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Philippe Reiffsteck
Université Gustave Eiffel
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Subgrade improvement wit the technique of Deep Soil Mixing View project
All content following this page was uploaded by Philippe Reiffsteck on 20 January 2022.
Rapport général
Septembre 2013
Fiche signalétique
En cours de projet, plusieurs partenaires ont rejoint le projet PieuxBois en apportant leurs
problématiques liés à la gestion d’un patrimoine important d’ouvrages : SNCF et GPMR. Développé
avec le soutien de la région Aquitaine, un projet régional a vu le jour en complément du projet C2D2.
Piloté par l’entreprise de travaux Sud-Fondation filiale GTS, il a rassemblé le CETE du Sud-Ouest et
son laboratoire de géotechnique, l’université Bordeaux 1 et son laboratoire le I2M ainsi qu’un
négociant, la société Boispays. Grace à ces différents acteurs des deux projets, des expérimentations
ont été menées sur les terrains du port de Rouen (Seine Maritime) et sur le site expérimental de
Cubzac-les-Ponts (Gironde), portant au total sur une quinzaine de pieux. Ceux-ci ont été
instrumentés avant d’être battus, afin de tester les dispositions constructives, l’aboutage et de
mesurer le frottement latéral à différentes profondeurs, et ceci dans trois types de sols (limon sable,
argile). Différentes essences ont ainsi été testées.
Les résultats collectés ont été complétés par des essais de pieux issus de la bibliographie et d’une
base de données américaine. Cette centaine de pieux a servi à caler les différents coefficients à
utiliser dans le cadre d’une application de la norme d’application de l’Eurocode pour les fondations
profondes (NF P94-262).
Les mêmes essences ont subi, en laboratoire, un processus de vieillissement accéléré avec
ensemencement fongique afin de définir des lois de dégradation propres à renseigner sur l’épaisseur
sacrificielle à anticiper lors d’un dimensionnement. L’évaluation du profil d’humidité dans les pieux
autour de la zone de marnage a été réalisée à intervalles réguliers par une méthode non destructive
de tomographie par IRM. La corrélation de la perte de masse observée avec les paramètres
mécaniques en fonction de l’essence testée a permis de compléter les données de la bibliographie.
Ce document a été élaboré dans le cadre du projet C2D2 PieuxBois avec le soutien du Ministère de
l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, en charge des technologies vertes et des
négociations sur le climat (DGITM). Il comporte un seul volume de 31 pages consacré à la synthèse
des activités et réalisation du projet.
Les informations contenues dans ce livrable n’engagent que son auteur et ses co-auteurs. Ces derniers
ne sont pas responsables de l’usage qui pourrait en être fait.
Auteur
Philippe REIFFSTECK IFSTTAR [Link]@[Link]
Co-auteurs
Jérôme CHRISTIN IFSTTAR [Link]@[Link]
Alain LE KOUBY IFSTTAR [Link]@[Link]
Adolfo YANEZ BATIPLUS [Link]@[Link]
Jean-Pierre GROUAZEL GROUAZEL jpg@[Link]
Alain CARTIGNIES CARTIGNIES-CANONICA cartignies-canonica@[Link]
Quentin KLEINDIENST LERMAB [Link]@[Link]
Jean-François BOCQUET LERMAB [Link]@[Link]
Laurent BLERON LERMAB [Link]@[Link]
Marie-Christine TROUY LERMAB [Link]@[Link]
Romain REMOND LERMAB [Link]@[Link]
Arnaud BESSERER LERMAB [Link]@[Link]
Sommaire
Sommaire
1 Introduction - Historique des fondations sur pieux en bois ........... 3
1
Sommaire
2
Rapport
Plus près de nous, les celtes de la civilisation de la Tène employaient cette technique pour construire
des ponts comme à Cornaux (Suisse) où un ouvrage d’environ 2,8 m de large et 90 m de long fut
trouvé. La datation dendrochronologique d’un pieu indique une construction vers 300 av. J.-C. et les
restes d’un chariot une destruction après 93 av. J.-C. Deux rangées de pieux de chêne de 20 cm de
diamètre distantes de 2,4 m étaient renforcées par des pieux obliques formant contrefort de chaque
côté. La distance entre les seize à vingt piles variait de 4,5 m à 5 m. Les longerons qui reliaient les
piles portaient un tablier large d’environ 3 m constitué de rondins entrecroisés sur deux couches,
recouvert de branchages, lestés par de grosses pierres qui ont été retrouvées dans la couche de
destruction (V. Kruta, Les celtes, Ed. Robert Laffont).
L’amélioration des techniques et leur systématisation fut sans aucun doute l’œuvre des ingénieurs
romains. On trouve dans « Bella gallica » de Jules César une description du pont sur le Rhin entre
Coblence et Cologne en 55 av. J.-C. (Bellum Gallicum, IV,17) (Figure 1). « Voici le nouveau procédé de
construction qu’il employa. Il accouplait, à deux pieds l’une de l’autre, deux poutres d’un pied et
demie d’épaisseur, légèrement taillés en pointe par le bas et dont la longueur était proportionnées à
la profondeur du fleuve. Il les descendait dans le fleuve au moyen de machines et les enfonçait à
coup de mouton, non point verticalement, comme des pilotis ordinaires, mais obliquement, inclinés
dans la direction du courant ; en face de ces poutres, il en plaçait deux autres, jointes de même
façon, à une distance de quarante pieds en aval et penchées en sens inverse du courant. Sur ces deux
paires on posait des poutres larges de deux pieds, qui s’enclavaient exactement entre les pieux
accouplés, et on plaçait de part et d’autre deux crampons qui empêchaient les couples de se
rapprocher par le haut ; ceux-ci étant ainsi écartés et retenus chacun en sens contraire, l’ouvrage
avait tant de solidité, et cela en vertu des lois de la physique, que la violence du courant était grande,
plus le système était fortement lié. On posait sur les traverses des poutres longitudinales et, par
dessus, des lattes et des claies. En outre, on enfonçait en aval des pieux obliques qui, faisant
contrefort, appuyant l’ensemble de l’ouvrage, résistaient au courant ; d’autres étaient plantées à une
petite distance en avant du pont : c’était une défense qui devait, au cas où les Barbares lanceraient
des troncs d’arbres ou des navires destinés à le jeter bas, atténuer la violence du choc et préserver
l’ouvrage. » On ignore le régime du Rhin dans la région considérée mais on peut estimer que sa
largeur avoisinait 400 à 450 m, sa profondeur 5 à 6 m et sa vitesse 1,40 à 1,70 m/s. Le pont qui
comportait 12 travées a été construit selon César en … dix jours. Les techniques celte ou romaine
sont donc très similaires.
3
Rapport
Figure 1 : Reconstitution des fondations sur pieux du pont sur le Rhin (Atlas de Napoléon III) et mode de mise en place
(musée de la civilisation romaine - Rome)
Mais c’est dans De Architectura écrit par Vitruve, contemporain d’Auguste, que l’on trouve les
premières traces écrites de « règles de dimensionnement » qui perdureront jusqu’à la révolution
industrielle (livre III chapitre III de la traduction que Claude Perrault réalisa pour Louis XIV en 1673). «
Il faut que les Fondemens foient creusez dans le folide, ou jufqu’au folide autant que la grandeur de
l’Édifice le requiert. (...) Que fi on ne peut aller jufqu’à la terre ferme, & que l’on pourra, y ficher des
Pali Sublica (Pilotis) de bois d’aune, d’olivier ou de chefne un peu bruflez & les enfoncer avec des
machines fort près à près : enfuite emplir de charbon les entre-deux des pilotis & baftir dans toute la
tranchée qui aura efté creufée , une maçonnerie tres solide. » On voit ici que les dispositions
constructives des fondations profondes sont esquissées.
Bélidor au XVIIIème siècle préconisait dans « Science des Ingénieurs » d’utiliser également des pieux
en bois tout en améliorant la liaison avec la superstructure par des voûtes de décharges pesant sur le
sol.
Il ajoute que l’ « On doit proportionner le nombre de ces pilots à la charge qu’on leur donne à porter
comme à la nature plus ou moins consistante du sol. » Plus tard, Rondelet précisera les différents
types de fondations intégrant des pieux en bois en décrivant le radier et la fondation mixte.
Cette technique fut encore utilisée jusqu’au XIXème siècle et on ne compte plus les ouvrages du
patrimoine bâti français classés patrimoine national ou monuments historiques fondés sur pieux en
bois : château de Chambord, Grand Palais, corderie royale de Rochefort, bâtiments, nombreux ponts
routiers dans les villes Françaises et ponts ferroviaires.
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Rapport
Figure 2 : Pont Wilson à Tours, 1978. Effondrement du tablier dû à un affouillement des piles.
Dans le contexte urbain moderne où des rabattements de nappe sont réalisés de manière
inconsidérée ou involontaire (pompage à Paris et ailleurs, dragage à Tours, barrages mais parfois
conséquence des sècheresses successives induites par le réchauffement climatique), les pathologies
des bâtiments des centres urbains anciens, des monuments historiques et des ouvrages de
franchissement routiers (Figure 2) ou ferroviaires comme les ponts en maçonnerie sont
principalement dues au pourrissement du bois de leurs fondations lorsque celles-ci sont soumises à
des alternances de sècheresse et d’humidité (Klaassen, 2008a ; Bjordal et al., 2000). Le bois est
également attaqué par les animaux (notamment les tarets), d’où la nécessité d’une protection
efficace (avec des produits polluants comme le créosote), l’enduit superficiel au goudron étant
insuffisant (arrachement pendant le battage). Les fondations doivent alors le plus souvent être
renforcées par l’ajout de nouveaux supports.
La question posée est alors simple : cette solution de fondation qui a montré sa robustesse, sa
durabilité, qui a accompagné le génie urbain de plusieurs empires sur des siècles est-elle totalement
en déphasage avec les besoins moderne d’une société où la quête du développement durables est au
cœur de la démarche de la croissance raisonnée?
Nous allons présenter ci-après les éléments de réponse qui ont été l’aboutissement des travaux du
projet PieuxBois.
Society ou aux États-Unis d’Amérique avec le Timber Pile Design and Construction Manual publié par
l’American Wood Preservers Institute ont mis en place un cadre réglementaire adapté. Actuellement
200.000 pieux en bois non traités sont mis en œuvre annuellement aux Pays Bas et tout récemment
le British Research Establishment a réalisé une étude sur le potentiel des pieux en bois sur le
territoire du Royaume Uni et a conclu à la viabilité technique et économique de ce produit en
insistant sur son intérêt environnemental indéniable (Dewar et Watson, 2007 ; Reynolds et Bates,
2009) car contrairement aux autres techniques la fabrication du pieu est plus consommatrice de CO2
que génératrice. En effet, les 32 millions de pieux présents dans le sol des Pays Bas sont équivalents
à 8 millions de tonnes de CO2 extraits de l’atmosphère (Klaassen, 2008b). Pour ce calcul, les
dimensions caractéristiques d’un pieu sont 10 mètres de longueur et 25 cm de diamètre, 1 m³ de
bois sec pèse 500 kg et 1 g de bois sec est équivalent à 1 g CO2.
Malgré un parc français important d’ouvrage bâtis sur pieux bois, le retour d’expérience est faible et
non capitalisé sur la portance résiduelle et la dégradation de ces ouvrages. On citera à titre
d’exemple le choc vécu lors de l’effondrement du pont de Tours dû à la dégradation des pieux
consécutive au creusement du lit par extraction des matériaux entraînant l’abaissement du niveau
d’eau de la Loire. Choc qui n’a pas été vraiment suivi de développement d’expertise durable (SETRA-
LCPC, 1980).
- la mise en œuvre des pieux bois n’est pas un écueil technologique : les techniques de battage
et de vibrofonçage existent déjà, c’est comme l’état de l’art le montre, la durabilité qui est le
véritable verrou technologique à lever,
- le marché actuel est confidentiel et sa croissance passe par la réalisation de projet
exemplaire au point de vue technique et environnemental mais aussi insertion locale,
- la taille du groupement doit également être un exemple incitatif pour de futurs projets.
Le contexte du projet est d’un côté celui d’une expertise scientifique et technique quasi-inexistante
actuellement sur la scène nationale et d’un autre celui d’une expertise internationale mature
tournée vers des problématiques différentes de celles intéressant le territoire français. Le projet
devait donc créer les conditions nécessaires à l’émergence de cette expertise nationale sur le
dimensionnement et la durabilité des pieux bois, au cours ou à la suite du projet. De plus, ce projet
trouvait parfaitement sa place dans la « croissance verte » prônée par le MEDDE par le faible coût
énergétique de la technique étudiée.
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Rapport
La démarche choisie pour arriver à cet objectif a été de mettre en œuvre des approches
pluridisciplinaires : approche mécanique et approche physico-chimique des sols et du bois en
interaction avec l’eau mais également étude de l’aspect socio-économique et étude du risque,
générant ainsi des acquis de connaissances scientifiques au profit d’une aide à la décision et au
dimensionnement (American Wood Preservers Institute, 2002 ; Bustamante et Gianeselli, 1981 ;
Bustamante et Jézéquel, 1989 ; MELT, 1993 ; Dewar et Watson, 2007).
L’étude combinée des processus fondamentaux et l’étude sur sites réels et expérimentaux (incluant
mesure et surveillance) ont été les points forts du projet mais les avancées en découlant ont conduit
également à une meilleure maîtrise du comportement mécanique et physico-chimique et des risques
par l’élaboration de méthodologies, dispositions constructives, grilles et critères aidant à établir des
diagnostics de vulnérabilité des ouvrages anciens et à dimensionner des ouvrages neufs.
En cours de projet, plusieurs partenaires ont rejoint le projet en apportant leurs problématiques liés
à la gestion d’un patrimoine important d’ouvrages : SNCF et Grand Port Maritime de Rouen (GPMR)
ou leur volonté de proposer la technique dans leur catalogue de solutions. Ces partenaires ont
participé au comité de pilotage en tant qu’organismes partenaires non financés soutenant le projet.
Au cours des siècles qui ont succédé à la chute de l’Empire romain, les pieux en bois ont été
largement utilisés en France dans les constructions d’ouvrages ; la France possède un patrimoine très
riche de bâtiments et d’ouvrages d’art routiers et ferroviaires fondés sur des pieux en bois, parmi
7
Rapport
lesquels beaucoup sont classés monuments historiques : citons le château de Chambord, le Grand
Palais à Paris, le pont de pierre à Bordeaux ou encore la place Stanislas à Nancy.
Malgré un parc important d’ouvrages bâtis sur des pieux en bois, le retour d’expérience sur les
méthodes de construction françaises employées au cours des siècles ainsi que sur les désordres
relevés sur ces ouvrages reste faible et non capitalisé. Le choc vécu lors de l’effondrement du pont
Wilson à Tours en 1978 ne fût pas réellement suivi d’un développement d’expertise durable sur les
fondations en bois. Les choix des méthodes d’investigation des fondations et des solutions de
confortement en fonction des pathologies observées s’avèrent néanmoins essentiels pour assurer la
pérennité de ce patrimoine.
Il n’existe à ce jour aucune base de données nationale regroupant l’information sur les méthodes de
construction des ouvrages sur des pieux en bois, leur nombre et leur localisation sur le territoire.
L’information est partagée entre les archives des services gestionnaires, des Laboratoires Régionaux
des Ponts et Chaussées (devenus CEREMA), de l’École Nationale des Ponts et Chaussées, les guides,
les livres ou les sites internet traitant de ce sujet.
Le logiciel LAGORA (Logiciel d'Aide à la Gestion des Ouvrages d'Art) développé par le Service d'Etudes
sur les Transports, les Routes et leur Aménagement (SETRA devenu CEREMA), en collaboration avec
les Directions Interdépartementales des Routes (DIR) contient des informations sur la structure
supérieure des ouvrages (géométrie, matériaux utilisés, limites de charges, surveillances et
inspections), mais n’inclut pas les fondations.
Constat qui est transposable aux maîtres d’ouvrages comme la SNCF, les Ports, VNF et les
collectivités territoriales.
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Rapport
ème ème
Figure 3 : Cartographie des ponts sur pieux bois contruits du moyen-âge à la Renaissance (7 siècle – fin 16 siècle) à
ème ème ème ème
l’époque moderne (17 siècle –18 siècle) puis industrielle (19 siècle –20 siècle)
Par manque d’information, les bâtiments, les monuments, les ouvrages ferroviaires et autres édifices
fondés sur des pieux en bois n’ont pas fait l’objet d’une étude approfondie.
Les désordres relevés sur les ouvrages d’art routiers construits sur des pieux en bois ont également
été relevés dans cette deuxième phase. Les principales causes de ces désordres et les méthodes de
renforcement des fondations mises en œuvre pour préserver ce patrimoine ont été analysées.
Ils sont également l’occasion de tester des méthodes de mise en œuvre des dispositions
constructives et ici plus particulièrement un dispositif d’instrumentation innovant concu
conjointement par L’IFSTTAR et le LERMAB (Figure 4).
a b
9
Rapport
c d
Figure 4 : Mise en palce de l’instrumentation : (a) saignée dans les pieux, (b) fixation des tubes sur les pattes, (c) fixation
des tubes extérieurs dans la saignée, (d) protection de la pointe à l’aide de plats métalliques
Les essais de chargement des pieux en bois fournis par le partenaire GROUAZEL ont été réalisés sur
deux plots expérimentaux :
- Le premier se situe sur une parcelle en bordure de Seine appartenant au Grand Port
Maritime de Rouen (GPMR), maitre d’ouvrage public possédant de nombreux quais fondés
sur des pieux en hêtre ;
- Le second plot expérimental est localisé sur le site historique des laboratoires des Ponts et
Chaussées de Cubzac-les-Ponts, qui au cours des 25 dernières années, a servi à étudier le
comportement des remblais sur sol compressible.
Grace à ces différents acteurs des deux projets, des expérimentations ont été menées sur les terrains
du port de Rouen (Seine Maritime) et sur le site expérimental de Cubzac-les-Ponts (Gironde), portant
au total sur une quinzaine de pieux (Figure 5). Ceux-ci ont été instrumentés avant d’être battus, afin
de tester les dispositions constructives, l’aboutage et de mesurer le frottement latéral à différentes
profondeurs, et ceci dans trois types de sols (limon sable, argile). Différentes essences ont ainsi été
testées.
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Rapport
Figure 5 : Mise en place des pieux sur le site de Cubzac-les-Ponts et essais de chargement sur le site de Rouen
Les résultats collectés ont été complétés par des essais de pieux issus de la bibliographie et d’une
base de données américaine. Cette centaine de pieux a servi à caler les différents coefficients à
utiliser dans le cadre d’une application de la norme d’application de l’Eurocode pour les fondations
profondes (NF P94-262). Le livrable comprend trois parties.
La première partie présente les essences et les caractéristiques géométriques et mécaniques des
pieux en bois retenus dans cette étude, ainsi que leur instrumentation avec des extensomètres
amovibles.
Les seconde et troisième parties traitent des essais de chargement des pieux réalisés sur la parcelle
des Moulineaux en bordure de Seine (à proximité de Rouen) et à Cubzac-les-Ponts. Les coupes
géologiques des terrains et leurs propriétés de résistance déterminées au moyen de campagnes de
sondages exhaustives y sont présentées. Le battage des pieux, les essais de chargement et leurs
résultats sont également exposés.
Or la methode de dimensionnement des fondations, dite « directe », utilisée au quotidien par les
praticiens est une méthode semi-empirique principalement basée sur l’essai en place d’expansion de
cavité appelé pressiomètre. Depuis son développement à la fin des années 1950 par L. Ménard, le
pressiomètre a été largement utilisé en France pour déterminer les propriétés de résistance des sols.
Les résultats de ces essais constituent aujourd’hui les « données d’entrée » des méthodes de
dimensionnement françaises des fondations profondes.
L’abandon des pieux en bois étant antérieur d’un siècle au développement du pressiomètre, il
n’existe à ce jour aucune règle professionnelle ni « contexte normatif » français permettant de
justifier le dimensionnement et l’emploi de ce type de fondation dans la pratique actuelle.
11
Rapport
A l’inverse, les États-Unis et les Pays-Bas ont su mettre en place des contextes normatifs nationaux
favorables en publiant des documents officiels, comme le guide « Timber Pile Design and
Construction Manual » (AWPI, 2002) et la norme NEN-67-43, (1991).
Figure 6 : Normes et règles professionnelles régissant les pieux en bois aux EUA, et aux Pays-Bas
La Figure 7 illustre l’étude des ratios entre les portances limites calculées et mesurées des pieux
permettant de « masquer » les incertitudes liées aux mesures expérimentales et à la séparation des
termes de pointe et de frottement. Le coefficient de modèle global γR;d1, pieu bois relatif aux pieux en
bois est déterminé à partir de l’étude statistique des ratios Rc,cal/Rc,mes (Figure 23). La portance limite
des pieux est calculée à partir des valeurs des coefficients αpieu bois et kp, pieu bois déterminées lors des
essais sur sites et de la base de données collectées, présentés en §4.
12
Rapport
Enfin, la dernière phase de cette étude s’est intéressée à définir deux lois de comportement
d’interface sol-pieux bois, l’une exponentielle, l’autre trilinéaire, et analyse la méthode de calcul
hollandaise des tassements des pieux. Les tassements des pieux en bois déterminés à partir de ces
lois de comportement et de la méthode hollandaise ont été ensuite comparés.
Ces travaux ont permis la rédaction d’un additif à la norme française traitant des fondations
profondes par un groupe de travail IFSTTAR, BATIPLUS, SNCF et GTS, objet d’un livrable fourni en
annexe.
6 Techniques d’inspection
Les Pays-Bas possèdent de nombreux ouvrages fondés sur des pieux en bois. La géologie du sol et le
niveau d’eau de la nappe proche du terrain naturel ont été à l’origine de leur utilisation régulière
jusqu’à cette dernière décennie. Ainsi, 200000 pieux en bois ont été battus annuellement aux Pays-
Bas au cours des 50 dernières années lors de la construction de routes, de bâtiments agricoles, de
maisons et de centres sportifs (Reynolds et Bates, 2009).
Afin de prévenir tout dommage de ces ouvrages lié à l’état de dégradation des pieux en bois, la
commission professionnelle hollandaise a rédigé en 2003 un protocole d’inspection des fondations
en bois des bâtiments. Ce protocole, du domaine public, est régulièrement mis en pratique aux Pays-
Bas dans la mesure où la loi hollandaise impose qu’un diagnostic des pieux en bois soit réalisé dès
lors que la structure d’une maison est modifiée (agrandissement, création d’un garage) ou lorsque le
propriétaire d’un immeuble souhaite vendre un étage.
Ce protocole contient une méthodologie d’analyse et détaille les différentes étapes du diagnostic des
fondations.
La seconde partie présente la mise en pratique de ce protocole lors de l’inspection des fondations du
viaduc ferroviaire des cent arches situé à proximité de Libourne (Figure 8).
13
Rapport
0
Libourne
Terre végétale 1,6 m
Vase
4,50 m
Cette étude a permis d’appliquer le protocole d’inspection des fondations en bois. Les mesures de
poinçonnement à l’aiguille (Figure 9) permettent d’évaluer l’état de dégradation du bois. Les
prélèvements et les analyses des carottes permettent d’approfondir ces résultats et de déterminer
plus précisément l’état de dégradation du bois.
(b)
Cette étude a conclu que les pieux en bois du viaduc des cent arches sont pérennes. Le grillage
présente un état de dégradation avancé. Néanmoins, les risques de ruine de l’ouvrage par rupture du
grillage sont faibles dans la mesure où les dégradations biologiques des traverses et des longrines
sont antérieures à l’auscultation des fondations. Une surveillance de l’ouvrage à long terme (analyse
des fissures de la maçonnerie, déchaussements de blocs) est néanmoins recommandée.
14
Rapport
nappe phréatique ou le lit d’une rivière dont le niveau fluctue va influer sur le taux d’humidité du
bois et donc la probabilité de développer des pathologies.
Dans une première partie, nous présentons l’état de l’art des connaissances bibliographiques
relatives aux phénomènes de dégradation biologique des pieux de fondation. Puis nous présentons
les différentes expériences réalisées afin de répondre aux problématiques posées ci-dessus ainsi que
les résultats qui en découlent. Nous avons analysé les dégradations mesurées dans le cadre
d’expériences réalisées en système miniaturisé dans un environnement semi-contrôlé avec un
inoculum complexe puis nous développerons les approches effectuées sur des mini-pieux afin de se
rapprocher progressivement au plus proche des conditions réelles de mise en œuvre des pieux de
fondation.
20 C
65 %HR
EQUILIBRE
DEGRADATION
Pour l’ensemble du projet, il a été choisi d’étudier trois essences : hêtre, pin sylvestre et chêne. Le
chêne est l’essence historiquement utilisée en France pour les pieux de fondation, de par sa relative
résistance aux agents de dégradation. Le pin a été choisi pour représenter les résineux, largement
utilisées dans ce domaine à l’étranger (en particulier au Pays-Bas, et aux États-Unis). Le hêtre est une
15
Rapport
Afin d’évaluer les cinétiques de dégradation de ces différentes essences ainsi que les altérations
mécaniques qui en découlent une combinaison d’approches a été développée dans le cadre du projet
afin de pouvoir mesurer différents paramètres en conditions semi-contrôlées de dégradation. Les
évolutions de perte de masse, de densité, d’humidité ont été suivies lors de la dégradation
d’éprouvettes de hêtre de chêne et de pin sylvestre afin de les relier à la perte de résistance
mécanique. Cette dernière a été évaluée en utilisant la compression axiale et les efforts de perçage
utilisés par le résistographe. Les résultats obtenus montrent une bonne corrélation entre les
méthodes de laboratoire et de terrain validant ainsi le résistographe comme méthode d’analyse. La
perte de résistance mécanique est également corrélée positivement à la perte de masse lorsque
cette dernière peut être mesurée de manière significative. La densité déterminée par tomographie
rayons X est un bon indicateur de perte de masse. Nous avons également transféré ces mesures à
l’échelle du pieu en conditions de dégradation. Une approche de biochimie a été développée afin de
i) pouvoir déterminer une activité biologique en dessous du seuil de détection des méthodes
conventionnelles et de ii) déterminer de manière précoce le type de dégradations causées. La
combinaison de ces différentes méthodes nous a permis d’établir une cartographie tridimensionnelle
des zones de risque dans les pieux.
Forte humidité
Forte activité
Faible humidité
Faible activité
Figure 11 : Comparaison des images de tomographie avec les zones d’activités enzymatiques.
Nous avons ainsi montré que la combinaison de mesures au résistographe et des activités
enzymatiques permet, en tenant compte de l’humidité et de la densité du bois, de rendre compte
avec une grande précision de l’état de dégradation et de l’activité biologique présents dans les pieux.
Les données acquises devraient permettre à court terme l’élaboration d’un modèle de dégradation
des pieux de fondation.
16
Rapport
- État des lieux de l’utilisation des pieux en bois en France et dans le monde, techniques de
mise en œuvre et méthodes de dimensionnement (Livrable état de l’art),
- Expérimentations sur plots expérimentaux, description des expérimentations, programme
d’essais, résultats détaillés (Livrable sites expérimentaux),
- Synthèse des résultats et élaboration d’une base de données, calage des coefficients de
frottement latéral et de pointe dans le cadre de la norme NF P94 262 (Livrable
dimensionnement),
- Expérimentations de dégradation de pieux en bois en présence d’attaque fongique et de
cycles hydriques, mise au point des essais, résultats analyse (Livrable dégradation).
Les conclusions du projet sont rapportées dans des guides techniques à l’intention des professionnels
sur les fondations en pieux bois pour :
- diagnostiquer et réparer des ouvrages du patrimoine ou des ouvrages d’art anciens (Guide
d’inspection),
- proposer une méthode de dimensionnement pour des applications de type parcs naturels et
récréatives (pontons, quais, ponts, etc.) ou de logement individuel (chalets, maisons, etc.) et
poser les bases pour l’application à des ouvrages de plus grande ampleur (Additif norme NF
P94-262).
Le projet s’est terminé en février 2013, les documents rédigés en 2011 n’ont pas intégré cette
nouvelle version de la norme. Nous reproduisons ci-dessous le tableau équivalent au tableau 7.
17
Rapport
On remarque que la notion de classe de risque a été transformé en une classe d’emploi sans
modification majeure et sans élément utile pour mieux définir si un pieu dans le sol est en zone sèche,
non saturée, de battement de la nappe ou saturée. Ainsi la classe 4 correspond obligatoirement à une
saturation du bois, ce qui est donc inutilisable dans le contexte géotechnique. La subdivision de la
classe 4 en deux sous-classes de la version de 2007 : Bois à l'extérieur, en contact quasi permanent,
sous classe 4.1, ou permanent avec le sol, la terre ou l'eau, sous classe 4.2, a disparu. La norme EN
335 s’avère donc peu applicable pour les praticiens cherchant à évaluer l’emploi et la durabilité des
essences de bois pour les pieux. Une classification adaptée, rentrant dans ce cadre de l’EN 335, doit
donc être développée.
La liste des essences n’est pas une redite de la norme car il ne s’agit pas de paraphraser ces
documents destinés à encadrer l’utilisation du bois en œuvre mais de sérier ce qui a été et ce qui
pourrait être utilisé pour les pieux en bois dans des conditions d’usage totalement différentes. En
effet, il n’a pas été considéré de réaliser des pieux en bois comme l’aulne, le bouleau, l’érable, le
peuplier ou le cèdre, ni en bois tropicaux pour ne retenir que des essences :
Le choix a été fait de ne pas reproduire dans ce document les informations sur les autres essences, ce
qui aurait alourdi le texte.
18
Rapport
Il n’est pas facile de répondre à ce commentaire général et ne ciblant pas un paragraphe particulier
du document, nous avons fait le choix d’y répondre dans cette partie introductive.
On précise que ce n’est pas le nombre de pieux qu’il faut comptabiliser mais le nombre de couples
frottement unitaire axial et paramètres d’essai in situ (soit ici quatre par pieu). Les documents Fond72
édités par le SETRA en 1976 et le Fascicule 62TV du CCTG des Marchés publics édité par le ministère
de l’équipement en 1993 s’appuyaient respectivement sur une dizaine et environ 130 essais de pieux.
Sachant qu’ils couvraient de 5 à 11 types de pieux pour 5 classes de sols, il est clair que certaines
classes n’étaient baties que sur un ou deux essais. Pourtant ces deux règlements ont été utilisés par
l’administration puis les maitrises d’oeuvres privées sans désordre notable pour concevoir l’ensemble
des ouvrages d’arts courants : passerelles, ponts routiers, autoroutiers et ferroviaires ou non courants
: pont de l’ile de Ré, de Normandie, viaduc de Millau, etc. Les ingénieurs du RST et du SETRA ont fait
des choix en toute conscience pour proposer des lois de comprtement. La consultation des articles
écrits par les LRPC et le LCPC (voir les BLPC 70 de 1969, 73 de 1974, 80 de 1975, 82 et 84 de 1976, 106
de 1978, 107 de 1979, 119 de 1982, 128 de 1983, 137 de 1985, 160 de 1989, 128 de 1992, 189 et 191
de 1994, 195 et 199 de 1995, 208 de 1997) permet de voir que la dispersion des résultats est tout à
fait classique. Pour appréhender ce phénomène, les géotechniciens ont depuis plusieurs dizaines
d’années testé la géostatistique qui s’est révélée une impasse (voir les articles de Magnan dont la
synthèse dans le BLPC 202 de 1996) et ont fait le choix de développer des approches statistiques
adaptées (voir l’article Baguelin F, Kovarik JB (2000) Une méthode de détermination des valeurs
caractéristiques des paramètres géotechniques, Revue francaise de geotechnique N°93 pp 35-41)
qu’ils ont intégrés dans leurs règles et qui sont conformes à l’Eurocode 0 et 7. De ce fait, les
ingénieurs du RST ont bati une méthode de calcul qui lors des benchmarks internationaux est souvent
prise en référence, même utilisée par des ingénieurs étrangers. Pour s’informer sur ces méthodes, on
peut consulter les articles de synthèse du BLPC de 149 de 1987, 170 de 1990, du congrès IFCEE de
2009 ou dans Géotechnique Vol64 de 2014).
Conscient par notre expérience brièvement résumée ci-avant de cet écueil qu’est la dispersion, les
données collectées ont été complétées par une base de données américaine et des données tirées de
la bibliographie, ce qui a amené à 106 essais exploitables pour les pieux en bois à comparer aux 530
environ utilisés pour les règles de la nouvelle norme NF P94-262 et, notons-le, qui concerne 20 types
de pieux différents.
Ainsi, les partenaires du projet sont conscients que le nombre d’essais réalisé est faible, mais il semble
tout à fait possible de proposer une loi de comportement dont le calage demandera pour augmenter
en fiabilité que la base de données soit complétée. Dans le projet de prénorme il est suggéré de
réaliser des essais pour d’une part diminuer les coefficients de sécurité (voir livrable 4) et alimenter la
base de données.
Les différences de la dizaine de pourcent constatées entre le module du bois des pieux mesuré
statiquement (valeurs issues des références bibliographiques) ou dynamiquemnet (valeurs obtenues
dans le cadre du projet) sont tout à fait acceptables voire insignifiantes au regard de la dispersion des
19
Rapport
modules de sol (voir figure 16 du rapport) et le ratio observé pour les sols entre ces modules évoluant
entre 3 et 9 classiquement (voir Magnan J.P., Mestat Ph., Reiffsteck Ph., Delattre L. (2001) Une
perspective historique sur les modèles utilisés en mécanique des sols. 1ère Conférence Internationale
Albert Caquot, Paris, Presses de l’ENPC, Volume sur CD Rom, (8p.). Mestat Ph., Reiffsteck Ph. (2002)
Détermination des paramètres des lois de comportement élastoplastique, Symp. Int. PARAM2002,
Paris, Presses de l’ENPC. Nguyen T.L., Reiffsteck P., Bourgeois E., Mestat P., (2011) Caractérisation de
l’anisotropie des massifs de sols, Canadian Geotechnical Journal, 48(10): 1520-1536,). De plus, si l’on
compare la non-linéarité du matériau bois par rapport au matériau sol, on constate que l’écoulement
plastique est atteint pour le sol bien avant les matériaux comme le bois ou le béton ou l’acier, le
domaine des petites déformations est donc bien plus faible. Pour ces raisons, dans les règlements
actuels comme la norme sur les fondations profondes NF P94-262 et les autres normes (fondations
superficielles, parois et soutènements), il n’est pas envisagé pour les matériaux constitutifs des
structures d’utiliser des lois non linéaires autres que élastique parfaitement plastique. Le choix a donc
été fait d’utiliser les valeurs mesurées.
· L’instrumentation dissymétrique des pieux ne permet pas de distinguer les termes de flexion
et compression (efforts parasites, défaut de verticalité du pieu, etc.), ce qui rend la lecture des
charges portantes longitudinales approximative. Cette faiblesse n’a pas été approchée par un calcul
d’incertitudes.
Cette dissymétrie est nécessaire du fait (dans les longueurs et diamètres utilisés) de l’impossibilité de
forer sur toute la longueur ou de scier pour installer le système d’instrumentation. L’insertion de deux
tubes dans les pieux aurait créé un renforcement artificiel du pieu. De plus, ces effets ne sont pas pris
en compte car la présence d’une rotule lors des essais, conformes à la norme d’essai de pieux NF P 94-
150-1, limite l’apparition de moments. Nous n’avons pas fait de calcul d’incertitude complet (voir
page 42) car l’objectif de l’étude n’est pas le système d’instrumentation mais les caractéristiques
d’interfaces et que la variation spatiale des paramètres du sol (nature, rugosité du pieu, teneur en
eau, compacité …) rend la notion d’incertitude peu applicable (cf. réponse aux remarques
précédentes : le calcul d’incertitude sur la mesure de force ou de déplacement resterait de l’ordre de
la dizaine de pourcent au maximum alors que les pressions limites varient de 50 à 200%). Nous avons
privilégié une campagne d’essais paramétrique en laboratoire qui n’est pas reproduite dans ces
livrables mais disponible dans le mémoire de thèse de Christin J. (2013).
· Les tests réalisés à l’instant initial auraient mérité d’être complétés par d’autres mesures
prenant en compte les éventuelles relaxations dans le temps, afin que la stabilité (ou l’évolution) des
paramètres recherchés puisse être établie.
Le LCPC a développé depuis 1965 une méthode d’essai spécifique valable pour tous les types de pieux
(y compris pieux en bois) conforme à la pratique mondiale des essais, codifiée en 1989 par un mode
opératoire et une norme française en 1991 dont l’équivalement existe en DIN, BS, NEN, NB et ASTM et
bientôt en EN et ISO. Ce protocole d’essai normalisé a été appliqué sans modification car ce type de
chargement par paliers de type oedométrique inclus les effets du temps (consolidation et fluage)
inhérents au sol. Les différents congrès et recherches (DFI et projet vibrofonçage) n’ont d’ailleurs pas
permis de conclure sur la comparaison des résultats obtenus avec différentes vitesses d’essais. Une
étude sur modèle réduit récente confirme ce constat (Reiffsteck Ph., Bacconnet C., Gourvès R., van de
20
Rapport
Graaf H.C., Thorel L. (2009) Measurements of soil compressibility by means of cone penetrometer,
Soils and Foundations, Vol.49 No.3, pp 397-408).
Nous avons l’impression qu’il y a confusion dans les commentaires entre les effets du temps liés à la
dissipation des pressions interstitielles générées dans le sol par le battage (consolidation appelée
relaxation) et la dégradation du matériau bois qui elle n’est pas inéluctable. Pour ce dernier point, il
est traité conformament aux échanges avec la DGITM lors de réunions du projet de mai 2010 et
janvier 2011 dans le livrable 5. La durée d’essai (battage instrumentation, chargement) est inférieure
à 1 mois et l’aspect dégradation en aucun cas ne peut être traité sur un plot expérimental sur 50 ans.
Il a donc été choisi de simuler ce phénomène en laboratoire.
L’ensemble des résultats des essais de pieux figurants dans la base de données servant de support au
développement de la méthode semi empirique directe de dimensionnement utilisée dans le Fascicule
62 du CCTP du MEDDE puis à partir de 2012 de la NF P94262 ayant été obtenus en appliquant ce
protocole, il ne pouvait être envisagé de modification.
L’objectif du projet était le développement d’une méthode exploitable dans la pratique de l’ingénieur
et sur des ouvrages pouvant recevoir du public et non une recherche sur les effets du temps sur les
essais de pieux. Vu le faible nombre de pieux en bois disponibles, nous n’avons pu envisager des
variations de protocole.
L’accent a été mis sur le développement d’outils pratiques à destination des bureaux d’études. Il
semble difficilement applicable d’exiger lors d’une étude en phase d’avant projet de compléter l’étude
géotechnique par une étude de la population fongique et bactériologique du site. De plus, lors de la
réalisation d’ouvrages, des travaux de terrassement, incluants le déplacement (apports ou
enlèvements) des sols souvent sur une épaisseur indéterminée de 20 cm à 1 m est nécessaire pour des
pistes pour l’accessibilité des engins de battage, la création des blocs techniques etc. Aucune certitude
n’existe donc sur la nature et l’état du sol dans le premier mètre de sol. Un inoculum à spectre large
étant jugé suffisamment défavorable, contrairement à celui défini dans les protocoles en vigueur, a
été préféré pour initier cette recherche totalement inédite.
· Le rapport reste très elliptique sur les traitements préventifs. Quelques mots sont dits sur
l’imprégnabilité de ces traitements selon les essences, mais rien n’est mentionné sur les produits
utilisés, leur efficacité et leur compatibilité avec les exigences de respect de l’environnement. Par
ailleurs, les techniques de traitement thermique telles que la rétification ne sont pas évoquées : la
fragilisation du bois qui pourrait découler de ces traitements est-elle compatible avec le battage ?
Lors des premières réunions du projet, il a été décidé de ne pas envisager les traitements préventifs,
considérant que la démarche du développement durable était de travailler sur les ressources
21
Rapport
Quand à la solution particulière de la rétification, elle rend le bois fragile et inapte à être battu dans le
sol, et elle nécessiterait l’équipement en fours de taille importante (on passerait de 6 m à 10 m
minimum, ce qui semble peu envisageable). Si l’aboutement était privilégié et donc des tronçons de 2
m à 3 m produits industriellement, l’éclatement au niveau des aboutage demanderait la pose de
manchon et l’usinage préalable.
Les partenaires du projet ont constaté en discutant avec les négociants que l’idée de mettre en œuvre
toute méthode de traitement rend la solution pieux bois économiquement non viable (plus cher que le
béton et proche de l’acier, ce qui ne permettra pas de créer une demande). Une étude économique
réalisée par l’entreprise Sud-Fondation a confirmé ce constat..
· L’état de l'art nous invite à considérer que la durabilité naturelle du bois à prendre en
compte concerne les bois immergés (à quelques mètres sous le niveau de l'eau) en eau stagnante
(dans le sol). Il serait intéressant dans ces conditions d’étudier la dégradation bactérienne des bois
français dans leur diversité à partir d’excavation de pieux anciens (issus de chantiers de réhabilitation
des sites/monuments historiques par exemple).
Cette démarche a été envisagée par les partenaires dés les premières revues de projet. A cette fin, des
échantillons bois ont été récupérés sur des fouilles archéologiques en rivière réalisées dans l’Yonne
(fournis par la DRASSM-UMR5594 du MCC) et le Loiret et testés partiellement, toutefois les difficultés
du partenaire LERMAB n’ont pas permis de mener à terme cette action. Lors de l’étude de cette piste,
il s’est avéré que la population concernée allant de l’époque romaine à l’ère industrielle (-50 Av. JC à
1900) est trop ancienne pour que son étude soit instructive. La plage de temps qui nous intéresse pour
construire un référentiel normatif applicable par les praticiens est de l’ordre de la dizaine d’année à
100 ans. Cette difficulté a été également soulevée dans le récent article de Klaassen (Klaassen
R.K.W.M. (2013) Speed of bacterial decay in waterlogged wood in soil and open water, International
Biodeterioration & Biodegradation, 7 pages).
Une deuxième tentative a été réalisée (d’autres ont avorté entre temps : pont Eiffel à Cubzac, quai
port de Rouen, etc.) avec succès lors de l’inspection du Viaduc des cents Arches sur la commune
d’Arveyres. Les résultats sont détaillés dans le document 5 qui traite spécifiquement de l’inspection.
Après un tour d’horizon du potentiel de ces fouilles et chantiers de réhabilitation, on constate qu’un
panel très réduit d’essence peut être observé (chêne) alors que notre objectif était de comparer une
essence durable disponible localement comme le robinier aux autres espèces moins durables. Ceci
justifie pleinement l’étude paramétrique entreprise dans le cadre du projet et synthétisée dans ce
document.
Note : cette démarche et ses réorientations ont été décrites dans les comptes rendus de réunion de
suivi du projet fournis à la DGITM en mai 2010, janvier 2011, mai 2011, janvier 2012 et décembre
2012.
22
Rapport
8.2.4 Sur le rapport 5 – Guide d’inspection des fondations en bois des ouvrages
· Ce rapport présente le protocole de contrôle de pieux développé aux Pays-Bas. En l’absence
de tout guide français, ce guide hollandais – traduit en français – constitue une première base
intéressante. Néanmoins, pour que ce guide puisse être adopté en France, il sera nécessaire de
justifier les critères de classement préconisés au regard des textes actuels (eurocodes, normes, etc.)
et à partir d’une recherche documentaire plus complète sur les données ayant permis l’obtention des
courbes présentées par la communauté hollandaise.
Cette recherche documentaire a été tentée (rencontre d’ingénieurs de Delft Geotechnics ayant
participé aux campagnes, ainsi que R. Klaassen dans son institut) mais les correspondants de l’époque
ont disparu du paysage technique et n’ont pas eu de successeurs et les archives sont devenues
innaccessibles dans la restructuration des établissements publics : 3 changements entre Delft
Geotechnics et Deltares. Tout comme il s’avère difficile lors des travaux de normalisation de retrouver
les documents originaux de travail des groupes de travail des syndicats professionnels (AFPS, AFGC,
CFMS…) ou des projets collaboratifs nationaux (PN ou ANR ou RGCU…), il a été également impossible
de retrouver les dossiers correspondant à l’étude réalisée lors de l’effondrement du pont Wilson de
Tours durant laquelle l’utilisation de ce type d’essai de poinçonnement avait été déjà envisagée. Les
partenaires du projet ont considéré qu’il serait constructif de proposer cette méthode aux ingénieurs
praticiens ce qui permettrait à la communauté de se l’approprier et de la critiquer, et on peut
considérer que les ingénieurs néerlandais sont aussi attentifs que les ingénieurs français à
l’adéquation de leurs méthodes avec les eurocodes.
8.3 Valorisation
8.3.1 Publications
Christin J., Reiffsteck P., Le Kouby A., Barthram C., Bocquet J.-F. (2012) Projet PieuxBois : construction
d’un plot expérimental et instrumentation des pieux en bois, JNGG2012 Bordeaux, 641-649
Christin J., Reiffsteck P., Le Kouby A., Darras V., Chretien M. (2014) Description et application d’un
protocole d’essai visant à évaluer l’état de dégradation des pieux en bois, JNGG2014 Beauvais, sous
presse
8.3.2 Évènements
Ces livrables ont été présentés lors de journées de valorisation ont eu lieu les 11 juin 2013 à Paris la
Défense et le 2 juillet 2013 à Bordeaux.
8.3.4 Prix
Le procédé a été récompensé indirectement par l’attribution à l’entreprise GTS, le 19 novembre
2013, du prix "Ressources naturelles" décerné par la FNTP, Le Moniteur, Accenture, et la SMABTP,
dans le cadre des Trophées des TP 2013 à l’occasion du Salon des Maires et des Collectivités Locales.
9 Bibliographie choisie
AFNOR (1989) Essai de champ pour déterminer l'efficacité protectrice relative d'un produit de
préservation du bois en contact avec le sol. In, Vol NF EN 252
AFNOR (1992), Fondations profondes pour le bâtiment, Norme NF-P11-212, Paris, 72 pages (DTU
n°13.12 CSTB)
AFNOR (1994) Durabilité du bois et des matériaux dérivés du bois - Durabilité naturelle du bois
massif - Partie 1 : guide des principes d'essai et de classification de la durabilité naturelle du bois. In.
AFNOR (1996) Produits de préservation du bois - Méthode d'essai pour déterminer l'efficacité
protectrice vis-à-vis des champignons basidiomycétes lignivores - Détermination du seuil d'efficacité.
In NF_EN-113,
AFNOR (2001) Produits de préservation du bois - Détermination de l'efficacité vis-à-vis des micro-
organismes de pourriture molle et d'autres micro-organismes du sol. In, Vol XP ENV 807.
AFNOR (2013) Durabilité du bois et des matériaux à base de bois — Classes d'emploi : définitions,
application au bois massif et aux matériaux à base de bois. In, Vol NF EN 335., 19 pages.
American Wood Preservers Institute, (2002), Timber Pile Design and Construction Manual, 145 pages
24
Rapport
Bjordal C.G., Daniel G., Nilsson T., (2000), Depth of burial, an important factor in controlling bacterial
decay of waterlogged archaeological poles, International Biodeterioration & Biodegradation 45:15-
26.
Bustamante M., Gianeselli L., (1981), Prévision de la capacité portante des pieux isolés sous charge
verticale. Règles pressiométriques et pénétrométriques BLPC 113 :83-108.
Bustamante M., Jézéquel J.-F. (1989), Essai statique de pieu isolé sous charge axiale, Méthode d’essai
LPC n°31, 12 pages.
Canadian Geotechnical Society, (2007) Canadian Foundation Engineering Manual 4th Edition, BiTech
Publishers Ltd.
Dewar J., Watson M. (2007), Developpement of UK grown timber for industrial applications – Final
report, BRE, 18 pages
Klaassen R.K.W.M., (2008a), Bacterial decay in wooden foundation piles—Patterns and causes: A
study of historical pile foundations in the Netherlands, International Biodeterioration &
Biodegradation (61)45–60.
Klaassen RKWM (2008b) Some specific Dutch wood end use problems and chances. In Conference
COST E53, Delft, The Netherlands, 97-103.
MELT (1993), Règles techniques de calcul et de conception des fondations des ouvrages de génie
civil, CCTG, Fascicule 62 Titre V, Texte officiel N° 93-3, 182 pages.
NEN (1991). Geotechnics – Calculation method for bearing capacity of pile foundation ‐ Compression
pile NEN 6743,30 pages.
NEN (2009) Quality requirements for timber - Piles - Coniferous timber NEN 5491.
Reynolds T., Bates P. (2009), The potential for timber piling in the UK, Ground Engineering, 31-34.
Reynolds T N (2003) Timber piles and foundations, BRE Construction Division, Digest 479, 12 pages.
Rowell RM (2012) Handbook of Wood Chemistry and Wood Composites, Second Edition. CRC Press.
SETRA - LCPC (1980), Fondations de ponts en site aquatique en état précaire - Guide pour la
surveillance et le confortement, Document technique / Guide technique, 163 pages.
Venalainen M, Partanen H, Harju A (2014) The strength loss of Scots pine timber in an accelerated
soil contact test. International Biodeterioration & Biodegradation 86: 150-152.
25
Annexes
Annexe 1 : Livrable état des lieux de l’utilisation des pieux en bois en France et dans le monde,
techniques de mise en œuvre et méthodes de dimensionnement,
Annexe 2 : Livrable sites expérimentaux détaillant les expérimentations sur plots expérimentaux,
description des expérimentations, programme d’essais, résultats détaillés,
Annexe 3 : Livrable dimensionnement faisant la synthèse des résultats et élaboration d’une base
de données, calage des coefficients de frottement latéral et de pointe dans le cadre de la norme
NF P94 262,
Annexe 5 : Guide d’inspection permettant de diagnostiquer et guider dans les réparations des
ouvrages du patrimoine ou des ouvrages d’art anciens,
Annexe 6 : Additif norme NF P94-262 proposant un cadre technique pour des applications de
type parcs naturels et récréatives (pontons, quais, ponts, etc.) ou de logement individuel
(chalets, maisons, etc.) et poser les bases pour l’application à des ouvrages de plus grande
ampleur .
26
Annexes
Résumé
Les objectifs de ce projet ont été de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une expertise nationale
sur le dimensionnement et la durabilité des pieux bois en mettant en oeuvre des approches pluridisciplinaires :
approche ouvrages, mécanique et physicochimie des sols et du bois en interaction avec l’eau mais également
étude de l’aspect socio-économique. L’enjeu était de pouvoir :
L’étude combinée des processus fondamentaux à partir de retour d’expérience et l’étude sur site expérimental
réel ont été les points forts du projet mais les avancées en découlant aideront également à une meilleure
maîtrise du comportement mécanique et physico-chimique et des risques par l’élaboration de méthodologies,
dispositions constructives, produits ou techniques de (pré)traitement, grilles et critères aidant à établir des
diagnostics de vulnérabilité des ouvrages anciens et à dimensionner des ouvrages neufs. Les résultats du projet
PieuxBois sont de plusieurs ordres :
Abstract
A major goal of this project was to create conditions for the emergence of national expertise on the design and
durability of timber piles. The methodology chosen to achieve this goal is to implement multidisciplinary
approaches: structural approach, mechanical and physico-chemical approach of interaction of soil and wood
with water but also study of the socio-economic achievements thus generating scientific knowledge for the
benefit of a decision support while remaining within the framework of a rational growth. This project has
addressed:
Combined study of fundamental processes from feedback and study on instrumented experimental site were
the real strengths of the project but progress resulting from these studies will also result in better control of
the mechanical and physico-chemical behaviour and risk by development of methodologies, constructive
provisions, (pre) treatment products or techniques, grids and criteria to help diagnose the vulnerability of old
structures and designing new structures. Major outcomes of WoodenPiles project are manifold:
27