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Chap 3

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Chapitre 3 Fluides réels 3.1 Introduction Lorsque des fluides physiologiques sont, considérés, il est nécessaire de tenir compte des frottements non seulement des particulesfluides entre elles, mais aussi entre les particules fluides et les parois; en d’autres termes, la dissipation visqueuse n'est pas négligeable. Nous parlons alors de fluides réels. De ce fait, le bilan des forces agissant sur un domaine fiuide comporte une force supplémentaire Fauetace = forces de pression + forces de frottements ues Ta visconte ~ Frotume = sravité Afin d'introduire la notion de viscosité, prenons Vexemple utilisé par Osborne Rey- nolds (1842-1912) en 1886! et considérons un fluide pris horizontalement. entre deux plaques, une plaque fixe P’ sous le fluide, et une plaque P en mouvement sous Vaction «une force F et posée sur la couche de ftuide. En raison des frottements des particules de fuide réel avec les parois et entre les « couches de fluide >, nous avons ainsi, au niveau de la plaque P, une vitesse Vp» = 0 et, an nivean de la plaque en mouvement, une vitesse Vp. De ce fait, il existe un gradient de vitesse 42 entre la plaque du deseous (& la hauteur v =0) et celle du dessus (8 la hauteur y = h) (FIG. 3.1), Si Isaac Newton (1643-1727) proposa que la force de viscosité soit proportionnelle & la variation de vitesse, done at gradient 2 selon nos notations, la notion de contrainte de cisaillement n’est apparue explicitement que bien plus tard. Par exemple, elle est écrite sous la forme dans le travail de Reynolds (1886). Ce demicr utilisa le coefficient js pour exprimer la. viscosité. Claude Navier (1785-1836) avait introduit un tel coefficient comme une constante représentant « en unité de poids la résistance provenant du glissement de deux couches quelconques Uune sur Vautre, pour une étendue égale a Uunité superficielle »?. Lorsqu’un écoulement se produit au sein d’une canalisation, il y a done un profil de vitesse tel que la. vitesse du fiuide soit nulle au niveau des parois et maximale au centre de Pécoulement (FIG. 3.2). De ce fait, Vécoulement est nécessairement non uniforme et 'NOLDS, On the theory of lubrication and its application ¢o Mr. Beauchamp Tower's experi= ling. an experimental determination of the viscosity of olive oil, Philosophical Transactions Society of London, 177, 157-234, 1886. 2.°C. L. NAviER, Sur les lois des mouvements des fides, Mémoires de U'Académic des Sciences de institut de France, 6, 380-440, 1527 52 3. FLumes réens Merv, LLL TITTLE" Wo)0 F_ Pane fixe (P*), Pautre (P) animée d'une vitesse Vp il convient de définir une vitesse moyenne V, telle que y, = & w=% ot Q, est le débit volumique et $ Ia section de écoulement. La vitesse Vy est appelée vitesse débitante : elle correspond done a la vitesse moyenne qu’aurait écoulement tra- versant Ja méme surface $ avec le méme débit Qy. . —s % a =v, ——— Yi Fiovré 9.2: Profil de vecteurs vitesse at sein d'un écoulement dans une canalisation. La vitesse est mille nux parus et maximale mu centre ce 'écoulement. 3.2 Fluides newtoniens et non newtoniens Dans ses Principia, Newton consacre une grande partie du Livre 11 & l'étude de corps ‘en mouvement dans des fluides offrant une résistance au déplacement ®, Son objectif était de montrer que « les planétes ne sont point transportées par des tourbillons de matiére >, faisant ainsi objection & la théorie de René Descartes‘, contre lequel Newton entretint une opposition tenace. Dans le cadre de ce travail, Newton fut amené & supposer <= le Mluide composé d'une matiére [telle que] la densité et Ia fuidité soient ‘uniformes. Dans un tel fuide, un méme globe avec le méme mouvement, et dans le méme temps, exciterait des mouvements égaux et semblables, & des distances égales, dans quelque lien du finide qu'il fut placé. La matiore par son mouvement circulaire 3.1, Nawron, Prncipes Mathématiques de la Philosophie Naturelle (1687), ‘Trad. La Marquise du (Chatellet, Pars, 1759 4, R. DESCARTES, Les principes de la philosophic, 164. 3.2. FLUIDES NEWTONIENS ET NON NEWTONIENS 53 fait effort pour s'éloigner de V'axe du tourbillon, et par conséquent, elle presse toute Ja matitre qui est au-dela. Cette pression rend le frottement des parties plus fort, et leur séparation plus difficile; et elle diminue, par conséquent, la fuidité de la mative. De plus, si les parties du fluide sont plus épaisses dans quelque endroit, la fluidité y sera moindre, & cause de la diminution du nombre des surperfcies qui séparent ces parties les unes des autres. Je suppose que dans les cas de cette espice, on supple ppar quelque moyen au défaut de fluiité qui vient du manque de lubricité des parties, ‘ow de quelque retardement, Car sans cela, la matidre étant plus eohérente dans les lieux of elle est moins fuide, elle se mouverait plus diffciloment, et se propagerait plus longtemps que la proportion assignée ci-dessus ne le demande. Si la forme du ‘vase n'est pas sphérique, les particules se mouveront dans des lignes qui ne seront pas circulaires, mais conformes & la figure du vase, et les temps périodiques seront ‘comme les carrés des moyennes distances au centre & peu pres. [.] > Ce n'est que plus tard que, pour un écoulement uniforme paralléle, la contrainte de ei saillement r entre différentes couches de fluides fut explicitement posée comme étant pro- portionnelle au gradient de vitesse 4 selon une direction perpendiculaire & I’6eoulement, Clest-A-dize que % Pie Soh oy ot jest la viseosité dynamique, Puisque le terme & correspond a une presion, la di mension de la viscosté est La viseosité dynamique varie sur plusieurs ordres de grandeur (Tab 8.1). Les fuides newtoniens sont tels que la ‘osité dynamique j« soit, inférieure A 10-' Pa.s. Tl est possible de définir une visoosité < volumique > », appelée viscosité cinématique. Les viscosités dynamique et cinématique sont de valeurs trés différentes ; ainsi, eau > 50 pair mais ae ~ 200 ‘TaBLE 3.1: Valeurs typiques de la viscosité dynamique js de différents fluides, Fluide viscosité dynamique (Pa.s) ‘Acétone 0,82-10 Eau 10-° Mercure 1,5-10- Sang 4-15-10-% Café exéme 107? Huile dolive 10" Miel 10 Goudron 10? Bitume 10° Si la viscosité dynamique des fluides est souvent supposée comme étant constante, Reynolds (1886) montra que la viscosité de Vhuile d'olive variait fortement avec la température T et proposa la loi HL -nomars—t) He 54 3. FLUWES niet =n Pempervtnss Pabiewhert Figure 3.3: Dépendance de la viseosité dynamique de Vhuile olive & la température (en degré Fahrenheit) obtenue par Osborne Reynolds (1886). La température varie ici entre 61°F (16,1°C) et 120°F (48,9°C) lorsque les températures sont exprimées en degrés Fahrenheit (Fig. 3.3) Plus récemmment, la viscosité a é&é étudiée en fonction de la température pour différents fluides sur l'ensemble de la plage de températures pour laquelle le fluide est li- quide (FIG. 3.4). Ces dépendances a la température montrent que la viscosité ne dépend pas de la température selon une simple exponentielle comme Vavait montré Reynolds sur ‘une plage plutat limitée de température. La dépendance de la viscosité la température s‘exprime done selon une relation plus compliquée. Un historique des différentes lois pro- posées depuis celle de Reynolds est donné par Seeton ainsi qu’une loi impliquant les fonctions de Bessel Vises 51) Tempe Ficunz 3.4: Dépendance de la viscositécinématique (en centi-Stokes — eSt — correspon- dant & des mm s~) de différents fluides : HFCI34a (tétrafluoroéthane C3HlaF4), CO2, propane, HCFC125 (dichlorotriuoroéthane OFsCHCl,) et mélange HFC410A (50% de {iiuorométhane CHaP2 et 50% de pentafluoroéthane CHlsCHF.). D'aprés Seeton, 2006 SETON, Visconity-temperature cortelation for liquids, Troology Letters, 2 (1), 67-78, 2006. 3.2, FLUIDES NEWTOMIENS ET NON NEWTONIENS 55 Tl est important de noter que les viscosités des liquides et des gaz ne dépendent pas de la méme maniére de la température puisque celles des liquides diminuent avec la température alors que celle des gaz augmentent. Ces comportements opposés résultent de comportements inter-moléculaires trés différents. Dans les liquides, les forces de cohésion entre les molécules prédominent sur le transfert de quantité de mouvement entre molécules, principalement parce que la distance inter-moléculaire est trés petite. Lorsque les liquides sont chauffés, les forces de cohésion entre molécules s'amenuisent, réduisant ainsi les forces attraction entre molécules : c'est ce qui a pour effet: de réduire la viscosité lorsque la température augmente. En premitre approximation, la viscosité 4 d’un liquide dépend de la température T' selon la loi oe °= Trar+ar ot fio est la viscosité du fluide & zéro degré Celsius, a et 8 étant deux constantes em- piriques. D'une certaine manire, nous pouvons considérer que la viscosité dépend du volume inter-moléculaire Vigs comme Vine Je volume Vig. augmentant avec la température. Dans les gaz, In dépendance est opposée : la viscosité augmente avec la température. Ceci résulte du fait que le mouvement des molécules prime sur les forces de cohésion, parce que, d'une part, la distance inter-moléculaire est trap importante pour que ces derniéres soient prédominantes et, d'autre part, parce que l’échange de quantité de mouvement lors des choes inter-moléculaires est grand. Ainsi, lorsque la température d’un gaz augmente, Véchange de quantité de mouvement augmente encore, ce qui accroit la viscosité des gaz. La viscosité d'un gaz dépend done plutot de la température T’ comme = po tall + En fait, la dépendance de la viseosité dynamique est fonction de la vitesse moyenne V des molécules du gaz et de la masse volumique p, ce qui conduit & une relation du type fe n= 50 it A est le libre parcours moyen d'une molécule de gez. Les deux quantités, p et V, augmentent avec la température et sont prépondérantes par rapport i \ qui a plutot tendance a décroitre avec la température. Une loi pour la dépendance de la viscosité des gaz A la température a été proposée par William Sutherland (1859-1911) ® 2)i mst eet T+Ts Oi jy ent I vscsits du gar considers & ln température Ty ot Ts ost la tompératre dite de Sutherland. Le cas de air et opréoents FIG. 35 ‘Tous les dudes ne sont pes newloniens. Come le notat Alfred Porter (1863-1958) et P. A.M. Rao™ OO __-_—__ ssi, 7A. W, Ponren & P. A.M. Rao, The law of capillary flow in the case of colloids, Transactions of the Paraday Society, 28, 311-814, 1927. aT) 56 3. FLUIDES néets 2 er TT a. ‘Viscose dymamiquey. (10°F) a Ln Sn SempeateT FiGune 3.5: Variation de a viscosité dynamique p1 d'un gaz avee la température 7. Cas de Yair = uo 711-10~* Pas, Tp = 273,15 K et T, = 110.4 K. La loi de Surtherland, ans le cas de Fai, est valide pour 170 <7" < 1900 K. << lest apparemment insulfisant, en général, de prendre la force visqueuse par unité de surface comme étant une constante x, et ne autre fonction plus com- pliquée du taux de cisaillement doit éte supposée; par exemple, la constante peut dire remplacée par po + a8¥- of po et a sont des constantes; ou par toute autre fonction qui pourrait satisfaire aux experiences. [..] L’hypothase la plus simple & faire est que la viscosité varie comme une puissance inverse du taux de csaillement -#> | Ne nam (% comme ce sera repris par Wolfgang Ostwald (1883-1943) °. Parmi les liquides physio- Jogiques, le sang ne répond pas aux propriétés des fluides newtoniens; en effet, cest tun « faux > fluide car il contient des particules solides (globules, plaquettes, etc.) en concentration suffisante pour que leurs interactions avec la phase liquide perturbent écoulement. La viscosité du sang dépend ainsi de — Thématocrite (fraction volumique du sang occupé par les cellules) — 1a viscosité du plasma (triglyeérides, cholestérol) — In concentration en protéines — Ia déformation et Pagrégation des globules rouges. La viscosité du sang, mais surtout celle du plasma, influe directement sur les pressions dlastoliques et sanguines, c'est-i-dire sur la circulation sanguine; des valeurs anorma- Jement élevées constituent Pun des mécanismes plausibles favorisant une cardiopathie ischémique, un accident vasculaire eérébral® ou une maladie coronarienne?. La car soit 3. W. Ostwain, Uber die rechnerische Darstellung des Strukturgebietes der Viskositt, Koltoid Zeit shrift, AT (2), 176-187, 1929. 9. GD. O. Lowe, A. J. LEB, A. Ruwugy, J. F. Paice & F. G. R, Powxes, Blood viscosity and risk of cardiovascular eventa = the Edinburgh artory stuly, British Journal of Haematology, 96, 168-173, 1907. 10. G. Lowe, A. Rumtey J. Nonme, 1. FoRD, J. SHEPHERD, S. Couse, P. MACFARLANE && C. Pac ‘RAND, Blood theology, cardiovascular vsk factors, and cardiovascular disease : the West of Scotland 3.2. FLUIDES NEWTONIENS ET NON NEWTONIENS 87 diopathologie ischémique est la premiére source de mortalité awx Btats-Unis (400 000 personnes par an, soit un décés sur cinq). Dans le cas des fluides non newtoniens, la contrainte de cisaillement s' ‘une loi généralisée prime selon avy" 1K st G) ‘of K est une constante, x est le gradient de vitesse perpendiculaire au cisaillement, et nun indice de comportement de écoulement, Les fluides newtoniens sont tels que n = Selon cette loi, une viscosité effective (ou apparente) jig pent dtre définie par rrale (3.1) sous la forme vo ma(S) La viscosité n'est alors plus constante et le fluide présente alors un comportement non linéaire. Les fides non-newtoniens furent déerits par Armand de Waele (1887-1966) ® Ainsi les fluides newtoniens ont un taux de cisaillement qui dépend linéairement du gradient de vitesse 9% ; au contraire, cette dépendance est non-linéaire pour les fluides non-newtoniens (FIG. 3.6) Fides ‘Taux de cisilement Diltants Graeme vee PicURE 8.6: Dépendance du taux de esilloment 7 au gradient de vitesse Il existe des fuides qui ne se mettent en mouvement que lorsque In contrainte de 79. Ces fluides sont plutot du type « plastique > comme par exemple, du dentifrice, du miel ou de la purée. Dans le cas du dentifrice, il est nécessaire d’appuyer sur le tube pour « franchir le seuil de contrainte > ; le dentiftice ne peut sortir du tube sous I'action de son propre poids. 3.3. Ecoulements laminaire et turbulent La nature du mouvement avec lequel un fide se déplace dans un écoulement est relativement difficile & percevoir et il est encore plus difficile d'en définir les proprigtés générales, Lorsqu’en 1880, Osborne Reynolds entreprit son étude sur le mouvement de eau, il savait que les relations entre la résistance rencontrée par un solide complétement immergé dans un flide et sa vitesse relative par rapport & ce fluide, ou entre la résistance rencontrée par de l'eau s’écoulant A travers un tube et sa vitesse, présentaient la plupart ‘du temps deux formes simples: la résistance était généralement proportionnelle an carré de Ia vitesse et, si ce n'était pas le eas, elle prenait une forme plus simple encore et était proportionnelle & la vitesse '*. Ces deux situations correspondent, d’une part aux travaine réalisés par Jear-Louis-Marie Poiseuille (1797-1869) qui obtint une résistance proportionnelle & la vitesse et, d'autre part, & ceux de Henry Darcy (1803-1858) qui montrait que la résistance & I'écoulement variait comme le carré de la vitesse du fluide*. Reynolds détermina ainsi que « le earactére général du mouvement d’un fluide en contact avec des surfaces solides dépend de la relation entre une constante physique du fluide et le produit de dimensions linéaires de Vespace oceupé par le fluide et de la vitesse > Pour réaliser une telle étude, Reynolds développa une expérience dans laquelle il injectait un liquide coloré animé d'une vitesse V au sein d'un tube, Ini-méme immergé dans une grande cuve contenant de |’eau au repos (F1G. 3.7). Reynolds utilisa trois tubes dont les diametres étaient respectivement 1 inch’, 3 inch et 4 inch. La trace laissée par le liquide coloré représentait une ligne de courant de Pécoulement. Reynolds distingua ainsi deux comportements caractéristiques avec un régime intermédiaire comme suit 1, lorsque les vitesses étaient suffisamment petites, la trace de couleur s’étendait selon une magnifique ligne droite & travers le tube; 1a. E. BUNGHINGHAM, On plastic fow through capillary tubes, Proceedings of the American Society for Testing Materials, 21, 1154-1156, 1921 14, 0. RevNorps, An experimental investigation of the cicumstances which determine whether the motion of water shail be director sinuots, and of the law of resistance in parallel channels, Philosophical ‘Transactions of the Royal Society of London, 174, 995-982, 1883, 15. HL Dancy, Sur des recherches expérimentales relatives au mouvement des eaux dans les tuyaux, Comptes-Rendus de VAcadémte des Sciences, 88, 1109-1121, 1854 16. Linch = 2,54 em: 3.8, ECOULEMENTS LAMINAIRE ET TURBULENT 59 FIGURE 3.7: Montage expérimental utilisé par Osborne Reynolds pour distinguer les différents régimes présentés par un écoulement. La représentation eat tirée de l'article original datant de 1883, NM. —SSSSS tc. ——_— 2. si Peau dans Ia cuve n’était pas sulfisamment au repos et pour des vitesses suffi- samment faibles, la trace pouvait dévier au sein du tube, mais il n'y avait aucune apparence de sinuscité ; 3. lorsque In vitesse de Peau était augmentée peu & peu, A un certain point dans le tube, toujours & une distance considérable de Ventrée, la bande de couleur se mélangeait avec Mean environnante, et remplissait le reste du tube avec une masse dean colorée. es Ce que montre les observations de Reynolds, c'est que dans le premier eas, les lignes de courant sont paralléles entre elles : elles correspondent au régime laminaire (FIG. 2.6a). Dans le troisiéme cas, les lignes de courant s'entrecroisent de maniére aléatoire ; c'est le régime turbulent (FIG. 2.6b). ‘Dans son ouvrage de 1897, Joseph Boussinesq (1842-1929) décrit Ia turbulence comme suit?” Dans une masse fluide suffisamment large et profonde qui commence & couler entre des paraois quelconques, les moindres déviations causées par leurs rugosités, sméme imperceptibles, ou par les plus légeres irrégularités duu mouvement & entrée, “Tr. J. BOussINESG, Théorie de Mécoulement tourbillonnant et tumultueur des liquides dans tes tits recilignes & grande section, Gauthier-Villas, Paris, 1897 60 3. FLUIDES rien tc., entrainant des chocs, des tourbillonnements qui se communiquent d’une par- ticule a Yautre, se multiplient dés que la vitesse est sensible, et sillonnent bientot fen tous sens les masses, Ils y produisent une agitation irréguliérement périodique (poul du courant), dont amplitude, et la fréquence définissent en quelque sorte son intensité, comme la température d'un corps mesure le degré de son imperceptible agitation calorifique. Boussinesq distingue deux composantes au sein d’un écoulement turbulent 1. une composante moyenne, la « seule gui corresponde & V'écoulement >, caractérisée par des valeurs de la vitesse ou de I'aceélération < susceptibles d’étre exprimées par des fonctions réguliéres et relativement simples > des coordonnées spatiales (2,y,2) et du temps t; 2. une composante associée aux fluctuations, « génénalement plus petites que la prem- ‘re, qui change totalement de maniére & pouvoir étre de sens contraire pour des valeurs peu différentes des coordonnées spatiales x, y,2 et du temps ¢ et qui a une moyenne nulle, conduisant par conséquent, & une < pure agitation sur place >. La distinction de ces deux composantes conduit Lewis Richardson (1881-1953) & considérer deux groupes de mouvements circulatoires dans atmosphere selon qu'ils doivent leur énergie au chauffage local induit par les couches dair & proximité de la sur- face terrestre (convection) ou a. l’énergie cinétique des vents (instabilités dynamiques) Les écoulements moyens désignés par les grosses structures de la turbulence peuvent etre associs & une description déterministe tandis que les petites structures, ces petits tour- Dillons qui se nourrissent de l'énergie des gros, sont souvent considérés selon me approche stochastique, En 1941, prenant appuis sur analyse de la turbulence de Geoffrey Taylor (1886-1975) considérant les fluctuations des vitesses comme des fonctions continues de la position et du temps, Andrey Kolmogorov (1903-1987) considéra que les plus petites échelles de la ‘turbulence étaient universelles et ne dépendaient que du tax de dissipation de énergie € par unité de masse et de la viscosité cinématique v: ces deux quantités ne peuvent étre ‘combinées que d’ume seule maniére pour donner une dimension spatiale comme la taille nde ces petites structures, soit”? tl Pour parvenir & cette relation, Kolmogorov, comme Boussinesq et Taylor, considéra que la turbulence était isotrope. Il introduit également la notion de turbulence homogéne qui, en premiére approximation, peut étre caractérisée par une loi de distribution des composantes des vecteurs vitesse qui est indépendante de la position et du temps sur le domaine considéré. Kolmogorov a par ailleurs introduit la notion de stationnarité selon laquelle tout processus (déterministe comme stochastique) gouverné par des lois telles que les moyenne 18, L, F. RiGHARDSON, Weather prediction by numerical process, Cambridge University Press, 1922. 19. G. 1. Tav10R, Statistical theory of turbulence, il. Distribution of dissipation of energy in a pipe over its erase-section, Proceedings of the Royal Soctcty of Landon A, 151, 455-464, 1995. ‘20. A. N, KoLMoGoRoY, ‘The local structure of turbulence in incompressible viscous Suid for very large Reynolds numbers, Doklady Akademsi Nauk SSSR, 30 (4), 209-303, 1041, traduction V. Levin, Prooeadings of the Royal Society of London A, 484, 9-13, 1991, 3.9, ECOULEMENTS LAMINAIRE ET TURBULENT 61 des variables soient indépendantes du temps est dit stationnaire?", De ce point de vue, bien qu'essentiellement de nature stochastique, la turbulence peut étre stationnaire, ses propriétés moyennes ponvant étre indépendantes du temps. Dis 1944, Ia transition entre régime laminaire et régime turbulent fut abordée par Lev Landau (1908-1968) 2, suivi de peu par Eberhard Hopf (1902-1983) 23. Selon ces deux physiciens, la turbulence résulterait d'une succession de bifurcations, dite de Hopf, chacune de ses bifurcation conduisant & apparition d'une fréquence supplémentaire. ‘Crest ce qui se passe lorsqu’un mouvement périodique (comme un mouvement selon tne ellipse) se déstabilise pour laisser place & un mouvement sur un tore (FIG. 3.8) : le mouvement elliptique, caractérisé par une fréquence f;, laisse place 4 une trajectoire senroulant sur un tore caractérisé par deux fréquences f; et fa. Selon Landau et Hopf, de nouvelles bifurcations surviennent nu fur et & mesure que le nombre de Reynolds (ef. ci-aprés) augmente™* Les inervalles entre les nombres de Reynolds correspondant & Vapparition de nouvelles fraquences diminuent rapidement ot les mouvements quien résultent ont des échelle do plus en plon petites, écoulement devient de plus en plun com- pliqué et on le désigne sous le nom d'éeoulement turbulent pour le distinguer de écoulement laminae qui est régulier en ce sens que le fuide s'écoule pour ainsi dire par couches ayant des vitesses diférentes Bifurcation FIGURE 8: Apparition d'une nouvelle fréquence au cours dune bifurcation de Hopf Je comportement périodique laisse place & une trajectoire qui s'enroule sur un tore. Le comportement résultant n'est périodique que st #2 est rationnels antrement, il est dit auasi:périodique. Un comportement turbulent se présenterait ainsi comme la superposition dune infi- nité d'escillations de fréquences différentes. Dans la pratique, il est possible d’extraire les différentes fréquences présentes dans I'évolution dune grandeur physique (une vitesse, tune température, ete.) par une décomposition en modes de Fourier : Ie signal s(t) est alors vu comme la somme de simusoides a) = Acsingat +00) oit A; est amplitude de la #* composante, w; = 7 sa pulsation et ys sa phase. Les comportements turbulents sont bien décrts comme ute somme « infinie > de sinusoides ‘Tontefois, cette technique ne dit ren sur ls relations que peuvent avoir (ou pas) entre elles 21. A. N. KOLMOGOROV, Stationary sequences in Hilbert space, Mathematical Bulletin ofthe Moscow State University, 2 (8), 1-40, 1941 tradult sn Selected Works, (A.N. Shiyayev, Fal), Kluwer Academic Publisher, 1902 22, L. D, Lanpau, On the problem of turbulence, Doklady Akademii Nauk SSSR, 44, 389-342, 1944 23. B. Hor, A mathematical example displaying the features of turbulence, Communications on Pure and Applied Mathematics, 1, 303-322, 1948 24. L. LANDAU & B. LUFCHITZ, Physique Théorigue : Vi Mécanique des Fluides, Editions MIR, 1989, 62 3. FLUIDES Rei les différentes fréquences f;. Selon la théorie de Landan-Hopf, reposant sur une conception linéaire, apparition de nouvelles fréquences non seulement n’entraine pas Véimination des fréquences précédentes, mais encore ne les affecte pratiquement pas. Cette théorie autorise intrinséquement une vision purement fréquentielle de la turbulence. ‘Au début des années 1970, David Ruelle et Floris Takens propostrent une autre vi sion de la turbulence : selon leur approche, une infinité de fréquences peut également tre obtenue dés que quatre oscillateurs sont couplés non linéairement, une infinité de fréquences peut ainsi étre produite par un systiéme de basse dimension ® : dans ce cas, chaque bifurcation affecte les fréquences pré-existantes et le régime de 'écoulement évolue en fonction du nombre de Reynolds, ce qui est effectivement observé. Aujourd’hui, rien niinvalide Papproche de Ruelle-Takens, mais rien ne la confirme non plus. En effet, des experiences, réalisées par Jerry Gollub et Harry Swinney sur un écoulement de Taylor Couette (écoulement entre deux cylindres concentriques en contra-rotation initialement, étudié par Maurice Couette (1858-1943) ”° et analysé par Taylor"), contredisent claire- ‘ment la théorie de Landau-Hopf, mais elles sont uniquement compatibles avec 'approche de Ruelle et Takens; elles ne permettent pas de valider cette approche comme étant la seule théorie possible de la turbulence ®*, La turbulence reste done un probleme ouvert, comme Vest, @ fortiori, celui de la transition vers la turbulence. De maniére & distinguer les régimes laminaires des régimes turbulents, Reynolds avait cherché un nombre adimensionnel sur la base de deux constats 1. Vaugmentation de la vitesse contribue an développement des instabilités, et done de la turbulence; 2. la viscosité s'y oppose, Etant donné que la contrainte de cisaillement s'exprime en Pa, | asst c‘est-A-dire avec la dimension d’une pression comme Vest une énergie cinétique volumique (puisque cette dernitre est additionnée a la pression lorsque la conservation de 'énergie volumique est écrite) : le rapport de Pénergie cinétique volumique sur la contrainte de cisaillement fournit un nombre adimensionnel. En choisissant le rapport Je — {netsie cinétique volumique contrainte de cisaillement Ie nombre de Reynolds Re augmente lorsque V’énergie cinétique augmente et/ou lorsque la viscosité diminne : il doit done exister une valeur critique en dessous de laquelle le régime est laminaire, et au-deli de Inquelle le régime est turbulent. En remplagant énergie cinétique volumique et la contrainte de cisaillement par leurs expressions, nous ‘obtenons 25. D. RUBLLE © F, TAKENS, On the nature of turbulence, Communication in Mathematical Physic, 20, 167-192, 1971 126. M. CovETTe, Etudes sur le frottement des iquides, Ganthier-Villar, Parl, 1890. 27. G. 1. TAYLOR, Stability ofa viscous liquid contained betwoen two rotating cylinders, Philosophical ‘Transactions of the Royal Society of Landon A, 228, 289-348, 1928, 28, J. P, GoLLtn & B. L. SWINNEY, Onset of turbulence in a rotating fluid, Physical Review Letters, 35 (14), 927-930, 1975, 3.3. ECOULEMENTS LAMINAIRE ET TURBULENT 63 ot le gradient de vitesse 2 est remplacé par le rapport 4%, 2 étant la dimension caractéristique de Pécoulement sur laquelle Ia contrainte est maxximale (entre une vitesse nulle aux parois et la vitesse maximale au centre de Pécoulement). Apres retrait. du fecteur } sans intérét pour un nombre adimensionnel, il reste ce qui constitue le nombre de Reynolds et fut nommé comme tel par Arnold Sommer- feld®. Dans le eas dune canalisation cylindrique, écoulement est — laminaire lorsque Re < 2000; — transitoire lorsque 2000 < Re < 2500; — turbulent lorsque Re > 2500. Précisons que le nombre de Reynolds critique d’apparition des premiéres instabilités cst spécifique & la géométrie de l’écoulement, c'est-i-dire que le nombre de Reynolds critique differe pour un écoulement dans un conduit eylindrique de celui entre deux cylindres (Tab. 3.2). Le régime transitoire correspond a la plage de valeurs du nombre de Reynolds pour laquelle Ia transition a la turbulence s‘nstalle. Il est & noter que le nombre de Reynolds critique dépend non seulement de la rugosité des parois mais aussi de amplitude des perturbations initials. Par exemple, Julius Rotta (1912-2005) parvint a garder un écoulement laminaire dans un tuyau de verre en minimisant au mieux les perturbations initiales jusqu’é un nombre de Reynolds de 18000%°. La transition vers la turbulence, dans 1m tuyau, se développe en fait par des intermittences entre des bouffées turbulentes et: des phases laminaires. ‘TaBLe 3.2: Intervalles dle valeurs duu nombre de Reynolds pout lequel le régime transit ‘est observé, Géométrie de Péeoulement Re Dans un conduit eylindrique 2000 ~ 2500 Entre deux plaques 5-10 -3- 108 Anutour d’un eylindre 3-10° Cela avait été noté comme I'un des scenari possibles pour ine transition entre régime Jaminaire et régime turbulent, Reynolds avait remarqué*? << [qu’] un autre phénomine tris marqué dans les tubes les plus petits était le ca- ractire intermittent des perturbations. Celles-ci survenaient soudainement sur une certaine longueur du tube et disparaissaient, puis réapparaissaient & nouveau, don nant I'impression de boutées.[..] la premize évidence d’instabilté était une bouffée coccasionnelle [J Alors que la vitesse était angmentée un peu plus, ces boutles de- ‘venaient plus fréquents jusqu’a ce que la perturbation devienne générale. 9. A. SONDERFELD, Bin Beitrag zur hydronimaschen Brklirung der turbulenten Fluissgheitsbewe- sung, IV Congresso Internasionale det Matematict (Roma, 6-11 Avril 1908), 3, 116-124, 1908, 30. J. Rorta, Experimenteller Beitrag tur Entstehung turbulenter Strémung im Rob, Ingenieur Ar hs, 24, 258-281, 1956. SL. REYNOLDS, 1885, Ibid 64 3. FLUIDES REELS Cela a été particuliérement bien montré par Rotta qui observa que la fréquence des douffées intermittentes augmentait avec le nombre de Reynolds (Fig. 3.9). Comme le ‘montrent les mesures de Rotta, Ia vitesse débitante diminue lors des boufées turbulentes, ce qui s’explique par le fait que, comme nous le verrons avec la Joi de Blasius (p. $4), la résistance & écoulement augmente en présence de turbulence. (b) Re = 2435, V = 4.08 ms”? (c) Re = 2550, V = 4.27 mst (a) Re = 2625, V = 440 ms’ 2 —<—<— ia (©) Re = 2700, V = 4.52 ms“ FIGURE 3.9: Vitesse débitante mesurée dans un tuyau pour différentes valeurs du nombre de Reynolds, D’aprés Rotta, 1956 Afin de quantifier apparition progressives des bouffées turbulentes, Rotta introduit ‘un facteur d'intermittenees + exprimant le rapport moyen entre la durée du flot turbu- lent et la durée totale, et un nombre d'intermittences 7 indiquant le nombre moyen de transitions par unité de temps (par transition, Rotta entend le début Pune phase lami- naire suivi d'une bouffée turbulente jusqu’a une nouvelle phase laminaire). La transition vers la turbulence se fait done via un facteur d'intermittences 7 décrivant une sigmoide (Fig. 3.10a) tandis que le nombre d'imtermittences M passe par un maximum (Fig. 3.10b) pour un nombre de Reynolds autour de 2500. Ces mesures montrent bien qu'l y a une transition entre régime laminaire et régime turbulent oit les deux types d’écoulement se suecident progressivement Dwight Barkley a récemment confirmé qu'un écoulement dans un tuyau devenait pro- sgressivement turbulent®2. Pour des valeurs duu nombre de Reynolds plus grandes que la 32. D. BARK living the complexity of pipe flow, Physical Review B, 84, 016300, 2011 3.9. ECOULEMENTS LAMINAIRE ET TURBULENT 65 (2) Facteur dintensittence {b) Nombre dimerniteence FicuRE 3.10: Nombre et facteur 7 intermittences en fonction du nombre de Reynolds Les mesures sont réalisées avec de Tuau 8 une distance 5 = 322 de Ventrée d'un tuyat de diamétre d. (D'aprés Rotta, 1956) valeur critique Re, des poches intermittentes de turbulence commencent & apparaitre, ‘mais écoulement ne devient complétement turbulent que lorsque le nombre de Rey- nolds s‘approche de 2500 (Fic. 3.11). Il reste possible de définir une valeur critique duu nombre de Reynolds en étudiant In durée de vie moyenne des boufiées turbulentes en fonction du nombre de Reynolds en distinguant les bousfées évanescentes des boulfées se développant * : la durée de vie est définie entre instant & laquelle la boutfée apparait et, celui oit elle se divise, La. durée de vie moyenne des boutfées évanescentes est donnée par evanescent et correspond A la durée moyenne nécessaire pour que V'écoulement redevienne laminaire tandis que la durée de vie moyenne des bouffées croissantes est donnée par ct est associée & In durée requise pour qu’ume bouffée se divise et que le nombre din termittence augmente. Ces deux courbes se croisent (Fig. 3.12) A ume valeur critique du nombre de Reynolds (Re 2014) qui peut étre considéré comme la valeur & laquelle écoulement devient turbulent. Le phénomene décrit ici par Reynolds correspond a ce qui est Aujourd’hui, les inter- ‘ittences sont connues comme une « route » tant vers la turbulence que vers le chaos. En fait, ce phénoméne d’intermittences a également été observé lors d'une étude systématiique du systéme de Lorenz (défi. vu section 2.2) qui est, rappelons le, un modéle tres simplifié de la convection de Rayleigh-Bénard. Pour certaines valeurs des trois pa- ramétres o, Ret b qui caractérisent respectivement les propriétés du fluide (c'est en fait le nombre de Prandtl défini comme le rapport de la viscosité cinématique sur la diffusivité thermique), le régime dynamique (nombre de Rayleigh divisé par le nombre de Rayleigh critique correspondant & apparition de la convection), et la cellule de convection (rap- port d'aspect), une transition vers le chaos par des intermittences peut étre observée*. 35. K, Avita, D. MOXEY, A. DE LOCAR, M, AVILA, D. BARKLEY & B, Hor, The onset of turbulence in pipe flow, Science, 888, 192-196, 2011 34. P. MavNevinne & ¥. PoMeAb, Intermittency and the Lorens model, Physics Letters A, 78 (1-2), 12, 1979, 66 3. PLuines Rees Fraction de uence ied sl ‘Nombre de Reynolds Re Ficunb 3.11: Evolution de la fraction de turbulence en fonction du nombre de Reynolds. (D'aprés Barkley, 2011) w = fone 4 A sa "tts See a “SS 0 Namie eee FIGURE 3.12: Durée de vie moyenne des bouffées turbulentes respectivement évanescentes| et croissantes, Lorsque les bouffées turbulentes croissantes persistent plus longtemps que les bouffées évanescentes, écoulement est dit < turbulent >, ceci survenant pour Re > 2014, D'aprés Avila ef al, 2011.) Dans le cas de celle présentée FIG. 3.13, is'agit d'une transition entre un comportement de période 3 et un comportement chaotique qui peut s'apparenter & un comportement turbulent dans la mesure ot il se décrit par une infinité de fréquences comme la tur- bulence (FIG. 3.134). Toutefois, le chaos résulte d’un systéme de trés basse dimension (comme le systéme de Lorenz (2.1) qui est de dimension 3), ce qui n'est pas, @ priori, le cas pour la turbulence. Tl n'y a pas de scenario universel de transition vers la turbulence : ume cascade de doublements de période a par exemple également été observée dans une convection de Rayleigh-Bénard ® ou avec le systéme de Lorenz®*. Dans ce cas, & chaque bifurcation, la période de la solution double : ces bifurcations successives vers les solutions de période 2", 22, 2°, ..conduisent donc & Papparition des fréquences 42, 42, #, ete. Lorsque la période 2% est atteinte, le spectre contient une infinité de fréquences (FIG, 3.14d). Sly a bien eu une infinité de bifurcations, comme dans le scenario de Landau-Hopf, la dimension: 35. A, Lincwasen, C. Lanocnt & S. Pavve, Two-parameter study of the routes to chaos, Physica D, 7.73.81, 1983. 536. I. L. ImaNex & Y. Pomsav, A si Bqulbrivm Thermodynamics, 8, 135-152 ple case of non-periodie (strange) attractor, Journal of Non: 1978. 3.3. ECOULEMENTS LAMINAIRE ET TURBULENT 67 Série temporelle Spectre de Fourier a eb rte (a) R= 209.4500 : comportement, périodique a a eee) (d) R= 210.000 : régime < turbulent > FIGURE 3.13: Evolution de la variable 2 du systme de Lorenz — d'une convection de Rayleigh-Bénard — au voisinage d'un comportement de période 3. Lorsque le nombre de Rayleigh réduit est augmenté, la < turbulence > (il s’agit en fait de chaos dans ce syst#me) apparait aprés des intermittences entre des phases laminaires et des boutfées chaotiques. Autres paramétres : = 10 et b = 8/3. 68 3, FLUIDES REELS du sstime afest pas infin tlle est eal trois puisqne le estdme de Loren et gouverné par les trois variables 2, y et 2. Le earactére infini du spectre de Fourier (Fig. 34d) n'est done pas la signature d'un systéme de grande dimension, Cette découverte des intermittences dans le systéme de Lorenz a conduit & une < redécouverte > de cette transition vers In turbulence par des intermittences. Série temporelle Spectre de Fourier ni: (a) R= 230.0 : cycle limite de période 2 ina Uy renee 0 R= 2190 cycle limite de période 4 mae SE : a : )) R= 216.5 : cycle limite de période 8 “2h i i aman ewe “ Sanus x0 | “ Eau (a) R = 205.0: rxime « chotique » FIGURE $.14: Bvolution de la variable = du systéme de Lorenz lors d'une cascade de oublements de péiode, Autres paranbtres ' = 10 et = 8/3. Ainsi, une transition vers la turbulence par des intermittences a été observée dans une convection de Rayleigh-Bénard en 1980 par Pierre Bergé, Monique Dubois, Paul 3.9, ECOULEMENTS LAMINAIRE ET TURBULENT 69 Manneville et Yves Pomeau®”. Lorsque le nombre de Rayleigh * est varié, la vitesse du fluide, évoluant initialement de maniére périodique, présente des intermittences de plus en plus développées (Fic. 3.15). (0) ££ = 270 : comportement périodique . Tonia (c) = 835 : boutfées turbulentes quasi-permanentes FicuRe 3.15: Evolution de Ia composante vertcale du vecteur vitesse Vz mesurée au centre de la cellule de convection en fonction du rapport du nombre de Rayleigh R sur Je nombre de Rayleigh critique (Re = 1700) pour lequel la convection apparait, Ces resures constituent la premiéze évidence expérimentale — apris celles de Reynolds — dune transition vers la turbulence par intermittences. (D'aprés Bergé et coll, 1980). I n’existe pas de scenario universel pour Vapparition de la turbulence et cette dernigre dépend fortement de la configuration de 'écoulement (le cas d’un écoulement autour Pune sphére sera un peu détaillé, p. $8). Il reste que le nombre de Reynolds permet de distinguer — lorsqu’il n'est pas dans la plage de valeurs correspondant. aut régime ‘transitoire — les écoulements laminaires des écoulements turbulents, Dans le cas de la circulation sanguine, le nombre de Reynolds peut varier sur plusieurs ordres de gran- deurs® (Tab. 3.3). De maniére générale, la pression de I’écoulement diminue au fur et ‘i mesure que le sang parcourt le systéme cardio-vasculaire ; Ia vitesse dépend fortement du diametre interne des vaisseaux comme cela est représenté FIG. 3.16 pour la circula- tion mésentrique d’un chat“, La chute de la vitesse et la petitesse du diamdtre assurent G7. P. Benoé, M. Dunols, P. Mannevitue & Y. PoMEAU, intermittency in Rayleigh-Bénard convec- tion, Journal de Physique, 4, L341-L345, 1980. ‘38, Le nombre de Raleigh est donne par n= Benne cit T, est In température de Ia surface libre, Tp est In température de Ia plaque chaulfante, L est la hhauteur de uide, 9 Taceslération de la gravitation, v la vscosité cinématique, a la difusivté thermique ot 8 le coeficient de dilatation thermique ‘30, Z. P, SHULMAN, L. V. MARKOVA fe A. A. MAKIANEK, Rheological factor and Faharaeus-Lindqvist fect, Journal of Engineering Physics and Thermophys, 68 (8), 359-368, 199. 40, 'B, W, ZWEIFACK, Quantitative studies of microcirculatory structure and function, 1: analysis of 70 3. FLoWes nests un nombre de Reynolds extrémement peti, ce qui est requis pour le transfert. des nutri- ents et de oxygene aux cellule, et le drainage des déchets et du dioxyde de carbone. La faible vitesse assure une durée de séjour optimale dans les capllairs et le faible diamétre optimise la surface d’échange par rapport att volume de sang concerné. "TanLe 3.3: Paramétres de la circulation sanguine. La masse volumique du sang est de rang = 1060 kg.m~* et sa viscosité est & pen prbs isang = 5-10"? Pas Diem) Lem) V(ems) Re ‘Aorte 1633 80 60-30 1200-5800 Grandes artéres 0,1-0,6 20-40 20 100-1000, Artérioles 00201 025 0,240 01-10 Capillaires ——0,001-0,005 0,1 ——0,05-0,07 —_0,001-0,003 Vénules 00202 021 OL 001-1 Grandes veines 0,5-1 10-20 100-600 Veines caves 2 10-20 600-1000 Aneroles Copies Venues 0) pression H H oe axi-- ! ' 0 a ' i 2 = i 7 = %|-- po = 2 | vies : é = 2 as] » S ies Diamewe (un) FIGURE 3.16: Distribution artério-véneuse de la pression intra-vasculaire et de la vitesse des globules rouges — des artérioles aux vénules — dun mésontére (repli reliant les anses de V'intestin gréle Ala parol postérieure de I'abdomen) de chat. (D'aprés Zweibach, 1974) 3.4 Ecoulement de Poiseuille Un écoulement de Poiseuille désigne V'écoulement de fluides viequeux sous forme de lignes de courant paralléles entre deux parois fixes. Ce type d'écoulement correspond A coux étudiés par Jean-Louis-Marie Poiseuille. Intialement motivé par la circulation pressure dtrbution in the terminal vascular bed in cat mesentery, Circulation Research, 84, 848-857, 1974 3.4, BoovLemenr DE PoIsevILLE a sanguine comme l'atteste sa thése Recherches sur la force du cour aortique (1828), Pe seuille examina 'infuence de différents param@tres sur la quantité de liquide traversant des tubes de petits diamétres, et que ne peut négliger le physiologiste : il considéra 1° la pression, 2° la longueur du tube, 3° son diamétre et 4° la température. Poiseuille parvint ainsi A montrer que Q « la quantité de liguide écoulé », qu’ll désigne également comme « le produit correspondant aur pressions », peut se mettre sous la forme ** q-w it (32) lt d est le diam@tre du tube, L sa longueur et k”” « un coefficient constant pour la méme température et la méme intensité de la pesanteur ». Ceci conduit Poiseuille & conclure que Les dimensions des tubes capillaires de l'économie animale, étant telles que les lois du mouvement des liquides que nous venons d’établir s'y appliquent: parfaite- ‘ment; il résulte qu’en considérant les syst?mes capillaires de deux organes, si les vaisseaux capillaires de Tun sont, par exemple, d'un diamdtze 2 fois plus grand ‘que celui des capillaires de l'autre, il passera dans le premier, toutes choses égales ailleurs, 16 fois plus de liquide que dans te second, Suite aux travaux d’ Eduard Hagenbach-Bischoff (1833-1910) qui utilisait Ia vitesse moyenne de écoulement et non le débit *, cette relation s’écrit aujourd'hui comme 128pL, ap = 5ah, mde Qe (33) ot AP désigne la différence de pression de part et d'autre du tube, et Qy désigne le débit volumique (il n'est pas impossible que "habitude de noter par @ le debit vienne de Ia notation de Poiseuille). $i nous remplagons P par AP, et Q par Qe dans la relation (3.2) obtenue par Poiseuille, nous abtenons Ke nous obtenons AP Cette loi exprime — comme nous le verrons Section 3.5 — que la résistance rencontrée par écoulement est proportionnelle & la vitesse, comme cela avait dja été noté, par ‘exemple, par Reynolds dans le cas des 6eoulements laminaires. La loi de Poisculle n'est définie que pour ee type 4’écoulements. Cette loi fut également obtenue par Gotthilf Hagen (1797-1884) “, notons toutefois qu’Hagenbach-Bischoff, bien que connaissant: les 41. J-L-M, PoISbUILL, Recherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans les tubes de tubs petits diambtres, Comptes-Rendus de Académie des Sciences, 11, 961-967, 1840. 42. J-LoM. PoIseviLte, Recherches expérimenteles sur le mouvement des liqudes dans les tubes de lids petits dametres, Comptes-Rendas de VAcadémie des Sciences, 1, 1041-1048, 1840, 48. B. HAGENmAcH-Biscorr, Uber die Bestimmung der Zakighst einer Flsighoit durch den Aush- lu aus Rehren, Anralen der Physik, 185 (3), 385-126, 1860 “44. G. H. L. HaceN, Uber die Bewegung des Wassers in engen cylindrichen Réluen, Annalen der Phys, 122 (3), 428-442, 1899, nm 3. FLUIDES REELS travaux de Hagen, a tout de méme suggéré de dsigner la relation (3.3) par Pappellation <« lois de Poiseuille > En fait, Poiseuille a également étudié la dépendance du facteur K & la température *® et proposa le polyndme du second degré en T Wi" = 13,505 (1 + 0, 0836797" +-0,000220099 7") oi le facteur constant a été ici modifié de maniére & exprimer k” en kg~1.n~1.s. Une com- paraison avec les données actuelles ® révéle 'excellente précision obtenue par Poiseuille (Fic. 3.17) Le gun ce Peete Domes ses Tenperme 760) Fiaure 3.17: Evolution de k” = 35, avec la température selon le polynéme du second, ddogré proposé par Poiseuille et selon données actuelles, Un écoulement de Poiseuille se définit comme un écoulement conservatif laminaire 4’un fluide incompressible newtonien dans un conduit eylindrique de rayon R, ce qui cor respond aux conditions des études de Poiseuille. En raison des frottements, la. vitesse du fuide est nulle au niveau des parois, soit V(R) = 0. Au centre du conduit cylindrique, la vitesse est maximale, soit V (0) = Vmax : le profil de vitesse est du type de celui représenté Fic. 32. Il peut étre montré que la répartition radiale de vitesses est parabolique et vie)atan (1-2). ee Pour cela, il est nécessaire de calculer l’expression de l'intégrale L Vax “AS (4) Is L’dément de surface dS est une couromne de rayon r et d’épaisseur dr, soit ds =2nr-dr, c'est-A-dire le produit du périmétre de la couronne (2rr par son épaisseur dr). Aprés emplacement de l'intégrant par expression précédente, l'intégrale (3.4) devient Q a5. POISRUILUE, Sur le mouvement des liquides de nature différente dans les tubes de trés petits diamétres, innales de Chimie et de Physique, 1, 21, 76-110, 1847 ‘46, J. V. SENGERS &e B. KAMYAR- PARIS, Representative equations for the viscosity of water substance, Journal of Physical ond Chemical Reference Data, 18 (1), 185-205, 1984. 34, ECOULEMENT DE POISEUILLE 3 y= 2aVinwe fe (-#) ar arien (2-5 tial, Cas du sang dans les capillaires. Si Poiseuille*” avait considéré l'écoulement de différents liquides dans des capillaires, il n’avait pas identifié de comportement spécifique du sang dans ceux-ci. Lors de ses travaux sur écoulement du sang dans des mésentéres, de grenouilles, Eugene Landis (1901-1987) avait. développé des expérimentations assex, précises, ce qui lui avait permis de relever des anomalies concernant I’éeoulement du sang, dans les capillaires*®. Les travaux de Robin Fahraus (1888-1968) et Torsten Lindqvist (1906-2007) montrérent que la viscosité du sang n’est pas constante, notamment lorsque le sang traverse des eapillaires de diam@tre inférieur & 0,3 mm *®. Ils pensaient méme qu'il n'y avait < aucune raison pour que la viscosité ne devienne trés proche ou coincide avec In viscosité du plasma (FIG. 3.18). En fait, cela résulte de Vagréyation des globules rouges et de leur migration au centre de l’écoulement, laissant le plasma a la périphérie qui est par conséquent le seul & interagir avec les parois des petits vaisseaux, Il est done nécessaire d'avoir recours a la viscosité effective afin de pouvoir utiliser la loi de Poiseuille dans le cas du sang circulant dans les capillaires. Par ailleurs, Ia viscosité du sang est largement: dominée par les interactions du milieu ambiant qu'est le plasma (constitué essentiellement dean rendue plus visqueuse par la présence de protéines (Ppiuma = 1,55-10-? Pa.s) avee, d'une part, les globules rouges et, «autre part, les parois des vaisseaux. La viseosité du sang dépend done de Phématoerite Hy qnantifiant (en %) la fraction du volume occupé par les globules rouges. A partir des données rhéologiques®, une relation liant la viseosité ji relative A celle de Peau et Thématocrite H, peut s’exprimer tr’s correctement (r = ~0.99) sous la forme d'une hyperbole 1 0.37067 — 0.0038679 Hi, a comme cela est montré FIG, 3.19. En étudiant les mésentires de chat, il fut montré™ que s'il était tena compte des variations de Ia. viscosité apparente, jtarsériel = 3,59 10-* Pa.s et ptyeineux = 5, 15 -10-* Pas, la résistance linéique pouvait encore se mettre sous la forme R_ 128 Tra 47. JL. M. Porssuite, Recherches sur Mécoulement des liquides, considéré dans les capillaies vivant, Comptes-Rendus de VAcadémie des Sciences, 16, 60-72, 1843. 48. E. M. LANDIs, The capillary pressure in frog mesentery as determined by micro-injection methods, American Journal of Physiology, 75, 548-570, 1996. 49. R. Fares & 7. Linogvist, The viscosity of the blood in narrow capillary tubes, The American Journal of Physiology, 86, 562-568, 1981, 50. G.R, CoKsteT & H. L. GouosMrrs, Decreased hydrodynamic resistance in the two-phase flow of blood through small vertical tubes at low flow rates, Circulation Research, 68, 1-17, 1991 51. Y. Cinan, G. Denn, M. Pag & A. B. CINAR, Effect of hematocrit on blood pressure via hyper viscosity, American Journal of Hypertension, 12 (7), 739-743, 1909 52, H. H. Lirowsky, 8, KoVALCHECK & R. B, ZWEWPACK, The distribution of blood rheological pars ‘meters in the microvasculature of eat mesentery, Cixewation Research, a8 (5), 780-749, 1978. 4 3. FLUWES RéeLs Viscost relative” (w Diametred (ram) FIGURE 3.18: Evolution de la viscosité relative du sang en fonction du diamétre d du capillaire, D'aprds les données de Fahrarus et Lindqvist (1931) ‘it aytéret = 4,04 ot ott teinoux = 3,94, c’est-a-dire que la loi de Poiseuille reste valide dans les capillaires, Conservation de "énergie volumique. Considérons un conduit eylindrique de dia- metre d et de longueur L. Soit A le point d’entrée du conduit et B le point de sortie, La prise en compte de la viscosité implique que I’énergie volumique au point A n’est pas égale a celle au point B, cest-a-dire que 1 ee Pat pgza + s0Va # Pa + pagan + 50VB, car de énergie a été dissipée par les frottements, notamment au niveau des parois. ‘Toutefois, puisque l’écoulement est conservatif (du fluide ne peut s’échapper a travers les, parois dur tuyau), il_y a toujours conservation du débit volumique, c'est-a-dire que Qu = Sa Va = SB Va x Puisque Sq nous avons Va = Va, ce qui implique que 1 oy2_ lye 50Vk = Sov I n’y a done pas de variations d’énergie cinétique volumique entre Ventrée A et la sortie B du conduit cylindrique. Si par ailleurs, le conduit est horizontal (z, = zp), il reste Gnalement Pa = Pp + Euissipation visqueuse | la dissipation visqueuse se traduit- done par une chute de pression au sein de I'écoulement. De maniére générale, nous avons i i Pat raza + 50VR = Po +9928 + 20V8 +2 dissipation visqueuse ee entrée sortie 3.4, ECOULEMENT DE POISEUILLE 75 Viscoste relative 7 es fn maa Gio a, clative en fonction de Phématocrite He dapres ce qui signifie que V’énergie volumique A entrée du conduit eylindrique est égale a "énergie volumique en sortie du conduit & laquelle sajoute énergie volumique perdue par disi pation visqueuse, Dans le cas d’un écoulement de Poiseuille, cette énergie dissipée par frottements est donnée par la loi de Poiseuille (3.3) ot, comme nous Vavions écrit, la dis- sipation visqueuse se traduit par une perte de pression AP entre lentrée A et la sortie B. La conservation de énergie volumique entre les points A et B s’éerit done completement comme 1 aan Pat pg2n + 5PVE= Pat poet 5eVB+ = A Qy (35) ee entrée sortie dissipation viequeuse Ecoulement dans un tube incliné. Appliquons la conservation de Pénergie volu- mique sous sa forme générale (3.5) & un conduit eylindrique de diamétre d et de longueur L incling de maniére & ce que Ventrée soit a une altitude 24 et Ia sortie & une altitude 25 par ailleurs Il parlait également de pression, d’écoulement d’électricité, ete, IL préci < Quelle que puisse tre, au fond, la nature réelle de Mélectricité, puisque la constitution que nous avons attribuée aux deux fluides électriques reproduit exae- tement et numériquement tous ceux de ces phénomenes qui ont pu, jusqu’a présent, ‘tre développés par le calcul, cela sufi pour que nous puissions provisoirement ad- mettre cette constitution dans nos recherches ultéricures ear, d’aprés les épreuves d6ja faites, nous pouvons affirmer que la véritable nature de Pélectricité, quelle u’elle soit, devra se plier aux mémes faits avec une égale rigueur, et devra, par conséquent, ds qu'on I'y appliquera, rentrer dans les conditions que nous avons attribués aux deux fides, de sorte que les faits ne s'en déduiront pas autrement, ni par des formules différentes de celles que nous employons aujourd’hni. > ‘James Clerk Maxwell (1831-1879) mentionnait également cette approche << Les deux électricités sont appelées “fides”, parce qu’elles sont capables d’étre transférées d'un corps & un autre, et sont, & V'intérieur des corps conducteurs, extrémement mobiles, Les autres propriétés des fluides, telles que leurs inertie, poids ot élasticité, ne leurs sont pas assignées par ceux qui ont utilisé Ia théorie & des fins mathématiques : mais l'utilisation du mot fluide a été capable de tromper le vul aire, y compris plusieurs hommes de science qui ne sont pas des philosophes de la nature, et qui ont pris le mot fuide comme le seul terme de la théotie qui leur semblait intelligible. > 158. JOB. Bion, Précis démentaire de physique expérimentale, Librairie Detervile (Paris), 1821. 54. J.C. MaxivnL, A treatise on electricity & magnetism (1873), Dover, 1954, 78 3. PLUIDES nélens Ce qui importait pour Maxwell, c'est que «< lélectricité obéit & la méme équation de continwité que les fluides incompressibles , c'est-R-dire qu'une « substance matérielle ne peut quitter un domaine de Vespace et arriver é wn autre, sans traverser Uespace qui les sépare >. L’hydrodynamique peut étre invoquée lorsque la propagation de lélectricité est étudiée, mais Vanalogie reste limitée puisque < nous ne connaissons pas la vitesse avec laquelle Vélectricité passe & travers les corps, ou si elle se déplace selon la direction négative ou positive du courant [..) Tout ce que nous savons, c'est la valeur algébrique de la quantité qui traverse une unité de surface par unité de temps >. D'oi Pimportance des notions de courant et de débit, Ceci fut repris par Oliver Heaviside (1850-1925) :° « L'dectricité, dans les conducteurs, est sujette & la méme loi de continuité ‘qu'un liquide incompressible. > Les relations entre hydraulique et électricité remontent done aux débuts de l'électricité mais c'est Oliver Lodge (1851-1940) qui a vraiment développé analogie entre circuits Alectriques et circuits hydeauliques afin d’expliquer le fonctionnement des premiers dis- positifs électriques, Par exemple, il éerit que = L’eau (ou lair) était [..] pompée d’un sae élastique dans un autre, et Vanalogie avec tune machine électrique chargeant de maniére opposée deux conducteurs, c'est aedire pompant I'électriité de Y'un dans Vautre... > Pout Lodge, une pompe correspond & une machine électrique (générateur de courant ou de tenson), une vanne joue le role d'un galavanométre, les parois élastiques des tuyanx produisent un effet analogue au retard di A induction dans les eables, ete. Il proposa ainsi un modée hydraulique d'une bouteille de Leyden (ancétre du condensateur). Dans ‘un ballon de verre rempli d’em, un sac élastique (représentant le diclectrique) Iui-aussi plein d'eau et immergé dans le ballon (Fig. 3.22). Les tubes “a” et “b” correspondent & des électroscopes et permettent de mesurer les pressions. Le tube “e”, muni dune vanne, permet de décharger le “condensateur” hydraulique. Une pompe permet de charger le condensateur tia la vanne A : il est également possible de décharger le condensateur via la vanne B dans un grand réservoir (représentant la mise & la terre dur condensateus).. (a) Boutelle de Leyden _—(b) Schémma du modéle hydraulique __(c) Mode expérimental (Draprés Ganot, 1884) (D'apr¥s Lodge, 1889) FIGURE 3.22: Modele hydraulique (b) dune bouteille de Leyden (a) développé par Oliver Lodge. “55, O, Heavisibe, The energy of th ‘thematical Society, 2003 56. 0. LODGE, Modern views of electricity, MacMillan (New York), 1880. lectric current (1884), Electrical Papers, vol. 1, American Mar 3.5, EQUIVALENCE AVEC Les CIRCUITS ELECTRIQUES 79 Cette analogie a ensuite été développée dans divers livres de physique comme celui de Robert Millikan (1868-1953) et Henry Gale (1874-1942) oii la chute du potentiel Alectrique au sein dun circuit est illustrée A l'aide d'un circuit hydrantique (Fig. 3.23)". La source de tension est assimilée & une pompe, les différentes résistances correspondent des portions de tuyanx. Les tubes verticaux sont insérés pour traduirent visuellement la chute de pression au fur et & mesure que le fluide traverse le circuit Banerie (6) CicenieAlectrique (b) Modéle hydrautique Ficune 8.2% Circuit électrique composé de quatre résistances électriques en série ali- ‘montées par un générateur A ; son analogue hydraulique est constitué de quatre portions dde tuyaux alimentés par une pompe A. D'aprés Millikan & Gale, 1906, ‘Typiquement un fil correspond & un tuyau de résistance négligeable (comme Vest tun fil électrique la plupart du temps), une résistance électrique est Péquivalent d'un rétrécissement du tuyau, une batterie est Vanalogue d'une pompe, ete. A partir de Ia, il est possible de réaliser un équivalent électrique & tout circuit hydraulique et vice versa, Par exemple, un circuit hydraulique constitué d’une pompe puisant dans un réservoir et éjectant le liquide dans un conduit pourvu d'un rétrécissement (FIG. 3.24a) correspond un circuit électrique pourvu d'une batterie a laquelle est connectée une résistance, le tout relié la terre (Fic. 3.240) 2. ewes (gu) ater Resistance revit hydraulique (b) Circuit électrique FIGURE 3.24: Circuit hydraulique (a) et son analogue électrique (b). Une correspondance peut done étre établie entre les quantités utilisées en mécanique des fluides ot celles utilisées en électricité (Ta, 3.4), Il est. A noter que l’analogie entre SF. RA. Mutuikan HL. G. Gate, A first course in physics, Ginn & Co (Boston), 1906, 80 3. FLuwes néets la loi découverte par Georg Ohm (1789-1854) * et la loi de Poiseuille fonctionne tant que la résistance électrique A est constante, c’est-A-dire qu'elle ne dépend pas du courant qui la traverse, comme la résistance hydraulique Rj, ne dépend pas du débit qui la traverse dans le cadre tant que le nombre de Reynolds est inférieur & 2000 (pour les conduits cylindriques) et que la viscosité reste constante (la loi d’Ohm est Pexact analogue de la Joi de Poiseuille). Pour les écoulements turbulents, nous verrons qu'il est nécessaire dintroduire une autre loi impliquant une résistance hydraulique qui dépend du débit qui la traverse : si nous voulons poursuivre lanalogie avec les cireuits électriques, il est alors nécessaire de remplacer 1a simple résistance par un composant dont la résistance dépend du courant qui la traverse. Par ailleurs, il existe des pertes de pression singuliéres (induites par des robinets, des condes, des réducteurs, etc.) qui doivent étre assimilées & des résistances additionnelles, des condensateurs ou des bobines, pour permettre d'utiliser sans dommage l'analogie électrique. "TaBLE 4.4: Equivalence entre les grandeurs hydrauliques et électriques. Hydrant Electricité Quantité Volume V Charge Q (m?) (Coulomb) Potentiel Pression P Potentiel 0 (Pa=J.m"3) (volt V=J.07}) Flux Debit Qy Courant I (ms) (A=Cs") Modile linéaire Loi de Poiseuille Loi d’Ohm AP=Ri-Qv Rl Nous avons ré-exprimé la loi de Poiseuille apa Lg, par AP = R,Q, (valable sous cette forme lorsque les variations d’énergies potentielle et cinétique sont négligeables), c’est~A-dire que Ia résistance hydraulique se définit pour les, écoulements laminaires dans des conduits cylindriques par 128uL Ras Gos n= [BE] = gta = nem En physiologie, la différence de pression AP s'exprime souvent en mmHg et le débit en cm®.s~, ce qui conduit & exprimer les résistances hydrauliques en [Link]™*.s, avec 1,36-10* Pasm 1 [Link]™ Test possible de transposer toutes les lois introduites par Gustav Kirchhoff (1824- 1887) 18. G. Oia, Die galvanische Ketve : mathematisch bearbeite, Riemann (Berlin), 1827 59. G.R. Kincanorr, Uter den Durchgang eines elektrschen Stromes durch eine Ebene, insbesondere durch eine keeifGrmige, Annalen der Physik und Chemie, 140 (4), 497-514, 1845. 3.5. EQUIVALENCE AVEC LES CIRCUITS ELECTRIQUES 81 1. loi des neeuds Afin de préserver la conservation de la charge, la somme des courants entrant un noeud est égale & la somme des courants sortant, se traduit par Afin de préserver la conservation du débit, la somme des débits entrant 4 une jonction est égale a la somme des débits sortant. 2. loi des mailles La somme des potenticls électriques te long d'une boucle fermée est rule, se traduit par La somme des différences de pression le long dune canalisation fermée est nail Ainsi, le circuit hydraulique pourvu de deux conduits en paralléle (PIG. 3.258) peut ttre traité exactement comme Pest Ie circuit électrique comprenant deux résistances en paralléle (Fic. 3.25b). La loi des noxuds s'exprime par Q=htQ et I=hth et la résistance équivalente aux deux résistances en paralléle est donnée par tea RiRy Teme oe ner: Les lois de Poiseuille et d’Ohm conduisent respectivement & AP=Req-Qo et U=Req-l I est alors possible d’exprimer les débits et les courants respectivement comme ap an oo u Qi = Fe Qe = Fe Arame parts = Fe et f= Bey autre part a i, : hy | (Om ik aL of To 6 (a) Circuit hydraulique (b) Cireuit électrique FicuRe 3.25: Circuit hydraulique (a) et son analogue électrique (b). Lorsque le circuit hydraulique se présente comme une succession de conduits cylin- driques de diambtres respectifs dy, da et ds (résistances en série), la résistance équivalente fe be 128uL, | 128yLe | 128uL3 Rea = Tat nel tah — 82 3. FLUIDES néets Le débit traversant chacune de ces résistances est donné par Q: vertu de la. conservation du débit. Test maintenant possible d’utiliser Ia dissipation d’énergie sous forme de chaleur telle ‘que I'a découvert James Joule (1818-1889) © — la puissance dissipée par une résistance Alectrique R traversée par un courant J stexprime par Py = R- I? — pour obtenir la puissance dissipée dans une résistance hydraulique par dissipation visqueuse Qe Qs Qu en Pa = Rn Qe De maniére trés générale, une puissance s'exprime comme le produit d'une différence de pression AP = Ry -Qy par un débit Qy, sot Pay = AP Quy, Ecoulement dans un rétrécissement. Considérons maintenant le cas d’un conduit cylindrique constitué d'une portion de longueur L et de diambtre D d’une part, et d’une portion de longueur Lz et de diamdtre d, d’autre part (FIG. 3.26). La conservation de Pénergie volumique entre entrée au point A et la sortie au point B s'écrit i 1 Pat pgza + 5eVR = Pa + poze + ele + (Ri + Ra)Qv it Ry et Ro désignent respectivement les résistances hydrauliques des portions de diamétres Det d. La conservation du débit impose De Ii, il vient que = 7 Liye (De _ 1). 28H (Ee Px-Po= p9(2n—#a) +50 (Fe ) 7 (+ énergie potentielle, ———— Energie Cinétique dissipation visqueuse DiAe FIGURE 3.26: Géométrie du conduit eylindrique section variable, La perte de pression singulitre au niveau de la réduction est négligée. Ecoulement dans une seringue. Le calcul précédent peut étre appliqué & une se- ringue utilisée pour une transfusion sanguine. Le corps de la seringue est de diamétre D=1emet de longueur L; = 5 cm, Vaiguille de diamétre d = 0,3 min et de longueur TL, = 5 cm, Nous supposerons que l’écoulement est stationnaire sous Vaction de la force F =50 [Link]~? et nous négligerons les pertes de pression singuliéres. TI conviendra de G0. J. P. JOULB, On the effects of magnetism upon the dimensions of iron and steel bars, The London, Edinburgh and Dublin Philosophical Magazine and Journal of Science, mt, 80, 70-87 et 225-241, 1847 3.5. EQUIVALENCE AVEC Lis CIRCUITS ELBCTRIQUES 83 vétifier si Vapplication de la loi de Poiseuille est justifiée ou non. La masse volumique du sang Pang est prise dgale & 10° kg.m~* et sa viscosité flsang Gale & 2:10* Pas, Comme dans le calcul précédent, la conservation de lénergie volumique entre les points A et B conduit & la relation (3.7). La pression au point A est égale & 4aF Pr = Patm + Pam + et celle au point B est égale & la pression atmosphérique. Considérant que la variation altitude 23 — zp est au maximum égale & Ly + Lo, le terme d’énergie potentielle volt- ‘mique 92a ~ 2p) = pg(La + La) = 10° x 9,81 x (0,05 +0,05) = 0,981 kPa st négligeable devant la pression exereée par la force F puisque AF 4x50 wD? ~ x (0,01 16,6 kPas Cest-A-dire pala — 2B) < =D” La conservation de énergie volumique (3.7) se réduit alors & 4F 1, (Dt 128m (Li sows (1) + ( 7 Or BE = (2N*, ~ 1,23- 108, ce qui implique que ot a tandis que 7 : cu 6 20,05 oe a 62-102 aor = 81" 2000 Je nombre de Reynolds étant compris entre 2000 et 2500, I'écoulement est dans un régime transitoire. TI n'est done pas aberrant d’utiliser la loi de Poiseuille pour estimer la dissi- pation visqueuse (qui est done légerement sous-estimée). 3.6 Loi de Blasius A Yexemple de I'écoulement sanguin dans Paorte (TAB, 3.3), les écoulements physio- Jogiques ne sont pas toujours laminaires. Il est alors nécessaire de disposer d'une relation compatible avec tne résistance proportionnelle au carré de la vitesse, comme le montrent Jes travauux de Darcy. Pour arriver & ce résultat, Heinrich Blasius (1883-1970) commenca par montrer que la loi de Poiseuille pouvait étre exprimée en fonction du nombre de Reynolds® : ap=re iva (9) Dee a argc Cinétique oi \ est un coefficient de frottements (par dissipation visqueuse). Lorsque l'écoulement est laminaire (Re < 2000), ce coefficient vaut ot Re GL. H, Brasivs, Das Achnlichkeltagesetz bei Reibungsvorgingen, Zeitschrift des Vereins Deutscher Ingenieure, 56 (16), 699-643, 1912. 3.6. Lot De Buastus 85 ‘Si nous le remplagons dans la loi générale (3.9), nous obtenons En utilisant le fait que (3.10) il vient que 128 pL =D" résistance hydraulique AP= Qe, cce qui est bien Ia loi de Poiseuille. Alors qu'il trace le coefficient de frottement \ en fonction du nombre de Reynolds d’aprés les mesures de Augustus Saph et Schoder", Blasius remarque — en accord avee les résultats de Reynolds — qu'une transition se produit pour les nombres de Reynolds compris entre 2000 et 2500 (Fic. 3.27). Il est alors nécessaire de modifier expression donnant 2, + FIGURE 3.27: Mesures de Saph & Schoder sur la résistance de I'écoulement de Peau dans des tuyaux. D'aprés Blasius (1913) Lorsque I"écoulement est turbulent (2500 < Re < 10°), Blasius montre, par inter polation de ses mesures, que le coefficient de frottements prend la forme 0,3164 VRe 2. AV. Sapa & B, W. Scion ‘An experimental study of the resistances to the flow of water in pipes, Transactions of the American Society of Civil Engingers, 51, 253-272, 1908, a 86 3. FLUIDES niet Si nous le remplagons dans la loi générale (3.9), nous obtenons ap=1,700 (4 (11) — sistance hydrauliqne [Nous pouvons vérifer la dimension de cette expression. Sachant qu'une pression s'exprime en kms, la loi de Blasius (3.11) donne ce qui est bien la dimension d’une énergie volumique ou d'une pression. Pour résumer, la résistance hydraulique d’un conduit cylindrique est constante pour un écoulement laminaire (Re < 2000) et celle d'un écoulement turbue lent 1 =.704fu (282) L =D) xD* épend du aébit qui la traverse. La loi de Poiseuille est linéaire tandis que celle de Blastus est non-linéaire. Les lois de Poiseuille et de Blasius sont comparées FIG. 3.28 Ludwig Prandtl (1875-1953) a montré®? que la loi de Blasius était valide jusqu’a des nombres de Reynolds autour de 105. Andela, il est nécessaire d'utiliser une autre loi, telle que le coefficient de frottement soit solution de V'équation 1 Fn (Re vi) -0,8 Les différences entre la loi de Blasius et celle de Prandt! sont légéres pour Re < 10°, Prandtl précisant que la loi de Blasius est plus précise pour oes valeurs duu nombres de Reynolds (Fig. 3.29). Au dela de Re = 10°, la loi de Prandtl doit étre uilisée. Tl existe des cas of: Pécoulement turbulent s’effectue dans un conduit aux parois ‘mguouses; selon Thomas Blench (1906-1993) , le coeficient de frottements vaut alors @ n=0,79)/5 5 GEL. Prawore, Zor taralonton Srbiung in Rohren nd ings Patten, Bryebnisse der Aerodyna- ischen Versuchanstalt su Gottingen, Manchen und Berlin, 4, 18:29, 1982 (64. T Busxcn, Regime behaviour of canals and rivers, Butterworth Scientific Publications, 1957. 3.7. RESISTANCE DES FLUIDES AU MOUVEMENT D'UN CORPS 87 a Heer = Nombre de Reynolds Re FIGURE 3.28: Comparaison entre la loi de Poiseuille (valide pour les écoulements naires) et la loi de Blasius (valide pour les éeoulements turbulents). Comme le révele les mesures de Blasius, autour de Re = 2100, un brusque changement survient sur la résistance hydraulique lorsque l'écoulement devient. turbulent. Cas d'un écoulement de sang — fisang = 2+ 10~% Pas et sang = 10° kg.m™* — dans un conduit eylindrique de diamétre D = 1 em et de longueur L = 10 em, Wi | Ficune 3.29: Valeurs du coefficient de frottements A données respectivement par la loi de Blasius (1912) et celle de Prandil (1932) en fonction duu nombre de Reynolds Re. oit € correspond la rugosité des parois. Une variante pour le coefficient de frottements s'énonce expression qui ne peut s'utiliser qu’ l'aide d’abaque. 3.7 Résistance des fluides au mouvement d’un corps Lorsque I'écoulement s'effectue autour d’un obstacle fixe, qu’un solide se déplace dans un liquide au repos ou qu'un corps solide se ment dans un écoulement, il existe des lois bien définies pour estimer la dissipation visqueuse. L’effet. de cette dissipation se traduit par une vitesse limite qu’atteint un corps en chute libre dans l’air. Si Ie solide est animé une vitesse V,, étude peut se faire dans un référentiel lié au solide ; la vitesse du fluide V, par rapport. au solide est alors telle que Ve = Vauide ~ Va 88 3. Fuvines REELS Chute libre d’une bille. Prenons le cas d'une bille de rayon R et de masse volumique ‘» en chute libre dans un liquide de masse volumique px < py. Les forces agissant sur la bille sont e — le poids Fy la poussée d’Archiméde Fas — la résistance au déplacement Fy de la bille par le liquide. Le poids étant orienté vers le bas comme l'axe sur lequel nous projetons les forces, 1a poussée d’Archiméde est orientée vers le haut; Je poids apparent F est done donné par 4 4 —Fa= pega g— myth 9 i a masse dela bile mae de fide déplacs & Ean mgnko La résistance due aux frottements entre la surface de la sphere et le fluide a été proposée par George Stokes (1819-1903) lorsque Ia vitesse relative est trés petite ®®; elle s'exprime comme Fr i le signe négatif provient du fait que la résistance est opposée au mouvement de la bille qui descend. Le principe fondamental de la dynamique est ainsi GruRV (3.12) 43d 7 mgr, = Fat Fy (3.13) 4 WV 4 peg, = ~GrURV + (p5 — m0) gg qv eV ( a) ae Gee Dok? me C'est une équation différentielle ordinaire dont la solution s’écrit on oR 2R? (oy = pig ve o La vitesse limite de chute est atteinte lorsque t ++ +00, c'est-i-dire que le terme expo- nentiel tend vers 2éro, ce qui conduit & 2R? (0 — 1) 9 te oe Considérons le cas d'une bille d’aluminium, de masse volumique py = 2700 kg.m7* et de rayon R= 2 cm, chutant dans de Peau, de masse volumique peay = 1000 kg:m~* et de viscosité fica = 10-* Pac, sous laction de la pesanteur g = 9,81 m.s~? : Ia vitesse limite est Veo — 5836 kma.h-!’ Cet exemple est tel que la loi de Stokes n'est pas valide car la vitesse est trés grande. La loi de Stokes n’est en fait valide que pour des nombres de Reynolds inférieurs & 1° ; cect signifie que la vitesse de la bille ne devrait pas exeéder 5-10" ms? pour que la Toi de Stokes (3.12) s’applique! Lorsque la vitesse relative ‘5. G, STOKES, On the elfect of the internal fiction of fluids on the motion of pendulums, Trensactions of the Cambridge Philosophical Society, 9, 8, 1850, 166, H. SentacitiNe, Boundary layer theory, McGraw Hil, 1960, 3.7, RESISTANCE DBS FLUIDES AU MOUVEMENT D'UN CORPS 89 augmente, des instabilités se développent autour de Ia sphéxe (Pig. 3.30) et il devient nécessaite d'utiliser une autre loi, Lorsqu’'un corps se déplace dans un fluide, il y a une distribution de pression dont la résultante s'oppose & son mouvement. (a) Re < 20, (6) 20< Re <20 (o) Re > 212 Ficune 3.30: Développement des instabilités autour d'une sphre au fur et & mesure que le nombre de Reynolds augmente. Isaac Newton avait énoneque® que «la résistance que (la sphéte] éprouve est dans Ia raison composée de Ia raison doublée de la vitesse, de la raison doublée du diamétre, et de In raison doublée de la densité du milieu. > Nous écrivons aujourd'hui cette résistance sous la forme Fp x ~pd?V? La composante de cette résultante selon la direction du mobile est appelée trainée. L'in- tensité de la force de trainée est fonction de lénergie cinétique, de la forme et de la taille du corps ainsi que du fluide dans lequel il est immergé. Si nous choisissons d’exprimer ln force de trainée sous la forme d'un produit entre I'énergie cinétique E, et la surface apparente Sq du corps immergé, nous pouvons introduire un coefficient de trainée C, tel que Fr=—CzSy Be Dans le cas d'une sphére de rayon R, nous avons done 1 Fr= Cy aR? 1 pV? Cenk? Sav ot est Ia masse volumique du fluide au sein duquel se meut la sphere. $i la vitesse de la sphere est trés lente, Ia force de Stokes (3.12) s'applique et nous devons avoir 1 1 AR? SphV? = ~6ruRV , ce qui se réduit a 67. L. Pranont, Uber Flissigheitsbewegung bet sehr kleiner Relbung Verkandlungen des III Interna- tionalen Mathematiker-Kongresses (Heidelberg), B. G, Teubner (Leipeig), pp. 484-401, 1904 68. I. Newrox, Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, Trad. Nimo la Marquise du Chitelet (1759), Livre 1, Section vil, Proponition XXXIV, Carolare 5, 1667. 90 3. FLUIDES REELS Le coefficient de trainée C,, est done un nombre adimensionnel qui dépend non seulement de la forme du corps (FIG. 3.31) mais également du nombre de Reynolds. Selon cette expression, la résistance est bien proportionnelle au carré de la vitesse comme cela est Te cas lorsque Pécoulement dans un tuyau est turbulent. Nous pouvons montrer que le coefficient de trainge est égal & 6ruRV 1 _ Fri _ Pe Ce" GRE Tp? Su Ee Cest-Acdire au rapport entre la pression Pa exereée par les frottements sur la surface apparente Sq du corps immergé et énergie cinétique volumique E, du fluide par rapport ‘au corps (V étant la vitesse relative entre le corps et le fluide dans lequel il est immergé) YZ Cx038 050 Cetus Figure 8.31: Dépendance du coefficient de trainée & la forme de objet. Les coefficients iei reportés sont donnés & titre comparatif car ils dépendent du nombre de Reynolds, Le coefficient de frottements fut ensuite corrigé par Car! Wilhelm Oseen (1879-1944) qui proposa la formule ‘4 24 cn (14 3 Re) ce qui est en accord avec les mesures expérimentales pour des nombres de Reynolds inférieurs & 5. En fait, le coefficient de trainge évolue de maniére importante avec le nombre de Reynolds, comme le montre les mesures rapportées par Herman Schlichting (1907-1982) : le coefficient de trainée décroit jusqu’a des nombres de Reynolds de Vordre de 10* (ig, 3.32) et demeure & peu prés constant (C, * 0,45) sur T'intervalle {10°;2- 10%), pour chuter brutalement ensuite. Sinous reprenons le principe fondamental de Ia dynamique (3.18) avee cette résistance, nous obtenons QV Lo aRtv2 + (pp — pn) deh evga ght Cx RPV? + (p0, mm) 3 Reg, ce qui conduit & l'équation difféentielle ordinaire av __ 300, V2 a gona (I-A) o La vitesse limite est obtenue lorsque av at 9. ©. W_ Osten, Ther die Stokelsche Formel und ber eine verwandte Aufgabe in der Hydrodynamik, Arkiv for Matematik, Astronomé och Fysik 6, 1-20, 1910. 70. HH. ScwLICHTING, 1960, Ti. 3.7. RESISTANCE DES FLUIDES AU MOUVEMENT D'UN CORPS m FIGURE 3.82: Coefficient de trainée en fonction du nombre de Reynolds. La courbe 1 correspond & Ia Toi de Stokes et la courbe 2 & Ia loi corrigée par Oseen. D'aprés Schlichting, 1960. ‘ce qui conduit & 3uCeV? for gar *\} 2 S af 328 aah (a <1) ) (14) En considérant que le coeflicient de trainée est égal A 0,45, la vitesse limite de la bille dans eau est alors Vaz = 11,4 m.s~}, ee qui correspond & un nombre de Reynolds égal & 56235, ‘ce qui est bien sur la plage de validité de approximation C, = 0,45. Si la bille chutait dans de Mair de masse volumique pai, = 1,2 kg.n~$ et de viscosité jigip = 19 10-® Pass, la vitesse limite serait, de 184 [Link], ee qui correspondrait A un nombre de Reynolds de 2-109 : selon les données utilisées par Schlichting, le coefficient de trainée devrait étre 6gal & 0,15 environ. Le coefficient de trainée peut étre donné ar la relation ee Ce= Be 17 = 0,261 Re — 9,195 Rest — —_ OE (1 + logy Rey qui est valide pour Re < 3-10T!. Nous pouvons appliquer la relation (3.14) exprimant Ja vitesse limite au eas d'une goutte dean. Sachant que le coefficient de trainée d'une goutte d'eau de masse voluumique ) = 1000 kg:m~® est autour de 0,2, si son rayon moyen est de R= 1 mm, la vitesse limite dans Vair de masse volumique est de 37,6 km.b-, ce qui correspond & un nombre de Reynolds de 660. La dynamique de 'écoulement dans le sillage d'une sphére est plus complexe que celle d'un écoulement dans un tuyan, notamment parce que le confinement est. moins important. L’écoulement est purement laminaire, c’est-i-dire qu'il n'y a aucun recir~ culation dans le sillage de la sphere (ce qui se traduirait. par des tourbillons) jusqu’a. des nombres de Reynolds autour de 20 (Fig. 3.30a). Au dela, un filament apparait (Fi 3.30) ; un second filament contrarotatif apparait pour un nombre de Reynolds Re ~ 212. 7 RL. Fume & CL. BANKS, On the drag coefficient of a sphere, Powder Technology, 48, 217-221, 1986. 92 3. FLUIDES réets Une bifurcation de Hopf apparait & Re © 274, ce qui implique l'apparition doscilla tions périodiques des filaments”, Une seconde bifurcation survient alors, conduisant & un régime quasi-périodique (caractérisé par la présence de deux fréquences incommen- surables) "8. L’écoulement deviendrait alors chaotique, voire turbulent, au dela de Re 75. 7D RM, Mancanvey & RL. Biswor, ‘Transition ranges for three-dimensional wakes, Canadian Journal of Physics, $9, 1318-1422, 1961, 73. J. A. Jonson & V. C, Pats, Flow past a sphere up to @ Reynolds number of 800, Journal of Fluid Mechanics, 378, 19-70, 1999 — A. G. "Tousouuives & 8. A. Oxzac, Numerical investigation of transitional and weak turbulent flow past a sphere, Journal of Fluid Mechanics, 416, 45-73, 2000.

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