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État des droits de l'Homme au Maroc

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Abdelhamid Karraky
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Les droits de l’Homme au Maroc

I- Au niveau juridique

A- Dispositions constitutionnelles
B- Les textes législatifs et réglementaires relatifs à la promotion et la protection des
droits de l’Homme.

II - Au niveau institutionnel

A- Les mécanismes institutionnels en charge des droits de l’Homme.


B- Les principales actions pour la mise en œuvre des droits économiques, sociaux et
culturels.

Introduction

A l’avènement de l’indépendance, le Maroc était préoccupé par la mise en place des bases
d’un État de droit. Cette situation s’était accompagnée par l’adoption d’un arsenal juridique
diversifié.

En effet, compte tenu de l’influence du contexte externe en matière des droits de l’Homme
et les pressions de l’environnement international sur le pays en vue de protéger les droits et
les libertés individuels, le Maroc a connu un développement majeur dans ce domaine, grâce
à une série de réformes normatives en la matière ainsi que les instruments de mise en
œuvre pour protéger et rehausser les valeurs des droits de l’homme (révision
constitutionnelle, ratification de plusieurs traités et conventions internationaux, création des
tribunaux administratifs, le conseil consultatif des droits de l’homme et le ministère des
droits de l’homme, plusieurs réformes administratives et juridiques).

Le Maroc a connu un combat très acharné en matière des droits de l’homme qui a duré
pendant plus qu’un demi-siècle. Cet état de lieux permet-il à notre pays de réaliser des
avancées en la matière ? Quels sont les différents textes adoptés ? Quelles sont les
institutions mise en œuvre afin de faire valoir le droit de l’Homme au Maroc ?

I- Au niveau juridique

1- Dispositions constitutionnelles

Le Maroc adhère aux principes des droits de l’Homme, dans leur acception universelle, et le
préambule de la Constitution de 2011 dispose que : « … le Maroc, s’engage à souscrire aux
principes, droits et obligations énoncées dans leurs chartes et conventions respectives ; il
réaffirme son attachement aux droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus,
ainsi sa volonté de continuer à œuvrer pour préserver la paix et la sécurité dans le monde ».
La Constitution de 2011 garantit un ensemble de droits, et consacre notamment, l’égalité de
tous les marocains devant la loi (art. 6) ; le libre exercice des cultes qui est garanti par sa
Majesté Amir Al Mouminin (art. 41) ; l’égalité entre l’homme et la femme dans l’exercice des
libertés et droits civils et politiques (art. 19 et 25& 30 et 31) ; le droit à l’information (art. 27)
; le droit de propriété et la liberté d’entreprendre sont garantis (art. 35), la liberté de
circuler, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté d’association, de
rassemblement et d’appartenance syndicale (art. 28 et 29) ; le droit de constituer une
famille et préserver les droits des enfants (art.32 et 33 et34).

De même, la Constitution affirme l’indépendance de l’Autorité Judiciaire et prévoit un


conseil supérieur du pouvoir judiciaire (art.113) suite au discours royal proclamé pour
reformer la justice et la rendre au service du citoyen ; la garantie des droits des justiciables
(art.117 à 125) ; la garantie des droits et des libertés par la création de la cour
constitutionnelle (art.133) ; la création du conseil économique, social et environnemental
(art.151 à 153).

2- Les textes législatifs et réglementaires relatifs à la promotion et la protection des droits


de l’Homme.

Dans ce cadre, et plus des anciens textes adoptés en la matière, d’autres viennent d’être
promulgués et d’autres amendés, notamment pour consacrer l’égalité entre l’homme et la
femme et préserver les droits de l’enfant : loi sur la Kafala - recueil légal des enfants
abandonnés en 2002 ; code de la famille en 2004 ; code du travail en 2003 ; loi sur l’état-civil
en 2002 ; code de la nationalité marocaine en 2007 ; code de la route en 2010 ; protéger les
libertés publiques et individuelles et garantir un procès équitable (code de procédure pénale
de 2003 modifié et complété en 2011) ; modification du code pénal sanctionnant la violence
conjugale et le harcèlement sexuel, 2003) ; loi organique sur l’immunité parlementaire, 2004
; loi supprimant la cour spéciale de justice, 2004)…

Les nouveaux textes législatifs ont également concerné l’amélioration des conditions de
détention (réforme de la législation pénitentiaire, 1999), la lutte contre les nouvelles formes
de criminalité (modifications du code pénal pour lutter contre le terrorisme ; la criminalité
organisée en 2005 et le blanchiment d’argent en 2007.

II - Au niveau institutionnel

1-Les mécanismes institutionnels en charge des droits de l’Homme.

Le Royaume du Maroc s’est doté d’un important dispositif institutionnel assurant la


reconnaissance, la protection et la promotion des droits de l’Homme. Ces institutions sont
de nature juridictionnelle, consultative ou de médiation.

Les institutions juridictionnelles comprennent : la Cour constitutionnelle, qui a pour


mission de contrôler la constitutionnalité des lois en garantissant le respect des droits
fondamentaux reconnus par la Constitution, et les institutions judiciaires, qui font partie
d’un système fondé sur les principes d’indépendance, du double degré de juridiction et
d’égalité d’accès à la justice. Le chantier de réforme de la Justice se poursuit en vue d’en
renforcer l’indépendance et l’efficacité et en assurer la modernisation « la justice au service
du citoyen ».

Les institutions consultatives, d’arbitrage et de médiation interviennent dans différents


domaines ayant trait aux droits de l’Homme dans leurs dimensions générales ou spécifiques.
Il s’agit des institutions suivantes :

Le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), créé en 1990 (CCDH) et réorganisé en
2001 puis en 2011 sur la base des principes de Paris régissant les Institutions nationales des
droits de l’Homme.

Le CNDH émet des avis consultatifs en matière de protection et des droits et des libertés
fondamentales, présente des rapports et les soumet aux autorités compétentes en plus un
rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme au Maroc. Il formule des
recommandations sur l’harmonisation des lois nationales, l’encouragement à l’adhésion aux
instruments internationaux et l’examen des cas de violation des droits de l’Homme.

L’Institution du Médiateur (Ombudsman), créé en 2001 et réorganisée en 2011, est une


institution chargée d’assurer l’intermédiation entre le citoyen et les pouvoirs publics afin
d’inciter au respect des règles de la primauté du droit et d’équité. Il contribue à la
conciliation entre le citoyen et l’administration et au règlement extrajudiciaire des différends
administratifs en examinant les plaintes et doléances des personnes s’estimant lésées par
des décisions ou des actes administratifs.

L’Instance Équité et Réconciliation (IER), est une commission de vérité dotée de


prérogatives élargies chargée, de 2004 à 2006, de compléter l’œuvre de l’Instance
Indépendante d’Arbitrage pour la réparation des dommages subis par les victimes des
disparitions forcées et de la détention arbitraire (1996-1999). Elle a examiné les violations
graves des droits de l’Homme au cours de la période qui a suivi le recouvrement de
l’indépendance, afin de rétablir la vérité, réparer les préjudices subis suivant les règles
d’équité et indemniser les victimes des violations.

L’IER a pu ainsi établir la nature, la gravité et le contexte des violations, à la lumière des
principes et normes du droit international des droits de l’Homme.

2 – Les principales actions pour la mise en œuvre des droits économiques, sociaux et
culturels.

En matière de promotion et de protection des droits économiques, sociaux et culturels,


l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), lancée le 18 mai 2005 par Sa
Majesté le Roi Mohammed VI est destinée à combler le retard affiché dans la réalisation des
objectifs de développement humain, constaté dans le Rapport du Cinquantenaire.

L’INDH se fixe comme axes d’intervention : l’accès aux équipements et services sociaux de
base ; la promotion des activités génératrices de revenus stables ; la lutte contre le chômage,
notamment celui des jeunes diplômés, et l’aide aux personnes les plus vulnérables. De
grands chantiers ont été ouverts, donnant la priorité aux droits des personnes issues des
milieux les plus défavorisés, qui vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une
situation de pauvreté et de marginalisation.

En dépit de ces efforts, le Royaume du Maroc rencontre des difficultés financières, une
insuffisance de l’infrastructure et des ressources humaines à même de garantir la mise en
œuvre et la viabilité des programmes conçus pour les personnes en situation de handicap.

Quant à la promotion de la culture des droits humains, la Charte Nationale de l’Education et


de la Formation de 1999, fait de l’éducation aux droits de l’Homme un des principes
fondamentaux de la réforme de l’enseignement, en énonçant que « le système d’éducation
et de formation œuvre à la concrétisation du principe d’égalité des citoyens, de l’égalité des
chances qui leur sont offertes et du droit de tous, filles et garçons, à l’enseignement que ce
soit en milieu rural ou en milieu urbain, conformément à la Constitution du Maroc».

Une Commission centrale des droits de l’Homme et de la citoyenneté (CCDHC) a été


instituée pour assurer l’orientation, la coordination, l’évaluation et le suivi des plans d’action
relatifs à l’éducation aux droits de l’Homme et à la citoyenneté.

En matière de préservation et de promotion de la langue et de la culture amazighes,


L’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), chargé depuis octobre 2001 d’œuvrer à la
sauvegarde et à la promotion de la langue culture amazighe dans toutes ses expressions, il
concourt à la mise en œuvre des politiques retenues et devant permettre l’introduction de
l’amazigh dans le système éducatif et à lui assurer son rayonnement dans l’espace social,
culturel et médiatique, national, régional et local.

En quelques années d’existence, l’IRCAM a contribué à la valorisation de la langue et la


culture amazighes en instaurant le tifinagh comme mode de graphie, permettant la
production de l’écrit dans cette langue, en concourant à l’introduction de l’amazigh dans le
cursus éducatif et en assurant la promotion d’émissions dans cette langue dans les moyens
de communication audio-visuels.

Les engagements du Gouvernement s’inscrivent aussi dans une approche régionale en


parallèle avec la dynamisation du programme de lutte contre l’habitat insalubre, en
particulier les programmes « villes sans bidonvilles » et « réhabilitation des logements
menaçant ruine », et ce dans le cadre d’une politique contractuelle entre l’Etat et les
collectivités locales et en collaboration avec la population cible.
En matière de droit à la santé, les acquis du Maroc concernent, notamment l’indépendance
vaccinale, l’éradication de la poliomyélite, l’élargissement de la couverture vaccinale des
enfants et la baisse de la mortalité infantile. En outre, de nombreux efforts ont été déployés
pour améliorer les indicateurs de santé reproductive, généraliser l’Assurance Maladie
Obligatoire (AMO) et renforcer le programme national de lutte contre le VIH/SIDA.

Toutefois, des difficultés persistent dans le domaine de la santé. Elles portent


essentiellement sur : le taux élevé de la mortalité maternelle ; la faiblesse du nombre de
médecins par habitants ; les déséquilibres entre les milieux urbain et rural et entre les
différentes régions ; ainsi que la faiblesse du budget alloué au secteur de la santé.

Les garanties mises en place par les Etats ainsi que les moyens complémentaires
d'application des droits de l'homme sous la forme d'INDH peuvent parfois se révéler
insuffisants pour assurer le respect de ces droits, d'où le recours par la société civile aux
organisations non gouvernementales des droits de l'homme afin de faire pression sur l'Etat
pour les respecter.

Conclusion

La situation des droits de l’homme au Maroc connait, durant cette dernière décennie, une
évolution importante soit du côté de l’arsenal juridique, soit du côté de la pratique, presque
dans toutes les catégories des droits : droits civils et politiques ; droits économiques, sociaux
et culturels. Mais le développement des droits de la solidarité et les droits des personnes
vulnérables reste au-dessous des résultats escomptés.

Malgré les avancées réalisées en matière des droits de l’homme au Maroc, des limites
restent encore à les surmonter pour faire progresser l’état de ces droits, et par là encrer le
concept de la citoyenneté.

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