Agrégation externe de mathématiques
Exponentielle de matrices
antisymétriques
Domaines: Réduction des endomorphismes orthogonaux, Exponentielle de matrices,
Suites et séries de fonctions
Dans tout ce qui suit, n désigne un entier naturel non nul.
Théorème (Image par l’exponentielle des matrices antisymétriques)
L’application:
exp : An (R) −→ SOn (R)
est continue et surjective.
Voici le plan de la démonstration:
1. Montrer le lemme
2. Montrer que l’application est bien définie.
3. Montrer qu’elle est continue.
4. Montrer enfin sa surjectivité.
Lemme
Soit θ ∈ R, on introduit les matrices:
cos θ − sin θ 0 −1
Rθ = et J =
sin θ cos θ 1 0
J ∈ A2 (R). De plus, on a:
eθJ = Rθ
Démonstration. Remarquons tout d’abord que J 2 = I2 , et donc que J 3 = −J et J 4 = I2 .
On revient ensuite à la définition d’exponentielle de matrice:
Maxime BOUCHEREAU 1 Université Rennes 1
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+∞ j
θJ
X θ
e = Jj
j=0
j!
+∞ +∞
X θj j X θj j
= J + J
j=0,j pair
j! j=0,j impair
j!
+∞ +∞
X θ2j 2j X θ2j+1
= J + J 2j+1
j=0
(2j)! j=0
(2j + 1)!
+∞ +∞
X (−1)j θ2j X (−1)j θ2j+1
= I2 + J
j=0
(2j)! j=0
(2j + 1)!
= cos(θ)I2 + sin(θ)J
= Rθ
ce qui montre le lemme.
Démonstration. - Application bien définie: Soit A ∈ An (R). On a ainsi:
T T
eA = eA
= e−A
AT = −A commute avec A, donc:
T
eA × eA = eA × e−A
= eA−A
= In
De plus,
T
eA × eA = e−A × eA
= e−A+A
= In
Donc eA ∈ On (R), et ainsi, det(A) ∈ {−1, 1}. Cependant, comme det(A) = eT r(A) > 0,
on a ainsi det(A) = 1, i.e. A ∈ SOn (R).
L’application est bien définie.
Maxime BOUCHEREAU 2 Université Rennes 1
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- Continuité: Montrons que exp est continue sur An (R). On sait que, pour A ∈ An (R):
N
A
X Aj
e = lim
N →+∞
j=0
j!
Pour montrer la continuité de exp, il suffit ainsi de montrer que la série converge uni-
formément sur tout compact de An (R).
Soit alors K ∈ An (R) un compact. L’application A 7→ |||A||| est bien sûr continue et
donc bornée sur K, par une constante notée MK . On a ainsi, pour N ∈ N, A ∈ K:
N j N
X A
6
X |||A|||j
j! j!
j=0 j=0
Donc:
N N
MKj
j
X A X
sup 6
j=0
A∈K j! j=0
j!
6 eMK
Donc la série converge normalement, donc uniformément sur tout compact, ce qui mon-
tre donc la continuité de l’application.
- Surjectivité: Montrons que l’application est surjective. Soit P ∈ SOn (R). Par le
théorème de réduction des endomorphismes orthogonaux, il existe Q ∈ On (R) telle que:
Rθ1
..
. (0)
QP QT =
Rθd
(0) −Ik
Il
avec θ1 , · · · , θd ∈ R\2πZ, k, l ∈ N∗ et, pour tout θ ∈ R:
P ∈ SOn (R), donc k est pair, et on écrit k = 2σ, où σ ∈ N.
Or, on a Rθ = eθJ , −I2 = eπJ et Il = e0l , donc on a:
QP QT = e∆
où la matrice ∆ - antisymétrique et diagonale par blocs - est donnée par:
Maxime BOUCHEREAU 3 Université Rennes 1
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θ1 J
..
. (0)
θd J
∆= πJ
...
(0) πJ
0l
où la matrice πJ apparaı̂t σ fois (éventuellement 0 fois).
T ∆Q
Donc P = QT e∆ Q = eQ . Il reste à montrer que QT ∆Q ∈ An (R). On a:
T
QT ∆Q = QT |{z}
∆T Q = −QT ∆Q
=−∆
donc QT ∆Q ∈ An (R).
Donc l’application est surjective.
Remarques. 1. L’application n’est pas forcément injective. Un contre-exemple trivial
est le cas n = 1, où e0 = e2iπ = 1, où encore le cas n = 2, avec e02 = e2πJ = I2 .
2. On a les analogies suivantes:
Propriété Version complexe Version matricielle
Homéomorphisme exp : R −→ R∗+ exp : Sn (R) −→ Sn++ (R)
Surjection continue exp : iR −→ S1 exp : An (R) −→ SOn (R)
Homéomorphisme de
R∗+ × S1 −→ C∗ Sn++ (R) × On (R) −→ GLn (R)
forme/décomposition
(r, θ) 7−→ reiθ (S, Ω) 7−→ SΩ
polaire
Maxime BOUCHEREAU 4 Université Rennes 1