Généralités sur les eaux
I .INTRODUCTION
L’eau joue, dans le développement de la vie de toutes les espèces humaine, animale ou
végétale et dans l’évolution de la société, un rôle indispensable. Pendant longtemps, elle a été
considérée comme une ressource naturelle gratuite et inépuisable. Cependant, bien que la
quantité de l’eau existante à la surface du globe terrestre soit supérieure à un milliard de km3
couvrant 70% de la terre, 3% seulement de ce volume est une eau douce, dont une grande part
se trouve piégée dans des régions inaccessibles (calottes glaciaires). De plus, l’eau douce est
très male répartie sur la planète, certaines régions soufrent de déficits chroniques alors que
d’autres affichent des surplus. Associée à la croissance démographique et au développement
industriel, une diminution alarmante des réserves d’eau est survenue durant le dernier quart du
siècle précédent.
En 1997, 80 pays représentant 40% de la population mondiale, étaient confrontés aux
problèmes de manque d’eau. Les ressources en eau sont aujourd’hui gravement menacées par
plusieurs facteurs à savoir: la surexploitation, la pollution et le changement climatique. À
l’horizon de 2020-2030, deux tiers de la population mondiale souffriront d’une pénurie d’eau
potable.
Tous les pays du monde sont donc dans l’obligeance de trouver les solutions les plus efficaces
afin de parer à cette menace, des solutions qui permettront les meilleures exploitations et
répartitions de la totalité des ressources hydriques dont ils peuvent disposer.
Plusieurs solutions sont envisageables afin de garantir la continuité de la disponibilité de l’eau
potable telles que: la modernisation des réseaux de distribution de l’eau pour éviter les fuites,
le traitement des eaux usées et l’exploitation des eaux salées et saumâtres par le dessalement,
puisqu’elles représentent 97% des ressources hydriques naturelles.
Propriétés de l’eau
L'eau est composée de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d’oxygène. La molécule d'eau
contient une distribution inégale d'électrons. L'extrémité de l'oxygène est donc chargée
négativement et l'extrémité de l'hydrogène est chargée positivement. Il existe une force
d'attraction entre la charge partielle négative de l’oxygène d'une molécule d'eau et la charge
partielle positive de l’hydrogène d'une autre molécule d'eau. Cette force nommée le lien
d'hydrogène, est illustrée à la figure 1.
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Généralités sur les eaux
Figure I-1 : Lien entre les molécules d’eau
2. Ressources en eau
Pour satisfaire les besoins en eau (production d’eau pour la consommation humaine) et
permettre l’usage de l’eau dans les diverses activités industrielles et agricoles, l’homme a
recours à deux types de ressources naturelles en eau, à savoir: les eaux superficielles ou de
surfaces (de rivières, fleuves et lacs...) et les eaux souterraines (source et nappes phréatiques).
Le lien d'hydrogène est responsable pour plusieurs caractéristiques uniques de l'eau. Ces
caractéristiques et leurs importances, pour les ingénieurs environnementaux, sont :
Masse volumique : A pression atmosphérique, la masse volumique varie en fonction de la
température. L'eau se dilate lorsque sa température est plus basse que 4 °C. Ce qui permet à la
vie aquatique de continuer à vivre sous la surface glacée des lacs. La masse volumique est
importante pour calculer l'énergie de pompage requise et pour prévoir une conception
adéquate afin d'éviter le gel de la tuyauterie.
Point d'ébullition et point de congélation : A pression atmosphérique, le point de congélation
de l'eau est 0 °C et son point d'ébullition est 100 °C. Ceci peut être expliqué par les liens
d'hydrogène qui nécessitent beaucoup d'énergie pour se briser et passer de la phase liquide à
la phase gazeuse. Si l'eau contient un soluté, le point de congélation diminue et le point
d'ébullition augmente. Ce principe peut être utile pour le dégel des rues avec du sel.
Chaleur spécifique : La chaleur spécifique de l'eau dépend de son état. Sous forme liquide, la
chaleur spécifique de l'eau est 4,186 J/g °C. La chaleur spécifique des autres composés est
souvent calculée par comparaison avec celle de l'eau (Roy, 1999).
Viscosité : La viscosité de l'eau est élevée comparée à d'autres substances de poids
moléculaires semblables, à cause des forces intermoléculaires des liens d'hydrogène. La
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viscosité diminue avec une augmentation de température. Ce fait affecte le traitement
physico-chimique de l'eau. Les procédés de coagulation, floculation, sédimentation et
filtration sont tous plus efficaces à température élevée.
Moment dipolaire : Le moment dipolaire de l'eau est une conséquence du fait que le centre de
la charge positive ne correspond pas au centre de la charge négative ; la molécule est polaire.
Son moment dipolaire est plus élevé que la plupart des autres composés dipôles, ce qui fait de
l'eau un bon solvant pour les ions.
Classification des eaux naturelles
La classification des eaux naturelles diffère d’une référence à une autre. Dans cette section,
nous les classifions suivant l’origine.
2.1. Eaux de surface
Les eaux superficielles sont des ressources facilement accessibles, englobant toutes les eaux
circulantes ou stockées à la surface, en réserves naturelles (étangs et lacs) ou artificielles
(retenues, barrages). Cette source est très caractérisée par:
Les variations saisonnières (climatiques) de la température, de la turbidité et de la
coloration. En effet, les concentrations en matières solides finement dispersées ou à l’état
colloïdal peuvent être importantes suite à des pluies soudaines, des orages et des pollutions
accidentelles;
La présence fréquente de matières organiques d’origine naturelle provenant de la
décomposition des organismes animaux et végétaux après leur mort;
Le développement plus ou moins important de phytoplanctons (algues) et zooplanctons et,
dans certaines conditions, d’une vie aquatique intense;
La fragilité très vulnérable à la pollution d’origine urbaine, industrielle et agricole par les
micropollutions minérales (métaux lourds) ou organiques (hydrocarbures, solvants, phénols,
pesticides, herbicides). En termes bactériologiques, les eaux de surface sont contaminées plus
ou moins par des bactéries et des virus.
2.2. Eaux souterraines
Les eaux souterraines sont des sources qui ne peuvent ni s’évaporer, ni retourner à la mer par
ruissellement ; elles s’infiltrent dans le sol et le sous-sol et s’y accumulent à une certaine
profondeur pour constituer les nappes phréatiques. La pénétration et la rétention des eaux
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dans le sol dépendent des caractéristiques des terrains, et notamment de leur structure qui peut
permettre la formation de réservoirs aquifères.
Du point de vue hydrogéologique les couches aquifères se divisent en :
• Nappes phréatiques ou alluviales : Peu profondes et alimentées directement par les
précipitations pluvieuses ou les écoulements d’eau en dessus.
• Nappes captives : Plus profondes que les premiers et séparées de la surface par une couche
imperméables.
Les eaux souterraines ont généralement d’excellentes qualités physico-chimiques et
bactériologiques et ont des propriétés étroitement liées à leur origine géologique, c’est-à-dire
déterminées par la nature et la structure des terrains. À tout instant, l’eau est au contact du sol
dans lequel elle séjourne ou circule, il s’établit un équilibre entre la composition du terrain et
celle de l’eau. Ainsi, les eaux circulant dans un sous-sol sablonneux ou granitique, sont acides
et peu minéralisées. Par opposition, les eaux circulant dans les sols calcaires auront une forte
minéralisation avec une composition bicarbonatée calcique.
Parmi les caractéristiques générales des eaux souterraines, on peut citer une très faible
turbidité, une température et une composition chimique constante et l’absence presque totale
d’oxygène dissous.
Les eaux souterraines constituent souvent une source de meilleure qualité que les eaux de
surface. Elles conservent une température à peu près constante toute l’année et contiennent
généralement moins de contaminants que les eaux de surface. Ainsi, les eaux souterraines ne
nécessitent généralement que très peu de traitement pour les rendre potables, ce qui en fait
une source économique.
Eaux des mers et océans
Les mers et les océans constituent d’énormes réservoirs d’eau (97.4 % du volume d’eau de la
planète). Ces eaux, dénommées « eaux saumâtres », sont caractérisées par une grande salinité.
Leur coût de traitement est très élevé.
3. CYCLE DE L’EAU
Le cycle de l'eau est lié aux mouvements de l'humidité dans l'atmosphère. L'énergie apportée
par le rayonnement du soleil provoque l'évaporation de grandes quantités d'eau des océans,
des lacs et zones humides. Les végétaux rejettent également une quantité importante de
vapeur d'eau. On a calculé que sur l'ensemble de la planète, 450 000 km³ d'eau de mer et 70
000 km³ de l'eau douce présente sur les continents s'évaporent chaque année. L'air humide,
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plus léger que l'air sec, s'élève et se refroidit dans l'atmosphère. La vapeur d'eau se condense
alors sous forme de nuages et retombe sous forme de pluie ou de neige.
L'eau qui tombe sur les terres s'évapore à nouveau pour plus des deux tiers. Le reste
s'accumule dans les neiges et les calottes glaciaires, s'écoule vers la mer via les rivières ou
s'infiltre dans le sol et forme les nappes d'eau souterraine.
L'eau souterraine peut dans certains cas rester captive dans le sous-sol durant des siècles ou
parcourir de grandes distances avant de réapparaître sous forme de source.
4. QUALITE DE L'EAU DE SURFACE
Les caractéristiques de l'eau sont habituellement classifiées comme physique, chimique
(organique ou inorganique), biologique, et, plus spécifiquement, esthétique ou reliée à la
santé. Les matières les plus fréquentes à analyser sont :
Matières inorganiques
Les concentrations inorganiques dans l'eau sont influencées par l'altération, la lixiviation et les
organismes aquatiques. L'altération est une interaction de l'eau et des gaz atmosphériques
avec la surface des minéraux. La lixiviation se produit lorsqu'il y a échange d'ions entre le sol
et les sédiments, et une solution environnante. Les réactions produites lors de l'altération et la
lixiviation sont la dissolution, l'oxydation-réduction, et l'échange d'ions. La flore et la faune
aquatiques permettent aux réactions chimiques dans l'eau de prendre place. Les phénomènes
de transport de l'eau, lors du cycle hydrologique, tels que l'évaporation, la transpiration et
l'infiltration, altèrent également la composition chimique de l'eau (Montgomery, 1985). Les
principales analyses élémentaires sont :
Bicarbonate : Bicarbonate-carbonate est habituellement la matière inorganique la plus
abondante dans les eaux naturelles. Il a des fonctions importantes dans la chimie acidebase,
dans la formation des solides et des complexes de métaux, et dans le métabolisme biologique.
Calcium : Le calcium est le deuxième composé majeur de l'eau de surface, après le
bicarbonate. L'altération et l'échange d'ions dans le sol sont les principales sources du calcium
dans l'eau. La présence du calcium et du magnésium dans l'eau détermine sa dureté. En milieu
industriel, la présence de calcium protège les tuyauteries contre la corrosion, mais précipitent
dans les chaudières et les échangeurs de chaleur, affectant l’efficacité de ces derniers
(Montgomery, 1985).
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Généralités sur les eaux
Magnésium : Le magnésium est plus soluble que le calcium et moins abondant dans le sol et
les eaux naturelles. Il est aussi un nutriment essentiel mais peut devenir toxique en grande
concentration (NAS, 1977). Il est un composant de la dureté de l'eau. Il peut donc causer des
problèmes industriels dans les lavages et les chaudières. Par contre, il peut facilement être
contrôlé à l'aide de dispersants (Roy, 1999).
Sodium : Par altération, le sodium se retrouve dans les eaux naturelles. Les déchets
industriels contiennent de grandes quantités de sodium. Le sel des routes peut aussi contribuer
à des hautes concentrations de sodium dans l'eau locale. Le sodium est un nutriment pour la
croissance des plantes, mais peut être toxique en grande quantité (NAS,
1977). Dans l'industrie, les sels de sodium sont grandement utilisés et contribuent aux
problèmes de corrosion.
Potassium : Le potassium est présent dans les eaux naturelles en moins grande quantité que le
sodium parce qu'il est contenu dans des minéraux moins vulnérables à l'altération.
Il est un nutriment essentiel aux plantes, aux animaux et aux humains mais peut devenir
toxique en trop grande quantité.
Fer : Le fer est présent dans les roches, le sol et l'eau sous plusieurs formes. La quantité de fer
dans l'eau potable est contrôlée pour des raisons esthétiques (goût).
Manganèse : Il provient généralement des sédiments, des roches et des composés organiques.
Sa présence peut donner un goût déplaisant à l'eau et favoriser la croissance de micro-
organismes dans les réservoirs et les systèmes de distribution.
Chlorure : La source du chlorure serait essentiellement la pluie. Il est présent dans les eaux
naturelles presque exclusivement sous forme d'ion chlorure. Dans une eau de surface typique,
sa concentration est moins de 10 mg/l. Dans l'eau potable, le chlorure donne un goût
particulier et, en concentration raisonnable, est inoffensif à la plupart des gens. Le chlorure
peut contribuer à la formation de produits dangereux tels que les trihalométhanes. Dans
l'industrie, le chlorure est particulièrement corrosif à l'acier et à l'aluminium. De ce fait, sa
teneur doit être la plus faible.
Soufre : Il provient des activités volcaniques, des roches sédimentaires, de la décomposition
organique et de l'activité bactérienne. En quantité suffisante, le soufre donne à l'eau une odeur
déplaisante.
Azote : L'azote est un nutriment important pour les plantes et tout organisme vivant.
Toutefois, une trop grande concentration d'azote dans les eaux de surface peut entraîner
l'eutrophisation des lacs et des rivières.
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Fluor : Le fluor est présent en très petite quantité dans les eaux naturelles. Il est ajouté à l'eau
potable afin de réduire la carie dentaire.
5. Le cycle de l’eau de consommation
L’eau brute destinée à la consommation humaine est prélevée dans un cours d’eau ou une
nappe d’eaux souterraines. Elle est ensuite acheminée vers une usine de production d’eau
potable où elle subit divers traitements physiques, chimiques et biologiques. Rendue potable,
elle est distribuée aux consommateurs. Après usage, elle est recueillie pour être conduite vers
les usines de dépollution des eaux usées, avant d’être enfin rendue à la nature.
Ce cycle subi par l’eau du fait de son usage par les sociétés humaines se décompose en cinq
grandes étapes : le captage, le transport, la production d’eau potable, la distribution, puis la
collecte et la dépollution des eaux usées.
Ce cycle de l’eau de consommation nécessite d’énormes infrastructures. Pour alimenter en
eau l’ensemble de la population française, pas moins de 40 000 captages, 700 000 kilomètres
de canalisations, et près de 16 000 usines de production d’eau potable sont en effet
nécessaires. À ceci, il faut encore ajouter les installations de collecte et de dépollution des
eaux usées, soit 180 000 kilomètres de canalisations et 12 000 usines de dépollution. À
l’évidence, seuls les pays riches peuvent se doter de tels équipements qui font grandement
défaut à ceux qui n’en disposent pas.
À chaque étape de ce cycle, la qualité de l’eau est contrôlée par les traiteurs d’eau et les
pouvoirs publics : l’eau brute prélevée et celle effectivement fournie aux usagers après
traitement doivent toutes deux être conformes aux normes en vigueur.
En Europe, la fréquence des contrôles est réglementée par les pouvoirs publics de chaque
pays. En France, ces contrôles sont d’autant plus fréquents que les volumes d’eau distribués
sont grands. Dans les agglomérations importantes, plusieurs contrôles sont quotidiennement
effectués et certains paramètres constamment suivis.
En revanche, les petits villages, qui ne sont d’ailleurs généralement contraints qu’à deux ou
quatre contrôles annuels, ne peuvent offrir le même suivi pour d’évidentes raisons de coût.
La qualité de l’eau est donc à priori plus fiable dans les grandes villes que dans les
campagnes.