Chapitre2
: la particularité et l’efficacité de la procédure de sauvegarde
La sauvegarde présente des incertitudes qui persistent toujours sur son vrai caractère. Pour
éclairer les choses, il est le moment de projeter la lumière sur son caractère ambivalent
(section1) puis, on va traiter la procédure de sauvegarde à l’épreuve de la pratique (section2)
Section 1 : le caractère ambivalent de la procédure de sauvegarde
« Cette procédure est un panaché de prévention et de traitement »
Moulay Mohamed Lahbib RHALIB
En principe, le redressement judiciaire est centré autour de la notion de cessation des
paiements car il signale la fin de la procédure de prévention. Néanmoins, le législateur à
travers l’article 561 du Code de commerce permet l’ouverture de la procédure de sauvegarde
à toute entreprise lorsque sa situation est proche de la cessation des paiements.
Ce tiraillement entre absence de cessation de paiement et le risque imminent de surgissement
de cet état est source d’amalgame en droit Marocain.1
En effet, la sauvegarde présente des incertitudes qui persistent toujours sur son vrai caractère.
Tantôt, on croit à son caractère collectif, tantôt on la classe parmi les procédures amiables.2
Dans ce sens, une majorité considère que la qualification de la procédure sauvegarde comme
collective explique son caractère curatif.3 Aussi, le déroulement de la procédure de
sauvegarde sous la houlette du tribunal de commerce, avec la collaboration de l’autorité
judiciaire (juge-commissaire, président du tribunal de commerce et syndic) donne une
coloration juridique à ce mécanisme de sauvegarde, car le juge intervient pour dire le droit, le
ministère public quant à lui est là pour poursuivre et faire prévaloir les intérêts de l’entreprise
et de tout le tissu économique national.4
D’autres considèrent que ladite procédure a un caractère amiable car le débiteur n’est pas
encore en cessation de paiement, toutefois, ce raisonnement peut rapidement être
“chambardé”, car si les procédures amiables sont caractérisées par la discrétion et la
confidentialité, la sauvegarde ne l’est pas.5
1
ART YAZAMI p 34
2
ART YAZAMI p 33
3
[Link]
paiements/
4
ART YAZAMI p 34
5
ART YAZAMI p 35
Section2 : la procédure de sauvegarde à l’épreuve de la pratique
Si le droit Français depuis 2005 et jusqu’aujourd’hui à travers la promulgation de la loi
pacte a pu réaliser des avancées très spectaculaires en matière de sauvetage des entreprises,
leurs consœurs Marocaines sont restées privées de toutes ces prérogatives jusqu’au 2018. La
sauvegarde était adoptée en 2005 en France, ce n’est qu’après 13 ans que le législateur
marocain a pris conscience quant à la possibilité de cette procédure de sauver ou de
restructurer des entreprises qui remplissent les critères requis6, mais la question qui se pose,
est ce que le législateur marocain a pris en considération la mentalité des entrepreneurs
marocain et leurs pratique au moment de l’adoption de cette procédure ?
L’éclosion de la nouvelle procédure de sauvegarde a suscité l’engouement des uns
comme elle a été jugée comme inutile par les autres puisqu’elle présente des traits de
similitude avec la conciliation, et son avènement ne va que rendre les justiciables encore plus
perplexes quant au choix qu’ils doivent faire. Si on pourra tirer des leçons après plus de deux
ans d’application de la procédure de sauvegarde au Maroc, on est incapable de parler de sa
variante qui est la sauvegarde financière accélérée car elle est méconnue par le droit
Marocain7.
L’instauration d’une nouvelle procédure dite « sauvegarde » régit par la loi 73-17
constitue une nouvelle architecture du droit des entreprises en difficultés, qui vise
essentiellement à sauver l’entreprise, en faisant bénéficier des plans d’étalement des dettes,
tout en permettant à l’entreprise de se redresser via l’adoption des accords amiables avec les
créanciers qui acceptent d’accorder des délais de paiement ou des remises et rééchelonnement
des dettes du débiteur afin de lui permettre de rebondir au lieu de mettre les clés sous la porte
ou fermer boutique8.
La crise sanitaire du Covid-19 a entrainé une baisse substantielle de l’activité économique,
elle aura indéniablement pour conséquence une dégradation de la situation économique et une
augmentation des défaillances d’entreprises9.
C’est dans ce contexte que doit s’inscrire l’évaluation de la pratique judiciaire des
procédures de traitement des difficultés puisque le recours à celle-ci sera démultiplié
nonobstant les soutiens financiers mise en place en faveur des entreprises.
La législation actuelle, le nombre insuffisant de juridictions spécialisées et le manque de
formation spécifique des organes de la procédure ne sont aujourd’hui, manifestant pas en
mesure, de prendre en charge le sauvetage des entreprises, la préservation des emplois et
l’intérêt des créanciers10.
6
LYAZAMI Nahid « Le nouveau mécanisme de sauvegarde des entreprises en difficulté: une vraie “bouée de
sauvetage” pour les entreprises naufragées » P. 17
7
IBID
8
LYAZAMI Nahid « le droit des difficultés des entreprises » cours du droit privé, Tanger 2020-2021 P. 5
9
BASSAMAT LARAQUI »covid-19 : traitement des difficultés des entreprises, mise en place de mesures
d’urgence »
10
IBID
Dans le cadre de la crise financière, l’on pourrait croire que les chefs d’entreprises se sont
précipités pour activer cette mesure protectrice. Mais en réalité, une analyse effectuée par Me
Nawal Ghaouti, avocate au barreau de Casablanca, en octobre 2020 révèle qu’une dizaine
d’entreprises seulement avaient demandé la sauvegarde judiciaire durant cette période
particulière. Ce qui dénote une méconnaissance de la procédure de la part des chefs
d’entreprises qui ont, par ailleurs, peur de franchir la porte du tribunal et montrer que
l’entreprise a des difficultés et qu’elle leur échappe”11
Les praticiens, académiciens, chefs d’entreprise ne cessent de lever haut leur voix pour
s’indigner contre les dispositions législatives régissant le droit des procédures collectives
marocain. La sagesse voudrait que soit ouvert le bénéfice de la procédure de sauvegarde au
profit des entreprises malgré leur état de cessation de paiement. Avec obligation pour ces
victimes de la crise de prouver que leur état d’impécuniosité était bien enregistré
postérieurement à l’état d’urgence sanitaire, alors qu’avant la crise elles étaient
financièrement confortables et que leur insolvabilité est intrinsèquement liée à la crise, preuve
comptable à l’appui12
Les nouveaux contours des critères d’accès à la nouvelle procédure de sauvegarde doivent
repartir sur les chapeaux de roues, puisque les dégâts matériels, voire immatériels laissent
sans voix13.
11
[Link]
procedure-toujours-meconnue-experts/
12
LYAZAMI Nahid « le droit des difficultés des entreprises » cours du droit privé, Tanger 2020-2021 P. 27
13
IBID. P. 28