Droit Constitutionnel Ivoirien 2023
Droit Constitutionnel Ivoirien 2023
INTRODUCTION
Le droit constitutionnel, qui est le droit qui régit le pouvoir politique, n’existe
que rapporté à l’Etat. Ce qui veut dire que le droit constitutionnel ne se rencontre
que là où existe un Etat au sens d’une entité politique indépendante. De cette
observation il suit que le droit constitutionnel ivoirien a un lien avec l’Etat de Côte
d’Ivoire. Or, l’Etat de Côte d’Ivoire n’a pas toujours existé. Bien sûr, des
populations d’origines diverses étaient établies sur le sol qui forme aujourd’hui le
territoire de la Côte d’Ivoire. Mais, l’Etat de Côte d’Ivoire, en tant qu’entité
organisée et souveraine, n’existait pas encore. Son avènement a une histoire qu’il
convient de découvrir à travers le mouvement ayant conduit à la naissance de
l’Etat de Côte d’Ivoire. Ce mouvement comprend deux étapes : il y a la phase qui
part de la naissance de la colonie au statut d’Etat membre de la Communauté ; et
il y a la phase qui va de la Communauté à l’indépendance.
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Tenant compte de l’évolution des mentalités et, par conséquent, de la
nécessité de renouveler les rapports entre la métropole et les territoires d’Outre-
mer, le texte de la nouvelle Constitution offre aux territoires d’Outre-mer la
possibilité de demeurer rattachés à la France ou de prendre leur indépendance. La
Guinée, sous la houlette de Sékou Touré, vote « non » au référendum du 28
septembre 1958 et accède, de ce fait, à l’indépendance. La Côte d’Ivoire, à la
demande de M. Félix Houphouët-Boigny, vote « oui » à 99,99%, et choisit le statut
d’Etat membre de la Communauté. Mais, l’appartenance à la Communauté dans sa
forme originelle ne sera que de courte durée.
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Son article 2 dispose : « Le chef de l’Etat, chef de l’exécutif, est le Premier
ministre avec les rang, pouvoirs et prérogatives qui s’attachent à ces fonctions ».
Quant à l’article 3, il prévoit : « Le parlement est composé d’une Assemblée
unique dite Assemblée nationale ».
Le même jour, l’Assemblée législative de Côte d’Ivoire, devenue Assemblée
nationale, approuve l’accord particulier conclu entre la France et la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire devient ainsi un Etat indépendant et souverain dès après
l’accomplissement de ces formalités.
Ainsi naquit l’Etat de Côte d’Ivoire à la souveraineté nationale et
internationale. Cette naissance, advenue le 27 juillet 1960 par l’effet de
l’accomplissement des formalités prévues, sera proclamée le 07 août 1960.
Cérémonie émouvante, cérémonie vivante : un Etat se retirait, l’Etat français ; un
autre naissait, l’Etat ivoirien. Au Palais de l’Assemblée nationale, au moment où la
journée du 06 août meurt dans celle du 07 août 1960, le Premier ministre, chef du
nouvel Etat – M. Félix Houphouët-Boigny – monte à la tribune et proclame, au
milieu de la gent ivoirienne saisie d’émotion, et de la délégation française
conduite par le ministre d’Etat Louis Jacquinot : « En vertu du droit inaliénable
qu’a tout peuple de disposer librement de lui-même, je proclame, solennellement,
en ce jour béni du 07 août 1960, l’indépendance de la Côte d’Ivoire ».
Le général de Gaulle envoya au nouvel Etat ce message d’amitié dont la
lecture marqua la fin de la cérémonie : « La Côte d’Ivoire devient une réalité
internationale responsable de son destin. La foi et l’ardeur de ses citoyens, la
richesse de son sol donnent tout lieu de penser qu’elle affrontera avec succès sa
tâche d’Etat indépendant. La Côte d’Ivoire peut compter que le concours de la
France et son amitié ne lui seront pas marchandés. Je lui adresse les vœux fervents
et fraternels de la France. Vive la Côte d’Ivoire, vive la France ».
L’Etat de Côte d’Ivoire, qui vient de naître, ainsi qu’on le constate, jouit de
la souveraineté qui est l’attribut essentiel de l’Etat, de tout Etat.
La question est maintenant de savoir ce qu’il en est des deux autres éléments
constitutifs de l’Etat, à savoir la population et le territoire.
Relativement à la population, qui est l’élément charnel de l’Etat, on peut
dire qu’elle est constituée des peuples issus des différentes tribus ou ethnies que
la colonisation a rassemblés sur le sol ivoirien.
En ce qui concerne le territoire de l’Etat, les documents de l’époque
précoloniale et ceux liés à la colonisation autorisent à affirmer qu’il est le produit
d’une évolution marquée du sceau de la complexité. En effet, légué par l’ancienne
puissance coloniale, le territoire de la Côte d’Ivoire a été déterminé et tracé de
deux manières différentes : les frontières entre la Côte d’Ivoire et les anciennes
possessions françaises que sont la Guinée, le Mali et le Burkina Faso sont des
frontières déterminées et tracées par la France toute seule en tant que puissance
administrante. Ces frontières sont donc le produit de la volonté française parce
que ces territoires étaient des possessions françaises, et dans ces conditions, la
détermination de ces frontières répondait aux besoins de l’entreprise coloniale.
Ces frontières étaient donc des frontières administratives parce que marquant
les limites de circonscriptions territoriales à l’intérieur de l’Etat français.
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L’indépendance advenue, ces frontières, qui n’étaient qu’administratives,
deviennent des frontières politiques parce que séparant désormais des Etats
souverains.
Au contraire, les frontières avec les autres puissances étaient des frontières
politiques résultant d’accords, de traités, de conventions, d’arrangements ou
d’avenants conclus entre la France et ces puissances. C’est le cas de la frontière
entre la Côte d’Ivoire et le Libéria, Etat indépendant. C’est également le cas de la
frontière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, car le Ghana, autrefois Gold Coast,
était une possession britannique alors que la Côte d’Ivoire appartenait à la France.
C’était donc deux puissances ou souverainetés qui se rencontraient. Ces frontières,
qui étaient des frontières politiques, demeurent politiques à l’avènement de
l’indépendance de la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire, née à la souveraineté nationale et internationale, devait
s’organiser en se dotant d’une Constitution appelée à former le socle sur lequel
l’Etat devait reposer. Ce point évoque la question des bases juridiques de l’Etat de
Côte d’Ivoire et, par conséquent, celle du régime politique du nouvel Etat.
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CHAPITRE 1er : LES BASES JURIDIQUES DE L’ETAT IVOIRIEN
Les bases juridiques de l’Etat résident dans la Constitution par quoi l’Etat,
élément de fait, devient sujet de droit. Celles de l’Etat de Côte d’Ivoire se
caractérisent par une certaine instabilité dont l’élément actuel est la Constitution
du 08 novembre 2016.
A- La procédure d’élaboration
L’élaboration évoque la question de l’écriture ou de la rédaction du texte de
la Constitution. A cet égard, il se pose, en premier lieu, la question de l’initiative
de l’établissement de la Constitution. Celle-ci a été prise par le Premier ministre
élevé à la dignité de Chef d’Etat par l’Assemblée législative qui s’est muée en
Assemblée nationale. Cette initiative s’est mêlée à celle des autres chefs d’Etat du
Conseil de l’Entente. En effet, l’idée qui soutenait l’élaboration de la nouvelle
Constitution était d’établir des institutions uniformes pour les Etats membres du
Conseil de l’Entente. Ainsi, les Chefs d’Etat du Conseil de l’Entente s’étaient
accordés sur la nécessité d’avoir des institutions harmonisées. A cette fin, il fut
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institué un Comité d’experts présidé par M. Philippe Grégoire Yacé, alors président
de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Pour la partie ivoirienne le texte
élaboré par le Comité d’experts fut soumis au Bureau politique du PDCI-RDA, parti
unique, qui l’approuva. Puis, le texte fut adopté par le gouvernement, devenant
ainsi un projet de Constitution. Le texte ne demandait plus alors qu’à être
transformé en acte juridique, c’est-à-dire à être adopté.
B- L’adoption
Le texte fut soumis, en dernière instance, à l’Assemblée nationale qui, pour
la circonstance, s’est muée en Assemblée constituante. Il fut examiné selon la
procédure de révision de la Constitution du 26 mars 1959 et adopté à l’unanimité
des membres de l’Assemblée. Or, selon cette procédure le recours au peuple est
exclu lorsque le projet ou la proposition de révision a été adopté par l’Assemblée à
la majorité des 4/5e de ses membres. Ainsi s’explique qu’il n’ait pas été organisé
de référendum pour l’adoption de la Constitution, dans la mesure où le texte a
recueilli la totalité des voix des membres composant l’Assemblée. Le texte fut, par
la suite, promulgué en tant que Constitution de l’Etat de Côte d’Ivoire à la date du
03 novembre 1960.
Le régime politique institué par la Constitution du 03 novembre 1960 était le
régime présidentiel : le président de la République était le détenteur exclusif du
pouvoir exécutif ; l’Assemblée nationale, quant à elle, avait le pouvoir législatif et
le pouvoir budgétaire. Il est vrai que le président de la République ne pouvait pas
dissoudre l’Assemblée nationale. Il est tout aussi vrai que l’Assemblée nationale ne
pouvait non plus renverser le gouvernement ni le président de la République. Ce
qui donne le sentiment d’un équilibre entre les deux pouvoirs politiques. Mais, à la
vérité, cet équilibre n’était qu’apparent. Car, au moyen du parti unique le
président de la République contrôlait l’Assemblée nationale et régentait la vie
politique tout entière. Ainsi, le régime politique, voulu présidentiel par le
constituant, s’est mué en un régime présidentialiste, c’est-à-dire en un régime
consacrant, selon l’expression du professeur Jean Gicquel, la magnificence du Chef
de l’Etat et l’insignifiance du parlement.
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Constitution. Or, la technique de la révision n’aboutit qu’à la rénovation de la
Constitution ; elle donne une Constitution rénovée, modifiée ; et celle-ci garde sa
date. Ce qui veut dire que, logiquement, la procédure suivie aurait dû donner lieu
simplement à la modification de la Constitution de 1959, et non à une nouvelle
Constitution : celle du 03 novembre 1960.
En outre, le pouvoir politique étant celui du peuple ainsi qu’il résulte de la
proclamation de la République en 1958, le peuple souverain aurait dû intervenir
soit pour confier à une Assemblée spécialement élue le soin d’élaborer et
d’adopter la nouvelle Constitution, soit pour investir l’Assemblée élue de la
mission d’élaborer un projet de Constitution, le peuple se réservant le droit et le
pouvoir de l’adopter.
Or, le peuple a été ignoré alors même que le pouvoir politique est le sien. Il
suit de là que la procédure suivie pour l’établissement de la Constitution du 03
novembre 1960 était viciée à bien des égards. Malgré tout, la vie politique
ivoirienne sera régie par cette Constitution jusqu’à l’avènement du président Henri
Konan Bédié qui succède au président Félix Houphouët-Boigny à la suite du décès
de celui-ci, en décembre 1993.
Six ans plus tard, la Constitution de 1960 est suspendue par suite d’un coup
d’Etat, et remplacée provisoirement par un Acte édicté par les militaires et tenant
lieu de Constitution.
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C’est sur cette base que le général Robert Guéi a formé, à la date du 04 janvier
2000, un gouvernement essentiellement constitué de trois composantes : le Comité
national de Salut public (CNSP), le Rassemblement des Républicains (RDR) et le
Front populaire ivoirien (FPI).
Provisoire, cette situation était appelée à disparaître pour faire place à un
ordre constitutionnel normal ; d’où l’avènement de la Constitution du 1er août
2000.
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2- La rédaction du texte
Pendant plusieurs semaines, la Sous-commission Constitution a travaillé dans
une ambiance de grande tension : les partis politiques, mus par leurs intérêts
propres, s’affrontaient, surtout à propos des conditions d’éligibilité à la présidence
de la République. Les uns voulaient que soient retenues et consacrées des
conditions souples afin de préserver la cohésion sociale et, partant, la paix. Les
autres entendaient que soient posées des conditions d’éligibilité telles que le
pouvoir politique ne tombe pas entre les mains d’« aventuriers » ou d’ «
usurpateurs » ayant la nationalité ivoirienne dans la poche gauche et une autre
nationalité dans la poche droite.
Les membres de la Sous-commission Constitution, pour la plupart
instrumentalisés par les partis politiques, soutenaient telle position ou telle autre
selon le camp auquel ils étaient rattachés. Ainsi, si des décisions ont pu être prises
par consensus, il n’en a pas été de même en ce qui concerne les conditions
d’éligibilité à la présidence de la République. Faute de consensus, c’est à la
majorité que les questions relatives aux conditions d’éligibilité à la présidence de
la République ont été tranchées. Et les conditions retenues prévoyaient, entre
autres, que le candidat à l’élection présidentielle doit être « ivoirien d’origine, né
de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d’origine ».
Par-delà le caractère général et impersonnel de cette disposition, dans
l’esprit de tous, c’est le président du RDR, ancien Premier ministre, qui était visé.
Le président Laurent Gbagbo le reconnaîtra lui-même en 2001 lors des assises du
Forum pour la réconciliation nationale, en rappelant que l’article 35 de la
Constitution définissant les conditions d’éligibilité à la présidence de la République
avait été établi à cause du président du RDR.
Il est à noter que les conditions d’éligibilité retenues par la Sous-commission
Constitution s’inscrivaient dans un mouvement général engagé depuis décembre
1994 à travers le code électoral considéré comme portant la marque de ce qu’il
était convenu d’appeler l’ivoirité. Ce néologisme aurait été forgé, d’après le
professeur Sankharé Oumar – Sénégalais, agrégé de Lettres classiques (latin et
grec) et agrégé de grammaire française – par le poète Léopold Sédar Senghor qui
aurait hésité entre ivoiritude et ivoirité, et qui aurait finalement opté pour
l’ivoirité.
Ce terme d’ivoirité désignait, au départ, l’ensemble des valeurs de civilisation
caractéristiques de l’Ivoirien ; et c’était dans les années 1970. L’Ivoirien Niangoran
Porquet reprendra plus tard ce mot de l’ivoirité et l’introduira dans sa poétique ou
griotique. Puis, l’arrivée au pouvoir de M. Henri Konan Bédié imprimera au concept
de l’ivoirité une nouvelle jeunesse. Présent dans ses discours, dès les premiers
moments de l’exercice du pouvoir, le terme de l’ivoirité recevra sa définition
bédiéiste lors de la Convention du PDCI-RDA qui s’est tenue à Yamoussoukro, en
août 1995. On peut lire dans le discours-programme du président Bédié ce qui suit :
« Ce que nous poursuivons, c’est, bien évidemment, l’affirmation de notre
personnalité culturelle, l’épanouissement de l’homme ivoirien dans ce qui fait sa
spécificité, ce que l’on peut appeler son ivoirité ». La suite du discours de M. Bédié
donne d’entendre que l’ivoirité « est une synthèse originale et féconde entre nos
traditions et la modernité ».
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Il suit de ce qui précède que l’ivoirité, telle que définie par M. Bédié, a et n’a
qu’un sens culturel, comme d’ailleurs les néologismes du même ordre, conçus ou
créés par Léopold Sédar Senghor, et que voici : africanité, arabité, francité,
latinité, normandité. Mais, ce qui va infecter l’ivoirité et la faire apparaître
comme un concept d’exclusion est contenu dans le discours même de M. Bédié, et
se rapporte à l’immigration : « Quant à nous, disait-il, nous devons aujourd’hui
maîtriser l’immigration qui a atteint, c’est évident, un seuil critique ». Ce
jugement porté sur l’immigration est interprétée comme l’expression de l’ivoirité,
celle-ci étant sentie par ces détracteurs comme la doctrine du repli identitaire qui
tend à célébrer l’Ivoirien et à repousser l’étranger. Ainsi, l’on lit ou découvre
l’ivoirité dans les textes adoptés à l’initiative du président Bédié. Ces textes sont
considérés comme faisant la chasse aux étrangers : d’abord, le code électoral de
décembre 1994 qui rend plus sévères les conditions d’éligibilité à la présidence de
la République ; ensuite, les réformes constitutionnelles du 02 juillet 1998 qui
accueillaient les conditions d’éligibilité à la présidence de la République telles que
consacrées par le code électoral de 1994 ; enfin, la loi de 1998 relative au domaine
foncier rural dans laquelle des étrangers voyaient des éléments de xénophobie par
cela seul que les Ivoiriens, à l’exclusion des étrangers, pouvaient, désormais,
accéder à la propriété foncière rurale, étant entendu que les étrangers ayant
acquis des terres en milieu rural en conservaient la propriété, mais ne pouvaient la
transmettre à leurs ayants-droit.
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Ainsi, selon la dernière mouture de l’article 35 du projet de Constitution, le
candidat à l’élection présidentielle doit, entre autres, être ivoirien de naissance,
né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens de naissance.
Telle est la procédure suivie pour l’élaboration, c’est-à-dire l’écriture du
texte de la Constitution de la IIe République. Le texte ainsi rédigé, il fallait le
transformer en acte juridique au moyen de l’adoption.
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Constitution s’oppose à la mise en œuvre de la procédure de sa révision en
pareilles circonstances.
Pour surmonter l’obstacle tenant à l’absence de révision de l’article 35 de la
Constitution, il a été recommandé par la communauté internationale au président
de la République d’alors de faire usage de ses pouvoirs de crise prévus par l’article
48 de la Constitution pour régler le problème lié aux conditions d’éligibilité à
l’élection présidentielle. Ainsi, le président Laurent Gbagbo prit, le 05 mai 2005,
sur le fondement de l’article 48 de la Constitution, la décision rendant éligibles à
l’élection présidentielle les candidats présentés par les partis politiques signataires
de l’accord de Linas-Marcoussis. Sur cette base, l’élection présidentielle a pu se
tenir en 2010. Une nouvelle crise est née, non pas en rapport avec la Constitution,
mais relativement aux résultats du scrutin…
La crise résorbée ou jugulée, l’on s’attendait tout logiquement à voir se
réaliser la révision de la Constitution du 1er août 2000, comme l’avait décidé la
table ronde de Linas-Marcoussis. Mais, contre toute attente, une nouvelle
Constitution va naître : la Constitution du 08 novembre 2016.
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implique le renforcement du processus de réconciliation nationale et la nécessité
de « nous munir d’une nouvelle Constitution qui doit garantir l’égalité de tous, la
cohésion nationale et la stabilité de nos institutions ».
Le projet, que voilà, puissamment, mais anormalement appuyé par le Conseil
constitutionnel à travers son président, a été rappelé, depuis lors, à plusieurs
reprises, par le président de la République. A la vérité, un tel projet ne laissait pas
de surprendre et, par conséquent, de soulever des interrogations.
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du passé en exorcisant la Constitution du 1er août 2000 jugée discriminatoire et
confligène. Comment se fait-il, alors, que l’on passe, entre-temps, du projet de
révision de la Constitution au projet d’une nouvelle Constitution ?
L’interrogation formulée invite à se tourner vers l’auteur du projet pour
recueillir sa réponse.
2- Le moment
S’agissant du moment choisi, le chef de l’Etat le justifie en soutenant que la
Constitution du 1er août 2000 « a été manipulée par un groupe de gens pour faire
toutes ces exclusions ». Cette Constitution est intervenue, selon le chef de l’Etat,
dans une période de crise… Il fallait laisser la situation s’apaiser ». Cela veut dire
que d’après le président de la République l’année 2016 a été choisie parce qu’elle
se prêtait le mieux à la réalisation de son projet, la paix ayant été retrouvée.
Les motifs soutenant le projet ayant été rappelés, la voie s’en trouve ouverte
à l’examen des autres questions, et d’abord de la question relative à l’écriture du
texte de la nouvelle Constitution.
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§2 : L’élaboration de la nouvelle Constitution
Le chef de l’Etat ayant annoncé son désir de voir advenir une IIIe République,
des questions se posaient, d’abord relativement à l’organe qui allait écrire ou
rédiger cette nouvelle Constitution, ensuite à propos du contenu même de cette
nouvelle Constitution.
La deuxième question, qui est celle liée au contenu de la nouvelle
Constitution, avait reçu assez tôt quelques éléments de réponse : le chef de l’Etat
se proposait de faire instituer un poste de vice-président de la République et de
faire abaisser l’âge requis pour être candidat à l’élection présidentielle.
S’agissant, au contraire de l’organe chargé d’écrire le texte de la nouvelle
Constitution, la réponse du chef de l’Etat avait tardé à se faire connaître. En effet,
ce n’est qu’à la fin du mois de mai 2016 que le président de la République a mis en
place, de façon unilatérale, un Comité dit d’experts, chargé d’élaborer le texte de
la future Constitution de la IIIe République. Sitôt nommé, ce Comité a reçu les
directives du président de la République relativement à la nouvelle Constitution :
du point de vue institutionnel, un poste de vice-président de la République devait
être créé ; le parlement devait devenir bicaméral par l’effet de la création d’un
Sénat s’ajoutant à l’Assemblée nationale. Du point de vue normatif, le chef de
l’Etat avait repris le principe de l’abaissement de l’âge exigé pour être candidat à
l’élection présidentielle.
Peu après la mise en place du Comité d’experts, le chef de l’Etat a reçu les
responsables de certaines composantes du corps socio-politique, à savoir les partis
politiques, les confessions religieuses, les associations. Le chef de l’Etat les
informa de son désir de voir la Côte d’Ivoire dotée d’une nouvelle Constitution. Il
leur fit connaître l’initiative qu’il avait prise en ce sens. Il les informa de la
nomination d’un Comité d’experts et les invita à transmettre leurs propositions à
ce Comité.
L’organe chargé d’écrire la Constitution étant connu, le problème restait
celui de la méthode à suivre et, par suite, celui du contenu même de la nouvelle
Constitution. A cet égard, le Comité d’experts, selon les propos de son président, a
agi en étant, à titre principal « la plume du président de la République ». Cela
donne de savoir que le Comité d’experts a donné forme aux idées du président de
la République. Le Comité d’experts a, en outre, recueilli, comme l’avait préconisé
le président de la République, des propositions spontanément présentées par leurs
auteurs ou suscitées par le Comité d’experts qui, à cette fin, avait fait le tour des
présidents des institutions de la République.
La question qui se posait était celle du sort réservé aux propositions soumises
au Comité d’experts ou recueillies par lui ; en cas de contrariété entre ces
propositions et les idées du président de la République, que retenir ? En cas de
conflit entre les propositions émanant des différentes instances, qui assure
l’arbitrage, qui tranche ? Et sur quelle base ? Au nom de quoi le Comité d’experts,
dépourvu de toute légitimité, pouvait-il accepter certaines propositions et en
rejeter d’autres ?
Ce sont là autant de questions et de préoccupations qui n’ont pas reçu de
réponse.
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Un autre élément, signalé par le Comité d’experts lui-même, mérite d’être
mentionné ; il se rapporte au contenu de la nouvelle Constitution. En effet, par-
delà les idées du président de la République, par-delà les propositions acceptées
par le Comité d’experts et approuvées par le président de la République, le texte
de la nouvelle Constitution a reçu de nombreux éléments puisés dans des
Constitutions étrangères. Cette méthode amène à se demander : comment se fait-
il que le Comité d’experts se soit tourné vers l’extérieur pour recueillir des
principes et des règles alors qu’il eût été plus conforme aux exigences
démocratiques d’interroger les Ivoiriens pour savoir ce qu’ils voulaient. Car, ce qui
est pris à l’extérieur peut ne pas répondre aux besoins ni aux attentes des
Ivoiriens. En clair, il n’y a que les Ivoiriens qui soient qualifiés pour dire ce qui est
bon pour eux.
Au total, le texte, élaboré selon la procédure que voilà, fut transmis au
président de la République qui, à son tour, l’a soumis au Conseil des ministres qui
l’approuva dans la précipitation. Après quoi, le texte fut transmis en tant que
projet de Constitution à l’Assemblée nationale qui, sous la pression, l’adopta dans
la précipitation sans avoir pu assouvir son désir d’amender le texte.
Relativement à cette étape de la procédure, on peut se demander en quoi
l’Assemblée nationale avait à intervenir. En effet, il ne s’agissait pas de réviser la
Constitution existante, c’est-à-dire la Constitution du 1er août 2000. Il s’agissait,
plutôt, de doter l’Etat d’une nouvelle Constitution. Les pouvoirs de l’Assemblée
nationale mise en place consistaient simplement dans le vote de la loi, le contrôle
du gouvernement, et éventuellement dans la révision de la Constitution existante.
C’est dire que l’Assemblée nationale n’avait pas à intervenir dans la procédure
d’élaboration de la nouvelle Constitution. Car, elle n’avait pas été élue à cette fin.
C’est dire la vanité de la thèse qui présentait l’intervention de l’Assemblée
nationale comme le passage obligé ouvrant la voie à l’organisation du référendum.
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démocratique. Cette circonstance n’a pas manqué de retentir sur la qualité du
texte.
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tout, ne permet pas tout, ne justifie pas la procédure suivie pour l’établissement
de la Constitution du 08 novembre 2016.
Les tares, que voilà, retirent à la procédure constituante tout caractère
démocratique. Ces tares n’ont pas manqué d’affecter le texte lui-même.
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L’on doit noter que la révision constitutionnelle, qui a porté sur vingt-six
articles de la Constitution, est intervenue trois ans et quatre mois seulement après
la promulgation de la nouvelle Constitution, présentée, à l’époque, par le
président de la République, comme l’une des meilleures Constitutions au monde,
pour laquelle de nombreuses félicitations lui auraient été adressées par ses
homologues.
Par-delà le problème de la qualité de cette Constitution se pose la question
de sa légitimité. Ce qui conduit à s’interroger sur les chances de survie d’une telle
Constitution à son auteur, d’autant que la société civile et la plupart des partis
politiques avaient exprimé leur désaccord avec la procédure suivie. On peut, dès
lors, douter que la nouvelle Constitution puisse régir la Côte d’Ivoire pendant un
siècle, contrairement à la prophétie du président de la République.
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Constitution ivoirienne du 03 novembre 1960, adoptée consécutivement à
l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance, n’avait pas prévu, au départ, le
Conseil constitutionnel. Dans un souci de simplification de l’organisation
juridictionnelle, la Côte d’Ivoire avait choisi l’unité de juridiction, caractérisée par
l’existence de tribunaux de première instance, de Cours d’appel, et d’une seule
juridiction suprême – la Cour suprême – au sein de laquelle était prévue une
Chambre constitutionnelle qui tenait lieu de juridiction constitutionnelle. C’est
dire que la justice constitutionnelle manquait d’autonomie du point de vue
organique. Car, la Chambre constitutionnelle n’était qu’une Section de la Cour
suprême ; et en tant que telle, elle n’avait pas la nature d’une juridiction.
Cette situation n’était pas propre à la Côte d’Ivoire. Elle présentait un
caractère de généralité dans l’espace des Etats africains de succession française.
C’est à la faveur d’une révision constitutionnelle, en date du 16 août 1994, réalisée
sous le président Henri Konan Bédié, que naquit le Conseil constitutionnel en
remplacement de la Chambre constitutionnelle. Cette évolution répondait aux
exigences de l’Etat de droit en même temps qu’elle s’inscrivait dans un
mouvement général en Afrique, caractérisé par l’institution de juridictions
constitutionnelles : Conseil constitutionnel ici, Cour constitutionnelle là.
Le Conseil constitutionnel, ainsi créé, va fonctionner jusqu’au coup d’Etat
intervenu le 24 décembre 1999. Dissout par le Comité national de Salut public, il
est remplacé par une Chambre constitutionnelle au moyen d’une ordonnance en
date du 09 juin 2000 prise par le général Robert Guéi, président du CNSP. La
Chambre constitutionnelle n’avait que des attributions liées au contentieux de
l’élection présidentielle dont l’organisation devait marquer la fin de la transition.
Ainsi, la Chambre constitutionnelle présentait un caractère transitoire, donc
provisoire. Elle était, en effet, liée à la situation politique qui devait se normaliser
par l’adoption d’une nouvelle Constitution qui sera celle du 1er août 2000.
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résulte précisément du rôle ou de la mission que lui assigne la Constitution : le
Conseil constitutionnel, en effet, se détache des autres juridictions en ce sens que
les autres juridictions sont les servantes de la loi ; elles appliquent la loi ; elles
exécutent la loi, alors que le Conseil constitutionnel est, quant à lui, le juge de la
loi, le censeur de la loi. En clair, alors que les autres juridictions sont soumises à la
loi, le Conseil constitutionnel, au contraire, contrôle la loi et, au besoin, il censure
la loi en l’anéantissant. Mais, le Conseil constitutionnel n’est pas que le censeur de
la loi ; il contrôle aussi d’autres actes.
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Conseil constitutionnel ivoirien. Mais, ces actes ne sont pas soustraits à tout
contrôle ; ils sont soumis au contrôle des juridictions administratives que sont les
tribunaux administratifs et le Conseil d’Etat.
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C- Les modalités du contrôle
La question est de savoir comment se réalise le contrôle de constitutionnalité
et quels en sont les effets.
Le Conseil constitutionnel jouit, en la matière, d’une compétence
d’attribution, en ce sens que la Constitution énumère limitativement les actes
soumis au contrôle du juge constitutionnel. Le régime de ces actes donne de
distinguer entre ceux qui font l’objet d’un contrôle obligatoire et ceux qui sont
soumis à un contrôle facultatif.
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b) Les traités ou accords internationaux
Il s’agit d’actes que l’Etat de Côte d’Ivoire conclut avec d’autres sujets de
droit international, et notamment avec d’autres Etats. La Constitution énonce, à
leur égard, qu’une fois ratifiés, ces actes ont une autorité supérieure à celle des
lois, dès leur publication, sous réserve pour chaque traité ou accord international
de son application par l’autre partie. Dotés d’une autorité supérieure à celle des
lois, les traités ou accords internationaux ne sauraient se situer au même niveau
que la Constitution, ni a fortiori au-dessus de la Constitution. C’est dire qu’ils sont
en-dessous de la Constitution. D’où l’idée de les soumettre à un contrôle de
conformité à la Constitution avant leur ratification, c’est-à-dire avant qu’ils ne
prennent place dans l’ordonnancement juridique de l’Etat de Côte d’Ivoire (article
134 de la Constitution). L’article 122 de la Constitution désigne, relativement à la
saisine du Conseil constitutionnel, le président de la République, le président de
l’Assemblée nationale, le président du Sénat ou 1/10e des membres de l’Assemblée
nationale ou du Sénat. Curieusement, l’article 134 de la Constitution ramène le
droit de saisine à trois organes : le président de la République, le président de
l’Assemblée nationale ou le président du Sénat. Sans que l’article 122 de la
Constitution ait été modifié ou abrogé !
Mais, tous les traités ou accords internationaux ne sont pas assujettis à un tel
contrôle. Seuls sont visés certains engagements internationaux. L’article 134 de la
Constitution de 2016 désigne, à cet effet, les engagements internationaux visés à
l’article 120 de la Constitution, lequel dispose : « Les traités de paix, les traités ou
accords internationaux relatifs à la création d’organisations internationales, ceux
qui modifient les lois internes de l’Etat ne peuvent être ratifiés qu’à la suite d’une
loi.
» La loi d’autorisation en vue de la ratification est soumise au contrôle du
Conseil constitutionnel ».
Il s’agit donc des traités ou accords internationaux dont la ratification est
subordonnée à une loi d’autorisation, étant entendu que pour la ratification des
autres traités ou accords internationaux il n’est pas requis de loi d’autorisation. Le
président de la République peut, dès lors, agir en toute liberté.
Les traités ou accords internationaux dont il est question à l’article 120 de la
Constitution sont donc soumis à un contrôle obligatoire, et ce contrôle doit
intervenir avant la ratification qui est l’acte par lequel l’Etat exprime sa volonté
de se voir lié par les stipulations du traité ou de l’accord international.
La question est de savoir à quel moment précis le contrôle doit intervenir :
avant le vote de la loi d’autorisation ou après le vote de celle-ci ?
Sous l’empire des Première et Deuxième Républiques, le vote de la loi
d’autorisation ne pouvait intervenir qu’après que le Conseil constitutionnel, saisi, a
rendu une décision de conformité à la Constitution. Donc la saisine du Conseil
constitutionnel devait intervenir avant le vote de la loi.
Depuis l’avènement de la Constitution du 08 novembre 2016, l’on peut avoir
le sentiment que les choses ont changé : désormais, la loi, à la manière du traité,
est soumise au contrôle du juge constitutionnel. Peut-on en inférer que la
24
soumission du traité au contrôle du juge constitutionnel peut intervenir avant ou
après le vote de la loi d’autorisation ?
A la vérité, on ne voit pas en quoi la soumission de la loi d’autorisation au
contrôle de constitutionnalité affecterait ou remettrait en cause le principe selon
lequel la saisine du Conseil constitutionnel du traité doit intervenir avant le vote
de la loi d’autorisation. Car, on ne voit pas comment la loi pourrait autoriser le
président de la République à ratifier un traité dont la conformité à la Constitution
n’a pas encore été attestée par le Conseil constitutionnel. C’est dire que le bon
sens commande de considérer que le constituant de 2016 n’a pas entendu remettre
en cause le principe de l’antériorité du contrôle de constitutionnalité du traité par
rapport au vote de la loi d’autorisation.
Mais, alors, dans la mesure où la loi d’autorisation ne peut advenir qu’à la
suite d’une décision de conformité du traité à la Constitution, rendue par le
Conseil constitutionnel, à quoi sert-il de soumettre pareille loi à un contrôle de
constitutionnalité ?
A priori, le contrôle de constitutionnalité de la loi d’autorisation intrigue ; il
ne semble pas justifié. Mais, à la réflexion, l’on aboutit au constat qu’un tel
contrôle est fondé : dans la pratique, il peut arriver que la loi d’autorisation soit
votée alors que le Conseil constitutionnel a déclaré le traité contraire à la
Constitution ; il peut également arriver – et il est arrivé à plusieurs reprises – que la
loi d’autorisation soit votée sans même que le traité ait été soumis au contrôle du
juge constitutionnel.
Dans les hypothèses que voilà la loi d’autorisation est intervenue en violation
de la Constitution. Son contrôle aurait pour effet de la sanctionner et, par suite,
d’empêcher la ratification du traité.
D’autre part, dans l’hypothèse où la loi d’autorisation serait adoptée à la
suite de la décision de conformité rendue par le Conseil constitutionnel, le
contrôle se justifierait : il tendrait à vérifier le point de savoir si les règles de
compétence et de procédure prescrites par la Constitution ont été respectées.
On observera que dans l’hypothèse où le contrôle du traité aboutit à une
décision de conformité, la voie s’en trouve ouverte à la ratification du traité. Le
président de la République peut, dès lors, ratifier celui-ci après que le parlement a
voté la loi d’autorisation.
Si, au contraire, le traité est jugé contraire à la Constitution, alors, sa
ratification ne pourra intervenir que s’il a été procédé, au préalable, à la révision
de la Constitution. Certains tirent de là l’argument selon lequel le traité serait
supérieur à la Constitution.
On ne peut inférer de là une quelconque supériorité du traité par rapport à la
Constitution. Car, le traité n’oblige pas à modifier la Constitution. C’est l’Etat qui,
librement, souverainement, décide de réviser sa Constitution aux fins de ratifier et
de recevoir le traité, tout comme, revêtu de sa souveraineté, l’Etat peut décider
de ne pas réviser sa Constitution…
A l’argument, que voilà, on peut ajouter ceci : dans l’opération de contrôle,
le traité est l’acte contrôlé ; la Constitution est la norme de référence. L’acte
contrôlé est logiquement et nécessairement inférieur à l’acte par rapport auquel
25
se réalise le contrôle. On peut en inférer que dans l’ordre interne ivoirien, la
Constitution est au-dessus du traité.
26
certains Etats, tels le Bénin, le règlement de l’Assemblée nationale fasse partie du
bloc de constitutionnalité, donc des normes de référence. On comprend également
qu’en Côte d’Ivoire, l’alinéa 2 de l’article 99 de la Constitution impose le contrôle
obligatoire de constitutionnalité des règlements des Assemblées parlementaires et
de leurs modifications avant leur mise en application.
Logiquement, la déclaration de conformité emporte l’entrée en vigueur, et
donc l’application du règlement. A contrario, la décision de non-conformité
s’oppose à l’entrée en vigueur du règlement et, par conséquent, à sa mise en
application.
2) Le contrôle facultatif
Le contrôle est dit facultatif, car il s’oppose au contrôle obligatoire. Il est
marqué du sceau de la liberté. Les intéressés l’exercent librement. Ce type de
contrôle comporte deux modalités. En d’autres termes, ce contrôle peut intervenir
de deux manières différentes : soit par voie d’action, soit par voie d’exception.
27
promulgation, qui était suspendue à la suite de la saisine du Conseil
constitutionnel, peut, dès lors, intervenir.
En revanche, lorsque le Conseil constitutionnel rend une décision de
contrariété ou de non-conformité à la Constitution, la question se pose
relativement au sort d’une telle loi : que devient ladite loi ? Sous l’empire des
Première et Deuxième Républiques, la loi reconnue contraire à la Constitution était
simplement privée d’effet en ce sens qu’elle ne pouvait être promulguée. Une
telle loi ne pouvait donc déployer ses effets parce qu’elle ne pouvait entrer en
vigueur.
Comme on le voit, une telle solution heurtait le bon sens et la logique
juridique. Car, le contrôle de constitutionnalité n’est pas un contrôle d’effectivité,
mais, plutôt, un contrôle de validité, c’est-à-dire de régularité juridique. On
comprend, dès lors, que cette solution, empruntée à la Constitution française du
04 octobre 1958, ait été vivement critiquée par la doctrine, et singulièrement par
le doyen Francis Wodié, ancien président du Conseil constitutionnel. On comprend
donc que la Constitution du 08 novembre 2016 ait corrigé une telle situation. En
effet, aux termes de l’article 137, alinéa 1er, de la Constitution, la loi reconnue
contraire à la Constitution par le Conseil constitutionnel dans le cadre du contrôle
par voie d’action est « nulle à l’égard de tous ». Et, parce qu’elle est nulle, une
telle loi ne peut être promulguée.
Mais, la loi peut être déclarée partiellement contraire à la Constitution. Dans
cette hypothèse, le droit positif offre de distinguer selon que les dispositions
jugées contraires à la Constitution sont détachables ou non détachables de
l’ensemble du texte.
Dans l’hypothèse où les dispositions reconnues contraires à la Constitution
sont détachables de l’ensemble du texte, alors les dispositions conformes à la
Constitution peuvent faire l’objet de promulgation, à l’exclusion de celles
reconnues contraires à la Constitution.
Au contraire, dans l’hypothèse où les dispositions contraires à la Constitution
ne sont pas détachables de l’ensemble du texte de la loi, alors, les dispositions
contraires sont frappées de nullité et la loi ne peut être promulguée... Les
dispositions contraires à la Constitution paralysent la loi tout entière.
Les développements qui précèdent valent également pour les autres
catégories de lois : lois constitutionnelles et lois organiques (article 137 de la
Constitution).
On notera, en final, que le contrôle par voie d’action, intervenant avant la
promulgation de la loi, est dit contrôle a priori. En cela, il s’agit d’un contrôle
préventif. Il en va différemment de l’autre modalité du contrôle facultatif qu’est
le contrôle par voie d’exception.
28
d’un contrôle de constitutionnalité avant la promulgation, l’autorité de la chose
jugée s’oppose à ce que la même loi fasse l’objet d’un nouveau contrôle…
Ce type de contrôle commence par l’invocation de l’inconstitutionnalité de la
loi par le plaideur à l’occasion d’un procès ouvert devant le juge ordinaire.
Relativement à ce contrôle, la Constitution du 08 novembre 2016 dispose en son
article 135, alinéa 1er : « Tout plaideur peut, par voie d’exception, soulever
l’inconstitutionnalité d’une loi devant toute juridiction ».
L’exception ayant été soulevée par le plaideur, il s’ensuit, aux termes de
l’article 135, alinéa 2, de la Constitution que « la juridiction devant laquelle la
contestation de la loi est soulevée, sursoit à statuer et impartit au plaideur un
délai de quinze jours pour saisir le Conseil constitutionnel. A l’expiration de ce
délai, si le requérant ne rapporte pas la preuve de la saisine du Conseil, la
juridiction statue ».
Il s’agit là de dispositions qui étaient déjà contenues dans la Constitution du
1er août 2000, complétée sur ce point par la loi organique du 05 juin 2001 relative
au Conseil constitutionnel.
Il peut arriver que le Conseil constitutionnel rende une décision
d’incompétence. C’est le cas lorsque le recours en inconstitutionnalité par voie
d’exception a été dirigé, non pas contre une loi, mais contre un traité ou un
accord international (voir décision n°CI-2012-131/27-03/CC/SG, en date du 27
mars 2012, relative à la requête en inconstitutionnalité des articles 256 à 266 du
code des assurances de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances, dit
Code CIMA).
Le Conseil constitutionnel peut, également, rendre une décision
d’irrecevabilité. Il en va ainsi, par exemple, lorsque l’exception
d’inconstitutionnalité a été soulevée, non pas devant une juridiction de jugement,
mais devant le juge d’instruction (voir décision n°CI-2009-15-10/0025/CC/SG, du
15 octobre 2009).
Quant au fond, le Conseil constitutionnel, régulièrement saisi, peut constater
que la loi est conforme à la Constitution. Tout logiquement, une telle loi
s’applique au procès en cours comme aux procès à venir.
Mais, il peut arriver que le Conseil constitutionnel déclare la loi contraire à la
Constitution. Dans cette hypothèse, que se passe-t-il ? Que devient la loi déclarée
contraire à la Constitution ?
Sous l’empire des deux premières Républiques, la Constitution ne fournissait
pas de réponse à une telle interrogation. Elle était muette sur la question. Aussi,
le Conseil constitutionnel ivoirien a-t-il été amené à trancher la question en
rendant, en 2014, sous la présidence du doyen Francis Wodié, une décision
d’abrogation de la loi reconnue contraire à la Constitution par voie d’exception.
Ainsi, la loi n’est pas simplement privée d’effet ; elle est abrogée. Ce qui veut dire
qu’une telle loi disparaît pour le présent et pour l’avenir.
Il est heureux que la solution retenue par le Conseil constitutionnel ait été
consacrée par la nouvelle Constitution en son article 137, alinéa 2, qui énonce :
« La loi ou la disposition déclarée inconstitutionnelle par le Conseil constitutionnel
est abrogée ». L’interprétation que l’on en faisait était que les effets produits
subsistent, survivent à l’abrogation, comme le laisse entendre le terme même de
29
l’abrogation. La révision constitutionnelle, en date du 19 mars 2020 vient de
fournir une autre lecture : d’une part, il est, désormais, précisé que l’abrogation
prend effet pour « compter de la publication de la décision du Conseil
constitutionnel ou d’une date ultérieure fixée par cette décision ». D’autre part, il
est curieusement offert au juge constitutionnel le pouvoir de « déterminer les
conditions et limites dans lesquelles les effets que la disposition a produits sont
susceptibles d’être remis en cause ». Les dispositions constitutionnelles qu’on vient
de reproduire donnent de constater que la décision d’inconstitutionnalité prise par
le juge peut produire un effet rétroactif, semant ainsi la confusion entre
l’annulation et l’abrogation. Toutefois, il est intéressant de noter que les effets
produits anormalement par la loi contraire à la Constitution peuvent être anéantis.
Il doit être souligné, d’une part, que la loi, qu’elle ait été déclarée conforme
ou contraire à la Constitution, ne peut plus faire l’objet de recours, d’autre part,
que les décisions du Conseil constitutionnel, qu’elles interviennent en matière de
contrôle par voie d’action ou de contrôle par voie d’exception, s’imposent à tous,
et d’abord, aux organes constitués. Il suit de là l’obligation d’exécuter ou
d’appliquer les décisions rendues par le Conseil constitutionnel, lesquelles sont
insusceptibles de recours.
30
§2 : La technique juridique de la révision de la Constitution ivoirienne
La technique juridique de la révision de la Constitution renvoie à la procédure
à suivre pour aboutir à la révision de la Constitution. Cette procédure, qui fait
intervenir le pouvoir constituant dérivé, comporte, en Côte d’Ivoire, trois grandes
étapes. Ce sont l’initiative, la prise en considération de l’initiative, et enfin
l’adoption.
A- L’initiative
L’initiative peut se définir comme la volonté juridiquement exprimée de voir
la Constitution modifiée ou révisée. Aux termes de l’article 177, alinéa 1er, de la
Constitution du 08 novembre 2016, « l’initiative de la révision de la Constitution
appartient concurremment au président de la République et aux membres du
parlement ». C’est là une formule que l’on retrouve dans la plupart des
Constitutions, et que la Côte d’Ivoire a consacrée de façon continue depuis 1960.
Il convient, relativement aux dispositions qu’on vient de reproduire, de faire
une précision : l’adverbe "concurremment" ne doit pas être compris comme le
synonyme de l’adverbe "conjointement". Cela signifie que la Constitution n’exige
pas que l’initiative émane en même temps du président de la République et des
membres du parlement. L’idée de concurrence doit être entendue comme
signifiant que le président de la République agit tout seul et que les membres du
parlement agissent, eux aussi, tout seuls, sans le concours du président de la
République.
La question est maintenant de savoir si les membres du parlement peuvent
agir individuellement ou s’ils ne peuvent agir que collectivement. La réponse est
que chaque membre du parlement dispose du droit d’initiative en matière de
révision de la Constitution. Chaque parlementaire peut l’exercer individuellement
ou s’associer à d’autres pour ce faire.
L’on doit savoir qu’émanant du président de la République, l’initiative donne
lieu à un projet de loi constitutionnelle. En revanche, procédant des membres du
parlement, l’initiative produit une proposition de loi constitutionnelle.
Il est à souligner que l’initiative est réglementée : elle obéit à des limites ; il
y a, d’abord, les limites tenant au moment. En effet, aux termes de l’article 178,
alinéa 1er, de la Constitution, il est interdit d’engager ou de poursuivre la
procédure de révision de la Constitution « lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité
du territoire ».
Il s’ajoute aux limites que voilà celles tenant à l’objet de la révision. En
effet, par la technique de la révision de la Constitution, il n’est pas possible de
modifier certaines dispositions de la Constitution : aux termes de l’article 178,
alinéa 2, de la Constitution, « la forme républicaine du gouvernement et la laïcité
de l’Etat ne peuvent faire l’objet d’une révision ». Cette disposition de la
Constitution donne de savoir qu’il n’est pas possible de remplacer le principe
républicain, qui postule que le pouvoir appartient au peuple, par un autre principe
qui situerait la source du pouvoir en dehors du peuple. C’est dire qu’on ne peut,
au moyen du procédé de la révision de la Constitution, remplacer la République
par la monarchie ou tout autre forme de gouvernement.
31
Il n’est pas possible non plus de réviser la Constitution aux fins d’instituer ou
de consacrer une religion comme religion d’Etat. Ainsi, le principe de la laïcité de
l’Etat se trouve protégé à l’égard de toute velléité de changement par la voie de la
révision de la Constitution.
L’on doit noter que l’initiative étant prise, soit par le Président de la
République, soit par les membres du parlement, elle doit subir, aux termes de la
Constitution, une épreuve qui est celle de la prise en considération.
C- La décision
Cette question a appelé de la part du constituant de 2016 une réponse qui
traduit une constante en même temps qu’elle apporte un élément nouveau.
D’abord, l’élément constant, c’est-à-dire qui n’a pas changé depuis la
Constitution du 1er août 2000 : c’est le principe selon lequel la décision portant
révision de la Constitution appartient au peuple. S’appuyant sur le principe selon
lequel le peuple est le souverain, les rédacteurs de la Constitution de 2016, à la
manière de ceux de la Constitution de 2000, confient au peuple le dernier mot,
c’est-à-dire le pouvoir de prendre la décision portant révision de la Constitution.
Ce principe est posé de façon claire par l’article 177, alinéa 4, de la Constitution,
dans les termes que voici : « La révision de la Constitution n’est définitive
(acquise) qu’après avoir été approuvée par référendum à la majorité absolue des
suffrages exprimés ».
32
L’élément nouveau, maintenant : alors que sous la Constitution du 1 er août
2000 il ne pouvait être dérogé à ce principe en ce qui concerne certaines matières
(l’élection du président de la République, le mandat présidentiel, la vacance de la
présidence de la République, la procédure de révision de la Constitution), avec la
Constitution du 08 novembre 2016, la dérogation au principe du référendum n’a
plus de limites, en dehors des matières soustraites à la procédure de révision.
Ainsi, désormais, en vertu de l’article 177, alinéa 5, de la Constitution « le projet
ou la proposition de révision n’est pas présenté au référendum lorsque le président
de la République décide de le soumettre au parlement. Dans ce cas, le projet ou la
proposition de révision n’est adopté que s’il réunit la majorité des 2/3 des
membres du Congrès effectivement en fonction ».
L’on observe ainsi que la Constitution du 08 novembre 2016 consacre,
relativement à la révision de la Constitution, un recul par rapport à la Constitution
du 1er août 2000, dans la mesure où il n’y a plus de matières qui soient soustraites
33
CHAPITRE 2 : LE REGIME POLITIQUE DE LA COTE D’IVOIRE : UN REGIME
VOULU PRESIDENTIEL
34
SECTION 1ère : Les deux pouvoirs politiques
En vertu du principe de la séparation des pouvoirs, retenu par le constituant
ivoirien, le pouvoir politique a été confié à deux organes distincts : le président de
la République et le parlement.
35
trente-cinq ans, et l’âge limite disparaît. Ce qui, manifestement, constitue un
recul par rapport à la situation antérieure. Car, il est établi qu’à partir d’un
certain âge l’organisme faiblit, l’intelligence aussi. Cette circonstance eût
commandé que l’on ne puisse être candidat à l’élection présidentielle au-delà d’un
certain âge. Cette réflexion est d’autant plus vraie qu’en régime présidentiel le
président de la République détient tout le pouvoir exécutif. D’où la nécessité
d’exiger qu’il soit en bonne santé et qu’il jouisse de toutes ses facultés
intellectuelles. D’où, la nécessité, encore, de fixer un plafond au-delà duquel l’on
ne devrait plus être éligible.
La deuxième condition est celle tenant à la jouissance des droits civils et
politiques.
Enfin, la troisième condition, retenue par l’article 55 de la Constitution, c’est
la condition tenant à la nationalité. C’est ici que l’on ressent le plus les
assouplissements apportés par la Constitution du 08 novembre 2016. La condition
tenant à la nationalité est une condition très sensible. Elle avait été considérée
comme mal réglée par la Constitution du 1er août 2000. Désormais, le candidat à
l’élection présidentielle doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, « né de
père ou de mère ivoirien d’origine ».
36
L’élection présidentielle que voilà peut donner lieu à contestation. C’est la
question du contentieux électoral.
37
Constitution du 8 novembre 2016. Désormais, en vertu de l’article 57 nouveau de
la Constitution de 2016, tel que résultant de la révision constitutionnelle du 19
mars 2020, deux situations sont envisagées. Et à ces deux niveaux, le Conseil
constitutionnel intervient.
La première hypothèse est celle-ci : en vertu de l’alinéa 1er de l’article 57 de
la Constitution, « si avant le premier tour, l’un des candidats retenus par le Conseil
constitutionnel se trouve empêché ou décède, le Conseil constitutionnel peut
prononcer le report de l’élection dans les soixante-douze heures, à compter de sa
saisine par la Commission indépendante chargée des élections ». Comme on le voit,
le Conseil constitutionnel apprécie et décide. Il jouit d’un pouvoir discrétionnaire.
La deuxième hypothèse ou le deuxième cas de figure, envisagé par la
Constitution en son article 57, alinéa 2, se présente comme suit : « En cas de décès
ou d’empêchement de l’un des candidats arrivés en tête, à l’issue du premier tour,
le président de la Commission indépendante chargée des élections saisit
immédiatement le Conseil constitutionnel, qui décide, dans les soixante-douze
heures à compter de sa saisine, de la reprise de l’ensemble des opérations
électorales ». Ici, contrairement au premier cas de figure, le Conseil
constitutionnel est tenu de prendre la décision prévue par la Constitution. Il doit
décider la reprise du scrutin. Il est, alors, investi d’une compétence liée.
c) Le contrôle de l’éligibilité
Il est de la compétence du Conseil constitutionnel, aux termes de l’article
127, alinéa 1er, de la Constitution, et de l’article 56 du code électoral.
Relativement à ce contrôle, un certain nombre de questions se posent : d’abord,
quel en est l’objet ? Ce contrôle, qui intervient avant la tenue du scrutin, se
rapporte au point de savoir si le candidat, dont le dossier est parvenu au Conseil
constitutionnel, remplit les conditions prescrites par la Constitution et le code
électoral pour faire valablement acte de candidature.
Il y a, ensuite, la question de la procédure. Celle-ci est complexe : les
candidatures, transmises par les soins de la Commission électorale indépendante au
Conseil constitutionnel, celui-ci les publie sans délai, puis, il reçoit « dans les
soixante-douze heures suivant la publication des candidatures » les réclamations et
observations des candidats ou des formations politiques parrainant une
candidature.
Quels sont, en la matière, les pouvoirs du juge ? Le Conseil constitutionnel,
statuant sur les réclamations éventuelles ou en dehors même de toute
réclamation, peut être amené à déclarer le candidat éligible ou inéligible, selon
que les conditions relatives à l’éligibilité ont été satisfaites ou non. La décision
ainsi rendue, le Conseil constitutionnel arrête et publie la liste définitive des
candidats à l’élection présidentielle. Le Conseil constitutionnel agit ou doit agir en
appliquant les textes, notamment la Constitution. Ce qui suppose que le Conseil
constitutionnel soit indépendant comme l’affirme la Constitution. Or, il est arrivé
que le Conseil constitutionnel perde son indépendance. Il en a été ainsi lorsque le
Conseil constitutionnel a inventé le concept de l’"éligibilité dérivée" pour éviter
d’apprécier l’éligibilité du président sortant par rapport aux conditions posées par
la Constitution, ou adhéré à la thèse du pouvoir selon laquelle l’avènement d’une
38
nouvelle Constitution emporte remise des compteurs à zéro et rend légal un
troisième mandat.
d) Le contrôle de l’élection
Ici, également, le Conseil constitutionnel est, aux termes de l’article 127,
alinéa 3, de la Constitution, et de l’article 60 du code électoral, compétent pour
connaître des questions liées à la régularité et à la sincérité de l’élection du
président de la République. Ici, comme dans le contrôle de l’éligibilité, le Conseil
constitutionnel joue un rôle qui va au-delà de la connaissance du contentieux. En
effet, la Constitution énonce, certes, que le Conseil constitutionnel statue sur les
contestations relatives à l’élection du président de la République. Mais, la
Constitution confie également au Conseil constitutionnel le soin de proclamer les
résultats définitifs de l’élection présidentielle (article 127 in fine de la
Constitution). A cette fin, le code électoral prévoit que la Commission électorale
indépendante communique au Conseil constitutionnel un exemplaire des procès-
verbaux, accompagné des pièces justificatives, dans les trois jours qui suivent le
scrutin (article 59, alinéa 4, du code électoral). Il est ainsi évident que même en
dehors de tout contentieux, le Conseil constitutionnel ne peut proclamer les
résultats définitifs sans avoir contrôlé la régularité et la sincérité du scrutin.
Qui saisit le Conseil constitutionnel en cas de contentieux ? Aux termes de
l’article 60 du code électoral, le Conseil constitutionnel est saisi par tout candidat
à l’élection du président de la République, à l’exclusion des électeurs et des partis
et groupements politiques. Le saisissant doit agir par requête écrite, adressée au
président du Conseil constitutionnel, dans les cinq jours qui suivent la
proclamation des résultats provisoires par la Commission électorale indépendante.
Le requérant doit annexer à sa requête les pièces produites au soutien de ses
moyens. Et le Conseil constitutionnel, après examen de la requête, statue dans les
sept jours suivant la saisine.
Quels sont les pouvoirs du Conseil constitutionnel, en la matière ? Le
contentieux de l’élection peut donner lieu à la confirmation de l’élection lorsque
les irrégularités alléguées, prouvées, et ayant donné lieu à des annulations
partielles ou à des redressements, ne sont pas de nature à modifier les résultats
d’ensemble (décision n°E/0005/95 du 27 octobre 1995).
L’examen du contentieux peut, au contraire, conduire à l’annulation du
scrutin et à la reprise de l’élection présidentielle lorsque « le Conseil
constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité
du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble » (article 64 du code électoral).
Ce n’est pourtant pas ce qui s’est produit en 2010, à la suite du second tour de
l’élection présidentielle où le Conseil constitutionnel a, au mépris du code
électoral, proclamé un élu, après avoir annulé, pour irrégularités graves, le scrutin
dans les départements du centre et du nord (décision n° CI - 2010 - EP - 34/03 -
12/ CC/ SG du 3 décembre 2010 portant proclamation des résultats définitifs de
l’élection présidentielle du 28 novembre 2010).
Les conséquences d’une telle violation de la loi furent la guerre, puis la
rectification des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 par le
Conseil constitutionnel lui-même (décision n° CI-2011-EP-036/04/CC/SG du 4 mai
2011).
39
En final, la question se pose de savoir si le Conseil constitutionnel peut
proclamer élu un candidat autre que celui donné par la Commission électorale
indépendante comme ayant remporté le scrutin.
Le Conseil constitutionnel n’est pas tenu à l’obligation de confirmer
nécessairement les résultats tels que proclamés par la CEI. Le Conseil
constitutionnel n’est pas l’obligé de la CEI ; il n’est pas dans une relation de
subordination par rapport à la CEI. Il est lié par la vérité des urnes. C’est la raison
pour laquelle les textes font obligation à la CEI de transmettre au Conseil
constitutionnel un exemplaire des procès-verbaux. Il s’agit de permettre au Conseil
constitutionnel de réaliser un contrôle authentique, seule base de la proclamation
des résultats définitifs de l’élection présidentielle.
Il suit de ce qui précède que le Conseil constitutionnel, ayant une
compétence liée en la matière, doit proclamer les résultats tels que procédant de
la volonté des électeurs. Ainsi, le Conseil constitutionnel peut modifier les
résultats proclamés par la CEI. Il peut donc déclarer élu un candidat autre que
celui proclamé par la CEI, bien qu’une telle décision soit lourde de conséquences.
Le Conseil constitutionnel doit même le faire si les résultats du scrutin le
commandent.
Le candidat proclamé élu par le Conseil constitutionnel prête, alors, serment
devant celui-ci ; la prestation de serment inaugure le mandat du président élu qui
devient ainsi le nouveau président de la République ; la prestation de serment
ouvre la voie à l’exercice de son mandat par le nouveau président de la
République.
a) Le principe de la limitation
Le principe de la limitation du mandat présidentiel, consacré par la
Constitution, comporte deux volets. Le premier volet, c’est la limitation du mandat
présidentiel à cinq ans. Ce principe, relatif à la durée du mandat présidentiel se
retrouve dans la plupart des Constitutions des Etats africains de succession
française. Le constituant ivoirien aurait pu retenir quatre ans comme aux Etats-
Unis d’Amérique, ou sept ans comme c’était le cas en France. Le choix opéré par le
constituant ivoirien apparaît comme la solution médiane. Et ce choix bénéficie
d’une grande permanence en ce sens qu’en Côte d’Ivoire, toutes les Constitutions,
de 1960 à 2016, retiennent la durée de cinq ans au titre du mandat présidentiel. Au
terme de ce temps, le pouvoir politique, qui appartient au peuple, fait retour au
peuple. Et celui-ci, ou bien confirme le président sortant, ou bien confie le pouvoir
à un nouveau président de la République.
Le second volet de la limitation se rapporte au nombre de mandats
présidentiels. Le président de la République peut-il être indéfiniment rééligible
comme c’était le cas sous la Constitution du 03 novembre 1960 ? La Constitution du
08 novembre 2016, à la suite de celle du 1er août 2000, consacre le principe de la
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limitation du nombre de mandats présidentiels en disposant que le président de la
République n’est rééligible qu’une fois. En d’autres termes, le président de la
République élu, et qui, de ce fait, a exercé un premier mandat, ne peut en exercer
qu’un autre en plus. Ce qui veut dire qu’il est interdit d’exercer plus de deux
mandats présidentiels.
Cette disposition se retrouve dans nombre de Constitutions, notamment
africaines. Il s’agit là d’une solution par laquelle la Côte d’Ivoire a tiré les leçons
du passé. Cette solution s’inscrit dans un mouvement général participant du
nouveau constitutionnalisme africain. C’est un principe qui a pour effet d’assurer
la circulation du pouvoir et, par conséquent, de lutter contre les coups d’Etat. Il
permet d’éviter la confiscation du pouvoir, c’est-à-dire que le pouvoir, "reçu à
titre passager", se transforme en un "pouvoir viager", selon la belle formule du
doyen Wodié.
La Côte d’Ivoire ayant changé de Constitution, la question se posait de savoir
si le passage de la Constitution du 1er août 2000 à la Constitution du 08 novembre
2016 remettait les compteurs à zéro et rendait possible un troisième mandat au
profit du président Alassane Ouattara. En d’autres termes, la question est de savoir
si M. Alassane Ouattara, qui avait obtenu, sous la Constitution du 1er août 2000,
deux mandats dont l’un a été entièrement exercé sous la Constitution de 2000, et
l’autre, entamé sous la Constitution du 1er août 2000 et se poursuivant sous la
Constitution de 2016, pouvait briguer un troisième mandat comme il l’affirmait lui-
même.
Le principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux n’est
pas un principe nouveau, un principe nouvellement consacré, c’est-à-dire un
principe qui n’aurait pas été posé avant la Constitution de 2016. Le principe de la
limitation du nombre de mandats présidentiels est un principe relativement ancien
en ce qu’il avait déjà été consacré par la Constitution du 1 er août 2000. Le passage
de la Constitution de 2000 à celle de 2016 ne fait donc pas du principe de la
limitation du nombre de mandats présidentiels un principe nouveau qui déploierait
ses effets pour compter seulement de 2016.
Consacré par la Constitution du 1er août 2000 et reconduit par la Constitution
du 08 novembre 2016, ce principe n’a pas cessé d’exister pour, ensuite,
réapparaître. Il existe de façon continue depuis l’entrée en vigueur de la
Constitution du 1er août 2000. Existant de façon continue, ce principe s’applique
de façon continue depuis 2000. Ainsi, les deux mandats présidentiels, obtenus
respectivement en 2010 et 2015, c’est-à-dire pendant la période où le principe de
la limitation est en vigueur, sont affectés par le principe de la limitation. Il suit de
là que l’argument tiré du changement de Constitution ne saurait, en aucune
manière, justifier une quelconque table rase du passé ni servir de base à
l’affirmation selon laquelle les compteurs auraient été remis à zéro. C’est dire que
le président Alassane Ouattara ne pouvait valablement briguer un troisième
mandat présidentiel. On comprend, dès lors, qu’il ait annoncé qu’il ne serait pas
candidat à l’élection présidentielle prévue pour se tenir en octobre 2020, avant de
se raviser à la suite du décès du Premier ministre Gon Coulibaly, candidat du RHDP
à l’élection présidentielle.
Au total, il convient de retenir que les compteurs auraient pu être remis à
zéro si et seulement si la nouvelle Constitution avait supprimé ou modifié le
principe de la limitation des mandats présidentiels à deux. La Constitution ne
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l’ayant pas fait ou, plus exactement, ayant reconduit ledit principe, celui-ci
s’applique depuis sa consécration par la Constitution du 1 er août 2000. Il suit de là
que les compteurs n’ont pu être remis à zéro.
C’est l’occasion de rappeler que le changement de Constitution ou le passage
d’une Constitution à une autre n’emporte pas toujours effacement total ou table
rase du passé. Tout dépend de la volonté du constituant, car ce n’est pas parce
qu’on change de Constitution que tout change. Pour savoir si tout ce qui précède
disparaît ou si certaines règles subsistent, il faut se référer à la volonté du
constituant ; il faut donc lire la Constitution ; il faut, pour cela, la bonne foi et
l’éclairage nécessaire.
b) Les incompatibilités
Pour que le président de la République puisse se consacrer effectivement et
efficacement aux fonctions de sa charge, la Constitution, en son article 61, établit
des incompatibilités avec la fonction présidentielle. Cela signifie que certaines
fonctions ou activités ne peuvent être exercées par le président de la République
cumulativement avec sa charge de président de la République.
Le but visé est, non seulement d’éviter d’encombrer la charge présidentielle,
mais encore de soustraire le Président de la République à des contraintes
extérieures à sa fonction. Ainsi, le président de la République ne peut détenir un
mandat parlementaire ; il ne peut exercer aucun mandat public, ni aucune activité
professionnelle.
Le régime des incompatibilités emporte l’obligation pour le président de la
République de choisir, lorsqu’il se trouve dans un cas d’incompatibilité, c’est-à-
dire de fonction qu’il ne peut cumuler avec sa charge de président de la
République…
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haute trahison. Celle-ci n’est pas définie par la Constitution ivoirienne, au
contraire de celle du Bénin du 11 décembre 1990. Mais, l’on peut affirmer que la
haute trahison s’assimile à des manquements graves à sa charge, commis par le
président de la République.
De même la Haute Cour de justice est compétente pour connaître de la
responsabilité du vice-président de la République et des membres du
gouvernement pour les crimes et délits commis par eux dans l’exercice de leurs
fonctions (articles 156 à 162 de la Constitution).
Il suit de ce qui précède que la Haute Cour de justice n’est pas
matériellement compétente pour juger le président de la République en dehors des
cas de haute trahison. Elle n’est pas non plus compétente pour juger le vice-
président de la République et les membres du gouvernement en ce qui concerne les
crimes et délits commis par eux en dehors de l’exercice de leurs fonctions.
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en vertu de l’article 69 de la Constitution, le président de la République dispose,
sur le plan diplomatique, du droit de légation actif et passif. En vertu du droit de
légation actif, les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des
puissances étrangères sont accrédités par le président de la République. Quant au
droit de légation passif, il consiste en ceci que les ambassadeurs et les envoyés
extraordinaires des puissances étrangères sont accrédités auprès du président de la
République.
Enfin, en sa qualité de représentant de l’Etat, le président de la République
négocie et ratifie les traités et accords internationaux, actes de droit
international, procédant de la volonté de deux ou plusieurs sujets de droit
international.
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3- La formation du gouvernement
Le pouvoir exécutif appartient tout entier au président de la République. Le
gouvernement ne se détache pas, en tant que tel, du président de la République.
Ainsi, le gouvernement procède du président de la République qui nomme
discrétionnairement le Premier ministre et qui, sur proposition de celui-ci, nomme
les autres membres du gouvernement (article 70 de la Constitution). Les membres
du gouvernement ainsi nommés n’ont pas de pouvoirs propres, dans la mesure où
tout le pouvoir exécutif est aux mains du président de la République. C’est la
raison pour laquelle la Constitution prévoit la délégation de pouvoirs ou délégation
de compétences au profit du Premier ministre et des autres membres du
gouvernement de la part du président de la République. Celui-ci est totalement
libre en ce qui concerne la détermination des pouvoirs qu’il entend déléguer. Et les
pouvoirs délégués par ses soins sont, à tout moment, révocables.
Il doit être précisé qu’au contraire de la délégation de signature dans laquelle
les actes pris par le délégataire ont la même nature juridique que ceux émanant du
délégant, dans la délégation de pouvoirs ou de compétences, les actes pris par les
délégataires que sont le Premier ministre et les autres membres du gouvernement
ont la nature et le régime juridiques des actes émanant de leurs auteurs.
§2 : Le parlement
De l’institution parlementaire, l’on examinera successivement le statut et les
pouvoirs.
A- Le statut du parlement
Le statut du parlement évoque un certain nombre de questions qu’il nous faut
examiner successivement.
1- La composition du parlement
La composition du parlement a connu une évolution : par l’effet de la
Constitution du 03 novembre 1960, la Côte d’Ivoire s’est dotée d’un parlement
monocaméral, c’est-à-dire d’un parlement comprenant une Chambre : l’Assemblée
nationale. Puis, par l’effet de la révision constitutionnelle du 02 juillet 1998, le
constituant ivoirien a consacré le bicaméralisme en instituant un Sénat en plus de
l’Assemblée nationale. Mais, ce bicaméralisme n’a pu être effectif du fait du coup
d’Etat intervenu le 24 décembre 1999.
Avec la Constitution du 1er août 2000, la Côte d’Ivoire renoue avec le
monocaméralisme : le parlement comprend, à nouveau, une Chambre unique,
l’Assemblée nationale.
Enfin, la Constitution du 08 novembre 2016 rétablit le bicaméralisme. En
clair, la Constitution de la IIIe République crée deux Chambres parlementaires : une
Assemblée nationale et un Sénat. La Constitution définit le Sénat comme étant la
Chambre qui représente les collectivités territoriales décentralisées (régions et
communes) et les Ivoiriens établis hors de Côte d’Ivoire.
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La Constitution reste, toutefois, muette en ce qui concerne l’entité ou les
entités que représente l’Assemblée nationale. Mais, pour des raisons tenant à sa
source, l’on doit considérer que l’Assemblée nationale représente le peuple de
Côte d’Ivoire. Car, elle est composée de députés élus pour cinq ans au suffrage
universel direct. Le mode scrutin retenu est le scrutin majoritaire uninominal ou de
liste selon que la circonscription électorale comporte un ou plusieurs sièges. Le
scrutin est à un tour. Le code électoral prévoit que là où le nombre de sièges est
supérieur à deux, la liste de candidature doit comprendre au moins 30% de
candidatures féminines. Quant aux sénateurs, également investis d’un mandat de
cinq ans, ils sont élus, aux 2/3, au suffrage universel indirect, le 1/3 restant étant
nommé par le président de la République. L’élection des sénateurs a lieu au scrutin
de liste majoritaire à un tour, et le collège électoral est ainsi composé :
« - des conseillers de Districts élus ;
- des conseillers régionaux ;
- des conseillers municipaux ;
- des candidats à l’élection des sénateurs autres que les élus précédemment
cités. » (article 109 du code électoral).
Le code électoral prévoit également que s’agissant des circonscriptions
dotées de plus de deux sièges, les listes de candidature ne sont valides que si elles
comportent au moins 30% de candidatures féminines.
2- Le contentieux électoral
Les élections parlementaires peuvent donner lieu à contentieux. On distingue,
à cet égard, le contentieux de l’éligibilité, le contentieux de l’élection et le
contentieux de la déchéance. Ces trois volets du contentieux électoral
ressortissent à la compétence du Conseil constitutionnel.
a) Le contentieux de l’éligibilité
Comme l’indique sa dénomination, ce contentieux, prévu par la Constitution,
porte sur le point de savoir si tel candidat aux élections parlementaires
(législatives ou sénatoriales), dont l’éligibilité est contestée, remplit les conditions
prescrites par les textes en vigueur pour faire valablement acte de candidature.
Tout logiquement, ce contentieux intervient avant la tenue du scrutin.
Qui peut saisir le Conseil constitutionnel en cette matière ? Il faut interroger
le code électoral ; aux termes de l’article 98 du code électoral, l’éligibilité de tout
candidat aux élections législatives peut être contestée par tout électeur de la
circonscription électorale concernée. La requête doit intervenir dans le délai de
huit jours à compter de la date de publication de la liste provisoire des candidats
par la CEI.
Il en va de même de la contestation de l’éligibilité de tout candidat aux
élections sénatoriales. A cet égard, l’ordonnance du 08 avril 2020 portant révision
du code électoral prévoit, en remplacement de l’article 28 de l’ordonnance du 14
février 2018 relative à l’élection des sénateurs, abrogée, que « le droit de
contester une éligibilité à l’élection des sénateurs appartient à tout électeur ».
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Celui-ci doit agir « dans le délai de trois jours à compter de la date de publication
de la candidature par la Commission chargée des élections » (article 140 du code
électoral).
Il convient de retenir que le terme d’électeur employé par le code électoral à
propos des deux types d’élections n’a pas le même contenu : dans le cas des
élections législatives, le terme d’électeur désigne toute personne figurant sur la
liste électorale de la circonscription électorale. En revanche, s’agissant des
élections sénatoriales, les électeurs sont les élus locaux auxquels s’ajoutent les
« candidats à l’élection des sénateurs autres que les élus » locaux (article 109 du
code électoral).
Quelles décisions le Conseil constitutionnel, ainsi saisi, peut-il prendre ? Deux
types de décisions sont envisageables, une fois franchi le cap de la recevabilité de
la requête : ou bien le Conseil constitutionnel constate l’éligibilité du candidat
(décision n° CI-2011-EL-049/17-11/CC/SG du 17 novembre 2011), et ce candidat
participe valablement au scrutin ; ou bien le Conseil constitutionnel déclare le
candidat inéligible (décision n° CI-2011-EL-052/17-11/CC/SG du 17 novembre
2011), et dans ce cas, l’individu en question est exclu de la compétition.
b) Le contentieux de l’élection
Il est également prévu par la Constitution aussi bien s’agissant des élections
législatives que relativement à l’élection des sénateurs. Ce contentieux, qui tend à
voir annuler une élection pour irrégularités, relève du Conseil constitutionnel.
Qui peut saisir le Conseil constitutionnel ? Quand et comment ? Aux termes
des articles 101 et 142 du code électoral, seuls peuvent agir le ou les candidats de
la circonscription considérée, « tout parti ou groupement politique ayant présenté
une candidature ». L’action doit intervenir, en ce qui concerne les élections
législatives, « dans le délai de cinq jours, à compter de la date de proclamation
solennelle des résultats provisoires par la Commission chargée des élections ».
S’agissant, en revanche, de l’élection des sénateurs, la requête doit être
déposée, « dans le délai de trois jours à compter de la date de proclamation
solennelle des résultats provisoires faite par la Commission chargée des
élections ».
Quels sont, maintenant, les pouvoirs du Conseil constitutionnel ? Ici, le
Conseil constitutionnel a les pleins pouvoirs, et cela en vertu de l’article 39 de la
loi organique du 5 juin 2001 relative au Conseil constitutionnel : le Conseil peut
confirmer l’élection. Il en est ainsi dans les hypothèses suivantes : la première est
celle où les irrégularités alléguées ne sont pas prouvées (décision n° CI-2012-EL-
09/30-01/CC/SG du 30 janvier 2012).
La deuxième hypothèse est celle où les irrégularités, prouvées en tout ou
partie, ne sont pas de nature à affecter la régularité ou la sincérité du scrutin.
Dans ces conditions, la validité de l’élection s’en trouve préservée (décision n° CI-
2012-EL-067/30-01/ CC/SG du 30 janvier 2012).
Le Conseil constitutionnel peut, par ailleurs, réformer les résultats de
l’élection. Dans ce cas, l’élu ou ses concurrents peuvent voir leurs résultats
modifiés en plus ou en moins, et le Conseil constitutionnel peut, aux termes de
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l’article 39 de la loi organique, confirmer l’élection ou « proclamer le candidat qui
a été régulièrement élu » (décision n°CI-2012-EL-061/30-01/CC/SG du 30 janvier
2012).
Enfin, le Conseil constitutionnel peut annuler l’élection. C’est le cas lorsqu’il
est établi que des irrégularités graves ont affecté le scrutin (décision n°CI-2012-EL-
063/30-01/CC/SG du 30 janvier 2012).
La vacance, que provoque l’annulation, appelle, aux termes des articles 103
et 144 du code électoral, l’organisation d’élections partielles « dans les six mois
qui suivent la vacance dans la circonscription électorale concernée ». Et le code
électoral d’ajouter : « Ce délai peut être prorogé par décret en Conseil des
ministres, sur proposition de la Commission chargée des élections, pour une durée
n’excédant pas six mois ».
c) Le contentieux de la déchéance
Le contentieux de la déchéance tend à obtenir du Conseil constitutionnel le
prononcé de la déchéance de l’élu : député ou sénateur. Non prévu par la
Constitution du 1er août 2000, il n’était consacré que par le code électoral pour les
seuls députés, dans la mesure où le Sénat, produit de la Constitution du 08
novembre 2016, n’existait pas encore. Etablie, la Constitution du 08 novembre
2016 consacre, en son article 127, le contentieux de la déchéance tant à propos
des députés que des sénateurs. Mais, l’ordonnance de 2018 relative à l’élection
des sénateurs l’avait ignoré en n’organisant que le contentieux de l’éligibilité et le
contentieux de l’élection. La situation, que voilà, a été corrigée par l’ordonnance
du 08 avril 2020 portant révision du code électoral : ladite ordonnance donne effet
à la Constitution en organisant le contentieux de la déchéance en plus des deux
autres.
Pour quels motifs la déchéance de l’élu peut-elle être demandée ? Avant
l’ordonnance de 2020, le code électoral disposait que la déchéance pouvait être
demandée à propos de l’élu dont l’inéligibilité est établie en cours de mandat. La
question se posait, alors, de savoir si la déchéance pouvait intervenir aussi bien
pour les cas d’inéligibilité nés postérieurement à l’élection que pour les cas
antérieurs à l’élection, mais ayant échappé à toute contestation ou vigilance. Le
Conseil constitutionnel n’a pas eu l’occasion de trancher, les contestations dont il
a été saisi étant anormalement intervenues plutôt sur le terrain du contentieux de
l’élection (voir, par exemple, décision du 19 janvier 2012 : Karamoko Yayoro c/
Gourène Germain).
Depuis l’avènement de l’ordonnance du 08 avril 2020 portant révision du code
électoral, les choses sont plus claires : la déchéance ne peut être demandée et
obtenue que pour les cas d’inéligibilité survenus après l’élection (articles 102 et
143 du code électoral), à l’exclusion des cas antérieurs à l’élection.
Qui peut saisir le Conseil constitutionnel ? Contrairement à la situation
antérieure dans laquelle la saisine n’était ouverte qu’aux candidats de la
circonscription, sous l’empire de l’ordonnance du 08 novembre 2020, tout électeur
peut saisir le Conseil constitutionnel.
A quel moment la saisine du Conseil constitutionnel doit-elle intervenir ? L’un
des points traduisant la spécificité du contentieux de la déchéance tient au
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moment de son intervention : ce contentieux, au contraire des autres, n’est pas
enfermé dans un délai. Il peut intervenir à tout moment pendant la durée de la
législature.
3- L’organisation du parlement
Les Chambres, qui constituent le parlement, sont des institutions ayant une
organisation interne reposant, pour l’essentiel, sur le règlement dont chaque
Chambre est pourvue. Sur cette base, les Assemblées parlementaires comprennent
des groupes parlementaires qui se constituent par affinités politiques. Les
Assemblées parlementaires comportent également des Commissions qui sont
chargées d’étudier, chacune selon son champ de compétence, les textes soumis
aux différentes Chambres avant leur examen en séance plénière pour adoption. Le
travail de ces Commissions consiste donc à défricher le terrain. Il s’agit donc d’un
travail préparatoire.
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S’agissant de l’inviolabilité, il est à noter qu’elle tend à protéger le
parlementaire en sa qualité de représentant de la nation, en dehors même de ce
qui ressortit à l’exercice de ses fonctions de parlementaire, car celui-ci a besoin
de sérénité. Il ne doit pas être exposé à des poursuites inopportunes ou
intempestives, qui pourraient le distraire de sa tâche.
Cette protection couvre le parlementaire aussi bien pendant les sessions
qu’en dehors des sessions. Mais, ici, le parlementaire n’est pas couvert de façon
absolue. L’immunité dont il bénéficie au titre de l’inviolabilité peut être levée.
Lorsque la Chambre à laquelle appartient le parlementaire est en session, c’est
cette Chambre qui est compétente pour lever l’immunité, sur saisine du procureur
de la République. Lorsque ladite Chambre n’est pas en session, c’est plutôt le
bureau de celle-ci qui a qualité pour lever l’immunité.
D’autre part, il n’est pas nécessaire qu’il soit procédé à la levée de
l’immunité parlementaire dans certains cas. Il en va ainsi lorsque le parlementaire
a été pris en flagrant délit. La poursuite du parlementaire, dans ce cas, est
possible sans qu’il soit besoin qu’il ait été procédé à la levée de son immunité.
En outre, l’inviolabilité ne joue que lorsqu’il s’agit de crimes ou délits. La
poursuite du parlementaire est alors possible lorsque l’infraction commise est
plutôt une contravention.
Enfin, les immunités ne jouent qu’en matière pénale. Les poursuites restent
possibles en matière civile. Et même en matière pénale, l’immunité n’a pas besoin
d’être levée lorsqu’il s’agit de poursuites autorisées…
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A- Les problèmes liés au partage des compétences
A la manière de la Constitution française du 04 octobre 1958, la Constitution
ivoirienne a prévu deux domaines de réglementation, c’est-à-dire de production
des règles de droit : il y a, d’un côté, les matières que la Constitution confie à la
loi (article 101 de la Constitution). Et il y a les autres matières qui, aux termes de
la Constitution, ressortissent au pouvoir réglementaire, qui est un pouvoir confié
au président de la République, en sa qualité de détenteur exclusif du pouvoir
exécutif (article 103 de la Constitution). Ainsi, aux termes de la Constitution, le
parlement jouit d’une compétence d’attribution, et le pouvoir réglementaire
d’une compétence de droit commun.
La répartition des matières, ainsi établie, peut être respectée comme elle
peut être violée par le législateur empiétant ainsi sur le domaine réglementaire. La
violation peut intervenir à travers les propositions de loi et les amendements que
pourraient faire les membres du parlement. Dans cette hypothèse, la technique de
l’irrecevabilité doit jouer : le président de l’Assemblée nationale ou celui du Sénat
doit prononcer l’irrecevabilité. En cas de contestation, le Conseil constitutionnel
peut être saisi soit par le président de la République, soit par un 1/10 e au moins
des parlementaires. Le Conseil constitutionnel, ainsi saisi, tranche la question en
rendant une décision par laquelle il énonce que la matière relève du domaine de la
loi ou, au contraire, du domaine réglementaire.
A la technique de l’irrecevabilité que voilà s’ajoute un autre procédé qui est
la technique de la délégalisation. L’hypothèse est celle où des lois seraient
intervenues antérieurement à l’entrée en vigueur de la Constitution dans le
domaine qui, désormais, appartient au président de la République. Dans ce cas, le
président de la République, qui veut récupérer l’entièreté de son domaine, saisit
le Conseil constitutionnel qui rend, non pas une décision, mais un avis, sur le
fondement duquel le président de la République pourra agir…
B- La procédure législative
Elle se définit comme le mouvement qui part de l’initiative de la loi à
l’adoption de la loi. Elle est réglée par les articles 74, 109 et 110 de la
Constitution. Elle commence par l’initiative : aux termes de l’article 74 de la
Constitution, l’initiative fait l’objet d’une concurrence de compétences. Elle
relève à la fois du président de la République et des membres du parlement.
L’article 74, alinéa 1er, de la Constitution, dispose à cet égard : « Le président de
la République a l’initiative des lois concurremment avec les membres du
parlement ».
Il est à préciser que lorsque l’initiative de la loi émane du président de la
République, elle donne lieu à un projet de loi. En revanche, lorsque l’initiative est
le fait d’un membre ou de membres du parlement, on parle plutôt de proposition
de loi.
L’initiative ainsi prise, quelle est la suite de la procédure ? Les articles 109
nouveau et 110 de la Constitution répondent à cette interrogation en décrivant la
suite de la procédure : tout d’abord, aux termes de l’article 109, alinéa 1 er, de la
Constitution, « les projets et propositions de loi sont déposés sur le bureau de l’une
des deux Chambres ». Ce qui veut dire que le texte peut être déposé sur le bureau
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de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Tel est le principe, telle est la règle à
laquelle il est dérogé par l’effet de l’article 110, alinéas 2 et 3, qui dispose :
« Le projet de loi de finances est soumis en premier à l’Assemblée nationale.
» Les projets ou propositions de loi relatifs aux collectivités territoriales sont
soumis en premier au Sénat ».
Le texte, ainsi déposé, est transmis par les soins de la Conférence des
présidents à la Commission compétente en vertu de l’objet du texte. Lorsque la
Commission a examiné le texte, l’Assemblée plénière est saisie aux fins de son
adoption. Le texte peut être adopté ou rejeté. Le texte, adopté par l’une des
Chambres du parlement, est transmis à l’autre Chambre en vue de l’adoption d’un
texte unique. Mais, il est possible qu’il y ait désaccord entre les deux Chambres et
que le texte ne soit pas adopté en termes identiques. Dans ce cas, lorsque le
projet ou la proposition de loi n’a pas pu être adopté après deux lectures par
chaque Chambre, ou, en cas d’urgence décrétée par le président de la République
après une seule lecture par chaque Chambre, « le président de la République peut
provoquer la réunion d’une Commission mixte paritaire chargée de proposer un
texte sur les dispositions restant en discussion ».
Le texte, ainsi élaboré par la Commission mixte paritaire, peut être soumis
par le président de la République aux deux Chambres pour approbation. La
Constitution précise que dans ce cas, aucun amendement n’est recevable ni de la
part des députés ni de la part des sénateurs, sauf accord du président de la
République.
Dans l’hypothèse où la Commission mixte paritaire ne parvient pas à adopter
un texte commun, de même que dans l’hypothèse où les deux Chambres ne
parviennent pas à adopter un texte commun, alors, la solution au blocage est que
le dernier mot revient à l’Assemblée nationale : conformément à la Constitution, le
président de la République demande à l’Assemblée nationale de statuer
définitivement sur le texte. Aux termes de la Constitution, « l’Assemblée nationale
peut reprendre soit le texte élaboré par la Commission mixte paritaire, soit le
dernier texte voté par elle, modifié, le cas échéant, par un ou plusieurs des
amendements adoptés par le Sénat ».
52
incombe au président de la République, n’a pas eu lieu dans les délais prévus par la
Constitution.
Il est à noter que dans ce laps de temps prévu pour la promulgation de la loi,
le président de la République peut demander et obtenir du parlement une seconde
délibération de la loi, et dans ce cas, le vote de la loi « est acquis à la majorité
absolue des membres en fonction du parlement, réuni en Congrès » (article 74.6
nouveau de la Constitution).
Il suit de ce qui précède que le président de la République ne peut que
différer la promulgation de la loi, au moyen de la demande de la deuxième lecture.
Il ne peut s’y soustraire.
Une fois réglée la question de la promulgation de la loi et assurée la
publication de celle-ci au journal officiel, le président de la République doit, en
vertu de l’article 65 de la Constitution, prendre les mesures appropriées pour
assurer l’exécution complète de la loi. A ce titre, « il prend les règlements
applicables à l’ensemble du territoire de la République ». Ces règlements sont
appelés des règlements dérivés parce que pris en application des lois. Ils dérivent
des lois. Ils s’opposent à un autre type de règlements qu’on appelle les règlements
autonomes. Ce sont les règlements intervenant dans le domaine propre du
président de la République. Ces règlements n’ont pas pour objet d’assurer
l’exécution des lois, au contraire des règlements dérivés. Les règlements
autonomes dépendent directement de la Constitution, alors que les règlements
dérivés dépendent, quant à eux, de la loi de laquelle ils tiennent leur existence et
leur validité.
D- Les ordonnances
Elles sont prévues par l’article 106 de la Constitution. Ici, le président de la
République intervient dans le domaine de la loi pour y prendre des actes appelés
ordonnances. Cela intervient à la demande du président de la République et sur
habilitation du parlement. Le président en fait la demande pour l’exécution de son
programme. L’habilitation ou autorisation, accordée par le parlement, l’est pour
un certain temps, et les ordonnances sont prises en Conseil des ministres.
Bien qu’elles interviennent dans le domaine de la loi, les ordonnances ne sont
pas des lois. Elles n’ont pas valeur de loi. Ce sont, plutôt, des actes administratifs.
A l’expiration du délai imparti au président de la République pour prendre les
ordonnances, le président de la République ne peut plus prendre d’ordonnance.
Celles qu’il a prises doivent être déposées sur le bureau du parlement pour être
éventuellement ratifiées. Ratifiées, les ordonnances cessent d’être des actes
administratifs pour devenir des lois, car elles bénéficient, désormais, de l’onction
du parlement.
La pratique suivie donne de constater des abus tenant à l’usage que le
président fait de ce procédé : de très nombreuses ordonnances sont prises, chaque
année, dans diverses matières législatives (aussi bien dans les matières de la loi
ordinaire que dans celles de la loi organique), par le président de la République,
anormalement, sur le fondement de la loi de finances, laquelle ne peut, au mieux,
autoriser que des mesures dans le domaine financier. Il s’ensuit que le président
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de la République se substitue, indûment, au parlement, en intervenant, sans
autorisation, dans le domaine de celui-ci, violant par là le principe de séparation.
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2- Les effets de la mise en œuvre de l’article 73 de la Constitution
Le recours à l’article 73 de la Constitution provoque les effets que
voici.
c) La fin de la crise
Aux termes de la Constitution, une fois la crise jugulée, le président de la
République doit adresser un message à la nation pour marquer la fin de la crise ; et
la crise ayant cessé d’exister, le président de la République ne pourra plus prendre
de mesures au titre de l’article 73 de la Constitution.
55
C’est aussi le cas de la convocation du parlement en session extraordinaire
par le président de chaque Chambre agissant à la demande du président de la
République.
Il en va également ainsi de l’accès aux Commissions, ouvert aux membres du
gouvernement.
Enfin, il y a lieu de mentionner le contrôle qu’exerce le parlement sur le
pouvoir exécutif à travers les questions orales et les questions écrites, auxquelles il
convient d’ajouter la Commission d’enquête et la mission d’évaluation.
Le contrôle qu’exerce le parlement sur le pouvoir exécutif ne peut donner
lieu qu’à des recommandations et nullement à la mise en jeu de la responsabilité
gouvernementale, pour des raisons tenant au caractère présidentiel du régime
politique (article 117 de la Constitution).
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PLAN DE COURS
INTRODUCTION ......................................................................................... 1
I- Du statut de colonie au statut d’Etat membre de la Communauté ................... 1
II- De la Communauté à l’indépendance ..................................................... 2
CHAPITRE 1ER : LES BASES JURIDIQUES DE L’ETAT IVOIRIEN ................................. 5
SECTION 1 : L’évolution constitutionnelle de la Côte d’Ivoire ............................. 5
§1 : La Constitution du 03 novembre 1960 .................................................. 5
A- La procédure d’élaboration ............................................................ 5
B- L’adoption ................................................................................. 6
C- L’appréciation de la procédure constituante ....................................... 6
§2 : L’Acte constitutionnel du 27 décembre 1999 .......................................... 7
§3 : La Constitution du 1er août 2000 ......................................................... 8
A- L’élaboration de la Constitution du 1er août 2000 ................................. 8
1- L’organe chargé de rédiger le texte : la Sous-commission Constitution .... 8
2- La rédaction du texte ................................................................. 9
3- L’accueil du texte par les autorités de la transition ........................... 10
B- L’adoption de la Constitution du 1er août 2000 ................................... 11
C- Le rejet de la Constitution par une partie du corps social ...................... 11
SECTION 2 : L’établissement de la Constitution du 08 novembre 2016 .................. 12
§1er : Les origines de la Constitution du 08 novembre 2016 .............................. 12
A- Une idée du président de la République ............................................ 12
B- Les interrogations ou questionnements soulevés par le projet ................ 13
1- Les objectifs poursuivis .............................................................. 14
2- Le moment ............................................................................. 14
§2 : L’élaboration de la nouvelle Constitution ............................................. 15
§3 : L’adoption du texte de la nouvelle Constitution ..................................... 16
§4 : Appréciation de la procédure suivie.................................................... 16
A- Le caractère non démocratique de la procédure constituante ................. 17
B- Les répercussions sur la qualité du texte ........................................... 18
SECTION 3 : L’autorité de la Constitution .................................................... 19
§1er : La Constitution, loi fondamentale et suprême ...................................... 19
§2 : La sanction de la suprématie de la Constitution : le contrôle de
constitutionnalité .............................................................................. 19
A- L’organe chargé du contrôle : le Conseil constitutionnel ....................... 19
B- La question des actes soumis au contrôle du Conseil constitutionnel ........ 21
1- Les actes exclus du contrôle ........................................................ 21
2- Les actes soumis au contrôle de constitutionnalité ............................ 22
C- Les modalités du contrôle ............................................................. 23
1- Le contrôle obligatoire, un contrôle par voie d’action ........................ 23
a) Les lois constitutionnelles adoptées par la voie parlementaire ........... 23
b) Les traités ou accords internationaux .......................................... 24
c) Les lois organiques ................................................................. 26
d) Les règlements des Assemblées parlementaires et leurs modifications . 26
2) Le contrôle facultatif ................................................................. 27
a) Le contrôle par voie d’action .................................................... 27
b) Le contrôle par voie d’exception ................................................ 28
SECTION 4 : La révision de la Constitution ................................................... 30
§1er : Les questions théoriques ............................................................... 30
§2 : La technique juridique de la révision de la Constitution ivoirienne ............... 31
A- L’initiative ................................................................................ 31
B- La prise en considération de l’initiative ............................................ 32
C- La décision ................................................................................ 32
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CHAPITRE 2 : LE REGIME POLITIQUE DE LA COTE D’IVOIRE : UN REGIME VOULU
PRESIDENTIEL ....................................................................................... 34
SECTION 1ère : Les deux pouvoirs politiques .................................................. 35
§1er : Le président de la République ......................................................... 35
A- Le statut du président de la République ............................................ 35
1- La désignation du président de la République .................................. 35
a) Les conditions exigées ............................................................. 35
b) L’élection au suffrage universel direct ......................................... 36
2- Le contentieux électoral ou le contrôle de l’élection présidentielle ....... 37
a) Le contrôle des parrainages ...................................................... 37
b) Les incidents affectant le processus électoral ................................ 37
c) Le contrôle de l’éligibilité ........................................................ 38
d) Le contrôle de l’élection .......................................................... 39
3- Le mandat du président de la République ....................................... 40
a) Le principe de la limitation ....................................................... 40
b) Les incompatibilités ................................................................ 42
c) La question de la responsabilité du président de la République .......... 42
B- Les pouvoirs du président de la République ....................................... 43
1- Les pouvoirs du président de la République en tant
que représentant de l’Etat ............................................................. 43
2- Le président de la République, garant de l’Etat
dans son identité et sa continuité ..................................................... 44
3- La formation du gouvernement .................................................... 45
§2 : Le parlement .............................................................................. 45
A- Le statut du parlement ................................................................. 45
1- La composition du parlement ....................................................... 45
2- Le contentieux électoral ............................................................ 46
a) Le contentieux de l’éligibilité .................................................... 46
b) Le contentieux de l’élection ..................................................... 47
c) Le contentieux de la déchéance ................................................. 48
3- L’organisation du parlement ........................................................ 49
4- Les immunités et incompatibilités ................................................. 49
B- Les attributions du parlement ........................................................ 50
SECTION 2 : Les rapports entre les deux pouvoirs politiques .............................. 50
§1er : Les rapports intéressant la production de normes juridiques ..................... 50
A- Les problèmes liés au partage des compétences .................................. 51
B- La procédure législative ................................................................ 51
C- L’exécution des lois ..................................................................... 52
D- Les ordonnances ......................................................................... 53
E- Les pouvoirs de crise du président de la République ............................. 54
1- Les conditions d’application de l’article 73 ..................................... 54
a) Les conditions de fond ............................................................. 54
b) Les conditions de forme ........................................................... 54
2- Les effets de la mise en œuvre de l’article 73 de la Constitution ........... 55
a) Le président de la République prend les
mesures exigées par les circonstances ............................................ 55
b) Le parlement se réunit de plein droit .......................................... 55
c) La fin de la crise .................................................................... 55
§2 : Les autres rapports ....................................................................... 55
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The establishment and adoption of the 1960 Constitution involved the use of a revision procedure meant for amending an existing constitution rather than creating a new one. Typically, a new constitution requires originary constituent power, which involves broader representation or national referendums, rather than being limited to an assembly acting under derived or revisory powers . The 1960 procedure bypassed a referendum since the Legislative Assembly, converted into a Constituent Assembly, adopted the text unanimously .
The 1960 Constitution was promulgated without a referendum after being adopted in entirety by the Assembly, bypassing broader public approval mechanisms . This procedure indicates a top-down approach to governance, which could impact democratic principles by concentrating power and decision-making within elite-political structures rather than involving widespread public validation .
Post-2000, the constitutional review became vital in ensuring the constitutionality of laws and acts, with the Conseil Constitutionnel scrutinizing laws before and after enactment for compliance with the constitutional framework . The establishment of a defined review process aimed to reinforce legal and democratic norms amid political transitions .
The Conseil Constitutionnel serves as a guardian of constitutional compliance, ensuring that laws and significant government acts conform to the constitution's provisions . However, its role is limited since many acts, including some international treaties and internal political decisions, may not always fall under its scrutiny. Despite its function as a constitutional watchdog, its influence depends on its independence from political pressures .
'Éligibilité dérivée' allowed the Conseil Constitutionnel to sidestep direct constitutional eligibility requirements by interpreting eligibility in a favorable light for incumbent leaders, ostensibly resetting legal terms with the introduction of a new constitution. This approach challenged the strict applicability of constitutional law and raised concerns about judicial independence and political neutrality .
The 1960 constitution assigned separate powers to the executive and legislative branches, creating an illusion of balance . However, the president's leadership over a unified party allowed him to control the legislative agenda, diminishing the Assembly's actual powers and fostering a presentialist reality, where executive dominance superseded traditional legislative control .
Initially, the Conseil Constitutionnel was not a permanent fixture until the constitution of the Second Republic in 2000, which reinstated it as a permanent, independent, and impartial judicial authority . The 2016 Constitution solidified its role by clearly defining it as a constitutional court with the power to ensure constitutional supremacy and control the constitutionality of laws .
The party system in Côte d'Ivoire post-independence significantly affected the separation of powers, turning the apparent equilibrium between executive and legislative entities into a presentialist system. The president's control over the single party, the PDCI-RDA, allowed him to dominate the Assembly and centralize political authority, undermining the separation of powers and parliamentary independence .
Following its independence in 1960, Côte d'Ivoire's political system was characterized by a presidential regime where the president was the exclusive holder of executive power and the Assembly had legislative and budgetary authorities . However, despite the procedural appearance of balance between executive and legislative branches, in practice, the system evolved into a presentialist regime due to the control exerted by the president over the Assembly through the unified party system .
The theoretical issues arise from using a constitutional revision procedure to create an entirely new constitution, a process typically requiring constitutive power rather than revisory authority. This method encounters logical inconsistencies, as revision should only modify, not replace, an existing constitution. The lack of direct popular involvement or referendum further complicates the democratic legitimacy of such a constitution .