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1

2 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēhh)


dans la mention des 70 ans de
Zacharie 1 : 12

Un regard sur la nouvelle édition 2018 de la


Traduction du monde nouveau

Par
Alexandre Salomon
© Abidjan, octobre 2018
Alexandre Salomon 3

Un remerciement au spécialiste israélien


David André Belhassen pour son orientation.
4 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

SOMMAIRE

Introduction ................................................................ 5

1. Enjeu de cette étude ................................................. 7

2. Zacharie 1 : 12 : 70 ans révolus ou en cours ? ........ 12

a- avis et contre-avis ........................................ 12


b- analyse syntaxique et morphologique ........... 16
c- analyse contextuelle .................................... 26

3. Le cadre temporel des 70 ans de Zacharie 1 : 12 .... 33

4. La question des jeûnes............................................ 42


a- le jeûne du 4e mois ...................................... 45
b- le jeûne du 5e mois ...................................... 48
c- le jeûne du 7e mois ...................................... 50
d- le jeûne du 10e mois .................................... 51
Conclusion ................................................................ 52
Bibliographie ............................................................. 54
Alexandre Salomon 5

Introduction

Les Saintes Écritures : Traduction du monde


nouveau, une version biblique éditée et publiée par
l’Association des Témoins de Jéhovah a fait peau neuve.
Désormais baptisée La Bible. Traduction du Monde
Nouveau, cette nouvelle édition française qui est
essentiellement une traduction de la version anglaise
révisée de 2013 avec son corolaire de changements de
style et de vocabulaire, se veut différente des éditions
antérieures.[1] Didier Fontaine, chercheur en sciences
bibliques, en a fait une recension sur son blog.[2]
L’intérêt que je porte à cette énième édition (que je
désignerai dans la suite par le sigle TMN 2018) et qui
motive la rédaction du présent dossier fait suite à
certaines questions que j’ai reçues par e-mail concernant
la date 607 avant notre ère défendue par les Témoins de
Jéhovah comme marquant la chute de Jérusalem devant
les Babyloniens, une date qui ne résiste pas à une analyse
des données historiques, archéologiques, astronomiques
et bibliques comme explicité dans mon dossier Quand
l’ancienne Jérusalem a-t-elle été détruite ? Réponse aux
Témoins de Jéhovah (2012).
Jacques Luc, qui fut Témoin de Jéhovah pendant
une quarantaine d’années, aujourd’hui décédé, est celui
qui avait aimablement accepté de publier ce dossier pour

[1]
Il est possible de télécharger la nouvelle édition de 2018 sur le site officiel de
l’Association : [Link]

[2]
Voir Didier Fontaine, “TMN révisée (2018)” et “TMN révisée (2018) bis” :
[Link]
6 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

la première fois sur l’un de ses sites Internet.[3] Pour


rappel, j’y avais consacré des addenda (pp. 336-357)
dont une section portait sur l’analyse des témoignages
des prophètes Aggée (Haggaï) et Zacharie (Zékaria) qui,
à l’instar d’autres données examinés dans le dossier,
mettent en péril la date 607 proposée par les Témoins
de Jéhovah et battent en brèche l’idée que les Juifs aient
été en exil à Babylone pendant 70 ans.[4] Suite à des
échanges et questions de la part de certains lecteurs, j’ai
jugé utile d’écrire un dossier spécial et exclusif sur le
témoignage du prophète Zacharie.
L’axe autour duquel nous allons concentrer notre
présente étude est l’expression hébraïque ‫זֶ ה ִשׁ ְבעים ָשׁנָ ֽה‬
(zēh šiḇ‘īm šānāh) qui apparaît en Zacharie 1 : 12.
L’énigme qu’il faudra résoudre dans ce passage est la
suivante : les 70 ans dont il est fait mention dans ce
passage correspondent-ils aux 70 ans prophétisés par
Jérémie (25 : 11 ; 29 : 10) — dont se font écho 2
Chroniques 36 : 21 et Daniel 9 : 2 — ou concernent-ils
une autre période ?

[3]
Il s’agit du site [Link] qui n’est plus fonctionnel après le décès de
Jacques Luc. Ayant été archivé, on peut cependant y accéder via le lien
suivant : [Link] mon
dossier est disponible dans la catégorie “Autres Documents.” Il peut aussi être
téléchargé sur mon blog : [Link]
[4]
Voir l’Appendice E : “Les témoignages d’Haggaï et Zékaria”, in Quand
l’ancienne Jérusalem a-t-elle été détruite ? Réponse aux Témoins de Jéhovah,
2012, pp. 316-338. Il faut signaler que les Témoins de Jéhovah ne sont pas les
seuls à postuler 70 ans d’exil à Babylone. Certains commentateurs bibliques
ont le même avis (cf. Larry Richards & Lawrence O. Richards, Bible Reader’s
Companion, 1991, p. 463 ; Ed Hindson & Gary Yates, The Essence of the Old
Testament. A Survey, 2012, p. 203 etc.) quand d’autres suggèrent que les 70
ans sont un chiffre rond (cf. R. A. Anderson, Signs and Wonders, 1984, p. 11 ;
Eugene H. Merrill, Haggai, Zechariah, Malachi: An Exegetical Commentary,
2003, p. 96 ; etc.)
Alexandre Salomon 7

1. Enjeu de cette étude

Connus mondialement pour leur prosélytisme de


porte-à-porte ou dans les rues et leur refus ostentatoire
de transfusions sanguines,[5] les Témoins de Jéhovah se
font aussi remarquer par leur insistance à outrance sur
l’année 1914 qu’ils perçoivent comme “une date
cruciale de l’histoire humaine.”[6] Cette date qui devait
marquer la venue physique de Jésus et l’effondrement
total de tous les royaumes terrestres, sera réinterprétée à
la suite de forfaitures prophétiques pour désigner non
seulement le retour invisible ou présence de Jésus
(désigné sous le nom technique grec de parousia), mais
aussi la naissance du Royaume de Dieu dans les cieux
dirigé par le Messie et le commencement des derniers
jours ou temps de la fin.[7]
1914 est une pièce maîtresse dans les calculs
prophétiques des Témoins de Jéhovah et constitue
l’ossature de tous leur vision eschatologique. Toutefois,
pour aboutir à cette date, ils élaborent des calculs
empruntés aux Adventistes[8] et qui ont pour point de
départ l’année 607 avant notre ère qu’ils considèrent
[5]
Sur la question des transfusions sanguines, le lecteur pourra consulter les
pages 26 à 47 du dossier Pourquoi changent-ils de croyances ? (octobre 2017)
disponible sur mon blog : [Link]

[6]
L’humanité à la recherche de Dieu, éd. 2006, chapitre 15, p. 353.
[7]
Je renvoie le lecteur au dossier Un trucage de l’Histoire. Retour sur un aspect
du passé des Témoins de Jéhovah (août 2017), également disponible sur mon
blog : [Link]
[8]
“Le constat est là : la proclamation prophétique relative à l’advent spirituel
de Christ par les Étudiants de la Bible n’était pas le fruit d’une ‘étude
approfondie et impartiale de la Bible.’ Loin s’en faut ! Il s’agissait plutôt d’un
héritage traditionnel transmis par les Adventistes à Russell. Les Témoins de
Jéhovah, nés sous la gouverne de Rutherford, se berceront eux aussi dans les
hallucinations prophétiques de la fin du système de choses.” — Un trucage de
l’Histoire, p. 69.
8 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

comme celle de la démolition de Jérusalem et de son


temple par l’armée babylonienne conduite par le roi
Nabuchodonosor.
Or, pour aboutir à 607, les Témoins sont obligés de
s’appuyer sur une autre date fixée grâce aux sources
profanes : l’année 539 avant notre ère, qui marque la
chute de l’Empire babylonien face aux Médo-Perses. À
ce sujet, on peut lire dans un numéro de La Tour de
Garde, leur organe officiel :
Les témoins [de Jéhovah] accordent la plus grande
importance aux renseignements d’ordre chronologique
fournis par la Bible elle-même. D’autre part, ils relient
ces données chronologiques à la chute de Babylone
survenue en 539 av. n. è., date absolue acceptée par les
autorités profanes.[9]

À partir de cette date, ils situent le retour des exilés


juifs en 537 avant notre ère, soit environ deux années
après la chute de Babylone. Remontant alors 70 années
en arrière en considérant que Jérémie avait prophétisé
“70 ans à Babylone”[10] au lieu de “70 ans pour [ou : de]
Babylone” (cf. Jér. 25 : 11; 29 : 10), ils arrivent à l’an
607. Ci-après un commentaire des Témoins de Jéhovah:
Nous reconnaissons comme date absolue l’année 539
avant notre ère, que nous proposent les historiens
profanes, comme marquant la chute de Babylone,
Troisième Puissance mondiale. Mais aussitôt après la
chute de Babylone en cette même année, la Bible fait
commencer le règne de Darius le Mède à Babylone

[9]
La Tour de Garde, 1er mai 1975, p. 287. Sauf indication contraire, ici et
ailleurs, c’est moi qui souligne.
[10]
Contre toute évidence historique, la TMN 2018 a conservé le sens locatif de
la préposition ְ‫( ל‬le) comme dans ses éditions précédentes (“à Babylone”). Voir
“Soixante-dix ans pour qui ?”, in Quand l’ancienne Jérusalem a-t-elle été
détruite ?, pp. 21-35.
Alexandre Salomon 9

(Daniel 5:30, 31). Le prophète Daniel, qui se trouvait


dans cette ville, parle de la “première année de Darius,
fils d’Assuérus, de la race des Mèdes, lequel était
devenu roi du royaume des Chaldéens”. (Daniel 9:1 ;
11:1 ; 6:1, 6, 9, 25, 28.) En harmonie avec la Bible, il
nous faut accorder au règne de Darius le Mède une
année au moins, et peut-être même une fraction de
l’année suivante. Par conséquent, la première année du
roi Cyrus le Perse ne pouvait pas commencer avant la
fin de l’année 538 au plus tôt, pour continuer jusqu’en
l’année suivante, 537. (…) Il est très important
d’établir cette date, car c’est grâce à elle qu’il nous est
possible de fixer celle qui marqua le commencement de
la période de désolation du pays de Juda et le point de
départ des “temps des Gentils” ou “temps fixés des
nations”. (Luc 21:24, AC ; MN.) (…) Une fois
déterminés l’année et le mois où la désolation a pris
fin, un simple calcul nous permet de situer le
commencement de la désolation du pays de Juda. Il
suffit de compter soixante-dix ans en arrière, puisqu’il
était prédit que la désolation durerait soixante-dix ans,
et qu’elle a effectivement duré le nombre d’années en
question. En remontant de soixante-dix années en
arrière, à partir du septième mois (tisri) de l’an 537
avant notre ère, nous arrivons au mois de tisri de
l’an 607.[11]

Si ces explications peuvent paraître assez complexes


dans l’esprit des lecteurs non-initiés aux questions
chronologiques, elles le sont d’autant plus pour les
néophytes de l’Association. Mais il n’est point nécessaire
d’être un expert en mathématiques pour se rendre
compte du double langage colporté par les Témoins de
Jéhovah :

[11]
“Babylone la Grande est tombée !” Le Royaume de Dieu a commencé son
règne !, 1971, pp. 351, 357-358. Le mois de tisri (ou tishri) correspond au 7e
mois du calendrier hébreu, à cheval entre septembre et octobre.
10 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

• ils disent reconnaître comme “date absolue”[12]


l’année 539 pour la destruction de Jérusalem,
une date proposée par “les historiens profanes.”
Or, ces mêmes historiens profanes déclarent que
Jérusalem a été détruite en 587 comme en
témoigne cet extrait de La Tour de Garde du 1er
octobre 2011 : “Les historiens profanes
affirment généralement que Jérusalem a été
détruite en 587 avant notre ère.”[13] En fait, les
données (témoignages historiques, tablettes
cunéiformes, calculs astronomiques) qui
permettent aux historiens d’aboutir à 539 sont
les mêmes qui fixent la destruction de Jérusalem
en 587[14];

• à propos du règne de Darius le Mède à


Babylone, le même livre de Daniel précise qu’il
“reçut le royaume” et qu’il “avait été fait roi sur
le royaume des Chaldéens” (cf. Daniel 5 : 31 ;
9 : 1, TMN 2018). Ces formulations au passif
indiquent que Darius était “subordonné à un
souverain plus puissant”, en l’occurrence
Cyrus.[15] D’ailleurs, les Témoins de Jéhovah
eux-mêmes admettent que Darius fut fait roi
“en qualité de délégué du roi Cyrus le Perse”[16] ;
[12]
Pour une définition de la notion de “date absolue”, voir Quand l’ancienne
Jérusalem a-t-elle été détruite ?, op. cit., pp. 269-271.
[13]
La Tour de Garde, 1er octobre 2011, p. 31 (encadré).
[14]
Voir, pour plus de détails, l’Appendice E : “539 avant notre ère : Une date
pivot de l’Histoire ?”, in Quand l’ancienne Jérusalem a-t-elle été détruite ?, pp.
268-290.
[15]
Étude perspicace des Écritures, 1997, vol. I, p. 594. Voir aussi Steven
Ortlepp, Daniel: Many Visions, One Prophecy (2015), p. 241.
[16]
Étude perspicace, vol. II, p. 244.
Alexandre Salomon 11

que “pendant une brève période, Cyrus le Perse


et lui régnèrent conjointement sur l’Empire
médo-perse”[17] et qu’“après que les Mèdes et les
Perses eurent pris Babylone, Darius le Mède
occupa la place de ‘deuxième chef’ de
Babylone.”[18] Ceci témoigne du fait que la
première année du règne de Cyrus et au cours
de laquelle les exils juifs retournèrent à
Jérusalem, tombe non pas en 537 mais en
538.[19]

Fort de tels constats, il apparaît que la


méthodologie jéhoviste est délibérément typique d’une
exégèse qui s’auto-justifie par le miroir difforme de sa
propre exégèse. Ils font usage d’une date proposée par
les historiens profanes pour élaborer des calculs, et ils
rejettent une autre date proposée par ces mêmes
historiens profanes alors que les deux dates se fondent
sur les mêmes éléments de preuves.
Si 539 est correcte pour la chute de Jérusalem, alors
la date 607 est fausse. Comme conséquence, les calculs
qui s’appuient sur 607 pour aboutir à 1914 sont
également faux. De plus, si la Bible ne cautionne pas
l’idée de 70 ans d’exil des Juifs et de désolation des
villes judéennes, alors toutes les théories que les
Témoins de Jéhovah rattachent à 1914 tombent
littéralement à l’eau ; ils ont donc tout intérêt à
s’accrocher à 607 même si cela va à l’encontre de leur
propre logique argumentative.

[17]
Prêtons attention à la prophétie de Daniel !, 1999, chap. 4, pp. 51-52.
[18]
La Tour de Garde, 1er octobre 1980, p. 15.
[19]
Voir la section “La ‘première année de règne’ de Cyrus”, in Quand
l’ancienne Jérusalem a-t-elle été détruite ?, pp. 69-77.
12 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

2. Zacharie 1 : 12 : 70 ans révolus ou en cours ?

a- avis et contre-avis

Le texte de Zacharie 1 : 12 se présente comme suit


dans le texte hébreu massorétique[20] :

‫ֹאמר יְ הוָ ה‬
ַ ‫וַ יַּ ַﬠן ַמלְ ַאְך־יְ הוָ ה וַ יּ‬ wayya‘an mal’aḵ-YHWH
‫ַא ָתּה‬ ‫ד־מ ַתי‬
ָ ‫ַﬠ‬ ‫צְ ָבאוֹת‬ wayyō’mar YHWH ṣəḇā’ōṯ ‘aḏ-
‫רוּשׁלַ ם וְ ֵאת‬ ָ ְ‫א־ת ַר ֵחם ֶאת־י‬ ְ ֹ ‫ֽל‬ māṯay ’attāh lō- ṯəraḥēm ’eṯ-
‫הוּדה ֲא ֶשׁר זָ ַﬠ ְמ ָתּה זֶ ה‬ ָ ְ‫ָﬠ ֵרי י‬ yərūšālim wə’êṯ ‘ārē yəhūḏāh
‫ִשׁ ְב ִﬠים ָשׁנָ ֽה‬ ’ăšer zā‘amtāh zēh šiḇ‘îm šānāh

La TMN 2018 traduit :


Et l’ange de Jéhovah a dit : “Ô Jéhovah des armées,
combien de temps vas-tu refuser ta miséricorde à
Jérusalem et aux villes de Juda, contre lesquelles tu es
resté irrité pendant ces 70 ans ?”

L’édition de 1995 indiquait :


Et l’ange de Jéhovah répondit et dit : “Ô Jéhovah des
armées, jusqu’à quand ne feras-tu pas miséricorde à
Jérusalem et aux villes de Juda, contre lesquelles tu as
invectivé ces soixante-dix ans ?”

À en croire les Témoins de Jéhovah, les 70 ans dont


il est ici question correspondent à ceux prophétisés des
années plus tôt par Jérémie (25 : 11 ; 29 : 10). Il s’agit
donc d’une période d’années révolues, ou achevées au
moment où Zacharie recevait ses visions et révélations
prophétiques, et non d’une autre période en cours à
l’époque du prophète. Dans le livre Le Paradis rétabli

[20]
Le texte hébreu massorétique est celui du codex de Leningrad B 19A
(conservé à Saint-Pétersbourg), présent dans la Biblia Hebraica Stuttgartensia
(BHS) : [Link]/en/online-bibles.
Alexandre Salomon 13

parmi les hommes — grâce à la Théocratie!, ils


expliquent :
D’après cette déclaration de l’ange, certains pouvaient
penser que les “soixante-dix ans” au cours desquels
Jéhovah invectivait contre Jérusalem et les autres villes
de Juda étaient toujours en cours. (…) Les “soixante-
dix ans” mentionnés par l’ange nous rappellent le
même nombre d’années annoncé par le prophète
Jérémie. Au cours de cette période, les nations de Juda
et d’Israël devaient servir la dynastie babylonienne,
après quoi Jéhovah devait punir le roi de Babylone et
les Chaldéens à cause de leur comportement (Jérémie
25:11-13). L’ange de Jéhovah voulait-il donc dire que
ces soixante-dix ans n’étaient pas encore arrivés à leur
terme, ou bien qu’ils venaient de s’achever?
Historiquement, cela aurait été inexact. Pourquoi?
Parce qu’une vingtaine d’années auparavant (en 539),
Jéhovah, par l’entremise de Cyrus le Grand, roi de
Perse, avait renversé la Puissance mondiale
babylonienne, et à peu près deux ans plus tard, en 537,
il avait incité Cyrus, devenu roi de Babylone, à laisser
les exilés juifs sortir de cette ville et rentrer à
Jérusalem, pour y reconstruire le temple. — Esdras 1:1
à 2:2; II Chroniques 36:20-23. D’autre part, le pays de
Juda devait faire “sabbat, pour accomplir soixante-dix
années”. (II Chroniques 36:21.) En effet, ayant été
“livré en la main des Chaldéens”, ce pays devait rester
“une solitude désolée, sans homme ni animal
domestique”. (Jérémie 32:43; 33:10-12.) Le prophète
Zacharie et les anges savaient que ces soixante-dix
années, au cours desquelles le pays de Juda et Jérusalem
avaient été totalement désolés et laissés sans homme ni
animal domestique, étaient arrivées à leur terme en
537, date à laquelle le reste juif était revenu de
Babylone pour occuper de nouveau le pays. (…) On
voit donc que ces soixante-dix années étaient achevées
depuis longtemps. (…) En outre, si, à l’époque de la
première vision de Zacharie, ces soixante-dix ans
étaient toujours en cours ou venaient de s’achever,
14 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

pourquoi l’ange se serait-il exprimé comme il l’a fait?


Sachant que la période de désolation devait être
exactement de soixante-dix ans, pourquoi l’ange
aurait-il dit: “Ô Jéhovah des armées, jusqu’à
quand (...)?” (Zacharie 1:12). (…) Il s’ensuit que ces
“soixante-dix ans” ne s’étendirent pas jusqu’à l’époque
où Zacharie reçut sa première vision, en 519.[21]

Ce commentaire fourmille de faux raisonnements.


Premièrement, nous expliquions plus haut que la date
admise pour la chute de la Puissance babylonienne, à
savoir 539, dépend des sources profanes, lesquelles
sources affirment également la chute de Jérusalem en
587. Or, les Témoins acceptent la première et rejettent
la seconde. Deux poids deux mesures !
Deuxièmement, le retour des exilés juifs ne peut
historiquement et bibliquement être fixé en 537. Suivant
le récit biblique, les exilés juifs étaient déjà rassemblés à
Jérusalem au 7e mois de la première année de Cyrus,
après son décret (cf. Esdras 1 : 1-5 ; 3 : 1). Or, les
Témoins de Jéhovah eux-mêmes font remarquer :
Comme la neuvième année du règne de Cyrus II[22] sur
Babylone se situe en 530 [avant notre ère], selon ce
calcul sa première année fut 538 [avant notre ère] et
l’année de son accession 539 [avant notre ère]. [23]

Grâce à un logiciel de synchronisation de données


historiques et astronomiques[24] basé sur les travaux de
[21]
Le Paradis rétabli parmi les hommes — grâce à la Théocratie! (1977), pp.
127-129.
[22]
Le roi perse Cyrus qui vainquit Babylone est aussi désigné Cyrus II ou
“Cyrus le Grand” afin de le distinguer de son grand-père Cyrus Ier.
[23]
Étude perspicace, vol. I, p. 457.
[24]
[Link] Le logiciel
est mis en ligne par Robert H. van Gent de l’Institut Mathématique de
l’Université Néerlandaise d’Utrecht.
Alexandre Salomon 15

recherches des professeurs R. Parker et Waldo H.


Dubberstein[25], on obtient les résultats suivants d’après
le calendrier julien :

Le livre d’Esdras ne précisant pas le jour du 7e mois


où les Juifs étaient rassemblés à Jérusalem, dans la
première année de Cyrus, si on situe ce rassemblement

[25]
Richard A. Parker et Waldo H. Dubberstein, Babylonian Chronology,
626 B.C.–A.D. 75 (éd. 1971).
16 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

entre le 1er jour et le dernier jour (29e) de ce mois


(Tishri), on se rend compte que les quelques exilés du
royaume de Juda avaient quitté Babylone et s’étaient
déjà retrouvés sur leurs terres dans l’intervalle du 17
septembre au 15 octobre 538 avant notre ère (calendrier
julien). Cela correspond effectivement à la première
année de règne de Cyrus !
Troisièmement, dans le message prophétique de
Jérémie, ce ne sont pas que “les nations de Juda et
d’Israël” qui étaient censées servir la dynastie
babylonienne, mais aussi toutes les autres nations de la
terre comme indiqué en Jérémie 25 : 11, 15-26 ; 27 : 1-
18. Or, depuis la fin de l’Empire assyrien avec la chute
de Harrân en 609 avant notre ère[26] avait déjà débuté
l’hégémonie de la dynastie babylonienne sur les nations
et elle se poursuivit jusqu’en 539 avant notre ère, soit 70
ans de domination comme prophétisé par Jérémie
(29 :10).
Toutefois, cette domination babylonienne de 70
ans n’avait rien à voir avec les 70 ans évoqués en
Zacharie 1 : 12 pour deux raisons essentielles : la
syntaxe grammaticale et le contexte du verset.

b- analyse syntaxique et morphologique

Dans l’hébreu biblique, il existe deux catégories de


pronoms démonstratifs : les démonstratifs proches qui
indiquent “ce qui est proche dans l’espace ou dans le
temps”[27] et les démonstratifs lointains qui se réfèrent à
[26]
Le lecteur pourra consulter l’Appendice D : “La fin de l’Empire assyrien”, in
Quand l’ancienne Jérusalem a-t-elle été détruite ?, pp. 300-315; ou encore
Oded Lipschits, The Fall and Rise of Jerusalem: Judah under Bbaylonian Rule
(Eisenbrauns: 2005), pp. 18- 20.
[27]
Arian Verheij, Grammaire élémentaire de l’hébreu biblique (Editions Labor
et Fides : 2007), p. 30.
Alexandre Salomon 17

un événement passé ou futur. En Zacharie 1 : 12, le


segment ‫( זֶ ה ִשׁ ְבעים ָשׁנָ ֽה‬zēh šiḇ‘īm šānāh, “ces 70 ans”,
TMN 2018) renferme le référent déictique ‫( זֶ ה‬zēh,
rendu par “ces”) qui est un démonstratif masculin
proche et fonctionne comme un adverbe. Le sens que
prend le ‫( זֶ ה‬zēh) adverbial — lequel est invariable — est
toujours l’insistance sur l’instant présent, le maintenant,
comme s’agissant d’une chose proche qu’on montre.
Dans sa Grammaire de l’hébreu biblique[28], l’hébraïsant
jésuite Paul Joüon écrivait:

[28]
Paul Joüon, Grammaire de l’hébreu biblique (Rome : 1947), 2e éd., p. 443.
Voir aussi l’édition anglaise corrigée: Joüon Paul & Muraoka Tamitsu, A
Grammar of Biblical Hebrew (Gregorian & Biblical Press: 2011), p. 498.
18 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

Isaac Nordheimer qui fut un érudit d’hébreu et


d’autres langues orientales, observait également :
Le démonstratif masculin est utilisé de manière
indépendante pour faire référence aux idées abstraites
de l’espace et du temps. (...) En référence au temps, il
indique ce (temps), maintenant, et il est habituellement
suivi par une spécification de la durée écoulée, par
exemple ‫[ זֶ ה ַא ְר ָבּﬠִ ים ָשׁנָ ה‬zēh ’arbā‘īm šānāh] quarante
ans maintenant, Deut. 8 : 2, 4. Jos. 14:10. Esth. 4 :
11., ‫[ זֶ ה יָ ִמים ַר ִבּים‬zēh yāmīm rabbīm] plusieurs jours
maintenant, Jos. 22 : 3. Zach. 7: 3., ‫[ זֶ ה ַפﬠֲ ַמיִם‬zēh
p̄a‘ămayim] deux fois maintenant, Gen. 27: 36., ‫ﬠֶ ֶשׂר‬
‫[ זֶ ה ְפּﬠָ ִמים‬zēh ‘eser pə‘āmīm] dix fois maintenant,
Nomb. 14 : 22. Job 19:3, ‫ זֶ ה ָשֹׁלשׁ ְרגָ ִ ֽלים‬ces trois fois
[zēh šālōš rəḡālīm], Nomb. 22:28, 32.[29]

Il faut cependant signaler avec les professeurs Bruce


K. Waltke et Michael P. O’Connor que ‫( זֶ ה‬zēh) peut,
dans certains cas, mettre en évidence un élément
“relativement proche du locuteur ou relativement
présent à l’imagination”[30]; il peut alors s’utiliser comme
un présent de narration (aussi appelé “présent
historique” dans la grammaire française), en évoquant
un événement marquant ou particulier du passé comme
s’il était encore présent dans la mémoire du narrateur.
Pour reprendre les propos de Sylvianne Rémi-Giraud et
André Roman :
Bien entendu, le démonstratif proche est utilisé
généralement pour le présent, et le démonstratif
lointain pour le passé et le futur, bien qu’on trouve

[29]
Isaac Nordheimer, Critical Grammar of the Hebrew Language (New York:
1841), vol. II, p. 123. J’ai ajouté les mots entre crochets.
[30]
Bruce K. Waltke & Michael P. O’Connor, An Introduction to Biblical
Hebrew Syntax (Eisenbrauns, Winona Lake, Indiana: 1990), pp. 306, 310.
Alexandre Salomon 19

également le démonstratif proche pour autre chose que


le présent. (…) Exemple pour un passé lointain en Gen
7 : 11 : “Dans l’année des six cents ans de la vie de
Noé, à la deuxième lunaison, au dix-septième jour de
la lunaison, en ce jour, toutes les sources de l’abîme
multiple se sont fendues.” [31]

Toutefois, dans de tels cas[32], le démonstratif


proche ‫זֶ ה‬ (zēh) est morphologiquement préfixé par
l’article défini hébreu ‫( ַה‬le, la, les) comme illustré dans
les exemples ci-dessous (cf. TMN, 2018):

• Genèse 7 : 11, 13 : “Dans la 600e année de


Noé, le 17e jour du 2e mois, ce jour-là (‫ ַבּיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
bayyōm haz-zēh), toutes les sources du ciel jaillirent
et les écluses du ciel s’ouvrirent. (…) Ce jour-là
(‫ ְבּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם ַהזֶּ ה‬, bə‘eṣem hayyōm haz-zēh), Noé entra
dans l’arche avec ses fils...”

• Genèse 17 : 23, 26 : “et [Abraham] les circoncit


le jour même (‫בּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
ְ bə‘eṣem hayyōm haz-
zēh) comme Dieu le lui avait dit […] Abraham fut
circoncis le jour même (‫בּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
ְ bə‘eṣem
hayyōm haz-zēh), tout comme son fils Ismaël…”

• Exode 12 : 41, 51 : “À la fin des 430 ans, jour


pour jour (‫בּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
ְ bə‘eṣem hayyōm haz-zēh),
[31]
Sylvianne Rémi-Giraud & André Roman, Autour du circonstant (Presses
universitaires de Lyon : 1998), p. 227. Voir également Simon John DeVries,
Yesterday, Today, and Tomorrow: Time and History in the Old Testament
(Grand Rapids: Eerdmans, 1975), p. 141.
[32]
Dans certains cas où il y a juxtaposition du démonstratif proche, il peut
désigner à la fois ce qui est proche et ce qui est lointain, comme par exemple
en Ecclésiaste 3: 19 (cf. TMN 2018): ‫( כְּ מוֹת זֶ ה כֵּ ן מוֹת זֶ ה‬kəmōṯ zēh ken mōṯ zēh,
“comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre”); voir Waltke & O’Connor, An
Introduction to Biblical Hebrew Syntax, op. cit., p. 309.
20 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

tout le peuple de Jéhovah sortit d’Égypte. (…) Ce


jour-là précisément (‫בּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
ְ bə‘eṣem hayyōm
haz-zēh), Jéhovah fit sortir d’Égypte les Israélites.”

• Exode 19 : 1 : “Le troisième mois après que les


Israélites furent sortis d’Égypte, le même jour
(‫בּיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
ַ bayyōm haz-zēh), ils arrivèrent au désert
du Sinaï.”

• Deutéronome 32 : 48 : “Le même jour (‫ַהזֶּ ה‬


‫בּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם‬,ְ bə‘eṣem hayyōm haz-zēh), Jéhovah dit à
Moïse…”

• Ézéchiel 40 : 1 : “Dans la 25e année de notre


exile, au début de l’année, le 10e jour du mois,
c’est-à-dire dans la 14e année après la prise de la
ville, ce jour-là même (‫בּ ֶﬠצֶ ם ַהיּוֹם ַהזֶּ ה‬,
ְ bə‘eṣem
hayyōm haz-zēh), la puissance de Jéhovah a agi sur
moi, et il m’a emmené dans la ville.”

La syntaxe grammaticale de Zacharie 1 : 12, avec


l’usage de ‫( זֶ ה‬zēh), laisse donc présumer que la situation
décrite est quelque chose de bien présente au moment
où l’ange soulève la question. Des constructions
syntaxiques identiques (‫ זֶ ה‬+ unité temporelle au pluriel)
confortent cette conclusion :

• Genèse 31 : 38, 41
‫זֶ ה־לִּ י ֶﬠ ְשׂ ִרים ָשׁנָ ה ְבּ ֵב ֶיתָך ]…[ זֶ ה ֶﬠ ְשׂ ִרים ָשׁנָ ה ָאנֹכִ י ִﬠ ָמְּך‬
zēh ‘esrīm šānāh ’ānōḵī ‘immāḵ […] zēh-lī ‘esrīm
šānāh bəḇēṯeḵā
Alexandre Salomon 21

TMN 1995 : “Voici vingt ans que je suis avec toi. […]
Cela fait vingt ans que je suis dans ta
maison.”
TMN 2018 : “Pendant les 20 ans que j’ai passés chez toi
[…] J’ai passé 20 ans chez toi.”

• Juges 16 : 15
‫זֶ ה ָשֹׁלשׁ ְפּ ָﬠ ִמים ֵה ַתלְ ָתּ‬
zēh šālōš pə‘āmīm hēṯaltā
TMN 1995 : “Voilà trois fois que tu t’es joué de moi.”
TMN 2018 : “Cela fait trois fois que tu te moques de
moi.”

• 2 Samuel 14 : 2
‫ל־מת‬
ֽ ֵ ‫זֶ ה יָ ִמים ַר ִבּים ִמ ְת ַא ֶבּלֶ ת ַﬠ‬
zēh yāmīm rabbīm miṯ’abbeleṯ ‘al- mēṯ

TMN 1995 : “…une femme qui, depuis de longs jours,


est en deuil pour un mort.”

TMN 2018 : “…il faut qu’on croie que tu es en deuil


depuis longtemps.”

• Esther 4 : 11
‫לוֹשׁים יֽ וֹם‬
ִ ‫ל־ה ֶמּלֶ ְך זֶ ה ְשׁ‬
ַ ‫אתי לָ בוֹא ֶא‬
ִ ‫וַ ֲאנִ י ל ֹא נִ ְק ֵר‬
wa’ănī lō niqrêṯī lāḇō ’el-hammeleḵ zēh šəlōwōšīm yōm

TMN 1995 : “Quant à moi, je n’ai pas été appelée à


entrer chez le roi voilà trente jours
déjà.”

TMN 2018 : “Et cela fait 30 jours que je n’ai pas été
appelée à me présenter devant le roi.”
22 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

Comme illustré par ces versets, la TMN rend le ‫זֶ ה‬


(zēh) adverbial par des prépositions invariables (voici,
cela, voilà, depuis, pendant). Qui plus est, on note
l’usage du mot singulier “année” (‫ ָשׁנָ ֽה‬/ šānāh) — plutôt
que le pluriel ‫ ָשׁ ִנֽים‬, šānīm — qui ne s’accorde pas avec le
terme “soixante-dix” qui, lui, apparaît au pluriel en
hébreu (‫ ִשׁ ְבעים‬/ šiḇ‘īm); littéralement, l’expression
hébraïque ‫ זֶ ה ִשׁ ְבעים ָשׁנָ ֽה‬se traduirait “CE soixante-dix
AN”, ce qui ne conviendrait pas à la langue française.
Cette particularité linguistique de la grammaire
hébraïque qu’on retrouve en Deutéronome 2 : 7 ; 8 : 2,
4 — pour ne citer qu’un exemple — confirme la
continuité de l’action évoquée. En effet, dans les
passages du Deutéronome que nous venons d’évoquer,
Moïse invite le peuple d’Israël à se souvenir (‫זָ כַ ר‬, zāḵar)
de tout le chemin par lequel YHWH l’avait fait marcher
dans le désert et ce, “pendant (ou : durant) ces 40 ans”
(‫א ְר ָבּ ִﬠים ָשׁנָ ֽה זֶ ה‬,
ַ zēh ’arbā‘îm šānāh ; cf. TMN 2018),
littéralement : “CE quarante AN”. S’agissait-il de 40 ans
révolus ou de 40 ans en cours ?
Selon le contexte (cf. Deutéronome 1 : 1-3), au
moment où Moïse prononce ces paroles, les Israélites se
trouvaient toujours dans la 40e année de leur marche,
“dans la région du Jourdain, dans le désert, dans les
plaines désertiques.”

DEUTERONOME 2 : 7 ZACHARIE 1 : 12

‫זֶ ה ַא ְר ָבּ ִﬠים ָשׁנָ ֽה‬ ‫זֶ ה ִשׁ ְבעים ָשׁנָ ֽה‬


zēh ’arbā‘īm šānāh zēh šiḇ‘īm šānāh
pendant ces 40 ans pendant ces 70 ans
Alexandre Salomon 23

Dans les deux cas, la période évoquée est en cours.


De même que le peuple d’Israël se trouvait dans la
quarantième année de sa marche au désert, de même
c’était “déjà la soixante-dixième année” (Bible Fillion)
que la colère divine se faisait ressentir sur le pays.
Plusieurs traductions françaises ont capté cette
caractéristique de la grammaire hébraïque dans le
passage de Zacharie 1 : 12 :

Bible de la Liturgie (éd. 2013) : “L’ange du


Seigneur reprit alors la parole et dit : Seigneur de
l’univers, combien de temps refuseras-tu d’avoir
compassion de Jérusalem et des villes de Juda
auxquelles tu fais sentir ta colère depuis soixante-
dix ans ?”

Bible Segond 21 (éd. 2007) : “Alors l’ange de


l’Eternel a pris la parole et a dit: Eternel, maître
de l’univers, jusqu’à quand refuseras-tu d’avoir
compassion de Jérusalem et des villes de Juda,
contre lesquelles tu es en colère depuis 70 ans?”

Bible des Peuples (éd. 2005) : “À ce moment


l’ange de Yahvé prit la parole et dit : ‘Yahvé
Sabaot, combien de temps encore attendras-tu
pour faire miséricorde à Jérusalem et aux villes de
Juda à qui tu as fait sentir ta colère depuis 70
ans?’”

Nouvelle Bible Segond (éd. 2002) : “Le messager


du SEIGNEUR reprit: SEIGNEUR (YHWH) des
Armées, jusqu’à quand seras-tu sans compassion
pour Jérusalem et pour les villes de Juda, contre
lesquelles tu es en fureur depuis soixante-dix ans?”
24 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

Bible du Semeur (éd. 2000) : “Là–dessus, l’ange de


l’Eternel s’exclama: — Seigneur des armées
célestes, voilà soixante–dix ans que tu es irrité
contre Jérusalem et contre les villes de Juda.
Jusques à quand tarderas–tu à les prendre en
pitié?”

Bible Parole de vie (éd. 2000) : “Alors l’ange du


SEIGNEUR dit : SEIGNEUR de l’univers, voici 70
ans que tu es en colère contre Jérusalem et les
autres villes de Juda. Tu vas attendre combien de
temps encore avant d'avoir pitié d'elles ?”

Bible en français courant (éd. 1982) : “L’ange


s’exclama : Seigneur de l’univers, voilà soixante-
dix ans que tu es irrité contre Jérusalem et les
autres villes de Juda. Combien de temps encore
refuseras-tu d’avoir pitié d’elles?”

Bible à la Colombe (éd. 1978) : “Alors l’ange de


l’Éternel prit la parole et dit : Éternel des armées,
jusques à quand seras-tu sans compassion pour
Jérusalem et pour les villes de Juda, contre
lesquelles tu es courroucé depuis soixante-dix
ans ?”

Bible Chouraqui (éd. 1977) : “Le messager de


IHVH-Adonaï répond et dit: IHVH-Adonaï
Sebaot, jusqu’à quand ne matricieras-tu pas
Ieroushalaîm et les villes de Iehouda, contre
lesquelles tu t’exaspères depuis soixante-dix ans ?”

Bible TOB (éd. 1976) : “L’ange du SEIGNEUR


reprit alors: SEIGNEUR tout-puissant, jusqu’à
quand tarderas-tu à prendre en pitié Jérusalem et
Alexandre Salomon 25

les villes de Juda contre lesquelles tu es irrité


depuis déjà soixante-dix ans?”

Bible de Jérusalem (éd. 1973) : “Alors l’ange de


Yahvé prit la parole et dit: "Yahvé Sabaot, jusques
à quand tarderas-tu à prendre en pitié Jérusalem
et les villes de Juda auxquelles tu as fait sentir ta
colère depuis 70 ans?"”

Bible du Rabbinat français (éd. 1966) : “Alors


l’ange de l’Éternel reprit et dit: ‘Éternel-Cebaot,
jusqu’à quand seras-tu sans pitié pour Jérusalem et
les villes de Juda, contre lesquelles tu es irrité
voilà soixante-dix ans?’”

Bible Crampon (éd. 1923) : “L’ange de Yahweh


prit la parole et dit: "Yahweh des armées, jusques
à quand n’auras-tu pas pitié de Jérusalem et des
villes de Juda contre lesquelles tu es irrité voilà
soixante-dix ans?"”

Bible Segond (éd. 1910) : “Alors l’ange de


l’Eternel prit la parole et dit: Eternel des armées,
jusques à quand n’auras-tu pas compassion de
Jérusalem et des villes de Juda, contre lesquelles tu
es irrité depuis soixante-dix ans?”

Bible annotée (éd. 1899) : “Et l’ange de l’Eternel


répondit et dit: Eternel des armées, jusques à
quand seras-tu sans merci pour Jérusalem et pour
les villes de Juda contre lesquelles voilà soixante-
dix ans que ta colère a éclaté?”

Bible Fillion (éd. 1895) : “L’Ange du Seigneur


prit la parole, et dit: Seigneur des armées, jusques
à quand n’aurez-Vous pas pitié de Jérusalem et des
26 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

villes de Juda, contre lesquelles Vous êtes irrité?


Voici déjà la soixante-dixième année.”

Bible Ostervald (éd. 1881) : “Alors l’ange de


l’Éternel répondit et dit: Éternel des armées!
Jusqu’à quand n’auras-tu pas compassion de
Jérusalem et des villes de Juda, contre lesquelles tu
es indigné depuis soixante et dix ans ?”

Bien que le comité de la TMN 2018 ait opté pour la


leçon “pendant ces 70 ans”, ce qui est assez ambigu[33],
l’examen du contexte immédiat et lointain du passage
permettra de vérifier la solidité de la thèse jéhoviste.

c- analyse contextuelle

Dans le livre Comment étudier la Bible par vous-


même, Tim LaHaye rappelle un principe fondamental
en matière d’herméneutique :
Il est toujours bon de pouvoir s’appuyer sur des versets
de l’Ecriture pour justifier un enseignement ou un
principe, mais il est très important de ne pas les sortir
de leur contexte ; autrement, le texte invoqué à l’appui
d’une doctrine n’est plus qu’un prétexte.[34]

Pour éviter d’être victime de prétexte, gageons-


nous d’examiner le contexte de Zacharie 1 : 12. Dans
un premier temps, il est intéressant de rappeler que ledit

[33]
L’édition anglaise NWT 2013 sur laquelle est essentiellement basée l’édition
française TMN 2018 traduit l’expression par : “these 70 years.” En anglais, si
le démonstratif “these” (pluriel de “this” : ce, cet, cette, ceci) désigne
généralement un élément proche, ou présent, il peut aussi selon le contexte
s’appliquer à ce qui est lointain (voir Jean-Claude Souesme, Grammaire
anglaise en contexte, Paris, Ophrys : 2003, pp. 192-198).
[34]
Tim LaHaye, Comment étudier la Bible par vous-même (Éditions Farel:
1998), p. 119. Traduit de l’anglais par Antoine Doriath.
Alexandre Salomon 27

verset est une interrogation soulevée par l’ange de


YHWH et qui est introduite par la locution ‫ד־מ ַתי‬
ָ ‫‘( ַﬠ‬aḏ
māṯay), traduite par “jusqu’à quand” ou “combien de
temps (encore).” Toutes les fois où cette locution (avec
son synonyme ‫ד־אנָ ה‬
ָ ‫ ַﬠ‬, ‘aḏ-’ānāh) apparaît dans les écrits
bibliques[35], elle exprime toujours une lassitude, une
impatience ou un mécontentement face à une situation
fâcheuse qui persiste et dont on espère un revirement
favorable. Illustrons par quelques exemples.

Job 19 : 2-3
‫ד־אנָ ה תּוֹגְ יוּן נַ ְפ ִשׁי וּֽ ְת ַדכְּ אוּנַ נִ י ְב ִמ ִ ֽלּים‬
ָ ‫ַﬠ‬
‫רוּ־לי‬
ֽ ִ ְ‫א־תבֹשׁוּ ַתּ ְהכּ‬ ֵ ֹ ‫זֶ ה ֶﬠ ֶשׂר ְפּ ָﬠ ִמים ַתּכְ לִ ימוּנִ י ֽל‬
‘aḏ-’ānāh tōḡyūn nap̄šī ūṯəḏakkə’ūnanī ḇəmillīm
zēh ‘eśer pə‘āmīm taḵlīmūnī lō-ṯēḇōšū tahkərū-lī

TMN 2018 : “Jusqu’à quand irriterez-vous mon âme et


m’écraserez-vous par des paroles ? Voilà
dix fois que vous me réprimandez.”

Exode 10 : 3
‫ה־א ַמר יְ הוָ ה‬ ָ ‫ֹאמרוּ ֵאלָ יו ֹֽכּ‬ ְ ‫ל־פּ ְרעֹה וַ יּ‬ ַ ‫וַ יָּ בֹא מ ֶֹשׁה וְ ַא ֲהרֹן ֶא‬
‫ד־מ ַתי ֵמ ַאנְ ָתּ לֵ ָﬠנֹת ִמ ָפּנָ י ַשׁלַּ ח ַﬠ ִמּי וְ יַ ַֽﬠ ְב ֻ ֽדנִ י‬
ָ ‫ֹלהי ָ ֽה ִﬠ ְב ִרים ַﬠ‬
ֵ ‫ֱא‬

[35]
En Matthieu 17:17, on trouve la même expression (en grec) sur les lèvres
de Jésus quand il se plaint de ses disciples : “Alors Jésus dit : Génération sans
foi et corrompue ! Jusqu’à quand [ἕως πότε, heōs pōte] devrai-je rester avec
vous ? Jusqu’à quand [ἕως πότε, heōs pōte] devrai-je vous supporter ? Amenez-
le--moi.” (TMN 2018). Dans une version en hébreu du même texte de
Matthieu, les mots grecs ἕως πότε sont traduits par ‫ד־מ ַתי‬
ָ ‫‘( ַע‬aḏ māṯay):

‫ד־מ ַתי ֶא ָשּׂא ֶא ְתכֶ ם‬


ָ ַ‫ד־מ ַתי ֶא ְהיֶ ה ﬠִ ָמּכֶ ם ﬠ‬
ָ ַ‫יּאמר הוֹי דּוֹר ֲח ַסר ֱאמוּנָ ה וּפְ ַתלְ תּל ﬠ‬
ֶ ַ‫וַ יַּ ﬠַ ן יֵ שׁוּﬠַ ו‬
‫ָה ִביאוּ אוֹתוֹ ֵאלַ י ֵהנָּ ה‬

([Link]
28 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

wayyāḇō mōšeh wə’ahărōn ’el-par‘ōh wayyōmərū


’êlāw, kōh-’āmar YHWH ’ĕlōhē hā‘iḇrīm,‘aḏ-māṯay
mē’antā, lē‘ānōṯ mippānāy; šallaḥ ammī
wəya‘aḇḏunî

TMN 2018 : “Moïse et Aaron se présentèrent donc


devant Pharaon et lui dirent : ‘Voici ce
qu’a dit Jéhovah le Dieu des Hébreux :
Jusqu’à quand refuseras-tu de te
soumettre à moi ? Laisse partir mon
peuple pour qu’il me serve.’”

Exode 16 : 28
‫ד־אנָ ה ֵ ֽמ ַאנְ ֶתּם לִ ְשׁמֹר ִמצְ ַוֹתי וְ תוֹר ָ ֹֽתי‬
ָ ‫ֹאמר יְ הוָ ה ֶאל־מ ֶֹשׁה ַﬠ‬
ֶ ‫וַ יּ‬
wayyōmer YHWH ’el-mōšeh; aḏ-’ānāh mê’antem,
lišmōr miṣwōṯay wəṯōwrōṯāy
TMN 2018 : “Alors Jéhovah dit à Moïse : Jusqu’à
quand refuserez-vous d’obéir à mes
commandements et à mes lois ?

Nombres 14:11, 27
‫ד־אנָ ה‬
ָ ‫ד־אנָ ה יְ נַ ֲאצֻ נִ י ָה ָﬠם ַהזֶּ ה וְ ַﬠ‬ָ ‫ֹאמר יְ הוָ ה ֶאל־מ ֶֹשׁה ַﬠ‬ ֶ ‫וַ יּ‬
‫ֹתוֹתא ֶשׁר ָﬠ ִשׂ ִיתי ְבּ ִק ְר ֽבּוֹ‬
ֲ ‫ל ֹא־יַ ֲא ִמינוּ ִבי ְבּכֹל ָ ֽהא‬
(…) ‫ד־מ ַתי לָ ֵﬠ ָדה ָ ֽה ָר ָﬠה ַהזֹּאת ֲא ֶשׁר ֵה ָמּה ַמלִּ ינִ ים ָﬠלָ י‬ ָ ‫ַﬠ‬
‫ת־תּלֻ נּוֹת ְבּנֵ י יִ ְשׂ ָר ֵאל ֲא ֶשׁר ֵה ָמּה ַמלִּ ינִ ים ָﬠלַ י ָשׁ ָ ֽמ ְﬠ ִתּי‬
ְ ‫ֶא‬
wayyōmer YHWH ’el-mōšeh, ‘aḏ-’ānāh
yəna’ăṣunī hā‘ām hazzeh; wə‘aḏ-’ānāh lō-
ya’ămīnū ḇī, bəḵōl hā’ōṯōwṯ,’ăšer ‘āśīṯī bəqirbōw
(…) ‘aḏ-māṯay, lā‘ēḏāh hārā‘āh hazzōṯ,’ăšer
hēmmāh mallī·nīm ālāy ’eṯ-təlunnōṯ bənē yiśrā’ēl,
’ăšer hēmmāh mallīnīm ‘ālay šāmā‘ətī
Alexandre Salomon 29

TMN 2018 : “Et Jéhovah dit à Moïse : Combien de


temps encore ce peuple va-t-il me
manquer de respect? Combien de temps
encore douteront-ils de moi, malgré tous
les signes que j’ai accomplis au milieu
d’eux ? (…) Combien de temps encore
cette communauté mauvaise continuera-
t-elle à murmurer contre moi ? J’ai
entendu ce que les Israélites murmurent
contre moi.”

1 Samuel 1 : 14
‫ד־מ ַתי ִתּ ְשׁ ַתּכָּ ִרין ָה ִס ִירי ֶאת־יֵ ינֵ ְך ֵמ ָﬠ ָלֽיִ ְך‬
ָ ‫ֹאמר ֵאלֶ ָיה ֵﬠלִ י ַﬠ‬
ֶ ‫וַ יּ‬
wayyōmer ’ēlehā ‘ēlī ‘aḏ-māṯay tištakkārīn ?
hāsīrī ’eṯ- yēnēḵ mē‘ālāyiḵ.

TMN 2018 : “Il lui dit : Combien de temps encore seras-


tu ivre ? Arrête de boire du vin.”

1 Rois 18 : 21
‫ד־מ ַתי ַא ֶתּם פּ ְֹס ִחים‬
ָ ‫ֹאמר ַﬠ‬ ֶ ‫ל־ה ָﬠם וַ יּ‬
ָ ָ‫וַ יִּ גַּ שׁ ֵאלִ יָּ הוּ ֶאל־כּ‬
‫ם־ה ַבּ ַﬠל‬
ַ ‫ֹלהים לְ כוּ ַא ֲח ָריו וְ ִא‬
ִ ‫ל־שׁ ֵתּי ַה ְסּ ִﬠ ִפּים ִאם־יְ הוָ ה ָ ֽה ֱא‬ְ ‫ַﬠ‬
‫א־ﬠנוּ ָה ָﬠם אֹתוֹ ָדּ ָ ֽבר‬
ָ ֹ ‫לְ כוּ ַא ֲח ָריו וְ ֽל‬
wayyiggaš ’ēlīyāhū ’el-kāl-hā‘ām wayyōmer ‘aḏ-
māṯay ’attem pōsəḥīm ‘al-šətē hassə‘ippīm ’im-
YHWH hā’ĕlōhīm ləḵū ’aḥărāw wə’im-habba‘al
ləḵū ’aḥărāw wəlō-‘ānū hā‘ām ’ōṯōw dāḇār.

TMN 2018 : “Alors Élie s’avança vers le peuple et dit :


‘Jusqu’à quand hésiterez-vous ? Si Jéhovah
est le vrai Dieu, servez-le. Mais si c’est
Baal, servez-le !’ Le peuple ne lui répondit
pas un mot.”
30 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

Ces exemples confirment ce que nous soulignions


plus haut. À l’époque de Zacharie et d’Aggée — tous
deux prophétisaient à la même époque[36] — le peuple de
Juda revenu d’exil traversait de grandes difficultés[37] et
subissait le dessèchement et de maigres récoltes (cf.
Aggée 1 : 1-15 ; 2 : 1-23), ce qui était symptomatique
d’une malédiction divine (cf. Deutéronome 28: 38-42).
Bien que par compassion, YHWH les avait ramenés
de l’exil, les incitant même à bâtir le temple, il
n’approuvait pas pour autant toutes leurs voies. Le
même Dieu qui les encouragea en disant : “Je suis avec
vous” (cf. Aggée 1 : 13), fera aussi remarquer quelque
deux mois plus tard que la nation était impure à ses
yeux, raison pour laquelle il les avait frappés dans leurs
récoltes (cf. Aggée 2 : 10-19.) Les Témoins de Jéhovah
eux-mêmes admettent que “dans un certain sens,
Jéhovah n’était pas encore revenu pleinement au mont
Sion ou Jérusalem.”[38]
YHWH agissait comme un père envers son fils
rebelle qui, quelque soit l’intensité de sa colère, ne
pouvait s’empêcher de lui témoigner par moment de la
compassion, espérant que ce dernier vienne à changer
définitivement d’attitude.[39] Mais, en dépit de la

[36]
Esdras 5: 1; 6: 14.
[37]
“Avec la fin du royaume de Juda, le peuple juif connait un tournant décisif
de son histoire. Il faut faire face aux nouvelles conditions politiques, à savoir la
fin de la souveraineté nationale, la perte de la capitale Jérusalem et la division
du peuple entre la Judée résiduelle et une diaspora de plus en plus dispersée.”
— Yalérie Rivière-Tancer & Armand Attal, Jérusalem : Destin d’une métropole,
Coll. « Comprendre le Moyen-Orient », L’Harmattan : 1998, p. 42.
[38]
Le Paradis rétabli parmi les hommes, chap. 15, p. 241.
[39]
Néhémie retraça l’attitude rebelle du peuple d’Israël pendant toutes ces
années envers son Dieu, mais cela n’empêcha pas YHWH de leur témoigner
par moment de la compassion et de la miséricorde. — Néhémie 9 : 1-38.
Alexandre Salomon 31

correction affligée à leurs ancêtres emmenés en exil, le


faible reste des Juifs qui revint sur les terres d’Israël ne
se conformait pas entièrement aux ordonnances du
Créateur, ce dont le prêtre Esdras leur fera reproche (cf.
Ezra 9 : 6-10). Il leur manquait une véritable repentance
et une stricte obéissance aux recommandations divines
pour que YHWH revienne dans la ville sainte (cf.
Zacharie 7 : 7-14 ; 8 : 1-23).
La question de l’ange : “Ô Jéhovah des armées,
combien de temps vas-tu refuser ta miséricorde…”
atteste clairement que les habitants de Juda et de
Jérusalem subissaient toujours les conséquences de la
colère divine dont ils espéraient fébrilement un
dénouement heureux.[40]
Outre la syntaxe du verset, l’analyse du contexte
immédiat vient enfoncer le clou et confirmer que les 70
ans de la colère divine étaient bel et bien en cours à cette
époque. On a ainsi la preuve qu’il ne s’agit nullement
des 70 ans de la prophétie de Jérémie qui, eux,
concernaient la durée de la domination babylonienne
(609-539). Ces faits portant un coup fatal à la thèse des
Témoins de Jéhovah, ils s’en défendent :

Il semble donc que lorsque l’ange s’écria: “Ô Jéhovah


des armées, jusqu’à quand?”, il faisait allusion à cette
période passée de soixante-dix ans comme à un

[40]
Cette attente fait écho à cette prière du psalmiste Asaph (cf. Psaume 79 : 1-
10, Colombe):

“O Dieu ! les nations ont envahi ton héritage, elles ont rendu
impur ton saint temple, elles ont fait de Jérusalem un monceau
de pierres. (…) Nous sommes devenus l’opprobre de nos
voisins, la moquerie et la risée de ceux qui nous entourent.
Jusques à quand, Éternel ! t’irriteras-tu sans cesse, ta jalousie
s’embrasera-t-elle comme le feu ?”
32 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

exemple de la manière dont Jéhovah peut invectiver


son peuple élu. Il demandait si Jéhovah allait
recommencer à invectiver ses serviteurs parce qu’ils
avaient si longtemps négligé son temple. Ainsi, l’ange
demandait jusqu’à quand il fallait attendre avant que
Jéhovah ne fasse miséricorde à Jérusalem et aux autres
villes de Juda.[41]

Pourtant, comme nous avons pu le vérifier


jusqu’ici, cette théorie est linguistiquement et
contextuellement fausse. En aucun moment l’ange de
YHWH ne lui demande s’il allait “recommencer à
invectiver ses serviteurs”, en se référant à une période
passée, loin s’en faut ! L’invective furibonde de YHWH
planait déjà sur ses serviteurs et elle durait “depuis
soixante-dix ans”, d’où l’interrogation de l’ange afin que
YHWH leur fasse miséricorde. L’examen du contexte
immédiat avec l’usage de ‫ד־מ ַתי‬ ָ ‫‘( ַﬠ‬aḏ māṯay) évacue
carrément l’interprétation des Témoins de Jéhovah.
Avant d’élargir le champ contextuel, déterminons le
cadre temporel historique dans lequel s’implantent les
70 ans de Zacharie 1 : 12.

[41]
Le Paradis rétabli parmi les hommes, chap. 8, p. 129.
Alexandre Salomon 33

3. Le cadre temporel des 70 ans de Zacharie 1 : 12

À l’instar du rouleau d’Aggée, celui de Zacharie


regorge d’indications chronologiques qui permettent
aux historiens de les synchroniser avec des données
extra-bibliques, permettant ainsi d’ancrer dans l’Histoire
les événements qui y sont relatés. Dès ses premiers mots,
le rouleau de Zacharie fournit le cadre temporel des
révélations divines dont il était récipiendaire (1 : 1):
Dans la deuxième année du règne de Darius, le
huitième mois, Jéhovah parla au prophète Zacharie fils
de Bérékia, lui-même fils d’Ido. — TMN 2018.

Ce Darius (‫ד ְריָ וֶ שׁ‬,ָ ḏārəyāweš), connu dans les


archives historiques comme Darius Hystaspe, aussi
nommé Darius le Grand ou Darius Ier, roi de la Perse, a
régné de 522 à 486 avant notre ère.[42] Suivant le
comput babylonien qui était en vogue à l’époque[43],
lequel n’incluait pas l’année d’accession au trône d’un
roi dans le décompte de ses années de règne[44], il est

[42]
Jean Perrot, The Palace of Darius at Susa. The Great Royal Residence of
Achaemenid Persia (I.B. Tauris & Co Ltd: 2013), p. 38.
[43]
Les Juifs, il faut le rappeler, ont adopté le calendrier babylonien pendant et
après l’exil à Babylone. Voir L.-J. Bord, “L’adoption du calendrier babylonien
au moment de l’exil”, in Le Temps et les Temps dans les littératures juives et
chrétiennes au tournant de notre ère (éd. C. Grappe and J. C. Ingelacre ;
Leiden, Brill: 2006, pp. 21-36); Brian Williams, Calendars (Evan and Brothers
Limited: 2002), p. 22; Colin J. Humphreys, The Mystery of the Last Supper.
Reconstructing the Final Days of Jesus (Cambridge University Press: 2011), p.
113.
[44]
Étude perspicace, p. 113 : “Dans les annales babyloniennes, il était courant
de compter les années de règne en années complètes, qui débutaient le
1er Nisan. Dans le cas où un roi avait commencé à régner avant le 1er Nisan, les
mois antérieurs à cette date formaient ce qu’on appelait son année d’accession,
mais sur le plan historique ils étaient ajoutés aux années de règne complètes de
son prédécesseur.” Pareillement, La Tour de Garde du 1er novembre 2011
soulignait (p. 23) : “Quand le roi mourait ou était détrôné et qu’un autre roi
34 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

possible de dater avec une grande précision[45] les années


d’accession (qui étaient calées au 1er Nisan, nouvel an
babylonien[46]) et les années de règne des rois perses cités
dans la Bible. Nous utilisons, à nouveau, le logiciel de
comput historique et astronomique basé sur les travaux
de Parker et Dubberstein.[47]

accédait au trône, les mois restants de l’année en cours étaient considérés


comme l’année d’accession du nouveau souverain. Autrement dit, la transition
d’un roi à l’autre avait lieu durant l’année calendaire babylonienne en cours.”
[45]
J’emprunte ici l’expression de la professeure israélienne Sara Japhet, de
l’Université hébraïque de Jérusalem. Elle écrit: “Le cadre chronologique de la
période est déterminé par la combinaison des données bibliques et extra-
bibliques. La chronologie des rois de Perse a été établie avec une grande
précision par Parker et Dubberstein, et les données synchroniques trouvées
dans la Bible s’accordent avec elles, créant ainsi la base chronologique
décrivant la période. Il y a trois principaux repères chronologiques que l’on
peut situer avec certitude : (1) la proclamation de Cyrus dans “la première
année” de son règne (Esdras 1:1 ; voir aussi Esdras 6:3), c’est-à-dire en 538
avant notre ère ; (2) l’année où la construction du temple a repris, “la
deuxième année du roi Darius” (Agg 1:1-2:23, Esdras 4:24-5:2), c’est-à-dire
521 avant notre ère ; (3) la date d’achèvement et de consécration du temple,
“le troisième jour du mois d’Adar, la sixième année du règne du roi Darius”
(Esdras 6, 15), c’est-à-dire en 516 avant notre ère. Tous les autres détails du
système chronologique sont fixés par rapport à ces points....” — S. Japhet,
From the Rivers of Babylon to the Highlands of Judah: Collected Studies on the
Restoration Period (Winona Lake, Indiana, Eisenbrauns: 2006), p. 185.
[46]
La fête de nouvel an babylonien (akitu) se célébrait au début du mois de
Nisan (mars/avril). C’est au cours cette fête qu’on intronisait le nouveau roi.
L’historien américain Elias Bikerman : “L’administration perse, suivant la
pratique babylonienne, pour simplifier son travail, faisait coïncider les années
royales avec les années babyloniennes qui commençaient au 1er Nisan. Le
temps compris entre l’avènement d’un monarque et le 1er Nisan suivant
n’entrait pas dans le calcul de ses années de règne. Pour la bureaucratie
achéménide, cette période initiale était ‘le commencement’ du règne.” — E. J.
Bickerman, “En marge de l’Ecriture. Le comput des années de règne des
achéménides”, in Revue Biblique, vol. 88, No. 1 (Janvier 1981), pp. 19, 20.
Voir aussi P. Van Der Meer, The Chronology of Ancient Western Asia and
Egypt (2e éd. Leiden, Brill: 1955), p. 7.
[47]
[Link]
Alexandre Salomon 35

* 1ère année de règne de Darius

La 1ère année du règne de Darius (I) débute le 1er


Nisan de l’an 521, soit le vendredi 14 avril 521 avant
notre ère.

* 2e année de règne de Darius

La 2e année du règne de Darius (I) débute le 1er


Nisan de l’an 520, soit le 03 avril 520 avant notre ère.
36 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

* 3e année de règne de Darius

La 3e année du règne de Darius (I) débute le 1er


Nisan de l’an 519, soit le 23 mars 519 avant notre ère.

* 4e année de règne de Darius

La 4e année du règne de Darius (I) débute le 1er


Nisan de l’an 518, soit le 11 avril 518 avant notre ère.
À ce stade des analyses, nous allons maintenant
déterminer le cadre chronologique de chaque révélation
reçue par Zacharie, suivant les détails qu’il fournit.
Alexandre Salomon 37

• “Dans la deuxième année du règne de Darius, le


huitième mois…” — Zacharie 1 : 1, TMN 2018.

Le jour précis n’est pas indiqué. Si on suppose qu’il


s’agit du 1er jour de ce 8e mois (Heshvân =
octobre/novembre), la date tombe le 27 octobre 520
avant notre ère. Mais, le jour n’étant pas mentionné,
Zacharie peut avoir reçu la parole prophétique entre le
27 octobre et le 24 novembre (dernier jour du 8e mois)
de l’an 520 avant notre ère:
38 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

• “Dans la 2e année du règne de Darius, le 24e jour


du 11e mois, c’est-à-dire le mois de shebath…”—
Zacharie 1 : 7, TMN 2018.

Ici, le prophète donne le jour, le mois (le 11e,


shebat = janvier/février) et l’année de la réception d’un
message prophétique. D’après les calculs, le 24 shebat de
la 2e année de Darius tombe le 15 février 519 avant
notre ère :

• “Et dans la quatrième année du règne du roi


Darius, Jéhovah parla à Zacharie. C’était le
quatrième jour du neuvième mois, c’est-à-dire le
mois de kislev…”— Zacharie 7 : 1, TMN 2018.

À nouveau, un message prophétique est


précisément daté selon le jour (4e), le mois (le 9e, kislev
= novembre/décembre) et l’année. Le 4 kislev de la 4e
année du règne de Darius est fixé au 7 décembre de l’an
518 avant notre ère :
Alexandre Salomon 39

Telles sont les datations communément admises par


les historiens et biblistes modernes.[48] La question de
l’ange de YHWH en Zacharie 1 : 12 se situe au mois de
février 519 avant notre ère, date également reconnue
par les Témoins de Jéhovah :
Comme on commençait à compter la première année
du règne des rois de Perse à partir du printemps qui
suivait leur avènement, la deuxième année de Darius le
Perse prit fin au printemps suivant. D’après notre
calendrier, elle chevaucherait les années 520/519 avant
notre ère. (…) Pour illustrer ce qui doit finalement leur
arriver, le prophète Zacharie reçut une autre vision
aussitôt après la première, ce même vingt-quatrième
jour du onzième mois (Schébat) de l’an 519, deuxième
année du règne de Darius Ier, roi de Perse. (…) Au
onzième mois lunaire (Schébat) de l’an 519, au vingt-
quatrième jour du mois, lorsque Zacharie reçut sa
cinquième vision, il n’y avait toujours pas de forces

[48]
Mark J. Boda & Michael H. Floyd, Tradition in Transition: Haggai and
Zechariah 1-8 in the Trajectory of Hebrew Theology (New York; London: T &
T Clark, 2008), p. 129; Richard A. Parker, “Darius and His Egyptian
Campaign”, in The American Journal of Semitic Languages and Literatures, vol.
58, No 4 (octobre 1941), p. 377; Joseph Blenkinsopp, Essays on Judaism in
the Pre-Hellenistic Period (Walter de Gruyter GmbH, Berlin, Boston: 2017), p.
188; James M. Hamilton Jr., God’s Glory un Salvation Through Jugement. A
Biblical Theology (Wheaton: Crossway, 2010), p. 255.
40 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

militaires à Jérusalem ou au pays de Juda. C’était


encore la deuxième année du roi Darius 1er…[49]

Ceci dit, il reste à déterminer sur quelle période


s’appliquent les 70 ans de Zacharie 1 : 12. Selon les
Écritures (cf. 2 Rois 25 : 1, Jérémie 39 : 1 et Ézékiel
24 : 1-2), Nabuchodonosor et ses forces armées ont
assiégé la ville de Jérusalem le 10 Tébeth (=
décembre/janvier) de la 9e année du règne de
Sédécias.[50]
Cette date chevauche entre décembre 589/janvier
588 avant notre ère[51] (cf. infra). En projetant 70 années
à partir de cette période, on se retrouve dans le courant
de l’année 519 avant notre ère, exactement dans la
deuxième année du règne de Darius où se situe le texte
de Zacharie 1 : 12, ce qui confirme notre thèse. Les
textes de Jérémie 52 : 3-5 et 2 Rois 24 : 20 indiquent
que le siège de Jérusalem était la résultante de “la colère
de Jéhovah” contre les habitants de Juda et de Jérusalem,

[49]
Le Paradis rétabli parmi les hommes, pp. 24, 138, 191.
[50]
Une tablette cunéiforme (BM 21946) montre que le roi Joachin (fils de
Joachim) qui régna seulement 3 mois et 10 jours (cf. 2 Chroniques 36 :9) fut
détrôné au 2e jour du mois d’Adar (février/mars) de la 7e année du règne
Nabuchodonosor — ce qui correspond au 16 mars 597 avant notre ère — et
fut remplacé sur le trône de Juda par autre roi choisi par le roi babylonien,
lequel n’est autre que Sédécias selon 2 Rois 24 : 12-17 et 2 Chroniques 36 : 9-
10.. Le professeur Donald. J. Wiseman écrit: “Le 16 mars 597 avant notre ère
est une date ferme à la fois pour la chronologie babylonienne et pour celle de
l’Ancien Testament.”— Donald. J. Wiseman, Documents from Old Testament
Time (New York: Harper and Row, 1958), p. 81. Voir aussi J. Kenneth Kuntz,
The People of Ancient Israel: An Introduction to Old Testament Literature,
History, and Thought (New York: Harper & Row, 1974), p. 344.
[51]
Rodger C. Young, “When did Jerusalem fall ?”, in Journal of the Evangelical
Theology Society (mars 2004), pp. 21-38; Ralph Alexander, Everyman’s Bible
Commentaries: Ezekiel (Moody Press: 1976), p. 90; John M. Bracke, Jeremiah
30-52 and Lamentations, WBC (Louisville: Westminster John Knox Press:
2000), Stephen R. Miller, Daniel: New American Commentary; (Nashville:
Broadmans & Holman, 1994), p. 43.
Alexandre Salomon 41

un siège qui déclencha une terrible famine. Or, la


question de l’ange de YHWH évoque précisément une
colère qui perdure “depuis soixante-dix ans” et les
récoltes n’étaient pas fructueuses à cette époque comme
on l’a déjà signifié. Comme quoi la colère divine s’était
abattue sur le royaume de Juda depuis le siège de la
ville, en accomplissement d’une parole sévère prononcée
par Moïse de la part de YHWH à l’encontre du peuple
si celui-ci venait à désobéir aux commandements divins :
Jéhovah suscitera contre toi une nation venant de loin,
du bout de la terre, qui t’attaquera soudainement,
comme un aigle qui fond sur sa proie, une nation dont
tu ne comprendras pas la langue, une nation au visage
féroce, qui n’aura pas d’égards pour les vieillards ni de
pitié pour les jeunes. (…) Ils t’assiégeront : ils
t’emprisonneront dans toutes les villes de ton pays
jusqu’à ce que tombent tes murailles hautes et
fortifiées, dans lesquelles tu mets ta confiance. Oui, ils
t’assiégeront dans toutes les villes du pays que Jéhovah
ton Dieu t’a donnée. Et le siège sera si terrible et ton
ennemi te causera une telle détresse que tu mangeras
tes propres enfants, la chair des fils et des filles que
Jéhovah ton Dieu t’aura donnés. — Deutéronome 28 :
49-53, TMN 2018.

À présent, élargissons notre analyse contextuelle du


texte de Zacharie 1 : 12 en vérifiant s’ils confirment ou
non la thèse que nous défendons.
42 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

4. La question des jeûnes

Au chapitre 7 du livre de Zacharie se trouve une


autre mention de 70 ans, cette fois-ci en rapport avec
des jeûnes respectés par les Juifs depuis leur exil à
Babylone. Nous lisons :
Et dans la quatrième année du règne du roi Darius,
Jéhovah parla à Zacharie. C’était le quatrième jour du
neuvième mois, c’est-à-dire le mois de kislev. Les
habitants de Béthel envoyèrent Sharézèr ainsi que
Réguèm-Mélek et ses hommes implorer la faveur de
Jéhovah, en disant aux prêtres du temple de Jéhovah
des armées ainsi qu’aux prophètes : “Dois-je pleurer et
me priver de nourriture le cinquième mois, comme je le
fais depuis tant d’années ?” — Zacharie 7 : 1-3, TMN
2018.

Nous avons déterminé plus haut que le 4 kislev de


la 4e année du règne de Darius est fixé au 7 décembre de
l’an 518 avant notre ère. À cette date précise, des Juifs
provenant de la ville de Béthel vinrent à Jérusalem pour
“implorer la faveur de Jéhovah.” Dans quel but ? Ces
derniers jeûnaient “depuis tant d’années” et leur
préoccupation était de savoir si “à présent que le fidèle
reste des Juifs rebâtissait le temple de Jéhovah à
Jérusalem et qu’à peu près la moitié du travail était déjà
terminée, convenait-il que les Béthélites continuent de
jeûner?”[52]
Le nombre d’années de leurs jeûnes est indiqué
dans la réponse de YHWH à leur requête :
Jéhovah des armées m’a de nouveau parlé. Il m’a dit :
“Dis à tous les gens du pays et aux prêtres : Quand
pendant 70 ans vous avez jeûné et poussé des
lamentations le cinquième mois et le septième mois,

[52]
Le Paradis rétabli parmi les hommes, p. 235.
Alexandre Salomon 43

est-ce vraiment pour moi que vous avez jeûné ? Et


quand vous mangiez et buviez, n’est-ce pas pour vous
que vous mangiez et buviez ? Ne devez-vous pas obéir
aux paroles que Jéhovah a fait proclamer par les
prophètes d’autrefois, à l’époque où Jérusalem et les
villes des environs étaient habitées et tranquilles, et à
l’époque où le Néguev et la Shéféla étaient habités ?”
— Zacharie 7 : 4-7, TMN 2018.

On l’aura remarqué, le “depuis tant d’années” de la


question des Juifs est en apposition au “pendant 70 ans”
de la réponse de YHWH. En hébreu, ces deux segments
se présentent comme suit :

7:3: ‫זֶ ה כַּ ֶמּה ָשׁ ִנֽים‬


zēh kammeh šānīm
7:5: ‫זֶ ה ִשׁ ְב ִﬠים ָשׁנָ ה‬
zēh šiḇ‘īm šānāh

Le verset 7 : 5 renferme la même expression qu’en


1 : 12, et on note la présence du démonstratif proche ‫זֶ ה‬
(zēh) dans les deux segments. La version TOB (éd. 2010)
traduit par “depuis tant d’années” et “depuis soixante-
dix ans.” Les Témoins de Jéhovah admettent que ces
jeûnes, pratiqués “depuis tant d’années” par les Juifs,
étaient toujours pratiqués par ces derniers en cette 4e
année de Darius (518) :
Cette question fut soulevée en 518 avant notre ère, soit
la quatrième année du règne de Darius Ier, roi de
l’Empire perse. (…) Les Juifs exilés, qui avaient jeûné
pendant les soixante-dix années de la désolation du
pays de Juda et durant toutes les années qui s’étaient
écoulées depuis que le reste était revenu dans son pays,
jeûnaient-ils réellement pour Jéhovah? Pouvait-il
accepter leurs jeûnes? Les leur avait-il imposés? Ne
jeûnaient-ils pas plutôt sur la destruction de choses que
Dieu avait condamnées à être anéanties? Leurs
44 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

abstinences d’aliments n’avaient pas plus de valeur que


lorsqu’ils mangeaient et buvaient.[53]

D’après la chronologie jéhoviste, les jeûnes avaient


été respectés non seulement pendant 70 ans (de 607 à
537) mais aussi pendant environ 20 autres années (de
537 à 518), soit au total depuis 90 ans ! Si tel était le
cas, pourquoi en cette 4e année de Darius, YHWH a-t-il
évoqué 70 ans plutôt que 90 ans de jeûne? Le décalage
d’environ 20 ans provient de la date 607 choisie pour la
destruction de Jérusalem. En témoigne le commentaire
suivant :
Les jeûnes observés “pendant soixante-dix ans” n’ont
pas pu commencer après la première déportation des
Juifs par les Babyloniens en 617, car elle eut lieu
environ neuf années avant le siège final de Jérusalem
par Nébucadnezzar, et à peu près onze ans avant
qu’une brèche ne fût ouverte dans les murailles de la
ville (le 9 Tammuz), donc avant que celle-ci ne fût
détruite (le 10 Ab) et que Guédaliah ne fût assassiné
(au septième mois, Tischri). Or, c’était justement sur
ces événements tragiques que les Juifs avaient jeûné.
Les “soixante-dix ans” durent forcément commencer
après ces trois événements douloureux, qui se
produisirent tous en 607. C’est là une preuve de plus
que la désolation du pays dura soixante-dix ans, et que
cette période débuta en 607 et prit fin en 537. [54]

Il n’y a en cela aucune preuve qui soit présentée au


lecteur. Le fait est que, justement, si les Juifs avaient
jeûné sur une période allant de 607 à 537, et aussi
“durant toutes les années qui s’étaient écoulées depuis
que le reste était revenu dans son pays”, ces jeûnes

[53]
Le Paradis rétabli parmi les hommes, pp. 234, 237.
[54]
Ibid., p. 237, note en bas de page.
Alexandre Salomon 45

auraient totalisé environ 90 ans en 518 avant notre ère,


alors que le “depuis tant d’années” qu’ils ont mentionné
dans leur question se résumait à 70 ans comme YHWH
le précisa dans sa réponse. À propos de ces jeûnes, le
professeur J. Van Goudoever écrit :
Le jeûne du cinquième mois commémore la
destruction du Temple. Il y a quelques divergences
quant au jour exact : Jérémie parle du dixième jour
|Jer 52.12| ; dans le livre des Rois c’est le septième
jour |2 R 25 :8|. Mais la Mishnah précise que le jour
exact est le neuvième. (…) Le jeûne du septième mois
commémore l’assassinat de Godolias (Gedalyahu), le
Gouverneur de Judée préposé par Nabuchodonosor.
Le jour exact du mois n’est pas mentionné.[55]

Bien que non mentionné en Zacharie 7, il y avait


un jeûne du 4e mois (Tammuz = juin/juillet) comme
indiqué en Zacharie 8 : 19, sans doute en
commémoration de la brèche qui fut ouverte dans la
muraille de Jérusalem au 9e jour du 4e mois de la 11e
année de Sédécias lors du siège par les Babyloniens.
Quant au jeûne du 10e mois, il commémorait le début
du siège de Jérusalem.[56]

a- le jeûne du 4e mois
Nous venions de le souligner, le jeûne du 4e mois
était en commémoration de la brèche qui fut ouverte par
les Babyloniens au moment où ils assiégeaient la ville de
[55]
J. V. Goudoever, Fêtes et calendriers bibliques (Paris, Beauchesne, 3e éd.
1967), pp. 67-70 (Coll. “Théologie historique”, vol. 7, traduit de l’anglais par
Marie-Luc Kerremans).
[56]
Voir les commentaires des Témoins de Jéhovah dans Le Paradis rétabli
parmi les hommes, p. 236 ; Étude perspicace, vol. II, p. 38.
46 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

Jérusalem. Selon les textes de 2 Rois 25:2-4 et Jérémie


52:5-7, cela advint au 9e jour du 4e mois de la 11e année
de Sédécias. En nous basant sur les doubles-datations
fournies par la Bible[57], on peut déterminer à quand
correspond cette 11e année de Sédécias par rapport à
Nabuchodonosor dont les années de règne sont bien
établies grâce aux tablettes cunéiformes et aux
témoignages d’historiens antiques[58] :

COMPUT JUDÉEN COMPUT


BABYLONIEN

Roi judéen Année Roi babylonien Année Année


Joachim 4e Nabuchodonosor 1e Accession

Joachim 5e Nabuchodonosor 2e 1e

Joachim 6e Nabuchodonosor 3e 2e

Joachim 7e Nabuchodonosor 4e 3e

Joachim 8e Nabuchodonosor 5e 4e

Joachim 9e Nabuchodonosor 6e 5e

Joachim 10e Nabuchodonosor 7e 6e

Joachim 11e Nabuchodonosor 8e 7e

[57]
Jérémie 25 : 1 ; 32 : -2 ; 46 : 1-2 ; 52 : 1, 12.
[58]
“La chronologie de l’Empire néo-babylonien est bien établie grâce à des
dates considérables provenant des tablettes commerciales et les chroniques de
Nabopolassar, de Nabuchodonosor II et de Nabonide ; elle a été renforcée par
un texte d’éclipse datant de la 37e année de Nabuchodonosor. La période a
débuté avec l’émergence de Nabuchodonosor au trône en 605 et a pris fin avec
la conquête de Babylone en 539. Pour des raisons bibliques, cette période peut
s’étendre en l’an 609, l’année de la mort du roi Josias dans la bataille avec
l’égyptien Nékao II à Karkemish (2 Rois 23 : 29).” — David Noël Freedman,
Eerdmans Dictionary of the Bible (Wm. B. Eerdmans Publishing Co. : 2000),
pp. 245-246. Voir “Le Canon de Ptolémée : Ossature de la chronologie néo-
babylonienne ?”, in Quand l’ancienne Jérusalem a-t-elle été détruite ?, pp. 126-
185.
Alexandre Salomon 47

Joachin 3 mois Nabuchodonosor 8e 8e

Sédécias 1e Nabuchodonosor 9e 8e

Sédécias 2e Nabuchodonosor 10e 9e

Sédécias 3e Nabuchodonosor 11e 10e

Sédécias 4e Nabuchodonosor 12e 11e

Sédécias 5e Nabuchodonosor 13e 12e

Sédécias 6e Nabuchodonosor 14e 13e

Sédécias 7e Nabuchodonosor 15e 14e

Sédécias 8e Nabuchodonosor 16e 15e

Sédécias 9e Nabuchodonosor 17e 16e

Sédécias 10e Nabuchodonosor 18e 17e

Sédécias 11e Nabuchodonosor 19e 18e

La 11e année du règne de Sédécias (comput judéen)


coïncide avec la 18e année du règne de Nabuchodonosor
dans le comput babylonien (sa 19e dans le comput
judéen). En calculant le 9e jour de Tammuz[59] de la 18e
année du règne de Nabuchodonosor, on obtient :

[59]
Tammuz est aussi appelé Dumuzi.
48 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

La brèche dans les murailles de Jérusalem survint le


29 juillet 587 avant notre ère[60], soit environ 70 ans
avant que les Béthélites ne se rendent pour interroger les
prêtres et les prophètes à Jérusalem le 7 décembre de
l’an 518 avant notre ère.

b- le jeûne du 5e mois
Le jeûne du 5e mois (Ab= juillet/août)
commémorait la destruction de Jérusalem et de son
temple qui est datée du 7e au 10e jour[61] du 5e mois de la
19e année de Nabuchodonosor (cf. Jérémie 52 : 12, 13 ;
2 Rois 25: 8, 9), ce qui correspond à sa 18e année dans
le comput babylonien[62] (cf. supra). Pour le 7e jour, on
obtient :

[60]
Voir Rainer Albertz, Israel in Exile: The History and Literature of the Sixth
Century B.C.E. Traduit en anglais par David Green (Atlanta, Society of Biblical
Literature: 2003), p. 81; Alan B. Lloyd, Herodotus: Commentary 99-182.
Book II (2e éd. Leiden, Brill: 1993), p. 244.
[61]
“Évidemment, le feu a commencé le 7e jour du 5e mois, et il a continué à
brûler jusqu’au 10e jour du mois.” — Dr. Floyd Nolen Jones, The Chronology
of the Old Testament : A Return to Basics (Master Books. Green Forest, USA,
4e éd. 2009), p. 127, note en bas de page.
[62]
À propos du chapitre 52 de Jérémie, qui n’apparaît pas dans la Septante
(LXX), certains biblistes sont d’avis qu’il n’est pas de la plume du prophète lui-
même, mais probablement ajouté par son scribe Baruch ou par Esdras (cf. Dr.
Jones, The Chronology of the Old Testament, op. cit., p. 127). Ceux-ci
postulent que la datation en Jér. 52 : 28-34 suit le comput babylonien et
correspond aux données de 2 Rois 24 : 12 ; 25 : 8 (comput judéen). C’est
l’avis, par exemple, de Rodger C. Young (cf. “When did Jerusalem fall ?”, op.
cit., p. 36) et de Bruno Kolberg (cf. Redating the Hebrew Kings, 2010, pp. 81-
85). Mais un problème se pose. Si le rédacteur du chapitre 52 a adopté un
comput babylonien, distinct de celui employé dans les autres parties du livre,
comment expliquer que la mention de la 19e année au verset 12 puisse
s’harmoniser avec les données des autres parties du livre (écrites sous la dictée
de Jérémie) ? Il va s’en dire que la 7e année, la 18e année et la 23e année de
Nabuchodonosor (cf. 52 : 28-30) sont mentionnées toujours suivant la
méthode judéenne et concernent, donc, des événements différents de ceux
relatés en 2 Rois 24 & 25, comme le souligne le Dr. Jones. Qui plus est, si on
admet que le livre des Rois suit un comput judéen, on s’étonnerait que 2 Rois
Alexandre Salomon 49

Et pour le 10e :

Ainsi, la destruction de Jérusalem et du temple se


situe entre le 25 et le 28 août de l’an 587 avant notre

25 : 27 puisse évoquer la libération de Joachin dans la 37e année de son exil —


exactement comme ce qui est mentionné en Jérémie 52 : 31. À l’évidence, les
deux rouleaux adoptent un comput identique ; la destruction du Temple ne
peut donc être celle évoquée en Jérémie 52 : 29. Les 832 personnes captives
mentionnées dans le passage peuvent s’agir des Juifs qui essayaient de fuir par
la brèche ouverte par les Babyloniens.
50 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

ère. De cette période jusqu’en décembre de l’an 518, on


a encore environ 70 ans.

c- le jeûne du 7e mois
Le jeûne du 7e mois (Tishri = septembre/octobre)
commémorait l’assassinat de Guedalia, toujours dans la
19e année de Nabuchodonosor (cf. 2 Rois 25:22-26). Le
jour n’étant pas précisé, on peut situer l’assassinat entre
le 1er et le 14e jour du 7e mois de la 19e année de
Nabuchodonosor:
Alexandre Salomon 51

Cela nous situe entre le 18 et le 31 octobre de l’an


587 avant notre ère. Encore une fois, jusqu’en décembre
de l’an 518, on a encore environ 70 ans.

d- le jeûne du 10e mois


Le jeûne du 10e mois commémorait le début du
siège de Jérusalem. Nous en parlions plus haut à propos
des 70 ans qui étaient en cours en 519. La date du début
du siège est fixé au 10 Tébeth (= décembre/janvier) de
la 9e année du règne de Sédécias — ce qui coïncide avec
la 16e année du règne de Nabuchodonosor dans le
comput babylonien (cf. 2 Rois 25 : 1, Jérémie 39 : 1 ;
Ézékiel 24 : 1-2). En calant cette date précisément dans
le calendrier julien, on obtient :

Le siège est donc précisément situé en mi-janvier


588 avant notre ère ; jusqu’en décembre 518, on arrive
une fois de plus aux alentours de 70 ans.
À la lumière de ces données, un constat s’impose :
les renseignements bibliques à propos des quatre jeûnes
pointent tous vers la période 589-587 avant notre ère
comme marquant celle du siège et de la destruction de
Jérusalem.
52 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

CONCLUSION

À la question initiale : “les 70 ans de Zacharie 1 :12


correspondent-ils aux 70 ans prophétisés par Jérémie ?”,
la réponse est un non absolu. Voilà qui fait dire à David
L. Petersen, spécialiste de l’Ancien Testament :
L’usage conventionnel de soixante-dix ans chez
Jérémie a une connotation tout à fait différente de celle
employée chez Zacharie. Alors que chez Zacharie les
soixante-dix ans se réfèrent à une longue période de
dévastation judaïque, une période pendant laquelle la
domination babylonienne avait cédé la place à la
domination persane, les soixante-dix ans chez Jérémie
se réfèrent à la période pendant laquelle Babylone
exercerait l’hégémonie sur le Proche-Orient.[63]

Le professeur Mark J. Boda renchérit :


L’accent mis sur la durée est clair non seulement en
raison de la question d’ouverture (jusqu’à quand ?),
mais aussi en raison de l’emploi du démonstratif (...) et
surtout la référence aux soixante-dix ans. Cet usage du
motif des "soixante-dix ans" comme durée temporelle
de l’expérience disciplinaire de Juda a souvent suscité
une association avec l’exil. Or, l’exil du peuple n’est
pas au premier plan dans ce premier rapport de vision.
(…) En Jér. 25 : 11-12, l’image des soixante-dix ans
est directement liée à la période pendant laquelle les
nations serviront le roi de Babylone, période inaugurée
par la désolation du pays tout entier et complétée par
le châtiment divin sur le roi de Babylone et son pays. Il
n’y a cependant aucune référence explicite à l’exil en
25 : 11-12. (...) En Zacharie 1, les soixante-dix ans ne
sont aucunement liés à la période de l’exil, mais au

[63]
David L. Petersen, Haggai and Zechariah 1–8: A Commentary, OTL
(Philadelphia: Westminster, 1984), p. 150.
Alexandre Salomon 53

témoignage plus large de la période de désolation dont


la promesse est maintenant faite d’y mettre fin. (....)
L’usage du motif des soixante-dix ans en Zacharie
chapitres 1 et 7 est lié, dans ces passages, aux années
519 et 518, au début du règne de Darius Ier, et cela
suggère que la chute de Jérusalem en 587-586 pourrait
bien être considérée comme le point de départ de cette
l’époque, avec comme point final la reconstruction du
temple, qui s’acheva entre 520 et 515. Le texte de 2
Chroniques 36 identifie clairement le début du règne
de Cyrus le Grand en 539 comme la fin des soixante-
dix ans prédits par Jérémie (36 : 20-21). Soixante-dix
ans avant cet événement marque 609 comme la date
de départ de cette période. Il est toutefois intéressant
de noter que dans le livre des Chroniques, la mort de
Josias (en 609) marque une transition importante dans
l’histoire de Juda, signalant la fin du règne
indépendant du royaume du sud. Dès lors, il apparaît
que Zacharie et les Chroniques reflètent deux
différentes manières d’appliquer la tradition
disciplinaire de soixante-dix ans, l’une qui s’achève
soixante-dix ans après la mort de Josias avec
l’invitation de Cyrus aux Juifs de retourner au pays, et
l’autre soixante-dix ans après la destruction de
Jérusalem et de son temple avec la reconstruction du
temple et de la cité.[64]

La date 607 défendue bec et ongles par les Témoins


de Jéhovah pour la destruction de Jérusalem est un
mythe historique qui repose sur des bases extrêmement
fragiles. Aucun historien ou bibliste sérieux ne peut
défendre une telle date dont le seul motif d’existence
repose plus sur des présupposés théologico-prophétiques
que sur les données historiques.

[64]
Mark J. Boda, The Book of Zechariah. New International Commentary on
the Old Testament (Grand Rapids: Eerdmans, 2016), pp. 135-137.
54 Le démonstratif hébreu ‫( זֶ ה‬zēh)

BIBLIOGRAPHIE

● Les principaux ouvrages des Témoins de Jéhovah cités dans ce


dossier, hormis La Tour de Garde et la TMN :

- “Babylone la Grande est tombée !” Le Royaume de Dieu


a commencé son règne ! (éd. 1971).

- Le Paradis rétabli parmi les hommes — grâce à la


Théocratie! (1977).

- Étude perspicace des Écritures, vol. I & II (1997)

- Prêtons attention à la prophétie de Daniel ! (éd. 1999).

- L’humanité à la recherche de Dieu (éd. 2006).

● Quelques ouvrages et documents recommandés en rapport


avec le thème de cette étude :

- Winkle, Ross E. “Jeremiah’s seventy years for Babylon:


A Re-assessment”, Andrews University Seminary Studies,
vol. XXV: 2, 3 (éd. 1987).

- Jonsson, Carl Olof. The Gentiles Times Reconsidered:


Chronology and Christ’s Return (éd. 2004.)

- Mason, Doug. Bible Chronology and the Seventy Years,


(éd. 2011).

- Salomon, Alexandre. Quand l’ancienne Jérusalem a-t-elle


été détruite ? Réponse aux Témoins de Jéhovah (éd.
2012).

● Quelques liens recommandés :

- Christian Lauwerière
[Link]

- Robert Alard
[Link]
Alexandre Salomon 55

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