Aglaé la chèvre prétentieuse
Texte et illustrations de Benjamin Rabier
Adaptation réalisée par Marie-Laure Besson
pour «Le Cartable Fantastique»
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Aglaé la chèvre du Moulin-Brûlé est née
prétentieuse et folâtre.
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Elle va de droite et de gauche, marchant sans
but ou trottant à la légère, accrochant avec
ses cornes tous les objets, qui sur son chemin
peuvent la gêner.
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Très souvent il lui arrive de chasser d’un coup
de tête les animaux qui se trouvent sur son
passage.
Tel fut le sort d’un petit chat qu’elle lança à
trois mètres de hauteur et qui tomba dans une
marmite.
Et un proverbe ose dire que les chats
retombent toujours sur leurs pattes…
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Utilisant ses cornes, Aglaé tirait les sonnettes.
C’est sa manière à elle de vouloir prouver
qu’elle se rapproche ainsi de l’homme au point
de vue « intelligence »…
Quelle prétention…
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Un jour, rencontrant sur son chemin une boîte à
pêche toute remplie de goujons…
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… Et apercevant sur un fourneau de campagne
une poêle de graisse bouillante, elle y versa
le contenu de la boîte et s’esquiva à toutes
jambes.
Quelle surprise pour l’heureuse propriétaire de
la poêle à frire…
La brave femme dut se demander longtemps
comment cette friture inespérée lui était tombée
du ciel…
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Et, de loin, Aglaé, toute joyeuse, assistait à
cette manifestation.
- Quand je pense que les hommes osent me
prendre pour une bête se disait la chèvre, toute
ravie de ce haut fait.
La voici aujourd’hui accrochant une grosse
pelote de laine oubliée là, sur une chaise, par
quelque villageoise.
- Cette tricoteuse, une autre fois, sera moins
distraite, pensa notre chèvre.
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Médor, le chien de la ferme, pensant rentrer en
possession de la laine, saisit un fil qui pendait…
Mais hélas, la pelote se dévidait à mesure que
la folle Aglaé avançait…
Et la pelote se déroula ainsi sur une distance
voisine du kilomètre.
Pour rentrer en possession de son bien, la
villageoise dut parcourir cette distance, tout en
refaisant sa pelote de laine.
Quel joli jeu pour Aglaé…
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Mais ce n’est pas tout : la voici tirant avec ses
dents une serviette laissée pendue au-dessous
d’une fenêtre…
C’eut été peu de chose si, sous cette serviette,
ne s’était trouvé une cafetière qui bascula…
… se renversant sur la tête de l’imprudente
bête.
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Le récipient s’accrocha à l’une de ses cornes ;
et le café bouillant se répandit sur la pauvre
Aglaé qui jetait d’horribles cris de douleur.
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Se disputant un matin avec un chien de
garde qui s’était échappé en traînant avec
lui sa chaîne, Aglaé fut le jouet d’un hasard
malheureux : la chaîne s’accrocha en effet aux
cornes de la chèvre ...
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La situation devenait critique ; car Aglaé ne
pouvait se débarrasser de son ennemi qui la
mordait aux jambes.
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Le chien de garde lui mordit cruellement
l’oreille.
Aglaé hurla de douleur.
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Délivrée enfin, elle regagna aussitôt sa
baraque ; mais pendant ce temps, les habitants
de la ferme, tenaient un important Conseil.
- Il faut en finir avec les lubies de cette folle
prétentieuse, dit le chien Médor.
- Bravo…Finissons-en, reprirent les autres
animaux.
Et voici le plan qui fut aussi rapidement conçu
que mis à exécution pour apporter un peu de
raison dans la cervelle de la fantaisiste Aglaé.
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Une poule venait juste de pondre un œuf sous
la lucarne de la chèvre.
Bien entendu, Aglaé, suivant son habitude,
passa la tête par l’ouverture de la lucarne en
question afin de happer l’œuf.
C’est ce que les conspirateurs attendaient…
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Médor saisit alors brusquement les cornes de la
victime…
Puis il appela à son secours le chien du
menuisier, le vieux Grognard, qui accourut
porteur d’une longue scie.
Et tandis que Grognard maintenant la tête
d’Aglaé, Médor se mettait en devoir de couper
les cornes de la trop folâtre chèvre.
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Dépourvue de cette parure, Aglaé se fit l’effet
d’un être déchu et misérable.
Elle mena une existence pleine de bien tristes
heures, mais un beau matin, en se réveillant,
elle jeta un long cri de joie…
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Ses cornes repoussaient.
Un mois après, Médor plaçait devant elle une
glace et lui disait : « Admire maintenant tes
nouvelles cornes ».
Et elle put, en effet, admirer des cornes, de
forme quelque peu modifiées, mais pas vilaines
en somme.
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Dès lors, rendue plus raisonnable, Aglaé ne
songea plus qu’à utiliser ses cornes pour
le bien d’autrui, au lieu de s’en servir pour
embêter son prochain.
La voici, par exemple, retirant de l’eau un
pauvre petit paysan qui, sans elle, se serait
certainement noyé.
Elle utilisait aussi sa nouvelle parure pour
apprendre à marcher aux enfants se ses
maîtres.
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Aglaé, de ce jour, fut aimée et respectée.
Ses conseils étaient écoutés et c’est souvent
qu’on a eu recours à sa sagesse tardive ; mais
sûre.
Témoin le fait suivant :
Deux lapins avaient trouvé sur le chemin un
vieux marteau et chacun en revendiquaient la
propriété.
- Allons trouver Aglaé, dirent-ils, et soumettons-
lui notre différend.
Ils vinrent voir Aglaé.
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La chèvre mit les plaideurs d’accord en
octroyant à l’un le marteau et à l’autre le
manche.
Chacun s’en fut satisfait.
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Aglaé, lit beaucoup et elle a retenu de certains
livres des histoires qu’elle raconte aux petits
enfants.
Et jamais on ne fait vainement appel à son
obligeance pour obtenir un service quel qu’il
soit.
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Bref, Aglaé est devenue l’amie de tous ; et
sa belle humeur fait la joie des habitants du
Moulin-Brûlé.
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