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L'ART MODERNE
PAR
MICHEL DUFET
Attaché à la Conservation du Musée Bourdelle
HACHETTE
4 CÉZANNE PARLUI-MÊME. (Cl. Bulloz.)
RODIN : L'AGE D'AIRAIN. — Cette
œuvre connut à sa naissance les plus
◀ âpres critiques. Parce qu'elle rompait
avec l'académisme alors en faveur, on
accusa Rodin d'en avoir moulé sur
nature les plus beaux morceaux. (Photo
Sougez.)
Tousdroitsdetraduction, dereproduction
et d'adaptation réservés pour touspays.
© Librairie Hachette 1958,
COROT: SANBARTOLOMEO.—La belle organisation des massesqui composent ce tableau, l'observation fine et sensibledes
jeux dela lumière exprimés enlarges plans simples, l'expression sobre et pleine des matières duciel, dela pierreet del'eau,
laissentbienprévoir, chezcegrandprécurseurquefut Corot, lesrecherchessynthétiquesdesmeileursmaîtres del'art moderne
français. (Photo Vizzavona.)
CHAPITRE PREMIER
L'ART ET LA REVOLUTION
INDUSTRIELLE AUXIX SIÈCLE
L'histoire de ce qu'on est convenu d'appeler fastes les plus glorieux de notre pays.
«L'Art moderne » peut presque se borner à la On ne saurait parler de l'évolution des arts
relation des principaux mouvements qui sur- au XIX siècle sans relater quel fut, à cette
girent, au cours du XIX et du XX siècle, pour époque, l'épanouissement des sciences et surtout
lutter contre l'art officiel et les conventions de l'industrie. Pendant des millénaires, après
enseignées par ses maîtres. Tout d'abord ces l'invention de la roue et du collier, la courbe
mouvements furent considérés comme des analytique des forces motrices mises à la dispo-
aventures sans lendemain possible. On les sition de l'homme demeure presque horizontale
connaît pourtant aujourd'hui sous le nom de pour subitement, entre la fin du XVIII siècle et
Romantisme, d'Impressionnisme, de Cubisme, le milieu du XIX s'élever de telle sorte que,
de Fauvisme, de Surréalisme, en passant par les grâce à l'invention du moteur à explosion, elle
nabis pour finir par les abstraits. Nous les étu- s'approche aujourd'hui de la verticale. La
dierons dans ces pages, car ce sont bien les plus machine remplace l'homme. Chemins de fer,
merveilleuses aventures que ces épopées fulgu- bateaux, télégraphe, tissages, métallurgie, impri-
rantes dont les éclairs s'inscrivent dans les merie se développent. On assiste à des boule-
versements sociaux qui s'inscrivent dans une EAN-BAPTISTE COROT (1796-1875).
série de révolutions et de changements de Il naquit à Paris, fut élève de Michal-
régime. L'art ne pouvait rester indifférent à J lon, puis de Bertin. « Après, dit-il, je me
cette extraordinaire évolution. suis lancé, tout seul, sur la nature, et voilà. »
Précurseur de l'Impressionnisme, le peintre qui
'ÉCOLE OFFICIELLE. Or c'était sut exprimer de façon si sensible la lumière rose
L contraire aux souhaits de l'
É cole officielle et les verts sourds de la Toscane, l'exquis poète
qui demeurait fidèle aux canons grecs, des brumes irisées de l'Ile-de-France, disait :
revus par une renaissance férue d'italianisme, «Pour faire un paysage, tout dépend de la façon
encore édulcorée par le désir de plaire à un nou- dont on place sa chaise. » Ainsi voulait-il pro-
veau public surgi des révolutions industrielles ou tester contre le langage ampoulé des « paysages
sociales, bourgeoisie mal éduquée, mal instruite, historiques » si en faveur à son époque, expri-
soucieuse surtout d'anecdotes niaises, de sujets mant par cette sereine bonhomie sa modestie,
futiles, d'allégories banales. Les maîtres s'inspi- sa soumission totale aux spectacles de la nature
raient de l'antique, suivant les architectes qui, et à leurs sortilèges.
E
à la fin du XVIII siècle, avaient commencé la
Madeleineou,audébutduXIXconstruitlaBourse. UGÈNE BOUDIN (1824-1898). Né
Acette époque, en effet, David avait instauré à Honfleur, cet autre précurseur de
une esthétique qui, pour un siècle, dominera l'Impressionnisme débuta comme por-
les préoccupations de l'Occident, le Néo- traitiste. Le musée de sa ville natale possède un
Classicisme. C'est l'École officielle dont Paul portrait de son père, ancien marin, canonnier de
Delaroche, Horace Vernet, Thomas Couture, Napoléon, commandant de bateau. Est-ce cette
Meissonier et enfin Ingres seront les pontifes. hérédité qui lui fera tant aimer la mer, les plages
et ses élégantes en crinolines, les gris si subtils
ESPRÉCURSEURS. En dehors de de ses ciels ? Il a été le premier maître de Monet,
L cette École, ou dirigés contre elle, trois et fut ami de Baudelaire et de Courbet.
grands mouvements se développeront au
cours du XIX siècle : le Romantisme avec Géri- É MANET (1832-1883).
cault et Delacroix ; le Réalisme avec Courbet, Un autre ami de Baudelaire allait, par le
Millet et Daumier ; l'Impressionnisme sous scandale, porter les plus graves atteintes
l'impulsion d'Édouard Manet, et après que au prestige de l'enseignement officiel :
Corot eut remis en faveur l'étude sensible du Édouard Manet. Ce peintre vit le jour dans une
paysage et de là figure humaine, que Monticelli riche famille bourgeoise. Après avoir été em-
eut émaillé ses toiles de larges coulées d'une barqué comme mousse pour un voyage au Brésil,
pâte éclatante, ressuscitant l'amour des belles il entre à l'atelier de Thomas Couture. Et là
matières, que Puvis de Chavannes enfin eut commence la bagarre qu'il mènera contre l'aca-
apporté dans ses compositions monumentales, démisme jusqu'à la fin de sa vie. Il y reste six
sur un dessin aussi large, aussi simple, aussi ans, puis il voyage, s'éprend de Franz Hals en
dépouillé que celui de Giotto, le raffinement de Hollande, copie Titien et Le Tintoret à Venise.
coloris subtils et clairs. Refusé au Salon de 1859 avec Le Buveur
R
d'Absinthe, il est reçu en 1861. Mais il est refusé
ETOUR A LA NATURE. Des en 1863 avec son Déjeuner sur l'Herbe.
L
peintrescommeCorot(1796-1875),Eugène
Boudin 1825-1898 Troyon 1813-1865 E SALON DES REFUSÉS. (1863).
avec ceux qui fondèrent l'École de Barbizon, Beaucoup de jeunes peintres ont été
Théodore Rousseau (1812-1867), Diaz, Millet, évincés par le jury en même temps que
Jules Dupré, Daubigny renouvelèrent, au Manet. L'empereur s'en émeut et ordonne
XIX siècle, la tradition des Nicolas Poussin, qu'une salle du Palais de l'Industrie soit réservée
des Claude Lorrain, des Le Nain, des Watteau, aux refusés. Ce Salon est resté célèbre. Cazin,
lesquels s'étaient, au XVII siècle, opposés Chintreuil, Fantin-Latour, Harpignies, Jong-
par leur amour de la nature et leur indivi- kind, Pissaro, Vollon, Whistler faisaient partie
dualisme aux tendances académiques et déco- des réprouvés. Le Déjeuner sur l'Herbe vaut à
ratives de l'École officielle fondée par Simon son auteur les pires insultes, mais aussi une
Vouet et continuée par Le Sueur et Le Brun. éclatante célébrité.
EDOUARD MANET : ARGENTEUIL. —
C'est aux luttes sévères auxquelles
s'acharna ce peintre contre l'acadé-
misme et aux scandales qu'elles pro-
voquèrent que la « peinture claire »
dut de pouvoir se manifester dans
les Salons. Grâce à lui se développa
le mouvement impressionniste.
(Musée de Tournai.)
CHAPITRE II
L'IMPRESSIONNISME
C'est en 1874 qu'il reçut le baptême, à une lui à Rouen. Il sera, par la suite, bien souvent
exposition qui groupait, chez Nadar, le célèbre refusé au Salon. Claude Monet a su donner à
photographe, des artistes écartés depuis des ses tableaux l'aspect fugitif des variations de la
années par les jurys des Salons : Boudin, Cézanne, lumière. Il emportait plusieurs toiles sur le
Degas, Guillaumin, Lépine, Claude Monet, motif et y travaillait successivement, selon les
Berthe Morisot, Pissaro, Renoir, Sisley. Monet changements que le soleil, dans sa course, appor-
y montrait une toile intitulée : Soleil levant, tait au paysage. Ainsi voulait-il en appliquant
impression. Monté en épingle par Louis Leroy, jusqu'à l'absurde cette doctrine de « l 'instant »
critique du Charivari, et qui s'en moqua, le mot protester contre les conventions du paysage
fit fortune. L'Impressionnisme était né. classique.
C MONET(1840-1926).
àParis, maisemmenétoutenfantauHavre,
Né
Claude Monet fait ses premiers pas dans
l'art de peindre sous l'égide d'Eugène Boudin.
A AUGUSTE RENOIR (1841-1919). ∼∼ Son
père, tailleur à façon, vint de Limoges à
Paris, en 1844, avec ses cinq enfants.
Admis dans l'atelier de Gleyre, le jeune Renoir
Il a seize ans quand Boudin le fait exposer avec y rencontra Claude Monet, Sisley et Bazille.
SISLEY : L'INONDATION A PORT-
MARLY. — Tragique poésie des eaux
jaunâtres et du ciel pluvieux, de la
porte ouverte sur l'envahissement des
eaux. Privilège des valeurs si justes et
sensibles, (Photo Bulloz.)
L
en lui-même qu'il puisa ce souhait d'exprimer
les voluptueux chatoiements du soleil sur la E LEGS CAILLEBOTTE (1894).
plénitude des chairs lumineuses et le rythme des Sa collection, léguée à l'État, comprenait
masses, presque musicien, que l'on observe dans soixante-cinq toiles exclusivement de
ses paysages de Cagnes, vers la fin de sa vie. Manet, Degas, Renoir, Claude Monet, Pissarro,
Paradoxal, il résumait ainsi ses préoccupations Sisley et Cézanne. L'État acceptait toute la
esthétiques : « Quand j'ai peint une fesse et que donation s'il pouvait l'exposer à Compiègne et à
j'ai envie de taper dessus, c'est qu'elle est finie. » Fontainebleau, mais Renoir, exécuteur testa-
Il a peint jusqu'à son dernier souffle, roulé dans mentaire, exigea que tout fût exposé au Luxem-
son fauteuil mécanique, le pinceau accroché à bourg selon les dispositions de Caillebotte.
ses mains infirmes. Parmi son œuvre immense, L'État n'accepta donc que 38 toiles sur 65. Elles
innombrable, citons quelques chefs-d'œuvre : sont maintenant au Louvre.
Le Moulin de la Galette (1876), La Loge (1874),
Le Portrait de Madame Charpentier.
E
1881, quand Pissarro a cinquante ans et a
montré depuis vingt-cinq années ses plus auda- N DEHORS DU MOUVEMENT IM-
cieux tableaux !
PRESSIONNISTE.∼∼Quelquesgrands
A LFRED SISLEY (1839-1899).
peintres au cours du XIXsiècle se déve-
C'est loppèrent, sans adhérer à aucun des grands
l'un des premiers, avec Pissarro et Monet, mouvements collectifs qui l'illustrèrent.
qui soit allé à la nature et ait osé exprimer,
avecunefidélitéinfinimentsensible,lesémotions
qu'il éprouvait devant elle. Poète de la clarté,
il réussit avec un grand bonheur les harmonies
les plus rares et les plus subtiles.
D AUMIER (1808-1879). D'abord
saute-ruisseau, puis commis de librairie,
Daumier voulut dessiner. Il apprit le
métier de lithographe d'où il tirera, durant sa
L
vie, le plus clair de ses maigres ressources. Peu
ES AUTRES MAITRES DE LÉ ' COLE savant, il aimait les ouvriers, le peuple. Il
IMPRESSIONNISTE. ∼ ∼ Plusieurs s'insurge contre la monarchie de Juillet, fait
femmes ont illustré cette école, Mary de la prison et, pendant trente-sept ans, dessine
Cassatt, Berthe Morisot, Eva Gonzalès, Marie des centaines de pierres pour Le Charivari.
Bracquemont. Et il nous faut citer le Hollandais Peintre, il produit des chefs-d'œuvre d'origi-
Jongkind (1819-1891), Armand Guillaumin nalité et de force : La Blanchisseuse, Le Peintre,
(1841-1927) et ses harmonies roses, J. F. Raf- L'Amateur d'Estampes, etc. Sculpteur, on lui
faelli (1850-1924), Albert Lebourg (1849-1928), doit un étonnant bas-relief : Les Émigrants et
Maufra, Loiseau, Vignon, Bazille surtout qui, des figures vengeresses comme Ratapoil.
B ARYE (1795-1875). Merveileux
sculpteur dont Bourdelle a pu dire : «Il
est si grand qu'on ne le lui a pas par-
donné. » Mis à seize ans en apprentissage chez
un graveur sur cuivre, il y apprend la taille de
l'acier, la gravure des poinçons. Dès cinq heures
du matin, il frappe à la porte de la Ménagerie
où le père Rousseau, le gardien, lui ouvre aussi-
tôt et lui offre de belles tartines de pain tendre
prises sur la ration des ours. Car Barye est
pauvre et a un bel appétit. Son travail d'après
nature le fait aussitôt classer parmi les réprouvés.
Ce n'est qu'à l'Exposition universelle de 1855
que Barye connaîtra le triomphe avec son groupe
de Thésée combattant le Minotaure et son Jaguar
dévorant un Lièvre. La grande médaille d'honneur
lui est décernée. Mais il a cinquante-neuf ans.
Toute sa vie, il fera d'étonnantes gouaches et
aquarelles, d'une profonde densité où, dans des
chaos de roches, les fauves et les serpents
s'affrontent.
F ANTIN-LATOUR (1836-1904).
peintre fut mêlé au mouvement impres-
Ce
sionniste et symboliste. Il fit, en hommage
à Delacroix, à Wagner, à Baudelaire ou à Manet,
des portraits de personnages seuls ou en groupes,
qui constituent de fort précieux documents. Ses
lithos aussi sont célèbres.
CHAPITRE III
LES QUATRE GRANDS
PRECURSEURS DE L'ART
CONTEMPORAIN
Des réactions contre l'Impressionnisme vont et Seurat, soit lutter contre le réalisme de
naître et seront menées par des peintres que ne l'Impressionnisme ainsi que le souhaitera Gau-
satisfait pas la doctrine de «l'instant »qui carac- guin, soit aller dans le sens d'un expressionnisme
térise des maîtres comme Claude Monet, Pis- pathétique qui sera celui de Van Gogh.
sarro ou Sisley. Ces réactions constructives vont
tenter de soumettre de nouveau la peinture à des P CÉZANNE (1839-1906). C'est,
préoccupations intellectuelles. Partant toujours sans conteste, le peintre dont l'influence a
de l 'observation directe, elles vont soit viser à été la plus directe sur l'art contemporain.
un équilibre classique, comme le feront Cézanne Né à Aix-en-Provence dans une famille de
CÉZANNE : PORTRAIT DE M. CHOQUET. —
M. Choquet fut «un bourgeois fonctionnaire
qui, le premier, avec une lucide passion,
collectionna les Cézanne »(André Salmon).
(Photo Bernheim jeune.)
bourgeois aisés, il fut d'abord destiné au droit sources dans l'observation directe de la nature,
et à la banque, mais à dix-sept ans il se mit à par des pochades d'une exquise sensibilité,
peindre et ne voulut plus faire autre chose. Seurat voudra composer des tableaux, de grands
Bientôt, il alla rejoindre àParis son ami d'enfance, tableaux qui ramèneront la peinture à un ordre
Émile Zola. Nullement prédisposé aux improvi- intellectuel déterminé par une recherche d 'équi-
sations rapides, d'une conscience dont on ne libre, au demeurant classique. Il l'exprimera par
connaît que peu d'exemples, Cézanne luttera la division chromatique qu'il appellera division-
toute sa vie pour exprimer selon son gré ses nisme ou pointillisme. C'est entre 1883 et 1886
«sensations colorantes ». Après cent quinze que Seurat élabore, par la quarantaine d 'études
séances de pose, par exemple, il interrompra le qui ont précédé Un dimanche d'été à la Grande-
portrait de Vollard en disant : «Je ne suis pas Jatte, cette révolution capitale. L'influence de
mécontent du devant de la chemise. »Précurseur ces recherches sur les peintres sera déterminante
prophétique, il écrit en 1904 à Émile Bernard : pour beaucoup. Seurat réalisa plusieurs de ces
«Traitez la nature par le cylindre, la sphère, grandes toiles : Le Chahut, au musée Kroller-
le cône, le tout mis en perspective. » Quatre Müller en Hollande, Le Cirque, La Baignade,
ans après, le Cubisme pouvait naître. La Parade.
Cézanne aura toute sa vie le désir d'être reçu Le Néo-Impressionnisme eut des adeptes
au «Salon de Bouguereau » et le jury ne l'y illustres comme PAUL SIGNAC (1863-1935),
recevra jamais. HENRI-EDMOND CROSS (1856-1910), MAXIMILIEN
G
LUCE (1858-1941), LUCIE COUSTURIER, LUCIEN
EORGES SEURAT ET LE NÉO-IM- PISSARRO. Enfin, il faut rattacher à cette pratique
PRESSIONNISME (1859-1891). du divisionnisme HENRI MARTIN, AMAN-JEAN
Parmi les peintres, il estpeu de vies aussi qui fut ami de Seurat, ERNEST LAURENTet enfin
brèves et aussi riches d'œuvres et de consé- le si sensible magicien des éclairages rares,
quences. Tout en continuant à prendre ses LE SIDANER.
VINCENT VAN GOGH : LES TOURNESOLS. —
La splendeur de la matière picturale, la
violence des coloris tempérée par l'observation
juste des valeurs et la liberté d'expression
poétique mettent Van Gogh au premier
rang des maîtres de l'art moderne. (Photo
Vizzavona.)
SEURAT : UN DIMANCHE D'ÉTÉ A LA GRANDE JATTE. — C'est une révolution capitale qu'instaure ce
tableau par sa composition architecturale jointe aux plus exquis raffinements des harmonies colorées.
(Photo Vizzavona.)
P GAUGUIN (1848-1903) ET LES environs de 1888, une œuvre prodigieuse en
NABIS. Les voyages aux tropiques peignant tout le jour. Mais son esprit se trouble.
le marquent dès l'enfance. Le Pérou Hospitalisé à Saint-Remy, après s'être coupé
d'abord, puis de nouveau l'Amérique du Sud où l'oreille et l'avoir offert à une «respectueuse »,
il s'enfuit adolescent pour revenir en 1870. Il il continue à peindre entre les hallucinations qui
fait partie du groupe impressionniste vers 1880. l'obsèdent. Théo lui trouve un abri chez le
Puis il part en Bretagne. En 1888, il est à Pont- docteur Gachet, à Auvers-sur-Oise, mais, hanté
Aven, à la pension Gloanec, en compagnie de par l'angoisse, désespéré, il se tire une balle dans
Laval, Moret, Émile Bernard et de Chamaillard, la poitrine et meurt. Théo s'éteint quelques mois
auxquels se joignent Maurice Denis, Ibels, plus tard. Sous deux dalles jumelles entourées
Ranson, Bonnard, Vuillard, Roussel, Anquetin, de lierre, les deux frères dorment côte à côte au
Schuffnecker et Meyer de Haan. Ce sont les cimetière d'Auvers.
L
« Nabis ». Ce nom donné par Sérusier à ce groupe
dont il est le théoricien signifie « prophète ». ES EXPOSITIONS PROLIFÈRENT.
Puis après avoir retrouvé Van Gogh à Arles La première manifestation contre la toute-
et l'avoir quitté en janvier 1889, en 1891, Gau- puissance du jury du Salon est due à
guin part pour Tahiti. Et il s'enfonce dans la Courbet. Lors de l'Exposition universelle de
brousse. Là il trouvera la vie qu'il souhaite 1855, s'étant vu refuser ses deux toiles, il cons-
parmi les Maories aux mœurs simples. En reje- truisit à ses frais une baraque avenue Montaigne
tant l'Impressionnisme à cause de son natura- et y exposa quarante tableaux. L'exposition
lisme et parce qu'il est une représentation du particulière était née. La lutte sans merci menée
monde, Gauguin a voulu faire de la peinture par Manet et ses amis impressionnistes aboutira
l'expression de sa vision intérieure. En cela, il d'abord au Salon des Refusés de 1863; ensuite
est le précurseur des temps présents. aux expositions particulières de Manet lors de
V VAN GOGH (1853-1890). l'Exposition universelle de 1867; à l 'exposition
chez Nadar en 1874, laquelle fut suivie d'autres
Il naît dans un petit village du Brabant manifestations jusqu'en 1886; puis chez Durand-
hollandais, Groot Zundert. Son père est Ruel, marchand de tableaux en 1876; puis rue
pasteur. Vincent sera l'aîné de six enfants. Son Laffitte en 1877, où Cézanne expose 16 toiles;
frère Théo a quatre ans de moins que lui. Il enfin en 1889 chez Georges Petit, rue de Sèze,
sera son plus cher ami, son confident de chaque où Monet, en compagnie de Rodin, expose
jour, son soutien durant toute sa vie. Grâce à 145 toiles.
lui, il pourra peindre sans se préoccuper de
gagner de l'argent, puisqu'il ne vendra jamais
qu'une toile de son vivant, Les Vignes rouges, en
1890, l'année de sa mort. D'abord employé chez
Goupil marchand de tableaux à La Haye, il veut
ensuite être pasteur au Borinage, il déploie un
L ESSALONS. Car le Salon lui-même
a évolué. Beaucoup d'artistes ont éclairci
leur palette et sont décidés à faire fi de
l'arbitraire et du conventionnel. En 1881,
zèle d'apôtre mais il prêche mal, scandalise et naîtra la Société des Artistes français, se substi-
se voit évincé. En 1886, il est à Paris, à l'atelier tuant au Salon organisé par l'État. En 1892, les
Cormon. Mais il ne tarde pas à partir, son mécontents du Salon des Artistes français
balluchon sur le dos, peindre à la campagne. Il fondent le Salon de la Société nationale des
s'enthousiasme pour Delacroix et Monticelli. beaux-arts. En 1884, le Salon des Indépendants
Chez le père Tanguy, marchand de toiles et était né et, en 1903, paraît le Salon d'Automne,
mécène, il rencontre Seurat, Signac, Gauguin hébergé dans les sous-sols du Petit-Palais.
avec qui il se lie d'amitié et qui viendra le L'École officielle est ainsi sévèrement combattue
retrouver à Arles. Là, Van Gogh va donner libre et l'atmosphère assainie. Son enseignement
cours à son amour des coloris intenses, en même même est sapé. L'École des beaux-arts n'est
temps que s'exaltent ses tendances expres- plus seule à former les générations de peintres,
sionnistes. C'est une réaction pathétique contre les maîtres modernes se mettent à enseigner
l'Impressionnisme. Comme Gauguin, il ne dans les académies particulières, à Montmartre,
considère plus la peinture en tant que représen- à Montparnasse, à Saint-Germain-des-Prés.
tation du monde extérieur, mais comme l'expres- L'art moderne va pouvoir se développer sans
sion de son univers personnel et il construit, aux entraves.
VUILLARD : YVONNE PRINTEMPS. — La grande actrice est ici étendue sur un de repos, la tête appuyée sur un coussin dans
une pose détendue et naturelle. Elle s'entretient avec un personnage que l'on aperçoit à gauche au-dessus du dossier du divan.
Et c'est miracle que Vuillard ait put, sans être anecdotique, par le seul prestige du rythme des valeurs puissantes, des gris et des
blancs, au service d'un dessin aussi spirituel que vivant, se permettre pareille gageure. (Photo Bulloz.)
CHAPITRE IV
LES «NABIS»
Il nous faut revenir à ce groupe fondé par vite les suffrages. Il fut, avec Georges Desval-
Gauguin, en 1880,àPont-Aven. Il compte, en effet, lières, le peintre religieux qui tenta de tirer de
parmi ses membres quelques-uns des plus grands l'ornière ce genre, alors décrié par tant de
peintres de notre temps : Pierre Bonnard, «sulpiceries ». En même temps que ses grandes
Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Maurice décorations (plafond du théâtre des Champs-
Denis lequel fit partie du groupe dès ses débuts Élysées, Saint-Paul à Genève, Saint-Louis de
et fut, avec Sérusier, l'un de ses plus acharnés Vincennes), il peignit de fort belles petites
combattants. toiles d'une heureuse intimité.
AURICE DENIS (1870-1944). Ce IERRE BONNARD (1867-1947).
M grandpeintre rallia,dèsledébut,toutes les P Sans guère se préoccuper de théories
forces actives del'art [Link]écora- esthétiques, Bonnard a peint pour sa joie.
tion de l'église du Vésinet, son Annonciation Et c'est un des plus grands peintres de tous les
du musée du Luxembourg, avec ses étonnantes temps. L'extraordinaire sensibilité d'un œil prêt
couleurs d'une si grande richesse et sa noblesse à risquer toutes les audaces lui a permis d' oser
d inspiration simplement exprimée lui rallièrent des harmonies et des contrastes jamais tentés
avant lui. Il est resté, avec la liberté la plus Mais son art est loin d'être facile, et s'il parvient
hautaine, maître de moyens d'expression absolu- sans repentirs, d'un seul coup, aux plus extra-
ment uniques, exacerbant ses couleurs jusqu'à ordinaires harmonies, c'est que, grâce à des
leurs rapports d'intensité les plus audacieux, approximations longuement concertées mais
invoquant pour les accorder les magiques sorti- immédiatement réalisées avec la plus étonnante
lèges de la matière, qu'il assouplit, façonne, liberté, il aboutit à ces condensés, à ces compri-
modèle ou assourdit avec la plus rare maîtrise. més d'amour et de vie que sont ses moindres
Aussi heureux lorsqu'il exprime les féeries élec- ouvrages.
D
triques des cafés de la place Clichy que les bleus
profonds de la Seine qui flâne, le soir, au pont 'AUTRES «NABIS ». K. X. Rous-
des Arts, il préfère pourtant les paysages pante- SELfit surtout partie du groupe parce qu'il
lants de lumière, écrasés par le soleil du Midi, était le beau-frère de Vuillard. Son art ne
É
présente guère d'affinités avec ceux auxquels
DOUARDVUILLARD(1868-1940). l'histoire continue à le lier. FÉLIX VALLOTON
Autant Bonnard est attiré par les belles (1865-1925), JEAN PIOT, ARISTIDE MAILLOL
et joyeuses couleurs, autant Vuillard se furent aussi associés à ce mouvement. Enfin
plaît aux harmonies sourdes et grises, d'une PAUL SÉRUSIER en fut le théoricien avec son
subtilité rarement atteinte par les plus grands A.B.C. dela Peinture oùil codifia les proportions,
maîtres du passé. Sa technique est éblouissante les nombres, et rechercha d'anciennes recettes
et la sûreté de ses moyens d'expression, unique. de peinture à l'huile, à l'œuf, etc.
BONNARD : LA TASSE DE THÉ. — Ce n'est pas seulement par le sentiment d'exquise intimité qui se
dégage de cette toile qu'elle est émouvante, mais par l'étonnante sensualité de sa matière picturale et
par ses harmonies colorées, si rares, fines et sensibles. Ce tableau peut être admiré au Petit-Palais,
dans les collections de la Ville de Paris. (Photo Bulloz.)
MAURICE UTRILLO : LA RUE DU MONT-CENIS. — Élevé sur la Butte par Suzanne Valadon, sa mère, Utrillo resta fidèle à
ce haut lieu où vivent encore et œuvrent aujourd'hui tant d'artistes célèbres. Les coupoles de la basilique dominent de leur blan-
cheur les murs galeux de la ruelle et semblent apporter au peintre, si sincèrement et dévotement religieux, un apaisement à ses
angoisses mystiques. (Photo Vizzavona.)
CHAPITRE V
MONTMARTRE, PLAISANCE, MONTPARNASSE
MONTMARTRE Corot, Renoir, Toulouse-Lautrec en furent les
seigneurs. Gavarni, Willette, Poulbot, Steinlen,
Sans remonter àce mont des Martyrs qu'illus- Forain, Utrillo, Valadon, Marcoussis, Daragnès,
tra saint Denis non plus qu'à l'époque des Uter et, aujourd'hui encore, Galanis, Saint-
moulins à vent que peignit Georges Michel Saëns, Gen Paul, Gimond, Mainssieux, Camoin,
(1763-1843), Montmartre fut toujours la butte Kvapil, Dignimont, Heuzé, Naly, Creixams,
où se concentra l'esprit de la capitale et où Halicka y travaillent dans les ateliers qui bordent
vécurent, dans la bohème et le dénuement mais la rue de Norvins, les rues des Saules et Cortot
parmi l'activité créatrice et la joie, les plus indé- ou qui se groupent en cités, rue de Tour-
pendants d'entre nos artistes. Degas, Van Gogh, laque.
T TOULOUSE-LAUTREC(1864-1901). de citer encore STEINLEN (1859-1923), populaire
Infirme dès l'enfance, le comte Henri de affichiste et caricaturiste, connu par les amis des
Toulouse-Lautrec-Monfa voulut peindre. bêtes comme le peintre des chats ; BOTTINI
Il se fixa à Montmartre. Sa peinture, (1873-1906), qui peignit des scènes de bar,
impressionnée par Manet et Degas, fera preuve cabarets et autres boîtes de nuit ; le marchand
d'extraordinaires qualités d'observation person- de frites BOYER, FRANK WILL, fils de Frank
nelle et juste. Toulouse-Lautrec passera sa vie Boggs, LUCIEN GÉNIN, QUIZET et enfin trois
dans les cafés à la mode, les cabarets, les boîtes grands peintres :
de nuit, les maisons de filles. Il y trouvera ses
modèles préférés. Son désenchantement et sa IERRE DUMONT (1884-1936).
verve impitoyable s'exerceront sur Valentin le P Impressionniste qui reçut à Rouen les
Désossé, la Goulue, le cousin Tapié de Celley- leçons de Joseph Delattre et qui fonda en
ran, Jeanne Avril, dite «la Mélinite », Bruant, 1912leSalondelaSection d'oroùs'assemblèrent
Yvette Guilbert. La recherche incisive du carac- les cubistes sous l'égide d'Apollinaire.
L
tère de ses modèles en fera, de cette fin de siècle,
le témoin le plus mordant et le plus implacable. EPRIN (1891-1933) qui fut un émouvant
poète des aspects pittoresques du vieux
UZANNE VALADON (1867-1938). Montmartre.
S
G
Avant d'être peintre, elle fut modèle et
posa pour Renoir, Degas et Puvis de Cha- EN PAUL enfin, peintre insigne, mer-
vannes. Elle se mit à dessiner, puis à peindre et veilleux tempérament, attaché à la plus
parvint à une technique absolument personnelle hautaine des indépendances et qui se
et d'une haute qualité. Sa couleur est d'une plaît à l'expression du plus forcené dyna-
brillante et tumultueuse richesse, se souvenant misme. Il faut aussi réserver une place de choix
des outrances du Fauvisme. Ce grand peintre eut aux hôtes du « Bateau-Lavoir » place Goudeau,
pour fils un autre grand peintre, Maurice Utrillo. d'où va sortir la plus stupéfiante aventure du
M
début de ce siècle, le Cubisme.
AURICE UTRILLO (1883-1955).
Il s'appela d'abord Boissy, puis fut reconnu PLAISANCE
L
par Miguel Utrillo y Mollino. Après une
enfance orageuse, en compagnie des entants de E DOUANIER ROUSSEAU (1844-1910)
la Butte, sa mère l'obligea à dessiner et à peindre à lui tout seul autorise ce titre. On a
pour vaincre le désœuvrement. Il peignait sur souvent domicilié le Douanier à Mont-
des bouts de carton qu'il exposait sur le trottoir martre parce que le canular, grâce à quoi ce
de la rue Lepic et échangeait contre des verres magnifique peintre a été découvert, y fut, de
de vin rouge. Après l'« époque » de Montmagny toutes pièces, concerté. Au vrai, de l'aveu même
(1903-1906) vint «l'époque blanche» (1907- d'Apollinaire, c'est Alfred Jarry, l'auteur d'Ubu
1914), c'est la partie de son œuvre la plus Roi, qui attira l'attention sur celui qu'il appela
recherchée. Il peint alors les maisons galeuses «le mirifique Rousseau ». Rémy de Gourmont
de la Butte avec un mélange de céruse, de colle encouragea ses premiers essais, et Apollinaire
et de sable qui leur confère d'étranges et écrivit sa légende. «Son art, dit-il, avait de la
riches matières. Après «l'époque cloisonnée », pureté. » A côté du jugement d'un poète, fût-il
puis «l'époque colorée », il trouve dans la reli- parmi les plus grands, il est bon d'avoir celui
gion, vers 1924, un apaisement à ses angoisses. d'un grand peintre comme Vlaminck : « Le
Il peint les petites églises provinciales, souvent Douanier Rousseau était un bonhomme qui
d'après des cartes postales mais toujours avec avait gardé une âme fraîche d'enfant. Sa mala-
une naïveté, une sincérité mystique qui tiennent dresse appliquée, sa foi si naïve, si inattaquable,
du miracle. sa magnifique bêtise, si on peut dire, était si
F
candide, si ingénue et ses dons de peindre si
ORAIN (1852-1931). Il fut surtout évidents, que ses œuvres en sont imprégnées et
célèbre par ses dessins humoristiques ou atteignent parfois à la si sensible et profonde
politiques aux légendes amères et au si traduction des primitifs. On n'apprend pas à être
simple et incisif dessin. Mais ce fut aussi un si bêtement génial, même à Rome. » Cette foi
grand peintre, hanté par Daumier. Il convient naïve s'affirmait encore dans les réceptions que
TOULOUSE-LAUTREC : YVETTE GUILBERT SALUANT. — Vers 1894. (Photo Giraudon.)
LEDOUANE IRROUSSEAU: LECHARMEURDESERPENTS.- Est-il atmosphèreplus étouffante et plus tragique quecelle créée
par cesserpents sortant dela paix majestueuse et sereine de laforêt tropicale et pointant leur tête vers cethommenoir aux
yeuxblancs. Dumerveileuxet gentil Douanier, Apollinaire raconte: «Il avait unsentimentsifort dela réalitéque, quandil
peignaitunsujetfantastique, il sépouvantaitparfoiset, tremblant, il était obligéd'ouvrir lafenêtre. »(Photo Bulloz.) Ci-des-
sous un amusant auto-portrait du DOUANIER.(Photo Harlingue.)
CHAPITRE VI
LE FAUVISME
Les évolutions collectives que l'on a ensuite peintres qui l'ont fait naître vont reprendre leurs
classées en manifestations de groupes sont assez personnalités fort différentes.
factices. Le Fauvisme, par exemple, est plutôt Bien qu'opposés à tout réalisme, les fauves
une réaction qui s'est produite chez certaines dépendent encore de l'Impressionnisme, mais le
individualités de tendances fort dissemblables vivifient par l'emploi de touches juxtaposées
après l'apparition de peintres comme Cézanne, de couleur pure.
Gauguin ou Seurat, qui ont complètement boule- C'est Louis Vauxelles qui, au Salon d'Au-
versé le climat de l'art contemporain. Le même tomne de 1905, voyant sur les murs ces feux
aspect de violence signale le Fauvisme entre les d'artifice colorés s'écria : « La cage aux fauves. »
années 1902 et 1906 puis, la tempête passée, les Le mot resta.
H ENRIMATISSE(1869-1954). Cinq
des plus grands noms qui ont illustré le
Fauvisme sont des élèves de Gustave
Moreau à l'École des beaux-arts. Raoul Dufy,
Marquet, Othon Friesz, Rouault y furent les
condisciples de Matisse. Il va, avec Marquet,
copier au Louvre Chardin et Poussin. Puis il est
impressionné par Cézanne et Signac, mais, dès
1906, il sacrifie à la couleur pure et lui restera
fidèle jusqu'à la fin de sa vie. Il ne peint qu'une
fois sûr de lui, après avoir approché de son
expression ultime par une foule de dessins dont
la simplification s'accentue peu à peu. Citons
parmi ses chefs-d'œuvre : La Danse, 1909 ;
Les Poissons rouges, 1915 ; La Musique de
Chambre, 1931 ; La Blouse paysanne, 1940.
R
une fébrile animation du dessin et d'harmo-
OUAULT (1871-1958). Il fut l'élève nieuses couleurs. Son étonnante fécondité s'est
préféré de Gustave Moreau. Il concourut attachée à tous les genres, beaux portraits,
au Grand Prix de Rome dans son atelier paysages, marines, natures mortes, grandes
et devint conservateur de son musée. Débute décorations, tapisseries. En 1937, il partage avec
comme apprenti chez un fabricant de vitraux, Raoul Dufy la décoration La Seine, au palais de
puis se met à peindre les drames de la misère : Chaillot.
filles, clowns, juges, tribunaux, à l'aide d'une
éblouissante technique, toute de verve et de IERRE LAPRADE (1875-1938).
liberté dans des gammes de bleus profonds. P C'est grâce à Bourdelle dont il fut l'élève
et qui leva les interdictions de sa famille
Puis il se cantonne dans des scènes religieuses
où d'énormes cernes noirs entourent des coulées que Pierre Laprade put peindre. Il a surtout
épaisses et dont les pâtes sont d'une extraordi- construit, avec une grande liberté, de belles
naire richesse. Ses planches du Miserere consti- harmonies grises et roses, grises et vertes, sous
tuent, dans une suite d'étonnants chefs-d'œuvre, le ciel de Paris et des fleurs d'une matière fort
un monument. rare. Il fit partie du groupe qui vint au Fauvisme
K
après qu'il eut été constitué par ses premiers
EES VANDONGEN. Néen 1877,à fondateurs. A ceux-ci, il convient d'ajouter :
Delfshaven (Pays-Bas), il fut un «fauve JEANPUY, né en 1876 ; ALBERTANDRÉ,CHARLES
à la cage dorée » selon Michel Georges- CAMOIN, né en 1879; CHARLES GUÉRIN, LÉON
Michel. En 1906, on le voit parmi les fauves et VALTAT, FLANDRIN, DE ' SPAGNAT, DUFRENOY,
il restera fidèle aux outrances de la couleur pure. DE WAROQUIER et surtout HENRI MANGUIN
Peintre par-dessus tout (il signe « le peintre » (1874-1949) et HENRI LEBASQUE (1865-1925),
vers 1918) et en dépit de toutes les théories, il JEANNE MARVAL et PIERRE GIRIEUD ; notons
continue à ombrer les chairs chaudes de verts aussi que Braque, Le Fauconnier, Metzinger et
éclatants, à les cerner de beaux noirs ou de bleus Marie Laurencin ont été comptés, à partir de
violents. Parmi ses portraits, la danseuse de 1907, parmi les adeptes tardifs du Fauvisme.
VAN DONGEN : PARISIENNE. — Ce tableau date de 1957.
Ce grand peintre reste encore fidèle aux outrances du fau-
visme, joignant aux plus vives couleurs une matière picturale
d'une exceptionnelle qualité. (Photo Marc Vaux.)
CHAPITRE VII
LE CUBISME
C'est encore à Apollinaire qu'il faut revenir extrême (les cubistes) ont pour but secret de
si l'on veut définir le Cubisme. « Ce qui diffé- faire de la peinture pure, c'est un art plastique
rencie le Cubisme de l'ancienne peinture, dit-il entièrement nouveau. » L'art ne se fonde plus
dans ses Méditations esthétiques (1913), c'est sur la sensation, il est l'expression d'une concep-
qu'il n'est pas un art d'imitation, mais un art de tion de l'esprit. Partant de données intellectuelles,
conception qui tend à s'élever jusqu'à la créa- on s'efforce d'y faire surgir le permanent.
tion..., le peintre doit, avant tout, se donner le Braque et Picasso habitaient le «Bateau-
spectacle de sa propre divinité..., il faut pour Lavoir », place Goudeau. En haut de la rue de
cela embrasser d'un coup d'œil le passé, le pré-
sent et l'avenir.... Les jeunes peintres de l'école PICASSO : PORTRAIT DEVOLLARD. (Photo Jean Gilbert.)
JUAN GRIS : LE PETIT DÉJEUNER. —Juan Gris est bien, après Braque
et Picasso, le peintre cubiste qui ne s'est servi de la décomposition par
plans qu'en vue de se libérer de la représentation formelle pour n'être
plus qu'essentiellement plastique. (Photo Archives photographiques.)
Ravignan, il y a un petit bistrot où ils dînaient frères Duchamp dont l'un signera plus tard
en compagnie de Derain, de Max Jacob, d'Apol- Jacques Villon, Juan Gris, Robert Delaunay,
linaire et d'André Salmon. C'est là, dans la Marcoussis, Herbin, Picabia, La Fresnaye, Marie
fumée des pipes, parmi l'excitation de l'alcool etLaurencin, Lhote, Csaky, Archipenko, Reth,
du gros rouge, que se fit le Cubisme. Kupka. En 1912, Survage, Mondrian et Diego
T
Rivera; en 1913, Brancusi et Laurens; en 1914,
RIOMPHE DU CUBISME. Malgré Lipchitz et Zadkine se joindront au groupe.
les hostilités et les moqueries, les indi- Des expositions à Prague, Munich, New York,
gnations, les mépris, voire les injures, le Londres, Bruxelles, Cologne, Barcelone, Moscou
Cubisme, parce qu'il répondait à une nécessité et Berlin vont présenter des ouvrages d'une
constructive de l'époque, va connaître bientôt incontestable beauté qui gagneront la partie.
P
un succès international. Révélé en 1908 par
l'exposition aux Indépendants de deux toiles de ABLO PICASSO. Né en 1881, à
Braque qui avaient été refusées au Salon Malaga, Picasso est le peintre type de
d'Automne, il est présent en 1910 aux Indé- l'École de Paris. C'est en effet à Paris
pendants avec le portrait d'Apollinaire par qu'il se fixa en 1904. C'est alors son époque
Metzinger et des œuvres de Robert Delaunay, bleue, inspirée par les déchéances et les misères
Marie Laurencin, Le Fauconnier, et s'affirme humaines. Puis, jusqu'en 1907 ce sera, nuancée
au Salon d'Automne de 1911 par un ensemble d'espoir, l'époque rose. C'est à ce moment que,
qu'expose le groupe, qui compte alors, outre connaissant Braque et Derain, il découvre les
Braque et Picasso, Gleizes, Metzinger, les trois masques nègres, s'éprend des dernières toiles de
JACQUESVILLON: ENTRETOULOUSEETALBI.—C'est danslesspectaclesdela naturequeJacques Vilonpuisepourréaliser
ses étonnantes compositions où éclatent aussi bien songénie de l'organisation des rapports de surfaces colorées que l'exquise
sensibilité aveclaquelle il parvient àdesharmoniessisubtiles. Récemment, Jacques Vilona miscesexceptionnellesqualités au
service de grandes compositions décoratives qu'il a réalisées avec autant de bonheur. (Photo Giraudon.)
Cézanne où apparaît la reconstitution de la lement et d'inventions surprenantes, toujours
lumière par plans. Ce sera le Cubisme et Les soumises au sens plastique le plus authentique
Demoiselles d'Avignon (1907). De 1912 à 1914, le et le plus certain. Toute la jeunesse honore ce
papier de verre, le faux bois, les morceaux de Protée auquel elle doit la conquête du bien le
journaux lui serviront à réaliser un « Cubisme plus précieux, la liberté dans l'interprétation
synthétique » où s'affirme la puissance de l'objet. de la vie.
G
Après la guerre de 1914, influencé par Ingres, il
passe à ses grandes figures allégoriques, et c'est EORGES BRAQUE. Né en 1882, à
à partir de 1926 qu'il sacrifiera au Surréalisme et Argenteuil, il vit au Havre jusqu'à vingt
à l'abstrait. A l'exposition de 1937, au Pavillon ans. Comme il fut le premier àexposer des
espagnol, il expose Guernica et ses rythmes toiles cubistes, c'est à lui qu'on accorde la pater-
violents parmi des dislocations expressionnistes. nité du mouvement. Cependant il l'offre à
C 'est alors une série d'explosions successives Picasso, et Picasso l'octroie à Braque. C'est le
où son extraordinaire génie plastique, s'emparant plus « peintre » du groupe. Dès l'apparition de
des réalisations primitives ou des civilisations ses premières toiles cubistes, entre 1907 et 1912,
qui l'inspirent, nous fait assister à mille décou- on admira leur densité, leur poids, les belles
vertes et revirements, parmi les performances harmonies grises ou brunes qui s'en dégageaient.
les plus acrobatiques auxquelles se puisse livrer Ainsi pour les papiers collés, qu'il inventa dit-on.
le plus étonnant des magiciens. Toutes les Il aspire non pas à une déformation, mais à une
matières, toutes les techniques, bois, bronze, transformation, à une désintégration de l'objet.
poterie, lui sont raisons essentielles de renouvel- Bien que la composition de ses toiles soit toujours
FERNAND LÉGER : CUISINE. — Pour une orgie
de couleurs vives, Fernand Léger s'est inspiré
des éléments, si souvent grisâtres et ternes, de la
cuisine. Pour notre joie, il a ainsi transposé,
durant sa vie laborieuse, toutes les tristesses de
notre univers industrialisé. (Photo Giraudon.)
R
groupe de Puteaux qui se réunira dans l'atelier
de Jacques Villon. OBERT DELAUNAY (1885-1941).
Ce peintre, né à Paris, est d'abord mis en
ACQUES VILLON. Trois frères apprentissage chez un décorateur de
Duchamp illustreront le Cubisme. Ray- théâtre. En 1909, il fait partie du « groupe du
J mond, dit Duchamp-Villon, architecte, Bateau-Lavoir ». Dès cette date, il présente au
décorateur et surtout sculpteur, à qui on doit un Salon des Indépendants un auto-portrait qui
étonnant buste de Baudelaire; Marcel Duchamp marque son passage du Néo-Impressionnisme
qui exposera au Salon de la Section d'or, fauve à un Cubisme beaucoup plus coloré que
en 1912, ses Joueurs d'Échecs et fera scandale, celui des autres membres du groupe. Salué
en 1912, avec son célèbre Nu descendant un par Apollinaire comme le représentant du
Escalier au Salon des Indépendants ; enfin « Cubisme orphique », il commence, en 1912, sa
Gaston Duchamp, dit Jacques Villon qui, série des Fenêtres et des Disques où il est unique-
ment abstrait, et il prépare sa série des Tour rante, en montrant par des œuvres puissantes et
Eiffel, où il est en pleine possession de sa fortement simplifiées, grâce à un sens plastique
technique qui consiste à briser les formes selon très sûr, la possibilité d'y exalter la couleur.
les jeux de la lumière. Malheureusement il mourut à quarante ans des
suites de la guerre.
L
ARIE LAURENCIN (1885-1956).
M Dès 1908, elle fait partie du groupe E FAUCONNIER (1881-1946). Le
cubiste, mais elle sacrifiera peu à ses disci- peintre fait partie du groupe cubiste dès
plines. Apollinaire la place entre Picasso et le 1909, année où il expose son fameux
Douanier. Marie Laurencin a su rester très portrait de Pierre-Jean Jouve au Salon
féminine, peignant des formes aimables dans d'Automne. Revenu de Hollande en France, en
des couleurs rares, des blancs d'une belle qualité 1925, il se consacre à la peinture réaliste.
profonde que rehaussaient des roses et des bleus
pâles qui lui appartiennent en propre. C'est ARCOUSSIS(1875-1941). D'abord
un peintre de la grâce et du charme. M dessinateur humoriste, Louis Markous,
R
né à Varsovie, arrive àParis en 1903. Il
OGER DE LA FRESNAYE(1885-1925). s'associe au mouvement cubiste en 1911 et
D'abord élève del'École desbeaux- expose avec le groupe au Salon d'Automne en
arts, puis impressionné par Cézanne et 1912, Le Sacré-Coeur et Le Bar du Port datent
Gauguin, il adhère au groupe des cubistes dès de 1913.
1910. Il fait partie du groupe de Puteaux de Nommons encore ANDRÉ LHOTE, né en 1885,
Jacques Villon. Il expose, en 1912, un très impor- qui est surtout un théoricien. Bien que doué et
tant tableau, L'Artillerie, qui prélude à un retour sensible, il imprime à ses œuvres une sorte de
des cubistes vers la couleur, ou aussi à l'orphisme sécheresse didactique, et FRANCIS PICABIA né
de Delaunay. La Fresnaye a eu sur le dévelop- en 1878. Un souci de scandale est à la base de
pement du Cubisme une influence prépondé- ses préoccupations artistiques.
ROBERTDELAUNAY: LATOUREIFFEL.—Cefondateur du
Cubisme orphique, selon Apollinaire, a conduit les cubistes
vers des réalisations plus vivement colorées, modifiant ainsi
les tendances du mouvement. (Photo Archives photogra-
phiques.)
DUNOYER DE SEGONZAC : PAYSAGE. — Ce tableau, d'une construction autoritaire et forte, est comme maçonné de pâtes puis-
santes, dans des masses largement simplifiées. Exceptionnel dans notre époque, férue de scandales, Segonzac n'a sacrifié à aucune
des modes qu'il a vu naître, fleurir et mourir autour de lui. Il s'est contenté de faire, en maître prestigieux, de la bonne peinture.
Ce tableau appartient à la Ville de Paris. (Photo Bulloz.)
CHAPITRE VIII
APRES LE CUBISME
Après les grandes manifestations cubistes au ARCEL GROMAIRE. Né en 1892,
Salon d'Automne et aux Indépendants, vient la M il montredès 1919sesMusiciensmendiants.
guerre. Avant 1914, pourtant, une autre école Sa vision très personnelle de l'univers
s'était développée à la suite des efforts consacrés, s'impose en 1925, avec son tableau La Guerre.
en Allemagne et aux Pays-Bas, depuis 1910, à Ses formes sculpturales et simples, exprimées
l'Expressionnisme. LE FAUCONNIER, YVESALIX, par un dessin synthétique et pourtant sensible,
GROMAIRE, GOERG, LA PATELLIÈRE, FAUTRIER soutenu par des modelés puissants, en font l'un
en sont, en France, considérés comme les repré- des plus grands peintres de ce temps. Il a contri-
sentants. Retrouver la forme essentielle des bué très tôt à la rénovation de la tapisserie, mais
objets, leur essence éternelle en faisant fi de leur son influence est grande surtout par sa peinture
aspect accidentel, est la formule qui précise le d'où se dégage un sens sculptural, monumental,
but de cette école. voire architectural, dont il est le seul et très
GROMAIRE : PARIS, 14 JUILLET 1956, Collection du général Louis Carré. (Photo G. Allié.)
important protagoniste. La ville de Paris pos-
sède, grâce au legs Girardin, une très belle
collection de ses toiles.
L UC-ALBERT MOREAU (1882-1938).
Il compte parmi les peintres de la
guerre. Impressionné par le Cubisme, il lui
G
emprunte la rigidité et sa construction. Il a
O E R G . Né en 1893, ce peintre restera exprimé la tragédie de la guerre en réduisant la
longtemps fidèle aux formules expres- vision qu'il en eut à l'essentiel : la ligne de feu
sionnistes. Impressionné par Gérôme et les hommes qui la défendent.
Bosch, il s'adonnera à des satires de la bour-
geoisie, à des revendications sociales. Puis il AURICE ASSELIN (1882-1947). Ce
passera à une peinture de nus aux modelés M peintre a exposé à partir de 1906 aux
sensuels, aux couleurs profondes et mystérieuses. Indépendants, àl'Automne, aux Tuileries.
L
Son œuvre a une grande importance dans notre
I'NFLUENCEDEPAULPOIRET(1879- époque. « Je ne sais pas de tempérament plus
1944). Enmêmetemps quesedéve- classique, dit André Salmon, classique de ce
loppe leCubisme,avantlaGrandeGuerre, classicisme, le vrai, que la fougue gouverne alors
un homme va bouleverser la haute couture. Dès que l'esprit la soumet. »
C
1908,il valibérer le corps desfemmes, le dégager
de ses corsets et lui donner un aspect nouveau. ÉRIA est né en 1884. C'est aussi un isolé,
Poiret va s'entourer de peintres modernes de la mais il possède un très beau style, très
plus haute qualité : Dufy, Derain, Vlaminck, personnel et d'une vive sensibilité. Il a
Boussingault, Fauconnet, Naudin, Iribe et peint surtout des paysages et des natures mortes.
surtout Dunoyer de Segonzac.
D
AUL-ELIE GERNEZ (1888-1948).
UNOYER DE SEGONZAC. Né en P Honfleur l'a formé. C'est un amoureux
1884, il ne fera partie d'aucun mouvement, sensible des ciels nuancés, humides.
et cela ne l'empêchera pas de compter profonds, et des bords de mer. Il y fait éclater des
parmi les peintres les plus authentiques de ce valeurs puissantes, des gris presque noirs qui en
temps. Son réalisme, exprimé par des construc- accentuent étrangement la fluidité. Ses toiles sont
tions solides et puissantes, est architecturé dans souvent d'excellentes réussites qui le classent
des pâtes généreuses et fortes. Son dessin incisif auprès de Boudin. Citons encore parmi ces
se prêtera à l'interprétation de paysages large- peintres qui sont surtout peintres sans autre
ment exécutés et d'une haute portée expressive. préoccupation : HENRY OTTMANN, coloriste
Il lui permettra de construire, par la gravure, puissant ; ZINGG (1882-1938), et ses harmo-
de véritables monuments nieuses et rares clartés ;
comme Les Géorgiques, de DUFRÉNOY(1870-1943), célè-
Virgile. bre par la force plastique et
B
poétique de ses vues de
OUSSINGAULT(1883- Venise ; SOUVERBIE, né en
1943). Leréalisme 1891 ; UNTERSTELLER, né en
de ce vrai peintre par- 1900, et qui, dans la direc-
ticipe d'une construction tion de l'École nationale supé-
solide et d'une peinture rieure des beaux-arts, a
forte impressionnée par le apporté un esprit nouveau
Cubisme. Ses œuvres mon- qui l'honore ; puis SAVREUX,
trent un très grand raffi- MAINSSIEUX, ANDRÉ MARE,
nement par la poésie de la ANDRÉ FRAYE, FRANCIS LA-
lumière. GLENNE, ANTRAL.
CHAPITRE IX
LESURRÉALISME
C'est à André Breton que nous emprunterons Picasso, Paul Klee, Chirico et Max Ernst. Puis il
la définition du mot : «SURRÉALISME. n. m. accueillera ANDRÉ MASSON, lequel, «tout au
Automatisme psychique pur par lequel on se début de sa route, rencontre l'automatisme »,
propose d'exprimer, soit verbalement, soit par il saluera «l'entrée tumultueuse de MIRO»,
écrit, soit de toute autre manière, le fonction- qui «franchit d'un bond les derniers barrages
nement réel de la pensée. Dictée de la pensée en qui pouvaient encore faire obstacle à la totale
l'absence de tout contrôle exercé par la raison, spontanéité de l'expression ».Puis il note «l'appa-
en dehors de toute préoccupation esthétique ou rition de TANGUY dans la lumière neptunienne
morale. » de la voyance... et les êtres-objets strictement
Fondé sur ces bases neuro-psychanalo- inventés qui peuplent ses toiles ». Il signale
psychiatriques, il n'est pas étonnant que le ensuite l'entreprise de SALVADORDALI «desser-
Surréalisme ait remis en faveur les visions infer- vie par une technique ultra-rétrograde (retour à
nales d'un Gérôme Bosch. Le Surréalisme a Meissonier) et discréditée par une indifférence
pourtant produit, du point de vue plastique, des cynique à l'égard des moyens de s'imposer». C'est
œuvres valables. A vrai dire, André Breton a eu dans le monde entier queleSurréalismevatrouver
l'intelligence de s'annexer, dès le début, des des adeptes et apporter à tous les arts, majeurs et
peintres qui sont de purs plasticiens comme mineurs, la poésie que son symbolisme comporte.
R ETOUR AU RÉALISME. Des signé des décors célèbres à l'Opéra (Les Indes
groupes vont se former, en dehors de ces galantes, etc.).
R
mouvements issus de théories esthétiques
extra-picturales, parmi les jeunes nés aux alen- OLAND OUDOT. Né en 1897,
tours de 1900. Ils vont, vers 1930, œuvrer dans le expose au Salon des Tuileries, depuis sa
sillon tracé par des maîtres comme Matisse, fondation, des œuvresaux formes dépouil-
Derain ou Bonnard. lées, aux volumes pleins dans des couleurs
B
sourdes et puissantes.
T
RIANCHON. Né en 1899, ce peintre
occupe une place qui ne lui est pas dispu- ERECHKOVITCH. Né à Moscou,
tée auprès de Vuillard dont il continue le en 1902, et formé par les maîtres impres-
lyrisme. Il réalise, dans des harmonies très sionnistes, CAVAILLÈS et LIMOUSE,qui se
rares et à l'aide d'un graphisme d'une originale plaisent à d'audacieuses couleurs comme LORJOU,
acuité, des paysages d'une sensibilité et d'une NAKACHE, BEZOMBES. Puis AUJAME, né en 1905 ;
distinction inattendues. Les champs de courses, PONCELET, né en 1897 et ses scènes de forains ;
les plages, le cirque l'attirent. Sa femme, MAR- PLANSON, né en 1898 et ses vastes peintures
GUERITE LOUPPE, est un excellent peintre et murales.
l'a aidé dans la réalisation de grands panneaux En 1935, on voit apparaître le groupe « Forces
décoratifs au Conservatoire de musique et au nouvelles » qu'illustrent JEAN LASNE, HUMBLOT,
palais de Chaillot. né en 1907, et ses fortes harmonies où jouent les
noirs et les blancs. ROHNER qui continue la tra-
HAPELAIN MIDY. Né en 1904, dition des maîtres français du XVII siècle. Puis,
ce peintre raffiné et sensible est aussi
C féru d'harmonies rares et précieuses. Il sous l'égide de Waldemar George, apparaît un
« Néo-Humanisme » dont CHRISTIAN BÉRARD
s'entend à décorer les grandes surfaces murales et JOSEPH FLOCH seront les représentants les
avec un sens architectural précis et digne. Il a plus illustres.
CHAPITRE X
NEO-PLASTIQUES ET ABSTRAITS
Cette progression vers un nouveau réalisme STEVENS (maison de Ch. de Noailles à Hyères),
va être bientôt éclipsée par un mouvement qui conçues dans le même esprit, datent aussi de 1923
prendra une importance internationale, et tendra et que LE CORBUSIER, l'apôtre de la « Ville Ra-
vers une absolue abstraction sans plus tenir dieuse», termine en 1922 sa maison de Vaucresson.
compte de données empruntées à la nature. C'est Mais c'est sous l'influence de deux peintres
en 1917 que se fonde à Leyde le groupe « de russes que va naître le plus extraordinaire mou-
styl » sous l'influence de VAN DOESBURG qui, vement du XIX siècle : l'art abstrait.
K
dès 1921, exécute des compositions où la juxta-
position de rectangles colorés est le seul sujet, et ANDINSKY (1886-1944). Né à
de MONDRIAN qui, vers 1910, part de représen- Moscou, part en 1921 pour l'Allemagne où
tations du réel pour parvenir, par dépouillements il rencontre PAULKLEEet FRANZ MARC,
successifs, à des jeux d'arabesques et de plans puis vient à Paris en 1934. Dès 1907, il projette
colorés. Influencée par ces recherches, l'architec- sur sa toile de violentes couleurs sans souci d'une
ture hollandaise parvient dès 1923 à des réalisa- quelconque représentation. Il proclame que ce
tions d'un esprit tout à fait neuf. Il faut pourtant n'est pas un objet que l'on doit peindre, mais
noter que les premières œuvres de MALLET un état d'âme (mood).
PIET MONDRIAN :
COMPOSITION 35
(JAUNE, BLANC ET
NOIR). — Toile
bien caractéristique
de ce Don Quichotte
hollandais parti à
la conquête de la
pureté. (Photo
Herdeg.)
WASSILY KAN-
DINSKY : IMPRO-
VISATION 10. —
Belle toile aux vives
couleurs, influencée
par le fauvisme de
cet insigne précur-
seur de la peinture
abstraite. (Photo
Galerie Maeght.)
ESTÈVE: PONTDELAJOYEUSE.—
A ce jeu de formes autoritaires,
simples et puissantes, l'extraordi-
naire coloriste qu'est Estève sait
ajouter l'attrait des plus auda-
cieuses harmonies. (Photo Marc
Vaux.)
J. BAZAINE: ZEELAND.—Est-ce le ciel si lumineux de la Hollande qui a inspiré à Bazaine cejeu de formes quifait songer
auxnuages, ce ruissellement depâtes, cesoppositionsdematièred'une si somptueuserichesse ?L'abstraction donneici aupeintre
une liberté d'expression et une puissance poétique que la représentation des formes sensibles a rarement offertes aux artistes.
(Galerie Maeght.)
MANESSIER: PIÉTÉ. —Admirons dans ce jeu de couleurs et de formes la vibrante et sensuelle qualité de la matière picturale
qui charge l' œuvre de signification abstraite et sait ne pas lui donner un sens platement décoratif. (Photo Galerie Maeght.)
B sculpteur et ne se Némit
enà1904,
la peinture
fut d'aqu'en
bord
1924. Son art, essentiellement plastique
et où la peinture est toujours le principal sujet,
le place au premier rang des peintres d'au-
jourd'hui.
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Citons encore PIGNON, né en 1905, TAL
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icrélesavireesqrliutaliuxescspoqriutuolearsialeté[Link]
COAT, LAGRANGE, SINGIER, LAPICQUE, KERMA-
DEC qui comptent parmi les maîtres qui, dans
l'abstraction, ont évité l'écueil d'aboutir à un
décoratif superficiel et ont donné des œuvres
qui, sous un apparent dépouillement, par-
viennent à une profonde intensité spirituelle,
expressive et vivante.
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rd1n(i9a1rei2s1-r9e4p8ré)senatenst.
Durant sa courte existence, il a exprimé
un univers désolé, des scènes d'angoisse et
de tristesse, dans une atmosphère tragique.
C'est bien lui qui a donné naissance à cette
BERNest
ARleDtype caractéristique deNé
estle BUFFET. cesen
peintres.
1928,
D'une étonnante précocité, il n'a connu
depuis l'âge de quinze ans que des succès.
Représenté dans tous les grands musées, ses
œuvres sont pourtant fort inégales.
C NéenSyeri,en1907e,st
impressionné par le Surréalisme, et sa
vision s'acère en piquants et en pointes
exprimant une étrange et assez sadique poésie.
CHAPITRE XI
LASCULPTURE, L'ARCHITECTURE
L'évolution de la sculpture est comparable à œuvres d'une sérénité toute méditerranéenne,
celle de la peinture. Rodin luttera contre l'aca- pendant que Despiau donnera à ses bustes la
démisme comme le fera Manet et les impres- plénitude et la vie. Parmi les précurseurs de la
sionnistes. Il verra venir àlui toute la jeunesse. sculpture moderne, avant Rodin, il convient de
Bourdelle aura une influence semblable à celle citer Carpeaux, Rude, Dalou et surtout Barye.
de Cézanne ou de Seurat, en donnant à son
époque le sens du monumental et des beaux
volumes synthétiques. Cette voie sera suivie,
après Brancusi, par des maîtres comme LAURENS,
A
UGUSTE RODIN (1840-1917).
Toute la sculpture moderne dépendde ce
maître audacieux dont l'exceptionnelle
ZADKINE, LIPCHITZ ou GONZALES, lesquels puissance a bouleversé les prétentions de l'aca-
retrouveront, aveclescubistes, lasculpture pure. démisme alors en faveur. Son œuvre est immense
GIACOMETTI et GERMAN IE RICHIER guideront par la qualité, par le nombre et l'influence qu'elle
les jeunes vers le Surréalisme, ARPet PEVSNER exerça. Son analyse frémissante et subtile, son
vers l'abstrait. Acôté de cette évolution et en souhait d'exprimer la vie et sa beauté sous toutes
dehors d'elle, Mailol suivra la voie du groupe ses formes, que ce soit celle de la Vieille Haul-
Nabi, dont il fit partie et, se souvenant des mière, celle du Penseur ou de L'Homme qui
formes opulentes de Renoir, produira des marche, en font le plus étonnant novateur. Ses
DESPIAU: BUSTEDUDOCTEURDEBAT.—C'est un beau
portrait vivant et sensiblequecelui decesavant quisut être
aussi unfastueux mécène. Despiau est bien le bustier le plus
célèbre de notre époque. (Photo Giraudon.)
MAILLOL : L'HOMMAGE
A CÉZANNE. — C'est un
des plus beaux nus de ce
maître dont l'œuvre est si
riche de nus aux opulentes
formes. Ce monument est
présenté au Jardin des
Tuileries. (Photo Archives
photographiques.)
BRANCUSÉ: LECOQ.—Pour avoir poussé ses synthèses
jusqu'à deslimites destylisation encore inconnues, Brancusi
est bien le grand précurseur du mouvement français de
sculpture abstraite. (Photo Bulloz.)
▼
analytiques rodiniens à
une synthèse des formes
qui s'affirme par une
simplification et un
agrandissement des
plans. « Le simple jeu
des surfaces lui tient lieu
de profondeur..., dit
Waldemar George. Il est
le devancier des scul-
pteurs dits cubistes qui
se nomment Jacques
Lipchitz et Henri Lau-
rens. » Toute la sculp-
ture du XX siècle
jusqu'à nos jours va
dépendre de ce retour
vers une sculpture mo-
numentale et architecto-
nique. Il expose, en
1910, son Heraclès archer
avec lequel va commen- ZADKINE : ORPHÉE, — Cette œuvre a été sculptée en 1948.
Elle est l'orgueil du Musée Boymans à Rotterdam. Le
cer son «époque monu- monument qui commémore l'effroyable bombardement de
mentale », qui compren- cette ville est aussi de Zadkine. (Photo Marc Vaux.)
dra aussi Pénélope, le
Centaure mourant, les
hauts-reliefs et les fres-
ques du théâtre des peint des tapisseries et, vers 1900, est attiré par
Champs-Élysées (1912), la sculpture. Il concentre alors ses recherches
sa Vierge à l'Offrande, sur le seul nu féminin qu'il traite avec une
son monument à Alvear, puissance, une densité qu'il puise dans les admi-
haut de vingt-deux rables terres cuites des artisans grecs. S'inspirant
mètres et élevé à Buenos de ces formes pleines et opulentes, il parvient à
Aires, etc. Son musée, une belle sérénité. Ses œuvres les plus célèbres
construit dans la rue qui sont Pomone,Flore, l'Ile-de-France, les monuments
porte son nom à Paris, à Cézanne, à Blanqui, etc.
présente son œuvre. Elle
compte près de 900 HARLES DESPIAU (1874-1946).
sculptures et plus de Rodin remarqua un de ses bustes et
c
6 000 dessins, gouaches l'engagea comme praticien. Il travaillera
et cartons de fresques. pour le maître avec Bourdelle et Pompon. Il
HENRI LAURENS:
LA GRANDE NUIT
—Formes synthé-
tiques où la pléni-
tude des volumes
se compose avec des
vides d'une belle
signification plas-
tique. (Photo Marc
Vaux.)
B
M sculpteur fut influencé par Rodin. Son
admirable sculpture, qui orne le monu- RANCUSI (1876-1957). C'est le
ment aux morts d'Orléans, fut parfaitement sculpteur dont l'influence est prépon-
incomprise. dérante sur la sculpture abstraite d'aujour-
A
d'hui. Il fit partie du groupe cubiste dès 1908.
URICOSTE. Né à Paris en 1908, Partisan résolu de l'abstraction, il exprima son
a été formé par Bourdelle et Despiau. univers par des volumes et des rythmes. Il
Tenduversdessimplificationsexpressives obtint en 1919, avec son Oiseau d'Or, un triomphe
où, dans ses œuvres récentes, la technique du international.
H
métal l'a conduit, il a exécuté une porte en
bronze pour la Société des Nations, un monu- ENRI LAURENS (1885-1954). Il a
ment à Henri IV élevé à Marvejols, et a présenté eu une formation artisanale et apprit le
au Salon de mai 1957 un projet de fontaine d'une dessin au cours du soir. Il fit partie des
technique tout à fait neuve qui doit être réalisé premières manifestations du Cubisme. A partir
au Havre. de 1921, il fera preuve d'une souplesse très
Citons ROBERT WLERICK (1882-1944), auteur voluptueuse dans l'expression de volumes
de la statue du maréchal Foch, monument que largement simplifiés, d'une belle envolée lyrique.
termina RAYMOND MARTIN, son élève. MARCEL Citons sa Sirène (1944), La Grande Musicienne
GIMOND, né en 1894, qui, après avoir travaillé (1938) au musée d'Art moderne.
ULIO GONZALEZ (1876-1942).
Né en Espagne, connaît Picasso à Barce-
lone et le retrouve à Paris, en 1900. La
technique du fer forgé domine son œuvre qui
révèle un étonnant précurseur des recherches,
accordant aux espaces vides dans la sculpture
une grande importance.
LA SCULPTURE ET LE SURRÉALISME :
André Breton a noté lui-même la révolution,
obéissant à l'impulsion initiale de Brancusi, qu'a
subi l' objet, d'abord tendu vers l'accomplis-
sement de sa fonction, puis dépouillé de l'anec-
dotique et de l'accidentel «tel qu'en lui-même
enfin l'éternité le change », et qui traverse en se
niant de plus en plus dans son aspect, le Cubisme
et le Futurisme, pour « renaître de ses cendres
en faisant appel pour cela aux puissances accrues
de l'automatisme (ARP), aux pures joies de
l'équilibre (CALDER), aux jeux nécessaires dia-
lectiques des pleins et du vide (MOORE), ou sous
GIACOMETTI : GRAND BUSTE. — L'art de ce sculpteur, féru la sauvegarde d'un retour constant aux prin-
de déformations expressives, comme on le voit par cette photo, cipes — art égyptien, du cycle perso-assyrien-
aime aussi les formes étiques où compte surtout la construc-
tion du squelette. (Photo Galerie Maeght.) babylonien, art cycladique —, à tous les moyens
de la magie poétique moderne (GIACOMETTI) ».
Mais nous insisterons spécialement sur ARP
Z Né à Smolensk, en 1890. qui, avec STAHLY, GILIOLI, BEOTHY, NADINE
Son art, essentiellement plastique, a EFFRONT, PONCET, BELO, ÉTIENNE MARTIN,
reflété les préoccupations du groupe COLLAMARINI, représente une des trois ten-
cubiste dont il fit partie en 1914. Par la grâce dances qui paraissent devoir être les plus fécondes
d'une constante récréation, il est devenu celui dans l'art d'aujourd'hui, avec GIACOMETTI,
du plus fécond inventeur de formes de notre né en Suisse en 1901, élève de Bourdelle, et qui
époque. Son monument de Rotterdam possède est parvenu à une sculpture filiforme où seule
la plus tragique puissance d'évocation. Zadkine compte l'ossature, reflet des volontés construc-
a épousé VALENTINEPRAX, qui est un extraordi- tives de son maître, squelette qu'il recouvre à
naire peintre d'une merveilleuse fantaisie, peine de chair et qui reflète bien les étranges
essentiellement plastique. angoisses de notre époque. Enfin GERMAINE
L
RICHIER, qui travailla chez Bourdelle et l'aida
IPCHITZ. Né en Pologne, en 1891. même dans ses réalisations. Après avoir construit
D'abord réaliste, il adhère au mouvement des bustes magnifiques, elle a exécuté d'éton-
cubiste en 1914 avec Zadkine et Laurens. nantes figures où des morceaux décharnés
Il donne aux formes du réel un aspect géomé- s'accordent avec de puissants volumes et une
trique, puis se libère et agit à l'aide de signes extraordinaire violence expressionniste digne des
plastiquesoùintervient unerécréationessentielle. grands baroques espagnols.
Ce sont les trois tendances qui paraissent nuent à s'édifier à l'aide de la colonne et des
devoir se partager les préférences de nos jeunes proportions qu'elle impose grâce à la pierre de
sculpteurs modernes français. taille qui ne s'associe au fer que pour les pro-
blèmes de portée qu'il peut résoudre (Grand
Palais de DEGLANE, 1900). Cependant, dès 1890,
l'architecte belge VAN DE VELDE avait posé le
L'ARCHITECTURE principe du « fonctionnalisme » obligeant l'archi-
tecte à concevoir l'édifice selon la fonction qu'on
en attend et à la réaliser en rendant évidents les
L'architecture classique, telle qu'elle était matériaux qui le constituent.
encore enseignée à l'École des beaux-arts au C'est au ciment armé que l'on devra le boule-
début de ce siècle, était fondée sur les « ordres » versement total des données traditionnelles de
tels que Vignole et Scamozzi les avaient codifiés l'architecture au XX siècle. Trois Français, les
LECORBUSE IR: LÉ' GLISE DERONCHAMP.—Conçue pour les besoins d'un pèlerinage, cette
église, pouvantaccueillir300ou10000personnes est ici reproduite du côtédunarthex, avecautel
enpleinair etchaireàprêcher. C'estlafaç[Link] toiture enciment est deforme concave
etleseauxs'écoulent àl'ouest par uneénormegargouille. (Photo Hervé.)
au Penjab. Malgré les antagonismes qu'il faisait preuve, en ces matières, l'architecte.
souleva, il demeure, avec les frères PERRET, (Décors de staff Henri II et moulures Louis XVI.)
TONY GARNIER, MALLETSTEVENS, ROUXSPITZ, Une renaissance était nécessaire. Elle se pro-
ZEHRFUSS, auteur du palais de l'Unesco, CARLU, duisit grâce à la création, en 1887, de la Société
architecte du palais de Chaillot, parmi les des Arts Décoratifs qui favorisa l'évolution dans
maîtres de l'architecture moderne française. Sa un sens essentiellement moderne d'artistes
renommée est internationale, comme celle qui créateurs spécialisés dans l'étude des murs, dans
couronne la carrière de FRANKLLOYD WRIGHT, le dessin du meuble et de tous les objets formant
de MIES VAN DER ROHE, Américains, et surtout le décor de la vie. La première réaction fut,
dA
' LVAR AALTO, l'insigne maître finlandais. hélas ! le « modern-style », fondé moins sur une
Nous ne saurions terminer cette étude trop construction saine et rationnelle que sur une
succincte sur l'architecture sans signaler les volonté de décor emprunté à la nature. Cet
possibilités nouvelles de l'acier, lequel tend à essai, condamné d'avance, dura peu. GALLÉ et
supplanter le béton puisqu'il peut aujourd'hui, l'École de Nancy avec MAJORELLE, JALLOT
grâce aux trains continus à chaud, composer PÈRE, SERRURIER en furent les protagonistes. La
non seulement le squelette mais aussi les murs, céramique connut des techniciens excellents et
les planchers et le toit des immeubles. Parmi les des artistes raffinés comme DECŒUR, LENOBLE
matériaux nouveaux, citons les matières plas- et DELAHERCHE, la verrerie eut LALIQUE. Mais
GENEVÈ IVEDANGLESETCHRISTIANDEFRANCE: CHAMBRE.
—Ensemblequimontrebienlestendancesesthétiquesdel'art
mobilier actuel. Meubles allongés, à plusieurs emplois,
formant unelonguehorizontale aubasdesmurs.(Photo Jean
Collas.)
voici venir, avec la magie de leurs décors bril- efforts. RUHLMANN présente un immense salon
lamment colorés, les ballets russes de Serge de d'ambassade, PAULFOLLOT, MAURICEDUFRESNE,
Diaghilew en 1908, avec les peintres BAKSTet ANDRÉGROULT, LOUISSUEet ANDRÉMAREdes
BENOIS;puis en 1910, au Salon d'Automne, les ouvrages de grand luxe fort bien étudiés et réa-
artistes munichois du WERKBUND;enfin POIRET lisés dans des bois précieux ornés de galuchats et
et son école de décoration «Martine ». Grâce à de bronzes. EDGARBRANDTet SUBES traitent le
lui, la mode va imposer des tissus aux brillantes fer forgé dans des formes neuves et puissantes.
couleurs, aux énormes fleurs, aux larges feuilles Mais cet art, s'il peut meubler des ambassades,
coloriées en vastes aplats, et réveiller nos mai- des chambres de commerce et des paquebots,
sons, endormies sous les verts céladon et les n'est pas encore parvenu à être proprement
grisailles du modern-style. Des décorateurs architectural. Ce sera l'honneur de FRANCIS
célèbres ne craignent pas d'ouvrir des magasins JOURDAIN, de CHAREAU, de DJO-BOURGEOIS
dans Paris, IRIBE, RUHLMANN,SÜE ET MARE, d'imposer une sobriété qui convient au fonction-
«MAM», JOUBERT. A partir de ce moment, la nalisme dans la conception et l'exécution de leurs
révolution est faite. Après la guerre, l'Exposition ouvrages. Le meuble dépend enfin, comme il
des arts décoratifs de 1925 va concrétiser ces convient, de l'architecture. Cette réaction se
L
DIN, GUSTAVE GAUTIER, LAFFAILLE, MAXIME
OLD, Du PLANTIER, QUINET, ROYÈRE et surtout ' RT SACRÉ.
A C'est en 1919 que
JACQUES DUMOND). Les jeunes qui sont à la tête
de ce mouvement se nomment : BAILLON, CAIL-
DES«VAteliers
les ALLÈIRESd'A
etrtMAUR».
sacréC
IEetDeEnNIS
192fondent
2-1923
LETTE, GILBERTE COUTANT, GENEVIÈVE DANGLES, que PERRETconstruit « Notre-Dame du Raincy ».
GUARICHE, GAUTIER DELAYE, HAUVILLE, HITIER, En 1932, le cardinal Verdier décide de faire
LANCEL, LESAGE, MATÉGOT, MONPOIX, MORTIER, construire une centaine d'églises neuves. Ce
MOTTE, MOTTHEAU, PAULIN, PERREAU, GENE- seront «les chantiers du Cardinal ». Nous en
VIÈVE PONS, RAMOS, ALAIN RICHARD, etc. C'est citerons d'abord l'église Sainte-Agnès à Maisons-
à eux qu'il convient de faire confiance pour Alfort, par BULLAND DE LAUJARDIÈRE, avec les
l'avenir de l'art moderne du meuble français vitraux de MAX INGRAND et les fresques de
et de l'industrie qui en dépend. PAULE INGRAND ; l'église du Saint-Esprit place
T
Daumesnil, construite par TOURNON, avec
ISSUS ET TAPISSERIES. HÉLÈNE MAURICE DENIS, DESVALLIÈRES, UNTERSTELLER,
HENRYsera, avec SONIA DELAUNAY, l'auteur des ferronneries de SUBES et des vitraux de
d'une véritable révolution dans l'art du BARILLET. Signalons encore l'église des pères
tissu en y amenant la composition géométrique capucins de Blois où des sculptures de LAMBERT-
par plans, issue du Cubisme. Puis c'est DUFY RUCKY et de MARTEL voisinent avec des orfè-
qui, à la même époque, grave pour Poiret des vreries de PUYFORCAT éclairées par des vitraux
planches d'impression sur tissu d'après les motifs de BARILLET, LE CHEVALIER et HANSEN. Enfin
de son Bestiaire, d'Apollinaire. Puis, de 1912 à la fameuse église d'Assy, dont la façade est ornée
1930, il crée pour Bianchini et Férier les éton- de céramiques de FERNAND LÉGER et pour
nants dessins qui ont marqué l'époque. Aujour- laquelle GERMAINE RICHIER exécuta un christ
d'hui, c'est PAULE MARROT qui anime par ses qui, par les discussions enflammées qu'il suscita,
impressions primesautières et charmantes l'atmo- lui valut la célébrité, et aussi l'église d'Audin-
sphère de nos maisons, ainsi que SUZANNE court, toutes deux œuvres de l'architecte NOVA-
FONTAN. RINAet décorées par BRAQUE,BONNARD,MATISSE,
Entre-temps, la tapisserie a été l'objet d'une BRIANCHON, LÉGER, BAZAINE, LURÇAT, ALBERT
renaissance particulièrement spectaculaire. Après GLEIZES et LIPCHITZ. Les vitraux d'Assy ont
les essais que tenta Gustave Geffroy aux Gobe- été réalisés par BONY. Citons encore la chapelle
lins, Jean Ajalbert demanda à RAOUL DUFY des dominicains à Vence où MATISSE a tout
(1920) et à JEANLURÇAT(1930) des modèles pour dessiné, du lustre aux vitraux, et la chapelle
Beauvais. Après 1937, Guillaume Janneau de Villefranche-sur-Mer décorée par Cocteau.
CHRISTIANBÉRARD: DÉCORPOUR«LÉ ' COLEDESFEMMES». —Cedécorfut commandépar
Jouvet. (Photo Lipnitzki.)
CHAPITRE XII
LA GRAVURE, LA RELIURE, L'AFFICHE,
LE DECOR DE THÉATRE
L
gination si riche, divulguées grâce aux éditions
Hachette (Dante, Don Quichotte, etc.) ; FÉLICIEN ARELIURE. Un grand nom est à
ROPS, graveur symboliste ; BRESDIN, merveilleux la base de la renaissance de la reliure
aquafortiste aux détails si suggestifs ; LOUISE moderne, [Link] faut nommer
HERVIEU et ses lithos aux noirs somptueux ; aussi : ROSE ADLER, KIEFFER, PAUL BONET,
HERMINE DAVID et ses eaux-fortes aux modelés PRASSINOS, ROBERT BONFILS, CHAMBOLLE-DURU,
si souples ; GERMAINE DE COSTER et ses burins SEMET-PLUMELLE, GEORGES CRETTÉ, CREU-
aux stylisations audacieuses ; LOBEL RICHE, SEVAULT, etc.
«de populariser les recherches transcendantes
L fait la première grande
C'estaffiche,
DAUM unIERbougnat
qui a les plus audacieuses de la peinture moderne ».
portant un sac de charbon; puis TOULOUSE- PICASSO fera le décor de Parade ; DERAIN, en
LAUTREC pour Bruant, Jeanne Avril, La Goulue 1919, celui de La Boutique fantasque; Matisse,
et Valentin au Moulin-Rouge, etc. Pendant que en 1920, Le Chant du Rossignol; puis MARIE
CHÉRETjettera sur les murs de Paris la fantasma- LAURENCIN, UTRILLO, BAUCHANT, CHIRICO,
gorie de ses plus éclatantes couleurs au service ROUAULT,CHAPELAINMIDY, CHRISTIAN BÉRARD
de firmes commerciales, STEINLEN servira davan- ou SAUVET. Les Ballets suédois (1920-1924),
tage des idéologies sociales. Puis viendra, comme grâce à Rolf de Maré, auront des décors de
un coup de cymbales, CAPPIELLO, précurseur Fernand Léger, Pierre Bonnard, Irène Lagut,
des grands peintres d'affiches d'aujourd'hui, Nils de Dardel, Hélène Perdriat, Steinlen et Paul
parmi lesquels s'inscrivent, au premier plan, Colin lequel, attaché au théâtre des Champs-
CASSANDRE qui définit ainsi l'art de l'affiche : Élysées par contrat, peindra plus de sept cents
« Le peintre doit enfoncer dans sa toile une maquettes de décors. Parmi les peintres qui se
multitude de plans, au contraire du peintre sont presque uniquement consacrés au décor,
d'affiches qui n'en doit enfoncer qu'un seul. » citons surtout JEAN-DENIS MALCLÈS, WAKÉ-
LOUPOT,qui fait dominer dans cet art ses préoccu- WITCH, ANDRÉ BARSACQ.
pations plastiques ; PAUL COLIN, auteur de plus
de mille affiches, parmi lesquelles de retentissants
chefs-d'œuvre comme sa Varsovie, et qui définit C gré les surenchères qu' il a moderne,
L'art suscitées, mal-
fruit
l'affiche comme «une sorte de télégramme des âpres luttes qu'il a dû soutenir, a fait
adressé à la pensée ». JEAN CARLU,SAVIGNACsont surgir des œuvres d'une incontestable beauté,
aussi des maîtres de l'affiche actuelle. Presquedans une époque qui eût été vouée, sans ses
recherches, à la pire des décadences. Il a influencé
tous les peintres modernes ont fait des affiches :
Segonzac, Jacques Villon, Othon Friesz, Suzanne d'heureuse façon toutes les activités humaines
Valadon, Utrillo, etc., ainsi que Jean Cocteau. et leur a permis de se construire un cadre neuf,
digne des immenses progrès que l'homme
accomplissait dans les divers domaines qui
L peintres
DÉCOR modernes le dépendent de l'esprit. Les pionniers de l'art
ont aussi renouveléLes
DE THÉÂTRE.
décor de théâtre. C'est en 1917 que Serge moderne ont donc droit au respect et à la recon-
de Diaghilew donne pour mission à ses ballets
naissance de tous.
ARTS
* * Châteaux de France. * Théâtre.
* du Costume. * *
* de l'Art. * Styles. *
* * Palais du Louvre. * de Vinci.
* * * MuséeduLouvre.
* Cathédrales. * * moderne.
GÉOGRAPHIE
* Races humaines. * Montagnes. * Espagne.
* Côte d'Azur. * France. Le Sahara.
* * Terre. Les Alpes Françaises.
* * Bretagne. * Belgique.
* Maroc. * Grèce. L'Alsace.
* * États-Unis. La Suisse.
* * Corse. Les Pyrénées.
HISTOIRE
* * Sainte. * romaine.
* Révolution française. * XIV. * III.
* Mythologie. * Préhistoire. * grecque.
* Jeanne d'Arc. * XVIII siècle. * Renaissance.
* de France. * de 1914-1918. *
* * IV. Etc., etc.
LITTÉRATURE
* * Hugo. Voltaire.
* Romantisme. * Racine. Etc., etc.
SCIENCES
* * Photographie. La Sidérurgie.
* Ciel. * Froid. L'Énergie atomique.
* Mer. * Plantes. Les Microbes
* Cinéma. * Monde invisible. Les Microbes.
* Animaux. * Métropolitain. Les Insectes
*Les
*L' Moteurs.
Électricité. * Pétrole.
*Télévision-Radio-Radar. LesLPoissons.
esCorps humain.
*Les Oiseaux. *L'Automobile. Feu.
*Les Navires. Le Verre. La Mécanique.
*Les Chemins de fer. Le Charbon. L'Eau. Etc., etc.
SPORTS
*La Natation moderne. La Chasse. La Boxe.
Sports athlétiques. La Pêche. Etc., etc.
Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au
sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire
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*
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‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒
dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.
Robert Delaunay contributed to Cubism's evolution by developing 'Orphism,' a branch characterized by vibrant color and lyricism. Diverging from the monochromatic tendencies of early Cubism, Delaunay focused on color's dynamism, seeing it as an embodiment of emotional and aesthetic experience. His work, like 'La Tour Eiffel,' exemplified this by integrating color theory and abstraction with Cubism's analytical decomposition of form. 'Orphism' not only extended Cubism's reach but also influenced the direction of abstract art by promoting color as a primary vehicle for artistic expression .
Édouard Manet faced significant challenges during his career, as many of his works were initially rejected by official exhibitions. However, in 1873, his painting 'Le Bon Bock' gained public approval. Despite opposition from influential figures like the President of the Republic Jules Grévy, Manet was awarded the Légion d'honneur in 1882. He eventually received recognition as 'hors-concours' shortly before his death. Manet's persistence and struggle were pivotal in allowing Impressionism to emerge and gain acceptance .
Georges Seurat's technique of pointillism, or divisionism, differed from traditional Impressionism by its systematic use of tiny dots of pure color, which the viewer's eye would blend at a distance. Traditional Impressionism relied on broader brushstrokes and less precision. Seurat aimed for an intellectual approach to color and light, creating artworks that balanced between the emotional immediacy of Impressionism and a more structured composition, as evident in his masterpiece 'Un dimanche d'été à la Grande-Jatte.' This methodical approach marked a significant shift toward post-impressionism .
Paul Cézanne's philosophy greatly influenced modern art through his emphasis on form and geometric structure over traditional representation. He sought to represent nature abstractly, using spheres, cylinders, and cones, which he articulated in a letter to Émile Bernard. His work laid the foundational principles for Cubism, as his exploration of reducing natural forms to shapes influenced artists like Picasso and Braque. This shift from representation to abstraction marked a pivotal transition in art, leading to new movements that focused on individual perception and expression .
The term 'Impressionism' originated from a derogatory label given by critic Louis Leroy, who mocked Monet's painting 'Soleil levant, impression' at the first Impressionist exhibition organized by artists, including Monet and others avoided by official Salons. Despite its initial use as a critique, the term was embraced by the artists, signifying their focus on conveying impressions and moments rather than detailed realism. This was pivotal in shaping the identity of the Impressionist movement, emphasizing its break from tradition and emphasis on light and color .
Vincent van Gogh's artwork often explored themes of nature, human vulnerability, and emotional turmoil, reflecting his intense personal experiences and psychological struggles. His works like 'Les Tournesols' and 'Jardins de Maraîchers' during his stay in Arles reveal his fascination with bold colors and expressive brushwork that conveyed his emotional state. Van Gogh's commitment to expressing the profound intensity of his experiences through vivid color and dynamic forms significantly contributed to modern art's narrative and emotive potential .
Camille Pissarro was one of the most eclectic and experimental among the Impressionists, unbound by convention. His work ranged broadly in subject and technique, leading to confusion and disbelief among some of the movement's first supporters. Pissarro's style evolved over decades, often integrating new ideas and techniques, such as pointillism later in his career, which diverged from the more consistent methods of his peers. His exploration and innovation were essential in enriching the movement and influencing subsequent art movements .
Impressionist painters, such as Monet, Renoir, and Pissarro, defied traditional artistic conventions by focusing on fleeting moments and varying light rather than on historical or mythological themes. They often painted outdoors to capture natural light and used loose brushwork to convey movement and emotion. Use of vibrant colors and their depiction of everyday subjects elevated these common elements to the main subjects of their work. This defiance of traditional studio-bound practices and academic norms was pivotal in redefining the subjects and techniques of painting .
Fernand Léger's approach in using bold colors and themes from industrial and mechanical elements transformed modern art by highlighting the intersection between art and contemporary industrial society. Léger's vibrant palette and subject matter celebrated the mechanization of life, breaking away from naturalistic representations and introducing a new aesthetic aligned with modernity. This focus on industrial themes and vibrant color marked a departure from imitative naturalism, influencing subsequent art movements like Futurism and contributing to the narrative of 20th-century avant-garde art .
Claude Monet revolutionized landscape painting by focusing on capturing transient light effects, which was a stark contrast to the static and idealized landscapes of classic art. Monet would work on multiple canvases simultaneously to reflect the continuous changes in lighting throughout the day. This method intentionally contrasted with conventional landscapes, which adhered to stable and timeless representations, illustrating Monet's commitment to the doctrine of the 'instant' and challenging classical conventions .