Par exemple, pour l’équation x 2+ bx=c La mise en équation des problèmes a amené al-
(√ b2 ) +c
Khwārizmī à développer un calcul sur les
()
b b
2 2
,l’algorithme est b ↦ → +c→ quantités composées des trois espèces : nombre
2 2
connu, inconnue, carré. Il s’agit des règles qui
−b permettent de calculer (a±x)(b±x) et a x 2+bx+c±(a’
et il est justifié par la figure :
2
x 2 +b’x+c’) .
Comme l’algorithme de résolution comporte
l’extraction d’une racine carrée, la valeur de
l’inconnue x est en général irrationnelle. Cette
circonstance a conduit, dans les générations
suivantes, à traiter les irrationnelles comme des
nombres dans les calculs ; par exemple on écrit
(20- √ 200)+( √ 200 -10) = 10 . Abū Kāmil à la fin
du IXe siècle fait des calculs du type √3×√2 = √6 ,
√8+ √ 18 = √ 50 ou √ 18 -√8 = √2 . Il considère
aussi des équations dont certains coefficients
sont irrationnels ou bien dans lesquelles
Les problèmes auxquels s’applique l’algèbre ont intervient une racine de l’indéterminée ; par
leur origine aussi bien dans l’arithmétique que exemple son problème 21 s’énonce ainsi : Le tiers
dans la géométrie. La mise en équation d’un d’une quantité est soustrait de cette quantité et
problème consiste à choisir l’inconnue parmi les la différence est multipliée par trois fois la racine
grandeurs cherchées puis à exprimer une certaine du reste de cette quantité ; on obtient la quantité.
quantité de deux manières au moyen de Si la quantité cherchée est x , on a donc
l’inconnue, de son carré et de quantités connues.
On ramène alors l’égalité obtenue à l’une des ( x− 3x )× √ x− x3 =x , soit 2 x √ 23x =x ; ainsi
3
équations canoniques au moyen des opérations 2x 1 3
= et x = . Dans le problème 37 , 10 est
al-jabr et al-muqābala, qui signifient 3 4 8
respectivement restauration et confrontation. divisé en deux parts et une part est multipliée par
La première consiste à ajouter aux deux membres elle-même, l’autre par la racine de 8 ; on soustrait
de l’équation une quantité qui était soustractive ce produit d’une part par la racine de 8 du produit
dans l’un des membres ; elle apparaît alors de l’autre part par elle-même ; cela donne 40 . On
comme additive dans l’autre membre. La seconde a donc ( 10− x )2 -x√8 = 40 , soit 100+ x 2 -20x -
consiste à ôter des deux membres une même
quantité présente dans ces deux membres.
√ 8 x 2 = 40 , qui donne, par restauration et
confrontation,
Considérons par exemple le problème suivant :
J’ai divisé 10 en deux parties ; j’ai multiplié l’une 60+ x 2 = 20x+ √ 8 x 2
par l’autre ; après cela, j’ai multiplié l’une d’entre équation du cinquième type. Par ailleurs Abū
elles par elle-même et le produit obtenu est 4 fois Kāmil donne des démonstrations des algorithmes
celui de l’une des parties par l’autre. L’une des de résolution différentes de celles d’al-
parties est la chose x , l’autre 10-x et leur produit Khwārizmī ; elles se rattachent aux propositions 5
10x- x 2 ; l’équation du problème est donc x 2 = et 6 du deuxième livre des Éléments d’Euclide.
Enfin il introduit des puissances supérieures de
40x-4 x 2 , d’où, par restauration (al-jabr) 5 x 2 = 40x
l’inconnue comme le cube et le carré-carré. Dans
, équation du premier type.
la seconde partie de son ouvrage, il calcule le côté
d’un pentagone régulier ou d’un décagone
régulier inscrit dans un cercle de rayon donné ;
cela se ramène à des équations de degré 2
Sinān ibn al-Fat h • définit les puissances jusqu’à la neuvième en s’appuyant sur l’analogie avec les
puissances de 10 dans le calcul décimal ; il explique comment résoudre les équations du type
ax+p+b+p+cx = 0 (les termes étant convenablement répartis dans les deux membres pour que tous les
coefficients deviennent positifs). Al-Māhānī (IXe siècle) a utilisé l’algèbre pour donner une interprétation
arithmétique des grandeurs irrationnelles étudiées dans le dixième livre des Éléments d’Euclide. Par
ailleurs il a traduit un problème « solide » légué par l’Antiquité en une équation cubique ; il s’agit du
problème posé par Archimède dans le deuxième livre du traité sur La Sphère et le Cylindre. Cherchant à
diviser une sphère par un plan de manière que les volumes des segments de sphère obtenus ait un
rapport donné, Archimède se ramène à diviser une droite ΑΒ en un point Ε tel que
où Γ est un segment de droite donné et Δ est une aire donnée. Si ΑΒ = a et ΕΒ = x , on a donc
Au Xe siècle, al-Karajī développe systématiquement une arithmétique des « polynômes », quantités
composées des diverses puissances positives et négatives de l’indéterminée x , affectées de coefficients.
La base de cette arithmétique est l’identité (m, n ∈ Z ) établie par une forme primitive de
raisonnement par récurrence. Le modèle est le calcul décimal, selon l’analogie signalée par Ibn al-Fat h
• . Al-Karajī donne les règles d’addition et de multiplication, de division par un monôme et d’extraction
de racine carrée, par exemple pour une expression √ (a+b+ c) dans laquelle a, b, c sont des monômes
de degrés décroissants. Ainsi, pour calculer la racine carrée de x +4x +4x +6x +12x +9 , on essaie a = x ,
4 x5 2
c = 3 et b = 3
=2 x , puis on vérifie que (x +2x +3) est bien égal à l’expression proposée. Al-Karajī
2x
établit la formule du binôme et le triangle arithmétique, toujours par une forme de récurrence. Ceci
s’accompagne d’une arithmétique des quantités irrationnelles et pas seulement celles du livre X
d’Euclide car il faut maintenant tenir compte des racines cubiques, quatrièmes, cinquièmes, etc. à l’infini.
L’école fondée par al-Karajī se développe dans les siècles suivants. Citons seulement al-Samaw’al (XIIe
siècle), par qui on connaît certaines parties de l’œuvre d’al-Karajī. Il énonce la règle des signes en toute
généralité ; il considère la division d’un polynôme par un autre polynôme, obtenant un développement
suivant les puissances de 1/x . Il élabore une méthode numérique pour le calcul des racines n-ièmes, où
n est un entier naturel quelconque. Le mathématicien bien connu al-Kāshī, du XVe siècle, se rattache à
cette école . Mais une autre tradition s’est développée à partir des efforts pour résoudre les équations
cubiques ; on ne parvenait à résoudre algébriquement que certaines équations particulières. Par
a
exemple al-Sulamī (XIIe siècle) fait le changement d’inconnue y= x + dans l’équation x +ax +bx = c et il
3
√
2 3 3
a a
observe que, dans le cas où b= l’équation devient y 3− =c ; il en tire x=❑ c+ a − a De même,
3 27 27 3
a
2
a 3 a
3
pour l’équation x +bx = ax +c où b= le changement d’inconnue y = x− conduit à y + =c , d’où
3 3 27
a
√
a3
x= + c− . À la fin du XIIIe siècle, Ibn al-Banna’ considère l’équation x 4 +2x 3 = x+30 et il
3 27
remarque que (x 2 +x) 2 = x 2 +x+30 ; si on pose y = x 2 +x , on est ramené à l’équation y 2 = y+30 , dont
les racines sont 6 et 2. Al-Māhānī n’avait pas su résoudre l’équation à laquelle il avait ramené le
problème d’Archimède, mais cette résolution fut construite par al-Khazin au X siècle au moyen de
l’intersection de deux coniques. D’ailleurs le commentaire d’Eutocius au traité d’Archimède