MPSI 3 Devoir maison 2022-2023
DM 11 - Matrices à coefficients entiers
On étudie dans ce problème divers aspects des matrices carrées à coefficients entiers.
Dans la partie 1, on introduit l’anneau Mn (Z) et son groupe des inversibles GLn (Z), et on
donne des exemples de sous-groupes finis de GLn (Z). Dans la partie 2, on montre que l’ordre
des matrices d’ordre fini de GL2 (Z) ne peut prendre qu’un petit nombre de valeurs. Dans la
partie 3, on montre qu’il existe une majoration uniforme du cardinal des sous-groupes finis de
GLn (Z).
On introduit les notations suivantes, pour tous n, N ∈ N∗ :
• Mn (Z) est l’ensemble des matrices carrées de taille n, à coefficients entiers ;
• GLn (Z) est le groupe des inversibles de l’anneau Mn (Z) ;
• N Mn (Z) = {N × A, A ∈ Mn (Z)} ; c’est l’ensemble des matrices de Mn (Z) dont tous
les coefficients sont divisibles par N .
1 Généralités et exemples
On fixe un entier n ≥ 2.
1. Vérifier que Mn (Z) est un sous-anneau de Mn (Q).
2. Montrer que GL2 (Z) est infini, puis que GLn (Z) est infini.
3. Soient M ∈ Mn (Z) et m ≥ 1 tel que M m = In . Montrer que M ∈ GLn (Z).
4. Montrer que GLn (Z) ⊂ GLn (Q) ∩ Mn (Z) et montrer que cette inclusion est stricte.
5. Soit M une matrice de M2 (Z). Montrer que M ∈ GL2 (Z) ssi detM = ±1.
6. Matrices de permutation.
(a) Soit σ une permutation de J1, nK. On note Pσ la matrice δi,σ(j) . Montrer
1≤i,j≤n
que Pσ ∈ GLn (Z).
(b) Montrer que l’application
Sn → GLn (Z)
Ψ:
σ 7→ Pσ
est un morphisme de groupes injectif.
1
7. Groupe diédral D12 .
iπ
On note ω = e 3 et H = {ω k , k ∈ J0, 5K}. On rappelle que D12 est le sous-groupe du
groupe des permutations de H, dont les éléments f vérifient :
∀h, h′ ∈ H, |f (h) − f (h′ )| = |h − h′ |.
(a) Soit h ∈ H. Montrer qu’il existe αh , βh ∈ Z tels que h = αh + βh ω.
(b) Avec les notations précédentes, montrer que1 pour tous h ∈ H, f ∈ D12 :
f (h) = αh f (1) + βh f (ω).
(c) Montrer que l’application
D12 → GL
2 (Z)
Φ: αf (1) αf (ω)
f 7→
βf (1) βf (ω)
est bien définie et est un morphisme de groupes injectif.
2 Ordre des éléments de GL2 (Z)
d
X
Si P = ak X k est un polynôme à coefficients réels et si A ∈ M2 (R), on note
k=0
d
X
P (A) = a k Ak .
k=0
On pourra utiliser sans preuve que, si P et Q sont deux polynômes, (P Q)(A) = P (A)Q(A).
1. Soit A ∈ M2 (Z). On note Tr A la somme des coefficients diagonaux de A et
χA = X 2 − (Tr A)X + detA
son polynôme caractéristique. Montrer que χA (A) = 0.
Soit A ∈ GL2 (Z) d’ordre m.
2. Montrer que si λ est une racine de χA , alors il existe V ∈ M2,1 (Q)−{0} tel que AV = λV .
En déduire que λm = 1.
3. En déduire que Tr A ∈ J−2, 2K.
4. On définit les polynômes
1
On pourra utiliser sans preuve le fait que D12 est engendré par les permutations r : ω k 7→ ω k+1 et
s : ω k 7→ ω −k .
2
• P1 = (X − 1)2 ; • P3 = X 2 − 1 ; • P5 = X 2 − X + 1 ;
• P2 = (X + 1)2 ; • P4 = X 2 + 1 ; • P6 = X 2 + X + 1.
Montrer qu’il existe i ∈ J1, 6K tel que χA = Pi .
5. Montrer réciproquement que chacun des Pi est le polynôme caractéristique d’une matrice
d’ordre fini dans GL2 (Z).
6. Montrer que si A ∈ GL2 (Z) est d’ordre fini, son ordre appartient à {1, 2, 3, 4, 6}.
3 Sous-groupes finis de GLn (Z)
1. Soit M ∈ GLn (Z), d’ordre fini m ≥ 2. Soit p ≥ 3 un nombre premier. On cherche à
montrer que M − In ∈
/ pMn (Z). On raisonne par l’absurde.
(a) Montrer qu’il existe r ≥ 1 et N ∈ Mn (Z) − pMn (Z) tels que M = In + pr N .
(b) En utilisant la relation M m = In , montrer que mpr N ∈ p2r Mn (Z). En déduire
que p divise m.
m
On note M ′ = M p et m′ = .
p
(c) Montrer que M ′ est d’ordre fini m′ et exprimer M ′ sous la forme M ′ = In +pr+1 N ′ ,
où N ′ ∈ Mn (Z) − pMn (Z).
(d) En déduire une contradiction.
Si M = (mi,j )1≤i,j≤n ∈ Mn (Z), on note M la matrice (mi,j )1≤i,j≤n ∈ Mn (Z/pZ) où
k̄ ∈ Z/pZ est la classe modulo p de k.
2. Montrer que
Mn (Z) → Mn (Z/pZ)
ϕp :
M 7→ M
est un morphisme d’anneaux et qu’il induit un morphisme de groupes – encore noté ϕp
– de GLn (Z) dans GLn (Z/pZ).
3. Soit G un sous-groupe fini de GLn (Z). Montrer que ϕp|G : G → GLn (Z/pZ) est injectif.
En déduire une constante explicite α(n) telle que tout sous-groupe fini de GLn (Z) est
de cardinal inférieur à α(n)2 .
Soit G un sous-groupe fini de GL2 (Z).
4. Montrer que GL2 (Z/3Z) est de cardinal 48. En déduire que |G| est un diviseur de 48.
0̄ 1̄
5. Montrer que la matrice A = ∈ GL2 (Z/3Z) est d’ordre 8. En utilisant l’exercice
1̄ 1̄
précédent, en déduire que |G| est un diviseur strict de 48.3
2
On ne cherchera pas à calculer le cardinal de GLn (Z/pZ)
3
Avec un peu plus d’outils, on peut montrer que les sous-groupes finis de GL2 (Z) sont les groupes isomorphes
à des sous-groupes des groupes diédraux D8 et D12 . En particulier, leur cardinal divise 8 ou 12.