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Dialogue pour une masculinité positive

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Liz Plank.

Traduction de Sophie Cardinal-Corriveau

DIALOGUE POUR UNE


MASCULINITÉ POSITIVE

(Î.,L1 é l) C ( '. ;\ 111 é 1·i<J II('


Les hommes sont esclaves
4
de leur corps et de
leurs parties génitales

Disons-le d'emblée: les hommes et les femmes ont plus de similarités


que de différences. Ce concept est appelé «l'hypothèse de la simili-
tude des genres» (ou « Gender Similarities Hypothesis »). L'expres-
sion est née sous la plume de Janet Shibley Hyde, qui a découvert le
concept en faisant une revue de 46 méta-analyses d'études révisées
par les pairs qui examinaient les différences entre les sexes. Après
avoir étudié de près des dizaines d'articles savants, elle a constaté
que, sur le plan des caractéristiques psychologiques, les femmes et
les hommes sont plus semblables que différents, et ce, tout au long
de leur vie.
Si elle a relevé des différences sur le plan moteur (la portée et la
force du lancer), elle n'a trouvé que des différences quasi nulles dans
• l' · ·t' 1 s habiletés langa-
des"
traits psychologiques comme agressiVl e, e

.
l' ffi tion et l'estime de
gieres
. et . mathématiques,
. , de meme ,que ad rmales études conçues
soi. Fait mteressant: elle a observe que, ans•al les .gens etaient , .
pour amoindrir l'importance des normes ' soci tt ndes,normalement de
plus enclins à agir à l'encontre de ce qudi
1 on a·t que
e leur genre n'allait
eur genre. Par exemple, quand on leur·t sai as connu des chercheurs,
pas figurer dans les résultats et ne serai di ue les femmes
1 h . d f: lus passive tan s q
es ommes agissaient e açon P d les perceptions
' • · 1 · enten re que
eta1ent plus agressives, ce qui aisse t limitent fortement
•a1 t mportement e
soc1 es conditionnent no re co, ·r selon notre vo1onté ·
notrP HhPrt~ nPt'cue ou rée lle d agi
La recherche de Hyde a poussé l'American PsychologicaJ Asso
. . (APA) à émettre un avertissement contre les dangers ,. ·
oation . . , . qu tl y
a à extrapoler à partir de la [Link] de differences biologiques. L';\pA.
a corroboré les dires de la chercheuse selon lesquels « affirmer reXis.
tence des différences entre les genres peut nuire aux perspectives
d'emploi des femmes, dissuader les couples de tenter de résoudre
leurs conflits et leurs problèmes de communication, et créer des
obstacles inutiles qui peuvent nuire à l'estime de soi des enfants et
des adolescents». L'APA a ajouté que « les études montrent que le
sexe d'une personne a une incidence nulle ou minime sur saper-
sonnalité, ses facultés intellectuelles et son leadership» et que «les
différences entre Mars et Vénus sont un mythe».

Mais se servir de l'essentialisme biologique pour assigner aux


personnes des comportements genrés n'est pas nouveau. En fai~
c'était jadis commun et acceptable de dire que le comportement des
femmes relevait de leur h D . .
encore que les femmes sso ormones.t 1 , e. nos Jours, beaucoup cr01ent
a, cause de leurs fluctuati n P us emotives, hystériques et instables
0
quement cause de vives réact· ns menstruelles,
L , certes, mais le dire publi-
une vieille croyance ui , , ions. _e determinisme biologique est
q a ete P0 pula1re
rieur des cercles scientifi . tant a' r·1nteneur
, · qua ,, l'exte-,
,.1. ques, mais les pr . . ,
qu 1 implique sont dan opos1tions mensongeres
O'R ·n gereuses. Par exem 1
,t . ei Y a posé une question .
1 . incroyabiem P e, en. 2008, quand Bill
e aient es inconvénients pot t· , ent sexiste, à savoir quels
d d en ie1sa .
ence pays, à son invité Marc [Link] avo,r une femme à la prési-
voulez dire en plus du SPM ov, celui-ci a rép d . V
Même si plusieurs cro. et des sautes d'humeur?» on u. « ous
. 1entencor
tenant considéré seXiste de . e ce genre de ch .
capacité d'agir de c rabaisser ainsi 1 ose, d est main-
s [Link] M • , . e comp
portement
il d'une femm .1 ais s Il est absurd ortement et la
e sur e dos d e de Ill t
pas tout aussi absurde d c . e ses horlllon e tre le com-
S. e 1.a1re la m" es, Pou
! I nous
I croyons que les f; eme chose rquoi n'est-
e p an hormonal tout emmes peuv ent Viv-re d av-ec le s h. olllllles ?
en restant maîtresses d' U es fluctuatio .
e es-111ê ns sur
n lll~~dJ
e eUr.
vie, pourquoi ne pouvons-
, li nous pas voir 1
s app quer aux hommes'? s· que a même chose peut
· i nous sti •
préjugés envers les femmes su 1 b gmatisons les gens qui ont des
. l' r a ase du déter . .
pourquoi to erons-nous cett ,. minisme biologique
e meme cat' · • '
Nous avons investi beaucoup d t egonsation des hommes?
e emps et d' ' ·
truction des idées reçues voulant energie dans la décons-
que 1esfemm .
rationnelles ou performantes b es ne soient pas aussi
ou capa les de 1 d h'
hommes, mais qu'en est-il des myth . ea ers ip que les
es masculins?
Aucune hormone n'a plus . ,
, . mauvaise reputation que la testos-
terone. Le fait que les hommes pr0 d .
, uisent en moyenne plus de
testosterone que les femmes est utilise'· p . 'fi .
. our JUsb er 1es pires tares
sociales. La testostérone a été de tous le
. s maux sur cette terre : les
vols, les [Link], la violence - même le krach de 2008 . Le neuroscienb-· ·
fique, auteur et ancien courtier de Wail Street John Coates a affirmé
que « la testostérone vient modifier le profil de risque des cour-
tiers, les rendant plus entreprenants et causant ainsi des bulles» et
il conseillait aux banques d'embaucher des femmes et des hommes
plus vieux, censés avoir « une biologie très différente, avec moins
de testostérone». Le chroniqueur du Guardian Tim Adams a publié
un article intitulé « La testostérone et la haute finance ne font pas
bon ménage: alors, faites entrer les femmes», dans lequel il suggé-
rait que les hommes soient complètement exclus de ce domaine
parce que« nos finances ne devraient pas être confiées à de jeunes
hommes gouvernés par leurs hormones». Ces ar~uments _sont s~s
doute bien intentionnés, mais ils nous donnent 1impre~sion ~u on
ne parle pas d'adultes matures mais · P1ut"Ot d'enfants qui. n ont d autre
,
choix que d'agir en fonction de leurs impulsions physiques et emo-
tionnelles . .
· d ageable à propos de la
Mais le mythe le plus persistant et omm , .
, , . s hommes a la VIO1ence.
testostérone est qu elle pred1spose 1e
,d. osés à être plus violents que
L'idée que les hommes sont pre isp es les plus anciens et les
l' des mensong
les femmes est sans doute un , r propos. Plus choquant
tenons a 1eu
plus constants que nous ent re
73
!ncore, cette idée est couramment utilisée pour justifier le viol. En
~ffet, des théoriciens de l'évolution se rabattent sur le mythe de la
biologie masculine pour expliquer pourquoi les hommes violent les
femmes. L'entomologiste et biologiste de l'évolution Randy Thornhill
aime tellement cette théorie qu'il y a consacré tout un livre! Dans
A Natural History of Rape: Biological Bases of Sexual Coercion,
Thornhill avance que les hommes, sur le plan de l'évolution, sont
adaptés au viol des femmes parce que la récompense potentielle
qu'ils en tirent, par rapport à la reproduction, a plus de valeur que
les torts causés à la victime. Bien sûr, Thornhill ne dit rien des
hommes qui violent d'autres hommes, encore moins des hommes
victimes d'agression sexuelle de la part de femmes. Malgré cette pro-
position erronée, le livre de Thornhill n'en a pas moins été reconnu
comme étant« courageux, intelligent et révélateur, avec un but
noble» par le professeur de psychologie et auteur à succès Steven
Pinker. Il est aussi toujours au programme dans les écoles (j'ai eu
un professeur qui nous le faisait lire au collège) et il circule beaucoup
dans la culture populaire.
Mais il existe très peu de données montrant que la violence envers
les femmes a quelque chose à voir avec la testostérone. Les délin-
qu~r ts sexuels n' on! pas un taux de testostérone plus élevé que les
autr,.C;!s hommes, et nen ne prouve que les violeurs castrés présentent
un taux de récidive moins élevé. Les hommes qui deviennent violents
envers leurs partenaires n'ont pas, eux non plus, un taux de testos-
térone plus élevé que la population générale. En fait, les scientifi ues
qui ont étudié les effets de l'altération des variati'ons h q
ormona1es
chez les auteurs de violence conjugale ont découvert qu .
e 1aso1utlon
la plus efficace pour freiner le comportement des agres , . d
, . seurs eta1t e
les aider a changer certames de leurs croyances les plu c
, . s pro10ndes
et les plus nefastes, notamment le sentiment que tout ,.
, · . . 1eur est du.
Quand le livre controverse de Thornhill est sorti, de nomb
. , , reux experts
dans son domaine ont exprime leur desaccord par rapport , ,
c , , • a sa theo-
rie. Patricia Adair Gowaty, pro1esseure emente et biologiste d l' ,
. . , . d e evo-
lution à l'Université de Cahforme, a ecnt ans un compte-r d
en udu
livre pour le .New, York Times que « nous, les sociobiologistes, nous
soIIlIIles
. entiches .de certaines idées en r ab sence d e d onnees
, cré-
dibles et, substantielles».
. Les théories sur 1e VIO
· 1 sont « intuitives
• .. et
donc seduisantes,, .et, elles, correspondent a' p1usieurs
· , •
expenences
que nous avons deJa menees », mais Gowaty so u1·igne 1e manque d e
« contrôles scientifiques adéquats» dans bon no m b re d e ces etu, d es.
En ~'autres mots, la professeure soutient qu'il est trop facile pour ses
collegues de «prouver» les théories qu'ils tiennent déjà pour vraies
tout en ignorant les données qui les infirmeraient.
Soyons clairs : il existe bel et bien un lien entre la violence et la
testostérone, mais ce n'est pas celui que ron croit. En fait, alors que
les scientifiques tentent de trouver un lien de causalité, les données
indiquent plutôt que la testostérone n'est pas la cause de la violence,
mais un résultat potentiel. Dans une étude menée au Knox College,
les hommes à qui l'on demandait de tenir une arme à feu voyaient
leur taux de testostérone grimper cent fois plus que ceux à qui l'on
demandait de tenir un jeu d' Attrap'Souris. Tenir une arme à feu
poussait même les hommes à verser davantage de sauce piquante
dans le verre d'eau que les chercheurs disaient destiné à un autre
homme. Autrement dit, la testostérone semble suivre le comporte-
ment violent plutôt que de le précéder. La testostérone joue un rôle
primordial dans le déclenchement de certains mécanismes dévelop-
pementaux, comme l'apparition de la pilosité faciale, le chan~eme~t
du registre de la voix et l'augmentation de la masse musculrure (fait
. , • duite par les ovaires et néces-
mteressant: cette hormone est aussi ') pro · il n'existe pas de preuves
saire à leur bon fonctionnement·. , mais
t t qu'elle est la cause d es
unanimes revues par les pairs mon ran
comportements violents. d s hormones: plusieurs fac-
Nous ne sommes pas esclaves e no .d uloi· r répondre
. ment ce1ui e vo
teurs influent sur nos choIX, notam t , montrer que la
, h h s commencen a
a des attentes. Certaines rec erc ,e otre genre est un meilleur indi-
perception des autres par rapport a n tre genre en soi. L'un
· lents que no
cateur de nos comportements VIO
75
des exemples les plus fascinants est une étude au cours de la
on demandait à des femmes et des hommes de jouer à une siJnJU~lle
. ation
de conflit mondial. Quand on leur disait que 1es chercheurs c ,
. 0 nna1s.
saient le nom et le genre des suJets, les femmes lançaient moins de
bombes que les hommes, mais quand on leur accordait l'anonymat,
elles en lançaient plus. Si nous n'avions pas le réflexe de voir les
femmes comme des êtres aussi pacifiques et les hommes comme des
êtres aussi violents, peut-être qu'elles et ils agiraient différemment
Malgré le manque de recherches prouvant que la testostérone est
la cause des comportements violents, je ne dis pas que les hormones
et la testostérone n'ont aucun effet sur les hommes (ou sur les
femmes, par ailleurs). Ce serait ridicule. Mais je crois que l'influence
de la testostérone sur le comportement des hommes a été largement
exagérée et mal représentée dans la recherche scientifique de même
que dans la culture populaire. Plutôt que d'exposer les effets nuancés
et peut-être même positifs de la testostérone, on s'en sert pour jus-
tifier les pires comportements chez les hommes. Mais la recherche
commence à nous donner une vision beaucoup plus complexe de
ses effets sur le corps humain.

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur ta testostérone


Par exemple, des chercheurs de l'Université d'État de Pennsylvanie
ont étudié l'effet de la testostérone sur les hommes et constaté que
« les perceptions générales de l'effet de la testostérone sur les com-
portements dits virils sont fausses». Les chercheurs encouragent la
communauté scientifique à reconnaître ses préjugés vis-à-vis de
la testostérone et à prendre en compte d'autres variables et facteurs
dans les études à son sujet: « Nous devons nous éloigner de ces
notions simplistes en traitant la testostérone comme l'un des facteurs
parmi
. d'autres
. vari·ables physio · 1ogiques,
• psych o1ogiques
. •
et socio-
logiques qui entrent en jeu dans des modèles de comportements
interactifs et réciproq Il .
· ues. » s avancent dans leur article que la tes-
toStérone seule ne peut pas expliquer les comportements des homm~
76
rrtaiS
1,µ
que nous devons ,
considérer

la façon dont cette h ormone est
erçue dans
,. un, systeme social donné,
, . car «l'environnement social.
[Link] un role de dans la comprehens1on des liens entre 1e compor-
. ,
Jtement et les hormones». Cette 1dee trouve écho dans l'étude du
regretté Christoph ~isenegger de l'Université de Cambridge, qui en
arrivait à la conclusion que la plus grande action de la testostérone
n'était pas de rendre les hommes plus agressifs, mais plutôt de les
motiver à être plus compétitifs et désireux d'atteindre un statut social
élevé. C'est pourquoi des recherches montrent, par exemple, que les
hommes connaîtront une hausse de leur taux de testostérone lors
d'activités passives comme une partie d'échecs, même si aucun effort
physique n'est requis, et pourquoi il n'y a pas de différence de taux
de testostérone entre les prisonniers socialement dominants non
agressifs et les prisonniers au comportement violent. Si la testosté-
rone était un indicateur de comportements violents ou agressifs, on
verrait probablement une différence entre les divers types de délin-
quants, mais le taux de testostérone ne varie pas entre les hommes
qui tentent d'affirmer leur domination en agressant les autres et ceux
qui ne le font pas. Peut-être que, si nous cessions de généraliser et
de voir tous les hommes comme des êtres intrinsèquement violents,
nous serions en mesure de voir ce qui fait que nombre d'entre eux
dévient de la norme.
Même si je n'ai trouvé que très peu d'études axées sur les effets
positifs de la testostérone sur les hommes (si quelqu'un a envie d'en
financer une, il faut pas se gêner!), certaines commencent à montrer
qu'elle peut induire un comportement prosocial. Par exemple, en
Allemagne, une étude portant sur 91 hommes a montré que, lorsque
l'on administrait une petite dose de testostérone aux hommes, ces
derniers devenaient en fait plus honnêtes. Quand on leur demandait
de · , , pécuniaire et que les
Jouer a un jeu qui offrait une recompense ,
ch h • ·ent reçu la testosterone
erc eurs quittaient la pièce, ceux qui avai , . ,
ét · 1 clins à dire la vente
aient moins susceptibles de tricher et P us. en
t ue parce que lare- ,
que 1e groupe témoin. Les chercheurs croien q ' . .
c . · de tricher constituait
ompense était modeste, être surpris en train
77
une menace pour leur statut social que n'égalait pas le bénéfi
, , cede
cet argent. Parce que Ia testosterone pousse a 1a compétition
obtenir un statut soc1·al p Ius e'I eve, ' eIl e ren dait· 1es hommes Pour
. SI 1
, de, les hommPus
honnêtes, et non Ie contraire. e on une autre etu ,
es a
qui on administrait une faible dose de testostérone devenaient plus
généreux envers un négociateur avec lequel on leur demandait de
conclure une transaction. Parce que la générosité peut contribuer à
élever le statut social, la testostérone augmentait leur gentillesse
envers leur négociateur collaboratif. Les chercheurs en ont conclu
qu' « une interprétation possible de notre étude est que l' adminis-
tration de testostérone modifie le souci de l'image de soi [25], ou
la fierté [16] », c'est-à-dire qu'elle accentue les comportements qui
rendent le sujet fier et qu'elle tend à lui faire éviter les comportements
considérés comme mesquins ou déshonorants.
Pour le dire simplement, la façon dont les hommes sont affectés
par la testostérone dépend des perceptions sociales et des normes
que nous créons: ses effets sont variables et fortement condition-
nés par notre environnement social. La testostérone encourage les
hommes à chercher un statut, mais c'est nous qui en déterminons
le rang, à raide de normes sociales dont nous avons convenu. Si être
plus turbulent confère à un homme un statut plus élevé, alors la
testostérone pourrait le rendre plus turbulent - chose que notre
société récompense sans aucun doute. Donc, si nous ne partions pas
du principe que les hommes sont agressifs et, plus important encore,
si nous cessions d'anticiper et de récompenser ces comportements,
la testostérone pourrait servir à pousser les hommes à adopter des
agissements plus prosociaux. La testostérone contribue à rendre les
hommes compétitifs et désireux d'élever leur statut, mais c'est 1a
façoh d'y parvenir qu'on leur enseigne qui les rend violents. Si nous
ne récompensions pas ces agissements, si nous ne nourrissions pas
de telles attentes envers les hommes, qui sait si, en fin de compte,
ces derniers ne seraient pas moins violents que les femmes ? La tes-
tostérone ne crée pas les comportements, mais elle peut les rendre
plus probables; à partir de là, le choix d'une personne de s'adonner

78
à un comportement
. donné est fortement asso cie
• , au message social
.
qu'elle reçoit.
Si beaucoup d'études
, traitent des liens entre la t est os t,erone et 1a
domination sous, 1angle. de. , la prise de risque , peu d"1ssoc1ent. cette
notion de celle _d agress1vite. La plupart mêlent tout ensemble, sans
distinguer la violence de la compétitivité. C'est dommage que la
majorité des études consacrées à la testostérone semblent basées sur
des préconceptions négatives à propos des hommes. Elles partent
du principe que la compétitivité mène inévitablement à la violence,
ce qui n'est tout simplement pas vrai dans le monde moderne civi-
lisé. Si plus de chercheurs s'intéressaient aux effets positifs de la
testostérone, peut-être que nous arriverions à des conclusions bien
différentes sur cette hormone et sur le comportement des hommes.
Mais il n'y a pas que du négatif. De nouvelles données viennent
contredire les mensonges essentialistes qui courent à propos de la
testostérone. Des chercheurs de l'Université du Michigan à Ann
Arbor ont découvert que le taux de testostérone des hommes varie
fortement selon le lieu où ils ont été élevés. Lors de leur expérience,
où des sujets masculins étaient accostés et insultés par un passant,
les hommes élevés dans ·le sud des États-Unis étaient plus suscep-
tibles de ·r éagir avec agressivité et de voir leur testostérone augmen-
ter que ceux élevés dans le nord. A quelle conclusion les chercheurs
en sont-ils venus? La testostérone ne pousse personne à se battre;
on la sécrète plutôt quand on sent qu'on doit se battre. I;_n réalité,
' l' · · 1 · d" t la biologie et non l 1nverse.
c est enVIronnement socia qui 1c e '
, d 1 monde Des chercheurs
Et • , e' la même
, ces effets sont étudies partout ans · conclusion
. en
de 1Université de Durham en ,sont, arrives a
B ngladesh avec d,autres nes
,
comparant des garçons nés et eleves au a e-uni depuis . 1,en1ance.
c.
au Bangladesh mais qui vivent au Royaum , "t d, t r
Les chercheurs ont observé que le taux de testostérone ;ta1 b e e -
miné par l'environnement social des sujets plutôt que par eUur. agage
, ,. . . di au Royaume- n1 mon-
genetique. Les garçons qui avaient gran , , 1 s chercheurs en
1
traient tous un taux de testostérone plus e eve. e
79
ont conclu que la testostérone n'est pas déterminée p d
. l . . , Il fl , t 1 1 ar es facteu
b10 ogiques, mais qu e e « re e e p utot e milieu da 1 rs
A

ns equel 1·1
ont grandi». s
De plus, si le sexe d'une personne ne laisse pas nécess •
, a1rement
presager son comportement, sa croyance en un essentialisme bio.
logique, elle, semble bien le faire. Les recherches montrent que l'un
des moyens les plus faciles de prédire la tolérance d'une personne
aux préjugés, ce n'est pas son genre, mais plutôt sa tendance à croire
à l'essentialisme biologique. Selon une étude menée au Danemark
et en Australie, les personnes qui pensent volontiers que les hommes
et les femmes sont biologiquement prédisposés à agir et à penser
d'une certaine façon risquent fort de ne pas soutenir une vision
égalitaire des rôles de genre et d'appuyer une discrimination selon
les sexes. Les données montrent aussi que « les personnes hautement
essentialistes étaient plus susceptibles d'avoir une opinion négative
d'une candidate politique féminine en quête de pouvoir, par rapport
à un candidat masculin». L'égalité des genres semble aussi être un
bon indicateur des préférences qu'un genre a envers l'autre. En effet,
un sondage à grande échelle mené dans dix pays à travers le monde
indique que nos préférences pour les caractéristiques conformes à
la théorie de l'évolution disparaissent dans les sociétés plus égali-
taires. L'indice mondial de l'écart entre les genres (Global Gender
Gap Index, GGGI) montre que, plus l'égalité est grande dans un
pays, moins les gens semblent attirés par ce que la biologie déter-
ministe traditionnelle laisse présager. Les hommes en Finlande
préfèrent les femmes intelligentes. Les femmes en Allemagne pré-
fèrent les hommes qui font le ménage. Dans les sociétés où l'égalité
des genres ne prévaut pas, les femmes aussi bien que les hommes
valorisent davantage les caractéristiques plus traditionnelles. La
théorie de l'évolution, à la base, est soutenue par l'idée que les
humains évoluent dans un environnement donné qui exerce une
influence sur eux. Par conséquent, notre ~nvironn~rnent social
conditionne nos désirs et nos besoins et merne ce qm nous attire
chez notre partenaire.
Non, le patriarcat n'est pas naturel
On présuppose souvent que la théorie del' évolution explique l' exis-
tence du patriarcat en tant que principe organisateur central dans
notre société, mais la vérité, c'est que plusieurs théoriciens del' évolu-
tion ne considèrent pas que la domination masculine est inévitable.
En fait, en dehors des humains et des chimpanzés, la domination du
mâle n'est pas un phénomène universel dans le règne animal. Comme
l'avance Valerie M. Hudson dans Sex and World Peace, la domi-
nation masculine n'est pas une caractéristique innée des sociétés
humaines: elle s'est bâtie lors du passage des sociétés de chasseurs-
cueilleurs à celles de producteurs agricoles où les ressources, et donc
les membres d'une famille, étaient maintenant des propriétés. Ce
concept justifiait la domination des hommes sur les femmes, les
enfants, les autres hommes et, bien •sûr, la nature, qui devenait alors
séparée des êtres qui !'habitaient plutôt que partie !ntégra~te: ~e
patriarcat n'est pas l'ordre naturel des choses. Il n est p~s i~~vi-
table. en fait c'est plutôt le contraire: nous avons contribue a le
créer: ce qui :eut dire qu'un changement est non seulement possible,
mais probable.
Un autre mensonge que nous entretenons au sujet des hommes
, rti' Il ment responsable de leurs corn-
est que leur cerveau n est que pa . e e énitales auraient . 1eurs propres
portements parce que leurs parties , , tte idée populaire
, . R b ' Williams a bien resume ce
preoccupations. o in . d , , l'homme un cer-
, ' t que Dieu a onne a
en disant: « Le prob1eme, c es en faire fonctionner
, . • • sez de sang pour
veau et un pen1s, mais JU ste as . , à la School of Huma-
hercheuse associee
un à la fois. » Annie Potts, c . . , d Canterbury, parle du
d l'U n1vers1te e
nities and Creative Arts e D son livre The Science/
erveaux:». ans
mythe de « l'homme aux d eux c t dans la culture popu-
. . . 'il anifeste souven ..
Fiction ofSex, elle dit qu se Ill vec sa queue» ou meme
me « Il pense a ul
laire par des expressions coIIl " erveau-pénis" est c tu-
. il ,crit que « ce c " . , ,
«Boys will be boys», mais e e e . . al "charnelle qui opere a
. il' nce prun e 1 .
rellement investi d'une inte ige , 'b ale de l'homme, et donc ui
,. , t· nnelle cere r
1mverse de la pensee ra 10 81
résiste». A force d'insister pour « essentialiser » les diffé
. d 1 b. 1 . d rences d
genres en fonction e a 10 og1e, on onne du poids à l'idé e
les garçons et les filles viennent de planètes différentes_ cette·qd~e
' eiee
devient même la seule acceptable. Apres tout, Les hommes vi
. t d 'Yi, , , l' .1
de Mars, les fiemmes vzen1:en e enus a ete essa1 e mieux vendu
ennent
des années 1990. Il est vu comme le plus grand livre sur les relations
entre les hommes et les femmes. C'est lui qui a réimplanté dans la
culture populaire le mythe selon lequel les femmes et les hommes
sont fondamentalement différents à cause de leurs dissemblances
biologiques; et ce livre, il a été écrit par John Gray, qui avait un
diplôme en méditation et avait suivi un cours par correspondance
en psyçhologie.

Les mensonges que nous répandons sur la testostérone


ne sont pas inoffensifs
Les pseudosciènces extrêmement populaires qui affirment que les
différences_entre les hommes et les femmes sont immuables inquiètent
les neuroscientifiques parce qu'elles deviennent des prophéties auto-
réalisatrices. Comme nous croyons que ces différences sont innées,
les enfants apprennent que nous attendons d'eux certains compor-
tements, puis ils les adoptent. « Les gens disent que les hommes
viennent de Mars et les femmes de Vénus, mais le cerveau est un
organe unisexe», a dit Lise Eliot, professeure en neuroscience à la
Chicago Medical School de l'Université Rosalind Franklin lors du
festival Aspen Ideas. « L'hypothèse par défaut est que ces différences
sont profondément ancrées [··· ] Mai·s 1es cerveaux mascu1·1ns et
féminins ne sont pas si différents que 1es cœurs ou 1es re1ns • d es
hommes et des .femmes. , » Les neuroscienrfi
. 1 ques ont découvert que
le. cerveau
, est s1 malleable,
, surtout chez · en f;ants, que ces petites
les •
d1fferences sont exacerbees et exagérées par 1 c
• • d-a, a iaçon dont nous
soc1al1sons 1ueremment les enfants.
Pour Eliot, les garçons ne sont pas moins émotifs 0 u empathiques
que les filles; s'ils sont moins habiles ou à l'aise à exprimer
. leurs

R?
émotions, c'est parce que nous ne les encourageons p , 1 f. .
Ses recherches montrent
. . , que les interacfions sociales
. as
onta un
e aire.
effet
durab1e sur 1a p1ast1c1te de notre cerveau · ce qui. veut dire
. que peu
importe notre . genre, notre cerveau n'est pas aussi. immuable
. ' que
nous
• le pensions.
t d , r, Quand Les hommes viennent de Mars, les fiemmes
, , , . ,
.
viennen .
e venus .
a ete ecnt, 1idée de la neuroplast·1c1·t,e n ,avait
• pas
fait son chemin dans le discours public, ma1·s mai·ntenant que nous
savon~ que le cerveau peut se transformer, il est complètement ridi-
cule d affirmer que nous sommes prisonniers de nos comportements.
Il y a une grande ironie dans tout cela: les chevaliers de la panique
masculine exhortent les hommes à s'endurcir et à prendre le contrôle
de leur vie, mais n'est-ce pas le summum de la passivité que de lais-
ser entendre que les hommes sont victimes de la chimie de leur
cerveau et qu'ils ne peuvent donc pas changer? Comme l'a dit Eliot
au Guardian : « Il n'y a pratiquement rien d'immuable dans notre
cerveau. Toutes nos compétences, nos attributs et nos traits de per-
sonnalité sont forgés par l'expérience. » Même si les chevaliers de la
panique masculine prétendent que les hommes peuvent surmonter
leurs faiblesses et leurs échecs, ils ne croient pas que les hommes ont
.la flexibilité ni l'endurance pour reprogrammer leur~ préconcep~ons
, À . D ak Chopra exprime parfaitement la situa-
genrees. mon avis, eep ,
tion quand il dit: « La plupart des gens sont convaincus _que c est
. ue c'est nous qui menons
d
leur cerveau qui mène. Ici, nous 1sons . q l' la véritable hberte
. , pour
notre cerveau. » Est-ce que ce ne serait pas a
les hommes?
La sexualité est le langage "
hommes ont le d ·t d grace auquel les
rot e demander de l'
ddee l'a•ff,e
la tendresse d l' b

amour,
' e a andon, de la sensualité
:LJI c ion et plus. '
ESTHER PEREL

5 Les hommes n'ont pas


besoin d'intimité

Le mythe du « cerveau-pénis» n'est pas seulement faux: il alimente


aussi un autre stéréotype de genre commun et dangereux, celui vou-
lant que les femmes aient besoin d'intimité alors que les hommes ne
veulent que du sexe. Ce préjugé mène à deux sortes de comporte-
ments d'intimidation : on humilie les femmes qui veulent du sexe
et on humilie les hommes qui veulent de l'intimité. La sexualité et
l'intimité sont deux parts essentielles de l'expérience humaine. Dire
que les femmes aiment discuter et faire des câlins tandis que les
hommes ne veulent que du sexe, c'est tout simplement faux.
Mais l'idée que les hommes ne veulent qu'une chose - autant de
sexe que possible - n'est pas seulement renforcée
f on sontdans
sansles films;
doute les
ceux
1
P us. grands responsables de sa propaga
d chologie de 1,evolut1on.
, .
1 1
qm, travaillent dans le domaine . e a psy Jus répandus concernant
1
. . , t es, -tes ut-vent»,
L un des principes évolutionn1S P , 1eque11es
d,apres
O
es hommes est celui du 1 semence dans 1e pus
« Je-:seme-a 1 grand
1
hommes ont pour but de déposer eur
85
nombre de femmes possible, tandis que les femmes sont en quête
d'un partenaire stable qui sera en mesure de subvenir aux heso·
· . es t ne' d e 1a th eone
de leur progéniture. Ce pnnc1pe ' · d e la sélection
llls
sexuelle de Darwin, qui expliquait selon lui pourquoi les femmes
seraient plus «prudes» et difficiles, alors que les hommes auraient
moins d'exigences parce qu'ils n'ont rien à perdre. Souvent mis de
l'avant par les chevaliers de la panique masculine, ce concept est
aussi connu dans le domaine de la psychologie de l'évolution sous
le nom de « principe de Bateman », d'après un généticien qui a sou-
tenu çette. théorie en étudiant ... les mouches à fruits. Même s'il est
encore largement respecté, le principe a été remis en question par
de nombreuses personnes en recherche, surtout des femmes (allez
comprendre), qui forment encore une très petite minorité dans le
domaine (allez comptel).dre). L'une des sceptiques du «je-sème-à-
tout-vent» est Zuleyma Tang-Martµiez,,pr ofesseure à l'Université du
Missouri à St-Louis. « Les conclusions et les prédictions de Bateman
s_o nt devenues axiomatiques et sont parfois restées incontestées
même si les données empiriques modernes les contredisaient», a-
t-elle écrit.

Ce stéréotype va si loin que nous croyons non seulement que les


hommes veulent plus de sexe, mais aussi que tous les mâles veulent
plus de sexe, même s'il s'agit là d'une grossière exagération et d'une
simplification,de l'immense diversité exprimée dans le règne animal.
Toute cette notion, qui nous vient en grande partie de la culture
[Link], est par ailleurs alimentée par la [Link] l'évolution, un
domaine largement dominé par les hommes blancs. La biologiste et
autrice Joan Roughgarden, résumant les choix de recherche de ses
collègues masculins, a déclaré à la BBC: « On dirait qu'ils utilisent
une logique de vestiaires tellement ils cherchent à calculer le "poin-
tage,, de chaque mâle. » Roughgarden est très critique à r égard de la
simplification excessive du comportement humain et des différences
genrées, qu'on considère alors comme immuables. Elle fait remar-
quer que les différences entre les sexes ne sont pas aussi répandues
ue le laissent penser
, . certaines études et qu'en essayant de preserver
,
q
ce mythe, on redwt et on sous-estime largement la di·vers1·t,e du regne
,
animal. La professeure Tang-Martinez, dont l'opinion diffère de celle
de plusieurs de ses collègues, se méfie du phénomène souvent négligé
du« biais de confirmation» observable dans les domaines des neu-
rosciences et de la biologie, où les scientifiques finissent par com-
manditer et réaliser des études qui confirment ce qu'ils tiennent déjà
pour vrai, ce qui bien sûr est modelé par l'environnement social dans
lequel ils ont grandi.
Le mythe des hommes obsédés par le sexe n'est pas seulement
faux: il alimente aussi l'idée que les hommes n'ont pas besoin
d'autres formes d'intimité physique ou psychologique. On pense
souvent que les hommes veulent plus de sexe et les femmes davan-
tage de liens émotionnels, mais, en réalité, si les données pouvaient
parler, leurs propos seraient un peu plus nuancés. La façon dont la
société contrôle le corps des femmes et la sexualité féminine est
largement documentée et difficile à réfuter. Après les procès des
sorcières de Salem et les ceintures de chasteté, les promise rings et
les politiciens qui veulent limiter l'accès à l'avortement et à la contra-
ception, ce n'est pas étonnant que les femmes soient mal à l'aise
d'exprimer Jeur appétit sexuel. Mais l'autre côté de cette médaille,
un côté beaucoup moins connu, c'est que les hofl'._~es, e°:', sont mal
à l'aise de réclamer de l'affection. Si on met de cote Je fait que nous
attendons des hommes qu'ils aient toujours envie d'avoir des rap-
dOnnons pas l'espace pour
1
d sexuels, il reste que nous. ne• eur
ports ·t' 'motionnelle et qu, a1ns1,
• •
le
emander ni pour vivre une 1nt1m1 c e1e lus acceptable pour eux
contact
, sexuel peut devenir la ,1açon aDans P un cas comme dans
d exprimer ou de recevoir de 1amour. , .
l'autre, ni les hommes ni les femmes ne sont en mesure d expnmer
leurs désirs. , . ses besoins parce qu'elle a
En d'autres mots, la femme repnme 1. t t et l'homme
appris
, . que les besoins des ,autres. sont plus
. ne, m~oilr
qu n~nens,ava1·t pas.
reprune les siens parce qu on lui a enseig

87
Si certains sont tentés d'avancer que la demande
, . , 111 asculin
P our des travailleuses du sexe prouve la verac1te de ce lllyth e
. fi , l
travailleuses mentionnent requemment que e plus gros de le
e, ces
travail n'a rien à voir avec le sexe. Janet Mock, qui parle ouverte Ur
,. d t . d fli , ,
de son expérience d ans l m us ne u sexe, a a rme qu être danseuse
nient

nue tenait davantage du travail émotionnel que du labeur physique.


Dans son livre [Link] Realness, elle dit que son travail consis-
tait davantage à « ouvrir des chemins dans la conversation pour le
stimuler, gonfler son ego et faire en sorte qu'il- se sente écouté,
comme s'il était au centre de mon attention». Dans une entrevue au
New York Times; elle dit: « Tout le monde parle de nos mouvements
de danse, qui sont super, très glamour, comme dans un vidéo de
Nelly. Mais les clients, eux, veulent quelque chose de plus tranquille:
ils veulent s'asseoir avec toi, te toucher la cuisse pendant que tu
hoches la tête en écoutant ce qu'ils disent.»
Si nous acceptons la prémisse que bien des hommes se tournent
vers les travailleuses du sexe en partie pour avoir de l'intimité, ce
n'est pas étonnant de voir émerger une nouvelle offre qui ressemble
au travail du sexe, mais sans le sexe: l'industrie des câlins. Elle existe
pour vrai et c'est une sorte d'Uber de tendresse. Quelqu'un viendra
à votre rencontre et se blottira contre vous pour une période déter-
minée et un'montant déterminé. La règle, c'est que ce soit consensuel
et explicitement non sexuel. Même si les femmes sont reconnues pour
aimer les câlins, elles ne constituent pas la majorité de la clientèle
en quête de ce service: la plupart sont des hommes hétéros dans la
cinquantaine. Dire que les femmes aiment les câlins et que les hommes
ne veulent que du sexe, c'est tout simplement faux. Une étude de
l'institut Kinsey à Bloomington portant sur les préférences de dix
mille couples hétérosexuels a montré que les baisers et les caresses
étaient plus importants pour les hommes que pour les femmes dans
un couple. Nous sommes donc peut-être plus semblables que dif-
férents: nous recherchons tous et toutes le contact humain. Si les
femmes n'ont pas la permission de vouloir des rapports sexuels et
RR
que les hommes n'ont pas la permission de vouloir de l'intimité,
alors comment fait-on pour savoir de quoi chacun a vraiment besoin?
Et le mythe voulant que les hommes n'aient pas besoin d'intimité
influence la façon dont les hommes abordent la sexualité.« La sexua-
lité est encore largement définie par les hommes», m'a dit mon ami
Michael Kimmel, spécialiste mondialement reconnu de la question
de la masculinité, autour d'une salade Cobb par un bel après-midi.
«Situ en doutes, pense aux expressions qu'on utilise pour en parler,
m'a-t-il expliqué en prenant une petite bouchée. Je me la suis tapée;
je l'ai sautée; on s'est envoyés ... C'est violent. » Il m'a fait voir que
le sexe est souvent entrepris comme une sorte de conquête: « Je l'ai
possédée!» Bien sûr, le discours implicite est que, si l'un conquiert,
forcément, l'autre sera défaite. Quelle triste façon de voir l'acte le
plus naturel et le plus intime que les humains ont en commun.
Cette idée de la violence et de la conquête inhérentes à l'activité
sexuelle chez les hommes a trouvé écho dans les conversations que
j'ai eues avec des hommes, mais ce qui m'a surprise, c'est de voir que
nombre d'entre eux ont avoué détester ce langage qu'ils avaient déjà
eux-mêmes utilisé. « Je me surprends à être encore piégé dans les
métaphores négatives, parfois violentes, de mes années de socialisa-
tion adolescente», m'a écrit Wim Laven sur Facebook quand j'ai
demandé aux hommes de me parler de ce mythe dans une discussion
publique. « Le langage est un bon exemple, pas seulement !es mots
qui sont utilisés mais aussi ceux qui ne le sont pas. Je pourrais comp-
ter sur les doigt~ d'une main les fois où j'ai entendu un gars dire_ qu'il
a «fait l'amour" en parlant avec un autre gars. [Le sexe] est touJours
• · · 'motionne!.» La vision du
VU comme un acte physique et Jamais e
A c. ·t as que diminuer la valeur
sexe comme un geste de conquete ne iai P
. , . , , · t·on qu'en ont les hommes.
de la sexualite: elle gâche aussi 1 apprecia i .
. , . , t ·r une conversation sur la
Certams m'ont dit que, pour reussir a eni ,. . . ,
sexualite' il . t, devoi·r en exclure toute trace d mtimite.
, s se surprenaien a
. plaignaient aussi du fait
Les hommes dans cette discuss10n . sed.t' onnés à se concentrer
que la masculinité idéalisée les avait con i i
89
uniquement sur la quantité de rapports sexuels, au détriment de
. . b " t t· . la
qualité. « Plus jeune, Je croyais eaucoup aux s a 1stiques" extrêm _
ment toxiques qui font partie _de la sexualité pour la plupart d:s
hommes, a écrit Patrick Davis. Par exemple, "combien de filles t'as
baisées l'an passé?", ètc., ou même combien de fois t'as eu des rap-
ports sexuels en une nuit ou une fin de semaine. » Et bien sûr, la
façon dont les hommes parlent de sexualité influence 1a façon dont
ils la vivent. Les hommes m'ont dit être prisonniers de la « bonne
façon», ou .de la «façon virile», d'avoir des rapports sexuels - que
ce soit par la taille de leur érection, la complexité ou le nombre de
positions, etc. -, plutôt que de se concentrer à être présents pendant
l'acte, ce qui,.franchement, serait sans doute plus agréable pour les
deux partenaires. «Pour.être honnête, on apprécie autant l'acte
sexuel que la possibilité de s'en. vanter par la suite»; a dit Patrick.
Malheureus_e tnent, à cause de la dynamique que la masculinité tra-
ditionnelle met en .place, de nombreux hommes voient le sexe
comme quelque chose à obtenir d'~~ femme plutôt qu'à lui donner.
Comi;ne m~ l'a expliqué Micha~l
. - Kimmel:
.
Pour beaucoup d'hommes hétéros, la compétence sexuelle se
mesure au fait qu'elle a ou non un orgasme (il tient son propre
plaisir pour acquis). Mais est-ce que ça veut dire qu'il est aussi
altruiste qu~elle? Non!! La sexualité d'une femme s'organise en
grande partie autour de la relation qu'elle a avec LUI. La sexualité
de l'homme, elle, s'organise en grande partie autour de la relation
qu'il a avec ... les autres hommes. Le sexe est souvent' une com-
pétition homosociale. Dans ce modèle, les femmes constituent
le capital central à cette discussion masculine. Alors plutôt que
de se concentrer·sur lui-même - ce qui au moins lui donnerait
une pleine conscience de soi, même de façon égoïste -, l'homme
se trouve àl' extérieur de son propre plaisir, essayant vaillamment
(et souvent vainement) de ne pas sentir son orgasme, essayant
de prouver qu'il est un bon amant en la faisant jouir, tout en
pensant à son statut glorieux parmi ses semblables.
Cette anxiété masculine par rapport à la sexualité se reflète dans
les recherches en ligne que font les hommes. Sur Google, les hommes
font des recherches sur le pénis plus que sur toute autre partie du
, . .
corps.« Est-ce que mon pen1s va rapetisser?» est l'inquiétude liée à
l'âge la plus courante chez les hommes. La taille compte aussi pour
les femmes, mais pour chacune d'entre elles qui interrogent Google
sur ce point, 170 hommes le font.
D'après mes conversations avec les hommes, il semble que la
sexualité est une partie incontournable de leur identité, mais que,
comme la masculinité traditionnelle ne leur permet pas d'en parler
ouvertement, des barrières les empêchent d'apprécier cet acte qui
leur serait fondamental. Ils ne peuvent, m'ont dit certains, enrichir
leur rapport à la sexualité. « La masculinité toxique, ça implique de
ne pas discuter ouvertement de ce qu'est la sexualité, de comment
faire plaisir à sa partenaire, de comment trouver la bonne partenaire,
a écrit un usager. La masculinité toxique nous empêche de parler,
nous empêche de réfléchir à notre propre sexualité et à nos besoins
émotionnels. La masculinité toxique est la forme la plus rétrograde
de la psyché masculine, celle qui ne veut pas prendre soin des gens
autour d'elle ni les valoriser. Elle est égotique, elle prend et ne donne
rien en retour.» Certains avaient aussi l'impression que cette culture
de conquête transformait leur utilisation du sexe en simple profit
personnel ou en capital servant à acquérir un meilleur statut auprès
de leurs pairs, ce qui explique pourquoi tant de femmes affirment
se sentir utilisées dans un contexte d'intimité sexuelle. « Il Y a eu
des périodes dans ma vie, surtout après un divorce, où plusieurs
femmes (malheureusement) ont payé le prix de ma blessure et de
ma colère, a expliqué un usager. Ces interludes sexuels étaient dénués
de toute intimité. »
, En écoutant les hommes décrire leurs insécurités, leur inhabilité
ales communiquer à d'autres hommes et l'incidence de tout cela sur
leur presence
, dans la chambre à coucher, je comprenais · d' ou' venai·t
une grande partie des frustrations féminines. L'une des plaintes les
91
Plus fréquentes que j'ai entendues de la part de femmes hét'ero.
sexuelles était que leurs partenaires semblaient déconnectés durant
les relations sexuelles. Ils ne semblaient pas présents pendant l'acte
et ils se concentraient sur ce qu'ils devaient faire à leurs partenaires
·plutôt que sur leur façon d'être avec elles. Des femmes m'ont dit que
les hommes avec lesquels elles couchaient les traitaient souvent
comme si elles étaient unidimensionnelles, comme si toutes les
femmes aimaient les mêmes choses faites de la même façon, alors
qu'en fait, ce qui fonctionne pour une ne fonctionne peut-être pas
pour l'autre. En vérité, faire l'amour à une femme, ça ressemble un
peu à conduire une voiture: c'est important de porter attention aux
bruits, aux bosses et aux signaux. Mais souvent, j'ai entendu des
femmes dire que les hommes avec"Iesquels elles avaient des rapports
intimes n'étaient pas à l'écoute de ces signaux parce qu'ils étaient
trop concentrés sur leur propre performance. Donc, ironiquement,
parce que les hommes hétéros cherchent à tout prix à être bons au
lit, ils en deviennent mauvais, du moins du point de vue de la femme,

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