CHAPITRE I
LES FONCTIONS MÉCANIQUES ÉLÉMENTAIRES
Toutes les pièces ou éléments qui composent un mécanisme ont une fonction mécanique.
- Une fonction mécanique est le rôle que joue cet élément à l’intérieur du mécanisme.
Il existe quatre fonctions mécaniques élémentaires:
1- la liaison, 2- le guidage, 3- la lubrification, et 4- l’étanchéité.
1. LA LIAISON
- Définition : Une liaison est une relation de contact entre deux solides, supprimant ou autorisant
un certain nombre de degrés de liberté.
Il s’agit de la fonction d’un organe d’assemblage ou cette fonction est assurée par la forme
complémentaire des pièces.
L'analyse des liaisons se fait à partir de leurs :
a) Caractéristiques, b) Degrés de liberté de liaison et c) Le type de liaison.
a) Caractéristiques d'une liaison
Une liaison peut comporter quatre des huit caractères parmi les suivants.
1) Une liaison peut être DIRECTE ou INDIRECTE(Fig1.1)
• Directe : les pièces sont conçues pour tenir ensemble sans l’intervention d’un autre organe.
• Indirecte : les pièces ont besoin d’un organe intermédiaire (clou, vis, colle, etc.) pour tenir
ensemble.
2) Une liaison peut être RIGIDE ou ÉLASTIQUE. (Fig1.2)
• Rigide : une liaison est rigide lorsqu'elle comporte un organe de liaison rigide
OU lorsque la surface des pièces est rigide et que la liaison est assurée par leur forme
complémentaire.
• Élastique : une liaison est élastique lorsqu’il y a présence d’un organe de liaison élastique ou
d’un matériau élastique. Elle assure un mouvement de rappel (retour à la position initiale) des
pièces dans le fonctionnement de l’objet.
3) Une liaison peut être DÉMONTABLE ou INDÉMONTABLE. (Fig1.3)
• Démontable : lorsqu’on peut séparer les pièces sans endommager les surfaces ni l’organe de
liaison.
• Indémontable : lorsque la séparation des pièces entraîne la détérioration de leur surface ou de
l’organe de liaison.
4) Une liaison peut être COMPLÈTE ou PARTIELLE.(Fig1.4)
• Complète : lorsqu’il n’y a aucune possibilité de mouvement entre les pièces liées
• Partielle : si les pièces liées peuvent bouger les unes par rapport aux autres.
Les figures (Fig1.1) (Fig1.2) (Fig1.3) (Fig1.4) montrent quelques caractères de liaison d’un vélo.
(Fig1.1) (Fig1.2) (Fig1.3) (Fig1.4)
b- Degrés de liberté des liaisons
Lors de la conception d'un mécanisme, le choix d'une liaison peut se faire sur les degrés
de liaison (aspect transmission), sur les degrés de liberté (aspect guidage) ou sur les deux
à la fois.
Degrés de liberté : Dans l’espace, un élément qui ne serait lié à aucun autre élément pourrait
être déplacé et bougerait dans tous sens et de tous côtés. Selon un plan cartésien, il existe 6
degrés de liberté et 12 possibilités de mouvements.
Représentez-les sur les axes (Fig1.5)
(Fig1.5)
Degrés de liaison: On appelle degré de liaison tout degré de liberté supprimé. Le nombre de
degrés de liaison est donc le complément (à 6) du nombre de degrés de liberté. Par exemple, le
cas d'une liaison ponctuelle (Fig1.6), génératrice de toutes les autres possède donc 1 degré de
liaison ou 5 degrés de liberté.
(Fig1.6), liaison ponctuelle
La combinaison des degrés de liberté éliminés (Degrés de liaison) constitue une carte d'identité
de la liaison mécanique ainsi créée.
c- Les types de liaisons
L'analyse des formes des surfaces en contact permettent de déterminer quels sont les degrés de
liberté supprimés. Le tableau 1 montre les différents types de liaisons mécaniques élémentaires.
Tab. 1
Excercie 1
Indiquer le nom des liaisons du Vélo tout terrain (Fig. 1.7)
entre : Réponse
• La roue arrière et le bras oscillant Liaison pivot
• La roue avant et la fourche Liaison pivot
• Le pédalier et le cadre Liaison pivot
• La fourche et le cadre Liaison encastrement
• Le bras oscillant et le cadre Liaison encastrement
Fig. 1.7 Vélo tout terrain
Schéma cinématique
Lors d’une étude, un mécanisme est représenté sous la forme d’un dessin d’ensemble. Si le
mécanisme est complexe, il sera utile de le schématiser et de le représenter sous forme d’un schéma
cinématique
Le schéma cinématique est une représentation simplifiée permettant une meilleure compréhension du
fonctionnement (aspect cinématique) d'un mécanisme. Il ne tient compte ni des formes, ni des
dimensions du mécanisme, et qui obéit à une norme. Il traduit de façon simple le fonctionnement
cinématique du mécanisme et est utilisé en: analyse pour appréhender rapidement le fonctionnement.
Classes d’équivalence
Définition : on appelle classe d’équivalence cinématique (CEC) un ensemble de pièces
mécaniques reliées entre elles par des liaisons encastrement.
Une classe d’équivalence peut être désignée par une lettre majuscule.
Exemple:
Le dessin d’ensemble ci-dessous représente une bride hydraulique permettant le maintien
en position d’une pièce à usiner.
L’effort de serrage est produit par de l’huile sous pression agissant sur le piston 2.
La bride est fixée sur une table de machine-outil.
Fig. 1.7
Sur le dessin d’ensemble, il sera d’usage de colorier chaque classe d’équivalence d’une couleur
différente.
Le mécanisme comprend 10 pièces que l’on peut regrouper en 3 classes d’équivalence distinctes
0, A et B.
Ex. : A = {1, 4, 6,7} est la classe d’équivalence comprenant les pièces repérées 1, 4, 6 et 7 sur le
dessin d’ensemble.
Remarque : Le ressort 10 étant déformable, on n’en tient pas compte
Fig. 1.8
Après avoir identifié toutes les liaisons, on peut élaborer un graphe des liaisons (voir fig. 1.9 ci-
dessous)
Fig. 1.9
En reliant entre elles les classes d’équivalence (couleurs), on obtient le schéma cinématique du
mécanisme.
Remarque : Le schéma cinématique doit respecter la géométrie du mécanisme.
Schématisation dans le plan (O, x, y)
Schématisation en perspective
Exercice 1
Identifiez les principaux types de liaisons et donnez le schéma cinématique équivalent du Serre-
joint pour le bricolage représenté en perspective ci-dessous,
Les étapes à suivre pour tracer le schéma cinématique équivalent sont:
ETAPE 1 : REPERER LES GROUPES CINEMATIQUES
- Colorier les classes d’équivalence sur le plan d’ensemble
- Recenser les pièces composant chaque groupe (les pièces élastiques à exclure)
ETAPE 2 : ETABLIR LE GRAPHE DES LIAISONS
-Relier par un trait les groupes ayant des contacts quels qu’ils soient
ETAPE 3 : IDENTIFIER LES LIAISONS ENTRE LES GROUPES
- Déterminer la nature du ou des contacts entre les classes d’équivalence.
- et/ou observer les degrés de liberté entre les groupes concernés.
- En déduire la liaison normalisée correspondante (centre et axe)
ETAPE 4 : CONSTRUIRE LE SCHEMA CINEMATIQUE MINIMAL
Solution Exo 1
2. LE GUIDAGE
Il s’agit de la fonction d’un organe qui dirige un autre organe selon une trajectoire précise.
Il existe deux types de guidages :
en translation
et en rotation
Guidage en translation
Le guidage en translation entre deux pièces est la matérialisation de la liaison glissière. Il faut
donc éliminer entre ces deux pièces 5 degrés de liberté : 2T et 3R.
Représentation schématique normalisée d'une liaison glissière d'axe X.
Le degré de liberté en translation peut être obtenu aussi bien par association de surfaces planes
que de surfaces de révolution.
Le guidage en translation est obtenu par Glissement ou par roulement
a) Guidage par Glissement
Selon la nature de ces surfaces assurant la mise en position on distinguera :
* le guidage prismatique : Surfaces de contact planes.
* le guidage cylindrique : Surface de contact cylindrique plus un arrêt en rotation.
Dans ces deux cas il existe une combinaison minimale des surfaces permettant d'obtenir un
guidage isostatique.
La pièce prise comme référence fixe sera appelée glissière.
La pièce mobile par rapport à la glissière sera appelée coulisseau
REALISATION DE LA LIAISON
Pour réaliser cette liaison, il convient de définir entre glissière et coulisseau :
· Un plan de déplacement
· La direction du déplacement dans ce plan
Le maintien en position est assuré par des surfaces complémentaires entre lesquelles doivent
exister des jeux fonctionnels.
Dans tous les cas la réalisation du guidage dépendra de conditions fonctionnelles:
* dimensionnelles : jeux a et b
* de forme : planéité
* de position : perpendicularité
Les figures ci-dessous donnent les Solutions technologiques des guidages par forme
prismatique et cylindrique
b) Guidage par roulement
Il s'agit de remplacer le déplacement par glissement par un déplacement par roulement.
Il suffit d'intercaler entre le coulisseau et la glissière des éléments roulants (billes).
• meilleur rendement mais coût plus élevé.
• Améliore les performances (cadences, vitesses…)
• Aucune lubrification nécessaire sauf pour les éléments roulants.
Exemple : Rail de guidage pour guidage prismatique
Guidages linéaires sur patins utilisés dans la mécanique de précision (automation, dispositifs de
contrôle et de mesure…)
Ils permettent une absence totale de jeu et ils possèdent un très faible coefficient de frottement
(0,0005 à 0,003). Vitesse de déplacement de 3 à 5 m/s
Exemple : Douille à billes pour guidage cylindrique
Permettent des fonctionnements sans jeux, améliorent la précision et les performances. Valeur
du coefficient de frottement de 0,001 à 0,005.
Se montent par paire.
Utilisées sur les machines-outils, robots, systèmes automatisés…
Vitesse de déplacement 5 m/s.
Economiques pour arbres lisses, ne supportent que des charges radiales.
Guidage en rotation
Aspect technologique, modélisation
Lors de la modélisation d'un contact surfacique cylindrique, il est important de prendre en
compte le rapport entre L (longueur du contact) et D (diamètre) pour déterminer la liaison
correspondante.
On distingue quatre types de guidage en rotation:
1- par contact direct
2- par bague de frottement
3- par éléments roulants
4- sur film d'huile
1- Guidage en rotation par contact direct
C'est la solution la plus simple, mais la plus rudimentaire. Les deux éléments sont directement en
contact.
La qualité de la liaison dépend:
- des matériaux en contact (coefficient de frottement, lubrification)
- du choix de l'ajustement entre les pièces (jeu)
- de la qualité de fabrication (rugosité, géométrie)
Ajustement généralement préconisé : glissant juste, du type H7 g6
La figure ci-dessous montre guidage en rotation par contact direct, montage en porte à faux et
en chape.
Avantages : Montages simples et économiques
Inconvénients : Frottements importants
2- Guidage en rotation par bague de frottement
On interpose entre les deux éléments en rotation une bague de frottements Son but est de
réduire les pertes par frottements lors du fonctionnement
On trouve différents types de bagues selon les cas d'utilisation.
- bagues en bronze ou en laiton (cas ci-contre)
- bagues polymères
- bagues auto-lubrifiées
Exemple: Arrêt par anneau élastique Montage serré dans l’alésage
Avantages
- Simplicité de mise en oeuvre
- guidage précis
- prix de revient
Inconvénients :
- ne convient pas pour les fortes charges
- ne convient pas pour les vitesses de rotation élevées
Les bagues de frottements sont classées en fonction du matériau constituant, bronze,
composite ou en polymères
Les coussinets en bronze sont frittés à structure poreuse. Ils sont imprégnés d'huile.
Sous l'effet de la rotation de l'arbre et du jeu existant, l'huile est aspirée (effet Venturi) et forme
un film d'huile entre les pièces.
(Lors de l'arrêt, l'huile regagne les pores du coussinet par capillarité).
Coussinets frittés. (norme NF E 22-510 - ISO 2795)
Avantages
- Réduction des frottements
- Augmentation de la durée de vie
- Report de l’usure sur les bagues
- Fonctionnement silencieux
Inconvénients : Vitesses limités et efforts transmissibles uniquement radiaux
3- Guidage en rotation par éléments roulants (Interposition d’éléments roulants)
On interpose entre les deux éléments en rotation un système à éléments roulants
On en trouve une multitude de types:
- roulements à billes à contact radial, à contact oblique, à une ou deux rangées de billes.
- roulements à rouleaux, à contact radial ou à rouleaux coniques (ces roulements supportent les
charges les plus importantes)
Remarque les roulements nécessitent une lubrification.
La figure ci-dessous montre les éléments constituant d’un roulement.
(1) - la bague extérieure liée à l'alésage
(2) - la bague intérieure liée à l'arbre
(3) - la cage qui assure le maintien des éléments roulants
(4) - les éléments roulants
Les roulements se diffèrent selon la forme des éléments roulants à bille, à rouleau cylindrique, à
rouleau conique, à aiguilles, …
Avantages des roulements:
- Augmentation du rendement mécanique des mécanismes
- Diminution de l’usure
- Vitesse de rotation élevée possibles
Inconvénients :
- Cout plus élevé
- Augmentation de l’encombrement
- Complexité de mise en oeuvre
Typologie des roulements :
Il existe différents types de roulements que l'on peut classer en fonction du type de charges
supportées (radiales, axiales, combinées).
Remarque : le montage des roulements à billes est normalisé.
Il convient de respecter les conditions de montages données par les constructeurs
- ajustements des éléments (pour éviter le laminage des bagues par exemple)
- géométrie
- état de surface
Aspect technologique, modélisation
La liaison globale obtenue par deux roulements est en général une liaison pivot.
Si cette modélisation suffit pour une étude cinématique (schéma cinématique), elle est
insuffisante pour une étude d'efforts (un schéma architectural est alors utilisé).
Exemple:
On considère le montage de roulements ci-dessous (montage classique, l'étanchéité n'est pas
abordée pour ne pas surcharger la figure)
Hypothèses: l'arbre est chargé (il tourne par rapport à la direction de la charge)
- les roulements sont montés serrés sur l'arbre et libres dans l'alésage (ajustement avec jeu).
- 4 appuis sur le roulement de grand diamètre (2 sur l'arbre, 2 dans l'alésage) c.à.d. les deux
bagues intérieure et extérieure doivent être bloquées en translation.
- 2 appuis sur le roulement de petit diamètre (2 sur l'arbre, libre dans l'alésage) c.à.d la bague
intérieure bloquée en translation et la bague extérieure libre.
Le dessin ci-dessous donne la représentation des deux roulements en schéma cinématique et
architectural.
4- Guidage en rotation sur film d'huile:
Aspect technique:
Un film d'huile sous pression et crée entre les deux pièces en rotation. Les pièces tournent sans
contact direct.
Ce système est utilisé dans le cas ou l’arbre tourne à de très hautes vitesses, mais avec peu
d'effort.
Exemple : le cas des turbines d’un turbocompresseurs (les vitesses de rotation sont supérieures à
10000 tr/min)
Avantages :
- Guidage trés précis
- Excellent rendement (contact visqueux)
- Convient pour les vitesses de rotation très élevées
Inconvénients :
- Cout élevé
- Ne supporte pas les efforts
- Complexité de mise en œuvre.
3. LA LUBRIFICATION
Il s’agit de la fonction d’une substance qui permet de réduire le frottement.
On distingue trois formes de lubrifiants : liquides, semi-liquides et solides
- Liquide (huile)
- Semi-liquide (graisse)
- Solide (graphite)
4. L’ÉTANCHÉITÉ
Il s’agit de la fonction d’un organe qui empêche un fluide (liquide ou gazeux) de s’échapper de
son contenant.
L’étanchéité peut être obtenue par simple contact, mais plus souvent par interposition d’une
matière compressible.
Exemples d’organes souvent utilisés pour assurer l’étanchéité :
- Anneau de caoutchouc
- Rondelle de liège
- Vis de nylon