau 7.8).

239
Lorsque la dégradation naturelle ne permet pas de réduire suffisamment les concentrations en
cyanures à l’effluent final (sous l'effet des rayons UV et du CO2 compris dans l'air), on a
recours à des méthodes de traitement des eaux. Parmi les procédés les plus courants dans
l’industrie, on reconnaît le procédé SO2-Air d’INCO, le procédé SO2 de Noranda, la
chloration alcaline, le procédé par peroxyde d’hydrogène et la méthode AVR. Il existe
également d’autres méthodes, moins connues et moins utilisées; mentionnons le procédé
Hemlo, l’ozonation, le procédé au sulfure de fer, la précipitation au bleu de Prusse,
l’oxydation bactérienne, les procédés par absorption, les procédés électrolytiques et les
procédés de conversion du cyanure sous une forme moins toxique. Nous ne présenterons pas
ces dernières techniques dans le cadre du présent document, mais le lecteur intéressé pourra
trouver de l’information à ce sujet dans la littérature pertinente (e.g. Ritcey, 1989; EPA, 1994;
Young et Jordan, 1995; Soto et al., 1996; Senes, 1999). Dans les paragraphes qui suivent,
nous faisons une brève description des procédés usuels.

7.5.1 Procédé SO2-Air d’INCO

Parmi les méthodes les plus souvent utilisées pour le traitement des eaux cyanurées, on
retrouve le procédé SO2-Air d’INCO. En 1990, on dénombrait 23 mines canadiennes et 5
mines américaines qui utilisaient ce procédé, développé au début des années 1980, qui
consiste à oxyder les cyanures en cyanates (beaucoup moins toxiques) à l’aide d’un mélange
d’air et de dioxyde de soufre (c.-à-d. air avec 2 à 5 % de SO2). Le dioxyde de soufre est ajouté
dans le réservoir de mélange, sous une forme liquide soit de bisulfite de sodium (Na2SO3),
soit de métabisulfite de sodium (Na2S2O5), ou encore à l’état de SO2 gazeux (Ritcey, 1989;
Deviryst et al.,1991). On injecte également de l’air dans le réservoir en guise de source de O2.
Le pH de l’effluent est contrôlé par l’ajout de chaux; le pH visé se situe habituellement entre 8
et 10. Il arrive que l’on ajoute du cuivre pour catalyser la réaction. Le cuivre permet de faire
précipiter les complexes cyanure-fer sous forme de ferrocyanure cuivrique. Les principales
réactions chimiques associés au procédé SO2-Air d’INCO peuvent s’écrire de la façon
suivante :

(7.7)
(oxydation du cyanure)

(7.8)
(précipitation des complexes cyanure-fer)

Pour éliminer 1 kg de cyanure, on estime qu’il faut utiliser environ de 4 à 8 kg de SO2, de 1,5
à 5 kg de chaux et de 0,2 à 0,4 kg de CuSO4. Ce besoin en réactifs engendre des coûts de
traitement d’environ 7 à 8 $/kg de cyanure éliminé (Soto et al., 1996). Ce coût comprend
aussi les redevances payables à la compagnie INCO pour l’utilisation de ce procédé breveté.

Le procédé SO2-Air d’INCO serait particulièrement efficace pour éliminer les cyanures totaux
(Anon., 1987), présents dans le pulpe de résidus. Certains résultats obtenus dans diverses
mines canadiennes apparaissent au tableau 7.9.

240
On peut aussi voir à la figure 7.3 un schéma de traitement de l’eau cyanurée à l’aide du
procédé SO2-Air.

7.5.2 Procédé SO2 de Noranda

La compagnie Noranda a fait breveter un autre procédé au dioxyde de soufre qui sert à traiter
les eaux cyanurées (Ferguson et Walker, 1985). Ce procédé se distingue de celui d’INCO par
le fait que l’on emploie du SO2 pur sans injection d’air dans la cuve de mélange pour
l’oxydation. Le pH optimal pour ce procédé se situerait entre 7 et 9. On ajoute également du
sulfate de cuivre pour activer la réaction. À la mine Golden Giant de Noranda, ce procédé
aurait permis de réduire les concentrations en cyanures totaux de 50 mg/L à 0,1 mg/L, ce qui
représente une efficacité de 99,8 % (Anon, 1987). La figure 7.4 représente schématiquement
le procédé utilisé à cette opération. Ce procédé est employé moins fréquemment que le
procédé développé par INCO.

241
7.5.3 Procédé au peroxyde d’hydrogène

Une première version de ce procédé (appelée Kastone) a été développée au milieu des années
1970 par la compagnie Dupont. La technique consistait alors à oxyder le cyanure en cyanates
à l’aide d’un mélange de peroxyde d’hydrogène (H2O2), de formaldéhyde et de cuivre, dans
une solution au pH variant entre 8,5 et 10 (Smith et Mudder, 1991). Ce n’est toutefois qu’à
l’avènement du procédé Degussa qu’on a porté un intérêt véritable à l’utilisation du H2O2
pour le traitement des eaux cyanurées. Comme dans le procédé SO2-Air d’INCO, les cyanures
libres et les composés métallocyanures, moins stables que les cyanures de fer, sont
transformés en cyanates par une réaction d’oxydation qui s’opère à un pH supérieur à 9,5 et
qui est catalysée par des ions de cuivre. Quant aux cyanures de fer et autres complexes plus
stables, ils sont précipités par le cuivre. Les réactions chimiques à la base de ce procédé
peuvent être décrites de la façon suivante :

(7.9)
(oxydation du cyanure libre)

(7.10)
(oxydation d’un composé de cyanure faible)

(7.11)
(précipitation des complexes cyanure-fer)

242
Le procédé au peroxyde d’hydrogène est particulièrement efficace pour réduire les
concentrations en complexes cyanurés faibles (WAD) dans l'eau. Le temps de traitement des
eaux est cependant cinq fois plus long qu’avec le procédé SO2-Air d’INCO, et ce pour des
frais d’opération estimés de 7 à 12 $/kg de cyanure éliminé. On présente au tableau 7.10
certains résultats qui illustrent les performances du procédé au peroxyde d’hydrogène pour
trois mines canadiennes.

On retrouve également à la figure 7.5 une représentation schématique du procédé tel


qu'appliqué à différents endroits.

243
7.5.4 Chloration alcaline

L’élimination des cyanures par chloration alcaline constitue l’un des plus anciens procédés
d’oxydation des cyanures. Même si cette technique a longtemps été la plus utilisée,
aujourd’hui on opte plutôt pour d’autres procédés (dont ceux que nous venons de présenter)
plus efficaces ou moins coûteux, ou les deux.

244
La chloration alcaline tire parti du fait que les cyanures s’oxydent avec le chlore en cyanates
(en milieu alcalin) par une série de réactions qu’on peut résumer par l’équation suivante :

(7.12)
(oxydation du cyanure libre)

Les composés métallocyanures, moins stables que les cyanures de fer, se transforment en
cyanates par une réaction d’oxydation semblable (si le temps de séjour et la quantité de chlore
sont suffisants). Le ferrocyanure constitue toutefois une exception importante puisque,
lorsqu’il s’oxyde, il se transforme en ferricyanure et reste en solution. Cependant, comme
c’est le cas dans le procédé SO2-Air d’INCO, un ajout d’ions cuivre lors d’une étape
supplémentaire peut permettre de faire précipiter les ions de ferricyanure. Il faut aussi noter
que la présence des thiocyanates et des cyanates peut augmenter considérablement la
consommation en chlore. Le lecteur trouvera d’autres détails sur les réactions engagées dans
la chloration alcaline dans Ingles et Scott (1987), Ritcey (1989), et Young et Jordan (1995).

Avec ce procédé, le temps de traitement des eaux varie en règle générale de une à plusieurs
heures. La consommation en chlore se situe habituellement entre 7 et 18 kg de chlore/kg de
cyanure, selon les teneurs en thiocyanates et métaux non oxydés. Un des principaux
inconvénients de cette technique est lié à la présence de chlore résiduel dans la solution, dont
la concentration peut dépasser le seuil de tolérance des poissons. On présente au tableau 7.11
certains résultats obtenus avec cette technique de traitement des effluents cyanurés.

La figure 7.6 présente deux schémas de traitement pour la méthode par chloration alcaline.

245
7.5.5 Méthode AVR

246
La méthode AVR (Acidification-Volatilisation-Récupération) résulte en majeure partie de
travaux effectués au Canada. Au cours des dernières années, CANMET et Noranda ont
proposé des améliorations importantes à apporter à ce procédé(e.g. McNamara, 1989; Riveros
et al., 1993, 1996, 1998a,b). Elle part du fait qu’à pH acide, le cyanure se volatilise sous
forme d’acide cyanhydrique (HCN), lequel peut être récupéré.

Plus précisément, le procédé consiste à acidifier la solution en ajoutant de l’acide


(habituellement de l’acide sulfurique, H2SO4). Les ions H+ contenus dans la solution vont
alors s’associer au cyanure libre pour former du HCN, selon la réaction suivante :

(7.13)
(volatilisation)

Quant aux composés métallocyanures, ils se décomposent et forment de l’acide cyanhydrique


et un précipité de complexes cyanurés. Au total, environ 60 % du cyanure total présent est
converti en acide cyanhydrique et le reste précipite avec le zinc, le cuivre et le fer sous forme
de cyanures simples insolubles ou de ferrocyanures de cuivre. Pour décrire la réaction
représentant ce dernier phénomène, on peut utiliser l’exemple du complexe cuivre-cyanure;
on obtient alors l’équation :

(7.14)
(volatilisation et précipitation)

Le HCN formé est par la suite injecté dans une solution de NaOH [ou de Ca(OH)2 dans
certains cas] contenue dans une colonne d’adsorption, ce qui permet de récupérer le cyanure
sous forme de NaCN. La réaction de récupération du cyanure s’écrit de la façon suivante :

(7.15)
(récupération)

Le rejet liquide, libre de cyanure, peut retourner dans l’effluent final (ou recirculer, selon les
besoins) alors qu’on veillera à emmagasiner les précipités avec les autres rejets solides de la
mine. La méthode AVR permet une récupération de jusqu’à 50 % du cyanure présent dans
l’effluent (McNamara, 1989). On présente au tableau 7.12 certains résultats obtenus à l’aide
du procédé AVR à la mine Golconda Minerals en Tasmanie.

Un schéma de traitement typique apparaît à la figure 7.7.

247
7.5.6 Choix du procédé

Pour bien procéder à la sélection d’une méthode de traitement des eaux cyanurées, il est
nécessaire de connaître et de saisir les avantages et les inconvénients que présentent les
différentes techniques afin d’identifier celle qui correspond le mieux aux besoins. Le tableau
7.13 résume les points saillants qui doivent guider le processus d’analyse menant au choix du
procédé de traitement.

248
Le tableau 7.14 (adapté de Young et Jordan, 1995) permet de comparer l'efficacité des
différentes techniques d'oxydation des cyanures en termes de spéciation des espèces
cyanurées (cyanures libres, thiocyanates, complexes cyanures-métaux faibles (WAD),
complexes cyanures-métaux forts (SAD)).

249
Des facteurs tels que la capacité de réduire les concentrations en cyanures libres ou en
complexes métallocyanures, la consommation en réactif, la technique de lixiviation de même
que le climat peuvent intervenir dans ce choix. Le but ultime est d’en arriver à établir le
meilleur équilibre possible entre les coûts de traitement et l’efficacité à éliminer les cyanures.
Comme chaque opération a ses caractéristiques propres, il est essentiel d’effectuer une
analyse spécifique au site afin de déterminer la solution appropriée.

Comme nous l’avons vu précédemment, le contexte géologique du Québec et de plusieurs


autres provinces canadiennes est très favorable à l'activité minière. Cette activité se concentre
principalement dans l'exploitation, souterraine ou à ciel ouvert, de mines d'or, de cuivre/zinc,
de fer et de minéraux industriels. Ces nombreux travaux miniers ont généré, au fil des ans,
certains effets négatifs sur l'environnement de diverses régions du Québec; dans certains cas,
les mines peuvent même constituer la principale source de contamination pour les sols
(décapage, matériaux contaminés) et pour les eaux de surface ou souterraines (réactifs
chimiques, métaux lourds, etc.). Ainsi, de nombreux systèmes écologiques, à l'échelle locale
ou régionale, ont subi les conséquences de telles activités. Toutefois, la préoccupation
croissante du public pour l'environnement et de nouvelles législations ont considérablement
modifié l'approche des compagnies minières qui, bien que soucieuses des coûts
supplémentaires qu’elles doivent assumer , adoptent progressivement une attitude plus
responsable vis-à-vis de la préservation du patrimoine écologique dans la perspective d'un
" développement économique durable ".

Dans tous les projets d'entreposage de rejets industriels (solides ou liquides), la géotechnique
(incluant l'hydrogéologie) a un rôle très important à jouer. Le domaine de la géotechnique
environnementale occupe d'ailleurs une part de plus en plus importante des activités de
l'ingénieur géotechnicien et de l’hydrogéologue, qui doivent tous deux oeuvrer au sein
d’équipes multidisciplinaires réunissant, entre autres, des géologues, des chimistes, des
géochimistes et des biologistes. Dans de tels projets, l'ingénieur doit se préoccuper de la
stabilité et de l'intégrité des ouvrages, tout en ayant à l'esprit la sécurité publique et le respect
des écosystèmes touchés. En outre, il doit se montrer attentif aux problèmes de migration des
contaminants et aux mesures de contrôle hydrogéologique appropriées aux fluides, aux
lixiviats et aux matériaux en présence. Ces grands principes s'appliquent naturellement à la
problématique de la gestion des rejets miniers.

Ce chapitre porte sur divers éléments relatifs à la conception des sites d'entreposage de rejets
miniers, en insistant sur les aspects hydrogéotechniques de la conception des digues de
retenue et des barrières d'étanchéité destinées à empêcher la migration des contaminants. Il se
base largement sur les documents produits par Aubertin et Chapuis (1991a, 1991b, 1996) et
Aubertin (1995), qui ont été adaptés aux fins du présent document. On trouvera d’autres
informations dans les ouvrages de Vick (1983), de SRK (1991) et de Hutchison et Ellison
(1992), ainsi que dans les diverses références citées tout au long du texte. De façon plus
spécifique, nous présenterons diverses méthodes employées pour l'entreposage des rejets
miniers et leurs principales propriétés hydrogéotechniques. De plus, nous discuterons de
certains éléments relatifs aux critères de conception, notamment en ce qui a trait à la sélection
de la crue de projet, aux analyses de stabilité statique, aux divers problèmes engendrés par les
sollicitations dynamiques, à la sélection des matériaux et aux techniques de construction. Les
quelques recommandations que nous incluons sont en grande partie fondées sur l'état de la
pratique nord-américaine.

8.2.1 Origine

250
Nous avons vu plus tôt, notamment au chapitre 3, que les rejets produits par une exploitation
minière comprennent le mort-terrain résultant du décapage et de l'excavation des sols de
surface, les roches stériles issues des opérations minières et les rejets du concentrateur. En
font également partie les eaux pompées de la mine et les eaux qui percolent à travers le
concentré et le minerai placés en surface, qui peuvent être contaminées par divers produits,
dont des matières en suspension et des solides dissous. Les produits du traitement des eaux
(sédiments, boues de précipités, etc.) constituent une autre catégorie de rejets. Nous ne
traiterons pas des déchets solides et liquides qui ne sont pas spécifiques à l'industrie minière
(pneus, barils, transformateurs, huiles usées, etc.).

Le mort-terrain excavé, composé de sols naturels, est le plus souvent entreposé en surface
sous forme de remblais qu’il est nécessaire de protéger contre l'érosion due à l'eau et au vent.
Les sols organiques devraient faire l’objet d’un entreposage séparé de façon qu’on puisse les
réutiliser lors de la phase de restauration et de revégétation du site.

Les stériles, surtout composés de fragments de roche de granulométrie assez grossière,


peuvent servir au remblayage des ouvertures souterraines ou être stockés en surface sous
forme d'empilements (appelés haldes). Leur entreposage peut alors poser certains problèmes
particuliers, surtout si ces stériles contiennent des éléments réactifs générateurs de DMA (tels
que la pyrite, la chalcopyrite, la sphalérite, etc.). Les haldes à stériles sont souvent des
ouvrages massifs de grande envergure, pouvant s'élever de plusieurs dizaines de mètres; la
figure 8.1 illustre certaines configurations géométriques typiques de ces haldes.

En raison de leurs incidences environnementales et des dangers qu’ils posent pour la sécurité
des personnes, des équipements et des infrastructures, il est nécessaire d'assurer la stabilité à
long terme de ces empilements de matériaux meubles. La stabilité des haldes dépend
notamment de leur configuration géométrique (hauteur, volume, angle des pentes), de la
topographie des lieux, des propriétés des matériaux de fondation et des matériaux de la halde
(y compris leur durabilité), de la méthode et de la séquence de construction, des conditions
climatiques et hydrologiques, des pressions d'eau ainsi que de l'ampleur et de la nature des
forces dynamiques. Il y a lieu de prendre en compte l'effet de chacun de ces facteurs lors de la

251
l'analyse de stabilité pour le programme de fermeture (Piteau Ass., 1991; Klohn Leonoff,
1991).

Les rejets qui posent toutefois les plus graves problèmes d'entreposage durant l’opération de
la mine (du moins d’un point de vue géotechnique) sont les rejets du concentrateur. Ces rejets
se composent généralement de roches broyées finement dont on a extrait les substances ayant
un intérêt commercial. Ils ont un fort pourcentage de particules fines (passant la maille du
tamis 80 microns) et sont habituellement transportés sous forme de pulpe et entreposés dans
des aires prévues à cet effet. Bien que le déversement de ces rejets dans un cours d'eau ait
constitué une pratique relativement courante par le passé, qui peut présenter certains
avantages économiques et techniques (notamment pour le contrôle du DMA - voir le chapitre
6), il est de moins en moins répandu. Une autre solution consiste à les retourner dans la mine
en guise de remblai (voir section 8.6). Cependant, la plupart du temps, on les entrepose en
surface dans des " parcs à résidus miniers ", sous forme de remblais hydrauliques entourés de
digues de retenue (figure 8.2).

252
D'ailleurs, quelques-unes des plus grandes structures géotechniques dans le monde sont des
digues de retenue de résidus miniers. Certaines de ces digues atteignent une hauteur de plus
de 100 m et une longueur de plus de 15 km. De tels ouvrages de retenue peuvent circonscrire
plusieurs centaines de millions de mètres cubes de rejets entreposés sur des superficies
atteignant plusieurs kilomètres carrés. Comme ces résidus miniers n'ont habituellement
aucune valeur commerciale en soi, leur entreposage requiert une méthode économique, tout
en demeurant sécuritaire.

Enfin, les eaux de mines et les eaux ayant circulé à travers le concentré ou le minerai, parce
qu'elles peuvent avoir été contaminées, sont souvent traitées dans un bassin dont le fond et les
parois présentent une bonne étanchéité; il en va de même que les produits issus de ces

253
traitements. De tels bassins sont construits selon les méthodes conventionnelles présentées
succinctement à la section 8.7.

8.2.2 Caractéristiques géotechniques

Afin de procéder à la sélection de la technique de gestion des rejets et, le cas échéant, d'un site
d'entreposage en surface, il est nécessaire de bien connaître les caractéristiques des rejets.
Cette connaissance inclut la composition du solide et du lixiviat, la granulométrie, la teneur en
eau et la densité de la pulpe, l’indice des vides, les propriétés de consolidation et de
perméabilité, la résistance mécanique, l’angle naturel de dépôt, etc. Il faut aussi connaître les
volumes dont on doit disposer, le procédé de mise en place et de recirculation de l'eau et des
boues (s’il y a lieu) ainsi que les objectifs environnementaux pendant l'opération de la mine et
lors de la restauration du site à sa fermeture.

Outre les roches stériles extraites de la mine, composées de matériaux grossiers usuellement
très perméables mais ayant une granulométrie et une porosité in situ très variables, les rejets
miniers proviennent surtout du concentrateur. Ces derniers sont constitués de matériaux fins,
contenant souvent plus de 70 à 80 % de particules d’une taille inférieure à 80 μm; la figure
8.3 présente des courbes de rejets miniers pour divers sites du Québec.

254
La densité des grains solides Dr (aussi Gs ), peut varier de 2,6 à 4,0 (et plus) pour les
exploitations en roches dures; la valeur de Dr peut cependant être aussi faible que 1,4 à 1,6
pour les exploitations de charbon (Vick, 1983). En place, l'angle de la pente de dépôt de la
pulpe est faible, usuellement de l'ordre de 1% à 3%, sauf dans le cas où l'on produit une pulpe

255
épaissie qui permet d'atteindre un angle plus élevé. L'indice des vides, e, usuel des rejets varie
typiquement de 0,6 à 1,7 pour la fraction fine, et de 0,6 à 0,9 pour la fraction grossière, ce qui
correspond à un indice de densité Id moyen variant généralement de 30 à 50 %; on observe à
l’occasion des valeurs de Id aussi petites que 10 % et aussi grandes que 60 %. Le poids
unitaire sec de ces rejets peut ainsi varier typiquement de 1,15 à 1,8 kN/m3. Le coefficient de
perméabilité k des rejets du concentrateur, qui change avec la valeur de e, est également très
variable, pouvant passer de 10-3 cm/s (et plus) pour la fraction grossière à moins de 10-6 cm/s
pour la fraction fine (Bussière, 1993; Aubertin et al., 1996). Comme on peut le voir à la
figure 8.3c, la capacité de drainage associée à la conductivité hydraulique varie avec la
granulométrie des matériaux meubles. Leur classification peut alors être basée sur la valeur de
k.

La ségrégation naturelle des particules déposées le long des plages entraîne une variation de la
conductivité hydraulique des matériaux (L’Écuyer et al., 1992).

L'indice de plasticité Ip des rejets de mines en roches dures est généralement inférieur à 10 %,
mais varie avec la minéralogie. L'angle de friction interne en condition drainée φ' est assez
élevé (typiquement de 33 à 41 pour la fraction grossière et de 30 à 37 pour la fraction
fine), mais il aurait tendance à diminuer sensiblement avec une augmentation de l'état de
contrainte (Vick, 1983). En condition non drainée, la valeur de φ est inférieure à celle de φ'
d'une valeur allant jusqu'à 15 (et plus). La valeur de la cohésion drainée c' est pratiquement
nulle, alors que les valeurs de la cohésion non drainée cu et de la cohésion c en contrainte
totale peuvent être non négligeables, pouvant atteindre jusqu'à 50 kPa; le rapport cu/σ'vo, où
σ'vo est la contrainte effective verticale, serait d'environ 0,20 pour un matériau normalement
consolidé (avec un rapport de surconsolidation OCR = 1), mais ce rapport cu/σ'vo augmenterait
de façon notable avec la surconsolidation. Lors des essais de consolidation, les rejets du
concentrateur montrent habituellement un indice de compressibilité cc compris entre 0,10 et
0,30 pour les particules fines et entre 0,05 et 0,15 pour les particules grossières. Le coefficient
de consolidation cv varie de 10-3 à 10-1 cm2/s pour les particules fines, et est généralement
supérieur à 10-1 cm2/s pour les particules grossières. Toutes ces propriétés varient toutefois
avec l'indice des vides e ou avec l'indice de densité Id.

Les principales propriétés géotechniques des rejets retrouvés au Québec (telles que décrites
dans Bussière, 1993; Ricard, 1994; Aubertin et al., 1995, 1999) sont assez similaires à celles
que l'on retrouve pour les mines en roches dures d'autres régions de l'Amérique du Nord (
Coates et Yu, 1977; Vick, 1983; Klohn et al., 1987).

La première étape d'un projet d'entreposage de rejets en surface (pour les roches stériles, un
parc à résidus miniers, un bassin de décantation, etc.) consiste à sélectionner un site en
fonction des besoins, tout en respectant les diverses restrictions imposées (environnementales,
législatives, techniques, économiques, sociales, etc.). La sélection du site le plus approprié
peut grandement contribuer au succès de l'opération d'entreposage des rejets, à une
restauration réussie lors de la fermeture ainsi qu'à l'optimisation du rendement sur
l'investissement. Il y a plusieurs facteurs à prendre en compte lors de cette sélection, et nous
en mentionnons quelques-uns ici.

La sélection d'un site devrait se faire en deux étapes. La première étape permet de dresser la
liste des sites potentiels, de les analyser un à un de façon préliminaire afin de rejeter ceux qui
présentent des défauts majeurs et de ne conserver que ceux qui méritent une analyse plus

256
approfondie. Parmi les critères qui peuvent mener à l'exclusion de sites étudiés, on peut
mentionner les éléments suivants:

• pente élevée;
• altération esthétique (visible) marquée;
• accès difficile ou distance trop grande;
• exposition et vulnérabilité à l'érosion;
• capacité du bassin trop faible ;
• mauvaise disponibilité des matériaux d'emprunt;
• potentiel d'instabilité élevé;
• présence d'une faille majeure;
• dépôt perméable ou nappe phréatique vulnérable;
• grand bassin de drainage;
• terrain à usage réservé (vocation récréative ou autre);
• zone de reproduction pour espèces protégées;
• écosystème fragile;
• sous-sol minéralisé à potentiel minier;
• opération difficile;
• restauration problématique;
• coûts prohibitifs (capital, opération, entretien).

Cette première étape exige habituellement l’emploi de photos aériennes et de cartes


topographiques afin de reconnaître certaines particularités, comme des glissements de terrain
antérieurs, et d’évaluer la position des dépôts de matériaux meubles et l’ampleur des bassins
de drainage. Ce travail préliminaire pourra être suivi d’une visite des lieux pour effectuer une
reconnaissance plus détaillée (visuelle et technique, avec prise d’échantillons).

Une fois la sélection préliminaire complétée, on procède ensuite, à la deuxième étape, à une
analyse des sites retenus à partir d'un ou de plusieurs concepts d'aménagement préalablement
définis. Il faut prendre en compte tous les facteurs d'influence, y compris les facteurs
géologiques, géotechniques et hydrogéologiques, hydrologiques, topographiques, climatiques,
environnementaux, opérationnels et économiques. Parmi les qualités souhaitées pour le site
d'entreposage choisi, on peut souligner les points suivants :

• un bassin de drainage de faible dimension;


• un sous-sol formé de matériaux peu perméables, et ayant une bonne résistance
mécanique;
• la présence de matériaux alcalins (sols ou roches) si les résidus sont sulfureux;
• des caractéristiques générales uniformes;
• une topographie qui permet de minimiser la dimension (hauteur et largeur) des digues,
et d'optimiser le rapport volume stocké/volume des digues;
• un faible risque sismique.

Afin d'optimiser l'investissement associé à la construction d'un site d'entreposage de rejets


miniers, on devrait utiliser au mieux les caractéristiques du terrain naturel en fonction du
mode d'entreposage sélectionné.

8.4.1 Construction des haldes

Méthodes

257
La distribution granulométrique des roches stériles et la méthode de construction des haldes
jouent un rôle très important dans les transferts de fluides (eau et gaz) à l’intérieur d’un
empilement de même que dans la stabilité géotechnique et géochimique. Dans le cas des
mines en roches dures, la granulométrie typique des stériles montre une courbe très étalée
avec un coefficient d'uniformité CU (= D60/D10) élevé, de 20 et plus. Cet étalement de la taille
des particules entraîne des phénomènes particuliers, comme nous le verrons dans ce qui suit.

On reconnaît quatre principales méthodes de construction des haldes à stériles – aussi


appelées empilements. Le choix de l’une ou l’autre de ces méthodes dépend de la topographie
du site, du type et des dimensions des équipements employés pour la manutention et le
transport des roches stériles, ainsi que des caractéristiques physicochimiques des roches
stériles. Chacune des méthodes, que nous décrirons sommairement, conduit à un degré de
compaction, ou de compacité, et de ségrégation granulométrique différent (Morin et al., 1991;
Fala, 2002). Ces paramètres agissent à leur tour sur le mouvement de l’eau, des gaz et des
particules solides au sein de la halde.

Avec la méthode I, appelée déversement à la benne (end-dumping), les stériles sont déversés
directement à l’aide de camions porteurs le long de la crête de la halde. Avec la méthode II,
dite déversement avec épandage au butoir (push-dumping), les stériles sont déposés à
proximité de la crête à l’aide de camions ou de convoyeurs, puis poussés du haut de la pente
par un engin de type bélier mécanique (dozer). La méthode III, qui demande un déversement à
la benne avec régalage (free-dumping), consiste à déposer les stériles le long de la surface de
la halde, sous forme d’empilements individuels (tas) d’environ 2 m de hauteur, dont la surface
est régalée et compactée par la suite. Enfin, la méthode IV fait intervenir une pelle à benne
traînante (drag-line) pour le transport et la manutention des stériles. Cette méthode est
courante dans les exploitations de grande envergure, comme les mines de charbon.

Avec la méthode I, les fines particules sont généralement concentrées à la surface de la halde,
tandis que les particules grossières s’accumulent au pied de la pente. Les expériences menées
sur le terrain ont montré que sur la pente d’une halde construite par cette méthode, on
distingue usuellement trois zones de granulométrie différente : une zone en haut constituée de
particules fines, une zone à la base constituée de gros éléments et une zone intermédiaire de
granulométrie intermédiaire, relativement uniforme. La hauteur de la pente ne semble pas
influer sur cet ordre de distribution granulométrique. Toutefois, on note que plus la hauteur
est faible, moins la ségrégation est marquée.

Les observations sur la méthode II ont montré que les gros éléments se retrouvent à la base de
la pente. Toutefois, en haut de la halde, il y a peu de ségrégation. Avec cette méthode, à peine
40 % des éléments grossiers atteignent le pied de la pente (contre 75 % environ pour la
méthode I). La principale raison serait la vitesse angulaire initiale que les gros éléments
acquièrent lorsqu’ils quittent les bennes des camions porteurs. Avec la méthode I, cette vitesse
leur permet de rouler plus loin sur la pente. Avec la méthode II, par contre, cette vitesse est
faible; plusieurs gros éléments restent en haut de la pente avec les fines particules, faute
d’énergie suffisante pour aller plus loin.

Avec la méthode III, la ségrégation s’avère peu prononcée, et le matériau demeure plus dense
que dans les deux premières méthodes.

Quand on utilise la pelle à benne traînante (méthode IV), la ségrégation est plutôt faible. Le
matériau est moins dense qu’il ne l’est avec la méthode III. La faible ségrégation peut aussi

258
dépendre de la nature des stériles pour ce genre d’opération minière (les stériles sont
habituellement de granulométrie uniforme).

Mentionnons en terminant cette courte sous-section qu’il existe aussi d’autres méthodes de
mise en place moins utilisées pour les roches stériles. Ces méthodes ont surtout été
développées, principalement au cours des dernières années, afin de contrôler certains
problèmes particuliers comme la génération du drainage minier acide, la stabilité des ouvrages
de retenue, et la restauration des empilements contenant des matériaux contaminés. C’est le
cas par exemple des techniques dites de co-disposition, où les stériles peuvent être entreposés
conjointement avec les rejets du concentrateur, soit par mélange, par alternance de couches,
ou par construction de cellules confinées. Ces techniques ne sont pas exposées ici car elles
relèvent encore du domaine exploratoire. La littérature récente présente toutefois quelques
exemples d’application.

Géométrie et mise en place

Les haldes à stériles peuvent constituer des structures gigantesques, allant jusqu’à 300 m de
hauteur (et plus) et renfermant plus de 500 millions de mètres cubes de stériles (McCarter,
1990; Martin, 2002). La figure 8.4 (tirée de Fala, 2002) présente des exemples types de haldes
à stériles. Les terrains qui reçoivent ces haldes peuvent présenter des topographies variées.
Dans la figure 8.4, on peut voir de a) à f) des exemples de structures érigées en un ou
plusieurs niveaux, selon la méthode I (construction avec déversement à la benne).

259
260
261
262
La figure 8.4g montre le procédé de la méthode II (déversement avec épandage au butoir).

263
La figure 8.4h montre, pour sa part, un exemple de la méthode IV (utilisation de la pelle à
benne traînante).

Profil granulométrique

Il se produit un granoclassement , associé à une ségrégation des particules selon leur taille, au
sein des haldes, dont l’ampleur varie en fonction de la méthode de construction. Dans le cas
de la méthode I par exemple, la halde sera typiquement formée (durant la construction) d’une
couche de matériau fin en surface et d’une couche de matériau plus grossier à la base, ce qui
constitue le profil de base (figure 8.4i).

264
Au fur et à mesure que la halde grossit, la configuration granulométrique globale (avec
alternance des couches de matériaux fins et grossiers) change suivant que l’extension se fait
horizontalement ou verticalement (construction sur plusieurs niveaux). Le profil global de la
halde sera déterminé à partir du profil granulométrique de base et de la méthode d’extension
de la halde.

La structure interne des haldes dépend à la fois de la méthode de construction et de la


granulométrie des stériles. Les méthodes de construction I et II (déversement à la benne et
déversement avec épandage au butoir) donnent lieu à un granoclassement interne plus marqué
(c’est-à-dire couche grossière sur couche fine) lorsque les stériles sont constitués au départ
d’un matériau de granulométrie étalée (coefficient d’uniformité > 5), ce qui est habituellement
le cas dans les mines de roches dures, comme nous l’avons mentionné plus haut.

Lorsque le fuseau granulométrique est large, signe d’une grande variabilité dans les stériles
produits, le profil associé au granoclassement peut être irrégulier; l’alternance des couches
fines et des couches grossières est alors moins marquée que dans la figure 8.4i. Cette figure
montre la structure interne typique d’une halde formée d’un matériau au fuseau
granulométrique relativement étroit (pour les méthodes I ou II). Dans ce cas, à chaque
déversement, le matériau fin en surface repose sur le matériau grossier à la base. Ainsi, le
principal profil granulométrique se construit dans le sens vertical. Par contre, dans le cas de la
figure 8.4j, qui correspond à un fuseau granulométrique large, la proportion changeante de
matériaux grossier et fin dans les stériles produit une distribution hétérogène dans la halde
(absence de régularité granulométrique).

Une telle hétérogénéité a des effets importants sur le comportement hydrique ainsi que sur le
comportement géotechnique et géochimique des stériles dans l’empilement (Fala, 2002,
Aubertin et al., 2002a).

Avec certaines méthodes de mise en place, comme la méthode III (déversement à la benne
avec régalage), il se produit souvent une alternance de strates dans l’empilement. Ces strates
peuvent différer par leur degré de compaction lorsque les méthodes impliquent la circulation
de machinerie lourde en surface. Rappelons ici que la méthode III, à la différence des
méthodes I et II, engendre assez peu de granoclassement lié à la mise en œuvre. Ce

265
phénomène est dû au fait que les stériles sont régalés et compactés sous forme de couches de
faible épaisseur (environ 2 m). La méthode III est surtout utilisée au tout début de la
construction d’une halde, sur un terrain plat. Une fois le noyau de la halde construit (qui
constitue une plate-forme), on peut alors passer à la méthode I ou II, moins coûteuses, mais
qui nécessitent une plate-forme assez élevée. Dans le cas d’une halde à plusieurs niveaux, la
méthode III est utilisée au début de la construction de chaque niveau.

Quant aux haldes construites à l’aide de la pelle à benne traînante (méthode IV), on y observe
à chaque déversement une ségrégation granulométrique semblable à celle qui se produit par
les méthodes I et II (figure 8.4h). Cette méthode est généralement utilisée dans les grandes
mines à ciel ouvert, là où l’excavation se fait dans des matériaux relativement meubles qui
couvrent les couches riches en minerais. Le fuseau granulométrique des stériles y est étroit
puisque ces matériaux ont déjà subi un granoclassement naturel au moment de leur dépôt.
Cela signifie que la proportion matériaux grossier/fin des stériles est presque constante. Une
différence qui ressort par rapport aux méthodes I et II est l’extension de la halde, qui se fait
verticalement et horizontalement en même temps. Cette extension donne à la configuration
géométrique interne l’aspect qu’on peut observer à la figure 8.4h (si on suppose que le
déversement se fait d’une façon symétrique sur les deux flancs de la halde et que le fuseau est
étalé).

8.4.2 Écoulements dans les haldes

Conditions hydrologiques

Les précipitations qui tombent à la surface d’une halde percolent à travers celle-ci jusqu’à sa
base. Après quoi, l’eau continue de s’infiltrer dans le système hydrogéologique sous-jacent ou
est drainée par les cours d’eau environnants (Morin et al., 1991). Parfois, au lieu de s’infiltrer
à travers la halde, une partie des précipitations ruisselle à sa surface. Quand les conditions
hydrogéologiques redeviennent favorables, ces eaux de ruissellement s’infiltrent dans la
halde.

Deux catégories de facteurs influent sur le mouvement de l’eau dans une halde à stériles: les
facteurs liés à l’environnement autour de la halde et les facteurs liés à la halde elle-même
(Fala, 2002). Les mouvements des eaux à l’intérieur et autour d’une halde à stériles dépendent
d’abord de la localisation de celle-ci dans le système hydrologique local. Trois principaux cas
peuvent se présenter (Morin et al., 1997) :

- La halde se trouve dans une zone de recharge (figure 8.4k). Les eaux souterraines s’écoulent
à travers ou à la surface de la halde avant d’atteindre le système hydrogéologique sous-jacent.
C’est le cas typique d’une halde construite sur des terrains plats ou au sommet d’une
montagne.

266
- La halde est située dans une zone de décharge (figure 8.4l). La plupart des eaux souterraines
et de surface qui s’accumulent aux points bas passent à travers la halde. C’est le cas typique
d’une halde construite au fond d’une vallée.

267
- La halde est sise sur un emplacement intermédiaire, entre une zone de recharge et une zone
de décharge (figure 8.4m). C’est un cas fréquent, car de nombreuses exploitations minières se
trouvent sur des flancs de montagne

Le bilan hydrique d’une halde, qui comprend les composantes de décharge, les précipitations,
le ruissellement, l’évaporation, l’écoulement souterrain et l’emmagasinement, dépend de la
localisation de la halde (Morin et al., 1997). Toutefois, il peut s’avérer difficile d’évaluer avec
précision ces diverses composantes et il devient nécessaire de prendre des mesures in situ
(souvent complexes à réaliser) pour confirmer leur ampleur réelle.

Caractéristiques hydriques

La distribution granulométrique des stériles affecte grandement les divers paramètres


hydriques dans une halde (Yazdani et al., 2000; Fala, 2002; Aubertin et al., 2002a). Par
exemple, les paramètres de la courbe de rétention d’eau CRE (y compris y a, q r et y r; voir
chapitre 6) varient avec la distribution granulométrique et aussi avec le degré de compaction.
La rétention tend à augmenter lorsque la porosité et la taille des particules diminuent. Quant à
la conductivité hydraulique à saturation ks, elle augmente généralement avec la taille moyenne
des particules. Cet effet de la granulométrie peut toutefois être contrebalancé par une variation
de porosité, qui peut tendre à baisser lorsque la proportion de particules grossières augmente
(Yazdani, 1995).

La conductivité hydraulique et la courbe de rétention d’eau jouent un rôle très important dans
le mouvement de l’eau au sein de la halde, de même que sur la capacité de la halde de
transmettre de l’eau au milieu environnant. Morin et al. (1991) rapportent que la conductivité
hydraulique à saturation peut varier de 100 cm/s (porosité de 35 à 40 %) pour des stériles
provenant de roches magmatiques et métamorphiques à 10-7 cm/s pour des stériles argileux

268
d’origine basaltique et andésitique. Martin (2002) présente des données plus spécifiques sur
les valeurs de ks et sur la CRE, mesurées en laboratoire et sur le terrain.

Écoulements préférentiels

Une seule valeur de conductivité hydraulique ne peut pas, en général, représenter une halde
tout entière. Il se produit souvent un phénomène de stratification avec des zones de matériaux
moins perméables (plus denses ou plus fins) intercalées dans la halde. Cette stratification peut
être reliée, comme nous l’avons vu, à la circulation de la machinerie (effet à petite échelle) ou
à la ségrégation qui se produit lors de la mise en place (figure 8.4i). À noter que, puisque la
vitesse d’écoulement de l’eau varie aussi selon le degré de saturation, elle peut devenir plus
importante dans les zones de matériaux qui ont une conductivité hydraulique saturée plus
faible, en raison de leur plus forte capacité de rétention d’eau (voir au chapitre 6 la discussion
sur les propriétés non saturées).

D’un autre côté, il peut aussi y avoir formation de zones de matériaux très poreux, dans des
haldes hétérogènes (figure 8.4j), ce qui favorise des écoulements localisés (phénomène de
channelling). Ces zones d'écoulement préférentiel, causées par les couches verticales,
horizontales ou inclinées de fortes conductivités hydrauliques, contrôlent souvent le
mouvement de l’eau dans les haldes (Morin et al., 1991). On a souvent considéré ces zones
comme des conduites larges et interconnectées, mais des travaux sur le terrain ont montré que
ce n’est pas toujours le cas. En effet, les chemins privilégiés de ces écoulements localisés sont
souvent limités à une faible dimension (Morin et al., 1991). En outre, puisque l’eau dans ces
conduites contient à l’occasion des particules solides, une accumulation de ces particules peut
causer un colmatage. Le cas échéant, ce colmatage peut pousser l’eau à circuler dans le milieu
avoisinant (moins perméable) et provoquer un changement momentané de la qualité de l’eau.
Signalons que l’altération chimique des stériles peut aussi colmater les zones d’écoulement
préférentiel.

Quelques méthodes de construction des haldes, telle que la méthode I, favorisent


particulièrement la formation de zones d’écoulement préférentiel, surtout à la base, où le
matériau est grossier (Morin et al., 1991).

Li (2000) a fait des études en laboratoire sur le phénomène d’écoulement préférentiel. Cette
étude, réalisée sur de grandes colonnes, a confirmé l’existence de zones d’écoulement
préférentiel. Les zones de grands débits représentaient moins de 5 % de la surface totale de
drainage, mais transmettaient entre 20 et 30 % du débit total. Les conduites de débits moyens
occupaient environ 20 % de la surface de drainage et transmettaient 40 % du débit total, alors
que les zones de petits débits comptaient pour 50 % de la surface de drainage et transmettaient
le reste du débit total. Près de 30 % de la surface de drainage est restée sèche. De cette étude,
on peut déduire que les écoulements préférentiels surviennent quand le matériau a une
granulométrie étalée, qu’il est mis en place d’une façon aléatoire ou quand il est grossier.

Les travaux de Smith et al. (1995) ont également confirmé l’existence d’écoulements
préférentiels dans le cas d’une halde à Island Copper Mine (Vancouver, Canada); Zhan
(2000), qui a étudié les écoulements dans un empilement de lixiviation à la mine Barrick
Goldstrike au Nevada (chapitre 11), a tiré la même conclusion. Des travaux sont actuellement
en cours afin de développer des méthodes de caractérisation et de modélisation de tels
phénomènes. Les stratifications et les écoulements localisés sont des facteurs importants des

269
points de vue hydrogéologique et géochimique, puisqu’ils affectent la production de drainage
minier acide et la migration de contaminants.

Mouvement des particules solides

Dans certaines situations, on peut observer des déplacements de particules solides dans les
haldes à stériles. Il y a deux principaux modes de migration des particules solides dans les
empilements (Morin et al., 1991), soit la migration des particules fines transportées par l’eau à
travers les gros pores, et les instabilités géotechniques qui déplacent de gros volumes. Ces
modes de migration sont importants pour plusieurs raisons, notamment parce qu’ils peuvent
influer sur le taux de production de DMA par le biais d’un changement de la conductivité
hydraulique, de l’exposition à l’oxygène d’endroits auparavant confinés, ou encore par
l’extension de la base de la halde.

L’altération des stériles et divers processus géochimiques(telle que la précipitation des


minéraux secondaires) font en sorte que la migration des particules fines tend à réduire la
conductivité hydraulique dans la halde, d’une façon globale, au fil des années. Morin et al.
(1991) rapportent l’exemple d’une halde à stériles d’origine magmatique et métamorphique
dont la porosité a baissé jusqu’à 25 %, alors qu’elle était au départ de 35 à 40 %.

Dans le cas des instabilités géotechniques, trois cas types peuvent se présenter.

• Une instabilité interne. Un exemple typique est l’éjection de boue à l’extérieur de la


halde (blow-outs). Lors d’intenses précipitations, la pression de l’eau dans les strates
de faible conductivité hydraulique peut augmenter considérablement. Cette
augmentation entraîne une diminution des contraintes effectives au sein du matériau.
Un tel processus poussé à l’extrême peut provoquer une expulsion de l’eau chargée de
particules solides quand la stratification se prolonge jusqu’à la paroi de la halde.

• Une instabilité externe. Elle survient surtout lorsque la surface de la pente est érodée,
soit par le ruissellement des eaux, soit par des décharges hydrauliques, soit en raison
d'une instabilité de la pente. Ces instabilités causent un déplacement des stériles vers
le pied de la halde.

• Une instabilité des fondations. Ce cas est attribuable au fait que les contraintes
exercées par la halde à stériles dépassent la capacité portante des couches de fondation
, situation qui peut être due à l’augmentation du poids de la halde. Cette instabilité
aboutit à une rupture des fondations.

Nous traiterons de nouveau des phénomènes d’instabilité géotechnique à la section 8.4.3.

Mouvements des gaz dans les haldes

Lorsqu’il se produit des écoulements non saturés dans les haldes, une partie du volume des
pores reste remplie de gaz. Ces gaz sont généralement l’azote, l’oxygène et le dioxyde de
carbone. La proportion relative de ces gaz correspond initialement à celle qu’on retrouve dans
l’air de l’atmosphère; cependant, une fois ces gaz dans les interstices des stériles, les
proportions se voient modifiées par les réactions géochimiques et l’activité bactérienne qui se
déroulent au sein de la halde. Par exemple, l’oxygène est consommé dans les endroits où le
taux de génération d’acide est élevé, tandis que la concentration du dioxyde de carbone

270
augmentera si la dissolution des minéraux carbonatés est significative. Les pores des haldes
de stériles peuvent aussi contenir d’autres gaz tels que le méthane et l’hydroxyde de soufre.
Le transport des gaz dans les haldes se fait par selon quatre modes : la diffusion moléculaire
en phase gazeuse, l’advection en phase gazeuse, la diffusion en phase aqueuse et l’advection
aqueuse. Nous ne présentons pas ces modes ici, mais le lecteur peut consulter Lefebvre et al.
(2001a,b) et Mbonimpa et Aubertin (2002).

8.4.3 Stabilité physique des haldes

En tenant compte de plusieurs des facteurs mentionnés aux sections 8.2 et 8.3 (c’est-à-dire la
géométrie, la topographie, les propriétés mécaniques, la technique de construction,
l’hydrologie, etc.), on peut appliquer une méthode empirique semi-quantitative, développée
par Piteau Ass. (1991), afin de classifier une halde. Cette méthode, appelée DSR (Dump
Stability Rating), permet d'évaluer de façon relative le potentiel d'instabilité, qui a une
incidence sur l'ampleur des travaux d'investigation de site, le choix des méthodes d'analyse de
stabilité à utiliser et la sélection des méthodes de mise en place et de construction. À titre
indicatif, on peut mentionner que, à partir de cette méthode, on peut considérer le potentiel
d'instabilité comme faible en présence de toutes les conditions suivantes:

• hauteur de la halde inférieure à 50 m,


• volume de matériau (avant foisonnement) inférieur à 1 x 106 m3,
• angle de la pente de la halde inférieur à 26o,
• angle d'inclinaison de la fondation inférieur à 10o,
• construction sur un terrain assurant un confinement latéral du bas de la halde,
• matériaux de fondation ayant une résistance mécanique égale ou supérieure à celle des
matériaux de la halde et n'étant pas soumis à des conditions d'écoulement d'eau et de
pressions interstitielles défavorables,
• absence de failles ou d’autres éléments de la structure géologique à grande échelle à
proximité de la base de l'empilement,
• matériaux de la halde durables et contenant moins de 10 % de particules fines
(diamètre inférieur à 80 m m),
• infiltration minime et aucune remontée de la nappe dans la halde,
• absence de lentilles de glace ou de neige dans la halde et dans les fondations,
• faible risque sismique en regard des dangers de liquéfaction et d'instabilité de pente.

Dans le cas où l'une ou l'autre de ces conditions n'est pas satisfaite, il y a lieu d’évaluer de
façon plus spécifique le potentiel d'instabilité de la halde. Parallèlement à cette évaluation, on
devrait établir systématiquement les risques découlant d’une telle instabilité de la halde, en
prenant en compte la probabilité de rupture, la nature et l'ampleur des dommages induits, la
période d'exposition et les incidences potentielles sur la population, les équipements, les
infrastructures et les écosystèmes en présence. De telles études de risques fournissent de
l’information utile pour la sélection du site et des critères de conception.

Un des facteurs les plus critiques à l'égard de la stabilité d'une halde à long terme est l'angle
de la pente. Pour la restauration du site, on devrait idéalement rechercher un angle entre 12 et
20o (Anon, 1990). En pratique, un tel angle peut s'avérer très difficile à atteindre, et un angle
maximal de 26o (2H:1V) paraît plus réaliste (Piteau Ass., 1991). Toutefois, cette mesure est
encore inférieure aux angles de pente usuels générés durant l'opération du site, qui atteignent
souvent 35o et plus. Physiquement, on sait que l'angle maximal de la pente à long terme (pour

271
un matériau sec) est égal à l'angle de frottement interne résiduel du matériau érodé (f r = 26 à
32o, valeur typique).

Outre les questions de stabilité mécanique, la pente maximale de la halde dépend aussi de
plusieurs autres facteurs, y compris l'utilisation ultérieure prévue du site. Par exemple, une
pente de 25 à 30o peut être compatible avec une revégétation forestière, mais elle ne devrait
pas dépasser environ 5o pour des habitations domiciliaires ou pour la création de zones
agricoles (Anon, 1990).

Pour le choix d'un angle de talus, il n'y a donc pas de valeur unique, et seule une analyse des
conditions spécifiques au site permet de déterminer la valeur acceptable de la pente d'une
halde.

En ce qui concerne l'analyse de stabilité détaillée, de nombreuses observations ont montré


qu’il convient d’envisager plusieurs modes de rupture (Coates et Yu, 1977; Blight, 1985;
Piteau Ass., 1991); mentionnons à cet égard les glissements et les affaissements superficiels,
le glissement de coins avec surfaces planes, la formation de plans de glissement de forme
circulaire ou incurvée, et les affaissements progressifs avec écoulement (flow) de débris.
Certains modes de rupture s’appliquent à la halde seulement, alors que d'autres mettent
également en jeu les matériaux de fondation directement sous la halde ou à proximité de la
face extérieure, à la base de celle-ci. On aurait aussi observé des cas de liquéfaction des
matériaux dans les haldes (Piteau Ass., 1991), dus à une augmentation des pressions
interstitielles qui réduisent les contraintes effectives et, par conséquent, la résistance au
cisaillement des matériaux pulvérulents.

Le choix des techniques d'analyse dépend des schémas correspondant aux divers modes de
rupture envisagés. Dans la plupart des cas, on peut employer les méthodes de calcul par
équilibre limite communément utilisées pour évaluer la stabilité des talus en sols (Lambe et
Whitman, 1979; Bowles, 1984; Hunt, 1989). Il y a toutefois des exceptions, notamment
lorsque l'on anticipe des problèmes particuliers telle la création de blocs (ou coins) multiples
avec des surfaces de glissement planes (Blight, 1985). Il y a lieu de recourir à d'autres
méthodes de calcul lorsqu'il y a des risques de liquéfaction des matériaux ou d'instabilités de
pente dues aux efforts dynamiques.

Pour effectuer les calculs de stabilité de pente, il est bon d’adopter des expressions basées sur
les contraintes effectives. Ces expressions sont particulièrement appropriées pour évaluer la
stabilité à long terme. Pour l'analyse à court terme, la condition de rupture peut aussi
s'exprimer en fonction de la résistance au cisaillement non drainée cu, si on néglige le
frottement mobilisable dans les matériaux cohérents et peu perméables.

Bien qu'il soit possible (et même souhaitable) d'évaluer les résultats des analyses de stabilité à
partir de méthodes stochastiques, la pratique courante consiste plutôt à utiliser une approche
déterministe basée sur le calcul du facteur de sécurité (F.S.). Cette approche vise à établir le
rapport entre la résistance qui peut être mobilisée le long du plan de rupture critique et l'état
des sollicitations induites le long de cette surface, au regard de l'équilibre des forces ou des
moments.

La sélection d'un facteur de sécurité approprié à un ouvrage donné dépend de nombreux


éléments, y compris ce qu’on sait des propriétés des matériaux (résistance mécanique,
conductivité hydraulique, etc.), de leur distribution spatiale et de leur variabilité (composition,

272
homogénéité, isotropie, etc.), de l'objectif de l'analyse (stabilité à court terme ou à long
terme), dles conséquences d'une rupture (pertes de vie, incidences environnementales, coûts,
etc.), de la méthode d'analyse utilisée (notamment son degré de conservatisme et sa
représentativité physique), de la qualité des mesures de contrôle effectuées lors de la
construction de même que du programme d'auscultation et d'entretien des ouvrages.

En pratique, on sait que la valeur du facteur de sécurité de la pente d'une halde est souvent
proche de 1,0, puisque l'inclinaison correspond à l'angle de déposition du matériau. La valeur
de conception devrait toutefois osciller entre 1,1 et 1,5, selon la nature des matériaux et la
gravité des conséquences d'une rupture. Le tableau 8.1 présente, à titre indicatif, des valeurs
du facteur de sécurité à considérer lors de l'élaboration du programme de restauration (tirées
de Aubertin, 1995).

Ces valeurs s'inspirent de diverses recommandations tirées de la littérature (Coates et Yu,


1977; Piteau Ass., 1991). Elles ne tiennent naturellement pas compte des facteurs particuliers
aux sites ou aux matériaux, qui sont susceptibles de modifier les conditions d'application et le
choix de la valeur du facteur de sécurité. On remarquera dans ce tableau que l'on préconise le
recours aux analyses pseudo-statiques pour statuer sur la stabilité des ouvrages face aux
sollicitations sismiques (Legge et al., 1982). Avec cette méthode, il faut sélectionner la valeur
d'un coefficient sismique, qui peut être reliée à l'accélération de projet anticipée (Lambe et
Whitman, 1979; Aubertin et Chapuis, 1991a). Le choix de ce coefficient se fait
habituellement en fonction d'une accélération de projet ayant une probabilité de dépassement
de 10 % en 50 ans (Anon, 1989; Piteau Ass., 1991). Toutefois, il faut tenir compte du fait que,
pour le plan de restauration, cette probabilité de 10 % (ou moins) devrait plutôt s'appliquer
pour la durée de vie prévue, qui serait de l'ordre de 100 à 200 ans (ou plus) selon la législation
ou les lignes directrices en vigueur. Cet aspect fera de nouveau l’objet d’une discussion, avec
plus de détails, lorsqu’il sera question de la stabilité des digues de retenue à la section 8.5.

Il faut, par ailleurs, s'assurer de ne pas excéder la résistance des matériaux de fondation sous
la halde, tant en ce qui a trait à la capacité portante qu'aux tassements instantané et différé.
Cet aspect est particulièrement critique lorsque la halde est construite sur un sol mou
(Leroueil et al., 1985). La figure 8.5 illustre de façon schématisée divers problèmes de
stabilité d’un empilement ayant trait aux matériaux de fondation.

273
Pour la capacité portante admissible, on suggère un facteur de sécurité minimal de 1,5 par
rapport à la capacité portante ultime (Hunt, 1986). Pour ce qui est du tassement total
admissible, il ne devrait pas excéder environ 1 % de la hauteur de la halde (Piteau Ass., 1991).

On peut améliorer la stabilité d'une halde et de ses fondations de diverses façons, notamment
en réduisant l'angle de la pente, en limitant la hauteur de l'empilement et en installant des
ouvrages de stabilisation comme des bermes ou des systèmes de réduction des charges
hydrauliques. Des tranchées et autres ouvrages de dérivation peuvent également s'avérer utiles
pour faire dévier les eaux de ruissellement provenant du bassin versant. La conception de tels
éléments doit se fonder sur les données hydrologiques disponibles et tenir compte des risques
d’accumulation et de submersion, en fonction de la crue de projet sélectionnée (Klohn et al.,
1989). Comme ces éléments doivent être conçus de façon à assurer la pérennité de l'ouvrage,
on recommande souvent que la crue de projet soit basée sur la précipitation maximale
probable (PMP) (Robertson et Clifton, 1987). Nous reviendrons sur le choix de la
précipitation de projet à la section 8.5.

Lorsque l'on songe à installer un système de recouvrement sur une halde (chapitre 6), les
principaux problèmes à examiner incluent la migration des particules fines à travers les pores
des matériaux de la halde, le glissement d'une ou de plusieurs couches le long de la pente,
l'érosion par l'eau ou le vent, et la dégradation des propriétés des matériaux exposés aux
intempéries (Hutchison et Ellison, 1992; Daniel, 1993); nous y reviendrons brièvement à la
section 8.7.

Notons, pour terminer, que même si tous les critères précités sont satisfaits lors de la
conception, la possibilité d'une rupture de la halde (si minime soit-elle) doit absolument être
envisagée dans le plan d’urgence (chapitre 9). En ce sens, des mesures de réduction des
incidences ou de protection doivent être mises en œuvre afin de réduire les dommages à un
niveau acceptable.

274
À une certaine époque pas si lointaine, on estimait que la rupture occasionnelle d’une digue
retenant des rejets de concentrateur constituait un risque normal et acceptable découlant des
activités minières. Ce n’est certainement plus le cas maintenant. Une rupture de digue
représente en fait une condition critique pour une opération, pouvant mener à des poursuites
contre l’entreprise et ses dirigeants qui sont alors passibles d’amendes ou même
d’emprisonnement, dans certains cas. Une telle situation peut également entraîner,
directement ou indirectement, la fermeture de la mine. Ce potentiel de risque accru est pris en
compte par les entreprises, qui se doivent d’accorder une grande importance au maintien de la
stabilité des ouvrages de retenue durant et après l’opération (Glos, 1999). C’est d’ailleurs pour
aller en ce sens que l’Association minière du Canada (1998) a produit un guide pour la bonne
gestion des résidus miniers.

Les digues de retenue qui ceinturent les parcs à résidus miniers où sont entreposés les rejets
du concentrateur ont le plus souvent une construction en plusieurs étapes, de façon à réduire
l'investissement initial. Cet étalement permet en outre d'adapter les dimensions du site
d'entreposage aux conditions changeantes des opérations minières. La construction des
digues, bien que basée sur des principes hydrogéotechniques éprouvés, repose toutefois
largement sur une approche observationnelle qui permet de s’adapter aux conditions et aux
performances observées ou anticipées.

8.5.1 Méthodes de construction de digues

Après la sélection du site le plus approprié pour l'entreposage des rejets (section 8.3), on
définit le type d'ouvrages de retenue le mieux adapté. Ces ouvrages consistent habituellement
en digues construites en travers de vallées, à flanc de coteaux ou au pourtour du site sur un
terrain relativement plat, avec ou sans excavation (Klohn 1986; Klohn et al., 1987); une
solution mixte, composée d'éléments de ces diverses possibilités, est aussi envisageable
(figure 8.6).

275
Chaque type de bassin d'entreposage possède ses caractéristiques propres en ce qui a trait aux
conditions de drainage et de stabilité.

On peut construire les digues de retenue à partir de matériaux d'emprunt naturels, tel du silt,
de l'argile, du sable et du gravier. Si c’est le cas, on peut se baser pour la conception sur des
principes bien connus en génie civil et couramment appliqués aux bassins de rétention d'eau,
par exemple (Anon, 1987; Jensen, 1990). Ces digues de retenue comportent en général
diverses zones, notamment une zone imperméable (un parement de till ou un noyau de till ou
d'argile), des zones drainantes de matériau granulaire, des zones de transition filtrantes et des
zones de protection contre l'érosion; on peut voir des exemples de telles digues à la figure
8.7.

276
Ce genre d’ouvrages est d'ailleurs de plus en plus souvent employé pour contenir les résidus
miniers, et plusieurs opérations minières du Québec utilisent des digues conventionnelles
construites avec des matériaux d'emprunt. On en retrouve aussi plusieurs ailleurs au Canada et
aux États-Unis (Minns, 1988). Ces digues conventionnelles peuvent être construites
rapidement, soit à l'intérieur d'une période de deux ou trois ans. Toutefois, afin de minimiser
l'investissement initial, ces digues peuvent aussi résulter d’une construction progressive,
fonction de l’accroissement des besoins en volume d'entreposage pendant la durée de vie de
l'opération minière.

Lorsque les matériaux d'emprunt ne sont pas disponibles à un coût abordable ou en quantité
suffisante, et que les rejets de la mine ont des caractéristiques physiques et chimiques
appropriées, on peut récupérer les roches stériles et les rejets du concentrateur pour construire
une partie ou la totalité des digues de retenue. Les digues construites à partir de résidus
miniers se distinguent des digues conventionnelles érigées avec des matériaux d'emprunt
d'origine naturelle puisque, contrairement à ces dernières, leur construction est forcément
étalée sur une période de plusieurs années, puisqu’elle dépend de la mise en disponibilité des
matériaux. Avec les rejets du concentrateur, on a recours à trois principales méthodes de
construction de digue, soit la méthode amont, la méthode aval et la méthode de l'axe central
(Coates et Yu, 1977; Caldwell et Welsh, 1982; Legge et al., 1982; Vick, 1983; Morgenstern,
1985; Klohn et al., 1987; Aubertin et Chapuis, 1991a); ces méthodes sont schématisées à la
figure 8.8, et nous les décrivons ci-après.

277
Méthode amont

C'est la méthode de construction traditionnellement utilisée lorsque les rejets du concentrateur


sont déposés à l'aide de lances à robinet (spigotting). La méthode amont s'applique surtout
lorsque les résidus ont les caractéristiques mécaniques et physico-chimiques nécessaires à la
construction des digues, quand la région est à faible risque sismique et lorsque les digues ont
une hauteur h inférieure à environ 20 à 30 m.

La construction des digues par la méthode amont est relativement simple et très économique.
On place d'abord un remblai d'amorce et les ouvrages de décantation (drains et tours). Le
remblai d'amorce, souvent construit à partir de matériaux d'emprunt granulaires, doit adopter
une pente variant de 2:1 à 5:1, selon des principes similaires à ceux utilisés pour des digues de
rétention d'eau traditionnelles. Rapidement construit, le remblai d'amorce permet une mise en
service presque immédiate du site d'entreposage. À partir de la crête de cette première digue,
dont la hauteur devrait permettre un volume de stockage égal à environ 2 ans de production
du concentrateur (soit h  3 à 6 m), on déverse les rejets sous forme de pulpe (densité de
pulpe typique P = 25 à 50 %) vers l'intérieur du parc. Une séparation naturelle des particules

278
s'accomplit le long de la plage ainsi formée, avec les particules grossières déposées près du
point de déversement et les particules fines déposées plus loin dans le bassin le long de la
pente, qui forme un angle de l'ordre de 1 (de 0,5 à 2 %). Si les résidus ainsi déversés
contiennent une quantité suffisante de matériau grossier (retenu au tamis 80 microns) et si la
plage produite est suffisamment longue, il est alors possible de constituer une zone de
matériau de recharge qui servira pour la construction des digues subséquentes par des moyens
mécaniques, plutôt que par des moyens hydrauliques seulement. La figure 8.9 montre
diverses configurations qui font appel à la méthode de construction vers l’amont.

279
Un désavantage inhérent aux digues construites selon la méthode amont réside dans le fait que
les petites digues construites à partir des résidus miniers reposent sur un matériau relativement
fin et peu consolidé, mis en place au cours des étapes précédentes. En général, ces matériaux
possèdent des caractéristiques mécaniques peu favorables, comme une faible résistance au
cisaillement et une grande susceptibilité à la liquéfaction. Ces caractéristiques sont
attribuables à leur teneur en eau (w) élevée et à un indice de densité (ID) faible, ce qui a pour
effet de limiter la hauteur maximale totale des digues et la vitesse de montée de celles-ci. En
outre, la méthode amont est peu appropriée pour des fondations inclinées en raison des
possibilités d'instabilités géotechniques. Elle se révèle également peu appropriée pour
l'entreposage en terrain plat avec des digues de pourtour, puisqu'en général la quantité de
matériau grossier disponible est alors insuffisante.

La méthode amont traditionnelle convient bien aux climats chauds et secs (ou arides et semi-
arides), là où le bilan hydrique est faible, la quantité d'eau stockée, petite et la montée des
digues, lente (< 3 m/année). De plus, elle ne s'applique que s'il y a un faible risque sismique
régional.

Afin d'accroître la stabilité de l'ouvrage et d'augmenter la hauteur maximale acceptable,


l'installation d'un tapis drainant légèrement incliné à l'amont de la digue d'amorce pourrait
contribuer à favoriser la consolidation des résidus et l'abaissement de la nappe phréatique. Il
faut cependant s'assurer que l'inclinaison du tapis est supérieure à celle de la plage naturelle
formée par les rejets plus grossiers déposés par déversement hydraulique, de sorte que seuls
ces matériaux grossiers seront déposés sur ce tapis; les particules fines étant transportées plus
loin dans le bassin, on évite un colmatage du drain.

280
Un dépôt " semi-aérien " des rejets du concentrateur peut aussi aller de pair avec la méthode
amont afin d'augmenter la capacité de stockage du bassin et d'améliorer la stabilité (Klohn et
al., 1989). Il s'agit alors de déposer les résidus en couches minces sur un talus de pente très
faible afin d'obtenir un dépôt plus dense après la sédimentation, le drainage, la consolidation
et le séchage à l'air. Un système de drainage peut aussi être mis en place à la base afin de
faciliter la consolidation des rejets. Toutefois, cette technologie est peu appropriée pour les
régions humides et froides.

Méthode aval

À l'opposé de la méthode amont, la méthode aval se révèle la plus coûteuse, mais aussi la plus
sécuritaire, surtout dans les régions à haut risque sismique. Comme son nom l'indique, la
digue de retenue est ici construite en aval de la digue d'amorce, généralement à partir des
rejets grossiers séparés par des hydrocyclones; la ligne de centre de la digue se déplace alors
vers l'extérieur du parc à résidus. La figure 8.10 montre des configurations pour la méthode
de construction vers l’aval.

281
Outre une meilleure stabilité, la méthode aval génère un bilan d'entreposage positif (si on le
compare à celui de la méthode amont) puisque le volume disponible dans le bassin augmente
progressivement avec la hauteur de la digue. La quantité de matériau grossier nécessaire à la
construction de la digue est toutefois très grande et constitue souvent la principale limite
imposée à sa hauteur. Pour réduire les coûts de construction de la digue, on peut modifier le
niveau de séparation des hydrocyclones, ce qui permet d'obtenir une fraction grossière
(underflow) plus abondante mais aussi plus fine, ou faire une utilisation occasionnelle du
spigotting qui provoque une ségrégation des matériaux permettant d'accélérer la consolidation
près des digues.

Méthode de l'axe central

La méthode de l'axe central représente une solution à mi-chemin entre les deux méthodes
précédentes. Il s’agit, comme on peut le voir à la figure 8.11, de maintenir la crête de la digue
à la même position horizontale.

282
Cette méthode confère une meilleure stabilité que la méthode amont, et elle demande moins
de matériau grossier que la méthode aval. Comme cette dernière, elle nécessite aussi
l'utilisation d'hydrocyclones pour séparer les fractions grossières et fines, et ce pour garantir
que le niveau de la nappe dans la digue reste bien en dessous du parement aval. La méthode
de l’axe central se prête bien à presque toutes les situations, sauf si la fraction grossière des
rejets n'est pas assez abondante. Parmi ses avantages non négligeables, que présentent
également la méthode aval, on note la possibilité de monter la digue rapidement (lorsque les
matériaux sont disponibles) et la possibilité de compacter les matériaux grossiers qui la
constituent, ce qui accroît sensiblement la stabilité de l'ouvrage.

Par ailleurs, lors de la conception des digues, on doit prendre en compte le fait que, pour les
conditions usuelles d'opération, les digues, les fondations et les ouvrages connexes doivent
demeurer stables pour une période de plusieurs dizaines (ou centaines) d'années, alors que
dans des cas exceptionnels (séismes, inondations, etc.), ils doivent être capables de maintenir
la retenue jusqu'à la mise en oeuvre des mesures correctrices. En ce sens, on pourrait énoncer
comme suit les principaux objectifs à envisager lors de la conception (Caldwell et Hobbs,
1987):

• favoriser la consolidation et la stabilisation les matériaux contaminés sur le site;


• minimiser la superficie affectée par la construction du parc à résidus;
• prévenir le relâchement de contaminants dans l'environnement et la contamination des
eaux de surface et souterraines.

Comme les digues de retenue constituées de résidus miniers sont fréquemment construites par
des opérateurs oeuvrant pour l'entreprise minière elle-même, parfois sans véritable contrôle de

283
qualité, on a observé plusieurs ruptures causées par de mauvaises pratiques de construction.
Par exemple, Morgenstern et Kupper (1988) rappellent quelques cas de rupture de digues au
Japon, aux États-Unis, au Chili et en Italie; à ceux-là on pourrait ajouter les ruptures
catastrophiques survenues au cours des dernières années aux Philippines, en Guyane, en
Espagne et en Roumanie (e.g. Vick, 1996, 1997; Haile, 1997; Aubertin et al., 2002b; voir
aussi le tableau 12.3 au chapitre 12), ainsi que quelques cas moins spectaculaires au Québec et
ailleurs au Canada. À travers l'étude de ces divers cas de rupture, on a remarqué qu'en général
ces digues avaient été construites à l'aide de la méthode amont, mais sans employer les
techniques de construction appropriées à ce type de structures. On a observé des problèmes
particuliers avec les systèmes de drainage et de gestion des eaux, et aussi avec les mesures de
protection contre les séismes. Il faut souligner ici que la présence de systèmes de drainage
dans les digues et dans la zone amont joue un rôle important pour la stabilité, tant pour les
chargements statiques que dynamiques. Un bon système de drainage, comprenant des zones
drainantes et des zones filtrantes, permet d'abaisser le niveau de la nappe dans les digues et
favorise la consolidation des rejets, ce qui réduit leur teneur en eau et augmente leur indice de
densité. Les systèmes de drainage peuvent en outre être combinés à des zones imperméables
pour contrôler l'écoulement de l'eau et la migration des contaminants.

D'autre part, il est possible de densifier (ou d’épaissir) les rejets du concentrateur produits
sous forme de pulpe à l'aide d'additifs, d'épaississeurs, de cyclones, de filtres ou de pompes.
Le cas échéant, la densité de la pulpe (P) peut atteindre 60 % et plus. Les boues se comportent
alors pratiquement comme un fluide visqueux, ce qui permet théoriquement d'atteindre un
angle de déposition variant de 2 à près de 6 et plus (Blight, 1987). De telles méthodes
peuvent être avantageuses d’un point de vue géotechnique et environnemental (e.g. Robinsky,
1999), mais elle peuvent aussi s'avérer dispendieuses et difficiles à mettre en œuvre.

8.5.2 Conditions d'opération

L'outil principal qui permet de définir la séquence de construction est le schéma de


remplissage d’un ou de plusieurs bassins (figure 8.12) représenté par la relation graphique
entre la hauteur des digues et le volume de résidus entreposés, selon le taux de production
annuel (stage curve; Blight et Steffen, 1979; Caldwell, 1983; Vick, 1983).

284
On obtient une telle relation en déterminant le volume cumulatif disponible dans le bassin
pour diverses élévations des digues. Elle est donc particulière au site, selon la topographie des
lieux, l'emplacement et le type de digues. Le volume disponible peut être converti en poids
(ou masse) en le multipliant par un facteur de densité (le poids volumique), ce qui permet de
gérer l'opération à partir du poids sec, comme c'est souvent le cas à la mine et au
concentrateur. Dans ce cas, on peut ajuster l'échelle horizontale de la figure 8.12 afin de
refléter le tonnage (ou la capacité) pour un facteur de densité donné (Welsh, 1990).

Plusieurs facteurs peuvent influer sur la densité des résidus entreposés dans le bassin, soit la
densité des solides, la granulométrie, la vitesse de montée des plages, la portion du bassin
submergée d'eau, les conditions de drainage et de consolidation, le climat, etc. La densité de
la pulpe produite par le concentrateur est une donnée très importante dans le problème de
l'entreposage, car elle a une incidence sur le volume requis ainsi que sur l'ensemble des
propriétés du matériau, soit sa résistance mécanique, sa conductivité hydraulique et sa
consolidation. Par ailleurs, comme on l'a déjà mentionné, il est avantageux de faciliter cette
consolidation; on peut employer divers moyens pour ce faire, notamment l'installation de tapis
drainants ou de drains verticaux. La pente de la plage formée par le dépôt des résidus sera
également affectée par la densité de la pulpe. Malheureusement, au moment de planifier les
ouvrages et le bassin d'entreposage, on ne peut déterminer la densité du matériau avec
précision. De plus, pendant les années de production, cette densité peut varier
considérablement lors de modifications dans les procédés ou dans la nature du minerai. Il faut
donc prévoir une certaine souplesse dans le mode d'opération des installations de façon à
pouvoir s'ajuster à de nouvelles conditions. Face aux multiples sources de variations
possibles, on suggère usuellement de réduire d'un facteur de 10 à 15 % le poids volumique sec
prévu au moment de planifier des nouvelles installations d'entreposage (Welsh, 1990).

8.5.3. Dimensionnement et étapes de construction

285
L'élévation initiale de la digue de retenue est déterminée à partir de la courbe hauteur-capacité
du schéma de remplissage. Généralement, cette digue de départ doit permettre l'entreposage
des résidus pour une période de deux à cinq ans (soit une hauteur typique de 3 à 6 m), avec un
entretien annuel minimal des ouvrages pendant cette période initiale. Si les résidus entrent
dans la construction de cette première digue, sa hauteur sera déterminée en fonction de la
portion du matériau grossier disponible, de façon que la digue ait en tout temps une hauteur
sécuritaire par rapport au niveau de l'eau et des rejets fins. Il est nécessaire de tenir compte
des caractéristiques hydrologiques du bassin afin de s'assurer que ces digues peuvent accepter
la crue de projet. L'utilisation de matériaux d'emprunt pour la construction de cette digue
d'amorce est avantageuse, puisqu'elle peut offrir une grande souplesse, en plus d'avantages
certains d'un point de vue géotechnique.

Au moment d’établir les dimensions des réservoirs contenant de l’eau, on doit tenir compte du
temps nécessaire pour que les procédés de traitement produisent les résultats anticipés,
notamment en ce qui a trait à la sédimentation des particules en suspension (prévoir
typiquement un temps de rétention  5 jours, pour une vitesse de sédimentation de 5 à 15
cm/heure), à la neutralisation chimique des eaux acides et à l'élimination des cyanures
(section 8.5.6).

Les différentes étapes de construction doivent être compatibles avec le cheminement critique
des opérations minières. La séquence usuelle comprend la sélection du ou des sites potentiels,
l'investigation de terrain, l'évaluation des impacts environnementaux, la conception complète
et l'estimé des coûts (y compris les plans de remise en état du terrain après sa fermeture), la
revue et l'approbation par le ou les ministères concernés, l'appel d'offre et la construction des
ouvrages. Cette dernière étape inclut le décapage et la préparation des surfaces, l'installation
des drains et des tapis d'étanchéité, la montée des digues, l'installation des composantes
mécaniques et électriques et l'implantation du système d'auscultation. Sous notre climat et
pour nos conditions législatives et administratives, une période de deux à quatre ans (et même
plus) peut être nécessaire pour franchir toutes ces étapes. Une bonne planification devrait
néanmoins permettre d'éviter des délais indus. On suggère par exemple d'acheter tôt le
matériel et les équipements requis pour l'opération du bassin d'entreposage (pompes,
conduites, transformateurs, etc.) de façon à prévenir les attentes qui pourraient retarder
l'avancement des travaux. Il est également souhaitable de prévoir un bassin temporaire
d'appoint qui permettrait, dans l'éventualité d'un retard, de stocker les résidus; ce bassin serait
ultérieurement vidé, et pourrait alors servir en cas d'urgence pour entreposer de l'eau ou des
résidus en surplus.

Lors de la construction des digues et des autres ouvrages, on devrait retenir un constructeur
(choisi par soumission) ayant une bonne expérience de ce genre de travaux et une réputation
d'intégrité et d'honnêteté. Dans tous les cas, le client ou son représentant devrait faire un suivi
de la qualité des travaux tout au long de la période de construction, tant en ce qui concerne les
matériaux choisis que les méthodes de mise en place. À cet égard, on préparera un devis
technique détaillé à remettre à l'entrepreneur, à qui il incombe de de respecter les normes
prescrites par un programme d'assurance qualité interne à son entreprise.

8.5.4 Analyses de stabilité

De nombreux problèmes peuvent nuire à la stabilité des digues de retenue, notamment la


submersion et l'érosion de surface dues à une crue des eaux, l'érosion régressive du matériau
dans les digues, l'instabilité statique ou dynamique des pentes, les tassements différentiels

286
sous les digues, ou l'attaque physique ou chimique des matériaux (Coates et Yu, 1977; Vick,
1983; Robertson et Clifton, 1987; Klohn et al., 1989).

Les digues retenant de l'eau ou des résidus solides, construites à partir de matériaux d'emprunt
ou de rejets miniers (rejets du concentrateur, stériles), doivent avoir la capacité de supporter
les combinaisons de charges (statiques et dynamiques) les plus défavorables pendant la
construction et l'opération du site de même qu’après sa fermeture. On considère usuellement
que les coefficients de sécurité peuvent varier selon la nature des ouvrages, le type de
sollicitation et la probabilité d'apparition des événements. On peut inclure dans l'analyse de
stabilité de l'ouvrage et du calcul du facteur de sécurité les effets des dispositifs de réduction
de charge, tels les systèmes de drainage pour la dissipation des pressions. La sécurité de
l'ouvrage devrait cependant demeurer acceptable, avec un coefficient de sécurité réduit, au cas
où ces dispositifs ne fonctionneraient pas correctement.

Hydrologie et hydraulique

Les rejets miniers (incluant l'eau et les matières solides) stockés derrière les digues de retenue
sont une source de contamination pour l’environnement. Afin d'éviter le déversement
d'effluents contaminés, il est essentiel d’effectuer une évaluation du bilan hydraulique lors de
la conception des ouvrages. Ces derniers doivent permettre de contrôler la crue de projet
(correspondant à la condition la plus défavorable envisagée) de façon à éviter un déversement
en crête qui pourrait conduire à une rupture avec déferlement des eaux et des résidus. Le bilan
hydraulique du bassin d'entreposage doit tenir compte des apports d'eau (précipitations,
ruissellement, décharge d'autres bassins, cours d'eau affluents, eaux résiduelles dans la pulpe,
etc.), des pertes encourues (évaporation, percolation dans le sol et dans les digues, débit de
l'effluent final, eau recirculée, etc.) et du volume emmagasiné.

Les critères de conception d'une digue sont en principe établis selon la classification de cette
dernière. Cette classification tient compte de l'envergure et des dangers potentiels d’une
rupture. Les tableaux 8.2a et 8.2b montrent de tels critères de classification des digues.

287
La capacité d'emmagasinage requise est déterminée à partir de la période de retour (servant au
calcul de la crue de projet), laquelle est fixée selon la classification précitée, comme on le voit
dans le tableau 8.3.

Les valeurs présentées dans ces tableaux sont inspirées de recommandations tirées de la
documentation (Legge et al., 1982; Vick, 1983; Anon, 1987a; Cassidy et Hui, 1990;
Williamson, 1990; Anderson et al., 1995).

Habituellement, le calcul de la crue de projet et du débit de pointe aux ouvrages de contrôle


de la crue est basé sur l'averse générale d'une durée minimale de 6 heures (mais
préférablement d'une durée de 24 heures) ou, si elle est plus critique, l'averse d'orage d'une

288
durée de 1 heure (mais préférablement d'une durée de 6 heures), pour une période de retour
donnée. De plus, dans le calcul du volume, on doit considérer des conditions de ruissellement
et d'emmagasinage défavorables causées par la présence d'eau dans le bassin attribuable à une
averse récente et à l'effet cumulatif de la fonte des neiges (e.g. Portfors, 1981; Scott et Lo,
1992). Comme il peut être difficile d'assurer en permanence le bon fonctionnement des
ouvrages de contrôle des eaux (décanteurs, évacuateurs de crue, tranchées de drainage, etc.)
pendant l’opération et surtout après la fermeture du site, les bassins où il y aurait
accumulation d'eau devraient pouvoir emmagasiner la crue de projet. En ce cas, il faudrait
s'assurer qu'une grande partie du volume emmagasiné puisse être évacué naturellement dans
un délai raisonnable (par exemple, 90 % du volume emmagasiné en 10 jours; e.g. Legge et al.,
1982).

Il faut noter à ce stade que les conditions hydrologiques prises en compte pour la durée
d'opération du site (de 10 à 30 ans par exemple), qui induisent une probabilité acceptable
d’excéder la crue de projet, ne sont généralement pas adéquates à long terme lorsque l'on
conçoit le plan de fermeture, surtout si l'on permet une accumulation d'eau importante dans
les bassins. Par exemple, une averse générale ayant une période de retour (ou de récurrence)
de 200 ans, qui induit une probabilité de débordement d'environ 10 % pour une période
d'opération de 20 ans, engendre une probabilité de débordement de 22 % sur une période de
50 ans et de près de 40 % pour une durée de 100 ans. La probabilité peut alors devenir
excessive à long terme.

Compte tenu de ces difficultés et de ces restrictions, la crue de projet correspondant à la


fermeture d'un site qui permet une accumulation d'eau devrait idéalement être basée sur la
précipitation maximale probable (PMP). Si ce n’est pas possible, on pourrait aussi considérer
une période de retour moindre, en s'assurant cependant que la probabilité d'excéder la capacité
du bassin demeure inférieure à une probabilité jugée acceptable pour la période considérée
(soit 100 à 200 ans, dans la plupart des cas). On peut estimer la probabilité comme suit (Vick,
1983):

(8.1) P = 1 - (1 - po)i

où P : probabilité cumulative que la crue de projet soit égalée ou excédée durant une période
de durée i

po : probabilité annuelle définie par l’inverse de la période de retour (1/PR)

i : durée de vie considérée (généralement exprimée en années)

Cette relation est illustrée à la figure 8.13; sur cette figure, le terme AEP représente la
probabilité annuelle po.

289
Si l'on adopte une durée de vie de 100 ans, la période de retour serait d'environ 2 000 ans pour
une probabilité de dépassement de 5 %, de près de 1 000 ans pour 10 %, et de l'ordre de
450 ans pour 20 % (Aubertin et al., 1997).

Il convient de souligner ici que les variations climatiques enregistrées ces dernières années
rendent encore plus incertaines les analyses de ce type, puisque les valeurs enregistrées par le
passé ne sont plus nécessairement représentatives des conditions actuelles et à venir. Étant
donné qu’il n’est maintenant plus possible de nier le phénomène du réchauffement de la
planète (on peut néanmoins argumenter sur ses causes – et certains ne s’en privent pas!), qui
pourrait faire augmenter la température moyenne du globe de plus de 3oC en moins d’un
siècle, on peut anticiper des écarts marqués entre les précipitations moyennes antérieures et
celles qui devraient être observées au cours des prochaines décennies. L’ingénieur
responsable de la sélection des événements récurrents (précipitations, vent et sécheresse) doit
donc se montrer particulièrement prudent et conservateur à cet égard.

Si les digues de retenue du bassin ne peuvent répondre aux critères fixés, il est nécessaire de
prévoir des ouvrages d'évacuation qui permettront de disposer rapidement et efficacement de
l'excédent d'eau. On doit alors anticiper des conditions d'utilisation adaptées aux niveaux
variables des digues et des résidus, en prenant en compte les conditions critiques (comme une
panne d'électricité dans le cas des pompes électriques, ou l'inondation de la route d'accès dans
le cas d'équipements à contrôle manuel).

Lors du dimensionnement des digues, on doit établir une revanche minimale entre le niveau
maximal de l'eau dans le bassin et la cote maximale de la crête de la digue. Cette revanche
sert de protection contre les vagues, contre le tassement éventuel des digues et contre tout
mauvais fonctionnement des ouvrages d'évacuation. Une hauteur de revanche minimale de 2 à
3 m devrait idéalement être maintenue pour tenir compte de la pénétration du gel. La hauteur
minimale de protection est d'environ 1 m plus une hauteur équivalente à 1,5 fois la dimension
de la vague la plus haute, soit de 0,3 à 2,0 m (selon les dimensions du bassin inondé), plus une
hauteur de courbure d'environ 0,2 à 1 % de la hauteur de la digue afin de tenir compte des
tassements après la construction. La largeur de la crête W devrait être fixée à partir de la
relation suivante (Anon, 1987):

290
(8.2) W=h/5+3

où W et h sont exprimés en mètres. On recommande souvent une largeur minimale de la crête


d'environ 6 m, notamment afin de permettre la circulation des véhicules.

Écoulement et pression d'eau

La conception de digues de rétention pour l'entreposage des résidus miniers nécessite


l'application des principes classiques de géotechnique à l'analyse de la stabilité sous
chargement statique. Le point de départ de ces analyses est la détermination du niveau de la
nappe phréatique dans la digue et des pressions interstitielles exercées (Lambe et Whitman,
1979; Cedergren, 1989).

La procédure habituelle pour estimer le niveau de la nappe phréatique repose sur l'élaboration
graphique de réseaux d'écoulement, en adoptant les hypothèses relatives à un écoulement
stationnaire en milieu saturé sous chargement gravitaire. On a recourt à ces hypothèses
puisqu'on considère habituellement qu'elles donnent une solution conservatrice dans
l'évaluation des pressions interstitielles. Par contre, l'estimation des vitesses de migration des
contaminants et des débits de percolation à travers les ouvrages de retenue (et de
confinement) requiert le plus souvent l'étude de conditions transitoires, avec un écoulement en
milieu non saturé, compte tenu des effets de capillarité, de diffusion et de dispersion
mécanique (e.g. Fredlund et Rahardjo, 1993). Des méthodes numériques, telle la méthode des
éléments fins, peuvent alors se révéler plus appropriées dans ce cas (Chapuis et al., 1993,
1999; Chapuis et Aubertin 2002).

Les principes généraux servant à la construction graphique de réseaux d'écoulement font


appel à la loi de Darcy et à l'équation de Laplace. On les applique de façon routinière pour
évaluer l'écoulement dans les digues de retenue d'eau conventionnelles. L'application de ces
principes au cas des digues de rétention de résidus miniers nécessite qu’on tienne compte
adéquatement des conditions aux frontières et de la nature des matériaux (Vick, 1983).

L'anisotropie de perméabilité des résidus, définie par le rapport rk (où rk = kh/kv, avec kh et kv
qui représentent le coefficient de perméabilité - ou conductivité hydraulique - k dans les
directions horizontale et verticale respectivement), aura une grande influence sur le niveau de
la nappe (Blight et Steffen, 1979). Toutefois, la complexité des phénomènes qui gouvernent
cette anisotropie, comme la ségrégation des particules qui se produit lors de leur dépôt, rend
difficile un traitement pratique à partir des méthodes classiques (L’Écuyer et al., 1992).

Une autre difficulté rencontrée lors de l'établissement du réseau d'écoulement dans les digues
de retenue pour les résidus miniers vient du fait que l'écoulement peut subir l’influence de la
consolidation hydrodynamique du squelette des rejets, en plus des effets gravitaires
traditionnels, surtout si la montée des résidus est très rapide (en excès de 3 à 5 m/an, par
exemple – Mittal et Morgenstern, 1976). Dans une telle éventualité, la prédiction des
pressions interstitielles doit aussi faire intervenir une théorie de consolidation
hydrodynamique.

Certaines solutions applicables au problème des réseaux d'écoulement dans les digues ont été
proposées dans la littérature pour les ouvrages de retenue des résidus miniers (Coates et Yu,
1977; Vick, 1983). Dans ce cas, il est nécessaire de porter une attention particulière à la
position de l'eau libre et à la longueur de la plage de résidus non submergés, à la variation de

291
perméabilité avec la distance produite par la ségrégation des particules lors de leur dépôt , à la
grandeur du coefficient d'anisotropie rk, à la perméabilité des matériaux de fondation
(comparée à celle des matériaux utilisés dans la digue), et à la consolidation des résidus en
profondeur qui peut diminuer le coefficient de perméabilité. À la lumière des analyses
présentées dans la littérature, on note qu'en général, le niveau de la nappe phréatique dans la
digue est rehaussé (dans des proportions très variables) par une diminution de la largeur de la
plage non submergée, par une réduction de la ségrégation des particules près des points de
déversement, par une augmentation du coefficient rk, par une diminution de la conductivité
hydraulique des matériaux de fondation et par une consolidation accrue des résidus en
profondeur.

Dans le cas de plusieurs de ces facteurs d'influence, le concepteur ne peut ni les contrôler ne
prédire aisément leur valeur; par conséquent, l'élaboration du réseau d'écoulement est
nécessairement empreinte d'une certaine imprécision. C’est particulièrement vrai pour les
digues construites par la méthode amont à l'aide de lances à robinet. Pour les digues
conventionnelles construites avec des matériaux d'emprunt, et pour les digues construites avec
des résidus par la méthode aval et, dans une moindre mesure, par la méthode de l'axe central,
le concepteur a un meilleur contrôle ou une meilleure connaissance des divers paramètres
précités; ainsi, il lui est plus facile de prédire les conditions d'écoulement. Il faut également
garder à l'esprit que le paramètre fondamental de ces analyses est le coefficient de
perméabilité k qui constitue probablement le paramètre géotechnique le plus variable et celui
pour lequel on obtient la plus faible précision (coefficient de variation pouvant atteindre 100
%; Van Zyl et Robertson, 1987), de sorte que même dans les cas les plus simples en
apparence, les résultats obtenus sont empreints d'une incertitude relativement importante.

Lors de l'analyse et de la conception, il convient également de retenir le principe général


voulant que la nappe phréatique ne devrait jamais rejoindre la face aval de la digue de retenue.
Le niveau de la nappe devrait plutôt être rabattu par un drain de pied ou un tapis drainant
(pour la méthode amont), ou à l'aide d'un drain cheminé pour les méthodes aval et de l'axe
central; les schémas montrés à la figure 8.14 illustrent les effets anticipés de tels systèmes de
drainage sur le réseau d’écoulement (e.g. Bowles, 1984; Cedergren, 1989).

292
293
294
La mise en place d'un noyau imperméable peut aussi aider à abaisser la nappe à un niveau
acceptable dans la portion aval de la digue. Il est, de plus, nécessaire d'éviter que la surface de
l'eau libre dans le bassin d'entreposage ne vienne en contact avec la face amont de la digue.
Une plage d'une longueur minimale d'environ 75 à 100 m est généralement considérée comme
sécuritaire et permet d’abaisser suffisamment le niveau de l’eau dans la digue (figure 8.15).

On doit alors s’assurer que ces berges ne sont pas affectées de façon excessive par l’érosion
due au vent et à l’eau.

Analyses statiques

Pour procéder aux analyses de stabilité à proprement parler, on utilise les approches
conventionnelles de la géotechnique, en y incorporant toutefois plusieurs nuances
importantes. La complexité du comportement des résidus miniers nécessite de la part du
concepteur une bonne compréhension des objectifs, des hypothèses et du domaine
d'application des diverses méthodes disponibles, dont la majorité repose sur les conditions
d'équilibre limite. La clé de cette compréhension réside, en outre, dans le choix approprié des
paramètres de résistance et dans l'évaluation des conditions de pression interstitielle. Le type
de digue et le mode de construction auront un effet déterminant sur les analyses à effectuer.

a) Stabilité des pentes

Les méthodes courantes d'analyse de stabilité des pentes constituent des outils très répandus,
mais dont la nature demeure partiellement empirique, puisqu'elles reposent essentiellement
sur des observations dont l'interprétation est relativement floue, soit la distinction entre la
rupture et la non rupture (Vick, 1983). Ces méthodes sont basées sur le principe de l'équilibre
limite, suivant lequel le matériau circonscrit par une ou plusieurs surfaces de géométrie

295
donnée (circulaire, plane ou autre) glisse le long de cette surface comme un corps rigide, alors
qu’on ne prend pas en compte les déformations internes de la masse (Blight, 1985; Caldwell
et Moss, 1985; Eisenstein et Naylor, 1986); la figure 8.16 illustre divers modes de rupture de
pente.

Une telle hypothèse semble assez proche de la réalité pour les matériaux cohérents et pour les
matériaux pulvérulents denses, mais elle ne serait pas un reflet des conditions réelles pour les
matériaux pulvérulents lâches déposés hydrauliquement, comme dans les digues construites à
partir des rejets du concentrateur Dans ce cas, la rupture donnerait plutôt lieu à une
déformation marquée de la zone amenée à l'état limite, d'où un glissement avec écoulement
généralisé (flow slides). Néanmoins, il semble raisonnable de considérer que le mécanisme
déclencheur serait également, dans ce cas, la création d'une surface de glissement, et ce ne
serait qu'une fois le glissement amorcé que les hypothèses de base ne seraient plus respectées.
Cela justifie donc l'utilisation des méthodes d'analyse par équilibre limite pour estimer les
conditions d'amorce de la rupture. On ne peut toutefois pas statuer sur le comportement du
remblai une fois la rupture amorcée.

De très nombreuses méthodes d'analyse de la stabilité des pentes ont été proposées, chacune
faisant intervenir différentes hypothèses. On peut mentionner les méthodes du coin glissant
(avec poussée et butée), de Fellenius, de Bishop (simplifiée ou généralisée), de Spencer, de
Janbu (simplifiée ou généralisée), de Lowe et Karafiath, de Morgenstern et Price et de Sarma.
Toutes ces méthodes, et plusieurs autres, ont fait l'objet de très nombreuses publications les
étudiant, en discutant et les comparant entre elles (Coates et Yu, 1977; Lambe et Whitman,
1979; Blight, 1985; Wright, 1985; Chowdhury, 1987; Bowders et Lee, 1990; Duncan, 1992).
La plupart des méthodes mentionnées (sauf celles qui sont nettement trop conservatrices,
comme la méthode ordinaire des tranches de Fellenius), donnent des résultats qui se

296
comparent bien les uns aux autres, à quelques pour-cents près. En ce sens, la méthode de
Bishop simplifiée semble représenter un bon compromis entre le degré de sophistication, la
rigueur, la précision offerte, et l'effort requis pour son application; la figure 8.17 présente les
principaux éléments de cette méthode, qui se retrouve d’ailleurs dans de nombreux codes de
calculs informatisés.

297
L'objectif de toutes ces méthodes par équilibre limite est le même, soit la définition d'un
facteur de sécurité F.S. minimal associé à la rupture selon la surface produisant les conditions
les plus défavorables. Ce facteur de sécurité est défini par rapport aux conditions d'équilibre
statique, qui se résument en général au rapport entre la somme des forces (ou des moments)
qui induisent la rupture et la somme des forces (ou des moments) qui y résistent. Les calculs
inhérents à l'application de ces méthodes, qui sont de nature itérative, sont effectués
couramment à l'aide de l'ordinateur. Bien que la grande majorité des analyses de stabilité
s’appliquent à des cas bidimensionnels, on a déjà proposé certaines procédures
tridimensionnelles (e.g. Hungr, 1987), mais celles-ci semblent peu justifiées en pratique, dans
la plupart des cas. L'utilisation de méthodes plus complexes et plus sophistiquées (incluant les
méthodes numériques d'analyse de contrainte ou d'autres, basées sur les déformations ou sur
des conditions non saturées; e.g. Fredlund et Rahardjo, 1993) ne se justifie qu'à l'intérieur
d'une approche hiérarchisée, où on applique en premier lieu les méthodes les plus simples. A
cet égard, la méthode des éléments finis (FEM) est particulièrement intéressante si l'on désire
estimer les déplacements induits; par contre, elle nécessite alors l'utilisation de lois de
comportement plus élaborées.

Notons aussi que des auteurs ont proposé diverses chartes ayant comme utilité de permettre
une évaluation rapide et simplifiée (toutefois imprécise, donc préliminaire) des valeurs du
F.S., ou de la relation entre celui-ci et la hauteur et l'angle de la pente (e.g. Cousins, 1978;
Greco et Gulla, 1988). Ces outils sont particulièrement utiles lorsque l'on désire faire des
études paramétriques des conditions de chargement, puisque l'on peut faire varier aisément la
géométrie de la pente (hauteur, angle), la position de la nappe, ou les propriétés des
matériaux. On obtient ainsi rapidement une valeur de référence qui constitue un ordre de
grandeur de la valeur de F.S., ce qui permet au concepteur d'éviter les erreurs grossières
lorsqu'il utilise des méthodes analytiques ou numériques.

Pour les analyses de stabilité de remblais constitués de résidus miniers, on admet


fréquemment comme point de départ l'existence d'un potentiel de rupture selon une surface
plane peu profonde, parallèle à la pente (ce qui est similaire à la condition d'une pente de
longueur infinie). On peut alors écrire, pour un matériau pulvérulent sec (Bowles, 1984):

(8.3)

où φ = angle de friction interne du matériau meuble


β = angle de la pente
d’où β = φ, pour F.S. = 1.

Lorsque le matériau est saturé, avec un écoulement permanent parallèle à la pente, on a alors :

(8.4)

où γw = poids volumique de l'eau


γ' = poids volumique déjaugé du matériau (γ' = γsat - γw)

298
Dans ce cas, on observe que la valeur de tan β est souvent de l'ordre de 50 % de tan φ' pour
F.S. = 1.

Comme c'est le cas avec les haldes, l'angle de la pente de la digue joue un rôle critique à
l'égard de sa stabilité physique. Pour favoriser le programme de restauration à la fermeture du
site, on suggère couramment que l'angle de cette pente soit inférieur ou égal à 18o (3 H : 1 V).
Cependant, on estime qu’un angle de l'ordre de 12o (5 H : 1 V) est souvent plus souhaitable
pour favoriser la revégétation et la stabilité à long terme (Vick, 1983).

b) Paramètres géotechniques

Comme nous l’avons mentionné, les conditions de pression interstitielle dans la digue vont
influencer grandement la stabilité. Pour les digues construites à partir des résidus miniers, la
pression interstitielle peut originer de trois sources principales (Vick, 1983), soit la pression
due à l'écoulement associé aux forces gravitaires us (qu’on peut estimer à l'aide des réseaux
d'écoulement en condition stationnaire), la pression générée par l'application rapide d'une
surcharge ue et la pression induite lors d'une rupture de pente en condition non drainée uf pour
un matériau contractant. Ces trois différentes sources peuvent se combiner les unes aux autres
pour donner la pression interstitielle totale u; lorsqu’on la soustrait de la contrainte totale, on
obtient la contrainte effective. Il n'est cependant pas facile d'évaluer la contribution de
chacune de ces composantes (surtout pour ue et uf). Lorsque la montée des résidus est
relativement lente, soit inférieure à environ 2 à 3 m par année, il arrive souvent qu’on néglige
la contribution de ue, puisque l'on estime que cette pression peut être dissipée de façon
continue. Et comme on ne s'intéresse qu'à l'amorce de la rupture, la valeur de uf est aussi
usuellement omise dans les analyses de stabilité.

Pour les analyses de stabilité, il faut également choisir les paramètres de résistance selon les
conditions de drainage anticipées. Pour un chargement statique, la résistance ultime des rejets
est habituellement définie à partir du critère bidimensionnel de Mohr-Coulomb :

(8.5)

où τ est la résistance au cisaillement, σ est la contrainte normale, c et φ sont les paramètres de


résistance. L'équation 8.5 est exprimée en fonction des contraintes totales, mais peut aussi être
exprimée en fonction des contraintes effectives, avec les paramètres c', σ' et φ'. Dans ce cas, la
valeur de c' tend habituellement vers 0 (pour des dépôts normalement consolidés) sauf si des
liens de cimentation chimiques se sont établis entre les particules, alors que la valeur de φ' est
généralement supérieure à celle de φ. Ces valeurs sont communément déterminées en
laboratoire par des essais de compression triaxiale, de cisaillement direct ou de cisaillement
simple, en conditions consolidées (isotropiquement ou anisotropiquement) et drainées (CD),
ou consolidées et non drainées (CU) avec ou sans mesure de la pression interstitielle.
Occasionnellement, des essais non consolidés et non drainés (UU) peuvent également
permettre d’obtenir la cohésion cu (pour φ = 0). Divers essais in situ conviennent aussi pour
estimer la résistance du matériau et la valeur de ces paramètres mécaniques. Parmi les essais
qui ont obtenu un certain succès dans les résidus miniers, mentionnons le scissomètre, le
piézocône, le pressiomètre et l'essai de pénétrations standard SPT. Comme les conditions de
chargement le long d'une surface de rupture in situ ne sont pas homogènes (e.g. compression
contre extension), il est par ailleurs recommandé de corriger la résistance pour tenir compte de
cette particularité du comportement mécanique des sols; des auteurs ont proposé diverses
techniques à cet effet (Ladd et al., 1977).

299
c) Conditions de chargement

Comme c'est le cas pour les digues de retenue d'eau, il faut aborder les problèmes de stabilité
pour la retenue des rejets de concentrateur selon diverses conditions de chargement. La
première de ces conditions est la phase de la fin de la construction du remblai d'amorce, avant
le dépôt des résidus à l'intérieur du parc. Elle demande de procéder à l'évaluation de la
capacité portante des sols de fondation, des tassements immédiats et différés dans le temps, et
de la stabilité des pentes pour une rupture dans le remblai seulement ou dans le remblai et
dans le sol. Pour les instabilités de remblais formés de matériaux cohérents (mettant ou non en
jeu les matériaux de fondation), l'analyse devrait se faire pour la condition critique φ = 0, avec
c= cu (Leroueil et al., 1985).

De même, pour les phases subséquentes de la construction des digues, il y a lieu de réaliser
des analyses de stabilité avec φ = 0 au parement amont en considérant une surface de rupture
qui tient compte du remblai et des résidus déposés à l'intérieur du bassin, pour les méthodes
de construction amont et de l'axe central. Pour le parement aval, on procède aussi à des
analyses pour la condition φ = 0 à chacune des phases de la montée des digues, et ce pour
toutes les méthodes de construction. De plus, on peut procéder (si on l’estime nécessaire) à
des analyses à chacune des phases en supposant que chaque nouvelle digue est construite
rapidement, ce qui peut induire une pression interstitielle transitoire ue qui s'ajoute à la
pression due à l'écoulement stationnaire us. À chaque étape, la pression ue résiduelle de l'étape
précédente s'ajoute alors à la pression nouvellement induite, de sorte qu'un effet cumulatif
peut se produire. L'évaluation du temps nécessaire pour dissiper les pressions interstitielles,
ou l'estimation de la pression résiduelle associée à une période donnée, devient alors
nécessaire à chaque étape de construction (Vick, 1983). Les pressions interstitielles ainsi
estimées à chacune des étapes de construction doivent bien sûr être vérifiées en place à l'aide
d'instruments appropriés, d’où la nécessité d’installer des piézomètres (chapitre 10).

Une autre condition de stabilité à prendre en compte est celle faisant intervenir le
comportement à long terme du parement aval de la structure, qui doit demeurer intact
" indéfiniment ". Dans ce cas, les conditions de pression interstitielle qui prévalent sont les
conditions d'équilibre stationnaire us en vigueur à la phase de restauration du site, avec un
écoulement qui peut être quasi nul (restauration avec barrière imperméable) ou plus ou moins
abondant (ennoiement du parc), selon le mode de remise en état choisi. Si des pressions
interstitielles us persistent à la fermeture, des analyses de stabilité devraient porter sur les
conditions drainées, avec les paramètres c', φ'.

On doit aussi porter une attention particulière aux ruptures peu profondes, aux glissements
d'interface et aux instabilités impliquant des résidus hétérogènes (surtout pour la méthode
amont). On doit également se préoccuper des instabilités locales à petite échelle, se produisant
fréquemment au bas des pentes (surtout si elles sont partiellement submergées), qui peuvent
réduire considérablement le F.S. et ainsi conduire à une rupture progressive de la pente.

Tassement, capacité portante, glissement

La construction de remblais sur des argiles molles, par exemple, l'argile Barlow-Ojibway que
l'on retrouve en abondance sur le territoire de l'Abitibi ou l'argile Champlain de la vallée du
Saint-Laurent, pose toute une série de problèmes particuliers (Bjerrum, 1973; Caposio et al.,
1982; Leroueil et al., 1985). Une digue de retenue pour les résidus miniers construite sur un
tel sol peut se voir soumise à des mouvements verticaux et horizontaux importants en raison

300
de la consolidation primaire (hydrodynamique) et secondaire (fluage) de l'argile. Ces
tassements sont généralement estimés à partir de la théorie unidimensionnelle de la
consolidation.

Au tassement s'ajoute le problème de l'instabilité à court terme du remblai et de ses


fondations. Pour l'argile, l'analyse se fait d'abord pour des conditions non drainées, avec une
résistance mobilisable égale à la cohésion non drainée cu (φ = 0). Cette rιsistance peut κtre
mesurée en laboratoire, par des essais conventionnels (compression uniaxiale ou triaxiale,
essais de cisaillement simple ou direct), mais elle est aussi fréquemment évaluée sur le site
par des essais en place tels l'essai pressiométrique, l'essai au piézocône ou l'essai
scissométrique (vane); ces essais in situ demandent des techniques de mesure et
d’interprétation qui leur sont propres.

La similitude des modes de rupture du sol sous un remblai et sous une semelle filante
(Bjerrum, 1973) permet d’aborder le problème de stabilité à partir des approches classiques
du calcul de la capacité portante des fondations superficielles à base lisse (e.g. Bowles, 1988).
Dans ce cas, on peut écrire, pour un remblai construit sur une couche d'argile:

(8.6)

avec :

(8.7)

où B : largeur équivalente du remblai


L : longueur du remblai
h : hauteur du remblai
γ : poids volumique du matériau dans le remblai

Dans ce calcul, la valeur de F.S. ne tient pas compte explicitement des pentes du remblai ni de
la résistance mobilisable à l'intérieur de celui-ci. Avec cette équation, on admet que le F.S. est
minimal à court terme, soit avant que la consolidation n’intervienne et ne permette
d'augmenter la résistance mobilisable.

D'autre part, l'analyse de la stabilité d'une digue de retenue requiert qu’on vérifie si celle-ci
peut résister aux efforts latéraux qui induisent le glissement de la base à l'interface avec le sol
en place ou dans une couche molle, plus profonde. Pour ce faire, il faut comparer la somme
des forces qui résistent au glissement ( F = W  tan φ + cb, où W est le poids , φ est l’angle
de friction à l’interface, c est la cohésion et b est la longueur de la zone de glissement) pour
une largeur unitaire, avec celles qui l'induisent (en principe données par la pression de l'eau et
la pression active des matériaux meubles). Le rapport entre ces deux composantes donnera le
facteur de sécurité. La pression latérale exercée sur une digue influence aussi la stabilité de la
fondation puisqu'elle crée un moment de rotation qui peut générer un surcroît de contrainte au

301
pied (aval) de la digue. On peut traiter ce moment en introduisant une excentricité de la
charge, qu’on peut ensuite considérer dans le calcul de la capacité portante.

Chargement dynamique

La stabilité des remblais soumis à des chargements dynamiques, comprenant principalement


les efforts sismiques (et ceux découlant du dynamitage), a fait l'objet de nombreuses
recherches au cours des dernières décennies, avec des progrès importants surtout depuis le
début des années 1970. La majeure partie de ces recherches ont porté sur les remblais en terre,
et ce n'est que plus récemment que les connaissances acquises sur les ouvrages de génie civil
ont été appliquées spécifiquement aux ouvrages miniers, incluant les digues de retenue
construites à partir des rejets du concentrateur. Il faut souligner ici que ces digues posent des
problèmes particuliers, tant par l'hétérogénéité et la complexité de leur structure que par la
nature et le comportement des matériaux retenus en amont. Plusieurs approches sont
disponibles pour évaluer l'effet de sollicitations dynamiques sur le comportement des
remblais, à partir de méthodes empiriques simples jusqu'aux méthodes complexes beaucoup
plus sophistiquées (Vick, 1983).

a) Conditions de chargement

On sait que les chargements dynamiques induits par les efforts sismiques réduisent la stabilité
des pentes en augmentant la contrainte de cisaillement, en rehaussant la pression interstitielle
(de l'eau et de l'air) et en réduisant la résistance mobilisable dans les matériaux meubles. Ce
sont surtout les matériaux pulvérulents fins, lâches et saturés qui sont alors les plus
susceptibles de causer des problèmes.

L'évaluation des risques sismiques joue un rôle primordial pour la conception sécuritaire des
digues de retenue des résidus miniers. La méthode probabiliste est actuellement celle qui
constitue l'outil le plus intéressant d'un point de vue pratique, surtout si elle peut être
combinée avec une évaluation directe des dommages historiques causés par les événements
sismiques antérieurs survenus dans la région d'intérêt. Certaines approches déterministes, le
plus souvent basées sur l'accélération maximale probable des particules, sont également
disponibles, mais on les réserve aux régions où on retrouve des failles actives et un risque
élevé.

Suivant l'approche probabiliste, les risques sont évalués sur la base des données accumulées
au cours des années. On vise alors à associer une probabilité unique à chaque événement
produisant une accélération des particules donnée. Plusieurs cartes d'isorisques sont
disponibles pour le Canada et les États-Unis; le Manuel canadien d'ingénierie des fondations
propose une carte de la Commission géologique du Canada (voir aussi le Code national du
bâtiment), et divers organismes ont aussi produit leurs propres cartes (Hydro-Québec, 1998).
À titre d'exemple, on peut mentionner que pour la région de l'Abitibi, l'accélération maximale
des particules, pour une probabilité de dépassement de 10 % en 50 ans, varie de 0,05 g près de
Matagami à environ 0,15 g au sud-est de Val d'Or, soit une valeur de magnitude M de l'ordre
de 5 à 6 à l'échelle de Richter et une intensité MM de 6 à 8 à l'échelle de Mercalli modifiée.
Cette condition correspond à une probabilité annuelle de dépassement de l'ordre de 0,21 %, ou
à une probabilité de dépassement d'environ 4 % pour 20 ans ou de 19 % pour 100 ans. La
région de l'Abitibi est une région où le risque sismique va de faible à modéré. Toutefois,
rappelons qu'il y a eu un séisme de 6,2 à l'échelle Richter en 1935 au Témiscamingue (à
environ 150 km au sud de Rouyn-Noranda) et qu'au moins un autre événement d'une

302
magnitude de plus de 5 a été enregistré (au sud-est de Val d'Or) au cours des 50 dernières
années.

Pour un projet donné, la sélection d'une accélération de particules ap doit se faire en fonction
des risques générés, puisque la probabilité d'excéder cette accélération devrait théoriquement
être considérée comme la probabilité de rupture de l'ouvrage. Une probabilité de dépassement
annuel de l'ordre de 0,001 à 0,002 (correspondant à une période de retour de 500 à 1 000 ans),
équivalente à une probabilité de rupture de 2 à 4 % pour une période de 20 ans, semble une
base de design acceptable dans la plupart des cas. On pourrait retenir des valeurs de ap plus
élevées si le facteur de risque (défini par rapport aux dimensions des digues et aux dangers
potentiels) le justifiait.

b) Analyse de stabilité

L'analyse de stabilité de la digue vis-à-vis des conditions de chargement dynamique peut se


faire selon plusieurs méthodes. L'approche pseudo-statique constitue actuellement l'approche
conventionnelle pour analyser la stabilité des pentes soumises aux efforts sismiques. Avec
cette méthode empirique, on procède à une analyse de stabilité par les méthodes
conventionnelles d'équilibre limite, en ajoutant au poids de la zone cisaillée une force
horizontale équivalente (ng W) au centre de gravité de la masse (figure 8.18).

On propose au tableau 8.4 des valeurs de ng selon la valeur de l'accélération de projet; dans la
pratique américaine, on utilise généralement une valeur de ng de 0,05 à 0,15, alors qu'une
valeur de 0,12 à 0,25 est courante au Japon (Hunt, 1986).

303
Des valeurs de ng (calculées par rétroanalyse de cas de rupture) allant de 0,22 à 0,55 ont
cependant été rapportées dans la littérature. En Abitibi, la valeur estimée de ng serait de l'ordre
de 0,10 à 0,15 pour l'intensité correspondant aux conditions d'accélération de projet. On
considère cependant que la valeur de ng devrait être supérieure pour des digues élevées (si h 
20 m environ) afin de tenir compte de l'augmentation de l'accélération avec la hauteur.

La valeur de ng a une relation avec celle de l'accélération de projet ap (ou accélération de


particule prévue; e.g., Lambe et Whitman, 1979. Toutefois, contrairement à ce que l’on voit
occasionnellement, les paramètres de ng et ap n'ont pas la même signification et les deux
valeurs ne sont donc pas nécessairement égales (e.g. Aubertin et Chapuis, 1991a). À noter
également que la valeur de ap au niveau de la digue peut être différente de celle anticipée au
niveau du massif rocheux, en raison de l'amplification ou de l'atténuation des ondes
sismiques, selon la nature et l'épaisseur des matériaux en place. Le facteur de risque (défini en
fonction des dimensions de la digue et des dangers associés à une rupture - revoir tableaux
8.2a et b) devrait aussi déterminer la sélection de la valeur de ap et de ng (Bozovic et Lemay,
1989). En principe, on peut sélectionner la période de retour de l'accélération de projet de la
même façon que celle de la précipitation (voir tableau 8.3).

Il convient de rappeler aussi que même si l’on a fait de grands progrès pour la prévision des
risques sismiques, on est encore loin de pouvoir prédire leur incidence, notamment leur
localisation et leur magnitude. A nouveau, l’ingénieur doit être particulièrement prudent lors
de la sélection de la période de retour, surtout si des populations locales ou des écosystèmes
fragiles risquent d’être affectés. L’utilisation du séisme maximal probable (ou MCE, pour
Maximum Credible Earthquake) représente d’ailleurs un choix qui sera de plus en plus
fréquemment utilisé dans l’avenir (e.g. Anon, 1999).

Certaines évidences tendent à indiquer par ailleurs que la méthode d'analyse pseudo-statique
conventionnelle n'offre pas nécessairement une indication fiable de la stabilité réelle des
ouvrages vis-à-vis les sollicitations dynamiques. Plusieurs exemples montrent en effet que des
facteurs de sécurité jugés adéquats n'ont pas été garants de la stabilité des digues, comme ce
fut le cas en janvier 1978 au Japon lors de la rupture d'une digue de résidus miniers (malgré
un facteur de sécurité évalué à 1,3 pour les conditions sismiques). Les principales critiques à
l'égard des analyses pseudo-statiques conventionnelles mentionnent que ces dernières ne
tiennent pas compte de plusieurs facteurs, comme la distribution des forces dynamiques dans
la masse, l'augmentation des pressions interstitielles et la réduction de la résistance du
matériau dans la digue. Elles négligent également l'ampleur des déformations induites et
l’effet des sollicitations cumulées (voir figure 8.19).

304
En ce sens, certains considèrent que cette approche est inadéquate pour prédire le
comportement des remblais en cas de sollicitation sismique. On peut néanmoins anticiper que
la méthode pseudo-statique conventionnelle est acceptable dans une analyse préliminaire pour
des digues peu élevées (h  20 à 30 m), dans des zones à risque faible ou modéré (ag  0,15 g)
et où les dommages potentiels sont minimes (Legge et al., 1982; Bozovic et Lemay, 1989).
Pour les cas plus critiques, il faut avoir recours aux méthodes d'analyse plus élaborées,
notamment les méthodes pseudo-statiques modifiées ou les méthodes dynamiques (Lane et
al., 1983; Glass, 1985; Lo et al., 1988; Soulié et al., 1991). Ce n'est qu'une fois cet exercice
complété que l'on peut statuer sur la stabilité de la digue et sur les déplacements induits.

c) Liquéfaction

Un autre problème rencontré avec les matériaux pulvérulents lâches et saturés, contenant une
forte proportion de particules fines et ayant un comportement contractant, est le danger de
liquéfaction (Finn, 1981; Seed, 1987). Lorsque de tels matériaux sont soumis à des vibrations,
le drainage peut être trop lent pour permettre un changement rapide de volume (densification)
et il en résulte une augmentation de la pression interstitielle u, ce qui réduit les contraintes
effectives et, par conséquent, la résistance au cisaillement. La liquéfaction d'un matériau
meuble fait en sorte qu’il se comporte comme un fluide ayant la densité du matériau saturé. Il
peut en découler des conséquences importantes, notamment en ce qui a trait aux pressions des
terres sur les ouvrages de retenue et sur la stabilité des pentes.

Le potentiel de liquéfaction des matériaux meubles pulvérulents augmente avec l'accélération


produite et avec le degré de saturation, ou avec une diminution de l'indice de densité ou de la
perméabilité (Pecker, 1984). Il varie également avec le cheminement des contraintes et avec
l'ampleur de l'incrément de contrainte (Robertson, 1990).

305
Notons ici qu’une région minière comme l'Abitibi peut être le site de problèmes de
liquéfaction particuliers, puisque les roches dures (c’est-à-dire les roches ignées du bouclier
canadien) favorisent la propagation des ondes sismiques, qui peuvent de plus être amplifiées
en raison du contraste des propriétés avec certains sols mous localisés près de la surface
(Tuttle et al., 1990; Tinawi, 1990).

La réponse des matériaux meubles aux chargements dynamiques fait l’objet d’études en
laboratoire à l'aide d'essais conventionnels (tel l'essai de compression triaxiale) adaptés pour
les besoins (Das, 1983; Pecker, 1984). Le comportement du matériau dépend alors de la
granulométrie, de l'indice de densité, de l'historique de déformation, de la structure, de la
conductivité hydraulique et de l'incrément de la contrainte appliquée.

Le risque de liquéfaction peut être évalué de plusieurs façons, soit par des analyses en
contraintes totales (selon la contrainte appliquée et le nombre de cycles), soit par des analyses
en contraintes effectives avec solutions couplées (entre l'eau et le squelette) ou découplées.
On peut également faire appel à des méthodes énergétiques. On peut aussi estimer le danger
de liquéfaction par des essais en place, y compris l'essai de pénétration statique (SPT) et
l'essai au piézocône. Par exemple, on estime fréquemment le potentiel de liquéfaction à partir
de l'indice de pénétration standard corrigé N1 et de la magnitude du séisme, selon l'incrément
de contrainte généré (Seed et al., 1983; 1984):

(8.8)

avec :

(8.9)

où Nmes = indice de pénétration standard, normalisé pour un système à corde et poulie


Nmes  0,75 Nmes, si profondeur < 3 m
Cn = facteur de correction (donné graphiquement à la figure 8.20)

306
Une fois la valeur de N1 estimée, on applique ensuite la relation graphique proposée par Seed
et al. (1983), où le rapport de la contrainte peut être obtenu selon l'équation suivante:

(8.10)

avec σvo : pression verticale totale


σ'vo : pression verticale effective
rd : facteur de réduction de charge

rd = 1 (en surface) à 0,9 (à 10 m de profondeur)

τav : contrainte de cisaillement induite par les effets sismiques

307
L'application de cette équation est illustrée à la figure 8.21. Un coefficient de sécurité de 1,5
devrait être appliqué aux matériaux lâches sujets à la liquéfaction (Pecker, 1984).

En général, on considère qu'un matériau avec N1 < 20 est particulièrement sujet à la


liquéfaction, alors que si N1 > 30, il ne l'est pas. En pratique, les travaux de Mittal et
Morgenstern (1977) ont montré qu'un indice de densité minimal de 50 à 60 % serait
nécessaire afin de résister à la liquéfaction pour une accélération des particules atteignant
0,10 g; un indice supérieur à 75 % devrait assurer la stabilité pour des accélérations beaucoup
plus élevées. Les résultats compilés par Das (1983) pour des sols naturels semblent confirmer
ces données. Les résidus miniers déposés hydrauliquement à l'état lâche et saturé (ayant un
indice de densité inférieur à 50 %) semblent donc particulièrement vulnérables à la
liquéfaction. C'est aussi le cas des digues construites par la méthode amont (Lo et al., 1988).

Mentionnons enfin que le terme liquéfaction est quelquefois employé pour décrire le
comportement des matériaux meubles dans le cas d'une instabilité de pente en matériau lâche
(contractant), suivant une augmentation des pressions interstitielles produite par le glissement,
lui-même causé par un chargement dynamique (Poulos et al., 1985). L'approche proposée
dans ce cas est d'évaluer les déformations induites par le séisme et d'estimer si celles-ci sont
suffisantes pour produire la liquéfaction. Les analyses montrent alors qu'une faible
déformation (moins de 0,1 %) dans un dépôt de rejets miniers épaissis pourrait induire la
liquéfaction de ceux-ci. On peut aussi avoir une autre forme de liquéfaction dans le cas d'une
instabilité de pente produite par un chargement statique en condition saturée et non drainée
(Hicks et al., 1988). On peut trouver une définition détaillée du terme liquéfaction dans
McRoberts et Sladen (1990).

308
Choix d'un facteur de sécurité

Lorsque l'on utilise les méthodes conventionnelles d'analyse de stabilité, on a l'habitude


d'utiliser la notion de facteur de sécurité dans le processus de conception. Ce facteur est
généralement défini numériquement comme le rapport entre la résistance mobilisable (appelée
capacité) et la charge appliquée (appelée demande), définies en fonction des forces
(contraintes) ou de moments. On calcule ce facteur à partir de l'information obtenue selon les
règles de l'art pour l'investigation de site, les essais de laboratoire, la sélection des modèles de
comportement et le choix des mécanismes de rupture.

On retrouvera au tableau 8.5 des valeurs du facteur de sécurité proposées pour l'analyse de
stabilité des digues dans diverses conditions de sollicitation.

Ces valeurs s'inspirent de recommandations tirées de la littérature et ajustées pour les


conditions spécifiques qui nous intéressent ici (e.g., Coates et Yu, 1977; Paré et al., 1978;
Lambe et Whitman, 1979; Hunt, 1986; Lambe et Silva, 1994; Anderson et al., 1995).

L'utilisation d'un tel facteur de sécurité, considéré comme une valeur déterministe constante
pour toute la surface de rupture, afin d'évaluer la stabilité d'un ouvrage (pente, fondation, etc.)
construit sur (ou à même) un matériau meuble, a souvent été remise en question au cours des
dernières années, en raison principalement de la distribution non homogène des contraintes et
de la nature probabiliste des paramètres qui interviennent dans de telles analyses. Ces aspects
débordent toutefois le cadre de ce document, mais le lecteur intéressé pourra trouver de
l’information dans la littérature où il en est abondamment question (e.g. Christian et al., 1992;
Duncan, 1992).

À noter que même si tous les critères retenus sont respectés, il demeure toujours une certaine
probabilité que des événements exceptionnels provoquent la rupture, partielle ou totale, de
l’un ou l’autre des ouvrages de retenue. C’est pour cette raison que l’exploitant ou son
mandataire doit préparer un plan d’urgence et définir les mesures appropriées afin d’assurer la
sécurité des populations et des écosystèmes avoisinants. Cet aspect est revu plus en détail au
chapitre 9 du manuel.

8.5.5 Digues de rétention d’eau

309
Bassins avec une couverture aqueuse

Parmi les solutions disponibles pour contrôler la production de DMA à partir des rejets de
concentrateur, la création d'une couverture aqueuse apparaît comme une des solutions les plus
intéressantes (SRK, 1991). À cet effet, il est possible d'inonder le site d'entreposage et ainsi
d’établir une barrière humide qui pourrait restreindre efficacement la génération d'acide en
limitant la migration d'oxygène (qui s'avère un élément essentiel aux réactions chimiques
responsables de la formation de DMA); nous avons décrit déjà cette technique au chapitre 6.

Dans ce cas, les digues de retenue doivent nécessairement contenir une zone composée d'un
matériau de faible perméabilité (tels de l'argile ou du till compacté). Les digues sont alors
conçues de la même façon que les bassins de rétention d'eau en génie civil (e.g. De Mello,
1977; Paré et al., 1978; Anon, 1987a, 1987b; Paré et Verma, 1988; Jansen, 1988; Anderson et
al., 1995). Seules des digues construites explicitement à cet effet peuvent donc servir au
maintien de la couverture aqueuse (Aubertin et al., 1997); quelques exemples apparaissent à
la figure 8.7.

Puisque ces digues comportent usuellement plusieurs zones formées de matériaux ayant des
granulométries différentes, il faut s’assurer du respect des critères de filtres pour que les
particules fines ne puissent pas migrer à travers les pores des matériaux adjacents; la figure
8.22 montre quelques-uns des critères les plus souvent utilisés (voir aussi Sherrard, 1984;
Chapuis 1995 ).

La création d'une telle " barrière humide " peut être la cause de difficultés supplémentaires en
ce qui a trait à la stabilité physique des ouvrages de retenue. En effet, la plupart des
techniques de restauration implantées lors de la fermeture induisent une baisse progressive du
niveau de la nappe phréatique, ce qui a comme conséquence d'améliorer la stabilité des

310
ouvrages à long terme (Vick, 1983). C’est vrai pour la stabilité des pentes face aux efforts
statiques et dynamiques, et c'est également vrai pour le potentiel de liquéfaction qui tend à
baisser à mesure que diminue le degré de saturation des matériaux meubles et qu'augmente
leur niveau de consolidation. Ces avantages sont évidemment perdus dans le cas des
couvertures aqueuses, puisqu'elles consistent à maintenir artificiellement le niveau de l'eau au-
dessus des résidus. Cet exemple illustre encore une fois la difficulté de concilier les impératifs
géotechniques et les considérations environnementales (Aubertin et al., 1997).

La gestion de l'eau revêt ici une importance capitale, car on doit maintenir en permanence un
couvert aqueux d'une épaisseur minimale tout en s'assurant que la cote maximale permise (au
regard de la revanche à respecter) ne soit jamais dépassée. Pour y arriver, il y a lieu d’installer
des ouvrages de contrôle de la crue des eaux et garantir leur fonctionnement durant toute la
période associée à l'opération et à la restauration du site.

Ici encore, les critères de conception et de suivi des ouvrages doivent tenir compte des risques
associés à la rupture. Compte tenu des risques élevés souvent associés à cette technique de
fermeture, il est souhaitable d'établir ce risque de façon explicite (e.g. Vick, 1990; Dascal,
1991; Fell, 1994).

Parce que l'on doit absolument éviter un débordement en crête, qui pourrait induire une
rupture de la digue avec déversement des rejets et de matières toxiques, on doit poser que la
crue de projet est égale à la crue maximale probable (CMP).

On doit, d'autre part, s'assurer que la couverture aqueuse, qui augmente les pressions
interstitielles dans les matériaux au fond du bassin et dans les ouvrages de retenue à son
pourtour, ne favorise pas indûment la migration des contaminants hors du site. L’installation
d’une barrière d'étanchéité peut alors s'avérer nécessaire afin que ces contaminants ne se
propagent pas dans les matériaux de fondation (e.g. Aubertin et Chapuis, 1991b; Daniel,
1993); nous traitons de cet aspect à la section 8.7. De plus, lorsqu'il y a écoulement important
à travers les ouvrages de retenue et de confinement, il faut garantir l'intégrité des matériaux
face au problème d'érosion interne (Aubertin et al., 2002b). L'érosion interne et la formation
de " renard " (piping) est un problème bien connu dans les sols, montré à la figure 8.23 ; il en
est question dans la littérature classique en ce domaine (e.g. Lambe et Whitman, 1979).

Le contrôle de ce phénomène s'exerce habituellement par une réduction des pressions d'eau
(le plus souvent par un abaissement de la position de la nappe) et par la vérification des

311
critères de stabilité interne, généralement exprimés à partir des caractéristiques de la courbe
granulométrique (e.g. Sherard et Dunningan, 1985; Cedergren, 1989; Chapuis, 1992; ICOLD,
1994).

La stabilité des pentes doit, de nouveau, faire l'objet d'évaluations spécifiques, tant pour les
conditions de chargement statique que dynamique. L'étude de l'effet des forces sismiques,
dont la récurrence est estimée de façon probabiliste, est particulièrement critique en raison de
la durée de vie, nécessairement très longue, des ouvrages. Puisque la rupture d'une digue
aurait des conséquences catastrophiques, on devrait adopter des périodes de retour
correspondant au séisme crédible maximal (MCE - Maximum Credible Earthquake; voir
Anderson et al., 1995) ou, à défaut, choisir une période de retour qui assure une probabilité de
rupture jugée acceptable (voir équation 8.1). Une période de retour minimale de l'ordre de
2 000 ans est souvent considérée souhaitable à cet égard (Anon, 1992).

Dans le cas d'une couverture aqueuse, il devient aussi nécessaire de s'assurer de la stabilité des
ouvrages si une vidange rapide de l'eau (figure 8.24) survient dans le bassin (e.g. Lambe et
Silva, 1994), laquelle est susceptible de causer l’instabilité de la face amont.

Les faces exposées des digues de retenue doivent également être protégées des dommages
causés par l'érosion due à l'eau et au vent, de l'action des cycles de gel-dégel et de mouillage-
séchage, de l'action des vagues, et de toute autre force qui pourrait causer des dommages.

Le tableau 8.6, inspiré de la pratique courante en ce domaine (e.g. Paré et Verma, 1988;
Jansen, 1988; Anderson et al., 1995), donne à titre indicatif des valeurs du facteur de sécurité
possibles pour évaluer la stabilité des digues de retenue de bassins submergés, selon diverses
conditions (voir aussi Aubertin et al., 1997).

312
Bassins de sédimentation

Lorsqu’il est nécessaire de traiter des eaux contaminées, soit en provenance de la mine, du
moulin, des haldes ou du parc à résidus, on a souvent recours à des bassins de sédimentation.
Il s’agit de bassins ceinturés par des digues qui ont pour but de retenir l’eau pendant une
période donnée, et qui permettent de contrôler la qualité de l’effluent qui en sort. En général,
la principale fonction de ces bassins est d’assurer la sédimentation des particules en
suspension, soit des particules solides produites dans l’opération, à l’usine minéralurgique ou
après le traitement des eaux (chapitres 3 et 5). Ces bassins peuvent aussi servir de trop-pleins
afin de contrôler le niveau de l’eau dans les bassins voisins, en particulier lors de
précipitations abondantes ou lors de la fonte des neiges.

Les bassins de sédimentation sont de dimensions variables, et leur superficie dépend de la


topographie des lieux, du volume d’eau qui y circule (précipitations, ruissellement, eaux de
procédés, etc.) et du temps de rétention requis (Singh, 1982; Wilson et Wayland, 1982; Taylor
et Jenkins, 1982; Albert et al., 1988). Pour assurer une sédimentation efficace, il faut éviter
les écoulements préférentiels de l'eau dans le bassin. A cette fin, on peut installer des
systèmes de chicanes avec déflecteurs afin de favoriser un mélange de l’eau du bassin (sans
brassage) avec celle qui y est rejetée; on peut ainsi mieux contrôler le temps de rétention, ce
qui affecte en retour la qualité de l’eau rejetée à la sortie. Les eaux clarifiées qui sortent des
bassins de sédimentation devraient alors satisfaire aux exigences légales applicables pour
retourner un effluent final dans l’environnement. Elles peuvent aussi être recirculées au
moulin ou à la mine. La figure 8.25 montre quelques configurations typiques pour les
ouvrages associés à ces bassins.

313
314
Le contrôle du niveau d’eau dans les bassins de sédimentation est très important. Il peut se
faire à l’aide d’évacuateurs de crue (souvent construits en béton dans une des digues), de tours
ou de buses de décantation placées au pourtour ou à l’intérieur du bassin et reliées à des drains
souterrains, de pompes flottantes placées sur des radeaux et raccordées à des conduites
d’évacuation, ou de systèmes de syphon gravitaires placés près de la crête d’une des digues.

8.5.6 Dernières remarques

En terminant cette section, rappelons que pendant les travaux et après la fermeture du site,
tous les ouvrages devraient faire l'objet d'un suivi de leur comportement visant à garantir que
les conditions réelles (d'écoulement et de déplacement) correspondent aux conditions
anticipées. Nous traiterons de cet aspect au chapitre 10. De plus, en matière de critères de
stabilité, l'expérience du concepteur et la connaissance des conditions du site jouent un rôle
important. Mieux le problème est défini et plus le degré d'incertitude est faible, plus grande
sera la marge de manoeuvre dont on pourra bénéficier.

Il faut enfin souligner que les méthodes et les critères proposés ici ne constituent pas des
recettes à suivre à l’aveugle. Ils doivent plutôt servir à guider les personnes responsables dans
les ministères, les entreprises minières et les consultants oeuvrant en ce domaine. Réitérons
que l'expertise et l'expérience du concepteur, le contrôle de la qualité des travaux

315
d'investigation et de construction ainsi que l'entretien et le suivi des ouvrages constituent les
meilleures mesures de protection contre d'éventuels problèmes de stabilité.

8.6.1 Généralités

De plus en plus, les exploitations minières utilisent une partie de leurs rejets miniers pour le
remblayage des ouvertures souterraines. Cette approche présente deux grands avantages, soit
de réduire la quantité de rejets entreposés en surface et aussi de contribuer au contrôle du
terrain et à la stabilité des excavations (puisque le remblai peut améliorer la tenue des épontes
des chantiers et permettre de récupérer les piliers secondaires). Certains remblais se
composent de roche stérile, alors que d’autres contiennent surtout des rejets de concentrateur,
mélangés ou non avec un agent liant comme du ciment Portland, des scories et des cendres
volantes. Le rôle des liants hydrauliques est de conférer une certaine cohésion au remblai.
Hassani et Archibald (1998) ont proposé une synthèse sur le sujet, et on y retrouve plusieurs
informations d’intérêt pour l’ingénieur en mécanique des roches et en contrôle de terrain.

On reconnaît plusieurs types de remblai, et leurs caractéristiques propres dépendent de la


nature des matériaux utilisés et de la technique de transport et de mise en place. D’un point de
vue environnemental, les types de remblais qui présentent le plus d’intérêt sont les remblais
rocheux, cimentés ou non, et les remblais en pâte. Dans le premier cas, on utilise la roche
stérile, qui est un matériau grossier transporté dans un état relativement sec, afin de créer un
remblai pouvant offrir un bon support de terrain. Comme la porosité de ce matériau peut
atteindre 35 à 40 %, en général seule une portion de la roche excavée peut être retournée sous
terre. Le remblai en pâte est pour sa part issu d’une technologie relativement récente (e.g.
Landriault, 1992, 1995; Brackebusch, 1994; Ouellet et al., 1998). Il permet de retourner sous
terre une partie des rejets du concentrateur. Ceux-ci sont d’abord densifiés jusqu’à ce qu’ils
atteignent une densité de pulpe de 70 à 85 % (de solide en poids), puis transportés sous terre
avec du ciment (ou un autre agent liant) pour former un remblai ayant une bonne capacité de
support. Là également, la porosité du matériau une fois en place peut atteindre 40 % et plus,
de sorte que seule une portion des rejets peut être retournée sous terre.

8.6.2 Problèmes particuliers

Le fait de retourner les stériles ou les rejets de concentrateur sous terre peut s’avérer
particulièrement avantageux lorsque ceux-ci contiennent des sulfures et qu’ils sont
générateurs d’eaux acides. Lors de la fermeture de la mine, ces rejets seront complètement
innondés, ce qui fera pratiquement cesser leur oxydation. De plus, en enfouissant sous terre
les rejets miniers, on réduit la quantité stockée en surface et, par le fait même, les coûts de
restauration du site d’entreposage.

Durant l’opération de remblayage, la présence de sulfures dans le remblai peut toutefois poser
certains problèmes, notamment sur le plan de l'acquisition d’une résistance mécanique par le
mélange rejets-ciment-eau. Lorsque les eaux de mélange (ou eaux de gâchage) contiennent
des sulfates (ce qui est souvent le cas dans les mines où les rejets contiennent des minéraux
sulfureux), des réactions géochimiques peuvent se produire et affecter le comportement
mécanique du remblai. Par exemple, il peut y avoir formation de phases gonflantes telles que
le gypse ou l'ettringite. Ces phases ont comme particularité d'occuper un volume supérieur au
volume initial, ce qui peut occasionner le bris des liens de cimentation. La figure 8.26 résume
les réactions géochimiques d'attaque sulfatique des remblais sulfureux cimentés pouvant
entraîner des problèmes de dégradation des propriétés de résistance mécanique.

316
Des travaux réalisés sur des échantillons prélevés directement dans un chantier remblayé avec
du remblai en pâte sulfureux ont d'ailleurs montré la baisse de résistance du remblai due à la
présence de ces phases gonflantes (Benzaazoua et al., 1998). Cette perte de résistance pourrait
éventuellement causer des problèmes de dilution et même, dans certains cas, poser des risques
pour la stabilité des ouvrages. En ce sens, le phénomène de l'attaque sulfatique, observé dans
les remblais miniers, est assez similaire à celui observé dans les remblais utilisés dans les
travaux de génie civil (par exemple les problèmes de soulèvement des fondations des
habitations construites sur un remblai contenant de la pyrite).

Afin d'éviter les problèmes liés à l'attaque sulfatique et aux autres phénomènes géochimiques
défavorables à la résistance mécanique dans les remblais en pâte, il est nécessaire de réaliser
avant la mise en opération de l'usine à remblai une étude visant à déterminer le type de liant le
plus approprié pour un rejet donné ainsi que la proportion de ce liant requise pour obtenir une
résistance mécanique optimale. Ce genre d'étude requiert la préparation de cylindres de
remblai (préparés avec de l'eau issue de l'usine de traitement) qui seront par la suite soumis à
des essais mécaniques en laboratoire à différents temps de cure. Une récente étude
(Benzaazoua et Belem, 1999) a d'ailleurs montré qu'un liant qui permettait d'atteindre de
grandes résistances mécaniques pour un résidu donné était beaucoup moins favorable pour un
résidu ayant une autre composition. Un exemple de ces résultats apparaît à la figure 8.27.

317
318
Cette figure présente l'évolution de la résistance en compression uniaxiale (UCS) pour trois
remblais en pâte différents constitués de rejets de concentrateur différents (Hemlo, Laronde et
Louvicourt); ces rejets diffèrent principalement par leur proportion en minéraux sulfureux (5
%, 32 % et 16 % respectivement). On présente ici les résultats obtenus pour deux types de
liant, soit un mélange de ciment Portland ordinaire type 10 et de ciment Portland résistant aux
sulfates type 50 (CP à la figure 8.27), et un mélange de ciment Portland ordinaire type 10 et
de cendres volantes (ou fly ash, FA à la figure 8.27). Lors de ces essais, trois proportions
différentes de liants ont été testées, soit 3 %, 4,5 % et 6 % en poids. On peut observer que
pour le remblai de Laronde et avec une proportion en liant de 6 %, le liant CP permet
d'obtenir une résistance à la compression uniaxiale d'environ 1500 kPa après 28 jours de
curage (ou cure) alors que l'on obtient une résistance inférieure à 600 kPa pour le liant FA
pour un même temps de curage. Pour le remblai Louvicourt, pour une même proportion de
liant (6 %), on obtient une résistance en compression uniaxiale d'environ 750 kPa avec le liant
CP après 28 jours de curage alors que l'on obtient une valeur d'environ 1000 kPa pour le liant
FA . On peut également observer sur cette figure que les relations entre le temps de curage et
la résistance mécanique sont différentes selon le type de liant et le type de résidu. En bref,
cette figure montre clairement qu'il est nécessaire de faire une étude spécifique avec les
matériaux utilisés afin de procéder à la détermination de la recette qui sera utilisée à l'usine de
remblai en pâte.

D'autres problèmes peuvent également apparaître dans les remblais miniers sulfureux, à savoir
le problème de la génération de chaleur, pouvant aller jusqu’à la combustion. Il y a aussi un
certain risque de contamination des eaux souterraines lorsque des contaminants sont présents
dans le remblai (cyanures, métaux lourds, etc). Malgré ces désavantages, le retour d’une partie
des rejets sous terre constitue néanmoins une avenue prometteuse qui mérite qu’on l’envisage
pour toute nouvelle opération. On peut trouver plus de détails sur les remblais miniers
cimentés (sulfureux ou non) dans l’abondante littérature sur le sujet (e.g. Mitchell et Wong,
1982; Lamos et Clark, 1989; Viles et Davis, 1989; Stone, 1993; Picquet et al., 1995;
Amaratunga et Hein, 1997; Landriault et al., 1997; Hassani et Archibald, 1998; Ouellet et al.,
1998; Benzaazoua et Belem, 1999; Benzaazoua et al., 1999; Bernier et al., 1999).

8.7.1 Généralités

En raison des nouvelles législations et des impératifs inhérents à l'entreposage sécuritaire des
rejets miniers à court, moyen et long termes, il s'avère nécessaire de prendre les mesures
appropriées pour protéger le sol naturel et les eaux souterraines des dangers de contamination
par le lixiviat, surtout en présence d'eaux acides et de métaux lourds en solution. Afin de
réduire la migration des contaminants dans l'environnement, il est maintenant pratique
courante d'assurer l'étanchéité du fond et des parois des bassins d'entreposage de rejets
industriels (y compris les rejets miniers) à l'aide de barrières naturelles ou artificielles,
constituées de matériaux " imperméables " (ou peu perméables). De telles barrières
d'étanchéité (liners) peuvent être conçues à partir de matériaux géologiques déjà en place ou
transportés et amendés, ou à l'aide de matériaux synthétiques tels les géomembranes, les
géocomposites bentonitiques ou les enduits bitumineux (Folkes, 1982; Ritcey, 1989; Oweis et
Khera, 1990; Chapuis, 1990; Arnould et al., 1993).

Comme plusieurs régions du Québec disposent d'une grande quantité de matériaux


géologiques ayant une faible perméabilité, notamment de l'argile et du till, la présentation qui

319
suit porte surtout sur la conception de barrières étanches en sols pour le revêtement du fond
(tapis) et des parois des bassins d'entreposage à partir de ces matériaux; nous verrons
succinctement l’utilisation de matériaux synthétiques.

Les concepts présentés pour les barrières en sols s'appliquent autant pour l'utilisation des
dépôts en place que pour les sols transportés et recompactés. La conception des barrières
d'étanchéité constituées de sols naturels pour couvrir le fond et les parois des bassins
d'entreposage de rejets (industriels ou domestiques) a fait l'objet de nombreuses publications
et le lecteur est invité à consulter l’abondante littérature pour approfondir le sujet (e.g. Folkes,
1982; Quigley et al., 1985; Oakley, 1987; EPA, 1989; Goldman et al., 1990; Chapuis, 1990;
Bonaparte, 1990; Oweiss et Khera, 1990; Landva et Knowles, 1990; Chapuis et Aubertin,
1991; Aubertin et Chapuis, 1991b; Daniel et Koerner, 1993; Rowe et al., 1995).

Dans le cas des barrières de recouvrement, aussi appelées couvertures, leur rôle dépend des
caractéristiques du site. Elles sont souvent utilisées en combinaison avec les tapis d’étanchéité
(figure 8.28).

La présence des matériaux générateurs d’acide (chapitre 6) et les caractéristiques du bilan


hydrique et des conditions climatiques (climat humide, aride ou semi-aride; hiver froid ou
tempéré; pluviométrie répartie ou concentrée, etc.) vont influencer directement la
configuration de la couverture et les fonctions qu’elle pourra remplir. Comme nous avons vu
ce sujet déjà dans le chapitre 6, nous mettrons l’accent dans cette section sur les tapis
d’étanchéité. Nous mentionnerons néanmoins certains points particuliers relatifs aux
recouvrements à la section 8.7.6.

320
8.7.2 Caractéristiques générales des tapis d'étanchéité

Les bassins d'entreposage pour les rejets miniers sont généralement construits en surface ou à
partir d'une excavation peu profonde. Comme nous l’avons déjà vu, des digues sont alors
nécessaires pour retenir l'eau et les résidus solides. Le sol en place et les digues de retenue,
s'ils ne possèdent pas les caractéristiques requises, doivent être rendus étanches à l'aide de
matériaux imperméables afin de former une barrière qui protégera l'environnement contre la
migration de l'eau et des contaminants. Dans le fond du bassin et sur les parois, on installe
souvent un revêtement qui doit présenter des caractéristiques bien spécifiques, notamment une
faible perméabilité, un comportement mécanique stable face aux sollicitations anticipées, une
bonne compatibilité avec le liquide (ou lixiviat) qui lui permettra de résister aux attaques
physico-chimiques, et une certaine capacité d'atténuation ou de retardement permettant de
réduire (ou de stopper) la propagation des contaminants. Lors du choix du matériau, on doit
également prendre en compte sa durabilité, son potentiel de gonflement et de retrait ainsi que
toutes les caractéristiques qui pourraient avoir une influence sur la performance de la barrière
d'étanchéité à court et à long terme.

Les sols utilisés pour construire ces barrières étanches contiennent forcément un fort
pourcentage de particules fines. La performance de la barrière d'étanchéité dépend donc de la
granulométrie du matériau, mais également de sa composition minéralogique, de son indice
de densité Id (ou de son indice des vides e) et de sa porosité effective ne, de sa micro- et
macro-structure, de son degré de saturation Sr et de la chimie du fluide. En général, le
coefficient de perméabilité k du sol décroît avec une diminution de l'indice des vides et du
degré de saturation, ou avec une augmentation de la teneur en particules fines et de la surface
spécifique. On a aussi noté une réduction de la valeur de k à la suite d’une diminution du
diamètre moyen des grains, et avec une hausse de l'indice de plasticité ou de l'activité du sol.

Dans la pratique courante, on recherche fréquemment à former une barrière dont le coefficient
de perméabilité (ou conductivité hydraulique, aussi appelé coefficient de Darcy) k serait
inférieur à environ 10-7 cm/s (Morgenstern, 1985; Daniel, 1987; Herrman et Elsbury, 1987). Il
est assez facile d’atteindre cette valeur avec de petits échantillons de sols argileux préparés et
testés en laboratoire. Cependant, sur le site, il peut s'avérer plus difficile d’obtenir le même
résultat. Ainsi, on a fréquemment observé que la valeur de k in situ pouvait être 10 à 1 000
fois supérieure à la valeur mesurée en laboratoire (Mitchell et Madsen, 1987; Aughenbaugh,
1990). Cette différence s'explique en partie par la présence de défauts de la macro-structure
attibuable à des agrégats de particules argileuses (clods ou peds). En effet, on considère
fréquemment que les essais de laboratoire, à petite échelle (diamètre des éprouvettes de 10 à
15 cm), ne permettent de mesurer que la conductivité hydraulique associée à la micro-
structure du sol correspondant à l'arrangement (floculé ou dispersé) des particules fines,
laissant ainsi de côté les macro-pores associés aux espaces entre les agrégats. Divers facteurs
peuvent contribuer à un accroissement de la valeur de k in situ, comme une mauvaise
méthode de mise en place, la fissuration par séchage, les cycles gel et dégel et l'action
chimique du fluide. Il convient de toujours mesurer la valeur de k in situ afin de confirmer les
valeurs de conception (e.g. Chapuis, 1999; 2002).

Afin d'estimer la conductivité hydraulique du matériau avec plus de certitude, il faut effectuer
les essais de laboratoire avec le lixiviat naturel du site, puisque la valeur de k des sols (et leurs
autres propriétés) peut dépendre grandement de la chimie du fluide interstitiel (Yong et al.,
1986). On sait, par exemple, que l'épaisseur de la double-couche d'eau adsorbée autour des
platelets d'argile est diminuée lorsque la concentration ou la valence des ions en solution

321
augmente et si le pH ou la constante diélectrique du liquide diminue (Mitchell, 1993). Une
telle diminution de l'épaisseur de la double-couche peut signifier une modification de la
micro-structure (une tendance vers une structure plus floculée, par exemple), ce qui peut
augmenter l'espace disponible pour l'eau libre, non liée, engendrant ainsi une augmentation de
ne et de la valeur de k.

Dans le cas des solutions acides (ou basiques), il est aussi possible que certaines composantes
du sol passent en solution, augmentant ainsi le volume des vides et la perméabilité (Mitchell
et Madsen, 1987). Par contre, la précipitation de certaines espèces en présence d'un milieu
réducteur, notamment observée pour certains métaux lourds (Yong et al., 1986), peut réduire
la perméabilité par un effet de colmatage des pores dans un sol fin.

8.7.3 Compaction et mise en place

La performance réelle des barrières d'étanchéité sur le site, nonobstant les qualités propres des
matériaux utilisés, dépendra largement du soin apporté à la construction. À cet égard, la
compaction joue un rôle déterminant. Pour que les sols argileux acquièrent la résistance
mécanique souhaitée (soit un comportement "ductile" avec une bonne capacité à se déformer
sans se fissurer), tout en ayant une faible conductivité hydraulique (associée à une micro-
structure dispersée), il est nécessaire de les compacter à une teneur en eau supérieure (de 1 à 3
%) à l'optimum (souvent appelée OMC, "Optimum Moisture Content"), préalablement
déterminée en laboratoire (figure 8.29) .

Une compaction à gauche (du côté sec) de l'optimum risque de créer un matériau plus fragile,
sujet à la fissuration; de plus, dans de telles conditions, on ne peut remanier totalement la
micro-structure, de sorte que la perméabilité s’acroît souvent considérablement. Afin de
produire sur place une structure compacte et uniforme, il est préférable d'utiliser un rouleau de
type pied-de-mouton et d'assurer une énergie de compactage au moins égale à celle déployée
pour les essais de calibration en laboratoire, et ce afin de permettre de remanier le sol et de
détruire les agrégats responsables des macro-pores. On recommande généralement un rouleau
d'au moins 265 kN, utilisé sur des couches dont l'épaisseur est inférieure à la profondeur de
pénétration des pieds-de-mouton (afin d'assurer un bon lien entre les diverses couches). On
doit habituellement mettre en place des couches de 15 à 20 cm (épaisseur compactée) avec un
tel équipement.

322
Pour les parois inclinées, il est préférable d'apposer les couches parallèlement à la pente plutôt
qu'horizontalement. De cette façon, on diminue le risque de créer un chemin préférentiel pour
le passage du lixiviat à l'interface des couches ou en présence de couches moins uniformes ou
moins bien compactées. Les caractéristiques de l'équipement de compactage constitueront
alors la limite pratique que peut atteindre la pente (usuellement H:V  3:1). Lors de la
construction, il est recommandé de vérifier non seulement le degré de compactage, mais
également le degré de saturation, qui devrait demeurer supérieur à environ 90 %. On veillera
en particulier à ne jamais laisser les surfaces de sols fins compactés exposées à l'air et au
soleil, car elles pourraient alors s'assécher et se fissurer en raison du phénomène de retrait.
Enfin, il y a lieu de prévoir un recouvrement temporaire afin d'empêcher l'évaporation de
l'eau.

Dans le devis de construction, on devrait préciser les critères pratiques pour le choix du
matériau utilisé et pour la construction de la barrière d'étanchéité; ainsi, pour un matériau
argileux, on pourrait inclure les éléments suivants :

• une limite liquide wl  25 à 30 %;


• un indice de plasticité Ip  10 à 20 %;
• une teneur en particules fines (< 80 µm)  20 à 50 %;
• une teneur en particules argileuses (< 2 µm)  18 à 25 %;
• une densité sèche en place (γd)is supérieure à 95 % de la densité maximale (γd)max
déterminée en laboratoire à l'aide d'un essai approprié;
• une teneur en eau w, lors du compactage, supérieure à la teneur en eau optimale wopt
obtenue en laboratoire (wopt + 1 %  w  wopt + 3 %); s'assurer également que w  wp
où wp est la limite de plasticité;
• un degré de saturation Sr  85 à 90 % (en tout temps).

Les dépôts d'argile ou de till disponibles sur le territoire québécois présentent la plus grande
partie de ces caractéristiques. Cependant, on se doit de noter quelques problèmes pratiques
particuliers qui nécessitent une planification soignée des travaux:

• souvent, seule une faible portion de la croûte argileuse peut être utilisée à court terme;
la portion plus profonde des dépôts contient habituellement une teneur en eau trop
élevée pour qu’on puisse la manipuler aisément;
• la saison de construction est relativement courte, et est fréquemment accompagnée de
précipitations assez abondantes (précipitations annuelles de 90 cm et plus);
• la teneur en eau élevée requise pour la compaction rend difficile la circulation de la
machinerie, compte tenu de la faible résistance qui en découle (surtout si w  wopt + 2
%).

Ce n'est toutefois qu'au prix des mesures précitées que la valeur du coefficient de perméabilité
in situ sera comparable à celle qu’on a mesurée en laboratoire. Par un choix approprié de
matériaux, par une bonne méthode de construction et un contrôle de qualité serré, on a
démontré qu'il est possible d'atteindre une perméabilité inférieure à 10-7 cm/s pour de telles
barrières d'étanchéité.

Parmi les autres facteurs importants dans la construction des barrières d'étanchéité, on doit
assurer une bonne préparation de l'assiette afin d'éviter les tassements différentiels excessifs
pouvant conduire à une fissuration de la couche imperméable. Cependant, comme on ne peut
empêcher totalement ces tassements de survenir, on doit s'assurer que le matériau qui

323
constitue la barrière est suffisamment déformable; l'essai de flexibilité, qui donne la
déformation à la rupture, peut être intéressant à cet égard (Aughenbaugh, 1990). De plus, dans
le cas où le niveau (temporaire ou permanent) de la nappe phréatique est plus élevé que le
fond du bassin constitué par la barrière étanche, il est nécessaire de s'assurer que la pression
de soulèvement ne produira pas de fissuration. On peut trouver d'autres facteurs à prendre en
compte dans la littérature (e.g. Mitchell et Mitchell, 1992).

Pendant la construction et une fois la barrière construite, on devrait procéder à des essais de
perméabilité in situ afin de garantir le respect des critères de conception; dans le cas contraire,
il faut prendre des mesures pour corriger la situation. À cet égard, on doit aussi se préoccuper
de la représentativité des essais de perméabilité par rapport au débit de fuite du bassin. De
même, la durée de ces essais et la précision des résultats obtenus devraient faire l'objet d'une
attention particulière (Chapuis, 1999).

8.7.4 Configuration géométrique des tapis

La configuration géométrique typique des barrières d'étanchéité a été présentée dans plusieurs
des publications précitées. On y retrouve généralement diverses composantes jouant chacune
un rôle spécifique. Un exemple d’une telle configuration apparaît à la figure 8.30.

Parmi les éléments importants, on peut y remarquer que la couche de sol peu perméable (dont
l'épaisseur devrait usuellement être supérieure à 1 m, et pouvant atteindre jusqu'à 4 m) repose
sur l'assiette habituellement formée du sol naturel, soit le même, soit différent de celui qui

324
constitue la barrière. Dans tous les cas, on doit vérifier les critères de filtre entre le tapis
étanche et le sol sous-jacent (Cedergren, 1989; Chapuis, 1992). La couche imperméable
compactée devrait avoir une surface inclinée, avec une pente de 2 à 5 % afin de permettre
l'écoulement du liquide vers des drains linéaires espacés d'au plus 50 m. Sur la couche de
matériau de faible perméabilité, on devrait disposer une couche drainante dont la conductivité
hydraulique doit être supérieure (par un facteur de 100 à 1 000) à celle du sol imperméable. Si
nécessaire, on doit installer une zone filtrante entre la couche drainante et les résidus miniers,
en utilisant un matériau répondant aux critères de filtre usuels. On doit aussi prévoir un autre
drain linéaire, à placer sous la couche imperméable, afin de recueillir la portion du lixiviat qui
pourrait passer au travers de cette barrière. Le lixiviat ainsi recueilli à ce niveau doit être
récupéré et analysé (et éventuellement traité); cette étape fait partie intégrante du système de
suivi et d'auscultation (monitoring) du site.

Si la présence de la couche imperméable est couramment acceptée dans la pratique, la


présence des drains linéaires et de la couche drainante n’entre pas nécessairement dans les
composantes usuelles de conception. Pourtant, ces éléments jouent un rôle très important. Ils
permettent d'abord d'accélérer la consolidation hydrodynamique des résidus miniers, ce qui
augmente leur indice de densité et leur stabilité mécanique (facteur important pour réduire les
risques de liquéfaction, comme nous l’avons déjà vu). En accélérant la consolidation du
dépôt, on facilitera de plus le travail de restauration du site puisque la barrière de
recouvrement pourra être installée plus rapidement et plus efficacement.

L'épaisseur d de la barrière d'étanchéité est un élément très important de la conception du


projet. Bien qu’elle soit fréquemment prescrite à une valeur donnée (pouvant varier de 1 à 4
m, selon les conditions), ou choisie de façon plus ou moins rationnelle, on peut aussi la
calculer à partir de méthodes hydrogéologiques classiques. Ainsi, dans le cas où le
mouvement du lixiviat à travers la barrière se fait essentiellement par un mécanisme
d'advection, on peut utiliser la loi de Darcy pour obtenir l'épaisseur d en fonction du débit
spécifique q (q = ki, ou i est le gradient hydraulique) et du temps t (avec t  30 à 50 ans)
nécessaire au liquide pour traverser la barrière (Koerner, 1984):

(8.11)

où ne est la porosité effective du matériau. La loi de Darcy peut également s'appliquer, avec
quelques modifications, si la barrière est non saturée au départ, ou pour estimer le temps que
prendra le front de migration du lixiviat pour atteindre la nappe phréatique située sous le
bassin (e.g. McWorther et Nelson, 1979).

Il faut aussi envisager la possibilité que la valeur de k in situ soit très variable et que des
phénomènes d'écoulement localisé (entre les couches, par exemple), qui n'apparaissent
généralement pas en laboratoire, puissent venir affecter la performance d'une telle barrière
(Anderson et al., 1991).

La composition chimique du lixiviat, notamment celle du lixiviat produit par les rejets miniers
générateurs de DMA, peut être la cause d'autres mécanismes qui vont contribuer à la
migration des contaminants, en sus de l'advection, soit la dispersion mécanique causée par le
mélange des constituants lors de l'écoulement en milieu poreux, et la diffusion moléculaire
irréversible causant le mouvement des espèces chimiques (Freeze et Cherry, 1979; Folkes,

325
1982; Yong et al., 1986, 1992). Ces mécanismes peuvent jouer un rôle très important dans un
matériau fin où la perméabilité par advection est faible. Les réactions physico-chimiques qui
se déroulent sont cependant fort complexes, ce qui rend difficile la prédiction du
comportement d'un tel système. Plusieurs modèles (de complexités variables) ont été proposés
pour calculer la vitesse de migration des contaminants dans de telles conditions (e.g. Rowe et
al., 1994, 1995). Ces modèles permettent d'estimer l'épaisseur de la barrière selon le temps
requis, pour l'espèce critique, avant d'atteindre la frontière extérieure de la barrière
d'étanchéité.

À cet égard, le cas du fer, souvent associé aux minéraux sulfureux, pose ici un problème
particulier. Dans un milieu saturé d'eau et en l'absence d'oxygène, le fer ferreux (Fe+2) est
d'une grande mobilité puisqu'il est très soluble et peu sujet aux réactions d'adsorption. Par
contre, le fer ferrique (Fe+3), produit par l'oxydation du fer ferreux, est susceptible de
précipiter plus facilement, ce qui pourrait contribuer au phénomène de retardement. Lorsque
le fer ferreux est présent dans de l'eau souterraine qui aboutit à un cours d'eau de surface, on
note une baisse du pH, ce qui cause une solubilité accrue des autres métaux, d'où une menace
pour l'environnement (SRK, 1991). Il s’agit d’un élément très important dans la conception
des barrières pour les résidus miniers.

Par ailleurs, bien qu'il puisse sembler souhaitable, pour des raisons économiques, d'utiliser la
portion fine des résidus (ayant une faible perméabilité) pour limiter l'infiltration dans le sol, la
possibilité que ces résidus soient générateurs de DMA et qu'ils constituent une source de
métaux lourds peut imposer des limitations à cette pratique. Il peut cependant s'avérer
possible de réduire l'épaisseur de la barrière aux endroits recouverts de ces résidus fins en
fonction de la variation du gradient hydraulique i produit par l'accroissement des pertes de
charge qui en découle.

8.7.5 Utilisation des géosynthétiques

Depuis le début des années 1980, il est devenu de plus en plus fréquent d’inclure, à l’intérieur
des barrières d’étanchéité, divers matériaux d’origine artificielle. Outre les mélanges sol-
bentonite, qui sont en fait des matériaux naturels amendés selon les besoins de la barrière
(Chapuis, 1990), on a recours à toute une panoplie de matériaux géosynthétiques afin
d’assurer l’étanchéité des sites de stockage (e.g. Koerner, 1998, 2000; Rowe, 1998). De façon
plus spécifique, on utilise surtout des géomembranes formées de matériaux polymériques
(plastiques) et des géocomposites bentonitiques (GCB). Dans les deux cas, il s’agit de
produits fabriqués dans des conditions très strictes de contrôle de la qualité, qui offrent des
caractéristiques avantageuses du point de vue de l’écoulement des fluides. La popularité de
ces matériaux est aujourd’hui indéniable, malgré des coûts relativement élevés. Ainsi, pour
l’année 2000, on a estimé que près de 90 millions de mètres carrés de géomembranes et
environ 10 millions de mètres carrés de GCB seraient déployés en Amérique du Nord (Rollin,
2000). L’utilisation des géosynthétiques, qui comprennent aussi les géotextiles, les géogrilles
et divers autres matériaux de protection, de renforcement et d’étanchéité, est majoritairement
reliée à l’entreposage des déchets municipaux (52 % du marché), à des applications minières
variées (16 %), et au confinement des rejets toxiques (13 %).

Les géomembranes sont principalement constituées de polyéthylène à haute ou faible densité


(HDPE, VLDPE), de polychlorure de vinyle (PVC), de polypropylène (PP), de bitume
modifié, et d’autres composés d’éthylène ou de polyéthylène. Pour leur part, on fabrique les
GCB à partir d’une mince couche de bentonite placée entre deux géotextiles ou entre un

326
géotextile et une géomembrane. Une fois hydratée, la bentonite gonfle jusqu’à une épaisseur
d’environ 7 à 8 mm, ce qui rend le GCB pratiquement étanche à l’eau et au flux des gaz
(Aubertin et al., 2000). La présence de bentonite permet en outre de cicatriser les petits trous
dans le GCB (par le gonflement de celle-ci), ce qui n’est pas le cas des géomembranes. On
pense aussi que la durabilité (durée de vie fonctionnelle) des GCB pourrait être plus grande
que celle des géomembranes. Il faut mentionner ici que tous les polymères se dégradent
naturellement sous l’effet d’une exposition au rayonnement ultra-violet, à des variations de
température, à des agents oxydants ou pouvant provoquer l’hydrolyse (surtout la présence de
chaînes moléculaires C-O-O-H, en milieu alcalin), à divers produits chimiques (acides,
solvants, etc.), et même (plus rarement) à certains micro-organismes. Les matériaux
polymériques " vieillissent " et leur microstructure change progressivement, ce qui peut
occasionner la rupture des liens covalents et une perte de résistance mécanique (en ce qui
concerne la déformabilité et l’intégrité). Ce vieillissement dépend naturellement des
conditions d’exposition (notamment la température) et aussi de la qualité du produit. La durée
de vie fonctionnelle en place peut alors varier d’environ 25 ans à plus de 300 ans; pour les
conditions normales, on parle typiquement d’une durée de vie de l’ordre de 125 à 150 ans.
Les géosynthétiques sont aussi particulièrement sensibles aux dommages mécaniques lors de
la pose, ainsi qu’aux chargements statiques (surcharges, tassements des fondations, etc.) ou
dynamiques (par exemple, la circulation des équipements lourds) une fois qu’ils sont
installés.

Bien qu’on les fabrique en couches très minces (de quelques millimètres), ce sont des
matériaux qui ont une très faible conductivité hydraulique (généralement inférieure à 10-9
cm/s), ce qui leur permettrait de restreindre la migration de l’eau (en l’absence de fuites). Les
contaminants (liquides et gazeux) peuvent cependant migrer par diffusion moléculaire sous
l’effet de gradient de concentration et la faible épaisseur des géosynthétiques limite alors leur
efficacité (Rowe, 1998; Aubertin et al., 2000). Lorsqu’ils sont combinés à des couches de sols
fins, les géosynthétiques peuvent néanmoins s’avérer très efficaces pour constituer des
systèmes d’étanchéité pour le fond ou le dessus des bassins d’entreposage de rejets divers,
incluant les rejets miniers.

8.7.6 Barrières de recouvrement

Nous avons vu au chapitre 6 que, parmi les quelques options disponibles pour le contrôle du
DMA, l'installation de barrières de surface pour empêcher le passage de l'eau ou de l'oxygène
peut s'avérer une avenue intéressante. De telles barrières de recouvrement peuvent consister
en un couvert aqueux (dépôt en fond de lac ou inondation subséquente du parc), en matériaux
synthétiques (les mêmes que ceux utilisés pour les barrières d'étanchéité), en matériaux
organiques ou en matériaux géologiques (SRK, 1991; Senes, 1994). Bien que les avis sur les
mérites relatifs de ces divers modes de recouvrement varient, l'utilisation de matériaux
géologiques apparaît actuellement comme une des solutions les plus répandues, tant pour des
raisons environnementales et sociales que techniques et économiques.

Pour contrôler le DMA, on préconise en règle générale l’utilisation d’un système de


recouvrement multicouche. Comme c'est le cas pour les barrières d'étanchéité, la
configuration géométrique des barrières de recouvrement complexe a fait l'objet de plusieurs
discussions dans la littérature; on peut en trouver le résumé au chapitre 6 et obtenir d’autres
informations à la lecture des rapports NEDEM produits à l’École Polytechnique de Montréal
(e.g. Aubertin et al., 1995, 1999) ainsi que dans les thèses Aachib (1997) et Bussière (1999).
Un exemple d’une telle configuration est montré à la figure 8.31.

327
Lors de la construction de telles couvertures multicouches, tous les commentaires de la
section précédente portant sur les soins apportés à la mise en place des tapis d'étanchéité sont
également de rigueur pour la couche imperméable dans une barrière de recouvrement. Encore
une fois, on vise une faible conductivité à l’eau; à cela s’ajoute la nécessité de limiter
l'infiltration de l'oxygène de sorte que la capacité de rétention devient aussi, sinon plus,
importante que la valeur de k. On a de plus besoin d'un matériau qui puisse se déformer sans
se fissurer. Il pourrait s’avérer acceptable, à cet égard, de réduire quelque peu la densité sèche
en place (γd)is afin d'obtenir un matériau plus déformable. C’est particulièrement vrai si les
résidus sous-jacents n'ont pas terminé leur période de consolidation hydrodynamique (qui
peut durer plusieurs dizaines d'années), ce qui pourrait entraîner des tassements importants.
Comme nous l’avons mentionné, il est possible d'accélérer la consolidation primaire des
résidus à l'aide de la couche drainante de fond et du système de drains linéaires.

Afin de garantir la stabilité mécanique à long terme d'une structure multicouche, il faut
s'assurer que la pente maximale β des interfaces est inférieure à l'angle de frottement φ entre
les diverses couches; on peut suggérer une valeur de β < 0,3 à 0,5 φ, indiquée pour le cas où
certaines interfaces seraient saturées d'eau. On peut effectuer des analyses détaillées de
stabilité à l'aide de méthodes géotechniques conventionnelles (Oweis et Khera, 1990).

Comme c'est le cas avec les digues de retenue, les barrières de recouvrement doivent pouvoir
maintenir leur intégrité en présence d'efforts sismiques. On doit également considérer, lors de
l'analyse, les problèmes de tassements différentiels en plus de ceux déjà soulevés dans les
paragraphes qui précèdent sur le tapis d’étanchéité.

Bien conçu, un système multicouche peut, théoriquement, réduire les infiltrations de l'eau par
un facteur de 100 et plus. La durée de vie souhaitée pour de tels ouvrages peut être très longue
(de 100 à plus de 1 000 ans), ce qui exige une stabilité mécanique et une durabilité qui

328
excèdent celles des ouvrages usuels d'ingénierie. Il faudra donc prévoir un entretien
périodique minimal et un suivi continu des installations.

Pour évaluer l'efficacité du système préconisé, il est nécessaire de réaliser a priori des
simulations en laboratoire sur modèles réduits ou sur ordinateur afin d'optimiser le
dimensionnement des composantes. De même, il peut s'avérer judicieux de construire des
cellules expérimentales in situ qui permettraient de vérifier la performance du ou des systèmes
choisis, et ce avant la construction définitive. Actuellement, la construction des barrières de
recouvrement sur les résidus sulfureux générateurs de DMA demeure empreinte d'incertitude
quant aux performances à long terme, ce qui justifie la réalisation d'études détaillées aussi
bien en laboratoire qu'in situ.

L'incertitude associée à la construction de bassins étanches et les sommes importantes à


investir commandent un suivi des performances des ouvrages de confinement (et de retenue)
afin de s'assurer que ceux-ci correspondent bien aux objectifs poursuivis. Pour ce faire, on
préconise l’établissement d’un programme complet d'instrumentation et d'auscultation du site,
c’est-à-dire un programme comprenant des mesures du niveau de la nappe phréatique, des
tassements horizontaux et verticaux (affaissement ou gonflement), de la profondeur du gel et
de la température du milieu. De même, il faut prévoir un programme d'échantillonnage et de
suivi de la qualité de l'eau (de surface et souterraine) et le concevoir en fonction des objectifs
du projet. Ces aspects feront l’objet d’un examen plus détaillé au chapitre 10.

L’industrie minière, comme nous l’avons déjà mentionné, constitue la base du développement
de plusieurs régions du Québec. Elle procure environ 17 000 emplois directs, alors que la
valeur de la production minérale a atteint 3,4 milliards de dollars en 1998. Cette même année,
les investissements totaux de l'industrie minérale ont été de l'ordre de 934 millions de dollars.
On sait aussi que cette industrie produit une quantité importante de rejets miniers. C'est plus
de 100 millions de tonnes de matériel qui aboutissent annuellement soit sur des haldes à
stériles ou dans des parcs à résidus miniers. Même si on exclut les carrières et sablières, la
superficie totale occupée par l'exploitation minérale au Québec serait de l'ordre de 16 000
hectares (Marcotte,2002). Les mines actives représentent la majorité de cette superficie et
l'Abitibi-Témiscamingue contient près de 70 % de l'ensemble de ces sites miniers (voir le
chap. 1 du manuel).

Dans les chapitres précédents, nous avons fait ressortir qu’il y a plusieurs aspects à prendre en
compte pour gérer efficacement les divers types de rejets miniers pendant l’opération (y
compris les stériles, les rejets du concentrateur, les sols du décapage, les boues de traitement
et les eaux de mines). À la fin de la vie d’une mine, il faut entreprendre (s’ils ne sont pas déjà
en cours) des travaux visant la fermeture du site et sa restauration. Évidemment, le caractère
du site, des matériaux et des problèmes rencontrés pendant l’opération influe directement sur
la nature et l’ampleur des travaux à réaliser. En outre, la restauration s’avère souvent plus
facile lorsque l’on prévoit et impose des mesures préventives durant la période d’opération.
De même, il est possible de réduire les coûts de fermeture grâce à une meilleure planification
dès le début de la vie de la mine. L’expression consacrée dans les années 1970 " Designing
for Closure " (voir par exemple SRK, 1989 ; Hutchison et Ellison, 1992), que l’on pourrait
traduire par " Concevoir en fonction de la fermeture ", illustre le fait que l’on peut réduire les
risques techniques et les incidences associés à la restauration d’un site si on se donne la peine
de planifier à l’avance les travaux requis et si on adopte des mesures pour optimiser les
activités durant l’opération, et ce en intégrant les aspects environnementaux.

329
La décision de procéder à la fermeture définitive d’une mine, même si elle a des effets
sociaux non négligeables, est d’abord de nature économique. Elle met également en jeu une
certaine incertitude (Brodie, 1995). Parmi les facteurs déterminants, on peut mentionner les
réserves résiduelles et les teneurs à la fin des opérations, la possibilité de récupérer une partie
des garanties financières, les coûts d’entretien et de sécurisation du site, les taxes sur la
propriété et la valeur de celle-ci, les responsabilités légales de l’entreprise et de ses
administrateurs face aux divers risques, la dépréciation des avoirs (incluant les emprunts),
l’état des finances de l’entreprise, l’élaboration et l’application d’un plan d’urgence, la
politique environnementale de la compagnie et son image publique. Comme pour toute autre
opération, il y a une façon d’optimiser la fermeture d’une mine et de minimiser les coûts qui y
sont reliés. À cet égard, on peut souligner de nouveau les bénéfices inhérents à l’utilisation
d’une approche intégrée qui tient compte des aspects environnementaux à toutes les étapes de
l’élaboration du projet, à partir de l’étude de faisabilité, en passant par l’ingénierie détaillée,
jusqu’aux conditions d’opération de la mine, du moulin et des sites d’entreposage. En outre,
une bonne planification peut prévoir des travaux de restauration progressive qui favorisent
une répartition des dépenses et permettent le suivi des travaux et des résultats obtenus (voir
par exemple Besdusco et O’Brien, 1999).

L’objectif de la planification des travaux de restauration est d’assurer que la fermeture du site
se fera d’une façon responsable tant des points de vue environnemental et légal que du point
de vue économique. Par ailleurs, nous avons vu déjà que l’industrie minière québécoise,
canadienne et nord-américaine adopte de plus en plus une attitude proactive qui témoigne aux
organismes responsables et à la population de la volonté de ses entreprises d’agir en bons
citoyens et de leur capacité de mener à bien les travaux de restauration. On trouvera dans le
chapitre 13 quelques exemples de politiques environnementales d’entreprises et d’associations
industrielles.

Au moment de la planification initiale d’un projet minier, il faut déjà prévoir un plan de
fermeture, ne serait-ce que pour obtenir le certificat d’autorisation (C. A.) délivré par le
ministère de l’Environnement (chap. 2). Ce plan initial devrait servir à la planification des
opérations dans leur ensemble, même s’il peut subir des modifications au besoin selon les
conditions d’exploitation et les particularités associées au site. L’auscultation et le suivi du
comportement des matériaux et des ouvrages (dont la qualité des eaux et les réactions
d’oxydation) fournissent une information qui, lorsque colligée et analysée adéquatement, sert
à vérifier les données de départ et à élaborer progressivement un plan des conditions de
fermeture et des mesures de restauration. Faire un suivi des conditions sur le site et un
ajustement du plan de fermeture permet de réduire à la fois les coûts de préparation de l’étude
et les travaux qui en découlent.

Les données amassées avant et durant l’opération et lors d’investigations spécifiques pour les
travaux de fermeture sont d’autant plus importantes qu’on a démontré que plusieurs projets de
restauration de sites contaminés (et pas seulement des sites miniers) ont produit des résultats
moins bénéfiques que prévu ou coûté plus cher en raison d’une méconnaissance des
conditions réelles et d’hypothèses de travail non vérifiées (voir par exemple Koerner et al.,
1999).

Lorsque l’on se rapproche de la fin de la vie de la mine, on peut finaliser le plan de fermeture
en connaissance de cause. Cette fermeture exigera l’adoption de mesures permettant le suivi
des conditions en place et du rendement des ouvrages construits, comme c’est le cas, par
exemple, avec les recouvrements en eaux ou les recouvrements multicouches (chap. 6 et 13).

330
Le choix de la meilleure solution dépend de divers facteurs, dont plusieurs sont propres au site
(climat, sols et matériaux disponibles, nature des rejets, susceptibilité des écosystèmes et
utilisation antérieure et future du site), alors que d’autres découlent d’une législation (normes
à l’effluent, par exemple). Il faut garder à l’esprit que les opérations minières peuvent avoir
une incidence sur la qualité de l’air, de l’eau (en surface et souterraine) et des sols. Les
travaux de restauration doivent assurer que ces incidences seront minimales après la fermeture
du site.

En ce sens, on peut aussi rappeler que les ouvrages conçus lors des travaux de restauration
doivent avoir une durée de vie qui excède souvent de beaucoup celle de l’opération elle-même
(50 à 100 ans ou plus dans le premier cas contre 10 à 20 ans dans le second). Compte tenu de
cette condition, par une valeur de probabilité cumulative, la période de récurrence choisie sera
beaucoup plus grande dans le cas des travaux de fermeture (chap. 8). Cette période sera
particulièrement critique dans les cas où on adoptera une technique qui suppose des retenues
d’eau importantes, comme c’est le cas avec les couvertures en eaux pour limiter la production
de DMA (Aubertin et al., 1997 ; voir aussi les chapitres 6 et 8).

Avec des techniques de limitation de la production d’eaux acides, comme les recouvrements
de type CEBC, on requiert souvent que les travaux de restauration incluent une couverture
végétale sur le site d’entreposage de rejets miniers. La revégétation d’un site est quelquefois
complexe et peut se révéler relativement onéreuse. La nature exacte des travaux dépendra de
divers facteurs, comme la qualité et la pérennité de la végétation, la diversité écologique, le
contrôle des poussières, la stabilité des sols (contre l’érosion notamment) et les coûts associés
(voir par exemple Burnside et al., 1999).

On reconnaît jusqu’à cinq étapes pour le réaménagement d’un site, soit :

• le terrassement ;
• la stabilisation physico-chimique des sols ;
• l'amélioration des sols ;
• la revégétation ;
• le retour à l'utilisation visée.

Le terrassement concerne les travaux qui visent à remodeler les surfaces de manière à
atteindre des objectifs précis de réaménagement. Ce terrassement peut consister dans la
manipulation des sols de surface, leur entreposage, la rectification des terrains et la remise en
place du sol de surface.

La législation incite l'exploitant d'une mine à enlever le sol de surface avant le début des
opérations minières. Il faut remiser les sols de manière à les conserver pour un usage ultérieur.
Dans ce but, il faut veiller à ce qu’ils ne subissent pas de contamination ou d'érosion, afin
qu'ils conservent leurs caractéristiques physiques et chimiques. La rectification des surfaces
des terrains permet de limiter l'érosion de surface, d’éviter la lixiviation de substances
toxiques pour l'environnement, de faciliter les étapes de revégétation et de rendre le terrain
apte à remplir les fonctions qui lui sont dévolues.

Avant de remettre un sol en place à la surface, il faut s'assurer qu'il est propice à la croissance
des plantes. Un bon sol facilitera la revégétation, alors qu’un sol aux caractéristiques pauvres
la rendra pratiquement impossible. Cependant, même si le sol est adéquat, il convient de
vérifier s’il ne contient pas de substances toxiques qui pourraient passer dans la chaîne

331
alimentaire. Avant de procéder à la mise en place proprement dite du sol, il faut travailler la
surface de manière à éliminer les surfaces de glissement entre les différentes couches et à
favoriser la pénétration des racines des plantes. Par la suite, on étend le sol en une couche
aussi uniforme que possible et on s’assure de plus que sa compaction est adéquate pour le
type de végétation que l'on veut y planter.

La stabilisation des sols a comme but principal de minimiser la pollution de l'air et des cours
d'eau par les particules transportées par l'érosion éolienne ou des eaux de ruissellement. De
plus, elle peut faciliter la croissance des plantes en diminuant l'abrasion qu'elles subissent et
en évitant que leurs racines ne soient mises à jour par suite de l'enlèvement des particules de
sol de surface. Il s'agit généralement d'une mesure temporaire en attendant de procéder à la
consolidation du couvert végétal. Toute une gamme de produits sont disponibles à cet effet.
Ces produits consistent soit en liants chimiques comme des résines, des bitumes, des latex ou
des cires, en matériaux non érodables comme des concassés ou bien en produits de
recouvrement comme des pulpes supportées ou non par des grillages métalliques ou des toiles
de jute. Les produits les plus souvent retenus sont des pulpes de paille ou de bois, qu’on met
fréquemment en place grâce à des canons hydrauliques spéciaux montés sur des camions.

Il y a parfois lieu d’améliorer les sols pour changer soit leurs propriétés physiques, soit leurs
propriétés chimiques, soit leur contenu nutritif. Les textures et les granulométries des
matériaux qui doivent servir à la revégétation varient grandement si on a du mort-terrain, de la
roche stérile ou des rejets du concentrateur. Dans les cas de sols grossiers et du stérile, les
granulométries sont très variées (blocs, gravier, sable, silt) et la portion de particules fines est
souvent très faible. L'érosion est forte et le matériau est très poreux, ce qui entraîne une
infiltration importante et un assèchement rapide du matériau. Pour pallier ces inconvénients,
on essaiera de maintenir près des surfaces finales un matériau fin qui aidera à supporter la
croissance des plantes. Dans les cas des rejets de concentrateur, la granulométrie des
matériaux est relativement uniforme et de grosseur acceptable pour la croissance des plantes.
Cependant, il s'agit de matériaux où l'eau s'infiltre peu, ce qui entraîne un mauvais drainage. Il
en résulte une mauvaise dissolution des sels minéraux présents dans ces matériaux et un faible
développement de la vie bactérienne nécessaire au développement des plantes.

Deux propriétés chimiques des matériaux de rejets causent des problèmes, soit leur acidité
(présente ou future) et leur toxicité. En raison de l'action de l'air et de l'eau, certains éléments
présents dans les rejets (par exemple, les sulfures) vont s'oxyder et produire de l'acidité. Ce
phénomène d'oxydation commence en surface pour se déplacer en profondeur par la suite. La
production d'eau acide nuit considérablement à la croissance des plantes. Avec un pH de
l'ordre de 2, il y a peu de vie bactérienne dans le milieu, ce qui inhibe la germination des
racines. On considère des pH de l'ordre de 2 à 4 comme très peu propices à la croissance de
plantes. Le pH idéal serait typiquement de 6 à 7 (limites de 4,5 et 8,5 environ), mais il dépend
des plantes utilisées. De plus, un pH faible entraîne souvent des concentrations plus grandes
en métaux lourds dissous dans le sol de même que des concentrations plus fortes en sels. Si
ces dernières deviennent trop fortes, il se produit un dérèglement de la réaction osmotique
entre les racines et les éléments nutritifs, réaction qui régit l'absorption sélective des éléments
nécessaires. Pour changer le pH des sols, on procédera à des épandages de chaux ou de pierre
calcaire. Pour modifier la salinité du sol de manière à éviter la déshydratation des plantes, il
faut procéder par dilution et lixiviation à l'aide d'irrigation.

Lors de la revégétation, les plantes ont besoin des produits suivants pour assurer leur
croissance : de l’eau, du CO2, des éléments nutritifs (N, K, P (macro); Fe, Mn, Zn, Cu, Mo,

332
Cl, Mg, B (micro)) et des bactéries (production de matière organique pour germination).
Parmi les problèmes rencontrés, on note souvent une absence de macro-éléments ou un
surplus de micro-éléments. Une étape importante consiste à choisir les plantes appropriées
aux conditions qu’offre le terrain. Il peut s’agir d’herbes et de légumineuses pour
ensemencement sur terre arable selon diverses techniques (sillon et semence avec
équipements agricoles, hydro-ensemencement de pulpe avec graines, fertilisant, humus, liant,
eau, chaux, etc., aussi par vol aérien), qu’on fera suivre par la plantation d’arbres et d’arbustes
de façon manuelle (plants ou boutures surtout).

Les critères de choix (plantes indigènes ou implantées) doivent comprendre la résistance aux
conditions climatiques (température , humidité, vents...), la nature des sols et leur irrigation,
la résistance aux insectes, la durée de vie, le cycle de reproduction, la qualité du couvert
végétal, et divers autres facteurs telles la luminosité, la topographie et la pollution de l'air
(toxicité, abrasion).

En règle générale, la remise en végétation d’un site comprend les étapes suivantes :

• la mise en place du sol (5-10 cm) ;


• la plantation d’herbes et de légumineuses qui créent un sol végétal et limitent l'érosion
;
• la plantation d’arbustes (les racines brisent le sol trop compact) ;
• la plantation d’arbres (après environ 10 ans) qui stabilisent les pentes.

Comme les coûts de la revégétation peuvent être élevés, il convient de faire des études
préliminaires approfondies. Le niveau de succès demeure très variable et non garanti (voir
Powell, 1991 ; Brooks et al., 1991).

Chaque État ou législation a ses propres exigences face au plan de fermeture ainsi qu’aux
modalités d’acceptation et d’une éventuelle libération. Nous présentons les mesures
législatives et les informations corollaires ayant cours au Québec dans les sections qui
suivent. On trouvera des renseignements complémentaires sur la réglementation en vigueur
ailleurs au Canada et aux États-Unis dans Anon (1992, 1995), Hutchison et Elllison (1992) et
Marcus (1997). Pour ce qui est des coûts reliés, nous en discuterons dans les chapitres 12 et
13 du présent document.

9.2.1 Dispositions générales

L’activité minière québécoise est assujettie à la Directive 019 du ministère de


l’Environnement du Québec (MEQ, ou MENV). Cette directive précise les exigences
environnementales du gouvernement face aux projets miniers et renferme les normes à
respecter en ce qui a trait aux effluents liquides (chap. 2). Bien que cette directive en fasse une
condition expresse à l’émission d’un certificat d’autorisation, elle n'est pas explicite quant aux
modalités de restauration des terrains miniers qui ont été, sont ou seront touchés par des
activités minières (exploration ou exploitation). De plus, cette directive ne permet pas de
s’assurer que les sommes nécessaires aux travaux de restauration seront disponibles en temps
opportun.

La fermeture faisant partie intégrante de la vie d’une mine, il est essentiel de la planifier dès
les premiers instants de l’exploration ou de l’exploitation. Les parcs à résidus miniers et les

333
haldes à stériles couvrent une superficie importante, et ce sont justement ces sites qui
nécessiteront les investissements les plus importants lors de la restauration finale des lieux.

Les législateurs ont apporté des modifications à la Loi sur les mines du Québec afin d’assurer
le réaménagement et la restauration des terrains touchés par des activités minières. Ainsi, une
personne qui effectue certains travaux miniers d'exploration ou d'exploitation ou qui dirige
une usine de concentration de certaines substances minérales ou qui effectue certains travaux
à l'égard de résidus miniers est dorénavant tenue d'effectuer des travaux de restauration (M-
13.1, a. 232.1). La personne (ou l’entreprise) visée doit présenter et faire approuver par le
ministère des Ressources naturelles (MRN) son plan de restauration avant le début des
activités minières (M-13.1, a. 232.2). Pour l'approbation du plan, le Ministre peut exiger,
selon les circonstances, le versement d'une partie ou de la totalité de la garantie financière (M-
13.1, a. 232.5). En cas de défaut, le MRN peut notamment faire exécuter les travaux requis
aux frais de la personne et en recouvrer les coûts à même la garantie financière (M-13.1, a.
232.8). Toute somme due à la Couronne en vertu de la présente loi constitue une dette
privilégiée sur tous les biens du débiteur (M-13.1, a. 232.9). Le privilège prendra rang
immédiatement après les frais de justice et, lorsqu'il porte sur un immeuble, est soumis aux
formalités de l'enregistrement des droits.

La surveillance de la restauration des sites miniers revient au MRN puisque celui-ci est déjà
responsable de la mise en valeur des richesses minérales du domaine public (gestion des
droits miniers d'exploration et d'exploitation). Cette démarche s'inscrit dans le sens de
l'application du principe du développement durable.

Ces dispositions de nature environnementale imposées par le MRN ne restreignent pas


l'application de la Loi sur la qualité de l'environnement du MEQ. Nous présentons dans le
texte qui suit certaines obligations légales et autres dispositions particulières de la loi.

Les personnes visées

Les personnes visées par cette loi (M-13.1, a. 232.1) sont :

1 Les titulaires de droits miniers qui effectuent des travaux d'exploration souterrains ou
majeurs de surface ou qui consentent à ce que de tels travaux soient effectués sur le terrain
faisant l'objet de leurs droits miniers;

2 Les exploitants de mines de métaux, d'amiante et de certaines substances non métalliques


qui effectuent des travaux d'exploitation;

3 La personne qui dirige une usine de traitement (incluant les usines de traitement de minerai
à façon);

4 Les personnes qui effectuent des travaux d'exploitation à partir de résidus miniers
entreposés dans les aires d'accumulation.

Les activités visées

Seuls les travaux d’exploration suivants sont visés (M-13.1, r.1, a.96.2).

334
• Toute excavation, impliquant soit le déplacement de dépôts meubles de 10 000 m3 et
plus, soit le décapage du roc ou le déplacement de dépôts meubles couvrant une
superficie de 10 000 m2 et plus ou soit l'extraction ou le déplacement de substances
minérales à des fins d'échantillonnage géologique ou géochimique en quantité de 500
tonnes métriques et plus;
• La réalisation de trous de sondage, l'excavation, le déplacement ou l'échantillonnage
des matériaux accumulés ou des matériaux de couverture se trouvant sur des aires
d'accumulation. Il est primordial que tout travail réalisé sur une aire d'accumulation
soit approuvé au préalable par le MRN afin d'éviter tout dommage qui pourrait être
causé, entre autres, à une aire d'accumulation déjà restaurée (bris de la barrière sèche,
libération de substances dommageables pour l'environnement, etc.);
• Tout travail souterrain relié de près ou de loin à l'exploration minière notamment le
fonçage de rampes d'accès, de puits, le dénoyage de puits de mine et la remise en état
des ouvrages souterrains, est touché par la loi;
• L'aménagement d'aires d'accumulation à l'égard des activités mentionnées
précédemment.

Les travaux d’exploitation visés par la loi (M-13.1, r.1, a. 96.3) sont l'extraction du minerai ou
des résidus miniers effectuée à ciel ouvert ou par voie souterraine, le traitement du minerai ou
des résidus miniers et l'aménagement d'aires d'accumulation à l'égard des activités
précédentes. Les activités de boulettage du concentré de fer ainsi que d'affinage sont exclues.
Toutefois, les aires d'accumulation qui leur sont adjacentes sont visées par la loi.

Les substances visées

Toutes les substances minérales faisant partie du domaine public, c'est-à-dire appartenant à la
Couronne, sont visées. Les substances minérales non visées sont celles faisant partie des terres
du domaine privé concédées ou aliénées par la Couronne à des fins autres que minières avant
le 1er janvier 1966 ou sises dans des terres où le droit aux substances minérales a été révoqué
en faveur de la Couronne depuis le 1er janvier 1966 (M-13.1, a. 5).

Pour les travaux d'exploitation, toutes les substances minérales sont visées, à l'exception du
pétrole, du gaz naturel, de la saumure et des substances minérales de surface excluant les
résidus miniers inertes utilisés à des fins de construction (M-13.1, r.1, a.96.4).

Les substances minérales qui ne sont pas couvertes par le Règlement sur les carrières et
sablières du MEQ et qui n'entrent pas dans la définition de substances minérales de surface de
la Loi sur les mines, sont visées. Cependant, le graphite, le talc et le mica exploité en carrière,
seront touchés au même titre que les métaux. Toutefois, l'application de ces nouvelles
dispositions tient compte du fait que le MEQ dispose d'une réglementation adéquate pour les
carrières (nous entendons les fosses à ciel ouvert) (Règlement sur les carrières et sablières Q-
2, r.2).

Les substances minérales du domaine privé sont également touchées, car la définition
"d'exploitant" que l'on retrouve à l'article 218 de la Loi sur les mines ne fait pas de distinction
entre les gisements situés sur les terres du domaine public et celles du domaine privé. De plus,
l'article 217 de la Loi sur les mines précise que le chapitre III (Mesures de protection et
mesures de restauration), dont font partie les dispositions en matière de restauration des sites
miniers, s'applique également aux substances minérales qui ne font pas partie du domaine
public.

335
Le dépôt du plan et son approbation

En vertu de l'article 232.2 de la Loi sur les mines, le requérant doit déposer son plan de
restauration accompagné de la description de la garantie financière avant le début de l'activité
minière (d'exploration et d'exploitation). Le montant de la garantie financière correspondra à
70 % de l'évaluation des coûts prévus pour la réalisation des travaux de restauration des aires
d'accumulation (M-13.1, r.1, a.96.5).

Le MRN tient compte de l'avis formulé par le ME (M-13.1, a. 232.5) avant d'approuver le
plan de restauration. En effet, il importe d'assurer ici une concertation des ministères puisque
les activités minières dont il est question sont assujetties aux dispositions de la Loi sur la
qualité de l'environnement.

Pour l'approbation finale du plan de restauration, le Ministère exigera le versement de la


garantie financière selon les modalités de versement applicables et prescrites aux articles 96.6
et 96.7 du règlement (M-13.1, r.1). Toutefois, selon les circonstances, le Ministère pourra
exiger pour l'approbation du plan, le versement, en partie ou en totalité de la garantie
financière (M-13.1, a.232.5).

Enfin, le MRN peut au besoin demander toutes autres informations supplémentaires (études,
analyses, etc.) qu'il juge pertinentes pour l'approbation du plan de restauration.

Omission de se soumettre aux dispositions de la loi

Le MRN peut enjoindre une personne visée de soumettre un plan de restauration incluant la
description d'une garantie financière ou même d'effectuer les travaux dans les délais qu'il
prescrit (M-13.1, a. 232.8).

À défaut, le MRN aura recours à des mesures civiles, administratives ou pénales. En dernier
ressort, il peut faire exécuter les travaux requis aux frais de la personne et pour ce faire,
utiliser la garantie financière pour recouvrer les frais encourus.

Libération des obligations de la personne visée

La personne peut être relevée de ses obligations lorsque les travaux de restauration ont été
complétés en conformité avec le plan approuvé, qu'aucune somme d'argent n'est due au MRN
en raison de l'exécution de ces travaux, et que les résidus miniers ne présentent plus aucun
risque de drainage minier acide selon les connaissances scientifiques et technologiques
connues à cette période (M-13.1, a. 232.10).

La personne peut également être relevée de ses obligations de restauration lorsque le MRN
consent à ce qu'un tiers les assume (M-13.1, a. 232.10). Cette disposition permet, entre autres,
un transfert de responsabilités lors d'un changement de propriétaire ou lors d'un changement
d'exploitant dans le cas où le titulaire confie l'exploitation de son gisement à une autre
personne.

En vertu de l'article 232.12, les dispositions prévues aux articles 232.1 à 232.11 de la Loi sur
les mines n'ont pas pour effet ni d'affecter ni de restreindre l'application de la Loi sur la
qualité de l'environnement.

336
Mesures pour la restauration des aires de disposition des résidus miniers abandonnés

Les modifications apportées à la Loi sur les mines confèrent au Ministre un pouvoir
d'ordonnance pour la restauration des sites inactifs pourvu que le responsable soit identifié et
que celui-ci soit en mesure d'assumer les coûts de la restauration des aires d'accumulation. Si
celui-ci était introuvable ou insolvable, le Ministère pourrait alors se charger de la restauration
des sites les plus dommageables pour l'environnement.

L'article 232.11 de la Loi sur les mines vise à solutionner, du moins en partie, le problème des
aires de disposition de résidus miniers inactifs (parcs à résidus miniers et haldes à stériles).
Ainsi, toute personne ayant effectué dans le passé des travaux d'exploration ou d'exploitation
de la même nature que ceux visés aujourd'hui par cette loi sera tenue, sur ordonnance du
Ministre, de restaurer le site de ses activités et ce, dans les seules circonstances où des résidus
miniers s'y retrouvent. Le MRN peut prescrire les travaux qu'il juge nécessaires ainsi que les
délais de réalisation et ce, toujours après consultation auprès du MEQ.

Cette disposition à caractère rétroactif est également applicable pour les sites situés sur les
terres privées. Le MRN peut de la même façon enjoindre une personne ayant déposé des
résidus miniers sur des terres privées de restaurer le site avec le consentement du propriétaire
du terrain.

9.2.2 Contenu du plan de restauration

Le texte de loi stipule que le plan de restauration doit inclure, à l'égard des résidus miniers, les
travaux de confinement et, s'il y a lieu, des travaux visant à prévenir tout dommage
environnemental (M-13.1, a. 232.3). Par conséquent, il convient de porter une attention
particulière aux résidus miniers potentiellement générateurs d'effluents acides.

Le plan doit aussi contenir les conditions et les étapes de réalisation des travaux de
restauration progressive (s'il y a lieu) et ceux qui seront réalisés lors de la cessation définitive
des activités. Ainsi, lorsque les circonstances le permettront, on encouragera la restauration
progressive du site. Pour l'industrie minière, la restauration progressive constitue un moyen de
réduire le montant total de la garantie financière.

Le plan doit comporter une description de l'évaluation des coûts anticipés pour réaliser les
travaux de restauration. De plus, il faut évaluer les coûts en fonction de la réalisation des
travaux par un tiers et non par l'exploitant. Cette mesure vise à assurer qu'en cas de réalisation
des travaux par le gouvernement, le montant de la garantie sera suffisant pour couvrir les
coûts des travaux de restauration réalisés par un entrepreneur.

Les exigences générales en matière de restauration sont présentées en détail dans un document
rédigé par le ministère des Ressources naturelles en collaboration avec le ministère de
l'Environnement et de la Faune, intitulé Guide et modalités de préparation du plan et
exigences générales en matière de restauration des sites miniers au Québec. Ce document
vise à informer les personnes visées des particularités du plan de restauration, c'est-à-dire sa
forme, son contenu technique et, bien entendu, les objectifs et les exigences générales qui
sous-tendent la remise d'un site dans un état satisfaisant.

Le plan de restauration doit être accompagné, sous pli séparé portant la mention
" confidentiel ", de la description de la garantie financière ou de la garantie elle-même, selon

337
le cas. Le requérant doit en outre présenter un calendrier de réalisation des travaux de
restauration des installations de traitement des eaux usées, lorsque celles-ci ne serviront plus.

Lors de l'approbation du plan, on s’assure de prévoir la date de sa révision, laquelle ne doit


pas excéder cinq ans (M-13.1, a. 232.6). On peut procéder plus tôt à la révision du plan si des
changements dans les activités minières justifient une modification au plan, soit à la demande
de l'exploitant ou si le MRN le juge nécessaire. Cette disposition permet entre autres une
révision du plan advenant des changements technologiques majeurs. Elle est d'autant plus
importante que la recherche de solutions aux problèmes des résidus générateurs d'effluents
acides est présentement en cours et que l'on a toutes les raisons de croire que l’on aura mis à
l’épreuve des mesures plus économiques de prévention et de contrôle du drainage minier
acide ainsi que de traitement des effluents d'ici quelques années. Le cas échéant, il sera
possible de réviser les plans de fermeture en fonction de ces découvertes.

Selon les modifications apportées au plan de restauration, on verra à réduire ou à augmenter la


garantie financière au besoin (M-13.1, a. 232.7). La personne visée pourrait alors devoir
fournir une garantie supplémentaire conformément à cette révision et selon les délais fixés par
le MRN.

On soumettra de nouveau le plan de restauration révisé au MEQ avant son approbation par le
MRN.

9.2.3 Garantie financière

Le plan de restauration soumis au MRN doit être accompagné de la description d'une garantie
financière (M-13.1, a. 232.4) pour assurer l'exécution des travaux.

Le montant de la garantie financière correspondra à 70 % de l'évaluation des coûts prévus


pour la réalisation des travaux de restauration des aires d'accumulation (M-13.1, r.1, a. 96.5).

Le montant de la garantie financière est fonction de l'envergure des travaux à réaliser et de la


nature des résidus miniers. Ce montant correspond au coût anticipé des travaux établis au
moment de l'approbation du plan de restauration ou lors de sa révision.

Formes de la garantie

La garantie financière doit prendre l'une ou l'autre des formes suivantes ou une combinaison
de celles-ci :

a) un dépôt en espèces ou un chèque visé (en dollars canadiens);

b) des obligations payables au porteur, émises par le gouvernement du Canada, du Québec,


une municipalité du Québec ou émises par la province d'origine de cette personne ou des
obligations payables au porteur garanties par le gouvernement du Canada, du Québec ou de la
province d'origine de cette même personne;

c) un certificat de dépôt garanti ou à terme au bénéfice du gouvernement du Québec émis par


une banque à charte, une compagnie de fiducie ou une caisse populaire;

338
d) une lettre irrévocable et inconditionnelle de crédit émise par une banque à charte ou toute
autre institution financière garantissant que la personne disposera des fonds requis pour
réaliser les travaux figurant au plan;

e) un cautionnement ou une police de garantie émise par une compagnie d'assurances;

f) un cautionnement par un tiers sous forme d'une hypothèque immobilière de premier rang du
même montant que la garantie;

g) un dépôt dans un compte en fiducie ou dans une institution financière (en dollars
canadiens).

Les modalités de versement de la garantie financière couvrant la restauration des aires


d’accumulation varieront en fonction du type d’activité minière qui sera réalisée.

Activités d'exploration

Si la durée des travaux d'exploration est de moins de un an, la garantie financière doit être
versée en totalité 15 jours après l'approbation du plan de restauration par le MRN.

Si la durée prévue des travaux d'exploration est de plus de un an, le dépôt de la garantie
financière se fait par versements annuels établis comme suit :

• le premier versement (15 jours après l'approbation du plan par le MRN) correspond à
l'évaluation des coûts des travaux de restauration pour les activités minières déjà
réalisées et celles qui le seront jusqu'à la fin de l'année;
• les versements subséquents sont effectués à la date d'anniversaire de l'approbation du
plan de restauration par le MRN. Le montant versé correspond à l'évaluation des coûts
des travaux de restauration pour les activités qui seront réalisées durant la prochaine
année.

Activités d'exploitation et usinage à façon

Les modalités de versement de la garantie financière sont déduites à partir du tableau 9.1.
Elles sont basées sur la durée anticipée des activités minières et correspondent à la plus courte
des durées établies lors de l'approbation du plan de restauration par le MRN ou lors de la
révision de ce dernier.

339
Pour une activité minière dont la durée de vie est de 15 ans et plus, la détermination des
modalités de versements de la garantie se fait comme suit : lors de l'approbation, l'exploitant a
un délai de 3 ans auquel s'ajoute la possibilité de reporter à deux reprises le versement annuel
de la garantie financière, ce qui donne un délai total de 5 ans. Comme nous l'avons déjà
mentionné, la révision du plan de restauration (M-13.1, a. 232.6) ne peut avoir lieu plus de
cinq ans après l’approbation. Lors de la révision à la cinquième année, si la durée de vie de
l'opération minière est encore de plus de 15 ans, il faut retourner à la colonne de versements 1
du tableau 9.1. L'exploitant n'a aucune garantie à verser tant et aussi longtemps que la durée
de vie de l'opération minière ne sera pas de 15 ans ou moins.

Par conséquent, à la suite de l'approbation du plan de restauration, on établit une grille de


versements de la garantie financière en fonction de la durée de vie de l'opération minière. Il
convient également de préciser la date de la prochaine révision du plan de restauration. Si, à
l'intérieur de cette période, l'exploitant effectue des travaux de restauration progressive sur les
aires d'accumulation, et ce pour un montant substantiel, il pourrait faire une demande de
révision du montant total de la garantie financière à déposer. Cette démarche aurait pour effet
de réajuster les montants à déposer annuellement en garantie. Sinon, lors de la révision prévue
du plan de restauration et de la garantie financière, on devra déduire les sommes dépensées en
travaux de restauration progressive du montant total à déposer en garantie financière et établir
une nouvelle grille de versements.

Enfin, le MRN pourra exiger, au moment de l'approbation du plan de restauration, le


versement d'une partie ou de la totalité de la garantie financière. Cette disposition pourrait
s’appliquer aux projets miniers qui entraînent des risques financiers élevés pour le
gouvernement.

Garantie financière

Tous les contrats ou toutes les ententes entre les compagnies et les garants doivent être fournis
au Ministère en copies certifiées conformes aux originaux.

La garantie financière est un des principaux éléments du plan de restauration et constitue


l'essence même des modifications de la Loi sur les mines (M-13.1, r.1, articles 96.5 à 96.16).

340
Elle assure que des sommes seront disponibles au moment opportun pour procéder à la
restauration des aires d'accumulation. Elle peut prendre les formes suivantes :

• dépôt, obligations et certificats de dépôt ;


• lettre de crédit irrévocable d’une institution financière ;
• cautionnement d’un tiers en faveur du Ministère ;
• fiducie constituée selon le Code civil du Québec.

Dans certaines circonstances, le Ministre peut demander, en vertu de l'article 232.5 de la Loi
sur les mines, le versement préalable d'une partie ou de la totalité de la garantie financière.

Certains sites miniers étant détenus en partenariat, les partenaires peuvent fournir la garantie
exigée en fonction du pourcentage qu'ils détiennent dans la mine. Les partenaires peuvent
aussi choisir de nommer un exploitant qui aura la responsabilité de déposer la garantie
financière.

Durée de vie de l’activité minière

On établit le versement de la garantie financière à partir de la grille de versements illustrée


dans le tableau 9.1. Toutefois, pour pouvoir utiliser cette grille, il faut avant tout connaître la
durée de vie de l’activité minière. On détermine cette durée de vie de la façon suivante :

• pour les travaux d’exploration, la durée de vie est établie selon la nature des activités
(échantillonnage, remise en état d’une ancienne mine avec programme de forage, etc.)
;
• pour les nouvelles exploitations minières, la durée de vie est évaluée à partir de
l’information contenue dans l’étude de faisabilité. Pour les exploitations minières
présentement actives, on se fonde sur l’évaluation des réserves économiques prouvées
;
• pour les usines de traitement du minerai à façon, les usines de boulettage, les
fonderies, la durée de vie dépend directement du contenu du carnet de commande de
l’usine.

Révision du plan et de la garantie

Le plan de restauration devra subir une révision tous les cinq ans à moins que le MRN, lors de
l'approbation du plan ou de sa révision, n'ait fixé un délai plus court. Il y aura révision si des
changements dans les activités minières justifient une modification au plan, soit à la demande
de l'exploitant ou si le MRN le juge nécessaire (M-13.1, a.232.6).

Le montant de la garantie financière pourra faire l’objet d’un ajustement (M-13.1, a.232.7) :

• en fonction de l'état d'avancement des travaux de restauration progressive ;


• en fonction des travaux de restauration réalisés lors de la cessation définitive des
activités minières ;
• si le requérant entend utiliser notamment des méthodes de restauration plus
économiques.

Le Ministère peut également recouvrer ses frais au moyen de la garantie si la personne visée
n'effectue pas les travaux de restauration tant et si bien que le Ministère doit les faire exécuter.

341
Durée de la garantie

La garantie doit demeurer en vigueur jusqu'à l'émission du certificat de libération prévu à


l'article 232.10 de la Loi sur les mines. Ainsi, on délivrera le certificat de libération si :

• la personne visée a effectué les travaux prévus selon le plan de restauration à la


satisfaction du Ministère ;
• un tiers assume les obligations de la personne visée.

La présente section vient définir les objectifs qui sous-tendent la remise d'un site dans un état
jugé "satisfaisant" ainsi que les exigences générales en matière de restauration des sites
miniers. En outre, elle apporte des précisions quant à la nature des informations techniques,
économiques et environnementales que doit contenir le plan de restauration déposé auprès du
MRN.

9.3.1 Définition de l'état satisfaisant

La restauration des sites miniers a comme objectif de remettre le site dans un état satisfaisant,
c'est-à-dire :

1. d’éliminer les risques inacceptables pour la santé et d’assurer la sécurité des


personnes.

La restauration doit permettre dans un premier temps d'éliminer tous les risques associés
notamment à la présence de sols contaminés, de déchets solides et de matières dangereuses. Il
faut retirer des lieux ces éléments de risque ou, le cas échéant, les confiner de façon adéquate.
La restauration doit aussi permettre d'assurer la sécurité des personnes. Par conséquent, il y a
lieu d’adopter certaines mesures afin, notamment :

• de sécuriser les ouvertures aux puits, cheminée de ventilation et rampe d'accès en les
bouchant ou les obstruant ;
• de sécuriser le pourtour des fosses à ciel ouvert et celui des chantiers ouverts en
surface;
• de mettre en place des mesures de sécurité au pourtour des zones dont la stabilité à
long terme des piliers de surface ne peut être assurée;
• de stabiliser les pentes des haldes à stériles et les digues des parcs à résidus miniers
ainsi que les piliers de surface, le cas échéant.

2. de limiter la production et la propagation de substances susceptibles de porter atteinte


au milieu récepteur et, à long terme, viser à éliminer toute forme d'entretien et de
suivi. Une façon de limiter la production de telles substances consiste notamment à
intervenir directement à la source en limitant ou en contrôlant les paramètres de la
réaction chimique d’oxydation des sulfures, soit l’entrée d'air et d'eau, le pH, la
température ou la présence de bactéries acidogènes. Une façon de limiter l'oxydation
des sulfures est l'utilisation des différents types de barrières de recouvrement
(barrières de type humide, sèche, etc.). D'autre part, limiter la propagation des
substances dommageables pour l’environnement suppose en premier lieu le captage
des eaux contaminées (fossé de captage) provenant de l’aire d’accumulation pour en
assurer le traitement avant le rejet dans l'effluent et, en second lieu, la limitation de
l'entrée d'eau provenant de l’extérieur de l’aire d’accumulation (fossé de dérivation) et

342
celle des précipitations (barrière de recouvrement). Enfin, à long terme, les mesures
mises en place doivent permettre de laisser le site à lui-même sans aucun risque de
contamination du milieu environnant ni de risque (danger) pour la sécurité du public.

3. de remettre le site dans un état visuellement acceptable pour la collectivité.


L’expression " un état visuellement acceptable " tient compte du fait qu'il s'agit d'un
site minier où il peut s’avérer impossible d’éliminer complètement les traces de
l'activité minière (par exemple, fosse à ciel ouvert, halde à stériles et parc à résidus
miniers). On entend par là que le site doit être acceptable aux yeux du MRN et du
MEQ. La Loi sur les mines ne prévoit aucun mécanisme de consultation publique.
Toutefois, on prendra en compte tous les commentaires reçus avant l'approbation du
plan de restauration.

4. de remettre le site des infrastructures (en excluant les aires d'accumulation) dans un
état compatible avec l'usage futur. L’expression " dans un état compatible avec l'usage
futur " signale que l'on tiendra compte de la vocation retenue pour le site minier,
qu’elle soit de nature récréo-touristique, résidentielle, industrielle ou consiste tout
simplement en un retour à la nature. Le fait de préciser que les aires d'accumulation ne
font pas partie du site des infrastructures vient limiter le champ d'application de la
politique de réhabilitation des terrains contaminés du ministère de l'Environnement du
Québec, qui vise la restauration des sols contaminés provenant des milieux industriels.
Les résidus miniers ne tombent donc pas sous le coup de cette politique.

9.3.2 Mise en végétation

La mise en végétation vise à contrôler l'érosion (eau et air) et à redonner au site minier son
aspect naturel si c’est là sa nouvelle vocation. En conséquence, tous les terrains ayant connu
une activité minière doivent être remis en végétation. Toutefois, s’il s’avère impossible de
mettre en végétation le site minier, une partie de celui-ci ou notamment les anciennes haldes à
stériles et celles toujours actives (en date du 9 mars 1995), le requérant doit démontrer qu’il
respecte la notion de "l'état satisfaisant" sans cette mesure.

Avant la mise en végétation, le terrain doit être scarifié et amendé, si nécessaire. Le cas
échéant, le sol organique conservé et entassé au préalable doit être de nouveau étendu. Les
dépôts meubles et le sol végétal doivent être conservés séparément en vue de leur utilisation
éventuelle lors de la restauration du site minier. Le Secteur forêts du MRN recommande de
conserver le sol végétal sur plusieurs haldes de moyenne envergure plutôt que sur une seule
immense. De plus, il y a lieu de mettre en place des mesures de protection contre l’érosion
(éolienne et par l’eau).

Les caractéristiques de la végétation mise en place doivent se rapprocher de celles que


présente la végétation du milieu environnant à l'exception de la végétation de départ, c’est-à-
dire qui permet d'établir le substrat organique. Afin d’atteindre " l’état satisfaisant ", la
végétation doit être autosuffisante six ans après son implantation dans le cas de la végétation
arbustive et trois ans dans le cas de la végétation herbacée, et ce sans qu’aucun amendement
ne soit nécessaire pour en assurer le maintien.

9.3.3 Sols contaminés

343
La politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés, publiée par le
ministère de l'Environnement, a comme objectif de voir à ce que les terrains contaminés ne
soient pas nuisibles à la santé et à l'environnement et qu'ils soient compatibles avec
l'utilisation future des lieux. La mise en pratique s'inscrit dans un processus qui vise la
restauration des sols contaminés par des activités minières, à l'exclusion des aires
d'accumulation de résidus miniers et des lieux autorisés d'élimination des déchets.

De façon générale, des interventions peuvent s'avérer justifiables lorsque le niveau de


contamination mesuré excède le critère B de la politique précitée requis selon la vocation
future du site (récréo-touristique, résidentielle, industrielle ou autres), et ce pour tout
paramètre discriminé du bruit de fond naturel local. Il est donc essentiel de procéder à une
caractérisation environnementale des lieux avant d’entreprendre un projet minier.

Le schéma de gestion des sols contaminés excavés se retrouve dans le document Les lignes
directrices pour le traitement de sols par biodégradation, bioventilation ou volatilisation.
Cependant, lorsque les contaminants sont de même nature que ceux qu’on retrouve dans le
parc à résidus miniers, il pourra être possible d'utiliser ce parc comme lieu d'élimination en
autant que ce dernier soit sécuritaire pour l'environnement.

Afin d'être en mesure de déterminer s'il y a nécessité d'effectuer des travaux de restauration
des sols contaminés par les activités minières, on doit procéder à une caractérisation du terrain
concerné lors de la cessation définitive des activités minières. Cette caractérisation doit
permettre de :

• déterminer le niveau de contamination ;


• localiser avec plus de précision la contamination et déterminer sa distribution spatiale ;
• connaître le volume des sols contaminés en fonction de chaque type de contaminants.

Le schéma de gestion des sols contaminés par des produits pétroliers apparaît dans le
document Les lignes directrices pour le traitement de sols par biodégradation, bioventilation
ou volatilisation. Si les contaminants sont de même nature que ceux qu’on retrouve dans le
parc à résidus miniers, il pourra être possible d'utiliser ce parc comme lieu d'élimination en
autant qu’il s’avère sécuritaire pour l'environnement.

Le ministère de l’Environnement a rendu publique en juin 1998 sa nouvelle Politique de


protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés. Tout en réitérant et en
renforçant la Politique de 1988, cette Politique intègre un volet " Protection " basé sur la mise
en place de mesures préventives de suivi dès le début des activités et un volet
" Réhabilitation " articulé autour d’une stratégie d’intervention progressive auprès des terrains
contaminés hérités du passé.

Notons que la grande majorité des mesures que préconise le MEQ ne pourra entrer en vigueur
qu’une fois adoptées les dispositions législatives et réglementaires appropriées.

9.3.4 Bâtiments, infrastructures et équipements

On doit démanteler tous les bâtiments et toutes les infrastructures de surface, à moins qu’on
ne démontre qu’ils sont nécessaires à l'atteinte et au maintien de "l'état satisfaisant" ou aux
fins du développement socio-économique du territoire. Par exemple, la municipalité Notre-
Dame-du-Laus a fait l’acquisition du terrain et des bâtiments qui faisaient l’objet du bail

344
minier consenti à la compagnie Asbury Carbons en vue d’y établir une entreprise locale. Dans
la région de Val d’Or et de Rouyn-Noranda, deux entreprises locales ont acquis certains
bâtiments sis sur les propriétés minières dans le but d’y installer leurs bureaux et de changer
la vocation des lieux en une vocation industrielle.

Qu’il s’agisse des bâtiments administratifs et d'hébergement, des bâtiments de service, de


l'usine de traitement et du chevalement du puits, il ne doit subsister aucun mur. Les fondations
(la partie qui se trouve en dessous du sol) peuvent rester sur place à condition qu’on les
recouvre de substances minérales permettant l'établissement de la végétation. En outre, il faut
concasser la dalle de fondation pour assurer le drainage de l’eau.

Les rebuts du démantèlement seront enlevés des lieux et envoyés dans un lieu d'élimination
autorisé par le MEQ. De plus, on doit procéder à une évaluation de la qualité des sols sous-
jacents et, le cas échéant, à leur décontamination.

Infrastructures de soutien

Les infrastructures de soutien enfouies sous terre, y compris les réservoirs de produits
pétroliers et leurs conduites, les autres conduites (eau, air, gaz naturel, eaux usées, etc.), les
tunnels de service, etc., pourront rester en place en autant qu’elles conviennent à la vocation
future du site de l'établissement minier. Ce serait le cas d’un site dont la vocation retenue
serait un retour à la nature, moyennant l’obturation des ouvertures et des accès des
infrastructures de soutien qui demeureront en place. Dans le cas contraire, il y aura lieu de les
déterrer et de les enlever des lieux.

Les réservoirs et les conduites ayant servi à l'entreposage et au transport des matières
dangereuses de toute nature sont exclus de ces dispositions. Leur démantèlement doit
respecter les prescriptions du Règlement sur l’utilisation des produits pétroliers du MRN et
du Règlement sur les matières dangereuses du MEQ.

On verra à démanteler et à enlever des lieux les infrastructures de soutien qui se trouvent en
surface (bâtisses, réservoirs, conduites diverses, etc.) à moins qu'on ne leur trouve d'autres
utilisations.

Le mode d'élimination des infrastructures de soutien doit respecter les exigences du


Règlement sur les déchets solides du MEQ. De plus, on doit procéder à une évaluation de la
qualité des sols sous-jacents et, le cas échéant, à leur décontamination.

Infrastructures de transport

Dans le cas des infrastructures de transport, on doit se préoccuper du bon état de l'accès
routier principal menant au site minier ainsi que de toutes les voies d'accès secondaires qui
pourraient servir à assurer le suivi et l'entretien des ouvrages se trouvant sur le site minier.

Les terrains sur lesquels on a aménagé des routes (incluant les voies de chemin de fer)
dorénavant non nécessaires requièrent une restauration conformément aux exigences
suivantes :

• enlever les ponts, les ponceaux et les conduites et remblayer les fossés qui ne sont plus
requis ;

345
• rétablir l'écoulement naturel de l'eau et stabiliser les bordures des cours d'eau et des
fossés par l'implantation d'une végétation. Toutefois, lorsque la végétation ne peut
demeurer en place en raison des risques importants d’érosion, il y a lieu d’employer
des matériaux granulaires ou de l'enrochement (riprap) ;
• aménager la surface des routes, les accotements, y compris les escarpements, les
excavations à flanc de coteau, les paliers verticaux réguliers et irréguliers, etc. afin de
prévenir tout problème d'érosion ;
• de façon générale, scarifier, niveler et remettre en végétation la surface des routes et
les accotements.

Équipement et infrastructures électriques

Il faut démanteler l'équipement et les infrastructures électriques (pylônes, câbles électriques,


transformateurs, etc.) se trouvant sur le site et qui ne sont plus nécessaires pour assurer le
suivi et l'entretien des ouvrages.

Il est nécessaire de procéder à une évaluation de la qualité des sols situés à proximité des
postes de transformation électrique qui comportent de l'équipement contenant de l'huile ou des
produits pétroliers. Le cas échéant, on devra décontaminer le terrain.

Équipement et machinerie lourde à la surface

On veillera à retirer des lieux l'équipement d'extraction (treuils, pompes, convoyeurs, etc.),
l'équipement de traitement du minerai (broyeur, cellule de flottation, cuve de cyanuration,
épaississeur, etc.) et la machinerie lourde (véhicules à moteur, foreuses motorisées, pelles
motorisées, etc.). Au préalable, il faut vérifier si l'équipement est contaminé, auquel cas la
gestion devra se conformer à la réglementation du MEQ.

De même, on portera une attention particulière aux endroits qui ont reçu l'équipement, la
machinerie lourde et les différentes infrastructures (électriques, souterraines, etc.) afin de
déceler toute trace potentielle de contamination. On procédera à une évaluation de la qualité
des sols et, le cas échéant, à leur décontamination.

Équipement, machinerie lourde et infrastructures souterraines

Il faut retirer des lieux d’opération souterrains l'équipement d'extraction (convoyeurs, foreuses
sur pied, etc.), l'équipement d'opération (ventilateurs, pompes, etc.) et la machinerie lourde
(trains, véhicules à moteur, foreuses motorisées, etc.). De plus, s'il est techniquement et
économiquement possible de le faire, on enlèvera également les infrastructures souterraines
(concasseurs, rails, structures métalliques de la salle de concassage, conduites d'eau, d'air
comprimé et d'air, etc.).

Lors des travaux de restauration, il faut de plus porter une attention particulière aux endroits
qui ont reçu l'équipement, la machinerie lourde et les infrastructures souterraines afin de
déceler toute trace potentielle de contamination par les hydrocarbures et de procéder à la
décontamination, le cas échéant.

Il y a lieu de retirer des lieux les réservoirs de produits pétroliers de toutes sortes
conformément au Règlement sur les produits pétroliers.

346
9.3.5 Travaux souterrains et à ciel ouvert

Dans le présent document, nous entendons par " travaux à ciel ouvert " les excavations
découlant de l'échantillonnage en vrac ou de l'exploitation d'une zone minéralisée par la voie
d'une fosse à ciel ouvert. Nous désignons par l’expression " travaux souterrains " les ouvrages
au jour (puits, cheminée de ventilation, chantiers ouverts en surface, etc.) et les piliers de
surface.

Les excavations faites aux fins d'échantillonnage en vrac demandent un remblaiement. On


peut toutefois éviter de le faire si le géologue résident confirme, par écrit et à la demande du
requérant, que l'excavation constitue un attrait essentiel au patrimoine géologique que l’on se
doit de conserver. Dans ce cas, on devra ériger une clôture répondant aux normes
réglementaires du MRN (M-13.1, r.1, chap. X). Dans certains cas, on peut admettre une levée
(zone surélevée) précédée d'un fossé.

En ce qui concerne les mines à ciel ouvert, s'il est techniquement et économiquement possible
de le faire, il convient de remblayer les fosses à ciel ouvert. Sinon, on doit condamner toutes
les voies d'accès et ériger une clôture. Dans certains cas, on peut admettre une levée précédée
d'un fossé. La barrière (clôture ou levée) devra se trouver à une distance horizontale minimale
de quinze (15) mètres de l'excavation ou plus si les considérations géotechniques le
requièrent.

La barrière devra porter des panneaux indicateurs, à intervalle raisonnable, afin d'assurer sa
visibilité. De plus, toute la superficie boisée comprise entre la barrière (clôture ou levée) et la
fosse devra subir une coupe d'éclaircie (coupe des arbres des étages inférieurs) et
d'assainissement.

La levée devra avoir deux mètres d'élévation et une ligne de crête équivalente et se composer
de matériaux meubles ou de substances minérales inertes. Le cas échéant, on la fera précéder
d’un fossé d’au minimum deux mètres de largeur sur un mètre de profondeur.

Sécurité des ouvertures au jour

Le Règlement sur les substances minérales autres que le pétrole, le gaz naturel et la saumure
(M-13.1, r.1, a. 87 à 96) vient préciser les mesures de sécurisation qu’on doit adopter quant
aux différentes ouvertures au jour, y compris les rampes, les puits, les cheminées de
ventilation, les chantiers ouverts en surface, etc.

Les chantiers souterrains ouverts en surface doivent, de préférence, être remblayés et le


terrain, nivelé de façon à s'harmoniser avec la topographie environnante. Si cette option n'est
pas techniquement ou économiquement possible, on installera une clôture répondant aux
normes réglementaires du MRN.

Les piliers de surface doivent assurer une stabilité à long terme des chantiers (principalement
sur le plan structural) même après la cessation définitive des activités minières. Le cas
échéant, ils doivent être en mesure de soutenir leur propre poids et celui de dépôts meubles,
de plans d'eau ou de toutes les autres surcharges en surface. Par conséquent, il faut faire en
sorte qu'aucune rupture spontanée en cheminée ne s'y produise ou que si une cheminée se
forme, elle soit arrêtée par comblement avant d'atteindre la surface. Les méthodes de calcul de
stabilité employées doivent être conformes aux règles de l'art.

347
Si on ne peut assurer la stabilité à long terme des piliers de surface de chantiers souterrains,
on installera une clôture répondant aux normes réglementaires du MRN autour de la zone
problématique.

Bassins d'eau d'exhaure

Il faut restaurer les bassins d'eau d'exhaure (eaux de mines) à moins que l'on ne démontre leur
utilité à d’autres fins. Les digues des bassins doivent être régalées et le site, mis en végétation.

Les boues provenant des activités d'extraction et de traitement du minerai sont considérées
comme des résidus miniers au sens de la Loi sur les mines (M-13.1, a.1). En conséquence, on
peut les entreposer dans le parc à résidus miniers. Toutefois, en l'absence de parc à résidus
miniers, on devra en disposer en conformité avec les exigences du MEQ.

9.3.6 Haldes à stériles et parc à résidus miniers

De par la nature des matériaux qu’elles reçoivent, les haldes doivent présenter une stabilité à
long terme et n’induire aucun risque notable d'érosion, d'affaissement ou d'effondrement. De
même, les structures de confinement des parcs à résidus miniers et les digues des bassins de
sédimentation ne doivent pas se détériorer, s'éroder ou s'affaisser lorsqu'elles subissent
diverses conditions d’exposition, entre autres l'érosion par l'eau et le vent, l'érosion
anthropique (due à l’activité humaine), l'action du gel et du dégel, l'accumulation annuelle de
glace, la pénétration des racines, les barrages de castors, les terriers creusés par les animaux,
les tremblements de terre, etc.

Par ailleurs, il y a lieu de mettre en place des ouvrages qui assureront le captage des eaux de
percolation contaminées provenant de ces aires d’accumulation et le détournement des eaux
de ruissellement non contaminées issues des terrains avoisinants. Ces ouvrages, tout comme
ceux cités dans le paragraphe précédent, doivent nécessiter le minimum de maintenance.

[Link] Stabilité physique

Par le biais de techniques éprouvées, la restauration des haldes à stériles, des parc à résidus
miniers et des bassins de sédimentation doit permettre d’atteindre " l’état satisfaisant " c’est-à-
dire :

a) de contrôler directement à la source la production de tous les types de contaminants


(incluant les réactions chimiques qui génèrent les eaux acides) ;

b) d'empêcher l'écoulement d’eaux contaminées par l'utilisation des méthodes de confinement,


de fossé de dérivation des eaux non contaminées et de captage des eaux contaminées ;

c) d'en assurer le captage et le traitement afin de répondre aux exigences du MEQ en matière
d'effluents miniers ;

d)de faire en sorte qu’à long terme, les mesures mises en place ne nécessitent qu’un minimum
de suivi et d’entretien ;

e)de s’assurer que les ouvrages mis en place demeurent stables à long terme.

348
Même si on ne fait plus d'ajout de résidus miniers dans le parc à résidus miniers ou de stériles
sur les haldes, les ouvrages de confinement doivent demeurer stables et répondre aux critères
indiqués dans le Guide du Gouvernement du Québec. Ce document présente à titre indicatif
les principaux critères de stabilité structurale applicables aux aires d'accumulation de rejets
miniers, incluant les haldes à stériles et les parcs à résidus miniers, avec comme seul but
d'orienter les travaux de restauration à la suite de l'arrêt final et définitif des activités minières.
Il est entendu que les critères présentés ne portent que sur cet aspect. Des cas particuliers
pourraient ainsi se voir imposer des critères plus restrictifs ou différents. On peut recourir à
des méthodes d'analyse ainsi qu’à des approches autres que celles suggérées dans le Guide
dans la mesure où l’on peut démontrer qu’elles sont reconnues et acceptables.

Principes directeurs

On peut définir la stabilité structurale des aires d'accumulation comme la capacité des
ouvrages de remplir les fonctions pour lesquelles ils ont été conçus. Cette définition suppose
généralement que ces ouvrages doivent maintenir leur intégrité géotechnique, sans rupture ou
déformation excessive, notamment les ouvrages de retenue et de confinement (par exemple,
les digues), les ouvrages de contrôle (par exemple, les évacuateurs de crue), les ouvrages
d'étanchéité (par exemple, les barrières de recouvrement), de même que les rejets miniers eux-
mêmes (par exemple, un empilement de stériles).

a) Les techniques d'investigation de site, de détermination des propriétés des matériaux


(fondations, remplissage et ouvrages), de même que les méthodes de mise en place et de
compaction doivent respecter les règles de l'art. Lorsqu’elles s’appliquent, il y a lieu de
respecter les normes du BNQ (Bureau de normalisation du Québec), de l'ACNOR
(Association canadienne de normalisation) ou de l'ASTM (American Society for Testing and
Materials). De même, il convient de prendre en compte les recommandations de l’Association
canadienne pour la sécurité des barrages.

b) Le programme d'auscultation des ouvrages devra respecter les énoncés présentés dans les
chapitres 2, 8 et 10 du présent document et s’étendre sur une période minimale de deux ans
après la fin des travaux de restauration.

c) On contrôlera les problèmes d'érosion de surface de préférence à l'aide d'un couvert


végétal, même si d'autres formes de contrôle demeurent admissibles.

d) On peut éliminer les problèmes d'érosion interne dans les matériaux meubles par une
réduction des gradients hydrauliques. Lorsque des matériaux de granulométrie différente
entrent en contact, il faut s’assurer de respecter les critères de filtres appropriés.

e) Les calculs de stabilité doivent tenir compte des conditions à long terme pouvant influer sur
les ouvrages, en considérant les charges statiques et dynamiques prévues. Lors de l'évaluation
de la stabilité des ouvrages, la durée de vie utile minimale pour tous les sites ayant un
potentiel de génération acide doit être de 100 ans. Pour tous les autres sites, on se basera sur
les caractéristiques propres à chacun afin de fixer une durée de vie (50 ans ou moins). Dans
tous les cas, il convient de prendre en compte les modifications graduelles des propriétés des
matériaux et les changements qui en découlent.

f) Pour l'ensemble du territoire du Québec, lorsque c’est applicable, on doit toujours évaluer
ou calculer la stabilité statique. Lorsque la valeur du coefficient sismique est différente de

349
zéro, on doit reprendre les calculs avec le coefficient approprié. qu’on peut obtenir auprès de
la Commission géologique du Canada à Ottawa.

Pour tous les sites ayant un potentiel de génération acide, une probabilité de dépassement
annuelle de 1/1000 (approximativement de 10 % en 100 ans) devra être utilisée (soit une
période de récurrence de 1000 ans). Quant aux sites non propices à la génération acide, on
retiendra une probabilité de dépassement annuelle de 1/476 (environ 10 % en 50 ans). On
trouvera plus de détails sur ces divers aspects dans le chapitre 8.

Considérations particulières sur les haldes à stériles

g) Dans un premier temps, il faut établir le risque associé à une instabilité des haldes selon la
nature et l'ampleur des dommages possibles, la période d'exposition et les impacts sur la
population, les infrastructures et les cours d'eau majeurs.

Pour les zones où l’on a reconnu un risque potentiel, on peut procéder à l'évaluation
de l'instabilité de la halde suivant la méthode de classification DSR (" Dump Stability
Rating ") de Piteau Associate (1991) ou toute autre méthode dont on peut établir la fiabilité.

En ce qui a trait aux haldes ayant des probabilités de rupture moyennes ou élevées, on devrait
effectuer les analyses de stabilité en contraintes effectives de préférence, lorsqu’on connaît les
pressions interstitielles et la position de la nappe phréatique.

h) Les méthodes d'analyse utilisées doivent être compatibles avec les divers schémas de
rupture dans la halde ou dans la fondation. Les valeurs des facteurs de sécurité à respecter
apparaissent dans le tableau 9.2.

Pour les cas où les valeurs obtenues sont inférieures aux valeurs énoncées, on pourra admettre
des analyses de stabilité plus poussées. Dans le cas contraire, on devra appliquer les mesures
correctrices nécessaires.

Considérations particulières sur les parcs à résidus miniers

i) Les digues de retenue des parcs à résidus miniers doivent résister aux sollicitations statiques
et dynamiques. Les risques potentiels pour la population et les infrastructures sont des
éléments à prendre en considération lors de la détermination du facteur de sécurité. Le
tableau 9.3 contient les valeurs à respecter. Advenant que les valeurs obtenues s’avèrent
inférieures à celles indiquées dans le tableau 9.3, des analyses de stabilité plus poussées

350
peuvent être acceptables. On peut aussi appliquer les mesures correctrices nécessaires afin
d'améliorer la stabilité.

j) Le requérant doit procéder à une évaluation du potentiel de liquéfaction des résidus


d'usinage ou démontrer que les pressions de confinement seront en tout temps supérieures aux
pressions interstitielles (résidus non liquéfiables).

On peut estimer le potentiel de liquéfaction à partir des méthodes basées sur les essais de
pénétration standard (SPT), en utilisant l’indice N corrigé, ajusté et normalisé. Lorsque le
potentiel de liquéfaction est confirmé, on doit procéder à des analyses conséquentes ou
effectuer les mesures correctrices nécessaires sur le site pour prévenir cette éventualité.

k) Pour les sites qui utiliseront une couverture aqueuse comme technique de protection contre
le drainage minier acide, le calcul de la crue de projet doit comprendre une période de retour
de 1000 ans. Il se fondera sur l’une des deux averses critiques suivantes :

• une averse de pluie de 6 heures;


• une averse de pluie de 24 heures.

Le volume d’eau pris en compte dans la crue de projet est une estimation correspondant au
cumulatif de l’averse critique et de la fonte moyenne des neiges sur une période de 30 jours
(la quantité de neige équivalant au maximum prévisible pour une récurrence de 100 ans).
Chacun des bassins devra être en mesure de contenir un minimum de 50 % de la crue de
projet, en autant que la fraction restante soit gérée par des systèmes d’évacuateurs de crue de
surface appropriés (débit de pointe correspondant à 90 % de la fraction restante évacuée en 10
jours) et convenablement entretenus.

La revanche minimale devrait être de un mètre lorsque le bassin est rempli, tandis que la
largeur de la crête (W) correspond à l’équation suivante :

W  h/5 + 3

où h est la hauteur de la digue (en mètres) et W est toujours plus grand que 3,65 m. Le
chapitre 8 contient d’autres détails relatifs à la stabilité des ouvrages de retenue.

351
[Link] Rejets générateurs de drainage minier acide

Grâce à des techniques éprouvées, la restauration du parc à résidus miniers, des bassins de
sédimentation et des haldes à stériles doit permettre de contrôler directement la production de
tous les types de contaminants (y compris les réactions chimiques d’oxydation qui génèrent
les eaux acides), d'en empêcher l'écoulement ou d'en assurer le captage et le traitement. Dans
tous les cas, les effluents miniers doivent répondre aux exigences du MEQ (voir le chapitre 2
du présent document et autres détails de la directive 019).

L'utilisation d'une installation de traitement des effluents (dont les fossés de dérivation et ceux
de captage) ne constitue pas en soi une mesure de restauration. Par conséquent, elle ne peut
servir que de mesure temporaire pour respecter les normes du MEQ ou palliative dans l'attente
du développement de méthodes de restauration techniquement et économiquement viables.

Il convient de mettre en place des ouvrages de captage afin de permettre le captage des eaux
de percolation contaminées et le détournement des eaux de ruissellement non contaminées.
Ces ouvrages ne doivent nécessiter qu'un minimum d'entretien.

Pour favoriser l'écoulement du trop-plein du parc à résidus miniers, on privilégie l’utilisation


de canaux d'écoulement ou de déversoirs avec empierrement. Les tours de décantation (et
autres systèmes semblables) ne sont pas acceptables, à moins qu'on ne fournisse une
justification valable. Dans ce cas, on doit prévoir des mesures particulières pour en assurer
l'entretien et la sécurité.

Les méthodes de mesure employées doivent consister en l'application de méthodes standard


répondant aux règles de l'art. La description des méthodes de mesure doit tenir compte,
notamment :

• des méthodes d'échantillonnage et de la localisation sur plan des points


d'échantillonnage ;
• de la représentativité statistique des échantillons ;
• des essais de laboratoire ainsi que des essais semi-industriels ;
• de la méthode utilisée pour la compilation et l'évaluation des renseignements obtenus
(tests statistiques, méthodes de calculs, logiciels de compilation utilisés, sources de
données statistiques, etc.).

En ce qui a trait aux méthodes d'analyse (chimiques, physiques, biologiques), à la


méthodologie et aux instruments utilisés, à la limite de détection et à la précision des analyses,
on peut se référer aux documents Guide des méthodes de conservation et d'analyses d'eau et
de sol et Guide de procédure et de contrôle de la qualité pour les travaux analytiques
contractuels en chimie publiés par le ministère de l'Environnement. Le document Méthodes
d'analyse de diverses substances minérales, publié par le Centre de recherche minérale du
ministère des Ressources naturelles, constitue une autre source de renseignements.

Dans un premier temps, il faut procéder à des analyses à partir d’essais de prévision statique
qui ont pour but de reconnaître les unités géologiques ou les résidus miniers susceptibles de
générer un potentiel net d'acidité (chap. 5). Pour la réalisation des essais de prévision statique,
le MRN recommande l'emploi de la méthode mise au point par le centre de recherche B.C.
Research et employée par le Service de protection environnementale d'Environnement
Canada. Toutefois, la méthode ABA (" Acid-Base Accounting ") prend de plus en plus

352
d’importance comme outil de prédiction du potentiel de drainage minier acide. Cette méthode
est simple à utiliser et moins chère que le BC test. Tout comme pour le BC test, le contenu en
soufre est analysé et soustrait du contenu en sulfates.

Lorsqu’on le jugera nécessaire, on procédera à des essais cinétiques. Ils permettent de


déterminer le potentiel net d'acidité, d'établir la vitesse de génération d'acide, d'oxydation des
sulfures, de neutralisation et de lixiviation des métaux (chap.5; voir aussi le site Web
[Link] ).

9.3.7 Effluents miniers

Les effluents miniers doivent respecter en tout temps les exigences imposées par le ministère
de l'Environnement du Québec. La directive 019 vient préciser les exigences notamment en
matière de concentration en métaux, de pH et de matière en suspension que peuvent contenir
les effluents miniers. Toutefois, les exigences sont évolutives et on sera tenu de respecter
celles qui seront en vigueur au moment de la fermeture.

Le Ministère de l'Environnement est présentement à revoir le contenu de la Directive 019 qui


devrait être modifiée (Voir le chap. 2).

9.3.8 Autres considérations

Installations sanitaires

Après leur vidange, on doit remplir toutes les fosses septiques désaffectées de gravier, de
sable, de terre ou d'un matériau inerte. Le Règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux
usées des résidences isolées (Q-2, r.8, a.16) précise que les étangs de traitement des eaux
usées domestiques doivent être vidés et remblayés afin de ne pas former de bassins d'eau
stagnante. L'élément épurateur pourra cependant rester sur place.

Les boues recueillies peuvent servir d’amendement organique pour la végétation, mais il faut
au préalable obtenir un certificat d'autorisation du MEQ. Il est également possible d’envoyer
les boues dans un lieu d'enfouissement sanitaire si on les déshydrate d’abord. On peut aussi
les expédier en d'autres lieux autorisés par le MEQ.

On doit enlever tout autre équipement visant le traitement des eaux usées (biodisque, etc.); si
on ne lui trouve pas d’autre utilisation, on éliminera les matériaux qui le constituent
conformément aux exigences sur la gestion des déchets solides.

Produits pétroliers

On doit procéder à l’enlèvement des réservoirs de produits pétroliers de toutes sortes comme
l'exige le Règlement sur l'utilisation des produits pétroliers (U-1.1, r.1). Ce règlement prévoit
des mesures relatives à la restauration des lieux d'entreposage des produits pétroliers. Il vise
tout mélange d'hydrocarbures utilisé comme carburant (essence, diesel), combustible (mazout
léger et lourd) et lubrifiant (huiles neuves ou usées, graisses). Toutefois, il ne s'applique pas
aux réservoirs qui servent à l'alimentation d'un véhicule à moteur et à l'équipement suivant
utilisé à des fins non commerciales : réservoirs mobiles de carburant de 225 litres et moins ou
réservoirs de combustible de moins de 4 000 litres.

353
Dans un contexte de restauration et de façon générale, après deux années complètes
d'inutilisation, il faut confier le démantèlement de toutes les parties des systèmes
d'entreposage (réservoirs et tuyauterie, souterrains ou de surface) à des personnes compétentes
et décontaminer le site conformément aux exigences du ministère de l'Environnement du
Québec.

Le document Les lignes directrices d'intervention lors de l'enlèvement de réservoirs


souterrains ayant contenu des produits pétroliers, publié en août 1994 par le ministère de
l'Environnement du Québec, décrit en détail la procédure à suivre et les éléments dont il faut
tenir compte lors de la caractérisation et de la décontamination des lieux contaminés par des
produits pétroliers, de même que la gestion des sols excavés et des eaux récupérées.

Matières dangereuses

Dans l'industrie minière, on trouve essentiellement les matières dangereuses suivantes : les
huiles et les graisses usées, les solvants usés, les contenants ou les matières contaminés, les
produits périmés de même que les huiles et les équipements contaminés aux BPC.

La gestion des matières dangereuses est régie par le Règlement sur les matières dangereuses
(Q-2, r.15.2). L'annexe 4 de ce règlement énumère une série de produits considérés comme
des matières dangereuses. Il faut bien préciser que les résidus miniers ne sont pas des matières
dangereuses au sens de la Loi sur la qualité de l'environnement.

Aucune matière dangereuse ne doit rester sur le site minier après la cessation définitive des
activités. Toutefois, lorsqu'il n'existe aucune technique d'élimination et de traitement, il arrive
que l’on autorise un entreposage sur place, conforme aux exigences du MEQ, et ce jusqu'à ce
qu'une technique de destruction adéquate soit disponible. C'est le cas des huiles dont les
concentrations en BPC (après traitement) demeurent supérieures à 50 ppm.

On peut faire parvenir les huiles usées à un centre de transfert de déchets ou à un lieu autorisé
de recyclage ou de réutilisation. Il faut détenir un permis de transport même si l’on n’exige
pas de manifeste de circulation dans le cas d'un transport à partir du producteur des huiles
usées vers un lieu autorisé situé au Québec.

Il faut envoyer les autres matières dangereuses dans un lieu autorisé d'élimination, de
traitement, de recyclage ou de réutilisation de déchets dangereux. Le transporteur doit détenir
un permis de transport ainsi qu'un manifeste de circulation.

On peut transporter les huiles et l'équipement contaminés aux BPC à une concentration
inférieure à 50 ppm jusqu’à un lieu d'élimination autorisé par le MEQ. À l’heure actuelle, il
n’y a au Québec aucun lieu d'élimination autorisé pour des concentrations supérieures à 50
ppm. Il y a toutefois des unités mobiles de traitement qui permettent de décontaminer et de
réduire la concentration de BPC. Si, malgré le traitement, les concentrations de BPC restent
supérieures à 50 ppm, on doit entreposer ces huiles et cet équipement conformément à la
réglementation, et ce jusqu'à ce qu'une technique de destruction adéquate devienne disponible.

On peut remettre les huiles usées ne contenant pas de BPC à un centre de transfert de déchets
ou à un lieu autorisé de recyclage ou de réutilisation. On expédiera les autres déchets
dangereux à un lieu autorisé d'élimination, de traitement, de recyclage ou de réutilisation de
déchets dangereux.

354
Déchets solides

La gestion des déchets solides est réglementée et leur élimination doit se conformer aux
normes du Règlement sur les déchets solides (Q-2, r.3.2) de la Loi sur la qualité de
l'environnement.

La définition d'un déchet solide (Q-2, r.14, a.1.e) exclut les carcasses de véhicules, les sables
imbibés d'hydrocarbures, les résidus miniers, les boues et les déchets dangereux au sens du
Règlement sur les matières dangereuses (Q-2, r.15.2). Des déchets qui résultent de procédés
industriels et dont le lixiviat renferme une concentration de contaminants supérieure aux
normes (Q-2, r.14, a.30) ne sont pas non plus considérés comme des déchets solides.

On reconnaît plusieurs options pour la disposition des déchets solides :

• un lieu d'enfouissement ou un dépôt en tranchée autorisé par le ministère de


l'Environnement du Québec, de la municipalité la plus proche ;
• un dépôt de matériaux secs autorisé spécifiquement pour le site minier (Q-2, r.14,
section IX). Toutefois, cette pratique est limitée au remplissage d'une excavation (Q-2,
r.14, a.85) et à des matériaux infermentescibles (Q-2, r.14, a.1.n). Le requérant doit
obtenir du MEQ un certificat de conformité et un permis d'exploitation nécessitant le
dépôt d'une garantie de 25 000 $ ;
• un dépôt en tranchée de déchets solides autorisé spécifiquement pour le site minier et
respectant les dispositions de la section X du Règlement sur les déchets solides (Q-2,
r.14) ;
• dans des cas particuliers (Q-2, r.14, a.133), le dépôt de déchets solides peut être
autorisé dans un endroit autre que ceux énumérés précédemment, et ce en vertu de
l'article 13 du Règlement relatif à l'application de la Loi sur la qualité de
l'environnement (Q-2, r.1.001) ;
• au nord du 55e parallèle, on peut envisager d’éliminer les déchets solides dans un
dépôt de déchets en milieu nordique (Q-2, r.14, section X.1).

Il est généralement interdit de brûler des déchets à ciel ouvert, même pour les récupérer en
partie, sauf dans le cas de branches d'arbres, de feuilles mortes, de produits explosifs ou de
contenants vides de produits explosifs. Toutefois, le brûlage est obligatoire dans un dépôt de
déchets en milieu nordique et est toléré dans un dépôt en tranchée dans la mesure où les
émissions de fumée ne causent pas de dommages à l'environnement (Q-2, r.20, a.22).

Depuis le 14 juin 1993 (E-13.1, articles 1 et 2), toutes les demandes concernant
l'établissement d'un site d'enfouissement sanitaire et d'un dépôt de matériaux secs doivent
obligatoirement suivre la Procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement
(Q-2, section IV.1).

On peut disposer des déchets solides dans un lieu d'enfouissement, un dépôt en tranchée ou un
dépôt de matériaux secs autorisé spécifiquement pour le site minier (Q-2, r.14, section IX).
Dans des cas particuliers (Q-2, r.14, a.133), on autorisera le dépôt de déchets solides dans un
endroit autre que ceux énumérés précédemment.

Bancs d'emprunt

355
Si la réalisation des travaux de restauration nécessite l'ouverture d'un banc d'emprunt, il faut
faire la demande d’un certificat d'autorisation au MEQ. Le choix d'un site doit se conformer
aux normes de localisation établies à la section III du Règlement sur les carrières et sablières
(Q-2, r.2).

La section VII de ce règlement contient une description des mesures de restauration à


appliquer lors de la cessation des activités d'exploitation des substances minérales de surface
(section VII, articles 35 à 52). Ces mesures visent la restauration de l'aire d'exploitation de ces
substances, c'est-à-dire la surface du sol d’où l'on extrait des agrégats, y compris toutes
surfaces où l’on remise les procédés de concassage et de tamisage et où l'on charge ou
entrepose les agrégats (Q-2, r.2, a.1b).

9.4.1 Préambule

En vue de la fermeture comme en cours d’opération, il est essentiel de disposer d’un plan
d’urgence pour les ouvrages de confinement des résidus afin de pouvoir orienter rapidement
les actions des différents intervenants advenant la détection d’une anomalie sur l’un ou l’autre
des ouvrages. Ce plan d’urgence doit prévoir les interventions correspondant autant à une
défaillance mineure qu’à un problème qui entraînerait la perte complète d’un ouvrage. Il doit
notamment inclure les actions à poser dès que l’on observe des détails anormaux afin de
prévenir des bris plus importants. En ce sens, un des objectifs de l’élaboration des procédures
d’urgence est de spécifier les actions à effectuer en cas de réelle urgence aussi bien qu’en
situation de doute quant à l’intégrité des ouvrages.

Le plan d’urgence se fonde sur les risques associés à chacune des infrastructures de retenue et
de confinement, y compris les haldes à stériles et le parc à résidus. Pour chacune de ces
infrastructures, il est nécessaire de répertorier les risques associés à son utilisation pendant
l’opération et lors de la fermeture. C’est d’après ces risques que l’on pourra élaborer les
procédures d’intervention. Il convient donc d’examiner chacun des risques associés à la perte
(rupture) d’un ouvrage autant que les risques de perte de temps ou de bris minimes.

9.4.2 Contenu du plan d’urgence

Un plan d’urgence doit contenir plusieurs renseignements, tant sur le plan technique que sur le
plan des personnes à contacter en cas d’urgence. Les paragraphes qui suivent décrivent
sommairement les principaux éléments que l’on doit définir sans faute dans le plan d’urgence.

Personnel

Le plan d’urgence doit indiquer les responsabilités qui reviennent à chacune des personnes
engagées dans la gestion environnementale (y compris les stériles et le parc à résidus). Il doit
contenir la liste des personnes qui ont le pouvoir de déclencher des opérations d’urgence ainsi
que de celles qui seront chargées d’amasser des échantillons, de communiquer avec des
entrepreneurs externes, de mettre en place des mesures de pompage, ou d’appliquer toutes
autres actions jugées nécessaires. En fait, le plan doit définir à l’avance chacune des actions
anticipées (ou même improvisées, selon le cas).

Le plan d’urgence doit comporter un organigramme des personnes qui jouent un rôle dans la
gestion des rejets en temps normal et en situation d’urgence. Cet organigramme doit indiquer
l’ordre à suivre dans la chaîne de communication, la première personne mentionnée étant le

356
témoin d’une situation. Il doit montrer les liens qui feront en sorte que l’information se rende
le plus tôt possible à la personne apte à prendre une décision quant aux actions à entreprendre,
selon l’ampleur du problème. Il doit également prévoir des solutions de remplacement aux
différentes actions à entreprendre et à la prise de décisions (lorsque certaines personnes sont
en vacances ou non disponibles, par exemple).

Communications

Selon l’ampleur du problème, on fera jusqu’à trois types de communication, soit les
communications internes, externes et avec le public. Les communications internes comportent
non seulement celles que décrit l’organigramme des mesures d’urgence entre personnes
directement concernées, mais aussi les communications avec la direction et les actionnaires.
On préparera une liste des différents organismes externes qu’il convient d’aviser, en général
le ministère de l’Environnement, la Sécurité civile et les municipalités. On doit prévoir
également des règles pour la communication avec le public. En général, la direction confie à
quelques membres du personnel de la compagnie (un ou deux) le mandat de communiquer
avec les médias.

La contamination des plans d’eau autour des installations est la conséquence directe la plus
importante en cas de déversement accidentel d’eau contaminée ou de résidus. Il faut consigner
dans le document des procédures d’urgence les numéros de téléphone des organismes à
rejoindre à l’extérieur de la mine en cas de déversement et identifier les personnes (une ou
deux en général) responsables de ces communications. Les organismes à aviser incluent le
ministère de l’Environnement, les municipalités concernées et la Sécurité civile.

Équipement

Le plan d’urgence doit comprendre une liste des équipements disponibles à la mine en cas
d’urgence ainsi que l’endroit où on les remise. Cette liste doit inclure autant les équipements
lourds que les différents matériaux qui peuvent servir à faire une réparation d’urgence. À cet
effet, la direction de chaque mine devrait déterminer les endroits (sur le site et hors du site) où
on peut trouver tout matériau requis pour effectuer des réparations d’urgence. Il peut s’agir de
membranes géotextiles, de pompes, de tuyaux supplémentaires, de pelles et de vêtements
imperméables, pour n’en mentionner que quelques-uns.

En plus des matériaux de réparation d’urgence, la mine doit procéder à l’avance à la


localisation des matériaux d’emprunt pour la construction des digues et d’ouvrages connexes.
Idéalement, si les réserves de matériaux d’emprunt sont trop éloignées de la mine, on devrait
entreposer une pile de réserve de sols drainants (sable et gravier) et une pile d’enrochement
(possiblement la roche stérile de la mine) sur le site même. On devra prévoir à cet effet des
quantités suffisantes pour procéder à une réparation de petites brèches sur une digue.

De plus, en cas de bris majeur sur une digue de retenue au parc à résidus, il pourrait être
nécessaire d’organiser rapidement de gros travaux pour lesquels la mine ne possède pas
l’équipement requis. La mine devra faire appel à un entrepreneur en travaux lourds avec
lequel elle aura a priori conclu une entente. Cette entente devra notamment stipuler les délais
maximaux d’intervention dans le cas d’une situation urgente. Idéalement, la mine devrait
négocier avec deux entrepreneurs différents pour se réserver une marge de manœuvre en cas
d’urgence.

357
Il est très important de conclure toutes ces ententes à l’avance, car les situations d’urgence ne
souffrent pas les délais qu’entraîne la recherche d’intervenants disponibles.

Bassins de drainage

Il importe de connaître l’emplacement des bassins versants de toutes les infrastructures


minières et surtout du parc à résidus. En cas d’un bris majeur à l’une des digues, il faut savoir
où s’écouleront l’eau contaminée et les résidus. À cet égard, les responsables devraient
prévoir les différents endroits où ils pourraient construire une digue qui bloquerait
l’écoulement de l’eau contaminée ou des résidus vers l’environnement, et ce en cas du bris de
chacune des digues du parc à résidus.

9.4.3 Défaillances possibles

Dans le présent article, nous décrirons certaines défaillances qui peuvent survenir (surtout
pour le parc à résidus) et qui demandent qu’on prévoie des procédures d’urgence. La liste de
ces défaillances pour un site en particulier doit découler de l’analyse des risques spécifiques à
ce site. On doit la dresser en fonction des infrastructures de façon à pouvoir retracer
l’information rapidement et simplement.

Accumulation de l’eau

Pendant l’opération de la mine et après sa fermeture, il est possible que les bassins
accumulent plus d’eau que prévu. Un niveau d’eau plus élevé que le niveau de design n’est
pas nécessairement une défaillance qui nécessite des réparations, mais il faut néanmoins
prévoir les actions à poser. En effet, un niveau d’eau trop élevé pendant une trop grande
période de temps sollicite inutilement les ouvrages et peut entraîner des bris (chap. 8).

Les actions dans ce cas pourront consister soit à transférer de l’eau par pompage d’un bassin à
un autre, soit à ouvrir des vannes, soit à accroître la surveillance des niveaux et des pressions
d’eau et des déversoirs d’urgence (voir le chapitre 10 au sujet de l’auscultation à l’aide de
piézomètres).

Il faut ramener le niveau d’eau des bassins à son élévation normale d’opération, sinon les
digues deviennent plus vulnérables et peuvent même céder suite à un débordement.

Exfiltrations excessives

Il faut éviter que les quantités d’eau qui s’écoulent à travers les fondations et les digues
n’excèdent les valeurs de design. En particulier, rappelons que de l’eau d’exfiltration des
digues qui entraîne des particules fines peut signaler un problème grave qui nécessite une
intervention. On devrait alors contacter rapidement un responsable technique qui devra statuer
sur la gravité de la situation. L’intervention pourra consister dans la mise en place d’une
berme drainante de sable et gravier (mesure temporaire) suivie d’une analyse de mesures
permanentes visant à corriger la situation.

Brèche ou rupture

Dans une digue ou un empilement, l’apparition d’une brèche ou d’une zone d’instabilité peut
nécessiter des travaux d’urgence majeurs. Un tel cas peut faire ressortir l’importance d’avoir

358
un organigramme à jour des mesures d’urgence, notamment une liste des matériaux
d’emprunt disponibles et les coordonnées d’un entrepreneur avec lequel la mine a conclu une
entente à l’avance. Les interventions varieront beaucoup selon la situation. Dans plusieurs cas,
il faut arrêter le pompage des résidus au parc. On devra aussi construire une digue en aval de
la fuite, réparer la structure instable, et caractériser l’ampleur du déversement et de la
décontamination.

Lignes de transport

Le bris d’une conduite de transport de résidus ou d’eau qui seraient non conformes pour le
rejet à l’environnement peut entraîner une contamination importante ou même créer une
brèche dans une digue à cause de l’effet de l’érosion. Le plan d’urgence doit donc prévoir des
actions immédiates pour ce genre de défaillance, avec une procédure d’arrêt d’urgence du
pompage des résidus ou de l’eau clairement définie.

Obstruction des structures d’évacuation

L’obstruction d’une tour de décantation ou son mauvais fonctionnement, de même que


l’obstruction d’un déversoir d’opération ou d’urgence, sont des défaillances qui peuvent
entraîner un rehaussement critique des niveaux d’eau dans les bassins. Il convient de prévoir
des mesures pour remédier à ce genre de défaillance.

9.4.4 Dernières remarques

Chaque fois qu’un déversement non contrôlé survient ou qu’une mesure d’urgence s’impose,
il faut rédiger et déposer au registre un rapport d’incident. Ce rapport devrait inclure les
informations relatives au moment où survient l’événement et à la découverte de l’état
d’urgence, ainsi que les détails de la chaîne de réaction subséquente : heures de
communication avec les responsables locaux, les firmes externes, moment de la notification
du ministère de l’Environnement et d’autres intervenants s’il y a lieu. On devrait joindre au
dossier des photos de chacune des interventions. À la suite de l’analyse de l’incident, le
rapport apportera des suggestions quant aux correctifs à mettre en place pour éviter la
récurrence d’un tel événement ou, si nécessaire, pour améliorer les délais de mise en place des
interventions.

Les défaillances mentionnées dans les paragraphes précédents le sont bien sûr à titre indicatif.
Chaque mine doit se pencher sur les risques inhérents à l’utilisation des infrastructures de
retenue et de confinement et dresser sa propre liste des défaillances possibles.

Il est primordial que l’élaboration de mesures d’urgence se fasse en parallèle avec


l’élaboration de procédures d’inspection en continu du parc à résidus (chap. 8 et 10). En effet,
une inspection rigoureuse et régulière, qui permettra de détecter certaines anomalies comme
les exfiltrations excessives au pied d’une digue, peut contribuer à prévenir des défaillances
majeures.

De plus, une fois les procédures d’urgence élaborées, il est important que toutes les personnes
concernées connaissent précisément le rôle qu’elles ont à jouer. Il peut s’avérer nécessaire de
former le personnel, et on recommande également d’effectuer périodiquement une simulation
d’un cas d’urgence pour juger de l’efficacité des mesures mises en place.

359
En conclusion, soulignons que l’élaboration de procédures d’urgence est essentielle à la
gestion sécuritaire des divers types de rejets miniers et des ouvrages connexes. Ces
procédures permettent non seulement de réagir adéquatement lors d’une situation d’urgence,
mais elles donnent aussi des indications quant aux façons de prévenir de telles situations.

L’analyse, la conception, la construction et la fermeture des sites d’entreposage de rejets


miniers (incluant les ouvrages de retenue et de confinement) constituent un ensemble
d’activités souvent complexes en raison de la variété des conditions de site, du type de
matériaux et de structures ainsi que des méthodes de construction. Cette diversité impose une
vérification des caractéristiques et des paramètres utilisés pour la conception initiale, et un
suivi des conditions in situ et des modifications apportées tout au long de la période de
construction. Dans plusieurs cas, la conception des ouvrages évolue d’ailleurs pendant la
construction ( "design as you go ", ICOLD, 1996b).

Même la meilleure étude hydrogéotechnique et les calculs les plus sophistiqués laisseront
toujours des incertitudes sur la qualité des fondations et des ouvrages conçus. La variabilité
naturelle des matériaux et les changements dans les conditions de mise en place et de
construction contribuent à ces incertitudes. Il faut en outre considérer que les instruments et
techniques mis à la disposition de l’ingénieur pour la mesure des propriétés ont leurs propres
limitations. Dans ces conditions, l'instrumentation des fondations et des ouvrages, qui fait
partie intégrante du processus de design et de vérification, vise à évaluer leur réponse, à
valider les hypothèses de conception et à fournir l'information requise pour modifier certains
aspects en cours de route. L’instrumentation systématique des ouvrages permet aussi
l'accumulation de données pour en arriver à une meilleure compréhension de leur
comportement, ce qui favorisera la qualité des travaux subséquents, y compris ceux associés à
la phase de fermeture des sites d’entreposage de rejets miniers.

Au fil des ans, les techniques d’auscultation développées pour les ouvrages
hydrogéotechniques ont atteint un degré de développement passablement avancé. Toutefois,
les ouvrages utilisés pour l’entreposage des rejets miniers diffèrent quelque peu des structures
usuelles, tels les barrages en terre utilisés pour la retenue des eaux, sur les plans de leur
structure, de leurs dimensions, ainsi que par la méthode et la durée de construction. En ce
sens, l’application des techniques d’auscultation, développées surtout en génie civil, aux
ouvrages de retenue et de confinement des rejets miniers nécessite une certaine adaptation. En
particulier, pour toutes les phases de la vie des aires d’accumulation de rejets, il y a lieu de
prendre en compte les questions relatives à la protection de l’environnement.

Comme nous l’avons vu au chapitre 8, divers problèmes peuvent affecter le bon


comportement d’un ouvrage conçu pour l’entreposage des rejets. Le tableau 10.1 rappelle
succinctement quelques problèmes typiques des digues de retenue pour rejets du
concentrateur, ainsi que leurs causes .

360
Un des objectifs de l’instrumentation et du suivi est de détecter les anomalies à temps pour
apporter des correctifs appropriés, cela afin de garantir la stabilité physique des ouvrages et
aussi d’assurer la stabilité physico-chimique des rejets et la protection de l’environnement. À
cet égard, l’auscultation effectuée pendant et après la construction permettra de réaliser
(ICOLD, 1996a):

• un contrôle continu de la sécurité des ouvrages (c’est-à-dire l’évaluation de la stabilité


réelle);
• une vérification des propriétés des matériaux;
• une vérification de la validité de certaines hypothèses de conception face aux
sollicitations et aux réponses anticipées;
• une évaluation des méthodes de calcul;
• une étude de l’influence des divers paramètres sur le comportement des ouvrages;
• une collecte d’informations quantitatives pour les projets futurs;
• une progression des connaissances sur la technique de conception et de construction
de ces ouvrages (c’est-à-dire une amélioration des techniques et des concepts, une
exploitation plus économique, une meilleure compréhension des causes et mécanismes
de rupture, etc.);
• une surveillance de l’environnement (l’évaluation des paramètres physiques,
chimiques et biologiques en amont et en aval du milieu récepteur);
• une analyse des mesures préventives et correctrices à adopter.

L’auscultation (ou surveillance; monitoring en anglais), qui inclut l’instrumentation et le


suivi, comprend des mesures (ICOLD, 1996a)

• touchant directement la sécurité;


• destinées à évaluer la stabilité durant la construction et après, une fois la hauteur
définitive atteinte;

361
• concernant des paramètres techniques en vue d’optimiser les méthodes de mise en
place des rejets;
• visant à contrôler le bilan hydrique et la contamination associés à :

• la pluie, la neige, le débit de la rivière, les crues,


• l’évaporation,
• les pertes d’eau,
• l’eau interstitielle dans les rejets,
• l’eau évacuée de la retenue (quelquefois inévitable lors des crues abondantes),
la vitesse et la direction du vent et aux autres mesures météorologiques (température,
humidité relative, radiation solaire…),
• l’analyse de l’eau de surface, de la nappe, et des cours d’eau en aval de l’ouvrage
(avec des données de référence obtenues par des analyses avant la construction)
incluant : la turbidité, la teneur en éléments solides, la composition chimique, les
métaux lourds, le pH, etc.

Dans ce chapitre, nous présenterons de façon relativement abrégée diverses techniques


d’instrumentation ainsi que les informations complémentaires sur l’interprétation et
l’utilisation des informations issues du suivi des ouvrages. Toutefois, il convient d’abord de
rappeler qu’il existe des normes en matière d’instrumentation et de suivi des ouvrages de
retenue et de confinement des rejets miniers. En effet, afin de s’assurer que la déposition des
rejets miniers se fait en toute sécurité, la planification, la conception, la construction,
l’exploitation, la fermeture et la restauration des sites d’entreposage sont normalement soumis
à une réglementation émanant des autorités compétentes (c’est-à-dire droit international,
législation fédérale ou provinciale, etc.). Certains aspects en vigueur au Québec et au Canada
ont été mentionnés aux chapitres 2 et 9. Des réglementations appliquées dans certains autres
pays sont aussi décrites dans le rapport produit par ICOLD (1996b).

Il faut cependant noter ici que la législation fédérale et provinciale existante touche surtout les
aspects environnementaux plutôt que les aspects géotechniques et hydrogéologiques.
Rappelons qu’au Québec, c’est la Directive 019 sur l’industrie minière (révisée en 2000) qui
donne les orientations pour satisfaire les attentes du ministère de l’Environnement (2000). On
trouve dans cette Directive certaines exigences relatives aux eaux usées minières, à la
protection de l’eau souterraine, à la gestion des rejets miniers (aires d’accumulation, ouvrages
de rétention et protection de l’eau souterraine), à la fermeture temporaire et définitive des
parcs à résidus et au suivi des eaux de surface et souterraines en période post-fermeture.

Au Québec, le ministère de l’Environnement a publié un guide technique de suivi de la qualité


de l’eau souterraine. On y détaille la procédure requise pour établir le suivi de la qualité de
l’eau souterraine et on présente les techniques d’interprétation à employer pour déceler s’il y a
ou non une dégradation significative de la qualité de l’eau souterraine. Le Ministère a aussi
publié en 1994 un guide d’échantillonnage à des fins d’analyses environnementales; le cahier
1 porte sur diverses généralités (MEF 1994a), le cahier 2 traite de l’échantillonnage de rejets
liquides (MEF 1994b), le cahier 3 porte sur l’échantillonnage des eaux souterraines (MEF
1994c) et le cahier 7, sur les méthodes de mesure du débit en conduit ouvert (MEF 1994d). Il
s’agit ici d’un ensemble de bonnes pratiques à suivre.

Le ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN, 1997) a par ailleurs, en


collaboration avec le ministère de l’Environnement, rédigé à l’intention de l’industrie minière
un guide sur les modalités de préparation du plan et sur les exigences générales en matière de

362
restauration des sites miniers au Québec. Ce guide contient des indications sur les critères de
conception des ouvrages, sur les méthodes d’analyse de stabilité et sur l’auscultation (voir les
chapitres 8 et 9; voir aussi Aubertin, 1995; Aubertin et al., 1997). Lors de l’élaboration d’un
programme d’auscultation, toutes les directives, normes et pratiques en vigueur doivent être
prises en compte par l’ingénieur.

L’auscultation efficace des ouvrages de retenue et de confinement des rejets miniers implique
un suivi simultané de paramètres hydrogéotechniques, environnementaux et (parfois)
météorologiques. Les différents appareils utilisés doivent être adaptés aux conditions pour
résister aux éventuelles agressions du milieu et autres particularités des sites instrumentés.

10.2.1 Instrumentation hydrogéotechnique

Les différents types de dispositifs de mesure utilisés en géotechnique et en hydrogéologie,


leur principe de fonctionnement, leurs avantages et leurs inconvénients ainsi que les critères
de sélection sont des aspects dont il est abondamment question dans la littérature (e.g. Wilson,
1981; Hanna, 1985; ICE, 1989; Franklin, 1990; EPA, 1993a,b; Dunnicliff, 1993; Szwedzicki,
1993; Delleur, 1998; Wilson et al., 2000). Dans le cas des sites d’entreposage des rejets
miniers, le type d'instrumentation retenu varie selon la nature des sols de fondation et des
rejets, la dimension et le type d’ouvrage, les modes de sollicitation critiques (y compris les
effets sismiques), la durée de vie de même que la nature des travaux de restauration à la
fermeture (p. ex., couvertures en eau, CEBC, ou autres). Au tableau 10.2, les principaux
types d'instruments utilisés sont donnés en fonction du paramètre à mesurer.

Dans le texte qui suit, il ne sera pas possible de décrire en détail tous les dispositifs
disponibles. Nous nous limiterons à présenter les principes de mesure usuels pour divers
paramètres ainsi que certains instruments communément employés. Le lecteur trouvera plus
de détails dans les sources citées.

Pression totale

La pression totale peut être mesurée à l’aide de cellules de pression installées dans les
matériaux meubles (sols ou rejets). Ces cellules peuvent être de plusieurs types : hydraulique,

363
pneumatique, électrique, et à corde vibrante. La figure 10.1 montre schématiquement leur
principe de fonctionnement.

Les cellules électriques (jauges, " strain gage ") et à corde vibrante sont constituées d’un
coussin de répartition dans lequel est intégré le capteur de pression qui envoie le signal à une
unité de lecture. Les cellules hydrauliques se composent d’un coussin de répartition rempli
d’un liquide désaéré (p. ex., eau, huile, …) relié par une tubulure (en acier) à un capteur de
pression (" pressure transducer ") hydraulique, pneumatique, électrique, ou à corde vibrante.
Ces dispositifs mesurent les pressions totales appliquées perpendiculairement à la surface du
coussin installé à l’intérieur du milieu.

Les différents facteurs qui ont un effet sur les mesures de pression font l’objet de discussions
détaillées par Dunnicliff (1993). On recommande l’utilisation de cellules minces
(épaisseur/diamètre < 1/10) pour atténuer les effets de bord (contraintes élevées aux
extrémités). De plus, pour ne pas influencer la répartition des contraintes dans le matériau où
la cellule est installée, il faut que la cellule ait la même rigidité que le matériau; sinon, il faut
prévoir un facteur de correction des valeurs mesurées. Une cellule plus rigide que le matériau
surestime les pressions, alors qu’une cellule moins rigide les sous-estime. À l’installation, il
faut s’assurer que l’orientation de la cellule de pression ne change pas ultérieurement. Le
changement d’inclinaison de la cellule (notamment sous l’effet des engins de chantier) peut
être détectée à l’aide de dispositifs (comme les tiltmètres) attachés à la cellule. Il faut
connaître cette direction, en plus de la valeur de la contrainte, lorsqu’on veut évaluer les
contraintes principales.

Pression interstitielle

364
Les pressions interstitielles dans un matériau meuble, que ce soit dans une digue ou dans une
fondation, sont usuellement mesurées à l’aide de piézomètres. Il y a deux principaux types de
piézomètres : les piézomètres ouverts (à tube) dont une partie est perméable à l’eau sous
pression, et les piézomètres scellés (hydraulique, pneumatique, électrique ou à corde vibrante)
dont la partie sensible est étanche et séparée de l’eau sous pression par un diaphragme
flexible.

Le piézomètre à tube ouvert (figure 10.2) est le plus couramment utilisé en raison de sa
simplicité et de sa fiabilité, bien qu’on ne puisse s’en servir là où les variations de pressions
interstitielles sont rapides ou lorsque les matériaux sont peu perméables, et ce à cause de son
temps de réponse relativement long.

L’eau sous pression pénètre dans le tube par une crépine perméable ou par une pierre poreuse,
et elle remonte dans un train de tubes d'acier ou de PVC. Le piézomètre ouvert permet de
mesurer l’élévation de la colonne d’eau considérée comme équivalente à la pression qui
s’applique au niveau de la pointe. Ce niveau d’eau peut être mesuré à l’aide d’un ruban
gradué, d’une flotte, d'une sonde électrique (qui transmet un signal sonore ou lumineux dès
que le bout du fil électrique atteint le niveau d'eau), ou même d’un manomètre si la hauteur de
l'eau dépasse le sommet du tube à la surface du sol.

Le piézomètre hydraulique (figure 10.3) consiste en une pierre poreuse filtrante connectée à
deux tubes plastiques au bout desquels on installe des dispositifs de mesure de la pression
(tube de Bourdon, manomètre à mercure en U, dispositifs électriques, etc.).

365
Le système est rempli d’eau désaérée avant sa mise en place. Tout changement de pression au
niveau de la pierre poreuse se transmet dans tout le liquide jusqu’au capteur de pression. On
obtient la hauteur piézométrique par l’addition de la mesure lue et de l’élévation des jauges de
pression. L'utilisation des deux tubes, permet d’effectuer une chasse de l’air qui pourrait
entrer dans le système par le filtre ou par les tubes.

Le piézomètre à contre-pression pneumatique (figure 10.4) se compose d'une sonde placée


dans le sol et d'un système de mesure en surface.

366
Les deux éléments sont reliés par deux tubulures. La sonde est munie d'une membrane
appliquée contre une surface métallique par la pression de l'eau dans le sol. Le
fonctionnement du piézomètre consiste à injecter un gaz (p. ex., de l’azote) sec sous pression
jusqu'à ce qu'il atteigne la pression interstitielle dans le sol. Il se produit alors un décollement
de la membrane qui se manifeste par un retour du gaz au bout de l'autre tubulure. La pression
du gaz mesurée correspond ainsi à la pression interstitielle.

Le piézomètre électrique est constitué d'une sonde cylindrique insérée dans le sol, munie
d'une pierre poreuse et d'une membrane (ou diaphragme élastique) à laquelle est attachée une
jauge de déformation (figure10.5).

367
En pénétrant dans le piézomètre à travers un filtre en matière poreuse, l’eau vient en contact
avec une membrane mince qui se déforme sous l’action de la pression, ce qui fait varier sa
résistance. La mesure de cette résistance permet de calculer la pression exercée sur la
membrane, qui correspond à la pression interstitielle. Il faut noter que les piézomètres
électriques sont sensibles aux perturbations électriques (influence de la foudre et des champs
électromagnétiques).

Dans les piézomètres à corde vibrante (acoustique), c’est un fil tendu qui est attaché à la
membrane formée d’un diaphragme élastique (figure 10.6).

368
L'eau interstitielle exerce une pression sur le diaphragme et modifie la tension dans la corde
d'acier. À l'aide d'un poste de mesure, un signal électrique est lancé à une bobine installée près
de la corde qui l'excite et la fait vibrer. La fréquence mesurée par rapport à la fréquence de
calibration permet de déterminer la tension dans la corde et donc la pression interstitielle dans
le sol. Comme le mouvement du diaphragme engendre un déplacement volumétrique
extrêmement faible, ces piézomètres permettent d’obtenir un temps de réponse très court,
même dans les matériaux de faible conductivité hydraulique comme les argiles. C’est aussi
valable pour les piézomètres électriques.

Les principales limitations et les grands avantages des divers types de piézomètres
apparaissent succinctement au tableau 10.3.

369
Tous ces types de piézomètres peuvent être installés dans les sols ou les rejets par forage
conventionnel, ou par fonçage dans les matériaux mous. Dans les digues, on peut les mettre
en place lors de la construction, sans forage, ou à l'aide d'une foreuse après la construction.
Quelle que soit la méthode de mise en place utilisée, il y a lieu de prendre diverses
précautions; par exemple, il faut assurer la saturation des pierres poreuses avec de l'eau
désaérée, permettre un jeu suffisant dans les tubulures pour s'ajuster aux déformations du sol,
inclure une protection des câbles électriques contre la foudre, etc. À noter que dans le cas de
parcs à résidus miniers, les piézomètres installés dans la zone de la plage inaccessible au
cours des périodes de déversement devront être du type à télémesure (lecture centrale à
distance).

Déplacements verticaux

Les haldes à stériles et les parcs à résidus (et leur fondation) sont souvent le siège de
déplacements verticaux importants résultant de leur compactage et de leur consolidation sous
le poids propre. Une augmentation brusque des déplacements verticaux peut cependant être un
signe d’érosion interne et de risque de rupture. Plusieurs types d'appareil peuvent mesurer les
déplacements verticaux (Dunnicliff, 1993). Les principaux sont les repères topographiques,
les plaques de tassement, les tassomètres (mesure ponctuelle) de profondeur et les tassomètres
multipoints. Il faut signaler que dans certains ouvrages, les tassomètres sont aussi appelés
extensomètres.

Les mouvements en surface (ou à une certaine profondeur) sont usuellement mesurés à partir
de repères topographiques (avec relevés d’arpentage) constitués de tiges formées d’une
matière compatible avec le milieu en présence (en bois, en plastique ou en acier), enfoncées
verticalement dans la surface du terrain naturel ou au sommet de la digue ou de la halde, sur la
plage de la digue terminée, ou sur les bermes du talus aval. Les repères sont faciles à relever à
partir de points de référence suffisamment éloignés de l’ouvrage pour les soustraire de l’effet

370
de celui-ci. Néanmoins, il faut porter attention aux cycles de gel et de dégel qui peuvent
modifier la position verticale des repères.

Les plaques de tassement (figure 10.7) sont habituellement constituées de pièces de bois
reliées ensemble pour former une surface carrée placée horizontalement sur un coussin de
sable densifié à la surface du terrain naturel avant l'érection de l’ouvrage.

Les plaques sont reliées à la surface à l'aide d'un train de tiges rigides allongé au besoin au fur
et à mesure de la construction. La position du sommet des tiges est relevée par arpentage de
façon régulière afin de mesurer le déplacement vertical (tassement) des plaques. Les plaques
de tassement sont simples d'emploi et donnent de bons résultats. Toutefois, elles peuvent
gêner les engins de construction et elles sont souvent mises hors d'usage. Aussi, il est
préférable de protéger la tige verticale par un tube ou un enduit qui empêche le frottement
négatif du remblai sur la tige.

Les tassomètres (ponctuels) de profondeur (figure 10.8) de type hydraulique sont constitués
d’une cellule de mesure (dite cellule tassométrique) à demi remplie d’eau, placée dans le
matériau meuble à l’endroit où l’on veut suivre les mouvements.

371
Cette cellule est reliée à un panneau de mesure reposant sur un repère fixe situé hors de la
zone de tassement par deux tubes souples (une canalisation de gaz et une canalisation de
liquide). Ce panneau comporte une mise en pression (réserve de gaz, détendeur, régulateur)
reliée à la cellule par la canalisation de gaz, un dispositif de mesure de pression, et un tube
gradué de lecture du tassement relié à la cellule par la canalisation d’eau. Le principe de
mesure consiste à appliquer sur le liquide à une période donnée t1, une pression donnée po (en
général avec du gaz carbonique) à travers la canalisation de gaz de façon à refouler l’eau dans
le tube de lecture, et de lire le niveau h1 du liquide après stabilisation. Si la procédure est
répétée à une période de temps t2 (t2 > t1) appliquant dans la cellule la même pression po, et
qu’un niveau h2 du liquide dans le tube est atteint sur l'échelle graduée, tel que h2<h1, alors on
calcule le tassement subi par la cellule d’après la différence de hauteur (h1-h2).

Les tassomètres électromagnétiques multipoints (figure 10.9) permettent d’évaluer la


distribution des tassements dans les couches compressibles (tassements différentiels).

372
Ils sont formés de tubes télescopiques ou de tubes déformables (en PVC), entourés de
plaques ou d’anneaux en acier inoxydable qui suivent le tassement des matériaux en glissant
le long des tubes. La variation de leur position verticale est mesurée au moyen de sondes
électromagnétiques. Le tube en PVC est installé dans un avant-trou pratiqué à l'aide d'une
foreuse conventionnelle et doit être ancré dans un socle rocheux ou un dépôt meuble non
déformable.

Déplacements de bloc

Il est possible de repérer les déplacements de blocs à l’aide d’extensomètres (communément


utilisés en massif rocheux; e.g. Franklin, 1990). Il en existe plusieurs types mais nous nous
limiterons ici aux extensomètres de surface destinés à mesurer le mouvement des surfaces
inclinées (pentes) dans le but de faire un suivi de leur stabilité (e.g. Klohn Leonoff, 1991). Un
exemple d’extensomètre à câble extérieur est montré à la figure 10.10.

373
Un câble enroulé sur un treuil à tambour, installé au niveau de la crête et protégé par un abri,
est tendu le long de la pente jusqu'à son pied, où il est fixé à un ancrage. Entre ces deux
extrémités, le câble est posé sur une série de supports équipés de poulies afin de transmettre
tout mouvement du câble à l’enregistreur. Le mouvement de la pente provoque un
allongement du câble qui se déroule et l’allongement peut être enregistré sur le tambour. Étant
donné la longueur du câble, ce système de mesure est influencé par les fluctuations de
température, le vent et l’accumulation de la neige. Pour éviter les effets dus à ces éléments, on
peut utiliser un extensomètre à câble enfoui.

Déplacements horizontaux

Les déplacements horizontaux observés avec les digues sont habituellement dus aux
tassements non uniformes des diverses zones plutôt qu’aux effets de la retenue d’eau et de
rejets solides. Ils sont généralement mesurés en surface aux mêmes points que pour le relevé
des déplacements verticaux (avec relevés d’arpentage). On fait appel à la méthode des
alignements dans le cas où les points sont sur une même droite; sinon on applique une
triangulation. D'autres méthodes plus sophistiquées et plus précises (méthodes optiques au
laser, etc.) sont aussi possibles, surtout lorsqu’on observe des mouvements jugés dangereux.

Les déplacements horizontaux des points situés à l’intérieur de la fondation et/ou des
ouvrages peuvent être mesurés par un inclinomètre (figure 10.11).

374
Cet appareil est typiquement constitué d'un tube en aluminium ou en plastique ABS mis en
place verticalement dans un forage de petit diamètre. Le tube est rainuré (quatre rainures
disposées à 90 ) à l'intérieur, ce qui permet de faire glisser une sonde baladeuse reliée par un
câble électrique gradué à un poste de lecture extérieur. Ces appareils donnent au départ une
mesure d'angle par la sonde baladeuse qu'il faut ensuite transformer pour obtenir une
déformée du tube inclinométrique selon le déplacement de la sonde. Périodiquement, la sonde
est glissée dans le tube afin de mesurer l'inclinaison du tube inclinométrique par rapport à sa
position de départ.

Le même équipement que celui décrit précédemment peut être utilisé horizontalement pour
mesurer en continu les déplacements du sol naturel sous une digue ou un empilement.

Séismicité

Pour les grands ouvrages situés dans des régions séismiquement actives, on devrait installer
des géophones et/ou accéléromètres qui enregistrent les événements ayant une magnitude au-
dessus d’un seuil donné. Lorsque ce seuil est dépassé, l’appareil peut envoyer un signal à
l’ordinateur afin qu’il effectue des lectures plus fréquentes sur les divers instruments comme
les piézomètres. En raison de leur réponse rapide, les piézomètres à corde vibrante sont
privilégiés dans ce cas. On peut ainsi relier le comportement des matériaux et des ouvrages
aux sollicitations séismiques enregistrées.

Puits de décharge

375
Les puits de décharge ou puits de décompression sont quelquefois installés à l'aval d'une
digue pour réduire les pressions interstitielles dans le sol ou pour contrôler les fuites par
exfiltration dans la fondation. Les puits consistent en forages verticaux de fort calibre au bout
desquels une crépine s’insère dans des matériaux filtrants. L'eau sous pression est acheminée
à la sortie en surface vers des fossés ou des stations de mesure pour en déterminer le débit.
Cette information, combinée à d'autres, permet notamment de juger de la stabilité de
l’ouvrage.

Débit d’exfiltration

Plusieurs types de dispositifs peuvent servir à mesurer les débits. Dans le cas des débits
d’exfiltration à travers les digues, on utilise généralement des déversoirs ou des moulinets
hydrométriques. Si les débits sont faibles, des récipients gradués peuvent aussi être utilisés.

Le principe de mesure du débit par les déversoirs de jaugeage est décrit en détail dans
plusieurs livres d’hydraulique (e.g. Lencastré, 1984; Gupta, 1989) et dans le Guide
d’échantillonnage à des fins d’analyses environnementales (MEF 1994d). Un déversoir est
typiquement constitué d'un système de canalisation permettant de concentrer les eaux, d'une
plaque d'acier galvanisé soudée perpendiculairement au système de canalisation et de deux
plaques d'acier inoxydable taillées suivant une forme précise. Le débit est déterminé à partir
des paramètres géométriques du déversoir et du tirant (hauteur) d’eau au niveau de la crête
déversante. Le système est très utilisé compte tenu qu'il peut être automatisé à partir de jauges
de mesure. Suivant la forme de la crête déversante, on distingue : le déversoir triangulaire ou
en " V ", le déversoir trapézoïdal ou de type " Cipoletti ", et le déversoir rectangulaire.

Le moulinet hydrométrique permet pour sa part de déterminer la vitesse des eaux dans un
canal qui sert, selon ses caractéristiques géométriques, à déduire le débit.

Teneur en eau

Outre les mesures gravimétriques directes (par pesée des échantillons), différentes méthodes
peuvent être utilisées pour la mesure indirecte de la teneur en eau dans les matériaux poreux
(e.g. Klute, 1986; EPA, 1993a,b; Delleur,1998; Wilson et al., 2000). Le tableau 10.4 résume
les principales techniques disponibles à cet effet.

376
La méthode Gamma-Gamma, les sondes à neutron, la résonance magnétique et la
réflectométrie dans le domaine du temps (RDT) sont les méthodes de mesure indirecte les
plus utilisées. La méthode RDT a particulièrement été utilisée par les auteurs de ce document;
certaines applications sont présentées au chapitre 13. Cette technique consiste essentiellement
à déterminer la constante diélectrique apparente pour un matériau poreux d’après la mesure de
la vitesse de propagation des ondes électromagnétiques le long de tiges parallèles (guides
d’onde) placées dans le matériau (figure 10.12).

377
Les constantes diélectriques des grains solides et de l’air étant relativement faibles par rapport
à cette constante pour l’eau, la constante diélectrique du matériau poreux est attribuée à la
présence de l’eau. Ces données permettent d’estimer la teneur en eau du milieu lorsque l'eau
est relativement pure (et que sa composition chimique varie peu). Le lecteur trouvera plus de
détails sur la technique et son application dans Topp et al. (1980), Zegelin et al. (1992),
Aubertin et al. (1997b, 1999), Aachib (1997), et Bussière (1999). La méthode RDT permet
une mesure à distance et en continu. Elle est précise et relativement fiable (en fonction de la
calibration de départ). De plus les sondes RDT sont récupérables et on peut les réutiliser dans
d’autres projets. Il faut cependant prêter une attention particulière à la qualité de l’eau (qui
peut faire changer la calibration) et au bon contact des tiges avec les matériaux (qui peut être
perdu avec le temps, surtout en présence de cycles de gel-dégel).

Succion

Différentes méthodes, identifiées au tableau 10.5, conviennent pour mesurer la succion


(pression d’eau négative) dans les matériaux poreux partiellement saturés (Klute, 1986; EPA,
1993b; Fredlund et Rahardjo, 1993; Barbera, 1996; Aubertin et al., 1997b; Aachib, 1997;
Bussière, 1999; Delleur, 1998; Wilson et al., 2000).

378
Le choix de la méthode dépendra entre autres de l’intervalle de pression anticipée, de la
possibilité d’usage sur le terrain ou au laboratoire et du temps requis pour atteindre l‘équilibre
(tableau 10.5). À titre d’exemple, pour un projet de barrière sèche où les valeurs de succion
anticipées dans les matériaux (suite à des calculs numériques) varient entre 0 et –100 kPa (e.g.
Bussière et al., 1995), le tableau 10.5 montre que les tensiomètres, les blocs de gypse ainsi
que les méthodes électrothermiques sont bien adaptés.

Différentes techniques de mesure de la succion en laboratoire peuvent être utilisées,


notamment afin de déterminer la courbe de rétention d’eau CRE des matériaux (voir
chapitre 6; voir aussi Fredlund et al., 1993; Aubertin et al., 1995, 1999; Aachib, 1997). Plus le
matériau meuble est fin et dense, plus la succion (en valeur absolue) requise pour désaturer le
matériau est élevée. Il peut même être nécessaire de combiner différentes méthodes pour
couvrir tout le domaine de mesure.

Dans ce qui suit, nous nous attarderons à décrire quelques méthodes de terrain généralement
utilisées.

La méthode électrothermique est basée sur l’utilisation de détecteurs de conductivité


thermique qui mesurent la diffusion de chaleur dans un bloc poreux (influencée par l’eau
ambiante) et la relation directe entre la teneur en eau et le taux de dissipation de chaleur
(exprimé en voltage). Ces instruments consistent en un bloc de céramique poreuse abritant un
élément sensible à la chaleur ainsi qu’un élément chauffant miniature (figure 10.13).

379
Le bloc est inséré dans un trou dans le sol. La quantité d’eau à l’intérieur de la céramique
(lorsqu’elle atteint un équilibre de pression avec le sol avoisinant) a un effet sur le taux de
dissipation de la chaleur appliquée à l’intérieur du bloc. La mesure de la dissipation se réalise
en mesurant l’augmentation de température au centre du bloc après une certaine période de
temps. Au préalable, on développe des courbes de calibration en plaçant le bloc poreux dans
le matériau et en notant la dissipation de la chaleur en fonction de la teneur en eau et de la
succion matricielle (mesurée à l’aide d’un autre instrument).

Les senseurs à résistance électrique sont des blocs prismatiques ou cylindriques poreux faits
de gypse, de tissu de nylon, de fibre de verre ou de silice (figure 10.14).

380
Leur résistance électrique diminue lorsque la teneur en eau augmente. La résistance est
mesurée à l’aide de deux ou de plusieurs électrodes encastrées dans le bloc. On développe
préalablement des courbes de calibration en plaçant le bloc poreux dans le matériau et en
notant les changements de résistance électrique en fonction de la succion matricielle (mesurée
à l’aide d’un autre instrument). Ces senseurs à résistance sont peu coûteux, faciles
d’installation, et relativement peu sensibles au gel. Ils peuvent être branchés à un système
d’acquisition de données. Certains ont le désavantage d’avoir une procédure de calibration
assez élaborée et d’être sensibles à la conductivité de l’eau (qui agit sur la résistance). Un
mauvais contact avec les matériaux meubles peut aussi fausser les résultats. Certaines
applications montrées au chapitre 13 mettent en jeu le senseur Watermark Soil Moisture
Sensor de la Compagnie IRROMETER Company inc. (Aubertin et al., 1997, 1999).

Les tensiomètres sont utilisés pour mesurer directement la succion par équilibre de la pression
intérieure avec l’extérieur par un bout poreux (figure 10.15).

381
Ces tensiomètres sont souvent utilisés, car ils sont simples et relativement peu coûteux. Ils ne
nécessitent pas de calibration et peuvent permettre une mesure en continu. Ils répondent assez
rapidement aux changements de la succion matricielle dans le sol. Ils ont aussi l’avantage de
mesurer la pression dans les zones saturée et non saturée. Les désavantages liés à leur
utilisation incluent leur sensibilité au gel, une installation difficile à grande profondeur et une
efficacité très réduite au-delà de –85 kPa environ.

Pénétration du gel

Les indicateurs de gel sont habituellement très simples. On s’en sert pour mesurer la
pénétration du gel en crête de digue, dans les résidus miniers ou ailleurs. Ils sont généralement
constitués d'un tube de plastique transparent rempli d'une solution de bleu de méthylène et
d'eau distillée. Ces tubes sont glissés verticalement dans le sol à l’intérieur d’un autre tube de
protection en plastique à une profondeur plus grande que celle de pénétration de gel (au moins
2 m). La couleur bleue de la solution devient translucide au fur et à mesure que le gel descend
dans le sol. On n'a qu'à retirer le tube pour mesurer la longueur de solution incolore et
déterminer ainsi la profondeur de gel au moment du relevé. Pour des mesures plus élaborées,
on utilise plutôt des relevés de température dans les matériaux meubles.

Température

La mesure de la température est souvent nécessaire pour garantir une bonne précision des
mesures de certains autres paramètres dont les dispositifs sont sensibles aux fluctuations
thermiques. De plus, une hausse de la température à l’intérieur des rejets miniers peut
quelquefois être associée à un début de réaction (exothermique) de production d’acide (voir
chapitre 5).

Il existe sur le marché plusieurs types d’instrument, communément appelés géothermomètres,


adaptés à la mesure de la température du sol à une profondeur donnée. Les principaux types
utilisés dans les sols (et les rejets) sont les thermomètres à mercure, bimétalliques, Bourdon et

382
les thermomètres de la famille des transducteurs (Taylor et Jackson, 1986; Dunnicliff, 1993;
Omega, 1995; Barbera, 1996).

La famille des transducteurs de température comprend les thermocouples, les détecteurs de


résistances-température (sondes DRT) et les thermistances. Ces trois dispositifs consistent en
un ensemble de deux fils métalliques soudés à une extrémité (le point de soudure constituant
le point de mesure).

Avec le thermocouple, les deux fils sont de même nature (généralement cuivre-constantan
pour les applications géotechniques, le constantan étant un alliage Cu-Ni). Pour tous
matériaux, une tension proportionnelle à la température au point de jonction des deux fils est
générée à l’autre bout de ces fils. On mesure cette tension à l’aide d’un potentiomètre
approprié.

La sonde DRT est basée sur le principe de la variation proportionnelle de la résistance


électrique et de la température. Elle consiste en une bobine dont le fil de cuivre (ou platine, ou
nickel) est enroulé sur un fuseau isolant permettant une variation de résistance par
l'intermédiaire de conducteurs électriques reliés à un panneau commutateur. Les changements
de résistance, mesurés à l’aide d’un pont de résistance ou à l’aide d’un potentiomètre, sont
directement reliés aux variations de température. Ces dispositifs sont d’une excellente stabilité
et donnent des mesures fiables même à long terme (15-20 ans) (Dunnicliff, 1993).

Les thermistances sont constituées de matériau semi-conducteur à haute résistivité (p. ex.,
5000 Ω à 25 °C). Elles fonctionnent suivant le principe d’un changement de résistance
inversement associé à une variation de la température (une augmentation de la température
fait diminuer la résistance, contrairement aux sondes DRT). La mesure de la résistance est
alors effectuée au bout de deux fils conducteurs reliés au semi-conducteur au moyen d’un
ohmmètre classique.

10.2.2 Qualité des eaux souterraines

Nous avons vu aux chapitres 2, 5 et 7 que la qualité des eaux de surface fait l’objet d’une
réglementation stricte. Les normes sont souvent moins spécifiques pour les eaux souterraines.
Néanmoins, afin de protéger l’environnement récepteur des contaminants contenus dans l’eau
de percolation et d’exfiltration, les eaux souterraines devraient être régulièrement prélevées en
aval du site d’entreposage et analysées. Une comparaison des résultats avec les valeurs
obtenues pour des échantillons prélevés en amont du site devrait s’ensuivre. Le but du suivi
de la qualité des eaux souterraines est de déterminer s'il y a contamination de l'eau et s'il peut
y avoir préjudice pour les écosystèmes avoisinants, notamment la faune, la flore ou les
utilisateurs (puits d'eau potable).

Il importe donc de mettre en place une série de puits d'observation d’où on pourra prélever
des échantillons d'eau souterraine. Un puits d'observation, en plus de la mesure des niveaux
d'eau (comme les piézomètres), permet également le prélèvement d'eau ainsi que la détection
et le prélèvement de liquides non miscibles. Le nombre et la localisation des puits
d'observation variera en fonction du potentiel de contamination des sites, de la direction
d'écoulement des eaux souterraines et de la localisation des endroits à protéger et des
utilisateurs (principalement les puits d'alimentation en eau potable).

383
Les puits d'observation peuvent consister en des puits ouverts démunis de tubulure, ou en des
puits traditionnels fabriqués à l'aide d'un assemblage de tubes et d'une crépine placée à la
profondeur où l'on désire recueillir l'eau souterraine. On trouvera plus de détails sur ces
dispositifs dans la littérature (EPA, 1993a; MEF, 1994c).

L'échantillonnage des puits d'observation demande beaucoup de rigueur afin que les
échantillons recueillis soient représentatifs de l'eau souterraine. On doit porter une attention
particulière :

• à la compatibilité des matériaux et du contenant en fonction des paramètres d'analyse,


• au choix du type d’équipement d'échantillonnage (dédié et non dédié),
• au lavage de l'équipement d'échantillonnage et des contenants,
• à la purge du puits d'observation,
• à la préservation, à l’entreposage et au transport des échantillons,
• aux délais d'analyse.

Il y a plusieurs procédés d’échantillonnage de liquides (et de gaz) interstitiels possibles (voir


le Guide d’échantillonnage à des fins d’analyses environnementales - MEF, 1994c; aussi
EPA, 1993a; Wilson et al., 2000; Tremblay et Hogan, 2000, 2001), et le lecteur intéressé est
invité à consulter les sources pertinentes. À noter qu’en milieu non saturé, on prélève les
échantillons liquides de différentes façons, notamment à l’aide de lysimètres à succion (Bews
et al., 1999, Wilson et al., 2000). Aussi, dans le cas où des éléments gazeux d’intérêt sont
présents dans les rejets, des dispositifs appropriés peuvent être mis en œuvre pour
échantillonner les gaz à analyser au laboratoire ou sur place.

Les paramètres d'analyse devraient inclure l’ensemble des contaminants susceptibles d'être
émis par les rejets. Les éléments sur lesquels porteront les analyses des échantillons prélevés
sont généralement fixés par la réglementation et ils dépendent de la nature des matériaux
(générateurs de DMA, radioactifs, etc.). Dans le cas de DMA, il y a lieu de mesurer les
paramètres suivants: pH et Eh, sulfates, alcalinité et acidité, température, fer total et dissous,
matières en suspension, couleur, etc. Dans le cas des mines de métaux, on doit analyser les
différents métaux associés à la minéralisation (cuivre, plomb, zinc, etc.) ainsi que les
substances utilisées pour le procédé de concentration (p. ex., cyanures). En plus des
substances nocives présentes dans les rejets, il peut être utile de doser les substances peu ou
pas nocives, mais qui peuvent permettre de déceler des modifications de la composition de
l'eau souterraine. On pense ici aux chlorures, calcium, magnésium, potassium, sodium,
carbonates, bicarbonates, sulfates, etc.

Une fois la fréquence d'échantillonnage établie et les paramètres d'analyse choisis, on doit
alors sélectionner un laboratoire, les méthodes d'analyse appropriées et le contenu du
programme d'assurance-qualité. Il faut s'assurer que le laboratoire d'analyse possède les
compétences et, s'il y a lieu, les accréditations nécessaires pour la réalisation des analyses
requises. Le dosage d'une substance donnée pouvant s'effectuer de plusieurs façons
différentes, les procédures applicables sont souvent définies dans les règlements ou les
directives gouvernementales. Une campagne d'échantillonnage devrait toujours inclure un
programme d'assurance-qualité visant à juger de la fiabilité des résultats obtenus. Ce
programme peut comprendre le prélèvement d'échantillons en duplicata et des contrôles inter-
laboratoires. Le laboratoire d'analyse devrait également appliquer un programme interne
d'assurance-qualité, avec une certification appropriée.

384
10.2.3 Instrumentation météorologique

Certains paramètres météorologiques sont requis pour le dimensionnement des ouvrages de


retenue et de confinement, comme les digues et les couvertures à effets de barrières
capillaires, qui demandent une évaluation du bilan hydrique (voir chapitres 6 et 8). Les
précipitations (eau et neige), la température et l’humidité de l’air, la pression atmosphérique,
la radiation solaire, la direction et la vitesse du vent ainsi que l’évaporation sont les
principaux paramètres météorologiques mesurés. Le tableau 10.6 présente certains dispositifs
servant à mesurer ces paramètres.

Une description détaillée des principaux appareils est donnée dans divers ouvrages
d’hydrologie et de météorologie (e.g. Queney, 1974; Llamas, 1985; Viessman et Lewis, 1996)
ainsi que dans les travaux effectués sur des sites d’entreposage de rejets (e.g. Montgomery et
al., 1987; O’Kane et Wilson, 1993; Yanful et al., 1993; Barabera, 1996; MEND, 1996;
Aubertin et al., 1997, 1999). Bien qu’il y ait des stations météorologiques d’Environnement
Canada dans pratiquement toutes les régions, il est préférable de mesurer les paramètres
météorologiques directement sur le site, car ils peuvent varier de façon significative selon les
endroits d’une région donnée. Voici une brève description des principaux appareils.

Précipitations liquides

L’appareil servant à mesurer les précipitations liquides (pluie) est le pluviomètre. On


distingue des pluviomètres standard (ou normalisés), totalisateurs (ou pluviomètres-
réservoirs) et enregistreurs (ou pluviographes).

Le pluviomètre standard est cylindrique et consiste en un collecteur, un entonnoir et un


réservoir. Afin d’éviter des pertes par éclaboussement, l’entonnoir a une pente d’au moins 45
degrés. Le collecteur a un col étroit et est protégé du rayonnement afin de réduire les pertes

385
par évaporation. On fait des mesures régulièrement en versant l’eau du récipient dans un tube
gradué.

Les pluviomètres-réservoirs (ou totalisateurs) sont employés pour mesurer les précipitations
saisonnières dans des endroits éloignés. Ils ont une grande capacité. On obtient les lectures à
l’aide d’une règle graduée ou par pesée.

Ces deux types de pluviomètres fournissent la quantité cumulée de précipitations tombées au


cours d’une période donnée, sans possibilité d’en étudier l’intensité (à moins de prendre des
mesures à de très courts intervalles), et ils nécessitent l’intervention d’un opérateur qui devra
les vider de temps en temps.

Les pluviomètres enregistreurs (ou pluviographes) habituellement utilisés sont le pluviomètre


à augets basculeurs, les pluviomètres à pesée et les pluviomètres munis d’un enregistreur à
flotte. Dans le cas du pluviomètre à augets basculeurs, deux augets basculent dans un sens ou
dans l’autre au fur et à mesure qu’ils sont remplis par un entonnoir collecteur qui dirige l’eau
de précipitations. Le remplissage actionne le courant d’un relais et permet un enregistrement
automatique des précipitations et de leur intensité. Dans les pluviomètres à pesée, un ressort
se comprime à mesure que l’eau des précipitations s’accumule dans un contenant reposant sur
ce ressort. Cette compression du ressort est convertie en hauteur de précipitations sur un
papier enregistreur. On peut aussi la convertir en une variation de résistance électrique, de
voltage, d’inductance, etc. pour adapter le pluviomètre à la télémétrie. Dans les pluviomètres
à flotteur, la pluie est conduite du collecteur à une chambre munie d’une flotte qui mesure le
niveau de l’eau. On peut enregistrer le niveau de la flotte directement ou le transmettre à
distance. Lorsque le réservoir est plein, il faut le vider manuellement ou par un siphon
automatique.

Précipitations solides

Nous discutons ici des précipitations sous forme de neige. La pratique simple est de mesurer
la chute de neige périodiquement à intervalles de 24 heures, par exemple à l’aide d’une règle.
On peut aussi utiliser une échelle à neige graduée installée verticalement, la graduation zéro
étant au niveau du sol. Un autre dispositif est un matelas sous pression, dont la chambre est
remplie d’une solution antigel et munie d’un manomètre qui enregistre le poids des couches
de neige couvrant le matelas. Dans les trois cas, l’épaisseur ou le poids de la neige permettent
d’obtenir une estimation des précipitations liquides équivalentes en tenant compte de la
densité de la neige. On a trouvé que la densité relative de la neige fraîchement tombée variait
de 0,004 à 0,34. Il faut connaître cette densité au préalable. Il existe des courbes qui donnent
les valeurs en fonction de la variation saisonnière pour une région donnée.

Certains pluviomètres normalement utilisés pour les précipitations liquides peuvent aussi
servir à mesurer les précipitations solides (neige). C’est le cas des pluviomètres à pesée et des
pluviomètres munis d’un enregistreur à flotte. Il faut prévoir des façons de faire fondre la
neige dans le pluviomètre (p. ex., ajout d’une solution antigel comme l’éthylène glycol;
éléments chauffants). L’antigel ajouté doit entrer en compte lors de la lecture des
précipitations.

Température et humidité de l’air

386
La mesure de la température de l’air est généralement effectuée à l’aide d’un thermomètre à
mercure classique. Lorsque la température risque de descendre en dessous du point de
congélation du mercure (voisin de –39 °C), on utilise un thermomètre à alcool ou à toluène.
Des instruments à infrarouges, utilisés pour les mesures à distance, et les thermistances
(décrites plus haut) peuvent aussi être employées lorsqu’un enregistrement continu de la
température est nécessaire.

L’humidité (absolue) de l’air est le rapport de la masse de vapeur d’eau au volume d’air qui la
contient. L’évaporation fait augmenter cette humidité alors que les précipitations la font
diminuer. Le psychromètre et l’hydrographe (hygromètre) sont les deux appareils les plus
utilisés pour mesurer l’humidité de l’air. Le psychromètre est composé de deux thermomètres,
dont l’un est recouvert d’un tissu imbibé d’eau. Les deux thermomètres sont ventilés de façon
standard jusqu’à ce que la mesure indiquée sur les deux thermomètres soit stable. On lit la
différence de température (" sèche " et " humide ") et, à l’aide de tables psychrométriques, on
obtient la valeur de l’humidité ambiante (qui contrôle l’évaporation de l’eau sur le tissu).

Les hydrographes utilisent divers phénomènes reliés à l’effet de l’humidité pour sa mesure.
Par exemple, le fait qu’une fibre hygroscopique (p. ex., un cheveu) augmente de longueur
lorsque l’humidité ambiante augmente (et vice versa) est à la base de la mesure de
l’hygromètre. Un groupe de fibres attaché à un levier indicateur donne, après étalonnage,
l’humidité environnante.

L’humidité de l’air est parfois définie en termes d’humidité relative et spécifique. L’humidité
relative est le rapport entre la quantité actuelle de vapeur d’eau dans un volume d’air et la
quantité possible (maximale à l’équilibre) dans le même volume à la même température. C’est
donc le rapport entre l’humidité absolue de l’air et la valeur de l’humidité absolue si l’air était
saturé de vapeur d’eau. L’humidité spécifique est, quant à elle, le rapport entre la masse de
vapeur d’eau et la masse de l’air humide.

Pression atmosphérique

La pression atmosphérique est le poids d’une colonne d’air au-dessus d’une unité de surface,
cette colonne s’étendant jusqu’à la limite de l’atmosphère. Ainsi, la pression de l’air est
fonction de l’élévation de la surface considérée. Comme la densité de l’air dépend de la
température, la pression atmosphérique est aussi influencée par la température. Il existe divers
types de baromètres pour les observations manuelles et pour les enregistrements.

Rayonnement solaire

L’énergie produite par le Soleil traverse l’atmosphère terrestre sous forme de radiations à
ondes courtes (longueur d’onde comprise entre 0,25 et 4 m) et longues (longueur d’onde
comprise entre 4 et 100 m). La somme de toutes les ondes (courtes et longues) pénétrant
l’atmosphère est appelée radiation hémisphérique incidente totale. Une fois en contact avec la
surface de la Terre, ces radiations sont en partie absorbées (par l’eau, l’air, les solides) et en
partie réfléchies vers l’atmosphère. L’ensemble des ondes réfléchies est appelé radiation
hémisphérique réfléchie totale. La différence entre ces deux radiations hémisphériques
représente l’énergie emmagasinée par la surface; c’est la radiation solaire nette. Cette
radiation est importante, car elle influence le taux d’évaporation.

387
Le pyranomètre est l’instrument utilisé pour mesurer la radiation hémisphérique totale
(entrante ou réfléchie). Il s’agit de cellules photoélectriques disposées sous une coupelle
hémisphérique qui transforment les radiations en courant électrique proportionnel au degré de
radiation. Ce courant peut être enregistré. La cellule photoélectrique est mise en place dans un
contenant transparent qui la protège contre l’environnement extérieur. Lorsque la fenêtre de
l’appareil est dirigée vers le haut, l’appareil mesure les radiations incidentes et si la fenêtre est
dirigée vers le bas, il mesure les radiations réfléchies.

Un autre appareil, souvent utilisé en agriculture, est l’albédomètre. L’albédo est le rapport
entre les radiations réfléchies et les radiations incidentes. L’albédomètre mesure le rapport ou
la différence des radiations incidentes et réfléchies. Le radiomètre est un autre appareil
permettant de mesurer la radiation solaire nette. Ces deux instruments (albédomètre et
radiomètre) consistent en deux pyranomètres collés ensemble et installés horizontalement de
manière que l’un donne les radiations incidentes et l’autre, les radiations réfléchies.

Vitesse et direction du vent

La vitesse du vent est un paramètre jouant un rôle dans l’évaluation du taux d’évaporation et
utilisé pour évaluer les conditions menant à l’érosion éolienne et à la formation de vagues sur
un plan d’eau. L’anémomètre est l’instrument usuellement employé pour la mesurer. Il est
constitué d’un ensemble de coupes (demi-cylindres creux) montées sur un support axial rotatif
exposé au vent. Le vent fait tourner les coupes, qui transmettent le mouvement à l’axe vertical
du support, lequel est relié à un interrupteur magnétique. À chaque tour effectué, cet
interrupteur fait contact et produit une série d’impulsions électriques. La mesure de la vitesse
se fait en convertissant la fréquence de ces impulsions.

Dans les applications des données météorologiques, la direction du vent, mesurée à l’aide
d’une girouette, peut aussi jouer un rôle important. Le principe de fonctionnement est basé sur
l’envoi d’un courant électrique qui fait varier la résistance du potentiomètre de la girouette en
fonction de sa position sur l’axe. Il suffit alors de calibrer cette résistance en fonction de la
position de la girouette sur le site au moment de l’installation pour avoir une relation directe
entre la résistance mesurée et la direction du vent.

Évaporation

L’évaporation de l’eau à la surface du globe est une des composantes fondamentales du cycle
hydrologique (voir chapitre 3) et son étude est essentielle pour connaître le bilan hydrique
d’une région ou d’un bassin versant. En général, l’évaporation se produit lorsqu’il y a une
différence positive entre la pression saturante de vapeur d’eau à une température donnée (cette
pression contrôle le nombre de molécules d’eau qui s’échappent du liquide) et la pression de
vapeur de l’air au-dessus de la surface du liquide (cette pression contrôle le nombre de
molécules d’eau qui retournent au liquide). Parmi les facteurs influençant le taux
d’évaporation, on peut citer les facteurs climatiques (température et humidité de l’air, pression
atmosphérique, vents) et environnementaux (température de l’eau, caractéristiques du bassin,
qualité de l’eau, etc.). Certains de ces facteurs sont directement ou indirectement gouvernés
par la radiation solaire. La présence de végétaux contribue au cycle hydrologique par
transpiration; on parle alors d’évapotranspiration.

L’évaluation quantitative de l’évaporation reste relativement compliquée. On recourt très


souvent à des méthodes empiriques (résultant d’un traitement statistique des observations

388
disponibles) ou analytiques (faisant appel au bilan énergétique ou hydrique d’une région).
Plus de détails sur ces méthodes sont disponibles dans la littérature mentionnée plus haut (voir
aussi Wilson et al., 1994). Les méthodes directes de mesure utilisées sont essentiellement la
méthode du bac d’évaporation et la méthode lysimétrique.

Le bac d’évaporation est une cuve plate contenant l’eau exposée à l’air libre sur un support
horizontal et comportant un dispositif permettant de mesurer périodiquement (manuellement
ou automatiquement) le niveau d’eau, de façon à donner directement la quantité d’eau
évaporée, compte tenu des précipitations. On ne peut cependant pas utiliser cette méthode
directement pour mesurer l’évaporation de l’humidité contenue dans les matériaux
partiellement saturés. On recourt alors à la méthode lysimétrique. Cette méthode consiste à
isoler une portion de terrain dans une cuve étanche (lysimètre) où la végétation et les
conditions (surtout la teneur en eau) à chaque niveau sont maintenues sensiblement identiques
à celles du terrain avoisinant. On mesure les variations du poids de la cuve et on en déduit
l’évaporation réelle à la surface du terrain en tenant compte des précipitations.

10.2.4 Commentaires sur le programme d’auscultation

La conception d’un programme d’auscultation, y compris le choix des appareils et de leur


localisation, se fait en fonction des mesures requises. Comme nous l’avons déjà mentionné,
plusieurs types d’instruments peuvent souvent servir pour la mesure d’un même paramètre, et
les équipements disponibles ne cessent d’être perfectionnés. Dans le cas particulier des
piézomètres, par exemple, le tableau 10.3 donne quelques termes de référence qui peuvent
guider le choix.

Voici certains critères de sélection généraux, applicables au choix de nombreux appareils


offerts sur le marché (Hanna; 1985; Dunnicliff, 1993):

• Plage de sensibilité : tenir compte de la mesure des valeurs extrêmes attendues pour
les paramètres.
• Fiabilité et longévité à long terme.
• Simplicité des composantes, de l’installation et de l’entretien (peu coûteux).
• Possibilité de refaire la calibration (de préférence in situ).
• Faible sensibilité aux effets atmosphériques (températures et en particulier problème
de gel, pluie,…).
• Bonne résistance aux différentes formes de corrosion, au vandalisme, et aux
dommages par impacts.
• Possibilité de lecture automatique des mesures.
• Coût.

Il convient, en plus des détails donnés par les constructeurs, de faire des recherches auprès des
utilisateurs et d’examiner les rapports existants pour obtenir des informations comparatives
relatives à toutes ces propriétés. Bien entendu, tous ces critères ne peuvent pas toujours être
satisfaits en même temps.

L'implantation de l'instrumentation et la fréquence des mesures varieront beaucoup d'un


ouvrage à l'autre selon leur dimension et leur fonction, les conditions des matériaux, la
sensibilité du milieu, les risques anticipés et la sécurité recherchée pour l'ouvrage ainsi que
selon les budgets disponibles. La nature et la variété des instruments choisis varient aussi avec
ces mêmes facteurs.

389
Par exemple, le piézomètre devrait systématiquement faire partie des ouvrages (digues,
empilements) qui retiennent l’eau, faisant plus de 5 à 6 m de hauteur, peu importe la section-
type et la nature de la fondation. Le nombre et le type de piézomètres varieront toutefois en
fonction de l'importance de la digue et de la nature des sols. Chaque ouvrage de cette
envergure devrait avoir au moins quelques piézomètres hydrauliques, peu dispendieux,
simples d'installation et très fiables si les variations de pressions interstitielles sont lentes. Ces
instruments permettront de corroborer certains résultats.

La fréquence des lectures des paramètres variera selon la période tout au long de l’évolution
du projet. Une fois les appareils de mesure implantés, il faut s'assurer, par des mesures
rapprochées, que les appareils sont stables. Les lectures initiales devraient être représentatives
des conditions naturelles, avant toute modification humaine. Au fur et à mesure de la
construction de l’ouvrage et de la mise en place de nouveaux dispositifs de mesure, il y a lieu
d’établir et de modifier au besoin la fréquence de lectures à l'approche des conditions critiques
définies par les analyses réalisées. Enfin, lors de la mise en opération (souvent simultanée à la
construction pour les rejets miniers), la fréquence doit être assez rapprochée pour que les
conditions hydrogéotechniques in situ rencontrent les critères de conception. Une fois la mise
en œuvre complétée, il sera possible de répartir les lectures selon les types d'instrument et les
variables mesurées. Le tableau 10.7 donne quelques indications sur la fréquence des lectures
de principaux instruments en fonction des phases de travaux (voir aussi Aubertin, 1995;
Aubertin et al., 1997).

La question de l’instrumentation hydrogéotechnique reviendra au chapitre 13, qui présente


sommairement quelques études de cas.

Relativement au suivi environnemental, notons ici que la version récente de la Directive 019
propose une fréquence d’analyse de quatre fois par année pour le suivi de la qualité de l’eau
souterraine, soit au printemps (fin mai - début juin), à l’été (août), à l’automne (novembre) et
à l’hiver (février) pour les ions majeurs (Ca+, Cl-, HCO3, K+, Mg, Na, SO-4), la conductivité
électrique et le pH. Pour les autres paramètres, les prélèvements et analyses devraient être
effectués deux fois par année, soit au printemps et à l’été. Relativement à la surveillance des
eaux de surface et des eaux souterraines dans des aires d’accumulation des rejets miniers en
période post-restauration, la Directive 019 propose aussi certaines modalités
d’échantillonnage (tableau 10.8).

390
Dans tous les cas, des balises ou des données repères doivent être établies pour réagir dès
l’atteinte des seuils.

10.2.5 Exemples d’application

Dans la présente sous-section, nous présentons de façon succincte trois exemples


d’application de diverses techniques d’instrumentation. Ils portent sur l’auscultation de deux
ouvrages de retenue (digues) construits par les méthodes amont et aval (voir chapitre 8) et sur
l’auscultation d’une couverture multicouche pour le contrôle du DMA (voir chapitre 6).
D’autres projets seront présentés au chapitre 13.

Cas 1 : Digue de résidus miniers d’Assarel , Bulgarie (ICOLD, 1996a)

Cette digue de l’exploitation minière de cuivre d’Assarel, construite par la méthode amont, est
conçue pour avoir une hauteur de 190 m. Dans le profil type donné à la figure 10.16a, on peut
distinguer les différents dispositifs de mesure utilisés pour l’auscultation ainsi que leur
emplacement.

Ce sont principalement des piézomètres, des dispositifs de mesure de tassement et des


cellules de pression totale (horizontale et verticale). Un sismographe principal situé dans le

391
bâtiment de contrôle construit à l’aval de la digue et deux autres sismographes auxiliaires
installés dans le talus aval contribuent à suivre les réactions aux effets sismiques.

Cas 2 : Digue de résidus miniers d’Elatzite, Bulgarie (ICOLD, 1996a)

Cette digue de l’exploitation minière de cuivre d’Elatzite, en exploitation depuis 1981, a été
construite par la méthode aval. Dans le profil type donné à la figure 10.16b, on peut
distinguer les différents dispositifs de mesure utilisés pour l’auscultation ainsi que leur
emplacement.

Ce sont principalement des piézomètres et des dispositifs de mesure de tassement, placés


surtout près de la plage de déversement. Le débit de percolation recueilli des exutoires du
dispositif de drainage est mesuré à l’aide de seuils de jaugeage. Une difficulté relativement
fréquente s’est présentée à cet ouvrage : les tubes piézométriques en PVC se sont cassés du
fait de l’écoulement des sables cyclonés. Il a fallu les remplacer par des tubes en acier qui, à
la longue, se sont inclinés.

Cas 3 : Couverture au site Equity Silver (O’Kane et al., 1998)

Une barrière de recouvrement multicouche a été mise en place en 1991 sur le site Equity
Silver Mines, en Colombie-Britannique, afin de contrôler le DMA. La vue en plan à la figure
10.16c montre l’emplacement des dispositifs mis en place pour mesurer les paramètres
nécessaires à l’évaluation de l’efficacité de cette couverture.

392
Il s’agit en particulier de sondes à neutron pour déterminer la teneur en eau, de senseurs
électrothermiques et de tensiomètres pour mesurer la succion, de lysimètres pour évaluer
l’infiltration, de senseurs à oxygène et à CO2 pour mesurer leur concentration ainsi que de
senseurs de température. Les débits de l’eau de ruissellement ont été mesurés à l’aide de
déversoirs. Une station météorologique installée sur le site permet de mesurer la température
et l’humidité de l’air, la vitesse et la direction du vent, les radiations incidente et nette et les
précipitations. La lecture des paramètres météorologiques est effectuée chaque minute et la
moyenne horaire est enregistrée.

D’autres exemples d’instrumentation pour les couvertures ont été présentés par Aubertin et al.
(1997, 1999, 2002), Golder (1999) et Dagenais et al. 2002 (voir aussi le chapitre 13).

10.3.1 Observations visuelles

Nous avons présenté différents dispositifs de mesure qu’il est possible d’utiliser dans les
ouvrages de retenue et de confinement des rejets miniers. Cependant, comme l’a souligné
Peck (1972) qui a contribué à populariser l’approche " observationnelle " en géotechnique,
l’ingénieur doit aussi être attentif aux observations visuelles et indices en découlant. Un grand
nombre de problèmes potentiels peuvent être détectés par l’œil expérimenté et averti. Les
instruments fournissent une information complémentaire très utile, mais qui conduit rarement
seule à la compréhension de la nature des problèmes rencontrés.

L’inspection visuelle, avec une bonne interprétation des résultats de mesure et l’adoption de
mesures de correction appropriées, constituent les aspects essentiels de l’auscultation.

393
Chaque ouvrage (et portion d’ouvrage) doit faire l'objet d'une inspection visuelle périodique
accompagnée d'un rapport de visite. Le tableau 10.9 décrit sommairement divers types
d’inspection, leurs objectifs et leur fréquence (adapté de Demers et Poirier 1999). Il faut noter
ici que les éléments à inspecter doivent être identifiés en préparant une liste des vérifications
propre à chaque ouvrage.

Dans le cas des inspections détaillées, les inspecteurs doivent se munir de tout le matériel
nécessaire au relevé des observations, à la prise des photographies et au prélèvement des
échantillons.

Les inspections visuelles visent notamment à détecter les anomalies potentiellement


dangereuses. Certaines anomalies et les conséquences qui y sont associées sont présentées au
tableau 10.10 dans le cas des digues en terre; les digues construites avec des rejets miniers
sont susceptibles d’éprouver le même type de problème.

394
Ce tableau présente divers indicateurs d’instabilité, comme la présence de zones molles et de
gonflements à la base du talus aval, la présence de sédiments dans les exfiltrations,
l’augmentation du débit ou l’apparition de nouvelles zones d’exfiltration, l’apparition de
fissures longitudinales et transversales, les tassements etc.. Une attention particulière doit
aussi être accordée à l’inspection des ouvrages de contrôle des eaux. La rupture, l’érosion ou
l’obstruction du canal d’évacuation ou au niveau d’un déversoir, sont autant d’anomalies qui
peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur tout le parc à résidus.

Il arrive souvent qu’on néglige de tenir compte des débris à l'intérieur des parcs à résidus et
pourtant ils peuvent être la source de problèmes majeurs. Par exemple, des morceaux de bois
flottants peuvent obstruer les tours de décantation ou les trop-pleins et provoquer des
débordements et des ruptures de digues.

Les systèmes de drainage des parcs à résidus, comme les trop-pleins, doivent être bien
entretenus et faire l'objet de visites régulières. Ils doivent être libres de pièces de bois et autres
obstacles, et protégés de l'assaut des animaux (des castors en particulier). Les fossés de
captage des eaux d'exfiltration acheminées vers d’autres bassins doivent être bien entretenus
(avec renouvellement au besoin) pour qu'ils conservent leurs sections utiles, et être protégés
de l'érosion hydraulique dans les courbes.

Dans le cas particulier d’une vidange rapide d'un parc à résidus (voir chapitre 8), il peut y
avoir une instabilité aux pentes amont nécessitant des réparations. Une visite spéciale après
des pluies diluviennes est donc essentielle pour prévenir des surprises désagréables.

Enfin il faut signaler qu’une inspection visuelle doit aussi porter sur les instruments eux-
mêmes, afin de repérer les appareils à entretenir et ceux qui sont endommagés (par la

395
circulation des véhicules d'entretien, les cycles de gel-dégel, les orages électriques) et doivent
être être remplacés ou réparés.

10.3.2 Interprétation et corrections

À l’issue de chaque inspection, un rapport de visite détaillé doit être rédigé et directement
transmis aux personnes et autorités appropriées. Si une anomalie a été constatée, un ingénieur
qualifié doit inspecter les ouvrages concernés, déterminer la cause de l’anomalie et proposer
des mesures correctrices. Les rapports de visite ainsi que les observations du système
d’instrumentation doivent être archivés, de préférence en format électronique, pour toute la
durée de vie de l’ouvrage et durant la phase post-fermeture.

L'interprétation des données et des observations visuelles exige une bonne connaissance des
principes hydrogéotechniques qui sous-tendent la conception des ouvrages en plus d’un un
esprit critique. Doit-on accepter toutes les données ou en rejeter certaines? Il faut ici chercher
les causes des comportements anormaux afin d’identifier les données valables et de pouvoir
interpréter correctement le comportement de l'ouvrage. Dans la majorité des cas, une
interprétation simultanée de plusieurs résultats est nécessaire (p. ex., il faut analyser
conjointement les résultats fournis par les inclinomètres et ceux obtenus des tassomètres et
des mesures de pression interstitielle). La confrontation de mesures de différents indices peut
servir à confirmer la détérioration des ouvrages ou de la qualité de l’eau souterraine.

Les résultats obtenus par des dispositifs de mesure simples sont généralement assez fiables et
leur interprétation en est facilitée. Toute différence par rapport aux prévisions permet de
planifier des mesures correctives. Les données recueillies se divisent en deux grandes classes,
soit celles relevant de la géotechnique (comportement mécanique) et celles de l'hydrogéologie
des contaminants et de la qualité de l'eau souterraine.

Pour les aspects géotechniques, les appareils de mesure présentés plus haut peuvent engendrer
des résultats difficiles à interpréter, même s’ils ont été mis en place avec précaution. Par
exemple, les pressions interstitielles peuvent présenter des fluctuations dans le temps
difficilement explicables, les courbes de tassement peuvent prendre des allures inattendues,
etc.

En période de construction des digues, les changements de pressions interstitielles dans le sol
peuvent être mis en relation avec les changements de contraintes totales dus à la construction
des digues. Un changement des pressions interstitielles plus rapide que la variation de la
pression des terres devrait conduire à un arrêt des travaux et à une réévaluation des contraintes
et des résistances en présence. Après la construction, les mesures de pressions interstitielles,
représentées en fonction du temps, sont essentielles pour évaluer la stabilité à long terme des
digues. Elles permettent de valider les hypothèses posées lors de la conception.

Pour les aspects hydrogéologiques et environnementaux, on doit s'assurer qu'aucun des


résultats d’analyse n’excède les normes applicables et aussi que les tendances observées
n'indiquent pas l'imminence d'un problème. On doit toujours éviter de fonder une opinion sur
la base d'un seul résultat ponctuel compte tenu du risque d'erreur qui y est associé (tant au
chantier qu'en laboratoire). Une analyse statistique peut alors devenir nécessaire.

Diverses sources de données peuvent être utiles pour mieux comprendre l'évolution de la
qualité des eaux souterraines. On pense ici aux changements de la quantité ou de la

396
composition des rejets miniers, aux précipitations ou encore aux variations dans le réseau
d'écoulement des eaux souterraines, que les mesures de niveaux d'eau pourraient mettre en
relief.

Lorsqu’on obtient des résultats problématiques ou qu’on constate des défectuosités (voir
tableaux 10.1 et 10.10), il est important d’en déterminer les causes pour connaître le type de
mesures correctrices (réparations définitives ou mesures d’urgence) et préventives qu’il
convient d’entreprendre. Le tableau 10.11 reprend quelques-unes des mesures correctives
envisageables.

Dans les chapitres qui précèdent, nous avons abordé quelques-uns des défis
environnementaux auxquels fait face l’industrie minière, en relation surtout avec la
gestion des rejets solides et liquides. Compte tenu du contexte québécois, nous
avons mis l’accent sur des aspects qui touchent principalement les exploitations en
roches dures pour l’extraction des métaux de base (Cu, Zn, Pb, etc.) et des métaux
précieux (principalement Au). Ces exploitations engendrent souvent, comme nous
l’avons vu, des difficultés reliées à la génération d’eaux de drainage minier acide
(chapitres 5 et 6), à la présence de cyanures (chapitre 7) et à la stabilité des
ouvrages de retenue et de confinement (chapitre 8). Toutefois, même si ce sont là
les problèmes qui touchent un grand nombre de mines en opération ou en voie de
restauration, notamment dans le bouclier canadien, l’industrie minière est aux prises
avec des problématiques additionnelles lorsque les exploitations portent sur d’autres
types de minerais ou qu’on s’attarde sur d’autres aspects des opérations.

397
Dans ce chapitre, nous décrivons de façon relativement succincte plusieurs autres
aspects environnementaux reliés à l’activité minière, au Canada et à travers le
monde. Nous aborderons ainsi les problèmes associés aux rejets radioactifs (mines
d’uranium), aux rejets produits par les exploitations de certains combustibles fossiles
(charbonnages et sables bitumineux), aux haldes de lixiviation en tas (utilisées pour
la récupération du cuivre et de métaux précieux), aux fonderies (source importante
de contaminants atmosphériques), aux boues rouges (produites par l’extraction de
l’aluminium), aux rejets issus des exploitations de quelques-uns des nombreux
minéraux industriels (tels l’amiante et la pierre de taille), au dynamitage, à la
subsidence (mouvements de terrain en surface), et à la gestion d’autres déchets qui
ne sont pas spécifiques à l’industrie minière mais qu’on y retrouve en abondance
(mentionnons les BPC dans les huiles et graisses usées et les pneus de grande
taille). Notre objectif n’est pas de présenter de façon exhaustive tous les problèmes
rencontrés, mais plutôt de donner un aperçu de la diversité des défis
environnementaux qui touchent l’industrie minière, actuellement et dans l’avenir
également. Comme c’est le cas avec les autres chapitres de ce document, le lecteur
intéressé pourra poursuivre plus loin son étude en consultant les sources citées dans
le texte.

La gestion environnementale des rejets miniers radioactifs repose essentiellement sur la


maîtrise des voies de transfert des éléments radioactifs vers la biosphère et la géosphère. Cette
gestion peut être curative ou préventive, et elle a progressivement évolué au fil des ans, selon
l’état des connaissances scientifiques et technologiques.

Dans cette section, nous traitons des aspects suivants: l’origine de la radioactivité dans les
résidus miniers et ses effets sur la matière, les principales caractéristiques de résidus
radioactifs, le transfert de la radioactivité vers la géosphère et, enfin, les principaux
paramètres considérés à l’heure actuelle pour la gestion des résidus miniers radioactifs.

11.2.1 Sources de radioactivité dans les rejets miniers

La radioactivité dans les rejets miniers provient principalement des produits de la


désintégration de l’uranium et du thorium qui sont présents, souvent ensemble, dans de
nombreux minéraux, bien qu’en teneurs très faibles en général (tableau 11.1, figure 11.1a).

398
Dans les roches, ces produits sont principalement représentés par 238U et 232Th. Ces deux
radionucléides ont une période de désintégration très longue. Par conséquent, leur fréquence
de désintégration est limitée et leur radioactivité propre est faible. Par contre, ils donnent lieu,
par une succession de désintégrations a, b et g, à un ensemble de produits radioactifs ayant
des périodes de désintégration plus courtes, une activité plus élevée et dont le produit final
stable est le plomb, comme on peut le voir à la figure 11.1b,c.

399
400
Après une lixiviation (ou un lessivage) des résidus miniers, comme cela se produit
naturellement en pratique, certains de ces radionucléides peuvent être séparés de l’isotope
dont ils sont issus en raison de leur différence de comportement géochimique et s’accumuler
dans l’environnement. Une bonne gestion des résidus vise à limiter cette dispersion.

Compte tenu de leur nature et de leur origine, les radionucléides descendant de 238U et de
232
Th sont présents partout dans les mines d’uranium. À l’occasion, on en retrouve aussi dans
d’autres exploitations minières, comme dans les mines (et l’industrie) de phosphate, où le
minerai exploité est l’apatite, dans les charbonnages, dans l’industrie du pétrole et du gaz (par
exemple, on détecte entre 4 et 800 pCi/L (picocurie par litre)de Rn dans le gaz naturel
ontarien), et dans les mines de tantale-niobum (par exemple, à la mine Niobec de Saint-
Honoré au nord de Chicoutimi) où le minerai est un oxyde de Nb-Ta.

La figure 11.1d montre une photographie de résidus d’une mine d’uranium stockés dans une
ancienne fosse (Hérault, France).

11.2.2 Désintégration et activité de la matière

Une source radioactive se caractérise par son activité, définie selon le nombre de
désintégrations d’un radionucléide par unité de temps. L’unité SI est le becquerel (Bq), qui
équivaut à une désintégration par seconde. On se sert encore de l’ancienne unité, le curie; un
curie (Ci) représente l’activité de 1 g de 226Ra. Il s’ensuit que 1 pCi est égal à 37 mBq, ou que
1 Bq est égal à 27 pCi.

La décroissance radioactive d’un échantillon contenant au départ N0 radionucléides (par


exemple, 226Ra isolé) est un phénomène statistique qui s’exprime par l’équation d’une
fonction exponentielle décroissante en fonction du temps, t :

(11.1) N(t) = N0 exp(-lt)

401

l = (ln2 / T½ ) est la constante de désintégration d’un radionucléide


No est le nombre initial de noyaux père
T½ est la période de désintégration (ou demi-vie) du radionucléide

Cette demi-vie, qui correspond au temps requis pour désintégrer la moitié des atomes d’un
élément radioactif, peut varier de moins d’une seconde à des milliards d’années (on parle
d’environ 4,5 milliards d’années pour le 238U).

Le comptage du nombre de noyaux dans un échantillon est plutôt complexe. On mesure en


fait le taux de décroissance, ou l’activité A(t), en becquerels. L’activité A est égale à :

(11.2) A(t) = -dN(t) / dt = l N(t) = l No exp(-lt)

L’activité A (Bq/kg) d’un radionucléide à l'équilibre avec ses descendants peut s’exprimer
selon sa période T½ (s) et sa concentration C (g d’isotope/g de matière) en noyaux-pères. On
obtient alors l’expression de la concentration suivante:

(11.3) C = T½ / (ln2*Na) * 10-3 * A

où Na est le nombre d’Avogadro (voir les Annexes du manuel). L’application de ce calcul au


cas du 226Ra conduit, après conversion de la concentration en molarité, à :

(11.4) C (mol/L) = 1,21 * 10-13 * A (Bq/L)

11.2.3 Radioprotection

Radiations. La désintégration des radionucléides contenus dans les rejets miniers (surtout
dans les rejets de concentrateur, mais aussi dans les roches stériles) est un phénomène
spontané et naturel, qui se produit également dans le massif rocheux. Les rayonnements émis
sont composés de particules α, β et γ. Toute interaction d'un rayonnement avec la matière
s'accompagne d'un transfert d'énergie. La nature de ce transfert dépend essentiellement de la
taille, de la masse et de la vitesse de la particule. Les dommages causés aux cellules vivantes
par les particules α ont une incidence 20 fois supérieure à celle des particules β et γ. On
lexprime ces dommages en fonction de la dose équivalente dont l'unité est le sievert (Sv), ou
encore le rem (Rad equivalent in man). À titre indicatif, une dose unique de 400 rem équivaut
à plus de 40 000 examens aux rayons X, ce qui serait mortel pour 50 % de la population; les
travailleurs américains des centrales nucléaires ne doivent pas recevoir plus de 5 rem par an.
Les autres unités de radioactivité expriment le transfert d'énergie à la matière du point de vue
physique et non biologique. L’unité SI de la dose absorbée est le Gray (Gy), qui correspond à
la quantité de radiation qui produirait une énergie moyenne de 1 joule dans un kilogramme de
matière, soit 1 Gy = 1 J/kg. Le Rad (Radiation Absorbed Dose) est une ancienne unité : 1 Rad
= 10-2 J/kg. Il y a une correspondance entre la dose absorbée (Gy) et l'équivalent de dose (Sv),
mais celle-ci dépend de nombreux paramètres (radioélément considéré, organe cible…). La
limite de base fixée par la Commission internationale de protection (CIPR) est de 1 mSv/an.
Les autres limites découlent de celle-ci.

402
Exposition. Les particules a causent les plus grands dommages aux cellules vivantes. Par
contre, leur énergie n'est que de quelques mégaélectronvolts (MeV) et, par conséquent, elles
ne peuvent parcourir que de très faibles distances (par exemple, quelques centimètres dans
l'air, selon la relation de Bragg-Kleeman qui tient compte de la densité du milieu). Il est donc
assez aisé de se protéger d'une exposition externe aux rayonnements alpha.

Une exposition interne résulterait de l'ingestion de radionucléides par inhalation d'air, ou par
une alimentation comportant des matières à forte activité en radionucléides. C’est la raison
pour laquelle on a établi des normes d'activité volumique en radon dans l’air ou en uranium et
radium dans l’eau (ou des limites annuelles d'équivalents de dose). Par exemple, aux États-
Unis, l’activité en 222Rn au-dessus des résidus miniers ne doit pas excéder 18,5 Bq/m3 ;
l’activité totale dans les eaux sortant des sites miniers doit être inférieure à 0,185 Bq/L [5
pCi/L] en (226+228)Ra et celle en (238+234)U doit être inférieure à 1,11 Bq/L [30 pCi/L]. La limite
française pour l’eau de consommation pour le 226Ra est de 0,37 Bq/L [10 pCi/L].

11.2.4 Rejets de mines d’uranium

Localisation. Les plus vastes exploitations d’uranium du monde à économie de marché se


trouvent en Amérique du Nord (Saskatchewan, Ontario, Nouveau-Mexique et Wyoming), en
Afrique (Afrique du Sud et Niger) et en Australie. En Europe, les exploitations sont de plus
petite envergure, et les deux premiers pays producteurs d’uranium sont l’Allemagne (Saxe et
Thuringe) et la France (Haute-Vienne et Hérault).

Compte tenu des politiques de gestion de chaque pays et de l’hétérogénéité dans la


publication des données (masses, volumes, surfaces) par chacun, il est difficile de faire un
inventaire global des résidus miniers. En Asie, en Russie et dans les autres pays de l’ex-
URSS, il est impossible de faire cet inventaire. Les données publiées par les pays d’Amérique
du Nord et d’Europe montrent néanmoins que les plus importants producteurs d’uranium
disposent de plusieurs dizaines de millions de tonnes de rejets à gérer; aux États-Unis
seulement, on aurait recensé plus de 240 millions de tonnes (Long, 2002). La quantité de
résidus est fonction de la taille du gisement (tonnage, teneur, dispersion de la minéralisation)
et de la nature de l’exploitation (mine à ciel ouvert, mine souterraine, lixiviation in situ).

Types de rejets. Les principaux rejets miniers radioactifs proviennent des mines d’uranium,
et ils comprennent en majeure partie les éléments suivants.

• Des stériles miniers dont la teneur en uranium est fréquemment comprise entre 300 et
500 ppm. Il s’agit souvent de gros volumes de roches dynamitées qui peuvent aussi
être riches en sulfures (ce qui a pour effet de générer une eau acide et de renforcer
ainsi le problème).

• Des résidus de lixiviation en tas (pour des minerais pauvres), dont la teneur initiale en
uranium est inférieure à environ 500 ppm. Cette méthode de traitement (section 11.4)
consiste à arroser un tas de roches avec une solution aqueuse oxydante et complexante
pour l’uranium. Le lixiviat est ensuite traité en usine pour en extraire l’uranium. La
récupération est généralement comprise entre 60 et 80 %.

403
• Les rejets de la lixiviation en place. Occasionnellement, l’exploitation minière de
l’uranium peut se faire par lixiviation in situ, ce qui est moins coûteux et produit
moins de rejets à gérer. Ce traitement consiste à injecter une solution aqueuse
oxydante et complexante pour l’uranium directement dans la minéralisation et à
drainer le lixiviat, généralement à base de carbonate de sodium, vers les puits de
récupération.

• Les résidus de traitement minéralurgique en usine, dont la teneur en uranium est au


départ supérieure à 500 ppm. La récupération de l’uranium est alors comprise entre 80
et 95 %, en moyenne, selon le traitement. L’essentiel de la radioactivité initiale reste
dans les résidus, comme les autres métaux accompagnant la minéralisation exploitée.
Le traitement au moulin peut être acide ou alcalin.

• Les boues de traitement et de décantation des effluents de l’usine et de l’eau de


drainage des résidus. Elles représentent d’assez faibles volumes et se composent pour
la plus grande part de barytine et d’hydroxydes dont la solubilité est très faible en
milieu non réducteur.

Traitement du minerai. La nature des résidus de traitement dépend du type de minerai. Le


choix du procédé de traitement appliqué au gisement varie selon sa nature et selon le contexte
économique. Le traitement le plus couramment appliqué jusqu’aux années 1980 était le
traitement acide statique (lixiviation) et dynamique (au concentrateur). On peut appliquer ce
traitement quelle que soit la nature de l’exploitation : à ciel ouvert ou en mine souterraine.
L’exploitation par lixiviation in situ pour les gisements sous la surface s’adapte pour sa part à
des minerais plus pauvres. Enfin, le traitement alcalin dynamique a un rendement plus faible.
On n’y a recours que lorsque la teneur en carbonates des minerais est élevée (> 12 %), car un
traitement acide entraînerait alors la consommation par les carbonates de grandes quantités
d’acide, ce qui rendrait le traitement non rentable.

Les étapes du traitement des minerais comprennent les des éléments suivants : le broyage, le
milieu oxydant, le milieu acide ou alcalin et la lixiviation in situ.

Broyage. Le broyage est la première étape du traitement dynamique. On vise à donner au


minerai brut une granulométrie qui facilite l’attaque chimique : il s’agit d’atteindre la maille
de libération de l’uranium. Cette dernière est variable selon la spéciation minéralogique de
l’uranium (minéralisation dispersée aux joints de grains ou incluse dans d’autres minéraux,
minéralisation massive, U adsorbé, etc.) et la résistance des minéraux à l’oxydant utilisé.
Ainsi, la maille de libération peut varier de 150 à 450 µm. Il en résulte que la granulométrie
des résidus varie selon le minerai.

Les rejets de traitement statique sont pour leur part constitués de roches à granulométrie étalée
(blocs à poussières), car ce sont des minerais ayant subi un minimum de préparation
mécanique dans un objectif de réduction des coûts. La distribution granulométrique des rejets
influe directement sur l’écoulement de l’eau qui s’infiltre et sur la nature des échanges entre
l’eau et les minéraux.

Milieu oxydant. Le traitement des minerais d’uranium consiste à mettre l’uranium en solution
et à le garder sous forme soluble jusqu’à ce qu’il soit sélectivement séparé de la solution. On
le fait ensuite précipiter sous forme d’un concentré uranifère, le " yellow-cake ". Dans les
principaux minéraux uranifères, l’uranium est tétravalent. Cet UIV n’est stable qu’en milieu

404
très réducteur, ce qui explique la genèse des principaux gisements. Il s’oxyde très facilement
en UVI sous forme soluble. Cependant, UIV peut s’adsorber ou précipiter facilement. Pour le
maintenir en solution, on le complexe grâce à des sulfates ou à des carbonates. Les divers
oxydants utilisés dans les procédés d’extraction de l’uranium sont l’oxygène et le fer ferrique,
Fe+3 (minéraux ferreux oxydés et ferrifères du minerai, avec ajout de sidérite si nécessaire).
Du chlorate ou du nitrate de sodium ou de la pyrolusite peuvent être ajoutés pour oxyder les
minéraux ferreux. Il en résulte que le solide résiduel est imprégné d’un lixiviat volontairement
oxydant.

Milieu acide ou alcalin. Dans le cas des traitements à l’acide sulfurique (statique, in situ ou
dynamique), le complexe qui maintient l’uranium en solution avant sa séparation du solide
résiduel est sulfaté. Le solide résiduel est donc imprégné d’un lixiviat acide (pH compris entre
0,5 et 4) et oxydant.

Les résidus solides imprégnés du lixiviat acide de l’attaque sont parfois neutralisés par un lait
de chaux avant stockage, ce qui induit la précipitation de grandes quantités de gypse dans ces
résidus.

Les effluents acides de l’usine ainsi que les eaux de drainage des résidus miniers stockés sur
les sites peuvent présenter des activités en radium supérieures aux normes de rejets. Ces eaux
sont alors traitées au chlorure de baryum de manière à ce que le radium coprécipite avec la
barytine. Ce traitement est généralement très efficace. On ajoute usuellement les boues
alcalines de barytine et d’hydroxydes aux résidus de concentrateur (traitement dynamique).

Par ailleurs, pour un traitement alcalin (in situ ou dynamique), l’uranium VI est complexé
sous forme de carbonate soluble. La solution de carbonate et bicarbonate de sodium utilisée
imprègne alors le solide résiduel.

Lixiviation in situ. La lixiviation in situ demande une bonne connaissance de


l’hydrodynamique du milieu géologique soumis à ce traitement, notamment pour éviter la
contamination des sources d’eau. L’oxydant le plus couramment utilisé est l’oxygène, et
l’uranium est complexé par une solution de carbonate de sodium. Dans le cas du traitement
alcalin, il est aussi possible d’insuffler du dioxyde de carbone préalablement à l’injection du
lixiviat. D’autres lixiviats que ceux décrits précédemment sont parfois utilisés pour ce type
d’extraction, soit : l’acide sulfurique, qui est toutefois inefficace dans le cas d’une gangue
riche en carbonates ; l’acide nitrique, qui pose des problèmes de restauration du site; les
lixiviats à base d’ammonium, qui posent également de grosses difficultés de restauration ; les
lixiviats à base de sodium, qui sont généralement les moins problématiques.

11.2.5 Transfert des radionucléides vers la géosphère

Les teneurs en uranium, en plomb et en thorium dans les minéraux sont quantifiables par des
techniques classiques d’analyse. Le traçage de ces éléments est relativement facile. On
quantifie le radium et le radon uniquement par leur radioactivité, car il est impossible de
prendre la mesure ponctuelle de leur teneur au sein des minéraux. Cependant, des approches
quantitatives indirectes par lixiviations séquentielles et sélectives sont possibles. Il faut
rappeler ici que 20 Bq de 226Ra par gramme de rejets correspondent à 5*10-10 gramme de
226
Ra par gramme de rejet.

405
Transfert par l’eau. L’eau est un vecteur important pour le transport des contaminants, et les
éléments radioactifs retrouvés dans les rejets miniers ne font pas exception. Parmi les
principaux éléments radioactifs retrouvés dans les rejets miniers, on reconnaît l’uranium, le
thorium, le radium, le plomb, le polonium et le bismuth.

Il reste habituellement peu d’uranium dans les rejets miniers, car le traitement que le minerai
a subi vise sélectivement à sa dissolution. Néanmoins, l’évolution chimique des eaux peut
induire la précipitation ou la mise en solution d’uranium résiduel, selon les lois de
thermodynamique et de cinétique chimique.

Le thorium a une solubilité très basse dans un environnement neutre et alcalin. Par contre, sa
solubilité augmente en milieu acide.

À l’état dispersé dans les minéraux des roches, le radium a généralement une mobilité
restreinte. Par contre, au cours du traitement physico-chimique en usine ou par lixiviation, le
radium peut changer de sites minéralogiques. Par exemple, on a montré qu’au cours du
broyage, le radium se concentre dans les particules fines. Puis, au cours de l’attaque chimique,
la plus grande partie du radium est redistribuée entre divers sites minéralogiques. De
nombreuses études ont notamment démontré que le radium s’associait très facilement aux
sulfates. On se sert d’ailleurs de la précipitation de barytine pour induire la coprécipitation du
radium dans les eaux de drainage des résidus ou dans les effluents d’usine. En outre, du gypse
radifère précipite en grande quantité lors de la neutralisation à la suite du traitement acide des
minerais d’uranium. Il semble également que les carbonates jouent un rôle dans la fixation du
radium. Des études récentes ont toutefois montré que la plus grande partie du radium des
résidus était associée aux oxydes et hydroxydes de fer (et d’autres métaux) et que la mobilité
du radium est très dépendante des phénomènes d’adsorption-désorption (sur les feldspaths, les
argiles, la silice, et les complexes organiques).

La mobilité du radium dans les résidus miniers dépend donc en grande partie :

• du pH de l’eau, qui joue un rôle direct sur les capacités d’adsorption des minéraux et
sur les équilibres chimiques ;

• de la composition de l’eau au contact des minéraux radifères (c’est-à-dire des


paramètres de déplacement des équilibres chimiques hétérogènes entre l’eau et les
minéraux tels que le potentiel redox, l’action de complexes dissous, la force ionique de
la solution, les effets d’ions communs, le rapport entre le volume d’eau et la masse de
résidus, etc.) ;

• des conditions hydrodynamiques au sein des résidus, car elles contrôlent en partie les
déplacements des équilibres chimiques et le transport des éléments en solution vers
l’extérieur des résidus ;

• de l’activité bactérienne au sein des résidus : des bactéries ferri- et sulfato-réductrices


qui entraînent la dissolution des sulfates et l’établissement d’un milieu réducteur où
les oxyhydroxydes sont instables, et des bactéries ferro-oxydantes qui induisent des
conditions acides où les oxyhydroxydes sont également instables.

Des études expérimentales sur des résidus miniers récents et anciens, ainsi que sur des sols
récents et anciens, ont montré que le radium des matériaux anciens est moins facilement

406
mobilisable par l’eau. Par contre, les études visant à comprendre les moteurs de l’évolution de
la composition des eaux dans le temps restent rares, notamment en raison de la grande
diversité des compositions minéralogiques des résidus miniers et des traitements appliqués
pour l’extraction de l’uranium, ainsi que de la jeunesse relative de ces résidus et des
considérations environnementales qui leur sont associées.

Le plomb, Pb, est un élément peu soluble dans les eaux superficielles. Si l’eau interstitielle
des résidus est sulfatée et oxydante, le plomb tend à précipiter sous forme d’anglésite, sauf si
le pH est extrêmement acide. Si l’eau est oxydante et carbonatée, le plomb est plus soluble.

En général, on considère que les isotopes du polonium et du bismuth sont à l'équilibre avec
leurs parents. De récentes études ont cependant montré qu'il n'était pas raisonnable de
considérer cette hypothèse simplificatrice pour les études d'impact environnemental.
Malheureusement, le comportement géochimique de ces deux éléments a fait l’objet de peu
d’études. La principale forme dissoute du polonium, dans le système Po-S-O-H, est
thermodynamiquement stable dans un large domaine des conditions de Eh-pH. Celle du
bismuth, dans le système Bi-O-H-S, est thermodynamiquement stable pour des pH acides.

À titre indicatif, le tableau 11.2 fournit des exemples de composition de résidus et de l’eau
provenant d’une mine d’uranium.

Transfert atmosphérique. Parmi les radionucléides-fils de l’uranium et du thorium se trouve


le gaz radioactif radon (Rn). Le radon est un gaz rare. À ce titre, il est chimiquement inerte
bien que radioactif avec une période de désintégration assez courte (environ trois jours). Il est
susceptible de s’accumuler à proximité des résidus miniers radioactifs. L’inhalation du radon
dans les endroits où il s’accumule peut constituer un risque sanitaire. En effet, après
inhalation, le radon et ses descendants peuvent causer des dommages aux cellules
pulmonaires en se désintégrant. Heureusement, les couvertures placées sur les résidus de
traitement des minerais ralentissent le transfert du radon et suffisent souvent à diminuer le
flux de radon de façon notable.

407
La granulométrie fine des résidus entraîne par ailleurs la possibilité d’une dispersion des
poussières par le vent. Des études dans les zones entourant les mines ont mis en évidence ce
problème. Après le réaménagement des sites, les résidus recouverts par de l’eau ou par une
couverture en sol (avec ou sans géosynthétique) ne sont plus soumis à l’érosion éolienne. La
stabilité mécanique des digues est un paramètre important de la gestion des résidus à ce sujet
(voir le chapitre 8).

11.2.6 Gestion des rejets radioactifs

La politique de gestion des résidus radioactifs et les solutions proposées évoluent


parallèlement à l’état des connaissances scientifiques et technologiques. Les études
scientifiques actuelles visent surtout à mieux comprendre le comportement hydrogéochimique
des radionucléides et des métaux associés à la minéralisation, et l’évolution (au sens large)
dans le temps des résidus miniers pour prévenir d’éventuels problèmes. Les études
technologiques proposent des solutions pour une gestion optimale des résidus, compte tenu
des données fournies par les études scientifiques.

Une bonne gestion préventive (par opposition à curative) des résidus miniers permet en
général de minimiser le coût de l’exploitation. Aux États-Unis, l’EPA estime que le coût du
réaménagement des sites miniers uranifères tel qu’elle le demande correspond de façon
générale à 5,5 % des bénéfices de vente de l’uranium exploité.

La gestion préventive des résidus miniers vise notamment à maîtriser la dispersion des
éléments radioactifs. Pour la gestion des sites miniers, on doit porter une attention particulière
au réaménagement du site à la fin de l’exploitation afin d’isoler les résidus et à redonner au
paysage un aspect naturel. On doit également surveiller l’évolution dans le temps des
caractéristiques des sites miniers (qualité de l’eau, émanation de radon, stabilité des stockages
solides, etc.) et de leur environnement.

Les principaux facteurs qui influent sur la méthode de gestion des résidus miniers radioactifs
incluent les modes de stockage, de stabilisation et de réaménagement, les caractéristiques des
sites exploités par lixiviation in situ, ainsi que les techniques de surveillance et de prédiction.

Stockage, stabilisation et réaménagement

Le transport des résidus miniers sur de longues distances est coûteux. C’est pourquoi on
implante souvent les parcs à résidus à proximité des installations de traitement du minerai
brut ; il en va de même avec les stériles, qui restent sur le site. Le stockage des rejets se fait
usuellement en surface dans des dépressions naturelles confinées par des digues (voir le
chapitre 8), ou encore dans des cavités de mines à ciel ouvert. En surface, on étudie la
configuration géométrique des ouvrages pour atteindre une stabilité maximale, compte tenu
de la topographie et de la géologie du site. On recueille les eaux de drainage des rejets en vue
d’un éventuel traitement. Le réaménagement paysager consiste à recouvrir puis à remodeler
les résidus de traitement de manière à limiter leur érosion, à évacuer l’eau de ruissellement et
à assurer le développement de la végétation.

On applique deux principaux types de gestion des résidus: la " voie " sèche et la conservation
sous eau. Dans le premier cas, la voie sèche, on recommande la mise en place d’une

408
couverture visant à réduire l’infiltration d’eau de pluie de manière à limiter les interactions
entre les eaux interstitielles et les résidus de même que les émanations du radon. On construit
ce type de couverture avec des sols d’origine locale, selon les principes généraux décrits au
chapitre 6. Le drainage des résidus vise par contre à éliminer des zones saturées de façon à
réduire les interactions entre l’eau et les matériaux solides. Ce type de gestion serait donc
contraire au principe de la gestion des résidus sulfurés. Avec la conservation sous eau, la
hauteur d’eau au-dessus des résidus doit être suffisante pour limiter l’émanation du radon.
Dans ce cas, la disponibilité de l’oxygène est également réduite, comme nous l’avons vu au
chapitre 6.

Sites exploités par lixiviation in situ. On doit prolonger le contrôle de l’hydrodynamisme du


site et des interactions avec la nappe phréatique au-delà de la période d'exploitation. Cet
aspect a posé de nombreux problèmes de réaménagement dans le monde, notamment au
Texas, en Allemagne, en République tchèque, en Bulgarie et en Ukraine. Le principe actuel
de réaménagement le plus efficace consiste à pomper l’eau polluée des puits et à y injecter de
l’eau non polluée, parfois en ajoutant un agent réducteur pour précipiter (et donc immobiliser)
les principaux agents polluants. Cependant, il n’y a pas de garantie de succès et le
réaménagement s’avère long et coûteux. Le réaménagement des sites ayant pratiqué une
lixiviation alcaline in situ est en général plus facile que celle des sites à lixiviation acide.

Surveillance des sites. Les normes environnementales sont strictes en ce qui concerne le
réaménagement du paysage, la stabilité mécanique des ouvrages, la nature des couvertures, la
radioactivité (238U et 234U, 226Ra et 228Ra, 222Rn), la charge totale en éléments dissous, la
concentration de certains métaux toxiques (Mo, Pb, Ni, As, Cr, Co, Cu, Zn, Cd, Ba, Hg, Sb,
Se) ou indésirables (composés azotés, H2S, Fe, Mn, P, F, Ag). Les exigences pour la
surveillance des sites à long terme varient toutefois selon les pays (et provinces/États). En
France, la surveillance se fait aussi longtemps qu’on n’a pas pu démontrer un nouvel équilibre
stabilisé à long terme. Aux États-Unis, la surveillance doit usuellement se faire pendant 100
ans, après quoi on estime que le site devrait s’être stabilisé de lui-même.

Prédiction de l’évolution dans le temps. Des essais normalisés de lixiviation de résidus (par
exemple, AFNOR X 31-210, en France) sont utilisés afin d’évaluer la fraction de polluants
lixiviables à l’eau ou de simuler l’altération des résidus. Or, de nombreuses études ont montré
que ces essais ne représentent pas vraiment l’évolution naturelle des résidus. On y ajoute donc
souvent des études basées sur des modèles de thermodynamique chimique, qui prédisent une
certaine atténuation naturelle de la migration des métaux. Ces modèles sont en partie basés sur
des études menées in situ et couplées à des lixiviations séquentielles sélectives, qui ont montré
que des minéraux formés lors du traitement ou au sein de certains résidus, âgés de 15 à 35
ans, fixent la plus grande proportion des radionucléides et métaux. Mais la stabilité dans le
temps de ces minéraux dépend de l’évolution des conditions physico-chimiques du milieu de
stockage. La détermination des paramètres physico-chimiques qui contrôlent l’évolution dans
le temps des résidus miniers demeure un sujet à l’étude.

11.2.7 Dernières remarques

La gestion des rejets miniers radioactifs vise à optimiser leur isolement. Comme pour les
autres rejets miniers, cette gestion repose sur des connaissances scientifiques et
technologiques en constante évolution. Les rejets radioactifs sont gérés selon les mêmes
objectifs que les autres types de rejets miniers. Les radionucléides sont des métaux (ou gaz)
qu’il faut gérer comme d’autres métaux toxiques afin de limiter les incidences sur

409
l’environnement. Leur différence par rapport aux autres métaux est qu’ils se désintègrent en
émettant des radiations, ce qui pose une contrainte de gestion supplémentaire. Le
réaménagement des résidus de traitement consiste à assurer la stabilité mécanique des
ouvrages, à limiter les infiltrations et l’exhalaison du radon, et à exercer une surveillance (voir
aussi le chapitre 10).

Les voies de transfert vers l’environnement de l’uranium, du thorium, du radium, du plomb


ainsi que du gaz radon sont relativement bien connues. Cependant, l’évolution dans le temps
des caractéristiques des rejets miniers est complexe. En outre, les problèmes
environnementaux ne sont pas forcément proportionnels à la taille des sites. Chaque site a ses
particularités pétrographiques, minéralogiques, géochimiques et hydrologiques. La gestion
préventive de futurs rejets dépend grandement de l’avancement des connaissances, d’où la
nécessité de poursuivre la recherche dans ce domaine.

Les besoins énergétiques de la société font en sorte que l’on extrait une quantité
toujours croissante de combustibles fossiles du milieu géologique, notamment
l’uranium, le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Nous avons traité dans la section
précédente des rejets issus des mines d’uranium. Nous abordons dans la présente
section les questions relatives à la gestion des rejets d’exploitations minières qui
extraient des combustibles d’origine organique. Nous n’incluons pas le pétrole brut et
le gaz naturel ici, car ils ne sont habituellement pas extraits à partir des méthodes
d’exploitations minières usuelles (il s’agit en fait d’un tout autre secteur industriel).

11.3.1 Charbonnages

Le charbon s’est formé à partir de débris végétaux compactés pendant des millions
d’années sous les effets combinés de la pression et de la chaleur (Mourits, 1998).
Les endroits propices à la prolifération de grandes quantités de matière végétale
étaient des lagunes, des plaines côtières et des deltas. Après une remontée du
niveau de la mer, des sédiments se sont accumulés en emprisonnant la matière
végétale en décomposition, ce qui a favorisé l’expulsion de l’eau et des gaz
organiques volatils et l’augmentation de la teneur en carbone dans la tourbe
comprimée. Avec le temps, la tourbe s’est transformée en charbon (Keller, 2000). Le
charbon est le combustible fossile le plus abondant et le plus largement distribué au
monde. On retrouve cinq grandes catégories de dépôts de charbon, appelés
charbonnages : lignite, sub-bitumineux, bitumineux, semi-anthracite et anthracite
(Ripley et al., 1996). On exploite annuellement, dans plus de 40 pays, environ 4,6
milliards de tonnes de charbon. Plus de 40 % de la production mondiale d’électricité
provient de centrales au charbon et 70 % de l’acier dans le monde est élaboré avec
le charbon (Mourits, 1998). Au Canada, la plus grande partie du charbon (97 %) est
produit dans trois provinces, soit l’Alberta (48 %), la Colombie-Britannique (33 %) et
la Saskatchewan (16 %). Le lecteur trouvera plus de détails sur l’industrie
canadienne du charbon dans les annuaires des minéraux du Canada (consulter le
site Internet [Link] Le Canada est le
quinzième consommateur de charbon au monde; la consommation totale de charbon
en 2000 y a atteint 6,7 Mt (Chadwick, 2001).

Problèmes environnementaux. Parmi les nombreux problèmes environnementaux


reliés à l’exploitation des mines de charbon, on peut mentionner :

410
• les incidences sur le paysage (impacts visuels) des exploitations en tranchée
(strip mining);

• la subsidence reliée aux exploitations souterraines (voir la section 11.9);

• la production et la gestion d’une très grande quantité de roches stériles et


d’autres rejets solides;

• les émissions de poussières atmosphériques et de poussières fugitives par les


exploitations de surface;

• le drainage minier acide causé par l’oxydation des sulfures (principalement la


pyrite framboïdale, figure 11.2) présents dans les roches sédimentaires
stériles associées aux charbonnages et par l’oxydation du soufre contenu
dans le charbon (Smith et Skema, 2001; voir aussi le chapitre 5);

• la libération de méthane (CH4), un gaz à effet de serre, emprisonné dans les


pores du charbon et des roches sédimentaires encaissantes (Masszi et
Proudlock, 1990; Yernberg, 2000);

• les risques d’autocombustion (self-heating) dans les mines abandonnées, qui


est à l’origine de plusieurs incendies souterrains incontrôlés pouvant brûler
pendant des dizaines (voire des centaines) d’années. Ces incendies peuvent
émettre des polluants atmosphériques. On a également observé ce
phénomène dans certaines haldes à stériles aux États-Unis.

411
Au Canada, la protection de l’environnement serait prise en compte à chaque étape
des activités liées au charbon. Les évaluations environnementales font partie
intégrante du processus d’attribution des permis miniers par les provinces
concernées. Dans certains cas, les projets miniers peuvent aussi faire l’objet d’un
examen environnemental par le gouvernement fédéral en vertu de la Loi canadienne
sur l’évaluation environnementale. De telles évaluations visent à garantir que les
activités découlant de l’exploitation des mines de charbon (y compris l’élimination du
couvert végétal, le déplacement du mort-terrain, la construction de routes, le minage
et la restauration des sites d’exploitation) sont effectuées de façon à limiter le plus
possible les incidences sur l’environnement (Mourits, 1998). Plusieurs des problèmes
soulevés dans les chapitres qui précèdent concernent également les charbonnages.

Combustion du charbon. D’autres problèmes environnementaux découlent de la


combustion du charbon dans les centrales électriques et les aciéries. Ils touchent
surtout l’émission de gaz à effets de serre comme le CO2 (Walsh, 1990), et le SO2
qui contribue au problème des pluies acides. La teneur en soufre du charbon peut
varier de 0 à plus de 3 % (Keller, 2000). Ce soufre s’oxyde lors de la combustion
pour former du dioxyde de soufre. Le Canada a signé plusieurs protocoles
internationaux par lesquels il s’engage à réduire les émissions de dioxyde de soufre
(Protocoles d’Helsinki en 1985 et d’Oslo en 1994), d’oxydes d’azote (Protocole de
Sofia en 1988) et de dioxyde de carbone (Protocole de Kyoto en 1997). Du côté
américain, l’adoption de la loi sur la qualité de l’air (CAAA90 : Clean Air Act
Amendments 1990) laissait présager que la demande pour du charbon à faible
teneur en soufre allait augmenter (Mining Engineering, 2001). À l’heure actuelle, les
politiques américaines à cet égard sont assez préoccupantes.

Outre les émissions de polluants atmosphériques, la combustion du charbon conduit


à la production de cendres volantes (fly ash) qu’on peut récupérer entre autres dans
la production de béton. La CIRCA (Canadian Industries Recycling Coal Ash), une
organisation canadienne, s’occupe de promouvoir l’utilisation des produits de
combustion du charbon. Étant donné que chaque tonne de ciment fabriqué engendre
l’émission d’une tonne de CO2, le remplacement de ciment par des cendres volantes
dans la fabrication du béton pourrait diminuer sensiblement les émissions
atmosphériques de CO2; on avance quelquefois un objectif de remplacement de 25
% (Mourits, 1998).

11.3.2 Sables bitumineux

Outre les dépôts de charbon, le Canada tire aussi une partie de ses sources
d’énergie des sables bitumineux (N.B. Nous n’aborderons pas ici les exploitations
conventionnelles de pétrole et de gaz naturel.) L’extraction des sables bitumineux a
commencé en 1968 au Canada par un procédé d’extraction à l’eau chaude (Kessick,
1978), qui produisait une très grande quantité de rejets solides. Le développement
des sables bitumineux du bassin de l’Athabasca en Alberta compte maintenant pour
34 % de la production canadienne d’huiles lourdes, et ce pourcentage pourrait
passer à 50 % d’ici quelques années (ICM, 2001). L’exploitation des sables
bitumineux et la gestion des grands volumes de rejets générés constituent des défis
considérables des points de vue géotechnique, hydrologique, hydraulique (transport
des pulpes par pipeline) et environnemental (Clark, 1987; Lukacs, 1999; Paine et
Wright, 1999). À titre d’exemple, le site d’exploitation Millennium de la compagnie

412
Suncor fait 12 km de long (selon un axe nord-sud) sur 8 km de large (d’est en ouest)
avec une profondeur d’exploitation pouvant atteindre 100 m. Les réserves prouvées
et probables s’élèvent à 4,4 milliards de tonnes à une teneur moyenne de 12,2 % de
bitume (Ednie, 2001). Le bassin d’Athabasca fait plus de 42 000 km2 et contient plus
d’un trillion de barils de bitumes (dont 32 milliards de barils sont exploitables en
surface dans la seule région de Fort McMurray); ceci en fait l’une des plus vastes
réserves d’hydrocarbures au monde (Robertson, 2002). Toutefois, la quantité de
rejets générés par les exploitations de sables bitumineux est phénoménale : chaque
baril d’huile produit laisse derrière lui 1 m3 de résidus de sable grossier et 0,25 m3 de
résidus fins (Goulden et Sheeran, 2002).

Les gisements de sables bitumineux sont souvent recouverts par du mort-terrain, qui
peut comprendre des dépôts meubles d’origine glaciaire et des tourbières pouvant
faire entre 0 et 40 m d’épaisseur; ces matériaux, qu’on doit excaver, devraient être
gérés comme une ressource en vue d’une réutilisation future. Les sables bitumineux
sont essentiellement constitués de bitume, d’eau et de grains minéraux (sables et
argiles). La quantité d’argile dans le sable bitumineux est un bon indicateur de sa
teneur en bitume; en général, plus le sol est grossier, meilleur est la teneur (Ednie,
2001). L’exploitation des sables bitumineux diffère quelque peu des opérations
minières traditionnelles et ne nécessite que l’utilisation de gros véhicules, souvent
très lourds, comme des pelles mécaniques et des camions pour l’extraction et le
transport des sables bitumineux. À la mine Millennium, il y a quatre grandes étapes
dans le processus d’extraction du bitume.

• La séparation : La pulpe de sable bitumineux est envoyée par transport


hydraulique dans un pipeline à l’usine de traitement dans trois cuves de
séparation par flottation. Là, le sable sédimente et la mousse de bitume est
recueillie sur le dessus.

• La désaération statique : Ce procédé permet d’enlever l’air de la mousse de


bitume, qui est ensuite entreposée dans des réservoirs pouvant contenir
jusqu’à 100 000 barils.

• Le pompage : La technologie appelée " natural froth lubricity " développée par
Syncrude permet le pompage de la mousse vers l’usine de base située à 10
km de distance.

• Le processus d’extraction secondaire : On ajoute du naphte à la mousse pour


la traiter à l’usine, puis le naphte est récupéré dans des unités spéciales. On
obtient comme résultat final du bitume dilué qu’on peut stocker pour la suite
des opérations de transformation. Près de 95 % de l’eau utilisée dans le
procédé est recyclée au cours de ce processus.

La manutention des rejets miniers produits par l’exploitation des sables bitumineux
est un défi de taille lorsqu’on considère le très grand volume des matériaux produits.
Parmi les méthodes de stockage des résidus, on peut mentionner l’entreposage
dans des bassins humides, ou encore l’entreposage sous forme de résidus
compactés mélangés avec du gypse (produit à l’usine de soufre) qui agit comme

413
agent liant (Ednie, 2001). La gestion de grandes quantités de rejets solides soulève
des difficultés assez similaires à celles dont nous avons traité au chapitre 8. En
outre, la remise en état des très grandes superficies affectées pose des défis
considérables qui sont loin d'être solutionnés. Goulden et Sheeran (2002),
MacKinnon et al. (2001) et McKenna (2002) donnent plus de détails sur la
problématique, les modes de gestion et les techniques de réhabilitation des sites
d’exploitation des sables bitumineux. Il faut enfin mentionner que des hydrocarbures
légers émanent des gisements mis à jour, et que ces opérations produisent des
quantités massives de CO2, de NOx et de SO2. Ainsi, les installations de l'Athabasca
émettraient environ 20% de tout le CO2 produit au Canada, soit autant qu'une grande
ville comme Montréal ou Toronto (Isabelle, 2001).

La lixiviation en tas est une technologie bien établie et largement appliquée pour la
récupération du cuivre et des métaux précieux (WME, 1996; Eisler et al., 1999; O’Neil, 2001;
Muñoz et al., 2001). Elle est particulièrement avantageuse pour les minerais à faible teneur en
raison de sa simplicité, de la rapidité de mise en marche et des moindres coûts en capital et en
opération par rapport à d’autres technologies plus conventionnelles. Dans cette section, nous
allons décrire sommairement les procédés de lixiviation en tas. Nous examinerons ensuite les
aspects environnementaux du procédé, pendant l’opération et à la fermeture. Une discussion
des méthodes de contrôle et de restauration des tas lixiviés suivra. Nous ne traiterons pas en
détail des aspects géotechniques de la lixiviation en tas (qui montrent plusieurs similarités
avec ceux des haldes à stériles et des digues de retenue). À ce sujet, nous renvoyons le lecteur
au chapitre 8 et aux articles de Attwool et Gerity (1987), Shaver et Tapp (1987), Tape et
Harper (1987), etHarper et al. (1987).

11.4.1 Procédés

Lixiviation chimique. Le minerai est généralement placé sur une plate-forme construite sur
du remblai rocheux ou à même le terrain naturel. Cette plate-forme comprend un revêtement
imperméable qui inclut souvent une géomembrane en polyéthylène haute densité (HDPE). Le
minerai y est empilé en gradins hauts de plusieurs mètres et couvrant plusieurs hectares. On
doit appliquer une solution lixiviante sur le tas à l’aide de gicleurs ou de tuyaux d’irrigation
pour dissoudre les métaux présents dans le minerai. S’il s’agit d’un minerai d’oxyde de
cuivre, on choisit habituellement une solution d’acide sulfurique, alors que la lixiviation de
l’or et de l’argent se fait normalement avec une solution alcaline de cyanure. On récupère le
lixiviat à la base du tas dans des bassins revêtus de matériaux imperméables; de là, on le
dirige vers l’usine d’extraction, où les métaux sont extraits. On pompe ensuite de nouveau la
solution épuisée de l’étape d’extraction à la surface du tas. La figure 11.3a montre
schématiquement un procédé de lixiviation à l’acide, avec un exemple d’évolution de la
concentration en cuivre dans le lixiviat à la figure 11.3b. La durée totale de la lixiviation peut
varier entre quelques semaines et quelques années.

414
415
Pendant l’opération de lixiviation, une certaine quantité de la solution lixiviante doit être
purgée en aval de l’étape d’extraction pour empêcher l’accumulation des métaux non extraits
(le fer, par exemple). Dans des sites où le bilan hydrique est positif (c’est-à-dire que les
précipitations sous forme de pluie et de neige excèdent l’évaporation), le contrôle du
débordement des bassins de rétention dans le circuit de lixiviation peut influer sur le débit de
la purge. Dans le cas d’une lixiviation à l’acide, la solution de purge a un pH bas et des
concentrations élevées en métaux. Il importe alors de la traiter avant de la retourner dans
l’environnement.

Les technologies pour le traitement de solutions acides riches en métaux sont éprouvées et
commercialement disponibles. Néanmoins, il faut tester ces méthodes dans les conditions
spécifiques du site, particulièrement en ce qui a trait à la composition de la purge, afin de
sélectionner les réactifs les plus appropriés, d’optimiser le procédé et de s’assurer que la
composition de l’effluent traité satisfait aux limites fixées par les règlements en vigueur. La
chaux est de loin le réactif le plus souvent employé, mais l’utilisation de la soude caustique,
de l’hydroxyde de magnésium, du carbonate de calcium, du carbonate de sodium, ou de
l’ammoniac peut parfois s’avérer avantageuse (voir aussi le chapitre 5).

La décision d’arrêter la lixiviation survient lorsque la concentration de cuivre ou de métaux


précieux dans le lixiviat devient trop basse pour justifier la poursuite de l’opération d’un point
de vue économique. Cependant, les tas de minerai épuisés peuvent encore contenir de grandes
quantités de contaminants potentiellement dommageables pour l’environnement, tels que des
métaux mobilisables, de l’acidité ou du cyanure.

Les défis environnementaux posés par la fermeture et la restauration de tas lixiviés sont
spécifiques à leur localisation géographique. Dans des climats arides ou semi-arides,
l’exfiltration émanant du tas après l’arrêt de la lixiviation est minime ou inexistante, ce qui
réduit considérablement le transport de contaminants vers l’environnement (Zhan, 2000; Zhan
et al., 2001). Par contre, dans les régions humides, l’exfiltration pourrait transporter des
charges importantes de contaminants pendant plusieurs années si on ne met en place aucune
mesure de contrôle. Outre l’exfiltration, l’échappement d’acide cyanhydrique (HCN) dans
l’atmosphère par volatilisation pourrait aussi avoir de fâcheuses conséquences, un processus
que la baisse du pH près de la surface du tas, due à l’absorption du CO2 atmosphérique et à
l’accroissement de la température (Wentz, 1989), viendrait accélérer.

Bio-lixiviation. La bio-lixiviation (aussi appelée bio-oxydation) se distingue de la lixiviation


chimique conventionnelle par le fait qu’elle n’utilise aucune solution lixiviante. Ce procédé a
plutôt recours à des bactéries (thiobacillus ferrooxidans et autres espèces) actives dans des
bio-réacteurs, ce qui crée des conditions optimales pour leur reproduction. Ces bactéries
favorisent l’extraction de métaux de base ou précieux des concentrés de minerais sulfurés en
accélérant le processus naturel d’oxydation des sulfures (Shield et al., 1996; Potts, 2001). La
bio-lixiviation est une technologie relativement récente qui offre des possibilités intéressantes
pour la réduction de la consommation énergétique et la réduction du volume de rejets miniers
produits (par rapport aux méthodes traditionnelles d’extraction). Plusieurs procédés de bio-
lixiviation ont été développés par des compagnies dont BacTech Enviromet (BACOX, Bio-
Px), Banff Resources (BIOCO), BHP Billiton (BioCOP, BioNICK, BioZinc), Goldfields
Limited (BIOX), Newmont Gold (BIOPRO) et Titan Resources (Bio-Heap). Les opérations
de bio-lixiviation deviennent rentables sur le plan économique dans certains contextes
d’exploitation et peuvent être avantageuses d’un point de vue environnemental.

416
Comme les opérations chimiques de lixiviation en tas, les opérations de bio-lixiviation ne
peuvent pas s’appliquer dans toutes les conditions. En particulier, elles ne sont pas adaptées à
un climat trop froid.

11.4.2 Méthodes de contrôle et de restauration

L’industrie minière possède une certaine expérience en ce qui concerne la restauration de tas
lixiviés au cyanure (McNearny, 1996), mais les technologies pour la restauration de tas
lixiviés à l’acide sont encore au stade expérimental. Cependant, vu qu’un certain nombre
d’opérations de lixiviation à l’acide approchent la fin de leur vie économique, le sujet de leur
restauration a reçu une attention plus marquée au cours des dernières années. Dans ce qui suit,
on examine sommairement certaines mesures de contrôle et de restauration pouvant servir à
protéger l’environnement des contaminants mobilisables contenus dans le minerai épuisé. Il
s’agit de la collecte et du traitement, du rinçage, de la neutralisation in situ, du recouvrement
des tas lixiviés et de l’obturation des pores.

Collecte et traitement. L’application de cette méthode nécessite la collecte de toute l’eau


d’exfiltration en provenance du tas et son traitement dans une usine. Généralement, une telle
usine est déjà en place sur le site pour traiter la purge de solution de lixiviation. Cependant,
puisque la concentration des contaminants dans l’exfiltration diminue en fonction du temps, il
peut s’avérer nécessaire de modifier le procédé de traitement et les réactifs utilisés. La
collecte et le traitement d’eaux contaminées par des métaux et de l’acide à basse
concentration est une technologie fiable et amplement utilisée dans l’industrie minière pour
contrôler le drainage minier acide (voir le chapitre 5). De plus, il y a plusieurs procédés sur le
marché pour la destruction chimique du cyanure en solution (McGill, 1990; voir aussi le
chapitre 7). Employée seule, la méthode de collecte et de traitement a le désavantage de
requérir une très longue période de temps, allant jusqu’à des centaines d’années, avant que les
niveaux de contaminants dans l’exfiltration décroissent assez pour ne plus nécessiter de
traitement (Li et al., 1995).

Rinçage. Le rinçage consiste à appliquer de l’eau propre à la surface du tas lixivié afin
d’accélérer l’élimination des contaminants résiduels. La collecte et le traitement de la rinçure
font partie intégrante de cette méthode de restauration et durent jusqu’à ce que l’eau de cette
rinçure soit assez propre pour pouvoir être déchargée dans l’environnement selon les
règlements en vigueur. En général, l’usine de traitement des eaux doit être capable
d’accommoder un débit de rinçure largement supérieur à celui de la purge de la solution
lixiviante. Il faut prévoir à cet effet soit le surdimensionnement de l’usine de traitement des
eaux lors du démarrage du projet de lixiviation, soit l’agrandissement de cette usine avant le
début du rinçage.

Le rinçage à l’eau suivi de la destruction chimique du cyanure dans la rinçure est la méthode
la plus fréquente pour la restauration des tas lixiviés de minerai d’or et d’argent (Dix et al.,
1992). La restauration par rinçage de tas lixiviés à l’acide est plus difficile à réaliser, car
l’attaque acide du minerai dissout un plus grand pourcentage de la gangue et crée une
minéralogie secondaire complexe. De plus, l’acide, contrairement au cyanure, ne se dégrade
pas naturellement.

Dans la pratique, l’inefficacité de la lixiviation peut compromettre grandement la réussite du


rinçage. Il est donc avantageux de planifier conjointement ces deux étapes du projet. A titre
d’exemple, il est utile de se référer à des tests menés récemment à l’échelle pilote sur du

417
minerai d’oxyde de cuivre (Catalan et al., 1998). Ces tests ont montré que l’utilisation de
tuyaux d’irrigation espacés de 60 cm pour distribuer la solution lixiviante acide résultait en un
écoulement préférentiel dans le voisinage et sous les points d’infiltration. En dehors de ces
zones d’écoulement préférentiel, les conditions moins acides favorisaient la précipitation de
jarosite et de gypse, réduisant ainsi irréversiblement la conductivité hydraulique du minerai et
limitant davantage le débit de la solution lixiviante. En plus de nuire à la récupération du
cuivre, les zones à conductivité hydraulique réduite n’étaient rincées que très lentement,
même si l’application de l’eau de rinçage était homogène à la surface du tas.

La figure 11.3b compare la concentration en cuivre dans la rinçure en fonction du volume de


rinçure récupéré par tonne de minerai pendant un essai pilote et pendant un essai en colonne à
une échelle réduite. L’utilisation de gicleurs très rapprochés pour distribuer la solution
lixiviante sur la colonne peut limiter la formation de zones colmatées à perméabilité réduite.
La figure 11.3b montre qu’il est possible de réduire la concentration en cuivre en dessous de
0,1 mg/L dans la rinçure de la colonne, après avoir fait passer 7,5 m3 d’eau par tonne de
minerai dans ce cas particulier. Par contre, dans le cas de l’essai pilote, la concentration en
cuivre dans la rinçure n’a pu être réduite en dessous de 20 mg/L. Ces résultats suggèrent que
le traitement de la rinçure pourrait demeurer nécessaire à très long terme lorsque des zones à
conductivité hydraulique réduite sont présentes dans le minerai lixivié. C’est une situation
fréquente, comme nous l’avons vu avec les haldes à stériles (section 8.4). En effet, des zones
à conductivité réduite peuvent se former lors de la construction du tas en raison de la
ségrégation des tailles de particules lors de l’empilement du minerai, du compactage par
l’équipement lourd, de la migration des fines, etc. (Clifford, 1996; Zhan, 2000).

Notons aussi que différents minerais peuvent adopter des comportements géochimiques divers
et qu’il convient de les évaluer individuellement.

Neutralisation in situ. La neutralisation in situ est une méthode de restauration envisageable


pour les tas lixiviés à l’acide. Elle consiste à appliquer une solution basique sur le tas.
L’objectif est d’obtenir l’infiltration homogène d’une solution alcaline dans le minerai,
permettant la neutralisation complète de l’acidité résiduelle et la précipitation des métaux in
situ. Les solutions alcalines faibles, telles que le carbonate de sodium, sont préférables aux
bases fortes (Catalan et al., 1998, Li et al., 1998). En effet, les environnements à pH très élevé
résultant de l’utilisation de bases fortes (telles que la chaux) favorisent la consommation de
l’alcalinité par les minéraux de la gangue, et ne permettent pas d’accélérer de façon
significative la restauration par rapport au rinçage à l’eau pure. Par contre, les bases faibles
dont l’alcalinité provient du carbonate et du bicarbonate réagissent moins avec la gangue, et
sont donc disponibles pour neutraliser l’acidité et précipiter les métaux en solution.

En ce qui concerne les tas lixiviés avec une solution alcaline de cyanure, l’addition de réactifs
chimiques de neutralisation qui permettent de détruire le cyanure résiduel in situ entraîne
généralement des coûts très élevés en raison de la consommation des réactifs par les minéraux
de la gangue (Dix et al., 1992).

Recouvrement des tas lixiviés. En empêchant complètement l’infiltration de la pluie et de la


neige dans le tas lixivié, on peut du même coup éliminer le transport de contaminants dans
l’environnement par exfiltration. C’est là l’effet recherché par les recouvrements à base de
matériaux de faible perméabilité (voir Zhan et al. 2001 et le chapitre 6). Comme nous l’avons
vu, ces recouvrements ont aussi des applications dans le domaine de la prévention du drainage
minier acide, bien que leurs mécanismes d’action y soient parfois différents. Il est

418
indispensable que le recouvrement demeure efficace pendant toute la durée requise (souvent
100 ans et plus) pour que s’effectue la neutralisation très lente de l’acidité résiduelle par les
minéraux silicatés présents dans le tas.

Les recouvrements construits avec des sols (argile, silt ou autre) peuvent habituellement
réduire l’infiltration dans une proportion de 50 % à 95 %. Il faut donc souvent les combiner à
la collecte et au traitement des exfiltrations résiduelles. Cette combinaison n’est pas toujours
économiquement avantageuse. L’élimination complète de l’infiltration peut toutefois
nécessiter l’installation de matériaux artificiels tels que les géomembranes en polyéthylène de
haute densité (HDPE). Ces géomembranes coûtent très cher. En outre, elles demandent un
entretien régulier et peut-être même un remplacement à long terme.

Obturation des pores. Une autre méthode pour réduire l’infiltration consiste à changer la
chimie de la solution interstitielle dans le tas pour causer la formation de précipités ou pour
dilater certaines composantes du minerai afin d’obturer les pores. Par exemple, l’ajout de
chaux ou de calcaire à la surface du tas peut provoquer la formation d’hydroxydes, d’oxydes
et de gypse. Il y a aussi la possibilité de favoriser la précipitation de jarosite dans les pores par
la circulation de solutions acides, éventuellement enrichies en sodium ou en potassium, à
travers le tas. Lorsqu’il y a des argiles expansives dans le minerai, on peut utiliser une
solution d’hydroxyde de sodium pour les dilater. Cependant, aucune de ces méthodes
d’obturation géochimique n’a vraiment fait ses preuves sur le terrain, et même les essais en
laboratoire sont rares.

La métallurgie primaire comprend plusieurs sous-industries telles que les industries


sidérurgiques, les fonderies de fer, les alumineries, les fonderies des métaux non
ferreux, les usines métallurgiques d’affinage ainsi que les industries du laminage, du
moulage et de l’extrusion de ces métaux. Ces industries sont très énergivores et
consomment beaucoup de matières premières. Elles produisent aussi une grande
quantité de résidus inorganiques, sous formes solide et liquide, et elles émettent des
polluants atmosphériques comme du dioxyde de soufre, des poussières, des
particules de fluorures et du monoxyde de carbone (Nriagu, 1984; MENVIQ, 1988).
Source de préoccupations environnementales, le SO2 généré est de plus en plus
converti en acide sulfurique pour réduire les émissions atmosphériques.

Une fonderie est une usine de conversion qui reçoit, par exemple, du minerai
concentré de cuivre ou de nickel qu’elle va transformer par divers procédés pour
obtenir des métaux usuels (Cu, Ni, Pb). La figure 11.4 présente de façon
schématique les différentes étapes de traitement de la fonderie de cuivre Gresik, à
Jayapura, en Papouasie.

419
Comme on peut le constater, cette fonderie produit des rejets solides principalement
sous forme de scories issues du rôtissage des sulfures de cuivre. Il s’agit en fait d’un
magma solidifié de minéraux silicatés fondus de même que des boues provenant de
l’usine électrolytique. Les fonderies peuvent aussi produire des boues et des
cendres.

La problématique environnementale associée aux fonderies est donc variée et


complexe. Les émissions d’une fonderie peuvent résulter en une contamination
étendue de l’air, de l’eau, des sols, de la végétation et des sédiments dans une
région donnée. Nous abordons succinctement ici certains de ces aspects.

11.5.1 Pollution due aux fonderies

Contamination atmosphérique. La pollution atmosphérique se définit comme un


état particulier de l’atmosphère lorsqu’on y retrouve un contaminant ou un mélange
de contaminants en concentration ou en quantité supérieure à un seuil au-delà
duquel ils sont susceptibles d’induire des effets indésirables. Il y a deux grandes
classes de contaminants atmosphériques : les contaminants primaires, émis dans
l’atmosphère sous forme particulaire ou gazeuse, qui peuvent causer directement
des effets indésirables (par exemple, le smog urbain) sur un ou plusieurs milieux
récepteurs; les contaminants secondaires, qui sont des composés (particulaires ou
gazeux) découlant de réactions chimiques ou photochimiques entre certains
contaminants primaires et les constituants normaux de l’atmosphère (azote,
oxygène, vapeur d’eau, particules en suspension d’origine naturelle, etc.). Nous

420
avons vu brièvement le cycle de la pollution atmosphérique au chapitre 3, et il est
présenté schématiquement à la figure 11.5.

Ce cycle comporte trois principales étapes, soit l’émission des contaminants, leur
transport, et les phases d’élimination et de dépôt dans les milieux récepteurs
(MENVIQ, 1988). Divers types de polluants atmosphériques existent, dont plusieurs
peuvent être associés aux activités des fonderies, notamment : le monoxyde de
carbone (CO) qui provient de la combustion incomplète des hydrocarbures, divers
hydrocarbones (HC) générés par l’utilisation des carburants fossiles (entre autres
CO2, CH4, etc.), les oxydes d’azote et de soufre (NOx, SOx) aussi créés lors de la
combustion de carburants fossiles et par la fusion du concentré dans le cas du SO2,
et les matières particulaires comprenant les particules solides ou liquides produites
lors de la combustion, de l’abrasion ou de tout autre processus pouvant conduire à
leur formation (Down et Stocks, 1977; Shantora, 1989; Desautels, 1997; Heinshohn
et Kabel, 1999; Keller, 2000).

Au Canada, les sources ponctuelles de pollution atmosphérique en soufre les plus


importantes sont situées au Québec et en Ontario. Il s’agit des fonderies pour
l’extraction des métaux non ferreux qui rejettent des quantités importantes de
dioxyde de soufre. Toutefois, bien que les émissions atmosphériques des fonderies
contribuent au phénomène des pluies acides, il y a beaucoup d’autres industries et
activités humaines qui sont plus polluantes et qui ont une incidence encore plus
importante sur la génération des pluies acides. Mentionnons par exemple les
véhicules automobiles et les centrales thermiques au charbon (contenant du soufre)
utilisées pour la production d’électricité, surtout concentrées au sud des Grands
Lacs. La distribution mondiale des émissions de SO2 montre que les principales
sources émettrices de SO2 sont situées, outre dans le Mid-West américain, en
Amérique du Sud, en Asie et en Europe. Le GEIA (Global Emission Inventory

421
Activity), qui a pour mission d’inventorier les émissions anthropogéniques de SO2 et
NOx à travers le monde (Benkovitz et al., 2002), mentionne qu’en 1986, 59,3 % des
émissions atmosphériques de SO2 provenaient des fonderies non ferreuses (Cu, Ni,
Pb et Zn). Le total émis cette année-là était de 2754 kt de SO2. Les industries du
Québec ont produit 22 % des émissions nationales de SO2 pendant cette même
année (Shantora, 1989).

Le CGEIC (Canadian Global Emissions Interpretation Centre,


[Link] fait un suivi des diverses émissions de polluants
atmosphériques sur le territoire canadien; on peut également consulter le site Web
" La Ligne Verte " d’Environnement Canada ([Link] pour obtenir de
l’information à ce sujet. Les normes canadiennes pour les émissions polluantes se
retrouvent dans plusieurs lois et règlements des gouvernements fédéral et
provinciaux, telle la loi canadienne de la protection de l’environnement (Canadian
Environmental Protection Act -CEPA), la loi sur la qualité de l’air (Clean Air Act -
CAA), la loi sur les pêches et le Règlement sur les effluents liquides des mines de
métaux (Metal Mining Liquid Effluent Regulations and Guidelines - MMLER).
Plusieurs de ces législations sont en voie de révision.

Autres contaminants. Outre les contaminants atmosphériques mentionnés plus


haut, les fonderies peuvent générer plusieurs contaminants solides et liquides. Ces
contaminants peuvent ainsi devenir des émissions fugitives lorsqu’ils sont
transportés par le vent et les eaux. Un exemple de contaminant très toxique est le
trioxyde d’arsenic, qui est un sous-produit de l’industrie des fonderies de métaux de
base et précieux. Il y a très peu de demande pour ce produit, dont le marché est
limité aux préservatifs chimiques du bois, aux batteries au plomb, à l’industrie du
verre, aux produits pharmaceutiques et aux herbicides. Le trioxyde d’arsenic doit
donc être entreposé à la surface, parfois mélangé à d’autres rejets miniers. Étant
donné que le marché pour le trioxide d’arsenic est en déclin et à cause de sa très
grande toxicité, l’entreposage à long terme des rejets d’arsenic n’est pas souhaitable
et le besoin d’une méthode d’entreposage qui serait environnementalement
acceptable se fait sentir. La méthode industrielle la plus fréquemment utilisée pour
éliminer l’arsenic des effluents est la co-précipitation avec le fer ferrique pour former
des arséniates ferriques amorphes. Ces composés seraient relativement stables
lorsque le rapport Fe/As est élevé (Fe+3/As+5>4). Toutefois, la stabilité et la nature
exacte des composés d’arsenic formés sont les sujets d’un débat qui dure depuis
plusieurs années (Debekaussen et al., 2001). On croit que les précipités sont des
hydroxydes de fer ferriques dont les surfaces adsorbent l’arsenic, ou encore des
arséniates de fer ferriques faiblement cristallins. La scorodite (FeAsO4 2H2O) serait
une forme idéale pour l’immobilisation de l’arsenic, car ce minéral est deux fois moins
soluble que les arséniates amorphes de fer ferriques. Des travaux de recherche sont
en cours pour évaluer un procédé qui permettrait la précipitation de scorodite
cristalline peu soluble à pression ambiante (Debekaussen et al., 2001).

11.5.2 Procédés usuels

Les procédés utilisés dans les fonderies comportent des réactions physico-chimiques
qui séparent le métal des autres éléments. Pour le cuivre, par exemple, le concentré
acheminé à la fonderie est généralement mélangé à de l’oxygène et à du sable, et ce
à des températures très élevées (1200 ° C). Cette fusion génère un liquide de

422
sulfures (appelé la matte) et des scories en fusion, et elle libère du SO2. Le dioxyde
de soufre s’échappe dans l’air, tandis que les sulfures liquides se séparent par
immiscibilité du liquide silicaté riche en fer (scorie) qui est moins dense et qui flotte à
la surface de la matte (figure 11.6).

Le fer et le soufre sont par la suite séparés de la matte par le convertisseur, qui
contribue à former du cuivre ampoulé (vésiculaire) constitué à 98,5 % de Cu. Le SO2
est canalisé vers une usine où on le convertit généralement en acide sulfurique.

Dans le cas des fonderies du plomb, le processus est globalement semblable.


Prenons le cas de la fonderie Brunswick de Noranda Inc., qui traite le concentré de
plomb et de métaux précieux (or, argent) provenant de diverses opérations (dont la
mine Brunswick), mais aussi différentes matières secondaires, des batteries acide-
plomb et des matériaux recyclables qui présentent un risque pour l’environnement.
Cette fonderie produit du plomb raffiné, des alliages de plomb, des dorés de métaux
précieux et de l’acide sulfurique. Les dorés de métaux précieux sont acheminés à
l’usine CCR de Montréal pour un raffinage plus avancé. La fonderie Brunswick, grâce
aux progrès technologiques, est devenue une usine relativement peu polluante et
très productive comparativement aux autres usines de ce type. Le procédé de base
qu’elle applique est assez conventionnel, et il consiste à mélanger le concentré de
plomb à du calcaire et à du sable pour les sintériser (agglomération par frittage). La
sintérisation libère le soufre du concentré sous forme de SO2 et l’achemine vers une
usine de production d’acide sulfurique (comme dans le cas des fonderies de cuivre
ou de nickel). Le mélange est chauffé à 1250 ° C pour séparer le plomb qui fond et
s’accumule à la base de la cuve. La scorie de fer est retirée de la fournaise puis
solidifiée par granulation après l’envoi d’eau sous haute pression.

Dans les fonderies mentionnées ici, une certaine quantité de SO2 est neutralisée à
l’aide de chaux dans un laveur à jet suivant la réaction 11.5. On obtient alors du
gypse qu’on peut par la suite revendre à l’industrie du ciment et de la construction.

423
(11.5) SO2 + CaO + 2 H2O + ½ O2 → CaSO4· 2 H2O

Toutefois, une certaine quantité de dioxyde de soufre parvient dans l’atmosphère. Ce


dioxyde de soufre peut donc réagir pour former de l’acide sulfurique et contribuer au
phénomène des pluies acides selon les réactions suivantes :

(11.6) 2 SO2 + ½ O2 + particules d’un métal catalyseur → 2 SO3

(11.7) SO3 + H2O → H2SO4

(11.8) SO2 + OH + O3 + H2O2 → H2SO4

Un autre procédé de métallurgie primaire est utilisé au Québec pour la transformation


du minerai d’ilménite (fer et titane) par la compagnie QIT de Sorel. Le schéma
fonctionnel du procédé QIT est illustré à la figure 11.7.

La réduction de l’ilménite s’effectue dans des fours à arc. Le procédé de fusion par
arc électrique est également utilisé par les aciéries. Le four rotatif de grillage est
chargé d’anthracite et de minerai. La fusion et la réduction s’accomplissent à des
températures très élevées. Tout comme dans le cas des fonderies de métaux non
ferreux, deux couches liquides de densités différentes se forment et sont maintenues
à des hauteurs contrôlées par des coulées périodiques effectuées à deux niveaux
différents. La scorie se situe au-dessus de la fonte plus dense. La scorie de titane en
fusion coule des fours dans des wagons et refroidit ensuite grâce à un arrosage à
l’eau. La scorie solidifiée est alors entreposée avant d’être broyée à la grosseur
désirée selon les spécifications des acheteurs. Le monoxyde de carbone est le

424
principal polluant atmosphérique gazeux émis. Il y a aussi émission de SO2,
quoiqu’en quantité moindre, lors de l’étape de désulfuration dans le procédé QIT.

Les scories produites par les fonderies de métaux ferreux et non ferreux peuvent,
dans certains cas, avoir des propriétés pouzzolaniques (de cimentation) lorsqu’elles
sont finement broyées. Elles peuvent alors être vendues comme adjuvants et agents
liants utilisés dans les bétons et les recettes de remblais en pâte (résidus miniers +
ciment ± adjuvant + eau). Par exemple, la mine Louvicourt en Abitibi a utilisé pendant
un certain temps une scorie de fer finement broyée comme adjuvant au ciment dans
sa production de remblais en pâte.

11.5.3 Prévention, contrôle et suivi

L’évaluation des répercussions sur l’environnement de la contamination causée par


l’activité industrielle des fonderies requiert un programme de suivi environnemental
continu qui nécessite l’échantillonnage des populations végétales et animales, des
analyses géochimiques pour évaluer l’accumulation des métaux dans les plantes et
les sols, ainsi que la collecte de poussières atmosphériques et l’analyse des cours
d’eau environnants. On peut mesurer les émissions polluantes à la source (par
exemple, dans les cheminées) plutôt que sous forme de retombées, mais l’approche
est généralement plus complexe, bien que souvent requise pour permettre
d’implanter efficacement les mesures de contrôle des émissions polluantes. Les
méthodes d’échantillonnage sont souvent dites isocinétiques, car la vitesse des
particules dans l’échantillonneur doit être la même qu’à la source (dans la cheminée);
tout écart conduit à une sous-évaluation ou à une surévaluation des concentrations
de contaminant. On trouvera plus de détails sur les méthodes d’échantillonnage des
sources polluantes dans Heinsohn et Kabel (1999).

Diverses méthodes de contrôle des émissions polluantes sont utilisées pour limiter la
pollution à la source comme les émissions de poussières, de gaz, de liquides, etc.
Par exemple, on peut prévenir les émissions de poussières à l’étape du broyage en
maintenant un degré d’humidité approprié : il s’agit d’arroser avec de l’eau et
d’ajouter un agent mouillant qui permet de réduire la tension interstitielle entre les
particules et l’eau (Down et Stocks, 1977; Davis et Taylor, 1994). Les différents
systèmes de contrôle de la pollution de l’air (systèmes de filtration des particules ou
de captation des gaz et vapeurs) sont revus en détail par Brown et Brown (1978),
Dresher et Rodolff (1981), Vutukuri et Lama (1986) et Heinsohn et Kabel (1999).

Les améliorations dans les méthodes de prévention et de contrôle de la pollution


atmosphérique sont tributaires de l’avancement technologique, lui-même souvent
motivé par la nécessité de respecter des normes environnementales de plus en plus
sévères. À titre d’exemple, on peut mentionner le cas de la fonderie Copper Cliff à
Sudbury qui, au début des années 1990, émettait 685 000 tonnes de SO2 par année,
un volume très réduit par rapport aux 2 millions de tonnes par année émis
antérieurement (Santora, 1989; Bell et al., 1990). Grâce à un programme de
réduction des émissions atmosphériques mis en place par Inco, les émissions de
SO2 à la fonderie Copper Cliff devaient passer à 265 000 t/an en 1994. De façon
générale, ce genre de mesures antipollution, appliquées depuis 20 ans aux activités
minières et métallurgiques de Sudbury, ont contribué à la désacidification d’une
centaine de lacs et permis d’y rétablir une vie aquatique plus normale. Toutefois, il

425
reste encore du travail à faire pour corriger les dommages occasionnés aux 7000
lacs qui ont été acidifiés dans cette région (selon l’unité d’écologie de l’eau douce de
l’Université Laurentienne).

Les activités industrielles humaines engendrent tout naturellement un certain nombre


de rejets solides et liquides qui, dans le cadre du respect des réglementations, font
l'objet de traitements spécifiques qui les transforment en boues (sludge ou mud en
anglais). C’est le cas des boues rouges générées principalement par les alumineries.
Le Canada a produit 2390 Mt d’aluminium de première fusion en 1999 et il est le
quatrième producteur mondial après les États-Unis, la Russie et la Chine; la
production canadienne représente environ 4,8 milliards de dollars. On retrouvera plus
de détails sur la production de l’aluminium au Canada dans l’annuaire des minéraux
du Canada ([Link]

11.6.1 Origine des boues rouges

On transforme la bauxite en alumine au moyen du procédé Bayer, qui consiste à


dissoudre la bauxite dans une solution caustique. Cette liqueur se compose en
majeure partie de produits chimiques nécessaires pour extraire l'alumine. Le procédé
d'extraction produit des impuretés résiduelles alcalines (pH = 13,0) que l'on appelle
les boues rouges. Au Québec (et au Canada), la seule usine à produire des boues
rouges par traitement de la bauxite est l'usine Vaudreuil d'Alcan, située à Jonquière
(Anon, 1999); Beaulieu (2002) a décrit certaines propriétés de ces boues rouges (voir
[Link]/enviro-geremi, projet 1.4.1). Cette usine fournit l'alumine aux autres
usines d'Alcan. Les autres alumineries au Québec (Alouette, Reynolds, ABI et
Lauralco) importent l'alumine et par conséquent ne génèrent pas de boues rouges.

L’aluminium est le troisième élément le plus abondant de la croûte terrestre après


l’oxygène et la silice. C’est l’élément métallique le plus abondant, constituant environ
8,23 % de la croûte terrestre (Keller, 2000). Il n’existe pas à l’état pur dans la nature,
se présentant le plus souvent sous forme d’hydroxydes (Klein et Hurlbut, 1993) tels
le diaspore (a AlO(OH)) et la gibbsite (Al(OH)3). Le minerai d’aluminium peut
également se retrouver sous la forme de cryolite (Na3AlF6). La source la plus
facilement exploitable d’aluminium est la bauxite, un minerai présent surtout dans les
régions tropicales et subtropicales; il n’y a pas de gisement de bauxite au Canada.
La bauxite est constituée de trois hydroxydes, dont deux d’aluminium (gibbsite et
diaspore) et un de fer, soit la boehmite (a FeO(OH)). L’alumine employée dans les
usines canadiennes provient aussi d’Australie, d’Amérique du Sud, de Jamaïque et
du sud des États-Unis. On produit une tonne d’aluminium à partir de quatre à cinq
tonnes de bauxite. La présence des alumineries au Québec est directement reliée au
faible coût de l’électricité (hydroélectricité). Alcan a cinq usines d’aluminium en
production au Québec (Vaudreuil et Arvida à Jonquière, Grande Baie à La Baie,
Laterrière à Chicoutimi et la nouvelle usine d’Alma; Pellerin, 2000; voir aussi les
informations sur les sites Web de la compagnie Alcan ([Link]

11.6.2 Enjeux environnementaux

Les difficultés de stockage et les coûts de mise en décharge imposent une recherche
de solutions pour minimiser la production des boues ou les récupérer. Leurs
propriétés font en sorte que leur gestion requiert un effort particulier; certaines de ces

426
particularités sont décrites dans le rapport synthèse de Beaulieu (2002) sur le site de
la Chaire industrielle CRSNG Polytechnique-UQAT en environnement et gestion des
rejets miniers ([Link] Comme les autres rejets
miniers, la gestion des boues rouges est soumise à des contraintes réglementaires,
ainsi qu'à des contraintes d'ordre économique ou technique ( Haile et al., 2000;
Pellerin, 2000). La grande quantité de boues produite constitue en soi une raison de
s’y intéresser. Par exemple, au début des années 1990, la production de boues
rouges par les 19 alumineries en opération en Chine était d’environ 3 millions de
tonnes par an.

Parmi les solutions envisagées pour minimiser les répercussions environnementales


de la production de boues rouges, mentionnons la réduction du volume de boues
produites à l’aide de diverses techniques comme le pressage, le séchage et
l’incinération ou encore, l’utilisation de bioréacteurs à membrane et certaines
techniques électrochimiques lors du traitement des rejets. On peut aussi rendre les
boues inertes par l’ajout d’un liant hydraulique comme le ciment (Sirois, 1999;
Pellerin, 2000). Dans certaines conditions, on peut même valoriser les boues rouges;
elles pourraient servir de matériel de remplissage dans la construction de routes, de
matériau de base dans la production de ciment silicaté (résistant aux sulfates et au
gel) et autres agents liants, de milieu absorbant pour le traitement des eaux
contaminées à l’arsenic, dans des systèmes de contrôle des eaux acides (DMA), ou
même de base pour produire un fertilisant silicaté pour les sols acides et les rizières
dans le sud de la Chine (Zhang et al., 2001; Beaulieu, 2002).

Chez Alcan, on lave les boues rouges puis on recycle l'eau de lavage. Les boues
rouges contiennent surtout des composés de fer et de silicium provenant de la
bauxite. Elles sont généralement de couleur rouge, et leur concentration varie selon
la catégorie de bauxite et le procédé de lavage. Bien que les boues rouges se
retrouvent actuellement en petites quantités dans des produits de construction, elles
sont surtout stockées dans des bassins confinés (figure 11.8 a et b).

427
Lorsqu'ils sont pleins, ces bassins sont généralement recouverts, et un programme
de suivi est mis en place pour assurer la compatibilité environnementale. Pour
prolonger la durée de vie des bassins, on a développé une technologie
d’entreposage des boues rouges épaissies, employée surtout dans des climats
tropicaux et tempérés (Haile et al., 2000). Cette méthode s’apparente à la production
de remblais miniers dont la teneur en solides peut atteindre jusqu’à 80 %.
L’augmentation de la densité des boues rouges offre plusieurs avantages, dont :

428
• la récupération de produits chimiques comme le soda utilisé dans la
production de l’alumine;
• la préservation de l’eau fraîche;
• une économie pour l’entreposage des rejets, car plus de tonnage de solides
peuvent être stockés par unité de volume;
• une diminution de la quantité des eaux de drainage, car la surface
d’entreposage est plus petite;
• un empilement qui requiert des ouvrages de retenue moins importants;
• des résidus plus stables et moins susceptibles d’initier un mouvement
d’écoulement de masse à la suite du bris d’une digue;
• une restauration du site plus facile après la fin de la déposition des rejets, car
les résidus se densifient durant le processus d’entreposage;
• une diminution de la quantité d’eau contaminée et des incidences
environnementales, car la conductivité hydraulique des boues consolidées
diminue de façon significative.

Les autres contaminants produits par les alumineries sous forme d’émissions liquides
ou atmosphériques sont le SO2, l’oxyde d’azote, les poussières, les particules en
suspension dans l’eau, le CO2, les perfluorocarbones et le fluor. On y produit aussi
des hydrocarbures polycycliques aromatiques (HAP), notamment dans les salles de
cuves, les ateliers de cuisson des cathodes et des anodes, l’atelier de préparation de
la pâte d’anode et lors de la calcination du coke (Pellerin, 2000). La société Sodexen
a développé le procédé HAPPS qui utilise certaines bactéries pour traiter les
contaminants utilisés comme source de carbone et les décomposer en produits non
toxiques (Julien, 2001).

Dans le domaine de la consommation d'énergie, on observe des progrès


considérables. Par exemple, les usines d'Alcan auraient diminué leurs besoins
énergétiques dans une proportion allant jusqu'à 50 % depuis le milieu des années
1980 grâce notamment à l'introduction des fours de calcination à lits fluidisés. Ces
économies d'énergie ont contribué à réduire les émissions atmosphériques
associées aux combustibles fossiles, tels le dioxyde de soufre (SO2) et le dioxyde de
carbone (CO2). À certains endroits, les émissions de SO2 ont chuté encore plus
grâce à l'achat de mazout à faible teneur en soufre ou de gaz naturel là où il est
disponible.

Les émissions de poussières sont pour leur part contrôlées efficacement. Par
exemple, les filtres électrostatiques sont maintenant courants dans les fours de
calcination d'alumine, et la poussière recueillie est recyclée dans différentes
applications.

Enfin, notons que divers travaux de recherche sont en cours pour revaloriser les
boues rouges dans diverses applications. À titre d’exemple, citons les travaux
récents de Namsivayam et al. (2001) qui évaluent l’utilisation des boues rouges dans
l’adsorption de coloration violette dans le traitement d’eaux industrielles. On trouvera
plus de détails sur cet aspect sur le site [Link]/enviro-geremi (voir projet
1.4.1).

11.7.1 Définition

429
Les minéraux industriels se définissent comme toute roche, tout minéral ou toute
autre substance naturelle ayant une valeur économique, à l’exclusion des minerais
métalliques, des combustibles fossiles et des pierres précieuses (diamant, saphir,
rubis, émeraude, opale, jade, etc.; Ripley et al., 1996). Voici quelques exemples de
groupes de minéraux industriels : l’amiante et la wollastonite, les argiles (y compris la
bentonite), le ciment, la pierre ornementale, la chaux, les granulats (pierre
concassée, sable et gravier naturels), la barite, le gypse et l’anhydrite, les
phosphates (apatite), la potasse et le sel gemme (halite, sylvinite, etc.), la calcite et la
dolomite, le mica, la syénite, la silice, le lithium, le talc et la pyrophyllite, les terres
rares, les zéolites, le grenat, et enfin le graphite. On regroupe toutefois fréquemment
le graphite sous une rubrique distincte des minéraux industriels, avec les autres
produits du carbone (c’est-à-dire charbon, tourbe et mousse organique, graphite,
diamant). Chaque année, la revue Mining Engineering of SME (voir par exemple le
numéro de juin 2002; voir aussi [Link]) publie dans un numéro spécial des
informations spécifiques sur la production américaine et mondiale de ces divers
minéraux industriels; deux autres ouvrages plus spécifiques peuvent aussi être
consultés: Mineral Facts and Problems publié par le département de l’intérieur des
États-Unis, et l’Annuaire des minéraux du Canada publié par le gouvernement
fédéral ([Link]

Au Québec, un des minéraux industriels les plus importants est l’amiante. Il y a deux
grandes variétés d’amiante : chrysotile et amphiboles fibreuses (figure 11.9).

La variété d’amiante la plus dangereuse pour la santé est l’amphibole fibreuse


crocidolite, aussi appelée amiante bleue (Nolan et al., 2001). La contamination et les
effets de l’amiante au Canada ont fait l’objet de multiples études au fil des ans, en
relation surtout avec la santé des travailleurs (Charlebois, 1978).

430
11.7.2 Incidences environnementales

Comme les conditions associées aux exploitations de minéraux industriels sont très
variées, les aspects touchant l’environnement sont trop vastes pour que nous
puissions les présenter en détail ici. Nous les survolerons donc rapidement. Les
principales incidences environnementales reliées à l’exploitation des minéraux
industriels sont le plus souvent de nature locale et concernent essentiellement le
bruit, l’émission de poussières et de particules, les incidences visuelles attribuables à
la grandeur des surfaces d’exploitation, les modifications du réseau de drainage et la
production d’une grande quantité de rejets solides (Ripley et al., 1996; Brodkom,
2000). La qualité d’eau utilisée est un autre paramètre important pour certains types
d’exploitation comme les opérations de phosphate, de sel gemme et de potasse
(surtout celles exploitées par lessivage).

L’inhalation de particules très fines de certains minéraux industriels comme l’amiante


et la silice peuvent avoir un effet sur la santé et conduire au développement de
maladies spécifiques comme l’amiantose et la silicose, deux maladies pulmonaires
dégénératives pouvant conduire au cancer du poumon. L’effet des poussières
minérales sur la santé est traité en détail par Lenihan et Fletcher (1977), Ross
(1999), Nolan et al. (2001), Finkelman, et al. (2001). Irvine (1996) a effectué une
revue internationale de problèmes environnementaux reliés aux opérations de
minéraux industriels.

La réglementation environnementale régissant les opérations de minéraux industriels


est souvent la même qui s’applique aux matériaux des carrières et sablières. Au
Québec, le ministre de l’Environnement (novembre 2001) a annoncé un projet de
modification au Règlement sur les carrières et sablières. On y note l’exclusion de
certains minéraux industriels comme l’apatite, la brucite, le diamant, le graphite, la
magnésite, le mica, le sel, la silice, le talc et la wollastonite. Les exploitants de sites
concernés par ces minéraux sont dorénavant assujettis à la Directive sur les
industries minières 019 et ils devront obtenir un certificat d’autorisation avant de
pouvoir entamer l’exploitation d’un nouveau gisement ou d’agrandir leur aire
d’exploitation (voir chapitre 2).

Outre les problèmes déjà mentionnés, les principaux défis environnementaux


auxquels font face les exploitations de minéraux industriels touchent à la restauration
des sites, car beaucoup d’exploitations sont situées à proximité de régions urbaines
et de villégiature (Ciccu et al., 1998; Brodkom, 2000). Plusieurs études de cas reliées
à des exploitations de minéraux industriels en Europe sont présentées sur le site de
l’Association minière internationale ([Link]

L'utilisation d'explosifs dans les exploitations minières peut avoir diverses


répercussions sur l’environnement telles que l’émission de poussières, de gaz nocifs,
de vibrations, de jets d'air (air blasts), de bruit, de projectiles ainsi que la
contamination des eaux de mine. L'importance de chacun de ces problèmes
potentiels dépend du contrôle exercé lors des opérations de dynamitage. Bien que la
plupart de ces effets n'affectent que les travailleurs œuvrant sur le site minier,
certains peuvent aussi toucher l'environnement et la population avoisinante. Nous
faisons dans cette section une description sommaire des problèmes les plus
significatifs. On trouvera des informations additionnelles sur les sites Web de

431
l’International Society of Explosives Engineers ([Link] et de l’Institute
of Makers of Explosives ([Link]

11.8.1 Contamination des eaux

L'utilisation d'explosifs pour fragmenter la roche peut influer sur la qualité des eaux
de mine récupérées. L'ampleur de la contamination dépend de divers facteurs, tels
que (voir Agreda, 1999):

• la possibilité d’une détonation incomplète;


• l'utilisation de matériaux en vrac;
• la méthode de chargement des trous;
• les déchets produits (sacs d'emballage et autres);
• les gaspillages (explosifs laissés sur place après le chargement).

L'agent de sautage le plus courant dans les exploitations minières est le mélange
nitrate d'ammonium et de mazout, communément appelé ANFO (pour Ammonium
Nitrate Fuel Oil). La composition chimique de l'ANFO est la suivante : x H4O3N2 +
CH2, où x peut prendre les valeurs 2 (déficient en oxygène), 3 (équilibré) ou 5 et 6
(suroxygéné). Lors du sautage, environ 99 % de l'ANFO se décompose pour former
de l’azote, de l’eau, de l’oxygène et du N2O (Agrega, 1999). Il n'y a pas d'ammoniac
(NH3) libre créé lors de l'explosion si celle-ci se déroule correctement et que l'ANFO
n'est pas déficient en oxygène (Persson et al., 1994). La présence occasionnelle
d'ammoniac dans les eaux de mine peut donc refléter des problèmes liés au
sautage. L'utilisation d'huile à chauffage peut également amener certains problèmes
de contamination des eaux de mine. À ce sujet, des recherches se penchent
présentement sur la possibilité de remplacer l'huile à chauffage par d'autres produits
moins dangereux pour l'environnement, tels que l'huile de soya
([Link]

11.8.2 Poussières et gaz nocifs

Le sautage est une source importante de formation de poussières, qui se dispersent


après le dynamitage. Généralement, les poussières ne sont pas un problème majeur
à l'extérieur de la zone de tir (Siskind et Stagg, 1997). Toutefois, lorsque les
poussières ne sont pas contrôlées dans les exploitations à ciel ouvert situées en
région urbaine, celles-ci deviennent une source de désagrément pour les résidants
avoisinants (Brown, 1995). Les poussières sont en principe contrôlées par l'arrosage
des parois rocheuses à l'aide d'eau ou de mousses.

Lors de la détonation, les explosifs sont transformés en gaz à haute pression, ce qui
engendre la fracturation de la roche. Plusieurs gaz secondaires produits lors de la
détonation présentent des dangers pour la santé des organismes vivants. Les
principaux gaz nocifs produits sont (Chaiken et al., 1974): le monoxyde de carbone
(CO), le bioxyde de carbone (CO2) et les oxydes d'azote (NOx dont le composé nocif
est le NO2). Comme on peut le voir au tableau 11.3a, la quantité de gaz produite lors
de la détonation de l'ANFO dépend de la teneur en mazout, FO (carburant diesel).

432
Dans les mines souterraines, ces gaz peuvent être dilués par une bonne ventilation.
Dans les exploitations à ciel ouvert, ces gaz ne posent pas de problème puisqu'ils
sont suffisamment dilués, sauf dans certaines situations particulières (voir aussi :
[Link]

11.8.3 Bruit et jets d'air

Parmi les effets les plus indésirables du sautage dans les exploitations à ciel ouvert
situés en région urbaine, on note le bruit et les jets d’air. Le terme jet d'air (air blast)
décrit les ondes de pression sonore générées par les explosions. Ces ondes de
pression sonore peuvent être émises à des fréquences audibles (entre 15 Hz et 20
000 Hz) ou inaudibles. Elles peuvent causer des dommages importants aux
structures avoisinantes. Les probabilités de dommage dépendent de l'intensité de
l'onde initiale et de la distance entre la structure et le point d'origine de l'onde. Le
tableau 11.3b présente une brève liste des dommages potentiels selon la pression
de l'onde (en décibels).

L'onde de pression sonore générée perd de son intensité à mesure que l'on s'éloigne
de la source. Ainsi, lorsque l'exploitation est éloignée des zones résidentielles, les
jets d'air ne poseront pas de problème. L'utilisation de collets dans les trous et une
séquence de détonation moins rapide peuvent aider à réduire de façon significative
les pressions sonores émises lors du sautage (Holmberg et Persson, 1978).

11.8.4 Projectiles et vibrations

Dans les exploitations à ciel ouvert, les projectiles résultant du sautage constituent
un danger pour les travailleurs et la population avoisinante. Un tir mal contrôlé
(pouvant résulter d'un fardeau insuffisant, d'une mauvaise séquence de détonation,

433
de collets inadéquats ou d'une géologie propice) peut provoquer la projection de
morceaux de roche (voir Brown, 1995). On peut résoudre ce problème grâce à une
meilleure technique de sautage et à une formation adéquate du personnel affecté
aux opérations de dynamitage.

Pour leur part, les vibrations du roc font partie du processus du sautage.
L'accélération soudaine du roc, générée par la pression des gaz de détonation dans
les trous, induit des contraintes dynamiques sur le massif rocheux. Ce phénomène
crée une onde à travers le massif. Cette onde se propagera de manière
concentrique, particulièrement à la surface du massif rocheux (où les déplacements
de celui-ci sont moins entravés). Ces vibrations peuvent causer des dommages aux
structures avoisinantes et des désagréments pour les êtres vivants. On quantifie
usuellement les vibrations selon la vitesse au pic (maximale) des particules PPV
(peak particle velocity). Le tableau 11.3c décrit sommairement certains dommages
causés aux structures selon la PPV.

Pour les êtres humains, les désagréments causés par les vibrations dépendent en
partie de la sensibilité des individus. Wiss et Parmelee (1974) rapportent que des
vibrations ayant une PPV de l'ordre de 2,5 cm/s sont généralement perceptibles par
les gens éveillés, alors que Arnberg (1983) rapporte une valeur de 0,5 cm/s dans le
cas des gens endormis. Tout comme les ondes de pression sonores, l'onde de
vibration perd de son intensité à mesure qu’elle s’éloigne de la source. Cette
atténuation dépend essentiellement de la géologie du massif rocheux dans lequel
l'onde voyage. Il est possible de réduire les vibrations générées par le sautage
(Persson et al., 1994):

434
• en réduisant la charge par délai;
• en réduisant le nombre de trous et leur diamètre;
• en effectuant le sautage par tranche et en alternant charge et bourrage dans
les trous;
• en divisant les bancs en de plus petits bancs;
• en réduisant le fardeau.

11.8.5 Destruction des explosifs et des articles de sautage

Il peut arriver que les explosifs deviennent périmés, détériorés ou inutilisables. Il faut
alors détruire les explosifs et leurs emballages. Plusieurs règlements gèrent
l'utilisation des explosifs; mentionnons les articles 402 à 467 du Règlement sur la
santé et la sécurité du travail dans les mines et modifiant diverses dispositions
réglementaires (1993). On retrouve dans ce règlement des articles touchant la
destruction des explosifs, notamment :

• l’article 407. " Les explosifs détériorés ne doivent pas être utilisés, mais
doivent être détruits sans délai selon la méthode prescrite par le fabricant. "

• l’article 410. " Les emballages d'explosifs vides doivent être détruits. "

• l’article 411. " Lorsqu'il est prévu que les travaux de sautage seront arrêtés
ou interrompus pendant une période de plus de trois mois, tous les explosifs
doivent être détruits selon les spécifications du fabricant ou être retournés au
fournisseur. "

Les méthodes les plus courantes pour la destruction des explosifs sont la détonation
à l'air libre et la destruction par le feu (Sexton et Tope, 1996). La destruction des
explosifs par ces procédés peut toutefois entraîner une contamination de l'air et du
sol. Malheureusement, peu d'études environnementales ont été réalisées sur cet
aspect à ce jour.

Les pratiques d’exploitation minière ont parfois des conséquences graves sur le milieu
environnant. Ces conséquences dépendent de plusieurs facteurs dont la nature du gisement,
les méthodes d’exploitation et la taille de l’opération. La subsidence peut constituer une des
répercussions les plus importantes de l’activité minière (Yarbrough, 1983; Littlejohn, 1986;
Bell et al., 1988, 2000; Lin et al., 1990; Peng, 1992). La subsidence résulte de mouvements de
terrain reliés à des affaissements ayant lieu à la suite de l’extraction des zones de matériaux
stériles ou de minerai sous terre. Elle peut se produire sur plusieurs années (souvent plusieurs
décennies), durant et après la la vie active d’une mine (Deck et al., 2001; Homand et al.,
2001). Des affaissements miniers ont été rapportés dans plusieurs types d’exploitation,
comme les gîtes aurifères (Afrique du Sud) et les anciennes mines de charbon (France,
Angleterre, Allemagne, États-Unis, Chine, etc.).

Au Canada, plusieurs programmes pour améliorer la sécurité et la qualité de l’environnement


des sites des mines abandonnées ont été élaborés ([Link] notamment le
programme visant l’élaboration d’une norme canadienne pour le déclassement des chantiers
abandonnés peu profonds. Les mouvements de masse rocheuse aux environs des ouvertures
situées près de la surface sont fréquents et entraînent souvent des effondrements qui ont une
incidence sur les infrastructures, les gens et l’environnement.

435
Le problème de la subsidence en surface au-dessus des zones minées est d’intérêt, car la
construction d’habitations dans les banlieues de certaines régions où d’anciennes mines furent
exploitées est de plus en plus fréquente (Lin et al., 1990). Par exemple, en France, le RESUM
(Réseau du suivi de subsidence urbaine et minière; [Link] a été mis sur pied
pour suivre le problème de subsidence en zones habitées ou non habitées. Des désordres
importants ont d’ailleurs eu lieu à proximité des mines de fer abandonnées de Lorraine, où les
affaissements rapportés ont varié de brutaux à progressifs (Homand et al., 2001). On peut
aussi citer comme exemple le cas d’une route praticable dans le comté de Jackson en Ohio,
qu’on a dû refaire à la suite d’un problème de subsidence causé par l’effondrement
d’anciennes galeries d’une mine de charbon. Les travaux ont duré 10 semaines et ont coûté
environ 2,5 M$US
([Link] Plus près de nous, les problèmes de subsidence survenus dans la
région de Timmins en 1999 ont fait l’objet d’une intervention du ministère du Développement
du Nord et des Mines de l’Ontario (St-Louis, 1999). Dans cette section, nous allons
brièvement décrire les types d’affaissement minier et leurs effets. Comme il s’agit d’abord
d’un problème relié au comportement mécanique des sols et des roches, le lecteur pourra
trouver plus de détails dans les références précitées et dans des ouvrages connexes de
géotechnique, de mécanique des roches et de contrôle de terrain.

11.9.1 Mécanismes

Le phénomène d’affaissement minier (aussi appelé subsidence) apparaît de façon schématique


à la figure 11.10.

On constate que l’affaissement d’une exploitation minière engendre à la surface une cuvette
d’affaissement dont l’amplitude verticale peut atteindre quelques mètres dans les cas les plus

436
graves (Deck et al., 2001). Très souvent, dans les exploitations anciennes, on procédait en
suivant le pendage naturel de l’horizon minéralisé, en s’enfonçant progressivement et en
laissant des piliers de support de formes et de tailles très diverses. Les galeries étaient à
l’occasion partiellement remblayées pour soutenir le toit (Homand et al., 2001). Il faut
mentionner ici que le support de terrain conventionnel (de type boulons, grillage et béton
projeté) a surtout un effet sur les déplacements locaux, mais peu d’influence sur les
déplacements à très grande échelle associés à la subsidence, lorsque les ouvertures ne sont pas
totalement remblayées. Encore de nos jours, plusieurs types d’exploitation laissent en place
des vides souterrains à la fin de la vie de la mine.

Dans l’étude de la stabilité de la surface des régions ayant un potentiel de subsidence, il


convient d’étudier certaines questions, entre autres :

• Est-ce que la subsidence va se produire et, si oui, quelle en sera l’importance?


• Quand va-t-elle se produire et comment va-t-elle se développer?
• Quel type de subsidence va-t-on observer?
• Est-il pratique et économique de prévenir la subsidence ou d’en réduire les effets?

On reconnaît souvent deux grands modes de subsidence, soit le fontis et l’affaissement


progressif (Littlejohn, 1986; Bell et al., 1988; Bell et al., 2000; Homand et al., 2001). Le
fontis est l’apparition brutale en surface d’un entonnoir d’effondrement ayant généralement
quelques mètres de rayon et quelques mètres de profondeur. On peut voir des exemples de cas
de fontis à la figure 11.11.

437
Le fontis fait suite à une dégradation progressive de la voûte d’une ouverture souterraine qui
remonte peu à peu jusqu’à percer au jour. Il ne peut pas se former si la galerie est assez
profonde, même si l’ouverture est instable, car le foisonnement des blocs du toit vient
combler le vide avant qu’il n’atteigne la surface. Par exemple, on a observé dans le cas du
bassin ferrifère lorrain en France que les fontis ne peuvent pas apparaître pour des ouvertures
à une profondeur supérieure à 50 m (Homand et al., 2001). Cependant, certains types de fontis
associés au lessivage du roc (par exemple, sel, potasse, calcaire ou autres formations solubles)
peuvent engendrer des trous très profonds et très grands.

L’affaissement progressif est le deuxième grand mode d’instabilité pouvant survenir au-
dessus de travaux souterrains, surtout dans le cas des exploitations par chambres et piliers. Il
se traduit par la formation en surface d’une cuvette de quelques dizaines à quelques centaines
de mètres de diamètre (figure 11.10). Au centre de la cuvette, les terrains descendent
verticalement, tandis que sur les bords, ils se déforment avec un étirement vers les bords
extérieurs (ouverture de fissures) et un raccourcissement vers les bords intérieurs (apparition
de bourrelets). L’affaissement de surface se produit généralement de manière progressive, en
quelques jours, mois ou années, selon la dynamique du terrain minier et le contexte
géologique local.

11.9.2 Effets de la subsidence

Les effets et les conséquences de la subsidence minière sur l’environnement peuvent être
considérables (voir Bell et al., 1988, 2000; Sengupta, 1993; Deck et al., 2001). Il faut donc
éviter autant que possible les méthodes d’exploitation souterraines qui tendent à produire un
problème de subsidence. Malheureusement, il reste encore plusieurs anciens travaux
souterrains dont on ne connaît pas bien la localisation, notamment de très anciennes mines de
charbon en Europe. Ainsi, en Angleterre, l’obligation de colliger les plans miniers et
l’information concernant la localisation des travaux ne date que de 1872.

Différents types de mouvements du sol vont avoir différents effets sur les structures situées
dans la zone d’incidence (Bell et al., 2000); on en voit des exemples à la figure 11.12.

438
Les principaux problèmes reliés à la subsidence minière concernent les dommages aux
infrastructures comme les immeubles, les routes et les voies ferrées. Ces dommages sont en
général restreints à la zone directement affectée par la subsidence. Dans certains cas, la

439
subsidence peut avoir des effets plus catastrophiques et dévastateurs, causant par exemple la
déviation d’un cours d’eau, une inondation ou un glissement de terrain, ce qui peut même
entraîner la perte de vies humaines (Bell et al., 2000). Il est toutefois rare de voir condamnés
des terrains qui présentent des risques de subsidence minière.

11.9.3 Détection et prévention

Lorsqu’on envisage de développer des terrains où on soupçonne la présence d’une ancienne


mine souterraine, il est nécessaire de faire une étude pour déterminer la présence de ces
travaux miniers et pour évaluer l’incidence potentielle sur le développement prévu. Parmi les
correctifs qu’on peut apporter, notons un renforcement de la structure des édifices ou encore
le traitement du sol (par exemple, remplissage des vides avec du remblai). Il faut toutefois être
conscient que l’aménagement de terrains sur d’anciens sites miniers peut être fort coûteux
(Bell et al., 2000). En ce sens, l’étude des conséquences des affaissements miniers sur les
ouvrages devrait être effectuée à l’aide de modèles analytiques ou numériques appropriés
(voir Peng, 1992; Deck et al., 2001).

La subsidence, qui relève de processus naturels et anthropiques, soulève des enjeux en regard
de la sécurité publique, de la protection civile et de l’incidence économique. Les exploitations
minières souterraines, tout comme les projets de stockage de gaz en cavernes, les installations
d’équipement souterrain et le pompage des nappes, sont des causes de déformation
topométrique qui peuvent avoir des conséquences environnementales et affecter les activités
humaines. Ces déformations devraient faire l’objet de mesures et d’un suivi systématique. La
surveillance peut se faire à l’aide de diverses techniques comme les méthodes géophysiques,
géodésiques et géotechniques ([Link] Les méthodes géophysiques sont le plus
souvent utilisées (écoute sismique, méthodes électromagnétiques et de microgravimétrie,
inclinométrie, hydrophones, etc.). Elles sont surtout employées pour la détection des cavités et
la caractérisation des terrains dans l’environnement proche des cavités connues. Ces
techniques font encore l’objet de recherches pour intégrer l’interprétation des anomalies
géophysiques selon le comportement géomécanique des terrains visés. Pour le suivi des
déformations et les répercussions en surface, on utilise plutôt des techniques fondées sur des
méthodes de mesures directes comme le nivellement, le positionnement par satellite GPS et
l’utilisation d’extensomètres. La performance de ces méthodes est liée à la précision des
mesures de déformation, à la densité des réseaux de capteurs et à la pertinence statistique de
ces réseaux. Par ailleurs, certaines techniques innovatrices, comme l’interférométrie
différentielle, offrent des possibilités de détection accrue et apportent des informations sur
l’extension des déformations durant les phases de surveillance. Certains groupes, tel le GISOS
([Link] en France, étudient les divers mécanismes concernés, les méthodes et
outils de prévention, et l’aide à la gestion des crises (Homand et al., 2001).

On retrouve sur les sites miniers de nombreux produits susceptibles de causer des torts à
l’environnement. Cette section traite de deux produits parmi les plus critiques, soit les
biphényles polychlorés (BPC) et les pneus usés. Nous aborderons également, de façon
succincte, quelques éléments complémentaires aux questions environnementales associées
aux activités minières.

11.10.1 BPC

La présence de BPC sur les sites miniers est attribuable aux équipements électriques
(transformateurs et autres) employés (Mason et Buckpaul, 1990). D’après une étude

440
américaine de l’EPA (Environmental Protection Agency) réalisée au cours des 20 dernières
années, de tels équipements utilisant des BPC se retrouvent sur la plupart des sites miniers à
travers le monde (Bench, 2000).

Le problème pour l’environnement réside surtout dans l’abandon de ces équipements


électriques (sur les sites des mines et ailleurs). Ils deviennent une source de contamination
potentielle des eaux de surface et de la nappe phréatique par les BPC qu’ils contiennent.
Avant le milieu des années soixante, les techniques d’analyse n’étaient pas assez précises
pour détecter les BPC, et on n’avait pas établi alors que des quantités significatives de ces
produits chimiques étaient relâchées dans l’environnement. Dès que les méthodes d’analyse
l’ont permis, toutefois, on s’est mis à détecter des BPC un peu partout dans le monde. Par
exemple, on en retrouve dans le gras des pingouins et des ours polaires de l’Antarctique, dans
les organismes de la mer de Sargasse, dans les poissons des Grands Lacs au Canada et aux
États-Unis, ainsi que dans le gras et le sang des populations humaines à travers le monde
(Bench, 2000). Les résultats de ces études ont grandement contribué à l’adoption de
règlements sur le contrôle des produits chimiques industriels, dont les BPC, comme la loi du
contrôle des substances toxiques (TSCA) votée en 1976 aux États-Unis. Plus près de chez
nous, on peut se rappeler l’incendie d’un entrepôt contenant des BPC à Saint-Basile-le-Grand
qui causa tout un tumulte face à la crainte d’un désastre environnemental majeur.

Au Canada, divers règlements fédéraux (qui ne sont pas spécifiques aux mines) régissent
l’entreposage et la destruction des BPC; mentionnons le Règlement sur les biphényles chlorés,
le Règlement sur le stockage des matériels contenant des BPC, le Règlement sur l’exportation
des matériels contenant des BPC (1996) et le Règlement fédéral sur le traitement et la
destruction des BPC à l’aide d’unités mobiles. Ces règlements sont aujourd’hui en vigueur et
ont été édictés en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE). Le
transport des BPC est régi au Canada par la Loi sur le transport des marchandises
dangereuses

([Link]

Le Règlement sur les biphényles chlorés limite l’utilisation des BPC au matériel électrique en
place. Il interdit l’importation et la fabrication de tout matériel contenant des BPC,
l’utilisation d’électro-aimants à bain de BPC pour la manutention de nourriture humaine ou
animale, et l’utilisation des BPC comme liquide de remplissage ou d’appoint de tout nouveau
matériel. Ce règlement fixe à 50 parties par million (50 ppm) la concentration des BPC
susceptibles de se trouver dans le matériel électrique au moment de son importation, de sa
fabrication ou de sa mise en vente. Le règlement établit aussi à 50 ppm la concentration
maximale et à 1 g par jour la quantité maximale de BPC pouvant être déversés dans
l’environnement. Ces déversements surviennent généralement au cours d’activités
commerciales, de fabrication et de traitement d’équipements spécifiques. Une exception
concerne l’application en surface, sur une route, où la concentration de BPC ne doit pas
dépasser 5 ppm.

Le Règlement sur le stockage des matériels contenant des BPC prescrit quant à lui des
mesures d’observation concernant les caractéristiques et l’accès au dépôt, la sécurité reliée au
site, la protection contre les incendies et les mesures d’urgence, l’entretien et les inspections
mensuelles, ainsi que les exigences relatives au stockage, à l’étiquetage, aux registres et aux
rapports. Il s’applique aux éléments matériels, qui ne sont pas utilisés quotidiennement,

441
contenant une quantité minimale de BPC (variable selon les cas), y compris les liquides, les
solides ou autres substances.

Propriétés. Les BPC représentent un groupe de composés chimiques de conception humaine,


c’est-à-dire qu’on ne retrouvait pas dans la nature avant leur fabrication. La structure de base
consiste en deux anneaux de six atomes de carbone qui sont reliés entre eux et auxquels
peuvent s’attacher jusqu’à 10 atomes de chlore. Il y aurait environ 200 types de BPC
différents. On a fabriqué des BPC aux États-Unis sous le nom Aroclor jusqu’en 1978, date à
laquelle il est devenu interdit d’en fabriquer. Les propriétés qui ont rendu les BPC populaires
dans leurs applications industrielles sont les mêmes qui les rendent nuisibles pour
l’environnement (Bench, 2000), soit :

• une grande stabilité et une bonne résistance à haute température dans le temps;
• un caractère non biodégradable et persistant dans l’environnement;
• une pression de vapeur très basse qui les rend non volatil aux températures ambiantes.

Effets sur la santé et l’environnement. Ce n’est qu’en 1968 qu’on a reconnu la toxicité des
BPC, lors de l’empoisonnement, au Japon, de 1291 personnes par une huile de cuisson
contenant des BPC. Ces personnes ont développé des symptômes chroniques, notamment
divers problèmes physiologiques, des bébés de petit poids à la naissance, des éruptions
cutanées, etc. On a attribué ces symptômes à la maladie de Yusho (Secrest, 1997).

Les BPC font partie des 16 substances chimiques désignées comme polluants organiques
stables qui persistent dans l’environnement. Ils peuvent s’accumuler dans les tissus de la
plupart des organismes vivants et sont hautement toxiques pour les humains et les animaux.
Depuis 1998, ces substances font l’objet de négociations en vue d’un accord global pour leur
contrôle. Les BCP sont dangereux pour la santé, et ce même à des concentrations très faibles.
Ils peuvent pénétrer dans le corps humain par les poumons, les voies gastro-intestinales et la
peau. Lorsqu’ils sont ingérés, inhalés ou absorbés par le corps, les BPC peuvent circuler avec
le flux sanguin et s’accumuler dans le gras et dans plusieurs organes comme le foie, les reins,
les poumons, les glandes adénoïdes, le cerveau, le cœur et la peau, où ils font des ravages. Les
BPC peuvent se retrouver dans l’eau, dans l’air, dans le sol, dans les animaux, et un peu
partout sur la planète. Ils sont en fait devenus si abondants que la FDA (Food and Drug
Administration, aux États-Unis) a émis des seuils de tolérance pour la présence de BPC dans
le carton, les emballages alimentaires, le savon, le poisson, la viande, le lait et les œufs. On
peut mesurer des concentrations de BPC dans le gras corporel de pratiquement toutes les
populations humaines (Bench, 2000).

BPC et industrie minière. En 1980, une étude américaine (NIOSH) a indiqué que sur 1800
mines aux États-Unis, environ 900 utilisaient des équipements électriques contenant des BPC.
De fait, il pourrait y en avoir, encore aujourd’hui, un nombre important qui le font toujours.
On a aussi noté l’absence de données précises sur les installations de mines fermées et
inondées qui pourraient contenir des équipements électriques avec BPC, lesquels pourraient
éventuellement contaminer la nappe phréatique environnante. Les équipements électriques
requièrent un entretien fréquent pour prévenir toutes fuites d’huiles contenant des BPC. Les
inspections de mines américaines effectuées entre 1980 et 1990 par l’EPA pour déterminer
l’étendue de la présence d’équipements contenant des BPC ont conduit à l’élaboration d’une
politique de pénalité à la suite de plusieurs infractions commises dans l’entreposage, la
gestion et l’étiquetage des équipements et des barils d’huiles contaminées (Secrest, 1997). Ces
démarches ont mené à l’adoption d’une nouvelle réglementation concernant les BPC aux

442
États-Unis en 1998 (Bench, 2000). Les règlements dictent des conditions très strictes
légiférant l’utilisation des BPC, leur étiquetage, l’inspection et le traçage des déchets
contaminés aux BPC entreposés. Ainsi, l’utilisation de BPC à des concentrations supérieures
à 2 ppm est interdite sans une exemption autorisée. Aucune huile contenant des BPC en
concentrations détectables ne peut être utilisée dans le contrôle des poussières. Certains
usages à des concentrations plus élevées sont néanmoins permis, dont les fluides diélectriques
utilisés dans les transformateurs et les capaciteurs. Les divers règlements américains
permettent aussi l’utilisation d’équipements contenant des BPC dans des commerces pour la
durée de vie de ces équipements, soit environ 20 ans. Donc, même après plus de 20 ans de
contrôle en la matière, il est encore possible d’acheter, de vendre et d’utiliser des équipements
électriques avec BPC (Bench, 2000).

À partir des informations colligées et d’autres indications, il est aussi permis de croire qu’un
nombre important d’équipements contenant des BPC ont été abandonnés sous terre avant la
mise en place de la loi de 1978 réglementant l’usage des BPC aux États-Unis.

Aujourd’hui, les compagnies minières sont généralement pro-actives, et elles adoptent


souvent un plan de gestion environnementale des équipements miniers et électriques pouvant
contenir des BPC, en service ou entreposés sur la propriété. Un tel plan de gestion devrait
inclure une liste de tous les problèmes potentiels et un plan d’action avec priorités bien
définies quant aux actions à entreprendre dans une situation donnée. Cette approche minimise
les risques de fuites accidentelles d’huiles contaminées par les BPC. Il y a trois options de
base disponibles pour gérer les équipements et produits contaminés au BPC (Mason et
Buckpaul, 1990): laisser en place et ne rien faire; enlever, remplacer et entreposer; et enfin,
décontaminer.

La première option, laisser en place et ne rien faire, n’est viable que dans le cas où les
équipements sont entreposés à la surface de façon sécuritaire et contrôlée. Cependant, les
compagnies sont maintenant au fait que les risques inconnus sont beaucoup plus grands que
les risques associés aux activités d’enlèvement et de nettoyage des BPC. Peu de compagnies
considèrent l’option du do nothing comme viable.

La deuxième option consiste à enlever, remplacer et entreposer. Lorsqu’il s’agit de vieux


équipements contaminés au BPC, le plus prudent est de procéder à leur remplacement par des
équipements plus modernes. Toutefois, il faut alors s’occuper de l’entreposage de
l’équipement périmé. Dans la plupart des provinces canadiennes, dont l’Ontario et le Québec,
les carcasses d’équipements et les liquides contaminés doivent être entreposés sur un site
approuvé par le ministère de l’Environnement de la province.

La destruction des BPC dans une usine d’incinération conçue à cet effet est également
possible, comme à l’usine de Swan Hills, en Alberta. Au Québec, un seul incinérateur de
déchets dangereux (celui de Laidlaw, à Mercier) est en fonction, mais il comporte des
restrictions sur les composés halogénés dont font partie les BPC. Par ailleurs, la compagnie
Sanexen ([Link] a développé et commercialisé
une technologie (Decontaksol) pour le traitement des carcasses de transformateur avec BPC
par extraction au solvant et une autre (Ultrasorption) pour le traitement des eaux contaminées
par des composés organiques.

Enfin, la troisième option, soit la décontamination, consiste à vidanger les liquides contenant
des BPC et à les remplacer par des liquides sans BPC. Plusieurs procédés permettent à l’heure

443
actuelle de retirer les BPC des fluides diélectriques. Toutefois, il faut entreposer les liquides
contaminés selon les règlements en vigueur au moment de la décontamination.

Rappelons également l’existence de règlements (fédéraux et provinciaux) visant à inciter


l’industrie à concevoir et à mettre en vigueur un système de gestion des BPC efficace et
conforme aux normes environnementales.

Un plan de gestion des BPC sur un site minier visant à minimiser les incidences sur
l’environnement devrait inclure les volets suivants (Mason et Buckpaul, 1990) :

Faire l’état de la question des BPC sur le site minier

• Évaluer tous les sites de la compagnie.


• Faire une analyse de risque des BPC.
• Évaluer les données.
• Effectuer des tests électriques.
• Analyser les fluides des équipements électriques pour déterminer leur concentration en
BPC.
• Faire une évaluation du système électrique.
• Écrire un rapport d’ingénierie.

Réduire les risques immédiats

• Mettre en place les actions nécessaires.


• Réparer toutes les fuites.
• Nettoyer les aires de déversements.
• Établir un registre des événements.
• Modifier le site au besoin.

Planifier à long terme la gestion des BPC

• Considérer toutes les options et tous les risques.


• Réparer les équipements.
• Déplacer les équipements à des endroits appropriés.
• Effectuer le rétro-remplissage des vieux transformateurs et l’entreposage des liquides
contaminés.
• Procéder au reconditionnement des équipements électriques.
• Effectuer des remplacements si nécessaire.

Il faut donc insister sur l’importance de garder à l’esprit les dangers associés à la présence des
BPC sur les sites miniers, de façon à assurer leur gestion sécuritaire pour le personnel en place
et pour les écosystèmes avoisinants.

11.10.2 Pneus usés

L’industrie minière génère chaque année de grandes quantités de pneus usés ou hors d’usage.
La machinerie utilisée pour exploiter une mine est généralement de grande dimension et dans
le cas d’exploitations à ciel ouvert, on peut la qualifier de surdimensionnée. Les pneus usés
produits sont donc eux aussi de très grandes dimensions. Il y a peu d’information sur les
stocks de pneus usés accumulés sur des sites miniers. À l’heure actuelle, rien n’indique que

444
les vieux pneus soient systématiquement recyclés, comme c’est de plus en plus fréquent pour
les pneus de voitures. Il faut dire que les mines sont souvent assez éloignées des autres
activités industrielles et que la taille des pneus fait en sorte que les coûts de transport sont
élevés. Dans la plupart des cas, les pneus usés sont stockés sur le site de manière à respecter
les normes en vigueur, et la compagnie demeure responsable d’éventuelles incidences sur
l’environnement. La responsabilité de la compagnie envers ces rebuts est illimitée dans le
temps, c’est-à-dire qu’elle devra les gérer même après la fermeture de la mine.

Le recyclage des pneus de très grandes dimensions, qui est quasi inexistant à l’heure actuelle,
n’a pas fait l’objet d’études particulières.

On note toutefois certains éléments intéressants parmi les études et applications réalisées sur
les pneus d’automobiles et de camions, pour lesquels de nombreuses solutions
économiquement rentables ont vu le jour. Il faut dire que le Québec à lui seul génère
annuellement plus de 4 millions de pneus hors d’usage, soit environ 3,2 millions de pneus
d’automobiles et 0,8 million de pneus de camions de transport routier ([Link]
[Link]). Compte tenu du fait que la masse des pneus de camions est en moyenne
près de 5 fois supérieure à celle des pneus d’automobiles (dont la masse est de l’ordre de 7 à
12 kg), ces 0,8 million de pneus représentent l’équivalent de 4 millions de pneus
d’automobiles. Jusqu’à tout récemment, on accumulait les pneus dans des sites prévus à cet
effet, mais il n’était pas rare d’en apercevoir éparpillés un peu partout dans l’environnement.
D’un point de vue environnemental, les montagnes de pneus constituent un risque
considérable. Le caoutchouc, qui est le principal constituant des pneus, est inflammable et
dégage des fumées nocives lors d’une combustion incontrôlée. Lorsqu’un incendie survient
dans un site d’entreposage de pneus, autant l’air que l’eau et les sols sont affectés; c’est
précisément ce qui est arrivé à Saint-Amable au début des années 1990. Les travaux de
nettoyage de ce site ont coûté près de 12 millions de dollars aux contribuables. Les sites
d’entreposage représentent une source de pollution visuelle pour ceux qui résident à proximité
et ils sont des endroits de prédilection pour la prolifération de la vermine. On peut donc se
réjouir du succès remporté par la campagne de recyclage de vieux pneus au Québec, faisant
suite à la création du programme de gestion intégrée des pneus hors d’usage en novembre
1996. Depuis 1999, une taxe de 3 $ attribuable à l’achat de pneus d’automobiles neufs vient
s’ajouter comme une source de financement pour ce programme.

Composition.

On distingue quatre composantes majeures dans l’enveloppe des pneus : la carcasse, le talon,
la bande de roulement et les flancs. La carcasse constitue le squelette du pneu. Elle est
constituée de couches de câbles de divers types, enrobées de gomme. La carcasse a pour
fonction de supporter les charges auxquelles est soumis le pneu. Pour cette raison, elle doit
être à la fois très résistante et très souple. Le talon est l’élément qui assure la liaison entre la
jante et le pneu proprement dit. Il se compose d’une tringle en acier à haute résistance. La
bande de roulement est la partie du pneu qui entre en contact avec la chaussée. Elle est
principalement constituée de caoutchouc. Elle doit résister le mieux possible aux chocs, aux
coupures, à l’échauffement et à l’abrasion. Enfin, les flancs sont les parties latérales du pneu.
Ils peuvent contenir plusieurs types de caoutchoucs. Les flancs doivent pouvoir protéger
efficacement la carcasse contre l’abrasion, mais aussi contre le frottement qui peut survenir
avec le rebord de la jante.

445
La principale caractéristique structurale qui différencie les pneus d’automobiles des pneus de
véhicules lourds est la proportion de métal que contiennent ces derniers. Les pneus
d’automobiles comptent approximativement 15 % de métal, contre 25 % et plus pour les
pneus des véhicules lourds.

D’un point de vue chimique, les pneus sont faits d’un mélange à base de caoutchouc naturel et
synthétique dans des proportions variables (souvent à peu près égales). Tous les autres
produits qu’on retrouve dans la composition des pneus visent à en améliorer les performances
et la résistance à la dégradation, entre autres des tissus composés d’acier, de Nylon, de fibres
d’aramide, de rayonne, de polyester, ou d’une combinaison de produits. On retrouve aussi des
agents de renforcement, tels du noir de carbone, des silices ou des résines. Pour améliorer la
résistance à la dégradation, des agents contre la dégradation, tels des antioxydants/ozonants et
des cires de paraffine sont ajoutés au mélange. Le procédé comprend en outre des agents
d’adhérence comme des sels de cobalt, des câbles recouverts de laiton et des câbles recouverts
de résine. Notons de plus la présence d’accélérants de vulcanisation, d’activants, de soufre,
ainsi que des composés de fabrication comme des huiles, des peptides et des adoucisseurs. La
composition exacte des pneus est toutefois gardée secrète par les fabricants.

Réutilisation.

Plusieurs approches permettent de diminuer le nombre de pneus usés et de leur donner une
seconde utilité. Les vieux pneus (d’automobiles surtout) peuvent entre autres servir à la
fabrication de tapis d’étable et de panneaux d’insonorisation. On les utilise aussi comme
source de combustible dans les industries qui consomment beaucoup d’énergie, comme les
cimenteries. On peut les incorporer dans des ouvrages en sols, pour leur renforcement ou leur
étanchéisation. Toutefois, le broyage et le déchiquetage demeurent les façons les plus
courantes de réutiliser les vieux pneus. Malheureusement, les techniques usuelles, tel le
broyage cryogénique qui permet de séparer les principales composantes, ne sont pas bien
adaptées aux pneus de grande dimension.

Il faut mentionner aussi que le caoutchouc n’est pas recyclable au sens strict du terme; il est
préférable de parler de réutilisation. En effet, le procédé de vulcanisation est irréversible, et il
est impossible d’utiliser les poudrettes de caoutchouc issues du broyage des vieux pneus pour
en fabriquer des pneus neufs. Lorsqu’on chauffe à nouveau des polymères, les longues
chaînes dont est composé le caoutchouc se brisent et forment de nouveaux liens. Le nouveau
produit est chaque fois moins souple et plus fragile. Les poudrettes peuvent néanmoins entrer
dans la fabrication de roues de moindre qualité comme celles de brouettes ou de tondeuses à
gazon.

Pour sa part, la ferraille provenant des carcasses des pneus est facilement commercialisable,
alors que les fibres textiles peuvent être incorporées dans les mortiers et les bétons, servir de
combustible dans les cimenteries, ou encore être utilisées comme matériau de filtration.

L’utilisation des pneus dans la construction de murs de soutènement et de talus est une autre
possibilité intéressante. Le nombre de structures en sol renforcé avec des vieux pneus est
considérable, mais ce n’est que récemment que des recherches systématiques ont été menées
afin de mieux définir les caractéristiques des ouvrages et d’en raffiner la conception (voir
Garga et O’Shaugnessy, 2000). Il faudrait néanmoins aller plus loin dans ces travaux pour
déterminer la façon d’utiliser efficacement les pneus de grandes dimensions.

446
Ces éléments de solution, et d’autres, pourraient aider l’industrie minière qui accuse un
certain retard quant à la gestion des pneus hors d’usage.

11.10.3 Dernières remarques

Au fil des chapitres, nous avons décrit plusieurs effets des activités minières potentiellement
dommageables pour l’environnement. Cette énumération des effets et des impacts n’est certes
pas complète, et il y a bien d’autres préoccupations, tant pour la population que pour
l’exploitant et le législateur. Certains aspects sont toutefois plus difficiles à cerner que
d’autres. C’est le cas par exemple des incidences visuelles. Pourtant, dans les régions urbaines
ou de villégiature, elles représentent souvent les plus importantes répercussions des
exploitations minières, surtout pour celles qu’on opère en surface (y compris les carrières et
les sablières). Durant la période d’exploitation, mentionnons :

• la création de franges de déforestation et l’exposition en surface du socle rocheux;


• une variation de la morphologie naturelle du paysage;
• des changements dans la distribution des espèces végétales;
• l’introduction de morphologies linéaires;
• la création de contrastes chromatiques;
• une altération de la continuité visuelle du paysage en raison des changements
engendrés par l’exploitation.

L’évaluation des incidences visuelles dans une région dépend toutefois de critères
difficilement quantifiables, qui font appel à une certaine subjectivité. Une modification d’un
paysage donné prendra une importance variable selon les personnes, ce qui peut compliquer le
processus d’évaluation environnementale. Néanmoins, il est possible de définir certains
paramètres standard qui vont modifier la perception du milieu. Parmi ces critères, notons la
réfraction de la lumière, la distance entre un objet et l’observateur, la position relative de
l’observateur et les conditions atmosphériques et d’éclairage. Ces différents facteurs peuvent
être regroupés en deux grandes catégories : les facteurs qui affectent la perception des formes
et les facteurs qui affectent la perception des couleurs. L’évaluation de ces incidences
visuelles peut aussi se baser sur la superficie affectée par l’exploitation elle-même, telle que
vue par un observateur situé à un endroit spécifique, et sur le contraste entre l’exploitation et
le paysage environnant ([Link] Pinto et al.
(2002) propose plus de détails sur des approches encore en développement.

Mentionnons en terminant que l’environnement et l’écologie, pris dans un sens élargi,


comprennent tous les aspects qui touchent la faune, la flore, et les populations affectées par
une activité humaine. À cet égard, les industries ont une incidence sociale sur les populations,
lesquelles ont quelques fois un effet sur l’environnement. Par exemple, l’ouverture de villages
et de voies d’accès dans une région peu ou pas habitée aura nécessairement des effets directs
et indirects sur les écosystèmes. Le fait de donner accès à certains endroits autrement
inaccessibles peut ainsi soulever des problèmes difficiles à prévoir et à prévenir; le cas du
braconnage est un exemple parmi d’autres.

Il s’agit toutefois là de sujets qui s’écartent de la pratique courante de l’ingénierie. Les


ingénieurs devraient néanmoins, pour des raisons d’éthique et de déontologie, se questionner
constamment sur l’incidence de leurs actions sur l’environnement, en particulier ceux qui
œuvrent dans le domaine minier où les enjeux sont très importants, comme nous l’avons

447
constaté tout au long de ce document. Nous verrons d’ailleurs, au chapitre suivant, comment
ces préoccupations peuvent se traduire en actions concrètes dans la pratique courante.

La gestion des rejets miniers peut exercer une forte influence sur les conditions financières et
la rentabilité d’une opération minière. En ce sens, les montants totaux consacrés à
l’environnement par les membres de l’Association minière du Québec ont atteint 76 millions
$CAN en 1996 et 73 millions $CAN en 1997 (AMQ, 1998). Ces montants représentant des
sommes importantes, il est essentiel que les responsables prennent conscience des incidences
économiques des décisions qui concernent l’environnement.

Les projets mis de l’avant en environnement et en gestion des rejets miniers doivent apporter
des solutions efficaces non seulement du point de vue technologique, mais aussi sur le plan
économique. La rentabilité des compagnies minières et leur compétitivité dans l’arène
mondiale en dépendent. Ce sont souvent les entreprises qui maintiennent leurs coûts
d’exploitation au plus bas qui tirent leur épingle du jeu, surtout pendant les périodes où le prix
des matières premières est faible.

Afin de guider l’ingénieur et les autres professionnels dans l’analyse économique des coûts
environnementaux, nous présenterons dans les prochaines sections quelques notions de base,
notamment une méthode de classification des projets et quelques modèles de calculs simples
pour procéder à l’évaluation des différents types de coûts dans chaque classe de projets. Nous
définirons également des critères permettant d’évaluer et de comparer les projets entre eux.
Nous joindrons quelques études de cas dans le but de favoriser l’intégration de ces notions et
d’illustrer l’application des techniques proposées. Rappelons que dans une décision
d’investissement, il faut prendre en considération, outre les coûts directs, le risque
économique et le risque environnemental. Négliger ces risques peut conduire à des décisions
non optimales en matière d’environnement; pour cette raison, nous traiterons succinctement à
la fin du présent chapitre de la façon d’en tenir compte.

12.2.1 Classification des projets

La préparation du budget en capital dans une entreprise donne souvent lieu à l’élaboration de
plusieurs projets (ou options de projet). Ces projets font l’objet d’analyses visant à déterminer
les plus susceptibles d’ajouter de la valeur à l’entreprise. Évidemment, de telles études
comportent un coût; plus l’analyse est raffinée, plus le coût est élevé. Or, tous les types de
projets n’ont pas besoin du même degré de détail dans l’analyse. Afin de minimiser les coûts,
on classe les projets dans différentes catégories (ou classes) selon le degré de raffinement
requis. Parmi les principales classes, mentionnons le remplacement pour le maintien des
affaires (classe 1), la réduction des coûts pour une augmentation des profits (classe 2),
l’augmentation de la production ou l’expansion des marchés (classe 3), l’expansion dans de
nouveaux produits ou de nouveaux marchés (classe 4) et les améliorations involontaires
(classe 5).

• Remplacement pour le maintien des affaires (classe 1)

Dans la classe 1, on inclut toutes les dépenses effectuées dans le but de remplacer de
l’équipement endommagé ou complètement usé servant à la production des biens. Ces projets
sont vitaux pour toute firme qui veut rester en affaires. En fait, la firme n’a qu’une décision à
prendre à cet égard, à savoir si elle veut continuer à produire ses biens et services, et ce dans
les mêmes usines et avec le même équipement. Comme la réponse à ces questions est la

448
plupart du temps affirmative, les décisions d’entretien ne requièrent généralement pas un
processus d’analyse très élaboré.

• Réduction des coûts pour une augmentation des profits (classe 2)

La classe 2 prend en compte toutes les dépenses encourues pour remplacer de l’équipement
encore fonctionnel mais dont l’efficacité n’est pas optimale. Le but de ces dépenses consiste
généralement à diminuer les coûts de main-d’oeuvre, de matériaux ou d’énergie et les
décisions qui y mènent sont souvent de nature discrétionnaire (du moins en partie). Par
conséquent, on exigera en règle générale une analyse plus détaillée afin de démontrer la
pertinence d’effectuer une dépense pour les projets de classe 2.

• Augmentation de la production ou expansion des marchés (classe 3)

Les dépenses visant à augmenter la production actuelle ou à augmenter le nombre de points de


distribution dans les marchés actuellement desservis font partie de la classe 3. Les décisions
concernant ces dépenses sont plus complexes, car elles requièrent de faire une évaluation de la
demande à venir pour les produits de la firme. En ce domaine, puisqu’il y a des chances que
des erreurs surviennent, la firme procédera à une analyse plus détaillée. Les décisions finales
reviennent aux responsables à un échelon supérieur.

• Expansion dans de nouveaux produits ou de nouveaux marchés (classe 4)

On regroupe dans la classe 4 toutes les dépenses nécessaires à la production de nouveaux


produits ou à la pénétration de nouveaux marchés. Ces projets mettent en jeu des décisions de
nature stratégique qui peuvent changer la nature fondamentale de la firme. En outre, ils
exigent la plupart du temps l’investissement de sommes d’argent importantes sur de longues
périodes de temps. Invariablement, on effectue une analyse très détaillée et on confie la
responsabilité de la décision finale au conseil d’administration au moment de l’approbation du
plan stratégique.

• Améliorations involontaires (classe 5)

Toutes les dépenses requises pour se conformer aux lois ou aux règlements gouvernementaux,
aux ententes des conventions collectives et aux termes des polices d’assurance rentrent dans
cette classe de projets. Les projets en environnement constituent un très bon exemple de ces
dépenses, appelées investissements obligatoires ou non générateurs de revenus (même s'ils
peuvent contribuer à améliorer l'image de l'entreprise). La prise de décisions relatives à ces
projets dépend de l’ampleur même du projet, mais on traite généralement les projets de petite
à moyenne taille comme des projets de classe 1, c’est-à-dire ne demandant pas une analyse
très détaillée.

Évidemment, on retrouve des projets intermédiaires entre ces diverses classes, et les modes
d’analyse et de prise de décision vont s’adapter aux caractéristiques de la firme et du projet en
question.

12.2.2 Types et modèles d’évaluation des coûts

Types de coûts

449
Peu importe de quelle classe (ou catégorie) fait partie un projet : pour pouvoir l’analyser et
l’évaluer, il faut généralement déterminer les revenus qu’il pourra générer et estimer les coûts
(dépenses) qu’il entraînera. Dans le cas de projets en environnement, on s’intéresse surtout
aux coûts puisque, comme nous venons de le mentionner, il s’agit généralement de projets
non générateurs de revenus.

Les coûts se divisent en deux grandes catégories : les coûts en capitaux et les coûts
d’opération. Les coûts en capitaux correspondent à la somme totale nécessaire pour acquérir
ou développer un actif. L’achat de terrains ou d’équipement, la construction de bâtiments, de
digues, de routes, ou d’ouvrages connexes ainsi que les études d’ingénierie entrent tous dans
cette catégorie.

Les coûts d’opération sont les dépenses encourues pour assurer le fonctionnement normal
d’un projet, une fois la construction terminée. Ils sont généralement de deux types : les coûts
directs, ou variables, dont le montant dépend directement du volume de la production, et les
coûts indirects, ou fixes, qu’il faut régler peu importe la quantité produite. La main-d’œuvre
responsable de la production, les fournitures et la consommation d’énergie constituent des
exemples de coûts variables; par contre, les taxes, les assurances, le personnel administratif et
l’amortissement représentent des coûts fixes.

Modèles d’estimation des coûts

On admet généralement quatre genres d’estimation des coûts (Gentry et O’Neil, 1984).
Chacun a son propre degré de précision, découle de modes d’évaluation particuliers et suit
une démarche spécifique. Dans le contexte des projets miniers, l’estimation des coûts consiste
soit en une estimation de l’ordre de grandeur, en une estimation préliminaire, en une
estimation définitive et, enfin, en une estimation détaillée.

Estimation de l’ordre de grandeur :

Ce type d’estimation a une précision variant habituellement de –30 % à +50 %. Le plus


souvent, on ne dispose généralement que de peu de données, soit des estimations
préliminaires des réserves potentielles et de la teneur, des indications concernant la méthode
probable de minage (en surface ou en souterrain) et la méthode prévue pour le traitement du
minerai, les taux de production envisagés, etc. Les coûts de projets analogues déjà réalisés
servent la plupart du temps de base à l’estimation, laquelle permettra ensuite d’ajuster s'il y a
lieu le montant en fonction des dépenses additionnelles.

Estimation préliminaire (ou préfaisabilité) :

Ce genre d’estimation a une précision qui varie généralement de –15 % à +30 %. On connaît
généralement plus de paramètres lorsqu’on procède à cette estimation, par exemple grâce à
une campagne de forage plus détaillée. À cette étape, on a déterminé avec assez de précision
le taux de production, la méthode de minage, le plan de la mine, la méthode de traitement du
minerai et de disposition des rejets; de plus, on peut s’inspirer de modèles comme points de
départ à l’estimation.

Plusieurs auteurs ont développé des modèles pour estimer les coûts reliés à l’environnement.
Ritcey (1989) propose un modèle qui permet d’évaluer le coût total de la disposition des
rejets; ce modèle tient compte de huit étapes, soit le coût du traitement des rejets au moulin, le

450
coût de l’épaississement, le coût du transport, le coût de la construction des digues du parc à
résidus et des ouvrages connexes, le coût du transport, le coût du traitement des rejets au site,
le coût du traitement de l’effluent, le coût de l’opération d’un bassin d’évaporation et, enfin,
le coût de la restauration du site. La figure 12.1 illustre la méthode qui permet d’estimer les
coûts d’opération et de capitaux pour le traitement chimique d’un effluent acide en supposant
une acidité de 2000 mg/L et une capacité de 600 gpm (2727 L/m). Le modèle de Ritcey ne
tient toutefois pas compte du coût de gestion des boues.

451
La firme Senes (1994) a également proposé un modèle pour l’évaluation des coûts du
traitement chimique. On peut voir certaines composantes de ce modèle dans le tableau 12.1.
Dans ce tableau, les coûts varient avec la capacité C (ou le débit) de l'usine ( exprimée em
m3/hre)

452
Le calcul des coûts tient compte des mêmes paramètres que dans le modèle de Ritcey, soit la
capacité (ou le débit) et l’acidité, mais la méthode est différente et inclut le coût de la gestion
des boues. On a par ailleurs incorporé certaines composantes du modèle de Senes (1994) dans
le modèle ECR, que nous verrons plus loin (sect. 12.3; voir aussi Bussière et al., 1998 ;
Aubertin et al., 1999, 1999a, 1999b).

D’autre part, Camm (1993) a élaboré un modèle pour estimer le coût de la disposition des
rejets (en dollars américains). Comme on peut le voir dans le tableau 12.2, il suffit de deux
paramètres pour estimer ce coût, soit l’aire totale du parc à résidus (A) et la longueur des
digues à construire (L).

453
Le coût total obtenu inclut le coût de préparation du site, l’installation de 600 m de conduites
pour le transport des rejets et de l’effluent, ainsi que le coût de construction des digues. Le cas
échéant, il faudra ajouter à ce montant le coût de l’installation de géosynthétiques.

Lorsque l’on étudie les divers modèles disponibles (dont plusieurs ne sont pas mentionnés
ici), on peut dégager certaines observations relativement à leur élaboration et à leur utilisation.
En premier lieu, le développement d’un modèle exige que l’on formule des hypothèses de
base; il importe que l’utilisateur en prenne connaissance, car il peut devoir y apporter des
modifications pour pouvoir appliquer le modèle. En deuxième lieu, les coûts estimés à l’aide
d’un modèle sont généralement exprimés en dollars de l’année courante, c’est-à-dire l’année
de l’application du modèle. Pour convertir les coûts, on doit utiliser des indices de coûts
comme le " Marshal and Swift Cost Index " publié dans Chemical Engineering ou le
" Producer Price Index " publié par le U.S. Bureau of Labor Statistics. En dernier lieu,
soulignons qu’en raison d’hypothèses de base différentes, deux modèles qui visent à estimer
le même élément (par exemple, le coût du traitement chimique d’un effluent acide) n’auront
pas nécessairement comme résultats les mêmes montants. Les modèles bien conçus et bien
utilisés fourniront cependant des valeurs proches les unes des autres pour des conditions
comparables.

Estimation définitive

L’estimation définitive, à laquelle on procède au moment de l’étude de faisabilité, a une


précision typiquement de l’ordre de –5 % à +15 %. À cette étape, on connaît beaucoup de
choses sur le gisement et on a déjà mis au point des plans définitifs de la mine, de l’usine de
traitement du minerai et des installations d’entreposage de rejets. Pour faire l’estimation, on se
base sur des soumissions reçues d’entrepreneurs; par ailleurs, elle servira à autoriser les
dépenses pour l’ingénierie de détails.

Estimation détaillée

454
Une fois l’estimation définitive complétée, on peut passer à l’estimation détaillée, dont la
précision varie d’environ –2 % à +10 %.

12.2.3 Critères d’évaluation des projets

Une fois les revenus (s’il y a lieu) et les dépenses estimés, il convient d’établir si le projet est
valable, c’est-à-dire s’il ajoute de la valeur à la firme. Pour y parvenir, il faut définir différents
critères d’évaluation. En plus de servir à l’étude du bien-fondé du projet lui-même, ces
critères permettront d’examiner les solutions de remplacement envisagées à chaque étape d’un
projet. Parmi les principaux critères d’évaluation, on reconnaît (Halpern et al., 1994) : le délai
de récupération (DR), la valeur actuelle nette (VAN), le taux de rendement interne (TRI) et le
taux de rendement interne modifié (TRIM). On a déjà proposé un critère appelé taux de
rendement comptable (TRC), mais nous n’en tiendrons pas compte en raison du fait qu’il
présente des lacunes importantes.

Délai de récupération

Le délai de récupération (DR) d’un projet correspond au nombre d’années nécessaires pour
que les encaissements cumulatifs prévus deviennent égaux à l’investissement initial. Pour
appliquer cette technique, la firme doit spécifier un DR cible et le comparer au délai de
récupération du projet à la valeur cible. Par exemple, supposons qu’on analyse le projet A
dont les flux monétaires annuels (encaissements moins décaissements) et cumulatifs
apparaissent dans le tableau 12.3.

Pour ce projet, le recouvrement s’effectue au cours de l’année 3, et le délai de récupération est


de l’ordre de 2,33 ans. Si le délai cible de la firme est de trois ans, on juge que le projet est
acceptable. Le critère du délai de récupération peut servir à faire une sélection parmi des
projets mutuellement exclusifs, par exemple si on retient le projet dont le délai de
récupération est le plus court.

La méthode basée sur le délai de récupération présente deux grandes lacunes : premièrement,
elle accorde une importance égale à tous les flux monétaires avant la date limite de
recouvrement (c’est-à-dire qu’elle ne tient pas compte de la valeur temporelle de l’argent);
deuxièmement, elle n’accorde aucune importance aux flux monétaires ultérieurs, ce qui peut
conduire au rejet de la plupart des projets de longue durée, qui sont pourtant essentiels au
développement d’une entreprise. Pour pallier la première lacune, certaines firmes ont adopté
le critère du délai de récupération actualisé (DRA), qui ne règle toutefois pas le problème et
dont nous ne traiterons pas dans le présent document. À l’occasion, on ajoutera à ce critère
DR une durée de vie minimale de l’opération d’au moins deux à trois fois le DR.

455
Valeur actuelle nette

La valeur actuelle nette (VAN) fait partie des techniques d’évaluation fondées sur le principe
de la valeur actualisée. En voici le mode d’application.

L’analyste (ou l’ingénieur) estime tous les flux monétaires pour la durée de vie du projet.
Pour calculer les flux monétaires annuels, il fait la différence entre les encaissements
(revenus) et les décaissements (dépenses d’exploitation et dépenses en capitaux). Par la suite,
il escompte tous ces flux en utilisant un taux d’actualisation appelé coût d’option du capital.
Si on ne connaît pas a priori le taux à utiliser, il faut dresser la liste des actifs financiers
comportant des risques équivalents à ceux du projet à l’étude et estimer le taux de rendement
prévu de ces actifs financiers; le taux qu’on obtient ainsi servira de coût d’option.

La somme des flux monétaires actualisés donne la valeur actuelle nette (VAN) du projet. Si la
VAN est positive, le projet est acceptable; si elle est négative, il faut le rejeter. Lorsqu’on
compare deux projets mutuellement exclusifs, on doit retenir le projet ayant la valeur actuelle
nette la plus élevée. Dans le cas de projets non générateurs de revenus, comme les projets en
environnement, il faut privilégier le projet dont la VAN des coûts est la plus faible.

L’équation permettant de calculer la VAN est la suivante :

(12.1)

où :

K = coût d’option du capital


FMi = flux monétaire aux temps i = 0, 1, 2, 3, ..., n
n = durée de vie du projet (habituellement en années)

Les taux d’intérêt qui prévalent dans l’économie ont évidemment une influence sur la valeur
du coût d’option du capital, K. Ce coût change d’une année à l’autre. Nous incluons le
tableau 12.4 à titre indicatif. Il permet de comparer les taux d’actualisation utilisés par Smith
(1997) avec les taux utilisés par diverses compagnies minières.

456
Il semble que le critère de la valeur actuelle nette soit celui qui conduit aux meilleures
décisions en matière d’investissement (Anderson et al., 1999) . Toutefois, des enquêtes ont
révélé qu’on lui préfère souvent le taux de rendement interne dans l’industrie.

Taux de rendement interne

Le taux de rendement interne (TRI) fait aussi partie des techniques d’évaluation basées sur le
principe de la valeur actualisée. On le définit comme le taux d’actualisation qui rend la VAN
égale à zéro. Pour estimer le taux de rendement interne d’un projet d’une durée prévue de n
années, il faut déterminer la valeur du TRI qui satisfait à l’équation suivante :

(12.2)

Comme on peut le constater, l’équation 12.2 découle de l’équation 12.1 dans laquelle on pose
K = TRI et VAN = 0.

Suivant le critère de décision du taux de rendement interne en gestion des investissements, on


accepte un projet si son taux de rendement interne (TRI) est supérieur au coût d’option du
capital de l’entreprise. Dans le cas de projets mutuellement exclusifs, on choisit le projet
ayant le taux de rendement interne le plus élevé.

Il convient de noter que l’évaluation du rendement interne peut poser plusieurs difficultés. Par
exemple, un même projet peut avoir plusieurs TRI. Par conséquent, on ne peut se fier à ce
critère si on veut sélectionner des projets mutuellement exclusifs ayant des tailles différentes
ou dont les flux monétaires présentent des configurations temporelles différentes. Pour pallier
ces problèmes, on a mis au point un critère appelé taux de rendement interne modifié (TRIM),
qui s’avère un meilleur indicateur de la probabilité relative. Toutefois, nous n’en traiterons
pas dans le présent document.

Pour illustrer l’application des techniques présentées dans ce chapitre, nous nous servirons
d’une étude de cas tirée du rapport de projet NEDEM/MEND 2.22.2c (Aubertin et al., 1999 ;
voir aussi Bussière et al., 1999a, 1999b). Les auteurs de ce rapport ont proposé un modèle
d’évaluation des coûts de restauration (Modèle ECR). Ce modèle (et son support Excel
ECR.1) nous permettra d’analyser le cas d’une mine d’or en début d’opération et dont les
résidus sont générateurs de drainage minier acide. L’objectif consiste à déterminer laquelle,
de six options étudiées, représente la meilleure option de restauration pour cette mine. Nous
décrivons ces options dans le texte qui suit, mais d’abord, voici la démarche suivie pour
cerner l’option la plus avantageuse.

Pour chaque option, on a dressé la liste de tous les flux monétaires pertinents. Étant donné
qu’il s’agit d’un projet en environnement, on le classe dans la catégorie des projets non
générateurs de revenus, pour lesquels les flux pertinents sont les coûts en capitaux et les coûts
d’opération. On a ensuite fait une estimation de ces coûts à partir du modèle ECR développé
par Bussière et al. (1998) ; voir aussi Aubertin et al. (1999) pour une présentation détaillée.
Une fois les coûts de chaque option estimés, on a dû en faire une actualisation puis les
additionner pour obtenir la VAN.

457
En principe, on doit retenir l’option dont la valeur actuelle des coûts est la plus faible. Il faut
toutefois rappeler qu’outre les critères d’évaluation financière, on doit également prendre en
compte des facteurs qualitatifs. Par exemple, si deux projets de restauration présentent des
VAN d’un même ordre de grandeur, il convient de choisir celui qui perturbe le moins
l’environnement même si la valeur actuelle de ses coûts est légèrement supérieure.

On trouvera sur le site Web associé au manuel une description complète du modèle ECR avec
une présentation de ses caractéristiques ainsi que le fichier Excel ECR.1 qu’on peut employer
pour effectuer les calculs.

12.3.1 Données de base

Le cas étudié concerne une mine d’or dont les rejets de concentrateur ont une teneur en
sulfure assez faible mais sont malgré tout générateurs de DMA. Résumons les principales
caractéristiques utilisées dans l’analyse :

• le taux de production de la mine (tonnage de minerai traité) est de 3 200 tm/jour ;


• le taux de production de résidus miniers est également de 3 200 tm/jour ;
• la mine est au tout début de ses opérations et sa durée de vie prévue est de 13 ans ;
• le pourcentage de soufre du résidu est de 4 % (soit entre 8 et 10 % de pyrite) et le
potentiel de neutralisation est de 30 kg de CaCO3/tm ;
• la quantité de résidus produits à la fin de la vie de la mine est estimée à 15 184 000 tm
(environ 3 200 tm/jour pendant 13 ans);
• des essais cinétiques laissent présager que l’acidité de l’eau d’exfiltration du parc
atteindrait des valeurs allant de 50 à 500 mg/L (sans recouvrement);
• on ne prévoit aucune production de DMA avant la fermeture de la mine ;
• la quantité d’eau à traiter variera entre 90 et 200 m3/h et la durée du traitement
chimique sera de 100 ans (sans recouvrement) ;
• le taux d’actualisation utilisé est de 5 % ( il n'est pas nécessairement représentatif des
conditions réelles qui varient dans le temps) ;
• un banc d’emprunt de sable et gravier ainsi qu’un banc d’emprunt de tilt se trouvent à
environ 1,5 km du site.

Les options analysées à l’aide du modèle ECR sont le traitement chimique de l’eau pour une
période de 100 ans après la fermeture de la mine, la construction de digues étanches qui
permettront d’inonder le parc à résidus, la construction d’une CEBC faite entièrement de
matériaux géologiques (naturels ou artificiels) à la fin de la vie de la mine, la construction
d’une CEBC faite de résidus désulfurés sur la portion du parc qui contient des résidus
générateurs de DMA avec mise en place mécanique des résidus désulfurés, une construction
similaire mais avec mise en place hydraulique des résidus désulfurés, et enfin une
désulfuration prolongée avec une CEBC comprenant des résidus désulfurés.

12.3.2 Traitement chimique de l’eau

Les coûts relatifs au traitement chimique de l’eau à long terme qu’on a obtenus avec le
modèle ECR apparaissent dans le tableau 12.5 (en dollars de 1997) ; on trouvera les détails
du modèle en annexe du présent document.

458
12.3.3 Ennoiement des résidus

L’ennoiement (ou l’ennoyage) des résidus consiste en la construction de digues étanches qui
permettent de maintenir un niveau d’eau suffisamment élevé pour éviter la production de
DMA. Dans le cas à l’étude (basé sur un cas réel), la construction du réservoir entraîne
l’installation de sept segments de digues d’une longueur totale de 4 380 m. La capacité du
réservoir correspond à 15 000 000 tm de résidus, et le réservoir lui-même occupe une
superficie approximative de 250 ha. On envisage de réaliser la construction en cinq phases
successives réparties dans le temps. Les matériaux utilisés pour la construction des digues
sont des matériaux criblés (sable et gravier), de la moraine et du sable et gravier. Nous
indiquons dans le tableau 12.6 les quantités de chaque matériau requises pour la construction
de ces cinq phases.

On retrouve également dans ce tableau les coûts estimés à l’aide du modèle ECR ainsi que
l’échéancier des travaux pour chacune des phases. Le coût de cette option s’élèverait à
environ 9,9 millions de dollars de 1997.

12.3.4 CEBC faite de matériaux naturels

459
La troisième option envisagée consiste à construire une couverture avec effets de barrière
capillaire sur le parc à résidus à la fin des opérations. La mise en place des résidus miniers
dans un parc à résidus à l’aide de méthodes conventionnelles (méthode amont, aval ou par
l’axe central) résulterait en une superficie perturbée d’environ 130 ha (en supposant qu’on
déverse 115 000 tm par hectare). En outre, on suppose dans cette analyse que la CEBC
recouvrira toute la superficie du parc. La couverture se composerait de matériaux naturels
prélevés à 1,5 km du site mais on procéderait, avant la mise en place des couches, à
l’épandage d’une certaine quantité de chaux. Les épaisseurs des différentes couches utilisées
dans la CEBC sont de 0,5 m de sable grossier pour la couche du bas, de 0,6 m de matériau fin
pour la couche de rétention capillaire, et de 0,3 m de gravier pour la couche de sable du haut.
Une couche superficielle de 10 cm, constituée de matériaux organiques, viendra également
favoriser la revégétation du site. Il n’y aucun traitement chimique de l’eau prévu dans ce
scénario. On peut voir dans le tableau 12.7 les données entrées dans le chiffrier du modèle
ECR ainsi que les résultats obtenus en ce qui concerne les coûts. Le coût total s’élèverait à
14,25 millions de dollars.

12.3.5 CEBC faite de résidus désulfurés

Cette option se résume à introduire une étape de désulfuration des résidus quelque temps
avant la cessation des activités de la mine de façon à produire la quantité nécessaire de résidus
désulfurés (non générateurs de DMA) pour la construction d’une CEBC. Les travaux réalisés
à l’intérieur du projet de Bussière et al. (1998) ont montré qu’il est possible de désulfurer des
résidus cyanurés à l’aide d’un collecteur de type amine acétate appelé Armac. Dans cette
simulation, on pose l’hypothèse selon laquelle la concentration en cyanures dans les résidus
désulfurés sera suffisamment faible pour permettre l’utilisation de ces matériaux dans la
CEBC comme couche de matériaux fins. On aurait recours à des moyens mécaniques
conventionnels pour la mise en place des résidus désulfurés. Le tableau 12.8 contient
quelques détails sur les données entrées dans le chiffrier.

460
461
12.3.6 CEBC faite de résidus sulfurés avec mise en place hydraulique

Étant donné que des résultats d’essais en colonne ont confirmé l’efficacité de résidus déposés
dans un état lâche comme couche de rétention d'eau (Aubertin et al., 1999), on a par ailleurs
pris en compte la possibilité d’utiliser des moyens hydrauliques plutôt que mécaniques pour
déposer les rejets du moulin préalablement désulfurés. On a tenu compte dans cette analyse
que les rejets seraient issus d'une usine de remblai en pâte, et on a avancé que l’usine de
remblai serait construite à proximité du parc à résidus afin de minimiser les coûts de pompage
de la pâte. Par conséquent, il faut ajouter aux coûts en capitaux calculés précédemment le coût
de construction de l’usine de remblai en pâte. Compte tenu des informations disponibles, ce
montant est estimé àenviron 5,5 millions de dollars. On estime de plus que les coûts
d’opération atteindraient 1,00 $ par tonne de remblai. Si l’on pose l’hypothèse selon laquelle
la couche grossière du bas et la couche fine sont mises en place hydrauliquement (à partir de
la sous-verse et de la sur-verse des résidus cyclonés), on obtient une économie substantielle
pour la mise en place par rapport aux calculs faits précédemment à la section 12.3.5. Tous les
autres coûts de mise en place demeurent les mêmes.

Il convient de noter que, bien que le coût de construction de l’usine pour le remblai en pâte
paraisse élevé, les coûts d’opération sont au contraire relativement faibles si on les compare à
la moyenne de l’industrie. Pour amoindrir ces coûts, il est possible de réutiliser en totalité ou
en partie les composantes de l’usine après la fermeture, ou de construire cette dernière à partir
de composantes usagées déjà disponibles. Évidemment, si l’usine de remblai en pâte est déjà
en place et qu’elle sert au remblayage souterrain, les coûts de construction peuvent s’en
trouver considérablement réduits (ou même éliminés).

462
12.3.7 Désulfuration prolongée et CEBC faite de résidus désulfurés

Une autre des options envisagées consiste en la variante suivante : la désulfuration des résidus
commence dès le début des opérations; l’entreposage du concentré de sulfure se fait dans une
section du parc et celle du résidu désulfuré dans une autre; le recouvrement de la section
sulfureuse, à la fin des opérations, se fait à l’aide d’une CEBC dont la couche fine serait
constituée de résidus désulfurés. Une telle solution signifie qu’on doit répartir certains coûts
sur la durée de l'opération de la mine. Au début, il faut prévoir un investissement pour les
équipements de désulfuration à l’usine. De même, il faut tenir compte des coûts de l’opération
de désulfuration tout au long de la vie du concentrateur. Comme précédemment, on suppose
que le collecteur Armac permettrait de désulfurer des résidus contenant déjà des cyanures. À
la fin des opérations, il faut réserver un montant supplémentaire pour la construction de la
CEBC sur la partie du parc qui peut générer du DMA (soit la partie réservée au concentré de
sulfure). Il est toutefois important de noter que la superficie à restaurer à l’aide d’une CEBC
serait de beaucoup moindre du fait que la superficie occupée par des résidus générateurs
d’acide serait elle-même considérablement réduite. Pour ce cas, on pose l’hypothèse selon
laquelle cette superficie ne serait que de 20 % de la superficie totale.

On trouve dans le tableau 12.9 les valeurs des différents paramètres entrés dans le chiffrier du
modèle ECR pour estimer les coûts reliés à cette solution. On peut y observer qu’on estime le
coût en capital pour la désulfuration à 1 008 000 $, les coûts annuels de désulfuration, à
environ 648 200 $, et le coût de construction de la CEBC sur la partie sulfureuse du parc, à
2 945 000 $.

463
12.3.8 Comparaison entre les différentes solutions analysées

Dans les paragraphes précédents, nous avons procédé à l’évaluation des coûts associés aux
techniques considérées pour le cas particulier dont nous faisons l’analyse. Les dépenses, selon
la technique employée, peuvent toutefois survenir à différents moments. Pour cette raison, il
est préférable de ramener les coûts à une même année de référence (dans le cas présent,
l’année du début des opérations) et de les actualiser pour les comparer entre eux. Nous

464
indiquons dans le tableau 12.10 les détails des dépenses encourues ainsi que les coûts
globaux estimés pour les six techniques identifiées comme suit :

• la technique 1, soit le traitement chimique (débit = 200 m3/h et acidité = 50 mg/L);


• la technique 2, soit l’ennoiement;
• la technique 3, soit une CEBC faite de matériaux naturels (sols);
• la technique 4, soit la désulfuration à la fin de la mine et la construction d’une CEBC
faite de résidus désulfurés;
• la technique 5, identique à la technique 4 mais comportant une CEBC construite avec
une mise en place hydraulique des résidus;
• la technique 6, soit la désulfuration durant toute la vie de la mine et la construction
d’une CEBC faite de résidus désulfurés sur les rejets réactifs.

465
466
Afin de faire cette analyse économique, dont les résultats apparaissent succinctement dans le
tableau 12.10, nous avons formulé les hypothèses suivantes :

• Les digues construites initialement pour contenir les résidus miniers (techniques 1, 3,
4 et 5) ne sont pas conçues pour l’ennoiement des résidus. Comme le coût de
construction de digues avec zones étanches peut s’avérer de 2 à 24 fois plus élevé que
celui de digues conventionnelles formées de résidus miniers, nous avons supposé que
les coûts de construction de digues pour l’ennoiement (technique 2) sont en moyenne
10 fois supérieurs aux coûts usuels des digues conventionnelles.

• Nous avons estimé à 30 000 $/an les coûts d’auscultation et d’entretien des digues
étanches (technique 2), à 15 000 $/an ces coûts pour les CEBC recouvrant la totalité
du parc (techniques 3, 4 et 5), et à 5 000 $/an les mêmes coûts pour les CEBC
recouvrant seulement la partie sulfureuse du parc (technique 6).

• Nous avons tenu compte d’une valeur résiduelle des équipements de flottation et de
production du remblai en pâte pour les techniques 4, 5 et 6; pour la technique 6, où les
équipements serviront pour toute la durée de vie de la mine, nous avons utilisé une
valeur résiduelle de 20 %, alors que cette valeur s’élève à 40 % dans le cas où la
désulfuration n’a lieu qu’à la fin de la vie de la mine (techniques 4 et 5).

On peut affirmer que chaque coût global présenté dans le tableau 12.10 est en quelque sorte
l’équivalent du montant qu’il faudrait mettre de côté à l’année 0, à un taux de rendement
constant donné, pour réussir à financer tous les travaux et les toutes les dépenses prévus. Les
résultats obtenus montrent que la méthode la moins coûteuse pour le cas particulier étudié
serait le traitement chimique de l’eau à 3 634 000 $. Il faut noter cependant que cette valeur

467
correspond à un débit de 200 m3/h et à une acidité de l’eau de 50 mg/L. Toute augmentation
du débit ou de l’acidité pourrait modifier radicalement les coûts estimés. Par exemple, si l’on
augmente l’acidité à 500 mg/L, on obtient un coût de 5 630 000 $; si l’acidité de l’eau est
encore plus élevée (c’est-à-dire 5 000 mg/L) mais que le débit est réduit à 90 m3/h, on obtient
une estimation de 11 000 000 $; et ainsi de suite. Mentionnons de plus que nous n’avons pas
inclus spécifiquement dans l’analyse les coûts d’entretien et de remplacement des
équipements de l’usine de traitement (qui pourraient s’avérer importants sur une période de
100 ans).

Il faut également souligner ici que le taux d’actualisation est un facteur très important dans
l’estimation du coût total à l’aide du modèle ECR. Par exemple, une baisse de 2 % du taux
d’actualisation fait pratiquement doubler les coûts calculés pour le traitement de l’eau. On
admet de façon générale que le taux d’actualisation utilisé pour une étude environnementale
devrait être identique à celui que l’entreprise a pris en compte lors du démarrage de son projet
d’exploitation.

Les calculs effectués pour l’ennoiement (technique 2), pour la CEBC faite de matériaux
naturels (technique 3) et pour la CEBC faite de résidus désulfurés avec désulfuration à la fin
de la vie de la mine et mise en place mécanique ou hydraulique (techniques 4 et 5) engendrent
des coûts globaux très semblables (autour de 8 millions de dollars de 1997). Quant à la
technique 6 de désulfuration pour toute la vie de la mine suivie de la construction d’une
CEBC faite de résidus désulfurés, elle donne lieu aux coûts les plus élevés, soit environ 9,1
millions de dollars. Néanmoins, il faudrait tenir compte du fait que, d’un point de vue
environnemental, cette technique offre des avantages certains puisqu’on limite la zone
problématique en diminuant grandement la superficie perturbée par les matériaux générateurs
de DMA entreposés en surface.

12.4.1 Définition

L’industrie minière, en raison de ses caractéristiques particulières, constitue un milieu unique


pour l’investissement. Il s’agit en effet d’une industrie à très forte prédominance en capital, où
même une opération de petite envergure, qui n’emploiera qu’une centaine de travailleurs, va
nécessiter un investissement de plusieurs millions de dollars. C’est également une industrie où
les périodes de mise en production (phase de préproduction) sont longues, faisant en sorte que
les rendements requis doivent être élevés afin de compenser les occasions de placement
perdues. L’industrie minière fait par ailleurs partie des industries à risque élevé, le risque (R =
I  C) étant défini ici comme une combinaison de l’incertitude (I) et de la conséquence (C).
Lorsqu’une variable possède un haut degré d’incertitude (ou une probabilité d’insuccès
élevée) et qu’elle a un effet substantiel sur un projet (par exemple, un coût élevé dans le cas
d’un insuccès), elle présente un risque élevé. Par contre, si une variable a un haut degré
d’incertitude mais qu’elle a un effet négligeable sur un projet, on estime que le risque associé
est faible. De même, une variable ayant un faible degré d’incertitude entraîne habituellement
un risque faible. À titre d’exemple, on peut mentionner les taxes; du fait qu’elles ont
généralement un effet important sur les profits (elles peuvent représenter jusqu’à 50 % des
profits d’un projet) mais un degré d’incertitude faible, elles contribuent très peu au risque
d’un projet.

Dans le domaine minier, on reconnaît quatre principales sources de risque : le risque


géologique, le risque politique, le risque économique et le risque technique. Le risque
géologique provient de l’incertitude quant au tonnage, à la teneur, aux taux de récupération et

468
aux conséquences qu’entraînent des changements dans ces variables sur les profits éventuels.
Le risque politique, qui devient de plus en plus important avec l’accélération de la
participation de compagnies canadiennes dans des projets à l’étranger, peut prendre la forme
d’une expropriation pure et simple, d’une réforme inattendue des lois minières ou de
changements dans les règlements liés au respect de l’environnement. Le risque économique
est pour sa part principalement associé aux marchés des minéraux, où la fluctuation
importante des prix rend difficile toute prédiction de revenus, et inclut également les
variations dans les taux de change. Finalement, il faut prendre en compte le risque technique
(incluant le risque associé aux travaux de construction), qui comprend les délais dans
l’achèvement des travaux, les dépassements de coûts, la non-performance des équipements et
les problèmes ou les erreurs d’ingénierie.

12.4.2 Risque relié aux aspects environnementaux

Les incidences environnementales peuvent influer considérablement sur le risque d’un projet
minier, et ce de deux façons essentiellement. D’abord, la réglementation de plus en plus
sévère en matière d’environnement et la complexité des procédures menant à l’obtention d’un
permis (chap. 2 et 9) ont pour effet d’augmenter la longueur des périodes de préproduction,
qui peuvent varier de quatre ans ou moins à plus de dix ans dans certains cas (voir par
exemple Gentry et O’Neil, 1989). Or, plus il s’écoule de temps entre le moment où l’on
décide d’investir et le moment où l’on entre en production, plus grande est la probabilité que
des changements indésirables se produisent en ce qui a trait aux paramètres (comme le climat
économique ou les prix des minéraux) qui ont mené à la décision d’investissement. Négliger
l’aspect environnemental dans la planification d’un projet minier peut conduire à une
augmentation du risque économique puisqu’il faudra beaucoup plus de temps avant d’obtenir
les permis requis. L’aspect environnemental peut aussi jouer un rôle dans le risque technique.
L’entreposage des rejets miniers représenterait, selon certains observateurs (Robinson et
Freeman, 1998), le point le plus vulnérable de l’industrie minière. Pour étayer cette vision, il
suffit de mentionner qu’il y a eu plus de 25 bris majeurs de digues dans le monde au cours des
dernières décennies (tableau 12.11; voir aussi Aubertin et al., 2002).

469
Les compagnies canadiennes récemment impliquées dans les désastres en Guyane (Omai), en
Espagne (Los Frailes) et aux Philippines ont d’ailleurs abondamment fait les manchettes au
cours des années 1990.

L’augmentation du risque technique dû à l’environnement s’explique, en partie, par le fait que


l’avancement de la technologie a permis l’exploitation de gisements à teneur de plus en plus
faible, ce qui fait souvent en sorte qu’on manipule plus de minerai et de roche stérile pour
extraire une quantité de métal équivalente à celle qu’on extrairait avec les méthodes
traditionnelles. Par exemple, la mine Pinto Valley en Arizona représente une opération
actuelle typique (Da Rosa, 1999). Elle exploite un gisement de cuivre ayant une teneur
moyenne de 0,4 % et elle rejette 60 000 tonnes par jour de stériles et de résidus dans
l’environnement. Cette quantité représente 20 millions de tonnes par année, ce qui équivaut au
quart des déchets générés par toutes les villes et tous les villages des États-Unis en une année.
La gestion sécuritaire de ces énormes quantités de rejets constitue un défi important pour les
ingénieurs, car on tend à les décharger en surface, où ils sont exposés à la pluie, à la neige,
aux glissements de terrain et à la séismicité. Ces aspects ont d’ailleurs fait l’objet du chapitre
8 du présent document. À cela s’ajoute la réactivité des matériaux exposés, qui peut être à la
source du drainage minier acide (chap. 5 et 6).

La quantification du risque attribuable à l’environnement demeure une tâche difficile. On a


néanmoins mis au point des méthodes qui permettent d’évaluer le risque de façon relative
pour chaque composante d’un système et d’établir ainsi des priorités dans les dépenses à
effectuer pour réduire ce risque. À titre d’exemple simple, voici une méthode en cinq étapes,
soit (Eaton et al., 1997) :

• Pour chaque composante du système, trouver quels sont les modes de rupture
possibles et quelles sont les probabilités associées à chaque mode (chap. 8).

470
• Pour chaque mode de rupture d’une composante, évaluer quelle est la probabilité qu’il
y ait déversement de contaminants dans l’environnement.

• Pour chaque mode de rupture d’une composante, évaluer de plus, de façon relative,
quelle serait l’ampleur de l’incidence environnementale d’un déversement (chap. 4).

• Combiner la probabilité de rupture et de déversement avec les conséquences afin


d’obtenir un classement des composantes selon leur risque (tableau 12.12).

• Enfin, réduire le risque en s’attaquant aux composantes qui présentent le risque le plus
élevé. Pour cela, on peut opter pour deux stratégies, soit réduire la probabilité de
rupture (par un renforcement structural, par exemple), soit réduire les conséquences de
la rupture (en ajoutant des bassins de rétention, par exemple).

On trouvera plus de détails sur les méthodes permettant de réaliser des études de risques dans
Bamberg et Van Zyl (1986) et dans Vesilind et al. (1994), etc.

12.4.3 Risque et décision d’investissement

Comme l’aspect environnemental contribue au risque global d’un projet, il a, par conséquent,
une influence sur la décision d’investissement. En effet, plus le risque associé à un projet
semble grand, plus le taux d’actualisation utilisé pour calculer la valeur actuelle nette de ce
projet (VAN) sera lui aussi élevé. Ainsi, parmi des projets générant des flux monétaires
semblables, on devrait retenir celui pour lequel on perçoit un risque plus faible, car il devrait
avoir une VAN supérieure.

471
Le financement d’une opération subit également les effets de la perception du risque. Ce
phénomène ressort, trop souvent par ailleurs, de façon spectaculaire lors de bris de digues qui
sont sans doute parmi les pires accidents qui puissent survenir pour une compagnie minière
(voir par exemple Prast, 1999). L’entreprise doit d’abord faire face aux pertes financières
directes dues aux coûts de réaménagement et de reconstruction, aux pertes de revenus durant
la fermeture et la période de reconstruction, aux responsabilités quant aux dommages subis
par les propriétés avoisinantes, etc. Au-delà de ces coûts, cependant, on doit composer avec le
fait que ces accidents, très souvent médiatisés, favorisent la perception d’un risque accru par
les bailleurs de fonds; ces derniers réclament alors des rendements plus élevés, ce qui va de
pair avec des coûts de financement plus élevés.

En ce sens, les choix que l’entreprise minière doit faire en matière d’environnement doivent
tendre de façon globale à minimiser les coûts, ce qui signifie que l’analyse doit tenir compte
non seulement des coûts directs, mais également de leurs répercussions sur le risque global du
projet.

Ce dernier chapitre nous permet d’aborder divers aspects reliés au cadre de gestion et les
applications pratiques qui en découlent. Nous verrons ainsi comment certaines des notions et
techniques traitées dans les chapitres précédents interviennent dans le déroulement d’activités
minières et comment le secteur minier québécois s’organise pour répondre aux défis soulevés
face à la protection de l’environnement et à la prévention de la pollution. L’industrie minière
doit tenter de répondre aux exigences du développement durable malgré le fait qu’elle
exploite une ressource non renouvelable, transformée pour les multiples usages de la société
moderne.

Du stade de l’exploration à celui de la fermeture et de la réhabilitation, la présence d’activités


minières doit se faire en harmonie avec l’environnement afin que les lieux puissent être remis
dans un état propice à une utilisation future. L’industrie minière s’en préoccupe de différentes
façons que nous allons examiner. Après une présentation sommaire des positions adoptées par
les organismes sectoriels et par des compagnies minières, nous verrons quelques cas types de
travaux réalisés, en cours ou prévus dans l’industrie.

13.2.1 Organismes canadiens

Nous faisons ici référence principalement à l’Association minière du Canada (AMC) et à


l’Association minière du Québec (AMQ). Ces deux organisations regroupent la plupart des
sociétés minières actives dans leur sphère respective de juridiction. Chacune a son propre
comité de l’environnement, dont les objectifs peuvent se résumer comme suit :

• Se tenir à l’affût de tout développement et de l’évolution de tendances


environnementales à l’échelle nationale et internationale, tant du côté gouvernemental
que non gouvernemental, et en informer les membres;
• Tenter de dégager un consensus et une prise de position des membres sur les différents
sujets de discussion ou de consultation et faire les représentations jugées nécessaires ;
• Inciter les membres à implanter de saines pratiques de gestion environnementale;
• Organiser des séances de formation nécessaires pour le personnel des sociétés
membres.

472
Pour atteindre ces différents objectifs, les deux associations ont formulé une politique
environnementale type; le tableau 13.1 nous présente celle de l’AMC.

473
Cette politique comporte 14 engagements à l’égard de la protection de l’environnement,
applicable tout au long du cycle de vie des opérations minières. Les sociétés membres de
l’AMC doivent y adhérer ou adopter leur propre politique qui rencontre au moins les mêmes
intentions. De plus, afin de favoriser la mise en œuvre de sa politique, l’AMC a élaboré un
plan directeur de gestion environnementale qui comporte les quatre éléments essentiels de la
gestion de l’environnement, soit : le leadership et l’engagement; la planification; la mise en
œuvre; la surveillance, l’évaluation et l’amélioration.

474
Ce plan directeur propose les éléments fondamentaux d’un système de gestion
environnementale. Chaque société membre devrait le mettre en application, après l’avoir
adapté à son contexte particulier. On trouvera plus de détails sur l’AMC et sur sa politique
environnementale sur le site Web de l’association ([Link]

De son côté, l’Association minière de Québec a établi sa propre politique environnementale.


Elle publie de plus, depuis 1991, un bilan environnemental pour l’ensemble de ses membres.
Un tel bilan, publié en général tous les deux ans, permet de faire le suivi des actions
environnementales et de développer et de recommander des ajustements à ses membres. Le
site Web de l’AMQ ([Link] présente plus d’information à cet égard.

Les comités de l’environnement de l’AMC et de l’AMQ sont parmi les plus actifs de chacune
des deux organisations. Les différents dossiers traités par les groupes de travail touchent les
consultations sur les projets de loi ou la nouvelle réglementation, la recherche ainsi que les
échanges avec les partenaires, conseillers et autres parties intéressées.

En résumé, les associations sectorielles sont des lieux de concertation et de ralliement pour
échanger, informer, inciter et former de façon à ce que chacune des sociétés membres
harmonise ses activités minières dans le respect de l’environnement, avec des objectifs de
prévention et d’amélioration continue.

13.2.2 Sociétés minières

Dans la conduite de ses activités, chaque société minière doit mettre en place de saines
pratiques de gestion dans tous les domaines, que ce soit du point de vue financier, technique,
des ressources humaines, de la santé et sécurité au travail aussi bien que de celui de
l’environnement. Une première étape essentielle à cette fin est un engagement ferme de la
haute direction de la compagnie. Cela s’exprime plus particulièrement dans la politique
environnementale de l’entreprise. Ce document énonce les engagements et les principes que la
haute direction de la société entend utiliser pour guider la gestion de ses activités. Le tableau
13.1 présente un bon exemple de politique.

Cependant, la politique environnementale risque de demeurer un énoncé de vœux pieux. Pour


que cette politique prenne forme dans son application et sa mise en œuvre, on recommande la
mise en place d’un système de management environnemental SME (sect. 1.4- du manuel).
Plusieurs entreprises de divers secteurs industriels se sont dotées d’un SME et il y a plusieurs
modèles. Rappelons simplement ici que l’implantation d’un SME dans une entreprise ne
saurait se faire, comme son application ne saurait se poursuivre, sans l’engagement de tous les
employés, surtout ceux dont les activités ont ou peuvent avoir des incidences sur
l’environnement. Il faut donc une participation étroite des employés dans tout le processus de
mise en place et de fonctionnement du SME. Il faut le répéter, la direction ne peut imposer
seule un SME; il faut comme condition essentielle à son succès que les employés y adhèrent
et y contribuent continuellement. La sensibilisation et la responsabilisation à l’environnement
est donc une étape primordiale – on ne peut jamais trop insister sur ce point.

Nous avons vu le contenu d’un SME au chapitre 1 et dans les ouvrages de référence proposés.
Il est évident que la protection de l’environnement dans une entreprise ne saurait se faire sans
la mise en place d’une structure ou d’un système valable. Il faut donc réunir diverses
conditions pour atteindre des résultats positifs. La norme ISO-14001 ne constitue qu’un

475
modèle de SME. Une telle norme fournit les conditions d’un bon système sans qu’il soit
nécessairement le meilleur système pour tous. La norme (certification) impose un cadre pour
son contenu et son fonctionnement. Elle fournit en plus la reconnaissance du SME par une
tierce partie (externe à l’organisation), puisqu’elle a été établie par une expertise reconnue et
que le SME est certifié par un registraire autorisé (p. ex. Cambior, 1999). Il est cependant plus
important d’avoir un bon SME en place que d’assurer sa certification. Néanmoins, la
reconnaissance du SME par la vérification interne peut devenir importante et même
nécessaire dans certains cas, y compris la garantie que le système est soumis à la vérification
externe d’une partie reconnue, sur une base continuelle, tant que dure la certification.

13.2.3 Quelques approches utilisées dans la pratique

Dans cette section, nous allons aborder d’une façon très sommaire divers outils utilisés de nos
jours pour la protection de l’environnement. Ces composantes aident à maîtriser des activités
ou des procédés dont les incidences sur l’environnement sont significatives. Il s’agit de
procédures, d’équipements ou d’instruments, et de technologies développées et utilisées
durant la conception, l’exploitation ou à la fermeture des opérations minières. Ce sont des
exemples d’application d’un SME, générés à partir d’une volonté ferme de protection de
l’environnement.

Guide de gestion des parcs à résidus miniers.

Nous mentionnons ce guide de l’Association minière du Canada comme exemple, car il


représente bien ce qu’une association sectorielle peut et doit faire pour guider et inciter ses
membres à de saines pratiques de gestion. C’est le fruit de la contribution de divers
intervenants de l’industrie minière et il touche à un des secteurs d’activités, la gestion des
résidus miniers, les plus problématiques d’un point de vue environnemental. Ce guide
s’inscrit dans la ligue de conduite de l’Association minière du Canada qui a aussi développé
une « Politique environnementale » et un « Plan directeur de gestion environnementale ». Le
guide est disponible auprès de l’Association ([Link]).

Formation sur la stabilité et le suivi des digues.

Cette application illustre ce qui se produit souvent avec la mise en place d’un SME : on se
trouve à établir des besoins de formation et on veille ensuite à les combler. À cet effet,
l’Association minière du Québec a reconnu ce besoin de fournir aux employés concernés une
formation sur la gestion des rejets miniers, la stabilité et le suivi des digues. Le comité de
l’environnement de l’Association a défini le contenu et mandaté des experts reconnus pour
développer les cours et dispenser la formation. C’est là un bel exemple qui montre que la prise
en charge d’un problème conduit non seulement à définir de nouvelles responsabilités mais
aussi au développement d’une expertise chez les employés.

Manuels de gestion des rejets miniers.

De façon à encadrer les activités à incidences ou risques significatifs, des compagnies


minières, telle la société Cambior inc., ont développé des procédures opérationnelles
spécifiques à la gestion des parcs à résidus miniers. Cela représente un sous-ensemble de son
système de management environnemental. Dans le cas de la compagnie Cambior, les
procédures propres aux résidus sont regroupées, selon le mode d’intervention, en quatre
manuels qui portent sur les aspects suivants :

476
• Le manuel du gestionnaire : ce qui doit être fait, qui doit le faire.
• Le manuel des critères de conception : données importantes tirées des plans et devis;
rapports de consultants; référence utile et rapide.
• Le manuel de l’inspection : quoi; où (localisation des points d’échantillonnage); quand
(fréquence); limites d’alarme; registre.
• Le manuel des interventions d’urgence au parc : liste des risques de rupture et de
déversement; mesures de mitigation; élaboration de la section « parc à résidus » du
plan d’urgence environnemental.

L’objectif de ces procédures est de s’assurer de la qualité du mode de gestion des résidus, et
aussi d’uniformiser les méthodes pour toute l’entreprise.

Évaluation géotechnique externe des aires d’accumulation.

On devrait mettre en œuvre cet exemple d’application pour toutes les activités demandant la
conception, la construction et l’utilisation d’aires d’accumulation de rejets, notamment les
parcs à résidus miniers, les haldes à stériles, les bassins de boues de traitement, d’eaux ou de
solutions. Pour tous ces cas, il faut construire sur des sols en place ou faire appel à des
géomatériaux pour la construction de digues de retenue, de tranchées ou de murs de
soutènement. La qualité des ouvrages géotechniques requis pour ces aires d’accumulation
devrait faire l’objet d’une révision et d’une validation de la part d’un comité d’experts
externes à l’organisation et aux consultants chargés de la conception. Ce comité de révision
géotechnique ne sert pas à reprendre les calculs et à critiquer le concepteur, mais il permet un
second regard afin de minimiser les risques aux ouvrages géotechniques. Le comité doit
réunir des experts reconnus dans le domaine et ayant une vaste expérience. Il doit fournir à
l’entreprise l’assurance que la conception des ouvrages et les avis émis par les consultants
sont sécuritaires, économiques et durables. On insiste ici sur la stabilité géotechnique des
ouvrages de retenue et de confinement. Toutes interventions ou recommandations majeures de
la part des concepteurs ou des consultants devraient faire l’objet d’une révision par le comité
d’experts géotechniques.

Traitement des eaux acides.

Les chapitres 5 et 6 traitent abondamment du drainage minier acide (DMA), notamment en


matière de prédiction, de formation, de caractéristiques et de contrôle. Comme nous l’avons
vu, la méthode de traitement la plus commune du DMA est le chaulage. Cependant, ce simple
procédé de neutralisation nécessite de grandes quantités de chaux et produit de grands
volumes de boues chimiquement instables qui contiennent des précipités de métaux lourds
tels le fer, le zinc, le cuivre. Grâce à l’industrie minière canadienne, une nouvelle technologie
a été développée et commercialisée durant les années 1980. Il s’agit du procédé de
précipitation des métaux lourds sous forme de boues à haute densité (BHD). Essentiellement,
le DMA est neutralisé et les métaux sont précipités sous une forme relativement stable par
aération et floculation de façon à obtenir des boues contenant plus de 25 à 30 % de solides
(sect. 5.7 du manuel). Dans ce procédé, la recirculation de la sousverse de l’épaississeur
permet d’améliorer le pouvoir de neutralisation de la chaux, de diminuer sa consommation et
de favoriser la nucléation des flocs de précipités. Un tel procédé est notamment en opération à
la mine Doyon depuis 1991, année où il a remplacé le chaulage conventionnel. On a ainsi
réduit le volume requis pour la disposition des boues d’un facteur de 8. La consommation de
chaux est passée d’un sommet de 20 000 tonnes par année en 1988-1989 à une moyenne de 8

477
600 tonnes par an depuis l’implantation du procédé BHD. Le diagramme de procédé utilisé à
la mine Doyon apparaît à la figure 13.1.

Par ailleurs, on a vu au chapitre 7 que le traitement le plus répandu des minerais d’or fait
appel à la lixiviation avec une solution de cyanure de sodium (NaCN) comme lixiviant. Les
ions CN- en solution réagissent avec les différents minerais d’or pour les dissoudre et
complexer le métal précieux. La solution porteuse est séparée de la gangue, qui est expédiée
sous forme de pulpe (résidus miniers) dans le parc à résidus. La concentration en cyanure
totale de ces pulpes est souvent de l’ordre de 100-150 mg/L, mais elle atteint parfois jusqu’à
300 mg/L. Une grande partie (80 % et plus) de cette eau est recirculée à l’usine de traitement.
Une partie des cyanures, particulièrement les cyanures libres ou faiblement complexés, se
dégradent dans le bassin récepteur du parc à résidus de façon naturelle sous l’effet de
l’atmosphère et des rayons ultraviolets du Soleil. Cependant, les concentrations ne pouvant
pas toujours descendre sous le niveau des limites réglementaires, il faut souvent traiter les
effluents cyanurés pour les amener à des niveaux conformes en détruisant les cyanures
excédentaires. Dans d’autres cas, c’est la pulpe entière qu’il faut traiter avant sa disposition ou
sa réutilisation (comme pour le remblai en pâte).

La dégradation naturelle est certainement le procédé le plus répandu pour diminuer les
concentrations en cyanure et les mécanismes en cause sont bien connus : la neutralisation par
le CO2 de l’air, la volatilisation, la dissociation chimique et la précipitation. Même si
l’effluent final n’atteint pas toujours le niveau requis de cyanure, la dégradation naturelle peut
servir à abaisser en premier lieu la quantité des cyanures à traiter chimiquement par la suite.
Divers procédés, développés en collaboration avec des entreprises minières (p. ex. les
procédés SO2 de INCO et de Noranda), peuvent compléter la dégradation. Il s’agit dans
plusieurs cas de développements qui découlent des travaux de recherche parrainés par des
entreprises minières qui visent le respect des normes et la protection de l’environnement.

Contrôle du DMA à l’aide de couvertures.

478
Le programme de recherche sur la neutralisation des eaux de drainage dans l’environnement
minier (NEDEM) a permis de développer et de mettre au point plusieurs techniques de
restauration de parcs à résidus miniers générateurs d’acide. Parmi ces réalisations, l’utilisation
de barrières de recouvrement pour limiter l’infiltration de l’eau ou de l’oxygène est un des
développements dignes de mention. Le chapitre 6 décrit en détail les techniques de
recouvrement multicouches et les couvertures en eaux. Nous verrons quelques applications
particulières plus loin dans ce chapitre.

13.3.1 Sites miniers gérés par le gouvernement du Québec

Mise en situation. Le territoire québécois compte plus de 360 aires d’accumulation de rejets
miniers (parcs à résidus, haldes à stériles et bassins) qui couvrent une superficie estimée à
environ 13 400 ha (hectares), dont 261 aires sur des sites inactifs (en 1999). Les rejets
potentiellement générateurs de drainage acide, issus de l’exploitation des minerais sulfureux,
seraient présents sur 79 sites abandonnés (2 059 ha). Ils sont généralement les plus
problématiques, car ils ont des incidences majeures sur l’environnement.

Le ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN) est directement responsable de 11


sites miniers abandonnés qui ont été rétrocédés à la Couronne au fil des ans, soit par
ignorance de leurs véritables incidences sur l’environnement, soit par un manque de rigueur
dans les lois d’alors. Certains travaux de remise en état, la plupart du temps de nature
sécuritaire (démantèlement des bâtisses et des chevalements, sécurisation des ouvertures
dangereuses), ont néanmoins été effectués lors de leur abandon. Quant aux résidus entreposés
dans les parcs, ils étaient considérés à une certaine époque comme inoffensifs, même s’ils
sont souvent à l’origine des problèmes de contamination que nous connaissons aujourd’hui.
Afin que de telles situations ne se reproduisent plus, on a modifié la Loi sur les mines (voir
chapitre 9). En effet, depuis mars 1995, une personne qui réalise des travaux d’exploration ou
d’exploitation minière doit déposer un plan de restauration et une garantie financière couvrant
70 % du coût prévu des travaux de restauration sur les aires d’accumulation.

Les 11 sites miniers appartenant à l’État québécois sont répartis sur l’ensemble du territoire de
la province. Ils couvrent quelque 520 ha et engendraient diverses incidences sur
l’environnement (avant les travaux de restauration). Les parcs East Sullivan, Lorraine,
Canadian Malartic, Candego et Somex sont générateurs de drainage minier acide (DMA).
Ceux des sites Terrains Aurifères A, Stadacona et Preissac contiennent des résidus dits
neutres alors que ceux des parcs de Sullivan, Wood Cadillac et Mines Madeleine présentent
des problématiques particulières, relatives respectivement au mercure, à l’arsenic et à la
stabilité des ouvrages de retenue. La plupart de ces sites ont fait l’objet de travaux en vue de
leur restauration. Entrepris en 1987, les travaux sont maintenant terminés pour la plupart
d’entre eux. Les objectifs du MRN étaient de réaliser la restauration de ces lieux miniers au
meilleur coût possible, tout en développant des méthodes efficaces et en assurant un transfert
technologique approprié auprès des intervenants intéressés.

La priorité des actions entreprises privilégiait l'importance des incidences sur


l’environnement, les superficies perturbées et la proximité des centres urbains. Ainsi, le parc
East Sullivan est venu en tête de liste et les nombreuses études réalisées depuis 1987 sur le
drainage minier acide et la caractérisation des lieux ont permis d'y entreprendre les travaux de
restauration en 1992. On y a investi plus de sept millions de dollars, principalement pour
confiner adéquatement les résidus.

479
En 1987, le MRN estimait à quelque 30 millions de dollars le coût total à investir pour
restaurer ces 11 sites. En bout de ligne, le montant sera passablement moindre grâce à la
recherche et aux innovations technologiques réalisées. L'industrie minière peut ainsi profiter
de l'expertise acquise grâce à la politique de diffusion des connaissances que nous appliquons.
Parmi les développements significatifs, on peut mentionner les travaux suivants :

• Site East Sullivan : Utilisation de rejets organiques pour contrôler l’oxydation des
sulfures et la production d’eaux acides. Mise au point d’un système de traitement des
eaux contaminées par leur recirculation sur des résidus forestiers.
• Site Canadian Malartic : Acquisition de connaissances hydrogéochimiques et
hydrogéologiques du site permettant de développer une méthode économique de
restauration, mettant à profit le potentiel de neutralisation des résidus miniers.
• Sites Candego et Lorraine : Essai de systèmes passifs de traitement des eaux acides à
l’aide de lits de pierre calcaire et dolomitique dit «anoxiques».
• Site Wood Cadillac : Analyse du phénomène de mobilisation de l’arsenic dans
l’environnement et de son comportement dans le temps.

Divers sites : Méthodes économiques d’ensemencement direct des résidus par le choix
judicieux de mélanges de semences avec fertilisation spécifique.

La définition de la meilleure méthode de restauration pour un site particulier passe par une
bonne caractérisation et par une évaluation de l’historique de l’exploitation minière. On
trouve des informations sommaires à ce sujet dans les fiches descriptives qui suivent pour
chacun des sites miniers appartenant à l’État.

Canadian Malartic. Le parc à résidus miniers Canadian Malartic (superficie de 78 ha),


localisé à la limite sud de la ville de Malartic dans le canton de Fournière de la région
administrative 08 – Abitibi-Témiscamingue, est constitué de rejets d’une mine d’or sous-
jacents à des résidus sulfureux générateurs d'acide. Les droits de propriété de ce parc ont été
rétrocédés à la Couronne en janvier 1979.

Entre 1935 et 1965, quelque 9,9 Mt de minerai de la mine Canadian Malartic ont été traitées
par cyanuration, produisant 36 900 kg d'or et 22 100 kg d'argent avec comme substances
secondaires le tellure, le zinc, le cuivre, le plomb et le molybdène. Entre 1962 et 1968,
Marbridge Mines Limited a traité 702 000 t de minerai riche en nickel et en cuivre sur le site
de Canadian Malartic, pour une production de nickel et de cuivre évaluée à 13 123 t. On
retrouve dans les résidus sulfureux de la chalcopyrite, de la sphalérite, de la pyrrhotite et de la
covellite/digénite.

De 1935 à 1942, on a rejeté les résidus miniers aurifères vers le nord. Ce site d'une superficie
approximative de 36 ha a, par la suite, abrité une scierie et diverses petites entreprises. Il est
partiellement revégété et a une nouvelle vocation.

À partir de 1942, on a rejeté les résidus au sud du concentrateur. Le parc est constitué à la
base de résidus déposés entre 1942 et 1962. Le manque de confinement a occasionné
l'étalement de ces rejets sur une superficie estimée à environ 70 ha. De 1962 à 1965, on y a
déposé quelque 969 546 t de résidus non réactifs et 344 933 t de résidus sulfureux. Enfin, de
1965 à 1968, environ 345 420 t de résidus sulfureux se sont ajoutées (figure 13.2).

480
Ce site générait un drainage minier acide à la suite de l’oxydation des résidus sulfureux
disposés en surface du parc. Une étude de caractérisation hydrogéochimique a cependant mis
en évidence un pouvoir neutralisant très marqué (trois fois supérieur au pouvoir générateur)
des résidus aurifères disposés en dessous. Le plan de restauration élaboré exploite cette
caractéristique particulière des résidus aurifères pour enrayer le drainage acide généré. Les
travaux, exécutés surtout en 1996, ont consisté principalement à assurer la percolation des
eaux de surface à travers les résidus alcalins, par la relocalisation d’une partie des résidus,
l’adoucissement des pentes, la stabilisation de la surface, l’aménagement d’un déversoir et,
pour terminer, l’amendement et la revégétation de l’ensemble du site. Le coût d’ensemble de
ces travaux représente un investissement de l’ordre de 17 000 $ par hectare.

Candego. Le site minier Candego (3 ha) est situé à 17 km au sud de Marsoui dans le canton
de Boisbuisson. Il fait partie du territoire non organisé de Mont-Albert, dans la région
administrative 11 – Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. La rétrocession de ce site contenant des
résidus sulfureux a eu lieu le 9 mars 1978.

Les deux petits parcs à résidus miniers, distants d'une vingtaine de mètres, se trouvent à une
dizaine de mètres de la rivière Marsoui qui draine le secteur. Le parc nord couvre une
superficie approximative de un hectare dont la moitié contient des résidus et l'autre moitié sert
de bassin de rétention en cas de débordement. La quantité de résidus présents dans ce secteur
pourrait atteindre 35 000 t. Un plus petit parc se situe au sud-ouest du précédent, à
l'emplacement d'une exploitation en carrière. Sa superficie est d'environ 1 500 m2 et recevrait
un maximum de 25 000 t de résidus (figure 13.3).

481
Un gisement de plomb-zinc a été exploité par Mines Candego entre 1948 et 1954. On y aurait
traité 68 497 t de minerai. Il s’agissait principalement de galène argentifère et de sphalérite.
Le traitement de ce minerai a fourni 3 701 t de plomb, 2 149 t de zinc et 12 t d'argent. La
quantité de résidus sulfureux générés est estimée à 60 000 t.

Quoiqu’on observe de petits suintements acides dans la partie ouest des parcs, ils n’ont pas
d’incidences significatives sur la qualité de la rivière Marsoui qui sillonne à proximité et dont
l’eau est légèrement alcaline. Le faible écoulement d’eau qui résulte des lieux et le
confinement adéquat des résidus constituent les facteurs qui réduisent considérablement les
incidences sur l’environnement de ce site.

Les travaux correcteurs effectués essentiellement en 1995 avaient pour but de minimiser les
effets de la présence des résidus et de corriger surtout les lacunes visuelles de ces vestiges
miniers. On a mis en place un réseau de drainage adéquat parallèlement à la stabilisation des
digues et de la surface du parc par un recouvrement avec des matériaux silteux. On a aussi
construit un lit dolomitique dit «anoxique» pour traiter les faibles suintements d’eau acide. On
fait un suivi pour connaître l’efficacité à moyen et à long termes de ce système passif.
L’ensemencement est venu compléter les travaux de remise en état des lieux. Le coût global
est de l’ordre de 50 000 $ par hectare pour ces travaux.

East Sullivan. Le site minier East Sullivan (228 ha) est situé dans la région administrative 08
-Abitibi-Témiscamingue, à environ 7 km au sud-est de la ville de Val-d’Or dans le canton de
Bourlamaque. Le parc à résidus (136 ha) et ses épanchements (68 ha) couvrent plus de 200
des 228 ha du site (figure 13.4).

482
La teneur moyenne du gisement était d’environ 1,047 % de cuivre, 0,87 % de zinc et 0,001 %
d’argent. Le minerai renfermait également plusieurs substances secondaires telles l’or, le
cadmium, le plomb, l’arsenic et la pyrite. De 1949 à 1966, année de l’arrêt des opérations, on
a traité 15 137 000 t de minerai, produisant ainsi 145 974 t de cuivre, 72 017 t de zinc, 3 396
kg d’or et 98 843 kg de cadmium. Le site a appartenu à East Sullivan Mines Ltd de 1944 à
1960 et à Sullico Mines Ltd de 1960 à 1966. Les droits de propriété ont été rétrocédés à la
Couronne le 7 janvier 1980.

Abandonné depuis une trentaine d’années, ce site est fortement générateur d’acide (pH initial
de 2,3) et il contamine en métaux lourds la rivière Bourlamaque qui coule à proximité. Par
cette localisation critique et surtout par son envergure considérable, on le considérait comme
un des lieux les plus préoccupants au Québec et c’est à titre expérimental qu’on y a entrepris
des travaux de remise en état.

Le site est localisé dans un milieu tourbeux. Les 15 millions de tonnes de résidus sulfureux
qui y sont contenus sont fortement générateurs d’acides. Selon les méthodes conventionnelles,
il aurait fallu investir de 20 M$ à 50 M$ pour le restaurer. En outre, aucune méthode connue à
l’époque ne pouvait s’y appliquer directement. Afin de diminuer substantiellement les coûts
tout en développant de nouvelles technologies de restauration, on a mené des expériences
visant à enrayer la production d’acidité à l’aide d’un couvert organique constitué
principalement de résidus forestiers (disponibles en quantité dans la région). Il faut
mentionner qu’à partir de 1984, le parc a servi de lieu d’entreposage pour des résidus
forestiers. Il devenait impérieux de connaître l’interaction du jumelage de ces deux sortes de

483
rejets et d’établir un plan de gestion adapté à ces circonstances. On a procédé à de nombreuses
études dans ce but et également pour élaborer un plan directeur de restauration. Des travaux
de confinement des résidus miniers, considérés prioritaires, ont débuté en 1992 par la
construction d’une digue étanche qui s’étend sur une longueur de 6 km. Terminés en 1996, ils
permettent maintenant le contrôle et le traitement des effluents contaminés à un exutoire
unique (figure 13.4).

Le recouvrement des résidus miniers avec des résidus forestiers constitue une solution à deux
problématiques régionales particulières, avec des avantages substantiels pour les deux parties,
soit l’entreposage des résidus forestiers et le contrôle de la génération du drainage minier
acide du parc. Des études ont démontré que le recouvrement des résidus miniers par une
couche minimale de 1 m de résidus forestiers serait efficace comme barrière à l’oxygène,
empêchant ainsi la génération de drainage minier acide. Une autre étude a aussi montré que le
processus de biodégradation dans la couche de résidus forestiers est très lent et qu’à une
profondeur de quelques dizaines de centimètres, il devient pratiquement nul par manque
d’oxygène, ce qui assure la longévité de la barrière. De plus, la contamination organique
(DBO, DCO, phénols, tannins, lignines) générée par la présence des résidus forestiers est plus
facilement contrôlable par un système de traitement passif que la contamination initiale
(acidité, métaux lourds, etc.). D’ailleurs, les observations effectuées par le MRN tendent à
montrer que si elle était relativement importante au début (les deux ou trois premières
années), cette contamination organique s’est résorbée considérablement par la suite.

Parallèlement aux travaux de confinement et de recouvrement, on a effectué divers essais


pour mettre au point des systèmes de traitement passif des eaux contaminées par marais
épurateurs et par recirculation de ces eaux sur les résidus forestiers. Ces méthodes pouvaient
permettre des économies de plusieurs millions de dollars. Le système de recirculation des
eaux contaminées a finalement été retenu et implanté sur le site en 1997. Ce système est
destiné à traiter les eaux d’exfiltration des marges du parc, riches en fer ferreux produit avant
que le recouvrement forestier n’ait été mis en place. De la biodégradation des résidus
forestiers résulte en effet une grande alcalinité latente qui peut être mise à profit. De plus, la
réduction des sulfates recirculés génère également une alcalinité additionnelle. Une
modélisation des conditions du parc indique que la migration du fer ferreux durerait environ
quelque sept à huit années après la mise en place complète du recouvrement. Par la suite,
l’eau résultante de ces lieux pourrait s’écouler librement et sans dommage dans le milieu
environnant.

Au total, on aura investi environ 9 M$ dans ce projet, principalement pour réaliser les études
et essais, effectuer des travaux de relocalisation de roches stériles, confiner les résidus miniers
à l’aide d’une digue étanche, implanter le système de traitement temporaire par recirculation
des eaux contaminées et faire le suivi du site. Les travaux de recherche et les essais réalisés
auront cependant permis d’abaisser substantiellement les coûts prévus initialement (de 20 M$
à 50 M$ et plus en utilisant les barèmes reconnus à l’époque pour la restauration des sites
miniers générateurs d’acidité). On trouve beaucoup de documentation sur les résultats de ces
recherches dans des rapports techniques et dans des publications scientifiques.

Lorraine. Le site minier Lorraine (22 ha), rétrocédé à la Couronne le 27 novembre 1971, est
localisé dans le canton de Gaboury dans la région administrative 08 – Abitibi-
Témiscamingue, à environ 15 km au sud-est de la municipalité de Latulipe. Il occupe une
superficie approximative de 22 ha, dont 10 pour le parc à résidus (figure 13.5).

484
Cette mine a principalement exploité le cuivre et le nickel avec comme substances
secondaires, dans la minéralisation, l'or et l'argent. Le traitement de 600 083 t de minerai,
entre 1964 et 1968, a produit 2 683 t de nickel, 6 391 t de cuivre, 0,438 t d'or et 2 681 t
d'argent et a laissé sur place des résidus riches en sulfures potentiellement générateurs
d'acidité.

En 1995, on a fait une caractérisation du site et on a élaboré divers scénarios de restauration.


Le recouvrement de ces résidus sulfureux à l’aide d’un système multicouche (conçu en
collaboration avec les principaux auteurs du manuel) a été retenu comme solution permettant
le plus efficacement de contrôler la contamination acide et en métaux lourds produite.

Les travaux ont été principalement effectués en 1998 et en 1999 pour un coût global de
l’ordre de 72 000 $ par hectare (y compris 130 000 $ par hectare pour le parc à résidus). Outre
le démantèlement des vestiges existants, on a procédé à la récupération des épanchements de
résidus et à leur disposition sur le parc. On a mis en place un système collecteur des
écoulements acides du parc et on a canalisé ces eaux d’infiltration, avant tout riches en fer
ferreux encore emprisonné sous la couverture, dans des lits de pierres calcaires et
dolomitiques (dits «anoxiques») aménagés comme systèmes de traitement passif temporaires.
La couverture et les drains ont été instrumentés pour en connaître l’efficacité. Pour l’instant,
on n’a pris aucune décision concernant la revégétation de la surface du parc à résidus. La
nécessité d’empêcher l’implantation d’un couvert ligneux susceptible d’endommager
ultérieurement la couverture multicouche constitue une préoccupation qui mérite des
investigations additionnelles. Les résultats des recherches effectuées sur ce site sont

485
disponibles dans des rapports techniques et dans diverses publications scientifiques (p. ex.
Dagenais et al., 2002; Bernier et al., 2002; voir aussi le site Web de la Chaire CRSNG
Polytechnique-UQAT : [Link] [Link]/enviro-geremi).

Mines Madeleine. La société minière Les Mines Madeleine ltée a exploité, de 1969 à 1976 et
de 1979 à 1982, un gisement de cuivre-argent localisé dans le canton de Boisbuisson, à
environ 50 km au sud-est de la ville de Sainte-Anne-des-Monts. Le site (25 ha) fait partie du
territoire non organisé de Mont-Albert dans la région administrative 11 – Gaspésie-Îles-de-la-
Madeleine.

La concentration de 7,4 Mt de minerai de cuivre et d'argent par flottation a laissé des résidus
miniers sur une superficie totale de 25 ha répartie dans deux parcs à résidus miniers situés
respectivement à environ 1,5 et 2,5 km au sud de la mine (figure 13.6). Ces résidus sulfureux
ne génèrent toutefois pas d'acidité résiduelle, car la roche encaissante alcaline tamponne les
effets acidifiants.

486
Le territoire particulièrement accidenté de la région a laissé peu de place pour l'entreposage
des résidus. Il a fallu les déposer dans deux cuvettes naturelles perchées à près de 800 m
d’altitude et fermées par des qu’on rehaussait au fur et à mesure de la production des résidus.
Ces ouvrages sont localisés à la tête d'une rivière à saumons réputée (rivière Sainte-Anne),
créant ainsi un écosystème très fragile. Les droits de propriété des deux parcs à résidus ont été
rétrocédés à la Couronne le 26 février 1985.

La digue no 1 a une longueur d'environ 410 m et une hauteur maximale d'environ 23 m. Elle
aurait été érigée en sept étapes successives entre 1970 et 1981. La digue no 2 a une longueur
d'environ 400 m et une hauteur maximale d'environ 42 m. Elle aurait été construite en huit
principales étapes entre 1970 et 1976. Cette digue a déjà cédé en décembre 1973,
occasionnant une catastrophe écologique majeure. Elle a été réparée en 1974.

Des doutes subsistaient quant à la stabilité de ces ouvrages en raison des méthodes peu
orthodoxes employées lors de la construction et des formes convexes retenues afin de gagner
plus d’espace d’entreposage. Le Ministère a donc entrepris en 1990 d’appliquer des mesures
visant à évaluer la stabilité de ces digues. Les études réalisées ont révélé que le facteur de
sécurité était trop faible pour de telles constructions, rendant ainsi ces ouvrages très
vulnérables, principalement en cas de séisme. On a élaboré plusieurs scénarios de
restauration. Les nombreuses simulations exécutées à cet effet ont permis de retenir une
solution acceptable et économique dans les circonstances. Des bermes stabilisatrices
constituaient l’essentiel des mesures correctrices proposées. Les travaux ont été réalisés en
1996 et en 1997 (au coût global de 70 000 $ par hectare) et, depuis, on procède à un suivi
comprenant surtout des observations visuelles par des personnes compétentes.

Preissac. Le parc à résidus miniers Preissac no 2 a été utilisé par la compagnie Preissac
Molybdénite de 1965 jusqu'à la fin de ses opérations en 1971. Situé sur les terres du domaine
public, le site n'a jamais fait l'objet d'un bail de location ou d'un bail minier. Il a été remis à la
Couronne le 18 mai 1972.

D'une superficie de 22 ha, le site se trouve à une dizaine de mètres à l'est de la route 395 qui

487
relie la municipalité de Preissac à la route 117 dans le canton de Preissac de la région
administrative 08 – Abitibi-Témiscamingue (figure 13.7). Les quelque 2,2 Mt de résidus qui
y sont entreposés sont considérés inertes et proviennent de la concentration du minerai de
molybdène par flottation.

La surface instable des résidus déposés dans le parc était la principale cause des dommages
subis par l’environnement. Ainsi, un bassin de sédimentation, aménagé en guise de déversoir
dans la partie centre-ouest du parc, a cédé à quelques reprises provoquant des bris majeurs à la
route no 395 et la fuite de résidus miniers à l’extérieur du parc. L’action éolienne a également
été un acteur important en transportant de façon continue d’importantes quantités de résidus.

Les travaux exécutés en 1992 (à un coût global de 11 000 $ par hectare) ont d’abord consisté
à aplanir la surface du parc en adoucissant les pentes et en canalisant l’eau de ruissellement
vers un déversoir spécialement aménagé de façon à ne pas retenir l’eau et à éliminer ainsi tout
danger d’effondrement de la structure. Le schéma d’aménagement a respecté la vocation
récréative du site, occupée au fil des ans par la population locale. Ainsi, on a préservé le petit
lac existant dans la partie nord-est du parc et on a ajouté une plage de sable blanc (résidus),
selon un souhait du milieu. Une piste pour véhicules tout terrain complète l’aménagement en
périphérie du parc. Un couvert végétal, implanté par ensemencement direct des résidus
miniers, est venu stabiliser l’ensemble du site.

Somex. Le site de la mine Somex (Société minière d’exploitation) est situé dans le canton de
Bickerdike à environ 9 km à l'ouest du village de Lac Édouard et à environ 40 km au nord-est
de la ville de La Tuque dans la région administrative 04 – Mauricie-Bois-Francs.

488
La superficie totale du site atteint quatre hectares alors que celle du parc de résidus miniers ne
couvre qu’environ un hectare (figure 13.8). Il a été rétrocédé à la Couronne le 29 juillet 1975.
Le lieu, quoique situé loin des zones urbaines, peut toutefois causer une contamination d’un
tributaire de la rivière Bostonnais par des résidus sulfureux et des métaux lourds.

Somex a principalement exploité la chalcopyrite, la pentlandite et, comme substance


secondaire, la pyrrhotite. L'exploitation de la mine et le traitement de 48 300 t de minerai
titrant 1,5 % Ni et 0,5 % Cu, entre mars 1973 et janvier 1974, ont produit 400 t de nickel et
200 t de cuivre. La mine a laissé sur place un parc à résidus miniers générateurs d'acidité, des
empilements de roches stériles ainsi que des structures reliées aux opérations minières.

Le scénario de restauration retenu pour stabiliser les lieux consistait principalement en


l’encapsulage des résidus sulfureux par un recouvrement de surface. Après la récupération des
rejets déversés hors du parc, on a aplani la surface du parc et on lui a donné une pente
minimale de 2 % pour en assurer un drainage intérieur adéquat. Un géocomposite
bentonitique a par la suite été installé sur toute la surface et ancré convenablement dans
l’argile sous-jacente. Cette membrane doit assurer l’imperméabilisation de la partie captive.
Une couche de protection et de support à la végétation, constituée par un mètre de sable,
complète le système érigé. La revégétation et le reboisement de l’ensemble du site visaient à
rendre les lieux à la nature le plus rapidement possible. Afin de protéger la membrane
d’imperméabilisation contre les intrusions organiques, on a semé des plants d’épinette,
essence reconnue comme croissant à proximité de la surface, sur la partie du parc à résidus
dans le but de coloniser immédiatement toute la surface disponible.

Ces travaux réalisés en 1995 faisaient suite à des études antérieures de caractérisation et de

489
faisabilité. Le coût global est de 90 000 $ par hectare (y compris 340 000 $ pour le parc à
résidus seulement). Par un suivi environnemental annuel, on en vérifie les performances et on
assure l’assainissement définitif des lieux.

Stadacona. La concentration de 2,7 Mt de minerai d'or et d'argent par la compagnie


Stadacona Mines ltd entre 1936 et 1958 a produit quelque 14,5 t d'or et 3,5 t d'argent, et laissé
des résidus et les vestiges miniers couvrant une superficie totale de 28 ha dont 12 (soit une
partie du parc à résidus principal) sont la responsabilité du MRN (figure 13.9).

Ce site se trouve à la périphérie de la municipalité de Rouyn-Noranda dans la région


administrative 08 – Abitibi-Témiscamingue. Il a été rétrocédé à la Couronne lors de la
révocation de la concession minière no 279, le 3 juillet 1969. Les résidus, de nature neutre,
sont sans impact significatif sur l’environnement. Toutefois, la stabilisation de la surface s’est
avérée nécessaire pour contrer les effets néfastes de l’érosion hydrique et éolienne.

Une partie (8 ha) de la superficie du site avait déjà fait l'objet de travaux de restauration en
1988 par divers intervenants miniers (AMQ, Noranda, Sigma, Kiena et Selbaie) en association
avec Canards Illimités. Une autre partie du site (parc à résidus principal de 8 ha) appartient à
la ville de Rouyn-Noranda qui lui dédie une vocation récréative en été (motocross) et de
services publics en hiver (entreposage des neiges usées).

Le Ministère a procédé aux travaux de restauration de sa propriété (12 ha du parc à résidus


principal) au cours de l’été 1996. Après le reprofilage des résidus et l’aménagement d’un
déversoir pour assurer l’évacuation adéquate des eaux de ruissellement, l’ensemencement

490
direct des rejets est venu compléter les travaux de stabilisation exécutés. Le coût de ces
travaux est de l’ordre de 12 000 $ par hectare.

Sullivan. Le parc à résidus miniers Sullivan est situé en bordure du lac De Montigny, à
l’intérieur des limites de la municipalité de Sullivan, du canton de Dubuisson dans la région
administrative 08 – Abitibi-Témiscamingue. Ce parc se présente sous la forme d'un delta
artificiel de 400 à plus de 600 m de rayon, couvrant une superficie de plus de 50 ha à eau
basse (figure 13.10).

Les activités de la mine Sullivan ont eu lieu entre avril 1934 et décembre 1967. Durant cette
période, on a traité 5,4 Mt de minerai d'or et d'argent par amalgamation au mercure (0,8 Mt
1934-1943) et par cyanuration (4,6 Mt 1934-1967). À l’époque, on rejetait les résidus dans le
lac.

En 1973 et 1975, le groupe minier Sullivan, alors propriétaire du site, a vendu à la


municipalité de Sullivan certains terrains comprenant, entre autres, une partie des résidus
miniers. Le 16 juin 1978, la concession minière, moins les terrains déjà vendus, était
rétrocédée à la Couronne. Par la suite, le 4 décembre 1987, la municipalité de Sullivan a cédé
à son tour à un propriétaire privé les droits de surface de la partie du site qu’elle avait acquise
et les résidus miniers s'y trouvant. La majeure partie des résidus miniers étant situés dans le
lac De Montigny, ils ont été rétrocédés à la Couronne et les droits aux substances minérales
présentes dans ces résidus appartiennent aux titulaires des droits miniers.

Des travaux de caractérisation réalisés en 1987 ont confirmé la présence de fortes


concentrations locales de mercure à quelques endroits dans le parc. À la fin des années 1930,

491
il était alors fréquent d’extraire les métaux précieux du minerai par le procédé
d’amalgamation au mercure, d’où origine cette contamination. Outre cette constatation, les
résidus miniers sont considérés inoffensifs et le site sert à des fins récréatives. On considère
comme préférable de ne pas remanier les résidus et de s’assurer de garder captives les
concentrations de mercure en question.

Les travaux consistent principalement à stabiliser les berges du parc et à aménager le site
selon la vocation récréative déjà octroyée par la population locale. Étant donné l’étendue des
berges et l’importance du lac De Montigny, les travaux de stabilisation requis revêtent une
importance non négligeable. Le coût des travaux s’élève à 20 000 $ par hectare.

Terrains aurifères A. Le parc à résidus miniers Terrains aurifères A, d’une superficie de 46


ha, a été rétrocédé à la Couronne le 15 février 1972. Il est localisé à la limite des cantons de
Dubuisson et Fournière dans la région 08 – Abitibi-Témiscamingue (figure 13.11).

La mine Malartic Goldfields a été en exploitation de 1939 à 1965. Au cours de cette période,
8,9 Mt de minerai d'or ont été traitées par cyanuration sur le site, alors qu’on a récupéré 53 t
d'or et 2,7 t d'argent. Les résidus entreposés, à caractère neutre ou légèrement alcalin, ont une
épaisseur moyenne de 4 m à l'intérieur des digues de rétention constituées de résidus plus
grossiers. L’érosion a produit un réseau dendritique particulièrement développé en surface. Il
a fallu colmater et stabiliser une énorme brèche à plusieurs reprises dans le passé.

La réouverture de l'usine de traitement en 1979 a nécessité la construction d'un second parc à

492
résidus miniers, adjacent au premier, par l’exploitant minier (voir section 13.3.2) Ce parc,
«Terrain aurifères B» (aussi appelé Les Terrain Aurifères – LTA) d'une superficie totale de 97
ha, contient principalement des résidus sulfureux. Il est devenu inactif en 1995 et le
propriétaire s'est adressé au Ministère pour utiliser des résidus entreposés dans le premier parc
afin de restaurer le sien. Une entente est intervenue à cet effet, prévoyant également que les
principaux travaux de drainage et de terrassement nécessaires à la restauration du parc «A»
seraient à la charge du propriétaire privé.

Les travaux ont été exécutés en 1996 et 1997 et, quoique d’importants travaux de stabilisation
des canaux de drainage périphériques se soient révélés nécessaires par la suite, la
collaboration des deux parties intéressées a permis d’abaisser substantiellement les coûts
anticipés pour la remise en état des lieux. On évalue à environ 8 000 $ par hectare le montant
investi par le MRN pour les travaux de restauration du site.

Wood Cadillac. Le site minier Wood Cadillac, rétrocédé à la Couronne le 12 juillet 1967, est
situé dans le canton de Cadillac de la région administrative 08 – Abitibi-Témiscamingue. La
mine est localisée à proximité de la route 117 et à quelque 6 km à l’est de la ville de Cadillac.
On l’a exploitée sans ouvrage de confinement, provoquant ainsi la dispersion d’une quantité
importante de résidus miniers dans l’environnement (figure 13.12).

Le parc, ou du moins ce qui semble être l’amas principal des résidus, couvre une superficie
d’environ 17 ha à flanc de colline, avec une épaisseur moyenne de résidus de 3 m. Ils
proviennent de la concentration de 582 000 t de minerai d'or par amalgamation et cyanuration
(1939-1942; 1947-1949). À l'époque, les propriétaires étaient Mines Gallant et Les mines

493
Belmoral Ltée. Le minerai provenait d'un gisement d'or et d'argent en plus de tungstène et
d'arsenic. C'est d'ailleurs la présence de ce dernier élément qui s'avère maintenant
problématique.

L’absence d’ouvrage de confinement a provoqué la contamination, par les résidus miniers, du


ruisseau Pandora qui sillonne à proximité et qui recueille les eaux de drainage du parc. On
estime que la superficie additionnelle ainsi perturbée serait de 13 ha, dans un écosystème
fragile. Environ 230 000 t de résidus (soit près de 40 % de la production totale de la mine) ont
ainsi migré le long du cours d’eau et dans le lac Preissac localisé quelque 3 km en aval. Le
site était également caractérisé par la présence d’une dizaine de puits (anciens tubes de
forage) qui laissaient s’écouler des eaux fortement chargées en arsenic.

Une étude de caractérisation hydrogéochimique, réalisée en 1995, a permis d’évaluer la


contribution des résidus miniers au taux élevé de contamination en arsenic dans la région et,
également, d’établir l’étendue de ce panache. Ces travaux indiquent que l'omniprésence de
l’arsenic dans la région découle principalement de la constitution du socle rocheux (riche en
arsenopyrite) et que les concentrations élevées, rencontrées à divers endroits, ne sont pas
nécessairement reliées à l'exploitation minière d'antan. L’étude en question n’a pas établi de
relation précise entre la contamination et l’exploitation minière. Elle a toutefois mis en
évidence que la contamination de la zone minière perturbée dépend en grande partie de
l’existence de ces résidus et que seul le substrat relativement imperméable en limite les
dommages.

Les résidus miniers qui ont glissé dans le lac Preissac ne représentent plus de danger pour
l’environnement puisqu’ils sont maintenant dans un milieu stable. À l’origine cependant,
l’arsenic était présent dans les résidus miniers sous forme de sulfures dont il aurait fallu
empêcher l’oxydation pour éviter sa libération dans l’environnement. Après de nombreuses
années d’abandon, l’arsenic, ayant changé sa forme d’association chimique lors de
l’oxydation des sulfures, se retrouve maintenant lié aux oxyhydroxydes. Il est susceptible de
se mobiliser lors des fluctuations des conditions d’équilibre du milieu. Il s’est donc avéré
nécessaire de stabiliser les résidus encore présents dans le parc sans toutefois modifier les
conditions d’oxydo-réduction existantes. Pour la portion des résidus étalés le long du ruisseau,
il est évident qu’une telle stabilisation est difficile en raison d’un débit d’eau variable.

Le scénario de restauration comprend un recouvrement des résidus dans le parc par un


matériel très perméable qui laisse pénétrer l’eau et l’oxygène comme auparavant. Cette
couverture élimine l’érosion hydrique et éolienne qui représente une menace constante. Un
système biologique filtrant à base de matières organiques, permettant la réduction des sulfates
encore en solution dans les effluents du site, complète la solution correctrice élaborée. Les
travaux effectués sur 30 ha ont représenté des investissements de l’ordre de 50 000 $ par
hectare.

13.3.2 Sites miniers gérés par l’industrie

Dans cette section, nous présentons quelques cas qui résument des travaux réalisés par des
entreprises minières actives au Québec. Il s’agit plus spécifiquement des travaux de
restauration effectués au site Les Terrains Aurifères (LTA) par la compagnie Barrick Gold
(avec les firmes Golder et Senes), de la structure organisationnelle mise en place pour la
gestion des rejets miniers de la Compagnie minière Québec-Cartier (en collaboration avec la
firme Jouneaux, Bédard et Associés) et des options envisagées par la compagnie Inmet pour la

494
fermeture du site Norbec, Lac Duffaut (avec la firme Golder).

Les Terrains Aurifères. Le site Les Terrains Aurifères (LTA) de la compagnie Barrick Gold
Corporation est situé à environ 8,5 km au sud-est de la ville de Malartic. Une mine souterraine
abandonnée depuis 1965, une usine de traitement et un dépôt de résidus sont les points
saillants de cette propriété d’environ 140 ha. Du côté est, le parc à résidus LTA est adjacent à
celui de l’ancienne mine Malartic Goldfield (Terrain Aurifères A), maintenant propriété du
ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN) (voir figure 13.13). À l’origine, le
parc de Malartic Goldfield couvrait le site LTA actuel. En fait, le parc à résidus LTA est
construit au-dessus des résidus de Malartic Goldfield. À l’ouest, le parc LTA voisine une
carrière de sable et de gravier (Banc d’emprunt sur la figure 13.13) qui appartient également
au MRN.

Ce site de déposition avait été choisi pour sa proximité de l’usine minéralurgique (100 m au
sud) ainsi que pour la légère dépression naturelle dans laquelle il se trouve, ce qui permettait
de retenir les résidus sans devoir construire un système complet de digues périphériques.
Durant l’exploitation de la mine Malartic Goldfield (1930-1965), environ 10 Mt de résidus
alcalins ont été accumulés sur le site, sur une épaisseur moyenne de 4 à 5 m.

Le site a été réactivé en 1977. Cependant, seulement une partie de la superficie du parc
original a été utilisée. Près de 8,0 Mt de résidus générateurs d’acide ont alors été déposés au-
dessus des résidus alcalins de Malartic Goldfield. L’épaisseur moyenne des résidus de LTA
atteint 12 m. Le site LTA est délimité au nord, à l’est et à l’ouest par des digues d’une hauteur
moyenne de 15 m, construites avec des résidus générateurs d’acide. Au sud, le site est
délimité par la topographie naturelle.

Le parc à résidus miniers LTA renferme donc deux types de résidus chimiquement différents.

495
La couche de fond (épaisse d’environ 5 m) ne contient pratiquement pas de minéraux sulfurés
et plus de 10 % de calcite (CaCO3). Les analyses en laboratoire ont montré que ces résidus
peuvent neutraliser plus de 100 kg/t d’acide (équiv. CaCO3). Les résidus de LTA (provenant
en fait de la propriété Bousquet voisine, appartenant aussi à Barrick) sont sulfureux. On a
procédé à des essais approfondis sur la minéralogie et sur le rapport acide-base.. Les résultats
indiquent que les résidus de LTA contiennent environ 6 % de sulfures. La pyrite est le minéral
sulfureux prédominant, avec de petites quantités de pyrrhotite, chalcopyrite, sphalérite et
arsénopyrite. Le potentiel acidifiant net est en moyenne d’environ 200 kg/t (équiv. CaCO3).

Les résidus et le lixiviat ont été maintenus à un pH neutre ou basique jusqu’à la fermeture du
site à l’automne 1994, grâce à l’apport alcalin du processus d’extraction. Néanmoins, il fallait
un mode de fermeture économique et efficace compte tenu du potentiel acidifiant des résidus
(pour lesquels on pouvait déjà percevoir les signes avant-coureurs de problèmes éventuels à
cette époque).

Le choix du recouvrement. À cause de la topographie du site, l’ennoyage ne constituait pas


une option économique et il a donc fallu évaluer d’autres options. On a examiné divers
scénarios de fermeture à l’aide d’une modélisation géochimique (effectuée par la firme
Senes). Le modèle utilisé intègre les principaux facteurs physiques et géochimiques contrôlant
la production d’acide. On trouvera plus de détails sur cette modélisation géochimique et sur
les hypothèses de travail dans McMullen et al. (1997).

On a fait des prédictions quant à la qualité de l’eau pour trois scénarios d’intervention
distincts, soit:

• Option 1 : un recouvrement anti-érosion simple (sable et gravier) avec interception et


traitement à la chaux du lixiviat acide ;
• Option 2 : recouvrement par une seule couche de résidus alcalins provenant du site
MRN voisin;
• Option 3 : un recouvrement multicouche utilisant à la fois du sable-gravier et les
résidus du site MRN (Terrains Aurifères A).

Comme le montre le tableau 13.2, l’option 3 offrait un meilleur potentiel pour obtenir une
solution nécessitant peu ou pas d’intervention ultérieure. C’est donc celle qu’on a retenue
pour la fermeture du bassin de résidus LTA (McMullen et al., 1997).

496
La conception du recouvrement a été réalisée par la firme Golder Associés, selon une
technologie des CEBC développée à l’École Polytechnique (Aubertin et al., 1995), avec l’aide
de modèles numériques appropriés au comportement hydraulique complexe d’un système de
recouvrement multicouche. On trouvera davantage de détails sur la description et les
hypothèses du modèle hydrogéologique dans des rapports NEDEM (1998, 1999) et dans
Ricard et al. (1997a,b, 1999). Le choix final de l’épaisseur de recouvrement se fondait sur des
analyses paramétriques de sensibilité.

La configuration optimale déterminée à la suite des travaux de modélisation consiste en trois


couches (figure 13.14). La première couche, identifiée comme Zone 1, consiste en 0,5 m de
sable. Cette couche empêche l’humidité de s’échapper de la couche sus-jacente par un effet de
barrière capillaire (voir chapitre 6). La seconde couche est constituée 0,8 m de matériau fin
présentant une faible conductivité hydraulique et une bonne capacité de rétention d’eau. Elle
agit comme barrière de diffusion de l’oxygène. Des résidus du site MRN ont servi à la
création de cette couche, identifiée Zone 2. La troisième couche, identifiée comme Zone 3, est
faite de 0,3 m de sable et de gravier compactés provenant du banc d’emprunt ouest. Cette
couche protège la Zone 2 sous-jacente de l’érosion tout en empêchant l’évaporation.

497
Construction. La construction de la couverture multicouche sur le parc à résidus LTA a
nécessité la mise en place d’une structure de sols de 1,6 m d’épaisseur sur une superficie de
près de 60 ha. De tels travaux de terrassement ne peuvent être accomplis de manière
économique sans recourir à de la machinerie lourde. Cependant, toute forme de transport,
particulièrement avec de l’équipement lourd, s’avérait un défi de taille en raison de la faible
profondeur de la nappe phréatique dans les résidus LTA et de la faible capacité portante de
ces derniers. Toute vibration faisait remonter le niveau d’eau jusqu’à la surface et la
circulation devenait alors pratiquement impossible. On a dû aménager des sections
expérimentales sur le site et les résultats ont démontré que pour permettre la circulation
d’équipement lourd et pour empêcher la remontée des particules de résidus LTA dans le bris
capillaire (Zone 1, figure 13.14), il fallait compacter le matériau de recouvrement pendant
l’hiver alors que les résidus étaient gelés (Ricard et al., 1997).

Après l’élaboration d’un programme complet de contrôle et d’assurance qualité, la mise en


place du recouvrement multicouche a commencé au cours de l’hiver 1995-1996 et a été
complétée en septembre 1996 (figures 13.15, 13.16). Environ 0,54 Mm3 de sable et de
gravier et 0,52 Mm3 de résidus alcalins MRN ont servi au recouvrement. Le coût final du
recouvrement multicouche de presque 60 ha placé sur le site LTA s’est élevé à environ 3,9
M$, soit 65 000 $/ha.

498
Programme de surveillance. Le programme de surveillance du site repose sur les données
fournies par les diverses stations de mesure qu’on y a installées. La mise en place de
l’instrumentation du site s’est déroulée en deux phases, chacune visant des objectifs distincts.
La phase A, réalisée au cours de l’été 1996, visait à évaluer les conditions hydrogéologiques
fondamentales du recouvrement afin de permettre de comparer son comportement avec les
résultats obtenus par la modélisation effectuée pour l’étude de faisabilité. La phase A
consistait en l’installation de 10 stations sur le dessus du dépôt et de 10 autres sur les pentes
externes des digues.

On peut voir la disposition des stations de surveillance de la phase A à la figure 13.17.

499
Des mesures de consommation d’oxygène ont permis d’estimer le débit d’oxygène et le
coefficient effectif de diffusion d’oxygène, d’après la méthode proposée par Elberling et al.
(1994) et modifiée subséquemment par Mbonimpa et al. (2002a,b). Grâce à des sondes RDT
(TDR, «Time Domain Reflectometry»), on a évalué la teneur volumétrique d’eau dans le
matériau de recouvrement, tandis que des sondes Watermark mesuraient la succion capillaire
induite dans le matériau de recouvrement (voir chapitre 10). Ces paramètres ont servi, d’une
part, à évaluer la relation entre le contenu en eau et la succion capillaire du matériau et,
d’autre part, à mesurer la capacité du recouvrement de réduire le flux d’oxygène (Aubertin et
al., 1999). Bien que les stations d’instrumentation de la phase A se soient avérées très utiles
pour définir le profil vertical de ces paramètres dans le recouvrement, leur coût élevé limitait
leur utilisation. Un nombre aussi restreint de stations était par ailleurs jugé insuffisant pour
donner un portrait complet de la répartition spatiale des conditions du site. La nécessité de
mieux comprendre et, potentiellement, de mieux gérer la performance du recouvrement a été
satisfaite avec l’installation des stations de la phase B, au cours de l’été 1997, alors qu’on a
ajouté 30 nouvelles sondes RDT sur les talus externes où une meilleure résolution spatiale
était requise (figure 13.17).

Les conditions au sommet de l’empilement de résidus LTA diffèrent de celles des talus
externes, notamment à cause de la dénivellation de la pente du talus et du degré de
compaction. La pente des talus externes est de 3H:1V, tandis que celle au sommet de
l’empilement est d’environ 1 %. Comme il s’agissait de zones moins humides, le degré de
compaction est supérieur sur les talus externes, d’où une porosité moindre.

Les résultats des mesures de consommation d’oxygène ont montré que les résidus LTA, s’ils
étaient laissés à découvert, consommeraient en moyenne 517 moles O2/m2/an (Tibble et
Nicholson, 1997). Les mesures effectuées sur le site à partir de 1996 pour évaluer le flux qui
entre dans la couverture ont montré que celui-ci variait de 0 à 35 moles/m2/an. Il faut

500
toutefois mentionner ici que même s’ils sont considérés alcalins, les résidus du MRN
contiennent de petites quantités de minéraux sulfureux. Les mesures de consommation
d’oxygène prises sur le site du MRN ont montré que ces matériaux peuvent consommer en
moyenne 25 moles O2/m2/an. Une modélisation effectuée indique que le flux moyen
d’oxygène qui atteint les rejets sulfureux est inférieur à 3 moles/m2/an, ce qui confirme qu’on
atteint les objectifs de conception de la couverture sur le site.

Gestion du parc à résidus Mont-Wright. L'exploitation d'un gisement de métaux demande


la plupart du temps une opération de traitement du minerai brut pour en faire un concentré. Le
traitement minéralurgique de ce minerai génère des rejets, qui sont généralement déposés dans
des parcs à résidus miniers afin de limiter leur incidence sur l'environnement. Les
propriétaires de mine se doivent de gérer sécuritairement les risques environnementaux reliés
à de tels parcs à résidus. Cette gestion peut être critique, car même si les probabilités
d’incidents sont restreintes, l'ampleur des dommages peut, dans certains cas, être très
importante.

La Compagnie Minière Québec Cartier (CMQC) et la firme de consultants Journeaux, Bédard


& Associés Inc. (JBA) ont développé une structure administrative originale basée sur une
approche qui permet d'assurer la continuité dans la gestion tout en utilisant un personnel
technique spécialisé lors des étapes jugées critiques pour la sécurité des ouvrages. Nous
présentons ici cette structure de gestion, que CMQC applique au parc à résidus de la mine du
fer Mont-Wright, afin de mettre en évidence certaines caractéristiques d'une telle approche.

Description du site. Depuis plus de 20 ans, la CMQC exploite un gisement de fer surtout
composé d'hématite spéculaire dans la région de Mont-Wright/Fermont, au Québec. Le site
minier est à environ 320 km au nord de Sept-Iles, dans une région isolée où les activités
humaines sont principalement reliées à l'exploitation minière. La compagnie, qui emploie
environ 1000 personnes de la région de Fermont, produit typiquement 16 millions de tonnes
métriques de concentré de fer par an, ce qui génère 18 à 20 millions de mètres cubes de
résidus. Cela représente environ 60 % de tous les résidus miniers produits annuellement dans
la province de Québec.

L'exploitation du gisement se fait à partir de cinq fosses à ciel ouvert qui s'étendent sur plus
de 10 km de distance. Le traitement de minerai au concentrateur débute par le concassage, le
broyage et le tamisage. Par la suite, la concentration se fait par un système gravimétrique
humide qui sépare le concentré des résidus. Après avoir été asséché, le concentré est
acheminé par train vers Port-Cartier, alors que les rejets sont transportés par pompage
hydraulique vers le parc à résidus.

Pour gérer les millions de mètres cubes de résidus et l'eau de pulpe, la CMQC dispose d'un
grand parc à résidus et de trois bassins d'eau, soit un bassin de précipitation primaire (bassin
Hesse Nord) à même le parc à résidus, un bassin de sédimentation secondaire (bassin Hesse
Centre) et un bassin de polissage (bassin Hesse Sud).

Le secteur d'entreposage des solides couvre plus de 12 km2. On y dépose annuellement de 1,5
à 1,8 m d'épaisseur de rejets. On estime le volume total de résidus actuellement confiné dans
ce secteur à plus de 350 millions de mètres cubes. Du côté nord, le parc à résidus est délimité
par une chaîne de montagnes. Les limites à l’est et au sud sont définies par la digue de résidus
perméable de 6,5 km de long, d'une hauteur atteignant plus de 100 m. Du côté ouest, on
retrouve deux digues imperméables construites avec un noyau de moraine glaciaire

501
compactée, qui retiennent les eaux du bassin de précipitation primaire. Une de ces digues
mesure 750 m de longueur et 30 m de hauteur. Le volume d'eau à entreposer avec l'eau de
pulpe lors du dégel du printemps est de l'ordre de 21 millions de mètres cubes.

Au cours de l'été, on procède à la séparation des portions grossières et fines de la pulpe (par
ségrégation naturelle) et on utilise les résidus grossiers pour rehausser les digues. Pendant
l'hiver, on dépose les résidus en un seul point de décharge et ils s'écoulent vers l'ouest,
parallèlement au barrage de résidus. La pente de déposition s'étend sur une distance de 4,5
km, avec une dénivellation de 80 m, avant de rejoindre le bassin de précipitation primaire.

Les trois bassins d'entreposage d'eau comprennent deux bassins de clarification et un bassin
de polissage (figure 13.18).

502
Le premier bassin capte l'eau adjacente au secteur d'entreposage de solides. Son écoulement
de décharge est contrôlé par une structure de décantation située dans une des digues
imperméables. L'eau est ensuite dirigée vers un canal de 5 km de longueur jusqu'au deuxième
bassin où on la fait recirculer vers le concentrateur. Le surplus d'eau se rend à une usine de
traitement, ce qui permet d'abaisser graduellement les niveaux d'eau des deux bassins d'eau de
pulpe avant le prochain hiver. Le troisième bassin sert au polissage pour le surplus d'eau
traitée avant qu'elle ne soit relâchée dans l'environnement.

Conditions particulières. Dans la région du Mont-Wright, les précipitations annuelles


moyennes sont de 980 mm. Ces précipitations tombent en pluie du mois de mai au mois de
septembre (cinq mois), et en neige le reste de l’année. On observe un écoulement important
pendant le dégel au printemps, ce qui libère environ la moitié des précipitations annuelles en
un mois. Il faut gérer le volume d'eau des bassins selon deux contraintes principales, soit:

• qu’à l'automne, il faut conserver une réserve suffisante d'eau pour le concentrateur,
pendant la période hivernale qui dure sept mois.
• qu’il faut maintenir un volume d'entreposage suffisant pour contenir l'eau de pulpe et
l'eau de précipitations au printemps, selon les critères de conception.

En moyenne, les précipitations annuelles fournissent environ 15 millions de mètres cubes


d'eau en excès des besoins pour la concentration du minerai par méthodes de spirale
gravimétrique. Il faut traiter ce surplus d'eau avant de le relâcher dans l'environnement. Le
procédé de concentration du minerai génère une eau de pulpe contenant des solides en
suspension et avec des excédents de fer. Le procédé de traitement s’applique seulement durant
l'été. La capacité de l'usine de traitement est de l’ordre de 5,6 millions de mètres cubes par
mois, ce qui permet d'évacuer les surplus d'eau en trois mois environ. Même s’il est possible
de traiter l'eau pendant une partie de l'hiver, le traitement se fait exclusivement en été pour
éviter les problèmes de gel et pour minimiser les coûts d'opération.

En hiver, à cause des températures froides de la région, une épaisseur de cinq mètres de glace
peut se former dans le secteur d'entreposage de solides. La glace peut alors s'accumuler
n'importe où le long des cinq kilomètres de la pente du parc à résidus. La position de
l'amoncellement de glace semble être reliée à la durée de la période très froide de l'hiver. On y
atteint régulièrement des températures de –40 oC durant les mois de janvier et de février.

Organisation des composantes de gestion. Les phases de conception, de construction,

503
d’opération et de surveillance du parc à résidus évoluent simultanément. On peut tenir compte
de données nouvelles dans la planification à court terme, telles que les variations de
précipitations, de concentration en fer et du tonnage traité, les changements au procédé, les
pannes et les contraintes de personnel. Le parc à résidus est donc en opération en même temps
qu'il est en phase de construction et en phase de conception. Certains secteurs du parc à
résidus sont même rendus à la phase des travaux de préparation pour la fermeture. Comme
tous les parcs à résidus, il faut gérer celui-ci à un coût optimal, en tenant compte des risques
associés à son opération.

En considérant tous ces facteurs, la CMQC a choisi de rattacher la gestion du parc à résidus à
un haut échelon décisionnel (sous la haute direction), soit au même échelon que la gestion de
la mine elle-même. De plus, la CMQC a choisi d'incorporer une firme de consultants en
géotechnique et en gestion de parcs à résidus directement dans l'équipe de gestion, de façon à
disposer de ressources techniques spécialisées à des étapes critiques pour la sécurité des
ouvrages de confinement. Le consultant s'occupe de la planification à court et à long termes,
du suivi des bassins d'eau de pulpe, de l'inspection, de la coordination avec l'opération, de la
construction et de la préparation des budgets. Des représentants de la mine, de l'usine, de la
direction (ingénierie) et du consultant externe forment une équipe de personnes qui travaillent
de façon autonome sous le responsable de l'ingénierie. L'équipe ainsi formée exécute toutes
les tâches et assume toutes les responsabilités reliées au cycle de planification à court terme.

On peut résumer dans ce qui suit les étapes usuelles de gestion du parc à résidus de Mont-
Wright.

En phase d'opération normale, le cycle de travail débute avec une série de documents de
référence qui ne sont pas modifiés sur une base régulière. Ces documents de planification
portent sur la conception à long terme; la stratégie de confinement à long terme; l'évaluation
de l'impact environnemental (et tout autre document relié); le plan de fermeture; tous les
permis d'autorisation du gouvernement; les accords avec des tierces parties; les politiques et
les engagements de la compagnie reliés au parc à résidus. À ces documents s'ajoute une mise
à jour régulière des informations reliées à l'opération et au comportement du parc à résidus
requis par la planification à court terme. Les principales informations révisées régulièrement
sont la production prévue; la pente de déposition; l'espace disponible; le taux de remplissage;
la masse volumique des résidus dans le parc; le volume d'entreposage d'eau de pulpe; le
volume d'eau relié aux précipitations; le bilan d'eau d'opération; la durée de vie de la mine.

À partir de ces informations, deux documents de travail importants sont révisés annuellement
en vérifiant les données de base, soit:
Le plan de remplissage du parc à résidus, qui inclut :

• des photos aériennes, pour l'émission des cartes topographiques et la mesure des
volumes et des pentes de déposition.
• les rapports de production de l'usine, pour le calcul de la densité d'entreposage des
solides.
• les caractéristiques physiques et chimiques des résidus, pour confirmer ou justifier des
changements (pente, traitement).

Le bilan d'eau, qui comprend :

504
• des mesures par arpentage bathymétrique, pour l'émission d'une carte des contours
sous-marins dans le secteur du bassin de précipitation primaire, la mesure des volumes
et des pentes de déposition sous-marines et la vie utile de chaque bassin.
• les caractéristiques de la pulpe, pour confirmer la composition des résidus.
• la capacité et les limites de l'usine de traitement, pour évaluer la période de traitement.

On a développé plusieurs outils pour faciliter l'analyse et l'interprétation des données, pour
détecter les tendances et prévoir le comportement des résidus dans le parc. Ces outils
comprennent, entre autres, une évaluation des accumulations de glace, un simulateur
informatique des niveaux d'eau des bassins d'eau de pulpe et un suivi du remplissage du
bassin de précipitation primaire.

La mise à jour de ces documents permet d’avoir un aperçu clair des nouvelles structures
nécessaires et des modifications requises aux structures existantes pour maintenir la capacité
du parc à résidus. Ces documents de planification permettent de prévoir les étapes de
conception et de construction de manière à ne pas être en position vulnérable face à la gestion
du risque relié à l'opération.

Les données du cycle de planification à court terme sont en outre utilisées pour localiser de
nouvelles structures et pour développer le programme de reconnaissance géotechnique à des
fins d'analyses de stabilité, pour des analyses de risques, pour l'évaluation des coûts et pour
les demandes de permis au gouvernement.

La phase de construction requiert par ailleurs des directives sur le contrôle de la qualité et des
coûts basés sur les plans et les devis. Ces documents de construction sont utilisés pour le
travail effectué par le personnel de la mine et par les entrepreneurs extérieurs. Une
surveillance des travaux est prévue pour faire respecter les plans et devis. Des plans «tel que
construit» et un rapport de construction sont rédigés à la fin des travaux, peu importe leur
ampleur.

On assure l'harmonisation des interventions par des réunions mensuelles de l'équipe de


gestion. Les étapes et les rôles et responsabilités de chacun sont clairement décrits dans les
manuels d'opération, de procédures d'urgence, d'inspection et de conception, rédigés
spécifiquement pour le parc à résidus. La mine assume toutes les responsabilités reliées à la
surveillance sur le site, à l'opération des conduites de résidus (pendant la construction en été et
la déposition en hiver) et à l'entretien des conduites à l'extérieur du concentrateur. L'usine
minéralurgique est, pour sa part, responsable du démarrage des pompes, de l'usine de
traitement, des modifications de l'eau de pulpe, de l'entretien des pompes et des conduites de
résidus à l'intérieur du concentrateur. Elle est aussi responsable de maintenir les registres
d'opération et d'inspection routiniers. Le consultant externe s’occupe de la planification à
court terme ainsi que de la coordination des objectifs et des activités du groupe de gestion. Il
assume aussi la responsabilité du suivi des bassins d'eau de pulpe, de l'inspection et de la
sécurité des ouvrages de confinement des résidus, et il participe à la préparation des budgets.

Au fur et à mesure que de nouvelles informations deviennent disponibles, les représentants de


la mine, de l'usine ou du consultant les transmettent à l’équipe afin de permettre des révisions
rapides au plan de remplissage, au bilan d'eau, au plan de conception et de construction. Si on
le juge nécessaire, on peut apporter des modifications au programme de surveillance. Une
inspection faite annuellement par un ingénieur géotechnicien permet de vérifier l'intégrité des
ouvrages de retenue et d’orienter les inspections mensuelles et routinières.

505
Un rapport, émis annuellement à l’intention de la haute direction, résume l'année écoulée aux
plans des interventions, de la sécurité des ouvrages et des objectifs globaux de gestion du parc
à résidus. À la suite de la révision annuelle, la haute direction peut confirmer ou réviser ses
objectifs de gestion.

Dernières remarques. La Compagnie Minière Québec Cartier gère le plus grand parc à
résidus de la province de Québec, autant pour sa superficie que pour les volumes qui y sont
entreposés. Consciente des risques environnementaux reliés à l'opération du parc, la
compagnie s'est dotée d'une structure administrative originale qui rapproche l’équipe rattachée
à la gestion des rejets de la haute direction. De plus, la CMQC a incorporé les services d'un
consultant externe pour effectuer la planification, l'inspection et le suivi reliés à l'opération du
parc. Cette structure donne à la gestion du parc à résidus une importance équivalente à la
gestion de l'opération minière; cela diffère des structures traditionnelles qui attribuent la
gestion du parc à résidus aux responsables du concentrateur.

Les avantages qui découlent de l’approche précédente comprennent les éléments suivants.

• Des budgets de gestion du parc à résidus gérés séparément de ceux de la mine.


• Un personnel technique spécialisé qui peut être utilisé aux endroits critiques pour
assurer la sécurité des ouvrages.
• Une gestion du parc à résidus qui ne dépend pas d'une seule personne; cela permet
d'assurer une continuité lors de changement de personnel.
• Une sécurité des ouvrages assurée par un suivi sur une base mensuelle par un
personnel spécialisé et sur une base journalière par le personnel de la mine (qui
coordonnent leurs interventions).
• Une équipe de gestion qui regroupe des intervenants de l'ingénierie, de la mine, du
concentrateur et du consultant. Cela permet des interventions rapides et bien orientées
à tous les échelons de la compagnie.
• Une haute direction directement informée par deux sources officielles différentes de ce
qui se passe sur le parc à résidus, soit la mine et l'ingénierie.

Cette approche permet aussi aux gestionnaires de la mine de concentrer leurs efforts sur la
production de minerai sans risquer de négliger la gestion du parc à résidus.

Le système de gestion implanté chez la CMQC fonctionne avec succès depuis plus de dix ans.
Il est le résultat d'une douzaine d'années d'évolution qui ont permis de développer une
structure de gestion dans laquelle chacun des intervenants est conscient des responsabilités
qu'il doit assumer et se sent à l'aise avec son rôle à l'intérieur de l'équipe. Il respecte en cela
tous les objectifs du « Guide de gestion des parcs à résidus miniers » de l'Association Minière
du Canada mentionné au début de ce chapitre.

Option pour la restauration du site Norbec. Cette section vise à illustrer, avec l’exemple du
site Norbec de la compagnie minière Inmet, la mise en branle d’un plan de restauration pour
un site minier avec une problématique environnementale relativement complexe. Ce plan
contient plusieurs facettes, dont la gestion de l’eau, la décontamination d’aires affectées, la
réduction de la contamination à la source et la réalisation de travaux sur plusieurs années. Il
faut préciser ici que les options considérées ne seront pas nécessairement adoptées et
implantées.

506
Localisation et historique. Le site Norbec est situé dans la municipalité d’Alembert à environ
une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Rouyn-Noranda, en Abitibi. Les installations
se trouvent dans une région assez montagneuse, et elles affectent deux bassins versants, soit
les bassins Duprat et Vauze (figure 13.19).

Le site Norbec a été en opération de 1964 à 1993. Au fil des ans, le concentrateur a traité le
minerai des mines de métaux de base Norbec, Millenbach, Corbet, Ansil et Donalda. Durant
les 30 années, le site Norbec a produit environ 11,3 millions de tonnes de résidus miniers
acheminés vers les parcs à résidus no 1 et no 2. Les figures 13.20 et 13.21 montrent une vue
plus détaillée du site (tel qu’il était en 1999).

507
508
Depuis 1998, le site Norbec est en voie de restauration progressive. Pour ces travaux, on a
défini un certain nombre de composantes principales ayant chacune une problématique
particulière. La restauration globale du site dans sa totalité suppose la restauration individuelle
de chacune de ses composantes selon une séquence particulière. Nous décrivons ici ces
différentes composantes ainsi que les approches envisagées pour leur restauration.

Description des composantes du site. Voici une présentation sommaire des éléments
principaux qui constituent l’ensemble du site à restaurer, tels qu’ils étaient en 1999.

• L’aire du concentrateur comprend une série de bâtiments. Le concentrateur a été


construit sur un affleurement rocheux ceinturé d’une série de plates-formes et de
routes d’accès aménagées avec des stériles générateurs d’acide.

• Le bassin Duprat, situé au sud du concentrateur, reçoit les eaux de ruissellement de


surface provenant de l’aire du concentrateur, des zones environnantes non affectées
par l’activité minière et les exfiltrations s’écoulant de la limite sud du parc à résidus no
1. De plus, cette zone est caractérisée par un épanchement de résidus provenant du
concentrateur déversé dans une vallée vers le bassin Duprat. Ce bassin versant a une
superficie de 50,3 ha (tableau 13.3) dont 29,0 doivent être restaurés (21,3 ha sont des
terrains externes ou déjà restaurés).

509
• Le parc à résidus no 1 est situé à moins de 1,0 km à l’ouest du concentrateur. Ce parc a
reçu, au fil des ans, 3,5 millions de tonnes de résidus en provenance des mines Norbec
et Millenbach. Il est caractérisé par un bon confinement topographique et il comprend
trois digues: Ouest, Sud et Nord (figure 13.20). La digue Sud, d’une hauteur de plus de
15,0 m, est constituée d’un remblai de silt argileux reposant sur des digues de résidus
miniers construites par la méthode amont; cette digue a une pente de 4,7H:1V. La
digue Nord, qui sépare les parcs à résidus no 1 et no 2, a une hauteur de 17,0 m et une
longueur d’environ 300 m; elle est relativement abrupte avec une pente de 1,4H:1V.
Cette digue est principalement constituée de résidus recouverts par une couche de
protection contre l’érosion dont des roches stériles sur sa pente aval. Les digues Sud et
Nord sont caractérisées par des quantités significatives d’exfiltration d’eaux acides qui
s’écoulent principalement dans le parc no 2. On a rétabli la végétation sur la surface
du parc à résidus no 1 au début des années à la suite de la mise en place d’une mince
couche (15 à 20 cm) d’une argile silteuse. La superficie totale du bassin versant de ce
parc est de l’ordre de 35,8 ha, dont 16,1 ha sont associés au parc et 19,7 pour le
versant externe. Le parc à résidus no 1 se draine vers le parc à résidus no 2 par une
tour de décantation du côté ouest.

• Le parc à résidus no 2 a été en opération de 1974 jusqu’à la fin des opérations du


concentrateur en 1993. Il aurait reçu environ 7,8 millions de tonnes de résidus. L’aire
du parc est de 19,8 ha et celle des bassins versants externes, de 22,8 ha, et ce pour un
bassin versant total d’environ 42,6 ha. Afin de permettre le confinement des résidus
vers le nord, on a construit une digue (digue Principale). Cette digue, qui aurait un
noyau de faible perméabilité, est constituée des segments «Est» et «Ouest». La digue
Principale Est, d’une longueur d’environ 350 m avec une hauteur maximale de 24 m, a
un noyau de moraine. On l’a rehaussée par la méthode de l’axe central puis par
rehaussement amont avec des couches de moraine. Dans sa partie supérieure, on l’a
rehaussée jusqu’à son élévation finale avec des résidus cyclonés. La digue Principale
Ouest a une hauteur maximale d’environ 18 m et une longueur approximative de 270
m. Elle possède un noyau de moraine et a été rehaussée par la méthode de l’axe
central. Le parc à résidus no 2 a une tour de décantation du côté ouest qui permet
l’évacuation des eaux de ruissellement vers le bassin d’oxydation 1. Le parc à résidus
est utilisé depuis la fin des opérations du concentrateur comme site d’entreposage des

510
boues de chaulage provenant de l’usine de traitement existante. Les résidus du parc
sont pratiquement saturés, faiblement consolidés, et ils ont une très faible capacité
portante (en partie imputable à la mise en place des boues de chaulage et au maintien
d’une nappe élevée dans le parc).

• Le bassin d’oxydation 1 situé au pied de la digue Principale Ouest est ceinturé par
quatre digues. Le bassin a une superficie de l’ordre de 12 ha avec 8 ha de bassins
versants externes, pour un bassin versant total de 20 ha (voir tableau 13.3). Le bassin
d’oxydation 1 reçoit les eaux du parc no 2, de l’étang Duprat, du bassin des eaux
rouges et des bassins externes s’y rapportant. Le bassin se déverse par écoulement
gravitaire dans le bassin d’oxydation 2 par une tour de décantation.

• Le bassin d’oxydation 2, d’une superficie d’environ 45,5 ha, reçoit les eaux de
ruissellement de 308,8 ha, pour un bassin versant total de 354,3 ha (tableau 13.3). Il
reçoit aussi les eaux provenant du bassin d’oxydation 1 et des bassins versants
externes s’y rapportant. Les eaux de surverse du bassin d’oxydation 2 sont traitées à
une usine de chaulage ayant une capacité nominale de 16 000 m3/h en conditions de
pointe. Les eaux traitées sortant de cette usine sont déversées dans l’étang de
sédimentation afin de permettre la déposition des boues.

• Les eaux de procédé provenant du bassin d’oxydation 2 traitées à l’usine de chaulage


sont déposées dans le bassin de sédimentation pour ensuite se déverser par écoulement
gravitaire vers le bassin de polissage. Les eaux du bassin de polissage retournent vers
l’environnement naturel à travers une tour de décantation au point d’effluent final dans
le ruisseau Vauze, et elles s’écoulent vers le lac Dufault situé à moins de 10 km. Il est
à noter qu’il y a aussi un petit bassin, le bassin des eaux rouges, qui reçoit les
exfiltrations provenant du pied de la digue Principale Est. Ces eaux sont pompées vers
le bassin d’oxydation 1.

Caractéristiques des résidus. On a analysé le potentiel de génération d’eaux acides des rejets
du site à la suite de divers programmes d’échantillonnage (URSTM, 1996). Les analyses ont
confirmé que les résidus et les stériles présents sur le site sont générateurs d’eaux acides. Les
effets de l’oxydation s’observent en général jusqu’à des profondeurs variant de 0,3 à 0,8 m.
Près de la surface, l’altération est particulièrement intense dans les 20 premiers centimètres
pour les résidus du parc à résidus no 1 et du parc no 2, alors que le front d’altération est assez
net. Le bilan ABA est légèrement plus faible pour les échantillons de la zone vadose, compte
tenu de la teneur en soufre moindre de cette zone due à l’altération antérieure.

Des résultats d’essais de consommation d’oxygène (URSTM, 1996, 1997) ont aussi montré
que les résidus frais (non oxydés) du parc no 1 sont fortement générateurs d’acide; les flux
d’oxygène seraient supérieurs à 1 000 moles O2/m2/année. Une couche indurée («hard pan»)
a été observée à certains endroits, mais l’effet sur la diffusion et la consommation d’oxygène
est incertain. L’argile placée sur les résidus miniers du parc no 1 semble diminuer quelque
peu la diffusion d’oxygène. Ainsi, les essais réalisés à travers la couverture d’argile indiquent
que le flux d’oxygène y serait réduit entre 630 et 800 moles O2/m2/année. En ce qui concerne
les résidus du parc no 2, les résultats d’essais de consommation d’oxygène in situ indiquent
qu’ils sont fortement générateurs de drainage minier acide avec des flux d’oxygène
consommés en surface variant entre 811 et 2 557 moles O2/m2/année. Le fait que les résidus
réactifs du parc no 2 contiennent aussi de la pyrrhotite (en plus de la pyrite) pourrait les rendre
encore plus réactifs que ceux du parc no 1.

511
Quelques options envisagées par la restauration du site. Les figures précédentes illustrent
essentiellement l’aménagement du site avant le début des principaux travaux de restauration
(en 1999). On a effectué des campagnes géotechniques, géophysiques, géochimiques et des
relevés biologiques sur le site en 1996 et en 1997. On a aussi réalisé une revue exhaustive de
tous les rapports existants sur les conditions géologiques, hydrogéologiques et hydriques
relatives au site.

Comme le site est caractérisé par deux immenses bassins d’oxydation recueillant les eaux des
bassins versants externes et celles des différents bassins et installations de surface, le plan de
restauration à court terme vise d’abord à séparer autant que possible ces deux sources d’eau
de façon à réduire la quantité d’eau à gérer (et à traiter). À moyen terme, on considère aussi
l’aménagement de systèmes pour contrôler l’infiltration de l’eau et la diffusion de l’oxygène
aux parcs à résidus no 1 et no 2.

Après l’analyse de diverses options, la stratégie de restauration du site Norbec envisagée


pourrait porter sur les éléments suivants.

• Une intervention rapide au bassin d’oxydation 2 afin de le séparer du reste du site.


• L’étanchéisation des digues de tous les bassins de rétention d’eau et l’ajustement de
leur dimension selon des précipitations extrêmes avec des déversoirs d’urgence.
• Pour les structures de confinement des parcs à résidus, en particulier la digue Nord et
la digue Principale, une révision des facteurs de sécurité.
• L’excavation des stériles miniers générateurs d’acide utilisés pour construire les
plates-formes des bâtiments de l’aire du concentrateur, les routes d’accès et l’ancienne
voie ferrée, qui pourraient être utilisés comme épaulements des digues Nord et
Principale.
• L’excavation des déversements de résidus générateurs d’acide définis en amont de
l’étang Duprat (en aval de la digue Ouest) et dans la partie aval du bassin d’oxydation
1 et leur entreposage dans le parc à résidus no 2.
• Le déplacement du volume de boues de chaulage présent dans l’ensemble des bassins
du système de gestion de l’eau, qui représentent un volume de l’ordre de 60 000 m3,
dans le parc à résidus no 2.

Pour des travaux d’une telle ampleur, l’ordonnancement est particulièrement critique. Une
première partie du plan de restauration suppose la réalisation de travaux nécessaires à court
terme, de façon à préparer le site pour une restauration plus globale. Ces travaux incluent
l’installation de déversoirs d’urgence aux bassins d’oxydation 1 et 2, au bassin de
sédimentation et de polissage et au bassin Duprat. Parallèlement, on a prévu de construire une
usine de traitement de type BHD (boue à haute densité; HDS : High Density Sludge) avec une
capacité de 10 000 m3/h afin de traiter les eaux sans avoir besoin d’un étang de sédimentation
et de polissage. L’imperméabilisation des digues Ouest et Sud, de celles du bassin
d’oxydation 1, des digues des bassins des eaux rouges ainsi que du bassin de polissage est
aussi envisagée. Le bassin de polissage deviendrait ultérieurement un bassin de surveillance
permanent après la mise en opération de l’usine de traitement BHD. Un canal de dérivation
muni d’un déversoir à débit variable devrait être construit entre le bassin d’oxydation 2 et le
ruisseau Vauze. Parallèlement, la digue du bassin d’oxydation 2 serait enlevée et une nouvelle
digue serait construite plus en aval de la digue existante comme une structure permanente de
retenue des eaux. Le canal de dérivation et cette nouvelle digue deviendraient des ouvrages
permanents de régularisation des débits dans le ruisseau Vauze.

512
On a par ailleurs analysé trois principaux scénarios pour la restauration à long terme des parcs
à résidus, soit:

• le scénario A – le traitement des eaux;


• le scénario B – une couverture contre l’infiltration;
• le scénario C – une couverture multicouche de type CEBC (voir chapitre 6).

Le scénario avec couverture multicouche présente certains avantages des points de vue
technique et économique, car il permettrait d’atténuer progressivement les débits et réduirait
la contamination à la source. Au bout d’une période de l’ordre de 25 à 30 ans, la réduction des
débits à traiter permettrait la mise en place de mesures passives de traitement de l’eau. Ce
scénario offre un bon potentiel pour une solution finale nécessitant peu d’entretien, mais le
choix définitif n’est pas encore fait.

Dans cette planification, la construction de l’usine de traitement de l’eau avec une capacité de
pointe de l’ordre de 1 000 m3/h est une étape cruciale du plan de restauration, afin de
maintenir à sec le bassin d’oxydation 1 lors de son étanchéisation. Cela permettrait aussi la
dérivation des eaux du bassin d’oxydation 2 par le biais du canal de dérivation vers le ruisseau
Vauze. L’usine BHD permettra de réaffecter le bassin de polissage comme bassin d’urgence.
Les boues de chaulage seront accumulées dans un nouveau bassin ayant une capacité
suffisante pour les entreposer pendant au moins 30 ans.

La construction du canal pour la dérivation du bassin d’oxydation 2 est une autre étape clé du
plan de restauration grâce à laquelle les eaux du bassin versant Vauze seraient détournées du
système de traitement et régularisées avant de se déverser dans le ruisseau Vauze. Ces travaux
consistent à mettre en place des ouvrages de régularisation des débits sécuritaires et
permanents.

Le démantèlement du concentrateur et de toutes les structures et tous les bâtiments qui y sont
reliés doit s’effectuer de façon qu’on puisse excaver les stériles générateurs d’acide des
plates-formes d’opération et des routes d’accès. Ceux-ci seront transportés aux pieds des
digues Nord et Principale pour la construction des bermes finales. Quant aux résidus présents
dans le secteur Duprat, on les déposerait dans le parc no 2, dans la zone actuellement ennoyée.

On peut constater que la restauration du site Norbec est particulièrement élaborée. La


description plutôt sommaire que nous en faisons est néanmoins assez typique des plans de
restauration des grands complexes miniers ayant produit des résidus générateurs d’acide. La
restauration de ce type de site est fortement liée à l’amélioration du schéma de gestion de
l’eau et à la restauration progressive et ordonnancée de secteurs affectés.

13.3.3 Autres sources de renseignements

Malgré les énormes progrès réalisés au cours des deux dernières décennies, la gestion des
rejets miniers continue de poser des problèmes difficiles à résoudre pour les entreprises
minières et pour les spécialistes du domaine. Un élément important est toutefois à l’avantage
de l’industrie minière: la volonté des entreprises et des professionnels qui y travaillent
d’échanger des renseignements sur les problèmes rencontrés et sur les solutions envisagées,
développées et mises en œuvre. Ces échanges sont très ouverts, et on peut retrouver les
connaissances qui s’y rattachent à travers différents réseaux et moyens de communication, ce

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qui favorise grandement l’interaction des divers groupes et experts du domaine. En fait, très
peu de secteurs industriels ont montré une telle ouverture pour partager des données sur des
thèmes reliés à leur performance environnementale. Cette ouverture permet en outre à
l’industrie minière de tirer profit de l’expérience de divers spécialistes qui cherchent des
solutions aux problèmes posés. Le présent ouvrage constitue une démonstration concrète de
cette volonté puisqu’il a été rédigé avec la participation de nombreux professionnels en
environnement et en gestion des rejets miniers.

Évidemment, la somme des connaissances disponibles excède largement ce qu’il a été


possible de présenter dans cet ouvrage. Le lecteur intéressé à aller plus loin pourra retrouver
d’autres informations pertinentes dans une multitude d’études de publiées au cours des
dernières années (p. ex. MRN 1997, 1999; Yernberg, 1998; Poling, 1998; Gusek et
Richmond, 1998; Burnside et al., 1999; Petrillo et Hilbelink, 1999; Hamaguchi, 1999;
Berdusco et O’Brian, 1999; Tuttle et Sisson, 1999; Kral, 2001; Zhan et al., 2001). De plus, on
organise régulièrement des rencontres techniques qui font le point sur l’état de la question;
mentionnons par exemple la série ICARD (International Conference on Acid Rock Drainage,
notamment la conférence 2003 en Australie [Link]
), la série Tailings and Mine Waste Annual Conference (Colorado State University,
[Link]), les activités de la Commission internationale des grands barrages
([Link] ainsi que les conférences régulièrement organisées au Canada en
collaboration avec NEDEM/MEND ([Link] D’autres liens utiles se
retrouvent également sur le site de la Chaire industrielle CRSNG Polytechnique-UQAT (http
://[Link]/enviro-geremi). Comme le domaine de la gestion des rejets miniers est en
pleine évolution, il faut garder l’œil ouvert pour suivre les développements au Québec, au
Canada et ailleurs dans le monde.

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