Revue: La Sécurité Économique Des TPE Et Des PME
Revue: La Sécurité Économique Des TPE Et Des PME
Les TPE-PME : les oubliées nouvelle initiative nationale un outil de protection numérique
de la cybersécurité
d’assistance aux TPE-PME
REVUE
de la gendarmerie nationale
REVUE TRIMESTRIELLE / AVRIL 2019 / N° 264 / PRIX 6 EUROS
La sécurité
économique
des TPE
et des PME
dans un environnement
numérique
retour sur images NUMÉRO 263
RETROUVEZ À PARTIR
DE LA PAGE 52
DE CE NUMÉRO DEUX
INITIATIVES
NATIONALES
(FRANCE NUM ET
CYBERMALVEILLANCE.
[Link]) FORMALI-
SÉES PAR DES
PLATEFORMES
D’ASSISTANCE
AUX VICTIMES,
NOTAMMENT LES TPE
ET PME. PARTENA-
RIALES, INTUITIVES
ET METTANT EN
ŒUVRE UN RÉSEAU
D’EXPERTS CERTIFIÉS,
© France num
ELLES S’INSCRIVENT
PRAGMATIQUEMENT
DANS UN SPECTRE DE
PRÉVENTION,
D’INFORMATION ET
DE SENSIBILISATION.
AVANT-PROPOS
NUMÉRO 264
Répondre aux demandes du marché, entretenir une relation clientèle, avoir une grande
réactivité aux évolutions technologiques engloutit l’essentiel des ressources humaines
et matérielles des TPE et des PME. La numérisation des échanges mondialisés,
la mise en réseau des protocoles commerciaux, l’émergence des objets connectés
ont fragilisé les entreprises en mettant leurs valeurs patrimoniales et mobilières à la portée
des cybercriminels. Autant les grandes entreprises, fortes de leur puissance financière
et de la disponibilité d’experts, ont globalement saisi les enjeux de la cybersécurité,
autant les TPE-PME peinent culturellement à mobiliser des moyens et à mettre en place
des mesures préventives visant à protéger leurs valeurs : données, brevets, processus
industriels qui assoient leur destin économique.
Les acteurs économiques et les pouvoirs publics ont pris conscience de cette
faiblesse structurelle qui touche des entreprises qui forment une part importante
du marché du travail et de la richesse de la nation. Les CCI, les ordres professionnels,
l’ANSII mais également des initiatives nationales (France Num, Acyma) concourent
à guider les entreprises vers une sécurité acceptable. La Gendarmerie nationale,
forte de son maillage territorial et de son réseau d’experts en intelligence économique
et en nouvelles technologies, participe à cet effort de sécurisation du tissu commercial
et humain formé par les TPE et PME.
NUMÉRO 264
PME ET CYBERATTAQUES
TPE-PME, les oubliées de la cybersécurité 5
par François Cazals
Cybersécurité des TPE et des PME 11
par Didier Spella
Cyberattaques : peut-on craindre des conséquences sur l’intégrité physique
des personnes ? 19
par Sylvain Chaumette
Conseiller numérique dans une CCI : une fonction émergente 27
par Jacques Tek
L’intelligence stratégique localisée au service du territoire 31
par Patrice Schoch
DOSSIER
Un accompagnement face à la menace 41
DROIT
Les nouveaux défis du monde économique : chef d’entreprise, face aux risques
cyber, êtes-vous prêt ? 86
par Xavier Leonnetti
Le secret des affaires, outil de protection numérique 94
par Olivier de Maisonrouge
Le risque assurantiel pour les PME non protégées 100
par Georgie Courtois
UN ACCOMPAGNEMENT
face à la menace
Les entreprises peuvent-elles penser la sécurité Approche générale de l’intelligence économique
économique sans comprendre le cyberespace ? 41 territoriale en gendarmerie : outils
par Stéphane Mortier et expérimentations 67
par le commandant Jean-François Nativité
Témoignage d’un chef d’entreprise 47
par Denis Millard TPE-PME un enjeu de cybersécurité 73
par Roland Majorel
La plate-forme France-Num 51
par Aurélie Gracia-Victoria La chaîne de valeur des PME/PMI,
cible des atteintes à la sécurité économique 79
Retex Acyma 57 par Jean-François Auzet et Stéphane Mortier
par Jérôme Notin
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LE RISQUE DE PERDRE LES VALEURS SUBSTANTIELLES
DE L’ENTREPRISE
TPE-PME :
les oubliées de la cybersécurité
Par François Cazals
L
Les TPE-PME représentent un potentiel
essentiel pour la France. Leur contribu-
tion humaine, économique, sociale et
leur dynamisme en font de véritables
Les TPE-PME : des atouts capitaux pour
la France
Commençons par définir les concepts de
TPE et PME. Les TPE sont des entreprises
accélérateurs du développement na- ayant moins de 10 salariés et un chiffre
tional. Sont-elles suffisamment armées d’affaires annuel ou un bilan total inférieur à
pour relever les défis de la cybersé- 2 millions d’euros. Depuis la loi n° 2008-
curité, qui représentent aujourd’hui un 776 du 4 août 2008 de modernisation de
enjeu crucial pour leur pérennité ? l’économie, les TPE sont renommées
microentreprises (attention, toutefois, à ne
Après quelques définitions initiales, nous pas confondre avec le régime fiscal de la
verrons le poids stratégique de ces entre- micro-entreprise qui est le nom donné à
prises pour notre pays. Dans un second l’auto-entreprise) 1. Les PME, quant à elles,
temps, nous évalue- sont des entreprises qui
(1) [Link]
rons la situation, les pert-comptable. occupent moins de 250
com/a/51980-qu-
enjeux et les défis de est-ce-qu-une-tpe-
personnes, et qui ont un
la cybersécurité des tres-petite-entre- chiffre d’affaires annuel
prise-ou-microentre-
TPE-PME. Finale- [Link] inférieur à 50 millions
ment, nous propose- (2) [Link]
d’euros ou un total de
FRANÇOIS CAZALS rons quelques pistes [Link]/fr/me- bilan n’excédant pas
tadonnees/defini-
pour élaborer une vé- tion/c1962 43 millions d’euros2.
Professeur adjoint
HEC Paris ritable stratégie Cyber,
Lieutenant-colonel adaptée à leur taille et Les 3,1 millions de TPE-PME représentent
Réserve citoyenne
de la gendarmerie à leurs spécificités. l’immense majorité des entreprises, en
France (99,8 %). Elles réalisent 1 300 mil- mation lui permettant de résister à des
liards d’euros de chiffre d’affaires annuel événements issus du cyberespace suscep-
(36 % du total français) et 44 % de la tibles de compromettre la disponibilité,
valeur ajoutée du tissu productif français. l’intégrité ou la confidentialité des données
360 000 (11,7 % du total) sont des stockées, traitées ou transmises et des
entreprises exportatrices. Par ailleurs, elles services connexes que ces systèmes
pèsent pour 49 % de l’emploi salarié offrent ou qu’ils rendent accessibles. La
(3) INSEE, Les En- en France, même si 55 % cybersécurité fait appel à des techniques
treprises en France d’entre-elles n’emploient de sécurité des systèmes d’information et
2014 (données
2011) et Etude Ip- aucun salarié (entreprises s’appuie sur la lutte contre la cybercrimi-
sos pour Randstad
(données 2016). individuelles) 3. (5) [Link]
nalité et sur la mise en
[Link]/entreprise/ place d’une cyberdé-
glossaire/c/
Néanmoins, elles sont en retard en matière fense.5 »
(6) [Link]
de transformation digitale. Selon l’indice [Link]/
DESI (Digital Economy and Society Index) blog/2017/06/cy- Faisons un rapide bilan
bersecurite-et-pme
2017 publié par la Commission euro- de la résilience des TPE-
péenne, les TPE et PME de l’hexagone se PME à ces risques Cyber6 : celui-ci fait
positionnent seulement à la 16e place apparaître une situation plutôt inquiétante.
du classement européen, Ainsi, 74 % des TPE-PME ont déjà pâti
(4) [Link]
[Link]. même si 76 % d’entre- d’une cyberattaque. Le type d’attaques
fr/comprendre-
le-numerique/20-
elles ont un site Web et les plus subies par les entreprises reste
chiffres-cles-sur-la- 74 % assurent une la demande de rançon (Ransomware), à
presence-sur-inter-
net-des-tpe-pme- présence sur les réseaux 80 %. Viennent ensuite les attaques par
en-2018
sociaux4. déni de service (40 %), les attaques virales
généralisées (36 %) et la fraude externe
Dans ce panorama, la cybersécurité (29 %). Paradoxalement, 83 % d’entre-
représente évidemment un enjeu crucial de elles se sentent peu ou pas exposées aux
développement. risques Cyber ! Ce décalage de perception
montre le risque encouru.
Cybersécurité des TPE-PME : le défi
de la taille Et pourtant, l’enjeu économique est très si-
Avant d’aller plus loin, définissons rapide- gnificatif, puisqu’il est évalué, en moyenne,
ment les principaux concepts de la à 242 000 euros, ce qui représente près
cybersécurité. Voici la définition officielle de 50 % du chiffre d’affaires de la TPE
donnée par l’ANSSI (Agence Nationale de moyenne, ce qui est considérable. Au-delà
la Sécurité des Systèmes d’Information) : des conséquences financières, la répu-
« État recherché pour un système d’infor- tation des entreprises est évidemment
affectée par un sinistre Cyber. Ainsi, 50 % (8) [Link] comparé au prix à payer
[Link].
des français sont prêts à poursuivre en fr/business/
lorsqu’on est victime
justice les entreprises pour négligence sur confiance-nume- d’une attaque informa-
rique-business/
leurs données personnelles. Les nouvelles cybersecu- tique » 8. Il est clair qu’il
rite-chiffres-cles/
règlementations européennes (RGPD7) s’agit d’un effort difficile-
(7) RGPD - https://
renforcent, par ailleurs, les ment accessible pour de petites structures,
[Link]/fr/ responsabilités des entre- singulièrement les TPE. L’autre enjeu
principes-cles/rgpd-
se-preparer-en-6- prises sur le sujet. principal est humain, assez logiquement.
etapes
Ainsi, 1 TPE-PME sur 3 confie la cybersé-
Les causes de cet état des curité à des employés inexpérimentés.
lieux inquiétant s’expliquent assez logique- Dans le même registre, 16 % des TPE et
ment par des problématiques de taille, de PME laissent leur personnel stocker des
moyens et de maturité organisationnelle. 5 informations client personnelles identi-
à 10 % du budget global de l’entreprise fiables sur leurs propres appareils, qu’ils
devrait être alloué à la cybersécurité. C’est utilisent pour le travail9.
(9) [Link]
en tout cas l’estimation de Guillaume enjeux/securite-dsi/ Que le mobile soit
Poupard, directeur de l’Agence nationale financier (73 % des
de la sécurité des systèmes d’information attaques selon le baromètre Verizon) ou
(ANSSI). Il précise : « Oui, la sécurité a un l’espionnage (21 %), l’attaquant exploite la
coût, mais ce n’est pas grand-chose faiblesse du maillon humain dans le
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UNE TRANSITION TECHNOLOGIQUE DÉLICATE
De la Sécurité Informatique
à la Cyber-Sécurité, les TPE et PME
ont-elles mal appréhendé ce changement
de paradigme ?
L
Par Didier Spella
traitement. Exit les protocoles qui per- Il est donc nécessaire d’aborder le
mettaient de suivre le cheminement des problème de la Cyber-sécurité, non pas
trames. Nous sommes dans un monde comme un problème technique mais
technologique ouvert, mis en œuvre par comme un problème sociétal.
des utilisateurs.
Le chef d’entreprise doit donc s’en
Confrontés à l’évolution de ces para- emparer, en y associant le responsable
digmes, nous pouvons comprendre le informatique pour celles qui en ont un, et/
désarroi des chefs d’entreprises de TPE et ou leurs prestataires pour les autres. Ils
PME. Les 4 piliers du numérique leur sont sont des acteurs incontournables de cette
devenus les 4 cavaliers de l’apocalypse. démarche. Cependant, ce ne sont pas les
seuls qui doivent être associés.
Comment passer de la sécurité informa-
tique à la cyber-sécurité Des objectifs acceptables – le risque
Après ce lourd constat, il est temps Il revient dans un premier temps au chef
d’identifier quelques axes d’évolutions afin d’entreprise de recenser l’intégralité de
d’amener les chefs d’entreprises à mieux ses risques. Concernant tous les do-
les appréhender. maines de l’entreprise, cette démarche
nécessitera une analyse fine. En fonction Tout cela montre bien l’ensemble des
de celle-ci, le dirigeant d’une entreprise problèmes que rencontrent nos TPE
devra commencer par améliorer sa sûreté et PME. Tournées vers une productivité
puis sa sécurité, afin de réduire l’ensemble indispensable à leur survie, elles ont
des risques initialement identifiés. Il pourra recours à une technologie qui a évolué
même transférer une partie de ces risques sur des axes divergents. Cela leur impose
auprès d’un assureur spécialisé dans le une réflexion qui ne relève pas seulement
domaine concerné. Son risque devient d’un aspect technologique mais aussi
alors acceptable. d’un aspect sociétal.
Des objectifs acceptables – le coût Notre sensibilisation doit porter sur ces
Toutes les solutions que le chef d’entre- aspects afin d’amener les chefs d’entre-
prise devra mettre en œuvre auront un prise à mieux appréhender leur approche
coût pour son entreprise. Il devra com- vis-à-vis de la cyber-sécurité.
parer ces coûts à ceux qu’entraînerait un
sinistre, dû aux risques évalués lors de
l’analyse. Cette démarche fait que le coût
devient alors acceptable.
L’AUTEUR
Une mise en œuvre…
Ancien officier supérieur de l’Armée de l’Air,
Au-delà des solutions techniques qui se- co-fondateur de Charente-Maritime Cyber
ront construites et mises en œuvre par les Sécurité, colloque qui s’est déroulé pour la
spécialistes du domaine (et là nous retrou- première fois les 17 & 18 octobre 2018, à La
Rochelle, Didier SPELLA a vu évoluer les
vons en partie notre sécurité informatique), différents concepts qui régissent aujourd’hui
il faudra revoir l’organisation de l’entreprise. le cybermonde. Ses connaissances en
Tous les composants numériques pouvant sécurité tant analogiques que numériques,
son expérience d’analyse de risques et
être personnels ou professionnels, ainsi ses expertises, auprès d’une compagnie
que leurs usages et leur cadre d’utilisation, américaine, lui ont permis de se positionner
présentent alors le risque de ne plus être en tant qu’expert en définition de stratégie
de sécurité. Confronté aux attaques cyber
protégés par les équipements techniques de plus en plus importantes et intrusives
mis en œuvre dans l’environnement pro- dans nos modes de vie, il a récemment été
fessionnel. Il faudra donc revoir les règles à l’initiative de ce colloque dans lequel ont
été abordés les risques encourus par la
d’usage de tous ces composants « numé- population en général et plus particulière-
riques ». Il sera nécessaire d’éduquer les ment les responsables de TPE et PME. Le
collaborateurs afin de développer au sein thème développé était : « tous attaqués, tous
complices ».
de l’entreprise une conscience collective.
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UNE ATTAQUE DES OUTILS DE PRODUCTION POUR OBTENIR
UN EFFET DÉVASTATEUR SUR L’ENVIRONNEMENT D’UNE EN-
TREPRISE
Une cyberattaque sur des outils de production, qu’elle soit commise par un groupe
privé ou un état, peut avoir un effet dévastateur sur une ressource humaine et sur
l’environnement.
L’intrusion est possible du fait d’automates, de SCADAS non sécurisés dès leur
conception et d’un déploiement territorial, national et international, susceptible
de permettre de délivrer au client une prestation de service en adéquation avec la
demande du marché local.
Cyberattaques :
peut-on craindre des conséquences
sur l’intégrité physique des personnes ?
Par Sylvain Chaumette
C
(1) Notamment,
94% du tissu des
entreprises de la
chimie en France
Certaines TPE/PME1
exploitent des installa-
tions mettant en œuvre
reux pour les personnels, les utilisa-
teurs ou les riverains tels que des
explosions, incendies ou rejets
toxiques.
est constitué de
TPE / PME (source des matières dange-
site internet https://
[Link]. reuses. Ces installa- Les transformations en cours dans l’in-
fr/Positions-Ex-
pertises/Econo-
tions disposent pour la dustrie (numérisation et standardisation
mie-competitivite/ plupart de systèmes des technologies du contrôle com-
TPE-PME-ETI).
automatisés de mande, transition énergétique, indus-
contrôle qui peuvent être connectés à trie 4.0) ainsi que la montée des actes
différents dispositifs de commande ou de terrorisme tendent à augmenter la
de supervision souvent reliés directe- vraisemblance de cyberattaques visant à
ment ou indirecte- provoquer des conséquences humaines.
ment au réseau
extérieur de l’entre- Quelles conséquences d’une cyberat-
prise. Une prise de taque ?
contrôle à distance Pour bon nombre de personnes, les
de ces installations cyberattaques consistent en des actes
par des cyber-atta- de malveillance visant la destruction ou le
SYLVAIN
CHAUMETTE quants pourrait leur vol de données avec des objectifs d’es-
Responsable du pôle permettre de pionnage, de manipulation, financiers ou
Analyse et Ges- provoquer des d’atteinte à l’image par exemple.
tion Intégrées des
Risques accidentels. phénomènes
INERIS physiques dange- L’impact sur l’outil de production est
CYBERATTAQUES : PEUT-ON CRAINDRE DES CONSÉQUENCES SUR L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DES PERSONNES ?
rarement cité comme une conséquence riels ou humains ont été recensées3
potentielle d’une cyberattaque. Pourtant, par le passé. À noter que
plusieurs d’entre-elles ont eu ces (3) Référence : pour certaines d’entre
Fiches Incident
dernières années des effets directs ou Cyber SI Industriels elles, la prise en main sur
indirects sur les installations industrielles, – CLUSIF – GT
SCADA (lien
le système informatique
les plus médiatisées étant celles internet : https:// a été précédée d’une
[Link]/publica-
(2) Référence :
liées à un arrêt de tions/fiches-inci- intrusion in situ et que
dents-cyber-indus-
Fiches Incident production généré par triels-2017/).
pour d’autres, l’attaque
Cyber SI Industriels
– CLUSIF – GT une cyberattaque tel que vient de l’intérieur
SCADA (lien
internet : https:// le blackout électrique en (personnel ou sous-traitant). À titre
[Link]/publica- Ukraine de Décembre d’illustration, certaines sont brièvement
tions/fiches-inci-
dents-cyber-indus- 20152. décrites dans les paragraphes suivants.
triels-2017/)
CYBERATTAQUES : PEUT-ON CRAINDRE DES CONSÉQUENCES SUR L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DES PERSONNES ?
CYBERATTAQUES : PEUT-ON CRAINDRE DES CONSÉQUENCES SUR L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DES PERSONNES ?
© 176330467 Smart factory and wireless communication network. Abstract mixed media par metamorworks
La variété des objets connectés, conjuguée à l’interconnexion des processus de pilotage et de maintenance
ainsi qu’à une standardisation des logiciels de contrôle, crée une vulnérabilité de sites sensibles en aveu-
glant ou en trompant les décideurs sur la réalité des processus en cours.
CYBERATTAQUES : PEUT-ON CRAINDRE DES CONSÉQUENCES SUR L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DES PERSONNES ?
CYBERATTAQUES : PEUT-ON CRAINDRE DES CONSÉQUENCES SUR L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DES PERSONNES ?
En deuxième lieu, il s’agit d’en évaluer la la maîtrise des risques accidentels, cen-
gravité, c’est-à-dire les conséquences trées sur les installations physiques et les
éventuelles de ces attaques sur les phénomènes dangereux qu’elles peuvent
biens, les personnes et l’environnement générer.
(estimation des rayons d’effets d’une
explosion par exemple). Cette analyse des risques devrait être
réalisée de façon globale en intégrant
En troisième lieu, la vraisemblance de et en s’assurant de sa cohérence avec
chaque scénario doit être étudiée sur la prévention des risques d’intrusion et
la base notamment de la vulnérabilité des risques accidentels intrinsèques à
des systèmes (systèmes informatiques, l’exploitation des installations.
contrôle commande, interfaces avec les
installations : capteurs et actionneurs), Pour mettre en place ces différentes ana-
des installations et de leur environne- lyses et mesures, bon nombre des TPE /
ment. PME concernées devront être accompa-
gnées par des prestataires externes dont
Enfin des mesures doivent être mise en il faudra s’assurer de la compétence.
place, si besoin, en fonction de la gravité
et de la vraisemblance des scénarios Conclusion
d’attaques identifiés. Ces mesures Les cyber-attaques peuvent être, par
peuvent, voire doivent, selon les cas, la prise de contrôle d’équipements ou
être une combinaison de mesures prises d’installations dangereuses, à l’origine de
au niveau des systèmes d’information phénomènes dangereux ayant des effets
(conception d’une architecture plus facile dommageables sur le personnel, les rive-
à défendre, gestion des intervenants, rains ou l’environnement. Pour raison de
protection par antivirus, pare-feu, etc.), sécurité, il est nécessaire que ces consé-
de mesures physiques, humaines et/ quences soient prises en compte et que
ou organisationnelles prises au niveau des mesures pertinentes soient mises en
des installations physiques elles-mêmes œuvre pour limiter les conséquences de
(mise en place de barrières de sécurité telles attaques.
physiques non connectées par exemple)
ainsi que des mesures de détection et de Au-delà de l’impact direct sur les
traitement des incidents. personnes, une mauvaise prise en
considération des cyber-attaques sur
Les approches d’analyse des risques des équipements dangereux intégrés à
issues de la cybersécurité doivent ainsi des filières en cours de déploiement,
être combinées à celles adoptées pour avec des effets sur les personnes ou sur
CYBERATTAQUES : PEUT-ON CRAINDRE DES CONSÉQUENCES SUR L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DES PERSONNES ?
L’AUTEUR
Sylvain Chaumette est expert en sécurité
industrielle et responsable du pôle Analyse
et Gestion Intégrées des Risques acciden-
tels au sein de l’INERIS. Il a participé à la
publication de nombreux guides qui font
références dans le domaine de la prévention
des risques industriels majeurs.
© metamorworks-AdobeStock_189130863
LE CONSEILLER NUMÉRIQUE DE LA CCI EST AU CARREFOUR
DES COMPÉTENCES
Ses visites sur site et ses entretiens avec les personnels des TPE ou des PME
faciliteront sa perception des vulnérabilités de l’entreprise qu’elles soient humaines
ou organisationnelles. Il trouvera alors l’essence de sa fonction dans le conseil et
la capacité d’orienter les décideurs vers des organes institutionnels ou des profes-
sionnels détenant une réelle expertise de la sécurité économique. Fondamentale-
ment, il s’agira de protéger les valeurs patrimoniales de l’entreprise en distinguant
les priorités et en contenant les mesures dans un coût et une pratique profession-
nelle acceptables.
Conseiller numérique
au sein d’une CCI : une fonction émergente
au regard d’une situation complexe
Par Jacques Tek
P
Propos recueillis par le rédacteur en
chef de la Revue : Monsieur Jacques
Tek, Conseiller numérique de la CCI
d’un grand département de la région
et de développement (innovation, interna-
tional, développement durable, intelligence
économique, développement commercial,
financement et numérique).
d’Ile de France, nous fait part de son
expérience récente de conseil auprès La revue : comment est née la fonction
des TPE et PME en matière de sécurité de Conseiller numérique au sein de la
numérique. CCI ?
(1) Le fonds
Jacques Tek : une
La revue : pourriez-vous nous rappeler les européen de réflexion régionale avec
développement
fondamentaux de l’action d’une CCI ? régional ou FEDER l’ensemble des CCI Paris
est un des fonds
Jacques Tek : les Chambres de Com- structurels qui visent Ile-de-France a été menée
merce et d’Industrie (CCI) ont pour mission à renforcer la cohé- entre 2013 et 2016 sur
sion économique et
d’accompagner les sociale au sein de l’apport du numérique au
l’union européenne
entreprises présentes au en corrigeant développement des
les déséquilibres
sein de leur territoire, de régionaux.
entreprises. Elle prenait en
la création d’entreprise, compte la conscience
puisque les Conseillers d’une réelle « fracture numérique » au sein
CCI accompagnent et des TPE / PME de la région. Le résultat a
conseillent les créateurs été la mise place du programme régional
JACQUES TEK d’entreprise, jusqu’à « Les Digiteurs », accompagné d’un
Conseiller la transmission en financement européen FEDER1, visant doter
numérique
CCI de Seine
passant par toutes les chaque CCI de la région Paris Ile-de-France
et Marne phases de croissance de Conseillers numériques.
CONSEILLER NUMÉRIQUE AU SEIN D’UNE CCI : UNE FONCTION ÉMERGENTE AU REGARD D’UNE SITUATION COMPLEXE
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La revue : comment avez-vous progressi-
vement investi les différents aspects de
votre nouvelle mission ?
Jacques Tek : la première phase consiste à
aller à la rencontre des entreprises de Seine-
et-Marne (secteurs industries et services - les
secteurs commerces et tourismes étant gérés
par un autre service). Les contacts se font par
sollicitation directe et par l’intermédiaire de Un audit bien construit dans une relation de
l’ensemble des canaux de communication : confiance permet de comprendre les flux organi-
publication sur le site internet de la Chambre, sationnels d’une entreprise et de saisir
ses vulnérabilités dans le domaine numérique.
sur les réseaux sociaux, parutions d’articles C’est le premier pas d’une acculturation
dans des magazines et évènements organi- à la cybersécurité.
sés à la CCI.
La revue : quels sont les freins de cette
Je réalise des diagnostics numériques auprès acculturation à la sécurité économique ?
des dirigeants au sein de leur entreprise. Ces Jacques Tek : la première cause est une
rendez-vous me permettent mieux com- absence de culture et de sensibilisation à la
prendre le fonctionnement de l’entreprise, « sécurité informatique » et à la « protection
connaître ses ressources et son organisation des données ». J’estime qu’environ 10 %
me permettant ainsi d’identifier les axes qui des entreprises ont perçu le risque cyber
peuvent être améliorés et/ou optimisés grâce pour leurs activités et ont commencé à l’in-
au numérique : visibilité et communication tégrer dans leurs processus de sauvegarde
avec le site web, la présence sur les réseaux et de sensibilisation des risques auprès des
sociaux, outils de planification des ressources collaborateurs. Pour les autres, la sensibili-
de l’entreprise (ERP) et les logiciels relation sation est infime et la conscience du risque
client (CRM). La sauvegarde des données et est nulle.
donc l’aspect Cybersécurité est devenu est
un axe très important : j’essaie de réaliser un La deuxième cause est relative au mode
travail de sensibilisation auprès du dirigeant de croissance de ces entreprises. Pas-
sur les risques en formulant également des sées d’un poste informatique à des petits
CONSEILLER NUMÉRIQUE AU SEIN D’UNE CCI : UNE FONCTION ÉMERGENTE AU REGARD D’UNE SITUATION COMPLEXE
réseaux internes, le plus souvent avec sans d’effectuer un premier tour d’horizon que
ressource spécifique à l’informatique, ces j’ai réalisé au travers de l’audit et le conseil
entreprises en croissance ont construit d’une cinquantaine d’entreprises du dépar-
leurs réseaux et leurs communications de tement.
manière « artisanale ». Elles ont souvent
laissé des prestataires leur dicter, faute d’un J’ai exploré les publications de l’ANSII et la
discours interne cohérent, des solutions. plate-forme [Link]. J’avais
J’ai pu noter une carence manifeste en rencontré Jérôme Notin, son dirigeant, lors
matière de gestion des données et des d’un colloque. J’en ai tiré un catalogue
sauvegardes. Il n’est pas rare que les sau- de références de bonnes pratiques que je
vegardes de l’entreprise soient réalisées sur compte délivrer aux dirigeants et cadres de
une clé USB ou un disque dur externe puis TPE et PME par lettres électroniques, lors
ramené le vendredi soir à son domicile par d’évènements et des réunions profession-
le dirigeant… nelles. Je pense qu’il faut s’appuyer sur les
ordres professionnels qui par leur connais-
C’est une des raisons pour lesquelles sances « métier » ont une réelle prévalence
j’accorde une place plus importante lors de en matière d’attention et de prescriptions
mes entretiens sur la sécurité des données pour instiller des pratiques d’hygiène infor-
et que je m’efforce d’expliquer la notion de matique.
données sensibles et le caractère impératif
des sauvegardes externes périodiques. Je Du fait de ma position, je ne puis directe-
conseille des solutions cloud françaises ment indiquer des prestataires de services
afin d’éviter que les données sauvegardées aux entreprises. Cependant, je peux guider
dans des data center ne soient régies par les décideurs vers des structures référen-
des législations étrangères. En effet, para- cées par l’ANSII ou les plateformes natio-
doxalement, certains chefs d’entreprises nales. France Num va dans ce sens.
pensent que la délocalisation de leurs don-
nées sur un site externe à leur entreprise les L’AUTEUR
prive de leur maîtrise et voient cela comme
Jacques TEK est diplômé d’un MASTER
un danger. Ils préfèrent en conséquence des
Communautés virtuelles et management de
sauvegardes de proximité. l’intelligence collective via les réseaux nu-
mériques à l’Université de Limoges et d’une
Licence en Marketing Digital à l’Université
La revue : utilisez-vous pour fortifier vos
de Marne-la-Vallée.
analyses et vos communications les
Spécialisé et passionné par le digital, il est
données de l’ANSII ou de plateformes
Conseiller numérique à la CCI Seine-et-
gouvernementales ou nationales ? Marne depuis Mars 2017.
Jacques Tek : Ma première priorité a été
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UNE MAITRISE DE L’ENVIRONNEMENT DE L’ENTREPRISE
PAR UNE INTELLIGENCE STRATÉGIQUE
La définition d’une stratégie des réseaux réside dans une approche définissant la
vulnérabilité et la vigilance d’une organisation. Celle-ci repose sur une motivation
des personnels pour gérer un reporting régulier de l’information utile et pour mettre
en valeur des signaux faibles qui sont souvent les premiers éléments d’une me-
nace ou d’une opportunité pour l’entreprise. Ces process de veille intègrent une
approche de Vision Périphérique qui dépasse les métiers essentiels de l’entreprise
pour saisir les nouveaux flux informationnels et technologiques qui peuvent rapide-
ment modifier l’environnement d’une entreprise et mettre en danger son activité.
L’intelligence stratégique
localisée au service du territoire
Par Patrice Schoch
C
Certaines organisations présentent
une vision étriquée et très focale de
leur stratégie. Cette attitude conduit
généralement à ne pas se préoccu-
ou publiques, économiques ou non
marchandes).
c’est à terme, prendre le risque de créer virtuels ait apporté une nouvelle donne
des dysfonctionnements futurs. dans la recherche d’information, il est
apparu que le rôle des fonctions opéra-
Quel que soit le secteur, chaque organi- tionnelles sur le terrain pouvait être décisif
sation évolue sur un territoire avec une (Carbonnel & Dorrance, 1973).
multitude de réseaux d’acteurs. Il est
essentiel d’être en capacité de sélection- La motivation des individus est la clé de
ner ceux qui sont pertinents dans un envi- voûte pour s’assurer d’un reporting régu-
ronnement afin d’établir une démarche lier et fiable de l’information utile (Thiétart
planifiée d’actions. Parler uniquement de & Vivas, 1981). L’implication des fonctions
(1) Ensemble des
veille1, c’est finalement opérationnelles et territoriales est une
pratiques de re- faire peu de cas de réponse à la détection de signaux faibles
cherches, traitement
et de gestion des l’origine même de dans l’environnement d’une organisation.
données et des
informations utiles à l’information et du dédale Ils constituent des informations infimes
l’organisation. que représentent les qui, mises bout à bout, permettent de
(2) Relevant réseaux humains. Pour détecter une menace ou une opportunité
Network : Réseau
Pertinent formalisant chaque organisation, pour l’activité de l’organisation (Le Bon,
l’ensemble des
contacts et liens
territoire, mission et 2006).
utiles favorables à objectif, il existe un ou
l’aboutissement des
objectifs de l’organi- plusieurs réseaux de Il est nécessaire de préciser la portée
sation. La notion de
pertinence souligne contacts pertinents. de la notion d’influence. Le modèle de
ici l’utilité d’entre-
tenir certains liens.
C’est ce que nous avons l’A.F.D.I.E. (Association Française pour le
Le choix d’un terme appelé Relevant Développement de l’Intelligence Eco-
anglais s’explique
par la simplicité et la Network 2
ou Réseau nomique) définit l’influence comme le
clarté du terme
pertinent d’influences. processus qui, à l’initiative d’un orga-
nisme, vise à modifier favorablement les
La prise en compte de l’approche hu- interactions de celui-ci avec son environ-
maine par les réseaux identifiés nement. Il est important de souligner que
Depuis les années 1970, un certain l’influence, et d’une manière générale la
nombre de chercheurs ont mis en gestion des réseaux, peuvent prendre
exergue l’importance de l’être humain des formes très variées. L’action peut très
comme source d’information utile bien viser l’influence sur le comportement
(Cleland & King, 1975). W.J. KEEGAN d’un consommateur, sur ses concurrents,
a démontré, en 1974, que 67% des sur l’opinion publique, l’obtention d’un
informations avaient une origine humaine marché public, etc. L’influence peut éga-
(Keegan, 1974). Bien que le développe- lement revêtir une forme plus solennelle
ment de l’internet et des réseaux sociaux comme l’influence politique, autrement
dit le lobbying. Il est essentiel de lier la pas une région fixe et localisable dans
gestion des réseaux publics et celle des l’environnement externe. Ces auteurs
réseaux privés, afin de bénéficier d’une précisent que : « la périphérie est toujours
stratégie et d’une vue d’ensemble. élusive. Chaque fois que vous tournez
la tête pour la regarder, vous créez une
L’approche innovante de la vision nouvelle périphérie. » (Day & Schoema-
périphérique ker, 2006). Quand vous changez votre
La définition d’une stratégie concomitante modèle économique, social ou politique
des réseaux doit reposer nécessairement vers une nouvelle direction, vous créez
sur une approche permettant de définir la de nouveaux angles morts dans d’autres
vulnérabilité et la vigilance d’une orga- directions.
nisation. Cela permet de structurer, de
manière pertinente, le process de veille et L’estimation de la vulnérabilité et de la
d’établir une stratégie de réseaux. Pour vigilance d’une organisation repose sur
ce faire, il a été nécessaire d’y intégrer
cinq éléments déterminants : la direction,
l’approche de Vision Périphérique déve-
la manière dont la stratégie est définie, le
loppée par George S. Day et Paul J.H.
management de la connaissance, l’orga-
Schoemaker (Day & Schoemaker, 2006).
nisation et la culture. (Day & Schoemaker,
2006)
Pour mettre en exergue leur théorie sur
la Vision Périphérique, ces chercheurs
Ainsi, une organisation rigide et confor-
ont réalisé un parallèle intéressant entre
miste ne s’intéressant qu’à des données
la vision d’une organisation et celle d’un
extérieures standards, se focalisant
œil humain. Contrairement à l’œil humain
qui bénéficie d’un spectre périphérique exclusivement sur ses performances et
très large, « l’œil » d’une organisation celles de ses concurrents, est présentée
consacre majoritairement ses ressources comme une organisation fragile. Cette
organisationnelles à une vision focale, vulnérabilité s’explique par une vision étri-
pouvant mettre à mal son avenir. Se quée et rigide des informations venant de
concentrer uniquement sur son activité l’environnement. George S. Day et Paul
et son organisation créé une vulnérabilité J.H. Schoemaker recommandent donc
liée au fait de ne pas détecter les signaux de développer certaines qualités intrin-
faibles venant d’un environnement plus sèques pour que l’organisation soit plus
éloigné : la Périphérie. vigilante : curiosité, flexibilité stratégique,
collecte et partage des signaux faibles,
La Périphérie est définie comme « par- ouverture sur le cœur et la périphérie de
tout où l’attention n’est pas ». Elle n’est ses activités.
Ce constat entre en résonance avec la – et d’agir de manière ciblée sur les ré-
notion de Cécité au changement qui se seaux publics et privés identifiés,
© Patrice Schoch
Intelligence Stratégique Localisée – L’approche structurelle – Patrice Schoch – 2013.
© Patrice Schoch
Intelligence Stratégique Localisée - L’approche territoriale – Patrice Schoch – 2013.
L’AUTEUR
Patrice SCHOCH, chef d’escadron de la ré-
serve citoyenne de la gendarmerie, docteur
en Sciences de gestion, est consultant en
intelligence stratégique et influence. Il est
dirigeant d’Activ’Links et chercheur associé
(Laboratoire IODE – UMR CNRS 6262 – Uni-
versité de Rennes 1).
Le cyberespace
ou un nouvelle représentation des équilibres
géostratégiques et économiques
Par Stéphane Mortier
T
Tout le monde en parle, elle évoque
quelque chose à chacun d’entre nous
mais nous ne la maîtrisons pas… Elle
nous emmène dans des mondes incon-
refonder la pensée humaine dans un nou-
veau monde qu’elle a elle-même créé. Nous
avancerons simplement quelques pistes de
réflexion sur le monde tel qu’il évolue, sur
nus, mystérieux, impalpables mais nous les réalités mouvantes d’aujourd’hui et sur
y évoluons quotidiennement… Elle nous la façon dont les entreprises doivent com-
fait peur, suscite des craintes mais nous poser et évoluer avec ce monde nouveau.
en avons besoin… La CYBER ! Nous y
sommes : science-fiction et réalité ont Cyberespace ? Où sommes-nous ?
fusionné. Notre environnement s’est Le cyberespace n’est ni un espace géogra-
adjoint une part de virtuel empreint phique, ni un monde physique, ni un terri-
d’infini et de boule- toire au sens premier du terme. Il constitue
versements cognitifs. un système complexe de représentations
De nouveaux para- qui s’enchevêtrent, s’agrègent, s’opposent
digmes guident la et contiennent un peu de notre monde, de
raison, redessinent le nos réalités physiques.
monde et repensent
la guerre ! Bienvenue Le terme « cyberespace » apparaît en
STÉPHANE dans le cyberes- 1984, dans le roman de science-fiction
MORTIER
pace… « Neuromancien », écrit par William Gibson :
Gendarme « Une hallucination consensuelle vécue
Section sécurité
économique Nous n’avons au- quotidiennement en toute légalité par des
et protection cune prétention, en dizaines de millions d’opérateurs, dans
des entreprises
DGGN quelques lignes, de tous les pays, par des gosses auxquels
d’un Big Brother ultime. Deux visions La tension entre ces deux visions pourrait
s’affrontent donc, l’une utopique, l’autre dégénérer en un nouvel
dystopique ! (1) De 1998 à affrontement géopolitique
2016, l’Internet
Corporation for si l’on laisse libre cours
Assigned Names
La représentation d’un cyberespace géné- and Numbres aux discours caricaturaux
ré par les infrastructures de communica- (ICANN), en charge
de la gestion et de
et si l’accent n’est pas
tion comme un espace de liberté, un fac- la normalisation mis sur des objectifs
de l’adressage sur
teur de progrès économiques et sociaux internet, dépendait communs sur le fond :
du Département
et un symbole même de la démocratie a du Commerce des
généralisation de l’accès,
été largement mobilisée dans le discours
États-Unis (National préservation de l’intero-
Telecommunications
américain relatif à la gouvernance de l’In- and Informations pérabilité globale et
Administration).
ternet. Celle-ci est assurée par divers ac- Depuis le 1
er équilibre entre accès à
teurs impliqués dans son fonctionnement,
octobre 2016,
une Assemblée
l’information (liberté
c’est là une avancée majeure : l’État et la
générale composée d’accès et d’expression),
de quatre collèges
peut bloquer les protection de la vie privée
société civile et par extension le monde décisions du Conseil
(voir le récent Règlement
économique gouvernent l’Internet. d’administration :
Général sur la Protection
Secteur privé : il
réunit des acteurs des Données - RGPD) et
Pourtant, deux visions de cette gouver- comme les GAFA,
de grandes entre- exigences de sécurité
nance de l’Internet s’opposent : celle prises et des PME ; (cybersécurité). Ces
d’un cyberespace libre (comme dans le - La communauté
technique ; objectifs communs et leur
discours aux États-Unis) et celle liée au - Les gouverne-
ments : composés réalisation sont une des
contrôle de l’information dans le cyberes- de 160 membres
avec une voix
conditions de survie de
pace (comme cela est pratiqué en Russie chacun ; notre système et de nos
et en Chine entre autres). En effet, la - La société civile :
économies.
les associations de
représentation d’un cyberespace comme consommateurs,
de défense des
espace de liberté est un outil puissant libertés. La représentation liber-
de la stratégie américaine pour contre- taire et utopique consacre
carrer les velléités russes et chinoises le cyberespace comme une entité virtuelle
de contrôle du réseau et surtout pour mais bien réelle... Pas de distance, pas de
conserver leur position dominante dans frontières, le cyberespace contribuerait à
la gouvernance de l’Internet1. Ces enjeux dissoudre « tout ce qui gêne (le territoire,
de puissance américaine se retrouvent les institutions, notamment l’État, et le
dans tout le spectre de l’intelligence corps physique) tout en restant un espace
économique, l’extraterritorialité du droit que se disputent les États… ». C’est dans
des USA et un positionnement dans le ce contexte que doivent évoluer les en-
cyberespace. treprises et qu’elles doivent maîtriser pour
AUTEUR
Stéphane Mortier, gendarme, affecté à la
section sécurité économique et protection
des entreprise de la DGGN. Diplômé en
sciences politiques, en sociologie et en
politique internationale de l’Université libre
de Bruxelles, il est également diplômé de
l’École de Guerre Économique et termine un
doctorat en sciences de gestion à l’Universi-
té Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
La donnée valorisée
ou le trésor d’une entreprise
Par Denis Millard
P
Propos recueillis par le rédacteur en chef
de la Revue : Monsieur Denis Millard nous
fait part dans cette interview de son expé-
rience d’une cyberattaque de son entre-
donnent lieu à la délivrance classique de devis
avant acceptation et exécution de la prestation
et de sa contrepartie numéraire. Notre fichier
client ne contient que des informations tech-
prise. Son contexte reflète l’état de l’art niques relatives à la prestation.
des petites et moyennes entreprises en la Les collectivités territoriales et les profession-
matière. C’est la raison pour laquelle nous nels utilisent nos compétences pour des pro-
avons voulu partager cette réflexion. jets d’aménagements urbains, de création de
lots à bâtir, de lotissements, ainsi que la mise
La revue : pourriez-vous situer le niveau en copropriété d’immeubles. Ces services sont
d’expertise de votre entreprise et son régis par les classiques appels d’offres ou des
métier. commandes directes suivant l’ampleur et le
Denis Millard : nous sommes un cabinet de coût des prestations. Ce fichier client contient
géomètres-experts. Notre clientèle est diverse donc les données des interlocuteurs des
et peut se distinguer techniquement entre les collectivités territoriales et des acteurs associés
particuliers, des pro- à ces tâches : syndic, promoteurs, maîtres
fessionnels de l’immo- d’ouvrage, etc.
bilier et les collectivités
territoriales. La revue : quelles valeurs mobilières déte-
L’essentiel des presta- nez-vous ?
tions servies aux par- Denis Millard : en fait, nous ne détenons pas
DENIS MILLARD ticuliers concerne des de brevets comme une start-up ou un pres-
Directeur. Cabinet
bornages ou des divi- tataire de services sur une surface concurren-
de Géomètre-Expert sions de propriété. Elles tielle intense et technologique mais nous usons
d’un savoir-faire spécifique. Nous utilisons Denis Millard : notre démarche a été très
un fichier client lié à des prestations qui n’ont classique. Initialement, chaque collaborateur
pas de dimension particulière et qui suivent avait une station de travail. Très rapide-
l’organisation classique de notre métier et ment, pour des questions de cohérence,
des prescriptions de notre Ordre. Les don- de continuité dans les travaux et de partage
nées financières et comptables, les devis, les d’informations, nous avons adopté une
appels d’offre et marchés publics, le fichier configuration en réseau.
client relèvent donc d’informations sensibles
dans le sens où elles doivent être impérative- Le choix a été délicat car les commerciaux
ment disponibles pour exercer notre métier. en matière de réseaux sont nombreux,
agressifs et tentent d’imposer des solutions
Notre force réside essentiellement dans la pas toujours adaptées aux besoins d’une
qualité de la prestation et dans la réactivité entreprise. De plus, les solutions proposées
quant aux attentes de nos clients. Nous rendent l’entreprise captive d’une confi-
n’avions donc pas conscience de détenir
guration et de ses maintenances souvent
des informations qui auraient pu susciter un
onéreuses.
intérêt pour des prédateurs du cyberespace.
Nous avons fait appel donc à un prestataire
extérieur local connu sur la place et nous
avons fait évoluer notre configuration au
© Fotolia_70768033_© Creativa L
Nous avons divisé les accès aux données connaissance de canaux qui peuvent nous
sous un double niveau : Une fonction de sensibiliser à ces vecteurs d’information.
direction dévolue à mon adjoint et moi-même
et un niveau de maîtrise dédié à mes autres Notre approche du RGPD a été faite essen-
collaborateurs. tiellement par les éditeurs de logiciels et des
communications réalisées par l’Ordre des
Nous n’offrons pas d’accès client à nos Géomètres-Experts. Nous avons bien com-
bases de données. Les contacts clients sont pris le caractère essentiel de la protection
réalisés essentiellement par messagerie, voie des données personnelles.
postale ou téléphonique. Nous n’avons donc
pas eu à verrouiller notre base. La revue : quelles ont été les modalités de
la cyberattaque que vous avez subie ?
Nous n’avons pas intégré l’émergence des Denis Millard : Selon notre prestataire de
objets connectés et de configurations per- service, par l’intermédiaire d’un robot, les
sonnelles utilisées au domicile et au travail. agresseurs ont testé avec succès les mots
Ces vecteurs portent des vulnérabilités de passe de notre réseau.
mais sont incontournables pour faciliter le
travail de mes collaborateurs. Nous n’avions Le lundi matin, lors de la mise en œuvre de
pas non plus anticipé un usage personnel nos outils informatiques, un message nous
des configurations pour des séquences informait que les données de l’entreprise
ludiques. Nous avons toutefois sensibilisé étaient cryptées et que leur récupération était
les collaborateurs de l’entreprise lors des sujette au paiement d’une somme sur un
réunions de travail à une hygiène de sécurité. portefeuille Bitcoin.
Ces réunions nous permettent de distiller
une information régulière sur la question du Notre premier acte a été de débrancher
Phishing, de l’authentification des interlocu- toutes les stations et nous avons fait appel
teurs et des escroqueries classiques liées à à un prestataire. Il est très vite apparu que
la gestion des mails. le vendredi soir, un pirate a testé notre mot
de passe qui était trop faible. Son dispositif
La revue : êtes-vous informés des outils logiciel a neutralisé notre antivirus, repéré nos
mis à disposition par l’ANSII, de plates- données et les a cryptées.
formes d’assistance à la cyber mal-
veillance et sur les obligations liées au Nous avons exclu de verser une rançon
RGPD. pour obtenir une restitution de nos données
Denis Millard : notre information est parcel- pour deux raisons : la première est liée au
laire du fait de notre de travail qui mobilise caractère opaque de l’auteur de l’attaque et
l’essentiel de notre temps et de notre mé- à l’absence de garanties du rétablissement
de l’accès aux données sans compter une et anticiper un risque informatique sur la
naturelle aversion pour une pratique de base de votre métier ?
chantage. La seconde résulte du fait que Denis Millard : nous avons déjà eu une
nous avons décidé de restaurer les configu- réunion organisée par la mairie de Chelles
rations puis les données de travail à partir et avec un commissaire de police qui avait
de nos sauvegardes. surtout trait à la sécurité des entreprises.
Elle ne permettait d’aborder le risque cyber
Ces opérations ont été réalisées avec suc- que parmi d’autres problématiques telles
cès et nous n’avons perdu qu’une journée que la protection des biens : stocks, accès,
de travail. Il nous a fallu en fait 48 heures surveillance, etc.
pour redémarrer réellement les services
de l’entreprise si on prend en compte les Il me semble que des thèmes aussi précis
vérifications des données et leur croisement et spécialisés doivent être traités par
avec les opérations du vendredi précédent. métiers. C’est la raison pour laquelle je
militerais pour une information délivrée
La revue : quelles conséquences a eu par l’Ordre des Géomètres-Experts et la
cette cyberattaque pour votre entreprise chambre des métiers. Cela nous permettrait
une fois passé le stade de la restaura- également de mieux connaître les possibi-
tion. lités et informations offertes par l’ANSII ou
Denis Millard : nous avons eu une attitude des plateformes dédiées à l’information et
transparente quant à nos clients que nous à l’assistance aux victimes de cybermal-
avons contactés par mail pour leur faire veillances. En effet, tant que l’on n’est pas
connaître cette attaque. Nous avons joint directement concerné par ce phénomène
les responsables des collectivités territo- de cybermenaces, on discerne mal au
riales avec qui nous travaillons habituelle- sein d’entreprises de taille moyenne toute
ment. Nous avons eu un contact avec le l’architecture juridique et technologique
responsable de la sécurité informatique de qui sous-tend ce phénomène nouveau et
la CCI. Nous avons maintenant une couver- évolutif.
ture assurantielle pour faire face à ce risque.
Nous avons pu utiliser cette phase difficile AUTEUR
pour délivrer une information plus précise
Denis Millard est ingénieur diplômé de
en matière d’hygiène informatique à mes l’Ecole Supérieure des Géomètres Topo-
collaborateurs. graphes (E.S.G.T.) et de l’I.A.E. de Paris.
France Num :
La transformation numérique des TPE/PME
en action. Être accompagné et protéger
son entreprise pour développer son activité
F
Par Aurélie Gracia Victoria
France Num, nouvelle initiative natio- déclarent ne pas savoir comment agir
nale pour la transformation numérique pour la sécurité informatique mais ils
des TPE/PME agit concrètement pour indiquent suivre scrupuleusement les
(1) La transformation la sensibilisation des orientations sur le sujet formulées par leur
numérique des TPE/ entreprises à la sécurité direction.
PME, Etude IFOP du
30 avril au 25 mai numérique via des
2018 de nature eth-
nographique (menée recommandations, des Comprendre, sensibiliser et accom-
dans 22 entreprises
de 1 à 100 salariés
mises en contact avec pagner : protéger son entreprise doit
en France) doublée des accompagnants et revenir un réflexe
d’une enquête
quantitative du 13 des aides mobilisables. Cette étude, qui a pour objectif de
juin au 14 juillet
2018, auprès de montrer où en sont les organisations
700 entreprises Selon l’étude IFOP : dans l’appropriation du numérique et de
la transformation dresser des pistes d’amélioration, relate
numérique des TPE/ un exemple particulièrement parlant : une
PME1, l’attente ma- PME, traitant des données confidentielles
jeure des employés en de par son activité, possède une poubelle
TPE/PME vis-à-vis du où l’on met tous les documents confiden-
numérique - après les tiels à jeter et qui est descendue tous les
AURÉLIE gains de temps dans soirs dans le vide-ordures commun de
GRACIA-VICTORIA
leurs activités profes- l’immeuble…
Cheffe du bureau
des usages sionnelles - relève de
du numérique. la volonté de sécuriser À travers cet exemple parmi d’autres, on
Direction générale
des Entreprises leur entreprise. Par comprend bien que la sensibilisation, la
(DGE) ailleurs, les employés formation et l’accompagnement humain
des TPE/PME aux enjeux des diffé- Aider les entreprises à passer au nu-
rents aspects de la sécurité numérique mérique en partant de leur besoin
est essentielle non seulement pour la Communiquer en ligne, augmenter
protection des données mais aussi pour sa clientèle en trouvant de nouveaux
l’intégrité de l’organisation interne de clients, vendre aussi sur Internet, amé-
l’entreprise, les relations avec les clients, liorer la gestion avec ses clients grâce à
les partenaires, les fournisseurs et les un logiciel adapté, recruter et se former
administrations. en ligne… Les raisons de passer au
numérique sont nombreuses pour les
3,8 millions de TPE/PME en France.
© FranceNUM
AUTEUR
Ingénieure des mines, Aurélie GRACIA VIC-
TORIA débute sa carrière à l’Autorité de ré-
gulation des communications électroniques
et des postes (ARCEP) où elle travaille sur
les sujets des offres consommateurs, de la
neutralité d’internet et des réseaux et du dé-
ploiement de la 4G. Elle est cheffe du bureau
des usages du numérique de la Direction
générale des Entreprises (DGE).
Cybermalveillance
et entreprises : 1er enseignements
du dispositif d’assistance
Par Jérôme Notin
L
Lancé en octobre 2017, le dispositif na-
tional d’assistance aux victimes « Cy-
[Link] » était présenté
dans l’édition n° 260 de décembre de
ses publics. Près de 29 000 personnes
sont venues rechercher de l’assistance
sur la plateforme en 2018. Ce nombre de
sollicitations, qui ne cesse d’augmenter,
la revue de la gendarmerie nationale de a été multiplié par quatre, passant de 500
la même année. Un an plus tard, des par mois en janvier 2018 pour dépasser la
premiers enseignements peuvent déjà barre des 4 000 en décembre. Leur ana-
être tirés sur les missions de ce dispo- lyse, les échanges que le dispositif peut
sitif et sa perception de la cyberme- avoir et les sondages auxquels il participe,
nace, notamment pour ce qui concerne lui permettent d’adapter son action aux
la sphère des petites et moyennes attentes et aux réalités du terrain.
entreprises qui en sont fréquemment la
cible. Un dispositif et un capteur original en
partenariat public-privé
Au fil du développe- Aujourd’hui, le groupement d’intérêt public
ment de son action, qui pilote [Link] est fort
le dispositif « Cyber- de près d’une quarantaine de membres. Il
[Link] » rassemble des acteurs étatiques et de la
a pu confirmer, par société civile engagés dans la lutte contre
JÉRÔME NOTIN
son originalité et les la cybermalveillance. Outre leur soutien
Directeur général services qu’il apporte, financier, ces membres renforcent et dé-
du GIP ACYMA.
Chef d’escadron de qu’il est de nature à multiplient les actions du dispositif.
la réserve citoyenne pouvoir répondre à
cyberdéfense de la
gendarmerie une réelle attente de Le dispositif dispense des conseils et une
ser plainte malgré les incitations, pour les pour y faire face, tant en matière de
raisons évoquées précédemment. compétences qu’en moyens de dé-
fense. Il n’en est malheureusement pas
L’identification de ce phénomène cyber- toujours de même pour les petites et
criminel et les échanges opérationnels, moyennes entreprises ou les collectivités
qui ont pu être conduits avec les ser- territoriales. Ces dernières représentent
vices des ministères de l’Intérieur et de la donc une cible de choix pour les cy-
Justice, ont provoqué l’ouverture d’une bercriminels qui cherchent évidemment
enquête par la section de lutte contre la toujours à maximiser leur profit avec un
cybercriminalité du parquet de Paris en minimum d’effort. Les conséquences de
mars 2018. Confiées au centre de lutte ces attaques peuvent être dramatiques
contre les criminalités numériques (C3N) pour ces plus petites organisations qui y
du pôle judiciaire de la gendarmerie na- jouent parfois leur survie économique.
tionale, les investigations ont conduit à la
saisie de près de 2 millions d’euros dé- On peut aisément admettre que la
but février 2019 et à la mise en examen priorité d’une entreprise réside dans
de trois individus, travaillant en réseau, la réalisation de son activité, dont les
qui ont fait près de 8 000 victimes. systèmes d’information ne sont généra-
lement considérés que comme le simple
Cette possibilité d’identification des support. La numérisation des activités en
menaces au plus près de leur apparition fait pourtant une composante particu-
permet également au dispositif d’alerter lièrement critique pour les entreprises.
les populations via son site Internet et/ou Sans leur système d’information, la
ses réseaux sociaux (Twitter, Facebook, plupart des organisations ne peuvent
LinkedIn). Grâce au relais et à l’appui de tout simplement plus fonctionner et donc
ses membres, plusieurs alertes émises voient leur activité s’arrêter.
par le dispositif ont été largement re-
prises par les médias, démultipliant ainsi Ces systèmes d’information sont sou-
les capacités d’atteindre le plus grand vent externalisés auprès de prestataires
nombre de victimes potentielles. qui se livrent une concurrence féroce
en tirant les prix vers le bas, ce qui est
Les TPE-PME : cibles de choix évidemment toujours un argument très
des cybercriminels scruté par leurs clients. Cette logique
Même si elles ne sont pas exonérées économique va souvent de pair avec
de subir des cyberattaques très variées, un niveau des prestations qui peut
les grandes entreprises ou les grandes s’avérer amoindri, notamment en ce qui
administrations se sont souvent armées concerne le domaine de la sécurité.
Les cybercriminels cherchent aujourd’hui taines de milliers d’euros pour des PME
à pénétrer directement les entreprises de taille plus conséquente. Cette variabi-
par leurs accès extérieurs que ce soit lité des rançons demandées en fonction
par les voies du travail à distance ou du chiffre d’affaires et des capacités de
de la télémaintenance. Ils y parviennent paiement de sa cible démontre bien que
soit en exploitant une faille logicielle non le cybercriminel qui commet l’attaque ne
corrigée, soit en arrivant à « casser » des frappe pas au hasard, et qu’en amont
mots de passe insuffisamment solides. et une fois dans la place il a cherché à
estimer la somme qu’il pouvait deman-
Une fois cette cartographie réalisée, les der à sa victime.
cybercriminels lancent la partie visible de
leur attaque. Celle-ci se déroule géné- Les conséquences de ces attaques par
ralement en dehors des heures ouvrées rançongiciels ne se limitent pas à la perte
de l’entreprise qu’ils ont pu appréhender financière de la seule rançon demandée
en l’observant. Ils commencent alors à que certaines victimes pourraient être
chiffrer les données de l’entreprise en enclines à payer. Il faut en effet toujours
démarrant… par ses sauvegardes. Les y ajouter le coût de la perte de produc-
cybercriminels ont bien compris que tion, parfois durant plusieurs jours, liée à
chaque entreprise a aujourd’hui peu ou l’indisponibilité du système d’information
prou des sauvegardes mais aussi que de la victime, ainsi que celui des travaux
ces sauvegardes sont généralement, et de remise en état.
par facilité, directement accessibles en
ligne sur le réseau de l’entreprise, qui n’a On constate également que chez la
d’ailleurs souvent aucune autre copie plupart des victimes, la priorité va à la re-
récente de ses données. mise en service le plus rapidement pos-
sible de leur système d’information pour
À l’ouverture des bureaux de l’entreprise, pouvoir reprendre au tôt leur activité. Il
toutes ses données sont chiffrées, y s’agit là d’une vision très court-termiste
compris ses sauvegardes, et un mes- qui peut souvent avoir des consé-
sage de demande de rançon attend quences désastreuses dans la durée. En
les décideurs. Cette rançon représente effet, ne pas avoir clairement identifié par
généralement une portion « acceptable » où et comment sont rentrés les criminels
du chiffre d’affaires de l’entreprise au pour pouvoir y remédier, c’est prendre le
regard du préjudice qu’elle subit. De risque conséquent de se voir confronté
quelques centaines d’euros pour une à une nouvelle attaque identique, soit
TPE, à plusieurs milliers d’euros pour par le même groupe criminel, soit par
des collectivités, et jusqu’à des cen- un autre groupe auquel la victime aura
été « vendue » par le primo attaquant. Ces exemples démontrent qu’une entre-
La vente aura d’ailleurs d’autant plus de prise logiquement focalisée sur son cœur
valeur si elle mentionne que la victime de métier et sa réactivité opérationnelle
paie les rançons qui lui sont demandées peut se retrouver insuffisamment prépa-
en partant du principe évident : « qui a rée à subir de telles attaques. Elle peut
payé, paiera ». alors se retrouver désemparée quand
elle tombe sous le joug de cybercriminels
Un autre exemple, les « arnaques au qui sont pour leur part de plus en plus
Président » ont pu également frapper de « professionnels » dans leurs actions.
grands groupes et touchent de plus en
plus de PME. Ces attaques consistent à La prévention : une arme défensive
demander à un employé, souvent sous le majeure
sceau du secret, de faire un virement sur La prévention reste la meilleure arme des
un compte off shore en se faisant passer entreprises pour éviter les cyberattaques
pour un de ses dirigeants ou de ses ou pour pouvoir y faire face lorsqu’elle se
mandataires. Les victimes sont généra- produisent.
lement contactées par message électro-
nique mais aussi parfois par téléphone. Elle se limite souvent à la formation ou
Les criminels se montrent toujours ma- l’information des employés qui est certes
nifestement très bien renseignés sur les un pan très important, mais ne saurait
usages, l’organisation et les procédures être le seul. L’outillage et l’anticipation
de l’entreprise victime. Ils bénéficient des crises sont également des facteurs
là-aussi de la vulnérabilité induite par la fondamentaux de la protection des
facilité et la rapidité des échanges par entreprises.
messages électroniques ainsi que par
l’anonymat que lié à la dématérialisation La formation des employés aux cyber-
du fonctionnement des entreprises. Cette menaces et aux bonnes pratiques à
situation suppose qu’un employé peut adopter pour les éviter ou les détecter
travailler depuis des années, de manière est primordiale. Cela reste souvent
électronique, avec des interlocuteurs qu’il un exercice difficile, car les sujets de
n’a jamais vus et qu’il ne lui viendrait sou- sécurité numérique sont généralement
vent même pas à l’esprit de demander la ressentis comme rébarbatifs, peu
confirmation d’un ordre reçu par mes- parlants et sources de contraintes pour
sage ou par téléphone de ses dirigeants. les utilisateurs, quel que soit leur niveau
C’est en jouant sur ces facteurs bien dans l’entreprise : du dirigeant à l’em-
compris que les cybercriminels arrivent à ployé, en passant par le cadre ou même
commettre leurs escroqueries. «l’informaticien ». C’est d’autant plus
© Acyma
AUTEUR
Impliqué dans la sécurité numérique depuis
de nombreuses années, Jérôme Notin
dispose d’expériences dans la création et la
direction d’entreprises. Il a rejoint l’ANSSI
en mai 2016 en qualité de préfigurateur du
dispositif et a été nommé en mars 2017
directeur général du GIP ACYMA lors de sa
création. Il est par ailleurs ancien gendarme
auxiliaire (94/10 PSIG de Blois) et chef d’es-
cadron de la réserve citoyenne cyberdéfense
de la gendarmerie.
La gendarmerie
au cœur de la prévention des troubles
à l’ordre économique
Par Jean-François Nativité
P
Présente sur environ 90 % du territoire
métropolitain, la Gendarmerie natio-
nale est un acteur séculaire majeur de
la vie de la cité. Forte de ses missions
Un rôle prépondérant dans la sécurisation
économique des territoires
En seulement un quart de siècle, la mondiali-
sation et le déploiement rapide des technolo-
régaliennes de sécurité publique, elle gies de l’information ont bouleversé le milieu
fait partie intégrante du dispositif public économique. L’information est devenue une
d’intelligence économique. Avec son matière exploitable à des fins stratégiques,
maillage territorial et sa connaissance un enjeu de compétitivité. Les profondes
du tissu économique local, elle est un mutations macroéconomiques, l’extrême vo-
maillon essentiel dans la sensibilisation latilité de la finance mondiale et l’émergence
des entreprises, le recueil de leurs ques- de nouveaux pays concurrents ont conduit
tions, inquiétudes et les acteurs économiques à se livrer une
plaintes, mais aussi féroce bataille pour conquérir des parts de
dans la détection de marché. C’est dans ce contexte d’insécurité
potentielles menaces. économique que l’État a décidé, dès 2005,
Elle contribue de ce de mettre en place un dispositif d’intelligence
fait à préserver les économique (IE) territorial visant à soutenir
savoir-faire écono- les entreprises créatrices d’emplois et de
JEAN-FRANÇOIS miques et techno- richesses.
NATIVITÉ
logiques des entre-
Commandant
de gendarmerie.
preneurs, et donc à Fixée par la circulaire du Premier ministre du
Adjoint du délégué pérenniser les emplois 15 septembre 2011, l’organisation actuelle
au patrimoine
culturel de la
et l’équilibre écono- du dispositif d’intelligence territoriale est
gendarmerie mique des territoires. placée sous l’égide du préfet de Région en
charge du pilotage et de
(1) Ministère de la
d’entreprises comme les salariés via
l’animation de cette
Défense, Ministère notamment des conférences, tables
de l’Intérieur, de
l’outre-mer et politique. Dans ce cadre, rondes et autres participations à des
des collectivités
la Gendarmerie nationale
territoriales, Sécurité réunions d’acteurs économiques, tout en
économique terri-s’intéresse exclusivement effectuant en parallèle un travail de
toriale. La région
de gendarmerie au volet défensif de prévention (diagnostic de sûreté et/ou de
de Rhône-Alpes
« au service des l’intelligence économique sécurité économique, accompagné de
entreprises », 2013,
p. 3.
nommé “sécurité écono- recommandations pragmatiques et
mique”. Cette approche efficaces).
s’inscrit dans son coeur de métier. Elle
consiste à prévenir et à réprimer tout acte Il s’agit aussi pour elle d’identifier les
hostile visant à porter atteinte aux intérêts entreprises représentant une sensibilité
d’une entreprise implantée en zone de particulière (secteurs stratégiques, pôles
compétence de la Gendarmerie nationale1. de compétitivité) en collaboration avec les
autres services de l’État et d’alerter au
Grâce à son implantation territoriale besoin les autorités et services compétents
historique, à ses compétences judiciaires en cas de signaux faibles ou d’atteintes
et ses expertises en matière de sécurité, constatées, afin de
(3) Laura FORT,
de cybercriminalité ou encore de délin- « Quand les gen- protéger leur patrimoine
quance financière, la Gendarmerie dispose darmes préviennent matériel et immatériel3. En
les troubles à l’ordre
d’une capacité importante de collecte économique », La effet, depuis ces dernières
Tribune, 7 décembre
d’informations utiles aux entreprises 2012, pp. 2-3. années, les « cyber-vulné-
(menaces internes et externes). Il faut rabilités » sont en
savoir que les atteintes économiques constante progression. Le monde s’est
se concentrent à 75% numérisé, les entreprises se sont connec-
(2) Christophe
ROHEL, « La gen- vers des entreprises de tées : site internet, réseaux sociaux,
darmerie au cœur
de la politique pu- moins de 500 salariés, intranet, fichiers, cloud, etc. Autant de
blique d’intelligence implantées à 80% en vecteurs aujourd’hui indispensables,
économique »,
Intelligences zone de compétence contenant de l’information confidentielle,
économiques.
Nouvelles pratiques gendarmerie2. Outre qui intéressent les cybercriminels. Selon le
& mentalités dans la
recherche et la ges-
l’identification et l’accom- ministère de l’Intérieur, plus d’un tiers des
tion de l’information, pagnement judiciaire entreprises françaises de moins de 250
juin 2014, p. 1.
(s’agissant des infractions salariés seraient victimes de ces « cyberat-
économiques et financières constatées, taques ». Celles-ci visent tout ce qui fait
vols, escroqueries, contrefaçons, etc.), l’un fonctionner l’entreprise ou détermine sa
des principaux objectifs de la gendarmerie stratégie : fichiers clients, données
est de sensibiliser sur le terrain les chefs personnelles, mais aussi la prise de
© Gendarmerie nationale/SIRPA/[Link]
Technicien CyberGend C3N, lutte contre la cybercriminalité et lutte anti terroriste (2017).
Des outils d’analyse et une fonction de mique (SISSE) créé en 2016, au nombre
conseil desquels le logiciel DIESE (Diagnostic
Pour les référents « intelligence écono- d’Intelligence Économique et de Sécurité
mique », l’activité au quotidien consiste des Entreprises) qui évalue les vulnérabili-
essentiellement en un travail d’identifi- tés de l’entreprise et son niveau de
cation des acteurs, de sensibilisation et protection.
de renseignement. Ils disposent d’outils
de diagnostic mis à leur disposition par Les référents sensibilisent également les
le Service interministériel de l’Information entreprises aux risques « cyber » (risques
Stratégique et de la Sécurité Écono- économiques ou financiers, risque de
AUTEUR
Docteur en Histoire militaire et études de
Défense (2010), le commandant Jean-Fran-
çois Nativité est également diplômé de
l’Ecole d’Administration (Mastère spécialisé
en gestion des risques sur les territoires
- Promotion Théodore Monod 2007). Spécia-
lisé dans les questions d’intelligence écono-
mique territoriale et de sécurité économique,
il a occupé de 2007 à 2015 les fonctions de
directeur du développement territorial au
sein de l’ADIT (Agence pour la Diffusion de
l’information technologique).
TPE-PME :
un enjeu de cybersécurité ?
Par Roland Majorel
L
Les très petites entreprises (moins de 10
salariés et chiffre d’affaire inférieur à
2 M€) et les petites et moyennes entre
prises (moins de 250 salariés et moins de
(3) L’intégration
de la sécurité dès
la phase
de conception.
© MINEFI
L’implantation décentralisée des spécialistes de la Gendarmerie nationale est en adéquation avec la disper-
sion géographique des TPE / PME sur le territoire national.
ces entreprises couplée à une culture de présente dans tous les territoires métro-
la sécurité économique moins dévelop- politains et ultramarins. Force de police
pée, notamment dans le domaine cyber, de pleine compétence
rend parfois la portée du message moins (sécurité publique
(14) Centre de lutte
audible. La Gendarmerie nationale, qui contre les criminali- générale mais aussi
tés numériques de
participe pleinement à la PPIE, possède la Gendarmerie.
service enquêteur
tous les atouts pour jouer un rôle de pre- chevronné avec le C3N14
mier plan dans le volet cybersécurité. et les 2 000 enquêteurs
spécialisés du réseau décentralisé
Le rôle de la gendarmerie dans la PPIE « cybergend »), la gendarmerie possède
et notamment dans le volet cybersé- son propre canal d’échange et de
curité remontée d’informations, ce qui lui
Avec son maillage territorial composé de permet d’alerter rapidement les autorités
3 600 brigades et son modèle d’organisa- et administrations partenaires et d’appor-
tion pyramidale, la gendarmerie est ter des réponses directement aux
certainement la dernière administration entreprises.
© Gendarmerie nationale
sécurité se traduit par le développement
des différents réseaux de référents de la
gendarmerie. Ainsi, dans le domaine de la
sécurité économique, la gendarmerie
consacre chaque année un réel effort de
formation en faveur de ses 200 officiers et
sous-officiers référents « sécurité écono-
Présente à tous les stades du cycle de mique protection des entreprises »
la PPIE (de la définition des objectifs au (SECOPE) grâce aux
(16) Institut national
niveau des ministères, à la veille au niveau des hautes études formations de haut niveau
de la sécurité et de
des régions et des départements, jusqu’à la justice. dispensées à l’INHESJ16,
l’application des solutions arrêtées), la (17) Centre national
au CNFRO17 et à l’Ecole
gendarmerie est bien souvent le premier de formation au européenne d’intelligence
renseignement
ou dernier interlocuteur régalien des TPE/ opérationnel. économique (EEIE). Les
PME, notamment en matière de criminalité référents SECOPE, qui
liée au cyber. sont de véritables guichets uniques de la
gendarmerie pour les TPE/PME, viennent
Grâce aux index statistiques de la crimina- enrichir l’offre de protection générée par
lité, nous connaissons bien la forte implica- les NTECH et les référents « sûreté » afin
tion de la gendarmerie dans la lutte d’offrir une réponse de sécurité écono-
judiciaire contre la cybercriminalité mais il mique globale et intégrée. Dans ce
(15) Le territoire
est plus difficile de rendre dispositif déjà étoffé, il convient de
numérique est la compte de son implica- souligner le rôle essentiel joué par des
transposition d’un
espace géogra- tion dans le domaine de la milliers de réservistes opérationnels ou
phique dans un
espace numérique. prévention, notamment en citoyens qui sont non seulement des
Cette notion est faveur des nouveaux facilitateurs, découvreurs, apporteurs
née à la fin des
années 1990, de territoires numériques15. d’affaires mais aussi des capteurs
la rencontre des
territoires avec les Afin de prévenir la inestimables et dévoués, constituant une
technologies de
l’information et de
criminalité cyber, la formidable richesse de profils et d’exper-
la communication, gendarmerie s’est tises mobilisable au service de la Gendar-
et avec la volonté
de limiter la fracture engagée très fortement merie et des entreprises.
numérique.
dans la diffusion d’une
AUTEUR
Le Lieutenant-colonel Roland Majorel, outre
une Maîtrise de droit privé est titulaire d’un
Master 2 (M2) intelligence économique (EEIE
- Ecole Européenne d’Intelligence Econo-
mique). Il est auditeur à l’INHESJ. Après
un parcours de commandement territorial
(Compagnie et EDSR), il sert au sein de la
direction générale de la gendarmerie natio-
nale comme chargé de projet et en tant que
chef de section. Il est depuis 2 ans mis à la
disposition du MINEFI.
La chaîne de valeur
des PME/PMI, cible des atteintes
à la sécurité économique
Par Jean-François Auzet et Stéphane Mortier
D
Dans ses relations avec le monde de
l’entreprise, l’activité de la gendarmerie
nationale porte essentiellement sur la
prévention (la surveillance générale,
profit de son maillage territorial pour
mettre en place un dispositif de sensi-
bilisation du tissu économique à l’intel-
ligence économique sur l’ensemble du
les relations avec les décideurs éco- territoire. Cette tâche, singulière pour
nomiques, les conférences de sen- l’institution, s’est totalement imbriquée
sibilisation, les visites en entreprise). dans ses missions régaliennes.
Pleinement inscrite dans cette poli-
tique publique, mise en place en 2004, Plusieurs dizaines de milliers d’entreprises
la gendarmerie nationale a su tirer sont sensibilisées aux risques et vulnérabi-
lités qui les menacent. L’intelligence éco-
nomique, et plus particulièrement son volet
sécurité économique, est une démarche
que la gendarmerie offre aux entreprises
afin qu’elles se préservent de toute forme
de prédation. Cette mission est dévo-
lue à la section sécurité économique et
JEAN-FRANÇOIS STÉPHANE protection des entreprises (SECOPE) de
AUZET MORTIER
la sous-direction de l’anticipation opéra-
Lieutenant-colonel Gendarme.
Section sécurité
tionnelle (SDAO) de la direction générale
de gendarmerie.
Chef de la section économique de la gendarmerie nationale (DGGN) qui
sécurité économique et protection
des entreprises.
s’appuie sur environ deux cents référents,
et protection
des entreprises. DGGN formés, présents partout sur le territoire
DGGN national, outre-mer et gendarmeries spé-
AUTEUR
Jean-François AUZET, lieutenant-colonel
de gendarmerie, est diplômé de l’ESM
Saint-Cyr ainsi que de l’executive MBA
de l’EMLyon et du master 2 d’intelligence
économique de l’école européenne d’intelli-
gence économique de Versailles. Après une
période de disponibilité pendant laquelle
il a occupé des fonctions de direction en
entreprises privées, il est aujourd’hui chef de
la section sécurité économique et protection
des entreprises à la Direction générale de la
gendarmerie.
AUTEUR
Stéphane MORTIER, gendarme, œuvre à la
section « sécurité économique et protec-
tion des entreprise » de la DGGN. Diplômé
en sciences politiques, en sociologie et en
politique internationale de l’Université libre de
Bruxelles, il est également diplômé de l’École
de Guerre Économique et termine un doctorat
en sciences de gestion à l’Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne.
© Fotolia_71237336_Subscription_XXL
UNE NOUVELLE ÉCOSPHERE CRIMINELLE QUI SUSCITE UNE
ADAPTATION DES DISPOSITIONS LÉGISLATIVES
Faces à ces nouvelles menaces, l’état de droit s’est adapté par l’évolution de
son arsenal juridique, notamment celui qui réprime les atteintes aux traitements
automatisés des données, et en prenant des mesures assurant la coordination de
services d’investigations spécialisés, tant au niveau national qu’international, et
en créant au sein du ministère de la justice des instances dédiées à cette nouvelle
criminalité.
Cybersécurité :
les nouveaux défis du monde économique
Par Xavier Leonetti
I
Internet fait désormais partie de nos
vies. Tous les jours, à chaque ins-
tant, nous sollicitons cet assistant
multifonctions dans la plupart des
nous protégeait de toutes menaces.
Ainsi, dans ce monde virtuel, chacun
adopte des comportements qu’il n’aurait
pas dans la vie réelle. Par exemple,
tâches de notre vie quotidienne (ren- s’imagine-t-on distribuer sur la voie
dez-vous, démarches administratives, publique des prospectus décrivant notre
réservations de sorties, …). La vie vie intime, nos dates de départ ou de
sans le numérique ne nous paraît plus vacances ou le dernier plat que l’on
possible. Mais à quels risques ? La vient de manger ?
vague du progrès numérique semble
parfois nous submerger, entraînant Évidemment non, pourtant qui pour-
notre abandon à ce nouveau maître rait affirmer ne l’avoir jamais fait. En
du quotidien. cela, nous sommes pour la plupart les
victimes d’un « privacy paradoxe » qui
Le recours massif nous conduit d’un côté à exposer notre
aux nouvelles tech- vie privée aux yeux de tous, tout en ré-
nologies va souvent clamant de l’autre toujours plus de pro-
de pair avec une tection et de respect de notre intimité.
autre forme d’aban-
XAVIER LEONETTI don liée à une Mais un tel comportement n’est
vigilance moindre pas sans conséquences. En effet, la
Magistrat
Juridiction sur les réseaux confiance trop grande des internautes
inter-régionale sociaux comme si est souvent à l’origine d’escroqueries,
spécialisée
de Marseille le filtre des écrans de fraudes ou de rançonnage.
Ainsi, plus de 90 % des cyberinfractions liquidités détenues par les commerces
recensées chaque année par l’Observa- de proximité (tabac, presse,...).
toire national de la délinquance et des
réponses pénales (ONDRP) sont des es- Aujourd’hui, une seconde évolution est
croqueries et des attaques financières. en cours sous l’effet de l’introduction
C’est dire qu’à l’image de l’économie dans nos smartphones et nos cartes
réelle qui repose sur la confiance, l’éco- bleues de puces de paiement sans
nomie souterraine dolosive qui prospère contact. Les paiements virtuels se gé-
sur internet se nourrit d’un manque de néralisent, les caisses des commerces
vigilance et de nos failles de sécurité se vident progressivement et l’extorsion
personnelles. directe de liquidités devient une infrac-
tion en voie de diminution.
Cybercriminalité : les nouveaux che-
mins du crime Dans le même temps, la « révolution
Le monde criminel s’est très tôt saisi numérique » offre une extraordinaire
des opportunités numériques. Jamais, opportunité pour la criminalité et la délin-
sans doute, le prédateur n’a été aussi quance. La cible principale devient alors
près de sa victime puisqu’au moyen des la donnée (la « data ») détenue par une
smartphones et des objets connectés personne ou une entreprise. Désormais,
il est partout et constamment avec elle. afin d’obtenir des données bancaires,
Mais, jamais aussi le délinquant n’a des virements de fonds ou de valeurs
été aussi loin de son juge, ne serait-ce financières, on menace, rançonne et es-
qu’en raison des frontières juridiques et croque. Internet ne permet pas simple-
de la lenteur de la coopération judiciaire ment un transfert de délinquance entre
comparée à la vitesse des transactions les mondes réel et virtuel. Il s’agit éga-
sur la Toile. lement d’une révolution industrielle de
« l’écosystème criminel » qui développe
Ainsi, depuis dix ans la délinquance désormais des outils de délinquance de
traditionnelle vit au rythme des innova- masse, permettant en un clic d’infecter
tions commerciales et économiques. ou d’escroquer des milliers de victimes.
Dans un premier temps, les banques se
sont ouvertes à leurs clients sur le credo Ainsi, la matière cybercriminelle est
« j’aime ma banque », supprimant de ce aujourd’hui définie au travers de trois
fait les portiques de sécurité et logique- grandes catégories :
ment l’argent détenu aux guichets. Les
auteurs de vols à main armée ont natu- a première est relative aux infractions
–L
rellement reporté leur attention sur les liées aux systèmes d’information et de
L’apparition d’une cyberdélinquance de masse oblige les entreprises à promouvoir une hygiène reposant
sur la mise place d’outils de protection et la formation des personnels à des actes de prévention simples
mais efficaces notamment quant à la gestion des mails, mots de passe et des objets connectés personnels
(clés USB, notebook, smartphones).
lesquels concourent souvent à des ce même biais. Dans ce cas, les entre-
formes d’espionnage économique. prises doivent principalement veiller au
respect de la protection des données,
a seconde catégorie regroupe les
–L de l’image et de la vie privée de leurs
infractions liées aux formes « tradi- salariés. En la matière, les atteintes à
tionnelles » de criminalité qui utilisent la réputation entre dirigeants et em-
internet et les nouvelles technologies ployés ont tendance à se multiplier sur
de l’information et de la communica- les réseaux sociaux.
tion (NTIC) comme étant de nouveaux
modes opératoires. Rappelons que les Cybersécurité : la mobilisation des
entreprises représentent 77,4 % des services de l’État
victimes d’escroqueries. Par exemple, En écho à ces nouvelles menaces, le
les entreprises ont longtemps été droit s’est adapté tandis que les ser-
victimes de la fraude dite « au Pré- vices de sécurité et de Justice ont pro-
sident ». Celle-ci consiste à user de gressivement fait évoluer leurs modes
fausses demandes de paiement en d’organisation et d’investigation. Ainsi,
usurpant l’identité d’un dirigeant de l’arsenal pénal permettant de réprimer
l’entreprise. Par son intensité, ce pil- les comportements cyberdélinquants
lage organisé met en danger la survie s’est particulièrement étoffé, notamment
financière des entreprises victimes. depuis l’adoption de la LOPPSI2 du
Dès 2016, les actions de prévention 14 mars 2011. Par exemple, l’accès ou
mises en œuvre par les services de le maintien frauduleux dans un système
police et de gendarmerie ont permis de traitement automatisé de données
d’infléchir la courbe de ces infrac- (C. pén., art. 323-1, al. 1er) permet de
tions. Néanmoins, les escrocs renou- réprimer le phishing qui consiste à sou-
vellent sans cesse leurs techniques tirer des informations personnelles à des
et pratiquent aujourd’hui de nouvelles internautes en leur envoyant un courriel
formes d’atteintes (par exemple le usurpant l’identité d’une banque ou d’un
« rançonnage par déni de service » site marchand (TGI Paris, 2 sept. 2004).
consistant à bloquer les outils infor- De même, une personne peut être pour-
matiques d’une entreprise avant de lui suivie pour sa participation à un grou-
réclamer une rançon). pement de pirates (art. 323-4 du Code
pénal), en l’espèce lorsqu’il est établi
a troisième catégorie présente les
–L que les participants n’ignoraient pas que
infractions commises par internet rela- les informations échangées avaient pour
tives à la dignité ou à la personnalité et finalité de commettre des atteintes au
les atteintes sexuelles commises par système informatique d’accès à Canal
AUTEUR
Xavier Leonetti intègre l’école des officiers
de la gendarmerie nationale en 2002. Après
un commandement opérationnel à la com-
pagnie de gendarmerie départementale de
Castellane, il revient à l’école des officiers
de la gendarmerie nationale comme officier
professeur en 2008. Il rejoint en 2010 la
direction générale en tant que responsable
du service national « sécurité et intelligence
économiques ». Il intègre les rangs de la
magistrature en 2016 en tant que substitut
du procureur au parquet général d’Aix-en-
Provence puis rejoint en 2017 la Juridiction
inter-régionale spécialisée de Marseille,
Criminalité organisée.
Ces savoirs sont de tous ordres : algorithmes, plan business, fichiers clients, pour
peu qu’ils participent à la valorisation d’actifs informationnels et technologiques
propres à l’entreprise. Il faut toutefois, pour s’en prévaloir devant une juridiction,
établir que les mesures propres à assoir cette confidentialité ont bien été prises
et que le caractère particulier des données ou des pratiques a bien été distingué
et valorisé.
L
La loi n° 2018-670 du 30 juillet 2018,
relative à la protection du secret des
affaires, a contribué à donner corps à un
nouveau régime de protection juridique
Avec cette approche, le secret des affaires se
veut donc un outil supplémentaire permettant
de renforcer la compétitivité et l’innovation de
l’entreprise, quelle que soit sa taille, ainsi que
de l’innovation, notamment à destination la préservation robuste de
(1) Directive, préam-
des ETI, PME-PMI et TPE, en complé- bule 1) et suivants.
ses actifs informationnels1.
ment des règles relatives à la sécurité des Plus largement, il s’agit
systèmes d’information contenues sous d’assurer l’avantage technologique de son
les articles 323-1 et suivants du Code de titulaire dans une économie de la data
commerce. exposée aux prédateurs économiques.
En effet, au-delà de la répression pénale des Une définition couvrant les actifs imma-
délits d’intrusion et de tériels
piratage informatique
des systèmes d’infor- Toute publicité des délibérations, en matière de
mation, le législateur stratégie ou de tactique, renseigne adversaires
a voulu sanctuariser et rivaux. La transparence nuit à l’action, que le
commercialement les secret, lui, favorise.
créations et « inven- Roger-Pol DROIT
OLIVIER
DE MAISON ROUGE tions » numériques qui
ne pouvaient recevoir Éléments immatériels du secret protégé :
Avocat
Docteur en droit. de protection par la Cela pouvait être une gageure de définir, de
École des relations propriété intellectuelle. la manière la plus large possible, ce qui par
internationales
(ILERI) principe n’est connu que d’un petit nombre
d’initiés. Pourtant, relevant ce défi, le droit Par dérogation, le secret des affaires n’est
a consacré une norme juridique unifiée afin toutefois pas protégé lorsque :
« d’étalonner » cette notion confidentielle
constituée de R & D, « de savoir-faire et d’in- – le droit en impose la communication, no-
formations commerciales non divulguées » tamment en cas de contrôle ou d’enquête
pour reprendre le titre de la directive euro- des autorités judiciaires ou administratives ;
péenne que la loi a transposée.
– le secret est divulgué par des journalistes
Les secrets d’affaires sont ainsi identifiés dans le cadre de la liberté d’expression et
sous trois conditions cumulatives : du droit d’informer ;
1) non connus du grand public et/ou du – un lanceur d’alerte révèle de bonne foi,
secteur professionnel concerné ; de manière désintéressée et dans le but
de protéger l’intérêt général, une activité
2) ayant une valeur commerciale, réelle ou illégale, une fraude ou un comportement
potentielle, parce que secrets ; répréhensible ;
3) et faisant l’objet de mesures spécifiques – il s’agit d’empêcher ou de faire cesser toute
destinées à les garder confidentiels. atteinte à l’ordre public, à la sécurité, à la
santé publique et à l’environnement ;
Cela peut être un algorithme, une méthode
de calcul ou d’analyse, un plan de déve- – il a été obtenu dans le cadre de l’exercice
loppement, une base de prospects, un du droit à l’information des salariés ou de
fichier clients, une liste de fournisseurs, une leurs représentants.
stratégie commerciale comme le lancement
d’un nouveau produit, un business plan, des La protection de la technologie par le
accords commerciaux, un schéma organi- secret des affaires
sationnel, la composition d’une recette, d’un
parfum, … Le vrai secret est une connaissance que son
détenteur rend délibérément inaccessible. (…)
Sous cette définition commune et exten-
sive, le secret des affaires est un support Le secret, suivant le cas, interdit de connaître,
juridique alternatif permettant de consolider de prouver, de diffuser ou de reproduire
la sécurité des actifs informationnels et l’information qu’il protège voire de la modifier,
technologiques de l’entreprise. comme lorsqu’un mot de passe empêche le
sabotage de données informatiques.
Exceptions au secret : François-Bernard HUYGHE
La protection du secret des affaires par la Par conséquent, une protection efficace du
technologie secret des affaires suppose la mise en œuvre
d’un processus composé de trois étapes-
Si vous voulez que l’on garde votre secret, le plus clés :
sûr moyen est de le garder vous-même. SENEQUE
1) l’identification des informations confiden-
Des « mesures de protection raisonnable » tielles (sachant que l’économie supposant la
Seule une entreprise ayant mis en place souplesse et la fluidité, toutes les informations
en amont des « protections raisonnables » n’ont pas vocation à être protégées) ;
(article L ; 151-1 du Code de commerce) pour
garder leurs informations confidentielles pour- 2) leur classification selon leur niveau de
ra faire valoir leurs droits devant les tribunaux sensibilité ;
et revendiquer la protection légale du secret
des affaires. 3) l’organisation de leur protection par des
moyens adaptés et la gestion des droits
Si elle ne le fait pas, elle risque de ne pas d’accès et de disponibilité.
pouvoir invoquer la protection des secrets
d’affaires devant le juge qui écartera la quali- Protections innovantes
fication de secret des affaires et la protection Une fois ce travail accompli, il faut également
juridique qui va de pair. Autrement dit, le délimiter le périmètre des personnes ayant
texte suppose que les entreprises prennent accès à ces informations et juger de leur
en charge leur protection en amont, selon « besoin d’en connaître ». La direction devra
une politique de sécurité (notamment PSSI, allouer à chacune des personnes autori-
mais aussi juridique) qu’il leur appartient de sées des identifiants et des codes d’accès
définir en fonction de la nature des informa- spécifiques, non sans avoir préalablement
tions qu’elle entend protéger. cloisonné les informations classifiées sur le
En complément, afin de créer une traçabilité Olivier de MAISON ROUGE est avocat spécialisé
dans les domaines du numérique, de la protec-
des accès, il peut être imaginé de nombreux tion des données, du secret des affaires, de l’in-
ressorts empruntés aux technologies inno- telligence stratégique et sécurité économique.
vantes telles que : Docteur en droit. Diplômé de Sciences poli-
tiques, il est professeur associé à l’Ecole des
– la blockchain, privée en l’occurrence, pour relations internationales (ILERI) et à l’Ecole
de Guerre Economique (EGE). Il intervient
assurer une date certaine et un schéma or- régulièrement à l’IHEDN et à l’Ecole Nationale
ganisationnel décentralisé de classification de la Magistrature (ENM). Il est membre de la
des informations sensibles ; commission permanente « secrets d’affaires »
de l’AIPPI, du comité d’éthique du syndicat
français de l’intelligence économique (SYNFIE)
– des services d’identité numérique et et vice-Président de la Fédération Européenne
d’authentification forte, tels que définis par des Experts en Cybersécurité (EFCSE). Enfin, il
est rapporteur du Groupe de travail (Ministère
la règlementation européenne, destinés à de l’Economie et des Finances / SISSE) sur la
régir strictement les droits d’accès électro- transposition de la directive n°2016/943 du 8
niques ; juin 2016 sur le secret des affaires.
répréhensible.
Cybersécurité :
quelle réaction juridique face à une attaque ?
Par Georgie Courtois
P
Plus une semaine ne passe sans qu’une
nouvelle cyberattaque de grande
ampleur ne soit révélée et défraye la
chronique. Ces cyberattaques ont ten-
Les cyber-attaques les plus répandues
sont les suivantes :
dans le cadre des contrats de travail, par Au-delà de ces prérequis, il est recomman-
la gestion des questions de responsa- dé de mettre en place au sein de son orga-
bilité avec les prestataires informatiques nisation une « cellule de crise Cyber » afin
et les sous-traitants de données person- que chacun des intervenants, en partant
nelles ou encore par la sécurisation du de la direction jusqu’aux responsables du
dispositif en souscrivant une assurance système informatique et aux opérationnels
cyber risque ; dont les données sont concernées, puisse
réagir très rapidement. Plus l’attaque dure
– La sensibilisation : encore une fois, les longtemps, plus il est difficile de revenir
employés d’une entreprise doivent être rapidement à la normale et de reprendre
sensibilisés afin d’éviter d’être à l’origine son activité. Cette cellule de crise doit
d’une attaque cyber en raison de leur également faire intervenir des juristes ou
manque de compréhension des méca- des avocats afin qu’ils puissent mettre en
nismes utilisés par les attaquants. œuvre rapidement les obligations légales
auxquelles sont soumises les entreprises
victimes.
Une expertise menant à la construction d’un système sécurisé, un environnement juridique des pratiques
et des responsabilités des acteurs constituent un socle de mesures propres à assurer la protection des
valeurs de l’entreprise.
3) Comment réagir lorsque l’on a fait Elles doivent notifier à l’ANSSI, sans
l’objet d’une cyber-attaque ? délai après en avoir pris connaissance,
Lorsqu’une entreprise a fait l’objet d’une les incidents affectant les réseaux et
attaque, il est nécessaire de pouvoir gérer systèmes d’information nécessaires à la
plusieurs actions très rapidement :
fourniture de services essentiels suscep-
tibles d’avoir, compte tenu notamment
– Si des données personnelles sont
du nombre d’utilisateurs et de la zone
concernées1 : aux
(1) [Link]
[Link]/fr/ termes de l’article 33 du géographique touchés ainsi que de la
(2) [Link] RGPD2, si des données durée de l’incident, un impact significatif
fr/fr/reglement-eu-
personnelles ont fait sur la continuité de ces services ;
ropeen-protec-
tion-donnees/cha- l’objet d’une violation
pitre4#Article33
(perte de disponibilité, – Recherche et aménagement de la
d’intégrité ou de confidentialité, de preuve : dès que l’attaque a été détec-
manière accidentelle ou illicite), il est tée, il convient de sécuriser au maximum
nécessaire de notifier la preuve informatique qui est un élément
(3) LOI n° 2018-133
du 26 février 2018
cette violation à la CNIL essentiel afin de comprendre la raison
portant diverses dans un délai de
dispositions d’adap- de l’attaque, éviter qu’une telle attaque
tation au droit de 72 heures à la suite de
l’Union européenne ne se reproduise et surtout permettre
dans le domaine de la constatation de la
la sécurité. violation. À défaut, il d’agir contre les auteurs de l’attaque.
(4) Décret n° 2018- faudra expliquer lors de Il convient de faire appel à des experts
384 du 23 mai 2018
relatif à la sécurité la notification les motifs informatiques habitués à gérer ces crises
des réseaux et sys-
tèmes d’information
du retard ; et à recueillir la preuve sans la dénaturer ;
des opérateurs de
services essentiels
et des fournisseurs – Si l’entreprise est un – Action judiciaire : en parallèle des
de service numé-
rique. opérateur de service interventions de recueil de preuve et de
(5) Energie,
essentiel : la loi3 et remédiation, il convient de porter plainte
Transport, Banques, le décret4 publiés en auprès des services de polices et de
Infrastructures de
marchés financiers, 2018, issus de la trans-
Santé, Fourniture et
gendarmerie spécialisés dans la fraude
distribution d’eau
position de la Directive
aux technologies. Ces services disposent
potable, Infrastruc- Network Information
tures numériques, de moyens d’analyse très performants
les moteurs de Security, mettent à la
recherche en ligne,
charge de certaines et sont susceptibles de remonter aux
les places de
marché en ligne (« entreprises des obliga- auteurs des infractions, malgré le fait que
marketplace »), les
services de Cloud tions de sécurité et de de nombreuses attaques proviennent de
computing
notifications5. l’étranger.
AUTEUR
Georgie Courtois intervient en conseil et en
contentieux en droit des nouvelles techno-
logies (informatique, internet, cryptologie,
données personnelles…) et en droit de la
propriété intellectuelle (droit d’auteur, droits
voisins, marques, dessins et modèles,
brevets).
RÉDACTION
Directeur de la rédaction :
Général d’armée (2S) Marc WATIN-AUGOUARD,
directeur du centre de recherche de l’EOGN
RÉDACTEUR EN CHEF
Colonel (ER) Philippe DURAND
MAQUETTISTE PAO
Maréchal des logis-chef Anne PELLETIER
SDG
IMAGES
Stéphane MICHAUX
DICOM/Phototèque
COMITÉ DE RÉDACTION
• Général de corps d’armée Christian RODRIGUEZ,
major général de la Gendarmerie nationale
• Général de corps d’armée Thibault MORTEROL,
Commandant des écoles de la Gendarmerie nationale
• Général de brigade Laurent BITOUZET,
Conseiller communication du directeur général
de la Gendarmerie nationale - chef du Sirpa-gendarmerie
• Lieutenant-colonel Jean-Marc JAFFRÉ,
Directeur-adjoint au centre de recherche de l’EOGN
COMITÉ DE LECTURE
• Général d’armée Jean-Marc LOUBÈS,
Inspecteur général des armées – gendarmerie
• Général de corps d’armée Christian RODRIGUEZ
Major général de la Gendarmerie nationale
• Général de corps d’armée Thibault MORTEROL,
Commandant des écoles de la Gendarmerie nationale
• Général de corps d’armée François GIERÉ,
Directeur des opérations et de l’emploi
• Général de brigade Laurent BITOUZET,
Conseiller communication du directeur général
de la Gendarmerie nationale - chef du Sirpa-gendarmerie
• Colonel Laurent VIDAL,
délégué au patrimoine – DGGN
• Lieutenant-colonel Édouard EBEL,
département gendarmerie au sein
du service historique de la Défense
DÉPOT LÉGAL
Raison sociale de l’éditeur :
CREOGN, avenue du 13e Dragons,
77010 Melun cedex
Général (2S) Watin-Augouard
Imprimerie : SDG - 11 rue Paul Claudel
87000 Limoges
Mars 2019
ISSN 1243-5619
© LPC/SIRPA