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Acquisitions de terres au Bénin : enjeux et impacts

L'accélération des acquisitions massives de terres cultivables dans plusieurs régions du monde est source, tant de préoccupations que de controverses. Pour les uns, il s’agit d’un accaparement des terres agricoles tandis que d’autres y voient de véritables opportunités pour l’agriculture familiale et l’économie des pays touchés. Au Bénin, les premières formes sont apparues dès les années 1960s avec l’appropriation par l’Etat de milliers d’hectares de terres cultivables pour la création de périmètres agricoles dans le Sud du pays. Le phénomène s’est poursuivi avec l’entrée en jeu de nouveaux acteurs majoritairement non agricoles au départ. Des flous persistent sur le nombre, la nature et les modalités réelles de ces acquisitions et l’on en sait très peu sur la conformité de ces transactions avec les législations en vigueur et il existe peu d’investigations précises sur les effets réels de ces opérations foncières sur les moyens d’existence des communautés rurales concernées.

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Acquisitions de terres au Bénin : enjeux et impacts

L'accélération des acquisitions massives de terres cultivables dans plusieurs régions du monde est source, tant de préoccupations que de controverses. Pour les uns, il s’agit d’un accaparement des terres agricoles tandis que d’autres y voient de véritables opportunités pour l’agriculture familiale et l’économie des pays touchés. Au Bénin, les premières formes sont apparues dès les années 1960s avec l’appropriation par l’Etat de milliers d’hectares de terres cultivables pour la création de périmètres agricoles dans le Sud du pays. Le phénomène s’est poursuivi avec l’entrée en jeu de nouveaux acteurs majoritairement non agricoles au départ. Des flous persistent sur le nombre, la nature et les modalités réelles de ces acquisitions et l’on en sait très peu sur la conformité de ces transactions avec les législations en vigueur et il existe peu d’investigations précises sur les effets réels de ces opérations foncières sur les moyens d’existence des communautés rurales concernées.

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Rapport Final d’étude

THEME :

LES ACQUISITIONS MASSIVES DE TERRES


AGRICOLES, ENTRE OPPORTUNITES ET MENACES
POUR LA PAYSANNERIE FAMILIALE : ETUDE DE CAS
AU SUD ET CENTRE BENIN

Réalisé par :
Alida O. M. ADJILE

Encadrement Scientifique
Roch L. Mongbo (Directeur Exécutif du CEBEDES-Xudodo)

Appui Intellectuel
Philippe Lavigne Delville (Membre du Comité Technique « Foncier & Développement »)

CEBEDES-XUdODO("Lamer endessous")Assembléeconstitutive1/7/1990;[Link].N°1154/MISAT/DC/DAI/S1du22/8/1991
SiègeSocial:CadjèhounCotonou
REMERCIEMENTS

Plusieurs personnes et institutions ont concouru à la réalisation et à l’évaluation de ce travail.


Nous voudrions saisir cette occasion pour adresser nos sincères remerciements :

au comité technique foncier et développement pour le soutien financier et


l’accompagnement intellectuel ;

au CEBEDES Xudodo pour le soutien financier et l’accompagnement intellectuel ; et

à mes superviseurs Prof Roch MONGBO et Prof Philippe Lavigne Delville pour leur
encadrement et pour tous les enseignements que nous avons reçus de vous.

2
Résumé

L'accélération des acquisitions massives de terres cultivables dans plusieurs régions du monde
est source, tant de préoccupations que de controverses. Pour les uns, il s’agit d’un
accaparement des terres agricoles tandis que d’autres y voient de véritables opportunités pour
l’agriculture familiale et l’économie des pays touchés. Au Bénin, les premières formes sont
apparues dès les années 1960s avec l’appropriation par l’Etat de milliers d’hectares de terres
cultivables pour la création de périmètres agricoles dans le Sud du pays. Le phénomène s’est
poursuivi avec l’entrée en jeu de nouveaux acteurs majoritairement non agricoles au départ.
Des flous persistent sur le nombre, la nature et les modalités réelles de ces acquisitions et
l’on en sait très peu sur la conformité de ces transactions avec les législations en vigueur et il
existe peu d’investigations précises sur les effets réels de ces opérations foncières sur les
moyens d’existence des communautés rurales concernées. La présente étude a été initiée en
vue de contribuer à combler ces lacunes. L’objectif est de réaliser un état des lieux des
acquisitions massives de terres au Bénin, de décrire les conditions et modalités de réalisation,
puis, à travers des études de cas, d’analyser leurs effets sur les exploitations familiales et
l’économie locale. L’état des lieux a été fait à l’aide de documentation et de concertations
avec des personnes ressources. Les études de cas ont porté sur les communes de Savè, Djidja,
Tchaourou et Klouékanmey. Les travaux ont combiné des méthodes qualitatives et
quantitatives avec un cadre conceptuel d’analyse basé sur les moyens d’existence. Les
résultats font état de 69 cas d’acquisitions massives des années 1960s à ce jour, couvrant une
superficie totale de 82 799 ha, les 23% (avec une superficie de 22 267 ha) ayant été
officiellement réalisés par des capitaux étrangers (non béninois). Les acquisitions mettent en
jeu une diversité d’acteurs (acquéreurs, intermédiaires, chefs de collectivités, propriétaires
terriens individuels, quelques parents, élus locaux et services communaux en charge des
affaires domaniales) et les modalités d’acquisition et de mise en valeur varient selon le statut
et les projets de l’acquéreur. Ces acteurs ignorent pour la plupart les dispositions légales en
vigueur au Bénin sur le régime foncier. Par ailleurs pour les huit études de cas effectuées, on
note d’une part que très peu d’emplois locaux ont été générés et que les processus
d’acquisition et de mise en valeur affectent différemment les moyens d’existence des ménages
de propriétaire terriens cédants, ceux de ménages d’ouvriers employés par les acquéreurs et
ceux de ménages d’exploitations agricoles situées dans le voisinage des acquéreurs.

Mots clés : Acquisition massive de terre, Stratégie des acteurs fonciers, Effets sur les moyens
d’existence des exploitations familiales.

3
Abstract

The acceleration of massive purchases of farmland in several regions of the world is a source
of concern for development agencies, researchers, and civil society. It is a phenomenon that
raises many controversies. Some consider it as a hold-up of agricultural land while others find
in it real opportunities for family agriculture and the national economy. In fact, for many
authors the phenomenon of farmland acquisition is not a new one. In Benin, it first happened
in the 1960s when the government had taken thousands of hectares of arable land in the
South-Benin for the setting of farm cooperatives. More recently, over 220.000 hectares of
agricultural land were reported to have been transferred by sale and ; or lease in the 2000s in
Benin. In fact, data on the mater remain fuzzy on the number, nature and terms of the actual
land acquisitions and there is little detailed investigation on whether these transactions are
done in compliance with the land laws in force. In addition, there is little knowledge about the
actual effects of these land transactions on the livelihoods of the affected rural communities.
This study was initiated to address these gaps through inventory of massive land acquisitions
in Benin, the analysis of the conditions and modalities of land development and the analysis
of their effects on family farms and the local economy. Desk review was conducted for the
inventory of cases of large land acquisitions. Then nield investigations were conducted in the
districts of Savè, Djidja Tchaourou and Klouékanmey where 8 cases of agricultural land
transaction were studied in details. The field work combined qualitative and quantitative
methods, with a conceptual analysis based on the livelihoods framework.
The inventory resulted in the identification of 69 cases of massive acquisitions covering a
total area of 82 799 ha. 16 cases or 23% were officially made by foreign funds (not Beninese)
for a total area of 22 267 ha. The transactions mostly involve a wide range of actors such as
community leaders, purchasers, individual landowners, intermediaries and local communities.
These actors play different roles in the process, with benefits that fit into various registers,
ignoring most of the legal provisions of the Law 2007-03 of 16 October 2007 on rural land
regime in the Republic of Benin. The types of land development vary depending on the status
and plans of the purchasers. of all cases. The case studies reveal that very few local jobs were
generated in these projects, while they affect the livelihoods of all categories of rural
households (land sellers, their neighbors, native youth potential labourers, rural immigrants,
etc.) None of them win significant benefits from the transactions, while little benefit is
recorded for the local economy.

Keys words: Land acquisition, land legislation, Farm land development, Family
farms and livelihoods 4
Liste des sigles

CA : Chef d’Arrondissement
CA : Conseil d’Administration
CAR : Coopérative d’Aménagement Rural
CARON : Coopérative d’Aménagement Rural de Ouidah Nord
CEBEDES : Centre Béninois de l’Environnement et Développement Economique et Social
CeCPA : Centre Communal de Promotion Agricole
DESAC : Département d’Economie Socio-Anthropologie et Communication
DFID : Department For International Development
FAO : Food and Agriculture Organisation
FNPEEJ : Fond National de Promotion de l’entreprise et de l’’Emploi des Jeunes
FSA : Faculté des Sciences Agronomiques
GRAIN : Genetic Resources Action International
IAMD : Institut Africain d’Application des Méthodes de Développement
IFPRI : International Food and Policy Research Institute
INSAE : Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique
LARES : Laboratoire d’Analyse Sociale et d’Expertise Sociale
MAEP : Ministère de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche
ONG : Organisation Non Gouvernemental
PAGEFCOM : Projet D'appui à la Gestion des Forêts Communales
PAPEJ : Projet d’appui à la Promotion et l’Emploi des Jeunes
PDC : Plan de Développement Communal
PNOPPA : Plate Forme Nationale des Organisation de Producteurs et Professionnelles
Agricoles
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
RUP : Responsable d’Unité Production
SOBEPALH : Société Béninoise de Palmier à huile
SONADER : Société Nationale pour le Développement Rural
SONICOG : Société Nationale pour l’industrie des Corps Gras
SYNPA : Synergie Paysanne
URCAR : Union Communal des Coopératives d’Aménagement Rural
ZOCA : Zone de Cultures Annuelles

5
Table des matières

REMERCIEMENTS .................................................................................................................. 2
Résumé ....................................................................................................................................... 3
Abstract ...................................................................................................................................... 4
Liste des sigles ........................................................................................................................... 5
Liste des tableaux ..................................................................................................................... 10
Liste des graphes ...................................................................................................................... 11
Introduction .............................................................................................................................. 13
Chapitre 1 : Problématique, objectifs, méthodologie et cadre d’analyse de la recherche ........ 15
1.1. Problématique ................................................................................................................ 15
1.2. Objectifs de l’étude ........................................................................................................ 16
1.3. Finalité de la recherche .............................................................................................. 17
1.4. Hypothèses de recherche ........................................................................................... 17
1.5. La méthodologie de recherche ................................................................................... 18
1.5.1. La recherche documentaire ................................................................................ 18
1.5.2. La phase exploratoire ......................................................................................... 19
1.5.3. Le cadre théorique et analytique de la recherche ............................................... 19
[Link]. Le cadre analytique des modalités d’acquisition et d’investissement dans
les terres agricoles ......................................................................................................... 19
[Link]. Le cadre analytique des normes et pratiques des transactions foncières .... 20
[Link]. Le cadre analytique des effets des transactions sur les exploitations
familiales et l’économie locale ...................................................................................... 21
1.5.4. La pré-identification des cas et l’étude approfondie .......................................... 24
1.5.5. Le traitement, l’analyse et la rédaction du mémoire .......................................... 25
1.5.6. Difficultés rencontrées et Limites ...................................................................... 25
Chapitre 2 : Aperçu général des acquisitions massives de terres agricoles au Bénin .............. 26
2.1. Les acquisitions massives antérieures aux récentes crises financières et alimentaires
mondiales .............................................................................................................................. 26
2.1.1. Les périmètres d’aménagement rural au Sud-Benin ............................................... 26
2.1.2. Les fermes et autres formes d’accumulation foncière dans le département de
l’atlantique au Sud Benin .................................................................................................. 30
2.2. Tendance des récentes acquisitions massives ................................................................ 33
2.2.1. Cartographie des cas d’acquisitions massives ........................................................ 33
2.2.2. Typologie des cas d’acquisitions massives inventoriés .......................................... 37

6
Chapitre 3 : Le contexte géographique des acquisitions massives de terres agricoles au Bénin
.................................................................................................................................................. 43
3.1. Présentation des communes d’étude .............................................................................. 44
3.1.1. Commune de Tchaourou ......................................................................................... 44
[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques ................................................ 44
[Link]. Profils des exploitations agricoles .................................................................... 45
3.1.2. Commune de Savè .................................................................................................. 46
[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques ................................................ 46
[Link]. Profils des exploitations agricoles .................................................................... 47
3.1.3. Commune de Djidja ................................................................................................ 48
[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques ................................................ 48
[Link]. Profil des exploitations agricoles ..................................................................... 49
3.1.4. Commune de Klouékanmey .................................................................................... 50
[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques ................................................ 50
[Link]. Profil des exploitations agricoles ..................................................................... 51
Chapitre 4 : Modalités d’investissements de capitaux non locaux dans des terres agricoles ... 54
4.1. Présentation sommaire des cas d’acquisitions massives de terres agricoles étudiés ..... 54
4.2. Analyse croisée des modalités d’investissement des huit cas étudiés. .......................... 55
4.2.1. Analyse croisée des processus d’acquisition de la terre ......................................... 55
4.2.2. Analyse croisée des modalités de mises en valeur des terres acquises ................... 62
Chapitre 5 : Les utilisations des dispositions légales en vigueur par les acteurs privés et
publics impliqués dans les processus d’acquisition massive de terres agricoles ..................... 67
5.1. Cartographie des acteurs ................................................................................................ 67
5.2. Utilisations des dispositions en vigueur par les acteurs ................................................ 71
Chapitre 6 : les effets des acquisitions massives ...................................................................... 75
6.1. Effets sur la durée de la soudure alimentaire et la couverture des besoins du ménage . 75
6.2. Effets sur les autres capitaux des moyens d’existences ................................................. 81
6.2.1. Effets sur les sources de revenus ........................................................................... 82
6.2.2. Effets sur le capital financier .................................................................................. 86
6.2.3. Effet sur le capital physique et capital foncier ........................................................ 88
Conclusion ................................................................................................................................ 94
Références Bibliographiques.................................................................................................... 96
Annexe 1 : Les dispositions en vigueur tirées de la loi 2007-03............................................ 101

7
Annexe 2 : Le cas l’acquisition N°1...................................................................................... 103
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 103
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 104
Activités du complexe agricole installé sur le domaine de l’acquisition N°1 ............. 109
Organisation et gestion des ressources humaines ....................................................... 109
Gestion financière ....................................................................................................... 113
Annexe 3 : Le cas l’acquisition N°2....................................................................................... 117
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 117
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 118
Activités de la ferme installée par l’acquéreur N°2 .................................................... 121
Organisation et gestion des ressources humaines de la ferme installée par l’acquéreur
N°2 .............................................................................................................................. 121
Gestion financière de la ferme installée par l’acquéreur N°2 ..................................... 124
Annexe 4 : Le cas de l’acquisition N°3 .................................................................................. 127
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 127
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 127
Annexe 5 : Le cas de l’acquisition N°4 .................................................................................. 130
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 130
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 130
Activités de la ferme du Sieur H ................................................................................. 134
Organisation et gestion des ressources humaines ....................................................... 134
Gestion financière ....................................................................................................... 137
Annexe 6 : Le cas de l’acquisition N°5 .................................................................................. 139
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 139
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 140
Activités de la ferme de la Confession religieuse ....................................................... 142
Organisation et gestion des ressources humaines ....................................................... 142
Gestion financière ....................................................................................................... 144
Annexe 7 : Le cas de l’acquisition N°6 .................................................................................. 145
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 145
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 145
Activités de la ferme installée par l’acquéreur N°6 .................................................... 149
Organisation et gestion des ressources humaines ....................................................... 149
Gestion financière ....................................................................................................... 151

8
Annexe 8 : Le cas de l’acquisition N°7 .................................................................................. 152
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 152
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 152
Activités de la ferme du Sieur A ................................................................................. 155
Organisation et gestion des ressources humaines ....................................................... 155
Gestion financière ....................................................................................................... 158
Annexe 9 : Le cas de l’acquisition N°8 .................................................................................. 159
Genèse et modalités d’investissements ....................................................................... 159
Processus d’acquisition de la terre .............................................................................. 159
Activités de la ferme du Sieur O ................................................................................. 164
La ferme pratique comme activité la production végétale, l’élevage et les prestations
diverses : ...................................................................................................................... 164
Organisation et gestion des ressources humaines ....................................................... 164
Gestion financière ....................................................................................................... 166

9
Liste des tableaux

Tableau 1 : Cadre méthodologique de collecte de données sur les effets des cessions massives
de terres .................................................................................................................................... 23
Tableau 2 : Synthèses des capitaux du livelihood mesurés dans le cadre de cette recherche . 24
Tableau 3 : Les effectifs de RUP enquêtés selon les types d’exploitations agricoles ............. 25
Tableau 4 : Les complexes agro-industrielles du Sud-Bénin .................................................. 28
Tableau 5 : Synopsis des fermes privées agricoles par commune dans le département de
l'Atlantique ............................................................................................................................... 32
Tableau 6 : Synopsis des récentes acquisitions massives opérées au Bénin ........................... 34
Tableau 7 : Synthèse comparative des 4 communes d'étude ................................................... 52
Tableau 8 : Récapitulatif des cas d'acquisitions massives de terres agricoles étudiés ............ 55
Tableau 9 : Récapitulatif des modalités de mise en valeur des terres par les acquéreurs ....... 64
Tableau 10 : Niveau de connaissance des différents acteurs sur quelques dispositions de la loi
2007-03 portants régimes fonciers ruraux en République du Bénin ........................................ 72
Tableau 11 : Evolution des capitaux fonciers des RUP de ménages de propriétaires terriens
cédants ...................................................................................................................................... 89
Tableau 12 : Evolution des capitaux fonciers des ménages de même génération que les
propriétaires terriens cédants .................................................................................................... 90
Tableau 13 : Evolution des capitaux fonciers des RUP des ménages d'ouvriers .................... 92
Tableau 14 : Evolution des capitaux fonciers des RUP des ménages des exploitations
environnantes ........................................................................................................................... 93

10
Liste des graphes

Graphe 1 : Répartition des % de superficies et de cas d'acquisitions massives opérées par des
capitaux étrangers et béninois .................................................................................................. 37
Graphe 2 : Répartition des % de superficies et des % de cas selon chaque type d'acquisition38
Graphe 3 : Répartition des propriétaires terriens cédants selon le taux moyen de couverture
des besoins non alimentaires .................................................................................................... 76
Graphe 4 : Répartition des propriétaires terriens cédants selon la durée de la soudure
alimentaire ................................................................................................................................ 76
Graphe 5 : Répartition des propriétaires terriens de même génération que les propriétaires
terriens cédants selon la durée de la soudure alimentaire ........................................................ 77
Graphe 6 : Répartition des propriétaires terriens de même génération que les propriétaires
terriens cédants selon le taux moyen de couverture des besoins non alimentaire.................... 77
Graphe 7 : Répartition des ménages d'ouvriers selon la durée de la période de soudure........ 79
Graphe 8 : Répartition des ménages d'ouvriers selon le taux moyen de couverture des besoins
non alimentaires ....................................................................................................................... 79
Graphe 9 : Répartition des exploitations environnantes selon la durée de la période de
soudure ..................................................................................................................................... 80
Graphe 10 : Répartition des ménages des exploitations environnantes selon la couverture des
besoins non alimentaires .......................................................................................................... 80
Graphe 11 : Contribution des activités aux sources de revenu des RUP des ménages
propriétaires terriens cédants .................................................................................................... 82
Graphe 12 : Contribution des activités aux sources de revenus des RUP de ménages de même
génération que les propriétaires terriens cédants...................................................................... 83
Graphe 13 : Contribution moyenne des activités aux sources de revenus des ménages
d'ouvriers .................................................................................................................................. 84
Graphe 14 : Contribution moyenne des activités aux sources de revenus des RUP de ménages
des exploitations environnantes ............................................................................................... 84
Graphe 15 : Répartition des RUP des différents types de ménages selon le niveau actuel de
capital financier ........................................................................................................................ 86
Graphe 16 : Répartition des RUP des ménages de propriétaires terriens cédants selon le
niveau actuel de capital physique ............................................................................................. 88

11
Graphe 17 : Répartition des RUP des ménages de même génération que les propriétaires
terriens cédants selon le niveau actuel de capital physique ..................................................... 90
Graphe 18 : Répartition des RUP des ménages d'ouvriers selon le niveau actuel de capital
physique ................................................................................................................................... 91
Graphe 19 : Répartition des RUP des ménages des exploitations environnantes selon le
niveau actuel de capital physique ............................................................................................. 92

12
Introduction

Les acquisitions à grande échelle de terres agricoles par des personnes physiques et/ou
morales, constituent une tradition très ancienne dans l’histoire de la plupart des pays de
l’Afrique de l’Ouest. Au fil des années, ce phénomène a connu nombre de mutations avec une
tendance de plus en plus accrue à la marchandisation des terres dans les localités où la
disponibilité foncière s’est considérablement réduite. Mais depuis 2008, les opérations
d’acquisitions massives de terres agricoles font l’objet d’une attention particulière suite entre
autres à la forte médiatisation du scandale malgache sur les contrats de Daewoo et Varun
International et à la crise énergétique, économique et alimentaire qui n’a guère épargné les
pays du Nord.

Selon Chouquer (2012), pendant que, d’une part, les cours mondiaux des produits agricoles
connaissaient une hausse régulière mettant en cause la sécurité alimentaire des pays qui n’ont
pas assez de terres agricoles pour subvenir à leurs propres besoins alimentaires du fait de la
crise de 2008, on assistait d’autre part, à une hausse vertigineuse des rendements financiers
tirés des investissements fonciers. Désormais dans nombre de pays en développement, les
opérations de cession à grande échelle de terres agricoles étaient devenues une réalité de plus
en plus fréquente, couvrant de vastes étendues de superficies et se réalisant le plus souvent
dit-on dans des circonstances assez floues.
Près de 20 millions d’hectares auraient ainsi changé de mains entre 2005 et 2009 dans le cadre
de ces acquisitions massives (Delcourt 2011). En Afrique, selon un rapport de la FAO en
2009 au moins 2,5 millions d’hectares de terre ont été achetés par des Etats étrangers, des
multinationales ou des fonds de pension (Djabali, 2009). Entre 2004 et 2009, environ deux
millions d’hectares de terre ont fait l’objet d’accords avec des investisseurs étrangers dans
cinq pays africains (Cotula et al, 2009). Selon Synergie Paysanne (2010), une organisation
de syndicat paysan béninois, plus de 228.987 hectares seraient déjà cédés, par vente et/ou
location au cours des années 2000 au Bénin, un pays de l’Afrique de l’ouest.

En conséquence, à l’échelle nationale comme internationale, les récentes acquisitions


massives de terres agricoles opérées suscitent de nombreuses polémiques. Selon certains
acteurs notamment les organisations paysannes et organisations non gouvernementales, ce
phénomène en pleine expansion au Bénin est une menace pour la classe paysanne qui
constitue une part importante de la population. D’un autre coté, dans le souci de faire du
Bénin une puissance agricole et de contribuer au développement, les investisseurs privés et

13
certains membres du gouvernement pensent que les terres devraient être plutôt libérées de leur
encastrement traditionnel et cédées aux acteurs économiquement actifs susceptibles d’en faire
une meilleure valorisation.

Cependant malgré la forte médiation de cette problématique au Bénin, il demeure encore


difficile d’effectuer un état des lieux exact du nombre et de l’ampleur desdites acquisitions
massives effectivement conclues dans le pays. De même très peu d’études abordent le sujet
afin d’en apprécier les effets éventuels pour mieux structurer le débat entre les différents
acteurs.

Cette étude apporte une contribution dans ce sens. Elle examine les conditions et modalités de
réalisation de huit1 (8) cas d’acquisitions massives de terres agricoles, les instruments et
rhétoriques de gestion foncière utilisés par les acteurs impliqués et analyse enfin les effets de
ces acquisitions sur les exploitations familiales et l’économie locale.

En dehors de l’introduction et de la conclusion, le rapport est structuré en six grands chapitres


que sont :

- le chapitre 1 qui présente la problématique, les objectifs, les hypothèses de recherche


et le cadre méthodologique de la recherche ;
- le chapitre 2 présente une revue de littérature sur les acquisitions massives de terres
agricoles. Il débouche sur un état des lieux de la situation des acquisitions massives de
terres agricoles au Bénin puis s’achève par une cartographie des divers cas
d’acquisitions massives de terres répertoriés dans le cadre de l’étude ;
- le chapitre 3 fait une présentation succincte des différentes localités (communes) dans
lesquelles les études de cas ont été effectuées ;
- le chapitre 4 présente sur la base des études de cas, les différentes modalités
d’investissement des capitaux non locaux dans les terres agricoles ;
- le chapitre 5 analyse les utilisations que les acteurs privés et publics impliqués dans les
cas d’acquisitions massives font des dispositions en vigueur ;
- le chapitre 6 analyse les effets des 7 cas d’acquisitions massives de terres agricoles
étudiés sur les capitaux des moyens d’existences de quatre types d’exploitations
agricoles.

1
Au moment de la conception de l’étude, il était prévu la réalisation de 4 cas d’études approfondies. Mais
compte tenu de la diversité des cas rencontrés au cours de la phase exploratoire, 8 cas ont été finalement étudiés.

14
Chapitre 1 : Problématique, objectifs, méthodologie et cadre d’analyse de la
recherche

Ce chapitre présente dans une première partie la problématique, les objectifs et hypothèses de
recherches puis enfin la finalité de la recherche. Il décrit dans une seconde partie la
méthodologie.

1.1. Problématique
L'accélération des acquisitions massives de terres cultivables avec des capitaux étrangers dans
plusieurs régions du monde est source de préoccupations pour certaines institutions de
développement, chercheurs, et organisations de la société civile. Généralement qualifiée sous
le vocable d’accaparement des terres2, il s’agit d’un phénomène qui se caractérise par
l’acquisition à grandes échelles de terre agricole par achat et/ou par location3.
Selon l’International Food and Policy Research Institute (IFPRI, 2009) un total de 15 à 20
millions d’hectares aurait été cédé en l’espace de quelques années. D’après la Banque
Mondiale 45 millions d’hectares auraient fait objet de transaction depuis 2007-2008, et 227
millions d’hectares depuis 2000 selon Oxfam (2011).

Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation
évoquait lui un total de 30 millions d’’hectare. En Afrique selon la FAO, au moins 2,5
millions d’hectares de terres ont été achetés par des capitaux étrangers soit l’équivalent du
territoire de la Belgique (Mongbo, 2010 ; Rambinintsaotra, 2010).

En réalité, pour de nombreux auteurs l’acquisition de terre agricole est un phénomène


historiquement ancien. Les nouveautés par rapport aux décennies passées résident dans
l’étendu domaines acquis, l’accélération du phénomène et l’arrivée de nouveaux acteurs qui
prennent le contrôle de grandes surfaces de terres fertiles destinées à la production agricole, et
ce, sans aucun contrôle ni garantie pour les populations (Rambinintsaotra, 2010).

Au Bénin, ses premières formes (les coopératives d’aménagement rurales des années 1960s-
70s qui ont conduit à la plantation des plusieurs milliers d’hectares de palmiers à huile dans le

2
Genetic Resources Action International (GRAIN), une ONG internationale, a qualifié ce procédé d’«
accaparement des terres » pour la première fois en 2008, créant ainsi un nouveau concept.
3
Ces acquisitions sont faites par des pays en pleine expansion économique tels que la Chine et l’Inde et quelque
1000 fonds d’investissements et fonds spéculatifs occidentaux (par ex. Passport Capital des Etats-Unis ou
PF(LUX)-Agriculture Fund de Pictet en Suisse), ainsi que des banques (par Goldman Sachs), achètent ou louent
des terres agricoles dans des pays pauvres.

15
Sud du pays) ont combiné l’usage de la force à une armada d’instruments politiques,
législatifs et économiques. Dans ses formes récentes (depuis les années 90), elles utilisent
dans la très grande majorité des cas, des moyens politiques et économiques, là où les droits
des habitants sur leurs ressources font l’objet d’une faible protection. Selon une organisation
de la société civile, plus de 228 987 hectares de terres seraient déjà cédés par vente et/ou
location au cours des années 2000 (SYNPA 2010). Ce phénomène suscite ainsi de
nombreuses controverses. Pour les uns, il s’agit de hold-up des terres agricoles tandis que
d’autres y voient de véritables opportunités pour l’agriculture familiale et l’économie
nationale.

En dépit des travaux de recherche effectués sur le sujet, des flous persistent sur la nature,
l’ampleur et le nombre des acquisitions massives effectivement conclues au Bénin. De plus,
on dispose de peu d’informations sur les modalités réelles et encore moins sur les effets réels
(négatifs ou positifs) de ces opérations foncières sur les moyens d’existence des communautés
rurales concernés. Cette recherche envisage contribuer à combler cette lacune, en investiguant
de près huit cas sélectionnés d’acquisitions massives opérées dans quatre communes du
Bénin. La recherche documente aussi bien les modalités que les effets dans la durée de ces
acquisitions sur les exploitations familiales des régions concernées.
Par ailleurs, la loi 2007-03 du 16 octobre 2007, portant régime foncier rural au Bénin est
sensée apporter une solution au phénomène de ventes massives de terres agricoles dans
certains de ses articles. Pour les cas d’acquisitions récentes qui seront recensés dans cette
étude, nous documenterons : (1) les lectures opérationnelles que font de la loi les acteurs
locaux de la gestion foncière (2) les hybridations de pratiques de gestion dans le contexte
actuel de fortes pressions commerciales sur les terres.

1.2. Objectifs de l’étude

Cette recherche vise à documenter les pratiques de gestion foncière à l’œuvre autour des
acquisitions massives de terres agricoles au Bénin et leurs effets sur l’économie locale.

16
De façon spécifique et sur huit (8) cas judicieusement sélectionnés, elle cherche à :

OS1 : Décrire les modalités d’investissements de capitaux non locaux dans des terres agricoles.

OS2 : Analyser les utilisations que font les acteurs privés et publics des dispositions4 de la loi
2007-03 du 16 octobre 2007 portant régime foncier rural au Bénin.
OS3 : Analyser les effets des acquisitions massives de terres agricoles sur les exploitations
familiales et l’économie locale.

1.3. Finalité de la recherche

La finalité de cette recherche est d’injecter des éléments empiriques dans l’actualité foncière
en Afrique en général et au Bénin en particulier. De manière spécifique, les résultats des cas
d’acquisitions massives documentées dans cette recherche sont une contribution à la
structuration des débats publics de proximité sur la question foncière au niveau des localités
concernées.

1.4. Hypothèses de recherche

Au total, quatre hypothèses ont été formulées dans le cadre de cette recherche en relation avec
les objectifs :

Objectifs spécifiques Hypothèses


Décrire les modalités H1 : Les modalités d’acquisitions et de mise en valeur
d’investissements de capitaux non des terres varient en fonction du statut social et
locaux dans des terres agricoles. des projets de l’acquéreur.

Analyser les utilisations que font les H2 : La plupart des acteurs impliqués dans les
acteurs privés et publics des processus d’acquisitions massives de terres
dispositions5 de la loi 2007-03 du agricoles ont une faible connaissance des
16 octobre 2007 portant régime dispositions6 de la loi 2007-03 du 16 octobre 2007
foncier rural au Bénin. portant régime foncier rural au Bénin.
Analyser les effets des acquisitions H3 : Les acquisitions massives de terres fragilisent les
massives de terres agricoles sur les moyens d’existence des exploitations agricoles et
exploitations familiales et sont peu profitables aux économies locales.
l’économie locale.

4
Les dispositions de la loi concernent les articles relatifs à la gestion foncière (articles 7 et 8), à l’acquisition de
terres agricoles (article 68) et à la mis en valeur des terres acquises (articles 11, 69, 73, 74, et 76)
5
Les dispositions de la loi concernent les articles relatifs à la gestion foncière (articles 7 et 8), à l’acquisition de
terres agricoles (article 68) et à la mis en valeur des terres acquises (articles 11, 69, 73, 74, et 76)
6
Les dispositions de la loi concernent les articles relatifs à la gestion foncière (articles 7 et 8), à l’acquisition de
terres agricoles (article 68) et à la mis en valeur des terres acquises (articles 11, 69, 73, 74, et 76)

17
1.5. La méthodologie de recherche

Cette méthodologie se structure en six étapes et inclue le cadre théorique et analytique utilisé
pour chaque hypothèse de recherche :

- la recherche documentaire ;
- la phase exploratoire ;
- l’élaboration du cadre théorique et analytique de la recherche ;
- la pré-identification des cas d’acquisition à étudier ;
- la phase d’étude approfondie ;
- le traitement, l’analyse et la rédaction du rapport.

1.5.1. La recherche documentaire

La recherche documentaire a été effectuée tout au long de l’étude. Elle a consisté en la


consultation de documents écrits (rapports de recherche, fiches de synthèses, etc. à partir de
résultats de recherches) et non écrits (documentaires audio-visuels, conférences
d’organisations de défenses des droits de producteurs, etc.). Elle a permis entre autre de faire
très tôt une clarification conceptuelle sur l’objet de la recherche, de faire un état des lieux des
acquisitions massives de terres agricoles au Bénin et d’affiner les méthodes et outils de
collecte et d’analyse des données.

Ainsi compte tenu de perspectives conceptuelles, la formule d’ « acquisitions massives de


terres cultivables ou agricoles » a été retenue dans le cadre de cette recherche pour qualifier
le phénomène foncier étudié. Ce terme a été en effet déjà retenu par, plusieurs auteurs dont
Djiré et al (2011), qui définissent l’expression «acquisition foncière de grande envergure» par
« l’acquisition de droits de toute nature (non seulement les droits de propriété, mais aussi les
droits d’usage et d’exploitation), sur une superficie relativement grande et susceptible
d’affecter durablement l’accès à la terre des populations locales ».

Aussi dans le contexte béninois, le caractère massif attribué à une acquisition foncière varie
selon les régions du fait de la densité de la population. En effet la taille de superficie au-delà
de laquelle une acquisition peut être considérée comme massive au Sud du Bénin passerait
pour très modeste ou à peine au dessus de la taille moyenne des exploitations agricoles
familiales au Centre et au Nord-Bénin. Pour ce fait, dans le cadre de cette étude nous avons
retenu que toute acquisition supérieure au double des plus grandes superficies détenues par les

18
exploitations agricoles familiales d’une localité peut être considérée comme acquisition
massive.

1.5.2. La phase exploratoire

Au-delà de la recherche documentaire, deux ateliers ont été organisés avec des acteurs locaux
impliqués dans les questions foncières au Bénin. Ces ateliers ont été suivis d’entretiens semi-
structurés avec divers autres acteurs puis de visites de sites pour la collecte d’informations
complémentaires.
Les ateliers ont été organisés d’une part à Cotonou (au Sud-Bénin) et d’autre part à
Tchaourou (au Nord-Bénin). Ils ont connu la participation de certaines institutions tels que la
Plate Forme Nationale des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles du Bénin
(PNOPPA Bénin), la SNV-Bénin (Organisation Néérlandaise de Développement) et la
Synergie Paysanne, laquelle fut en 2010 l’une des premières organisations à avoir alerté
l’opinion publique béninoise sur la problématique des acquisitions massives de terres
agricoles en cours dans le pays.

Aussi des séances de travail ont été organisées au niveau des communes avec les autorités
communales, les agents de services publics et privés, les leaders ruraux et les producteurs
impliqués dans la gestion foncière communale. Ces différentes rencontres associées à la
littérature ont essentiellement permis de produire une liste de cas d’acquisitions massives de
terres agricoles produites au Bénin.

Enfin, des visites de sites de cas d’acquisitions ont été effectuées pour collecter les premières
informations sur les cas identifiés et compléter la liste de cas disponibles.

1.5.3. Le cadre théorique et analytique de la recherche

Ce cadre présente pour chaque objectif et hypothèse d’étude, la base théorique qui a structuré
le cadre méthodologique adopté et les différents types de données collectées.

[Link]. Le cadre analytique des modalités d’acquisition et d’investissement dans les

terres agricoles

Nous partons de l’hypothèse générale selon laquelle les transactions foncières en Afrique sub-
saharienne ne constituent pas de simples transactions marchandes au sens néo-libéral du
terme. Elles sont socialement enchâssées (Colin et Ayouz, 2010), au point que les termes des

19
transactions dépendent de la nature des relations sociales que les parties prenantes engagent
les unes avec les autres.

Hypothèse H1 : Les modalités d’acquisitions et de mise en valeur des terres varient en


fonction du statut et des projets de l’acquéreur

Cette hypothèse vise à fournir des éléments descriptifs sur les conditions dans lesquelles se
réalisent les acquisitions et les utilisations qui en sont faites. Les données collectées sont de
deux types :

- les modalités et conditions de réalisation de l’acquisition : on s’intéresse à toutes les


données qui permettront de retracer le processus d’acquisition de chacun des cas
étudiés. Une attention particulière est accordée aux relations sociales existantes et
construites entre les différents acteurs impliqués dans le processus d’acquisition de
terre.

- les modalités de mise en valeur du domaine acquis (ferme agricole) : les données
collectées concernent entre autres le profil historique, les activités de la ferme, les
options technologiques choisies, la main d’œuvre employées, l’organisation mise en
place, etc.

Au regard des différentes données collectées pour chacun des 8 cas d’acquisitions massives
étudiés, les variabilités existantes autour des modalités d’acquisition et de mise en valeur ont
été décrites puis analysées.

[Link]. Le cadre analytique des normes et pratiques des transactions foncières

La gestion foncière en Afrique au Sud du Sahara est connue pour être un domaine de
dualisme juridique et de pluralité de normes (Le Roy, 1987; Ensminger, 1997). La
mobilisation que font les parties prenantes des institutions foncières s’inscrit dans leur
stratégie de défense de leurs intérêts (Goheen, 1992).

Hypothèse H2 : La plupart des acteurs impliqués dans les processus d’acquisitions


massives de terres agricoles ont une faible connaissance des dispositions7 de la loi 2007-03
du 16 octobre 2007 portant régime foncier rural au Bénin

7
Les dispositions de la loi concernent les articles relatifs à la gestion foncière (articles 7 et 8), à l’acquisition de
terres agricoles (article 68) et à la mis en valeur des terres acquises (articles 11, 69, 73, 74, et 76)

20
L’étude s’est intéressée ici au niveau de connaissance et aux modalités d’application de
certains articles de la loi 2007-03 portant Foncier Rural au Bénin par les différents acteurs
impliqués dans chaque processus d’acquisition étudié. Les articles sont relatifs aux
dispositions prévues par la loi en matière de gestion foncière, (Articles 7 et 8) d’acquisition
de terres agricoles (Article 68) et de leur mise en valeur (Articles 11, 69, 73, 74, et 76)8.
L’hypothèse H2 a été ainsi testée à partir des informations issues de la description du
processus d’acquisition et des données issues d’entretiens effectués avec les acteurs qui ont
été impliqués dans le processus. Il a été donc retenu qu’un acteur enquêté a une connaissance
de chaque catégorie de disposition (en matière de gestion foncière, d’acquisition de terres
agricoles et de mise en valeur de la terre acquise) si ce dernier connait au moins le contenu
d’au moins un des articles retenus ou de tout autres articles en lien avec chaque disposition.

[Link]. Le cadre analytique des effets des transactions sur les exploitations familiales et

l’économie locale

Le « livelihood » ou moyens d’existence des ménages, est un concept alternatif à celui de «


système de production » utilisé comme paradigme de conceptualisation des modes de
production et de vie des ménages et groupes sociaux. Les moyens d’existence englobent les
capacités, les atouts (y compris les ressources matérielles et sociales) et les activités
nécessaires pour assurer leurs besoins de base et pour atteindre leur bien-être (DFID, 1997).
D’après les travaux du DFID (1997), les cinq formes de capitaux nécessaires aux moyens
d'existence durables sont :

• le capital naturel : ressources naturelles comme la terre, les forêts, l'eau et les
pâturages ;
• le capital physique : biens privés pouvant servir à accroître la productivité de la
main-d’œuvre et de la terre (animaux de ferme, outils et machines) et infrastructures
etc. ;
• le capital financier : liquidités (revenus et épargne) et biens de trésorerie aisément
convertibles ;
• le capital humain : santé, nutrition, niveau d'instruction et savoir-faire ; et
• le capital social : le réseau de relations sur lesquelles les gens peuvent compter pour
élargir leurs possibilités de revenus. Il s’agit par exemple des liens de parenté,
d'amitié, les relations patron-client, les arrangements de réciprocité, l'appartenance à
8
Les textes des articles ainsi cités sont en annexe de ce mémoire.

21
des groupes formels et à des organisations qui accordent des prêts, des dons et
d'autres formes d'assurance.

Les ressources foncières détenues par les exploitations agricoles constituent un capital majeur
et selon plusieurs auteurs, le niveau de sécurisation de l’accès au foncier influence les moyens
d’existence des exploitations familiales (Mongbo et Adjilé, 2011).

Hypothèse H3 : Les acquisitions massives de terres fragilisent les moyens d’existence des
exploitations agricoles

Les effets des acquisitions massives de terres agricoles sur les exploitations agricoles et
l’économie locale ont été étudiés à l’aide du cadre d’analyse du livelihood et de la méthode
d’évaluation d’impact.

A ce titre quatre catégories d’exploitations agricoles ont été enquêtées :

o les exploitations agricoles des propriétaires terriens (cédants) lui-même et/ou


de sa descendance sur deux générations (Exp-v). On s’intéresse à la situation
des capitaux nécessaires aux moyens d’existence avant et après la cession de
terre pour le cas étudié ;

o les exploitations travaillant sur le domaine acquis comme main d’œuvre (Exp-
mo) si le cas étudié a fait objet de mise en valeur. Nous nous intéressons à la
situation des capitaux nécessaires aux moyens d’existence avant et après
l’obtention de l’emploi sur la ferme agricole ;

o les exploitations agricoles de la même génération que le propriétaire terrien


cédant (Exp-i). Il s’agit des exploitations agricoles de propriétaires terriens qui
n’auraient pas cédé de terre et qui sont de même génération que les autres
propriétaires terriens concernés par les cas d’acquisition de terre étudiés. Ce
type de ménage apparait comme un ménage qui n’a pas été soumis aux
opérations de cession de terres. L’état de leurs capitaux nécessaires aux
moyens d’existence a été donc évalué avant et après la période de cession de
terre par les autres propriétaires terriens (Exp-v) concernés par les cas étudiés ;
et

22
o les exploitations agricoles n’entretenant aucun contact direct avec l’entreprise
(Exp-sc) : il s’agit des exploitations agricoles situées dans le même
environnement géographique que le domaine acquis. L’état des capitaux
nécessaires aux moyens d’existence a été évalué avant et après La réalisation
du cas d’acquisition de terre étudié.

Tableau 1 : Cadre méthodologique de collecte de données sur les effets des cessions
massives de terres
Avant Après
Avec Exp-v Exp-v
Exp-i Exp-i
Exp-mo Exp-mo
Sans Exp-sc Exp-sc
Source : L’auteur

En somme, pour chaque type d’exploitation, l’état des capitaux nécessaires aux moyens
d’existences (livelihood) est évalué avant et après la cession massive de terres. Les données
ont été collectées au niveau ménages9 et au niveau des Responsables d’Unités de
Productions10 membres de ces exploitations familiales.

Par ailleurs dans le cadre de cette étude, seulement 4 types de capitaux ont été mesurés et
opérationnalisés tels que résumés dans le tableau ci-dessous.

Outre les effets des acquisitions sur les exploitations agricoles, les effets sur l’économie locale
ont été appréciés à travers la valeur des taxes et redevances fiscales versées à la mairie, le
nombre d’emplois locaux créés puis les prestations, les infrastructures routières et autres
aménagements communautaires mis en place par l’acquéreur.

9
Selon Danne et al (1992) Le ménage s’organise autour d’un chef de ménage socialement reconnu et englobe
tous ses dépendants permanents (souvent des parents) et temporaires (saisonniers venus travailler durant la
campagne et résidant sur place) ainsi que les migrants envoyés ailleurs pour travailler ou se former mais qui
gardent des relations sociales et économiques avec le ménage (dépendent de lui, lui apportant des ressources).
10
Selon Floquet et Mongbo (2006) Le Responsable d’Unité de Production est toute personne membre d’un
ménage qui exerce une activité autonome mais qui dépend encore du ménage pour certaines décisions.

23
Tableau 2 : Synthèses des capitaux du livelihood mesurés dans le cadre de cette recherche

Capitaux du Niveau d’opérationnalisation retenu


‘Livelihood’
selon DFID
Capital humain -durée de soudure alimentaire des ménages : la période pendant laquelle
les stocks vivriers issus des exploitations agricoles sont épuisés (c'est-à-
dire la période qui sépare la fin de la consommation de la récolte de
l'année précédente et l'épuisement des réserves des greniers, de la récolte
suivante).
-niveau de satisfaction des besoins non alimentaires (scolarisation,
santé, etc.) du ménage.
Capital -capital financier : correspond à la différence entre la valeur actuelle de
financier l’ensemble des ressources financières (épargnes, liquidités et créances
d’autrui envers l’enquêté) et la valeur actuelle de l’ensemble des dettes
contractées par l’enquêté et qui n’ont pas été soldées jusqu’à ce jour.
-évolution des activités économiques et leurs contributions au revenu
moyen annuel de chaque enquêté.

Capital -ensemble des biens physiques accumulés : regroupe l’ensemble des


physique terres détenues en propriété, la valeur des cultures en terre, la valeur du
cheptel d’élevage, la valeur des stocks de produits agro-alimentaires ou
non destinés à la vente et enfin d’autres capitaux convertibles (moto,
portables, etc.) de l’enquêté.
Capital naturel -Profil foncier/ superficie exploitée.
-Evolution du capital foncier.
Source : L’auteur

1.5.4. La pré-identification des cas et l’étude approfondie

La description des cadres méthodologique et théorique de collecte et d’analyse des données de


chaque hypothèse de recherche a entre autre permis d’élaborer les outils de collectes (les
fiches d’enquêtes et guides d’entretiens semi-structurés) et de retenir les cas d’acquisitions
massives susceptibles de faire objet d’investigation approfondie.
Certains paramètres tels que la disponibilité des différents acteurs clés et la durée prévue pour
la collecte des données ont été pris en compte pour le choix des cas d’approfondissement. Au
total huit (8) cas d’acquisitions massives de terres agricoles ont été étudiés à l’échelle de
quatre communes : les communes de Klouékanmey et Djidja (au Sud-Bénin), la commune de
Savè (au Centre) et la commune de Tchaourou (au Nord-Bénin). Néanmoins compte tenu de
la mobilité et de la non disponibilité de certains enquêtés sur le terrain, quelques entretiens ont
eu lieu en dehors de la commune d’installation du cas d’acquisition étudié. De plus, pour ce
qui est des exploitations agricoles familiales, au total 65 Responsables d’Unités de Production

24
(dont 22 femmes et 43 hommes) appartenant à un ensemble de 43 ménages agricoles ont été
enquêtés.

Tableau 3 : Les effectifs de RUP enquêtés selon les types d’exploitations agricoles

Nombre de RUP
Types d'exploitations agricoles enquêtés
Exploitation agricole du vendeur/donneur de la terre 11
Exploitation agricole de même génération que ménage du
vendeur de la terre 14
Exploitation agricole des ouvriers travaillant sur la ferme 35
Exploitation agricole n’entretenant aucun contact direct
avec l’entreprise (exploitations agricoles environnantes) 5
Total 65
Source : L’auteur

1.5.5. Le traitement, l’analyse et la rédaction du mémoire

A l’issu de la collecte des données sur le terrain, les données recueillies ont été codées et
saisies dans un masque de saisie afin de constituer une base de données pour l’étude. Ensuite
les données ont été analysées et le mémoire rédigé. Les logiciels utilisés pour le traitement et
l’analyse des données sont excel, spss et acess.

1.5.6. Difficultés rencontrées et Limites

Les principales difficultés rencontrées au cours de l’étude viennent de ce que la plupart des
acteurs clés impliqués dans les cas d’acquisitions étudiés sont peu disponibles et que les
acquéreurs ne résident pas dans le milieu d’étude. De plus, une fois que l’on a réussi à les
trouver, la plupart de ces acteurs affichent une grande réticence à fournir les informations
nécessaires. Ceci nous a amené parfois à abandonner des études de cas au beau milieu de
l’étude. Les exigences de triangulation des informations sur les acquisitions amènent à
parcourir presque tous les acteurs clés qui ont été impliqués à un moment ou à un autre dans
le processus d’acquisition.

Aussi, pour l’ensemble des huit (8) cas étudiés, les Responsables d’Unités de production de
tous les types d’exploitations agricoles n’ont pas pu être enquêtés malgré toutes les actions
entreprises pour les identifier et les approcher pour les besoins de la recherche.

Au niveau des services en charge de la gestion du foncier rural (administration communale,


services techniques locaux du ministère de l’agriculture en particulier), les données ne sont
non plus disponibles ou alors pas faciles d’accès.

25
Chapitre 2 : Aperçu général des acquisitions massives de terres agricoles au
Bénin

Dans le cadre de cette recherche, nous distinguons globalement deux générations


d’acquisitions massives de terres agricoles dans l’histoire post-indépendance du Bénin11. La
première génération couvre la période allant des indépendances à la fin des années 90s,
marquée dans un premier temps par des acquisitions massives terres essentiellement réalisées
dans le cadre des programmes d’Etat (années 1960s à 1980s), puis dans un second temps par
des acquisitions de terres essentiellement mises en œuvres par des nationaux néo-ruraux. La
deuxième génération est celle qui fait suite aux récentes crises financières et alimentaires
mondiales qui ont entrainé une ruée sur les terres agricoles, tant par des nationaux que des
non-nationaux

2.1. Les acquisitions massives antérieures aux récentes crises financières et


alimentaires mondiales

Les acquisitions de terres cultivables constituent une pratique ancienne au Bénin. Les
premières formes les plus remarquables dès les années 1960s étaient caractérisées par une
tendance d’appropriation à grande échelle de superficies cultivables par l’Etat pour la création
de périmètres de palmiers à huile et de cocotiers sur des milliers d’hectares dans le Sud du
pays. Sujet à diverses mutations et spécificités, ce phénomène s’est poursuivi avec de plus en
plus, l’entrée en jeu de nouveaux acteurs majoritairement non agricoles au départ.

2.1.1. Les périmètres d’aménagement rural au Sud-Benin

Les petites exploitations agricoles des départements du Sud du pays ont été soumises depuis
le lendemain des indépendances à des vagues et versions successives du phénomène. Selon
Mondjannagni (1977), depuis les années 60 et 70s cette région a connu l’installation des
périmètres de palmiers à huile et de cultures annuelles sous statut de coopératives agricoles
d’adhésion obligatoire, sur une superficie totale de plus de 40 000 ha. Il y a eu aussi la
création, à la fin des années 70s, de nombreuses fermes d’Etat couvrant quelques milliers
d’autres hectares dans le cadre de ce qu’il était alors convenu d’appeler la campagne nationale

11
Tout laisse à croire que les migrations et installations de populations qui se sont déroulées à partir du 16ème
siècle sur l’actuel territoire du Bénin ne se sont pas produites sur des terres vacantes. Elles ont dès lors eu
quelque dimension d’accaparement de terres au détriment de populations déjà en place, avec diverses modalités
de compromis ou de violence. De plus, certains royaumes tant au Nord qu’au Sud ou Centre du Bénin ont
développé des politiques d’occupation agricole directe ou indirecte (voir Pélissier, 1963, Cornevin, 1981 ;
Mondjanagni, 1977 ; Mitchozounou, 2003).

26
de production agricole (Adjilé et Mongbo 2011). Les pouvoirs publics établissaient alors des
règles d’exploitation auxquelles les tenanciers des périmètres concernés devaient se
soumettre.

La construction de l’Etat dahoméen, depuis le royaume d‘Abomey pré-colonial jusqu’aux


régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance survenue le 1er août 1960, s’est fondée
sur une économie de traite dont le palmier à huile a constitué le pilier, des années 1860 aux
années 1970 (Le Meur, 1995). A ce titre, un ensemble de paquets technologiques avait été
élaboré sur le palmier à huile. Après les indépendances, à l’aide d’une loi, l’Etat a déclaré
certaines zones d’utilité publique où des palmeraies furent créées à partir de 1961. En effet la
loi 61-26 du 10 Août 1961 précise dans ses articles 2 et 3 « qu’après étude d’une région, le
président de la République pourra par décret, sur le rapport du Ministre de l’Agriculture et de
la Coopération en décider de l’aménagement et la mise en valeur compte tenu de la vocation
des sols et des débouchés offerts » (Mondjannagni, 1977). Le décret définit également le
périmètre d’aménagement sur lequel doit porter les travaux. Dans ce périmètre, l’Etat pouvait
créer une ou plusieurs Coopératives d’Aménagement Rural (CAR), les propriétaires terriens
situés à l’intérieur du périmètre étant obligés d’y adhérer (Pfeiffer, 1988). Mais avant la
création des CAR, des enquêtes étaient menées pour la délimitation des domaines et leur
identification (Biaou, 1994). Les propriétaires terriens appelés coopérateurs de part A, doivent
apporter leurs terres sous forme de parts sociales. Il ne leur est pas imposé de travailler dans la
coopérative. Ceux qui ne sont pas propriétaires terriens mais qui acceptent volontairement et
librement accomplir 200 jours de travail dans la Zone de Palmeraies sont appelés des
coopérateurs de part B (Opcit). Les terres regroupées se répartissent en :
- une zone de palmeraie exploitée collectivement ;
- une zone de cultures annuelles exploitées individuellement ;
- une zone de pâturage pour un troupeau collectif ;
- une zone urbaine en vue d’une extension du village centre ;
- une zone industrielle pour les huileries et autres industries.
La base de l’organisation de la coopérative reste l’Assemblée Générale qui élit des
administrateurs chargés de la gestion avec toutefois, la collaboration d’une assistante
technique nommée par les pouvoirs publics. Les coopératives ont été successivement
administrées par plusieurs sociétés d’Etat (SONADER en 1961, SOBEPALH en 1975,
SONICOG en 1982, etc.) avant que la gestion ne soit confiée aux communautés coopératrices

27
au cours des années 90s conformément aux textes régissant les organisations des coopératives
agricoles au Bénin.

Selon Mondjannagnin (1977), la SONADER contrôlait en 1974, 34 périmètres


d’aménagement rural dans le Bas-Dahomey (actuel Sud-Bénin) couvrant 25 189,91 ha de
palmiers sélectionnés et 14 788 ha de cultures annuelles, de 2 504 ha de reboisement et
d’extension villageoises géographiquement réparties dans le Département de l’Atlantique (22
coopératives couvrant 11 854 ha de palmeraies et 3 615 ha de cultures annuelles), le
Département de l’Ouémé (11 coopératives couvrant 11 173 ha de palmeraies et 11 173 ha de
cultures annuelles) et le Département du Mono (1 coopérative couvrant 4 062,91 ha de
palmeraies). Ces différentes coopératives d’aménagement rural (CAR) ont donné lieu à
plusieurs complexes agro-industriels regroupés en Union des Coopératives d’Aménagements
Ruraux (URCAR).

Tableau 4 : Les complexes agro-industriels du Sud-Bénin

Département Nom du Nombre de Palmeraie Culture Reboisement Superficie


complexe agro- coopératives (ha) annuelle et extension totale12
industriel (ha) villages (ha) (ha)
Mono Houin-Agamè 1 4 062,91 0 104 4 166,91
Atlantique Grand-Hinvi 18 8 701 2 815 1 60013 13 116
Calavi 3 1 253 800 - 2 053
Ouidah-Nord 1 1 900 90
Ouémé Grand-Agonvy 11 11 173 11 173 800 23 146
et Pobè-Sud
Total 34 25 189,91 14 788 2 504 42 571,91

Source : Mondjannagni, 1977

Toutes ces coopératives, autrefois gérées par des sociétés d’Etat ont été rétrocédées aux
collectivités pour une gestion locale dans les années 90s. Certaines d’entre elles ont traversé
de graves crises sociales, économiques et politiques ayant conduit à leur dissolution. C’est le
cas du périmètre d’Abomey-Calavi où les terres ont été redistribuées aux différents
coopérateurs (notamment ceux de part A). La plupart d’entre elles ont été déjà revendues et

12
La superficie totale n’inclue par la superficie destinée aux infrastructures socio-communautaires, les usines
d’huileries et logements divers. Ainsi les superficies de tous les périmètres peuvent excéder celles présentées
dans le tableau.
13
Ces 1 600 ha regroupent 1 000ha de reboisement et 600 ha de zone extension des villages des complexes agro
industriels Grand Hinvi, Calavi et Ouidah-Nord.

28
toute cette zone a été aujourd’hui convertie en zone d’habitation pour désengorger la ville de
Cotonou, la capitale économique du pays. Toutefois d’autres coopératives ont continué à
fonctionner de façon sporadique avec de grandes périodes de cessation d’activités et de graves
crises avec mort d’hommes par endroit. Au nombre de ces dernières, figure dans le
Département de l’Atlantique, la Coopérative d’Aménagement Rural Kpoé-Kpanrun qui a fait
récemment l’objet d’une recherche en 2010 par Adjilé et Mongbo qui ont documenté l’état de
fonctionnement actuel et son impact sur les petits paysans locaux (Adjilé et Mongbo, 2011).
Cette coopérative s’étend sur une superficie totale de 1 518 ha répartie comme suit :
- zone de Palmeraie (ZOPA) : 603 ha ;
- zone de Cultures Annuelles (ZOCA) : 630 ha répartie en 20 parcelles de 30 ha
chacune ;
- zone Urbaine : 60 ha ;
- zone de Reboisement : 105 ha ; et
- zone de pâturage : 120 ha.

Elle est aujourd’hui dirigée par un Conseil d’Administration (CA) et un Conseil de Sécurité
(services généraux) chargé de la gestion des ventes et des ressources financières de la
coopérative. Elu pour une durée de 3 ans renouvelable une fois, le CA est composé de 8
membres représentant l’ensemble des coopérateurs de chacun des 8 villages inclus dans la
zone d’aménagement rural couverte par cette coopérative. Cette dernière est composée de 418
coopérateurs de part A, 13 de part A + B, et 8 de part B. Tout comme dans la plupart des
coopératives créées dans le Sud du Bénin, la rente foncière perçue par les propriétaires
terriens expropriés était de 450F/ha/an. Après plusieurs affrontements et négociations, cette
rente est passée au début des années 2000 à 1300F /ha/an. Depuis 2006, les coopérateurs de la
coopérative Kpoé-Kpanroun ne perçoivent plus les rentes foncières ni les rémunérations
correspondant aux heures de travail effectuées dans les palmeraies. Selon certains anciens
membres de CA de la Coopérative, cet état de chose serait dû, d’une part à une dette de plus
de 11 millions de francs contractée par le CA précédant (réélu) suite à la vente à terme des
régimes de palmiers et du non paiement de ces dettes par les créanciers qui sont en majorité
des proches des membres du CA. D’autre part, les innombrables cas de vols de régimes de
palmes opérés par les riverains ont rendu la situation encore plus pénible. La Coopérative est
alors endettée et se trouve dans l’incapacité de renouveler 301,5 ha de palmeraies abattus
entre 2002 et 2006 pour cause de vieillissement des pieds de palmiers. A défaut de toutes
utilisations, ces parcelles ont été cédées en contrat de location dénommé ‘’zunda’’ aux

29
différents coopérateurs, aux cadres du village, etc. moyennant un loyer de 1 000F/0,11 ha. Il
était entendu qu’il sera mis fin à ces contrats dès que la palmeraie de remplacement sera mise
en place et qu’elle aura atteint un niveau de développement ne permettant plus l’association
avec des cultures annuelles. Mais ces nouveaux pieds de palmiers n’ont pas pu être plantés
jusqu’en 2010.

Au-delà de cette crise financière qui apparait comme la raison principale de la cessation des
activités, la CAR Kpoé-Kpanroun est traversée par un nuage de crises socio-politiques qui
opposent deux parties. Plusieurs circonstances dont certaines ont été énumérées plus haut
(conflits internes, vols de régimes de palmes, mauvaise gestion, instruisions politique, etc.)
déplorées par une partie des coopérateurs, ont amené à la non observation des règles. Ainsi, le
bureau du Conseil d’Administration garde la gestion de la coopérative au-delà de la durée
légale du mandat. Face à cette situation, le Ministre de l’Agriculture d’alors (2000) aurait
émis une injonction pour l’organisation de l’élection d’un nouveau bureau. Les membres de
ce dernier auraient été ainsi élus (2004-2005). Mais ce bureau n’a pas pu atteindre la fin de
son mandat de 3 ans car le bureau sortant a porté plainte auprès de la Cour Constitutionnelle
pour annuler l’injonction du Ministre de l’Agriculture car conformément aux dispositions,
l’Etat ne doit plus s’ingérer dans les affaires internes de la Coopérative. Dans son verdict, la
Cour a annulé l’injonction et par conséquent dissout le nouveau CA qui avait été mis en place.
Les membres de l’ancien CA ont été reconduits et aucune procédure interne de
renouvellement n'a été engagée jusqu’en 2010. La partie adverse (le CA dissout) a porté
l’affaire devant le tribunal de première instance de Cotonou pour règlement mais elle serait
restée sans suite concrète. Pendant ce temps, la coopérative tourne au ralenti si ce n’est aux
arrêts.

2.1.2. Les fermes et autres formes d’accumulation foncière dans le département de


l’atlantique au Sud Benin

Depuis le début des années 1990s, on assiste de plus en plus dans le secteur agricole
béninois, à la naissance d’une nouvelle catégorie d’acteurs souvent appelés des agriculteurs de
type nouveau (des fonctionnaires partis à la retraite, des agents déflatés d’entreprises
publiques privatisées, des diplômés sans emploi, etc.). Nombre de ces derniers ont très tôt
installé dans le département de l’Atlantique des fermes d’agriculture (avec essentiellement des
plantations d’acacias, de tecks, de bananiers, de palmiers à huiles, d’ananas, de cultures
maraîchères, de cultures vivrières notamment le maïs, et plus récemment des plantations de

30
papayers), des fermes d’élevages intensifs (en particulier de volaille et de cuniculture) parfois
associées aux activités de transformation agroalimentaire.

Plusieurs éléments de politique ont encouragé et amplifié le phénomène depuis la fin des
années 80s. Il s’agit entre autres :

- des programmes d’ajustement structurel de la fin des années 80 qui ont mis au
chômage des centaines d’employés du secteur public avec des indemnités que la
plupart ont tôt fait d’investir dans le foncier comme valeur refuge, à but spéculatif ou à
vocation agricole ;
- l’option prise vers la fin des années 90, suite au démantèlement des services de
vulgarisation d’orienter le conseil agricole plutôt en direction des fermiers modernes
ou agriculteurs dits de type nouveau, la petite agriculture dite traditionnelle étant trop
dispersée et fragmentée pour être couverte par un service restructuré et à court de
personnel ;
- la relance de la culture du palmier à huile grâce à la mise au point de nouvelles
variétés et la vulgarisation de techniques adaptées de cultures par la station de
recherche de Pobè ;
- la campagne de prospection lancée en 2007 par le Chef de l’Etat en personne avec tout
son gouvernement, au profit de fermiers Malaisiens désirant développer la culture du
palmier à huile au Bénin ;
- la mise en place du Fond National de Promotion de l’Entreprise et de l’’Emploi des
Jeunes (FNPEEJ) par le gouvernement en 2007 pour faciliter l’accès des PME au
crédit. Dans ce cadre, 602 projets ont été concrétisés et environ 3.500 emplois ont été
créés (MDAEP, 2011) ; et
- la mise en œuvre du Projet d’appui à la Promotion et l’Emploi des Jeunes (PAPEJ) de
2008 à 2009 soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement.
Toutefois, les statistiques sur l’évolution de ces fermes agricoles commerciales sont difficiles
à collecter et demeurent partielles (Adjilé et Mongbo, 2011).
Les premières données collectées sur la situation des fermes agricoles du Département de
l’Atlantique, grâce à l’appui du Centre Régional de Promotion Agricole (CeRPA) du
Département de l’Atlantique indiquent qu’alors que les premières fermes agricoles étaient
installées dès le début des années 60s, près de la moitié de celles-ci ont semble-t-il, été mises
en place entre 1995 et 2007. Ce département concentre plus de 468 fermes privées couvrant
ensemble plus 11 228,41 ha avec une superficie moyenne de près de 24 ha par ferme (Adjilé

31
et Mongbo, 2011). Ceci n’est pas sans conséquence sur la taille des exploitations agricoles
dans ce Département.

Tableau 5 : Synopsis des fermes privées agricoles par commune dans le département de
l'Atlantique

Superficie totale Nombre de


Communes Mise en valeur Modes d’obtention
(ha) fermes recensées

Abomey- -Riz, maïs, manioc, ananas, papaye


927,3 88
Calavi solo, banane, agrumes, maraichers -Achat
-Palmier à huile, patate douce -Héritage
-Elevage, Pisciculture -Location
Sô-ava 429,3 84
-Transformations agroalimentaires -Don
- Laissée en friche
- Maïs, manioc, maraîchers,
-Palmiers à huile, acacia, teck, -Héritage
cocotiers, Floriculture -Achat
Tori- Bossito 288,5 31
-Agrumes, ananas, papaye solo, - -Location
Banane plantain, Elevage
- Laissée en friche
- Maïs, manioc , ananas, papaye solo
- Banane, agrumes -Héritage
Toffo 2 508 44 -Palmier à huile, Elevage -Achat
-Transformations agroalimentaires -Location
- Laissée en friche
- Maïs, manioc, maraîchers,
-Palmiers à huile, acacia, teck,
-Héritage
cocotiers, Agrumes, ananas, papaye
Ouidah 2 464,75 37 -Achat
solo, Banane plantain
-Location
-Elevage
- Laissée en friche
-Maïs, manioc, maraichers
-Ananas, Papaye solo, Banane,
-Héritage
agrumes Palmier à huile
Kpomassè 1 727,23 56 -Achat
-Elevage
-Location
-Transformations agroalimentaires
- Laissée en friche
Allada 917 73 - Maïs, manioc, niébé, soja, arachide
- maraîchers, Eucalyptus
-Palmiers à huile, teck, cocotiers,
-Héritage
-Agrumes, ananas, papaye solo,
-Achat
Zè 1 966,5 55 Banane plantain, pastèque
-Location
-Elevage, Jatropha curcas
-Transformation agroalimentaires
- Laissée en friche
Total 11.228,42 468
Source : Mongbo et Adjilé, 201114

14
Les informations ont été collectées avec l’aide du CeRPA Atlantique et complétées lors d’ateliers
communaux organisés sur le sujet.

32
En effet, Floquet et Mongbo (1998) avaient noté que la superficie moyenne des exploitations
était de 0,66 ha pour les femmes et de 4,9 ha pour les hommes du département. Ils ont par
ailleurs noté la présence de quelques grands propriétaires à coté d’une majorité constituée des
paysans qui exploitent entre 1,7 ha et 5,1 ha ; et très peu de paysans avec des micro-
exploitations inférieures à 0,5 ha. Une décennie plus tard, une enquête effectuée auprès de 120
ménages révèle une superficie moyenne de 1,75 ha avec un minimum de 0,02 ha et un
maximum de 9 ha15. Pour ce qui est de la commune d’Allada , une autre commune du
département, dans la même période, la taille moyenne des exploitations est estimée à 2,4 ha
de terre agricole disponible par ménage de 5 à 7 actifs agricoles, soit moins de 0,5 ha par actif
agricole (IAMD Bénin, 2006). Récemment, des travaux complémentaires effectués dans deux
autres communes du même département sur un échantillon de 203 Responsables d’Unités de
Production révèlent une superficie moyenne de 1,91 ha inégalement répartie. Seulement 30%
des superficies disponibles sont exploitées par 80% de l’ensemble des enquêtés (Adjilé, et
Mongbo 2011).

2.2. Tendance des récentes acquisitions massives

Ces dernières années au Bénin tout comme dans la plupart des pays africains, les cessions
(achats ou location) de terres aux entrepreneurs privés nationaux ou étrangers et surtout aux
firmes internationales, semblent avoir pris une ampleur jamais égalée du fait de l’étendue des
superficies concernées, du nombre des transactions signalées, et le contexte dans lequel elles
interviennent. Selon Synergie Paysanne (2010), une organisation de syndicat paysan, plus de
228 98716 hectares de terres seraient déjà cédés par vente et/ou location au cours des années
2000 (SYNPA 2010). Toutefois, l’opacité qui entoure les transactions ne permet pas d’avoir
toutes les informations car il n’existe pas de registres fonciers fonctionnels dans les
communes et les transactions se font très souvent sous seing privé. (Gbaguidi, 2010).

2.2.1. Cartographie des cas d’acquisitions massives

Malgré la forte médiatisation dont fait l’objet les récentes acquisitions massives de terres
agricoles au Bénin, il demeure encore difficile d’effectuer un état des lieux exact du nombre

15
Il s’agit d’une étude sur les pressions foncières dans une des communes du département (commune
d’Abomey-Calavi), Kakaï et al (2009)
16
Cette superficie emblave peut être entaché de biais. Face à la prolifération des opérations de cessions de terres
et étant une organisation à vocation syndicale, les différentes statistiques avancées à ce moment n’ont pas fait
objet de vérification.

33
et de l’ampleur desdites acquisitions massives effectivement conclues dans le pays. Toutefois
une liste de cas d’acquisitions réellement réalisés a pu être élaborée. Cette cartographie n’est
pas exhaustive et quelques imprécisions demeurent au niveau de certains cas.

Tableau 6: Synopsis des récentes acquisitions massives opérées au Bénin17

Département Commune Origine Superficie Mode


Mise en valeur
(ha) d’acquisition
Toffo Chinois 600 Non disponible Maïs, Légumes et Fruits
ATLANTIQUE Béninois 160 Achat Non disponible
Zè Béninois 100 Achat Non disponible
Béninois 150 Achat Non disponible
Béninois Non disponible Productions animales et
110
végétales
Béninois Non disponible Productions animale
140
végétales
Béninois 102 Non disponible Maïs, riz et soja
Allada Libanais 50 Non disponible Non exploité
Non Achat
300 Non disponible
identifiée
Béninois 350 Non disponible Non disponible
Béninois 500 Achat Non exploité
Français 100 Achat Ananas
Abomey-Calavi Béninois 100 Non disponible Riz
Béninois 85 Achat Banane et papaye
Béninois 1518 Location Palmier à huile
Tori Béninois 20000 Location Jatropha
Béninois 5000 Achat Production animale
Béninois Non disponible Vivriers, vergers et
200
palmier à huile
Béninois 200 Non disponible Ananas
Béninois Non disponible Tecks, palmiers à huile
210
et verges
Ouidah Béninois Location Plantations de palmiers
1300
à huile, cocotiers
Béninois Achat Vivriers et plantation de
70
cocotier

Béninois 300 Achat Elevage et agriculture


COUFFO Aplahoué
Béninois Pisciculture, aviculture,
52 Achat
plantation,
17
Ce tableau peut ne pas présenter la situation dans son entièreté. En effet, la liste ici présentée signale la réalité
du phénomène sans pour autant prétendre en rendre compte ni totalement, ni avec exactitude pour chacun des cas
qui s'y trouvent. L'opacité des transactions foncière en rend l'accès toujours partiel, tant pour ce qui est du
nombre desdites transactions que pour le contenu de chacune des transactions identifiées ou documentées.

34
transformation agro-
alimentaire, appuis aux
orphelins
ZOU Zogbodomey Nigérian 1500 Achat Non exploité
Béninois 265 Non disponible Non disponible
Projet 700 Non disponible Valorisation touristique
Béninois 1666 Achat Production de maïs
Abgangnizoun Libanais 25 Achat Non exploité
Béninois 500 Achat Production manioc
Zakpota Libyens 150 Achat Maïs
Didja Béninois 300 Achat Non disponible
Béninois 350 Achat Non exploité
Béninois 210 Achat Vivriers
Béninois Achat Production manioc et
2500 transformations
agroalimentaires
Béninois Achat Production manioc et
500 transformations
agroalimentaires
COLLINES Ouèssè Italiens 20 Location Tournesol et Jatropha
Canadien 900 Achat Exploitation forestière
Canadien 3200 Non disponible Exploitation forestière
Chinois 10000 Non disponible Manioc et bio-éthanol
Béninois 100 Achat Non exploité
Béninois 1000 Achat Non exploité
Savè Chinois 500 Non disponible Canne à sucre
Non Non disponible
1000 Non exploité
identifiée
Béninois 3200 Don Complexe agricole
Béninois Achat Semences de maïs,
50
anacarde, manioc et gari
Béninois 100 Don Plantations
Projet 300/104 Don Plantation de tecks
Savalou Béninois 500 Achat Non disponible
Béninois 5000 Non disponible Non disponible
Béninois 150 Achat Non disponible
Béninois 50 Achat Non disponible
OUEME Sèmè Kpodji Chinois Non disponible Centre de formation
60
agricole
PLATEAU Adja-Ouèrè Béninois 1000 Non disponible Palmier à huile
Béninois 227 Location/Achat18 Palmier à huile
Béninois 1444 Location/Achat Usine de transformation
BORGOU Tchaourou Français 3000 Location Jatropha et riz
Kowétien 300 Non disponible Non disponible
Béninois 200/300019 Achat Non valorisé

18
Les populations parlent d’une location et selon ces derniers, le propriétaire aurait frauduleusement déclaré le
domaine comme étant acheté et obtenu un titre foncier

35
Béninois 1000 Achat Non valorisé
Béninois 5000 Achat Non valorisé
Béninois 50 Achat Non disponible
DONGA Djougou Kowétien Achat Production vivrières et
562
plantation d’anacarde
Béninois 100 Non disponible Riz
Béninois Achat Maïs et Plantations
200
d’agrumes
Bassila Béninois 80 Achat Non disponible
Béninois 20 Achat Non disponible
Béninois 25 Achat Non disponible
ATACORA Matéri Béninois 300 Achat Aulacodiculture
Total 82 799

Sources : Compilation de diverses sources (Synergie Paysanne 2010,12012, SNV-


Bénin (2012), PNOPPA (2012), enquêtes le terrain des auteurs).
Au total, 69 cas d’acquisitions massives ont été recensés pour une superficie totale de 82 799
ha. De ceci, 16 cas soit les 23% de l’ensemble des cas ont été officiellement réalisés par des
capitaux étrangers (non béninois) pour une superficie totale de 22 267 ha.

Les acquéreurs étrangers sont originaires de divers pays, avec une empreinte remarquable
d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Europe, du Moyen Orient, suivi de l’Afrique de l’Ouest
(Nigéria) et du Maghreb. En effet, près de 50 % des superficies acquises officiellement par
des capitaux étrangers sont détenues par des Chinois, 18,67% par des Canadiens, 6,83% par
des Nigérians, 6,19% par Koweitiens, 0,68% par des Lybiens, 0,46% par des Français,
0,34% par des Libanais, et 0,09% par des italiens. Avec le peu de transparence qui caractérise
ces transactions, près du cinquième des superficies en cause, exactement 18,21%, serait
acquis par des étrangers mais dont les nationalités exactes n’ont pas pu être identifiées.

19
Selon les populations locales, il s’agirait de 200 ha de terres vendus mais le propriétaire en complicité avec le
chef d’arrondissement auraient frauduleusement inscrit une superficie de 3000 ha sur les documents de vente

36
Graphe 1: Répartition des % de superficies et de cas d'acquisitions massives opérées par des
capitaux étrangers et béninois

100%
80%
60%
%Superficie
40%
%Cas
20%
0%
Béninois Etrangers

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012


Remarquons toutefois que derrière des capitaux béninois, certains investissements peuvent
bien cacher des capitaux étrangers (non béninois).
Globalement, les superficies acquises par les deux types de capitaux varient entre un
minimum de 20 et 25 ha à un maximum allant de 5 000 ha à 20 000 ha.

Concentrés à plus de 90% dans les départements de l’Atlantique, des Collines et du Zou, ces
différents cas d’acquisition portent sur des projets de production du Jatropha et du tournesol
pour la production d’agro-carburant, d’exploitations forestières diverses, de produits vivriers,
de légumes et fruits, de plantations de palmiers, de tecks, de cocotiers, de bananiers, etc.

2.2.2. Typologie des cas d’acquisitions massives inventoriés

Plusieurs modalités d’acquisitions massives se distinguent au Bénin en fonction de la nature


de l’acquéreur. On distingue : les Sociétés et entreprises privées, les privés ayant acquis
semble-t-il à titre personnel, les anciennes coopératives d’Etat, les organisations et
associations diverses et les projets.

37
Graphe 2 : Répartition des % de superficies et des % de cas selon chaque type d'acquisition

100%
90%
80%
70%
60%
50%
%Superficies
40%
30% % Cas
20%
10%
0%
Sociétés et Acquéreurs Anciennes Organisations Projets
entreprises Privés coopératives et associations
privées d'Etat diverses

Source : Enquêtes de terrain, 2012

Les acquéreurs primaires sont majoritairement des acquéreurs individuels. Les sociétés et les
entreprises privées sont peu nombreuses mais détiennent une très grande portion des terres.
On note aussi la présence d’Organisations Non Gouvernementales (ONG) nationales et
associations diverses.

- Les Sociétés et entreprises privées

Au nombre de 17 pour une superficie totale de 25 046 ha, les sociétés et entreprises privées
représentent 30% des superficies totales et 25 % des cas d’acquisitions identifiées sur
l’ensemble du territoire. Les domaines acquis varient entre 20 et 10 000 ha avec une
moyenne de 1 568,29 ha par entreprise ou société. Les promoteurs sont d’origines variées
(Chinoise, Française, Libyenne, Libanaise, Nigériane et Béninoise) avec toutefois une
dominance de sociétés et entreprises étrangères pour ce qui concerne aussi bien le nombre de
cas (65%) et l’étendue des superficies acquises (66%). De façon générale, ces entreprises
s’investissent dans la production de jathropha et tournesol, du manioc (pour le bioéthanol),
d’ananas, de canne à sucre, de vivrier, de maraicher ; des élevages ; des plantations de teck,
palmiers, etc. Notons toutefois que dans la plupart des cas, ces domaines ne sont qu’en réalité
très partiellement exploités. Certains domaines sont encore en friche.

- Les privés ayant acquis semble-t-il à titre personnel

38
Cette catégorie est la plus importante de part le nombre de cas concernés (42 soit 61% du
total de tous les cas) et l’étendue des superficies (27 111ha soit 33% du total des superficies
couvertes par tous les cas). Les superficies minimales et maximales acquises varient entre 20
et 3 000 ha avec une moyenne de 683,62 ha par individu. Certaines de ces acquisitions sous
seing privées sont souvent entachées de litiges entrainant parfois des troubles sociaux.

Encadré 1: Cas d'acquisition privée avec emprunte de conflits


Cas d’une ancienne ferme d’Etat soit disant rachetée par un privé dans la Commune d’Adja-Ouèrè

Il s’agirait du domaine d’une Coopérative d’Aménagement Rural de Gbahouété qui, à l’instar de la CAR Kpoé-
Kpanroun d’Abomey-Calavi avait été rétrocédé par l’Etat aux communautés pour une gestion locale. Une partie
du domaine, soit 227 ha sur laquelle était installée une palmeraie aurait été négociée par un homme politique
béninois, pour exploitation contre une rente foncière de 50.000 F/ha/an à verser aux présumés propriétaires.
Après quelques années d’exécution de ce contrat de bail, il se serait installé au sein de la communauté une
rumeur selon laquelle l’homme politique se serait déclaré propriétaire du domaine et en aurait acquis un titre
foncier. Cette rumeur se serait révélée confirmée suite aux investigations effectuées par certains leaders de la
communauté. La population se serait alors rebellée contre ce dernier. Certains jeunes opposants auraient été
emprisonnés et un procès aurait eu lieu. Le procès aurait été gagné par l’homme qui en plus devait recevoir un
dédommagement de 4 millions de franc cfa. Ceci aurait conduit à une véritable crise sociale qui ne serait
toujours pas réglée à ce jour. Toutefois, grâce aux interventions d’un syndicat paysan le dossier serait encore
rouvert au tribunal de Porto-Novo pour un nouveau jugement.
Le même promoteur serait également accusé par la population de s’être approprié une autre zone de culture
annuelle de 1 444 ha où il aurait installé une usine agro-industrielle.

Source : Synergie Paysanne 2011 et Enquêtes sur le terrain, 2012


Contrairement au cas des sociétés et entreprises privées, les étrangers (non béninois) ayant
acquis à titre personnel représentent à peine 10 % des cas de cette catégorie avec une
superficie totale de 5 125 ha. Ainsi les acquéreurs d’origine béninoise sont majoritairement
représentés avec une détention d’environ de 39 cas d’acquisitions couvrant une superficie
totale d’environ 22 000 ha. Il s’agit d’actuels ou d’anciens ministres et/ou députés, d’anciens
présidents de la République, d’hommes d’affaires, et même parfois des cadres et agents du
public ou du privé à la retraite. Il est à noter qu’une part importante des domaines acquis sous
seing privé demeurent non valorisée bien que certains des promoteurs aient essayé la mise en
place de fermes ou complexes agricoles de production de cultures de rentes et pérennes, de
cultures vivrières, de cultures maraichères, d’élevages et de transformations agro-
alimentaires.

- Les anciennes coopératives d’Etat

Installées au cours des années 60s-70s, les Coopératives d’Aménagements Rurales (CAR)
apparaissent ici comme l’un des premiers cas d’acquisitions massives de terres agricoles

39
réalisés dès le début de la période post-coloniale par les nouveaux gouvernements. Ces
coopératives ont toutes été traversées par des crises socio-politique et de gouvernance ayant
conduit à la dissolution de certaines d’entre elles. Au nombre des coopératives sommairement
encore fonctionnelles identifiées dans le cadre de cette étude figurent la Coopérative
d’Aménagement Rural de Kpoé-Kpanroun et la Coopérative d’Aménagement Rural de
Ouidah Nord (CARON). Ces deux coopératives sont aujourd’hui gérées par les communautés
locales elles-mêmes et s’étendent sur une superficie de 2 818 ha dans le Département de
l’Atlantique.

- Organisations et associations diverses

Elles regroupent les Organisations Non Gouvernementales (ONG), les centres confessionnels,
et toutes autres associations. Elles sont au nombre de 5 soit 7% du total de cas recensés pour
une superficie de 26 772 ha soit 33% de l’ensemble de la superficie couverte par tous les cas.

Le premier cas concerne une Organisation Non Gouvernementale ayant pour promoteur un
béninois qui aurait acquis une superficie de 20 000 ha chez des producteurs dans la commune
de Tori au Sud-Bénin pour la production du jatropha. Il s’agirait d’une opération qui consiste
à inviter les paysans à céder chacun au moins 0,5 à 1 ha de leur patrimoine foncier sur lequel
il produirait du jatropha. En retour, chaque paysan obtiendrait une somme de 123 000 F CFA
en compensation de la consignation des terres pour toute la période de culture du jatropha.

Le second cas concerne une Organisation Non Gouvernementale Kowétienne d’appui à


l’enfance malheureuse implantée dans la commune de Tchaourou. Elle aurait acquis grâce à
un contrat de location de 90 ans d’exploitation un domaine de 500 ha pour la culture de
produits vivriers, l’installation de 60 ha de plantation d’anacarde et la construction de
logement pour les acteurs de l’ONG. Cette organisation aurait également construit dans la
localité un dispensaire et une mosquée d’environ 800 m2 chacun. En décembre 2011, le projet
aurait fait don de 300 sacs de riz à la communauté.

Le cas suivant concerne des centres confessionnels qui auraient acquis deux domaines de 210
et 1 000 ha dans deux communes différentes (Ouèssè et Djidja). Mais seulement 30 ha du
premier domaine serait mis en valeur.

Le dernier cas concerne un groupe de personnes dont on sait encore peu sur leur identité qui
aurait acquis 5 000 ha de terres dans la commune de Tchaourou.

40
- Les projets

Deux différents projets couvrant une superficie totale de 1 300 ha ont été identifiés. Il s’agit
du projet de reboisement qui aurait respectivement installé dans les communes de Savè
(Centre-Bénin) et de Zogbodomey (Sud-Bénin) plusieurs plantations de tecks couvrant une
superficie de 300 ha et 700 ha. Ici, les acquisitions ont été faites de commun accord avec les
autorités communales. En effet, les sites d’implantation sont identifiés par les autorités de la
Mairie suite à une négociation préalable avec les propriétaires terriens locaux. Mais dans
certains cas comme celui de Savè, les propriétaires terriens profitent de l’installation du
projet pour éjecter les migrants béninois antérieurement installés sur ces terres, du fait du non
respect par ces derniers des modalités d’occupation convenues.

41
Encadré 2: Cas d’un projet de reboisement dans la Commune de Savè

Cas d’un projet de reboisement dans le village Dani, Commune de Savè

Dans le cadre de son plan de reboisement, le projet aurait dans le cadre de sa mise en œuvre
installé 300 ha de teckeraie dans le village de Dani, Commune de Savè. Dani est un village où
résident beaucoup d’allochtones migrants venus de la région de Dassa (pour la plupart), mais aussi
de Djidja et de l’Atacora. Lors de leur installation dans le village de Dani, ces allochtones avaient
obtenu des propriétaires terriens de Savè l’autorisation d’installer des cultures annuelles avec
interdiction formelle de plantation de cultures pérennes. Cet emprunt était autrefois sanctionné par
un versement annuel d’une quantité standard de vivres (igname, maïs, etc.) aux propriétaires
terriens quelque soit la superficie exploitée. Mais depuis 1998, une rente monétaire annuelle
évaluée à 10 000 F CFA par hectare a été instituée et doit être versée par chaque migrant. Aussi la
superficie maximale à emprunter serait désormais limitée à 3 ha. Toutefois, chaque individu
migrant s’autorise de dépasser cette superficie s’il a les moyens de cultiver plus. De plus, certains
installent illicitement des plantations d’anacardes au milieu des zones de forêts. Les propriétaires
terriens déclarent avoir interpelé les migrants pour percevoir des rentes sur les plantations qu’ils
auraient installés illicitement sur leurs terres mais ces derniers auraient nié avoir installé de telles
plantations, refusant ainsi de payer toute redevance au titre des plantations d’anacarde.

Mais les notables des collectivités propriétaires des terres n’étaient pas dupes. Quand suite à la
requête du projet la Mairie leur demanda des terres, ils décidèrent d’orienter le projet vers la zone
1.6.
occupée par les plantations d’anacarde dont les migrants niaient l’existence ou prétendaient n’en
avoir pas été l’auteur. Aux dires des collectivités détentrices des terres, ‘étant donné qu’il s’agit de
plantations qui seraient sorties d’elle-mêmes de terre et n’ont été réalisées par personne, nous ne
1.7.
faisons du tord à personne à les faire dégager pour y mettre la plantation’ Ils ont alors donné carte
blanche au projet pour dégager lesdites plantations. Presque tous les anacardiers auraient alors été
détruits.

Source : Enquêtes de terrain, 2012

42
Chapitre 3 : Le contexte géographique des acquisitions massives de terres
agricoles au Bénin

Le phénomène des acquisitions massives de terres agricoles n’épargne aucune région


du Bénin. Les cas recensés se retrouvent tant au Sud, au Centre, qu’au Nord du pays. Les huit
cas présentés dans la suite de ce mémoire sont répartis entre les communes de Klouékanmey
dans le Sud-Ouest, de Djidja et Savè au Centre et de Tchaourou au Centre-Nord du Bénin.
Dans ce chapitre, nous présentons les caractéristiques générales de ces communes
d’implantation des huit (8) cas étudiés que sont Tchaourou, Savè, Djidja et Klouékanmey.

Carte 1 : Présentation des zones d'études

Source : L’auteur
43
3.1. Présentation des communes d’étude

Le Bénin est un pays de l’Afrique de l’Ouest qui s’étend une superficie 112.622 km² avec une
population totale estimée à 9 099 922 en 2011 (Banque Mondiale 2011). Sur le plan
administratif, le Bénin compte 12 départements. Ces départements sont divisés en 77
communes, dont 4 (Tchaourou, Savè, Djidja et Klouékanmey) d’entre elles abritent les 8
(huit) cas d’acquisitions massives étudiées au cours de cette recherche.

3.1.1. Commune de Tchaourou

[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques

Située dans le département du Borgou, la commune de Tchaourou s’étend sur une superficie
de 7 256 km2 soit 28% de la superficie totale de ce département et environ 6,5% du territoire
national. Elle est limitée au Nord par les communes de Parakou, Pèrèrè, et N’Dali, au sud par
la commune de Ouèssè, à l’Est par la République Fédérale du Nigéria et à l’Ouest par les
communes de Bassila et Djougou. Sur le plan administratif, Tchaourou est organisée en sept
arrondissements (Tchaourou, Tchatchou, Sanson, Goro, Bétérou, Kika, et Alafiaou) et 36
villages et quartiers de ville. Ces différentes localités abritent au total une population de 106
000 habitants (RGPH, 2002) avec une densité évaluée à environ 15 hbts/km2. Il s’agit d’une
population pluriethnique dominée par les trois groupes que sont les Baribas (34,2%) ; les
Peuls (18,9 %) et les Nagots (15,8 %).

Tchaourou bénéficie d’un climat de type sud-soudanien à régime uni-modal avec une saison
sèche et une saison humide. Le relief est constitué de plaines et de plateaux surmontés par
endroits de collines (cas de massifs de Wari-Maro). Le réseau hydrographique est
essentiellement dominé par les affluents des fleuves Ouémé et Okpara.

La végétation est dominée par une zone de savane de type arborée et arbustive avec quelques
forêts semi-décidues et galeries forestières. On y rencontre quelques forêts classées à savoir :
la forêt de Nano, la forêt de Wari-Maro, la forêt de Tchatchou-Gokanna, la forêt de
Tchaourou et la forêt d’Alafiarou-Bétérou. Ces forêts couvrent une superficie de 1.725 Km2
soit environ 25% de la superficie totale de la commune. Tchaourou était jadis l'une des
destinations les plus appréciées des transhumants Peuls en provenance du Nord du pays ou
des pays limitrophes du Nord (Niger, Burkina Faso, Nigeria). En conséquence de cette
migration saisonnière, plusieurs arbres fourragers comme le Khaya senegalensis, Afzelia
africana, autrefois endémiques sont à présent très rares dans la commune. Toutefois, la

44
disparition de ces espèces d'arbres très utiles, est due à l'action combinée de l'agriculture
itinérante sur brûlis, de l'exploitation de leurs bois, un bois d'œuvre très prisé, de ses écorces
pour la médecine traditionnelle et de l'émondage par les bergers Peuls.

[Link]. Profils des exploitations agricoles

Tchaourou est une commune aux potentialités agricoles immenses, où les ménages
combinent l’agriculture à l’élevage et à bien d’autres activités. Le territoire de la commune
abrite de vastes étendues de terres cultivables qui ne sont pas encore exploitées dans leur
totalité. Néanmoins, les exploitations agricoles sont en majorité de taille relativement petite.
Par ailleurs, la taille des exploitations agricoles varie en fonction du genre.
En effet selon les producteurs, chefs de terres et les agents du CeCPA de Tchaourou
enquêtés20, les tailles des exploitations agricoles détenues par les femmes varient d’à peine 1
ha (pour les plus petites) à 5 ha pour les plus grandes. Pendant ce temps, les exploitations des
hommes varient entre 2 ha (pour les plus petites) à plus de 10 ha pour les plus grandes.
Les petites exploitations dirigées par les hommes sont de tailles comprises entre 0 et 2 ha et
représentent 50% de l’ensemble des exploitations agricoles des hommes de la commune. Les
exploitations de tailles moyennes comprises entre 2 et 10 hectares représentent 37,5% des
exploitations dirigées par les hommes. Les grandes exploitations dirigées par les hommes
représentent 12,5% des exploitations et ont une taille de plus de 10 hectares.

Dans la commune, les femmes n’ont que très peu accès à la terre. Elles cultivent sur de petites
superficies ou travaillent sur l’exploitation de leurs époux. Les plus petites exploitations sont
détenues par 87, 5% des femmes et n’excèdent guère une superficie d’1 ha. Les exploitations
de taille moyenne sont de 2 ha et sont cultivées par 10% d’entre elles. Les plus grandes
exploitations sont détenues par 2,5% des femmes et couvrent une superficie de 5 ha. En
fonction de la taille de l’exploitation, des moyens de production et des objectifs de
l’agriculteur, la production est soit orientée vers le marché soit destinée à la subsistance. Les
grandes exploitations dont la production est orientée vers le marché disposent parfois de
tracteurs qui sont le plus souvent des tracteurs subventionnés par l’Etat. Les petites
exploitations utilisent des outils rudimentaires tels que la houe, le coupe-coupe, etc.

20
Les différentes statistiques sur la taille des exploitations présentées ci-après proviennent de diverses sources.
Elles ont été collectées en focus group avec les producteurs de la commune, les chefs de terres et chefs
collectivité puis auprès des agents du Centre Communal de promotion agricole (sur la base des statistiques
disponibles à leur niveau)

45
Les spéculations mises en culture varient elles aussi en fonction de l’orientation des outputs.
Les petites exploitations qui produisent uniquement pour la subsistance cultivent du maïs, de
l’igname, du niébé, du mil, du voandzou. En plus de ces spéculations, les grandes
exploitations consacrent des terres à la culture du coton, du soja et des noix d’anacardes qui
sont des spéculations à fort intérêt pécuniaire pour les fermes. Faut-il noter aussi que les
grandes exploitations réservent de grandes superficies à la culture du maïs qu’elles vendent
aussi bien sur le marché local que sur les marchés au Sud du Bénin. Les femmes quant à elles
cultivent des légumes sur des champs aux alentours des concessions pour nourrir les familles.

3.1.2. Commune de Savè

[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques

La commune de Savè est située dans le département des Collines. Elle est limitée au Nord par
la commune de Ouessè, au Sud par la commune de Kétou, à l’Est par la République du
Nigéria et à l’Ouest par les communes de Dassa et de Glazoué. La ville de Savè, chef lieu de
la commune, est située, à environ 255 km de Cotonou. Savè est une commune constituée de
huit (8) arrondissements dont trois (3) urbains et cinq (5) ruraux. Ces arrondissements sont
subdivisés en 24 villages et 14 quartiers de ville soit un total de 38 villages. La ville s'étend
sur 2 228 km² et compte 67 753 habitants soit 12,64% de la population du département des
collines (RGPH 3, 2002). La densité de population est de 30,4 habitants par km². Plusieurs
groupes socio-culturels ou ethniques cohabitent dans la commune avec les Shabè autochtones
majoritaires. Aux côtés de ces autochtones vivent les Fons, les Idaasha, les Bètamaribè, les
Peuls, les Adja, etc. Malgré la coexistence pacifique entre les différentes ethnies sur le
territoire, on note cependant quelques antagonismes autour des questions domaniales. Il y a
parfois des incompréhensions entre collectivités autochtones autour de certains domaines en
litiges, mais surtout entre autochtones et migrants au sujet des modalités d’installation de ces
derniers sur les terres agricoles. En outre il y a des affrontements réguliers entre les Peuhls
transhumants armés et les agriculteurs suite à la destruction des greniers et des champs par les
troupeaux en quête de pâturage.

Le climat de la région est du type soudano – guinéen caractérisé par deux saisons pluvieuses
et deux saisons sèches. Le régime pluviométrique a connu de grandes perturbations au cours
des 20 à 30 dernières années et tend à devenir un climat uni-modal à une saison de pluie et
une saison sèche.

46
Savè est une ville créée sur un plateau cristallin ondulé. D’une faible altitude variant entre 200
et 300 mètres, il est dominé par la présence de nombreux affleurements rochers qui se
présentent sous forme de dômes d’où le nom de mamelles que portent ces collines. Le réseau
hydrographique, est constitué de nombreuses rivières qui renvoient les eaux vers le fleuve
Ouémé et son principal affluent l’Okpara.

Enfin le couvert végétal est fait de savane graminéenne arborée et arbustive avec comme
essences d’arbres dominantes le baobab, le néré. Dans l’environnement immédiat de la zone
urbaine, les graminées font place à des périmètres de jachères ou agricoles. On note aussi la
présence d’ îlots de forêts dont la forêt classée de l’Ouémé-Boukou vaste de 20 500 ha et des
forêts galeries le long du fleuve Ouémé et de l’Okpara (République du Bénin, 2006).

[Link]. Profils des exploitations agricoles

Les populations de la commune de Savè mènent des activités variées ; elles exercent bien
souvent une activité principale associée à des activités secondaires. Pratiquée essentiellement
par des allochtones venus aussi bien du Nord que du Sud du pays, l’agriculture occupe une
place non moins importante parmi les activités économiques. La principale cause des
migrations des allochtones vers Savè est la recherche de terres fertiles pour une exploitation
agricole. Une part importante du territoire de Savè (notamment en zone rurale) appartient à un
certain nombre de collectivités qui en assurent la gestion. Selon ces dernières, la terre doit être
considérée comme un bien précieux et de ce fait n’en font aucune vente. De ce fait les ventes
d’importantes superficies étaient autrefois peu courantes et se faisaient le plus souvent à
l’endroit des autochtones. En dehors de l’héritage, les modes d’accès à la terre les plus
récurrents demeurent le don et la location (avec ou sans compensation21) généralement non
transmissibles. Les conflits fonciers sont rares et se résument à la transformation de certains
dons en titres fonciers par les bénéficiaires et à ‘’l’escroquerie’’ de certains membres des
collectivités loueuses des terres qui se soulèvent des fois pour exiger d’autres biens ou
renvoient carrément les locataires de terres après une saison culturale.

La taille22 des exploitations agricoles est assez variable. Ainsi chez les hommes, la plus petite
exploitation agricole tourne autour de 0,5 ha, la moyenne autour de 3 ha et la plus grande

21
Les premières installations de migrants se faisaient généralement sous autorisation du chef de collectivité et
sans compensation avec restriction de plantation. Mais au fil du temps, les migrants installés versent une
compensation en nature et/ou financière annuel aux collectivités propriétaires terriens.
22
Les différentes statistiques sur la taille des exploitations présentées ci-après proviennent de diverses sources.
Elles ont été collectées en focus group avec les producteurs de la commune, les chefs de terres et chefs

47
autour de 10 ha. Chez les femmes, la plus petite exploitation est de 0,4 ha, la moyenne de 1 ha
et la plus grande est de 5 ha. En effet, des enquêtes conduites auprès de 120 chefs
d’exploitations agricoles déjà en 1994 dans les communes de Glazoué et de Savè (dans le
département des collines) révélaient que la superficie moyenne disponible était de 5 ha très
inégalement réparties (Mongbo, 1995), avec 25% des hommes disposant de moins de 3 ha et
25% de plus de 10 ha. La plupart des femmes interviewées dans cette enquête cultivaient
moins de 1 ha de terre, seuls 25% parmi elles cultivaient entre 2 et 6 ha. Une autre enquête
conduite quelques années plus tard dans quatre villages de la même région signalait des
moyennes variant entre 6 et 12 ha, avec une forte corrélation avec la main d’œuvre disponible
au sein des ménages (Alokpaï, 2002).
Le système de production est une agriculture itinérante sur brûlis avec utilisation des outils
rudimentaires, dévoreuse des friches forestières du fait de la destruction systématique des
arbres par incinération pour la conquête de nouveaux espaces fertiles et adéquats pour la
culture de l’igname. L’extension des superficies entraine dans certains villages comme à
Boubou la culture de l’igname dans les bas-fonds et dans le lit ou sur les berges des cours
d’eau (CEBEDES, 2012) Un tel système est de faible productivité et ne garantit pas une
agriculture durable.

Les spéculations agricoles importantes cultivées sont le maïs, le manioc, l’arachide, le soja, le
niébé, l’igname et le coton. Ces dernières années, grâce aux programmes d’appuis à la
sécurité alimentaire, le riz est de plus en plus cultivé. Par contre, le coton a connu une
diminution au niveau des emblavures du fait de la crise qu’a connu la filière et à
l’endettement des paysans. L’agriculture de cueillette et de ramassage (anacarde surtout)
occupe une place importante dans l’économie de la commune.

3.1.3. Commune de Djidja

[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques


La commune de Djidja est la plus vaste des neuf (9) communes du département du Zou.
D’une superficie de 2184 km² soit 41,66% de la superficie totale du département, Djidja est
limitée au Sud par les communes d’Abomey et de Bohicon, au Sud-Ouest par le département
du Couffo (Commune d’Aplahoué), au Nord-Ouest par la République du Togo, à l’Est par la
commune de Za-Kpota et au Nord par le département des Collines (communes de Dassa et

collectivité puis auprès des agents du Centre Communal de promotion agricole (sur la base des statistiques
disponibles à leur niveau)

48
Savalou). La commune de Djidja est subdivisée en soixante dix neuf (79) villages regroupés
en douze (12) arrondissements. Sa population est de 84.590 habitants avec une densité de
39hbts/km selon les données du recensement de 2002. Cette population est constituée à 70%
de fons, de 20% de agous du Togo, de 8% de mahis de Savalou et de Covè et les autres
ethnies (adjas, peuls, haoussas et ibos) qui font 2% (Siteweb de la commune, consulté le 8
Février 2013).

Djidja jouit d’un climat de type sub-équatorial à deux saisons de pluies et deux saisons
sèches. Le relief est constitué de plateaux avec des dépressions, mais aussi des affleurements
granitiques) atteignant 100 m d’altitude (Akomagni & Guidigbi, 2006). On y rencontre les
sols ferralitiques tropicaux, les vertisols et les sols hydromorphes. Djidja est arrosée par de
nombreux cours d’eau. En dehors des fleuves Zou et Couffo, les autres cours d’eau sont des
rivières saisonnières qui se jettent dans l’un ou l’autre fleuve. On y rencontre aussi de
nombreux bas-fonds partiellement exploités par les populations. De même les berges des
cours d’eau sont souvent mises en culture, ce qui en accélère le comblement.

Le couvert végétal naturel de la commune est fortement dégradé par la fabrication généralisée
du charbon de bois. Néanmoins, on y rencontre par endroit des îlots de forêt donnant l’aspect
d’une végétation arborée ou arbustive. Deux forêts classées sont encore entretenues et gérées
par l’administration des forêts et ressources naturelles complétées par des plantations privées
de teck à Dan et Setto. Ces forêts couvrent respectivement 1 237 et 3 150 hectares.

[Link]. Profil des exploitations agricoles

La commune de Djidja est considérée comme le grenier du département du Zou. Sur les 2.184
km2 que couvre la commune, 982 km² sont cultivés, soit 46%. Dans tous les villages, la terre
est détenue par la lignée des premiers occupants du milieu mais est soumise depuis peu à une
forte pression marchande. Ainsi note-on la vente massive des terres à des allochtones qui pour
la plupart n’en font presque aucune exploitation. Les modes d’accès sont l’héritage, l’achat, la
location, le prêt, le don et le métayage. Les conflits fonciers les plus fréquents portent sur le
non-respect des limites des domaines lors des mesures par les acquéreurs, les contestations
des ventes antérieurement effectués par d’autres membres aînés des familles de propriétaires
terriens. Ces conflits fonciers associés aux récentes ventes massives de terres agricoles
survenues dans la commune ont amené les autorités Communales à prendre en 2011 un arrêté
communal qui oblige les vendeurs à associer les membres de leur famille à la vente, et à
passer par le chef quartier, le chef d’arrondissement et les autorités communales pour toute

49
nouvelle vente de terre. Aussi, cet arrêté interdit toute vente de terre d’une superficie
supérieure de 5 ha à l’échelle de toute la commune.

Notons qu’environ 90% de la population de Djidja s’investit dans des activités agricoles
suivies du commerce, du transport et de l'artisanat. La superficie23 moyenne des exploitations
est de 2,9 ha avec de grandes disparités entre les exploitations de terres de barre de petites
tailles et celles de la savane plus grandes. On note également la présence de Peulh sédentaires
qui ont acquis des terres allant de 2 ha à 50 ha. 75 % d’eux possèdent en moyenne des tailles
d’exploitation de 2 ha, 20 % possèdent des exploitations de 15 ha et les plus grands
exploitants, 5 % possèdent des superficies de 50 ha. Ainsi le nombre de campements peuls
varie de 02 à 12 par arrondissement. L’agriculture est essentiellement caractérisée par les
systèmes de culture « igname » et « arachide ». Le système« igname » est un système de
culture basé sur la rotation igname-maïs-arachide, alors que le système « arachide » est basé
sur des jachères très courtes avec les rotations : maïs-arachide-maïs-manioc ou maïs-niébé-
maïs-arachide. Les principales spéculations pratiquées sont : le maïs, le niébé, le soja, le
piment, la tomate, la patate douce, le taro, le gombo, le goussi, le manioc, le coton, l’igname,
le poids d’angole, le voandzou, le sorgho et le riz.

3.1.4. Commune de Klouékanmey

[Link]. Caractéristiques naturelles et démographiques

La commune de Klouékanmè est située au Nord – Est du Département du Couffo. Elle fait
frontière avec les communes d’Agbangnizoun et d’Aplahoué au Nord, à l’Est elle est
limitée par le fleuve Couffo, frontière naturelle qui la sépare de la commune
d’Agbangnizoun, au Sud par les communes de Djakotomè, de Toviklin et de Lalo , et à
l’Ouest par la commune d’Aplahoué. Elle est divisée en huit arrondissements avec soixante-
et-un (61) villages et quartiers de ville. D’une superficie de 394 km² (RGPH 2002), la
commune de Klouékanmè concentre une population de 93 324 habitants soit une densité
moyenne de 237 habitants/km2. On distingue deux principaux groupes ethniques que sont les
Adja et les Fon avec une dominance des Adja.

23
Les différentes statistiques sur la taille des exploitations présentées ci-après proviennent de diverses sources.
Elles ont été collectées en focus group avec les producteurs de la commune, les chefs de terres et chefs
collectivité puis auprès des agents du Centre Communal de promotion agricole (sur la base des statistiques
disponibles à leur niveau)

50
Le climat caractéristique de la commune de Klouékanmè est de type subéquatorial humide et
chaud, avec deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches. Le relief est de deux types ; il
s’agit d’un plateau qui occupe les parties centrale et méridionale et d’une dépression
dans la partie septentrionale de la commune. Il faut aussi souligner l’existence de deux
collines qui confère à l’ensemble morphologique un paysage pittoresque (Fahala &
Guidigbi, 2006). Le réseau hydrographique est constitué du fleuve Couffo et de ses
affluents puis également quelques rivières. Le réseau hydrographique le plus dense ne
couvre que le nord de la commune où une végétation de savane arborée couvre le
socle précambrien. Les formations végétales au Nord sont totalement dégradées,
remplacées par la palmeraie vignoble puis par les plantations fruitières. La
dégradation des formations végétales dans la commune est le fait de la pression
démographique et de l’exploitation des sols par les hommes. Les quelques rares
essences végétales naturelles qu’on rencontre aujourd’hui sont : le Baobab (Adansonia
digitata), le Néré (Parkia biogloboza). Les essences comme Iroko (Melicia excelsa),
l’Afzelia africana, le Pteurocarpuserinaceus ont quasiment disparu. Les essences forestières
plantées sont l’Eucalyptus camaldulensis, le Teck (Tectona grandis), l’Acacia
auriculiformis et le Khayasenegalensis. Aussi faut-il signaler les formations spontanées
de Neem (Azadirachta indica) précieusement protégées par tout producteur agricole.
Les forêts sont quasi inexistantes. Seulement sur les deux collines, se trouvent les espèces
citées ci-dessus. La gestion de ces deux forêts est assurée par la mairie.

[Link]. Profil des exploitations agricoles

Essentiellement rurale, la population agricole de la commune de Klouékanmè est de 24 264


habitants pour une superficie cultivable de 295 km², ce qui donne environ 1,22 ha par actif
agricole contre une moyenne départementale de 1,32 ha (RGPH 2002). Toutefois la taille24
des exploitations agricoles est assez variable. La plus petite exploitation agricole chez les
hommes tourne autour de 0,2 ha, la moyenne autour de 1 ha et la plus grande autour de 5 ha.
Chez les femmes, la plus petite exploitation est de 0,1 ha, la moyenne de 0,3 ha et la plus
grande est de 1 ha. Les modes d’accès à la terre rencontrés sont l’héritage, l’achat, la location,
le prêt, le don et le métayage. Ces modes font objets de divers conflits fonciers. Le système
de cultures le plus fréquent est une association du palmier jusqu’à l’âge de sept ans, aux

24
Les différentes statistiques sur la taille des exploitations présentées ci-après proviennent de diverses sources.
Elles ont été collectées en focus group avec les producteurs de la commune, les chefs de terres et chefs
collectivité puis auprès des agents du Centre Communal de promotion agricole (sur la base des statistiques
disponibles à leur niveau).

51
cultures annuelles. Les palmiers sont abattus pour la fabrication de la boisson locale appelée
"sodabi" dès qu’ils atteignent la première maturité suffisante pour une telle exploitation. La
main-d’œuvre familiale est la plus utilisée. Comme spéculations, dans la commune de
Klouékanmey, on note la production de maïs, manioc, patate douce, niébé, arachide, pois
d’angole, soja, tomate, piment, gombo, légumes feuilles et le riz.

Tableau 7 : Synthèse comparative des 4 communes d'étude

Communes Klouekamey Djidja Savè Tchaourou

Paramètres
Superficie (km2) 394 2184 2 228 7 256
Population (RGPH, 93 324 84.590 67 753 106 00
2002)
Densité de population 237 39 30,4 15
(hbts/km2 )
Climat -Type sub- -Type sub- -Type soudano- -Type sud-
équatorial équatorial à guinéen avec soudanien à
humide et deux saisons de deux saisons régime uni-modal
chaud avec pluies et deux pluvieuses et avec une saison
deux saisons saisons sèches. deux saisons sèche et une
pluvieuses et sèches. saison humide.
deux saisons
sèches.
Végétation -Couvert -Couvert -Savane -Savane de type
végétal naturel végétal naturel graminéenne arborée et
fortement fortement arborée et arbustive.
dégradé. dégradé. arbustive. -Présence de
-Présences de -Présence -Présence d’îlots quelques forêts
quelques d’îlots de forêt de forêts.25 semi-décidues et
essences de par endroit galeries
Néré, Baobab, donnant l’aspect forestières.26
Acacia, etc. d’une
végétation
arborée ou
arbustive.
Systèmes culturaux -Association du -Systèmes de -Agriculture - Cultures
palmier aux culture itinérante sur annuelles et
cultures « igname » et brûlis. pérennes.
annuelles. « arachide ». - Cultures
-Autres cultures annuelles et
annuelles et pérennes.
pérennes.

25 dont la forêt classée de l’Ouémé-Boukou forêts galeries le long du fleuve Ouémé et de l’Okpara

26
Forêt de Nano, la forêt de Wari-Maro, la forêt de Tchatchou-Gokanna, la forêt de Tchaourou et la forêt
d’Alafiarou-Bétérou

52
Taille des plus petites 0,2 ha (45%) 2 ha (80%) 0,5 ha ≤2 ha (50%)
exploitations
d’hommes (%
d’hommes)
Taille des plus grandes ≥5 ha (17,5%) ≥ 50 ha (3 %) ≥10 ha ≥10 (12.5%)
exploitations
d’hommes (%
d’hommes)
Taille des plus petites 0,1 (37,5%) 0,1 ha (75 %) 0,4 ha 1 ha (87, 5%)
exploitations de
femmes (% de
femmes)
Taille des plus petites ≥1 ha (12,5%) ≥10 ha (10%) ≥5 ha 5 ha (2,5%)
exploitations de
femmes (% de
femmes)

Source : PDC, Monographie des communes (2006), Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Ces différentes communes présentent ainsi des atouts agro-climatiques favorables à la


production agricole. Cependant, on note une large disparité au niveau de la répartition des
terres entre non seulement les hommes et les femmes mais aussi au sein d’une même
catégorie de producteurs (hommes producteurs et femmes productrices). De plus dans
certaines localités comme la Commune de Klouékanmè, en plus de cette disparité, les
exploitations agricoles sont soumises à de fortes pressions foncières.

53
Chapitre 4 : Modalités d’investissements de capitaux non locaux dans des
terres agricoles

Ce chapitre traite des principales caractéristiques des transactions foncières documentées,


décrit les différentes parties prenantes et fait une analyse globale du processus d’acquisition.

4.1. Présentation sommaire des cas d’acquisitions massives de terres


agricoles étudiés

Comme cela apparait sur le tableau ci-dessous, huit cas d’acquisition massive de terres
agricoles ont été documentés à l’échelle des quatre communes au Sud et Centre du Bénin,
dans les départements du Couffo, du Zou, des Collines et du Borgou. De la plus ancienne à la
plus récente acquisition, il s’agit :

- de l’acquisition N°1 réalisée par une confession religieuse dans la commune de


Klouékamey. Elle a acquis 64,93 ha de terre par achat en 1978 ;
- de l’acquisition N°2 qui s’étend sur une superficie de 107 ha acquise par achat à
Klouékamey en 1994 par un acquéreur privé (individuel) ;
- de l’acquisition N°3 de 212 ha obtenus par achat Klouékamey en 2010 pour le compte
d’une entreprise privée ;
- de l’acquisition N°4 qui concerne une superficie de 96 ha obtenus par emprunt à Savè
en 1996 par un acquéreur privé ;
- de l’acquisition N°5 réalisée par une confession religieuse implantée dans la commune
de Savè sur une superficie de 2060 ha acquise par donation en 1958 ;
- de l’acquisition N°6 qui couvre une superficie de 156 ha achetée par une confession
religieuse à Djidja en 2008 ;
- de l’acquisition N°7 de 70 ha à Tchaourou par un acquéreur privé qui l’a obtenue par
héritage et achat en 1991 ; et
- de l’acquisition N°8 qui s’étend sur une superficie de 25 ha obtenue par achat en 1999
à Tchaourou par un acquéreur privé.

De l’analyse, il ressort que trois acquisitions sur les huit documentées ont été réalisées au
nom de confessions religieuses, et cinq par des acquéreurs privés individuels. Selon le mode

54
d’acquisition, cinq cas sur huit ont été acquis par achat auprès de sept différents propriétaires
terriens individuels, un cas dont les terres ont été acquises en partie par achat et par héritage,
un cas acquis par don auprès d’une collectivité propriétaire, et un cas obtenu par emprunt
auprès d’une collectivité propriétaire. Une présentation détaillée de chacun des huit (08) cas
d’acquisition massive étudiée est disponible en annexe 2.

Tableau 8 : Récapitulatif des cas d'acquisitions massives de terres agricoles étudiés

N° Statut de l’acquéreur Commune Année Superficie Mode


d’acquisition (ha) d’obtention
1 Confession religieuse Klouékanmey 1978 64,93 Achat
(Sud-Bénin)

2 Acquéreur privé Klouékanmey 1994 107 Achat


(Sud-Bénin)

3 Entreprise privée Klouékanmey 2010 212 Achat


(Sud-Bénin)
4 Acquéreur privé Savè 1996 96 Emprunt
(Centre-
Bénin)
5 Confession religieuse Savè 1958 2060 Don
(Centre-
Bénin)
6 Confession religieuse Djidja 2008 156 Achat
(Sud-Bénin)
7 Acquéreur privé Tchaourou 1991 70 Héritage et
(Nord-Bénin) Achat
8 Acquéreur privé Tchaourou 1999 25 Achat
(Nord-Bénin)
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

4.2. Analyse croisée des modalités d’investissement des huit cas étudiés.

L’analyse portera d’une part sur le processus d’acquisition de la terre et d’autre part, sur les
mises en valeur de la terre acquise

4.2.1. Analyse croisée des processus d’acquisition de la terre

Pour l’ensemble des huit cas étudiés, trois modes d’acquisitions massives de terres agricoles
ont été rencontrés. Il s’agit de l’achat qui vient en tête avec cinq cas, suivi du don avec un
cas, d’emprunt avec un cas puis d’un cas d’héritage associé à un achat (le domaine a été
acquis en partie par achat et en partie par héritage).

55
Le processus d’acquisition de terre par héritage consiste en une transmission du patrimoine
foncier d’une génération à une autre. Pour le cas d’acquisition étudié (Cas de l’acquisition
N°7), il a consisté en un partage de tous les biens dont dispose le père de l’acquéreur après le
décès de ce dernier. Le partage aurait été effectué par le chef de famille en présence de tous
les enfants du défunt.

Le prêt de vastes superficies aux allochtones a été un mode particulier rencontré dans la
commune de Savè. En effet au sein de cette commune, la terre appartient à quelques
collectivités propriétaires dont les membres s’adonnent peu à l’agriculture. Ainsi, de
nombreux migrants du Sud et du Nord du Bénin se déplacent vers cette région en quête de
terres cultivables. Pour acquérir ces terres, les nouveaux arrivants s’appuient souvent sur les
anciens installés qui leur servent d’intermédiaires pour prendre contact avec un membre d’une
collectivité propriétaire. Accompagné de ce dernier, l’acquéreur prend contact avec le chef de
collectivité à qui il exprime sa demande. Généralement, le chef de collectivité accepte
l’installation de l’acquéreur avec entre autres restrictions, l’interdiction d’installer une
plantation de plantes pérennes sur le domaine. Ensuite le chef de collectivité délègue
quelqu’un pour montrer à l’acquéreur le domaine sur lequel il s’installera. Seule la limite de
départ (là où il peut commencer à cultiver) est montrée à l’acquéreur qui est libre d’emblaver
autant de superficies qu’il pourra. C’est ainsi que s’est déroulé l’installation l’acquéreur qui a
installé la ferme N°4. L’acquéreur a ainsi défriché de 1996 à 2011 une superficie de 96 ha,
superficie maximale disponible sur le domaine qui lui a été prêté, domaine qu’il n’a pas
encore entièrement mis en valeur. La contre-partie attendue de l’emprunteur-acquéreur est
qu’il verse aux membres de la collectivité prêteuse une compensation financière et des vivres
issus de l’exploitation du domaine. Ce mode d’acquisition permet à la collectivité de
préserver tout son patrimoine foncier mais maintient par contre l’acquéreur dans une situation
de précarité foncière. En effet, cette acquisition de 96 ha n’a fait objet d’aucun contrat et la
durée d’exploitation du domaine est illimitée. Ainsi, l’acquéreur pourrait perdre à tout
moment ses droits d’exploitation sur le domaine lorsque la collectivité en aura besoin.

Pour ce qui concerne enfin les deux derniers modes d’acquisitions massives identifiés (don et
achat), le processus utilisé est pour l’essentiel similaire, malgré quelques spécificités notées
dans certains cas. Ce processus peut être résumé en 6 étapes que sont :

56
Diagramme 1 : Processus général d'acquisition de terres agricoles par achat et par don

L’initiative : Création d’une ferme


Acquéreur agricole.

4
1
2 3

Prise de contact avec un intermédiaire : Pour la


mise en œuvre immédiate de son projet, il prend L’intermédiaire
contact avec un intermédiaire (démarcheur de fait le compte
profession ou fils du milieu, ou les 2). Dans certains rendu de sa
cas, c’est l’intermédiaire qui sur offre du vendeur, prospection à
4 cherche et sollicite des acquéreurs. l’acquéreur. Puis,
les deux décident
du jour de
5 rencontre du
vendeur(s)
2 potentiel(s) ou
chef de collectivité
Négociations
acquéreur - cédant Intermédiaire
3
L’acquéreur et
l’intermédiaire,
V le cédant 3
rencontrent
Les deux parties
négocient et
s’entendent sur les Prospection et compte rendu de l’intermédiaire
modalités
d’acquisition. Ils Conformément aux indications reçues du propriétaire
visitent le terrain et terrien ou de l’acquéreur, l’intermédiaire fait la
conviennent des prospection, identifie les offres ou demandes
disponibles, collecte les premières informations 5
limites.
disponibles et prend contact avec propriétaire terrien ou
l’acquéreur

5 3

Propriétaire terrien
5 5

Formalisation
Formalisation
Chef de Village
Chef d’Arrondissement
Mairie
5 5
Géomètre

Source : Enquête sur le terrain, 2012-2013

57
Etape 1 : L’initiative de l’acquisition de terre

A l’entame du processus nous avons le promoteur qui envisage installer une ferme agricole.
Les raisons qui le motivent sont aussi bien d’ordre économique que social. Pour les cas
d’acquisitions étudiés, les raisons évoquées par les promoteurs pour acquérir la terre en vue
d’y installer une ferme agricole se résument comme suit :

- installer une ferme agricole afin de contribuer à la réduction de la pauvreté à travers la


création d’emplois pour les marginalisés et la production de vivres pour la prise en
charge des besoins des orphelins, enfants abandonnés, veuves et autres indigents ;
- installer une ferme agricole dans le but de diversifier ses propres sources de revenus
en s’investissant dans la production de produits agricoles qui seront vendus sur le
marché intérieur et extérieur ;
- installer une ferme agricole pouvant générer des emplois locaux ;
- installer une ferme agricole et faire de l’agriculture, un métier afin de subvenir aux
besoins quotidiens et mieux diversifier ses propres sources de revenus ;
- installer une ferme agricole pour induire un développement agricole local à travers
d’une part, la production de semences améliorées de maïs qui seront distribuées
gratuitement aux fidèles (chrétiens) agriculteurs pour l’accroissement de leur
production. D’autre part, cette ferme constituera un centre d’incubation pour
l’introduction et la diffusion de la culture attelée ;
- installer une ferme agricole pour produire des vivriers afin de subvenir aux besoins
alimentaires des membres de l’église ; et
- installer une ferme agricole dans le but de diversifier ses propres sources de revenus
et de garantir un emploi pour sa retraite.

Ainsi, pour la totalité des cas étudiés, la terre est acquise dans le but de créer une ferme
agricole.

Mais ne disposant pas du tout ou d’assez de terre pour concrétiser ce projet, l’acquéreur
décide de solliciter les services d’un intermédiaire qui est souvent une personne de confiance
avec qui, il entretient des relations amicales et/ou professionnelles, ou même appartient à la
même congrégation religieuse que lui.

58
Encadré 3: Statut de l'intermédiaire foncier contacté par un acquéreur (Cas de
l'acquisition N°2 présenté en annexe)
« Comme je n’avais pas de terre, j’ai demandé à un ami qui était de là bas de
m’aider à trouver la terre chez lui. »
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Etape 2 : La prise de contact avec un intermédiaire

L’acquéreur se met en contact avec l’intermédiaire à qui il explique son intention d’acquérir
un domaine et en partie ses motivations, lui fournit des indications sur le type de domaine
souhaité (superficie, position géographique, etc.) puis le charge de faire la prospection
d’offres potentielles dans les localités qu’il lui aurait indiquées. Les localités indiquées par
l’acquéreur sont le plus souvent en relation avec sa région d’origine ou celui de
l’intermédiaire. Il peut également s’agir d’une localité où l’un des deux travaille ou a
travaillé.

Etape 3 : La prospection de l’intermédiaire pour le compte de l’acquéreur

Si l’intermédiaire ne dispose pas d’informations sur des offres de cession en instance, il se


renseigne auprès de diverses personnes, parents et amis, chefs traditionnels et chefs de
villages. Ces derniers mènent des enquêtes de proximité et restituent les différentes options à
l’intermédiaire qui, à son tour en informe le demandeur qui a lancé la requête.

Il est important de signaler que le plus souvent (4 cas sur 5), les étapes 1, 2 et 3 ne se
déroulent pas de façon linéaire telles que présentées sur le graphe. En effet, face à certaines
difficultés et pour des besoins d’argent, le propriétaire terrien ou le chef de collectivité peut
décider de vendre sa terre et en informe un ou plusieurs intermédiaires qui sont chargés de
trouver des preneurs. Dans leurs recherches, ces intermédiaires en informent directement ou à
travers d’autres intermédiaires, des personnes qui pourraient être intéressés par l’acquisition
de tels domaines.

Après la première acquisition, les autres opérations en particulier l’acquisition d’un domaine
additionnel par l’acquéreur se font par contacts directs entre propriétaire terrien et acquéreur,
souvent sans l’aide de l’intermédiaire.

59
Etape 4 : La négociation de l’acquisition

Selon le type d’information fourni par l’intermédiaire d’une part et la disponibilité financière
de l’acquéreur d’autre part, l’acquéreur accompagné de l’intermédiaire qui a participé au
processus d’identification de l’offre vont à la rencontre du propriétaire terrien ou du chef de
collectivité vendeur. L’acquéreur explique au propriétaire terrien ou au chef de collectivité
son projet et les intérêts qui pourraient en découler.

Cette étape est très importante car si l’acquéreur réussit à faire bonne impression, cela
influence la suite de la négociation. L’influence peut s’observer au niveau de plusieurs
paramètres que sont :

- la superficie cédée : le propriétaire terrien ou le chef de collectivité peut, compte tenu


des objectifs de l’initiative qui lui a été présentée et à la demande de l’acquéreur,
décider de céder plus de terre qu’il en avait prévu. Cette situation a été rencontrée
surtout pour les cas d’acquisition N°1, 5 et 6 dont les motivations étaient d’ordre
social ;
- le mode de cession : le propriétaire terrien ou le chef de collectivité peut décider soit
de donner gratuitement la terre à l’acquéreur et de lui permettre de disposer d’un titre ;

Encadré 4: Influence de la nature des objectifs de l'acquéreur sur le mode de cession

Cas de l’acquisition N°1

« Une délégation de la confession religieuse est descendue sur le terrain à Akpkahoué et je


- foncier ou soit de vendre définitivement alors qu’il avait prévu au départ en faire un
l’ai amenée (intermédiaire) chez le propriétaire de la terre. Après une longue explication des
bail de
objectifs pour une durée
la mission indéterminée.
que sont Ces cas
: faire l’élevage ont été rencontrés
de pondeuses pour sur
et l’agriculture les laacquisitions
terre à
acheter afin de
opérées parprendre en charge
des instances les orphelins
religieuses et déshéritéscas
(respectivement de 5laetlocalité
cas 1). et d’ailleurs, le
vendeur décida de leur donner la terre car selon lui, la mission voulait la terre à des fins
humanitaires et cela lui a beaucoup plu. Mais le responsable de la Mission refusa que le
propriétaire donne la terre sans aucune compensation financière, de peur que ses enfants ou
quelques autres membres de sa famille ne réclament la propriété de la terre plus tard. Il
proposa alors de payer une somme forfaitaire de 50 000 F CFA / ha au propriétaire terrien
pour que ce dernier puisse fournir des papiers qui attestent de la transaction ainsi opérée sur
la terre, ce que le propriétaire terrien accepta»

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

60
- le montant de la transaction : le propriétaire peut décider, compte tenu du caractère
social de l’initiative du promoteur de céder la terre sans une compensation ou avec une
compensation forfaitaire. C’est le cas de l’acquisition N°5 où le chef de collectivité
Ifaa donna gratuitement à l’église un domaine de 2 060 ha compte tenu du caractère
social et du projet qui lui avait été présenté par les responsables de l’Église et qui à sa
compréhension devrait contribuer au développement de la localité. Il s’agissait en effet
d’installer une ferme agricole pour la production de semences améliorées de maïs qui
seront distribuées gratuitement aux agriculteurs dans le but d’améliorer leurs
rendements. D’autre part, cette ferme constituera un centre d’incubation pour
l’introduction et la diffusion de la culture attelée.

Comme autres éléments pouvant influencer les différents paramètres cités ci-dessus, il y a
surtout le statut de l’acquéreur. En effet, sur les huit cas étudiés, les trois cas d’acquisitions
opérés au nom des confessions religieuses se sont déroulés au mieux (superficie acquise et
montant de la transaction), sans conflits et ont été toutes formalisées à la Mairie.

Encadré 5: La négociation du prix entre acquéreur et vendeur

Cas de l’acquisition N°6

« Le prix de vente a été proposé par les vendeurs à 120 000 F CFA l’hectare. Après négociation,
le prix a été ramené à 100 000 F CFA l’hectare. Le prix de la terre variait à cette époque là entre
100 000 et 120 000F CFA. Le prix auquel nous avons acheté était donc dans la gamme de ce qui
était pratiqué, seulement que c’est le plus bas que nous avons pris. C’est parce que c’était l’église
qui a acheté ; donc l’œuvre de Dieu »

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Etape 5 : Finalisation de l’acquisition et formalisation

A l’issu de la négociation, l’acquéreur et le propriétaire terrien procèdent à la mesure du


domaine acquis. Pour la totalité des trois cas d’acquisitions par achats et par don opérées
avant 1994, la détermination des limites de l’espace acquis s’est effectuée dans un premier
temps avec des unités de mesures artisanales (pas de pieds, bois gradués, etc.). Mais avec

61
l’ampleur que prennent les conflits fonciers dans les différentes localités, les acquéreurs font
finalement recours à un géomètre pour la formalisation du domaine qu’ils ont acquis au moins
10 ans plus tôt. Pour l’ensemble des trois autres récentes acquisitions opérées vers la fin des
années 1990-début 2000, les acquéreurs font aussitôt recours à un géomètre pour la levée
topographique afin d’engager les démarches pour la formalisation du domaine acquis.

Outre la mesure du domaine acquis, au cours de cette dernière étape, l’acquéreur procède
également (pour les cas d’achats) au paiement conformément aux modalités retenues avec le
propriétaire. Pour les six cas d’achats étudiés, trois modalités de paiement ont été rencontrées.
La première consiste en un paiement au comptant, la seconde en un paiement échelonné sur
une période donnée. Pour la dernière modalité, le propriétaire perçoit de façon progressive des
avances sur ventes chez l’acquéreur dès qu’il a un problème financier. Lorsque le total
encaissé atteint un montant équivalent à la valeur d’une certaine étendue de terre (selon le prix
unitaire convenu), le propriétaire terrien cède à l’acquéreur un domaine de terre et l’acte est
sanctionné par un papier signé entre les deux parties avec leurs témoins. Cette dernière
modalité a été observée au niveau d’un seul cas (Cas de l’acquisition N°1).

Après ces deux sous-étapes non linéaires, les différentes parties prenantes (acquéreur et
vendeur) avec trois témoins chacun, finalisent l’acquisition à travers une décharge qui
débouche sur l’élaboration d’une convention de vente dans cinq sur six cas d’achats.
Certaines formalisations peuvent aller jusqu’à l’obtention d’un titre foncier sur le domaine
acquis. C’est le cas de l’acquisition N°5 où un domaine de 2 060 ha donné à l’’Église a fait
objet de titre foncier.

4.2.2. Analyse croisée des modalités de mises en valeur des terres acquises

Sur l’ensemble des huit cas d’acquisitions massives de terres étudiés, sept ont été mis en
valeur. Notons que l’absence de mise en valeur pour le huitième cas est associée à un conflit
entre le vendeur, l’acquéreur et une autre collectivité qui se réclame propriétaire du domaine
vendu.

Parmi les sept acquéreurs qui ont mis en valeur leur domaine, on note chez cinq une
concordance entre les objectifs avancés pour l’acquisition de la terre et les activités
effectivement réalisées. Ces activités concernent essentiellement :

- la production végétale : Les cultures vivrières viennent en tête. Elles sont suivies des
plantations de pérennes, de la culture de coton, des racines et tubercules puis des

62
cultures maraichères. Pour effectuer ces différentes productions, 4 fermes sur 7 font
recours à la mécanisation agricole à travers l’utilisation de tracteurs que les
promoteurs ont acquis. Aussi en dehors du cas de la ferme de l’acquéreur N°6, plus de
la moitié de la production issue des exploitations est vendue hors de la localité
d’implantation de la ferme. Les marchés d’écoulement les plus importants sont les
grands marchés communaux et les centres urbains.

- la production animale : elle concerne surtout les ovins, les bovins et les volailles. A
l’exception de l’aviculture où quelques tentatives de modernisation sont en cours, les
systèmes de production utilisés sont en général de type artisanal.

- la transformation : elle concerne d’une part, la transformation agro-alimentaire de


certaines matières premières issues de la ferme et d’autre part, la production de
provende destinée à l’alimentation animale et piscicole.

- l’apiculture et la pisciculture : elles occupent également une place non moins


importante dans les activités de certaines fermes.

En définitive, on remarque que les acquéreurs se sont plus attelés à la réalisation d’activités à
portée économique que sociale ou humanitaire. La majorité des emplois permanents et
occasionnels créés concernent les ouvriers non originaires de la localité d’implantation de la
ferme. Sur l’ensemble des sept fermes dont les domaines sont exploités, les superficies mises
en valeur varient entre 1% et 85%.

Pour ce qui concerne enfin, le niveau de fonctionnement de ces fermes, seule la ferme de
l’acquéreur N°5 est plus ou moins fonctionnelle. Les seules activités encore effectuées sur les
2 060 ha que couvre cette ferme, consistent d’une part en la récolte annuelle de la production
des plantations d’anacardiers et de manguiers puis d’autre part, en la gestion d’un élevage
bovin confié à des employés d’origine peuls.

63
Tableau 9 : Récapitulatif des modalités de mise en valeur des terres par les acquéreurs

N° Statut de Superficie Objectifs avancés pour Activités économiques réalisées Création d’emplois et autres actions sociales
l’acquéreur totale et // l’acquisition après acquisition après acquisition
Superficie
valorisée en
2012 (ha)
1 Confession 64,93//55 - Créer d’emplois pour les -Production animale : aviculture avec -Création de 64 emploies permanents c que
religieuse marginalisés. un cheptel de 25 milles pondeuses, année pour des personnes déshérités (veuves,
- Produire des vivres. élevage ovins avec 181 têtes, et orphelins, etc.) non originaires de la localité
-Prendre en charge des élevage bovins avec 4 têtes de bœufs. d’implantation de la ferme.
besoins des orphelins, -Production halieutique : 28 étangs de -Création de 164 emplois occasionnels de 2007 à
enfants abandonnés, veuves 500 m2, 3 étangs de 1000 m2 dont 1 2012 pour des employés originaires de la localité
et autres cas sociaux. étang est équipé d’un bâtiment d’implantation de la ferme.
d’élevage de poulets sur pilotis et 1 -Adoption et prises en charge complète27 des 275
étang de 2000 m2. enfants déscolarisés et non originaires du milieu
- Production végétale : cultures d’implantation de la ferme.
vivrières, plantations de pérennes,
production fourragère, maraîchage
-Agro-industrie : production de
provende et d’huile palmiste.
2 Acquéreur 107//35 -Diversifier les sources de -Production végétale : production de -Création de 108 emplois permanents de 2007 à
privé revenus en s’investissant semence de riz, de semence de maïs, 2012 pour des employés non originaires de la
dans la production de bouture de manioc et plantation de localité d’implantation de la ferme.
produits agricoles qui seront palmier à huile. -Création de 470 emplois occasionnels de 2007 à
vendus sur le marché -Production animale : élevage bovin 2012 pour des employés originaires de la localité
intérieur et extérieur. avec un cheptel de 300 têtes et élevage d’implantation de la ferme.
ovin avec un cheptel de 220 têtes. -Installation de deux manœuvres sur une partie
-Transformation agro-alimentaire : du domaine pour y faire de l’agriculture de
transformation du manioc en gari et subsistance en contrepartie de leur participation à
des noix de palme en huile de palme. la réalisation des activités de la ferme.

27
Les enfants sont hébergés, scolarisés, soignés et entretenus par les promoteurs de la ferme.

64
3 Entreprise 212//0 - Installer une ferme -Pas de mis en valeur depuis -Pas d’emploi créé.
privée agricole pouvant générer des l’acquisition du domaine en 2010.
emplois locaux.

4 Acquéreur 96//38 -Installer une ferme agricole -Production végétale : cultures -Création de 108 emplois permanents de 2007 à
privé et faire de l’agriculture une vivrières, racines et tubercules puis 2012 pour des employés non originaires de la
activité principale afin de coton. localité d’implantation de la ferme.
subvenir aux besoins -Production animale : élevage ovins -Création de 244 emplois occasionnels de 2007 à
quotidiens et mieux avec 96 têtes, élevage bovins avec 2 2012 pour des employés non originaires de la
diversifier les sources de têtes, élevage de dindons avec 4 têtes localité d’implantation de la ferme.
revenus. et élevage de poulets de races locales
avec 200 têtes.
5 Confession 2060//21 -Installer une ferme agricole -Production végétale : semence -Création de 3 emplois permanents de 2007 à
religieuse pour la production de améliorées de maïs (production 2012 pour des employés originaires de la localité
semences améliorées de réalisée de 1958 à 1963), plantation de d’implantation de la ferme.
maïs qui seront distribuées manguiers et d’anacardiers. -Création de 2 emplois permanents de 2007 à
gratuitement aux fidèles -Production animale : élevage bovin 2012 pour des employés non originaires de la
agriculteurs. avec un cheptel de 40 têtes. localité d’implantation de la ferme.
-Installer un centre -Installation de deux manœuvres sur une partie
d’incubation pour du domaine pour y faire de l’agriculture de
l’introduction et la diffusion subsistance.
de la culture attelée.

6 Confession 156//36 -Installer une ferme agricole -Production végétale : cultures -Création de 50 emplois permanents de 2008 à
religieuse pour produire des vivriers vivrières. 2012 pour des employés non originaires de la
afin de subvenir aux besoins -Production animale : élevage porcin localité d’implantation de la ferme.
alimentaires des membres avec 8 têtes. -Création de 40 emplois occasionnels de 2008 à
de l’église. 2012 pour des employés originaires de la localité
d’implantation de la ferme.
-Création de 150 emplois occasionnels de 2008 à
2012 pour des employés non originaires de la
localité d’implantation de la ferme.

65
7 Acquéreur 70//45 -Installer une ferme agricole -Production végétale : cultures -Création de 83 emplois permanents de 2007 à
privé afin de diversifier les vivrières, racines et tubercules, coton 2012 pour des employés non originaires de la
sources de revenus et de et plantation d’anacarde. localité d’implantation de la ferme.
garantir un emploie pour sa -Apiculture. -Création de 69 emplois occasionnels de 2007 à
retraite. 2012 pour des employés non originaires de la
localité d’implantation de la ferme.

8 Acquéreur 25//16 -Installer une ferme agricole Production végétale : cultures -Création de 45 emplois permanents de 2007 à
privé dans le but de diversifier les vivrières, racines et tubercules, coton 2012 pour des employés non originaires de la
sources de revenus. et plantation d’anacarde. localité d’implantation de la ferme.
-Production végétale : volailles, -Création de 34 emplois occasionnels de 2007 à
caprins, ovins. 2012 pour des employés originaires de la localité
d’implantation de la ferme.

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

66
Chapitre 5 : Les utilisations des dispositions légales en vigueur par les
acteurs privés et publics impliqués dans les processus d’acquisition massive
de terres agricoles

Ce chapitre présente dans une première partie une cartographie des acteurs impliqués dans les
8 cas d’acquisition étudiés. Il aborde dans une seconde partie les utilisations que ces derniers
font des normes légales en vigueur dans les différentes acquisitions.

5.1. Cartographie des acteurs

Les opérations d’acquisitions massives de terres agricoles étudiées dans le cadre de cette
étude mettent en jeu une diversité d’acteurs dont les rôles et avantages s’inscrivent d’une part
dans des registres variés et dépendent d’autre part des modalités d’acquisitions. Pendant que
les acquisitions par héritage font intervenir le chef de collectivité et les enfants du parent
défunt, les acquisitions par voie de prêt comme celle rencontrée à Savè impliquent l’acquéreur
(il s’agit le plus souvent d’un migrant désirant acquérir la terre), le (les) intermédiaire(s) et
les chefs de collectivités propriétaires terriens. Enfin, le don et l’achat font intervenir les
acquéreurs, le(les) intermédiaire(s), les propriétaires terriens individuels ou les chefs de
collectivités propriétaires terriens, les collectivités locales (chef de village, chef
d’arrondissement, Maire, etc.). Les caractéristiques de ces différents acteurs impliqués dans
les huit processus d’acquisitions massives de terres étudiées se présentent comme suit :

67
Diagramme 2 : Répartition des acteurs selon les modes d'acquisitions des terres

Ayant droit
membre de la
collectivité
Chefs de
collectivités Intermédiaire(s)

Enfants du
défunt

Héritage Prêt Don Achat

Propriétaires
individuels
Acquéreur Collectivités
locales

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

- Propriétaires terriens individuels (cédants) : ce sont des personnes ayant à titre


individuel, des droits définitifs et transmissibles sur des terres qu’ils peuvent mettre
selon leur gré à la disposition d’autres. Ils ont entre 32 et 73 ans d’âges et sont tous
des autochtones de sexe masculin. Ils sont dans 4 cas sur 5, des analphabètes et chefs
de ménages composés de 10 personnes en moyenne. Leur principale source de revenu
provient des activités agricoles et du commerce. Mais face à des difficultés familiales
(cas de maladies graves, décès, conflits fonciers, scolarisation des enfants, etc.) et
n’ayant aucune ou pas assez de ressources financières pour prendre aussitôt en charge
les dépenses qu’engendrent ces divers problèmes auxquels ils sont confrontés, ils
décident le plus souvent de liquider une partie de leurs actifs physiques dont la terre.
Ainsi dans les processus d’acquisition massive de terres agricoles, leurs rôles
consistent d’une part, à faire circuler en premier, l’information concernant leur désir

68
de cession de terres à leurs voisins, démarcheurs ou chefs de villages. D’autre part, les
propriétaires terriens individuels accompagnent l’acquéreur dans le processus de
formalisation. Notons que 3 cas d’acquisitions (N°6, N°7 et N°8) sur les 8 étudiés ont
été réalisés par des propriétaires terriens individuels.

- Chefs de collectivités : ce sont des personnes ou des groupes de personnes qui jouent
le rôle de premier représentant d’un groupe d'individus ayant tous un même ancêtre
commun, ayant une même origine et appartenant à un même groupe socio-culturel.
Selon les niveaux d’organisation de chaque société, ils peuvent jouer le rôle de garant
de la tradition et gérer le patrimoine foncier de la collectivité dont ils ont été élus chef.
A ce titre, ils interviennent surtout dans les cas d’acquisition de domaines collectifs
qui n’ont pas encore fait l’objet d’un partage individuel entre les différents membres
de la collectivité. Au total 3 cas (N°1, N°4, N°5) sur les 8 étudiées ont été effectués
par des chefs de collectivités ou illicitement par certains de leurs membres. Les chefs
de collectivités présentent les mêmes caractéristiques et jouent presque les mêmes
rôles que les propriétaires terriens individuels dans les processus d’acquisition de
terre. Ils sont souvent sollicités pour la résolution des conflits fonciers.

- Ayants droit : il s’agit des ayants droit membres d’une collectivité propriétaire terrien
dont le patrimoine foncier est normalement géré par un chef de collectivité.
Cependant, face aux conflits fonciers qui subsistent sur ces terres, certains ayants droit
s’investissent illicitement dans des opérations de cessions de terres à l’insu des chefs
de collectivités et des autres ayants droit. Ces types de cessions par certains ayant
droits ont été enregistrées dans 2 cas d’acquisition massive (N°2 et N°3) sur les 8
étudiés.

- Intermédiaires : ce sont des personnes qui facilitent le processus d’acquisition


massive de terre. Leur rôle consiste à introduire les demandes d’acquisition formulées
par les acquéreurs auprès des propriétaires terriens, des chefs de collectivités ou
d’autres intermédiaires. Ils peuvent également être porteurs des offres de cessions
formulées par les propriétaires terriens ou chefs de collectivités auprès des acquéreurs
ou d’autres intermédiaires locaux. La pratique d’une telle intermédiation leur vaut
d’être considéré soit par l’acquéreur ou par le vendeur comme l’un des témoins de
l’acquisition effectuée. Du fait de leur implication, ils perçoivent également une

69
compensation financière de l’ordre de 10% du montant de la transaction (surtout pour
les cas d’achat). Mais généralement lorsque la superficie cédée dépasse 5 ha, cette
règle de 10% n’est plus respectée. Dans ce cas le montant offert à l’intermédiaire est
défini de façon consensuelle soit avec l’acquéreur ou soit avec le propriétaire terrien.
L’acquéreur peut également l‘impliquer dans la gestion de la mise en valeur du
domaine du fait de son intermédiation fructueuse. Sur l’ensemble des 8 cas
d’acquisition massive étudiés, les intermédiaires ont été impliqués dans 7 cas.

- Acquéreurs : ce sont des personnes physiques et/ou morales qui obtiennent des droits de
toute nature (non seulement les droits de propriété, mais aussi les droits d’usage et
d’exploitation), sur une superficie de terre donnée. Les acquéreurs identifiés dans le cadre
de cette étude ont un âge compris entre 35 et 65 ans et ont été scolarisés dans 7 cas sur 8.
De sexe masculin, ces acquéreurs sont pour la plupart, non agriculteurs au départ. En effet
sur l’ensemble des 8 cas d’acquisition étudiés, dans seulement 1 cas (N°4), l’acquéreur
exerçait déjà un métier d’agriculteur avant d’opérer l’acquisition de la terre. Les
acquisitions ont été en partie effectuées par des confections religieuses (3 cas) et à titres
privés par un ancien chauffeur de gros porteur, un responsable de dépôt pharmaceutique,
un soudeur, un entrepreneur économique et un ancien manœuvre agricole employé de l’ex
Société Sucrière de Savè. Des 5 acquéreurs privés, 4 sont des allochtones, en d’autres
termes ils ne sont pas originaires des localités où les acquisitions ont été effectuées. Les
superficies acquises varient entre 25 et 2 060 ha.

- Collectivités locales : il s’agit des chefs de villages, des chefs d’arrondissements, des
agents de la Mairie, etc. qui relèvent du domaine de l’Etat et interviennent surtout dans la
formalisation de l’acquisition. Ils sont intervenus dans 5 processus d’acquisition sur les 8
étudiés. L’un d’eux, un chef de village a joué le rôle d’intermédiaire entre l’acquéreur et
le propriétaire terrien dans l’un des processus d’acquisition étudié.

En dehors de ces principales catégories d’acteurs, on note la présence d’autres acteurs tels que
les géomètres qui font les levées topographiques du domaine acquis et les témoins que choisis
d’une part l’acquéreur et d’autre part le propriétaire terrien pour la formalisation de
l’acquisition.

70
5.2. Utilisations des dispositions en vigueur par les acteurs

La législation foncière béninoise a connu au cours des dix dernières années quelques
changements bien que les premiers travaux et réflexions à ce propos remontent à plusieurs
années plus tôt. Le gouvernement béninois avec le soutien de divers partenaires au
développement a en effet, entrepris une série d’actions et pris d’importantes mesures dans le
souci d’assurer une sécurisation foncière et créer un environnement favorable aux
investissements pour la prospérité des populations du Bénin et plus particulièrement du
monde rural. Au nombre des mesures, l’on a la promulgation de la loi 2007-03 du 16 octobre
2007 portant régime foncier rural en République du Bénin. Cette loi prévoit nombre de
dispositions dont certaines relatives à la gestion foncière, à l’acquisition de terre agricole et à
la mise en valeur des terres acquises il y a plus de 5 ans. A ce titre, il a été apprécié dans le
cadre de cette recherche, le niveau de connaissance que les acteurs impliqués dans les
processus d’acquisition étudiés ont de la législation en vigueur afin d’analyser les utilisations
qu’ils en ont faites.

Comme mentionnés plus haut dans la méthodologie, les éléments des dispositions de la loi
2007-03 portant régimes fonciers ruraux en République du Bénin qui ont été retenus à cet
effet sont relatifs aux :

- dispositions en termes de gestions foncières ;


- dispositions prévues par la loi pour l’acquisition de terres agricoles ; et
- dispositions prévues par la loi en termes de mise en valeur des terres acquises il y a
plus de 5 ans

Le détail du contenu de la loi relatif à ces dispositions est annexé au document (voir annexe
1).

De l’analyse des données collectées, il ressort que pour toutes les catégories d’acteurs
enquêtés (acquéreur, propriétaire terrien ou chef de collectivité et intermédiaire), le niveau de
connaissance des dispositions légales en particulier, celles énumérées plus haut est très faible.

D’abord sur un effectif de 5 acquéreurs individuels ou représentants et 6 responsables de


confessions religieuses acquéreurs28 enquêtés sur le sujet, un seul a déclaré qu’il connaissait
quelques dispositions légales sur la gestion foncière. Aucun des 11 ne connait les dispositions

28
Deux responsables des confessions religieuses impliqués dans les processus d’acquisitions au nom de chacun
des 3 églises ont été enquêtés.

71
prévues en termes d’acquisitions de terre. Signalons que les dispositions de l’administration
locale pour la formalisation des acquisitions opérées sont connues par plus de la moitié
d’entre eux. Pour ce qui concerne les dispositions relatives à la mise en valeur des domaines
acquis, 2 acquéreurs ont affirmé qu’ils savent que tout domaine acheté doit faire objet d’une
mise en valeur. Mais le délai de 5 ans prévu par la loi a été peu évoqué.

Outre les acquéreurs, la deuxième catégorie d’acteurs enquêtés est celle des propriétaires
terriens et chefs de collectivités (cédants). Au total 18 acteurs constitués de vendeurs
individuels, chefs de collectivités et autres membres familiaux impliqués dans les cessions ont
été enquêtés. En général, il a été constaté que sur leur niveau de connaissance des dispositions
légales sur le foncier rural est beaucoup plus bas que celui des acquéreurs. Les acteurs
enquêtés estiment qu’ils ne savent rien des dispositions foncières prévues par la loi. De façon
spécifique, pour les quelques unes qui ont été énumérées, seulement 1 propriétaire terrien
individuel a déclaré qu’il connaissait certaines dispositions sur la gestion foncière. Ses
connaissances ont été pour la plupart acquises grâce à Synergie Paysanne, une organisation
paysanne à vocation syndicale qui s’investit activement dans la protection des droits des
producteurs et la lutte contre les acquisitions massives d terres agricoles.

Pour finir, la dernière catégorie d’acteurs interviewés est celle des intermédiaires fonciers. Sur
un total de 15 intermédiaires enquêtés, 1 déclare qu’il connait quelques dispositions sur la
gestion foncière communale.

Tableau 10 : Niveau de connaissance des différents acteurs sur quelques dispositions de la loi
2007-03 portants régimes fonciers ruraux en République du Bénin

Connaissance Gestion Acquisition des Mise en


des textes foncière terres agricoles valeur des
terres
Catégories
Intermédiaires Connait 1 0 0
(15) Ne connait pas 14 15 15
Acquéreurs et Connait 1 0 2
représentants Ne connait pas 10 11 9
(11)
Cédants Connait 1 0 0
(18) Ne connait pas 17 18 18
Total Connait 3 0 2
(44) Connait pas 41 44 42

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

72
Encadré 6: Niveau de connaissance d'un propriétaire terrien cédant sur les dispositions foncières de la
loi 2007-03 en vigueur au Bénin

« Avant je ne sais rien des lois foncières. Mais lorsqu’on m’a nommé délégué communal pour la
Synergie Paysanne dont l’un des buts est la protection des ressources naturelles en particulier les
terres de Djidja, j’ai pris connaissance de certaines lois :

- ‘’Chaque milieu doit définir des règles de gestion foncière’’


- ‘’On peut prêter ma terre à des gens qui veulent en cultiver’’

C’est pourquoi dans notre groupe synergie paysanne et avec l’aide de la Mairie nous avons décidé
récemment que personne n’achètera des terres agricoles au-delà de 5 ha, mais on peut prêter jusqu’à
100 ha à toute personne qui veut en faire une exploitation. A Djidja ici, les gens ont achetés beaucoup
de terres mais ne les exploitent pas. C’est pourquoi Synergie paysanne existe ici et veut mettre fin à
cela. »

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Encadré 7: Niveau de connaissance d'un propriétaire terrien (cédant) sur les dispositions foncières de la
loi 2007-03 en vigueur au Bénin

« Je ne connais rien des lois foncières. La mairie ne nous a jamais parlé des lois. Chaque propriétaire
terrien garde des terres suivant les limites de son domaine et peut vendre ou utiliser comme il veut. C'est
lorsque nous vendons les terres que les acheteurs nous amènent chez le délégué et à la mairie pour
l'établissement des papiers avec les témoins. »

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

En conclusion, les acquisitions se réalisent avec des acteurs qui ignorent pour la
plupart, les règles et normes légales qui devraient réguler le processus dans lequel ils
s’investissent. S’agissant d’abord des deux articles 7 et 8 traitant des dispositions en termes de
gestion foncière, on remarque que dans chacune des localités d’étude, la communauté a défini
des règles d’accès à la terre socialement reconnues. Les terres rurales faisant objet
d’acquisition massive, ont été ainsi obtenues en conformité avec les règles coutumières

73
socialement reconnues (exemple des dons, prêts et héritages identifiés) et/ou avec le régime
de l’immatriculation (exemple des achats avec formalisation et obtention des titres fonciers)

Par rapport aux dispositions prévues pour l’acquisition de terres agricoles, on remarque que
les superficies de terres acquises sont bien au-delà de 2 ha et toutes les acquisitions se sont
opérées avec pour motivation principale, la création d’une ferme agricole. Généralement, les
acquéreurs se contentent d’expliquer oralement aux propriétaires terriens ou chef de
collectivités les raisons qui motivent leur intérêt à acquérir les terres. De même pour 7 cas sur
les 8 cas étudiés, les collectivités locales ont été tenues informées de l’acquisition au moment
de l’élaboration des conventions de vente et des autres formalisations diverses, donc au
moment de la finalisation de l’acquisition. Par ailleurs, les responsables des services
communaux semblent ne pas tenir rigueur des dispositions prévues par l’article. Ces derniers
se contenteraient en effet du discours avancé par les acquéreurs. Après la formalisation,
aucune action de vérification de la mise en valeur n’a été opérée pour les cas étudiés.

Enfin pour ce qui concerne la mise en valeur elle-même, les domaines acquis ont été aussitôt
mis en valeur pour 7 cas sur les 8 étudiés. Mais la part de la superficie mise en valeur est
relativement faible.

74
Chapitre 6 : les effets des acquisitions massives

Les effets des huit cas d’acquisition massive de terres agricoles étudiés sur les moyens
d’existences ont été évalués sur quatre différents types de ménages que sont :

o les exploitations agricoles des propriétaires terriens (cédants) lui-même ;


o les exploitations d’ouvriers permanents travaillant sur le domaine comme main
d’œuvre ;
o les exploitations agricoles de la même génération que les propriétaires terriens
cédants ; et
o les exploitations agricoles n’entretenant aucun contact direct avec l’entreprise

Pour chaque type d’exploitation, l’analyse des effets des acquisitions foncières sur les moyens
d’existence sera structurée en deux grandes parties. La première se basera essentiellement sur
les effets sur la durée de soudure alimentaire des ménages et le niveau de satisfaction des
besoins non alimentaires des ménages. La seconde étudiera plutôt les effets sur les autres
postes des moyens d’existence que sont : les sources de revenus, le capital financier, le capital
physique, le capital foncier. Dans le premier cas, les unités d’observation sont les ménages
alors que dans le deuxième cas, il s’agit des Responsables d’Unités de Production membres
des différents ménages enquêtés.

6.1. Effets sur la durée de la soudure alimentaire et la couverture des


besoins du ménage
Les enquêtes ont été effectuées auprès de 9 ménages de propriétaires terriens cédants, 10
ménages de propriétaires terriens de même génération que les propriétaires terriens cédants,
21 ménages d’ouvriers travaillant sur les domaines acquis et 4 ménages d’exploitations
agricoles situées dans l’environnement immédiat du lieu d’acquisition.

Cas du ménage des propriétaires terriens cédants

Avant la cession des terres, 8 sur 9 ménages de propriétaires terriens cédants enquêtés ne
connaissaient aucune période de soudure alimentaire. Mais après la cession des terres, on note
une baisse avec une proportion de 5 ménages sur 9 qui ne connaissent pas de soudures
alimentaires. Pour le reste des 4 ménages, 2 d’entre eux connaissent des soudures de 1 à 3
mois et deux autres de 4 à 6 mois. En somme la situation alimentaire des ménages de
propriétaires terriens cédants s’est dégradée après la cession de terres. Face à cette situation,

75
ces ménages développent un certain nombre de stratégies dont l’approvisionnement en vivres
sur le marché pour subvenir aux besoins alimentaires de leurs dépendants. Ainsi on note
certes une période de soudure alimentaire, mais qui est peu ressentie par les responsables
d’unités de production.

Graphe 4: Répartition des propriétaires Graphe 3: Répartition des propriétaires


terriens cédants selon la durée de la terriens cédants selon le taux moyen de
soudure alimentaire couverture des besoins non alimentaires

9 9

8 8

7 7
Pas de Moins de 25%
6 soudure 6

5 Entre 1 et 3 5 Entre 25 et
mois 50%
4 4
Entre 4 et 6 Entre 50 et
3 mois 3 75%
Plus de 6 mois Plus de 75%
2 2

1 1

0 0
Avant Après Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Pour ce qui concerne la couverture des besoins non alimentaires, on remarque que la
proportion de ménages de propriétaires terriens cédants assurant moins de 25% des besoins
non alimentaires (santé, éducation, habillement, etc.) de leurs ménages est passée de 1 sur 9
avant cessions à 3 sur 9 après cessions. Cette situation s’observe surtout au niveau des
ménages d’ayants droit où les présumés propriétaires terriens s’investissant dans les
opérations de cessions face aux différents conflits de droits de propriétés. On note toutefois
une amélioration nette chez 2 ménages de propriétaires terriens cédants avec un taux de
couverture supérieur à 75% après la cession de terre. II s’agit ici de propriétaires terriens qui
ont surtout utilisé une partie de l’argent issu des cessions de terres pour la prise en charge des
dépenses de scolarisation de leurs enfants et autres besoins de leurs familles.

76
Cas des ménages propriétaires terriens de même génération que les propriétaires
terriens cédants

Il s’agit de 10 ménages de propriétaires qui d’une part appartiennent à la même génération


que les propriétaires terriens cédants et qui n’ont pas cédé les terres qu’ils détiennent en
propriété. A ce titre, les données présentées dans les graphes ci-dessous ont été analysées en
prenant pour références les périodes d’avant et d’après cessions de terres par les ménages des
propriétaires terriens cédants associés à chaque cas d’acquisition massive étudié. Signalons
que le patrimoine foncier de base dont disposent ces derniers est inférieur à celui des
propriétaires terriens individuels et chefs de collectivités cédants.

De l’analyse des deux graphes ci-dessous, il ressort que sur l’ensemble des 10 ménages de
propriétaires terriens de même génération que les ménages cédants, 6 ne connaissaient pas de
soudure alimentaire au cours de la période d’avant cession de terres. Par contre pendant la
période d’après cessions de terres, on note une amélioration de la situation alimentaire des
ménages de propriétaires terriens de même génération que les ménages cédants. On dénombre
en effet, 7 ménages sur 10 qui ne connaissent pas de soudure. De plus la durée maximale de la
soudure pour ceux qui en connaissent n’excède pas 3 mois.

Graphe 6: Répartition des propriétaires Graphe 5: Répartition des propriétaires


terriens de même génération que les terriens de même génération que les
propriétaires terriens cédants selon la propriétaires terriens cédants selon le
durée de la soudure alimentaire taux moyen de couverture des besoins
non alimentaire

10 10
9 9
8 8
Pas de Moins de
7 soudure 7 25%
6 Entre 1 et 3 6 Entre 25 et
5 mois 5 50%
4 Entre 4 et 6 4 Entre 50 et
mois 75%
3 3
Plus de 6 Plus de 75%
2 mois 2
1 1
0 0
Avant Après Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

77
Toutefois le taux couverture des besoins non alimentaires des ménages gérés par les
propriétaires terriens de même génération que les propriétaires terriens cédants a connu une
baisse. Au cours de la période d’avant cession de terre, 5 ménages de propriétaires terriens de
même génération que les cédants assuraient une couverture de moins de 50% de leurs besoins
non alimentaires. Mais au cours de la période d’après cession, le nombre est passé à 8
ménages sur 10 pour le même taux de couverture.

Cette situation de baisse de taux de couverture des autres besoins non alimentaires (santé,
hébergement, habillement, etc.) constatée aussi bien chez les propriétaires terriens cédant que
les propriétaires terriens de même génération que les cédants pourrait donc ne pas être
associées aux cessions opérées.

Cas des ménages des ouvriers permanents travaillant actuellement sur les
domaines acquis

Un effectif total de 21 ménages d’ouvriers permanents travaillant sur les fermes installées par
les acquéreurs a été enquêté sur leur situation avant et après emploi sur la ferme.

Avant l’emploi sur la ferme 9 ménages d’ouvriers ne connaissaient pas de soudures


alimentaires contre 6 qui connaissaient une soudure de 1 à 3 mois ; 5 ménages une soudure
allant de 4 à 6 mois et 1 ménage avec une soudure de plus de 6 mois. Mais depuis leurs
emplois sur les fermes, tous les ménages d’ouvriers estiment que leur situation alimentaire
s’est relativement améliorée. On dénombre 10 ménages sur un total de 21 qui ne connaissent
pas de soudures alimentaires. Les 11 ménages restants en connaissent mais pour une durée de
moins de 3 mois. De même pour le taux de couverture des autres besoins non alimentaires,
on note une amélioration entre la période d’avant emploi sur la ferme et celle d’après emploi
sur la ferme. Ainsi, la proportion de ménages d’ouvriers ayant un taux de couverture de
moins de 25% est passée de 12 avant emploi à 5 après emploi. On note également une
augmentation du nombre de ménages ayant un taux de couverture compris entre 50 et 75%.

En somme, l’emploi sur la ferme a contribué à l’amélioration du niveau de couverture des


besoins des ménages. En réalité, avant leur emploi permanent sur la ferme ces ouvriers
dépendaient en majorité d’emplois saisonniers et de culture de subsistance sur de petites
superficies de terres qu’ils qualifient de pauvres. Grâce à leurs emplois permanents sur la
ferme, les ouvriers sont logés (avec parfois leurs familles) et bénéficient d’autres avantages de
la part du promoteur (prise en charge des dépenses de scolarisation des enfants des ouvriers,

78
pris en charge des dépenses de santé, cession de portions de terres pour l’agriculture de
subsistance, etc.). En retour, les ouvriers sont tenus de se rendre disponibles dès que le
promoteur sollicitera leur aide.

Graphe 8: Répartition des ménages Graphe 7: Répartition des ménages


d'ouvriers selon la durée de la période de d'ouvriers selon le taux moyen de
soudure couverture des besoins non alimentaires
100
21
90
18 80
Pas de Moins de
15 70 25%
soudure
60 Entre 25 et
12 Entre 1 et 3
mois 50 50%
9 Entre 4 et 6 40 Entre 50 et
mois 75%
6 30
Plus de 6 Plus de 75%
20
3 mois
10
0 0
Avant Après Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Cas des ménages des exploitations agricoles environnantes

Il s’agit des ménages dont les exploitations agricoles sont situées dans le voisinage du lieu où
l’acquisition de terre étudiée a été réalisée. Un effectif de 4 ménages a été enquêté. Les
données présentées dans les graphes ci-dessous ont été analysées en prenant pour références
les périodes d’avant et d’après acquisitions de terres par les acquéreurs associés à chaque cas
d’acquisition massive étudié.

Avant l’acquisition du domaine, aucun des 4 ménages des exploitations agricoles


environnantes ne connaissait de période de soudure alimentaire. Après acquisition, 2 ménages
sur 4 connaissent de soudure d’une durée comprise entre 1 et 6 mois. Cette situation de
précarité se traduit également à travers le taux de couverture des besoins non alimentaires des
ménages concernés. La proportion de ménage assurant une couverture de moins de 25% des
besoins non alimentaires est passée de 1 à 2 ménages.

79
Graphe 10: Répartition des exploitations Graphe 9: Répartition des ménages des
environnantes selon la durée de la exploitations environnantes selon la
période de soudure couverture des besoins non alimentaires

4 4

3,5 3,5

3 Pas de 3 Moins de
soudure 25%
2,5 2,5
Entre 1 et 3 Entre 25 et
2 mois 2 50%
Entre 4 et 6 Entre 50 et
1,5 1,5
mois 75%
1 Plus de 6 1 Plus de 75%
mois
0,5 0,5

0 0
Avant Après Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Les ménages des exploitations agricoles familiales enquêtés estiment qu’ils n’entretiennent
aucune relation avec les acquéreurs et la présence des fermes de ces derniers ne leur procure
aucun avantage. En réalité, dans 7 cas sur 8, les domaines ayant fait objet d’acquisition
massive n’étaient sujet à aucun droit d’exploitation. A ce titre, les ménages des exploitations
environnantes jugent que la présence des nouveaux acquéreurs n’a eu aucune conséquence
directe sur leur exploitation.

Cependant, leur présence limite les possibilités des exploitations d’accroitre in situ la taille de
leur exploitation pour mieux faire face aux contraintes auxquelles ils sont confrontés. En
effet, les exploitations agricoles de ménages environnantes enquêtées ne disposent que de très
petites superficies agricoles. Au total 3 ménages sur les 4 ménages enquêtés exploitent
actuellement une superficie de 4 ha en moyenne avec pour minimum 1,5 ha et maximum 15
ha obtenus en modes indirects (location et don).

En définitive, les effets des acquisitions massives de terres sur la durée de soudure alimentaire
et la couverture des besoins non alimentaires affectent différemment les ménages enquêtés.
Entre la période d’avant cession et celle d’après cession on constate une dégradation de la
situation alimentaire des ménages de propriétaires terriens cédants. La proportion de ménage
de propriétaires terriens cédants connaissant des périodes de soudure a connu une

80
augmentation par rapport à celle de la période d’avant cession de terres. Par contre on note
une réduction de la durée de soudure alimentaire au niveau des ménages de même génération
que les propriétaires terriens cédants qui n’ont soit pas du tout cédé ou soit qui ont cédé une
partie des terres qu’ils détiennent en propriété. La tendance est identique chez les ménages
d’ouvriers dont la situation alimentaire s’est relativement améliorée depuis leurs emplois par
les acquéreurs.

Quant à la couverture des besoins non alimentaires, on assiste en moyenne à une baisse du
niveau de couverture des besoins non alimentaires chez tous les types de ménages enquêtés à
l’exception des ménages d’ouvriers employés par les acquéreurs. Cette situation de baisse du
taux de couverture des autres besoins non alimentaires (santé, hébergement, habillement, etc.)
entre la période d’avant et d’après cession de terres pourrait donc ne pas être associée aux
cessions opérées.

6.2. Effets sur les autres capitaux des moyens d’existences

Les autres capitaux des moyens d’existences mesurés concernent les sources de revenus, le
capital financier et le capital physique avec un accent particulier sur le capital foncier. Les
enquêtes ont été effectuées auprès de 65 responsables d’unités de production enquêtés
réparties comme suit :

- 11 responsables d’unités de production des ménages de propriétaires terriens


cédants29,
- 14 responsables d’unités de production des ménages des propriétaires terriens de
même génération que les propriétaires terriens cédants,
- 35 responsables d’unités de production des ménages d’ouvriers travaillant sur les
domaines acquis et
- 5 responsables d’unités de production des ménages d’exploitations situées dans
l’environnement immédiat du lieu d’acquisition.

29
Le nombre de ménages enquêté est de ménage enquêté est supérieur au nombre de propriétaires terriens car
certains d’entres eux disposent de deux ménages polygames.

81
6.2.1. Effets sur les sources de revenus

Cas des responsables d’unités de production du ménage des propriétaires terriens


cédants

Au total, 11 responsables d’unités de production ont été enquêtés pour l’ensemble des 9
ménages des propriétaires terriens cédants. Ils pratiquent plusieurs activités économiques qui
contribuent de façon variable au revenu moyen annuel.

Avant les cessions de terres, l’agriculture (y compris les emplois agricoles) contribuait à 43%
au revenu des enquêtés contre 18% après les cessions. La contribution de l’élevage s’est par
contre accrue en passant d’une contribution de 5% avant les cessions à 20% après les
cessions. Par ailleurs les autres sources de revenus comme le transfert reçu d’autres membres
de la famille, les prestations réalisées pour le compte d’autrui, etc. contribuent à hauteur de
30% au revenu après cession.

Graphe 11 : Contribution des activités aux sources de revenus des RUP des ménages
propriétaires terriens cédants

100

80
Agriculture
60 Elevage

40 Transf Agro
Commerce
20
Autres
0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Cas des responsables d’unités de production du ménage de même génération que


les propriétaires terriens cédants

Un effectif total de 14 responsables d’unités de production a été enquêté pour l’ensemble des
10 ménages de même génération que les propriétaires terriens cédants. Ces RUP tirent leur
source de revenus de diverses activités telles que l’agriculture, l’élevage, la transformation
agro-alimentaire et le commerce. Ils tirent également accessoirement leur revenu d’autres

82
sources comme le transfert reçu d’autres membres de leur famille, les prestations réalisées
pour le compte d’autrui, etc.

Avant la période de cession de terres par les propriétaires terriens cédants, l’agriculture
demeurait la principale source de revenu avec une contribution de 65%. Elle était suivie du
commerce (13%) et de diverses autres sources de revenus (11%). Après cession de terre,
l’agriculture demeure toujours la principale source mais avec un taux de contribution plus bas
(53%). Aussi note-t-on une hausse des niveaux de contribution de l’élevage (10%), du
commerce (16%) et des autres sources (18%) au revenu moyen des enquêtés.

Graphe 12 : Contribution des activités aux sources de revenus des RUP de ménages de même
génération que les propriétaires terriens cédants

100

80 Agriculture
60 Elevage

40 Transf Agro
Commerce
20
Autres
0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Cas des responsables d’unités de production du ménage d’ouvriers travaillant sur


les domaines acquis

Un effectif total de 35 responsables d’unités de production a été enquêté pour l’ensemble des
21 ménages d’ouvriers permanents travaillant sur les domaines acquis. Avant leur emploi par
les acquéreurs, leurs principales sources de revenus provenaient entre autre du transfert reçu
d’autres membres de leur famille et des prestations de services réalisées pour autrui. Les
activités agricoles et para agricoles contribuaient respectivement à 37% pour l’agriculture et à
2 %.

Après emploi sur la ferme, on note une nette augmentation de la contribution de l’agriculture
(y compris les emplois agricoles) qui est passée de 37 à 68%. Les autres sources de revenus
sont passées d’une contribution de 47% avant emploi sont passées à 15% après l’emploi par
les acquéreurs.

83
Graphe 13 : Contribution moyenne des activités aux sources de revenus des RUP de ménages
d'ouvriers

100
Agriculture
80
60 Elevage
40 Transf Agro
20 Commerce
0 Autres
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Cas des responsables d’unités de production du ménage des exploitations


environnantes

Un effectif de 5 RUP a été enquêté pour l’ensemble des 4 ménages d’exploitations situées
dans l’environnement des 7 cas d’acquisition étudiés dans le cadre de cette recherche. Les
activités économiques exercées par ces RUP sont peu diversifiées et restent dominées par les
activités agricoles.

Avant la réalisation des acquisitions dans leur environnement, l’agriculture contribuait en


moyenne à 75% et l’élevage à 20% au revenu des enquêtés. Après la réalisation des
acquisitions, la part des activités agricoles dans le revenu est passée à 70% pour l’agriculture
et à 12% pour l’élevage.

Graphe 14 : Contribution moyenne des activités aux sources de revenus des RUP de ménages
des exploitations environnantes

100
80
Agriculture
60
Elevage
40
Commerce
20
Autres
0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

84
En conclusion, à l’exception des RUP de ménages d’ouvriers employés par les acquéreurs, on
constate qu’on ait cédé de terre ou non, que la contribution de l’agriculture ( y compris les
emplois agricoles) aux sources de revenus a baissé dans le temps. En effet, de la période
d’avant cession à celle d’après cessions de terres, la contribution de l’agriculture aux sources
de revenus est passée en moyenne de 43% à 18% pour les ménages de propriétaires terriens
cédant, de 65% à 53% pour les ménages des exploitations de même génération que les cédants
et de 70 à 75% pour les exploitations familiales environnantes. Ainsi pourrait-on dire qu’avec
la cession de leurs terres, les responsables d’unités de production des ménages de
propriétaires terriens cédant se désintéressent de plus en plus des activités agricoles et tirent
de plus en plus leurs revenus d’activités para agricoles et non agricoles. Cette situation
pourrait être à la base de l’augmentation la durée de la période de soudure que traversent ces
types de ménages après la cession de leurs patrimoines fonciers.

Notons que la tendance à la baisse générale constatée pour les activités agricoles est
également associée aux nombreuses difficultés que connaît la filière agricole :

- les baisses de rendements ;


- la baisse de la fertilité des sols ;
- les perturbations climatiques ;
- l’insuffisance de l’encadrement technique ;
- la destruction du couvert végétal du fait des techniques culturales inadaptées ;
- la non maîtrise de l’eau ;
- l’accès difficile aux crédits agricoles ;
- l’accès difficile aux intrants agricoles ;
- l’utilisation des moyens de productions rudimentaires ;
- la réduction de la main d’œuvre familiale entrainant une réduction des superficies
emblavées
- les fluctuations des prix de produits agricoles et les problèmes de filières organisées
telle que celle du coton ;
- etc.

Malgré ces difficultés, on constate toutefois, une augmentation de la contribution de


l’agriculture au revenu des acquéreurs qui est passée de 25% à 50%. En réalité, les
acquéreurs ne sont pas toujours soumis à ce contexte de vulnérabilité dans lequel évoluent les
autres exploitations agricoles familiales enquêtés. Ils disposent non seulement d’une situation

85
économique meilleure mais usent également de leurs diverses relations sociales pour accéder
plus facilement aux institutions de crédits, aux intrants agricoles et aux divers programmes
d’appui à l’agriculture normalement destinée à appuyer les petites exploitations agricoles
familiales. Aussi les moyens de production sont plus ou moins modernes. Sur l’ensemble des
7 acquéreurs qui ont déjà mis en valeur le domaine qu’ils ont acquis, 5 disposent de tracteurs.

6.2.2. Effets sur le capital financier

Le capital financier correspond à la différence entre la valeur actuelle de l’ensemble des


ressources financières des responsables d’unités de production (épargnes, liquidités et
créances d’autrui envers le RUP) et la valeur actuelle de l’ensemble des dettes contractées par
ces derniers et qui n’ont pas été soldées jusqu’au moment de l’étude. Dans cette sous section,
seule la situation actuelle (après cession) des capitaux financiers dont disposent les
responsables d’unités de production des différentes catégories de ménages a pu être appréciée.

Graphe 15 : Répartition des RUP des différents types de ménages selon le niveau actuel de
capital financier

25
RUP de ménages de
20 propriétaire terrien cédant

15 RUP de ménages de même


génération que propriétaire
terrien cédant
10
RUP de ménages d'ouvriers
permanants travaillant sur le
5 domaine acquis

0 RUP de ménages
Moins de100 Entre 100 000 Entre 500 000 Plus de 1 000 d'exploitation environnantes
000 FCFA et 500 000 FCFA et 1 000 000 FCFA du domaine acquis
FCFA 000 FCA

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Sur l’ensemble des 65 responsables d’unités de production enquêtés pour toutes les
catégories de ménages, 36 ont un capital financier inférieur à 100 000 F CFA suivis de 12
différents responsables d’unités de production qui ont respectivement entre 100 000 et

86
500 000 F CFA et entre 500 000 et 1 000 000 F CFA de capital financier. Enfin les 5
enquêtés restants disposent d’un capital financier supérieur à 1 000 000 F CFA.

Au sein des 36 responsables d’unités de production qui ont le plus bas niveau de
capital financier (moins de 100 000 F CFA), on dénombre 5 qui appartiennent aux ménages
de propriétaires terriens cédants, 7 aux ménages de même génération que les propriétaires
terriens cédants, 22 aux ménages des ouvriers travaillant sur le domaine acquis et enfin 2
responsables d’unités de production issus des ménages d’exploitations environnantes du
domaine acquis.

Chez les 5 RUP qui ont les capitaux financiers les plus élevés (supérieur à 1 000 000 F
CFA), on retrouve 2 responsables d’unités de production qui proviennent des ménages de
propriétaires terriens cédants, 2 issus des ménages de même génération que les propriétaires
terriens et 1 issu des ménages d’ouvriers travaillant sur le domaine acquis. Aucun responsable
d’unités de production des exploitations environnantes du domaine acquis ne détient un tel
niveau de capital financier.

En définitive, la situation financière des responsables d’unités de production issus des


ménages ayant cédés de terres est quasi-identique à celle des responsables d’unités de
production appartenant aux ménages de même génération que les propriétaires terriens
cédants. En effet tel que mentionné plus haut, les cessions de terres ont été opérées d’une part
dans 3 cas sur 8 par des chefs de collectivités à travers respectivement un cas de vente, un
don définitif et un prêt à durée indéterminée. Dans les deux derniers cas (don et prêt), les
terres ont été cédées contre une contrepartie forfaitaire dont les seules bénéficiaires directes
demeurent les chefs de collectivités et leurs descendants immédiats. Pour le seul cas de vente
opéré par un chef de collectivité, la quasi-totalité de l’argent a été utilisée pour les litiges
fonciers auxquels la collectivité était confrontée. D’autre part, dans les cas (2 cas sur 8) où les
cessions de terres ont été réalisées illicitement par certains ayants droit, les avantages
financiers issus des ventes n’ont pas été répartis entre tous les ayants droit des terres vendues.
Seuls les propriétaires terriens individuels (3 cas sur les 8 étudiés) qui ont réalisé les cessions
par vente ont déclaré avoir entre autres épargné l’argent issu des ventes et investi dans
l’éducation des enfants.

87
6.2.3. Effet sur le capital physique et capital foncier

Le capital physique regroupe l’ensemble des terres détenues en propriété, la valeur des
cultures en terre, la valeur du cheptel d’élevage, la valeur des stocks de produits agro-
alimentaires ou non destinés à la vente et enfin d’autres capitaux convertibles (moto,
portables, etc.) du RUP. Les estimations monétaires (F CFA) de ces différents types de
capitaux ont été faites en tenant compte de la nature précise de chaque capital. Ainsi pour les
capitaux qui se déprécient avec le temps et l’âge, seules les valeurs actuelles de reventes ont
été prises en compte.

Cas des responsables d’unités de production du ménage des propriétaires terriens


cédants

Avant les cessions de terres, plus de la moitié des responsables d’unités de production
détenaient des biens physiques d’une valeur supérieur 500 000 F CFA. En effet sur
l’ensemble des 11 responsables d’unités de production enquêtés, on dénombre 4 qui ont un
capital physique d’une valeur inférieure à 500 000 F CFA contre 7 qui disposaient d’un
capital physique d’une valeur minimale estimée à 500 000 F CFA.

Graphe 16 : Répartition des RUP des ménages de propriétaires terriens cédants selon le
niveau actuel de capital physique

10
Moins de 50 000 FCFA
8
Entre 50 000 et 100 000
6 FCFA
4 Entre 100 000 et 500
000 FCFA
2 Plus de 500 000 FCFA
0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Après les différentes cessions de terres opérées, on note une diminution des biens physiques
disponibles chez un nombre important de responsables d’unités de production des ménages de
propriétaires terriens enquêtés. Ainsi le nombre de responsables d’unités de production qui
détenaient les biens physiques les plus élevés (valeur supérieure à 500 000 F CFA) sont

88
passés de 7 avant la période des cessions à 5 après la période des cessions. Ceux ayant des
capitaux physiques de valeur estimée à moins de 500 000 F CFA sont passés de 4 à 6. Ceci
traduit une déconcentration des capitaux entre les deux périodes cessions de terres agricoles.
En s’intéressant de façon particulière à l’évolution de certains capitaux physiques en
l’occurrence les biens fonciers détenus par les responsables d’unités de production enquêtés,
on constate que la quasi totalité des terres disponibles sont détenues sous forme d’héritage
avant et après cessions. Toutefois, la proportion de terres détenues sous ce mode a connu une
diminution en passant pour l’ensemble des enquêtés de 2000 ha avant la période des cessions
de terres, à 1067 ha après la période de cessions des terres soit une baisse de 47%. En réalité,
outres les terres cédées et qui font objets d’études de cas dans le cadre de ces travaux, les
ménages de propriétaires terriens ont également cédé d’autres portions de leurs patrimoine
foncier à d’autres acteurs.

Tableau 11 : Evolution des capitaux fonciers des RUP de ménages de propriétaires terriens
cédants

Héritage Achat Prêt


30
Avant 2000,99 6 1
Après 1067,25 6 1
Ecart -933,7 0,0 0,0
Ecart (%) -47% 0% 0%
Source : Enquêtes de terrain, 2012

Cas des responsables d’unités de production du ménage de même génération que


les propriétaires terriens cédants

Avant les cessions de terres, la moitié des responsables d’unités de production enquêtés au
sein de cette catégorie de ménages détenaient un capital physique de valeur inférieure à
50 000 F CFA. Pendant la période d’après cessions de terres, le nombre de responsables
d’unités de production détenant ce même niveau de capitaux physiques est passé de 7 à 4.

30
Les superficies ont été estimées par les enquêtés. Elles pourraient être entachées de biais.

89
Pour les valeurs de capitaux d’une part compris entre 50 000 F CFA et 500 000 F CFA on
dénombre un effectif de 4 RUP avant les cessions de terres et 8 RUP après cessions de
terres.

Pour les niveaux de capitaux les plus élevés (supérieurs à 500 000 F CFA), le nombre de
responsables d’unités de production recensés est de 3 pour la période d’avant cession et 2
pour celle d’après cession.

Graphe 17 : Répartition des RUP des ménages de même génération que les propriétaires
terriens cédants selon le niveau actuel de capital physique

14
12
Moins de 50 000 FCFA
10
8 Entre 50 000 et 100 000
FCFA
6
Entre 100 000 et 500 000
4 FCFA

2 Plus de 500 000 FCFA

0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Entre les deux périodes (avant et après cessions), les capitaux fonciers propres détenus en
propriétés sont passés de 3010 ha à 3001 ha pour l’héritage soit une réduction 0,30% et de 9
ha à 11ha pour l’achat, soit une augmentation de 22%. Seules les superficies détenues en
modes indirects ont connu de grandes variations à la baisse.

Tableau 12 : Evolution des capitaux fonciers des ménages de même génération que les
propriétaires terriens cédants

Héritage Achat Prêt Don


31
Avant 3010 9 6 36
Après 3001 11 4 13,5
Ecart -9,0 2,0 -2,0 -22,5
Ecart (%) -0,30% 22% -33% -63%
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013
31
Les superficies ont été estimées par les enquêtés. Elles pourraient être entachées de biais.

90
Cas des responsables d’unités de production du ménage d’ouvriers travaillant sur
les domaines acquis

Avant les emplois, 26 sur 35 responsables d’unités de production issus des ménages
d’ouvriers détenaient un niveau de capital foncier inférieur à 50 000 F CFA. Après emplois
sur les différentes fermes par les acquéreurs, la proportion d’enquêtés concernés par ce même
niveau de capitaux est passée de 26 à 18, soit une amélioration de situation de 8 responsables
d’unités de productions.

De même pour les capitaux physiques de valeurs comprises entre 50 000 et 500 000 F CFA et
ceux supérieur à 500 000 F CFA, on dénombre respectivement 5 et 4 RUP avant emploi et 11
et 6 RUP après emploi.

Graphe 18 : Répartition des RUP des ménages d'ouvriers selon le niveau actuel de capital
physique

35
30 Moins de 50 000 FCFA
25
20 Entre 50 000 et 100 000
FCFA
15
Entre 100 000 et 500 000
10 FCFA
5 Plus de 500 000 FCFA
0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Les responsables d’unités de production du ménage d’ouvriers travaillant sur les domaines
acquis enquêtés ont vu leur niveau de capital physique évolué même si la valeur des capitaux
reste encore inférieure à 500 000 F CFA chez la majorité. De même on note une légère
augmentation des superficies détenues par ces responsables d’unités de production. Ces terres
sont en majorité obtenues des acquéreurs et sont exploitées en mode indirect par les ouvriers.
Ceci met ces derniers dans une situation de précarité et de dépendance vis-à-vis des
acquéreurs.

91
Tableau 13 : Evolution des capitaux fonciers des RUP des ménages d'ouvriers

Héritage Prêt Don32


Avant 233 0,86 21,4
Après 3 1,86 24,5
Ecart 1,0 1,0 3,1
Ecart (%) 50,00% 116,28% 14,49%

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Cas des responsables d’unités de production du ménage des exploitations


environnantes

Avant l’acquisition des terres dans leurs environnements, tous les 5 responsables d’unités de
production issus de cette catégorie de ménages détenaient un capital physique de valeur
inférieure à 50 000 F CFA. Après les acquisitions le nombre de responsables d’unités de
productions détenant ce même niveau de capital est passé à un effectif de 3. Les 2 autres sont
passés d’un capital physique d’une valeur comprise entre 50 000 F CFA et 100 000F CFA.

Graphe 19 : Répartition des RUP des ménages des exploitations environnantes selon le
niveau actuel de capital physique

5
4,5
4
Moins de 50 000
3,5 FCFA
3 Entre 50 000 et
2,5 100 000 FCFA
2 Entre 100 000 et
500 000 FCFA
1,5
1 Plus de 500 000
FCFA
0,5
0
Avant Après

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

32
Don non transmissible à durée indéterminée
33
Les superficies ont été estimées par les enquêtés. Elles pourraient être entachées de biais.

92
Tableau 14 : Evolution des capitaux fonciers des RUP des ménages des exploitations
environnantes

Héritage Prêt Don


Avant 14 25,5 4
Après 14 21,5 5
Ecart 0,0 -4,0 1,0
Ecart (%) 0,00% -15,69% 25,00%
Source : Enquêtes de terrain, 2012

Les capitaux fonciers de ces ménages ont connu une hausse relative. Mais ces terres ont été
en majorité obtenues en mode indirect. Ceci expose ces derniers à une situation de précarité et
de dépendance vis-à-vis des propriétaires terriens.

93
Conclusion

Le phénomène d’acquisitions massives de terres agricoles est réel et se manifeste à diverses


échelles dans les communes du Bénin. Il s’opère selon des modalités assez variées. Il reste
dominé par l’achat (6 cas sur 8 étudiés) suivi de l’héritage, du prêt et du don. Les deux
derniers modes d’acquisition (prêt et don) deviennent de plus en plus rares. Dans le cadre de
cette étude, les cas conclus avec ces modes remontent respectivement à 21 et 54 ans.
Selon le mode d’obtention, les différents processus d’acquisition étudiés mettent en jeu
plusieurs catégories d’acteurs ayant des rôles spécifiques à jouer dans le processus. Il s’agit
des acquéreurs, des propriétaires terriens cédants, des intermédiaires et des collectivités
locales représentant l’administration locale.
Par ailleurs, on note que ces acteurs ont un très faible niveau de connaissance des dispositions prévues
par la loi 2007-03 du 16 octobre 2007 portant régime foncier rural en République du Bénin en
terme de gestion foncière, d’acquisition de terres agricoles et de mise en valeur des terres
acquises il y a plus de 5 ans. Ce manque de connaissance est plus marqué chez les
propriétaires terriens qui semblent ne reconnaitre aucun droit à l'autorité publique de s’ingérer
dans la gestion de leur patrimoine.

Néanmoins bien qu’ayant un faible niveau de connaissances, pour l’ensemble des 8 cas
d’acquisitions étudiés, aucun cas de conflits majeurs n’a été observé entre les différents
acteurs. Les seuls cas de conflits enregistrés opposent le plus souvent les propriétaires terriens
cédants qui disputent les droits de propriété du domaine cédé avec d’autres acteurs de leur
milieu qui se réclament également propriétaires du même domaine.

Pour ce qui concerne enfin la polémique qui oppose les pour et les antis acquisitions massives
de terres agricoles sur les effets de ces opérations sur les exploitations agricoles, il a été
remarqué que :

- pour les 8 cas d’acquisition étudiés, les acquéreurs contribuent à travers leurs
investissements à la création de près de 463 emplois permanents et 1138 emplois
occasionnels entre 2007 et 2012 bien que la plupart de ces emplois soit créé pour de la
main d’œuvre non locale ;
- les ménages des propriétaires terriens ayant cédé les terres ont connu en moyenne une
dégradation plus profonde de leur situation alimentaire entre la période d’avant
cession et celle d’après cession par rapport aux autres catégories de ménages enquêtés
(ménages de même génération que les propriétaires terriens cédants et ménages des

94
exploitations environnantes).Notons toutefois que cette dégradation est surtout
constatée chez les ménages des collectivités propriétaires terriens cédants où tous les
ayants droit ne sont pas associés aux ventes ;
- le taux de couverture des besoins non alimentaires de toutes les catégories de ménages
a baissé entre la période d’avant et celle d’après cession des terres par les propriétaires
terriens cédants. Il s’agit d’une tendance globale constatée dans le milieu et qui
pourrait ne pas être associée à l’effet de l’acquisition ou de la cession.
- les ménages de propriétaires terriens cédants tirent de moins en moins leurs revenus de
l’agriculture contrairement aux autres catégories de ménages. Ils détiennent par contre
les niveaux de capitaux financiers les plus élevés.
- pendant que les ménages des propriétaires terriens cédants connaissent une
déconcentration de leurs capitaux physiques et en particulier fonciers, les autres types
de ménages qui n’ont pas réalisé de cessions ont connu une augmentation de leurs
capitaux. Toutefois, les volumes de capitaux sont plus élevés chez les propriétaires
terriens cédants que chez les autres propriétaires terriens.

95
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99
ANNEXES

100
Annexe 1 : Les dispositions en vigueur tirées de la loi 2007-03

Les dispositions en vigueur tirées de la loi 2007-03 qui ont été analysées concernent :

- Les dispositions en termes de gestion foncière

Article 7 : Les terres rurales des particuliers, des collectivités familiales et des personnes
morales de droit privé sont détenues, soit en application du régime de l’immatriculation, soit
en vertu des règles coutumières.

Article 8 : Il est reconnu aux communautés à la base telles que définies par l’article ci-dessus,
le droit de définir des règles spécifiques de gestion des terres rurales édictées par la présente
loi, conformément à l’intérêt général, aux lois et règlements de la République et aux arrêtés
communaux en vigueur. Ces règles doivent faire l’objet d’un arrêté communal.

- Les dispositions prévues par la loi pour l’acquisition de terres agricoles

Article 68 : L’acquisition d’une terre rurale dont la superficie est supérieure à deux (02)
hectares doit être faite à des fins de mise en valeur agricoles, halieutique, pastorale
conformément aux dispositions des articles 73 et suivants de la présente loi ou d’une manière
générale liée à un projet d’intérêt général.

- Les dispositions prévues par la loi en terme de mise en valeur des terres acquises il
ya plus de 5 ans

Article 11 : Tous les Béninois ont une égale vocation à accéder aux ressources naturelles en
général et aux terres agricoles en particulier, sans discrimination de sexe ou d’origine sociale,
dans les conditions prévues par la Constitution, les lois et les règlements.

Article 69 : La cession directe du contrat de location par le locataire et la sous-location sont


interdites, sauf accord préalable écrit du propriétaire ou du détenteur du terrain

Article 73 : Les propriétaires de terres rurales autres que l’Etat et les collectivités territoriales
ont l’obligation de les mettre en valeur, sauf le cas où la qualité du sol nécessite un repos
momentané dont la durée ne peut être supérieure à cinq (5 ans).

Article 74 : Les terres rurales acquises en pleine propriété ou détenues dans les formes
admises par la coutume dont la mise en valeur n’a pas été assurée dans les conditions fixées
aux articles suivants peuvent faire l’objet d’une mise en valeur agricole ou pastorale par toute

101
personne physique ou morale qui en fait la demande, comme il est dit dans l’article 76 de la
présente loi.

NB : le défaut de mise en valeur est l’absence de tout entretien et de toute production


d’une terre rurale durant une période continue de cinq (05) ans décomptée
rétroactivement à compter de la date du constat de l’absence d’entretien et de
production.
Le défaut de mise en valeur ou d’insuffisance de mise en valeur résulte soit d’un
défaut de mise en culture, soit d’un mauvais état de production, soit de l’abandon
d’une installation industrielle sur les terres concernées.
Sont réputées non mises en valeur :
- Les concessions devenues définitives, lorsque les conditions imposées par le
cahier des charges annexé à l’arrêté d’octroi ne sont pas remplies ;
- Les parcelles isolées demeurées en friches pendant (05) années consécutives ;
- Les parcelles mise en jachère pendant plus de cinq (°05) ans.

Article 76 : Toute personne physique ou morale peut demander au maire l’autorisation


d’exploiter une parcelle susceptible d’une mise en valeur rurale qui se trouve dans l’un des
cas prévus dans l’article 75-ci-dessus.

102
Annexe 2 : Le cas l’acquisition N°1

Genèse et modalités d’investissements


Situé dans le village de Lanta-Centre (arrondissement de Lanta, commune de Klouékanmey),
l’acquisition N°1 s’étend sur une superficie totale de 64,93 ha obtenue par achat. Il a été créé
en 1987 par un collectif de trois (3) fidèles d’une confession religieuse de Porto Novo, Capital
du Bénin. Ce complexe aurait été installé suite à une révélation divine que l’un d’entre eux (le
responsable actuel du complexe) aurait reçu. Ce dernier s’était alors associé aux deux autres
pour la création du Complexe Agricole à Lanta-Centre. Conformément au message divin reçu,
l’objectif à la création était l’installation d’un complexe agricole susceptible de contribuer à la
réduction de la pauvreté à travers la création d’emplois pour les marginalisés et la production
de vivres pour la prise en charge des besoins des orphelins, enfants abandonnés, veuves et
autres cas sociaux. Dès le démarrage des activités du complexe agricole, les premiers
initiateurs créèrent également en 1987 sur le même site une église du Christianisme Céleste
dont la plupart des fidèles étaient employés sur la ferme comme ouvriers agricoles. Dans le
souci de se faire une reconnaissance juridique et d’accéder aux services financiers, le
complexe fut enregistré le 04 Avril 2008 sous le statut d’un groupement au Centre
Départemental de Promotion Agricole du Mono-Couffo avec pour membres du groupement
certains fidèles de l’église qui travaillaient sur le domaine comme employés permanents. Mais
la gestion interne ne respecte aucun des principes de base d’un groupement. Il s’agit juste
d’un statut acquis pour pouvoir bénéficier des opportunités destinées aux initiatives locales de
développement. Il faut noter que tous les investissements consentis sur le complexe agricole
se font au nom de la confession et non au nom du groupement ou des initiateurs.

Tableau A1 : Quelques événements marquants du complexe agricole

Années Evénements Marquants du Complexe

1987 Acquisition par achat d’un domaine de 3ha à 150 000 F CFA.
Démarrage des premières activités de la ferme.

1988 Départ d’un des trois initiateurs associés pour la création du complexe. Ce dernier aurait
démissionné du complexe car toutes les charges financières reposaient sur lui. Son départ
a plongé la ferme dans une difficulté financière pendant plusieurs années.

1998 Reprise progressive des activités de la ferme. La plupart des activités étaient désormais
financées par la femme de l’un des deux co-fondateurs du complexe (actuel responsable

103
du complexe).

2002 Visite du ministre béninois en charge de l’agriculture de l’époque.

2007 Décès de la femme d’un des deux co- fondateurs. Cette dernière contribuait au
financement des activités après le départ du premier co-fondateurs en 1988

2009 Vol d’une somme de plus de 15 000 000 F CFA par un des employés.

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Processus d’acquisition de la terre


Avant d’aborder le processus d’acquisition des 64,93 ha de terre par l’acquéreur N°1, il est
important de rappeler le contexte dans lequel évolue le foncier dans le village de Lanta-
Centre.

Contexte du foncier dans le village de Lanta-Centre

Aux dires des acteurs, toutes les terres cultivables de Lanta-Centre, village d’implantation de
l’acquisition N°1 font objets de litiges entre deux collectivités (Collectivité A et Collectivité
B) qui se réclament depuis plusieurs décennies la paternité de 1 590 ha de terre. L’affaire
avait été portée devant les juridictions étatiques locales.

Déjà en 1972, le tribunal de Lokossa aurait, au cours d’une première décision reconnu la
collectivité A comme unique propriétaire terrien. Selon les membres de cette collectivité, ils
auraient vendu moins de 60 ha de terre avant que l’affaire ne soit portée pour la première fois
devant les juridictions. Mais avec l’accentuation des conflits, les ventes se sont accrues.
Notons qu’au moment du premier délibéré, le tribunal n’avait pas fait un levé topographique
des terres litigeuses. Cette faiblesse de la décision de la cour aurait été exploitée plus tard par
la descendance de la Collectivité B qui aurait de nouveau, commencé par disputer la propriété
du domaine avec la descendance de la Collectivité A en 1987.
N’ayant pas les moyens financiers nécessaires pour subvenir aux dépenses du jugement
(pièces à fournir, prestation de l’avocat, levée topographique, etc.), la descendance de la
collectivité A a opéré des ventes d’une grande partie du domaine litigieux en direction de
plusieurs acquéreurs dont les acquéreurs du présent cas qui nous intéresse dans le cadre de
cette recherche.

104
Selon les documents du tribunal, le jugement a été toujours fait en faveur de la Collectivité A
mais à chaque fois la collectivité adverse fait appel de la décision (les décisions du tribunal
après appel ont été rendu respectivement en 2004, en 2006 et en 2009).
Le conflit est toujours en cours et le reste du domaine non vendu a été déclaré litigieux par le
tribunal. Toutefois, les membres de la Collectivité B en complicité avec un chef
d’arrondissement aurait procédé à de nombreuses ventes illicites du domaine litigieux. Selon
les membres de la collectivité A, des 1 590 ha que couvre le domaine, il ne resterait q’un
hectare qui n’a pas été vendu. Tout ceci a été confirmé par le chef d’arrondissement au cours
de nos divers entretiens.

Notons que la partie du domaine qui a été vendu à l’acquéreur N°1 (promoteurs du complexe
agricole) ne fait l’objet d’aucun conflit. Pour la descendance de la Collectivité B, les
promoteurs du complexe seraient les précurseurs de conflits qui persistent aujourd’hui entre
les deux collectivités. Pour eux, c’est le responsable du complexe qui finance la collectivité
adverse pour qu’ils puissent faire recourt à la justice.

Processus d’acquisition de la terre par les promoteurs du complexe Agro-Sylvo-


Pastoral « Mont Sinaï de Lanta »

Tout a démarré en 1987 au cours d’une séance d’évangélisation de la confession religieuse à


Porto Novo où, l’Esprit de Dieu se serait révélé à un fidèle A de l’église en lui confiant
comme mission la mise en place d’un complexe agricole à des fins humanitaires. Ayant reçu
cet appel, le fidèle A sollicita l’aide de deux de ses confrères qui acceptèrent de l’aider pour
l’accomplissement de la mission reçue. C’est ainsi que l’un d’eux, le fidèle B fut envoyé dans
la commune de Klouékanmey pour une prospection en vue de l’acquisition d’un domaine.
Arrivé dans la commune, il se serait rapproché d’une de ses anciennes connaissances, l’actuel
chef du village d’Akpakahoué, un des villages de Klouékanmey (arrondissement de Lanta).
Ce dernier reçu le fidèle B chez lui en présence d’un habitant X du village qui était de
passage chez le chef de village pour un problème personnel. Le fidèle B expliqua ainsi au
Chef de village l’objet de sa visite et sollicita l’aide de ce dernier pour l’identification d’un
domaine à acquérir. Ayant participé aux discussions, l’habitant X du village porta aussitôt à
la connaissance des deux autres qu’il a un ami qui voudrait vendre des terres. Les premières
informations sur le domaine furent ainsi collectées par le fidèle B.

Ayant été informé de cette possibilité d’acquisition, le fidèle B accompagné de ses deux
autres confrères de l’Église de Porto-Novo allèrent à la rencontre de l’habitant X quelques

105
semaines après leur première rencontre. Ce dernier accompagné de quatre autres personnes
emmenèrent la délégation des acquéreurs chez le vendeur A1 (gestionnaire du patrimoine
foncier de la Collectivité A). Le collectif des acquéreurs expliqua au vendeur et aux cinq
autres personnes citées plus haut, la révélation divine qu’ils avaient reçus de même que
l’objectif visé qui était l’achat de terre agricole pour la production végétale en vue d’assurer la
prise en charge des orphelins et déshérités du milieu et d’ailleurs.

Après cet exposé du groupe des acquéreurs, le vendeur A1, aurait dans un premier temps
décidé de leur donné gratuitement la terre car les objectifs de la mission étaient à but
humanitaire et louable. Mais l’un des membres du groupe des acquéreurs (le fidèle A, actuel
responsable de la ferme) déclina l’option du don de terre et convint le vendeur A1 de procéder
à la vente de la terre pour éviter que les enfants du donateur ou quelconque autres membres de
la collectivité A leur retirent la terre plus tard. Compte tenu des objectifs humanitaires de la
mission, le vendeur A1 représentant du propriétaire terrien décida de leur vendre d’abord 3 ha
et si au démarrage les acquéreurs respectaient les objectifs humanitaires dont ils avaient fait
cas, il pourrait leur vendre plus de terre. La terre fut ainsi vendue en 1987 à une somme de 50
000 F CFA l’hectare. L’habitant X avait était désigné comme l’un des témoins des
acquéreurs. La vent s’est opérée sans aucune précaution de formalisation au niveau des
instituutions étatiques, une décharge a été délivrée. Peu après cette première vente, le vendeur
A1 commença dès 1988 à solliciter de façon continue des prêts financiers chez les
responsables de la confession religieuse pour faire face aux dépenses liés aux problèmes que
rencontre la collectivité. Chaque prêt était sanctionné par une décharge et quand le montant
devient important, les responsables de la ferme exigeaient que le représentant de la
collectivité A rembourse l’argent contre une portion de terre dont la superficie correspond à la
valeur du montant prêté. Avec l’ampleur que prenaient les conflits fonciers dans le milieu, les
cessions de terre ont été plus tard (au cours des années 2000) sanctionnées par des
conventions de ventes. Les conventions de ventes ne se font pas au nom du complexe agricole
mais plutôt au nom de la confession religieuse que les promoteurs de la ferme ont installé sur
une portion du domaine. Ceci serait sans doute une stratégie de sécurisation car serait-il plus
facile de remettre en cause une terre acquise par un particulier ou un groupement que celle
acquise par une église. C’est ainsi que les promoteurs de l’acquisition N°1 sont passés de 3 ha
en 1987 à 64,93 ha en 2012. Le tableau suivant donne quelques détails sur les superficies
acquises et les années des acquisitions ainsi que les raisons de la vente par le représentant de
la collectivité propriétaire terrien.

106
Tableau A2 : Description des différentes phases d’acquisition

Propriétaire Année Superfici Mode Raisons de la vente par le propriétaire terrien Montant total Acquisition Existence
terrien (Vendeur) d’acquisition e acquise d’acquisition de l’acquisition conclue de conflits
oralement ou (oui ou non)
par écrit ?
Vendeur A1 1987 3 ha Achat (1) Besoin de ressource financière pour subvenir 150 000 F CFA Ecrit Non
aux besoins de la famille.

(2) Objectifs humanitaires nobles véhiculés par


l’acquéreur N°1 qui s’est entretenu avec le vendeur
A1 (représentant de la collectivité A).
Vendeur A1 1988 9 ha Achat (1) Besoin de ressource financière pour faire face 450 000 F CFA. Ecrit Non
aux dépenses liées à un litige foncier porté au
tribunal.
Vendeur A1 1990 13 ha Achat (1) Besoin de ressource financière pour faire face 650.000 F CFA Ecrit Non
aux dépenses liées à un litige foncier porté au
tribunal.
Vendeur A2 1991 1,2 ha Achat (1) Décès du vendeur A1 et besoin de ressource 60 000 F CFA Ecrit Non
financière pour faire face aux dépenses liées à un
litige foncier porté au tribunal.
Vendeur A2 1992 5 ha Achat (1) Besoin de ressource financière pour faire face 250 000 F CFA Ecrit Non
aux dépenses liées à un litige foncier porté au
tribunal.

107
Vendeur A2 1993 7 ha Achat (1) Besoin de ressource financière pour faire face 350 000 F CFA Ecrit Non
aux dépenses liées à un litige foncier porté au
tribunal.
Vendeur A2 1994 4,25 ha Achat (1) Aucune raison n’a été avancée 230 000 F CFA Ecrit Non

Vendeur A2 1995 1,25 ha Achat (1) Aucune raison n’a été avancée 60 000 F CFA Ecrit Non
Vendeur A2 1996 1 ha Achat (1) Aucune raison n’a été avancée 60 000 F CFA Ecrit Non
Vendeur A2 1997 18 ha Achat (1) Aucune raison n’a été avancée 980 000 F CFA Ecrit Non

Vendeur A 3 2003 1 ha Achat (1) Décès du père du vendeur et besoins de 73 840 F CFA Ecrit mais pas Non
ressources financières pour les dépenses des encore
funérailles. formalisée.
Vendeur A 3 2004 1,23 ha Achat (1) Aucune raison n’a été avancée 222 400 F CFA Ecrit mais pas Non
encore
formalisée.
Vendeur A 3 2011 0.12 ha Achat (1) Aucune raison n’a été avancée 120 000 F CFA Ecrit mais pas Non
encore
formalisée.
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

108
Activités du complexe agricole installé sur le domaine de l’acquisition N°1
Les premières activités du complexe ont démarré en 1987 et se poursuivent jusqu’à nos
jours. Le complexe est organisé en unités de productions qui caractérisent chaque type
d’activité qui y est pratiquée. On a :

- l’unité de production animale : elle a démarré en 1994 et compte en 2012 l’atelier


d’aviculture avec un cheptel de 25 000 poules pondeuses, un atelier d’élevage ovin
avec 181 têtes, et un atelier d’élevage bovin avec 4 têtes de bœufs ;

- l’unité de production halieutique : cette unité a démarré avec l’installation des


premiers étangs en 1994 et compte en 2012, 28 étangs de 500 m2, 3 étangs de 1000 m2
dont 1 étang est équipé d’un bâtiment d’élevage de poulets sur pilotis et 1 étang de
2000 m2. Les espèces élevées sont : Tilapias, Clarias et Hétérotis ;

- l’unité de production végétale : les activités de cette unité ont démarré en 1987 dès
l’acquisition de la première portion du domaine. Divers spéculation sont effectuées à
ce niveau. On a : les cultures vivrières (maïs, soja, niébé et manioc), les maraîchers
(légume feuille de grande morelle) les plantations de diverses cultures industrielles
(banane plantain, orangers de diverses variétés, pamplemousse, le teck, le Gmelina
arborea, l’acacia et l’eucalyptus) puis la production fourragère du panicum pour
l’atelier de production animale. Ces différentes spéculations se faisaient en 2012 sur
une superficie totale de 52 ha ;

- l’unité d’Agro-industrie : cette unité a été mise en place en 2008 en vue de la


production sur place des matières premières utilisées pour l’alimentation animale et
piscicole. Il s’y produit ainsi des provendes pour les volailles et les poissons, et la
production d’huile palmiste.

Organisation et gestion des ressources humaines


Le complexe agricole a été juridiquement enregistré au titre d’un groupement. Mais en
réalité, ce complexe ne fonctionne pas comme un groupement et même la règle d’une
personne égale à une voix n’est pas respectée. Ce complexe est en effet géré par une équipe
de trois personnes installée depuis la création. Il s’agit du responsable actuel, du secrétaire et
du chargé à l’information et à l’organisation des activités de la ferme. Tous ces trois

109
responsables exerçaient des fonctions non agricoles avant la création du complexe. Pour les
autres tâches, la ferme emploie de la main d’œuvre permanente et occasionnelle.

Dans la constitution du groupement, les permanents ont été déclarés comme étant membre du
groupement pour pouvoir obtenir la reconnaissance juridique et bénéficier des subventions
diverses. En réalité, les ouvriers permanents sont pour la plupart des fidèles qui ont quitté
diverses contrées (à l’intérieur comme à l’extérieur du pays) à causes de plusieurs problèmes
qu’ils rencontrent (notamment ceux d’ordre mystiques puis de santé) et pour lesquels ils ont
sollicité les services de la confession religieuse installée sur la ferme par les promoteurs.
Selon les acteurs enquêtés, au cours de la résolution de ces problèmes, le malade séjourne
pendant une période sur la ferme pour des séances de prières et de guérison. Pendant ce
temps, ils participent de façon bénévole aux activités exécutées sur le complexe agricole.
Après la résolution de leur problème et peu de temps avant leur départ de l’église et de la
ferme, les responsables de l’église (encore responsable de la ferme) leur annoncent qu’ils ont
reçu de Dieu un message stipulant qu’en quittant la ferme leurs problèmes reprendront de
nouveau. Pris par la peur et pour faire la volonté de Dieu disent-ils, les fidèles venus chercher
la guérison auprès de l’église décident de ne plus s’en aller et de travailler comme ouvriers sur
la ferme. Contrairement aux principes des groupements ou les surplus issus des activités sont
partagés équitablement entre les membres du groupement, ceux-ci sont payés mensuellement.
Chaque ouvrier est logé avec sa famille sur la ferme ; reçoit un salaire mensuel de 30 000 F
CFA quelque soit les tâches exécutées ; mais les diverses charges d’électricité, d’eau, de
loyers et de scolarisation des enfants sont prises en charge par la ferme. A cela s’ajoute une
prime mensuelle d’une valeur de 1 500 F CFA donnée pour chaque enfant que possède un
ouvrier.

En ce qui concerne le niveau de qualification de la main d’œuvre, après la guérison au sein de


l’église, l’ouvrier choisit lui même l’unité de production au sein de laquelle il veut exercer
puis reçoit une formation préalable. Si l’ouvrier requiert des aptitudes particulières, il peut
servir dans d’autres domaines (service commercial, équipement, etc.)

Tableau A3 : Répartition des ouvriers permanents par unité de production en 2012

Unités Production Production Agro- Production Autres Total


Ouvriers Halieutique Animale industrie Végétale secteurs
Nombre de salariés 11 22 15 9 7 64

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

110
Tableau A4 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanente et occasionnelle au cours des 5 dernières années

Emploi permanent Emploi occasionnel

Années Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village
(Cotonou, Porto-Novo, Nigéria, etc.)

Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des N’ayant Ayant des liens Ayant des N’ayant Ayant des Ayant des N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec liens avec le aucun avec l’acquéreur liens avec le aucun liens avec liens avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) trois (vendeur) trois (vendeur) trois
le démarcheur et/ou le et/ou le et/ou le
démarcheur démarcheur démarcheur
2007 0 0 0 64 0 0 0 0 25 0 0 0

2008 0 0 0 64 0 0 0 0 40 0 0 0

2009 0 0 0 64 0 0 0 0 35 0 0 0

2010 0 0 0 64 0 0 0 6 24 0 0 0

2011 0 0 0 64 0 0 0 3 25 0 0 0

111
2012 0 0 0 64 0 0 0 4 15 0 0 0

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

112
Les ouvriers occasionnels sont pour la plupart des habitants du village qui viennent travailler
de façon périodique sur la ferme. Pendant que l’effectif des ouvriers permanents est resté
constant sur les 5 dernières années, l’effectif des ouvriers occasionnels suit une tendance à la
baisse. Les ouvriers occasionnels sont payés à la tâche.

Gestion financière
Toutes les décisions sur les activités à mener et leurs financements se font par le responsable
du complexe. Le décaissement du budget de fonctionnement élaboré se fait entre le secrétaire
et le président, tous deux membres fondateurs du Complexe. Toutefois, on note une mauvaise
utilisation des ressources financières de la ferme. En effet, plus de 50% des ressources
générées par l’exploitation sont dépensées dans les activités d’évangélisation et l’organisation
de fêtes au niveau de la confession religieuse installée par les promoteurs de la ferme. Ainsi le
taux de réinvestissements des bénéficies dans les diverses unités du complexe est de plus en
plus faible. Les prêts contractés auprès des structures de financement constituent ainsi l’une
des principales sources de financement des activités de la ferme.

Tableau N°A5 : Crédits contractés par le complexe de 2002 à 2012

Années Structures Montant (F CFA) Taux Taux de


remboursement (%)
2002 PADME 2.000.000 2% par mois 100
2003 PADME 2.000.000 2% par mois 100
2004 PADME 5.000.000 2% par mois 100
2005 PADME 10.000.000 2% par mois 100
2006 PADME 10.000.000 2% par mois 100
2007 PADME 10.000.000 2% par mois 100
PADME 10.000.000 2% par mois 100
2008 BOA 6.000.000 13% par an 100
CFAD 15.000.000 8,5% par an 100
PADME 10.000.000 2% par mois 100
BOA 20.000.000 13% par an 100
2009 CFAD 20.000.000 2% par mois 100
CFAD 10.000.000 10% par an 100
2010 PADME 10.000.000 2% par mois 100
BOA 20.000.000 13% par an 100
2011 PADME 10.000.000 2% par mois 100
BOA 25.000.000 13% par an 100
2012 PADME 10.000.000 2% par mois En cours
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013
Ces crédits sont obtenus au nom du groupement mais les fonds sont finalement gérés par le
responsable et le secrétaire du Complexe.

113
Quant aux flux de rentabilité, le tableau ci-dessous nous en donne des détails sur les cinq
dernières années. Les lieux d’écoulement des produits sont : Azové, Bohicon, Abomey, Lanta
et les passagers qui empruntent la route inter Etat d’Abomey-Azovè. Signalons au passage
qu’en dehors des structures de financement, le complexe entretient des relations avec le
Centre Communale de Promotion Agricole de Klouékanmey pour des appuis divers (conseil
en gestion des exploitations, facilitations pour l’obtention des subventions, etc.).

Diagramme A1 : Diagramme de Venn du Complexe agricole

CeCPA / CeRPA

IMF Complexe agricole Banques

Clients de la ferme

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

114
Tableau A6 : Flux de rentabilité de quelques activités du complexe de 2007 à 2012

Paramètres Rentabilité 2007 2008 2009 2010 2011 2012

Coût de production 5 000 000 7 000 000 8 000 000 6 500 000 5 000 000 8 500 000

Valeur du produit 20 000 000 26 000 000 30 000 000 21 000 000 18 000 000 36 000 000 (Il reste encore
Pisciculture
du poison de 2012 qui n’ont
pas encore été vendus)

Marge brute 15 000 000 19 000 000 22 000 000 14 500 000 13 000 000 27 500 000

Coût de production 75 000 000 75 000 000 78 000 000 85 000 000 52 000 000 48 000 000

Valeur du produit 152 000 000 153 000 000 150 000 000 200 000 000 120 000 000 122 000 000
Aviculture
Spéculations

Marge brute 77 000 000 78 000 000 147 000 000 115 000 000 68 000 000 74 000 000

Coût de production 100 000 120 000 125 000 80 000 75 000 60 000

Valeur du produit 2 525 000 2 852 000 3 015 000 3 000 000 3 000 000 2 500 000
Agrumes
Marge brute 2 425 000 1 732 000 2 890 000 2 920 000 2 925 000 2 440.000

Coût de production 0 15 000 000 60 000 000 70 000 000 65 000 000 Compte en cours

115
Transformation Valeur du produit 0 45 523 000 125 000 000 152 000 000 144 000 000 Compte en cours
agroalimentaire
Marge brute 0 30 523 000 65 000 000 82 000 000 79 000 000 Compte en cours

Coûts de productions 80 100 000 97 120 000 146 125 000 161 580 000 122 075 000 Compte en cours
Activités

Valeur des productions 174 525 000 227 375 000 308 015 000 376 000 000 177 000 000 Compte en cours
Total

Marges brutes 94 425 000 130 255 000 161 890 000 214 420 000 54 925 000 Compte en cours

Source : Documents comptable de la ferme, 2012

116
Annexe 3 : Le cas l’acquisition N°2

Genèse et modalités d’investissements


Situé dans le village de Sawamè-Houéhiho (arrondissement de Lanta, commune de
Klouékanmey), la ferme a été créée en 1994 et couvre une superficie de 107 ha acquise par
achat. L’acquéreur (N°2) faisait d’une part dans le commerce général (pour la vente de pièce
détachées et de motos) et d’autre part était le directeur de dépôt pharmaceutique qu’il a
installé sous autorisation de la Direction Départementale de la Santé de Lokossa dans la
commune de Klouékanmey. Il achetait la plupart des pièces détachées et motos à l’extérieur
du pays. En 1993-94 avec la dévaluation du F CFA, il fut stupéfait par l’augmentation des
prix des produits sur le marché extérieur. Il en discuta avec l’un de ses fournisseurs qui lui
conseilla de s’investir dans la production d’un bien qu’il pourrait vendre sur le marché
extérieur afin de se faire plus de bénéfices. Sur le conseil de son ami, il décida d’acheter un
domaine pour y installer une palmeraie et faire de la production d’huile de palme qui sera
vendue aux industries de cosmétiques sur le marché extérieur (au Nigéria et au Togo). C’est
ainsi qu’il acquit 44 ha puis 63 ha de terres agricoles pour y installer la ferme au cours de la
même année. Le promoteur a enregistré la ferme comme un groupement en Mars 1996 au
Centre Régional de Promotion Agricole Mono-Couffo pour pouvoir bénéficier des appuis de
divers projets bien que la ferme fonctionne plutôt comme une entreprise privée.

Tableau A7 : Quelques événements marquants de la ferme installée par l’acquéreur N° 2

Années Evénements Marquants de la ferme installée par l’acquéreur N° 2


1994 Acquisition du domaine de 44 ha auprès de la collectivité K
1994 Acquisition du domaine de 63 ha auprès de la collectivité K
1996 Enregistrement de la ferme comme étant un ‘’Groupement’’ au Centre Communal de
Promotion Agricole de Klouékanmey
1997 Remise en cause du droit de propriété sur la terre acheté par la Collectivité M34
2000 Obtention de l’agrément pour la production semencière à la DPQC
2007 Prêt de 8 000 000 F CFA à la BRS pour la production de semences

2008 Appuis financier de 5 000 000 F CFA obtenu de Projet d’Appui au Développement rural
du Mono et Couffo (PADMOC)

34
Il existe un litige de droit de paternité de la terre entre la collectivité K et la collectivité M. Ainsi, après la
vente des 107ha par la collectivité K au promoteur de la ferme en 1994, la collecté adverse M a remis en cause la
vente en 1997 et a exigé que le promoteur rachète de nouveau la terre auprès d’eux.

117
2009 Grande baisse de rendement de la production du riz produit dû à la rareté des pluies

2010 Subvention d’un montant de 900 000 F CFA obtenu du Programme d’Appui au
Développement Rural (PADER)
2010 Prêt d’un montant de 1 080 000 F CFA auprès d’une institution de financement

2011 Subvention d’un montant de 1 188 000 F CFA du Programme d’Appui au Développement
Rural (PADER) pour l’achat d’engrais destiné à la production semencière
2011 Construction d’une retenue d’eau entièrement financée par PROTOS et financement du
dessouchage de 10 ha par l’ONG internationnale PROTOS
2011 Subvention de 9 999 000 F CFA obtenu du programme de Facilités d’Appui Filières
Agricoles (FAFA)
2012 Don chinois d’une décortiqueuse de riz d’une valeur de plus de 150 000 000 F CFA

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Processus d’acquisition de la terre


Cette sous section présente dans un premier temps le contexte du foncier dans le village de
Sawamè-Houéhiho avant d’aborder dans un deuxième temps le processus d’acquisition de la
terre par le promoteur de la ferme installée par l’acquéreur N°2.

Contexte du foncier dans le village de Sawamè-Houéhiho

Le village fait objet de grandes pressions foncières dues en partie aux nombres de ventes
opérées par les présumés propriétaires terriens. Les superficies vendues varient entre 5 et 212
ha. Ces différentes ventes opérées surtout celles réalisées au cours de ces dernières années
génèrent beaucoup de conflits entre les différentes collectivités qui se réclament le droit de
propriété. Pour ce qui concerne le présent cas étudié, nous nous intéresserons essentiellement
aux conflits fonciers opposants deux collectivités qui se disputent le droit de propriété d’un
domaine depuis 1997. Il s’agit de la collectivité K et la collectivité M. Du fait de ce conflit, la
collectivité M s’est investie dans la vente des terres pour empêcher la collectivité adverse
d’y accéder. Pour renforcer leurs attitudes, l’un des membres de cette collectivité déclarait au
cours de nos entretiens: « c’est ma chose je vais vendre pour voir qui va revendiquer »

Mais à chaque fois, la collectivité K menace les acquéreurs, porte plaintes et engage des
procédures judiciaires contre les membres de la collectivité M qui opèrent les ventes. Bien
que le tribunal ait plusieurs fois tranché en faveur de la collectivité K et même emprisonné
certains membres de la collectivité M, les ventes continuent d’être faites par ces derniers.

118
Pour le cas d’acquisition étudié, le domaine a été acquit auprès de la collectivité K qui opère
également des ventes. Mais les ventes sont pllus réalisées par la collectivié M que la
collectivité K.

Processus de réalisation de l’acquisition N°2

Suite à la dévaluation du F CFA en 1993-94 et vu la marge commerciale importante que


pouvait générer la vente de produits locaux sur le marché extérieur, l’Acquéreur N°2 décida
d’installer une ferme de production d’huile de palme qui sera vendue aux industries de
cosmétiques sur le marché extérieur (au Nigéria et au Togo). Pour ce faire, il décida d’acheter
un domaine pour y installer lui-même sa palmeraie. Le 7 Mai 1994 il informa l’un de ses
amis, un chauffeur du Nom de X et natif de la localité où il désirait acquérir un domaine. Ce
dernier l’informa aussitôt qu’il connaissait quelqu’un qui voudrait vendre de terre. Deux jours
plus tard, le chauffeur X et lui se rendirent chez un membre de la collectivité K qui voulait
vendre la terre. Ce dernier les informa qu’il voudrait vendre 10 ha de terre mais l’acquéreur
N°2 manifesta son intérêt pour une superficie plus grande :

Encadré : Discours de l’acquéreur N°2 pour convaincre un propriétaire terrien de lui vendre plus de
terres qu’il en avait prévu vendre

« Le vendeur rencontré m’avait indiqué un terrain de 10 ha et je lui avais dit que je veux plus de
terre. De là, il m’a demandé si je peux traverser le cours d’eau et j’avais répondu oui si c’est
chez le même propriétaire. Le même jour, nous avons mesuré 44ha à l’aide d’un bâton de 20mètres
de long et j’avais tout payé immédiatement à raison de 30.000 F CFA l’hectare ».

Source : Enquête de terrain, 2012

Il acquit ainsi en 1994 un domaine de 44 ha à un montant de 1 320 000 F CFA. Trois (03)
mois plus tard, il repartit encore vers la même collectivité K pour manifester le désir d’acheter
des terres supplémentaires. La demande fut acceptée mais avec augmentation du prix de vente
de 5 000F soit à 35 000 F CFA/ l’hectare. Il a acquit à ce jour 55 ha chez les anciens
vendeurs et 8 ha autres à titre individuel chez un autre membre de la collectivité K répondant
au nom K1. Ce dernier avait manifesté son désir de vendre une partie de ses terres héritées. Ce
qui amène le domaine acquit ce jour à 63 ha. Trois ans plus tard, en 1997 ; la collectivité M35
contesta fortement ces ventes de terres opérées par la collectivité K et obligea l’acquéreur à
racheter la totalité des 107 ha auprès d’eux. Après négociations à l’amiable entre les deux
parties, une somme forfaitaire fut versée à la collectivité M.
35
Collectivité qui dispute le droit de propriété avec la collectivité K qui a vendu la terre à l’acquéreur.

119
Tableau A8 : Description des différentes phases d’acquisition

Nom du Année Superficie Mode Raisons de la vente par le propriétaire terrien Montant total Acquisition Existence
propriétaire d’acquisition acquise d’acquisition de conclue de conflits
terrien (Vendeur) l’acquisition oralement ou (oui ou non)
par écrit ?
Collectivité K 1994 44 ha Achat (1)Besoin de ressource financière pour régler un 1 320 000 F Convention Non
conflit qui oppose la collectivité à une autre CFA établie
(2)Besoin de ressource financière pour faire face à
des cérémonies de décès de certains membres de
la famille.
Collectivité K 1994 55 ha Achat (1)Besoin de ressource financière pour régler un 2 205 000 F Convention non Non
conflit qui oppose la collectivité à une autre CFA établie mais
(2)Besoin de ressource financière pour faire face à existence de
des cérémonies de décès de certains membres de décharge.
la famille.
Collectivité M 1997 107 ha Rachat des (1)La terre n’aurait pas appartenue aux membres Non défini Oral selon le Oui entre
107 ha de la collectivité K mais plutôt à ceux de la (Paiement promoteur l’acquéreur,
acquises collectivité M qui ont exigé à l’acquéreur un d’une somme la
rachat du domaine auprès d’eux forfaitaire collectivité
après K, et la
négociation) collectivité
M
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

120
Activités de la ferme installée par l’acquéreur N°2
La ferme mène des activités agricoles qui se sont diversifiés au fil du temps. On a :

- la plantation de palmier à huile : cette activité a démarré en 1994 avec la première


acquisition de terre. La plantation de palmier couvre une superficie de 15 ha ;

- la production de semence de riz : elle a démarré au cours des années 2000 et reçoit
l’appui de divers acteurs (Centre Communal de Promotion Agricole de Klouékanmey,
la Banque Régionale de Solidarité, etc.) et programmes de développement (PADER,
PADMOC, FAFA, etc.). La production de semence de riz au cours de la campagne
agricole 2012-2013 a été de 44 tonnes pour une superficie de 11 ha ;

- la production de semence de maïs : elle a démarrée en 2006. La production de maïs


au cours de la campagne agricole 2012-2013 a été de 15 tonnes pour une superficie de
4 ha ;

- la production de bouture de manioc : Elle a démarrée depuis la campagne 2010-


2011 et se fait sur une superficie de 3 ha. Les boutures sont vendues sous forme de
semences le manioc produit est transformé en gari ;

- la transformation agro-alimentaire : elle a démarré en 2000 par la transformation


des noix de palme en huile de palme. En 2011 on note le démarrage des activités de
transformations du manioc en gari. Après la transformation, le gari est vendu à des
clients du Nigéria qui viennent en acheter sur la ferme. Il faut noter que 25% de la
production est réservée pour la consommation des ouvriers travaillant sur la ferme ;

- l’élevage : cette activité a démarré en 1994. Il s’agit de l’élevage bovin avec un


cheptel de 300 têtes et l’élevage ovin avec un cheptel de 220 têtes en 2012.

Organisation et gestion des ressources humaines de la ferme installée par l’acquéreur N°2
La ferme emploie aussi bien de la main d’œuvre permanente qu’occasionnelle. Les
permanents sont recrutés annuellement par le promoteur. Ils sont des locaux originaires des
communes de Klouékanmey et d’Azovè. Pour leurs recrutements, le promoteur de la ferme
porte à la connaissance des fidèles d’une église évangélique qu’il fréquente son désir de
recruter de la main d’œuvre pour travailler dans sa ferme. Ceux qui sont intéressés prennent

121
par la suite contact avec lui et le recrutement se fait après négociation du prix entre les deux
parties. Les employés recrutés sont payés à la tâche et reçoivent leur rémunération à la fin de
chaque exercice de production semencière.

Par contre les ouvriers occasionnels viennent d’eux-mêmes du village et de ses environs pour
solliciter un emploi. Mais ce type de main d’œuvre peut également sollicitée en période de
récolte de riz. Les occasionnels sont payés à la tâche au fur et à mesure qu’ils fournissent leur
prestation.

122
Tableau A9 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanente et occasionnelle au cours des 5 dernières années

Emploi permanent Emploi occasionnel

Années Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village

Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des N’ayant Ayant des liens Ayant des N’ayant Ayant des Ayant des N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec liens avec le aucun avec l’acquéreur liens avec le aucun liens avec liens avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) trois (vendeur) trois (vendeur) trois
le démarcheur et/ou le et/ou le et/ou le
démarcheur démarcheur démarcheur
2007 0 0 0 15 0 0 0 0 20 0 0 0

2008 0 0 0 15 0 0 0 0 50 0 0 0

2009 0 0 0 17 0 0 0 0 50 0 0 0

2010 0 0 0 20 0 0 0 0 100 0 0 0

2011 0 0 0 20 0 0 0 0 200 0 0 0

2012 0 0 0 21 0 0 0 0 50 0 0 0

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

123
Gestion financière de la ferme installée par l’acquéreur N°2
Toutes les décisions sur les activités à mener et leurs financements sont prises par le
responsable de la ferme. L’enregistrement de la ferme comme un groupement paysan, a
permis au promoteur de bénéficier de plusieurs programmes d’appuis à l’agriculture et aux
initiatives de développement local. L’obtention de ces différents appuis aurait été facilitée par
le Responsable du Centre Communal de Promotion agricole qui serait une connaissance de
promoteur. Toutefois dans son fonctionnement réel, la ferme est gérée plus comme une
entreprise dirigée par le promoteur que comme un groupement constitué de plusieurs acteurs.
La ferme est en effet dirigée de la production à la commercialisation par le promoteur assistée
parfois d’une des ses employés à qui il déclare avoir confiance. Il est le seul à prendre les
décisions concernant la ferme et sa gestion financière.

Les prêts contractés auprès des structures de financement constituent l’une des principales
sources de financement des activités de la ferme.

Tableau A10 : Crédits et subventions reçus par la ferme installée par l’acquéreur N°2 de 2007 à
2012

Années Structures Montant/Bien (F CFA) Types


(Subventions,
crédits, etc.)
2007 BRS 8 000 000 F CFA Crédit 8%
2010 PADER 1 080 000 F CFA Crédit intrants 0%
2010 PADER 900 000 F CFA Subvention
2011 PROTOS Construction de retenue subvention
d’eau
2011 FAFA 9 999 000 F CFA subvention
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013
Les flux de rentabilité des activités de la ferme sont en pleine évolution d’une année à une
autre. Le tableau ci-dessous nous donne de détails sur les cinq dernières années. Les produits
issus de la ferme sont écoulés sur le marché intérieur contrairement à l’objectif de départ qui
visait le marché extérieur. Les lieux d’écoulement de ces produits sont : Klouékanmey pour
l’huile rouge, la SONAPRA (Société Nationale pour la Promotion Agricole) pour les
semences de riz, de maïs, bouture de manioc. Signalons au passage qu’en dehors des
structures de financement, le complexe entretien des relations avec le Centre Communale de
Promotion Agricole de Klouékanmey en particulier avec son responsable, ce qui lui

124
permettrait d’avoir quelques facilités pour l’obtention de différents appuis et subventions des
programmes d’interventions et des structures nationales et internationales de promotion
agricoles.

Diagramme A2 : Diagramme de Venn la ferme installée par l’acquéreur N°2

PTF

CeCPA/CeRPA Ferme Agblégnon INRAB

SONAPRA

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013.

125
Tableau A11 : Flux de rentabilité de quelques activités de la ferme installée par l’acquéreur N°2 de 2007 à 201236

Paramètres Rentabilité 2007 2008 2009 2010 2011 2012

Semence de riz Coût de production 100 000 1 200 000 4 000 000 6 000 000 7 200 000 7 200 000
Valeur du produit 306 250 3 675 000 11 725 000 18 375 000 22 050 000 22 050 000
Marge brute 206 250 2 475 000 7 725 000 12 375 000 14 850 000 14 850 000
Semence de maïs Coût de production 0 0 0 840 000 2 800 000 2 800 000
Spéculations

Valeur du produit 0 0 0 3 150 000 10 500 000 10 500 000


Marge brute 0 0 0 2 310 000 7 700 000 7 700 000
Boutures de manioc et Coût de production 0 0 0 0 375 000 375 000
transformation du
Valeur du produit 0 0 0 0 1 500 000 1 500 000
manioc en gari
Marge brute 0 0 0 0 1125000 1125000

Coûts de 100 000 1 200 000 4 000 000 6 840 000 10 375 000 10 375 000
productions
Valeur des 306 250 3 675 000 11 725 000 21 525 000 34 050 000 34 050 000
Total productions
Marges brutes 206 250 2 475 000 7 725 000 14 685 000 23 675 000 23 675 000

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

36
Les données concernant l’élevage Bovin et ovin puis celles de l’huile de palme produit ne sont pas disponibles. Les documents comptables de la ferme ne sont pas à jour.

126
Annexe 4 : Le cas de l’acquisition N°3

Genèse et modalités d’investissements


Le domaine faisant objet de la troisième étude de cas est situé dans le village Sawamè-
Houéhiho (arrondissement de Lanta, commune de Klouékanmey). Il s’agit d’un domaine de
212 ha acquit en 2010 par un promoteur béninois d’entreprises. Le domaine ne fait objet
d’aucune valorisation et les seuls investissements financiers consentis sont ceux liés à
l’acquisition. L’objectif du promoteur à l’acquisition serait l’installation d’une ferme agricole
pouvant générer des emplois locaux. Mais rien n’y fit depuis l’acquisition de la terre.

Processus d’acquisition de la terre


S’agissant du même village d’implantation que le cas précédent (acquisition N°2), le contexte
du foncier dans le village Sawamè-Houéhiho sera identique à celle présentée plus haut. Aussi,
les informations relatives au processus d’acquisition demeurent partielles du fait de la
réticence de l’acquéreur et des présumés propriétaires terriens qui ont procédé à la vente du
domaine. Les quelques informations présentées dans la suite ont pu être collectées auprès
producteurs qui exploitaient le domaine en mode indirect (location) avant qu’il ne soit vendu,
le chef village et une autre catégorie d’acteurs qui se réclament propriétaires du domaine
vendu.

Contexte du foncier dans le village de Lanta-Centre

Le village fait objet de grandes pressions foncières dû en partie aux multiples ventes opérées
par les présumés propriétaires terriens. Les superficies vendues varient entre 5 et 212 ha. Ces
différentes ventes opérées génèrent beaucoup de conflits entre les différentes collectivités qui
se réclament le droit de propriété des domaines vendus. En dehors du domaine mentionné
plus haut et qui fait objet de dispute de droit de propriété entre la collectivité M et la
collectivité K ; la collectivité M entretient le même genre de conflit avec la collectivité T sur
un autre espace dont une des parties cédées correspond au cas d’acquisition massive N°3
étudié. La superficie totale du domaine disputée n’est pas connue.

Le dénommé Mr T (membre de la collectivité T) est un chasseur et serait le premier à explorer


le domaine disputé, donc propriétaire terrien (selon les droits de premier installlé) depuis les
années 1850. Résidant déjà sur un autre domaine avant la conquête de cette dernière, il aurait
prêté cette nouvelle terre conquise à un certain nombre de collectivités dont les collectivités
M et de S qui seraient venus le lui demander. Avant sa mort, le feu Mr T aurait partagé la

127
totalité du domaine à ses cinq héritiers que sont HT1, HT2, HT3, HT4 et HT5 avec pour
instruction que ces derniers ne chassent pas les collectivités M et S de la partie du domaine
sur lequel elles auraient installées leurs habitations. Le reste de l’espace qui revenait à chaque
héritier correspondait aux zones de friches et aux zones de cultures déjà exploitées par les
membres des différentes collectivités que le feu Mr T avaient installées de son vivant. C’est
ainsi que la part du domaine qui revenait aux héritiers HT1 et HT3 était déjà exploitée par
plusieurs locataires dont les membres des collectivités M et S. Les descendants de la
collectivité M se réclameraient aujourd’hui être propriétaires du domaine. Mais selon les
héritiers du feu Mr T, leur défunt père aurait loué les terres à leurs ascendants.

Encadré: Propos des héritiers du feu Mr T sur le type de contrat de cession qui lie leur
collectivité à celles des producteurs installés sur leur domaine.

« La base du contrat entre les locataires et nous est qu’ils vont exploiter la terre pour manger.
Ils n’ont pas le droit de vendre la terre. Ils peuvent planter des arbres fruitiers et palmiers à
huile toujours exploitation. Quand nous avons envie de vendre le domaine occupé par un
locataire, on lui demande s’il va acheter et s’il veut, il achète dans le cas contraire, on vend à
une autre personne. »

Source : Enquêtes de terrain, 2012

En réalité, les héritiers HT1 et HT3, et leurs descendances résideraient à plusieurs kilomètres
du lieu d’implantation de leurs domaines exploités par différents locataires dont ceux de la
collectivité M et S.

Au cours des années 2000, les membres (la plus jeune descendance) de la collectivité M et de
la collectivité S auraient demandé aux autres locataires de s’associer à eux pour revendiquer
la propriété de la terre aux soient disant héritiers de HT1 et HT3. Les autres locataires et un
membre de la collectivité M et S auraient refusé de s’engager dans un tel processus. Malgré ce
refus, les plus jeunes de la collectivité M et S commencèrent par prétendre partout qu’ils
seraient propriétaires terriens du domaine en question. Puis ils se mirent à vendre les portions
du domaine y compris celles sur lesquelles d’autres locataires sont installés. L’une de ces
ventes concerne le domaine qui fait objet de la présente étude de cas. Le promoteur
d’entreprises l’aurait acquis auprès des collectivités M et S. Il couvre une superficie de 107
ha. Les locataires qui exploitaient cet espace ont été aussi tôt expulsés par l’acquéreur. Cette
transaction a généré un grand conflit encore en cours et opposant les descendants des
collectivités M et S, les autres locataires qui exploitaient le domaine, les descendants des

128
héritiers HT1 et HT3 (fils du feu Mr T) et l’acquéreur, promoteur d’entreprises. La situation
serait pareille avec tous les autres acquéreurs du reste du domaine vendu. L’affaire n’est pas
portée devant le tribunal.

Processus d’acquisition de la terre par le promoteur d’entreprises

Selon les informations collectées auprès des personnes enquêtées, le promoteur d’entreprise
aurait acquit un domaine de 107 ha auprès de certains membres des collectivités M et S qui se
seraient présentées à lui comme propriétaires terriens. Avant la vente le domaine était exploité
par d’autres producteurs qui l’auraient loués auprès d’une autre collectivité T, la collectivité T
se réclamant également propriétaires. Mais après l’acquisition du domaine en 2010, le
promoteur auraient détruit avec l’aide des vendeurs tous les champs des producteurs qui se
trouvaient sur le domaine dans le but d’y installer son propre exploitation.

Le domaine aurait été acquis à plus de 100 000 000 francs cfa. L’acquéreur aurait refusé
toutes négociations et aurait interdit à toute personne d’accéder à la terre. De l’autre coté les
propriétaires terriens HT1 et HT3 remettent en cause l’installation et interdit à l’acquéreur de
s’installer sur le domaine. Ils lui profilent des menaces de mort si jamais il essaie de produire
sur la terre. Le conflit n’a pas été porté devant les juridictions étatiques (tribunaux). Toutes
nos tentatives durant la période de l’étude pour rencontrer le promoteur et les membres de la
collectivité M et S qui ont vendus la terre furent vaines.

129
Annexe 5 : Le cas de l’acquisition N°4

Genèse et modalités d’investissements


La ferme du Sieur H est dans le village Gobé (arrondissement d’Ofè, commune de Savè). Elle
s’étend sur superficie de 96 ha acquit par prêt auprès de la collectivité I de Savè. La ferme a
été créée en 1995, et son processus de création est intiment lié à l’histoire de vie du
promoteur. Originaire d’Agonli (commune de Zangnanado), Sieur H a quitté son milieu
d’origine en 1988 pour s’installer à Savè où il exerça d’abord à l’ex Société Sucrière de Savè
(Actuel SUCOBE Complant) comme un employé salarié, ensuite comme main d’œuvre
agricole auprès de plusieurs exploitants agricoles puis comme chef d’exploitation agricole sur
des terres qu’il avait loué auprès de différents propriétaires terriens. Signalons que la
collectivité I fut la dernière et la seule collectivité auprès de qui il a prêté 96 ha de terre sur
laquelle il a installé sa ferme. Très passionnée de l’agriculture, son objectif au départ était de
produire des vivres pour subvenir à ses besoins. Mais cet objectif changea avec le temps car il
voulait désormais être l’un des meilleures producteurs du département des Collines, ce qu’il
réussit car en 2006 et fût décoré par le Président de la République du Bénin, Thomas BONI
YAYI comme étant le plus grand producteur des départements du Zou et des Collines. Notons
que sa ferme ne dispose pas encore d’une reconnaissance officielle (enregistrement formel)
auprès des structures étatiques.

Tableau A12 : Quelques événements marquants de la ferme du Sieur H

Années Evènements Marquants de la ferme du Sieur H


1996 Création de la ferme et démarrage des activités sur une
superficie de 5 ha
2006 Décoration par le président de la république BONI YAYI
comme étant le plus grand producteur de zou-colline
2007 Démarrage de la traction animale
2011 Prêt à PADME
Source : Enquêtes de terrain, 2012

Processus d’acquisition de la terre


Après avoir présenté le contexte du foncier dans le village de Gobé, nous aborderons le
processus d’acquisition des 96 ha de terres agricoles sur lesquelles le promoteur a installée sa
ferme.

130
Contexte du foncier dans le village de Gobé

Gobé est un village de l’arrondissement d’Ofè, à l’entré Sud ouest de Savè. Trois groupes
socio-économiques y sont représentés. Il s’agit des Idatcha, des Shabè et des migrants Fons
ouvriers à la Société Sucrerière de Savè et agriculteurs dans le milieu. La terre appartient à
des collectivités propriétaires terriens qui en assurent la gestion. Les ventes de terres sont très
rares. Seules les parcelles d’habitation sont vendues avec le plus souvent des conventions de
vente établie à la mairie. L’accès aux terres agricoles se fait par prêt, location, don, achat et
héritage. Les prêts et locations sont souvent obtenus par les allochtones et se font
généralement avec comme entre autres restriction l’installation d’une plantation de cultures
pérennes sur le domaine. Dans certain cas, l’exploitant de la terre verse de façon périodique
une compensation en nature ou en espèce à la collectivité qui lui a louée ou prêtée la terre.
En dehors des conflits de limites de parcelles, les principaux conflits fonciers rencontrés dans
le village sont relatifs au non respect des restrictions de plantation par les allochtones installés
et à la contestation du contrat de location ou de prêt par certains membres des collectivités
qui louent les terres. Aussi les plus jeunes descendances de certaines collectivités
propriétaires terriens profitent de la situation précaire des allochtones pour les escroquer.
Dans ces cas, les conflits fonciers sont souvent réglés par les chefs de collectivités.

Processus d’acquisition de la terre par Sieur H

Le processus d’acquisition de la terre relève de l’histoire de vie du promoteur. En effet Sieur


H, promoteur de la ferme étudié avait quitté son village Agonli dans le département du Zou en
1988 pour travailler comme employé salarié à la SUCOBE (ex SSS) de Savè en abandonnant
ainsi son cursus scolaire en classes de troisième (collège secondaire) par manque de moyens
financiers. En 1989, suite à une grève des ouvriers au cours de laquelle certains ouvriers ont
été tués par les policiers ; il décida d’abandonner son emploi à la SUCOBE (ex SSS) et
commença par faire le manœuvrage agricole (labour, récolte du coton) pour des producteurs
de Savè. Ainsi en 1989, il prêta 0,5 ha de terre chez Sieur S, un de ses employeurs pour qui il
faisait également le manœuvrage. Mais après les premières récoltes et au vue de la bonne
productivité des cultures effectuées par le Sieur H sur les 0,5 ha de terre qui lui a été prêté, le
propriétaire terrien la lui arracha la terre pour l’exploiter lui-même.

131
Et ce fut la même situation avec les deux autres propriétaires chez qui il prêta 2 ha et 7 ha
respectivement en 1990 et 1992. N’ayant plus de terres à cultiver, Mr I1 et Mr I2 tous deux
membres de la collectivité I se rapprocha de lui et lui proposa un autre domaine de 4 ha à
raison de 20 000 F CFA par an en 1994. Sieur H accepta la proposition mais dès l’installation
des premières cultures sur le domaine, un autre membre de la collectivité vint et détruisit le
champ sous prétexte qu’il s’agissait de son champ et que les deux autres le lui avait prêté à
son insu. Désespérer par la destruction du champ alors qu’il venait d’y installer 2 ha de coton
et 2 ha de maïs, il fit appel à un de ses oncles qui l’accompagna chez Sieur A (le chef de la
collectivité I) pour se plaindre. Après avoir exposé les différents faits, le chef de la collectivité
reprocha d’abord au Sieur H de n’être pas venu le voir directement pour demander la terre et
déclara ensuite être indigné du comportement de ses enfants mais qu’une mesure corrective
était possible. Il déclara tout ceci en lange locale en disant : « ILE OBA KIGNINDJONA »
c'est-à-dire quand la maison du roi prend feu, on peut toujours le rebâtir, et c’est ainsi que le
chef de Collectivité décida qu’il lui accordera un nouveau domaine cultivable et bien sécurisé.
Le 09 mai 1995, le chef de collectivité envoya un de ses enfants lui montrer un vaste
domaine qu’il défrichera selon ses capacités. Il démarra avec 3 ha de défriche en 1996 pour
atteindre la superficie maximale de 96 ha en 2012. Comme clause du contrat de prêt, il devra
verser annuellement à la collectivité un montant de 25 000 à 30 000 F CFA et des vivres
issus de sa production. Notons que le contrat de prêt a été conclut oralement et est valable
pour une durée indéterminée. Donc le promoteur pourrait perdre à tout moment ses droits
d’exploitation de la terre.

132
Tableau A13 : Description des différentes phases d’acquisition

Nom du Année Superficie Mode Raisons de la Montant total de Acquisition Existence


propriétaire d’acquisition acquise d’acquisition cession par le l’acquisition conclue de conflits
terrien de la propriétaire terrien oralement ou (oui ou
terre par écrit ? non)

chef de la 1995 96 ha Prêt (1) Permettre aux Versement annuel de Oralement Non
collectivité I allochtones 25 000 à 30 000 F
d’accéder à la terre CFA et des vivres
pour subvenir à leurs issus de l’exploitation
besoins quotidiens. du domaine

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

133
Activités de la ferme du Sieur H
Les premières activités du complexe ont démarré en 1996 et se poursuivent. On a :

- la production végétale : elle a démarré en 1996. Les spéculations qui y sont


effectuées sont : les vivriers (maïs, niébé, arachide), les racines et tubercules (Manioc)
et le coton. Les principales pratiques culturales utilisées sont l’assolement et la
rotation ;
Tableau A14 : Evolution des emblavures par spéculation entre l’année de démarrage
et 2012

Spéculations Première date de Superficie couverte Superficie actuelle


démarrage au démarrage
Maïs 1997 4 ha 16 ha
Coton 1996 4 ha 12 ha
Niébé 1996 4 ha 1 ha
Arachide 1996 1 ha 6 ha
Manioc 1997 0,5 ha 1 ha

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

- la production animale : cette production a démarré en 1996 et compte en 2012


96 ovins, 2 bovins, 4 dindons et 200 poulets de races locales appelés ‘’poulets
bicyclettes’’.

Organisation et gestion des ressources humaines


La ferme est directement gérée par le promoteur. Il a à disposition des manœuvres qui l’aident
dans la réalisation des activités. Deux types de manœuvres sont utilisés. Il s’agit d’une part
des manœuvres permanents qui sont de deux types. Le premier type est constitué d’un ouvrier
qui a été recruté depuis 2007 et qui travaille à plein temps sur la ferme. La deuxième catégorie
est constituée d’ouvriers d’effectifs variables qui travaillent avec promoteur sur la base d’un
contrat annuel. La rémunération annuelle du contrat varie de 120.000Ffca à 200.000 F CFA et
son les tâches exécuter.

Outre les ouvriers permanents, on note d’autre part la présence d’ouvriers occasionnels qui
sont recrutés pour des travaux de semis et de récoltes. Ces derniers sont payés à la tâche.

134
Qu’ils soient occasionnels ou permanents, les ouvriers viennent pour la plupart d’autres
localité telles que Allada, Agonlin (commune de Zagnadao), Abomey ou même du Togo (hors
du Bénin).

135
Tableau A15 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanent et occasionnel au cours des 5 dernières années

Emploie permanent Emploie occasionnel

Années Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village
(Allada, Agonlin, Abomey, Togo) (Allada, Agonlin, Abomey, Togo)
Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des N’ayant Ayant des liens Ayant des N’ayant Ayant des Ayant des N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec liens avec le aucun avec l’acquéreur liens avec le aucun liens avec liens avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) trois (vendeur) trois (vendeur) trois
le démarcheur et/ou le et/ou le et/ou le
démarcheur démarcheur démarcheur
2007 1 0 0 6 0 5 0 0 0 10 0 21

2008 1 0 0 5 0 7 0 0 0 15 0 27

2009 1 0 0 8 0 6 0 0 0 20 0 25

2010 1 0 0 3 0 9 0 0 0 10 0 30

2011 1 0 0 2 0 10 0 0 0 22 0 30

2012 1 0 0 4 0 10 0 0 0 10 0 24

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

136
Gestion financière
Toutes les décisions sur les activités à mener et leurs financements sont prises par le
promoteur de la ferme. L’autofinancement et le réinvestissement constitue la principale
source de financement des activités. Ce n’est qu’en 2011, que le Sieur H fit pour la première
fois un prêt au PADME (Association pour la Promotion de l’Appui au Développement des
Micro-Entreprises) pour davantage intensifier les activités de la ferme. La ferme dispose d’un
compte ouvert à la Caisse Locale de Crédit Agricole Mutuel (CLCAM).

Signalons au passage qu’en dehors du PADME et de la CLCAM qui sont des structures de
financement, le ferme entretien des relations avec le Centre Communale de Promotion
Agricole de Savè pour des appuis divers liés à la production et avec la mairie prélève des
taxes sur les produits de la ferme mis en marchés.

Diagramme : Diagramme de Venn de la ferme du Sieur H

Mairie

CLCAM FERME PADME

CeCPA

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

137
Tableau A16 : Flux de rentabilité de quelques activités de la ferme du Sieur H de 2007 à 2012

Paramètres Rentabilité 2007 2008 2009 2010 2011 2012


Coût de production 1 160 000 1 595 000 1 740 000 1 740 000 2 169 000 2 320 000

Valeur du produit 2 560 000 3 520 000 3 560 000 3 840 000 4 700 000 5 000 000
Maïs
Marge brute 1 400 000 1 925 000 1 965 000 2100 000 2 531 000 2 680 000

Coût de production 436 000 436 000 436 000 436 000 436 000 651 500

Valeur du produit 700 000 783 000 755 000 650 000 725 000 900 000
Arachide
Marge brute 264 000 357 000 319 000 214 000 289 000 2 485 000
Spéculations

Coût de production 594 000 3 570 000 3 267 000 357 000 2 376 000 En cours

Valeur du produit 925 000 4 680 000 4 360 000 500 000 3 500 000 En cours
Coton
Marge brute 331 000 1 110 000 1 093 000 143 000 1 124 000
En cours
Coût de production 2 190 000 5 601 000 5 443 000 2 533 000 4 981 000 2 971 500+Coût
coton
Valeur du produit 4 185 000 8 983 000 8 675 000 4 990 000 8 925 000 5 900
Total 000+valeurs
coton
Marge brute 1 995 000 3382000 3232000 2457000 3944000 2 928 500+MB
coton
Source : Documents comptable de la ferme, 2012.

138
Annexe 6 : Le cas de l’acquisition N°5

Genèse et modalités d’investissements


Il s’agit de la ferme d’une Confession religieuse de Savè située dans le Village Klibo. Elle a
été crée en 1958 sous l’initiative des missionnaires protestants méthodistes hollandais. En
mission au sein de la Confession religieuse de Savè, ces missionnaires hollandais auraient été
émerveillés par le potentiel agricole dont disposait la commune de Savè. Ils négocièrent à
leurs confrères de Savè, la possibilité de mise en place une ferme pour la production agricole
et pour faciliter l’introduction de la culture attelée dans la commune de Savè. Il serait ainsi
produit des semences améliorées de maïs qui seront gratuitement distribuées aux fidèles
agriculteurs pour l’accroissement de leur production de maïs individuelle. Les responsables
béninois de l’église avaient un avis favorable pour cette initiative proposée par les hollandais.
C’est ainsi qu’une délégation composé de Mr AD originaire du Porto-Novo, du pasteur
d’alors de l’église puis quelques fidèles originaires de savè s’était rendu chez le chef de la
collectivité I pour lui présenter l’initiative. Ce dernier, séduit par le caractère communautaire
de l’initiative leur donna un domaine de 2 060 ha sanctionné par un acte de donation. L’acte
de donation a fait objet de titre foncier pour le compte de la Confession religieuse de Savè en
2005.

Tableau A17 : Quelques événements marquants de la ferme installée par l’acquéreur N°5

Années Evènements Marquants de la ferme installlée par l’acquéreur N°5

1958 Acquisition de 2 060 ha et Création de la ferme et gestion assurée par les


Hollandais
1976 Fin de la mission
Hollandaise
1977 Nomination d’un directeur (Mr F) pour la gestion de la ferme
1984 Limogeage du directeur pour mauvaise gestion
1998 Création d’une école d’enseignement primaire sur la ferme
2004 Transfert de l’école construite et gérée par la confession religieuse à l’état
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

139
Processus d’acquisition de la terre
Cette sous session présente dans un premier temps le contexte du foncier dans le village de
Kilibo. Dans un second temps, elle traite du processus d’acquisition de terre par les
responsables de la confession religieuse promoteurs de la ferme.

Contexte du foncier dans le village de Kilibo

Situé dans l’arrondissement de Boni (commune de Savè), le village Kilibo présente les mêmes
caractéristiques foncières que la plupart des villages de la commune. La terre appartient à des
collectivités propriétaires terriens dont la collectivité I qui en assurent la gestion. Les ventes
de terres agricoles sont très rares. Seules les parcelles d’habitation sont les plus vendues.
L’accès aux terres agricoles se fait essentiellement par le prêt, la location, le don et l’héritage.
Les prêts et locations sont souvent détenus par les allochtones et se font le plus souvent avec
comment entre autres restriction l’installation de plantation des cultures pérennes sur le
domaine prêté. Selon les modalités du contrat de prêt ou de location, l’exploitant de la terre
verse de façon périodique une compensation en nature ou en espèce à la collectivité qui lui a
prêté la terre. Les conflits fonciers sont souvent réglés par les chefs de collectivités.

Processus d’acquisition de la terre par la Confession religieuse à Savè

Cette acquisition de terre s’est opérée suivant un processus relativement simple. Après avoir
émis l’idée du projet, les missionnaires hollandais ont dans un premier temps informé les
responsables de l’église qui ont donné un avis favorable pour l’implantation d’une ferme de
production agricole. Les responsables de l’église n’étant pas pour des allochtone, décidèrent
alors d’associer certains fidèles autochtones de Savè à l’initiative. Ces derniers les aidèrent à
prendre contact avec le chef de la collectivité I. Ce dernier fut ainsi rencontré par une
délégation de l’église constituée majoritairement d’autochtone originaire de Savè. Après avoir
expliqué le projet, le chef de collectivité fut séduit par le caractère communautaire de
l’initiative et leur donna gratuitement un domaine de 2 060 ha sanctionné par un acte de
donation en 1958. Mais bien après, vers la fin des années 90 et début 2000, quelques membres
(les plus jeunes descendants) de la collectivité se sont soulevés contre don qui avait été opéré
par leurs ancêtres. Après une longue négociation avec les promoteurs, il fut décidé que
l’église verserait annuellement une somme forfaitaire de 30 000 à 40 000 Fcfa à la collectivité
I. Depuis cet accord, plus aucun conflit n’est survenu et l’acte de donation a fait objet de titre
foncier pour le compte de la confession religieuse en 2005.

140
Tableau A18 : Description des différentes phases d’acquisition

Nom du Année Superfic Mode Raisons de la cession par le Montant total de Acquisition Existence de
propriétaire d’acquisition ie d’acquisition propriétaire terrien l’acquisition conclue conflits (oui
terrien de la acquise oralement ou ou non)
terre par écrit ?
Chef de la 1958 2 060 ha Don (1) Caractère communautaire et Pendant les premières Oralement Oui résolu de
collectivité I de développementaliste du projet années d’exploitation, aucun mais façon
Savè d’installation de la ferme de versement n’est effectué. consensuelle
production ; introduction de la Mais vers la fin des années entre les deux
culture attelée dans la commune 90 et début 2000, il se fait parties.
de Savè. un versement de 30 000 à 40
000 FCFA et des vivres
issus de sa production
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

141
Activités de la ferme de la Confession religieuse
Les activités pratiquées au sein de la ferme sont de deux ordres :

- la production végétale : Elle a démarré en 1958 avec la production de semences


améliorées de maïs distribuées gratuitement à la population. En 1960 il fut installé des
plantations d’anacardiers, de manguiers et de tecks sur respectivement 10 ha, 5 ha et 5
ha. La production de semence améliorée a cessé depuis près depuis 1980 suite au
départ des missionnaires qui géraient la production et à la mauvaise gestion de
l’équipe d’acteurs locaux installée pour assurer la relève ;
- la production animale : elle a démarré en 1990 et est constituée d’un élevage bovin
avec un cheptel qui est passé de 8 têtes en 1990 à 40 têtes en 2012.

Organisation et gestion des ressources humaines


La ferme est gérée par un comité de gestion qui a à sa tête un conseil d’administration de 21
membres. Ce dispositif a été mis en place depuis 1958 par les missionnaires hollandais.
Aujourd’hui, ce comité existe encore mais est peu fonctionnel.

Pour ce qui concerne la main d’œuvre, autrefois avec la production de semences améliorées
de maïs, une forte main d’œuvre locale était employée. Depuis le début des années 1980 avec
l’arrêt de cette activité, les activités actuelles de la ferme consiste d’une part en l’élevage
bovin et d’autre part en l’exploitation des plantations d’anacardiers, de manguiers et de tecks.
Ces implantations sont entretenues par deux ouvriers autochtones qui sont payés en nature
c'est-à-dire qu’ils ont en retour de l’entretien des plantations, la possibilité d’installer des
cultures sur la ferme. Ils sont également installés sur la ferme et la taille des emblavures qu’ils
peuvent effectuer est indéfinie.

Quant à l’élevage bovin, il a été confié à deux peuls qui s’en occupent et prennent un salaire
annuel de 150 000 F CFA chacun.

142
Tableau A19 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanent et occasionnel au cours des 5 dernières années

Emploi permanent Emploi occasionnel

Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village
(Cotonou, Porto-Novo, Nigéria, etc.)

Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois
le démarcheur le démarcheur le démarcheur le démarcheur
2007 1 0 2 0 0 2 0 0 0 0 0 0
2008 1 0 2 0 0 2 0 0 0 0 0 0
2009 1 0 2 0 0 2 0 0 0 0 0 0
2010 1 0 2 0 0 2 0 0 0 0 0 0
2011 1 0 2 0 0 2 0 0 0 0 0 0

2012 1 0 2 0 0 2 0 0 0 0 0 0

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

143
Gestion financière
La gestion financière de la ferme est assurée par un intendant. La ferme n’a jamais bénéficiée
de crédits ni de subventions de la part d’une structure. Elle a connu une baisse relative de ses
recettes sur les 5 dernières années.

Tableau A20 : Compte d’exploitation de la ferme de la Confession religieuse de 2007 à 2012

Activité/prestation Rentabilité 2007 2008 2009 2010 2011 2012

Elevages Bovins Coûts de 404 200 380 100 342 200 382 500 368 000
365 600
production
Recettes 300 000 900 000 600 000 450 000 -232 500 300 000
totales
Marge brute -65 600 495 800 219 900 107 800 2 531 -68 000
000
Plantation Coûts de 0 0 0 0 0 0
production
Recettes 124 000 210 000 84 000 70 600 42 000 -
totales
Marge brute 124 000 210 000 84 000 70 600 42 000 -

Source : Documents comptable de la ferme, 2012

144
Annexe 7 : Le cas de l’acquisition N°6

Genèse et modalités d’investissements


Située dans le village Monsourou (arrondissement de Monsourou, commune de Djidja),
l’acquisition N°5 a été effectuée par une confession religieuse en 2008 et s’étend sur une
superficie totale de 156 ha obtenue par achat. Il s’agit d’une ferme dont l’objectif à la création
est de produire des vivriers pour subvenir aux besoins alimentaires des membres de l’église.
Les premières activités de la ferme ont démarré dès l’acquisition de la terre en 2008. La ferme
ne jouit pas d’une reconnaissance officielle auprès des services d’Etat.

Tableau 21 : Quelques événements marquants de la ferme installée par l’acquéreur N°6

Années Evènements Marquants de la ferme installée par l’acquéreur N°5

2008 Achat de 107 ha auprès de Sieur A


2008 Achat de 49 ha auprès de Sieur G

2009 Achat de deux tracteurs subventionnés par l’Etat


2012 Négociation d’un bulldozer pou le dessouchage de 32 ha du domaine
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Processus d’acquisition de la terre


Cette sous session présente dans un premier temps le contexte du foncier dans le village de
Monsourou. Dans un second temps, elle traite du processus d’acquisition de terre par les
promoteurs de la ferme.

Contexte du foncier dans le village de Monsourou

Le village Monsourou est situé dans l’arrondissement de Monsourou, commune de Djidja.


Les terres de ce village ont fait objet au cours de ces dernières années de nombres de
spéculations. Les modes de faire valoir sont l’héritage, l’achat, la location, le prêt et le don. La
majorité des terres détenues sous le mode héritage sont pour la plupart individualisées. Ainsi
chaque chef d’exploitation peu de son gré décidé de vendre ou de ne pas vendre son
patrimoine foncier. L’achat constitue de plus en plus le mode de faire valoir dominant. Face à
cette situation de plus en plus observée dans la plus part des arrondissements de la commune,
la mairie de Djidja a mise en place en 2011 une procédure légale à suivre pour toute vente de
terre. Elle se présente comme suit :

145
− demande d’agrément de vente de parcelle de terrain signé par le chef d’arrondissement et le
chef du village ;
− visite de terrain organisé par le vendeur et l’acheteur avec les témoins accompagnés du chef
village ;
− dépôt de signature des vendeurs, de l’acheteur et de leurs témoins à l’arrondissement ;
− signature du certificat de non-litige en trois exemplaires par le chef du village puis le chef
de l’arrondissement apposes les timbres de 1000fca par exemplaire ;
− levé topographique signé par un géomètre ;
− photocopie de la carte d’identité du vendeur ;
− paiement de 5,6% du prix d’achat de la parcelle comme redevance à la mairie pour
transaction foncière versé à la perception ;
− paiement des frais du foncier non-bâti qui représente 4 % de la valeur vénale de la parcelle
ou du domaine et le payement s’effectue sur 4 années ;
− paiement des frais de timbres qui s’élève à 2 000 F CFA par copie ;
− achat des imprimés de la convention de vente de parcelle en 5 ou 6 exemplaires et signature
par les parties, par le chef village et le chef de l’arrondissement (500 F CFA par copie) ;
− délivrance d’un certificat administratif de domaine acquit.

Processus d’acquisition de la terre par l’acquéreur N°6

Face aux dépenses financières consenties chaque année pour la prise en charge des besoins
alimentaires des membres de la confession religieuse qu’il a sous sa charge, le responsable
décida en 2008 d’acquérir un domaine et d’y installer une ferme agricole pour la production
des vivres dont il aura besoin. Pour ce faire, il confia la recherche de terre à un fidèle du nom
de Mr H, originaire de Dan. Après trois mois de recherche, ce dernier identifia un vendeur
du nom de Sieur G dans la commune de Djidja. Ce dernier fut rencontré par le responsable de
la confession religieuse et le fidèle démarcheur Mr H (devenu par la suite membre du comité
de gestion de la ferme). Le vendeur, également fidèle de la confession religieuse avait prévu
vendre un domaine de 107 ha mais l’église était intéressée par un domaine plus vaste. Un
voisin du vendeur ayant assisté aux négociations décida alors de vendre lui aussi 49 ha pour
porter la superficie totale acquise à 156 ha.

146
Encadré: Négociation des modalités d’acquisition entre les propriétaires et l’acquéreur

« On a rencontré Sieur G qui nous a dit qu’il a 107 ha à vendre. Mais nous, on voulait plus que
cà. C’est de là que son voisin Sieur A nous a informé qu’il veut vendre aussi de terre et nous a
vendu 49h. Le prix de vente a été proposé par les vendeurs à 120.000F CFA l’hectare. Après
négociation, le prix a été ramené à 100 00 F CFA l’hectare. Le prix de la terre variait à cette
époque là entre 100 000 et 120 000 F CFA. Le prix auquel nous avons acheté était donc dans la
gamme de ce qui était pratiqué, seulement que c’est le plus bas que nous avons pris. C’est parce
que c’était l’église qui a acheté. Donc l’œuvre de Dieu »

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Pour ce qui concerne le prix des transactions, les deux propriétaires terriens ont acceptés
ventre l’hectare à 100 000 F CFA au lieu de 120 000 F CFA qu’ils avaient proposé. Au cours
de la même année, les deux acquisitions opérées ont été formalisées à la Mairie de Djidja.

147
Tableau A22 : Description des différentes phases d’acquisition

Nom du Année Superficie Mode Raisons de la cession par le Montant total de Acquisition Existence
propriétaire d’acquisition acquise d’acquisition propriétaire terrien l’acquisition conclue de conflits
terrien de la oralement ou (oui ou
terre par écrit ? non)

Sieur G 2008 107 ha Achat (1) Besoins de ressources 10.700.000 F CFA Ecrit Non
financières pour la prise en
charge des dépenses
d’éducation des enfants et de
ses sœurs.
Sieur A 2008 49 ha Achat (1)Besoins de ressources 4.900.000 F CFA Ecrit Non
financières pour la prise en
charge des dépenses
d’éducation université d’un de
ses fils.
(2)Besoins de ressources
financières pour la construction
d’une maison et d’un véhicule
personnel.
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

148
Activités de la ferme installée par l’acquéreur N°6
La ferme pratique comme activité la production végétale et la production animale.

- la production végétale : elle a démarré en 2008 et concerne essentiellement la


production vivrière (maïs, soja, riz et niébé). Les emblavures en vivriers ont été de 10
ha en 2008, 23 ha en 2009-2010 et 35 ha en 2011-2012 ;

- la production animale : il s’agit d’un élevage porcin qui a démarré en 2010 avec 2
porcins qui est passé 8 porcins en 2012.

Organisation et gestion des ressources humaines


Le premier responsable de la ferme est encore le responsable de la confession religieuse. Il est
assisté dans sa tâche par un autre membre de la confession qui joue le rôle de coordonnateur
et de deux prêtres assistants du coordonnateur.

Pour la réalisation des activités, des ouvriers permanents et des ouvriers occasionnels sont
recrutés chaque année. En 2008 et 2009, le nombre d’ouvriers permanents était de 13. De
2010 à 2012 ce nombre est passé à 08. En effet selon le responsable de la ferme, ce nombre
est suffisant pour la bonne marche des activités si le personnel bénéficie d’un bon programme
de renforcement de capacités. C’est ainsi que parmi les cinq permanents, 1 suivit des
formations en production végétale et animale au centre Songhaï de Porto-Novo durant 2 ans.
Deux (02) ont aussi suivi des formations à la ferme d’élevage d’état de Betekoukou. Les trois
(03) employés permanents restants sont constitués de deux paysans de la localité et d’un (01)
chauffeur tractoriste. Ils sont payés à 60 000 F CFA chacun le mois et travaillent tous les jours
du lundi au vendredi.
La main d’œuvre occasionnelle est constituée de manœuvres locaux qui viennent pour
certaines tâches de façon ponctuelle. Leurs effectifs est assez variables.

149
Tableau A24 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanent et occasionnel au cours des 5 dernières années

Emploi permanent Emploi occasionnel

Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village

(Cotonou, Abomey, Zagnanado, etc.) Cotonou, Abomey, Zagnanado, etc.)

Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois
le démarcheur le démarcheur le démarcheur le démarcheur

2008 0 0 0 0 0 13 0 0 10 0 0 30

2009 0 0 0 0 0 13 0 0 5 0 0 25

2010 0 0 0 0 0 8 0 0 15 0 0 35

2011 0 0 0 0 0 8 0 0 3 0 0 28

2012 0 0 0 0 0 8 0 0 7 0 0 32

Source : Enquête de terrain, 2012

150
Gestion financière
La gestion financière de la ferme est assurée par le responsable de la ferme. La ferme est
financée à plus de 50% grâce aux cotisations des fidèles et aux dons des personnes de bonne
volonté. Aussi dans l’accomplissement de ses activités, la ferme entretien des relations avec le
CeCPA pour des appuis techniques et pour la fourniture des intrants et produits
phytosanitaires. Le Centre Songhaï et la ferme d’élevage de Bétékoukou reçoivent des
ouvriers de la ferme pour des formations. Enfin, la mairie de Djidja a été très impliquée dans
la formalisation des acquisitions de terres.

Diagramme : Diagramme de Venn de la ferme installée par l’acquéreur N°6

Mairie de Djidja

Centre Songhaï Ferme Ferme de


de Porto-Novo Bétékoukou

CeCPA

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013


La production étant destiné à la consommation alimentaire, le flux de rentabilité ne sera donc
pas présenté.

151
Annexe 8 : Le cas de l’acquisition N°7

Genèse et modalités d’investissements


Située dans le village Boussè (arrondissement de Tchaourou, commune de Tchaourou), la
ferme de l’acquéreur N°7 (Sieur A) a été créée en 1991 et s’étend sur une superficie totale de
70 ha dont 50 ha acquit par héritage en 1990 et 20 ha acquit plus tard par achat en 1995 au
près de son jeune frère. Cette ferme a été créée par Sieur A dans le but de d’améliorer ses
sources de revenus et de se garantir un emploi pour sa retraite. Bien que connue par le CeCPA
comme étant l’un des lieux de productions de semences de maïs, la ferme ne jouit pas d’une
reconnaissance officielle auprès des services étatiques.

Tableau A25 : Quelques événements marquants de la ferme de l’acquéreur N°7

Années Evènements Marquants de la ferme de l’acquéreur N°7

1990 Héritage de 50 ha de terres


1991 Démarrage des activités de la ferme
1995 Achat de 20 ha auprès d’un frère ainé du promoteur, fonctionnaire à Cotonou
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Processus d’acquisition de la terre


Cette sous session s’articule autour de deux points que sont : le contexte du foncier dans le
village de Boussè et le processus d’acquisition de la terre par le promoteur de la ferme.

Contexte du foncier dans le village de Boussè

Le Village Boussè est situé dans l’arrondissement de Tchaourou, commune de


Tchaourou. Les terres dans le village Boussè appartiennent aux autochtones qui dans la très
grande majorité des cas ne cultivent pas eux-mêmes la terre. Ils sollicitent les services de
manœuvres agricoles, le plus souvent des migrants pour cultiver la terre et ils se chargent eux
même de la commercialisation. Les modes d’accès à la terre rencontrés dans le village sont :
l’héritage, le don, l’achat ou la location. Le nombre d’achat réalisé dans le village a connu une
augmentation au cours de ces dernières années. Les conflits fonciers portent sur les
contestations de propriétés, contestations de limites, contestations de droits d'héritages. Le
règlement de ces genres de conflits se font au cours de réunions organisées niveau des
familles sous l’autorité du chef de famille ou à une instance supérieure sous l’autorité du chef

152
de village. Dans le cas où ces recours auraient échoués, les tribunaux étatiques
sont saisis.

Processus d’acquisition de la terre pour la ferme du Sieur A (Acquéreur N°7)

Sieur A est un béninois, conducteur de gros porteur au Niger. A la mort de son père, il revint
au Bénin en 1990 pour le partage de l’héritage de son père défunt. A l’issu de ce partage
effectué par le chef de famille, il hérita d’un domaine de 50 ha sis à Boussè dans
l’arrondissement de Tchaourou. Il décida de rester désormais à Tchaourou pour se consacrer
au commerce et à l’agriculture avec pour rêve la création d’une grande ferme agricole. C’est
ainsi qu’il démarra les premières activités agricoles sur la terre qu’il venait d’hériter en 1991
et entreprit de l’agrandir en 1995. Pour ce faire, il prit contact avec un de ses frères ainés,
fonctionnaire d’Etat à Cotonou (capitale économique du Bénin) qui a hérité de leur père, le
domaine limitrophe au sien. N’exploitant pas son domaine, le frère aîné accepta de céder 20
ha à son frère contre un montant de 25 000 F CFA l’hectare soit 1 000 000 F CFA qu’il versa
de façon échelonnée sur 3 ans. La vente a été conclue oralement entre les deux frères et n’a
été source d’aucun conflit jusqu’au décès du frère ainé.

153
Tableau A26 : Description des différentes phases d’acquisition

Nom du Année Superficie Mode Raisons de la Montant total Acquisition Existence de


propriétaire d’acquisition acquise d’acquisition cession par le de l’acquisition conclue conflits (oui
terrien de la propriétaire oralement ou ou non)
terre terrien par écrit ?
Sieur A 1990 50 ha Héritage - - Oral Non

Frère du Sieur A 1990 20 ha Achat (1)Solidarité 4.900.000 F Oral Non


fraternelle en vers CFA
son jeune frère.
(2) Encourager le
jeune frère dans
son initiative.
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

154
Activités de la ferme du Sieur A
La ferme pratique comme activité la production végétale et l’apiculture :

- la production végétale : elle a démarré en 1991. La superficie mise en exploitation


sur la ferme a évolué de 21 ha en 1991 à 45 ha en 2012. Les spéculations cultivées
sont le maïs, le soja, le manioc, l’igname le coton, l’anacarde, le mil, le voandzou.
L’ensemble de ses cultures sont destinées à la vente (80% pour les cultures vivrières et
100% pour le coton et l’anacarde).
- l’apiculture : elle a démarrée en 1997 et se fait dans la plantation d’anacarde qui
couvre une superficie de 5 ha.

Organisation et gestion des ressources humaines


Le premier responsable de la ferme est le promoteur, Sieur A. Il n’intervient que sur les
aspects organisationnels et financiers. Pour ce qui concerne la production elle-même, des
ouvriers sont recrutés. Au cours des cinq dernières années, l’effectif de la main d’œuvre a
varié entre 8 et 20 personnes. Cette variation dépend de l’importance des activités à mener et
de la disponibilité de main d’œuvre dans la région. La main d’œuvre est constituée d’ouvriers
permanents et d’occasionnels.

Les permanents sont de deux types. La première catégorie concerne les ouvriers qui
séjournent depuis plusieurs années sur le site et à qui le promoteur a donné une certaine
superficie qu’ils exploitent chacun pour leurs besoins quotidiens mais en retours, ils se
rendent disponible pour des travaux qui concernent la ferme du promoteur. Les localités de
provenance de ces ouvriers sont : Natitingou, Matéri, Tanguiéta (ils sont ne sont donc pas
originaires de la zone d’implantation de la ferme).

La deuxième catégorie d’ouvriers permanents est constituée de personnes qui viennent


séjourner pendant la campagne agricole et travaillent uniquement pour le promoteur pendant
dix mois. Ils sont nourris par le promoteur tout au long de la campagne. Ce dernier leur verse
également à la fin de l’année une somme comprise entre 250 000 F CFA et 300 000 F CFA.
En fin de campagne, les ouvriers sont libres de rompre le contrat ou de le reconduire pour la
campagne suivante. Les localités de provenance des ouvriers de cette deuxième catégorie
sont : Ouaké, Copargo ou des villages du Togo (ils sont ne sont donc pas originaires de la
zone d’implantation de la ferme).

155
Enfin La main d’œuvre occasionnelle est constituée de manœuvres venus des localités de
Glazoué, Savalou ou Dassa pour accomplir certaines tâches agricoles de façon ponctuelle. Ils
sont payés à la tâche.

156
Tableau A27 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanent et occasionnel au cours des 5 dernières années

Emploi permanent Emploi occasionnel

Année Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village
(Natitingou, Matéri, Tanguiéta. (Glazoué, Savalou ou Dassa.)
Ouaké, Copargo, Togo., etc.)

Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois
le démarcheur le démarcheur le démarcheur le démarcheur
2007 0 0 0 0 0 18 10
2008 0 0 0 0 0 15 0 0 0 0 0 10
2009 0 0 0 0 0 14 0 0 0 0 0 10
2010 0 0 0 0 0 17 0 0 0 0 0 12
2011 0 0 0 0 0 11 0 0 0 0 0 12
2012 0 0 0 0 0 8 0 0 0 0 0 15

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

157
Gestion financière
La gestion financière de la ferme est effectuée par le promoteur de la ferme. Les activités de
la ferme sont financées à plus de 50% par les institutions de financière. A ce titre pour son
fonctionnement la ferme entretien des relations avec des institutions de financières telles que
la CLCAM, Diamond Banque et la BRS. Elle reçoit également des appuis du CeCPA et paie
les taxes de commercialisation des produits à la Mairie.

Diagramme : Diagramme de Venn la ferme du Sieur A

Mairie de
Tchaourou

CLACAM, Ferme Diamon Bank


BRS

CeCPA

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Tableau A28 : Flux de rentabilité de la ferme MAKO de 2010 à 201237

Paramètres Rentabilité 2010 2011 2012

Coût de
Spéculations

production 4 900 000 5 625 000 5 450 000


Ensemble des Valeur du Activités en cours au
spéculations produit 10 096 000 12 136 000 moment de l’enquête
Marge brute Activités en cours au
5 196 000 6 511 000 moment de l’enquête
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

37
La ferme ne dispose pas de documents comptables.

158
Annexe 9 : Le cas de l’acquisition N°8

Genèse et modalités d’investissements


Originaire de Savè le promoteur agricole, Sieur O est un soudeur de formation qui s’est
reconverti en agriculteur en installant sa propre ferme en l’an 2000 dans le village Woubou.
Selon lui son métier de soudeur était de moins en moins rémunérateur pour lui permettre de
subvenir aux besoins de plus en plus croissants de sa famille. Il n’a pas suivi de formations
spécifiques en agriculture. La ferme s’étend sur une superficie de 25 ha acquit par achat
auprès des propriétaires terriens Baribas de la Collectivité D en 1999. La ferme ne jouit pas
d’une reconnaissance officielle auprès des services étatiques.

Tableau A29 : Quelques événements marquants de la ferme du Sieur O

Années Evènements Marquants de la ferme Sieur O

1999 Achat du domaine de 25 ha


2000 Démarrage des premières activités
2005 Achat d’un tracteur d‘occasion
2006 Achats et installations d’un moulin à maïs et d’une râpeuse sur la ferme
2007 Achat et installation d’une égreneuse sur la ferme
Source : Enquêtes de terrain, 2012

Processus d’acquisition de la terre


Il sera présenté dans une première partie le contexte du foncier dans le village de Woubou et
dans une seconde partie le processus d’acquisition de la terre par le Sieur O.

Contexte du foncier dans le village de Woubou

Le Village Woubou est situé dans l’arrondissement de Tchatchou, commune de Tchaourou.


Les différentes acquisitions survenues sur le terroir de Woubou/Bankaro se réalisent dans un
contexte de flou de droits d’occupations et de propriétés entre les ethnies Peuls et les Baribas,
tous deux résidents sur le territoire.

Les Baribas seraient les premiers à s’installer sur la terre de Woubou/Bankaro depuis les
années 1890. Les Peuls seraient venus sur cette terre plus tard en quête d’aires de pâturage et
d’espace pour l’agriculture de subsistance. Ils auraient donc pris contact avec les propriétaires
terriens Baribas, à qui ils auraient demandé de terres cultivables. Les Baribas auraient accepté

159
leurs requêtes. En guise de reconnaissance, chaque année, les Peuls offraient à ces derniers
des compensations en nature (vivres, animaux, etc.).

Mais au cours des années 1960s, ces deux groupes ethniques résidant dans le village Woubou
auraient été déplacés d’un autre village, le village Koubou situé en bordure de route. Ce
déplacement a été effectué dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de villagisation
entrepris par le premier président du Bénin (Hubert Maga) qui, à la faveur de l’indépendance
du pays, a opté pour le déplacement des communautés vivant en retrait dans les zones non
accessibles vers les grands axes. C’est ainsi que Woubou a été désormais rattaché au village
administratif de Koubou.

Après plusieurs décennies de résidences à Koubou, la pression démographique devenait de


plus en plus forte et tous les Peuls ne trouveraient plus assez de terre pour exercer leurs
activités agro-pastorales. Ainsi, certains d’entre eux décidèrent de retourner sur les terres que
les Baribas avaient octroyées à leur ancêtre à Woubou. Pour ce faire, ils auraient formé une
délégation de peuls avec à sa tête des dénommés Mr D et Mr S.

Ces derniers les aurait amenés en 1998 chez le roi des Baribas qui, après négociation leur
donna à nouveau l’autorisation d’installation à Woubou avec pour interdiction de pas ne
installer des plantations et introduire d’autres Peuls (surtout les Peuls de Boukoussera). Mais
ces restrictions ne furent pas respectées. En 2002, les Baribas auraient en effet constaté
l’introduction de certains Peuls de Boukoussera et la mise en place des plants d’anacardes, de
manguiers et autres plantes pérennes sur le domaine qui leur a été octroyé. Sous le coup de la
colère, les Baribas (en commun accord avec leur roi) auraient décidé d’expulser les Peuls du
domaine.

Les Peuls ont engagé un processus de négociation en se rapprochant de Mr C (un ami au roi
Bariba) pour qu’il les aide à implorer la clémence du roi. Le roi aurait finalement accepté les
supplications mais aurait ordonné que toutes les plantations installées par les Peuls soient
détruites. Ce qui a été réellement fait.

En 2004, ils (les mêmes peuls) auraient placé sur le domaine qui leur avait été octroyé, une
plaque portant le nom village de Boukoussera, ce qui matérialise qu’il s’agit de leur territoire.
Cette plaque aurait été enlevée par les Baribas et ce fut le début des conflits entre les deux
ethnies. Les conflits se seraient aggravés avec les ventes de terres engagées par les Baribas.
Les ventes se font sur les parties non utilisé du domaine qui a été octroyé au Peuls. La

160
première vente de 25 ha aurait été réalisée autour de l’an 2000 dans le but de construire un
palais pour leur roi. L’acquéreur serait Mr O (promoteur du cas étudié). Après lui, d’autres
personnes auraient également acquis des terres à Woubou. Les Peuls se sentant menacer de
perdre un jour la terre qui leur avait été octroyée, auraient commencé par contester les ventes
en se déclarant propriétaire et premier occupant de l’espace.

Pour les peuls, les Baribas seraient leurs co-propriétaires et de plus la terre serait une
ressource naturelle à préserver et à ne pas vendre. Pour les Baribas, à défaut que les Peuls ne
leur arrachent leurs terres, ils préfèrent les vendre à autruis. Il est à noter que le roi des
Baribas prétendrait n’avoir pas été impliqué dans les ventes opérées par ses administrés
Baribas.

Ainsi, avant toutes actions de sécurisation conséquente, la clarification des droits de


propriétés entre les Peuls et Baribas s’avère urgente. Mais en attendant une sensibilisation sur
l’importance de la préservation des ressources foncières serait également très opportune.

Processus d’acquisition de la terre par le du Sieur O

Sieur O est originaire de la commune de Savè. De parents agriculteurs, il a suivi une


formation de soudure et obtint son diplôme en 1979 à Parakou où il y travailla pendant
plusieurs années comme soudeur. Confronté aux besoins de plus en croissante de sa famille, il
décida de s’investir dans l’agriculture pour une diversification de ses sources de revenus. Pour
ce faire il entreprit d’acheter de terre dans la Commune de Tchaourou (commune voisine à
Parakou). Selon l’acquéreur, il aurait préféré acheter la terre dans la commune de Tchaourou
que dans sa localité d’origine (Savè) pour ne pas se faire remarquer par les membres de sa
famille qui pourraient l’envier.

En 1999, après avoir réunit l’argent38 devant servir à l’achat de la terre, il se mit à la recherche
de terres fertiles en informant toutes ses connaissances originaires de Tchaourou de son désir
d’acquérir de terre. C’est ainsi qu’il rencontra un jeune cultivateur résidant dans un hameau
du village Woubou qu’il informa de son projet. Ce dernier lui fit aussitôt comprendre que le
cousin du roi du village Woubou l’avait informé qu’il voulait vendre des terres pour la
construction du palais de leur roi. Le jeune cultivateur et Sieur O se s’étaient rendus deux
jours plus tard chez le vendeur. La vente fut conclue le même jour et les démarches pour la

38
L’argent était constitué en partie d’épargnes et de recettes issus de la vente d’un domaine de 4ha que Sieur
OLOUFADE avait acquit plus tôt à proximité de la Parakou.

161
formalisation ont été aussitôt entreprises. La terre a été acquise en 1999 à un montant de
50 000 F CFA l’hectare. L’acquéreur offrit en guise de remerciement à l’intermédiaire un
montant de 15 000 F CFA. Mais la vente a été contestée par les Peuls qui se réclament co-
propriétaires du domaine acquit. Ces contestations ont continué même après l’installation de
l’acquéreur sur le domaine.

Encadré : Description des tentatives d’intimidation subit par l’acquéreur de la part des peuls
« Le champ acheté se trouvait juste à côté des peuhls qui s’y étaient farouchement opposés. Ils
étaient allés voir le chef des baribas pour lui demander le prix auquel ils m’ont vendu la terre afin
de me rembourser, la raison est qu’ils ne voulaient avoir personne auprès d’eux. Le chef bariba est
venu me voir et je lui ai dit « il y a un lien très étroit entre bariba et nagot donc qu’il n’a pas le droit
de revenir sur notre accord ». Il reconnut que j’avais raison et n’a plus pris l’argent proposé par les
peuls. Suite à mon installation sur la ferme, les peuls étaient venus me demander la raison pour
laquelle j’ai acheté la terre et m’ont intimé l’ordre de quitter le champ. J’ai refusé et l’un deux a
voulu engager une bagarre avec moi et j’ai dit : « le premier d’entre vous qui me touche ne verra
pas le coucher du soleil ». Ils se sont retournés vers leur campement ».

Source : Enquêtes de terrain, 2012

Encadré : Description des tentatives d’intimidation subit par l’acquéreur de la part des peuls
Affrontements occultes et exit option
« Les peuls venaient dans mon champ et occupait de l’espace. J’ai alors érigé une grande butte sous forme
de fétiche mais qui n’était qu’un leurre. Ils y ont cru et se sont éloignés de mon champ. Quelques jours plus
tard, l’un d’entre eux est venu me voir et me disait : « Saliou, tu as l’argent pour acheter la terre mais as-tu
l’argent de ton âme ? ». Je lui répondis que je n’ai pas de gris-gris mais s’il y a une chose dont je suis sûre
c’est que toute attaque qu’il lancera contre moi se retournera contre lui. Un jour, en mon absence, il était
venu manger auprès de mes manœuvres qui m’ont fait le compte rendu à mon arrivée et je dis : «le fait qu’il
soit venu manger dans ma ferme est symbolique et si d’aventure il essayait de porter atteinte à ma vie, il ne
pourrait plus résider dans la zone ». En effet, il quitta la zone et on ne le revit plus mais il a laissé un jeune
frère à lui qui exploite 2 ha de terres à côté d’ici. Sa plantation d’anacarde qu’il avait planté au même
moment que moi est abandonnée jusqu’à présent. Mais aujourd’hui, les peuhls sont contents de ma présence
à côté d’eux et bénéficient de mes services (mouture de maïs, de noix de karité, de noix de palme, labour
avec mon tracteur). et je suppose que lui aussi en bénéficie puisqu’il n’offrirait pas ces prestations
gratuitement ».

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

Le conflit opposant l’acquéreur et les peuls a été réglé mais celui opposant les Baribas
(Collectivité D) et les Peuls n’a pas encore trouvé d’issu.

162
Tableau A30 : Description des différentes phases d’acquisition

Nom du Année Superficie Mode Raisons de la cession Montant total Acquisition Existence de
propriétaire d’acquisition acquise d’acquisition par le propriétaire de conclue conflits (oui
terrien de la terrien l’acquisition oralement ou ou non)
terre par écrit ?
Chef de Famille 1999 25 ha Achat (1)Besoins de 1 250 000 F Ecrit Oui
D ressources financières CFA
pour la construction
du palais royal.

-
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

163
Activités de la ferme du Sieur O

La ferme pratique comme activité la production végétale, l’élevage et les prestations


diverses :
- la production végétale : elle a démarré en 2000. Les spéculations cultivées sont le
vivriers (maïs, niébé, arachide, etc.), les plantations de cultures pérennes (anacarde,
manguiers, etc.) Les produits de récoltes sont déversés sur le marché de Cotonou et
Parakou. Une faible quantité est destinée au marché de Tchaourou (commune
d’implantation de la ferme) ;

- la production animale : elle concerne l’élevage de volaille, d’ovins, de caprins et de


bovins ;

- les prestations diverses : le promoteur dispose de deux tracteurs qu’il loue aux
exploitations environnantes pour le labour. Il a également installé dans le milieu, de
moulins à maïs et d’égreneuse de noix de Karité pour les populations riveraines.

Organisation et gestion des ressources humaines


La ferme est dirigée par l’acquéreur lui-même. Il intervient dans tous les aspects de la gestion
de ferme. Il emploie deux ménages d’ouvriers qui font les différentes activités de la ferme. Il
s’agit en effet de deux familles de manœuvres dont la première est composée du père, de la
mère et de 3 enfants pendant que dans la seconde famille on a le père, la mère et 4 enfants.
Tous les membres de ces deux ménages sont employés et payés à la tâche. Le promoteur a
octroyé à chaque ménage d’ouvriers sur un domaine d’1ha pour qu’il y fasse leur propre
agriculture de subsistance. Ils logent donc sur la ferme et peuvent être sollicités à tout moment
par l’acquéreur.

La main d’œuvre occasionnelle est parfois sollicitée pour appuyer les familles d’ouvriers
pendant les périodes de récoltes.

164
Tableau A31 : Evolution de l’effectif de la main d’œuvre permanent et occasionnel au cours des 5 dernières années

Emploi permanent Emploi occasionnel

Année Originaires du village d’acquisition Non originaires du village Originaire du village d’acquisition Non originaire du village
(Baribas) (Glazoué, Savalou ou Dassa.)

Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant Ayant des liens Ayant des liens N’ayant Ayant des Ayant des liens N’ayant
avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun avec l’acquéreur avec le aucun liens avec avec le aucun
propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien propriétaire lien l’acquéreur propriétaire lien
terrien avec les terrien avec les terrien avec les terrien avec les
(vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois (vendeur) et/ou trois
le démarcheur le démarcheur le démarcheur le démarcheur
2007 0 0 0 0 0 4 0 0 0 0 0 0
2008 0 0 0 0 0 5 0 0 0 0 0 0
2009 0 0 0 0 0 8 0 0 6 0 0 0
2010 0 0 0 0 0 6 0 0 13 0 0 0
2011 0 0 0 0 0 11 0 0 5 0 0 0
2012 0 0 0 0 0 11 0 0 10 0 0 0

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

165
Gestion financière
La gestion financière de la ferme est assurée par le promoteur de la ferme. Les activités de la
ferme sont financées à plus de 40% par les institutions de financière (BRS, PADME) et à 60%
par les épargnes propres du promoteur et les recettes issus des activités de la ferme. Il
entretient également des relations avec l’ONG DEDRAS et le CeCPA pour des appuis liés à
la production.

Diagramme : Diagramme de Venn la ferme du Sieur O

Mairie

BRS

CeCPA Ferme PADME

DEDRAS

Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

166
Tableau A32 : Flux de rentabilité de la ferme du Sieur O au cours de l’année 201239

Activité/prestation Rentabilité 2012


Plantation d’anacarde Coûts de production 265 000
Recettes totales 950 000
Marge brute 685 000
Plantation de manguier Coûts de production 95 000

Recettes totales 300 000


Marge brute 225 000
Elevage Coûts de production 165 000
Recettes totales 850 000
Marge brute 685.000
Labour par tracteur Coûts de production 165 000
(Prestions) Recettes totales 600 000
Marge brute 435 000
Moutures (Prestions) Coûts de production 85 000
Recettes totales 225 000
Marge brute 140 000
Source : Enquêtes sur le terrain, 2012-2013

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La ferme ne dispose pas de documents comptables mis à jour.

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