Chapitre 5
Nombres complexes
Les nombres complexes sont nés de la nécessité de donner un sens à la racine carrée de nombres négatifs, pour
résoudre les équations algébriques. Dans l’ensemble des réels, l’équation x2 = 1 a deux solutions, +1 et −1, mais
l’équation x2 = −1 n’en a pas, puisque le carré de tout nombre réel est positif ou nul. On décide d’appeler i un
nombre (imaginaire) tel que i2 = −1, puis d’appeler nombre complexe tout nombre de la forme a + ib, où a et b
sont deux réels quelconques. Leur ensemble est noté C. Ainsi tout nombre complexe z a une partie réelle, notée
Re(z) et une partie imaginaire, notée Im(z).
5.1 Définitions
Définition 5.1.1 (Partie réelle, imaginaire)
Soit z = a + ib, un complexe.
− a = Re(z) est la partie réelle de z
− b = Im(z) est la partie imaginaire de z.
On a l’égalité remarquable i2 = −1.
Quelques propriétés :
Re(z) = Re(z ′ )
a) z = z ′ ⇔ et
Im(z) = Im(z ′ )
b) z ∈ R ⇔ Im(z) = 0.
c) z ∈ iR ⇔ Re(z) = 0.
d) Re(z + z ′ ) = Re(z) + Re(z ′ ) et Im(z + z ′ ) = Im(z) + Im(z ′ ).
e) Si α est un réel, alors Re(αz) = αRe(z) et Im(αz) = αIm(z).
f) Formule du binôme de Newton :
n
X n
X
′ n
′
∀z, z ∈ C, ∀n ∈ N, (z + z ) = Cnk z k z ′n−k = Cnk z n−k z ′k
k=0 k=0
5.1.1 Conjugué d’un nombre complexe
Définition 5.1.2 Soit z = a + ib un nombre complexe. Le conjuguée de z est le nombre complexe z = a − ib. On
a donc Re(z) = Re(z) et Im(z) = −Im(z).
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Théorème 5.1.1
Soient z, z ′ ∈ C, on a : i) z + z ′ = z + z ′ ii) zz ′ = zz ′ iii) z = z
X À connaître :
z + z = 2Re(z); z − z = 2iIm(z); z ∈ R ⇔ z = z; z est un imaginaire pur ssi z = −z.
5.1.2 Module d’un complexe
Définition 5.1.3 C’est le réel définie par
p √
|z| = a2 + b2 = zz
Propriétés du module :
a) |z| = 0 ⇔ z = 0.
b) |Re(z)| ≤ |z| et |Im(z)| ≤ |z|.
c) Si z est réel, alors son module coïncide avec sa valeur absolue.
d) |z| = |z|.
e) |z| − |z ′ | ≤ |z + z ′ | ≤ |z| + |z ′ | (Inégalité triangulaire).
f) Pour mettre le complexe zz′ sous forme algébrique, il suffit de multiplier en haut et en bas par z ′ .
Exemple 5.1.1
Mettre sous-forme algébrique le nombre complexe suivant :
3 + 5i
z=
5 − 3i
On multiplie par le conjugé du dénominateur :
3 + 5i (3 + 5i)(5 + 3i) 34i
z= = = = i.
5 − 3i 25 + 9 34
5.1.3 Racines carrées d’un nombre complexe
a) Calcul des racines carrées
Proposition 5.1.1 Soit α ∈ C, l’équation z 2 = α admet dans C deux solutions opposées (toutes deux nulles
lorsque α = 0).
Exemple 5.1.2 Calculer les racines carrées de : 3 − 4i.
On cherche z ∈ C tel que z 2 = 3 − 4i.
Ecrivons z = a + ib, alors z 2 = a2 − b2 + i2ab.
a2 − b2 = 3 (1)
En identifions partie réelles et imaginaires :
2ab = −4 (2)
Equations supplémentaires |z 2 | = |3 − 4i| = 5,
donc a2 + b2 = |z|2 = |z 2 | = 5 (3).
De (1) et (3) ⇒ a2 = 4 et b2 = 1.
D’après (2) comme ab < 0, on a : si a = 2, alors b = −1 et si a = −2, alors b = 1.
D’où les racines carrées de 3 − 4i sont : z = −2 + i ou z = 2 − i.
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b) Équation du second degré
Théorème 5.1.2 Soient a, b, c ∈ C avec a 6= 0, l’équation az 2 + bz + c = 0 admet deux solutions complexes qui
sont z1 = −b+δ −b−δ 2 2
2a et z2 = 2a avec δ ∈ C tel que δ = ∆ = b −4ac (discriminant). De plus, lorsque les coefficients
2
a, b, c sont réels et que le discriminant b −4ac est strictement négatif, ces deux solutions sont complexes non réelles
et conjuguées.
Exemple 5.1.3 Résoudre dans C :
z2 + z + 1 = 0
5.1.4 Nombres complexes de module 1
a) Le groupe unité
On note U l’ensemble des complexes de module 1 :
U = {z ∈ C/|z| = 1}.
Il est facile de vérifier que l’ensemble U :
- est stable pour la multiplication : ∀z, z ′ ∈ U, zz ′ ∈ U.
- est stable pour le passage à l’inverse : ∀z ∈ U, z 6= 0 et z −1 ∈ U.
- contient 1.
De plus, la multiplication dans U est associative (elle l’est dans C), on dit alors que (U, ×) est un groupe multipli-
catif. Comme la multiplication est en plus commutative, on dit que (U, ×) est un groupe abélien (ou commutatif),
ce groupe est parfois appelé groupe unité de C.
b) Notation exponentielle
Définition 5.1.4 Pour tout réel a, on pose eia = cos(a) + isin(a).
Proposition 5.1.2
1
1) ∀a ∈ R, e−ia = cos(−a) + isin(−a) = cos(a) − isin(a) = eia , eia
= e−ia .
2) ∀a ∈ R, |eia | = cos2 (a) + sin2 (a) = 1.
p
3) ∀a, b ∈ R, eia eib = ei(a+b) .
π
4) ei 2 = i, eiπ = −1.
5) Soit a, b ∈ R, eia = eib ⇔ ∃k ∈ Z tel que a = b + 2kπ.
c) Formules d’Euler et de Moivre
Formule de MOIVRE : ∀n ∈ Z, ∀a ∈ R, eina = (eia )n .
A l’aide du binôme de Newton, ces formules permettent d’exprimer cos(na) et sin(na) sous forme d’un polynôme
en cos(a) et sin(a).
ia −ia ia −ia
Formules d’EULER : ∀a ∈ R : cos(a) = e +e 2 et sin(a) = e −e 2i
Ces formules permettent la linéarisation de cosn (a) et sinn (a).
5.1.5 Argument d’un nombre complexe
a) Forme trigonométrique
Définition 5.1.5 Soit z un complexe non nul, on appelle argument de z tout réel θ tel que z = |z|eiθ , cette égalité
est appelée forme trigonométrique de z. L’ensemble des arguments de z est noté arg(z),
on a donc arg(z) = {θ ∈ R/z = |z|eiθ }, et si θ0 est un argument de z, alors arg(z) = {θ0 + 2kπ/k ∈ Z}.
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Remarque 5.1.1 L’argument n’est pas unique : il est défini à 2π près. On peut imposer l’unicité de l’argument en
le choisissant dans un intervalle de longueur 2π (en général [0, 2π[ ou ] − π, π]).
Proposition 5.1.3 L’argument satisfait les propriétés suivantes :
1) arg(zz ′ ) = arg(z) + arg(z ′ ) (2π).
2) arg(z n ) = n arg(z) (2π).
3) arg( z1 ) = − arg(z) (2π).
4) arg(z) = − arg(z) (2π).
Exemple 5.1.4 Mettre sous forme trigonométrique le nombre complexe suivant :
√
1−i 3
√
∗ |1 − i 3| = 2,
√ √
∗ 1 − i 3 = 2( 12 − i 23 ) = 2(cos(−π/3) + i sin(−π/3)) = 2e−iπ/3
b) Exponentielle complexe
Définition 5.1.6 Pour z = a + ib ∈ C, on définit
ez = ea+ib = ea eib
(Son module vaut ea et son argument b).
c) Racines n-ièmes d’un nombre complexe
Définition 5.1.7 Soit z, ω deux complexes et n ∈ N, on dit que ω est une racine n-ième de z lorsque ω n = z.
Proposition 5.1.4 Il y a n racines n-ièmes ω0 , ω1 , . . . , ωn−1 de z = reiθ , ce sont :
θ+2kπ
ωk = r1/n ei n , k = 0, 1, . . . , n − 1.
Exemple 5.1.5 Résoudre l’équation suivante : z 5 = −i
π 2ikπ iπ
z 5 = −i = e−i 2 ⇐⇒ z = e 5 − 10 , k ∈ Z;
on obtient 5 racines distinctes pour k = 0, . . . , 4.
5.1.6 Représentation géométrique des complexes
Le plan complexe est un plan P muni d’un repère orthonormé direct R = (O, → −
u,→ −v ).
a) Affixe
Chaque point M du plan complexe est repéré par ses coordonnées : une abscisse x et une ordonnée y, c’est à dire
par le couple de réels (x, y). Autant dire que M est repéré par le complexe z = x + iy. Par définition, ce complexe
est l’affixe du point M .
b) Distances
Le module d’un complexe z représente dans le plan complexe la distance de l’origine O au point M d’affixe z, c’est
−−→
à dire |z| = OM = kOM k.
−−−→
Soit M d’affixe z et M ′ d’affixe z ′ , la distance de M à M ′ est M M ′ = kM M ′ k = |z ′ − z|.
Définition 5.1.8 Soit a ∈ C et R > 0, on définit dans le plan complexe :
− le disque fermé de centre a et de rayon R : {M ∈ P/ |z − a| ≤ R}.
− le disque ouvert de centre a et de rayon R : {M ∈ P/ |z − a| < R}.
− le cercle de centre a et de rayon R : {M ∈ P/ |z − a| = R}.
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