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E. TOUTEY
INSPECTEUR PRIMAIRE
MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'INSTRUCTION PUBLICUS
Lectures
Primaires
200 MORCEAUX CHOISIR D'AUTEURS FRANÇAIS
AVEC DES EXPLICATIONS, DES QUESTIONS ET DES DEVOIRS
COURS MOYEN
Certificat d'Études
SIXIÈME ÉDITION
(392 MILLE)
PARIS
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1907
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INSPECTEUR PRIMAIRE
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Lectures CAL PORNIA
Primaires
200 MORCEAUX CHOISIS D'AUTEURS FRANÇAIS
AVEC DES EXPLICATIONS , DES QUESTIONS ET DES DEVOIRS
COURS MOYEN
Certificat d'Études
SIXIÈME ÉDITION
(392 MILLE)
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1907
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Dr. Horace I vie
EDUCATION DEPT .
INTRODUCTION
En préparant ce modeste ouvrage , nous avons essayé
de tenir compte des opinions qui se sont fait jour
depuis quelques années dans la presse et les congrès
pédagogiques .
Livre encyclopédique. ― On demande que le Livre
de lectures primaires résume en quelque sorte la biblio
thèque de l'enfant, qu'il présente la synthèse des idées
acquises ou à acquérir dans le cycle primaire .
Aux lectures littéraires proprement dites , aux lectures
morales et historiques , nous avons ajouté beaucoup de
lectures scientifiques , car nous croyons à la très grande
vertu éducatrice des sciences : « Les études scientifiques ,
dit M. Liard , doivent, comme les autres , contribuer à
la formation de l'homme . Elles sont, elles aussi , des
« humanités » au sens large du mot . Leur office est de
travailler à la culture de tout ce qui, dans l'esprit, sert
à découvrir et à comprendre la vérité positive , d'éveiller
et de développer le sens des réalités qui n'importe pas
moins que le sens de l'idéal » .
Et M. Croiset ajoute : « L'enthousiasme du savant ne
le cède pas à celui du poète . Quoi de plus beau que le
spectacle des victoires de l'intelligence dans ce monde ,
depuis la barbarie primitive jusqu'à notre civilisation ,
si imparfaite encore , mais si prodigieusement supé
rieure aux misérables commencements de notre espèce !
Comment l'homme qui a une fois compris la grandeur
tragique de cette histoire pourrait-il rester indifférent
aux belles choses , esclave d'un égoïsme grossier ou
occupé d'intérêts médiocres ? »
Extraits de bons auteurs. D'autre part, ce livre ,
ayant pour but l'étude du français , ne doit renfermer
924242
It' INTRODUCTION.
que des idées courantes ayant passé par la pensée d'un
bon écrivain , de littérature proprement dite ou de vul
.garisation .
On sait qu'il est à peu près impossible de trouver en
grand nombre des morceaux de lectures scientifiques ,
à l'usage des écoles primaires , formant un tout en une
page environ . Les savants ont généralement besoin.
d'un plus grand espace pour exposer une découverte .
Chaque fois que nous l'avons pu , nous avons reproduit
le texte intégral et donné le nom de l'auteur. Quand
nous avons dû résumer un texte , nous nous sommes
efforcés d'en conserver l'allure et l'esprit¹ .
Classement d'après les programmes. ---- Il nous a paru
utile de classer ces lectures suivant les grandes lignes
des programmes de nos écoles primaires .
Cette classification présente les avantages suivants :
1º Elle concentre l'attention des enfants , qui retrou
vent, à quelques jours d'intervalle , en lecture et en
histoire , en morale et en sciences, des sujets ayant en
semble un certain rapport , se complétant l'un l'autre .
2º Elle augmente l'intérêt , déjà éveillé par les autres
leçons . La lecture n'est plus seulement une sorte de
petite rhétorique primaire, vivant jalousement pour
soi elle s'appuie sur tout le travail de l'école , qu'elle
éclaire et dont elle reçoit force , souplesse , harmo
nieuse variété .
En examinant bien nos programmes primaires , on
y reconnaît, sinon un paralléfisme absolu , du moins
une marche d'ensemble qui se fait suivant une sorte
d'unité supérieure de la pensée : les détails semblent
1. Les auteurs de vulgarisation scientifique le plus souvent mis à
contribution sont : Louis Figuier, Charles Delon, Dr Saffray, Garrigues
et Boutet de Monvel, Ém. Gautier dans L'Année scientifique, etc.
INTRODUCTION. III
infiniment divers , mais les lignes générales sont con
cordantes .
Considérez avec soin la partie des programmes
affectée au premier trimestre , vous y verrez que la plu
part des leçons doivent porter sur des choses d'obser
vation immédiate , ou des choses d'ordre général se
reliant assez bien les unes aux autres :
Morale La famille, les ancêtres .
Histoire Origines du monde et de notre civilisation .
Sciences et géographie : Études des phénomènes fami
liers ou généraux et des grands spectacles de la nature .
Le deuxième trimestre s'applique en grande partie
à des objets plus déterminés , à des faits particuliers :
En morale, Ce sont surtout les qualités et les défauts
individuels .
En histoire, Le dégagement de la personnalité de notre
France et les biographies de personnages illustres des
temps modernes .
En géographie, L'étude des différentes populations et des
régions de la France .
La fin de l'année est réservée à des questions plus
difficiles , plus compliquées, d'un ordre plus élevé :
En morale et en histoire , L'étude détaillée de la société
contemporaine aux prises avec les difficultés de chaque jour.
En géographie, Les multiples relations des peuples entre
eux étudiées dans la géographie économique et coloniale .
Et en sciences, Les grands travaux industriels , les résul
tats pratiques et les applications des inventions contempo
raines .
Tout cela, ་ bien entendu , complété dans chaque
saison par ce qui convient particulièrement à cette
saison les travaux de labour et de semailles en
automne, de moisson en été ; ies neiges et les glaciers
en hiver, les fleurs et les oiseaux au printemps .
IV INTRODUCTION.
Notre choix de lectures. - En résumé, ce livre
contient 200 morceaux littéraires · ( 20 par mois, 5 par
semaine, 1 par jour) - classés suivant les programmes
des différentes matières , chacun formant un tout net
tement déterminé , en deux pages se faisant face (Texte
et Exercices) , assez long pour constituer un bon exer
cice de lecture de vingt minutes environ , assez court
pour être facilement saisi d'ensemble par des enfants
de onze à douze ans .
Les exercices . - Comme complément de chaque
lecture , nous avons ajouté :
1º Des explications nettes , précises , mais sobres ,
destinées à faire comprendre le texte sans trop dis
traire l'attention .
2º Des questions et des analyses d'idées pour obliger
les enfants à bien pénétrer le texte dans toutes ses
parties, à dégager les principales idées , et un peu
aussi à saisir l'art du développement d'après les mo
dèles de nos écrivains .
3º Des devoirs d'élocution et de rédaction , oraux
ou écrits , en relation étroite avec le morceau lu , pour
achever d'en donner la pleine intelligence et pour per
mettre aux élèves de faire à leur tour une petite com
position en s'inspirant de ce qu'ils viennent de lire .
Nous espérons qu'ainsi l'exercice de lecture , tout en
gardant son caractère propre , qui est d'apprendre à
lire, prendra la juste place qu'il mérite dans la prépa
ration à la composition française et dans la formation
générale de l'esprit.
LECTURES PRIMAIRES
MOIS D'OCTOBRE
PROGRAMME . Français Étude de la phrase ; ponctuation ; le
nom . - Morale La famille. — Histoire Origines. ― Géo
graphie Notions générales. - Connaissances usuelles : Obser
vation des phénomènes naturels.
OCTOBRE FRANÇAIS
1re Semaine. L'École et la Famille.
1. - La rentrée des classes .
Il vous est commode et agréable de fréquenter une école située près de
votre maison d'habita
tion. Mais quelquefois,
pour continuer leurs étu
des, certains enfants sont
obligés de quitter leur
famille, et d'aller au loin
dans une école d'ordre
plus élevé. Ce fut le cas
de Marmontel qui vivait,
il y a plus de cent ans, à
une époque où les écoles
étaient rares, et les col
lèges encore plus. Son
père était pauvre. Il ra
conte comment il entra
au collège ne sachant
presque rien. Mais il tra La rentrée des classes de nos jours.
vailla avec tant d'ardeur
et il profita si bien des leçons de ses maîtres qu'il devint un grand écrivain.
Au sortir de ma onzième année , mon père, ayant jugé que
j'étais en état d'entrer dans une classe supérieure , consentit,
• LECT. PRIM. 1
2 LECTURES PRIMAIRES.
quoique à regret , à me mener lui-même au collège de Mau
riac, qui était le plus voisin. tes !
Accablé de tristesse, báigné de caresses et chargé de béné..
dictions, je partis donc avec mon père . Il me portait en
croupe *, et le cœur me battait de joie ; mais il me battit de
frayeur quand mon père me dit ces mots : « On m'a promis ,
mon fils, que vous seriez reçu ; si vous ne l'êtes pas, je
vous remmène..et touf sera fini . » Jugez avec quel trem
blement je parus devant le régent qui allait décider de mon
sort !
Heureusement il y avait dans son regard, dans le son de
sa voix, dans sa physionomie , un caractère de bienveillance*
si naturel et si sensible, que son premier abord annonçait
un ami à l'inconnu qui lui parlait . Après nous avoir accueillis
avec cette grâce touchante , et invité mon père à revenir
savoir quel serait le succès de l'examen que j'allais subir ,
me voyant encore bien timide, il commença par me rassu
rer ; ensuite il me donna une épreuve remplie de difficultés
presque toutes insolubles * pour moi . Je la fis mal ; et , après
avoir lu : « Mon enfant, me dit-il, vous êtes bien loin de
pouvoir suivre nos classes . >>
Je me mis à pleurer.
« Je suis perdu, lui dis-je ; mon père n'a aucune envie de
me laisser continuer mes études ; et en chemin il m'a déclaré
que, si je n'étais pas reçu , il me remmènerait chez lui : cela
me fera bien du tort, et bien du chagrin à ma mère ! Ah !
par pitié , recevez-moi ; je vous promets d'étudier tant , que
vous aurez lieu d'être content de moi. >>
Le régent, touché de mes larmes et de ma bonne volonté ,
me reçut, et dit à mon père de n'être pas inquiet de moi ;
qu'il était sûr que je ferais bien.
Je fus logé, selon l'usage , avec cinq autres écoliers , chez
un honnête artisan de la ville ; et mon père , assez triste de
s'en aller sans moi , m'y laissa avec mon paquet et des
LA RENTRÉE DES CLASSES. 3
vivres pour la semaine . Ces vivres consistaient en un gros
pain_de seigle , un petit fromage, un morceau de lard , et
deux ou trois livres de bœuf ; ma mère y avait ajouté une
douzaine de pommes .
Notre bourgeoise nous faisait la cuisine ; et pour sa peine ,
son feu, sa lampe , ses lits, son logement et même les légumes
de son petit jardin qu'elle mettait au pot, nous lui donnions
par tête* vingt-cinq sous par mois ; en sorte que , tout cal
★
culé, hormis mon vêtement , je pouvais coûter à mon père
de quatre à cinq louis * par an . C'était beaucoup pour lui, et
il me tardait bien de lui épargner cette dépense .
MARMONTEL. (Écrivain français du xvIIIe siècle, 1723–1799 . )
Mots expliqués .
Il me portait en croupe J'étais à cheval derrière lui, sur la
croupe du cheval .
Bienveillance Formé de bien et veillance, même mot que veuillez,
vouloir ; être bienveillant, c'est vouloir du bien à quelqu'un.
Difficultés insolubles : Difficultés si grandes pour moi que je ne
pouvais pas les résoudre.
Vingt-cinq sous par tête : Chacun de nous donnait vingt-cinq sous.
Hormis Hors, à l'exception de , sans compter mon vêtement.
Louis Pièce de vingt francs portant l'image d'un des rois de
France, Louis .
Questions et Analyse des idées .
1. Quel est le sujet de la lecture d'aujourd'hui ? — 2. Quel âge avait
Marmontel et pourquoi entrait-il au collège? --- 3. Racontez son départ
de la maison paternelle et son arrivée au collège? -- 4. Quel fut le
résultat de son examen ? - 5. Pourquoi le régent s'intéressa-t-il à
lui? -- 6. Comment était-il logé et nourri ? - - 7. Pourquoi voulait-il
beaucoup travailler?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites le récit de votre premier jour de classe de cette année .
Quel âge avez-vous, et dans quelle division, dans quel cours êtes
vous placé? ―― Avez-vous passé un examen, fait des compositions ?
-Vos études coûtent-elles de l'argent à vos parents, comme du temps
de Marmontel ? - D'où vient cette différence? - Qu'allez-vous faire
pendant l'année et quelles résolutions prenez-vous ?
4 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE MORALE
1re Semaine. La famille.
2. — Souvenirs de famille. Le grand - père.
La famille, la maison paternelle, l'école, le village : voilà le milieu où nous
recevons les premières leçons qui influeront sur toute notre vie et qui doivent
faire de nous d'honnêtes gens. L'auteur parle ici de son grand-père.
Le grand-père fut un instituteur comme on n'en voyait guère
en ce temps-là , ni même aujourd'hui . Il n'était pas grand
savant ; il savait lire couramment, écrire avec un peu d'effort
et compter assez mal ;
sa bibliothèque, for
mée de quinze volumes
d'histoire et d'autant
d'almanachs *, garnis
sait mal une planchette
enfumée entrel'horloge
et le vieux baromètre *.
Mais Pierre Dumont,
dit La France¹ n'avait
pas son pareil au monde
pour commenter élo
quemment deux mots ,
qu'on lit sur les dra
peaux et qui sont :
<< Honneur et Patrie » .
Comme sa famille était
vieille , établie à Launay
Le grand-père et la grand'mère.
de temps immémorial*
et estimée de tout le pays dans un rayon * de trois ou quatre
lieues , il portait fièrement un nom qui représentait, à ses
yeux, plusieurs siècles de travail et de bonne conduite.
Ce nom, modeste et banal entre tous , il ne l'eût pas échangé
contre ceux de Turenne et Condé réunis ; il gardait une pro
fonde reconnaissance aux braves gens qui le lui avaient
1. Dit La France : Surnommé La France parce qu'il aimait beaucoup son pays.
SOUVENIRS DE FAMILLE. LE GRAND-PÈRE . 5
transmis d'âge en âge , si net et si pur ; il se faisait un
devoir sacré de le garder exempt de blâme , et il voulait que
ses enfants en prissent bon soin comme lui . Il s'expliquait
là-dessus, en famille, avec un peu d'emphase *, mais d'un
ton si loyal que personne ne pouvait l'entendre sans parta
ger sa conviction * . Sa morale se formulait en axiomes *
bizarres, mais respectables, dont mon père et mes oncles ne
s'avisèrent jamais de rire :
« Un Dumont ne ment pas . - Les Dumont n'ont jamais
emprunté un sou sans le rendre . - Il n'y a pas de place
pour le bien d'autrui dans la maison des Dumont . Un
Dumont ne frappe pas plus faible que lui . ――
Si tu manquais
de respect à une femme, tu ne serais pas un Dumont . ――― Les
Dumont , de tout temps, ont été les serviteurs de leurs amis . >>
ED. ABOUT. (Écrivain contemporain , 1828–1885 . )
Le roman d'un brave homme. [ Hachette et Cie, édit . ]
Mots expliqués.
Almanach Tableau donnant les divisions de l'année (mois, jours)
et certains renseignements sur le temps et les événements de l'année.
Enfumée Noircie par la fumée.
Baromètre Instrument de physique mesurant la pression de l'air
(inventé par Torricelli, 1643).
Immémorial : Fait si lointain qu'il est sorti de notre mémoire.
Rayon de... A trois ou quatre lieues tout autour.
Emphase Exagération dans les paroles .
Conviction Ce qu'il croyait.
Axiome Une vérité que l'on comprend sans explication.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles études avait faites le grand-père ? 2. De quoi parlait-il
souvent? -- 3. A quoi tenait-il particulièrement ? - 4. Que recommandait
-
il à ses enfants ? - 5. Citez quelques-unes des pensées qu'il aimait à ex
primer? -- 6. Ne pourrait-on pas résumer ses qualités par un seul mot?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez les principales qualités du grand-père.
2. Quels devoirs avons-nous envers nos grands-parents?
Pourquoi nous avons des devoirs envers eux (ils ont élevé nos parents
à qui nous devons tant : ils nous ont aimés et soignés nous-mêmes…..).
- En quoi pouvons-nous leur être utiles? ― Comment leur prouver
notre affection ? etc.
6 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE HISTOIRE
1re Semaine. Nos ancêtres.
3. 1 La Découverte du Feu
par les premiers hommes.
Nous vivons d'une façon confortable ; mais beaucoup de choses que nous
avons à notre disposition et qui nous paraissent indispensables manquaient à
nos ancêtres, qui étaient très malheureux. Admirons quels services ces ancêtres
nous ont rendus par leurs découvertes, et soyons-leur en reconnaissants.
Y a-t-il une heure dans la vie où nous puissions nous pas
ser du feu ? En nous levant , nous songeons à faire chauffer
notre lait ou notre soupe qui nous donnera des forces pour
nous rendre au travail .
Puis, c'est le repas de
midi qu'il faut préparer,
puis encore le repas du
soir, qui exigent un feu
de plusieurs heures .
Que ferions-nous en
hiver par la gelée , par la
neige , si nous n'avions
pour nous réchauffer un
bon feu pétillant dans la
cheminée, ou un poêle
confortable ? Si nous ne
pouvions nous éclairer
pendant les longues soi
rées où le soleil nous
abandonne si tôt?
Aussi faut-il considérer
Découverte du feu. comme un des progrès
les plus décisifs dans
l'histoire de la civilisation humaine celui qui a permis à nos
ancêtres d'allumer du feu .
Il y a de cela bien des milliers d'années . Nous ne con
naissons ni le nom de l'inventeur ni la manière dont il s'y
LA DÉCOUVERTE DU FEU PAR LES PREMIERS HOMMES. 7
prit . Mais nous pouvons imaginer que l'étincelle jaillit de deux
corps durs heurtés ou frottés l'un contre l'autre . C'est encore
ainsi qu'avec un morceau de silex, un morceau de fer, et de
l'amadou à côté , certains fumeurs peuvent allumer leur pipe .
Parfois, des Européens , privés de toute ressource dans les
pays éloignés, empruntent aux sauvages l'art de frotter vigou
reusement l'un contre l'autre deux morceaux de bois qu'ils
finissent par échauffer, et avec lesquels ils enflamment des
feuilles sèches .
Une fois en possession d'un auxiliaire si précieux , les
hommes avaient une véritable terreur de le perdre , et la
conservation du feu devint un des devoirs les plus sacrés et
un des rites * de différentes religions .
Le feu servit aux hommes à préserver leurs vies contre
les attaques des bêtes féroces . Il leur servit également à
cuire de grossiers aliments . Et il leur permit de fabriquer
des armes et des instruments qui décuplèrent leur puissance.
Par le feu ils arrivèrent à fondre certains minerais pour en
extraire des métaux tels que le bronze, plus facile à travail
ler ; le fer, plus dur et plus résistant , etc. On a retrouvé
dans certaines cavernes , à côté d'ossements humains , des
restes fort bien conservés de ces anciens instruments .
Mots expliqués.
Rites Cérémonies religieuses.
Décupler : Rendre dix fois plus grand.
Questions et Analyse des idées .
1. Indiquez les principaux usages du feu. (a) Alimentation . (b) Chauf
fage. (c) Éclairage. (d) Usages industriels. - 2. Pourquoi ne connais
sons-nous pas le nom des hommes qui ont trouvé le feu? 3. Com
ment peut-on se procurer du feu sans allumettes ? - 4. De quelle façon
peut-on, à l'aide du feu, se défendre contre les bêtes féroces ?
5. Avez-vous lu des récits de voyages où ce procédé soit indiqué ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Le Feu. - Moyens de l'allumer. - Services qu'il nous rend. -
Dangers qu'il peut offrir.
8 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
fre Semaine. Grands spectacles de la nature.
4. - La Terre dans le Monde.
Prenons de bonne heure l'habitude d'observer les grands spectacles et les
phénomènes de la nature le ciel, les astres, notre terre si petite au milieu de
l'espace, etc.; c'est une étude agréable qui élève la pensée et qui forme l'es
prit.
Quelle est la distance qui sépare la terre du soleil ?
150 millions de kilomètres .
On ne peut se faire une idée d'une distance aussi consi
dérable qu'en offrant à l'esprit une
comparaison . Pour concevoir la dis
tance de la terre au soleil , deman
dons-nous combien de temps il fau
drait pour la parcourir en certaines
conditions déterminées .
Un homme marchant à pied, en
admettant qu'il fit par heure 8 kilo
La Terre. mètres , et qu'il ne se reposât ni jour
ni nuit, mettrait 2000 ans à parvenir
au soleil. Une locomotive lancée à toute vapeur , c'est-à-dire
faisant à l'heure 90 kilomètres (22 lieues 1/2 de 4 kilomètres),
mettrait 2 siècles pour atteindre au soleil .
Un boulet de canon qui conserverait sa vitesse initiale
(500 mètres par seconde, ou environ 450 lieues par heure)
y parviendrait en 10 ans.
Le son mettrait 15 ans à franchir la distance de la terre
au soleil, s'il y avait de l'air dans les espaces planétaires *
et que cet air eût la même densité que le nôtre .
Enfin, le plus rapide des agents, la lumière, que l'on consi
dère comme ayant une vitesse de transport presque instan
tanée , a besoin de 8 minutes pour franchir cette même
étendue .
La terre se déplace et parcourt son orbite* avec une éton
nante rapidité . Sa vitesse de translation * autour du soleil est
LA TERRE DANS LE MONDE. 9
d'environ 30 kilomètres par seconde , ou d'un peu plus de
100 000 kilomètres par heure . La terre dévore l'espace 60 fois
plus vite qu'un boulet de canon .
Il faut ajouter qu'en outre de ces deux mouvements de
rotation sur son axe * et de translation autour du soleil , la
terre participe au mouvement commun qui emporte à travers
l'espace le monde solaire tout entier.
Le soleil , avec tout son cortège de planètes, décrit dans le
ciel une courbe immense autour de quelque centre inconnu
caché dans les profondeurs de l'espace . Comme tous les
astres qui composent le monde solaire, la terre obéit à ce
mouvement d'ensemble, dont la vitesse est de près d'un
myriamètre par seconde.
7 Mots expliqués.
Espaces planétaires : Espace dans lequel se meuvent les planètes
où nous voyons les étoiles et que nous appelons ordinairement le ciel.
Orbite Chemin presque circulaire que parcourt une planète par son
mouvement propre.
Translation Action par laquelle un corps change de position dans
l'espace.
Axe Ligne droite imaginaire qui est censée passer au centre du
corps auquel elle servirait d'essieu . Mouvement de rotation , mouve
ment que fait la terre en tournant sur cet axe comme une roue autour
de son essieu.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est la distance qui sépare la terre du soleil ? - 2. Com
bien de temps un homme faisant 8 kilomètres à l'heure mettrait-il
pour parcourir cette distance ? Faites la même réponse pour une
locomotive de chemin de fer, pour un boulet de canon, pour le son,
pour la lumière. ― 3. Quelle est la vitesse, par seconde, de la terre
tournant autour du soleil? 4. Quels sont les mouvements de la
terre? ―――――― 5. Expliquez-les? -- 6. A quel grand mouvement d'ensemble
obéit encore la terre avec le soleil?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Description du ciel par une nuit claire d'été. - (a) Quand l'avez
vous observé ? (b) Avec qui étiez-vous ? ( c) Si vous connaissez des
étoiles, des constellations, indiquez-les . (d) Quelles réflexions avez
vous faites à ce sujet?
10 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
1re Semaine. Grands spectacles de la nature.
5. - La terre et les mers .
Notre globe terrestre, si petit au milieu des astres, n'est même pas habitable
partout; une grande partie est en effet recouverte par l'eau de la mer.
Le fait qui frappe tout d'abord l'observateur à l'examen
de la superficie du globe , c'est l'inégale étendue de l'Océan
et des terres émergées *.
On peut dire que les mers couvrent environ les trois
quarts de la rondeur du globe.
C'est principalement dans l'hémisphère du Sud que se sont
Fig. 1. Fig. 2.
E
OP
UR
J Antipo
des
Les deux hémisphères.
Cette figure représente les deux moitiés de la terre.
Pour la figure 1 (à gauche) le centre du cercle est Londres. On voit que cette
moitié de la sphère terrestre ou hémisphère contient presque toutes les
terres l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique. Comme océans, elle a l'Océan
Atlantique, l'Océan Indien et l'Océan glacial du Nord.
Pour la figure 2 (à droite) le centre du cercle est aux antipodes. Cet autre
hémisphère n'a que l'Australie et quelques îles ; les océans le recouvrent pres
que en entier : Océan glacial du Sud, Océan Pacifique, parties sud de l'Océan
Atlantique et de l'Océan Indien.
accumulées les caux, tandis que les masses continentales se
groupent dans l'hémisphère du Nord.
Si l'on décrit un grand cercle autour de Londres , qui de
nos jours est le principal foyer d'attraction pour le commerce
du monde entier , presque toute la surface des continents ,
LA TERRE ET LES MERS. 11
enfermant le double bassin de l'Atlantique, entrera dans cet
hémisphère ; l'autre moitié de la surface terrestre, dont le
centre est situé vers la Nouvelle-Zélande, aux antipodes * de
l'Angleterre , n'est guère occupée que par l'immensité des
eaux ; les mers y sont onze fois plus étendues que la super
ficie des terres émergées .
Le littoral des continents qui se développent autour du
Grand Océan affecte une forme sensiblement circulaire :
C'est une espèce d'anneau brisé au Sud , du côté des glaces *
antarctiques . Les terres sont disposées en un immense am
phithéâtre * dont le pourtour, égal à la circonférence du
globe , n'est pas moindre de 40-000 kilomètres .
Et ce ne sont pas de simples plages basses qui se déploient
autour de l'hémisphère océanique : les plus hauts plateaux ,
les montagnes les plus élevées des continents s'alignent en
un vaste demi-cercle, précisément dans les contrées voisines
du Pacifique .
ÉLISÉE RECLUS. (Célèbre géographe contemporain .)
La Terre. [ Hachette et Cie, édit.]
Mots expliqués .
Terres émergées Terres qui s'élèvent au-dessus des eaux de
l'Océan.
Aux antipodes : A l'opposé de la terre ; pieds contre pieds .
Glaces et Contrées antarctiques : Contrées du Sud de la terre.
Amphithéâtre : Le tour d'un théâtre ; ici, terres qui entourent l'Océan
et qui vont en s'élevant à partir du rivage.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est environ la surface du globe couverte par les mers ? -
2. Dans quelle partie du globe se sont accumulées les eaux? - 3. Citez
un exemple qui rende plus frappante cette remarque? - 4. Quelle
forme affecte le littoral des continents autour du Grand Océan ?
5. Quelles sont les différentes parties de cette lecture ? - 6. Quelle est
l'idée principale développée dans la première, dans la seconde, dans
la troisième partie?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Montrez, par des exemples, comment sont réparties, à la
surface du globe, les terres et les mers. (Se servir d'une mappe
monde ou d'un globe terrestre .)
12 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE FRANCAIS
2º Semaine. L'École et la Famille.
6. - L'existence à la campagne .
La vie simple de la campagne, en famille, a des charmes que les écrivains
ont toujours célébrés.
J'étais l'aîné d'un grand nombre d'enfants....
L'ordre , l'économie , le travail, un petit commerce, et sur
Maison de campagne.
tout la frugalité * , nous entretenaient dans l'aisance . Le petit
jardin produisait presque assez de légumes pour les besoins
de la maison ; l'enclos nous donnait des fruits , et nos coings,
nos pommes, nos poires, confits au miel de nos abeilles
étaient, durant l'hiver, pour les enfants et pour les bonnes
vieilles , les déjeuners les plus exquis .
Le troupeau de la bergerie habillait de sa laine tantôt les
femmes et tantôt les enfants ; mes tantes la filaient ; elles
filaient aussi le chanvre du champ qui nous donnait le linge;
et les soirées où , à la lueur d'une lampe qu'alimentait l'huile
de nos noyers , la jeunesse du voisinage venait teiller * avec
nous ce beau chanvre, formaient un tableau ravissant .
La récolte des grains de la petite métairie assurait notre
subsistance : la cire et le miel des abeilles , que l'une de mes
L'EXISTENCE A LA CAMPAGNE. 13
tantes cultivait avec soin , étaient un revenu qui coûtait peu
de frais ; l'huile, exprimée de nos noix encore fraîches , avait
une saveur, une odeur que nous préférions au goût et au
parfum de celle de l'olive . Nos galettes de sarrasin *, humec
tées , toutes brûlantes , de ce bon beurre du Mont-Dore, étaient
pour nous le plus friand régal . Je ne sais pas quel mets nous
eût paru meilleur que nos raves et nos châtaignes ; et en
hiver , lorsque ces belles raves grillaient le soir à l'entour du
foyer, ou que nous entendions bouillonner l'eau du vase où
cuisaient ces châtaignes si savoureuses et si douces , le cœur
nous palpitait de joie .
Ainsi , dans un ménage où rien n'était perdu , de petits
objets réunis entretenaient une sorte d'aisance , et laissaient
peu de dépense à faire pour suffire à tous nos besoins . Le
bois mort dans les forêts voisines était en abondance , et
presque en non valeur ; il était permis à mon père d'en tirer
sa provision . L'excellent beurre de la montagne et les fro
mages les plus délicats étaient communs et coûtaient peu ; le
vin n'était pas cher , et mon père lui-même en usait sobre
ment. MARMONTEL.
Mots expliqués.
Frugalité Qualité de celui qui se contente d'une nourriture simple,
d'aliments peu recherchés ; simplicité de vie, de mœurs , etc.
Teiller Enlever la tille ou l'écorce du chanvre et en détacher le
filament.
Sarrasin Espèce de blé noir.
Questions et Analyse des idées.
1. De quelle manière cette famille vivait-elle dans l'aisance? --
2. Parlez du jardin, de la bergerie, des récoltes diverses de la forêt.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Occupations et travaux de vos parents (ou d'une famille que
vous connaissez) à la campagne. ― En hiver, quelques travaux
aux champs, et, à l'intérieur battage et nettoyage des grains, soins
aux animaux, etc. - Dans la belle saison, préparation de la terre,
semailles, binage, sarclage, récolte des foins, des blés , etc. , vendanges .
- Comment et pourquoi l'on peut être heureux à la campagne.
14 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE MORALE
2° Semaine. La Famille
7. -- Le vieillard et ses enfants.
Autant l'existence en famille est bonne, saine et avantageuse pour tous quand
les membres de la famille s'aiment, sont unis entre eux et travaillent tous au
bonheur commun, autant la désunion peut amener de funestes résultats.
Un vieillard , près d'aller où la mort l'appelaît * :
―――― << Mes chers enfants , dit-il (à ses fils il parlait) ,
Voyez si vous romprez ces dards * liés ensemble :
Je vous expliquerai le nœud qui les assemble . »>
L'aîné , les ayant pris, et fait tous ses efforts,
Les rendit , en disant : ― « Je le donne aux plus forts . »
Un second lui succède, et se met en posture *,
Mais en vain . Un cadet tente aussi l'aventure .
Tous perdirent leur temps, le faisceau résista :
De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata .
<< Faibles gens, dit le père, il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre . »
On crut qu'il se moquait ; on sourit , mais à tort :
Il sépare les dards et les rompt sans effort .
- « Vous voyez , reprit-il , l'effet de la concorde * :
Soyez joints, mes enfants ; que l'amour vous accorde. »
Tant que dura son mal, il n'eut d'autre discours .
Enfin, se sentant près de terminer ses jours :
« Mes chers enfants, dit-il , je vais où sont nos pères ;
Adieu promettez-moi de vivre comme frères ;
Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant . »
Chacun de ses trois fils l'en assure en pleurant .
Il prend à tous les mains ; il meurt . Et les trois frères
Trouvent un bien fort grand , mais fort mêlé d'affaires ,
Un créancier✶ saisit , un voisin fait procès :
D'abord notre trio s'en tire avec succès.
Leur amitié fut courte autant qu'elle était rare .
Le sang les avait joints , l'intérêt les sépare :
L'ambition, l'envie , avec les consultants * ,
LE VIEILLARD ET SES ENFANTS. 15
Dans la succession * entrent en même temps .
On en vient au partage , on conteste , on chicane * :
Le juge sur cent points tour à tour les condamne.
Créanciers et voisins reviennent aussitôt,
Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut .
Les frères désunis sont tous d'avis contraire ;
L'un veut s'accommoder , l'autre n'en veut rien faire .
Tous perdirent leur bien , et voulurent trop tard
Profiter de ces dards unis et pris à part .
LA FONTAINE. (Le plus célèbre fabuliste français , 1621-1695 .)
Mots expliqués .
Près d'aller, etc. Sur le point de mourir.
Dard Baguette terminée par un fer pointu.
... Posture : Se place, se dispose pour essayer de les briser.
Concorde : Union et amour entre les hommes. Tant que les dards
étaient unis, on ne pouvait pas les briser ; séparés, on les casse l'un
après l'autre sans difficulté.
Créancier : Personne à qui l'on doit de l'argent.
Consultant : Les avocats à qui l'on demandait conseil, et qui cher
chaient matière à procès.
Succession : Biens laissés en héritage. Suite de choses qui viennent
l'une après l'autre. 1
Chicane : Petite querelle, dispute sans motifs sérieux.
Questions et Analyse des idées.
1. Que voulait enseigner le vieillard à ses enfants ? ―― 2. Quel est
l'exemple qu'il choisit? - 3. Que fit chacun des enfants ? - 4. Réus
sirent-ils? -5 . Pourquoi ? - 6. Comment s'y prit le père pour briser les
dards? -7. Quels furent ses derniers conseils ? 8. Les fils vécurent
ils longtemps d'accord ? - 9. A quel moment se brouillèrent-ils ? --
10. Dans les procès qu'on leur fit, s'entendirent-ils ? --- 11. Quelles
furent les conséquences de leur désaccord ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez cette fable en prose et à votre manière.
2. Indiquez la morale de cette fable et donnez quelques
explications. - Cherchez d'abord dans la fable le ou les vers qui
résument le mieux l'idée de La Fontaine et qui renferment la morale
de la fable. -- Expliquez-les. - Puis donnez quelques autres exemples
qui fassent bien comprendre ce que vous pensez. Donnez aussi des
exemples pris hors de la famille des écoliers dans un jeu , des gens
formant une société, des citoyens d'une même patrie, etc.
16 LECTURES PRIMAIRES .
OCTOBRE HISTOIRE
2º Semaine. Nos ancêtres ; premières découvertes.
8. - L'Invention de l'Écriture.
Nos ancêtres n'ont pas seulement fait des découvertes qui nous ont été
utiles pour nos besoins matériels, comme le feu ; ils en ont fait également
pour les besoins de notre esprit, de notre intelligence , et l'une des plus
importantes est assurément la découverte de l'écriture.
C'était en Égypte , il y a bien longtemps, six mille ans au
moins , peut-être davantage . - L'Égypte, alors, était déjà une
grande nation , civilisée pour ce temps-là , ayant de riches
cultures , des villes populeuses , des lois, des savants . -
C'est là que nous trouvons la plus ancienne connaissance
de l'écriture ; c'est là , sans doute, qu'elle fut inventée . Mais
elle ne fut pas inventée en un seul jour , par un seul homme .
Qu'avait-il fait, le premier inventeur de l'écriture ? Il avait
imaginé de dessiner grossièrement sur des pierres , au
simple trait, la chose dont il voulait donner l'idée et
conserver le souvenir .
Vous est-il arrivé de charbonner * sur un mur un profil
grossier, avec des bras, des jambes ? L'esquisse * était bien
maladroite, les proportions n'y étaient guère ; pas de détails
non plus .... Pourtant tout le monde reconnaissait ce que
vous aviez voulu figurer ; on se disait, en passant : « Ceci
est un bonhomme ! » C'était un signe qui rappelait à l'esprit
la chose signifiée : cela voulait dire un homme. Ainsi fit-il ,
notre inventeur . Chose naïve , n'est-ce pas ? « Eh ! vous dites
vous, je lirais bien une écriture comme celle-là ! » Sans
doute, vous lisez sans hésitation ces signes égyptiens :
Bœuf. Oie. Arbre. Eil. Jambe
Il y a ici écrit bœuf, oie, arbre, œil, jambe .... Voulait
on donner l'idée du pluriel, on représentait trois fois le
L'INVENTION DE L'ÉCRITURE. 17
signe ; et vous lisez ici : des arbres : Tout va donc très
bien , tant qu'il s'agit de rappeler à la pensée des
444 objets matériels , des choses qu'on peut dessiner .
Arbres. Mais comment figurer des choses qui n'ont pas de
forme visible ? Comment représenter , par exemple, le vent,
le jour? Comment donner à entendre la joie, le courage ?
Ne pouvant représenter directement l'idée, figurer la
chose même, il faut bien prendre un moyen détourné : on
représentera un objet qui ait quelque rapport, dans notre
pensée, avec l'idée qu'il s'agit d'exprimer . Ainsi pour dire le
vent, nos anciens Égyptiens figuraient une voile gonflée, effet
O Δ Si
Vent. Jour. Marcher. Voir. Manger.
du vent ; pour exprimer le jour, ils représentaient le disque*
du soleil , cause du jour. Veulent-ils écrire le courage, la
vaillance, ils dessineront un lion , animal courageux ; ou, par
abréviation, une tête de lion seulement. Pour dire la joie,
le plaisir, ils représentent un petit homme qui danse . - Or ,
ce n'est pas tout : on ne peut pas faire des phrases avec des
substantifs seulement il faut surtout des verbes. Marcher
s'écrivait par une petite paire de jambes ; voir, par deux
yeux ; manger, par un homme portant la main à sa bouche.
Tels sont les modestes commencements de cette belle décou
verte de l'écriture .
Mots expliqués.
Charbonner : Dessiner grossièrement avec du charbon.
Esquisse : Dessin très simple, fait rapidement.
Disque Surface visible du soleil : en général corps rond et plat.
Questions et Analyse des idées.
1. Y a-t-il longtemps que l'Egypte a été civilisée? ― - 2. Qu'ont fait les
inventeurs de l'écriture pour représenter leurs idées ? 3. Pourquoi
pourriez-vous lire ces dessins grossiers ? ――― 4. Sur quoi étaient gravés
tous ces signes ?-5. Quels sont les progrès dus à l'invention de l'écriture ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez comment les Égyptiens sont arrivés à représenter
leur pensée.
LEGT. PRIM. 2
18 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
2e Semaine. Grands spectacles de la nature.
9. IMMON La mer et les marées .
La vaste étendue d'eau qui forme les Océans n'est jamais en repos : vagues.
courants, mouvement du flux et du reflux, ou marée, l'agitent continuelle
ment; c'est là un spectacle toujours varié, souvent grandiose et impressionnant .
La hauteur des marées varie dans les différentes régions
du globe. Les côtes orientales de l'Asie et les côtes occiden
tales de l'Europe sont exposées à des marées extrêmement
fortes ; tandis que dans les îles de la mer du Sud , où elles
sont très régu
lières , elles ne
dépassent pas
la hauteur de
50 centimètres .
Sur la côte
occidentale de
l'Amérique du
Sud, les marées
atteignent rare
ment 3 mètres ;
Grande marée (Côtes de Bretagne). sur la côte occi
dentale de l'Inde , elles s'élèvent à 6 , 7, et même 10 mètres.
Cette grande différence se fait sentir dans des contrées très
voisines. Ainsi , une marée, qui à Cherbourg atteint 6 ou
7 mètres, monte à 13 mètres au port de Saint-Malo ; en géné
ral, la marée monte beaucoup plus haut dans le fond d'un
golfe qu'à son entrée .
La plus haute marée que l'on connaisse s'observe dans la
baie de Fundy, qui s'ouvre au sud de l'isthme joignant la
Nouvelle-Écosse au Nouveau-Brunswick (Amérique du Nord) ;
la pleine mer y monte à 20 et même 22 mètres. On raconte
que dans la baie de Fundy un navire fut déposé par le flot,
pendant la nuit, sur un rocher assez élevé ; si bien qu'à la
pointe du jour l'équipage se vit suspendu au-dessus de l'eau .
LA MER ET LES MARÉES . 19
Dans les mers , qui ne communiquent avec l'Océan que par
un étroit canal , le phénomène des marées se fait très peu
sentir la mer Blanche et la mer Noire ne présentent pas de
marées , et la Méditerranée n'a que des marées insigni
fiantes . Cependant à Alexandrie on observe des marées d'un
demi-mètre ; à Venise , elles atteignent quelquefois deux mètres .
Les vents exercent une grande influence sur la hauteur des
marées . Quand ils sont favorables, ils peuvent accroître
l'élévation du flot ; s'ils sont contraires, ils peuvent la
diminuer. C'est ce qui arrive dans le golfe de Vera-Cruz , où
l'on ne voit quelquefois qu'une marée en trois jours lorsque
le vent souffle avec violence.
La marée montante frappe parfois sur le rivage d'une ma
nière continue et avec une incroyable force . Ce choc violent
s'appelle le ressac . La houle * forme alors dans la mer des
laines pressées, qui s'étendent jusqu'à 1 kilomètre . Le ressac
augmente à mesure qu'il avance vers la côte ; lorsqu'il atteint
une hauteur de 6 ou 7 mètres, il forme une montagne d'eau
qui surplombe et s'affaisse en roulant sur elle-même . Le res
sac rend l'approche des côtes dangereuse et quelquefois im
possible.
Les coups de vent s'ajoutant à l'effet précédent font naître
à la surface de la mer des ondes ou des flots qui grossissent
rapidement, s'élèvent en montagnes écumantes , roulent ,
bondissent et se brisent l'un contre l'autre .
Mot expliqué.
Houle : Mouvement d'ondulation que la mer conserve après une tem
pête.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce que les marées ? 2. Où se font-elles sentir générale
ment ? - 3. Où a lieu la plus haute ? - 4. Quelles mers n'ont pas de
marées et pourquoi ? 5. Quel est l'effet produit par les vents sur les
marées? - 6. Quelle est l'effet de la marée dans un port?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Quels sont les principaux mouvements des eaux marines?
Décrivez-les. - Vagues, courants , marées.
20 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
2e Semaine.. Grands spectacles de la nature.
10. — Les couleurs de la mer.
La couleur de la mer varie beaucoup , du moins en appa
rence. Quand l'air est pur, la surface tranquille des eaux
paraît d'un azur plus brillant que celui du ciel . Par un
temps couvert, cette teinte passe au vert sombre ; elle se
rembrunit également si la mer est agitée . Au coucher du
soleil , la surface
des eaux s'illu
mine de teintes
pourpre et éme
raude .
Une foule de
circonstances in
fluent encore sur
la couleur des
eaux de la mer.
Un fond de sable
blanc lui com
munique, si elle
Phosphorescence de la mer.
est peu profon
de, une teinte grisâtre ou vert pomme ; quand le sable est
jaune, le vert paraît plus sombre . La présence des écueils
est souvent annoncée par la couleur foncée que la mer prend
dans leur voisinage .
D'autres fois , ce sont des animalcules * colorés qui donnent
à l'eau une teinte particulière . La mer Rouge doit sa colora
tion à une algue microscopique .
Les navigateurs traversent souvent de longues bandes
vertes, rouges, blanches ou jaunes, dont les teintes sont
dues à des crustacés microscopiques, à des méduses * , des
zoophytes *, et à des plantes marines. C'est ce que l'on
observe dans la partie de l'océan Atlantique connue sous le
LES COULEURS DE LA MER. 21
nom de mer de Sargasses ou de Varechs, près de certaines
côtes de l'Afrique , etc.
C'est à une cause du même genre qu'il faut rapporter le
magnifique phénomène de la phosphorescence de la mer, qui
se manifeste fréquemment dans l'océan Indien , dans le golfe
de Suez, le golfe d'Arabie, etc. Dans la mer des Indes , le
capitaine Kingman traversa une zone de 40 kilomètres de
largeur, tellement remplie d'animalcules phosphorescents ,
qu'elle présentait, pendant la nuit, l'aspect d'un immense
champ de neige.
La phosphorescence de la mer est un spectacle imposant
et magnifique . Le navire , en sillonnant les ondes , semble
s'avancer au milieu des flammes rouges et bleues , qui jail
lissent de la quille comme autant d'éclairs . On croit voir
des myriades d'étoiles qui flottent et se jouent à la surface
des flots ; elles se multiplient, se réunissent et finissent par
former un vaste champ de feu . Quand le temps est orageux,
les vagues qui s'élèvent sont lumineuses ; elles roulent et se
brisent en une écume argentée . Des corps étincelants , qu'on
prendrait pour des poissons de feu , semblent se poursuivre ,
s'atteindre , se perdre et s'élancer de nouveau.
Mots expliqués.
Animalcule : Animal si petit qu'on ne peut le voir qu'à l'aide du mi
croscope.
Méduse : Animal invertébré qui vit dans la mer.
Zoophytes : Êtres intermédiaires entre les animaux et les plantes.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est ordinairement la couleur de la mer? - 2. Quelles sont
les causes qui donnent à la mer tantôt une couleur, tantôt une autre ?
-— 3. Qu'est-ce que la phosphorescence de la mer ? ----- 4. A quoi est-elle
due? 5. Où remarque-t-on plus particulièrement ce phénomène ?
6. Quelle idée y a-t-il dans le premier alinéa ? dans le second ? etc.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Quelles sont les principales couleurs des eaux de mer et
à quoi sont-elles dues?
2. Décrivez d'après la lecture une mer phosphorescente.
22 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE FRANÇAIS
3e Semaine. L'École et la Famille.
11. - Le petit laboureur.
Lorsque laboure mon père ,
J'aime à marcher près de lui ;
J'aime à bien voir dans la terre,
Entrer le coutre * qui luit.
Elle résiste ; il la perce ;
Il la fend de long en long;
Le versoir qui la renverse
Laisse après lui le sillon .
Elle est tiède et parfumée ;
J'y vois des germes herbeux ;
Il en sort une fumée,
Comme du museau des bœufs .
Mes bœufs patients que j'aime,
Front bas, vont d'un pas égal .
C'est dur, mais ils vont quand même ;
Ils se donnent bien du mal !
Ils se donnent de la peine
Pour creuser droit et profond ;
LE PETIT LABOUREUR. 23
L'homme les aide , les mène ;
Mais ils savent ce qu'ils font !
Ils savent que l'on travaille
Pour semer avoine et blé ,
Et qu'ils n'auront de la paille,
Que s'ils ont bien travaillé .
Mon père tient la charrue ,
Haussant ou baissant les bras ,
Et l'alouette accourue
Vient becqueter dans nos pas.
Puis contente de la graine,
Du petit ver qu'il lui faut ,
Elle monte, à perdre haleine ,
Chanter au ciel , tout là-haut .
La plaine, aujourd'hui déserte
- Labourons ! ensemençons !
Dans quelques jours sera verte,
Et couleur d'or aux moissons !
JEAN AICARD. (Poète contemporain . ) Chanson de l'Enfant.
[Flammarion, édit .]
Mots expliqués.
Coutre, versoir : Les principales parties de la charrue sont les
manches ou mancherons, que tient le laboureur pour la guider ; l'âge ,
après lequel sont fixées les autres pièces et que tirent les chevaux ; le
coutre qui fend la terre et le versoir qui la rejette de côté.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle pensée y a-t-il dans la première strophe? Dans la seconde ?
Dans la troisième ? Dans la dernière? - 2. Décrivez une charrue et un
attelage de labour. 3. Avec quels animaux laboure-t-on dans votre
pays? - 4. Et ailleurs? -- 5. Quel est l'oiseau familier du laboureur ?
6. Quelles sont les différentes façons que l'on donne à la terre pour
la culture du blé?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Mettez le morceau en prose.
2. Faites la description d'une ferme : Emplacement, bâtiments,
habitants, travaux que l'on y accomplit, existence des fermiers .
24 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE MORALE
3e Semaine. Origines de la morale.
12. - Le fondateur de la morale. Socrate .
Puisque nos parents, nos grands-parents, nos ancêtres, nous ont fait beaucoup
de bien, nous avons des devoirs envers eux, comme du reste envers nous
mêmes et envers la société ; l'étude de ces devoirs se fait en morale, science
dont Socrate est un des principaux fondateurs.
Socrate naquit à Athènes, en Grèce, l'an 470 avant Jésus
Christ. Il accomplit avec courage ses devoirs de citoyen : dans
une guerre que les Athéniens
eurent à soutenir contre leurs
ennemis les Lacédémoniens *, il
se distingua par sa bravoure
et fut blessé en combattant au
premier rang. Socrate , en effet,
pensait avec raison qu'un homme
de bien ne peut pas se contenter
d'être honnête et vertueux , mais
qu'il doit tout son sang à sa patrie
si celle-ci vient à être menacée .
Quand la guerre fut terminée ,
Socrate.
il revint à Athènes et reprit le
cours de ses travaux interrompus. Son plaisir favori était de
se promener dans les rues, sur les places publiques, de rassem
bler quelques jeunes gens autour de lui et de leur faire
l'éloge de la vertu , du devoir. Comme il était très éloquent ,
on l'écoutait avec respect, et, dès qu'il sortait de sa maison ,
un rassemblement se formait autour de lui.
Il disait que la sagesse consiste à nous rendre un compte
exact de nos qualités et de nos défauts , afin de développer
les unes et de combattre les autres : « Connais-toi toi-même »
telle était sa maxime favorite . Il poursuivit sans cesse de ses
railleries certains personnages nommés à Athènes les So
phistes, qui faisaient grand étalage de sagesse , mais qui , au
fond, se moquaient de la justice et de la vérité.
LE FONDATEUR DE LA MORALE. SOCRATE. 25
Socrate rendait donc à ses concitoyens les plus grands
services en répandant ainsi dans la foule des idées très sages
et très élevées. Mais il avait pour ennemis tous ceux dont il
avait dénoncé l'hypocrisie, et en particulier les Sophistes .
Ceux-ci l'accusèrent d'être un corrupteur de la jeunesse , et
d'enseigner le mépris des dieux reconnus par l'État .
Condamné à mort, il fut conduit dans une prison où on lui
permit de recevoir ses amis et de s'entretenir avec eux en
attendant le moment de l'exécution . L'un d'eux lui propo
sait de s'enfuir et lui offrait les moyens de passer à
l'étranger . Socrate refusa, « car , disait-il , il faut respecter
les lois de son pays , même quand on est injustement condamné
en leur nom » . Jusqu'à la dernière heure , son calme , sa
sérénité furent un objet d'admiration même pour les gar
diens de la prison . Ses amis fondaient en larmes ; le sage les
réconfortait, et, spectacle admirable , prodiguait, lui qui
allait mourir , les encouragements et les consolations à ceux
qui avaient encore de longues années à vivre . Enfin , le
geôlier apporta la ciguë, poison qu'on faisait boire à Athènes
aux condamnés à mort . Socrate vida la coupe d'un seul trait ,
sans que son visage exprimât la moindre crainte.
G. DURUY. (Écrivain et historien français contemporain. )
Biographies d'hommes célèbres. [ Hachette et Cie, édit .]
Mot expliqué .
Lacédémonien : Habitant de la ville de Lacédémone, ou Sparte, en
Grèce.
Questions et Analyse des idées.
1. Où est né Socrate ? 2. Que faisait-il à Athènes ? 3. Que
pensait-il des devoirs des hommes envers leur patrie ? Que signifie
sa maxime favorite : « Connais-toi toi-même »? ― 4. De qui se
moquait-il souvent? 5. Pourquoi fut-il condamné? 6. Quand ses
amis vinrent le voir en prison, que lui proposèrent-ils ? - 7. Citez
sa réponse. - 8. Comment mourut-il ? -- 9. Quel enseignement peut
on tirer de la vie de Socrate ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Est-il difficile de se connaître soi-même? Comment peut-on
y arriver? Quelle est l'utilité de cette connaissance?
26 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE HISTOIRE
3e Semaine. Nos ancêtres.
13. - Un créateur de la science. Archimède
(287-212 av. J.-C. ) .
De même que Socrate avait illustré sa patrie, la Grèce, en fondant la morale
sur de solides principes ; de même Archimède, qui vécut au même pays deux
siècles plus tard, fut un des principaux créateurs de la science par les belles
découvertes qu'il fit.
Archimède naquit en 287 avant Jésus-Christ, à Syracuse,
qui était alors la cité la plus peuplée et la plus florissante de
la Sicile. C'est lui qui, pour la
première fois, fit connaître avec
précision dans quelles conditions
un objet peut flotter sur l'eau : il
faut pour cela qu'il déplacé une
quantité de liquide dont le poids
soit supérieur à son propre
poids . Archimède , au lieu de se
borner à constater le fait , en
chercha la cause . On comprend
aisément de quelle utilité devait
être pour les constructeurs de
Archimède.
navires la découverte de ce prin
cipe *. Vous savez qu'un morceau de fer ne flotte pas sur
l'eau il n'en est pas moins vrai qu'au moyen de calculs
qui tous reposent sur la découverte d'Archimède , nos ingé
nieurs parviennent à construire des bâtiments tout en fer.
Ce grand savant était en même temps un bon citoyen.
Quand Syracuse fut assiégée par les Romains, il appliqua tout
son génie à la fabrication de machines de guerre qui pen
dant trois années tinrent l'ennemi éloigné des murs de la
ville :
<< Les Romains ayant donné l'assaut, Archimède mit ses
machines en jeu elles firent pleuvoir sur l'infanterie
romaine une grêle de traits de toute espèce et des pierres
UN CRÉATEUR DE LA SCIENCE . ARCHIMEDE . 27
d'une grosseur énorme ... Du côté de la mer , il avait placé
sur les murailles d'autres machines qui, abaissant tout à
coup sur les galères ennemies de grosses poutres en forme
de crocs, cramponnaient les vaisseaux, les enlevaient en
l'air et les précipitaient ensuite dans les flots où ils s'en
gloutissaient... Le général romain fit avancer sur huit vais
seaux liés ensemble une machine destinée à ébranler les
murs de la ville . Elle était encore assez loin des remparts
lorsqu'Archimède lança contre elle un rocher du poids de
six cents livres , ensuite un second, puis un troisième , qui ,
la brisèrent ainsi que les navires qui la portaient . »
Syracuse finit cependant par succomber . Après un dernier
assaut très sanglant, les ennemis pénétrèrent dans la ville .
Archimède était alors dans sa maison . Absorbé par ses cal
culs , il n'entendit même pas le bruit du combat suprême
qui se livrait dans les rues . Un des soldats romains pénétra
dans la chambre où le savant avait coutume de travailler, et
lui ordonna de le suivre . Archimède n'entendit pas ou ne
daigna pas répondre . L'autre , irrité, se jeta sur lui et le
perça de coups . On dit que le général romain , ayant appris la
mort du grand homme, témoigna un vif déplaisir et punit
sévèrement son meurtrier . G. DURUY.
Mots expliqués .
Principes Premières règles d'une science.
Galère : Ancien bateau de guerre.
Cramponner Saisir avec un crochet.
Questions et Analyse des idées.
1. Où vivait Archimède ? - 2. Indiquez le principe qui porte son nom
et expliquez-le . - 3. Archimède fut-il seulement un savant ? - 4. Quand
Syracuse fut assiégée, que fit-il pour défendre la ville ? -— 5. Comment
mourut-il ? - 6. Cette lecture est la biographie d'un homme célèbre ;
cherchez comment elle est faite et de quelles parties elle se compose.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez ce que fit Archimède pour défendre la ville de
Syracuse assiégée par les Romains, en indiquant les moyens
qu'il employa.
28 LECTURES PRIMAIRES.
1
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
3e Semaine. Grands spectacles de la nature.
14. - Les mers polaires et les glaces
flottantes.
Si les Océans offrent des spectacles magnifiques, ils exposent aussi le navi
gateur à des dangers, dont les plus redoutables sont assurément dans les mers
polaires le froid et les glaces semblent en effet les interdire à l'homme.
On a vu flotter sur l'Océan Glacial des montagnes de glace
qui avaient trois kilomètres de longueur sur un demi-kilo
mètre de largeur, et dont le sommet s'élevait à plus de
100 mètres au-dessus de l'eau ; elles enfonçaient de 600 mètres .
Ces géants de glace, rongés sans cesse par les flots qui les
baignent, offrent les formes les plus variées et les plus
bizarres . Tantôt on croirait voir une île flottante avec ses
baies et ses promontoires ; tantôt un mur taillé à pic , sur
monté de tours crénelées qui se penchent sur l'abîme et
menacent d'écraser le téméraire qui oserait s'en approcher
tantôt, enfin, ce sont des pyramides élancées, des cônes
arrondis, des plateaux unis et circulaires .
Quelques-uns offrent l'aspect d'immenses plateaux, dont
les flancs renferment encore des débris arrachés au glacier
du rivage ; d'autres sont penchés et présentent une pente
plus ou moins douce, que l'on peut gravir pour en visiter
le sommet. Avec le temps, les eaux creusent, à leur base,
des excavations profondes et des cannelures * horizontales ,
qui marquent les lignes de flottaison successives *. de ces
masses en décomposition .
Puis , à mesure que la dégradation augmente, on voit naître
des colonnes , des ponts naturels , des pointes hérissées , des
trous béants, qui percent la masse de part en part, et mille
autres formes bizarres qui donnent à ces édifices flottants
l'aspect le plus pittoresque , surtout lorsqu'ils sont enve
loppés de la lumière pourprée du soleil qui rase l'horizon .
Usés de plus en plus par l'action de l'eau et de l'atmosphère,
ils nagent vers le nord où les entraînent les courants , quel
LES MERS POLAIRES ET LES GLACES FLOTTANTES. 29
quefois même contre le vent. Quand ils arrivent au sud du
Groenland, les eaux chaudes du Gulf-Stream achèvent de les
désagréger *.
On rencontre quelquefois ces îles de glace groupées par
milliers . Cet ensemble de blocs produit l'effet d'une ville de
géants qu'aurait emportée une catastrophe géologique et
qui voyagerait au caprice des éléments déchaînés. Les mille
reflets de la lumière se jouent sur ces palais de cristal et
d'argent .
Rien n'est dangereux pour les navigateurs comme ces
champs de glaces resplendissantes .
Quand le pilote des glaces signale une banquise * arrivant
des profondeurs du nord , le vaisseau doit fuir à toute vapeur,
pour éviter une destruction certaine . La rapidité du mouve
ment de ces masses colossales est, en effet, très grande .
Aussi chaque année voit-elle , dans les mers circumpo
laires * , se multiplier les sinistres , et les vaisseaux disparaître
par douzaines.
Mots expliqués.
Cannelures : Sillons creusés sur une colonne. Employé ici par
comparaison.
Lignes de flottaison : Partie d'un bateau, d'un glaçon, etc. , qui est
au niveau de l'eau.
Désagréger Les réduisent en morceaux plus petits et les fondent
tout à fait.
Banquise Banc de glaçons, qui, dans les mers polaires peut
atteindre des dimensions énormes .
Circumpolaire : Autour des pôles.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles sont les contrées où l'on trouve des montagnes de glace ?
2. Quelle hauteur atteignent-elles ? 3. Quels dangers présentent
elles pour la navigation? - 4. Qu'arriverait-il si une montagne de
-
glace rencontrait un navire ? - 5. Pourquoi la glace flotte-t-elle sur
l'eau? -- 6. Quelles qualités doivent avoir les marins qui naviguent
dans les mers polaires?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez tout ce que vous savez sur les régions et les mers
polaires.
30 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
3e Semaine. Grands spectacles de la nature.
15. L'expédition de Nordenskiold
au pôle sud .
L'homme ne se laisse arrêter par aucun péril : il veut connaître toute la
terre et il cherche à atteindre les deux pôles. Voici le récit dramatique des dan
gers courus par l'équipage suédois du vaisseau l'Antarctic, qui, dirigé par
Nordenskiold , fit de 1901 à 1903, une exploration aux régions polaires du sud.
« Nous entendons les craquements de la coque. Le vent
souffle en tempête. Nous allons être écrasés par tous ces
blocs qui s'amoncellent dans le golfe .
<< Deux blocs de glace pressent le bateau . Toute la nuit
la coque craque . Un dernier mouvement de la glace crève
Un navire pris dans les glaces polaires.
le bateau . Tout le monde sur le pont . Nous essayons de nous
rendre compte de l'avarie . La moitié arrière de la quille* est
enlevée . Le gouvernail est brisé , l'hélice légèrement atteinte .
L'eau entre dans la chambre des machines. Nous courons
aux pompes , pendant que quelques-uns de nous font à la
hâte des provisions de sacs et de tout ce qui leur tombe sous
la main et qui est jugé par eux nécessaire.
Dix-huit jours se passent ainsi à tout préparer pour une
marche à terre, dès que ce sera possible.
<
«< Un courant très fort nous jette contre les icebergs *.
L'EXPÉDITION DE NORDENSKIOLD AU POLE SUD. 31
L'eau entre davantage . Nous voyons qu'il sera impossible de
conserver le navire . Nous jetons nos provisions sur un bloc
de glace flottante .
<< Il nous faut quitter définitivement le navire, qui s'en
fonce ; mais quelques minutes auparavant, le capitaine
nous réunit tous dans le salon « pour prendre congé du
<< bateau » . Nous sommes très émus .
« Nous montons sur la glace , et regardons l'Antarctic . Il a
brisé ses cordages et s'est éloigné de cinquante mètres . A
midi quarante-cinq, il commence à sombrer.
<< Personne ne disait rien . Le temps était mauvais , et le
vent tout à fait froid. Le navire plongea par la poupe :
d'abord disparurent les couleurs suédoises * , puis le mât de
misaine * s'est brisé , puis le grand mât s'est brisé également
contre le bloc de glace, avec un bruit sinistre . Quelques
secondes encore nous avons pu lire le mot Antarctic, sur
l'avant, car le navire se dressa tout à coup le nez en l'air et
sombra. Le capitaine lui cria : « Adieu ! » , et nous sommes
restés muets et atterrés sur notre bloc de glace .
Traduction des notes de l'équipage. (Extrait du journal Le Matin .)
Les vaillants explorateurs durent subir les plus rudes privations pendant de
ongs mois, avant d'être recueillis par un autre navire qui faisait également
un voyage d'exploration.
Mots expliqués .
Quille Base de la construction d'un navire formée par une pièce
de bois ou de fer, où se joignent toutes les parties de la coque.
Iceberg Montagne de glace que l'on rencontre dans les mers polaires.
Couleurs suédoises Le drapeau suédois qui était le drapeau
national de l'équipage.
Mât de misaine : Mât situé à l'avant du bateau.
Questions et Analyse des idées .
1. Quelle fut la cause de la perte de l'Antarctic ? - 2. Racontez le
premier accident survenu au bateau. 3. Pourquoi et dans quelles
circonstances les marins décidèrent-ils de quitter le navire ? 4. Quels
dangers pouvaient-ils craindre une fois hors du bateau? - 5. Racontez
la scène où ils se séparent de leur navire et dites quels sentiments ils
éprouvaient.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la lecture en faisant vous-même le récit.
3? LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE FRANÇAIS
4e Semaine. L'école et la famille.
16. Restons près de notre foyer.
Aux paysans .
Beaucoup de jeunes gens quittent la campagne pour chercher fortune et
plaisir à la ville. Ils ont grand tort. On peut trouver à la campagne le vrai et
paisible bonheur.
Aux voix qui vous diront la ville et ses merveilles,
N'ouvrez pas votre cœur , paysans, mes amis !
A l'appel des cités n'ouvrez pas vos oreilles * ,
Elles donnent, hélas ! moins qu'elles n'ont promis ....
La cité pour son peuple en vain se dit féconde ,
Le pain de ses enfants est plus amer que doux .
Sous un luxe qui ment, tel rit aux yeux du monde ,
Qui tout bas porte envie au dernier d'entre vous .
Paisibles et contents , la tâche terminée ,
A votre cher foyer vous rentrez chaque soir .
Combien de citadins , au bout de leur journée ,
Ne rapportent chez eux qu'un morne désespoir * !
A vos champs, à vos bois, demeurez donc fidèles :
Aimez vos doux vallons, aimez votre métier .
Auguste est le travail de vos mains paternelles
C'est à votre sueur que vit le monde entier.
AUTRAN. (Poète contemporain , 1813-1877 . )
La vie rurale. [Calmann-Lévy, édit.]
Tous les poètes ont célébré à l'envi le charme du séjour à la campagne, et
ont proclamé l'action bienfaisante que la nature champêtre exerce sur l'homme.
Écoutez Victor Hugo :
Les pâles liserons , les pâquerettes blanches ,
Les cent fleurs du buisson , de l'arbre , du roseau
Qui rendent en parfums ses chansons à l'oiseau ,
Et le ciel scintillant * derrière les ramées *
Et les toits répandant de charmantes fumées * ,
RESTONS PRÈS DE NOTRE FOYER. AUX PAYSANS. 33
Et les bois, et les champs, du sage seul compris
Font l'éducation de tous les grands esprits .
Enfants, aimez les champs , les vallons , les fontaines ,
Les chemins que le soir emplit de voix lointaines ,
Les cent fleurs du buisson, de l'arbre, du roseau,
Qui rendent en parfums ses chansons à l'oiseau.
VICTOR HUGO. (Le plus célèbre poète du XIX siècle, 1802-1885).
Les Rayons et les Ombres.
Mots expliqués.
A l'appel des cités n'ouvrez pas vos oreilles : N'écoutez pas les
discours des personnes qui vous engageraient à aller habiter les
villes.
Morne Air morne, avec la tristesse et l'abattement peints sur le
visage ; se dit également des choses ; morne désespoir.
Auguste Se disait autrefois des choses saintes , sacrées ; un grand
empereur romain a porté le nom d'Auguste ; signifie grand, respec
able, vénérable.
Scintillant Brillant de l'éclat des étoiles .
Ramées : Les branches des arbres.
Charmantes fumées : Ces fumées sont charmantes parce qu'elles
rappellent le foyer aimé, celui de la famille.
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi le paysan ne doit-il pas quitter la campagne pour aller
habiter la ville? - 2. Quels biens le paysan trouve-t-il à la cam
pagne ? — 3. En quoi le travail des champs est-il utile au monde ? ---
4. Pourquoi la misère est-elle plus redoutable à la ville qu'à la cam
pagne ? -5. Quels avantages possèdent les enfants des campagnes sur
ceux des villes ? ― 6. Quels charmes de la campagne énumère Victor
Hugo ? - 7. Quelle vertu leur attribue-t-il? - 8. Répétez par cœur
ses quatre derniers vers , et expliquez-les.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Mettez en prose, en rétablissant l'ordre habituel des
mots et des propositions, le premier morceau que vous venez
de lire.
2. Décrivez les travaux et les agréments de la campagne
dans les quatre saisons de l'année. (Printemps les jours gran
dissent ; le soleil devient chaud, labours , semailles et plantations dans
les champs et dans les jardins ; bonnes promenades au milieu de la
nature renaissante ; etc., pour chaque saison).
LECT. PRIM. 3
34 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE MORALE
Le Semaine. La famille.
17. Respect à la vieillesse .
Une des leçons qu'on inculquait * le plus souvent et le plus fortement
aux jeunes Lacédémoniens était d'avoir un grand respect pour les
vieillards et de leur en donner des marques en toute occasion , en les
saluant, en leur cédant le pas dans les rues, en se levant devant eux
dans les compagnies et dans les assemblées publiques ; mais , surtout,
en recevant avec docilité et soumission leurs avis et même leurs répri
mandes. On reconnaissait à ce caractère un Lacédémonien. En user
autrement, c'eût été se dégrader soi-même et faire injure à sa patrie .
Un vieillard d'Athènes entra dans un théâtre pour assister au spec
tacle ; aucun de ses compatriotes ne lui offrit de place. Dès qu'il appro
cha de l'endroit où étaient assis les ambassadeurs de Lacédémone avec
leur suite, tous se levèrent devant le vieillard et le placèrent au milieu
d'eux .
ROLLIN. (Ecrivain et pédagogue français, 1661-1741 .)
Le Vieillard et les trois jeunes hommes.
Un octogénaire * plantait.
<< Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge ! >>
Disaient trois jouvenceaux , enfants du voisinage ;
Assurément il radotait.
« Car, au nom des dieux, je vous prie,
Quel truit de ce labeur pouvez-vous recueillir?
Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.
A quoi bon charger votre vie
Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous?
Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées ;
Quittez le long espoir et les vastes pensées
Tout cela ne convient qu'à nous .
-
Il ne convient pas à vous-mêmes,
Repartit le vieillard . Tout établissement
Vient tard et dure peu. La main des Parques * blêmes
De vos jours et des miens se joue également .
Nos termes sont pareils par leur courte durée .
Qui de nous des clartés de la voûte azurée
Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment
RESPECT A LA VIEILLESSE. 35
Qui vous puisse assurer d'un second seulement ?
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :
Eh bien Défendez-vous au sage
De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui :
J'en puis jouir demain , et quelques jours encore ;
Je puis enfin compter l'aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux . >>
Le vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux
Se noya dès le port, allant à l'Amérique ;
L'autre, afin de monter aux grandes dignités ,
Dans les emplois de Mars * servant la République,
• Par un coup imprévu vit ses jours emportés ;
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter *,
Et, pleurés du vieillard , il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter . LA FONTAINE.
Mots expliqués .
Inculquer : Faire entrer une idée dans l'esprit de quelqu'un.
Octogénaire Vieillard de quatre-vingts ans.
Parques Divinités de la mort chez les Anciens .
Termes Terme de la vie. Nos existencés, à vous et à moi , sont
courtes.
Emplois de Mars : Mars était chez les Anciens, le dieu de la guerre :
les emplois de Mars les emplois militaires.
Enter Greffer.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'apprenait-on surtout aux jeunes Spartiates ? - 2. Comment
peut-on montrer le respect dû aux vieillards ? - 3. Comment était
considéré en Grèce celui qui oubliait de le faire ? - 4. Que firent un
jour les ambassadeurs de Lacédémone ? - 5. Que disait Lysandre ?
- 6. Pourquoi faut-il ainsi montrer du respect aux vieillards ?
7. Résumez la fable du vieillard et des trois jeunes hommes ? - 8. De
quelle façon périrent les trois jeunes hommes ? 9. Quel était leur
défaut? -- 10. En quoi consistait la sagesse du vieillard ? - 11. Indi
quez des occasions où les enfants peuvent montrer de la déférence aux
vieillards.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Quelles réflexions vous inspire la première lecture, et quelles
résolutions vous fait-elle prendre?
36 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE HISTOIRE
Semaine. Nos ancêtres .
18. - Notre premier héros national :
Vercingétorix .
Devant le camp , à l'intérieur des lignes de défense, avait
été dressée l'estrade du proconsul *, isolée et précédée de
marches. Sur le siège impérial , César se tenait assis , revêtu
du manteau de
pourpre . Autour de
lui , les aigles des
légions et les en
seignes des CO
hortes *. En face, la
montagne , que cou
ronnaient les rem
parts d'Alésia , avec
ses flancs cou
verts de cadavres .
Comme spectateurs,
quarante mille lé
gionnaires debout
sur les terrasses et
les tours .
Vercingétorix
sortit le premier
Vercingétorix se livre à César. des portes de la
ville, seul et à che
val . Aucun héraut * ne précéda et n'annonça sa venue . Il
descendit les sentiers de la montagne et il apparut à l'impro
viste devant César .
Il montait un cheval de bataille harnaché comme pour une
fête . Il portait ses plus belles armes . Il redressait sa haute
taille et il s'approchait avec la fière attitude d'un vainqueur
qui va vers le triomphe.
NOTRE PREMIER HÉROS NATIONAL : VERCINGÉTORIX . 37
Les Romains qui entouraient César eurent un moment de
stupeur et presque de crainte , quand ils virent chevaucher
vers eux l'homme qui les avait si souvent forcés à trembler
pour leur vie. L'air farouche, la stature superbe , le corps
étincelant d'or, d'argent et d'émail , il dut paraître plus grand
qu'un être humain , auguste comme un héros .
Il fit , à cheval, le tour du tribunal, traçant rapidement
autour de César un cercle continu , ainsi qu'une victime
qu'on promène et présente le long d'une enceinte sacrée .
Puis il s'arrêta devant le proconsul, sauta à bas de son che
val, arracha ses armes , les jeta aux pieds du vainqueur :
venu dans l'appareil du soldat, il se dépouillait pour se
transformer en vaincu et se montrer en captif. Enfin , il
s'avança, s'agenouilla, et, sans prononcer une parole, tendit
les deux mains en avant vers César dans le mouvement de
l'homme qui supplie une divinitė .
Les spectateurs de cette étrange scène demeuraient silen
cieux . L'étonnement faisait place à la pitié. Les Romains
se sentirent émus et le dernier instant que Vercingétorix
demeura libre sous le ciel de son pays lui valut une victoire
morale d'une rare grandeur.
C. JULLIAN. (Historien contemporain.)Vercingétorix. [Hachette et Cie, édit.
Mots expliqués.
Le proconsul : Jules César.
Cohorte Régiment romain d'infanterie.
Légionnaire : Soldat romain.
Héraut : Officier chargé de porter les messages.
Questions et Analyse des idées .
1. Où était placé Jules César ? -- 2. Quel aspect avait Vercingétorix
quand il parut devant Jules César ? - 3. Quel effet produisit-il sur les
Romains ? - 4. Racontez la scène de Vercingétorix se rendant à César.
- 5. Quels étaient les sentiments des spectateurs ? - 6. Comment
appelez-vous la noble action que Vercingétorix a accomplie?
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Vercingétorix nous a donné un grand exemple de dévoue
ment. Montrez la beauté de son action et donnez quelques
autres exemples de dévouement à la patrie.
38 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
4e Semaine. Grands spectacles de la nature.
19.- Nansen et le « Fram » dans la banquise.
Voici le récit d'une des dernières et des plus remarquables expéditions au
pôle Nord, celle du Norvégien Nansen ; il avait conçu l'audacieux projet de faire
prendre son bateau dans les glaces et de se laisser aller à la dérive, pensant
que les glaces l'entraîneraient au pôle même. Son espoir fut trompé ; néan
moins il s'approcha du pôle plus qu'aucun autre navigateur avant lui.
La vie à bord fut organisée par Nansen d'une façon pratique,
agréable, saine , utile. Le navire fut mis en état de résistance
contre les glaces .
Le 9 octobre 1896 , les premières convulsions de la ban
quise se firent sentir : le Fram (vaisseau de Nansen ) trembla,
tressauta et se souleva ; les glaçons s'écrasèrent d'abord un
peu sur les parois, puis ils glissèrent et vinrent s'entasser
sous la quille ; le 13 octobre , une pression effroyable souleva
des collines de glaces à l'arrière du navire et projeta en l'air
des blocs de 4 à 5 mètres de côté.
Le Fram dériva dans son lit de glace vers le nord-ouest .
Les ours, très nombreux, dévorèrent quelques chiens malgré
la surveillance active des chasseurs, qui en tuèrent un très
grand nombre. Au mois de janvier, la température atteignit
-40° ; en février , -48° ; néanmoins, tous les membres de
la colonie gardèrent une excellente santé, grâce aux exercices
et à la nourriture variée . Le 16 février , le soleil réapparut
après une absence de cent douze jours et la température des
cendit à -50°.
Le deuxième hivernage ressembla singulièrement au premier.
Voyant que le Fram n'était pas entraîné assez au nord, Nansen
conçut le projet téméraire d'atteindre le pôle sur la banquise
avec un camarade de route , trois traîneaux et deux kayaks *
tirés par des chiens ; ce projet l'obligeait à rentrer par ses pro
pres moyens , d'abord à la terre de François-Joseph, puis en
Europe. Jamais exploration plus périlleuse ne fut conçue avec
plus de sang-froid, ne fut préparée avec plus de méthode , ne
fut exécutée avec plus de courage , d'endurance et de ténacité.
NANSEN ET LE « FRAM » DANS LA BANQUISE. 39
Un premier départ eut lieu le 26 février par 83° 47' de lati
tude nord, mais il fallut revenir à bord renforcer les traî
neaux. Le départ définitif n'eut lieu que le 14 mars . Nansen
et Johannsen emportèrent chacun deux chemises de laine ,
un jersey de laine, un veston en poil de chameau , des guêtres
en drap norvégien tissé, un pardessus en grosse toile imper
méable et un chapeau de feutre doublé . Les vivres compri
rent de la pou
dre de viande,
du poisson sé
ché, des pom
mes de terre,
des pois, des
fèves , du bis
cuit et du pain
de gluten , de
la poudre lac Expédition de Nansen sur la banquise.
tée, du choco
lat et 40 kilos de beurre. Le campement comprit deux sacs
de couchage, une tente de soie pesant un kilogramme et seize
litres de pétrole pour le fourneau . Deux fusils à deux coups,
l'un rayé et l'autre lisse, 180 cartouches à balle et 150 à
plomb, des instruments d'astronomie, des baromètres et des
thermomètres , une lunette et un appareil photographique
complétèrent l'armement . Le poids total des trois traîneaux ,
des deux kayaks et des bagages atteignit 700 kilogrammes .
Ch. BENARD. (Écrivain contemporain . ).
La conquête du Pôle. [ Hachette et Cie, édit.]
Mot expliqué
Kayak Sorte de petit bateau en peaux dont on se sert dans les
mers polaires.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment Nansen passa-t-il le premier hiver au pôle Nord? -
2. Quel projet conçut-il le second hiver? — 3. Comment organisa-t-il
son expédition?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la lecture .
40 LECTURES PRIMAIRES.
OCTOBRE CONNAISSANCES USUELLES
4e Semaine. Grands spectacles de la nature.
20. ―――― Nansen vers le pôle Nord en traîneau.
Les premiers jours du voyage , la glace fut solide et peu
accidentée ; la température ne remonta guère au-dessus de
-40 degrés ; mais, à partir du 25 mars, la marche devint
extrêmement pénible . Bientôt il fallut sacrifier quelques
chiens pour nourrir les autres, Le 7 avril 1895 , par 86º 13 ,
de latitude nord , Nansen et Johannsen durent battre en re
traite et faire route vers la terre de François-Joseph .
Les vivres diminuaient et la terre n'apparaissait pas ; aussi
les deux voyageurs furent-ils obligés de chasser l'ours et le
phoque pour ne pas épuiser leurs provisions.
Le mois de juin et le mois de juillet se passèrent sans que
rien indiquât que la terre fût proche . L'angoisse étreignit
Nansen et Johannsen se seraient-ils par hasard trompés
de route ? Heureusement non, car le 24 juillet apparaissaient
à l'horizon plusieurs îles ; dès lors , ils se considérèrent
comme sauvés .
Treize jours leur furent nécessaires pour atteindre le rivage
tant désiré . Le 4 août ils tuèrent un ours ; le 6 , ils se débar
rassèrent de leurs deux derniers chiens et ils accostèrent
deux îles , couvertes de glaciers . Le 25 , ils doublèrent la
pointe nord-ouest de l'île Frédéric-Jackson , et débarquèrent
sur la plage de cette terre , n'ayant plus aucun espoir de voir
la banquise se dégager pendant l'été . Dès lors, ils se mirent
à tuer des ours , des renards et des morses, et accumulèrent
ainsi des provisions pour l'hiver.
Puis , ils construisirent une hutte longue de 3 mètres,
large de 2 , avec des pierres et de la neige, et ils la recouvri
rent de peaux de morses ; sur le sol, ils étendirent des
peaux d'ours préalablement nettoyées ; une cheminée en
glace fut construite au-dessus du fourneau.
Nansen et Johannsen vécurent tout l'hiver à peu près uni
NANSEN VERS LE POLE NORD EN TRAINEAU. 41
quement de bouillie et de friture d'ours , gardant, pour le
voyage de retour de l'été suivant , les provisions du Fram qui
leur restaient ; ils se chauffèrent et s'éclairèrent avec de la
graisse de morse.
Le soleil , disparu le 15 octobre, se remontra le 29 février.
Avec lui revinrent les ours , qui firent les frais de la table
des deux reclus ; Nansen et Johannsen passèrent une partie
du printemps à réparer leurs vêtements , leurs souliers ,
leurs gants , leurs sacs de couchage.
Le 19 mai , ils appareillèrent * et firent tout d'abord de
courtes étapes pour se réentraîner *. Le 15 juin les deux kayaks
étant partis en dérive pendant que Johannsen examinait la
côte du haut d'un glaçon , Nansen les rattrapa à la nage et
les ramena sur la berge dans un effort surhumain duquel
dépendit un instant le salut de la mission .
Le 17 juin , Nansen tressaillit en entendant des aboie
ments . Tout d'abord , il pensa être victime d'une illusion ,
mais les aboiements recommencèrent et furent suivis de
deux coups de feu ; il n'y avait plus de doute. Nansen réveilla
son camarade Johannsen qui ne voulait pas le croire, puis ,
il partit en reconnaissance et découvrit les pistes des chiens .
Il aborda la côte et entendit bientôt une voix d'homme ;
quelques instants après , Nansen et Jakson se serraient la
main au pied du cap Flora, par près de 80 degrés de lati
tude nord. Ch. BENARD. [Hachette et Cie, édit.]
Mots expliqués .
Appareiller Se dit d'un bateau qui se prépare au départ.
Se réentraîner : La marche a besoin d'entraînement. On s'entraîne
en faisant des étapes qui deviennent de jour en jour plus longues.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles furent les difficultés rencontrées par Nansen dans la pre
mière partie de son expédition ? -2 . Faites un récit de sa marche vers
le pôle . --3. Comment vécut Nansen pendant son troisième hivernage ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Que pensez-vous de Nansen? Parlez surtout de son carac
tère et de ses travaux.
42
MOIS DE NOVEMBRE
PROGRAMME. ――― Français : Étude de la phrase. Composition des
mots : le nom, l'article, l'adjectif. Morale : La famille. His
toire Civilisation ancienne ; découvertes du moyen âge. - Géogra
phie et connaissances usuelles : Grands spectacles de la nature.
NOVEMBRE FRANÇAIS
5¢ Semaine. L'école et la famille.
21. - Nos auxiliaires : Les animaux
domestiques .
A l'extrémité de la plaine labourable, un jeune homme
de bonne mine conduisait un attelage magnifique quatre
paires de jeunes animaux à robe sombre mêlée de noir
fauve à reflets de feu, avec ces têtes courtes et frisées
qui sentent encore le , taureau sauvage, ces gros yeux
farouches, ces mouvements brusques, ce travail nerveux
et saccadé qui s'irrite encore du joug et de l'aiguillon , et
n'obéit qu'en frémissant de colère à la domination nouvelle
ment imposée .
C'est ce qu'on appelle des bœufs « fraîchement liés » .
L'homme qui les gouvernait avait à défricher un coin
naguère abandonné au pâturage et rempli de souches sécu
laires * , travail d'athlète * auquel suffisaient à peine son éner
gie, sa jeunesse et ses huit animaux quasi indomptés .
Un enfant de six à sept ans , les épaules couvertes , sur
sa blouse , d'une peau d'agneau qui le faisait ressembler au
petit saint Jean-Baptiste des peintres de la Renaissance ,
marchait dans le sillon parallèle à la charrue et piquait le
flanc des bœufs avec une gaule longue et légère, armée d'un
aiguillon peu acéré *. Les fiers animaux frémissaient sous la
petite main de l'enfant en faisant grincer les jougs et les
courroies liés à leur front et en imprimant au timon * de vio
lentes secousses .
NOS AUXILIAIRES LES ANIMAUX DOMESTIQUES . 43
Lorsqu'une racine arrêtait le soc * , le laboureur criait
d'une voix puissante, appelait chaque bête par son nom,
mais plutôt pour calmer que pour exciter, car les bœufs ,
irrités par cette brusque résistance, bondissaient, creusaient
la terre de leurs larges pieds fourchus, et se seraient jetés
de côté emportant l'areau * à travers champs si, de la voix et
de l'aiguillon, le jeune homme n'eût maintenu les quatre
premiers, tandis que l'enfant gouvernait les quatre autres .
Il criait aussi , le pauvret , d'une voix qu'il voulait rendre
terrible et qui restait douce comme sa figure angélique . Tout
cela était beau de force ou de grâce : le paysage , l'homme ,
l'enfant , les taureaux sous le joug ; et malgré cette lutte
puissante où la terre était vaincue , il y avait un sentiment
de douceur et de calme profond qui planait sur toutes choses .
G. SAND. (Femme de lettres, auteur de romans champêtres, 1804-1876. )
La mare au diable. [Calmann-Lévy, édit. ]
Mots expliqués .
Robe sombre Peau, pelage sombre ou noirâtre ; par analogie avec
robe, vêtement qui couvre tout le corps.
Souche séculaire : Tronc et racine très ancienne, ayant cent ans
d'existence.
Travail d'athlète Travail considérable, comme pour un athlète,
c'est-à-dire un homme très fort.
Aiguillon acéré : Aiguillon rendu pointu , tranchant, par un instru
ment d'acier.
Timon : Pièce de bois après laquelle les animaux sont attachés
pour tirer la charrue, la voiture, etc.
Soc Partie de la charrue qui ouvre le sillon.
Areau Sorte de charrue
Questions et Analyse des idées.
1. Décrivez les animaux qui tiraient la charrue. -— 2. Comment était
le champ à défricher ? -3 . Comment était l'enfant et que faisait-il ? —
4. Qu'arrivait-il lorsqu'une racine arrêtait le soc ? - 5. Quels senti
ments éprouvait l'auteur devant ce tableau ? —6 . Résumez le morceau.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Le labourage à l'Automne. — A quel moment laboure-t-on la
terre? - Dans quel but? - Comment s'y prend-on? - Décrivez la
- Qie
charrue, les animaux qui la tirent, le travail obtenu, etc.
fait-on lorsque la terre est labourée ? etc. , etc.
44 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE MORALE
5e Semaine. La famille
22. — La famille. Le père.
Lorsqu'il avait sa veste et son carnier, moi ma blouse
grise et mes guêtres, et qu'un heureux destin nous donnait
à tous deux la clef des champs, je lui disais , avec un
accent de joie et de tendresse inexprimable : « Papa,
nous sommes nous >> .
Alors il haussait les
épaules , m'embrassait
sur le front, et, partant
du pied gauche , il
m'enseignait le pas des
compagnons du tour
de France * : « Une
deux ! une, deux ! La
pointe en bas, le jarret
tendu ! Voilà comme
on arpente un kilo
mètre en dix minutes . >>
Je m'essoufflais bien
tôt; il enrayait sa mar
che, et nous causions.
Il ne savait pas tout,
En route! la chose est sûre , mais
il savait un peu de
tout, et ce peu , il le savait bien , l'ayant appris et presque
deviné par lui-même . Son tour de France avait duré trois
ans , et il avait mis le temps à profit . Il s'était promené du
nord au sud et de l'est à l'ouest, et , tout en travaillant de
ses bras pour gagner le pain quotidien, il s'était servi de
ses yeux et de ses oreilles.
- « Mon secret est bien simple, disait-il : je n'ai jamais tra
versé un champ sans regarder les plantes qui y poussaient, les
LA FAMILLE. LE PÈRE. 45
bêtes qui s'y nourrissaient, et sans échanger quelques mots de
bonne amitié avec l'homme qui y travaillait . Jamais non plus
je ne suis sorti d'une ville , petite ou grande, sans avoir observé
de mon mieux ce qu'on y fabriquait. Ouvrier, j'ai trouvé par
tout des ouvriers qui savaient peu ou prou * leur affaire, et
leurs leçons ne m'ont jamais coûté qu'une poignée de mains . >>
D'ailleurs, n'avait-il pas lui-même touché à tout , mis son
petit talent au service de • cent industries, construit des
fermes , des filatures, des abattoirs, des moulins, des pres
soirs, des brasseries, des distilleries, des bateaux pour la
mer? Avant d'amorcer les goujons , au bord de notre petite
rivière, il avait vu pêcher le hareng sur la côte normande,
la sardine en Bretagne et le thon dans la Méditerranée . Ah !
que le tour de France est une bonne chose, et qu'on ferait
bien d'y pousser les jeunes gens de toute condition !
Il s'était procuré , petit à petit, 5 à 600 volumes bien
choisis ; il était abonné, avec trois ou quatre voisins , à une
feuille libérale de Paris ; mais il prisait par-dessus tout les
connaissances qu'il avait acquises tout seul . Moi aussi , il
m'accoutumait doucement, patiemment, à voir et à penser
par moi-même . Jamais je n'ai vu professeur plus modeste .
Il n'affirmait pour ainsi dire rien et se contentait d'attirer
mon attention sur les choses, sans dire ce qu'il en savait .
ED. ABOUT. Roman d'un brave homme. [Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués .
Compagnon du tour de France : Il avait fait son tour de France
comme ouvrier charpentier.
Peu ou prou : Un peu, ou beaucoup.
Questions et Analyse des idées.
1. Racontez le départ du père et du fils pour la promenade.
2. Que disait le père quand on lui demandait pourquoi il était si
savant? - 3. Quels conseils donnait-il à son enfant, et comment ces
conseils étaient-ils écoutés ? 4. Quels sont les avantages des
voyages? - 5. Complétez la phrase : « Quiconque a beaucoup vu... »
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Comment le père de l'auteur avait-il appris beaucoup de
choses par l'observation?
46 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE HISTOIRE
5e Semaine. Origines de notre civilisation.
23. - Industrie de la Gaule ancienne .
Notre pays, glorieux dans l'histoire militaire, est également un des plus glo
rieux dans l'histoire de la civilisation . Aux temps les plus anciens, les Gaulois
avaient déjà fait de remarquables progrès dans l'industrie et les arts.
La quantité de grands édifices construits en Gaule pendant
les premiers siècles de l'ère * chrétienne est incroyable : tous
furent bâtis avec les maté
riaux que fournissait le pays .
A peu près toutes les carrières
de pierres , de moellons et de
sable connues aujourd'hui
furent utilisées par nos an
cêtres , et l'on peut voir en
core, dans certaines roches
du midi , les brèches gigan
tesques qu'y ont faites les
entrepreneurs gallo-romains .
La Gaule était autrefois
bien plus riche en métaux
产品 que de nos jours . On trouvait
de l'argent dans les Cévennes
et de l'or dans les Pyrénées
de l'Ouest. Il y avait d'im
portantes mines de fer chez
Un Gaulois vêtu du sayon.
les Bituriges (Bourges) .
Les deux principales industries de la Gaule romaine sem
blent avoir été l'industrie textile et la métallurgie . La Gaule
était renommée pour ses étoffes de toutes sortes.
Pline * nous donne à ce propos un détail curieux : « Le lin
des Cadurques (Cahors) est le plus réputé pour les matelas ;
aussi dit-on que les Gaulois ont fait connaître les matelas et
les lits bourrés aux Italiens qui jusque-là couchaient sur la
paille ». — On fabriquait également à Cahors des toiles à
INDUSTRIE DE LA GAULE CIENNE. 47
voiles ; on en fabriquait aussi dans les pays du Nord . A
'Tournay, à Arras, à Langres , à Saintes, il y avait d'impor
tantes manufactures de draps de laine, et notamment de ces
chauds vêtements qu'on appelait des sayons * , et qui étaient
demandés par le monde entier . Enfin , Lyon était déjà le
centre de fabrication en Gaule des étoffes de luxe : on y filai
l'or comme aujourd'hui on y tisse la soie .
La métallurgie était très perfectionnée dans notre pays .
O
Les Bituriges avaient, croyait-on , inventé
l'étamage et les Éduens (Saône) le placage.
Les Bituriges , rapporte Pline, appliquaient
à chaud l'étain sur le cuivre avec une
telle habileté qu'on avait peine à distinguer
de l'argent les objets ainsi préparés .
C'est une question de savoir si les Gau
lois n'étaient pas déjà passés maîtres dans Bracelet gaulois.
la fabrication de ces jolis bibelots qu'on
appelle maintenant les «< articles de Paris » : les Romains
les regardaient , au même titre que les Grecs , comme « les
plus industrieux des hommes » .
C. JULLIAN. Gallia. [Hachette et Cie, édit.]
Mots expliqués .
Ère chrétienne : Époque fixe (année de la naissance de J.-C. ) d'où
on commence à compter les années .
Pline Historien latin de l'antiquité.
Sayon : Espèce de casaque ouverte portée autrefois par les guer
riers gaulois.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles carrières trouvait-on en Gaule? - 2. Quelles mines ? ----
3. Quelles étaient les deux principales industries de la Gaule ?
4. Citez d'autres industries des Gaulois. 5. Quels progrès les Gau
lois avaient-ils déjà faits dans la civilisation ? - 6. Comment avaient-ils
mérité l'estime d'autres peuples célèbres ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Quelles sont les industries de l'ancienne Gaule qui se sont
conservées dans la France actuelle? Indiquez les régions.
48 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
5 Semaine. Grands spectacles de la nature.
LES PAYS SEPTENTRIONAUX ; LE CHEMIN DE FER TRANSSIBÉRIEN ;
L'ARRIVÉE DEVANT LE LAC BAÏKAL .
Le Transsibérien (qui va au delà de la Sibérie) est la ligne de chemin de fer
la plus longue du globe ; de Paris à l'extrémité de la Chine, elle mesure environ
14000 kilomètres. Pendant les premières années le chemin de fer était arrêté,
au milieu de la Sibérie, par le lac Baïkal que l'on traversait en bateau l'été et
en traîneau l'hiver. On a même osé construire, au cours de l'hiver 1904, un
chemin de fer passant sur la glace en attendant la ligne qui devait contourner
le lac. Il est vrai que la nécessité était grande : il s'agissait de transporter des
troupes et du matériel de guerre à l'autre extrémité de l'empire russe, alors
en guerre avec le Japon.
L'arrivée des voyageurs devant le lac Baïkal en hiver produisait à tous une
vive impression. Dans le Transsibérien, ils avaient des wagons très confor
tables, de magnifiques salons roulants, et tout à coup il fallait les quitter pour
se confier à un plancher de glace de 23 lieues de largeur entre les deux rives.
24 . Le chemin de fer transsibérien .
Nous savons que depuis six jours il est pris par les glaces ,
que les bateaux n'y circulent plus , et qu'on est obligé de le
franchir , vers son extrémité sud , en des troïkas préhisto
riques * . Cette perspective a bien son charme pour les ama
teurs de pittoresque, mais elle ne va pas sans faire palpiter
quelques cœurs .
On ne manque pas de rappeler que le Baïkal est une véri
table mer d'eau douce, longue de six cent cinquante kilo
mètres, large de plus de quatre-vingt-dix, où les profon
deurs atteignent jusqu'à deux mille mètres.
Le train nous arrête au bord d'un quai .
Nuée de porteurs, mais pas de cris . Dans ce pays , tout se
fait en silence . Chacun s'occupe de suivre ses bagages . Il y
a cent mètres à faire pour arriver à l'endroit où cent cinquante
conducteurs de traîneaux sont massés , attendant la clientèle
qui va les employer .
L'impression qu'on éprouve pendant les heures qui com
mencent à ce moment est inoubliable . Tous ces « bateliers
de la glace » ont des bottes de feutre , roses ou noires , sans
lesquelles personne ne sort en ce pays, et des souquenilles *
LE CHEMIN DE FER TRANSSIBÉRIEN. 49
en peau de chèvre, de chien ou d'âne . Les bonnets de four
rure et les « mains d'ours » à l'avenant .
La troika est en bois brut, à peine varlopé . Pas un ressort,
bien entendu. La caisse, en osier grossier, est doublée inté
rieurement avec de la peau de vache . Les sièges y sont in
connus on s'asseoit sur des bottes de foin , sous lesquelles
on cale une partie des valises.
Il est bien recommandé à chacun de se protéger les
oreilles et le nez , qui pourraient geler tout net....
Ces recommandations sont sages , mais , heureusement pour
la caravane dont je fais partie, elles sont aujourd'hui super
flues , car il fait sur le lac Baïkal un temps comme jamais on
n'y en a vu . A peine dix degrés au-dessous de zéro , au lieu
de trente qui constituent la moyenne à cette époque de
l'année.
Et nous voilà lancés dans la steppe lacustre * . Notre troika
part la seizième. Toutes celles qui sont devant nous se suivent
en ligne droite à perte de vue . En très peu de temps, ce
sont des points noirs sur une colossale tartine blanche . Et
nous pouvons nous comparer à un tas de petits Nansen cher
chant le passage du Pôle Nord . (Extrait du Journal Le Matin.)
Mots expliqués.
Troika Voiture légère pour transporter les voyageurs en Russie.
Préhistorique Antérieur à l'histoire ; troïka préhistorique ; plai
santerie ; voiture telle que devaient en avoir les peuples très anciens.
Souquenille : Habit qui recouvre tout le corps.
Steppe lacustre : Mot qui vient de lac ; vaste surface plane du lac.
Questions et Analyse des idées .
1. Qu'est-ce que le Transsibérien ? — 2. Où est le lac Baïkal ? Quelles
en sont les dimensions ? - 3. Racontez l'arrivée des voyageurs devant
le lac. - 4. Quelle impression éprouvent-ils, et pourquoi ? wananc 5. Dé
crivez la troika. ―– 6. Décrivez le départ du convoi.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites ce que vous savez sur le chemin de fer transsibérien,
le lac Baïkal et le climat de ces régions
LECT. PRIM.
50 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
Se Semaine. Grands spectacles de la nature.
25. - La traversée du lac Baïkal
en traîneau .
Nous voilà sur les glaces de l'énorme lac , suivant un
⭑
balisage fait de branches de sapin fichées dans la glace , et
aussi une audacieuse ligne téléphonique , construite en quatre
jours , dès le lendemain de la congélation totale du Baïkal .
Ces engins primitifs de locomotion , ces accoutrements
sauvages , ces petits chevaux tout velus et barbus nous ramè
nent par la pensée aux premiers âges du monde . Et il est
drôle de songer que sans ces hommes frustes qui , avec un
knout à deux lanières, chassent devant eux leurs bêtes et
nous véhiculent ainsi , non sans secousses , le progrès impuis
sant serait arrêté au bord du lac .
Mais ceci n'est rien .
Aux verstes * succèdent les verstes . Le balisage en branches
de sapin a cessé . Il ne nous reste plus comme fil d'Ariane *
que celui du téléphone , tout luisant neuf, entre ses cinq ou
six cents poteaux , alignés dans l'immensité blanche.
Bientôt les rives du lac ont disparu dans la brume. Comme
le seul point de la côte qui reste visible est dans notre dos ,
nous avons la parfaite illusion de la mer de glace étendant
sa croûte blanche à perte de vue . Silence lugubre , coupé
seulement par la musiquette des sonnailles, que les chevaux
font tinter à chaque coup de leur sabot ferré à glace , ou par
le cri de quelques corbeaux , gros comme des poules .
Sans fin, devant nous , le désert de glace s'allonge , s'al
longe. Phénomène curieux : on perd à tout instant , sur cette
nappe gigantesque d'eau gelée, la notion même de l'eau . Ce
chemin tracé dans la neige , nivelé par des équipes de can
tonniers , pai couru dans chaque sens par des traîneaux à la
douzaine , planté de poteaux téléphoniques , paraît si solide ,
LA TRAVERSÉE DU LAC BAÏKAL EN TRAINEAU. 51
si dur, qu'on croit être sur la terre , et que la confiance y
règne, aussi ferme que la glace .
L'isba * du restaurateur est la chose la plus fantastique
qu'on rencontre sur cette route polaire , entre le petit village de
Baïkal et celui de Tankoï, où se fait maintenant l'atterrissage.
C'est une maison , ou plutôt un groupe de maisons en bois ,
qu'un audacieux gargotier a fait ajuster il y a déjà deux
hivers. Dès que le lac est gelé , il arrive avec son outillage et
ses baraques démontées . Une équipe d'ouvriers lui installe en
quarante-huit heures ses planches numérotées , ses toits , ses
poêles , ses portes doublées de feutre . Et le troisième jour,
les provisions de bouche étant arrivées, quiconque passe le
lac en traîneau entre dans l'isba pour y déjeuner, manger
un bout de saucisson , un poisson mariné , boire une tasse de
thé brûlant, tiré du samovar * devant la clientèle dépouillée
de ses fourrures , et loin de songer, bien sûr , aux deux mille
mètres d'eau qui sont, à cet endroit sous les fondations de
l'auberge, dont l'enseigne pourrait être : A la glace ! A la
glace ! (Extrait du Journal Le Matin. )
Aujourd'hui, le chemin de fer transsibérien est achevé et la ligne contourne
le lac que l'on n'a plus besoin de traverser en bateau l'été, en traineau l'hiver
Mots expliqués.
Balisage Ligne de poteaux, de perches, d'objets quelconques qu
indiquent la route.
Knout Sorte de fouet, en Russie.
Verste Mesure de longueur valant à peu près un kilomètre .
Fil d'Ariane Fil qui va d'un point à un autre et qui sert à re
trouver son chemin dans l'obscurité .
Isba : Mot russe qui signifie maison , cabane , ordinairement en bois.
Samovar Appareil pour faire le thé.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment les voyageurs ont-ils traversé le lac Baïkal ? 2. Par
lez de l'isba située au milieu du lac. 3. Quelles qualités a ce récit ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Décrivez le lac Baikal en hiver.
2. Dites ce que vous savez sur la Sibérie et la Chine.
52 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE FRANÇAIS
6e Semaine. L'École et la Famille.
26. - Le laboureur et ses enfants .
Nos parents nous répètent souvent qu'il faut travailler ; mais nous ne les
écoutons pas toujours, et même nous ne comprenons pas très bien l'importance
de leurs paroles. Dans la belle fable que voici, La Fontaine raconte comment un
père enseigna à ses enfants que le travail est la plus sûre des richesses.
Le laboureur et ses enfants.
Travaillez , prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins .
Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine ,
Fit venir ses Enfants , leur parla sans témoins :
-Gardez-vous, leur dit-il , de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans .
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août * :
Creusez , fouillez , bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse . »
Le père mort , les fils vous retournent le champ ,
6
Deçà , delà , partout : si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage .
LE LABOUREUR ET SES ENFANTS. 53
D'argent, point de caché * . Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor.
LA FONTAINE.
Bienfaits du travail.
J'ai foi dans le travail . Ce n'est pas seulement le grand
instrument qui couvre la terre de fertilité et de beauté , qui
soumet l'Océan , et plie la matière en mille formes agréables
et utiles . Il a une mission bien plus élevée , c'est de donner
de la volonté , de l'énergie , du courage , de la patience et de
la persévérance . Malheur à qui n'a pas appris à travailler !
C'est une pauvre créature . Il dépend d'autrui , sans pouvoir
lui rendre l'appui qu'il en reçoit. CHANNING, Œuvres sociales.
Mots expliqués .
Fonds Fonds de terre, propriété d'une certaine étendue, lot de
terre cultivable ; un établissement, une propriété, une somme quel
conque susceptible de s'augmenter par le travail ; ici, par extension ,
c'est le travail lui-même, la peine que l'on prend qui est une richesse,
un bien, un fonds , parce que le travail crée la richesse.
Dès qu'on aura fait l'août : La moisson, qui se fait au mois
d'août.
D'argent, point de caché : Il n'y avait point d'argent caché, locution
courte, vive et forte.
Questions et Analyse des idées.
1. Montrez que les premiers et les derniers vers de la fable expri
ment la même idée. - 2. Racontez cette fable en prose . - 3. Pour
quoi les enfants ne devaient-ils laisser aucune place du champ non
remuée ? -- 4. Pourquoi le champ rapporta-t-il davantage à la fin de
l'année? - 5. Séparez et caractérisez les différentes parties de ce récit.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Mettez cette fable en prose.
2. Montrez comment le travail peut devenir un trésor pour
le bon écolier. - Il a besoin de savoir lire et écrire pour son usage
personnel plus tard, de compter pour ses affaires, etc. ― Un jeune
homme instruit trouve à se placer mieux qu'un ignorant. --· Enfin
l'habitude de travailler que l'on prend à l'école, on la conserve et l'on
devient plus tard bon ouvrier, bon commerçant, etc.
54 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE MORALE
6e Semaine. Famille.
27 . - Un trait d'amour filial.
Une noble nature éprouve le besoin de se dévouer. Pour qui un enfant se
dévouerait-il, sinon pour ses parents ?
C'était un gracieux Florentin de douze ans, aux cheveux
noirs, au teint blanc , fils aîné d'un employé du chemin de
fer, chargé d'une nombreuse famille . Le père était âgé ;
un travail excessif * le faisait encore paraître plus vieux qu'il
ne l'était en réalité . Néanmoins, pour pourvoir aux besoins
de sa famille, outre le labeur que lui imposait son emploi ,
il prenait çà et là des copies à faire, et passait une bonne
partie de la nuit à l'ouvrage .
En dernier lieu , il avait accepté d'un éditeur , qui publiait
des journaux, la tâche d'écrire sur des bandes le nom et
l'adresse des abonnés . Il gagnait trois francs pour cinq
cents adresses . Mais ce travail le fatiguait, et il se plaignait
souvent le soir à dîner. « Mes yeux s'en vont , disait-il , ce
travail nocturne m'achève . »
L'enfant lui dit un jour : « Papa , laisse-moi te remplacer,
tu sais que j'écris tout à fait comme toi....
-Non , mon enfant, tu dois étudier, lui répondit le père ,
Je me reprocherais de te faire perdre une heure . Je te
remercie, mais je ne veux point .... »
1 L'enfant, sachant que son père serait inflexible , n'insista
pas . Mais voici ce qu'il fit : il savait qu'à minuit son père
finissait d'écrire et sortait de son cabinet pour aller dans la
chambre à coucher .
Bien souvent il avait entendu , après les douze coups
sonnés à la pendule , son père remettre sa chaise en place ,
et à pas lents se diriger vers la chambre.
Une nuit, il attendit qu'il fût couché ; puis il se leva ,
s'habilla en silence , alla à tâtons dans le cabinet, ralluma la
lampe , s'assit devant le bureau où se trouvait un monceau
UN TRAIT D'AMOUR FILIAL. 55
de bandes et la liste des adresses ; et il se mit à écrire,
imitant exactement l'écriture de son père . Il écrivait avec
entrain, content, mais non sans une certaine inquiétude....
Et les bandes s'amoncelaient .... De temps en temps il
abandonnait la plume pour se frotter les mains, puis
recommençait avec plus d'entrain , tendant l'oreille et sou
riant. Il écrivit cent soixante adresses .
Un franc de gagné ! alors, il s'arrêta, remit la plume où il
l'avait prise, éteignit la lampe et regagna son lit sur la
pointe du pied.
Ce jour-là , à midi , le père s'assit à table de meilleure
humeur. Il ne s'était aperçu de rien . Il faisait ce travail
mécaniquement * , en pensant à autre chose ; et il ne comptait
les bandes que le lendemain matin . Il s'assit donc gaiement ,
et, posant sa main sur l'épaule de son fils : « Eh ! Jules, dit
il, ton père travaille encore mieux que tu ne croyais ! En
deux heures, j'ai fait hier un bon tiers d'ouvrage de plus que
les autres soirs . >>
Jules, tout content , se disait en lui-même :
<< Pauvre papa , outre le gain , je lui procure encore la
satisfaction de se croire rajeuni . Courage donc ! >>
L'enfant continua ainsi, et à la fin du mois , son père reçut
trente-deux francs de plus , juste ce qu'il fallait pour les
dépenses de la famille . DE AMICIS. (Écrivain contemporain .)
Grands cœurs. [Delagrave , édit. ]
Mots expliqués.
Excessif: Vient d'excès . Travail qui dépassait ses forces.
Mécaniquement : Comme une machine, sans penser à ce qu'il fai
sait.
Questions et Analyse des idées.
1. Où est Florence ? 2: Pourquoi la famille était-elle gênée et
le père fatigué ? —3. Quel travail supplémentaire faisait-il ? —4 . Pour
quoi ne voulait-il pas que son fils l'aidât? - 5. Qu'imagina celui-ci ?
6. Comment en fut-il récompensé ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Comment pouvez-vous venir en aide à vos parents?
56 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE HISTOIRE
6º Semaine. Origines de notre civilisation
28. ―
Progrès de la civilisation gauloise
au contact des Romains .
Peuple très civilisé, les Romains firent tout d'abord pour la Gaule ce que
nous faisons pour nos colonies : ils la dotèrent des voies de communication qui
lui manquaient, et le résultat immédiat fut un grand progrès de l'agriculture .
Les voies romaines étaient fort souvent pavées de larges
dalles soigneusement aplanies ; on peut encore voir de ces
dalles à leur place , surtout sur le parcours de la voie Auré
lienne en Provence.
En outre, ces routes étaient aussi droites que le permet
taient la nature du sol , franchissant les collines par des
pentes raides, traversant les marécages sur des talus ou sur
des pilotis, allant droit au but comme ce peuple romain ,
dont elles portent le nom et dont elles conservent le souvenir .
On devine le changement qu'allait produire en Gaule la
création de ces voies droites , solides, sans ornières , inces
samment parcourues par la poste impériale. Elles ame
nèrent une transformation matérielle aussi rapide et aussi
complète que celle que les chemins de fer opèrent de nos
jours dans les campagnes les plus reculées . Elles furent
pour la Gaule un inestimable bienfait .
Le premier bienfait de la conquête romaine, remarque
Strabon *, fut d'apprendre aux Gaulois à cultiver leurs
champs . Déjà, sous le règne de Tibère , tout ce qui n'était pas
forêts ou marécages était couvert de riches cultures . On
commençait même à éclaircir les forêts et à dessécher les
marais qui occupaient une si grande partie de la Gaule. La
construction des grandes routes contribua singulièrement
à cette œuvre de défrichement, qui allait se poursuivre sans
relâche pendant trois siècles . La voie Domitienne , entre Arles
ét Nîmes, avait été tracée en plein marécage. La vaste forêt
des Ardennes était enserrée et rétrécie par quatre chaus
PROGRÈS DE LA CIVILISATION GAULOISE. 57
sées. De grandes villes comme Bordeaux furent à moitié con
quises sur les marécages par les Gallo-Romains .
Le sol cultivé produisait en abondance du blé, du millet,
de l'orge et du lin . De nombreux pâturages servaient à l'élève *
des bestiaux ; la race des chevaux de la Gaule-Belgique était
célèbre par tout l'empire. L'olivier et le figuier étaient cul
tivés dans le Midi .
La culture de la vigne commençait à être une des ri
chesses de la Gaule . On connaissait , en Italie surtout , les
vins du Midi, et notamment le vin blanc des coteaux de
Béziers .
A l'ouest, les vins de Bordeaux , connus d'assez bonne
heure, ne furent célèbres que dans les dernières années de
l'empire . Au Nord, on parlait beaucoup déjà des vins de la
Moselle et l'on cultivait la vigne même aux environs de Paris .
Mais la bière , ou cervoise, était la boisson presque exclusive
des Gaulois de la Celtique et de la Belgique .
CAMILLE JULLIAN. Gallia. [Hachette et Cie, édit.]
Mots expliqués .
Strabon : Célèbre géographe grec né en l'an 60 avant J.-C. , auteur
d'une géographie de tous les pays connus alors de la terre
habitée .
L'élève des bestiaux : L'élevage des bestiaux.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment les Romains construisaient-ils leurs routes ? - 2. Quels
changements se produisirent en Gaule, après la création de ces routes ?
3. Les Gaulois étaient-ils de bons agriculteurs ? - 4. Que leur
apprirent les Romains ? ---
— 5. Que produisait la Gaule quelque temps
après la conquête romaine ? ―――――――- 6. Résumez les progrès que les Ro
mains firent faire aux Gaulois dans la civilisation .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Utilité des routes créées par les Romains. — - État de la Gaule
avant la conquête : vastes forêts, marécages, communications difficiles .
Citez quelques routes. ――― Grandes villes qu'elles mettaient en com
munication. - - Sécurité, circulation plus facile, transport des produits
agricoles, nouveaux terrains mis en valeur. ―――― Comparez avec ce que
les Français ont fait en Algérie, etc.
58 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
6e Semaine. Grands spectacles de la nature.
29. - Les pays septentrionaux : le chemin
de fer transcanadien .
Le continent américain est traversé par plusieurs lignes de chemins de fer;
l'une des plus remarquables court de l'est à l'ouest du Canada dans un pays très
froid l'hiver, et il a fallu employer des moyens spéciaux pour faire circuler les
trains malgré les violentes chutes de neige, si fréquentes à cette latitude.
Quand la hauteur de la couche de neige n'est pas trop
grande , on déblaye la voie avec des locomotives , dont on
fait des chasse
neige en leur
assujettissant à
l'avant un double
soc de charrue
formé de feuilles
de tôle. Cet ap
pareil suffit pour
traverser des
bancs de neige
Un train arreté par la neige. de plusieurs cen
taines de mètres
sur un mètre environ d'épaisseur. La locomotive doit être
animée d'une vitesse de 45 kilomètres à l'heure au moins .
Comme la neige se trouve ainsi refoulée sur l'autre voie ,
il est nécessaire que le chasse-neige soit suivi d'un certain
nombre de terrassiers , dont le rôle est de déblayer la
seconde voie à l'aide de pioches et de pelles .
Il faut également que la locomotive servant de chasse
neige transporte plusieurs ouvriers qui doivent, en cas de
besoin, déblayer la voie pour faciliter son passage .
La locomotive disparaît presque tout entière dans l'im
mense déblai qu'elle chasse devant elle . Le train n'éprouve
aucun ralentissement sensible tant que l'épaisseur de la
neige ne dépasse pas cinquante centimètres. Quand elle
LE CHEMIN DE FER TRANSCANADIEN. 59
s'élève davantage, on ajoute une, deux ou trois locomotives ;
dans les moments difficiles, on détache les wagons , et les
locomotives sont lancées à toute vapeur.
Il en est ainsi dans les sections les moins exposées aux
amas de neige. Mais, dans les sections où la neige tombe en
abondance et où le sol est souvent couvert d'une épaisseur
de trois à douze mètres de neige , on emploie des chasse-neige
perfectionnés, mis en mouvement par plusieurs locomotives .
Un des hivers les plus rigoureux du Central Pacific * fut
celui de 1880 à 1881 , pendant lequel on compta plus de
soixante bourrasques de neige , et qui est resté célèbre dans
*
les annales du Nord-Ouest.
La première neige tomba dès l'automne, en octobre , et
depuis cette époque jusqu'en avril , l'hiver fut d'une rigueur
inaccoutumée . La neige avait une épaisseur de deux à six
mètres ; en quelques points elle en atteignit quinze . Tout
était enseveli sous ces masses énormes ; les hommes endu
raient de grandes souffrances et les animaux périssaient par
milliers . Partout , les communications étaient interrompues ;
les passagers des chemins de fer étaient souvent condamnés
à des arrêts de plusieurs jours au milieu des plaines désertes ;
on cite des trains dont les voyageurs allaient être privés de
provisions quand ils furent enfin délivrés .
DUMONT. (Écrivain contemporain . )
Les grands travaux du siècle. [Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués.
Assujettissant : En fixant, à l'avant des locomotives, le soc qui
forme le chasse-neige .
Central Pacific Mots anglais : ligne de chemin de fer qui rejoint
l'océan Pacifique à travers le centre du Canada.
Annales : C'est-à-dire dans l'histoire.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment procédait-on pour chasser la neige qui recouvrait les
rails? - 2. Parlez de l'hiver de 1880 au Canada .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Comment fonctionne le chemin de fer pendant les hivers
canadiens?
60 LECTURES PRIMAIRES .
\ NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
6e Semaine. Grands spectacles de la nature
30. - La nature mystérieuse .
Grottes et cavernes .
Après vous avoir conduits près des neiges inaccessibles des pôles et des
hauts sommets , je veux vous montrer une nature non moins intéressante, que
l'homme ne peut contempler qu'au prix de mille dangers : celle du monde
souterrain des grottes et des cavernes ; elle avait inspiré une telle frayeur aux
Anciens qu'ils y avaient placé les Enfers . Voici une courte description de la
caverne du Mammouth, la plus grande du monde, qui se trouve dans l'Amé
rique du Nord.
Muni d'une lampe de mineur, notre voyageur descendit
d'abord 60 marches . Il se trouva alors dans une galerie
haute et large d'une vingtaine de mètres, longue d'un kilo
mètre; qui aboutit
à la Rotonde , puis à
un carrefour dont la
voûte forme une nef
immense, décorée
de longues stalac
tites , et que l'on
appelle l'Église . Les
stalactites calcaires
y forment des co
MA lonnades, des stal
les, et y dessinent
La grotte du Mammouth . même une sorte de
chaire où plus d'un
ministre protestant est venu prêcher . En sortant de ce
temple naturel , on arrive, par une série de corridors , à la
chambre des revenants, où l'on a découvert autrefois une
immense quantité de momies * indiennes . Ce vaste cimetière
d'une race disparue sert aujourd'hui de buvette ; les femmes
des guides y tiennent des rafraîchissements et même des
journaux .
Si l'on descend plusieurs échelles , et que l'on franchisse
LA NATURE MYSTÉRIEUSE . GROTTES ET CAVErnes. 61
un vieux pont de bois, on arrive à un étroit sentier tellement
bas qu'il faut marcher en rampant ; ce couloir a reçu le nom
expressif de chemin de l'Humilité. Il conduit à l'Abîme sans
fond, noir précipice , dont la profondeur surpasse toute ima
gination . On raconte que deux nègres fugitifs, poursuivis
par leurs persécuteurs , se sont précipités dans le gouffre . En
montant et descendant toujours , on arrive sous l'immense
dôme du Mammouth * , dont la coupole, qui a 100 mètres
d'élévation, se perd dans les ténèbres . Un sentier qui s'élève
en tournoyant mène presque au sommet d'une voûte noire
parsemée de cristaux brillants : c'est la Chambre étoilée.
Éclairée par une lampe, cette coupole, tout incrustée de
brillantes stalactites , scintille comme le ciel d'une nuit d'été .
Des sentiers très accidentés conduisent aux montagnes
Rocheuses, amas de rochers détachés de la voûte , à travers
lesquels on parvient à la grotte des Fées, où les stalactites
forment des colonnades , des arceaux et des arbres d'un
aspect magique .
Il faut dix lieues pour l'aller et le retour . Aussi , quand
on revient de cette longue excursion souterraine , on salue
la lumière du jour avec une satisfaction facile à comprendre.
Mots expliqués .
Momie Corps embaumé et conservé.
Mammouth : Très grand animal, ressemblant à l'éléphant, dont
l'espèce a disparu, et dont on a retrouvé des ossements dans les pays
septentrionaux .
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est la plus vaste caverne connue ? - 2. Où est-elle?
3. Décrivez la salle de l'Église . - 4. Citez encore quelques autres cu
riosités de cette caverne. 5. Quelles en sont les dimensions ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez une promenade dans laquelle vous avez vu une
grotte, et décrivez cette grotte. (Ce devoir peut aussi être fait
d'après une lecture . )
62 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE FRANÇAIS
7e Semaine. L'école et la famille.
31. - Manière d'apprendre à lire et à réciter
d'une façon intelligente .
« Cette fable n'est pourtant pas bien difficile lui dis-je . ---
Oh ! si, bien difficile , au contraire . ― Elle m'a paru très
facile ; et, en écoutant votre maman la lire , il me semble que
je l'ai retenue . » Il se mit à sourire d'un air de doute . « Vou
lez-vous que je vous la dise ? ――――――― Pourquoi ? puisque c'est im
possible. ―――― Mais non, ce n'est pas impossible ; voulez-vous
que j'essaye ? prenez le livre . » Il reprit le livre, et je com
mençai à réciter ; il n'eut à me reprendre que trois ou quatre
fois . « Comment , vous la savez ! s'écria-t-il . - Pas très bien ,
mais maintenant je crois que je la dirais sans faute . -Com
ment avez-vous fait pour l'apprendre ? -Comment j'avais
fait ? Je ne savais trop , car je n'avais pas réfléchi à cela ; »
cependant je tâchai de lui expliquer ce qu'il me demandait
en me rendant compte moi-même * .
« De quoi s'agit-il dans cette fable ? dis-je . D'un mouton >>
Je commence donc à penser à des moutons . Ensuite , je
pense à ce qu'ils font : « Des moutons étaient en sûreté dans
Ieur parc » . Je vois les moutons couchés et dormant dans
leur parc , puisqu'ils sont en sûreté, et, les ayant vus , je ne
les oublie plus . Bon, dit-il , je les vois aussi : « Des mou
tons étaient en sûreté dans leur parc » . J'en vois des blancs
et des noirs , je vois des brebis et des agneaux . Je vois
mêmé le parc ; il est fait de claies . Alors , vous ne l'ou
blierez plus ? ――― Oh ! non . - Ordinairement , qui est-ce qui
garde les moutons ? ――――― Des chiens . ― Quand ils n'ont pas
besoin de garder les moutons , parce que ceux-ci sont en
sûreté, que font les chiens ? --- Ils n'ont rien à faire . -
Alors , ils peuvent dormir ; nous disons donc « les chiens
dormaient »> . - C'est cela , c'est bien facile . ――――― N'est-ce pas ,
que c'est très facile? Maintenant, pensons à autre chose.
MANIÈRE D'APPRENDRE A LIRE ET A RÉCITER. 63
« Avec les chiens , qui est-ce qui garde les moutons? - Un
berger. - Si les moutons sont en sûreté , le berger n'a
rien à faire ; à quoi peut-il employer son temps ? - A jouer
de la flûte. - Le voyez-vous? - Oui . ――― Où est-il ? ――― A
l'ombre d'un grand ormeau. - Il est seul? — Non , il est
avec d'autres bergers voisins . - Alors , si vous voyez les
moutons, le parc , les chiens et le berger, est-ce que vous ne
pouvez pas répéter sans faute le commencement de votre
fable ? - Il me semble . - Essayez. »
En m'entendant parler ainsi et lui expliquer comment il
pouvait être facile d'apprendre une leçon qui, tout d'abord ,
paraissait difficile, Arthur me regarda avec émotion et avec
crainte , comme s'il n'était pas convaincu de la vérité de ce
que je lui disais ; cependant, après quelques secondes d'hé
sitation * , il se décida .
<< Des moutons étaient en sûreté dans leur parc , les chiens
dormaient, et le berger , à l'ombre d'un grand ormeau , jouait
de la flûte avec d'autres bergers voisins . »
Alors, frappant ses mains l'une contre l'autre :
« Mais je sais ! s'écria-t-il , je n'ai pas fait de faute . »
HECTOR MALOT . (Écrivain contemporain. )
Sans Famille. [Flammarion, édit. ]
Mots expliqués .
En m'en rendant compte : En comprenant, en m'expliquant.
Après quelques secondes d'hésitation : Après être resté un instan
indécis, sans oser parler.
Questions et Analyse des idées.
1. De quelle manière étudiait l'un des enfants ? et l'autre ? 2. De .
quoi s'agissait-il dans cette fable? - 3. Comment doit-on se repré
senter les moutons? et les chiens ? et le berger? 4. Après avoir suiv
les conseils de son ami, Arthur savait-il sa fable ? - 5. Pourquoi était
il bien content? - 6. Résumez le morceau tout entier.
Devoirs (Élocution et Rédaction) .
1. Faites par écrit le résumé de votre lecture, sous forme
de dialogue, e'est-à-dire en faisant parler l'un après l'autre
chaque enfant.
2. Expliquez comment vous avez appris votre dernier mor
ceau de récitation.
64 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE MORALE
7e Semaine. La famille.
32. - La mère dans la famille .
La maison où il y a une mère se distingue tout de suite
des autres. On y trouve un ordre particulier, une façon
simple et harmonieuse de disposer toute chose, une propreté
scrupuleuse où l'on ne devine pas seulement le soin d'une
ménagère active , mais aussi la tendresse toujours en éveil .
Elle ne livre rien au hasard ; jusque dans les plus petits
La mère de famille.
détails , il y a une intention , et chacune de ces intentions
sort de son bon cœur pour aller à celui des autres .
... Elle est comme le bon pain de froment qui semble
insipide et dont on ne peut se priver. Elle est comme l'air
pur qui nous fait vivre et que nous ne voyons pas .
Son cœur et sa vie sont aux autres ; elle s'est donnée tout
entière, on la sait à soi ; on use de son âme, on y fouille
comme en un trésor commun.
Sa bonté est au milieu de la famille un refuge toujours
ouvert qui calme et guérit, non pas qu'elle se pique d'élo
quence et de philosophie , qu'elle endorme le chagrin par
4 des phrases ou persuade par des raisonnements ; elle partage
les peines et les joies de ceux qu'elle aime ; rien de plus, et
LA MÈRE DANS LA FAMILLE . 65
cela si simplement, avec tant de naturel et un cœur si sin
cère que l'on ne songe même pas qu'il en pourrait être
autrement .
Elle n'a pas conscience , d'ailleurs , d'être l'ange du foyer
et l'âme de la famille , elle ne fait aucun effort pour cela ;
c'est par besoin qu'elle se dévoue , par instinct qu'elle
s'efface ; elle va au bien comme les braves * au canon .
... C'est lorsqu'elle n'est plus là que l'on comprend tout
ce qu'elle valait . Il semble alors que le feu du foyer soit
éteint * et , à chaque heure du jour, on la cherche , on l'attend.
G. DROZ. (Écrivain contemporain.)
Tristesses et sourires . [ Ollendorff, édit. ]
Oh ! l'amour d'une mère , amour que nul n'oublie !
Pain merveilleux * qu'un dieu partage et multiplie !
Table toujours servie au paternel foyer!
Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier !
VICTOR HUGO. Les Rayons et les Ombres.
Mots expliqués.
Insipide : Qui n'a point de saveur.
Braves : Sous-entendu vont.
Feu du foyer éteint : Expliquez cette expression et montrez-en la
beauté. Faites de même, pour pain merveilleux.
Questions et Analyse des idées.
1. Par quoi se distingue la maison où il y a une mère? - 2. Pour
quoi compare-t-on la mère au bon pain et à l'air pur? --- 3. A quoi
compare-t-on sa bonté ? - 4. Quel bien fait la mère à la maison?
5. Comment se dévoue-t-elle? ―― 6. Quand voit-on tout ce qu'elle va
lait? -- 7. Que voulez-vous faire pour rendre un peu à votre mère ce
qu'elle fait pour vous ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Développez la question 7. Traiter le sujet d'une façon diflé
rente suivant qu'il s'agit d'un petit garçon ou d'une petite fille. -
- Ten
dresse, affection, obéissance, etc. - S'il s'agit d'un petit garçon, ne
pas donner à la maman de travail inutile, avoir de l'ordre, offrir de
faire des commissions, de petits travaux à la maison, etc. En plus ,
s'il s'agit d'une petite fille, aider dans le ménage, pour les travaux de
couture, auprès des autres enfants plus jeunes, etc.
1
LECT. PRIX. 5
66 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE HISTOIRE
je Semaine. Origines de notre civilisation.
33 . - Une ville de la Gaule romaine . Nîmes .
Si nous voulons nous rendre compte de la très grande importance qu'a eue
la civilisation romaine pour la Gaule, nous n'avons qu'à en rechercher les traces
dans quelqu'une de ces belles villes du Midi qui ont conservé tant de monu
ments romains .
Nîmes était, comme Rome, la « ville aux sept collines » .
- Aujourd'hui encore, il n'y a pas au monde, Rome exceptée,
une ville aussi
romaine . — La
Maison carrée,
était , par sa
délicatesse , la
merveille de
l'architecture
gréco-romaine.
Hadrien y
77379 éleva une basi
Les arènes de Nimes. lique * qui pas
sait, à Rome
même, pour le chef-d'œuvre de l'art . Au re siècle, on ache
vait les arènes plus heureuses que la basilique * , elles sont
encore fièrement debout, et, comme autrefois, toujours
vivantes et bruyantes aux jours de fête : ces jours-là
quelque chose de la vie romaine renaît dans le vieil amphi
théâtre . Nîmes a gardé ses anciens thermes * , son château
d'eau, sa fontaine aussi populaire et aussi bienfaisante qu'au
temps où elle était protégée par le dieu Nemausus près
de la source s'élève le temple de Diane ; sur la colline d'où
elle s'échappe, se dresse la mystérieuse Tour Magne , sans
doute le gigantesque mausolée de quelque riche Nimois.
Il n'est point de fouille qui ne ramène au sol d'admirables
débris, tombeaux, sculptures et mosaïques *.
Comme toutes les villes du monde ancien, Nîmes était
UNE VILLE DE LA GAULE ROMAINE . - NIMES . 67
admirablement pourvue d'eau . Elle devait être, à l'époque
romaine, la ville la mieux arrosée , la plus fraîche de la
Gaule du Midi . Elle avait d'abord sa fontaine , plus abon
dante et plus pure qu'elle n'est de nos jours . Puis , un large
aqueduc lui amenait les eaux des sources de l'Eure et de
l'Airan près d'Uzès . Cet aqueduc, nous pouvons le suivre
aujourd'hui sur presque tout son parcours ; il nous offre des
surprises incessantes , et surtout une œuvre d'art incompa
rable le Pont du Gard. On nomme ainsi la partie de
l'aqueduc qui traverse la vallée du Gardon ; ce sont trois
étages d'arcades lancés au-dessus de la rivière , et venant
s'appuyer des deux côtés à de hautes collines ; le troisième
étage porte la cuvette de l'aqueduc, assez haute , assez
intacte pour permettre aux promeneurs d'y circuler libre
ment . Il n'y a pas, dans le monde romain , un monument
dont la vue surprenne et trouble au même degré : on l'aper
çoit brusquement , au détour de la route , élégant et majes
tueux , encadrant de ses arceaux le gracieux paysage du
torrent et des collines . C. JULLIAN. Gallia . [Hachette et Cie, édit.
Mots expliqués.
Basilique : Chez les Grecs c'était l'habitation du roi ; chez les Romains
le lieu où l'on rendait la justice ; aujourd'hui, c'est le nom d'une église
principale.
Thermes Les Romains appelaient ainsi les établissements de bains
chauds.
Mosaïques Ouvrage composé de morceaux de différentes couleurs
assemblés et formant un dessin.
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi Nîmes ressemble-t-elle à une ancienne ville romaine .
-- 2. Citez les monuments anciens qui existent encore . 3. Quel est
celui qui est le mieux conservé ? - 4. A quoi sert-il maintenant?
5. Qu'étaient-ce que les Thermes ? --- 6. Que trouve-t-on en fouillant le
sol? - 7. Comment avait-on fait pour amener de l'eau à Nîmes ? -
8. Quel est le monument que l'on rencontre en suivant l'aqueduc?
Devoir (Élocution et Rédaction).
En visitant Nimes on admire beaucoup d'anciens monu
ments. Décrivez-en quelques-uns en indiquant à quoii lo ser
vaient.
68 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
7e Semaine. Les grands spectacles de la nature.
34. - Les sommets des hautes montagnes .
Nous avons vu dans les lectures des semaines précédentes les régions froides
de la terre, inhabitées ou habitées ; il est très remarquable que nous avons
l'équivalent de ces régions tout près de nous, dans nos montagnes, dont la base
a un climat tempéré, et dont le sommet a un climat polaire.
A mesure qu'on gravit une haute montagne, la température
décroît et on traverse graduellement des climats de plus en
plus rigoureux .
Cela contribue beaucoup au charme des contrées alpestres.
Si l'on se place sur
les sommets de la
Suisse , on embrasse
d'un coup d'œil
le grandiose pano
rama * des Alpes. On
aperçoit assez dis
tinctement six zo
nes étagées l'une sur
l'autre, et nettement
Un glacier. accusées dans leurs
contours par la différence de la végétation et de l'aspect du sol.
Au fond s'étend la plaine fertile, entrecoupée de lacs , de
grandes routes , de rivières , de forêts, parsemée de villages et
de métairies : c'est la résidence de l'homme .
Au-dessus de ce vert tapis s'élèvent , dans un pittoresque
désordre, de riantes collines, tantôt nues, tantôt couvertes
de bois et d'ombrages .
Plus haut, le regard rencontre des crêtes rocailleuses ,
couronnées de groupes de noirs sapins .
Par-dessus ces rochers, on aperçoit encore des pentes.
couvertes de pâturages ; mais bientôt le caractère du paysage
change brusquement : la mort succède à la vie, la verdure
fait place aux teintes grises et monotones des roches nues.
LES SOMMETS DES HAUTES MONTAGNES. 69
Plus haut enfin, les Alpes s'enveloppent d'un resplendissant
manteau de neige, que percent à peine, par intervalles , quel
ques pics dont les flancs escarpés ne peuvent retenir les neiges
au moment de leur chute.
De toutes les régions naturelles qui s'étagent ainsi le long
des flancs d'une montagne, nulle n'a un caractère aussi tran
ché que celle des neiges éternelles ou persistantes , ainsi nom
mées avec juste raison parce qu'elles résistent aux ardeurs
de l'été, ou qu'elles se renouvellent aussitôt qu'une fonte par
tielle, pendant l'été ou le printemps , a diminué leur masse.
Toutes les autres régions se mêlent un peu et empiètent l'une
sur l'autre ; mais la limite inférieure des neiges qui résistent
aux ardeurs des étés apparaît de loin comme une ligne de
démarcation tracée d'une main ferme.
Au-dessous s'agite la vie ; le sol change d'aspect avec la
saison ; toutes sortes d'êtres organisés s'y développent aux
rayons du soleil ; tout près encore de la limite des neiges , un
espace de quelques mètres suffit pour transformer un champ
neigeux en un tapis de verdure . Mais, après cette limite ,
l'hiver règne avec toutes ses horreurs . Le paysage s'enveloppe
d'un immense linceul de glace , et le silence de ces déserts
n'est interrompu que par la fureur des éléments déchaînés .
Mot expliqué.
Panorama : Partie d'un pays formant un tableau que voit un spec
tateur placé au centre et à un endroit plus élevé.
Questions et Analyse des idées .
1. Quels sont les changements de température que l'on observe quand
on s'élève dans l'atmosphère ? — 2. Quel est le phénomène produit dans
les hautes montagnes par ces changements de température ? -
3. Quelles sont les principales zones de végétation que l'on trouve dans
les Alpes? -― 4. Qu'appelle-t-on neiges éternelles ou persistantes ? ·
5. Citez des montagnes françaises qui ont des neiges éternelles.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Qu'observe-t-on en montant de la base au sommet d'une
haute montagne? -- — (Caractérisez les différentes zones. )
ז
70 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
7e Semaine. Grands spectacles de la nature.
35. -- Les dangers des montagnes en hiver.
Chaque année, nos montagnes de France font leurs victimes, tout comme les
terres polaires. - On connait les dangers des ascensions dans les glaciers. -Ce
récit nous montre combien d'énergie et de prudence il faut aux habitants pour
passer même par des routes très fréquentées.
Dans le mois de janvier 1904 , des voyageurs qui traver
saient le col de la Perche (Pyrénées-Orientales ) furent
assaillis par une tempête de neige tellement violente que
l'auberge où ils s'étaient réfugiés faillit être ensevelie. L'un
des emmurés * , M. Juan Mantet, marchand de bestiaux à
Puigcerda, a conté les émotions de cette captivité .
<< La tourmente , dit-il , ne cessait jamais . Par les vitres de
notre prison, nous regardions les nombreux et épais flocons
de neige peu à peu s'accumuler, l'immense nappe blanche
monter comme une silencieuse et menaçante marée , fermant
implacablement toutes les issues .
« Vendredi matin , à notre réveil , les fenêtres du rez-de
chaussée étaient condamnées, bouchées par d'impénétrables
tampons de neige , sourdes * comme une ouate . Il nous fallut
gagner le premier étage . Le surlendemain , la neige ayant
continué sans arrêt son œuvre silencieuse, les fenêtres du
premier étage étaient à leur tour complètement murées .
« Quelques-uns de mes compagnons d'infortune, et sur
tout deux femmes qui se trouvaient parmi nous , se lamen
taient . Nous ne pouvions , en effet, espérer aucun secours du
dehors ; bientôt, la neige ayant atteint la toiture, d'où nous
venaient encore l'air et la lumière, nous allions être ense
velis vivants , avec la perspective d'une imminente famine ,
car les approvisionnements de pain , vin , jambon , saucisson ,
conserves , fromage, étaient épuisés .
<< Une vache était dans l'auberge ; on l'abattit . Mais bien
tôt , comme sur le « petit navire » , les vivres vinrent à man
quer totalement . Et la neige tombait toujours ! Hâves * et
LES DANGERS DES MONTAGNES EN HIVER. 71
désolés, les emmurés n'attendaient plus leur salut que d'un
miracle.
<< Heureusement, l'on pensait à nous. Plusieurs vaines
tentatives avaient été faites par les habitants des villages voi
sins pour nous délivrer. Mardi matin , M. Nohet , maire de Bol
quère, profitant d'une accalmie, réquisitionna les hommes.
les plus solides de sa commune, munis de cordes , de cro
chets , de pelles et de provisions . Ils partirent vers les mai
sons du col de la Perche , où ils arrivèrent à 8 heures du
matin.
<< Ces sauveteurs furent salués , comme vous le pensez, par
les cris d'une joie délirante. Ils nous firent passer par les
lucarnes du pain et des boissons réconfortantes . Et, comme
la neige avait enfin cessé de tomber, il fut possible de nous
délivrer, en nous faisant sortir par la toiture . >>
Et le brave homme qui me contait les émotions de cette
étrange captivité , où , pendant presque une semaine , séparés
du monde, lui et ses compagnons avaient eu la sensation
d'être ensevelis vivants , semblait , à l'évocation seule du dan
ger couru, éprouver encore un involontaire frisson d'hor
reur. (Extrait du journal Le Matin.)
Mots expliqués.
Emmurés Murés, emmurés, enfermés complètement par des murs
sans issue.
Sourdes Ne laissant passer aucun bruit; locution imagée, où des
objets sont comparés à une personne .
Haves D'une paleur maladive de gens qui souffrent la faim .
Questions et Analyse des idées.
1. Où est le col de la Perche? -2. Comment se produisit l'accident?
- 3. Quel était le plus grand danger pour les voyageurs ? - 4. Com
ment furent-ils délivrés ? 5. Indiquez , dans cette lecture, les parties
descriptives, les récits, les réflexions .
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Racontez une chute de neige (Village ou quartier) . -· Dites quels
plaisirs il en résulta pour les enfants . Parlez des dangers auxquels
pendant ce temps pouvaient être exposées d'autres personnes (facteurs,
montagnards , etc.).
72 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE FRANÇAIS
8e Semaine. L'École et la Famille.
36. ---- Qu'est-ce qu'un bon livre?
Vous commencez vous intéresser aux histoires que l'on trouve dans les
livres. Vous pouvez tirer de la lecture beaucoup de profit et beaucoup d'agré
ment; mais apprenez tout d'abord à reconnaître la valeur d'un livre.
Un bon livre, cela veut dire un livre utile . - Les livres
de science, les livres d'instruction sont utiles, je n'ai pas
besoin de vous le dire. Mais il y a d'autres livres utiles que
les ouvrages d'enseignement . En général, tout livre qui dit
des choses vraies est utile ; car tout ce qui est vrai est bon
à connaître : il n'y a point de mauvaises vérités , comme il
n'y a point de bonnes erreurs .... Même un livre de récréa
tion , un récit imaginaire par exemple , peut avoir son intérêt.
A certains moments , il nous fait du bien en reposant notre
esprit fatigué, en le remplissant d'idées agréables et qui
viennent sans effort ; il nous rafraîchit comme une tranquille
promenade par les champs, après le travail . - Ce n'est
qu'une distraction, mais c'est une distraction intelligente ; et,
si nous n'y donnons pas plus de temps qu'il ne convient ,
celui-là aussi sera pour nous un livre utile , un bon livre .
— Un bon livre... mais il y en a donc de mauvais ? — Oui ,
mon enfant, il y en a.
Laissant de côté ce qui est secondaire * , je vais vous dire
en deux mots le fond des choses . Qu'est-ce qu'un mauvais
livre? - C'est un livre qui ment. Un livre qui vous donne
pour vrai ce qui est faux , et pour faux ce qui est vrai ,
est un mauvais livre . Un livre où l'on cherche à vous faire
croire ce qui est démontré impossible , un livre qui vous
raconte une fable imaginaire et qui vous dit : « Ceci est de
l'histoire » est mauvais , car il vous trompe . Un livre qui
vous donnerait pour juste ce qui est injuste, pour utile
et bon à faire ce qui peut vous nuire et vous rendre malheu
reux , celui-là aussi serait un mauvais livre : comme un com
pagnon donneur de méchants conseils , qui vous détourne de
QU'EST-CE QU'UN BON LIVRE . 73
vos devoirs , gâte les bons sentiments de votre cœur et le
bonheur de votre vie . - Le grand mal , en toute chose ,
voyez-vous, c est le mensonge !
Un beau livre, cela s'entend surtout, évidemment, de ce
que contient le livre , des idées , des sentiments qui y sont
exprimés . Si en le lisant il nous semble à chaque instant que
notre intelligence s'agrandit, si nous nous sentons émus par
des pensées généreuses , ah ! fùt-il mal imprimé, vieux , sale ,
- en lambeaux, c'est un beau livre ! Il est beau pour l'esprit .
-
Mais je ne vous défends pas d'aimer aussi qu'un livre
soit beau pour les yeux . Certes , un volume élégant , bien
imprimé, sur un beau papier blanc et fin, avec une jolie
reliure décorée de riches ornements , de brillantes tranches
dorées *, c'est un objet fort agréable ; et vous n'êtes pas seuls
à aimer cela, vous autres enfants ; les hommes , et même les
plus sérieux , ne le dédaignent pas . Aimez-vous dans un
-
livre les jolies gravures, les vignettes * , les images ? Oui.
Moi aussi , je suis de votre goût . Cette beauté matérielle a
bien son mérite .
Mots expliqués.
Laissant de côté ce qui est secondaire : Ce qui ne vient qu'en second
lieu, ce qui a moins d'importance.
Tranches dorées : Quand un livre est fermé, les côtés que l'on voit
entre les couvertures s'appellent tranches (parce que le papier des
pages a été coupé, rogné, tranché, d'une façon très régulière) .
Vignettes Petit dessin, ornement placé en haut de la première page
d'un livre ou d'un chapitre.
Questions et Analyse des idées.
1. A quoi reconnaissez-vous qu'un livre est bon? - 2. Quand un
récit imaginaire peut-il avoir son intérêt? - - 3. Donnez une compa
raison qui fasse bien comprendre ce que c'est qu'un bon et un mauvais
livre. - 4. Qu'entendez-vous par un beau livre? _______ 5. Comment un
livre peut-il être à la fois beau et bon ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez toutes les qualités auxquelles on reconnaît un bon
livre et tous les défauts auxquels on reconnaît un mauvais livre.
2. Parmi tous vos livres, quel est celui que vous préférez
et pourquoi?
74 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE MORALE
8e Semaine. La famille .
37. ――――― La meilleure manière d'honorer
ses parents .
Aimer nos parents, c'est bien ; mais nous devons les aimer comme ils désirent
l'être, en pratiquant les vertus qu'ils nous ont enseignées, et tout d'abord en
faisant du bien à nos frères et à nos sœurs .
#
Un fameux négociant de Babylone étant mort aux Indes , il
avait fait héritiers ses deux fils par portions égales après
avoir marié leur sœur ; et il laissait une belle somme d'or à celui
de ses deux fils qui serait jugé l'aimer davantage .
L'aîné lui bâtit un tombeau, le second augmenta d'une
partie de son héritage la dot * de sa sœur .
Chacun disait : « C'est l'aîné qui aime le mieux son père ;
le cadet aime mieux sa sœur : c'est à l'aîné qu'appartiennent
les trente mille pièces * » .
Zadig les fit venir tous deux , l'un après l'autre . Il dit à l'aîné :
<< Votre père n'est point mort ; il est guéri de sa dernière
maladie ; il revient à Babylone .
-Dieu soit loué ! répondit le jeune homme ; mais voilà
f
un tombeau qui m'a coûté bien cher . >»
Zadig dit ensuite la même chose au cadet * :
<< Dieu soit loué ! répondit-il, je vais rendre à mon père
tout ce que j'ai ; mais je voudrais qu'il laissât à ma sœur ce
que je lui ai donné .
- Vous ne rendrez rien , dit Zadig, et vous aurez les
trente mille pièces . C'est vous qui aimez le mieux votre père . »
VOLTAIRE. (Le plus célèbre écrivain français du xviie siècle , 1694-1778 .)
Ce joli récit est fantaisiste. Voici quelques idées plus simples sur le même
sujet, et qui assurément parleront au souvenir et à la conscience de plusieurs
d'entre vous. C'est un père qui s'adresse à son fils, bon écolier, travailleur
mais un peu maussade à la maison :
Il est beau d'être un raisonneur.
De tout lire et de tout entendre,
remporter les prix d'honneur !...
T
LA MEILLEURE MANIÈRE D'HONORER SES PARENTS. 25
C'est, je crois, un plus grand bonheur
D'être un enfant aimant et tendre .
Lorsqu'on a fait tout son devoir ,
Que la main est lasse d'écrire,
Quand le père est rentré le soir,
Avec les sœurs il faut savoir
Jouer, causer... même un peu rire .
... Aimez tous ceux qu'il faut qu'on aime.
Mais il est trop peu généreux
D'aimer tout bas et bouche close.
A ceux que l'on veut rendre heureux,
Des souhaits que l'on fait pour eux
Il faut dire au moins quelque chose .
Les vrais bons cœurs sont transparents ;
On y voit toutes leurs tendresses...
... Vous ainsi , charmants , mais joyeux,
Charmez la maison paternelle .
Quand on a le sourire aux yeux ,
A la lèvre un mot gracieux ,
La vertu même en est plus belle .
DE LAPRADE. (Poète contemporain. )
Le livre d'un père. [Hetzel, édit. ]
Mots expliqués.
Portion : Partie de quelque chose.
Dot : Biens qu'un mari ou une femme apporte en se mariant.
Trente mille pièces : Trente mille pièces de monnaie.
Cadet Enfant plus jeune par rapport à un de ses frères ou sœurs.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'avait promis le négociant à ses héritiers ? - 2. Dites ce que
firent ses deux fils après sa mort. - - 3. Auquel chacun donnait-il rai
son? - 4. De quelle façon Zadig chercha-t-il à connaître la vérité?
5. Que dit l'aîné ? - 6. Que dit l'autre ? -- 7. A quoi Zadig reconnut-il
que le plus jeune aimait le mieux son père? - 8. Quelle est l'idée
principale du second morceau ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites à votre manière le récit que vous venez de lire.
2. Quels sont les devoirs des enfants envers leurs parents?
(Résumez vos dernières leçons de morale sur ce sujet.)
16 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE HISTOIRE
8e Semaine. Découvertes du moyen âge
38. - Marco-Polo et les découvertes en Asie
(1252-1323) .
Autrefois on ne connaissait qu'une bien petite partie de la Terre . Il a fallu
des voyageurs audacieux pour découvrir le reste. Parmi les plus célèbres , citons,
au XIV siècle , Marco-Polo qui a visité l'Asie, et, deux cents ans plus tard, Chris
tophe Colomb qui a découvert l'Amérique.
Marco-Polo, voyageur vénitien du xe siècle , est célèbre
par la singularité de ses aventures, la vaste étendue des
pays qu'il parcourut, et l'influence qu'eut la relation de ses
voyages sur les progrès de la navigation et du commerce.
Pour bien apprécier cette influence , il faut se rappeler
que les anciens ne connaissaient rien du nord de l'Asie , et
qu'ils ne soupçonnaient même pas l'existence des vastes con
trées qui la terminent à l'est . Un heureux hasard permit à
Marco-Polo de les visiter.
Son père et son oncle l'emmenèrent avec eux dans un
voyage qu'ils firent à la cour de l'empereur des Mongols . Ce
peuple belliqueux* et conquérant tenait alors sous sa domina
tion la plus grande partie de l'Asie centrale et de la Chine.
Marco-Polo sut se concilier par sa vive intelligence la faveur
du maître de cet immense empire, Koublaï , qui le combla
de titres et de dignités . C'est ainsi qu'il devint gouverneur
d'une ville de la Chine et qu'il fut chargé de plusieurs am
bassades dont il s'acquitta avec beaucoup de succès , grâce à
son adresse et à la connaissance parfaite qu'il avait acquise
de la langue du pays . Les différentes missions, qui lui furent
confiées pendant son long séjour au milieu des Mongols , lui
permirent d'étudier leurs mœurs, leurs institutions , et aussi
la géographie des contrées dont ils s'étaient rendus maîtres
par la force des armes .
Cependant les honneurs et les richesses , dont Marco-Polo
avait été comblé par son généreux protecteur, ne l'empê
chaient pas de regretter sa patrie. L'empereur des Mongols
MARCO-POLO ET LES DÉCOUVERTES EN ASIE ( 1252-1323). 77
ayant voulu envoyer une ambassade à un prince dont le
royaume se trouvait sur le chemin de l'Europe, le Vénitien
obtint d'être chargé du soin de la conduire . Il partit et, au
lieu de traverser l'Asie comme à l'aller , il prit au retour la
voie de mer en suivant les côtes de la Chine, de l'Indo-Chine
de l'Hindoustan et de la Perse, qu'aucun Européen n'avait
visitées avant lui . Chemin faisant , il prenait des notes, sui
vant sa coutume, afin de conserver le souvenir des incidents
les plus remarquables de son voyage .
Il rentra à Venise après une absence de vingt-six années .
On le croyait mort depuis longtemps, et l'on eut peine à le
reconnaître sous son costume étranger .
Le récit de ses aventures et de ses voyages excita le plus
vif enthousiasme. Cependant, on le soupçonnait d'avoir sou
vent altéré * la vérité , et on le taxait d'exagération , quand il
parlait de la puissance du souverain des Mongols , de ses trésors
inépuisables, du nombre infini de ses sujets, de la fertilité de
ses provinces et des coutumes étranges de leurs habitants .
Les Croisades avaient mis l'Europe en relation avec l'ouest
de l'Aṣie ; les voyages de Marco - Polo firent connaître l'est .
Deux siècles plus tard les navigateurs l'abordèrent par le
Sud (Inde) , puis par le Sud-Est ( Indo-Chine) ; mais la Chine
resta fermée jusqu'à nos jours et le centre de l'Asie est encore
peu connu. G. DURUY.
Mots expliqués .
Belliqueux : Qui se plaît et qui excite à la guerre.
Altérer la vérité : Dire autre chose que la vérité. - Exagérer,
mentir. 1
Questions et Analyse des idées.
1. De quel pays était Marco-Polo ? -
— 2. Où voyagea-t-il ? -
— 3. Que lui
arriva-t-il chez les Mongols ? -4. Pourquoi ne le reconnaissait-on pas à
son retour dans sa patrie ? — 5. Quels services a rendus Marco- Polo ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez la vie de Marco-Polo.
2. Faites un croquis montrant le voyage de Marco-Polo à
l'aller et au retour.
78 . LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
8e Semaine Grands spectacles de la nature.
39. Les avalanches.
Avant de quitter les régions montagneuses, disons quelques mots d'un des
phénomènes les plus connus et les plus redoutés, celui des avalanches.
Une avalanche est une masse de neige ou de glace qui
roule le long de la
pente des hautes
montagnes, et qui
tombe dans les val
lées avec un bruit
semblable à celui du
tonnerre, renversant
tout ce qui s'oppose
à son passage, et en
traînant quelquefois
dans sa chute des
maisons, des villages
et jusqu'à des forêts
entières .
C'est dans les Al
pes, en raison de
l'altitude et de la
configuration de ces
montagnes , qui
abondent en étroites
Une avalanche.
vallées encaissées ,
que l'on observe les plus redoutables avalanches . Là elles
parcourent dans leur chute plusieurs kilomètres sur le flanc
d'une montagne . En tombant au fond des gorges , elles peu
vent ensevelir des habitations , ou , en arrêtant le cours d'un
torrent, provoquer une inondation dans les vallées.
Si l'on est forcé de traverser au printemps les défilés des
Alpes, entourés de cimes neigeuses, alors que les avalanches
annuelles ne sont pas encore tombées, il faut s'astreindre
LES AVALANCHES. 79
à beaucoup de précautions . A cette époque de l'année , les
touristes doivent s'arranger de manière à former de petits
groupes, chaque voyageur cheminant à une distance conve
nable l'un de l'autre, afin qu'en cas de malheur quelques-uns,
restés hors d'atteinte, puissent secourir les autres . Dans les
passages dangereux , on recommande de partir de grand
matin , avant les premiers rayons du soleil, et de marcher
dans le plus grand silence . Souvent on a la précaution de
tirer un coup de pistolet à l'entrée d'un grand passage, car
alors le choc de l'air produit par la détonation de l'arme à
feu fait tomber les avalanches prêtes à s'écrouler .
On ne sera pas surpris, d'après ce qui précède , d'apprendre
que l'histoire ait conservé le souvenir de bien des désastres
occasionnés dans les Alpes par la chute des avalanches.
En 1749, une avalanche emporta une grande partie du vil
lage de Ruæras ( canton des Grisons) , entraînant dans cette
terrible tourmente cent personnes , dont soixante , heureuse
ment, finirent par être sauvées .
Le 3 mai 1879 , une avalanche se détacha du mont Pizzo d'Or
meo (Piémont) , et tomba sur une partie du village qui porte
le nom de Fascie di Viozena . Elle recouvrit seize maisons , sur
dix-huit dont le village était composé , sous une masse de
neige de 150 mètres de hauteur. Tout le bétail fut enseveli
sous la neige . Les habitants , mis sur le qui-vive par un
éboulement arrivé la veille , eurent heureusement le temps
de s'enfuir avant la catastrophe .
Questions et Analyse des idées .
1. Où observe-t-on surtout les plus redoutables avalanches ? - 2. A
quel moment sont à craindre les avalanches ? - 3. Pourquoi ?
4. Quelles sont les précautions prises par les touristes pour se préser
ver des avalanches ? -- 5. Parlez de l'avalanche de Ruæras ? De celle
de Pizzo d'Ormeo? ――― 6. Qu'est-ce qu'une avalanche ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites le récit d'une catastrophe produite par une avalanche.
(Époque. - Causes. - Effets . )
80 LECTURES PRIMAIRES.
NOVEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
8e Semaine. Grands spectacles de la nature.
40. - Phénomènes de la nature :
l'abaissement des montagnes .
Le sol que nous habitons, et qui nous paraît immobile, est en état de change
ment perpétuel, et les causes qui le modifient le plus sont simplement l'eau et
l'air, parce que ces causes agissent continuellement : « L'eau qui tombe goutte
à goutte finit par user la terre » , dit-on . Elle use même et elle détruit les
rochers les plus formidables.
De nos jours et sous nos yeux, l'action combinée de l'eau
et de l'atmosphère produit, en agissant sur les roches qui
composent les montagnes, des éboulements, des chutes de
terrains , etc. , aussi
désastreux quel
quefois que les
tremblements de
terre ou les érup
tions volcaniques .
Tantôt les ébou
lements de terrain
14
Trente sont provoqués par
les flots d'une ri
Le cap de la Hève.
vière, qui rongent
et minent sourdement le sol , et finissent par amener la chute
de masses énormes de roches . Tantôt, les eaux pluviales ,
s'infiltrant dans la terre et y produisant des courants souter
rains, emportent la base des couches superficielles des
montagnes . Des éboulements se sont produits par cette der
nière cause dans la falaise crayeuse * du cap de la Hève , près
du Havre.
Ainsi, les montagnes se détruisent sans cesse : le froid fend
et divise les roches, l'air les décompose, l'eau les lave et les
emporte . C'est un nivellement général opéré par les seules
forces de la nature.
Les Diablerets, montagnes de la Suisse , entre le canton de
PHÉNOMÈNES DE LA NATURE. 81
Berne et celui du Valais, avaient autrefois quatre cimes .
Peut-être en ont-ils perdu plusieurs dans le cours des siècles .
Le 23 septembre 1713 , un de ces sommets tomba tout à coup .
Il couvrit de ses décombres une énorme étendue de terrain ,
et ensevelit plusieurs centaines de cabanes .
Au milieu de cette affreuse catastrophe, un pâtre du village
d'Avon, dans le Valais , avait disparu ; on le croyait au nombre
des morts de cette journée funeste. Quelque temps après,
et pendant la veillée , il apparaît dans son village , pâle,
amaigri et couvert de haillons . Aussitôt , grand effroi par
tout ; les paysans ne veulent pas le reconnaître . Il parvient
pourtant à se faire entendre, et raconte ce qui lui est arrivé.
Au moment de la catastrophe, il se trouvait dans une hutte
de bois ; il tomba à genoux . Une énorme roche s'abattit
bientôt , et vint s'appuyer contre le mur au pied duquel était
bâtie la cabane ; cette roche, formant un abri , protégea le
pâtre contre les masses qui passaient par-dessus sa tête .
Quand tout fut rentré dans le calme, le pauvre homme ,
enterré vif sous les décombres, se mit à l'œuvre pour se
dégager. Il lui restait de son dîner un morceau de fromage ,
et l'eau qui suintait à travers les pierres entassées sur sa
cabane servit à le désaltérer . Après beaucoup de travail,
il put enfin sortir des ténèbres . Ses yeux ne pouvaient d'abord
supporter l'éclat du jour, et il fallut les y habituer avec de
grandes précautions .
Mots expliqués.
Falaise crayeuse : Falaise composée d'un terrain calcaire tendre de
la nature de la craie.
Nivellement Action de rendre un terrain uni et horizontal.
Questions et Analyse des idées.
1. Par quoi peuvent être produits les éboulements? - 2. Racontez la
catastrophe des Diablerets, en 1713. - 3. Connaissez-vous des endroits où
un éboulement soit à craindre? - 4. De quelle façon les éboulements
changent- ils l'aspect d'un pays?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites par écrit le récit de la lecture d'aujourd'hui.
LECT. PRIM. 6
82
MOIS DE DÉCEMBRE
PROGRAMME . - Français Analyse. Familles de mots ; le nom, l'ar
ticle, l'adjectif, le pronom. -·Morale : La famille. - Histoire In
ventions et découvertes au xve siècle . — Géographie et connaissances
usuelles : Grands spectacles de la nature . Industries se rapportant
à l'école.
DÉCEMBRE FRANÇAIS
ge Semaine. LÉcole et la Famille.
41. - Le Livre de lecture.
Vous savez lire ? ―――――――― Sans doute ! Quelle demande ! - Eh
bien , mon enfant, allez remercier votre instituteur. Eût-il
été, à votre avis , un peu sévère... remerciez-le de tout votre
cœur . Et félicitez-vous d'être né à une époque où tout le
monde apprend à lire . Pendant des milliers et des milliers
d'années les hommes ont tant souffert de l'ignorance ! Vous
ne pouvez pas encore savoir cela, vous autres ; mais moi qui
le sais, j'en suis navré quand j'y pense ! Et aujourd'hui
encore il est tant de gens qui souffrent par la même cause ,
la grande cause de presque tous les malheurs ! Qui ne sait
rien, n'a rien , ne peut rien , n'est rien .... Or, dès qu'on sait
lire, voyez-vous, on est sauvé, ou du moins peu s'en faut,
de cette terrible ignorance . - Combien l'instruction est
nécessaire dans la vie , combien il sera heureux pour vous ,
plus tard, d'être instruit , vos parents , vos maîtres vous l'ont
dit ; ils vous le rediront encore et ils ont bien raison , ah !
plus raison que vous ne pouvez l'imaginer. L'instruction est
un trésor savoir lire , c'est avoir la clef du trésor . Pour
s'instruire , le grand moyen, c'est la lecture ; l'instrument ,
l'outil, c'est le livre.
Or, il y a deux manières de se servir de cet outil , deux
façons de faire de la lecture, qui , toutes deux , ont leur agré
ment, leurs plaisirs différents. On lit pour soi seul, tout
LE LIVRE DE LECTURE. 83
bas ; on lit pour les autres, à haute voix , en public parfois,
le plus souvent devant quelques amis, ou , mieux encore , en
famille .
Quelle chose charmante, la lecture en famille ! A ce seul
mot, tenez , il me semble voir dessiné devant mes yeux ,
comme on voit un souvenir , tout un gracieux tableau , une
gentille scène . J'imagine les lieux, les personnages ; vous,
mon cher enfant, vous êtes dans mon tableau . C'est par une
longue et noire soirée d'hiver ; la famille est réunie autour
de la table ou près du foyer. L'heure des jeux bruyants est
passée , et celle du sommeil n'est pas encore venue . Que
faire ? On va lire . Voici le compagnon de la veillée , le livre
commencé l'autre soir . Et qui fera la lecture ? Vous , évidem
ment. Le père est un peu las, peut-être, ou songeur, comme
sont les pères ; il vous cède la place . La mère, la grande
sœur, s'il y en a, ont en main quelque ouvrage de femmes ;
lire les dérangerait, mais elles écoutent volontiers . Allons ,
l'écolier, à vous le rôle actif * . Voici le moment de faire voir
qu'on a appris quelque chose à l'école . Prouvez que vous
savez lire, j'entends lire à haute voix , d'une manière claire ,
intelligible *, agréable . Placez-vous donc près de la lampe ,
dans le cercle de lumière de l'abat-jour . Et maintenant, que
petits frères et petites sœurs soient sages et fassent silence !
On écoute.
Mots expliqués.
A vous le rôle actif : C'est vous qui devez agir, faire quelque
chose ; ici le rôle actif consiste à lire tout haut.
Lire d'une manière intelligible : Comme une personne intelligente
qui comprend et qui fait comprendre le morceau.
Questions et Analyse des idées.
1. Qui vous a appris à lire ? 2. Quelles sont les deux manières de
lire? - 3. A quel moment se fait surtout la lecture en famille ?
4. Pourquoi est-ce une chose charmante ? - 5. Qui doit lire dans ce
cas? et comment? 6. Quelles sont les trois parties de ce morceau
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites le tableau d'une veillée avec un écolier lisant à haute
voix pour tout le monde.
84 LECTURES PRIMAIRES .
DÉCEMBRE MORALE
ge Semaine. La Famille.
42 . ――――――― L'Adoption .
La vie des pêcheurs est pleine de dangers. Le poète nous peint ici une famille
dont le père rentre de la pêche après une nuit de tempête. Il n'a pas pris de
poisson. Mais la famille des voisins est bien plus malheureuse encore. Le père,
autrefois noyé ; la mère qui élevait les deux enfants est morte pendant la nuit.
Que vont devenir les deux orphelins?
La porte tout à coup s'ouvrit , bruyante et claire,
Et fit dans la cabane entrer un rayon blanc .
Et le pêcheur, traînant son filet ruisselant,
Joyeux, parut au seuil, et dit : « Me voici, femme ! >>
Il montrait sur son front , qu'éclairait l'âtre * en flamme ,
Son cœur bon et content, que Jeannie éclairait :
« Je suis volé, dit-il , la mer, c'est la forêt.
- Quel temps a-t-il fait ? -Dur. Et la pêche ? - Mauvaise .
Mais , vois-tu , je t'embrasse, et me voilà bien aise .
Je n'ai rien pris du tout. J'ai troué mon filet .
Le diable était caché dans le vent qui soufflait .
Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre * ,
J'ai cru que le bateau se couchait, et l'amarre
A cassé . Qu'as-tu fait, toi , pendant ce temps-là ? »>
Jeannie eut un frisson dans l'ombre et se troubla :
« Moi , dit-elle . Ah ! mon Dieu ! rien ; comme à l'ordinaire ,
J'ai cousu . J'écoutais la mer , comme un tonnerre,
J'avais peur. ― Oui , l'hiver est dur, mais c'est égal . »
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : « A propos , notre voisine est morte .
C'est hier qu'elle a dû mourir, enfin , n'importe,
Dans la soirée , après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants , qui sont petits ;
L'un s'appelle Guillaume, et l'autre Madeleine ;
L'un qui ne marche pas , l'autre qui parle à peine .
La pauvre bonne femme était dans le besoin . >>
L'homme prit un air grave , et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat, mouillé par la tempête :
L'ADOPTION. 85
« Diable ! diable ! dit-il en se grattant la tête ,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois . Comment allons-nous faire ?
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez .
Femme, va les chercher . S'ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur, tout seuls avec la morte.
C'est la mère, vois-tu , qui frappe à notre porte .
Ouvrons aux deux enfants . Nous les mêlerons tous * ,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et sœur des cinq autres.
Moi, je boirai de l'eau * , je ferai double tâche ,
C'est dit. Va les chercher. Mais qu'as-tu ? ça te fàche ?
D'ordinaire, tu cours plus vite que cela.
Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà ! »
V. HUGO. La Légende des Siècles.
Mots expliqués .
Atre Partie de la cheminée où l'on fait le feu.
Tintamarre Grand bruit avec désordre.
Nous les mêlerons tous : Nous les élèverons tous ensemble.
Cela Les enfants, expression familière et pleine de bonté.
Je boirai de l'eau : Par économie . Comme il y aura deux enfants
de plus à élever, les dépenses seront plus grandes ; il faudra donc
économiser et travailler davantage.
Questions et Analyse des idées.
1. Faites le portrait du pêcheur. - 2. D'où vient-il? - 3. A-t-il
fait une bonne pêche ? - 4. Pourquoi? -5 . Qu'a fait pendant ce temps
la femme du pêcheur ? ― 6. Chez qui est-elle allée ? - 7. Qu'annonce
t-elle à son mari? - 8. Que conseille le mari à sa femme? 9. Quel
est le sentiment qui le pousse à agir ainsi ? - 10. Quelle noble action
ont accomplie ces braves pêcheurs ? 11. Pourquoi leur action est-elle
si méritoire ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites le même récit en prose.
2. Réflexions que vous suggère cette lecture.
86 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE HISTOIRE
ge Semaine. Inventions et découvertes au xve siècle.
43. -- Découverte de l'Amérique
par Christophe Colomb (1492 ).
Au XIV° siècle, nous avons vu Marco-Polo découvrir une partie de l'Asie. Au
xv et au xvi° siècle, les découvertes sont nombreuses et importantes : on fait
le tour de l'Afrique, de l'Inde, et on met le pied sur le continent américain.
Trouver le chemin de l'Inde par l'est fut l'idée de tous les
navigateurs portugais ; le trouver par l'ouest fut l'idée de
Colomb.
On avait vu les flots apporter de l'Occident des bois
azu
Do
ens wi
Christophe Colomb découvre l'Amérique.
sculptés , des arbres déracinés. Il s'agissait donc de joindre
le continent Indien sans tourner l'Afrique, en traversant
l'Atlantique jusqu'alors inexploré
Colomb présenta son projet au Sénat de Gênes , qui le
repoussa comme le rêve d'un fou ; au roi de Portugal ; au
roi d'Angleterre , enfin aux souverains d'Espagne, Isabelle et
Ferdinand, qui refusèrent longtemps de l'écouter.
DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE PAR CHRISTOPHE COLOMB. 87
Les savants de l'époque lui faisaient des objections ter
ribles : « Comment vous tiendrez-vous la tête en bas ? Com
ment remonterez-vous à la surface convexe du globe ? >>
Cependant la reine Isabelle comprit Colomb . Elle fit le sacri
fice de 100 000 livres, et trois pauvres vaisseaux , la Sainte
Marie montée par Colomb , la Pinta et la Nina par les frères
Pinçon, partirent le 3 août 1492 du port de Palos ; ils relâ
chèrent aux Canaries, et c'est en quittant ces îles qu'ils se
lancèrent dans l'inconnu.
On cingla vers l'est durant trois semaines . A plusieurs
reprises, des oiseaux , de grandes herbes , firent croire qu'on
approchait d'une terre, mais ces espérances s'évanouissaient
comme celles du voyageur trompé par le mirage du désert.
On allait toujours ; mais à mesure qu'on s'éloignait du monde
connu pour s'enfoncer dans l'immensité *, l'inquiétude , la
terreur s'emparaient des esprits . Bientôt l'équipage se
révolte , veut retourner, et Colomb ne l'en dissuade qu'à
force de fermeté . Enfin , dans la nuit du 11 octobre un ma
telot de la Pinta, qui était en avant cria : « Terre ! » et, au
point du jour, les Espagnols découvrirent une île délicieuse .
Ce n'était pas l'Inde , c'était tout un continent que Colomb
venait de découvrir.
Il fit encore trois autres voyages . Mais la jalousie s'attacha
à ce grand homme et attrista sa vieillesse.
V. DURUY (Historien. Ministre de l'Instruction publique sous
le 2º Empire. ) Histoire Moderne. [Hachette et Cie, édit. ]
Mot expliqué .
S'enfoncer dans l'immensité : Aller toujours de l'avant vers un
pays inconnu et qui paraît immense.
Questions et Analyse des idées.
1. Quel pays cherchaient les navigateurs du xv° siècle, et quelle route
voulaient-ils prendre? - 2. Quelle fut l'idée de Colomb ? — 3. Qui lui
fournit les moyens de l'exécuter ? - 4. Racontez le voyage de
Colomb? ――――― 5. Comment termina-t-il sa vie ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez la découverte de l'Amérique et copiez sur votre
géographie une petite carte pour la faire mieux comprendre.
88 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
ge Semaine. Grands spectacles de la nature.
44. ―――――― Le naufrage de la «, Russie » .
Si la mer a sa grandeur et ses beautés incomparables, elle expose les marins
à de terribles dangers, et ce ne sont pas seulement les mers polaires, les océans
lointains qui sont à redouter. Tous les ans, sur nos belles côtes de France , il y
a des catastrophes provenant des rochers sous-marins invisibles, du brouillard
ou des limons de l'embouchure du Rhône.
Dans les premiers jours de janvier 1901 , la Russie
partait d'Oran avec 45 passagers , et son équipage de
32 hommes .
A peine le bâtiment eut-il quitté le port, qu'il fut assailli
par une épouvantable tempête . Il
arriva dans la nuit du dimanche au
lundi 7 en vue des côtes de France .
Sans que le capitaine s'en rendit
compte, le vent avait fait dériver
la Russie vers l'ouest ; on croyait
être en face de Marseille , on était
Le naufrage.
à l'embouchure du Rhône.
Brusquement la Russie s'arrête . Elle a donné en plein
dans les fonds de vase qui, recouverts d'un peu d'eau,
s'avancent jusqu'assez loin de la côte.
Comment dépeindre la stupeur du capitaine et de son
équipage, l'anxiété des passagers, dont beaucoup sont des
femmes et des enfants ?
La Russie est là, immobilisée , sous le vent furieux, en ✓
proie à la rage des lames qui font retentir de leurs chocs
les flancs du bâtiment . Nul moyen de sauvetage sur cette
côte, la plus déserte et la plus inhospitalière de France . Et
les heures passent, tandis que sous le poids de l'eau qui
entre dans la cale, la Russie s'enfonce de plus en plus dans
la vase .
Il est plus de midi quand les passagers aperçoivent un
canot qui s'éloigne du rivage. Quelle joie pour eux ! Voici
1
LE NAUFRAGE DE LA « RUSSIE ». 89
l'aide attendue ! Dix pêcheurs ont pris place dans une
barque ; dix braves de Carro se risquent sur la mer
démontée. Un moment ils tiennent bon sur les crêtes écu
mantes.... Mais que peuvent leurs vingt bras réunis contre
les vagues immenses et pressées qui les balancent et les
rejettent, impuissants, à la côte ? Ils s'acharnent en vain . La
mer est plus forte que leur courage . Il leur faut remettre
une nouvelle tentative au lendemain , car déjà la nuit tombe,
la nuit qui accroît l'épouvante des naufragės .
Cependant la nouvelle du naufrage s'est répandue sur la
côte . De Marseille arrivent des secours . Mais aucun vaisseau ,
aucun remorqueur ne peut approcher de la Russie, tant à
cause de la tempête qui rendrait l'abordage périlleux , qu'à
★
cause du fond de vase dans lequel s'enliserait aussi la quille
du bateau sauveteur .
On lance des amarres ; elles ne vont pas assez loin.
La nuit , l'horrible nuit, la seconde depuis que le navire est
échoué, revient tendre son voile sur l'immensité . Et le len
demain matin, 9 janvier , la situation est toujours la même !
Les heures passent ; l'accalmie ne se produit point . A Mar
seille, à Paris, dans toute la France , l'anxiété croît d'heure en
heure. L'amiral Besson télégraphie au Ministre de la Marine :
<< La mer est très grosse, nombreuses victimes probables » .
On s'attend partout à recevoir la nouvelle du plus complet
et du plus navrant des désastres.
HENRI DE NOUSSANNE. (Écrivain contemporain. )
Les Grands Naufrages. [Hachette et Cie, édit.
Mots expliqués .
Carro Petit village de pêcheurs .
S'enliser : S'enfoncer dans la vase sous l'eau.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles sont les principales causes des naufrages ? - 2. Racontez
le voyage de la Russie. - 3. Pourquoi ce vaisseau s'enlisa-t-il dans
les sables du Rhône ? - 4. Quelles tentatives fit-on pour le sauver?
Devoir (Élocution et Rédaction).
A quels dangers sont exposés les marins ? (Donner quelques
explications : glaces des mers polaires ; ouragans ; récifs ; brouillard, etc.)
90 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
ge Semaine. Grands spectacles de la nature.
45.-Sauvetage des passagers de la « Russie »> .
Cependant les marins de Carro étaient sur la côte prêts à
profiter de la moindre accalmie.
Dans l'après-midi du 9 janvier, ils se lancent pour la
seconde fois sur les vagues à travers un éclaboussement
d'écume. Vingt fois roulés par les flots, vingt fois ils
remontent à l'assaut des masses liquides qui s'écroulent sur
eux ; ils approchent enfin . Mais ils ne peuvent aborder leur
embarcation serait réduite en miettes contre le bâtiment
échoué. Ils sont à portée de voix . On leur crie que nul n'a
encore péri, et qu'on souffre seulement de la faim . Ils
lancent habilement l'extrémité d'une corde et reviennent à
force de rames . Dans leur sillage le précieux lien se dé
roule , s'allonge , espoir croissant de sauvetage. Ils arrivent à
la côte . L'union est désormais établie entre l'épave et la terre
ferme , et tout le monde va être sauvé.
A nouveau, la furie des flots se réveille . La corde casse !
Un double cri de désespoir s'élève , du bâtiment à demi
submergé et du rivage…….. Et quant à recommencer tout de
suite un aussi périlleux effort, impossible.
Sur l'épave, on essaie de construire des radeaux . Mais la
mer les enlève au fur et à mesure et en disperse les débris
au large ....
Et pour la troisième fois , la nuit redescend sur cette scène
dont l'horreur croît avec la durée . Une nuit de ténèbres
opaques et de rafales glacées . La coque de la Russie geint
douloureusement, mais les clameurs de la mer dominent les
plaintes de l'épave et les appels des passagers .
Aux premières clartés du jour, les marins de Carro se con
sultent du regard . Ils se sont compris. Ils poussent leur
barque, et, s'y jetant ensemble, la livrent à la première lame
SAUVETAGE DES PASSAGERS DE LA « RUSSIE ». 91
qui, en se retirant , l'enlève comme une proie .... La barque
reparaît avec ses vaillants, et, tantôt bondissant au sommet
des vagues, tantôt redescendant au fond des gouffres tourbil
lonnants , ils rament, ils rament , ivres d'héroïsme .
Enfin, d'un élan, ils frôlent l'avant de la Russie. On leur
lance une amarre. Ils la saisissent, ils repartent.
L'amarre se rompt !
Mais cette fois les lutteurs s'acharnent et ils triomphent,
car l'amarre est reconquise. Ils reviennent vers la terre en
combattant à coups de rames . L'amarre est solidement fixée
au sol , la communication est enfin assurée avec le vaisseau
naufragé .
Soudain pour la troisième fois le câble se brise !...
....Ce n'est que le lendemain après de nouveaux efforts
que les héroïques marins de Carro et des Saintes-Maries
réussirent à assurer définitivement la communication entre
la Russie et la terre, et que le sauvetage des passagers put
commencer ceux-ci étaient à bout de forces , transis de
froid, à demi morts de faim.
Ainsi , une douzaine de modestes pêcheurs, après une
lutte surhumaine * contre la mer , avaient sauvé la vie de
près de 80 personnes , risquant à chaque instant la leur, pro
voquant l'admiration et la reconnaissance universelle .
HENRI DE NOUSsanne.
Mots expliqués .
Ténèbres opaques : Nuit très sombre, où l'on ne voit pas plus qu'à
travers un corps opaque .
Surhumain : Au-dessus de l'homme, au-dessus des forces humaines.
Questions et Analyse des idées.
1. Que firent les marins le troisième jour? - 2. Que firent les
marins le quatrième jour ? 3. Quand et comment réussirent-ils à
relier le bateau à la côte? --- 4. Comment appréciez-vous la conduite
des pêcheurs de Carro et des Saintes-Maries.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez le naufrage et le sauvetage de la « Russie » (ou
d'un autre vaisseau d'après vos lectures personnelles).
92 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE FRANÇAIS
10e Semaine. L'école et la famille.
46. - La lecture personnelle .
Il ne suffit pas de lire à l'école ; on s'intéresse surtout aux choses que l'on a
apprises seul, et pour cela il faut connaître de bonne heure le chemin de la
bibliothèque scolaire ou communale.
Lire seul, c'est encore un art. Aux heures de la classe,
vous lisez, vous étudiez assidûment * . ―― Il le faut ; on ne
devient pas un homme ――――― j'entends un homme instruit
sans quelque peine. ――― Mais on ne peut pas travailler tou
jours avec tant d'application ; et vos parents, vos maîtres
l'ont bien compris, puisqu'ils vous accordent chaque jour
des heures de repos , et de plus , chaque semaine, deux jours
presque entiers, deux jours sur sept ! Jouez donc, et courez,
à ces heures , à ces jours-là ; faites un exercice qui vous
mette « le sang en mouvement et le cœur en joie » .
Mais quoi ! on ne peut pas toujours jouer non plus . N'avez
vous pas senti parfois le besoin d'une distraction moins
bruyante, le désir d'être un peu seul et tranquille ?
Que j'aimerais vous voir alors vous promenant dans
quelque lieu paisible, au jardin , ou mieux encore par les
sentiers des champs, tenant en main un de vos livres , repas
sant la leçon de la veille , étudiant celle du lendemain !
Une agréable manière d'apprendre ses leçons , je vous
assure . On lit, on étudie, mais sans trop d'efforts d'attention .
On ne craint pas de lever un instant les yeux ; on marche,
puis on s'arrête , on s'assied ; on regarde autour de soi , on
écoute un oiseau qui chante ; on laisse aussi se promener un
peu ses pensées . On s'est distrait un peu de sa lecture ,
mais on y revient ; on ferme le livre, puis on le rouvre . Et
ce qui est appris est appris. C'est l'étude à travers champs :
tenez , appelons cela, si vous voulez , l'école buissonnière * .
-Charmante, mon enfant, celle-là ; c'est la bonne , c'est la
vraie non pas l'autre....
Mais vous n'êtes pas obligé de ne jamais prendre pour
LA LECTURE PERSONNELLE. 93
compagnon de promenade que votre livre de classe . Qui vous
empêche d'emporter un autre jour avec vous quelque livre
instructif à la fois et agréable, un livre d'histoire , par
exemple, ou d'histoire naturelle ; un livre de voyages - c'est
une attrayante lecture ; - ou même quelque simple récit, s'il
est bien écrit , fait pour votre âge , capable de faire naître en
votre esprit de bonnes pensées, en même temps qu'il plaira
à votre imagination?
Même si vous habitez une grande ville , l'occasion se pré
sentera * bien, une fois ou l'autre, de réaliser ces projets que
nous faisons ; si vous demeurez à la campagne ou dans une
petite ville, ce sera presque chaque jour, du moins dans la
belle saison ; cela deviendra bientôt la plus heureuse habi
tude de votre existence d'adolescent. - Et si je vous vante
ainsi les jouissances de la lecture, si je tiens tant à vous
enseigner cet art de mêler ensemble deux choses excellentes ,
l'exercice du corps et l'exercice de l'esprit, de charmer vos
promenades * d'écolier avec un plaisir d'homme , c'est que
j'en ai fait l'expérience , moi qui vous parle .
O mes promenades errantes, mes libres lectures à travers
bois ! O mes chers livres, mes amis et mes compagnons ! Le
bon plaisir, si vous saviez , les douces heures ! Ce sont là mes
meilleurs souvenirs de ce temps où j'avais votre âge.
Mots à expliquer.
Expliquez les expressions : étudier assidûment ; faire l'école buis
sonnière ; l'occasion se présentera ; charmer vos promenades .
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi ne peut-on pas toujours travailler ? - 2. Quels sont les
moments de repos pour l'écolier ? -— 3. Quel moyen l'auteur vous con
seille-t-il pour apprendre quelquefois vos leçons et pour vous dis
traire? - 4. A quel souvenir fait-il appel lui-même ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Quels sont les avantages de la lecture personnelle?
2. Racontez une de vos dernières lectures parmi celles qui
vous ont le plus intéressé.
94 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE MORALE
10e Semaine. La famille.
47 . Les deux petits abandonnés .
Dans la famille, les plus grands protègent les plus petits, et se privent au
besoin pour eux.
Il y avait dans le jardin du Luxembourg deux enfants qui
se tenaient par la main . L'un pouvait avoir sept ans, l'autre
cinq. La pluie les ayant mouillés , ils marchaient dans les
allées du côté du soleil ; l'aîné conduisait le petit ; ils étaient
en haillons * et pâles . Le plus petit disait : « J'ai bien faim. »>
L'aîné , déjà un peu protecteur * , conduisait son frère de la
main gauche et avait une baguette dans sa main droite.
Les deux petits abandonnés étaient parvenus près du
grand bassin ; ils se tenaient derrière la baraque * des
cygnes.... Presque au même instant que les deux enfants ,
un autre couple s'approchait du grand bassin . C'était un
bonhomme de cinquante ans qui menait par la main un
bonhomme de six ans . Sans doute le père avec son fils . Le
bonhomme de six ans tenait une grosse brioche . Les deux
petits pauvres regardèrent venir ce « monsieur » et se
cachèrent .
Le père et le fils s'étaient arrêtés près du bassin où s'ébat
taient les deux cygnes .
Le fils mordit la brioche, la recracha, et brusquement se 1
mit à pleurer.
« Pourquoi pleures-tu ? demanda le père.
- Je n'ai plus faim, dit l'enfant.... _______ Mon gâteau
m'ennuie.
Tu n'en veux plus ?
―――――― Non .
― Jette-le aux cygnes . »
L'enfant hésita . On ne veut plus de son gâteau , ce n'est
pas une raison pour le donner.
LES DEUX PETITS ABANDONNÉS . 95
Le père poursuivit : « Sois humain . Il faut avoir pitié des
animaux . >>
Et, prenant le gâteau , il- le jeta dans le bassin . Le gâteau
tomba assez près du bord .... - « Rentrons, » dit le père....
Cependant, en même temps que les cygnes , les deux petits
errants s'étaient approchés de la brioche. Elle flottait sur
l'eau . Le plus petit regardait le gâteau ; le plus grand regar
dait le bourgeois qui s'en allait.
Dès qu'ils ne furent plus en vue , l'aîné se coucha vive
ment à plat ventre sur le rebord arrondi du bassin , et, s'y
cramponnant de la main gauche, penché sur l'eau , presque
prêt à y tomber, étendit avec sa main droite sa baguette vers
le gâteau. Les cygnes se hâtèrent. Comme ils arrivaient, la
baguette toucha le gâteau . L'enfant donna un coup vif,
ramena la brioche , effraya les cygnes, saisit le gâteau et se
redressa.
Le gâteau était mouillé, - mais ils avaient faim et soif.
L'aîné fit deux parts de la brioche, une grosse et une petite,
prit la petite pour lui, et donna la grosse à son petit frère.
VICTOR HUGO, Les Misérables.
Mots expliqués .
Haillons : Vêtements en mauvais état.
Protecteur Celui qui protège quelqu'un.
Baraque Petite cabane en planches .
Questions et Analyse des idées.
1. Faites le portrait des deux enfants (âge, costume, situation).
2. Qui vint également près du bassin ? 3. Dépeignez les nouveaux
venus (âge, aspect). - - 4. De quoi se plaint l'enfant? - 5. Que fait le
père? - 6. Que font alors les deux enfants malheureux? - - 7. Comment
l'aîné s'arrangea-t-il pour attraper la brioche? - 8. Qu'a voulu nous
montrer Victor Hugo dans ce morceau ? — 9. Indiquez les endroits où
se montre le mieux l'amour du grand garçon pour son jeune frère.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2 Développez par écrit la question 8.
96 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE HISTOIRE
10e Semaine. La civilisation au moyen âge.
48. - Les manuscrits d'autrefois .
Nous ne songeons pas, en voyant aujourd'hui tant de livres, et si commodes,
combien il était difficile d'en avoir autrefois. Reportons-nous par la pensée aux
XIV et xv siècles, avant la découverte de l'imprimerie.
C'est dans le lieu le plus retiré , le plus renfermé du vaste
édifice près du cloître, une petite salle voûtée avec de hautes
fenêtres étroites . Entrez-y avec moi par la pensée . Ici un
silence solennel , froid et triste . Dans l'embrasure de chaque
fenêtre, une table inclinée en forme de pupitre : à sa table
est assis le copiste .
Il a devant lui, dressé contre un appui , le livre qu'il doit
copier ; sous sa main , des feuilles blanches de parchemin ,
des plumes d'oie , et aussi des plumes de corbeau pour les
traits les plus déliés . Près de lui l'écritoire * contient non
seulement de l'encre noire, d'un beau noir vif et net, mais
aussi de l'encre rouge et de l'encre bleue . D'une main
patiente, d'un mouvement égal , il trace les lignes d'écriture .
Les lettres , au xive siècle , sont formées d'un trait large , plein ;
l'écriture a des angles marqués : elle est à peu près sem
blable à cette écriture de fantaisie que nous appelons
gothique . Les abréviations * , les mots écrits à moitié seule
ment y sont très communs.
Certains mots , certains signes que l'on voulait faire remar
quer davantage, des titres de chapitres , des lettres initiales
s'écrivaient en couleur bleue ou rouge , rouge le plus souvent.
Cette habitude de tracer en rouge certaines parties du texte
s'est conservée très longtemps , même jusqu'à nos jours, dans
certains livres imprimés, par imitation des manuscrits de
là le nom de rubriques donné aux titres et indications dis
tinguées de cette manière du courant de l'écriture ou du
texte imprimé , et qui signifie caractères rouges. Le copiste se
plaisait parfois à orner de quelques traits de plume les
LES MANUSCRITS D'AUTREFOIS. 97
grandes lettres initiales . Sur la première page du livre
l'auteur ou le traducteur, quelquefois le copiste, s'est fait
représenter offrant son ouvrage à quelque prince, à quelque
grand seigneur .
Le livre ensuite était relié ; les feuilles de parchemin soli
dement cousues, une couverture y était appliquée , le plus
ordinairement de parchemin , aussi ornée de dessins en cou
leur ou dorés, parfois de cuir ; les plus grands volumes
avaient souvent une couverture de bois . De jolies agrafes de
métal servaient à tenir le livre fermé : c'étaient les fermoirs.
Les livres, que ces moines écrivaient de leur plus belle
écriture, ornaient des plus brillants dessins , protégeaient de
couvertures à fermoirs d'argent et renfermaient dans de
riches étuis, c'étaient, comme vous le pensez bien , des livres
d'église des Bibles, des Évangiles, des Missels , des livres
d'Heures , des Vies des Saints . On en cite qui ont dû coûter
cinquante ou même cent mille francs de notre monnaie . Mais
c'étaient là des exceptions, des livres de luxe . Un manuscrit
plus simple, une Bible très ordinaire copiée ainsi à la main ,
avec lettres ornées et miniatures , valait encore de 2000 à
6000 francs.
Mots expliqués .
Écritoire : Petit ustensile qui contient ce qu'il faut pour écrire.
Gothique Qui vient des Goths. Nom donné à l'architecture, à l'écri
ture du moyen âge.
Abréviation Suppression de lettres dans un mot.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce qu'un manuscrit ? —2. Ne vous arrive-t-il pas d'en faire ?
3. Quels sont les modèles que vous prenez? 4. Sur quoi copiez
vous? - 5. Comment faisait le copiste? — 6. Où était-il ? 7. Avec
quoi écrivait-il ? ·- 8. Sur quoi ? -9. Que faisait-on des manuscrits ? -
10. Avaient-ils une certaine valeur? - 11. Comment les reliait-on ? ---
12. Quand n'a-t-on plus fait de manuscrits ? 13. Pourquoi ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez comment s'y prenait un copiste pour faire un
manuscrit.
2. Expliquez pourquoi les manuscrits, au moyen âge,
étaient si chers et pourquoi on n'en fait plus aujourd'hui.
LECT. PRIM. 7
98 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLE'S
10e Semaine. Inventions et découvertes.
49. - Invention de l'imprimerie .
L'invention de l'imprimerie est si importante, qu'elle a transformé le monde.
Mais quelles difficultés l'inventeur n'eut-il pas à surmonter? Vous savez déjà
que cet inventeur s'appelait Gutenberg et qu'il travaillait à Strasbourg.
« Eh quoi ! de petites lettres mobiles que l'on peut grou
per de différentes manières pour former des mots , des
phrases, mais c'est une chose
toute simple ! >>
Oui, toute simple . Une chose
est toujours simple quand elle est
inventée. C'est quand il faut la
trouver qu'elle est difficile. Eh
bien, de toutes les découvertes
Etla ImuiteFi qui ont été faites depuis l'inven
tion de l'écriture, il y a des mil
liers d'années , aucune n'a produit
des effets plus importants. Ces
petites lettres allaient tout chan
ger par le monde....
Et d'ailleurs, si l'idée en elle
même était simple, ne croyez pas
qu'elle fût facile à mettre en
œuvre, surtout dans ce temps-là .
Il fallut bien des essais , bien des -
> efforts , beaucoup de travail . Il
Statue de Gutenberg à Strasbourg .
fallait aussi de l'argent pour faire
fabriquer tous les outils nécessaires. Or, Gutenberg n'était pas
riche. Que fit-il ? Il chercha de l'aide . Il s'associa d'abord avec
Jean Riffe, André Heilmann , André Dritzehen, des hommes
courageux et ingénieux aussi , qui lui prêtèrent de l'argent
et l'aidèrent à faire ses essais . Tous ensemble ils travaillaient
avec ardeur. Ils étaient près de réussir lorsque André Dritze
hen mourut.
GUTENBERG. 93
André Dritzehen avait des frères : ceux-ci firent un procès
å Gutenberg pour l'obliger à rendre la part d'argent que
leur frère mort lui avait prêtée. Gutenberg est ruiné . Il lui
reste seulement sa presse , quelques outils, des ouvrages
commencés.... Que faire? Il n'a plus d'argent . Avec le peu
qui lui reste, il quitte Strasbourg, où il a été si malheu
reux, et revient à Mayence , sa ville natale .
Gutenberg n'avait pas complètement réussi . Et c'était une
chose très difficile, en effet, que de fabriquer ces petites
lettres mobiles et de les ajuster * convenablement . Tout
d'abord il avait essayé d'en faire en bois : mais elles s'usaient
trop vite, elles se brisaient, se tordaient... le bois n'était
pas assez solide . Il pensa qu'il fallait les faire en métal . Mais
quel métal ? Le fer était trop dur ; le plomb était trop mou .
Gutenberg essaya plusieurs alliages de métaux différents .
Et comment les façonner, ces lettres? Il les fit d'abord
sculpter à la main, comme on sculptait les lettres de bois .
Mais le travail était trop long et trop coûteux . Il fallait trou
ver un moyen de fondre ces lettres dans des moules , afin
d'en façonner un grand nombre , sans trop de dépense . Et
juste au moment où il allait réussir sans doute, il lui arrive
le malheur que vous savez . S'il se fût découragé , son inven
tion était perdue¹ ....
Mot expliqué.
Ajuster Placer un objet juste à côté d'un autre, le souder.
Questions et Analyse des idées.
1. Où est la statue de Gutenberg? 2. Quelle est la pose dans
laquelle il est représenté ? - - 3. Que tient-il à la main? ―――- 4. Quelle a
été l'invention de Gutenberg? - 5. Montrez quelles difficultés il y avait
pour arriver à cette invention.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Parlez de la découverte de Gutenberg et racontez les pre
miers déboires qui contrarièrent ses projets.
1. Heureusement Gutenberg ne se découragea pas.
100 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
10e Semaine. Inventions et découvertes.
50. Le papier.
Le papier, d'un usage si courant aujourd'hui, n'est connu que depuis
quelques siècles. On a commencé à le fabriquer un peu avant la découverte de
l'imprimerie.
Sur les bords marécageux du Nil, croît en abondance une
plante qui ressemble à un roseau . Si l'on coupe un tronçon
de la tige et qu'on enlève l'écorce verte et dure qui la pro
tège, on trouve au-dessous une autre sorte d'écorce presque
blanche, tendre , formée de fibres délicates. Cette écorce
intérieure est disposée en couches superposées que l'on peut
aisément séparer. Séchée et pressée, elle prend l'apparence.
d'un tissu , ou plutôt d'un feutre très fin . On en fit des
feuilles minces , légères, blanches et assez fortes pour que
l'on pût y tracer des caractères au moyen d'un pinceau ou
d'un roseau taillé en plume .
Les Égyptiens nommèrent ces feuilles papyrus comme la
plante d'où elles provenaient , et vous voyez que ce nom
s'est conservé jusqu'à nous , qui avons seulement changé le
mot papyrus en papier.
Le papier du papyrus est très délicat , facile à déchirer, à
casser. En plusieurs pays , notamment dans le nôtre , on le
remplaça par des peaux de jeunes animaux , principalement
de mouton et de chèvre , amincies , en retranchant un peu
de leur épaisseur du côté de la chair, puis poncées * et
polies c'est ce qu'on appelle parchemin . Nos plus anciens
livres furent écrits sur parchemin. Longtemps après l'inven
tion du papier dont nous nous servons aujourd'hui , on
continua d'employer le parchemin pour la rédaction des
actes notariés et autres pièces importantes. Le parche
min , en effet , bien plus fort que le papier, a plus de
chances de résister à toutes les causes de détérioration.
Aujourd'hui encore on l'emploie quelquefois pour écrire des
LE PAPIER . 101
documents auxquels on désire assurer une durée indéfinie .
Les Chinois et les Japonais furent les premiers à fabriquer
du papier avec des fibres de bambous, d'écorce de mûrier
et d'autres plantes réduites d'abord en une sorte d'étoupe
très fine , puis pilées , broyées avec de l'eau jusqu'à former
une pâte que l'on étendait en couches minces ; la pâte
séchée, lissée, devenait une sorte d'étoffe , de feutre végétal,
Quand leur secret fut connu en Europe , on essaya d'em
ployer cette sorte d'étoupe naturelle , le coton tel que l'offre
la plante . Avec de la ouate , on fit en effet du papier meilleur
que le papyrus, ce fut le premier vrai papier dont on se
servit dans notre pays .
Mais le coton importé de l'Orient était rare , le papier
très cher . Alors on imagina d'employer pour le fabriquer,
non plus des fibres neuves, mais des fibres déjà utilisées
sous forme de tissus. Les fibres neuves coûtaient cher ; les
tissus vieux, usés , les chiffons , n'avaient aucune valeur ; la
matière première du papier ne coûtait que la peine de la
ramasser au coin des rues , le chiffonnier devenait le pour
voyeur * des fabriques de papier.
Mots expliqués ,
Poncer Frotter, polir avec la pierre ponce, pierre spongieuse.
Actes notariés : Actes passés devant un notaire.
Pourvoyeur : Celui qui fournit, qui procure.
Questions et Analyse des idées.
1. Où trouve-t-on la plante appelée papyrus? - 2. Comment l'em
ployaient autrefois les Égyptiens? - 3. Par quoi remplaça-t-on le
papyrus des Égyptiens en Europe ? - 4. Avec quoi est fait le parche
min? ―――― 5. L'emploie-t-on encore aujourd'hui et pour quel usage ?
6. Avec quoi les Chinois et les Japonais fabriquèrent-ils le papier?
7. Comment fit-on en Europe? ―― 8. Avec quoi faisait-on le premier
papier dont on se servit en France ? 9. Avec quoi le fait-on surtout
aujourd'hui?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Sur quoi écrivait-on autrefois ? (Papyrus, parchemin, papiers
d'écorce. - Dites comment on les préparait et comment on s'en servait.
102 LECTURES PRIMAIRES.
DECEMBRE FRANÇAIS
11e Semaine. L'École et la Famille.
51 . La lecture à haute voix.
Savoir lire est bien. En faire profiter les autres est mieux encore.
Lire à haute voix, c'est tout un art... et pour tout art il
est des préceptes . La première règle de cet art, en deux
mots la voici : « Rien de forcé » . Point d'efforts de voix ;
il suffit d'être entendu, et si vous lisez plutôt un peu bas ,
vos paroles en seront plus distinctes et mieux comprises.
Surtout ne prenez pas un ton trop aigu , ce ton criard avec
lequel vous récitez vos leçons à l'école : mauvaise habitude ,
ce ton forcé qui fatigue vos poumons et votre larynx, brise
votre voix, agace les oreilles de vos auditeurs .
Et quel ton faut-il prendre pour lire comme pour réciter?
Le ton naturel de votre voix quand vous parlez tranquille
ment.
Pour vous donner le ton , je vais vous enseigner un petit
moyen très simple et dont personne ne s'apercevra : au
moment de commencer la lecture , dites à ceux qui vous
entourent quelques mots de conversation , de votre voix ordi
Laire, puis , tout de suite, commencez à lire et partez sur le
même ton : c'est le bon .
Et surtout n'allez pas trop vite ! ―――― A lire, c'est comme à
marcher, si vous allez vite, vous n'irez pas longtemps . Lire
vite fatigue extrêmement ; on n'a pas le temps de respirer,
on s'essouffle ; et ceux qui écoutent se fatiguent aussi , ils ont
peine à suivre et ne comprennent pas bien . ―――――― Or vous serez
toujours entraîné à lire trop vite , sans vous en apercevoir....
Défiez-vous donc et prenez plutôt un peu lentement . Inutile
d'ajouter qu'il faut s'arrêter aux points et aux virgules ; aux
virgules , un temps très court, juste le temps d'aspirer un
peu d'air ; aux points , un peu plus longtemps ; et aux ali
néas , plus longtemps encore .
LA LECTURE A HAUTE VOIX. .103
Une observation encore. Une personne qui parle ne pro
nonce pas tous les mots d'un ton parfaitement égal : la voix
- avez-vous fait cette remarque? - la voix appuie avec un
léger effort, monte sur certains mots, sur certaines syllabes ;
elle baisse sur d'autres . Ces différences de ton sont ce qu'on
appelle l'accent. Or cette façon de faire sentir plus ou moins
les mots aide singulièrement à comprendre .
Ainsi , le ton d'une phrase interrogative est tout autre que
celui d'une phrase affirmative ; souvent même le sens de la
phrase n'est marqué que par le seul accent. Suivant la ma
nière dont vous les prononcerez dans une conversation, ces
mêmes mots : « Il est venu ? >> - « Il est venu . >> ― ― ― ― ― ― ― « Il est
venu ! >» seront une question ou une réponse, une affirmation
paisible ou bien une exclamation d'étonnement .
Eh bien, pour la lecture il en est de même. Si vous lisiez
d'une voix toujours parfaitement égale et monotone * , savez
vous l'effet que cela produirait ? Au bout de quelque temps
tous vos auditeurs s'endormiraient à demi - ou même tout à
fait, comme des enfants que l'on berce avec une chanson....
Pour bien lire , il faut donc varier un peu le ton . Et l'accent
convenable pour chaque phrase, pour chaque mot, « le ton
qui fait comprendre » , vous viendra tout naturellement aussi,
en lisant comme en parlant, si vous pensez ce que vous dites ,
si vous comprenez ce que vous lisez .
Mot expliqué .
Monotone : D'une voix toujours la même, sur un seul et même ton.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est la première règle de l'art de la lecture à haute voix ?
- 2. Comment faut-il faire pour prendre le ton convenable quand on
Commence à lire? - 3. Comment faut-il respirer? -- 4. De quelle
Inanière peut-on bien faire comprendre aux auditeurs ce qu'on lit à
haute voix? ― Quel' enseignement avez-vous retenu de cette lecture ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites ce que vous vous proposez de faire quand on vous
demandera de lire à haute voix.
104 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE MORALE
11e Semaine. La famille .
52 . - La sœur aînée .
Que doivent faire les ainés de la famille pour les plus jeunes? Le poète va
nous le dire dans ces deux charmantes poésies consacrées l'une aux filles et
l'autre aux garçons .
Elle avait ses dix ans à peine,
Qu'on admirait dans la maison,
Dans la maison bruyante et pleine,
Sa bonne humeur et sa raison .
Toujours à bien faire occupée,
Ferme et vaillante avec douceur ,
Elle aimait, au lieu de poupée,
Et soignait sa petite sœur.
Elle arrangeait l'affreux bagage
De ses frères désordonnés * ,
Et de jolis nœuds , son ouvrage ,
Leurs cous rétifs * étaient ornés .
Et parfois, dans les cas suprêmes ,
A ses yeux vifs ayant recours,
Le père et la maman eux-mêmes ,
Avaient besoin de son secours .
Aimez-la bien , la sœur aînée ,
Retenez-la dans votre nid,
Car c'est pour vous tous qu'elle est née ,
Et votre père la bénit . VICTOR DE LAPRADE.
Poèmes civiques . [ Perrin et Cie, édit .
Le droit d'aînesse.
Avant 1789, l'aîné de la famille héritait des titres et des biens du père . C'était
le droit d'aînesse. Le poète nous montre ici un autre droit d'ainesse, fait
surtout de devoirs, qui est infiniment plus touchant et plus noble.
Te voilà fort et grand garçon,
Tu vas entrer dans la jeunesse ;
Reçois ma dernière leçon :
Apprends quel est ton droit d'aînesse.
LE DROIT D'AINESSE. 105
Pour le connaître en sa rigueur,
Tu n'as pas besoin d'un gros livre ;
Ce droit est écrit dans ton cœur....
Ton cœur ! c'est la loi qu'il faut suivre.
Ainsi que mon père l'a fait,
Un brave aîné de notre race
Se montre fier et satisfait
En prenant la plus dure place .
A lui le travail , le danger,
La lutte avec le sort contraire ;
A lui l'orgueil de protéger
La grande sœur , le petit frère .
Tu sais , dans notre humble héritage,
Tu sais le lot qui t'écherra
Et qui te revient sans partage.
Nos chers petits seront heureux ,
Mais il faut qu'en toi je renaisse ;
Veiller, lutter, souffrir pour eux………
Voilà mon fils , ton droit d'aînesse . VICTOR DE LAPRADE.
Le livre d'un père. [ Hetzel, édit.]
Mots expliqués.
Désordonné Qui n'a pas d'ordre, mal réglé.
Rétifs Se dit d'un animal qui s'arrête au lieu d'avancer. Sens
figuré Qui est difficile à conduire.
Questions et Analyse des idées.
1. Par quoi se faisait remarquer la sœur aînée ? ―――― 2. Pourquoi la
maison était-elle bruyante et pleine? 3. A quoi s'occupait la sœur
aînée? 4. Comment traitait-elle ses frères ? 5. Comment était-elle
encore utile à ses parents quand ils étaient tristes, malades, fatigués ?
- 6. Comment faut-il considérer la sœur aînée ? ―――――― 7. Que feriez-vous
pour elle? 8. Qu'était-ce que le droit d'aînesse ? - 9. Quel nouveau
droit d'aînesse nous montre le poète et pourquoi ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Quels sont les devoirs des frères et des sœurs les uns à l'égard
des autres ? (Résumé de votre leçon de morale sur ce sujet. )
106 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE HISTOIRE
11e Semaine. Inventions et découvertes.
53. ――――――― Gutenberg (1400-1468).
Après ses premiers déboires, Gutenberg recommença ses tentatives, et il finit
par triompher. Il avait quitté Strasbourg et il était venu à Mayence.
Arrivé à Mayence, Gutenberg chercha de nouveaux associés
qui voulussent bien lui prêter de l'argent et travailler avec
lui. C'est alors qu'il fit connaissance d'un orfèvre , riche et
avare, ingénieux cependant et $ intelligent, qui se nommait
Fust ou Faust. Ce Faust comprit tout de suite que l'invention
était excellente et il prêta à Gutenberg la somme nécessaire
pour ses travaux , mais il s'arrangea de manière à garder le
bénéfice pour lui tout seul.
Dans la maison de l'orfèvre , il y avait un jeune homme
instruit et laborieux, très habile copiste, nommé Pierre
Scheffer. Celui-ci , ayant eu connaissance des essais que son
maître Faust faisait avec Gutenberg, se mit à chercher de son
côté. Et tout d'abord il inventa une manière de fondre les
lettres beaucoup meilleure et plus rapide. Faust fut telle
ment ravi de cette découverte qu'il prit Scheffer en grande
amitié ; il l'associa avec lui-même et avec Gutenberg . Tous
trois alors se mirent avec zèle à perfectionner leurs pro
cédés ils commencèrent par imprimer non plus simple
ment de petits livres pour essais , comme l'avait fait Guten
berg, mais une bible , une grosse bible in-folio * en latin .
Cependant, Faust chercha querelle à Gutenberg et lui
reprit tous les outils, les livres imprimés : le pauvre inven
teur était encore une fois ruiné .
Heureusement il y avait à Mayence un riche bourgeois , in
telligent et instruit, le docteur Conrad Humery , qui estimait
beaucoup Gutenberg . Indigné de la conduite de Faust, il
offrit généreusement à Gutenberg tout l'argent dont celui-ci
aurait besoin pour recommencer ses travaux. Gutenberg
accepta, acheta de nouveaux outils , fit fabriquer des carac
GUTENBERG INVENTE L'IMPRIMERIE. 107.
tères , des presses, et se mit à imprimer des livres en grand
nombre. De leur côté, Faust et Scheffer continuèrent aussi
de travailler, en sorte qu'il y eut à Mayence deux imprime
ries au lieu d'une . Quelques années après , un grand malheur
survint la guerre ! La ville de Mayence fut prise et ravagée ,
les deux ateliers détruits . Les ouvriers de Gutenberg et ceux
qui travaillaient avec lui et connaissaient son art, les enfants de
Gutenberg, comme on les appela , s'enfuirent dans d'autres.
villes, où ils fondèrent de nouvelles imprimeries. Plus tard
Faust et Scheffer reconstruisirent la leur . Enfin , l'arche
vêque de Mayence, voulant honorer et récompenser le cou
rageux inventeur, lui fit une modeste pension . Gutenberg
vécut quelques années encore , puis mourut, non pas riche,
mais tranquille du moins et à l'abri de la misère .
Vous trouvez cette histoire bien simple, bien sérieuse,
assez triste même . Ah ! mon enfant, les hommes de science
et de travail, les inventeurs ont rarement une histoire gaie....
Leur vie est sérieuse comme leurs pensées . Ils ont de la
peine, des fatigues, des difficultés toujours ; du bonheur,
rarement ! Et tous ceux qui profitent de leurs idées et de
leurs travaux devraient avoir pour eux plus de reconnais
sance !
Mots expliquės.
In-folio Format d'un livre dont la feuille est pliée en deux, et ren
ferme par conséquent quatre pages.
Caractères Caractères d'imprimerie, lettres en métal .
Questions et Analyse des idées.
1. Après les malheurs survenus à Gutenberg dans sa première asso
ciation , se découragea-t-il ? 2. Comment le traita son nouvel associé
Faust? - 3. Qui vint en aide à Gutenberg? 4. Dites les qualités qu'a
montrées Gutenberg pendant toute sa vie. - 5. Quelles furent les
conséquences de sa découverte ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dans une lettre à un ami, montrez comment la découverte
de l'imprimerie a favorisé le développement de la civilisation.
- 108 LECTURES PRIMAIRES .
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
11e Semaine. Les choses de l'école.
54. ― Nos livres . Les gravures .
A côté du travail de l'imprimeur, il y a celui du graveur. Un livre n'est-il
pas beaucoup plus joli et plus intéressant lorsqu'il a des gravures ou images ?
Le graveur doit posséder deux talents : savoir dessiner et
savoir entailler le bois ou le métal de manière à y reproduire
un dessin.
Le bois que l'on grave doit être d'un grain uniforme ,
serré , dur . Le buis est à peu près le seul que l'on emploie.
A l'aide d'un burin * le graveur trace sur le bois le dessin à
l'envers * ; ce dessin , noirci à l'encre d'imprimerie , peut
donner ensuite un très grand nombre d'épreuves * .
Il y a un autre genre de gravure nommée gravure en
taille-douce, c'est-à-dire en tailles délicates . On l'exécute sur
des plaques de cuivre ou d'acier. L'acier est préférable
parce qu'il résiste à un fort tirage * , mais il est si dur , s
difficile à tailler , à graver, qu'on se sert bien plus souvent
du cuivre .
On trace d'abord le dessin sur la plaque de métal , puis
avec un burin triangulaire , très aigu , très tranchant , on suit
les traits du dessin en creusant sous chacun une rainure
plus ou moins large , selon que le trait est plus ou moins gros .
On obtient ainsi le dessin en creux . Avec un tampon de
cuir on fait entrer dans tous les creux de l'encre d'impri
merie , puis on nettoie la surface de la plaque . Sur le fond
brillant du métal on voit alors le dessin représenté par
l'encre qui remplit les creux.
Si l'on presse fortement sur cette plaque une feuille de
papier humide un peu épaisse , le papier s'appliquant exac
tement partout, l'encre des creux s'y attachera . La feuille
enlevée donnera une épreuve de la gravure, une reproduc
tion exacte de chaque coup de burin , une copie du dessin
dont le burin avait suivi les traits .
NOS LIVRES . LES GRAVURES. 109
Il y a une autre manière de graver sur cuivre : on
l'appelle gravure à l'eau-forte . L'eau-forte est un acide très
énergique (acide nitrique ou azotique) qui a la propriété de
dissoudre le cuivre . Un fragment de cuivre mis dans un
flacon de cet acide se dissout, disparaît ; mais du cuivre
recouvert d'un vernis n'est pas attaqué par l'acide.
Pour graver sur cuivre , on recouvre d'un vernis brun une
plaque bien polie . On trace sur ce vernis le dessin, puis, au
moyen d'une pointe d'acier, on enlève le vernis au-dessous
de chaque trait. On voit alors le dessin figuré par des traits
brillants de métal sur le fond sombre du vernis .
On arrange alors autour de la plaque un rebord de cire ,
de manière à en faire une cuvette . Dans cette cuvette impro
visée on verse de l'acide étendu d'eau pour qu'il ne morde
pas trop fort. L'acide attaque , dissout le cuivre mis à nu par
la pointe, et respecte tout le reste . Il creuse donc tous les
traits du dessin comme on aurait pu les creuser au moyen
du burin. Quand on juge que les creux sont assez marqués ,
assez profonds , on enlève l'acide , on nettoie la plaque, et
pour le tirage, on procède comme d'ordinaire .
Mots expliqués.
Burin Petit outil à lame étroite, plate ou triangulaire pour en
tailler le bois ou le métal.
A l'envers : De manière, par exemple, que les têtes du dessin qui
regardent à droite regardent à gauche sur la gravure.
Épreuves : Feuilles de papier qui , ayant été appliquées sur le bois
gravé et noirci, reproduisent le dessin .
Tirage Opération d'imprimerie ou de gravure, qui consiste à faire
passer l'une après l'autre des feuilles de papier sur les caractères
d'imprimerie, ou sur le bois, le métal, gravés et noircis.
Questions et Analyse des idées.
1. A quoi servent les gravures d'un livre? - 2. Quel talent doit pos
séder le graveur ? -- 3. Comment grave-t-on sur bois ? 4. Sur acier
et sur cuivre? - 5. A l'eau-forte ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Comment fait-on les gravures de nos livres?
110 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
11e Semaine. Les choses de l'école.
55. — La lithographie.
L'immense difficulté de la gravure au burin et la compli
cation de la gravure à l'eau-forte mettent toujours à un prix
Awakening
0
Presse à imprimer les lithographies.
très élevé les belles gravures. Un nouvel art , la lithographie,
est venu contribuer à populariser les œuvres des grands
peintres, en produisant à un prix relativement très bas des
dessins qui, pour la finesse du trait et la vigueur des tons ,
ne le cèdent guère aux gravures des meilleurs maîtres.
Inventée à la fin du xvIIe siècle par un artiste de Munich,
LA LITHOGRAPHIE. 111
Senefelder, elle a fait , depuis , d'immenses progrès en Alle
magne, en France et en Angleterre.
Le lithographe trace son dessin sur une pierre calcaire à
grain très serré , bien plate et parfaitement unie . Il se sert
d'un crayon fait avec du noir de fumée mélangé à une ma
tière grasse. Le dessin une fois tracé , on entoure la pierre
d'un rebord en cire, puis on l'attaque * avec de l'acide
nitrique étendu * d'eau, qui creuse légèrement la surface
partout où le crayon gras ne la soustrait pas à son action .
La pierre lavée est prête à recevoir l'encre d'impression .
Au moment d'imprimer, on mouille cette pierre avec une
éponge imbibée d'eau, puis on passe dessus un rouleau
chargé d'encre d'imprimerie. L'encre ne s'attache qu'aux
points recouverts de crayon gras , et qui sont légèrement en
relief ; les parties blanches , pénétrées par l'eau , ne la
prennent point. Il ne reste plus qu'à appliquer la feuille de
papier et à mettre sous presse.
L'impression renversant l'image , l'artiste doit faire son
dessin à l'envers , et écrire de droite à gauche , quand ce sont
des caractères d'écriture qu'il a à reproduire . Cette difficulté
existe aussi bien dans la gravure au burin et cesse d'en être
une pour une main exercée .
Les belles pierres lithographiques ne sont pas rares en
France ; on les tire surtout de Périgueux , de Châteauroux .
Mots expliqués.
On l'attaque : On verse dessus de l'acide nitrique.
Etendu Mélangé avec de l'eau.
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est l'avantage de la lithographie sur la gravure ? - 2. Qui
a inventé la lithographie ? - 3. Expliquez comment on procède pour
préparer la pierre lithographique? 4. Pour tirer les épreuves?
5. Quel plan a suivi l'auteur dans ce morceau
Devoir (Élocution et Rédaction).
En quoi consiste la lithographie ? ― (De quelle manière pro
cède-t-on? G Quels résultats obtient-on?)
112 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE FRANCAIS
12º Semaine. L'école et la famille.
56 . - Comment se fait un livre . Le travail
de l'auteur.
Pour écrire seulement un petit livre , combien il faut en
avoir lu de gros ! Surtout un ouvrage de science , un
ouvrage d'histoire , coûtent à leur auteur beaucoup de
recherches*. Prenons pour exemple un historien qui veut
écrire le récit d'un certain événement des temps anciens .
Il faut tout d'abord , n'est-ce pas , qu'il s'informe aussi
exactement que possible de la manière dont les choses se
sont passées, de la date, du lieu ; il faut qu'il connaisse la
façon de vivre et de penser , les idées et les mœurs des gens
de ce temps, pour pouvoir comprendre et juger leurs
*
actions. Pour cela , il devra compulser les auteurs de cette
époque. Or, les livres de ces auteurs anciens sont écrits en
des langues difficiles ... il faut qu'il connaisse ces langues.
Et ce n'est pas tout ; il faut qu'il recherche tout ce qu'il
peut trouver par ailleurs de documents, c'est-à-dire de
renseignements de toute sorte sur les choses dont il veut
parler . Cet homme de science a bien chez lui des livres ,
beaucoup de livres ; mais ils ne lui suffiraient pas. Il faut
qu'il passe des heures et des heures dans les grandes biblio
thèques publiques , où il peut trouver des livres rares et pré
cieux . Là , silencieux, recueilli , il lit , il examine , il compare ;
il prend des notes pour retrouver les faits, les idées , les
dates aussi, qu'il pourrait oublier. Il va aux archives , c'est
à-dire aux lieux où l'on conserve avec le plus grand soin
d'anciens papiers et parchemins * qui peuvent fournir des
renseignements utiles pour l'histoire . Il va étudier dans les
musées, où sont réunis , classés , exposés dans de vastes
salles les objets qui nous restent du temps passé des vête
ments, par exemple, des ustensiles, des outils , des armes ;
COMMENT SE FAIT UN LIVRE. LE TRAVAIL DE L'AUTEUR . 113
des dessins, des tableaux , des statues ; toutes choses qui
aident l'homme instruit à se faire une idée juste de la ma
nière de vivre , de travailler, de se battre, etc. , des hommes
dont il veut écrire l'histoire , de leurs goûts , de leurs
croyances et de leurs idées . S'il n'agit pas ainsi, cet historien,
s'il ne se donne pas toute cette peine, son livre n'aura ni
valeur, ni utilité . Les auteurs d'ouvrages d'imagination
n'ont pas tant de recherches à faire ; mais aussi , en
revanche, il faut qu'ils tirent tout de leur tête....
Et pour prix de tant de labeur , les auteurs gagnent-ils
beaucoup d'argent ? font-ils fortune ? - Non ; ou du moins
c'est rare. Les meilleurs même et les plus célèbres, avec le
produit de leur travail, vivent modestement, et c'est tout.
Mais pourquoi donc écrit-on alors? vous dites-vous peut
être en vous-mêmes, si cela coûte tant de peine et rapporte
―――――
si peu? Pourquoi on écrit ? On écrit pour enseigner et
pour persuader, et pour rendre son lecteur plus instruit,
meilleur, plus capable de comprendre le bien et le beau.
Mots expliqués.
Coûtent beaucoup de recherches : Il faut, avant de les écrire, lire
beaucoup d'autres livres, d'autres manuscrits, chercher dans les
endroits où l'on pourra trouver des renseignements .
Compulser Chercher dans un livre, feuilleter, étudier.
Parchemin Sorte de papier très fort, fait avec de la peau de
mouton ou de veau , sur lequel on écrivait les actes importants de la
vie d'un peuple, d'un homme.
Questions et Analyse des idées.
1. Que doit lire l'historien qui veut écrire un récit? --- 2. Où trouve
t-il les livres nécessaires ? ― 3. Quels documents doit- il se procurer?
- 4. Que trouve-t-il dans les archives ? dans les musées ? - - 5. Citez
un ouvrage d'imagination . - 6. Pourquoi écrit-on un livre ? — 7. A
quoi reconnaîtriez-vous qu'un livre n'a pas de valeur ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Écrivez une lettre à un ami ; dites-lui quels sont les livres
que vous avez déjà lus ; indiquez les meilleurs et les moins
bons, d'après votre jugement .
LECT. PRIM. 8
114 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE' MORALE
12e Semaine. Famille et domestiques.
57. - A une vieille servante .
Les serviteurs dévoués font véritablement partie de la famille. Ils nous sont
doublement chers, et à cause des services qu'ils nous rendent, et à cause de
l'amitié qu'ils nous portent. Aussi les cœurs vraiment bons les aiment-ils
sincèrement et ont-ils pour eux une tendre reconnaissance.
O ma vieille servante aux épaules penchées * ,
Toi qui savais si bien , quand j'étais tout petit,
Calmer en souriant mes douleurs épanchées ,
Toi qui vis partir ceux * que la mort engloutit,
Toi qui partageas tout, ma douleur et ma joie,
Toi que rien n'a lassée et dont le dévouement
Depuis trente-deux ans a marché dans ma voie * ,
Sans hésiter jamais, sans faiblir un moment ;
Toi qui respectas tout , injustice et caprice * ,
Du jour où tu m'as pris dans ton bras jeune et fort,
La lèvre humide encore du lait de ma nourrice ,
Le lendemain du jour où mon père était mort .
Toi qui, vieille à cette heure et par les ans courbée,
Restes auprès de moi comme un témoin vivant
De toute chose, hélas ! en passant succombée ,
De tout ce qu'ont brisé les jours en se suivant ;
Ton vieux cœur dévoué, sans tendresse importune * ,
Ignorant l'intérêt et les calculs méchants ,
A suivi ma mauvaise et ma bonne fortune
Pas à pas, m'entourant toujours de soins touchants !
Maxime du Camp. (Écrivain contemporain . )
[Hachette et Cie, édit. ]
Voici des sentiments analogues, exprimés par un autre poète , sur un ton
moins mélancolique, mais avec autant de cœur et de sincérité.
Les obscures vertus de l'âme ,
Le dévouement et la bonté,
A UNE VIEILLE SERVANTE. 115
Prêtent au front de l'humble femme
Je ne sais quelle majesté .
Av bruit des heures que balance *
La pendule de l'escalier ,
Tu vas et tu viens en silence ,
Faisant ton travail familier.
Va, je t'aime, âme simple et grande,
Toi qui ne sus jamais haïr :
Je t'aime, et moi qui te commande ,
Je me sens prêt à t'obéir .
JOSEPH AUTRAN. (Poète contemporain, 1813-1877 . )
La Vie rurale. [Calmann-Lévy, édit. ]
Le mot serviteur n'éveille plus la même idée qu'autrefois. Tout homme est
libre, et son travail est libre aussi . En travaillant pour un autre, il conserve
son entière dignité. S'il s'établit entre eux des liens d'affectueux dévouement
et de reconnaissante bienveillance, c'est tout à l'honneur de leur caractère et
de leurs sentiments.
Mots expliqués.
Épaules penchées : Au corps voûté par l'âge et le travail .
Ceux Mes parents .
Marché dans la voie : Qui m'a suivi, qui est toujours restée avec moi.
Injustice et caprice : Étant enfant, j'avais des caprices injustes et
tu les acceptais .
Tendresse importune : Tu m'aimais et me soignais sans avoir l'ar
rière-pensée de me flatter et de te faire payer davantage.
Au bruit des heures que balance : Comparaison prise du balancier
de la pendule.
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi l'auteur a-t-il de la reconnaissance envers sa vieille
servante. -- 2. De quelle manière la vieille servante avait-elle prouvé
son attachement. - 3. Comment a-t-elle vieilli ? 4. En quoi a con
sisté l'abnégation de la vieille servante ? 5. Quelles vertus vante l'au
teur dans le second morceau? - 6. Quel entiment éprouve-t-il
envers la vieille servante?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Mettre la première poésie en prose.
2. Quels devoirs a-t-on envers les domestiques ? Justice,
humanité, bienveillance, reconnaissance : 1° parce que ce sont des
hommes et des femmes ; 2° parce qu'ils nous rendent ou nous ont
rendu service.
116 LECTURES PRIMAIRES.
DÉCEMBRE HISTOIRE
12° Semaine. Inventions et découvertes.
58. ――― Bernard Palissy (1510-1589). +
Bernard Palissy naquit en 1510 ; il passa la plus grande partie de sa vie dans
la Saintonge, et les habitants de ce pays lui ont élevé un monument. Il appar
tenait à une famille pauvre et gagnait sa vie du travail de ses mains. Il pein
dait des images, dit-il lui-même, et il était un peu géomètre , Mais de bonne
heure il voulut sortir de l'horizon étroit du métier, voir, interroger, chercher.
Il parcourut une partie de la France à pied : le littoral de l'Océan, les Pyrénées
et l'Auvergne. C'est à Saintes qu'il trouva un jour un fragment de coupe
émaillée à l'italienne qui lui mit au cœur un si opiniâtre désir de saisir le
secret de cette composition. Il y travailla sans relâche pendant près de quinze
ans. Voici le récit d'une de ses dernières tentatives :
Palissy redouble d'efforts . Pendant un mois entier d'inces
sant labeur , il broie et prépare les matières de son émail
blanc, il en recouvre ses vases. Les voisins , qui du soir jus
qu'à l'aube voient sa lampe brûler à toute heure, répandent
le bruit qu'il cherche à fabriquer de la fausse monnaie :
chacun l'évite comme un homme suspect ; il se sait méprisé,
et il marche dans les rues en baissant la tête , car il ne peut
rien répondre à ceux qui l'accusent ; le succès seul est capa
ble de le justifier .
Le moment qui doit décider de sa vie arrive . Il met le feu
au fourneau par les deux gueules, ainsi qu'il l'a vu faire aux
verriers , puis, il dispose ses vases pour la seconde cuite.
Pendant six jours et six nuits, il se tient là , jetant sans cesse
du bois dans l'ardent brasier . L'émail résiste. Rien ne fond.
La chaleur cependant est intolérable , Palissy est inondé de
sueur, ses yeux s'injectent de sang , l'air manque à sa poi
trine haletante . Mais l'énergie de la volonté surmonte la souf
france physique, il active encore le feu, et attend, dans une
inexprimable anxiété , le résultat de l'épreuve ....
Tout à coup , il s'aperçoit avec terreur que le bois lui man
que . Éperdu , il court au jardin , arrache étais et palissades ,
abat les arbres qu'il a plantés lui-même et les jette dans les
gueules béantes * du fourneau . Cela ne suffit pas encore.
L'œil hagard* et plein de l'énergie fiévreuse que donne le dé
BERNARD PALISSY (1510-1589). 117
sespoir, il entre dans sa maison, brise tables, chaises ,
bahuts * ; mais les meubles sont rares et pauvres , l'insatiable
brasier consume le tout en un moment . Palissy revient , les
chambres sont vides, il n'y a plus rien à prendre ; alors il se
met à détacher le bois du plancher . Sa femme, effrayée , de
meure silencieuse ; les voisins , accourus au bruit des coups
de hache, se regardent avec stupeur : « Cet homme est fou !
répètent-ils, on devrait l'enfermer . >>
Mais bientôt la pitié se change en admiration , un cri s'é
chappe de toutes les bouches . Ces vases que Palissy retire
du fourneau , sont-ce bien les mêmes qui lui ont été fournis
par les potiers et que chacun a pu voir, ternes et rougeâtres ,
semblables en un mot à la vaisselle commune de l'époque ?
Ils ont une blancheur nacrée ; un brillant poli les recouvre,
et les assistants émerveillés s'empressent autour de l'artiste,
que tout à l'heure on traitait avec un mépris si cruel .
Tant d'émotions , jointes à tant de fatigues , avaient épuisé
la constitution robuste de Palissy . « J'étais, nous dit-il , tout
tari et desséché à cause du labeur et de la chaleur du four
neau ; il y avait plus d'un mois que ma chemise n'avait séché
sur mon corps, et je pensais entrer jusqu'à la porte du sé
pulcre. >> E. JONVEAUX . (Écrivain contemporain. )
Histoire de trois potiers. [ Hachette et Cie , édit.]
Mots expliqués.
Béant Largement ouvert ; de l'ancien mot béer qui signifie bâiller .
Comparez bouche bée.
L'oeil hagard Farouche, sauvage .
Bahut : Grand coffre fermé par un couvercle.
Questions et Analyse des idées.
1. Racontez brièvement la vie de Bernard Palissy? 2. Quelle
découverte a-t-il faite? - 3. Pourquoi ses voisins, sa femme même le
condamnaient-ils ? - 4. A quelle suprême ressource eut-il recours ? -
5. Quelle reconnaissance devons-nous à Bernard Palissy?
Devoir ( Élocution et Rédaction).
Bernard Palissy . - Sa vie, ses épreuves , sa découverte - qualités
dont il a fait preuve, reconnaissance que nous lui devons.
118 LECTURES PRIMAIRES .
DÉCEMBRE CONNAISSANCES USUELLES
12° Semaine. Inventions et découvertes.
59. ― Décoration de la faïence
et de la porcelaine.
Voulez-vous reconnaître la faïence de la porcclaine ? Exa
minez leur cassure . Celle de la faïence montre une terre
jaunâtre ou rougeâtre facile à entamer ; celle de la porcelaine
opaque* est blanche et pure ; enfin la cassure de la porcelaine
ressemble à celle d'un émail blanc . Remarquez encore ceci :
la faïence est épaisse, légère et sonne mal, la porcelaine opa
que est plus mince, lourde et sonore ; la porcelaine est mince ,
sonore, translucide *, elle laisse passer un peu de lumière.
Les couleurs employées à la décoration de la faïence sont
additionnées de substances qui en font une sorte d'émail ,
c'est-à-dire de verre très fusible ; une fois cuit, l'émail est
inaltérable à l'air, à l'eau, et résiste au frottement.
Autrefois toute la décoration se faisait à la main avec un pin
ceau . Aujourd'hui il faut aller plus vite . De même que l'on im
prime les livres au lieu de les copier à la main , de même on im
prime sur la faïence toutes sortes de dessins et d'enjolivements * .
Les centres principaux de cette industrie sont : Gien (Loiret)
pour les objets de luxe et ordinaires ; Montereau (Seine-et
Marne) ; Creil (Oise) ; Choisy-le-Roi ( Seine) et Bordeaux, pour
les faïences de consommation courante ; enfin , pour la faïence
commune , Nevers, Lunéville, Tours , Paris et ses environs .
La porcelaine se fabrique avec une terre spéciale blanche ,
onctueuse, sorte d'argile très pure , nommée kaolin .
La pâte de porcelaine se travaille au tour comme celle de
la faïence . Pour lui donner un beau poli , l'ouvrier se sert
de racloirs en bois, en ardoise, en métal, qui agissent à la
manière d'un rabot, pendant que la pièce tourne rapidement.
Si l'on veut produire un vase à formes compliquées, ou
irrégulières, on a recours au moulage.
Quelquefois on applique simplement sur un moule en
DÉCORATION DE LA FAÏENCE ET DE LA PORCELAINE. 119
plusieurs pièces une feuille de pâte que l'on presse égale
ment avec une éponge . Aussitôt que cette feuille de pâte est
sèche, on retire les pièces du moule.
Pour les pièces très minces on coule dans un moule en
plâtre un peu de pâte délayée avec de l'eau, et l'on agite le
moule en tous sens . Le plâtre absorbe l'eau ; une légère
couche de pâte se dépose à la surface du moule ; on la laisse
un peu sécher et on la retire.
Lorsque les pièces de pâte sont bien sèches, on les met au
four pour une première cuisson . Ensuite , on les trempe dans
la couverte ou glaçure , bouillie claire qui fondra comme du
verre pendant la seconde cuisson . La porcelaine se décore.
toujours sur la glaçure , c'est-à-dire quand la pièce est ter
minée . Le plus souvent le travail se fait à la main . On
emploie pour cela des couleurs d'émail . Quand la peinture
est sèche , on fait fondre les couleurs en plaçant la pièce
décorée dans un petit four nommé moufle .
En France, le centre principal de l'industrie de la porce
laine est Limoges, près d'une riche carrière de kaolin .
La fabrique nationale de Sèvres, près de Paris, répand dans
le monde entier ses produits artistiques à peu près sans rivaux.
Mots expliqués .
Opaque, translucide : Opaque est le contraire de transparent et de
translucide. A travers un corps opaque, on ne voit rien ; ex. : le bois,
le fer, le carton. Le corps transparent permet de voir comme si rien
n'était placé entre notre ceil et les objets ; ex. : le verre à vitres . Le
corps translucide laisse passer un peu de lumière, mais il ne permet pas
de distinguer les objets à travers ; ex . : le verre dépoli , la porcelaine fine.
Enjolivements : Dessins qui rendent plus joli.
Questions et Analyse des idées .
1. Comment pouvez-vous distinguer la faïence de la porcelaine ? -
2. De quelle manière se fait la décoration de la faïence ? -- 3. Expli
quez en quelques mots la fabrication de la porcelaine ? — 4. Id . pour
la décoration? ― 5. Où se trouvent, en France , les meilleures fabriques
de faïence ? -6 . Où se trouvent les meilleures fabriques de porcelaine ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
La faïence et la porcelaine. Fabrication . Décoration.
120 LECTURES PRIMAIRES .
DÉCEMBRE FRANÇAIS
12e Semaine. Lecture récréative .
60. ―― Le savant et le voleur.
L'abbé de Molières était un homme simple et pauvre ,
étranger à tout, hors * à ses travaux sur le système de Des
cartes * ; il n'avait point de valet , et travaillait dans son lit ,
faute de bois , sa culotte sur sa tête par-dessus son bonnet ,
les deux côtés pendant à droite et à gauche . Un matin , il
entend frapper à sa porte ;
« Qui va là ?
Ouvrez.... >>
Il tire un cordon et la porte s'ouvre. L'abbé de Molières ne
regardant point :
<< Qui êtes-vous ?
Donnez-moi de l'argent.
- De l'argent ?
- Oui, de l'argent .
Ah ! j'entends : vous êtes un voleur ?
Voleur ou non , il me faut de l'argent .
Vraiment oui, il vous en faut ? Eh bien , cherchez là
dedans .... >>
Il tend le cou, et présente un des côtés de la culotte ; le
voleur fouille :
«< Eh bien ! il n'y a point d'argent .
<
Vraiment non ; mais il y a ma clé……..
- Eh bien, cette clé....
Cette clé, prenez-la.
Je la tiens .
- Allez-vous-en à ce secrétaire * ; ouvrez .... » Le voleur
met la clé à un tiroir .
<< Laissez donc , ne dérangez pas ! ce sont mes papiers * .
Ventrebleu ! finirez-vous ? ce sont mes papiers ; à l'autre
tiroir, vous trouverez de l'argent.
1211
LE SAVANT ET LE VOLEUR
― Le voilà.
Eh bien ! prenez . Fermez donc le tiroir.... »
Le voleur s'enfuit.
<< Monsieur le voleur , fermez donc la porte . Morbleu , il
laisse la porte ouverte ! ... Quel chien de voleur ! Il faut
que je me lève par le froid qu'il fait ! maudit voleur ! >>
L'abbé saute en pied *, va fermer la porte, et revient à son
travail.
CHAMFORT. (Écrivain du XVIIIe siècle 1741-1794. )
Mots expliqués.
Hors : Excepté .
Système de Descartes : Descartes était un savant et un philosophe
du xvir siècle. Le système de Descartes signifie la théorie de Descartes,
la manière dont Descartes expliquait le monde. On veut dire que l'abbé
s'occupait de cette philosophie et qu'il ne songeait à rien autre chose.
Secrétaire Meuble où l'on enferme les papiers précieux, secrets.
Secrétaire se dit aussi d'un homme qui écrit pour un autre, qui travaille
avec lui, qui est le confident de ses secrets et de ses pensées.
Mes papiers Le savant craint plus pour ses papiers que pour son
argent.
Saute en pied Il était couché, il saute du lit sur le parquet, de
manière à se trouver debout, sur ses pieds.
Questions et Analyse des idées.
1. Décrivez la chambre où travaillait l'abbé et l'installation qu'il
avait adoptée. - 2. Comment un voleur se trouva-t-il chez lui un
matin? ― - 3. Quelles paroles furent échangées entre eux ? - 4. Montrez
que l'abbé de Molières tenait plus à ses travaux qu'à son argent. --
5. De quoi fut surtout fâché l'abbé dans cette aventure? - 6. Quelle
est l'idée principale de cette lecture? ― 7. Comment l'auteur en a-t- il
fait un récit amusant? — 8. Y a-t-il une conclusion ? - 9. Pourriez- vous
en donner une ?
4
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites le même récit, à votre façon.
2. Dans une petite lettre à un ami, racontez très brièvement
cette histoire, et dites pourquoi la lecture vous a plu. ―――――― Por
trait du savant. Description de sa chambre . - Récit de la scène entre
lui et le voleur. - Si vous connaissez quelque autre histoire d'un
savant absorbé par ses pensées, faites-y allusion (Archimède s'élançant
dans la rue, Newton faisant cuire sa montre au lieu d'un oeuf, Ampère
écrivant avec de la craie sur une voiture qu'il prenait pour un tableau
noir, etc.).
122
MOIS DE JANVIER
PROGRAMME : Français : Étude de la phrase ; composition des
mots ; le verbe. -- Morale : Qualités et défauts individuels. -
— His I
toire Grands hommes du xvii et du xvIIIe siècle : écrivains , géné
raux, inventeurs, etc. — Géographie : Types de populations étran
gères et de populations françaises (caractères, occupations, etc. ). -
Connaissances usuelles : L'art de conserver sa santé ; notions d'hy
giène. Animaux étrangers et animaux domestiques.
JANVIER FRANÇAIS
13º Semaine. Nos qualités et nos défauts.
61 . -
Contes, fables, apologues .
Un certain jour de marché , Xantus * , qui avait dessein de
régaler quelques-uns de ses amis, commanda à son esclave
Ésope d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur, et rien autre
chose . « Je t'apprendrai , dit en soi-même le Phrygien , à
spécifier ce que tu souhaites, sans t'en remettre à la discré
tion d'un esclave . » Il n'acheta que des langues , lesquelles
il fit accommoder à toutes les sauces l'entrée , le second ,
l'entremets, tout ne fut que langues . Les conviés louèrent
d'abord le choix de ce mets ; à la fin ils s'en dégoûtè
rent. « Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce
qu'il y aurait de meilleur ? - Et qu'y a-t-il de meilleur que
la langue ? reprit Ésope. C'est le lien de la vie civile , la clef
des sciences, l'organe de la vérité et de la raison par elle
on bâtit les villes et on les police ; on instruit, on persuade,
on règne dans les assemblées . Eh bien ! dit Xantus, qui
prétendait l'attraper, achète-moi demain ce qui est de pire :
ces mêmes personnes viendront chez moi ; et je veux diver
sifier *. >>
Le lendemain Ésope ne fit servir que le même mets , disant
que la langue est la pire chose qui soit au monde . « C'est la
mère de tous débats , la nourrice des procès, la source des
CONTES , FABLES , APOLOGUES. 123
divisions et des guerres . Si l'on dit qu'elle est l'organe de la
vérité, c'est aussi celui de l'erreur , et qui pis est, de la
calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de
méchantes choses . » Quelqu'un de la compagnie dit à
Xantus que véritablement ce valet lui était fort nécessaire ;
car il savait le mieux du monde exercer la patience d'un
philosophe.
LA FONTAINE.
Ce conte amusant nous montre que les fables et apologues ont été inventés
pour faire entendre certaines vérités que l'on n'aurait pas osé présenter
autrement. Esope ne servait pas seulement à exercer la patience de son
maitre ; par ses contes et ses fables, il lui apprenait beaucoup de choses, et,
grâce à son esprit, il sut plus d'une fois le tirer d'embarras.
Tel ce jour où Xantus, qui avait trop mangé et trop bu , faisait avec des
amis le pari de boire la mer. Le lendemain , revenu de sang- froid, il s'inquié
tait de savoir comment il tiendrait son pari. Esope lui proposa de répondre
ceci :
« J'ai gagé, il est vrai, que je boirais la mer , mais non
pas les fleuves qui se jettent dedans . Commencez donc par
les arrêter tous et je ferai ce que je me suis engagé à faire . »
Mots expliqués .
Xantus Homme riche et philosophe de l'antiquité, qui vivait en
Phrygie, province de l'Asie Mineure. Il avait pour esclave Esope, le
plus célèbre fabuliste des temps anciens. Notre La Fontaine a repro
duit beaucoup de fables d'Esope .
Spécifier ce que tu souhaites : Dire exactement, indiquer la chose
même que tu souhaites. (Dire l'espèce .)
Je veux diversifier : Je veux donner quelque chose qui soit diffé
rent de la veille, qui soit autre, divers.
Questions et Analyse les idées.
1. Quels sont les personnages de ce récit? - 2. Où et quand se
passait l'action que l'on raconte ? ― 3. Qu'acheta Esope le premier
jour, et comment justifia-t-il son choix ? ――――――――― 4. Comment Xantus pensa
t-il l'embarrasser ? - 5. Qu'acheta Esope le second jour, et comment
prouva-t-il qu'il avait acheté la chose la plus mauvaise? -- 6. Esope
n'était-il bon qu'à exercer la patience d'un philosophe ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites à votre manière le récit de la lecture, et dites ce
que vous pensez d'Ésope.
2. Dites ce que vous savez du bavardage, du mensonge, de
la calomnie.
124 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER MORALE
13e Semaine. Il faut nous aider les uns les autres.
62. — L'Ane et le Chien.
Il faut nous aider les uns les autres. La Fontaine nous l'enseigne par la fable
de l'Ane et du Chien, dans laquelle il n'est pas difficile de reconnaître l'allu
sion aux hommes.
Il se faut entr'aider ; c'est la loi de nature.
L'Ane un jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua ;
Car il est bonne créature .
Il allait par pays, accompagné du Chien ,
Gravement , sans songer à rien ,
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit : L'Ane se mit à paître.
Il était alors dans un pré
Dont l'herbe était fort à son gré.
Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure :
Il ne faut pas toujours être si délicat, .
Et, faute de servir ce plat
Rarement un festin demeure.
Notre Baudet s'en sut enfin
Passer pour cette fois . Le Chien mourant de faim
Lui dit : « Cher compagnon , baisse-toi , je te prie :
L'ANE ET LE CHIEN. 125
Je prendrai mon dîné dans le panier au pain » .
Point de réponse ; mot ; le roussin d'Arcadie *
Craignit qu'en perdant un moment
Il ne perdit un coup de dent.
Il fit longtemps la sourde oreille :
Enfin il répondit : « Ami, je te conseille
D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ;
Car il te donnera, sans faute , à son réveil,
Ta portion accoutumée :
Il ne saurait tarder beaucoup » .
Sur ces entrefaites, un Loup
Sort du bois, et s'en vient autre bête affamée .
L'Ane appelle aussitôt le Chien à son secours .
Le Chien ne bouge et dit : « Ami , je te conseille
De fuir, en attendant que ton maître s'éveille .
Il ne saurait tarder : détale * vite , et cours .
Que si le Loup t'atteint, casse-lui la mâchoire :
On t'a ferré de neuf, et, si tu veux m'en croire,
Tu l'étendras tout plat . » Pendant ce beau discours,
Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède .
Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide. LA FONTAINE.
Mots expliqués.
Roussin d'Arcadie Nom d'un âne.
Détale Sauve-toi.
Ferré Qui est garni de fer (ferrer un cheval).
Questions et Analyse des idées.
1. Quel conseil nous donne le poète ? - 2. Que faisait l'âne dans
e pré? - 3. Quel service lui demanda le chien ? - 4. Pourquoi le
refusa-t-il, et quelle fut sa réponse ? - 5. A quel danger l'âne fut-il
exposé? - 6. Que lui arriva-t-il ? — 7. Trouvez-vous que l'âne et le
chien ont bien agi ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Mettez cette fable en prose, et dites si vous approuvez la
conduite des deux animaux .
2. En classe, Pierre demande une plume à son camarade,
qui la lui refuse . Le lendemain, celui-ci n'ayant pas de crayon,
prie Pierre de lui prêter le sien. Dites ce que fit Pierre.
126 LECTURES PRIMAIRES .
JANVIER HISTOIRE
13e Semaine. Grands hommes du XVIIe siècle.
63. - La Fontaine (1621-1695) .
Jean de La Fontaine, né en 1621 à Château-Thierry, mort
en 1695 , mérite une place à part au milieu des grands écri
vains du siècle de Louis XIV. Il sut atteindre à la gloire, en
composant, sans prétention aucune, d'adorables petits
poèmes, auxquels il donna le nom modeste de Fables . On
les fait apprendre par cœur aux
enfants. S'ils voulaient prendre la
peine, quand ils sont devenus grands ,
de relire leur La Fontaine, ils s'aper
cevraient que chacune de ces fables
est un petit drame * admirablement
composé, plein de grâce et de vérité .
Chaque personnage que l'auteur y in
troduit parle le langage qui convient
à son caractère : le loup , le chien, le
Jean de la Fontaine.
mouton, le cheval , le lion , le singe,
ne disent pas un mot qui ne soit conforme aux instincts
qu'ils ont reçus de la nature.
Mais, tout en faisant causer les animaux, La Fontaine ne
laisse pas échapper une occasion de donner aux hommes des
conseils ou des leçons . Il se moque à sa façon de leurs tra
vers. Qu'est-ce que le renard, sinon le courtisan adroit?
Comment ne pas reconnaître dans le corbeau qui laisse
tomber son fromage le vaniteux dupé par un flatteur sans
scrupule ? La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le
bœuf n'est-elle point le portrait exact de l'orgueilleux ?
Il ne faut donc pas regarder les Fables comme de petites
compositions puériles , propres seulement à exercer la
mémoire des enfants . Elles sont le fruit d'un art exquis , et
quiconque les étudiera avec soin y trouvera de nouvelles
beautés à chaque nouvelle lecture . Le bon La Fontaine ne se
LA FONTAINE . 127
doutait guère en les composant qu'il pût leur devoir un
jour l'immortalité * . Il était distrait au point de ne pas recon
naitre son fils, en le rencontrant dans la rue . Toujours perdu
dans ses méditations , il aimait à faire de longues courses
dans la campagne, passant des heures entières à écouter le
chant des oiseaux, ou à étudier les mœurs de quelque
animal.
Ce doux rêveur ne prenait aucun souci de ses propres
affaires. Il fallait que ses amis s'occupassent de subvenir à
ses besoins, car il avait dissipé par négligence et incurie *
toute sa petite fortune . Devenu pauvre , il fut recueilli par
une excellente femme, Mme de la Sablière , qui pendant
vingt ans le garda sous son toit . Quand il eut perdu sa bien
faitrice, La Fontaine se trouva fort en peine de gagner sa
vie. Heureusement un de ses amis lui offrit l'hospitalité , et
mit les derniers jours de l'aimable poète à l'abri de la
misère . G. DURUY.
Mots expliqués .
Petit drame Action ou récit avec plusieurs personnages et des
aventures, des événements qui intéressent, qui touchent.
Compositions puériles Sans intérêt, sans utilité, bonnes seule
ment pour les petits enfants.
Il leur doit l'immortalité Son nom est conservé et célèbre même
longtemps après sa mort.
Incurie Manque de soin .
Questions et Analyse des idées.
1. Où et quand est né La Fontaine ? ―― 2. Parlez de son caractère.
- 3. Parlez de ses écrits . - 4. Pourquoi ses fables ne sont-elles
pas de simples compositions puériles ? 5. Comment fait-il parler
les animaux ? ― 6. Comment termina-t-il sa vie? - 7. Montrez , par
certains exemples, que ses fables peuvent s'appliquer aux hommes.
8. Quelles sont les différentes parties de cette biographie de La Fon
taine ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Biographie de La Fontaine.
2. Racontez à votre choix une fable de La Fontaine ; dites
par quoi elle vous plaît, et montrez comment elle s'applique
aux hommes.
128 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
13º Semaine. Animaux domestiques .
64. — L'âne.
La Fontaine fait parler les animaux comme si c'étaient des hommes; Buffon
les décrit ; il nous en fait des portraits qui sont des modèles dans ce genre.
L'âne n'est point un cheval dégénéré * ; il n'est ni étranger ,
ni intrus*, et quoique sa noblesse soit moins illustre, elle est
tout aussi bonne, tout aussi ancienne que celle du cheval .
Pourquoi donc tant
de mépris pour cet
animal si bon , si
patient, si sobre et
si utile? Les hom
mes mépriseraient
ils jusque dans les
animaux ceux qui
les servent trop bien
et à peu de frais?
On donne au che
val de l'éducation,
L'âne. on le soigne , on l'in
struit, on l'exérce ; tandis que l'âne, abandonné à la gros
sièreté du dernier des valets ou à la malice des enfants ,
bien loin d'acquérir, ne peut que perdre par son éduca
tion ; et s'il n'avait pas un grand fonds de bonnes qualités,
il les perdrait en effet par la manière dont on le traite ; il
*
est le jouet, le plastron des rustres qui le conduisent , le
bâton à la main , qui le frappent, qui le surchargent sans
ménagement.
On ne fait pas attention que l'âne serait le plus beau, le
mieux fait, le plus distingué des animaux, si , dans le
monde, il n'y avait point de cheval.
Il est le second au lieu d'être le premier, et pour cela seul
il semble n'être plus rien. C'est la comparaison qui le
L'ANE . 129
degrade on le regarde, on le juge, non pas en lui-même,
mais relativement au cheval ; on oublie qu'il est âne.
Il est, de son naturel , aussi humble. aussi patient , aussi
tranquille que le cheval est fier, ardent, impétueux ; il
souffre avec constance , et peut-être avec courage , les châti
ments et les coups .
*
Il est sobre, et sur la quantité et sur la qualité de la
nourriture ; il se contente des herbes les plus dures et les
plus désagréables . Mais il est fort délicat sur l'eau , il ne
veut boire que de la plus claire et aux ruisseaux qui lui sont
connus .
BUFFON. (Écrivain et naturaliste français
du XVIIIe siècle, 1707-1788. )
Delille (poète contemporain de Buffon) a dit à peu près la même chose
dans les vers suivants :
Moins vif, moins beau , moins valeureux que le cheval ,
L'âne est son suppléant , et non pas son rival ....
De tous nos serviteurs , c'est le moins exigeant,
Il naît , vieillit et meurt sous le chaume indigent.
Mots expliqués .
Dégénéré Devenu inférieur à l'animal dont il tirerait son origine.
Intrus : Introduit, contre tout droit, dans une société, une
réunion, etc.
Il est le plastron Il sert de cible comparaison avec le plastron
des escrimeurs , la cible des tireurs c'est-à-dire , il est destiné à
recevoir tous les coups.
Il est sobre sur la quantité : Il ne prend qu'une quantité raison
nable de nourriture.
Questions et Analyse des idées .
1. L'âne est-il un cheval dégénéré? - 2. Quelle éducation donne
t-on au cheval? 3. Et à l'âne? ―――― 4. Que serait l'âne s'il n'y avait
pas le cheval? - 5. Quelles sont les qualités de l'âne ? - 6. Parlez
de l'alimentation de l'âne. - 7. Résumez le morceau .
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Description de l'âne (forme, aspect, qualités, nourriture,
utilité).
2. Description du cheval (forme, aspect, qualités , nourriture,
utilité).
LECT. PRIM.
130 LECTURES PRIMAIRES .
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
13º Semaine. Les animaux domestiques.
65. - Le chien .
★
Le chien, indépendamment de la beauté de sa forme, de
la vivacité, de la force, de la légèreté , a , par excellence ,
*
toutes les qualités intérieures qui peuvent lui attirer les
regards de l'homme .
Un naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire,
rend le chien sauvage redoutable à tous les animaux , et
cède dans le chien domes
tique aux sentiments les
plus doux, au plaisir de
s'attacher et au désir de
plaire .
Il vient, en rampant * ,
mettre aux pieds de son
maître son courage , saforce ,
ses talents ; il attend ses
ordres pour en faire usage ;
il le consulte , il l'inter
Le chien.
roge, il le supplie . Un
*
coup d'œil suffit , il entend les signes de sa volonté ; il est
tout zèle , tout ardeur , tout obéissance .
Plus sensible au souvenir des bienfaits qu'à celui des ou
trages, il ne se rebute pas par les mauvais traitements ; il
les subit, les oublie, ou ne s'en souvient que pour s'attacher
davantage . Loin de s'irriter ou de fuir, il lèche cette main,
instrument de douleur, qui vient de le frapper ; il ne lui
oppose que la plainte et la désarme enfin par la patience et
la soumission.
L'on peut dire que le chien est le seul animal dont la
fidélité soit à l'épreuve ; le seul qui connaisse toujours son
maître et les amis de la maison ; le seul qui , lorsqu'il arrive
un inconnu , s'en aperçoive ; le seul qui entende son nom , et
LE CHIEN. 131
qui reconnaisse la voix domestique ; le seul qui , lorsqu'il a
perdu son maître et qu'il ne peut le retrouver , l'appelle par
ses gémissements ; le seul qui, dans un voyage long qu'il
n'aura fait qu'une fois , se souvienne du chemin et retrouve
la route ; le seul enfin dont les talents naturels soient évi
dents et l'éducation toujours heureuse . BUFFON.
Tous les écrivains ont célébré les qualités du chien. Un poète, contemporain
de Buffon, a écrit ce récit touchant :
Un malheureux au monde n'avait rien ,
Hors un barbet * , compagnon de misère ,
Et qui mangeait le rien du pauvre hère * .
Quelqu'un lui dit : « Que fais-tu de ce chien,
Toi qui n'as pas même le nécessaire ?
Plus à propos serait de t'en défaire . »
Le malheureux à ce mot soupira :
« Si ne l'ai plus , dit-il , qui m'aimera ? >>
E. LEBRUN ( 1729-1807).
Mots expliqués.
Indépendamment D'une manière indépendante, outre, sans
égard à....
Qualités intérieures : Qualités du caractère douceur, obéis
sance, etc.
En rampant : En se traînant sur le ventre, comme les reptiles.
Il entend les signes : Il comprend avant que l'homme ait parlé.
Barbet Chien à long poil frisé.
Pauvre here : Homme pauvre et délaissé.
Questions et Analyse des idées .
1. Quelles sont les qualités extérieures du chien? ---- 2. Quelles son
ses qualités intérieures ? 3. Comment est le chien sauvage? - 4. Le
chien domestique ? ―― 5. Quels services le chien rend-il à l'homme? -
6. Comment devons-nous traiter le chien? 7. Pourquoi ? -- 8. Ré
sumez le morceau.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites le portrait du chien de berger.
2. Faites le portrait du chien, gardien de la maison. G
Autant que possible , prendre pour exemple votre chien ou un chien
que vous connaissez bien ; portrait physique taille, couleur, etc .;
portrait moral caractère, habitudes ; conclusion.
132 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER FRANÇAIS
14 Semaine. Nos qualités et nos défauís .
66. La laitière et le pot au lait.
La laitière et le pot au lait.
Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre ★ à la ville.
Légère et court vêtue , elle allait à grands pas ,
Ayant mis ce jour-là , pour être plus agile ,
Cotillon simple et souliers plats .
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait ; en employait l'argent,
Achetait un cent d'œufs, faisait triple couvée * :
La chose allait à bien * par son soin diligent.
« Il m'est , disait-elle, facile
D'élever des poulets autour de ma maison ;
Le renard sera bien habile
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
Il était, quand je l'eus , de grosseur raisonnable :
J'aurai , le revendant, de l'argent bel et bon.
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable ,
LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT. 133
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau? »
Perrette là-dessus saute aussi , transportée :
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon , couvée .
La dame de ces biens , quittant d'un œil marri
Sa fortune ainsi répandue ,
Va s'excuser à son mari ,
En grand danger d'être battue .
Le récit en farce en fut fait * ;
On l'appela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne * ?
Qui ne fait châteaux en Espagne *?...
Quand je suis seul , je fais au plus brave un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le sophi * ;
On m'élit roi , mon peuple m'aime
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ?
Je suis gros Jean comme devant . LA FONTAINE.
Mots expliqués .
Arriver sans encombre : Sans obstacle, sans accident.
Faisait triple couvée : Faisait couver trois fois l'une après l'autre.
La chose allait à bien : Lui réussissait.
Le récit en farce en fut fait : On en fit une farce, une sorte de comédie .
Battre la campagne : Parler à tort et à travers, sans bon sens.
Bâtir des châteaux en Espagne : Faire des projets impossibles à
réaliser .
Sophi Nom du schah ou souverain de la Perse.
Questions et Analyse des idées.
1. Quels sont les personnages de ce récit? - - 2. Où se passe l'action
racontée? - 3. Quel costume avait Perrette ? - 4. Quel calcul et quels
rêves faisait-elle ? -
— 5. Quel accident mit fin à ses projets ? - 6. Quelles
réflexions fait l'auteur en terminant? 7. Cherchez un autre titre au
morceau.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez cette fable à votre manière.
2. Une personne a acheté un billet de loterie. Elle espère
gagner le gros lot. ― Imaginez les châteaux en Espagne qu'elle
bâtit, et dites comment se termine l'aventure.
134 LECTURES PRIMAIRES.
1
JANVIER MORALE
14e Semaine. Les animaux domestiques
67. Le cheval arabe.
Tous les animaux domestiques sont sensibles aux bons traitements. Les traits
de bonté, de reconnaissance, de dévouement de ces fidèles amis de l'homme
sont innombrables. 1
Un Arabe et sa tribu * avaient attaqué dans le désert la
caravane de Damas ; la victoire était complète, et les Arabes
étaient déjà occupés à charger leur riche butin *, quand les
cavaliers du pacha * d'Acre, qui venaient à la rencontre de
cette caravane, fondirent à l'improviste sur les Arabes victo
rieux, en tuèrent un grand nombre, firent les autres prison
niers, et , les ayant atfachés avec
des cordes , les emmenèrent à
Acre pour en faire présent au
pacha * .
Le chef arabe , Abou-el-Marsch,
avait reçu une balle dans le bras
pendant le combat ; comme sa
Cheval arabe. blessure n'était pas mortelle, les
Turcs l'avaient attaché sur un
chameau, et, s'étant emparés du cheval, emmenaient le
cheval et le cavalier. Le soir du jour où ils devaient entrer
à Acre, ils campèrent avec leurs prisonniers dans les mon
tagnes de Saphat.
L'Arabe blessé avait les jambes liées ensemble par une
courroie de cuir, et était étendu près de la tente où cou
chaient les Turcs .
Pendant la nuit, tenu éveillé par la douleur de sa bles
sure, il entendit hennir son cheval parmi les autres chevaux
entravés autour des tentes, selon l'usage des Orientaux ; il
reconnut sa voix, et, ne pouvant résister au désir d'aller
parler encore une fois au compagnon de sa vie, il se traîna
péniblement sur la terre à l'aide de ses mains et de ses
genoux, et parvint jusqu'à son coursier.
LE CHEVAL ARABE. 135
<< Pauvre ami, lui dit-il, que feras-tu parmi les Turcs ?
tu ne courras plus libre dans le désert comme le vent
d'Égypte ; tu ne fendras plus du poitrail l'eau du Jourdain ,
qui rafraîchissait ton poil aussi blanc que son écume : qu'au
moins, si je suis esclave, tu restes libre ! Tiens , va , re
tourne à la tente que tu connais ; va dire à ma femme qu'Abou
el-Marsch ne reviendra plus , et passe la tête entre les rideaux
de la tente pour lécher la main de mes petits enfants . »
En parlant ainsi, Abou-el-Marsch avait rongé avec ses
dents la corde de poil de chèvre qui sert d'entraves aux
chevaux arabes , et l'animal était libre : mais , voyant son
maître blessé et enchaîné à ses pieds , le fidèle et intelligent
coursier comprit, avec son instinct, ce qu'aucune langue ne
pouvait lui expliquer : il baissa la tête , flaira son maître , et ,
l'empoignant avec les dents par la ceinture de cuir qu'il avait
autour du corps, il partit au galop , et l'emporta jusqu'à ses
tentes . En arrivant et en jetant son maître sur le sable aux
pieds de sa femme et de ses enfants , le cheval expira de
fatigue.
LAMARTINE. (Célèbre poèté et écrivain du xix siècle, 1790–1869 . )
Voyage en Orient. [ Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués.
Tribu Groupe de population formé par quelques familles alliées
et qui n'ont pas de demeure fixe.
Butin : Objets pris sur l'ennemi.
A l'improviste : Tout à coup, sans qu'on ait pu le prévoir.
Pacha : Chez les Turcs, titre des gouverneurs de province.
Questions et Analyse des idées .
1. Racontez l'episode où l'Arabe et son cheval furent faits prison
niers. - 2. Quelles furent les pensées de l'Arabe quand il fut séparé
de son cheval? - 3. Que fit-il et que dit-il à son compagnon de ba
taille? — 4. Que fit le cheval après avoir entendu son maître ? -
5. Quelle conclusion tirez-vous de ce récit?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Donnez des exemples de l'attachement des animaux pour
l'homme.
136 LECTURES PRIMAIRES .
JANVIER HISTOIRE
14 Semaine. Grands hommes du XVIIe siècle
68. -- Turenne (1611-1675 ).
Parmi les hommes de guerre qui se sont le plus distingués à la tête des
armées françaises, Turenne mérite une place à part. Il ne se contenta pas d'être
un grand général, il fut un modèle de toutes les vertus.
Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, naquit
en 1611 à Sedan dans une famille déjà illustre et qui devait
l'être plus encore grâce à lui . Turenne fut destiné de bonne
heure au métier des armes. Mais sa constitution délicate
inspirait de vives inquiétudes
à son père . Le duc se disait
qu'un corps si frèle ne pour
rait jamais supporter les
mille fatigues de la guerre.
L'enfant eut quelque soup
çon de ces craintes paternel
les, et, pour les dissiper , il
s'avisa de passer toute une
froide nuit d'hiver sur les
remparts de Sedan, sans abri,
sans feu. Après l'avoir long
temps cherché , son précep
Turenne enfant dormant sur l'affût teur finit par le trouver, dor
d'un canon.
mant sur l'affût d'un canon .
Interrogé sur les motifs de cette singulière escapade *, il
déclara qu'il avait voulu prouver à son père qu'il était assez
robuste pour devenir plus tard un bon soldat.
Turenne reçut donc l'éducation militaire . Il devint géné
ral d'armée. Il se distingua dans la guerre de Trente Ans .
En 1674 , il reçut de Louis XIV, dans des circonstances très
difficiles, la mission de sauver l'Alsace contre les Impériaux .
Turenne justifia pleinement la confiance du roi . Par ses
savantes manœuvres , il força l'ennemi, qui déjà occupait la
TURENNE . 137
province, à repasser précipitamment le Rhin , laissant en
Alsace soixante mille morts, blessés, ou prisonniers . Quand
on apprit en France cette délivrance d'une province que
l'on croyait perdue , la joie et l'enthousiasme éclatèrent de
toutes parts . Le roi manda le maréchal à sa cour , afin de le
féliciter et de le remercier de vive voix .
Turenne partit aussitôt pour Paris. Tout ce voyage ne fut
qu'une ovation * triomphale. Les populations des provinces
voisines de l'Alsace se portaient en foule sur son passage pour
contempler de près le héros qui venait de leur épargner les
maux d'une invasion . Les habitants de la Champagne accou
raient de vingt lieues à la ronde et comblaient le grand
homme de bénédictions . On lui prodiguait les noms de
sauveur, de libérateur ; les femmes pleuraient de joie et
tendaient vers lui leurs petits enfants, comme pour attester
qu'elles ne devaient qu'à lui seul la conservation d'existences
si chères . On vit venir de bien loin des vieillards soutenus
par leurs fils ils n'avaient pas voulu mourir sans apercevoir
les traits du grand homme qui venait d'assurer le repos de
leurs derniers jours .
A Paris, la population de la grande ville lui prodigua les
marques du plus ardent enthousiasme . On s'arrêtait dans
les rues pour le voir passer ; la foule s'amassait autour de
lui, pleurant de joie et d'admiration . G. DURUY.
Mots expliqués .
Escapade Action qui consiste à s'échapper.
... une ovation : On l'acclamait partout avec des cris de joie.
Questions et Analyse des idées.
1. Racontez l'enfance de Turenne . - 2. Quels services rendit Turenne ?
- 3. Que fit Turenne pour sauver l'Alsace ? - 4. Comment le peuple
traita-t-il Turenne? - 5. Comment fut-il reçu à Paris ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez le retour de Turenne à Paris après sa belle
campagne d'Alsace. Dites quelles vertus on honorait en lui et de
quels services on lui était reconnaissant.
138 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
14 Semaine. Les animaux domestiques.
69. - Les bœufs .
Un poète contemporain a exprimé dans les vers suivants, d'une façon vive et
originale , parfois paradoxale, la reconnaissance que nous avons pour les ani
maux domestiques, serviteurs humbles et dévoués.
Les bœufs.
J'ai deux grands boeufs dans mon étable ,
Deux grands bœufs blancs marqués de roux ;
La charrue est en bois d'érable *,
L'aiguillon en branche de houx *.
C'est par leur soin qu'on voit la plaine
Verte l'hiver, jaune l'été ;
Ils gagnent dans une semaine
Plus d'argent qu'ils n'en ont coûté .
Les voyez-vous, les belles bêtes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempêtes,
Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux ,
LES BOEUFS. 139
Et je vois sur leur corne noire
Se poser les petits oiseaux .
Ils sont forts comme un pressoir * d'huile,
Ils sont doux comme des moutons ;
Tous les ans , on vient de la ville
Les marchander dans nos cantons ,
Pour les mener aux Tuileries *,
Au Mardi gras, devant le roi ,
Et puis les vendre aux boucheries ;
Je ne veux pas, ils sont à moi.
Quand notre fille sera grande ,
Si le fils de notre régent *
En mariage la demande
Je lui promets tout mon argent ;
Mais, si pour dot il veut qu'on donne
Les grands boeufs blancs marqués de roux ,
Ma fille, laissons la couronne
Et ramenons les boeufs chez nous.
PIERRE DUPONT. (Poète et chansonnier du xx° siècle , 1821-1870 . )
[Plon, Nourrit et Cie, édit. ]
Mots expliqués.
Érable, Houx: Genre d'arbres des pays tempérés ; le bois est dur et
se polit bien. Le houx reste vert toute l'année ; feuilles à piquants .
Pressoir : Meule qui sert à écraser les olives pour en tirer de l'huile ;
cette meule est lourde, puissante.
Régent Qui gouverne temporairement le pays ; a ici le même sens
que le mot roi. A cette époque, le roi habitait les Tuileries, à Paris.
Questions et Analyse des idées.
1. Décrivez l'attelage dont on parle dans le morceau. 2. Quels
travaux font les bœufs ? 3. Comment est la campagne après que les
boeufs y ont passé ? - 4. Pourquoi le paysan tient-il à ses bœufs ? ---
5. Qu'est-ce qui prouve que le laboureur aime ses bœufs ? - 6. Quelle
est l'idée principale exprimée dans chaque strophe ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites ce que vous savez sur le bœuf.
2. Quels sont les animaux de la ferme que vous préférez.
Donnez les raisons de votre préférence.
140 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
14º Semaine. Hygiène.
70. ― L'art de conserver sa santé.
On a souvent répété que l'homme vivrait beaucoup plus et beaucoup mieux
s'il était sage. Voici des exemples qui le prouvent.
Les livres des anciens Grecs rapportent de nombreux
exemples de longévité * . Solon , Sophocle, Platon , arrivèrent à
quatre-vingts ans et moururent en pleine possession de leurs
facultés intellectuelles .
Pythagore, qui recommandait une vie sobre et des exer
cices physiques, périt dans une émeute à l'âge de cent ans .
Son expérience personnelle lui avait fait diviser la vie en
quatre parties principales : la première allant à vingt ans.
qu'il appelait l'enfance ; la seconde, l'adolescence , allant de
vingt à quarante ans ; la maturité , de quarante à soixante ans ,
et enfin le déclin de la vie qui avait lieu de soixante à
quatre-vingts ans . Il n'eut pas le temps de dénommer la cin
quième partie de sa vie où il enseigna encore de si belles
choses ; mais il n'avait peut-être pas tort de prétendre que
c'était de quarante à soixante qu'il avait joui le plus pleinement
de ses facultés, puisqu'il avait encore plus de quarante ans
de réserve pour décliner * .
En Angleterre , en Allemagne, en Autriche , l'histoire a en
registré les noms d'un assez grand nombre de personnes qui
dépassèrent la centaïne .
Le célèbre astronome Newton atteignit quatre-vingt-dix ans .
La France a eu aussi quelques exemples de longévité
extraordinaire. Le poète Victor Hugo mourut à quatre
vingt-trois ans, en 1885 ; le grand peintre Meissonier à
quatre-vingts ans, en 1901 ; tous deux avaient travaillé
comme des jeunes gens jusqu'aux derniers jours de leur vie .
Tout le monde se souvient de la belle tête couronnée d'une
épaisse chevelure blanche, du Dr Chevreul, l'illustre cente
naire qu'on a fèté en 1886. Chevreul ne buvait jamais de vin
L'ART DE CONSERVER SA SANTÉ. 141
et se plaisait à dire qu'il devait sa robuste vieillesse à sa
grande sobriété * . Il s'éteignit doucement, trois années après
la belle et touchante fète que ses confrères de l'Institut lui
avaient offerte .
Un autre centenaire, le Dr Bossy, au Havre, jouissait d'une
santé parfaite, et continuait gaiement ses visites aux malades
pauvres de son quartier , sortant par n'importe quel temps, lors
qu'il y avait un cas urgent à traiter. Né en 1793 , il mourut âgé
de cent trois ans ; son père était mort à l'âge de cent huit ans .
On pourrait citer à l'infini des exemples d'octogénaires
plus robustes et plus actifs que certaines gens de trente et
quarante ans. De tous ces exemples , il ressort une morale.
incontestable dont nos jeunes lecteurs feront bien de profiter.
C'est par une vie active , sobre et modeste que tous ces indi
vidus, nous pourrions dire ces grands hommes , car ils le
furent, chacun dans sa sphère * , ont eu le bonheur de jouir
longuement de leur séjour sur terre . Le travail donc ne dimi
nue point nos forces vitales , au contraire, il les soutient ! Il
fortifie le corps , il ennoblit-l'âme , il conserve la jeunesse éter
nelle du cœur, qui est le plus grand bien qu'on puisse pos
séder ici-bas .
H. HEINECKE. Journal de la Jeunesse. [ Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués .
Longévité Longue durée de la vie.
Décliner Pencher vers la fin de la vie.
Sobriété Tempérance dans le boire et le manger.
Sphère Chacun dans sa sphère, ou chacun dans sa profession, son
talent.
Questions et Analyse des idées.
1. Que recommandait Pythagore pour avoir une bonne santé ? -
2. En combien de parties avait-il divisé la vie ? — 3. A quel âge mou
rut-il ? - 4. A quel âge mourut l'astronome anglais Newton? - 5. Citez
en France quelques exemples de longévité. - 6. A quoi Chevreul
disait-il qu'il devait sa robuste vieillesse ? - 7. Quelle est la morale
que vous tirez des exemples cités ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Parlez de quelques centenaires français, et dites quel en
seignement nous devons tirer de leur vie.
142 9 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER FRANÇAIS
15 Semaine. La France au XVIIe siècle. La cour.
71. --- Le madrigal de Louis XIV.
Il faut que je vous conte une petite historiette , qui est
très vraie et qui vous divertira . Le roi se mêle depuis peu
de faire des vers ; MM . Saint-Aignan et Dangeau lui appren
nent comment il faut s'y prendre . Il fit l'autre jour un ma
drigal * que lui-même ne trouva pas trop joli . Un matin , il dit
au maréchal de Grammont : « Monsieur le maréchal , lisez ,
je vous prie , ce petit madrigal, et voyez si vous en avez
jamais vu un si impertinent * : parce qu'on sait que depuis
peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons. >>
Le maréchal , après avoir lu , dit au roi • « Sire , Votre
Majesté juge divinement bien de toutes les choses ; il est
vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que
j'aie jamais lu . » Le roi se mit à rire et lui dit : « N'est-il
pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat *? Sire, il n'y a
pas moyen de lui donner un autre nom . ――――― Oh bien ! dit le
roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement : c'est
moi qui l'ai fait . -――― Ah ! sire, quelle trahison ! que Votre
―――
Majesté me le rende , je l'ai lu brusquement . Non , mon
sieur le maréchal , les premiers sentiments sont toujours les
plus naturels . >>
Le roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que
voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un
vieux courtisan. Pour moi qui aime toujours à faire des
réflexions, je voudrais que le roi en fit là-dessus, et qu'il
jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité .
MME DE SÉVIGNÉ. (Auteur de lettres célèbres, 1626-1696 . )
Mots expliqués.
Madrigal : Petite pièce de vers renfermant une pensée ingénieuse,
flatteuse pour quelqu'un.
Impertinent : Qui choque le bon sens et les convenances .
Fat Qui a de la prétention, sot.
La plus cruelle petite chose : La plus cruelle petite malice ou mé
chanceté.
LE CARROSSE RENVERSÉ. 143
Questionnaire.
1. Qu'est-ce qu'un courtisan? - 2. Pourquoi le roi fit-il lire son
madrigal à un de ses courtisans ? 3. Pourquoi le roi avait-il dit au
maréchal son jugement avant de lui demander le sien? - 4. Comment
le maréchal est-il tombé dans le piège qui lui était tendu? — 5. Quelle
moralité peut-on tirer de là? - 6. Analyseż la phrase : Non , monsieur
le maréchal, etc.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la lecture et dites quelles réflexions elle vous
suggère.
Le carrosse renversé .
L'archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint
Germain, comme un tourbillon * . S'il croit être grand seigneur,
ses gens le croient encore plus que lui . Ils passaient au tra
vers de Nanterre , tra , tra , tra ; ils rencontrent un homme à
cheval, gare, gare ! Ce pauvre homme se veut ranger, son
cheval ne le veut pas ; enfin le carrosse et les six chevaux
renversent le pauvre homme et le cheval , et passent par
dessus , et si bien par-dessus que le carrosse en fut versé et
renversé : en même temps l'homme et le cheval , au lieu de
s'amuser à être roués et estropiés , se relèvent miraculeuse
ment et remontent l'un sur l'autre, et s'enfuient et courent
encore, pendant que les laquais * et le cocher, et l'arche
vêque même, se mettent à crier : « Arrête , arrête le coquin,
qu'on lui donne cent coups. » L'archevêque, en racontant
ceci , disait : « Si j'avais tenu ce maraud-là , je lui aurais
rompu les bras et coupé les oreilles . >> MME DE SÉVIGNÉ.
Mots à expliquer.
Expliquez les mots et les expressions : C'était comme un tourbillon ;
laquais ; maraud.
Questions et Analyse des idées .
1. Où est Saint-Germain ? - 2. Quel était l'équipage de l'archevêque
et comment allait-il? - 3. Comment se produisit l'accident? - 4. A
qui était-ce la faute? - 5. Que pensez-vous de la conduite et des
paroles de l'archevêque?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez l'histoire du carrosse renversé.
114 LECTURES PRIMAIRES .
JANVIER MORALE
15e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
72. ― Probité délicate .
Dans la dernière guerre d'Allemagne * , un capitaine de
cavalerie est commandé pour aller au fourrage .
Il part à la tête de sa compagnie et se rend dans le quar
tier qui lui était assigné.
C'était un vallon solitaire où l'on ne voyait guère que des
bois . Il y aperçoit une pauvre cabane , il y frappe ; il en sort
un vieux hernouten * à barbe blanche :
« Mon père, lui dit l'officier , montrez-moi un champ où je
puisse faire fourrager mes cavaliers .
――― Tout à l'heure » , reprit l'hernouten .
Ce bon homme se met à leur tête et remonte avec eux
le vallon. Après un quart d'heure de marche, ils trouvent un
beau champ d'orge :
« Voilà ce qu'il nous faut, dit le capitaine .
Attendez un moment, lui dit son conducteur, vous serez
content . >>
Ils continuent à marcher, et ils arrivent, un quart de
lieue plus loin , à un autre champ d'orge . La troupe aussitôt
met pied à terre, fauche le grain , le met en trousse *, et re
monte à cheval . L'officier de cavalerie dit alors à son guide :
« Mon père, vous nous avez fait aller trop loin sans néces
sité ; le premier champ valait mieux que celui-ci .
Cela est vrai, monsieur, reprit le bon vieillard , mais il
n'était pas à moi . »
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE . (Écrivain du xvir® siècle, 1737–1814 . )
L'anecdote suivante, racontée par un écrivain contemporain de Bernardin de
Saint-Pierre, arrête notre esprit sur un défaut opposé à la probité, et sur un
autre encore qui permet de faire bien des dupes : la crédulité ignorante.
Une prédiction réalisée .
Ma mère, étant encore enfant, revenait un jour de prome
nade, sa servante la conduisant par le bras.
UNE PREDICTION RÉALISÉE . 145
Deux bohémiennes l'accostent , lui prennent la main , lui
prédisent toutes sortes de bonheurs et, comme vous le
pensez bien, de la fortune ( il y avait une certaine ligne qui
le disait et ne mentait jamais) ; une vie longue et heureuse ,
comme l'indiquait une autre ligne, aussi véridique * que la
première.
Ma mère écoutait ces belles choses avec un plaisir infini ,
et les croyait peut-être, lorsque la femme lui dit :
« Mademoiselle, approchez vos yeux ; voyez-vous bien ce
petit trait-là , celui qui coupe cet autre?
Je le vois.
Eh bien, ce trait annonce ....
Quoi?
Que si vous n'y prenez garde , un jour on vous dévali
sera *. »
Oh ! pour cette prédiction , elle fut accomplie ma bonne
mère , de retour à la maison, trouva qu'on lui avait coupé
ses poches et volé son argent..
DIDEROT. (Écrivain du xviir siècle, 1713–1784.)
Mots expliqués.
Guerre d'Allemagne : La guerre de Sept Ans.
Hernouten Moine, religieux de ce pays.
Trousse : Réunion, faisceau de plusieurs choses liées ensemble ; le
met en trousse l'attache sur les chevaux, derrière la selle .
Véridique Qui dit assurément la vérité.
Dévaliser : Voler.
Questions et Analyse des idées .
1. A quelle époque se passe cette histoire? - 2. Que cherchait le
capitaine? - 3. A qui s'adressa -t-il ? -― ― 4. Où le conduisit le pauvre
homme? - 5. Pourquoi n'arrêta-t-il pas la troupe au premier champ?
11 6. Quel nom donnez-vous à l'action qu'il a faite ?
1. Quels sont les personnages du second récit? ―――― 2. Que proposaient
les bohémiennes ? ――― 3. Quel fut le tort de la jeune fille ? -4 . Que lui
prédit-on ? — 5. Qu'arriva-t-il ? — 6. Cherchez le jugement de l'auteur .
Devoirs (Élocution et Rédaction) .
1. Racontez un exemple de probité que vous connaissez.
2. Comment un enfant, à l'école, peut-il montrer de la pro
bité?
LECT. PRIM. 10
146 • LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER HISTOIRE
15e Semaine. Grands hommes du XVIIe siècle.
73 . ——————— Vauban .
Vauban était un gentilhomme de petite noblesse bourgui
gnonne . Tous ses parents avaient servi ou servaient dans les
armées du roi ; il y entra lui-même le plus tôt qu'il put ; il
y fut très brave et surtout très studieux, très appliqué .
Il était à la fois ingénieur et officier . De bonne heure, il
montra un merveilleux génie pour fortifier les villes ou pour
es prendre . Tous les généraux qui se trouvaient arrêtés par
une place forte demandaient Vauban .
On lui doit l'établissement d'une ligne de places fortes
imprenables sur toutes nos frontières que la nature n'avait
pas protégées . De Dunkerque à Strasbourg, par Lille et
Metz ; de Strasbourg à Belfort, à travers les défilés des
Vosges ; de Belfort à la Méditerranée , à travers les passages
du Jura et les cols des Alpes , Vauban éleva des fortifications -
capables de tenir l'ennemi en respect . Il n'oublia pas les
deux extrémités de la chaîne des Pyrénées . Il créa égale
ment des ports militaires : Toulon, Saint-Malo, Dunkerque.
Il vit l'importance de Cherbourg , mais la somme à dépenser
était trop considérable et l'on dut attendre .
Il importa le système des parallèles * rendant la prise
d'une ville à peu près certaine au bout d'un temps déter
miné , tout en ménageant les vies des soldats . Il inventa les
boulets creux, le tir à ricochet, l'usage de la baïonnette .
Mais Vauban ne fut pas seulement un génie militaire de
tout premier ordre ; il eût été, si le roi l'eût écouté , un génie
bienfaisant et l'organisateur de la paix dans le royaume . En
visitant les places fortes, il traçait des plans destinés à favo
riser les travaux de l'agriculture et du commerce . Lui qui
avait tant parcouru le royaume, qui avait vu de si près les
effroyables ravages de la guerre, il eut le courage de pré
senter au roi le plus orgueilleux de son pouvoir un tableau
VAUBAN. 147
de ces misères et des moyens de les faire cesser * . Louis XIV
le disgracia . Vauban a laissé des Mémoires dans lesquels
nous pouvons voir aujourd'hui à découvert le grand cœur de
cet homme pour qui Saint-Simon a inventé le nom de
patriote. G. DURUY.
Voici quelques extraits des Mémoires de Vauban :
« ...Les grands chemins de la campagne et les rues des
villes et des bourgs sont pleins de mendiants que la faim et
la nudité chassent de chez eux . Par toutes les recherches
que j'ai pu faire depuis plusieurs années que je m'y ap
plique, j'ai fort bien remarqué que dans ces derniers temps
près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendi
cité et mendie effectivement ; que des neuf autres parties il
y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à
celle-là .
« Je me sens obligé d'honneur et de conscience de repré
senter à Sa Majesté qu'il m'a paru que de tout temps on
n'avait pas eu assez d'égard en France pour le menu peuple
et qu'on en avait fait trop peu de cas ; aussi c'est la partie la
plus ruinée et la plus misérable du royaume . C'est elle
cependant qui est la plus considérable par son nombre et
par les services réels et effectifs qu'elle lui rend .... »
Mots expliqués .
Parallèles Fossés presque parallèles dans lesquels les assaillants
s'abritent pour attaquer une place forte.
Tableau des misères : En 1707, à la fin des guerres de Louis XIV
Questions et Analyse des idées.
1. Parlez des origines de Vauban. 2. Par quoi s'est-il rendu ce
lèbre ? - 3. Ne s'appliquait-il qu'à l'art de la guerre ? - 4. Pourquo
présenta-t-il à Louis XIV un tableau des misères du temps ? ――― 5. Que
disait-il notamment sur les campagnes, sur le menu peuple ?
6. Comment fut-il accueilli par Louis XIV ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez la vie de Vauban. Dites quelles étaient ses prin
cipales qualités, et prouvez ce que vous dites .
148 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
15e Semaine. Géographie.
-
74. La grande plaine européenne .
Ce que l'on remarque le plus en examinant un globe terrestre ou une carte,
ce sont d'abord les mers et les montagnes. Mais les plaines n'ont pas moins
d'importance, car c'est là que les hommes peuvent le mieux cultiver le sol et
Vivre en sociétés nombreuses.
Tout le nord et l'est de l'Europe sont occupés par une
vaste plaine qui s'étend sans interruption de l'Océan Atlan
tique à l'Oural .
Elle comprend
la France du
nord et l'Angle
terre orientale ,
les Pays-Bas,
l'Allemagne sep
tentrionale , le
Danemarck et la
Suède , enfin
toute la Russie.
Les terrains
qui composent
cette plaine ont
La steppe russe. des origines très
diverses .
+
Certaines parties des steppes russes à l'est et au sud-est
sont presque complètement horizontales ; mais en général la
plaine européenne n'est pas plate . Des ondulations *, des
mouvements de terrain * y créent la variété . L'un des acci
dents les plus connus est le plateau de Valdaï, en Russie, qui
monte à 351 mètres .
Une étude minutieuse de la plaine européenne a révélé
l'existence de plusieurs séries d'ondulations orientées * les unes
de l'ouest à l'est , et les autres du nord au sud . Ces élévations
ont influé sur la direction des fleuves allemands et russes.
LA GRANDE PLAINE EUROPÉENNE. 149
Quoi qu'il en soit, nulle part la plaine européenne ne
s'élève beaucoup . De Paris à Moscou pas un tunnel ne
recouvre la voie ferrée ; des canaux relient les rivières les
unes aux autres sans difficulté .
L'absence de barrière naturelle sur une aussi vaste
étendue a exercé une grande influence sur l'histoire de l'Eu
rope. Les races , que rien ne séparait, s'y sont livré de rudes
combats .
Sous Charlemagne , les Slaves et les Germains se dispu
tèrent la possession de l'Allemagne. Plus tard , c'est l'ab
sence de frontières naturelles dans cette plaine qui a
permis à la maison de Brandebourg * de s'étendre et de con
stituer l'empire allemand , qui a rendu possible le démem
brement de la Pologne . Aujourd'hui , la Prusse et la Russie ,
en contact depuis le partage de la Pologne , cherchent à
déborder * l'une sur l'autre . Les frontières politiques ont
varié sans cesse dans cette plaine suivant les vicissitudes * .
des combats et la puissance du moment.
SCHRADER ET GALLOUEDEC. (Écrivains géographes contemporains )
[Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués .
Steppes Grandes plaines en Russie.
Ondulations, mouvements de terrain : Vallons et collines qui se
succèdent (comme les ondes de l'eau).
Orientées Dirigées .
Maison de Brandebourg : La famille des Hohenzollern, qui a creé
le royaume de Prusse et le nouvel empire d'Allemagne .
Cherchent à déborder : ( bord) à dépasser chacune leurs frontières
comparaison avec une rivière qui déborde.
Vicissitudes , changement : tantôt une puissance , tantôt une autre
était victorieuse.
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi les plaines ont-elles une grande importance ? - - 2. Où
est située la grande plaine d'Europe et sur quels pays s'étend-elle ?
3. Est-elle complètement plate ? - 4. Quels grands événements histo
riques se sont produits dans la plaine d'Europe ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites une carte de la plaine européenne , et indiquez les
grands événements historiques qui s'y sont produits.
150 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
15e Semaine. Peuples d'Europe.
75. Les Suisses.
Trois hommes , un Gaulois, un Germain et un Latin qui
se seraient enfermés dans une forteresse , différents de
tempérament , de mœurs, de croyances et anciennement
ennemis ; qui, après s'être quelque peu chamaillés * , voyant
qu'ils sont forcés de vivre ensemble , en seraient arrivés à se
dire qu'il faut vivre en paix, oublier ses querelles , s'en
tr'aider voilà la figure de la petite nation suisse.
La forteresse , c'est la barrière des Alpes d'un côté , et de
l'autre le mur du Jura . Trois races principales ont peuplé
la Suisse, non pas complètement mêlées , mais juxtaposées * ,
chacune dans ses cantons ; ou , si vous voulez , il y a trois
Suisses .
Il y a la Suisse française , de langue et de mœurs ; la
Suisse allemande, qui , avec le parler a quelque chose aussi
du tempérament allemand ; la Suisse italienne qui parle le
sonore italien . A force de vivre de la même vie , la vie des
montagnes, ces gens d'origines diverses en sont arrivés à se
ressembler par bien des côtés ; ils sont montagnards et c'est
ce qui les fait Suisses .
Les Suisses sont communément des hommes vigoureux ,
carrés, un peu lourds, un peu lents, mais solides , courageux ,
persévérants et sages . Les habitants des villes , dans les
vallées, au bord des lacs , sont très industrieux et habiles
travailleurs. Leurs métiers principaux sont : l'horlogerie , les
tissus , les dentelles .
Trop bouleversé de monts et de torrents , couvert de
forêts et de pâturages, ce sol laisse peu de place aux
cultures : le terrain y est peu productif. Aussi beaucoup de
Suisses sont-ils forcés de quitter leur patrie pour chercher
vie ou fortune à l'étranger , surtout en France .
Le trait le plus remarquable de la Suisse , c'est la vie des
LES SUISSES. 151
bergers et bûcherons des Alpes, habitants des chalets, des
hameaux forestiers , dans les montagnes .
L'hiver, les neiges descendent jusqu'au pied des monts ;
bergers et troupeaux sont ramenés dans les plaines et au
fond des vallées , dans les fermes et les étables . Mais , dès
que le souffle du printemps fait fondre neiges et glaces ,
les vachers partent pour profiter des herbages mis à nu ; à
mesure que les neiges se retirent, ils montent de plus en
plus haut. Ils passent tout l'été sur ces hauts pâturages
qu'ils appellent des alpes. Les troupeaux se répandent sur
les prés, en demi-liberté ; chaque matin et chaque soir on
les réunit pour la traite aux environs du chalet . Cette mai
son d'été, vide l'hiver, grossièrement construite avec des
troncs de sapins superposés , couverte de planches qu'on
charge de grosses pierres de peur que le vent n'emporte la
toiture, c'est la demeure du montagnard en même temps
que la fabrique et le magasin . On y recueille le lait , on y
moule des fromages . Éloignés des hameaux , des fermes ,
pendant toute la saison chaude, les bergers alpins descendent
rarement dans la plaine. Ils surveillent le bétail , vivent de
pain noir et de laitage et voient, de loin, au fond de la
vallée , leur toit familial à travers les nuages . CH. DELON.
(Écrivain contemporain. ) Peuples d'Europe. [ Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués .
Qui se sont chamaillés : Qui se sont disputés avec beaucoup de bruit.
Juxtaposées : Mises à côté l'une de l'autre.
Traite Action de traire le lait des vaches, brebis , chèvres... etc.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment est composée la nation suisse? - 2. Quel est le carac
tère de ses habitants? - 3. Quelles sont leurs professions ? — 4. Quel
est le trait le plus remarquable de la Suisse ? - 5. Racontez la vie
d'un berger suisse ? - 6. Cherchez l'idée principale de chacun des
paragraphes dans cette lecture.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez l'existence des pâtres suisses. - Où et comment
vivent-ils en hiver ? Que font- ils ? ― Où et comment vivent-ils en été ?
- Faites la description d'un chalet de pâtres suisses . -- Dites ce que
vous pensez de cette existence.
152 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER FRANÇAIS
16e Semaine Nos qualités et nos défauts,
76 . - Le Bourgeois gentilhomme.
Scène de comédie, dans laquelle Molière ridiculise un bourgeois enrichi et
vaniteux ; des garçons tailleurs viennent de lui apporter un habit neuf, et ils
flattent sa vanité pour obtenir un gros pourboire,
M. JOURDAIN, UN GARÇON TAILLEUR .
GARÇON TAILLEUR . - Mon gentilhomme *; donnez, s'il vous
plaît, aux garçons quelque chose pour boire.
MONSIEUR JOURDAIN.- Comment m'appelez-vous ?
GARÇON TAILLEUR. - Mon gentilhomme.
MONSIEUR JOURDAIN . « Mon gentilhomme ! » Voilà ce que
c'est de se mettre en personne de qualité . Allez-vous-en
demeurer toujours habillé en bourgeois , on ne vous dira
point : « Mon gentilhomme » . Tenez, voilà pour « Mon gen
tilhomme » .
GARÇON TAILLEUR . Monseigneur , nous vous sommes bien
obligés.
MONSIEUR JOURDAIN . ――― « Monseigneur » , oh, oh ! « Monsei
gneur ! » Attendez, mon ami : « Monseigneur » mérite quel
que chose, et ce n'est pas une petite parole que «< Monsei
gneur » . Tenez, voilà ce que Monseigneur vous donne.
GARÇON TAILLEUR . ―――――― Monseigneur, nous allons boire tous à
la santé de Votre Grandeur.
MONSIEUR JOURDAIN . ――――― « Votre Grandeur * ! » Oh , oh, oh !
Attendez, ne vous en allez pas , A moi « Votre Grandeur ! >»
Ma foi, s'il va jusqu'à l'Altesse *, il aura toute la bourse.
Tenez , voilà pour Ma Grandeur.
GARÇON TAILLEUR . Monseigneur, nous la remercions très
humblement de ses libéralités .
G
MONSIEUR JOURDAIN. Il a bien fait je lui allais tout
donner.
MOLIÈRE. (Le plus grand auteur de comédies en France, 1622-1673 .)
Le Bourgeois gentilhomme, acte II, sc . V.
LE CORBEAU ET LE RENARD. 153
Le Corbeau et le Renard .
Cette fable de La Fontaine est une admirable petite comédie ayant le même
sujet que la scène de Molière donnée plus haut.
Maître Corbeau, sur un arbre perché ,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché * ,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, monsieur du Corbeau !
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois . »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie
Et, pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit et dit : « Mon bon monsieur ,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute .
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute . >>
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus .
LA FONTAINE.
Mots expliqués .
Mon gentilhomme Homme de la noblesse (même sens à peu près
pour personne de qualité).
Monseigneur Titre plus élevé encore, de très haute noblesse.
Votre Grandeur. Altesse : Continuation de la flatterie.
Alléché Attire .
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est le défaut de M. Jourdain? - 2. Comment le garçon
tailleur flatte-t-il son défaut, et quel profit en retire-il ? -
— 3. Comment
s'appelle une lecture dans laquelle il y a deux personnages qui parlent
chacun leur tour? - 4. Comment s'y prend le renard pour flatter le
corbeau? - 5. Quel avantage en retire-t-il et quelle leçon donne-t-il ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites le premier récit sans recourir au dialogue.
2. Comparez la première lecture avec celle du Corbeau et
du Renard.
154 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER MORALE
16e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
77. ―――― La vanité.
Voici un autre exemple, non moins plaisant, de vanité dans un récit fait par
Voltaire.
Il venait tous les jours des plaintes à la cour contre l'iti
madoulet de Médie, nommé Irax . C'était un grand seigneur
dont le fond n'était pas mauvais , mais qui était corrompu
par la vanité et par la volupté . Il souffrait rarement qu'on
lui parlât, et jamais qu'on l'osât contredire.... Il ne respirait
que la fausse gloire et les faux plaisirs . Zadig entreprit de
le corriger .
Il lui envoya , de la part du roi , un maître de musique
avec douze voix et vingt-quatre violons, un maître d'hôtel
avec six cuisiniers et quatre chambellans *, qui ne devaient
pas le quitter. L'ordre du roi portait que l'étiquette sui
vante serait inviolablement observée, et voici comment les
choses se passèrent .
Le premier jour, dès que le voluptueux Irax fut éveillé ,
le maître de musique entra, suivi des voix et des violons :
on chanta une cantate * qui dura deux heures , et, de trois
minutes en trois minutes, le refrain était :
Que son mérite est extrême !
Que de grâces ! que de grandeur !
Ah ! combien monseigneur
Doit être content de lui-même !
Après l'exécution de la cantate , un chambellan lui fit une
harangue de trois quarts d'heure , dans laquelle on le louait
expressément de toutes les bonnes qualités qui lui man
quaient. La harangue finie, on le conduisit à table au son
des instruments . Le dîner dura trois heures . Dès qu'il ouvrit
la bouche pour parler, le premier chambellan dit : « Il
aura raison » . A peine eut-il prononcé quatre paroles, que
le second chambellan s'écria : « Il a raison ! » Les deux
LA VANITÉ. 155
autres chambellans firent de grands éclats de rire des bons
mots qu'Irax avait dits ou qu'il avait dû dire . Après dîner ,
on lui répéta la cantate .
Cette première journée lui parut délicieuse ; il crut que
le roi des rois l'honorait selon ses mérites ; la seconde lui
parut moins agréable ; la troisième fut gênante ; la qua
trième fut insupportable ; la cinquième fut un supplice ;
enfin, outré d'entendre toujours chanter :
Ah ! combien monseigneur
Doit être content de lui-même ,
d'entendre toujours dire qu'il avait raison , et d'être haran
gué chaque jour à la même heure, il écrivit en cour pour
supplier le roi qu'il daignât rappeler ses chambellans , ses
musiciens, son maître d'hôtel ; il promit d'être désormais.
moins vain et plus appliqué ; il se fit moins encenser *, eut
moins de fêtes, et fut plus heureux ; car, comme dit le Sad
der *, toujours du plaisir n'est pas du plaisir.
VOLTAIRE. (Le plus célèbre poète et écrivain du XVIII° siècle, 1694-1778 . )
Mots expliqués.
Itimadoulet Le gouverneur d'une province, autrefois, en Perse.
Chambellan Officier chargé de veiller à la tenue, à l'arrangement
des chambres royales.
Cantate Petite poésie mise en musique.
Harangue Discours qu'on fait à une assemblée, à un personnage.
Encenser Sens propre Brûler l'encens ; sens figuré : flatter quel
qu'un.
Sadder Livre de sagesse orientale.
Questions et Analyse des idées.
1. Quel était le grand défaut de l'itimadoulet? ―――――― 2. Que voulut faire
le roi et qui lui envoya-t-il? - 3. Que faisaient les musiciens , les
chambellans, les cuisiniers ? ――― 4. Comment trouva-t-il cela le pre
mier jour? 5. Pourquoi cela finit-il par l'ennuyer et que promit-il
de faire? - 6. Pourquoi n'aime-t-on pas le vaniteux?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Vous connaissez une petite camarade qui est très vani
teuse. Décrivez son défaut. Que feriez-vous à sa place?
2. Dites la différence qu'il y a entre l'homme ou l'enfant
vaniteux et le modeste.
156 LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER HISTOIRE
16e Semaine. Grands hommes du xvII° siècle.
78. Molière (1622-1673 ).
Ce grand homme dont la gloire est égale, sinon supérieure,
à celle de Corneille et de Racine ' , naquit à Paris en 1622 ,
A vingt-trois ans, il quitta Paris avec quelques compa
gnons, et se mit à parcourir les provinces en qualité
d'acteur . Il joua
d'abord dans des
pièces comiques ,
composées par des
auteurs sans talent.
Bientôt, indigné de
la platitude de ces
farces grossières , il
eut l'idée d'écrire
lui-même les comé
dies qu'il repré
senterait ensuite
sur la scène .
L'accueil bien
veillant que sespre
miers essais trou
vèrent auprès du
Molière.
public stimula son
génie . I revint à Paris et fut admis en 1658 à l'honneur
de jouer devant la cour . Depuis lors, sa réputation ne cessa
de grandir jusqu'à 1673 , année de sa mort.
Molière avait déclaré une guerre implacable aux ridicules
et aux vices de son temps . Si la protection du roi lui avait
fait défaut, il n'aurait pas pu , sans doute, parler si libre
ment. Tous ceux dont il raillait les travers se seraient unis
pour étouffer la voix du poète . Que de gens , en effet , devaient
se sentir blessés par les traits de sa verve satirique !
MOLIÈRE. 157
Les hypocrites et les faux dévots dont la piété menteuse
n'est qu'un masque, pouvaient-ils ne pas se reconnaître dans
Tartuffe ? les hommes cupides dans l'Avare ? les coquettes
dans la Célimène du Misanthrope ? les sots qui ne savent pas
se contenter de leur condition , dans le Bourgeois gentilhomme ?
Outre ces chefs-d'œuvre, Molière composa encore les Femmes
savantes et les Précieuses ridicules, où il se moque des
femmes qui font étalage de science et de bel esprit, ou bien
qui affectent de ne pas parler comme tout le monde .
Toutes ces comédies sōnt semées de traits heureux et de
remarques profondes. Les ridicules qu'elles dépeignent sont
de tous les temps : c'est ce qui fait que les œuvres de Molière
paraissent toujours aussi jeunes . Cet homme qui , depuis
deux siècles, règne en maître sur la scène comique , cet
écrivain dont la verve intarissable a soulevé tant de joyeux
éclats de rire , eut pourtant une vie triste. Il n'était pas gai
et méditait sans cesse . Boileau l'appelait le contemplateur.
L'auteur des Satires n'en professait pas moins pour le génie.
de Molière une respectueuse admiration . Louis XIV lui de
mandant un jour quel était le plus grand écrivain de son
▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬
règne : « C'est Molière, Sire » , répondit-il . La postérité a
ratifié ce jugement . G. DURUY.
Mots expliqués .
Corneille. Racine : Grands écrivains et poètes qui vivaient à la même
époque que Molière, La Fontaine, Mme de Sévigné.
Acteur. Farces grossières. Comédies : Parmi les pièces que l'on joue
au théâtre, il y a des tragédies, des drames, des comédies, des farces ;
la comédie est d'un ordre plus relevé que la farce. Les acteurs répré
sentent sur la scène les personnages des pièces de théâtre .
Questions et Analyse des idées.
1. Où et quand est né Molière ? -- 2. Quel métier choisit-il?
3. Comment est-il devenu célèbre ? 4. Citez quelques-unes des pièces
qu'il a écrites ? - 5. Quels sont les défauts et les vices qu'il a attaqués?
6. Comment l'appelait Boileau et quel jugement portait-il sur lui ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Qu'avez-vous déjà lu de Molière ? Résumez un des mor
ceaux dont vous vous souvenez et dites pourquoi il vous a plu?
158 . LECTURES PRIMAIRES.
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
16 Semaine. Géographie. Les montagnards français.
79. - Les Savoyards de la montagné .
Quand, autrefois, les pauvres petits Savoyards, forcés par
la misère d'abandonner pour longtemps peut-être leur
hameau, leur famille, descendaient à l'automne de leurs
âpres montagnes afin d'aller dans les villes gagner leur vie
en toutes sortes de
petits métiers, ramo
neurs, rėtameurs,
joueurs de vielle ,
montreurs de mar
mottes, avec une paire
de sabots neufs aux
Le Mont-Blanc . pieds et un pain noir
dans le bissac * ; quand
les mères les avaient conduits jusqu'au détour du chemin
de la vallée, et là , pour la dernière fois , les avaient embras
sés avec des adieux tout pleins d'angoisses et de larmes et
avaient fait les recommandations suprêmes aux plus âgés,
conducteurs de la petite troupe , ... où allaient-ils , par la
longue route sans fin qui s'abaisse vers la plaine et s'enfonce
là-bas à travers les arbres gris ? En France , et surtout à Paris.
Ces tristes émigrations d'enfants ont aujourd'hui cessé.
Bien cultivée , la Savoie est assez fertile pour nourrir ses
habitants . Mais les familles sont nombreuses et la race entre
prenante . Nombre de robustes montagnards, parvenus à
l'âge d'homme, n'hésitent pas à quitter momentanément
leur belle et rude patrie pour des industries diverses en des
pays offrant plus de ressources au travailleur ; délibérés ,
courageux, et déjà, au départ , pleins de projets pour le
retour , — où vont-ils encore?
Sur le versant français, quoique la plaine lombarde étale
de l'autre côté des monts sa corbeille pleiné de fleurs et
LES SAVOYARDS. 159
d'épis . Revenus plus tard au village natal , ils rapportent le
souvenir des pays où ils ont été accueillis , où ils ont trouvé
aide paternelle et travail , et ils mêlent les idées nouvelles
aux mœurs * anciennes.
C'est pourquoi, depuis des siècles, ils sont Français de
cœur ; ils l'étaient bien avant que la Savoie fùt réunie à la France .
La Savoie se classe dans les tout premiers rangs des
départements français pour l'instruction primaire , et elle at
produit des écrivains et des savants de haute valeur.
Ce splendide pays, qui a le Mont-Blanc, la rive du Léman
et le lac du Bourget, la percée du Mont-Cenis , - les mer
veilles de la nature et celles de l'industrie humaine , ―― c'est
notre Suisse française, ayant comme l'autre ses . Alpes , ses
neiges, ses glaciers, ses torrents, ses forêts, ses pâturages
aux flancs des montagnes et ses chalets , de belles plaines.
de culture au pied des rocs..
Ses habitants , les Savoyards, ou , si vous préférez , les
Savoisiens, ressemblent aussi tout naturellement, par les
costumes et les coutumes, aux Suisses des cantons forestiers.
Montagnards et bergers également, fabricants de beurres et
de fromages , cultivateurs et industriels, guides des voyageurs
pour les excursions , ce sont les plus braves gens et les gens.
les plus braves du monde. CH. DELON .
Mots expliqués .
Bissac Sorte de sac ouvert en long par le milieu, fermé par les
deux bouts et qui se porte sur l'épaule.
Mœurs Habitudes naturelles ou acquises.
La percée Le tunnel du Mont-Cenis.
Questions et Analyse des idées.
1. Où allaient, autrefois , les petits Savoyards qui quittaient leur
pays? ---- 2. Pourquoi émigraient-ils ? 3. Quelles sont les mon
tagnes et quelles sont les autres beautés naturelles de la Savoie?
4. Quels sont, pour les habitants, les avantages et les inconvénients
d'un pays de montagnes ? - 5. Quel est le caractère des Savoyards ?
6. Quelles sont leurs professions principales?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Décrivez la Savoie et dites comment vivent les habitants .
160 LECTURES PRIMAIRES .
JANVIER CONNAISSANCES USUELLES
16e Semaine. Pays de France.
80. - Forgés comtoises .
A l'Est de la France , il est une zone de terre rude, habitée
1 par une population sévère et héroïque la Franche-Comté,
avec un coin de Champagne montagneuse et ce qui nous
reste de Lorraine .
Ce fut de tout temps un pays frontière , et, comme on
disait autrefois ,
une marche entre
France et Allema
gne . Et pourtant
nul pays plus fran
çais de cœur. On
nait soldat, pour
ainsi dire, sur cette
terre; et les femmes
aussi , filles , épouses
de soldats , sont sé
rieuses, réservées,
vaillantes comme les
Un atelier d'horlogerie dans le Jura.
hommes. 1 En
Champagne, ce sérieux s'aiguise d'une pointe de raillerie.
- Le Jura comtois est une petite Suisse française qui a
ses chalets, de pierre plus souvent que de bois , à larges
toits de planches , bas , chargés de pierres afin que le vent
ne les emporte pas. Les pâturages des montagnes , où les
vaches errent en demi-liberté pendant la bonne saison , sous
la garde des bergers, fournissent leur lait aux fruitiers,
c'est-à dire aux fabricants de fromages.
Les habitants de tout ce pays sont instruits , en général
laborieux , fort industrieux . - Dans le Jura, l'industrie
locale est surtout l'horlogerie ; ce coin de terre fournit de
montres et de pendules la France entière....
FORGES COMTOISES . 161
Le grand travail de cette région minière et houillère est
encore le travail du fer. - Il y a de vastes établissements ,
organisés à la manière moderne, avec d'immenses hauts
fourneaux , de grandes machines à vapeur, un outillage
effrayant et coûteux .
Mais plus curieux encore sont les petits ateliers, les petites
forges et aciéries, autrefois très nombreuses et dont un cer
tain nombre subsistent . Ce sont des usines modestes , très
actives , d'un aspect très original .
On les rencontre sises au fond de quelque gorge étroite ,
sur le bord d'une rivière torrentueuse . -Les barrages , les
canaux , les déversoirs , l'eau qui fuit , divisée en plusieurs
bras , entourant des îlots de verdure , donnent à l'usine un
aspect rustique et pittoresque que ne dément pas * un coup
d'œil jeté à l'intérieur. - Il y a telles de ces forges com
toises ou lorraines où vous pourriez voir , le soir, à deux pas
du foyer ardent, le groupe des femmes des ouvriers tran
quillement assises sur les blocs de fonte , tricotant ou cau
sant à la lueur des fournaises , comme on fait à la veillée
devant l'âtre patriarcal * ; les enfants jouent alentour. Le
tout au milieu du bruit des marteaux , du ronflement des
tuyères , des blocs ardents qu'on transporte , du grondement
des roues qui tournoient.
Mots expliqués.
Que ne dément pas : Qu'un coup d'œil confirme.
Patriarcal Ancien, des parents et des ancêtres.
Tuyère Tube conique en métal par où passe le bec du soufflet de
forge qui conduit le vent dans le fourneau.
Questions et Analyse des idées.
1. Où est située la Franche-Comté? 2. A quoi ressemble le Jura
comtois? 3. Quelles sont les principales industries du pays ?
4. Faites la description d'une forge comtoise ? ww 5. A travers sa
description, quelle impression a voulu nous donner l'auteur ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Développez par écrit la dernière question.
LECT. PRIM , 11
162
MOIS DE FÉVRIER
PROGRAMME. - Français : Étude de la phrase, composition des mots ;
le verbe. —― Morale Qualités et défauts individuels . - Histoire :
Grands hommes du xvir et du XVIIIe siècle : écrivains, généraux,
inventeurs, etc. Géographie : Types de populations étrangères et
de populations françaises (caractères, occupations , etc. ) . — Con
naissances usuelles : L'art de conserver sa santé ; notions d'hy
giène. Animaux étrangers et animaux domestiques.
FÉVRIER FRANÇAIS
17e Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
81. — Voltaire (1694-1778).
Parmi les penseurs dont les idées ont exercé la plus grande
influence dans le monde ,
il faut citer Voltaire .
Son véritable nom était
Arouet, mais il l'aban
donna de bonne heure pour
prendre celui de Voltaire
qu'il devait rendre si fa
meux. Il naquit à Paris en
1694. A vingt et un ans, il
fut mis en prison à la Bas
tille comme coupable d'a
voir attaqué le gouverne
ment de Louis XIV . Or , il
n'était pas l'auteur du li
vre victime , dès ses pre
Voltaire. miers pas dans la vie ,
d'une odieuse iniquité * ,
Voltaire conserva jusqu'à sa mort un grand amour de la jus
tice, et défendit toujours la cause de l'innocence opprimée.
Quelques années plus tard , comme il avait fait une plaisan
terie assez mordante sur M. de Rohan-Chabot , celui- ci se
vengea en faisant rosser * Voltaire par ses laquais . Voltaire
VOLTAIRE . 163
voulut se battre en duel, mais réussit seulement à se faire
enfermer pour la seconde fois à la Bastille , en châtiment de
l'audace qu'il avait eue de provoquer un seigneur de haut
rang.
Il se rendit ensuite en Angleterre , y passa trois années, et
revint de ce pays plein d'enthousiasme pour la liberté .
Depuis lors, il s'adonna tout entier à la littérature et composa
un grand nombre d'ouvrages divers : un poème , la Henriade,
où il célèbre les vertus de Henri IV et surtout la tolérance du
grand monarque ; des pièces de théâtre, des écrits politiques ,
comme les Lettres anglaises, où il fait l'éloge des lois de
l'Angleterre et de son gouvernement ; des Contes , où il raille
finement les travers et les ridicules des hommes ; des ou
vrages d'histoire , comme l'Histoire de Charles XII, roi de
Suède , et le Siècle de Louis XIV, etc.
Voltaire exerça sur les hommes de son temps une influence
considérable . Des souverains , comme le roi de Prusse ,
Frédéric II, et l'impératrice de Russie , Catherine II , s'hono
raient de l'avoir pour ami, de correspondre avec lui, de
l'attirer et de le retenir à leur cour . Le public s'emparait
avec avidité de ses moindres ouvrages , les lisait et se péné
trait des idées qu'ils renfermaient . G. DURUY.
Mots expliqués .
Iniquité Injustice .
Rosser Frapper quelqu'un avec violence.
Avidité Désir ardent d'avoir quelque chose.
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi Voltaire fut-il mis à la Bastille ? --- 2. A quoi s'adonna
Voltaire? - 3. Citez quelques-uns de ses ouvrages. - 4. Citez de
grands personnages qui le recevaient volontiers. - 5. Montrez com
ment cette biographie est composée, puis résumez-la .
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites quelles sont les idées que Voltaire défendit et pour
´quoi il fut persécuté.
2. Racontez la vie de Voltaire.
164 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER. MORALE
17e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
82. ― Le corridor de la tentation .
Voltaire est l'auteur de contes très spirituels, qu'on lisait avec intérêt et par
le moyen desquels il fit entendre d'importantes vérités à ses contemporains.
En voici un contre les fermiers généraux de l'ancien régime.
Nabussan, un des meilleurs rois de l'Asie , était toujours
loué , trompé et volé : c'était à qui pillerait ses trésors . Le
receveur général donnait toujours cet exemple , fidèlement
suivi par les autres .
Le roi le savait ; il avait changé de trésorier plusieurs
fois ; mais il n'avait pu changer la mode établie .
Le roi Nabussan confia sa peine au sage Zadig.
« Vous qui savez tant de belles choses , lui dit-il , ne sau
riez-vous pas le moyen de me faire trouver un trésorier qui
ne me vole point ?
- Assurément, répondit Zadig, je sais une façon infail
lible de vous donner un homme qui ait les mains nettes* . >>
Le roi , charmé, lui demanda, en l'embrassant, comment
il fallait s'y prendre .
« Il n'y a, dit Zadig, qu'à faire danser tous ceux qui se
présenteront pour la dignité de trésorier, et celui qui dansera
avec le plus de légèreté sera infailliblement le plus honnête
homme . >>
Le jour même, il fit publier, au nom du roi , que tous ceux
qui prétendaient à l'emploi de haut receveur des deniers* de
sa Gracieuse Majesté Nabussan eussent à se rendre , en habit
de soie légère , dans l'antichambre du roi .
Ils s'y rendirent au nombre de soixante-quatre . On avait
fait venir des violons dans un salon voisin ; tout était préparé
pour le bal : mais la porte de ce salon était fermée , et il
fallait, pour y entrer , passer par une petite galerie assez
obscure .
Un huissier vint chercher et introduire chaque candidat,
LE CORRIDOR DE LA TENTATION. 165
l'un après l'autre , par ce passage , dans lequel on le laissait
seul quelques minutes . Le roi , qui avait le mot, avait étalé
tous ses trésors dans cette galerie .
Lorsque tous les prétendants furent arrivés dans le salon ,
Sa Majesté ordonna qu'on les fit danser . Jamais on ne dansa
plus pesamment et avec moins de grâce ; ils avaient tous la
tête baissée , les reins courbés , les mains collées à leurs
côtés .
« Quels fripons ! >»> ――――― disait tout bas Zadig .
Un seul d'entre eux formait des pas avec agilité , la tête
haute , le regard assuré , les bras étendus , le corps droit , le
jarret ferme.
« Ah ! l'honnête homme ! le brave homme ! » disait
Zadig.
Le roi embrassa ce bon danseur, le déclara trésorier , et
tous les autres furent punis avec la plus grande justice du
monde car chacun , dans le temps qu'il avait été dans la
galerie, avait rempli ses poches, et pouvait à peine marcher .
Le roi fut fâché pour la nature humaine que , de ces
soixante-quatre danseurs , il y eût soixante et trois filous .
La galerie obscure fut appelée le Corridor de la tentation.
VOLTAIRE .
Mots expliqués .
Avoir les mains nettes : N'avoir jamais rien volé, jamais commis
une mauvaise action.
Deniers Les finances du pays.
Questions et Analyse des idées .
1. Qu'arrivait-il toujours à Nabussan ? - 2. A qui raconta-t-il sa
peine? 3. Quel moyen lui conseilla Zadig pour trouver un bon tréso
rier? 4. Que fit le roi pour mettre ce moyen en pratique? - 5. Que
vit-on pendant le bal? ―――― 6. Comment le roi reconnut-il le plus hon
nête homme? - - 7. Qu'en fit-il ? ―― 8. Donnez une conclusion à ce récit.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites un résumé succinct de cette historiette?
2. Dites ce que doit faire un homme pour qu'on puisse dire
de lui : c'est un « honnête homme ».
166 LECTURES PRIMAIRES .
FÉVRIER HISTOIRE
17º Semaine. Inventions et découvertes.
83. ―― Denis Papin .
Denis Papin naquit à Blois en 1647. Il étudia de bonne
heure avec passion la mécanique , se vit recherché par les
plus illustres savants de son temps, et fit bientôt lui-même
une première découverte qui devait être féconde en résultats.
Ayant essayé de faire cuire des aliments dans une mar
mite soigneusement fermée , il observa que la vapeur soule
vait le couvercle afin de s'échapper, et constata même qu'en
lui refusant toute issue on risquait de faire éclater le vase .
Papin imagina de disposer au sommet du couvercle une
soupape qui s'ouvrait d'elle-même quand la pression de la
vapeur était trop forte à l'intérieur du vase , et se refermait
après avoir livré passage à l'excédent de la vapeur . Cette
invention tout à la fois si simple et si ingénieuse est encore
utilisée aujourd'hui dans nos grandes machines à vapeur,
sous le nom de soupape de sûreté. Cette soupape rend d'im
menses services en prévenant le danger des explosions .
De ce jour, Papin fut sur la voie de sa grande découverte .
Il avait constaté qu'en faisant bouillir de l'eau jusqu'à l'ébul
lition on obtenait de la vapeur ; que plus on élevait la tem
pérature du liquide et plus aussi la vapeur se dégageait
abondamment, enfin que cette vapeur, inoffensive quand on
la laissait s'échapper, acquérait une redoutable puissance
dès qu'on la comprimait. La vapeur était donc une force :
restait à trouver le moyen de s'emparer de cette force , de la
contenir, de la diriger, d'en faire la servante docile de
l'homme . Malheureusement le roi Louis XIV révoqua l'Édit
de Nantes en 1685. Papin était protestant : il fut obligé
de s'exiler pour échapper aux persécutions . Tous ses travaux
se trouvèrent interrompus par cette fuite précipitée . Il ne
put les reprendre qu'en Allemagne où il se réfugia . Mais
alors il eut à lutter contre la misère. A force de privations
DENIS PAPIN. 167
et d'énergie, il put cependant poursuivre les expériences
qu'il avait entreprises . En 1707, après plusieurs années
d'efforts héroïques, il acheva la construction d'un bateau où
les rames et les voiles étaient remplacées par la vapeur qui
mettait en mouvement deux grandes roues munies de
palettes * .
Il fallait ensuite faire connaître au public incrédule et
moqueur la grande découverte. Papin lança son bateau sur
un fleuve d'Allemagne , la Weser, et ce fut pour le grand
homme un moment de triomphe enivrant quand la foule
accourue sur les rives vit , comme il l'avait annoncé , les
roues battre l'eau avec force , et communiquer au bateau
une impulsion * que beaucoup de gens regardèrent sans
doute comme miraculeuse . Malheureusement, cette joie
devait être de courte durée . Des mariniers craignant que
l'invention nouvelle ne ruinât leur industrie s'emparèrent
du bateau de Papin et , dans leur rage stupide , le mirent en
pièces . Le pauvre homme qui avait épuisé ses dernières
ressources pour la construction de sa machine à vapeur
fut réduit à la misère . Il ne survécut que peu de temps à
cette grande infortune * , et mourut inconnu en Angleterre
vers 1710.
Mots expliqués .
Palettes Planchettes appliquées sur la roue, et qui , en frappant
l'eau, faisaient avancer le bateau .
Impulsion Action de pousser , de faire avancer.
Infortune : Mauvaise fortune, malheur, calamité, grande misère.
Questions et Analyse des idées.
1. Résumez brièvement la vie de Denis Papin ? - 2. Comment a-t-il
découvert les soupapes des machines à vapeur ? - 3. A quelle inven
tion le conduisit cette première découverte ? - 4. Quelles infortunes
éprouva-t-il ? - 5. Comment termina-t-il sa vie ? 6. Y avait-il des
machines avant la découverte de la machine à vapeur ? -7 . Comment
marchaient-elles ? -- 8. A quel moment l'invention de Papin produisit
elle ses grands résultats ?
Devoir (Elocution et Rédaction).
Denis Papin et la machine à vapeur. - Biographie de Papin ;
sa découverte ; quelles conséquences eut cette découverte plus tard.
168 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
17º Semaine. Animaux curieux des pays étrangers.
84. -La prudence des éléphants .
Les mœurs des animaux sont parfois bien intéressantes à observer. Qui aurait
pu croire que l'éléphant, d'aspect si lourd, serait capable d'une prudence
digne d'un chef d'armée ?
Chaque troupeau d'éléphants forme une grande famille ,
et, inversement, chaque famille forme un troupeau . Ces
sociétés sont plus ou moins nombreuses ; on en voit de 10 ,
15, 20, et jusqu'à plus de 100 individus .
L'éléphant le plus prudent est le chef de la bande . Il a
pour fonction de
conduire le trou
peau, de parer aux
dangers , d'observer
la contrée , en un
mot, de veiller à la
sécurité générale .
Tous les éléphants
sauvages sont très
craintifs et très pru
dents, mais l'élé
phant conducteur
Eléphants ant boire.
l'est encore dix fois
plus . Il est continuellement en exercice ; par contre , ses subor
donnés lui obéissent sans réserve . Jamais il n'y a de révolte
contre lui ; il va, et les autres le suivent même à leur perte .
« Au fort de la sécheresse, raconte le major Skinner , les
rivières, les marais, les étangs se dessèchent. Les animaux
de l'Inde , souffrant alors heaucoup de la privation d'eau,
se réunissent en grand nombre autour des étangs non encore
à sec . Dans le voisinage de l'un d'eux , j'eus une fois occasion
d'observer la prudence surprenante des éléphants .
« Les éléphants n'étaient pas à cinq cents pas ; mais ce ne
fut qu'au bout de deux heures que j'aperçus le premier.
LA PRUDENCE DES ÉLÉPHANTS . 169
Un grand éléphant sortit de la forêt à environ trois
cents pas de l'étang ; il s'arrêta pour écouter . Il s'était avancé
sans faire le moindre bruit et resta plusieurs minutes immo
bile comme un roc . Il s'avança , s'arrêta de nouveau, et cela
par trois fois , restant chaque fois immobile quelques minutes ,
ouvrant les oreilles pour mieux écouter . Il arriva jusqu'au
bord de l'eau. J'y voyais se refléter son image ; toutefois il
n'ětancha pas sa soif, et demeura quelques minutes en obser
vation . Puis, retournant silencieusement et prudemment, il
rentra dans la forêt par où il en était sorti .
« Cependant il ne tarda pas à reparaître , et cette fois avec
cinq de ses compagnons . Le guide plaça les cinq éléphants en
sentinelle, rentra dans la forêt et en ressortit bientôt , suivi
de tout le troupeau, composé de quatre-vingts à cent individus .
Tous marchaient silencieusement ; je les voyais bien se mou
voir, mais je ne les entendais pas . Ils s'arrêtèrent à mi
chemin. Le guide s'avanca de nouveau , conféra avec les
sentinelles , et, une fois pleinement rassuré, donna l'ordre
d'avancer . Aussitôt le troupeau , oubliant toute idée de dan
ger, se précipita dans l'eau . Ils avaient pleine confiance dans
leur chef, et paraissaient se débarrasser sur lui de tout souci.
<<< Ils se livraient, et le guide le dernier , au plaisir d'étancher
leur soif et de se rafraîchir dans un bain bienfaisant . Jamais je
n'avais vu autant d'animaux rassemblés sur un si petit espace .
Je croyais qu'ils allaient vider l'étang . Je les observais avec
intérêt, jusqu'à ce que tous fussent satisfaits . Voulant voir alors
ce que produirait un bruit insignifiant , je cassai une petite
branche et aussitôt tout le troupeau s'enfuit dans la forêt . »
BREHM . (Écrivain contemp . ) Merveilles de la nature . [J-.B . Baillière, édit . ]
Questions et Analyse des idées .
1. Comment vivent les éléphants ? -- 2. De quoi est chargé le chef du
troupeau. - 3. Donnez l'idée principale de chaque paragraphe.
Devoirs ( Elocution et Rédaction) .
1. Faites la description d'un éléphant.
2. Racontez l'histoire des éléphants qui vont boire la nuit.
170 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
17 Semaine. Animaux curieux des pays étrangers .
85. - Le charmeur de serpents .
Le plus hideux des animaux, et l'un des plus redoutables pour l'homme, le
serpent à sonnettes, est sensible à la musique, si nous en croyons le récit sui
vant de Chateaubriand.
Au mois de juillet 1791 , nous voyagions dans le Haut
Canada, avec quelques familles sauvages de la nation des
Onontagués*. Un jour que nous
étions arrêtés dans une grande
plaine, au bord de la rivière.
Génésie , un serpent à son
nettes entra dans notre camp .
Il y avait parmi nous un Ca
and nadien qui jouait de la flûte ;
4, il voulut nous divertir, et
s'avança contre le serpent
avec son arme d'une nouvelle
espèce.
Al'approche de son ennemi ,
le serpent se forme en spi
rale, applatit sa tête , enfle
ses joues, contracte ses lèvres ,
DeN découvre ses dents empoi
sonnées et sa gueule san
Charmeur de serpents.
glante ; il brandit sa double
langue comme deux flammes ; ses yeux sont deux char
bons ardents ; son corps, gonflé de rage, s'abaisse et s'élève
comme les soufflets d'une forge ; sa peau, dilatée , devient
terne et écailleuse ; et sa queue, dont il sort un bruit
sinistre , oscille avec tant de rapidité , qu'elle ressemble à
une légère vapeur .
Alors le Canadien commence à jouer sur sa flûte ; le ser
pent fait un mouvement de surprise et retire la tête en arrière .
LE CHARMEUR DE SERPENTS. 171
A mesure qu'il est frappé de l'effet magique *, ses yeux perdent
leur âpreté , les vibrations de sa queue se ralentissent, et le
bruit qu'elle fait entendre s'affaiblit et meurt peu à peu .
Moins perpendiculaires sur leur ligne spirale, les orbes * du
serpent charmé s'élargissent , et viennent tour à tour se poser
sur la terre en cercles concentriques . Les nuances d'azur ,
de vert , de blanc et d'or reprennent leur éclat sur sa peau
frémissante, et, tournant légèrement la tête , il demeure im
mobile dans l'attitude de l'attention et du plaisir .
Dans ce moment le Canadien marche quelques pas, en
tirant de sa flûte des sons doux et monotones ; le reptile
baisse son cou nuancé, entr'ouvre avec sa tête les herbes
fines, et se met à ramper sur les traces du musicien qui
l'entraîne, s'arrêtant lorsqu'il s'arrête , et recommençant à
le suivre quand il commence à s'éloigner. Il fut ainsi con
duit hors de notre camp , au milieu d'une foule de specta
teurs, tant sauvages qu'européens , qui en croyaient à peine
leurs yeux à cette merveille de la mélodie , il n'y eut
qu'une seule voix dans l'assemblée pour qu'on laissât le
serpent s'échapper.
CHATEAUBRIAND. ( Célèbre écrivain français, 1768-1848 . )
Mots expliqués .
Onontagués Nom d'une peuplade qui habitait le nord des États
Unis et appelée aussi Onondagas.
Génésie Cours d'eau qui se jette dans le lac Ontario en Amérique.
Effet magique : Qui étonne, qui enchante.
Orbe Chaque cercle formé par le corps du serpent ; synonyme , dans
certains cas, de orbite.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce qu'un serpent à sonnettes ? -2 . Id. Un charmeur de ser
pents ? - Comment s'y prend-on pour charmer le serpent à sonnettes ?
- 3. Racontez les diverses attitudes de l'animal pendant que l'on
cherche à le charmer? --- 4. Montrez que chaque alinéa développe une
idée différente, et dégagez cette idée.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez le morceau lu.
172 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER FRANÇAIS
18 Semaine. Nos qualités et nos défauts .
86. - Le flatteur parasite * .
Histoire amusante pour nous apprendre à nous méfier des flatteurs.
Je m'assis tout seul à une table . Je n'avais pas encore
mangé le premier morceau , qu'un cavalier s'approcha de
moi d'un air empressé.
<< Seigneur écolier, me dit-il, je viens d'apprendre que
vous êtes le seigneur de G1 Blas de Santillane * , l'ornement
d'Oviedo et le flambeau de la philosophie . Vous ne savez pas ,
continua-t-il en s'adressant à l'hôte et à l'hôtesse , vous ne
savez pas ce que vous possédez ; vous avez un trésor dans
votre maison : vous voyez dans ce jeune gentilhomme la hui
tième merveille du monde . » Puis, se tournant de mon côté
et me jetant les bras au cou : « Excusez mes transports ,
ajouta-t-il je ne suis point maître de la joie que votre
présence me cause . »
Mon admirateur me parut un fort honnête homme , et je
l'invitai à souper avec moi . « Ah ! très volontiers, s'écria-t-il ;
je sais trop bon gré à mon étoile de m'avoir fait rencontrer
l'illustre Gil Blas de Santillane, pour ne pas jouir de ma
bonne fortune le plus longtemps que je pourrai . Je n'ai pas
grand appétit, poursuivit-il ; je vais me mettre à table pour
vous tenir compagnie seulement , et je mangerai quelques
morceaux par complaisance . »
En parlant ainsi , il s'assit vis-à-vis de moi. On lui apporta
un couvert. Il se jeta d'abord sur l'omelette avec tant d'avi
dité, qu'il [Link] n'avoir mangé depuis trois jours . J'en
ordonnai une seconde . Il mangeait d'une vitesse toujours
égale , et trouvait moyen , sans perdre un coup de dent , de
me donner louanges sur louanges, ce qui me rendait fort
content de ma petite personne .
Il buvait fort souvent. Il versait du vin dans mon verre,
et m'excitait à lui faire raison * . Je ne répondais point mal
LE FLATTEUR PARASITE 173
aux santés qu'il me portait ; ce qui, avec ses flatteries , me
mit insensiblement de si belle humeur, que , voyant notre
seconde omelette à moitié mangée , je demandai à l'hôte s'il
n'avait pas de poisson à nous donner. Il y avait une belle
truite , mais d'un prix très élevé .
« Apportez-nous la truite, dis -je fièrement, et ne vous
embarrassez pas du reste » . L'hôte, se mit à l'apprêter, et
ne tarda guère à nous la servir . A la vue de ce nouveau
plat, je vis briller une grande joie dans les yeux du para
site . Enfin , après avoir bu et mangé tout son soûl , il
voulut finir la comédie : « Seigneur Gil Blas, me dit-il , en
se levant de table , je suis trop content de la bonne chère
que vous m'avez faite pour vous quitter sans vous donner
un avis important dont vous me paraissez avoir besoin .
Soyez désormais en garde contre les louanges . Défiez-vous
des gens que vous ne connaitrez point. Vous en pourrez
rencontrer d'autres qui voudront, comme moi , se divertir
de votre crédulité , et peut-être pousser les choses encore
plus loin ; n'en soyez point la dupe, et ne vous croyez point ,
sur leur parole , la huitième merveille du monde . » En ache
vant ces mots , il me rit au nez et s'en alla .
LESAGE. (Écrivain français du XVIIIe siècle, 1668-1748 . )
Mots expliqués.
Parasite : Un parasite est celui qui vit ou cherche à vivre aux
dépens d'autrui .
Santillane, Oviedo Villes d'Espagne.
Lui faire raison : Boire en même temps que lui .
Questions et Analyse des idées.
1. Quel homme vint flatter Gil Blas. - 2. Quel discours lui tint-il?
- 3. Quel était le défaut de Gil Blas ? - 4. Quel profit l'étranger
tira-t-il de ses flatteries ? - 5. Comment se termina l'affaire? -- 6. Où
est le jugement de l'auteur et quel est-il ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Comparez ce récit de Lesage avec la fable de La Fon
taine Le Corbeau et le Renard.
174 LECTURES PRIMAIRES .
FÉVRIER MORALE
18 Semaine. Nos qualités et nos défauts
87. Le Grillon.
Soyons modestes de notre personne et sachons apprécier la modestie de
notre position ; chacun à la place qu'il occupe, peut trouver le bonheur s'il
sait éviter l'envie et pratiquer la vertu.
Un pauvre petit grillon
Caché dans l'herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie .
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L'azur *, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes .
« Ah ! disait le grillon , que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien .
Je n'ai point de talent, encor moins de figure ;
Nul ne prend garde à moi ; l'on m'ignore ici-bas !
Autant vaudrait n'exister pas . »
Comme il parlait , dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants .
Aussitôt les voilà courants
Après le papillon dont ils ont tous envie :
Chapeaux, mouchoirs , bonnets , servent à l'attraper.
L'insecte vainement cherche à leur échapper :
Il devient bientôt leur conquête * .
L'un le saisit par l'aile , un autre par le corps ;
Un troisième survient et le prend par la tète :
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
« Oh, oh! dit le grillon, je ne suis plus fàché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde .
Combien je vais aimer ma retraite profonde ! >>
Pour vivre heureux , vivons caché .
FLORIAN . (Fabuliste français du xvIIe siècle, 1755-1794. )
LE GRILLON. 175
Cette fable peut être rapprochée du joli récit d'Andrieux (poète du xix siècle)
sur le Rat de ville et le Rat des champs.
Le Rat de ville vivait dans le luxe et le Rat des champs dans la médiocrité.
Ils étaient vieux amis. Le Rat de ville, faisant un jour visite à son ami :
<< Pouvez-vous bien , dit-il , végéter * tristement
1 Dans un trou de campagne enterré tout vivant?
Croyez-moi , laissez là cet ennuyeux asile ;
Venez voir de quel air nous vivons à la ville ;
Le Rat des champs se rend à l'invitation . Il est reçu magnifiquement ; mais
au milieu du diner :
Un grand bruit de porte épouvante nos rats :
Ils étaient au buffet , ils se jettent en bas,
Courent, mourant de peur, tout autour de la salle...
Pas un trou... De vingt chats une bande infernale
Par de longs miaulements redouble leur effroi .
« Oh ! oh ! ce n'est pas là ce qu'il me faut , à moi ,
Dit le bon campagnard ; mon humble solitude
Me garantit du bruit et de l'inquiétude ;
Là je n'ai rien à craindre , et si j'y mange peu ,
J'y mange en paix du moins, et j'y retourne…… .. Adieu .
ANDRIEUX. (Poète français du début du XIXe siècle, 1759-1833 .)
Mots expliqués.
Azur C'est la couleur bleue de l'air pur.
Conquête Action de prendre quelque chose par une lutte, un
effort.
Végéter : Vivre comme les végétaux, inactif, dans la médiocrite.
Questions et Analyse des idées.
1. Où et comment était le papillon ? -2. Faites le portrait du grillon .
- 3. De quoi se plaint-il ? — 4. A-t-il raison ? — 5. Que voit-il arriver ?
6. Que font les enfants au papillon ? -7. Quelles sont les réflexions
du grillon ? 8. Quelles sont les idées exprimées dans les vers d'An
drieux? - 9. Cherchez les vers qui résument son jugement.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez l'histoire du grillon et dites pourquoi il se
trouva heureux d'avoir une modeste condition.
2. Henri est jaloux parce que son camarade Auguste est
toujours le premier de la classe. ---- A-t-il raison ? Dites ce
qu'il devrait faire.
176 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER HISTOIRE
18e Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
88. - Pierre le Grand , créateur de la Russie
moderne.
Le créateur de la Russie moderne a été l'un des plus grands monarques du
monde. Il vivait dans un pays à moitié barbare. Il amena son pays à la civilisation
à force d'énergie. Et tout d'abord il commença par faire sa propre éducation.
Plusieurs princes avaient renoncé à des couronnes , par
dégoût pour le poids des affaires ; mais aucun n'avait cessé
d'être roi pour apprendre
mieux à régner : c'est ce que
fit Pierre le Grand .
Il quitta la Russie en 1698 ,
et alla en Hollande, déguisé
sous un nom vulgaire, comme
s'il avait été domestique de
Le Fort, qu'il envoyait ambas
NETPY hep sadeur extraordinaire auprès
EKATEPHHA
ASTA 1720TODAR des États-Généraux * .
Arrivé à Amsterdam , inscrit
dans le rôle des charpentiers
de l'amirauté des Indes , il y
Statue de Pierre le Grand. travaillait dans le chantier
comme les autres charpentiers .
Dans les intervalles de son travail, il apprenait les parties
de mathématiques qui peuvent être utiles à un prince , les
fortifications , la navigation , l'art de lever les plans . Il entrait
dans les boutiques des ouvriers, examinait toutes les manu
factures ; rien n'échappait à ses observations .
De là il passa en Angleterre, où il se perfectionna dans la
science de la construction des vaisseaux ; il repassa en
Hollande, et vit tout ce qui pouvait tourner à l'avantage de
son pays.
Enfin, après deux ans de voyages et de travaux auxquels
nul autre homme que lui n'eût voulu se soumettre, il
PIERRE LE GRAND, CRÉATEUR DE LA RUSSIE MODERNE . 177
reparut en Russie, amenant avec lui les arts de l'Europe.
Il eut jusqu'à une école d'ingénieurs, dans un pays où
personne ne savait avant lui les éléments de la géométrie . Il
était bon ingénieur lui-même, mais surtout il excellait dans
tous les arts de la marine ; bon capitaine de vaisseau, habile
pilote, bon matelot , adroit charpentier , et d'autant plus esti
mable dans ces arts qu'il était né avec une crainte extrême
de l'eau. Il ne pouvait, dans sa jeunesse , passer sur un pont
sans frémir ; il faisait fermer alors les volets de bois de son
carrosse : le courage et le génie domptèrent en lui cette fai
blesse machinale .
On vit, pour la première fois, de grands vaisseaux russes
sur la mer Noire , dans la Baltique et dans l'Océan . Des bâti
ments d'une architecture régulière et noble furent élevés au
milieu des huttes moscovites ". Il établit des collèges, des
académies, des imprimeries, des bibliothèques ; les villes
furent policées ; les habillements, les coutumes changèrent
peu à peu, quoique avec difficulté . Le czar Pierre voulut
aussi être grand par le commerce , qui fait à la fois la richesse
d'un état et les avantages du monde entier . Il entreprit de
rendre la Russie le centre du négoce de l'Asie et de l'Europe.
VOLTAIRE.
Mots expliqués.
États-Généraux : Le gouvernement de la Hollande.
Rôle Liste de personnes ou de choses.
Huttes moscovites : Petites cabanes en bois que l'on voit en Russie.
Questions et Analyse des idées.
1. Que fit Pierre le Grand pour s'instruire, et à quels travaux se
livra-t-il? - 2. Quels pays visita-t-il ? ―― 3. De retour en Russie que
fit-il? - 4. Pour la marine? -5. Pour les villes? - - 6. Pour les écoles ?
7. Que fit-il de la Russie? - 8. Comparez-le à Napoléon Ier.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez les travaux auxquels se livra Pierre le Grand
pour amener la civilisation en Russie.
2. Quel exemple nous offre Pierre le Grand et que devons
nous faire pour l'imiter, dans notre condition.
LECT. PRIM. 12
178 LECTURES PRIMAIRES .
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
18 Semaine. Animaux curieux des pays étrangers.
89 . ― Le Castor.
Le Castor est devenu si rare en France qu'on peut le considérer comme un
animal des pays étrangers.
En France, le Castor était jadis très commun, et existait
dans beaucoup de localités d'où il a depuis longtemps disparu .
Il vivait sur la plupart de nos grands cours d'eau et de leurs
affluents , notamment sur
la Saône, le Gardon , la
Durance, l'Isère , la Somme,
etc. Aujourd'hui on ne le
voit plus qu'en petit nombre
sur le Rhône , depuis son
embouchure jusqu'au Pont
Saint-Esprit. Le castor est
plus abondant en Asie qu'en
Europe. Il était très com
mun en Amérique , mais il
a diminué par suite des
chasses continuelles qu'on
Les castors.
lui a faites .
Les castors se choisissent un cours d'eau dont les rives
leur fournissent de la nourriture et des matériaux propres
à élever leurs huttes. Ils commencent par construire un
barrage épais de 3 à 4 mètres à la base, de 60 centimètres
à la partie supérieure . Ils l'établissent avec des pièces de
bois de la grosseur de la cuisse ou du bras, de 1 mètre et
demi à 2 mètres de long ; ils les fichent* dans le sol, par une
de leurs extrémités, placent dans leurs intervalles des
branches plus petites , plus flexibles et remplissent les
vides avec de la vase . Ils travaillent à cette digue jusqu'à ce
que l'eau ait atteint le plancher de leurs huttes . En amont *
la digue est inclinée ; en aval * elle est verticale . Elle est
LE CASTOR. 179
assez solide pour qu'un homme puisse s'y aventurer . Dès qu'un
trou s'y montre, les castors le bouchent avec de la vase .
Leurs demeures s'ouvrent à 1 m. 20 au moins au-dessous
de la surface de l'eau, de telle façon que jamais elles ne
soient fermées par les glaces.
C'est en amont de la digue , le plus souvent sur le côté sud
des îles , ou au milieu même de la rivière , que les castors
bâtissent leurs huttes. Ils creusent un couloir oblique qui
part de la rive , au haut de laquelle ils construisent un mon
ticule en forme de four , à parois très épaisses, de 1 m. 30 à
2 mètres de haut, de 3 à 4 mètres de diamètre . Les parois en
sont formées de morceaux de bois dépouillés de leur écorce
réunis par du sable et de la vase .
Cette demeure renferme une chambre voûtée dont le
plancher est couvert de débris de bois . Près de l'ouverture
est un compartiment destiné à recevoir des provisions.
Les castors travaillent continuellement à amasser des pro
visions jusqu'à ce que la glace les en empêche . L'eau monte
t-elle, et pénètre-t-elle dans l'intérieur des habitations , ils
percent la voûte et prennent la fuite par cette voie . Souvent
un castor reste trois, quatre ans , dans la même demeure ;
mais, souvent aussi, il se construit une nouvelle habitation ,
ou restaure une ancienne hutte. BREHM.
Merveilles de la nature. [ J.-B. Baillière, édit .]
Mots expliqués .
Ficher dans le sol Planter dans le sol.
Amont Côté d'où descend le fleuve (côté de la source, du mont).
Aval : Côté de l'embouchure d'un fleuve (en suivant la vallée).
Questions et Analyse des idées.
1. Où trouvait-on autrefois beaucoup de castors ? --- 2. Où vivent
ils ? - 3. Comment et où construisent-ils des digues dans les cours
d'eau ? 4. Comment ensuite construisent-ils leurs huttes ? - 5. Quelles
sont les différentes parties de cette description ? 6. Montrez l'habi
leté et la patience dont font preuve les castors.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Comment les castors construisent-ils leurs digues et
leurs huttes?
180 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
18 Semaine. Animaux curieux.
90. - La pêche à la Baleine .
Il est difficile de se représenter la grandeur et la masse de la baleine. Cette
description en donnera une idée. On pêche la baleine pour ses fanons, pour sa
graisse. La graisse seule d'un animal de grande taille peut atteindre une valeur
de 20 000 francs.
Quand les navires sont arrivés dans les parages que fré
quentent les baleines, ils explorent l'horizon tout autour
d'eux . Le cri de la Vigie : « Un souffleur ! » émeut tout l'équi
Pêche à la baleine.
page. On met à la mer des canots, montés par six ou huit
vigoureux rameurs, un pilote et un harponneur * , et tous se
dirigent rapidement et silencieusement vers la baleine .
Le harpon est un fer acéré, très pointu, muni d'un
crochet et attaché à une corde très longue et très flexible ;
celle-ci est enroulée à une bobine placée à l'avant du canot .
En approchant de l'animal, on redouble de prudence , et ,
lorsqu'on est arrivé tout auprès, le harponneur lance son
harpon sur le colosse. Au même instant , les rameurs se
penchent sur leurs avirons, pour éloigner le plus rapide
ment possible le canot du voisinage de l'animal blessé.
Ordinairement, la baleine plonge au fond de l'eau, en dévi
LA PÊCHE A LA BALEINE. 181
dant la corde avec une telle rapidité qu'on est obligé de la
mouiller pour qu'elle ne prenne pas feu . Mais bientôt sa
fuite est moins rapide, elle nage plus lentement, et les
pêcheurs peuvent la suivre . Souvent aussi , ils sont entraînés
loin de leur navire , par une baleine harponnée , à plusieurs
heures, à une demi-journée même .
Cependant , le colosse, après la première attaque, n'est
jamais plus d'un quart d'heure à reparaître à la surface
de l'eau pour respirer. Abordé de nouveau , il reçoit un
second harpon . La baleine effrayée se roule dans les vagues ;
elle bondit hors de l'eau ; la mer est couverte de sang et
d'écume. L'animal disparaît, un tourbillon indique la place
où il a plongé ; il revient à la surface , mais , de quelque côté
qu'il se dirige, un nouveau fer s'enfonce dans son corps .
Il a perdu tout son sang, il se couche sur le flanc , ballotté
par les vagues ; des milliers d'oiseaux accourent, pressés
de se repaître de ce gigantesque cadavre .
La baleine est remontée par des câbles tournant autour
'de deux solides poulies contre les flancs du navire , et auprès,
sur de petits échafaudages, se tiennent les hommes . Ceux-ci ,
après que la tête a été détachée, coupent avec de forts cou
teaux, tout autour du corps, des lanières de graisse d'un
mètre de long, et continuent cette besogne jusqu'à ce que
l'animal soit complètement dépouillé de son lard . Le reste
est abandonné aux animaux marins . BREHM.
Merveilles de la nature. [ J.-B. Baillière, édit . ]
Mot expliqué.
Harponneur : Celui qui jette le harpon.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment pêche-t-on la baleine? - 2. Qu'est-ce qu'un harpon?
- - 3. Que fait la baleine quand elle a été touchée par le harpon ?
4. Que fait-on quand la baleine est morte? 5. Qu'en retire-t-on ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Quelles sont les principales pêches maritimes ? Dites quel
ques mots de chacune d'elles.
182 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER FRANÇAIS
19 Semaine. La France au XVIIIe siècle.
91. A M. le comte de Lastic.
Il est intéressant d'observer le changement des mœurs et le progrès des idées
libérales au cours du xvII ° siècle. Au commencement du règne de Louis XV,
un grand seigneur, étant mécontent de Voltaire, le faisait bâtonner par ses
valets, comme nous l'avons vu à la page 162. Quarante ans plus tard, un autre
grand seigneur ayant manqué de probité à l'égard de gens du peuple, Rousseau
put lui écrire, sans être inquiété, la lettre suivante, dont l'ironie était un châ
timent mérité.
Paris, le 20 décembre 1754.
Sans avoir l'honneur, monsieur , d'être connu de vous ,
j'espère qu'avent à vous offrir des excuses et de l'argent * ,
ma lettre ne saurait être
mal reçue .
J'apprends que Mlle de
Cléry a envoyé de Blois un
panier à une bonne vieille.
femme, nommée Mme Le
Vasseur, et si pauvre qu'elle
demeure chez moi * ; que ce
panier contenait , entre
autres choses, un pot de
vingt livres de beurre ; que
le tout est parvenu , je ne
sais comment, dans votre
cuisine ; que la bonne
Portrait de J.-J. Rousseau.
vieille, l'ayant appris , a eu
*
la simplicité de vous envoyer sa fille , avec la lettre d'avis ,
vous redemander son beurre, ou le prix qu'il a coûté ; et
qu'après vous être moqués d'elle, selon l'usage * , vous et
madame votre épouse, vous avez, pour toute réponse , ordonné
★
à vos gens de la chasser .
J'ai tâché de consoler la bonne femme affligée , en lui
⭑
expliquant les règles du grand monde et de la grande édu
cation ; je lui ai prouvé que ce ne serait pas la peine d'avoir
A M. LE COMTE DE LASTIC . 183
des gens, s'ils ne servaient à chasser le pauvre, quand il
vient réclamer son bien ; et, en lui montrant combien justice
et humanité sont des mots roturiers * , je lui ai fait com
prendre, à la fin, qu'elle est trop honorée qu'un comte ait
mangé son beurre.
Elle me charge donc, monsieur, de vous témoigner sa
reconnaissance de l'honneur que vous lui avez fait , son
regret de l'importunité qu'elle vous a causée , et le désir
qu'elle aurait que son beurre vous eût paru bon * .
Que si par hasard il vous en a coûté quelque chose pour
le port du paquet à elle adressé , elle offre de vous le rem
bourser, comme il est juste . Je n'attends là-dessus que vos
ordres pour exécuter ses intentions, et vous supplie d'agréer
les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être , etc.
J.-J. ROUSSEAU. (Célèbre écrivain du xvIIe siècle , qui eut
une grande influence sur les idées révolutionnaires, 1712–1778 . )
Mots expliqués .
Et de l'argent Trait de mépris. Un pauvre qui offre de l'argent à
un riche, et non seulement lorsqu'il n'en doit pas, mais lorsqu'on lui
en doit!
Chez moi Qui suis également très pauvre.
Simplicité Dans sa simple honnêteté, elle croyait qu'on allait lui
restituer son beurre.
Selon l'usage : Ironie ; l'usage de votre monde qui est malhonnête.
Vos gens : Vos domestiques.
Le grand monde : Le monde des nobles et des riches, par opposi
tion aux roturiers comme Rousseau.
Vous eût paru bon : Moquerie qui se complète par le dernier trait
d'ironie des lignes suivantes .
Questions et Analyse des idées.
1. Comment Rousseau commence-t-il sa lettre? -2. Quelle erreur
avait été commise ? -3. Comment le comte de Lastic avait-il accueilli
la réclamation de la bonne vieille? - 4. Quelles consolations lui a
données Rousseau? ―――― 5. Montrez l'ironie de cette lettre .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dans une petite lettre, racontez l'histoire que vous venez
de lire, et ajoutez les réflexions que vous avez faites.
184 LECTURES PRIMAIRES .
FÉVRIER MORALE
19º Semaine. Nos qualités et nos défauts.
92. La propreté.
La propreté a été souvent appelée une demi-vertu. On peut même dire que
c'en est une tout entière, car l'habitude de la propreté matérielle conduit à la
propreté morale.
La propreté est une condition essentielle pour l'hygiène
de l'habitation et du vêtement. Sans elle l'appartement le
plus luxueux , le mieux disposé, peut devenir mauvais . Avec
elle , des logements assez médiocres peuvent devenir tolé
rables ; c'est par leur propreté proverbiale que les ména
gères hollandaises arrivent à lutter contre l'insalubrité
humide de leur climat. Dans les appartements malpropres,
encombrés, poussiéreux , on voit fréquemment éclater des
épidémies redoutables.
La présence d'animaux est toujours malsaine dans un
appartement. Elle est difficilement compatible avec la pro
preté . Les maladies transmises par le chien , les oiseaux et
surtout les perruches offrent plus de danger encore.
La propreté minutieuse des vêtements en contact direct
avec la peau est une condition essentielle de la santé . La
bonne respiration de la peau est aussi essentielle que la res
piration pulmonaire. Quand elle est entravée par des vête
ments sales et malpropres, elle amène vite des troubles
généraux (fièvre, anémie) sans parler de toute une série d'ac
cidents . Au moyen âge, où le linge de corps était inconnu ,
où les mêmes vêtements étaient portés jour et nuit, les
maladies de la peau (et surtout la lèpre ) étaient un véri
table fléau * pour les populations . Les avantages spéciaux des
vêtements de laine fine, la nécessité de changer et d'aérer
matin et soir le linge de corps méritent d'être signalés.
La propreté , indispensable aux sujets bien portants, est
plus nécessaire encore aux malades. Beaucoup de malades
ont le tort, quand ils se sentent indisposés, de rester au lit,
en négligeant le matin les soins de toilette ordinaires . Cette
LA PROPRETÉ. 185
négligence, cette incurie *, augmentent beaucoup leurs ma
laises . Il est rare, au contraire , qu'après une toilette soi
gneusement faite, après avoir mis du linge propre , ils ne se
sentent pas plus dispos . L'entourage des malades ne saurait
trop veiller à cette propreté minutieuse et les aider , quand
les soins nécessaires les fatiguent, avec trop de sollicitude .
Dr PLICQUE, Auteur contemporain. [Plon, Nourrit et Cie, éd. ]
Voici ce que disait à des jeunes filles une femme d'expérience et de cœur
qui avait fondé un cours ménager à Bordeaux.
La propreté doit régner dans toutes les maisons ; elle est
un besoin du riche et le luxe du pauvre , c'est la condition
indispensable d'une bonne hygiène .
Jamais vous ne préparerez de bons mets dans des usten
siles malpropres. Mieux vaut un plat de morue et de pommes
de terre délicatement confectionné , que la préparation culi
naire la plus recherchée si elle a été cuisinée par une per
sonne aux mains sales et dans des récipients douteux . Mais
ce n'est pas seulement sur notre hygiène et sur notre appétit
que la propreté exerce une action directe ; elle est un indice
moral, elle agit sur l'àme.
MME MOLL-WEISS, Le Foyer domestique. [Hachette et Cie, éd . ]
Mots expliqués .
Fléau : Ce qui est funeste, grande calamité.
Incurie Défaut de soin , négligence.
Questions et Analyse des idées .
1. Citez une condition essentielle pour l'hygiène ? -- 2. Que voit-on
dans les appartements malpropres ? ――― 3. La présence d'animaux dans
un appartement est-elle compatible avec la propreté ? - 4. Quelles
sont les principales maladies occasionnées par les animaux ? -5. Pour
quoi la propreté des vêtements est-elle une condition essentielle de la
santé? - 6. Quels soins doivent prendre les personnes maladives ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites la description d'un appartement propre.
2. Dites comment et pourquoi le corps et les vêtements
doivent être tenus propres.
186 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER HISTOIRE
19e Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
93. — Benjamin Franklin.
L'un des hommes les plus justement célèbres des États-Unis de l'Amérique.
Nous allons voir comment il a mérité cette célébrité.
Il naquit à Boston, en Amérique, l'an 1706. Fils d'un
pauvre fabricant de savon, il ne reçut d'abord qu'une in
struction fort incomplète : on lui apprit à lire , à écrire et à
compter. Mais étant entré
>
comme apprenti chez un
imprimeur, il se prit d'un
goût très vif pour la lecture
et compléta ainsi son instruc
tion . - Bientôt même , il
fut en état d'écrire des ar
ticles dans un journal et de
composer des pièces de poé
sie populaire .
Franklin (Benjamin). A vingt-trois ans , le petit
apprenti était devenu, à force
d'ordre, de travail et d'économie, maître-imprimeur dans la
grande ville de Philadelphie. Le voilà donc arrivé à l'aisance ,
le voilà patron . Bien loin de n'éprouver , comme tant de par
venus * que du mépris pour ses anciens compagnons d'atelier,
il se consacra dès lors à l'éducation du peuple , et mit au
service de cette généreuse entreprise les ressources d'un
esprit ingénieux, délicat, qui puisait toutes ses inspirations
dans le cœur le plus vertueux .
Il fonda un journal et une sorte d'almanach populaire ,
publié sous le titre de Bonhomme Richard , qui se vendait à
très bas prix . C'était un recueil de connaissances usuelles
à l'usage des campagnards : on leur apprenait les meilleurs
procédés de culture pour les terres, d'alimentation et d'édu
cation pour les bestiaux. En même temps , l'auteur du
BENJAMIN FRANKLIN. 187
Bonhomme Richard avait soin de donner à ses rustiques * lec
teurs des préceptes de morale et de leur prêcher tout dou
cement la probité , la franchise , l'honnêteté , la tempérance,
la haine du mensonge et de la fraude . De la sorte, un brave
paysan, qui achetait le recueil pour y trouver quelque bonne
recette contre la peste bovine qui décime si vite un troupeau,
se rendait en même temps acquéreur d'un petit sermon contre
l'ivrognerie ou contre le vol . Le succès du Bonhomme Richard.
fut immense et enrichit Franklin, qui croyait d'abord
n'avoir fait qu'une bonne action et s'aperçut bientôt qu'il
avait fait en même temps une bonne affaire.
Devenu possesseur d'une assez grande fortune, il provoqua
la création, au moyen d'une souscription publique , de la
première bibliothèque que l'Amérique ait possédée . Il pensait
en effet, comme tous les grands esprits, que l'ignorance est
pour un peuple un véritable fléau, et qu'il n'est pas de moyen
plus efficace, pour combattre la misère et le vice, que de ré
pandre l'instruction à pleines mains . C'est dans cette pensée
également qu'il composait un plan d'enseignement public .
En même temps , il donnait une preuve de son ardente charité
+
en coopérant à la fondation d'un hôpital , et de sa prévoyance
en formant un corps de pompiers pour prévenir ou combattre
le danger des incendies , très redoutables et très fréquents
dans une ville où beaucoup de constructions étaient en bois .
G. DURUY.
Mots expliqués.
Parvenu Celui qui, ne possédant rien , arrive à faire fortune.
Rustique Tout ce qui a rapport à la campagne.
Coopérer Travailler à la même chose avec quelqu'un .
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'avait appris Franklin étant enfant ? 2. Quelles qualités lui
permirent d'arriver à une meilleure situation ? - 3. Quels conseils
-
donnait le bonhomme Richard » ? - 4. Que créa-t-il en Amérique?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez la vie de Franklin, en montrant comment le fils
d'un pauvre fabricant devint un savant et un homme célèbre.
188 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
19º Semaine. Ressources que la mer offre à l'homme.
94. - La pêche du hareng .
Le hareng se trouve presque exclusivement dans les mers
boréales de l'Europe et de l'Asie . Il abonde dans la Manche,
autour des îles Britanniques et de l'Islande ; enfin on le
trouve encore vers le Nord-Ouest, sur les côtes du Groënland ,
et au Nord-Est dans
la mer Blanche.
Le spectacle offert
par les troupes de
harengs est magi
que lorsque, éclai
rés des rayons de
la lune, ils arrivent
en colonnes serrées
ayant souvent 5 ou
6 kilomètres de
long et 3 ou 4
mètres de large,
La pêche du hareng.
brillantes d'un éclat
argentin et comparables à un immense tapis dont chaque
point serait à la fois phosphorescent et mobile. Les pêcheurs
du Nord parlent volontiers des éclairs jetés par ces poissons ,
mais ils ne s'attardent pas à les admirer ; car ces radeaux
scintillants de mille feux sont capricieux dans leurs allures,
et il faut se håter de jeter les filets à l'aide desquels on peut
en faire la capture ; le hareng est un comestible précieux à
raison de ses qualités aussi bien que de son abondance .
Dans toutes les mers comprises entre l'Islande et le littoral
méridional de la Manche, la pêche de ce poisson constitue
une branche importante de l'industrie maritime . Le plus ordi
nairement on jette à l'eau, au milieu d'un banc de harengs *
naviguant près de la surface de la mer, ou sur son passage ,
LA PÊCHE DU HARENG. 189
de grands filets lestés par le bas et garnis de flotteurs à leur
bord supérieur. Le poids de ces engins les fait descendre
jusqu'à ce qu'ils soient arrêtés par les flotteurs, et il les main
tient bien tendus, dans une position à peu près verticale, de
façon qu'ils forment dans le sein de la mer autant de cloisons
à claire-voie . Deux ou plusieurs de ces filets sont attachés
bout à bout , de façon à constituer un rideau dont la longueur
varie suivant l'état de la mer et la force de l'équipage qui le
manœuvre . Ces filets ont rarement moins de 70 à 80 mètres ,
et dans certains parages ils peuvent atteindre 300 mètres ou .
même davantage. Les mailles sont de grandeur convenable
pour laisser entrer la tête des harengs, mais pour empêcher
de passer le corps, et lorsque ces poissons cherchant à avan
cer se trouvent engagés, ils restent prisonniers jusqu'à ce
que les pêcheurs les aient tirés à bord et pris un à un. Le
nombre des harengs capturés de la sorte est considérable ;
parfois, d'un seul coup de filet , on prend plus de poissons
que le bateau pêcheur n'en peut porter .
Comme on pouvait le penser, l'art de saler les harengs a
été inventé par un peuple maritime du Nord . Ce sont les
Hollandais qui l'ont enseigné à leurs voisins. Et le hareng
est tellement important pour l'alimentation que les Hollan
dais, dit-on, qui étaient pauvres avant de savoir saler les
harengs, sont devenus riches depuis cette découverte .
MILNE-EDWARDS. (Écrivain contemporain. )
Nouvelles causeries scientifiques [Gauthier-Villars, édit. ]
Mots expliqués.
Mers boréales : Mers du Nord.
Banc de harengs Troupe de harengs nageant serrés et sur une
grande étendue.
Questions et Analyse des idées.
1. Où pêche-t-on surtout le hareng? 2. Quel est le spectacle
offert par les troupes de harengs à la surface de la mer ? — 3. Pourquoi
pêche-t-on le hareng? - 4. Comment le pêche-t-on?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites une description de la pêche au hareng.
190 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
19e Semaine. Nos voisins .
95. - Les Hollandais .
<< Curieux, singulier pays, dit le voyageur qui passe seule
ment ; pays des moulins à vent et des bateaux , des tulipes et
de la propreté .... »
Mais, il y a aussi autre chose et l'histoire même montre
dans les Hollandais des travailleurs héroïques , des hommes
dévoués à leur patrie et à la liberté . Ils ont résisté à la mer
et à Louis XIV. Et, quand ils eurent à choisir entre deux
ennemis, ils choisirent la mer et submergèrent leur pays
plutôt que de le laisser prendre.
La Hollande, ou Néderland , dont nous traduisons le nom
par Pays-Bas, est très plate et très basse , même en certaines
parties plus basse que le niveau des eaux marines. Depuis
des siècles et des siècles, la guerre, la grande guerre est
entre le Hollandais et la mer à qui aura la terre ? Celle-ci a
vaincu parfois ; et alors ce furent d'effroyables inondations ,
noyant des régions entières avec des villes, des centaines de
villages et des habitants par milliers, comme celle qui , en
quelques heures de tempête, a mangé * du pays un terrible
morceau, fait au milieu de la plus riche contrée un trou
énorme et créé le Zuiderzée .
Mais l'homme se défend ; avec des digues, des fascines ,
chose curieuse , des clayonnages * , il brise les lames et arrête
la mer, qui est pourtant la mer du Nord , très colère , et
ayant de très fortes marées. Peu à peu, avec patience , il lui
reprend le sol . Dans ce pays , on dessèche non seulement
des étangs et des marais, mais des lacs fort vastes, que l'on
transforme en cultures . S'il le faut , on fera boire aux pom
pes toute l'eau du lac . Or le terrain mis à sec, l'eau
revient, filtre en dessous ; les pluies s'accumulent, ne pou
vant s'écouler ; il faut continuer de pomper, et sans cesse....
C'est à cela que servent les milliers de moulins à vent, si
LES HOLLANDAIS. 191
bizarres d'aspect, plantés le long des digues . Toute l'im
mense plaine est coupée de canaux . C'est là qu'on voit ,
effet étrange à l'œil , au milieu des prairies plates , à perte
de vue, à travers les troupeaux qui errent, passer et re
passer la multitude des voiles qui vont et viennent , se croi
sent on n'aperçoit pas l'eau du canal, cachée par les
roseaux des berges. Au milieu des villes et des villages , le
long des rues, entre les maisons , on voit circuler les bateaux :
et de distance en distance, des ponts de bois , ingénieuse
ment suspendus, se lèvent pour les laisser passer .
Dans un pays à demi-recouvert d'eaux dormantes , la pro
preté est une condition de la vie . Mais en Hollande elle est
poussée à l'excès . Figurez-vous des villages où les rues , car
relées, sont lavées et frottées comme chez nous le parquet ;
où les façades des maisons , en briques rouges, peintes de
vives couleurs , sont lavées aussi à chaque instant. A l'inté
rieur des habitations la propreté est déjà un luxe : tout brille ,
tout reluit, meubles , vaisselle , ustensiles , plancher . Mème
dans les plus pauvres cabanes de pêcheurs ou de paysans,
une éclatante netteté ressemble à la richesse .
Mots expliqués.
Mangé La mer a mangé du pays (la mer s'est avancée dans les
terres).
Clayonnage : Assemblage de pieux et de branchages pour maintenir
les terres.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est la situation du pays hollandais ? — 2. Comment s'y sont
pris les Hollandais pour que la mer n'envahisse pas leur pays ? -
3. Quelle est la principale culture de la Hollande ? - 4. Dites le carac
tère des Hollandais ? 5. Parlez de leur propreté, de leur amour
de l'ordre? 6. Quelle est l'idée principale contenue dans chaque para
graphe ? 7. Quelles difficultés naturelles ont eues à vaincre les Hol
landais et comment y ont-ils réussi ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Faites une comparaison entre la campagne hollandaise et
la campagne française que vous connaissez. (Aspect du sol, des
routes, des villages, travaux des habitants . )
192 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER FRANÇAIS
20e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
96. - Le vaniteux ridicule .
(Scène extraite du Bourgeois gentilhomme.)
Voici une scène extraite de la comédie de Molière intitulée : le Bourgeois
gentilhomme. Il s'agit d'un riche bourgeois, sot et vaniteux, qui veut se faire
passer pour gentilhomme, fréquenter le monde de la noblesse et de la cour
et qui se fait duper, ridiculiser par des valets.
COVIELLE, MONSIEUR JOURDAIN *
COVIELLE. Monsieur, je ne sais pas si j'ai l'honneur
d'être connu de vous.
MONSIEUR JOURDAIN . ――――――― Non , monsieur .
COVIELLE. Je vous ai vu que vous n'étiez pas plus grand
que cela.
MONSIEUR JOURDAIN . -- Moi !
COVIELLE. ――― Oui , vous étiez le plus bel enfant du monde,
et toutes les dames vous prenaient dans leurs bras pour
vous baiser.
MONSIEUR JOURDAIN . Pour me baiser !
COVIELLE . Oui , j'étais grand ami de feu monsieur votre
père.
MONSIEUR JOURDAIN. - De feu monsieur mon père !
COVIELLE. ―――― Oui, c'était un fort honnête gentilhomme * .
MONSIEUR JOURDAIN . ―――― Comment dites-vous ?
COVIELLE. - Je dis que c'était un fort honnête gentilhomme .
MONSIEUR JOUrdain. ――― Mon père !
COVIELLE. ―――― Oui.
MONSIEUR JOURDAIN . — Vous l'avez fort connu ?
COVIELLE. Assurément .
MONSIEUR JOURDAIN. - Et vous l'avez connu pour gentil
homme?
COVIELLE. - Sans doute.
MONSIEUR JOURDAIN . Je ne sais donc pas comment le
monde est fait.
COVIELLE. - Comment?
LE VANITEUX RIDICULE. 193
MONSIEUR JOURDAIN. -- II Y a de sottes gens qui me veulent
dire qu'il a été marchand .
COVIELLE. - Lui marchand ! C'est pure médisance , il ne l'a
jamais été . Tout ce qu'il faisait, c'est qu'il était fort obli
geant, fort officieux ; et comme il se connaissait fort bien en
étoffes , il en allait choisir de tous les côtés , les faisait
apporter chez lui , et en donnait à ses amis pour de l'argent.
MONSIEUR JOURDAIN. — Je suis ravi de vous connaître , afin
que vous rendiez ce témoignage-là , que mon père était gen
tilhomme *.
COVIELLE . Je le soutiendrai devant tout le monde .
MONSIEUR JOURDAIN . Vous m'obligerez . Quel sujet vous
amène ?
COVIELLE. - Depuis avoir connu * feu monsieur votre père ,
honnête gentilhomme, comme je vous ai dit , j'ai voyagé par
tout le monde .
MONSIEUR JOURDAIN . ―――― Par tout le monde !
COVIELLE . ―――― Oui .
MONSIEUR JOURDAIN. Je pense qu'il y a bien loin en ce
pays-là.
COVIELLE. Assurément . MOLIÈRE.
Mots expliqués .
M. Jourdain est le Bourgeois gentilhomme et Covielle est un valet
qui s'est entendu avec d'autres pour le duper.
Gentilhomme Voir une scène un peu semblable, p. 152.
Depuis avoir connu : Locution fort compréhensible, mais qui ne
s'emploie plus.
Questions et Analyse des idées.
1. Cherchez les passages qui sont les plus comiques dans ce dia
logue. - 2. Cherchez les passages où l'on se moque le plus de M. Jour
dain . - 3. Essayez de deviner pourquoi Covielle dit à M. Jourdain
que son père était gentilhomme. (Voir page 152. ) — 4. Divisez cette
lecture en trois parties distinctes.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez cette scène sans faire parler les personnages.
2. Dites ce que vous pensez : 1° de Covielle ; 2° de M. Jour
dain.
LECT. PRIM. 13
194 LECTURES PRIMAIRES .
FÉVRIER MORALE
20e Semaine. Nos qualités et nos défauts .
97. Le linot .
Le petit vaniteux, qui est souvent un enfant gâté, et qui se croit supérieur à
tous ses camarades, se fait détester et souvent châtier, comme Florian nous le
montre dans ce te fable. Il s'agit d'un linot, mais on veut parler des enfants gâtés.
Une linotte avait un fils
Qu'elle adorait selon l'usage ;
C'était l'unique fruit du plus doux mariage,
Et le plus beau linot qui fût dans le pays.
Sa mère en était folle, et tous les témoignages
Que peuvent inventer la tendresse et l'amour
Etaient pour cet enfant épuisés chaque jour.
Notre jeune linot, fier de ces avantages ,
Se croyait un phénix *, prenait l'air suffisant,
Tranchait du petit important
Avec les oiseaux de son âge,
Persiflait la mésange ou bien le roitelet,
Donnait à chacun son paquet ,
Et se faisait haïr de tout le voisinage .
Sa mère lui disait : « Mon cher fils , sois plus sage,
Plus modeste surtout . Hélas ! je conçois bien
Les dons, les qualités qui furent ton partage ;
★
Mais feignons de n'en savoir rien ,
Pour qu'on les aime davantage . »
A tout cela notre linot
Répondait par quelque bon mot.
La mère en gémissait dans le fond de son âme.
Un vieux merle , ami de la dame,
Lui dit : « Laissez aller votre fils au grand bois ;
Je vous réponds qu'avant un mois
Il sera sans défauts . » Vous jugez des alarmes
De la mère qui pleure et frémit du danger ;
Mais le jeune linot brûlait de voyager ;
Il partit donc malgré ses larmes.
LE LINOT. 195
A peine est-il dans la forêt ,
Que notre petit personnage
Du pivert entend le ramage,
Et se moque de son fausset *.
Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie ,
Vient à bons coups de bec percer le persifleur ,
Et, deux jours après, une pie
Le dégoûte à jamais du métier de railleur.
Il lui restait encore la vanité secrète
De se croire excellent chanteur ;
. Le rossignol et la fauvette
Le guérirent de son erreur .
Bref, il retourna chez sa mère ,
Doux, poli, modeste et charmant .
Ainsi l'adversité * fit dans un seul moment
Ce que tant de leçons n'avaient jamais pu faire .
FLORIAN. (Poète et fabuliste du XVIIIe siècle, 1755-1794.)
Mots expliqués.
Phénix Désignait autrefois un oiseau fabuleux, extraordinaire.
Persifler : Se moquer de quelqu'un en ayant l'air de le flatter.
Feindre Agir de façon à tromper les autres.
Fausset Son aigu, élevé.
Adversité : Même sens que malheur , infortune.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment la linotte élevait-elle son petit? - 2. Que pensait le
linot de lui-même ? - 3. Comment traitait-il les oiseaux plus petits?
4. Quels sont les conseils que la mère lui donnait? 5. Le linot
en profitait-il? - 6. Quel conseil donna le merle à la mère ? ---
7. Comment le linot fut-il traité dans la forêt? 8. Que lui firent le
pivert, la pie, le rossignol ? - 9. Comment devint-il après cette dure
leçon? 10. Pourquoi la mère, à elle seule , ne pouvait-elle corriger
son petit? 11. Montrez les avantages de l'éducation en commun.
Devoirs (Élocution et Rédaction) .
1. Dites quels défauts avait le linot, comment il fut traité
dans le bois, et ce qu'il devint quand il se fut corrigé.
2. Un de vos camarades se moquait souvent des autres. Ra
contez ce que firent ceux-ci pour le corriger de son défaut.
198 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER HISTOIRE
20e Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
98. - Franklin en France . Ses dernières
années .
En 1778 , Franklin fut envoyé en France pour solliciter
l'intervention du roi Louis XVI en faveur des Américains
révoltés . L'héroïsme qu'ils déployaient depuis deux ans dans
une lutte inégale avait éveillé en France les sympathies
qu'éveille toujours dans notre patrie la vue du courage mal
heureux . L'opinion publique se prononça avec tant
d'énergie en faveur des rebelles que le gouvernement fut
obligé de prendre parti pour eux . La guerre fut donc
déclarée à l'Angleterre . Aussitôt , une foule de volontaires.
français s'enrôlèrent et partirent pour l'Amérique ..
Franklin eut le bonheur d'assister au triomphe qu'il avait
préparé par ses habiles négociations et peut-être plus encore
par l'enthousiasme qu'il avait excité et la popularité qu'il
avait conquise en France. Agé de près de 80 ans et infirme,
il voulut retourner dans sa patrie où on l'accueillit en triom
phe. A sa mort, l'Amérique tout entière prit le deuil pendant
un mois, afin de mieux marquer la douleur qu'elle éprouvait
de la perte de son grand citoyen . En France , l'Assemblée
Constituante vota , sur la proposition de l'illustre orateur
Mirabeau, un deuil de trois jours, pour montrer qu'elle
s'associait aux regrets unanimes* du peuple qui nous devait
son indépendance .
Dans sa vie privée, Benjamin Franklin était simple , affable,
d'une humeur toujours égale, plein de bonté . A Paris , il
gagna tous les cœurs par son air de bonhomie qui s'unissait
à une très grande dignité . La foule se pressait pour voir
passer dans les rues ce vieillard aux longs cheveux blancs
qui se promenait avec un bâton grossier à la main , et dont
l'austérité formait un piquant contraste avec le luxe
déployé par les brillants seigneurs de la cour de Louis XVI
FRANKLIN EN FRANCE. SES DERNIÈRES ANNÉES . 197
Comme savant, Franklin est surtout connu par ses impor
tants travaux sur l'électricité . Il découvrit quelques-unes des
propriétés de ce fluide et s'empressa d'en tirer une applica
tion utile à ses semblables . C'est à lui qu'on doit l'invention
des paratonnerres dont la pointe aiguë attire l'étincelle élec
trique et la conduit le long d'une tige de métal jusque dans
la terre où elle se perd inoffensive, au lieu de faire sur son
passage d'horribles dégâts .
On a résumé dans une devise latine fort ingénieuse le
double rôle politique et scientifique de Benjamin Franklin .
En voici le sens • « Il arracha la foudre au ciel et le sceptre
aux tyrans . » G. DURUY.
Extrait d'une lettre écrite de Paris, en 1780, par Franklin à un de ses amis :
Je suis toujours heureux d'apprendre que vous poursuivez
sans relâche et avec un égal succès vos études et vos expé
riences. Les rapides progrès que fait aujourd'hui la vraie
science me font quelquefois regretter d'être né sitôt. - Oh !
pourquoi la philosophie morale ne marche-t-elle point d'un
pas aussi rapide , afin que les hommes cessent d'être des
loups les uns pour les autres, et que les êtres à figure
humaine apprennent enfin à connaître ce qu'ils appellent
aujourd'hui si improprement l'humanité !
Mots expliqués.
Regrets unanimes : Regrets de tous .
Austérité Manière de vivre rigoureuse.
Questions et Analyse des idées.
1. Que vint faire Franklin en France ? - 2. Que devint son pays ?
- 3. Quelle découverte a-t-il faite? - 4. Citez et expliquez l'in
scription qui a résumé sa vie. - 5. Quelle pensée y a-t-il dans la lettre
de Franklin ? ― 6. Le souhait de Franklin est-il réalisé aujourd'hui ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Quelle est la découverte principale de Franklin. Dites ce
que vous savez du paratonnerre.
2. Dites quelles ont été les qualités principales de Franklin,
et dites quelle influence elles ont eue sur sa vie, sur la des
tinée de son pays.
198 LECTURES PRIMAIRES.
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
20e Semaine. Les ressources de la mer et les travaux
de nos populations côtières.
99 . - Les pêcheurs de la côte normande.
Toute faite de pierre à chaux blanche, tendre et friable ;
taillée en falaises comme des murs de trois cents pieds de
haut, dont la mer bat et ronge la base telle est la côte nor
mande, de la Seine
à la Somme , du
Havre à Saint-Va
léry.
Sur la haute ter
rasse, une herbe
rase que l'été jau
nit ; au pied , la grève
de galets * ou des ro
chers déchiquetés ,
Pécheuse et pêcheurs normands.
que la marée cou
vre et découvre deux fois par jour .
Chaque valleuse, ou petite vallée , chaque brèche faite à ce
mur et qui donne accès vers la mer, protège dans la baie
qu'elle forme une ville comme Dieppe ou Fécamp , ou tout
au moins un petit port de pêcheurs. Les riverains de cette
côte sont hardis marins, excellents bateliers . Ceux de
Dieppe surtout sont célèbres dans l'histoire ; connus sur
toutes les mers, ils auraient , dit-on , longtemps avant Chris
tophe Colomb découvert l'Amérique : « Mais ils en gardèrent
si bien le secret qu'ils en perdirent la gloire . >>
Ils passent plusieurs nuits et plusieurs jours dehors , comme
ils disent, c'est-à-dire en pleine mer, sur leurs grosses
barques ; ils vont jusque dans la mer du Nord ou sur les
côtes d'Angleterre. Le costume , pour une telle vie , est
simple et grossier. Le pêcheur est revêtu d'un pantalon en
toile cirée, imperméable à l'eau, d'une vareuse de drap épais
LES PÊCHEURS DE LA CÔTE NORMANDE . 199
ou de tricot, avec un chapeau à larges bords, raide , de toile
cirée dure comme du bois et qu'il nomme son suroît.
La femme, aussi vaillante que l'homme , dont elle partage
la rude existence et les dangers , est habillée d'une façon
tout aussi simple. Des jupons de laine bise ; un corsage à
manches étroites et collant ; par-dessus, une sorte de veston
sans manches : c'est avec cela que la courageuse créature
affronte le vent aigre du large et l'embrun salé des vagues ,
quand elle tient la barre de la barque, ou tire à bord les filets
ruisselants , la longue ligne à hameçon pour recueillir le
poisson qui frétille . Souvent aussi , le long de la grève, à
marée basse, elle s'en va pieds nus et dans l'eau jusqu'à
mi-jambes pêcher les crevettes et les crabes .
Cette mer dont ils vivent, quoique bien dure pour eux et
pleine de dangers, ils l'aiment comme une patrie . Les petits
enfants courent , jambes nues, sur le galet , entrent dans l'eau
jusqu'aux genoux , cherchant des coquillages le long des
flots . Avant sept ou huit ans, la passion de la mer les prend ;
on ne peut pas les empêcher de s'emparer des petits bateaux,
de dérober des avirons , de battre l'eau le long des quais ,
parmi les barques , malgré les cris des mères et les jurons des
matelots .... Mais quoi ? qui n'a pas commencé de la sorte ,
ne sera jamais marin .
Mot expliqué .
Galets Pierres rondes et blanches roulées par les vagues .
Questions et Analyse des idées.
1. Faites une description de la côte normande . - 2. Quel est le
caractère des pêcheurs normands ? - 3. Quel est leur costume et
celui des femmes de pêcheurs ? 4. A quelle profession se livrent les
femmes des pêcheurs? — 5. De quelle façon les enfants commencent
ils leur métier de marins ? - 6. Pourquoi est-on meilleur marin en
commençant tout jeune?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. A quels dangers sont exposés les pêcheurs?
2. Comment gagnent-ils leur vie et celle de leur famille ?
Racontez quelle est leur existence.
200 LECTURES PRIMAIRES .
FÉVRIER CONNAISSANCES USUELLES
20€ Semaine. Populations françaises.
100. ――――― Les Mariniers d'eau douce .
C'est toujours un pittoresque spectacle , parfois très gra
cieux et mystérieusement émouvant , de voir , sur les eaux
tranquilles d'un canal, au milieu d'une nature agreste*, entre
les berges verdoyantes et le double rideau des peupliers ,
glisser doucement, silencieusement, la lourde barque char
gée jusqu'au bord , qu'une seule vague comme celles de la
mer remplirait et ferait couler en un instant . Deux forts
chevaux, marchant à pas lents sur le chemin de halage * ,
tirent obliquement le chaland au moyen d'un long câble ;
le timonier, dans le bateau , pousse la barre du gouvernail,
deux ou trois bateliers sont là, prêts à aider à la manœuvre
avec leurs perches et leurs avirons .
Singulière existence que celle du marinier ! Toujours en
voyage, jamais pressé d'arriver, il coule sa vie sur l'eau sans
s'éloigner de la terre . Le marin d'eau douce n'a point de
maison sur le sol ferme ; il n'habite aucun pays ... Il passe
de fleuve en fleuve et de canal en canal ; il franchit les
grandes villes , le long des quais , sous les ponts , entrevoit à
la traversée les maisons , la foule affairée , mouvante, ... puis
le voilà revenu , dans les vastes plaines herbeuses, parmi les
champs où les moissons ondulent, ou bien aux solitudes des
défilés rocheux , vers les seuils de passage et la ligne de sépa
ration des eaux .
Son domaine est plus spécialement la région centrale et
les bassins de la Seine et de la Somme , où le réseau des
canaux est plus serré ; mais , au besoin , il fera son tour de
France , lentement, d'écluse en écluse .
Voyez, à l'arrière de la barque, la petite cabine de bois
avec sa porte, sa fenêtre, son tuyau de poêle : c'est le foyer
errant du batelier , la maisonnette du patron . La femme et
les enfants y demeurent ; la marinière y fait la cuisine pour
LES MARINIERS D'EAU DOUCE. 201
ses hommes, surveille ses. petits , range son ménage , lave ,
étend son linge à sécher sur des cordes ; puis elle s'assied à
sa porte , cousant ou tricotant . Ont-ils quelque aisance , la
baraque est bien peinte et coquette ; il y a des fleurs aux
fenêtres et parfois un tout petit jardinet à côté, un jardin
flottant, un parterre qui se promène .
Un beau soir d'été , sur le canal de la Rance , en Bretagne,
je vis passer ainsi une petite arche* toute fleurie . Devant la
porte, une jeune femme, adossée à la cabine , portait un
enfant endormi sur son bras , et, tranquillement, regardait
fuir les berges ombreuses, les saules, les grands arbres , le
beau paysage, nouveau pour elle, et qui, changeant à
chaque détour , disparaissait pour ne plus repasser devant
ses yeux ; son homme , à la barre, chantonnait à demi-voix
un refrain populaire en patois méridional .
Je crus voir là le rêve de la vie paisible à travers les
choses et les heures qui s'en vont et ne reviennent plus...
Existence combien différente de celle du marin , du vrai
marin de la mer, sur son rapide et puissant navire de haut
bord, luttant, à force d'énergie , de science , d'audace , contre
les vents et les flots, éternellement battu des lames , éternelle
ment absent des siens . CH. DELON.
Les peuples de la terre. [Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués.
Agreste Champêtre, rustique.
Halage Un chemin de halage est tracé au bord des canaux, des
étangs et réservé aux chevaux qui traînent les bateaux.
Arche Synonyme de bateau.
Questions et Analyse des idées .
1. Quelle est l'existence du marinier de la Seine ? - 2. Faites une
description du bateau où il passe sa vie ? - 3. Comparez l'existence du
marinier de la Seine avec celle du marin de haute mer. - - 4. Quelle
est l'idée principale de chacun des paragraphes ? - 5. Résumez la
lecture.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez quelle est l'existence des bateliers de la Seine.
(Description du bateau. Genre d'occupations. Voyages. Comparaison
avec les marins, etc. )
202
MOIS DE MARS
PROGRAMME : Français : Étude de la phrase, composition des mots ,
le verbe. - Morale : Qualités et défauts individuels. - Histoire :
Grands hommes du xvII et du xvIII siècle ; écrivains, généraux,
inventeurs, etc.... - Géographie : Types de populations étrangères
et de populations françaises (caractères, occupations), etc....
Connaissances usuelles : L'art de conserver sa santé ; notions d'hy
giène . - Animaux étrangers et animaux domestiques.
MARS FRANÇAIS
21e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
101 . ― ― ― ― ― ― Le Vaniteux ridicule .
Scène extraite du Bourgeois gentilhomme ( suite ).
Le vaniteux croit facilement tout ce qu'on lui dit quand on a su le flatter.
Covielle a commencé par là avec M. Jourdain (Voy. lecture 96 de la semaine
dernière). Cette fois, il pousse jusqu'à la bouffonnerie et il nous amuse au détri
ment de M. Jourdain , en même temps qu'il se prépare à le berner comme Gil
Blas l'a été dans une lecture précédente. (Voy. février, p. 172.)
•COVIELLE . ――― Je ne suis revenu de tous mes longs voyages
que depuis quatre jours ; et par l'intérêt que je prends à
tout ce qui vous touche, je viens vous annoncer la meilleure
nouvelle du monde.
MONSIEUR JOURDAIN . ―― Quelle ?
COVIELLE . ――――― Vous savez que le fils du Grand Turc* est ici ?
MONSIEUR JOURDAIN . ―――- Moi ? Non.
COVIELLE . ―― Comment? il a un train * tout à fait magni
fique ; tout le monde le va voir , et il a été reçu en ce pays
comme un seigneur d'importance.
MONSIEUR JOURDAIN . Par ma foi ! je ne savais pas cela.
COVIELLE. ―――― Ce qu'il y a d'avantageux pour vous, c'est
qu'il est amoureux de votre fille .
MONSIEUR JOURDAIN. - Le fils du Grand Turc ?
COVIELLE . Oui ; et il veut être votre gendre.
MONSIEUR JOURDAIN . - Mon gendre , le fils du Grand Turc !
COVIELLE. - Le fils du Grand Turc votre gendre . Comme je
le fus voir , et que j'entends parfaitement sa langue * , il s'en
LE VANITEUX RIDICULE . 203
tretint avec moi ; et, après quelques autres discours , il me
dit : Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum ama
nahem varahini oussere carbulath, c'est-à-dire : « N'as-tu
point vu une jeune belle personne, qui est la fille de mon
sieur Jourdain , gentilhomme parisien ? »
MONSIEUR JOURDAIN . - Le fils du Grand Turc a dit cela de
moi ?...
COVIELLE . ――― Oui . Enfin , pour achever mon ambassade, il
vient vous demander votre fille en mariage ; et pour avoir un
beau-père qui soit digne de lui , il veut vous faire mama
mouchi, qui est une certaine grande dignité de son pays .
MONSIEUR JOURDAIN . ―――――― Mamamouchi?
COVIELLE. --- Oui, mamamouchi , c'est-à-dire , en notre
langue, paladin * . Paladin , ce sont de ces anciens .... Paladin ,
enfin . Il n'y a rien de plus noble que cela dans le monde ,
et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la
terre.
MONSIEUR JOURDAIN. ―― Le fils du Grand Turc m'honore
beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui pour lui en
faire mes remerciements . MOLIÈRE .
Mots expliqués .
Grand Turc : Sultan de Constantinople, souverain de la Turquie. A
cette époque, les Turcs étaient un peuple mal connu et à moitié légen
daire.
Un train magnifique : Ses serviteurs, équipages , soldats , cava
liers , etc.
J'entends sa langue : Je la comprends.
Paladin : Grand seigneur qui accompagnait Charlemagne .
Questions et Analyse des idées.
1. Quels sont les deux personnages en scène ? 2. De quels autres
personnages parle-t-on encore? --- 3. Quel caractère vous semble
avoir M. Jourdain? -- 4. Pour quelle raison pensez-vous que Covielle
le flatte ainsi ? - 5. Indiquez les passages où l'on se moque le mieux
de M. Jourdain .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites le récit de cette scène sans dialogue.
204 LECTURES PRIMAIRES.
MARS MORALE
21e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
102.— A l'Enfant en colère.
Si nos parents nous grondent quelquefois, c'est pour nous rendre meilleurs ;
écoutons-les donc avec respect, remercions-les dans le fond de notre cœur et
tachons de nous corriger.
Tantôt, quand , justement grondé par votre mère ,
Vous avez répondu d'un petit air colère ,
Cela m'a fait grand 'peine à voir ; j'aurais voulu
Vous voir sous tant de grâce un air moins résolu ,
Vraiment, - et vous sentir plus doux sous le reproche .
De la laideur , enfant, la colère rapproche,
Et vous étiez vilain , et je vous ai promis
(Car nous sommes depuis trois jours de vieux amis)
De vous écrire en vers si vous alliez, bien sage,
Au baiser maternel tendre votre visage....
Vous l'avez fait ; c'était un peu pénible à vous,
Encore tout tremblant d'un gros , d'un grand courroux * !
Vous l'avez fait , c'est bien : et je tiens ma promesse,
Puisque des vers vous font écouter la sagesse .
Sentez mieux le bonheur d'être enfant , cher garçon :
Chacun se fait sa vie, et , la bonne façon ,
On l'apprend des aînés, qui savent peu de chose,
Mais qui savent du moins plus que vous, je suppose.
Croyez-les, croyez-moi . Lorsque l'on est enfant,
Obéir à la voix qui permet ou défend ,
C'est laisser façonner* par l'être qui nous aime
Notre esprit, notre cœur , notre avenir lui-même ,
Et nous faire, docile ou rebelle à sa voix ,
Heureux ou malheureux un jour, à notre choix .
Écoutez-la donc bien la voix sévère — et bonne.
Suivez, même pénible , un conseil qu'elle donne ,
Remède amer qui peut empêcher bien du mal !
Et puis , s'il est toujours mauvais d'être brutal ,
A L'ENFANT EN COLÈRE . 205
Il l'est surtout d'oser soutenir sa colère
D'abord contre une femme, et puis contre sa mère ;
Et la vôtre sentez ce bonheur , il est grand –
Est douce autant que belle , et, d'un ton différent
Hier, vous le disiez de votre voix câline * ,
Vos cheveux sous sa main , le front sur sa poitrine,
Et vous étiez alors beau comme elle, et c'était
Un groupe dont un peintre eût tenté le portrait.
Puisque vous comprenez tant de grâce et de charme,
Pourquoi les attrister quelquefois d'une larme ?
――
Quand ce front, lisse et pur, s'est grâce à vous - plissé.
Ce que fera le temps * , vous l'aurez commencé !
En creusant sur ce front la ride qui s'efface ,
A votre mère , enfant, vous ôtez de sa grâce ;
Vous gâtez à la fois, quand vous êtes méchant
Le rire de l'enfant, le sourire des mères .
JEAN AICARD. (Poète contemporain . ) La Chanson de l'Enfant.
[Flammarion, édit.]
Mots expliqués.
Courroux : Même sens que colère.
Façonner Donner certaine forme à un objet.
Cálin Doux, caressant.
Ce que fera le temps : Le temps , c'est-à-dire l'âge, creuse des rides
• au front des parents , mais les soucis ou les peines que leur causent
les enfants contribuent aussi à les vieillir.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'avait fait l'enfant quand sa mère le grondait? --- 2. Décrivez
un enfant en colère. ―― 3. Que fit l'enfant ensuite ? -- 4. A qui le
poète nous conseille-il d'obéir? - 5. Pourquoi ? -6. A quoi s'expose
t-on étant en colère ? - 7. Quand vous êtes sage, obéissant, que fait
votre mère? - 8. Comment un enfant colérique peut-il se corriger?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez en prose la lecture.
2. Quelles fautes peut faire commettre la colère ? - Chez un
enfant, mal répondre à ses parents, à ses maîtres ; frapper ses camara
des , etc. - Chez une grande personne, quereller , frapper, faire beau
coup de mal, risquer d'aller à la prison, d'éprouver un remords cuisant.
206 LECTURES PRIMAIRES.
MARS HISTOIRE
21e Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
1.03 . - Mirabeau (1749-1791 ) .
Mirabeau est le premier en date de nos orateurs politiques. Avec les Assem
blées commence en effet l'éloquence politique, qui est l'art de se faire écouter
par un grand nombre d'hommes, et de les persuader.
Le comte Gabriel-Honoré de Mirabeau appartenait à une
vieille et noble famille de Provence . Il naquit en 1749. Son
intelligence vive et lucide * , servie par une mémoire prodi
gieuse, lui permit d'apprendre, comme en se jouant , l'anglais ,
l'allemand, l'italien , l'espagnol , les mathématiques , le dessin ,
la musique. En même temps, il acquérait des connaissances
très étendues en histoire et en littérature , sans négliger pour
cela les exercices physiques où il devint de première force .
Cependant il n'avait pas moins d'ardeur pour le plaisir et
la dissipation que pour le travail . Après avoir dépensé des
sommes énormes en fêtes , il fut mis en prison pour dettes .
Pendant les longs mois de sa réclusion, il se consola de
l'inaction , qui pesait à sa fougueuse nature, en appliquant
l'activité de son intelligence à des questions très graves qui
commençaient alors à passionner tous les esprits en France .
En 1789 , la nécessité d'une grande réforme s'imposait
avec une telle évidence à tous les esprits en France , que le
roi Louis XVI se décida enfin à ordonner la convocation des
États Généraux. Mirabeau appartenait par sa naissance à
l'ordre de la noblesse ; mais comme ses opinions le rappro
chaient plutôt du tiers état qui voulait d'importantes réformes ,
c'est en qualité de représentant du tiers état qu'il siégea
dans l'Assemblée .
Mirabeau s'éleva au-dessus de tous les orateurs de l'Assem
blée nationale . Il avait une éloquence passionnée , entraînante ,
irrésistible . Sa voix puissante remplissait la salle des séances
et couvrait le tumulte des discussions . Il était d'une laideur
presque monstrueuse , car sa tête énorme avait été ravagée
par la variole . Mais quand il parlait du haut de la tri
MIRABEAU. 207
*
bune , on ne songeait plus à la difformité de ses traits ; on ne
voyait que ses yeux où brillait la flamme du génie , et son
visage, qui respirait une indomptable * énergie , semblait
alors se transfigu
rer. Il fut particu
lièrement sublime,
le jour où le roi,
effrayé de l'audace
des réformes pro
posées par l'Assem
blée, envoya le
marquis de Dreux
Brezé, pour donner
aux députés l'ordre
de quitter la sall
des séances . Mira
beau s'élance alors Mirabeau aux États généraux .
au-devant de l'envoyé royal , et, A le foudroyant * du regard, lui
jette la fameuse apostrophe : « Allez dire à votre maître
que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu'on ne
nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes ! >»
G. DURUY.
Mots expliqués.
Lucide : Qui est clair, lumineux.
Difformité : Vice de la forme ; laideur.
Indomptable : Dont on ne peut pas se rendre maître.
Foudroyant Comparaison avec l'éclair de la foudre.
Questions et Analyse des idées.
1. Dans quel pays est né Mirabeau ? -- 2. A quelles études se livra
t-il? - 3. Pourquoi fut-il mis en prison? 4. A quoi pensait-il étant
enfermé? 5. De quoi étaient composés les Etats généraux? — 6. Quelle
place y tint Mirabeau? - 7. Citez la réponse fameuse qu'il fit à l'en
voyé du roi. - 8. Séparez et caractérisez les différentes parties de
cette biographie .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites par quoi s'est rendu célèbre Mirabeau, et donnez
quelques détails sur sa vie.
208 LECTURES PRIMAIRES.
MARS CONNAISSANCES USUELLES
21º Semaine. Hygiène.
104. Nos ennemis invisibles : Les
poussières .
En morale, méfions-nous de nos petits défauts : ce sont parfois ceux qui nous
font le plus de tort. En hygiène, prenons garde à nos ennemis invisibles, ce sont
les plus dangereux pour la santé de notre corps.
Il n'est personne parmi vous, qui ne sache qu'il y a tou
iours des poussières en suspension * dans l'air. La poussière
est un ennemi do
mestique que tout
le monde connaît.
Qui d'entre vous n'a
vu un rayon de so
leil pénétrant par
la jointure d'un vo
let ou d'une per
sienne dans une
chambre mal éclai
rée ? Qui d'entre
vous ne s'est amusé
à suivre de l'œil les
Kayon de soleil dans l'obscurité. mouvements capri
cieux de ces mille
petits corps d'un si petit volume , d'un si petit poids , que
l'air peut les porter comme il porte la fumée .
L'air de cette salle est tout rempli de ces petits brins de
poussière, de ces mille petits riens, qu'il ne faut pas dédai
gner toutefois , car ils portent quelquefois avec eux la
maladie ou la mort : le typhus , le choléra, la fièvre jaune
et tant d'autres fléaux .
L'air de cette salle en est rempli . Pourquoi ne les voyons
nous pas ? Ils sont éclairés cependant . Nous ne les voyons
pas parce qu'ils sont si petits , d'un si faible volume , que les
quelques rayons de lumière que chacun d'eux envoie à notre
NOS ENNEMIS INVISIBLES : LES POUSSIÈRES. 209
œil sont perdus , confondus dans le très grand nombre de
rayons que nous envoient même les plus petits objets de
cette salle, qui sont toujours d'une grosseur considérable par
rapport à chacun de ces petits corps . Nous ne les voyons pas
par la même raison que le jour nous ne voyons pas les étoiles
à la voûte du ciel . Mais faisons la nuit autour de nous , ren
dons tout obscur , et éclairons seulement ces petits corps,
alors nous les verrons comme le soir on voit les étoiles .
Faisons l'obscurité dans la salle et lançons un faisceau * de
lumière . Vous pouvez voir s'agiter bien des poussières dans
ce faisceau lumineux . Du reste, ce faisceau de lumière ,
vous ne le voyez lui-même que parce qu'il y a des brins de
poussière dans l'air de la salle .
Ainsi , il y a de la poussière partout dans cette salle .
Regardez bien dans ce faisceau de lumière , approchez-vous ,
et vous verrez que ces petits brins de poussière, quoique
agités de mouvements divers, tombent toujours plus ou
moins vite ; vous en distinguez quelques-uns , et l'instant
d'après ils sont un peu plus bas, bien qu'ils flottent dans
l'air. Tout en flottant, ils tombent . C'est ainsi que se couvrent
de poussière tous les objets , nos meubles, nos vêtements . Il
tombe donc en ce moment de la poussière sur tous ces
objets, sur ces livres , sur ces papiers , sur cette table .
PASTEUR. (Célèbre savant contemporain, 1822-1895. )
Revue scientifique, 1864.
Mots expliqués .
En suspension : C'est-à-dire qui flottent dans l'air .
Faisceau de lumière : Assemblage de rayons lumineux.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment aperçoit-on la poussière qui est en suspension dans
l'air ? ―――― 2. Les poussières sont-elles nuisibles à la santé? 3. Quelles
maladies peuvent-elles donner ? 4. Où se dépose la poussière et
quel danger y a-t-il à balayer ou essuyer sans précaution ? 5. De
quelle manière peut-on balayer ou essuyer sans soulever la poussière ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Expliquez pourquoi nous n'apercevons pas, pendant le jour,
les poussières en suspension dans l'air.
LECT. PRIM. 14
210 LECTURES PRIMAIRES.
MARS CONNAISSANCES USUELLES
21º Semaine. Notre France.
105 . - Populations du centre : Les
Auvergnats .
C'est un beau pays que l'Auvergne , pittoresque, plein de
sauvages merveilles . - Mais, avec ses plateaux rocheux , son
sol de granit et de lave , ses volcans, ses torrents, ses grands
bois, ses âpres pâturages , ce
beau pays ne nourrit pas ses
habitants .
La terre est pauvre, excepté
dans certaines vallées ; les pla
teaux sont froids , exposés aux
vents soudains. L'hiver est
long et dur ; avec une latitude
presque méridionale , c'est le
climat du Nord , et la neige
couvre longtemps la terre . Il
y a peu de champs de blé , mais
du seigle, de l'orge, beaucoup
de châtaigniers ; on vit de
Auvergnat, marchand de marrons.
châtaignes en Auvergne.
Sur les hautes pâtures sont épars des villages , des hameaux,
des chaumières, des burons, sortes de chalets avec des étables.
pour les troupeaux ; on y recueille le laitage, on y fabrique
des fromages .
On est pauvre, la famille est nombreuse ; que fait le jeune
paysan d'Auvergne ? Il émigre ; il vient dans les villes , à
Paris . — Mais il ne vient pas ici pour y rester ; il compte bien
retourner là-bas quand il aura gagné de l'argent. — Pour en
avoir, il fera tout ce qu'on voudra - excepté voler, car il est
foncièrement honnête. Il sera porteur d'eau , commission
naire, charbonnier , marchand de châtaignes grillées au coin
POPULATIONS DU CENTRE : LES AUVERGNATS. 211
des rues . Travailleur, sobre, il est âpre au gain, dit-on, plus
encore qu'économe....
Je le crois bien ; c'est qu'il a hâte de revenir ; s'il est de
corps parmi nous, sa pensée est au pays . - - Là, il se sentira
chez lui, plus à l'aise que parmi les habitants des villes , et il
montrera plus volontiers ses qualités sociables et bienveil
lantes . Là, il se mariera ; il achètera une maisonnette avec
un jardin, un coin de champ ; il élèvera ses troupeaux et fera
―――
ses fromages. Il retrouvera les vieux parents et parlera
son patois maternel . C'est à cela qu'il pense quand il reçoit
son pourboire * qu'il ne boit point .
L'Auvergnat, surtout celui des campagnes et des plus hauts
plateaux, représente la vieille race, peu mêlée, peu modifiée
en somme par les temps esprit réfléchi , tenace , bonhomie
un peu rustique d'allure, attachement au sol , vertus familia
les . La vie a quelque chose de patriarcal et de sérieux , où les
fêtes, les noces , font de rares échappées de joie bruyante .
Les danses du pays , les bourrées * , au son de la cornemuse
celtique * ou du violon latin , ont un certain cachet antique et
tout local ; et ceux qui ne sont point du terroir ne peuvent ,
dit-on, en bien saisir le rythme. CH. DELON.
Mots expliqués .
Pourboire Gratification donnée en sus du salaire (pour boire).
Bourrée Danse auvergnate.
Celtique Qui date du temps des Gaulois (Celtes).
Questions et Analyse des idées.
1. Faites une description du pays d'Auvergne . - 2. Que fait l'Au
vergnat s'il ne peut vivre dans son pays ? ―――― 3. Où va-t-il? 4. Est
ce pour y rester ? - 5. Quel est le caractère de l'Auvergnat? - 6. Que
fait-il lorsqu'il a économisé un peu d'argent à Paris ? ―- 7. Quelle est
la vie de l'Auvergnat dans son pays ? 8. Résumez les principales
qualités de l'Auvergnat.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites tout ce que vous savez de l'Auvergne. Faites le por
trait des Auvergnats. (Qualités et particularités qu'il tient de son
pays. - Émigration . Travail à Paris. - Idée de retour. - L'Auver
gnat dans son pays.)
212 LECTURES PRIMAIRES.
MARS FRANÇAIS
22e Semaine. L'esprit français au XVIIIe siècle.
106 . -- Littérature et sciences.
Voltaire raconte qu'un jour, après une chasse, le roi Louis XV causait en
petite compagnie et que l'on discutait sur la manière dont se fait la poudre
à tirer. On n'était pas d'accord.
« Il est plaisant, dit M. le duc de Nivernais , que nous nous
amusions tous les jours à tuer des perdrix dans le parc de
Versailles, et quelquefois à tuer des hommes ou à nous faire
tuer sur la frontière , sans savoir précisément avec quoi l'on
tue. ―――――――― Hélas ! nous en sommes réduits là, répondit Mme de
Pompadour ; je ne sais de quoi est composé le rouge * que je
mets sur mes joues , et on m'embarrasserait fort si on me
demandait comment on fait les bas de soie dont je suis
chaussée. ―――――― C'est dommage, dit alors le duc de la Valière ,
que Sa Majesté nous ait confisqué nos dictionnaires encyclo
pédiques * qui nous ont coûté chacun cent pistoles * ; nous y
trouverions bientôt la décision de toutes ces questions . »
Louis XV envoya chercher le fameux dictionnaire par
trois garçons, qui apportèrent chacun sept gros volumes.
avec bien de la peine . Et l'on y vit que la poudre était compo
sée de parties égales de salpêtre , de soufre et de charbon ;
que l'on faisait les bas au métier, « et la manœuvre de cette
machine ravit d'étonnement Mme de Pompadour. ―――- Ah ! le
beau livre, s'écria-t-elle ! Chacun se jetait sur les volumes,
chacun y trouvait à l'instant tout ce qu'il cherchait . Le
comte de C ... dit tout haut : « Sire, vous êtes trop heureux
qu'il se soit trouvé , sous votre règne, des hommes capables
de connaître tous les arts et de les transmettre à la posté
rité . Tout est ici : depuis la manière de faire une épingle
jusqu'à celle de fondre et de pointer vos canons ; depuis
l'infiniment petit, jusqu'à l'infiniment grand . Prenez tout
mon bien, Sire , mais rendez-moi mon Encyclopédie . >>
L'ouvrage dont il est question dans cette charmante anec
LITTÉRATURE ET SCIENCES. 213
dote , c'était le Dictionnaire encyclopédique, ou l'Encyclo
pédie , en vingt et un énormes volumes, dans lequel les
auteurs avaient essayé de rassembler toutes les connaissances
humaines, d'exposer toutes les sciences.
Et voilà précisément ce qu'il y a de nouveau au xvire siè
cle, ce qui marque une profonde différence avec les siècles
précédents . Tout le monde, alors , s'intéresse aux sciences ,
aux découvertes scientifiques . Nombre de gens ont chez eux
des instruments de physique et ils se passionnent pour les
expériences qu'ils veulent faire eux-mêmes . Les écrivains
sont physiciens , astronomes, mathématiciens ; les femmes
n'apportent pas moins d'ardeur à l'étude de ces questions .
Lors même qu'il n'aurait fait que peu de découvertes , le
XVIIIe siècle mériterait d'être appelé un siècle scientifique, à
cause de l'amour qu'il eut pour les sciences .
Ajoutons un autre trait on voudrait mettre les sciences à
la portée de tous et les faire servir au bonheur de tous . On
se rend compte que les découvertes scientifiques doivent amé
liorer les conditions de l'existence humaine, et l'on se fait
même sur ce point, de généreuses illusions .
Mots expliqués.
Rouge Couleur rouge pour se farder et donner de l'animation au
visage.
Dictionnaire encyclopédique : Qui donne des explications et des
renseignements pour toutes les sciences. Le plus célèbre a été com
posé au XVIII siècle et c'est de celui-là qu'il est question ici . Mais les
découvertes scientifiques paraissaient alors dangereuses, et l'Encyclo
pédie fut d'abord interdite.
Pistole Ancienne monnaie valant 10 francs.
Questions et Analyse des idées .
1. Quels sont les personnages dont il est question dans cette lecture ?
1
— 2. Quelle anecdote rapporte Voltaire ? 3. De quel ouvrage s'agit-il et
en quoi consiste cet ouvrage? - 4. Comment le XVIIIe siècle se distingue
t-il des siècles précédents au point de vue des sciences?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez l'anecdote de Voltaire et tirez-en une conclusion
historique.
214 LECTURES PRIMAIRES.
MARS MORALE
22e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
107. - Le courage et la volonté .
J'entends d'ici votre objection : le courage est un don de
nature , une affaire de tempérament ; on l'a ou on ne l'a pas ;
cela ne s'apprend ni ne s'acquiert . Je proteste contre cette
théorie .
Je pourrais , en effet , prouver par des exemples célèbres que
la vaillance est une vertu essentiellement composite *, et qu'il
y entre ure foule d'autres éléments que la vaillance même .
Je pourrais vous montrer que l'héroïsme , c'est-à-dire
l'énergie poussée jusqu'au sublime, n'est souvent qu'un faible
⭑
courage enté sur un grand sentiment du devoir , et que le
mot peureux n'est pas synonyme du mot lâche ; car la lâcheté ,
c'est de la peur consentie , et le courage n'est souvent que
de la peur vaincue.
Je pourrais citer le grand Turenne , tremblant de tous ses
membres le jour d'une bataille, et jetant à son corps cette
admirable apostrophe * :
<< Tu trembles, vieille carcasse ! Tu tremblerais bien plus
si tu savais où je vais te mener ! >>
Et Henri IV donc ! Henri IV, que le premier coup de canon
métamorphosait en monsieur Argan * , et qui s'écriait , avec sa
verve béarnaise : « Ah ! scélérats d'Espagnols ! Vous me le
payerez !... »
Mais j'aime mieux chercher mes autorités * un peu moins
haut, un peu moins loin , et vous offrir pour exemple un gar
çon de quinze ans .
Il avait nom Castillo ; il était élève dans notre lycée , et ,
tout Espagnol qu'il était , il servait de souffre-douleur * à tous
ses camarades . Injures, coups , mauvais traitements, il rece
vait tout et acceptait tout . Il remplissait, pendant l'année tout
entière, le rôle de l'agneau devant le loup.
On part en vacances au retour , le premier soin des en
LE COURAGE ET LA VOLONTÉ. 215
fants est de se jeter de nouveau sur leur proie et de faire
rentrer Castillo dans son personnage de victime . Mais le pre
mier qui essaye reçoit pour réponse un coup de poing ; le
second, un coup de pied ; le troisième , une volée complète ;
mon Castillo se bat huit jours de suite comme un héros .
Qu'était-il donc arrivé ? est-ce que le courage lui avait
poussé subitement au cœur , comme le duvet au menton ?
Non ! l'âme humaine n'a pas de ces métamorphoses .
Il était arrivé que Castillo avait un père , que ce père , ab
sent depuis plusieurs années , avait employé les vacances et
les loisirs du retour à raconter à l'enfant les actes de cou
rage de ses ancêtres , leur vie pleine de traits de vaillance,
et avait ainsi éveillé en cette petite âme , naturellement géné
reuse , le grand sentiment de l'honneur de la famille . Chaque
coup de poing que Castillo lança depuis à un de ses cama
rades était une dette qu'il payait à un de ses ancêtres .
Pusillanime * par tempérament, il était devenu courageux
par fierté de race.
ERNEST LEGOUVÉ . Nos filles et nos fils . [J. Hetzel , édit.]
Mots expliqués.
Composite Mot de la même famille que composé ; formé d'élé
ments divers.
Enté : C'est-à-dire greffé. Le mot est pris ici au figuré.
Apostrophe : Phrase par laquelle on s'adresse à quelqu'un.
M. Argan Personnage de comédie , fort peureux.
Autorités C'est-à-dire mes exemples .
Souffre-douleur : Quelqu'un dont on s'amuse, que l'on taquine, que
l'on frappe même, et qui ne riposte pas.
Pusillanime : Qui a l'âme faible, qui manque de courage.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce que le courage ? - 2. Qu'est-ce que l'héroïsme ? - 3. Par
lez, à ce sujet, de Turenne. ―- 4. De Henri IV. - 5. Racontez l'histoire
du collégien Castillo . - 6. Expliquez comment il avait été ainsi méta
morphosé.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites en quoi consiste le courage, et citez-en quelques
exemples.
2. Racontez l'histoire de quelques enfants qui se sont mon
très courageux.
216 LECTURES PRIMAIRES.
MARS HISTOIRE
22e Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
1 108. — Lavoisier (1743-1794) .
Voici un des créateurs d'une science toute moderne, la chimie, science qui
a fait d'immenses progrès au XIX siècle et qui a transformé l'industrie, l'agri
culture, la médecine, etc. , etc.
Le xvIIe siècle qui vit briller * dans les Lettres tant de beaux
génies, tels que Voltaire, Rousseau, Diderot, fut aussi mar
qué par d'importants progrès dans les sciences.
Parmi les noms les plus illustres de cette époque, il faut
citer celui de Lavoisier qui
fut un grand savant, et un
homme de bien .
Il était né à Paris en 1743.
Après avoir suivi avec beau
coup d'application et de suc
cès les cours du collège Ma
zarin, il sentit s'éveiller en lui
un goût très vif pour les
KI:DIBRANY sciences. Il étudia successive
Lavoisier. ment l'astronomie , la chimie
et la botanique sous les meil
leurs maîtres, et dès l'âge de vingt ans reçut de l'Aes démie
des Sciences * un prix pour l'ouvrage qu'il avait composé sous
ce titre Mémoire sur le meilleur système d'éclairage de Paris.
Cet encouragement servit de stimulant * à sa passion pour
les sciences .
Plus tard, Lavoisier devint riche , et il s'empressa de faire
le plus noble usage de ses revenus . C'est ainsi qu'il donna ,
en 1788 , cinquante mille francs à la Ville de Blois , afin qu'on
pût distribuer du pain aux malheureux pendant une disette *
qui éprouva cruellement la France cette année-là . Il créa un
magnifique laboratoire * . Le laboratoire est le cabinet de tra
vail du savant. Il a besoin des instruments de toute espèce
LAVOISIER. 217
qui le remplissent , comme l'homme de lettres a besoin des
livres qui garnissent les rayons de sa bibliothèque .
C'est dans ce laboratoire, généreusement ouvert à tous les
jeunes savants de Paris , que Lavoisier fit , après de longs tra
vaux, les belles découvertes qui ont immortalisé son nom .
Il prouva que l'air se compose de deux gaz, et fit connaître
la composition de l'eau , que l'on ignorait, aussi bien que celle
de l'air . Tous les savants de nos jours s'accordent à recon
naître en Lavoisier le créateur de la chimie moderne , c'est
à-dire d'une science qui , en étudiant les éléments dont se
composent les différents corps dans la nature , a déjà fait
depuis cent ans d'immenses progrès .
Lavoisier fut malheureusement une victime d'hommes
ignorants pendant la Révolution , et il périt sur l'échafaud
en 1794. G. DURUY.
Mots expliqués .
Qui vit briller : Image ; cette locution signifie que ces grands
hommes ont été plus célèbres, plus connus que la foule de leurs con
temporains ; leurs noms brillent au milieu des noms inconnus, comme
des lumières dans l'obscurité.
Académie des Sciences : Réunion de savants à Paris. Il y a cinq
Académies : l'Académie française, la plus ancienne, fondée par Richelieu
et qui se compose de 40 membres ; l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres ; l'Académie des Sciences morales et politiques ; l'Aca
démie des Sciences ; l'Académie des Beaux-Arts. La réunion des cinq
Académies s'appelle l'Institut.
Stimulant Synonyme de aiguillon , excitant.
Disette Manque de vivres .
Laboratoire : Lieu où l'on fait des expériences scientifiques .
Questions et Analyse des idées.
1. Dites ce que fut Lavoisier. 2. A quelles études se livra-t-il ? G
3. Quelles sont les découvertes qu'il a faites ? - 4. Quelle science a-t-il
contribué à créer? - 5. Comment mourut-il ? - 6. Comment est com
posée cette biographie ? -7 . Résumez les idées de chaque paragraphe .
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez sommairement la vie de Lavoisier, en indiquant
les découvertes qu'il a faites.
2. Qu'est-ce que la Chimie ? Racontez une petite expérience
de chimie que l'on vous a faite à l'école.
218 LECTURES PRIMAIRES.
MARS CONNAISSANCES USUELLES
22e Semaine. Hygiène.
109. - Chimie de nos aliments .
Un des principaux résultats de la belle science , créée par Lavoisier, a été de
nous faire mieux connaitre le travail qui s'opère dans nos corps, la plus mer
veilleuse machine et la mieux construite qui existe.
Vous savez l'histoire légendaire * du vaisseau de Pierre le
Grand . Voulant introduire dans ses États encore bar
bares les arts et la civilisation des peuples plus avancés,
l'empereur de Russie parcourut l'Europe étudiant les sciences,
les arts et les métiers . En Hollande , il se fit inscrire, inco
gnito * , sur la liste des charpentiers et prit part à la
construction d'un navire . Plus tard , ce navire , devint en Rus
sie une relique nationale. A mesure qu'une partie de la coque
ou du gréement * devenait hors de service , on la remplaçait ,
de sorte qu'au bout d'un certain temps , il n'est plus rien
resté du navire primitif dans celui qui se trouvait lui être
substitué .
Notre corps est comme ce navire . Il s'use continuellement ;
mais l'ensemble persiste sans changements notables, parce
que chaque parcelle hors de service est enlevée et remplacée
immédiatement par une autre toute neuve : les éléments de
tous nos tissus , les cellules, disparaissent et se renouvellent
continuellement. La peau , la chair et les organes , les os
même , subissent cette rénovation de leurs éléments .
C'est le sang qui porte partout les matériaux nécessaires
à cette tâche incessante de reconstruction ; c'est lui aussi
qui reçoit, comme un égout, les débris, les détritus , deve
nus inutiles et dont il faut se débarrasser au plus vite . Sur
sa route, les poumons lui prennent l'acide carbonique, et
deux glandes , les reins, agissant comme des filtres , au
moyen d'un nombre infini de très minces canaux , s'emparent
de divers résidus azotés qui passent dans les urines . Le foie
est un autre épurateur, mais la bile qu'il forme avec les
CHIMIE DE NOS ALIMENTS. 219
impuretés du sang remplit un rôle important dans la diges
tion ; c'est un industriel qui transforme en produits utiles
les résidus dont il délivre le sang.
Puisque chaque atome de notre corps est frappé de mort
et rejeté à l'état de résidu , tandis qu'un atome neuf vient
prendre sa place , il faut que le sang , chargé de fournir les
matériaux de cette reconstitution générale , les puise quelque
part. Il les demande à l'estomac et aux intestins , labora
toires vivants, intelligents pour ainsi dire , chargés de trans
former les aliments , les boissons, matières mortes, en une
matière vivante , capable de s'attacher à nos tissus, de s'y
incorporer, de prendre part à leur existence pour quelques
instants ou quelques jours .
Oui , l'estomac , l'intestin , sont de véritables laboratoires
de chimie, dans lesquels des matériaux bruts et grossiers
se transforment avant de passer dans le sang , d'où ils sont
extraits par chaque tissu , chaque organe, pour devenir une
part de nous-mêmes , ou nous fournir le combustible néces
saire au maintien de notre température . Les aliments , les
boissons , sont donc destinés à deux rôles bien distincts :
brûler et reconstruire . Dr SAFFRAY .
Les moyens de vivre longtemps. [Hachette et Cie, édit.]
Mots expliqués.
Légendaire : Qui nous a été transmis par la tradition, la légende.
Incognito : Sans se faire connaître.
Gréement : Ensemble des cordages et appareils nécessaires pour
tenir les voiles d'un bateau.
Questions et Analyse des idées.
1. Racontez l'histoire légendaire du vaisseau de Pierre le Grand.
2. Comparez notre corps à ce navire. ― 3. Comment est formé notre
corps ? 4. Quel est le liquide qui porte les matériaux nécessaires à la
reconstitution de notre corps ? -- 5. Quels sont les divers organes du
corps, et quel est leur rôle dans la reconstitution de tous les éléments
qui se renouvellent dans notre corps ?
Devoirs (Élocution et Rédaction) .
1. Développez la question 5.
2. Pourquoi notre corps peut-il être considéré comme un
laboratoire?
220 LECTURES PRIMAIRES.
MARS CONNAISSANCES USUELLES
22e Semaine. Notre France, populations diverses.
110. ― ― ― ― ― ― ― Bergers des Landes .
Voici une curieuse description des Landes avant qu'elles aient été assainies.
Il n'y a plus aujourd'hui qu'une petite partie du pays qui soit ainsi, mais elle
est fort curieuse.
Imaginez un ancien fond de mer asséché , plat , sablon
neux, que l'hiver transforme en marécage ; tout couvert,
l'été , du tapis ras des bruyères , des buissons de genêts aux
fleurs d'or ; çà et là , de grands pins ébranchés, au feuillage
d'un vert sombre et terne telle est la lande gasconne dans
la partie aujourd'hui encore restée sauvage . Ni champs , ni
cultures , ni villes , ni routes, ni chemins ; à peine des sentiers .
Pour se tirer d'un terrain si peu commode , en l'absence
de voies et de foulées *, nos pâtres landais ont imaginé un
singulier et ingénieux moyen , qui est de marcher sur de
hautes échasses , souvent dépassant la taille humaine . Là
dessus perché, grandi de toute la longueur de ces bizarres
prolongements, le berger voit de loin ses moutons parmi
les brandes (bruyères).
Il parcourt la plaine à pas de géant . Il enjambe par-des
sus les buissons sans se déchirer, piétine tout au beau travers
des mares sans se mouiller, s'appuyant en outre sur un très
long bâton qui lui sert en même temps de houlette .
Veut-il se reposer, le bâton est pourvu à son extrémité
d'une étroite rondelle de bois ; l'homme pique en terre sa
perche, s'assied sur la rondelle en écartant les jambes , et le
voilà juché sur ce bizarre escabel à trois pattes, où il se
tient en équilibre avec une merveilleuse aisance .
Comme il faut bien occuper ses loisirs , du haut de ce per
choir , tout en surveillant ses maigres ouailles * , à l'ombre
de son chapeau à grands bords et de quelque pin solitaire,
il tricote tranquillement ses bas.
Partant, le matin, pour le pâturage, le pastourel sort de
BERGERS DES LANDES . 221
chez lui... par la fenêtre . Assis sur le bord de la croisée ou,
parfois , sur le haut
du mur de son jar
din, ou bien enfin
sur la branche basse
de quelque pin tor
du, il attache soli
dement à ses pieds
et à ses jambes ,
avec des courroies ,
les étonnants ap
pendices , dont il
ne descendra guère
que le soir, en ren
trant à la chaumine
où l'attendent la mi
che de pain brun
et le fromage sec,
l'écuelle de lait
aigre. Les femmes
vont aussi sur des
échasses ; et le plus
curieux est de voir
les bambins et Pàtre landais.
bambines de cinq à six ans , déjà fort lestes, s'exercer à
leur futur métier .
Mots expliqués .
Foulées Traces de pieds qui forment un sillon . (Terre foulée .)
Quaille Brebis .
Questions et Analyse des idées.
1. Faites une description des Landes. 2. Comment s'est-on ga
ranti contre les dunes? — 3. Comment le berger des Landes garde-t-il
ses troupeaux? 4. A quoi travaille-t-il en surveillant ses moutons ?
— 5. Décrivez le berger landais sur ses échasses.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Les Landes. (Où sont-elles situées ? Description . Habitants . Forêts,
pâturages . Utilité des pins maritimes . )
222 LECTURES PRIMAIRES.
MARS • FRANÇAIS
23º Semaine. Générosité populaire .
111 . - Clémence des vainqueurs
de la Bastille .
Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prit et détruisit la fameuse prison de la
Bastille qui rappelait des siècles d'iniquité. Mais il n'en voulait qu'à la forteresse
et nullement aux hommes qui la défendaient : il sut se montrer magnanime
après la victoire.
La masse du peuple accumulé dans la salle ne demandait
pas de sang : il le voyait couler avec stupeur , dit un témoin
oculaire. Il regardait bouche béante ce prodigieux spectacle ,
bizarre, étrange à rendre fou.
Élie * , debout sur une table , le casque en tête , à la main
son épée faussée à trois places, était tout entouré de prison
niers , et priait pour eux * . Les gardes françaises demandé
rent pour récompense la grâce des prisonniers .
A ce moment , on amène, on apporte plutôt, un homme
suivi de sa femme ; c'était le prince de Montbarrey, ancien
ministre, arrêté à la barrière . La femme s'évanouit , l'homme
est jeté sur le bureau , tenu sous les bras de douze hommes,
plié en deux. Le pauvre diable , dans cette étrange atti
tude, expliqua qu'il n'était plus ministre depuis longtemps,
que son fils avait eu grande part à la révolution de sa pro
vince .... Le commandant de la Salle parlait pour lui et
s'exposait beaucoup lui-même . Cependant on s'adoucit, on
lâcha prise un moment. De la Salle, qui était très fort, enleva
le malheureux ; ce coup de force plut au peuple et fut
applaudi .
Au moment même , le brave et excellent Élie trouva moyen
de finir un coup tout procès, tout jugement. Il aperçut les
enfants du service de la Bastille et se mit à crier : « Grâce
pour les enfants , grâce ! »
Vous auriez vu alors les visages bruns, les mains noircies
par la poudre , qui commençaient à se laver de grosses
CLÉMENCE DES VAINQUEURS DE LA BASTILLE . 223
larmes, comme tombent, après l'orage * , les grosses gouttes
de pluie....
Il ne fut plus question ni de justice , ni de vengeance . Le
tribunal était brisé. Élie avait vaincu les vainqueurs de la
Bastille.
Ils firent jurer aux prisonniers fidélité à la nation et les
emmenèrent avec eux ; les invalides * s'en allèrent tranquil
lement à leur hôtel ; les gardes françaises s'emparèrent des
Suisses * , les mirent en sûreté dans leurs rangs , les cop
duisirent à leurs propres casernes , les logèrent et les nour
rirent.
Les veuves , chose admirable , se montrèrent aussi magna
nimes . Indigentes et chargées d'enfants , elles ne voulurent
pas recevoir seules une petite somme qui leur fut distri
buée ; elles mirent dans le partage la veuve d'un pauvre
invalide qui avait empêché la Bastille de sauter et qui fut
tué par méprise . La femme de l'assiégé fut ainsi comme
adoptée par celles des assiégeants .
MICHELET. (Célèbre historien du XIXe siècle, 1798-1874. )
Histoire de la Révolution . [ Calmann-Lévy, édit.]
Mots expliqués
Élie Un des chefs qui conduisirent le peuple à la Bastille.
Priait pour eux : Priait qu'on les épargnât.
Après l'orage : Belle comparaison et très juste. L'orage, c'était ici
le mouvement qui avait amené la prise de la Bastille.
Invalide Personne qui n'a pas l'usage de tous ses membres. Ici ,
ancien soldat blessé. Les invalides formaient la garnison de la Bastille.
Suisses : Soldats suisses, payés par le roi de France, qui gardaient
la Bastille.
Questions et Analyse des idées.
1. A quelle époque et pourquoi fut prise la Bastille? - 2. Que se
passa-t-il après cet événement? 3. Le peuple avait-il de la rancune?
4. Comment fut-il amené à la clémence? - 5. Que firent les
veuves ? - 6. Quel sentiment poussait le peuple à détruire la Bas
tille? --- 7. Comment a-t-on commémoré cet événement ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
La prise de la Bastille. - Causes ; la journée du 14 juillet 1789 ;
attitude du peuple après la prise de la Bastille ; conséquences.
224 LECTURES PRIMAIRES.
MARS MORALE
23º Semaine. Nos qualités et nos défauts .
112. - L'examen du général Drouot .
Bel exemple de l'énergie d'un enfant, et du travail couronné par le succès.
C'était durant l'été de 1793. Une nombreuse et florissante
jeunesse se pressait à Châlons-sur-Marne dans une des salles
de l'école d'artillerie . Le célèbre Laplace y faisait , au nom
du gouvernement , l'examen de cent quatre-vingts candidats
au grade d'élève sous-lieutenant.
La porte s'ouvre . On voit entrer une sorte de paysan , petit
de taille , l'air ingénu ' , de gros souliers aux pieds et un
bâton à la main . Un rire universel accueille le nouveau venu .
L'examinateur lui fait remarquer ce qu'il croit être une
méprise * , et , sur sa réponse qu'il vient pour subir l'examen ,
il lui permet de s'asseoir .
On attendait avec impatience le tour du petit paysan . Il
vient enfin. Dès les premières questions , Laplace reconnaît
une fermeté d'esprit qui le surprend . Il pousse l'examen au
delà de ses limites naturelles ; il va jusqu'à l'entrée du calcul
infinitésimal * : les réponses sont toujours claires , précises,
marquées au coin d'une intelligence qui sait et qui sent .
Laplace est touché ; il embrasse le jeune homme et lui
annonce qu'il est le premier de la promotion .
L'école se lève tout entière, et accompagne en triomphe
dans la ville le fils du boulanger de Nancy. Vingt ans après ,
Laplace disait à l'Empereur : « Un des plus beaux examens
que j'aie vu passer dans ma vie est celui de votre aide de
camp le général Drouot. >>
Comment Drouot était-il arrivé à ce résultat? Par un travail acharné de tous
les instants. A l'âge de trois ans, il allait lui-même frapper à la porte d'une
école pour y être reçu, et comme on lui en refusait l'entrée, il pleurait
beaucoup .
Ses parents lui permirent , avec l'âge , de fréquenter des
L'EXAMEN DU GÉNÉRAL DROUOT. 225
leçons plus élevées , mais sans lui rien épargner des devoirs
et des gênes de leur maison . Rentré de l'école ou du collège ,
il lui fallait porter le pain chez les clients , se tenir dans la
boutique avec les siens, et subir les inconvénients d'une
perpétuelle distraction .
Le soir, on éteignait la lumière de bonne heure par
économie, et le pauvre écolier devenait ce qu'il pouvait,
heureux lorsque la lune favorisait par un éclat plus vif la
prolongation de sa veillée . On le voyait profiter ardemment
de ces rares occasions .
Dès les deux heures du matin , quelquefois plus tôt , il
était debout ; c'était le temps où le travail domestique
recommençait à la lueur d'une seule et mauvaise lampe . Il
reprenait aussi le sien ; mais la lampe infidèle , éteinte avant
le jour, ne tardait pas à lui manquer de nouveau ; alors , il
s'approchait du four ouvert et enflammé, et continuait, à ce
rude soleil , la lecture des grands écrivains .
LACORDAIRE. (Écrivain du XIX° siècle , 1802-1861 . )
Éloge du général Drouot. [Poussielgue, édit. ]
Mots expliqués.
Air ingénu Air simple, naïf.
Méprise Erreur de celui qui se trompe.
Infinitésimal : Très petit ; calcul infinitésimal , partie des mathéma–
tiques très délicate, portant sur les infiniment petits.
Aide de camp : Officier qui aide un général ou un grand chef mili
taire.
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est le sujet de cette lecture ? 2. Quel était l'examen que
faisait subir Laplace? - 3. Qui entra à un moment donné dans la
salle? -4. Comment fut-il accueilli ? - — 5. Comment le paysan dont on
s'était moqué subit-il l'examen ? ― 6. Que fit Laplace lorsqu'il eut fini
d'interroger ? - Que devint plus tard le fils du boulanger de Nancy?
8. Quel enseignement tirons-nous de cette lecture ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites raconter par Laplace lui-même l'examen qu'il
fit subir au jeune Drouot.
2. Dans une lettre à un ami, racontez comment Drouot, fils
d'un pauvre boulanger, arriva à une haute situation ; insistez
sur l'exemple qu'il nous donne.
LECT. PRIM , 15
226 LECTURES PRIMAIRES.
MARS HISTOIRE
3e Semaine Grands hommes du XVIIIe siècle .
113. - L'enfance d'un général célèbre .
Fils d'un cuisinier et neveu d'une fruitière de Montreuil, près Versailles, le
petit Lazare montrait peu de dispositions pour le métier paternel. Sa tante, qui
l'aimait beaucoup, demanda à le garder quelque temps pour lui faire donner
une bonne instruction.
Le premier soin que prit la bonne tante , après avoir
installé son neveu chez elle , fut de lui apprendre elle-même
à lire. Le petit Lazare apprit vite, et avec tant d'ardeur ,
que l'institutrice était souvent obligée de fermer le livre la
première , et de lui dire « Assez pour aujourd'hui : main
tenant , va jouer, sois bien sage, et amuse-toi bien. » Et l'en
fant d'obéir et de chevaucher à grand bruit dans la maison
ou devant la porte, un bâton entre les jambes .
Cet instinct belliqueux ne fit qu'augmenter avec l'âge ; si
bien qu'à dix ans il fut nommé , d'une voix unanime , général
en chef par la moitié des bambins de Montreuil , qui se dis
putaient alors , séparés en deux camps , la possession d'un
nid de merles. Inutile de dire qu'il justifia cette distinction
par des prodiges d'habileté et de valeur.
Un pauvre vieux soldat, qui venait de temps en temps
chez Marthe, sa parente éloignée , fumer sa pipe au coin de
l'âtre , n'avait pas manqué d'y raconter longuement comme
quoi lui et le maréchal de Saxe avaient gagné la célèbre
bataille de Fontenoy.
Je vous laisse à penser si ce récit inexact, mais chaud ,
avait dû enflammer l'imagination du jeune auditeur . Depuis
lors, endormi ou éveillé , il entendait sans cesse piaffer les
chevaux, siffler les balles et gronder les canons .
Il eût fallu le voir alors trépigner, bondir et crier :
<< Tirez les premiers , messieurs les Anglais ! - Maréchal,
notre cavalerie est repoussée ! - Pif ! Paf ! Baound ! baound!
―――――― Bravo ! le carré anglais est enfoncé ! - A nous la victoire ! »
L'ENFANCE D'UN GÉNÉRAL CÉLÈBRE . 227
Le pauvre Lazare se croyait pour le moins alors écuyer de
Louis XV, ou colonel.
Une pareille ambition vous fait rire sans doute. C'eût été
miracle , n'est-ce pas ? que le neveu de la fruitière pût
s'élever si haut . Oui, mais souvenez-vous que nous appro
chons de 1789 , époque féconde en miracles, et écoutez .
Lazare, engagé d'abord dans les gardes françaises malgré
les larmes de sa tante , qu'il tâchait en partant de consoler
par ses caresses , ne tarda pas à devenir sergent . Puis le
siècle marcha, et la fortune de bien des sergents aussi . En
fin, de grade en grade, il devint... devinez . ― Colonel? -
Il n'y avait plus de colonels. - Écuyer du roi ? - Il n'y
avait plus de roi . — Vous ne devinez pas?
Eh bien ! Lazare , le fils du cuisinier Lazare , le neveu de
la fruitière, devint général ; non plus général pour rire, et
en casque de papier ; mais général pour de bon , avec un
chapeau empanaché et un habit brodé d'or ; général en
chef, général d'une grande armée française , rien que cela !
et si vous en doutez , ouvrez l'histoire moderne, et vous y
lirez avec attendrissement les belles et grandes actions du
général Hoche .
Hoche était le nom de famille de Lazare.
Hâtons-nous de dire à sa louange que ses victoires , bien
sérieuses cette fois , le laissèrent aussi modeste et aussi bon
que ses victoires enfantines à Montreuil .
HÉGÉSIPPE MOREAU. (Poète et écrivain contemporain, 1810-1838. )
[Garnier frères , édit. ]
Questions et Analyse des idées.
1. Comment le petit Lazare fit-il ses premières études ? - 2. Que
racontait le vieux soldat à Lazare ? 3. Que faisait alors l'enfant?
G 4. A quelle époque était-on ? ―― 5. A quel grade arriva-t-il? -
6. Quelle vertu conserva-t-il? - 7. Faites, d'après cette lecture, le
portrait du général Hoche.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites ce que vous savez de Lazare Hoche. Sa jeunesse, ses
exploits ; tirez-en une conclusion.
228 LECTURES PRIMAIRES.
MARS CONNAISSANCES USUelles
23e Semaine. Paysages de notre France.
114. ―― Les chèvres de Provence et les
vaches de Normandie .
La verte Normandie a sur ses promontoires * ,
De grands bœufs accroupis sur leurs épais genoux,
Des boeufs au manteau blanc semé de taches noires ,
Des bœufs aux flancs dorés , marqués de signes roux .
Aux heures de la trêve et du sommeil des vagues ,
Paisiblement couchés dans le souple gazon ,
Ils rêvent en silence , et laissent leurs yeux vagues
D'un regard nonchalant se perdre à l'horizon .
A quoi songent ainsi , dans leur calme attitude ,
Ces anciens du troupeau, semblables à des dieux ?
Est-ce au maître inconnu de cette solitude ?
Est-ce à l'immensité de la mer et des cieux ?
Quand ils errent, le soir, au sommet des rivages ,
Quand leur front vers les eaux se tourne pesamment ,
L'Océan, qui déferle * à ces côtes sauvages ,
Mêle sa voix profonde à leur mugissement.
Quand l'ouragan d'été , sous les falaises mornes ,
Entre-choque les flots à travers les récifs ,
Eux aussi , furieux, souvent croisent leurs cornes ,
Et, d'un effort jaloux , heurtent leurs fronts massifs .
Or, si la Normandie a les bœufs , la Provence
Garde aux flancs de ses monts les chèvres en troupeaux,
Les chèvres dont le pied, libre et hardi , s'avance,
Et dont l'humeur sans frein ne veut pas de repos,
La montagne au soleil , où croissent pêle-mêle
Cytise et romarin * , lavande * et serpolet * ,
Enfle de mille sucs leur bleuâtre mamelle ;
On boit tous ses parfums quand on boit de leur lait ,
LES CHÈVRES DE PROVENCE ET LES VACHES DE NORMANDIE. 229
Tandis qu'assis au pied de quelque térébinthe * ,
Le pâtre insoucieux chante un air des vieux jours ,
Elles , dont le collier par intervalle tinte ,
Vont et viennent sans cesse et font mille détours .
En vain le mistral souffle et chiffonne leur soie * ,
Leur bande au pâturage erre des jours entiers .
Je ne sais quel esprit de conquête et de joie
Les anime à gravir les plus âpres sentiers .
Ton gouffre les appelle, ô Méditerranée !
Qu'un brin de mousse y croisse, une touffe de thym,
C'est là qu'elles iront , troupe désordonnée,
Que le péril attire autant que le butin .
Dans les escarpements entrecoupés d'yeuses *
Elles vont jusqu'au soir, égarant leurs ébats ;
Ou bien, le cou tendu, s'arrêtent , curieuses ,
Pour voir la folle mer qui se brise là-bas !
AUTRAN, La vie rurale, livre I. [Calmann-Lévy. édit.]
Mots expliqués.
Promontoire Masse de terre plus élevée que les autres parties
d'une plaine. (Mont qui s'avance dans la mer.)
Déferler : La mer déferle quand elle déploie ses lames sur le rivage
et que les vagues viennent se briser sur les rochers en écumant.
Cytise, romarin, lavande, serpolet : Plantes odoriférantes qui pous
sent sur les montagnes, principalement dans le midi de la France.
Térébinthe Arbre résineux.
Leur soie Leur poil (se dit surtout en parlant du cochon ; le poil
de la chèvre est souple et lustré comme de la soie) .
Yeuse Espèce de chêne vert.
Questions et Analyse des idées.
1. Quels sont les animaux que l'on élève surtout en Normandie?
2. Quel est leur genre de vie ? 3. Si la Normandie a des trou
peaux de bœufs, que rencontre-t-on en Provence? - 4. Quel est le
caractère particulier des chèvres ? - 5. Comparez la vache avec la
chèvre description, caractère , utilité.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Mettez en prose cette poésie.
230 LECTURES PRIMAIRES .
MARS CONNAISSANCES USUELLES
23 Semaine. Notre France.
115. ― ― ― ― ― ― Le Midi pays et habitants .
Champs pierreux, résonnant du chant des cigales, collines
décharnées montrant partout la roche, couvertes de
lavande grise parfumée ; arbres poudreux, oliviers tor
tueux et ternes , au maigre feuillage , tel est l'âpre et
poétique Midi ; mais , le soleil par-dessus, tout cela fait une
fête éternelle ; les yeux en sont remplis , l'âme pénétrée et
réjouie .
Le Midi, le vrai Midi , commence avec le mûrier et l'olivier ;
il est Gascogne , Languedoc et Provence encore ne faut-il
pas trop remonter la vallée du Rhône , ni escalader les pentes
abruptes * des Cévennes d'où descendent les torrents , ou les
versants tourmentés du côté alpin . Le Languedoc en est le
centre.
C'est là qu'il faut aller pour apprécier le contraste entre
l'homme du Midi et l'homme du Nord et surtout de l'Ouest.
Ici une population vive , énergique , gaie , toute en dehors , en
saillies ; caractère mobile , tempérament fait de contrastes .
Le paysan est rude , laborieux , intéressé . Avec cela certaine
grâce, un charme, un langage coloré , imagé , passionné ,
vibrant.
La langue d'oc , la langue romane , est fort belle en Pro
vence, sonore et douce, débarrassée des rudes consonances
gutturales gasconnes . Chantante , naturellement rythmée ,
elle appelle la rime* ; aussi est- ce encore aujourd'hui un
pays de poésie que ce pays des anciens sirventois *.
Les fermes méridionales, les mas , comme on dit dans la
région, sont des bâtiments rustiques dont la construction
rappelle encore celle des villas romaines. Ce sont des
maisons basses, avec de grandes arcades à la façon romaine,
de vastes toits de tuiles à faible pente. Autour , des granges ,
des pigeonniers , d'aspect pittoresque , les étables et les ber
LE MIDI PAYS ET HABITANTS. 231
geries, la magnanerie, les hangars ouverts du pressoir au
raisin et du pressoir aux olives, le tout protégé contre les
coups du mistral par un bouquet de grands vieux arbres .
Les procédés de culture ont aussi gardé les formes anti
ques . C'est là, par exemple, que le battage des grains se fait
encore par la vieille méthode du dépiquage * indiquée dans la
Bible. Imaginez une aire de terre battue et durcie sous le
soleil , couverte d'une épaisse couche de gerbes déliées ; des
chevaux, retenus au bout d'une longue corde prolongeant la
bride, excités par les cris , par le fouet, qui trottent , bon
dissent, piétinent en tournoyant sans cesse à travers la jon
chée, brisant les chaumes, mêlant la paille , écrasant les
épis et secouant le grain, sous le soleil ardent , au milieu
d'un nuage de poussière ....
Spectacle pittoresque, sans doute , mais procédé désavan
tageux, que les autres régions agricoles ont remplacé avec
raison par les machines batteuses.
A la culture du blé , du maïs , se joignent celles de la
vigne, de l'olivier et du mûrier . Vendanges , cueillette , feuillée
sont, bien entendu , des occasions de fêtes pour ce peuple
ami des fêtes .
Mots expliqués.
Décharné Collines décharnées , qui ne sont couvertes d'aucune vé
gétation, dont on ne voit que le roc ; image, un corps qui n'a plus de
chair.
Abrupte Qui tombe à pic.
Rime Uniformité de sons à la fin des vers.
Sirvente Poésie provençale ancienne .
Dépiquage Battage du blé par piétinement des chevaux .
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est le contraste entre les Français du Nord et ceux du Midi ?
- 2. Faites un portrait des paysans du Midi ? — 3. Quel est leur lan
gage? - 4. Décrivez une ferme du Midi. 5. Comment bat-on
le blé dans certains villages ? 6. Quelles sont les autres cultures du
midi de la France ? ― 7. Résumez chaque paragraphe.
Devoir (Élocution et Rédaction.)
Parlez du contraste qui existe entre le nord et le midi de
la France. (Aspect du sol ; climat ; habitants ; cultures. )
232 LECTURES PRIMAIRES.
MARS FRANÇAIS
24º Semaine. Notre France.
116 . ―― Pêcheurs bretons .
Récit montrant l'existence des pêcheurs bretons dans les mers boréales
(Islande, Groenland) au moment où les jours sont si longs qu'il n'y a pour ainsi
dire plus de nuit.
Quand ils eurent fini leur fête, il était un peu plus de
minuit. Dehors , il faisait jour , éternellement jour.
Mais c'était une lumière pâle, pâle, qui ne ressemblait à
rien ; elle traînait sur les choses comme des reflets de soleil
mort. Autour d'eux , tout de suite commençait un vide
immense qui n'était d'aucune couleur .
L'oeil saisissait à peine ce qui devait être la mer : d'abord
cela prenait l'aspect d'une sorte de miroir tremblant qui
n'aurait aucune image à refléter ; en se prolongeant, cela
paraissait devenir une plaine de vapeur, et puis , plus rien ;
cela n'avait ni horizon ni contours .
On voyait clair, en ayant cependant conscience de la nuit ,
et toutes ces pâleurs des choses n'étaient d'aucune nuance
pouvant être nommée .
Ces trois hommes qui se tenaient là vivaient depuis leur
enfance sur ces mers froides . Tout cet infini changeant, ils
avaient coutume de le voir jouer autour de leur étroite
maison de planches , et leurs yeux y étaient habitués autant
que ceux des grands oiseaux du large.
Le navire se balançait lentement sur place, en rendant
toujours sa même plainte, monotone comme une chanson de
Bretagne répétée en rêve par un homme endormi . Yann et
Sylvestre avaient préparé très vite leurs hameçons et leurs
lignes , tandis que l'autre ouvrait un baril de sel, et, aiguisant
son grand couteau , s'asseyait derrière eux pour attendre .
Ce ne fut pas long . A peine avaient-ils jeté leurs lignes
dans cette eau tranquille et froide, qu'ils les relevèrent avec
des poissons lourds, d'un gris luisant d'acier.
PÊCHEURS BRETONS. 233
Et toujours, et toujours, les morues vives se faisaient
prendre ; c'était rapide et incessant , cette pêche silencieuse .
L'autre éventrait, avec son grand couteau, aplatissait , salait ,
comptait , et la saumure * qui devait faire leur fortune au
retour s'empilait derrière eux , toute ruisselante de fraîcheur.
Les heures passaient monotones , et, dans les grandes
régions vides du dehors, lentement la lumière changeait ,
elle semblait maintenant plus réelle . Ce qui avait été un
crépuscule blême devenait sans intermède * de nuit quelque
chose comme une aurore , que tous les miroirs de la mer
reflétaient en vagues traînées roses....
Ils continuèrent de pêcher, car il ne fallait pas perdre son
temps en causeries : on était au milieu d'une immense peu
plade de poissons d'un banc voyageur qui , depuis deux jours ,
ne finissait pas de passer .
Ils avaient tous veillé la nuit d'avant et attrapé, en trente
heures, plus de mille morues très grosses ; aussi leurs bras
forts étaient las, et ils s'endormaient. Leur corps veillait
seul, et continuait de lui-même sa manœuvre de pêche ,
tandis que, par instants, leur esprit flottait en plein sommeil.
Mais cet air du large qu'ils respiraient était si vivifiant que ,
malgré leur fatigue, ils se sentaient la poitrine dilatée et les
joues fraîches . P. LOTI. (Écrivain contemporain. )
Pêcheurs d'Islande. [Calmann-Lévy, édit. ]
Mots expliqués .
Yann et Sylvestre : Noms de deux des pêcheurs.
Saumure Viande ou poisson conservés dans du sel.
Intermède Ici, espace de temps entre la nuit et le jour.
Questions et Analyse des idées .
1. A quel moment se passe la scène racontée dans cette lecture ? -
2. Quels sont les personnages, où sont-ils, et que font-ils ? -3 . Pour
quoi les Bretons vont-ils pêcher si loin ? 4. Essayez de décrire cette
nuit polaire, brumeuse mais non obscure. 5. Décrivez la pêche à la
morue. - 6. Parlez des autres pêches maritimes.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez cette lecture.
234 LECTURES PRIMAIRES .
MARS MORALE
24e Semaine. Dévouement à la patrie .
117. Aux soldats de la République.
A peine née, la France nouvelle de la Révolution dut abandonner ses rêves
pacifiques et se défendre contre de nombreux ennemis. L'amour de la liberté
donna un merveilleux élan au patriotisme français qui triompha de l'Europe
monarchique.
Aînés d'une race stoïque * ,
Salut, vous les premiers venus
A l'appel de la République ,
Chers ignorés , grands inconnus ....
Humbles sauveurs de notre France
Qu'exaltait le Chant du Départ,
Dans cette auguste délivrance
Vous eûtes la meilleure part....
Combattants, vous rompiez des chaînes ;
Vainqueurs , vous brisiez des tyrans * ;
Vous mettiez en fuite les haines,
O populaires conquérants !
Tandis que les haines fatales
Éteignaient leurs brandons * ardents,
Vous entriez aux capitales
Comme des fleuves fécondants ;
Des fleuves au flot magnifique,
Nourriciers, roulant avec eux
La fraternité pacifique
Dans un grand courant belliqueux .
Oui ! partout les foules joyeuses
(L'histoire s'en souvient encor !
Fêtaient vos mains victorieuses,
Pleines de lauriers * , vierges d'or
AUX SOLDATS DE LA RÉPUBLIQUE. 235
Soldats sans rage et sans furie,
Purs de vaines ambitions,
Vous avez rendu la Patrie
Chère et charmante aux nations.
Moment sublime et trop rapide !
Rêve envié des jours présents !
Salut donc , jeunesse intrépide ,
Bourgeois , ouvriers , paysans ;
Car vous fûtes la grande armée ,
Splendide, sans ombre au tableau ;
Sans province ou ville opprimée *,
Sans Leipzig et sans Waterloo * !
EMMANUEL DES ESSARTS , Poèmes de la Révolution.
[Fasquelle, édit . ]
Mots expliqués.
Homme stoïque Homme ferme, inébranlable.
Exalter Exciter beaucoup, élever les courages.
Tyran : Celui qui abuse de son autorité. (Synonyme de roi absolu
et méchant. )
Brandon Torche enflammée (pris ici au sens figuré) .
Laurier : Se dit de la récompense qu'on accorde au vainqueur.
Vierges d'or Vos_mains étaient victorieuses, mais elles ne pre
naient rien aux vaincus.
Opprimé Qui est soumis à quelqu'un par force.
Leipzig et Waterloo Terribles défaites de Napoléon en 1813 et
1815. Le poète veut dire que les armées de la République, qui n'ont
combattu que pour la liberté et la défense de la patrie, n'ont jamais
été vaincues, tandis que Napoléon , en se faisant conquérant et en
opprimant les peuples, allait aux désastres.
Questions et Analyse des idées.
1. Qui étaient ces premiers venus, ces inconnus, ces sauveurs de la
France? 2. Que signifient ces expressions : « rompiez des chaînes » ;
« brisiez des tyrans >» ? ― 3. Où entrèrent ces conquérants ? qu'em
portaient-ils avec eux? - 4. Comment les peuples les traitaient-ils ? -
5. Pourquoi ? ― 6. Comment ont-ils rendu la patrie ? qu'ont-ils gagné ?
-- 7. A quel moment se passent ces événements ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites quel était le sentiment de ces soldats, comment ils se
sont conduits partout et quels souvenirs ils ont laissés.
236 LECTURES PRIMAIRES.
MARS HISTOIRE
24º Semaine. Grands hommes du XVIIIe siècle.
118. ―― Kléber (1753-1801 ).
Ce grand homme de guerre , qui fut avec Hoche et Mar
ceau une des gloires de la France pendant la Révolution ,
naquit à Strasbourg en 1753. Quand notre pays fut menacé
par une formidable coalition des souverains de l'Europe ,
unis pour combattre la Révolution , Kléber s'engagea dans
un bataillon de volontaires ( 1792) et s'éleva rapidement aux
premiers grades .
Il était déjà colonel, lorsque la grande ville de Mayence
sur le Rhin , qui avait embrassé avec ardeur les idées de la
Révolution et s'était donnée à la France, fut investie par une
nombreuse armée prussienne. Kléber se jeta dans la place
avec le brave Merlin de Thionville, commissaire de la Con
vention, et se distingua tellement dès les premiers jours du
siège, qu'il fut nommé général . La défense de Mayence, diri
gée par ces deux hommes héroïques , est une des plus belles
pages de notre histoire militaire. La garnison française fit
des prodiges. Après un bombardement qui avait duré plus
d'un mois et détruit la plus grande partie de la ville , per
sonne ne songeait à se rendre. La famine s'ajouta alors aux
souffrances qui accablaient les vaillants défenseurs de la
place ; la viande de cheval manqua , il fallut faire la chasse
aux chiens , aux chats et aux rats .
Un jour, le général en chef offrant un repas à ses officiers
leur fit servir , comme pièce principale, un chat rôti flanqué
de douze souris . Les soldats , à moitié morts de faim , repê
chaient dans le courant du Rhin des cadavres de chevaux
déjà rongés par la vermine , et dévoraient, sans se plaindre ,
cette nourriture infecte * . C'est seulement quand on eut été
réduit aux dernières extrémités de la misère et de la famine,
que Kléber et Merlin se décidèrent à capituler.
Et quelle capitulation ! La garnison française sortit de la
KLÉBER. 237
place , musique en tête , drapeaux déployés , avec ses armes
et deux canons . On a retenu de Merlin un mot qui peint bien
'indomptable énergie des hommes de ce temps . Quand il
sortit de Mayence, en habit de hussard , avec sa longue barbe
noire qui tombait sur sa poitrine, promenant autour de lui
des regards non pas humiliés , mais fiers et menaçants , le
peuple se mit à murmurer . Merlin s'arrête aussitôt et en
gage la foule à respecter, en sa personne , le représentant
de la France . « Aussi bien , dit-il d'une voix tonnante , ce n'est
pas la dernière fois que vous me voyez ici ! »
Cette belle défense de Mayence avait mis en lumière le
nom de Kléber . Il fut chargé de porter le dernier coup à la
redoutable insurrection qui avait éclaté dans l'ouest de la
France, à la nouvelle de l'exécution du roi Louis XVI. Cette
campagne contre les Vendéens augmenta encore la réputa
tion de Kléber.
Il prit part ensuite à l'expédition que Bonaparte conduisit
en Égypte et rendit d'éclatants services sous les ordres de
ce grand général .
Malheureusement , il périt peu de temps après, assassiné
par un fanatique musulman . Il léguait * à la postérité , comme
un exemple salutaire * , le souvenir de son courage héroïque
et d'un patriotisme qui ne se démentit jamais . G. DURUY.
Mots expliqués.
Infect : Qui est gâté et sent mauvais.
Léguer Donner un bien par testament. Figuré, laisser après soi .
Salutaire : Qui est utile pour conserver la santé (salut) . (Ici , sens fig.)
Questions et Analyse des idées.
1. D'où était Kléber? - 2. Où s'engagea-t-il ? - 3. Dans quelle
circonstance se rendit-il célèbre? -- 4. Qui l'aida? - 5. Par qui fut
assiégée la ville de Mayence ? - 6. Que fit la garnison française?
7. Pourquoi fallut-il capituler? 8. Que devinrent Kléber et son ar
mée? - 9. Quels services rendit encore Kléber ? - 10. Où alla-t-il ét
comment mourut-il ? - 11. Résumez en trois points cette biographie.
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Racontez le siège de Mayence, en insistant sur les souf
frances qu'eurent à supporter la garnison et les habitants.
238 LECTURES PRIMAIRES.
MARS CONNAISSANCES USUELLES
24e Semaine. Hygiène.
119 . L'exercice et le travail.
Il ne faut pas se laisser engourdir par la paresse ; l'exercice conserve mieux
l'homme que l'oisiveté ; les moralistes l'ont dit depuis longtemps et les savants
l'ont prouvé de nos jours.
Chaque mouvement de la machine humaine nécessite une
force. Or, la force n'existe toute faite nulle part , il faut la
produire, c'est-à-dire y employer quelque chose . Dans la
machine à vapeur, nous brûlons de la houille dont la com
bustion se transforme en force mécanique ; dans une machine
bien construite, la quantité de force obtenue est proportion
nelle au poids de combustible employé.
Dans le corps humain, la production de la force résulte
aussi d'une combustion, mais le combustible commence par
s'incorporer* au mécanisme , de sorte que, dans chaque par
tie de notre corps , c'est l'instrument qui se consume à me
sure qu'il agit . Il ne s'use pas seulement à la surface, comme
les outils de nos ateliers, c'est toute sa substance, toute sa
masse qui se décompose et se brûle .
Mais cette usure de l'outil humain par le travail n'est
qu'une accélération de l'usure continuelle qui constitue son
existence même . Nous le savons : vivre , c'est s'user , c'est
brûler . Travailler, exercer les organes, c'est vivre un peu
plus fort, s'user plus vite , brûler plus activement . La vie ne
continue que par le remplacement de chaque molécule * dis
parue : la vie rendue plus active par l'exercice , par le tra
· vail, exige un remplacement plus rapide , une consommation
d'aliments proportionnelle à la quantité de tissus dépensée ,
de chaleur produite , de force obtenue .
Après avoir consommé la quantité d'aliments nécessaire à
l'entretien de la vie , c'est-à-dire une ration d'entretien ,
nous devons donc y ajouter une ration de travail proportion
nelle à la force mécanique dont nous voulons disposer . Faute
de cette précaution, nous emploierons comme &source de
L'EXERCICE ET LE TRAVAIL. 239
force une partie de nos tissus , muscles, graisse , et , au bout
de très peu de temps , la portion dont ils peuvent disposer
impunément✶ se trouvant épuisée, nous en serons avertis par
la fatigue, la faiblesse , la douleur , l'impuissance .
Les mécanismes les plus parfaits créés par l'homme se
détériorent par l'effet des agents extérieurs, s'ils demeurent
inactifs ; s'ils fonctionnent, ils se détruisent graduellement
par l'usure des matériaux .
La machine humaine, au contraire , se renouvelant à chaque
instant dans tout son ensemble , conserve indéfiniment sa
puissance. Bien plus, l'activité régulière de sa rénovation *
assure la plénitude de sa force et la continuité presque indé
finie de son existence . Pour elle, travailler, c'est gagner en
puissance, en précision et en durée.
Tels sont les principes qui régissent les questions de
l'exercice et du travail . Faute de s'en bien pénétrer et de
les mettre régulièrement en pratique, la plupart des hommes
restent fort au-dessous du développement normal de leurs
forces corporelles , intellectuelles et morales.
Mots expliqués.
S'incorporer : Entrer dans le même corps, faire corps avec.
Molécule La plus petite partie d'un corps composé.
Impunément : Avec impunité, sans craindre de punition, de châ
timent, de peine ; ici, sans craindre de danger pour la santé.
Rénovation des forces : Le rajeunissement des parties d'un corps.
Questions et Analyse des idées.
1. Comparez la machine mue par la vapeur avec le corps de l'homme.
— 2. Que devient la machine si elle n'est pas alimentée de combustible ?
-– 3. Que deviendrait le corps de l'homme s'il manquait de la chaleur
produite par les aliments ? - 4. En quoi est-il supérieur aux autres
machines ? 5. Comment la machine humaine peut-elle se renou
veler elle-même ? -— 6. Quel est l'effet du travail sur notre organisme ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Expliquez comment la chaleur fait mouvoir la machine
à vapeur, et dites par quoi est produite cette chaleur.
2. Expliquez comment la chaleur fait marcher la machine
humaine, et dites par quoi est produite cette chaleur.
240 LECTURES PRIMAIRES .
MARS CONNAISSANCES USUELL
24e Semaine. Hygiène.
120. Exercices et sports .
Les exercices , les distractions sont indispensables à
l'homme. Les Anglais ont particulièrement compris cette
utilité des sports . Ils leur doivent une partie de la vigueur
de leur race . Nécessaires surtout à l'enfant et à l'adolescent ,
les exercices sportifs bien combinés restent chez l'adulte un
puissant moyen de santé , de défense contre les infirmités et
contre la vieillesse .
Les heures de loisir , les jours de repos doivent être utilisés
en tenant compte de la profession et de ses fatigues spé
ciales . On doit les consacrer à l'exercice, aux longues pro
menades en plein air, dans le cas d'occupations un peu
sédentaires * ; dans le cas d'occupations fatigantes par elles
mêmes , on doit , au contraire, éviter les distractions qui
seraient elles-mêmes une fatigue et s'ajouteraient au sur
menage quotidien .
Les exercices, les distractions en plein air ont seuls une
réelle valeur hygiénique. Dans un bâtiment clos , ils sont tou
jours plus médiocres . La valeur des exercices gymnastiques
en particulier dépend beaucoup de l'aération du gymnase.
Dans une atmosphère viciée (cafés, estaminets , salles de
danse poussiéreuses), ils peuvent même devenir nuisibles .
De tous les exercices, le plus simple, le plus naturel , la
marche, reste peut-être le plus favorable à la santé . Pour la
digestion, l'influence utile de la promenade est connue de
tous . On digère , dit un proverbe , autant avec ses jambes
qu'avec son estomac . Le repos et surtout le sommeil après les
repas , les professions sédentaires sont les principales causes
de dyspepsies * . La marche atteint son maximum bienfaisant
dans la promenade en plein air .
La bicyclette, aujourd'hui si répandue, constitue un sport
excellent . Il faut seulement éviter les courses trop prolongées
EXERCICES ET SPORTS . 241
sans entraînement * préalable . Les excès de vitesse sont tou
jours mauvais .
Les vieux jeux français , la paume, la balle, reviennent , eux
aussi , et très justement, fort en honneur .
Le canotage est un des moyens gymnastiques les plus
puissants pour développer les muscles du thorax . Les efforts
incessants qu'il exige diminuent les inconvénients de
l'humidité .
Le jardinage offre les grands avantages d'un exercice
modéré, très varié , fort intéressant et fait au grand air .
Beaucoup d'ouvriers , malgré les fatigues corporelles de la
semaine, trouvent un véritable délassement à se livrer pen
dant une demi-journée , le dimanche , à des travaux de jar
dinage pratiques et productifs pour le ménage ; ils s'en
trouvent mieux , certes , que d'aller au cabaret ; leur bourse
aussi. A plus forte raison en est-il ainsi pour l'employé ou
tout autre travailleur à profession sédentaire .
Il serait désirable de voir se créer , autour des villes , des
champs de culture divisés par lots et mis par un loyer
bon marché à la portée des travailleurs ; toute la famille y
trouverait distraction , santé et profit .
Dr PLICQUE . Précis d'Hygiène pratique . [Plon, Nourrit et Ciº, édit . ]
Mots expliqués.
Sédentaire Qui demeure ordinairement assis.
Dyspepsie État d'un malade qui éprouve de la difficulté à digérer.
Entraînement préalable : Pour s'entraîner à un exercice, à un sport,
on fait un peu de cet exercice pendant les premiers jours, puis, de jour
en jour davantage, en évitant de se trop fatiguer.
Questions et Analyse des idées .
1. Les sports sont-ils utiles à l'homme ? 2. Comment et à quel
moment doit-on faire des exercices? - 3. Quels sont les meilleurs
exercices sportifs? - 4. Indiquez les avantages de la marche ; du
jardinage, etc. - 5. A quels sports pouvez-vous vous livrer ici ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
De tous les exercices sportifs, quel est celui que vous aimez
le mieux ? CO Dites pourquoi.
LECT. PRIM. 16
242
MOIS D'AVRIL
PROGRAMME. - Français : Le verbe. Les mots invariables. — Morale :
Devoirs envers soi-même, envers la patrie, envers la société. -
Histoire La France héroïque au temps de la Révolution . Inven
tions et découvertes au XIXe siècle . - Grands hommes du XIXe siècle.
Connaissances usuelles et géographie : A travers la France et ses
colonies. La nature au printemps et en été. Grands travaux du siècle.
AVRIL FRANÇAIS
25e Semaine. L'Épopée révolutionnaire.
121. - Les soldats de la Révolution .
Tous les écrivains ont célébré cet admirable mouvement des Français se
levant contre l'Europe menaçante. Voici quelques vers extraits d'une belle
poésie de V. Hugo sur le même sujet.
O soldats de l'an deux ! ò guerres ! épopées !
Contre les rois tirant ensemble leurs épées ,
Ils chantaient, ils allaient l'âme sans épouvante,
Et les pieds sans souliers !
Au levant , au couchant, partout, au sud , au pôle,
Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule ,
Passant torrents et monts ,
Sans repos , sans sommeil, coudes percés, sans vivres ,
Ils allaient, fiers , joyeux et soufflant dans des cuivres ,
Ainsi que des démons !
La liberté sublime emplissait leurs pensées.
Flottes prises d'assaut, frontières effacées ,
Sous leur pas souverain,
O France , tous les jours c'était quelque prodige,
Chocs , rencontres , combats ; et Joubert sur l'Adige,
Et Marceau sur le Rhin !
La Révolution leur criait : ――――――― Volontaires ,
Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères !
Contents, ils disaient : ―――― Oui. -
Allez, mes vieux soldats , mes généraux imberbes !
Et l'on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes,
Sur le monde ébloui . V. HUGO. Les Châtiments .
LES VOLONTAIRES DE 92. 243
Les Volontaires de 92 .
Contemplez, je vous prie , si votre regard peut l'embrasser,
l'immense, l'inconcevable grandeur du mouvement .
Six cent mille volontaires veulent marcher à la frontière :
il ne leur manque que des fusils , des souliers, du pain *.
Leurs maîtres , qui les instruisirent et disciplinèrent leur
enthousiasme, c'étaient les sous-officiers ou soldats de l'an
cienne armée , que la Révolution venait de jeter en avant .
C'était le jeune, l'héroïque , le sublime Hoche , qui devait
vivre si peu , celui que personne ne put voir sans l'adorer .
C'était la pureté même, cette noble figure virginale et
guerrière, Marceau pleuré par l'ennemi.
C'était l'ouragan des batailles, le colérique Kléber , qui,
sous cet aspect terrible, eut le cœur humain et bon.
C'était l'homme du sacrifice , qui , pour lui , voulut tou
jours le devoir, et la gloire jamais, qui la donna aux autres ,
et même aux dépens de sa vie ; un juste, un héros, un saint ,
l'irréprochable Desaix .
Ces innombrables volontaires restent tous marqués d'un
signe qui les met à part dans l'histoire . Ce signe, cette for
mule, ce mot qui fit trembler toute la terre , n'est autre que
leur simple nom : Volontaires de 92 .
MICHELET. Histoire de la Révolution. [Calmann-Lévy, édit. ]
Mots expliqués.
Fusils , souliers , pain : C'est-à-dire tout ce qui était nécessaire ;
leur abnégation et leur courage n'en sont que plus admirables.
Questions et Analyse des idées.
1. En quelle année placez-vous ce beau mouvement? - 2. Qui étaient
les volontaires? -- 3. Qui étaient leurs chefs? 4. Pourquoi cet
enthousiasme? ― 5. En quoi ce mouvement est-il plus beau que les
guerres précédentes de la monarchie? - 6. Citez, d'après vos souve
nirs, des guerres offensives, des guerres défensives et appréciez-en les
résultats.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Les engagements volontaires de 1792. - La France menacée ;
enrôlements ; marche à la frontière ; équipement ; chefs ; résultats.
244 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL. MORALE
25e Semaine. Devoir et sacrifice .
122 . Dévouement pour ses semblables .
Dans la nuit du 17 mars 1870 , le capitaine Harvey * faisait
son trajet habituel de Southampton à Guernesey.
Tout à coup , dans la brume, une noirceur * surgit, cou
rant dans l'écume et trouant les ténèbres . C'était la Mary,
grand steamer, lancé à toute vapeur , qui prit le Normandy
par le travers et l'éventra.
La secousse fut effroyable. En un instant, tous furent sur
le pont, hommes, femmes, enfants , demi-nus , courant ,
criant, pleurant . L'eau entrait , furieuse .
Le capitaine Harvey, droit sur la passerelle de commande
ment, cria : « Silence tous, et attention ! Les canots à la mer.
Les femmes d'abord , les passagers ensuite * , l'équipage après .
Il Y a soixante personnes à sauver . » On était soixante et un ,
mais il s'oubliait . On détacha les embarcations . Tous s'y pré
cipitaient. Cette hâte pouvait faire chavirer les canots .
Ockleford, le lieutenant, et les trois contremaîtres con
tinrent cette foule éperdue d'horreur. Dormir, et tout à
coup , et tout de suite , mourir , c'est affreux .
Cependant, au-dessus des cris et des bruits, on entendait
la voix grave du capitaine, et ce bref dialogue s'échangeait
dans les ténèbres : « Mécanicien Locks ? ――――――――――― Capitaine?
Comment est le fourneau? ――― Noyé. Le feu? Éteint.
La machine ? ――――― Morte . >>
Le capitaine cria : « Lieutenant Ockleford ? » Le lieute
nant répondit : « Présent » . Le capitaine reprit : « Combien
avons-nous de minutes ? Vingt. - Cela suffit, dit le capi
taine . Que chacun s'embarque à son tour. » >
<< Lieutenant Ockleford , avez-vous vos pistolets ? -
Oui,
capitaine . Brûlez la cervelle à tout homme qui voudrait
passer avant une femme. >»
Tous se turent. Personne ne résista , cette foule sentant
DÉVOUEMENT POUR SES SEMBLABLES . 245
au-dessus d'elle cette grande âme . La Mary, de son côté,
avait mis ses embarcations à la mer , et venait au secours
de ce naufrage qu'elle avait fait . Le sauvetage s'opéra avec
ordre et presque sans lutte.
Harvey, impassible à son poste de capitaine, commandait,
dominait, dirigeait , s'occupait de tout et de tous , et sem
blait donner des ordres à la catastrophe . On eût dit que le
naufrage lui obéissait . A un certain moment il cria : <« Sauvez
Clément ! » Clément, c'était le mousse, un enfant. Le navire
décroissait lentement dans l'eau profonde. On hâtait le plus
possible le va-et-vient des embarcations entre le Normandy
et la Mary . « Faites vite ! » criait le capitaine . A la vingtième
minute, le steamer sombra. L'avant plongea d'abord , puis
l'arrière .
Le capitaine Harvey, debout sur la passerelle , ne fit pas
un geste, ne dit pas un mot , et entra immobile dans l'abîme .
On vit, à travers la brume sinistre, cette statue noire s'en
foncer dans la mer.
Ainsi finit le capitaine Harvey. Pas un marin de la Manche
ne l'égalait . Après s'être imposé toute sa vie le devoir d'être
un homme, il usa en mourant du droit d'être un héros.
VICTOR HUGO, Pendant l'exil.
Mots expliqués .
Harvey : Il commandait le vaisseau le Normandy.
Noirceur Une chose noire ; on la distinguait mal à cause du
brouillard ; c'était un autre bateau.
Les femmes, les passagers : On sauve d'abord les femmes , puis
les passagers, c'est-à-dire les personnes les moins capables de se
sauver par elles-mêmes.
Questions et Analyse des idées.
1. Où et quand eut lieu cette catastrophe? ·- 2. Comment se produi
sit-elle? - 3. Quelles qualités montra le commandant? - 4. Comment
s'effectua le sauvetage ? 5. Quelles qualités trouvez-vous à ce récit?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez la catastrophe du « Normandy » et dites ce que
vous pensez du capitaine Harvey.
246 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL HISTOIRE
25e Semaine. L'épopée révolutionnaire.
123. — Notre chant national . La Marseillaise .
Notre chant national, la Marseillaise, date de l'époque révolutionnaire ; ses
accents fiers et passionnés firent beaucoup pour entraîner les soldats à la vic
toire. Composée par Rouget de l'Isle, elle devint populaire grâce à une troupe .
de Marseillais qui la chantèrent dans leur marche : de là son nom.
La véritable réponse au manifeste de Brunswick fut la
Marseillaise de Rouget de l'Isle .
Un chant sortit de toutes les bouches ; on eût pu croire
que la nation entière
l'avait composé ; car
au même moment il
éclata en Alsace , en
Provence et dans les
plus misérables chau
nières.
C'était d'abord un
élan de confiance ma
gnanime , un mouve
La Marseillaise. ment serein, la tran
quille assurance du
héros qui prend ses armes et s'avance ; l'horizon lumineux
de gloire s'ouvre devant lui :
Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé .
Soudainement le cœur se gonfle de colère à la pensée de la
---
tyrannie. Un premier cri d'alarme, répété deux fois, signale
de loin l'ennemi :
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé ;
Entendez-vous dans nos campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
---
Tout se tait ; on écoute et au loin on croit entendre, on
NOTRE CHANT NATIONAL. LA MARSEILLAISE. 247
entend sur un ton brisé les pas des envahisseurs dans
l'ombre ; ils viennent par des chemins cachés , sourds ; le
cliquetis des armes les annonce en pleine nuit ; et, par-dessus
ce bruit souterrain , vous discernez * la plainte , le gémisse
ment des villes prisonnières . L'incendie rougit les ténèbres :
Ils viennent jusque dans nos bras
Égorger nos fils , nos compagnes .
Un grand silence succède , pendant lequel résonnent les
pas confus d'un peuple qui se lève ; puis ce cri imprévu ,
gigantesque, qui perce les nues : « Aux armes ! >> Ce cri
de la France, prolongé d'échos en échos , immense , surhu
main, remplit la terre !...
Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons !
Et, encore une fois, le vaste silence de la terre et du ciel !
et comme un commandement militaire à un peuple de
soldats ! Alors, la marche cadencée, la danse guerrière d'une
nation dont tous les pas sont comptés . A la fin , comme un
coup de tonnerre, tout se précipite :
Marchons ; qu'un sang impur abreuve nos sillons¹.
La victoire a éclaté en même temps que la bataille .
EDGAR QUINET . (Écrivain contemporain, 1803-1875. )
Extraits. [Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués.
Magnanime : Grand , généreux.
Discerner Entendre, distinguer la plainte.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce que la Marseillaise et par qui fut-elle composée ? --
2. A quel moment commença-t-on à la chanter ? - — 3. Que produisit ce
chant parmi la foule et parmi les soldats ? 4. Expliquez et analysez
les unes après les autres les différentes parties de la Marseillaise.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Parlez des chants célèbres de la Révolution. - A quel mo
ment et par qui furent-ils composés ? Quels effets eurent-ils sur la déli
vrance de notre pays?
1. La Marseillaise (1" couplet).
248 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL CONNAISSANCES USUELLES
95e Semaine. La nature au printemps.
124. — Les êtres vivants ou organisés .
Voici le printemps. La nature renaît de partout ; les plantes sortent de terre ;
les arbres qui paraissaient morts reprennent des feuilles. Vous êtes-vous jamais
demandé quelle différence il y a entre les êtres qui vivent et ceux qui ne vivent
pas ou qui ne vivent plus ?
Coupons une partie quelconque d'un être vivant, assez
mince pour pouvoir être vue par transparence, et plaçons-la
dans ce microscope * . L'image de la préparation même, pro
jetée sur cet écran , nous montre
quelle est la structure complète d'un
être vivant ; nous distinguons sur
cette coupe plusieurs tissus d'aspect
différent .
Nous voyons que les êtres vivants
sont organisés d'une manière parti
culière ; leur structure n'est pas celle
des corps bruts . Tous ces tissus sont
en apparence formés, sur la coupe ,
de mailles régulières qui enferment
de petites cases auxquelles on a
donné le nom de cellules . Mais ce ne
Microscope.
sont pas ces cloisons qui sont impor
tantes à considérer ; c'est une substance spéciale, moitié
fluide, qui se trouve entre ces cloisons et qu'on nomme le
protoplasma.
Chez l'être vivant, les cellules ne sont pas des cavités ,
comme on pourrait le croire au premier aspect , ce sont des
masses de protoplasma séparées les unes des autres par des
membranes plus ou moins fines. Examinons une cellule on
y distingue cette substance pâteuse ou protoplasma formant
des filaments qui vont de la région centrale à la périphérie *.
Laissons de côté la composition et les propriétés chimiques
du protoplasma ; ce qu'il faut mettre en évidence au point
LES ÊTRES VIVANTS OU ORGANISÉS . 249
.
de vue qui nous occupe , ce sont d'autres caractères.
Si l'on suit attentivement un granule * quelconque qui se
trouve dans l'un de ces filaments protoplasmiques d'une
cellule vivante, on voit qu'il se meut régulièrement ; le
granule va, par exemple , vers le protoplasma périphérique,
revient vers le centre par un autre filament et ainsi de
suite ; avec un peu d'attention , l'on ne tarde pas à se con
vaincre que toutes les parties du protoplasma sont conti
nuellement en mouvement .
Et ces mouvements n'ont rien de comparable à ceux que
l'on peut observer dans un liquide quelconque vu au micro
scope ; ce sont bien des mouvements propres qui peuvent
être excités ou arrêtés par l'électricité , endormis par le
chloroforme, ralentis ou accélérés par la chaleur ou la
lumière ; ces actions , ou même le contact d'un objet,
peuvent aussi contracter la substance protoplasmique .
Nous pouvons donc dire que le protoplasma , cette matière
fondamentale des êtres vivants, se meut et est sensible .
G. BONNIER, Revue scientifique, 1887.
Mots expliqués.
Microscope : Instrument qui fait paraître les objets plus gros qu'ils
ne sont réellement.
Périphérie : Surface extérieure d'un objet. (Péri : autour. )
Granule Qui ressemble à un petit grain.
Questions et Analyse des idées.
1. Citez de petits êtres vivants . -- 2. Que voit-on dans un être vivant
coupé et placé sur un microscope? - 3. Qu'appelle-t-on cellules dans
la structure des êtres vivants? 4. Quelle est la substance que l'on
trouve entre ces cellules ? - 5. Par quoi les cellules sont-elles séparées
de cette substance ? - 6. Que fait un granule situé dans le proto
plasma? — 7. Que vous prouve ce phénomène ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Coupez en deux un fruit (poire , pomme , etc.) , une graine
(haricot) et dites ce que vous voyez à l'œil nu.
2. Que nous ferait reconnaître en outre le microscope dans
ce corps organisé?
250 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL CONNAISSANCES USUELLE
25e Semaine. La nature au printemps .
125. Le travail à la ruche.
Nous sommes au printemps ; c'est le moment d'observer les insectes ; malgré
leur petitesse, ils sont en général très intéressants, et ils peuvent nous fournir
plus d'un enseignement. Commençons par l'abeille, le plus utile de tous.
Allons près d'une ruche . On en construit en verre qui peu
vent se découvrir facilement ; après avoir eu le soin de nous
munir d'un chapeau à voile et de gants pour ne pas être
piqués , ouvrons-la pour regarder à l'intérieur . Nous y trou
vons des rayons de cire , dans lesquels les abeilles ont con
struit une quantité de petites cel
lules* régulières .
Détachons un fragment de l'un de
ces rayons de cire ; enlevons délica
tement avec une plume d'oiseau les
abeilles qui la recouvrent, et regar
dons-le avec attention.
Vous distinguez divers alvéoles* ;
ils ont la même forme, mais ne ren
ferment pas les mêmes choses . Dans
Une ruche.
Cette ruche, coupée à la ceux qui sont à la base, fermés par
partie inférieure, montre la des couvercles bombés, nous trouve
forme et la disposition des
gâteaux de cire et de miel. rons des larves d'abeilles en voie de
développement ; ces cellules , plus
sombres, sont remplies d'une matière jaune ou rougeâtre ,
que nous pouvons reconnaître : c'est du pollen * de fleurs .
Dans ces autres cellules claires, plus nombreuses , nous ne
trouverons ni pollen ni larves * , mais une matière transparente
et très sucrée : c'est le miel ; nous verrons qu'il est fait avec
le nectar, le liquide sucré des fleurs .
A quoi servent ces provisions de miel et de pollen ? Si
nous observions les abeilles au moyen d'une ruche qui ait
une paroi de verre, nous pourrions remarquer qu'elles font
LE TRAVAIL A LA RUCHE . 251
avec ces deux substances une bouillie dont elles nourrissent
leurs petits, c'est-à-dire les très jeunes larves . Le miel , en
outre , est mis en provision pour leur nourriture.
Comment les abeilles rapportent-elles le pollen?
Plaçons-nous sans bouger à l'entrée d'une ruche, par un
jour de beau temps, et examinons les abeilles qui rentrent .
Vous voyez celles-ci qui rapportent sur leurs pattes de
derrière deux masses de pollen ; cette autre, qui est là au
milieu, a recueilli du pollen sur ses pattes ; mais , en outre ,
vous remarquez ces sortes de plumets qu'elle porte sur la tête ;
en se plongeant dans des fleurs d'orchidées * , elle en a enlevé
les masses polléniques * avec le dessus de sa tête.
Et le nectar, ce liquide sucré qui sert à faire le miel , de
quelle manière le transportent-elles ? Si nous prenons l'une
de ces abeilles par les ailes, de manière à n'être pas piqué, en
pressant un peu sa poitrine , nous verrons apparaître sur sa
bouche une goutte de liquide sucré . C'est le nectar qui est
recueilli dans une poche située en arrière de la bouche, pour
être disposé dans les cellules où il se transforme en miel .
RENDU. Mœurs pittoresques des Insectes. [Hachette et Ciº, édit. ]
Mots expliqués.
Cellule, alvéole : Petite cavité, en cire, où l'abeille dépose son miel.
Pollen Poussière jaune que l'on trouve sur les fleurs .
Larve : Premier état des insectes dans lequel ils se trouvent sous la
forme de ver.
Orchidées : Famille de plantes qui ont de fort belles fleurs.
Masses polléniques : Le pollen.
Questions et Analyse des idées.
1. Comment doit-on s'habiller pour visiter une ruche ? 2. Pourquoi ?
- 3. Que trouve-t-on dans une ruche ? - — 4. Avec quoi sont faites les
cellules ? - 5. Qu'y a-t-il dans les cellules ? -6 . Avec quoi les abeilles
font-elles le miel ? ― 7. A quoi leur sert le miel renfermé dans les
cellules ? 8. Comment les abeilles rapportent-elles le pollen, le nectar?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Décrivez une ruche d'abeilles et indiquez le travail auquel
se livrent les abeilles. - Où est placée la ruche ? En quoi est-elle
faite ? Forme, dimensions ; description de l'intérieur. - Travail des
abeilles, etc.
252 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL FRANÇAIS
26 Semaine. La patrie.
126 . - Hymne .
Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère ,
La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau.
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts!
A ceux qu'enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et quimourront comme ils sont morts .
C'est pour ces morts, dont l'ombre est
lici bienvenue ,
Que le haut Panthéon * élève dans la nue,
Au-dessus de Paris ,la ville aux mille tours ,
⭑
Le Panthéon. Lareine de nos Tyrs et de nos Babylones * ,
Cette couronne de colonnes
Que le soleil levant redore tous les jours!
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
A ceux qu'enflamme leur exemple ,
Qui veulent place dans le temple !
Et qui mourront comme ils sont morts !
Ainsi , quand de tels morts sont couchés dans la tombe,
En vain l'oubli , nuit sombre où va tout ce qui tombe,
Passe sur leur sépulcre où nous nous inclinons ;
Chaque jour pour eux seuls se levant plus fidèle ,
HYMNE. 253
La gloire, aube toujours nouvelle ,
Fait luire leur mémoire et redore leur nom !
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
A ceux qu'enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts .
V. HUGO . Chants du Crépuscule .
Rapprocher cet Hymne de la poésie d'Emmanuel des Essarts, p. 234.
Rapprocher aussi des vers d'Alex. Dumas dans le chœur des Girondins.
Mourir pour la patrie
C'est le sort le plus beau , le plus digne d'envie !
Et des strophes entraînantes du Chant du Départ composé par M.-J. Chénier
en 1794 :
La République nous appelle,
Sachons vaincre, sachons périr !
Un Français doit vivre pour elle.
Pour elle un Français doit mourir .
Mots expliqués .
Panthéon Monument de Paris destiné à la sépulture des grands
hommes.
Tyr Ancienne ville phénicienne .
Babylone : Ancienne ville d'Asie détruite au vie siècle avant J.-C.
Questions et Analyse des idées .
1. Que doit-on à ceux qui sont morts pour la patrie? ― 2. Pour
quoi n'oublie-t-on pas leur nom ? ― 3. Quel est le monument con
sacré à la sépulture des grands hommes ? - 4. Pourquoi la France
doit-elle se montrer reconnaissante? - 5. N'y a-t-il au Panthéon que
les cendres de soldats morts pour la patrie ? - 6. Citez quelques noms
de grands hommes qui y reposent . 7. Résumez chaque strophe de
cette poésie. — 8. Connaissez-vous un monument élevé aux morts de
1870 ? Décrivez-le.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
· 1. Dites ce que nous devons à ceux qui se dévouent pour la
patrie.
2. Dites ce que vous rappelle le Panthéon.
254 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL MORALE
26e Semaine. Vertus sociales.
127. ― Faire du bien autour de soi.
Le général Drouot aimait sincèrement les hommes . Né et
nourri dans la pauvreté , elle ne lui avait pas été une occa
sion de jeter des yeux d'envie sur les hauts rangs du monde .
Content de son sort , il n'estimait pas qu'il y en eût de plus
heureux, et il a dit quelquefois, dans les ouvertures qu'il
faisait de son âme, qu'il n'avait jamais rien envié .
Mais , si la pauvreté ne lui avait point appris la haine des
riches et des grands , elle lui avait profondément inculqué *
l'amour des petits . Il descendait vers eux comme vers sa
source, et , dès que la fortune commença à lui sourire , il prit
la résolution de partager avec les pauvres les bénéfices de sa
vie . C'est là le véritable signe de l'amour ; quiconque ne
partage pas, n'aime pas .
Le général Drouot fit son calcul . Il jugea qu'avec une
petite maison, un petit jardin , et deux fois douze cents francs.
de rente, il serait, quoi qu'il advînt , au-dessus de tous ses
besoins et de tous ses désirs . Il régla d'après ce point de vue.
sa dépense et ses économies, et consacra le surplus à des
actes ou à des fondations de charité . Toutes les dotations * et
gratifications qu'il reçut sous l'Empire passèrent à de bonnes
œuvres , et il leur affecta constamment son traitement de la
Légion d'honneur.
Rentré dans la vie privée , son revenu annuel , composé de
ses économies, de sa pension de retraite, de son indemnité
comme donataire * de l'Empire et de son traitement de la
Légion d'honneur , finit par s'élever à environ douze mille
francs . Il ne s'en réservait pour lui, infirme et aveugle, que
deux mille quatre cents : c'était la somme qui lui avait paru
dès sa jeunesse pouvoir suffire à toutes les nécessités de son
existence et de sa position . Napoléon lui avait laissé deux
FAIRE DU BIEN AUTOUR DE SOI. 255
cent mille francs par son testament ; il n'en reçut que
soixante mille, par suite de la réduction des legs , et il les
employa au soulagement d'anciens militaires dénués de se
cours .
« Je suis heureux , écrivait-il , mille fois heureux d'avoir
pu reconnaître les bienfaits de l'empereur en les répandant
sur les soldats qui ont supporté les fatigues de nos grandes
guerres sans en recevoir la récompense, et surtout sur les
braves vétérans de la garde qui ont suivi mon bienfaiteur à
l'ile d'Elbe, et qui lui ont donné tant de preuves de leur
amour et de leur dévouement.
LACORDAIRE. Éloge du général Drouot . [ Poussielgue, édit. ]
Rapprocher des lignes suivantes d'un célèbre philosophe.
Celui qui pratique fréquemment la bienfaisance finit par
aimer réellement l'être auquel il a fait du bien . Ainsi donc ,
lorsqu'il a été dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi
même » , cela ne signifie pas que tu l'aimeras d'abord et que
tu lui feras du bien en conséquence de ton affection , mais que
tu feras du bien à ton prochain et que cette humeur obli
geante engendrera en toi l'amour du genre humain, qui est la
plénitude et la perfection du penchant au bien .
KANT. (Philosophe allemand, 1724-1804.)
Mots expliqués .
Inculquer Faire pénétrer quelque chose dans l'esprit de quelqu'un.
Dotation Revenu attribué à quelqu'un.
Donataire Pensionné par l'État.
Questions et Analyse des idées.
1. Dans quelle situation avait vécu Drouot ? -2. Avait-il de la jalou
sie pour ceux qui étaient riches ? - 3. Qui aimait-il surtout? -
4. Comment se conduisit-il à l'égard des pauvres? - 5. Que leur
donna-t-il ? — 6. Que garda-t-il pour lui? 7. Quels furent ceux qu'il
secourut particulièrement ?. 8. Que pensez-vous de sa conduite ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites un petit récit dans lequel vous raconterez com
ment Drouot se montrait charitable.
2. Racontez de quelles façons un enfant peut faire du bien
à ses camarades.
256 LECTURES PRIMAIRES.
1 AVRIL HISTOIRE
26 Semaine. La défense du sol national.
128. — Le siège de Lille (1792).
Pendant que les volontaires se levaient de toutes parts pour repousser l'in
vasion ennemie, les villes attaquées offraient une héroïque résistance, qui donra
aux armées le temps de se former et d'accourir.
Lorsque Albert de Saxe s'était présenté devant la ville , la
garnison se trouvait considérablement diminuée . Elle ne
comptait que deux
compagnies d'artille
rie régulière .
Le 29 septembre au
TIX matin , toutes les dis
positions étant prises
pour bombarder la
place, un parlemen
taire autrichien vint
sommer Lille de se
rendre. La municipa
lité lui fit cette noble
réponse:«Nous venons
de renouveler notre
serment d'être fidèles
à la nation , de mainte
nir la liberté et l'éga
Le siège de Lille.
lité , ou de mourir à
notre poste. Nous ne sommes pas des parjures * . »)
Le parlementaire fut reconduit par le peuple aux accla
mations répétées de Vive la nation ! Vive la liberté!
T mais
aussi avec tous les égards commandés par le droit des gens .
A peine a-t-il atteint les avant-postes, que les batteries
autrichiennes jouent avec fracas. Le feu se manifeste dans
les divers quartiers, et pendant sept jours et sept nuits le
bombardement continue avec la même activité . Plus de deux
cents maisons brûlent , plus de mille sont criblées de pro
LE SIÈGE DE LILLE (1792). 257
jectiles toute cette barbarie, loin d'amener la soumission
sur laquelle compte le duc de Saxe , ne sert qu'à exciter le
courage des habitants .
Les canonniers bourgeois , commandés par Nicquet et Ovi
gneur, répondent avec vivacité au feu des assiégeants . On
vient annoncer à Ovigneur que sa maison est devenue la
proie des flammes. « Eh bien , citoyen , dit-il simplement,
rendons feu pour feu » , et il se remet à pointer son canon .
Un jour, un boulet tombe dans le lieu des séances du
Conseil de guerre . On le déclare en permanence * , on place le .
boulet sur le bureau , et on continue à délibérer . Une grosse
bombe éclate dans la rue du Vieux-Marché-aux- Moutons :
le perruquier Maës la ramasse, et, se servant d'un éclat
comme d'un plat à barbe , il rase quatorze citoyens au milieu
de la rue.
Le 30 septembre , le général Lamorlière entra dans la
place avec quelques bataillons de volontaires. Ce renfort,
joint à l'arrivée de six députés de la Convention , soutint
l'énergie des Lillois , et , le 8 octobre au matin , le duc Albert
se décida à lever le siège . MAXIME PETIT . (Écrivain contemporain .)
Le Patriotisme. [Hachette et Cie, édit.]
Mots expliqués .
Parlementaire : Officier chargé de porter des propositions au chef
ennemi (parler, parlementer).
Parjure Personne qui trahit un serment.
En permanence D'une façon continue ; on déclare que le conseil
restera en séance.
Questions et Analyse des idées.
1. A quelle époque eut lieu le siège de Lille ? - 2. Que répondit la
municipalité au parlementaire autrichien? - 3. Que firent les Autri
chiens ensuite? - 4. Quelle réponse fit le canonnier Ovigneur?
5. Dites ce que fit le perruquier Maës. --- 6. Quel sentiment animait
les habitants de Lille?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez comment les habitants de Lille défendirent leur
ville et dites ce que vous pensez de leur conduite.
2. Parlez de quelques villes qui se sont distinguées par leur
résistance aux ennemis.
LECT. PRIM. 17
258 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL CONNAISSANCES USUELLES
26e Semaine. La nature au printemps.
129. - L'hirondelle .
Deux espèces d'hirondelles nous sont surtout familières :
l'hirondelle de cheminée et l'hirondelle de fenêtre. Toutes
deux ont la tête aplatie, le bec bien fendu, l'œil vif et
noir, l'aile alerte et la queue fourchue * ; mais la première se
distingue par la nuance aurore * de la gorge, du front et du
dessous du corps,
tandis que la seconde
a le croupion , le
ventre et la gorge
d'un beau blanc .
Chez l'une et l'autre
espèce , le dessus de
la tête, le dos , les
⭑
pennes de la queue
sont d'un noir lustré
à reflets bleus.
La première ,
comme son nom l'in
Hirondelles. dique, niche dans les
cheminées et jusque
dans l'intérieur des maisons . C'est une rurale * , et tous ceux
qui ont vécu à la campagne la connaissent bien ; ils ont
été souvent réveillés à l'aube par son léger gazouillement
qui descend jusque dans la chambre à coucher par l'ouver
*
ture de l'âtre sonore . Les paysans l'aiment et lui font accueil.
C'est que la venue des hirondelles annonce la clôture de
l'hiver . Quand elles apparaissent, les chatons * des saules
jaunissent le long des ruisseaux , les pêchers roses ouvrent
leurs fleurs aux pentes des vignobles ; les jours de neige et
de pluie semblent déjà reculés très loin, et le paysan, las du
L'HIRONDELLE . 259
coin du feu, se sent tout gaillard , quand il voit les premières
voyageuses déboucher du fond de la vallée et saluer de cris
joyeux l'ancien nid retrouvé .
Elles arrivent d'abord timidement ; le gros de la troupe
en envoie comme avant-garde une vingtaine pour préparer
les logements . « Une hirondelle ne fait pas le printemps »
>,
dit le proverbe, et la saison n'est pas encore tout à fait
sûre.
Parfois, tandis qu'elles vont et viennent, un peu inquiètes,
des flocons de neige s'éparpillent sur leurs robes noires.
Mais ces derniers retours d'hiver ne tiennent pas ; le soleil
devient plus chaud, les jours s'allongent, les arbres ont
toutes leurs feuilles, et, des quatre coins de l'horizon , le
reste de la bande accourt au gîte .
Le ciel, qui tout à l'heure semblait désert, devient tout vibrant
d'ailes agitées , tout résonnant de cris aigus . On * revisite les
nids de l'an passé , on répare ceux que les gros temps ont
endommagés , on en båtit de nouveaux. MICHELET .
L'Oiseau. [Hachette et Cie, édiť.
Mots expliqués.
Fourchue : La queue fourchue , qui forme deux pointes (fourche).
Nuance aurore : De la couleur de l'aurore, sorte de jaune.
Pennes : Longues plumes des ailes et de la queue.
Rurale Hirondelle de campagne.
Atre Partie de la cheminée où l'on fait le feu.
Chaton : Petit chat . Par comparaison on appelle ainsi certaines fleurs
longues et comme recouvertes de duvet ou de poil soyeux (saule, noyer,
chêne).
On Quel nom remplace ce pronom ?
Questions et Analyse des idées .
1. Combien y a-t-il d'espèces d'hirondelles ? - 2. Quelles sont les
particularités de chacune d'elles ? 3. A quelle époque arrivent en
France les hirondelles ? ―――- 4. Comment arrivent-elles ? 5. Quand
avez-vous vu les premières hirondelles cette année ? - 6. Pourquoi le
retour des hirondelles nous cause-t-il de la joie?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites ce que vous savez des hirondelles.
260 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL CONNAISSANCES USUELLES
26e Semaine. La nature au printemps.
130. - La première leçon de vol
de l'oiseau .
Voulez-vous voir deux choses étonnamment analogues ? -
Regardez d'une part la femme au premier pas de l'enfant et
d'autre part l'oiseau au premier vol du petit.
C'est la même inquiétude, les mêmes encouragements , les
exemples et les avis , la sécurité affectée * , au fond la peur, le
Le petit oiseau s'envole.
tremblement .... « Rassure-toi ..., rien n'est plus facile * » . En
réalité , les deux mères frémissent intérieurement .
Les leçons sont curieuses . La mère se lève sur ses ailes ;
il regarde attentivement et se soulève un peu aussi . Puis,
vous le voyez voleter ' ; il regarde, agite ses ailes.... Tout
cela va bien encore , cela se fait dans le nid.... La diffi
culté commence pour se hasarder d'en sortir . Elle l'appelle ,
elle lui montre quelque petit gibier * tentant, elle lui pro
met récompense, elle essaye de l'attirer par l'appât d'un
moucheron .
Le petit hésite encore . Et mettez-vous à sa place . Il ne
s'agit pas ici de faire un pas dans une chambre , entre la
LA PREMIÈRE LEÇON DE VOL DE L'OISEAU. 261
mère et la nourrice, pour tomber sur des coussins .
Cette hirondelle d'église , qui professe au haut de sa tour sa
première leçon de vol, a peine à enhardir son fils, à s'en
hardir peut-être elle-même à ce moment décisif. Tous
deux, j'en suis sûr, du regard plus d'une fois mesurent
l'abîme et regardent le pavé …… .. Pour moi , je vous le déclare ,
le spectacle est grand, émouvant . Il faut qu'il croie sa
mère * , il faut qu'elle se fie à l'aile du petit si novice encore....
Noble et sublime point de départ ! ... Mais il a cru , il est
lancé , et il ne retombera pas . Tremblant, il nage soutenu du
paternel souffle du ciel, des cris rassurants de sa mère ....
Tout est fini.... Désormais, il volera indifférent par les vents
et par les orages, fort de cette première épreuve où il a volé
dans la foi *. MICHELET .
L'Oiseau. [Hachette et Ciº, édit.]
Mots expliqués .
Sécurité affectée La mère veut faire croire qu'elle est rassurée,
mais elle ne l'est pas.
Rassure-toi..., rien n'est plus facile : Paroles que semble dire la
mère aux premiers pas de son enfant, l'oiseau au premier vol de son
petit.
Il Quel nom remplace ce pronom ?
Voleter Voler tout doucement, comme pour montrer au petit la
façon dont il doit s'y prendre pour voler.
Gibier Gibier pour un oiseau , moucheron .
Qu'il croie sa mère : Qu'il ajoute foi à ce que lui dit sa mère.
Il a volé dans la foi : Il a eu foi dans sa mère qui lui disait de
partir ; il s'est fié à elle, il a eu confiance en elle et en ses propres
forces.
Questions et Analyse des idées .
1. Comparez les inquiétudes de la mère aux premiers pas de son
enfant avec celles de l'oiseau au premier vol de son petit. -- 2. Com
ment s'y prend l'oiseau qui apprend à voler à son petit? - 3. Pour
quoi le petit hésite-t-il et la mère a-t-elle peur? - 4. Qu'est-ce qui
fait décider le petit oiseau à s'élancer dans le vide?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites comme si vous aviez assisté à une leçon de vol don
née par l'hirondelle à son petit et racontez ce que vous
avez vu,
262 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL FRANÇAIS
27 Semaine. La nature au printemps.
131 . — Le lever du soleil.
Avec le retour du printemps, vivent les belles promenades dans la nature en
fête ! elles nous réservent des émotions et des joies que les plus grands écri
vains ont essayé de noter.
On le voit s'annoncer de loin par les traits de feu qu'il
lance au-devant de lui . L'incendie * augmente , l'orient paraît
tout en flammes ;
à leur éclat, on at
tend l'astre long
temps avant qu'il
se montre ; à cha
que instant on
croit le voir paraî
tre; on le voit en
fin . Un point bril
lant part comme
un éclair et remplit
aussitôt tout l'es
pace ; le voile des
ténèbres s'efface et
tombe l'homme
reconnaît son sé
Le lever du soleil .
jour, et le trouve
embelli . La verdure a pris durant la nuit une vigueur nouvelle ,
le jour naissant qui l'éclaire, les premiers rayons qui la
dorent, la montrent couverte d'un brillant réseau de rosée,
qui réfléchit à l'œil la lumière et les couleurs . Les oiseaux
en chœur se réunissent et saluent de concert le père de la
vie en ce moment, pas un seul ne se tait . Leur gazouille
ment, faible encore , est plus lent et plus doux que dans le
reste de la journée ; il se sent de la langueur d'un paisible
réveil . Le concours de tous ces objets porte aux sens une
impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu'à l'âme .
LE LEVER DU SOLEIL. 263
Il y a là une demi-heure d'enchantement * , auquel nul
homme ne résiste un spectacle si grand, si beau , si déli
cieux, n'en laisse aucun de sang-froid. J.-J. ROUSSEAU.
Voici d'autre part un coucher de soleil sur la mer dû à la plume d'un autre
admirateur de la nature, Bernardin de Saint-Pierre.
Ici, c'étaient de sombres rochers, à pointes aiguës , à tra
vers lesquels se laissait voir le bleu pur du firmament ; là,
c'étaient de longues allées d'or qui s'étendaient sur de riches
fonds de ciel, ponceau , écarlates et verts comme l'émeraude .
La réverbération de ces couleurs se répandait sur la mer.
Les matelots, immobiles, nu-tête , appuyés sur les passavants.
du navire , admiraient en silence ces paysages aériens .
Le tableau changeait à chaque instant bientôt , ce qui
avait été lumineux devenait simplement coloré et ce qui
nous avait paru coloré se trouvait dans l'ombre . Les formes
en étaient aussi variables que les nuances mêmes ; c'étaient
tour à tour des presqu'iles, des îles, des promontoires , des
hameaux , des collines, qu'ombrageaient de magnifiques
peupliers , de grands ponts qui paraissaient jetés sur de
larges fleuves ; ou plutôt ce n'était rien de tout cela , c'étaient
des couleurs et des formes célestes que ne sauraient expri
mer ni le pinceau ni la langue . BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.
Mots expliqués.
Incendie L'auteur compare le lever du soleil à un vaste incendie
qui enflammerait l'horizon ( à cause des couleurs de l'horizon).
Enchantement : Une demi -heure où l'on est heureux, surpris, émer
veillé.
Questions et Analyse des idées.
1. A quoi reconnaît-on que le lever du soleil est proche ?
2. Comment la nature s'est-elle embellie pendant la nuit? - 3. Que
font les oiseaux au point du jour? ―――――― 4. Quelles impressions éprouve
l'homme ? - 5. Comparez les deux descriptions ci-dessus.
Devoirs (Élocution et Rédaction). .
1. Décrivez un lever de soleil en nommant vous-même les
endroits où vous l'avez vu, et en donnant vos impressions
personnelles .
2. Meme devoir pour le coucher du soleil.
264 LECTURES PRIMAIRES .
AVRIL MORALE
27 Semaine. Dignité humaine .
132. - L'esclavage au XVIIIe siècle .
L'esclavage , cette honte des temps anciens, s'est perpétué jusqu'à nos jours ;
les Européens employaient les nègres comme esclaves dans les colonies. Il
s'agit ici de l'ile de France ou ile Maurice, dans l'océan Indien, que nous
avons perdue après la guerre de Sept-Ans. Les Révolutions de 1789 et 1848 ont
aboli l'esclavage dans toutes nos possessions.
Le bon naturel de Paul et de Virginie se développait de
jour en jour . Un dimanche, au lever de l'aurore, leurs mères
étant allées à la première messe de l'église des Pample
mousses, une négresse se présenta sous les bananiers qui
entouraient leur habitation .
Elle était décharnée comme un squelette , et n'avait pour
vêtement qu'un lambeau de serpillière * autour des reins . Elle
se jeta aux pieds de Virginie , qui préparait le déjeuner de
la famille , et lui dit :
« Ma jeune demoiselle, ayez pitié d'une pauvre esclave
fugitive ; il y a un mois que j'erre dans ces montagnes,
demi-morte de faim , souvent poursuivie par les chasseurs et
par leurs chiens . Je fuis mon maître qui m'a traitée comme
vous le voyez. »
En même temps, elle lui montra son corps sillonné de
cicatrices profondes par les coups de fouet qu'elle en avait
reçus . Elle ajouta : « Je voulais aller me noyer ; mais , sachant
que vous demeuriez ici , j'ai dit : Puisqu'il y a encore de
bons blancs dans ce pays, il ne faut pas encore mourir . »
Virginie, tout émue , lui répondit : « Rassurez-vous, infor
tunée créature ! Mangez, mangez ! » Et elle lui donna le
déjeuner de la maison , qu'elle avait apprêté . L'esclave, en
peu de moments , le dévora tout entier .
Virginie, la voyant rassasiée, lui dit : « Pauvre misérable !
j'ai envie d'aller demander votre grâce à votre maître ; en vous
voyant, il sera touché de pitié . Voulez-vous me conduire
chez lui ? -- Je vous suivrai, repartit la négresse, partout
L'ESCLAVAGE AU XVIII. SIÈCLE. 265
où vous voudrez . » Virginie appela son frère et le pria de
l'accompagner .
L'esclave les conduisit, par des sentiers , au milieu des
bois , à travers de hautes montagnes qu'ils grimpèrent avec
bien de la peine, et de larges rivières qu'ils passèrent à gué.
Enfin, vers le milieu du jour, ils arrivèrent sur les bords de
la Rivière Noire . Ils aperçurent là une maison bien bâtie , des
plantations considérables, et un grand nombre d'esclaves
occupés à toutes sortes de travaux . Leur maître se promenait
au milieu d'eux , une pipe à la bouche et son rotin * à la main .
C'était un homme sec , olivâtre, aux yeux enfoncés et aux
sourcils noirs et joints .
Virginie, tout émue , tenant Paul par le bras , s'approcha
et le pria de pardonner à son esclave , qui était à quelques
pas de là derrière eux . D'abord , l'habitant ne fit pas grand
compte de ces deux enfants pauvrement vêtus ; mais quand
il eut remarqué la taille élégante de Virginie, sa belle tête
blonde sous une capote bleue, et qu'il eut entendu le doux
son de sa voix , qui tremblait ainsi que tout son corps en
demandant grâce , il ôta sa pipe de sa bouche ; et , levant son
rotin vers le ciel, il jura, par un affreux serment , qu'il par
donnait à son esclave . Virginie aussitôt fit signe à l'esclave
de s'avancer vers son maître , puis elle s'enfuit et Paul courut
après elle . B. DE SAINT-PIERRE ( 1737-1814) , Paul et Virginie.
Mots expliqués .
Serpillière Morceau de toile grossière.
Rotin Branche de palmier dont on fait des cannes.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'avait fait l'esclave ? 2. A qui s'adressa-t-elle ? — 3. Que firent
Paul et Virginie? ― 4. Que faisaient les esclaves que le Maître sur
veillait? 5. Que dit Virginie au Maître ? - 6. Que promit celui-ci ?
- 7. Que pensez-vous de l'esclavage ? - 8. Quand et comment a-t-il
été aboli?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
Racontez le récit que vous venez de lire et dites ce que
vous savez de l'esclavage.
266 LECTURES PRIMAIRES .
AVRIL HISTOIRE
27e Semaine. L'épopée révolutionnaire.
133. - Bataille de Valmy.
Les Prussiens étaient venus jusqu'en Champagne (1792) . Pour la première
fois une armée française leur était opposée, armée de volontaires qu'ils
méprisaient profondément. Ils allaient bientôt changer d'opinion.
Il était midi . Un brouillard épais qui , jusqu'à ce moment ,
avait enveloppé les deux armées , était dissipé ; elles s'aper
cevaient distinctement, et nos jeunes soldats voyaient les
Prussiens s'avan
cer sur trois
colonnes, avec
l'assurance de
troupes vieilles
et aguerries .
C'était pour la
première fois
qu'ils se trou
vaient au nombre
de cent mille
hommes sur le
'Bataille de Valmy. champ de ba
taille et qu'ils
allaient croiser la baïonnette . Ils ne connaissaient encore ni
eux * ni l'ennemi , et ils se regardaient avec inquiétude .
Kellermann entre dans les retranchements , dispose ses
troupes par colonnes d'un bataillon de front et leur ordonne,
lorsque les Prussiens seront à une certaine distance , de ne
pas les attendre, et de courir au-devant à la baïonnette .
Puis , il élève la voix et s'écrie : Vive la Nation !
On pouvait dans cet instant être brave ou lâche. Le cri de
Vive la Nation ! ne fait que des braves , et nos jeunes soldats ,
entraînés, marchent en répétant le cri de Vive la Nation !
A cette vue, Brunswick , qui ne tentait l'attaque qu'avec
BATAILLE DE VALMY. 267
répugnance et une grande crainte du résultat , hésite , arrête
ses colonnes *, et finit par ordonner la rentrée au camp .
Cette épreuve fut décisive . Dès ce moment, on crut à la
valeur de ces savetiers * , de ces tailleurs , qui composaient
l'armée française, d'après les émigrés . On avait vu des
hommes équipés , vêtus et braves ; on avait vu des officiers
décorés et pleins d'expérience : un général, Duval, dont la
belle taille , les cheveux blanchis inspiraient le respect ;
Kellermann , Dumouriez , enfin , opposant tant de constance et
d'habileté en présence d'un ennemi si supérieur.
Dans ce moment, la Révolution française fut jugée , et ce
*
chaos jusque-là ridicule n'apparut plus que comme un ter
rible élan d'énergie .
A quatre heures, Brunswick essaya une nouvelle attaque.
L'assurance de nos troupes le déconcerta encore , et il replia
une seconde fois ses colonnes .
THIERS. Histoire de la Révolution . [Combet et Cie, édit.]
Mots expliqués.
Croiser Placer deux bâtons , deux épées en croix . Croiser la baïon
nelte avec celle de l'ennemi , se battre à la baïonnette.
Ne connaissaient ni eux : N'ayant jamais été à la guerre, ils ne
savaient pas ce dont ils étaient capables.
Colonne : Pilier qui soutient un édifice . Lignes serrées de soldats
allant à l'assaut.
Savetier : Ouvrier qui raccommode les chaussures, les vieux souliers.
Chaos Grand désordre .
Questions et Analyse des idées.
1. Contre qui fut livrée cette bataille ? — 2. Pourquoi les volontaires
hésitaient-ils un peu? - 3. Que leur dit Kellermann et quel cri poussa
t-il? - 4. Que firent les Prussiens ? -- 5. Comment les émigrés appe
laient-ils les soldats de Dumouriez? ----- 6. A quoi se décida Brunswick?
-7. Quel fut le résultat de cette victoire ? -- 8. D'où vient l'intérêt de
ce récit?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites faire par un volontaire le récit de la bataille
de Valmy en employant la première personne.
2. Racontez sommairement l'histoire de la Révolution
française jusqu'à la Convention.
268 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL CONNAISSANCES USUELLES
27e Semaine. La nature au printemps .
134 . ――――― Utilité des oiseaux .
Ceux qui détruisent les nids et qui tuent les oiseaux font non seulement une
œuvre méchanté, mais encore une œuvre nuisible, funeste ; les oiseaux en effet
sont presque tous des hôtes charmants, et surtout des auxiliaires indispensables.
Le moineau même , qui attaque le grain, mais qui le pro
tège encore plus, le moineau , pillard et bandit , flétri de
tant d'injures et frappé de malédictions , on a vu en Hongrie
qu'on périssait sans lui , que lui , seul, pouvait soutenir la
guerre immense des hannetons et de mille ennemis ailés *
qui règnent sur les basses terres ; on a rappelé en hâte cette
vaillante garde, qui était le salut du pays.
Naguère, près de Rouen , dans la vallée de Monville , les
corneilles avaient été proscrites quelque temps. Les hanne
tons , dès lors , tellement profitèrent, leurs larves * , multi
pliées à l'infini , poussèrent si bien leurs travaux souterrains ,
qu'une prairie qu'on me montra avait séché à la surface ;
toute racine d'herbe était rongée, et la prairie entière , aisé
ment détachée , roulée sur elle-même, pouvait s'enlever
comme un tapis .
Les larves des insectes, cachées sous terre pendant l'hiver, pour éviter la
gelée, sortent avec les premiers beaux jours.
Tout cela va surgir au printemps . D'en haut, d'en bas , à
droite, à gauche, ces peuples rongeurs *, échelonnés par
légions qui se succèdent et se relaient chacun à son mois * ,
à son jour, marchera à la conquête des œuvres de l'homme.
Chacun ira à son arbre , à sa plante . Et tel sera leur nombre
épouvantable, qu'il n'y aura pas une feuille qui n'ait sa
légion .
Que feras-tu, pauvre homme * ? Comment te multiplieras
tu ? As-tu des ailes pour les suivre ? As-tu même des yeux
pour les voir? Tu peux en tuer ; leur sécurité est complète :
tue, écrase à millions ; ils vivent par milliards.
UTILITÉ DES OISEAUX. 269
Heureusement, à côté de l'insecte qui envahit tout, il y a
l'oiseau qui pénètre partout.
A l'universelle présence de l'insecte, répond celle de
l'oiseau. Le grand moment, c'est celui où l'insecte , se déve
loppant par la chaleur, trouve l'oiseau en face , l'oiseau mul
tiplié , l'oiseau qui doit nourrir à ce moment une nombreuse
famille de sa chasse et de proie vivante . Chaque année , le
monde serait en péril .... Mais voici la couvée bruyante, exi
geante et criante, qui appelle la proie par dix , quinze ou
vingt becs ; et l'exigence est telle, que la mésange, qui a
vingt enfants, peut à peine les faire taire avec trois cents.
chenilles par jour. MICHELET. L'Oiseau. [ Hachette et Cie , édit. ]
Mots expliqués .
Ennemis ailés : On désigne ici les insectes .
Larves (des hannetons) : Les vers blancs, un des plus terribles in
sectes pour détruire les racines des plantes .
Ces peuples rongeurs : Les milliers d'insectes.
A son mois Des myriades d'insectes d'espèces différentes naissent
ous les mois, tous les jours , et attaquent nos récoltes.
Pauvre homme L'auteur s'adresse ici au cultivateur imprudent
qui a détruit les oiseaux.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles sont les personnes qui détruisent les nids ou les oiseaux ? -
- - 2. Le moineau est-il utile ? - Et la corneille ? -3. A quel moment les in
sectes sont-ils le plus dangereux ? - 4. Pourquoi juste au même moment
les oiseaux leur font-ils une chasse plus active ? -5 . Citez un exemple.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Utilité des oiseaux. - Citez quelques exemples. Qu'adviendrait-il
sans eux? Pouvons-nous détruire assez d'insectes ? Tirez la conclusion.
Oiseaux faisant la chasse à des insectes.
270 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL CONNAISSANCES USUELLES
27 Semaine. La nature au printemps .
135. - Le Hanneton .
Avec le printemps viennent les feuilles, les fleurs et les fruits ; malheureu
sement aussi quelques hôtes désagréables font leur apparition, ennemis du cul
tivateur et du jardinier. De ce nombre est le Hanneton.
Le régime alimentaire du Hanneton se devine à la simple
inspection de sa bouche . Chez lui , point de crocs, il n'a que de
simples dents obtuses * , destinées à broyer des substances peu
résistantes ; aussi n'est-il qu'un vulgaire mangeur de feuilles .
Dès la fin d'avril jusqu'à la fin de mai , les hannetons
s'abattent par immenses troupes
sur tous les arbres : chênes , bou
leaux , peupliers, ormes surtout,
sont par eux envahis et dépouillés
si complètement de leurs feuil
Le Hanneton. les , qu'on croirait qu'un second
hiver vient de les frapper. Quand
les hannetons sont attablés , ils mangent gloutonnement,
bruyamment, comme des gens malappris . Pendant le jour,
ils se tiennent immobiles, presque engourdis, suspendus aux
branches et aux feuilles ; ils fuient la lumière , se retirent au
plus épais du feuillage, et attendent le coucher du soleil
pour prendre leurs ébats. Ils s'y livrent sans ordre et sans
grâce ; ils donnent contre le premier objet venu , tête bais
sée, s'en vont à droite , à gauche , en haut, en bas , se jetant,
comme des étourdis , à travers tout promeneur , au risque de
payer cher leur témérité ; souvent, au beau milieu de ces
chassés-croisés , ils s'abattent tout d'un coup , se relèvent ,
parfois avec prestesse ; parfois aussi , lorsque le choc a été
trop rude , ils tombent les quatre fers en l'air sur le sol , et
restent quelque temps dans cette ridicule position avant de
pouvoir reprendre leur allure.
Les larves, désignées sous le nom de vers blancs , passent
trois ans sous cet état rudimentaire . La première année , leur
LE HANNETON. 271
faiblesse les rend presque inoffensives , elles restent en
famille dans le trou qui leur a servi de berceau . A mesure
que la mauvaise saison s'avance , elles pénètrent plus pro
fondément en terre, et descendent, parfois, à plus de cin
quante centimètres ; les plus fortes gelées , comme les pluies
abondantes , ne les atteignent pas dans leur retraite , elles
s'y tiennent engourdies, immobiles, et sans prendre la
moindre nourriture, tant que l'hiver sévit . Ce jeûne forcé
cesse aussitôt que le temps doux est revenu ; leur appétit se
réveille alors avec une sorte de furie . Elles s'implantent sur
les racines, et en dévorent toute la substance .
Dans les prairies , leurs dégâts sont énormes ; les vers blancs
coupent souvent toute la partie souterraine , ne laissant plus à la
surface que des plaques de gazon sans adhérence avec le sol , et
que l'air et le soleil achèvent bientôt de détruire . Dans les
jardins, on trouve fréquemment des arbustes rongés au pied
par des centaines de vers blancs qui s'y sont donné rendez
vous ; l'arbuste jaunit et se flétrit de plus en plus ; finale
ment on le voit se dessécher et périr. Partout où les larves
s'attachent, c'est la mort ou peu s'en faut : le feu ne cause
rait pas plus de ruines . Ces ravages continuent ainsi pen
dant toute la belle saison et d'autant plus désastreux que
l'été est plus sec . RENDU.
Mots expliqués .
Le régime alimentaire : La manière dont se nourrit le hanneton
les choses qu'il mange.
Dents obtuses : Qui ne sont ni pointues ni tranchantes.
Questions et Analyse des idées.
1. A quoi devine-t-on ce que mange le hanneton? - 2. Décrivez le
hanneton en quelques mots. - 3. Quels dégâts commettent les hanne
'tons? 4. Quelles sont les différentes formes du hanneton ? - 5. Quels
dégâts commettent les vers blancs ? -6 . Analysez les trois paragraphes.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites ce que vous savez du hanneton.
2. Citez quelques insectes nuisibles et quelques insectes
utiles, et dites de quoi ils se nourrissent.
272 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL FRANÇAIS
28 Semaine. La nature au printemps .
136. -- Les Nids des oiseaux .
1 Aussitôt que les arbres ont développé leurs fleurs, mille
ouvriers commencent leurs travaux . Ceux-ci portent de
longues pailles dans le trou d'un vieux mur , ceux-là ma
çonnent des bâtiments aux fenêtres d'une église ; d'autres
dérobent un crin à
une cavale , ou le brin
de laine que la brebis
a laissé suspendu à la
ronce.
Il y a des bûche
rons qui croisent des
branches dans la cime
d'un arbre , il y a des
$ filandières qui recueil
lent la soie sur un
Nid d'oiseau. chardon .
Mille palais s'élè
vent, et chaque palais est un nid ; chaque nid voit des méta
morphoses charmantes : un œuf brillant , ensuite un petit ,
couvert de duvet . Ce nourrisson prend des plumes ; sa mère
lui apprend à se soulever sur sa couche. Bientôt il va jus
qu'à se pencher sur le bord de son berceau, d'où il jette un
premier coup d'œil sur la nature.
Effrayé et ravi , il se précipite parmi ses frères , qui n'ont
point encore vu ce spectacle ; mais , rappelé par la voix de,
ses parents, il sort une seconde fois de sa couche , et ce jeune
roi des airs, qui porte la couronne de l'enfance sur sa tête *,
ose déjà contempler le vaste ciel , la cime ondoyante des pins
et les abîmes de verdure au-dessous du chêne paternel .
CHATEAUBRIAND.
UN NID D'OISEAU. 273
Un nid d'oiseau.
De ce buisson de fleurs approchons-nous ensemble.
Vois-tu ce nid posé sur la branche qui tremble ?
Pour le couvrir vois-tu ces rameaux se ployer ?
Les petits sont cachés dans leur couche de mousse :
Ils sont tous endormis . Oh ! viens , ta voix est douce ,
Ne crains pas de les effrayer.
De ses ailes encor la mère les recouvre ;
Son œil appesanti se referme et s'entr'ouvre,
Et son amour longtemps lutte avec le sommeil ;
Elle s'endort enfin.... Vois comme elle repose !
Elle n'a rien pourtant qu'un nid sous une rose ,
Et sa part de notre soleil.
Vois, il n'est point de vide en son étroit asile :
A peine s'il contient sa famille tranquille ;
Mais là, le jour est pur et le sommeil est doux ;
C'est assez ! Elle n'est ici que passagère ;
Chacun de ses petits peut réchauffer son frère ,
Et son aile les couvre tous.
E. SOUVESTRE. (Écrivain contemporain, 1806-1854 . ) [ Calmann-Lévy, édit. ]
Mots expliqués.
Mille ouvriers commencent leurs travaux : On veut parler des
oiseaux qui commencent à construire leurs nids .
Qui porte la couronne de l'enfance sur sa tête : Qui est encore jeune
(la couronne de duvet).
Questions et Analyse des idées.
1. A quel moment les oiseaux construisent-ils leurs nids ? — 2. Com
ment sont divisés les ouvriers chargés de construire leurs nids ? -
3. Comment s'y prennent-ils pour construire leurs nids ? - 4. Que
voit-on quelque temps après dans le nid? - 5. Racontez la vie du
petit oiseau jusqu'au moment où il prend son vol. 6. Analysez la
poésie.
Devoir (Elocution et Rédaction).
Comment et à quel moment les oiseaux construisent-ils
leurs nids?
LECT. PRIM. 18
274 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL MORALE
28e Semaine. Nos qualités et nos défauts.
137. - De la volonté .
Est-il possible de surmonter ce sentiment irraisonné qu'on appelle la peur
Oui, dans certaines circonstances, et pour les personnes qui ont véritablement
de la force de caractère .
J'étais à la campagne en pension chez M. Lambercier ;
j'avais pour camarade un cousin plus riche que moi , mais
singulièrement poltron, surtout la nuit. Je me moquai
tant de sa frayeur que M. Lambercier, ennuyé de mes vante
ries , voulut mettre mon courage à l'épreuve. Un soir d'au
tomne qu'il faisait très obscur, il me donna la clef du
temple, et me dit d'aller chercher dans la chaire la Bible
qu'on y avait laissée. Il ajouta, pour me piquer d'honneur ,
quelques mots qui me mirent dans l'impuissance de reculer .
Je partis sans lumière : si j'en avais eu, ç'aurait peut-être
été pis encore . Il fallait passer par le cimetière ; je le tra
versai gaillardement ; car , tant que je me sentais en plein air ,
je n'eus jamais de frayeurs nocturnes .
En ouvrant la porte , j'entendis à la voûte un certain reten
tissement que je crus ressembler à des voix , et qui com
mença d'ébranler ma fermeté romaine * . La porte ouverte , je
voulus entrer ; mais à peine eus-je fait quelques pas , que je
m'arrêtai. En apercevant l'obscurité profonde qui régnait
dans ce vaste lieu , je fus saisi d'une terreur qui me fit
dresser les cheveux je rétrograde, je sors , je me mets à
fuir tout tremblant . Je trouvai dans la cour un petit chien ,
nommé Sultan, dont les caresses me rassurèrent . Honteux
de ma frayeur, je revins sur mes pas , tachant pourtant d'en.
mener avec moi Sultan qui ne voulut pas me suivre.
Je franchis brusquement la porte ; j'entrai dans l'église.
A peine y fus-je rentré, que la frayeur me reprit , mais si
fortement que je perdis la tète ; et quoique la chaire fût à
droite, et que je le susse très bien, ayant tourné sans m'en
DE LA VOLONTE . 275
apercevoir, je la cherchai longtemps à gauche. Je m'embar
rassais dans les bancs ; je ne savais plus où j'étais ; et , ne
pouvant trouver ni la chaire ni la porte, je tombai dans un
bouleversement inexprimable . Enfin , j'aperçois la porte , je
viens à bout de sortir du temple, et je m'en éloigne comme
la première fois , bien résolu de n'y jamais rentrer seul qu'en
plein jour.
Je reviens jusqu'à la maison . Prêt à entrer, je distingue la
voix de M. Lambercier à de grands éclats de rire . Je les
prends pour moi d'avance ; et, confus de m'y voir exposé,
j'hésite à ouvrir la porte. Dans cet intervalle, j'entends
Mlle Lambercier s'inquiéter de moi, dire à la servante de
prendre la lanterne, et M. Lambercier se disposer à me
venir chercher , escorté de mon intrépide cousin, auquel en
suite on n'aurait pas manqué de faire tout l'honneur de
l'expédition . A l'instant toutes mes frayeurs cessent , et ne
me laissent que celle d'être surpris dans ma fuite je cours,
je vole au temple ; sans m'égarer, sans tâtonner , j'arrive à la
chaire ; j'y monte , je prends la Bible, je m'élance en bas ;
dans trois sauts je suis hors du temple , dont j'oubliai même
de fermer la porte ; j'entre dans la chambre hors d'haleine ; je
jette la Bible sur la table , effaré , mais palpitant d'aise d'avoir
prévenu le secours qui m'était destiné . J.-J. ROUSSEAU.
Mots expliqués.
Fermeté romaine : Courage, énergie semblables à ceux des anciens
Romains.
Questions et Analyse des idées.
1. Quels sont les personnages de ce récit? 2. Que fit-on pour
mettre à l'épreuve le courage que se vantait d'avoir Rousseau?
3. Faites la description du chemin qu'il avait à parcourir. ――――- 4. Racon
tez son premier voyage. - 5. Racontez son second voyage. - 6. Êtes
vous peureux? -- 7. Expliquez et raisonnez la dernière peur que vous
avez euè.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture en employant la 3° personne.
2. Avez-vous déjà eu peur? Racontez dans quelles circon
stances.
276 LECTURES PRIMAIRES.
AVRIL HISTOIRE
28e Semaine. L'épopée révolutionnaire.
138. --- L'armée française à Jemmapes .
L'élan des volontaires de 1792 leur fit rejeter les ennemis au delà de la fron
tière, et on alla chercher la paix en les poursuivant et en délivrant les peuples
opprimés. Jemmapes est en Belgique, et la Belgique était soumise à l'Autriche.
L'armée française fut tenue , toute une nuit , au fond d'une
plaine humide, et le matin , affaiblie et détrempée, on la
mena au combat . Une telle nuit , passée l'arme au bras , par
des troupes si mal habillées pour la saison , dans ces maré
cages , par des troupes jeunes, nullement habituées ni en
durcies, eût amené un triste jour , si cette armée singulière
n'eût été réchauffée d'enthousiasme , cuirassée de fanatisme,
vêtue de sa foi.
Car enfin, ils étaient pieds nus , ou peu s'en fallait , dans
l'eau et dans le brouillard que le marécage élève la nuit ;
eau dessous et eau dessus . La plaine était coupée de canaux ,
de flaques d'eau croupissante * , et là où l'on se réfugiait ,
croyant gagner la terre ferme , le sol tremblait sous les pieds .
Du fond de cette prairie, nos soldats, grelottants au froid
du matin, purent voir , au couronnement des redoutes, aux
maisons crénelées du village, qui semblaient descendre à
eux , leurs redoutables ennemis : les hussards impériaux dans
leurs belles fourrures , les grenadiers * hongrois dans la
richesse barbare de leur costume étranger , les dragons au
trichiens , majestueusement drapés dans leurs manteaux
blancs . Ce que les nôtres leur enviaient encore davantage ,
c'était d'avoir déjeuné.
Les Autrichiens attendaient, restaurés parfaitement ; Mons
était derrière et fournissait tout . Pour les Français , on leur
dit que la bataille ne serait pas longue , et qu'il valait mieux
déjeuner vainqueurs . Un Belge, vieillard vénérable du village
de Jemmapes , qui , seul de tout le pays, tout le monde étant
en fuite, resta et vit la bataille des hauteurs voisines , nous
a dit l'ineffaçable impression qu'il a conservée .
L'ARMÉE FRANÇAISE A JEMMAPES . 277
Au moment où nos colonnes se mirent en mouvement, où
le brouillard de novembre , commençant à se lever, découvrit
l'armée française , un grand concert d'instruments se fit
entendre, une musique grave , imposante, remplit la vallée ,
monta aux collines , une harmonie majestueuse semblait
marcher devant la France . Les musiques de nos brigades ,
partant toutes au même signal , ouvraient la bataille par la
Marseillaise ; elles la jouèrent plusieurs fois , et dans les
moments d'intervalle, où les rafales effroyables du bruit
des canons faisaient quelque trêve , on entendait l'hymne
sacré. La rage de l'artillerie ne pouvait étouffer entièrement
l'air sublime des guerres fraternelles . Le cœur du jeune
homme *, saisi de cette douceur inattendue , faillit lui man
quer. L'artillerie ne lui faisait rien ; la musique le vainquit.
C'était, comment le méconnaitre ? c'était l'armée de la
Justice, venant rendre au monde ses droits oubliés , la Fra
ternité elle-même venant délivrer les ennemis et , pour leurs
boulets , leur offrant les bienfaits de la liberté . MICHELET.
Histoire de la Révolution . [ Calmann-Lévy, édit.
Mots expliqués .
Marécage Terrain humide et plein de boue.
Croupissante : Se dit des eaux sans mouvement où pourrissent
toutes sortes de choses.
Mur crénelé : Mur dont le sommet est dentelé.
Grenadier Soldat qui était chargé de jeter des boulets remplis de
poudre, boulets ressemblant un peu à des grenades.
Le jeune homme : Le Belge qui fit ce récit à Michelet. Il était jeune
au moment de la bataille, et vieux quand il vit Michelet.
Questions et Analyse des idées.
1. Faites la description du lieu où se tenait l'armée française .
2. Comment étaient nos soldats qui y avaient passé la nuit ? -
3. Dans quel état d'esprit étaient-ils ? - 4. Que voyaient-ils près du
village? ― 5. Comment abordèrent-ils l'ennemi? - 6. Quelle est la
belle pensée que Michelet place à la fin de son récit? ― - 7. Expliquez-la .
Devoir (Élocution et Rédaction).
La bataille de Jemmapes. ― A quel moment eut-elle lieu ? ―
Quelles armées étaient en présence? - Le champ de bataille.
Les Français. · Les ennemis. - L'attaque. -Quelle idée, quelles
espérances apportaient les Français ?
278 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
28 Semaine. La nature au printemps.
139. - Le Lézard gris .
Joli petit animal, gracieux et utile, qu'il ne faut pas tuer méchamment. Vit
surtout dans les régions chaudes de la France, et apparait avec les beaux jours.
Le Lézard gris paraît être le plus doux, le plus innocent * , et
l'un des plus utiles des lézards .
Ce joli petit animal, si commun, et avec lequel tant
de personnes ont
joué dans leur
enfance , n'a pas
reçu de la na
ture un vête
ment aussi écla
tant que plu
sieurs autres
quadrupedes
ACCCIONES ovipares ; mais
elle lui a donné
une parure élé
Mines gante sa petite
taille est svelte*,
Le Lézard gris.
son mouvement
agile, sa course si prompte qu'il échappe à l'œil aussi rapi
dement que l'oiseau qui vole *.
Il aime à recevoir la chaleur du soleil ; ayant besoin d'une
température douce, il cherche les abris ; et lorsque , dans
un beau jour du printemps, une lumière pure éclaire
vivement un gazon en pente , ou une muraille qui augmente
la chaleur en la réfléchissant, on le voit s'étendre sur ce
mur, ou sur l'herbe nouvelle, avec une espèce de volupté .
Il se pénètre avec délices de cette chaleur bienfaisante,
il marque son plaisir par de molles ondulations de sa queue
LE LÉZARD GRIS. 279
déliée * ; il fait briller ses yeux vifs et animés ; il se précipite
comme un trait pour saisir une petite proie, ou pour trouver
un abri plus commode.
Bien loin de s'enfuir à l'approche de l'homme , il paraît
le regarder avec complaisance ; mais au moindre bruit qui
l'effraye, à la chute seule d'une feuille , il se roule , tombe,
et demeure pendant quelque temps comme étourdi par sa
chute ; ou bien il s'élance , disparaît, se trouble , revient , se
cache de nouveau, reparaît encore , décrit en un instant plu
sieurs tours sur lui-même, et se retire enfin dans quelque
asile, jusqu'à ce que sa crainte soit dissipée .
LACÉPÈDE. (Naturaliste français , 1756-1825 . )
Les lézards sont d'un naturel doux et timide ; néanmoins ils peuvent mordre
pour se défendre, si on cherche à les saisir , leur morsure n'est pas venimeuse
dans nos climats. Dans certains pays chauds, il y a de grands lézards qui lut
tent même avec les chiens ou avec les serpents . - Le lézard de France se
nourrit d'insectes, de vers, de limaces , etc.
Mots expliqués .
Innocent : Qui ne fait pas de mal, qui ne nuit pas. Le lézard n'est
pas venimeux comme le scorpion ; d'autre part, il ne détruit ni les
fruits ni les légumes .
Quadrupedes ovipares Animaux de la même famille que le lézard ,
pondant des œufs.
Taille svelte Fine, dégagée, avec des mouvements aisés.
L'oiseau qui vole : Pourquoi compare-t-on les mouvements du
lézard à ceux d'un oiseau ?
....avec délices : C'est pour cela qu'on dit se chauffer au soleil
comme le lézard, lézarder.
La queue déliée : Mince , souple (comparez avec les déliés de l'écri
ture).
Questions et Analyse des idées .
1. Quels sont les caractères du lézard gris ? - 2. Décrivez-le.
3. A quel moment et où peut-on le voir ? - 4. Quels mouvements
fait-il ? - 5. Quelles qualités trouvez-vous à cette description ? - 6.
Reprenez-la en détail et dites ce qu'il y a dans chaque paragraphe.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites ce que vous savez sur le lézard.
2. Faites la description de la fauvette , en prenant modèle sur la
description que vous venez de lire : Idée générale, couleur, plumage,
mouvements ; habitudes chant - services qu'elle rend , etc.
280 LECTURES PRIMAIRES.
ΜΑΙ CONNAISSANCES USUELLES
28 Semaine. Les insectes.
140. — Les Araignées .
La ruse, aidée de la patience et du courage, pourvoit aux
approvisionnements journaliers de l'araignée. Immobile au
centre ou au fond de son piège, elle attend , à l'affût *, qu'un
téméraire vienne se heurter contre sa toile ; la moindre
secousse, la moindre vibration l'avertit à l'instant, comme
un télégraphe électrique , de la
présence du gibier, si impercep
tible soit-il.
N'est-ce qu'un maigre mouche
ron, cousin , tipule ou petite
phalène , notre chasseresse ne se
dérange pas pour si peu, elle les
laisse s'empêtrer, certaine qu'ils
ne pourront s'échapper . S'il s'agit
L'araignée. d'une grosse mouche, l'araignée
se précipite sur elle , l'enlace de
fils , l'attache à l'extrémité de son ventre , et l'emporte dans
son gîte pour la sucer à son aise .
Quand la proie est de très forte taille, lorsqu'il est ques
tion d'un coléoptère , d'une guêpe ou d'un taon , l'attaque a
toujours lieu avec courage, mais aussi avec prudence ;
tendeuse sait qu'elle a affaire à forte partie ; elle ne se hâte
pas de fondre sur cette proie dangereuse , elle attend qu'elle
s'embarrasse dans ses rets * . A-t-elle peine à s'en tirer , elle
l'enroule dans ses fils avec une rapidité et une adresse sur
prenantes ; lorsqu'elle est tout à fait garrottée , elle lui
donne le coup de grâce.
Plus circonspecte encore se montre l'araignée, si l'aven
turier se débat avec force et fait tapage chez elle, menaçant
de tout briser, de tout emporter ; elle laisse, alors, tout
LES ARAIGNÉES . 281
amour-propre de côté , aide elle-même l'étranger à se déga
ger, en rompant quelques fils de sa toile qu'elle raccommode
ensuite .
Singulier effet de l'habitude et du milieu où l'on vit ! Cette
même araignée , si habile et si brave chez elle, est sans force
et sans ressource hors de sa toile ; en perdant son industrie
de filandière , elle perd toute sa vertu * .
Autre chose non moins surprenante ! Quoiqu'elle attaque
souvent des insectes plus gros qu'elle , il en est de très petits
qui ont le privilège de la faire reculer ; la fourmi par exemple
la rend tout effarée ; loin de songer à lui faire tête , elle entre
dans une agitation nerveuse à son aspect ; si l'insecte conti
nue sa marche en avant, la peur la prend de plus belle , elle
sort de sa toile , et n'y rentre qu'après le départ de la buti
neuse . Elle sait que le peuple formiquois * envoie toujours des
éclaireurs quand il se met en campagne ; une armée tout
entière, formidable par le nombre et son brûlant acide , est
là, toute prête à s'ébranler au moindre signal . Ne pouvant
résister, elle fait acte de sagesse, elle bat en retraite ,
comme un général prudent qui ne peut lutter contre des
forces trop supérieures.
RENDU . (Écrivain contemporain . )
Mots expliqués.
A l'affût : Comme un chasseur caché, et prêt à tuer le gibier qu
se présentera.
Rets Fils croisés, d'où la proie ne peut s'échapper.
Toute sa vertu Toute sa force , son énergie, sa bravoure .
Le peuple formiquois Les fourmis.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles sont les qualités de l'araignée ? ―― 2. Où se met-elle à
l'affût? - 3. Que fait-elle s'il se présente un petit gibier ? — -- 4. Et si
c'est un gros ? --
— 5. Un plus gros encore, et plus fort qu'elle ? - 6. Quel
insecte redoute-t-elle par-dessus tout ? ---- 7. Et pourquoi? - 8. Expli
quez la comparaison finale et cherchez des exemples.
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Dites ce que vous savez de l'araignée, et de la manière dont
elle se nourrit.
282
MOIS DE MAI
PROGRAMME. - Français : Le verbe. Les mots invariables. - Morale :
Devoirs envers soi-même, envers la patrie, envers la société.
Histoire : La France héroïque au temps de la Révolution. -- Inven
tions et découvertes au XIXe siècle . - Grands hommes du XIXe siècle .
Connaissances usuelles et géographie : A travers la France et ses
colonies. - La nature au printemps et en été . - Grands travaux
du siècle .
MAI FRANÇAIS
29e Semaine. Travail et bonheur.
141. - Le savetier et le financier
Un savetier chantait du matin jusqu'au soir :
C'était merveilles de le voir ,
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages ,
Plus content qu'aucun des sept sages .
Son voisin, au contraire , étant tout cousu d'or,
Chantait peu, dormait moins encor :
C'était un homme de finance.
Si sur le point du jour parfois il sommeillait,
Le savetier alors en chantant l'éveillait ;
Et le financier se plaignait
Que les soins de la providence
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,
Comme le manger et le boire .
En son hôtel il fait venir
Le chanteur, et lui dit : « Or çà, sire Grégoire ,
Que gagnez-vous par an? ―――― Par an ! ma foi, monsieur,
Dit avec un ton de rieur
Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière
De compter de la sorte ; et je n'entasse guère
Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin
J'attrape le bout de l'année :
Chaque jour amène son pain.
-Eh bien ! que gagnez-vous , dites-moi , par journée ?
LE SAVETIER ET LE FINANCIER . 283
- Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes)
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes :
L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône . »
Le financier, riant de sa naïveté ,
Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône .
Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin
Pour vous en servir au besoin . »
Le savetier crut voir tout l'argent que la terre
Avait , depuis plus de cent ans ,
Produit pour l'usage des gens.
Il retourne chez lui , dans sa cave il enserre
L'argent, et sa joie à la fois .
Plus de chant ; il perdit la voix
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
Le sommeil quitta son logis ;
Il eut pour hôtes les soucis ,
Les soupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avait l'œil au guet ; et la nuit ,
Si quelque chat faisait du bruit
Le chat prenait l'argent . A la fin le pauvre homme
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus :
« Rendez-moi , lui dit-il, mes chansons et mon somme,
Et reprenez vos cent écus » . LA FONTAINE.
Questions et Analyse des idées .
1. Quels sont les deux personnages de cette fable ? ―――― 2. Faites le
portrait de chacun d'eux ..----- 3. Que fit le financier ? Racontez sa conver
sation avec le savetier. - 4. Qu'arriva-t-il au savetier quand il fut
riche? - 5. Que fit-il alors ? ―― 6. La morale de cette fable est-elle
exprimée? ― 7. Cherchez-la. 8. Cherchez les vers de cette fable
passés en proverbe.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez en prose cette fable.
284 LECTURES PRIMAIRES .
MAI MORALE
29e Semaine. Travail et persévérance.
142. - Un bienfaiteur de ses compatriotes ,
Jacquard .
Jacquard était un ouvrier lyonnais qui inventa, vers le commencement du
XIX siècle, un métier à tisser la soie, facilitant beaucoup la besogne des
autres ouvriers et faisant un meilleur travail . Après l'avoir longtemps persé
cuté, on l'honora enfin comme il le méritait. L'auteur raconte ici une fête que
l'on offrit à Jacquard en 1823, alors que celui-ci était âgé de soixante-sept ans.
Presque en face de moi , à la place d'honneur, je voyais un
vieillard qui me parut avoir bien près de soixante-dix ans et
dont les robustes épaules n'avaient point fléchi sous le poids
de l'âge. Son expression était fort douce, avec quelque chose
de résigné qui me frappa. Il y avait en lui du paysan , de
l'ouvrier, du petit bourgeois ; les mains étaient d'un artisan ,
les yeux et le front étaient d'un penseur . Parfois le regard se
perdait dans le vague , comme si l'esprit, fatigué de tant de
tumulte, eût été se réfugier dans les régions de la rêverie .
Je ne pouvais le quitter des yeux : c'était Jacquard .
De lui je ne savais rien , sinon qu'il avait inventé un nou
veau métier à tisser la soie . Que j'aurais voulu connaître son
histoire ! Un orateur se leva et se mit à retracer sa vie .
J'appris avec stupeur que Jacquard avait traversé une
existence de misère et d'angoisses ; qu'il en fut réduit à
tresser des chapeaux de paille pour vivre ; que son premier
métier, exposé en 1801 , fut , il est vrai , récompensé par une
médaille de bronze, mais qu'il resta dédaigné et fut raillé
par les malins * de l'industrie du tissage.
En vain , il démontrait l'excellence de son procédé ; en
vain il tentait d'en vulgariser * l'emploi , on lui était réfrac
taire * . Il ne se décourageait pas, il insistait ; alors le monde
de la fabrication ――――――― ouvriers et patrons se tourna contre
lui. Il devint l'ennemi public . Insulté , poursuivi , osant à
peine se montrer , il fut abreuvé d'amertume et d'avanies * .
Un jour il ne fallut rien de moins que l'intervention de la
UN BIENFAITEUR DE SES COMPATRIOTES, JACQUARD . 285
force armée pour l'arracher aux mains des furieux qui vou
laient le jeter dans le Rhône .
Que de temps il fallut pour que les fabricants , éclairés par
leur propre intérêt, consentissent à expérimenter l'invention
vraiment merveilleuse qui avait provoqué d'abord leur
ironie , ensuite leur colère, enfin leur admiration ! Tardive
mais solennelle , l'heure de la justice venait de sonner et
Jacquard, célébré, encensé , recevait l'ovation de ceux-là
mêmes qui jadis l'avaient honni et conspué *.
Sans paraître ému, il avait écouté cette harangue , tapotant
machinalement la table de ses doigts.
Il se leva pour répondre ; il le fit simplement et avec une
grande bonhomie . Ce qu'il dit peut se résumer en peu de
mots : ― « Ne vous découragez jamais et persistez toujours ;
tôt ou tard le bien que vous voulez faire sera fait . Toute
« nouveauté » qui ne touche pas immédiatement aux choses
de la mode , c'est-à-dire aux choses fugitives et frivoles , est
lente à pénétrer dans l'esprit des hommes. »
MAXIME DU CAMP. (Écrivain contemporain . )
Bons cœurs et braves gens . [ Hachette et Cie, édit.]
C'est grâce à l'invention de Jacquard que l'industrie de la soie est devenue
ensuite si florissante à Lyon et dans les environs, où elle fait vivre des
milliers d'ouvriers.
Mots expliqués.
Les malins Ironique ; ceux qui se croyaient très habiles et ne
l'étaient pas.
Vulgariser: Faire connaître à tous, au vulgaire.
Réfractaire : On lui résistait.
Avanies Il subit des affronts et des mauvais traitements.
Honnir, conspuer : Couvrir de honte et de mépris en public.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'a fait Jacquard ? 2. Quelle a été sa vie ? -3. Quand lui a-t-on
rendu justice ? - 4. Quelle réponse fit-il au discours où l'on avait pro
noncé son éloge? 5. Contre qui et contre quoi ont souvent à lutter
les inventeurs ? -- 6. Rappelez un autre exemple.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Parlez de l'industrie de la soie ; dites ce qu'a fait Jacquard
et ajoutez les réflexions que vous suggère cette histoire.
286 LECTURES PRIMAIRES.
ΜΑΙ HISTOIRE
29e Semaine. La France au début du XIXe siècle.
143. — Paris au mois de mars 1814.
Les vingt-deux ans de guerres de la Révolution et de l'Empire aboutirent à
l'invasion de la France en 1814, au siège et à la prise de Paris. Ce qu'il y a de
plus douloureux, c'est de constater la mollesse et la torpeur de la grande ville
et de presque tous les Français à cette heure critique. On était tellement
fatigué de la guerre et de l'ambition de Napoléon, que la vue des soldats
étrangers, loin d'animer les courages comme en 1792, laissait notre fière popu
lation inerte et désemparée.
Enfin, il n'y avait plus à en douter, les armées réunies
de la coalition
avaient pris la
résolution de
marcher , sur
Paris.
Napoléon, soit
nécessité , soit
combinaison
qu'on ne savait
comment expli
Grobel quer, était en
Les alliés à Paris en 1814. ce moment éloi
gné de sa capi
tale et se trouvait dans l'impossibilité de la protéger.
A l'exception de quelques hommes aveuglés par l'esprit
de parti, la masse des habitants était saisie de douleur, et
elle aurait souhaité un défenseur quel qu'il fût . Le désir
d'être débarrassé du gouvernement de Napoléon n'était rien
auprès de la crainte d'un assaut et des horreurs qui pouvaient
s'ensuivre .
La garde nationale, tirée exclusivement de la classe
moyenne et réduite à douze mille hommes, n'avait pas
trois mille fusils . Une partie avait des piques qui la ren
daient ridicule .
Le peuple, quoique ennemi de la conscription* et des droits
PARIS AU MOIS DE MARS 1814. 287
réunis , frémissait à la vue de l'étranger et aurait volontiers
pris les armes, si on avait pu lui en donner, et si on avait
voulu lui en confier. Il errait, oisif, inquiet, mécontent , dans
les faubourgs et sur les boulevards .
Aux barrières , se pressait une foule de campagnards ,
poussant devant eux leur bétail , et emportant sur des char
rettes ce qu'ils avaient pu sauver de leur modeste mobilier .
On n'avait pas même songé à les dispenser de l'octroi* , et
quelques-uns étaient obligés de vendre à vil prix une portion
de ce qu'ils portaient pour acheter le droit d'abriter le reste
dans la capitale . Les malheureux , aussitôt entrés , allaient
encombrer les boulevards et les places publiques, et, après
s'être fait, avec leurs charrettes et leur bétail , une espèce de
campement, couraient çà et là , demandant des nouvelles , les
colportant *, les exagérant , et gémissant au bruit du canon
qui annonçait le ravage de leurs propriétés .
THIERS. Histoire de la Révolution et de l'Empire.
[Combet et Cie, édit. ]
Paris ne se défendit pas et fut pris sans difficulté.
Mots expliqués.
Conscription Inscription sur une liste de tous les jeunes gens qui
doivent tirer au sort la même année.
Droits réunis C'est ce que nous appelons aujourd'hui la régie
des contributions indirectes (sur le tabac, voitures, etc.).
Octroi : Droit qu'il faut payer pour certaines marchandises en entrant
dans une ville.
Colportant : Portant ces nouvelles de tous les côtés, comme le col
porteur transporte sa marchandise (colporteur qui porte sur ses
épaules un panier attaché au col ou cou) .
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles étaient les armées qui marchaient sur Paris ? -- 2. Où
était Napoléon? -3 . Que craignait le peuple ? — 4. Que voulait-il faire?
5. Que faisaient les habitants des environs ? -6. Décrivez leur
situation. - 7. Pourquoi les Français étaient-ils découragés?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez comment les coalisés s'emparèrent de la capi
tale de la France en 1814.
2. Dites sommairement ce que voulait faire Napoléon
en 1814, et à quoi il fut réduit.
288 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
29e Semaine. La nature au printemps.
144. - La distribution du travail
dans une ruche.
Au dehors , tout est bourdonnement et mouvement. Des
abeilles arrivent des champs, chargées de matériaux et de
provisions ; d'autres partent en expédition . Ici des senti
nelles vigilantes contrôlent tout ce qui entre ; là, des pour
voyeuses pressées de retourner au travail s'arrêtent à
l'entrée de la ruche, déposent leur tribut * et repartent ;
ailleurs, les agents de la salubrité publique renouvellent
l'air de la ruche par le battement
précipité de leurs ailes , tandis que
d'autres débarrassent le logis de tout
ce qui pourrait nuire à ses habitants ;
de toutes parts , entrants et sortants
Abeilles. se pressent aux portes, l'activité est
générale , chacun concourt avec ar
deur à la prospérité commune .
Le premier soin des abeilles nouvellement installées est
de passer une revue générale de leur domicile, d'en boucher
toutes les fentes, et de n'y laisser que les ouvertures indis
pensables pour l'entrée et la sortie. Pendant ce temps , des
éclaireurs se lancent à la recherche d'une matière odorante,
de couleur rougeâtre, nommée propolis ; dès qu'ils l'ont
trouvée, ils en chargent leurs pattes , et vont droit à la
ruche. Aussitôt une escouade d'ouvrières vient la leur
enlever ; elles la ramollissent entre leurs mandibules * , puis
l'étendent sur les parois de la ruche : tout l'intérieur en est
enduit. Lorqu'il ne reste plus ni crevasses, ni fentes à fer
mer, d'autres , chargées de la maçonnerie, commencent à
construire l'édifice destiné à recevoir les œufs de la mère
abeille et à loger les provisions communes.
C'est toujours dans la partie la plus élevée de l'habitation
LA DISTRIBUTION DU TRAVAIL DANS UNE RUCHE. 289
que les abeilles jettent le fondement de leur édifice . Une
partie des ouvrières se suspend à la voûte ; d'autres se
cramponnent à elles, tantôt par une patte , tantôt par deux ,
et s'échelonnent ainsi en guirlandes . Après quelques instants
de repos , l'une d'elles se détache d'un groupe, tire de ses
anneaux une lamelle de cire et la porte à sa bouche où elle
est hachée et triturée pour s'allonger en ruban étroit ; elle
s'imprègne d'une liqueur écumeuse , repasse entre les man
dibules qui la broient une seconde fois , et, dans cet état ,
l'abeille l'applique à l'endroit saillant de la voûte ; elle y
ajoute une seconde, puis une troisième et une quatrième
lamelle de cire ; sa provision épuisée , elle s'envole pour
chercher d'autres matériaux . Sa place est bien vite occupée
par une seconde ouvrière qui opère de la même manière ;
une autre lui succède à son tour, et ainsi de suite : les fon
dations sont posées .
La première assise n'est qu'un noyau assez informe , un
simple bloc , mais qui, tout à l'heure, façonné par d'habiles
ouvriers, se transformera en un chef-d'œuvre d'architec
ture. Dans ces travaux préliminaires , les abeilles déploient
tant d'énergie et d'activité, qu'il semble, tout d'abord , que
le trouble et la confusion se sont emparés de la cité ; il n'en
est rien cependant , avec un peu d'attention , on voit que
tout marche avec ensemble et régularité ; les ciseleurs sont
à l'œuvre , l'ébauche ne tardera pas à prendre figure .
RENDU.
Mots expliqués .
Tribut . Ce qu'elles doivent apporter à la ruche .
Mandibules : La partie du corps de l'abeille servant à prendre les
aliments.
Questions et Analyse des idées.
1. Dites comment les abeilles font leur ruche. -
— 2. Où construisent
elles habituellement leur habitation? - 3. Comment et avec quoi font
elles le miel ? —4. Montrez que nous pouvons apprendre beaucoup des
abeilles.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez une visite que vous avez faite auprès d'une ruche.
ECT. PRIM. 19
290 LECTURES PRIMAIRES .
ΜΑΙ CONNAISSANCES USUELLES
29 Semaine. La nature au printemps.
145. - Architecture des fourmis .
Tout le monde connaît les monticules que la fourmi fauve
élève dans les bois . Au premier coup d'œil , on dirait un
assemblage grossier de paille , de feuilles , de graines , de
brindilles entassées pêle-mêle les unes sur les autres ; mais
avec un peu d'attention on découvre que ces matériaux
servent à préserver la fourmilière des intempéries de l'atmo
sphère et à la défendre contre ses ennemis.
Cependant, ce n'est là que l'extérieur du nid ; la majeure
partie est enfouie sous terre, à une pro
fondeur plus ou moins grande . Des ave
nues habilement ménagées conduisent du
sommet de l'édifice dans l'intérieur .
Fourmis. Pendant le jour, s'il fait beau, on voit
les fourmis s'ébattre joyeusement sur leur
nid ; mais à mesure que le soleil décline à l'horizon ,
ou que le ciel se charge de nuages , une grande agitation
se produit à la surface de la fourmilière ; les unes charrient
des matériaux , les autres les mettent en place ; celles- ci
apportent de petites poutres dans les galeries, celles-là les
croisent au-dessus de l'ouverture ; quelques-unes les recou
vrent avec des feuilles sèches ; enfin, la nuit venue , tous
les passages sont fermés , barricadés ; les fourmis se retirent
dans l'intérieur , non toutefois sans avoir posé des senti
nelles qui les avertiront au moindre danger .
La scène change à la pointe du jour. Des éclaireurs ,
d'abord, vont à la découverte en dehors du nid ; plusieurs
fourmis montrent de temps en temps leur tète au-dessous
des petits toits pratiqués à l'entrée des galeries ; la place
explorée, la sécurité bien reconnue, on enlève les barricades ,
les matériaux sont dispersés de droite et de gauche sur la
ARCHITECTURE DES FOURMIS. 291
fourmilière , les passages sont rendus de nouveau à la circu
lation , et la peuplade d'accourir à la surface pour jouir du
retour du soleil .
Observez-les par une légère pluie , vous verrez tout ce petit
peuple en mouvement. Chaque fourmi apporte entre ses
mandibules une pelote de terre qu'elle a recueillie au fond
de sa demeure, et l'applique à l'endroit choisi ; là , elle
divise cette particule de terre , elle la pousse avec ses man
dibules , et lorsque tout est convenablement disposé , elle
l'affermit en la pressant avec ses pattes antérieures .
Une fois les fondements des piliers et des cloisons jetés,
l'insecte ajoute de nouveaux matériaux . Deux petits murs
s'élèvent en face l'un de l'autre ; la fourmi attend qu'ils
aient 8 ou 10 millimètres de hauteur ; elle forme avec de la
terre mouillée un rebord qui , venant rencontrer celui du
mur opposé , remplit l'intervalle et dessine le plafond ; son
épaisseur est ordinairement de 1 millimètre . De toutes parts
les fourmis arrivent avec du mortier ; toutes les opérations
sont réglées ; galeries couvertes , salles , piliers s'élèvent à la
fois . Tant que dure la pluie , les fourmis en profitent pour
maçonner la terre et la mettre en place . Mais l'édifice n'est
pas encore bien solide ; il faut qu'une averse lie plus étroi
tement toutes les parcelles de terre ; alors les inégalités de
la maçonnerie disparaissent ; le dessus des étages composé
de tant de pièces rapportées n'offrent plus qu'une seule
couche de terre bien unie , et n'a besoin , pour achever de
se consolider, que de la chaleur du soleil . 'RENDU.
Questions et Analyse des idées .
1. Où vivent les fourmis ? ames 2. Comment construisent-elles leurs
habitations? - 3. Comment comprenez-vous que d'aussi petites bêtes
puissent faire ce qu'elles font? - 4. Comment les fourmis protègent
elles leurs habitations en temps de pluie ? -· 6. Quel intérêt y a-t-il à
observer les insectes ?
Devoir (Elocution et Rédaction) .
Faites la description d'une habitation de fourmis et dites
comment s'y prennent les fourmis pour la construire.
292 LECTURES PRIMAIRES.
MAI FRANÇAIS
30 Semaine. Lecture récréative.
146. - Un Persan à Paris .
Tableau amusant pour railler certains petits défauts : curiosité sans objet,
badauderie et en même temps fatuité, qui sont non seulement les défauts des
Parisiens au XVIII siècle, mais que nous avons tous plus ou moins.
Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à
l'extravagance * . Lorsque j'arrivai , je fus regardé comme si
j'avais été envoyé du
ciel ; vieillards, hom
mes, femmes , enfants ,
tous voulaient me voir.
Si je sortais , tout le
monde se mettait aux
fenêtres ; si j'étais aux
Tuileries, je voyais aus
sitôt un cercle se for
mer autour de moi ; les
femmes même faisaient
un arc-en-ciel nuancé
de mille couleurs * qui
m'entourait.
Si j'étais aux specta
Montesquieu. cles , je trouvais d'abord
cent lorgnettes dressées
contre ma figure ; enfin, jamais homme n'a tant été vu que
moi . Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient
presque jamais sortis de leur chambre , qui disaient entre eux :
« Il faut avouer qu'il a l'air bien Persan . >>
Chose admirable ! je trouvais de mes portraits partout ; je
me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les
cheminées, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu .
Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à charge : je ne me
croyais pas un homme si curieux et si rare ; et , quoique j'aie
UN PERSAN A PARIS. 293
très bonne opinion de moi , je ne me serais jamais imaginé
que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais
point connu .
Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan et à en
endosser un à l'européenne , pour voir s'il resterait encore
dans ma physionomie quelque chose d'admirable . Cet essai
me fit connaître ce que je valais réellement ; libre de tous
les ornements étrangers , je me vis apprécié au plus juste .
J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur , qui m'avait
fait perdre en un instant l'attention et l'estime publiques ;
car j'entrai tout à coup dans un néant * affreux .
Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnic
sans qu'on m'eût regardé et qu'on m'eût mis en occasion
d'ouvrir la bouche : mais si quelqu'un , par hasard , apprenait
à la compagnie que j'étais Persan , j'entendais aussitôt autour
de moi un bourdonnement :
« Ah! ah ! monsieur est Persan ! C'est une chose bien
extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? »
MONTESQUIEU. (Un des plus célèbres écrivains du xvii siècle ,
1689-1775. ) Lettres persanes.
Mots expliqués.
Jusqu'à l'extravagance : D'une manière bizarre, étrange, extraor
dinaire.
Arc-en-ciel nuancé de mille couleurs : Couleurs différentes des
toilettes .
J'entrai dans un néant affreux Personne ne s'occupa plus de
moi ; je fus délaissé.
Questions et Analyse des idées.
1. Où est la Perse ? - 2. Pourquoi la personne dont il est question
dans cette lecture excitait-elle la curiosité des Parisiens ? 3. De
quelle façon se manifestait cette curiosité? ―― 4. Dans les rues ?
5. Au théâtre? ―― 6. Que fit alors le Persan ? - 7. Qu'arriva-t-il?
8. Cherchez et citez les traits les plus comiques et les plus malicieux
de cette lecture . - 9. Pourquoi l'auteur, un Français, a-t-il supposé
dans ce récit qu'il était Persan?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites le même récit à la 3° personne.
294 LECTURES PRIMAIRES.
MAI MORALE
30º Semaine. L'homme et la société .
147. ―――― L'Humanité .
On ne vous demande pas d'opérer des miracles * , on
désire seulement que vous laissiez quelque chose après vous.
« Celui qui a planté un arbre avant de mourir n'a pas vécu
inutile . >>
C'est un proverbe indien qui le dit . En effet, il a ajouté
quelque chose à l'humanité . L'arbre donnera des fruits , ou
tout au moins de l'ombre , à ceux qui naîtront demain .
Un arbre , un toit , un outil , une arme, un vêtement , un
remède, une vérité démontrée , une découverte scientifique ,
un livre , une statue , un tableau : voilà ce que chacun de
nous peut ajouter au trésor commun.
Il n'y a pas aujourd'hui un homme intelligent qui ne se
sente lié par des fils invisibles à tous les hommes passés ,
présents et futurs . Nous sommes les héritiers de tous ceux
qui sont morts , les associés de tous ceux qui vivent, la pro
vidence de tous ceux qui naîtront .
Pour témoigner notre reconnaissance aux mille généra
tions qui nous ont faits graduellement * ce que nous sommes ,
il faut perfectionner la nature humaine en nous et autour de
nous . Pour remercier dignement les travailleurs innombra
bles qui ont rendu notre habitation si belle et si commode,
il faut la livrer plus belle et plus commode encore aux géné
rations futures .
Nous sommes meilleurs et plus heureux que nos devanciers ,
*
faisons que notre postérité soit meilleure et plus heureuse
que nous. Il n'est pas d'homme si pauvre et si mal doué qui
ne puisse contribuer au progrès dans une certaine mesure .
Celui qui a planté l'arbre a bien mérité ; celui qui le
coupe et le divise en planches a bien mérité ; celui qui
assemble les planches pour faire un banc a bien mérité ;
celui qui s'assied sur le banc, prend un enfant sur ses genoux
L'HUMANITÉ . 295
et lui apprend à lire, a mieux mérité que tous les autres .
Les trois premiers ont ajouté quelque chose aux res-
sources de l'humanité ; le dernier a ajouté quelque chose à
l'humanité elle-même . De cet enfant il a fait un homme plus
éclairé, c'est-à-dire meilleur.
EDMOND ABOUT. Lè Progrès . [Hachette et C¹º , édit.]
Rappelons-nous la belle fable de La Fontaine :
Un octogénaire plantait……
..
Trois jeunes hommes venant à passer le raillent en lui disant
qu'il est trop vieux et qu'il ne récoltera pas le fruit de ses
arbres. Il leur répond :
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage,
Cela même est un bien que je goûte aujourd'hui.
.... Défendez-vous au sage
*
De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?
C'est un bien, en effet , c'est-à-dire une jouissance , un bonheur,
et le plus élevé de tous, de sentir que l'on est utile aux per
sonnes qui vous entourent ou aux personnes qui viendront après
vous.
Mots expliqués.
Miracle Chose étonnante ; qui n'est pas naturelle.
Graduellement : Qui vient par degrés, petit à petit.
Postérité Enfants , petits-enfants, descendants d'une même famille.
Soins Souci, occupations .
Questions et Analyse des idées.
1. Que dit un proverbe indien ? - 2. A quoi est utile un arbre, un
toit, un outil, une arme, etc. ? 3. Comment les hommes qui sont nés
avant nous ont-ils pu nous être utiles ? - 4. Que devons-nous faire
pour ceux qui viendront après nous? ― 5. Rappelez et expliquez
quelques vers du sage octogénaire de La Fontaine.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Montrez comment un homme rend service à ses sembla
bles, et comment les autres lui sont utiles à lui-même.
2. Dites ce que c'est que la société, et ce que chacun doit
faire dans cette société (en vous aidant de votre cours de morale).
296 LECTURES PRIMAIRES.
MAI HISTOIRE
30° Semaine. Les leçons de l'Histoire.
148. La vraie grandeur.
Après le règne de Napoléon I", comme après celui de Louis XIV, les écrivains
et les philosophes, avertis par les malheurs de notre pays, ont souvent com
paré la vraie grandeur des rois, des conquérants, avec celle des poètes, des
hommes de science, etc. Théophile Gautier rappelle ici l'anecdote de Cor
neille vieux et pauvre, donnant son soulier à raccommoder et n'en ayant pas
d'autre à mettre en attendant, tandis que Louis XIV, au comble de la gloire
se faisait appeler le Roi-Soleil .
Par une rue étroite , au cœur du vieux Paris ,
Au milieu des passants , du tumulte et des cris ,
La tête dans le ciel, et le pied dans la fange,
Cheminait à pas lents une figure étrange :
C'était un grand vieillard , sévèrement drapé ,
Noble et sainte misère en son manteau râpé !
Le vieillard s'arrêta dans une pauvre échoppe.
Le Roi-Soleil alors illuminait l'Europe ,
Et les peuples baissaient leurs regards éblouis
Devant cet Apollon qui s'appelait Louis .
A le chanter Boileau passait ses doctes veilles ;
Pour le loger, Mansard entassait ses merveilles :
Cependant, en un bouge, auprès d'un savetier ,
Pied nu, le grand Corneille attendait son soulier .
Louis, ce vil détail que le bon goût dédaigne ,
Ce soulier recousu me gâte tout ton règne .
A ton siècle en perruque et de luxe amoureux,
Je ne pardonne pas Corneille malheureux .
Ton dais fleurdelisé * cache mal cette échoppe ;
De la pourpre où ton faste à grands plis s'enveloppe ,
Je voudrais prendre un peu pour Corneille vieilli ,
S'éteignant pauvre et seul dans l'ombre et dans l'oubli ;
Sur le rayonnement de toute ton histoire ,
Sur l'or de ton soleil c'est une tache noire ,
O roi, d'avoir laissé , toi qu'ils ont peint si beau,
LA VRAIE GRANDEUR. 297
Corneille sans souliers , Molière sans tombeau !
Mais pourquoi s'indigner ? Que viennent les années ,
L'équilibre se fait entre les destinées ;
A sa place chacun est remis par la mort
Le roi rentre dans l'ombre et le poète en sort :
Qui des deux survivra , génie ou majesté?
L'aube monte pour l'un , le soir descend sur l'autre :
Le spectre de Louis , au jardin de Le Nôtre ,
Erre seul , et Corneille, immortel comme un dieu ,
Toujours sur son autel voit reluire le feu
Que font briller plus vif en ses fêtes natales
Les générations, immortelles vestales *.
Quand en poudre est tombé le diadème d'or ,
Son vivace laurier * pousse et verdit encor :
Dans la postérité, perspective inconnue,
Le poète grandit , et le roi diminue .
THEOPHILE GAUTIER. (Poète contemporain , 1811-1872.)
[Fasquelle, édit. ]
Mots expliqués.
Dais fleurdelisé : Ouvrage à colonnes, richement orné, semé de
fleurs de lis, sous lequel était le trône du roi.
Vestales Prêtresses romaines chargées d'entretenir le feu sacré ; ici ,
suite de la comparaison de Corneille avec un dieu.
Laurier : Symbole de victoire, et par conséquent de gloire.
Questions et Analyse des idées.
1. Décrivez Corneille vieux et pauvre cheminant dans les rues de
Paris. - 2. Décrivez au même moment l'éclat de Louis XIV. ――― 3. Pour
quoi l'auteur reproche-t-il à Louis XIV la misère de Corneille ? ――――― 4.
Comment la postérité rétablit-elle les réputations ? 5. Expliquez-le
vers de la fin. - 6. De combien de parties est composé ce morceau
et qu'y a-t-il dans chaque partie? 7. Quelle en est l'idée générale ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
Faites ce récit en prose. - Corneille dans la misère (dites
en quelques mots ce qu'était Corneille). Louis XIV au
comble de la gloire. Jugement de la postérité sur chacun
d'eux.
t
298 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
30º Semaine. Notre France.
149. La campagne parisienne .
Les maisons ont l'air gai , vues entre les branches . A
Meudon, à Sèvres , à Saint-Cloud , au printemps et tout l'été ,
le pays est une corbeille de fleurs . Dès qu'on a quitté la
grande route poudreuse ou la rue pavée du village , com
mencent les maisonnettes et les jardinets d'où la brise apporte
des odeurs de roses, de giroflées ou de violettes . Les artistes
savent qu'il n'y a qu'à s'enfoncer un peu dans les bois de Vin
cennes ou de Meudon , dans les parties écartées du parc de
Saint-Cloud, pour rencontrer de petits coins très sylvestres *
et d'une poésie charmante . Les bords de la Seine avec leurs
eaux calmes , luisantes , et leurs îles de verdure , sont très
aimés des peintres ; les rives de la Marne, sous la côte ver
doyante de Charenton , ne sont pas moins gracieuses . La val
lée de la Bièvre , les coteaux de Sceaux et de Fontenay-aux
Roses , offrent des promenades pleines d'attrait .
A l'été, les châteaux , chalets et maisonnettes de la ban
lieue , vides et les volets clos durant toute la mauvaise
saison , s'ouvrent, se réveillent , s'animent . Chaque villa se
remplit de bruits joyeux ; entre les touffes d'arbrisseaux,
derrière les grilles , on voit passer de jolies jeunes filles en
gracieux costumes printaniers , et s'ébattre parmi les pelouses
de beaux enfants aux riches chevelures . Le soir, les vitres
éclairées brillent à travers les arbres , les fenêtres entr'ou
vertes laissent entendre des sons de piano , des échos de
chants ou d'éclats de rire .
Le dimanche, toute la population travailleuse déborde à
son tour des remparts et se répand par les champs et les
bois, envahit les villages . On vient par bandes bruyantes, ou
bien en famille ; on débarque des trains, des bateaux , des
voitures , avec des paniers de provisions ; on s'en retournera
LA CAMPAGNE PARISIENNE. 299
avec des bouquets énormes de feuillages et de fleurs rus
tiques . Au bois de Meudon , au bois de Vincennes , sur les
berges ombreuses de la Marne, on s'assied dans l'herbe ;
on étale une serviette , on dresse le couvert sans assiettes ,
on se passe de main en main l'unique gobelet , on mord à
belles dents le gâteau ; simple dînette , assaisonnée d'appétit ,
dévorée jusqu'à la dernière miette , égayée des rires des
enfants qui se roulent sur la mousse ou se poursuivent entre
les arbres, des chansons des femmes et des jeunes filles ;
tandis que la silencieuse tribu * des pêcheurs à la ligne ,
immobiles comme des hérons le long des berges , mérite le
ciel par la foi et l'espérance *....
A la brune, tout le monde s'en revient gaiement ; la bous
culade est aux gares, aux embarcadères ; on s'empile dans les
wagons , on s'écrase dans les bateaux, mais n'importe : con
tents tout de même ! Et les braves gens , toute la semaine
courbés sur l'établi ou penchés sur les registres , les femmes
prisonnières du ménage et les pauvres enfants , six jours
enfermés dans d'obscures maisons et de sévères écoles ,
auront eu du moins , eux aussi , leur envolée aux champs ,
leur bouffée d'air pur, leurs heures de paradis .
Mots expliqués.
Sylvestre Des coins sylvestres sont des endroits couverts de forêts.
Tribu : La tribu des pêcheurs , appelée ainsi par plaisanterie ; elle
comprend ceux qui pêchent à la ligne.
Mérite... la foi et l'espérance : Plaisanterie ; qui a de la patience .
Questions et Analyse des idées.
1. Faites une description sommaire de la campagne parisienne, des
curiosités que l'on y rencontre . L 2. Parlez des villas où quelques
Parisiens passent l'été. 3. De quelle façon le Parisien se rend-il à la
campagne le dimanche? 4. Quel est l'amusement du Parisien à la
campagne ? - 5. Racontez le retour à Paris. 6. Analysez le mor
ceau.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Développez la question 1.
2. Racontez une de vos promenades amusantes ou intéres
santes à la campagne .
300 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
30 Semaine. Notre France.
150. · La Fontaine de Vaucluse.
•
*
Immortalisée par le séjour de Pétrarque *, la fontaine de
Vaucluse coule à cinq lieues de la ville d'Avignon . Quand on
est au village de Vaucluse, on n'a plus qu'un kilomètre à
parcourir pour arriver à la fontaine. On aperçoit au-dessus
du village des ruines qui por
tent, sans aucun motif, le nom
de château de Pétrarque . On
entre alors dans un vallon
étroit, bordé de rochers escar
pés aboutissant à un mur
taillé à pic, par lequel le val
lon se ferme brusquement :
c'est de là qu'est venu le nom
de Vaucluse (vallis clausa) . La
source sort du pied de ce mur.
On voit jaillir une vingtaine
KILPISRAM de torrents de la grosseur du
Fontaine de Vaucluse. corps d'un homme ; ils se pré
cipitent avec fracas et forment
la rivière de la Sorgue . Au-dessous du mur qui ferme le val
lon , est un bassin circulaire de 20 mètres de diamètre,
entouré d'énormes blocs de rochers et creusé en entonnoir,
dans lequel les eaux de la fontaine se maintiennent à des
hauteurs variables . On n'a jamais trouvé le fond de cet
abîme. L'excavation du bassin s'étend sous les rochers , et
de vastes canaux souterrains y amènent les eaux abondantes
qui proviennent de la fonte des neiges .
Sur le bord du bassin on avait érigé, en 1809 , une colonne
portant cette inscription « A Pétrarque » . Bien qu'elle fût
taillée sur le modèle de la colonne Trajane à Rome, elle
LA FONTAINE DE VAUCLUSE . 301
parut d'un effet si mesquin *, comparée à la grandeur de la
scène naturelle qui l'entourait , et aux rochers immenses
★
dont la hauteur la rapetissait d'une façon démesurée , qu'il
fallut l'enlever. On la transporta à l'entrée du village , où
elle est encore debout.
L'effet tantôt majestueux , tantôt riant et pittoresque , de la
fontaine de Vaucluse , s'explique par les alternatives de
l'éruption des eaux . Au point précis de la source, un énorme
rocher s'élève tout d'une pièce , à une hauteur de plus de
200 mètres , surplombant d'une façon menaçante la tête du
touriste . Si les eaux sont basses , le visiteur voit à ses pieds
un précipice incomplètement rempli d'eau ; si elles sont
hautes , il a devant lui une cascade jetant sur la série des
rochers une grande masse d'eau qui se brise et se réduit en
écume avec un fracas épouvantable .
Dans les crues annuelles ordinaires, l'eau se divise par
chutes inégales entre les blocs de rochers, qui sont entière
ment recouverts d'une mousse d'un vert noirâtre ; la cascade
offre alors un aspect varié de formes et de couleurs . Mais ,
après les grandes pluies, par suite de l'abondance de l'eau,
c'est une véritable rivière qui sort du rocher, offrant l'aspect
d'un immense manteau aux franges d'écume .
Mots expliqués.
Immortaliser : Donner, dans le souvenir, une durée perpétuelle .
Pétrarque Célèbre écrivain italien ( 1304-1374) , qui a passé une
partie de sa vie près de la fontaine de Vaucluse.
Mesquin De chétive apparence.
Rapetisser Rendre plus petit. Faire paraître plus petit .
Questions et Analyse des idées.
1. Où se trouve la fontaine de Vaucluse ?.- 2. Donnez le nom du per
sonnage qui habitait, autrefois, près de la Fontaine de Vaucluse.
3. Faites une description de cette fontaine . 4. Analysez les idées
de chaque alinéa et montrez l'enchaînement de ces idées.
Devoirs (Elocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Décrivez une source ou une fontaine que vous avez vue .
302 LECTURES PRIMAIRES.
MAI FRANÇAIS
31º Semaine. La petite patrie.
151. - Souvenir d'enfance.
O vallons paternels , doux champs , humble chaumière ,
Au bord penchant des bois, suspendue aux coteaux,
Gazons entrecoupés de ruisseaux et d'ombrages ,
Seuil antique où mon père, adoré comme un roi ,
Comptait ses gras troupeaux rentrant des pâturages,
Ouvrez-vous, ouvrez-vous ! c'est moi.
Oui, je reviens à toi , berceau de mon enfance,
Embrasser pour jamais tes foyers protecteurs .
Loin de moi les cités et leur vaine opulence * !
Je suis né parmi les pasteurs .
Enfant, j'aimais comme eux à suivre dans la plaine
Les agneaux pas à pas, égarés jusqu'au soir ;
A revenir, comme eux , baigner leur blanche laine
Dans l'eau courante du lavoir .
J'aimais les voix du soir dans les airs répandues.
Le bruit lointain des chars gémissant sous leur poids
Et le sourd tintement des cloches suspendues
Au cou des chevreaux dans les bois.
SOUVENIR D'ENFANCE . 303
Respirer les parfums que la colline exhale ,
Ou l'humide fraîcheur qui tombe des forêts ;
Voir onduler de loin l'haleine matinale
Sur le sein flottant des guérets * ;
Guider un soc tremblant dans le sillon qui crie,
Du pampre domestique émonder * les berceaux ,
Ou creuser mollement au sein de la prairie
Les lits murmurants des ruisseaux ;
Le soir, assis en paix au sein de la chaumière ,
Tendre au pauvre qui passe un morceau de son pain ,
Et, fatigué du jour, y fermer sa paupière
Loin des soucis du lendemain ;
Sentir, sans les compter, dans leur ordre paisible ,
Les jours suivre les jours, sans faire plus de bruit
*
Que ce sable léger dont la fuite insensible.
Nous marque l'heure qui s'enfuit ;
Voir de vos doux vergers sur vos fronts les fruits pendre ,
Voir vos joyeux enfants dans vos bras accourir ,
Et, sur eux appuyé , doucement , redescendre :
C'est assez pour qui doit mourir.
LAMARTINE . (Célèbre poète du XIXe siècle , 1790-1869 . )
Harmonies poétiques . [ Hachette et Cie , édit .]
Mots expliqués.
Opulence Grande richesse.
Guérets : Terres labourables.
Émonder : Couper à un arbre les branches inutiles.
Le sable Le sablier, sorte d'horloge primitive.
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est le pays dont Lamartine fait la description ? - 2. De quoi
rappelle-t-il d'abord le souvenir ? — 3. Qu'y avait-il autour de la
maison paternelle ? -- 4. Que faisait Lamartine étant enfant? - 5. Loin
de son pays que regrette-t-il encore ? -- (Fleur du vallon - ombre
des forêts ― les animaux - le laboureur. ) 6. Quel est son dernier
désir? ― 7. Analysez cette poésie strophe par strophe.
Devoir (Elocution et Rédaction).
Dans une lettre à un ami, dites-lui ce qui vous attache le
plus à votre village ou à votre ville.
304 LECTURES PRIMAIRES .
MAI MORALE
31º Semaine. Le pays natal.
152 . - Le retour au pays natal .
Je me rappelle que lorsque j'arrivai en France, sur un
vaisseau qui venait des Indes, dès que les matelots eurent
distingué la terre de la patrie , ils devinrent pour la plupart
incapables d'aucune manœuvre .
Les uns la regardaient sans pouvoir en détourner les yeux ;
d'autres mettaient leurs beaux habits, comme s'ils avaient
été au moment de descendre ; il y en avait qui parlaient tout
seuls , et d'autres qui pleuraient .
A mesure que nous approchions , le trouble de leurs têtes
augmentait comme ils étaient absents depuis plusieurs
années, ils ne pouvaient se lasser d'admirer la verdure des
collines, le feuillage des arbres et jusqu'aux rochers du
rivage couverts d'algues * , de mousse , comme si tous ces
objets leur eussent été nouveaux .
Les clochers des villages où ils étaient nés, qu'ils recon
naissaient au loin dans les campagnes, et qu'ils nommaient
les uns après les autres, les remplissaient d'allégresse * .
Mais quand le vaisseau entra dans le port, et qu'ils virent sur
les quais leurs amis, leurs pères , leurs mères, leurs enfants
qui leur tendaient les bras en pleurant et qui les appelaient
par leurs noms, il fut impossible d'en retenir un seul à bord .
Tous sautèrent à terre , et il fallut suppléer aux besoins du
vaisseau par un autre équipage . BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.
Mots expliqués.
Algue : Famille de plantes qui poussent dans l'eau.
Allégresse : Joie vive et bruyante.
Questions et Analyse des idées.
1. Que faisaient les matelots en approchant de la côte? -- 2. Que
firent-ils quand le vaisseau entra dans le port? - 3. Quel était le sen
timent qui les animait? - 4. Résumez ce morceau .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez cette histoire comme si vous aviez été un des
matelots.
LE RETOUR AU PAYS NATAL. 303
Le retour au pays natal .
Il est doux , au retour, de respirer encore
Cet air du ciel natal où l'on croit rajeunir ,
Cet air qu'on respira dès sa première aurore ,
Cet air tout embaumé d'antique souvenir !
Il est doux de le voir balancer le feuillage
Du chêne couronné qui prêta son ombrage
A nos rêves au fond des bois,
Ou, comme un vieil ami dont on connaît la voix,
De l'entendre siffler sur l'herbe des collines ,
Et prolonger le soir, à travers les ruines,
Les sourds murmures d'autrefois !
Il est doux de s'asseoir au foyer de ses pères ; ......
Notre âme, en remontant à ses premières heures ,
Ranime tour à tour ces fantômes chéris
Et s'attache aux débris de ces chères demeures ,
S'il en reste au moins un débris .
Ainsi , quand nous cherchons en vain dans nos pensées
D'un air qui nous charmait les traces effacées ,
Si quelque souffle harmonieux ,
Effleurant au hasard la harpe détendue,
En tire seulement une note perdue,
Des larmes roulent dans nos yeux ;
D'un seul son retrouvé l'air entier se réveille ,
Il rajeunit notre âme et remplit notre oreille
D'un souvenir mélodieux .
LAMARTINE. Harmonies poétiques. [Hachette et Cie, édit. ]
Questions et Analyse des idées .
1. Dites ce que Lamartine aime revoir dans son pays . - · 2. Pour
quoi aime-t-il l'air natal ? — 3. Que lui rappelle la forêt ? - 4. Quels
souvenirs évoque la maison paternelle ? Décrivez-la. -- 5. Quels airs
reviennent parfois à notre pensée ? - 6. Comparez ces deux morceaux.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Mettez en prose cette poésie et ajoutez vos réflexions.
LECT. PRIM. 20
306 LECTURES PRIMAIRES.
MAI HISTOIRE
31e Semaine. Souvenirs d'avant la dernière guerre.
153 . - Voyage à Saverne en 1871.
Au temps où nous allions chez nous en dix heures , sans
rencontrer un factionnaire * allemand à toutes les gares , cefte
nuit de voyage était pour moi un plaisir sans fatigue . On
s'endormait à Meaux en savourant par avance la joie du
lendemain , et , malgré quelques cahots * , on ne faisait qu'un
somme jusqu'à Nancy . Là on s'éveillait tout exprès pour
entendre ce brave accent lorrain, dont j'ai eu tant de peine
à me défaire au collège, mais que j'apprécie en connaisseur
dans la bouche d'autrui . Dès ce moment , mes yeux ne quit
taient plus le paysage , et je ne me lassais point d'admirer la
richesse un peu monotone de ce vieux sol lorrain qui m'a
nourri.
Je reconnaissais les bons prés, je saluais en ami les fortes
terres rouges, terres à blé qu'un attelage de six chevaux
n'entame pas toujours sans peine ; j'encourageais du regard
les jeunes houblonnières, nouvel espoir de nos pays ; je fron
çais le sourcil devant les betteraves à sucre, gros revenu de
quelques années avec la ruine au bout ; j'assistais au réveil
des troupeaux de moutons dans leurs parcs , et je voyais le
berger sortir tout ébaubi * de sa maison roulante . Bientôt les
deux clochers de Lunéville apparaissaient sur l'horizon ;
style bourgeois , lourd , ampoulé , cossu , bonhomme au
demeurant.
Les jardinets soignés , ratissés, taillés, émondés, qui entou
rent la ville , me reportaient à mon enfance . Je n'ai jamais
pu voir un potager correct sans penser à mon grand-père ,
excellent homme et parfait jardinier. La station d'Avricourt ,
où l'on s'arrêtait trois minutes, m'inspirait chaque fois une
vive tentation de descendre : Avricourt est la tête d'une petite
ligne qui mène à Dieuze, mon pays natal . Un jour , je ne sais
quand, j'y ai vu un train en partance ; le conducteur criait
VOYAGE A SAVERNE EN 1871 . 307
de ce ton goguenard * et cordial qui caractérise l'esprit lor
rain : « Allons , les gens de Dieuze, en voiture ! » Je répondis
d'instinct, sans songer : « Les gens de Dieuze ! mais j'en
suis ! >>
On arrivait ensuite à Sarrebourg, aujourd'hui Saarburg,
une aimable petite ville , bien gaie , bien riante , et particu
lièrement française , en dépit de son nom germanique . Nous
embarquions une demi-douzaine de marchands de bétail ,
tous enfants d'Israël , et le train se précipitait vers la grande
traversée des Vosges . Six tunnels à la file : que de fois je les
ai comptés ! Dès le premier , je me sentais chez moi c'était
une avant-porte de la maison ; j'étais enfin dans nos mon
tagnes de grès rouges ....
Sur les sept heures du matin, sauf accident, le train ,
l'heureux train du bon temps , débouchait dans la plaine ,
au-dessous de Saverne , et, deux minutes avant l'arrêt, je
voyais sur la gauche, au milieu d'une étroite vallée , un
pignon à demi caché dans les arbres home ! sweet home ! *
voilà le nid ! E. ABOUT.
Mots expliqués.
Factionnaire : Soldat qui garde un poste
Cahot Saut brusque d'une voiture.
Ébaubi : Qui est tout étonné.
Ampoulé Qui est enflé.
Ton goguenard : Ton plaisant et moqueur.
Home Mot anglais presque intraduisible chez soi ; sweet home,
doux chez soi !
Questions et Analyse des idées.
1. Quel plaisir éprouve l'auteur en retournant dans son pays?
2. Que voit-il le long du chemin avant Lunéville ? - 3. Comment
étaient les alentours de cette ville ? ――― 4. Quel sentiment éprouve l'au
teur en arrivant dans son pays ? - 5. Cherchez les mots et les phrases
où se marque particulièrement l'amour de l'auteur pour son pays.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Après la guerre de 1870-1871 , beaucoup d'Alsaciens-Lor
rains ont quitté leur pays. (Dites pourquoi et indiquez ce qu'ils
ont surtout regretté.)
2. Si vous habitez la campagne, faites la description de la
maison paternelle et de ses environs.
308 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
31º Semaine. Nos colonies.
154. Un village et une ferme en Algérie .
Après la funeste guerre de 1870-71 , le gouvernement français offrit aux Alsa
ciens qui n'acceptaient pas la domination allemande des terres à cultiver en
Algérie. Beaucoup réussirent et firent prospérer cette colonie française qui rem
plaçait pour eux la patrie perdue.
Les riantes villas d'une blancheur éblouissante , qui se
succèdent sans interruption, nous font passer d'Alger au
délicieux village d'El-Biar .
C'est le type des villages algériens. Autour d'une place
carrée, ombragée d'arbres séculaires * , se groupent les prin
cipaux monuments : mairie , église , école , bureau de poste .
Soudain, une musique bien connue vient réjouir nos
oreilles françaises : la municipalité a tenu, par une atten
tion délicate, à faire exécuter en notre honneur la Marseil
laise ; puis M. l'Adjoint nous souhaite la bienvenue .
A la sortie du village , la scène change brusquement plus
d'habitations , peu ou point d'arbres , mais de riches vignobles
s'étendant à perte de vue . Nous sommes entrés dans l'exploi
tation vinicole de Beni-Messous .
Cette exploitation a subi bien des vicissitudes avant de
parvenir au degré de prospérité qu'elle a atteint aujourd'hui .
Fondé par une société d'Alsaciens qui avaient émigré à la
suite de la guerre franco-allemande, l'établissement exploité
par ces agriculteurs inexpérimentés sombra au bout de peu
de temps . Leur successeur ne fut pas plus heureux .
En 1896 , deux propriétaires d'Alger se rendirent acqué
reurs de la ferme, dont la prospérité prit avec eux un essor
considérable.
Une riante allée de palmiers , de rosiers et de figuiers, nous
conduit à la [Link] admirons l'aspect coquet de la
maison d'habitation disparaissant à moitié sous un gracieux
rideau de fleurs , la cour et les bâtiments où règnent une
propreté méticuleuse et un ordre parfait.
UN VILLAGE ET UNE FERME EN ALGERIE. 309
Nous contournons le bâtiment central pour arriver aux
locaux où nous pouvons suivre les différentes phases de la
fabrication du vin , après avoir reçu quelques explications
préliminaires sur la culture de la vigne.
Avant que l'on procède à la plantation de la vigne , le sol
est défoncé à une profondeur de 60 centimètres, en plaine à
l'aide de charrues mues par la vapeur, et sur les coteaux
par des charrues plus légères , actionnées par des treuils à
traction animale . Le sous-sol ainsi ameubli emmagasine faci
lement les eaux pluviales , et fournit aux racines l'humidité
indispensable à une production abondante de raisin, humi
dité que la partie superficielle du sol, desséchée par le
siroco, ne saurait donner . Pour la même raison , à l'entrée
de l'hiver, chaque cep est déchaussé de manière à favoriser
l'aération et l'humidité de la terre en contact avec les racines ,
et au printemps suivant on ramène la terre au pied du cep .
Après la visite de la ferme, nous allons voir les écoles ,
dont l'installation matérielle ne laisse rien à désirer .
D'ailleurs, l'école vient compléter l'œuvre de la colonisa
tion par son action bienfaisante sur les jeunes indigènes , qui
sont tout fiers et tout heureux de nous montrer qu'ils savent
s'exprimer avec facilité , sinon correctement , en français .
CARAVANE DES INSTITUTEURS DE SEINE-ET-MARNE ( 1903) .
Mots expliqués.
Arbres séculaires Vieux de un ou plusieurs siècles .
Vicissitudes : Changements heureux ou malheureux .
Questions et Analyse des idées .
1. Où étaient les personnes qui racontent leur voyage? - 2. Que
trouve-t-on dans le village algérien ? - 3. Pourquoi ce village
a-t-il été fondé par des Alsaciens ? 4. Que devint la ferme à partir
de 1896 ? 5. Faites la description de cette ferme ? ― 6. Comment
cultive-t-on la vigne en Algérie ? 7. Qu'ont visité les voyageurs
après la ferme? -- 8. Comment l'école complète-t-elle l'œuvre de la
colonisation ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Décrivez un village et un vignoble créés par les Français
en Algérie.
310 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
31e Semaine. Animaux curieux des pays étrangers .
155. Le Chameau et le désert.
Voici une célèbre et saisissante description datant d'un siècle et demi à peu
près ; depuis, les Européens, eux aussi, ont appris à traverser le désert, notam
ment les Français au sud de l'Algérie ; mais ils se servent précisément du cha
meau, l'indispensable vaisseau du désert.
Les Arabes regardent le chameau comme un présent du
ciel , un animal sacré , sans le secours duquel ils ne pour
raient ni subsister, ni commercer , ni voyager.
Le lait des chameaux fait leur nourriture ordinaire ; ils en
Caravane et ses chameaux.
mangent aussi la chair, surtout celle des jeunes, qui est très
bonne à leur goût ; le poil de ces animaux, qui est fin et moel
leux et qui se renouvelle tous les ans par une mue * complète ,
leur sert à faire les étoffes dont ils se vêtissent * et se meublent :
Avec leurs chameaux , non seulement ils ne manquent de
rien , mais même ils ne craignent rien ; ils peuvent mettre
en un seul jour cinquante lieues de désert entre eux et leurs
ennemis ; toutes les armées du monde périraient à la suite
d'une troupe d'Arabes ; aussi ne sont-ils soumis qu'autant
qu'il leur plaît .
LE CHAMEAU ET LE DÉSER1. 311
Qu'on se figure un pays sans verdure et sans eau, un
soleil brûlant , un ciel toujours sec , des plaines sablon
neuses, des montagnes encore plus arides *, sur lesquelles
l'œil s'étend et le regard se perd sans pouvoir s'arrêter sur
aucun objet vivant ; une terre morte et, pour ainsi dire ,
écorchée par les vents , laquelle ne présente que des osse
ments , des cailloux jonchés , des rochers debout ou ren
versés, un désert entièrement découvert, où le voyageur n'a
jamais respiré sous l'ombrage , où rien ne l'accompagne,
rien ne lui rappelle la nature vivante : solitude absolue,
mille fois plus affreuse que celle des forêts ; car les arbres
sont encore des êtres pour l'homme qui se voit seul.
Plus isolé, plus dénué * , plus perdu dans ces lieux vides
et sans bornes , il voit partout l'espace comme son tombeau ;
la lumière du jour, plus triste que l'ombre de la nuit, ne
renaît que pour lui présenter l'horreur de sa situation en
reculant à ses yeux les barrières du vide .
Cependant l'Arabe , à l'aide du chameau, a su franchir et
même s'approprier ces lacunes de la nature * , elles lui servent
d'asile. BUFFON.
Mots expliqués.
Mue : Changement de peau pour les insectes, de plumage pour les
oiseaux, de poil pour les animaux.
Vêtissent : Forme usitée au XVIIIe siècle. On dit aujourd'hui : ils se
vêtent.
Aride Qui n'est pas cultivable.
Dénué : Qui est privé de tout.
Lacune de la nature : Les endroits vides, déserts, où la nature
vivante semble cesser.
Questions et Analyse des idées.
1. Quel usage font des chameaux les peuplades arabes ? 2. Le
chameau peut-il vivre dans tous les pays ? - 3. Décrivez un désert
d'Afrique. - 4. Pourquoi l'homme ne pourrait-il pas y vivre seul ? --
5. Analysez chacune des trois parties (le chameau , le désert, l'homme) .
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Faites la description d'une caravane de voyageurs et de
chameaux traversant le désert.
2. Le chameau (description , utilité).
312 LECTURES PRIMAIRES.
MAI FRANÇAIS
32e Semaine. Bons offices mutuels .
156. -- Le pain sec .
Cette sorte de mutualité affectueuse est d'autant plus touchante, qu'elle est
toute instinctive, nullement calculée, et qu'elle existe entre très jeune enfant
et vieillard, deux êtres qui sont aux deux extrémités de la vie.
Victor Hugo.
Jeanne était au pain sec, dans le cabinet noir,
Pour un crime * quelconque ; et, manquant au devoir ,
J'allai voir la coupable en pleine forfaiture ,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture.
Contraire aux lois . Tous ceux sur qui, dans ma cité ,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce :
- « Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet » .
Mais on s'est récrié : « Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fàche .
Pas de gouvernement possible. A chaque instant,
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
LE PAIN SEC. 313
Plus de règle . L'enfant n'a plus rien qui l'arrête .
Vous démolissez tout. >> ― - Et j'ai baissé la tête.
Et j'ai dit : « Je n'ai rien à répondre à cela .
J'ai tort . Oui , c'est avec ces indulgences -là
Qu'on a conduit toujours les peuples à leur perte .
Qu'on me mette au pain sec. ―― Vous le méritez , certes ;
On vous y mettra . » Jeanne alors , dans son coin noir ,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures :
<< Eh bien ! moi , je t'irai porter des confitures . >>
VICTOR HUGO. L'Art d'être grand-père.
V. Hugo, dans sa vieillesse, vivait avec ses deux petits-enfants. Il aimait beau
coup, comme on sait, les enfants, mais ceux-là encore plus. Nous venons de
lire une poésie à la petite fille ; voici d'autres vers au petit garçon :
Viens, mon George ! Ah ! les fils de nos fils nous enchantent ,
Ce sont de jeunes voix matinales * qui chantent :
Ils sont , dans nos logis lugubres , le retour
Des roses, du printemps, de la vie et du jour.
Leur rire nous attire une larme aux paupières ,
Et de notre vieux seuil fait tressaillir les pierres .
Mots expliqués.
Crime : Ici l'on veut dire une faute d'enfant ; l'auteur plaisante ,
ainsi que dans les mots suivants : coupable, forfaiture, etc.
Matinales :: Gracieuse comparaison : l'enfance est le matin de la vie.
Questions et Analyse des idées .
1. Résumez la lecture . - 2. Pourquoi V. Hugo gâtait-il sa petite
fille? - 3. Comment celle-ci voulait-elle lui manifester sa reconnais
sance? - 4. Montrez , dans la première partie de la lecture , que
V. Hugo est ironique, qu'il fait un jeu d'employer de grands mots pour
désigner de petites choses . - 5. Dans les vers à son petit garçon, quelle
comparaison fait Victor Hugo ? ―――― 6. Répétez par cœur les vers que
vous avez trouvés les plus beaux.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Mettez cette lecture en prose et dites ce que vous en pensez.
314 LECTURES PRIMAIRES.
MAI MORALE
32º Semaine. Devoirs sociaux.
157. ―――― Charité .
- « Je suis la Charité , l'amie
Qui se réveille avant le jour,....
Je viens visiter ta chaumière
Veuve de l'été si charmant.
« J'accours , car la saison est dure.
J'accours, car l'indigent a froid.
J'accours, car la tiède verdure
Ne fait plus d'ombre sur le toit.
« Je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme, quel qu'il soit,
Je laisse la joie à qui donne
Et je l'apporte à qui reçoit . »
- Au lit du vieillard solitaire
Elle penche un front gracieux ,
Et rien n'est plus beau sur la terre,
Et rien n'est plus grand sous les cieux,
Lorsque, réchauffant leurs poitrines
Entre ses genoux triomphants .
Elle tient dans ses mains divines
Les pieds nus des petits enfants !
Elle va dans chaque masure ,
Laissant au pauvre réjoui
Le vin , le pain frais , l'huile pure
Et le courage épanoui .
Et le feu ! le beau feu folâtre,
A la pourpre * ardente pareil
Qui fait qu'amené devant l'âtre
L'aveugle croit rire au soleil !
Puis elle cherche au coin des bornes,
Transis par la froide vapeur,
CHARITÉ . 315
Ces enfants qu'on voit nus et mornes
Et se mourant avec stupeur *.
Et si , le front dans la lumière ,
Un riche passe en ce moment,
Par le bord de sa robe altière
Elle le tire doucement.
Puis pour eux elle prie encore
La grande foule au cœur étroit ,
La foule qui , dès qu'on l'implore,
S'en va comme l'eau qui décroît ....
Le bien qu'on fait parfume l'âme .
On s'en souvient toujours un peu !
« Le soir, au seuil de sa demeure ,
Heureux celui qui sait encor
Ramasser un enfant qui pleure ,
Comme un avare un sequin d'or !
« Le vrai trésor rempli de charmes,
C'est un groupe pour vous priant
D'enfants qu'on a trouvés en larmes
Et qu'on a laissés souriant . >>
V. HUGO. Les Voix intérieures.
Mots expliqués.
Pourpre Couleur rouge .
Stupeur Immobilité causée par une grande douleur.
Questions et Analyse des idées.
1. De quoi parle Victor Hugo dans ces vers ? — 2. A quel moment la
charité se montre-t-elle? --- 3. Qui a besoin qu'on lui fasse l'aumône ?
(le malheureux dans sa chaumière , l'indigent, le vieillard, les orphelins ,
l'infirme) . — 4. Que peut-on donner à tous ces malheureux ? — 5. Quelle
satisfaction éprouve-t-on quand on a fait le bien?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites en quoi consiste la charité et pourquoi il faut la
pratiquer.
2. Comment un enfant peut-il se montrer charitable ?
316 LECTURES PRIMAIRES.
MAI HISTOIRE
32e Semaine Grands hommes du XIXe siècle .
――――――
158. L'enfance de Victor Hugo (1802-1885) .
Victor Hugo est le plus grand poète de l'époque contempo
raine sa carrière embrasse la majeure partie du XIXe siècle ,
et son œuvre touche à tous les sujets ; il a vécu sous les
différents gouvernements premier Empire, Restauration ,
monarchie de Juillet, République de 1848 , second Empire et
troisième République ; il a pris lui-même une part quelquefois
importante aux événements politiques, et ses sentiments , ses
idées , ont suivi l'évolution * des sentiments et des idées de la
société française .
Victor Hugo est né à Besançon en 1802. Son père était
général de l'Empire ; sa mère appartenait à une vieille
famille royaliste ; il connut donc dès son enfance les impres
sions et les conflits de sentiments qu'éprouvaient alors
presque toutes les familles .
Les événements militaires auxquels son père se trouva
mêlé conduisirent Victor Hugo , encore tout jeune , dans des
pays bien différents : de Besançon en Corse, dans le sud de
l'Italie, en Espagne, à Paris .
L'enfant avait déjà une imagination très vive ; des pays et
des personnes qu'il voyait ainsi, il rapporta de fortes impres
sions qui devaient passer bientôt dans ses ouvrages . Mais ses
études . d'école ne gagnaient pas au milieu de tant de
voyages ; heureusement qu'il lisait beaucoup ; dès l'âge de
douze ans il avait dévoré les oeuvres de Voltaire , Rousseau ,
Diderot , des livres de voyages , etc.
Vers treize ans, les études de Victor Hugo furent un peu
plus régulières ; il s'adonna aux mathématiques avec l'espoir
de concourir pour l'École polytechnique . Mais déjà il était
poète et il écrivait des vers en cherchant la solution de ses
problèmes de classe . Il travaillait d'ailleurs beaucoup : à
quinze ans , il envoya une poésie à l'Académie française
L'ENFANCE DE VICTOR HUGO (1802-1885). 317
<< sur les avantages de l'étude » ; cette poésie fut remarquée ,
et il jouait aux barres quand on vint lui apprendre qu'il
avait une mention .
Bientôt la vocation devient chez lui plus impérieuse , il
sent que tout autre métier lui sera impossible ; il renonce à
l'École polytechnique et même à la pension que lui faisait
son père, et il écrit à celui-ci qu'il veut vivre de sa plume .
Il était âgé de seize ans !
Belle résolution , mais difficile à tenir, car un jeune
homme de cet âge ne trouve guère à placer avantageusement
ses écrits . Victor Hugo va fièrement devant lui . Il avait une
santé délicate ; mais une vie très régulière, très sobre , le
fortifie chaque jour davantage ; il travaille avec acharne
ment ; il compose des vers et gagne quelques prix ; il fonde
un journal à dix-neuf ans ; il se lie d'amitié avec des
hommes déjà célèbres que son jeune talent émerveille ; il
devient bientôt célèbre dans toute la France et même hors
des frontières .
A dix-neuf ans il perd sa mère, et le grand chagrin qu'il
en éprouve est encore assombri par la gêne véritable dans.
laquelle il se trouve . Enfin ses Odes obtiennent un grand
succès ; le roi lui accorde une pension de 1000 francs par
an , et Victor Hugo , tout heureux de cette aubaine , n'hésite
plus à se marier avec une jeune fille qui était sa fiancée
depuis plusieurs années ( 1822) ; le poète avait vingt ans . Le
jeune ménage connut plus d'une fois la misère et il lui arriva
de déjeuner de la moitié d'un œuf.
Mot expliqué.
Évolution Mouvement, changement régulier et progressif.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle importance a V. Hugo dans le XIXe siècle ? -2 . Quel autre
écrivain avait été déjà le grand homme d'un autre siècle ? -3. Quels
étaient les parents de V. Hugo ? - 4. Racontez sa première enfance.
5. Citez quelques traits de son énergie, de sa confiance en lui.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la lecture.
318 LECTURES PRIMAIRES.
ΜΑΙ CONNAISSANCES USUElles
32e Semaine. Nos colonies.
159. -- Caravane au désert .
Nombreuses , autrefois , et riches étaient les caravanes qui ,
venant par l'Égypte, apportaient les épices de l'Orient, les
pierres précieuses , les soyeuses étoffes persanes , les armes
de Damas, et l'ivoire , et le café . Grossies des troupes dé
votes de pèlerins musulmans se dirigeant vers la Mecque ,
elles traversaient le désert par des routes non tracées, cam
pant sous les palmiers, à la chaleur du jour , ou le soir, au
bord des flaques d'eau saumâtre et verte .
Il fallait supporter mille dangers et mille souffrances, la
fatigue du pas brisant les chameaux , l'atroce chaleur de
l'air desséché, le rayonnement perpendiculaire du soleil
implacable, quand les objets à midi n'ont pas d'ombre , le
froid subit des nuits , la soif et les hallucinations du mirage *
qui doublent la soif; le vent de feu du Sahara, le terrible
simoun, qui soulève les sables ardents, remplit la gorge et
la poitrine de poussières étouffantes , obscurcit le jour et
ensevelit sous ses trombes hommes et chameaux ; braver les
embûches des brigands du désert à l'affût derrière les pal
miers de l'oasis ou dans les éboulis * de la dune .
Aujourd'hui que des voies nouvelles moins pénibles et .
moins périlleuses ont été ouvertes de toutes parts, et par
terre et par mer, les caravanes sont rares et petites . La
troupe se forme, à l'ordinaire , de chameaux éprouvés aux
longues traversées , de chameliers arabes ou berbères * , et de
voyageurs, marchands ou pèlerins . Après mainte cérémonie ,
elle part ; elle s'allonge en file onduleuse, piétons , montures,
bêtes de somme, à petite marche , par la plaine grise et nue ,
se dirigeant vers quelque objet lointain à peine perceptible .
Le personnage le plus important est le guide ; la vie de tous
est entre ses mains . Un homme égaré est un homme mort ;
et la caravane elle-même, si elle perdait sa route , serait
CARAVANE AU DÉSERT. 319
vouée à la soif, aux angoisses, peut-être à la destruction .
Mais voilà que l'étape prévue tire à sa fin ; les palmiers de
l'oasis se rapprochent , le sol se montre couvert d'herbe jau
nâtre et de petites touffes rampantes . Le soleil s'est presque.
subitement couché . Un petit vent passe , déjà frais . Le cha
melier, fatigué, laisse ralentir le pas des montures , et , pour
encourager leurs derniers efforts, il leur chantonne des mé
lodies traînantes et monotones comme on chante aux bœufs
de labour. Puis on atteint les premiers bouquets rares et
grêles des palmiers . On fait halte , non loin de la maigre
source ; les chameaux s'agenouillent, on les soulage du plus
lourd de leur charge . Les bêtes sont désaltérées ; elles s'éten
dent par terre, le cou allongé ; les voyageurs ont dévoré leur
repas de dattes ou de riz. Un camp se dresse à la hâte ; les
bagages eux-mêmes servent d'abri ; on dispose quelques
toiles en forme de tente , car les nuits sont très froides , puis
on se couche, on s'enveloppe de manteaux et l'on s'endort
sous les étoiles , tandis que les guides et les veilleurs postés
en sentinelles regardent au loin , écoutent dans le silence
nocturne, parfois collant l'oreille contre terre, pour ouïr si
l'on ne percevrait pas dans les sables le pas mol et rapide
des chameaux de guerre des brigands touaregs ....
Mots expliqués.
Mirage Phénomène produit par la lumière et qui fait paraître au
!oin des objets qui n'existent pas.
Éboulis Amas de matières qui se sont éboulées.
Berbères : Race indigène de l'Afrique septentrionale .
Questions et Analyse des idées .
1. Quel était le but des caravanes qui traversaient autrefois l'Égypte ?
- 2. Quelles étaient les difficultés qu'elles rencontraient? -- 3. Que
recherchent surtout, dans les déserts, les caravanes ? ―- 4. Décrivez
une caravane. - 5. Par quoi sont-elles souvent remplacées aujourd'hui ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Énumérez et décrivez les possessions françaises d'Afrique.
320 LECTURES PRIMAIRES.
MAI CONNAISSANCES USUELLES
32e Semaine. . Nos colonies.
160 . 144 Une Oasis .
On se fait communément une idée très inexacte des oasis ,
tant sous le rapport de leur étendue que de la nature du sol .
Les oasis les moins considérables ont encore une étendue de
plusieurs journées de marche dans un sens ou dans l'autre ,
ce qui donne une superficie de 200 à 500 kilomètres carrés .
Les grandes
oasis sont d'ail
leurs plus nom
breuses que les
petites , parce
qu'elles résis
tent beaucoup
mieux à l'inva
sion des sables
mouvants . L'oa
sis de Thèbes a
Une oasis.
une étendue de
100 kilomètres sur 15. La grande oasis d'Asben ou d'Aïr
occupe, du nord au sud et de l'ouest à l'est, une étendue
de 3 degrés ou d'environ 330 kilomètres .
Composée de plateaux dont la hauteur moyenne est de
600 mètres , et de montagnes qui atteignent 2000 mètres
d'élévation, on pourrait appeler cette oasis la Suisse du désert.
L'air y est très pur, salubre et relativement frais . On y cultive
du blé, et notamment du millet et du sorgho*. Les animaux qui
s'y rencontrent sont le lion sans crinière , le léopard, l'hyène ,
le chacal , le singe, l'antilope , l'autruche , le pigeon, la pin
tade, etc., etc. La capitale de cette oasis, la ville d'Agadès ,
était autrefois florissante et rivalisait avec Tombouctou.
Des royaumes entiers , dans le désert , n'occupent chacun
qu'une oasis . L'Égypte elle-même n'est qu'une grande oasis.
UNE OASIS. 321
Les forêts de palmiers sont surtout ce qui constitue les
oasis. L'Arabe dit que le palmier fut créé en même temps
que l'homme, pour servir à l'entretien de la vie humaine .
Le palmier prospère dans les oasis africaines , parce que cet
arbre rustique s'accommode de l'eau saumâtre * , la seule que
fournisse le désert.
L'Arabe sait quelquefois créer une oasis artificielle avec
quelques palmiers . Pour cela il creuse un trou jusqu'à
8 mètres de profondeur, et dans ce trou il plante un pal
mier. Les racines profondes percent le sol et pénètrent jusqu'à
la couche d'eau souterraine ; dès lors le palmier peut se
passer d'arrosage, et sous son ombre les autres végétaux
seront cultivés. Il arrive parfois que le vent comble ces
trous à palmiers : alors l'Arabe recommence avec courage le
travail fatigant qui consiste à dégager le trou de 8 mètres de
profondeur des sables qui l'ont envahi.
En outre des palmiers-dattiers , on cultive , dans les oasis,
beaucoup d'arbrisseaux , des légumes et des céréales . On y
cultive aussi l'orge , cette céréale vraiment cosmopolite * ,
puisqu'on la voit jusqu'en Laponie et qu'on la retrouve dans
les sables brûlants du Sahara.
Mots expliqués.
Sorgho Genre de plante dite aussi grand millet : les tiges servent
pour faire les balais du commerce, et les graines forment une partie
de la nourriture des indigènes .
Eau saumâtre : Eau qui a un goût désagréablement sale, souvent
marécageuse et malsaine.
Cosmopolite Que l'on trouve dans tous les pays.
Questions et Analyse des idées .
1. Qu'est-ce qu'une oasis ? - - 2. Que cultive-t-on dans les oasis ?
3. Où trouve-t-on surtout des oasis ? - - 4. Comment l'Arabe crée-t-il
une oasis artificielle ? ·―― - Comment les Français en ont-ils créé (puits
artésiens . )
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Énumérez et décrivez quelques oasis.
2. Quelles plantes croissent dans les oasis? Décrivez le dat
tier et dites quel profit on tire de cet arbre.
LECT. PRIM 21
322
MOIS DE JUIN
PROGRAMME . - — Français : Le verbe . Les mots invariables . — Morale :
Devoirs envers soi-même, envers la patrie, envers la société.
Histoire La France héroïque au temps de la Révolution . — Inven
tions et découvertes au XIXe siècle. ·- Grands hommes du XIXe siècle .
-Connaissances usuelles et géographie : A travers la France et ses
colonies. -- La nature au printemps et en été . Grands travaux du
siècle.
JUIN FRANÇAIS
33e Semaine. Grands hommes du XIXe siècle.
161. Les œuvres de Victor Hugo .
Dès l'âge de 22 ans , à force de travail , Victor Hugo était
libre du côté de l'existence matérielle , et il pouvait suivre plus
complètement ses goûts littéraires. Il se mit à composer des
pièces de théâtre . Il écrivit Hernani, qui eut un succès con
sidérable (1830) . Pendant la monarchie de Juillet, Victor Hugo
continua de donner de magnifiques poésies comme Les Feuilles
d'Automne, les Contemplations , des pièces de théâtre qui le
plaçaient à côté de nos grands auteurs des siècles précédents ,
des romans comme Notre-Dame de Paris, etc ... ; il fut élu
membre de l'Académie Française en 1841 ; le gouvernement
l'appela à la Chambre des pairs en 1845 ; il avait conquis très
rapidement la renommée, la fortune , les honneurs ; mais il
avait aussi éprouvé de grandes afflictions ; le deuil le plus
cruel qui le frappa fut la mort de sa fille aînée Léopoldine
qui, faisant une promenade en bateau sur la Seine , se noya
avec son mari, à peine âgée de dix-neuf ans ; la douleur du
grand poète éclata dans des vers qui sont parmi les plus
beaux des Contemplations et de toute son œuvre .
Pendant la République de 1848 à 1851 , Victor Hugo joua
un grand rôle politique . Journaliste , orateur , député , il s'in
spira toujours « d'un tendre et profond amour du peuple » ,
des faibles , des opprimés ; proscrit après le coup d'État du
LES ŒUVRES DE VICTOR HUGO . 323
2 décembre, il se cacha, quitta la France et alla chercher
un asile à Bruxelles, puis dans l'ile anglaise de Jersey.
Il flagella le coup d'État dans les vers magnifiques des
Châtiments. Il continua d'écrire ses Contemplations ; il y joi
gnit la Légende des siècles et peignit avec force les misères
humaines dans le célèbre roman Les Misérables . Victor Hugo
avait acquis une immense renommée ; les écrivains , les
hommes politiques , les curieux de France et du monde , tra- .
versaient en foule la mer pour venir le voir dans son île .
Il rentra en France aussitôt après la chute de l'Empire , et
il souffrit avec les Parisiens les horreurs du siège qu'il a
dépeintes lui-même dans l'Année Terrible (1870) .
Victor Hugo mourut en 1885. Jusqu'à son dernier jour , il
travailla avec une activité extraordinaire. Les écrivains l'ap
pelaient le Maître, le Père . Les étrangers les plus célèbres ,
lorsqu'ils passaient à Paris, se faisaient un honneur de le visi
ter ; la foule l'acclamait et se tenait tête nue devant sa voiture
quand il rentrait de promenade avec ses petits-enfants.
Voici quelques-unes des pensées de Victor Hugo :
<< Tant que le possible n'est pas fait, le devoir n'est pas
rempli. >>
<< Soyons les serviteurs du droit
Et les esclaves du devoir. >>
Parmi les qualités les plus rares de Victor Hugo, il con
vient de citer sa bonté , qui était pitié pour toutes les souf
frances, pour les animaux et pour les hommes malheureux .
Questions et Analyse des idées.
1. Dans quelles circonstances Victor Hugo composa-t-il Hernani ?
1 2. Les Contemplations ? —3. Les Chatiments? 4. L'Année ter
rible? - 5. Citez quelques-uns de ses autres ouvrages, et notamment
des morceaux que vous avez lus. ―― 6. Dites ce que vous en savez.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la vie de Victor Hugo en montrant particulière
ment de quelles qualités il a fait preuve.
324 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN MORALE
33 Semaine. Le dévouement à la Science.
162. — Le dévouement à la science .
Se dévouer pour la science, c'est, en somme, se dévouer pour les hommes
présents ou futurs, pour les progrès de l'humanité ; car la science, c'est-à-dire
la recherche de la vérité, est toujours utile. C'est là un si noble emploi de nos
forces, que ceux qui ont commencé à entrer dans cette voie, la suivent pas
sionnément. Écoutons ce que disait Pasteur à une grande cérémonie qui réu
nissait des savants de toute la terre (1892).
« Vous enfin, délégués des nations étrangères , qui êtes venus
de si loin donner une preuve de sympathie à la France, vous
m'apportez la joie la plus profonde que puisse éprouver un
homme qui croit invinciblement * que la
science et la paix triompheront de l'igno
rance et de la guerre ; que les peuples s'en
tendront, non pour détruire , mais pour
édifier, et que l'avenir appartiendra à ceux
qui auront le plus fait pour l'humanité
souffrante. J'en appelle à vous , mon cher
Pasteur.
Lister * , et à vous tous, illustres représen
lants de la science , de la médecine et de la chirurgie.
« Jeunes gens, jeunes gens , confiez-vous à ces méthodes
sûres, puissantes, dont nous ne connaissons encore que les
premiers secrets * . Et tous, quelle que soit votre carrière , ne
*
vous laissez pas atteindre par le scepticisme dénigrant et
stérile, ne vous laissez pas décourager par les tristesses de
certaines heures qui passent sur une nation .
Vivez dans la paix sereine des laboratoires et des biblio
thèques. Dites-vous d'abord : « Qu'ai-je fait pour mon in
«< struction ? »> ; puis, à mesure que vous avancerez : « Qu'ai-je
<< fait pour mon pays ? » ; jusqu'au moment où vous aurez
peut-être cet immense bonheur de penser que vous avez con
tribué en quelque chose au progrès de l'humanité . Mais , que les
efforts soient plus ou moins favorisés par la vie, il faut,
quand on approche du grand but , être en droit de se dire :
« J'ai fait ce que j'ai pu. >» · •
LE DÉVOUEMENT A LA SCIENCE. 325
Chaque fois que Pasteur avait éprouvé un grand cha
grin, un deuil cruel, comme après la perte de ses enfants, ou
après la guerre de 1870 , il rentrait dans son laboratoire ,
reprenait ses chères études, répétant le mot de toute sa
vie, ce mot si simple, si grand, qui apaise et qui console :
« Il faut travailler ! »
Il disait, un jour, pour se peindre lui-même , avec une
modestie d'ailleurs exagérée , aux élèves du collège d'Arbois ,
que « son seul mérite était un travail assidu , sans autre
don particulier que celui de la persévérance dans l'effort,
joint peut-être à l'attrait de ce qui est grand et beau …… .. »
PASTEUR. (Extrait de la Vie de Pasteur par René Vallery- Radot. )
Augustin Thierry (historien du xix siècle ) avait déjà écrit :
« L'étude sérieuse et calme n'est-elle pas là? N'y a-t-il
pas en elle un refuge , une espérance ? Avec elle , on se fait à
soi-même sa destinée , on use noblement sa vie.... Il y a au
monde quelque chose qui vaut mieux que les jouissances
matérielles , mieux que la fortune, mieux que la santé elle
même, c'est le dévouement à la science » ( 1834).
Mots expliqués.
Invinciblement Croire invinciblement, c'est croire avec une foi que
rien ne peut détruire.
Lister Chirurgien anglais, l'un des inventeurs de la méthode anti
septique.
secrets : Méthodes scientifiques suivies par Pasteur.
Scepticisme : Défaut de celui qui n'a pas de convictions.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est la première pensée de Pasteur dans son discours ?
2. Comment s'adresse-t-il aux représentants des nations étrangères ? -
3. Quel est le conseil qu'il donne aux jeunes? - 4. Comment résumait
il, un jour, la cause de ses découvertes? - 5. Que disait Augustin Thierry
sur le même sujet ? — 6. Quels services nous rendent les savants ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Quels sont les avantages de la science : 1° pour celui qui
fait des recherches? 2º pour le pays où l'on fait ces recher
ches et pour l'humanité?
326 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN HISTOIRE
33º Semaine. Grands hommes du XIXe siècle.
-
163. Enfance et jeunesse de Pasteur .
Pasteur naquit en 1822 à Dôle , dans le département du
Jura ; il appartenait à une famille connue depuis longtemps
pour sa simplicité et son honnêteté . Pendant son enfance,
Pasteur fréquenta l'école primaire, puis le collège d'Arbois .
Il était bon élève , faisant exactement ses devoirs . A l'âge de
dix-huit ans, on lui offrit, au lycée de Besançon , une situa
tion de maître supplémentaire , qui lui permettait de gagner
quelque argent, tout en continuant de travailler les sciences .
Louis Pasteur était fort heureux de ce début parce qu'il
sentait enfin qu'il ne se trouvait plus à la charge de ses
parents ; il employait même une partie de son temps et de
ses très modestes économies à faire de loin l'éducation de
ses sœurs plus jeunes que lui . Il donnait déjà la preuve d'un
grand courage, et il croyait que le premier devoir d'un
homme est de chercher à se rendre tous les jours meilleur .
Aussitôt qu'il eut passé tous ses examens , il se mit à faire
des recherches scientifiques . Avec une douce ironie , ses
camarades l'appelaient pilier de laboratoire . Il paraissait
un peu lent. Penché sur une expérience , il la suivait jusqu'au
bout, pendant des jours et des mois s'il le fallait ; il la
recommençait avec une patience et une ténacité que rien ne
pouvait vaincre, jusqu'à ce qu'il eût obtenu un résultat abso
lument certain ; il se défiait beaucoup de lui ; il se jugeait
et se contrôlait lui-même très sévèrement ; il avait une hon
nêteté, une probité scientifique que ses adversaires mêmes
durent toujours reconnaître .
Il fit d'abord d'importantes découvertes sur la fermenta
tion de la bière, puis sur celle du vin , du vinaigre .
Ce n'était que le commencement d'études bien autrement
importantes. Il venait d'entrer dans le monde des infiniment.
petits , dans le monde de ces animalcules qu'il appela lui
ENFANCE ET JEUNESSE DE PASTEUR. 327
même plus tard des microbes : ' il va désormais , sans trève
ni relâche , chercher quel en est le rôle dans les différents
phénomènes de la nature .
Dès 1860 , il était convaincu que les microbes se trouvent
en grand nombre dans l'air et sont la cause de certaines
maladies . Mais comment le prouver ? La plupart des savants
avaient une opinion absolument opposée. Pasteur imagina
de remplir de petits ballons en verre avec de l'air pris en
différents endroits : dans les chambres , dans les rues , sur
des montagnes, et il se mit à étudier cet air, soit à l'aide du
microscope, soit au moyen d'expériences chimiques ; il
observa que l'air des villes contient plus de microbes que
celui de la campagne , et qu'il y en a de moins en moins à
mesure qu'on s'élève sur le sommet des montagnes .
Avant qu'il fût arrivé à des conclusions certaines , on lui
demanda d'aller étudier une épidémie qui frappait alors les
vers à soie et les détruisait effroyablement. Pasteur , armé de
son microscope , trouva la cause de la maladie , indiqua le re
mède et sauva de la ruine les populations des bords du Rhône.
Sur ces entrefaites , une épidémie de choléra avait éclaté à
Marseille et s'était propagée jusqu'à Paris . Pasteur soupçon
nait que la cause du choléra , comme de toutes les maladies
contagieuses, était un microbe ; il s'installa dans un hôpital
pour commencer des expériences sur ce terrible fléau . Elles
n'étaient pas sans danger : « Il faut du courage pour ce
genre d'étude , lui disait-on un jour . - Et le devoir ? >» répon
dit Pasteur. L'épidémie dura peu . Elle était terminée avant
que l'on eût réussi à isoler le microbe . VALLERY RADOT.
Questions et Analyse des idées.
1. Racontez l'enfance de Pasteur. 2. Citez quelques-unes de ses
qualités. - 3. De quoi s'occupait-il surtout ? - 4. Quand faisait-il con
naître le résultat de ses travaux? 5. Quel enseignement tirons-nous
de cette lecture ?
Devoir (Elocution et Rédaction).
Dites quels sont les services que Pasteur a rendus à l'humanité.
328 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
33º Semaine. Grands travaux contemporains.
164. ―――――――― Le canal de Suez.
(Difficultés à vaincre pour le creusement de ce canal.)
Le 25 août 1859 , après plusieurs années de diplomatie,
M. Ferdinand de Lesseps donnait solennellement le premier
coup de pioche sur la plage où s'élève aujourd'hui Port-Saïd .
Le creusement du canal à travers le lac Menzaleh offrait
de graves inconvénients, à cause des marais où il était im
⭑
possible d'établir des remblais à sec et où il n'y avait pas
assez de fond pour permettre d'employer des dragues *.
Pour creuser un premier chenal * dans ce lac de boue , les
ouvriers eurent recours à un procédé des plus primitifs qui
fait honneur à leur courage plus qu'à leur intelligence .
Ils entraient dans l'eau, et, se penchant en avant, pre
naient dans leurs bras tout ce qu'ils pouvaient contenir de
vase . Puis , se relevant, ils pressaient fortement cette vase
sur leur poitrine de façon à l'égoutter . Quand elle était suf
fisamment solidifiée , ils la plaçaient sur le dos de ceux qui
étaient chargés de la porter au bord du chenal .
Ceux-ci , profondément courbés , avaient les bras repliés
derrière le dos , de sorte qu'ils présentaient ainsi une sorte
de hotte pour recevoir la vase . Une fois chargés , ils fai
saient quelques pas et, se redressant en même temps qu'ils
retiraient leurs bras, ils laissaient glisser la boue sur les
bords du chenal en formant ainsi un talus de chaque côté .
La boue continuait à se dessécher sous les rayons du
soleil ardent de cette contrée , et la chaleur était telle que
l'évaporation se faisait assez rapidement pour assurer la
salubrité des chantiers, malgré le danger évident qu'il y
avait à remuer cette vase malsaine .
Il fut impossible de faire adopter à ces hommes des outils
européens .
Voici, par exemple, ce qui arriva quand on leu . donna
LE CANAL DE SUEZ. 329
des brouettes après qu'ils les eurent examinées avec le
plus grand étonnement et après qu'on leur eut montré la
manière de s'en servir, il les utilisèrent en se mettant à
deux pour les porter, au lieu de les rouler .
Ce fut donc par des procédés très primitifs que les rive
rains du lac Menzaleh creusèrent un canal de 5 mètres de
largeur sur une longueur de 45 mètres en enlevant plus de
400 000 mètres cubes de vase.
Ce chenal, encaissé de chaque côté entre deux talus de
boue solidifiée au soleil fut ensuite élargi par les dragues .
La question de l'eau eut une grande importance dans
l'histoire du canal de Suez . L'eau douce était pour ainsi
dire considérée comme un luxe dans l'isthme de Port-Saïd à
Suez . A Port-Saïd , l'eau venait péniblement de Damiette par
les barques à voiles du lac Menzaleh . La compagnie organisa
des appareils distillatoires et fit creuser des puits ; mais ,
tout cela était insuffisant.
Les pauvres devaient se contenter de l'eau nauséabonde
qui croupissait au fond des anciennes citernes . D'autre part,
on apportait à dos de chameau l'eau des Fontaines de Moïse
qui n'était guère meilleure . De la sorte , l'approvisionnement
d'eau à Suez , qui comptait 5000 habitants, revenait à
1 200 000 francs . DUMONT.
Mots expliqués .
Remblais : Terres rapportées , destinées à hausser un terrain.
Drague Machine pour creuser les rivières ou les nettoyer.
Chenal Passage destiné aux bateaux et pratiqué dans le lac .
Hotte Sorte de panier d'osier que l'on porte sur le dos .
Questions et Analyse des idées.
1. En quelle année fut commencé le canal de Suez ? - 2. Quel en
fut le promoteur ? - 3. Racontez les difficultés que l'on rencontra pour
creuser le canal dans le lac. - 4. Comment procédaient les ouvriers
qui y étaient employés ? -- 5. Comment se procura-t-on de l'eau pour
l'usage des habitants de Suez ? ――――― 6. Que doivent craindre les ouvriers
dans les pays chauds ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Montrez, à l'aide d'une carte, l'utilité du canal de Suez.
330 LECTURES PRIMAIRES .
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
33º Semaine. Animaux curieux des pays chauds.
165. - L'Autruche.
Buffon a dit que l'autruche est l'éléphant des oiseaux : la
comparaison des Arabes, qui l'appellent : « oiseau-cha
meau », est à coup sûr plus exacte . Ce grand volatile, en
effet, avec sa tête chauve, son bec court, son long cou qui
se replie en arrière , ses jambes hautes et musculeuses , res
semble assez à son frère bossu du désert .
Mais le roi des oiseaux a le vilain défaut d'être le plus
glouton de son royaume . Cette effrénée gourmandise est due
en partie à ce fait que l'autruche
a le goût et l'odorat fort imparfaits :
elle mange sans discernement tout
ce qui lui tombe sous le bec .
Il y a une autre raison encore :
c'est pour faciliter sa digestion , tout
invraisemblable que cela puisse être,
qu'elle avale des cailloux, du bois ,
des métaux , du verre et de la chaux ;
car, l'autruche n'ayant pas de dents ,
L'Autruche. la mastication se fait chez elle dans
l'estomac même, où tous ces corps
étrangers se frottent , roulent les uns sur les autres , à ce
point qu'on a pu retrouver dans un estomac d'autruche une
montre en or si bien polie que le chiffre gravé en relief s'en
était complètement effacé .
Le plus extraordinaire assemblage d'objets que l'ouverture
d'un estomac d'autruche ait révélé est celui- ci : un bougeoir
de cuivre, une chaîne en fer , les débris d'un vase en terre
cuite , cinq grosses pierres, des boutons de manchettes et
quantité de pièces de monnaie .
Admettons qu'il y ait ici quelque exagération ; ce qui est
L'AUTRUCHE. 331
vrai, c'est que l'autruche est, de nature , herbivore ; elle se
nourrit surtout de foin et de légumes . En Californie, quand
on est content d'elle , on lui donne comme friandise suprême
des...oranges , qu'elle avale d'un seul coup , comme nous
ferions de pilules .
Gloutonne , l'autruche a en outre la fâcheuse réputation
d'ètre l'un des animaux les plus stupides de la création .
Pure calomnie : les autruches ont au contraire de grandes
qualités .
Tous les voyageurs qui les ont approchées prétendent que
les autruches sont des animaux que l'on peut apprivoiser.
Elles jouent, en Arabie , avec les enfants, folâtrent avec les
cavaliers et les chiens ; dans le pays de Sennaar, on les élève
absolument comme chez nous la volaille : elles accom
pagnent le bétail au pâturage et reviennent d'elles-mêmes
à l'heure du repas . En Californie , ces dernières années , on
les a attelées avec succès, par couples, à des charrettes .
Bien mieux, à Jacksonville (Floride) , il existe une autruche
qui remplit le rôle de chien de garde . Elle s'appelle Napo
léon, elle a 3 mètres de haut et pèse près de 100 kilos .
Il est donc possible de domestiquer l'autruche . C'est ce
dont n'ont pas tardé à s'apercevoir les Anglais et les Amé
ricains . La domestiquer, l'élever, cultiver ses plumes , c'est
aujourd'hui une industrie florissante , surtout au Cap et en
Amérique. Mon Journal. [Hachette et Cie , édit. ]
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est le plus gros de tous les oiseaux ? - 2. De quoi se nourrit
l'autruche ? - 3. Est-elle aussi bête qu'on le prétend parfois ?
4. Quelles qualités possède l'autruche ? - 5. Quelle anecdote amusante
rapporte-t-on sur l'autruche Napoléon ? ― 6. Où et pourquoi a-t-on
domestiqué les autruches ? - 7. Distinguez dans ce récit : 1° les com
paraisons ; 2º la partie descriptive ; 3° les anecdotes.- 8. Quelle est la
conclusion?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites tout ce que vous savez sur l'autruche ?
332 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN FRANCAIS
34 Semaine. Le respect de soi-même chez l'ouvrier.
166 . - Le respect de soi-même.
On doit joindre au métier tout ce qui le relève.
Aider au bien qu'on voit, par le mieux que l'on rêve.
L'absinthe? ce poison couleur de vert-de-gris,
Qui vous rend idiot , sans qu'on soit jamais gris?
Merci ! Le cabaret ? L'on sait ce qu'on y gagne !
Singulier goût d'aimer à battre la campagne * !
Je n'ai jamais compris , sobre dès le matin ,
Les éblouissements de ce comptoir d'étain * !
Voyez-vous, ma raison, qu'un pareil soupçon blesse ,
Fait de la tempérance un titre de noblesse.
La misère et le vice ont besoin de l'oubli :
J'aime trop mon bon sens pour le voir affaibli ;
Et nous n'avons pas trop de notre intelligence ,
Nous autres , pour combattre et vaincre l'ignorance.
•
Je suis de ces rèveurs , charmés de leur trouvaille ,
Dont l'esprit va son train lorsque la main travaille !
Et, quand je ne vais pas , ―― c'est là tout mon roman , ―――――――
Bras dessus , bras dessous, promener la maman,
Car les mères aussi veulent être amusées !
Je dessine chez moi , je vais dans les musées ,
Je suis les cours publics : il s'en fait à foison !
J'apprends tant bien que mal à forger ma raison.
A quoi sert d'habiter une pareille ville ,
Si c'est pour y moisir comme une âme servile * ?
Ma mère , en nos longs soirs d'entretiens sérieux ,
Des choses de l'esprit m'a rendu curieux .
Puis , on veut être utile, étant célibataire :
J'ai des sociétés dont je suis secrétaire ;
Car le ciel m'a donné, sans nulle ambition,
Des instincts au-dessus de ma condition .
LE RESPECT DE SOI-MÊME. 333
On doit joindre au métier tout ce qui le relève ,
Aider au bien qu'on voit par le mieux que l'on rêve :
Travailler sans relâche afin d'être plus fort,
Et contre la misère user un moindre effort .
Et, d'ailleurs , il le faut, monsieur : le flot nous pousse ,
Et doit encor plus haut nous porter sans secousse !
Arbre ou peuple, toujours la force vient d'en bas :
La sève humaine monte , et ne redescend pas !
Aux livres je dois tout : j'en ai là sur la planche
Qui me font sans ennui passer tout mon dimanche .
Avec eux j'ai senti mon âme s'assainir ;
Ils m'ont donné la foi que j'ai dans l'avenir .
Ma mère me l'a dit : l'ignorance est brutale ;
Elle imprime au visage une marque fatale .
Au mal, comme au carcan * , l'ignorant est rivé * ,
Mais quiconque sait lire est un homme sauvé.
EUGÈNE MANUEL. (Poète contemporain. )
Les Ouvriers. [Calmann-Lévy, édit.]
Mots expliqués.
Battre la campagne : Parler à tort et à travers.
Comptoir d'étain Sorte de table d'étain sur laquelle on donne à
boire dans les buvettes .
Servile Qui est comme un serf, un esclave soumis à quelqu'un.
Carcan Collier en fer avec lequel on attachait les criminels, employé
ici comme image.
Rivé Aplatir à coups de marteau la tête d'un clou .
⚫ Questions et Analyse des idées.
1. Que répond l'ouvrier à qui l'on demande ce qu'il pense de
l'absinthe ? - 2. Que gagne-t-on au cabaret? - 3. Qu'y perd-on? —
4. Que fait le bon ouvrier le dimanche ? - 5. Où va-t-il? - 6. Avec
qui? 7. Lorsqu'il ne travaille pas de ses mains que fait-il?
8. Comment se rend-il utile ? — 9. Pourquoi l'ouvrier doit-il s'instruire ?
10. Quels bienfaits retire-t-on de la lecture? - 11. Que devient
l'ignorant ? — 12. Que nous enseigne l'auteur ? - 13. Expliquez les
deux vers placés en tête de la lecture.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Dites comment et pourquoi un ouvrier doit s'instruire.
2. Faites le tableau de l'intérieur d'une famille dont le
père est un bon ouvrier.
334 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN MORALE
34 Semaine. Travail et dévouement.
167. ――――― Le sentiment du devoir.
Il y a encore -- quoi qu'on en dise― des cœurs vertueux
dans le peuple, et les nobles traditions * de dévouement et de
sacrifice n'y sont point encore effacées. Georgette Bernard
(je cache sous ce nom celui d'une femme modeste qui m'en
voudrait de dire ce qu'elle a fait) , Georgette Bernard était
l'aînée de sept enfants. Le père et la mère , atteints tous
deux de la fièvre typhoïde, moururent à huit jours d'inter
valle . Et Georgette, enfant encore ( elle avait dix-sept ans) ,
devint la mère de ses frères et sœurs .
Les grands commençaient déjà à travailler ; les plus jeunes
allaient entrer à l'école . Le matin , il fallait se lever de bonne
heure . Quatre bouches affamées attendaient la soupe , et les
deux petits , le verre de bon lait chaud . Il fallait tout préparer.
Cela demandait du temps . Les grands s'habillaient , se
lavaient seuls, mais les moyens * avaient besoin d'aide , il
fallait démêler les chevelures des filles , veiller à tout et
calmer les cris des bébés au berceau . Et pour vivre , pour
donner à tout ce monde du' pain et quelque chose avec, il
fallait travailler sans perdre un instant, gagner le plus pos
sible pour payer ce qu'on achèterait , et faire honneur au
nom des Bernard , que tout le monde avait toujours respecté .
Georgette, à la mort de ses parents, avait terminé son appren
tissage de couturière . Elle prit de l'ouvrage à la maison .
Au dehors , cela lui était impossible . La clientèle * fut bien
longue à venir. Oh ! les jours affreux où , avec quelques sous ,
il fallait vivre tous , où la part de chacun était minutieuse
ment comptée , mesurée. La « petite mère » recommandait
sans cesse à ses enfants la propreté , le soin , l'ordre . Si on
salissait son tablier, « petite mère » grondait fort si les
chaussures, pourtant grossières , étaient trop vite usées, les
reproches étaient durs ; pour un accroc à la robe ou au
LE SENTIMENT DU DEVOIR. 335
pantalon, c'était une punition sévère . Dame ! il fallait écono
miser ; cela coûte cher, des habits .
Dès l'aube, pendant que tout son petit peuple dormait
encore , elle se levait sans bruit pour n'éveiller personne, et,
près de la fenêtre, elle commençait son travail opiniâtre *, et
l'aiguille marchait, courait... jusqu'au premier cri venu du
berceau. Elle réveillait alors toute la nichée. Et lorsqu'on
avait mangé la soupe ――――――――― pas toujours très grasse ――- et que
les bébés avaient bu leur lait, les grands embrassaient << petite
mère » et partaient pour l'école . Si les petits pouvaient ensuite
se rendormir, elle continuait à coudre, lavait le linge, repas
sait, se consacrant tout entière aux nécessités de la dure mis
sion que le malheur lui avait léguée *.
Le soir, bien tard , elle travaillait à une heure avancée
de la nuit, la petite lampe était encore allumée sur la table
de la couturière . Elle veillait, hiver, été , pendant le repos
des autres . Elle ne sortait jamais, si ce n'est une heure,
le dimanche, dans l'après-midi , pour aller au cimetière ,
près du père et de la mère , et puiser, devant leur tombe
muette, un nouvel orgueil et un redoublement d'énergie .
ADOLPHE VINCENT. Pour lire le soir. [Nathan, édit . ]
Mots expliqués .
Traditions Les habitudes, les idées que les hommes se transmet
tent d'âge en âge.
Moyens : Les enfants d'âge moyen , entre les aînés et les plus jeunes.
Clientèle L'ensemble des clients, des gens qui achètent chez une
personne ou qui la font travailler.
Opiniâtre Ayant beaucoup de ténacité, de volonté.
Le malheur lui avait légué : Expliquez cette locution.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle était la situation de Georgette ? ― 2. Que fit-elle pour
élever ses frères et sœurs ? - 3. Comment vivait la famille ? —4. Quelles
qualités dut montrer Georgette ? 5. A quels travaux se livrait-elle le
soir? - 6. Que faisait-elle le dimanche? - - 7. Que pensez-vous de
Georgette? 8. Quels devoirs ont les aînés de la famille ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez sommairement l'histoire de Georgette Bernard.
336 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN HISTOIRE
34 Semaine. Grands hommes du XIXe siècle.
168 . - Grandes découvertes de Pasteur.
A partir de 1872 , Pasteur se consacra presque exclusive
ment aux maladies humaines. Il songeait avec tristesse aux
deuils cruels qui laissent des places vides dans chaque
famille , à ces milliers de personnes que la France perd cha
que année par les maladies contagieuses . Il démontra que
la gangrène qui se met dans les plaies des blessés pouvait
être évitée . Il trouva ensuite le remède contre le charbon
des animaux , le choléra des poules, le rouget des porcs , qui
faisaient perdre chaque année plusieurs millions dans la
seule région parisienne.
Puis il s'attaqua à la rage . Redoutable maladie qui, chaque
année, faisait des victimes par centaines en France . Pasteur
l'étudia longtemps, patiemment pendant cinq ans . En vacci
nant les chiens avec un virus* d'abord très faible , puis de
jour en jour plus violent, il les garantissait d'une façon cer
taine contre la rage.
Mais de là à opérer sur des hommes, il y avait un abîme,
et Pasteur , très scrupuleux , n'osait le franchir . Le 6 juillet 1885 ,
date mémorable , on lui amène un petit Alsacien âgé de neuf
ans, Joseph Meister, cruellement mordu par un chien enragé ,
n'ayant pas moins de quatorze blessures . La mère suppliait
Pasteur de le sauver . Le grand savant éprouva une émotion
profonde, incertain encore s'il tenait le remède infaillible ou
s'il n'allait pas hâter la mort du pauvre petit.
Il se décida à faire une première inoculation avec un virus
très faible. Le lendemain , une seconde , un peu plus active , et
ainsi de suite . A mesure que la préparation injectée*
devenait plus violente , Pasteur était pris d'inquiétudes qui
l'empêchaient de dormir... L'enfant guérit et le vaccin de la
rage était trouvé .
Jusqu'à l'extrême vieillesse, Pasteur continua ses chères
GRANDES DÉCOUVERTES DE PASTEUR. 337
études . Il avait renouvelé complètement la médecine . Il
avait formé des élèves devenus eux-mêmes des hommes
illustres et faisant des découvertes presque aussi belles que
celles de leur maître . Tels le vaccin du croup trouvé par le
docteur Roux, le vaccin de la peste, la stérilisation de l'eau,
des vêtements et chambres des malades, les progrès de
l'hygiène publique, etc. On peut dire que les travaux de Pas
teur n'économisent pas moins de 100 000 vies humaines en
France chaque année ; il mérite donc le titre dont il fut salué
de son vivant, celui de bienfaiteur de l'humanité .
A la fin d'un grand Congrès tenu à Londres , le prince de
Prusse s'approcha et lui dit : « Monsieur Pasteur , permettez
moi de me présenter à vous et de vous dire que je vous ai
applaudi tout à l'heure . » Belle victoire que Pasteur faisait
remporter à la France ! d'autant plus belle qu'elle ne coûtait
de larmes à aucune famille. Le gouvernement français lui vota
une récompense nationale ; la ville de Dôle lui éleva une
statue . C'est là qu'en réponse aux discours prononcés , le
grand homme, saisi d'émotion , se rappela ses parents et les
remercia en paroles désormais immortelles : « O mon père !
ô ma mère ! ô mes chers disparus ! qui avez si modestement
vécu dans cette petite maison , c'est à vous que je dois tout……
.
-Regarder en haut, apprendre au delà, chercher à s'élever
toujours, voilà ce que vous m'avez enseigné …… .. »
Pasteur mourut en 1895 . VALLERY-RADOT.
Mots expliqués .
Virus Préparation qui contient des microbes, c'est-à-dire les
germes d'une maladie.
Injectée Introduité sous la peau avec une petite seringue .
Questions et Analyse des idées
1. Quelles sont les principales découvertes de Pasteur? -— 2. Racon
tez ses expériences sur la rage, - 3. Quelles découvertes ont faites
ses élèves ? - 4. Citez une anecdote sur le congrès de Londres.
5. Parlez de la fête de Dôle. - 6. Quels sentiments animaient Pasteur ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la vie de ce grand savant qui fut en même temps
un grand homme de bien.
LECT. PRIM. 22
338 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
34 Semaine. L'industrie contemporaine.
169. - Descente dans une houillère.
Nous fimes notre toilette de houilleurs . Nous ôtâmes tous
nos vêtements , et nous prîmes le costume du lieu :-pantalon et
veste de sarrau * bleu , serrés par une ceinture en cuir, un
chapeau à larges
bords , lourd et
dur, pour rece
voir impunément
la pluie et les
débris . On me
donna deux pe
tites chandelles
allumées , plan
tées dans une
masse de terre
Une houillère.
glaise. Ainsi affu
blé, je sautai dans le panier et me barbouillai les mains de
houille détrempée .
Quand le panier fut plein , un coup de sonnette avertit le
mécanicien de lâcher la machine . Nous commençâmes à
descendre . Nos chandelles éclairaient de leur pâle lumière
ce trou noir , suintant, humide, dont les parois sont tantôt
de roc taillé à vif, tantôt de couches de houille . La descente
était douce et d'une rapidité égale . Aux trois quarts du che
min, je passai la tête hors du panier, et je regardai en bas :
une lumière faible brillait, et un murmure de voix montait
jusqu'à nous . Peu à peu, la lumière augmenta et le bruit
avec elle . Nous approchions du fond . Le panier se posa dou
cement sur des débris de houille, et nous fùmes reçus en
sortant par quatre ou cinq ouvriers, tout noirs , les mains et
le visage charbonnés, les guenilles détrempées d'eau noirâtre,
avec des yeux brillants.
DESCENTE DANS UNE HOUILLÈRE. 339
Guidés par le maître ouvrier, nous entrâmes dans les gale
ries de la houillère. Des piliers en bois , placés de chaque
côté , soutiennent la voûte , d'où dégoutte une pluie tiède qui
entretient une boue éternelle . Deux ornières reçoivent tout
ce qui a assez de pente pour couler. Sur les rebords , à
droite et à gauche , sont des rails en fer pour les chariots
qui reviennent, pleins de houille, du fond des galeries , ou
qui y retournent à vide .
On nous fit quitter les chandelles pour des lampes Davy,
et nous nous enfonçàmes dans une galerie de travail
leurs. Nous les aperçùmes bientôt couchés sur le côté, tout
de leur long. D'une main ils tiennent la lampe , dont la
faible lueur n'éclaire pas à un pied autour d'elle ; de
l'autre , ils enfoncent sous la houille une lame de fer de
quelques lignes d'épaisseur. Quand , après de longs efforts,
ils ont séparé le bloc de sa base , ils l'ébranlent , le tirent à
eux, le poussent à quelques pas pour déblayer la place , et
recommencent l'extraction.
Je suffoquais, moitié d'émotion , moitié de chaleur. Après
deux heures passées dans la houillère , fatigué , la tête pleine ,
le cœur ému, je parlai de remonter . Un coup de sonnette
mit à nos pieds le panier qui devait nous rendre à la lumière .
Nous remontâmes aussi vite que nous étions descendus .
D. NISARD. (Écrivain contemporain, 1806-1888 .)
Souvenirs de voyage. [Calmann-Lévy , édit .]
Mots expliqués.
Veste de sarrau : En étoffe grossière et résistante.
Suffoquer : Perdre la respiration .
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce qu'une houillère ? - 2. Comment s'habille-t-on pour
descendre dans une mine? ― 3. Pourquoi ? - 4. Décrivez la descente,
la mine elle-même, le travail qui s'y fait. - 5. Parlez de l'émotion du
visiteur, et de sa joie à revoir le jour. - 6. Cherchez une conclusion.
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Principaux usages de la houille.
340 LECTURES PRIMAIRES .
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
34e semaine. L'industrie contemporaine .
170. — Progrès dus à la vapeur.
Un écrivain de 1850, qui signe Narratius, c'est-à-dire Narrateur, fait un récit
amusant des voyages à la fin du xvIII° siècle. Comparons avec ce qu'ils sont
aujourd'hui pour avoir une idée du progrès accompli.
« Un voyage à Paris , il y a cinquante ans (par conséquent
vers 1780) était une affaire de la plus , haute importance .
BRANDINGAEROPOR
Voyage en coche.
Avant de se décider à quitter ses foyers , l'habitant de la
Bretagne, par exemple, mettait ordre à sa conscience et à ses
affaires . Il faisait ses dernières dispositions . Pendant un
mois , ce n'était, dans l'intérieur de la maison, que prépa
ratifs, mouvement, agitation. Les voisins venaient lui faire
visite avec curiosité et intérêt. Il y avait dans le futur voyage
toute la fièvre d'une résolution héroïque, et, dans l'ami qui
lui pressait la main en le quittant, toute la ferveur d'un
PROGRES DUS A LA VAPEUR. 341
ex-voto * . Enfin un départ pour la capitale entrait en pre
mière ligne dans la série des événements de la vie . »
On a trouvé dans un cimetière de province une pierre tumu
laire portant cette significative inscription : « Ici repose X...,
qui fit deux fois le voyage de Paris . »>
Mais poursuivons : « Indépendamment des coches *, qui
pouvaient contenir dix à douze personnes , on avait imaginé
des carrosses. Ils étaient suspendus par des chaînes, tandis
que les coches étaient montés sur les essieux . Ces voitures ,
qui marchaient alternativement attelées de six et même de
huit chevaux, selon la difficulté de la route , ne partaient
que deux fois par semaine , faisant par jour neuf ou dix
lieues au plus en trois stations . »
Et Narratius, pour s'égayer, donne cet exemple : « On
compte de Paris à Sedan 61 lieues de poste. Le coche ou la
voiture, partant de Paris le mardi à six heures du matin ,
n'arrivait à Sedan que le dimanche à midi . Dans ce trajet de
cinq jours et demi , le voyageur avait pris cinq dîners et au
tant de soupers , auxquels il faut ajouter les déjeuners , le
tout, indépendamment des haltes que l'on faisait en route . »>
MULLER. (Écrivain contemporain . )
La Machine à vapeur. [Hachette et Cie . édit.
Mots expliqués .
Mettre ordre à sa conscience et à ses affaires Réparer le mal
qu'on a pu faire et régler ses affaires .
Ex-voto Figure que l'on suspend, à la suite d'un vou, dans les
chapelles. Ces voeux se font dans un grand danger, par exemple un
naufrage sur mer, un combat contre les brigands, etc.
Coches Voitures servant autrefois au transport des voyageurs .
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle était, avant l'invention des chemins de fer, l'importance
d'un voyage à Paris ? 2. Que faisait l'habitant de la province avant
de partir en voyage? ―――― 3. Comment voyageait-on, et combien fai
sait-on de lieues par jour ? - 4. Rappelez les principaux progrès dus
à la vapeur .
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites quelle est à l'heure actuelle l'importance des chemins
de fer? Quels services rendent-ils?
342 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN FRANÇAIS
35º semaine. La nature au printemps .
171. -Les plaisirs de la promenade .
Je ne conçois qu'une manière de voyager plus agréable
que d'aller à cheval , c'est d'aller à pied . On part à son
moment * , on s'arrête à sa volonté , on fait tant et si peu
d'exercice qu'on veut . On observe tout le pays , on se
détourne à droite , à gauche ; on examine tout ce qui nous
flatte ; on s'arrête à tous les points de vue * . Aperçois-je une
rivière , je la côtoie ; un bois touffu, je vais sous son ombre ;
une grotte, je la visite ; une carrière , j'examine les miné
raux. Partout où je me plais , j'y reste. A l'instant que je
m'ennuie je m'en vais . Je ne dépends ni des chevaux, ni du
postillon . Je n'ai pas besoin de choisir des chemins tout
faits , des routes commodes ; je passe partout où un homme
peut passer ; je vois tout ce qu'un homme peut voir ; et, ne
dépendant que de moi-même, je jouis de toute la liberté
dont un homme peut jouir....
Qui est-ce qui, aimant un peu l'agriculture , ne veut pas
connaître les productions particulières au climat des lieux
qu'il traverse , et la manière de les cultiver ? Qui est-ce qui ,
ayant un peu de goût pour l'histoire naturelle , peut se
résoudre à passer un terrain sans l'examiner , un rocher
sans l'écorner, des montagnes sans herboriser, des cailloux
sans chercher des fossiles ? Vos philosophes de ruelles
étudient l'histoire naturelle dans des cabinets : ils ont des
colifichets , ils savent des noms , et n'ont aucune idée de la
nature . Mais notre cabinet est plus riche que ceux des rois ;
ce cabinet est la terre entière . Chaque chose y est à sa place ;
le naturaliste qui en prend soin a rangé le tout dans un fort
bel ordre : Daubenton * ne ferait pas mieux .
Combien de plaisirs différents on rassemble par cette
agréable manière de voyager ! sans compter la santé qui
s'affermit, l'humeur qui s'égaye . J'ai toujours vu ceux qui
LES PLAISIRS DE LA PROMENADE . 343
voyageaient dans de bonnes voitures bien douces , rêveurs ,
tristes, grondants ou souffrants , et les piétons toujours gais
et contents de tout . Combien le cœur rit quand on approche
du gîte ! Combien un repas grossier parait savoureux ! avec
quel plaisir on se repose à table ! quel bon sommeil on fait
dans un mauvais lit ! Quand on ne veut qu'arriver, on peut
courir en chaise de poste, mais quand on veut voyager, il
faut aller à pied.
J.-J. ROUSSEAU, Émile ou de l'Éducation, livre V.
On s'appartient , on est libre, on est joyeux ; on est tout
entier et sans partage aux accidents de la route , à la ferme
où l'on déjeune , à l'arbre où l'on s'abrite . On part, on s'ar
rête, on repart, rien ne gêne, rien ne retient . On va et on
rêve devant soi . La marche berce la rêverie, la rêverie évite
la fatigue. La beauté du paysage cache la longueur du che
min. Bien des fois, assis à l'ombre , au bord d'une grande
route, à côté d'une petite source vive d'où sortaient , avec
l'eau, la joie , la vie, la fraîcheur , sous un orme plein d'oi
seaux , près d'un champ plein de faneuses, reposé , heureux,
doucement occupé de mille songes, j'ai regardé avec com
passion passer devant moi la diligence. VICTOR HUGO.
Mots expliqués.
A son moment : Au moment que l'on a choisi.
Point de vue Endroit d'où l'on a une vue intéressante.
Daubenton Célèbre naturaliste de cette époque.
Questions et Analyse des idées .
1. Quelle manière de voyager préfère J.-J. Rousseau ? - 2. Pour
quoi ? 3. En voyageant à pied, que trouve l'agriculteur ? - 4. Le
naturaliste? -w 5. Le philosophe ? - 6. Quel avantage ont les voyages
à pied sur la santé, sur la bonne humeur ? - 7. Quels avantages de
la marche célèbre Victor Hugo ? - 8. En connaissez-vous d'autres ?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Racontez la dernière promenade scolaire.
2. Quelles sont les différentes façons de voyager aujour
d'hui? Caractérisez en quelques mots chacune d'elles?
344 LECTURES PRIMAIRES .
JUIN MORALE
35e semaine. Devoirs envers autrui.
172 . — La cigale et la fourmi.
MetodeM.
La cigale ayant chanté
Tout l'été ,
Se trouva fort dépourvue *
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau *.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine ,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle .
- Je vous paierai , lui dit-elle .
Avant l'oût , foi d'animal,
Intérêt et principal .
La fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
- Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse .
- Nuit et jour , à tout venant ,
Je chantais , ne vous déplaise .
-Vous chantiez, j'en suis fort aise.
Eh ! bien, dansez maintenant. LA FONTAINE.
LA CIGALE ET LA FOURMI. 345
Réhabilitation de la fourmi.
Le ciel obscurci, la bise venue ,
La cigale , ayant chanté tout l'été ,
Alla demander quelque charité
Chez une fourmi qu'elle avait connue.
« J'ai grand faim , dit-elle, et me voilà nue..., >>>
La fourmi n'est pas ce qu'on a conté * ,
Et quoique vivant de paille menue ,
Elle a dans le cœur beaucoup de bonté.
<< Mangez, lui dit-elle , ouvrez mon armoire .
Je m'ennuie un peu sous la terre noire ,
Dans ces trous obscurs où je vis sans feu.
<< Mangez et chantez , aimable personne !
⭑
Vos chants me feront revoir le ciel bleu , '
Et me rendront plus que je ne vous donne ! »
AUTRAN. Sonnets capricieux, VI ; Histoires et Contes , XIV
[Calmann-Lévy, édit. ]
Mots expliqués.
Dépourvue Privée des choses nécessaires, et en particulier de
nourriture.
Vermisseau : Petit ver.
Avant l'oût Avant le mois d'août.
Ce qu'on a conté Comme on l'a dépeinte dans les récits .
Ciel bleu La cigale vit dans le Midi où le ciel est presque toujours
bleu .
Questions et Analyse des idées .
1. Résumez la fable de La Fontaine. - 2. Résumez la fable de
Autran. ― 3. Dites ce que vous savez des cigales. - 4. Dites ce que
vous savez des fourmis. - 5. En quoi consiste l'égoïsme de la Fourmi
de La Fontaine ? - 6. Quel contraste présente avec celle-ci la Fourmi
d'Autran? - 7. La Fourmi d'Autran donne-t-elle sans rien recevoir?
- - 8. Que gagne-t-on à faire du bien ? - 9. N'avons-nous pas des
devoirs envers les déshérités, devoirs résultant de ce que la société
même nous procure?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez et comparez ces deux fables. Faites quelques
réflexions personnelles.
346 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN HISTOIRE
35e semaine. Le progrès à travers les siècles .
173 . - Histoire d'une route .
Je parcourais à pied, un jour d'été , la grande route de
Paris à Lyon, et je m'assis pour me reposer à l'ombre d'un
arbre ; je m'endormis ; je crus voir en songe la route qui
prenait figure humaine et qui me parlait.
« O voyageur, disait-elle , paisiblement tu dors, protégé
contre un soleil brûlant. J'aurais voulu' te voir à la même
place il y a deux mille ans . Je n'étais alors qu'un mauvais
sentier au milieu de la forêt.
―― Et comment es-tu devenue grande route ?
- Je vais te l'apprendre , répondit-elle . Un jour , des
hommes, la figure rasée , l'air réfléchi , vinrent ici avec des
haches et des instruments de toute sorte ; ils restèrent long
temps à examiner, à prendre des mesures , à abattre quelques
arbres ; puis il en vint d'autres ; les arbres tombèrent sur
toute la largeur que tu vois d'un fossé à l'autre . Ils brûlè
rent et arrachèrent les troncs . Ils creusèrent le sol en ligne
droite. Ils remplirent cet immense fossé avec des cailloux
et du sable, et par-dessus ils placèrent avec beaucoup de
soin des pavés carrés, de belles dalles de pierres régulières .
« Je pus alors supporter sans aucune fatigue les chariots les
plus lourds . J'étais fière de ma force . On me soignait bien ;
si un pavé s'enfonçait , vite on accourait le remettre en place .
Et qui étaient ces hommes si habiles ?
- - C'étaient les Romains .
<< Pendant plusieurs siècles ils furent les maîtres de la
Gaule ; je vis passer leurs armées, leurs gouverneurs, leurs
marchands. Mais ils furent chassés par des barbares parlant
une langue rude qui me négligèrent complètement . L'herbe
poussa entre mes pavés, mes ponts tombèrent en ruines ,
les pluies d'orages ravinèrent ma chaussée ; les voitures ne
pouvaient plus passer, et j'étais bien triste.
HISTOIRE D'UNE ROUTE. 347
<< Enfin on recommença à s'occuper de moi ; on boucha
quelques trous , on refit maladroitement les ponts.
« Je voyais arriver tout à coup d'un galop rapide un cava
lier qui portait une sacoche dans laquelle , paraît-il , de pré
cieuses lettres étaient enfermées : c'était la poste de Louis XI .
« Le cavalier passa plus tard à l'ombre des arbres , que
Sully, ministre de Henri IV , avait fait planter et dont quel
ques-uns existent encore , vénérables de vieillesse et souvent
frappés par la foudre.
- Que sont devenus tes pavés?
Disparus ; usés par les siècles ; emportés par les pay
sans pour leurs constructions . Un Anglais, Mac Adam imagina
de casser les pierres en petits morceaux , de les mélanger
avec du sable mouillé , de les presser fortement pour obtenir
cette surface égale et douce sur laquelle roulent si bien les
voitures.
<< Napoléon fit construire plus tard de magnifiques routes
militaires dans les montagnes ; puis on plaça les bornes kilo
métriques, les poteaux indicateurs , les poteaux sur lesquels
on pose les fils télégraphiques ou téléphoniques . Le progrès
est très rapide. Je vois chaque jour des voitures de plus en
plus parfaites, de légères bicyclettes » ....
Juste à ce moment je fus moi-même réveillé par un coup
de trompe qui me fit sursauter . Je me frottai les yeux et
continuai mon chemin pendant qu'un nuage de poussière
me cachait une automobile filant à toute vitesse devant moi.
Questions et Analyse des idées.
1. Qui raconte cette histoire ? w 2. Comment étaient les routes en
Gaule, il y a 2000 ans ? - 3. Avec quoi les Romains construisirent-ils
leurs routes? - 4. Que devinrent-elles plus tard? - 5. Que firent
Henri IV et Sully pour les routes ? - 6. Comment s'y prend-on aujour
d'hui pour les établir ? -7 . Quelles espèces de routes connaissez-vous ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites sommairement ce que les divers peuples qui ont vécu
en France ont fait pour les routes.
348 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
35º Semaine. Progrès dans les moyens de transport.
174. - Description d'un grand steamer.
- Le salon de première classe, qui sert de salle à manger,
a 14 mètres de longueur sur 14m ,40 de largeur au centre ; il
renferme treize tables où cent quarante-deux personnes
assises peuvent trouver place. Il est décoré avec un luxe et un
goût parfaits . On y remarque une vaste cheminée en marbre
garnie d'une pendule et de deux candelabres .
Le salon est amplement pourvu de glaces, de portières ,
"
de rideaux aux hublots * . Les canapés sont à ressorts et capi
tonnés, avec dossiers courbes ; ils sont accompagnés d'un
grand nombre de fauteuils tournants. Le chauffage est effec
tué à la vapeur , comme pour le reste des aménagements .
Les passagers de chambre sont logés dans des cabines où
ils ne séjournent guère que pendant les heures de sommeil .
L'ameublement en est simple, mais confortable ; contre une
des cloisons , deux couchettes superposées , garnies de som
miers élastiques ; sur une des autres faces, un canapé qui
peut, en cas d'encombrement, être transformé en lit ; contre
une des parois, un lavabo à deux cuvettes , surmonté d'une
DESCRIPTION D'UN GRAND STEAMER. 349
glace psyché . Au-dessus de chaque canapé on a disposé des
*
patères et un petit filet analogue à ceux que l'on rencontre
dans les vagons de chemins de fer et où l'on dépose de menus
bagages et des objets de service journalier . Les couchettes
peuvent être masquées par des rideaux qui courent le long
des tringles . Au moyen de boutons placés à la tête des lits ,
on peut, à toute heure de la nuit , allumer ou éteindre la
lampe électrique . Des sonnettes électriques permettent aux
passagers de se mettre en communication avec le personnel
de service.
Le fond des cales du paquebot comprend les soutes à
charbon, à bagages et à dépêches , les cales de marchan
dises , la cave au vin et les caisses à eau .
Sur le pont-promenade on a disposé , vers l'avant, un petit
rouf* qui contient le logement du capitaine et les appareils
de commande du gouvernail . Au-dessus se trouve une
chambre de veille surmontée elle-même de la passerelle
haute où se tient l'officier de quart.
L'intérieur de ce bâtiment est éclairé au moyen de lampes
à incandescence * . C'est véritablement un beau spectacle que
d'assister au fonctionnement des énormes machines de ces
paquebots, dont les organes se meuvent majestueusement
aux reflets de la lumière électrique . DUMONT.
Mots expliqués .
Hublot Ouverture ronde située sur les côtés d'un bateau.
Patères Ornements pour suspendre des objets.
Rouf : Petit logement élevé en saillie sur le pont d'un navire .
Incandescence : Porté à la lumière blanche.
Questions et Analyse des idées.
1. Faites la description d'un salon de 1re classe, d'un salon de con
versation . --- 2. Comment sont logés les passagers de chambre ?
3. Que contient le fond des cales d'un paquebot ? 4. Où est situé le
logement du capitaine ? - 5. Décrivez un grand steamer : forme , dimen
sions, machines, cabines, ponts, etc.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Décrivez le dernier bateau, petit ou grand, que vous avez vu.
350 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
35 Semaine. Grands travaux du siècle.
175. ― Viaduc de Garabit.
Pour les routes, pour les chemins de fer, pour les ports de mer, etc., l'indus
trie a créé une véritable architecture moderne, d'une hardiesse extraordinaire.
Elle a trouvé moyen de faire passer de lourds convois, à une grande vitesse,
dans des endroits réputés autrefois inaccessibles. Tantôt elle perce les monta
gnes de part en part, comme les Alpes au Mont Cenis, au mont Saint-Gothard ;
tantôt elle jette des ponts d'une incroyable audace par dessus les abimes,
comme le viaduc de Garabit, au- dessus de la vallée de la Truyère, dans les
monts d'Auvergne.
Le viaduc de Garabit, dans le Cantal , comprend un grand
arc central de 165 mètres de portée sur lequel repose la
voie, à 122 mè
tres au-dessus
de la vallée .
Pour donner
une idée de la
hauteur de 122
mètres, je l'ai
comparée à celle
de la colonne
Vendôme placée
Viaduc de Garabit. surNotre-Dame:
c'est à une hau
teur qui dépasse celle de ces deux monuments superposés *
qu'est placée la voie du chemin de fer . Il n'était naturellement
pas possible d'élever des échafaudages à cette hauteur ; le
montage a dû être fait en partant de chaque côté à la fois,
jusqu'à ce que les poutres de fer se rencontrent au milieu .
Comme nous venons de le voir, la partie essentielle du
viaduc est constituée par un arc colossal jeté au-dessus de
la vallée . Cet arc métallique repose par ses deux extrémités
sur des cylindres d'acier placés eux-mêmes sur des coussi
⭑
nets en acier, ancrés dans la maçonnerie des piles : ce sont
là, pour employer le langage du métier, des rotules * , qui
VIADUC DE GARABIT. 351
servent à donner une sorte d'articulation aux grands ouvrages
métalliques, de façon à leur laisser un certain jeu et à leur
permettre de subir les dilatations ou les rétractions résul
tant des changements de température , sans qu'il en résulte
aucun effet fâcheux pour la solidité et l'ensemble.
L'immense travée * centrale , qui franchit la vallée en s'ap
puyant sur l'arc gigantesque dont nous venons de parler , se
continue du côté de Marvejols avec un viaduc également
métallique de 270 mètres de longueur, reposant sur quatre
piles métalliques, supportées elles-mêmes par des socles en
maçonnerie qui s'étagent sur les flancs de la vallée , comme
les marches d'un escalier de géants . Du côté de Neussar
gues , il existe un viaduc métallique analogue, mais de
moindre longueur ; il n'a , en effet, que 103 mètres de lon
gueur, répartis en deux travées de 51 et 52 mètres .
Le tablier métallique, considéré dans son ensemble, n'a
pas moins de 450 mètres et pèse , à lui seul, 1350 tonnes .
Enfin , il est un détail qui n'est pas sans importance : cet
ouvrage merveilleux, qui est un des plus beaux exemples
des résultats obtenus grâce aux progrès de la métallurgie et
de la mécanique , n'a guère coûté plus de trois millions.
DUMONT.
Mots expliqués.
Superposés : Mis les uns sur les autres.
Ancrés Solidement fixés, affermis.
Rotule Comparaison avec la rotule , os placé à l'avant de l'articu
lation du genou .
Travée Partie du pont qui est formée par la charpente.
Questions et Analyse des idées.
1. Où est situé le viaduc de Garabit? ――― 2. Quelles sont les dimen
sions du viaduc? - - 3. Donnez un exemple qui serve de comparaison
pour une hauteur pareille. 4. Comment a-t-il été construit?
5. Quel est le poids du tablier métallique ? — 6. Combien a coûté le
viaduc ? -7 . Quels sont les principaux ouvrages d'art d'une ligne ferrée ?
Devoirs (Elocution et Rédaction).
1. Résumez la lecture.
2. Décrivez un grand pont de fer que vous avez visité vous
même.
352 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN FRANCAIS
36 Semaine. La nature au printemps et en été.
176. — Rêveries dans les collines .
Couché dans l'herbe sèche , au penchant des collines,
Qui de vous n'a passé de ces heures divines
A voir les champs, les bois , l'horizon spacieux ,
La beauté de la terre et la splendeur des cieux ;
A sentir sur son front le vent, tiède caresse ;
A respirer cet air, plein d'une saine ivresse,
Ces parfums du genêt, de la sauge, du thym,
Plus pénétrants encor le soir que le matin ;
A recueillir, muet , les vagues harmonies,
Concert accoutumé de ces heures bénies ;
L'angélus d'un hameau dans le calme des airs,
La cloche des béliers sur les sommets déserts ,
Le cri du laboureur qui , là-bas dans la plaine ,
Gourmande encor ses bœufs las et manquant d'haleine ;
Le bruit d'une charrette aux essieux cahotés ,
Les longs mugissements plusieurs fois répétés ,
Le babil des oiseaux dans les branches, la note
Qu'en traversant les cieux y jette la linotte ;
Ces frissons, dans les bois, des vents alternatifs * ;
Ces mille bruits confus, mystérieux, furtifs ,
Qui , dans l'éther * sans borne où l'esprit se balance ,
Ne font, tous réunis, qu'un suprême silence .
DE LAPRADE . Odes et poèmes . [Labitte, édit .]
La fenaison .
Le jour baisse ; les pins qu'un vent tiède balance
Du couchant sur nos fronts versent les reflets d'or ;
Le vallon se recueille , et le champ fait silence ;
Dans le pré cependant les faneurs sont encor .
Les laboureurs lassés, remontant à la ferme,
Ramènent les grands boeufs au pesant attirail.
LA FENAISON. 353
Chacun songe au repos , chacun rentre et s'enferme ;
Les faneurs , dans le pré, sont encore au travail * .
Les voyez-vous là-bas , au bord de la rivière,
Marcher à pas égaux, d'un rythme cadencé ?
Ils mettent à profit ce reste de lumière
Pour finir le travail dès l'aube commencé .
Sous le soleil de feu, sans trêve ni relâche ,
Ils ont coupé les foins ; au village attendus ,
Ils ne partiront pas sans achever leur tâche ;
Ils veulent qu'à la nuit tous leurs prés soient tondus .
Dans le calme du soir, il fait bon les entendre ;
Il fait bon d'aspirer, dans un air frais et doux ,
Ces odeurs de gazon , ces parfums d'herbe tendre ,
Qui du talus des prés s'élèvent jusqu'à nous .
Le jour s'efface au loin, ses lueurs étouffées
Meurent sur les hauteurs , s'éteignent sur les eaux ;
Et chaque vent qui passe apporte par bouffées
L'enivrante senteur des herbes en monceaux * .
AUTRAN. La vie rurale. [Calmann-Lévy, édit. ]
Mots expliqués .
Vents alternatifs : Qui viennent l'un après l'autre, chaque coup
de vent succédant au calme.
Ether : L'air pur, aux grandes hauteurs , les espaces célestes.
Encore au travail Reprise de l'idée déjà exprimée à la fin de la
strophe précédente, pour insister.
Enivrante senteur : La senteur, l'odeur des foins coupés, une des
plus agréables qui soient.
Questions et Analyse des idées.
1. Où était placé l'auteur quand il éprouvait les émotions dont il
parle dans cette lecture? -- 2. Que voyait-il autour et au-dessus de
lui? 3. Qu'entendait-il au loin? - 4. Que signifie l'expression : l'éther
sans borne? -- 5. Dans le second morceau, à quelle heure du jour
l'auteur place-t-il sa description? 6. Que dit-il des faneurs?
7. Comment se termine le morceau ? 8. En quoi consiste la fenaison?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez en prose la seconde poésie.
LECT. PRIM. 23
354 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN MORALE
36e Semaine. Devoirs envers les autres.
177. - Justice et Charité .
Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'au
trui nous fit, voilà la justice .
Faire pour autrui , en toute rencontre , ce que nous vou
drions qu'il fit pour nous , voilà la charité .
Un homme vivait de son labeur, lui, sa femme et ses
petits enfants ; et comme il avait une bonne santé , des bras
robustes et qu'il trouvait aisément à s'employer, il pouvait
sans trop de peine pourvoir à sa subsistance et à celle des
siens .
Mais il arriva qu'une grande gêne * étant survenue dans le
pays, le travail y fut moins demandé, parce qu'il n'offrait
plus de bénéfices à ceux qui le payaient, et en même temps
le prix des choses nécessaires à la vie augmenta .
L'homme de labeur et sa famille commencèrent donc à
souffrir beaucoup . Après avoir bientôt épuisé ses modiques
épargnes, il lui fallut vendre pièce à pièce ses meubles
d'abord , puis quelques-uns même de ses vêtements ; et
quand il se fut ainsi dépouillé , il demeura privé de toutes
ressources, face à face avec la faim. Et la faim n'était pas
entrée seule en son logis : la maladie y était aussi entrée
avec elle .
Or, cet homme avait deux voisins, l'un plus riche , l'autre
moins.
Il s'en alla trouver le premier et lui dit : « Nous man
quons de tout, moi , ma femme et mes enfants ; ayez pitiė
de nous. >>
Le riche lui répondit : « Que puis-je à cela ? Quand vous
avez travaillé pour moi, vous ai-je retenu votre salaire , ou
en ai-je différé * le payement ? Jamais je ne fis aucun tort ni à
vous ni à nul autre mes mains sont pures de toute iniquité * .
Votre misère m'afflige , mais chacun doit songer à soi dans
JUSTICE ET CHARITÉ. 355
ces temps mauvais qui sait combien ils dureront ? »><
Le pauvre père se tut , et , le cœur plein d'angoisse , il s'en
retournait lentement chez lui , lorsqu'il rencontra l'autre
voisin moins riche .
Celui-ci , le voyant pensif et triste, lui dit : « Qu'avez-vous ?
il y a des soucis sur votre front et des larmes dans vos
yeux . >>
Et le père, d'une voix altérée * , lui exposa son infortune .
Quand il eut achevé : « Pourquoi , lui dit l'autre , vous
désoler de la sorte ? Ne sommes-nous pás frères ? et com
ment pourrais-je délaisser mon frère en sa détresse ? Venez,
et nous partagerons . >>
La famille qui souffrait fut ainsi soulagée, jusqu'à ce
qu'elle pût elle-même pourvoir à ses besoins..
LAMENNAIS. (Écrivain français du XIXe siècle , 1782-1854 .)
Mots expliqués.
Une grande gêne : Autrefois, torture infligée à un accusé pour le
faire avouer. Idée de tourment, de douleur. Ici misère et famine.
Pièce à pièce : Une pièce après l'autre.
Différer Remettre à un autre moment. Signifie ici retarder, faire
attendre .
Iniquité : Contraire de équité, de justice.
Voix altérée Voix changée, devenue autre qu'elle n'était, plus
triste par suite des malheurs qui l'accablaient.
Questions et Analyse des idées.
1. En quoi se résument les devoirs de justice ? 2. En quoi se
résument les devoirs de charité? ― 3. Comment avait vécu l'homme
dont on raconte l'histoire? - 4. Que lui arriva-t-il plus tard ? — 5. Que
lui répondit le riche à qui il s'adressa ? ---- 6. Le riche lui devait-il
quelque chose ? -- 7. Comment se montra-t-il ? -— 8. Comment le pauvre
l'accueillit-il? 9. Quelle vertu mit-il en pratique ? 10. Quel est, à
votre avis, celui qui a le mieux agi ?
Devoirs (Élocution et Rédaction) .
1. Dans un petit récit, dites en quoi consiste la justice , et
ce qui vous arriverait si vous ne la pratiquiez pas?
2. Expliquez ce que c'est que la charité, et montrez com
ment on peut être charitable.
356 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN HISTOIRE
36º Semaine. Le progrès à travers les siècles.
178. ――――― Histoire ancienne d'un village .
Ce joli village que vous habitez existe depuis fort
longtemps ; il est si ancien que personne, pas même le vieil
lard le plus âgé, ne peut connaître ses origines . Mais l'his
toire nous l'apprend . Représentez-vous une vaste forêt avec
de grands arbres dont plusieurs sont tombés, brisés par le
vent et les orages, et pourrissent sur place . De loin en loin.
quelques clairières * . Des animaux sauvages habitent cette
forêt . Une rivière la traverse , souvent encombrée d'her
bages, de branches d'arbres et de feuilles .
Voici près de la clairière d'énormes rochers noircis par
endroits ; on y aperçoit l'entrée de grottes profondes ; des
huttes de branches et de feuillages sont à quelque distance .
Des hommes, des femmes , des enfants, n'ayant pour vête
ments que des peaux de bêtes, font du feu, préparent à
manger. Que peuvent-ils bien cuire ainsi ? Sans doute du
gibier et du poisson qu'ils sont allés chasser et pêcher le
matin . Nous sommes en présence d'un village gaulois très
ancien ; les Gaulois, nos ancêtres, habitent ces grottes et
ces huttes incommodes. Mais à force de travail , ils apprennent
à cultiver la terre , à semer et à récolter un peu de blé , à
dresser, pour les servir , des chevaux, des bœufs , des chiens ;
ils apprennent même à planter la vigne et à fabriquer le vin .
« Quels progrès ! » direz-vous. Oui, en effet, la civilisation
se développe peu à peu ; la clairière s'agrandit , la terre
donne à l'homme la plus grande partie de sa subsistance .
- Puis viennent des étrangers , appelés Romains, qui ,
eux , sont déjà très civilisés . Ils font la guerre aux Gaulois,
et, ensuite, ils leur apprennent à mieux cultiver leur sol . Ils
abattent les arbres . Ils tracent à travers la forêt une grande
route pierrée , sur laquelle on peut aller facilement et faire
rouler des chariots . Ils nettoient la rivière de tout ce qui
HISTOIRE ANCIENNE D'UN VILLAGE. 357
l'encombre* ; les gens du village , par la route , et par les
bateaux de la rivière , communiquent avec ceux des villages
voisins et éloignés, même avec ceux d'une petite ville où se
vendent et s'achètent les instruments de culture et autres
choses dont on peut avoir besoin .
―――― Bien des siècles se sont écoulés depuis les premiers
temps du village . Beaucoup de vieillards sont morts ; les
jeunes gens les ont remplacés , ont vieilli à leur tour et ont
fait place à d'autres , et ainsi de suite. Les gens ont passé ;
le village est resté ; mais il est à peine reconnaissable . Sans
doute la rivière coule toujours au même endroit , et les
rochers sont à la même place . Mais qu'est devenue la forêt ?
A peine si nous en apercevons les restes, loin à l'horizon . En
revanche, sur le sommet des rochers, un château en pierres
avec de grosses tours en pierres également, une porte d'en
trée étroite et basse . Qui habite ce château ? Le seigneur
féodal . Pourquoi a-t-on construit ce château ? Pour se dé
fendre contre les guerriers ennemis, contre les Normands .
Le seigneur est le maître du château , le maître du village,
le maître de tous les environs . Personne ne peut venir, ne
peut s'en aller , ne peut passer sans sa permission . De
là-haut, il voit loin tout alentour, surtout depuis que l'on a
abattu la forêt ; un guetteur * sur la tour la plus élevée veille
jour et nuit.
Mots expliqués.
Clairière Partie d'un bois dégarnie d'arbres.
Encombre : Ce qui embarrasse un passage.
Guetteur : Celui qui veille, qui observe.
Questions et Analyse des idées.
1. Dites comment était votre village autrefois ? ― 2. Parlez de
l'aspect du pays, des habitants , de leurs habitations, de leur manière
de vivre? ― - 3. Quand les Romains furent en Gaule, que firent-ils (routes ,
villes, cultures)? 4. Que vit-on dans le pays au moyen âge ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Imaginez la description de votre village et des environs, il
y a deux mille ans.
358 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN CONNAISSANCES USUELLES
36º Semaine. Les forces de la Nature.
179. ―― Destruction de Saint- Pierre
de la Martinique (8 mai 1902) .
Cette ville se trouvait sur le bord de la mer , à deux lieues
au sud d'un volcan portant le nom significatif de montagne
Pelée , mais dont le feu du cratère * semblait éteint depuis
cinquante ans.
Or , dans la nuit du 3 au 4 mai , les premières secousses du
sol se firent sentir et les premières éruptions * se produisirent
sous forme de légères pluies de cendres couvrant la cam
pagne et les récoltes. Puis, tout se calma et l'on crut à l'une
de ces alertes si fréquentes dans les pays volcaniques . Cepen
dant , le 5 , on signalait la destruction d'une agence de
commerce située un peu au nord de la ville ; cent cinquante
personnes avaient péri. Le 6 , un torrent de boue brûlante
descendait le flanc de la montagne . Le 7 , des dépêches annon
çaient des secousses dans les îles voisines . Le volcan de la
Dominique était en activité ; la montagne Pelée grondait tou
jours et s'illuminait de lueurs .
La nuit du 7 au 8 se passa sans incident ; des câblo
grammes, venus de Saint-Pierre le 8 , entre 6 et 7 heures
du matin, dépeignaient la situation comme stationnaire .'
A 7 h. 50 , d'après l'horloge de l'hôpital, arrêtée à ce mo
ment, une trombe formidable de gaz combustible se préci
pita sur la ville avec une violence inouïe. En moins d'une
minute, la florissante cité n'était plus qu'un amas de ruines
en flammes ; trente mille personnes, soit toute la population
de Saint-Pierre et des environs, avaient péri par l'asphyxie
et par le feu . Beaucoup de ces malheureux furent retrouvés
la langue noire, épaisse, pendante , comme après un suprême
et inutile effort pour respirer ; d'autres avaient conservé
des positions naturelles et leurs vêtements n'étaient point
endommagés pour ceux-là , la mort avait été soudaine .
Saint-Pierre de la Martinique avant l'éruption.
Saint-Pierre de la Maitinique après l'éruption
360 LECTURES PRIMAIRES.
Les vaisseaux en rade furent chavirés et incendiés , tous
leurs mâts furent cassés au ras des ponts. Un capitaine en
second, qui eut la chance de voir venir la trombe, et la pré
sence d'esprit de plonger aussitôt , resta sous l'eau aussi long
temps qu'il put, moins de trois minutes à coup sûr , et , en
remontant, vit Saint-Pierre détruit et les navires en feu .
A 8 h. 5 , c'est-à-dire au même instant, on vit de Fort-de
France (ville située à 25 kilomètres environ vers le sud-est
de la montagne Pelée) une énorme poussée de nuages blan
châtres , roulant en volutes * gigantesques, qui passèrent
sur Saint-Pierre . Simultanément , les lignes télégraphiques et
téléphoniques reliant la ville à Saint-Pierre étaient rompues ,
le baromètre baissait brusquement, et la mer, après s'être
retirée à quelque distance, se précipitait de nouveau sur le
rivage en une énorme vague. Les nuages obscurcirent tout le
ciel, et une pluie de terre durcie mêlée de pierres commença
de tomber, suivie bientôt d'une pluie de cendres qui dura
jusque vers 11 heures.
Le bateau Girard , qui avait quitté le chef-lieu à 9 h . 1/4,
après le raz de marée pour se rendre à Saint-Pierre, conti
nua sa route jusqu'à mi-chemin ; mais , arrêté par la pierre
et la cendre qui tombaient en abondance , il dut rentrer à
Fort-de-France.
Il repartit vers 10 heures ; ayant dépassé la pointe du
Carbet, l'équipage fut témoin d'un spectacle terrifiant : au
pied du volcan, entouré d'un nuage opaque de fumées et de
cendres , le littoral était en feu les arbres et les habitations
isolées de la campagne brûlaient également . Une douzaine de
bateaux, sur rade de Saint-Pierre , flambaient encore à l'ancre .
Le rivage paraissait désert ; sur la mer rien ne surnageait
que des épaves. La chaleur rayonnée par cet immense bra
sier empêcha le bateau d'avancer, et il rentra à Fort-de-France
à une heure de l'après-midi, rapportant la sinistre nouvelle.
Un autre bâtiment, le Suchet, parti de Fort-de-France ,
DESTRUCTION DE SAINT-PIERRE DE LA MARTINIQUE . 361
après la pluie de pierres , mais sans avoir une connaissance
exacte de la catastrophe, put à peine sauver de la fournaise
quelques survivants , tous plus ou moins brûlés , et , au retour ,
recueillit les blessés du Carbet .
Un témoin , arrivé sur le lieu du sinistre le 9 mai , à
6 h . 1/2 du matin , trouva la ville complètement anéantie :
on voyait encore de-ci de-là des ruines fumantes ; une des
fours de la cathédrale et quelques pans de murs restaient
seuls debout. La rade était couverte de débris et d'épaves ;
sur les vingt-deux navires qui s'y trouvaient, il y en avait
encore quelques-uns qui finissaient de brûler. Aussi loin que
la vue pouvait s'étendre , tout était couvert d'une cendre grise .
On respirait un air lourd , sentant le soufre, et surchargé de
poussières grises, noirâtres, qui donnaient une soif ardente.
Les flancs de la montagne n'étaient qu'une vaste surface grise
lisse , tous les creux du sol ayant été comblés , et, par la ri
vière Blanche , coulait encore de la lave ou boue brûlante qui ,
au moment où elle entrait dans la mer, avait l'air de trans
former l'eau en vapeur……
RÉMON. Manuel Général de l'Instruction Primaire.
[Hachette et Ciº , édit.]
Mots expliqués.
Cratère Ouverture du volcan par laquelle sort la lave.
Eruption : Moment où le volcan lance de la lave et du feu.
Volutes Figures formées par la fumée s'élevant dans l'air en
spirales.
Raz de marée : Soulèvement formidable des eaux de la mer attribué
à des volcans sous-marins.
Questions et Analyse des idées.
1. Où se trouvait Saint-Pierre de la Martinique ? --- - 2. Quels furent
les signes précurseurs annonçant la catastrophe ? ――――― 3. Racontez la
catastrophe telle qu'elle est décrite dans la lecture? - 4. En combien
de temps la ville fut-elle détruite ? - 5. Connaissez-vous d'autres ca
tastrophes semblables ? -- 6. Faites-en le récit.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites le récit de la catastrophe qui détruisit la ville de
Saint-Pierre de la Martinique.
362 LECTURES PRIMAIRES.
JUIN CONNAISSANCES. USUELLES
36º Semaine. L'homme et les forces naturelles.
180. - Les forces de la Nature au service
de l'homme.
Si les forces de la nature sont redoutables pour l'homme, il apprend à les
asservir ; cette lutte où l'intelligence triomphe, a pour résultats le progrès et le
bien de tous.
L'homme est, par lui-même , un des êtres les plus faibles de
la nature ; mais , grâce à son intelligence, il a su mettre à son
profit la force des animaux aujourd'hui domestiqués , et la
force, bien plus grande encore, de ce qu'on appelait autrefois
les éléments de l'eau, du feu, du vent.
Il va même chercher sous terre le combustible * qui fait
marcher ses machines : la houille, ce pain de l'industrie ; le
pétrole, appliqué d'hier seulement aux automobiles et aux
canots rapides. Mais , dit-on parfois , la houille, le pétrole ne
viendront-ils pas à manquer? Quel désastre alors !
Rassurons-nous . Il y a de la houille et du pétrole pour
longtemps encore . Chaque année on en ramène davantage à
la surface du sol . Et manqueraient-ils , que l'art de nos inven
teurs saurait les remplacer .
Le vent a été l'un de nos premiers serviteurs, et, dès la
haute antiquité , il a fait tourner les moulins . Il nous a donné
la farine nourrissante ; il a aidé les Hollandais , à dessécher
leurs marais, à conquérir leur pays sur la mer . Il peut faire
bien plus encore si on l'utilise mieux . Aux quatre lourdes
ailes du moulin d'autrefois , on a substitué des ailettes légères
en grand nombre, et le moulin à vent devient un des plus
précieux auxiliaires du jardinage, de l'agriculture , pour
puiser de l'eau, arroser les terres arides, abreuver les ani
maux, actionner les machines à battre, les scieries.
Un des plus utiles et des plus dociles collaborateurs de
l'homme a toujours été le cours d'eau . Partout où il y avait
une chute, soit naturelle , soit artificielle, on a placé une roue .
Mais on laissait perdre la plus grande partie de la force . Tout
LES FORCES DE LA NATURE AU SERVICE DE L'HOMME. 363
récemment, un industriel de l'Isère, M. Bergès, voyant un
filet d'eau qui tombait au flanc des Alpes d'une hauteur ver
tigineuse , imagina de l'emprisonner dans un long tuyau mé
tallique au bas duquel il plaça une petite roue appelée tur
bine vous imaginez facilement avec quelle vitesse cette
roue se mit à tourner. Or, des cascades semblables , petites
et grandes , il y en a des milliers qui descendent des Alpes.
et des Pyrénées . M. Bergès avait-il tort de parler de houille
blanche en montrant les glaciers couronnant les hautes
cimes? Son usine en tire aujourd'hui une force de 10 000 che
vaux *, et nombre d'autres usines se construisent un peu
partout. On se met aussi à mieux utiliser les barrages des
grandes rivières , des fleuves . Quelles merveilleuses res
sources n'y a-t-il pas dans les flots de la Seine et de la
Loire, de la Garonne , du Rhône puissant et impétueux !
Ce n'est pas tout . On songe à capter * la force perdue des
vagues, des tempêtes, et même directement celle de la cha
leur solaire qui ferait de notre Sahara un immense réservoir
d'énergie . On n'en est qu'aux premiers essais ils donnent
grande confiance dans l'avenir.
Mots expliqués.
Combustible Tout ce qui peut brûler et donner de la chaleur.
10 000 chevaux On évalue la puissance d'une machine en prenant
comme unité la force d'un cheval ; mais un cheval mécanique vaut
trois chevaux ordinaires.
Capter Terme d'industrie ; synonyme de prendre , utiliser.
Questions et analyse des idées.
1. Quels auxiliaires l'homme a-t-il su se donner ? - 2. Montrez quels
services lui rendent les animaux domestiques . ― 3. Faites la même
réponse pour la houille, le pétrole, le vent, l'eau. 4. Comment a
t-on réussi à mieux utiliser la force de l'eau ? 5. Pourquoi a-t-on
appelé les glaciers de la houille blanche ? 6. Comment l'eau fait
elle mouvoir la turbine dans l'usine de M. Bergès ? - 7. Quelles autres
sources d'énergie cherche-t-on à utiliser ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Moulins à eau et Moulins à vent. Comment ils fonctionnent.
Quels services ils rendent. Quels progrès ont été réalisés, etc.
364
MOIS DE JUILLET
PROGRAMME. Récapitulation générale et lectures variées .
JUILLET FRANÇAIS
37e Semaine. L'homme et la Société.
181. ――――― Les métiers .
Touchante et délicate poésie pour célébrer la noblesse des métiers et montrer
combien la solidarité est nécessaire entre les hommes.
Sans le paysan, aurais-tu du pain ?
C'est avec le blé qu'on fait la farine ;
L'homme et les enfants, tous mourraient de faim
Si , dans la vallée et sur la colline,
On ne labourait et soir et matin¹.
Sans le boulanger, qui ferait la miche ?
Sans le bûcheron , roi de la forêt,
Sans poutres, comment est-ce qu'on ferait
La maison du pauvre et celle du riche ?
Même notre chien n'aurait pas sa niche .
Où dormirais-tu , dis , sans le maçon ?
C'est si bon d'avoir sa chaude maison
Où l'on est à table ensemble en famille !
Qui cuirait la soupe au feu qui pétille,
Sans le charbonnier, qui fait le charbon ?
Aimez les métiers , le mien et les vôtres :
On voit bien des sots , pas de sot métier * ;
Et toute la terre est comme un chantier
Où chaque métier sert à tous les autres ,
Et tout travailleur sert au monde entier.
J. AICARD. Poésies. [Delagrave , édit. ]
1. V. Hugo a magnifiquement chanté le travail de la terre , dans les strophes
suivantes consacrées au semeur :
C'est le moment crépusculaire * .
J'admire, assis sous un portail ,
Ce reste du jour dont s'éclaire
LES MÉTIERS. 365
La dernière heure du travail.
Dans les terres, de nuit baignées ,
Je contemple, ému, les haillons
D'un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.
Sa haute silhouette * noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours .
I marche dans la plaine immense ,
Va , vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main , et recommence ;
Et je médite *, obscur témoin ,
Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles
Le geste auguste du semeur .
V. HUGO.
Mots expliqués.
Pas de sot métier : Comparez avec le proverbe Il n'y a pas de
sot métier, il n'y a que de sottes gens.
Chantier Emplacement, atelier où travaillent les ouvriers.
Crépusculaire Du crépuscule, lumière de la nuit tombante.
Silhouette Profil , figure dont on ne distingue pas les traits.
Médite Je fais des réflexions.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est l'idée générale du premier morceau ? ― 2. Quelle est
l'idée générale du second morceau ? - 3. Analysez, au point de vue
des idées , chacune des strophes l'une après l'autre. - 4. Rappelez en
quoi consiste la solidarité. - 5. Comment pourrez-vous, plus tard,
être utile à d'autres personnes par votre travail ? – 6. Répétez par
cœur les quatre derniers vers de la poésie de Victor Hugo. — 7. Expli
quez-les et montrez la grandeur de la pensée qu'ils expriment .
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Mettez en prose la première poésie.
2. Résumez la poésie de Victor Hugo sur le semeur et ap
préciez-la.
366 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET MORALE
37º Semaine. L'homme et la Société.
182 . - Bienfaisance délicate.
Il y a quelques années, à la terrasse du café de la Rotonde ,
au Palais-Royal * , un monsieur était assis tranquillement au
frais, sous les arbres, quand des pleurs d'enfant le firent
retourner. Le gardien du jardin, vieux soldat à la barbiche
grise, à la voix rude, tiraillait par le bras un gamin de sept
ou huit ans, qui sanglotait à cœur fendre. C'était un de ces
petits musiciens que l'Italie nous envoie chaque printemps,
avec les hirondelles . Le pauvre enfant se débattait et criait .
En l'empoignant , pour l'expulser du jardin, où il s'était
introduit au mépris des règlements, le gardien avait fait
tomber son violon , et l'instrument s'était détérioré .
« Je serai grondé , battu par mon patron ! » soupirait le
pauvre petit à travers ses larmes .
Le consommateur fut pris de pitié .
<< Donne-moi ton violon , dit-il à l'enfant, et ne pleure
plus. Je vais essayer de te le raccommoder . »
Le gardien lâcha l'enfant.
Cependant le monsieur avait pris le méchant violon *, l'avait
examiné , tourné et retourné , en avait manœuvré les clefs ,
rajusté les cordes .
« Ton archet, petit ! » dit-il enfin .
Intimidé, l'enfant présente l'instrument demandé , et bien
tot l'archet fait vibrer les cordes, les deux cordes qui res
taient : on eût cru le pauvre crin-crin * transformé sous la
baguette de quelque magicien ; il résonne , chante, palpite ,
et va éveiller en chaque auditeur des sensations inouïes.
Aux premiers sons, les consommateurs du café de la
Rotonde avaient relevé la tête, tendu l'oreille ; des mur
mures d'admiration ne tardèrent pas à s'élever ; puis, quand
l'instrument eut cessé sa mélodie , un tonnerre d'applaudis
sements éclata.
BIENFAISANCE DÉLICATE . 367
Le monsieur, cependant, avait remis le violon au petit
Italien ahuri, et, lui prenant son chapeau, il y avait déposé
une pièce de 10 francs, en disant :
« A présent , petit, va faire la quête ! »
Puis il s'était levé et éclipsé .
Sous et pièces de 50 centimes et de 1 franc grêlèrent *
bientôt dans le chapeau de l'enfant, qui put acheter un autre
violon, et ne risqua pas, ce soir-là , d'être grondé ni battu .
Quel pouvait être ce raccommodeur de violon , cet habile
et original musicien, qui jouait ainsi à la terrasse d'un café ,
pour le compte d'un petit mendiant? C'était l'air du Som
meil de la Muette, qu'avait attaqué, avec une largeur et une
sûreté remarquables , l'inconnu ; et il avait improvisé ensuite
les plus délicates variations *.
Deux des consommateurs l'avaient reconnu et son nom ne
tarda pas à circuler dans l'assistance ; c'était Alard , le
célèbre professeur de violon au Conservatoire *, né à Bayonne
en 1815 , et mort à Paris en 1888 .
Mon Journal. [ Hachette et Cie, édit. ]
Mots expliqués .
Palais-Royal Ancien palais de Richelieu . Monument et jardin
public au centre de Paris.
Méchant violon De mauvaise qualité.
Crin-crin Mauvais violon , ainsi nommé à cause du bruit que font
les cordes sous l'archet,
Grêlèrent Image : tombèrent dru comme la grêle.
Variations Airs variés .
Conservatoire (de Paris) : la première école de musique de France .
Questions et Analyse des idées.
1. Quel est le lieu et quels sont les personnages de ce récit ? -
2. Comment le violon fut-il détérioré et que craignait le petit Italien ?
-- 3. Que fit le monsieur inconnu et comment joua-t-il? - 4. Qu'en
résulta-t-il pour la recette de l'enfant ? --- 5. Qui était ce violoniste ? -
6. Pourquoi le Monsieur avait-il agi ainsi ? - 7. En quoi son action
était-elle méritoire et délicate ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Racontez et appréciez ce trait de bienfaisance.
368 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET HISTOIRE
37 Semaine. Le progrès à travers les siècles.
183 . Histoire moderne d'un village.
Au moyen âge , les huttes gauloises ont été remplacées
par des chaumières ; ces chaumières ont des murs faits en
terre battue avec quelques pierres ; la charpente en bois est
recouverte d'un toit de chaume . Vers le centre du village,
une construction plus haute que les autres, surmontée d'un
clocher : c'est l'église ; les paysans y viennent prier le diman
che ; ils y oublient un instant leurs fatigues et leurs misères .
Tel est le village du moyen âge . Grand progrès depuis
l'époque gauloise . Certes ! mais la route romaine ne se voit
presque plus ; n'ayant pas été entretenue, elle est défoncée *,
envahie par l'herbe . Et puis, les paysans doivent obéir au
seigneur presque autant que les esclaves d'autrefois à leur
maître.
Ce qui est le plus triste , c'est que la guerre éclate à
chaque instant, entre le maître du château et le maître
d'un château voisin ; les cavaliers passent à travers les
champs , foulent et détruisent les blés , volent les dernières
provisions, prennent les bestiaux. Après eux , c'est la ruine.
et la désolation . Comment vivre ? Comment travailler même?
――――― -Aussi les gens du village regardent-ils comme un sauveur
le roi qui vient mettre d'accord tous ces petits châtelains
batailleurs et pillards , en les soumettant à sa rude autorité .
Oh ! il n'y réussit pas du premier coup , et quand il est parti ,
les vexations * recommencent . Mais enfin on a quelque espoir
de jours meilleurs ; l'espoir est une si grande consolation !
―――――
Laissons passer encore plusieurs siècles et revenons
visiter notre village . Qu'arrive-t-il ? Les tambours battent ;
des hommes marchent fièrement sur la route en chantant
des paroles guerrières. ――― Écoutez ! Le chant est La Mar
seillaise. Les gen sont animés par le souffle de la Liberté
}
HISTOIRE MODERNE D'UN VILLAGE. 369
et de la Révolution ; ils vont chercher des armes pour se
défendre, pour défendre leurs familles et leurs foyers contre
les tyrans , les ennemis de toute sorte . Quelle belle énergie
dans leurs gestes et leur voix !
Ces enfants de la Révolution ont, en effet, conquis la liberté
il y a un peu plus de cent ans, et ils ont sauvé la patrie de
l'invasion étrangère .
-Depuis eux, quels changements en cent ans !
Les champs mieux cultivés donnent de plus belles mois
sons . Les chaumières sont devenues des maisons de pierres
et de briques, couvertes en tuile ou en ardoise .
Des rues propres traversent le village et plusieurs routes
le relient aux villages voisins ; le chemin de fer transporte
rapidement les gens qui ont besoin de voyager ; le facteur
distribue les lettres des parents éloignés ; l'école , belle et
claire , enseigne à lire , à écrire , à compter , apprend aux
jeunes Français quels sont leurs devoirs envers la patrie
et la société qui leur ont procuré de si grands bienfaits .
Mots expliqués.
Défoncée Dont le fond est brisé, crevé en plusieurs endroits , et
forme de profondes ornières .
Vexation : Ce qui peut causer du tourment, de la peine, etc. Ici ,
il s'agit surtout de vols, pillages , vengeances , etc.
Questions et Analyse des idées.
1. Décrivez une chaumière du moyen âge? - 2. Id . la réunion de
plusieurs chaumières ou le village à la même époque ? — 3. Quel
progrès y a-t-il depuis le temps des Gaulois et quels inconvénients 1
signalez-vous encore au moyen âge ? - 4. Parlez des serfs au moyen
âge. - - 5. Faites le tableau du village au commencement de la Révo
lution? - 6. Indiquez les progrès accomplis depuis cette époque.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites une petite lettre à un ami et décrivez-lui votre
village ; ajoutez quelques réflexions sur l'histoire de ce village,
et dites quels progrès, à votre avis, restent encore à réaliser
(routes, écoles , hygiène, etc.)
LECT. PRIM. 24
370 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
37 Semaine . Industrie contemporaine.
184. Le marteau -pilon.
Un énorme bâti de fonte solidement appuyé sur de larges
et épaisses fondations supporte les pièces essentielles de l'ap
pareil . La principale est un lourd marteau de fonte qui,
soulevé par la vapeur, retombe de tout son poids et écrase
du choc de sa tête armée d'acier la
loupe posée sur l'enclume. L'en
clume est ici un simple bloc de
fonte ou de fer aciéré, assez solide
ment appuyé sur ses fondations pour
ne pas céder sous les coups multi
pliés . Le marteau, dans les appa
B reils ordinaires, pèse de 3000 à
6 000 kilogrammes ; ce chiffre, déjà
respectable, est souvent dépassé.
Mais ce pilon gigantesque, il faut
le mettre en mouvement ; c'est ici
que triomphe l'ingénieuse simpli
Le marteau-pilon.
cité de la disposition mécanique .
A. Ouvrier qui fait entrer ou
sortir la vapeur en manoeu Imaginez un cylindre parfaite
vrant un levier. 1 B. Ouvrier
ment dressé à l'intérieur, comme
qui apporte le métal rouge
sur l'enclume et sous le mar un énorme corps de pompe, dans
teau.
lequel peut monter et descendre un
piston . La tige du piston est reliée au marteau, et elle l'en
traîne dans tous ses mouvements .
Supposez maintenant que de la vapeur à très forte
pression soit introduite, par un conduit convenablement
disposé, sous le piston . Cette vapeur exercera à la surface
du piston un tel effort de pression qu'elle le contraindra à
s'élever dans le cylindre malgré le poids du marteau qu'il
soulève avec lui. — Supprimez ensuite l'entrée de la vapeur,
LE MARTEAU-PILON. 371
ouvrez-lui un passage qui lui permette de s'échapper, et le
piston retombe ainsi que le marteau . C'est donc , en défi
nitive , la vapeur qui élève le marteau, et quand la vapeur
vient à manquer , celui-ci tombe , frappant de tout son poids
sur l'enclume.
L'entrée et la sortie de la vapeur se règlent par un simple
levier qu'un ouvrier tient d'une main . La machine est telle
ment bien construite que l'ouvrier peut soulever à son gré
le marteau de quelques centimètres seulement, ou jusqu'au
haut de sa course , rapidement ou lentement ; le tenir sus
pendu, le laisser retomber de toute sa vitesse ou modérer
à volonté sa chute , l'arrêter tout court dans son mouve
ment. Il peut donner des chocs légers ou violents , frapper
à longs intervalles ou à coups précipités. La puissante ma
chine obéit avec une docilité extrême , et semble agir avec
intelligence, tant elle est soumise à l'intelligence qui la dirige .
La balle retirée du four est jetée sur un petit chariot de fer
à l'aide duquel on la transporte près du marteau . Le cin
gleur la saisit avec une longue et forte tenaille , et la pose
sur l'enclume . L'énorme marteau se soulève et retombe
tandis que le cingleur tourne et retourne sa balle pour
l'exposer au choc sur toutes les faces . Les scories suin
tent ; les étincelles jaillissent ; le fer commence à prendre
une contexture * dense et serrée .
Mots expliqués.
Loupe Morceau de fer rouge que l'on veut forger.
Contexture La contexture du fer est dense et serrée, c'est-à-dire
que le fer prend une force de résistance considérable.
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'est-ce qu'un marteau-pilon ? - 2. Comment est installé un
marteau-pilon? - 3. Expliquez le mécanisme du marteau-pilon ?
4. A quoi sert-il ? ―――
- 5. Quelles sont les principales machines en métal
lurgie?
Devoirs (Élocution et Rédaction).
1. Décrivez un marteau-pilon .
2. Parlez du travail de la forge dans l'atelier d'un for
geron que vous connaissez.
372 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
37e Semaine. Industrie contemporaine .
185. ― Fusion et coulage de grosses pièces
d'acier .
On ne se contente plus aujourd'hui de fondre des lingots
destinés à être transformés en barres : on coule d'un seul jet
des masses énormes de métal . Les résultats sont tels qu'ils
eussent paru des rêves , il y a seulement trente années .
La plus célèbre usine en ce genre est la grande aciérie
d'Essen en Allemagne où le fameux Krupp fondait ses formi
dables canons .
Krupp n'avait pas, à proprement parler, un secret , un
procédé métallurgique nouveau . A Essen, l'acier était et est
encore produit , puis fondu en creusets suivant les méthodes
ordinaires. Ce qui est vraiment remarquable c'est l'établis
sement, l'outillage, l'organisation , qui permettent d'arriver
à de tels résultats . ――――― Une halle immense contient, rangés
le long de ses murailles, un grand nombre de fourneaux,
qui peuvent chauffer ensemble jusqu'à 1200 creusets . Les
massifs des fourneaux sont pour ainsi dire ensevelis ; les
grilles s'ouvrent dans un sous-sol où se tiennent les chauf
feurs ; les plates-formes des fourneaux sont à peu près au
niveau du sol de la halle . Quand on veut couler de ces
grosses pièces qui pèsent 10000 ou 20000 kilogrammes,
tous les fourneaux, mis en feu* à la fois , sont conduits de
telle sorte que la fusion arrive partout à point au moment
convenable. Au centre de la halle est disposé le moule , à
demi enterré dans le sol ; au-dessus l'immense poche ou
cuvette centrale qui doit recevoir le contenu de tous les
creusets . Il importe que le métal y soit versé sans inter
ruption ni délai ; l'opération exige pour réussir un ensemble,
un ordre parfait , une grande rapidité de manœuvre . Au
moment de la coulée , 400 hommes sont de service à la fois,
FUSION ET COULAGE DE GROSSES PIÈCES . 373
prêts à marcher au signal comme des soldats à l'exercice :
chacun sait d'avance quels mouvements il a à faire . Un
fourneau est ouvert les creusets , retirés un à un , sont
enlevés, transportés ; puis ce sera le tour du fourneau
suivant. La manœuvre s'accomplit sans hésitation ni retards ;
les creusets arrivent à la file, sans interruption , l'un après
l'autre, dans plusieurs canaux qui se rendent tous à la poche ;
puis , pour éviter l'encombrement, chaque creuset vidé est
immédiatement précipité, par une large trappe, dans une
cave située au-dessous. - Quand le flot incandescent s'est
étendu et calmé dans le réservoir central, on ouvre une
sorte de soupape pratiquée au fond, et l'effroyable bol de
feu liquide s'écoule dans le moule comme par un entonnoir.
Au bout de quelques heures de refroidissement , la pièce ,
solidifiée , mais encore ardente, est dégagée : on l'arrache
du moule avec une puissante grue* . Le plus souvent , la pièce
n'est pas immédiatement soumise au travail du marteau . On
la dépose alors sous un hangar spécial, dans une sorte de
case en brique ; on l'entoure de toute part de cendres brû
lantes et de menus charbons qu'on entretient incandescents .
Elle attendra ainsi sans se refroidir le moment où elle sera
portée à la forge . On a obtenu à Essen des masses d'acier
fondu pesant 37000 kilos .
Mots expliqués.
Mis en feu Les fourneaux sont allumés.
Grue Machine qui sert à élever de lourds fardeaux.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelle est la plus célèbre des usines où l'on coule le fer? --
2. Faites une description de l'installation de cette usine. ――― 3. Com
ment procède-t-on pour couler les grosses pièces d'acier ?
Devoir (Elocution et Rédaction).
Développez par écrit la question 3.
374 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET FRANÇAIS
38 Semaine. L'homme et la Société.
186 . - La patrie et l'humanité .
Une nation est une âme, un principe spirituel . Deux
choses qui , à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette
âme, ce principe spirituel . L'une est dans le passé , l'autre
dans le présent . L'une est la possession en commun d'un
riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel,
le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire
valoir l'héritage qu'on a reçu indivis * . L'homme ne s'im
provise pas . La nation , comme l'individu , est l'aboutissant *
d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements .
Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les an
cêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque ,
des grands hommes , de la gloire (j'entends de la véritable * ),
voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale .
Avoir des gloires communes dans le passé , une volonté com
mune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble ,
vouloir en faire encore , voilà les conditions essentielles pour
être un peuple . On aime en proportion des sacrifices qu'on
a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison
qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate * : « Nous
sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » ,
est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
RENAN. (Écrivain contemporain , 1823-1892 .)
Discours et conférences . [Calmann-Lévy, édit.]
Chaque peuple doit aux autres peuples justice et charité : il
doit et respecter leurs droits et, au besoin , leur prêter secours,
soit pour les défendre si on les attaque, soit pour les recon
quérir s'ils en ont été dépouillés . Leurs destinées sont soli
daires * . Le peuple qui souffre près de soi l'oppression d'un
autre peuple creuse la fosse où s'ensevelira sa propre liberté.
Chaque nation , suivant son génie, le lieu, le climat qu'elle
habite, a sa fonction particulière , pour le perfectionnement
LA PATRIE ET L'HUMANITÉ. 375
progressif de l'humanité . Loin de lui créer des entraves,
toutes la doivent seconder, car elles travaillent pour toutes
en travaillant pour soi . Aucune ne saurait se suffire ; elles
subsistent et se développent par l'assistance qu'elles se
prètent mutuellement . Il n'est pas vrai , comme le répètent
ceux qui les trompent pour les asservir, qu'elles aient des
intérêts opposés : ils ne le sont qu'accidentellement, par une
suite de désordres apportés dans leurs relations naturelles .
Rétablissez ces relations, le bien de l'une est le bien de
l'autre, comme, en une famille ordonnée ainsi qu'elle doit
l'être, le bien d'un de ses membres est le bien de tous, et sa
prospérité, leur prospérité.
LAMENNAIS.
Tout le genre humain n'est qu'une famille dispersée sur la
face de toute la terre ; tous les peuples sont frères et doivent
s'aimer comme tels .
FÉNELON.
Mots expliqués.
Héritage indivis : Qui n'a pas été divisé, partagé.
Aboutissant De aboutir, arriver au bout ; le long passé d'efforts,
de sacrifices, de dévouement, aboutit à former la nation .
Véritable : Il y a pour un peuple la fausse gloire, la gloire appa
rente (guerres injustes, dépenses exagérées, etc.) et la vraie gloire
(défense de la patrie, grandeur morale, progrès dans la civilisation ,
découvertes, etc.) .
Spartiate De Sparte, ancienne ville de Grèce .
Destinées solidaires : La destinée de l'un est liée à celle de l'autre.
Si l'un souffre, l'autre souffre aussi, etc.
Questions et Analyse des idées.
1. Quelles sont les deux choses qui constituent l'âme d'une nation?
-- 2. Si toutes les nations étaient composées comme l'indique Renan,
y aurait-il des guerres en Europe ? - 3. Que doit chaque peuple aux
autres peuples? ―― - 4. Les nations ont-elles intérêt à se contrarier ou à
s'aider l'une l'autre ; et pourquoi ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez à votre façon les idées contenues dans ces trois
morceaux. (L'idée de patrie . — La grandeur de notre patrie, à laquelle
nous devons travailler ne résulte pas de l'abaissement des autres peu
ples ; au contraire, les peuples sont solidaires, sont frères.)
576 LECTURES PRIMAIRES
JUILLET MORALE
38 Semaine. Vertus sociales.
187. ―――― Héroïsme féminin .
Si la vue d'un acte de courage nous fait toujours tressailir, elle ne nous
inspire jamais plus d'admiration que lorsque nous rencontrons la bravoure
chez les femmes, que la nature et les coutumes sociales semblent avoir des
tinées surtout aux travaux pacifiques.
En 1895 , les Turcs recommencèrent à exterminer les mal
heureuses populations d'Arménie , en Asie-Mineure. Partout
la destruction, l'égorgement, les supplices . La ville de Sivas
fut un des centres du massacre . La France avait là comme
consul M. Maurice Carlier qui était venu s'y établir peu de
mois auparavant avec sa jeune femme. La conduite de
M. Carlier fut admirable . Bravant la mort violente , les embû
ches *, le poison , on peut dire qu'il fut , au milieu d'une
population affolée, la grande puissance morale et tutélaire *
en laquelle s'incarnèrent, pendant ces jours terribles , l'éner
gie et la générosité françaises. Mais, à sa gloire , celle de
Mme Carlier demeure associée .
Aux premiers bruits inquiétants, le consul fit ce que tous
eussent fait à sa place :
« Ma petite, dit-il à sa femme (c'est elle-même qui nous
a rapporté l'entretien) , écoute la consigne ; tu pars demain
avec notre fils Jean.
―――――――― Ah bah! Et pourquoi ?
――― Parce que l'on va se battre » .
« Je me suis mise à rire :
Moi, je ne vois pas si noir que toi , et puis je te réponds
que rien au monde ne me fera m'éloigner , quand tu crois
qu'il y a du danger » .
Huit jours après « Ça approche, écrit Mme Carlier. On
s'est tué aux environs, dans les villages. Aussi , je presse
Maurice d'organiser sans retard notre défense . Nous emplis
sons de sable des sacs pour boucher les fenêtres . Panagoti
(l'un des serviteurs) m'a fait une cible dans le jardin et
HEROISME FÉMININ . 377
m'apprend à tirer à la carabine et au pistolet . Les premiers
coups, je détournais la tête, si bien que j'ai failli lui tirer
dans la figure ; maintenant je ne tire pas trop mal . »
La bonne humeur , le sang-froid sont les vraies garanties
d'une énergie sérieuse et qui ne doit pas se démentir .
Un jour, le lendemain du plus terrible massacre , le consul
est obligé de partir pour une absence d'assez longue durée ;
c'est à sa femme qu'il confie la défense du consulat .
<< Pendant toute l'absence de Maurice, écrit-elle , je reste
à la fenêtre d'en haut, surveillant les soldats qui traînent
devant la maison leurs bottes crevées et leurs pantalons à
jour. Passe le Vali (le gouverneur turc), qui me salue de
la main, pendant que ses officiers me saluent du sabre :
<< Comment, madame, vous avez consenti à ce que le
consul s'éloigne ? Vous reconnaissez donc que mes Turcs ne
sont pas dangereux ?
- Non, dis-je en montrant le revolver, quand on a cela ,
pas dangereux ! » .
« Le Vali ne sourit plus : il s'éloigne en m'assurant qu'il
va mettre de l'ordre en ville . »
On comprend dès lors ce mot, l'un des plus simples sans
doute et des plus admirables que l'histoire puisse enre
gistrer, dit par M. Carlier à un fonctionnaire indigène du
consulat, qui, pris de terreur, refusait de s'armer lui-même
et suppliait le consul de demeurer.
<< Rassurez-vous, monsieur, ma femme vous défendra ! »
Mots expliqués .
Embûches Synonyme de piège, guet- apens.
Tutélaire Dérivé de tutelle ; qui garde, qui protège.
Questions et Analyse des idées .
1. Pourquoi la bravoure féminine est-elle encore plus digne d'admi
ration que la bravoure masculine ? — 2. Racontez l'histoire de Mme Car
lier. 3. Expliquez la phrase qui termine ce récit.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Citez quelques traits historiques de bravoure féminine.
378 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET HISTOIRE
38 Semaine. Le Progrès à travers les siècles.
188. ―――― La poste. Moyens de correspondance .
De tout temps, l'homme voulut savoir les événements qui
se produisaient dans d'autres pays et faire connaître au loin
ceux dont il était le témoin ou le héros . C'est de ce désir et
de ce besoin qu'est née, pour lui , la nécessité de corres
pondre avec ses semblables .
Les anciens avaient trouvé différents moyens de commu
niquer entre eux . Par exemple, la voile blanche ou noire
d'un bateau indiquait un événement heureux ou malheu
reux . C'est par des feux allumés sur le mont Ida et répétés
de montagne en montagne, que les Grecs annoncèrent à
leurs compatriotes la prise de Troie.
Ces feux furent plus tard très employés, et, pour donner
plus de détails , on disposait des torches allumées , qui, pla
cées de certaines façons , figurèrent même des lettres ou des
syllabes.
Les Romains avaient construit sur des hauteurs ces tours
dont nous voyons encore les ruines, et au sommet desquelles
ils faisaient des signaux qui étaient transmis de l'une à
l'autre jusqu'à Rome .
Dans certains pays on plaçait sur les pics des drapeaux de
couleurs diverses ; ou bien des cavaliers parcourant les routes
de toute la vitesse de leurs chevaux portaient au loin les
ordres de leur maître .
Quelquefois aussi on rencontrait un piéton cheminant
tranquillement , un bâton creux à la main , bâton dans lequel
il avait placé son message écrit sur du parchemin ou des
feuilles d'arbres desséchées .
Mais le véritable créateur des postes fut Louis XI . Il établit
des relais où des chevaux toujours prêts à partir étaient à la
disposition de ses courriers . D'abord le roi seul put s'en servir ;
LA POSTE. MOYENS DE CORRESPONDANCE. 379
mais plus tard on permit au public d'envoyer également ses
lettres . Comme elles furent bientôt nombreuses , et que les
cavaliers ne suffisaient plus, on fit des diligences qui trans- .
portèrent aussi des voyageurs .
- Quelle différence entre les moyens d'autrefois et ceux
d'aujourd'hui ! Nous jetons notre lettre timbrée dans une
boîte, sans être obligés d'aller payer au bureau même . Un
facteur la prend, la porte au bureau, y appose un cachet
qui indique le lieu de départ . Le courrier la transporte à la
gare la plus voisine et la voilà filant dans un sac vers sa
destination, tantôt dans un wagon , tantôt sur un bateau , sous
l'œil d'employés qui lui font suivre la bonne route . A l'arri
vée , nouvelle visite au bureau de poste, nouveau cachet , puis
un facteur la met dans sa boîte et la porte à domicile.
Nous pouvons aussi envoyer de la même façon de petits.
colis, des journaux , de l'argent , etc.
Il existe d'ailleurs d'autres moyens de correspondance .
Déjà au siècle dernier les frères Chappe , par des baguettes
placées sur une tour , purent transmettre au loin des signaux .
Puis est venu le télégraphe électrique . Avec un simple fil de
fer ou de cuivre, nous pouvons envoyer une dépêche en
quelques secondes , dans n'importe quel pays .
Par le téléphone, nous pouvons tenir une conversation
avec une personne très éloignée de nous . Celle-ci parle de
vant une plaque et nous l'entendons comme si elle était pré
sente ; n'est-ce pas merveilleux ?
Soyons donc reconnaissants à tous les savants dont les
inventions nous rendent de si grands services .
Questions et Analyse des idées.
1. Connaissez-vous quelques moyens dont se servirent les anciens
pour correspondre ? ---- 2. Qui a créé la poste ? - 3. A quoi servit-elle
d'abord? 4. Par quels moyens peut-on aujourd'hui correspondre ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites raconter par une lettre comment elle a fait pour
aller de Paris à Alger.
380 LECTURES PRIMAIRES .
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
38 Semaine. Inventions contemporaines.
189. La télégraphie sans fil.
Merveille la plus étonnante du XIX siècle finissant, la télégraphie sans fil paraît
devoir jouer un rôle considérable dans les choses de la guerre et surtout de la
marine.
Un navire est sur l'Océan ; la nuit et la brume l'enve
loppent ; la mer démontée menace de le jeter à la côte. Où
est-il ? Il l'ignore . De quel côté doit-il se diriger ? Aucun
phare ne peut l'avertir ; si puissants que soient ses feux , ils
ne parviendraient pas à percer le brouillard . Aucun signal
sonore ne pourrait non plus dominer le fracas des vagues .
Mais voici que d'un mystérieux appareil abrité dans la
chambre de veille du commandant éclate une étincelle, puis
une autre , et une autre encore , et que bientôt, sur un mince
ruban de papier, s'inscrivent des signes .
Le navire n'est plus isolé ; il communique avec la terre ; il
sait ce qu'il doit faire ; il ne risque plus d'aller s'ouvrir sur
les rochers , ou s'enliser dans les sables, comme fit la Russie
en 1901 .
Le miracle de la télégraphie sans fil, - car c'est d'elle
qu'il s'agit, vous l'avez deviné , — peut se définir ainsi :
L'on fait passer d'un point à un autre une dépêche à travers
l'espace, sans aucun lien direct de communication , et rien
ne se voit, rien ne s'entend sauf aux points où se trouvent
· les appareils .
Une étincelle électrique se propage indéfiniment dans
l'air, à la formidable vitesse de 8000 lieues par seconde .
Voilà ce que l'on savait ; mais il fallait inventer deux instru
ments , l'un capable de produire et de transmettre les ondes
de l'électricité , l'autre de les recevoir.
Nombreux furent les savants qui se mirent à l'œuvre en
France , en Allemagne, en Angleterre, en Russie , et chacun
faisait avancer un peu la question . Tout à coup , en 1899 , un
jeune Italien de vingt-cinq ans, M. Marconi , trouva, par un
LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL. 381
trait de génie, le moyen d'établir des communications à
20 kilomètres de distance entre l'île anglaise de Wight et la
côte.
On obtint un premier résultat pratique aux manœuvres
navales * anglaises de 1899. L'escadre fut avertie à une dis
tance de 60 milles, ou 110 kilomètres , distance où tous les
autres signaux jusqu'alors employés auraient été sans utilité .
En France , M. Ducretet faisait à la même époque de la
télégraphie sans fil d'un bout à l'autre de Paris , où la masse
des constructions détourne l'onde électrique . M. le lieutenant
de vaisseau Tissot parvenait à franchir 65 kilomètres entre
le cuirasse Masséna et le fort de Portzic, en Bretagne.
Depuis lors, chaque année a marqué un nouveau progrès .
En avril 1901 , les Français faisaient communiquer, par
dessus la Méditerranée, Antibes avec la Corse , à 160 kilo
mètres . En 1902 , M. Ducretet appliquait la nouvelle invention
au téléphone . Et le 15 janvier 1903 , date mémorable, des
télégrammes ont pu être échangés par dessus l'Océan Atlan
tique, entre le Président des États-Unis et le Roi d'Angle
terre.
Certes , la télégraphie sans fil n'est encore qu'à ses débuts ,
et les appareils employés présentent bien des imperfections ;
maisd'avenir les corrigera .
D'après les Lectures pour tous et l'Almanach Hachette.
Mots expliqués.
Manœuvres navales Manoeuvre des vaisseaux imitant ce qu'ils
auraient à faire en temps de guerre .
Questions et Analyse des idées.
1. Pourquoi les navires qui sont en mer ne peuvent-ils pas commu
niquer avec la terre ? 1 2. Quel est, dans certains cas, le danger de
cette situation? - 3. En quoi la télégraphie sans fil diffère-t-elle de
l'autre ? - 4. Résumez l'historique de cette invention? Ad 5. Quels
services peut-elle rendre dès aujourd'hui ? -
— 6. Quels progrès restent
à réaliser?
Devoir (Élocution et Rédaction).
La télégraphie sans fil. (En quoi elle consiste. Histoire. Utilité .)
382 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET CONNAISSANCES USUELles.
38 Semaine. Inventions contemporaines .
190 . - La photographie.
Dans le courant du dernier siècle on a trouvé le moyen de faire des images
absolument ressemblantes par une ingénieuse application des découvertes de
la physique et de la chimie. C'est la photographie, aujourd'hui si répandue. Le
mot photographie veut dire : écriture par la lumière, car c'est en effet la
lumière du soleil qui écrit, qui dessine pour nous. Beaucoup des images que
vous voyez dans les livres sont dues en premier lieu à la photographie.
L'opération est double . Il faut d'abord obtenir ce que l'on
appelle un cliché, c'est-à-dire une première épreuve dite
négative , à l'aide de laquelle on reproduira ensuite en
nombre indéfini les épreuves positives.
Le négatif s'obtient généralement sur une plaque de verre
ou de gélatine * , sur l'une des faces de laquelle on a étendu
une couche sensible * à l'action de la lumière . Cette couche
est faite d'une solution de gélatine dans laquelle on a fait
dissoudre à chaud une certaine quantité de bromure d'argent * .
Ces plaques se trouvent toutes préparées dans le com
merce .
L'opérateur, ayant placé d'avance sa plaque dans un
châssis spécial , s'assure que l'image se projette bien nette
ment sur la glace dépolie , qu'il enlève et remplace par son
châssis , où la glace sensible prend exactement la place de la
plaque de verre dépoli . Puis il découvre son objectif pendant
un temps très limité , une ou deux secondes .
La lumière, sur tous les points où elle agit, et avec une
énergie proportionnelle à son intensité , décompose le sel *
d'argent. L'image n'est cependant pas encore apparente .
On la développe * en plongeant la plaque dans un bain
chimique qui continue et complète l'action réductrice * des
rayons lumineux.
Cette opération se fait dans un cabinet absolument noir ,
éclairé par une lanterne à verre rouge foncé , la lumière
rouge n'ayant pas d'action sur la couche sensible . Lorsque
LA PHOTOGRAPHIE. 383
l'image est suffisamment venue, on lave la plaque et on la
fait tremper dans une solution d'hyposulfite de soude qui
enlève l'excès de bromure d'argent resté dans les parties non
attaquées par la lumière . L'image obtenue ainsi est une
image négative . Tous les points frappés par la lumière sont
devenus noirs ; tous les points sur lesquels elle n'a pas agi
ont conservé la transparence du verre . Ainsi les noirs et les
blancs sont renversés .
Les épreuves positives se tirent sur papier. On se sert de
papier albuminé et imprégné à l'avance de sel marin . On le
plonge dans un bain de sel d'argent, et on le fait sécher dans
l'obscurité . Pour tirer une épreuve, on applique cette feuille
sur le cliché renversé, et on expose à la lumière . Les rayons
traversent les parties blanches du cliché, et vont noircir le
papier en dessus ; au contraire, les parties noires du cliché
arrêtent les rayons , et le papier reste blanc en dessous. On
remet ainsi les noirs et les blancs à leur place . On fixe
l'image dans une solution d'hyposulfite de soude .
Le même cliché peut fournir autant d'épreuves positives
que l'on veut.
La photographie a pris un immense développement depuis quelques années.
Presque tout le monde est photographe aujourd'hui.
Mots expliqués.
Gélatine, bromure d'argent, etc. Substances chimiques.
Couche sensible Que la lumière peut modifier.
Sel d'argent Substance dans laquelle il y a de l'argent. Ici on veut
parler du bromure d'argent.
Développe On la fait apparaître.
Action réductrice Action des rayons lumineux qui ont décomposé
le bromure d'argent.
Questions et Analyse des idées .
1. Qu'est-ce que le cliché négatif? - 2. Comment l'obtient-on ?
3. Quelles sont les principales substances dont on se sert en photogra
phie ? 4. Comment obtient-on des épreuves définitives ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Dites ce que vous savez sur la photographie.
384 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET FRANÇAIS
39 Semaine. L'Homme et la Société.
191. - Aux écoliers de France .
Enfants, au cours de ce livre, on vous a souvent recom
mandé de vous rendre utiles . On vous a montré toute la
nature qui travaille et les animaux mêmes qui vous donnent
l'exemple. On vous a montré l'énorme labeur de la société
contemporaine, le laboureur aux champs, le marin sur le
vaste océan, le soldat aux frontières, et la cité industrieuse,
et la prodigieuse usine bruyante et trépidante . Vous serez
fiers d'aller prendre place parmi vos aînés quand la fatigue
et la vieillesse les auront condamnés au repos .
Sachez bien que ce que vous faites en attendant n'est pas
inutile ; par l'accomplissement de vos devoirs d'écolier, vous
vous préparez à faire œuvre meilleure plus tard . Écoutez le
poète à ce sujet :
O chers petits enfants de ce pays de France,
Fleurs par qui l'arbre existe et se voit rajeunir * ,
Doux comme un bien présent , beaux comme l'espérance,
O petits, qui portez tout le grand avenir !
Nous nous disons « Voici les fils de notre race,
Mais d'un cœur si nouveau , tellement innocent ,
Qu'une fraîcheur d'air pur vient à qui les embrasse !...
Oh ! s'ils restaient ainsi, purs , tout en grandissant ! >>
O chers petits amis , vous qui croissez si vite ,
Rappelez-vous du moins le rêve des aînés !
Humanité touchante * , encor blanche et petite,
Monte ! deviens très grand, peuple de nouveau-nés !
Enfants , nous faiblissons ! venez à la rescousse * !
Vos aînés , les vaincus * , vous disent en pleurant,
Votre mère en pleurant vous dit de sa voix douce :
« Petit peuple français, vite au secours du grand ! >>
AUX ÉCOLIERS DE FRANCE. 385
« Et comment ? nous n'avons que nos livres d'école,
Nos cahiers griffonnés, la plume et l'encrier ?... >>
- Que faut-il à l'oiseau ? des ailes, pour qu'il vole .
Et que faut-il de plus qu'un livre à l'écolier?
Peuple des écoliers , qu'ennuie un peu ton livre,
Rien au monde n'est beau que notre rêve écrit .
Sache-le ! sache encor que l'alphabet délivre * ,
Et que la force tombe où veut passer l'esprit !
Sache tenir , s'il faut, un sabre de bataille ; 1
Mais studieux le soir, actif dès le matin ,
Sache bien qu'un enfant qui veille et qui travaille
Prépare au monde entier sa gloire et son destin !
J. AICARD.
La chanson de l'Enfant. [Flammarion , édit. ]
Mots expliqués.
Et se voit rajeunir : Gracieuse comparaison ; l'arbre, c'est ici la
nation française ; les fleurs sont les enfants, par qui d'année en année
la nation se rajeunit et se continue .
Humanité touchante : On parle ici du nouveau peuple des enfants ,
qui doit remplacer l'ancien.
Venez à la rescousse : Venez au secours, à l'aide.
Vos aînés, les vaincus : Vaincus par la fatigue et par l'âge.
L'alphabet délivre : On l'a dit souvent : Un peuple qui sait lire est
un peuple sauvé. L'alphabet , ici , veut dire l'instruction qui permet à
l'homme de se servir librement de son intelligence.
Questions et Analyse des idées.
1. Que vous a-t-on montré jusqu'ici dans ce livre? 2. Donnez des
exemples de l'activité universelle . ―――――― 3. A quoi le poète compare-t-il
les enfants ? - 4. Quand et comment les aînés sont-ils vaincus? -
5. Par qui doivent-ils être remplacés ? -- 6. Que peuvent faire des
enfants pour se préparer à ce rôle ?
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Comment les enfants, à l'école, peuvent-ils faire œuvre utile
à la société ? Les aînés s'épuisent sans cesse . Il faut les remplacer.
Plus on est instruit, mieux on est armé pour le combat de la vie.
LECT. PRIM. 25
386 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET MORALE
39 Semaine. Vertus sociales.
192 . Courage et sang -froid d'une
institutrice française .
En 1901 , il y eut en un coin de l'Algérie une révolte des indigènes, qui
atteignit de graves proportions au village de Margueritte. Mme Goublet,
institutrice, réussit, par son courage et son sang-froid, à préserver de toute
atteinte les enfants et les femmes qui étaient accourus chercher un refuge
dans l'école.
Il était une heure . La cloche de l'école venait de sonner
la rentrée , quand un cri retentit : « Les Arabes se révol
tent ! » Aussitôt l'institutrice ordonna à ses élèves de rega
gner leurs places et, s'asseyant elle-même à son bureau
comme d'habitude , elle leur dit : « Soyez tranquilles ! Avec
moi , vous n'avez rien à craindre . » Il y avait là soixante
enfants, dont trente jeunes filles de dix à quatorze ans ,
exposés aux pires dangers .
⭑
On entendait à quelques pas les vociférations des for
cenés * qui, en quelques minutes, avaient déjà commis plu
sieurs assassinats et qui alors saccageaient et pillaient . Les
détonations des armes , le tumulte de la rue , le fracas des
portes, des volets, des meubles brisés dans les habitations
assaillies, achevaient de produire l'épouvante et l'effroi .
Dans la classe , pas un mouvement, aucune parole ; tous les
regards étaient dirigés vers la maîtresse, qui demeurait
calme, s'efforçant d'inspirer aux autres une confiance qu'elle
n'avait pas .
Le logement de l'institutrice a subi deux attaques. Les
portes gardent l'empreinte d'une balle , les marques des
pesées exercées au moyen d'une barre à mine . Les Arabes ,
tout d'abord , s'emparèrent du cheval de M. Goublet et forcè
rent celui-ci à les suivre.
Vers deux heures, un des révoltés qui tenait une auberge
indigène à Margueritte pénétra dans la classe, brandissant
au-dessus de sa tête la hache qui lui avait servi à forcer la
COURAGE ET SANG-FROID D'UNE INSTITUTRICE FRANÇAISE . 387
porte. A cette vue , les femmes et les enfants poussèrent un
cri , un seul, formidable et terrible . Mme Goublet leur imposa
silence : « Que veux-tu ? dit-elle au chenapan . — Le fusil de
ton mari. - Tu l'auras . » Et le prenant par le bras, elle
l'entraîna dans ses appartements. L'Arabe , muni de l'arme ,
traversa de nouveau la salle et, devant tous , l'institutrice lui
fit promettre de respecter l'école.
Une heure plus tard , il y eut encore dans la classe un
moment de véritable terreur . Des rebelles à cheval et armés
jusqu'aux dents se plantèrent devant l'école et, du haut de
leurs selles , par les fenêtres, essayèrent de voir dans l'inté
rieur. Qu'allaient-ils faire ? Il fallait mettre fin à ce supplice .
Mme Goublet sort, va droit aux cavaliers : « Que voulez-vous ?
- De l'argent. - Vous savez bien que je suis pauvre . Tiens,
toi , Moktar, voilà un sou , va prendre une tasse au café
Maure . » Les brigands , déconcertés , s'éloignèrent en riant .
Ce ne fut que vers cinq heures que les malheureux que
l'école abritait , entendant la fusillade et voyant les révoltés
fuir au triple galop de leurs montures, comprirent que les
*
troupes étaient arrivées et qu'ils étaient enfin sauvés .
Les parents vinrent à la hâte chercher leurs enfants et
pleurèrent de joie en les retrouvant sains et saufs . »
Journal Officiel . Discours de M. MORINAUD, député.
Mots expliqués .
Vociférations Paroles violentes accompagnées de cris , de clameurs .
Forcenés Hommes qui sont hors de sens , fous furieux .
Troupes Sous-entendu françaises les troupes venues au secours
des Français du village.
Questions et Analyse des idées.
1. A quel moment et où se passe la scène racontée dans la lecture ?
2.-Quel danger menaçait les enfants de l'école ? - 3. Résumez le récit.
- 4. Montrez les principaux traits de sang-froid et d'héroïsme de
Mme Goublet.
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez la lecture.
388 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET HISTOIRE
39e Semaine. Progrès à travers les siècles.
193 . L'école primaire .
Au moyen âge, les évêques et les curés, en vue de former
leur personnel de chantres , de sacristains, etc. , faisaient
réunir de jeunes enfants qui paraissaient bien doués , pour
leur enseigner le chant et différents exercices du service
religieux ; on leur apprenait aussi le catéchisme , la lecture
du latin et du français , etc.
Au XVIe siècle , les frères des écoles chrétiennes eurent
dans les villes des établissements prospères ; mais , d'une
façon générale , la majorité de nos aïeux possédait une in
struction bien insuffisante ; beaucoup ne savaient ni lire ni
écrire . Sur ce point, plusieurs États de l'Allemagne , et no
tamment la Prusse , étaient beaucoup en avance sur nous
en 1789.
-Tous les grands hommes de la Révolution firent de
louables efforts pour l'instruction primaire ; les premiers,
ils déclarèrent que c'était un devoir pour l'État d'instruire
tous les enfants riches ou pauvres : « L'instruction est aussi
nécessaire à l'esprit , s'écriait Danton , que le pain l'est au
corps . » Ils voulurent donc créer partout des écoles , et ils
cherchèrent à former des maîtres à la fois instruits et
indépendants . La guerre formidable dans laquelle ils étaient
engagés contre l'Europe les empêcha d'y réussir . D'autre
part, Napoléon Ier et la Restauration furent hostiles à l'ensei
gnement primaire .
- Il faut arriverjusqu'en 1833 pour retrouver un gouverne
ment qui lui soit favorable ; c'est l'honneur de Guizot et de
la monarchie de Juillet d'avoir enfin créé un certain nombre
d'écoles presque semblables à celles que nous voyons aujour
d'hui et d'avoir fondé des écoles normales pour la prépa
ration des instituteurs .
Nouvelle réaction en 1850 après les espoirs qu'avait fait
L'ÉCOLE PRIMAIRE . 389
naître la seconde République ; les instituteurs furent même
persécutés. Les temps redevinrent meilleurs avec l'empire
libéral et le ministre de l'Instruction publique , Duruy, ancien
professeur d'histoire, homme d'idées élevées et de cœur
généreux. Duruy fonda des cours d'adultes, des écoles de
filles et il fut sur le point d'obtenir l'enseignement primaire
obligatoire .
---
- Aussitôt que la République devint le gouvernement offi
ciel de la France, et que le parti républicain fut au pouvoir,
il reprit en matière d'instruction primaire les glorieuses
traditions de la Révolution et de la République de 1848 .
Cette fois, il fut assez fort pour triompher, et en vingt-cinq
ans environ, il obtint des résultats incomparablement plus
brillants que tous les gouvernements antérieurs .
Les écoles sont saines, propres, bien aménagées . Elles
reçoivent tous les enfants, garçons et filles . Elles enseignent
non seulement à lire , à écrire et à compter, mais encore les
règles de la morale, les devoirs du citoyen, les éléments de
l'histoire , de la géographie, des sciences naturelles .
Et tout cela gratuitement pour les parents . N'importe quel
enfant, s'il est bien doué et laborieux, peut aujourd'hui
acquérir l'instruction la plus complète et occuper les emplois
les plus élevés .
Le nombre des conscrits illettrés diminue d'année en
année ; il n'est plus que de 2 ou 3 pour cent , et l'on espère
qu'il tombera bientôt à zéro .
Questions et Analyse des idées.
1. Qu'était l'école primaire au moyen âge? 2. Pendant la Révo
lution, que fit-on ? — 3. Dites ce que voulaient quelques grands hommes ?
- 4. Pourquoi ne put-on le faire ? - 5. Comment fut traité l'ensei
gnement sous le premier Empire et la Restauration ? - 6. Quelles sont
les principales créations faites sous la troisième République?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Comparez votre école d'aujourd'hui à une école d'il y a cent
ans (Bâtiment, matières enseignées, dépense pour vos parents, etc.).
390 LECTURES PRIMAIRES .
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
39 Semaine. Inventions contemporaines .
194. ――――――― Dans les airs .
Le départ d'un ballon a toujours pour ceux qui le voient
monter, disparaître, quelque chose de solennel . Où vont-ils,
ceux que les vents pousseront tout à l'heure vers le mystère
et vers les périls de régions inconnues ? - De son côté , par
quelle série d'impressions passe l'aéronaute * qui se sent pour
la première fois emporté dans la fragile nacelle ? Il monte , et
pourtant il se croit immobile . Mais la terre semble se creu
ser au-dessous de lui ; il atteint les nuages ; il les dépasse ,
et bientôt les hommes sur la terre lui apparaissent comme
des fourmis cheminant dans des brins d'herbe.
A peine un siècle nous sépare des premières montgolfières
(1783 vous connaissez assurément l'histoire des frères
Montgolfier) ; nous ne dirigeons encore pas les ballons à
notre volonté ; néanmoins on éprouve quelque satisfaction à
constater les progrès accomplis . Le physicien Charles, au
début du siècle , remplace l'air chaud par l'hydrogène et
munit le ballon de presque tous les engins encore en usage
aujourd'hui ; l'industrie du gaz d'éclairage permet un gonfle
ment facile et bon marché . En 1863 , Nadar et sa femme
accomplissent jusqu'en Hanovre un parcours de 640 kilomè
tres, à travers les péripéties les plus dramatiques . En 1900 ,
M. Henri de la Vaulx atterrit en Russie après avoir plané sur
1925 kilomètres , soit près de 500 lieues.
Et pour les hauteurs , qu'il suffise de rappeler Gay-Lussac,
montant dès 1804 jusqu'à 7000 mètres ; Gaston Tissandier,
en , 1875 , s'élevant à 8600 mètres , et demi-mort lui-même ,
écrivant encore ses notes d'une main glacée , maniant ses
appareils tout en assistant à l'agonie de ses deux compagnons
qu'il était impuissant à sauver. Ce fut la douloureuse catas
trophe du Zénith (nom du ballon de Tissandier) qui laisse
un souvenir lugubre dans l'histoire des aérostats.
DANS LES AIRS. 391
Très nombreux , en effet, ont été les accidents de ballons ,
et ils continueront à l'être tant qu'on n'aura pas maîtrisé le
vent. Le ballon dirigeable ! Voilà où tendent tous les efforts ,
surtout depuis que MM. Krebs et Renard , en 1884 , ont pour
la première fois adapté à leur ballon une assez bonne hélice *
pour pouvoir, en partant de Meudon , faire un tour au-dessus
de Paris et revenir dans leur parc . Perfectionner la nacelle ,
le gouvernail, rendre plus légers à la fois et plus puissants
l'hélice et son moteur, des centaines d'ingénieurs s'y em
ploient en ce moment ; en 1901 , M. Santos-Dumont a fait
12 kilomètres en une demi-heure . Mais c'était, ainsi que
l'expérience Krebs et Renard , par un temps calme, et il y a
encore un très grand danger à sortir par le vent.
Ne désespérons pas pourtant. La science n'a pas dit son
dernier mot . Et d'ailleurs les ballons, tels qu'ils sont, ren
dent déjà de très grands services . Ils ont pu mettre en com
munication , pendant le siège de 1870 , les Parisiens avec le
reste de la France ; ils permettent aux armées en campagne
et aux navires de voir à de très grandes distances , [Link]
renseignent nos savants sur l'état de l'air à des hauteurs
qui, sans eux, seraient inaccessibles .
Mots expliqués .
Aéronaute Celui ou celle qui parcourt les airs à l'aide d'un ballon
ou aérostat.
Catastrophe Grave accident, grand malheur.
Hélice Énorme vis qui tourne dans l'eau à l'arrière d'un bateau ou
dans l'air à l'arrière d'un ballon et le fait avancer.
Questions et Analyse des idées.
1. Décrivez le départ d'un ballon ; dites quelles impressions éprou
vent les spectateurs et les aéronautes ? 2. Résumez en quelques
traits l'histoire des aérostats ? 3. Indiquez des accidents de ballons.
― - 4. A quoi sont dus ces accidents ? - 5. Pourquoi les ballons ne
peuvent-ils pas lutter contre le vent ? — 6. En quoi consiste un ballon
dirigeable ? - 7. Quels services rendent aujourd'hui les ballons ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
- Faites la description d'un ballon. - Retracez à grands traits
l'invention des ballons, et dites à quoi ils peuvent servir aujourd'hui.
392 LECTURES PRIMAIRES .
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
39e Semaine. Inventions contemporaines ..
195. ―――――― Sous les flots de la mer.
C'est par un jour bleu de printemps. Sur l'Océan se
déplace lentement un grand croiseur cuirassé qui a mission.
★
d'assurer le blocus d'un port de mer et des côtes voisines .
Magnifique bâtiment de 160 mètres de long et 22 mètres
de large ; il a coûté près de 40 millions de francs ; ses
machines ont une force de 30 000 chevaux ; 700 hommes
vivent à son bord . Pourquoi donc , voyant la mer libre,
le croiseur ne fonce-t-il pas à toute vapeur sur le littoral et
ne bombarde-t-il pas le port ennemi ? Pourquoi le comman
dant colle-t-il avec anxiété son oreille au téléphone qui lui
transmet les renseignements d'un aérostat planant à
200 mètres de hauteur ?
Dans le port, à fleur d'eau, flotte un très petit bateau,
couleur des vagues , tout en métal ; son dos étroit et allongé
dépasse à peine le niveau de l'eau ; au milieu , un kiosque où
se tient le lieutenant de vaisseau qui commande . C'est un
sous-marin ou un submersible . Peu à peu le bateau s'enfonce
doucement, disparaît seule, une petite lånterne, filant à
1 mètre au-dessus de l'eau , indique sa marche aux officiers
du port. Lui , il sait où il va , car une série de miroirs , adroi
tement manœuvrés , lui montrent la zone environnante .
Où il va.... Vous l'avez déjà deviné . Droit à l'ennemi , contre
ces cuirassés insolents qui menacent la patrie . Et l'ennemi
sait combien il est redoutable ; et c'est lui que cherchait
tout à l'heure le ballon captif, fouillant l'horizon * avec les
lunettes les plus perfectionnées . On l'a aperçu qui sortait du
port. Le croiseur cuirassé fuit à toute vitesse et lui lance des
obus . Mais le sous-marin n'a rien à craindre ; à présent qu'il
connaît sa route , il s'enfonce davantage et une couche de
6 mètres d'eau le garantit contre tous les projectiles . Il ne
lui reste plus qu'à se placer sur le passage de son ennemi ----
SOUS LES FLOTS DE LA MER. 393
car celui-ci reviendra - à attendre, et à frapper mortelle
ment, avec ses torpilles, lui , petit bateau portant une douzaine
d'hommes, le géant des mers qui en a près d'un millier.
Telle est , en effet, l'effrayante puissance de ce dernier venu
dans les constructions navales . Entrevu depuis longtemps par
l'imagination des ingénieurs et des romanciers , le sous
marin est aujourd'hui parfaitement réalisé . C'est un chef
d'œuvre de la mécanique . Songez qu'il doit se tenir, avancer,
reculer, tourner , sur l'eau et sous l'eau, monter, descendre ,
s'éclairer, regarder, respirer, et réfléchissez à la délicate pré
cision qu'exige chacun de ces actes . Il y a des submersibles
de 40 mètres de longueur , marchant à une vitesse de 10 km .
à l'heure et capables de traverser la mer Méditerranée .
Hâtons-nous d'ajouter que ces bateaux ne sont pas seule
ment des engins de destruction et de mort. L'homme doit
être prêt à se défendre contre ses ennemis , mais il doit plus
encore travailler pour les œuvres de paix . On construit de
petits sous-marins, qui peuvent descendre jusqu'à 100 mètres
de la surface de l'eau ; ils sont munis d'un phare qui éclaire
le fond de la mer, de griffes et de pinces qui saisissent les
objets , et ils vont repêcher les débris de navires engloutis
dans les naufrages .
Mots expliqués .
Blocus : En temps de guerre, les navires ennemis bloquent les
ports de mer, c'est-à-dire empêchent tout vaisseau militaire ou mar
chand d'y entrer et d'en sortir. Ils cherchent aussi à s'approcher pour
bombarder les ports.
Fouiller l'horizon : Examiner avec beaucoup d'attention tout autour.
Questions et Analyse des idées .
1. Décrivez un croiseur cuirassé assurant le blocus d'un port? -
2. Pourquoi, dans la lecture , le commandant du croiseur semble-t-il
inquiet? 3. Décrivez le sous-marin sortant du port ? 4. De quelle
façon le croiseur a-t-il pu être averti de sa présence ? ― 5. Racontez
les péripéties de la lutte entre cuirasse et sous-marin . - 6. Quelles
difficultés y avait-il à vaincre pour construire les sous-marins ?
7. Quels services peuvent rendre les sous-marins ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Résumez ce que vous savez sur la navigation sous-marine.
394 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET FRANCAIS
40€ Semaine L'homme et la Société.
196. ――― Le Suffrage universel .
Notre histoire a été souvent ensanglantée, sous l'ancienne monarchie, de
guerres civiles et de révoltes douloureuses. Mais depuis l'établissement de la
République et le fonctionnement régulier du suffrage universel, la France
développe ses institutions et poursuit ses destinées d'une manière pacifique.
Pourquoi? Victor Ilugo nous l'explique dans un célèbre discours qu'il prononça
en 1850, alors que le suffrage universel était menacé par une majorité réaction
naire.
Le plus grand acte de la Révolution de 1848 fut d'établir
le suffrage universel.
Le côté profondément humain et politique de cet acte, ce
fut d'aller chercher l'être courbé , l'être froissé * qui jus
qu'alors n'avait eu d'autre espoir que la révolte, et de lui
apporter l'espérance sous une autre forme, et de lui dire :
<< Vote, ne te bats plus » . Ce fut de rendre sa part de souverai
neté à celui qui jusque-là n'avait eu que sa part de souf
france * . Ce fut d'aborder l'infortuné qui n'avait d'autre
ressource que la violence , et de lui retirer la violence , et de
lui remettre dans les mains, à la place de la violence , le droit !
Et voyez comme ce qui est profondément juste est en
même temps profondément politique : le suffrage universel,
en donnant un bulletin à ceux qui souffrent , leur ôte le
fusil . En leur donnant la puissance , il leur donne le calme .
Tout ce qui grandit l'homme l'apaise . -
Le suffrage universel dit à tous , et je ne connais pas de
plus admirable formule de la paix publique : « Soyez tran
quilles, vous êtes souverains . >>>
Il ajoute « Vous souffrez ! eh bien, n'aggravez pas vos
souffrances , n'aggravez pas les détresses * publiques par la
révolte . Vous souffrez ? eh bien , vous allez travailler vous
mêmes , dès à présent, à la destruction de la misère , par des
hommes qui seront à vous , par des hommes en qui vous
mettrez votre âme , et qui seront en quelque sorte votre
main. Soyez tranquilles. »
LE SUFFRAGE UNIVERSEL. 395
Puis , pour ceux qui seraient tentés d'être récalcitrants , il dit :
« Avez-vous voté? Oui . Vous avez épuisé * votre droit, tout
est dit . Quand le vote a parlé, la souveraineté a prononcé .
Il n'appartient pas à quelques-uns de défaire ni de refaire
l'œuvre de tous . Vous êtes citoyens , vous êtes libres , votre
heure reviendra , sachez l'attendre . En attendant, travaillez ,
écrivez, parlez , discutez, éclairez-vous, éclairez les autres .
Vous avez à vous aujourd'hui la liberté , demain la souve
raineté vous êtes forts ! ... »
Il y a un jour dans l'année où , le journalier , le manœuvre ,
l'homme qui traîne des fardeaux, l'homme qui casse des
pierres au bord des routes, juge les représentants , les mi
nistres, le président de la République . Il y a un jour de
l'année où le plus modeste citoyen prend part à la vie du pays
tout entier , où la plus étroite poitrine se dilate à l'air vaste
des affaires publiques ; un jour où le plus faible sent en lui
la grandeur de la souveraineté nationale , où le plus humble
sent en lui l'âme de la patrie. V. HUGO.
Mots expliqués.
L'être froissé L'homme qui souffre de la misère et de l'injustice
du sort.
... Sa part de souffrance Allusion aux guerres civiles et aux
révoltes antérieures .
Les détresses publiques : La révolte augmente encore les malheurs
du pays, c'est-à-dire de tous ses habitants .
Épuisé votre droit Vous en avez tiré tout ce qu'il était possible .
Questions et Analyse des idées.
1. Rappelez quelques révoltes célèbres dans notre histoire et dites
quelles en étaient les causes. - 2. Expliquez ce qu'est le Suffrage
universel. - 3. A quel moment a-t-il été établi ? ――― - 4. Depuis quand
existe réellement la souveraineté nationale en France ? 5. Comment
V. Hugo prouve-t- il que le Suffrage universel, quand il fonctionne
librement, doit prévenir les révoltes et les insurrections? - 6. Recher
chez dans cette lecture quelques images qui vous ont frappé par leur
hardiesse et leur beauté.
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Le Suffrage universel. - Expliquez comment il fonctionne, et
indiquez-en les avantages.
396 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET MORALE
40º Semaine. Progrès moral en France.
197. ―――― Une École d'autrefois .
C'était dans la grand'rue . On entrait par un corridor dont
les murs étaient de mortier . Au bout , à droite , une petite
porte ouvrait sur la salle qui était assez vaste , éclairée par
plusieurs fenêtres , mais toute nue . Il n'y avait aucun tableau ,
aucune carte, aucune description , il n'y avait point de tables .
. Chacun de nous possédait une planche percée d'un trou où
passait une ficelle par laquelle nous la suspendions au mur.
Pour écrire , nous mettions la planche sur nos genoux .
Nous apprenions tout juste à lire, à écrire et à compter.
Nous n'avions que bien peu de livres . Je me souviens de deux
seulement la croisette (c'est ainsi que nous appelions l'al
phabet dont je n'ai su le nom que beaucoup plus tard), et
l'Ancien et le Nouveau Testament * , où les plus forts lisaient.
Pendant que j'étais à l'école , un seul de mes camarades avait
cet honneur, et la première admiration de ma vie a été pour
lui.
Nous redoutions beaucoup les exercices d'écriture . Quand
le moment était venu de les commencer , chacun de nous
apportait au maître sa plume d'oie et sa planche . Nous ne
nous servions pas de plumes en fer , qui nous semblaient
des objets de grand luxe, et lorsque nous en trouvions une
dans la rue, devant la mairie , où le greffier jetait les siennes
après les avoir usées , nous la serrions précieusement, tout
ébréchée , dans la poche de notre gilet où elle faisait des
trous....
Tout se passait familièrement et sans cérémonie à l'école .
Le maître était chantre à l'église . Quand il y avait des
messes de mariage ou d'enterrement, et le samedi , pour
les vêpres, il nous laissait, emmenant avec lui les enfants
de chœur. C'était alors sa fille , Mlle Adèle , qui faisait
UNE ÉCOLE D'AUTREFOIS. 397
l'école . Mlle Adèle avait une pédagogie très simple . Elle
apportait une salade qu'elle épluchait, et , pour nous faire
tenir tranquilles , elle promettait au plus sage le friand
morceau qu'on appelle le touvon * . J'ai eu l'honneur de l'ob
tenir plusieurs fois . Ces touvons de Mlle Adèle ont été les
premières récompenses que j'ai reçues.
Quels changements aujourd'hui !
A la place de la masure, un petit palais ! Des salles vastes.
et hautes , où la lumière arrive à tous les yeux et l'air à
toutes les poitrines . De bonnes tables aménagées de façon à
ce que le corps ne prenne pas de plis qui le gâtent ; non
plus un seul maître, mais des maîtres qui ont conquis , à
force de labeur et après avoir passé par de rudes épreuves,
le droit d'enseigner ; une riche matière d'enseignement ; des
livres à foison et composés avec soin pour les petits garçons
et pour les petites filles ; l'argent donné sans compter pour
l'instruction populaire , et , ce qui est mieux, la confiance en
la mission de l'école, l'espoir en elle , le respect pour elle .
ERNEST LAVISSE . (Historien contemporain . )
Discours d'inauguration du groupe scolaire de Nouvion-en-Thiérache.
Mots expliqués
Ancien et Nouveau Testament : L'Ancien Testament ou la Bible
contient des récits anciens sur le peuple juif, et le Nouveau Testament
des récits sur Jésus.
Touvon : Mot du pays pour désigner le cœur, la partie dure au
centre de la salade.
Questions et Analyse des idées..
1. De quoi est-il question dans cette lecture ? 2. Décrivez l'école
d'autrefois . - 3. Dites ce que l'on y faisait. - 4. Quelles anecdotes
raconte l'auteur? -- 5. Qu'oppose-t-il à l'école d'autrefois ? - 6. Quels
sont les principaux points de comparaison (bâtiment, maître, matières
enseignées autrefois et aujourd'hui) ?
Devoir (Élocution et Rédaction).
Faites la description complète de votre école et dites ce
que vous y apprenez. Comparez avec le passé.
598 LECTURES PRIMAIRES .
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
40e Semaine. Inventions contemporaines .
198. — Le Monde transformé
par l'Électricité .
Jamais les progrès ne s'étaient multipliés dans l'ordre des
applications scientifiques avec une aussi prodigieuse rapidité
qu'en ces derniers temps. La vapeur produisit une admirable
révolution pacifique pendant la première partie du xixe siè
cle ; l'électricité en accomplit une plus grande encore de nos
jours, et nous ne sommes vraisemblablement qu'au début des
surprises qu'elle nous réserve.
Sortons pour quelques instants dans la rue d'une grande
ville . Voici le tramway qui passe et qui va nous conduire où
nous avons besoin d'aller. Ce tramway est électrique : une
perche appelée trolley, placée en dessus ou en dessous et
communiquant avec un fil, lui apporte l'électricité d'une
usine lointaine , et il court à toute vitesse , montant aisément
les côtes qui , autrefois , fatiguaient tant les chevaux.
Nous arrivons devant le bureau de poste . Justement, il
nous faut envoyer un télégramme au grand frère qui est
là-bas dans le Sud-Algérien et qui nous a demandé des nou
velles du père malade . Rassurons-le bien vite . Avec cinquante
centimes, il saura dans quelques heures que le médecin
vient de nous quitter très satisfait .
A notre droite, dans la cabine téléphonique, nous enten
dons un commerçant qui fait une commande pressée ; son
correspondant demeure à cent lieues d'ici , et il lui parle, il
l'entend, il discute avec lui les conditions et les prix comme
s'ils étaient assis à côté l'un de l'autre .
Cependant le jour s'achève , l'obscurité commence à des
cendre sur la ville . En un instant , les rues , les étalages , les
maisons particulières sont brillamment éclairés , et point
n'est besoin qu'un allumeur aille à chaque lampe : il a suffi
de tourner un très petit morceau de fer, placé sur la muraille ,
LE MONDE TRANSFORMÉ PAR L'ÉLECTRICITÉ . 399
bien à portée de la main , et immédiatement a jailli partout
la lumière électrique.
C'est encore la fée électricité qui , tout à l'heure , nous
ouvrira la porte lorsque nous aurons simplement appuyé du
doigt sur un petit bouton blanc ; qui nous fera monter au
cinquième étage avec l'ascenseur . C'est elle qui transporte
la force prise aux cascades des montagnes. C'est elle qui
actionne et qui éclaire les bateaux sous-marins , ménageant
ainsi l'air nécessaire aux matelots * . C'est elle qui intervient
dans une foule d'industries et qui nous procure mille objets
dont nous nous servons tous les jours . C'est à elle que la mé
decine demande la guérison de certaines maladies .
Elle a pris une si grande place dans notre vie contempo
raine, cette électricité mystérieuse, rapide et docile comme
la pensée humaine elle-même, que nous ne concevons plus le
monde sans elle . Et cependant nos grands-pères , il y a cin
quante ans, soupçonnaient à peine quels services elle allait
rendre.
Mots expliqués.
Révolution En histoire, révolution signifie changement très con
sidérable. De même que la Révolution française de 1789 a changé nos
institutions politiques , de même les récentes découvertes scientifiques
ont changé nos habitudes sociales .
Ménageant l'air... : Sous l'eau , on n'a qu'une provision d'air très
limitée ; il faut la réserver pour la respiration des hommes ; on ne doit
donc brûler ni charbon ni gaz d'éclairage, qui consommeraient de
l'oxygène ; l'électricité donne force et lumière sans vicier l'air.
Questions et Analyse des idées .
1. Supposez que tout à coup nous n'ayons plus à notre service la
vapeur, quels changements verrions-nous autour de nous? 2. Id. ,
en supposant que nous n'ayons plus l'électricité? - 3. Décrivez un
tramway électrique. 4. Expliquez brièvement ce qu'est le télé
graphe, le téléphone. 5. Dites ce que vous savez sur la lumière
électrique.
Devoir (Elocution et Rédaction).
Résumez les principales applications de l'électricité.
400 LECTURES PRIMAIRES.
JUILLET CONNAISSANCES USUELLES
40e Semaine. Inventions contemporaines.
199. - Le Radium .
En 1895 , le professeur Roentgen découvrait les rayons X,
qui permettaient à l'homme de voir à travers les corps
opaques et d'analyser, à l'intérieur d'un corps plein de vie,
le fonctionnement mystérieux des organes .
Quelques mois plus tard , la découverte des rayons Roentgen
en amenait une autre, plus étonnante encore. M. Henri Bec
querel, de l'Institut,
annonçait au monde
savant que l'uranium *
émettait une radiation
invisible , douée des
mêmes propriétés que
les rayons X, mais avec
cette différence qu'au
lieu d'emprunter,
comme les rayons X,
Le radium. son énergie à une
source extérieure , l'uranium émettait une radiation inépui
sable, qu'il n'empruntait à aucune source visible .
Comme tout s'enchaîne dans la science, trois ans plus
tard , M. et Mme Curie découvrent et isolent un corps nou
veau, le radium, tiré de résidus d'où l'on a extrait l'uranium ,
et qui reproduit les mêmes phénomènes et d'autres encore ,
avec une intensité deux millions de fois plus grande !
Corps étrange, mais infiniment rare, car, pour extraire
un seul gramme de radium, il faut traiter plus de dix mille
kilogrammes de minerai . Aussi , à l'heure actuelle , un gramme
de radium pur vaut-il près de 150 000 francs .
Le radium s'obtient sous forme de sel, chlorure ou bro
mure . Les sels de radium sont spontanément lumineux . Ils
impressionnent les plaques photographiques à travers n'im
LE RADIUM. 401
porte quel corps . On n'en connaît pas de tout à fait opaques
aux rayons du radium ; seulement l'impression sur la plaque
sensible est plus ou moins rapide , suivant le milieu tra
versé.
A toutes les températures , le rayonnement du radium est
égal à lui-même .
Autre propriété singulière : les rayons du radium rendent
bons conducteurs tous les corps réputés isolants de l'élec
tricité air gazeux , air liquide , pétrole , benzine , sulfure de
carbone , etc.
Dans une pièce où l'on a manipulé pendant un certain
temps des sels de radium, il devient impossible d'isoler
électriquement un appareil .
Comme les rayons X, les rayons du radium ne peuvent ni
se réfléchir ni se réfracter. Ils traversent en ligne droite les
miroirs et les prismes .
Le radium est une source perpétuelle, indéfinie , et répu
tée, jusqu'à nouvel ordre , spontanée , d'électricité .
Le radium est aussi une source perpétuelle et indéfinie
de chaleur .
Ce corps, qui semble en contradiction avec les lois jus
qu'ici connues de la nature , réalise le MOUVEMENT PÉRPÉTUEL ,
dont la conception même paraissait absurde aux savants et
aux philosophes .
Placez un thermomètre isolé à côté d'un tube de radium ,
ce thermomètre accusera une température supérieure de
3 ou 4 degrés à celle du milieu ambiant .
En outre, phénomène plus extraordinaire encore , un sel
de radium en solution communique momentanément ses pro
priétés à tous les corps enfermés avec lui dans un même
vase . C'est ce que M. Curie appelle la radio-activité induite.
Tout, en somme , est étonnant et mystérieux dans ce corps .
J'ai gardé pour la fin son action la plus suggestive , celle
qu'il exerce sur les corps vivants.
LECT. PRIM. 26
402 LECTURES PRIMAIRES.
Un sel de radium enfermé dans une boîte opaque, lors
qu'on l'approche de l'œil , la paupière fermée , provoque une
vive sensation de lumière . Alors tous les milieux de l'œil
deviennent instantanément phosphorescents . C'est l'œil lui
même qui éclaire la rétine .
L'épiderme, en contact avec une ampoule , n'éprouve
aucune sensation . Mais si le contact se prolonge pendant
plusieurs jours, les tissus se désorganisent . Il se forme une
escarre et une plaie qui ne se guérit qu'après des mois de
traitement . On cherche à utiliser cette propriété pour le
traitement du lupus et du cancer.
J'en ai dit assez pour montrer que la découverte de ce
corps ouvre un champ admirable à nos investigations et à
nos espérances .
Les propriétés du radium bouleversent nos idées sur les
forces et sur la matière.
Le radium dégage constamment de la lumière, de la cha
leur, de l'électricité et une matière subtile , impondérable ,
qu'on peut transvaser, condenser . I dissipe continuellement
une quantité d'énergie considérable, en conservant le même
état et le même poids .
Le radium constitue l'énigme la plus troublante de ce
siècle, pourtant si fécond en énigmes.
Professeur D'ARSONVAL , Membre de l'Institut.
Mots expliqués.
Uranium Corps très rare, et jusqu'ici peu connu.
Chlorure ou bromure de radium Corps composés dans lesquels
il y a du radium.
་ Questions et Analyse des idées.
1. A quelle époque remonte la découverte des rayons X, et quelles
sont les propriétés de ces rayons? 2. A quelle époque remonte la
découverte des propriétés de l'uranium et du radium ? 3. Que tra
versent les rayons du radium ? 1 4. De quoi le radium est-il une
source perpétuelle ? -- 5. Quel effet produit-il sur la peau? - 6. Que
trouvez-vous d'étrange dans les propriétés de ce corps ?
Devoir (Élocution et Rédaction) .
Résumez la lecture.
JOUR D'ADIEU. 403
JUILLET
12 40 Semaine.
200. Jour d'adieu .
Dans la salle de l'école , pendant que les enfants travail
laient, les yeux fixés sur leur livre, le maître les regardait
et se disait tout bas : Enfants, vous êtes ma jeune famille
d'adoption . Rassemblés aujourd'hui autour de moi , vous
vous disperserez bientôt .
J'aime en vous vos familles dont vous êtes la joie ; j'aime
en vous votre patrie dont vous êtes l'espoir . Modeste je vis ,
modeste je mourrai .
Mais, si je puis laisser dans vos esprits des idées vraies et
des sentiments généreux , ce sera ma plus douce récom
pense.
Enfants, votre maître vous aime , il vous aimera toujours .
Que vous demande-t-il en échange ? Rien qu'un peu d'atten
tion à ses leçons, un peu de respect pour sa parole, et, si
vous avez du cœur, un peu d'affection pour sa personne .
GUYAU. (Écrivain et philosophe contemporain, 1855-1888 . )
[Alcan, édit . ]
TABLE PAR CATÉGORIES
Français.
Nos Pages Nos Fages .
1. La rentrée des classes. 1 91. A M. le comte de Lastic 182
22
6. L'existence à la campagne 12 96. Le vaniteux ridicule 192
2
11. Le petit laboureur . 101. Le vaniteux ridicule (suite). 202
16. Restons auprès de notre foyer 106. Littérature et sciences. 212
Aux paysans 32 111. Clémence des vainqueurs de
21. Nos auxiliaires : Les animaux la Bastille 222
domestiques . 42 116. Pêcheurs Bretons 232
26. Le laboureur et ses enfants . 52 121. Les soldats de la Révolution. 242
Bienfaits du travail. 53 Les Volontaires de 92. 243
31. Manière d'appendre à lire ét 126. Hymne 252
à réciter d'une façon intel 131. Le lever du soleil 262
ligente. 62 136. Les nids des oiseaux . 272
36. Quest-ce qu'un bon livre?. 72 Un nid d'oiseau . 273
41. Le livre de lecture 82 141. Le savetier et le financier 282
46. La lecture personnelle 92 146. Un Persan à Paris 292
51. La lecture à haute voix. 102 151. Souvenirs d'enfance 302
56. Comment se fait un livre. Le 156. Le pain sec . 312
travail de l'auteur 112 161. Les œuvres de Victor Hugo . 322
60. Le savant et le voleur. 120 166. Le respect de soi-même 332
61. Contes, fables, apologues . 122 171. Les plaisirs de la promenade. 342
66. La laitière et le pot au lait 132 176. Rêveries dans les collines 352
71. Le madrigal de Louis XIV . 142 La fenaison . 352
Le carrosse renversé 143 181. Les métiers . 364
76. Le bourgeois gentilhomme . 152 186. La patrie et l'humanité. 374
Le Corbeau et le Renard 153 191. Aux écoliers de France . 384
81. Voltaire . 162 196. Le suffrage universel . 394
86. Le flatteur parasite . 172 200. Jour d'adieu. 403
Morale.
Nos Pages. Nos Pages .
2. Souvenirs de famille. Le 82. Le corridor de la tentation. 164
grand-père.. 4 87. Le Grillon. 174
7. Le vieillard et ses enfants. 14 92. La propreté . 184
12. Le fondateur de la morale. 97. Le linot. 194
Socrate 24 102. A l'enfant en colère 204
KARO
17. Respect à la vieillesse. 34 107. Le courage et la volonté 214
Le vieillard et les trois jeu 112. L'examen du général Drouot 224
28
nes hommes . 34 117. Aux soldats de la République. 234
22. La famille. Le père . 44 122. Dévouement pour ses sem
27. Un trait d'amour filial 54 blables. 244
32. La mère dans la famille. 64 127. Faire du bien autour de soi. 254
37. La meilleure manière d'ho 132. L'esclavage au xv siècle 264
norer ses parents . 74 137. De la volonté 274
42. L'adoption . 84 142. Un bienfaiteur de ses com
47. Les deux petits abandonnés . 94 patriotes. Jacquard . 284
52. La sœur ainée. Le droit d'ai 147. L'Humanité . 294
nesse 104 152. Le retour au pays natal 304
57. A une vieille servante. 114 Le retour au pays natal 305
62. L'âne et le chien 124 157. Charité 314
67. Le cheval arabe 134 162. Le dévouement à la science . 524
72. Probité délicate 144 167. Le sentiment du devoir 334
Une prédiction réalisée . 144 172. La cigale et la fourmi . 344
77. La vanité . 154 Réhabilitation de la fourmi. 345
TABLE PAR CATÉGORIES . 405
Nos Pages. Nos Pages.
177. Justice et charité 354 192. Courage et sang-froid d'une
182. Bienfaisance délicate . 566 institutrice française. 386
187. Héroisme féminin . 376 197. Une école d'autrefois 396
Histoire.
Nos Pages. Nos Pages,
3. La découverte du feu par les 98. Franklin en France. Ses der
premiers hommes 6 nières années 196
8. L'invention de l'écriture 16 103. Mirabeau 206
13. Un créateur de la science. 108. Lavoisier 216
Archimède. 26 113. L'enfance d'un général cé
18. Notre premier héros national , lèbre 226
Vercingétorix 36 118. Kléber 256
23. Industrie de la Gaule an 123. Notre chant national. La
cienne . 46 Marseillaise 246
28. Progrès de la civilisation gau 128. Le siège de Lille . 256
loise au contact des Ro 135. Bataille de Valmy 266
mains 56 138. L'armée française à Jem
33. Une ville de la Gaule romaine. mapes . 276
Nimes . 66 143. Paris au mois de mars 1814. 286
38. Marco-Polo et les découvertes 148. La vraie grandeur . 296
en Asie 76 153. Voyage à Saverne en 1871 306
43. Découverte de l'Amérique 158. L'enfance de Victor Hugo 316
par Christophe Colomb. 86 163. Enfance et jeunesse de Pas
48. Les manuscrits d'autrefois 96 teur . 326
53. Gutenberg . 106 168. Grandes découvertes de l'as
58. Bernard Palissy . 116 teur . 356
63. La Fontaine 126 173. Histoire d'une route . 346
68. Turenne 136 178. Histoire ancienne d'un vil
73. Vauban . 146 lage . 356
78. Molière . 156 183. Histoire moderne d'un vil
83. Denis Papin. 166 lage . 368
88. Pierre le Grand, créateur de 188. La poste. Moyens de corres
la Russie moderne . 176 pondance . 378
93. Benjamin Franklin 186 193. L'école primaire. 388
Connaissances usuelles.
DE∞
Nos Pages. Nos Pages.
4. La terre dans le monde • 34. Les sommets des hautes
N&O
8288
&
5. La terre et les mers . 10 montagnes . 68
9. La mer et les marées, 18 35. Les dangers des montagnes
10. Les couleurs de la mer. 20 en hiver. 70
14. Les mers polaires et les 39. Les avalanches 78
glaces flottantes 28 40. Phénomènes de la nature :
15. L'expédition de Nordens l'abaissement des monta
kiold au pôle sud. 30 gnes. 80
19. Nansen et le « Fram » dans 44. Le naufrage de la « Russie ». 88
la banquise 38 45. Sauvetage des naufragés de
20. Nansen vers le pôle nord en la « Russie » . 90
traineau. 40 49. Invention de l'imprimerie 98
24. Le chemin de fer transsibé 50. Le papier . 1.00
rien . 48 54. Nos livres. Les gravures 108
25. La traversée du lac Baikal 55. La lithographie 110
en traineau 50 59. Décoration de la faience et
29. Les pays septentrionaux : le de la porcelaine 118
chemin de fer transcana 64. L'ane . 128
dien . 58 65. Le chien 130
30. La naturemystérieuse. Grot 69. Les bœufs . 158
tes et cavernes . 60 70. L'art de conserver sa santé. 140
406 TABLE DES MATIÈRES.
Nos Pages. Nos Pages.
74. La grande plaine euro 139. Le lézard gris . 278
péenne. 148 140. Les araignées . 280
75. Les Suisses 150 144. La distribution du travail
79. Les Savoyards . 158 dans une ruche. 288
80. Forges comtoises 160 145. Architecture des fourmis. 290
84. La prudence des éléphants. 168 149. La campagne parisienne . 298
85. Le charmeur de serpents . . 170 150. La Fontaine de Vaucluse. 300
89. Le castor . 178 154. Un village et une ferme en
90. La pêche à la baleine 180 Algérie.. 308
94. La pêche du hareng . 188 155. Le chameau et le désert . 310
95. Les Hollandais . 190 159. Caravane au désert. 318
99. Les pêcheurs de la côte nor 160. Une oasis 320
mande. 198 164. Le canal de Suez. 328
100. Les mariniers d'eau douce . 200 165. L'Autruche.. 330
104. Nos ennemis invisibles : les 169. Descente dans une houillère. 338
poussières . 208 170. Progrès dus à la vapeur 340
105. Populations du centre : les 174. Description d'un grand stea
Auvergnats. 210 mier . 348
109. Chimie de nos aliments. 218 175. Viaduc de Garabit . 350
110. Bergers des Landes.. 220 179. Destruction de Saint-Pierre
114. Les chèvres de Provence et de la Martinique . 358
les vaches de Normandie . 228 180. Les forces de la nature au
115. Le midi : pays et habitants . 230 service de l'homme 362
119. L'exercice et le travail . 238 184. Le marteau-pilon . 570
120. Exercices et sports . 240 185. Fusion et coulage de grosses
124. Les êtres vivants ou organi pièces d'acier 372
sés. 248 189. La télégraphie sans fil. 380
125. Le travail à la ruche . 250 190. La photographie . 382
129. L'hirondelle . 258 194. Dans les airs. 390
150. La première leçon de vol 195. Sous les flots de la mer 392
de l'oiseau. 260 198. Le monde transformé par
134. Utilité des oiseaux . 268 l'électricité 398
135. Le hanneton. 270 199. Le radium . . 400
TABLE DES MATIÈRES
Nos Pages. Nos Pages.
1. La rentrée des classes . 1 15. L'expédition de Nordens
ALLURE2
2. Souvenirs de famille. Le kiold au pôle sud. 50
grand-père . 4 16. Restons près de notre foyer.
3. La Découverte du feu par Aux paysans . 52
les premiers hommes. 6 17. Respect à la vieillesse 34
4. La Terre dans le Monde 8 Le Vieillard et les trois jeu
5. La terre et les mers . 10 nes hommes. 34
2
2
6. L'existence à la campagne. 12 18. Notre premier héros natio
7. Le vieillard et ses enfants 14 nal : Vercingétorix . 36
8. L'invention de l'écriture . 16 19. Nansen et le « Fram » dans
9. La mer et les marées. 18 la banquise . 38
10. Les couleurs de la mer. 20 20. Nansen vers le pôle Nord en
11. Le petit laboureur. 22 traineau . 40
12. Le fondateur de la morale. 21. Nos auxiliaires : Les animaux
Socrate . 24 domestiques . 42
13. Un créateur de la science 22. La famille. Le père. 44
Archimède(287-212 av. J.-C. ) 26 23. Industrie de la Gaule ancienue. 46
14. Les mers polaires et les 24. Le chemin de fer transsibé
glaces flottantes. . 28 rien . 48
TABLE DES MATIÈRES . 407
Nos Pages. No Pages .
25. La traversée du lac Baïkal 66. La laitière et le pot au lait . 132
en traineau. . 50 67. Le cheval arabe 134
26. Le laboureur et ses enfants. 52 68. Turenne (1611-1675) . 136
Bienfaits du travail . 53 69. Les bœufs 158
27. Un trait d'amour filial . 51 70. L'art de conserver sa santé. 140
28. Progrès de la civilisation 71. Le madrigal de Louis XIV. 142
gauloise au contact des Le carrosse renversé. 145
Romains. 56 72. I'robité délicate 144
29. Les pays septentrionaux : le Une prédiction réalisée . 144
chemin de fer transcana 73. Vauban. 146
dien . 58 74. La grande plaine euro
30. La nature mystérieuse. Grot péenne. 148
tes et cavernes. 60 75. Les Suisses. 150
31. Manière d'apprendre à lire 76. Le Bourgeois gentilhomme 152
et à réciter d'une façon 2* 8 8 22 * ** Le Corbeau et le Renard . 153
intelligente ... 62 77. La vanité 154
32. La mère dans la famille 64 78. Molière (1622-1673) 156
53. Une ville de la Gaule ro 79. Les Savoyards 158
maine. Nimes. 66 30. Forges comtoises. 160
34. Les sommets des hautes 81. Voltaire (1694-1778) 162
montagnes. 68 82. Le corridor de la tentation. 164
35. Les dangers des montagnes 83. Denis Papin . 166
en hiver. 70 8. La prudence des éléphants . 168
36. Qu'est-ce qu'un bon livre?.. 72 85. Le charmeur de serpents 170
57. La meilleure manière d'ho 86. Le flatteur parasite 172
norer ses parents . 74 87. Le Grillon . 174
58. Marco-Polo et les décou 88. Pierre le Grand, créateur
vertes en Asic (1252-1323). 76 de la Russie moderne 176
39. Les avalanches. 78 89. Le Castor 178
40. Phénomènes de la nature: l'a 90. La pêche à la baleine 180
baissement des montagnes. 80 91. A M. le comte de Lastic 182
** ** REIN
41. Le livre de lecture. 82 92. La propreté 184
42. L'adoption . 84 93. Benjamin Franklin 186
43. Découverte de l'Amérique 91. La pèche du hareng 188
par Christophe Colomb. 86 95. Les Hollandais 190
44. Le naufrage de la Russie » . 88 96. Le vaniteux ridicule 192
45. Sauvetage des passagers de 97. Le linot . 194
la « Russie » . 90 98. Franklin en France. Ses
46. La lecture personnelle . 92 dernières années. 196
47. Les deux petits abandonnés . 94 99. Les pêcheurs de la côte
48. Les manuscrits d'autrefois . 96 normande . 198
49. Invention de l'imprimerie 98 100. Les Mariniers d'eau douce . 200
50. Le papier. 100 101. Le Vaniteux ridicule (suite). 202
51. La lecture à haute voix. 102 102. A l'Enfant en colère 204
52. La sœur ainée . 104 103. Mirabeau (1749-1791) 206
Le droit d'aînesse. 104 104. Nos ennemis invisibles : Les
53. Gutenberg (1400-1468) . 106 poussières . 208
54. Nos livres. Les gravures . 108 105. Populations du centre : Les
55. La lithographie. 110 Auvergnats 210
56. Comment se fait un livre. 106. Littérature et sciences. 212
Le travail de l'auteur 112 107. Le courage et la volonté. 214
57. A une vieille servante . 114 108. Lavoisier (1743-1794). 216
58. Bernard Palissy. 116 109. Chimie de nos aliments. 218
59. Décoration de la faience et 110. Bergers des Landes . 220
de la porcelaine 118 111. Clémence des vainqueurs de
60. Le savant et le voleur. 120 la Bastille . 222
61. Contes, fables, apologues . 122 112. L'examen du général Drouot 224
62. L'Ane et le Chien. 124 113. L'enfance d'un général cé
63. La Fontaine (1621-1695). 126 lèbre . 226
64. L'âne . 128 114. Les chèvres de Provence et
65. Le chien. 130 les vaches de Normandie . 228
408 TABLE DES MATIÈRES .
No Pages. No. Pages.
115. Le Midi : pays et habitants. 230 159. Caravane au désert, 318
116. Pêcheurs bretons. 232 160. Une Oasis. 320
117. Aux soldats de la Répu 161. Les œuvres de Victor Hugo. 322
blique. 234 162. Le dévouement à la science. 324
118. Kléber (1753-1801 ). 236 163. Enfance et jeunesse de
119. L'exercice et le travail. 238 Pasteur 326
120. Exercices et sports . 240 164. Le canal de Suez 328
121. Les soldats de la Révolution. 242 165. L'Autruche . 330
Les Volontaires de 92 243 166. Le respect de soi-même . 352
122. Dévouement pour ses sem 167. Le sentiment du devoir . 334
blables 244 168. Grandes découvertes de
123. Notre chant national. Là Pasteur . 336
Marseillaise . 246 169. Descente dans une houil
124. Les êtres vivants ou orga lère 538
nisés 248 170. Progrès dus à la vapeur . 340
125. Le travail à la ruche 250 171. Les plaisirs de la prome
126. Hymne. 252 nade 342
127. Faire du bien autour de 172. La cigale et la fourmi. 344
soi. • 254 Réhabilitation de la fourmi . 345
128. Le siège de Lille (1792) 256 173. Histoire d'une route. 346
129. L'hirondelle 258 174. Description d'un grand
130. La première leçon de vol steamer. 348
de l'oiseau 260 175. Viaduc de Garabit. 350
131. Le lever du Soleil. 262 176. Rêveries dans les collines . 352
132. L'esclavage au xvi1 ° siècle. 264 La fenaison. 352
133. Bataille de Valiny. 266 177. Justice et Charité . 354
134. Utilité des oiseaux 268 178. Histoire ancienne d'un vil
135. Le Hanneton 270 lage. 356
136. Les Nids des oiscaux. 272 179. Destruction de Saint-Pierre
Un nid d'oiseau . 273 de la Martinique. (8 mai
137. De la volonté 274 1902) 358
158. L'armée française à Jem 180. Les forces de la nature au
mapes. 276 service de l'homme. 362
139. Le lézard gris . 278 181. Les métiers . 364
140. Les araignées. 280 182. Bienfaisance délicate 366
141. Le savetier et le financier . 282 183. Histoire moderne d'un vil
142. Un bienfaiteur de ses com lage.. 368
patriotes. Jacquard. 284 184. Le marteau-pilon . 370
145. Paris au mois de mars 1814. 286 185. Fusion et coulage de grosses
144. La distribution du travail pièces d'acier 372
dans la ruche 238 186. La patrie et l'humanité . 574
145. Architecture des fourmis. 290 187. Héroïsme féminin. 576
146. Un Persan à Paris . 292 188. La poste. Moyens de corres
147. L'Humanité. 294 pondance . 578
148. La vraie grandeur. 296 189. La télégraphie sans fil 580
149. La campagne parisienne . 298 190. La photographie 382
150. La Fontaine de Vaucluse. 300 191. Aux écoliers de France 384
151. Souvenir d'enfance . 502 192. Courage et sang-froid d'une
152. Le retour au pays natal. 304 institutrice française . 386
Le retour au pays natal 305 193. L'école primaire . 388
153. Voyage à Saverne en 1871 . 306 194. Dans les airs. 590
154. Un village et une ferme en 195. Sous les flots de la mer 392
Algérie . 308 196. Le suffrage universe! 394
155. Le Chameau et le désert. 310 197. Une Ecole d'autrefois. 396
156. Le pain sec . 312 198. Le monde transformé par
157. Charité . 314 l'électricité 398
158. L'enfance de Victor Hugo 199. Le Radium. 400
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