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Mongala

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MONGALA

La série de publications dont cet ouvrage est le huitième est


dédiée à la mémoire de Benoît Verhaegen. Arrivé au Congo au
moment de la décolonisation, il anima pendant près de 30 ans de
carrière diverses structures de recherche et d’enseignement. Promo-
teur de la démarche de « l’Histoire immédiate », il a, par ses écrits,
par sa parole, par ses enseignements, joué un rôle majeur dans les
études sociales congolaises.
Nous nous souvenons avec émotion et respect de l’homme et du
maître.
La présente étude, issue du projet « Provinces », soutenu financièrement par la DGD
et coordonné par le service Histoire et Politique du Musée royal de l’Afrique cen-
trale, est le fruit d’une collaboration entre chercheurs des diverses sections du MRAC,
chercheurs des instituts partenaires congolais (CEP, CERDAC et CRGM), qui se sont
réparti le territoire de la RD Congo, et chercheurs identifiés à l’intérieur de chaque
entité administrative (qu’il s’agisse des actuels « districts » ou, pour quelques-unes de
ces entités, déjà de « provinces », qui attendent d’accéder au statut de province, comme
le prévoit la Constitution de la RD Congo promulguée le 18 février 2006).

LE CEP
Le Centre d’études politiques (CEP), (re)créé en 1999 à l’Université de Kinshasa, ras-
semble des chercheurs/enseignants relevant de diverses disciplines des sciences so-
ciales ayant le politique pour champ d’études. Ses activités couvrent quatre domaines,
la recherche, la formation, la documentation et la publication, ayant tous pour princi-
pal sujet la République démocratique du Congo.

LE CERDAC
Le Centre d’études et de recherches documentaires sur l’Afrique centrale (CERDAC)
de l’Université de Lubumbashi poursuit les buts suivants : promouvoir des recherches
coordonnées sur l’héritage du passé des peuples d’Afrique centrale et collationner la
documentation nécessaire et utile à cette fin.

LE CRGM
Le Centre de recherches géologiques et minières de la RD Congo (CRGM) est un
service public fonctionnant sous la tutelle du ministère de la Recherche scientifique.
Il a été créé par ordonnance-loi n° 82/040 du 5 novembre 1982 en remplacement du
Service géologique du ministère des Mines. Sa mission principale est de promouvoir,
exécuter et coordonner des travaux de recherche scientifique et des études diverses
dans le domaine des géosciences. La cartographie géologique, l’inventaire et l’étude
métallogénique des ressources minérales, l’étude des risques naturels d’origine géo-
logique, l’expertise des substances minérales et la constitution des bases de données
géologiques figurent parmi ses tâches essentielles.

LE MRAC
Le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), l’un des dix établissements scientifiques
fédéraux que compte la Belgique, abrite des collections tout à fait remarquables (ob-
jets ethnographiques en provenance d’Afrique centrale, archives complètes de Stanley,
photothèque et filmothèque, cartes et données géologiques, collection de zoologie de
millions de spécimens, xylothèque tropicale). En tant qu’institut de recherche scienti-
fique consacré à l’Afrique, il occupe une place importante sur la scène internationale
dans les domaines de l’anthropologie culturelle, de la zoologie, de la géologie, de l’his-
toire et de l’économie agricole et forestière.
Le service Histoire et Politique, qui a intégré l’ancienne section d’Histoire du Temps
présent, coordinatrice du projet « Provinces », est l’un de ceux du Musée royal de
l’Afrique centrale. Cette section était née de l’intégration au musée de l’Institut afri-
cain, créé en 1992, qui avait alors absorbé le Centre d’étude et de documentation afri-
caines (1971). Elle poursuit une triple mission de documentation, de publication (la
collection des « Cahiers africains ») et de recherche. Ses activités sont axées sur l’an-
cienne Afrique belge et particulièrement le Congo/Kinshasa.

[Link]
République démocratique du Congo

MONGALA
Jonction des territoires
et bastion d’une identité supra-ethnique

Sous la direction de Jean Omasombo Tshonda


Coordinateur du projet « Provinces »
Jean Omasombo Tshonda, chercheur au service Histoire et Politique, MRAC, professeur à l’Université de Kinshasa (RD Congo).

Auteurs
Cet ouvrage est le fruit de la collaboration entre les chercheurs de terrain, en RD Congo, et les chercheurs du service Histoire et Poli-
tique (ex-section d’Histoire du Temps présent) et de différents autres services du MRAC à Tervuren.
Les chercheurs du service Histoire et Politique du MRAC ont complété et enrichi une première mouture de la monographie, dans les
disciplines relevant de leurs compétences. J. Omasombo s’est chargé des chapitres concernant son organisation politique et adminis-
trative, E. Stroobant de la partie socio-économique (comprenant les chapitres sur la démographie, la santé, l’enseignement, l’activité
économique et les transports). Mohamed Laghmouch est l’auteur des cartes qui illustrent le volume. Joris Krawczyk s’est chargé de
l’iconographie. Tous ces chercheurs sont considérés comme les auteurs principaux de la monographie. Leur nom est cité ci-dessous.
Les disciplines non couvertes par les chercheurs congolais ou ceux du service Histoire et Politique, telles la géologie, la flore… ont
bénéficié de contributions de chercheurs extérieurs ou d’autres services du MRAC. Leur nom est reproduit en regard du titre de leur
contribution dans le sommaire et la table des matières.
Jean-Claude Ambwa, ingénieur agronome, prêtre du diocèse de Lisala.
Élodie Stroobant, historienne, chercheur au service Histoire et Politique (ex-section d’Histoire du Temps présent), MRAC (Belgique).
Jérôme Mumbanza mwa Bawele, historien, professeur à l’Université de Kinshasa.
Jean Omasombo Tshonda, politologue, chercheur au service Histoire et Politique (ex-section d’Histoire du Temps présent), MRAC
(Belgique) et professeur à l’Université de Kinshasa (RD Congo).
Joris Krawczyk, attaché au projet « Provinces », au service Histoire et Politique (ex-section d’Histoire du Temps présent), MRAC
(Belgique).
Mohamed Laghmouch, cartographe, section de Cartographie et Photo-interprétation, MRAC (Belgique).

Toutes les photographies sont droits réservés ou sous copyright mentionné. Toute question ou demande d’autorisation doit se faire par
écrit auprès du MRAC, service des Publications, 13, Leuvensesteenweg, 3080 Tervuren (Belgique).

© Musée royal de l’Afrique centrale, 2015


Levensesteenweg, 13
B-3080 Tervuren
[Link]

ISBN 978-9-4922-4416-1
D/2015/0254/26

Imprimé par SNEL GRAPHICS (Belgique)

En couverture : Pêcheurs en pirogue sur la rivière Mongala. Photo équipe locale, mars 2013.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Toute reproduction (même partielle), autre qu’à usage pédagogique et éducatif sans fin commerciale, de cet ouvrage est strictement
interdite sans l’autorisation écrite préalable du service des Publications, Musée royal de l’Afrique centrale, 13, Leuvensesteenweg,
3080 Tervuren (Belgique).
Une version en ligne de cet ouvrage est gratuitement consultable sur le site du musée :
http ://[Link]/research/publications/rmca/online/
SOMMAIRE

AVANT-PROPOS.................................................................................................................................................. 9

PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE....................................................................................... 13


INTRODUCTION : Origine du nom Mongala............................................................................................. 15
CHAPITRE 1 : Géographie et hydrographie.................................................................................................. 21
CHAPITRE 2 : Géologie................................................................................................................................... 27
CHAPITRE 3 : Végétation................................................................................................................................ 35

DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES.............................................................................................................. 43


CHAPITRE 4 : Peuples...................................................................................................................................... 45
CHAPITRE 5 : Langues et cultures................................................................................................................. 65
CHAPITRE 6 : Implantation missionnaire.................................................................................................... 89

TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION


ADMINISTRATIVE............................................................................................................................................. 103
CHAPITRE 7 : La pénétration européenne................................................................................................... 105
CHAPITRE 8 : Évolution de l’organisation administrative.......................................................................... 117
CHAPITRE 9 : Composition territoriale du district..................................................................................... 151

QUATRIÈME PARTIE : LA MONGALA POST-INDÉPENDANCE.......................................................... 179


CHAPITRE 10 : La Mongala pendant la Première République................................................................... 181
CHAPITRE 11 : La Mongala sous la Deuxième République : 1966-1997.................................................. 215
CHAPITRE 12 : La Mongala sous les pouvoirs des Kabila père et fils....................................................... 227

CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE................................................................. 235


INTRODUCTION............................................................................................................................................ 237
CHAPITRE 13 : Instauration d’un modèle économique colonial............................................................... 243
CHAPITRE 14 : Le commerce : nerf de l’activité économique de la Mongala........................................... 255
CHAPITRE 15 : État du réseau routier........................................................................................................... 267
CHAPITRE 16 : L’huile de palme.................................................................................................................... 275
CHAPITRE 17 : Une spécificité régionale : les riz de Bumba...................................................................... 285
CHAPITRE 18 : Redynamisation des cultures et des activités économiques paysannes......................... 293
CHAPITRE 19 : L’exploitation forestière dans la Mongala........................................................................... 305
CHAPITRE 20 : Ébauche d’une étude démographique................................................................................ 323
CHAPITRE 21 : Éléments pour un état des lieux du secteur santé dans la Mongala............................... 337
CHAPITRE 22  : Aperçu des structures éducatives....................................................................................... 355

TABLE DES MATIÈRES...................................................................................................................................... 367

Carte administrative de la Mongala :


[Link]
AVANT-PROPOS

M
algré ses 58 141  km2, la Mongala est, doit penser à l’implantation, dans cette région du
avec seulement trois territoires, le fleuve Congo, des missionnaires catholiques pen-
plus petit ensemble administratif des dant la colonisation. Ils y eurent leur établissement,
26 provinces de la RDC prévues dans d’abord à Mpombo (en amont de Mankanza), en
la Constitution du 18 février 2006. N’eût été le passage décembre 1889, puis à la mission Saint-Pierre-Cla-
du fleuve Congo marqué par sa dorsale à cet endroit, ver des Bangala, créée dès janvier  1890 et, surtout,
la Mongala comme espace administratif et humain à Mankanza (dénommé Nouvelle-Anvers), chez les
n’aurait, en fait, pu se constituer : l’espace frappe, en Libinza, en 1892, où fut fondée une « colonie sco-
effet, par son caractère composite. Son agencement laire ». Celle-ci avait pour but déclaré d’« éduquer
renvoie avant tout à des considérations politico- les enfants libérés de l’esclavage » par l’État ou ceux
administratives, auxquelles la Mongala doit, d’une rachetés par les missionnaires, les « enfants abandon-
part, son étirement d’ouest en est, dont le double nés ou les orphelins délaissés », et mis sous tutelle de
objectif était de regrouper un noyau de peuplement l’État par le décret du 12 juillet 1890. L’État finançait
ngombe autour de Lisala et de rattacher les Budja la colonie scolaire et, en retour, les « ba-colonies1 »
installés en territoire de Bumba, traditionnellement qui terminaient leur formation étaient engagés en
apparentés aux populations de la Province-Orientale majorité dans la Force publique, ou encore laissés
(Mbole/Mobango, etc.) ; d’autre part, l’adjonction, en aux missionnaires en qualité de catéchistes, d’insti-
1955, de son appendice méridional : Bongandanga. tuteurs, de maçons, de charpentiers, etc. Ainsi prit
L’évolution tourmentée de sa composition est l’ex- forme cette identité bangala, qui s’appuyait, par ail-
pression même de cet ensemble disparate, qui paraît leurs, sur l’attention alors prêtée au soi-disant groupe
être l’effet d’une position géographique de transition « Bangala » par les premiers explorateurs européens
dans la confluence entre les espaces des peuplements (Stanley, Coquilhat, etc.). Elle fut véritablement por-
mongo, « Gens d’eau », ngbaka, ngbandi, etc., et qui tée et poussée par les missionnaires de la congréga-
passe pour être un assemblage à la fois des peuples et tion des scheutistes2. En 1933, le siège de Mankanza,
des territoires marqués par leur éparpillement. berceau de l’ancienne langue commerciale du fleuve,
L’édification de la Mongala pose, en creux, le pro- désormais appelée « lingala », fut déplacé à Lisala,
blème de l’identité, car la singularité régionale du choisi à cause de sa meilleure position géographique
district s’est forgée dans un double rapport concur- dans la région. Au fil du temps, avec la contribution
rentiel : celui, extérieur, opposant les populations de l’anthropologie, qui accrédita le mythe des Ban-
autochtones aux ethnies voisines, en particulier les gala, les peuples ngombe, bapoto, mondunga, bwela,
Ngombe aux Mongo ; et celui, intérieur, mettant en budja… passeront pour n’être plus que des Ban-
présence deux populations dominantes, les Ngombe gala, reléguant leurs identités ethniques spécifiques
et les Budja, et polarisé autour des agglomérations au second plan. L’instruction profane et religieuse
de Lisala et de Bumba. dispensée en lingala dans la colonie scolaire va
Le premier est lié à la question des « Bangala », contribuer à l’enrichissement et à l’expansion de
dont le district tira un temps son nom. Il renvoie, dans ce parler. Adopté par la Force publique, il conquit
sa genèse, aux premiers contacts avec les Européens
et à des rivalités entre congrégations missionnaires ; 1  Il s’agit des élèves sortis de la colonie scolaire.
il s’exprima politiquement à l’indépendance du pays
2  On prête d’ailleurs au sous-directeur de la colonie scolaire de
en 1960, atteignant une intensité aiguë en 1962, lors Nouvelle-Anvers, le père Égide De Boeck, la « fondation » du
de la première expérience de la décentralisation. On lingala.

9
MONGALA

progressivement les espaces habités par les peuples et qui n’a pas de signification. Nous sommes mongo
situés plus au nord (Ngbandi, Ngbaka, etc.) et se ou nkundo. Chaque nom a sa signification. Le Mongo
répandit aussi au sud, pénétrant dans la région des veut dire excellence et le Nkundo signifie explorateur.
Mongo et même à Coquilhatville, le chef-lieu de la Nous sommes fiers de ces noms. Nous avons notre
province de l’Équateur. Ainsi l’identité de la Mongala langue lomongo ou lonkundo4. »
s’imposait-elle au travers du lingala dans l’ensemble
de la région. Cette situation fut encore renforcée par S’il ne s’agit pas de juger ici les travaux qui ont
la formation de nombreux membres de l’élite qui conduit à l’édification du lingala et du lomongo, il y
domina la région, avant d’envahir Léopoldville3. a à indiquer l’influence déterminante des mission-
Suite aux détachements successifs de Coquilhat- naires. Ce qui semble guider cette observation :
ville (Mbandaka) et de Basankusu du vicariat aposto-
lique de Nouvelle-Anvers – respectivement en 1924 « Bolela [un Mongo de Boende] considère Lokole
et en 1926 – Mgr  De Boeck (1875-1944) transféra sa comme un organe tribal et non entièrement autoch-
résidence à Lisala, en 1931. De cette époque est née tone, un journal qui cherche à les diviser et qui veut
une forme de tension entre missionnaires du Sacré- semer à l’Équateur des défauts rencontrés dans d’autres
Cœur et scheutistes, qui s’exprimera dans la pro- pays : esprit de parti et d’intolérance, querelle linguis-
motion d’identités fortes : les pères du Sacré-Cœur tique etc. un journal d’opinion dont le comité de rédac-
de Bamanya-Coquilhatville se révélèrent ainsi les tion est assuré par un Noir ou un Blanc qui a un esprit
adversaires les plus déterminés du lingala porté par sectaire ou tribal ne lui inspire pas confiance. Il s’op-
les missionnaires de la congrégation des scheutistes pose donc à la théorie de Lokole qui selon lui est une
de Mankanza-Lisala. À Coquilhatville, à partir des nouvelle arme de division et de sous-développement.
années 1930, une offensive fut menée contre le lin- Il ne veut pas des gens qui les obligent à préférer leurs
gala, présenté comme une menace pour l’édification langues à celles qui pourraient les élever dans l’échelle
de l’identité mongo. À partir d’un parler local, le lon- sociale. Il comprend la nécessité de la langue indigène
kundo, les missionnaires du Sacré-Cœur élaborèrent mais il rejette ce qu’il appelle le dirigisme exagéré5. »
le lomongo commun, imposé comme langue d’ensei-
gnement dans l’ensemble de leur vicariat. Ils se mon- Creusée par des agents externes influents (en
trèrent très agressifs envers l’emploi d’autres langues l’occurrence : les missions), cette ligne de démar-
de la Cuvette, notamment le lingombe, le lonkonda et cation s’est solidifiée dans les dernières années du
surtout envers l’emploi du lingala. Cette affirmation Congo belge, au point de faire émerger une oppo-
identitaire par dissociation transparaît encore dans sition Mongo-Ngombe à l’indépendance autour
un écrit plus tardif d’un locuteur mongo : du leadership politique dans la province de l’Équa-
teur, laquelle nourrit la conflictualité. À noter que
« Nous sommes des Mongo ou Nkundo et non pas le terme « ngombe » au sens large désignait tous les
des Bangala comme nous entendons dire chaque soir non-Mongo de Coquilhatville. Au sens restreint, il
à la Radio Congo belge », écrit Paul Ngoi [éditeur de ne couvrait que les seuls ressortissants du territoire
la revue Lokole Lokiso, étiquetée mongo], en 1956. Il de Lisala et d’autres enclaves. On retrouvait ce phé-
précise sa pensée : « Nous pouvons dire que les Bangala nomène à Léopoldville où le terme « Bangala », par
sont les riverains du fleuve Congo comme le dit le père opposition à celui de « Bakongo », englobait tous ceux
Hulstaert. Quant à nous, nous ne savons pas la raison qui n’étaient pas Bakongo, les « Gens du haut », qui
pour laquelle on nous a affiliés (sic) aux Bangala. Nous habitaient Léopoldville. De ce conflit est né le frac-
sommes étonnés de porter le nom qui n’est pas le nôtre tionnement identitaire de l’Équateur qui, par effet
d’entraînement, aboutit à la création, malgré elle, de
la province du Moyen-Congo, le 5 février 1963, bien
3  Fondé le 17 avril 1922, le petit séminaire de Nouvelle-Anvers après celles de la Cuvette-Centrale et de l’Ubangi,
fut transféré, en 1931, à Bolongo, près de Lisala. Le collège Saint-
Thomas More, établi à Lisala dans les années 1950, deviendra un
vivier dans la formation des élites originaires de l’Équateur. De
leur côté, les missionnaires du Sacré-Cœur ouvraient leur école 4  Ngoi P, 1956 (1er août). « Nous ne sommes pas des Bangala ».
principale (moniteurs) à Bamanya, ainsi qu’un petit séminaire à Lokole Lokiso.
Bokuma. Le collège de Mbandaka n’a été fondé qu’après l’indé- 5 Ibola Yende J. 2008. « Le rôle des missionnaires du Sacré-
pendance, soit en 1963. Toujours après l’indépendance, le grand Cœur dans l’éveil de la conscience ethnique mongo. 1925-1960 ».
séminaire (Philosophicum) a été également installé à Bamanya. Mémoire de DEA en histoire, Université de Kinshasa, p. 142.

10
AVANT-PROPOS

mises en place depuis le 14 août 1962. Elle réunissait partagent la même langue (lingala), ils passent pour
ainsi les territoires de Bomongo, Bumba et Lisala ; être des rivaux, et cet antagonisme s’exprime symbo-
les territoires de Budjala, Businga et Kungu, amputés liquement dans l’opposition entre leurs chefs-lieux
des régions ngbaka-mbanza ; le territoire de Banzy- respectifs. Lisala-la-bureaucratique, siège adminis-
ville (qui devait être soumis à référendum) ; le sec- tratif et foyer d’instruction au rayonnement culturel,
teur Gombalo, dans le territoire de Basankusu ; les tutoie Bumba-la-marchande et ses plantations envi-
secteurs Bolomba, Diyenga et Mampoko, dans le ter- ronnantes, point focal du peuplement et des activités
ritoire de Bolomba ; les régions ngombe du territoire économiques dans le Nord du pays, à la fois ouverte
de Bongandanga ; les régions de Bolobo-Yumbi, aux régions orientales et tournée vers Kinshasa. Car
dans le territoire de Mushie, province du Lac Léo- la Mongala est également un espace de production
pold II, et de Lukolela, dans le territoire de Bikoro. et de commerce. Les richesses naturelles locales
C’était donc une mosaïque territoriale, que des riva- ont attiré de tout temps les convoitises et valent à la
lités politiques entre peuples transformèrent en une région d’être le lieu de méthodes d’exploitation qui,
entité politico-administrative en ébullition. en leur temps déjà, ont nourri, et nourrissent encore,
L’espace politique actuel de la Mongala est, en ce la controverse. C’est pourtant sur ces mêmes sols, ces
sens, héritier de ces conflits fondateurs. Mais ceux-ci mêmes forêts et ces mêmes cours d’eau que la région
dépassent la simple dimension politique pour tou- – épargnée ni par les aléas de l’histoire ni, a fortiori,
cher au débat plus complexe de la construction des par les conflits de 1996-2003 – bâtit inlassablement
identités, fondées sur un ensemble plus ou moins son (re-)déploiement économique et social ; ce sont
large de référents communs (langue, histoire, tra- ces ressources qui lui valent aujourd’hui encore la
ditions, etc.) : celles-ci ont des incidences parfois sollicitude des programmes de reconstruction.
déterminantes sur les évolutions en RDC, particuliè- À la fois productrice et commerciale, l’activité
rement depuis l’indépendance. Le cas de l’opposition humaine dans la Mongala réunit les caractères d’une
entre le lingala et le lomongo, deux parlers portés par économie extravertie dont elle fit, d’ailleurs, les frais,
les missionnaires catholiques de congrégations dif- dès l’installation des Européens. D’un siècle à l’autre,
férentes, tous originaires de Belgique, mérite d’être deux scandales fortement médiatisés se font face,
épinglé. Ailleurs dans le pays, et vu de l’extérieur, la comme dans un jeu de miroirs. Il y a celui dit du
province de l’Équateur avait paru unie, surtout sous « caoutchouc rouge », d’abord. À la fin du XIXe siècle,
le régime Mobutu, autour du lingala et de cette iden- deux grandes sociétés concessionnaires se parta-
tité d’être la région des Bangala. Les fissures mises geaient alors l’espace pour la récolte du caoutchouc :
à jour derrière cette unité de façade touchent à des l’Anversoise, au nord, et l’Abir, au sud du fleuve. Les
réalités reproductibles mutatis mutandis ailleurs exactions dont elles se rendirent coupables, et qui
dans le pays ; leur étude préfigure en particulier celle avaient fait l’objet, déjà à l’époque, de dénonciations
de la situation de la province du Katanga autour de à l’échelle internationale, restent encore au centre de
la sécession de Moïse Tshombe, devenu son leader polémiques historiques ; la population en a longtemps
nationaliste. Ces réalités, il y a lieu aujourd’hui de les gardé les stigmates. À cent ans de distance, les sociétés
interroger et de se mettre en position de dépasser des industrielles forestières dégagent les mêmes odeurs
généralités qui paraissent de plus en plus incorrectes. que leurs prédécesseurs : celles du sang et de la spo-
Si, politiquement, la Mongala passa pour être liation, avec cet élément nouveau qu’est la dimension
l’espace de cette identité bangala portée à la fin de environnementale. Intégrée dans le couvert forestier
la colonisation par l’association Liboke lya Bangala, du bassin du Congo, la Mongala présente, en effet,
créée en janvier  1955, et dont Jean Motingea (un une ressource naturelle inestimable, dont l’exploita-
Ngombe) fut vice-président général, des tensions tion soulève des questions très sensibles. Les deux
persistèrent entre les peuples mêmes de cette entité. tiers du district sont occupés par la forêt, qui regorge
Le Moyen-Congo, qui vécut de 1963 à 1966, devint d’essences précieuses (dont l’Afrormosia) faisant l’ob-
un champ de conflits ethniques compromettant le jet d’une exploitation artisanale et industrielle. En
succès de l’administration de la province, ce qui tra- dépit d’un impact réel relativement limité, les opé-
duit nettement le contenu de ces identités travesties rateurs industriels y sont l’objet de vives critiques et
par diverses dimensions. L’attention se focalise sur le de campagnes de dénonciation portées à l’attention
rapport entre Ngombe et Budja qui dominent respec- internationale, qui, pour toucher à des situations
tivement les territoires de Lisala et de Bumba : s’ils réelles incontestables, occultent, néanmoins, parfois

11
AVANT-PROPOS

les véritables défis environnementaux à affronter : depuis Kinshasa à Bumba et à Lisala, pour être redis-
l’encadrement de l’exploitation artisanale et l’endi- tribués à l’intérieur des terres.
guement du phénomène de déforestation d’origine Cette activité commerciale se double d’une forte
« domestique », particulièrement importants autour activité agricole. Bumba, en particulier, est un bas-
des villes de Lisala et de Bumba et le long des routes sin de production important7, dont la santé est en
du district. Les activités anthropiques (abattis-brûlis, rémission après l’épisode douloureux des guerres
bois de chauffe, sciage artisanal, etc.) sembleraient du Congo (1996-2003), malgré des infrastructures
finalement bien plus menaçantes (avec un bilan le plus souvent vétustes. Ce qui lui vaut l’attention
encore plus lourd pour les communautés locales) toute particulière de nombreux programmes de
que les externalités de l’exploitation industrielle. développement publics (PRAPE, PARRSA, etc.) ou
L’histoire économique de la Mongala et l’affirma- privés (Bralima), financés par les bailleurs de fonds.
tion de ses particularités ne s’arrêtent naturellement Le rachat récent par Feronia des plantations Lever
pas à ces deux seuls secteurs. L’armature du système de Yaligimba atteste du potentiel de la région et n’est
de transport en est un autre. Du passé au présent, qu’une illustration, parmi d’autres, de la résilience
le fleuve et ses ramifications sont d’ailleurs l’un des des fondamentaux de son économie dans l’esprit des
éléments de continuité majeurs, sinon le principal, opérateurs économiques de la région.
dans les évolutions économiques locales.
Assurant la jonction de plusieurs territoires, le Cette huitième monographie du projet « Pro-
réseau hydrographique de la Mongala relie celle-ci au vinces-Décentralisation » couvre l’étude des popula-
district de l’Équateur – et donc à Kinshasa – via le tions (peuplement, démographie), l’histoire, l’examen
fleuve Congo, aux Sud- et Nord-Ubangi, par la rivière de l’organisation administrative et des évolutions
Mongala et enfin à l’Ituri et aux deux Uele, par l’Itim- politiques, les questions socio-économiques comme
biri, à partir d’Aketi6. Bumba et, dans une moindre terrains d’approche privilégiés. L’ouvrage convoque
mesure, Lisala, drainent les surplus agricoles et les toutefois également les apports des sciences naturelles
produits forestiers de leur arrière-pays pour les réex- (géographie, hydrographie, géologie, végétation), afin
pédier par le fleuve vers les régions voisines, ou par la d’offrir une analyse et un état des lieux des connais-
route, vers la République centrafricaine (via Akula- sances les plus complets possibles de la Mongala.
Zongo). L’activité commerciale revêt donc une impor-
tance de taille pour la région, surtout dans la ville de Je tiens à remercier de manière particulière la Coo-
Bumba, où plus des deux tiers de la population vivent pération belge au Développement, le ministère belge
des revenus dudit secteur. L’agglomération doit son des Affaires étrangères et la Politique scientifique qui
rang économique à ces trois importants cours d’eau, appuient de nombreux projets de recherche et acti-
et à l’appoint aérien que lui offre son aérodrome. De vités menés au MRAC. Cette étude monographique
proche en proche, les flux commerciaux portés avant de la Mongala a été réalisée dans le cadre du projet
tout par ces voies naturelles placent la ville au contact « Provinces-Décentralisation » du MRAC. Elle a béné-
de Mbandaka et de Kinshasa, à l’ouest ; de Kisangani, ficié de nombreux apports. L’abbé Joseph Mopepe
voire de Beni et de Butembo, à l’est. Surtout orienté à Ngongo, prêtre du diocèse de Molegbe et ancien rec-
la descente, le trafic concerne principalement l’huile teur du grand séminaire de Lisala, a constitué l’équipe
de palme et de palmiste, l’arachide, le riz, le maïs et le locale de recherche. Antonio Lisuma, en plus de ses
bois, ainsi que le manioc roui, tandis que le fret aérien photographies, a apporté des compléments d’infor-
assure l’approvisionnement régional en produits mation nécessaires à l’élaboration de la partie socio-
manufacturés en provenance de l’Est (motos, vélos, économique du présent ouvrage. Et Jean Liongo
électro-ménager, souvent d’origine chinoise), contre Empengele, professeur à l’université de Kinshasa, a
des matières premières (huile rouge essentiellement) aidé à soumettre le manuscrit au crible de la critique.
expédiés à Butembo, à Goma ou en Ouganda. Les À tous, le MRAC présente ses remerciements.
produits manufacturés arrivent également par bateau
Guido Gryseels, Directeur général

6  Au départ, c’est la ligne CFU (Chemins de fer des Uele) qui


reliait Mungbere et Bondo à Aketi. Au début des années 1970, 7  Outre le riz, qui fait sa réputation dans le pays, Bumba est éga-
l’Itimbiri, qui assurait la liaison Bumba-Aketi, a été doublé par lement producteur de maïs, de manioc, de bananes, d’arachides,
une voie ferrée. d’huile de palme, etc.

12
PREMIÈRE PARTIE

LA MONGALA PHYSIQUE
TERRITOIRES DE LA MONGALA
ÉCHELLE : 1/2 000 000

Chef-lieu de district

Chef-lieu de territoire
Limite de territoire
MRAC, service de cartographie, 2014

Lisala Bumba

Bongandanga

Carte administrative de la Mongala.


INTRODUCTION

ORIGINE DU NOM MONGALA

A
vant d’entreprendre l’analyse des carac- Le lieutenant Coquilhat confirmait, dans son
téristiques du district de la Mongala, il récit de voyage sur le Haut-Congo, que :
convient de préciser l’origine et la signi- « Dans le langage d’Iboko, Ngala ou Mongala
fication de son nom. signifie une petite rivière, large de cinquante à deux
Étant donné l’importance de son réseau hydro- cents mètres. Dès lors, Ba-Ngala (ou Ma-Ngala), qui
graphique, il n’est pas étonnant que ce soit une est la prononciation la plus usuelle, se traduit par :
rivière qui ait donné son nom au district : la rivière gens de la petite rivière […] » (Coquilhat 1888 : 244).
Mongala, qui borne aujourd’hui son territoire, au Mais Coquilhat n’est pas le premier Européen à
nord et à l’ouest. Toutefois, de 1955, lorsque le dis- avoir parlé de la Mongala ou des Bangala. Henry-
trict du Congo-Ubangi fut divisé en deux parties Morton Stanley avait vu cette rivière déjà bien avant
(le district de l’Ubangi et le district de la Mongala), lui, le 18 février 1877. Dans un tableau annexé à son
jusqu’à la création du district du Nord-Ubangi, en livre À travers le continent mystérieux, il évoquait la
1977, la rivière Mongala a traversé cet espace d’est en contrée « Manngala » et la rivière « Banngala » qui
ouest, avant de se diriger vers le sud. entrait dans le « Livingstone » (le fleuve Congo) sur
« Mongala » est, à l’origine, un nom commun la rive droite. Ses riverains, ajoutait-il, sont d’une
qui signifie « rivière », mais qui est devenu un nom férocité extrême (Stanley 1879 : 534).
propre. Les peuples boloki de Bobeka établis à son Le capitaine Edmond Hanssens (1843-1884) fut
embouchure l’appelaient ainsi « mungala », pour la le premier Européen à faire une brève reconnais-
distinguer du fleuve, « ebale ». On dit parfois « Mun- sance de la rivière Mongala. Le 4 mai 1884, il se trou-
gala mwa Akula », Akula étant l’un des principaux vil- vait à Makanza, la résidence du vieux chef Iboko.
lages de la basse Mongala. Il s’agit d’une hydronymie. Quelques jours plus tard, le 7 mai, il signait avec lui
un traité plaçant le territoire d’Iboko sous la sou-
veraineté de l’Association internationale du Congo
(Engels 1948 : 488).
Dans les jours et les semaines qui suivirent, le
capitaine Hanssens signa une série de traités dans la
contrée qui deviendra célèbre sous le nom de région,
pays ou district des Bangala : Mobeka, 29 mai 1884 ;
Irenge et Mpesa, 5  juin  1884 ; Upoto, 7  juin  1884 ;
Yambinga, 13  juin  1884 ; Bumba, 13  juin  1885
(Denuit-Somerhausen 1988 : 121-122).
Toutefois, il convient de souligner que les popula-
tions de l’intérieur désignaient la rivière sous d’autres
appellations : « Ebola » (Eau blanche) et « Dua » (Eau
La rivière Mongala. noire), deux branches formant la rivière Mongala à
(Photo équipe locale, 2014.) partir de leur jonction. À partir de la jonction de ces

15
MONGALA

16
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

deux branches, d’autres groupes l’appelaient seule- Elle fut explorée par Baert en 1886 jusqu’à Businga,
ment « Ebale ». où fut fondé un poste d’occupation, Mongwandi, en
La rivière Mongala est aussi connue grâce au récit 1890. La même année, les agents commerciaux fon-
de voyage, contenant une importante collection de daient des factoreries sur la Mongala, notamment à
clichés, de l’Autrichien Franz Thonner (1863-1928), Gongo.
taxonomiste et botaniste. En 1896, celui-ci explora En 1892 fut créée la compagnie concessionnaire
cette région à partir de la station de Monveda, l’Anversoise, qui reçut « le bassin de la Mongala »
située sur la rive plate de la Dua. Il quitta ce poste le pour l’achat de l’ivoire et l’exploitation du caout-
17 octobre, dans une grande pirogue, pour atteindre, chouc. Les populations de ce vaste bassin (Ngombe,
deux jours plus tard, l’embouchure de l’Ebola. Là, Ngbandi, Budja, etc.) furent soumises à cette cor-
la rivière prenait le nom de « Mongala ». Conti- vée, qui souleva partout des poches de résistance
nuant la descente, il arriva à l’embouchure de la armée, mais surtout chez les Budja. On parla alors
rivière Likame, à une petite distance de la station des « troubles de la Mongala » et de « la révolte des
de Businga (Thonner 1899 : 48-61). Franz Thonner Budja ». Cette révolte prit fin en 1905. Mais en 1908,
quitta Businga le 23 octobre. Il passa par les postes lorsque le député socialiste belge, Émile Vander-
de Bokula, Likimi, Mumbia, Mbinga et Akula, où velde, visita la région, il faisait encore largement
il arriva le 31  octobre. Ensuite, il rencontra encore écho à la méfiance des populations de la Mongala.
les grands villages de Bongomela et de Bokanga. À La « zone de la Mongala », créée après le retrait de
trois heures en aval de Bokanga, il atteignit le vil- la concession à l’Anversoise, continuait, en effet, à
lage de Mobeka, où la Mongala se jetait dans le fleuve être exploitée selon des pratiques analogues par les
Congo. Il continua alors son parcours, toujours en agents de l’État colonial.
pirogue, jusqu’à Nouvelle-Anvers, d’où il monta sur En 1910, le district des Bangala, qui contrôlait les
le vapeur Ville de Paris, qui le conduisit, en onze bassins de la Mongala et de la Ngiri, fut divisé en plu-
jours, jusqu’au Stanley-Pool. sieurs zones et secteurs. La « zone de la Mongala »,
Le nom de « Mongala », donné au district en 1955, avec Monveda comme chef-lieu, comptait les sec-
avait pourtant été régulièrement appliqué à d’autres teurs de la Melo, Bokula, Monveda et Budja. En 1912,
entités administratives – voire commerciales – depuis la « zone de la Mongala » fut coupée en plusieurs ter-
le début de la colonisation. La rivière Mongala avait ritoires. C’est à ce moment qu’apparurent les appel-
été choisie assez tôt comme voie de pénétration pour lations « territoire de la basse Mongala », « chef-lieu
atteindre les bords de l’Ubangi à partir de Mankanza. Akula », « territoire de la moyenne Mongala », « chef-
lieu Likimi », « territoire de la Mongala-Likame »,
« chef-lieu Businga », « territoire de l’Eau blanche »,
« chef-lieu Abomumbazi » et « territoire de l’Eau
noire », « chef-lieu Monveda ». Toutes ces appel-
lations disparurent en 1915, quand les territoires
devinrent des chefs-lieux.
Il fallut attendre 1956 pour voir apparaître l’appel-
lation de « district de la Mongala ». Ce district était issu
de la scission de l’ancien district du Congo-Ubangi. Il
comprenait, alors, les territoires de Lisala, de Bumba,
de Banzyville, de Businga et de Bongandanga. Les
territoires de Businga et de Mobayi-Mbongo (ex-
Banzyville) furent rattachés au nouveau district du
Nord-Ubangi en 1976. Malgré cette nouvelle scis-
sion, le district garda son ancienne appellation.

En haut à gauche – État indépendant en 1897.


Source : De Rouck (1947 : planche 3).

Ci-contre – Pays des Ba-N’gala.


Source : Coquilhat (1888 : annexe).

17
MONGALA

Région des Bangala.


Source : Van Overbergh (1907 : annexe).

Extrait de la « Carte ethnique du Congo


belge et du Ruanda-Urundi ».
Source : Boone (1939).

18
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

RÉFÉRENCES
Boone,  O. 1935. « Carte ethnique du Congo belge et du Ruanda-Urundi ». In Maes,  J. et Boone,  O. Les Peuplades du
Congo belge. Nom et situation géographique, vol. 1. Publications du Bureau de documentation ethnographique, série 2,
Monographies idéologiques. Bruxelles : Musée du Congo belge.
Coquilhat, C. 1886. « Le capitaine Hanssens en Afrique ». Bulletin de la Société royale belge de Géographie. Bruxelles.
Coquilhat, C. 1888. Sur le Haut-Congo. Paris : Lebègue & Co.
Denuit-Somerhausen, C. 1988. « Les traités de Stanley et de ses collaborateurs avec les chefs africains, 1880-1885 ». Le
Centenaire de l’État indépendant du Congo. Recueil d’études. Bruxelles : Académie royale des Sciences d’outre-mer,
pp. 77-146.
De Rouck,  R. 1947. Atlas géographique et historique du Congo belge et des territoires sous mandat du Ruanda-Urundi.
Bruxelles : Éditions R. De Rouck.
Engels, A. 1948. « Hanssens Edmond ». Biographie coloniale belge I. Col. 479-493. Bruxelles : Institut royal colonial belge.
Stanley, H.-M. 1879. À travers le continent mystérieux : découverte des sources méridionales du Nil, circumnavigation du lac
Victoria et du lac Tanganika, descente du fleuve Livingstone ou Congo jusqu’à l’Atlantique (traduit de l’anglais). Paris :
Librairie Hachette et Cie.
Reyserhove, S. 2007-2008. « Reacties op en discussies over het bestaan van de Bangala grœp in de jaren 1950-1970 ».
Masterprœf voor het behalen van de graad van Master in de Afrikaanse Talen en Culturen. Université de Gand.
Thonner, F. 1899. Dans la grande forêt de l’Afrique centrale : mon voyage au Congo et à la Mongala en 1896 (traduit de
l’allemand). Société belge de Librairie. Bruxelles : Éd. Oscar Schepens & Cie.
Tshilema, T. 1973-1974. « Histoire de l’organisation administrative et de la population de l’ancien district de la Mongala
(1888-1960) ». Mémoire de licence en histoire. Faculté des Lettres, campus de Lubumbashi, Université nationale du
Zaïre.
Van Overbergh, C. (avec la collaboration de De Jonghe, E.). 1907. Les Bangala (État indépendant du Congo). Bruxelles :
Albert De Wit, libraire-éditeur/Institut international de bibliographie (coll. « Monographies ethnographiques », I),
annexe.

19
CHAPITRE 1
GÉOGRAPHIE ET HYDROGRAPHIE

1. LOCALISATION longitude  E. Il est situé dans la partie nord-ouest


de la République démocratique du Congo, au nord
Le district de la Mongala rassemble deux espaces de l’Équateur, et s’étend approximativement entre
séparés par le fleuve Congo, collés administrati- 1° et 3° de latitude N, et 20° et 23° de longitude E.
vement pour constituer une unité. Le territoire Son altitude varie entre 350 et 500 m et sa superficie
de Bongandanga, qui occupe la partie sud, jadis est de 58 141  km², soit environ 5,49 % de l’étendue
incorporé dans le district de la Tshuapa, n’intégra la nationale.
partie nord que lors de la dernière grande réforme Le district de la Mongala est borné par les dis-
administrative du Congo belge en 1955. Le district tricts de l’Équateur, au sud-ouest, du Sud-Ubangi, au
de la Mongala doit sa forme allongée dans le sens nord-ouest, du Nord-Ubangi, au nord, du Bas-Uele,
ouest-est à l’effort politico-administratif de regrou- au nord-est, de la Tshuapa, au sud et de la Tshopo,
pement d’un noyau de peuplement ngombe autour au sud-est.
de Lisala, prolongé par les Budja (ou Mbuja) dans le La superficie totale du district de la Mongala est
territoire de Bumba. C’est donc l’effet d’une position de 58 141 km². Le chef-lieu du district est Lisala.
géographique de transition dans la confluence entre Il est composé de trois territoires administratifs :
les espaces des peuplements mongo, « Gens d’eau », Bumba, Lisala et Bongandanga. Deux de ces terri-
ngbaka, ngbandi, etc. toires se trouvent sur la rive droite du fleuve Congo
Le district de la Mongala est situé entre 5° de (Bumba et Lisala), le troisième sur la rive gauche
latitude N et 2° de latitude S et entre 16° et 25° de (Bongandanga).

Limites de la province de la Mongala d’après la loi organique n° 15-006 du 25 mars 2015


Article 20 : ––la rivière Ebana jusqu’à l km de son confluent
La province de la Mongala a pour chef-lieu Lisala. avec la rivière Dua ;
Elle est délimitée comme suit : ––une ligne passant par les points se trouvant à
l km de distance de la rive droite de la rivière
Au nord : Dua jusqu’à sa rencontre avec la rivière Yowa ;
–– par le Sud de la province du Nord-Ubangi ; ––celle-ci jusqu’à son confluent avec la Dua ;
––la rivière Mongala depuis l’embouchure de ––celle-ci jusqu’à son confluent de la Muturu-
la Libala jusqu’à son confluent avec la rivière Motari ;
Mondenda ; ––la Muturu-Motari jusqu’à sa source ;
––la rivière Mondenda jusqu’à la source ; ––une droite joignant la source de la Kabe jusqu’à
––une ligne brisée joignant les sources des rivières son intersection avec la ligne de partage des
Limba, Maliba, Andzinga et Ebana ; eaux des versants des rivières Likati et Itimbiri.

21
MONGALA

À l’est : –– ce méridien jusqu’à cette embouchure ;


–– par l’Ouest de la province du Bas-Uele et le –– la rivière Litoi jusqu’au confluent de la rivière
Nord de la province de la Tshopo ; Ifwafondo ;
–– cette ligne de partage des eaux jusqu’à son –– celle-ci jusqu’à sa source ;
point le plus rapproché de la source de Moka- –– une droite joignant la source de la rivière
dame ; Losali.
–– une droite joignant la source de la rivière Mo-
kadame ; Au sud :
–– une droite reliant la source de la rivière Mon- –– par le Nord des provinces de la Tshuapa et de
duele ; l’Équateur ;
–– celle-ci jusqu’à son confluent avec la Moka- –– de cette source une ligne de crête des rivières
dame ; Lulonga et Lopori jusqu’à son intersection avec
–– une droite reliant ce confluent à la source de la le méridien de l’embouchure de la rivière Lo-
rivière Mangbia ; fete dans la Lopori ;
–– une droite joignant le confluent des rivières –– ce méridien jusqu’à cette embouchure ;
Tshimbi et Abunga ; –– la rivière Lofete depuis son embouchure
–– la rivière Abunga jusqu’à sa source ; jusqu’à sa source ;
–– une droite joignant la source de la rivière Pwe- –– une droite joignant cette source à celle de la
leke ; Bakala ;
–– celle-ci jusqu’à son confluent avec la rivière –– une droite joignant cette source à celle de la
Pwengwe ; rivière Yaka ;
–– une droite reliant le confluent des rivières –– cette rivière, depuis sa source, jusqu’à son em-
Belenge et Ebobolo ; bouchure dans la rivière Bolombo ;
–– une droite joignant la source de la rivière –– cette rivière, vers l’amont, jusqu’à l’embouchure
Ekama ; de la rivière Banta ;
–– celle-ci jusqu’à son embouchure dans l’Itim- –– celle-ci jusqu’à sa source ;
biri ; –– une droite joignant cette source à celle de la
–– cette rivière, vers l’amont, jusqu’à l’embouchure rivière Lopemi ;
de la rivière Ekoko ; –– une droite joignant la source de cette rivière au
–– cette rivière jusqu’à sa source ; confluent des rivières Bolulu et Yanga ;
–– de cette source, le méridien jusqu’à sa ren- –– la rivière Yanga jusqu’à sa source ;
contre avec la rivière Lese ; –– une droite joignant cette source à celle de la
–– cette rivière jusqu’à son confluent avec la ri- rivière Waya ;
vière Mapo ; –– cette rivière jusqu’à son confluent avec la
–– celle-ci jusqu’à sa source ; rivière Elondja ou Ilongia ;
–– une droite joignant le point le plus rapproché –– cette rivière jusqu’à son embouchure dans la
de la ligne de partage des eaux du fleuve Congo rivière Yekokora ;
et de la rivière Itimbiri ; –– celle-ci jusqu’à l’embouchure de la rivière
–– cette ligne de partage des eaux jusqu’à la source Tosonge ;
de la rivière Lingohu ; –– cette rivière jusqu’à sa source ;
–– la rivière Lingohu jusqu’à son confluent avec –– une droite joignant cette source au point le
l’Itimbiri ; plus rapproché de la ligne de partage des eaux
–– cette rivière jusqu’à son confluent avec le fleuve des rivières Yekokora et Lomako ;
Congo ; –– cette ligne de partage des eaux jusqu’à la source
–– le parallèle passant par ce confluent jusqu’à son de la rivière Boile ;
intersection avec le thalweg du fleuve Congo ; –– une droite joignant cette source à celle de la
–– ce thalweg, vers l’aval, jusqu’à son intersection rivière Ilongo ;
avec le méridien de l’embouchure de la rivière –– cette rivière jusqu’à son embouchure dans la
Litoi dans le fleuve ; rivière Yekokora ;

22
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

–– la rivière Yekokora, vers l’aval, jusqu’à l’embou- À l’ouest :


chure de la rivière Mondjeto ; –– par le Nord de la province de l’Équateur et
–– cette rivière, de son embouchure, jusqu’à sa l’Est du Sud-Ubangi ;
source ; –– ce méridien, vers le nord, jusqu’au thalweg du
–– une droite joignant cette source à celle de la fleuve Congo ;
rivière Gwaka ; –– ce thalweg, vers l’amont, jusqu’à l’embouchure
–– cette rivière, de sa source, jusqu’à son embou- de la rivière Mongala dans le fleuve Congo ;
chure dans la rivière Lopori ; –– une droite du thalweg du fleuve Congo à cette
–– la rivière Lopori, en amont de cette embou- embouchure ;
chure, jusqu’à celle de la rivière Bosofila ; –– la Mongala, depuis son embouchure, jusqu’au
–– celle-ci jusqu’à sa source ; point d’intersection avec le 2e parallèle N ;
–– le méridien de cette source jusqu’au point –– de ce point, la rivière Mongala jusqu’à son
d’intersection avec la ligne de crête du fleuve confluent avec la rivière Libala.
Congo et des rivières Lolonga et Lopori ;
–– cette crête jusqu’à sa rencontre avec le méridien
passant à 2 km en amont du village Dundu.

1.1. TERRITOIRE DE BUMBA Tshopo) et Djolu (district de la Tshuapa), à l’ouest,


par les territoires de Mankanza et Bolomba (dis-
Il est situé entre 2 et 3° de latitude N et 21° 30’ et trict de l’Équateur). Sa superficie totale s’élève à
24° de longitude E. Le territoire de Bumba est borné 33 912  km². Bongandanga est le territoire le plus
à l’ouest par le territoire de Lisala, au sud par le fleuve vaste du district de la Mongala ; il couvre 49,99 %
Congo, qui le sépare des territoires de Bongandanga de son espace, soit pratiquement la moitié de toute
et de Basoko, au nord par le territoire de Businga et son étendue.
à l’est par les districts du Bas-Uele et de la Tshopo. Sa
superficie est de 15 498 km² et représente 22,84 % de
l’étendue de la Mongala. 2. HYDROGRAPHIE

1.2. TERRITOIRE DE LISALA Le district de la Mongala est constitué d’un bassin


(portant le même nom que le district) et des affluents
Il est situé entre 2° 30’ et 3° 50’ de latitude  N et du fleuve Congo au centre sud (cf. infra).
entre 19° 3’ et 21° 30’ de longitude E. Le territoire de D’après Bultor (1959), le régime des eaux du
Lisala est limité, au nord, par le territoire de Businga, bassin du district de la Mongala est essentiellement
au sud, par le territoire de Bongandanga, avec
comme limite naturelle le fleuve Congo, à l’est, par
le territoire de Bumba, avec comme frontière natu-
relle la rivière Djambo, à l’ouest, par le territoire de
Budjala, avec la rivière Mongala comme limite natu-
relle. Avec une superficie de 18 417 km², il représente
27,15 % de l’étendue de la Mongala.

1.3. TERRITOIRE DE BONGANDANGA


Situé entre 0° 90’ et 2° 10’ de latitude N et entre
20° 30’ et 22° 30’ de longitude  E, le territoire de
Bongandanga est limité, au nord, par les territoires
de Lisala et Bumba, au sud, par les territoires de À Bumba, le fleuve Congo, cette « route » qui relie Kisangani
Befale et Basankusu (district de la Tshuapa), à et Kinshasa (2010).
l’est, par les territoires de Yahuma (district de la (Photo © Antonio Lisuma, 2010.)

23
MONGALA

Carte hydrographique.
Source : Vansina (1991 : 130).

irrégulier. On distingue des mois de hautes, moyen- Sa largeur, entre Bumba et Lisala, peut atteindre
nes et basses eaux, respectivement d’octobre à 20 km en certains endroits.
décembre, en janvier et septembre, et de février à Le territoire de Bumba comporte principalement
août. En période pluvieuse, les débits sont très forts deux réseaux hydrographiques : les eaux du Sud-Est
et les crues importantes, notamment après les gros se jetant dans la Mongala et celles du Nord-Ouest se
orages. Mais ces débits diminuent assez rapide- jetant dans le fleuve Congo.
ment après les tornades, et bon nombre de marigots Les grandes rivières qui arrosent ce territoire sont
tarissent relativement vite pendant la saison sèche. les suivantes :
Le lit vif lui-même devient alors sec et il ne sub- –– Itimbiri : prend sa source dans l’Uele, en Pro-
siste que des algues d’eau ; seuls les gros collecteurs vince-Orientale, et traverse le secteur Itimbiri,
conservent un débit important. auquel il a conféré son nom, pour se jeter dans le
Comme déjà dit ci-dessus, l’hydrographie du fleuve Congo un peu en amont de Bumba ;
district de la Mongala compte plusieurs cours d’eau, –– Loeka dont la source se situe dans le territoire
dont les plus importants sont le fleuve Congo et les même, forme la frontière naturelle entre les sec-
rivières Mongala, Itimbiri et Lopori, qui sont navi- teurs Itimbiri et Loeka, celui-ci lui devant son
gables. Le fleuve constitue l’artère vitale en matière de nom ; l’une de ses branches se jette dans l’Itimbiri,
transport, de commerce, d’écoulement des produits. une autre se déverse directement dans le fleuve ;

24
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

–– Banda et Yowa, deux rivières qui baignent le sec-


teur Banda-Yowa. Ces deux rivières se situant
dans la partie nord du territoire se déversent dans
la Mongala ;
–– Mongala : rivière formée de la Likame, de la Dua
et de l’Ebola, qui font leur jonction près de Busin-
ga, dans le district du Nord-Ubangi. À noter que
la source de la Dua est située dans le territoire
de Bumba près de Ts(h)imbi. La Mongala est une
longue rivière qui se jette dans le fleuve Congo
au niveau de Mobeka, dans le territoire de Man-
kanza, district de l’Équateur.

Le bac qui franchit la rivière Loeka, sur la route d’Aketi À ces rivières s’en ajoutent d’autres, dont la
à Bumba. Mandungu, la Loloka, la Lolo, la Ngale, l’Anzele, la
(HP.1956.15.16376, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein, Djobolia, la Nkoy, l’Ekama, la Libanga. Celles-ci sont
1949, © Sofam.) alimentées par des ruisseaux, les uns déversant vers
la Mongala, les autres vers l’Itimbiri, d’autres encore
–– Molua qui traverse le secteur Molua auquel vers diverses rivières.
il a donné son nom, et se jette dans le fleuve à Le parcours routier permet de rencontrer/traver-
Bumba ; ser les cours d’eau suivants :
–– Mioka, qui a deux sources, forme la frontière 1. sur l’axe Yandombo-Loeka : Lokeli, Lolo, Lin-
entre les secteurs Mondjamboli et Banda-Yowa. dole, Lingodia, Madoso, Boloku et Loeka ;
Elle amasse ses eaux avec celles de la rivière 2. sur l’axe Yandombo-Bokata II-Bopandu : Lokeli,
Nkoy, avant de se déverser dans le fleuve Congo, Itimbiri et Lese ;
non loin de Bolupi ; 3. sur l’axe Yandombo-Province-Orientale : Litoi,
–– Djambo, qui sépare le territoire de Bumba de ce- Litowo et Ekama ;
lui de Lisala, et se jette dans le fleuve Congo aux 4. sur l’axe Yamongili-Bumba : Mbolele, Ngengwa,
environs de Boyange ; Mbagala, Makongole, Angenge et Monama, qui
se trouve à l’entrée même de Bumba ;
5. sur l’axe Bumba-Mondjamboli : Molua, Lingode,
Ndinga, Mbaso, Moboma, Masosa, Maoso,
Motumba, Lino, Mambisole, Mokanda, Wamba,
Kungungu, Likoy, Sumba, Losasu, Tobu, Mwaka,
Ingolo, Baisa, Mbongu, Aunda, Lisudu, Ehakala,
Likeseka, Makemba, Mwakoko et Libekoli ;
6. sur l’axe Mondjamboli-Lisala  : Nkoy, Kaka,
Likaw, Soazayako, Mioka, Lilogo, Kpanga, Mon-
dobo, Mamboi, Mipendo, Makiadi et Djambo,
à la frontière des deux territoires de Bumba et
Lisala ;
7. sur l’axe Mondjamboli-Yandongi : Nkoy, Bombi,
Mangbangbangba et Likaw ;
8. sur l’axe Yamaluka-Yandongi  : Mandungu,
Mombatu et Maindainda ;
9. sur l’axe Yandongi-Bilia : Yowa, Makundu Ak-
La rivière Dua (appelée aussi Eau noire), dans la limite des peta (un cours d’eau dont localement on ne peut
territoires de Bumba et Banzyville. Juin 1946. On aperçoit situer la source), Nzongola Zuza, Mambelem-
au premier plan les pirogues assemblées formant le bac qui
permet aux véhicules de franchir la rivière.
bele, Magbugbu et Mikanda ;
(HP.1956.15.16377, collection MRAC Tervuren ; photo C. Dandoy 10. sur l’axe Yandongi-Bongelenza : Ekalaba, Nagba-
[Inforcongo], 1946, © MRAC Tervuren.) Kpale et Bongelenza.

25
MONGALA

L’hydrographie du territoire de Lisala compte et Yokokala et d’autres cours d’eau tels que Bosako,
le fleuve Congo, la rivière Mongala et de petites Libole, Bolia, Lo, Saaka, Bobanze, Uwa, Ebala, Litongo,
rivières : Langalanga, Nyalolo, Mokabi, Mombwa, Bofela, Bengo, Bosondjo.
Mafoko, Mondongo et Nzongobono, dans le sec- Les petites rivières traversées par les routes
teur Ngombe-Doko ; Kopumalo, Sambo, Kombolo, posent des problèmes en matière de construction de
Mbengia et Kandongo, dans le secteur Ngombe- digues et de ponts. Les grandes rivières nécessitent,
Mobangi ; Motima, Kulupate et Ngumbala, dans le quant à elles, l’installation de bacs, permettant d’évi-
secteur Mongala-Motima ainsi que Kaba et Ebabo, ter la construction de ponts, trop coûteux en raison
dans la cité même de Lisala. de la faiblesse du trafic.
Le territoire de Bongandanga est, quant à lui,
traversé par les rivières Lopori, Bolombo, Lofofe

RÉFÉRENCES
Vansina, J. 1991. « Sur les sentiers du passé en forêt ». Æquatoria 9 : 130.

26
CHAPITRE 2
GÉOLOGIE
par Emmanuel Mavungu et Jean Corneil Mbuyi Mushameso

1. RELIEF ET CLIMAT Le fond de ces bords est le siège des sables provenant
de la reptation des grains de terre.
1.1. PRINCIPAUX TRAITS DU RELIEF Bref, il s’observe dans le district de la Mongala :
–– des reliefs tabulaires et des accidents géogra-
Le relief du district de la Mongala est constitué de phiques au nord de la localité de Bumba ;
dénivellations et de vallons. C’est dans ce district que –– un relief accentué, accompagné d’actions érosives
se situe la grande cuvette centrale qui se prolonge latérales vers le village Yamolengeli, à deux kilo-
par un plateau en gradins d’une hauteur moyenne mètres de la dérivation carrossable vers Mioka
de 600 mètres, qui part de Zongo et couvre littérale- (route Mondjamboli-Bumba) ;
ment tout le district jusqu’à celui du Bas-Uele. –– près de Lisala, sur la rive droite du fleuve, des col-
Le relief du district de la Mongala n’est pas régu- lines pouvant atteindre 70 m de hauteur, connues
lier. De plus, il varie d’après les territoires, adoptant sous le nom de « collines des Upoto ».
une forme de cuvette dans le territoire de Bongan-
danga et une forme de collines entrecoupées de val- 1.2. CLIMAT
lées dans les territoires de Lisala et de Bumba.
Le relief du territoire de Bumba n’est pas homo- Le district de la Mongala appartient à la zone cli-
gène. Il varie d’un lieu à un autre. Mais dans l’en- matique AmØ, caractérisée par une saison sèche qui
semble, il présente un aspect relativement accidenté, dure un mois, à l’exception du territoire de Bumba
avec un relèvement du sol vers le sud-est. Ceci où l’on observe deux saisons sèches durant respecti-
explique le phénomène de ruissellement des eaux vement un mois et demi et quatre mois.
des rivières du sud-est vers l’ouest, où elles se jettent La température est de 20,7°  C minimum et de
dans la Mongala. Deux expressions empruntées 30,7° C maximum, la moyenne journalière étant de
au génie linguistique traditionnel traduisent bien 25,7° C. L’humidité relative est de 87 %.
ces deux versants du relief. Il s’agit des expressions Les moyennes annuelles de températures maxima
« e-lihele » et « e-lisimo ». La première désigne la côte journalières se situent aux environs de 30°  C. Les
S-E, marquée par une grande forêt et offrant une fer- précipitations sont de l’ordre de 1800 mm par an et
tilité non négligeable du sol. La seconde se réfère à la de 150 mm par mois. Le nombre de jours de pluie
côte N-O, caractérisée par une savane boisée au sol oscille autour de 114.
moins fertile (Mangongo 1980 : 10).
Le relief du territoire de Lisala est caractérisé par
des cuvettes et des collines, ce qui a conféré à son chef- 2. GÉOLOGIE
lieu le nom de « Lisala Ngomba » (Lisala Montagne).
En parcourant la Mongala par la route, on ren- Le district de la Mongala fait partie des régions de
contre des collines et des surfaces planes. Les routes la RDC mal connues sur le plan géologique, contrai-
sont souvent érodées et leur niveau a sensiblement rement à celles où des travaux d’exploration géolo-
baissé par rapport aux bords, qui restent surélevés. gique ont déjà été menés.

27
MONGALA

Au plan géologique, le district de la Mongala est alors que le système supérieur est séparé du système
dominé par des terrains phanérozoïques. Il serait précédent par une discordance importante.
constitué par les formations suivantes, de bas en • le groupe de l’Ubangi, constitué de deux systèmes :
haut : a. le système inférieur, de nature schisto-calcaire,

les séries cristallophylliennes, composées de très pauvre en affleurement. Ce système débute
schistes cristallins, constitués de minéraux tels la par une importante formation principalement
hornblende, la biotite, le grenat rouge ; de gneiss schisteuse avec calcschistes et calcaires inter-
à hornblende et de gneiss plus clairs à biotite ; de calés qui reposent sur les gneiss et amphibo-
schistes amphiboliques et d’amphibolites vert- lites de l’Uele par l’intermédiaire d’un puissant
foncé. niveau d’arkoses conglomératiques (contenant

le complexe de base (système de Banzyville), des blocaux et gros cailloux bien roulés de
caractérisé par des schistes et quartzites sérici- gneiss et de quartzite blanc), englobé dans une
teux, plus rarement chloriteux ou micacés. La masse fortement kaolineuse. Ce système est en
roche prépondérante est le quartzite schistoïde discordance avec le système suivant ;
sériciteux accompagné de phyllades lustrés et b. le système supérieur, de nature quartzito-gré-
de poudingues laminés. L’allure tectonique de la seuse. La formation caractéristique, dans ce
formation de Banzyville comprend de nombreux système, est la formation schisto-gréso-cal-
plis en chaise, souvent fortement faillés, d’où la caire qui serait surmontée par celle, essentiel-
présence des poudingues laminés. La direction lement gréseuse, de puissance beaucoup plus
générale des plis est voisine de la direction nord- faible. Ce système repose en discordance avec
sud. Ces plis peuvent être isoclinaux. Les roches le système de Karoo.
schisteuses sont fréquemment écrasées entre les • les systèmes de Kalahari et de Karoo, composés
bancs quartzitiques plus résistants. respectivement :
• le groupe de la Bembe, constitué de trois systèmes : –– de grès à ciment d’opale et de calcédoine, de
c. le système inférieur, qui débute par une impor- roches silicifiées du type « grès polymorphes »,
tante formation de schistes phylladeux princi- –– de schistes argileux, de grès blancs tendres et
palement rouge violacé ou violets, contenant de grès à ciment de limonite.
plusieurs intercalations de grès quartzite à gros Ces deux systèmes sont rencontrés :
grains, grès violacé ou rouge, avec des veines et ◆◆au niveau des couches de Boende, dont le
veinettes de quartz blanc laiteux, sondage de Samba fournit la coupe suivante :
b. le système moyen où l’on voit des phyllades - grès plus ou moins argileux, grès à mauve,
surmontés par une formation quartzitique : à grains fins à grossiers ;
quartzite clair, blanc ou blanc rosé et quart- - sables roses ou mauves à grains arrondis,
zites blancs saccharoïdes souvent parcourus de émoussés ou subanguleux ;
veines et veinettes de quartz blanc laiteux, - argilites compactes roses lie-de-vin ou
a. le système supérieur, où l’on observe une nou- mauves ;
velle formation phylladeuse superposée au - quelques bancs gréseux contenant de pe-
quartz blanc. Cette formation phylladeuse est tits galets de quartz arrondis et émoussés ;
caractérisée par la présence de phyllades verts ; - à la base, du grès blanc verdâtre, fortement
de schistes phylladeux rouge-lie-de-vin ou de calcaire à petits galets dispersés de quartz,
grès violacé ; de schistes siliceux et quartzo- de calcédoine, d’agate et de silex pouvant
phyllades finement zonés, rouges et verts avec atteindre 10 mm ;
quelques rares intercalations de poudingue - présence de fossiles : débris de poissons,
quartziteux et, à la partie supérieure de la phyllopodes ;
masse, des calcschistes zonés et des calcaires - épaisseur : 90 m (peut être 115 m).
verts ; de quartzites sériciteux blancs, accom- ◆◆au niveau de la localité de Lisala et de ses
pagnés de phyllades satinés, de quartzites verts environs, où il est constitué de grès tendres
pyritifères, de conglomérats à pâte sériciteux et supérieurs : grès tendres souvent grossiers à
à galets aplatis. conglomératiques, diversement colorés. Ce
À noter que le système inférieur est séparé de la niveau est raccordé aux couches 2 de Samba
précédente formation par une discordance moyenne, avec une épaisseur de 16,50 m.

28
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

–– récentes (formations) provenant des dépôts des b. couche de gravier de basse terrasse en voie de
rivières et du fleuve, constituent des alluvions latérisation : 1 m à 1,50 m.
récentes des fonds de vallées et de terrasses. Elles a. bancs discontinus de grès siliceux à grains bien
sont constituées de limons, de sables, de latérites roulés dépassant le niveau de l’eau de 1,20  m à
et de bauxites (sous forme de concrétions) et se certains endroits. À 20 m de la rive, à cet endroit,
retrouvent dans une grande partie du district. plusieurs petits rochers du même grès pointant
de l’eau sur 50 cm de hauteur.
Notons que les deux formations précédentes N.B. : il s’agit ici de la pierre signalée par les usa-
(récentes + systèmes de Karoo et de Kalahari) ont gers comme étant un granite.
été retrouvées aussi dans les différentes coupes de
sondage de talus, de falaises et de berges du fleuve. Itinéraire aux environs d’Umangi
C’est le cas dans la localité de Lisala. Principalement Umangi Mission, en face de
l’école des sœurs, où la rive du fleuve montre des
Localité de Lisala affleurements de grès polymorphe disposés comme
Sur la route Lisala-Businga, à 11  km de Lisala suit, de haut en bas (suivant la figure ci-dessous) :
(cf. coupe de la berge du fleuve, au pied du gîte f. terre humique avec débris de poteries anciennes,
d’étape de Gundji, dessin ci-dessous). huîtres et gastéropodes non fossilisés : 0,40  m
e. couche de terre humique (20 à 50  cm). Dans d’épaisseur.
cette couche, on trouve de très nombreux débris e. sable argileux : 1-1,50 m d’épaisseur.
de poterie et des écailles d’huîtres. La poterie est d. latérite localement (0-1,50 m d’épaisseur) avec :
toute différente de la poterie actuelle. Pas d’outil- d2) gravier de terrasse ou voie de latérisation.
lage lithique. Épaisseur au-dessus des bancs de grès poly-
d. sable grossier argileux (1,50 m à 2 m). morphes : 0 à 0,70 m.
c. gros blocs de grès non roulés (atteignant 50 cm, d1) le même gravier se retrouve dans les bancs de
dans certaines de leurs dimensions). Il semble grès polymorphes et dans les intervalles entre ces
qu’il y ait eu un niveau où ces blocs étaient parti- bancs disjoints.
culièrement grands et abondants. Les blocs y sont c. bancs disjoints de grès polymorphes. L’épaisseur
allongés horizontalement. Le niveau est situé à visible est de 0,50  m à 0,80  m. Il n’est pas pos-
mi-hauteur de la couche de gravier. sible de déterminer si les bancs situés au nord

–– Coupe de la berge du fleuve, au pied du gîte d’étape de Gundji.

e
d
a2
f
a1 c
b

Umangi Mission.

29
MONGALA

e
d
a
b c

Umangi village.

de la coupe surmontent également du gravier, Localité de Bumba


mais cette situation est observable dans la partie a. Aux environs du village Yatua, à 4 km du débou-
centrale. On peut même y observer localement ché de l’ancienne piste carrossable vers Yamisolo,
deux bancs superposés et séparés par 10  cm de à partir du ruisseau Miliba, tributaire de la rivière
gravier. Yawa.
b. localement sous un des bancs, sur une dizaine de Coupe géologique dans le plan de la chute, de haut
centimètres d’épaisseur, le grès devient grossier, en bas :
conglomératique avec éléments roulés pisaires.
a2. gravier de terrasse ou voie de latérisation. Épais-
seur au-dessus des bancs de grès polymorphes : 0
à 0,70 m.
a1. le même gravier se retrouve dans les bancs de
grès polymorphes et dans les intervalles entre ces
bancs disjoints.

Umangi village – à 1 km environ au sud-ouest de


l’église.
La berge du fleuve y montre des affleurements
de bancs discontinus de grès polymorphes visibles
jusque 1,50  m au-dessous du niveau des eaux. Ils
sont également surmontés d’un gravier fluviatile en
voie de latérisation. À certains endroits, le gravier
disparaît et fait place au sable argileux ou même, à
un endroit, à la terre humique.
Les affleurements de grès sont visibles sur une 5. Grès sableux de teinte claire, à ciment limoni-
centaine de mètres le long de la rive. Localement, teux peu abondant, pelliculaire, au calithe de
ces bancs sont conglomératiques avec éléments grain fin et uniforme, aux éléments souvent
plus ou moins arrondis, nucléaires. Le sommet de restés subanguleux, de composition homo-
certains bancs est recouvert d’argilite sur quelques gène, peu ou pas micacé, ponctué finement
centimètres. d’un minéral noir et lité. Il se présente en un
e) terre humique : 0,40 m à 1 m. banc crevassé obliquement et divisé sur sa
d) sable argileux : 0,50 m à 1 m. puissance, en deux ou trois bancs secondaires
c) latérite localement : 0 à 0,60 m. non contrairement accusés. La face exposée ne
b) gravier en voie de latérisation : 0 à 1,50 m. présente pas de témoignages évidents d’une
a) grès polymorphe : 0 à 1,50 m. stratification droite, oblique ou entrecroisée,
Entre la mission et le village, pas d’affleure- mais le matériau se détache en plaques le long
ment de grès, mais du gravier fluviatile (à la base) de la surface de séparation ; celle-ci est dégagée
surmonté d’une façon presque constante par une et forme une section de toit ou la part septen-
couche de 0,50 à 0,60  m de latérite, sur laquelle trionale de la coupe. On peut y lire les indica-
repose 0,50 à 1,50 m de sable grossier, sous 0,40 m tions clinométriques ci-après : direction : NS ;
de terre humique. inclinaison : W10° ; puissance : 3 m.

30
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

4. Terme de transition caractérisé par une alter- 4. Grès très argileux (argilite) rouge, com-
nance argilo-gréseuse soit de fines bandes pact, très finement lité, non calcarifère et
horizontales d’argile violacé et de sable ou grès sans empreintes reconnues, formant un banc
sableux jaune, constituant un matériau géné- unique, décoloré en un trou violacé sur les
ralement friable, d’aspect rubané, varvé. Puis- trois à quatre centimètres de base (0,50 m).
sance : 0,40 m. 3. Terme complexe d’une puissance totale de
3. Grès lustré ou argilite rouge, micacé, non quelque 20 cm disposé comme suit, de haut en
calcarifère ni apparemment fossilifère, en un bas : une épaisseur de 4 cm de grès sableux de
banc compact de 1,50 m de puissance. teinte claire jaunâtre, davantage encore déco-
2. Répétition d’une intercalation de transition, loré que l’argilite violacée de la base du terme
rubanée, varvée. Puissance : 0,25 m. 4, à laquelle il se trouve accolé sans transition.
1. Réapparition du grès lustré en banc compact Ce grès est suivi d’une concrétion ferrugineuse
de puissance indéterminée. en forme de couche ou bande de 3 cm d’épais-
Sur cette coupe, les passages du terme (5), au terme seur, continue sur toute la longueur de la face,
(4) et au terme (3) sont nets, sans transition, sui- et dont la trace est horizontale. Sous cette
vant les plans S1S1 et S2S2 ; ceux des termes (3), concrétion repose un dépôt argilacé de teinte
(2) et (1) sont moins bien tranchés, apparemment. claire jaunâtre ayant quelque 10  cm de puis-
sance (0,20 m).
b. Au point situé dans le ravin qui borde immédia- 2. Réapparition sans transition de l’argilite du
tement la droite de la route automobile Mond- terme 4, en un seul banc continu (1,20 m).
jamboli-Bumba, au village Yamakundu, soit à 1. Dépôt de grès à nature de ciment variable, fai-
deux cent cinquante mètres de la dérivation car- sant passer le matériau du grès très argileux (ou
rossable vers Moika. argilite) de teinte rougeâtre, au grès sableux de
De la bordure même de la route, un trajet de teinte plus claire (jaunâtre et blanchâtre) et de
quelque cent pas sur un talus raide mène au lieu compacité moindre ; la régularité de ces alter-
des sources d’un petit tributaire de la rivière nances imprime un caractère rubané à la face.
Makeba. L’éventail est constitué de deux files
convergeant en direction du sud, qui suintent QUELQUES (AUTRES) OBSERVATIONS FAITES DANS D’AUTRES
au pied du relief sur lequel se trouve établie la ENDROITS, TELS LES SECTEURS DE BAYA ET DE BASANKUSU
route et l’excavent à reculons. Cette érosion est
très active et abat la face du talus par pans entiers, Dans le secteur Baya
dans la direction de l’axe routier. Le sous-sol s’y Principalement dans la région située sur le ver-
trouve aussi mis à nu sur un développement long sant droit de la vallée de la rivière Mongala/affluent
de 50 à 60  m, et nous avons noté la succession de droite du fleuve Congo :
suivante en une section bien dégagée de cette –– au point situé à 880 m au NE de l’habitation du
coupe. gérant des plantations vivrières à Molanda : af-
fleurement de teinte foncée rougeâtre de nature
argilo-gréseuse ;
–– au point situé à 200  m à l’est de la route auto-
mobile reliant Likimi à Molanda sur la rivière
Mongala, à 4  km de la bifurcation menant aux
plantations de Lipanga, à la source d’un petit
sous-affluent de droite de la rivière Mongala, le
ruisseau Musungu Moke : affleurement d’argilite
de teinte rouge planchée (litée horizontalement)
et autres matières étrangères sous forme de boul-
ders, blocs erratiques (schistes argileux de teinte
rouge ou lie-de-vin, grès quartzitiques, fractions
de grès polymorphes) ;
–– au point situé au débarcadère des plantations de
5. Dépôts meubles récents, limoneux (4 m). Bokonge à quelque 100  m au sud de Likimi, à

31
MONGALA

l’aval (du débarcadère) côté rive droite, au pied de Dans le secteur Basankusu
la berge sur quelque 200 m de long : grès argileux –– À proximité du beach, dans une excavation, où
de teinte claire, rose ou panachée ; l’on observe la latérite recouverte de limons su-
–– au point situé au rivage portuaire de l’OTRACO à perficiels (cf. Figure ci-dessous) :
Likimi, soit à 400 m au NWW du mât de pavillon 1. Banc de latérite (2  m d’épaisseur) de couleur
au poste lui-même ; lie-de-vin foncée ; dans la cassure, on observe
–– bancs gréseux de teinte claire, horizontale de petits éléments de quartz,
et subhorizontale à faible inclinaison. De ces 2. Limon superficiel moyennement argileux ;
bancs gréseux, on voit des joints (de 10  cm) –– Aux alentours de la mission catholique, près de
d’argilite de teinte vive rougeâtre ou lie-de-vin, la cathédrale :
suivant les directions et inclinaisons de la stra- 1. Coupe près de la charpenterie, de haut en bas :
tification horizontale ou subhorizontale, - limon moyennement argileux à 1 m,
–– grès sableux à ciment limoniteux, - limon moyennement argileux à 2 m,
–– grès ferrugineux à ciment d’oligiste, - latérite en grenaille lie-de-vin, avec une
–– production silexifiée, épaisseur de 2,80 m,
–– concrétionnement bauxitifère ; - argile jaune avec tache lie-de-vin, avec une
–– au point médian entre les confluents des rivières épaisseur de 3,40 m,
Motili et Pua et de la rivière Mongala : grès ferru- 2. Coupe de la berge (cf. figure ci-dessous) :
gineux avec ciment oligistifère dans la zone cen- - limon grenu peu argileux dont les éléments
trale et limoniteux de part et d’autre ; sont plutôt fins,
–– au point situé au village Bele, sur la route de - latérite en grenaille tendre lie-de-vin dans la
Gwambele, à la dérivation de cette route vers cassure,
le centre cotonnier de Bekele : concrétions po- - argile lie-de-vin à éléments fins.
reuses, scoriacées, bigarrées : latérites, bauxites,
grès ferrugineux ; QUELQUES SONDAGES, RÉALISÉS À BASANKUSU, ONT PERMIS
–– au point situé au village Bodigia, à la bifurcation L’OBSERVATION DES FORMATIONS SUIVANTES :
de l’axe routier principal, le tronçon vers Likimi
et le tronçon vers Gbam, du point défini, un trajet 1. Formations superficielles (avec parfois du limon
de quelque 300 m en direction de Budjala : suivi brun et du sable clair de rivière), constituées à
d’un parcours de même développement vers le certains endroits, soit de ou de :
nord, même au ruisseau Ngombe. À la base du –– sables gris tendre argileux, grès sableux très
talus, on voit un dépôt horizontal de matière à kaolineux, avec une épaisseur de 4,50 m ;
caractère argilitique plus prononcé et de teinte –– grès tendre kaolineux blanchâtre, grès sableux
foncée rougeâtre : à tendre et sable très argileux plutôt fin brun,
–– grès très argileux de teinte foncée verdâtre (en avec une épaisseur de 9,50 m ;
aval), –– sable clair de rivière avec un épisode végétal
–– grès très argileux jaune, (récent), où l’on observe :
–– argilite gréseuse de teinte foncée rougeâtre (en - du sable non argileux plutôt fin, gris, avec de
amont) ; la tourbe sableuse grise, molle et légère, non
–– du point ainsi défini, un trajet de quelque 375 m fibreuse ; du sable non argileux grossier gris
en direction de Likimi même à la source du ruis- sale à grains de quartz parfois roses, arron-
seau Gwabula, petit sous-affluent de droite de la dis : épaisseur 8,70 m,
rivière Motili, elle-même tributaire de droite de - du sable non argileux plutôt fin, rose, avec
la Mongala : des grains de quartz plus gris et de quartz de
–– argilite de teinte foncée rougeâtre, panachée de couleur blanchâtre à gris-clair, avec grains de
plages vertes (sur les plans inférieurs du gise- quartz roses ou gris, et fragments de végétaux
ment), divers (bois et même copal : épaisseur 15 m),
–– concrétionnements bauxito-latéritiques, s’in- - du sable non argileux fin gris, non blanchâtre,
corporant insensiblement dans la matière du avec des grains de quartz et/ou du sable non
recouvrement végétal (sur les plans supérieurs argileux plutôt grossier gris, avec des grains
du gisement). de quartz coloré : épaisseur 8,20 m.

32
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

2. Formations latéritiques (récentes), constituées en 3.1. OR


certains endroits soit de ou de :
–– grès sableux à tendre argileux bariolé, jaune L’or se rencontre sous la forme de traces dans les
blanc et orange ; argile et argilite sableuse ; alluvions de fond des vallées et des terrasses (en gise-
sable de même couleur, mais avec de petits ments détritiques).
grains de quartz rouge et de grès latéritiques :
avec une épaisseur de 17,50 m ; 3.2. FER
–– sable argileux brun, avec de petits fragments
de grès latéritiques ; sable argileux rouge avec Le fer se rencontre sous la forme de traces dans
grenaille limonitique et fragment latéritique : les localités de :
avec une épaisseur de 1,50 m ; a. Baya, dans les grès ferrugineux :
–– argile (avec un peu de sable) et argilite typique –– entre les confluents des rivières Motili et Pua et
un peu sableuse rouge, argilite non sableuse de la rivière Mongala,
et bariolée lie-de-vin : avec une épaisseur de –– au point situé au rivage portuaire de l’OTRA-
2,50 m ; CO à Likimi, soit à 400 m au NWW du mât de
–– fragment de grès latéritique foncé avec un peu pavillon au poste lui-même,
d’argile latéritique rougeâtre : avec une épais- –– au débarcadère des plantations de Bokouge, à
seur de 0,40 m, quelque 100  m au sud de Likimi (de l’amont
–– débris de cuirasse sur argile de bed-rock ; frag- vers l’aval) ;
ments de grès latéritique foncé et mêlé d’argi- b. Bumba, dans les grès ferrugineux :
lite rouge bariolée typique : avec une épaisseur –– au gîte de Lilongo (à quelques mètres de l’accès
de 0,50 m. à ce gîte) : sous forme de concrétion,
3. Formations du terme de passage, ne se retrouvant –– au village Yamakundu, en concrétion ferrugi-
que dans certains sondages, où l’on rencontre : neuse,
–– argilite lie-de-vin  : avec une épaisseur de –– au village Yakambili, à 3 km du gîte vers Yami-
2,20 m ; solo.
–– sable peu argileux grossier rougeâtre avec frag- Le minerai rencontré est le plus souvent l’oli-
ment d’argilite typique lie-de-vin : avec une giste ; plus rarement, l’ilménite.
épaisseur de 4 m.
4. Formation du Crétacé supérieur ou moyen (cou- 3.3. BAUXITES/LATÉRITES
ches de Bokungu ou de Boende), constituée de :
–– argilite rouge, parfois bariolée colorante ; On les rencontre dans les localités de Baya, sous
–– argilite rougeâtre ou violacée colorante avec des signes de bauxitisation (bauxite/latérite) :
une épaisseur de 11,80 m. –– au débarcadère des plantations de Bokonge, à
quelque 100 m du sud de Likimi ;
–– au village Bele, vers le centre cotonnier de Bekele.
3. MINÉRALISATION
3.4. MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Il existe très peu ou pas d’information sur la
minéralisation dans le district de la Mongala, du fait Comme matériaux de construction, nous pou-
que la plupart des travaux de prospection géologique vons citer des graviers, les argilites, le kaolin, les grès,
se sont arrêtés au niveau de l’Ubangi. qu’on retrouve un peu partout à travers le district.
Néanmoins, d’après les archives du service géolo-
gique et certaines informations obtenues auprès des 3.5. MATÉRIAUX COMBUSTIBLES
artisanaux miniers, les minéralisations suivantes ont
pu être mises en évidence : or, fer, bauxites/latérites, Des traces de roche combustible ont été obser-
matériaux de construction, matériaux combustibles. vées à Alberta dans les argilites schisteuses, proba-
blement bitumineuses.

33
MONGALA

RÉFÉRENCES
Aderca, B. 1950. Étude pétrographique et carte géologique du district du Congo-Ubangi. Institut royal colonial belge (coll.
« Mémoires de l’IRCB, section des sciences naturelles et médicales », XVIII [4]).
Archives du CRGM, dossiers collaborateurs.
Cahen, L. 1954. Géologie du Congo belge. Liège : Vaillant-Carmanne.
Les Atlas Jeune Afrique. République du Zaïre. 1978. Éditions J.A.
Mangongo, M. 1980. « La résistance des Budja à la colonisation léopoldienne de 1877 à 1905 ». Mémoire de graduat en
histoire et sciences sociales. ISP Kisangani.
Notice explicative de la carte géologique du Zaïre. 1974. Kinshasa : République du Zaïre, Département des Mines, Direc-
tion de la Géologie.
Thibaut, P.M. 1983. Synthèse des travaux de la Convention Zaïre-BRGM 1969-1980. T. 1. Géologie et minéralisation de la
région de l’Équateur. Kinshasa : République du Zaïre, Département des Mines.

34
CHAPITRE 3
VÉGÉTATION
par Joëlle De Weerdt, Benjamin Toirambe, Astrid Verhegghen,
Pierre Defourny, Hans Beeckman

L
e district de la Mongala se divise en deux Le climat du district est de type équatorial, avec
parties physiques séparées par le fleuve des précipitations annuelles de l’ordre de 1800-
Congo qui le traverse d’ouest en est. 2000 mm. Il n’y a pas de saison sèche à proprement
Le Nord du district est caractérisé par parler, mais une forte diminution des précipitations
la présence de forêt dense humide et d’une quan- s’observe clairement de décembre à février (voir gra-
tité considérable de complexes agricoles (22 %) au phique Bumba et Bongandanga). La température
niveau de Lisala et de Bumba. Les pistes et sentiers moyenne reste stable et constante tout au long de
qui relient ces agglomérations sont entourés de ces l’année sur tout le district et varie autour de 25° C.
complexes. Les forêts sur sols hydromorphes se Le climat est plus ou moins uniforme dans tout le
trouvent dans les îles et le long du fleuve Congo. district.
Le Sud du district est dominé par la présence de
forêt dense humide et de forêt sur sols hydromorphes,
le long du réseau hydrographique (rivières Lopori, 1. LA FORÊT DENSE HUMIDE
Bolombo et Yekokora). Les complexes agricoles en
zone forestière sont présents à Bongandanga, mais De manière générale, les forêts denses humides
également le long des sentiers qui longent la rivière sont caractérisées par un peuplement continu
Bolombo et le fleuve Congo8. d’arbres dont la hauteur varie entre 10 et 50 m ; par

Tableau 3.1.  Répartition des principaux types de végétation dans le district de la Mongala

Mongala Mongala/RDC RDC


Type de végétation
Superficie (ha) Superficie (%) Superficie (%) Superficie (ha)
Forêt dense humide 2 644 090 48,76 2,83 93 517 825
Forêt sur sols hydromorphes 1 264 992 23,33 8,33 15 183 214
Savane herbeuse 1749 0,03 0,01 14 881 257
Végétation marécageuse 2665 0,05 0,50 535 714
Total végétation naturelle 3 913 496 72,17 11,67 124 118 010
Agriculture permanente 299 404 5,52 19,24 1 555 849
Complexes agricoles 1 209 931 22,31 2,26 53 576 845
Total zones anthropisées 1 509 335 27,83 0,86 55 132 694
Source : Vancutsem (2009), Verhegghen et al. (2010).

8  Source : description générale basée sur la carte de l’occupation


du sol de la République démocratique du Congo du MRAC.

35
MONGALA

Bumba (Nord) – Complexes agricoles/forêt dense humide Les forêts secondaires, définies comme la régé-
(estimation des précipitations annuelles : 1670 mm/an et des nération d’une forêt après une intervention anthro-
températures moyennes : 25,4° C).
pique, font également partie de la forêt dense
humide. Elles résultent de l’évolution progressive de
la végétation post-culturale : défrichements cultu-
raux, exploitation des forêts, changements clima-
tiques, etc. Selon le stade et l’altitude, on distingue
plusieurs types de forêts secondaires.
Dans le district de la Mongala, les forêts denses
humides forment le premier type de végétation
dominant au sein du district (48,76 %).
Les forêts denses humides sont, d’une manière
générale, composées de :
Source : graphique généré à partir de données recueillies sur le site
Climex ([Link] • Strate arborescente :
Amphimas pterocarpoides
Bongandanga (Sud) – Forêts sur sols hydromorphes (estimation Autranella congolensis
des précipitations annuelles : 1860 mm/an et des températures Brachystegia laurentii
moyennes : 25,3° C).
Berlinia grandiflora
Chytranthus carneus
Cola digitata
Cola griseiflora
Dracaena reflexa
Entandrophragma candollei
Entandrophragma utile
Erythrophleum suaveolens
Guarea cedrata
Gilbertiodendron dewevrei
Gilbertiodendron ogoouense
Source : graphique généré à partir de données recueillies sur le site Greenwayodendron suaveolens
Climex ([Link] Heisteria parvifolia
Irvingia grandifolia
conséquent, les cimes s’étagent généralement en plu- Isolona thonneri
sieurs strates. La densité de la canopée empêche le Julbernardia seretii
développement important d’une strate arbustive et Lophira alata
Monodora angolensis
herbacée et favorise davantage les épiphytes, plantes Normandiodendron romii
qui poussent en prenant appui sur d’autres plantes Ongokea gore
(ex : orchidées, fougères, etc.). On rencontre peu de Pachyelasma tessmannii
graminées, mais plus souvent des sous-arbrisseaux Panda oleosa
(ou plantes suffrutescentes) et quelques rares plantes Pavetta tetramera
herbacées à grandes feuilles. Pentaclethra eetveldeana
En fonction des espèces ligneuses présentes, se Pentaclethra macrophylla
distingue la forêt dense humide sempervirente dont Pericopsis elata
la majorité des arbres restent feuillés toute l’année et Piptadeniastrum africanum
la forêt dense humide semi-décidue (qui peut repré- Prioria balsamifera
senter jusqu’à 70 % des forêts denses humides), dont Psychotria brevipaniculata
une forte proportion d’arbres restent défeuillés une Quassia silvestris
partie de l’année. La flore de la forêt semi-décidue Scorodophlœus zenkeri
est plus riche que celle de la forêt sempervirente et la Staudtia stipitata
densité de sa canopée permet le développement d’un Strombosiopsis tetrandra
sous-étage arbustif continu.

36
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

Pericopsis elata et la CITES

Pericopsis elata (nom commercial « afrormosia ») impérativement empêcher l’espèce d’arriver sous
fait partie des forêts semi-caducifoliées et est l’Appendice I, qui interdit totalement la commer-
repris sur la liste de la convention sur le commerce cialisation de l’espèce.
international des espèces de faune et de flore Pour pouvoir faire du commerce, dans le cas de
sauvages menacées d’extinction (CITES) sous l’afrormosia, il faut un permis d’exportation ainsi
l’Appendice II. La CITES siège à Genève et pos- qu’un permis d’importation. Ces deux permis
sède différents sièges administratifs dans diffé- doivent être envoyés à une commission scienti-
rents pays qui ont signé la convention. Ce système fique située dans les pays d’exportation et d’im-
international permet d’une manière générale de portation et ils doivent respectivement veiller à ce
contrôler de près la survie des espèces menacées. que l’inventaire forestier des forêts qui sont cou-
Des efforts ont été fournis ces dernières années pées soit effectué de sorte qu’il n’y ait pas plus de
pour retranscrire les réglementations de la CITES bois qui soit coupé que la régénération naturelle.
en mesures de gestion dans les zones d’exploitation La dynamique de la population est donc prise en
ainsi qu’en protocoles pour gérer le commerce de considération et Pericopsis elata est une espèce
l’espèce. Les espèces reprises sous l’Appendice II qui se prête bien à la gestion forestière durable
peuvent seulement être utilisées à des fins com- (fait confirmé par la recherche scientifique). La
merciales, à condition que la survie de l’espèce ne gestion forestière de l’afrormosia inclut l’entre-
soit pas mise en danger, et cela vaut pour toute tien des ouvertures dans la forêt afin que cette
l’aire de répartition de l’espèce concernée. Ceci a espèce héliophyte puisse s’épanouir. En l’absence
pour conséquence que l’espèce ne peut pas être de cette lumière il y a un déficit de rajeunissement
disséminée localement (p.e. par une exploitation) de l’espèce, qui pourrait mener à long terme à son
alors qu’elle est protégée dans une réserve. Il faut extinction.

• Strate arbustive : tschii, Myrianthus arboreus, Macaranga spinosa et


Cola marsupium Baphia sp.
Olax subscorpioidea Les forêts à Gilbertiodendron se trouvent dans le
Rothmannia hispi bassin de la rivière Itimbiri, et dans celui des rivières
• Strate herbacée : Mongala-Dua et Likame-Samba.
Dorstenia convexa La végétation est protégée dans la réserve de
Geophila obvallata faune de Lomako (RFL, créée en 2006) ; sa superficie
Palisota barteri est de 362 500  ha. Elle se situe au nord du district
Polyspatha paniculata de la Tshuapa, dans les territoires de Befale et Djolu,
et se prolonge sur le district de la Mongala, dans le
Les forêts de transition sont davantage caracté- territoire de Bongandanga. La réserve est délimitée,
risées par les espèces suivantes : Uapaca heudelotii, au nord, par la rivière Yokokala, au sud, par la rivière
Guibourtia demeusei, Cynometra schlechteri et Afra- Lomako, à l’ouest, par la rivière Tuende et, à l’est, par
momum melegueta. la rivière Waya.
Les forêts secondaires sont composées de Pyc- Cette nouvelle réserve naturelle est cruciale non
nanthus angolensis, Fagara macrophylla, Penta- seulement pour la protection d’une importante popu-
clethra macrophylla, Ceiba pentandra, Milicia excelsa lation de bonobos (Pan paniscus), mais aussi parce
et Morus sp. qu’elle abrite d’importantes populations de paons
On trouve sur les terrains occupés par des cul- congolais (Afropavo congensis), de pangolins géants
tures, mais pas encore totalement réoccupés par la (Manis) et environ dix espèces de primates. Les bono-
forêt, appelés plus communément « lobele », quelques bos qui vivent dans cette réserve sont devenus de plus en
espèces dominantes comme : Piptadeniastrum afri- plus populaires depuis les années 1970, grâce aux pro-
canum, Albizia ferruginea, Ficus sp., Morus sp. et une jets de recherche scientifique des instituts de recherche
végétation plus basse composée de : Oncoba welwi- belges, américains et allemands dans la région.

37
MONGALA

African Wildlife Foundation (AWF), une orga- 2.1. LES FORÊTS PÉRIODIQUEMENT INONDÉES
nisation internationale de protection de la faune
travaillant à travers l’Afrique et basée au Kenya s’est Les forêts périodiquement inondées sont définies
engagée vis-à-vis de l’ICCN (Institut congolais pour comme étant les forêts bordant les rivières et sujettes
la conservation de la nature), via un processus de à des crues naturelles. Ces forêts sont généralement
publication, à appuyer la mise en œuvre d’un plan de composées des espèces suivantes : Oubanguia afri-
gestion participatif qui comprend le développement cana, Guibourtia demeusei, Albizia laurentii, Uapaca
du tourisme scientifique comme source principale guineensis, Lannea welwitschii, Didelotia unifolio-
de revenus locaux. lata, Zeyherella longepedicellata, Parinari congensis,
Il convient de noter que depuis 2008, les forêts Scytopetalum pierreanum, Aframomum melegueta
denses humides offrent un avantage supplémentaire et Xylopia aurantiiodora ; et les sous-bois présentent
sur la scène nationale et internationale. En effet, la les espèces suivantes : Phœnix reclinata, Eremospatha
conférence de Bali (2008) a introduit le concept de macrocarpa et Alchornea cordifolia.
Réduction des émissions liées à la déforestation et à
la dégradation des forêts (REDD). Ce concept serait 2.2. LES FORÊTS MARÉCAGEUSES
applicable pour la seconde période d’engagement de
la convention-cadre des Nations unies sur les chan- Le deuxième type de forêt sur sols hydromorphes
gements climatiques (CCNUCC), post 2012. Il est est constitué des forêts marécageuses, qui se défi-
donc primordial d’estimer les « Émissions liées à la nissent comme les forêts se développant sur les sols
déforestation et à la dégradation » (EDD). Pour cela, gorgés d’eau ou comportant au moins une nappe
il importe d’établir une typologie des forêts présentes phréatique superficielle, même pendant les périodes
sur l’espace de la Mongala en lien avec les stocks de de sécheresse. Ces forêts présentent des associations
carbone dans chacune d’elles. à Rothmannia munsae et à Lasiodiscus marmoratus.
D’autres espèces caractérisent également ce type de
forêt comme :
2. LES FORÊTS DENSES SUR SOLS HYDROMORPHES Alstonia congensis
Beilschmiedia corbisieri
De manière générale les forêts sur sols hydro- Berlinia grandiflora
morphes sont situées le long du réseau hydrogra- Cœlocaryon botryoides
phique. Elles résultent de la présence de sols mal Dactyladenia dewevrei
drainés et de fréquentes inondations. Plusieurs types Entandrophragma palustre
de forêt peuvent être distingués en fonction de la Eriocœlum microspermum
richesse du milieu ou de la durée des inondations. Les Erismadelphus exsul
forêts denses sur sols hydromorphes peuvent, dans les Hallea ledermannii
meilleures conditions, atteindre 45 m de hauteur. Leur Hallea stipulosa
strate supérieure, c’est-à-dire les arbres, est plus ouverte Macaranga saccifera
et plus régulière que celle des forêts sempervirentes de Macaranga schweinfurthii
terre ferme. Ces formations possèdent une flore endé- Pycnanthus marchalianus
mique diversifiée, quoique assez pauvre d’une manière Stachyothyrsus staudtii
générale : Uapaca spp., Guibourtia demeusei, Mytra- Symphonia globulifera
gyna spp. et les palmiers du genre Raphia. Syzygium guineense
Dans le district de la Mongala, les forêts sur sols Uapaca guineensis
hydromorphes représentent 23,33 % de la végétation Xylopia rubescens
totale. Elles se trouvent le long du fleuve Congo,
et également le long des rivières Lopori, Bolombo 2.3. LES FORÊTS RUPICOLES COLONISATRICES
et Yekokora. Les territoires couverts sont : Lisala,
Bumba et Bongandanga. Les forêts rupicoles colonisatrices comprennent
On trouve de manière générale dans la cuvette les groupements arbustifs ou préforestiers longeant
centrale les types de forêts sur sols hydromorphes sui- les cours d’eau, sur les berges, sur les hauts-fonds,
vants : les forêts périodiquement inondées, les forêts sableux ou vaseux, des grandes rivières, etc. Les
marécageuses et les forêts rupicoles colonisatrices. essences arbustives ou arborescentes sont essentiel-

38
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

lement des hélophytes, sempervirents, dont les plus des conséquences très négatives pour la faune, dont
caractéristiques sont : la réduction de leur territoire, la consanguinité et la
diminution des sources d’alimentation, et pour la
Alchornea cordifolia flore : les espèces ombrophiles qui arrivent au soleil
Bridelia sp. en bordure de nouvelles clairières, la dispersion des
Ficus asperifolia graines, la pollinisation, la relation plante-insectes/
Memecylon sp. animaux, etc.
Dichaetanthera corymbosa La fragmentation de l’écosystème forestier consti-
Sesbania sesban tue, en outre, simultanément, un problème pour la
Uapaca heudelotii gestion de la faune et de la flore, car ils s’influencent
mutuellement. La végétation représente un habitat
pour la faune et les animaux frugivores, par exemple,
3. LE COMPLEXE AGRICOLE EN ZONE FORESTIÈRE aident à la dispersion et à la régénération de la flore.

De manière générale, le complexe agricole en


zone forestière constitue un mélange de jachères Biodiversité et endémisme
forestières, de jardins de case, de cultures vivrières La biodiversité ainsi que le taux d’endémisme
(manioc, maïs, arachides, bananes, etc.) et de planta- constituent une considération supplémentaire
tions villageoises qui ont remplacé progressivement dans la gestion de la flore locale. L’endémisme
la forêt dense humide. Il correspond aux zones de indique qu’une région a une composition floris-
forte activité anthropique. tique unique et parfois même rare. La présence
Dans le district de la Mongala, les complexes de certaines espèces menacées pour la conser-
agricoles forment 22 % de l’occupation du sol. Les vation de la nature et pour la population locale
complexes les plus étendus se situent au nord du au sein de la province indique la nécessité abso-
district, au niveau de Lisala et Bumba. De grandes lue de trouver un équilibre entre la présence de
plantations existent au niveau de Binga, dans le cette végétation et l’activité humaine (comme
Nord du district, et de Bosondjo, dans le territoire l’exploitation forestière). À noter qu’une bonne
de Bongandanga. gestion des complexes agricoles est impérative
L’agriculture inclut également la culture du coton- afin d’éviter leur expansion, en vue de la pré-
nier, qui a un rendement plus élevé dans le district de servation des différents types de végétation et
la Mongala, dans la région de l’Itimbiri, comparé aux de la biodiversité floristique qui caractérisent le
districts de l’Uele et de l’Ubangi. district de la Mongala.
Le schéma ci-dessous permet de visualiser les Plusieurs paramètres doivent être pris en consi-
sentiers (lignes) existant entre les villes et les villages dération pour la gestion des écosystèmes et des
(cadres) qui entourent la forêt dense humide et qui espèces qui les caractérisent : l’endémisme du
sont responsables de la fragmentation du paysage district, la liste rouge des espèces menacées ré-
forestier. « CA » représente le patch de complexes digée par l’UICN et l’appendice I de la CITES.
agricoles au milieu de cette forêt coupée du massif
forestier.
Liste non exhaustive des espèces endémiques de
la République démocratique du Congo dont l’aire de
répartition fait partie du district de la Mongala :

Beilschmiedia variabilis
Deinbollia evrardii
Dialium reygaertii
Millettia dubia
Normandiodenron romii
Scaphopetalum dewevrei
La fragmentation de l’écosystème forestier résul- Strombosia nigropunctata
tant des complexes agricoles et du réseau routier a Trichoscypha reygaertii

39
MONGALA

4. AGRICULTURE PERMANENTE trôlés peuvent anéantir en quelques jours les


réserves ligneuses et herbacées sur des milliers
De manière générale, l’agriculture permanente d’hectares. C’est surtout la végétation ligneuse
est un ensemble de zones agricoles cultivées en et les herbacées annuelles qui en souffrent, avec
permanence, en ce compris les plantations indus- comme conséquence un appauvrissement de la
trielles de palmiers, de caféiers, d’hévéas, etc. Pour flore par la destruction des graines.
des raisons de lisibilité cartographique, l’agriculture
permanente inclut également les zones urbaines et 3. Exploitation forestière
d’habitat dense, souvent étroitement associées à des La plupart des exploitations forestières se sont
espaces agricoles cultivés en permanence. tout naturellement installées à proximité du che-
Dans le district de la Mongala, l’agriculture per- min de fer et des routes, ce qui est particulière-
manente occupe 5 % de l’espace territorial total (soit ment préjudiciable à la conservation des forêts.
19 % de la totalité de l’agriculture permanente à L’exploitation du bois par les scieurs de long est
l’échelle du pays) et se trouve à l’ouest de Yandombo, très importante. Cette activité, réalisée de manière
à l’ouest de Bokweli et entre Yalongono et Yamalunga. artisanale, a tendance à s’intensifier sur presque
toute l’étendue du pays pour plusieurs raisons,
dont quelques principales sont les suivantes :
5. LES RISQUES ENVIRONNEMENTAUX –– les entreprises forestières qui, jadis, exploi-
taient le bois dans la zone forestière ont arrêté
De manière générale les risques environnemen- leurs activités à cause de la mauvaise conjonc-
taux sont de trois types : ture (difficultés pour l’entreprise de disposer
des crédits et devises nécessaires pour l’achat
1. Appauvrissement des sols des pièces de rechange et pour le renouvelle-
Les avantages commerciaux liés à la présence ment des équipements ; non-électrification du
d’un aéroport et des routes/pistes prennent le district et des usines de transformation) ;
pas sur les techniques agricoles traditionnelles et –– l’absence des sociétés forestières dans les zones
poussent les agriculteurs à cultiver le sol jusqu’à de savane ou dans celles dont le potentiel fo-
son complet épuisement. La forte croissance restier est négligeable amène la population, à
démographique a pesé sur les terres arables en la recherche de moyens de survie, à exploiter
réduisant les périodes de jachère existant dans les quelques essences de valeur que l’on peut
le système de culture itinérante, diminuant y trouver.
ainsi la fertilité du sol et abaissant le rendement
des cultures par hectare. Cette diminution des Dans le district de la Mongala, ce sont les com-
jachères réduit, par ailleurs, les pâturages inoc- plexes agricoles qui forment le principal danger,
cupés et entraîne un surpâturage des espaces dis- ainsi que la présence relativement élevée de l’agricul-
ponibles, parfois même un ravage des cultures ture permanente.
par les bêtes en divagation. À noter aussi que la L’exploitation forestière pour le bois d’œuvre et le
pauvreté du sol est aggravée par la pratique répé- bois de chauffage sont les menaces les plus impor-
tée des feux de brousse (dans le cas d’élevage), qui tantes qui pèsent sur les forêts denses du district.
détruit l’humus, conduisant également à la dimi- Ces pratiques sont souvent alliées à l’agriculture
nution de la fertilité des sols. itinérante sur brûlis et à l’exploitation artisanale
de minerais. Cela détruit les habitats et perturbe
2. Destruction définitive de la forêt les écosystèmes, et peut mener à une perte de la
L’extension des zones cultivées force le recul de biodiversité.
la forêt. Les défrichements agricoles détruisent à La réserve de faune de Lomako est importante,
tout jamais la forêt si les cultures s’y développent car elle protège l’habitat nécessaire à la survie des
pendant plusieurs années et si les feux de brousse bonobos (Pan paniscus). Les pressions et menaces
passent régulièrement dans les jachères, empê- principales que la végétation de la réserve connaît
chant la régénération de la végétation forestière. sont : la coupe de bois, l’exploitation forestière, la
Dans les zones sèches particulièrement, la maî- croissance démographique et les effets possibles du
trise du feu est difficile et des incendies incon- changement climatique.

40
PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE

Statuts des espèces sur la liste rouge de l’UICN en 2011

Les forêts sont menacées par diverses actions hu- particulièrement. Du plus préoccupant au moins
maines avec, notamment, l’exploitation forestière, préoccupant :
mais surtout par l’agriculture, qui est responsable En danger (EN)
à 90 % des cas de déforestation (FAO 2009). Il est –– Pericopsis elata
donc important de prendre conscience des es- Vulnérable (VU)
pèces présentes au sein des forêts afin de mieux –– Entandrophragma angolense
les protéger. L’UICN (Union internationale pour –– Entandrophragma cylindricum
la conservation de la nature), détermine le statut –– Entandrophragma utile
des espèces sur base de recherches de terrain. Elle –– Khaya anthotheca
rédige ainsi des listes d’espèces menacées dont il –– Lophira alata
faut tenir compte dans un objectif de conserva- –– Lovoa trichilioides
tion de la biodiversité. Les espèces les plus mena- –– Diospyros sp.
cées sont citées ci-dessous, pour avoir une vue –– Afzelia sp.
d’ensemble des espèces à prendre en compte plus

RÉFÉRENCES
Jongen, P. 1961. Étude des facteurs géomorphologiques et pédologiques. Aspect économique et social de la vocation des sols.
Région des pénéplaines de basse altitude occupées par des savanes dérivées. Districts de l’Ubangi, de la Mongala, du Bas-
Uele et du Haut-Uele. Bruxelles : Institut national pour l’étude agronomique du Congo.
Laghmouch, M. 2008. Carte de l’occupation du sol de la République démocratique du Congo au 1/2 500 000. Tervuren :
Département des sciences de la terre, Musée royal de l’Afrique centrale.
Lebrun, J. & Gilbert, G. 1954. Une classification écologique des forêts du Congo. Bruxelles : Institut national pour l’étude
agronomique du Congo (série scientifique, n° 63).
MECNT. 1999. Plans d’action provinciaux de la biodiversité (appendice du plan d’action national). Kinshasa.
Vancutsem, C., Pekel, J.-F., Evrard, C., Malaisse, F. & Defourny, P. 2009. « Mapping and characterizing the vegetation
types of the Democratic Republic of Congo using spot vegetation time serie ». International Journal Of Applied Earth
Observation And Geoinformation 11 (1) : 62-76.
Vancutsem, C., Pekel, J.-F., Evrard, C., Malaisse, F., Lubamba, J.-P.K., Blaes, X., de Wasseige, C. & Defourny, P. 2006. The
Land CoverMap of the Democratic Republic of Congo. Louvain-la-Neuve : Presses universitaires de Louvain, UCL-
Geomatics. [Link]
Verhegghen, A. & Defourny, P. 2010. « A new 300 m vegetation map for Central Africa based on multi-sensor times
series ». In Sobrino, José A., Third Recent Advances in Quantitative Remote Sensing. Université de Valencia.
Walter, H. & Lieth, H. 1960. Klimadiagramm-weltatlas. Stuttgart : G. Fischer Verlag.

Sources internet
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[Link]?someone@somewhere
« Liste rouge de l’UICN » : [Link]
« Parcs et réserves de la République démocratique du Congo : évaluation de l’efficacité de la gestion des aires protégées ».
Document de l’UICN. [Link]
« Vérification des synonymes et la distribution des espèces sur la base de données des plantes africaines ». Africa Plant
Database. [Link]

41
DEUXIÈME PARTIE

LES HOMMES
Les peuples de l’Itimbiri-Ngiri.
Source : Les Peuples du Congo. Fonds d’archives B. Verhaegen- J. Gérard-Libois, cartothèque Histoire et Politique, carte n° 4.
CHAPITRE 4
PEUPLES

L
e district de la Mongala est peuplé principa- droit de la Haute Mongala. Selon les traditions de la
lement de trois grands groupes de popula- migration ngombe, c’est à cette époque, et à partir
tion : les Soudanais (Mondunga) ; les Batswa de ce centre, qu’a commencé la migration de cette
[au singulier Botswa]) ; les Bantous (compo- population vers l’ouest.
sés de Budja, Ngombe-Doko, Mongo) et les « peuples
riverains ».
En ce qui concerne les Bantous, il y a lieu de signa- 1. LES BATSWA
ler l’existence d’autres groupes (très) minoritaires,
assimilés aux groupes ethniques ngombe et budja. Cette appellation n’identifie pas l’ensemble des
Plusieurs faits attestent que ces groupes n’ont pas groupements pygmées. Ceux-ci sont divers, mal-
toujours habité les territoires de la Mongala. Ils y gré la tendance générale à les considérer comme
sont arrivés à une époque relativement récente. Les tous identiques. Kamina Misago renseigne que
paragraphes suivants tentent, dans la mesure du pos- dans le territoire d’Ingende, trois groupes de Batswa
sible, de reconstituer la manière dont ces groupes se se côtoient : les Balumbe, les Bilangi et les Batswa
sont installés dans le territoire actuel du district. proprement dits. Comme le fait remarquer le père
B.O. Thange et G. Van Der Kerken affirment que De Rop : « Il s’agit ici apparemment de groupes divers
les Bantous seraient venus du Nord, quelque temps qui se considèrent également comme des sections à
avant notre ère ; ils auraient occupé le bassin de part, et entre lesquelles une certaine différence se
l’Uele, d’où ils auraient effectué des migrations sui- note, comme entre les différents groupes nkundo,
vant un axe est-ouest, sur le versant droit de l’Uele, et aussi en ce qui concerne la langue » (De Rop 1953 :
un axe ouest-est, sur le versant opposé de ce bassin. 129). Généralement, la dénomination de « Batswa »
La mouvance suivant le premier axe a abouti dans le est mal acceptée, à cause de sa charge péjorative. Ail-
Nord-Ouest du pays, puis s’est incurvée dans le sens leurs, comme dans le territoire de Monkoto (district
nord-sud, en suivant le versant gauche de l’Ubangi. de la Tshuapa), on lui préfère le terme « Iyeki ». Le
Ainsi les Bantous ont occupé la partie nord de la long des rivières Lopori et Lulonga, les Batswa sont
Mongala, d’où ils seront évincés par les invasions appelés « Bafoto ».
soudanaises, pour se retrouver enfin dans leur habi- Actuellement, il est difficile de localiser les popu-
tat actuel (Tshilema 1974 : 64). lations batswa dans une grande partie de l’espace
Selon R. Mortier, « on peut dire que, jusqu’avant septentrional du district de la Mongala. Il est cepen-
200 ans (entendez le XVIIe siècle), tout l’Ubangi était dant possible de retrouver leurs traces dans le passé,
encore occupé par les Bantous : à l’ouest, depuis la spécialement dans le territoire de Bumba. En effet,
rivière Ubangi jusqu’au 21° E, habitaient les Ngombe ; la région de Bokombo, qui a permis aux Budja de
dans la région de Yakoma c’étaient les Binza et plus faire leur entrée dans la province, était partielle-
à l’est les Budja […] » (Mortier, cité par Maes 1984 : ment occupée par les Batswa. Ils ont été forcés de
80). Vers 1750, il y avait encore une grande concen- prendre la fuite et de s’installer sur la rive gauche de
tration de Ngombe dans le bassin de la Loko, affluent l’Itimbiri, avec le concours des riverains. Ces Batswa

45
MONGALA

Une vie familiale : autorité locale chez les Bapoto. (AP.0.1.6017, collection MRAC Tervuren ; ca 1900.)

ont ensuite traversé le fleuve Congo pour s’enfoncer autres Pygmées de la partie orientale du pays et avec
dans les grandes forêts faiblement occupées. Les der- ceux du centre de la cuvette.
niers Pygmées avaient accompagné les Mombesa au
moment où ils traversaient le fleuve, mais auraient
préféré vivre en liberté et ne pas se confondre avec 2. LES MIGRATIONS DES « PEUPLES RIVERAINS »
ceux-ci. Ces Batswa se retrouvent aujourd’hui dans
la région au sud du fleuve. Le district de la Mongala compte, aussi bien
On ignore l’étendue réelle du territoire qui était le long du fleuve Congo que le long des rivières
exploité dans le passé par les chasseurs-cueilleurs. Mongala et Itimbiri, des populations riveraines qui
Les Batswa de la Mongala furent en contact avec de n’ont pas nécessairement les mêmes origines que les
nombreux autres groupes qui occupaient les pla- « grands » groupes dont il est question plus bas. Les
teaux de l’Ubangi et de l’Uele jusqu’en Ituri, au cours plus importantes sont les Bapoto et les Motembo.
de ces dernières cinquante mille années. L’arrivée des Les Bapoto occupent les rives du fleuve entre
Bantous et des Soudanais réduisit sensiblement leur Bomangi (Umangi), en aval de Lisala et Bumba.
territoire, qui ne compte plus que quelques poches Ils sont originaires de Lusengo. Avant de s’établir
dans toute l’étendue de l’ancienne Province-Orien- à Lusengo, ils occupaient la rivière Ngiri avec les
tale. Une petite poche persiste, cependant, à la fron- Boloki et les Libinza. En quittant Lusengo, en aval de
tière du district du Nord-Ubangi et de celui de la Mobeka, les Bapoto remontèrent le fleuve jusqu’au
Mongala, près de Ndundusana, sur la rivière Dua. À pied de la colline de Lisala, où ils fondèrent plusieurs
cause de l’occupation de leur territoire par différents villages, dont Bomangi (Umangi) et Bopoto (Upoto)
groupes, ces Batswa ont perdu tout contact avec les (Mumbanza 1980).

46
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Les Bapoto furent rejoints dans ce territoire par 3. LES MIGRATIONS DES BUDJA
d’autres riverains. Les premiers furent les Yaolema,
aujourd’hui installés dans le canal de Misongo, en Les Budja proviennent de la région de l’Uele où ils
aval de Basoko. Ils seraient venus de la région de vivaient avec les Bagenza, les Mobango et les groupes
Mbandaka et ont remonté le fleuve pour occuper apparentés. À partir des sources de la Lubi, affluent
la rive droite entre Lisala et Bumba. Constamment de l’Itimbiri, ils se dirigèrent vers le sud-ouest, en
attaqués par les Budja, ils ont abandonné leurs vil- suivant deux voies principales. La première voie
lages pour se retirer dans les endroits difficilement fut suivie par les Budja dits « Yalisika », qui devien-
accessibles aux terriens. C’est ainsi qu’ils s’établirent dront célèbres pour leur résistance aux Arabisés et
dans le canal de Misongo (Fonds d’archives B. aux Européens. L’autre voie fut celle empruntée par
Verhaegen). les Bagenza et les Bongbongo. La principale raison
Les autres riverains à s’être installés le long du de leur départ de la région de l’Uele fut la guerre
fleuve, dans le territoire de Lisala, sont les Motembo. contre les Azande. Malgré leur victoire sur ceux-ci,
Avec leurs voisins, ils pourraient résulter d’une qui n’osaient plus les attaquer, les Budja ont préféré
fusion entre les anciens pêcheurs et les groupements migrer vers le sud-ouest.
Doko attirés par la vie sur l’eau, depuis les marais Après avoir traversé la rivière Itimbiri, les Budja
de la Dua. Ces riverains, que les Ngbandi appellent du groupe Yalisika fondèrent plusieurs grands vil-
« Kunda », appartiendraient à la même famille que lages dans la région de Makombo ou Bokombo,
les riverains de la rivière Ubangi. Repliés plus au sud, affluent de la Loeka et près de Kulungame. La région
ils reprirent leur vie de pêcheurs dans le bassin de la de Bokombo se situe à mi-chemin, sur la ligne
Mongala. L’arrivée massive des Ngombe et des Doko reliant Bumba à Ibembo. Après avoir fondé six vil-
poussa certains groupes à s’installer sur le fleuve. En lages, qu’ils abandonnèrent, à la recherche de meil-
même temps, certains groupes terriens adoptèrent la leures terres, ils furent attaqués par les Ngbandi du
vie des riverains. territoire d’Abumumbazi, appelés « Butu ». Les Budja
Parmi les anciens riverains de la Mongala, sont à infligèrent une défaite cinglante aux Ngbandi, qui ne
signaler les Bolondo, qui se trouvent aujourd’hui sur revinrent plus jamais. Vint ensuite le tour des escla-
la rivière Saw-Moeko, juste au sud de Budjala. Ils fai- vagistes arabo-swahili appelés « Matambatamba »
saient probablement partie de la grande civilisation venant des Falls (Kisangani), et qui avaient atteint
des « villages entourés de fossés », entre la Lua et la l’Itimbiri, afin de se mesurer aux Budja. Ils furent
Mongala (Mumbanza 2003). également battus, malgré leurs armes à feu, qu’ils
Originaires de la moyenne Mongala, les Motem- abandonnèrent aux mains des Budja.
bo débouchèrent sur le fleuve et occupèrent la région Si, grâce à leurs victoires sur les Azande, les
entre Mobeka et Lisala. Les principaux villages Ngbandi et les Arabo-Swahili, les Budja consti-
furent Bokatolaka, Malundja, Elenge et Bokele, près tuaient une sorte de rempart ou de protection pour
d’Umangi. les groupes du Sud (Ngombe-Doko et Mongo), ceux-
Ces riverains du fleuve, les Bapoto en particulier, ci n’en subirent pas moins les attaques des Budja, qui
ont subi une forte influence des Ngombe, du point allèrent jusqu’à les repousser sur la rive gauche du
de vue linguistique et culturel (Coquilhat 1888). fleuve Congo.
Deux dernières vagues migratoires de riverains Les Bongbongo et les Bagenza ne traversèrent pas
eurent lieu pendant la période coloniale. À partir directement l’Itimbiri. Ils longèrent la rive gauche et
des années 1910, les riverains de la Province-Orien- vécurent près de nombreux cours d’eau : Lobi, Likati,
tale (les Basoko, Lokele et Topoke) ont émigré vers Matuame, Okange et Motulu. Ils luttèrent aussi
l’aval et se sont fixés près des centres urbains, jusqu’à contre les Azande et les Ngbandi, qui les repous-
Kinshasa. Dans la Mongala, on les retrouve dans sèrent vers le sud. Après les attaques des Matamba-
les faubourgs de Bumba et de Lisala. Comme ce fut tamba, les Bongbongo attaquèrent, à leur tour, les
le cas autrefois, les riverains d’aval, spécialement Apakabeti et nouèrent des relations avec les Budja
les Libinza et les Balobo de la Ngiri, vinrent, à la de Yalisika aux sources de la Dua.
même époque, se fixer autour de Lisala. Leur occu- Tenant compte du fait que les attaques des Swa-
pation principale est d’approvisionner les habitants hili eurent lieu dans les années 1880, on peut situer
de ce centre en poissons et parfois en vin de raphia l’arrivée des Budja Yalisika aux sources de la Dua
(Mokandonga Eyanga 2006). dans les années 1870. Ils occupaient donc la région

47
MONGALA

repoussées soit vers le sud du fleuve, soit vers l’ouest.


Les affrontements entre les Budja et les Ngombe sont
pourtant rarement évoqués. En réalité, la province
est un point de rencontre, car les deux groupes ont
suivi des voies différentes. Bien que venant tous de
l’Uele, les Ngombe-Doko passèrent par la Mongala,
tandis que les Budja progressèrent par l’Itimbiri.
Dans les frontières communes, se trouvent des
populations qui ont subi des influences réciproques
et il est difficile de les classer dans le groupe ngombe
ou dans le groupe budja.
Les Budja et les groupes apparentés sont faci-
lement identifiés par leurs villages, qui portent les
noms des fondateurs précédés de Ya, par exemple
Ya-Ligimba (Yaligimba), Ya-Molanga (Yamolanga),
Ya-Ndombo (Yandombo), Ya-Mongili (Yamongili).
D’après Jan Vansina, il s’agit ici d’un indice impor-
tant d’une innovation institutionnelle qui apporta
une innovation linguistique dans son sillage.

« […] on se mit à désigner les maisons, les villages et


parfois les districts9 par le nom de l’ancêtre patrili-
néaire fondateur supposé, préfixé par ya- qui signifie
“les enfants de” ou “les gens de”. Quelle que soit l’ori-
gine ultime de cette pratique, ce fut une innovation
dans la région, et une innovation toujours liée à la nou-
velle institution patrilinéaire. Elle exprima la nouvelle
À droite femme budja (Bangala), à gauche femme otetela. vision d’une façon à la fois économique et puissante »
(AP.0.0.6663, collection MRAC Tervuren ; photo A. Zambelli, 1904, (Vansina 1991 : 141).
© MRAC Tervuren.)
Précisons, pour terminer, que les Budja avaient
de la haute Mongala depuis plus de deux décen- traversé l’Itimbiri avec l’aide des riverains bom-
nies lorsqu’ils furent visités par les Blancs, dans les banga. Pour les services rendus lors de la traversée,
années 1890, en vue de les soumettre à l’exploitation les Yandongi avaient dû offrir une femme au chef
du caoutchouc. des Bombanga. À l’époque précoloniale, le pays
Les autres Budja qui traversèrent plusieurs fois des Budja, qui ne se réduisait pas au territoire de
l’Itimbiri occupèrent les deux rives de cette rivière, Bumba, mais s’étendait jusque dans la Province-
avant de s’étendre sur une bonne partie du terri- Orientale, dans le secteur Mobango-Itimbiri, était
toire actuel de Bumba. Ceux de la rive gauche se divisé en chefferies traditionnelles à base clanique.
retrouvent aujourd’hui dans la région de Mokaria. Chacune d’elles avait son chef et demeurait indépen-
Ajoutons que malgré leur bravoure aux combats, les dante des autres.
Budja de la rive droite ont parfois affronté des enne-
mis redoutables (cf. infra). Les traditions signalent
les fameux Ehumba (Fonds d’archives B. Verhae-
gen), qui attaquaient les villages la nuit et forcèrent
9  Les termes « maison », « village » (ou assemblage de maisons)
quelques groupes à aller s’installer sur la rive gauche et « district » sont précisement définis par J. Vansina au sens eth-
de l’Itimbiri. nologique. Par exemple, « district » n’est pas utilisé ici au sens
Il ressort de cette étude que les Budja furent les administratif relatif à la division coloniale du territoire congo-
derniers à occuper le territoire de Bumba, dans le lais. Jan Vansina parle, lui, du district comme groupe social
imbriqué dans l’armature de la « société ancestrale » (Vansina
district de la Mongala. Les populations antérieures, 1991 : 89, 101-104). Et de là, à travers son évolution, on en arrive
les Batswa, les Mongo et les Ngombe-Doko, furent à la notion de « chefferie territoriale » (Vansina 1991 : 144).

48
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Voici comment la tradition explique l’origine et l’expansion des Budja

Les Budja sont originaires d’« Okombo » ou le village ancestral, il y demeura et engendra cinq
« Bokombo », lequel mot signifie « parassolier » enfants : Sila, Mweke, Likombo, Eleko, et Zonga.
(Musanga cecropioïdes). Bokombo est l’ancêtre De nouveaux conflits naquirent et les cinq frères
des Budja actuels. se divisèrent. Eux pourtant finirent par s’éparpil-
À la suite d’une disette, les compatriotes de ler dans la périphérie de la zone de Bumba de la
Bokombo durent déménager en quête de sites manière suivante :
propices. Celui-ci partit lui aussi à la recherche a. Sila : là où il fut, engendra Ndombo (Yan-
d’un milieu favorable pour habiter avec sa famille. dombo). Ndombo lui donna deux petits-fils :
Il appela le lieu trouvé de son propre nom. Dans Liambi (Yaliambi) et Onama ;
ce nouveau village, il eut quatre enfants : Mbesa, b. Mweke, de son côté, eut deux fils : Salaka (Wasa-
Obango, Budja et Ngelema. Ce lieu est actuelle- laka) et Sanga (Bosanga). Salaka engendra Mbula
ment localisé à cinquante kilomètres de Bumba au (Yambula), Esele (Yaesele) et Opoto (Bopoto).
N-E de la rivière Itimbiri. Sanga eut comme enfants Mongi, Tinda, Soku,
Devenue nombreuse, la famille de Bokombo Humba, qui est le père de Etowa (Yaetowa).
se heurta à des conflits qui la divisèrent. Certains c. Likombo est le père de Lisambi (Bosambi).
estiment que les causes de cette séparation seraient Bosambi engendra six enfatnts : Ngolu (Bon-
les querelles interclaniques : Mbesa se sépara de golu), Mongili (Yamongili), Muha, Mbongo,
son frère Budja à cause de l’adultère. Cependant, Nkoyi et Koma.
les vieillards qui racontent cette aventure avec le d. Eleko eut lui aussi six enfants : Manga, Misiko
souci de ne pas toucher à la morale, contournent (Yamisiko), Lombo (Yalombo), Paka (Yampaka),
la cause en disant que Mbesa et son frère Budja Molanga (Yamolanga) et Kpanza (Kwanza).
se disputèrent la tête d’une antilope et ce conflit e. Zonga engendra un seul fils, Nkasi, qui eut lui
occasionna leur séparation. aussi un enfant, Mombwa ; ce dernier est le père
Ainsi, Mbesa traversa le fleuve – qu’ils appe- de Tsonzo (Yatsonzo), Boli et Ngola (Yangola).
laient Mbanze –, avec son fils, pour s’installer sur On le voit, d’après cette tradition orale, toutes
l’autre rive ; Obango et Ngelema partirent pour l’est les appellations de localités du territoire de Bumba
de Bumba actuel. Mais Budja ne voulut pas quitter dérivent des noms des fils de Budja.

Dans le district de la Mongala, les Budja habitent 4. LES MIGRATIONS DOKO ET NGOMBE
le territoire de Bumba. D’autres groupes y résident
également, les Bangenza et les Pakabete, qui repré- Les Doko ont été assimilés aux Ngombe, pro-
sentent respectivement, d’après les estimations de bablement parce qu’ils habitent ensemble depuis
l’équipe locale dépêchée sur le terrain, 9 % et 1 % de assez longtemps et qu’ils sont plus ou moins appa-
la population totale, les Budja représentant 90 % et rentés. En réalité, ils constituent un groupe à part.
deux peuples, démographiquement très minori- La filiation matrilinéaire qui les caractérise montre
taires, les Bapoto et les Mabinza. qu’ils entretenaient peu de contacts avec les autres
Les Budja sont éparpillés dans l’ensemble du ter- groupes, qui sont patrilinéaires.
ritoire ; d’autres peuples cohabitent avec eux : Leur histoire connue, comme celle des Ngombe et
–– les Bapoto, qui habitent les rives du fleuve Congo, des Budja, commence dans la région de l’Uele, ber-
près de Bumba et d’Ebonda ; ceau de nombreux peuples bantous qui peuplent la
–– les Bobanga, des riverains qui, actuellement, cuvette centrale. Ils semblent avoir quitté cette région
parlent l’ebudja. Ils sont installés près de Yambuku ; avant les Ngombe et les Budja. Ils ont alors occupé le
–– les Pakabete, aussi appelés « Libombo », qui for- territoire aux sources de la Mongala, entre les rivières
ment une dizaine de villages au nord de Yandongi ; Ebola et Dua. Leur séjour dans cette région, où cer-
–– les Bangenza, apparentés aux Ngombe, du groupe tains des leurs se trouvaient encore à l’arrivée des
des Bokoi-Engbanda ; ils habitent au nord de la Européens, semble avoir été suffisamment long pour
mission catholique Yalosemba. donner naissance aux groupements riverains qui se

49
MONGALA

Femme du chef Abali de Chef Mongambo des Bwela de Boso-Ekoro, et ses femmes.
Boso-Kuluki. Tatouages bwela Le chef porte l’insigne (collier de dents de léopard). Les femmes ont
superposés aux tatouages bapoto. des colliers en écorce de marantacées, amulette contre la maladie du
(AP.0.2.769, collection MRAC Tervuren ; sommeil. Les cicatrices au-dessus du genou sont faites pour guérir
photo G. Grégoire.) les rhumatismes de Mongambo, chef et mari de la femme.
(AP.0.2.3392, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.)

Femme du chef Mokoko, le plus important Le chef Mokoko, le plus important (ancien)
des chefs bwela-radinga. chef à Gesu.
(AP.0.2.3394, collection MRAC Tervuren ; (AP.0.2.3398, collection MRAC Tervuren ;
photo G. Grégoire, 1911.) photo G. Grégoire, 1911.)

50
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Carte des migrations.


Source : Vansina (1991 : 147).

sont probablement mêlés aux anciens, les Babale et


les Motembo. Les informations actuelles attestent
que les groupes riverains de la Mongala sont formés
par les parents des groupes terriens.

Lorsque les Ngombe, repoussés par les Ngbandi,


arrivèrent aux sources de la Mongala, ils entrèrent en
relation avec les Doko, appelés également « Bwela ».
Concentrés dans la région de Bangu, sur la rive
gauche de la Mongala, en amont de son confluent
avec le fleuve Congo, certains groupes doko et
ngombe s’y maintinrent, tandis que d’autres traver-
sèrent le fleuve et poussèrent leur migration jusqu’au
territoire de Bolomba, entre la Lulonga et l’Ikelemba.
Les Doko du territoire de Lisala se trouvent dans le
secteur Ngombe-Doko, mais il s’en trouve aussi dans
Un notable Bwela, au nord de Lisala, accompagné
les secteurs Ngombe-Mobangi et Mongala-Motima.
d’une de ses femmes, rendant visite à son beau-frère.
Les quatre principaux groupements doko sont Bon- Il porte la ceinture dite « Kamba na njala » dont un échantillon
gombo, Bwela, Ndeke et Popolo (De Geist 1922). recueilli chez les Ngombe de la Lapori. Cette ceinture a exactement
Au sujet de la période probable de l’arrivée la même signification dans la région de Lisala, c’est-à-dire que
des Doko dans leur territoire actuel, l’hypothèse lorsque un indigène doit accomplir une longue étape durant
laquelle il ne pourra se restaurer, soit par l’état d’hostilité, soit par
vraisemblable est qu’ils étaient aux sources de la suite de l’absence de relations dans la région qu’il traverse, il ceint
Mongala vers la fin du XVIIIe siècle et que leur éta- la ceinture, et au besoin, la serre pour ne pas sentir la faim.
blissement près du fleuve Congo remonte au début (AP.0.2.2812, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.)

51
MONGALA

Le surpeuplement les aurait obligés à se disperser.


Un groupe partit pour le sud-ouest, sur les rives de
l’Epita, un petit affluent de la Lua, au nord de Budjala.
Un autre groupe se dirigea vers le nord, jusqu’aux
environs de Bosobolo. Après des querelles avec les
Ngbandi, ils furent refoulés vers le sud. Plus tard, ils
durent traverser la Ngiri et la basse Mongala (pro-
bablement avant 1850) entre son embouchure et le
village d’Akula. Ceux qui avaient suivi le cours de la
Mongala peuplèrent alors le territoire entre la Dua et
le fleuve Congo. Sous la double poussée des envahis-
seurs, celle des Ngbandi sur la Mongala et celle des
Budja venant de l’Itimbiri, certains groupes ngombe
et leurs voisins doko se replièrent sur la rive gauche
du fleuve. Ce fait est attesté par le père Léon Lemaire,
qui précise : « Les Ngombe sont très nombreux et
répandus dans l’Ubanghi, la Ngiri, la Mongala ;
ils ont partout la même langue. Depuis une cin-
quantaine d’années, diverses tribus “Ngombe” sont
passées de la rive droite à la rive gauche du fleuve
Congo » (Lemaire 1908).
Quant à la traversée du fleuve Congo, elle se fit
en plusieurs endroits. Les Ngombe Likungu béné-
ficièrent du concours des riverains, entre Mobeka
et Lusengo. D’autres, qui traversèrent entre l’em-
Notable ngombe en apparat dit Likala, chapeau en genesh bouchure de la Mongala et Lisala, profitèrent de
ou plumes de perroquet, bâton ordinaire. la présence des riverains motembo de Bokatolaka
(AP.0.2.3399, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.) et malundja. D’autres encore furent aidés par des
Mongo, plus précisement des Djombo, qui se trou-
du XIXe  siècle. Ils furent délogés des sources de la vaient sur la rive gauche du fleuve. Pour rester en
Dua, région marécageuse qui leur servait de refuge vie, les Ngombe-Doko payèrent les piroguiers en
contre les Ngbandi, par les Budja venant de l’est. femmes et en esclaves (Bokongo 1984).
La tradition des Ngombe évoque cependant
Les Ngombe sont probablement arrivés, avec une traversée mythique sur un pont de pierres, aux
d’autres peuples bantous, de la région située entre le environs d’Umangi. Les magiciens ou sorciers qui
Haut-Nil, le Bahr-el-Ghazal, les lacs Victoria et Albert. avaient établi ce pont interdisaient formellement à
Ils seraient entrés au Congo, de même qu’une partie tout le monde de regarder derrière soi. Au milieu du
des ancêtres des Mongo, en longeant les affluents du fleuve, alors qu’une bonne partie de la population
Mbomu, pour se répandre ensuite dans la région du avait traversé, une femme, qui avait oublié son filet
Mbomu et de l’Uele. De là, ils se seraient dirigés encore servant à porter son enfant, se retourna et regarda
davantage vers l’ouest, de sorte qu’ils se trouvèrent, en arrière. À l’instant même, le pont s’écroula, empê-
déjà aux XVIe et XVIIe  siècles, à l’est de Yakoma. Là, chant ainsi ceux qui restaient de traverser ; ainsi, les
ils auraient été battus par les Ngbandi, mieux armés, Ngombe se retrouvèrent sur les deux rives. Seuls
et contraints à marcher de nouveau vers l’ouest et vers ceux qui avaient réussi à traverser firent la guerre aux
le sud. En traversant l’Ebola, ils se frayèrent plusieurs Mongo et les repoussèrent jusque dans le bassin de la
chemins pour atteindre finalement leur habitat actuel. Lulonga (Bokongo 1984).
En quittant Yakoma, les Ngombe et les Doko suivirent Sur la rive droite du fleuve Congo, les Ngombe se
alors la rive sud de l’Ubangi jusqu’à Mobayi-Mbongo. rencontrent dans les territoires de Bosobolo, Libenge,
De là, ils se dirigèrent vers le sud jusqu’à Loko, où ils Kungu, Budjala, Lisala, Mankanza et Bumba. Sur la
restèrent pendant de longues années, se multiplièrent rive gauche, ils peuplent les territoires de Bongan-
et devinrent puissants. danga, de Basankusu et de Bolomba. Les Ngombe

52
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

sont mélangés à d’autres peuples dans la région de Les Motembo : ils sont les riverains de la basse
la Lua supérieure, aux environs de Bosobolo ; dans Mongala. Une partie occupe les bords du fleuve
la région s’étendant de Bomboma sur la Ngiri à entre Mobeka et Umangi.
Akula sur la Mongala ; dans la Lulonga et l’Ikelemba Les Mondunga : leur espace est situé à plus de dix
inférieures ; sur la rive gauche de la Lomela ; sur la kilomètres au nord de Lisala. Ils forment le groupe-
rive gauche du fleuve Congo et la rivière Lopori ment Mondunga avec, comme villages principaux,
supérieure. Mazalanga, Kanya et Ngale.
Signalons, enfin, que les derniers déplacements Les Bapoto : ceux qui habitent le territoire de
se situent entre 1880 et 1907. C’est au terme de cette Lisala, comme ceux du territoire de Bumba, sont des
période que l’occupation effective des Européens mit riverains du fleuve Congo. Ils viennent de Lusengo,
fin à toutes ces migrations. On peut donc retenir que en aval de Mobeka. Ils avaient comme village prin-
les Ngombe auraient été harcelés par les conquérants cipal Bopoto, au bas de la colline de Lisala. Ils ont
soudanais avungara et seraient entrés au Congo incorporé des Ngombe dans leur groupe.
avant le XVIe  siècle. Après un long périple, marqué Comme les Budja du territoire de Bumba, dont les
par des bousculades, des replis et des dispersions noms de villages commencent généralement par Ya,
provoquées par la pression des Ngbandi, leur migra- les Ngombe ont des noms de villages qui se réfèrent à
tion fut stoppée net par l’occupation effective du ceux des fondateurs des clans, précédés de Boso (que
territoire par les Européens en 1907. Ajoutons que les Européens ont parfois orthographié Busu) : Boso-
les guerres entre peuples autochtones avaient cessé à Modanda, Boso-Djanoa, Boso-Mangbundu, etc.
partir de 1892, mais que les combats avec les Euro-
péens avaient continué jusqu’à la fin des révoltes de
la Mongala et de la Lulonga de 1905-1907. Depuis 5. LES MIGRATIONS DES MONDUNGA
lors, les groupes se sont définitivement fixés dans
leurs villages. Les Mondunga du district de la Mongala vivent
Les Ngombe sont majoritaires dans le territoire de en majorité aujourd’hui aux environs de Lisala.
Bongandanga, où ils occupent la totalité des secteurs D’autres groupements alliés sont éparpillés dans le
de Boso-Melo et de Boso-Ndjanoa ; ils se partagent territoire de Bumba et dans les districts du Bas-Uele
avec les Mongo les secteurs Bongandanga et Boso- et de la Tshopo.
Simba. Mais c’est d’abord Lisala qui constitue leur Une controverse subsiste quant à l’identité des
territoire, un point de rencontre des peuples venus Mondunga, en ce qui concerne leur appartenance au
du nord-est et du nord en suivant la rivière Mongala, groupe bantou ou au groupe soudanais. Ce sont les
mais également du sud-ouest en remontant la rivière sources d’information recueillies par les agents colo-
Ngiri et le fleuve Congo. Les principaux groupes niaux appartenant aux territoires administratifs dif-
sont les Ngombe et les Doko ou Bwela. Les groupes férents10 qui sont à l’origine de cette situation. Selon
minoritaires sont les Motembo, riverains de la basse une source, les Mondunga constituent l’avant-garde
Mongala et du fleuve, les Bapoto, riverains du fleuve, des populations désignées autrefois sous l’appella-
et les Mondunga (cf. infra). tion de « Soudanais » et que l’on qualifie de nos jours
Voici leur répartition dans l’espace du district de de « peuples oubanguiens ». Leur langue n’est pas
la Mongala. apparentée à celles des Ngbandi et des Azande, mais
Les Ngombe : ceux-ci sont les plus nombreux à celle d’un autre petit groupe, les Mba [Bamanga ?],
dans le territoire de Lisala. Ils se trouvent dans les des environs de Kisangani. L’autre source présente
trois secteurs. Ils seraient les derniers à avoir envahi les Mondunga comme apparentés aux Mabinza du
le territoire de Lisala. Mais à cause de leur nombre, territoire d’Aketi, dans le Bas-Uele. L’émiettement
leur culture se serait imposée aux autres groupes,
sans pour autant qu’ils les assimilent.
10 Les administrateurs territoriaux européens se disputaient
Les Doko : ceux-ci ont vécu longtemps à côté des des espaces et des peuples devant intégrer leurs territoires.
Ngombe dans le territoire de Lisala. Ils ont aussi émi- Chacun produisait à l’autorité hiérarchique des récits recueillis
gré ensemble jusque dans le territoire de Bolomba. auprès de ses administrés et on observe que les divergences sont
parfois très importantes. Il ne s’agit pas uniquement des effets
Ils ont pourtant leur propre parler et se distinguent
de la mémoire liée à la tradition orale, mais probablement aussi
par une filiation matrilinéaire. Ils vivent dans le sec- de la manipulation des faits qui aidaient au tracé des frontières
teur Ngombe-Doko. administratives amenant à la création d’entités séparées.

53
MONGALA

administratif de leurs groupements entre les dis- qui les entouraient. Leur langue, qui témoigne de
tricts de la Mongala, du Bas-Uele et de la Tshopo est leur particularité, a subi les influences des parlers
à la fois expliqué par les contacts qui ont eu lieu au ngbandi, ngombe, budja et apakabeti. Il en est de
moment de leur migration et par des raisons socio- même sur le plan culturel en général. Ils n’ont pas
politiques et sanitaires à la base des divisions admi- formé d’ensembles politiques importants. La fixa-
nistratives de la période coloniale. tion des Mondunga dans leur territoire actuel n’est
La version se rapportant aux Mondunga du ter- pas facile à dater ; elle pourrait remonter à la fin du
ritoire de Lisala est reproduite dans ce paragraphe. XVIIIe  siècle ou au début du XIXe  siècle (De Geist :
Celle concernant les groupements établis dans le 1922).
territoire de Bumba et autre est fournie au dernier
paragraphe de ce même chapitre (« Divers autres
groupes » de la Mongala). L’intérêt de présenter dans 6. LES MIGRATIONS DES MONGO
cet ouvrage les deux versions séparées est la richesse
des faits rapportés par chacune des sources. Les récits Les Mongo, comme les autres Bantous du district
ne coïncident pas exactement, ce qui indique que de de la Mongala, sont originaires du bassin de l’Uele.
nouvelles recherches ethnologiques s’avèrent utiles. Dans l’état actuel de nos connaissances, il apparaît
Selon les traditions recueillies à l’époque colo- qu’ils furent les premiers à quitter la région. Par dif-
niale, dans les territoires de Businga et de Lisala, férentes vagues, ils se sont dirigés vers le sud en lon-
les Mondunga vivaient aux environs d’un grand lac geant les rivières Itimbiri et Aruwimi. Ils ont ensuite
qu’ils appellent « Kpwakpwa gbo mbi gbo ». Il pour- traversé le fleuve avec l’aide d’anciens riverains, que
rait s’agir du lac Tchad, le seul qui existe au nord de nous ne sommes plus en mesure de reconnaître. On
la rivière Ubangi. Pour des raisons qui restent incon- ignore les raisons réelles des premières migrations
nues, ils se sont dirigés vers les rives de l’Ubangi. mongo. Contrairement aux Ngombe, aux Budja et
Ils reconnaissent avoir habité plusieurs sites, dont autres groupes apparentés qui ont affronté direc-
Kengo et Bieli, avant de traverser la rivière Ebola. tement les Azande et les Ngbandi, les premiers
Après la traversée de l’Eau blanche, ils s’installèrent à groupes mongo ont quitté l’Uele avant l’arrivée des
Liema. Ils furent alors attaqués par les Mando Singi. Soudanais. En effet, certains groupements se trou-
Ne pouvant faire face à leurs puissants ennemis, ils vaient déjà loin sur la Lomami et dans la région des
gagnèrent la rivière Biti et occupèrent successive- lacs Ntomba et Maindombe, aux environs de 1600,
ment Kpwakpwadua et Dongali. Là, ils furent atta- époque à laquelle les Bolia ont fondé leur royaume
qués par Zengo (chef mbanza ?) et ses hommes. Tous (Engowanga Nsongo 1983).
les clans mondunga (Walo, Zege, Bige, Bo, Kande, Les Mongo du territoire de Bongandanga sont à
Zongi et Damba), qui étaient jusque-là unis, se dis- classer parmi les derniers migrants qui ont précédé
persèrent. Certains restèrent dans le territoire (clan les Mobango, les Basoko et les Mbole. En traversant
Zege), groupement Kanda (Yakoma), alors que les le fleuve Congo sous la pression d’autres Bantous,
autres traversèrent l’Eau noire (Dua). refoulés à leur tour par les Soudanais, les Mongo ont
S’étant alliés aux Bahuma, grâce aux échanges emprunté plusieurs voies qui leur ont permis d’occu-
de femmes, les Mondunga apprirent la langue apa- per le centre de la cuvette. Les groupes qui avaient
kabeti. Il s’agit des groupements issus de Mongende longé le Lomami ont progressé rapidement vers le
et Mondunga. Parmi ceux qui avaient traversé la sud. D’autres, au contraire, ont longé le fleuve en pro-
Dua, certains restèrent à Ndundusana (clan Zogi) gressant vers l’ouest. Un peu plus loin à l’intérieur, ils
ou s’établirent près de Mondjamboli (clan Damba), ont découvert les sources de la Lulonga, la Lopori
dans le territoire de Bumba. D’autres (clans Bige, et la Maringa. C’est ainsi que fut occupée toute la
Bo et Kande) s’introduisirent parmi les Ngombe, contrée de la rive gauche, entre le fleuve Congo et
dans le territoire de Lisala. Les Mondunga de Lisala, la Lulonga.
les plus nombreux, comprennent les groupements Cette région fut alors le théâtre des affronte-
Ngali (Ngali Wele et Guga), Mombilu (Mombilu et ments entre les Ngombe-Doko et les Mongo, entre
Lupembe), Kania et Madjalanga, près de Bolongo, au les années 1830 et 1890. Les Mongo furent refoulés
nord de Lisala. vers le sud, jusqu’au bassin de l’Ikelemba, dans le ter-
Les Mondunga n’étaient pas un peuple belliqueux. ritoire de Bolomba, et vers l’est, jusqu’aux sources de
Ils furent dispersés et absorbés par divers groupes la Lopori, dans les territoires de Bongandanga et de

54
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Basankusu. Ainsi, dans le vaste territoire de Bongan- Ngbongi et Bongongola du territoire d’Aketi, fronta-
danga, les Mongo ne constituent qu’une petite mino- lier du secteur Itimbiri dans le territoire de Bumba.
rité, dans le Sud-Est. En outre, les secteurs Kolongwandi, Ngbongi et
Les Mongo qui habitent le territoire de Bongan- Bondongola du territoire d’Aketi sont intégrés dans
danga appartiennent au groupe « Yamongo » (formé un même bloc géographique (dans le sens du nord
de Mongo Bolaka et de Mongo Nkole) et au groupe au sud) avec les secteurs Loeka et Yandongi du terri-
« Ntomba ». Les premiers occupent la région entre la toire de Bumba.
rive gauche du fleuve Congo et la rivière Lopori, les À travers les récits de migrations que l’administra-
seconds peuplent le sud de la Lopori. Ils occupent teur territorial Saerens reproduit ci-dessous, il s’agit
le secteur Bongandanga et une partie du secteur d’identifier les facteurs de cohésion ou de désagréga-
Boso-Simba. Pendant les guerres qui durèrent plus tion ayant abouti à la situation actuelle, caractérisée
de cinquante ans, plusieurs clans mongo furent sou- par la dispersion des clans liés à ces peuples, dans
mis et absorbés, et plusieurs prisonniers livrés aux cette région qui intègre aussi la partie est du district
commerçants du fleuve (Bokongo 2011). de la Mongala (Saerens 1953). L’espace de ce district
fut à plusieurs reprises imbriqué dans l’organisation
administrative des autres districts du Nord-Ubangi,
7. DIVERS AUTRES PEUPLES du Bas-Uele, de la Tshopo et de la Tshuapa. Pour
le cas traité ici, il s’agit plutôt de la partie entre les
Ces peuples se trouvent, pour la plupart, situés trois premiers districts cités. Dans les considérations
dans deux ou trois territoires différents et partagés générales de sa note du 17 juin 1914, en réponse à
entre deux ou trois districts. D’où le danger qu’ils la lettre 1493 du vice-gouverneur général à Stanley-
soient considérés comme peuples n’étant représenta- ville, le commissaire général Wiertum (?) de la pro-
tifs d’aucune de ces entités administratives, surtout, vince de Stanleyville écrivait, à propos des frontières
lorsque parmi eux, aucun ne s’impose vraiment dans internes entre les districts du Bas-Uele, des Bangala
les sphères politiques ou sociales. Favorisée par le et du Haut-Uele :
contexte de la tradition orale, la domination socio-
culturelle de ces groupes, par d’autres peuples démo- « La chefferie indigène peut être considérée comme la
graphiquement ou socialement dominants dans un cellule initiale de notre organisation administrative.
territoire, ou leur intégration peut aboutir à ce qu’ils Elle ne peut être scindée, pour, en conséquence de
soient oubliés ou faire croire qu’il s’agit d’un seul délimitations territoriales arbitraires, être administrée
peuple. de deux endroits différents. Les limites des circonscrip-
Si les Mondunga sont présents dans le territoire tions devraient donc être constituées par les limites des
de Lisala, d’autres groupes bondunga se retrouvent chefferies sauf exception, par exemple le long des fron-
dans le territoire de Bumba, frontalier de celui tières internationales, dans les territoires dépourvus de
d’Aketi (district du Bas-Uele). Mais s’agit-il réelle- population.
ment du même peuple ? Dans le territoire d’Aketi, D’une part, ces limites de chefferies sont encore loin
une chefferie Bondunga-Bokoi fut même organi- d’être fixées partout d’une façon définitive, dont les
sée, avant d’être supprimée plusieurs années plus détails sont souvent de l’ordre topographique, et enfin
tard (en 1953). Diverses données figurant dans la nos cartes entièrement imparfaites comportent des
source utilisée dans le rapport de C.L.M. Saerens, erreurs et des blancs qui eux sont de l’ordre géogra-
administrateur du territoire d’Aketi, pour étudier phique. Ces considérations rendent pratiquement
ces peuples lient ces derniers au groupe bantou, plus impossible la description des limites rationnelles.
précisément aux Ngombe. Quant aux Bokoi et aux Je proposerais […] que les décrets à paraître limitent
Bondunga (dont l’orthographe est parfois Bodunga), la description des frontières à l’énumération des chef-
ils sont reconnus appartenir à la « tribu Mabinza », feries en bordure. La souplesse d’un texte de l’espèce,
majoritairement présente dans le Bas-Uele. Mais ces tenant compte de l’insuffisance de notre documenta-
deux groupes ne se reconnaissent aucun lien entre tion, permettrait l’adoption automatique et continue
eux, si ce n’est leur origine commune des Mabinza. du texte en progrès de nos connaissances géogra-
Cette entité, jadis dénommée sous le nom ethnique phiques et ethnographiques. Seul ce procédé me paraît
de Bondunga-Bokoi, deviendra le secteur Yoko, de nature à concilier les limites théoriques avec les
avec des parties intégrées dans les autres secteurs limites pratiques.

55
MONGALA

[...] je me permettrai de suggérer une division de la Djendje et le chef Lingolo. Il a été condamné à 2 mois
colonie en districts, ayant comme plan directeur la de SPP avec plusieurs membres de sa famille. En conseil
répartition sur le territoire de grands groupes de popu- de notables il a été remplacé par son fils Atimba, mal-
lations apparentées. Cette méthode, si elle offre l’incon- gré que celui-ci eut provoqué l’insoumission. En réalité
vénient fatal de créer des unités variables en étendue Lingolo fit preuve dans cette affaire de maladresse et de
et en population (toute autre division est d’ailleurs poltronnerie, si pas lâcheté […]
variable à l’un de ces points de vue) permettrait sans Des difficultés sont créées également à la limite du ter-
nul doute une beaucoup plus grande adaptation de ritoire de Basoko : i) par les agissements des fils de l’ex-
l’administration et des administrés » (Wiertum 1914). chef Legabo, qui pour le moindre motif, se réfugient en
forêt en territoire de Basoko, où ils se livrent à la chasse
En 1912, les Bobela, un groupement de Mon- illicite. ii) par le retour périodique de petits groupe-
dunga, avaient été intégrés administrativement dans ments wahanga indésirables de Basoko, qui se cachent
le territoire de Mandungu ; ils avaient été organisés en forêt en territoire d’Aketi.
en chefferie en 1908, sous le commandement de Lingolo, chef notablement en progrès. Égoïste vivant
Mokwa, chef investi le 15 août 1908. en marge de la société indigène. Bon organisateur,
intelligent et travailleur, manque de courage devant le
Dans le territoire d’Aketi (district du Bas-Uele), le moindre groupe d’indigènes, qu’il croit hostiles à son
rapport annuel AIMO signale, en 1938 : égard. Caractère poltron. N’est un chef né, mais le type
de l’extra-coutumier parvenu. Bon juge. »
« Chez les Bondunga, étudier sérieusement la situation
intérieure de cette chefferie afin d’y découvrir et remé- Le clan entier des Lipoti (cf. infra) du groupe
dier au malaise qui existe actuellement et qui fait que Mondunga s’est installé sur la Lese, en territoire de
plusieurs centaines d’indigènes de ce groupement sont Bumba chez les Bopandu (Makanga, fils de Ngolima).
en fuite vers les territoires de Basoko et Bumba. S’occu- Le 9 février 1914, le commissaire de district ff
per de la rééducation du chef Lingolo Joseph et essayer (faisant fonction) du Bas-Uele s’adressait ainsi au
de le faire revenir à une meilleure compréhension de gouverneur général :
ses fonctions de chef indigène. »
« Une […] rectification sera nécessaire pour établir
Dans le rapport annuel AIMO de 1939, l’admi- définitivement la limite des districts des Bangala et du
nistrateur territorial d’Aketi, M. Saerens, relève (Sae- Bas-Uele. La plus grande partie des chefferies Mabenza
rens 1953) : et Boganga administrées par Ibembo se trouve théori-
quement dans le territoire de la Lese. La droite partant
« En octobre, l’administrateur territorial (J.J. Van de du point de rencontre de la crête de partage des eaux
Velde) séjourna plusieurs jours en chefferie Bondunga Ubangi-Congo et du méridien 23° 30’ de longitude E et
et y procéda au contrôle de l’étude effectuée […] dans aboutissant à l’embouchure de la Yoko fractionne plu-
cette chefferie en avril 1934. À cette occasion, la ques- sieurs chefferies dépendant du territoire de Gô (district
tion des fuyards Bodunga-Bogenza fut examinée, de du Bas-Uele) » (Saerens 1953).
même que celle des chasseurs wahanga. Ces questions
furent définitivement liquidées suite à une rencontre Cette demande traduit l’opposition à l’informa-
avec l’AT de Basoko à la source de la Mangala, affluent tion que donne, de Mandungu, le 29 décembre 1913,
de l’Aketi. L’AT a également profité de sa tournée pour l’administrateur Chabeau du territoire de la Lese
mettre le chef Lingolo en garde contre son manque de dans le district des Bangala à son collègue du terri-
tact vis-à-vis de ses notables, chefs de groupement. toire d’Ibembo dans le district du Bas-Uele.
[…] le chef Lingolo continue à me faire mauvaise
impression. Il est égoïste, très égoïste, ne songe qu’à « […] À la demande de Monsieur le commissaire de
ses propres affaires au lieu de celles de sa chefferie. district des Bangala, je vous prie de vouloir bien me
Malgré de nombreuses admonestations, Lingolo n’est faire connaître la position géographique de votre terri-
pas devenu plus diplomate dans ses relations avec ses toire, ainsi que la déclinaison magnitique (sic).
notables. Je vous prie également de vouloir bien me faire parve-
[…] Au mois de juillet [1940], le sous-capita Lisasi, s’est nir les registres 201 et de recensement pour les popu-
rendu coupable de rébellion contre le chef de groupe lations qui se trouvent sur la rive gauche de la Yoko et

56
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

sur la rive gauche de la Tshimbi et chez lesquelles vous rait le poste d’Ibembo chef-lieu du territoire de Gô
avez perçu l’impôt jusqu’à ce jour. dans une position tout à fait excentrique par rapport
Monsieur le commissaire de district des Bangala me aux populations et devrait par ce fait être déplacé à Gô.
fait savoir que je dois percevoir l’impôt chez toutes Mais les installations de ce dernier poste de transit ne
les populations comprises dans les limites fixées par nous permettraient pas de le faire.
l’AR du 28 mars 1912 et l’ordonnance d’administration PS. Je transmets en annexe un croquis indiquant à quoi
générale du 1er mars 1913. deviendrait la limite de cette partie du district si on s’en
Je vous serais donc obligé, Monsieur le chef de terri- tenait à l’arrêté royal. La droite joignant le point d’inter-
toire, de vouloir bien me faire parvenir copie de la carte section de la crête de partage des eaux Congo Ubangi–
concernant ces territoires. » Uele avec le méridien 23° 30’ Est, à l’intersection de
la Yoko coupe de nombreuses chefferies et laisse les
Les autorités responsables des districts du Bas- autres à l’ouest » (Fonds d’archives B. Verhaegen).
Uele et des Bangala se disputèrent certaines parties
de l’espace et des populations frontalières de l’Itim- Cette requête obtint le soutien du vice-gouver-
biri. Une requête fut introduite par le commissaire neur général de la Province-Orientale qui, dans sa
de district (CDD) du Bas-Uele auprès du vice-gou- lettre du 22  janvier 1915, renforçait l’argumentaire
verneur général de la Province-Orientale, le 6  jan- présenté. Le gouverneur général F. Fuchs, finalement
vier 1915, contre l’arrêté royal du 28  mars 1912 et convaincu, écrivit dès lors au CDD des Bangala, le
l’ordonnance d’administration générale du 1er  mars 9 avril 1915 :
1913, qui lui en retirait la gestion, en ces termes :
« Comme suite à la lettre de M. le vice-gouverneur
« […] Les populations qui devraient être placées sous général de la Province-Orientale n°45/B du 22 janvier
l’administration du territoire de la Lese sont de deux 1915, dont ce haut fonctionnaire vous a envoyé copie
tribus distinctes, les Mabenza et les Mobati. Les pre- pour information, j’ai l’honneur de vous faire savoir
miers se rattachent fortement aux divers clans éparpil- que je me rallie aux considérations qui y sont émises
lés sur l’Itimbiri et entre cette rivière et la Lulu ; les 2e en ce qui concerne l’administration des chefferies de
sont originaires de l’Uele et ont émigré jusque Mobeisa l’Itimbiri.
à la suite de l’invasion azande. Je vous prie, en conséquence, de bien vouloir consi-
Mais toutes ces populations ont des liens familiaux et dérer les chefferies Liboke, Mogbengwe, Likungu,
économiques très intimes avec les indigènes de tout le Andjiwi, Mabola et Abole, que vous revendiquez pour
territoire de Gô et de la région de la Likati. Leur sépa- être attachées au territoire de la Lese, comme devant
ration d’avec le district du Bas-Uele entraînerait des être administrées provisoirement par le territoire
difficultés nombreuses et la conséquence la plus grave d’Ibembo. »
qui en résulterait serait la dispersion de nos efforts pour
enrayer l’introduction de la maladie du sommeil qui Ainsi le territoire de Bumba et le district de la
règne à l’état endémique dans nombre de chefferies de la Mongala perdirent cet espace. Cette dispute admi-
Lese et a épargné jusqu’ici celles du territoire d’Ibembo. nistrative gagnée par les responsables du district du
Les travaux du docteur Olivier ont en effet démontré Bas-Uele aboutit à ce que le territoire de Bumba,
que toutes les chefferies du territoire d’Ibembo-Gô sont dans le district de la Mongala, coupe très fortement
indemnes. Les quelques cas constatés aux environs du le passage en ligne droite du territoire de Yakoma,
lazaret même et sur l’Itimbiri-Rubi seront facilement dans le district du Nord-Ubangi, aux territoires de
éliminés. Il n’est pas douteux que par les relations que Yahuma et Basoko, dans le district de la Tshopo.
devraient forcément avoir les chefferies qui passe- Les secteurs Kolongwandi, Ngbongi et Bondongola
raient au district des Bangala avec la région infectée auraient pu géographiquement revenir au territoire
de Mandungu, et par suite des relations impossibles à de Bumba ou, au contraire, le secteur Itimbiri être
enrayer qu’elles ont en outre avec les Mobati de Likati- intégré dans le territoire d’Aketi. Le tracé des fron-
Bondo et les Mabenza de Gô, nous courrons le risque de tières entre les territoires de Bumba et d’Aketi pré-
voir s’introduire rapidement le fléau dans ces dernières sente des zones très brisées.
régions. Les limites administratives introduites par l’Ad-
Le passage des chefferies Liboke, Mogbengwe, Likungu, ministration européenne vont très fortement pertur-
Andjiwi, Mabola, Abole au territoire de la Lese place- ber la configuration sociale et économique existant

57
MONGALA

Source : section Histoire et Politique (MRAC), sur la base de la carte du territoire de Bumba, Institut géographique du Congo belge (IGCB), avril 1960.

au moment de son installation. Pour des raisons Yakoma, par vagues successives, dans l’ordre suivant :
diverses, dont certaines d’abord d’ordre sanitaire, Mobango-Budja-Mabinza, précédés par les Mongo
des peuples se sont séparés, jusqu’à faire croire que (Mbole-Mongandu), les Topoke, les Turumbu, les
ces limites reflètent réellement les frontières des Mongelema, les Mobesa, et suivis par les Ababua
cultures. En se référant au tableau ci-dessous, issu (Mobati, Mobenge, Bajew).
de l’étude produite par l’AT Saerens du territoire L’invasion soudanaise mongwandi (ou ngbandi),
d’Aketi, en 1953, sur les populations mondunga et vers 1750, imprima à ces migrations une direction
bokoi intégrées, en majorité, dans le district du Bas- ouest-sud-est.
Uele, il apparaît que les contacts avec les Budja du Les Abandia (Mongwandi azandéisés) appa-
territoire de Bumba, dans le district de la Mongola, rurent, entre 1800 et 1850, au sud de la Bili et y pro-
ont été nombreux depuis le temps des migrations. voquèrent de nouvelles perturbations. Vers 1887, les
Les Bondunga11 et les Bokoi constituent respective- Arabo-Swahili arrivèrent dans la région de Basoko,
ment la 2e et la 4e branche des Mabinza, un peuple d’où ils se répandirent dans l’Uele, bousculant toutes
habitant majoritairement le territoire d’Aketi, dans le les populations trouvées sur leur route. La pénétra-
Bas-Uele, et apparenté aux Ngombe bantous. tion européenne, qui coïncida approximativement
Les Ngombe (cf. supra) vinrent de l’ouest, vers avec celle des Arabo-Swahili, amena, après avoir pro-
1700, en ayant adopté une direction ouest-est, et voqué quelques remous, la stabilisation de ces popu-
auraient pénétré dans les Uele, en passant au sud de lations à l’endroit où elles se trouvent actuellement.
Les Mabinza, en émigrant, se murent dans
11  On garde ici le B au lieu de M pour désigner ce peuple, en l’ordre suivant : a) Bondjamboli (orthographié aussi
conformité avec la source des données. Bodjamboli) ; b) Bongi ; c) Bokoi ; d) Bodzuba ;

58
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Généalogie réalisée par la coordination du projet sur la base des archives du MRAC.

Source : partie de la carte de De Rouck. 1947. Atlas du Congo belge, planche 5, Congo Nord-Est.

59
MONGALA

e) Bondunga ; f) Bongulu. Il est possible que tous ces (les Bokalaka), les Bodi et une famille bopandu (les
groupes ne se retrouvent plus aujourd’hui dans le Bondali), se retirèrent vers Ibembo dans le Bas-Uele.
seul espace de la Mongala. Entre-temps, les Bokpwondo et les Bobibi avaient
quitté leur emplacement du confluent Elongo-Amba
a) Bondjamboli et s’étaient fixés entre l’Elongo et la Tshimbi. C’est
Venant de l’ouest et passant au sud de Yakoma, les là que les rescapés de la Lulu les rejoignirent et se
Bondjamboli suivaient de près les Budja. Arrivés aux reconcilièrent avec eux.
sources de la Tshimbi, ils imprimèrent à leur mou- Peu de temps après, les Bondali (Bopandu), les
vement migratoire une direction sud-sud/est, repre- Boganga, les Bokpwondo, les Bobibi, les Bokalaka
nant la route empruntée par les Budja, avec lesquels (Bodembu) et les Bodi s’unirent aux Bodongola
ils avaient de nombreuses alliances matrimoniales, pour attaquer les Budja de Motuke, qu’ils vain-
et s’installèrent entre la Moka et la Loeka. quirent et forcèrent à repasser l’Itimbiri aux environs
de Mandungu. Ils occupèrent les cases et plantations
b) Bongi des Budja défaits, mais les hordes arabo-swahili les
Ils comprennent les clans : Bopandu, Boganga, dispersèrent bientôt, emmenant nombre d’entre eux.
Bokwondo, Bodi et Bodembu. Avec l’arrivée des premiers occupants européens, la
La migration des Bongi s’est faite, elle aussi, par le défaite des Arabo-Swahili changea la donne. La libé-
sud de Yakoma. Mais ils constituaient l’avant-garde de ration des captifs permit aux Bondali de rejoindre
la masse ébranlée des Mabinza, après que les Bond- le gros des Bopandu à Buta, lors de la constitution
jamboli eurent obliqué vers la région Mioka-Loeka. de la chefferie Boganga-Amandjudu-Kpwondo, en
Ils ne furent pas inquiétés par la poussée soudanaise novembre 1931.
des Mongwandi et continuèrent leur mouvement
ouest-est entre l’Uele et la Likati, jusqu’à hauteur de c) Bokoi
la rivière Gabu (affluent gauche de la Likati). Ils comprennent les clans boganga, amandjudu,
Cette migration se déroula en contact avec les ndunga, litandi et egbanda.
Mobati, auxquels ils s’allièrent par mariage ; instal- Venus, comme les autres Mabinza, de l’ouest en
lés avec ceux-ci dans la région de Likati, les Bongi passant au sud de Yakoma, les Bokoi s’installèrent à
se « mobatisèrent », adoptant la langue, les us et cou- la rivière Mutuane (affluent de droite de la Tshimbi),
tumes de leurs alliés. où ils étaient, en 1870, en rapport étroit avec les
L’invasion abandia obligea les Bongi, ainsi que les Budja Yabiambi-Yawongo et Bosambi, les Bondjam-
Mobati, à décamper. Les Bongi passèrent la Likati, boli et les Bondunga.
près du confluent de la Gabu, s’infiltrèrent entre les L’invasion mongwandi-abandia, bousculant Mo-
sources de l’Elongo et de l’Amba, bousculèrent les bati et Bongi, obligea les Bokoi à décamper. Une
Boyeka (Bodzuba), occupèrent le pays du confluent fraction des Bokoi (Ndunga, Litandi et Egbanda)
Elongo-Amba et s’installèrent à l’emplacement de ces remonta la Tshimbi, faisant route commune avec une
derniers. Là, les Bobibi (Badzuba), qui avaient quitté fraction des Bodzuba (Bokema, Bobongo et Amaifa).
la Makonde (affluent de la Tshimbi), se joignirent Alors que ceux-ci s’installaient aux environs de l’an-
aux Bokwondo, auxquels ils s’allièrent par mariage et cien poste de Mombongo, les Bokoi s’établirent aux
adoptèrent la langue, les us et coutumes lebati. environs de l’ancien poste de Dundu-Sana, puis une
Cependant, une bagarre sérieuse se produisit fraction de ces Bokoi alla s’installer à l’ancien poste
entre les Bokpwondo d’un côté, et les autres clans de Gongo (à plus de 200 km de leur point de départ).
bongi : Bopandu-Boganga-Bodembu-Bodi, bagarre La deuxième fraction des Bokoi (Boganga et
qui provoqua la dislocation des Bongi. Les Bopan- Amadjudu) descendit la Tshimbi, en contact avec les
du-Bonganga-Bodi traversèrent l’Itimbiri et se diri- Boyeka (Badzuba), et s’installa entre la Mandeko, la
gèrent vers la Lulu, mais la poussée abandia de Mo- Besese et la Tshimbi. Lorsque les Bongi attaquèrent
zua scinda à nouveau ces clans bongi : les Bopandu, les Budja de Motuke, les Bokoi se retirèrent prudem-
sauf une famille, les Bondali, et la grosse partie des ment, après avoir contourné les Bongi agressifs, sur la
Bodembu (les familles Bolibia et Bobangwa) fuirent gauche de la Tshimbi, et s’installèrent aux Mongangi,
en direction de la Tele et de la Rubi (ils s’installèrent Bwali, Mongulo, Amboko et Malekati, que venaient
en 1953 en territoire de Buta, chefferie Bwata), tan- de quitter les Bodume et les Anzani, partis s’installer
dis que les Boganga, la partie restante des Bodembu à l’Ekongo et son affluent Malikombe.

60
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Les Arabo-Swahili les dispersèrent. Mais cette sud ; dans ce mouvement, ils poussèrent devant eux
période fut brève, en raison de l’arrivée des Euro- les Boyeka-Bobinga (Bodzuba), qui se retirèrent vers
péens. Les Bokoi purent ainsi retourner à leur la Tshimbi. Les Bobibi, toujours en compagnie des
emplacement. Bokpwondo, s’installèrent au confluent Elongo-Am-
L’imposition du caoutchouc par les Européens ba, que venaient de quitter les Boyeka-Bobinga, et sur
força les Bokoi, qui ne trouvaient que très peu de les rivières Gongo et Tshambo, affluents de l’Amba.
caoutchouc sur place, à émigrer. Ayant vainement Une dispute éclata entre les Bokpwondo et les
essayé d’en récolter chez les Boganga (Bongi), sur la autres clans bongi, dispute qui dégénéra en bagarre
Bukuna, et chez les Bodumbe, sur la Malikombe, qui sérieuse. Au même moment, les Abandia revinrent
refusaient de les recevoir, ils décidèrent (vers 1905) à la charge. Tandis que les autres clans bongi tra-
de s’installer sur la rive gauche de l’Itimbiri, entre la versaient l’Itimbiri et se dirigeaient vers la Lulu, les
Yoko et l’Ekoto, où on les retrouvait encore en 1953. Bobibi et les Bokpwondo traversèrent l’Elongo et
s’installèrent entre l’Elongo et la Tshimbi.
d) Bodzuba C’est là qu’ils furent rejoints par la fraction de
Ils comprennent les clans bodongo, boyeba, bo- Bongi, partis vers la Lulu, et décimés par les attaques
binga, boboso, bobibi, bokema, bobongo et amoifa. abandia de Mozua.
Venus de l’ouest par le sud de Yakoma, les Bodzu- Peu de temps après l’arrivée de cette fraction des
ba descendirent la Likati. Les Amoifa, Bobongo et Bongi, les Bobibi participèrent aux attaques conju-
Bokema s’installèrent entre les sources de la Kabe, guées des Bongi-Bodongola contre les Budja, com-
de la Likati et de la Tshimbi ; les Bobibi, sur la Motali, mandées par Eseko et Motuka (région de Mandun-
affluent de droite de la Likati ; les Boboso, sur la Ma- gu). Les Budja furent défaits et contraints de passer
konde, affluent de gauche de la Tshimbi ; les Boyem- l’Itimbiri, aux environs du poste de Mandungu, pen-
ba et les Bobinga, aux sources de l’Elongo, dans la dant que les Bongi s’installaient dans leurs villages.
région du confluent Amba-Elongo ; les Bodongo, sur Cependant les Arabo-Swahili surgirent peu de
la rivière Bukanga. temps après, et ce fut la débandade générale. Cette
période fut de courte durée, en raison de l’arrivée des
• Amoifa, Bobongo et Bokema Européens, qui renvoyèrent les prisonniers dans leur
Lors de la poussée mongwandi-abandia, pour- village.
chassant les Bodongola et les Bongi, ces trois clans
fuirent en direction de Lisala-Bumba : les Bokema, • Boboso
chez le chef Bô, les Bobongo, chez le chef Adu et les Ils avaient tenté, au départ, de s’installer sur la rive
Amoifa, chez le chef Mapeka. gauche de la Likati, au confluent de la Motuli, mais
les difficultés avec les Ababua de Muma (chef Mae-
• Bobibi ma) les firent évacuer ces lieux. Ils s’installèrent sur la
Ils se trouvaient installés sur la Motali, à proximi- rivière Makunde, rive droite de la Likati, au voisinage
té des Boboso, qui, eux, avaient établi leurs villages des Bobibi, d’un côté, et des Budja, de l’autre côté.
sur la Makonde. Bobibi et Boboso sont d’ailleurs Les Boboso se séparèrent des Bobibi à la suite
issus de mêmes parents et vivaient en union étroite. d’une bagarre (cf. supra). Alors les Bobibi s’en al-
Cependant, une bagarre, au cours de laquelle un lèrent vers l’est. Les Boboso restèrent installés sur
Boso eut un œil crevé, mit les deux clans en rivalité. la Makonde, dont ils furent délogés par les Bodon-
Pour se soustraire à la vengeance des Boboso, les gola, eux-mêmes pourchassés par les Mondongwali-
Bobibi quittèrent en toute hâte leur emplacement sur Abandia.
la Motali et s’en allèrent vers l’est, en suivant « Bu- Les Boboso se réfugièrent chez les Budja du chef
samana » (la crête de partage des eaux de la Likati Eseko, où ils restèrent jusqu’au moment où, à la suite
et de l’Itimbiri). Aux sources de l’Elongo, ils furent de réclamations de la part des Bobibi, les Européens
recueillis par les Bokpwondo (Bongi), chez qui ils les renvoyèrent près de ces derniers.
s’installèrent. Des échanges de femmes se firent et les
jeunes Bibi apprirent la langue de leurs protecteurs : • Boyeka et Bobinga
le lebati. Au terme de leur migration en provenance de
Mais les attaques continuelles des Abandia obli- l’ouest, les Boyeka-Bobinga s’installèrent dans la
gèrent les Bobibi et les Bopwondo à émigrer vers le région du confluent Amba-Elongo (cf. supra). Les

61
MONGALA

Bongi, poussés par les Mondongwali-Abandia les • Bobela


en délogèrent. Les Boyeka-Bobinga rejoignirent les Ils s’installèrent près des sources de la Yoko, mais
Bobanda (Bondunga) près de la Tshimbi (Motua- au nord des Bogenza, sur la Manionio (affluent de
ma), avec lesquels ils contractèrent des alliances gauche de la Yoko) et sur l’Ekoko, en contact avec
matrimoniales. les Budja de Ngolima. Une fraction des Bobela, les
Au moment où les Bongi, de concert avec les Baengu, continua sa migration, traversa la Lese et
Bodongola, attaquaient les Budja de la région de s’installa près des Basali sur la Lula.
Mandungu, les Boyeka–Bobinga, en nombre insuffi-
sant, contournèrent les agressifs Bongi et s’en allèrent • Lipoti
rejoindre les Bodongo. Ils s’installèrent près des Yamokindi (Bobela),
auxquels ils s’allièrent par mariage, mais seule une
• Bodongo fraction des Ndjandju se fixa. Les autres Lipoti
Suivant de près les Boyeka–Bobinga dans leurs (Ndjandju, Atuka, Boleko et Bogbolo) continuèrent
migrations au sud de Yakoma, les Bodongo s’instal- vers la Lese, qu’ils descendirent et s’installèrent chez
lèrent sur la rivière Bukanga, affluent de l’Elongo. Ils Makanga (sur la basse Lese).
ne furent pas inquiétés par la poussée mongwandi-
abandia. Les Boyeka-Bobinga les y rejoignirent après • Motshali
leur retraite devant les Bongi-Bodongola, attaquant Ils s’installèrent sur l’Ebanga, la Musungulia,
les Budja. L’arrivée des Arabo-Swahili les disper- la Yoko et la Mokorongba. Deux Djaba (Liseka et
sèrent momentanément. Les Européens replacèrent Ambeka) quittèrent leur emplacement à la Moko-
les Bodongo, Bobela-Boyenga sur la rive gauche de rongba, traversèrent la Yoko, puis la Lese et allèrent
l’Elongo. s’installer chez les Yamondaie (Yamundudu) sur la
Matshuapa, affluent de droite de la Moliba (ces Dja-
e) Bondunga ba, nombreux, se dénomment « Yakamera » en terri-
Ils comprennent les clans aboso, bodimbu (Bo- toire de Basoko).
gongia), amakise (Bokengere), bobela (Bokengere),
motshali, bogenza, bobeia, lipoti et bobanda. • Bobeia
Au terme de leur migration par le sud de Yakoma, Ils s’installèrent sur la Meso, la Mahapi, la Men-
les Bondunga se fixèrent sur les terres situées entre gune et la Mosasene (affluent de l’Aketi). Une frac-
les sources de la Tshimbi et de la Loeka, au voisinage tion des Bobeia, les Libobe, continua sa migration,
d’une fraction des Bodzuba, Bokoi, Badjamboli et remonta l’Aketi, traversa les sources de la Lese et
Budja. s’installa chez les Mahinga de Basoko (d’après l’étude
Sous la pression de l’invasion soudanaise mon- du CDD adjoint Brandt du 28  décembre 1928, ces
gwandi (qui ébranla en même temps les Bodzuba, Mahinda parlaient le « likengere » avant d’adopter le
Bokoi, Bodjamboli et Budja), les Bondunga se diri- dialecte mongelima).
gèrent vers le sud, poussant devant les Mobango et
les Budja. Arrivés en région de Lolo, ils essayèrent de • Amakise (Bokengere)
franchir l’Itimbiri jusqu’aux environs de l’Ekama, où Ils s’installèrent sur la Mahanga et la Mopemba,
une scission se produisit : les Bobanda remontèrent affluents de l’Aketi.
vers le nord pour s’installer sur la Motuame (affluent
de droite de la Tshimbi) au voisinage des Boyeka– • Bodimbu (Bogongia)
Bobinga (Bodzuba), les autres clans longèrent l’Eka- Ils s’installèrent sur les rivières Mopepe, Mekok-
ma, traversèrent l’Itimbiri au niveau de Mandungu pa et Matanga, affluents de la Rubi.
et s’y installèrent.
• Aboso
• Bogenza Ils s’installèrent sur la rivière Mosongolia, af-
Ils s’installèrent près des sources de la Yoko. fluent de la Rubi.
Cependant, les Madidi, la branche cadette, conti-
nuèrent leur migration et suivirent les Bungbola Survint l’invasion des Abandia, sous la conduite
(Mehanga) sur les rivières Lotili, Likonde, Biolo, de Mozua. Celle-ci, longeant la rive droite de la Li-
Biambo et Bubu (affluent de droite de la Lulu). kati, passa l’Itimbiri (Rubi) entre l’embouchure de la

62
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Likati et celle de l’Aketi, bousculant les Bongulu, mais –– en 1912, Liaudet (chef de secteur de la Likati dans
provoquant peu de remous parmi les Bondunga éta- le Bas-Uele), constatant que les Libote, famille
blis entre l’Aketi et l’Ekoko. Mozua conduisit ses mi- du clan Bobeia, parlaient le dialecte mongelima,
lices à la Lulu, où il mit en fuite, d’abord, puis soumit et les considérant comme Mongelima, obligea
les familles bondunga (Libote et Madidi) ainsi que ce groupement, sous la conduite de Bundaka, à
les Bongbola et les Mehanga. Avec eux, Mozua fit la émigrer vers Mapalama. Bunduka rentra chez les
guerre aux Mobango, Bogengere, Baloma, Mabindja. Bobeia en septembre 1930, ne ramenant cepen-
Il s’apprêtait à marcher sur Basoko, lorsqu’une épi- dant qu’une partie des Libote.
demie de variole le terrassa. À ce moment, surgirent
les Arabo-Swahili qui, de Basoko, montèrent vers le f) Bongulu
nord, razziant tout le pays parcouru. Wali, frère de Ils comprennent les clans Bobi, Bogura, Bo-
Mozua, prit le commandement des Abandia, mais kombe, Bodumbe. Les Bongulu constituent l’arrière-
ceux-ci, décimés par la variole, furent défaits, s’en- garde des Mabinza. Au terme de leur migration du
fuirent vers le nord-est, traversèrent la Tele et la Rubi sud de Yakoma, ils se fixèrent aux sources de la Likati
et se dirigèrent vers l’embouchure de la Bali. et de la Motulu. Pressés par les Mongwandi venus
Les Arabo-Swahili continuèrent, après avoir du nord, ils longèrent la rive droite de la Likati. Les
soumis les Madidi et les Libote, leur marche vers le Bodumbe s’installèrent sur les rivières Monguma
nord, mettant en fuite les Bongulu, soumettant suc- et Tinda ; les Bogura, sur la rivière Budai (Bungu-
cessivement les Bondunga, parmi lesquels les Ama- tana) ; les Bobi, entre les rivières Kumba et Likati ; les
kise et les Bobeia se battirent farouchement : c’est à ce Bokombe, avant-garde des Bongulu, traversèrent la
moment que leur fut attribué le surnom de « Boken- Rubi (Itimbiri) et occupèrent les terres entre la Tele
gere », qui signifie « fourmis noires vénéneuses ». Les et la Yoko.
Arabo-Swahili se servirent ensuite des Bondunga, Attaqués par les Abandia venant du nord, sous la
et surtout des Bokengere, pour rançonner la popu- conduite de Mozua (battu par Bwali et Lalu Avuru-
lation de toute la région de l’Itimbiri, y compris les Gatanga) et forcés de passer la Likati à son confluent
Bondunga eux-mêmes. avec la Zogi (poste de Likati), les Bobi, Bogura et
L’occupation européenne, parmi les Bondunga, Bodumbe furent contraints de traverser la Rubi et se
ne fut pas difficile. Seuls les Bokengere (Amakise- refugièrent sur les terres entre la Tele et la Lulu, où ils
Bobeia) résistèrent farouchement pendant près de furent rejoints par les Bokombe.
six années, ce qui se solda par d’importantes pertes, Les Abandia dépassèrent les Bongulu, qu’ils lais-
à la fois du côté des Bokengere et de l’EIC. sèrent à l’est et se dirigèrent vers la Lulu. Défaits par
À l’arrivée des Européens, aucun mouvement mi- les Arabo-Swahili, les Bobi s’enfuirent vers Buta,
gratoire ne se dessina parmi les Bondunga, à l’excep- où ils trouvèrent refuge chez Bopandu (Bongi),
tion des Bobanda, qui quittèrent l’Elongo et vinrent mais les Bogura, Bodumbe et Bokombe furent peu
s’installer entre les rivières Mokwadi et Dzongoli, au inquiétés. Les assauts des Arabo-Swahili venant du
voisinage des Boyeka-Bobinga (Budzuba). sud obligèrent les Bogura, Bodumbe et Bokombe à
Sous l’occupation belge, eurent lieu les migra- reprendre la direction du nord : les Bongura et les
tions suivantes : Bondumbe retraversèrent l’Itimbiri (Rubi) et s’en
–– en 1903, suite aux impositions du caoutchouc allèrent jusqu’aux sources de l’Elongo, les Bokombe
aux autochtones, les Bogenza, établis sur la Yoko, se retirèrent sur la rive droite de l’Aketi, en face de
rejoignirent leur branche cadette, les Madidi, sur l’embouchure de la Mekanga.
la Lulu ; À l’arrivée des Belges, les Bogura réintégrèrent
–– une partie de ces Bogenza revint de la Lulu, sous leur emplacement sur la rivière Budai (Bungutana)
la conduite de Legbalo, vers 1929-1930 (lors de et parvinrent à décider les Bobi, refugiés chez les Bo-
la réorganisation des chefferies en territoire de pandu à Buta, de rejoindre leur ancien emplacement
Basoko) pour s’installer entre la rivière Epoi et la entre la Kumba et la Likati. De même les Bodumbe
source de la Yoko ; retournèrent s’installer entre la Munguma et la Tinda.

63
MONGALA

RÉFÉRENCES
Bokongo, L. 1984. « Installation des Ngombe de l’Équateur ». Revue de pédagogie appliquée 4 : 246-272. Kinshasa.
Coquilhat, C. 1888. Sur le Haut-Congo. Paris : Lebègue & Co.
De Geist. 1922. Histoire des peuples du territoire de Lisala. Origine, migration, organisation foncière, familiale, sociale et
politique. Lisala.
De Rop, A. 1953. « Kanttekeningen bij : les pygmées du Congo belge ». Æquatoria 16 : 129-133.
De Rouck, R. 1947. Atlas géographique et historique du Congo belge et des territoires sous mandat du Ruanda-Urundi.
Bruxelles : De Rouck.
Engowanga Nsongo. 1983. « Histoire socio-économique des Bolia, du XVIIe siècle à 1911 ». Mémoire de licence en his-
toire. Université de Lubumbashi.
Lemaire, L. 1908. « Les Ngombe. Épreuve du poison. Danse macabre ». Mission en Chine et au Congo 3 : 67-71.
Maes, V. 1984. Les Peuples de l’Ubangi. Kinshasa : Saint-Paul.
Mokandonga Eyanga. 2006. « Les migrations des pêcheurs le long du fleuve à l’époque coloniale. Cas des Lokele, Basoko,
Boloki et Libinza (1910-1960) ». Mémoire de licence en histoire. Université de Kinshasa.
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 1980. « Histoire des peuples riverains de l’entre Zaïre-Ubangi : évolution sociale et écono-
mique (ca 1700-1930) ». 2 tomes. Thèse de doctorat en histoire. UNAZA, campus de Lubumbashi.
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 2003. « Villages entourés des fosses, abandonnés dans le Sud-Ubangi au milieu du XIXe
siècle ? À quels peuples appartenaient-ils ? » Annales Æquatoria 24 : 53-76.
Rapport annuel AIMO 1938 : Affaires indigènes, Province de l’Équateur. 1938.
Rapport annuel AIMO 1939 : Affaires indigènes, Province de l’Équateur. 1939.
Tshilema, T. 1974. « Histoire de l’organisation administrative de la population de l’ancien district de la Mongala (1888-
1960) ». Mémoire de licence. UNAZA.

Archives
Fonds d’archives B. Verhaegen, service Histoire et Politique, MRAC, dossier VII-BV/RDC Équateur n° 001 :
Bertrand. 1914 (17 juin). « Note du commissaire général Bertrand adressée au vice-gouverneur général de Stanleyville ».
Saerens, C.L.M. 1953. « Études Bondunga-Bokoi ». Document manuscrit. Fonds d’archives B. Verhaegen, service Histoire
et Politique, MRAC.

64
Carte géologique et minière de la Mongala.
Carte orographique et hydrographique de la Mongala.
Carte d’occupation du sol de la Mongala.
Fabrication de pailles pour la couverture des cases.
(Photo équipe locale, 2009.)

Danse des Bopoto à Bumba.


(Photo Antonio Lisuma, janvier 2013.)
Église Saint-André de Bumba, construite en 1932.
(Photo Antonio Lisuma, octobre 2011.)

Rond-point à Bumba.
(Photo équipe locale, mars 2011.)
Mgr Louis Nganga, évêque émérite du diocèse de Lisala.
(Photo Antonio Lisuma, 2013.)
Carte des transports dans la Mongala.
(MRAC, coordination projet, 2015.)
Carte des missions catholiques et protestantes dans la Mongala.
(MRAC, coordination projet, 2015.)
Distribution des titres forestiers dans la Mongala – juillet 2013.
Pirogues accostées au port de Bumba.
(Équipe locale, 2013.)
Avenue du Fleuve à Bumba.
(Photo Antonio Lisuma, septembre 2014.)

Tolekistes au stade de Bumba.


(Photo Antonio Lisuma, 11 février 2015.)
Vente de chenilles sur le marché.
(Photo Antonio Lisuma, août 2011.)

Transport de chenilles.
(Photo Antonio Lisuma, août 2011.)
Grues de l’Onatra, Bumba.
(Photo Antonio Lisuma, décembre 2010.)
Production artisanale d’huile de palme.
(Photo équipe locale, mars 2013.)

Récolte du soja après séchage.


(Photo équipe locale, 2013.)
Hôpital Notre-Dame de Bumba.
(Photo Antonio Lisuma, février 2013.)
Institut technique médical Notre-Dame de Bumba.
(Photo Antonio Lisuma, 2013.)

École de formation pour adultes.


(Photo équipe locale, mars 2013.)
CHAPITRE 5
LANGUES ET CULTURES

1. SITUATION LINGUISTIQUE Greenberg le classe dans la division 8 du sous-


En dehors des deux langues répandues dans tout groupe oriental avec le « mba » et le « dongo » ;
le district, le français, langue officielle, et le lingala, g. le « pakabete », parlé dans le secteur Yandongi,
langue nationale, chaque peuple de la Mongala a sa dans le territoire de Bumba ;
propre langue. Chaque langue présente quelques h. le « lipoto », langue des Bapoto, apparenté au lin-
variantes d’après la répartition géographique de l’eth- gombe, parlé par les riverains qui habitent le long
nie considérée. Les principales langues parlées dans du fleuve Congo dans les trois territoires de la
la Mongala sont les suivantes : Mongala ;
a. l’« ebudja », la langue des Budja. C’est une langue i. le « motembo », langue des Motembo, parlé par
bantoue qui, dans la classification de Guthrie, les riverains de la rivière Mongala et du fleuve
fait partie du groupe « Bangi-Ntomba ». Elle est Congo ;
parlée dans tout le territoire de Bumba, mais avec j. le lingala, langue nationale, la langue commune
diverses variantes formant chacune un dialecte : de tous les peuples du district de la Mongala.
–– le « mbila », parlé dans les environs de Bumba, De sa naissance, vers la fin du XVIIIe  siècle,
–– le « mondzamboli », parlé dans l’Ouest, jusqu’au milieu du XIXe siècle, le lingala – ou plutôt
–– le « bosambi », parlé au Nord-Est, le kibangi – ne remplit que des fonctions commer-
–– le « yaliambi », parlé à l’Est et au Sud-Est, ciales. Il était utilisé dans toutes les agglomérations
–– le « mobango », parlé dans le territoire de Ba- du fleuve, depuis Kinshasa jusqu’à Lisala, ainsi que
soko ; dans certains tronçons des principales rivières  :
b. le « lingombe », langue des Ngombe, parlé dans Ubangi, Ruki, Ikelemba, Lulonga et Mongala.
les territoires de Lisala et de Bongandanga ; L’adoption du lingala dans l’ensemble du district
c. le « lomongo », langue des Mongo, parlé dans le de la Mongala procéda d’un choix délibéré des mis-
territoire de Bongandanga, spécialement dans sionnaires de Scheut et des agents de l’État. Ainsi,
une partie importante du secteur Boso-Simba le lingala, le nouveau nom de l’ancienne langue du
(10 groupements sur 19) et dans tout le secteur fleuve, fut adopté comme langue d’évangélisation
Bongandanga ; et d’enseignement par les missionnaires, et comme
d. le « bwela » et le « ngbele », deux parlers de la langue de l’Administration et de l’armée par les
langue doko, en usage dans le territoire de Lisala, agents de l’État.
secteur Ngombe-Doko ; Tout le district de la Mongala fut évangélisé par les
e. le « lingombe-ngenza », parlé dans le territoire de Pères de Scheut, qui œuvrèrent pour l’élaboration de
Bumba, une partie du secteur Banda-Yowa ; la grammaire lingala et des manuels d’enseignement.
f. le «  ndungale  », langue des Mondunga. C’est Ceux-ci écrivirent aussi des livres religieux dans la
l’unique langue soudanaise parlée dans la même langue. Par l’enseignement et l’évangélisation,
Mongala, dans les territoires de Lisala et de le vicariat apostolique de Nouvelle-Anvers/Lisala
Bumba. Ce parler est classé dans le groupe lin- imposa le lingala dans tous les territoires. L’Adminis-
guistique Mba (L.U.4.) par Tucker et Bryan. tration utilisa, pour sa part, la même langue dans les

65
MONGALA

camps militaires d’Umangi et de Lisala. La position Les tresses des cheveux, bien que temporaires, font
du lingala se renforça avec le transfert du chef-lieu aussi partie de cet art universel du corps.
du district des Bangala de Nouvelle-Anvers à Lisala, Chez les Budja, par exemple, le tatouage faisait
en 1913. Les Ngombe et les Budja ont apporté leur partie de l’activité artistique. Il y avait des tatouages
part dans l’évolution du lingala. Ils parlent un lingala en forme de crête de coq : 4 ou 5 cicatrices obliques
ayant ses spécificités propres. Ainsi, chez les Budja au milieu du front pour les hommes, des cicatrices
on dit « Boni koto ? », au lieu de « Boni koo ? » et chez rondes sur les joues pour les femmes… Pour ce faire,
les Ngombe on dit « Akende abi », au lieu de « Akende on pratiquait des entailles avec une lame de fer tran-
kala ». chante. Après avoir essuyé le sang, on les enduisait
du suc sauvage litumba.
Les Ngombe des environs de Mankanza avaient
2. ART ET ARTISANAT des tatouages, que Camille Coquilhat décrivit
comme suit, en juin 1884 :
2.1. ART
« Les Ngombe n’ont pas la forme feuillue [comme les
Selon certains récits, il n’y aurait presque pas Ba-Ngala], mais celle du pois. Encore se distinguent-
d’œuvres d’art en bois, en pierre ou en argile (sta- ils en deux catégories. Les uns ont de très gros pois
tuaires ou masques) dans l’ensemble du district de en lignes espacées contournant les yeux, le front, les
la Mongala. L’ivoire ne sembla pas avoir joué un rôle pommettes, les lèvres et le menton. Les autres ont toute
important dans la fabrication des œuvres d’art. On la face ciblée de tous petits pois très serrés suivant les
n’en faisait que des marteaux pour battre l’écorce lignes du visage » (Coquilhat 1888 : 207).
des arbres qui servait à fabriquer des vêtements,
des pilons, des trompes, des cuillères et des objets Une description semblable est faite par Stanley à
de parure, tels que bracelets, jambières et épingles à propos des femmes de Langa-Langa, près de Lisala :
cheveux. « Il est à remarquer cependant qu’ils croient s’embel-
Les manifestations artistiques sont pourtant lir le visage en pratiquant mille petites incisions,
nombreuses chez les peuples de la Mongala. L’art entremêlées d’énormes ampoules semblables à des
s’intègre, en fait, dans la pratique de l’artisanat. Plu- tumeurs » (Stanley 1885 : 427).
sieurs objets forgés, comme les couteaux et les lances, Les tatouages, que l’on considère comme les
sont décorés. Les objets en bois, comme les pirogues, marques distinctives des peuples, sont en réalité liés
les gongs, les tam-tams sont également décorés de à des canons de beauté qui peuvent changer avec
divers motifs géométriques et parfois de représenta- le temps, parfois sous l’influence des voisins. Dans
tions animales, comme des reptiles. Les paniers et les environs de Lisala, les Bapoto, les Bwela et les
les nattes sont également ornés de dessins décoratifs. Ngombe étaient connus pour l’excès des tatouages.
Herman Burssens résume ainsi la situation : les La longue citation ci-après de Stanley décrit cet art
peuples de la Mongala faisaient usage des arts gra- du corps :
phiques. Quelques objets usuels étaient décorés
avec beauté. Certains boucliers avaient des dessins « Ici le tatouage est poussé à l’extrême ; toute la peau
géométriques ; des lances ainsi que des couteaux en est couverte depuis la racine des cheveux jusqu’aux
de jet et autres armes étaient superbement décorés. genoux. Les poitrines, véritables plastrons hiérogly-
Quelques lances, couteaux et boucliers avaient des phiques, sont marquées de figures en relief de toutes
ornements gravés ou peints (lignes parallèles, car- les formes : baguettes, losanges, carrés, nœuds, cercles,
reaux et arêtes). Des tambours et des tabourets de rosaces, lignes ondulées, etc. Aucune substance colo-
danse étaient ornés au moyen de fusain ; des pagaies rante n’a été introduite dans les incisions, ni dans les
des Babale (des riverains) tout comme certaines de piqûres ; la peau a été simplement torturée par l’injec-
leurs pirogues étaient artistiquement ornées (Burs- tion des matières irritantes, ou gonflée avec de l’air.
sens 1958 : 170). Quelques-unes des tubérosités obtenues par ce der-
Les autres éléments artistiques à signaler relèvent nier moyen sont de la grosseur d’un œuf de poule.
de l’art corporel. Ils comprennent les tatouages, par Les fronts ne portent pas moins de six baguettes allant
exemple sur le front et le nez, les tempes, les joues, la d’une tempe à l’autre ; de pareils cordons, également en
poitrine, le ventre, les bras, etc. et le limage des dents. nombre de six, courent le long des joues, et des lignes

66
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Femme bangala, à Zambeli. Femme ngombe.


(AP.0.0.6668, collection MRAC Tervuren ; photo A. Zambelli, 1904, (AP.0.0.10124, collection MRAC Tervuren ; photo Pelet, 1910,
© MRAC Tervuren.) © MRAC Tervuren.)

À Upoto, une scène de la cicatrisation (tatouage) de la figure.


(AP.0.0.2679, collection MRAC Tervuren ; photo Van Campenhout, © MRAC Tervuren.)

67
MONGALA

Femme bangala tatouée. Femme bwela à Umangi. Femme upoto à Umangi.


(AP.0.0.40064, collection MRAC Tervuren ; (AP.0.0.6662, collection MRAC Tervuren ; (AP.0.0.6661, collection MRAC Tervuren ;
photo Ch. Liebrechts.) photo A. Zambelli, 1904, © MRAC Tervuren.) photo A. Zambelli, 1904, © MRAC Tervuren.)

ondulées se rendent de la paupière inférieure à la com- du corps est ainsi en rapport avec les dents. À propos
missure des lèvres. Le menton est décoré de rosettes ; des riverains du fleuve, Coquilhat notait : « Les dents
le cou, orné de protubérances vésiculaires, semble sont limées en pointe et complètement séparées »
goitreux ; et tout le devant du corps fournit un vaste (Coquilhat 1888 : 210).
champ, où l’artiste a fait preuve de l’exubérante fertilité Un exemple type de cette pratique répandue dans
de son génie. Cette mode est poussée à un point d’exa- la région de la cuvette congolaise est illustré sur la
gération tel, que les gens du pays en sont hideusement page suivante. Il s’agit ici de la photo trouvée sur un
déformés ; quelques-uns d’entre eux n’ont plus figure autre peuple vivant plus au sud de la province de
humaine » (Stanley 1879 : 289). l’Équateur.

En 1883, Stanley notait que dans cette région de S’agissant de la coiffure, Camille Coquilhat note :
Langa-Langa, les femmes étaient tellement tatouées « Hommes et femmes disposent leur chevelure cré-
que leur corps devenait laid et les marchands d’es- pue en coiffures savantes à dessins compliqués et
claves n’en voulaient pas : variés dans lesquelles entrent surtout des tresses
en forme de cornes. L’huile de palme est leur pom-
« Quoi qu’il en soit, cette folie, ce crime de tatouage, a made : ils y ajoutent parfois, les N’Gombé surtout, un
rendu aux habitants de Langa-Langa un service auquel enduit noir d’argile graisseuse mélangée au charbon
ils n’avaient probablement pas songé. En se pratiquant de bois, formant d’énormes plaques ou des boules de
des incisions sur la face, en immolant leur beauté, en la grosseur d’une noisette » (Coquilhat 1888 : 210).
détruisant le velouté de leur peau, ils se sont rendus H. M. Stanley précise, en ce qui concerne la coif-
impropres à l’esclavage, ils ont esquivé les douleurs de fure des gens de Lisala : « Les gens du pays apportent
la servitude. Les trafiquants d’esclaves n’en veulent pas » dans leur coiffure le même art que les Varroa et les
(Stanley 1885 : 427). Vouagouha ; comme ces derniers, ils rassemblent
leurs cheveux en touffes derrière la tête, ou ils les
Par ailleurs on constate une forte ressemblance fixent au moyen d’élégantes épingles de fer ; sorte
entre les peuples de la Mongala et ceux de l’ensemble de chignon adopté, en Angleterre, par beaucoup de
de la cuvette en ce qui concerne les dents limées. filles de cuisine » (Stanley 1879 : 289).
Presque tous les peuples de l’Équateur se faisaient Un dernier témoignage à propos des tatouages
limer – ou même arracher – les dents, comme ce fut des Bapoto est celui du député socialiste belge,
le cas du côté des Lobala-Likoka dans la Ngiri. L’art Émile Vandervelde, datant de 1909 : « De Mobeka à

68
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Femme ngombe de Mbengya, petit Une femme de Boyange tatouée. Femme de Boyange (Budja) tatouée,
village de pêcheurs au bord de la rivière Photo de Mission Scheut, acquise en à 52 km au nord de Lisala.
Mongala, près de Binga. 1928. (AP.0.2.3805, collection MRAC (AP.0.0.40061, collection MRAC Tervuren ;
(EP.0.0.14151, collection MRAC Tervuren ; Tervuren ; photo Mission Scheut.) photo G. Grégoire.)
photo E. Lebied [Inforcongo], 1947,
© MRAC Tervuren.)

Type de Bangala d’Upoto tatoué.


(AP.0.0.267, collection MRAC Tervuren ;
photo F.L. Michel, 1896.)

« Voici un type de dents limées chez cette femme booli.


Sur son front, le tatouage caractéristique fait de demi-cercles
concentriques est recouvert par une ligne verticale d’incisions
rapprochées, tatouage emprunté aux Etwaeli. Les nombreux colliers de
cuivre et les dents taillées en pointe sont signes de grande coquetterie.
Les deux noix sculptées enfilées à l’un des colliers indiquent que le
mari de cette femme a tué deux éléphants à la chasse : c’est pour elle
prétexte à fierté. » Village Dongimana, chefferie Booli dans le territoire
d’Oshwe, district de Mai-Ndombe.
Photo prise au mois d’avril 1946. (HP.1956.15.4110, collection MRAC
Tervuren ; photo CID, 1964.)

69
MONGALA

Lisala, où nous arrêterons, pour aller dans l’intérieur,


il y a trois jours de navigation. Les rives deviennent
plus animées. Il y a de grands villages, comme Boka-
tulaka et (ou ?) Ukaturaka. Mais la sauvagerie aug-
mente. Les hommes vont à peu près nus. Les femmes
sont nues tout à fait, avec une simple ficelle nouée
autour de la taille. La laideur de ces gens, aggravée
encore par les peintures noires et les tatouages en
crête de coq qui leur traversent la figure est inimagi-
nable » (Vandervelde 1909 : 121-122).
Ainsi donc, les hommes comme les femmes se
spécialisaient dans cet art du corps, qui a évolué
sous la colonisation, tout en gardant certains aspects
essentiels, surtout les tresses pour la coiffure des
femmes.
Les chansons et les danses (voir ci-dessous) consti-
tuent d’autres expressions artistiques observées à plu-
sieurs occasions chez les peuples de la Mongala. Les
danses s’accompagnent de parures (les peintures sur
le corps, les chapeaux décorés de plumes d’oiseaux
ou de peaux de bêtes, les couteaux spéciaux…) et les
chorégraphies particulières sont très attachantes.
Coiffure mondunga, avec perles tissées.
(AP.0.2.3400, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.)
2.2. ARTISANAT
À l’époque précoloniale, l’artisanat pratiqué par
les peuples de la Mongala était destiné à fabriquer les
instruments dont ils avaient besoin pour travailler et
pour vivre. Les activités les plus importantes étaient
celles de la forge, le travail du bois, la vannerie et la
poterie.
La connaissance du fer en Afrique centrale, qui
remonte, selon nos connaissances actuelles, à au
moins deux mille ans, offrit aux peuples de la Mongala,
à l’exception des Pygmées, l’opportunité de pratiquer
la forge. Ainsi, les divers groupes apprirent à extraire,
à fondre et à forger les différents objets utilisés pour
les travaux des champs (couteaux, haches, houes),
les engins de pêche (fourches, foënes, harpons), les
armes pour la chasse et la guerre (lances, couteaux),
les outils pour travailler le bois (couteaux, haches,
herminettes, ciseaux), les instruments de musique
(gongs métalliques, grelots), et même les monnaies
(en lances, en couteaux). Les forgerons fabriquaient
aussi les couteaux de cuisine, les bijoux, les colliers,
les bracelets en fer ou en cuivre, les lames pour se
raser ou pour faire les scarifications, les aiguilles pour
coudre les peaux, etc. (Coquilhat 1888).
Mondunga démontrant l’utilité du bouclier. Coiffure avec noix Selon les informations recueillies par les premiers
palmistes calcinées et pétries avec huile de palme. Européens installés dans la région, les Ngombe, spé-
(AP.0.2.3402, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.) cialement les Ngombe Likungu, dans le territoire

70
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

actuel de Bongandanga, étaient réputés pour le tra-


vail du fer. Ils fabriquaient des armes pour la guerre,
des outils perfectionnés pour le travail du bois, spé-
cialement la fabrication des pirogues. Leurs frères de
Basankusu produisaient suffisamment de fer pour
le vendre aux populations du fleuve et même de la
rivière Ngiri, notamment les Libinza des cités artisa-
nales de Bongenye et de Bobaka (Mumbanza 1980).

Les peuples de la Mongala confectionnaient, avec


du bois, des sièges, des boucliers, des mortiers et des Le gong en bois servant à la transmission des messages.
pilons, des plats pour servir la nourriture, des cuil- (Photo équipe locale, 2009.)
lères, des gobelets, des tam-tams, des tambours, des
gongs pour la transmission des messages ou pour la manche, très long, est souvent orné de lames de lai-
musique, des xylophones, des pipes, des cercueils, ton enroulées » (Coqulihat 1888 : 368).
des manches de lances et des couteaux, des pirogues
et des pagaies. Les gongs en bois, comme les autres instruments
La navigation dans le bassin du fleuve Congo de musique, ne faisaient pas, à proprement parler,
remonterait au 10e  millénaire avant Jésus-Christ. l’objet de commerce ; ils étaient, dès lors, fabriqués
Mais les pirogues monoxyles, instruments essen- en petites quantités. Chaque village s’organisait pour
tiels pour se déplacer le long des cours d’eau, virent produire les instruments dont il avait besoin. Le tra-
le jour grâce aux outils en fer, soit au 2e  millénaire vail était réalisé par quelques hommes habiles. Les
avant notre ère. Les peuples riverains fabriquaient chefs et certains notables gardaient les instruments
eux-mêmes les embarcations dont ils avaient besoin. chez eux comme outils de communication. Les
Quant aux arbres utilisés, ils proviennent de cer- devins-guérisseurs pouvaient aussi en commander,
taines forêts où ils abondent, offrant aux populations car ils les utilisaient dans la pratique de leur métier.
qui les occupent, plus de possibilités pour la produc- La fabrication des gongs s’est poursuivie jusqu’à nos
tion des embarcations. jours. Durant l’époque coloniale, les missionnaires
Ainsi, à partir des années 1850, les Ngombe du les avaient adoptés pour communiquer avec les habi-
sud du fleuve qui ne savaient pas naviguer apprirent tants des villages chrétiens.
à fabriquer des pirogues pour les livrer aux riverains
engagés dans le commerce de l’ivoire et des esclaves. La poterie, une spécialité des femmes riveraines,
Ils fournirent de grandes pirogues, qui pouvaient est un vieux métier qui remonterait au 8e  millénaire
transporter jusqu’à cinq tonnes de marchandises avant Jésus-Christ. Mais dans le district, les traces
(Mumbanza 1997). Parlant des pirogues fabriquées les plus anciennes remontent au 3e millénaire (Mum-
par les riverains, Camille Coquilhat écrit : « Les banza 1995). Seules quelques parties du fleuve, de
embarcations des Ba-Ngala n’ont pas de plate-forme la Mongala, de l’Itimbiri et de la Lopori possèdent
à l’avant ni à l’arrière comme celles des Stanley-Falls ; suffisamment d’argile ou de limon pour permettre
elles sont terminées en pointes effilées, sont très aux femmes de fabriquer de façon continue les pots
gracieuses et peu différentes de celles des Bayanzi » et répondre aux besoins locaux et régionaux. Les
(Coquilhat 1888 : 368). potières fabriquaient des marmites pour la cuisine,
Les Ngombe ont continué à fabriquer les piro- des pots pour servir le repas, des jarres pour conser-
gues du même modèle jusqu’à ce jour. Ils vont par ver l’huile, le vin et l’eau, des vases trilobés (espèces de
groupes dans des campements où les jeunes s’ini- braseros) pour transporter le feu dans les pirogues,
tient à ce dur métier. L’initiation est nécessaire, car des gobelets, des pots pour la fabrication du sel végé-
la fabrication des pirogues exige une réelle adresse tal, des petits pots pour le transport des fétiches, etc.
pour fabriquer des produits de qualité (Bokongo Sur les deux rives du fleuve, entre la Mongala et
1984). La production des pirogues s’accompagne l’Itimbiri, les femmes bapoto, étaient les plus solli-
de celle des pagaies que Coquilhat présente comme citées pour approvisionner les autres peuples en
suit : « La pagaie a une palette étroite de dix à douze poterie. Mais sur la Mongala, comme sur l’Itimbiri
centimètres et longue de quarante centimètres. Le et la Lopori, il y avait aussi des femmes ngombe et

71
MONGALA

Une potière du groupe Bakwada au village Upado. Des pots en argile.


(AP.0.2.3387, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.) (Photo équipe locale, 2009.)

mongo pratiquant la poterie dans les villages rive- ments à table. Les meilleures nattes sont fabriquées
rains (Johnston 1908). avec les petites lattes fines tirées des tiges de ngonge
Les poteries étaient souvent garnies d’ornementa- entrelacées et bordées. D’autres nattes, plus rigides,
tions. En général, les objets en céramique avaient un sont fabriquées avec les lattes tirées des feuilles du
aspect luisant. Pour les faire briller, on les enduisait palmier bambou, reliées avec des fibres.
de copal, immédiatement après la cuisson, lorsqu’ils La vannerie était d’habitude un travail d’hommes.
étaient encore chauds. La décoration se faisait au Autrefois, précise Herman Burssens, la fabrication
moyen de poinçons spéciaux. de boucliers tressés constituait un aspect très impor-
tant de la vannerie chez les Ngombe ; mais depuis
En ce qui concerne la tannerie, ils se servaient
des peaux des animaux, en particulier du léopard,
de l’éléphant, de l’antilope, du singe, du varan, du
serpent, du buffle, de la chèvre, du mouton, etc.,
pour en faire des tam-tams, des baudriers, des
bonnets, des sacs, des banderoles pour corbeilles
et paniers, des tabliers et des étuis pour amulettes,
des ceintures, qu’ils passaient en travers de leurs
poitrines, des courroies, des fourreaux et des poi-
gnées de couteau, pour recouvrir certains boucliers.
La peau du singe servait surtout à faire des bonnets
pour les notables. Certaines peaux d’animaux rares,
du léopard par exemple, étaient portées à la ceinture
au-dessus du pagne. Ces peaux avaient une certaine
valeur et n’étaient portées que par les détenteurs de
fortune ou d’autorité. Le bouclier était parfois cou-
vert d’une peau d’hippopotame ou d’éléphant, qui
fournissait ainsi une protection, étant difficilement
percée par une lance.

La vannerie utilise les lianes pour fabriquer les


gros ou les petits paniers servant à transporter ou à
conserver les produits. D’autres types de paniers sont À Aruwimi Basoko, 1893 : fabrication des paniers servant
employés pour la pêche ou comme berceaux des au transport du caoutchouc.
enfants. D’autres encore servent à présenter les ali- (AP.0.0.63, collection MRAC Tervuren ; photo F.L. Michel, 1893.)

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DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

l’occupation européenne et la fin des guerres tribales, ne s’arrêtera pas dans un proche avenir. De même, la
l’usage des boucliers a complètement disparu. Les production de nasses pour la pêche se poursuit par-
Ngombe fabriquaient encore des nattes, des hottes, tout. Par contre, les filets de pêche ne se font plus,
des épuisettes, des nasses de pêche coniques et cylin- sauf avec les fils nylon importés. Les forgerons ne
driques, des hochets, des tamis, des corbeilles, des se servent plus du fer local, mais des barres de fer
paniers plats, ovales, oblongs ou cylindriques, évasés importées, pour fabriquer quelques objets ignorés
à fond carré, en forme de bouteille et d’autres réci- par l’industrie européenne, comme les harpons, les
pients de diverses sortes de facture raffinée et exé- foënes, les lances et les fourches. La vannerie, quant
cutée avec un sens artistique développé. Parmi les à elle, continue également, avec la fabrication des
produits de la vannerie, on peut citer : lungu, esaka, nattes et des corbeilles, alors que la poterie a forte-
losenge, etc. (Burssens 1958 : 65). ment décliné depuis les années 1950. Avec les lianes,
sont fabriqués de nouveaux produits, comme des
Les filets de chasse et de pêche étaient fabriqués chaises (Mumbanza 1995).
dans les villages avec les fibres des lianes ou des
arbustes, dont l’Urena lobata, appelé ici « ngonge ».
Le travail était long, car il fallait d’abord prépa- 3. CROYANCES ET PRATIQUES
rer les fibres, produire ensuite le fil, qui allait à son MAGICO-RELIGIEUSES
tour servir pour tresser le filet. Les initiés savaient
déterminer les mailles selon les types de filets et leur Les peuples de la Mongala, comme divers
usage. Pour la pêche, il y avait les filets dormants et peuples de l’Afrique noire, baignent dans l’univers
les seines et pour la chasse il y avait les petits filets de croyances multiples qui englobent à la fois la
pour les rats et les porcs-épics, et les grands pour les reconnaissance d’un dieu unique (monothéisme) et
sangliers et les antilopes. la persistance des esprits des ancêtres et des esprits
de la nature. Il faut recourir à eux pour avoir vie et
Le tissage est totalement inconnu dans la Mongala, protection. La croyance à la magie et à la sorcellerie
comme dans une bonne partie de la région équato- implique, pour leur part, la pratique de comporte-
riale. Cela explique l’absence d’étoffes en raphia dans ments déviants, poussant les hommes à recourir aux
l’ensemble de la région. fétiches et aux féticheurs. Dans la mesure où toutes
ces croyances et toutes ces pratiques sont semblables,
Depuis l’introduction des produits manufacturés l’analyse des convictions des groupes les plus impor-
à la fin du XIXe  siècle, l’artisanat a accusé un recul tants suffit à fournir une vue d’ensemble.
important. Il ne se pratique plus qu’à petite échelle, Les peuples de la Mongala croient d’abord à un
surtout pour les produits que l’Europe ne peut four- être suprême, créateur de l’univers visible et invisible.
nir. Ainsi, la fabrication des pirogues se maintient et Il s’agit d’un esprit qu’aucun groupe ne représente.
Il est appelé Akongo par les Ngombe, Mongali par
les Budja, Njakomba par les Mongo. Les personnes
habilitées à entrer en contact avec dieu sont les chefs
de familles, de villages, de clans. Ils reçoivent au pré-
alable une initiation, lors de l’intronisation à cette
fonction d’intermédiaires avec le divin.
Les prières sont adressées à dieu dans les circons-
tances les plus diverses : périodes de détresse ou de
calamités (maladies, famines, stérilité, chasses et
pêches infructueuses, etc.), avant d’aller au travail
(pêche, champ, chasse) ou en voyage, etc. À côté des
prières de demande, il y a celles de remerciements,
après une chasse fructueuse ou une naissance, une
bataille victorieuse, etc.
Chez les Ngombe, les prières à dieu comme aux
Chaise et panier fabriqués à partir de lianes. ancêtres se font sous l’arbre sacré appelé libaka. Il
(Photo équipe locale, 2009.) s’agit du kapotier, connu généralement sous le nom

73
MONGALA

de gbukulu. Les Budja se réunissent aussi sous un par des danses, évoquer leurs noms chaque fois
arbre eloko. Les chefs qui intercèdent pour leurs que l’occasion s’en présente, etc. Le non-respect de
peuples ont aussi le pouvoir de bénir leurs enfants, ces obligations peut attirer leur colère et, par consé-
leurs sujets, en crachant sur leurs fronts ou sur leurs quent, des sanctions sévères. Ainsi, presqu’à tout
mains, ou encore en élevant leurs mains au ciel, etc. moment, les vivants offrent un peu de viande de
Ces gestes s’accompagnent de paroles de bénédiction chasse, un peu de poisson, versent un peu de vin par
correspondant aux circonstances. terre pour les ancêtres qui participent ainsi à la vie
Malgré sa toute-puissance, dieu ne semble pas de chaque jour.
être très exigeant pour les hommes. Il ne leur donne Les peuples de la Mongala croient, enfin, aux
ni commandements, ni recommandations particu- esprits de la nature, appelés keta par les Ngombe et
lières pour entrer en contact avec lui, sauf peut-être bilima par les Mongo. Les bons génies se rattachent
pour les chefs, qui les gardent secrets. Les peuples à des familles ou à des villages pour assurer leur pro-
ignorent donc tout de la volonté de l’être suprême. tection et leur prospérité. Ils exigent aussi des sacri-
C’est la raison pour laquelle les prières à dieu sont fices en fonction des services rendus. Ces esprits
rares. D’ailleurs, dans sa bonté, dieu veille sur les s’incarnent dans des animaux divers appelés totems :
hommes et ceux qui meurent selon sa volonté vivent léopard, éléphant, serpent, hippopotame, croco-
très longtemps. dile, etc. Ils sont supposés habiter certains endroits,
Les peuples de la Mongala croient également aux comme les sources des cours d’eau, les tourbillons
bons esprits des ancêtres, fondateurs des clans et des dans le fleuve et les rivières, les gros arbres, les
tribus, qui continuent à vivre à côté d’eux, avec la grandes forêts, etc. En outre, certains génies sont
mission – reçue dès l’arrivée sur cette terre – de pro- rattachés à des familles spécifiques depuis très long-
téger leurs descendants. Les Ngombe les nomment temps, mais d’autres peuvent être recherchés par
membo, les Budja ndili et les Mongo les appellent les nouvelles générations désireuses d’accroître leur
bekali. Pour obtenir les faveurs des ancêtres, il faut puissance.
remplir nombre d’obligations. Il faut, par exemple, Les magiciens se servent des mauvais esprits
perpétuer leur présence à travers les noms des nou- qui causent des ravages dans les sociétés. La mort
veau-nés, leur accorder des sacrifices, les honorer naturelle étant rare, presque chaque mort, et bien

Procession des morts à Upoto. (AP.0.0.2680, collection MRAC Tervuren ; photo Van Campenhout, © MRAC Tervuren.)

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DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

À Moeko, l’épreuve du poison. Groupe de danseuses à Upoto avant « la danse des sorcières ».
(AP.0.0.2010, collection MRAC Tervuren ; (AP.0.0.2681, collection MRAC Tervuren ; photo Van Campenhout,
photo G. Gustin, 1902.) © MRAC Tervuren.)

entendu la maladie qui en est la cause, sont attribuées série d’interdits pour éviter les rechutes. Ils leur
aux sorciers. Généralement, les sorciers n’agissent donnaient aussi des fétiches puissants pour assurer
jamais seuls ; ils commettent leurs crimes en groupe. leur protection. Les autres fétiches étaient recherchés
Chez les Ngombe, on va jusqu’à parler d’une espèce par quiconque voulait assurer son succès personnel
de secte, Demba, qui permet aux sorciers, bemba, à la guerre, à la chasse, à la lutte, à la procréation, etc.
de renforcer leur efficacité et de se couvrir mutuel- Tel est l’univers complexe dans lequel vivaient les
lement. En effet, selon les croyances, le sorcier ne peuples de la Mongala. Ils étaient partagés entre les
peut s’en prendre qu’à un membre de sa famille. En pratiques qui, d’un côté, leur assuraient le bonheur
se mettant ensemble, chacun apporte au groupe une et la protection de Dieu, des ancêtres et des esprits
victime de sa famille, que tout le monde se partage. de la nature, et de l’autre, les éloignaient des mauvais
C’est ici qu’intervient le rôle des devins, des gué- sorts jetés par les sorciers. Les acteurs principaux
risseurs et des féticheurs, pour dénoncer les sorciers, pour le premier volet étaient les chefs de familles
guérir les maladies qu’ils provoquent et protéger nantis des pouvoirs spirituels qui agissaient en qua-
contre leurs attaques. La découverte et la dénoncia- lité de médiateurs. Dans le second volet, c’étaient les
tion des sorciers se faisaient après la consultation de devins-guérisseurs, pourvus des pouvoirs spirituels
devins. spéciaux, qui agissaient en qualité de responsables
Les sorciers dénoncés, mais qui refusaient d’ad- de la santé et de l’équilibre social. Les chefs et les gué-
mettre leurs forfaits, étaient soumis aux épreuves risseurs étaient condamnés à s’entendre pour com-
du poison par le conseil de village. Ils devaient, par battre les maux suscités par les sorciers. Plusieurs
exemple, boire une potion très amère préparée avec palabres dans les villages tournaient autour de la
les racines de l’arbre mbondo. Ils s’exposaient eux- sorcellerie et des femmes qu’on se disputait.
mêmes directement ou tenaient un animal, un chien, La vie dans l’au-delà, qui se déroulait non pas au
de la vie duquel ils répondaient. Celui qui échappait ciel, mais sous la terre, ou mieux, sur cette terre et
à la mort était innocenté car, selon les croyances, le près des hommes, semblait aussi préoccuper chaque
sorcier devait absolument mourir. L’autre épreuve peuple, car elle se passait de la même manière que
consistait à mettre une sève de l’arbre bokungu dans chez les vivants. Ainsi, les hommes bons et paisibles
l’œil et le sorcier perdait immédiatement la vue. Les étaient enterrés avec soin pour garantir leur pas-
corps des sorciers reconnus coupables étaient brûlés sage et leur séjour dans le monde invisible. Les chefs
afin de détruire leurs esprits qualifiés de nuisibles. étaient enterrés avec leurs richesses, leurs femmes
Après avoir soigné et guéri les malades victimes préférées et leurs esclaves, pour continuer à jouir
de la sorcellerie, les guérisseurs leur imposaient une des mêmes prestiges dans l’autre monde. En cas de

75
MONGALA

manquement, les morts se manifestaient par des léopard, de la tortue, du serpent, de l’escargot, de
rêves pour faire connaître tout ce dont ils avaient chimpanzé, de poissons ayant une queue en forme
besoin pour agrémenter la vie dans leur demeure d’aiguille, de bêtes à phérohormone forte, de chauve-
éternelle. souris… afin d’épargner les enfants des défauts liés à
En ce qui concerne les mauvais hommes, qui ces animaux. Les femmes grosses ne pouvaient pas
étaient déjà des marginaux sur cette terre, il fallait manger la patte d’éléphant ou de sanglier. Il y avait
les empêcher de continuer à nuire dans l’au-delà. aussi des tabous en rapport avec certains métiers
Telle est la raison pour laquelle les corps et les âmes (forgeron, féticheur, guerrier d’élite), avec le statut
des sorciers étaient détruits. Les esprits malfaisants social (chefs, jumeaux, anormaux) ou avec l’état de
pouvaient aussi être enchaînés, éloignés et même santé (une personne blessée, par exemple, ne pou-
détruits par les puissants féticheurs, après la mort. vait manger ni de sel, ni de fourmi, ni de porc…).
La croyance en la réincarnation est attestée par Sous aucun prétexte, l’animal-totem ne pouvait être
l’insistance à faire se perpétuer les noms à travers les mangé (Weeks, cité par Mobanda 2011).
tribus et par la lutte que les ancêtres se livraient pour Chez les Budja, par exemple, durant les fian-
faire connaître les noms à donner aux nouveau-nés. çailles, l’époux ne pouvait manger ni de poulet, ni de
Une autre approche de l’étude des croyances viande d’antilope, ni de tortue dans sa belle-famille,
sur les relations des hommes avec la nature peut se de peur que le futur couple ne rencontre de graves
faire à partir des signes. Les peuples de la Mongala difficultés, telles que la mort des enfants, l’insuccès
croyaient à un grand nombre de messages envoyés dans leurs entreprises. Il existait aussi des interdits
par la nature. Le cours de la vie des populations sexuels, surtout lorsqu’on se préparait à de grandes
anciennes, comme celui d’aujourd’hui, est marqué épreuves ou à des compétitions.
par des événements considérés comme révélateurs
des malheurs ou du bonheur. La manifestation de
certains faits amenait les gens à s’attendre à une réus- 4. HABITAT
site ou à un échec. À titre d’exemples, citons :
–– la rencontre d’un serpent qui traverse le sentier L’habitat des peuples de la Mongala a peu évolué
devant quelqu’un est signe de malheur ; pendant les deux derniers siècles. Celui-ci a été bien
–– le cri répété du caméléon dans un village annonce décrit au début de la colonisation, dans les années
une mort ; il en est de même des cris des hiboux 1880-1900. Les chasseurs nomades ou les Pygmées
pendant la nuit ; habitaient toujours leurs huttes provisoires sans
–– les battements intensifs des paupières annoncent aucun confort. Les sédentaires, pour leur part, habi-
des problèmes et l’exténuement présage d’un taient dans des villages plus ou moins grands, selon
complot ; les sites et la densité de la population.
–– le passage de perroquets en nombre pair traduit Les villages des riverains étaient construits le
une bonne chance ; long des cours d’eau, sur les meilleurs sites. Les
–– les heurts successifs des obstacles sur un sentier familles occupaient des quartiers séparés les uns
traduisent différemment le bonheur ou le mal- des autres par des terrains divers ou par des plan-
heur, suivant qu’il s’agit de la jambe gauche ou tations de bananiers ou d’autres cultures. Les poly-
droite. Si l’aîné de la famille est un garçon, le heurt games avaient besoin de grands espaces car chaque
du pied droit annonce la réussite et si c’est une femme avait sa propre case près de celle du mari. Les
fille, c’est la gauche qui l’annonce, et vice-versa. esclaves avaient aussi leurs cases dans les quartiers
des maîtres. Chaque famille avait ainsi son propre
Les tabous alimentaires étaient nombreux et port où elle attachait ses pirogues et déposait divers
stricts. Ils étaient liés à des décisions graves ou à des instruments de pêche (nasses, filets et paniers)
entreprises importantes (individuelles et collectives) (Coquilhat 1888 : 209-210).
comme, par exemple, la chasse et la pêche ; au cycle Les peuples de l’intérieur ou les peuples terriens
de la vie (la naissance, le mariage, la mort et les funé- vivaient dans des villages construits sur le même
railles) ; à la religiosité (culte des esprits, totémisme). modèle. Les familles occupaient des quartiers sépa-
Ces tabous spéciaux variaient d’un sexe à l’autre. Ils rés les uns des autres par des espaces dénommés
étaient plus nombreux pour les femmes que pour « ntaka » ou « ekolo ». Les maisons étaient construites
les hommes : la femme ne pouvait pas manger de de part et d’autre d’une allée centrale. Dans un

76
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

emplacement particulier, les maisons des co-épouses À côté des fossés, il y avait des palissades avec sorties
(la polygamie était assez courante dans la région) et entrées. Cela empêchait les adversaires d’accéder
étaient serrées les unes contre les autres. facilement aux villages. Une fois repoussés et mis
Les maisons étaient de forme rectangulaire avec en débandade, ceux-ci tombaient dans les fossés où
un toit à deux pentes. Les murs étaient construits de ils étaient tués. Les fortifications de ce genre étaient
pieux implantés au sol les uns à côté des autres. Ils ignorées par les Ngombe du Nord. Ceci est indicatif
étaient recouverts par des planches taillées ou par les du fait que cette technique aurait été empruntée aux
écorces de certains arbres, reliées par des lattes de riverains de l’entre-Congo-Ubangi, qui en usaient
palmier bambou. Chez les riverains, on utilisait aussi (Bokongo 2011). D’autres Ngombe construisaient le
des nattes faites en feuilles de palmier raphia, égale- mongambi, une espèce de palissade dressée de part
ment reliées par des lattes et des cordes. Le recours et d’autre du sentier qui conduisait vers le village
régulier à la terre battue pour couvrir les murs (les voisin. On prenait soin de ne laisser qu’une petite
maisons en pisé) daterait de la période coloniale ouverture. Chez les Ngombe du Nord, on abattait de
(Coquilhat 1888 : 208). Les toits étaient recouverts gros arbres autour du village sur une distance d’envi-
par des espèces de peaux fabriquées avec les folioles ron 300 à 400 mètres, de façon à éviter les attaques
du palmier bambou soutenues par deux lattes mesu- brusques de l’ennemi. Chez les Doko et les Ngombe,
rant près de deux mètres. Les riverains utilisaient les hommes-sentinelles étaient perchés, jour et nuit,
aussi les feuilles du raphia liées les unes à côté des sur des arbres leur servant d’observatoire. Les enne-
autres. Chez les Budja et les peuples apparentés, on mis étaient ainsi repérés et les habitants, prévenus
couvrait les toits avec les feuilles de ngongo, quand des dangers (Bokongo 2011).
les matières citées plus haut faisaient défaut. Les han- La présence européenne ayant mis fin aux nom-
gars des chefs construits au milieu du village pour breuses guerres tribales récurrentes dans la région,
accueillir les visiteurs et pour trancher les palabres toutes ces fortifications et les autres mesures de sécu-
n’avaient pas de murs. rité finirent par être abandonnées. Par ailleurs, des
Les maisons des femmes étaient généralement villages furent déplacés de gré ou de force, pour être
plus petites que celles des hommes. Il n’y avait reconstruits le long des routes tracées par l’Adminis-
qu’une seule chambre, qui contenait un lit et une tration coloniale.
étagère sur laquelle on déposait les vivres fumés et Les maisons, inspirées des premières construc-
sous laquelle un feu était entretenu. Une partie de tions coloniales, évoluèrent alors du point de vue de
l’étagère contenait les ustensiles de cuisine (poteries, la présentation et de l’aménagement. Les maisons en
mortiers, assiettes en bois, etc.). Le lit fixe était fait pisé furent généralisées. Les hommes furent ame-
avec de courts pieux sur lesquels étaient plaçées les nés à construire des habitations plus vastes avec des
lattes et les nattes. Certains lits pouvaient être dépla- toits à quatre pentes et des chambres séparées. Les
cés ; il s’agit des grabats mundengwa. Les femmes moustiquaires et les matelas furent progressivement
avaient aussi des sièges en bois taillé ou faits avec les adoptés dans les centres urbains, avant de s’étendre
petits morceaux de la partie ligneuse d’une feuille de dans les villages.
palmier bambou. Les hommes s’asseyaient sur les
grabats ou sur les troncs d’arbre aménagés à cet effet.
Les sites étaient choisis en fonction de critères 5. HABILLEMENT
tels que l’hygiène et la sécurité. Les endroits infestés
de moustiques ou de mille-pattes étaient rapidement Les peuples de la Mongala dans leur ensemble
évacués. Mais les sites inondés pouvaient être main- ignoraient le tissage en raphia, caractéristique de
tenus, si la région était poissonneuse. Il fallait, dans plusieurs peuples de l’Afrique centrale, spécialement
ce cas, construire des maisons sur pilotis. C’était par- ceux de la savane au sud de la forêt. Les habitants
ticulièrement le cas le long du fleuve et dans la basse de la Mongala s’habillaient de tissus fabriqués avec
Mongala. l’écorce de certains arbres, des fibres ou des peaux de
En ce qui concerne la sécurité, il fallait l’assurer par bêtes. Comme il a été signalé à propos de l’artisanat,
terre et par eau. Chez les Ngombe du sud du fleuve le secteur de la confection des tissus n’était absolu-
(territoires de Basankusu et de Bolomba), certains ment pas développé.
villages étaient protégés par des fossés profonds de Les enfants, garçons et filles, restaient pratique-
quatre mètres et larges également de quatre mètres. ment nus de la naissance jusqu’à l’âge de huit à dix

77
MONGALA

avec une peau de singe, et les chefs se couvraient


d’une peau de civette ou de léopard. La tête était cou-
verte d’un bonnet en peau de singe pour les hommes
ordinaires et en peau de civette ou de léopard pour
les chefs. Les chefs portaient aussi des colliers en
dents de léopard.
Les femmes ngombe et budja allaient parfois
totalement nues, comme en témoignent les premiers
Européens ayant parcouru la région. Henry Morton
Stanley écrivait ce qui suit, en novembre 1883, à pro-
pos des femmes de Langa-Langa, village situé aux
environs de Lisala :

« Rien de plus primitif que les peuplades qui l’habitent.


« Femmes indigènes à Bumba ».
(AP.0.0.351, collection MRAC Tervuren ; photo F.L. Michel, 1896.) Ailleurs, il n’est pas rare de rencontrer des négresses à
poitrine et à jambes nues. Mais ici les femmes ne rou-
gissent pas de se présenter, des pieds à la tête, dans l’état
de simple nature » (Stanley 1885 : 426-427).

Cette situation n’avait guère évolué dans la première


décennie du XXe siècle. En 1908, Émile Vandervelde
écrivait encore ce qui suit, à propos des hommes et des
femmes de la partie du fleuve entre Mobeka et Lisala :
« Les hommes vont à peu près nus. Les femmes sont
nues tout à fait, avec une simple ficelle nouée autour
de la taille » (Vandervelde 1909 : 122). Souvent elles se
couvraient le sexe avec les feuilles de bananier qu’elles
passaient entre les jambes (moduku en lingombe). Les
mêmes feuilles de bananier étaient nouées autour des
hanches et pendaient comme des jupes. Les femmes
du fleuve portaient des jupes en franges fabriquées
avec des fibres de raphia textilis mosamba ou des
folioles de raphias de marais, ou encore avec des fibres
de certains arbustes et de certaines lianes. Ces femmes
ngombe avaient emprunté le port du mosamba aux
riverains de l’entre-Congo-Ubangi, spécialement aux
Boloki et aux Iboko-Mabale du fleuve (Coquilhat
1888). Les femmes mongo portaient, elles aussi, les
jupes à franges fabriquées avec des fibres de raphia
ou d’autres fibres (Stanley 1885). Les poitrines des
femmes n’étaient pas couvertes, sauf par des colliers
« Indigènes des environs de Lisala ». en perles ou en métal. En outre, elles portaient aussi
(AP.0.0.11190, collection MRAC Tervuren ; photo Ferraris, ca 1913, des bracelets en fer, en cuivre rouge ou en laiton. Les
© MRAC Tervuren.) oreilles percées étaient ornées de morceaux de bois, et
des anneaux cylindriques étaient passés aux chevilles.
ans. Les hommes, adolescents comme adultes, por- Camille Coquilhat résume ainsi l’habillement de
taient un pagne en écorce d’arbre battue (esenza en certains peuples de la Mongala :
lingombe ou esinze en ebudja). Le pagne passait entre
les jambes et était soutenu, devant comme derrière, « Le costume est primitif. Les hommes se couvrent
par une ceinture en peau de bête nouée autour des d’une simple bande d’étoffe comme ceux de l’Équateur.
hanches. Les adultes pouvaient se couvrir la poitrine Les femmes ont un costume plus gracieux. C’est une

78
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Les filles de chefs des environs de Lisala. Parures des femmes à Lisala.
(AP.0.0.11214, collection MRAC Tervuren ; photo Ferraris, ca 1913, (AP.0.0.11191, collection MRAC Tervuren ; photo Ferraris, ca 1913,
© MRAC Tervuren.) © MRAC Tervuren.)

triple ou quadruple frange, longue ou plutôt courte d’un Les tissus européens furent progressivement
pied, qui leur entoure les hanches. Cet élégant jupon introduits à partir des années 1885, après la fonda-
dessine tous les mouvements et fait vaguement penser à tion de l’État à Mankanza. L’installation des mission-
nos danseuses du corps de ballet. L’habillement se com- naires à Umangi et à Upoto, puis à Lisala et à Bumba
plète par les bracelets plats en fer, en laiton ou en cuivre (1890-1910), de même que la venue des commer-
rouge, qui n’ont rien du poids exagéré des ornements çants dans les mêmes centres, à côté de l’Adminis-
des dames de l’Équateur. Les Ngombe s’ornent aussi tration, contribuèrent à l’adoption massive des tissus
le cou de colliers de dents d’hommes ou de sanglier, européens et asiatiques.
ou encore de petits morceaux de bois et de boules de
caoutchouc ; aux bras, ils portent des bracelets à pende-
loques ; celles-ci sont les baies séchées de certains fruits. 6. SPORTS ET LOISIRS
J’en ai même vu ayant pour breloques les cinq doigts
desséchés d’une main humaine. Enfin, n’oublions pas 6.1. LIBANDA ET MPONGO, DEUX SPORTS
l’inévitable poudre de nkoula qui est frottée sur tout le POPULAIRES
corps, lors des grands jours » (Coquilhat 1888 : 211).
Les peuples de la Mongala, malgré les durs tra-
Malgré leur participation plus ou moins intense vaux et les menaces de guerres, connaissaient des
au commerce du fleuve, les peuples de la Mongala moments de loisirs communautaires.
n’étaient pas approvisionnés en tissus européens. Le sport le plus pratiqué dans la Mongala, comme
Seules les perles abondaient dans la région, et les dans le reste de l’Afrique équatoriale, était la lutte. Il
femmes les portaient au cou et aux hanches. en existe deux principales versions, que l’on retrouvait

79
MONGALA

dans la Mongala. Il s’agit du libanda, chez les Budja et en chantant, en dansant, en narguant, sans douceur,
du mpongo, chez les Ngombe et les Mongo. La lutte leurs adversaires bafoués et confondus, pendant que le
consistait à renverser l’adversaire tenu et soulevé de grand chef Madjumba, enthousiasmé par sa victoire,
façon à ce que la nuque et les épaules touchent le sol. se livre à d’étonnantes cabrioles et que d’affreux petits
Dans le cas du mpongo, l’adversaire était tenu et sou- garnements montrent outrageusement leur derrière
levé grâce à une ceinture ; dans celui du libanda, les aux lutteurs malheureux.
mains et les pieds étaient seuls à intervenir. Mais voici l’heure de la revanche. Le vaincu rentre en
La lutte mpongo ou libanda se passait entre les lice et empoigne un nouveau combattant. Cette fois, on
sportifs de deux ou de plusieurs villages. y met de la frénésie, de part et d’autre. À trois reprises,
Les occasions de ces événements sportifs étaient les deux hommes roulent par terre, en écumant de rage.
multiples. Il pouvait s’agir d’un défi lancé contre les Tout le monde crie à la fois. Les soldats interviennent
villages voisins ou d’un arrangement entre les villages. pour retenir la foule. Les Européens s’en mêlent pour
La lutte attirait les masses, hommes, femmes que les chances soient égales. Enfin, l’un des lutteurs
et enfants, pendant des heures, voire pendant des touche les épaules. Cette fois, ce sont les gens du poste
jours. Les jeunes et les adultes (de quinze à trente- qui triomphent et l’on peut croire qu’ils n’ont pas le
cinq ans) se mesuraient avec ceux de l’autre camp. triomphe discret. Un cortège, derechef, s’organise. Les
Pour permettre aux intervenants de s’affronter, il tam-tams, impartiaux, prennent la tête. Les femmes
était tenu compte de l’âge et de la taille. Chaque fois du camp, pagnes troussés jusqu’aux genoux, suivent
que le plus habile renversait son adversaire, il y avait le triomphateur. Il n’est pas jusqu’aux ménagères des
des cris et des réjouissances dans son camp. Si les Blancs, belles dames aux épaules luisantes, qui ne
forces des deux lutteurs étaient égales, l’arbitre muni s’attèlent à son char, tandis que Madjumba, humilié,
d’un bâton pouvait mettre fin à leur affrontement. réfléchit, tête basse, sur les vicissitudes des victoires
La compétition se poursuivait jusqu’au moment où humaines » (Vandervelde 1909 : 149-150).
chacun des participants avait joué son rôle. Le village
qui avait le plus grand nombre de victoires gagnait la Il est à noter que beaucoup de lutteurs recou-
compétition (Mumbanza 2008). La grande popula- raient aux puissances magiques ou aux fétiches pour
rité de ce sport permit d’organiser aussi des compé- devenir invincibles et acquérir la célébrité dans leur
titions pour des enfants âgés de 5 ans, voire moins ; village et dans toute la contrée. Les lutteurs les plus
ceci entrait dans le cadre de leur initiation à la vie réputés chez les Budja s’appelaient molome et com-
d’adulte de demain. battaient généralement en dernier lieu pour affron-
Émile Vandervelde assista à ces régals et décrivit ter les plus forts des autres groupes.
la scène : Ce sport continua pendant la colonisation et
fut admis par les agents coloniaux, dès les premiers
« Au début, les lutteurs, divisés en deux camps – ceux temps de leur arrivée. Il était alors exécuté pendant
de Madjumba et ceux des villages situés aux alentours le passage de ceux-ci dans les villages ou pendant les
du poste – n’y vont pas franc-jeu. Dès que la partie fêtes coloniales. Les missionnaires de Scheut organi-
devient sérieuse, les “frères” se précipitent, séparent les saient également la lutte dans leurs établissements,
champions et empêchent les plus faibles de tomber. À pendant les fêtes religieuses. Durant une certaine
la longue, cependant, on s’anime de part et d’autre. Les période, des moniteurs poussaient les élèves à exer-
plus réputés de chaque parti s’en mêlent. Les corps- cer ce sport durant les heures de jeux (Mumbanza
à-corps deviennent fréquents et, tout à coup, malgré 2008). Ce sport déclina cependant, car les jeunes
l’intervention de ses amis, l’un des principaux lutteurs scolarisés n’avaient plus le temps de s’entraîner et
– côté du poste – s’écroule parmi ses partisans conster- de le pratiquer loin des villages. Ainsi, à partir des
nés. J’ai déjà entendu beaucoup crier, depuis quelques années 1960, la pratique du libanda décrut, l’intro-
jours, mais, jamais, je n’ai entendu tapage aussi formi- duction du football dans les écoles ayant contribué à
dable qu’à ce moment. Les vaincus crient, parce qu’ils limiter sa pratique.
sont tristes ; les autres hurlent parce qu’ils sont joyeux. Les Ngombe et les Budja connaissent d’autres
Tout à coup, hommes, femmes et enfants du parti types de divertissement, tant pour les adultes que
vainqueur sortent du cercle précédés de trois joueurs pour les enfants. Ils pratiquent une sorte de jeu de
de tam-tam ; ils se forment en colonne, se retirent dés appelé ngola, joué au moyen de petites graines. Il
jusqu’à l’extrémité de la grande cour, puis reviennent se joue sur un morceau de bois épais et raboté sur un

80
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Le répertoire comporte des chansons et des


danses pour les naissances, spécialement la naissance
des jumeaux ; des chansons et des danses guerrières,
réservées autrefois aux chasseurs de fauves et aux
guerriers célèbres ; des chansons et des danses pour
les réjouissances populaires, au cours desquelles les
hommes partageaient des boissons.
Chaque groupe se dotait d’un rythme musical
spécifique recherché, ainsi que le notait un obser-
vateur au début de la colonisation : « C’est par les
chants qu’ils combattent, qu’ils travaillent, c’est en
chantant qu’ils dansent et ils dansent souvent, c’est
encore en chantant qu’ils pagaient […]. (Les chants)
sont empreints d’une certaine mélancolie et sont
très doux à entendre, dans le lointain surtout » (Van
Jeu de dés chez les riverains du bief entre Lisala et Mobeka Overbergh 1907 : 305).
à l’embouchure de la Lulonga : Ndobo, environ 50 km
avant Lisala.
(EP.0.0.11494, collection MRAC Tervuren ; photo J. Gallant,
1976, © MRAC Tervuren.)

côté, ayant une forme cubique et rectangulaire. Ce


bois mesure environ 80 cm de long, plus ou moins
40 cm de large et a une épaisseur de 10 cm. Sur la
surface rabotée et polie, l’on fait des petits creux
d’environ 6  cm de diamètre. Ces petits creux sont
au nombre de 24, disposés en 4 rangées de 6 creux
chacun. Il se joue à 2 ou à 4 personnes, opposées
une à une ou deux à deux. Au départ, l’on dépose
deux dés dans chaque creux. Lorsque débute le jeu,
chaque joueur ramasse, à tour de rôle, les dés dans
le premier creux et les dépose dans les 12 creux qui
lui reviennent. Si dans le creux où le joueur dépose
le dernier dé correspond un creux de l’adversaire
contenant des dés, il va les ramasser et en faire un
gain. En fin de compte, le joueur qui ramasse le plus
grand nombre de dés sort vainqueur de la partie. À
l’instar du jeu de dames, le ngola est un bon passe-
temps et une activité de loisir prisée chez les Bangala.
Les jeunes pratiquaient de longues séances de
jet de lances qui les préparaient à devenir agiles à la
chasse et à la guerre.

6.2. CHANTS ET DANSES


Un autre réjouissement des peuples de la
Mongala était la danse et la chanson. En dehors des
chansons et des danses funèbres, ou des chansons et
des danses magiques et religieuses, les Ngombe, les
Dans le territoire de Lisala, trois jeunes filles ngombe parées
Budja et les Mongo disposaient d’un grand réper- pour la danse.
toire de chants et de danses qui constituaient des (HP.1956.15.5438, collection MRAC Tervuren ;
occasions de loisirs. photo R.P. A. Van den Heuvel [Inforcongo], © MRAC Tervuren.)

81
MONGALA

Danses de funérailles à Upoto.


(AP.0.0.2676, collection MRAC Tervuren ; photo Van Campenhout, © MRAC Tervuren.)

Danse de femmes à Upoto.


(AP.0.0.2712, collection MRAC Tervuren ; photo Van Campenhout, © MRAC Tervuren.)

82
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Les chansons et les danses ont fortement évolué


depuis la colonisation. Sous l’influence étrangère, de
nouvelles danses ont vu le jour ainsi que les chan-
sons qui les accompagnent. Diverses chansons inspi-
rées de la tradition ont été adaptées et diffusées sous
le règne du président Mobutu, surtout dès le début
des années 1970. Presque à la même époque, et par-
fois quelque peu auparavant, des groupes musicaux
sont nés dans les centres urbains et se sont ensuite
propagés dans les villages.
Les peuples de la Mongala ont pris aussi une part
active dans la formation d’ensembles musicaux au
niveau national. Par exemple, la Mongala est l’espace
d’origine de Marie-Jeanne Mboyo Moseka alias Mbi-
Les Mondunga au terme de la danse traditionnelle lambo.
(Photo équipe locale, 2010.) lia Bel, Dindo Yogo, Likinga Mangenza alias Redo,
Lucie Eyenga Moseka, Vadio Mabenga, etc.
La photo ci-dessus montre les Mondunga occu-
pés à chanter et danser.
Les villages possédaient leurs musiciens et leurs 7. GUERRE ET PAIX
danseurs qui se faisaient remarquer et égayaient
les villageois. Les premiers se spécialisaient dans le Comme évoqué à propos de l’occupation du
maniement des instruments tels les tam-tams, xylo- territoire, les populations de la Mongala étaient
phones, gongs en bois ou en métal, tambours, clo- assez guerrières. Étant donné le peu de cohésion de
chettes, flûtes, etc. Les chanteurs interprétaient les l’autorité, les villages d’un même clan guerroyaient
anciennes chansons ou en produisaient de nouvelles entre eux. Et pour l’art de la guerre, les Budja et
s’inspirant, entre autres, de l’actualité. Les orchestres les Ngombe semblaient être les plus vaillants. Par
se formaient pour le divertissement. manque d’organisation centralisée, aucun peuple
Chez les Budja, par exemple, la musique et la de la Mongala ne disposait d’une « armée » comme
danse sont perpétuées par des groupes musicaux telle. Chaque groupe se constituait une « nation-
« traditionnels » appelés engundele. Cette même armée ». Tout homme adulte valide était appelé à
appellation traduit une danse dont la particularité prendre les armes pour attaquer l’ennemi ou pour
vient du pas de danse ehoti caractérisé par un coup se défendre.
de hanche prononcé. Dans la société traditionnelle ngombe, les
hommes étaient appelés à défendre le village, proté-
ger les femmes et les enfants. Chaque fois que le clan
était menacé par un ennemi, le cri de guerre était
lancé à l’adresse des hommes : « Bila ! Bami badiiti a
ngando iye ? », ce qui veut dire : « Voici la guerre ! Les
hommes ne sont-ils pas dans ce village ?»
Les jeunes guerriers étaient encadrés par les
hommes plus expérimentés et célèbres, que les
Ngombe appelaient « bilombe ». Les enfants se prépa-
raient à la chasse comme à la guerre dès le plus jeune
âge. Il n’était pas rare de voir les jeunes de moins de
quinze ans prendre part aux combats. À ce propos,
Camille Coquilhat écrit : « Tous les hommes valides,
les jeunes gens et même les enfants de treize à qua-
torze ans, vont à la guerre ; j’ai même vu quelques
À Bosumandji (aux environs de Lisala), une batterie
de tambours rythme les « danses guerrières » des Ngombe.
femmes s’embarquer. Il ne reste au village, en fait
(HP.1956.15.9085, collection MRAC Tervuren ; de mâles, que les vieillards et quelques esclaves »
photo R.P. A. Van den Heuvel [Inforcongo], © MRAC Tervuren.) (Coquilhat 1888 : 295).

83
MONGALA

Type guerrier : riverain du bief entre Lisala et Mobeka à Ce Nkania-Mondunga de la région de Lisala a revêtu sa tenue
l’embouchure de la Lulonga, à Ndobo, 50 km avant Lisala. d’apparat pour prendre part à une danse.
(EP.0.0.11496, collection MRAC Tervuren ; photo J. Gallant, 1976, (HP.1956.15.5428, collection MRAC Tervuren ; photo E. Lebied
© MRAC Tervuren.) [Inforcongo], 1947, © MRAC Tervuren.)

Mondunga montrant le maniement Conseil de guerre à Upoto.


de la lance à tuer le cochon, portant (AP.0.0.2685, collection MRAC Tervuren ; photo Van Campenhout, © MRAC Tervuren.)
chapeau d’antilope et plumes à perles.
(AP.0.2.3401, collection MRAC Tervuren ;
photo G. Grégoire, 1911.)

84
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Dans cette région forestière, les combattants se bandits dont votre pays pullule. Si nous étions des
servaient de lances et de couteaux comme armes lâches, nous ne serions pas venus de si loin à travers des
offensives et du bouclier pour se couvrir et dévier populations inconnues pour nous établir quelques-uns
les projectiles. Les boucliers, longs d’environ un parmi vos nombreux villages. Je vais vous donner une
mètre, étaient faits en bois entouré de lianes et pou- idée de la puissance des armes.
vaient donc être percés par une lance très pointue. Prenant ma carabine Winchester à répétition, j’en
Les Budja, qui avaient quitté les savanes de l’Uele décharge les quatorze coups sur le fleuve. Puis, sortant
en dernier lieu et qui étaient entrés en contact avec mon revolver de ma ceinture, je vide ses six cartouches.
les Azande, se servaient aussi de couteaux de jet ou Vingt coups pour un seul homme ! Un cri d’admira-
d’arcs et de flèches. La production de ces armes était tion sort de toutes les poitrines. Alors je fais disposer
confiée aux forgerons et vanniers. trois boucliers indigènes devant une épaisse planche de
canot et je troue les quatre parois d’une balle de Sny-
La force d’une armée dépendait surtout du cou- der. C’est la première fois que j’ai tiré un coup de fusil à
rage et du nombre des combattants. La meilleure Iboko. L’effet est excellent et donnera à réfléchir.
tactique consistait à attaquer l’ennemi à l’improviste. 19 août : l’alerte pour les N’Ghiri n’était qu’une comé-
Les attaques pouvaient donc se produire la nuit. Le die ; on voulait me faire tomber dans un piège en
village ennemi était alors encerclé, les maisons brû- m’amenant à dégarnir la station. Ce n’était pas mal ima-
lées et les habitants affolés, incapables de se défendre, giné ; la grande averse qui tombait donnait une certaine
étaient capturés ou tués. Entre 1898 et 1905, cette apparence de réalité à la prétendue alarme, parce que
tactique fut aussi appliquée par les Budja contre les les N’Ghiri, dépourvus d’armes à feu, profitent habi-
postes européens établis dans leur territoire. tuellement, pour attaquer, des fortes pluies qui rendent
Lorsque l’approche de l’ennemi était signalée par les fusils à pierre presque impuissants » (Coquilhat
les sentinelles, les gongs retentissaient pour alerter les 1888 : 245-246).
combattants ; tout le monde se rassemblait alors pour
défendre le village selon les consignes. Les femmes,
les enfants et les hommes âgés étaient gardés par
quelques hommes pendant que les autres fonçaient
sur l’ennemi. Chaque village avait pour ainsi dire son
plan d’alerte et de guerre. Les villages voisins, égale-
ment alertés par les messages tambourinés, volaient
au secours du village agressé. Ci-après, le récit d’une
scène de guerre vécue par Camille Coquilhat :

« 16  août : une pluie torrentielle tombe depuis l’aube.


Nous sommes tous enfermés dans nos maisons en
attendant sa fin. Vers dix heures, les grelots de guerre
n’gira retentissent vigoureusement. Mata-Buike me fait
prévenir que les N’Ghiri débouchent pour attaquer l’ex-
trémité extérieure de Mabali. Le roi m’envoie à garder
ses chaises et quelques paniers ; des femmes font mine
de s’embarquer pour les îles. Les Ba-Ngala s’équipent
en costume guerrier et se réunissent en troupes qui
se dirigent vers le point désigné comme menacé. […]
Le défilé des guerriers indigènes continue. Au bout
d’une grosse heure, tous les contingents reviennent. Les
N’Ghiri, dit-on, ne sont pas venus ; c’était une fausse
alerte. Et l’on se moque de nous, qui sommes restés
dans notre enclos.
Vous êtes des couards, nous dit-on. […] « Indigènes en armes à Bumba ».
Je réponds : Nous n’avons pas quitté notre poste, parce (AP.0.0.1683, collection MRAC Tervuren ; photo Manzoli, 1902,
qu’il contient assez de marchandises pour tenter les © MRAC Tervuren.)

85
MONGALA

1. Sagaie de Lolami ; 1. Couteau d’Ibinza ; 1. Collier des N’Gombé (dents de porc


2. Sagaie des Langa-Langa ; 2. Couteau et fourreau des N’Ghiri ; sauvage) ;
3. Lance de Ba-Ngala ; 3. Couteau de Yambinga ; 2. Collier des N’Gombé (dents humaines) ;
4. Sagaie de Loulanga ; 4. Couteau de sacrifice (m’boulon) 3. Lance des Ba-Ngala ;
5. Lance de l’Arouwimi ; des Ba-Ngala ; 4 et 5. Lance d’Oupoto ;
6. Lance des N’Ghiri ; 5 et 6. Mongwanga des Bossoyapos ; 6. Bouclier ba-ngala ;
7. Lance des Basoko ; 7. Couteau des Bayanzi ; 7. Bouclier balolo (Équateur).
8. Lance d’Oupoto ; 8 et 12. Couteau de l’Équateur ; Source : cliché du capitaine Algrain
9. Sagaie de Lokoléla ; 9. Couteau Mosouïa ; (Coquilhat 1888 : 264).
10. Sagaie des Balolo (Équateur) ; 10. Couteau de Boumba ;
11. Harpon de chasse ; 11. Couteau des Akoula ;
12. Fourchette ba-ngala ; 13. Couteau des Maroundja ;
13. Sagaie (brisée) des Ba-Ngala ; 14. Couteau de travail des Ba-Ngala. 
14. Grelots de guerre ba-ngala ; Source : cliché du capitaine Algrain
15. Gonga ba-ngala ; (Coquilhat 1888 : 241).
16. Vase ba-ngala.
Source : cliché du capitaine Algrain
(Coquilhat 1888 : 209).

Les combats sur le fleuve opposaient uniquement bat, par soif de vengeance, après une offense, souvent
les villages riverains. Les guerriers montaient sur de à la suite d’une infidélité ou de la fuite d’une femme.
grandes pirogues et fonçaient sur les ennemis, en Les guerres permettaient aux guerriers de se faire
cherchant à couler leurs embarcations, afin de les une place dans la société. Ceux qui avaient capturé
assommer facilement. On avait besoin d’hommes les esclaves et, surtout, ceux qui tuaient un ou plu-
valides et habiles pour manœuvrer les pirogues, lan- sieurs ennemis étaient glorifiés, obtenant une dis-
cer ou dévier les projectiles en bois à l’aide des bou- tinction honorifique, voire constituaient une classe
cliers (Stanley 1879). Pour empêcher les attaques par particulière.
le fleuve, des embûches étaient dressées sur les rives, Au retour d’une guerre, les Budja chantaient :
sous eau, de sorte que les pirogues des ennemis ne « Owiti e to wabombo na mokwelea », ce qui veut
puissent pas accoster. dire : « On vient de la guerre ; celui qui n’a pas tué
Outre les guerres pour la conquête de territoires, un ennemi sera disséqué. » Il ne suffisait pas de
il y avait beaucoup d’autres occasions de livrer com- participer à la guerre, il fallait surtout ramener le

86
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

butin, dont la tête et le bras droit de l’ennemi. Ainsi, femmes chez tous les voisins et garantissaient une
pour se couvrir de gloire, les combattants recouraient paix relative. Ces échanges de femmes accroissaient
aux fétiches, implorant la protection des ancêtres et également la compénétration des peuples, au travers
des esprits de la nature. Les jeunes étaient bénis par d’influences et d’échanges réciproques. Dans son
les vieux chefs de familles. récit, Coquilhat en donne un exemple :
Chez les Budja, par exemple, n’étaient enterrés
avec honneur que les combattants atteints au front, « Le vieux chef des Ba-Ngala [Mata Buiké], qui possède
un signe de bravoure signifiant que cette personne plus de cinquante femmes, a, par politique, épousé plu-
« était morte en fonçant sur l’ennemi » ; les cadavres sieurs filles de chefs, notamment à Mabali, Bolombo,
des gens abattus de dos étaient bafoués, parce qu’ils Ibinza, Boukoumbi, M’Binga, N’Gombé, etc. Sous ce
étaient considérés comme ayant été en fuite. rapport, la polygamie vient en aide à la diplomatie »
De tous les peuples de la Mongala, les Budja pas- (Coquilhat 1888 : 248).
saient pour être les plus guerriers, les plus comba-
tifs. En effet, après avoir infligé de lourdes défaites Jan Vansina renchérit :
aux voisins Azande et aux Ngbandi, ils avaient aussi
vaincu les Bagenza et les Ngombe-Doko. Les récits « Quand une Maison-mère contractait un mariage
de leurs victoires sur les Swahili (Batambatamba) dans un autre village, les deux villages devenaient
armés de fusils et, plus tard, les guerres contre les noko ou alliés. De plus, quand une fraction d’une Mai-
troupes de l’EIC, ne firent que confirmer cette affir- son-mère s’en allait fonder un autre village, le village
mation (Flament et al. 1952 : 478-483). originel et son rejeton commençaient à se considérer
Malgré les guerres qui les opposaient, la paix comme “frères” » (Vansina 1991 : 134-135).
finissait toujours par se rétablir entre les groupes qui
s’étaient affrontés. Les traités ou les pactes de non- Et Vansina conclut :
agression étaient signés entre les villages opposés, de
même qu’entre des clans et des peuples différents. Il « La société était plus complexe que ce que les pre-
y avait des entraves pour arriver à la paix, diverses miers observateurs avaient cru. […] la région com-
exigences étant souvent difficiles à préciser. Mais, prenait une variété de systèmes politiques différents.
dans la région, la procédure pour y arriver parais- Par conséquent, l’argument qu’il n’y a pas d’histoire
sait être la même. Les chefs des villages ou des clans politique à retracer dans l’aire, dans la mesure où les
prenaient l’engagement de ne plus se faire la guerre ; institutions de ces peuples n’auraient jamais changé,
ils devenaient, dès lors, des frères de sang (pacte de ne tient manifestement pas debout. La comparaison
sang) et échangeaient des femmes. Les enfants issus montre rapidement que plusieurs dynamiques furent à
de ces unions garantissaient la paix entre leurs pères l’œuvre. Dans la plupart des cas, la décentralisation fut
et leurs oncles. Ce fut le cas entre les Mondunga et maintenue, mais la coopération au niveau du district
leurs voisins, entre les Budja et les Bagenza, entre entre les Maisons et les villages devint plus structurée
les « terriens » et les « riverains ». Par diplomatie, et fut coulée dans un nouveau moule coginitif » (Van-
les chefs des grands groupements épousaient des sina 1991 : 134).

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87
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88
CHAPITRE 6
IMPLANTATION MISSIONNAIRE

A
u XIXe siècle, le vaste mouvement colonial aux soins médicaux à des populations autochtones.
se réalisa grâce aux trois grands piliers : Ils bénéficièrent, pour ce faire, de protection et de
l’État, le commerce et la religion. Certes, soutien.
les objectifs de ces trois secteurs n’étaient Tel est le cadre général dans lequel les missions
pas identiques, et tiraient leur origine d’idéologies religieuses, catholiques et protestantes, furent rapi-
différentes, développées à des époques distinctes. dement implantées au Congo, en suivant le rythme
Mais au milieu du XIXe  siècle, ils se rencontrèrent de l’occupation du pays, depuis la mise en place des
et essayèrent de marcher ensemble. Tous vinrent stations de l’Association internationale africaine
en Afrique pour lui apporter la « Civilisation » ainsi (AIC) et, surtout, après la création de l’État indépen-
que le « salut de l’âme et du corps ». Pour y parvenir, dant du Congo.
il fallait tirer le Noir de son « primitivisme », de sa
« damnation » ou de sa « perdition ». Il fallait briser
son isolement et assurer son ouverture au monde, 1. L’ÉGLISE CATHOLIQUE
exploiter ses ressources locales et établir le marché
des produits manufacturés. L’installation des missionnaires catholiques dans
Les objectifs de l’entreprise coloniale amenèrent la Mongala s’inscrit dans le grand courant d’évangé-
l’État fondateur à faire appel aux industriels pour lisation du bassin du Congo qui commence en 1880,
obtenir les moyens d’exploiter les richesses immenses bien avant la reconnaissance de l’État indépendant
du Congo. Les missionnaires allaient contribuer, du Congo. Cette année, en effet, les Pères du Saint-
en plus de l’implantation de la foi chrétienne pour Esprit, de nationalité française, fondèrent une mis-
« le salut des âmes », à la formation des cadres et sion à Boma, dans le territoire abandonné par les
Pères capucins italiens, en 1835. Ces missionnaires,
qui reçurent le vicariat apostolique de l’Afrique cen-
trale, s’introduisirent à l’intérieur du pays en même
temps que les agents de l’Association internationale
africaine, dirigée par Henry Morton Stanley et la
Mission française du Gabon, confiée à Savorgnan
de Brazza, au début des années 1880. Ils occupèrent
Kwamouth, au confluent du Kasaï et du Congo, en
1883. Ils se préparaient même à fonder une mission
à l’Équateur, près de Mbandaka, en 1885, lorsqu’ils
furent obligés d’abandonner le territoire du nou-
vel État ayant comme souverain Léopold II, roi des
Belges. Celui-ci voulait confier l’évangélisation de
Un missionnaire de Boyange en voyage. son État aux seuls missionnaires de nationalité belge
(AP.0.2.10079, collection MRAC Tervuren ; photo Mission Scheut.) et il obtint l’agrément du pape.

89
MONGALA

Les rév. PP. J. De Wilde (à gauche) et C. Van Ronslé, à Berghe- Village chrétien de Nouvelle-Anvers, 1920.
Sainte-Marie, lors de l’arrivée du courrier d’Europe en 1901. (Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
(HP.1959.29.1038, collection MRAC Tervuren ; n° 28-1-15-03.)
photo Mission Scheut, 1901.)

En attendant l’arrivée des pères de la Congréga- avaient besoin pour évangéliser les régions environ-
tion du Cœur immaculé de Marie (CICM), connus nantes, les Pères de Scheut étendirent leur action en
également sous le nom de Pères de Scheut, qui amont du fleuve jusqu’à Umangi, en aval de Lisala
avaient répondu favorablement à l’appel du roi, la d’abord, puis jusqu’à Bumba. Sur la Mongala, ils
mission de Kwamouth fut cédée aux Pères Blancs, remontèrent jusqu’à Mbaya et sur la rive gauche,
qui s’étaient installés également en 1880, dans la par- ils pénètrèrent à l’intérieur, jusqu’à Boso-Modanda.
tie orientale du Congo. L’installation des missionnaires dans les nouvelles
Le 11 mai 1888, le pape Léon XIII créa le vica- stations était précédée de celle des catéchistes se ren-
riat apostolique du Congo indépendant, couvrant dant dans les principaux villages.
pratiquement tout l’État, à l’exception de la partie Sur le fleuve, c’est à Umangi, localité située à
orientale, occupée, comme il est signalé ci-dessus, 18 km en aval de Lisala, que les premiers mission-
par les Pères Blancs. Le pape confia ce vaste vicariat naires scheutistes s’installèrent pour la première
aux Pères de Scheut, premiers missionnaires belges. fois. En effet, à l’invitation du chef Ebene du village
Ceux-ci arrivèrent au Congo au mois d’août de la Bokele, parti à Mankanza, le 20 mai 1896, le père
même année et s’installèrent à Berghe-Sainte-Marie, Camille Cneut arriva à Umangi en 1898 et baptisa
nouveau nom de la mission de Kwamouth, d’où ils 60 chrétiens. Il y revint trois ans plus tard, et installa
comptaient se préparer à aller au Kasaï. Ils furent deux catéchistes : Isatote et Lomboto.
cependant obligés de se diriger d’abord vers le haut
fleuve, à Mankanza, où ils étaient attendus pour s’oc-
cuper des centaines d’enfants libérés de l’esclavage.
Le 20 décembre 1889, les pères Eméri Cambier
et Camille Van Ronslé s’établirent à Mpombo, en
amont de Mankanza et, le 4 janvier 1890, fondèrent
la mission Saint-Pierre-Claver des Bangala.
La première occupation des missionnaires sera
d’éduquer les petits enfants libérés de l’esclavage par
l’État ou rachetés par eux-mêmes. Cette tâche, qui
commença dès leur arrivée, se poursuivit avec la
création de la colonie scolaire de Nouvelle-Anvers,
organisée à partir de 1892 et jusqu’en 1913 (Mum-
banza 1976).
Il fallut près de dix ans pour former la première
Mgr Egide De Boeck et les petits séminaristes,
communauté catholique, qui rayonna ensuite autour
Nouvelle-Anvers 1920.
d’elle, notamment dans la Mongala. En effet, à par- (Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
tir de 1900, après avoir formé les auxiliaires dont ils n° 27-1-30-01.)

90
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Un missionnaire de Boyange en voyage. (AP.0.2.3801, collection MRAC Tervuren ; photo Mission Scheut.)

L’installation du père Camille Cneut à Umangi


avait pour but de concurrencer les missionnaires
baptistes qui se trouvaient déjà à Upoto, situé à
16  km. En 1905, toutes les principales agglomé-
rations de Bwela-Doko passèrent sous le contrôle
des catholiques. En 1906, ils fondèrent le cathéchu-
ménat de Lisala, à 4  km au nord-est d’Upoto. Le
missionnaire protestant Forfeitt adressa une lettre
de protestation à la mission catholique d’Umangi
pour signaler que le village Nkomba était un poste
d’évangélisation de la mission protestante et que les
catholiques ne pouvaient s’y installer. À cela, le père
Embarquement à Lisala des Belges de la mission de Boyange. Honoré Baten répondit : « J’ai des atouts plus sérieux,
(AP.0.2.6972, collection MRAC Tervuren ; photo Mission Scheut.)
le Gouvernement nous a donné l’autorisation de tra-
vailler dans ces parages » (Baten 1903 : 69).
La mission Saint-Pierre commença avec l’arrivée
du père Charles Van Velthoven, qui accosta à Bokele
le 14 décembre 1901 ; il y rencontra 162 chrétiens.
Mais son séjour à Bokele fut de très courte durée,
car il mourut, noyé, le 14 janvier 1902. Le 3 mars de
la même année, ses successeurs arrivèrent : les pères
Honoré Baten et Arsène Reniers. Malade, le père
Baten fut ramené en Europe et remplacé par le père
Oscar De Smedt, en janvier 1904.
La mission d’Umangi (territoire de Lisala), créée
en 1901, constitua, alors, un maillon important pour
L’église de Boyange. l’implantation d’une longue chaîne de stations aux
(AP.0.2.6931, collection MRAC Tervuren ; photo Mission Scheut.) environs de Lisala. Située dans une région de hautes

91
MONGALA

Budja, peuples qui avaient subi les traumatismes liés


à l’exploitation du caoutchouc. Lisala devint le siège
du vicariat apostolique à la place de Nouvelle-An-
vers, le 27 janvier 1936. Ce qui entraîna un change-
ment de dénomination.
La dernière mission à être fondée le long du fleuve
fut celle d’Ebonda, Saint-Joseph, en 1916. Celle-ci,
appuyée par la Société des Huileries du Congo belge,
2014 : paroisse Saint-Joseph à Ebonda, 12 km de Bumba. fut un centre important pour la formation de com-
(Photo © Antonio Lisuma, 2014.) mis et d’artisans, non seulement pour la société, mais
aussi pour l’État.
Sur la rive gauche du fleuve, en territoire des
Ngombe, la plus vieille mission est celle de Boso-
Modanda (territoire de Bongandanga), Saint-Jean,
fondée en 1906. L’année suivante, la mission de
Mbaya (territoire de Budjala), Notre-Dame-de-
Bonne-Espérance, fut fondée sur la rive droite de la
Mongala (Épiscopat du Zaïre 1975).
La seconde phase de l’implantation des missions
à l’intérieur intervint surtout après le transfert, en
Le 29 novembre 2014 : la paroisse Notre-Dame à Bumba.
1933, du siège du vicariat de Nouvelle-Anvers à
Comme du temps colonial, des files se forment à l’occasion
des fêtes. (Photo © Antonio Lisuma, 29 novembre 2014 .)

terres et densément peuplée, Lisala finit par supplan-


ter Nouvelle-Anvers sur tous les plans, au début des
années 1930. L’ascension de Lisala était consécutive
au déclin de Nouvelle-Anvers, isolée de l’arrière-pays
à cause de sa position insulaire (Bongenda 1979 : 117-
133). Pour Jan Vansina, Lisala, une ville majeure au
XIXe siècle, n’eut pour elle que le seul avantage d’être
située sur un promontoire (Vansina 1991 : 135).
Après Umangi, qui hébergea plus tard une
imprimerie, une école moyenne et une école pour
la formation des commis auxiliaires, ce fut le tour
de Boyange Saint-Paul, situé à 40  km en amont de
Lisala, d’être fondé, en 1910. Cette mission fut des-
tinée à la formation des Frères de Saint-Joseph et
à l’école de moniteurs, à partir de 1929 (Kabosani-
Likinga 1985).
La mission de Bumba Saint-André fut fondée
en 1912, toujours le long du fleuve Congo, près du
confluent de l’Itimbiri12.
Deux ans plus tard, en 1914, fut fondée la mis-
sion Saint-Hermès, au centre de Lisala. Ces deux
dernières missions s’implantèrent dans les centres
administratifs importants chez les Ngombe et les

12 Notons que la cité de Bumba compte quatre paroisses Cathédrale de Lisala.


en 2014 : Saint-André, Notre-Dame, Saint-Vincent et Saint- (Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
Murumba. À celles-ci s’ajoute la paroisse Saint-Joseph d’Ebonda. n° 28-3-3_20.)

92
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

À Boyange, élèves chrétiens reconnaissables par leur tenue blanche


et les chapelets qu’ils portent au cou.
(AP.0.2.6925, collection MRAC Tervuren ; photo Mission Scheut.)

Le 25 décembre 2010, à Bumba : comme hier, « les enfants chantent pour Femme chrétienne enceinte, chapelet
l’enfant Jésus ». (Photo © Antonio Lisuma, 25 décembre 2010.) au cou, venant au marché, 1911.
(AP.0.2.3463, collection MRAC Tervuren ;
photo G. Grégoire, 1911.)

À Bumba, le 25 décembre 2010 : « La fête des légionnaires


de Marie. Curia : Mama wa Loboko. »
(Photo © Antonio Lisuma, 25 décembre 2010.)

93
MONGALA

Lisala. En effet, de 1919 à 1936, depuis la division


du vicariat apostolique du Congo belge et la créa-
tion du vicariat apostolique de Nouvelle-Anvers, il
n’y eut plus de nouveaux établissements autour de
Lisala, sauf Boso-Manzi Saint-Dominique (1926) et
Bolongo Notre-Dame-de-Grâce (1933). Bolongo, à
neuf kilomètres de Lisala, abrita le petit séminaire
venu de Nouvelle-Anvers.
Dans les années 1930, furent fondées successi-
vement les missions de Yambuku Sainte-Walburge
(1936), chez les Budja, Bopako Saint-Benoît (1938)
(territoire de Bongandanga) et Lokalema Saint-
François-Xavier (1939), chez les Ngombe et chez les
Petits séminaires de Bolongo : enseignants et élèves en 1936. Mongo de la rive gauche du fleuve. Les années 1940
(Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
n° 27-5-34_01.) furent marquées par la fondation de Roby Notre-
Dame (1946) (territoire de Bongandanga), sur la rive
gauche du fleuve et de Binga Sainte-Famille (1947).
La fondation de ces deux missions était appuyée
par la Société des cultures au Congo qui exploitait
Mongana, puis Bosondjo, sur la rive gauche, depuis
1921 et Binga, sur la Mongala, depuis 1925. Les
années 1950 et 1960 complétèrent l’œuvre qui fit de
la Mongala la région la plus évangélisée de la cuvette
congolaise. Dans la décennie 1950, furent fondées
les missions de Mondongo (en 1952) (territoire de
Lisala) située à une trentaine de kilomètres de Lisala
(elle contribuera à la formation des moniteurs agri-
coles), de Bumba Notre-Dame (en 1955) et de Yalo-
semba Saint-Pie-X (en 1959). La décennie 1960 fut
Les cinq premiers abbés Ebamba Pascal, Ebamba Paul, celle des paroisses de Lisala Notre-Dame-Auxilia-
Bakaki Casimir, Bokula Médard et Nzenze Honoré, Lisala, 1938. trice (en 1960), de Mondjamboli Saint-Antoine (en
(Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut], 1968), de Yamolembia et de Boso-Dua (Épiscopat du
n° 27-5-14_01.)
Zaïre 1975).
La pastorale des missionnaires fut associée
à l’enseignement. Suite à la concentration
des grandes écoles autour de Lisala, les
Ngombe et, dans une certaine mesure, les
Budja, furent favorisés dans le domaine
de l’éducation, par rapport aux autres
Abbés Ebamba Pascal et
Ebamba Paul, Lisala peuples de ce vaste vicariat.
1938 Le petit séminaire de Bolongo, qui fai-
sait suite au petit séminaire de Nouvelle-Anvers
fondé en 1919, contribua à la formation de nom-
breux prêtres, dont certains devinrent évêques et
cardinaux. Citons le cardinal Joseph Malula et le
cardinal Fréderic Etsou, les évêques Louis Nganga,
Eugène Moke, Joseph Bolangi, Joseph Kumuondala,
Jérôme Makila, Joseph Mahemba.
Le 12 février 1938 fut un grand jour. Il vit l’or-
dination presbytérale des cinq premiers prêtres
diocésains autochtones : les abbés Pascal Ebamba

94
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

(décédé le 6  avril 1946) et son frère Paul Ebamba •  Évêques ayant été à la tête du diocèse
(décédé le 5  mars  1993) ; Casimir Bakaki (décédé Mgr François Van Den Bergh (1959-1964),
le 17  février  1957)  ; Médard  Bokula (décédé le Mgr Louis Nganga (1964-2000),
15  décembre  1982) et Honoré Nzenze (décédé le Mgr Louis Nkinga Bondala de 2000 jusqu’à 2014
18 novembre 1998). et Mgr Ernest Ngboko Ngombe à partir de 2015.
Ces premiers prêtres autochtones appartenaient
aux trois vieilles missions : Casimir Bakaki et les
deux frères Ebamba étaient de Nouvelle-Anvers,
Honoré Nzenze d’Umangi et Médard Bokula, de
Mbaya. Honoré Nzenze fut couronné prélat domes-
tique du Saint-Père par le pape Jean-Paul II.
Parmi les catéchistes, des collaborateurs laïcs,
certains furent honorés localement et d’autres par
la plus haute hiérarchie, à Rome. Le 25 juillet 1939
à Ebonda, Mgr  Égide De Boeck, en personne, remit
à Valentin Betwa et Donat Liengo la médaille « Pro
Ecclesia et Pontifice ». Ils furent les premiers Congo-
lais à se voir attribuer cette décoration pontificale,
ce qui fut un grand honneur pour le vicariat aposto- Mgr Louis Nganga. Mgr Louis Nkinga Bondala.
lique de Lisala. Mgr Louis Nganga était doko, Né le 20 juin 1937 à Mankanza,
né en 1923 à Ndeke-Mabela il fut ordonné prêtre, le
De 1936 jusqu’à son érection en diocèse, le (Umangi). Ordonné prêtre 7 août 1966, à Bruxelles, puis
15  novembre  1959, le vaste vicariat apostolique le 22 février 1953 ; nommé nommé évêque de Kole, le
de Lisala ne connut plus de division que le 14 jan- évêque auxiliaire de Lisala, 1er mars 1980. Sacré évêque, le
vier  1951. La partie orientale, qui comprenait les le 18 avril 1961, sacré le 4 mai 1980, à Kinshasa par le
9 juillet 1961 à Lisala ; évêque pape Jean-Paul II, il est transféré
rives du fleuve jusqu’au Bas-Lomami, constitua
le 25 novembre 1964 ; retraité à Lisala, le 18 mai 1996. Devenu
alors la préfecture apostolique d’Isangi. C’est le le 9 juillet 1997 et décédé en évêque de Lisala, le 9 juillet 1997 ;
25 novembre 1964 que le diocèse fut coupé en deux 2014 (Épiscopat du Zaïre administrateur apostolique de
parties presque égales. Lisala garda 67 674  km² et 1975 : 237). Molegbe de 2007 à 2010. Il est
Budjala obtint 50 000 km². ( Photo Repro KADOC – retraité en 2014.
KU Leuven. Fototheek CICM (Photo © abbé Honoré Baudu,
[Scheut], n° 28-2-8_06.) [Link], 2014.)
•  Vicaires apostoliques ayant dirigé le vicariat
Mgr Égide De Boeck (1921-1944) et
Mgr François Van Den Bergh (1944-1959). Notons que les Pères de Scheut n’étaient pas
les seuls à évangéliser toute la Mongala. Depuis le
12 mai 1898, une partie du territoire actuel de Bumba
dépendait de la préfecture apostolique de l’Uele, qui
devint le vicariat apostolique de Buta le 10 mars 1926.
Celui-ci fut divisé pour donner naissance à la pré-
fecture apostolique de Lolo, le 22 février 1937. Elle
devint un diocèse en 1962. Étant donné que ce dio-
cèse s’étendait aussi sur les territoires d’Aketi et de
Basoko, ne seront retenus que les postes fondés dans
le territoire de Bumba et englobés dans la Mongala.
Les Pères Prémontrés de Buta fondèrent les mis-
sions de Lolo Saint-Jean-Baptiste (1921) et d’Ekama
Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus (1936). La préfec-
ture apostolique de Lolo poursuivit l’évangélisation
en créant quatre autres missions chez les Budja. Il
Mgr Égide De Boeck. Mgr François Van Den Bergh.
(Photo Repro KADOC – (Photo Repro KADOC – KU Leuven.
s’agit de Loloka Sainte-Marie (1940), Yaligimba
KU Leuven. Fototheek CICM Fototheek CICM [Scheut], Christ-Roi (1941), Yamolota Saint-Norbert (1957)
[Scheut], n° 0220_1-1.) n° 29-6-1_05.) et Tshimbi Notre-Dame-des-Pauvres (1959).

95
MONGALA

Ci-après la liste des préfets apostoliques et Yakusu, en aval de Kisangani. Les troubles chez les
évêques qui dirigèrent la préfecture et le diocèse de Budja, de 1898 à 1905, pourraient expliquer partiel-
Lolo : lement l’abandon total de la région, mais il est égale-
–– préfets apostoliques : Jacques Jacobs (1937-1948) ; ment possible qu’ils aient craint la concurrence des
Joseph Ignace Waterschoot (1949-1962) ; catholiques, comme évoqué plus haut pour Lisala.
–– évêques : Joseph Ignace Waterschoot (1962 - ?) ; La Baptist Missionary Society s’était oppo-
Joseph Mahemba. sée ouvertement à des pratiques atroces de l’EIC.
Dans la Mongala, William Lansberry Forfeitt (vété-
ran du poste protestant d’Upoto) et ses collègues
2. LES ÉGLISES PROTESTANTES Charles Dodds, Kemed Smith, Wir Kirby firent des
révélations dans la presse britannique sur la terreur
Dans le Haut-Congo, les missionnaires protes- pratiquée par les agents de Léopold II, allant même
tants avaient précédé les missionnaires catholiques jusqu’à porter plainte auprès des autorités de Nou-
de quelques années. Nombre d’entre eux s’arrêtèrent velle-Anvers. Dans leurs dépositions, on peut lire :
cependant aux environs de Mbandaka en ayant
comme champ d’action les bassins de la Lulonga et « Dans la région ouest de la Mongala, par exemple, au
de la Ruki. Seule la Baptist Missionary Society éten- bord de la région d’eau de la Dolo, au village Mosangi,
dit son territoire le long du fleuve. massacre d’hommes en février 1901 lors d’une expé-
dition punitive pour une mauvaise récolte de caout-
2.1. BAPTIST MISSIONARY SOCIETY (BMS) (1890) chouc ; mort d’inanition de femmes et enfants à
Budjala en un si grand nombre qu’il a fallu créer deux
La première communauté protestante à s’ins- cimetières pour les enterrer ; entassement des prison-
taller sur le territoire de la Mongala, et qui poussa niers dans un local, les uns sur les autres, se soldant par
jusqu’à la Province-Orientale, fut la Baptist Missio- 33 cadavres à Libanza sur la Banga-Melo.
nary Society (BMS), d’origine britannique. En mai Dans la région d’Upoto, sur la route de Gwenzali-
1890, après avoir exploré la cuvette et fondé une Binga, massacre de porteurs de caoutchouc prenant la
série de missions en aval, notamment à Lukolela fuite ; entre Lisala et Monveda à Bobala-Ngale, torture
(1886), Bolobo (1888) et Monsembe (1890), les mis- à mort de prisonniers en 1907 » (Marchal 1996 : 88-89).
sionnaires britanniques s’établirent à Upoto, à 5 km
en aval de Lisala. Ils espéraient ainsi œuvrer paisi- À la suite de ces accusations, les missionnaires
blement, dans cette magnifique région très peuplée, protestants ne purent plus étendre leurs activités
loin du poste de Mankanza, occupé par l’État et les dans le bassin de la Mongala, contraints de se conte-
missionnaires catholiques. La mission d’Upoto fut nir dans la concession de la mission. Upoto resta
l’œuvre des missionnaires Frederick  Oram, alias l’unique et le principal poste protestant sur la rive
Mandole et William L. Forfeitt, alias Mfumu (Braek- droite du fleuve, de Lisala à Bumba.
man 1961 : 111). Le premier jeune converti au christianisme à
La mission baptiste d’Upoto était un transfert la station d’Upoto fut Limanima, le boy du pas-
de la mission qu’on aurait voulu fonder à Mobeka, à teur Fred  Oram. Furent baptisés  : Limanima et
l’embouchure de la Mongala, chez les Iboko. Les mis- Likundu, le 13 décembre 1896 ; Elombola, Malembi
sionnaires baptistes s’étaient heurtés à l’opposition et Ngbangba, le 22  janvier  1899 (Bokongo Libakea
du chef de poste Van Kerkhoven, qui leur préféra les 1977).
catholiques. Les missionnaires s’appuyèrent sur les convertis
Contrairement aux missionnaires catholiques pour répandre l’évangile. La formation des premiers
qui avaient préparé leur œuvre en formant de jeunes cathéchistes fut l’œuvre d’Anna Maria Forfeitt. Celle-
auxiliaires, les missionnaires protestants s’adres- ci influença également l’habillement des femmes
sèrent directement aux communautés locales. Ici ngombe et bapoto qui, jusque-là, se rendaient nues
également, les plus réceptifs furent les jeunes, spon- au marché et au culte (Bokongo Libakea 1977 : 22).
tanément attirés par les Blancs et par les attraits de La concurrence des catholiques appuyés par l’EIC
leur école. On ignore les raisons profondes de l’ab- était forte et cela fit que les protestants perdirent
sence d’établissements baptistes dans le territoire beaucoup de terrain, en dépit de leur présence sur
de Bumba, alors qu’ils s’étaient installés plus loin, à le terrain depuis 1890. Les catholiques occupèrent

96
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

toute la rive droite du fleuve puis d’autres postes Le 12  juillet  1953, la charge de la station
importants, comme Boyange, Bumba et Lisala. Les d’Upoto et de Pimu fut confiée au pasteur congo-
protestants optèrent pour le renforcement de leur lais Samuel Koli, alias Mandola, Ngombe originaire
présence à un seul endroit, la station de Pimu, chez du territoire de Bongandanga. Koli fit des études
les Ngombe de la rive gauche. Une école primaire fut de moniteur à Kimpese, qu’il termina en 1942 ; il se
ouverte en 1910 ; ses diplômés allaient soit à Yakusu, consacra à la direction de l’école d’Upoto, qui avait
près de Kisangani, pour devenir enseignants, soit à une grande capacité d’accueil et recevait, au début de
Kimpese dans le Bas-Congo, pour une formation chaque année pour les classes montantes, les élèves
d’assistant médical. des écoles régionales ouvertes dans les villages. À
Puis, ils s’établirent à Upoto, où un premier cause de sa renommée, cette école protestante finit
sanctuaire en matériaux durables fut inauguré, par être agréée par l’État colonial qui, dès 1945, lui
le 3 mars 1912. Il y avait là une foule de 1500 per- alloua des subsides. En 1948, il retourna à Kimpese
sonnes, dont 13 chefs médaillés, 20 chefs de village et pendant quatre ans pour des études de théologie.
le commandant du camp de Lisala, avec plus d’une À son retour de Kimpese, il fut consacré pasteur à
vingtaine de fonctionnaires blancs (Braekman 1961). l’occasion des manifestations du 75e anniversaire de
Le nombre et la qualité des élèves instruits par les l’établissement des missions protestantes au Congo.
missionnaires baptistes à Uputo et Pimu permit aux Le lendemain, il fut installé pasteur de l’Église bap-
protestants d’élagir leur influence dans la région. À la tiste Upoto-Pimu.
fin des années 1920, l’enseignement baptiste comp- Jusqu’en 1960, aucune école secondaire n’était
tait 68 écoles avec 74 enseignants, dont 71 payés par organisée par les protestants de la Mongala. À l’in-
l’église locale. dépendance du pays, le révérend Anslow, jusque-
En 1930, on dénombra 1891 membres de l’église là directeur de l’école d’Upoto, fut remplacé par
et 2613 élèves dans l’entité ecclésiastique d’Upoto- James  Balabala, diplômé de l’école d’application
Pimu. En 1935, la BMS ouvrit un hôpital à Pimu dans pédagogique de Yalemba. En 1962, une école ména-
le territoire de Bongandanga sous le nom de Smith- gère post-primaire fut ouverte. Le pasteur Koli
Thomas Memorial Hospital. Celui-ci était doté d’un obtint du Gouvernement l’ouverture des écoles
groupe électrogène et possédait une installation de secondaires au sein de la Communauté baptiste de
rayons X (Braekman 1961 : 168-169). l’Équateur/Nord (Nzebileka 1982, cité par Bokongo
La station de Pimu était plus importante que celle 2011 : 460).
d’Upoto. En raison des moyens mis en place, les À noter qu’en 1960, les missions fondées par la
catholiques ne pouvaient l’étouffer. Ainsi, les soins Baptist Missionary Society le long du fleuve for-
médicaux étaient administrés aux villageois ngombe mèrent la Communauté baptiste du fleuve Congo
non seulement gratuitement, mais ils l’étaient de plus (CBFC), regroupant trois Églises  : l’Église bap-
dans leur langue, le lingombe. tiste du Haut-Congo, l’Église baptiste du Moyen-
Dans l’occupation de l’espace, les catholiques fleuve et l’Église baptiste du Bas-fleuve. Le pasteur
demeurèrent les plus expansifs, l’Administration leur Samuel Koli devint son représentant légal.
étant restée plus favorable pendant toute la période
coloniale. Certains protestants restaient critiques. 2.2. LES MISSIONNAIRES PROTESTANTS DE LA CONGO
On signale, par exemple, l’attitude des missionnaires BALOLO MISSION (CBM)
de la mission d’Upoto, qui vinrent séjourner à Mon-
gombo, aux environs de Mombia-Mayi. Vershoy- La première mission à œuvrer à l’intérieur du
peene, chef de poste de Likimi, écrit au père résidant bassin de la Lulonga fut la Congo Balolo Mission
à Lisala à ce sujet : (CBM). La personnalité civile lui fut accordée par le
décret du 16 septembre 1889 stipulant :
« Un missionnaire protestant a débarqué dans la
région, il a donné une balance aux indigènes qui « la personnalité civile est accordée dans les limites
depuis lors n’apportent juste que 3 kilos […], il a réalisé déterminées par le décret du 16  septembre  1889 à
à Mongombo des enquêtes devant le Blanc, a menacé la mission Congo Balolo Mission dont le siège est à
d’écrire, a placé un catéchiste à proximité et l’a pris pour Molongo (rivière de la Lulonga) et ayant pour objet la
témoin. Tout cela a si bien fait trembler nos Blancs » conversion des peuplades Balolo habitant aux espaces
(Souchard 1983 : 93). équatoriaux du Congo ;

97
MONGALA

sont agréés par nous, comme représentant légal de 2.3. LA MISSION ÉVANGÉLIQUE DE L’UBANGI (MEU)
ladite association John Mc Kittrick et comme suppléant
Peter Whytock, sans terme limité » (BO 1889 : 836). Dans le territoire de Bumba, la première société
protestante à s’être installée fut la Mission évangé-
Après la station de Bonginda, créée en 1889, et lique de l’Ubangi (MEU) en 1958. Cette mission
celle de Lolanga, créée en 1890, la station de Bongan- américaine fut très active dans le district de l’Ubangi,
danga fut créée en 1891. Le long de la rive, dans territoires de Libenge et de Gemena. On ignore les
le village Bongandanga, le missionnaire Kittrick, raisons profondes de son expansion vers le district
accompagné de Cole, Scarnell et Howell, avait acheté de la Mongala. Les faits ont été présentés comme
un terrain de dix hectares pour 200 mitako, une ter- suit : « un évangéliste rassembla un petit troupeau
rine de coquilles de cauris, quatre assiettes et deux de chrétiens et en novembre 1959 un groupe de
coupons de tissu. Ce poste fut appelé Mission John 67 croyants furent baptisés ».
Wallis Alexander, du nom de l’époux d’une bienfai-
trice qui avait fait une donation de 500 livres ayant
permis de construire une chapelle et trois logements 3. LES NOUVELLES ÉGLISES CHRÉTIENNES
en bois (Vangroenweghe 1986 : 53). (KIMBANGUISME ET ÉGLISES ÉVANGÉLIQUES)
Mais un incident grave survint aussitôt : l’assas- ET L’ISLAM
sinat de 50 esclaves au village Boso-Ikula et la mise
en exécution du projet des habitants de Boso- Depuis l’indépendance, s’observe l’expansion
Likolo d’assassiner les missionnaires. J.  Mc Kittrick rapide du kimbanguisme, et depuis peu, l’implan-
tira et tua dix d’entre eux. Lui-même mourut deux tation d’Églises évangéliques locales, appelées aussi
semaines plus tard. Scarnell, resté le seul Européen à Églises de réveil, dans tous les centres importants.
Bongandanga, mourut à son tour, le 29 octobre 1891 Les Églises chrétiennes dites « traditionnelles » (le
d’une hématurie (Ibid.). christianisme et le protestantisme) subissent de ce
Malgré ces drames, Bongandanga devint une fait une sorte d’agression. Les bienfaits promis par
mission prospère. Les premiers convertis furent ces nouvelles Églises : prospérité pour les enfants de
baptisés le 26  octobre  1891 ; Loyoko fut le premier Dieu, puissance contre les forces du mal… attirent,
autochtone pasteur. Une imprimerie fut installée particulièrement en cette période de crise, beaucoup
en 1903, publiant des livres en lomongo et en lin- de chrétiens qui délaissent, dès lors, leurs anciens
gombe. Parmi les missionnaires qui ont promu cette lieux de culte.
mission, citons : E.A. Ruskin, chargé de la station en Quant à l’islam, longtemps combattu par les
1894 et qui retourna définitivement en Europe en Églises chrétiennes appuyées par la colonisation,
1938 ; R.R. Young, Miss D. Williams, Manning, en il ne s’était imposé que dans la partie orientale du
1950 (Braeckman 1961 : 175). Congo, où il avait même précédé le christianisme.
Les stations de la CBM dans cette région furent, Dès son accession à l’indépendance, la RDC s’étant
dans l’ordre de leur fondation : Bonginda (1889), dotée d’une Constitution qui proclammait un État
Ikau (1889), Lolanga (1890), Bongandanga (1891), laïc, cela permit à toutes les religions de se pratiquer
Baringa (1900), Mompono (1909), Euli (1911), sur toute l’étendue du pays. La reconnaissance de
Yoseki (1917), Tamudjumbe (1929), Boso-Ndjafo l’islam comme l’une des grandes religions du pays a
(1937) en territoire de Basankusu, Munda (1937), ouvert la voie à cette implantation tardive à l’Équa-
Gwendje (1940), Mpenzele (1959), Lingomo (1971), teur, et spécialement dans la Mongala.
Boso-Maleba (1979) et Boso-Isongo (1985) (Nzwa- Dans certains milieux déjà acquis au christia-
bala 2003 : 27-30). Les missionnaires de la CBM nisme, ce sont les écoles ouvertes par les adeptes
furent parmi les témoins dénonciateurs des méfaits de cette religion qui ont attiré les jeunes. Les écoles
de l’ABIR à la Commission d’enquête (Wauters 1905 : conventionnées islamiques se trouvent à Lisala,
565). Bumba et même à l’intérieur de ces territoires. La
À partir de l’indépendance, la CBM devint fréquentation de ces écoles n’implique pas nécessai-
l’Église évangélique de la Lulonga (EEL). En 1967, le rement la conversion préalable des élèves à l’islam,
Conseil général opta pour la dénomination de Com- mais constitue un pôle d’attraction idéologique
munauté association des Églises évangéliques de la important. En ce qui concerne les adultes, beaucoup
Lulonga (CADELU) (Bokongo 2011 : 342). sont attirés par la doctrine, qui est sans mystères,

98
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

et qui incorpore beaucoup d’éléments proches de leur tour, influencèrent la création des missions de
l’Afrique traditionnelle, comme la polygamie (limi- l’intérieur de la Mongala.
tée), un rituel précis, un bonheur post mortem sous Les soins médicaux dispensés par les mission-
certaines conditions… En outre, dans le cadre des naires protestants à Upoto comme à Pimu consti-
croyances au maraboutisme, le recours aux gris-gris tuèrent un facteur d’attraction important. Même
n’est pas prohibé. si les malades n’étaient pas toujours guéris, comme
dans le cadre de la maladie du sommeil, ils trou-
vaient toujours un certain réconfort moral. Après
4. LES RÉACTIONS DES PEUPLES DE LA MONGALA tout, ces hommes étaient plus doux que les agents de
À LA PRÉSENCE MISSIONNAIRE l’État qui imposaient des corvées aux populations !
Les jeunes, les esclaves et d’autres marginaux
Dans l’ensemble, on peut affirmer que les popula- comme les sorciers chassés des villages, collabo-
tions de la Mongala ont accueilli les missionnaires et rèrent à la construction des établissements, depuis
ont collaboré à leur œuvre dans les circonstances les les infrastructures provisoires jusqu’aux construc-
plus diverses. Certains chefs locaux l’ont fait, dès leur tions en matériaux durables.
arrivée, pour le prestige d’approcher un Européen Certes, sur le plan du message religieux et de la
et la possibilité d’en tirer un certain bénéfice écono- conversion, les missionnaires eux-mêmes ne se fai-
mique. D’autres voyaient même plus loin, voulant saient pas d’illusions. Il fallait beaucoup de temps
les mêmes avantages que les hommes de la station pour que les chefs abandonnent leurs privilèges
de Mankanza, par exemple. Le lieutenant Coquilhat sociaux et spirituels. Les chefs conservent d’ail-
apporte à ce sujet un témoignage sur ce qui a permis leurs encore de nos jours leurs pratiques magiques,
de gagner la confiance des autochtones : leur rituel et la polygamie. Les communautés villa-
geoises et même urbaines n’ont pas abandonné leurs
« 5  juillet. La confiance est revenue. Tout Mankanza croyances magiques et subissent toujours l’emprise
se forme en cortège, les femmes couvertes des étoffes, de la sorcellerie. Les devins-guérisseurs, les nganga,
des perles et des bracelets donnés par le capitaine bien que combattus, exercent toujours une influence
Hanssens. La procession parcourt les villages en chan- dans l’univers mental des maladies.
tant et en buvant. Voici la raison de cette fête. Iboko, Seuls les jeunes scolarisés ont abandonné une
jadis grand marché d’ivoire et d’esclaves, a perdu son grande partie des pratiques quotidiennes ances-
ancienne activité commerciale, parce qu’ayant acquis trales. Les catéchistes, les frères, les sœurs, les prêtres
beaucoup de fusils, ses habitants sont devenus pirates et les pasteurs africains sont devenus, quant à eux,
et bandits, ont intercepté les convois et fait la guerre à les propagateurs de la nouvelle foi. D’autres chré-
tous les voisins. L’installation de l’homme blanc dans le tiens, dans les villages comme dans les centres, ont
pays, avec toutes ses richesses, est considérée comme eu à lutter continuellement contre vents et marées
le signal d’une renaissance inespérée, extraordinaire, pour que soit adoptée une foi profonde et sincère et
merveilleuse même. De là, des réjouissances qui ont, non un christianisme de façade. En effet, plusieurs
en outre, l’avantage d’exciter le dépit des rivaux. courants magico-religieux ont traversé le pays pen-
On chante ceci : Longoula likolo na nzira ya M’Boula dant l’époque coloniale et ont perturbé l’évolution
Matari spirituelle des enfants des missionnaires.
Traduction : Otez votre jambe du chemin de Stanley. Dans le district de la Mongala, diverses sectes
Cela veut dire : Faites le chemin large pour le grand inconnues ont fait leur apparition dès les années
chef blanc ; il sème la richesse sur ses pas. 1920. Les idées kimbanguistes ont remonté le fleuve
Une autre strophe dit : Kira likolo hé ! Mouéfa [Coquil- et ont circulé partout où les adeptes étaient relégués.
hat] adjali na bissou. On ignore si elles ont eu un impact dans la région de
Traduction : Apprêtez la canne à sucre, hé ! Mouéfa Lisala. Les sectes contre les malheurs se sont, quant à
reste chez nous. elles, répandues un peu partout.
Autrement dit : Nous pouvons boire à gogo ; nous avons
en Mouéfa un ami riche » (Coquilhat 1888 : 220-221). 4.1. LES SECTES MANI ET BONDO
C’est dans pareil contexte général que furent fon- Les premières sectes essayant de faire face aux
dées les missions d’Upoto et d’Umangi. Celles-ci, à perturbations apportées par la Première Guerre

99
MONGALA

Prisonniers « indigènes » regardant le drapeau étoilé à Nouvelle-Anvers.


(AP.0.0.2043, collection MRAC Tervuren ; photo G. Gustin, 1902.)

mondiale apparurent dans les années 1920 ; il s’agit travailleurs. Les adeptes se choisissaient un nom
de Mani et de Bondo. Elles ne visaient pas directe- emprunté aux autorités européennes et congolaises
ment la religion chrétienne, mais elles introduisirent du district, du territoire et des chefferies.
des fétiches puissants contre les malheurs et leurs
auteurs, c’est-à-dire les Blancs et leurs collaborateurs.
Le Bondo, venu de la Province-Orientale, s’implanta 4.3. LA SECTE ELIMU SANTU (ESPRIT SAINT)
chez les Ngombe de la rive gauche du fleuve. Elle se
répandit ensuite sur la rive droite et la basse Mongala Elle possédait une hiérarchie complète :
jusqu’au sud de Budjala (Mumbanza 1980). –– un chef appelé « ginda » ;
Au milieu des années 1930, sans doute à cause –– des prêtres ou initiateurs appelés « folomasses »,
de la grande crise économique (1929-1935), d’autres déformation du terme « franc-maçon » ?
sectes firent leur apparition dans la Mongala. En –– les adeptes : « ngusu » ou « banguru ».
1938, on comptait dans le territoire de Bumba quatre
sectes dont deux, Sodo et Elimu Santu, feront l’objet Au village de chaque « folomasse », un oratoire
d’une enquête par l’administrateur territorial Sou- était construit auprès duquel l’on priait à genoux.
part (Willame 1965 : 23). Les ngusu se recrutaient parmi les chrétiens. Chaque
ngusu se couvrait le visage et détournait la tête
4.2. LA SECTE SODO lorsqu’il passait devant une chapelle chrétienne.
Cette secte ridiculisait ouvertement la religion
Elle tire son nom d’une déformation du mot « sol- catholique, bien quelle en ait adopté certains rites.
dat ». Son but était de rendre la santé aux malades et Sont cependant ignorés le nombre des adeptes et
d’immuniser les adeptes contre les maléfices des mau- la durée réelle de tous ces mouvements, qui étaient
vais esprits. Instauré par un féticheur de la chefferie surveillés de très près par le pouvoir colonial. De
des Boli et par l’intermédiaire d’une vieille femme de nombreux adeptes connurent la «  relégation »,
Yakokila, le Sodo ne comprenait que des femmes. Il mesure tirant son origine de la réglemenation intro-
existait une hiérarchie rigoureuse parmi les adeptes : duite par le décret du 5  juillet  1910, portant sur le
chaque village avait sa section, chaque section son droit de résidence dans la colonie. Cette mesure
« chef » (la femme d’un chef), ses « capitas » (femmes administrative visait à écarter de son lieu d’origine,
de capita), ses « policiers » (femmes policiers) et ses tout individu qui, par sa conduite, compromettait la

100
DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES

Tableau 6.1. Relégations tranquillité publique ; le relégué était contraint d’ha-


biter dans un endroit déterminé par une ordonnance
District Année Nombre Motifs Antécédents
du gouverneur général (BO 1910 : 624-627).
politiques judiciaires
La majorité des relégués de la Mongala le furent
- 1925 -4 - -
pour un motif religieux : ils étaient accusés de propa-
Bangala -1926 -16 - -
-1927 -1 - -
ger des idées subversives.
En réalité, aussi longtemps qu’ils ne troublaient
-1945 -557 - -
pas la collecte de l’impôt, les adeptes des sectes
-1947 -534 - -
-1948 -506 - - étaient plus ou moins tolérés. À noter cependant que
-1949 -391 - - les mouvements de masse, sans réels leaders charis-
Congo- -1950 -279 - - matiques, finirent par disparaître, surtout lorsque les
Ubangi -1951 -244 - - adeptes réalisaient que les objectifs visés n’étaient pas
-1952 -228 - - atteints. On peut voir dans tous ces mouvements, les
-1953 -213 - - réactions de devins-guérisseurs (banganga) aux vio-
-1954 -195 - - lences subies de la part des missionnaires ou de la
-1955 -148 colonisation.
-1956 -82 - - La Mongala, avec ses nombreuses missions autour
Mongala -1957 -73 -20 -53 de Lisala et de Bumba, n’a pas connu de troubles reli-
-1958 -38 -15 -23 gieux. La région a formé et continue à former des
Sources : Rapport aux Chambres, 1925-1927, 1947-1958 ; prêtres et des religieuses. Outre les religieuses étran-
Rapport AIMO 1957-1958 ; Rapport annuel AIMO 1957-1958. gères, dont les Franciscaines missionnaires de Marie
NB : Absence de chiffres pour les années 1910 à 1924 et de 1928 étaient les plus nombreuses, après l’indépendance,
à 1944. les sœurs de Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus (Thé-
résiennes), formées à Lisala, firent leur apparition.
L’Église protestante formait, de son côté, ses pasteurs
et ses prédicateurs.

RÉFÉRENCES
Baten, H. 1903. « Détails sur le poste du Pack-Saint Lambert, dépendance de la Mission d’Umangi ». Mission en Chine et
au Congo (2) : 67-69.
B.O. (Bulletin officiel de l’État indépendant du Congo). 1889 : 836.
Bokongo Libakea. 1977. « L’œuvre des missionnaires baptistes dans le Haut-Congo. La mission d’Upoto (1890-1914) ».
TFE. UNAZA/campus de Lubumbashi.
Bokongo Libakea, J.M. 1984. « Installation des Ngombe de l’Équateur ». Revue de pédagogie appliquée 4 : 246-272.
Braeckman, E.M. 1961. Histoire du protestantisme au Congo. Bruxelles : Éditions de la Librairie des éclaireurs unionistes.
Coquilhat, C. 1888. Sur le Haut-Congo. Paris : Lebègue & Co.
Épiscopat du Zaïre. 1975. Annuaire de l’Église catholique au Zaïre. 1974-1975. Kinshasa : Édition du Secrétariat général.
Kabosani-Likinga. 1985. Le rôle de la mission catholique de Boyange dans le vicariat apostolique de Nouvelle-Anvers/Lisala
(1910-1960). Université de Lubumbashi.
Marchal, J. 1996. E.D. Morel contre Léopold II. L’Histoire du Congo 1900-1910. 2 vol. Paris : L’Harmattan.
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 1976. « Les établissements d’enseignement public à l’époque de l’EIC. La colonie scolaire de
Nouvelle-Anvers (1892-1913) ». Études d’histoire africaine VIII : 87-129.
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 1980. « Histoire des peuples riverains de l’entre-Zaïre-Ubangi : évolution sociale et écono-
mique (ca 1700-1930) ». 2 tomes. Thèse de doctorat en histoire. UNAZA, campus de Lubumbashi.
Nzwabala Kulu. 2003. « L’implantation de l’ECC/22e Communauté Association des églises évangéliques de la Lulonga
Extension urbaine ville de Kinshasa (1986-août 2003) ». TFE en théologie. Kinshasa : UPC.
Rapport aux Chambres, 1925-1927, 1947-1958.
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Vangroenweghe, D. 1986. « Charles Lemaire à l’Équateur. Son journal inédit. 1891-1893 ». Annales Æquatoria 7 : 7-73.
Wauters, A-J. 1905. Le Mouvement géographique. Bruxelles.
Willame, J.-C. 1965. « Les provinces du Congo. Structure et fonctionnement. Moyen-Congo–Sankuru ». Cahiers écono-
miques et sociaux. Léoplodville : Université Lovanium-IRES (« collection d’études politiques », n° 5).

101
MONGALA

Archives
Fonds Benoît Verhaegen, service Histoire et Politique, MRAC.
Rapport annuel AIMO 1953. Affaires indigènes.
Rapport annuel AIMO 1957-1958. Affaires indigènes, Province de Coquilhatville.
Rapport annuel AIMO 1957-1958. Affaires indigènes, Province de l’Équateur.

102
TROISIÈME PARTIE

OCCUPATION EUROPÉENNE
ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE
CHAPITRE 7
LA PÉNÉTRATION EUROPÉENNE

V
ers la fin du XIXe siècle, l’espace actuel du de vue de l’évangélisation. Dans le présent chapitre,
district de la Mongala fut parcouru par nous analyserons comment l’espace de la Mongala
les Européens. Ceux-ci apportèrent de fut occupé depuis les premières explorations jusqu’à
profonds changements dans la mentalité l’organisation coloniale, avant de présenter ses sub-
et l’organisation des populations autochtones. Les divisions socio-administratives actuelles.
faits les plus marquants à l’époque furent l’installa-
tion des sociétés agro-industrielles et l’introduction
de la monnaie, du point de vue économique, l’orga- 1. OCCUPATION DE L’ESPACE PAR LES EUROPÉENS
nisation socio-administrative des territoires, du
point de vue politique, et l’arrivée des missionnaires L’occupation de la Mongala par les Européens s’ef-
– aussi bien catholiques que protestants – du point fectua par la voie de conquêtes qui furent, en partie,
assez difficiles. Les populations autochtones furent,
en effet, réticentes à accepter la domination étran-
gère, surtout lorsqu’il fut question de se soumettre
aux travaux obligatoires et aux impôts.
La question des rapports entre le nouveau pou-
voir-État et les autorités locales sera évoquée en tant
que lien ayant permis cette domination-soumission.
Dans la Mongala, comme pour la plupart des popu-
lations de la cuvette centrale congolaise à pouvoir
plurisegmentaire, l’absence d’un chef dominant avait
rendu très difficile l’identification de la personne qui
incarnait l’autorité locale.
Plusieurs rapports administratifs (cf. infra) font
état de chefs coutumiers manquant d’autorité sur
leurs populations : « […] les chefs sont en général
assez dévoués à l’État, seulement ils n’ont pas assez
d’autorité sur leurs sujets » (Rapport AIMO 1953).
Souvent la raison invoquée était que ceux-ci étaient
soit très âgés, soit étrangers au clan, voire même
imposés par l’Administration.
Il semble que la raison essentielle de cette situa-
tion ait été ignorée, à savoir le nouveau contexte
d’occupation et de domination étrangère. En fait,
À Lisala, une des femmes d’un chef porte dans une botte
les recettes du vin vendu au marché. le pouvoir, et même la fonction de chef coutumier,
(AP.0.2.3380, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.) furent pervertis, ce qui eut des effets, qui se ressentent

105
MONGALA

encore aujourd’hui, sur l’organisation du territoire de avait assignés pour aller s’établir ça et là dans le cœur de
la RDC. Ci-après, le récit, datant de 1953, de l’admi- la forêt. Ils refusent catégoriquement le travail de chef.
nistrateur Saerens du territoire d’Aketi frontalier de Novembre 1908 : nous n’avons pu jusque maintenant
la Mongala, avec lequel le district du Bas-Uele par- obtenir la confiance des chefs, ils s’acquittent difficile-
tage l’amont et l’aval de la rivière Itimbiri. ment de leurs devoirs » (Rapport AIMO 1953).

« Lors de la pénétration européenne dans la région de Les textes administratifs qui vont encadrer la
l’Itimbiri en 1887, le souci primordial des premiers nouvelle organisation administrative comportent
agents de l’EIC n’était évidemment pas l’organisation des critères qui ont, en réalité, créé de nouvelles
politique des sociétés indigènes : il fallait avant tout autorités, quelle que soit l’appellation qui leur fut
vaincre les Zanzibaristes et soumettre les populations attribuée. Le décret du 6  octobre  1891 stipule les
indigènes. premières règles relatives aux chefferies et chefs indi-
À cette époque troublée des premières occupations gènes, décret dont l’exécution est détaillée par l’arrêté
[…] amenant l’imposition aux indigènes de presta- du 10  novembre  1894. D’après ce décret, le nouvel
tions en nature souvent considérables et de corvées État reconnaît les chefferies indigènes, si les chefs ont
bien lourdes, chefs et indigènes étaient rudement été confirmés par le gouverneur général dans l’auto-
menés, les répressions étaient fréquentes, personne rité que leur attribue la coutume. En outre, lors de
n’était ménagé. Les chefs coutumiers n’auraient d’ail- l’investiture, un tableau indiquant le nom du village,
leurs pu, sans compromettre leur autorité et sortir des la situation exacte de celui-ci, les noms des notables,
limites traditionnelles, imposer à leurs sujets corvées et le nombre de cases, le chiffre de la population et les
prestations qu’exigeait la nouvelle situation, créée par prestations à fournir en nature devait être dressé.
l’arrivée des agents de l’EIC. Le décret du 3 juin 1906, dont les mesures d’exé-
Les chefs couraient donc de grands risques, et puisqu’il cution sont réglées par l’arrêté du 16  août  1906 du
fallait sacrifier quelqu’un, l’on sacrifiait le sujet le moins gouverneur général, stipule que tous les indigènes
important, présenté aux agents de l’État comme chef, sont réputés faire partie d’une chefferie ; que la chef-
alors que le véritable chef se tenait à l’écart. Parmi les ferie se compose d’un seul ou de plusieurs villages,
chefs présentés comme tels certains étaient favorables placés sous l’autorité supérieure d’un chef unique ;
à l’État, d’autres ne l’étaient pas, mais dans la généralité que le chef exerce son autorité conformément à
des cas ni l’un ni l’autre n’obtenait l’exécution de corvées la coutume indigène, pourvu qu’elle ne soit pas
et de prestations au profit de l’État qu’avec l’appui de contraire à l’ordre public universel, ni à certaines lois
celui-ci. européennes ; que le chef est responsable devant le
Il suffit de lire à ce sujet les rapports mensuels du chef commissaire de district de la bonne conduite géné-
de poste d’Ibembo, dont le premier […] trouvé dans les rale de la chefferie, de certaines notifications à son
archives date du mois de mai 1908 […] : chef de territoire et de la transmission des ordres de
Juin 1908 : j’ai eu l’occasion de visiter ce mois la région l’autorité européenne à ses gens, etc.
Beko et Bokengere. À mon approche, les indigènes Au vu de ces règles administratives, il convient
fuyaient leur village. Seuls les chefs se sont présentés. de se demander ce qui a pu subsister de la tradition
Une fois de plus, j’ai constaté que ces chefs n’ont aucune et de la responsabilité du chef local. De nombreux
autorité sur leurs sujets. Quant aux grands chefs, les prétendants au poste de chef se virent écartés. Des
chefs réels s’obstinent toujours à ne pas vouloir se chefferies furent supprimées et leurs chefs démis
présenter. D’autre part, ces derniers ont une grande ou dépossédés de leurs fonctions ; d’autres furent
influence sur les prestataires. Aussi longtemps que agrandies ou encore déplacées, avec des popula-
cette situation perdurera on ne pourra obtenir de bons tions incorporées dans une autre chefferie créée
résultats. ou réorganisée. Des chefs furent investis avec pour
Lors de ma tournée, le chef Bundaka, qui jusqu’ici qualification : « ne posséder aucune qualité de chef ».
semblait être dévoué au Blanc, a fui son village à mon La transformation de deux chefferies distinctes en
approche en chargeant le chef Bukumu de me dire qu’il une seule chefferie n’apporta pas toujours d’amé-
ne se présenterait plus. lioration à l’état d’anarchie politique et économique
Juillet  1908 : un des chefs les plus importants de la constaté. D’où la suppression pure et simple de nom-
région, Benga, s’est plaint du mauvais vouloir de ses breuses chefferies dans la Mongala et la création de
sujets. Ceux-ci quittent tous les villages, que le chef leur secteurs, passant pour être un nouvel agencement

106
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

assez différent de l’ancienne structure. L’AT Saerens, confirmaient que le grand fleuve était réellement le
qui proposait, en 1953, une telle formation dans son fleuve Congo (Stanley 1879 : 284-293).
territoire d’Aketi, écrit : « […] un secteur au sens de En aval d’Umangi et de Bopoto, Stanley rencon-
l’Art. » tra à nouveau des peuples hostiles, surtout les Iboko
Des anciens policiers, greffiers de tribunal… et les Mabale de Mankanza, qui livrèrent combat
devinrent des chefs désignés et investis. Situation sur le fleuve. Il les appela « Bangala » et les compara
qui sema la discorde au sein des clans, l’ayant droit aux guerriers ashanti de l’Afrique occidentale (Ibid. :
ayant été éliminé du pouvoir. Pareil cas provoquait 299-305). Coquilhat rapporte ce témoignage d’un
généralement l’hostilité des personnes en compéti- autochtone côtoyant le chef Mata-Boike sur l’attaque
tion, ce qui conduisit l’Administration à mettre en préparée contre lui :
résidence forcée ou à reléguer le contestataire. Il
arriva qu’en signe de protestation, les enfants de la « Vous ne savez pas combien les Ba-Ngala sont mau-
lignée lésée quittent le village pour s’installer dans vais. Je les ai vu piller bien des fois des canots de com-
de nouveaux villages, créés autour des entreprises merce et tuer leurs équipages afin d’avoir de la viande
ou dans des missions religieuses. Il arriva aussi que et de l’ivoire. Pour eux, la vie de l’étranger n’est rien. Ils
pareils gestes perturbent l’importance de l’impôt à guettent un relâchement de votre vigilance, et ne vous
payer ou encore la gestion quotidienne : le chef cou- ont accepté dans le pays qu’avec l’arrière pensée de vous
tumier démis pouvait inciter une partie de la popu- massacrer » (Coquilhat 1888 : 225).
lation à la désobéissance à l’égard du nouveau chef et
continuer à trancher lui-même les différends entre Revenu au Congo en 1879 pour fonder un État,
les habitants qui lui reconnaissaient le pouvoir. à la demande de Léopold II, H.  M. Stanley passa à
L’établissement des pouvoirs locaux et l’organisa- nouveau dans la région de Lisala, en novembre 1883,
tion administrative dans la région du district de la en provenance de Wangata (station de l’Équateur).
Mongala s’avérèrent être une entreprise laborieuse Il renoua des relations avec les natifs de l’endroit,
pour l’occupant colonial. mais il n’était pas encore question de fonder une sta-
tion. La priorité était accordée à la position extrême,
Kisangani, et Mankanza, où il venait d’échouer. En
2. LES EXPLORATIONS EUROPÉENNES descendant le fleuve pour la seconde et la dernière
ET LA FONDATION DES POSTES fois, Stanley ne fit que passer devant ses vieux com-
pagnons (Stanley 1885 : 426).
Étant proches du fleuve, les populations de la Les relations suivies avec les peuples de la Mongala
Mongala sont entrées très rapidement en contact se firent après qu’eut été fondée la station des Bangala
avec les voyageurs européens qu’elles accueillirent à Mankanza, en 1884. Malgré les bonnes dispositions
favorablement, dès le début. du début, les natifs des environs de Lisala, qui atten-
Les premiers Européens à visiter la région furent daient en vain l’arrivée des Blancs, commencèrent
Henry Morton Stanley et Frank Pocock, accompa- à leur devenir hostiles. En octobre 1886, les soldats
gnés des Zanzibarites. Journaliste et « explorateur » de l’État furent chassés de Kisangani par les Arabes.
anglais, H.  M. Stanley était chargé de vérifier si le En passant devant Upoto, ils furent capturés et gar-
Lualaba découvert par Livingstone était la source dés comme esclaves. Les négociations pour obtenir
du fleuve Nil ou du fleuve Congo. En janvier 1877, il leur libération durèrent deux ans. Une guerre éclair
avait atteint les chutes des Wagenia, qu’il appela Stan- menée par les troupes basées à Mankanza détruisit
ley Falls. En descendant le fleuve à partir de Kisan- tous les villages des Bapoto. Les femmes, les enfants
gani, il dépassa Bumba et s’arrêta à Nganza, près de et les vieillards qui ne pouvaient pas fuir furent mas-
Lisala, pour acheter des vivres. C’est le 8 février 1877 sacrés et les captifs, libérés en janvier 1888. Ces faits
que Stanley entra en contact avec les Bapoto et les marquèrent le début de leur soumission à l’autorité
Ngombe proches du fleuve. Alors que les habitants de de l’État.
Basoko, à l’embouchure de l’Aruwimi, avaient attaqué Le poste de Bangala fut chargé de surveiller le
l’expédition, les Bapoto le reçurent pacifiquement. tronçon du fleuve entre Mbandaka et Basoko. L’ins-
Le chef Rubunga de Nganza fit un pacte de sang avec tallation des postes secondaires, en aval comme en
Stanley, alors qu’il n’avait jamais vu d’homme blanc. amont, commença en 1888. C’est alors que furent
Les natifs livrèrent à Stanley les informations qui fondés les petits postes confiés aux gradés noirs,

107
MONGALA

Le poste d’Umangi. Camp des soldats à Lisala.


(AP.0.0.341, collection MRAC Tervuren ; photo F.L. Michel, 1896.) (AP.0.0.4269, collection MRAC Tervuren.)

notamment ceux d’Umangi et d’Upoto, près de sur la Dua. Ce fut, pour les peuples de la Mongala, la
Lisala, et de Yambinga, au-delà de Bumba, avant d’al- meilleure époque, qui leur apporta, sans souffrance,
ler jusqu’à Basoko. Tous ces postes visaient le renfor- quelque richesse, en échange de leurs stocks d’ivoire.
cement des positions européennes face à la menace À partir de 1892, l’ivoire sera remis obligatoirement
arabe (Mumbanza 1971). à l’État en guise d’impôt.
Les agents de l’État cherchaient aussi à avoir des
bases d’opération leur permettant d’atteindre l’Uele
en se servant des trois rivières : l’Ubangi, la Mongala 3. L’EXPLOITATION DE LA MONGALA PAR
et l’Itimbiri. Il fallait, pour des raisons de politique LA SOCIÉTÉ CONCESSIONNAIRE L’ANVERSOISE
internationale, démontrer l’occupation effective de la ET LES RÉACTIONS DES POPULATIONS
frontière au Nord du pays. C’est ainsi que le capitaine
Van Gele remonta l’Itimbiri en juillet 1887 jusqu’aux Les agents de l’État avaient à peine commencé à
rapides de Gô, en amont d’Aketi. Mais ne pouvant soumettre les peuples de la Mongala, que tout le bas-
pousser plus loin par la voie de terre pour atteindre sin de cette rivière fut attribué, en 1892, à l’entreprise
l’Uele, il rebroussa chemin. Il abandonna définitive- L’Anversoise, pour l’exploitation du caoutchouc en
ment cette voie pour se consacrer à celle de l’Ubangi, régie. Le commissaire du district de l’Ubangi-Uele
qui lui permit, après plusieurs tentatives, de dépas- expulsa, dès lors, les autres compagnies commer-
ser les chutes de Zongo et de fonder les postes de ciales et les agents de l’Anversoise explorèrent à leur
Banzyville et de Yakoma, respectivement en 1889 et tour le territoire, en remontant la Mongala et ses
en 1890 (Flament et al. 1952 : 110-115). La voie de deux bras, l’Ebola et la Dua. Ils fondèrent un premier
l’Itimbiri fut à nouveau empruntée par le capitaine poste à Ndundusana, sur la Dua. Les postes furent
Roget en 1890. Il atteignit Gô, en mai 1890, fonda les ensuite étendus à tous les endroits propices et, par
postes d’Ibembo et de Bondo, et noua des relations conséquent, les Ngombe, les Ngbandi et surtout les
avec Djabir dans l’Uele (Ibid. : 117-119). Budja furent soumis aux durs travaux de recherche
En ce qui concerne la rivière Mongala, qui pou- et de préparation du caoutchouc.
vait aussi conduire vers le Haut-Ubangi, elle fut peu
exploitée. Le chef du poste de Bangala, le lieute- Jean Médard Bokongo donne une description de
nant Ernest Baert, fut le premier à la remonter, en la collecte du caoutchouc :
novembre 1886, jusqu’au confluent de l’Ebola et de
la Dua. Il faudra attendre encore quatre ans pour que « Chaque famille organisait une tournée à travers la
les agents de l’État utilisent à nouveau la Mongala forêt et y déterminait son aire d’exploitation par un
jusqu’à Businga, et y fondent un poste (Ibid. : 121). jalon appelé mogase.
Au même moment, les compagnies commerciales La cueillette était organisée par chaque famille de la
qui recherchaient l’ivoire avaient occupé Umangi et manière suivante : chaque père de famille rassemblait
Upoto. L’une d’entre elles, la Société anonyme belge ses enfants, ses frères célibataires ou parfois ses beaux-
pour le commerce du haut Congo (SAB), avait sil- frères. La famille des guerriers (bilombe) utilisait les
lonné la Mongala et avait établi sa factorerie à Gongo, esclaves dans la besogne. Lorsqu’il n’ y avait pas de

108
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

querelles au sein du mosa (clan), tous les membres par- Après le chauffage, on ajoutait à ce mélange une mesure
ticipaient à la cueillette. d’eau. Celle-ci agissait sur la pâte comme la levure. La
Alors que les hommes se préparaient à cette dure pâte ainsi obtenue était étalée sur une écorce d’arbre
épreuve, les femmes apprêtaient des chikwangues, préparée à cet effet.
l’huile de palme, du sel, bref tout ce qui était indis- Le mélange était fait en s’appuyant sur la pâte en faisant
pensable aux hommes pendant leur long séjour en passer un morceau d’arbre au-dessus.
forêt. Dès que les préparatifs étaient achevés, c’était Le travail de malaxage exigeait des gens robustes afin
la disparition de tout un village dans l’épaisse forêt. d’étaler parfaitement la pâte et profiter de toute son
Chaque famille se dirigeait vers sa zone d’exploitation élasticité. Une fois le malaxage terminé, la boule ou
préalablement préparée, et y dressait un campement “l’étoffe du caoutchouc”, ainsi appelée par les Ngombe,
de fortune, molako. était portée au séchage et déposée sur l’échafaud.
La récolte pouvait prendre trois ou quatre semaines L’emballage qui était la dernière étape consistait à ras-
selon que la récolte était meilleure ou mauvaise. Elle sembler les différents morceaux, les tailler ensuite pour
pouvait être prolongée lorsque les lianes ne produi- obtenir un assemblage parfait.
saient pas assez de latex. Lorsque l’on était rassuré du quota exigé par la facto-
La cueillette du caoutchouc ainsi que les méthodes rerie, on arrêtait aussitôt son travail et on s’apprêtait
utilisées à cet effet étaient rudimentaires. L’on utilisait à rentrer au village pour aller présenter son caout-
comme matériels un couteau de chasse (mbao), une chouc au Blanc, gérant ou directeur de la factorerie »
machette (mele), ou un poignard (mombi) qui servait à (Bokongo 2011 : 304-305).
tailler les lianes ou à appliquer des incisions sur l’écorce
d’arbre. Le pot (nguku) servait à recueillir le latex, la Pendant que les populations terriennes étaient
sève blanche qui s’écoulait des lianes ou des arbres chargées de récolter le caoutchouc, celles des villages
caoutchoutiers. riverains acheminaient la production à Mobeka, à
La cueillette se faisait différemment selon qu’il s’agis- l’embouchure de la Mongala, qui était le siège local
sait de l’arbre mondembo ou des lianes. de la société.
Tous les arbres passaient à l’essai : on enfonçait le cou- Dans la Mongala, l’exploitation du caoutchouc
teau dans chaque arbre. Le latex qui en coulait était s’est avérée difficile. La Compagnie anversoise du
enduit sur une partie du corps, souvent sur la poitrine. commerce du Congo octroyait à l’État une large part
Une fois séché, on l’enlevait et on appréciait sa teneur de ses bénéfices.
par son élasticité. Lorsque le latex séché et retiré arra- Pour renforcer la production, plusieurs plantes
chait quelques poils de la partie appliquée, il était de caoutchoutières sylvestres furent exploitées,
meilleure qualité. notamment :
Le lendemain, les arbres étaient abattus pour extraire –– les herbes à caoutchouc : Landolphia thollonii : les
toute la sève par des incisions circulaires pratiquées natifs en récoltaient les rhizomes, qu’ils nouaient
tous les 5 cm. en botte, les séchaient, puis les décortiquaient ; les
Le travail de la cueillette de caoutchouc de lianes, par écorces battues livraient la sève ;
contre, consistait à grimper le long de gros arbres par
où s’enlaçaient les lianes caoutchoutières, les couper et
les laisser choir par terre. Le travail était exécuté par
les jeunes. Certains d’entre eux étaient emportés par la
chute des lianes et s’écrasaient au sol.
Dès que les lianes étaient arrivées au sol, elles étaient
découpées en fagots de 50 ou 60 cm de longeur. Elles
étaient ensuite disposées sur un échafaud légèrement
incliné et le latex reccueilli dans un récipient. Le latex
reccueilli était alors transporté et amené au campement
molako où il subissait sa première transformation.
Le latex était transvasé dans de grands pots où on lui
ajoutait un liquide ammoniacal provenant de subs-
tances végétales boboye, ngakuku, ngai-ngai, mokpa et Magasins et bureaux à Mobeka.
parfois on y ajoutait de l’urine. (AP.0.0.30465, collection MRAC Tervuren ; photo A. Mahieu, 1903.)

109
MONGALA

Débarquement du caoutchouc à Léopoldville.


(AP.0.0.14543, collection MRAC Tervuren ; photo Pelet, 1910, © MRAC Tervuren.)

Il est à noter que l’exploitation de ces lianes fut


progressivement abandonnée en faveur des planta-
tions d’hévéas, dont la récolte était plus abondante
tout en exigeant moins d’efforts. Elle fut reprise pen-
dant quelques années, au cours de la Seconde Guerre
mondiale, lorsque la perte des plantations d’Ex-
trême-Orient provoqua chez les Alliés une pénurie
de caoutchouc.
–– l’arbre à caoutchouc : Funtumia elastica (Mag-
bogbo).

L’exploitation du caoutchouc fut rendue extrême-


ment pénible en raison de la brutalité, des cruautés
et des blessures ouvertes dues au travail forcé. C’est
ainsi que les missionnaires britanniques, qui dénon-
Le travail du caoutchouc des herbes. cèrent ces pratiques, lancèrent l’expression « red rub-
(AP.0.0.27952, collection MRAC Tervuren ; photo Reigel, © MRAC ber », le « caoutchouc rouge » ou le « caoutchouc du
Tervuren.) sang », que Daniel Vangroenweghe a reprise dans
son ouvrage (Vangroenweghe 1986).
–– les lianes à caoutchouc : Landolphia gentilii (sak- L’occupation des territoires de la Mongala ne
pa) et L. owariensis (mamoho). La récolte se fai- se fit pas seulement par le fleuve et ses affluents
sait par des incisions dans les lianes. En effet le tels que la Mongala et l’Itimbiri, mais aussi par les
décret du 30 octobre 1892 interdisait de couper petits bras des rivières telles les rivières Djambo,
les lianes, en vue de poursuivre leur utilisation les Mioka, Ngale, Molua, Lofofe, Loeka, Lolo… Les Euro-
années suivantes. péens placèrent à l’intérieur de petits postes mapula,

110
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

1897 en forêt, cuisson du latex et des galettes de caoutchouc.


Lusambo.
(AP.0.0.302, collection MRAC Tervuren ; photo F.L. Michel, 1897.)

1897 en forêt, récolte du latex dans la forêt. Lusambo. En 1897, séchage des galettes de caoutchouc dans la forêt.
(AP.0.0.304, collection MRAC Tervuren ; photo F.L. Michel, 1897.) Lusambo.
(AP.0.0.301, collection MRAC Tervuren ; photo F.L. Michel, 1897.)

Le caoutchouc était récolté par des incisions. Ici, à Befale (district À Yaleko dans le territoire d’Opala (district de Stanleyville),
de la Tshuapa), un travailleur occupé à la récolte : avant de raviver la le rassemblement des cruches contenant du latex provenant de
saignée pratiquée au tronc de l’arbre, il enlève les « scraps », petits la saignée de l’hévéa. Le latex sera conduit par camion à l’usine qui
rubans de latex solidifiés. en assurera le traitement.
(HP.1957.1.568, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote (HP.1956.15.10995, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote
[Inforcongo], © MRAC Tervuren.) [Inforcongo], © MRAC Tervuren.)

111
MONGALA

À Yanonge dans le territoire d’Isangi (district de Stanleyville) : traitement du À Yanonge : le traitement du latex dans une
latex dans une usine fabriquant des articles en mousse de latex. Le latex amené usine fabriquant des articles en mousse de
des plantations par camion-citerne est versé dans un tank souterrain où il sera latex : le latex, auquel a été incorporé de l’acide
concentré et conservé. formique, est versé dans des formes pour être
(HP.1956.15.11039, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote [Inforcongo], vulcanisé.
© MRAC Tervuren.) (HP.1956.15.11043, collection MRAC Tervuren ;
photo C. Lamote [Inforcongo], © MRAC
Tervuren.)

Dans une usine de caoutchouc à Yaleko dans le territoire Dans une usine de caoutchouc à Yaleko dans le territoire
d’Opala : après coagulation, les feuilles de caoutchouc sont d’Opala : expédition de caoutchouc en feuilles.
calandrées pour en éliminer l’excès d’eau, en réduire l’épaisseur et (HP.1956.15.11040, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote
en augmenter la surface. Elles seront ensuite fumées et séchées. [Inforcongo], © MRAC Tervuren.)
(HP.1956.15.11000, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote
[Inforcongo], © MRAC Tervuren.)

commandés par des gradés noirs, appelés « mubeka » récolte du caoutchouc. Étaient déterminées ensuite
ou « sentinelles ». Les plus grandes factoreries furent les quantités à apporter et les jours des marchés.
établies à Ndundusana et à Ndobo. Le travail se faisait sous la surveillance étroite des
La première phase de l’opération consistait à sentinelles.
recenser la population dans tous les villages et à Juste avant le lever du soleil, les sentinelles fai-
apprendre aux hommes toutes les techniques de saient l’appel et chacune d’entre elles, avec son groupe

112
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

étroitement surveillé, se rendait dans la forêt pour sait de populations en fuite pour se soustraire aux
détecter les espèces caoutchoutières. Le matériel de impositions.
saignée était l’arête de poissons, une feuille fine ser- Les Budja, par contre, surtout ceux de Yali-
vant de gouttière et un panier, taillé de feuilles lon- sika, posèrent problème aux postes et aux troupes
gongo, remplaçait le godet. mobiles. Forts de leurs exploits antérieurs contre
Le travail était dur, alors que les modalités d’achat les Swahili (Matambatamba), vers 1880, et contre
et les récompenses étaient dérisoires. L’indigène qui la colonne de Ponthier, avant-garde de l’expédition
apportait la quantité exigée était appelé « do kilo Van Kerckhoven, où périrent un sous-officier, Buc-
sesa ». « Do » est un terme marquant un « oui » appré- quoy, et 75 auxiliaires noirs, en avril 1891 (Flament
ciatif et honorifique. « Kilo sesa » semble être une et al. 1952), ils n’hésitèrent pas à affronter militai-
déformation des mots français : « c’est ça » prononcés rement les Blancs et leurs hommes. Les factoreries
lorsque la balance atteignait le poids net. furent encerclées et prises d’assaut et leurs agents
Le do kilo sesa recevait en guise de récompense massacrés. C’est alors que les postes de l’État sur le
une importante quantité de sel, une pièce d’étoffe, fleuve, Umangi d’abord, puis Lisala, furent trans-
des machettes, des haches, de l’alcool… Par contre, formés en camps militaires, camp d’activistes et
l’indigène qui n’atteignait pas la quantité exigée s’ap- camp des réservistes chargés d’endiguer les révoltes
pelait « kilo kase ». Ce dernier, après avoir été soumis (Vandervelde 1909). Il fallut mobiliser un nombre
à la chicote, recevait une demi-pièce d’étoffe et une important de soldats et engager des combats sur tous
petite quantité de sel. les fronts pour venir à bout des redoutables Budja.
Mais la pesée n’était pas toujours une opération Commencés en 1898, les troubles ne prirent fin qu’en
très honnête. Dans son carnet de voyage, Vladi Sou- 1905 (Flament et al. 1952 : 478-483). Les principaux
chard notait : « Le comportement de certains com- foyers de cette insurrection générale furent, selon la
merçants n’est pas beau à voir et les plus blancs ne tradition, les suivants :
sont pas les plus honnêtes […] qui trichent outra- a. le chef Abia de Yamendo, qui alla chez le chef
geusement : poids, qualité, monnaie, tout y passe » blanc « Songa Malefi » pour protester contre les
(Souchard 1983 : 93-94). durs travaux auxquels ses hommes étaient sou-
Cette exploitation à outrance et, surtout, les tor- mis pour la production du caoutchouc ;
tures et les sévices encourus incitèrent les peuples b. les guerres menées par le chef Eseko de Yalisika.
à la résistance et même à la révolte. Les peuples du L’histoire a retenu deux grandes batailles : celle
bassin de la Mongala, comme ceux du bassin de la de Yambila et celle d’Ekutu13. Les deux guerres
Lulonga, finirent, en effet, par se révolter, au bout de furent livrées contre les agents de la factorerie
cinq ans d’exploitation intense. Ceux qui ne réussis- de Ndundusana constituée de trois postes : Yam-
saient pas à fournir les quantités exigées et essayaient bila, Bongbongo-Itsimbi et Yandongi. Les gradés
de fuir étaient punis d’emprisonnement, de coups de de Bongbongo et de Yambila, attaqués par sur-
fouet et de mort, s’il le fallait. Beaucoup eurent des prise, furent exterminés en une nuit. Tandis que
mains et des bras amputés pour servir d’exemple à le responsable du poste de Yambuku fut arrêté
ceux qui auraient osé les imiter. Les mêmes puni- plus tard, avec un Blanc, Ekutu, responsable de la
tions s’appliquaient aux femmes et aux enfants des factorerie de Ndundusana. Tous deux furent tués.
fugitifs. Des villages entiers furent brûlés et les plan- Finalement Eseko fut arrêté, lors de la campagne
tations détruites pour pousser les natifs à la soumis- qui dura six mois. Acheminé au tribunal de
sion (Bokongo 2011). Boma, il fut inculpé d’insurrection et d’assassinat.
Plusieurs foyers de résistance surgirent presque Condamné, il fut exécuté, mais sa mort ne fut, en
au même moment, mais les Congolais manquèrent fait, qu’un règlement de compte pour toutes les
de cohésion et, face aux troupes métropolitaines guerres légitimes qu’il avait menées ;
composées de sentinelles et de soldats de la Force c. les guerres de Molumula et d’Embango, deux
publique, ils n’obtinrent que quelques succès, avant meneurs originaires de Yalitama, dans l’actuel
d’être définitivement défaits. secteur Mondjamboli. L’insurrection débuta par
Les Ngombe, en particulier, ne résistèrent que le massacre des sentinelles de la factorerie de
dans des villages isolés. Quelques-uns d’entre eux
se soulevèrent entre les années 1903 et 1906, notam- 13  Surnom de l’Européen responsable de la factorerie de Ndun-
ment les Mongili, Kwawa et Mumbia. Il s’agis- dusana.

113
MONGALA

Mondjamboli. Leur résistance fut noyée dans le Ces données relatives à la résistance des Budja,
sang par les soldats de la Force publique. La tra- restées vivaces dans la tradition, sont attestées par
dition raconte que ces deux guerriers trouvèrent la littérature écrite. J.-C.  Willame reprend les don-
la mort sur le champ de bataille ; nées détaillées fournies par F. Flament dans La Force
d. les soulèvements d’Abia, Engbongo et Engwanda, publique de sa naissance à 1914 et les récapitule ainsi :
respectivement de Yamendo, Yalombo et Bolupi. –– en 1898, le sous-lieutenant Badard, envoyé en
Les premiers incidents survinrent à Yakombo reconnaissance dans la région de Dundusana, fut
avec l’assassinat de deux miliciens envoyés pour massacré en même temps que l’agent commercial
convoquer les prestataires. Les habitants de ces Gysens ;
chefferies, avec le concours du chef Mokingi de –– un détachement de la Force publique mis à la dis-
Yambata, attaquèrent la factorerie de Ndobo. position de deux autres agents de société se laissa
L’intervention de la Force publique fut drama- surprendre. Les deux Européens furent tués et
tique : massacres, pillages, incendies, etc., qui probablement mangés ;
provoquèrent la dispersion de la population ; –– le 4 mars 1900, une colonne dirigée par Weynants
e. les insurrections menées par Dikpo dans les et Rabe, envoyée à Yalombo pour y disperser un
actuels secteurs Itimbiri et Mobango-Itimbiri. Ce rassemblement hostile, fut massacrée sur place ;
chef coutumier souleva ses populations contre les –– ces soulèvements continuèrent à un rythme régu-
agents de l’État et de la compagnie, entre 1903 et lier, malgré les victoires du commandant Verdus-
1905. Il fut un grand féticheur et opposa une forte sen, commissaire du district des Bangala, contre
résistance, du fait que ses gens savaient manier les révoltés de Yalombo et de Yambinga, en juillet
les fusils « pupu », reçus grâce au commerce sur et en novembre 1900 ;
le fleuve. La tradition affirme que dans les deux –– en juillet  1901, le commandat Mardulier, com-
grands postes de Bosambi et de Yamongumia, missaire du district des Bangala après Verdussen,
les sentinelles furent massacrées. Les guerriers réussit à arrêter les chefs les plus redoutables :
les plus célèbres appuyant Dikpo étaient : Yam- Eseko, Zengo et Ekwalanga. Ainsi une paix rela-
bala de Yamobelu, Malaso de Yalikela, Tange de tive fut ramenée dans la Mongala, pendant près
Yandombo, Esala de Yazebwa, Litsana de Yamo- de trois ans ;
lela, Mangili de Yalisenze, Esala de Yainengu, –– mais en juin 1905, les hostilités reprirent et les
Ngbonda de Yaliambi. nouvelles troupes commandées par Gérard ame-
f. Les actes individuels de résistance furent aussi nèrent les rebelles à la soumission. C’était la paix
nombreux : définitivement assurée sur les rives du Congo
–– la tradition raconte qu’un Budja de Yamendo (Flament et al. 1952 : 478-483).
tua un Blanc à coups de couteau, simplement
pour avoir le mérite d’avoir tué un Blanc, Mais déjà, face à ces abus, le mandat de la Société
–– un autre renversa la pirogue qui transportait une anversoise avait été suspendu en 1904, et le bassin de
colonne de prestataires sur la rivière Djambu, la Mongala demeura sous la coupe des entreprises
–– Akputu, parti de Yamendo pour Mondjamboli, étrangères. Les procédés utilisés pour la récolte des
massacra les femmes qui pêchaient pour les produits s’humanisèrent peu à peu, mais l’esprit resta
miliciens originaires de Mobeka, le même : l’imposition en nature fut remplacée par
–– le chef Nkumu Ndongo ordonna l’exécution le « travail éducatif », la politique étant d’utiliser les
d’une troupe de miliciens qui voulaient créer intermédiaires autochtones.
un poste sur son sol.

114
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

RÉFÉRENCES
Bokongo Libakea, J.M.1984. « Installation des Ngombe de l’Équateur ». Revue de pédagogie appliquée 4 : 246-272.
Bokongo Libakea, J.M. 2011. Les Ngombe de l’Équateur. Une nouvelle histoire d’un peuple en quête de son identité. Stratégies
politiques coloniales et mutations sociales (1800-2005). Kinshasa : Université pédagogique nationale.
Coquilhat, C. 1888. Sur le Haut-Congo. Paris : Lebègue & Co.
Flament, F. et al. 1952. La Force publique de sa naissance à 1914 : participation des militaires à l’histoire des premières
années du Congo. Bruxelles : Institut royal colonial belge (coll. « Mémoires de la section des sciences morales et poli-
tiques », tome XXVI).
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 1971. « Les Bangala et la première décennie du poste de Nouvelle-Anvers (1884-1894) ».
Mémoire de licence. Kinshasa : Université Lovanium.
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 1980. « Histoire des peuples riverains de l’entre-Zaïre-Ubangi : évolution sociale et écono-
mique (ca 1700-1930) ». 2 tomes. Thèse de doctorat en histoire. UNAZA, campus de Lubumbashi.
Stanley, H.M. 1879. À travers le continent mystérieux. Paris : Librairie Hachette et Cie.
Stanley, H.M. 1885. Cinq années au Congo. 1879-1884. Paris : Maurice Dreyfous.
Souchard, V. 1983. Jours de brousse. Congo 1940-1945. Bruxelles : Éd. De l’Université libre de Bruxelles.
Vandervelde, E. 1909. Les Derniers Jours de l’État du Congo. Journal de voyage (juillet-octobre 1908). Mons-Paris : Édition
de La Société nouvelle.
Vangroenweghe, D. 1986. Du sang sur les lianes. Léopold II et son Congo. Bruxelles : Didier Hattier.

Archives
Fonds d’archives B. Verhaegen, service Histoire et Politique, MRAC : Rapport AIMO 1953.

115
CHAPITRE 8
ÉVOLUTION DE L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE

L’
occupation du territoire par les Européens Stanley, comme Hanssens par la suite, commença
et la mise en place de l’Administration par négocier des traités d’amitié avec les chefs locaux,
furent progressives. La délimitation des traités qui étaient présentés, à l’insu de leurs parte-
circonscriptions administratives accompa- naires congolais, comme des actes de soumission
gnait la prospection du territoire pour son occupa- volontaire et de mise sous la protection de l’Asso-
tion. Les principales étapes de ce processus dans la ciation internationale africaine (AIA), devenue, dès
Mongala sont évoquées ci-après. 1882, l’Association internationale du Congo (AIC).
L’appui des chefs locaux était recherché en recourant
à la fraternité de sang, largement reconnue dans la
contrée. Stanley lui-même et tous les premiers chefs
de postes furent soumis à cette pratique, comme en
témoignent leurs écrits. À propos de l’échange de
sang entre Hanssens et ses compagnons, d’un côté, et
Mata-Boike et ses hommes, de l’autre, le 4 mai 1884,
Camille Coquilhat signale que : « Le vieillard, un
instant interdit, contemple cette figure ouverte,
souriante et qui respire la bonté ; il est séduit et dit :
Soyons frères de sang. La cérémonie eut lieu sans
Bureau du district de la Mongala à Lisala.
tarder, et chacun des autres Blancs s’allia ainsi avec
(Photo équipe locale, octobre 2014). un sous-chef, cet acquis augmenta le nombre de nos
partisans » (Coquilhat 1888 : 198). Mais à partir de
1885, les instructions seront précises à Boma où le
1. LES TRAITÉS D’AMITIÉ ET LA CRÉATION gouverneur général coordonnait les activités selon
DES POSTES SOUS L’ÉGIDE DU COMMERCE les ordres du Roi-Souverain de l’État indépendant
du Congo.
Au moment de la reconnaissance de l’État indé- De 1884 à 1888, la station de Bangala à Man-
pendant du Congo, comme auparavant, l’occu- kanza fut le seul poste occupé par les Européens et
pation du territoire était limitée et l’organisation leurs auxiliaires noirs, en amont de Wangata, appelée
rudimentaire. « station de l’Équateur ». Cette station devait super-
Dans un premier temps, les agents de l’État ne viser le tronçon du fleuve entre Mbandaka et Bumba.
contrôlaient que les postes qu’ils venaient de fon- Faisant le bilan des activités du capitaine Hanssens,
der. Les chefs de postes avaient les pleins pouvoirs, en juillet 1884, Camille Coquilhat écrivait :
qui leur étaient légués par les chefs de l’expédition.
Ils devaient renforcer leur position en usant de tous « Au moment où le capitaine arrive au terme de ce
les moyens pacifiques, le recours à la force n’étant voyage, il me paraît intéressant d’en résumer les résul-
recommandé qu’en cas de nécessité extrême. tats ; ils sont on ne peut plus fructueux.

117
MONGALA

Coquilhat et le chef Mata-Boike (de son nom à la naissance Baert et Vandenplas.


Enguangula). (AP.0.0.28108, collection MRAC Tervuren, Photo L. Habran, 1888
(AP.0.0.28102, collection MRAC Tervuren [reproduction extraite de [reproduction extraite de Camille Coquilhat, Sur le Haut Congo 1882-
Camille Coquilhat, Sur le Haut-Congo 1882-1886, Paris, 1888, p. 205].) 1886, Paris, 1888, p. 444].)

En aval, il a établi deux postes, l’un à Moubimo, près lancée visant le contrôle de la région et la soumission
de Tshoumbiri, l’autre à N’Gombi, à côté d’Irebou ; il des peuples qui y habitaient.
a découvert et acquis la bouche de la grande rivière Pendant près de deux ans, Camille Coquilhat,
d’Ou-Bangi et a obtenu par traité régulier des conces- assez diplomate, évoqua constamment les accords
sions à N’Ga-Ntchou, Lissangou, N’Toumba, Irebou, passés avec les peuples autochtones. Protégé par le
Oussindi, Boutoumou, M’Poumba, Mabirou, Iranga et chef Mata-Boike14, Coquilhat eut le temps de pro-
Loulanga. Puis il a acquis les Ba-Ngala. céder à la reconnaissance du territoire sur le fleuve
En amont, il a fait recevoir par contrat notre drapeau jusqu’à Mobeka et même à l’intérieur vers la Ngiri,
et notre protection à Mobéka, M’Pesa, Irenge, Oupoto, avec le concours du fils du chef (Ibid. : 278-284 et
Boumba, Yambinga, Itembo, Monongiri et à Isangi, 299-302).
confluent du Lomami ; enfin, il a découvert l’affluent
Mongala et a établi un poste chez les féroces Basoko,
14  À l’arrivée de Camille Coquilhat dans la région, ce chef local
à l’entrée de l’Arouwimi. C’est un superbe bilan dont je gouvernait un des plus vastes États des bords du Congo équa-
félicite vivement mon chef » (Ibid. : 228). torial. Il avait de l’ascendant sur la rive droite, de Monsembe à
Lusengo, ses voisins étant, d’une part, Mokomila et, de l’autre,
Mobeka. Mais son pouvoir n’avait rien d’absolu. Aucune force
Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une permanente, police ou armée, n’avait été vue à son service. Il
domination européenne ; des points d’attache étaient avait été obligé de discuter longuement les décisions à prendre
recherchés, à partir desquels une nouvelle étape était dans des réunions de chefs et de notables (Coquilhat 1888 : 202).

118
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Après la mort de Mata-Boike, en 1886, les habi- fleuve et sur les rivières Mongala et Lulonga. Les
tants de la station se sentant menacés, commen- postes secondaires d’Upoto et d’Umangi, fondés en
cèrent à user de la force contre les villages voisins. 1888, répondirent en partie à cet effort d’organisa-
Les chefs européens en poste à ce moment, Baert et tion. Il en fut de même pour les postes de Basankusu
Van Kerckhoven, n’étant plus liés par les pactes de sur la Lulonga, fondé en 1890, et de Mongwandi,
sang, s’employèrent à la soumission totale de la popu- fondé à Businga, sur la Mongala, en 1890 également.
lation locale. Baert s’attaqua aux Bapoto de Lisala en Les natifs relevant de tous ces postes ne subissaient
ayant comme prétexte la libération des soldats cap- pas encore de contraintes administratives, comme
turés par les Bapoto et fuyant Stanleyville. Van Kerc- signalé plus haut.
khoven soumit les villages du Sud avec pour objectif Les sociétés commerciales qui arrivèrent dans
de mettre fin au commerce des esclaves venant de la la région de Lisala, en 1888, pour l’achat de l’ivoire,
Lulonga. La station put ainsi étendre son influence usèrent des mêmes méthodes pacifiques pour atti-
militaire, en 1888 (Mumbanza 1971). rer les natifs et les rallier à leur cause. Les Blancs de
la factorerie de la SAB à Gongo, sur la Dua, étaient
considérés par les natifs comme des gens estimables
2. UNE TIMIDE ORGANISATION ADMINISTRATIVE et pacifiques.
SOUS L’EIC : 1888-1908 En 1892, lorsque le bassin de la Mongala fut cédé à
l’Anversoise, l’espace n’était pas encore soumis, et cette
Le 1er août 1888 intervint la première organisation tâche revint à la société, qui jouit de tous les attributs
administrative divisant l’EIC en onze districts. Toute de l’État durant plus de dix ans. Pendant ce temps, le
la partie équatoriale du pays était comprise dans trois nouveau district des Bangala fut délimité, le 17 juil-
districts : les districts de l’Équateur, de l’Ubangi-Uele let 1895, par la division en deux parties de l’ancien dis-
et de l’Aruwimi-Uele. L’actuel espace de la Mongala trict de l’Ubangi-Uele. Les autorités administratives,
était réparti entre les trois districts, mais la plus basées à Nouvelle-Anvers, n’intervenaient directe-
grande partie relevait du district de l’Ubangi-Uele, ment que lorsqu’il fallait soutenir l’action de la société
avec comme chef-lieu la « Station de Bangala ». et mettre fin à une révolte contre des brutalités, qui
Étant donné les difficultés rencontrées à étendre leur étaient généralement étrangères. C’est alors que
les activités vers l’Ubangi, le commissaire du district, les camps militaires d’Umangi et de Lisala prirent une
qui résidait à Mankanza, consacra ses efforts sur le réelle ascendance sur les populations de la Mongala.

Détachement de la Force publique de Mombongo.


(AP.0.0.14672, collection MRAC Tervuren ; photo H. Delvaux, © MRAC Tervuren.)

119
MONGALA

La vaste concession de l’Anversoise fut organi- Traduction : Demain Engbangadoka arrive. Mettons-
sée à partir de Mobeka, siège de la compagnie, et, nous à récolter le caoutchouc. Trois kilogrammes, cinq,
localement, à partir des factoreries. Chaque facto- vous êtes paresseux ; six kgs, sept, huit vous êtes des
rerie pouvait comprendre un poste central et des hommes courageux. Les enfants de X, tenez bon. Les
postes secondaires. La factorerie contrôlait un grand enfants de Y, vous êtes propriétaires de la forêt, faites
nombre de villages, qui apportaient le caoutchouc un effort. Les enfants de Z, vous avez toujours été les
exigé selon les horaires fixés par la hiérarchie. À par- premiers, ne l’oubliez pas. »
tir de 1900, les factoreries furent soumises à la sur-
veillance du commissaire de district résidant à Lisala À la fois pareil message inquiétait, intimidait et
et des chefs de postes qui contrôlaient les régions de stimulait le villageois à la récolte du caoutchouc.
Likimi, de l’Eau noire et de Monveda. L’ardeur et la perspicacité faisaient l’honneur
Il arrivait que la factorerie se déplace vers un nou- d’une famille, tandis que la paresse exposait
vel endroit, suite à l’épuisement des lianes caoutchou- celle-ci à la colère du Blanc, qui devait la fouet-
tières. Chez les Ngombe, les Ngbandi et les Mbanza de ter ou l’emprisonner parce que jugée fainéante. À
la Mongala, les principales factoreries créées de 1899 l’occasion d’une vente, certaines personnes, dont
à 1904 furent Bokapo, Bala-Bala, Boso-Modjebo, les jeunes gens vigoureux, étaient enrôlés dans la
Kwawa et Monveda. Bokongo (2011 : 293-294) nous Force publique, où ils servirent pendant la guerre
fournit quelques indications relatives à leur création : comme pakasa (pourvoyeurs).
–– la factorerie de Bokapo fut créée en 1899, par L’action de la factorerie de Boso-Modjebo s’éten-
l’agent Van Buck, appelé « Bunga Mangala », parce dait sur les villages Boso-Modjeko, Ngale, Boso-
qu’il s’exprimait très mal dans cette langue. Le Mbudi, Boso-Sengeli, Bolombo, Madjongo,
quota de production de caoutchouc pour cette Boso-Ndwana, Kindo et Mbati. Les principaux
factorerie était attribué aux habitants des villages marchés se tenaient à Boso-Modjebo, Bolombo-
Mombia, Bomoye, Magala, Bweka, Boso-Mabo, Mayi et Kindo ;
Lipanga, Bombia-Mayi et Akula. Les principaux –– la factorerie de Monveda fut créée en 1904, sous
marchés se tenaient à Bokapo, Mombia et Lipanga ; la supervision de L. Matty, résidant à Lisala. Les
–– la factorerie de Kwawa fut ouverte en 1900, sous principaux marchés étaient organisés à Monveda,
la supervision des agents Goby et Artur Samain. Bumba-Ngale et Boyange-Motima. Le premier
Elle couvrait la production des villages Bondia, marché achetait le caoutchouc des riverains des
Mbangi, Boso-Lingo, Boso-Sembi, Boso-Libon- Apakabeti et de ceux situés en amont de la Lua ;
do, Mologa, Kwawa, Boso-Ngali, Boso-Mandji, le second s’occupait du caoutchouc de Gumba,
Ngale et Mongili. Les principaux marchés se Boblele, Bonga-Makambo, Diobo, Ngombale et
tenaient à Kwawa et Boso-Libondo. Le marché Botulu ; le troisième marché achetait le caout-
intermédiaire de Ngale servait de stockage du chouc d’une bonne partie des villages Ngondji,
caoutchouc de Boso-Mandji, Ngombe-Diko, Ma- Bawea, Mondjelenge, Bokamba, Mondia, Bosan-
sanga, Boso-Dongu, Mongili et Kumbele ; ga, Liboko, Ntondoko et Boyange.
–– la factorerie de Bala-Bala fut créée en 1901, par
l’agent Dupont. Elle couvrait la production de Chez les Budja, la principale factorerie fut celle
caoutchouc des habitants de la Likimi, les Bagen- de Ndundusana, avec les sous-postes de Yambila,
za, les Mbanza et les Ngbandi de la rive droite de Bongbongo-Itsimbi et Yandongi. Signalons aussi les
la Lua. Le principal marché était à Likimi ; factoreries de Ndobo, de Mondjamboli et d’Itimbiri.
–– la factorerie de Boso-Modjebo fut créée en 1902, En 1900, M. Tombeur devint commissaire géné-
par Guillaume van der Kerkoven, alias Engban- ral s’occupant de l’administration à la fois des dis-
gadoka, sobriquet traduisant sa cruauté. En lin- tricts des Bangala et de l’Ubangi. Il fut aidé, chez
gombe, le chef du village annonçait comme suit les Ngombe, par les chefs de poste Julien Lenoir,
la campagne du caoutchouc : Joseph Cornelis, Revelaert, Bal et Charles Lemaire,
respectivement administrateurs de l’Eau noire, de la
« Puma… Egbangadoka atokea, dakomi ndembo. Kilo Likimi et de Monveda.
isato, inei, itano, odi nana, isamano, sambo, omwambe, Chaque factorerie était confiée à un agent euro-
odi momi. Ban aba X tomapingedjani, ban aba Y baswa péen qui devint le gérant, disposant d’un personnel
mokonda, Boso Z iso ntang’isusu iboso. local, souvent au nombre de 50 personnes, à savoir :

120
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Un missionnaire de Boyange en voyage.


(AP.0.2.10081, collection MRAC Tervuren ; photo Missionnaires de Scheut.)

25 soldats armés et 25 travailleurs. Leur mission était camps d’Irebu et d’Umangi-Lisala. Ainsi la popula-
de soumettre la population et d’exiger la fourniture tion budja des régions d’Ebonda, Molua et Bosambi
d’un caoutchouc de bonne qualité et en quantités fut contrainte de produire du caoutchouc (Ibid. : 87).
suffisantes. Ils assuraient aussi l’acheminement de ce En février 1904, le substitut du roi, Iwan Grenade,
caoutchouc vers Mobeka. Certaines factoreries attei- rapporta que les régions de Motima, Dua et Melo
gnaient le fleuve par les routes caravanières aboutis- étaient saignées à blanc. Devant la Commission d’en-
sant à Lisala et Bumba. quête, il donna de nombreux renseignements sur les
L’agent Bisteau avait mené, en février  1903, une conditions des Noirs : dans la région Kwawa, par
opération militaire, avec plus de 100 soldats afin exemple, la vie dans la forêt était misérable. Les gens
de soumettre les Budja à la récolte du caoutchouc. menaient une existence animale, fuyant à l’approche
Beaucoup de ses soldats périrent et ce fut un échec du Blanc. Ils se construisaient des cases en forêt où ils
pour l’État. Georges D’Haenens, chef de poste de cherchaient refuge et protection contre les fauves. Le
l’État de Gongo sur la Dua, combattit les Budja, gérant de Kwawa, Arthur Samain, témoigna que plu-
de mars à octobre  1903. Il livra de violents com- sieurs de ses récolteurs avaient péri sous la dent des
bats contre les Yasongo, les Mandika, les Yambata léopards. Grenade dit avoir vu à Kwawa le cadavre
(conduits par Madjumba) et les Yalombo (Marchal d’une de ces victimes en forêt (Ibid.).
1966 : 84, 85). Malgré les pertes, il parvint à instal- Après la révolte des Budja, en 1905, Léopold II
ler la factorerie de Yamendo, mais celle-ci périt assez retira officiellement les pouvoirs accordés aux com-
vite, avec la mort de Rams. C’est Auguste Gérard, pagnies concessionnaires et confia la surveillance
chef de district des Bangala, qui finit par soumettre de la production des richesses du pays à ses propres
les Budja, après six mois de combats menés, entre agents. Mais aucune nouvelle organisation interne
octobre 1904 et mars 1905. Pour y parvenir, il avait ne modifia les structures précédentes. Le tableau
obtenu 500 soldats supplémentaires encadrés d’un peint par le député socialiste belge, Émile Vander-
important nombre d’Européens réquisitionnés aux velde en 1908, est assez expressif :

121
MONGALA

1. Soulèvement à Mongili : 1904


Mené par le chef Mosadi à la suite de la
répression contre les Bokwelu de Boso-Nzinga
et Boso-Dongu qui avaient livré à l’agent Gobby,
alias Ekangea Kangea (il arrête pour n’importe
quoi) un caoutchouc de mauvaise qualité, tiré
des lianes mangbogbo. Le dénonciateur fut la
sentinelle budja nommée Ndadiko. La société
secrète Basondo fut organisée, ses membres
embusqués dans la forêt se nommaient asonde.
La secte s’attaquait surtout à tous ceux qui étaient
soupçonnés d’être les intermédiaires des Blancs,
sentinelles et miliciens des factoreries.
Au petit séminaire de Mobeka (abbé Bukes)
(paroisse Saint-Esprit). 2. Soulèvement à Kwawa : 1905
(AP.0.0.23128, collection MRAC Tervuren ; photo Ordre des Pères Mené par le chef Mwa-Kayi comme réac-
Spiritains.)
tion aux nombreuses morts de ses sujets par les
fauves. Après avoir brûlé les cases autour de sa
« J’ai rarement vu un endroit aussi triste que Mobeka, le
résidence, sa population émigra vers la rivière
poste d’entrée de la Mongala.
Mimbo pour aller vivre dans des ligbambi, des
C’est ici que, naguère, la Société Anversoise, la SCA,
campements de fortune.
de sinistre mémoire, avait ses bureaux. C’est ici qu’ont
passé, depuis quinze ans, des quantités énormes de
3. Soulèvement à Mumbia : vers 1906
“caoutchouc rouge”. Rien que l’aspect de la station, d’ail-
leurs, en dit long sur les relations qui existent entre les Il eut pour cause les flagellations, tueries,
Blancs et les indigènes. Ce n’est pas un poste ; c’est une viols, rapts… attribués à Mattys (directeur de
forteresse. De hauts murs l’entourent de toutes parts, l’Anversoise de la zone de l’Eau noire-Likimi) et
sauf du côté de la rivière. Un écriteau, placé en évi- Van Brouck (gérant de la factorerie de Bokapo).
dence, porte : “Il est défendu de circuler dans le poste.” Les habitants de Mumbia, Lipanga et Doko
Au moment où nous arrivons sous la pluie, quelques fuirent leurs villages pour se réfugier chez les
soldats expulsent, avec leur brutalité coutumière, des Mone sur l’autre rive (Bokongo 2011 : 320-321).
femmes qui voulaient assister au débarquement.
Notre arrivée à Mobeka était annoncée par un télé-
gramme du commissaire de district. Le chef de poste jeune officier belge étant chef de zone, la production
et le chef de secteur viennent à notre rencontre, nous mensuelle s’éleva régulièrement à 60 tonnes, ce qui
invitent à partager leur repas du soir, et, entre la banane n’était presque jamais arrivé du temps de la SCA.
et le fromage, nous parlent longuement du procès Personne, à l’État du Congo, ne paraît s’être inquiété des
qui va bientôt se juger ici, et dans lequel sont enga- moyens employés pour obtenir cette production anor-
gés presque tous les agents de la Mongala, y compris malement forte. Mais l’évêque catholique de Nouvelle-
eux-mêmes. Anvers, Mgr  Rœlens, et les missionnaires protestants
On sait que, depuis plusieurs années déjà, après la d’Upoto veillaient. Au début de 1906, ils dénoncèrent, à
révélation des horreurs commises par les hommes de charge du commandant X et d’autres agents placés sous
la SCA, l’État lui a enlevé le droit de récolter le caout- ses ordres, des faits d’une extrême gravité. Une enquête
chouc dans la Mongala, mais sous l’engagement de le fut ouverte. Elle n’aboutit point, tout d’abord, et on laissa
récolter lui-même et de le livrer à la société concession- partir X. Mais à peine était-il embarqué que de nom-
naire au prix de 4 francs le kilo. breux témoignages se produisirent et que, finalement,
Il était permis de croire que, dans ces conditions, les il fut mis en accusation devant le tribunal qui doit sié-
indigènes étant moins pressurés, la production du ger prochainement à Mobeka, pour avoir ordonné des
caoutchouc serait moins forte. Or, c’est le contraire arrestations illégales, avoir fait frapper à coups de crosse
qui se produit. En 1905 et 1906, le commandant X, un par ses soldats les indigènes soumis à la contrainte et

122
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

avoir causé ainsi la mort de plusieurs personnes, avoir


fait mourir d’autres individus mis à la chaîne, en les
accablant de mauvais traitements, avoir assassiné vingt-
sept personnes nominalement désignées dans l’assigna-
tion, avoir détruit et brûlé plusieurs villages.
D’après ce que l’on m’a dit, le commandant X fera
défaut. Il restera tranquillement en Belgique, où, à son
retour, il a repris son service d’officier. Mais le menu
fretin est resté dans les nasses du parquet. Les sous-
ordres de X, que nous avons rencontrés un peu partout
dans la Mongala, sont poursuivis, pour des faits plus
ou moins graves ; et ce soir même, au mess de Mobeka,
il y a deux agents, au moins, qui sont à la disposition « Cimetière des pionniers à Lisala », 16 février 1947.
de la justice et qui nous disent, avec amertume, leur (HP.1956.15.463, collection MRAC Tervuren ; photo E. Lebied
situation misérable, entre leurs chefs immédiats, qui [Inforcongo], 1947, © MRAC Tervuren.)
les notent mal s’ils ne font pas assez de caoutchouc, et
les magistrats qui les poursuivent si, pour en faire, ils
emploient la manière forte.
Je leur demande comment il se fait que, le système des
primes ayant été supprimé, les agents de la Mongala,
n’y ayant aucun intérêt personnel, ont pu commettre
des délits ou des crimes ?
Ah ! me dit-on, c’est bien simple. Officiellement, c’est
l’État qui explore les forêts de la Mongala. En effet, c’est
encore et toujours le SCA. S’il n’arrivait pas à Anvers
beaucoup de kilos de caoutchouc à quatre francs, elle
ferait de très mauvaises affaires. Aussi s’est-elle arran-
« Cimetière des pionniers », Nouvelle-Anvers, 1920.
gée – par les moyens usités en pareil cas – pour que les
(Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
récoltes soient aussi abondantes que par le passé. n° 28-1-15_07.)
Et maintenant ?
Maintenant la production a diminué dans des propor-
tions énormes. Elle est tombée de 60 tonnes à moins de
20 tonnes par mois. Et ce n’est pas fini. Après le procès
de Mobeka, les indigènes ne voudront plus travailler
du tout. Partout où les substituts passent, voyez-vous,
le caoutchouc est fini. Ils ne sont pas du pays. Ils
croient toujours les indigènes. Ils sont impitoyables
pour les Blancs. Ils ne veulent pas comprendre que
si l’on appliquait les lois à la lettre, la perception des
impôts serait impossible. Au surplus, devant le tri-
bunal, notre défense sera simple : Nous n’avons fait
qu’obéir aux ordres du “grand chef ”. Peut-on nous
condamner pour avoir obéi ?
Est-il besoin de dire que, pendant cette conversation,
Une stèle a été érigée à la mémoire de quatre coloniaux
nous éprouvions un malaise qui allait toujours gran- décédés dans la région en 1900, à une quarantaine de
dissant. Que nous étions loin, dans cette grande salle kilomètres de Lisala, en pleine forêt, sur la route de Gumba.
aux murs nus, où les lampes à huile de palme allaient C’étaient des agents de la Commerciale anversoise. Parmi
s’éteindre, au milieu de ces agents qu’on laissait en fonc- eux figurent : A.C.S.A. Bontynck, mort le 15 mai 1900 à Ngali ;
P.E. Weynats, mort le 11 juin 1900 à Mongombo ; A. Vandenbossche,
tion, tout en les déférant à la justice, que nous étions loin
mort le 11 juin 1900 à Ngali.
des bureaux corrects de Boma, des demeures riantes (HP.1956.15.462, collection MRAC Tervuren ; photo Inforcongo,
du camp d’Irebu, de la terrasse fleurie du commissariat 1946, © MRAC Tervuren.)

123
MONGALA

de Coquilhatville. Ici, c’était bien le Congo des rap- auront une influence sur le découpage des chefferies
ports anglais, la terre maudite du travail forcé, le pays qui ne respectaient plus les limites entre les différents
du sang, de la boue et de l’or. groupes, allant jusqu’à déshériter certaines popula-
Nous ne pouvions trop accuser les hommes. Ils n’avaient tions de leurs espaces antérieurs. Lors des nouvelles
été que des instruments aux mains de plus forts et de campagnes du caoutchouc, les populations devaient
plus mauvais qu’eux. Ils venaient de nous dire, avec une se déplacer sur de longues distances dans la forêt.
sincérité évidente, combien leur situation était pénible Chez les Ngombe du Nord, J.M. Bokongo identifie
et difficile ; mais comment ne nous serions-nous pas dit cinq zones d’exploitation constituées. Il s’agit de :
que plus les individus étaient irresponsables, plus il fal- –– la zone comprise entre les ruisseaux Adjinga,
lait que, le plus tôt possible, disparaisse un système qui Lisongo, Edudulu et la Mimbo, exploitée par les
engendre de tels abus » (Vandervelde 1909 : 119-121). populations de Kwawa et de Boso-Mandji ;
–– la zone entre les ruisseaux Liango, Okongo, Gu-
L’histoire a surtout retenu les premiers colo- sopa, Bokere, Limba et la Mongala, exploitée par
niaux comme étant des explorateurs et/ou de héros. les populations gwanga, akula et mombia ;
La légende coloniale de la photo de la page 123 –– la zone comprise entre les ruisseaux Mange,
(haut) est : « Le cimetière des pionniers à Lisala : Liango, Lobala, Amboli et la Mongala, exploitée
quelques jeunes gens y reposent dans le pays que par une partie des populations gwanga du Nord
leur sacrifice, il y a près d’un demi-siècle, a ouvert à et celles de Boso-Modjebo ;
la civilisation. » –– la région comprise entre les ruisseaux Mokoko-
Bref, diverses questions relatives à l’éphémère pela, Akwolo, Mosale et Ebanga, exploitée par les
État indépendant du Congo (1885-1908) et sa suite populations banguba et mongili ;
dans l’État colonial, continuent à se poser. Jean- –– la région comprise entre les ruisseaux Ngobala,
Luc Plasman (2014 : 131-143) étudie les structures Na et la Mongala du Nord, exploitée par une par-
de cet État bicéphale, parce que, dans la réalité, tie de Gondji et les populations gumba-ebongo.
l’EIC « n’était pas un État, pas plus qu’il n’était indé- La zone entre Kulupate, la Motima, la Mokabi,
pendant ». D’après lui, c’était un territoire colonial l’Epey jusqu’à son embouchure dans la Mimbo
administré par une association internationale de fut exploitée par une autre partie des Gondji,
capitalistes. On peut parler de bicéphalisme, dans constituée essentiellement des non-Doko (Bo-
la mesure où le chef de l’État (qui ne vint jamais kongo 2011 : 311).
au Congo) résidait en Belgique ainsi qu’une partie Ces zones d’exploitation encore présentes dans
de l’Administration, tandis que l’autre partie avait la mémoire collective locale sont appelées « gboke e
son siège à Boma. Plasman définit cet État léopol- ndembo » (grand village du caoutchouc).
dien comme une monarchie absolue. Lancelot Arzel
(2014 : 145-159) étudie, quant à lui, les violences 3.1. ÉVOLUTION DE L’ORGANISATION
commises dans l’exploitation économique. Il consi- ADMINISTRATIVE DE LA MONGALA JUSQU’À 1926
dère qu’en dépit de quelques enquêtes ordonnées par
Léopold II et son entourage, notamment à la suite En 1908, l’espace du district des Bangala était
des scandales du red rubber et de quelques mesures divisé en quatre secteurs et une zone administrative :
disciplinaires, les agents locaux étaient le plus sou- –– zone de la Mongala : chef-lieu Monveda ;
vent amenés à couvrir les abus commis par les socié- –– secteur de Lisala : chef-lieu Lisala ;
tés, dans lesquelles ils avaient parfois des intérêts. –– secteur de l’Itimbiri : chef-lieu Moenge ;
–– secteur de Banzyville : chef-lieu Banzyville ;
–– secteur de Yakoma : chef-lieu Yakoma, comptant
3. LA MONGALA À L’ÉPOQUE DU CONGO BELGE : le poste de Monga.
1908-1960 Le chef-lieu du secteur de Lisala était le siège d’un
camp d’instruction. Quant au secteur de l’Itimbiri, il
Rappelons que la récolte du caoutchouc fut comptait les postes de Bumba, Loeka, Mandungu et
reprise dans le bassin de la Mongala entre les deux Mobwasa.
guerres mondiales, pour soutenir ce qui fut nommé Bumba était un poste de transit pour les mar-
« l’effort de guerre ». Les principales causes étaient chandises provenant des régions de l’Uele et du
d’ordre stratégique et économique. Ces facteurs Nord-Est et/ou destinées à celles-ci.

124
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Ration à Mobwasa. (AP.0.0.10050, collection MRAC Tervuren ; photo J. Claessens.)

Tableau 8.1. Liste des postes inventoriés dans la région de la


Mongala en 1908

Autres
Postes Nature du poste
remarques
Likimi Poste de récolte
Bokula Poste de récolte
Poste de récolte Chef-lieu de
Monveda
zone
Businga Poste de récolte
Mondjamboli Poste de récolte
Maison du poste de Bumba.
Binga (AP.0.0.669, collection MRAC Tervuren ; photo M. Van Damme, 1891.)
Chef-lieu de
Yakoma
secteur
Loaenge
Bumba Poste de transit
Chef-lieu de
Lisala
secteur
Monga
Mandungu
Mobwasa
Poste de Bokula (Mongala) : place du rassemblement.
Chef-lieu de
Banzyville (AP.0.0.1993, collection MRAC Tervuren ; photo G. Gustin, 1902.)
secteur
Sources : Goffart (1908 : 287-288) ; BA (1897 : 24). –– secteur Melo : chef-lieu Akula ;
–– secteur Bokula : chef-lieu Bokula ;
L’arrêté royal du 7 mars 1910 divisa le district des –– secteur Nord : chef-lieu Yala.
Bangala en huit secteurs : S’y ajoutait un espace dit « secteur Ouest ».
–– secteur Lisala : chef-lieu Lisala ;
–– secteur Budja : chef-lieu Yambuku ; L’essentiel de ce qui deviendra l’espace du district
–– secteur Monveda : chef-lieu Monveda ; actuel de la Mongala était inclus dans les secteurs
–– secteur Banzyville ; Melo, Bokula, Monveda et Budja formant la zone de
–– secteur Yakoma ; la Mongala.

125
MONGALA

Carte administrative du Congo belge en 1910. Source : de Saint Moulin (1988).

Le 27  mars  1911, le district des Bangala comp- fert du chef-lieu du district des Bangala de Nouvelle-
tait toujours huit secteurs, mais des modifications Anvers à Lisala.
étaient apportées et leurs appellations mieux préci- L’arrêté royal du 28 mars 1912, confirmé par l’or-
sées (BO 1911 : 940) : donnance du gouverneur général du 1er  mars 1913,
–– secteur Nouvelle-Anvers  : chef-lieu Nouvelle- maintint les limites du district des Bangala, mais il
Anvers ; le subdivisa en vingt territoires, dont treize se par-
–– secteur Ngiri : chef-lieu Musa ; tageaient le bassin de la Mongala et de l’Itimbiri. Il
–– secteur Melo : chef-lieu Akula ; s’agit des territoires de :
–– secteur Bokula : chef-lieu Bokula ; –– Basse-Mongala : chef-lieu Akula ;
–– secteur Monveda : chef-lieu Monveda ; –– Moyenne-Mongala : chef-lieu Likimi ;
–– secteur Lisala : chef-lieu Lisala ; –– Mongala-Likame : chef-lieu Businga ;
–– secteur Budja : chef-lieu Yambuku ; –– Eau blanche : chef-lieu Abumombazi ;
–– secteur Itimbiri : chef-lieu Moenge. –– Eau noire : chef-lieu Monveda ;
–– Budja-Eloa : chef-lieu Mombongo ;
Les secteurs de Melo, Bokula, Monveda et Budja –– Budja : chef-lieu Mondjamboli ;
formèrent la zone de la Mongala, avec Monveda –– Molua : chef-lieu Bumba ;
comme chef-lieu. Pour des raisons d’hygiène, le –– Basse-Itimbiri : chef-lieu Moenge ;
décret royal du 1er décembre 1911 ordonna le trans- –– Lese : chef-lieu Mandungu ;

126
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

–– Isambi : chef-lieu à déterminer (Isambi : cf. infra) ;


–– Basse-Ngiri : chef-lieu Bomana ;
–– Moyenne-Ngiri : chef-lieu Bomboma ;
–– Haute-Ngiri : chef-lieu Musa ;
–– Nouvelle-Anvers : chef-lieu Nouvelle-Anvers ;
–– Ukaturaka (Bokatolaka) : chef-lieu Boso-Melo ;
–– Dolo : chef-lieu Budjala ;
–– Melo : chef-lieu Libanza ;
–– Lisala : chef-lieu Lisala ;
–– Lobala : chef-lieu Karawa.

C’est l’ordonnance du 12 décembre 1913 qui dési-


gna Isambi comme chef-lieu du territoire du même
nom. L’ordonnnce n° 64/2 du 18 mai 1915 transféra
le chef-lieu du territoire de la Basse-Mangala d’Akula
à Gumba.
L’ordonnance n°  128/SG du 15  septembre  1915
divisa le district des Bangala en quatorze territoires
dont chaque chef-lieu portait le nom même du terri-
toire : Bomboma, Bomana, Nouvelle-Anvers, Boso-
Melo, Lisala, Binga, Budjala, Karawa, Abumombazi,
Businga, Monveda, Mondjamboli, Bumba et
Mandungu. La même année, une ordonnance d’ad-
ministration générale n°  158/SG du 11  décembre
apporta des modifications spatiales aux territoires Source : Tshilema 1974 (carte insérée entre les pages 36-37).
de Mondjamboli et de Bumba.
L’arrêté royal du 21 mars 1917 modifia les limites
est du district des Bangala au profit du district du
Bas-Uele avec l’annexion d’une partie importante du
territoire de Bumba. Il s’agit de la partie située au-
delà de la ligne reliant les sources de la Loeka et de
la Molua ; cette dernière rivière devint la frontière.
Par ordonnance du 3 octobre 1917, les territoires de
Bumba et de Mandungu furent supprimés, tandis
que fut délimité le territoire de Yakata. À l’occasion,
les limites des territoires de Boso-Melo et de Lisala
furent aussi modifiées (BA 1917 : 796-797).
L’ordonnance du vice-gouverneur général de la
province de l’Équateur n° 4 du 14 mai 1918 supprima
la circonscription urbaine de Nouvelle-Anvers,
créée par l’arrêté royal du 23 février 1895 (BA 1918 :
428-429). À noter que dans le district des Bangala,
Bumba et Lisala avaient été érigées en circonscrip-
tions urbaines successivement en 1910 et 1911 (BA
1910 : 903 et BA 1914 : 338).
La circonscription urbaine est une notion de
droit colonial née du régime des terres vacantes ins-
tauré par les décrets du 1er  juillet  1885, du 24  sep-
tembre  1886 et du 21  septembre  1891. Ces décrets
rendaient l’État propriétaire de tout territoire de
l’EIC, à l’exception des terres appartenant à des Source : Tshilema 1974 (carte insérée entre les pages 36-37).

127
MONGALA

particuliers ou occupés par des villages ou des


cultures des autochtones. Quant à l’organisation des
circonscriptions urbaines, elle est régie par le décret
du 9  août  1893, article 10, qui détermina le tarif
des prix de vente des terrains domaniaux. L’arrêté
du 23  février  1895 désigna comme circonscription
urbaine tous les chefs-lieux des districts et les loca-
lités de Kinshasa (qui deviendra Léopoldville) et de
Ndolo. Le mode de création de ces entités fut fixé
par l’arrêté du 23  février  1910, dans son article 17,
base de celui du 13 décembre 1923 (Dufrenoy 1955 :
169-204).
N’étant pas des entités administratives, les cir-
conscriptions urbaines – qui sont des unités fon-
cières – reflétaient la volonté des autorités belges de
créer des lieux contrôlés par les Européens. Ainsi
une circonscription urbaine était un espace territo-
rial déterminé et délimité par le gouverneur de pro-
vince dans les localités de son choix.
Pour des raisons d’hygiène et d’efficacité de la
police, le décret du 16 juillet 1918 créa des quartiers
pour les Européens et les non-Européens dans les
centres urbains (BO 1919 : 321). La réglementation
du séjour des populations non européennes dans
Source : Tshilema 1974 (carte insérée entre les pages 36-37). les quartiers européens fut définie par l’ordonnance
du 29 mars 1926 (BA 1926 : 178-180 ; Merlier 1962 :
154).
L’ordonnance n°  65/SG du 30  septembre  1919
réduisit le nombre des territoires du district des
Bangala de quatorze à huit. Il s’agit des territoires
de Bomana, Nouvelle-Anvers, Budjala, Boso-Melo,
Lisala, Karawa, Likimi et Mondjamboli. L’ordon-
nance du 16 avril  1920 du gouverneur général
augmenta le nombre des territoires du district des
Bangala à neuf : Bomana, Bomboma, Budjala, Nou-
velle-Anvers, Boso-Melo, Lisala, Yakata, Mondjam-
boli et Likimi (BO 1920 : 838). C’est l’ordonnance
n°3/SG du 8 janvier 1923 qui viendra délimiter ces
territoires (BA 1924 : 15-18).
L’ordonnance n° 2/SG du 8 janvier 1924 modifia
les limites de districts de la colonie. Celles du dis-
trict des Bangala furent touchées surtout dans la
partie sud. Ces limites portent de façon générale
sur les espaces des actuels territoires de Bomongo et
Bongandanga. À noter que la province de l’Équateur
vit le nombre de ses districts passer à cinq : Équateur,
Lac Léopold II, Lulonga, Bangala et Ubangi.
L’ordonnance n°  101/AIMO du 1er  octobre  1926
fit passer le nombre de territoires à dix : Bomboma,
Budjala, Bomana, Nouvelle-Anvers, Likimi, Mond-
Source : Tshilema 1974 (carte insérée entre les pages 36-37). jamboli, Bumba, Boso-Melo, Lisala et Yakata. Cette

128
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

modification résultait du remaniement territorial une entente avec Monsieur le commissaire général
opéré, surtout en 1917, entre la Province-Orientale des Bangala et mes collègues des autres districts afin
et celle de l’Équateur. de fixer dans un avenir rapproché les limites qu’il
Récapitulatif : le décret du 1er  août  1888 n’érigea convient d’adopter définitivement » (Dossier VII-BV/
pas le district de la Mongala en tant qu’entité adminis- RDC Équateur n° 001. Fonds d’archives B. Verhaegen).
trative. Son espace était partagé entre trois districts :
Ubangi-Uele, Équateur et Aruwimi-Uele. Le premier À part les problèmes de gestion de l’espace, c’est la
couvrait la presque totalité de l’espace actuel du dis- connaissance même de la région qui se révélait être
trict de la Mongala. Par le décret du 17 juillet 1895, encore faible. L’explication de cette situation est don-
le district de l’Ubangi-Uele fut scindé en deux pour née dans la note du commissaire général Bertrand
donner naissance au district de l’Ubangi dans sa par- adressée au vice-gouverneur général de Stanleyville,
tie septentrionale et au district des Bangala dans sa le 17 juin 1914.
partie méridionale. L’espace du district de la Mongala
était partagé entre ces deux districts, mais une partie « […] Limites entre le district du Bas-Uele et celui des
appartenait au district de l’Équateur. Par l’arrêté royal Bangala à l’ouest de l’Itimbiri : la ligne idéale détermi-
du 28 mars 1912, qui divisa l’ensemble du territoire née par l’A.R. du 28 mars 1912 ne peut et ne pourrait
du Congo belge en 22 districts, l’espace du district de pas être observée. Je proposerais de déterminer comme
la Mongala subit, une fois de plus, une modification : limite occidentale les limites dans le même sens des
sa partie qui appartenait à l’ancien district de l’Équa- chefferies actuellement administrées par Ibembo
teur passa sous le contrôle du district de la Lulonga et et Bondo. Elles peuvent se trouver situées de part et
celle appartenant au district de l’Ubangi fut confiée d’autre de la limite théorique fixée. Des changements
au district du Bas-Uele. Ainsi, en 1912, l’espace du dans l’organisation actuelle pourraient entraîner des
district de la Mongala actuel était partagé entre les répercussions dangereuses sur le développement de la
districts de l’Ubangi, des Bangala, de Lulonga et du maladie du sommeil.
Bas-Uele. Par ailleurs, l’arrêté royal du 21 mars 1917 Je note incidemment que la carte présentée par le dis-
changea la limite est du district des Bangala en vue trict du Bas-Uele est gravement insuffisante et erronée
d’une meilleure administration. Cette modification particulièrement à l’ouest d’Ibembo. […]
annexa une partie de l’espace actuel du territoire de Quelques considérations générales 15 :
Bumba au district du Bas-Uele. La chefferie indigène peut être considérée comme la
Mais la délimitation des espaces administratifs cellule initiale de notre organisation administrative.
était très fortement influencée par celle des pou- Elle ne peut être scindée, pour, en conséquence de
voirs locaux et des territoires ethniques. En 1913, délimitations territoriales arbitraires, être administrée
une frange sud et des parties ouest du district du de deux endroits différents. Les limites des circonscrip-
Bas-Uele actuel dépendaient des districts de Stan- tions devraient donc être constituées par les limites des
leyville, de l’Aruwimi et des Bangala. Dans sa lettre chefferies, sauf exception, par exemple le long des fron-
écrite de Bondo, datée du 9  février  1914, adressée tières internationales, dans les territoires dépourvus de
au gouverneur général, le commissaire de district ff population.
écrivait : D’une part, ces limites de chefferies sont encore loin
d’être fixées partout d’une façon définitive ; d’autre part,
« […] Une troisième rectification sera nécessaire pour elles affectent des tracés irréguliers, dont les détails
établir définitivement la limite des districts des Ban- sont souvent de l’ordre topographique, et, enfin, nos
gala et du Bas-Uele. La plus grande partie des cheffe- cartes entièrement imparfaites comportent des erreurs
ries Mabenza et Boganga administrées par Ibembo se et des blancs qui eux sont de l’ordre géographique. Ces
trouve théoriquement dans le territoire de la Lese. La conditions rendent pratiquement impossible la des-
droite partant du point de rencontre de la crête de par- cription des limites rationnelles.
tage des eaux Ubangi-Congo et du méridien 23° 30’ de Je proposerais, Monsieur le Vice-gouverneur général,
longitude E.G. et aboutissant à l’embouchure de la Jeko, que les décrets à paraître limitent la description des
fractionne plusieurs chefferies dépendant du territoire frontières à l’énumération des chefferies en bordure.
de Gô. […]
Conformément au 5e alinéa de votre dépêche rappe-
lée ci-dessus, j’ai pris des dispositions pour provoquer 15  Cette citation a déjà été reproduite dans le chapitre 4.

129
MONGALA

La souplesse d’un texte de l’espèce, tenant compte de Gô. Mais les installations de ce dernier poste de transit
l’insuffisance de notre documentation, permettrait ne nous permettraient pas de le faire » (Dossier VII-BV/
l’adoption automatique et continue du texte au pro- RDC Équateur n° 001. Fonds d’archives B. Verhaegen).
grès de nos connaissances géographiques et ethnogra-
phiques. Seul ce procédé me paraît de nature à concilier Comme déjà dit dans le chapitre 4, le vice-gouver-
les limites théoriques avec les limites pratiques. neur général de la Province-Orientale insista auprès
[…] du gouverneur général pour que cette demande soit
Enfin je me permettrai de suggérer une division de la rapidement examinée, ce qui fut fait16. Le gouverneur
colonie en districts, ayant comme plan directeur la général, F. Fuchs, écrivit de Boma, le 9 avril 1915, au
répartition sur le territoire de grands groupes de popu- commissaire de district du Bas-Uele :
lations apparentés. Cette méthode, si elle offre l’inconvé-
nient fatal de créer des unités variables en étendue et en « […] Je vous prie […] de bien vouloir considérer les
population (toute autre division est d’ailleurs variable à chefferies Liboki, Mogbengwe, Likungu, Andjiwi,
l’un de ces points de vue), permettrait sans nul doute une Mabola et Abole que vous revendiquez pour être atta-
beaucoup plus grande adaptation de l’administration et chées au territoire de la Lese, comme devant être admi-
des administrés. L’ensemble des deux districts de l’Uele nistrées provisoirement par le territoire d’Ibembo »
par exemple offre les groupes caractérisés suivants : (Fuchs 1915).
1. Le groupe bantou (Ababua, Mobati, Mobwira)
occupe à peu près l’ancienne zone du Rubi, envahit Le 9  janvier  1916, le chef-lieu du territoire de
Kole et le bassin inférieur de l’Itimbiri. Il se prolonge Gô fut transféré à Ibembo et le territoire prit, par
sans aucun doute vers les Budja. la même occasion, la dénomination de territoire
2. […] » (Bertrand 1914). d’Ibembo.
En 1917, la limite sud du district fut modifiée par
Sur la question des frontières de son district, le l’arrêté royal du 21 mars. De la source de la Bana, elle
commissaire de district du Bas-Uele introduisait, le passait par la crête du versant gauche de la rivière Itim-
6 janvier 1915, une requète auprès du vice-gouver- biri-Rubi jusqu’à l’embouchure de l’Itimbiri. Ensuite,
neur général de la province de Stanleyville. Rappe- elle rejoignait le fleuve Congo jusqu’à son confluent
lons que la raison, évoquée déjà précédemment (voir avec l’Itimbiri (BA 1917 : 356-357). Cet espace deve-
chapitre 4), était : nait plus grand que celui du district de 1913.

« […] Les populations qui devraient être placées sous Dans son rapport administratif écrit à Baf-
l’administration du territoire de Lese sont de deux tri- wasende, le 31  décembre  1918, le vice-gouverneur
bus distinctes, les Mabenza et les Mobati. Les premiers général de la Province-Orientale proposait au gou-
se rattachent fortement aux divers clans éparpillés sur verneur général les modifications ci-après du district
l’Itimbiri et entre cette rivière et la Lulu, les deuxièmes du Bas-Uele :
sont originaires de l’Uele et ont émigré jusque Moboisa
à la suite de l’invasion azande. « […] 1° Les chefferies Galakwa et Pwata du territoire
Mais toutes ces populations ont des liens familiaux et de Monga cessent d’être administrées par Yakoma […].
économiques intimes avec les indigènes de tout le ter- 2° La limite orientale est déterminée de façon à tenir
ritoire de Gô et de la région de la Likati. Leur sépa- compte des limites des chefferies et surtout de celle de
ration d’avec le district du Bas-Uele entraînerait des Manzali située à l’est de Bambili et qui rendra le plus
difficultés et la conséquence la plus grave qui en résul- service pour le ravitaillement du bataillon à cantonner
terait serait la dispersion de nos efforts pour enrayer à Bambili.
l’introduction de la maladie du sommeil qui règne à 3° La limite méridionale subit une légère modification
l’état endémique dans nombre de chefferies de la Lese pour respecter les limites des chefferies et se trouve
et a épargné jusqu’ici celles du territoire d’Ibembo.  reportée à la Tele pour que Kanwa (exploitation aurifère
[…] Le passage des chefferies Liboke, Magbengane,
Likongu, Andjemi Mobola, Abole au territoire de Lese
placerait le poste d’Ibembo, chef-lieu du territoire de 16 Cf. deux lettres du vice-gouverneur général datées de
Stanleyville, le 22 janvier 1915, dont l’une adressée au gouver-
Gô, dans une position tout à fait excentrique par rap- neur général et l’autre, au CDD du Bas-Uele, Fonds d’archives
port aux populations et devrait par ce fait être déplacé à B. Verhaegen.

130
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Organisation administrative du district du Bas-Uele en 1917. Source : Salebongo 1974-1975 (carte insérée entre les pages 33-34).

Organisation administrative du district du Bas-Uele en 1920. Source : Salebongo 1974-1975 (carte insérée entre les pages 33-34).

131
MONGALA

Organisation administrative du district du Bas-Uele en 1929. Source : Salebongo 1974-1975 (carte insérée entre les pages 33-34).

momentanément suspendue) dont le ravitaillement Au sud : de cette source une droite jusqu’à la source
doit se faire par Banalia dépend également du territoire de la Tele ; de cette source une droite jusqu’à la source
de ce nom. de la Lulu ; de cette source une droite jusqu’à celle de
Elle rejoint ensuite la ligne de faîte Aruwimi-Rubi-Itim- l’Aketi ; de cette source une droite jusqu’au confluent
biri pour constituer la limite avec le district de l’Aruwimi » Congo-Itimbiri ;
(Lettre manuscrite, Fonds d’archives B. Verhaegen). À l’ouest : de ce confluent, l’Itimbiri jusqu’à son inter-
section avec le méridien 26° 45’ Est de Greenwich ;
Le 1er février 1920, les territoires de Monga, Row de ce point une droite jusqu’à l’Uele ; de cette rivière
et Lelo du district du Bas-Uele prirent les noms de jusqu’à son confluent avec la Bomu » (BA 1926 : 444).
territoires d’Uele-Bomu, Budja et Dakwa.
L’ordonnance n° 96/AIMO du 30 septembre 1926 Dans sa lettre écrite à Bumba, le 1er août  1924,
modifia profondément les limites du district du Bas- et adressée au commissaire de district du Bas-Uele,
Uele de 1922, sauf au Nord. l’administrateur du territoire des Budja proposa :

« Au nord : la frontière de la colonie jusqu’au confluent « En reprenant les anciennes limites qui séparaient le
Bomu-Gos ; district des Bangala de celui du Bas-Uele, on sépare-
À l’est : la Gosi jusqu’à sa source ; une droite reliant cette rait à nouveau une partie des populations bobati pour
source à celle de la Mabusa ; à partir de cette rivière, la réunir aux populations budja dont le caractère, les
la frontière suivait les confluents et les sources des coutumes et les intérêts privés sont si différents. Les
rivières suivantes : la Dua, l’Anga, la Dumu, la Gokpi, limites existant actuellement entre Bumba et Ibembo
la Diazege, l’Uere, la Pego. De là une droite jusqu’à la séparent parfaitement les Budja des Bobati et des
Gurba ; de là une droite jusqu’au confluent de la Roye Babinza. Ces limites offrent en plus l’avantage d’être
avec l’Uele ; cette rivière jusqu’à la source de la Bima ; presque entièrement fixées par des rivières tandis
de la Bima une droite jusqu’à la Bomokandi ; de ce que les limites représentées par des lignes fictives
point une droite de cette crête à la source de la Longele ; amènent souvent de grandes difficultés dans le règle-

132
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

ment des différends dans lesquels les indigènes sont « Monsieur le Gouverneur,
partie intéressée. Conformément aux instructions contenues dans votre
La chefferie des Babinza située au Nord-Est du territoire lettre n° 2300/280 L du 13 mars, j’ai l’honneur de vous
[des Budja] pourrait être attachée au territoire d’Ibembo, adresser ci-joint mes propositions de modifications
car ces populations sont originaires de la Tshimbi ; les aux limites territoriales.
Babinza furent dans le temps installés au confluent de En ce qui concerne les limites du district, il y aurait lieu
cette rivière avec l’Itimbiri  » (Dossier VII-BV/RDC de faire passer au territoire de Monga les deux cheffe-
Équateur n °001. Fonds d’archives B. Verhaegen). ries du territoire de Yakoma situées au Nord de l’Uele
en amont de l’embouchure du Bomu.
L’ordonnance n° 95/AIMO du 30 novembre 1926 Ainsi que je le signalais dans mon dernier rapport
élargit l’espace du district de l’Ubangi et une bonne d’inspection dans cette région, ces chefferies sont très
partie du district des Bangala lui fut accordée. apparentées à celles de l’Uele-Bomu. Elles ont avec
Le territoire de Budja fut supprimé le 1er  jan- ces dernières des liens étroits d’échange. Cette mesure
vier 1927 par décision du gouverneur général. L’or- aura de plus l’avantage de donner au district une limite
donnance n° 10/AIMO du 25 janvier 1928 modifia naturelle.
légèrement les limites du district du Bas-Uele, à l’est, Pour des raisons analogues, il serait judicieux de ratta-
au sud et à l’ouest. cher au district de Bangala la chefferie Mondjamboli,
chef Ebele du territoire d’Ibembo.
« Au nord : la frontière de la colonie jusqu’au confluent Quant aux limites des territoires, voici les propositions
Bomu-Gosi. que l’étude des rapports me transmis par les admi-
À l’est : une droite du confluent Bomu-Gosi jusqu’à la nistrateurs m’amène à vous faire : le territoire de Bili
Duma ; de là une droite jusqu’à l’Uere ; de ce point, une se verrait agrandi des deux chefferies Pekia et Bandia
droite jusqu’à la crête de partage des eaux Uere-Uele ; sises au Nord de l’Uele et faisant actuellement partie du
cette crête jusqu’à sa rencontre avec la crête de partage territoire de Titule.
des eaux de l’Uere et de la Gurba ; la crête de partage Cette mesure tout en rapprochant deux groupes de
des eaux de l’Uere et de la Gurba ; la crête de partage populations parentes, offrira l’avantage de donner au
des eaux des affluents de l’Uele situés en amont de la territoire de Bili, territoire fermé pour cause de mala-
rivière Kobe et des eaux situées en aval de la rivière Eke die du sommeil, une frontière naturelle plus facile à
jusqu’au point le plus rapproché de la source de cette surveiller.
rivière ; une droite reliant ce point à la source de la Zen- Le passage de Titule à Bambili des chefferies Mabenge
dili ; la Zendili jusqu’à son confluent avec l’Uele ; de là et Epatendele de même que celui de Bambili à Titule de
une droite jusqu’à la Bomokandi ; de cette rivière une la chefferie Gilima m’oblige à apporter d’importantes
droite jusqu’à la source de la Bima. corrections à la limite séparant ces deux territoires.
Au sud : la source de l’Ekoko ; une droite reliant cette À l’heure actuelle en effet, cette limite ne coïncide pas
source au confluent Matari-Lese ; la Lese, en amont avec celles des chefferies.
jusqu’à sa source ; une droite reliant cette source à la ligne La délimitation que je vous propose supprime cet
de faîte Aruwimi-Itimbiri ; cette ligne de faîte jusqu’au inconvénient.
point le plus rapproché de la source de l’Aketi ; une droite Le groupe Koleponge rejoignant la chefferie Epaten-
reliant cette source au confluent Tele-Elongo ; la Tele dele de Bambili, la limite Nord du territoire de Zobia
jusqu’à son intersection avec le méridien de la source de doit de ce fait être également modifiée » (« Lettre
la Kamulete avec la Tele ; la Tele jusqu’à sa source la plus n° 4714/B.5 1928 du commissaire de district au gou-
orientale ; une droite reliant cette source au confluent verneur » 1928, Fonds d’archives B. Verhaegen).
Mangoko-Longele ; la Longele jusqu’à sa source ; une
droite jusqu’au confluent de la Bima avec la Bana. 3.2. L’ITIMBIRI, FRONTIÈRE SÉPARANT LES « BUDJA »
À l’ouest : à la limite de la province » (BA 1928 : 27-28). ENTRE LA PROVINCE-ORIENTALE ET LA PROVINCE
DE L’ÉQUATEUR
Le 1er février  1928, le district du Bas-Uele fut
dénommé district de l’Uele-Itimbiri. Au mois L’autorité coloniale fut confrontée à des difficultés
d’octobre de cette même année, le commissaire de pour administrer la région située entre les deux rives
district introduisit une demande d’une nouvelle de la rivière Itimbiri, frontalière de ce qui est devenu
organisation territoriale de son entité. Il écrit : la province de l’Équateur et la Province-Orientale.

133
MONGALA

Pour cette première, il s’agit de la partie du territoire Bas-Uele. Dans son rapport du 2  septembre  1929,
actuel de Bumba dans le district de la Mongala, dont le commissaire de district adjoint de l’Aruwimi,
les populations sont apparentées à celles des terri- M. Bradt, écrit :
toires de Basoko dans la Tshopo et d’Aketi dans le

« Depuis 1924 une volumineuse correspon- ont appartenu à la chefferie de Kolomo Musenge
dance signale les inconvénients des limites des jusqu’en 1923, et que ce n’est qu’à cette date qu’ils
districts de l’Aruwimi et des Bangala. La situa- furent incorporés dans la chefferie des Woonda
tion existante est préjudiciable à une bonne ayant participé à l’élection de Wasala comme chef
administration. sur la rive gauche, espérant être organisés en sous-
Toutes les autorités intéressées (territoires, dis- chefferies avec médailles pour leurs notables. La
tricts et provinces) sont d’accord pour y mettre situation commence à se clarifier : il apparaît que
fin par une modification des limites. Comme pour des besoins de politique, l’administration ait,
conclusion, intervient, le 11 mars 1929, l’A.R. qui sans droits, étendu les terres des chefs budja de la
fait passer sous l’administration du district de rive droite sur la rive gauche de l’Itimbiri.
l’Aruwimi, la région de la rive gauche de l’Itim- Le chef Kolomo Musenge, outre le retour
biri depuis son embouchure dans le fleuve Congo des groupes yangombe et yaelunzi, réclame le
jusqu’à son confluent avec la Lese. groupe wolikombo incorporé dans la cheffe-
Le 28 août 1929, en exécution de l’A.R. précité, rie Yaetshowa ; les Wolikombo affirment être de
l’administrateur de Bumba remet par P.V. à son tribu mobango du chef Kolomo. Les généalogies
collègue de Yahila l’administration de la région anciennes confirment leurs dires.
qui nous occupe. Le groupe yaliombo est dans la même situa-
L’administrateur de Yahila réside un mois tion que les Wolikombo, mais sa filiation est dou-
sur place ; ses rapports signalent que les groupes teuse ; quoi qu’il en soit, il s’est déclaré d’origine
budja refusent de passer sous son administration. mobango et refuse de suivre les Budja sur la rive
Quelques parentés Yamolota, Woonda et Yankow droite.
seraient déjà passées sur la rive droite en territoire Dans ces conditions, le chef Mombili se
de Bumba, rejoignant le gros de leurs chefferies rétracte et décide de rester sur la rive gauche pour
respectives. Le chef Mombili (Yaetshowa) répand maintenir sous son autorité ces deux derniers
le bruit qu’il devient le grand chef de toute la rive groupes dissidents.
gauche et que tous les chefs seront destitués à son L’administrateur de Yahila propose alors l’oc-
profit ; l’agitation augmente. cupation de la région : celle-ci n’est pas accordée
Du 1er au 8 novembre 1929, nouvelle entrevue et ordre est donné à l’administrateur de séjourner
des administrateurs intéressés à Moenge, à l’issue personnellement dans la région troublée pendant
de laquelle l’administrateur de Yahila écrit que au moins un mois.
la situation s’empire : les Yaetshowa et les Licen- Du 10 au 12 avril 1930, nouvelle entrevue des
ciés de Moenge veulent également passer à la rive administrateurs à Moenge […]. Nouvelle volte-
droite. Le chef Bala de Yawiango et sa parenté ont face : le chef Mobili décide de repasser en terri-
cherché asile auprès du chef Digbo (son parent) toire bumba, mais à condition que les groupes
sur la rive droite. Le chef Wasala de Woonda, qui dissidents l’accompagnent. Refus de ceux-ci. La
est retourné sur ses anciennes terres de la rive mission de Moenge intervient, demandant que
droite depuis 1929, se présente pour dire qu’il ne le statu quo antérieur fût maintenu, que la mis-
possède aucune terre sur la rive gauche ; il veut sion ne soit pas abandonnée. Les administrateurs
toutefois contraindre les deux groupes yangombe conviennent de laisser s’installer sur la rive droite
et yaelunzi – qui ont toujours habité la rive gauche les groupes spécifiquement budja qui y possèdent
et qui veulent y rester – à le rejoindre : ceux-ci des terres. Sur cette base, les fiches de recense-
s’y opposent et expliquent que le chef Wasala fut ment sont échangées. Cette entrevue n’apporte
obligé « manu militari » de s’installer au lieu d’eux aucune solution aux difficultés dans lesquelles
en 1923. Ils ajoutent qu’ils sont mobango, qu’ils se débattent les populations de la région. L’éner-

134
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

vement est à son comble. Des incidents vont sur- ils seront regroupés en chefferies avec tout le clan
gir. Rencontre à main armée imminente entre les mbole auquel ils appartiennent. La chefferie Yan-
Budja qui veulent quitter et les groupes mobango kow reste réinstallée à la rive droite.
sous la domination qui veulent rester à la rive Les décisions prises furent – cette fois – exécu-
gauche et se libérer de la tyrannie de Mombili. tées entièrement et à la date fixée. Le 27 mai 1930,
[…] L’administrateur de Yahila, prévenu par la l’administrateur signale le départ définitif du chef
mission, arrive à temps pour empêcher toute ren- Mombili avec indigènes et troupeaux. Aucun inci-
contre sanglante et s’installe entre les belligérants ; dent n’a plus été signalé […]
il demande l’aide d’un détachement des T.C. […] Au début, l’exode des deux villages qui occu-
Le 24  avril, le commissaire de district de paient l’ancien poste de Moenge préoccupa forte-
l’Aruwimi m’envoie d’urgence pour examiner le ment la mission catholique de Moenge. Celle-ci eut
problème et régler pacifiquement la question. pourtant souvent à se plaindre de la turbulence des
Le 2 mai 1930, réunion à Moenge des adminis- Budja de Mombili. Depuis, par sa lettre du 27 juil-
trateurs intéressés sous ma présidence […]. Après let 1930, le R.P. supérieur signale à l’administrateur
avoir exposé la situation, j’ai informé la population que « la situation politique est redevenue nor-
de la volonté formelle du Gouvernement de mettre male ». Toutefois, il demande le déplacement du
fin, une fois pour toutes, au désordre grandissant. village Yaliombo éloigné d’une heure de la mission
Le chef Mombili affirma avec force sa volonté de et dont il désire le rapprochement pour assurer la
ne pas être détaché des Budja et pour cela, de se fourniture de vivres. Ce déplacement, qualifié par
retirer sur les terres qu’il possède sur la rive droite. le R.P. supérieur « d’intérêt public » ne peut évi-
Un référendum amène les trois parentés budja du demment être imposé, mais l’administrateur est
chef Mombili (Yandonga, Yapombo et Yambira) à prié de rétablir et donner le plus d’extension pos-
accompagner leur chef ; un délai d’un mois leur sible au marché de vivres de Moenge.
est donné. Les groupes yaliombo et wolikombo En définitive, la situation des populations se
décident de rester à leurs emplacements actuels : présente actuellement comme suit :

Populations restées sur la rive gauche de l’Itimbiri District Aruwimi – Territoire de Yahila

Chefferie et Populations
Peuples Villages
autres Hommes Femmes Enfants
376 369 424
Wolikombo 229 255 223
Yaliombo 254 236 240
Mobango Mbole
Yaelunzi 127 126 206
Yangombe 181 141 219
Total Mobango 1167 1127 1312
Yasinga 74 64 74
Yamolota Bokota 73 61 77
Wohaluma 43 35 42
Budja
Yawiango Yamolimo 307 272 282
Licenciés de - 107 104 97
Moenge Total Budja 604 536 572
Mabindza
Momenge - 183 171 129
(Gens d’eau)
Totaux généraux 1954 1834 2013

135
MONGALA

Populations ayant émigré sur leurs terres de la rive droite à la suite de l’application de l’A.R. du 11 mars 1929.

Populations
Peuple Chefferies
Hommes Femmes Enfants
Yaetshowa 357 304 344
Budja Yankow (en partie) 127 114 127
Yawiango (en partie) 219 231 118
Totaux généraux 703 649 589

Populations qui résidaient déjà sur la rive droite avant que l’A.R. soit intervenu, modifiant les limites.

Populations
Peuple Chefferies
Hommes Femmes Enfants
Woonda 566 437 522
Budja Yamolota 514 370 469
Yankow 522 469 441
Totaux généraux 1602 1276 1169

Afin de faciliter la lecture et la compréhen- courte notice sur les chefferies qui furent passées
sion de ce qui précède, je donne [ci-dessous] un à l’Aruwimi en 1929.
croquis de la région de l’Itimbiri, appuyé d’une

Croquis de la région de l’Itimbiri. Étude du commissaire de district assistant, N2 57-R doc. Mongala. Archives B. Verhaegen.

136
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Notice : 2. Chefferie Yaetshowa ou Moenge :


1. Chefferie Yankow : (Cf. P.V. n° 289 du district des Bangala)
(P.V. n° 243 du district des Bangala) Cette chefferie fut organisée en 1903. De
Cette chefferie fut organisée en 1902. À cette même que les Yankow, les Yaetshowa rési-
époque, elle se composait des villages : daient sur la rive droite de l’Itimbiri. Vers 1908,
le chef Mombili vint s’installer à côté du poste
Population de la chefferie Yankow de Moenge, probablement sur la suggestion
de l’Administration. Il s’y rendit indispensable
Populations
Villages à l’époque, et par ses intrigues, parvint à faire
Hommes Femmes Enfants mettre sous son commandement les Yaliombo
Yankow 401 507 302 et Wolikombo, ainsi que les Bokumu (écrit
Bokumbe 95 103 66 aussi Bakume) et Bakusu (Yamolota – Budja).
Yaliwewa 65 78 31 Tous les rapports depuis lors constatent les dif-
Yamuendu 98 103 41 ficultés que rencontre Mombili, et la désorga-
nisation de sa chefferie factice. Les Bokumu et
Total 659 791 440
Bakusu parviennent à s’en séparer et à rejoindre
les Yamolota de la rive droite aux environs du
Tous ces villages étaient installés sur la rive
poste de Lolo. Mombili ne se maintient que
droite de l’Itimbiri dans le delta de la rivière
par la crainte qu’inspirent les exactions qu’il
Loeka.
commet habituellement.
En 1915, pour satisfaire les besoins du poste
En 1929, dès que les modifications de limites
de Moenge, qui manquait de pagayeurs, on
sont effectives, les Yaliombo et Wolikombo se
fit déménager le village Yankow (proprement
séparent du groupe Yaetshowa et proclament
dit) sur la rive gauche en aval et à proximité
bien haut leur origine mobango.
de Moenge. Tous les autres villages restèrent
En mai 1930, Mombili évacue la petite enclave
en place. L’abandon de l’occupation du poste
qu’il occupait dans le poste de Moenge et va
de Moenge fit qu’un grand nombre de Yan-
s’installer sur la rive droite. De ce fait, il n’y a
kow regagnèrent leurs terres ancestrales ; les
plus de Budja sur la rive gauche de l’Itimbiri
127 indigènes qu’on parvint à maintenir sur
depuis son embouchure dans le fleuve jusqu’au
place profitèrent de l’occasion du changement
confluent de la rivière Kandia.
de limites qui divisaient leur chefferie, pour
rejoindre leurs frères sur la rive droite, en terri-
toire de Bumba, abandonnant la petite enclave
sur la rive gauche où on les avait forcés à s’ins-
taller en 1915.

Lazaret de Moenge.
(AP.0.2.9989, collection MRAC Tervuren ; photo Ordre des
Prémontrés, acquise en 1925.) « Couple civilisé » à Moenge, 1911.
(AP.0.0.24139, collection MRAC Tervuren ; photo S. de Giorgi.)

137
MONGALA

3. Chefferie Mbole ou Mobango : (Cf. P.V. Population de la chefferie Yamolota


n° 290 du district des Bangala) Populations
Après une longue période pendant laquelle les Territoires
Hommes Femmes Enfants
Mbole de Kolomo se virent enlever successi-
vement les clans Wolikombo, Yangonde et En territoire
190 160 193
Yaelunzi, au profit des chefs budja, après qu’en de Yahila
1923, le commissaire de district du Bas-Uele En territoire
514 370 370
envisagea le refoulement de tous les Mobango de Bumba
restant à Kolomo, afin de faire place aux Budja,
justice leur est enfin rendue. Il est étonnant que dans les conditions où se
répartit la population, l’administrateur de
4. Chefferie Woonda – Tribu budja : Bumba ait cru devoir passer cette chefferie
Cette chefferie a toujours été installée à l’inté- sous l’administration de Yahila.
rieur du pays de la rive droite.
À la suite d’une homonymie semble-t-il, on 6. Chefferie Yawiango – Tribu budja
organisa les Woonda-Budja et les Monda- En 1915, le groupe était constitué en deux
Mobango en une seule chefferie. À cette fin, chefferies Yamosambi et Yawiango. En 1923,
on força, en 1923, les Woonda à s’installer sur les deux chefs Libulia et Malamu furent des-
la rive gauche, au milieu des Mobango des titués et la chefferie regroupée sous les ordres
groupes Yaelunzi et Yangombe ; on refoula les du chef Bala. Ce dernier s’est enfui chez le chef
Yamolota (groupes Yasinga et Woaluma) vers Digba de Bumba, avec 120 hommes. Le groupe
l’est ; c’est à cette occasion qu’on envisagea le resté sur la rive gauche compte 307 hommes
refoulement des Mbole. Seul le village du chef (cf. tableau de la page 135).
Wasala obéit et s’installa sur la rive gauche : ce
ne fut pas pour longtemps. En 1927, Wasala 7. Chefferie Momenge –Tribu mabinza
rejoignit ses frères sur la rive droite où il Composée de gens d’eau, installée au confluent
séjourne depuis. Il semble bien que ce fut à de la Lese et de l’Itimbiri. Le chef Lidjaka, qui
l’insu de l’administration ; quoi qu’il en soit fut investi en 1910, tient à rester sur la rive
ce n’est pas la modification des limites qui a gauche de l’Itimbiri où son autorité s’étendrait
entraîné l’exode des Woonda. également sur un petit groupe de Lipoto de la
Moyenne-Lese.
5. Chefferie Yamolota – Tribu budja :
En 1915, ce groupe était divisé en trois chef- Programme d’organisation envisagé
feries, dénommées Bokata, Wohaluma et 1. Constitution d’une grande chefferie Mobango,
Yasinga. En 1922, des études généalogiques dénommée Mbole, comprenant outre le groupe
amenèrent le groupement sous le nom de principal de ce nom, les parentés Yaliombo,
Yamolota (Molota – ancêtre éponyme). Les Wolikombo, Yangombe et Yaelunzi, ainsi que
parentés Bokusu et Bokumu furent détachées les groupes adoptés Bombuma et Mongela
du chef Mombili et incorporées dans la chef- (pêcheurs).
ferie Yamolota. 2. Constitution d’un secteur Budja, comprenant
Afin de peupler la région du Sud de l’Itim- les villages Yasinga, Wohaluma, Bokota (de
biri, le commissaire de district proposa une la chefferie Yamolota) ; villages Yamolimo,
répartition de dix parentés sur la rive droite, Mosambi (de la chefferie Yawiango) et la chef-
et dix parentés sur la rive gauche. Un pareil ferie Momenge.
programme ne pouvait amener que la division
des clans : à l’heure actuelle les parentés Woha- Conclusions
luma, Bokota et Yasinga comptent des villages Le départ du chef Mombili de Moenge et son
de part et d’autre de l’Itimbiri. Le gros de la retour en territoire de Bumba a clos la question
chefferie est toujours resté sur la rive droite. brûlante des incidents de l’Itimbiri.

138
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

La situation troublée de la région n’était pas chevauchant la limite nouvelle, même quand
nouvelle (cf. Extrait du Rapport politique pour le la majorité de la population et les villages prin-
3e trimestre 1922 – Bumba ; annexe 8). Elle est due cipaux restaient installés sur la rive droite.
à mon sens :
–– À ce que les districts qui administrèrent suc- –– Une autre cause fut le soutien que le chef Mom-
cessivement la région litigieuse dans le passé bili trouva auprès de l’autorité de Bumba dans
l’organisèrent au seul point de vue budja, in- sa résistance à passer sous l’administration de
corporant dans les chefferies de cette tribu la Yahila, dans l’espoir fallacieux – peut-être par-
population de la rive gauche. Les difficultés tagé par d’autres – d’amener ainsi l’abrogation
actuelles eurent à la base l’erreur commise lors de l’A.R. du 11 mars 1929. On n’eût pu mieux
de l’application de l’A.R., en transférant – sans en saboter l’exécution » (Bradt 1930 Fonds
discrimination aucune – toutes les chefferies d’archives B. Verhaegen).

Le récit ci-dessus porte sur l’origine du diffé- conjoint établi à Moenge, le 12 avril 1930, des admi-
rend et son évolution. Les solutions administratives nistrateurs territoriaux J.M. Babillon et Victor Rou-
reprises dans ce document s’appuient sur le rapport vroy respectivement de Bumba et de Yahila.

Rapport 40 contribuables, alors qu’il n’y en avait que 8


Sur l’entrevue des 10, 11 et 12  avril  1930 à exactement chez lui les 13 et 14 mars derniers ;
Moenge entre les administrateurs territoriaux de –– Lidzaga des Momenge (riverains) : ne veut
Bumba et Yahila pas de Yahila et préfère s’installer sur la rive
Examen de la situation créée par suite du choix droite à un emplacement qui doit encore lui
laissé aux groupements de s’installer sur l’une ou être désigné.
l’autre rive de l’Itimbiri.
Les chefs Mombili et Wasala réclament les
Les déclarations suivantes ont été faites par les groupes qui relèvent d’eux d’après leurs docu-
chefs et notables intéressés : ments d’investiture.
–– Mombili des Yaetshowa : ira s’installer sur la Ces groupes : les Yaliombo et les Wolikombo,
rive droite où il possède des terres. Il présente pour le premier et les Yangombe et Yaelunzi pour
quelques notables des familles Wolikombo et le second, sont signalés depuis au moins 1925 dans
Yaliombo qui désirent le suivre dans l’exode. les archives de Yahila, comme étant de souche
Mombili réclame à ses côtés tous les gens rele- mobango. La généalogie de ces quatre groupes
vant de ces deux familles ; faite par l’AT de Yahila en novembre dernier, en
–– Mampoko : passa sur la rive droite avec tous même temps que celle des Bobango annexés, a
ses gens ; confirmé leur origine.
–– Kambili, des Licenciés de Moenge : reste sur Toutefois, il a été convenu que pareille étude
place ; serait faite sur la rive droite par l’AT de Bumba
–– Wasala des Woonda : maintiennent leur éta- afin de satisfaire aux désirs des deux chefs
blissement sur la rive droite, mais réclament à intéressés.
leurs côtés les Yangombe et les Yaelunzi ;
–– Lehanga des Yamolota : reste installé sur la rive Les fiches de recensement dont le détail ci-des-
droite ainsi que le sous-chef Djengawongo ; sous, ont été passées sur le champ :
–– le sous-chef Pangi prétend rester sur la rive –– chefferie des Yankow : toutes ;
gauche, mais entouré de cinq hommes seule- –– chefferie Yaetshowa : toutes à l’exception de
ment ; celles des contribuables des clans yaliombo et
–– le sous-chef Elenga ne veut pas quitter son em- wolikombo ;
placement actuel où il déclare être entouré de

139
MONGALA

–– chefferie Woonda  : toutes à l’exception de –– chefferie Momenge : toutes.


celles des contribuables des clans yangombe et Il a été décidé que, dans le courant de la der-
yaelunzi ; nière quinzaine de ce mois, les emplacements
–– chefferie Yamolota : toutes ; définitifs seront déterminés sur la rive droite pour
–– chefferie Yawiango : toutes à l’exception de les populations qui franchissent l’Itimbiri.
celles des contribuables du notable Lubulia et À partir de ce moment, il leur sera accordé
de son capita Bolia respectivement des villages un délai d’un mois pour évacuer.
Yamolimo et Yakuma ; (Babillon & Rouvroy 1930. Archives B. Verhaegen).

Mais le problème ne fut pas clos pour autant. Le Les maisons indigènes sont rendues inhabitables éga-
17 avril 1930, l’AT Victor Rouvroy informait le CDD lement. Des pans de murs sont renversés, les toitures
d’Aruwimi à Basoko sur les incidents survenus à arrachées en partie ou tout simplement jetées à terre.
Moenge le mercredi 16  avril  1930 : « […] les chré- Les Yaetshowa et les Yankow reviennent la nuit pour
tiens Yaliombo avaient été convoqués à la mission emporter dans leurs pirogues des sticks de leurs mai-
[par le R.P. supérieur] ; le chef Mombili avait placé sons démolies ou le manioc de leurs plantations »
des sentinelles sur la route y conduisant ; celles-ci (Rouvroy 1930. Fonds d’archives B. Verhaegen).
arrêtèrent N’Doko, l’ayant-droit des Yaliombo qui
réussirent à s’enfuir. » Pour avoir suivi l’évolution de la situation, le
Afin de trouver une solution, une réunion se tint CDD Schmitz apporta des observations au rapport
à Moenge, présidée par le CDDA de l’Aruwimi, reçu de son CDDA du 2 septembre 1930, reproduit
assisté des AT de Bumba et de Yahila ; les chefs ci-dessous. Sur de nombreux points, il s’agit d’une
Mombili et Mapoko, leurs notables et de nombreux lecture bien différente des généalogies locales.
sujets étaient présents. Pour le CDDA, « puisque
Mombili refuse d’obéir au nouvel administrateur, « 1.  Il est inexact que l’administration ait sans droits
qu’il veut à toute force relever de Bumba, qu’il s’en étendu les terres des chefs budja sur la rive gauche.
aille ! » En effet, en vue de grouper en une seule cheffe-
L’AT de Bumba déclara que le nouvel empla- rie tous les Woonda, M. le commissaire de district
cement du village Yaetshowa serait désigné par lui Liaudet estima nécessaire de déplacer les Woonda
de commun accord avec le chef Mombili, le lundi rive droite et de les installer sur la rive gauche. Il leur
5 mai 1930. Il demanda un délai pour la construc- donna à cet effet d’autres terres n’appartenant pas aux
tion d’abris provisoires et proposa la date du Bobango de Kolomo mais bien au Yamolota (Budja).
10  juin pour l’évacuation de la rive gauche par les 2. Les Wolikombo de même que les Yaliombo sont
Yaetshowa. à mon avis budja : il n’y a pas lieu de tenir compte
Le CDDA accepta le délai ; il vint se rendre de leurs déclarations. Celles-ci sont faites pour les
compte de l’exécution de l’accord et, tenant compte besoins de la cause. En effet, ces deux groupements
des tergiversations du chef Mombili dans le passé, qui sont des sous-clans des Yaetshowa n’ont jamais
il se fit accompagner d’un détachement de la Force voulu admettre l’autorité du chef Mombili qu’ils
publique (sous forme de promenade militaire), qui disent n’être pas coutumier, trop partial et sur-
devait amener par sa présence le départ définitif des tout trop égoïste dans l’administration de sa chef-
réfractaires. ferie. Dans ce but ils ont toujours visé à se rendre
Le 27 mai 1930, l’AT de Yahila écrivait au CDD indépendants.
d’Aruwimi : Ensuite les faits ci-après prouvent suffisamment leur
origine budja :
« […] j’ai pu constater, ce jour, que les villages des • lors de l’immigration par suite de la poussée
Yaetshowa et des Yankow étaient déserts. des envahisseurs, ils n’ont pas accompagné les
Les dernières sentinelles les ont quittés hier. Bobango de Kolomo. Ceux-ci ont franchi l’Itim-
Les menuiseries (portes et fenêtres) des maisons ont biri en même temps que leurs frères de race : chef-
été arrachées ; il en est de même au gîte d’étape qui est ferie Kolomo de Yawawa, Mombili, Magaoke et
inoccupable. autres chefferies de Yahila ;

140
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

• leur langue est la langue budja et non la langue tableau statistique du 2 mai 1903 joint au P.V. d’in-
mosango ; vestiture de ce chef situe en effet le village du chef
• ils peuvent pêcher dans l’Itimbiri (maï ne budja Mombili à Moenge ;
ou eau/rivière des Budja) alors qu’aucun Bobango 7. Les Bokome et les Bakusu ont fait partie au début
n’y est admis ; de la chefferie Mombili ; s’ils en ont été séparés c’est
• un de ces groupes, les Liombo, est revenu sur ses à la suite d’une étude de l’AT de Bumba Monsieur
assertions et a demandé qu’il était d’origine mbole Reygaert 1920-1921, étude que ce fonctionnaire
(Cf. lettre de V. Rouvroy n° 66 du 22 octobre 1930) ; fit sur place à la suite d’une enquête contradictoire
• les licenciés « Liombo » et « Wolikombo » forment faite avec les Yamolota rive droite et rive gauche et
un seul village avec les licenciés Moenge ceux-ci les Yaetshowa.
budja. Aucun licencié mbole n’y est admis ; 8. Il n’y a plus de « Budja  », exception faite des
• les licenciés mbole sont installés dans leur Yaliombo, Wolikombo et peut-être (?) des petits
chefferie ; villages Bongele et Bombuna, des familles Yaelunzi
• l’historiographie des Bopango et de quelques et Yangombe.
tribus voisines, étude fournie récemment par Même s’il n’y avait pas de Budja, il reste des terres
V. Rouvroy (en date du 15 décembre 1930) ne budja que l’on ne peut exproprier aux Budja partis
prouve pas, bien au contraire, l’origine des Mbole. sur la rive droite.
[…] 9. Le clan Wolikombo n’a jamais appartenu à la chef-
3. La page 8 de cette étude et le 1er paragraphe de la ferie Kolomo. Cf. P.V. d’investiture du 5 août 1908.
page 10 mentionnent en effet plus de six rixes mor- Quant aux sous-clans Yangombe et Yaelunzi, ils
telles entre les Mbole et les Wolikombo-Yaliombo. sont à mon avis woonda. Ils ont été enlevés de la
Ce depuis qu’ils ont franchi l’Itimbiri. Les Woli- chefferie Mombili à la suite d’une enquête contra-
kombo et les Liombo ont toujours été, d’après dictoire sur place par le commissaire de district
V. Rouvroy lui-même, intimement liés contre leurs adjoint Toussaint qui réunit les Woonda rive droite
prétendus frères de race actuels (Mbole) ; et rive gauche.
De plus pourquoi, s’ils étaient mbole ne se sont-ils À cette époque les deux groupements cessèrent de
pas réunis à leurs frères pour résister à des envahis- faire partie de la chefferie Kolomo pour être ralliés
seurs communs tels que les Arabes ? Il est à remar- à la chefferie Woonda.
quer enfin que les Wolikombo ne sont pas toujours L’étude de l’administrateur principal Hainaux (Cf.
unis aux Yaliombo et ceux-ci, de l’avis même de V. sa lettre n° 137 du 30 août 1930 adressée au com-
Rouvroy, sont budja. missaire de district de Lisala) conclut de même.
Les Yaelunzi et les Yangombe sont appelés à la page V. Rouvroy à mon avis n’aurait pas dû uniquement
2 de l’étude de Rouvroy : Woonda et dans une autre prendre en considération les avis des seuls grou-
étude, il prétend que ces Woonda sont des homo- pements rive gauche (avis sujet à caution). Avant
nymes des Woonda rive droite. Alors comment de conclure il eut dû conférer avec son collègue de
comprendre que les Woonda rive droite se réfugient Bumba et faire avec lui une enquête contradictoire.
[…] chez les Woonda rive gauche ? Les Woonda On envisagea à la demande de l’administrateur ter-
rive droite se sont réfugiés chez les Woonda rive ritorial Warnier de Yahila le déplacement, dit ici
gauche c’est-à-dire chez leurs « Ndeko » (frères de refoulement, des Mbole. Ce déplacement n’a pas
race) et non chez leurs « Ndoi ». été approuvé par le district du Bas-Uele.
4. Il y a lieu de dire « rencontre entre deux groupes Les chefferies Yamolo, Yawiango et Momenge sont
budja » plutôt que rencontre entre Budja et Mobango. budja. Si elles ont été incorporées dans le district
Les Yaliombo et les Wolikombo comme dit plus haut d’Aruwimi, ce fut non pas dans un but de politique
dans ma note n° 2 ont toujours voulu s’affranchir de indigène (réorganisation des chefferies) mais dans
la domination de Mombili mais sont bien budja ; un but d’ordre proprement dit administratif aux
5. Le village Yankow proprement dit a été obligé fins de faciliter la recherche des fugitifs bobango,
de se déplacer en 1915, non pas seulement pour les fugues provoquées par un recrutement intensif de
besoins du chef-lieu de l’ex-territoire de Moenge main-d’œuvre.
mais principalement pour la maladie du sommeil ; 10. Ce programme, quant au primo sera difficile à exé-
6. Le chef Mombili vient s’installer beaucoup anté- cuter si Yaliombo, Wolikombo, Yangombe, Yaelunzi
rieurement à 1908 à côté du poste de Moenge : le sont budja, une chefferie doit être homogène.

141
MONGALA

Quant au secundo la question mérite d’être étudiée, L’expérience m’a démontré des erreurs considérables
cet « amalgame » de fractions de trois clans diffé- que j’avais commises avant d’adopter cette méthode
rents ne semble pas facilement pouvoir être réuni – qui exige, je le reconnais, un long séjour et la connais-
sous l’autorité d’un chef de secteur » (Doc. non sance du langage indigène » (Coquilhat 1888 : 244).
daté. Fonds d’archives B. Verhaegen).
Cette question reste plus complexe qu’elle ne
Les questions de généalogie ont souvent été déli- paraît. Elle s’insère dans l’évolution même du groupe,
cates à trancher ; déjà quelques décennies auparavant, voire de la région. Jan Vansina écrit :
Camille Coquilhat, qui avait vécu chez les Bangala,
faisait une pertinente observation méthodologique. « La transformation du district, d’une organisation
lâche en une organisation rigoureuse, eut lieu dans les
« […]. Celui qui n’a pas vécu un temps assez long en terres situées près de l’embouchure de l’Aruwimi. Là
Afrique centrale et appris le dialecte du pays qu’il se trouvaient les sites de choix, les gros villages, et une
habite, ne peut se figurer combien il est difficile d’obte- communication facile avec le Nord d’où provenaient
nir des réponses exactes des indigènes à des questions les cimeterres et peut-être le préfixe ya-. Vers 1880,
ethnographiques et géographiques. D’instinct, ils sont les plus fortes densités de population de la moitié sep-
portés à vous tromper. Les interrogations leur inspirent tentrionale de l’aire qui nous intéresse ici se trouvaient
toujours la défiance d’une concurrence commerciale dans cette zone et, de là, jusqu’aux terres à l’ouest du bas
ou d’un projet nuisible. Ou bien si l’appât d’une récom- Itimbiri. Ces développements démographiques ont très
pense les fait parler, il faut prendre garde à la manière bien pu commencer durant cette époque, bien avant
de poser des questions. Si vous demandez : “N’est- 1400 ap. J.C. De là, la notion de patrilignage se répandit
ce pas telle rivière qui est là ?”, le natif vous répondra rapidement aux environs de l’embouchure de l’Itimbiri
presque invariablement : “oui” ; et cela parce qu’il croit et dans le voisinage de l’embouchure du Lomami. En
vous faire plaisir en abondant dans votre sens et vous raison de sa complexité, le processus entier n’a pas pu
disposer ainsi favorablement pour sa rémunération. se développer dans un village unique ou même dans un
J’en suis arrivé à ne jamais interroger directement.  seul district près de l’embouchure de l’Aruwimi. Plus
À propos du premier incident venu, je fais d’un ton vraisemblablement, la région entière forma une zone
ordinaire une remarque indiquant une opinion quel- unique d’interaction où tout se cristallisa en un modèle
conque sur un point que je désire éclaircir. Souvent de société original » (Vansina 1991 : 141).
même, j’affirme le contraire de ce qui m’a été dit par un
précédent interlocuteur. Si l’indigène est surpris, c’est- Après avoir donné les avis repris ci-dessus, le
à-dire s’il ne soupçonne pas l’importance que j’attache CDD Schmitz fit des propositions pour une solution
à sa réponse, s’il me croit indifférent, il rectifiera avec frontalière entre le territoire de Bumba et de Yahila.
exactitude et je serai édifié provisoirement. Je répétai Le 12 mars 1931, il écrivit, de Basoko, au gouverneur
mon enquête auprès d’autres individus, à d’autres jours de la Province-Orientale à Stanleyville une lettre
et dans d’autres circonstances, et c’est seulement après ayant pour objet « Situation politique dans l’onglet
avoir reccueilli, comparé et contrôlé un grand nombre de l’Itimbiri ».
de réponses sur un même sujet que je saurai.

« Monsieur le Gouverneur, En effet :


[…] –– le 18 octobre 1922, le commissaire de district
Si on relit la correspondance à ce sujet, on de l’Aruwimi signale que 500 contribuables en-
se rend compte que la réorganisation des chef- viron mbole tribu Mobango sont enclavés dans
feries budja ou mobango n’a pas (sauf au début) le territoire de Bumba (annexe I/A) ;
été l’objectif poursuivi par les administrateurs –– l’administrateur territorial de Yahila s’efforce
de Yahila et de Bumba lorsqu’ils ont demandé la alors d’obtenir des Mbole tribu Mobango leur
rivière Itimbiri comme limite de leur territoire. déplacement volontaire dans son territoire. Il
échoue devant l’obstination de cette popula-
tion qui ne prétend pas abandonner ses belles

142
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

terres, couvertes de palmiers (annexes II/3 et nous n’avons aucun intérêt à modifier ou à ne pas
III/C) ; modifier la situation actuelle.
–– le commissaire de district de l’Uele et le gou- Mais il y aurait un avantage sérieux, pour
verneur estiment devant cette opposition qu’il la bonne administration de son territoire, à
y a lieu de renoncer au déplacement de la chef- admettre les propositions du territoire de Yahila,
ferie des Mbole (chef Kolomo de la tribu Mo- auxquelles, pour ces raisons, je me rallie.
bango, annexes IV/D et V/E) ;
–– la question est de nouveau examinée en 1927 L’application de l’A.R. du 11 mars 1929 (limite
lors des nombreuses émigrations qui se pro- Itimbiri) provoque des difficultés.
duisent à l’occasion d’un recrutement intensif Le chef Mombili, budja, refusa de passer sous
de la main-d’œuvre. l’administration du territoire de Yahila.
Son opposition a été brisée et ce chef rejoint
Les Mobango et Budja sont parents et de avec les Yankow et Yaetshowa ses frères de race de
même qu’il y avait une population mobango, les la rive droite de l’Itimbiri ; son départ, comme je
Mbole, enclavée dans le territoire de Bumba, il le dis dans mon rapport politique, a été un signal
y avait également des populations budja encla- de l’apaisement.
vées dans le territoire de Yahila (au cœur même La mission installée à Moenge se trouve pri-
du territoire) les Yamakumbaka installés près du vée de la population qui l’environnait, ainsi que du
chef-lieu du territoire, indigènes adoptés par le marché pour ses catéchumènes. Le déplacement
clan Yamandundu ; les Mabinza dont une famille volontaire vers la mission des Yaliombo qui se
a donné le nom de Yahila. disent (pour ne pas être sous les ordres de Mom-
Des immigrations qui jadis étaient peu fré- bili) être mbole remédie à cette situation et la mis-
quentes s’accentuèrent et Mobango et Budja du sion voit son ravitaillement assuré.
territoire de Yahila s’enfuyaient dans le territoire
de Bumba. Les raisons d’ordre administratif qui ont pro-
Ces immigrations ont eu plusieurs causes voqué le changement de limite ont cessé : le terri-
(écrit l’administrateur de Bumba n°  297 du 14 toire de Bumba est mieux occupé et le recrutement
novembre 1927) dont les principales sont : intensif de main-d’œuvre ne s’opère plus.
1. le manque d’occupation de la région du terri- Peut-on remanier les limites ne considérant à
toire de Bumba au nord de Yahila ; présent que le point de vue ethnique ?
2. le recrutement exagéré des HCB Van Belle, La limite actuelle permet-elle, en d’autres termes,
Ofitra, Force publique fait à Yahila. Je pense, une réorganisation des chefferies existantes ?
écrit ce fonctionnaire, que le plus petit terri- Monsieur le commissaire de district Barreau,
toire du district a fourni le plus gros contin- dans une lettre qu’il m’adresse n°4383/A.I., le
gent des travailleurs. 17  septembre examine cette question et propose
deux solutions (cf. annexe VII/G).
Comment enrayer cette fugue des indigènes La première la plus simple serait de rapporter
administrés par le territoire de Yahila ? Établir une l’arrêté royal.
limite naturelle. La seconde serait de regrouper les indigènes
Il résulte, écrit Monsieur Noirot dans sa lettre par clan et de créer des chefferies jumelles de part
n° 2885 Pol. B. du 15 décembre 1927, de l’examen et d’autre de l’Itimbiri.
de la question, avec la documentation que nous
possédons, qu’il serait impossible de fixer une La première solution laisse subsister des
limite naturelle qui ne se confonde avec la limite Bobango (les Mbole) dans le territoire de Bumba
ethnique des deux territoires. De plus, il serait et ne permet pas au district de l’Aruwimi, la créa-
même pratiquement impossible d’établir une tion d’une chefferie mbole. Il faudrait en tout cas
limite rigoureusement ethnique, car des fractions détacher cette portion de territoire du district
de clan ou de tribu sont parfois enclavées dans des Bangala. Mais il est auparavant nécessaire
les terres d’autres clans ou tribus. Sous ce rapport d’être fixé sur l’origine budja (c’est mon avis) des

143
MONGALA

Yaliombo, Wolikombo, Yangombe et Yaelunzi. Si pêche, s’il n’est pas possible de faire trois cheffe-
l’on veut enfin modifier les limites il y a lieu aussi ries, de réunir en un secteur ces trois fractions de
de tenir compte d’une autre enclave, les terres des population.
Bopandu qui sont des Mobango.
Par contre, il est certain que les Yankow Avant de vouloir vous proposer un avis, Mon-
(Budja) et Yaetshowa (Budja) possèdent des terres sieur le Gouverneur, j’estime opportun de le resou-
rive gauche, terres qu’ils ont, par suite de l’applica- mettre à l’étude et de l’administrateur de Bumba
tion de l’A.R., abandonnées. et de l’administrateur de Yahila, qui mèneront sur
De plus, comme le dit M. Hainaux, annexe place une enquête contradictoire et considéreront
VII/H, les chefferies Yawiango, Yamolota et cette fois le problème non plus au point de vue
Woonda désagrégées de ces trois groupements administratif, mais au point de vue politique, en
installés rive droite et rive gauche sont budja. vue de la réorganisation des chefferies » (Schmitz
La seconde solution présenterait l’avantage de 1931. Fonds d’archives B. Verhaegen).
ne pas modifier une décision prise. Rien n’em-

Les Budja ne furent pas satisfaits de la solution sollicite mais après que les autorités des Mobango-
trouvée à ce problème consistant à les renvoyer Mongelima auront été informées de la date à laquelle
sur la rive droite de l’Itimbiri. C’est le gouverneur il sera accordé, afin qu’éventuellement les dispositions
Duchesne de la province de l’Équateur qui, cette fois, soient prises en temps opportun pour éviter toute
écrivit, le 3  janvier  1933, à son collègue de la Pro- menace d’atteinte à la tranquillité publique » (Duchesne
vince-Orientale à Stanleyville. 1933 Fonds d’archives B. Verhaegen).

« Monsieur le Gouverneur, À cette suggestion, le gouverneur de la Province-


J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le Orientale répondit de Stanleyville, le 14 janvier 1933.
nommé Mombili, chef investi des Moenge depuis le
2 mars 1903 et porteur de la médaille de mérite réside « En réponse à votre dépêche 3/AI du 3 janvier 1933,
dans le territoire des Budja du district du Congo- j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que j’ai
Ubangi alors que tous ses administrés se trouvent dans l’impression très nette que le nommé Mombili a sur-
le territoire des Mobango-Mongilima. pris notre bonne foi.
Le susdit désirerait se rétablir sur ses terres dans sa L’ex-chefferie Yaetshowa dont Mombili était chef (il a
chefferie mais comme les autorités du district de été révoqué à la date du 16 mai 1932) comprenait les
Stanleyville ont manifesté leur volonté de ne pas voir clans Walikombo et Yaliombo.
rentrer Mombili au sein de son groupement, l’adminis- Les premiers sont de Mobango, les seconds sont des
trateur des Budja ne lui a pas accordé jusqu’à présent Budja qui ont marqué leur accord pour être rattachés à
l’autorisation légale d’émigrer. la chefferie Mbole.
J’estime que cette autorisation ne peut lui être refusée Il est à remarquer qu’en 1929, lors du rattachement de
plus longtemps et qu’il appartient au commissaire de sa chefferie à Yahila, Mombili préféra abandonner ses
district de Stanleyville de prendre les mesures adé- terres et ses populations pour émigrer à Bumba. Je ne
quates c’est-à-dire la relégation et la révocation s’il croit vois aucun inconvénient à ce que Mombili revienne
que le retour de Mombili au milieu des Moenge com- s’installer en territoire des Mobango-Mongelima s’il se
promettra la tranquillité publique dans la région. soumet au chef Mangambu des Yamonongeri. »
En fait le chef Mombili se trouve dans une situation
qui n’est ni plus ni moins une relégation sans que cette Ainsi se présentait, au moment de la grande
mesure ait été prise et ce qui plus est tout en gardant réforme administrative de 1933, le dossier qui avait
l’insigne de chef d’une chefferie n’existant plus dans la conduit au tracé de la frontière séparant le nouveau
province de l’Équateur. district du Congo-Ubangi intégrant le territoire de
Si vous partagez ma façon de voir, Monsieur le Gou- Bumba d’avec le district de Stanleyville qui rempla-
verneur, je ferai délivrer à Mombili le passeport qu’il çait celui de l’Aruwimi, supprimé.

144
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

3.3. L’ESPACE DE LA MONGALA JUSQU’À


L’INDÉPENDANCE
En 1932, disposant d’une meilleure connaissance
géographique du Congo, Tilkens, qui était alors
gouverneur général du Congo belge, procéda à une
nouvelle réorganisation de l’ensemble de l’espace ter-
ritorial de la colonie (BA 1932 : 170-300). Il était sur-
tout question de réduire les besoins en personnel. De
cette façon, le nombre de districts fut ramené de 21 à
16, tandis que celui des territoires passa de 181 à 113.
L’ordonnance n°  32/AIMO du 21  mars  1932
regroupa les cinq districts de la province de Coquil-
hatville en trois districts, dont celui de l’Ubangi-
Congo, par la fusion des districts de l’Ubangi et
des Bangala. Ce nouveau district eut Lisala pour
chef-lieu. Les deux autres districts furent ceux de
la Tshuapa et du lac Léopold II. Mais l’ordonnance
du 29 septembre 1933 rattacha ce dernier district à
la province de Léopoldville. Et dès lors, la province
de Coquilhatville ne compta plus que deux dis- District du Congo-Ubangi de 1935 à 1955.
tricts : celui de l’Ubangi-Congo, avec Lisala comme Source : Mopondi (1974 : 24).
chef-lieu et celui de la Tshuapa, avec Boende pour
chef-lieu. Budjala ; celui des Ngombe, Boso-Djanoa ; ceux des
Le nouveau district fut subdivisé en neuf Ngbandi et des Bwaka, respectivement Banzyville et
territoires : Gemena.
–– territoire de la Ngiri : chef-lieu Bomboma ; Le territoire de Nouvelle-Anvers fut reconstitué
–– territoire de la Moeko : chef-lieu Budjala ; le 1er janvier 1939 ; il fut inclus dans le nouveau dis-
–– territoire de Lisala : chef-lieu Lisala ; trict de l’Équateur reconstitué en 1950.
–– territoire des Budja : chef-lieu Bumba ; L’ordonnance n° 21/180 du 13 avril 1955 scinda le
–– territoire des Ngombe : chef-lieu Boso-Melo ; district du Congo-Ubangi en deux districts : Ubangi
–– territoire de Libenge : chef-lieu Libenge ; et Mongala. En vue de remédier aux problèmes
–– territoire de Bosobolo : chef-lieu Bosobolo ; administratifs que posait la vaste étendue du district
–– territoire des Ngbandi : chef-lieu Banzyville ; du Congo-Ubangi (population nombreuse estimée
–– territoire des Bwaka : chef-lieu Gemena. à l’époque à près d’un million d’habitants, soit envi-
Le résultat de cette réorganisation fut que ce qui ron 60 % de la population de la province de l’Équa-
avait constitué les territoires de Mondjamboli et de teur ; le volume des affaires de 9 territoires entravait
Bumba, peuplés en majorité par les Budja, forma le le contrôle du commissaire de district…), il dut être
territoire des Budja ; les Ngombe au sens strict furent scindé, selon un tracé nord-sud, en deux nouveaux
regroupés dans le territoire qui porte leur nom. Le districts : le district de l’Ubangi à l’ouest, avec 4 terri-
territoire de Lisala, issu de la fusion des anciens ter- toires, et celui de la Mongala, à l’est. Ce dernier avait
ritoires de Likimi et de Lisala, fut désormais peuplé une superficie de 101 480  km² et cinq territoires :
de façon hétérogène : Doko, Mabinza et Bapoto. Lisala, dont le chef-lieu était aussi le chef-lieu du dis-
Le 1er  novembre  1932, le district de l’Ubangi- trict, Bumba, Businga, Banzyville et Bongandanga.
Congo changea de dénomination et s’appela Congo- Cette organisation administrative se maintien-
Ubangi. Par l’ordonnance du 15  février  1934, le dra jusqu’à l’indépendance du pays en 1960 et même
chef-lieu du territoire des Ngombe de Boso-Melo jusqu’à la création, le 5 février 1963, de la province
fut transféré à Boso-Djanoa. L’ordonnance n°  37/ du Moyen-Congo, avec Lisala pour chef-lieu.
AIMO du 15 mars 1935 modifia les dénominations La province du Moyen-Congo (cf. infra) compre-
de certains territoires. Ainsi, celui des Budja devint nait les territoires de Bomongo, Bumba et Lisala ; les
territoire de Bumba ; celui de la Moeko, territoire de territoires de Budjala, Businga et Kungu, amputés des

145
MONGALA

District de la Mongala, situation à partir de 1955. Source : de Saint Moulin (1973).

régions de Ngbaka-Mbanza ; le territoire de Ban- Le 30  juillet  1977, les espaces des districts de
zyville, qui était soumis au référendum ; le secteur l’Ubangi et de la Mongala furent aménagés pour
Gombalo, dans le territoire de Basankusu ; les sec- donner naissance à trois districts : Nord-Ubangi,
teurs Bolomba, Diyenga et Mompoko, dans le terri- Sud-Ubangi et Mongala. Le nouveau district de la
toire de Bolomba ; les régions ngombe du territoire Mongala perdit les anciens territoires de Businga
de Bongandanga ; les régions Bolobo-Yumbi, dans et de Banzyville (dénommé « Mobayi-Mbongo »)
le territoire de Mushie, province de Maindombe ; au profit du Nord-Ubangi. En gros, ce district se vit
Lukolela, dans le territoire de Bikoro. La loi créant retirer les populations en majorité ngbandi, comme
la province du Moyen-Congo modifia celles du le président Mobutu. Cette recomposition adminis-
14 août 1962 portant création des provinces du Mai- trative trouve son explication dans l’expérience de
Ndombe, de l’Ubangi et de la Cuvette-Centrale et la décentralisation initiée au cours de la Première
abrogea l’arrêté royal du 5 février 1935 portant créa- République (1960-1965), lors de laquelle de nom-
tion de la province de l’Équateur. breux conflits frontaliers avaient éclaté dans la pro-
La province du Moyen-Congo fut supprimée, vince de l’Équateur. Les territoires ngbandi firent
le 6 avril 1966, et l’ordonnance du 3 mai 1967 réta- l’objet d’un conflit entre les « nouvelles » provinces
blit le district de la Mongala dans ses limites du ou furent même contestés par les peuples mongo,
30 juin 1960. Le 8 décembre 1972, fut délimité le ter- ngombe et ngbaka s’attribuant le rôle de leadership
ritoire de Gbado-Lite, dans le district de la Mongala ; local.
l’ordonnance n° 72/462 créant ce territoire plaça son Il y a lieu de souligner cet aspect, qui contribua
administrateur territorial « sous l’autorité directe du à influencer les divisions administratives de la pro-
président de la République ». vince de l’Équateur, et auquel le pouvoir de Mobutu

146
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

fut particulièrement attentif. Le témoignage qui suit vivre la grande aventure qui lui avait fait décrocher le
de Félix Vunduawe, un Ngbandi qui fut le tout der- diplôme d’assistant agricole indigène au Centre univer-
nier directeur de cabinet du président Mobutu, est sitaire de Kisantu dans le lointain Bas-Congo. C’était,
instructif : en effet, une aventure pour l’époque ! Voir un jeune
Ngbandi partir du petit séminaire de Molegbe, quit-
« Je connaissais Joseph-Désiré Mobutu depuis les ter son village de Kawele, dans le fin fond de l’Ubangi
années 1950. Mes parents habitaient alors à Mogalo, Nord pour aller étudier à Kisantu, près de Kinshasa,
petit centre commercial et industriel de la compagnie à plus de 1250 kilomètres de ses parents, ce n’était pas
Cotongo (la Cotonnière du Congo), situé sur la route monnaie courante !
Gemena-Libenge, au bord de la rivière Lua, affluent À l’époque, seuls les soldats de la Force publique étaient
de l’Ubangi, dans le nord-ouest de la province de envoyés loin de chez eux pour étudier à l’École centrale
l’Équateur. de Kananga, alors Luluabourg, dans le Kasaï. Quant
Les Nzimbi (famille du général Étienne Nzimbi aux futurs prêtres catholiques, ceux de Molegbe étaient
Ngbale, ancien commandant de la Division spéciale envoyés à Niangara, dans le Haut-Uele et ceux de Lisala
présidentielle [DSP] du maréchal Mobutu), étaient nos à Kabwe dans le Kasaï. […]
voisins. Yaya Francisca – comme nous l’appelions – la J’avais à peine huit ans. Litho me connut donc tout
sœur aînée de Mobutu, future Maman Bolozi, et son petit. Après 1950, jusqu’en 1975, il ne m’a plus vu. En
feu mari, Yalo François, habitaient aussi le centre de effet, très soucieux de mon instruction, mon père avait
Mogalo. préféré m’envoyer à Banga-Bola pour terminer l’école
Maman Yemo Madeleine – la mère de Mobutu – rési- primaire d’abord et puis à Lisala pour faire mes huma-
dait alors à Mboto, localité réunissant de grandes plan- nités gréco-latines au collège Saint-Thomas-More,
tations d’hévéas et de caféiers, située à quelque dix chez les Pères de Scheut, dans le vicariat apostolique
kilomètres seulement de Mogalo. Elle y venait souvent de Lisala. Selon mon père, les écoles dans le vicariat de
visiter sa fille Francisca et les Nzimbi, membres de sa Molegbe, chez les Pères Capucins, avaient un niveau
grande famille. assez faible, en français surtout. Et, pire encore, l’ensei-
Tout naturellement les familles ngbandi de Mogalo se gnement était dispensé soit en ngbandi, soit en ngbaka,
connaissaient et se fréquentaient formant virtuelle- deux langues vernaculaires de l’Ubangi dont l’aire géo-
ment le clan des Mbia, c’est-à-dire des Ngbandi en pays graphique des locuteurs est fort limitée, même dans
ngbaka. […] je ne connaissais donc Mobutu que de la province de l’Équateur.
Ayant déménagé avec sa
nom et de réputation. Frère aîné, Ngbandi modèle, il famille de Bozene à Mogalo, puis à Libenge, mon père
avait réussi et faisait donc la fierté de ses parents. […] s’établit finalement à Kungu […]. Papa Litho avait ainsi
[Après l’obtention d’un doctorat en droit à Louvain perdu ma trace et il ne me reverra qu’en 1975 […]. C’est
en 1973] rentré au pays, je [Vunduawe] suis nommé avec surprise et étonnement qu’il découvre que c’est le
professeur de droit […] au campus de Kinshasa. […] petit Félix Vunduawe […] qui se trouve devant lui. Il se
C’est au cours de l’année 1975 que papa Litho Moboti a lève et m’embrasse chaleureusement en disant : “Vun-
fait ma connaissance. Il m’a tout de suite témoigné une duawe, tu es grand, tu es professeur d’Université. Je suis
grande affection et m’a considéré comme son jeune très fier de toi, surtout quand j’ai remarqué hier avec
frère de sang. […] c’est donc Papa Litho Moboti qui quelle maîtrise tu as dirigé le débat public et résumé
m’introduira à la cour présidentielle. Litho et Mobutu les conclusions de la conférence. À partir de ce jour, je
Sese Seko étaient cousins au deuxième degré, du côté t’appelle ‘mon jeune frère’. Tu es chez toi, ici, dans ma
de Mama Yemo, la mère de Mobutu et de Bundu maison. Je ferai tout pour montrer aux autres que nous
Grégoire, le père de Litho, du village Kawele, situé à avons aussi un frère ngbandi authentique, docteur en
quelque dix kilomètres du centre de la ville de Gbado- droit et professeur d’université, une valeur intellec-
Lite, terre natale de Gbemani, le père de Mobutu et de tuelle sûre.” Puis il me raconta l’incident qu’il avait eu
ses trois frères cadets, Kwadeba, Dongo et Gbemani. avec Étienne Tshisekedi en 1966, lorsqu’ils étaient tous
[…] les deux ministres du premier gouvernement Mobutu,
Jean-Joseph Litho Moboti Yombo et mon père Gas- après le coup d’État du 24 novembre 1965. “Au cours
ton Sioye Mobeteba se connaissaient bien quand d’un Conseil des ministres, j’ai reproché vertement à
notre famille habitait encore à Bozene, sur la route de Étienne Tshisekedi, alors ministre de l’Intérieur, son
Gemena à Libenge, avant de s’établir à Mogalo. C’était penchant quasi systématique pour les candidats baluba
dans les années 1948-1950, quand J.-J. Litho venait de à tous les postes importants des services publics de

147
MONGALA

l’État. Tshisekedi m’a simplement répondu : Mon cher l’Équateur, comme en 1962-1963, c’est d’abord le dis-
Litho, à qui la faute ? Si vos frères préfèrent aller à la trict de la Mongala qui fut le premier grand perdant.
chasse à l’antilope dans la forêt et à la pêche au capi- Ci-dessous, la liste des autorités qui se sont suc-
taine dans la rivière, devons-nous laisser des postes cédé à la tête de ce district depuis 1960.
vacants pour eux ? J’ai réagi, mais du bout des lèvres. – Chuantungungu Pierre 1960
Sans conviction. Tellement ses propos m’avaient pro- – Engwanda Oscar
fondément choqué. Je ne les ai jamais oubliés.” – Nvungbo Thaddée
Papa Litho me dit alors : Mon cher jeune frère Vun- – Kalabe Alphonse
duawe, je te prends désormais sous ma protection. – Mulumba Tshibwabwa
Nous allons travailler avec le Citoyen président – Mambwana Pierre Piocat
Mobutu » (Vunduawe 2000 : 33,35, 37, 38, 40 et 41). – Bambi Pierre 1976
– Mujinga Polydore
Le régime Mobutu introduisit, dès son installa- – Ngoy Kalenga Sébastien
tion en 1965, le système dit « de quota », c’est-à-dire – Sangi Honoré
des parts distribuées entre les régions du pays dans – M’Vuma Ngeti Nfusukila
toutes les fonctions et les services publics. Cette poli- – Mulumba Kalambay
tique lui fut inspirée par la situation de départ de son – Ebala Bombumbu Antoine 1978
peuple ngbandi et de ceux de sa région d’origine, au – Gbinzadi Tope Vongala
moment de l’indépendance du pays. Ceux-ci furent – Dilingi Liwoke la Milengo 1979
favorisés, allant jusqu’à prendre en otage – voire à – Kwanzango nyi Dhe 1984
s’identifier à – son pouvoir et à l’amener au déclin. – Mwabila Shambuy 1985
Lorsque le régime Mobutu, à bout de souffle, vou- – Moto Mupenda 1986
lut installer, à la fin des années 1980, la décentrali- – Ingole Montanga 1988
sation qui aurait vu les cinq districts de la province – Ilunga Mubengay wa Ndumbi 1988
de l’Équateur devenir des provinces à part entière, – Bekalola Etike Nkoy 1992
la proposition ne passa pas, surtout chez les peuples – Bokakandani Masomi Ngambo 1993
non ngbandi, qui craignaient par là de perdre les – Gbembi Ndombasi 1994
bénéfices que leur procurerait encore l’alliance au – Ekoli Loomo Lotetsi 1996
régime auquel ils restaient associés. – Mosau Somba Leka Loboso 1997
Plus tôt, Mobutu avait décidé de créer le district – Amongo Monga Malumbu Albert 2000
du Nord-Ubangi, au milieu des années 1970 ; le dis- – Ngawiana Albert 2000
trict de la Mongala ne gardait, dès lors, que trois ter- – Kumbu Ntula Théodore 2006
ritoires : Lisala, Bumba et Bongandanga. À chaque – Mobari Mav’oba Benjamin 2008
fois que s’organisa la réorganisation de la province de – Botete Bopeko Kaika Brigitte 2009

148
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

RÉFÉRENCES
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district du Bas-Uele ». Boma.
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Bumba.
« Lettre du commissaire de district ff adressée au gouverneur général ». 1914 (9 février). Bondo.
« Lettre du vice-gouverneur général adressée au gouverneur général ». 1915 (22 janvier). Stanleyville.
« Lettre du vice-gouverneur général adressée au CDD du Bas-Uele ». 1915 (22 janvier). Stanleyville.
« Lettre n° 4714/B.5 du commissaire de district au gouverneur ». 1928 (19 octobre). Buta.
Rapport AIMO 1953.
« Rapport d’étude du CDDA, district de l’Aruwimi, n° 2 57/R ». 1930 (2 septembre).
Rouvroy, V. 1930 (27 mai). « Lettre de l’AT au CDD avec pour objet “Exode Budja” ». Yahila (Route) village Yaliombo.
Schmitz. 1931 (12 mars). « Lettre du CDD Schmitz au gouverneur de la Province-Orientale n° 154/Pol.B à Stanleyville
ayant pour objet “Situation politique dans l’onglet de l’Itimbiri” ». Basoko.

149
CHAPITRE 9
COMPOSITION TERRITORIALE DU DISTRICT

D
ans ce chapitre, il s’agit de présenter l’ori- –– territoire de Nouvelle-Anvers : 13 chefferies ;
gine, l’évolution et la constitution des –– territoire de Yakata : 33 chefferies.
entités administratives du district de la
Mongala. Notons qu’il s’agit d’un espace Au 31  décembre  1931, le district des Bangala
où, au départ, l’organisation coutumière politique comptait 308 chefferies et 39 sous-chefferies organi-
était fortement basée sur l’entité clanique. sées (Rapport aux Chambres 1931 : 127). À la suite
de la fusion des districts de l’Ubangi et de celui des
Bangala, qui formèrent le district de Congo-Ubangi,
1. ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA COMPOSITION il compta désormais 495 chefferies et 46 sous-chef-
INTERNE DES CHEFFERIES ET SECTEURS feries en 1932 (Rapport aux Chambres 1932 : 140).
DANS LES TERRITOIRES DU DISTRICT En 1933, le même district ne comptait plus que
DE LA MONGALA PENDANT LA COLONISATION 422  chefferies et 32  sous-chefferies (Rapport aux
Chambres 1933 : 172-173).
Parallèlement eut lieu l’introduction progressive
Les territoires administratifs du district de la des secteurs aux côtés des chefferies, puis la sup-
Mongala étaient, au départ, divisés en chefferies pression progressive de ces dernières, qui finiront
auxquelles les secteurs sont venus s’ajouter par la par disparaître totalement du district. Dès 1927,
suite. Durant la période coloniale, le district de la la création des secteurs fut proposée (Rapport aux
Mongala, avait d’abord été appelé district des Ban- Chambres 1927 : 80). En territoire de Bomana, exis-
gala, puis district du Congo-Ubangi. tait déjà le secteur des Libinza, avec son chef Mohila.
En 1927, le district des Bangala était composé En 1933, deux secteurs furent créés dans le territoire
de 325 chefferies et de 89 sous-chefferies réparties de Bosobolo : le secteur Libia-Bobange et le secteur
comme suit : Bwanzini-Langbasi.
–– territoire de Bomana : 17 chefferies ; En 1936, le district du Congo-Ubangi comptait
–– territoire de Bomboma : 34 chefferies et 4 sous- 27 secteurs. Il y en aura 96 en 1947, 94 en 1948, 88
chefferies ; en 1950 et 84 en 1955. À la suite de la scission du
–– territoire de Budjala : 63 chefferies et 12 sous- district du Congo-Ubangi en deux districts, celui de
chefferies ; la Mongala compta les secteurs suivants :
–– territoire de Bumba : 18 chefferies et 17 sous- –– territoire de Lisala : 6 secteurs ;
chefferies ; –– territoire de Bumba : 10 secteurs ;
–– territoire de Boso-Melo : 34 chefferies et 14 sous- –– territoire de Bongandanga : 9 secteurs ;
chefferies ; –– territoire de Banzyville : 13 secteurs ;
–– territoire de Likimi : 33 chefferies et 1 sous-chefferie ; –– territoire de Businga : (?).
–– territoire de Lisala : 28 chefferies et 7 sous-chefferies ; L’évolution du nombre de circonscriptions indi-
–– territoire de Mondjamboli : 52 chefferies et 34 gènes (CI) reconnues de 1945 à 1959 est présentée
sous-chefferies ; en page 153.

151
MONGALA

Mumbenga, chef de Bosogbwelu, ses femmes et ses enfants. (AP.0.2.3469, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.)

Bamku, sous-chef de Bosogbwelu [?], sa femme et ses enfants. Capita (au milieu de la photo) et deux coupeurs de bois.
(AP.0.2.3467, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.) (AP.0.0.11210, collection MRAC Tervuren ; photo Ferraris, ca 1913,
© MRAC Tervuren.)

152
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Tableau 9.1.  Évolution de l’organisation des entités indigènes de la Mongala

Nbre de Nbre de sous-


Districts Années Nbre de secteurs CEC
chefferies chefferies
1916 395 - - -
1917 422 - - -
Bangala
1927 325 89 - -
1931 308 39 - -
1932 495 46 - -
1933 422 32 - -
1935 492 - - 3
1936 340 - 27 3
1937 332 - 32 3
1938 149 - 65 3
1939  93 - 78 3
1944  24 - 87 3
1945  24 - 95 3
Congo-Ubangi
1946  25 - 97 3
1947  25 96 3
1948  25 94 3
1950  25 88 3
1951  23 88 4
1952  22 88 4
1953  21 85 5
1954  21 85 5
1955  21 84 5
1956   9 45 3
Mongala 1957   0 20 3
1958   0 20 3
Sources : Rapports aux Chambres, 1916 à 1958.

Tableau 9.2.  Composition en 1945 Tableau 9.4.  Composition en 1959

Territoires Chefferies Secteurs CEC Territoires Chefferies Secteurs CEC


Lisala -  7 1 Lisala - 3 1
Bumba  6 11 1 Bumba - 6 1
Banzyville  1 16 Businga - 3 1
Bongandanga 13 Banzyville - 4 -
Bongandanga - 4 -
Tableau 9.3.  Composition de 1955 à 1958

Territoires Chefferies Secteurs CEC À la fin de la colonisation, les chefferies avaient


Lisala -  6 1 ainsi complètement disparu dans le district de la
Bumba 6 10 1
Mongala.
Businga 2  7 1
Banzyville 1 13 - 2. ORGANISATION DES TERRITOIRES DU DISTRICT
Bongandanga -  9 - DE LA MONGALA
En plus des CEC de Lisala et de Bumba, déjà Malgré sa vaste étendue géographique, le dis-
reconnus, un CEC fut créé en 1953, celui de Businga. trict de la Mongala constitue l’espace administratif
le plus faible, en nombre d’entités territoriales, de

153
MONGALA

tous les districts de la RDC appelés à devenir des Bolombo. La rivière Bolombo vers l’aval jusqu’à
provinces, d’après les prescrits de la Constitution son embouchure ; le méridien de ce point jusqu’à
du 18 février 2006. Il n’est composé, en 2015, que de sa rencontre avec la ligne de faîte Congo-Lopori ;
3 territoires, de 2 cités, de 13 secteurs, de 167 groupe- –– au nord par cette ligne de faîte » (BO 1913 : 380).
ments et de 1486 villages recensés.
L’espace du territoire de Bongandanga groupait à
2.1. TERRITOIRE DE BONGANDANGA ce moment la zone des bassins des rivières Maringa
et Lopori qui constituaient les terres confiées par le
Il y a lieu de souligner le parcours particulier du Congo belge à l’ABIR (cf. infra) pour l’exploitation
territoire de Bongandanga. Celui-ci fit longtemps économique. À noter que de 1917 à 1932, l’espace
partie d’autres districts administratifs, dont celui de actuel du territoire de Bongandanga était partagé
la Tshuapa. C’est en 1955 qu’il fut rattaché aux terri- entre le territoire de Bongandanga de l’époque et
toires de Lisala et de Bumba, avec lesquels il forme ceux de Yakata, Boso-Melo et Yala. Les territoires de
l’actuel district de la Mongala. Boso-Melo et Yakata occupaient l’espace situé sur le
L’espace couvert par le territoire de Bongandanga versant gauche de la crête de partage Congo-Lopori,
était, à l’époque du district des Bangala (1912-1932), tandis que ceux de Bongandanga et de Yala englo-
partiellement couvert par le territoire de Bokatu- baient l’espace au sud de cette crête.
raka, chef-lieu Boso-Melo. À l’époque du district L’ordonnance n° 3/SG du 8 janvier 1923 réduisit
du Congo-Ubangi (1932-1955), le territoire porta le nombre des territoires du district de la Lulonga de
d’abord le nom de territoire des Ngombe, chef-lieu 10 à 7 : Ikolo, Befale, Simba, Basankusu, Mompono,
Boso-Melo. Le chef-lieu du territoire fut ensuite Yala et Bongandanga. L’ordonnance d’administration
transféré à Boso-Djanoa, le 15  février  1934 et en générale n°  101/AIMO du 1er  octobre  1926 modifia
1935, le territoire des Ngombe prit le nom de terri- les limites du territoire de Bongandanga comme suit :
toire de Boso-Djanoa. Après la séparation du district
du Congo-Ubangi, en 1956, le nouveau district de la « Les limites du territoire et du district jusqu’au méridien
Mongala engloba le territoire de Bongandanga, plus de l’embouchure de la rivière Bogilima dans la Lopori ;
étendu que Boso-Djanoa. ce méridien jusqu’à cette embouchure ; la Bogilima
Pour rappel, le territoire de Bongandanga jusqu’à sa source ; une droite joignant cette source à
regroupe deux peuples majoritaires, les Ngombe et celle de la Luesu ; cette rivière jusqu’à son embouchure
les Mongo. Y habitent aussi des Batswa, vivant dans dans la Bolombo ; cette rivière jusqu’à sa source ; une
les terres fermes, et les Babale (riverains), assimilés droite joignant cette source à celle de la Bokumu ; cette
au peuple Ngombe. rivière jusqu’à son embouchure dans la Yekokora ; la
limite du territoire de Befale » (BA 1926 : 483).
2.1.1. ORIGINE ET ÉVOLUTION DU TERRITOIRE
DE BONGANDANGA Dans le souci de mieux administrer le vaste ter-
ritoire de Bongandanga, afin de faire face aux mou-
Le nom « Bongandanga » est celui du village qui vements religieux anti-colonisation européenne, ce
fut choisi comme chef-lieu du territoire. territoire fut divisé en deux entités administratives
Lors de la subdivision du Congo belge par l’arrêté distinctes :
royal du 28 mars 1912, le territoire de Bongandanga –– le territoire des Ngombe de la Lopori, chef-lieu
intégrait le district de la Lulonga, constitué des dix Djombo ;
territoires ci-après : Losombo, Basankusu, Simba, –– le territoire des Ntomba, chef-lieu Bongandanga.
Lingunda, Befale, Yala, Lingomo, Mompono, Befori
et Bongandanga (BO 1913 : 162). Les limites du territoire des Ntomba, avec pour
Le territoire de Bongandanda était alors limité chef-lieu Bongandanga, furent fixées comme suit :
ainsi :
–– à l’ouest par le territoire de Basankusu ; « La limite du territoire des Ngombe de la Lopori ;
–– au sud par la rivière Yekokora depuis son embou- la limite nord du district de la Lulonga jusqu’à son
chure jusqu’à sa rencontre avec le méridien de intersection avec le méridien de l’embouchure de la
Dikila ; rivière Lofete dans la Lopori ; ce méridien jusqu’à cette
–– à l’est par le méridien de Dikila jusqu’à la rivière embouchure ; la rivière Lofete depuis son embouchure

154
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

jusqu’à sa source ; une droite joignant cette source à –  à l’ouest, la limite du territoire de Lulonga-
celle de la Yaka ; cette rivière depuis sa source jusqu’à Ikelemba ;
son embouchure dans la Bolombo ; cette rivière vers  – au nord : la limite nord du district jusqu’à son
l’amont jusqu’à l’embouchure de la rivière Lomami ; intersection avec le méridien de l’embouchure de
cette rivière jusqu’à son intersection avec le parallèle la rivière Lofete dans la Lopori ;
de la source de Bolulu ; ce parallèle jusqu’à sa source ;  – à l’est : ce méridien jusqu’à cette embouchure de la
une droite joignant cette source à l’embouchure de rivière Lofete ; la rivière Lofete depuis son embou-
la Tosongo dans la Yekokora ; la Tosongo depuis son chure jusqu’à sa source et puis une droite jusqu’à
embouchure jusqu’à sa source ; une droite joignant la source de la Yaka ; cette rivière depuis sa source
cette source au point le plus rapproché de la ligne de jusqu’à son embouchure dans la Bolombo ; cette
partage des eaux des rivières Yekokora et Lomako ; rivière vers l’amont jusqu’à l’embouchure de la
cette ligne de partage de ce point jusqu’à la source de rivière Lomami ;
la rivière Boile, une droite joignant cette source à celle  – au sud : cette rivière jusqu’à son intersection avec
de l’Ilongo ; cette rivière jusqu’à son embouchure dans le parallèle de la source de la Bolulu ; ce parallèle
la Yekokora ; cette rivière jusqu’à l’embouchure de la jusqu’à cette source ; une droite joignant cette
Mondjeto » (BA 1928 : 216).  source à l’embouchure de la Tosongo dans la Yeko-
kora ; la Tosongo depuis son embouchure jusqu’à
En 1929, le district de la Lulonga comprenait les sa source ; une droite joignant cette source au point
sept territoires suivants17 : le plus rapproché de la ligne de partage des eaux
–– territoire des Baseka-Bongwalanga  : chef-lieu des rivières Yekokora et Lomako ; cette ligne de
Basankusu ; partage de ce point jusqu’à la source de la rivière
–– territoire des Ngombe d’Ikelemba : chef-lieu Ikoli ; Boile ; une droite joignant cette source à celle de
–– territoire des Ngombe de la Lopori : chef-lieu l’Ilongo ; cette source jusqu’à son embouchure
Djombo ; dans la Yekokora ; cette rivière jusqu’à l’embou-
–– territoire des Ntomba : chef-lieu Bongandanga ; chure de la rivière Djafe ; une droite joignant cette
–– territoire des Lalia-Buma : chef-lieu Djolu ; embouchure à la source de la Makombo ; cette
–– territoire de Mompono : chef-lieu Mompono ; rivière jusqu’à son embouchure dans la Maringa »
–– territoire des Mondji : chef-lieu Befale. (BA 1933 : 563).

En janvier 1932, le commissaire de district de la Cet ensemble s’appela « territoire du Bas-Lopori » de


Lulonga, M.  Deprets, informa les AT de la fusion 1932 à 1935. Sa superficie était estimée à 17 446 km².
des districts de l’Équateur et de la Lulonga sous le L’ordonnance n°   38/AIMO du 15  mars  1935
nom de district de la Tshuapa (Deprets 1932). L’or- modifia le territoire de Bas-Lopori qui devint celui
donnance d’administration générale n°  32/AIMO de Bongandanga. Ses limites est s’élargirent désor-
du 21 mars 1932 fixa à trois le nombre de nouveaux mais comme suit :
districts et leurs dénominations comme nouvelle
composition de la province de l’Équateur : Congo- « Le méridien de la rivière Lofete depuis son embou-
Ubangi, Tshuapa et Lac Léopold II. chure jusqu’à sa source ; une droite joignant cette source
Le district de la Tshuapa comptait dix territoires, à celle de la Bakala ; une droite joignant cette source à
dont celui du Bas-Lopori avec Bongandanga comme celle de la Yaka ; cette rivière depuis sa source jusqu’à
chef-lieu. Ce territoire naquit de la fusion des son embouchure dans la Bolombo ; cette rivière vers
anciens territoires des Ngombe de la Lopori et des l’amont jusqu’à l’embouchure de la Bauta ; cette rivière
Ntomba. L’ordonnance d’administration générale jusqu’à sa source ; une droite joignant la source de cette
n° 85/AIMO du 29 septembre 1933 vint compléter rivière au confluent de la Yanga et de la Bolulu ; la Yanga
celle de 1932 et fixa les limites du territoire du Bas- jusqu’à sa source ; une droite joignant celle-ci à celle de la
Lopori comme suit : Waya jusqu’à son confluent avec l’Elondja ; cette rivière
jusqu’à son embouchure dans la Yekokora ; la Yekokora
jusqu’à l’embouchure de la Tosonge ; cette rivière jusqu’à
sa source ; une droite joignant cette source au point
17  Ordonnance n° 32 du 2 mai 1928 du gouverneur de la pro-
vince de l’Équateur fixant au 1er janvier 1929 la date d’entrée en le plus rapproché de la ligne de partage des eaux des
vigueur de l’ordonnance n° 24. rivières Yekokora et Lomako » (BA 1935 : 210).

155
MONGALA

Le territoire de Bongandanga garda ces limites Jusqu’aux années 1920, certains lieux de l’espace
jusqu’en 1955. L’ordonnance n° 21/181 du 13 avril 1955 actuel du territoire n’étaient donc pas encore sous le
modifia profondément l’organisation administra- contrôle effectif de l’Administration coloniale, mal-
tive de la province de l’Équateur, dorénavant divisée gré la présence européenne dans la région. Les AT
en quatre districts : Ubangi, Tshuapa, Équateur et affirment dans les rapports disponibles qu’il leur était
Mongala. À ces districts s’ajouta le centre extra-cou- difficile d’harmoniser les horaires de travail entre
tumier de Coquilhatville, qui devint une ville. les travaux de bureau, d’une part, et la création de
C’est à partir de ce moment que le territoire de nouvelles entités, à laquelle s’ajoutait la surveillance
Bongandanga quitta le district de la Tshuapa. Il continue des chefferies, d’autre part. Ne pouvant
fut rattaché à l’ancien territoire de Boso-Ndjanoa emporter des quantités importantes d’archives loin
(appartenant au district du Congo-Ubangi) sup- du chef-lieu du territoire où il résidait, l’AT devait
primé, dans le nouveau district de la Mongala. Il continuellement revenir à Bongandanga pour rédi-
était limité : ger les rapports et donner d’autres renseignements
–– au nord par le territoire de Lisala ; politiques. Ce qui l’empêchait de prolonger ses tour-
–– au sud par le territoire de Befale ; nées et d’accélérer les études qui précédaient la créa-
–– à l’est par le territoire de Djolu ; tion des chefferies (Cf. Les Rapports politiques des
–– à l’ouest par le territoire de Basankusu. années 1928, 1929 et 1930).
La création des chefferies dans l’actuel espace que
Dans sa configuration de 1955, le nouveau ter- couvre le territoire de Bongandanga fut progressive
ritoire de Bongandanga fut amputé de la superficie et délicate. L’organisation des chefferies avait pour
des anciens secteurs Ngombe Nord, Ngombe Sud, but essentiel l’exploitation des produits de la région
Lopori et Poma-Bulu, mais il engloba les 16 446 km² (huile de palme et amandes palmistes, copal, riz…).
de Boso-Ndjanoa. Ainsi les Ngombe, qui peuplaient En conséquence, les premières chefferies subirent de
l’ancien territoire de Boso-Ndjanoa, furent regrou- nombreuses modifications. Le décret de 1910 prôna
pés avec des Mongo dans le territoire de Bongan- la reconnaissance des chefferies selon la coutume
danga. Bokongo écrit : locale, avant de faire intervenir l’investiture par l’Ad-
ministration coloniale. Pour la région, cela nécessita
« En 1956, chez les Ngombe habitant le sud du fleuve, le le déplacement de villages pour des raisons d’hy-
rattachement du territoire de Bongandanga au district giène ou de démographie, ce qui entraîna la fusion
de la Mongala dans la province de l’Équateur, le secteur de clans différents. Il en résulta que peu de chefs
Botewa aux trois autres secteurs ngombe (Boso-Melo, étaient coutumiers au sens traditionnel – ils furent
Boso-Ndjanoa, Boso-Simba) correspondait au fait que appelés « amis des Blancs » – et suscitèrent de nom-
ces entités commerçaient davantage avec Lisala qui en breuses contestations. Le déplacement des villages
était le chef-lieu qu’avec Boende qui était celui du dis- était mal perçu par les populations qui, non seule-
trict de la Tshuapa. Malheureusement ce rattachement ment, tenaient à leur terre, mais, en outre, fuyaient
rompait les liens culturels tissés depuis avec les popula- les corvées imposées par les Européens. Fréquem-
tions mongo » (Bokongo 2011 : 374). ment, la population prit la fuite dans des refuges en
forêt.
2.1.2. COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE La situation troublée qu’engendrèrent ces créa-
DE BONGANDANGA tions artificielles, la diminution du nombre des
contribuables et plusieurs autres facteurs furent à
La difficulté de suivre l’évolution administrative la base de la révision de la composition de ces pre-
du territoire de Bongandanga est liée aux nom- mières chefferies.
breuses divisions qu’il connut à son point de départ. Pour suivre la constitution des ces chefferies,
Bokongo Libakea Kongo (1979) a tenté d’identifier
a. Pendant la période 1913-1931 les entités administratives entre 1913 et 1931. Si les
Cette période est difficile à étudier parce qu’elle rapports administratifs sur la partie sud, intégrée
correspond en partie à celle de l’occupation euro- dans ce qui fut appelé jadis le territoire des Ntomba,
péenne de cet espace. Avant sa scission en 1928, le ont été retrouvés, il n’en fut pas de même pour la
territoire de Bongandanga était territorialement très partie nord, qui se trouvait intégrée dans le territoire
étendu, et son chef-lieu situé de façon excentrique. de Boso-Ndjanoa. En outre, une partie des données

156
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

se retrouvent dans le registre des « renseignements iv) La chefferie Lilangi (ATB 1928)
politiques » du territoire de Nouvelles-Anvers (1915- Elle fut créée le 12  juin  1928 et était constituée
1921), dans les « rapports sur les chefferies Bog- du peuple Lola Momu. En 1923, cette chefferie était
bonga-Mosweya, Bongombe et Likungu ». intégrée dans le territoire de Yala. Petsi, son premier
chef, nommé par l’Administration coloniale, n’était
Pour ce qui est de la seule partie sud du territoire pas un originaire de la chefferie. Il dut son poste au
actuel de Bongandanga, 15 chefferies constituées fait d’avoir été sergent-major dans la Force publique.
furent identifiées : Lorsque Petsi, jugé faible et manquant d’autorité,
regagna son village d’origine, le patriarche Kampetsi
i) La chefferie Bokenda I (ATB 1913) devint le chef faisant fonction de la chefferie. En
Elle fut créée le 20 décembre  1913. La cheffe- 1930, le nommé Mbeka, chef coutumier, fut investi
rie Bokenda était constituée des clans Bokonda et chef de la chefferie. Mais lui aussi manquait d’auto-
Musinga, tous deux regroupant le même peuple rité et était très âgé.
Lola Momu. L’Administration coloniale désigna C’est en 1928 que la chefferie Lilangi intégra le
comme chef de la chefferie, Lotumba, venant du territoire des Ntomba où elle fut reconnue, le 12 juin
clan Bokonda, ce qui occasionna la contestation des de cette même année. C’était une chefferie peu
Musinga qui avaient pour chef Mongu. importante du point de la démographie et de l’éco-
En 1924, Lotumba reçut une médaille de bronze nomie. Au courant des années 1927-1930, elle perdit
de l’Administration coloniale (ATB 1929 : 16). Chef de nombreux membres, à la suite des recrutements
médaillé investi et non coutumier, Lotumba admi- excessifs opérés par la Société des cultures au Congo
nistrait la chefferie en collaboration avec le notable exploitant à Mongana (ATB 1930 : 13).
(« patriarche ») Kampetsi. Cette solution fut jugée
préférable à la création du poste de sous-chef que v) La chefferie Ekombe (ATB 1928)
prévoyait le décret de 1910. À sa mort en 1924, Kam- Elle fut créée le 11 novembre 1928 et était consti-
petsi fut remplacé par le notable Kolofoto. tuée du peuple Itulu Pembe. Dans un premier
temps cette chefferie fut intégrée dans le territoire
ii) La chefferie Loka (ATB 1924) de Yala et se composait des clans Bongila, Bolima et
La chefferie Loka est l’une des plus importantes Lomako. C’est le « patriarche » Bolia du clan Bolima
de la région au point de vue économique, surtout qui fut le chef de la chefferie. Assez âgé et hostile à
en ce qui concerne la production d’huile de palme la présence européenne, Bolia passait le gros de son
(ATB 1929 : 16). Elle fut créée le 22 décembre 1924 temps en forêt avec ses sujets. C’est parce qu’en 1918,
et était constituée du peuple Itulu Pembe. La chef- des habitants ekombe et likote (cf. infra) avaient été
ferie Loka comptait deux clans, Ilombe et Yali. À sa contraints par l’Administration coloniale d’habiter
constitution, elle fut dirigée par Punga, chef de Yali, les terres qui ne leur appartenaient pas qu’ils avaient
destitué peu après par le pouvoir colonial à cause de pris la fuite en se retirant dans les forêts de l’entre-
son incompétence, liée en partie à son âge avancé. Yakokora-Lomako, des espaces abandonnés par
Son successeur fut Ilombe, issu de la lignée de la les Loma, Boyala et Mangi. La création des refuges
famille régnante chez les Ilombe. Dès lors, éclata un dans cette région fut favorisée par la présence, dans
conflit entre les Yali et les Ilombe. ce lieu, de leurs anciens occupants qui, eux aussi,
Le notable attitré collaborateur du chef de la chef- avaient été contraints de s’installer dans les environs
ferie pour son administration fut le nommé Likulu. immédiats du poste de Lingunda pour participer
aux travaux imposés par l’Administration18.
iii) La chefferie Lika (ATB 1926) L’autorité coloniale s’employait à ramener les
Elle fut créée le 22 novembre 1926 et était consti- populations réfugiées en forêt dans leurs «  vil-
tuée du peuple Itulu Pembe. Son chef était Ilole, chef lages  officiels 
», mais sans succès. En 1930, elle
coutumier investi. Mais l’Administration coloniale recourut à la violence et une opération de police fut
lui reprochait son manque d’autorité, due en par- engagée. Ce furent les messagers et autres capitas
tie à son âge avancé. La production était faible, une
grande partie de la population résidant de manière
18  Dans le territoire des Ntomba, les agents territoriaux étaient
continue en forêt pour se soustraire aux corvées tenus de contrôler la production de copal, de riz, d’huile de
qu’imposait l’autorité européenne (ATB 1930 : 14). palme et d’amandes palmistes.

157
MONGALA

qui guidèrent la Force publique vers les cachettes. viii) La chefferie Pukaonga (ATB 1929 n° 106)
Cette opération de police, qui dura un peu plus de Elle fut créée le 16 juillet  1929, et était consti-
cinq mois, prit fin dans le courant du mois de juil- tuée du peuple Itulu Pembe. Elle était très pauvre
let. Les meneurs furent relégués dans la province du et l’autorité coloniale ne s’y intéressait pas. Son chef
Katanga (ATB 1930 : 2-5). médaillé, Monkoto, manquait d’autorité, une auto-
En 1930, les Likote et les Ekombe s’installèrent à rité qui se limitait à son propre village.
Boyela en lieu et place de leur territoire d’origine. En
effet, l’Administration coloniale s’était vue obligée de ix) La chefferie Baolongo (ATB 1929 n° 219)
relier les divers refuges entre eux par des pistes rou- La chefferie Baelongo s’était établie sur des terres
tières aboutissant à des « villages officiels ». peu fertiles. Son chef était Lokilo. Elle fut créée le
Le chef Bolia mourut en 1927 (ATB 1929 : 8). 6  août  1929, à la suite de la fusion des clans Bao-
Pendant tout son règne, il avait vécu en mésentente longo, Ngandu et Bafaka. Mais les Bafaka furent
avec le clan Bongila. Il fut remplacé par le patriarche toujours mécontents de ce rassemblement avec les
Petsi Loku, qui décéda, à son tour, en septembre de autres clans. Sous les menées du nommé Ngomo,
la même année. C’est Likolo qui le remplaça, mais ils se réfugièrent aux abords de la rivière Lokomo
celui-ci vivait en refuge à la Yekokora, dans le terri- jusqu’en 1930, date à laquelle ils furent obligés de
toire de Befale. Ilendo, le fils de Petsi, reprit provi- revenir, à la suite de contraintes policières.
soirement l’administration de la chefferie. En 1928, Après 1930, la chefferie Baolongo ne fut plus
la chefferie fut réorganisée et les clans Bolima et habitée, en grande partie, que par les anciens trai-
Lomako furent intégrés. C’est alors que le patriarche tants et travailleurs ; ce qui rendit son administration
Lokow, chef coutumier, fut investi à sa tête. Mais le difficile sous le modèle coutumier (ATB 1939 : 10).
clan Lomako ne reconnut pas l’autorité du nouveau
chef ; il manifesta le désir d’aller habiter ailleurs, afin x) La chefferie Likote (ATB 1931 n° 103)
de voir la chefferie divisée en deux entités distinctes. Mise en place en 1923 pat l’AT de Yala, la chefferie
Il fallut une opération de police, en 1930, pour que la Likote ne fut créée que le 25 septembre 1931 et inté-
situation se rétablisse. gra les populations des clans Likoli, Lilanga, Bofonge,
Longa et Bolima. Son premier chef décéda la même
vi) La chefferie Bongandanga (ATB 1929 n° 8) année et fut remplacé par son fils Boselo. Mais ce der-
C’est une chefferie conventionnelle intégrée dans nier refusa de s’installer dans les « villages officiels »
le territoire des Ntomba. Elle fut créée le 18 mai 1929 fixés par l’Administration. Il fut remplacé, en 1929,
et était habitée par des anciens soldats et d’autres par Bongolo, qui devint un chef investi mais non cou-
personnes ayant servi directement ou non dans l’Ad- tumier. Il mourut en 1931. Son successeur fut Ikombi,
ministration coloniale : domestiques (boys), plan- un membre de la famille du chef (ATB 1931 : 9).
tons… D’où son petit sobriquet de « Petit Belge ».
Son chef fut Monganga. Cette chefferie fut facile à xi) La chefferie Songo-Mboyo (ATB 1931 n° 355)
administrer. Elle se situait à proximité du chef-lieu Ses habitants appartenaient au peuple Baseka
du territoire (ATB 1929 : 8). Lomboto. Elle fut créée le 25  septembre  1931. Son
chef investi, mais non coutumier, fut Kuma. C’était
vii) La chefferie Lolengi (ATB 1929 n° 566) un homme assez autoritaire, ce qui créa des conflits
Elle fut créée le 16 juillet 1929 et était constituée entre lui et ses administrés. L’autorité coloniale le
du peuple Itulu Pembe. Son chef investi et médaillé démit. Son remplaçant fut le chef coutumier Loku.
était Bolua. Mais cela n’arrêta pas les tensions continuelles et,
La chefferie Lolengi était peu importante. Elle fut finalement, le dernier chef fut relégué, en juin 1931,
frappée par des épidémies successives qui tuèrent à Basankusu (ATB 1931 : 10).
plusieurs de ses habitants. Aussi, près de la moitié de
ses jeunes habitants s’engagèrent dans les entreprises xii) La chefferie Bokenda II (ATB 1931 n° 101)
commerciales européennes. Elle fut créée le 4 juillet 1931 et était constituée du
La chefferie Lolengi était caractérisée par le grand rassemblement forcé par l’Administration coloniale
désordre qui y régnait ; l’Administration coloniale ne de trois villages, ce qui rendit continuellement sa
la visitait qu’au moment de la collecte de l’impôt. gestion difficile. Son premier chef fut Bosisa, décédé
en 1931. Son successeur fut Kalokuli (ATB 1931 : 6).

158
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

xiii) La chefferie Dikila (ATB 1931 n° 25) b) À partir de 1933 : l’organisation des secteurs
Ses habitants appartenaient au peuple Lola Le décret du 5 décembre 1933 porta sur le regrou-
Momu. Elle fut constituée en 1929. Son chef investi, pement de petits ensembles régionaux en grandes
mais non coutumier, fut Yenge, un non-originaire du chefferies dénommées « secteurs » et le maintien
lieu. Accusé d’avoir tué le chef coutumier de Dikila, des grandes chefferies existantes. La réorganisation
et manquant d’autorité, il fut remplacé par Ilinga. politico-administrative définie par ce décret débuta
Mais la chefferie restait difficile à gérer, les clans le 1er  avril 1935 et se déroula en trois phases : 1935-
Ekubolombe et Limboya cherchant à se soustraire 1939 ; 1940-1942 ; 1952-1957.
à l’autorité imposée par l’Administration coloniale Dans l’espace de ce qui deviendra le territoire de
(ATB 1931 : 9). Bongandanga actuel, ce décret n’entra en vigueur
qu’à la date du 29 septembre 1938. Toutes les chef-
xiv) La chefferie Mangi Wamba (ATB 1931 n° 36) feries furent supprimées, et sept secteurs furent
Créée le 25 septembre 1931, c’était une chefferie créés : Doko, Bongandanga, Haute-Bolombo, Basse-
peu importante, qui ne comptait, en 1931, qu’une Bolombo, Poma-Bulu, Ngombe du Nord de la Lopori
cinquantaine d’hommes. Plusieurs de ses habitants et Ngombe du Sud de la Lopori. Cette organisation
étaient engagés comme travailleurs dans les entre- persista jusqu’en 1951 (tableau 9.5).
prises européennes. Son chef Lokuo mourut noyé, Les sept secteurs du territoire de Bongandanga
en 1929, dans la rivière Yekokora. Il fut remplacé par étaient constitués, en 1952, des groupements repris
Loota (ATB 1931 : 9). dans le tableau 9.6.
En 1955, le territoire de Bongandanga apparte-
xv) La chefferie Mangi ya Likolo (ATB 1931 n° 37) nant au district de la Tshuapa fut rattaché au dis-
Les Mangi ya Likolo habitaient le territoire des trict de la Mongala. Le territoire de Boso-Ndjanoa,
Mondji. Avec l’accord de l’Administration coloniale, qui faisait partie du district du Congo-Ubangi, fut
ils décidèrent de rejoindre leurs frères ethniques, les supprimé pour être fusionné avec le territoire de
Mangi Wamba. Bongandanga (BA 1955 : 1768, ord. n°  21/181 de
En 1930, les Mangi ya Likolo s’installèrent d’abord 1955).
sur la rive droite de la Yekokora. C’est en 1931, suite Mais ce nouveau territoire perdit trois de ses
à la création de la chefferie, le 25  septembre, qu’ils anciens secteurs : Poma-Bulu, Ngombe du Nord de
arrivèrent à leur nouvel emplacement, situé entre la Lopori et Ngombe du Sud de la Lopori, qui furent
les rivières Mompindu et Ngelengani sur la route de rattachés au territoire de Basankusu. Il gagna, par
Songo Mboyo. Leur chef était Ikwa (ATB 1931 : 10). contre, six secteurs de l’ancien territoire de Boso-

Tableau 9.5.  Secteurs du territoire de Bongandanga en 1951.

Secteur Date de création Peuple Nom du chef Date d’investiture du chef


Arrêté n° 349/AIMO
Doko Ngombe Wangu 23 décembre 1943
du 30 novembre 1938
Arrêté n° 227/AIMO
Bongandanga Mongo Mondjanga 19 octobre 1938
du 29 septembre 1938
Arrêté n° 225/AIMO
Haute-Bolombo Mongo Ilombe 31 décembre 1943
du 22 septembre 1938
Arrêté n° 239/AIMO
Basse-Bolombo Mongo Boombi 1er août 1945
du 19 décembre 1939
Arrêté n° 199/AIMO
Poma-Bulu Ngombe Agweibeke 11 novembre 1939
du 30 octobre 1939
Ngombe du Nord Arrêté n° 181/AIMO
Ngombe Motingea -
de la Lopori du 26 octobre 1939
Ngombe du Sud Arrêté n° 5/AIMO
Ngombe Mbembo -
de la Lopori du 6 janvier 1940
Source : Archives du district de la Mongala. Tableau synoptique de la population indigène au 31 décembre 1951, territoire de Bongandanga. 1951.

159
MONGALA

Tableau 9.6.  Liste des groupements dans les secteurs du territoire de Bongandanga en 1952.

Secteurs Groupements Nom du chef Population


Boso Likolo Mbuli   487
Doko Boswa (?)   351
Panzia Boyene 1 212
Bongandanga (?)   481
Songo Mboyo Botuli Pierre   640
Mange Wamba Engese Simon   400
Mange ya Likolo Boteka Pierre   492
Bongandanga
Bokenda II Lilenda   184
Baolongo Baendafe   838
Dikila Bokilankoy   183
Lilangi Mbeka   112
Ekombe Ekombo   878
Haute-Bolombo Loka Bolese 1 030
Likete Bomposo 1 553
Lika Liyoko   161
Lolengi Boombi   352
Basse-Bolombo
Bokenda I Efeli   727
Pukaonga Djangi   365
Ebonge Bulu Djoloko 1 025
Poma-Bulu
Poma Bofelako 2 319
Ebongo Libia Boyombe 792
Boso-Gwa Maswalike 571
Bosongo Mofakaka 529
Ngombe du Nord Boso-Djamongo Ikekumu 571
de la Lopori Djombo Itonia 266
Ngumu (?) 404
Bobambu (?) 456
Pô Maboke 1335
Kodolo (?) 927
Ngombe du Sud
Bobende Mosweya Ndumbala 1705
de la Lopori
Boso-Ngombo Adipandjia 1070
Source : Archives du district de la Mongala. Tableau synoptique de la population indigène au 31 décembre 1952,
territoire de Bongandanga en 1952.

Tableau 9.7.  Secteurs du territoire de Bongandanga en 1956.

Date d’investiture
Secteurs Peuple Chef-lieu du secteur Noms du chef
du chef
Bongandanga Mongo Bongandanga Mondjanga 10 octobre 1938
Basse-Bolombo Mongo Bolimi Boombi 1er août 1945
Mongo Mongo Yaolumbu Matanga 16 avril 1955
Doko Ngombe Bombale Wangu 23 décembre 1943
Yumba Ngombe Pimu Elipa 10 mars 1938
Mongana Ngombe Bofela Yoma 5 juillet 1947
Likungu Ngombe Boso-Mokiri Bonbgango (?)
Boso-Melo Ngombe Boso-Melo Masili (?)
Boso-Ndjanoa Ngombe Boso-Djanoa Endolo 1945
Sources : Rapport annuel AIMO 1956 ; Rapport annuel AIMO 1957.

160
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Ndjanoa. Les deux secteurs de la Basse- et de la villages. C’était le cas des secteurs Doko et Mongo.
Haute-Bolombo furent fusionnés et portèrent le Pour éviter que le choix du chef de secteur ne tende
nom de Basse-Bolombo. à se confondre avec celui du chef coutumier cor-
Au 1er janvier 1956, le territoire de Bongandanga respondant, dans ce cas, au village constitutif du
était constitué des 9 secteurs repris dans le tabeau secteur, l’Administration coloniale fit fusionner les
9.7. micro-secteurs du territoire de Bongandanga, qui ne
Le décret de 1957 instaura une législation unique compta plus, en 1959, que quatre secteurs au total
pour les chefferies et les secteurs. Pour le territoire (tableau 9.8). Les réunions pour leur constitution
de Bongandanga, ce décret entra en vigueur le furent présidées par l’AT Houet de Bongandanga19.
14 août 1958. Il convient de souligner que certains Les 4 secteurs du territoire de Bongandanga
groupements coutumiers et secteurs constitutifs étaient constitués, en 1959, des groupements figu-
n’étaient constitués que d’un seul ou de quelques rant dans le tableau 9.9.

Tableau 9.8.  Secteurs du territoire de Bongandanga en 1959.


19 Archives
Anciens secteurs Date de création des Nom du chef et date
Secteurs Peuples
fusionnés nouveaux secteurs d’investiture
Boso-Ndjanoa + Arreté n° 1/14/17/F
Boso-Ndjanoa Ngombe Momote
Yumba + Doko du 14 août 1958
Arreté n° 1/147/20/F
Boso-Simba Mongana + Mongo Ngombe et Mongo Yoma
du 14 août 1958
Boso-Melo + Arreté n° 1/214/33/F Bakokini, investi
Boso-Melo Ngombe
Likungu du 14 août 1958 le 14 janvier 1959.
Bongandanga + Arreté n° 1/13/16/F
Bongandanga Mongo Mondjanga
Basse-Bolombo du 14 août 1958
Source : ADM, Rapport annuel/AIMO, territoire de Bongandanga, 1959.
du district de la Mongala (ADM), Rapports d’enquête prélimi-
Tableau 9.9.  Liste des groupements dans les secteurs du territoire de Bongandanga en 1959.

Secteurs Groupements Noms des chefs Démographie


Lokote Bomposo 1 976
Loka Bolese 1 145
Ekombe Ikala 1 095
Pukaonga Djangi   385
Bokenda I Efili   823
Lolengi Boombi   539
Lika Liyoko   215
Bongandanga Songo Mboyo Botuli   691
Mange ya Liko Bofola   534
Baolongo Lilenga   956
Mange Wamba Emangi Simon   599
Bokenda II Lilenda   228
Lilangi (…)   155
Dikila Bokilankoy   293
Bongandanga Mondjanga   639

naire à la création des secteurs de Bongandanga, Boso-Ndjanoa,


19  Archives du district de la Mongala (ADM), Rapports d’en- Boso-Ndjanoa, Boso Simba et Boso-Melo, territoire de Bongan-
Boso Simba et Boso-Melo, territoire de Bongandanga, 1958.
quête préliminaire à la création des secteurs de Bongandanga, danga, 1958.

161
MONGALA

Secteurs Groupements Noms des chefs Démographie


Hétérogènes Mbombo Joseph, investi le 10 mai 1950   442
Bombele Ikele Eleko Jean, investi le 1 janvier 1934
er 
  406
Bombati Ikele Monyama Paul, investi le 28 mai 1931   345
Kodolo Mbelema M. 1 145
Bogbonga Endolo, investi en décembre 1945 2 670
Boso-Kema Mbombo Jean, investi en septembre 1942   829
Limboye Mbombo S., investi le 15 novembre 1921   762
Bombele-Rive Lingbako Daniel   315
Elenge Koli Casimir, investi le 22 octobre 1948   158
Boso-Ndjanoa
Bobende-Rive Motato Camille, investi le 22 mars 1956   165
Bombati-Rive Mobuli François   367
Budja Mbengea Libambo Alphonse, investi en février 1945   350
Boswa Bomo Didace 6 134
Boswa Lopori Lindongo   600
Boso-Likolo Wangu J.   722
Mowaka Boyeiso Maurice, investi le 24 février 1951 1 020
Likende Elipa James, investi le 30 mars 1938 7 154
Bobende Ndjimoli Henri, investi en décembre 1951 3 053
Bombombo Angomba Antoine, investi le 4 octobre 1941   564
Mbati Mondjanga Michel, investi le 5 novembre 1958 1 206
Bokatolaka Motatsi-Mandumbe D., investi le 16 décembre 1943   486
Boso-Dole Moneli Louis, investi le 1 août 1944
er 
2 669
Gbenzale Mondjango Vincent, investi le 26 juin 1946 1 048
Pô Esimbo Louis, investi le 22 août 1958 1 278
Mweno Yamo Paul, investi le 22 août 1958   813
Boso-Eputa Sunene Gérard, investi le 2 septembre 1949   139
Boso-Mogbula Djengula Jules, investi le 10 mars 1955   357
Boso-Melo Boso-Mane Mokumabi, investi le 3 novembre 1951   699
Boso-Modanda Tapangane Joseph, investi le 7 octobre 1957 2 101
Boso-Gbongo Bamoloma Daniel, investi le 31 mai 1954 1 170
Boso-Mboke Bombelebato Michel, investi le 4 décembre 1944 1 374
Ndiko Limbembe Joseph, investi le 3 novembre 1951   332
Bongombe Agwakoko Thomas, investi le 27 mars 1948 1 039
Mosweya Mongambo Antoine, investi le 31 août 1946   778
Boso-Izongo Linaka Camille, investi le 2 décembre 1949   242
Bogbonga Eswata Albert    70
Hors coutumier Boso-Melo (?) 1 159
Boso-Kuluki Bokule André  532
Lingoy Mapelo Paul, investi le 12 novembre 1939  947
Boso-Simba
Bombambo Masebi Pierre, investi le 22 août 1958 2 807
Bodala Yoma Emmanuel, investi le 5 juillet 1947  861

162
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Dobo Mindengo François   205


Mbangi Mokpondolo Joseph 6 806
Bonga Lilonde   782
Hétérogènes Biongo André, investi en décembre 1954   438
Yayolo Eyonga André, investi le 13 mars 1941   515
Yakono Mombondo Georges, investi le 27 mai 1958   334
Yaofanga Matunga Alphonse, investi le 13 février 1958   138
Nseny Monzumbu Léon, investi le 31 mars 1927   389
Boso-Simba
Liombo Wane Albert, investi le 4 août 1954   353
Lofongo Bolaka Elambo Albert, investi le 27 mars 1948   268
Lokalema Matanga Dominique, investi le 16 avril 1955   563
Kile Baliko Henri, investi le 30 avril 1943   560
Lofongo Kole Eluo Honoré, investi le 13 février 1948   249
Mombeka Melembele   611
Baenga Elambo Alphonse, investi le 24 avril 1948 1 664
Hors coutumier Boso-Simba (?)   359
Sources : ADM. 1967. Tableau synoptique de la population du territoire de Bongandanga. ADM. 1959.
Membres de droit du Conseil des secteurs du territoire de Bongandanga.

La période post-indépendance n’apporta pas 6.  Groupement Lolengi : Wamba, Lofonge, et Mange
de nombreux changements dans l’organisation Mengi.
administrative. 7.  Groupement Likaa : Longele.
En 2011, le territoire de Bongandanga compte 8.  Groupement Songomboyo : Ifemi et Lofange.
4 secteurs, 70 groupements, 333 localités et un poste 9. Groupement Mange Wamba : Longila et Tœnde.
d’État. 10. Groupement Bongandanga : Banakoyo et Boseti.
11. Groupement Dikila : Ekulolembe.
i) Poste d’État de Bongandanga 12. Groupement Lilangi : Likolenga.
Il compte deux quartiers : Itoko et N’Sele. 13. Groupement Bokenda II : Iyefe.
14. Groupement Baolongo : Bokunde, Ngando et
ii) Secteur Bongandanga Bafaka.
Il a pour chef-lieu Botewa et fut créé par le décret 15. Groupement Mange-Yaliko : Bolumbuloko, Ilenge,
royal n° 01/147/12/53 du 10 mai 1953. Il a une super- Likelete et Lingowo.
ficie de 6230  km² et son chef de secteur, en 2011,
était Lokumu Busuma. iii) Secteur Boso-Ndjanoa
Ce secteur compte 15 groupements et 52 localités Il porte le nom de son chef-lieu. Il fut créé par le
que voici : décret royal n° 01/14/17/F/53 du 14 août 1953. Il est
1.  Groupement Likote : Lilenge, Mondoka, Dji- limité à l’est par le secteur Boso-Simba ; à l’ouest par
lingi, Losomba, Losandeke, Bongila, Yaupange, celui de Gombalo dans le territoire de Basankusu ;
Yaliemba, Bofonge, Yumwanza, Likongo et au nord par le fleuve Congo ; et, au sud par le secteur
Yaokuli. Bongandanga. Il a une superficie de 9660 km² et son
2.  Groupement Loka  : Likulu, Lotulo, Bolongo, chef de secteur était, en 2009, Lisombo Akuma.
Lokombe, Loma, Songomboyo et Lileko. Le secteur Boso-Ndjanoa compte 18  groupe-
3.  Groupement Ekombe : Elinga, Homake, Bongela, ments et 112 localités (villages) :
Tofange et Linkanda. 1. Groupement Hétérogène : Wawa, Kutu, Boso-
4.  Groupement Pukaonga : Lufukunda, Lokolanza, Tokea, Bombati Moke et Bombele Moke.
Likatsi et Bolima. 2. Groupement Kodoro : Boso-Gala, Boso-Nzimbe,
5.  Groupement Bokenda I : Wala, Bokala, Talumbo Boso-Kombe, Boso-Mbangisa, Boso-Mbwanga,
et Baende. Boso-Mokiza et Boso-Tukea.

163
MONGALA

3. Groupement Bombati-Terre : Boso-Matombi et 1. Groupement Mombombo : Mombombo et Yamba.


Boso-Mobuni. 2. Groupement Mbati : Boso-Sangani, Boso-Ndongeti,
4. Groupement Bombele-Terre  : Boso-Lilumbe, Boso-Ngobe, Boso-Suketea, Mbalama, Boso-Mbi-
Boso-Gbalo et Boso-Ngwali. tingana, Bosongo, Dongbo et Boso-Mongbanga.
5. Groupement Bogbonga  : Boso-Dongo, Bosolo, 3. Groupement Boso-Dole : Boso-Ngomu, Boso-
Boso-Ndjanoa, Boso-Ebia, Boso-Masale, Bokote, Epanda, Dole, Boso-Disi, Boso-Ngombe, Boso-
Boso-Pela, Boso-Mayale, Boso-Huni, Boso- Kwanga et Boso-Alembo.
Eloko, Boso-Gbale, Ngonzi-Terre, Boso-Ngebe et 4. Groupement Gwenzale : Boso-Kode, Boso-Nzale
Boso-Molenge. et Boso-Mbengana.
6. Groupement Boso-Kema : Boso-Nzambe, Boso- 5. Groupement Po  : Boso-Gbeu, Boso-Nzale et
Minanga, Boso-Nduku, Mweno, Boso-Mabila, Boso-Nzo.
Boso-Ebunga et Boso-Pele. 6. Groupement Bokatolaka : Bokatolaka et Bokindo.
7. Groupement Bobende-Terre : Bobila-Gulu, Bobila- 7. Groupement Mweno : Boso-Lingo, Boso-De et
Pusana, Kubulu Nord, Kombe Nord, Boso-Moko- Boso-Yabe.
lota, Sibano I, Sibano II, Bobila-Pusana Sud, 8. Groupement Boso-Efuta : Boso-Efuta.
Bobila-Pusana Nord, Boso-Nzingani, Kubulu, 9. Groupement Boso-Mogbula : Boso-Mogbula et
Kombo Sud et Bopoma. Boso-Ngangbo.
8. Groupement Bobende-Rive : Boso-Eboma, Boso- 10. Groupement Boso-Mane  : Boso-Mwata et
Mobwano, Boso-Mangbanda, Boso-Salea et Boso-Kane.
Ngumu. 11. Groupement Boso-Modanda  : Boso-Mwanga,
9. Groupement Bombale : Dengbe, Libanzi, Bwapo Boso-Modanda, Boso-Euni et Boso-Zongo.
et Boso-Nzomokina. 12. Groupement Boso-Gbogbo : Boso-Kabe, Boso-
10. Groupement Likende  : Boso-Bamba, Bopenge, Modimo, Boso-Tokea et Boso-Tame.
Boso-Maleba, Bombele, Boso-Mbubu, Ngwele, 13. Groupement Boso-Izongo  : Boso-Izongo et
Bokpungbo, Mbamba, Boso-Mondonga, Lendo, Bakombe.
Bombia, Boso-Nzebete, Boponono I et II, Bongenze, 14. Groupement Boso-Mboke : Boso-Ngomo, Boso-
Bongela, Boso-Sukea, Boso-Bokoy et Bokobele. Mabale, Boso-Mokili I et II, Boy.
11. Groupement Boso-Likolo : Boso-Likolo, Matey, 15. Groupement Ndiko : Ndiko-Terre et Ndiko-Rive.
Bosombe, Libango, Mombume et Mondjolongo. 16. Groupement Bongombe : Boso-Mahekwa, Boso-
12. Groupement Erenge : Mpa et Erenge. Ibondi, Boso-Ngema, Boso-Ikombo, Boso-
13. Groupement Bombati-Rive  : Boso-Matembi, Gbenda et Himone.
Kutu, Wawa et Boso-Tokea. 17. Groupement Mosweya : Boso-Yolo, Boso-Igbeku,
14. Groupement Bombele-Rive  : Boso-Ndumbea, Boso-Inzongo, Likwanda et Boso- Ngbolonga.
Boso-Ebambe, Boso-Ngali et Ngonzi. 18. Groupement Bogbonga : Bogbonga et Kinga.
15. Groupement Buza  : Mukuna, Boso-Ngale et
Boso-Liye. v) Secteur Boso-Simba
16. Groupement Boswa : Boso-Ngboko, Boso-Tebo, Il porte le nom de son chef-lieu. Il fut créé par le
Boso-Kumu, Ebongo, Kwala, Mombele, Boso- décret royal n° 01/14/17/F/53 du 14 août 1953. Il est
Magasu, Boso-Molange et Bokema. limité au nord par le fleuve Congo, au sud par la rivière
17. Groupement Limboye : Bombale, Lipembe et
Boso-Ebengi.
18. Groupement Mowaka : Bombemba, Boso-Nzen-
geni, Boso-Mokonza, Boso-Malaka et Panzea.

iv) Secteur Boso-Melo


Le secteur porte le nom de son chef-lieu. Il fut créé
par le décret royal n° 01/14/17/F/53 du 14 août 1953.
Il a une superficie de 8660 km² et son chef de secteur
était, en 2011, Mbengana.
Le secteur Boso-Melo est composé de 18 groupe- La résidence du chef de secteur Boso-Simba.
ments et 64 localités. (Photo équipe locale, 2011.)

164
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Lopori (dans le secteur Wanga), à l’est par la rivière 2.2. TERRITOIRE DE BUMBA
Ifoafonda (dans le secteur Mombesa) et à l’ouest par le
secteur Boso-Djanoa. Sa superficie est de 14 718 km². Le nom de « Bumba » attribué à ce territoire dérive
Son chef de secteur était, en 2010, Akindwe Mimimo. de celui d’un petit village riverain appelé autrefois
Il compte 19 groupements et 99 localités. « Bomba », actuellement dénommé Bopoto. Le capi-
Les groupements et les localités formant le sec- taine Hanssens, remplaçant H.  M.  Stanley comme
teur sont les suivants : chef de l’Association internationale du Congo, de
1. Groupement Bodala  : Boso-Simba, Kubulu, passage vers les Stanley Falls, signa un traité d’ami-
Boso-Ngongo, Boso-Mbulumbele, Boso-Man- tié avec le chef de ce village, en mai 1884 (Coquilhat
dongo, Boso-Konga, Boso-Gbongo, Boso- 1888 : 228). Situé près de l’embouchure de l’Itimbiri,
Mangbundu, Boso-Molele et Litongo Kalagba. importante voie de navigation vers l’Uele, le village
2. Groupement Bobambo : Boso-Egbendu, Boso- de Bumba fut choisi pour accueillir un poste de l’État
Embanga, Boso-Molanga, Boso-Asangi, Boso- en 1888 (Mumbanza 1971).
Kobala, Bapoto-Mongana, Lokele Mongana, Le rôle de Bumba comme centre administratif
Boso-Embondo, Boso-Libambo, Boso-Abwana, débuta en 1912. Il fut alors choisi comme chef-lieu du
Boso-Etumba, Boso-Dambala, Boso-Adula, Boso- territoire de Molua. En 1915, les territoires reçurent
Adu, Boso-Gambala, Boso-Gala, Boso-Likolo et les noms des chefs-lieux et le territoire de Molua
Boso-Nguma. devint le territoire de Bumba. Il importe de noter que
3. Groupement Lingoy  : Boso-Ngumoni, Boso- le premier territoire de Bumba était relativement petit
Monunu, Boso-Pangoli, Boso-Nzibo, Boso- par rapport au territoire actuel. En 1932, après la créa-
Mongengo et Boso-Mangenga. tion du district du Congo-Ubangi, les territoires de
4. Groupement Boso-Kuluki  : Bomenge, Boso- Mondjamboli et de Bumba, majoritairement peuplés
Mweka, Boso-Nzema et Ngonzi-Rive. de Budja, fusionnèrent et constituèrent le territoire
5. Groupement Mbangi  : Boso-Mbila, Boso- des Budja, avec Bumba comme chef-lieu.
Ebanzi, Boso-Pelindo, Boso-Ngbaka, Bopuo, En 1956, au moment où le district du Congo-
Boso-Nangbanda et Limbowe. Ubangi fut divisé en deux districts (Ubangi et
6. Groupement Dobo : Boso-Baenge et Bokumu. Mongala), l’Administration fixa les nouvelles limites
7. Groupement Baenga : Yaweta, Bomboka, Lin- du territoire de Bumba. En 1958, sa superficie était
gena, Yamwenze, Losenge, Yayaka, Bonganga, de 15 498 km².
Yaliso, Bolia et Yambia.
8. Groupement Yayolo  : Yakombe, Yanyanga, 2.2.1. ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE
Yapanginda, Liwa et Yaimbe. DE BUMBA
9. Groupement Yakono : Yaetule et Sumba.
10. Groupement Yaofonga : Lingoule et Yaesima. De 1911 à 1913, avant que le territoire ne soit créé
11. Groupement Nseni : Yayali, Yaolonga, Yakuasoni comme entité administrative, l’espace actuel du terri-
et Yaesei. toire de Bumba relevait des secteurs des Budja (chef-
12. Groupement Liombo : Yawane, Pygmées, Esanga lieu Ambuku) et de l’Itimbiri (chef-lieu Moenge). De
Wana et Yapenge. 1913 à 1915, cet espace fut morcelé entre plusieurs
13. Groupement Lofongo Bolaka : Yaekange, Yan- territoires : ceux des Budja et des Budja Eloa, qui for-
dombula et Tataekaka. mèrent le territoire de Mondjamboli ; ceux du Bas-
14. Groupement Lokalema : Yaliyele, Yakombe et Itimbiri et de la Lese ; celui de la Molua, qui avait
Yakangi. Bumba pour chef-lieu. De 1915 à 1917, l’espace ac-
15. Groupement Kire : Yaitula, Yaundu et Yakangi. tuel du territoire de Bumba fut intégré à la fois dans
16. Groupement Lofongo-Kole : Yawita et Yambamba le territoire de Mondjamboli et dans la partie de celui
17. Groupement Likasa : (?) des Budja (chef-lieu Bumba) rattaché au district du
18. Groupement Boonga : Yaembula, Yaunalia, Yai- Bas-Uele à la suite des modifications spatiales entre
fefo, Yalifefo, Isaka, Yamukela, Lifanga, Ilenge et les districts du Bas-Uele et des Bangala intervenues
Yaepimbo. par l’arrêté royal du 21 mars 1917. Cette année-là, la
19. Groupement Mombeka  : Yaelinga, Yanombe, limite sud du territoire, qui s’étendait en territoire de
Lesambo et Yambangu. Bongandanga sur le versant septentrional de la dor-
sale fleuve Congo et rivière Lopori à partir de 1915,

165
MONGALA

Tableau 9.10.  Territoire de Bumba : liste des secteurs/chefferies Tableau 9.11.  Composition administrative du territoire
et groupements au 31 décembre 1957. de Bumba à partir de 1959.

Secteurs et chefferies Groupements Secteurs Groupements


Secteur Banda, chef-lieu Bokoi ; Boli-Nord ; Auma ; Benzale ; Bokoy ;
Mondjeka Boli-Sud ; Gongo Bozongi ; Doko ; Binza-
Bonzoi ; Ebonda ; Ekangu ; Bondunga-Anzila
Secteur Baso, chef-lieu Likombe ; Yamalanga ; Yandongi (MBA) ; Mombongo ;
Yamisiko Yamisiko ; Yampaka ; Ndundusana ; Yalisika ;
Yangumba Yambila ; Yambuka ;
Yasongo
Chefferie Bopandu,
- Bokombe ; Bopandu ;
chef-lieu Yangenga
Bowela-Bomenge ;
Chefferie Bosambi, Itimbiri Woonda ; Yaliambi ;
-
chef-lieu Yamangili Yaligimba ; Yamolota ;
Chefferie Bosanga, Yaniango
-
chef-lieu Yaongani Bokoyi ; Boli-Nord ; Boli-
Bokombe ; Bowela- Yowa (Banda-Yowa) Sud ; Gongo ; Yamandika ;
Secteur Itimbiri, chef- Momenge ; Woonda ; Yambata
lieu Yandombo Yaliambi ; Yaligimba ; Bolupi ; Ndobo ;
Yamolota ; Yawiango Yakombo ; Yalombo ;
Secteur Kwanza, chef- Yalokolu ; Yambaw ; Mondjamboli Yambao ; Yambenga ;
lieu Yalikose Yambuli ; Yamikeli Yamendo ; Yangola ;
Secteur Lilongo, chef-lieu Yanzela ; Yatsonzo
Asongo ; Yalisika ; Yambila
Bongolu Bopoto ; Bosambi ;
Secteur Loeka, chef-lieu Bosanga ; Budza ; Manga ;
Bopoto ; Budja ; Warsalaka Wasalaka ; Yaisimbi ;
Bosende Loeka
Yakoy ; Yalwamba ;
Chefferie Manga,
Yamongili ; Yamuha ;
chef-lieu Yameke
Yamwanda ; Yanzeka
Secteur Mioka, chef-lieu Bolupi ; Dobo ; Yangola ;
Bopoto ; Ekango
Bolupi Yatsonzo
(Yamongo) ; Likombe ;
Anzila ; Yalombo ; Monzoi ; Yaengomba ;
Secteur Mondjamboli,
Yambenga ; Yambow ; Molua Yalokolu ; Yambau ;
chef-lieu Mondjamboli
Yamendu Yambuli ; Yamikeli ;
Dundusana ; Mabinza- Yamisiko ; Yamolanga ;
Secteur Tshimbi, chef- Bondunga-Anzila ; Yampaka
lieu Auma Mombongo (Auma- Centre de Bumba
Bombongo)
Source : Gourou (1960).
Chefferie Yamandika,
-
chef-lieu Yasaya
Chefferie Yambata,
-
chef-lieu Yamokoto
Babale ; Benzari
Secteur Yandongi,
(Dundusana) ; Bodjoki ;
chef-lieu Yandongi
Bokoi ; Yambuku
Source : Gourou (1960).

166
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Tableau 9.12.  Liste des administrateurs du territoire fut fixée au thalweg du fleuve Congo. Une partie im-
de Bumba à partir de 1960. portante de l’actuel territoire de Bumba constitua, de
Elipa Gabriel 1960 1926 à 1932, le territoire de Mondjamboli.
À partir de 1932, il commença à mieux corres-
Libondo Pierre 1960
pondre au territoire des Budja, chef-lieu Bumba,
Londo Paul 1960 dont le nom finit par être adopté. En 1932, son
Ngandolone Cyprien 1963 espace était défini comme suit :
Lifungola Pascal 1964 –– au nord, de la rivière Dua vers l’amont depuis
Bobena Pascal 1967-1969 l’embouchure de la Kandjole jusqu’à celle de la
Mutu Shikomo André 1969-1971 Busanga ;
–– à l’est : de ce point, la limite de la province de
Kandu Yati Léon 1972
l’Équateur jusqu’au méridien de l’embouchure de
Sekuye Biramabira 1972-1973
l’Itimbiri ;
Ipaya Gele Olonga Georges 1973-1977 –– au sud : de ce point, le thalweg du fleuve Congo
Ingole Monyanga 1977 jusqu’au méridien de l’embouchure de la rivière
Mumbenyi Bangaya Gabriel 1977-1979 Djamba ;
Kimbwende Théophile 1979-1980 –– à l’ouest : de ce point, la limite du territoire de
Bwabwa Mwabi Tshikuku 1980-1983 Lisala jusqu’au confluent Dua-Kendjole.
Penze Kitoko 1983
Ipaya Gele Olonga 1984-1986
2.2.2. COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE
DE BUMBA
Ingole Monyanga 1986-1988
Mputu Bosomba 1988-1989 Le territoire de Bumba était constitué, en 1945,
Kikunyi Patauli 1989-1990 de 11 secteurs, 6 chefferies et d’un centre extra-cou-
Mputu Bosamba 1990-1991 tumier. Entre 1955 et 1958, il comportait 10 secteurs,
6 chefferies et un centre extra-coutumier. En 1959,
Kowalo Dieudonné 1991-1992
toutes les chefferies furent supprimées pour ne laisser
Bokakanda Agwa Mibeko 1992-1993 subsister que 6 secteurs et un centre extra-coutumier.
Bangawe Koya 1993-1994 À ces entités, s’ajoutait le CEC de Bumba, dont la
Butela Koko 1994-1995 cité de Bumba est le chef-lieu.
Akembi Pekonza 1995
Mbangayo Albert 1995-1996 2.2.3. ÉVOLUTION DE LA COMPOSITION
Makeli Jean 1996-1997 ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE À PARTIR DE 1959
Mbongo Mbuli 1997-1998
La grande caractéristique de l’évolution de la
Boladza René 1998-1999 composition administrative du territoire à partir de
Mbunzu Norbert 1999-2000 1959 est la suppression de toutes les chefferies et la
Lihau Vincent 2000-2001 réduction du nombre des entités administratives.
Alunga Pius 2001-2005 Ci-après, la nouvelle composition administrative du
Bolombo Pierre 2005-2006 territoire de Bumba.
Le territoire de Bumba compte 6 secteurs, en
Kavula Léonard 2006-2008
plus de la cité même de Bumba, et 55 groupements,
Olembe Shungu Samir 2008 auxquels s’ajoutent les 6 quartiers de la cité de
­
Source : équipe locale. Bumba.

a) Cité de Bumba
Elle a été créée par l’ordonnance-loi n° 87-233 du
25 juin 1988. En 2011, son chef de cité était Gérard
Mozimo Mokoko et, en 2014, Pius Alunga Ezwa
Masokpo. La cité de Bumba est divisée en 6 quartiers
et 113 avenues.

167
MONGALA

Tableau 9.13.  Quartiers, chefs de quartier et chefs de quartier 3. le village Yamobeki a trois localités : Yamole,
adjoints de la cité de Bumba Yanguma et Yaliogi ;
Chefs de Chefs de 4. le village Yazebwa compte les localités Yamo-
Quartiers lenda, Yamoolenga, Yamwanda, Yeluki, Ya-
quartier quartier adjoints
mangbu, Yandulu et Yamakilo ;
Mwembe
Mobutu Angumo 5. le village Yamolela compte les localités Yadogo,
Ndundu
Yagbolu, Yauma, Yambili, Yamosili, Yamokoki,
Lingode (?) Misange Ediba
Yotoho et Ekama ;
Nzongo Mbuwa Ligoma Amazone Limeka 6. le village Yalisenza a comme localités Yaliengu,
Lokole Lifasi Afindi Masongi Mongi Yalikanza, Yamoboki, Yamolia, Yanangi et
Lokele Yaeboka ;
Ngondo Bolangi Bosa Lima
Mongala 7. le village Yamokoki a trois localités : Yandongu,
Bokomboli Yalingili et Bondunga ;
Lokele Molua Abisa Kalome 8. le village Yainengu est constitué des localités
Bamoa
Yawenze, Yandoko et Yamoweko.
g. Le groupement Yamolota, au sein duquel se
b) Secteur Itimbiri trouve implanté le siège épiscopal du diocèse de
Ce secteur doit son nom à la rivière Itimbiri qui Lolo. Il compte les localités Yaliko, Likwangola,
le parcourt sur une longue distance. Il fut créé par le Yasinga, Bokome, Bakoso, Yandonga, Yambotoli,
décret-loi n° 159/SEC AIMO du 28 septembre 1936, Yangongo, Bokata I et II, Bokata Belesi, Yakun-
avec Yandombo pour chef-lieu. En 2011, son chef de dola, Yalisombo, Yamwanza, Yalisombo, Yasinga,
secteur était Michel Lilombo Mombando. Il com- Yangongo, Yakundola, Yambololi, Yandonga,
porte 8 groupements, et 133 localités : Yamwanza, Yamosomba, Yasinga, Woonda, Solo-
a.  Le groupement Bokombe, constitué des villages : bata, Hembe et Nzakwa.
Yambonzo, Yaliwewa, Yangendo, Yamwanda I, h. Le groupement Bopandu est constitué des vil-
Libaya, Mabanga, Yamwanda II et Lipandasi. lages : Yamosanga, Yalisombo, Yangbenga I et II,
b. Le groupement Yaligimba, constitué des vil- Balabala, Pay-Pay, Yamanalia, Yalikoy, Yamazan-
lages : Yamaya I, Yamaya II, Yamwani, Yamoninia, gia, Yaetoko, Yalibala I et II, Yambila, Yangbongi,
Yasele, Yalowongo, Yamweke, Bokume, Lokele et Yandalangi, Yaelumba et Lipoti.
Lokalema. Les trois derniers forment le poste de
la compagnie PHC Yaligimba situé près du fleuve c) Secteur Loeka
à Lundu. Le nom du secteur est emprunté à la rivière qui
c. Le groupement Woonda, qui comprend les vil- marque sa frontière avec le secteur Itimbiri. Il a une
lages Yetima, Yumbuluma, Yamawa, Yewolu, superficie de 3540,17 km² et compte 6 groupements
Yamwanda, Yamolembi, Yambongu  I, Yam- avec 176 localités. Le groupement Bopoto se trouve
bongu II et Yakoy. le long du fleuve Congo, 3 groupements (Bosambi,
d. Le groupement Bomenge/Bowela comprenant les Manga et Budja) se situent sur l’axe Bumba-Yamon-
villages Yalikala, Yalibobi, Yangbomi, Yalindiko gili et deux autres (Bosanga et Wasalaka) entre cet
et Yamwanza. axe et le groupement Bopoto.
e. Le groupement Yawiango, constitué des localités : En 2011, le chef de secteur était Achilles Mokea
Yahala, Yawungu, Yambunzu, Yelebo, Bosambi, Anangi.
Yamawa, Yamokanzo, Yandangi, Yakuma, Lik- Les groupements et les localités du secteur sont :
wangola, Mbapa, Mabongo et Mandiko. a. Le groupement Bopoto-Yambenga, compor-
f. Le groupement Yaliambi, au sein duquel se trouve tant les localités : Yamwanza, Yaliwela, Liondo,
le chef-lieu du secteur. Il compte 8 (grands) vil- Bosanga, Bonungu, Ekango, Mondo I et II,
lages subdivisés en localités. Lionze, Mbilambila, Nkona, Bloc Wele, Bloc
1. le village Yandombo, compte les localités : Moko, Bloc Mazambu et Bloc Mokeki.
Yekali, Yangala, Yamonzembu, Bombanga I, II, b. Le groupement Bosanga, comportant les
III et IV ; localités : Bolikombo I et II, Eloa, Bokoma,
2. le village Yamolengo a pour localités : Bonama I Botsoli I, II et III, Bakombo, Yapasa I et II,
et II, Yanzaho, Yandoko et Yalikela ; Bombwa, Yaetoa I et II, Yasoku, Yatinda I et

168
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

rivière Molua qui le traverse et se jette dans le fleuve


Congo, à l’entrée même de Bumba. Son chef-lieu est
Yamaluka, distant de 24 km de la cité de Bumba. Son
chef de secteur était, en 2011, Ebonda Anzwanzwa.
Il comporte 12 groupements et 93 villages.
Les groupements du secteur sont : Yaengomba,
Monzoy, Yampaka, Bopoto, Yamolanga, Likombe,
Yamisiko, Yambau, Yamikeli, Yalokolu, Yambuli et
Ekango.

e) Secteur Mondjamboli
Bâtiment administratif du secteur Loeka. Le secteur doit son nom à son siège administratif.
(Photo équipe locale, 2010.) Il compte 11 groupements et 131 localités. Il a pour
chef-lieu Mondjamboli. Son chef de secteur était, en
II, Yahangane I et II, Yanongi, Longa, Doko, 2011, Mbolo Aguga.
Yamoloko, Yanzeka, Yaliboy, Yamwani, Wasa- Les groupements et localités constitutifs du sec-
laka, Bondunga, Mokuka, Mangando, Ang- teur Mondjamboli sont :
bale, Monguma et Makpalokpalo. a. Le groupement Yalombo : Yamosiaka I et II, Yae-
c. Le groupement Wasalaka, comportant les sele, Boningo, Yaunda, Yakela, Yaunda Monene,
localités : Yamokalo, Bongolu, Yangoy, Bae- Yamoleka, Yamono, Yalingbindi, Yambunzu,
limo, Yandombo, Yanzumbu I et II, Yaliekolo, Yamwenga et Yambanda.
Yamalanga I et II, Yaliekpo, Yamendo, Yam- b. Le groupement Yambenga  : Yambenga-Moke,
wenga et Yaliembe. Yalimbila I, II et III, Yalikombo, Yamolanga, Min-
d. Le groupement Budja, comportant les locali- dembo Monene et Likasa.
tés : Ndima, Monongo I, II et III, Botsoli I et II, c. Le groupement Yanzela : Yalibela I et II, Yamo-
Bopatsi I et II, Bolama, Bosende, Mohonge I et limo, Yamokenga, Yamahonde, Yaehonza, Yatua,
II, Limaya et Liwulu. Yawohu, Yalipio, Yaeloa, Yamagbo, Yalitonda,
e. Le groupement Manga, comportant les locali- Yapiki, Yangombi, Yakolo, Yangwende, Yalitama,
tés : Yamombelu, Boningo I, II et III, Yabosau, Yalongo, Yabuba et Yamakolo.
Yalombo, Yasoku, Yameke  I et II, Yalienga, d. Le groupement Yakombo : Yaiseke, Yamolengeli I
Yakoso, Yamolengo I, II et III, Yamokango I, II et II, Yamakpa I et II, Yalikombo, Yamolua, Yat-
et III, Yakulu, Yaliaki I et II, Yalihau, Yandongo, siki, Yakombo Koy et Yakombo C.
Bongolu I et II, Yambondo, Yambila, Yambau,
Yaleka, Bosanga et Yambilia.
f. Le groupement Bosambi, comportant les loca-
lités : centre administratif du secteur, Yatsa,
Yamwinda I, II et III, Yamolea I et II, Yamo-
hondo, Yapembe I et II, Yadiko I, II et III,
Yalikenge I et II, Yaetoko, Bombuwa, Bagbese,
Bomango, Yabobi, Bombanga, Yaliambi I et
II, Yaewonge, Yamitunga I et II, Yamatunga,
Yabia, Yandima, Yamondongu, Yasaya, Yalo-
bonga, Quartier Mobutu, Yamotima, Yae-
kaka, Yalimbusu, Yaekowu, Yakonze, Yasu I et
II, Yalambea, Yakoi Moke, Yamatili, Yakaisa,
Yamatoi et Yamakolo.

d) Secteur Molua
Jeunes filles yakongo venues à Lisala. L’analogie entre la façon de
Il fut créé par l’arrêté gouvernemental du porter l’enfant chez les Yakongo (rive gauche du fleuve) et les Bwela
30 décembre 1958 après la fusion des secteurs Mbaso (rive droite) ressort de cette photo.
et Kwanza. Le secteur Molua tire son nom de la (AP.0.2.2072, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire.)

169
MONGALA

e. Le groupement Yamendo.  c. Groupement Yamandika : Yabokongu, Yamagbe,


f. Le groupement Bolupi  : Bolupi, Limbamba, Yamawa, Yaliselenge, Bosanga, Yamombembe,
Moyoto, Yandumba, Bondunga, Dando, Boyange Yamisongo, Yasembe, Yalilongo, Yahila, Yagbali,
Mbua et Bokangana. Yasaya, Yamolekea, Yangome, Yasono, Yabia,
g. Le groupement Yatsonzo : Yamonaka, Yalombo Yalitaku I et II, Yampama, Yambonzo, Yahongo,
Swangando, Boola, Yalikita, Yatsungu, Yamon- Yahaloa, Yandondi et Yaekanga.
godi, Yasongu, Yanzumba, Bomio et Yamogenu. d. Groupement Boli Sud : Bombia, Yambinga, Yam-
h. Le groupement Yambao : Yasongu, Yakongoya, bangia et Ebata.
Yamongondi, Yambao Koy, Yambuli et Min- e. Groupement Gongo : Bongonzo et Bondamba.
dembo Moke. f. Groupement Bokoy  : Yangonzi, Bombana,
i. Le groupement Yangola. Bosambi, Bodede et Yahuma.
j. Le groupement Ndobo.
k. Le groupement Yahonde : Yamakombe, Yanduki, g) Secteur Yandongi
Yahonde Moke, Yamakila et Yaengomba. Créé par le décret du 10  mai  1957, il devint
une entité administrative décentralisée par l’acte
f) Secteur Banda-Yowa n° 91/147/9/F du 18 août 1958. Chef-lieu : Yandongi.
Le nom de ce secteur est celui des deux cours Il comporte 12 groupements et 117 localités. En
d’eaux Banda et Yowa qui le traversent. Sa création 2010, son chef de secteur était Engbongi Lihau.
date de 1958. Le secteur Yandongi est composé des groupe-
Le secteur est constitué de 6 groupements et de ments et localités ci-après :
149 localités. Il a pour chef-lieu Bilia et son chef de a. Groupement Yambuku : Yamisakolo, Yalikombi,
secteur était, en 2011, Gabriel Boloko Angbenga. Yaundu, Yalobonga, Yandende, Yangume, Yasegu,
Ci-après, la composition administrative du secteur : Yambani, Yanzonzo, Yalikenga, Yalikonde, Yan-
a. Groupement Yambata  : Yamanzo, Yalosemba, dongi Monene, Yandongi Moke, Yandongi
Yangonde, Yalikulu, Yatele, Yambiso, Yalingai, Ngomba, Yambaya, Yamoleka, Yamolambia I et
Yamokoto, Yamwangia et Yamohembo. II, Magbululu, Yaeto et Likau.
b. Groupement Boli Nord : Yambangia, Bwanza, b. Groupement Yambila : Yamonzwa, Yaliselenge,
Yamakolo, Yambomi, Dando, Yamatumbi, Yam- Yakete, Yamopamba, Yasoku, Yamotili Monene,
bwa, Yalindonga, Yangbondu et Yahia. Yamotili Moke, Yamopamba Monene, Yaman-

Chefs et notables au marché de Yambata. (AP.0.0.24106, collection MRAC Tervuren ; photo S. de Giorgi, 1910.)

170
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

gele, Yamalia, Yamokondu, Yamokpanga, Yasoku indigènes ; […] il mène de front la double tâche de faire
Molua et Celco. l’instruction militaire de huit cents recrues et d’assu-
c. Groupement Bokoy : Litandi I et II, Zobolia- rer le ravitaillement par les villages d’alentour de cette
Kabola, Zobolia Kati, Yalibobi, Bokpukubu, grosse agglomération. Lisala occupe, à cent mètres au-
Bweta, Abuka et Bokombo. dessus du fleuve, une situation admirable. En amont
d. Groupement Yalisika : Yateka (n.b. : énumération et en aval, c’est la plaine, la grande forêt marécageuse,
incomplète des villages). dont les rivières aux eaux brunes débordent de tous
e. Groupement Yasongo : Mondanda. côtés. Mais, brusquement, le sol affaissé se relève. Des
f. Groupement Ndundusana : (?). collines de sable se dressent. Un plateau déboisé se
g. Groupement Mombongo : Kandi, Mombongo et détache de la ligne monotone des verdures. C’est sur
Bobigi. ce plateau que le camp a été établi. Peut-être y fait-il un
h. Groupement Auma : (?). peu chaud. Peut-être aussi un peu sec, car on a eu tort
i. Groupement MBA (Mobenza-Bondunga-Anzela) de couper presque tous les arbres. Mais à côté de ces
(?). inconvénients que d’avantages : bon air, vues magni-
j. Groupement Benzale : (?). fiques sur le fleuve, environs giboyeux qui assurent
k. Groupement Bozogi : (?). à tous une nourriture abondante, tout concourt à
l. Groupement Doko : Bondumba et Ngbengbe. faire de Lisala un pays de Cocagne pour des gens qui
viennent d’errer pendant douze jours dans les forêts de
2.3. TERRITOIRE DE LISALA la Mongala » (Vandervelde 1909 : 155-156).

2.3.1. ÉVOLUTION DE SON ORGANISATION En 1911, Lisala devint le chef-lieu du district des
Bangala. La raison principale de son choix résidait
Le nom « Lisala » ne figure pas sur les listes des dans la possibilité qu’il offrait d’être relié à la partie
anciens villages riverains visités par H.M. Stanley et terrestre par un important réseau routier. En 1912,
par d’autres voyageurs. CeIles-ci mentionnent, par Lisala figura comme chef-lieu du territoire, dont les
contre, Umangi (Bomangi) et Upoto (Bopoto), où limites furent revues et précisées d’abord dans le dis-
furent établis les premiers établissements européens, trict des Bangala jusqu’en 1932, puis dans le district du
dès 1888 : postes d’État et maisons commerciales. Congo-Ubangi jusqu’en 1956. Depuis lors, le territoire
En 1890, les missionnaires protestants s’établirent de Lisala relève du district de la Mongala. Ce district
à Upoto. Le poste d’Umangi, qui, en 1898, menait ne fut supprimé que momentanément pendant l’exis-
encore les opérations militaires contre les Budja, tence de la province du Moyen-Congo (1962-1966).
fut abandonné au profit de Lisala. L’altitude du site Les limites actuelles du territoire de Lisala ont
de Lisala, d’où lui vient le qualificatif de « Lisala été précisées par les actes suivants : 5065/Cart/66 du
ngomba », explique qu’il ait été choisi comme camp 17  avril  1943 ; 121/Cart/66 du 11  mars  1947 et 95/
d’instruction, d’abord, puis comme centre adminis- Cart/60 du 25 mai (voir carte « Territoire de Lisala,
tratif et religieux. Nous ignorons l’origine de ce nom. p. 172).
La tradition orale le rattache au mot « isala » qui, en De 1911 à 1913, avant que le territoire n’ait été
lingombe, signifie « jardin ». créé comme entité administrative, l’espace du ter­
En 1908, lorsque Lisala fut visité par le député ritoire de Lisala était inclus dans les secteurs de Melo,
socialiste, Émile Vandervelde, il offrait déjà le visage Monveda, Bokula et Lisala. Ce dernier secteur occu-
d’un établissement prospère. pait l’espace sud de la crête de partage de la rivière
Mongala et du fleuve Congo, depuis l’embouchure
« Il y a quatre camps au Congo : le camp des réserves de la Mongala jusqu’à la rivière Mokabi. Le secteur
de la Lukula et les camps d’instruction de Luki, de Monveda occupait la plus grande partie, correspon-
Irebu et de Lisala. […] Quant à Irebu et à Lisala, ce dant à l’espace central du territoire actuel. Le secteur
sont de véritables oasis, dans ce pays où il y a tant de Melo et celui de Bokula administraient respective-
déserts d’âmes. De même que le commandant Jeuniaux ment les extrémités sud-ouest et nord-ouest.
à Irebu, le commandant Hutereau à Lisala a, depuis De 1913 à 1915, l’espace correspondant à celui du
de longues années, donné tout son effort pour procurer territoire de Lisala actuel fut partagé entre les ter-
à ses officiers et à ses soldats le plus de bien-être pos- ritoires de l’Eau noire (appelé Monveda à partir de
sible, sans peser trop lourdement sur les populations 1915), de la Basse-Mongala et de la Mongala Likame.

171
MONGALA

Source : Coordination du projet, 2015.

Pendant les années 1915 à 1932, l’espace du Nord


de la rivière Motima, l’espace situé au nord de la
crête de partage des eaux de la Mongala et du fleuve
Congo et à l’ouest du méridien de l’embouchure de
la Motima, n’était pas intégré dans le territoire. Le
premier cité était inclus d’abord dans le territoire
de Monveda, ensuite dans celui de la Likimi ; tandis
que le second faisait partie du territoire de Binga, de
1915 à 1924 et, ensuite, du territoire de Boso-Melo à
partir de 1924.
De 1932 à 1935, le territoire connut une exten-
sion de son espace au nord et devint très vaste, allant Bureau du territoire de Lisala. (Photo équipe locale, octobre
jusqu’à englober une partie du territoire actuel de 2014.)
Businga. Mokpengba, Mabenze  Alexis (2001-2003), Delo
Les différentes autorités territoriales qui se succé- Mobuta (2003-2005), Kahindo Kakalumba Emma-
dèrent depuis la création de l’entité ne sont pas toutes nuel (2005-2008) et Liete Ekrikiti Ekrumete, à partir
connues, étant donné la perte des documents d’ar- de 2008.
chives. On peut toutefois affirmer que, du 30 juin 1960 Le personnel dirigeant du territoire se composait,
à 2011, Lisala connut 17 administrateurs territoriaux : en 2011, d’un administrateur de territoire et de ses
Eboma Dominique, Abena Matthieu, Mokoki Zéphy- deux assistants, d’un chef de la cité, de trois chefs de
rin, Kiola Kyakolo Mwandu (1972), Makandi poste des entités administratives, de trois chefs de
Nzuabu, Yimbi Tshumbi Lelo, Yemela Isaka, Kowa- secteur, de 43 chefs de groupement, de quatre chefs
lingolo Kapara, Mbangayo Ngapa, Gebanga (1996), de quartier avec leurs adjoints ainsi que de 373 chefs
Manzenge Libele Poli, Manya Minyonya, Basiala de villages.

172
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

2.3.2. COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE Tableau 9.14.  Secteurs et groupements du territoire de Lisala
au 31 décembre 1957
DE LISALA AVANT L’INDÉPENDANCE
Secteurs Groupements
En 1945, le territoire de Lisala était constitué de
sept secteurs et d’un centre extra-coutumier. Entre Doko, chef-lieu Bwela I ; Bwela II ; Deke ;
Mokomu Mongombo ; Popolo
1955 et 1958, il compta six secteurs et un centre
extra-coutumier. En 1959, il ne comptait plus que Ngombe de Boso-Mandji ; Ebongo-Ngumba ;
trois secteurs et un centre extra-coutumier. (N)gumba, chef- Ngundji ; Mongili-Bonguba ;
lieu (N)gumba Mowea-Boyange
Ngombe du Sud- Binami ; Boso-Bweku (Gweka) ;
Ouest, chef-lieu Boso-Muli ; Gwemba ; Gwenzale ;
Libona Libona ; Riverains
Bagenza ; Ggodo ; Bobala ; Bobie ;
Lisala, chef-lieu Bokutu ; Bolongo ; Bomangi ;
Lisala Boswa ; Gwele ; Mondingiri ;
Mondunga
Bokutu ; Boso-Mokalu ; Diobo ;
Mombangi,
Gumani ; Lingoto (Mobangi) ;
chef-lieu
Mbata ; Mondunga ; Mongopa ;
Mombangi
Riverains
Mongala, chef-lieu Bokapo ; Boso-Modjebo ;
Boso-Dua Gwanga ; Kwawa ; Mumbia
« Élection d’un chef à Lisala, les démarches d’un candidat. » Source : Gourou (1960).
(AP.0.0.11622, collection MRAC Tervuren ; photo A. Engels, 1912,
© MRAC Tervuren.)

Le chef de Mbali, ses filles et les autorités de la chefferie près de Lisala.


(AP.0.0.11213, collection MRAC Tervuren ; photo Ferraris, ca 1913, © MRAC Tervuren.)

173
MONGALA

2.3.3. COMPOSITION ADMINISTRATIVE DU TERRITOIRE


DE LISALA DEPUIS L’INDÉPENDANCE
Le territoire de Lisala est subdivisé en trois secteurs,
en plus de la cité de Lisala. Ces secteurs sont : Ngombe-
Doko, Ngombe-Mobangi20 et Mongala-Motima.
a. Cité de Lisala
La cité de Lisala est répartie en quatre quartiers :
–– le quartier Ebabo : s’y trouvent les avenues : An-
ciens-Combattants, Bangenza, Bumba, Bwela,
Binga, Budza, Beni, Businga, Bosonzo, Boso-
Nzanoa, Bongandanga, Bolobo, Bolomba, Boso-
Melo, Budzala I, du Commerce, Doko I, Djombo,
du Marché, Équateur, Gumba I, Kalagba, Mon-
danga I, Mondonga, Mongana I, Mondjamboli,
Mondunga, Nzemo, Ngonzi, Umangi I, Nzengi,
Yakata, Yakoma et Paroisse-Notre-Dame.
Le chef de quartier était, en 2011, Gala Nzambe.
Il était assisté par Mobedi Zenga.
–– le quartier Kaba : il compte les avenues : Centre-
urbain, Afindi, Bangwe, Bomboma, Bomongo,
Boyange, de la Mission, Mondonga, Mobutu, Mo-
koko, Milo, Ndonge, Yandongi, Yemo et Tabora.
Le chef de quartier était, en 2011, Lokongoa Ako-
nabenge. Il était assisté par Tebo.
Les sous-chefs Lule et Esimba du village Bolongo,
–– le quartier Pêcheurs : il comprend les camps ci-
venus à Lisala. après : camp Akula, camp Bangala, camp Baso-
(AP.0.2.3397, collection MRAC Tervuren ; photo G. Grégoire, 1911.) ko, camp Bumba I, camp Bumba II, camp Kiola,
camp Lokele, camp Libinza, camp Ngumbala,
Tableau 9.15.  Secteurs et groupements du territoire de Lisala
camp Onatra, l’avenue Kigoma, l’avenue Tendele.
Le chef de quartier était, en 2011, Ekondi ma
Secteurs Groupements Ngela, et son adjoint, Molembia.
Akula ; Bokutu ; Bongopa –– le quartier trois C : est constitué comme suit :
Boso-Gbeku ; Boso-Mobuli ; avenue Aérodrome, Anciens-Combattants-II,
Mobangi Boso-Mokalu ; Boso-Name ; Quartier Anuarite, Bwela II et III, Budza II et III,
(ou Ngombe- Boso-Ngumoni ; Diobo ; Gumba II et III, Binga II et III, Beni II et III.
Mobangi) Gwemba ; Gwenzale ; Ikonongo En 2011, son chef était Alipa Mopanzo. Il avait
(Rive Sud) ; Libona ; Mbata ; pour adjoint Gulumba.
Mombangi ; Mondunga
Bangenza ; Bapoto ; Bobala ; Bobi ; b. Secteur Ngombe-Doko
Bokutu ; Bolongo ; Bamwangi ; Il est habité par deux peuples majoritaires : les
Bondingiri ; Bongombo ; Boso- Ngombe et les Doko, dont il tire sa dénomination. S’y
Ngombe-Doko Godo ; Bwela (deux parties) ;
trouvent aussi des Mondunga et des Bapoto. Son chef-
Ebongo-Mika ; Kalagba ;
Mondunga ; Ndeke ; Ngbele ; lieu est Makomu, situé à environ 40 km de Lisala.
Bopuo
Bokapo ; Bomba (Bonata) ; 20  « Mobangi » s’écrit également « Mombangi ». L’orthographe
Bongura-Mongiri ; Boso- de ce nom diverge selons les sources. Plusieurs de celles-ci,
Mongala-Motima
Modjebo ; Gwanga ; Kwawa ; d’origine coloniale, utilisent « Mombangi » ; les habitants de la
Mowea ; Ngonzi région lui privilégient « Mobangi », en référence à la population
mobangi. Nous gardons dans le texte les deux orthographes, qui
Centre de Lisala renvoient à la même réalité.

174
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Le secteur Ngombe-Doko est borné, au nord, par Lipembe, Ngale-Guga I et II, Ngale Wale, Ngale
le secteur Mongala-Motima, à l’ouest, par celui de Libomba, Molongu et Mete.
Ngombe-Mobangi, à l’est, par la cité de Lisala et au –– Groupement Ndeke : villages Ndombe, Bopum-
sud, par le fleuve Congo. En 2011, son chef de sec- bwa, Mabela, Ndeke Ngomba, Ndeke Bodobu,
teur était Jules Ebanda Mambuku. Ndeke Epate, Ndeke Bonguma, Mariés A et B,
Le secteur Ngombe-Doko est constitué des grou- Mokabi et CAPSA.
pements et villages ci-après : –– Groupement Ngbele : villages ADDI, Bondaba,
–– Groupement Bagenza : villages : Bubende, Bo- Botukwa, Dika, Komba, Kutu, Liwea, Mapasa,
dumbala, Boso-Lengo, Bosoku, Diobo, Libangol, Monzelenge, Ngonzi-Balele, Ngale Boboa et Mo-
Mbangi-Ngale, Bosolo et Bopuo. longu.
–– Groupement Bapoto  : villages Bapoto Mongo, –– Groupement Popolo  : villages Popolo-Ngale,
Bapoto Nzembe, Bapoto Lisala, Makolo et Moto Popolo-Bonzi, Popolo-Libai, Banga Makambo et
Moko. Mapumba.
–– Groupement Bobala : villages Ebonge, Bolom-
bo, Bombanga, Boyange, Bolongo, Mangbende, c. Secteur Ngombe-Mobangi
Gomba, Bokundoa, Likombo, Bokopa, Bomba- Le chef-lieu du secteur est Mombangi. Le sec-
Nzoto, Kanga Biloko et Ngukuta. teur Ngombe-Mobangi est habité par les Ngombe du
–– Groupement Bobi : villages Bau, Bokapo, Bobag- groupe Mombangi, d’où sa dénomination. Ceux-ci
bongo et Malengo. étaient partis de la région de Budjala, dans le dis-
–– Groupement Bokutu : villages : Bonzia, Bobolo, trict du Sud-Ubangi. Ils avaient traversé la rivière
Bonzia, Bolia, Bongbakia, Diabosau, Malovo, Mongala, à la suite des guerres tribales qui les oppo-
Kenge et Mbumba. saient aux Ngbandi, Ngbaka et Mbanza.
–– Groupement Bolongo : villages Bobelete, Bokan- En 2011, son chef de secteur était Mobango
go, Bolaka, Bolombo, Bopuo et Bosua. Manzabe.
–– Groupement Bomwangi : villages Basila-Sanza, Le secteur Ngombe-Mobangi est constitué des
Bokele, Botende, Bomangi, Bongonzo, Boso-Ma- groupements et villages ci-après :
lebo, Likuka I et II, Epesa, Ngbende, Cité et cam- –– Groupement Bokutu : villages Bombwala, Bom-
pements. bambe, Bokenga, Mabia, Magombe, Bokonzi,
–– Groupement Boso-Godo  : villages Bombangi, Bongonde, Malongete et Nzombwa.
Bongboa, Boso-Mbengo, Boso-Nzanoa, Boso- –– Groupement Bongopa : villages Bokele, Mbengia,
Sombo, Langa-Langa et Pale. Bongili, Bongopa, Tuku, Malle, Bosanga, Tema,
–– Groupement Bongombo  : villages Bongombo- Makumu, Kpondongo et N’Sele.
Ngale, Bongombo Monene, Bobala, Nzambe, –– Groupement Boso-Ngumoni : villages Boso-Ngu-
Bongombo Nzambe, Popolo Tina I et II, Bongom- moni I et II, Boso-Bokenga I et II, Boso-Gope I et
bo Moke, Bokondola, Lindombo I, II et III, Mosa- II, Boso-Kolo, Boso-Mombenga, Boso-Ndeku et
puke, Ekoka, Matokama, Popolo Moleka et ABC. Eboma.
–– Groupement Bwela : villages Bobila, Bosamboda, –– Groupement Diobo : villages Bogbonia I et II,
Bosangu, Ngbaka, Epesa, Lingobo, Mbelo I et II Camp Bumba, Camp Lingbengo, Bobila, Ngale et
et Sambo. Bolombo.
–– Groupement Ebongo : villages Ebongo Mika, Li- –– Groupement Mombangi : villages Bodeba I et II,
komu, Mika et Mbonzo. Angema, Zongo et Masombi.
–– Groupement Kalagba : villages Boso-Kuluki I et –– Groupement Mondunga  : villages Boso-Aiba,
II, Boso-Wanga, Boso-Gbete I et II, Boso-Matin- Boso-Likpua, Boso-Mweni, Boso-Ngindola,
doa I et II, Boso-Sanoa et quartier Antenne. Boso-Mongoni I et II, Malunza, Boso-Ekenge,
–– Groupement Mondingili : villages Boso-Koba, Basila Sanza et Molala.
Boso-Lima, Boso-Libondo, Boso-Kwala, Boso- –– Groupement Boso-Mokalu : villages Boso-Abongo,
Mbwana, Bianza, Nzwana et Bongbaka. Boso-Ndoloma, Boso-Nzanga et Papemweni.
–– Groupement Mondunga : villages Mazalanga I –– Groupement Mbata : villages : Bongongele, Bola-
et II, Libandi I et II, Bokweli-Moke, Bokweli- ka et Boso-Mbongi.
Monene, Banga-Makambo, Loso, Kanya-Mbon- –– Groupement Akula : villages Mokpakadua, Li-
da, Kanya-Engbanda, Mombilo Ebomi, Mombilo boke, Limbomba, Mulendo, Ngale et Akula Scibe.

175
MONGALA

–– Groupement Gwenzale : villages Mbelo I et II, –– Groupement Bokapo : villages Boso-Mabo, Boso-
Boso-Libamba, Boso-Likombo, Boso-Mboko, Mambinge, Magala I et II, Bokapo-Ngale et Bueka.
Boso-Gbongolo, Boso-Dengasia, Bominzo, Boso- –– Groupement Bombia : villages Bombia I, II et III,
Samba, Libamba et Boso-Ngogbe. Bongonga, Bomoye, Libanga, Midi et Lema.
–– Groupement Libina : villages Boso-Liango, Boso- –– Groupement Monguba-Mongili  : villages Bo-
Mangako et Boso-Maboa. kweli Ngale I, II et III, Kumbele, Masanga I et II,
–– Groupement Gwemba  : villages Boso-Bolea, Mongili I, II, III et IV.
Boso-Mabungu, Boso-Gwapu, Boso-Awanda et –– Groupement Boso-Manzi  : villages Bomboto,
Boso-Ngungu. Boso-Manzi, Ngombe-Diko I et II, Duapu I et II.
–– Groupement Boso-Gbeku : villages Boso-Mbilom- –– Groupement Boso-Mozebo : villages Bolombo I,
bi, Boso-Mangiso, Boso-Twana et Boso-Wadu. II, III et IV, Bombo, Boso-Mindoana, Boso-Mo-
–– Groupement Boso-Mohuli : villages Boso-Sim- zebo, Ngale I et II, Bolongo I et II, Mondongo,
bili, Boso-Mohuli, Boso-Ngubi, Boso-Ndimbe et Manzongo I et II et Boso-Mozebo Rive.
Boso-Bata. –– Groupement Ebongo : villages Bongambo, Bo-
–– Groupement Ikonongo  : villages Bogbomela, bele, Bokalakiti, Bomole I et II, Diobo, Likasa,
Bokanga, Ikonongo et Libona. Likengo, Gumba Ngale I et II.
–– Groupement Boso-Mani : village Boso-Mani. –– Groupement Gwanga  : villages Akula, Boso-
Lingo, Boso-Mbudi I et II, Boso-Ndendani I et
d. Secteur Mongala-Motima II, Boso-Sengendi, Boso-Tanda I et II, Bodumbe,
C’est en 1968 qu’il prit sa dénomination actuelle, Gumba Monda, Mbangi I et II, Boso-Dua I et II et
qu’il doit aux rivières Mongala et Motima, pour la Bombongu.
raison que son espace géographique est inclus entre –– Groupement Kwawa : villages Bolonga I et II,
ces deux cours d’eau. Avec « Gumba » comme chef- Boso-Libondo I et II, Boso-Ngali, Boso-Sembi,
lieu, le secteur Mongala-Motima est une entité admi- Ekame et Makao.
nistrative décentralisée, créée en 1936 par l’arrêté –– Groupement Mowea : villages Bokene, Bolombo
n° 36/SEC AIMO, sous la dénomination de secteur Kule, Bosanga Sika, Bosanga Gbate, Boso-Eseli,
« Ngombe de Gumba ». À l’époque, il avait comme Boso-Mingomba, Boso-Boliba, Boyange Mbua,
chef Antoine Abiogo. Boyange Libuma, Boyange Pale, Boyange Zelo,
En 2011, son chef de secteur était Dongo Nyanga Libombo I et II, Tondoko, Liboko I et II et Kuku.
Libila. –– Groupement Ngonzi : villages Bolanga, Bopolo,
Les groupements et les localités constitutifs du Bonzia, Ebambe, Bombalinga, Botulu I et II,
secteur Mongala-Motima sont : Bokamba I et II, Monzelenge, Boloko, Bosembia,
Masanga Ngale et Landangai.

RÉFÉRENCES
Bokongo Libakea-Kongo. 1979. « Histoire de l’organisation politique et administrative du territoire de Bongandanga
(1933-1960) ». Mémoire de licence en histoire. Lubumbashi : UNAZA/campus de Lubumbashi.
Bulletin administratif. 1926, 1928, 1933, 1935, 1955.
Coquilhat, C. 1888. Sur le Haut-Congo. Paris : Lebègue & Co.
Deprets. 1932 (25 janvier). Lettre n° 70/AI/B6 sur la réorganisation administrative. Basankusu.
Gourou, P. 1960. « Notices et cartes de la densité et de la localisation de la population dans la province de l’Équateur ». In
Atlas général du Congo. Bruxelles : ARSOM.
Mumbanza mwa Bawele, J.E. 1971. « Les Bangala et la première décennie du poste de Nouvelle-Anvers (1884-1894).
Mémoire de licence. Kinshasa : Université Lovanium.
Rapport aux Chambres, 1916-1958.
Rapport aux Chambres. 1931.
Rapport aux Chambres. 1932.
Rapport aux Chambres. 1933.
Vandervelde, E. 1909. Les Derniers jours de l’État du Congo. Journal de voyage (juillet-octobre 1908). Mons-Paris : Éd. de
La Société nouvelle.

176
TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Archives
Archives du district de la Mongala (ADM) :
ADM. 1951. Tableau synoptique de la population indigène au 31 décembre 1951, territoire de Bongandanga.
ADM. [Link] synoptique de la population indigène au 31 décembre 1952, territoire de Bongandanga.
ADM. 1956. Rapport annuel AIMO 1956. Territoire de Bongandanga.
ADM. 1957. Rapport annuel AIMO 1957. Tableau synoptique de la population, territoire de Bongandanga.
ADM. 1957. Tableau synoptique de la population du territoire de Bongandanga, 1957.
ADM. 1958. Rapports d’enquête préliminaire à la création des secteurs de Bongandanga, Boso-Ndjanoa, Boso-Simba
et Boso-Melo, territoire de Bongandanga.
ADM. 1959. Membres de droit du Conseil des secteurs du territoire de Bongandanga.
ADM. 1959. Rapport annuel AIMO, territoire de Bongandanga.
ADM. 1967. Rapport annuel AIMO 1967. Tableau synoptique de la population, territoire de Bongandanga.
Archives du territoire de Bongandanga (ATB)
ATB. 1913. PV n° 507 du 17 au 20 décembre 1913.
ATB. 1924. PV n° 102 du 22 décembre 1924.
ATB. 1926. PV n° 507 du 22 novembre 1926.
ATB. 1928. PV n° 18 du 12 juin 1928.
ATB. 1928. PV n° 104 du 11 novembre 1928.
ATB. 1929. PV n° 8 du 18 mai 1929.
ATB. 1929 PV n° 106 du 16 juillet 1929.
ATB. 1929. PV n° 566 du 16 juillet 1929.
ATB. 1929. PV n° 219 du 6 août 1929.
ATB. 1929. Rapport politique, territoire des Ntomba.
ATB. 1930 Rapport politique, territoire des Ntomba.
ATB. 1931. PV n° 101 du 4 juillet 1931.
ATB. 1931. PV n° 25 du 25 septembre 1931.
ATB. 1931. PV n° 36 du 25 septembre 1931.
ATB. 1931. PV n° 37 du 25 septembre 1931.
ATB. 1931. PV n° 103 du 25 septembre 1931.
ATB. 1931. PV n° 355 du 29 septembre 1931.
ATB. 1931. Rapport politique, territoire des Ntomba.
ATB. 1939. Rapport politique, territoire des Ntomba.

177
QUATRIÈME PARTIE

LA MONGALA
POST-INDÉPENDANCE
CHAPITRE 10
LA MONGALA PENDANT LA PREMIÈRE RÉPUBLIQUE

C
ette période comporte deux phases : la
Mongala au sein de la province de l’Équa-
teur (30 juin 1960–août/septembre 1962/
février  1963) et la Mongala dans la pro-
vince du Moyen-Congo (février 1963-avril 1966).

1. LA MONGALA À L’AUBE DE L’INDÉPENDANCE


Les peuples de la Mongala, comme la plupart
des peuples de l’ancienne province de l’Équateur,
n’étaient pas préparés à l’indépendance. Le carac-
tère essentiellement rural de ces sociétés renforçait
davantage leur isolement, car elles n’étaient pas tou-
chées par les grands changements qui s’opéraient
dans les villes, du fait des élections communales qui
s’étaient tenues à partir de 1957.
La Mongala était pourtant représentée dans
toutes les villes du fleuve (Léopoldville, Coquilhat-

Mission catholique de Boyange, couvent des frères


de Saint-Joseph, salle de classe.
(Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
n° 28-3-3_21.)

ville et Stanleyville) par son élite intellectuelle. Les


commis formés à Umangi et à Ebonda, les moni-
teurs formés à Boyange et les séminaristes formés à
Bolongo s’étaient installés à Léopoldville où ils tra-
vaillaient dans les entreprises, dans l’enseignement,
dans la presse et dans l’Administration.
Groupe de petits séminaristes : Nouvelle-Anvers 1920.
Il convient d’ajouter que depuis la fin du
(Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut], XIXe siècle et, surtout, depuis le début du XXe siècle,
n° 28-2-5_05. ) de nombreux natifs de la Mongala descendaient par

181
MONGALA

Mission catholique d’Umangi, une colonie d’enfants et leur maître.


(Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut], n° 28-2-4_04.)

Missionnaires et élèves à Boyange. (AP.0.2.6907, collection MRAC Tervuren ; photo Mission Scheut.)

182
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Lors de son séjour à Léopoldville, le ministre du Congo belge,


Auguste De Schriver, a reçu, le 26 novembre 1959, les dirigeants
du « Liboke ya Bangala », association ethnique réunissant les Trois dirigeants du Parti de l’unité congolaise (PUC) en séjour
Bangala. La délégation était conduite par MM. Motingia et Dondo, en Belgique. On reconnaît de gauche à droite : J. Bolikango,
vice-présidents de cette association. président de l’Association des Bangala, M.C.C. De Backer, chef du
(HP.1959.28.1142, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote Service presse d’Inforcongo, M. Iyeki, trésorier, M. Kulumba, vice-
[Inforcongo], 1959, © MRAC Tervuren.) président et M. Esandja, président.
(HP.1959.28.495, collection MRAC Tervuren ; photo R. Stalin
bateau jusqu’à Léopoldville, à la recherche de tra- [Inforcongo], 1959, © MRAC Tervuren.)
vail. Ils comptaient parmi les membres d’équipages
de l’ONATRA et parmi les travailleurs du chantier
naval. D’autres s’engageaient comme soldats dans la
Force publique. Ces originaires du « Haut-Congo »,
parmi lesquels se trouvaient, outre les Riverains, les
Mongo, les Ngombe et les Budja, étaient tous dési-
gnés sous l’appellation commune de « Bangala ». C’est
d’ailleurs pour cela que le lingala devint la langue de
la capitale congolaise.
Ce mouvement ne cessa de croître tout au long de
la colonisation. Ainsi, en 1957, il y avait à Léopold-
ville, 29 753 ressortissants de l’Équateur, dont plus de
10 000 en provenance des territoires de Lisala et de
Bumba (Mokolo 1968 : 45). À Coquilhatville, l’élite
de la Mongala, spécialement les Ngombe, constituait
le groupe dominant au sein des postes administra-
tifs. Ce furent donc ces hommes qui jouèrent un Le 25 juillet 1959, Jean Bolikango à sa descente d’avion
à Léopoldville. À sa droite, son épouse portant une coiffure
rôle de premier plan dans l’évolution politique de la coutumière qui lui a été remise par la Fédération des Bangala ;
Mongala. à sa gauche, M. Hemeleers, commissaire général à l’Information.
À Léopoldville, au milieu des années 1950, les (HP.1959.28.762, collection MRAC Tervuren ; photo C. Lamote
Bangala militaient dans plusieurs associations cultu- [Inforcongo], 1959, © MRAC Tervuren.)
relles, qui se muèrent ensuite en partis politiques :
Liboke lya Bangala ou Front de l’Unité bangala Le Front de l’unité bangala, avec à sa tête Jean Boli-
(FUB), Association des ressortissants du Haut-Congo kango, un Akula (peuple riverain) de Lisala, passait
(ASSORECO)21, Fédération des ressortissants du pour être le plus puissant. C’est donc à l’initiative du
Nord-Équateur (FEDUNEQ)22 (Mokolo 1968 : 46). FUB que naquit, à Lisala, le 27 mars 1960, le Parti de
l’unité nationale (PUNA), après un congrès tenu du
21  Elle s’adressait aux ressortissants du Haut-Congo, originaires 24 au 27. Ce nouveau parti politique dominé par les
pour la plupart de la province de l’Équateur. Ngombe obtint de bons résultats lors des élections
22  Elle était formée des Ngombe de la Mongala et de l’Ubangi. de mai 1960.

183
MONGALA

demande des unitaristes et des fédéralistes. Chaque


province avait donc son gouvernement, qui devait
collaborer avec le Gouvernement central. Le dis-
trict de la Mongala, foyer important d’intellectuels,
comme déjà souligné, prit une part importante dans
la formation du gouvernement de la province de
l’Équateur. Après les élections du mois de mai 1960,
le district de la Mongala, avec 18 élus sur 60, pesa de
tout son poids et obtint trois postes importants : pré-
sidence du gouvernement (Laurent Eketebi), Affaires
économiques et Classe moyenne (Denis Nzenze) et
Agriculture (Denis Akundji). Ce résultat ne fut tou-
tefois obtenu que grâce aux alliances que le PUNA
noua avec divers députés indépendants originaires
de la Mongala.
Le 10 mars 1959, Jean Bolikango accueilli à Bumba.
Mais l’opposition entre les partis se renforça, du
(HP.1959.28.1033, collection MRAC Tervuren ; photo Inforcongo,
1959, © MRAC Tervuren.) fait des appartenances ethniques, qui entraînèrent le
pourissement de la situation. Les Ngombe, en par-
Cependant, de nombreux Budja du territoire ticulier, étaient mal vus par les Mongo, depuis leur
de Bumba avaient adhéré au Mouvement natio- victoire aux élections communales de Coquilhatville
nal congolais/Lumumba (MNC/L), qui remporta de 1958. Ensuite, les Ngombe avaient été favorisés
ici trois sièges à la députation nationale, alors que pour la désignation des délégués à la Table ronde
le PUNA n’en obtint que deux. Cela présageait déjà de Bruxelles. On note une certaine complicité entre
de l’opposition des Budja à l’influence grandissante Dombo Thadée, bourgmestre de la commune de
des Ngombe. Ainsi donc, les intellectuels de la Mbandaka, et Eketebi Laurent, qui occupaient les
Mongala ne constituèrent pas toujours un groupe fonctions respectives de président et de secrétaire
uni dans le gouvernement provincial de l’Équateur général de la FEDUNEQ, section de Coquilhatville
à Coquilhatville. (Mokolo 1968 : 67).
Malgré les multiples rencontres et les divers
arrangements destinés à mettre en place un gou-
2. LA MONGALA DANS LA PROVINCE vernement et un bureau de l’assemblée provinciale,
DE L’ÉQUATEUR : 1960-1962 les principaux acteurs en conflit ne se mirent jamais
totalement d’accord pour diriger leur État. Les ten-
La Loi fondamentale avait instauré un régime sions entre les Ngombe et les Mongo étaient dues
politique décentralisé pour satisfaire à la fois la aussi au déséquilibre qui s’était produit dans l’afri-

Tableau 10.1.  Élections provinciales de mai 1960 : répartition des sièges par district et par parti.

Partis
individuelles
Association

Assorbanzy
Mederco/
UNIMO

(PUNA)
MNC/L

Intérêts
ngbaka
PUNA

locaux

Listes
PNP

Total

Districts
Ville de Coquilhatville - - 2 - - - - - 2
Équateur 2 - 2 - - - 4 1 9
Ubangi - - - 2 5 - 3 8 18
Mongala 3 9 1 3 - 2 - - 18
Tshuapa 5 - 3 - - - 1 4 13
Total 10 9 8 5 5 2 8 13 60
Source : Gérard-Libois & Verhaegen (1961 : 166).

184
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Arrivée, le dimanche 10 janvier 1960 de Jean Bolikango, président de l’Association des Bangala, pour inaugurer
à Léopoldville le bureau de l’Association. Jean Bolikango était akula (et non ngombe) du territoire de Lisala. Il naquit à
Léopoldville, le 2 février 1908. Vers la fin de la colonisation, il fut nommé commissaire général adjoint à l’Information.
Il fut le premier Congolais promu à d’aussi hautes fonctions dans le cadre de l’Administration. Il est décédé en février 1982.
(HP.1960.4.80, collection MRAC Tervuren ; photo J. Makula [Inforcongo], 1960, © MRAC Tervuren.)

canisation des cadres, après le départ de l’Adminis- Récapitulatif : à l’indépendance du Congo, le


tration belge. Dans la hiérarchie administrative de 30 juin 1960, le district de la Mongala faisait partie
l’Équateur, les Ngombe se trouvaient partout. Ainsi, de la province de l’Équateur. Mais une tendance au
le secrétaire provincial, la plupart des directeurs changement des frontières des provinces héritées
des services provinciaux, l’inspecteur principal de de la colonisation apparut après les élections de
la police, le bourgmestre de Coquilhatville, étaient mai  1960 puis après la proclamation de l’indépen-
tous ngombe. Les Mongo commencèrent à dénon- dance. Celle-ci se manifesta au Nord-Katanga, au
cer la « nouvelle colonisation ngombe ». Les Ngombe Maniema et dans le Sud-Équateur (partie habitée
étaient perçus par les Mongo comme un obstacle à par les Mongo).
leur promotion. Les intellectuels en mal de position-
nement commencèrent alors à remuer tous les vieux 2.1. ORIGINES DU MALAISE
démons et à remonter jusqu’aux dernières phases de
l’histoire précoloniale ; il fut fait état des agressions Le 1er  juin 1960, Jean Bolikango, Akula de Lisala
répétées des Ngombe contre les Mongo. et président du Parti de l’unité nationale (PUNA),
Une meilleure solution eût été de diviser la pro- se constitua une majorité à l’assemblée provinciale,
vince et de séparer les Ngombe des Mongo, ce qui sans le secours de l’Union mongo (UNIMO)23.
aurait eu pour effet de libérer aussi les Ngbandi et
les Ngbaka, numériquement importants, mais peu 23  L’Union mongo fut fondée en janvier 1960 par Eugène Ndjoku
représentés au gouvernement. (président), Léon Engulu (secrétaire général), Joseph Bosekota…

185
MONGALA

quant à lui, ne parvint à conclure d’alliance ni avec le


PNP-Mederco ni avec le PUNA. L’élection du bureau
de l’assemblée provinciale fut également dominée par
le PUNA.
Tableau 10.2.  Composition du bureau de l’assemblée de la
province de l’Équateur (juin 1960).

Nom et prénom Fonction Parti


Ekoko Louis Président PUNA
Association
Bofio Jacob 1er vice-président
ngbaka
Andende Oscar 2e vice-président PUNA
Justin Bomboko, qui était rédacteur en chef de la revue Mombanga
Secrétaire PUNA
congolaise Mbandaka éditée à Coquilhatville, se rend en Tharcisse
Belgique pour s’inscrire à l’Université libre de Bruxelles, Association
où il étudiera, pendant 4 ans, les sciences politiques et Pelengamo Jules Secrétaire
ngbaka
administratives et le journalisme, grâce à une bourse
accordée par le ministère des Colonies. Le voici au moment où Lokuli Albert Secrétaire MNC/L
il s’embarque à l’aérodrome de Léopoldville, entouré, à gauche, Lopusu Secrétaire UNIMO
de MM. E. Ugeux, chef des émissions africaines de Radio Congo,
A.R. Bolamba, rédacteur en chef de la revue La Voix du Congolais et, Source : Ganshof van Der Meersch (1963 : 632).
à droite, de MM. Paul Bolya, vice-président du Groupement culturel
belgo-congolais et André Scohy, chef de la section Presse-Ciné- À la suite de l’insuccès de ses tractations avec
Photo du service de l’Information du Gouvernement général et le PUNA, l’UNIMO envoya un message au Col-
président européen du même Groupement.
(HP.1956.96.1510, collection MRAC Tervuren ; photo H. Goldstein,
lège exécutif, le 9 juin, dans lequel il brandissait
1956, © Sofam.) la menace de la séparation des districts mongo et
ngombe : « Si nous n’obtenons pas satisfaction (au
Malgré le succès électoral du MNC/L (qui avait gouvernement provincial) […] nous exigeons avant
remporté 10 sièges sur 60), le PUNA fut, en effet, le le 30  juin la séparation des districts mongo et des
véritable vainqueur des élections provinciales, grâce districts ngombe pour former deux provinces dis-
aux alliances post-électorales qu’il parvint à conclure tinctes. La province de l’Équateur constitue une
avec nombre de listes d’intérêt local et de listes indi- entité fabriquée par la colonisation au mépris des
viduelles (en raison de la dispersion des votes sur coutumes et des traditions. Aucune base juridique
plusieurs listes, la moitié des sièges était allée à des n’impose le maintien des Ngombe et des Mongo
indépendants). dans une même province après le départ des Belges »
La compétition pour le pouvoir dans la province (Courrier d’Afrique 1960).
de l’Équateur se cristallisa autour de deux partis : le Bien qu’étant en concurrence, Jean Bolikango et
PUNA et l’UNIMO. Mais grâce à son leader Boli- Justin Bomboko s’efforcèrent d’arriver à un accord,
kango, qui jouissait d’une grande audience auprès des afin de faciliter la mise en place des institutions nou-
populations de l’Équateur, le PUNA réussit, comme velles. L’éclatement du PNP, dont certains membres
déjà souligné, à s’allier à 42 conseillers élus. L’UNIMO, avaient commencé à appuyer les partis représentatifs
de leurs ethnies d’origine, apparut comme un facteur
momentané d’équilibre.
L’idée naquit à la suite de l’échec du candidat mongo à l’élection Les négociations aboutirent et les deux partis
du bourgmestre de la commune de Mbandaka, en décem- (PUNA et UNIMO) se mirent d’accord : « le pré-
bre  1959, et de ses échevins. Mais c’est Justin Bomboko qui
sident du gouvernement provincial et 5 ministres
devint son principal leader au niveau national. On tend souvent
à le présenter comme le président du parti, ce qui est faux. Voici appartiendraient au PUNA et les 5 autres ministres,
l’explication qu’en donne Bomboko lui-même : « il était un somi à l’UNIMO » (Ganshof van Der Meersch 1963 : 389).
ya Mongo (premier des fils Mongo) au sein de l’UNIMO. Il jouis- Mais lors de la formation du gouvernement, cet
sait d’une autorité réelle sur les acteurs mongo, laquelle le plaçait
bien clairement au-dessus du président du parti Eugène Ndjoku.
accord ne put être suivi.
Ce dernier pouvait être comparé à un chef de l’exécutif » Finalement le gouvernement provincial de l’Équa-
(Lufungula 2013 : 423). teur fut composé en majorité de membres du PUNA.

186
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Le Parti national du
Progrès (PNP) fut créé en
novembre 1959, au cours
d’un congrès, organisé par
l’Interfédérale à Coquilhatville,
qui avait réuni 25 partis et
associations. Lors de son
premier congrès national,
l’assemblée a élu le comité
national du PNP et a choisi,
le 29 novembre 1959, comme
président Paul Bolya, que
l’on voit ici tenant une lance
symbolique.
(HP.1959.28.1157, collection
MRAC Tervuren ; photo
C. Lamote [Inforcongo], 1959,
© MRAC Tervuren.)

Tableau 10.3.  Composition du gouvernement provincial de l’Équateur (juin 1960).

Nom et prénom Fonction Parti District d’origine


Eketebi Laurent Président PUNA Mongala
Ikolo Sylvain Vice-président et Finances MNC/L Équateur
Engulu Léon Intérieur et Information UNIMO Tshuapa
Kumungo Rombout Santé publique Apparenté PUNA
Kanganyani Samuel Travaux publics et Plan décennal Apparenté PUNA Ubangi
Moussa Botuli Terres, Mines et Énergies MNC/L
Mokemo Simon Postes et Télécommunications PUNA Mongala
Akundji Denis Agriculture PUNA Mongala
Yangard Robert Justice et Personnel MNC/L Équateur
Nzenze Denis Affaires économiques et Classes moyennes PUNA Mongala
Libengelo François Enseignement PUNA Ubangi
Source : Ganshof van Der Meersch (1963 : 631-632).

Mais si, apparemment, l’UNIMO n’occupait qu’un 2.2. CONTEXTE ET ÉVOLUTION DE LA CONFLICTUALITÉ
poste, les Mongo étaient en réalité assez bien repré- DANS LA PROVINCE DE L’ÉQUATEUR
sentés, car ils occupaient les postes attribués au
MNC/L. Au total donc, les Mongo détenaient des Depuis la proclamation de l’indépendance, la
postes importants : la vice-présidence, l’Intérieur, la tension entre Ngombe et Mongo à Coquilhatville
Justice et Personnel. En outre, le président provincial avait sous-tendu tout le fonctionnement des institu-
était le représentant de deux ethnies, son père étant tions de la province de l’Équateur, jusqu’à son écla-
ngombe et sa mère mongo. Il faut néanmoins garder tement en 1962-1963. La réticence des Ngombe à
à l’esprit qu’il s’était présenté aux élections comme travers le PUNA explique le retard de la création de
candidat PUNA, donc principalement de tendance la province du Moyen-Congo.
ngombe. Le terme « Ngombe », au sens large, désignait tous
les non-Mongo de Coquilhatville. Au sens restreint,

187
MONGALA

il ne couvrait que les seuls ressortissants du terri- « Sur une population totale de 8953 hommes, on comp-
toire de Lisala et d’autres enclaves. Ce phénomène tait au 31 décembre 1953, 653 employés, 1720 ouvriers
se retrouve à Léopoldville où le terme « Bangala », qualifiés, 4248 travailleurs ordinaires, 1049 hommes
par opposition à celui de « Bakongo », englobait tous exerçant une profession libérale ou indépendante et
ceux qui n’étaient pas bakongo, appelés « Gens du enfin 1280, soit 14 %, n’exerçant aucune profession.
haut », habitant Léopoldville. La majeure partie des professions exigeant certaines
qualités intellectuelles et ethniques était l’apanage des
Tableau 10.4.  Représentation de la population par groupe Nkundo-Mongo, des Ngbandi et des Bakongo ; les
ethnique à Coquilhatville en 1954. serviteurs se recrutaient également en ordre principal
Groupes ethniques Population % parmi les Nkundo-Mongo, les emplois de manœuvres,
débardeurs, hommes de peine et autres occupations
Mongo 16 420 60,38
étaient dévolus aux ressortissants des autres groupes
Ngombe 5 202 19,13
ethniques. Les femmes occupaient encore une place
Riverains 3 724 13,69 peu importante dans les rangs des salariés : 23 moni-
Budja 235  0,86 trices au service social, 4 filles de salle à l’hôpital, une
Oubangiens 1 266  4,65 vingtaine de bonnes d’enfants et une tenancière de bar
Baluba 56  0,20 en constituaient approximativement le faible contin-
gent » (de Thier 1956 : 114-115).
Bakongo 201  0,73
« Les autres ethnies, c’est-à-dire, les Ngombe et les
Divers 88  0,32 Riverains, ne participaient à la vie de la cité que d’une
Total 27 192 - manière indirecte : les premiers étaient arrivés à la suite
Source : de Thier (1956 : 113-114). des engagements massifs opérés par la société d’ex-
ploitation de transports fluviaux ; l’appartenance des
Tableau 10.5.  Répartition de la population par groupe seconds au CEC n’avait d’autre cause que l’intégration
ethnique à Coquilhatville en 1955. pure et simple de leur agglomération dans ses limites »
Groupes ethniques Population % (Ibid. : 114).
Mongo 9 019 33,62
À la suite de leur victoire aux élections com-
Mbole 3 710 13,85 munales, les Ngombe avaient exhibé leur victoire
Nkundo 2 717 10,13 à Coquilhaville par des chants et des danses guer-
Ngombe 5 611 20,92
Tableau 10.6.  Répartition de la population par groupe
Monia 1 213  4,52 ethnique à Coquilhatville en 1956.
Bangala 1 393  5,19
Groupes ethniques Population %
Libinza 1 634  6,09
Mongo 9 241 33,57
Ngbandi 655  2,44
Mbole 3 809 13,83
Atetela 157  0,58
Nkundo 2 817 10,23
Bakongo 243  0,90
Ngombe 5 776 20,98
Baluba 76  0,28
Monia 1 244  4,51
Divers 393  1,46
Bangala 1 426  5,18
Total 26 821 -
Libinza 1 669  6,06
Source : Lufungula (1995 : 311).
Ngbandi 676  2,45
Ce sont les élections communales de 1958 qui Atetela 160  0,58
consacrèrent la prééminence des Ngombe et provo- Bakongo 251  0,91
quèrent la frustration des Mongo. Dombo Thadée, Baluba 78  0,28
Akula de Lisala, fut élu bourgmestre de la commune
Divers 378  1,37
de Mbandaka. Pourtant, quelques années aupara-
vant, les Ngombe étaient loin de dominer le CEC de Total 27 525 -
Coquilhatville. De Thier écrit : Source : Lufungula (1995 : 311).

188
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

rières. Malgré leurs affinités différentes, les Ngombe lisme et les Ngombe de l’unitarisme. Il est à constater
formaient, à Coquilhatville, un « bloc homogène », que les partisans d’un Congo unitaire et centralisé
comme les Bakongo, en 1957, à Léopoldville ; l’élite s’opposaient à la multiplication d’entités provinciales
mongo se disputait les candidatures face aux Ngombe, qui leur semblait ouvrir la voie à des conflits tribaux
tout comme les « Gens du haut » face aux Bakongo. violents. En face d’eux, les défenseurs des thèses
La tension se consolida lors de la désignation confédérales appuyaient le morcellement en des
des délégués de l’Équateur à la réunion de la Table entités ethniquement plus homogènes, afin de faire
ronde politique de Bruxelles, en janvier 1960. Le contrepoids aux tendances centralisatrices du pou-
noyau intellectuel « mongala » s’était organisé dans voir central. J. Gérard-Libois et B. Verhaegen sou-
une association FEDUNEQ, dont le président était lignent que « dans la situation de crise et de carence
Dombo Thadée (un Akula de Lisala), bourgmestre du pouvoir central, la multiplication des provinces
de la commune de Mbandaka, tandis que Laurent apparaiss[ait] comme un éclatement de l’État et une
Eketebi occupait le secrétariat provincial. reconnaissance des pouvoirs dissidents » (Gérard-
Bref, les Mongo, qui furent mis en minorité dans Libois & Verhaegen 1963 : 194).
le gouvernement et dans l’assemblée provinciale, À Coquilhatville, l’élite mongo, frustrée, revendi-
constatèrent qu’ils étaient aussi marginalisés dans qua la création d’un « État mongo ». À Léopoldville,
tous les postes administratifs par les Ngombe. Car, Bolikango, écarté du pouvoir, voulut remédier à
si le jeu électoral avait brouillé les cartes et engen- cette situation, et la compenser par la séparation de
dré une tension ethnique ngombe-mongo, l’africa- la province de l’Équateur, dont il deviendrait le chef
nisation post-coloniale des cadres administratifs de l’État. Mais cette province se révéla rapidement
contribua à ce que beaucoup de postes élevés furent trop petite pour le nombre d’acteurs réclamant cha-
concentrés entre les mains de l’élite ngombe. Cela cun sa direction politique. La stabilité reposait sur
s’explique par le fait que, d’une part, les Ngombe for- une entente entre Bolikango, Bomboko et Bolya. À
maient la majorité parmi les « évolués » des grades défaut, la scission était inévitable entre le Sud (Bom-
subalternes immédiatement inférieurs à ceux occu- boko et Bolya) et le Nord (Bolikango).
pés par les Européens pendant la colonisation (le Ne parvenant pas à un accord avec le PUNA,
foyer intellectuel se concentrait dans le district de l’UNIMO prôna un gouvernement mongo en vue
la Mongala) et que, d’autre part, le mouvement de de défendre les intérêts et le patrimoine de sa popu-
« ngombéisation » de l’Administration avait été accé- lation. Elle adressa, le 4  juin  1960, un télégramme
léré par la faction du PUNA majoritaire au pouvoir. au Collège exécutif général dans lequel plusieurs
Ainsi dans la hiérarchie administrative de la province exigences étaient formulées : répartition par dis-
de l’Équateur, on pouvait relever que le secrétaire trict du nombre des sénateurs, abstraction faite du
provincial (la plus haute fonction administrative) chiffre de la population ; répartition proportion-
était ngombe ; le bourgmestre de Coquilhatville et nelle des chefs coutumiers à coopter ; représenta-
l’inspecteur principal de la police provinciale étaient tion proportionnelle au sein du gouvernement en
aussi ngombe. raison de 2 membres par district. L’UNIMO accusait
Cette situation amena les Mongo à réagir contre les Ngombe de vouloir détenir tous les postes clés
ce qu’ils appelaient eux-mêmes « la nouvelle coloni- pour ne réserver aux Mongo que les postes secon-
sation ngombe ». L’élite mongo revendiqua son droit daires. Si ses revendications n’étaient pas satisfaites
à « l’héritage colonial », les Ngombe étant perçus avant le 30 juin, elle exigerait la séparation pure et
comme un obstacle à l’atteinte des bienfaits de l’indé- simple des districts ngombe (Nord) et mongo (Sud)
pendance. Ainsi, la multiplication d’entités politiques en deux entités provinciales distinctes. Mais comme
et administratives présentant une suffisante homo- souligné, la formation du gouvernement provincial
généité ethnique se présentait comme une solution ne se fit pas selon les vœux de l’UNIMO.
afin de répondre aux « aspirations essentielles » des Il y a lieu de noter que les revendications faites au
groupes respectifs. nom de l’ethnie mongo se situaient à deux niveaux :
Les tendances autonomistes se développèrent. De celui du peuple mongo, certes, mais aussi celui de
congrès en congrès, les élites tribales modelèrent une l’UNIMO en tant que parti politique ayant besoin
nouvelle structure provinciale axée sur les configu- d’une représentativité comme telle face au PUNA.
rations ethniques. Dans la province de l’Équateur, Le 10 juin 1960, Bomboko fit connaître sa décision
les Mongo passèrent pour des partisans du fédéra- de former « son propre gouvernement provincial ».

189
MONGALA

Le jour même, des manifestations furent organisées territoire de Bumba, district de la Mongala) qui
à Coquilhatville devant le bureau du gouverneur afin constitua, en août  1961, le Gouvernement d’union
d’obtenir la création d’une province mongo. Ce qui nationale issu du conclave de Lovanium24.
ne reccueillit pas l’assentiment de tous les groupes
mongo. En effet, vers la fin juin 1960, les élus de la 2.4. LES REBONDISSEMENTS DU CONFLIT
Tshuapa dénonçèrent les manœuvres « néfastes » de NGOMBE-MONGO JUSQU’À LA DIVISION
l’UNIMO et préconisèrent la formation d’un gouver- DE LA PROVINCE
nement Tshuapa groupant les territoires de Boende,
Befale, Bokungu, Djolu, Ikela et Monkoto. Le learder du PUNA, Jean Bolikango, bien qu’ap-
puyé par les missionnaires, échoua, en juin  1960,
2.3. LA POUSSÉE DE LA BELGIQUE À LA CRÉATION DE dans ses tentatives pour accéder à la présidence de
LA RÉPUBLIQUE AUTONOME DE L’ÉQUATEUR la Chambre et à celle de la République. Le chef du
PNP, Paul Bolya, Mongo originaire du même terri-
Le 22 juillet, Maurice Mpolo, ministre de la Jeu- toire de Bolomba et du même secteur Losanganya
nesse et des Sports et commandant en chef ad inte- que Justin Bomboko, occupa un poste de ministre
rim de l’armée congolaise, dénonça une tentative d’État sans réelle importance. En revanche, le lea-
de sécession de la province de l’Équateur. Selon le der de l’UNIMO, Justin Bomboko, occupa une posi-
ministre, un traité confidentiel avait été signé entre le tion très confortable dans le Gouvernement central,
royaume de Belgique et la République autonome de principalement aux Affaires étrangères en tant que
l’Équateur. Dans ce traité, la Belgique reconnaissait ministre. La différence du poids de ces trois acteurs
l’équilibre de son budget ; les deux pays s’octroyaient à l’échelon national eut des répercussions sur leurs
mutuellement la clause de la nation la plus favorisée interventions dans la vie politique de la province de
et garantissaient réciproquement la sécurité et les l’Équateur.
biens de leurs ressortissants ; la Belgique s’engageait Ce furent surtout les « jeunesses des partis » qui
en outre à garantir la sécurité extérieure de la Répu- se mirent en vedette et visèrent à orienter la poli-
blique autonome de l’Équateur. tique provinciale. En août  1960, à Léopoldville, la
Certes, le Gouvernement démentit l’existence jeunesse PUNA se prononça en faveur d’une confé-
d’un tel traité, mais diverses sources concordantes dération des États unis du Congo ; elle se reconnais-
attestent que la tentative eut lieu. C’est le consul sait, en outre, une mission à l’égard de la population
belge Adriaenssen qui voulut forcer le président pro- de l’Équateur et critiquait l’action des gouvernants
vincial Laurent Eketebi à le signer, pour obtenir ainsi de la province, qui étaient « jeunes, incompétents,
la séparation de l’Équateur avec le Gouvernement inexpérimentés ». Toujours à Léopoldville, la jeu-
de Léopoldville dirigé par Lumumba, qui venait de nesse UNIMO défendait les thèses fédéralistes et se
rompre les relations diplomatiques avec la Belgique ; proposa de combattre tout régime qui anéantirait la
c’était la seule condition pour maintenir sur place les « population fort minime » de la province de l’Équa-
fonctionnaires belges. teur. Au lendemain des élections, une rupture pro-
La Belgique obtint assez vite au niveau central à gressive se fit jour au sein du PUNA, qui se divisa en
Léopoldville l’appui de presque toute l’élite de l’Équa- deux ailes : une aile provinciale (Eketebi) et une aile
teur contre le gouvernement Lumumba. Dès lors, nationale (Bolikango) (Mokolo 1968 : 68).
elle mit fin aux ingérences directes dans la gestion Face à l’intervention de plus en plus intense des
de la province. Début septembre 1960, elle fit pres- acteurs nationaux, l’assemblée provinciale de l’Équa-
sion sur Bomboko, qui contresigna l’ordonnance teur décréta des mesures interdisant aux partis poli-
du président Kasa-Vubu portant la révocation de tiques de Léopoldville d’exercer une activité dans
Lumumba. Puis Joseph Ileo, originaire du territoire la province de l’Équateur. La JEPUNA réagit en
de Monkoto (district de la Tshuapa), par deux fois
forma le gouvernement national. Enfin Bomboko 24  À noter que Bomboko, Mobutu et Adoula furent, en 1960,
assuma la présidence du Collège des commissaires membres du « Groupe de Binza », qui n’en comptait que six.
généraux, avec l’aide de Joseph Mobutu (originaire Les trois autres étaient Victor Nendaka (originaire de Buta, dis-
trict du Bas-Uele), Albert Ndele (un Yombe du Bas-Congo) et
du territoire de Banzyville, district de la Mongala
Damien Kandolo (un Otetela né et ayant grandi à Léopoldville).
à cette époque), chef de l’armée et actif dans l’anti- Le rôle de ce groupe fut assez déterminant dans l’évolution du
lumumbisme. Et c’est Cyrille Adoula (originaire du Congo post-indépendance.

190
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

accusant le gouvernement et l’assemblée d’imposer Mais l’éclatement de la province de l’Équateur ne


une forme de dictature à la population. se produisit pas. D’après Mokolo, le poids politique
Au lendemain de la crise du pouvoir central à des représentants de l’Équateur au niveau du pouvoir
Léopoldville (septembre  1960), les présidents du central à Léopoldville constitua longtemps un frein
gouvernement provincial et de l’assemblée appor- à la division de la province. La plupart des acteurs
tèrent leur soutien au président Kasa-Vubu et, sur- dominants de celle-ci étaient beaucoup plus intégrés
tout, la tendance unitariste modérée, représentée par à Léopoldville qu’à Coquilhatville. Paule Bouvier
les ressortissants de l’Équateur : le colonel Mobutu va dans le même sens lorsqu’elle écrit : « les princi-
(chef d’état-major de l’armée), Justin Bomboko (pré- paux leaders des deux groupes mongo et ngombe,
sident du Collège des commissaires généraux) et à savoir Bomboko et Bolikango, intégrés davantage
Joseph Ileo (Premier ministre). aux structures centrales que provinciales, ont moins
En octobre  1960, dans une lettre adressée au profondément qu’ailleurs constitué des points de
colonel Mobutu, l’assemblée provinciale de l’Équa- fixation des sentiments populaires. Ceux-ci n’ayant
teur rejeta les manœuvres des ressortissants de pas, sur place, des personnalités suffisamment mar-
l’Équateur résidant à Léopoldville en vue de dres- quantes sur lesquelles se cristalliser sont restés plus
ser les populations ngombe contre les Mongo. Cette diffus et plus latents au sein des sociétés en pré-
méfiance des pouvoirs provinciaux de l’Équateur à sence » (Bouvier 1965 : 339).
l’égard des leaders nationaux – dont Jean Bolikango – Mokolo observe une contradiction dans la
alla s’accroissant et finit par sous-tendre l’évolution démarche de la province de l’Équateur. « D’une part,
politique de la province. écrit-il, l’Équateur était idéologiquement l’adversaire
Au mois de décembre 1960, certains députés pro- de Lumumba ; celui-ci avait déjà perdu les gens du
vinciaux lumumbistes d’origine mongo et ngombe, Haut lors de la scission du MNC en juillet 1959 ; en
affiliés antérieurement au MNC/L, quittèrent ce parti plus, l’Équateur brandissait l’étendard de l’anticom-
pour rejoindre le PUNA ou l’UNIMO. À ce moment, munisme, qui était à la mode à ce moment à Kin-
la campagne anti-lumumbiste s’amplifiait et le pré- shasa. D’autre part, l’Équateur avait une tendance
sident du gouvernement provincial prit ouvertement unitariste » (Mokolo 1968 : 76).
position contre Patrice Lumumba. Sous la pression La tentative de sécession de la province de
de l’assemblée provinciale, deux ministres provin- l’Équateur fut, ainsi, vouée à l’échec, en raison du
ciaux membres du MNC/L furent révoqués pour rôle particulier des acteurs originaires de l’Équa-
« actions subversives ». teur dans les instances politiques à Léopoldville :
ils y étaient confortablement installés dans les ins-
2.5. TENDANCES SÉCESSIONISTES DE LA PROVINCE titutions centrales et n’entendaient pas perdre leurs
DE L’ÉQUATEUR assises électorales par un éventuel fractionnement
de leur province d’origine. Mais l’entente entre eux
Dès la proclamation de l’indépendance du fut néanmoins rompue et les germes de la désinté-
Congo, l’idée de l’éclatement, ou de la séparation, de gration apparurent.
la province de l’Équateur se traduisit par deux pro- La stabilité de la province de l’Équateur fut, dès
jets : celui de la création d’un « État mongo », d’abord, lors, conditionnée à la représentation équilibrée des
celui de la création d’une « République autonome de délégués provinciaux au sein du microcosme urbain
l’Équateur », ensuite. Le premier projet était soutenu, (Mokolo 1968). Pour y parvenir, plusieurs cénacles
à Coquilhatville, par les élites mongo frustrées qui se penchèrent sur la modification des structures
revendiquaient la création d’un « État mongo » ; le politiques du Congo. Diverses réunions eurent lieu.
second l’était, à Léopoldville, par Jean Bolikango, qui, Le congrès de l’ethnie mongo à Boende (du 13 au
n’ayant pas réussi à obtenir les postes qu’il convoi- 15  janvier  1961), présidé par Paul Bolya, se clôtura
tait au niveau central, revendiquait la séparation de par une « motion du peuple mongo sur la scission de
la province de l’Équateur pour en devenir le chef de la province de l’Équateur » et la création d’un « État
l’État25. fédéré mongo ».
Le congrès de Gemena (du 21 au 24 janvier 1961),
sous la direction du PUNA, réunit les représentants
25  Sur le contenu de ces deux projets, se référer à E. Mokolo wa des territoires des deux districts de la Mongala et
Mpombo (1968 : 72-75). de l’Ubangi, de Bolobo, Lukolela, Bikoro, Basoko et

191
MONGALA

Yahuma. Son but était l’adoption d’un point de vue Congo. L’invitation fut adressée aux leaders, non pas
commun par le peuple mongala lors de la future via les partis politiques, mais directement par le biais
Table ronde et la nécessité du maintien de l’unité de des groupes ethniques. L’Équateur fut représenté par
la province de l’Équateur. Le congrès recommanda quatre partis politiques (Nord-PUNA, Association
la forme fédérale pour la structure du Congo. L’État ngbaka Minangende/Bangi, PNP/MEDERCO, Sud/
fédéral devait être dirigé par le Conseil des chefs UNIMO) et par cinq représentants du gouverne-
d’État. ment, soit au total 50 délégués. Dans son discours
Le congrès de Gemena ne semble pas s’être pro- d’ouverture, Joseph Kasa-Vubu déclara que les limites
noncé contre la scission de la province de l’Équateur. artificielles des provinces ne tenaient pas suffisam-
Il voulut même la voir s’agrandir en y intégrant les ment compte des réalités congolaises et qu’il était
régions des provinces de Léopoldville et de la Pro- nécessaire de créer de nouvelles entités provinciales.
vince-Orientale habitées par les Bangala. Toutefois, Fait significatif, c’est durant cette conférence
il ne se montra pas opposé à la division de la pro- qu’apparut et que se développa un désaccord au
vince exigée par l’UNIMO, si cela pouvait éviter sein du bloc Nord-Équateur. Les délégués du Nord
les conflits. Il exigea cependant comme préalables de l’Équateur optèrent pour l’unité des districts de
la neutralité de la ville de Coquilathville et la réso- la Mongala et de l’Ubangi, mais Anekonzapa et
lution des problèmes des nouvelles frontières ainsi Lumanza (tous deux représentants de l’Ubangi) ten-
que celle des problèmes de dénomination et de tèrent de soutenir la séparation de ces deux districts.
structure politico-administrative dans la partie sud Ce différend affaiblit le projet d’un État confédéral
de l’Équateur. Dans cette optique, le congrès mit au du Congo-Ubangi et le mit, dès lors, en échec.
point un projet de Constitution de l’« État fédéral du À la conférence de Tananarive (mars  1961), la
Congo-Ubangi ». tentation de promouvoir l’établissement de 16 répu-
Le principe de la scission de la province de l’Équa- bliques souveraines et indépendantes représentait,
teur ayant été admis, le congrès de Gemena entreprit écrit François Perin, une forme de « katanguisme
de déterminer la structure politique et adminis- généralisé » (Perin 1961 : 287).
trative de l’État du Congo-Ubangi. Cet État devait À la conférence de Coquilhatville (avril-mai 1961),
regrouper les districts de la Mongala et de l’Ubangi, dix-huit délégations représentèrent les lignes géné-
ainsi que certains territoires bangala faisant partie rales de la division en futures provinces. Le projet
des districts du Haut-Congo, de l’Équateur et du d’un État confédéral du Congo-Ubangi échoua, suite
lac Léopold II. Le chef-lieu serait fixé à Gemena. à la proposition de deux acteurs des districts de la
L’État serait divisé en deux départements (Lisala et Mongala et de l’Ubangi. Les principaux représen-
Gemena) dirigés, chacun, par un chef de départe- tants de la province de l’Équateur à cette conférence
ment ayant le statut de fonctionnaire. Les départe- étaient : Bolikango, Eketebi, Monote et Dondo parti-
ments seraient divisés en arrondissements (au total sans de l’« État du Congo-Ubangi » ; Ndjoku, Fumu,
15) remplaçant les anciens territoires ; chaque arron- Engulu, Bokanga partisans de l’« État mongo » ;
dissement serait dirigé par un chef d’arrondissement Denge, Anekonzapa, Litho et Lumanza partisans de
et un conseil d’arrondissement ; les échelons de base l’« État de l’Ubangi ». Ainsi donc, si, avant la confé-
de la structure territoriale seraient les communes et rence, la tendance était de diviser la province de
les groupements. l’Équateur en deux entités : le Nord (Ngombe) et le
Le 19  mars  1961, au cours de la réunion des Sud (Mongo), au cours de celle-ci, des divergences
parlementaires nationaux à Léopoldville, un pro- dans le bloc Nord entraînèrent l’idée de l’instaura-
jet de gouvernement fut élaboré : Jean Bolikango tion de trois États souverains : l’État mongo, l’État
(Ngombe) fut désigné chef de l’État et Michel Denge de l’Ubangi (défendu par Anekonzapa en vue de
(Ngbaka) vice-président ; Laurent Eketebi (Ngombe) mettre en échec « les tentatives des leaders bangala
fut choisi comme Premier ministre et Dombo Tha- de vouloir dominer les populations soudanaises de
dée (Ngbandi) comme vice-Premier ministre. Il fut l’Ubangi ») et l’État du Congo-Ubangi.
tenu compte autant que possible de la représentation Se sentant affaiblis par la division de leur camp,
des ethnies au sein du gouvernement. les partisans de la fusion des districts de l’Ubangi et
La pré-conférence de Léopoldville (du 25  jan- de la Mongala en un seul État menèrent l’offensive
vier au 16  février), présidée par Joseph Iléo, avait contre les tenants de l’État de l’Ubangi. Ils rédigèrent
pour objectif la réforme des structures politiques du la « motion des élus et notables de l’Oubangui » du

192
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

2.6. LES DÉCOUPAGES TERRITORIAUX DE LA PROVINCE


DE L’ÉQUATEUR

Répondant aux exigences de la loi du 27 avril 1962


relative aux critères de création de nouvelles entités
administratives, la province de l’Équateur fut divi-
sée en trois nouvelles provinces : la province de la
Cuvette-Centrale et la province de l’Ubangi d’abord,
puis la province du Moyen-Congo ensuite.
La province de la Cuvette-Centrale, avec Coquil-
hatville pour chef-lieu, et la province de l’Ubangi,
avec Gemena pour chef-lieu, furent créées le
14  août  1962. La province du Moyen-Congo, avec
Lisala pour chef-lieu, le sera le 5 février 1963.

3. LA MONGALA DANS LA PROVINCE


DU MOYEN-CONGO : 1963-1966
Carte des nouvelles provinces, 1962.
Carte réalisée par la coordination du projet.
3.1. MISE EN PLACE DES INSTITUTIONS
23 mai 1961 déposée au bureau de la conférence de Le démembrement de l’ancienne province de
Coquilhatville. l’Équateur ne se fit pas sans problèmes. Le premier
Finalement, le Gouvernement central décida de consistait en la délimitation des nouvelles provinces.
créer vingt et une provinces à partir d’août  1962. Les provinces de la Cuvette-Centrale et de l’Ubangi
Dans sa déclaration inaugurale du 2  août  1961, le furent créées le 14 août 1962. La loi portant création
Premier ministre Cyrille Adoula promit que le Gou- de la province du Moyen-Congo fut promulguée
vernement prendrait les mesures nécessaires pour le 5  février  1963. La province regroupait les terri-
permettre à chaque région d’être administrée selon toires de Bomongo, Lisala et Bumba, les territoires
ses aspirations profondes, et envisagea immédiate- de Kungu, Budjala et Businga, amputés des régions
ment les révisions constitutionnelles pour la réalisa- ngbaka et mbanza, le secteur Gombalo dans le terri-
tion de cet objectif. toire de Basankusu, les secteurs Bolomba, Diyanga et
Devant la multitude des prétentions exprimées Mampoko dans le territoire de Bolomba, les régions
par les divers politiciens qui ambitionnaient d’être les ngombe du territoire de Bongandanga, les régions de
porte-parole légitimes des divers groupes, il fut diffi- Bolobo-Yumbi dans le territoire de Mushie, Lukolela
cile de définir les critères et les procédures à observer. dans le territoire de Bikoro, alors que le territoire
Trois critères furent néanmoins retenus pour créer de Banzyville devait faire l’objet d’un référendum
une nouvelle province : a) une population de 700 000 (Mokolo 1968 : 88).
habitants ; b) sa viabilité économique ; c) une péti- Le noyau central de la province du Moyen-Congo
tion introduite par les deux tiers des députés provin- était donc composé en majeure partie du district de
ciaux et nationaux appartenant à la région proposée la Mongala. Ensuite, les populations ngombe ainsi
pour en faire une province (Young 1968 : 331). Un que tous les Riverains relevant de l’ancien district
référendum était prévu en cas de contestation. de l’Équateur (territoires de Bomongo, Bolomba
Ce furent généralement les considérations ethno- et Basankusu) ou de l’Ubangi (Kungu et Budjala)
politiques qui furent mises en avant pour la création furent rattachés au Moyen-Congo pour des raisons
des provinces en Équateur, mais on ne tarda pas, ethniques (les Ngombe) ou pour des raisons histo-
alors, à se rendre compte de l’ambiguïté de la notion riques (les Riverains ayant appartenu au district des
d’ethnie, notamment en ce qui concerne la province Bangala). Les Riverains de Lukolela faisant partie du
de l’Ubangi, qui comptait plusieurs peuples. Dans ce territoire de Bikoro (Mpama, Banunu et Losakani)
cas, les limites des anciens districts furent particuliè- avaient aussi souhaité, pour des raisons historiques,
rement difficiles à respecter. être rattachés au Moyen-Congo. Il en fut de même

193
MONGALA

pour les Bobangi de la région Bolobo-Yumbi. les séances de l’assemblée et retardèrent la mise en
Le territoire du fleuve au sud de Coquilhat- place du gouvernement et du bureau de l’assemblée
ville (Mbandaka), notamment celui de Lukolela, elle-même.
fut une source de disputes entre le Moyen-Congo La dernière difficulté fut le résultat des ambitions
et la Cuvette-Centrale. La région des Ngombe et personnelles qui animaient les nombreux préten-
des riverains de la Haute Ngiri, relevant de Kungu dants aux postes, étant donné la nécessité de former
et de Budjala, fut aussi une source de conflits entre un gouvernement d’union auquel auraient participé
l’Ubangi et le Moyen-Congo. Les régions ngombe les représentants de toutes les entités administra-
des territoires de Bolomba et Basankusu rattachées tives. Tous ces jeux de pouvoir impliquant les lea-
antérieurement à la province de la Cuvette-Centrale ders locaux et surtout nationaux, ne facilitèrent pas
furent aussi revendiquées par les Mongo. l’aboutissement rapide des négociations.
Il est à souligner que les hommes politiques furent C’est ainsi que de septembre 1962 à juillet 1963,
les seuls à fixer les frontières, sans se référer aux popu- trois sessions extraordinaires durent être organisées
lations qu’ils prétendaient représenter. C’est à Léo- à Binga, Bosondjo et Lisala pour tenter de réconci-
poldville que se joua le jeu des alliances. Les Mongo lier les élus de Bumba et ceux d’autres territoires.
ayant rejeté tous ceux qui étaient étrangers à leur ter-
ritoire et à leur culture, tous les autres essayèrent de
se regrouper autour du Liboke lya Bangala. Les rai-
3.2. SESSION EXTRAORDINAIRE DE BINGA :
sons ethniques poussèrent les Ngombe à se regrou-
SEPTEMBRE 1962
per autour du noyau central qui était à Lisala. Les Cette première session extraordinaire de l’assem-
riverains les suivirent pour des raisons linguistiques blée du Moyen-Congo existant de fait, s’ouvrit le
et historiques. Ils avaient, en effet, en commun avec 12 septembre 1962 dans un bâtiment de la plantation
les Ngombe et les Budja, l’usage de la langue lingala de Binga. Son but était de bannir le tribalisme des
et l’appartenance au district des Bangala, fondement travaux des conseillers provinciaux afin qu’ensemble
de leur ethnicité ou de leur « nouvelle identité » for- ils arrivent à gérer la province. Les six élus de Bumba,
gée depuis le début de la colonisation (Young 1968 ; Andende, Ekongo, Elipa, Engwanda, Mandoki et
Mumbanza 2008). Beaucoup de leaders se connais- Mombila, refusèrent de siéger à Binga. L’assemblée
saient aussi pour avoir étudié dans les mêmes écoles composa son bureau de la manière suivante :
dans le vicariat apostolique de Lisala.
Mais les contestations furent le fait de ces mêmes Tableau 10.7.  Composition du bureau de l’assemblée
hommes politiques qui se rendaient compte que les provinciale du Moyen-Congo : septembre 1962.
critères évoqués n’étaient pas toujours une solution
Territoire
à leurs propres intérêts économiques et politiques. Nom Fonction
représenté
Ainsi, les Mongo s’accrochèrent aux populations de
Ekoko Louis Président Bomongo
Lukolela qui ne partagaient ni leur langue ni leur
culture. De même, les Ngbaka de Gemena ne vou- Mopiti 1 vice-président
er 
Bikoro (Mpama
laient pas céder les régions ngombe et riveraines Barthélémy de Lukolela)
de Kungu et de Budjala. Les territoires de Businga Nzemo Alberta 2e vice-président Lisala
et de Banzyville, peuplés de Ngbandi et de Mbanza, Gake Jules Secrétaire Budjala
et qui faisaient partie du district de la Mongala, se Bopeso Jacques Secrétaire Bomongo
détachèrent facilement du bloc ngombe-budja pour a
Tué en août-septembre 1964 par les Simba avec l’appui
rejoindre l’Ubangi. de la population.
Sur le plan interne, les liens supra-ethniques s’avé- Source : Willame (1965 : 38).
raient fragiles. Certains groupes budja, membres du
parti politique UNIDA (Union Dua – Aruwimi- Avec les représentants de Budjala et Bikoro, le
Itimbiri), préféraient cette base ethnique, qui pou- Moyen-Congo voulait renforcer ses positions dans
vait leur permettre de fonder leur propre province, les territoires contestés par ses voisins de la Cuvette-
au lieu d’une base linguistique et historique qui les Centrale et de l’Ubangi.
rattachait aux Ngombe. Cette tendance fugitive pesa Le 14  septembre, furent déposées les candida-
lourdement sur l’organisation de la province. Sous tures pour le gouvernement provincial du Moyen-
divers prétextes, les élus de Bumba boycottèrent Congo. Laurent-Gabriel Eketebi, ancien gouverneur

194
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

de l’Équateur, se présenta seul à la présidence et fut 3.3. SESSION EXTRAORDINAIRE DE BOSONDJO :


proclamé président du gouvernement provincial du AVRIL 1963
Moyen-Congo. Les conseillers abordèrent ensuite
l’élection de neuf ministres. Il fut convenu que chaque Le 3  mars  1963, un mois après la promulgation
territoire serait représenté par un seul ministre, à de la loi créant la province, le ministre de l’Intérieur
l’exception du territoire de Bumba qui aurait droit à du Gouvernement central, Cléophas Kamitatu, réunit
deux portefeuilles, afin d’apaiser la tension dans cette les conseillers provinciaux dans une localité située à
région. Il y eut au total trente-sept candidats. Mais la 30 km de la frontière des territoires de Lisala et Bumba.
liste définitive des ministres avait déjà été arrêtée par Durant la séance, Cléophas Kamitatu exhorta
les conseillers, dans le cadre de leur territoire ; le vote les deux parties à la réconciliation et demanda aux
ne fut plus qu’une simple formalité. conseillers de Bumba des explications sur les motifs
de leur attitude. Ceux-ci donnèrent comme condi-
Tableau 10.8.  Composition du gouvernement provincial tion sine qua none de leur participation au gou-
du Moyen-Congo en septembre 1962.
vernement du Moyen-Congo le déplacement de la
Noms Territoires représentés capitale à Bumba. Ils exigèrent, en outre, trois minis-
Eketebi Laurent Lisala tères : Intérieur, Agriculture, Affaires économiques
Ngwenza Antoine Bongandanga
et Présidence. Mais immédiatement, le conseiller
Engwanda de Bumba se montra hostile à toute col-
Libengelo François Kungu
laboration avec les Ngombe et réclama l’érection de
Nzenze Denis Lisala Bumba en région autonome. Face à l’intransigeance
Samoudzou Charles Bumba des sept conseillers de Bumba, le ministre de l’Inté-
Bobanga Armand Lukolela rieur leur donna un délai de trois jours afin qu’ils
Kandoni Célestin Bolomba puissent se décider. Commencée à 21 h, la réunion
se clôtura à 3 h du matin sans aucun compromis.
Engwongolo M. Basankusu
C’est ainsi qu’une session extraordinaire d’instal-
Mosange Jules Budjala lation des institutions fut prévue pour le 1er  avril à
Bolongwa Élie Bomongo Bosondjo. Mais celle-ci n’eut lieu que le 19 avril, en
Source : Willame (1965 : 39). présence de 19 conseillers sur 26.
L’élection du bureau donna les résultats tels que
Deux portefeuilles restèrent vacants pour les présentés dans le tableau 10.9.
territoires de Banzyville et de Bumba. Le territoire Le président Raphaël Nasena, qui avait remplacé
de Lisala s’arrogea deux portefeuilles, dont la prési- Louis Ekoko, venait, certes, de Léopoldville, mais il
dence du gouvernement. Clôturée le même jour, la était originaire du territoire de Kungu, groupement
session fut qualifiée à Léopoldville de congrès pré- Monia. (C’est donc une erreur de le présenter comme
paratoire à l’installation administrative et gouverne- représentant de Léopoldville.)
mentale de la future province de la Mongala. Mais le Les conseillers procédèrent ensuite à l’élection de
5 novembre 1962, le chef de l’État signa une ordon- l’équipe gouvernementale, dont la composition est
nance soumettant le Moyen-Congo à l’état d’exception. proposée dans le tableau 10.10.

Tableau 10.9.  Composition du bureau de l’assemblée du Moyen-Congo : avril 1963.

Noms Appartenance ethnique Fonctions Territoires représentés


Ewaku
Nasena Raphaël Président (Léopoldville) Kungu
Gens d’eau
Mopiti Barthélémy Banunu 1er vice-président Lukolela
Mombanga T. 2 vice-président
e 
Businga
Gake Jules Secrétaire Budjala
Bopeso Jacques Dzamba (Gens d’eau) Secrétaire Bomongo
Ebambe Michel Ngombe Secrétaire Bongandanga
Source : Willame (1965 : 41).

195
MONGALA

Tableau 10.10.  Composition du gouvernement provincial Tableau 10.11.  Composition du gouvernement de Bumba
du Moyen-Congo (avril 1963). (avril 1962).

Territoires Nom Portefeuille


Noms Fonctions
représentés
Akundji Denis Président
Président ;
Eketebi  Lifungula Jean-
Fonction Lisala Ministre de l’Intérieur
Laurent Gabriel Lambert
publique
Aimba André Ministre des Finances
Samoudzou Vice-président ;
Bumba Amisi Valentin Ministre de l’Économie
Charles Intérieur
Ministre des Dencks Léopold Ministre de l’Agriculture
Adula Jean- Travaux publics, Luango V. Ministre de l’Enseignement
Budjala
Daniel Transports, Ministre des Travaux publics
Communication Apindia Antoine
et Mines
Ministre de Ministre de la Santé
Bolongwa Élie Bomongo Matumbu C.
l’Agriculture publique
Ministre des Ministre des PTT
Lieke Égide PTT ; Affaires Bumba Bula Gérard
et de l’Information
foncières
Ministre des Affaires
Libengelo Ministre de Masumbuku
Kungu sociales
François l’Enseignement
Ministre de la Justice et
Ministre de Atundu Luc Véron
de la Fonction publique
l’Information ;
Nzenze Denis Lisala Source : Courraf, 29 avril 1963.
Relations inter-
provinciales
Ministre du
Abena Mathieu Travail et des Bongandanga 3.4. SESSION EXTRAORDINAIRE DE LISALA :
Affaires sociales JUILLET 1963
Ministre de la Il fallait donc remédier à ce conflit. Raison
Engwongolo M. Basankusu
Santé
pour laquelle, sur convocation du chef de l’État, fut
Kandoni Ministre de la ouverte une troisième session extraordinaire, en
Bolomba
Célestin Justice juillet 1963, à Lisala, où une accalmie précaire s’ins-
Ministre taura entre les parties en cause. Celle-ci s’ouvrit le
des Affaires 30 juillet en présence de 23 conseillers sur 26. Cette
Likimba Oscar économiques, Bumba session avait été précédée d’une rencontre entre les
Plan et
conseillers de Bumba et de Lisala à Léopoldville où
Coordination
un terrain d’entente avait été trouvé, grâce aux bons
Source : Mokolo (1968 : 105). offices du ministre de l’Intérieur, Cléophas Kamitatu.
Quatre élus de Bumba avaient ainsi rejoint leurs col-
Alors que le territoire de Bumba recevait 3 postes lègues à Lisala.
et Lisala 2, les autres entités territoriales ne reçurent Au cours de cette session, le bureau de l’assem-
chacune qu’un poste. blée du mois d’avril fut complété par l’élection de
Malgré ce compromis trouvé en leur absence, M. Andende comme quatrième secrétaire parlemen-
les conseillers dissidents de Bumba ne furent pas taire, représentant le territoire de Bumba. Quant au
satisfaits. Leur porte-parole Engwanda rejeta « la gouvernement, il présenta son programme d’action,
soi-disant représentativité de Bumba au sein du gou- qui entendait relancer l’économie par les cultures
vernement du Moyen-Congo ». Il ajouta que les trois obligatoires, comme à l’époque coloniale. Il comp-
ressortissants de Bumba incorporés dans le gouverne- tait aussi sur les sociétés agro-industrielles : Plan-
ment ne représentaient que leurs propres personnes. tations Lever au Congo, Société des Cultures au
C’est ainsi que ces conseillers dissidents élirent leur Congo et Société congolaise Bangala (Mokolo 1968 :
propre gouvernement composé comme suit : 106-107).

196
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

3.5. LES CONFLITS ETHNIQUES BUDJA-NGOMBE


ET LEURS CONSÉQUENCES
La réconciliation politique entre les élus de
Bumba et de Lisala fut de très courte durée. Dès le
mois d’août  1963, les députés budja membres de
l’UNIDA reprirent leurs revendications séparatistes.
Dans une pétition à l’Assemblée nationale, le parti
sollicitait la création de la province de l’Itimbiri,
prétendant qu’elle était viable, étant donné sa forte
démographie et ses infrastructures économiques. Il
justifia cette demande surtout par l’attitude hostile
des Ngombe à l’égard des Budja. Cette pétition fut
rejetée par l’Assemblée nationale, qui ne voulait pas Le ministre M. Spaak s’entretenant avec le Premier ministre
revenir sur sa décision fixant les limites de la pro- Adoula dans l’appartement de celui-ci. Cyrille Adoula,
vince du Moyen-Congo. Budja, originaire de Monongo dans le secteur Loeka, était né à
En guise de réaction, l’UNIDA convoqua, au Léopoldville, le 13 septembre 1923. Il fut co-fondateur et premier
vice-président du MNC en 1958. Il devint Premier ministre du
mois de septembre  1963, son congrès, qui s’ouvrit 2 août 1961 à juin 1964. Puis, il devint ministre et ambassadeur
le 25. Le 30  septembre  1963, le Premier ministre sous la 2e République. Il est décédé le 24 mai 1978.
Cyrille Adoula assistait personnellement à la séance (HP.2010.8.1227, collection MRAC Tervuren.)
de clôture. Le congrès insistait sur l’unité du peuple
budja pour sauvegarder ses intérêts. Il dénonça les
attitudes néfastes du gouvernement du Moyen- fait le 6 novembre 1963. Le chef de l’État décréta l’état
Congo à l’égard du peuple budja, en même temps d’urgence et nomma Évariste Lokili commissaire
que la « ngombéisation » de la police, et réaffirma la général extraordinaire. Le président de l’UNIDA,
volonté de détacher le territoire de Bumba de la pro- Gabriel Ekongo, fut nommé commissaire général-
vince du Moyen-Congo. Il apparaît donc ainsi que la adjoint, à la grande satisfaction de tous ses membres
présence de Cyrille Adoula aux côtés des séparatistes (Willame 1965 : 45).
consolida leur élan à mettre à mal le fonctionnement Jusque-là les Budja n’avaient pas encore gagné.
du Moyen-Congo. Les événements qui suivirent à En effet, une fraction importante des Budja était
Bumba jusqu’à la fin de l’année ne furent que des favorable au maintien du territoire de Bumba dans
tentatives pour arriver à cette fin. le Moyen-Congo. Cette fraction militait dans le Parti
Au mois d’octobre 1963, les leaders de l’UNIDA démocratique congolais (PDC), sous la présidence
affirmèrent que les incidents sanglants qui avaient de Denis Akundji. Dénonçant la dérive tribaliste de
lieu à Bumba, entre les jeunesses budja et ngombe, l’UNIDA, Akundji tenta de s’opposer, sans succès, à
nécessitaient l’implication de la gendarmerie locale. la tenue de son congrès, en septembre 1963. Entre-
En réalité, il n’y avait plus de Ngombe à Bumba, car temps, il gagna du terrain en recrutant des membres,
ils avaient tous été chassés au mois de mai. Il s’agis- au point d’imposer le PDC comme troisième force
sait donc d’une provocation de la gendarmerie par politique du Moyen-Congo. Ce parti entra en riva-
les militants de l’UNIDA. La gendarmerie tira des lité avec l’UNIDA dans le territoire de Bumba et
coups de feu en l’air, sans faire de victimes. Les leaders entra aussi en opposition avec le PUNA dans le terri-
budja, dirigeants de l’UNIDA, tenus pour respon- toire de Lisala. La suite des événements fut la consé-
sables, furent arrêtés et conduits à Lisala. Il s’agissait quence de cette lutte à laquelle se livrèrent les trois
des élus provinciaux, Mandoki et Engwanda, ainsi forces politiques.
que de Nicolas Elumbu, président de la jeunesse Les causes profondes de l’antagonisme entre
de l’UNIDA. Après avoir été interrogés, ils furent les Budja et les Ngombe sont résumées ainsi par
libérés et reconduits clandestinement à Bumba, sur Édouard Mokolo :
ordre du magistrat.
Cependant, voulant tirer profit des événements, « Le conflit Budja-Ngombe trouve son origine dans
les membres de l’UNIDA réclamèrent l’instauration la volonté des leaders budja de constituer une entité
immédiate de l’état d’exception à Bumba. Ce qui fut provinciale distincte du Moyen-Congo : l’Aruwimi-

197
MONGALA

Itimbiri ; car estimaient-ils, les Ngombe étaient fon- Le site de Lisala, jugé meilleur que celui de Man-
damentalement hostiles aux Budja et il n’y avait pas kanza, fut choisi pour devenir le chef-lieu du district
de possibilité de cohabitation pacifique. Ce projet des Bangala en 1911, du district du Congo-Ubangi
d’Aruwimi-Itimbiri ayant échoué, les revendications en 1932 et du district de la Mongala en 1956. Les
budja se cristallisèrent autour du problème du siège Ngombe étaient totalement étrangers à ce choix. Pour
des institutions provinciales du Moyen-Congo. C’est les mêmes raisons, la mission Saint-Hermès de Lisala
ainsi qu’avant la mise en place des institutions, les lea- fut choisie pour devenir le siège du vicariat aposto-
ders budja posèrent comme conditions sine qua non de lique de Lisala en 1936, à la place de Nouvelle-Anvers.
leur participation au gouvernement du Moyen-Congo, La multiplication des missions catholiques autour de
le déplacement de la capitale de Lisala à Bumba ; ils Lisala et des écoles moyennes transforma la terre des
exigèrent en plus la présidence du gouvernement pro- Ngombe en un véritable foyer intellectuel et cultu-
vincial et 3 portefeuilles ministériels (Intérieur, Agri- rel. Les enfants budja, ngbandi, ngbaka et Gens d’eau
culture et Affaires économiques). Mais les Ngombe ne étaient tous obligés de s’y rendre et de faire connais-
voulurent point céder la présidence du gouvernement sance avec les autres peuples. À la fin des années 1950
et l’emplacement du chef-lieu ; ils proposèrent en plus et au début des années 1960, aucune opposition n’était
des portefeuilles réclamés par les Budja la vice-prési- ressentie entre les jeunes Budja et Ngombe.
dence du gouvernement. Bumba maintint sa position Favorisés par la proximité des écoles, les Ngombe
et en avril 1963, ses élus rejetèrent le gouvernement du instruits furent, certes, plus nombreux et purent
Moyen-Congo » (Mokolo 1968 : 116). occuper les postes importants dans l’Administration
à travers le district, dans l’enseignement à travers le
Il convient cependant de s’interroger sur les sou- vicariat et dans les services de santé. Ils furent aussi
bassements de ce conflit ethnique qui surgit dès la nombreux parmi les cadres de la police et des socié-
création de la province du Moyen-Congo, en 1962, et tés privées. Les Budja ne furent pas rejetés par les
qui paralysa pendant longtemps le fonctionnement missionnaires, malgré leur farouche opposition à
des institutions provinciales et sur les raisons pour la colonisation au début du XXe  siècle. Ils avaient
lesquelles il ne prit fin qu’en juin 1964. Jean-Médard des élites formées dans les mêmes écoles que les
Bokongo remarque à ce sujet : « Rien ne prédestinait Ngombe. Les inégalités n’étaient pas criantes, mais
la province du Moyen-Congo à devenir un champ de les Ngombe étant plus nombreux ; en conséquence
conflits ethniques qui devait compromettre le succès les Budja craignaient peut-être d’être perdants face à
de l’administration de la province » (Bokongo 1979 : la loi du grand nombre.
539). Il n’y avait en gros que trois groupes ethniques : Les arguments évoqués par les élites budja pour
les Ngombe majoritaires, les Budja et les riverains, refuser de participer à la formation du gouvernement
minoritaires. de la province du Moyen-Congo sont révélateurs de
Le passé précolonial ne peut offrir seul des explica- deux préoccupations importantes. Pour éviter d’être
tions plausibles. Les Budja et les Ngombe ne s’étaient mis en minorité par les Ngombe, ils préféraient ren-
pas affrontés violemment, comme cela avait été le cas forcer leur position en s’associant à leurs frères de
entre les Ngombe et les Ngbandi d’une part, et entre la Dua-Itimbiri-Aruwimi. Comme cela ne semblait
les Ngombe et les Mongo, d’autre part. Les groupes pas se réaliser au niveau national, il fallait renforcer
frontaliers des territoires ngombe et budja s’étaient cette position dans le Moyen-Congo en réclamant
influencés mutuellement du point de vue linguistique le transfert du chef-lieu de la province à Bumba,
et culturel, comme en témoigne le pont installé par les en même temps que la présidence et les trois postes
Bagenza. L’origine des antagonismes serait peut-être ministériels les plus importants. L’autre argument
à rechercher durant l’époque coloniale. Les Ngombe, évoqué était celui des infrastructures économiques,
qui avaient opposé peu de résistance aux colonisa- Bumba constituant un pôle économique important
teurs, étaient devenus, après les riverains du fleuve, avec ses unités agro-industrielles et la production du
leurs principaux collaborateurs. Mais le rôle néfaste riz, mais Lisala n’était pas totalement dépourvu des
qu’ils auraient joué aux côtés des Blancs au cours mêmes ressources.
de la répression des foyers de révolte chez les Budja Quant à savoir qui était alors à l’origine de ces
entre 1898 et 1905 est loin d’être établi. Les Ngombe nouvelles idées, il est difficile de répondre à une
du bassin de la Mongala étaient eux-mêmes soumis telle question. Les députés de Bumba appartenaient
aux corvées imposées par les agents de l’Anversoise. au départ à deux formations nationales, le MNC/

198
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Lumumba et le PUNA. Ceux de Lisala avaient fini Les Ngombe n’étaient pas moins divisés. En
par se ranger derrière le PUNA. C’est en 1962, avec adhérant au PDC, les grands leaders ngombe du
les revendications tribales pour la reconnaissance PUNA, comme Laurent Eketebi, finirent par sabo-
des nouvelles provinces, que les nouvelles idées ter les stratégies mises en œuvre par Jean Bolikango
prirent racine et se développèrent. Les membres du pour faire du PUNA la principale force politique du
MNC n’ayant plus aucun soutien depuis l’assassinat Moyen-Congo, comme autrefois dans la province de
de Lumumba, s’affilièrent à d’autres partis, anciens ou l’Équateur.
nouveaux. Les Ngombe et les riverains, plus concer- Un certain fanatisme, surtout au sein de la jeu-
nés par l’unité des Bangala, semblaient se ranger tous nesse de chaque parti, conduisit aux affrontements
derrière Jean Bolikango et optaient facilement pour déplorables entre Budja et Ngombe. En mai  1963,
le Moyen-Congo. Les militants de base se trouvaient tous les Ngombe furent chassés de Bumba. Les vic-
à Léopoldville et à Lisala. C’est donc à Bumba que times comptèrent de grands responsables comme
naquirent les nouvelles idées séparatistes. Libondo  Joseph, administrateur du territoire de
L’UNIDA (Union Dua-Aruwimi-Itimbiri), asso- Bumba, Ngondombo Maurice, assistant médical à
ciation ethnico-politique, née en 1961, visait le l’hôpital de Bumba et Molengo Antoine, chef du ser-
regroupement de tous les Budja répartis dans les vice vétérinaire (Bokongo 1979 : 537). On ignore si
deux grandes provinces : la province de l’Équateur des mesures réciproques à celles des Budja avaient
et la Province-Orientale. Implantée à Bumba, elle été prises à Lisala, c’est-à-dire, si les Ngombe avaient
exerca une grande influence sur la politique locale et menacé de chasser les Budja vivant à Lisala. Ce qui
pesa lourdement sur le comportement des conseillers est reconnu, c’est que la jeunesse du PUNA essayait
de Bumba dans l’assemblée provinciale de l’Équateur d’interdire par la force la pénétration de la jeunesse
et du Moyen-Congo. du PDC à Lisala. Cela poussa le président du gou-
En 1962, alors que les autres peuples de la Mongala vernement provincial à interdire les activités poli-
cherchaient à obtenir leur province, l’UNIDA tiques des mouvements de jeunesse des partis dans
encourageait la création de la province de l’Aruwimi- l’ensemble de la province (Mokolo 1968 : 118).
Itimbiri, englobant le territoire de Bumba. Ces Tel est le contexte dans lequel se passèrent les
idées furent défendues jusqu’en décembre 1963. Or intrigues politiques qui pénalisèrent la province,
comme évoqué ci-dessus, Cyrille Adoula soutenait sans que ses élus et ses leaders ne s’en rendent compte
les idées des membres de l’UNIDA et les stratégies pour réagir positivement. Lors des nombreuses ren-
mises en place sur le plan local étaient soit suggérées contres visant la réconciliation, ils ne prirent aucune
d’en haut, soit appuyées par le Premier ministre. Il initiative patriotique destinée à sauver la province.
n’est pas exclu que cette attitude du Premier ministre, Nombre de ces hommes étaient nouveaux, et cher-
originaire de Bumba, soit une réaction directe à celle chaient probablement à occuper une place de choix
de Jean Bolikango, président du PUNA et originaire dans les institutions provinciales du Moyen-Congo.
de Lisala, qui voulait entraîner son parti dans l’op- Les difficultés étaient réelles, compte tenu de leur
position au gouvernement Adoula. Cette attitude niveau d’instruction, de pouvoir relever le défi.
personnelle de Jean Bolikango fut d’ailleurs à la base Dans les premières équipes, tant au gouvernement
de la création du PDC, une dissidence du PUNA, le qu’à l’assemblée, avaient surtout été reconduits les
8  novembre  1961 à Léopoldville. Chose curieuse, hommes ayant acquis une certaine expérience à
c’est à ce moment que naquit l’UNIDA (Mokolo Coquilhatville. Quelques modifications avaient été
1968 : 114-115). apportées dans la seconde équipe. La troisième, for-
Ce qui est important, c’est de constater que tous mée après la chute du gouvernement Eketebi, fut
les Budja n’étaient pas toujours d’accord avec la poli- composée complètement d’hommes nouveaux. C’est
tique des membres de l’UNIDA. C’est ainsi que les ainsi qu’eut lieu le renversement des forces politiques
membres du PDC devenus plus modérés avaient et le triomphe des députés budja.
essayé de s’opposer aux idées extrémistes et triba-
listes de l’UNIDA. Les incidents de septembre 1963
au moment de la tenue du congrès de l’UNIDA
illustrent cette lutte interne parmi les élites budja. Les
principaux leaders de l’UNIDA furent Engwanda,
Ekongo, Genge, Ebunde et Mondoki.

199
MONGALA

4. LA MODIFICATION DE L’ÉQUILIBRE DES FORCES Tableau 10.12.  Composition du gouvernement


du Moyen-Congo (janvier 1964)
POLITIQUES ET LE TRIOMPHE DES DÉPUTÉS
DE BUMBA Nom Fonction Territoire
Président et
Eketebi
4.1. LA DÉCAPITATION DU PUNA ET LA MONTÉE Laurent-Gabriel
ministre de la Lisala
DU PDC DANS LE GOUVERNEMENT PROVINCIAL Fonction publique
Vice-président,
C’est dans le camp des Ngombe de Lisala, dominé ministre de
Samoudzou
jusque-là par le PUNA, que les intérêts personnels l’Information Bumba
Charles
semèrent les germes de la division qui furent à la base et des Affaires
du déclin. En décembre 1963, Laurent Eketebi, pré- culturelles
sident provincial et leader du PUNA, quitta le parti Ministre de
pour rejoindre le PDC. La nature des problèmes Libengelo  l’Intérieur, de
Kungu
personnels qu’il avait avec le président national, François l’Éducation et de la
Jean Bolikango, n’est pas connue, mais un fossé réel Culture
s’était creusé entre eux, sans doute parce qu’il vou- Ministre de la
Nzenze Denis Lisala
lait éviter une présence trop importante du président Santé publique
national. D’autre part, il voulait peut-être profiter de Ministre des
Bobanga
la position privilégiée qu’occupait, à ce moment-là, Finances, Plan et Yumbi
Armand
Jérôme Anany, ministre de la Défense du Gouverne- Développement
ment central et président du PDC. Espérait-il, grâce Ministre du
à lui, mettre fin aux nombreux incidents, à l’intérieur Travail, Affaires
Abena Mathieu Bongandanga
de la province du Moyen-Congo comme aux fron- sociales, Jeunesse
tières de celle-ci ? Certains de ses ministres le sui- et Sports
virent dans sa démarche et, pour se débarrasser des Ministre
ministres du PUNA, il procéda au remaniement de Likimba Oscar
des Affaires
Bumba
l’équipe, le 19 janvier 1964. Les postes les plus impor- économiques,
tants furent confiés aux membres du PDC : Samoud- Classes moyennes
zou, Libengelo et Bobanga. Engwongolo M. Ministre des PTT Basankusu
Kandoni Ministre de la
Bolomba
4.2. LA RÉACTION DU PUNA : LE CONGRÈS D’AMITIÉ Célestin Justice
(20-27 JANVIER 1963) Ministre des
Adula Jean-
T.P. et des Budjala
Une telle attitude hostile à l’égard du PUNA ne Daniel
Communications
pouvait plaire ni à son président, Jean Bolikango, Ministre de
ni aux autres membres du parti. Ces derniers déci- Bolongwa Élie Bomongo
l’Agriculture
dèrent d’organiser le congrès du parti à l’endroit
Ministre des
même où il était né, c’est-à-dire à Lisala. Il s’agissait Affaires foncières
d’essayer d’aborder toutes les questions brûlantes Lieke Égide Bumba
et des Relations
de l’heure : restructurer le parti et parvenir à l’ami- interprovinciales
tié avec les autres partis fonctionnant dans le même
Source : Mokolo (1968 : 119).
espace. Édouard Mokolo résume les objectifs pour-
suivis en ces termes :
UNMOCO. Mais en dernière minute, le PDC refusa de
« Le Congrès se proposait de rénover les cadres du participer au congrès, participation qui aurait signifié
parti, de redéfinir le parti en fonction des réalités un aveu implicite de sa part de la toute-puissance du
nouvelles et de refaire l’unité des Bangala fortement PUNA » (Mokolo 1968 : 120).
ébranlée par les rivalités des principaux leaders ; il
fallait donc fournir de nouvelles armes en vue de la Prévu du 20 au 26, ce congrès fut interdit dès
bataille électorale. Le PUNA avait invité tous les Ban- le 15  janvier par le gouvernement provincial,
gala œuvrant dans les partis PUNA, PDC, UNIDA et « si Adoula, Anany et leurs groupes respectifs ne

200
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

participaient pas audit congrès ». À part les membres quement, le président Laurent Eketebi entra même
du comité national du PUNA, Bolikango, Molebe, en conflit avec certains membres de son gouver-
Mabita et Nkumu, arrivés le 20 janvier, les autres lea- nement. Le pourrissement de la situation politique
ders furent absents. Le gouvernement brandit alors inquiéta surtout Charles Samoudzou, vice-président
l’interdiction du congrès. Jérôme Anany, qui s’était du gouvernement, qui demanda l’intervention du
rendu personnellement à Lisala le 23 janvier, avec les Gouvernement central. Ce fut le moment choisi
membres du comité de son parti, déclina finalement par le bloc de Bumba pour en finir avec l’ancienne
l’offre du PUNA. équipe et mettre en place un nouveau gouvernement
Malgré cette interdiction, Jean Bolikango, qui provincial.
prétendit avoir reçu l’aval du Premier ministre
Cyrille Adoula ouvrit le congrès, le vendredi 24 jan- 4.3. LA CHUTE DU GOUVERNEMENT EKETEBI
vier 1964. Les travaux se déroulèrent normalement (JUIN 1964)
jusqu’au dimanche 26 janvier 1964, jour prévu pour
la clôture. C’est alors qu’éclatèrent des incidents entre Le 1er mars 1964, M. Debatty, magistrat au Parquet
les congressistes et la gendarmerie, qui voulait dis- général de Léopoldville, arriva à Lisala pour enquê-
perser la foule. Face à l’opposition, elle ouvrit le feu ter sur les événements des 26 et 27  janvier  1964.
et tua 19 congressistes, dont le chef du centre extra- Dans son rapport, personne ne fut reconnu respon-
coutumier de Lisala. Deux soldats figurèrent parmi sable des incidents, mais la gravité des faits décida
les morts (Willame 1965 : 50 ; Mokolo 1968 : 120). le chef de l’État à décréter l’état d’urgence pour le
Ainsi furent torpillés les résultats positifs vou- Moyen-Congo, le 30  mai  1964. Gaston Diomi fut
lus du congrès, qui avait revu la composition du nommé commissaire général extraordinaire avec,
comité national du PUNA en désignant deux natifs comme commissaires généraux-adjoints, Charles
de Bumba comme membres importants : la première Waza et Josué  Kalondji. L’état d’urgence procé-
vice-présidence était accordée à Cyrille Adoula et dait d’une habile manœuvre politique de la part de
la deuxième vice-présidence à C. Samoudzou. Les Cyrille Adoula et ses hommes.
principaux dirigeants du PUNA, Bolikango, Molebe En effet, déjà le 18 avril 1964, à Léopoldville, les
et Mabita, furent assignés à résidence surveillée, députés de Bumba et ceux de Lisala étaient parve-
puis acheminés à Coquilhatville et à Léopoldville, nus, soudainement, à se réconcilier. Ils s’étaient réu-
sur ordre du commandant de l’Armée nationale nis sous l’égide de Cyrille Adoula, en vue d’examiner
congolaise. « la situation politique de la province du Moyen-
Les deux camps se rejetèrent la responsabilité des Congo, en l’occurrence le renversement du gouver-
incidents. Pour le PUNA, le gouvernement provin- nement Eketebi ». « Tous admirent que la procédure
cial était le seul responsable du massacre. Le gou- de ce renversement ne pouvait réussir que par l’état
vernement, pour sa part, l’attribuait aux dirigeants d’exception préalable, afin de permettre aux députés
du PUNA, qui n’avaient pas respecté la loi. Pour de siéger en toute liberté » (Ibid. : 122).
la population civile, victime de cette tuerie, c’est le Plus important encore, fut le protocole d’accord
gouvernement de Laurent Eketebi qui était le prin- signé entre les élus de Bumba et ceux de Lisala, en
cipal responsable du massacre, de l’arrestation et de l’absence des autres élus du Moyen-Congo, et qui
l’humiliation de Jean Bolikango et d’autres membres avalisait, pour ainsi dire, toutes les exigences de
du PUNA. Ce fut le point de départ du mécontente- l’UNIDA évoquées plus haut. Vu son intérêt, nous
ment qui allait conduire à la chute du gouvernement reproduisons in extenso ce protocole d’accord (voir
Eketebi (Mokolo 1968 : 120-121). page suivante).
Mais les membres du PDC au sein du gouverne- Les représentants du groupe dit de Lisala étaient
ment continuèrent à durcir leur position contre les peu nombreux et ne pouvaient faire le poids face au
membres du PUNA. Le 3 février 1964, le gouverne- groupe de Bumba se trouvant au complet. En outre,
ment suspendit les activités politiques du PUNA sur le fait de refuser de signer le document, montre que
toute l’étendue de la province du Moyen-Congo, l’ac- le conseiller Louis Ekoko n’était pas d’accord avec les
cusant de mener des activités subversives. Au même autres et que le groupe était divisé.
moment, plusieurs agents membres du PUNA furent Les étudiants du Moyen-Congo à Léopoldville
révoqués et expulsés des ministères et de l’assemblée avaient pris aussi une part importante dans la mise
provinciale (Ibid. : 121). Totalement isolé politi- sous tutelle de leur province. Réunis le 15 mai 1964,

201
MONGALA

Protocole d’accord

Soucieux de l’intérêt général de la Province du Moyen-Congo ;


Attendu que les Institutions actuelles de la Province du Moyen-Congo ne reflètent que très imparfaite-
ment les aspirations de la majorité des populations et constituent au contraire un motif de discorde entre
les diverses fractions la composant ;
Considérant qu’il est d’une impérieuse nécessité de satisfaire aux aspirations légitimes des populations
que nous représentons par le renouvellement de toutes les Institutions provinciales ;
Le groupe des conseillers Budja ainsi qu’une majorité du groupe dit « de Lisala », réunis à Léopoldville
le 18 avril 1964, et représentant plus de deux tiers de l’Assemblée du Moyen-Congo, ont arrêté le protocole
d’accord ci-après :
1. les deux Institutions provinciales, en l’occurrence l’Assemblée et le Gouvernement doivent être renou-
velées à la prochaine session ;
2. la présidence de l’Assemblée du Moyen-Congo sera confiée à un membre du groupe dit « de Lisala » ;
3. la Présidence du Gouvernement provincial sera confiée à un candidat présenté par le groupe de Bumba ;
4. le chef-lieu définitif de la Province sera fixé au moment opportun ;
5. les Ministères et Services provinciaux du Gouvernement ainsi que le Bureau de l’Assemblée fonction-
neront par moitié à Bumba et à Lisala ;
6. une session extraordinaire devra être convoquée à Yandongi pour le 1er mai 1964 afin de procéder au
renouvellement des Institutions ;
7. l’état d’exception décrété au territoire de Bumba dans ses limites au 30 juin 1960 sera maintenu jusqu’à
ce que les rapports entre Bumba et Lisala redeviennent normaux ;
8. en cas de la non-observation des accords ci-dessus jusqu’aux prochaines élections législatives, le groupe
de Bumba se réserve la faculté de renoncer aux présents engagements et reprendra le cas échéant sa
liberté d’action.

Fait à Léopoldville, le 18 avril 1964.


Par mandat pour le groupe de Lisala Le groupe de Bumba
Sé Nzemo A. Sé Mandoki C. Mombila L.
Esulu G. Engwanda A. Mombanga T. H.
Dhe W. Ekongo G. Ebunde M.
Pas signé Ekoko L. Ambena M. Andende O.
Sé Ebambe M. Misiso J. Elipa G.
Source : Mokolo (1968 : 214).

« après analyse de la situation de leur province et qui paraissait être un grand soutien d’Eketebi. « Le
sans pression, ils exigèrent l’état d’exception et la 15 juin, tous les ministres du gouvernement furent
neutralisation du gouvernement provincial » (Ibid. : déposés pour avoir signé la réquisition autorisant les
122). L’état d’exception au Moyen-Congo fut décrété massacres du 26 et 27 janvier 1964 » à Lisala. « Seul,
le 30 mai 1964, comme déjà indiqué plus haut. le président Eketebi échappa momentanément
Dès le 1er  juin  1964 la machine de la nouvelle au vote de défiance, à cause du soutien du groupe
coalition Bumba-Lisala se mit en marche. Tous les des Gens d’eau (territoires de Bomongo et Lisala) »
conseillers de Bumba étaient là pour la première (Ibid. : 122-123).
fois, et l’assemblée se réunit en session ordinaire. Le Le 21  juin, une session extraordinaire s’ouvrit à
nouveau président de l’assemblée fut élu ; il s’agis- Yandongi, dans le territoire de Bumba, conformé-
sait d’Albert Nzemo, du groupe de Lisala et grand ment aux accords de Léopoldville. Craignant une
négociateur de l’accord de Léopoldville. Il remplaça ruse de la part des Budja, les conseillers des Gens
Raphaël Nasena, du groupe riverain de la Ngiri, d’eau refusèrent de se rendre à Yandongi sans protec-

202
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

tion ; celle-ci fut accordée par le commissaire géné- d’être désavoué par le PDC, son parti, le 16 juin 1964.
ral-adjoint Josué Kalondji. L’assemblée constitua son C’est sans doute pour cette raison qu’il fut obligé de
bureau (tableau 10.13). respecter la capitulation du groupe de Lisala face au
groupe de Bumba.
Tableau 10.13.  Composition du bureau de l’assemblée Après la composition de son bureau, l’assemblée
provinciale du Moyen-Congo (juin 1964).
examina la motion contre le président Eketebi. 
Nom Fonction Territoire Parti
« Les auteurs de la motion présentèrent comme négatif le
Nzemo Président Lisala - bilan des activités : politique de haine, politique partisane
Albert et discriminatoire, absence d’organisation, carence d’un
Mombanga  1er vice- Businga/Bumba PUNA programme gouvernemental efficace, utilisation des
Tharcisse président fonds publics à des fins personnelles, encouragement de
Ekongo 2e vice- Bumba UNIDA la corruption, conflit entre Bumba et Lisala et surtout la
Gabriel président responsabilité gouvernementale dans les incidents des 26
et 27 janvier 1964 à Lisala » (Ibid. : 123-124).
Andende Secrétaire Bumba UNIDA
Oscar
Des telles accusations ne pouvaient conduire qu’à
Ebambe Secrétaire Bongandanga PUNA
la destitution de Laurent Eketebi.
Michel
Gake Jules Secrétaire Budjala PUNA
4.4. ÉLECTION DU GOUVERNEMENT ENGWANDA :
Modaya  Secrétaire ? PUNA JUIN 1964
Honoré
Sources : Willame (1965 : 56) ; Mokolo (1968 : 123). L’élection du nouveau gouvernement se fit, une
fois de plus, conformément aux accords de Léopold-
Les conseillers originaires du territoire de Bumba ville. La candidature de Mobe, du groupe de Lisala,
obtinrent trois postes, les deux vice-présidences et le fut écartée en évoquant le prescrit de l’accord. Puis
secrétariat. Le président de l’assemblée, qui obtint le l’assemblée élut le porte-parole du groupe Budja,
poste conformément aux accords de Léopoldville, Augustin Engwanda, un opposant à Charles Samou-
était presque sans appui à Lisala. Il venait, en effet, dzou, tous deux originaires de Bumba.

Tableau 10.14.  Composition du gouvernement provincial de juin 1964.

Nom Fonction Territoire Parti


Engwanda Augustin Président, Fonction publique Bumba UNIDA
Vice-Président, Affaires
Molebe Joseph Bomongo PUNA
intérieures
Elipa Gabriel Finances Bumba MNC/L
Keta Léopold Justice Bongandanga PUNA
Affaires économiques et
Samoudzou Charles Bumba PUNA
Classes moyennes
Apindia Antoine Agriculture Bumba UNIDA
Mpaya P. Éducation, Jeunesse et Sports Lisala PUNA
Travaux publics, Transports
Woy Dominique Banzyville PUNA
et Comm.
Mondombele Paul PTT, Affaires foncières Bolomba PUNA
Mongbonga Antoine Affaires culturelles, Information Budjala PUNA
Mbembo Jacques Santé Djombo PUNA
Travail, Affaires sociales,
Mbonzi Daniel Kungu (Bomboma/Gens d’eau) PDC
Plan et Développement
Sources : Willame (1965 : 57) ; Présence congolaise (1964 : 5) ; Mokolo (1968 : 124).

203
MONGALA

Source : Gérard-Libois & Van Lierde (1965 : 542), © CRISP.

Il apparaît donc que le groupe de Bumba avait dans la province du Moyen-Congo. Enfin, l’ancien
atteint l’essentiel de ses revendications. Dans le nou- président Eketebi, appuyé par certains députés des
veau gouvernement, il détenait, non seulement, la régions riveraines, contestait également la légitimité
fonction présidencielle, mais aussi les quatre postes du nouveau gouvernement (Willame 1965 : 58).
ministériels les plus importants : les Finances, les La nouvelle équipe se prépara donc à affronter
Affaires économiques et Classes moyennes, l’Agri- tous ces problèmes politiques et, sans doute aussi, les
culture et la Fonction publique. Le PUNA, pour problèmes économiques, lorsqu’elle fut dispersée par
sa part, occupa une place non négligeable dans le les rebelles simba venus de Stanleyville, au milieu du
Moyen-Congo, avec deux membres du comité natio- mois d’août 1964.
nal, Samoudzou et Molebe, respectivement 2e vice-
président et 3e vice-président. 4.5. LA MONGALA PENDANT LA RÉBELLION SIMBA :
Mais la mise en place des nouvelles institutions AOÛT-OCTOBRE 1964
ne tarda pas à donner lieu à d’autres contestations.
Le gouvernement, dominé par les ministres de Le troisième trimestre de l’année 1964 fut mar-
Bumba, avait totalement ignoré les territoires éloi- qué par une brève occupation du Moyen-Congo
gnés comme Banzyville, Lukolela et Bolobo-Yumbi. par les rebelles Simba. Face à une armée nationale
Ce qui compromettait le maintien de ces régions congolaise mal organisée et démoralisée, les troupes

204
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

rebelles entrèrent dans la ville de Bumba, pratique- 4.6. LA MONGALA DE LA FIN DE LA RÉBELLION
ment sans combat, le 20 août 1964. Les troupes de À LA RÉUNIFICATION DES PROVINCES :
l’ANC avaient déjà évacué la ville, après avoir pillé OCTOBRE 1964-1966
les commerces et les demeures individuelles. Après
la chute de Bumba, la route était largement ouverte Les deux dernières années de la province du
vers Lisala, le chef-lieu de la province. Cette ville fut Moyen-Congo ne furent pas plus propices au travail
désertée, le 22 août, par la garnison de la place. Mal- que les deux premières. Le gouvernement Engwanda
gré les renforts envoyés de Léopoldville, le 24 août, ne fonctionna que pendant une année, de même que
la ville fut prise le 30  août  1964, également sans celui de Sakombi. Le travail réalisé par le gouverneur
véritable combat. Certains militaires s’étaient reti- Engwanda, puis la mise en place du gouvernement
rés à 10 kilomètres de la ville, pendant que d’autres Sakombi et, enfin, la période de la réunification de
avaient traversé le fleuve et étaient hors d’atteinte. la province de l’Équateur, sont brièvement évoqués
À partir de Lisala, les obstacles de terrain avaient ci-dessous.
retardé l’avancée des Simba vers Coquilhatville et
Léopoldville. Il leur fallait soit des bateaux, soit des 4.6.1.  LA POURSUITE DU GOUVERNEMENT
canots rapides pour descendre le fleuve. Le séjour ENGWANDA : OCTOBRE 1964-AOÛT 1965
des Simba à Lisala dura deux semaines. Le 13 sep-
tembre, en effet, ils furent chassés par quelques Ainsi que relaté plus haut, la rébellion avait mul-
mercenaires, sous la conduite du colonel Müller. tiplié les problèmes auxquels le gouvernement pro-
Plusieurs rebelles périrent sous le pont Langa- vincial devait faire face. Mise à part la poursuite de
Langa, à l’ouest de Lisala, et certains se sauvèrent l’opposition du groupe de Lisala, le gouvernement
par le fleuve, avec l’aide des pêcheurs lokele. Ces Engwanda fut confronté, avant tout, au manque de
derniers furent accusés d’avoir soutenu et sauvé les fonctionnaires, alors que le Moyen-Congo était le
ennemis, dont la plupart étaient originaires, comme berceau d’une élite intellectuelle.
eux, de la région de Stanleyville. Pour résoudre ce problème du manque de fonc-
Malgré la victoire éclair sur les rebelles à Lisala, tionnaires, qui se posait dans toutes les régions
il fallut encore plus d’un  mois aux troupes de touchées par la rébellion, 8 équipes et 3 cellules
l’ANC pour les déloger de Bumba ; cela se passa le « polyvalentes », composées de techniciens belges,
17  octobre  1964. Les conséquences de cette brève furent installées au niveau national. Les équipes
occupation furent considérables tant sur le plan poli- étaient chargées d’assurer la relance économique
tique et administratif que sur le plan économique. et la réanimation administrative. La province du
La rébellion paralysa complètement les institu- Moyen-Congo disposa d’une équipe à Lisala et
tions politiques et administratives du Moyen-Congo. d’une cellule à Bumba. Ce qui illustre, au Moyen-
Même si les populations locales n’avaient pas appuyé Congo, l’importance que présentaient ses planta-
les rebelles, il y eut des règlements de compte, que tions et ses usines agro-industrielles pour certains
certaines personnalités controversées payèrent de intérêts belges. Ce que furent, dans la pratique, les
leur vie. Le président de l’assemblée provinciale, modalités de collaboration avec le gouvernement
Albert Nzemo, fut tué ainsi que l’administrateur du local n’est pas connu.
territoire de Bumba, Pascal Lifungula. Sur le plan politique, il s’agissait, d’une part, d’ap-
Dès l’approche des rebelles, les membres du pliquer le programme gouvernemental, d’autre part,
gouvernement du Moyen-Congo et beaucoup de de préparer les élections législatives de 1965. Il ne fut
fonctionnaires abandonnèrent Lisala, en passant plus question de discuter de l’emplacement du chef-
par Binga, pour prendre le bateau et trouver refuge lieu de la province, qui resta à Lisala. Il était clair que
à Léopoldville. Si les membres du gouvernement les jours du gouvernement étaient comptés. Les trois
furent forcés de revenir à Lisala, le 22 octobre 1964, partis politiques traditionnels (PUNA, UNIDA et
plusieurs fonctionnaires gradés restèrent à Léo- PDC) rivalisèrent d’ardeur pour gagner le plus grand
poldville et ne rejoignirent plus jamais leurs postes nombre de sièges, à Bumba pour l’UNIDA, et dans
dans cette région d’insécurité et d’intrigues. L’ad- l’ensemble de la province pour le PUNA et le PDC.
ministration provinciale souffrit cruellement de Certains membres de ce dernier parti, en grande diffi-
manque d’agents qualifiés (Willame 1965 : 58-60 ; culté, s’alignèrent derrière la CONACO (Convention
Mokolo 1968 : 150). nationale congolaise) de Moïse Tshombe, fondée le

205
MONGALA

3  février  1965. Ils voulaient profiter d’une certaine Comme prévu, certains membres du gouverne-
popularité nationale acquise par le chef du Gouver- ment Engwanda essayèrent de contester le gouverne-
nement de salut public. Mais dans le Moyen-Congo, ment Sakombi. L’UNIDA promit même de tout faire
les opportunistes ayant suivi Moïse Tshombe n’eurent pour rattacher le territoire de Bumba à la province
pas de succès local. de l’Uele. Cette opposition fut probablement l’œuvre
d’Augustin  Engwanda, gouverneur écarté, et de
4.6.2.  LES ÉLECTIONS D’AVRIL 1965 ET LA MISE EN Ngenge André, candidat malheureux à la présidence
PLACE DU GOUVERNEMENT SAKOMBI : AOÛT 1965 de l’assemblée. Allant jusqu’à se moquer de Jean Boli-
kango, président du PUNA et leader des Bangala, les
Les élections du mois d’avril  1965 confirmèrent membres de l’UNIDA se vantèrent d’avoir un leader
la puissance du PUNA sur l’ensemble du Moyen- budja, Cyrille Adoula (Mokolo 1968 : 164-165).
Congo : 5 voix à Lisala, 2 voix à Bomongo, 2 voix à À noter que la province avait, à sa tête, pour
Bomboma, 1 voix à Businga et 1 voix à Bumba. Le la première fois, un jeune cadre universitaire.
PUNA totalisa à lui seul 11 voix sur 20. L’UNIDA, Denis Sakombi était, en effet, licencié en sciences
pour sa part, gagna 6 voix à Bumba. La CONACO journalistiques. Voulant mettre partout du sang
n’obtint aucune voix. Les trois députés de Budjala neuf, il ne reprit aucun ministre des gouvernements
furent partagés entre MEDA, PARECO et intérêt précédents dans son équipe. Il avait comme bras
local (Mokolo 1968 : 157). Fait important à signaler, droit, Marc Mwanio, ancien conseiller au minis-
18 élus sur 20 étaient des hommes nouveaux ; seuls tère provincial des PTT du gouvernement Eketebi.
deux députés parmi ceux de 1960 furent réélus. Ce dernier s’occupa, comme signalé plus haut, de
Tirant toutes les conséquences de ces élections, l’Intérieur, de l’Éducation et de la Jeunesse et Sports
le PUNA fut appelé à présider l’assemblée et à for- (Ibid. : 164).
mer le gouvernement provincial du Moyen-Congo. Environ trois mois après son installation, le
Dominique Woy fut élu président de l’assemblée gouvernement du Moyen-Congo assistait à l’avè-
et Denis Sakombi, gouverneur. Ainsi prit fin la nement de la Deuxième République. En effet, le
brève période triomphale des élus de Bumba. Mais 24  novembre  1965, le haut-commandement de
le gouvernement, malgré le nombre réduit de ses l’Armée nationale congolaise commettait son coup
membres, tint compte des rapports de force pour d’État et instaurait un nouveau régime, présidé par
inclure le groupe de Bumba. C’est le 28  août  1965 Joseph-Désiré  Mobutu. La politique du nouveau
que le gouvernement, dirigé par Sakombi, prêta ser- régime suspendit les partis politiques et, dès jan-
ment devant l’assemblée provinciale. Sa composition vier 1966, fit des gouverneurs de province les exécu-
est présentée au tableau 10.15.  tants du pouvoir central. Pour mettre fin à l’anarchie,
au désordre et à la corruption des administrations
Tableau 10.15.  Composition du gouvernement provincial provinciales, il poussa les parlementaires à réduire
du Moyen-Congo (août 1965)
le nombre des provinces. Ceci fut fait, du 7 mars au
Nom Fonctions 6 avril 1966, et le président de la République signa
Gouverneur, Fonction une ordonnance portant réunification des provinces
Sakombi Denis (Ibid. : 170 -172).
publique et Information
C’est ainsi que furent réunifiées les trois provinces
Intérieur, Éducation et
Mwanio Marc de l’Équateur : la Cuvette-Centrale, le Moyen-Congo
Jeunesse et Sports
et l’Ubangi. Les leaders nationaux et provinciaux se
Atembina Ferdinand Finances
mirent d’accord pour se partager les postes de res-
Travaux publics, Affaires ponsabilité dans la province, qui reprit son ancien
Gboloko Léonard foncières, PTT et nom : l’Équateur.
Commun.
Akpongakponga Travail, Justice et Affaires
Boniface sociales
4.6.3.  LA MONGALA À LA RÉUNIFICATION
DE LA PROVINCE DE L’ÉQUATEUR : AVRIL 1966
Gangu Jovite Santé publique
Source : Mokolo (1968 : 164). Dans une déclaration du 24  novembre  1965, le
coup d’État est justifié comme étant un acte salu-
taire : « si la situation militaire était satisfaisante,

206
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

la faillite était complète dans le domaine politique région d’origine du président. Il convenait d’abolir au
[…], les dirigeants politiques se sont cantonnés plus vite les nombreuses querelles qui déchiraient les
dans une lutte stérile pour accéder au pouvoir sans trois provinces de l’Équateur. C’était davantage qu’un
aucune considération pour le bien-être des citoyens problème institutionnel. Selon Mokolo (1968 : 173),
de ce pays » (Proclamation du haut-commandement il apparaît que plus on fragmente, plus on multiplie
de l’ANC, le 24  novembre  1965 [Gérard-Libois & les tensions ; l’essence même du système de décentra-
Van Lierde 1966 : 411]). lisation suscite les oppositions. Dans cette mesure, la
Le nouveau pouvoir mit rapidement en place centralisation dilue donc les oppositions.
des institutions et des organes nouveaux, qui modi- Mais il y a lieu de souligner que c’est Jean Boli-
fièrent la conjoncture sociopolitique du pays. Parmi kango, leader du PUNA, qui fut à la base des mou-
les mesures prises, figure, comme cité plus haut, la vements en faveur de la réunification des trois
suppression des activités des partis politiques, une provinces de l’Équateur. Le PUNA avait toujours
mesure qui favorisa la tendance Bomboko-Engulu, eu une vocation nationale ; à parir d’août  1961, ce
pour qui la Cuvette-Centrale s’identifiait à la famille parti avait manifesté son opposition à la division de
mongo. D’ailleurs, dans le gouvernement Mulamba, la province de l’Équateur. Cette position était com-
les ministres ne représentaient pas un parti politique, préhensible, du fait que le PUNA, groupe politique
mais « leur province et rien que la province ». Pour la majoritaire parmi les originaires de l’Équateur à
Cuvette-Centrale, c’est Bomboko qui fut choisi pour l’Assemblée et au Gouvernement au niveau national,
en être le représentant. était, en revanche, minoritaire à Coquilhatville ; son
La Constitution de 1964 reconnut les provinces audience se limitait à une fraction minoritaire de la
créées en 1962 et 1963, mais les limites entre cer- population urbaine.
taines de celles-ci restaient imprécises. C’était le cas L’éclatement de la province de l’Équateur fut
des trois nouvelles provinces de l’ancienne province défavorable à Bolikango et son parti le PUNA,
de l’Équateur. En effet, les limites des nouvelles pro- étant donné qu’il restreignait profondément leur
vinces coïncidaient plus ou moins avec les subdivi- domination politique. Ils étaient les principaux uti-
sions administratives coloniales des districts ; mais la lisateurs de l’infrastructure administrative et écono-
Cuvette-Centrale comprenait deux anciens districts, mique de Coquilhatville. Cela explique d’ailleurs le
l’Équateur et la Tshuapa. Il s’agissait ainsi d’une pro- retard rencontré dans la création de la province du
vince « ethniquement homogène où l’on peut suppo- Moyen-Congo.
ser que des facteurs actifs d’ordre ethnique tendant En 1965, Bolikango fit deux offensives en faveur
au regroupement [avaient] triomphé de l’inertie des de la réunification de la province de l’Équateur. Sa
structures administratives ». Quant aux provinces de première offensive coïncida avec les élections légis-
l’Ubangi et du Moyen-Congo, elles comprenaient latives : le thème de la réunification devint un slogan
chacune un seul district (respectivement l’Ubangi de propagande électorale, mais qui fut fortement
et la Mongala) et « il est probable que l’existence de combattu, surtout par les élus nationaux de l’Ubangi.
l’infrastructure administrative du district [avait] été La seconde offensive fut motivée par la décision de
un facteur positif soit dans la décision de créer la Mobutu qui conférait tous les territoires contestés
province, soit dans le tracé de ses limites ». Au plan opposant les provinces de l’Ubangi et du Moyen-
économique, aucune des trois provinces de l’Équa- Congo à la première des deux. Il ne restait, dès lors,
teur ne possédait de structure industrielle suffisam- que trois territoires au Moyen-Congo. Aussi Boli-
ment développée et concentrée pour constituer un kango convoqua-t-il, au mois de février 1966, tous
facteur potentiel favorable à une autonomie provin- les parlementaires de l’Ubangi et du Moyen-Congo,
ciale. L’Équateur fut toujours considéré comme une en vue de trouver un compromis visant la réunifica-
province pauvre (Verhaegen 1963 : 17). tion des deux provinces. La proposition trouva des
En 1966, le nouveau chef de l’État, Joseph Mobutu, adeptes. En Ubangi, quelques conseillers provin-
réduisit le nombre des provinces de 21 à 12, le 6 avril ciaux se trouvaient déjà à Léopoldville pour inten-
et de 12 à 8, à la fin de cette même année (cf. supra). ter un procès au gouverneur Joseph Ndenge. Au
La recomposition administrative des peuples dans les Moyen-Congo, le gouverneur Denis Sakombi était
trois provinces de l’ancien Équateur et les questions touché par l’ordonnance du chef de l’État annexant
économiques rendaient la situation intenable depuis sa région d’origine à l’Ubangi. Dans la Cuvette-
plusieurs années, d’autant plus qu’il s’agissait de la Centrale, le gouverneur Engulu faisait l’objet d’une

207
MONGALA

forte opposition de la CONACO. Les fonctionnaires convergent leurs efforts vers le bien-être général de
mécontents et les politiciens de la CONACO consti- ceux qu’unissent l’histoire, les mœurs et coutumes
tuèrent le noyau favorable à la réunification. Ce […] nous lancerons des ponts au-dessus du gouffre
furent surtout les fonctionnaires exilés ou expulsés qui nous a séparés » (Ibid. : 176).
de la Cuvette qui menèrent un vaste mouvement Le 15 mars 1966, le député national Daniel Mbonzi
anti-Cuvette à Léopoldville et prônèrent la réunifica- présenta à la Chambre des représentants une pétition
tion de l’Équateur pour « instaurer une plus grande pour la réunification de l’ex-Équateur. Le 22 mars, ce
justice sociale » (Ibid. : 181). fut le chef de l’État, Mobutu, qui adressa un mémo-
Dans les trois provinces, les forces favorables randum aux présidents des Chambres concernant la
à la réunification étaient constituées par les fonc- réunification des provinces. S’appuyant sur ce docu-
tionnaires, les chefs de secteur et la grosse majorité ment, les élus de l’Équateur adressèrent à leur tour
de la population. Venaient s’y ajouter les difficul- un mémoradum aux Chambres législatives déclarant
tés financières, comme autre facteur favorable. Les qu’ils acceptaient la formule de la réunification de
fonctionnaires avaient été, en effet, les grandes vic- l’Équateur telle que contenue dans le mémorandum
times du démembrement de la province : politisation du chef de l’État. Le 5  avril, lors d’une réunion de
de l’Administration, irrégularité dans les paiements prise de contact au cabinet de Joseph Molebe, les élus
des salaires, expulsions… Au Moyen-Congo, par nationaux de l’Équateur réaffirmèrent leur accord en
exemple, les fonctionnaires bangala, fortement inté- faveur de la réunification. Le 12 avril 1966, au len-
grés à Coquilhatville, y avaient laissé leurs familles demain de l’ordonnance du président Mobutu sur
lors du démembrement. De plus, à Lisala, leur situa- la réunification, le vice-président Molebe, de retour
tion matérielle et financière était précaire. Les chefs de son voyage à Coquilhatville, où il avait accompa-
de secteur nommés en 1960 avaient vu leur pouvoir gné le Premier ministre Mulamba, annonça que « les
modifié ou retiré par les réformes de structure opé- populations étaient enthousiastes face au projet de
rées par les nouveaux pouvoirs provinciaux. Ainsi réunification qui devait résoudre automatiquement
dans la Cuvette-Centrale, le pouvoir des chefs de et définitivement les problèmes frontaliers des trois
secteur avait été mis en cause par la création des provincettes ».
communes rurales. Quant à la population, elle était Ces divers éléments montrent, comme le fait
déçue, face à ses illusions perdues. Elle avait cru remarquer Édouard  Mokolo, que c’était la pro-
trouver dans la création des nouvelles provinces une vince du Moyen-Congo qui était la plus favorable
sorte de « deuxième indépendance », mais après la à la réunification, à cause des nombreuses difficul-
séparation, elle avait vu ses ressources diminuées, tés auxquelles elle était confrontée : elle se trouvait,
sa liberté réduite (l’appartenance au parti gouverne- pour ainsi dire, dans l’impasse. Sans négliger les
mental étant la règle) et sa sécurité menacée par des rivalités ethniques permanentes entre les Budja et
tensions ethniques. les Ngombe, la cause principale de ses ennuis était
Étant donné que plusieurs élus de l’Équateur d’ordre financier. Les difficultés budgétaires avaient
étaient préoccupés par le problème de la réunifica- freiné le développement des institutions politiques.
tion de leur province, Joseph Molebe (vice-président Il en résultait un état d’instabilité et de paralysie de
du Sénat et Limbinza de Bomana) devint le grand la province. La rébellion, dont il a déjà été question,
défenseur de la réunification des trois provinces. avait provoqué la désertion des fonctionnaires, qui
Le 12 décembre 1965, il convoqua « tous les élus et s’étaient réfugiés à Coquilhatville et à Léopoldville.
sages de chacune de trois provinces, afin de trou- Enfin, la province du Moyen-Congo avait perdu
ver une solution à la réunification ». À l’issue de plusieurs parties de son territoire durant les années
la rencontre, un bureau de coordination fut créé, 1965-1966. Le décret-loi du 10 février 1965, en appli-
comprenant deux parlementaires pour chaque pro- cation des résultats du référendum du 2 février 1965,
vince, deux  extra-parlementaires et trois  notables attribuait le territoire contesté de Banzyville à
(sages) par province. Le même thème de la réunifi- l’Ubangi. Ensuite, par le décret-loi du 5 août 1965, le
cation domina la réception que Molebe organisa, le Moyen-Congo était amputé des régions de Bolobo-
19 janvier 1966, à l’intention des gouverneurs de la Yumbi, qui étaient rendues au territoire de Mushie,
Cuvette-Centrale, de l’Ubangi et du Moyen-Congo : province du Lac Léopold II. La région de Lukolela,
« la prolifération des provinces dans l’ex-Équateur ne territoire de Bikoro, était incluse dans la province
constitua pas de barrière entre ses ressortissants qui de la Cuvette-Centrale, en application de l’article

208
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

201 de la Constitution du 1er août 1964 et d’un arrêt dence furent accordés à Kengelenya de l’Ubangi,
du 23 mars 1965 de la cour d’appel de Léopoldville soit : 67 voix pour Kengelenya (Ubangi) ; 14 voix
siégeant comme Cour constitutionnelle. Enfin, deux à Nyamakole (Moyen-Congo) et 5 voix à Bosise
ordonnances-lois du 26 janvier 1966 attribuaient la (Cuvette-Centrale).
totalité des territoires de Kungu et de Budjala ainsi
qu’une partie du territoire de Businga, à l’Ubangi. Tableau 10.16. Nombre des membres des assemblées
des provinces unifiées dans l’Équateur
Tout cela avait des conséquences que Mokolo résume
en ces termes : Provinces Conseillers Conseillers Totaux
composantes élus cooptés partiels
« La décision du chef de l’État entraînait des consé- Cuvette-
quences juridiques importantes : les conseillers pro- 29  6 35
Centrale
vinciaux dont les régions étaient annexées à l’Ubangi Moyen-Congo 20  4 24
ne pouvaient plus normalement siéger à l’assemblée
Ubangi 24  5 29
provinciale du Moyen-Congo, de même que certains
membres du gouvernement provincial, qui devaient Total 73 15
être remplacés par des originaires du Moyen-Congo.
La mesure frappait ainsi le gouverneur Sakombi lui- Avant le 25 avril, la compétition politique régnait
même, 2 membres de son gouvernement et 6 conseil- à Coquilhatville, où l’on débattait des chances des
lers provinciaux. Cette situation, en même temps trois gouverneurs. Engulu avait de fortes chances,
qu’elle modifiait le rapport des forces dans l’assemblée car il était rompu aux manœuvres politiques et élec-
provinciale du Moyen-Congo, mettait la province dans torales. De plus, il bénéficiait de l’appui de Bomboko,
un état d’inviabilité favorable à la réunification » (Ibid. : qui pesa au niveau du pouvoir central. Sakombi
178-179). jouissait de la sympathie des gens, car il était « un
intellectuel, un pondéré » et, surtout, non politique-
Les deux autres provinces étaient d’ailleurs, elles ment compromis. Denge était celui dont on parlait le
aussi, presque paralysées par des problèmes finan- moins (Ibid. : 185).
ciers, par les rivalités entre les partis politiques et C’est Léon Engulu qui, malgré une forte opposi-
par les oppositions ethniques ou interethniques. Les tion de l’élite intellectuelle de la province, fut élu gou-
difficultés budgétaires étaient doublées, du fait d’une verneur de la province de l’Équateur : 45 voix pour
gestion déplorable : détournements, dilapidation des Engulu, 33 voix pour Sakombi et 8 voix pour Denge.
fonds et corruption. Les fonctionnaires, en leur qua- Sakombi et Denge furent désignés respectivement
lité de salariés, étaient les plus pénalisés, étant donné 1er vice-gouverneur chargé des Affaires politiques
l’irrégularité du paiement des salaires, de la politi- et administratives et 2e vice-gouverneur chargé des
sation de l’Administration, qui allait jusqu’à l’intimi- Affaires économiques et sociales. Étant donné que
dation et l’expulsion des agents. Les chefs de secteur tous les membres des gouvernements provinciaux
dans la Cuvette-Centrale furent laissés pour compte, réunis devenaient de plein droit membres du gou-
après la création des communes rurales. La popula- vernement provincial de l’Équateur, le nouveau gou-
tion, en général, vit ses libertés réduites et sa sécurité verneur Engulu répartit son gouvernement comme
menacée par les tensions tribales, par la destruction présenté dans le tableau 10.17.
progressive des infrastructures (Ibid. : 181). Ce gouvernement éléphantesque était confronté
La nouvelle équipe provinciale se fit par la fusion à des dépenses considérables et à la difficulté de
des trois gouvernements. Les travaux se déroulèrent concevoir un programme pour la réhabilitation
en dehors de la lutte entre les principaux partis, qui d’une province profondément délabrée. Il avait,
venaient d’être interdits. Tous les ministres des trois certes, procédé à l’intégration des anciennes entités
provinces furent retenus et le gouverneur procéda à territoriales, en désignant des commissaires de dis-
leur mise en place. trict non originaires. Deux commissaires sur quatre
L’arrêté ministériel n° 22 du 11 avril 1966 convo- furent choisis dans le Moyen-Congo pour diriger
quait les assemblées réunifiées pour le 25 avril, afin les districts de l’Ubangi et de la Tshuapa. Il s’agit de
qu’elles procèdent à la constitution de leur bureau et Nguma Camille, pour la Tshuapa, et de Chuatun-
à l’élection du gouverneur et des vice-gouverneurs. gungu Pierre, pour l’Ubangi.
Pour le bureau, tous les suffrages pour la prési-

209
MONGALA

Tableau 10.17.  Composition du gouvernement provincial de l’Équateur (avril 1966).

Nom Fonction Ancienne province


Engulu Léon Gouverneur Cuvette-Centrale
Sakombi Denis 1 vice-gouverneur
er
Moyen-Congo
Denge Michel 2 vice-gouverneur
e
Ubangi
Genge A. Intérieur Moyen-Congo
Ayurambi J. Finances Ubangi
Bofola M. Travaux publics Cuvette-Centrale
Sido J. Économie Ubangi
Akpongakponga B. Classes moyennes Moyen-Congo
Efambe Paul Développement communautaire Cuvette-Centrale
Nyoka M. Affaires sociales Ubangi
Mbenga P. Éducation Cuvette-Centrale
Mampela A. Fonction publique Moyen-Congo
Yogo G. Agriculture Ubangi
Ikolo Sébastien Santé Cuvette-Centrale
Dedo S. Transports et Communications Ubangi
Engendjwa Titres fonciers et Cadastre Cuvette-Centrale
Gangu J. Travail Moyen-Congo
Bolamona G. Information Cuvette-Centrale
Bofunda L. Affaires administratives et judiciaires Ubangi
Gboloko L. Jeunesse et Sports Moyen-Congo
Source : Mokolo (1968 : 186).

Tableau 10.18.  Répartition des commissaires Tableau 10.19.  Désignation des bourgmestres de la ville
de district. de Mbandaka.

Ancienne Nom du Ancienne


District Nom du commissaire Commune
province bourgmestre province
Équateur Boin Jérôme Ubangi Hôtel de Ville
Tshuapa Nguma Camille Moyen-Congo 1er bourgmestre Itoko Antoine Cuvette-Centrale
Adjoint Ngandoelone Moyen-Congo
Mongala Kakala François Cuvette-Centrale Cyprien
Ubangi Chuatungungu Pierre Moyen-Congo Adjoint Mobesu Octave Ubangi
Source : Mokolo (1968 : 190). Mbandaka Likobe Jules Moyen-Congo
Wangata Bekonda Jean Cuvette-Centrale
La ville de Mbandaka fut confiée à une équipe Source : Mokolo (1968 : 191).
mixte. Deux représentants provenaient du Moyen-
Congo, deux de la Cuvette-Centrale et un de qu’une direction, les deux autres étant attribuées aux
l’Ubangi. originaires du Kasaï. La province du Moyen-Congo
La désignation des hauts fonctionnaires de la pro- reçut la Fonction publique (directeur F. Mokwala),
vince unifiée se fit grâce à la collaboration entre les la Comptabilité (directeur Edmond  Lokota), les
ministres de la Fonction publique du Gouvernement Affaires intérieures (directeur E. Likobe), le Plan et
central et du gouvernement provincial. L’ancienne la Coordination (directeur C. Mosikwa) et la Rému-
province de la Cuvette-Centrale reçut la plus grande nération (directeur J. Mandende) (Ibid. : 189).
partie, 10 directions des services provinciaux sur 18. Quant au gouvernement, il fut légèrement rema-
Le Moyen-Congo en reçut 5 et l’Ubangi ne reçut nié, en octobre  1966. Il cessa de fonctionner en

210
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Tableau 10.20.  Composition du gouvernement provincial de l’Équateur (novembre 1966).

Nom et prénom Fonction Ancienne province


Engulu Léon Gouverneur Cuvette-Centrale
Sakombi Denis 1 vice-gouverneur
er
Moyen-Congo
Denge Michel 2 vice-gouverneur
e
Ubangi
Mampela Albert Intérieur Moyen-Congo
Ikolo Sébastien Finances Cuvette-Centrale
Bofola Marc Travaux publics, Transport et Communications Cuvette-Centrale
Sido Jean Économie Ubangi
Akpongakponga Boniface Classes moyennes Moyen-Congo
Efambe Paul Développement communautaire Cuvette-Centrale
Genge André Affaires sociales Moyen-Congo
Mbenga Paul Éducation Cuvette-Centrale
Nyoka Maurice Fonction publique Ubangi
Yogo Ghislain Agriculture Ubangi
Ayurambi Jean Santé publique Ubangi
Dedo Samuel Affaires culturelles Ubangi
Engendjwa Jean Titres fonciers et Cadastre Cuvette-Centrale
Gangu Jean Travail Moyen-Congo
Bolamona Georges Information Cuvette-Centrale
Bakokini Albert Reconstruction Cuvette-Centrale
Dufanda Louis Affaires administratives et judiciaires Ubangi
Gboloko L. Jeunesse et Sports Moyen-Congo
Source : Mbandaka (hebdomadaire officiel), n° 9, 12 novembre 1966.

décembre  1966. Le 24  décembre  1966, en effet, de politique d’Engulu qui, progressivement, recomposa
nouvelles mesures administratives furent annon- la structure du gouvernement. Six mois plus tard,
cées : les gouverneurs de provinces devenaient des en effet, le gouverneur Léon Engulu remaniait son
fonctionnaires de carrière. Ils ne pouvaient plus tra- équipe. Deux nouveaux ministères furent créés : les
vailler dans leur région d’origine. Les gouvernements Affaires culturelles et la Reconstruction nationale,
provinciaux étaient supprimés, en même temps que tandis que le ministère des Transports et Communi-
les postes de vice-gouverneurs. cations fut annexé à celui des Travaux publics.
À partir de ce moment, la Mongala, qui avait Ce deuxième gouvernement de l’ère de la province
repris son statut administratif, ne joua plus de de l’Équateur réunifiée était nettemement favorable
rôle politique particulier. Les nombreux fils de la à la Cuvette-Centrale, qui renforça ses positions.
Mongala qui furent appelés à exercer des fonctions Celle-ci récupéra le ministère des Finances et obtint
sur le plan national ne parlèrent plus au nom du dis- celui de la Reconstruction. À noter que le nouveau
trict tout entier, ni au nom de leur tribu, ni de leur ministre de l’Intérieur, affiché Moyen-Congo, qui
parti. Mais pour les anciens, le Moyen-Congo resta occupait dans le gouvernement précédent le minis-
le point de départ de leurs activités politiques. tère stratégique de la Fonction publique (convoité
La Cuvette-Centrale gagna dans la hiérarchie de pour le positionnement des fonctionnaires des trois
la nouvelle organisation provinciale, puisque le poste provinces à la réunification), était un ami de classe
de gouverneur lui revint. Les originaires de l’Ubangi de Léon Engulu et le frère de Joseph Molebe et de
obtinrent, néanmoins, les postes ministériels les plus Loteteka.
viables. Mais le poids de la Cuvette-Centrale resta La mise en place des fonctionnaires après la réu-
toujours déterminant. D’ailleurs, c’était un calcul nification s’effectua sous la direction de Michel Colin,

211
MONGALA

ministre de la Fonction publique du Gouvernement on tenait compte du grade, de l’ancienneté et de la


central, en collaboration avec Albert Mampela, son compétence : c’était le plus ancien en grade, c’est-à-
homologue au niveau provincial. Pour les hauts dire le titulaire d’un grade effectivement conféré à
fonctionnaires de même grade dans les trois pro- Léopoldville, qui était désigné. C’est dans la mise en
vinces, le critère était le grade statutaire. Étant donné place des agents subalternes que l’élément politique
que beaucoup de provinces n’avaient pas suffisament joua manifestement.
de cadres, des « commissionnements » des agents Au sein des trois provinces réunifiées, l’Ubangi
inférieurs avaient été opérés pour les postes supé- ne disposait pas d’un nombre suffisant de fonction-
rieurs. On consultait donc le dossier de chacun et naires supérieurs. Édouard Mokolo apporte les pré-
cisions suivantes :
Tableau 10.21.  Liste des hauts fonctionnaires
de la province unifiée. « Pour l’Ubangi, la majorité des fonctionnaires était des
sous-contrats non régis par les statuts ; comme cette
Services Titulaires Anciennes province ne disposait pas suffisamment de personnel
provinciaux (directeur) provinces
sous statut revêtu d’un grade supérieur, on avait sim-
Secrétariat plement, lors de la mise en place, commissionné à des
Mbokanga G Kasaï
provincial grades supérieurs des agents sous contrat ; d’ailleurs les
Fonction nominations étaient surtout guidées par des considé-
Mokwala F. Moyen-Congo
publique rations politiques et partisanes. Aussi lors de la réuni-
Justice et fication, l’Ubangi se trouva défavorisée, car dans tous
Lokonga M. Ubangi
Contentieux les services, on trouvait uniquement les hauts fonc-
Comptabilité Lokota Edmond Moyen-Congo tionnaires et même des simples fonctionnaires issus
Budget et Cuvette- de la Cuvette ou du Moyen-Congo ; ceux de l’Ubangi
Djoli Louis se trouvaient cantonnés dans la catégorie inférieure.
Contrôle Centrale
Cuvette- À l’échelon provincial [...], seul M. Lukonga Michel
Impôts et Taxes Ifufa P. a bénéficié d’un poste de directeur, car il avait statu-
Centrale
rairement le grade de sous-directeur. Lorsque le gou-
Affaires
Likobe E. Moyen-Congo vernement réunifié va essayer quelques mois plus
intérieures
tard d’assainir la situation administrative en réduisant
Cuvette-
Information Itombo J. les effectifs administratifs, ce sont ces agents sous-
Centrale
contrats, ressortissants de l’Ubangi, qui vont en souf-
Affaires Cuvette- frir » (Ibid. : 190).
Yomi F.
économiques Centrale
Cuvette- Pour la désignation des agents territoriaux, la
Santé publique Lukula Amédée
Centrale répartition entre les 4 districts s’effectua comme suit :
Cuvette-
Enseignement Iloo D.
Centrale Tableau 10.22.  Répartition des commissaires de district.
Plan et Ancienne
Mosikwa C. Moyen-Congo District Nom
Coordination province
Titres fonciers Kalala G. Kasaï Équateur Boin Jérôme Ubangi
Cuvette- Tshuapa Nguba Camille Moyen-Congo
Agriculture Bombito
Centrale
Mongala Kakala François Cuvette-Centrale
Service Cuvette-
Nkoy Pie Ubangi Chuatungungu Pierre Moyen-Congo
vétérinaire Centrale
Jeunesse et Cuvette- Sources : Affaires intérieures, Mbandaka.
Boliko J.
Sports Centrale
Cuvette- La désignation des bourgmestres obéit à la néces-
Affaires sociales Grégoire Albert sité d’un certain dosage entre les trois provinces. Le
Centrale
Rémunération Mandende J. Moyen-Congo
résultat fut le suivant :

Sources : Documents Fonction publique, Mbandaka.

212
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Tableau 10.23.  Désignation des bourgmestres de la ville de litigieuses, respectivement entre la Cuvette-Cen-
Coquilhatville. trale et l’Ubangi, tandis que la ville de Bumba
1er bourgmestre Itoko Antoine Cuvette-Centrale réclamait son autonomie. En leur accordant le
statut de ville, les autorités provinciales espéraient
Ngandoelone
Adjoint Moyen-Congo atténuer les remous dans ces régions. En réalité,
Cyprien
deux villes seulement réalisèrent pleinement leur
Adjoint Mobesu Octave Ubangi statut : Bumba et Lisala, tandis que l’érection de
Commune Kuma et Lukolela en villes resta à l’état de projet ;
Likobe Jules Moyen-Congo
de Mbandaka –– dans la Cuvette-Centrale, la réforme avait porté
Commune
Bekonda Jean Cuvette-Centrale
sur la création des communes rurales (cf. supra) :
de Wangata elle fut divisée en une ville de Coquilhatville
comptant deux communes urbaines et en 12 ter-
Sous Mobutu, les provinces cessèrent d’être des ritoires comprenant 40 communes rurales.
entités politiques, plus ou moins autonomes, pour
devenir de simples subdivisions administratives. Le L’harmonisation fut acquise par la lettre du
24 décembre 1966, le président annonça que les gou- ministre de l’Intérieur du 24  mai  1967 décidant
verneurs de province devenaient des fonctionnaires que toutes les villes créées dans le pays après le
de carrière. Aucun ne pouvait plus travailler dans sa 30  juin  1960 étaient supprimées. En Équateur, la
province d’origine et tous devaient donc être permu- mesure frappait les villes de Bumba, Lisala, Businga,
tés. À l’issue de la permutation, opérée au début de Gemena et Libenge. Le gouverneur Mukamba opta
janvier 1967, le gouverneur Engulu fut désigné pour pour la suppression de tous les édits qui régis-
le Kivu et Jonas Mukamba, du Kasaï, pour l’Équa- saient les entités administratives locales dans les
teur. Francois Kupa, de la Province-Orientale, fut provinces du Moyen-Congo, de l’Ubangi et de la
nommé commissaire provincial. Cuvette-Centrale.
Toutes les provinces du pays comptèrent doréna-
vant des districts et des territoires, selon l’ancienne Tableau 10.24.  Répartition des circonscriptions des territoires
terminologie coloniale. Pour J.-C. Willame, la réu- de la province de l’Équateur (mai 1967).
nification des provinces s’inscrivait, avant tout, dans Nbre de
un climat de renforcement de l’exécutif central en District Territoire
circonscriptions
ce qui touchait les rouages politiques et administra-
Bomongo 3
tifs de l’État (Willame 1966 : 83). En application de
Équateur, Basankusu 4
l’ordonnance n°  67-221 du 3  mai  1967, le gouver- chef-lieu Bolomba 5
neur de l’Équateur revit la répartition territoriale Basankusu Ingende 3
des circonscriptions des territoires de l’Équateur en Bikoro 4
les ramenant à la situation d’avant le 30  juin  1960. Boende 5
En effet, à la suite de la création des trois provinces Befale 3
en 1962-1963, chacune des provinces avait réorga- Tshuapa,
Bokungu 5
chef-lieu
nisé sa structure territoriale. De ce fait, au moment Djolu 4
Boende
de la réunification, trois structures différentes Ikela 5
cœxistaient : Monkoto 3
–– dans l’Ubangi, l’échelon « district » avait été main- Lisala 4
tenu, et la réorganisation avait porté principale- Banzyville 4
Mongala,
ment sur la création de trois communes urbaines : Bongandanga 4
chef-lieu Lisala
Businga, Gemena et Libenge ; Businga 4
–– au Moyen-Congo, l’échelon « district » avait été Bumba 7
supprimé, et la province avait été divisée en 31 Gemena 5
secteurs et quatre villes : Bumba, Lisala, Lukolela Ubangi, Budjala 5
et Kuma. La création de ces villes trouvait son chef-lieu Kungu 5
fondement dans des considérations politiques : il Gemena Libenge 3
Bosobolo 3
fallait pallier la concurrence qui existait autour de
ces localités. Lukolela et Kuma étaient des villes Source : arrêté n° 2072/56/67 du 3 mai 1967.

213
MONGALA

Par rapport à la situtation antérieure au 30 juin du chef-lieu du district de l’Équateur de Coquilhat-


1960, la seule différence portait sur le déplacement ville à Basankusu.

RÉFÉRENCES
Bokongo Libakea-Kongo. 1979. « Histoire de l’organisation politique et administrative du territoire de Bongandanga
(1933-1960 ». Mémoire de licence en histoire. UNAZA/campus de Lubumbashi.
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sociologie-Université libre de Bruxelles (coll. du « Centre national d’étude des problèmes sociaux de l’industrialisation
en Afrique noire »).
Courrier d’Afrique. 1960 (16 juin). « Formation du gouvernement de l’Équateur. Six ministres du Punia, trois du MLC-
Lumumba et un de l’Unimo » : 4.
de Thier,  F.  M. 1956. Le Centre extra-coutumier de Coquilhatville. Bruxelles : Université libre de Bruxelles : Institut de
sociologie Solvay (coll. « Études coloniales », fascicule II).
Ganshof van Der Meersch, W.J. 1963. Fin de la souveraineté belge au Congo. Documents et réflexions. Bruxelles : Institut
royal des relations internationales (IRRI).
Gérard-Libois, J. & Van Lierde, J. 1965. Congo 1964. Bruxelles : CRISP (« Les dossiers du CRISP »).
Gérard-Libois, J. & Van Lierde, J. 1966. Congo 1965. Bruxelles : CRISP (« Les dossiers du CRISP »).
Gérard-Libois, J. & Verhaegen, B. 1961. Congo 1960. Bruxelles : CRISP (« Les dossiers du CRISP »).
Gérard-Libois, J. & Verhaegen, B. 1963. Congo 1962. Bruxelles : CRISP (« Les dossiers du CRISP »).
Lufungula Lewowo, S. 1995. « Participation des Congolais à la gestion du centre extra-coutumier de Coquilhatville : 1952-
1958 ». Annales Æquatoria 16 : 307-338.
Lufungula Lewowo, S. 2013. « Histoire politique et administrative de Coquilhatville (Mbandaka) 1933-1960. Les CEC
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Mbandaka (hebdomadaire officiel). 1966 (12 novembre). n° 9.
Mokolo wa Mpombo, E. 1968. « Structure et évolution des institutions politiques et administratives de la province de
l’Équateur. De la désintégration à la réunification ». Mémoire de licence en sciences politiques et administratives.
UNIKIN.
Présence congolaise. 1964 (11 juillet). « Moyen-Congo. Toute l’équipe Eketebi a été balayée ». 7e année n° 21 : 5.
Mumbanza mwa Bawele. 2008. « Colonialisme et identité “Bangala” en Afrique centrale ». In Zewde, Bahru (éd.), Society,
State, and Identity in African History. Oxford : African Books Collective.
Perin, F. 1961. « La crise congolaise et les institutions politiques africaines ». Civilisations XI (3) : 281-295.
Willame, J.-C. 1965. « Les provinces du Congo. Structure et fonctionnement. Moyen-Congo–Sankuru ». Cahiers écono-
miques et sociaux. Léopoldville : Université Lovanium-IRES (coll. « études politiques », n° 5).
Willame, J.-C. 1966 (juillet-août). « La réunification des provinces ». Études congolaises IX (4).
Young, C. 1968. Introduction à la politique congolaise. Bruxelles-Kinshasa : CRISP-Éditions universitaires du Congo.

214
CHAPITRE 11
LA MONGALA SOUS LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE :
1966-1997

A
près avoir évoqué l’évolution du district un certain rebond, après la rébellion. L’importance
de la Mongala sous la Première Répu- du port de Bumba augmenta, avec l’ouverture du
blique c’est à l’examen de la situation chemin de fer Aketi-Bumba. Dès lors, les produits
durant la Deuxième République que de l’Uele et du Nord de la sous-région de la Mongala
nous consacrons ce chapitre. La période de trente passèrent par le port de Bumba. De plus, la naviga-
ans que couvre celle-ci fut caractérisée par une tion entre Kisangani et Kinshasa s’effectua de façon
paix relative. Pendant toutes ces années, la Mongala régulière.
ne connut plus de troubles politiques et ethniques Les territoires de Lisala et de Bongandanga
internes, ni de guerres qui lui étaient imposées par continuèrent à bénéficier d’une certaine prospérité
sa proximité avec la Province-Orientale, dénom- due aux grandes unités agro-industrielles de Binga
mée région du Haut-Zaïre, entre 1971 et 1997. Sera et de Bosondjo ainsi que de diverses petites unités
brièvement traitée la longue descente aux enfers, qui agricoles. Celles-ci connaîtront cependant une chute
commença avec les mesures économiques inappro- brutale avec la politique de zaïrianisation interve-
priées qui furent adoptées, et se termina avec la crise nue en 1973, qui ordonnait la remise obligatoire
politique sans issue qui en résulta. Pour les aspects des petites entreprises étrangères entre les mains de
économiques, nous renvoyons à la partie socio-éco- Zaïrois.
nomique de cet ouvrage dans laquelle de longs déve- Les plantations, surtout les palmeraies, qui
loppements leur sont consacrés. connaissaient déjà des difficultés à cause de la contes-
tation des méthodes coloniales et de la conjoncture,
furent ruinées, du fait de l’incompétence et de la
1. LES ESPOIRS DÉÇUS mauvaise gestion des acquéreurs. La main-d’œuvre
et les paysans qui en bénéficiaient commencèrent à
Les débuts de la Deuxième République furent souffrir du non-paiement des salaires et de l’abandon
porteurs d’espoirs et beaucoup de gens y crurent. de beaucoup d’entre elles. Les voies de communica-
Il y eut, en effet, un semblant de retour à l’ordre, et tion et les moyens de transport, qui dépendaient de
les promesses d’une paix durable s’accompagnèrent ces entreprises, connurent une dégradation, au point
d’une reprise économique et d’une amélioration des d’isoler les régions autrefois reliées entre elles. Les
conditions sociales. acquéreurs n’ayant pas les mêmes capacités que les
La politique de « Salongo » ou du « retour à la commerçants, habitués à acheter et à revendre divers
terre » revalorisait les travaux des champs. Une cer- produits sur les marchés appropriés, découragèrent
taine prospérité économique sembla marquer la les producteurs. Ce fut le début de la misère rurale
zone de Bumba. Centre important de production de qui s’est poursuivie jusqu’à nos jours.
riz, Bumba contribua à l’alimentation de Kinshasa, Sur le plan socioculturel, cette période fut mar-
la capitale, et de la ville de Mbandaka, le chef-lieu de quée par la fin progressive du monopole de l’ensei-
la région de l’Équateur. Les activités des unités agro- gnement exercé par certaines missions religieuses
industrielles des Plantations Lever connurent aussi autour de Lisala. Ce fut un originaire de la Mongala,

215
MONGALA

Félix Koli Elombe Motukua, Ngombe du territoire érosions. Ville natale du président Mobutu, Lisala


de Bongandanga, alors ministre de l’Enseignement bénéficia de quelques largesses durant son règne,
primaire et secondaire, qui lança la politique d’im- mais qui restèrent malgré tout assez marginales. À
plantation des écoles dans tous les territoires de l’occasion du jubilé d’or du président Mobutu Sese
l’Équateur, pour permettre aux enfants d’étudier près Seko, célébré à Lisala, en 1980, la principale avenue,
de chez eux. La province de l’Équateur connaissait, l’avenue Aérodrome, fut macadamisée. Plus d’une
en effet, un grand retard dans le domaine scolaire, à fois, le maréchal Mobutu passa les fêtes de fin d’année
cause de l’éloignement des écoles et de la forte sélec- dans sa grande résidence de Lisala, avant de se reti-
tion qui en résultait. Le district de la Mongala, qui rer à Gbadolite, où une coquette ville naquit à partir
bénéficiait déjà de bonnes écoles, concentrées ter- de rien. En 1990, il célébra encore ses 60 ans dans
ritorialement, en ouvrira d’autres, partout où elles la ville de Lisala. D’autres hommes d’affaires, comme
manquaient. Désormais, les élèves furent formés Jeannot Bemba Saolona, contribuèrent à l’édification
dans leurs milieux d’origine, mais les meilleures des deux centres urbains.
écoles restèrent celles qui disposaient de bonnes Il convient de souligner que le MPR, parti unique,
infrastructures et de bons enseignants. Les enfants poussa les originaires de la Mongala à chanter et à
des districts de l’Ubangi, de la Tshuapa et de l’Équa- danser, comme tout le monde. Ils figuraient dans
teur ne furent plus obligés d’aller à l’école dans la de célèbres groupes d’animation à Lisala, Kisangani,
Mongala, et le fossé se creusa entre les enfants. En Mbandaka et Kinshasa. Cette période fut aussi mar-
ce qui concerne la Mongala, les enfants ngombe et quée par le clientélisme politique et les originaires
budja gardèrent, du point de vue éducatif, les mêmes de la Mongala rivalisèrent d’ardeur pour se faire une
avantages que ceux qu’ils avaient toujours connus. place au soleil. Beaucoup y sont d’ailleurs parvenus.
Lisala disposait, désormais, de quatre réseaux sco- Mais ils ne se préoccupèrent pas de développer leur
laires : catholique (avec l’institut Ngomba ya Elikya contrée.
pour les garçons et l’institut Monzoto mwa Ntongo Voilà pourquoi la Mongala, comme toutes les
pour les filles), officiel (avec l’institut de Mika), privé, campagnes de l’Équateur, ne manqua d’exprimer ses
fondé par l’abbé Louis Mbonga (avec l’institut Ado) nombreuses doléances lors de la consultation popu-
et protestant, de la Communauté baptiste du Fleuve laire de 1989-1990, qui conduisit à la libéralisation
Congo (avec l’institut P. Koli d’Upoto). À ces réseaux, du régime et à l’adoption du multipartisme. Un ori-
vinrent s’en ajouter d’autres, initiés par les églises de ginaire de la Mongala, ancien haut magistrat sous
réveil, par les kimbanguistes et par les musulmans, le régime de Mobutu, Marcel Lihau Ebwa, devenu
voire par les commerçants et les hommes politiques. membre de l’UDPS, se fit alors remarquer en criti-
Les écoles devinrent une marchandise politique et quant de manière acerbe le régime, et en réclamant
des placements importants d’argent. le droit et la justice, durant la longue transition de
Néanmoins, faute de subsides de l’État, il devint 1990 à 1997.
difficile d’entretenir les anciennes infrastructures et
de construire de nouvelles écoles dignes de ce nom.
Les défis, dans ce secteur, sont donc énormes par- 2. LA MONGALA DURANT LA TRANSITION
tout dans la Mongala. L’inspection de ces écoles était POLITIQUE : 1990-1997
une tâche ardue et la viabilité de nombreuses d’entre
elles fut sérieusement compromise. Outre les infras- 2.1. PENDANT LA TRANSITION SOUS MOBUTU :
tructures, les enseignants qualifiés faisaient défaut et 1990-1996
de nombreuses écoles secondaires n’obtinrent pas de
diplômes « aux examens d’État ». Munis souvent de Le retour au multipartisme, proclamé du haut de
diplômes négociés (obtenus en trichant), les candi- la tribune par le président Mobutu, le 20 avril 1990,
dats qui réussirent à l’université furent peu nombreux. ne pouvait pas être une solution aux nombreux pro-
La croissance urbaine, observée à Lisala et à blèmes engendrés par les contradictions du régime.
Bumba, est à attribuer au dynamisme de la popula- La situation économique et monétaire empirait et,
tion et à l’initiative privée. L’État n’y réalisa plus de politiquement, la paralysie s’était installée. Les inci-
grands travaux et n’intervint pas dans la construc- dents de mai  1990 à l’université de Lubumbashi
tion des réseaux routiers urbains. La ville de Lisala jetèrent de l’huile sur le feu. L’armée nationale se
est ainsi menacée depuis de longues années par les livra à des pillages en 1991, dans la capitale d’abord,

216
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

puis dans d’autres villes. Lisala et Bumba ne purent à Bumba fut rapide. Il fallut seulement un mois, le
pas être épargnées totalement. Il fallait donc convo- temps de mettre de l’ordre dans la ville, conquise pra-
quer une conférence qualifiée de « Conférence natio- tiquement sans combats. Cette conquête fut facilitée
nale souveraine », visant à la refondation de l’État. par la fuite massive des troupes des FAZ. Toutes les
De nombreux fils de la Mongala prirent part à ce unités d’élite : SARM, DSP et GC étaient pourtant
forum mouvementé, qui fut la plus longue confé- déterminées à défendre la ville de Kisangani, jugée
rence nationale de toutes celles qui furent organi- point stratégique. Il est connu aujourd’hui que cer-
sées en Afrique à cette époque. Malgré tout, certains tains généraux chargés des opérations étaient cor-
d’entre eux, dont Omer Egwake ya Ngembe, Budja rompus ; ils furent ainsi à la base de cette débâcle
du territoire de Bumba, s’affichèrent encore comme générale qui changea, en moins d’un an, le cours de
de fanatiques défenseurs du régime Mobutu. Egwake l’histoire. D’ailleurs, le fait de refuser de combattre à
dirigea l’association Alliance des Bangala (Alliba), Bumba et à Lisala, comme évoqué plus loin, explique
dont le slogan fétiche était : Mungala ya solo solo le désengagement des officiers. Au lieu d’organiser la
(« vrai et digne Mungala ») ne devant être intimidé défense du territoire, ils planifiaient plutôt le retrait
ni reculer devant quiconque. Remémorons-nous, des troupes vers Kinshasa.
ici, le passé, mieux le caractère, vaillant de nom- La ville de Kisangani tomba le 15  mars  1997 et
breux groupes chez les Bangala, décrit dans la partie l’arrivée des militaires en fuite sema la panique à
historique de cet ouvrage. Il y avait visiblement une Bumba. Le comportement brutal de certains mili-
part d’opportunisme dans cette démarche portée par taires des forces gouvernementales fit craindre des
des individus26, mais n’était-ce pas aussi qu’il fallait troubles. Trois hélicoptères des Forces armées zaï-
porter secours au président Mobutu qui, malgré les roises firent régulièrement le relai entre Bumba et
méfaits de sa gestion, restait, après tout, un originaire Lisala.
de l’Équateur, ayant fourbi ses premières armes dans Le samedi 22 mars 1997, le général Denis Kalume
la Mongala, sa terre natale ? Dans l’armée, on comp- Numbi (Kusu du territoire de Kibombo dans le
tait plusieurs officiers supérieurs originaires de la Maniema, ayant grandi à Basoko et à Kisangani)
Mongala. Ainsi, c’est le général Donat Mahele Lieko atterrit à Lisala, à bord d’un hélicoptère, pour
Bokungu, Budja du territoire de Bumba, qui devint annoncer aux autorités militaires locales l’arrivée
le tout dernier ministre de la Défense et le dernier prochaine, par bateau, des militaires refoulés de la
chef d’état-major des Forces armées zaïroises (FAZ). guerre et des civils déplacés. Les officiers furent ins-
La situation politique n’ayant guère évolué pour tallés à l’hôtel et les militaires logèrent à la cité, en
stabiliser les institutions, la solution s’imposa de l’ex- attendant leur départ pour Mbandaka, le 30  mars,
térieur. Le président Mobutu, lâché par l’Occident, et par le bateau Primus.
malade, n’avait plus les moyens de contrôler la situa- Le 31 mars 1997, plusieurs militaires qui avaient
tion. En 1996, le pays eut à faire face à une agression quitté Bumba par voie terrestre semèrent la panique
venant du Rwanda, appuyée par les troupes régu- à la paroisse de Boyange. Avec l’autorisation de
lières de ce pays ; elle atteignit la Mongala, après la l’évêque, Mgr  Louis Nganga, le curé de Boyange,
chute de Kisangani, en mars 1997. l’abbé Édouard Litambala, réussit à les apaiser en leur
offrant une vache. Mais leur menace reprit quelques
2.2. LA MONGALA SOUS LA GUERRE DE L’AFDL : jours plus tard. C’est ainsi qu’au terme d’une concer-
AVRIL-MAI 1997 tation de l’évêque coadjuteur, Mgr Louis Nkinga avec
les colonels Ekutsu et Iba, le 4 avril, trois commandos
Comme pendant la rébellion de 1964, l’avancée furent envoyés à Boyange pour sécuriser la paroisse.
des forces de l’Alliance des forces démocratiques Le lundi 28 avril 1997, les troupes de l’AFDL arri-
pour la libération du Congo (AFDL) de Kisangani vèrent à Lolo et la nouvelle se répandit jusqu’à Bumba.
Quelques militaires furent cependant envoyés en
26  Le parcours politique d’Egwake est instructif. Après avoir été reconnaissance à Loeka. La panique gagna alors les
enseignant dans le secondaire puis agent dans les entreprises à habitants de Bumba, lorsqu’ils apprirent le décès
Kinshasa, jusqu’à l’avènement du multipartisme, en 1990, il entre d’un officier des FAZ au cours d’un affrontement
en politique comme vice-président de l’UFERI, parti dirigé par
avec les agresseurs, à Loeka. Il semble que le corps
Jean Nguz A Karl-I-Bond, devenu opposant de Mobutu, chargé
de la province de l’Équateur. Il devint fondateur, et le président de ce capitaine ait été récupéré miraculeusement
national, de l’ALLIBA (Alliance de Bangala) en 1992. par le colonel Andruma, dont la Jeep avait échappé

217
MONGALA

à plusieurs tirs de l’ennemi. Le corps du capitaine fut l’élection des autorités politico-administratives lo-
rapatrié à bord d’un hélicoptère. cales. Au terme de celle-ci, les résultats permirent de
Les militaires étant partis de Bumba sans la composer l’équipe suivante :
moindre tentative de résistance, les habitants furent –– chef de district : Mosau ;
invités à porter une banderole blanche au cou en –– chef de district adjoint : Pate ;
signe d’acceptation des «  libérateurs ». Le mardi –– administrateur de territoire : Manzenge ;
29  avril  1997, les « libérateurs » entrèrent triom- –– administrateur de territoire adjoint : Mampengu ;
phalement à Bumba vers 17  h  30. Une fois la ville –– chef de cité : Lungu.
entièrement sous leur contrôle, les « libérateurs »
organisèrent, quelques jours plus tard, des élections En avril 1998, le ministre d’État chargé de l’Inté-
populaires, au cours desquelles Mbongo Mbuli fut rieur, Gaétan Kakudji, organisa, à Kinshasa et dans
élu administrateur du territoire. chaque chef-lieu de province, un concours pour le
À Lisala, on apprit la chute de Bumba le 30 avril recrutement des administrateurs de territoire. Un
1997. Les habitants paniquèrent et les militaires total de 15 762 candidats se seraient présentés ; 2278
encore sur place cherchèrent des véhicules pour d’entre eux furent retenus, parmi lesquels 145 affec-
fuir, et aussi de l’argent. Une des premières cibles tés, le 11 juin, à l’administration d’un territoire, après
fut l’Église catholique, et particulièrement l’évêché. avoir suivi un séminaire de formation adressé aussi
Après avoir cherché en vain l’abbé Justin Lingboto, aux gouverneurs et vice-gouverneurs de province.
économe diocésain, ils gagnèrent l’évêché d’où ils ne Les séminaristes arborèrent une tenue évoquant
sortirent qu’après avoir reçu une importante somme celle des administrateurs coloniaux : pantalon, veste
d’argent en nouveaux zaïres et en devises étrangères. et casquette de couleur blanche. Il fut promis que
Les militaires entreprirent ensuite de piller les entre- les autres candidats sélectionnés seraient nommés
prises de la ville, avant de prendre la fuite, emportant ultérieurement dans les fonctions d’ajoints territo-
des biens et des véhicules. riaux, de chefs de poste et de cité, à partir du mois
Le mercredi 6  mai, soit une semaine après la d’août. La sélection retint au moins un originaire par
chute de Bumba, les troupes de l’AFDL entrèrent territoire comme administrateur de territoire, mais
triomphalement et sans aucun combat dans la ville celui-ci devait être affecté dans un autre territoire
de Lisala, abandonnée à elle-même. Elles deman- que celui dont il était originaire, à l’intérieur de la
dèrent, comme partout ailleurs, à la population de même province. Pour les originaires de la Mongala,
revenir à la cité. Le 17 mai, le régime de Mobutu prit la situation se présenta comme suit :
fin, ce dernier ayant pris la fuite. Il n’y avait plus de
raisons, dès lors, de poursuivre la guerre. Tableau 11.1.  Administrateurs des territoires de la Mongala.
La chute de Kinshasa, le 17 mai 1997, fut un jour Territoire Territoire
de deuil dans la Mongala : le général Donat Mahele Noms
d’origine d’affectation
venait d’être tué au camp Tshatshi, dans la nuit du
Jean-Claude
16 au 17 mai, par les derniers soldats de la Division Manya Lukolela Lisala
spéciale présidentielle (DSP), la garde de Mobutu. Minyonya
Malgré la fuite de Mobutu, les barrières persis-
Jean-René
tèrent partout dans le territoire de la Mongala. Les Boladja Ingende Bumba
« libérateurs » firent preuve d’un très grand rigo- Bangondo
risme. Il fallait se déchausser avant de traverser une
Jean Elanga
barrière, sous peine de coups de fouet. Des puni- Yongomo wa Bomongo Bongandanga
tions atroces furent infligées à la population, pour Bokima
des peccadilles. Même les veillées de deuil étaient
Innocent Andia
interdites par les très jeunes soldats, ces kadogo, qui Nzumea
Lisala Lukolela
obéissaient au doigt et à l’œil à leurs chefs.
Roger Yenga
Les nouvelles autorités administratives de la Bumba Bomongo
Ndula
Mongala furent élues après celles de la province de
l’Équateur. C’est le mardi 22 juillet 1997, que le gou- Charles Mpongi Mobayi-
Bongandanga
ea Bonyeme Mbongo
verneur de province, Gabriel Mola Motya Bikopo,
Ekonda du territoire de Bikoro, arriva à Lisala pour Source : de Villers & Willame (1988 : 175-176).

218
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Ainsi s’installa, provisoirement, le nouveau pou- Lors de l’accession du pays à l’indépendance en


voir. La Mongala connut une accalmie éphémère, 1960, les originaires des trois territoires actuels qui
parce que dans toute son étendue, des bruits de balles constituent la Mongala se trouvaient à la tête de la
résonnaient. Par ailleurs, ce nouveau pouvoir allait être hiérarchie nationale. Et n’eût été son échec lors du
confronté, à son tour, à de nouvelles rébellions, d’abord vote au Sénat et à la Chambre des représentants en
celle du Rassemblement congolais pour la démocratie juin  1960, c’est Jean Bolikango qui serait devenu le
(RCD) et, ensuite, celle du Mouvement de libération premier président du pays. Aucun ne fut membre du
du Congo (MLC). Cette dernière était menée par un gouvernement de Patrice Lumumba. Cyrille Adoula
fils du district du Sud-Ubangi, voisin de celui de la fit partie du « Groupe de Binza » ; Marcel Lihau et
Mongala, Jean-Pierre Bemba Gombo. La Mongala ne Albert Atundu, tous deux Budja du territoire de
sera directement concernée que par celle-ci. Bumba, furent respectivement commissaire général
à la Justice et commissaire aux Affaires sociales, dans
le Collège des commissaires généraux (septembre
3. LES ORIGINAIRES DE LA MONGALA, 1960-février 1961). C’est Adoula qui devint Pre-
ACTEURS POLITIQUES SOUS LA PREMIÈRE mier ministre du gouvernement issu du conclave de
ET LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUES Lovanium, en août 1961, poste qu’il conserva jusque
juin  1964. Jérome Anany, un originaire de Lisala,
À la fin de la colonisation, la présence des Ban- détint le portefeuille de la Défense pendant quelque
gala dans la capitale congolaise était importante. temps, avant d’être accusé de complot contre le nou-
D’ailleurs, l’on qualifiait de « Bangala » tous les locu- veau pouvoir de Mobutu ; condamné à mort par une
teurs du lingala. Cette langue avait connu une crois- cour militaire présidée par Alexandre Singa Boyenge
sance assez rapide, depuis sa conquête de la capitale sous les ordres du président de la République, il fut
Léopoldville, à la fin des années 1940 et début 1950 ; pendu à Kinshasa en 1966.
de plus, elle était le parler de l’armée.

Tableau 11.2.  Dans les exécutifs nationaux de la Première République (1960-1965).

Peuples et
Noms Fonctions
territoires
Adoula Cyrille Budja ; Bumba Ministre de l’Intérieur du gouvernement Ileo du 5 au 12 septembre 1960
Adoula Cyrille Budja ; Bumba Ministre de l’Intérieur du gouvernement Ileo du 13 au 20 septembre 1960
Jean Bolikango Akula ; Lisala Ministre de l’Information du gouvernement Ileo du 13 au 20 septembre 1960
Commissaire général à la Justice dans le Collège des commissaires généraux
Lihau Marcel Budja ; Bumba
(19 septembre 1960-8 février 1961)
Vice-Premier ministre et ministre du gouvernement provisoire (Ileo)
Jean Bolikango Akula ; Lisala
du 6 février au 1er août 1961
Ministre de l’Intérieur du gouvernement provisoire (Ileo) du 6 février
Adoula Cyrille Budja ; Bumba
au 1er août 1961
Ministre de la Justice du gouvernement provisoire (Ileo) du 6 février
Lihau Marcel Budja ; Bumba
au 1er août 1961
Adoula Cyrille Budja ; Bumba Premier ministre du gouvernement du 2 août 1961 au 10 juillet 1962
Adoula Cyrille Budja ; Bumba Premier ministre du gouvernement du 11 juillet 1962
Anany Jérôme Lisala Ministre de la Défense du gouvernement du 11 juillet 1962
Adoula Cyrille Budja ; Bumba Premier ministre du gouvernement du 14 avril 1963
Anany Jérôme Lisala Ministre de la Défense du gouvernement du 14 avril 1963
Adoula Cyrille Budja ; Bumba Premier ministre du gouvernement du 1er août 1963 jusqu’à juin 1964
Anany Jérôme Lisala Ministre de la Défense du gouvernement du 1er août 1963 jusqu’à juin
Source : Tableau constitué à partir de données puisées dans Banyaku (2000).

219
MONGALA

Après les gouvernements


d’Adoula, aucun originaire
de la Mongala ne fit partie
des gouvernements formés
par Moïse Tshombe (juillet
1964-26 juillet 1965) et Éva-
riste Kimba (18  octobre et
8  novembre  1965). Il fallut
attendre l’avènement au pou-
voir du président Mobutu,
en novembre 1965, pour que
les choses changent.

Le dimanche 28 novembre 1965, Jean Bolikango nommé Jules Croy Emony.


ministre des Travaux publics prête serment devant (Photo d’archives familiales,
le président Mobutu à Léopoldville. cédée à l’équipe locale,
(CP.2007.1.241, collection MRAC Tervuren ; en novembre 2014.)
photo Information G.C., 1965.)

Tableau 11.3.  Dans les exécutifs nationaux de la Deuxième République (1965-1997).

Noms Peuples et territoires Fonctions


Ministre des Travaux publics dans le gouvernement
Bolikango Jean Akula ; Lisala Mulamba
du 24 novembre 1965
Ministre des Travaux publics dans le gouvernement Mobutu
Apindia Antoine Bumba
du 14 septembre 1966
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 5 octobre 1967
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 17 août 1968
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 5 mars 1969
Ministre d’État chargé des Affaires étrangères dans
Adoula Cyrille Budja ; Bumba
le gouvernement Mobutu du 1er août 1969
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 1er août 1969
Ministre d’État chargé des Affaires étrangères dans
Adoula Cyrille Budja ; Bumba
le gouvernement Mobutu du 7 avril 1970
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et aux Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 7 avril 1970
Ministre d’État chargé des Affaires étrangères dans
Adoula Cyrille Budja ; Bumba
le gouvernement Mobutu du 15 septembre 1970
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 15 septembre 1970
Ministre d’État chargé des Affaires étrangères dans
Adoula Cyrille Budja ; Bumba
le gouvernement Mobutu du 16 octobre 1970
Ngombe ; territoire Vice-ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières
Sakombi Ekope Denis
de Lisala dans le gouvernement Mobutu du 16 octobre 1970
Ministre d’État chargé des Affaires étrangères dans
Adoula Cyrille Budja ; Bumba
le gouvernement Mobutu du 12 novembre 1970

220
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Noms Peuples et territoires Fonctions


Ngombe ; territoire Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Mobutu
Sakombi Ekope Denis
de Lisala du 12 novembre 1970
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Ministre de l’Information dans le gouvernement Mobutu
Dominique de Lisala du 7 décembre 1970
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Ministre de l’Information dans le gouvernement Mobutu
Dominique de Lisala du 2 juillet 1971
Ngombe de père
Vice-ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement
Eketebi Laurent (et Mongo de mère) ;
Mobutu du 2 juillet 1971
territoire de Lisala
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Ministre de l’Information dans le gouvernement Mobutu
Dominique de Lisala du 21 février 1972
Ngombe de père
Vice-ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement
Eketebi Laurent (et Mongo de mère) ;
Mobutu du 21 février 1972
territoire de Lisala
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Ministre de l’Information dans le gouvernement Mobutu
Dominique de Lisala du 17 juillet 1972
Ngombe de père
Eketebi Moyidiba Ministre des Transports dans le gouvernement Mobutu
(et Mongo de mère) ;
Laurent du 17 juillet 1972
territoire de Lisala
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Ministre de l’Information dans le gouvernement Mobutu
Dominique de Lisala du 18 octobre 1972
Ngombe de père
Eketebi Moyidiba Ministre des Transports et Communications dans
(et Mongo de mère) ;
Laurent le gouvernement Mobutu du 18 octobre 1972
territoire de Lisala
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Commissaire d’État à l’Orientation nationale dans le
Dominique de Lisala gouvernement Mobutu du 8 mars 1974
Ngombe de père
Eketebi Moyidiba Commissaire d’État aux Transports et Communications
(et Mongo de mère) ;
Mondjolomba Laurent dans le gouvernement Mobutu du 8 mars 1974
territoire de Lisala
Sakombi Inongo Ngombe ; territoire Commissaire d’État à l’Orientation nationale dans
Dominique de Lisala le gouvernement Mobutu du 11 novembre 1974
Ngombe de père (et
Eketebi Moyidiba Commissaire d’État aux Transports et Communications
Mongo de mère) ;
Mondjolomba Laurent dans le gouvernement Mobutu du 11 novembre 1974
territoire de Lisala
Commissaire d’État aux Sports dans les gouvernements
Elonga Mali Mazungu Lisala du 7 janvier 1975 ; du 18 octobre 1975 ; du 4 février 1976 ;
du 23 février 1977 ; du 8 juillet 1977 ; du 18 août 1977
Commissaire d’État aux Finances dans les gouvernements :
Emony Mondanga Lisala
du 13 décembre 1977 ; du 5 janvier 1978
Commissaire d’État à l’Orientation nationale, Culture
Elebe ma Ekonzo Lisala
et Arts dans le gouvernement du 15 janvier 1980
Commissaire d’État à l’Information, Culture et Arts
Elebe ma Ekonzo Lisala
dans le gouvernement du 28 août 1980
Commissaire d’État au Commerce extérieur dans
Emony Mondanga Lisala
le gouvernement du 28 août 1980

221
MONGALA

Nons Peuples et territoires Fonctions


Commissaire d’État à l’Information dans le gouvernement
Elebe ma Ekonzo Lisala
du 18 février 1981
Commissaire d’État au Portefeuille dans le gouvernement
Emony Mondanga Lisala
du 18 février 1981
Secrétaire d’État à l’Environnement, Conservation de la
Djogo Basone Bumba nature dans les gouvernements : du 18 février 1981 ;
du 9 octobre 1981
Secrétaire d’État à la Culture et Arts dans les
gouvernements : du 18 février 1981 ; du 9 octobre 1981 ;
puis secrétaire d’État à l’Enseignement secondaire dans les
Masegabio Nzanzu
Ngombe ; Lisala gouvernements : du 7 mai 1982 ; du 5 novembre 1982 ; puis
Philippe
secrétaire d’État à l’Information, Culture et Arts dans les
gouvernements : du 18 mars 1983 ; du
1er février 1985
Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, universitaire et
à la Recherche scientifique dans les gouvernements :
Boguo Makeli Budja ; Bumba du 7 mars 1987 ; du 29 juillet 1987 ; du 28 juillet 1988 ;
du 12 octobre 1988 ; du 26 novembre 1988 ; 21 janvier 1989 ;
du 12 mai 1989 ; du 11 janvier 1990
Commissaire d’État à l’Information et Presse dans les
Sakombi Inongo
Ngombe ; Lisala gouvernements : du 26 novembre 1988 ; du 21 janvier 1989 ;
Dominique
du 12 mai 1989
Ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et
Koli Elombe Motukoa professionnel dans les gouvernements : du 4 mai 1990 ;
Ngombe ; Bongandanga
Jean Félix du 7 juin 1990 ; du 29 novembre 1990 ; du 30 mars 1991 ;
du 17 juillet 1991
Secrétaire d’État auprès du Premier ministre et porte-parole
Moduwa Nguma Lisala
du gouvernement du 29 octobre 1991
Secrétaire général chargé des Finances dans le
Mbonga Magalu Lisala « Gouvernement des commissaires généraux » du
10 décembre 1992
Ezula a Monzemba Vice-ministre à l’Économie dans le gouvernement du
Eluzam Richard 19 mars 1993
Vice-ministre à l’Intérieur dans le gouvernement du
Eboma Edzuku Lisala
19 mars 1993
Vice-Ministre à l’Enseignement primaire et secondaire
Boguo Makeli Budja ; Bumba
dans le gouvernement du 4 avril 1993
Masegabio Nzanzu Ministre de l’Information et Presse dans les gouvernements :
Ngombe ; Lisala
Philippe du 6 juillet 1994 ; du 22 juillet 1995
Vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale et
Mahele Lieko Bokungu
Budja ; Bumba des Anciens Combattants dans le gouvernement du 11 avril
Donat
1997
Source : tableau constitué à partir de données puisées dans Banyaku (2000).

222
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Tableau 11.4.  Sénateurs et députés.

Nons Peuples et territoires Fonctions


Sénateur (1960-1963) ; Premier
Adoula Cyrille Budja ; territoire de Bumba
ministre (août 1961- juin 1964)
Ebenga Paul / Sénateur (1960-1963)
Bolikango Jean Akula (Ngombe) ; territoire de Lisala Député (1960-1963)
Monote Jean Ngombe ; territoire de Bongandanga Député (1960-1963)
Mosoko Ambroise / Député (1960-1963)
Egbula Norbert / Sénateur (1965-1967)
Lingwambi Jean / Sénateur (1965-1967)
Apinda Antoine Budja ; territoire de Bumba
Bolikango Jean Akula (Ngombe) ; territoire de Lisala Député (1965-1967)
Motingia Jean Ngombe ; territoire de Lisala Député (1965-1967)
Adoula Cyrille Budja ; territoire de Bumba Député (1970-1975)
Apinda Antoine Budja ; territoire de Bumba Député (1970-1975)
Bolikango Jean Akula (Ngombe) ; territoire de Lisala Député (1970-1975)
Engwanda Augustin Budja ; territoire de Bumba Député (1970-1975)
Elebe Philippe Akula ; territoire de Lisala Député (1970-1975)
Koli Jean Félix Ngombe ; territoire de Bongandanga Député (1970-1975)
Sakombi Denis Ngombe ; territoire de Lisala Député (1970-1975)
Bumba Frédéric Budja ; territoire de Bumba Député (1970-1975)
Dombo Bembitelama Thadée
Akula (Ngombe) ; territoire de Lisala Député (1970-1975)
Hubert
Ngbangala Servais / Député (1970-1975)
Atundu Nzia Budja ; territoire de Bumba Député (1975-1977)
Bumba Moaso Djogi Antoine Budja ; territoire de Bumba Député (1975-1977)
Koli Elombe Motukoa Jean Félix Ngombe ; territoire de Bongandanga Député (1975-1977)
Sakombi Ekope Denis Ngombe ; territoire de Lisala Député (1975-1977)
Sakombi Inongo Dominique Ngombe ; territoire de Lisala Député (1975-1977)
Egbula Sodu Norbert / Député (1975-1977)
Lumbu Maloba / Député (1975-1977)
Apindia Monga Mapindia Budja ; territoire de Bumba Député (1977-1982)
Bilo Mangbau Budja ; territoire de Bumba Député (1977-1982)
Sakombi Ekope Ngombe ; territoire de Lisala Député (1977-1982)
Lumbu Maloba / Député (1977-1982)
Adoula Mahoko Budja ; territoire de Bumba Député (1982-1987)
Adjebo Eyamba Ngombe ; territoire de Lisala Député (1982-1987)
Mabamba-e-Bopey Territoire de Bongandanga Député (1982-1987)
Manzingo Aundu Budja ; territoire de Bumba Député (1982-1987)
Mongbanga Gbota Ngombe ; territoire de Lisala Député (1982-1987)
Adoula Mahoko Budja ; territoire de Bumba Député (1987-1992)
Bumba Alongo Budja ; territoire de Bumba Député (1987-1992)
Masegabio Nzanzu Philippe Ngombe ; territoire de Lisala Député (1987-1992)

223
MONGALA

Nons Peuples et territoires Fonctions


Député/Haut Conseil
Lihau Ebua Marcel Budja ; territoire de Bumba
de la République (1992)
Député/Haut Conseil
Mokako Linga Budja ; territoire de Bumba
de la République (1992)
Député/Haut Conseil
Mondombo Isisa Ebambe Augustin Ngombe ; territoire de Lisala
de la République (1992)
Député/Haut Conseil
Mondombele Aluma (?)
de la République (1992)
Député/Haut Conseil
Mungeza Mangumbe (?)
de la République (1992)
Député/Haut Conseil
Adoula Mahoko Budja ; territoire de Bumba
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Angoya Mbia Budja ; territoire de Bumba
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Bumba Alongo Budja ; territoire de Bumba
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Lihau Ebua Marcel Budja ; territoire de Bumba
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Masegabio Nzanzu Philippe Ngombe ; territoire de Lisala
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Mokako Linga Budja ; territoire de Bumba
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Mondombele Aluma
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Mondombo Isisa Ebambe Augustin Ngombe ; territoire de Lisala
de la République (1994)
Député/Haut Conseil
Mungeza Mangumbe (?)
de la République (1994)
Source : tableau constitué à partir de données puisées dans Banyaku (2000).

Dans l’armée, les originaires des trois territoires ngbandi et bangala étaient presque toutes intégrées
actuels constituant la Mongala furent, malgré leur dans le district de la Mongala, avec Lisala comme
nombre dans les fonctions subalternes, peu visibles, chef-lieu. Dès qu’il avait obtenu ses premiers grades
au départ de la décolonisation, en 1960. Aucun dans l’armée congolaise, à l’indépendance, Mobutu
d’entre eux ne fut compagnon de la révolution, lors avait très vite songé à sa région d’origine et à ses
de la prise de pouvoir de Mobutu, en 1965. Mais « frères » de l’Équateur. Félix Vunduave se rappelle :
au moment où leurs effectifs décroissaient dans les
postes politiques, on observa une montée vertigi- « C’est seulement en mai 1961 que je l’ai vu personnelle-
neuse de leur nombre dans la hiérarchie militaire, ment lors de sa visite au collège Saint-Thomas More de
qui se remarqua encore davantage après les limo- Lisala où j’ai fait mes humanités gréco-latines de 1957
geages des originaires de diverses régions, au milieu à 1963. Major de ma promotion, j’avais été désigné
des années 1970. Et malgré le retrait forcé d’An- par la Direction pour adresser, au nom du collège, le
toine Bumba, en 1977, cela n’entraîna pas la méfiance discours de bienvenue au jeune général Joseph-Désiré
du Maréchal-président envers les originaires budja. Mobutu. […] Très curieux de nature, le général, pen-
Bien au contraire. Jusqu’à la fin du régime Mobutu, dant la réception offerte en son honneur à l’issue de sa
en 1997, ce furent les officiers ngbandi et budja qui visite au collège, m’appela, me donna une tape amicale
dominèrent le commandement militaire. Il faut sur l’épaule droite et s’enquit de mon identité complète.
souligner ici le fait que jusqu’en 1977, les régions Il fut agréablement surpris de constater que je connais-

224
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

sais si bien sa famille à Mogalo et à Libenge. Aussitôt


il fit venir son officier d’ordonnance et lui demanda de
prendre mon identité afin de me faciliter l’accès auprès
de lui dès mon arrivée à Kinshasa. Puis il me dit :
“Mon jeune frère si cela t’intéresse, j’ai un programme
ambitieux : bâtir une grande Armée nationale congo-
laise. Bientôt j’enverrai en formation à l’étranger, dans
des académies et grandes écoles militaires, des jeunes
gens doués comme toi, ayant le niveau des humanités.
Je serais heureux de te compter parmi eux… À moins
que, ajouta-t-il, en plaisantant, tu préfères devenir curé
comme votre Père-Recteur du collège, ici à côté de
moi !” » (Vunduawe 2000 : 34).

Le gros recrutement dans l’armée des origi- Le président Mobutu, le général de brigade Antoine Bumba
naires de l’Équateur commença dès ce moment-là. Moaso Djogi et le général Antoine Molongia. Antoine Bumba
Mobutu prit le pouvoir en novembre 1965. À la fin Moaso Djogi, Budja, était né à Ebonda en 1930. Un des
premiers para-commandos congolais, il gravit les échelons et
des années  1960 et début 1970 surtout, le soldat
les fonctions militaires jusqu’à devenir général de corps d’armée
Antoine Molongia, un Limbinza, fut chargé de recru- (1er juillet 1974) et commandant en chef des Forces armées zaïroises
ter en grand nombre dans la province de l’Équateur, (27 juillet 1972). Mais il connut la déchéance, le 2 juillet 1977,
prioritairement dans le district de la Mongala27. Ses et fut « mis à la disposition de la Présidence de la République ».
recrues gravirent rapidement les échelons militaires Il ne réapparut plus, jusqu’à sa mort.
(Photo « archives de la famille Bumba Moaso Djogi », reçue en
pour reprendre les postes des soldats évincés par novembre 2014.)
grappes entières et périodiquement, originaires des
ethnies et régions suspectées de ne pas apprécier
le président Mobutu. Parmi les officiers supérieurs Shaba », en 1977 et 197828. Selon Félix Vunduawe, « le
originaires de la Mongala les plus en vue furent Président Mobutu, chef suprême des Forces armées
Antoine  Bumba Moaso Djogi (Budja, Bumba)  ; zaïroises, en connaissait personnellement tous les
Sébastien  Eluki Monga Aundu (Budja, Bumba), officiers. C’est lui qui les avait recrutés, envoyés en
Donat  Mahele Lieko Bokungu (Budja, Bumba), formation dans les grandes écoles et académies mili-
Matumbu Monga (Budja, Bumba) ; Mosala Mond- taires à l’étranger (Belgique, France, Grande-Bre-
jia Ndongo (Budja, Bumba), Mbudja  Mabe  Félix tagne, États-Unis d’Amérique, Israël…) et qui les
(Budja, Bumba) ; Manzembe ma Ebanga (Ngombe, avait nommés et promus à toutes les fonctions et à
Lisala) ; Esalo Monga Mungwa (Budja, Bumba), tous les grades » (Vunduawe 2000 : 145).
Engwala Motambu (Budja, Bumba) ; Yeka Mangbau Autour de Mobutu avait fonctionné le Conseil
(Ngombe, Lisala). supérieur de la Défense, un organe politico-militaire
La grande entrée des originaires de l’Équateur dominé dans sa composition par les originaires de la
dans les hauts grades intervint lors de la restructu- province de l’Équateur et de la Province-Orientale.
ration de l’armée, à la suite des deux « guerres du Un grand nombre d’officiers supérieurs de l’ar-
mée du régime Mobutu provinrent du district de
la Mongala et, particulièrement, du territoire de
27 Antoine Molongia, qui était lieutenant colonel en 1968, Bumba.
devint chef de cabinet adjoint à la Défense nationale, en rem- La formule du serment qui exprimait la fidélité
placement de J. Babia, puis chef de cabinet au ministère de la
Défense nationale, en 1972. Par cette fonction, il fut directement totale et l’engagement inconditionnel, jusqu’au sacri-
en contact avec le président Mobutu, qui était aussi ministre de
la Défense. Il passe pour l’un des plus anciens collaborateurs de
Mobutu, affecté, en 1960 déjà, au secrétariat du ministère de la 28  À titre d’exemple, à la suite de ce qui fut qualifié de « coup
Défense. Il fut, certes, rejeté par Mobutu, qui l’avait accusé d’in- d’État monté et manqué », opéré par un groupe de jeunes offi-
soumission et condamné aux travaux forcés, en 1980, mais ceux ciers, Kalume, Mpika et consorts, en 1978, il avait été décidé
qu’il avait injectés dans l’armée firent que la province de l’Équa- au niveau du Conseil supérieur de la Défense de procéder à
teur en général domina, en nombre d’officiers, et par l’impor- l’épuration ethnorégionale de certains cadres spécialisés d’état-
tance des postes occupés dans l’armée, jusqu’à la fin du régime major, ressortissants notamment des provinces du Bas-Zaïre, du
de Mobutu, en mai 1997. Bandundu, du Kasaï-Oriental, du Kasaï-Occidental et du Shaba.

225
MONGALA

Tableau 11.5 .  Les chefs de l’armée zaïroise pendant fice suprême, des militaires zaïrois à la personne de
les 25 dernières années du régime Mobutu (1972-1997). Mobutu et au service de son régime fut :
Nom Titre porté Identité
« Oyo ekoya eya !
Capitaine Budja du
Bumba Moaso Makila na bisu mpo ya Guide !
général, nommé territoire de
Djogi Makila Na bisu mpo ya peuple !
le 27 juillet 1972 Bumba
Makila na bisu mpo ya ekolo !
Capitaine Azande du
Babia Zongbi Makila na bisu mpo ya Guide ! mpo ya peuple !
général, nommé territoire de
Malogbia mpo ya ekolo !
le 1er juillet 1977 Buta
Oyo ekoya eya !
Chef d’état-
Singa Boyenge Mbenza du
major, nommé
Mosambayi territoire d’Aketi Traduction :
le 6 mars 1979
Advienne que pourra !
Chef d’état- Budja du
Eluki Monga Notre sang pour le Guide !
major, nommé le territoire de
Aundu Notre sang pour le peuple
8 janvier 1985 Bumba
Notre sang pour la patrie !
Chef d’état- Limbinza du
Lomponda wa Notre sang pour le Guide ! pour le peuple !
major entre territoire de
Botende pour la patrie !
1987-1989 Mankanza
Advienne que pourra ! »
Chef d’état- Ngombe du
Manzembe ma Source : Vunduawe (2000 : 144).
major, nommé le territoire de
Ebanga
11 janvier 1990 Lisala
Chef d’état- Budja du Félix Vunduawe (dernier directeur de cabi-
Mahele Lieko net du président Mobutu, de 1992 à 1997) dépeint
major, nommé le territoire de
Bokungu avec vigueur la décadence de l’armée zaïroise (Vun-
3 octobre 1991 Bumba
Chef d’état- Budja du
duawe 2000 : 143-164). L’assassinat, au camp Tshat-
Eluki Monga shi, dans la nuit du 16 au 17  mai  1997, du général
major, nommé le territoire de
Aundu Donat Mahele par les soldats de la Division spéciale
10 février 1993 Bumba
Chef d’état-
présidentielle de Mobutu sonna comme un symbole
Ngbandi du de la fin interne du pouvoir de Mobutu. D’ailleurs, le
Kpama major ai,
territoire de général Sébastien Eluki Monga Aundu (apparenté au
Baramato Kata nommé le 20
Mobayi général Mahele, dont le père est le cousin germain
novembre 1996
Chef d’état- de la mère d’Eluki) prit contact avec L.D. Kabila ; ses
Budja du brefs séjours à Kinshasa n’aboutirent pas à ce qu’il
Mahele Lieko major, nommé
territoire de obtienne un poste et il resta en exil en Espagne.
Bokungu le 18 décembre
Bumba
1996
Source : Vunduawe (2000).

RÉFÉRENCES
Banyaku Luape Epotu, E. 2000. Chronologie, monographie et documentation sur l’histoire politique du Congo des années
1960 aux années 1990. Kinshasa : CIEDOS.
de Villers,  G. & Willame,  J.-C. 1998. République démocratique du Congo. Chronique politique d’un entre-deux-guerres.
Octobre 1996-juillet 1998. Tervuren-Paris : Institut africain-L’Harmattan (coll. « Cahiers africains », n° 35-36).
Vunduawe, F. 2000 . À l’ombre du léopard. Vérités sur le régime de Mobutu Sese Seko. Bruxelles : Éditions Zaïre libre.

226
CHAPITRE 12
LA MONGALA SOUS LES POUVOIRS
DES KABILA PÈRE ET FILS

1. LA MONGALA SOUS LA RÉBELLION où, vaincus, les militaires des FAC incendièrent
DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DU CONGO : des villages, estimant être trahis par la population.
1998-2003 Le jeudi 10  décembre  1998, les « récupérateurs »
entrèrent à Lisala. Neuf jours plus tard, ils arrivaient
Une seconde rébellion éclata une année plus tard, à Binga et continuaient rapidement jusqu’à Akula.
en 1998. À l’Équateur, c’est le Mouvement de libéra- Pour tenter de les déloger, les FAC reprirent des
tion du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba Gombo bombardements dont le premier eut lieu le mer-
qui prit le devant, soutenu par les troupes ougan- credi 13  janvier  1999. Ceux-ci continuèrent régu-
daises. Après de vifs combats à Dulia entre l’Armée lièrement, jusqu’au mardi 23 février 1999, veille des
de libération du Congo (ALC) et les FAC, soutenues affrontements historiques de Lisala, où les FAC ten-
par les Tchadiens, le MLC accéda au district de la tèrent en vain de reprendre la ville, aux mains des
Mongala. De nouveau, la ville de Bumba fut prise rebelles, pendant plus de deux mois.
de panique. Beaucoup de militaires tchadiens reve- Le mercredi 24 février 1999, eut lieu une déban-
nant du front furent hospitalisés à l’hôpital Notre- dade générale à Lisala. Des obus tombaient de par-
Dame de Bumba ; beaucoup avaient des lèvres et des tout. Ce fut le début d’une bataille qui dura trois
membres amputés. jours et, n’eût été la venue du chef rebelle Jean-
L’entrée des combattants de l’ALC à Bumba eut Pierre Bemba, Lisala aurait été repris par les FAC. En
lieu le mardi 17  novembre  1998. Un accueil cha- effet, il atterrit, alors que la bataille avait pris de l’am-
leureux leur fut réservé. Ils aimaient être appelés pleur et que le commandant des opérations, le colo-
« récupérateurs », car disaient-ils, ils étaient en train nel Karawa, le lui avait vivement déconseillé. Son
de récupérer leur pays des mains d’injustes pos- arrivée revigora ses troupes, qui finirent par prendre
sesseurs. Le même jour, un bateau transportant les le dessus. Les FAC furent refoulées après de grandes
militaires des FAC accostait à Lisala. À partir du pertes en vies humaines. Ces affrontements sont
19 novembre 1998, ils y suspendirent toute commu- immortalisés, à Lisala, par un marché érigé là où un
nication phonique. obus était tombé. Ce petit marché, situé derrière la
À Bumba, l’ALC procéda au recrutement de plu- clinique de Lisala, porte toujours, à l’heure actuelle,
sieurs jeunes qui furent enrôlés et rapidement formés le nom de wenze ya obus. Cette bataille causa de
par les militaires ougandais à Ebonda dans l’enceinte nombreux morts, aussi bien parmi les militaires que
des Plantations et élevage de la Mongala (PEM), parmi la population civile. Parmi les drames, fut
société que feu le général Mahele avait achetée aux retenu le décès d’une mère qui, décapitée par balle,
PLZ. C’est pour cette raison que les FAC avaient pris tomba sur son fils qu’elle portait, et qui finit, lui aussi,
la décision de bombarder Ebonda. Pour se protéger, par mourir d’étouffement.
la population avait creusé des tranchées dans les- La population s’enfuit dans la forêt pour ne
quelles elle se cachait à chaque passage d’un avion. sortir que plusieurs jours plus tard. Le dimanche
Entre-temps, l’ALC continuait sa marche vers 21 mars 1999, une messe d’action de grâce fut célé-
Lisala. De violents combats eurent lieu à Mindembo brée dans la cathédrale pour remercier le Seigneur

227
MONGALA

d’avoir épargné la ville de Lisala des graves consé-


quences qui auraient pu résulter de la prolongation
de ces combats.
Mais les FAC n’en avaient pas fini avec les bom-
bardements. À travers la Mongala, ceux-ci se pour-
suivirent. Les avions de la mort, les bombardiers,
furent surnommés Mongingima (Caméléon) à Lisala.
En effet, le vrombissement des Antonov ressemblait
au cri de cet animal connu comme porteur de mau-
vaise nouvelle dans la mentalité locale. Ils furent
aussi appelés Gbagbaladanga (Épervier) chez les
Ngbaka du district de l’Ubangi. Dans la Mongala,
c’est à Binga que ces bombardements causèrent les
plus grandes pertes : 29 personnes y succombèrent,
le 2 juin 1999, sans oublier plusieurs blessés et plu-
sieurs maisons détruites.
Malgré ces attaques aériennes du camp Kabila,
l’ensemble de la Mongala resta sous le contrôle du
MLC. Lisala fut longtemps le siège provisoire du
MLC. C’est dans cette ville que furent adoptés les sta-
tuts de ce mouvement, le 30 juin 1999. Et même plus
tard, tout le territoire fut géré par le gouvernement
mis sur pied, à Gbado-Lite, par Jean-Pierre Bemba,
jusqu’à l’accord de Sun City, en 2003.
L’importance de Lisala durant cette période s’il-
lustre aussi à travers les visites de Jean-Pierre Bemba Le cardinal Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi.
Frédéric Etsou était mondunga, né le 3 décembre 1930 à
lui-même et de délégations étrangères. Le dimanche Mazalaga – à environ 20 kilomètres de Lisala. Études primaires à la
12  décembre  1999, le président Jean-Pierre Bemba mission catholique de Boyange, et secondaires au petit séminaire
arrivait à Lisala. Le vendredi 7  janvier  2000, trois Notre-Dame-de-Grâce à Bolongo, dans les environs de Lisala.
observateurs militaires de l’ONU arrivaient à leur Il passa trois années de philosophie et une année de théologie au
grand séminaire de Kabwe, dans le Kasaï-Occidental. Il fut admis, le
tour dans cette ville. Le samedi 26 février 2000, Jean-
8 décembre 1954 dans la congrégation des Pères de Scheut. Après
Pierre Bemba était à Lisala pour commémorer le une année de noviciat et trois ans de théologie dans le scolasticat
premier anniversaire de la victoire de l’ALC sur les de Katoka (Luluabourg) dans le Kasaï-Occidental, il prononça ses
FAC, dans la bataille décisive qui lui avait permis de vœux perpétuels et fut ordonné prêtre, le 13 juillet 1958, à Lisala,
garder cette ville. par Mgr François Van Den Berch. Au bout d’une année de théologie
pastorale à Bruxelles, le père Frédéric Etsou travailla successivement
Même si l’espace territorial de la Mongala était comme vicaire à Saint-François-de-Salles de Kintambo et Saint-
sous le contrôle militaire du MLC, le pouvoir de Pierre, dans la commune de Kinshasa, entre 1959 et 1964. En
Kinshasa se disait être la seule autorité légitime. 1964, il fut envoyé à Paris où, pendant 4 ans, il suivit des études de
Ainsi, lors de la mise en place de l’Assemblée consti- sociologie. Entre 1968 et 1976, il revint à la paroisse Saint-Pierre
comme curé et assuma, en même temps, les charges de vice-
tutionnelle et législative-Parlement de transition
provincial des scheutistes pour la province CICM de Kinshasa et de
(ACL-PT) par décret du président L.D. Kabila, en vice-président de l’Association des supérieurs majeurs (Assuma).
juillet 2000, chaque territoire de la RDC fut repré- Consacré évêque le 7 novembre 1976, Mgr Etsou fut nommé évêque
senté par un membre désigné, auquel s’en ajoutèrent de Mbandaka-Bikoro, le 11 novembre 1977, en remplacement de
d’autres, choisis par le président Kabila lui-même Mgr Pierre Wijnants, retourné en Belgique. De 1979 à 1984, il fut vice-
président de la Conférence épiscopale nationale du Congo-Zaïre
(voir tableau 12.1)29. (CENCO). Il fut nommé archevêque de Kinshasa, le 14 août 1990.
La rébellion du MLC de Jean-Pierre Bemba fut Il fut créé cardinal par le pape Jean-Paul II, lors du consistoire du
plus longue que tous les autres mouvements opposés 28 juin 1991, avec le titre de cardinal-prêtre de S. Lucia a Piazza
au pouvoir des Kabila père et fils. Mais elle n’apporta d’Armi, devenant ainsi le deuxième cardinal zaïrois après Joseph-
Albert Malula. Le 13 juillet 2000, lors de la 34e assemblée plénière
de la CENCO, il fut nommé président de la Conférence épiscopale
29 À noter que sur les 300 membres de cette assemblée, 60 nationale du Congo pour un mandat de 4 ans. Il est décédé le
étaient choisis à la discrétion du chef de l’État. 7 janvier 2007. (Photo d’archive libre de droits.)

228
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Tableau 12.1.  Membres de l’Assemblée constitutionnelle Sur le plan religieux, un événement important
et législative choisis par le président Kabila. marqua le diocèse de Lisala sous le règne du MLC.
Secteur Ce fut la célébration du centenaire de la paroisse
Territoires Noms d’Umangi, la première de ses missions, sous le haut
d’origine
Bofaya Botaka patronage du cardinal Frédéric Etsou, Mondunga du
Bongandanga Bongandanga territoire de Lisala (cf. infra), le 15 décembre 2002.
Baende
Jean-Pierre Bemba arriva le même jour, alors que
Akundji Mosela
Caroline Molua la célébration eucharistique avait déjà commencé.
Bumba À cette occasion, le cardinal conféra le sacerdoce
Longange (?)
Lokaya Louise à trois diacres, les abbés Jean-Claude  Ambwa,
Molele Nzebwa Ngombe Honoré Anzolo et Romain Dese.
Lisala
Moponda Mombangi
Source : archives du service Histoire et Politique, MRAC. 2. DE LA « TRANSITION 1 + 4 » À NOS JOURS
rien à la Mongala sur le plan matériel. La population En 2003, l’isolement du territoire de la Mongala
croupit dans la misère et les produits manufacturés prit fin, suite à l’arrêt de la rébellion. Après l’accord
devinrent rares et chers. Les produits en provenance global et inclusif de Sun City (Afrique du Sud), tout
de l’extérieur, principalement de Bangui en RCA, ne l’espace aux mains de MLC, tous les agents adminis-
pouvaient pas répondre à une demande de plus en tratifs et toutes les troupes armées furent transmis au
plus grande de la population. Du côté de Kinshasa, Gouvernement central de Kinshasa. Le chef du MLC,
seule Caritas intervint au moment opportun pour Jean-Pierre Bemba, devint l’un des quatre vice-prési-
assister la population. Le bateau Boboto IV arriva à dents. Il eut en charge les finances et le budget. Le
Lisala le mercredi 31 juillet 2002 avec, à son bord, de district de la Mongala dépendait désormais adminis-
nombreuses marchandises destinées à la population : trativement de la province de l’Équateur.
sel, sucre, savon, vêtements, bicyclettes, etc. Lorsque l’ACL-PT fut dissoute, à la fin juin 2003,
Sur le plan administratif, le gouvernement des et remplacée par le Sénat et le Parlement de la « Tran-
rebelles fut dépourvu de réels moyens permettant d’as- sition 1 + 4 », la désignation des membres se fit sur
surer le fonctionnement des institutions. D’où une cer- base du partage entre les belligérants.
taine paralysie dans l’ensemble de la Mongala. Comme Charles Alamba Mungako, Ngombe de Lisala,
signalé plus haut, les autorités administratives étaient avait très tôt approché L.D. Kabila. Officier juge mili-
incapables de promouvoir la relance économique, d’où taire sous Mobutu, il devint l’adjoint du président de
l’appauvrissement général de la population. la Cour d’ordre militaire. Il sera promu par Joseph

Tableau 12.2.  Membres du Parlement et du Sénat de la transition (juillet 2003-juin 2006).

Territoires d’origine Noms Qualité


Bofaya Botaka Baende René Député/Quota Gouvernement
Bongandanga
Koyo Lisweya Bomeka Rose Députée/Quota MLC
Député/Quota Gouvernement (juillet 2003-
Maboso Botembetume Armand
16 novembre 2005)
Député/Quota Opposition politique non
Bumba Masan iwa Miboki Victor Alain
armée (G14/Condor)
Mokako Nkumu e Madjo Vincent Député/Quota MLC
Mopunga Makenden Mimy Députée/Quota RCD-Goma
Lipemba Ikpanga Ndolo Pascal Député/Quota MLC
Lisala Masegabio Nzanzu Philippe Sénateur/Quota MLC
Mondole Eso Libanza Ebeyogo Léon Député/Quota RCD-Goma
Source : Omasombo (2006).

229
MONGALA

Tableau 12.3.  Membres du Gouvernement, officiers supérieurs des FARDC et administrateurs d’entreprises originaires
de la Mongala.

Noms Fonctions Peuples et territoires d’origine


Général de brigade ; commandant
Agolowa Kangilo adjoint de région militaire désigné par le Mbudja, territoire de Bumba
Gouvernement
Ministre de la Jeunesse, Sports et Loisirs
Egbake ya Ngembe Omer Mbudja ; territoire de Bumba
(30 juin 2003-3 janvier 2005)/Quota MLC
Vice-ministre de la Presse et Information
Engbanda Mananga M’Okoto
(30 juin 2003-21 janvier 2004) ; ministre du Ngombe ; territoire de Lisala
José
Tourisme (21 janvier–2006)/Quota RCD/N
Vice-gouverneur de la province de
l’Équateur chargé des questions politiques
Maboso Botembetume Armand Territoire de Bumba
et administratives/Quota Gouvernement
(16 novembre 2005–février 2007)
Général de brigade, commandant de
Mbudja Mabe Félix Mbudja ; territoire de Bumba
région militaire/Quota Gouvernement
Vice-ministre du Commerce (30 juin
Mobando Yogo Yves 2003-16 mai 2004) ; vice-gouverneur de la Ngombe ; territoire de Lisala
province de l’Équateur (16 mai 2004)
Colonel, commandant en second de région
Mondonga Romain Ngombe ; territoire de Lisala
militaire/Quota Gouvernement
Source : Omasombo (2009).

Jeannot Bemba et Philippe Masegabio. Polycarpe Mongulu T’Apangane.


(Photo d’archives familiales, reçue en novembre 2014.) (Photo d’archives familiales, reçue par l’équipe locale en novembre
2014.)

Kabila et s’occupera du dossier de l’assassinat de de rue, à Kinshasa, du pouvoir de Mobutu, prônant


L.D. Kabila. Mais le 5 octobre 2004, il fut condamné l’unité des Bangala avec son Alliba (cf. supra). L’union
à mort par la Cour militaire, à cause de son impli- ou l’unité des Bangala fut défendue, à ce moment
cation dans l’assassinat de Steve Nyembo, directeur délicat, non plus par un Ngombe ou un Akula de
des impôts à Kinshasa. Il est toujours en prison, à Lisala, mais par un Budja de Bumba. Exilé au Congo-
Kinshasa, à l’heure actuelle. Brazzavile lors de la chute du régime Mobutu,
Sur le plan national, les fils et les filles de la Egwake rejoignit le MLC en 1999. Pendant son
Mongala participèrent au Gouvernement de tran- absence de Kinshasa, à cause de la rébellion, d’autres
sition (2003-2006), pour le compte du MLC. C’est acteurs bangala apparurent parmi les Ngombe pour
alors que certains noms émergèrent, notamment revendiquer les mêmes droits ; ce fut le cas notam-
celui d’Omer Egbake Ya Ngembe, dernier défenseur ment de Philippe Masegabio Nzanzu. Le pont ne fut

230
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

Tableau 12.4.  Acteurs originaires de la Mongala élus nationaux en 2006 et 2007.

Noms Fonctions et tendance politique Territoire d’origine


Adambu Lomaliza Sébastien Sénateur ; PDC Bumba
Agbumana Motingia Dieudonné Député ; Indépendant Bongandanga
Ambuku Goty Arsène Député ; MLC Bumba
Bopolo Mbongeza e Mbunga Robert Député ; PDC Bongandanga
Egwake ya Ngembe Omer Député ; MLC Bumba
Engbanda Mananga M’Okoto José Député ; RCD/N Lisala
Mayamba Monga Liwanda Hilaire Sénateur ; Indépendant Bumba
Mokako Nzeke Député ; PPRD Bumba
Mokoha Monga Adogo Jean-Baudouin Député ; « Renaissance Plate-forme électorale » Bumba
Mondole Eso Libanza Ebeyogo Léon Sénateur ; RCD/Goma Lisala
Mongulu T’Apangane Polycarpe Sénateur ; MLC Bongandanga
Ngbundu Malengo Crispin Député ; Camp de la Patrie Bumba
Source : Omasombo (2009).

Tableau 12.5.  Acteurs originaires de la Mongala élus provinciaux en 2006 et 2007.

Noms Fonctions et tendance politique Territoire d’origine


Athombo Ndombo Moliko Raymond PANRADI/CODECO/AMP Bumba
Baingeto Mogbolongo Antoine UNADEC Bongandanga
Bokungu Bubu Aimé MSR Bumba
Ebalu Gbede Jean RCD/Goma Bumba
Ekuka Ekongo Désiré Thomas Forces du Renouveau Lisala
Endoto Mokwele Norbert MLC Bumba
Entoku ea Lokuli Jean Samuel MLC Bongandanga
Essimba Baluwa Bolea Bienvenu MLC Lisala
Kalonda Monga Mabwa José MLC Bumba
Kuku Mombilo Jean Maurice PDC/AMP Lisala
Lingongo Mambumba Oscar Renaissance Plate-forme Lisala
Liyele wa Liyele Michel PDC/AMP Bongandanga
Madua Malamba Jean-Pierre MLC Lisala
Makengo Limbaya Oumar Chef coutumier coopté Bumba
Manzela Mopenze Désiré Chef coutumier coopté Lisala
Manzomba Molengi Louis Gaston PPRD Bumba
Masongi Fimbo Likombi Jean-Maurice PDC Bumba
Mayamba Monga Lwanda Hilaire CODECO Bumba
Mbonga Magalu Engwanda Louis Renaissance PE Lisala
Mohande Akuma Jean-Paul MSR Bongandanga
Mobando Yogo Yves Député MSR ; élu dans la ville de Mbandaka Lisala
Mokako N’Kumu Madjo Vincent MLC Bumba
Mondombo Egolo Yanga Yanga Lisala
MLC
Baudouin
Mondombo Kanzo Edmond MLC ; élu dans la ville de Mbandaka Lisala

231
MONGALA

Noms Fonctions et tendance politique Territoire d’origine


Motebe Agalea François PPRD Bumba
Motingea Elimo Aimé MLC Lisala
Motumbe Bodele Oscar MLC Bumba
Moyengo Asabo Bienvenu MLC Bongandanga
Ngani Ngepa Jackson ADECO Bumba
Paka Motumbe Jeef UA Bumba
Source : Omasombo (2009).

malheureusement pas jeté entre les deux courants du Tableau 12.6.  Originaires de la Mongala élus députés
regroupement supra-ethnique, qui semblent avoir nationaux en 2011.
disparu dans les faits (Mumbanza 2008). Territoires Noms
Lors des élections législatives de 2006, le district
Bofaya Sébastien
de la Mongala disposait d’un quota de quatre sièges Bongandanga Dome Jacques
de sénateurs, onze sièges de députés nationaux et Ifefo Albert
vingt-deux sièges de députés provinciaux, auxquels
Ambema Maurice
s’ajoutaient deux députés cooptés. La répartition par Basiala Marie-Thérèse
territoire était la suivante : trois pour Bongandanga ; Egwake Omer
cinq pour Bumba et trois pour Lisala. Bumba
Mabunda Jeanine
Jeanine Mabunda Lioko, Budja du territoire de Mandwengu
Bumba, membre du PPRD, garda de manière pre- Moleka Jean de Dieu
manente le poste de ministre du Portefeuille depuis Ahodoba Freddy
février  2007 dans les gouvernements Gizenga et Edumbadumba César
Lisala
Muzito. Même si elle ne faisait plus partie du Gou- Lembi Joseph
vernement formé par Matata en avril  2012, elle est Kolomba Léon
retournée au cabinet du chef de l’État, comme proche Source : archives du service Histoire et Politique, MRAC.
conseiller. C’est aussi le cas du général de brigade
Mbudja Mabe Nkumu Félix, reconduit commandant Entre les élections législatives nationales de 2006
de la base de Kitona, le 13 juin 2007, mais qui mou- et 2011, il convient de souligner qu’un seul député
rut quelques années plus tard. Quand au député pro- national fut réélu, Omer Egbake. Quant au sénateur
vincial Mobando Yongo, il fut nommé président du Mondole Léon, il gagna un siège de député national
conseil d’administration de l’Institut congolais pour la en 2011.
conservation de la nature (ICCN), le 12 janvier 2008. Depuis la « Transition 1 +  4  », qui s’acheva en
Au niveau de la province de l’Équateur, Edmond 2006, les originaires de la Mongala furent divisés
Mondombo  Kanzo devint président de l’assem- entre deux grandes familles politiques, le MLC d’un
blée provinciale. Norbert Endoto Mokwele fut, lui, côté, le PPRD et Alliés de l’autre. Depuis les mésaven-
nommé ministre provincial de l’Environnement, tures du chef du MLC, Jean-Pierre Bemba, en 2006,
Culture et Tourisme, en mars  2007. Rose Koyo Lis- le PPRD semble gagner du terrain, surtout à Bumba.
weya Bomeka, membre du directoire du MLC, fut Même Omer Egwake entre dans le deuxième gouver-
nommée secrétaire exécutive du gouvernement pro- nement Matata, formé au mois de décembre  2014,
vincial en avril 2007. comme ministre des Affaires foncières. L’importance
Pour les élections législatives nationales de du PPRD augmente aussi, grâce aux alliances avec
novembre  2011, le district de la Mongala eut son le PDC et le MSR. À Lisala, par contre, se constate
nombre de sièges augmenté. Dans la province de un certain repli vers les associations tribales Iso
l’Équateur, Gemena et Businga, dans la partie nord, Ngombe et Ngombe Iso na Iso que se disputent
reculèrent chacune d’un siège par rapport à 2006 et, Philippe Masegabio Nzanzu et Polycarpe Mongulu
c’est la région sud qui progressa : la ville de Mban- Tapangane, respectivement originaires du Nord et
daka gagna un siège, les territoires de Basankusu, du Sud de la Mongala (Bokongo 1979).
Bumba, Lisala, Djolu et Ingende chacun un.

232
QUATRIÈME PARTIE : LA MANGALA POST-INDÉPENDANCE

RÉFÉRENCES
Bokongo Libakea-Kongo. 1979. « Histoire de l’organisation politique et administrative du territoire de Bongandanga
(1933-1960) ». Mémoire de licence en histoire. UNAZA/campus de Lubumbashi.
Mumbanza mwa Bawele. 2008. « Colonialisme et identité “Bangala” en Afrique centrale ». In Zewde, Bahru (éd.), Society,
State, and Identity in African History. Oxford : African Books Collective.
Omasombo Tshonda, J. 2006. Biographies des acteurs de la Transition. Tervuren-Kinshasa-Lubumbashi : MRAC-CEP-
CERDAC.
Omasombo Tshonda,  J. 2009. Biographies des acteurs de la Troisième République. Tervuren-Kinshasa-Lubumbashi :
MRAC-CEP-CERDAC.

233
CINQUIÈME PARTIE

SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE
INTRODUCTION

C
aractéristique d’une région en voie de lema 1973-1974 : 5). Cependant, suite à de nouvelles
développement, l’activité économique expéditions, l’on y aurait tout de même découvert
de la Mongala se concentre dans le sec- des minerais de coltan, des oxydes de fer et même,
teur primaire et spécifiquement dans les probablement, des gisements de pétrole, bien qu’ils
secteurs agricole et forestier. Plus des deux tiers de ne fassent pas, pour le moment, l’objet d’une exploi-
la Mongala sont, d’ailleurs, recouverts par la forêt tation (Rapport administratif du territoire de Lisala,
(dense-humide ou sur sol hydromorphe), tandis exercice 2009).
qu’un peu moins d’un tiers est « anthropisé », c’est-à- À cheval sur le fleuve, la Mongala jouit d’un
dire occupé par les complexes agricoles et les zones « degré d’intégration économique élevé avec Bumba,
d’agriculture permanente (cf. carte de la végétation). principal carrefour routier ferroviaire, fluvial et
Historiquement, la Mongala entretient une aérien » (Département de l’Agriculture et du Déve-
grande tradition agricole. Deuxième district agri- loppement rural… 1985 : 166). Cette situation stra-
cole de la province de l’Équateur, elle était à la tête de tégique a toujours fait, et fait d’elle encore, la cible
la production d’huile de palme et de riz, deuxième de nombreux projets de développement du secteur
pour les cultures de banane et de maïs et troisième agricole et de sociétés agro-industrielles ou fores-
pour l’arachide, la patate douce et le cacao, avec une tières, qui visent prioritairement des endroits à haut
spécificité pour la culture de l’igname (Ministère de potentiel agricole et proches des voies d’évacuation,
l’Agriculture… 1998 : 231). pour développer leurs activités.
Presque les trois quarts de la population rurale Les nouvelles acquisitions dans la filière bois,
du territoire de Bumba sont occupés par l’agriculture le rachat des plantations Lever de Yaligimba par
(PRAPE 2012 : 4). Feronia, les initiatives en matière de réhabilitation
Minoritaires, les activités du secteur secondaire des routes (Pro-Routes) et la localisation de pro-
de transformation et d’usinage se concentrent sur le grammes gouvernementaux de développement du
traitement des régimes de palmiers et le café, traités secteur agricole dans la Mongala (PRAPE, PARRSA,
majoritairement par voie artisanale. Moins visible, etc.), financés par les grands bailleurs de fonds,
mais non moins importante au plan économique, la témoignent de l’intérêt économique actuel que
fabrication artisanale de vins et spiritueux procure présente la Mongala, dont le potentiel de produc-
un certain revenu à ceux qui la pratiquent. tion a été sérieusement affecté pendant les guerres
Enfin, le secteur tertiaire est pratiquement inexis- (1997-2001).
tant, à l’exception des activités commerciales, qui Cette situation entretient, dans cette région, une
revêtent une grande importance, surtout à Bumba, certaine dynamique entrepreneuriale (formation de
le poumon économique du district. coopératives, etc.), qui, d’ailleurs, existait déjà dans
Dans la Mongala, les quelques prospections les années 1970 et 1980, avant que la fin des finance-
minières entreprises dans la région de la cuvette, ments n’y mette un terme, au début des années 1990.
en 1945, n’ont pas donné de résultat positif, et n’ont
donc, à cette époque, plus été poursuivies (Tshi-

237
MONGALA

LES SOURCES AU CRIBLE 2. les partenaires techniques et financiers et leurs


agences : OCHA, CTB, FAO, Banque mondiale,
Le Congo contemporain est un défi récurrent Fonds africain de développement, PAM, USAID,
lancé à l’ambition de rassembler une information etc. ; ou les consultants et observateurs qu’ils
qui soit la représentation fidèle des situations dont financent : Agreco, Agrer, OGF, REM, SICAI,
elle entend témoigner. La difficulté ne réside pas etc. ;
tant dans la disponibilité des sources, en particu- 3. les organisations non gouvernementales (ONG),
lier aujourd’hui où le chercheur peut s’appuyer sur en ce compris de la société civile, locales, natio-
un nombre croissant de ressources documentaires nales ou internationales : Commission diocésaine,
en ligne et des moyens de communication accrus, Greenpeace, Rainforest Foundation, Swisspeace,
mais bien plutôt dans la qualité de leur contenu. Chatham House, CDI, WWF, etc.
La quantification en particulier, placée au pinacle
de l’exactitude dans une grande partie des branches Ces sources produisent essentiellement cinq
des sciences humaines, vacille sur son socle types de document :
lorsqu’elle s’applique au cas congolais ; elle entraîne 1. des études sectorielles : exploitation du bois, infras-
avec elle l’illusion de la préséance de l’écrit sur l’oral tructures de transport, main-d’œuvre, végéta-
ou le vivant. tion, finance, épidémiologie, etc. ; ou de produits/
Dans la présente partie, deux types de support filières : filières agricoles, filières bois, marchés ali-
matériel sont exploités : les sources écrites et icono- mentaires, etc. ;
graphiques (cartes). Les auteurs se sont, en outre, 2. des documents statistiques ou des compilations
entretenus avec plusieurs acteurs locaux. Le registre de données : monographies provinciales, rap-
écrit domine largement, tant en ce qui concerne ports de l’Inspection agricole, états de la popu-
l’étendue des références que leur occurrence dans le lation, annuaires statistiques, recensement de la
texte ; un mot d’introduction s’impose donc sur la population, relevés des prix ; etc. ;
« carte d’identité » des principaux documents écrits, 3. des enquêtes de terrain et rapports de situation :
sur la qualité de leur contenu ainsi que sur leur trai- enquêtes sociales, rapports humanitaires ;
tement. Une critique mieux étayée est réservée plus 4. des documents programmatiques (projets/pro-
loin à certaines thématiques spécifiques lorsqu’elles grammes de développement) et leurs rapports
sont abordées (par exemple agriculture, démogra- d’activité ;
phie). Dans le registre historique, les ouvrages de 5. des manuels techniques : processus de conser-
synthèse édités relatifs à l’économie ou aux probléma- vation des titres forestiers, outils de gestion des
tiques sociales dans le cadre strict de la Mongala sont forêts ou d’analyse situationnelle de la sécurité
inexistants ; quelques études monographiques secto- alimentaire, manuels de procédure, etc.
rielles (Driesmans, Ruppol) ou relatives à certains
produits (Ergo ; Nicolaï) et acteurs économiques (De Cette littérature est avant tout technique et uti-
Boeck) spécifiques sont disponibles, le plus souvent litaire, rarement scientifique. À l’exception des
sous forme d’article ou de contribution à un ouvrage. enquêtes de terrain, des rapports de situation, et des
On se reportera avec plus de bonheur aux mémoires études sectorielles, elle se fonde rarement sur une
de fin d’étude réalisés par les étudiants congolais en appréciation du terrain ; elle reproduit plutôt une
histoire, principalement dans les années 1970, pour information souvent non vérifiée ou obsolète. C’est
trouver des travaux historiques spécifiquement atta- le cas par exemple de la Monographie de l’Équateur
chés à la région d’étude (Bokongo, Kabosani Likinga (Ministère du Plan 2005) dont la grande majorité
Geka, Kajyibwami, Tshilema Tshihiluka). La masse des données sont puisées directement dans la ver-
critique de la documentation est toutefois ailleurs ; sion antérieure (1998). Leur contenu n’évite pas les
elle puise à trois grands viviers : imprécisions ou confusions, fréquentes, qui peuvent
1. l’État congolais et ses institutions et services, créer des ambiguïtés dans la compréhension de cer-
au niveau central et des subdivisions actuelles : taines informations, par exemple en ce qui concerne
Banque centrale du Congo, administration du l’orthographe des toponymes. Le niveau d’incerti-
territoire, ministères en charge de l’agriculture, tude est renforcé par le faible niveau de référence-
du développement rural, du plan, de l’environne- ment dont font preuve la plupart de ces documents,
ment, de la santé, Regideso, SCTP, etc. ; empêchant souvent tout contrôle sur l’origine de

238
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

l’information. Les buts que servent ces documents emploie des définitions différentes et non spécifiées
sont, par ailleurs, souvent de rendre des comptes d’indicateurs et de variables. De plus, comme le sec-
ou de justifier certains financements : c’est le cas des teur statistique est pauvrement financé, les données
rapports conçus par le Programme de relance agri- du Gouvernement sont souvent faibles et manquent
cole dans la province de l’Équateur (PRAPE 2012- de consistance ou de précision, puisque la majeure
2013). D’autres encore servent la communication partie des activités du pays ne sont pas enregistrées30 »
des entreprises souvent sur des sujets sensibles, en (traduction de l’anglais par l’auteur).
particulier sur leur volet « responsabilités sociales » :
les articles et rapports sur le projet riz de Bralima et L’examen des statistiques agricoles dans la
Siforco…, en sont autant d’exemples. La probabilité Mongala est illustratif de cet écueil. Les statistiques
de se retrouver face à une analyse orientée est relevée agricoles congolaises sont depuis longtemps notoi-
d’autant. Enfin, hormis le cas des monographies pré- rement erronées. Éric Tollens faisait, il y a quelques
citées, la focalisation est souvent relativement limi- années, l’observation suivante, toujours valable  :
tée, tant au niveau temporel que spatial (souvent une « [Sauf le cas des mercuriales], il n’existe pas de sta-
ville ou un territoire sur une courte période), sans tistiques fiables sur la production et la commerciali-
que les possibilités d’extrapolation à l’ensemble de sation agricoles en RDC depuis 1995. Les statistiques
l’espace étudié soient évidentes. disponibles après cette date sont donc essentielle-
Un problème particulier mérite toutefois qu’on s’y ment des projections sans valeur statistique réelle »,
attarde plus longuement : la prégnance du quantitatif à de rares exceptions près qui ne concernent pas la
dans l’information. Le type de production documen- Mongala (Biloso & Tollens 2006 : 15 ; 38). Les écarts
taire au Congo reste fortement dominé par le quan- systématiques entre les chiffres de production selon
titatif, tant dans les travaux concernant les matières les sources consultées entretiennent une certaine
économiques menés dans les académies congolaises « nébuleuse » autour des volumes de production et
que dans la documentation produite par les services des flux de commercialisation actuels. Pour l’étude
intégrés à l’autorité publique. Les premiers renvoient des activités agricoles de la Mongala, plus spécifi-
dans une certaine mesure à une filiation directe quement, nous disposons des données statistiques
aux théories modernistes des années 1950-1970 ; officielles du département de l’Agriculture et du
quant aux seconds, outre la rigidité intrinsèque des Développement rural (1985) et du ministère de
cadres de création de l’information caractéristique l’Agriculture et de l’Élevage (1998), des données de
des services de l’administration, leur production l’Inspection de l’agriculture du district de la Mongala
est également fortement encouragée par la nature fournies par le Projet d’appui et de relance au secteur
de « la demande d’expertise des principaux bailleurs agricole, PARRSA (pour les années 2005-2006-2007)
de fonds », laquelle « vise avant tout une évaluation et par l’équipe locale (pour les années 2008-2009),
chiffrée de la situation sanitaire, économique, etc. », ainsi que des statistiques de l’Inspection de l’agricul-
qui justifie à elle seule « cette valorisation des statis- ture du territoire de Bumba (rapport annuel 2014).
tiques » dans le contexte congolais (Petit & Trefon Enfin, les statistiques officielles du ministère de
2006 : 17). Ces chiffres résistent cependant diffici- l’Agriculture et du Développement rural (Minagri-
lement à un examen, et il faut déplorer la pauvreté der 2013) viennent compléter le panel.
des conditions matérielles et méthodologiques de Tandis que les statistiques de l’Inspection de
leur production. Malheureusement, la suspicion l’agriculture du district souffrent très certainement
n’épargne pas les agences extérieures, également de surestimation31, celles du SNSA (2011) semblent
productrices de statistiques, généralement données
pour plus sérieuses. Guillaume Iyenda, traitant de la
30 «  It is to be noted that comparison of reports, bulletins and
collecte de données sur la pauvreté et le sous-déve- newsletters on statistics from different sources, even those provided
loppement au Congo, pointait ainsi (2006 : 109) : by the so-called serious UN “system”, revealed unacceptable incon-
sistencies and unreliability as each organisation uses different and
« Il faut noter que la comparaison de rapports, bulle- unspecified definitions of indicators and variables. Moreover, as
the statistical sector is poorly financed, data from the government
tins et dépêches relatives à des statistiques de diffé- are often weak and lack substance or accuracy, since major activi-
rentes sources, même celles procurées par le soi-disant ties in the country are unrecorded. »
sérieux “système” onusien, [révèle] des inconsistances 31  On remarque, par exemple, que le rendement moyen du riz est
inacceptables et non fiables, car chaque organisation évalué à 2 t/ha, ce qui est très élevé par rapport aux informations

239
MONGALA

tout à fait sous-évaluées. Si l’on suit les chiffres du des totaux, qui hypothèquent sérieusement la qualité
SNSA, ils font état, d’une part, d’une diminution des données de l’Inspection territoriale de Bumba.
de la production entre 1994 et 2011 et, d’autre part, Cette absence de statistiques fiables et d’enca-
d’une quasi-stagnation32 de la production des princi- drement professionnel de la population rurale pose
pales cultures vivrières (maïs, manioc, riz, arachide) la question des bases sur lesquelles se construisent
du district entre 2006 et 2011 (Ministère de l’Agri- certains programmes de développement et de réha-
culture… 1998 ; Minagrider 2013). Et ceci, malgré bilitation du secteur agricole. Au regard de son
la présence de multiples programmes d’appui au observation sur l’absence d’un encadrement profes-
secteur agricole qui témoignent d’une croissance sionnel des paysans à Mondongo, Bombenu disait en
effective de la production, du moins pour certaines 1988 : « […] ceci nous aide tout simplement à soute-
cultures vivrières (en premier le riz, qui non seule- nir une théorie selon laquelle une des causes d’échecs
ment bénéficie des appuis du PRAPE-PARRSA, mais de planification dans les pays en voie de développe-
aussi du projet riz de la Bralima). Les statistiques du ment réside dans les statistiques erronées récoltées
SNSA, qui sont le produit de projections théoriques, par certains agents administratifs incompétents ou
ne prennent manifestement pas en compte les évo- non qualifiés » (Bombembu 1988 : 154).
lutions récentes spécifiques de certaines régions. La réponse évidente à ces défaillances à tous les
Quant à la fiabilité des statistiques de l’Inspection niveaux est à chercher dans la multiplication des
de l’agriculture du district de la Mongala, il suffit de enquêtes de terrain qui combinent démarches quan-
lire l’expérience en la matière du PRAPE à Bumba titatives et qualitatives et respectent les exigences
qui atteste de l’inexistence des statistiques tant au scientifiques de la méthode de recherche. Une
niveau du territoire qu’au niveau provincial : « Le option que l’on doit malheureusement écarter dans
personnel de l’Inspection territoriale n’est pas outillé le cadre de cette recherche, compte tenu de la mul-
pour la collecte de ce type d’information. Les agro- tiplicité des thématiques et de l’étendue des espaces
nomes de secteur et leurs auxiliaires n’ont pas de à couvrir. Doit-on, dès lors, se résoudre à renoncer
formation requise. La mission a également constaté à aborder les réalités socio-économiques au prétexte
que les inspections territoriales de l’agriculture et du de la disqualification des chiffres ? Ce n’est pas notre
développement rural ne sont pas dotées d’un bud- avis. Il y a dans ces sources un contenu à exploiter
get de fonctionnement » (PRAPE 2012 : 19). Cette qui, recoupé et complété par d’autres références et
situation prévalait déjà dans les années 1980. Une mis en perspective avec le contexte auquel il s’ap-
enquête «  micro-agro-économique  », comme son plique, peut rendre compte, fût-ce partiellement, des
auteur l’indique, avait été réalisée dans le village réalités étudiées. Dans cette démarche plus que dans
de Mondongo (à Lisala), de mars à juin  1986. Son d’autres peut-être, le chercheur devra se montrer
objectif était d’identifier auprès des cultivateurs les suffisamment souple pour élaborer sa propre métho-
principaux obstacles au développement agricole. Les dologie tout en utilisant les outils de la critique his-
paysans livrés à eux-mêmes avaient déjà reconnu, à torique pour mieux exploiter l’ensemble des sources.
l’époque, que la délimitation des superficies agricoles Ces préalables, indispensables, s’accompagnent de
totales était une affaire propre au paysan : « En effet, l’usage du sens critique, de l’expérience, ainsi que du
le moniteur agricole qui devait encadrer les paysans recours à des témoignages écrits et oraux complé-
et qui transmet son rapport à l’agronome de zone se mentaires lorsqu’ils sont disponibles.
limite à recenser le nombre de cultivateurs adultes Bien que leur fiabilité soit également contestée par
et valides et se contente d’attribuer à chacun d’eux Eric Tollens (Biloso & Tollens 2006 : 15 ; 38), les sta-
une superficie totale d’1 ha […] » (Bombembu 1988 : tistiques du ministère de l’Agriculture (1998), large-
154). Outre ces considérations plus générales, on ment utilisées, serviront de base à l’étude du secteur
note, plus concrètement, des erreurs dans le calcul agricole. Il ne faut toutefois pas oublier que de nom-
breux événements, et non des moindres, ont affecté
le district : d’abord les guerres qui ont coupé le bassin
de l’enquête qui a fait suite au projet riz, qui estimait avant le projet agricole de la Mongala de ses principaux débouchés
une moyenne de 1,1 t/ha et pour les ménages bénéficiaires, 1,4 t/
ha (Huesken 2013). Le rendement de 2 t/ha pour l’ensemble des
pendant plus de cinq ans, ayant engendré une dimi-
producteurs de riz à Bumba est donc clairement en décalage avec nution considérable de la production agricole dans la
la réalité. Il en va de même pour le nombre de ménages agricoles. région ; ensuite, l’essor démographique qui, en vingt
32  Augmentation régulière de 16 tonnes chaque année. ans, ne peut être négligé ; enfin, plus récemment, les

240
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

nombreux travaux de réhabilitation des routes de de nos propres contacts. Car l’étude des caractères
desserte et projets d’appui à la réhabilitation du sec- socio-économiques d’une région et de ses habitants,
teur agricole. Ce serait donc offrir une analyse forcé- c’est avant tout une étude du vivant ; c’est faire sienne
ment limitée et biaisée que de se contenter de telles l’expérience d’un statisticien économique africain
données datées. Aussi nous sommes-nous efforcé, « chevronné » qui recommandait la fréquentation
dans la mesure du possible, de les confronter de des petits salons de coiffure pour trouver la bonne
façon critique à d’autres mesures chiffrées et de les information (Jerven 2014 : 195).
mettre en perspective avec d’autres données, quan- Ceci étant, toutes les précautions déployées ne
titatives ou qualitatives, sans jamais perdre de vue le nous mettent pas à l’abri d’erreurs résiduelles ; nous
contexte de leur élaboration. Ainsi par exemple, en espérons avoir fourni dans ces quelques paragraphes
dépit de leurs lacunes, les programmes de réhabilita- suffisamment de clés au lecteur pour lui permettre
tion et de développement agricole dans la Mongala d’appréhender de façon avertie les informations
nous offrent quantité d’informations chiffrées ou reproduites dans ce travail et de se faire une opinion
qualitatives (composition du revenu des ménages, équilibrée de leur qualité. D’autre part, il est illusoire
etc.) souvent issues de leurs enquêtes, largement de prétendre peindre avec précision et un degré de
exploitées dans le cadre de ce travail. Ce corpus de certitude absolu le paysage économique et social
données est affiné ou corrigé par les observations de réel de la Mongala ; nous croyons plus modestement
terrain des membres de l’équipe locale, de membres avoir contribué dans cette partie à en dégager les
de la société civile ou d’ONG présentes sur place, et traits principaux.

RÉFÉRENCES
Biloso, A. & Tollens, E. 2006. République démocratique du Congo. Profil des marchés pour les évaluations d’urgence en sécu-
rité alimentaire. Programme alimentaire mondial, Service d’évaluation des besoins d’urgence (ODAN). KUL-Leuven.
Bombembu, I. 1988. « Essai d’identification de facteurs affectant le développement agricole de Mondongo (Zaïre) ». Tro-
picultura 6 (4) : 153-155. [Link] consulté le 1er juillet 2014.
Bralima. 2012. « Le Projet Riz est une formidable dynamique qui change la vie de milliers de Congolais ». Le Leader (le
magazine de Bralima) 35.
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(avril). Annuaire des statistiques agricoles (2006-2011).
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PRAPE (Programme de relance agricole dans la province de l’Équateur). 2012. Rapport de supervision du 15 octobre au
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différentes provinces congolaises. Alliance Agricongo. https ://[Link]/2011/05/
[Link], consulté le 23 février 2015.

241
CHAPITRE 13
INSTAURATION D’UN MODÈLE ÉCONOMIQUE COLONIAL

1. L’INSTALLATION D’UN NOUVEAU MODÈLE etc.). Des pirogues étaient également troquées contre
D’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE : LE TEMPS des corbeilles de racines de manioc (cossettes). Chez
DES BOULEVERSEMENTS ET DES EXACTIONS les Ngombe, par exemple, les forgerons fabriquaient
des couteaux de toutes sortes, des houes, des haches,
1.1. ÉCONOMIE PRÉCOLONIALE ET PREMIERS des lances, des engins de jet (misuki), des bracelets,
CONTACTS AVEC LES EUROPÉENS et des grelots (Weeks 1913 : 88). En plus du troc, les
populations locales se servaient surtout des objets
La Mongala, à cheval sur le fleuve Congo, compte métalliques, en cuivre et en fer, comme pièces de
parmi les premières régions visitées par les Euro- monnaie. Les lances et les couteaux d’un type plus
péens. Les expéditions pionnières sur le fleuve artistique étaient utilisés plus spécifiquement comme
par Henri Morton Stanley puis par d’autres explo- dot ou pour l’achat d’esclaves. Ces derniers avaient
rateurs datent de la fin du XIXe  siècle. Très vite, alors une valeur déterminée et le maître pouvait en
elles ont révélé l’existence d’un important réseau de disposer pour les échanger contre des objets artisa-
rivières navigables au cœur du pays, à travers lequel naux ou des vivres (De Deken 1902 : 334).
s’est d’ailleurs réalisée l’occupation du pays et sa mise Alors que le commerce local foisonnait dans la
en valeur progressive depuis l’ouest (Huybrechts région avant la colonisation, le commerce extérieur
1970 : 10). (ivoire ; esclaves contre produits de prestige venant
Les témoignages des premiers Européens ont d’Europe ou d’Asie, tels que les armes à feu, les perles
donc mis à jour l’existence d’un commerce local entre ou les cauris) n’avait jusqu’alors touché la Mongala
les différentes populations de la Mongala largement qu’en certaines zones limitées (encore que de façon
antérieur à l’arrivée des premiers Blancs. Le mode superficielle), la basse Mongala jusqu’à Akula, ainsi
de subsistance de ces populations (pêcheurs, agri- que les rives du fleuve Congo jusqu’à Upoto (1870-
culteurs) induisait un certain degré de spécialisation 1880). Le territoire de Bumba, pour sa part, fut en
dans la production, pendant que les surplus dégagés contact à la même époque (1880) avec les réseaux
et la qualité des voies naturelles de communication de l’Est (Zanzibar), caractérisés par les razzias swa-
concouraient à favoriser le commerce fluvial entre les hili (en hommes et en ivoire), lesquels Swahili furent
différentes communautés (les produits agricoles et de vivement combattus par les Budja, qui réussirent à
la cueillette, les produits de la pêche et de la chasse, les repousser dans la région de Dundusana (dans la
mais aussi les produits de l’artisanat). Les riverains et Mongala, près de Mombongo et de Mogbogoma)
les terriens organisaient donc régulièrement un mar- (Équipe locale).
ché, pour lequel ils imposaient une paix provisoire. D’explorateurs à commerçants, les Européens se
Tandis que le sel, les huiles et les boissons comptaient greffèrent pacifiquement, dans un premier temps, au
parmi les produits les plus demandés, d’autres objets commerce local, qui faisait du bassin de la Lulonga
fabriqués localement par les artisans étaient échan- une région économiquement riche (milieu du
gés (vanneries, sculptures, objets en métal, tels que XIXe  siècle). L’ivoire, pièce maîtresse du florissant
les couteaux, les houes, les fers de lance, les poteries, commerce sur le fleuve, attisa de manière effrénée la

243
MONGALA

convoitise des Européens, qui finirent très vite, avec effacer ce sinistre épisode. Les méfaits perpétrés par
le concours de certains autochtones, par s’accaparer certaines sociétés telles que l’Anversoise et l’Anglo
son commerce lucratif, tout en détruisant celui des Belgian Indian Rubber Company (ABIR) font désor-
esclaves (Bokongo Libakea 1979 : 11). Les négociants mais partie de l’histoire de la Mongala.
locaux tentèrent vainement de s’opposer aux nou- Avec l’imposition en caoutchouc et en ivoire,
veaux marchands européens qui court-circuitaient formalisée par le décret du 29  septembre 1891,
leurs réseaux commerciaux. Mais le démantèlement l’État se réserva en une fois l’exclusivité de l’exploi-
des structures commerciales préexistantes était déjà tation des deux produits ci-nommés, une mesure
amorcé. Les Blancs parvinrent à prendre le contrôle qui permettait, d’une part, d’obtenir le financement
du commerce de l’ivoire, d’abord, et imposèrent indispensable à la poursuite de l’entreprise léopol-
celui du caoutchouc, ensuite, pour la récolte duquel dienne, mais qui désintégrait, d’autre part, le régime
ils imposèrent des travaux forcée aux autochtones. de libertés commerciales qui prévalait dans le bassin
Cette situation culmina par la suite sous l’EIC, avec congolais, édicté par l’acte de Berlin (1885) (Van-
l’installation de l’Anglo Belgian Indian Rubber Com- groenweghe 2010 : 110). L’accès de la Lulonga fut
pany (ABIR) et de l’Anversoise. donc interdit aux sociétés commerciales, comme la
Société anonyme belge pour le commerce du Haut-
1.2. ÉCONOMIE DE PRÉDATION : LA RÉCOLTE Congo (SAB), qui avait repris, en 1889, les activités
DU CAOUTCHOUC  de la Sanford Exploring Expedition (SEE) et de la
Nieuwe Afrikaansche Handels Vennotschap NAHV
On ne peut aborder l’histoire économique de la (maison hollandaise de Rotterdam). Ce fut l’aboutis-
Mongala, ni d’ailleurs celle de l’Équateur dans son sement de nombreuses querelles entre sociétés com-
ensemble, sans faire référence à l’affaire du « caout- merciales, qui avaient à leur tête Albert Thys et l’EIC
chouc rouge33 » qui défraya la chronique à la fin du (De Boeck 2005 : 6). La circulaire du commissaire
XIXe, début du XXe  siècle et remit en question la de district de l’Équateur (M. Lemaire) qui suivit, le
politique impérialiste du roi Léopold II, plus connue 8 mai 1892, officialise la situation nouvelle dans les
sous l’appellation de « système léopoldien34 » : termes suivants :

« La page la plus triste, parce que la plus sanglante de « Considérant qu’aucune concession n’a été accordée
l’histoire congolaise de la colonisation. En réalité, elle pour l’exploitation du caoutchouc sur le domaine de
n’était que la conséquence d’une logique implacable du l’État dans le district de l’Équateur, le commissaire de
système économique léopoldien » (Ndaywel è Nziem district de l’Équateur décide :
1998 : 339). Les indigènes ne pourront exploiter la liane à caout-
chouc qu’à condition d’en remettre le produit à l’État
Tout comme le district de l’Équateur et le Mai- contre numéraire.
Ndombe, la Mongala sera le théâtre d’atrocités et Toute embarcation en particulier détenant plus d’un
d’exactions perpétrées sur la population locale, afin kg de caoutchouc se verra dresser un procès-verbal.
qu’en soit extrait, le plus rapidement possible, tout L’embarcation pourra être confisquée sans préjudice
le caoutchouc dont le district regorgeait. Le sys- des autres suites. »
tème d’exploitation, basé sur le régime domanial et
l’exploitation des terres vacantes, marquera durable- Incapable d’assurer lui-même le travail de récolte,
ment l’ensemble des sociétés autochtones opprimées l’État confie l’exploitation du domaine à d’autres
par ce violent commerce. Le « rattrapage » opéré par compagnies, créées à cet effet. Le système écono-
l’Administration belge ne pourra pas entièrement mique du Congo se voit ainsi transformé en un
régime domanial, dans lequel de grandes conces-
33  Ou « red rubber », célèbre formule de l’anglais Edmund Morel sions sont octroyées à des entreprises ; l’ABIR et
pour nommer les exactions perpétrées dans l’État indépendant l’Anversoise, en vue de l’exploitation du caoutchouc
du Congo (EIC) dans le cadre de l’exploitation du caoutchouc. (Van de Velde 2009 : 413). En cédant une part de
34 Le système léopoldien (monopole, récolte maximale avec ses « terres vacantes » à ses nouveaux « alliés », l’EIC
frais les moins élevés possibles, primes et promotion selon
leur accorde les pleins pouvoirs de récolter le caout-
production et loi du silence) est défini par Guy De Boeck dans
L’Édifiante Saga de « l’Anversoise » ou le « système léopoldien » chouc, de percevoir l’impôt et, donc, d’exercer la
(De Boeck 2005 : 5). police. Le directeur de l’Anversoise pouvait comp-

244
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

ter sur un poste de police comptant 150 militaires, des entreprises et de l’Administration, leur compor-
à Bumba, et sur le commissaire du district des Ban- tement et leurs actes. Mais peu importe leurs auteurs
gala et le commandant de la Force publique pour (soldats de la Force publique, Africains armés à la
« stimuler » la récolte du caoutchouc (De Boeck solde des compagnies européennes, capitas ou senti-
2005 : 8). Ce qui fait dire, à Ndaywel è Nziem, que nelles), l’ensemble de ces crimes et exactions ont été
la région de la Mongala fut « donnée à l’Anversoise » perpétrés, quoi qu’il en soit, dans le cadre d’un sys-
(Ndaywel è Nziem 1998 : 330). tème d’exploitation mis en place et validé par l’État,
L’État, en échange, touchait la moitié des divi- qui permettait les dérives (Bokongo Libakea-Kongo
dendes. Les deux sociétés firent d’importants béné- 1979 : 62). Tout le monde profitait du système dit
fices (De Boeck 2005 : 7), mais les remarquables « léopoldien » : du gouverneur aux commissaires de
résultats commerciaux obtenus par ces compagnies district, des officiers aux agents d’État et de socié-
s’accompagnèrent de nombreux abus, commis par tés (De Boeck 2005 : 15). Leurs concessions furent
leurs agents, dans leurs rapports avec les autochtones de véritables enfers, pour reprendre les mots d’Isi-
(Stenmans 1952). Celles-ci sont devenues le symbole dore Ndaywel (Ndaywel è Nziem 1998 : 340). Il reste
du pillage sans ménagement du Congo. néanmoins périlleux de statuer sur le véritable rôle
Constituée à Anvers, le 6  août  1892, avec un que l’État a joué dans cette sombre affaire35.
capital d’un million de francs, représenté par Quant au bassin de la Mongala, il est alors
2000 actions, l’ABIR (dont le siège était à Basan- exploité par l’Anversoise, société de commerce au
kusu) reçut, pour 30 ans, la concession du bassin Congo36 dont l’EIC est notamment actionnaire
Maringa-Lopori à exploiter au nom de l’État (terres (Plasman 2009  : 215). Constituée également en
domaniales situées dans les bassins de la Maringa et 1892, pour l’achat de l’ivoire et l’exploitation du
de la Lopori, à partir de Basankusu). Celle-ci, consti- caoutchouc, l’Anversoise détenait une concession de
tuée de capitaux anglais, tout autant que belges, 7 millions d’hectares dans le bassin de la Mongala et
jouissait du droit de propriété sur les terres situées la région de Bumba, soit la région au nord du fleuve
dans un rayon de cinq lieues autours de ses établis- Congo et du territoire de Bongandanga (région dite
sements. Son objet était l’exploitation et la vente des « de l’ABIR »). Sa réputation ne vaut pas mieux que
ressources naturelles du Congo et toutes les opéra- celle de son pendant au sud.
tions tendant à la réalisation la plus avantageuse des Différentes réactions ont témoigné de l’opposi-
marchandises, soit à l’état brut, soit après transfor- tion des populations locales37 : certains peuples ne
mation. De 1892 à 1895, deux établissements seront récoltaient qu’après avoir été matés, d’autre récol-
fondés, l’un à Bokakata (territoire de Basankusu) taient, mais coupaient les lianes pour épuiser les
et l’autre à Bongandanga (Bokongo Libakea-Kongo forêts, d’autres encore s’enfuyaient. Beaucoup se rési-
1979 : 61). En 1898, l’ABIR fut transformée en une gnaient et donnaient le quota exigé à l’ABIR, pour
société congolaise, avec son siège à Mobeka (Van- éviter les problèmes. Vers 1905, la liane à caoutchouc
groenweghe 1985 : 39), afin d’échapper aux moyens devint rare. La zone se souleva, alors, contre les exi-
de contrôle mis en place par la loi belge sur les socié- gences des agents de la société, devenues impossibles
tés anonymes (Bokongo Libakea-Kongo 1979 : 62). et insupportables. Des poches de résistance armée se
Il faut comprendre le mécanisme d’exploitation soulevèrent un peu partout, surtout chez les Budja.
de la société et ses méthodes par le système des On parlait alors des « troubles de la Mongala » et de
impôts mis sur pied pendant la période de l’EIC.
L’État exigeait le paiement en nature de l’impôt (en
kilos de caoutchouc ou de copal ou en prestations de 35  Pour plus d’informations sur l’organisation administrative de
l’EIC, voir « L’État indépendant du Congo face aux campagnes
travail). L’EIC avait délégué à l’ABIR le droit d’exiger congolaises » (Plasman 2009).
des autochtones le travail de l’impôt. La compagnie 36  Un banquier, Alexandre De Browne de Tiège, d’Anvers, en
l’a utilisé à outrance, en mettant en œuvre divers était l’administrateur délégué (De Boeck 2005 : 6).
moyens de cœrcition : chefs arrêtés et châtiés jusqu’à 37 Sur les facteurs de résistance au pouvoir colonial, voir le
ce que leurs sujets aient fourni les prestations exi- mémoire de Bokongo Libakea Kongo : « Histoire de l’organisa-
gées, prise en otage de femmes et enfants, contrainte tion politique et administrative du territoire de Bongandanga
(1933-1960) » qui consacre un chapitre à « la place des mouve-
morale sur les contribuables en défaut, organisation
ments politico-religieux dans les manifestations d’opposition à
d’expéditions punitives, etc. Il est évident que l’État la colonisation en territoire Bongandanga » (Bokongo Libakea
ne possédait que peu de contrôle sur le personnel Kongo 1979 : 122).

245
MONGALA

L’Anversoise et l’ABIR-Nord.
Source : carte réalisée par la coordination du projet, sur base de Vangroenweghe, D. 2010.
Du sang sur les lianes. Léopold II et son Congo. Bruxelles : Éditions Aden.

« la révolte des Budja », qui prit fin en 1905 (Équipe entreprises39, l’État reprit lui-même les activités de
locale ; Bokongo Libakea-Kongo 1979 : 64-65). l’ABIR et de l’Anversoise, sans pour autant que les
Au-delà des manifestations locales (rébellions, abus cessent définitivement. En 1908, lorsque le
fuites, etc.), ces excès ont suscité au niveau inter- député socialiste belge, Émile Vandervelde, visita la
national des réactions très vives contre le régime région, il faisait encore largement écho de la méfiance
léopoldien. En Angleterre, plus particulièrement, des populations de la Mongala (Équipe locale).
c’est la virulente campagne anti-congolaise ini- Le 26 novembre 1911, l’Anversoise fusionna avec
tiée par les missionnaires protestants et dirigée par l’ABIR en une société nouvellement constituée, la
Edmund Morel (cf. encadré) qui restera gravée dans Compagnie du Congo belge, qui se concentrera alors
les mémoires, bien qu’elle n’ait été ni la première ni davantage sur la production d’huile de palme (Sten-
la dernière attaque contre l’EIC. Suite au rapport mans 1952 ; Vangroenweghe 2010 : 205).
du consul Roger Casement (cf. encadré), qui s’était Après 15 ans de travail forcé et d’exactions qui
rendu deux mois dans les districts de l’Équateur où avaient fomenté des rébellions et des troubles san-
se trouvaient les sociétés concessionnaires ABIR et glants, la situation politique était particulièrement
Anversoise et à la constitution de la Congo Reform préoccupante dans le territoire de Bongandanga.
Association par Morel, le roi, sous la pression de Bien plus tard, les natifs continueront systémati-
l’opinion internationale, envoya, en 1904, une com- quement à s’opposer énergiquement aux corvées et
mission d’enquête sur le terrain (Plasman 2009 : au travail forcé, même pendant la période coloniale
218) dont les résultats furent publiés en 1905 dans belge (Bokongo-Libakea-Kongo 1979 : 65).
le Bulletin officiel38. Les révélations de cette commis-
sion entraînèrent, en 1906, la déchéance partielle 39  Les recettes iront à l’État, qui s’acquittera, auprès de l’ABIR,
des droits des deux compagnies (Stenmans 1952). de 4,5 F par kg de caoutchouc jusqu’en 1952. Aux termes d’une
Moyennant un certain dédommagement pour les convention (11 septembre 1906) dans laquelle l’Anversoise faisait
abandon à l’État de tous les avantages résultant de sa concession,
l’État reprit l’exploitation de ladite société tout en s’engageant à lui
38 « Rapport au Roi-Souverain ». 1905 (septembre-octobre). rétrocéder le caoutchouc et l’ivoire qu’il en retirerait au prix déter-
Bulletin officiel de l’État indépendant du Congo 9 & 10. 21e année miné lors de la reprise, qui pouvait être revu tous les cinq ans (et
(Plasman 2009 : 209). ce jusqu’au 31 décembre 1952) (Vangroenweghe 2010 : 204).

246
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Edmund Morel (1873-1924)


Edmund Morel est un modeste travailleur
pour une société commerciale à Liverpool.
Commis de jour, journaliste, la nuit, il suit de
près les affaires africaines, de par ses fonctions
qui le mettent en contact perpétuel avec des per-
sonnes qui partent ou reviennent de l’Afrique.
Dénonçant de plus en plus vivement les abus
perpétrés en Afrique, il démissionne de ses
fonctions pour se consacrer entièrement à son
métier de journaliste. Ses articles deviendront
Institut technique agricole – TIA-2, mission de Mondongo.
de plus en plus virulents et se focaliseront sur le (Photo Repro KADOC – KU Leuven. Fototheek CICM [Scheut],
Congo de Léopold II, ce qui suscitera l’attention n° n° 28-01-22_03.)
du Gouvernement britannique qui enverra par
rétroaction Casement vérifier les faits dénoncés donc extravertie : ses productions sont majoritaire-
sur le terrain. Edmund Morel est l’homme qui ment destinées à l’étranger. Dans un contexte où la
donna un retentissement international à la cam- demande des produits primaires augmente en flèche,
pagne anti-congolaise. sous le couvert des besoins engendrés par la Pre-
Pour plus d’informations. cf. Vanderstraeten, L.-F. 2005 (juin).
mière Guerre mondiale, l’économie de type « cueil-
« Edmund Morel ». In Biographie coloniale belge. ARSOM. lette » s’intensifie, selon des méthodes de culture plus
rationnelles, lesquelles seront généralisées, suite à la
Roger Casement (1864-1916) Grande Dépression et aux mesures gouvernemen-
tales qui la suivront. L’implantation des Huileries du
L’Anglais Roger Casement fut d’abord un agent Congo belge (HCB) au début de la deuxième décen-
de la SAB très réputé, avant de travailler pour nie du XXe siècle dans la Mongala en est l’exemple le
son propre gouvernement. C’est à la demande plus illustratif.
de celui-ci qu’il sera à nouveau envoyé au Congo Parallèlement, les premières institutions de
pour s’enquérir de la situation des indigènes, recherche, privées comme publiques, dans le
suite à la violente campagne anti-congolaise. Son domaine de l’agriculture font leur apparition. Elles
rapport, qui contient, entre autres, de violentes témoignent de la reconnaissance d’un véritable
critiques sur l’administration de l’EIC, alimentera potentiel agricole, tant pour les investisseurs que
la lutte des Britanniques et de la Congo Reform pour l’État. Avant 1932, l’enseignement agricole
Association contre l’œuvre léopoldienne. dans le territoire de Lisala a d’abord été dispensé
Pour plus d’informations. cf. Molengreau, G., 1947 (décembre). par les moniteurs agricoles. Aucune école agricole
« Roger Casement ». In Biographie coloniale belge. ARSOM.
n’existait dans toute la province de l’Équateur, bien
que leur installation eût été formellement encoura-
gée à partir de 1922 (Konga Egbabe Lithobo 1974 :
2. L’AFFIRMATION DE L’AUTORITÉ COLONIALE : 152). Dès 1920, chaque district disposait d’un agro-
LE TEMPS DE LA CONSOLIDATION ET DE LA nome, assisté de deux ou trois moniteurs agricoles
CONSTRUCTION DE STRUCTURES DURABLES/ africains. Le nombre de moniteurs, souvent des
PÉRENNES anciens soldats appartenant à la Force publique,
s’est rapidement accru au cours des années vingt.
La reprise du pays par la Belgique (1908) n’en- À titre illustratif, l’étroit territoire de Busu-Melo
raye pas la progression des compagnies agro-indus- comptait déjà deux moniteurs en 1926. Lesquels
trielles. Celles-ci augmentent leur emprise sur avaient pour tâche de transmettre à la population
les terres fertiles de la Mongala pour y poursuivre paysanne congolaise les connaissances et com-
l’exploitation agro-forestière. L’extraction du caout- pétences nécessaires à la pratique des cultures
chouc va céder le pas à l’exploitation de nouveaux fixées par l’Administration belge. Les moniteurs
produits « vedettes », au premier rang desquels figure jouaient un rôle beaucoup plus important dans
l’huile de palme. L’économie de la Mongala demeure l’apprentissage des pratiques culturales concernant

247
MONGALA

les cultures obligatoires que dans celui concer- produits pour la Société anonyme des Cultures au
nant les cultures vivrières. Cependant, les centres Congo belge (SACCB) (palmistes, huile de palme,
d’apprentissage mis en place et gérés par les missions, caoutchouc, copal), pour les huileries Borzini (pal-
qui initiaient les Africains aux différentes cultures, mistes, huiles de palme) et les missions de Scheut
furent transformés, en réponse à la crise, en de véri- (café vert, ivoire, raphia) (Ibid. : 68 ; 73). De grandes
tables écoles agronomiques (1933) avec le soutien de pirogues41 étaient également utilisées pour évacuer
l’Administration (Driesmans 2002 : 47940). les produits de l’intérieur des terres vers des relais
À l’instar de l’économie du Congo belge dans sa où ils rejoignaient soit le Général Strauch, soit le
généralité, celle de la Mongala connut un dévelop- steamer des Huileries du Congo belge (HCB) ou
pement rapide, dans les années vingt, engendré par encore celui de la Compagnie maritime du Congo
la Première Guerre mondiale, qui sonna le début de belge, qui assuraient le transport Bumba-Coquilha-
la mise en valeur des ressources agricoles du dis- tville (actuellement Mbandaka). La répartition des
trict. Cependant, deux grandes difficultés, propres à vapeurs sur les différents biefs navigables permit de
l’ensemble de la colonie, entamèrent, corollairement conserver une relative fluidité dans l’évacuation de la
– voire restreignirent – la croissance économique plupart des produits en Équateur, malgré la crise des
qui suivit la guerre : le double problème de la main- transports et les volumes de stockage de plus en plus
d’œuvre et de la crise des transports. Pendant la importants qu’elle engendrait. Comme facteur plus
Première Guerre mondiale, l’Équateur vit ses impor- ponctuel, la grippe espagnole, en 1918, affecta aussi
tations se rétracter (Konga Egbabe Lithobo 1974 : la vie économique du pays dans l’entre-deux-guerres,
68, 89), tandis que son niveau de production (les interdisant toute forme de trafic sur le fleuve pen-
cultures d’exportation telles que les palmistes, l’huile dant quelques mois et endossant également une part
de palme et le copal et, dans une moindre mesure, de responsabilité dans le manque de main-d’œuvre
l’ivoire, dont la demande, en temps de guerre, se res- qui suivit la Première Guerre (Ibid. : 75).
treignit significativement) explosait. Pour l’Équateur Parallèlement à la crise des transports, celle de la
en particulier, les cours des palmistes et du copal main-d’œuvre surgit, avec, pour même cause initiale,
étaient tellement attractifs que la plupart des pay- la prospérité économique de la région. Les Africains
sans, alléchés par le profit rapide, abandonnèrent qui vivaient de la vente du copal et des palmistes ne
leurs champs pour se consacrer soit à la récolte du voyaient aucun intérêt à se faire engager dans une
copal, dans les districts copaliers (district de l’Équa- société avec un salaire non compétitif. Par ailleurs,
teur, district de Lulonga), soit à l’huile de palme la prolifération de la grippe espagnole via le fleuve
(plus spécifique à la Mongala). De cette conjonc- Congo suscita également la méfiance de la part des
ture favorable découla une certaine prospérité dont Congolais, qui répugnaient à se rapprocher des
jouit directement la population. Mais la produc- centres industriels réputés pour être les foyers de
tion atteignait de telles quantités qu’elle ne put très ces maladies (Ibid. : 76). À l’image du caoutchouc
vite plus être prise en charge par l’ancien réseau de sylvestre et des palmistes, qui cédèrent leur place
transport. Le volume de marchandises dépassait de au copal (gomme) (1920-1926), la production de
loin sa capacité d’évacuation. Bien qu’elle ne fût pas ce dernier diminua42 au profit de l’industrie huilière
exclusive à l’Équateur, la crise des transports y fut (Ibid. : 169). Le début des années  1920 correspond
plus marquée qu’ailleurs. Cette situation de crise également au temps de l’introduction, en Équateur,
découlant d’une croissance trop instantanée est par- des cultures d’exportation telles que le riz (entre
faitement illustrée par la problématique de la flottille autres, à Bumba) et le coton (dans l’Ubangi, le Nord
de vapeurs sur le fleuve Congo, qui était assez limi- de l’Équateur et l’extrémité Nord de la Mongala).
tée, proportionnellement à la quantité des produits
à transporter. En réponse à la crise, de plus petites
unités furent organisées et mises à flot pour desser-
vir les hauts biefs sur les petites rivières navigables.
C’est ainsi que ledit S/S Bourgmestre Max fut mis à 41  Les locaux à Boso-Melo (chez les Bambuki) échangeaient les
pirogues contre des outils qu’ils ne pouvaient plus se procurer,
la disposition du district des Bangala ; il évacuait des suite à l’arrêt des importations (Konga Egbabe Lithobo 1974 : 67).
42  Crise du copal : ses prix baissaient, tandis que les prix de
40  L’auteur se base, en grande partie, sur le mémoire de Konga toutes les autres productions ne cessaient d’augmenter jusqu’à
Egbabe Lithobo (1974 : 152). la crise.

248
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Un accroissement de la production à Lisala43 3. LA MISE EN PLACE DE LA FILIÈRE HUILIÈRE


précéda la crise des années  1930, où la production INDUSTRIELLE
agricole fut affectée par l’effondrement des cours
mondiaux (Driesmans 2002 : 482). S’il est crucial de revenir sur l’histoire des sociétés
L’une des grandes résultantes de la Grande industrielles pionnières, et des HCB en particulier
Dépression fut, sans doute, la rationalisation de pour la Mongala, c’est parce que, comme l’explicite
l’ensemble des plantations du Congo belge qui, cou- Henri Nicolaï : « Ce développement du secteur hui-
plée au renforcement du système des cultures obli- lier a joué un rôle structurant dans l’espace où il s’est
gatoires, en 1933, par une législation ad hoc, amorça exprimé. Parfois l’impact est simplement ponctuel
une véritable reprise de la production, laquelle, en comme autour de l’usine d’un colon. Ou bien il couvre
1936, dépassa même le niveau d’avant la crise. La le territoire d’activité d’une grosse société, comme ce
poursuite du système de collecte d’huile de palme fut le cas pour les implantations HCB dans la cuvette
depuis des plantations naturelles utilisant une main- équatoriale, par exemple […] ou bien autour de
d’œuvre migrante, qui prévalait jusqu’alors, n’était l’énorme plantation de Yaligimba, sur l’Itimbiri, près
plus tenable. La législation coloniale s’est alors adap- de Bumba (Alberta) » (Nicolaï 2013 : 7).
tée aux besoins du monde économique, qui préconi- Pour développer efficacement les zones rurales du
sait la rationalisation des méthodes et des plantations Congo, tout en évitant des dépenses dispendieuses,
pour éviter l’effondrement à venir de l’agriculture. l’État utilisait la stratégie de l’octroi de concessions
Que ce soit par l’instauration des camps de travail- (zone d’influence) à de grandes sociétés, en contre-
leurs pour les sociétés industrielles ou des paysannats partie d’obligations d’ordre économique et social. Le
(dit système de « collaboration » entre Africains et mode opératoire de ces grandes sociétés industrielles
colonat européen) pour le monde rural, dans les deux orientées exclusivement vers l’exportation présen-
cas, la population fut fixée à un endroit, et stricte- tait, sur le terrain, l’exemple type de petites enclaves
ment contrôlée par l’Administration territoriale, dans fonctionnant selon leur propre système socio-éco-
l’optique de la production (Jewsiewicki 1977 : 155 ; nomique, calqué sur le modèle européen industriel.
164). C’est d’ailleurs dans ce contexte d’encadrement Bien que ces sociétés coupaient, dans un pre-
rigide de la population paysanne que fut introduite et mier temps, les travailleurs des réseaux commer-
imposée, en 1933, la culture du coton dans les régions ciaux régionaux traditionnels (Willame 1965 : 13),
de Monveda (à Lisala), de Yandongi et de Eweh (à une grande résultante fut celle de l’établissement de
Bumba), où la Cotonco possédait deux postes d’égre- nouveaux courants d’échanges entre zones rurales et
nage (IBO 1968 : 8 ; Driesmans 2002 : 481). cités ouvrières. Les plantations industrielles deve-
La production des cultures européennes ne naient de véritables petits îlots urbanisés en pleine
cessait d’augmenter (café et cacao), à l’exception nature (possédant marchés, écoles, dispensaires,
des produits palmistes (noix de palme et huile de centres récréatifs, terrains de sport, centres sociaux,
palme), dont le volume de production avait baissé, cantines, distribution d’eau potable dans les camps,
surtout dans les années 1933 et 1934 (année où les maisonnettes entourées de champs personnels). Si
prix de l’huile de palme furent les plus bas). Le copal ces multiples infrastructures étaient, avant 1960,
et l’ivoire continuaient d’être produits, mais dans une exclusivement réservées aux ouvriers des entre-
moindre mesure (Driesmans 2002 : 482-483). prises, malgré leur décalage avec la réalité locale,
elles n’en influençaient pas moins les villages voisins
alentour. Les villageois (paysans, artisans) venaient
vendre les produits de leur chasse, de leur pêche
et de leurs cultures sur le marché local contre des
devises qui leur permettaient d’acheter des biens
importés sur place. De même, les missions venaient
43 Pour plus d’informations, voir l’article complet d’Igor
Driesmans, qui en dit plus long sur ses sources et sa métho- y fonder des églises et temples ainsi que des écoles. Il
dologie : « L’évolution de l’économie marchande des paysans arrivait même que les villageois alentour contractent
africains de Lisala (Congo belge) et d’Haut-Ogooué (Moyen- auprès de l’entreprise de petits travaux saisonniers
Congo) pendant la crise des années trente » (Driesmans 2002).
Igor Driesmans se base sur les rapports officiels périodiques,
d’entretien de surfaces de plantation ou des tâches
RA/AIMO5-6 ; 63 ; 121-124, et les rapports annuels : Équateur, artisanales telles que la fabrication de paniers. Mais
Boso-Melo, Likimi, Lisala. bien évidemment, c’est pour les travailleurs à temps

249
MONGALA

plein vivant dans ces mini-cités que l’impact social des avantages substantiels. En effet, face aux gigan-
était le plus important (Ergo s.d. : 159-160). tesques investissements que nécessitait la mise en
Le palmier et son traitement étaient déjà bien place de l’exploitation élaéicole au Congo, il fallait
connus avant l’arrivée des premiers Européens. Les pouvoir convaincre une société qui fasse le poids. Le
différents groupes occupant la forêt lui prêtaient groupe Lever avait la capacité financière d’investir à
toute une série d’usages (utilisant les différentes com- perte, en vue de meilleurs bilans (Ergo s.d. : 49). Mis
posantes de l’arbre : feuilles, fruits, noix) (Nicolaï à part les tâtonnements d’un petit commerce d’huile
2013 : 32). de palme dans le Mayumbe et dans le Kwilu, la pro-
Le colonisateur n’a donc pas imposé une nou- duction élaéicole débutera véritablement au Congo
velle culture, mais il en a systématisé la produc- belge avec l’installation de la firme Lever Brothers
tion en deux temps : l’aménagement des palmeraies Limited, une des plus grosses entreprises anglaises
naturelles, d’abord, et la mise en place de nouvelles de savon et de margarine (Nicolaï 2013 : 3).
plantations industrielles, ensuite, caractérisée par Lorsqu’il fut approché par la Belgique, William
la rationalisation des techniques culturales, l’utili- Lever occupait déjà une place prépondérante dans
sation de semences sélectionnées (à partir de 1935) le commerce de l’huile de palme en Afrique occi-
et la transformation mécanique des fruits de palme dentale, mais son expansion était endiguée par la
(Ergo s.d : 27 ; Joye & Lewin 1961 : 79). Le développe- difficulté d’obtenir de nouvelles terres auprès des
ment de la culture a été appuyé par l’établissement de autorités coloniales britanniques au Nigeria. Le
l’impôt en numéraire, à partir de 1910, impôt dont la bassin intérieur du fleuve Congo, moins peuplé, et
population s’acquittait autrefois en caoutchouc, et qui pourvu d’un bon réseau de voies navigables, lui sem-
donnait libre cours aux pratiques abusives abordées bla présenter une excellente alternative (Ibid. : 4).
précédemment. Ainsi forcées de se procurer de la Signée le 14 avril 1911 par le ministre J. Renkin et
monnaie, les populations devaient récolter des fruits W.-H. Lever, et approuvée par décret, le 29 avril, la
et les vendre aux usines (Nkongolo 2012 : 259 ; Nico- convention donnait à bail (jusqu’en 1944) à la société
laï 2013 : 12 ; AGRER 2006 : 106). Les prix payés aux fondée à cet effet par Lever :
producteurs n’étant absolument pas rémunérateurs
et en marge des cours mondiaux, c’est la menace de « […] des terres domaniales portant des palmiers
prison pour non-payement de l’impôt qui constituait élaeis situées autour et à moins de 50 kilomètres de
le principal, sinon l’unique, incitant à la production chacun des cinq points suivants : Bumba sur le Congo,
(Joye & Lewin 1961 : 80). Les chefs médaillés dans le Barumbu sur le Congo, Lusanga sur le Kwilu, un point
territoire de Lisala étaient associés aux programmes situé à 40 km au sud et sur le méridien d’Ingende sur le
de cultures obligatoires, qu’ils appuyaient et super- Ruki, Basongo sur le Kasaï44 » (Nicolaï 2013 : 4).
visaient tels des « sentinelles », ne formant que l’un
des maillons du système d’exploitation de l’Adminis- Le régime foncier qui lui fut accordé et dont il fut
tration coloniale (Driesmans 2002 : 1987). Comme le premier à bénéficier sous le Congo belge, via sa
le dit Henri Nicolaï : « La production était soutenue filiale HCB, était celui d’une « zone de protection » :
[…] par un encadrement rigoureux, autrement dit les sociétés disposaient d’une concession provisoire
par un système de contraintes » (Nicolaï 2013 : 11). sur les terres dites « vacantes », au sein de laquelle
L’histoire de l’industrie huilière au Congo est ils disposaient d’une situation de monopole sur les
avant tout le produit d’une alliance avec les Anglais. produits agricoles des paysans ainsi que de l’exclu-
Il était difficile de trouver en Belgique des capitaux sivité sur leur traitement et le recrutement de la
aussi importants que ceux que nécessitait la mise en main-d’œuvre.
valeur de la colonie ; celle-ci aura donc recours aux
capitaux étrangers. S’ensuivront la création de nom-
breuses sociétés mixtes servant les intérêts de l’État 44  Ces zones d’activité au Congo belge ont été réparties en cinq
grands cercles d’influence, parmi lesquels Alberta (Équateur),
et du privé. Le Gouvernement belge désirait associer près de Bumba, station fondée par l’agent général anglais Edkins
à son entreprise coloniale les milieux d’affaires bri- en 1911 (Inforcongo 1958 : 719 ; Nicolaï 2013). La multinatio-
tanniques, lesquels avaient précédemment dénoncé nale Unilever, qui en découlera n’est que le produit de sa fusion
avec l’anglo-hollandaise Margarine unie (Nicolaï 2013 : 3-4). Le
la politique coloniale de Léopold II (Ibid. 2013). Elle
groupe Unilever était également présent au Congo à travers de
avait donc pris soin d’inviter le trust anglais Lever nombreuses filiales : Marsavco, la Sedec et la Sedec Motors (Ergo
à investir au Congo, en lui offrant, en contrepartie, 2011 : 8).

250
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Rapidement, la société pionnière fut suivie par (Konga Egbabe Lithobo 1973-1974 : 206-207). Avec
une autre compagnie qui s’installa dans le même une demande croissante du produit, accentuée par
secteur : la Société anonyme des Cultures au Congo les besoins de la Première Guerre mondiale, la plan-
belge (SACCB). Elle fut créée, en juillet  1914, par tation d’Alberta engrangea relativement vite d’im-
les groupes Kreglinger, Lever et la Société anonyme portants bénéfices (Ergo s.d. : 69). Mais comme on
de gérance et de placements financiers, à Anvers, l’a vu au début du chapitre, les extensions des planta-
pour remplir les objectifs fixés précédemment dans tions entrèrent peu à peu en production, réclamant
une convention, conclue en 1913, entre la colonie davantage de main-d’œuvre, laquelle faisait défaut.
et la société Kreglinger, concernant l’acquisition de Les sociétés furent forcées d’organiser des expé-
40 000 hectares situés au sud-est de Lisala, entre le ditions de recrutement. Ainsi, à Yaligimba, qui se
fleuve Congo et la Lopori. Tout en aménageant les trouve en territoire budja, ce n’est pas la population
plantations naturelles, la SACCB en créa de nou- locale qui était la plus représentée dans le personnel.
velles, notamment à Mongana et à Binga (1921). Les HCB recrutèrent, à l’ouest du Congo, des Mon-
Victime plusieurs fois d’inondation, la station de gwandi et des Ngwaka et importèrent la plupart du
Mongana, la première créée par la société (1919), et staff indigène de la région du Kwilu, où l’enseigne-
qui était en outre son siège, fut transférée à Bosondjo, ment secondaire inférieur des jésuites était réputé
en 1925 (Équipe locale). (Bumba Monga Ngoy 1979 : 18 ; Ergo s.d. : 81-82). À
Au départ, les HCB achetaient aux Congolais la fin des années 1920 et au début des années 1930,
l’huile qu’ils produisaient manuellement. Très vite, à l’instar des autres cultures pérennes (cacao, café,
toutefois, de petites huileries mécaniques dispersées hévéa), la production d’élaeis s’accrut. L’huile de
dans la campagne furent établies. Elles vendaient palme prit la place du copal, déprécié sur le marché
ou louaient leurs usines à d’autres producteurs, qui à partir de 1926. En 1931, les HCB s’occupaient de
bénéficiaient également des services de transport pas moins de 20 petites huileries mécaniques (dont
des HCB. Les palmeraies naturelles furent progres- celles de Bumba) (Ergo s.d. : 47) et présentaient la
sivement aménagées ; on y importa des palmiers plus grande concentration ouvrière de la Mongala.
sélectionnés (Ergo s.d. : 43-45). Les HCB s’équi- Alors que le district des Bangala, en 1931, exportait
pèrent d’installations modernes pour le traitement 19 000 t d’huile de palme, la part des HCB (planta-
des noix de palmistes, de grands tanks d’emmaga- tion d’Alberta) était de 4768  t, soit un quart de la
sinage et d’une flottille complète pour le transport production du district et un cinquième de la produc-
sur le fleuve (Inforcongo 1958 : 720). Elles assuraient tion totale de l’ensemble de la production des HCB
également le transport au sein de leurs propres (AIMO 1931). À côté du déploiement des grandes
plantations, en y ayant développé, notamment, des sociétés, filiales d’importants trusts industriels, de
chemins de fer privés là ou des pistes n’étaient pas nombreuses petites sociétés huilières de particu-
carrossables. liers (des colons, parfois d’anciens fonctionnaires
Dans cette optique, la société anonyme des Hui- retraités ou agents de l’État) se développaient (Nico-
leries du Congo belge (HCB) mit en place sa propre laï 2013 : 6). La prolifération de ces entreprises fut
ligne Decauville, après d’autres essais employant, d’ailleurs encouragée par le Gouvernement, durant
entre autres, la force de traction de l’éléphant (Blan- le deuxième conflit mondial, pour compenser les
chart et al. 2008 : 322). Une locomotive « saddle tank » pertes d’approvisionnement de l’Asie, sous occupa-
de conception anglaise menait le convoi sur une tion japonaise. Cette augmentation était pourtant
voie établie en tranchée (Ibid. : 298). La SACCB, à couplée à une baisse de rendement des palmeraies
Mongana, fit de même en 1923 (Mongana-B-Gongo) naturelles qui s’était amorcée en 1930, et n’avait fait
(Massart 1949) et, quatre ans plus tard, entama que s’accentuer les années suivantes.
la construction d’une autre voie, à Binga (reliant À la fin de la période coloniale, la production
l’usine-station au rivage, au bord de la Mongala)45 d’huile de palme en provenance de palmeraies natu-
relles (surtout au Kwilu) s’essoufflait, à l’opposé de

45 En décembre 1937, la SACCB, à Mongana, totalisait


30 km de voie Decauville (Busu Congo-Mongana), les HCB, à curieusement) l’ancienne ligne ferrée HCB (Ebonda Yamisiko/
Alberta, disposaient d’un réseau de 4  km, la SACCB, à Binga, Yamulkaka/Yangunda), comme étant intégrée au réseau de che-
de 4  km (Blanchart et al. 2008 : 323 ; Konga Egbabe Lithobo min de fer de l’Équateur, partie intégrante du chemin de fer des
1973-1974 : 206-207). Actuellement, on retrouve encore (assez Uele (CFU) (Site officiel du CFU 2007).

251
MONGALA

celle de l’Équateur. Yaligimba maintenait, via ses naturelles couraient à leur perte, ne laissant aucune
plantations industrielles, une production trois fois perspective d’avenir pour la filière industrielle. À cela
supérieure. Comme le dit Henri Nicolaï : « le système s’ajoutait le constat qu’à la veille de l’indépendance,
de cueillette avait atteint ses limites » (Nicolaï 2013 : l’industrie huilière était exclusivement restée entre les
17). Pourtant c’étaient les palmeraies, dépassées, du mains étrangères, sans générer un bénéfice réel pour
Kwilu qui généraient encore la majorité, voire les les populations qui, stagnant à la base de la filière (au
deux tiers, de l’huile du secteur industriel produite niveau de la cueillette) ne tiraient aucun profit de la
au Congo. transformation, du transport et de la commercialisa-
Menacées par leur vieillissement, la concurrence tion des produits. La production huilière aurait aussi
asiatique, leur empiètement par l’extension de terres été un facteur déterminant dans l’inertie de l’agricul-
cultivées (cf. essor démographique), les palmeraies ture villageoise (Nicolaï 2013 : 17-18).

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Willame, J.-C. 1965 (octobre). « Les provinces du Congo. Structure et fonctionnement. Moyen-Congo-Sankuru ». Cahiers
économiques et sociaux 5. Léopoldville : Université de Lovanium.

253
CHAPITRE 14
LE COMMERCE :
NERF DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE DE LA MONGALA

L’économie de la Mongala souffre d’un déséqui-


libre au niveau de l’adéquation entre la géographie
humaine et les espaces de création de richesse. Alors
que 80 % environ de la population habitent en zone
rurale, c’est dans les centres de Bumba et, dans une
moindre mesure, Lisala, qui rassemblent à peine
plus de 10 % de la population, que se situe l’essen-
tiel de la création de richesse. Ceux-ci drainent les
surplus agricoles et les produits forestiers de leur
arrière-pays pour les réexpédier par le fleuve vers les
régions voisines, ou par la route vers la République
Baleinière accostée à Bumba, août 2011.
centrafricaine (via Akula-Zongo). Avec Mbandaka (Photo © Antonio Lisuma, août 2011.)
et Gemena, Bumba constitue le principal pôle écono-
mique de l’actuelle province. Sa situation privilégiée et les pays limitrophes (Nepad 2006 : 2). À l’entrée,
en bordure du fleuve et sa connexion par chemin de les Antonov de la CAA notamment, assurent, à par-
fer aux Uele en ont fait historiquement la plaque- tir de l’aérodrome de Bumba, l’approvisionnement
tournante des échanges dans le Nord-Congo, à régional en produits manufacturés en provenance de
l’interface de l’Équateur et de la Province-Orientale. l’Est (motos, vélos, électro-ménager, souvent d’ori-
Les échanges placent la ville au contact de Kinshasa gine chinoise), pour repartir chargés d’huile rouge,
et Mbandaka à l’Ouest ; de Kisangani, voire Beni vers Butembo, Goma, ou l’Ouganda.
et Butembo, à l’Est. Également important, quoique Les produits manufacturés arrivent également
derrière Bumba, Lisala évacue aussi les productions depuis Kinshasa par bateau. Au niveau du ton-
locales. À la descente, le trafic concerne principale- nage, les bateaux apportent en général la moitié du
ment l’huile de palme et de palmiste, l’arachide, le riz tonnage qu’ils embarquent au retour en produits
(blanc ou paddy), le maïs et le bois (charbon – Kin- agricoles47. Le transit par Bumba permet la redistri-
shasa – et grumes – Matadi), ainsi que le manioc roui bution des produits manufacturés, non seulement
(conditionné dans des kimpuka [sacs] et transporté dans l’Équateur, Gemena et Mbandaka (Rodriguez
par pirogues jusqu’à Mbandaka, où il est vendu). À et al. 2007 : 11), mais aussi à l’ouest de la Province-
la montée, une partie de la production est acheminée Orientale (Aketi, Buta). Le port de Lisala est un des
vers Kisangani (environ 30 % pour l’huile de palme, relais vers Businga. En plus de réceptionner le trafic
le riz et l’arachide46) : ainsi, par exemple, de l’huile de de produits manufacturés asiatiques (motos notam-
palme, pour le trafic de laquelle la capitale provin- ment) en provenance de Butembo et de Beni (pro-
ciale sert de point de transit vers les marchés de l’Est vince du Nord-Kivu), qu’il disperse ensuite dans le

46  Information fournie par André Mabiti, responsable CFU/


Bumba. 47  André Mabiti, responsable CFU/Bumba, 2015.

255
MONGALA

Tableau 14.1. Ventilation des secteurs d’activité par ville, selon l’enquête FPM (en %).

Secteur d’activité Mbandaka Gemena Bumba Moyenne


Commerce 55,6 58,4 64,6 59,5
Services (1) 18,8 18,7 17,4 18,3
Manufacture 19,10 12,7 5,4 12,4
Autre 6,50 10,2 12,6 9,8
Total 100 100 100 100
Source : FPM (2013 : 25).
(1) On entend par « services » : la coiffure, la couture, la restauration et les soins de santé.

Nord de l’Équateur, il fournit également le même le petit commerce (en plus de la pêche, la piscicul-
espace en biens d’équipements, tels que le ciment, ture et le travail salarié) comme principale activité
les tôles, le matériel roulant, etc., venant de Kinshasa des habitants de la ville de Bumba (PRAPE 2012 : 4).
(Chinamula 2007 : 6 ; 11 ; 17). Au niveau local, les échanges intérieurs se rami-
On observe également des flux commerciaux de fient autour de plusieurs centres de consommation
produits vivriers, cette fois, depuis Businga pour les dispersés sur tout le territoire, lesquels accueillent
territoires de Bumba et Lisala. Par voie fluviale la des marchés permanents, réguliers ou ponctuels. La
production transite au port de Popolo (à mi-chemin ville de Bumba abrite elle-même un marché dans
entre Akula et Businga sur la Mongala, du moins son centre-ville où opèrent grossistes et détaillants ;
lorsque son niveau d’eau le permet) (PARRSA 2009 : principale voie d’approvisionnement de la ville,
73). l’axe Lisala-Bumba (153 km) est jouxté par l’impor-
Capitale commerciale de la région, Bumba se tant marché d’Agene49 (à deux heures de route par
caractérise sans surprise par la prépondérance du moto) et le centre commercial de Mondjamboli, lui-
secteur marchand sur tout autre type d’activités. même connecté à un autre centre, celui de Yandongi
C’est en tout cas la conclusion d’une enquête, menée (100  km de Bumba) par la bretelle vers Yakoma
en 2013, sur les potentialités de financiarisation (distr. Nord-Ubangi) ; à l’est, Yaligimba et Bokata (sur
en Équateur (FPM 2013), selon laquelle parmi les l’Itimbiri) accueillent également des marchés locaux.
MPME (micro, petites et moyennes entreprises) Parmi les autres marchés locaux, citons : Ebonda,
opérant à Bumba, plus de 6 sur 10 se consacrent au Lokele Molua, Angbonga, Bilia, Dugba, Banda,
commerce (en ordre utile : produits « divers », cartes Deux mil an, Selemwa, Lingboto, Ndobo, Mibale,
de recharge téléphonique, produits alimentaires et Mobunda, Boteku, Mindonga, Isamba, Malekesa,
boissons, vêtements), pour moins de 2 sur 10 aux Yamongili, Beteme, Matraki, Yahenge, Yambuku,
services ; les activités de manufacture ne sont pra- Bozoki, Tshimbi, Bongelenza, Bandala, Molua et
tiquement pas représentées48 (FPM 2013 : 25). Au Likimba. Les maisons de commerce les plus actives
niveau provincial, la ville se distingue ainsi de ses dans le territoire, sont les suivantes : Socam, Mogha,
voisines (tableau 14.1). Congo Futur, Mega-Sound, Ets Plaza, Kings-Lishen,
Les résultats de cette enquête sont en partie cor- Ets Super Match, Congo Diam, Ets Ikuba, Economu,
roborés, et peuvent être complétés, par ceux d’une Bralima (Équipe locale).
enquête socio-économique menée par le Pro- Le territoire de Lisala, quant à lui, compte deux
gramme de réhabilitation du secteur agricole de la grands centres commerciaux : Lisala et Binga. Le
province de l’Équateur (PRAPE), qui avait recensé négoce y est dominé par les commerçants ambulants.
Les enseignes en vue sont : Mogha, Economu, CTD
48 Cette étude souffre de quelques confusions. Les auteurs Congo, King Fafa et Congo Futur. Deux types de
font, par exemple, état d’une population totale de 751 090 habi- marchés s’y tiennent : les marchés sur rendez-vous,
tants pour la ville de Bumba, ce qui indique qu’ils confondent prédominants, et les marchés quotidiens.
le centre et le territoire. Dans le même ordre d’idée, les estima-
tions reprises ci-dessus renvoient, dans le texte, au territoire ; à
la lecture de l’ensemble du document, il y a lieu cependant de
considérer qu’elles s’appliquent, en fait, uniquement au centre de 49  Source FPM 2013, mais non localisé (carte MRAC, Wiki-
Bumba, hypothèse confirmée par l’intitulé d’un de leurs tableaux mapia, Open Street Map). L’équipe locale renseigne le marché
reproduit ici. « Agene Baimoto ».

256
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Vendeuse de savon artisanal sur un marché.


(Photo équipe locale, mars 2013.)

Enfin, l’activité commerciale est plus réduite au


sud du fleuve. Le territoire de Bongandanga ne dis-
pose pas véritablement d’unités à vocation commer-
ciale, à l’exception de quelques centres de négoce,
de boutiques et de petits commerçants. Boso-Melo,
Boso-Djanoa et Boso-Simba sont les centres de
consommation locaux les plus dynamiques ; plus
excentré, le chef-lieu est en retrait.
La plupart des marchés se tiennent sur rendez-
vous, à intervalle régulier. Les plus célèbres sont
ceux de Yakata, Eleko50 et Boso-Simba, connus sous Pirogues à pagaie et pirogue à moteur.
(Photo équipe locale, mars 2013.)
le nom de « zando ya pont », en référence à l’endroit
où il se tiendrait (sur un pont traversant la rivière
Lofofe). Ces trois marchés sont fréquentés par une 50 km en aval de Lisala sur la rive gauche. La liaison
population d’origine diverse venant de la Province- Bumba-Bongandanga se fait au rythme des marchés
Orientale, de Bumba et de l’intérieur du territoire. que nous venons de citer au paragraphe précédent,
Les liaisons internes entre les trois territoires sont via Yakata, après lequel les pirogues continuent à
globalement assurées par les pirogues motorisées51 Eleko, avant de parvenir au terminus, le lundi matin
des particuliers, dénommées «  hors-bord  », aux- au pont de la rivière Lofofe. Malgré la présence des
quelles sont rattachées celles à pagaie. Les pirogues se pirogues motorisées, la pirogue à la pagaie reste pour
déplacent en convoi, au rythme des marchés. La liai- la majorité des riverains le moyen de transport de
son Lisala-Bumba est assurée une fois par semaine, tous les jours, aussi bien pour les voyages que pour
en l’occurrence le jeudi, en nocturne pour permettre la pêche (Équipe locale).
le transport au frais des produits. Vers le territoire Le commerce est le nerf de l’activité économique
de Bongandanga, les pirogues motorisées partent de la Mongala. La guerre de 1998-2003 a privé
de Lisala tous les jours impairs pour Mongana, tan- un temps la région de certains de ses débouchés,
dis qu’une embarcation est affrétée chaque samedi notamment vers la capitale ; à ceci s’ajoute la dégrada-
pour le marché « Mandomba », situé plus ou moins à tion des moyens de communication, qui a accentué
son enclavement. Ces deux facteurs ont contribué à
recentrer les activités paysannes vers une agriculture
50  Plus ou moins situé le long de la Lofofe, grosso modo à l’extré-
mité de l’axe Bosondje-Mbangi.
de subsistance. C’est dire l’importance de l’économie
des transports dans le déploiement économique de
51  Les pirogues dites « Libenge », l’une des trois sortes de piro-
gues que l’on retrouve sur le fleuve, sont fabriquées à Bongan- la Mongala. Or, le système de communication est
danga (Ministère de l’Agriculture… 1998 : 115). aujourd’hui dans une situation délicate.

257
MONGALA

L’Itimbiri, comme la Mongala, a un régime général


caractérisé par une crue principale en novembre,
une crue secondaire en août et une décrue vers la
fin février-début mars (Ibid. : 8-9)54. La Mongala
n’est que très peu navigable pendant la décrue.
Elle n’est pas navigable de janvier à juin (PARRSA
2009 : 75) ;
–– sur la rive gauche : la Lopori et son affluent, la Bo-
lombo. Toutes deux appartiennent au bassin de la
Lulonga. Navigable sur 702 km d’un seul tenant
entre Basankusu (district Équateur) et Simba
(district Tshuapa), le cours de la Lopori suit une
courbe parallèle à celle du fleuve ; il baigne le ter-
ritoire de Bongandanga d’est en ouest. Son par-
Transport à vélo. cours navigable dans le district se divise en deux
(Photo équipe locale, mars 2013.) biefs : le bief inférieur, de Basankusu jusqu’à Ma-
bunde au km 242 (à 4 km en aval de l’embouchure
Les échanges interrégionaux sont largement tri- de la Bolombo), est théoriquement accessible aux
butaires du fleuve et, dans une moindre mesure, des barges de 800 t, moyennant l’adaptation de leur
voies aériennes. D’est en ouest, de Bumba jusqu’à tirant d’eau ; le deuxième bief pousse jusqu’à Bo-
atteindre pratiquement Mankanza (district Équa- lafa, au km 437 (district Tshuapa) : la profondeur
teur), le fleuve traverse la Mongala, dont il constitue reste satisfaisante, mais la largeur de la rivière di-
véritablement l’épine dorsale en matière de trans- minue55. Au-delà, la rivière devient plus sinueuse
ports. Le système fluvial est complété par quatre jusqu’à présenter, près du terminus, une succes-
affluents : sion de coudes très secs et un lit encombré de
–– sur la rive droite : l’Itimbiri et la Mongala52. L’Itim- snags (branches d’arbre), réduisant les capacités
biri est navigable sur 255 km entre son embou- de transport (Lederer 1973 : 12).
chure à Yangambi et le terminus à Aketi (district Exploitée depuis 1946, la Bolombo offre plus de
Bas-Uele), dont 143  km dans la Mongala. Son difficultés à la navigation, en raison de son cours,
tracé épouse en partie celui de la limite orientale étroit56 et très sinueux, et de l’encombrement de
du district. Son exploitation est rendue compli- son lit par de nombreux snags. Long de 182 km,
quée par son faible étiage, en particulier dans les son bief navigable aboutit à une ancienne planta-
passes se segmentant en plusieurs bras. L’Itimbiri tion située à proximité de la localité de Lilenge57
est néanmoins accessible aux hautes eaux, aux (Ibid. : 13).
grands convois ; certaines années ces convois ont
pu remonter jusqu’à Aketi, même en période de Tous deux ont un régime légèrement différent de
basses eaux, moyennant l’apport de pousseurs ne celui des rivières de la partie nord : crue princi-
calant pas plus de 45 cm53 (Lederer 1973 : 8). pale en novembre et crue secondaire en juin, les
À l’opposé, la rivière Mongala se confond avec décrues survenant en mars et en août (Ibid. : 13).
la frange occidentale du district jusqu’à sa jonc-
tion avec le fleuve, à hauteur de Mobeka (district 54 La crue de la rivière Mongala se situerait entre avril et
Équateur) ; la rivière est navigable sur 329 km, de octobre et la décrue entre janvier et mars (Ministère de l’Agricul-
l’embouchure à Businga (district Nord-Ubangi) ture 1998 : 155), ainsi qu’en décembre (Département de l’Agri-
(Ibid. : 9). culture et du Développement rural… 1985 : 121).
55  Entre 60 m et 250 m dans les années 1970 (Lederer 1973 : 12).
56  De 60 m (embouchure) à 30 m (Lilenga) (Ibid. : 13).
52  Le balisage de la Mongala, financé par la Banque mondiale 57  Également orthographiée « Lilenga » ou « Libenga » (Lederer
est prévu dans le cadre du PARRSA (2009 : 21). Nous ne dispo- 1973 : 13 ; Département de l’Agriculture et du développement
sons pas d’information sur son exécution, ni sur ses résultats. rural… 1985 : 120). À noter que si le point terminus de la navi-
53  La liaison traditionnelle Akti-Bumba, effectuée le long de gation sur la Bolombo est renseigné à Lilenge, ce village se situe,
l’Itimbiri, a été doublée, en 1973, par une nouvelle ligne de che- en réalité, quelques kilomètres plus au sud, sur une ligne de crête
min de fer. (carte MRAC annexée au présent volume).

258
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Labellisé « catégorie 1 » sur tout son parcours 1974 et 199460, une ligne qui drainait les produits
jusqu’à Kisangani, le fleuve Congo accepte, en théo- agricoles des espaces des actuels districts du Haut-
rie, des unités navigantes de 600 à 1200  t. Sa lar- et Bas-Uele et de l’Ituri (Province-Orientale) pour
geur peut atteindre 20 km entre Bumba et Lisala. À alimenter en retour Isiro et ses environs en produits
l’exception de la Bolombo, tous les affluents dans le (semi-)manufacturés, notamment en carburant et
district sont classés de 2e catégorie : avec un niveau huile de palme61. Bien qu’elle soit le fruit d’un projet
d’eau oscillant entre 1 et 1,4 m, ces cours d’eau sont colonial longuement muri, elle ne rencontra finale-
théoriquement accessibles aux unités de 200 à 400 t ; ment jamais les volumes d’échanges qu’on en espérait
l’étiage plus faible de la Bolombo limite, par contre, (cf. encadré page 264). Jusqu’alors administrées par
son exploitation aux barges de 50 à 200 t (Logistics l’Otraco, devenu Onatra en 1971, les installations
Cluster et WFP 2013). Selon Lederer, ce sont des portuaires et désormais ferroviaires de Bumba pas-
barges de 30 t, accouplées, qui desservaient l’affluent. sèrent à la tutelle des Vicicongo62. Depuis la mise en
Le trafic y était déjà marginal au début des années veilleuse de la Société des chemins de fer des Uele
1960. Dans les années 1970, il n’était plus fréquenté (CFU), cette voie ferrée n’est plus opérationnelle. Au
régulièrement, un bateau n’y était envoyé que lorsque port, l’activité continue tant bien que mal, mais au
le tonnage était assez important (Lederer 1973 : ralenti. Seulement 10 % des bateaux qui font escale à
57-58 ; 1978 : 58). Bumba accostent au port CFU. Celui-ci dispose d’un
Les potentialités offertes par ce vaste système chef de port, d’une chef de bureau, de deux percep-
naturel devraient profiter au développement régio- teurs, d’un dépositaire et de deux ouvriers balayeurs.
nal. Les infrastructures de Bumba, la deuxième tête À côté de ce service portuaire, des locataires
de ligne sur l’Itimbiri avec Aketi, furent dévelop- occupent certains bâtiments. La Socam, grande rize-
pées en ce sens. Avec l’ouverture, effective en 1973, rie de Bumba, loue un dépôt, géré par deux de ses
de la ligne ferroviaire Aketi-Bumba, les promoteurs employés, de même que Ets BM (commerçant de riz
escomptaient, grâce au report du trafic d’Aketi, une basé à Kinshasa), qui loue un dépôt géré par trois
multiplication du volume de marchandises, désor- agents. Le commissariat fluvial possède également
mais affranchi des contingences liées à l’étiage. Les un bureau avec 12 effectifs. Enfin, le chef administra-
espoirs ne furent cependant jamais rencontrés (cf. teur de la SCTP occupe également un petit bureau.
encadré page 264). En termes d’équipements, le port présente un
Actuellement, le district ne peut exploiter pleine- état de dégradation avancée (affaiblissement de
ment les potentialités de ce vaste système naturel, ce terre-pleins, dégradation avancée du mur de quai,
qui se traduit par un engorgement du réseau. En plus équipements de manutention de levage immobili-
du manque de balisage des voies58, la raison tient sés suite aux diverses pannes et d’autres, déclassés).
principalement aux carences logistiques au niveau Lorsque les rares bateaux accostent, le chargement
de la flottille, mais également des infrastructures et le déchargement s’effectuent manuellement par
portuaires59 (SCTP s.d. : 98-105). les manutentionnaires (appelés des porteurs), qui
Avec Mbandaka, Bumba est le principal port de travaillent pour le privé (ils ne sont pas engagés par
l’Équateur. Situé au kilomètre 1337 de la navigation, le service du port). Le personnel ne dispose d’aucun
avec son quai de 335 m et sa superficie d’entreposage véhicule portuaire. Le groupe électrogène servant de
de 3015  m2, soit le triple de celle de Lisala (SCTP source d’énergie électrique pour le fonctionnement
s.d. : 13), c’est la plaque tournante des échanges du
Nord du Congo.
Le port est relié à la Province-Orientale par la 60  Bien que Radio Okapi y ait signalé le passage d’un train en
2004 (Radio Okapi 2005).
liaison Aketi-Bumba (187  km), fonctionnelle entre
61 Laquelle était partiellement destinée à la savonnerie du
Haut-Uele (Socituri).
58 L’UE aurait accordé un financement de 60  millions USD 62  À noter que le statut de ces installations n’est pas clair actuelle-
pour le balisage des voies fluviales en RDC (Équateur) (Radio ment. En 1995, un décret portant création et statuts d’une entre-
Okapi 2014b). prise publique dénommée Chemin de fer des Uele, octroyait à
59  Celles-ci (Akula, Bumba et Binga) étaient au programme des ladite société l’exploitation du port de Bumba (Ministère des
projets de réfection des infrastructures de transport du PARRSA Transports et Communications 1995). Mais la consultation des
(2009 : 22). Mais il s’agit d’une programmation théorique. En sites Internet du CFU et de la SCTP (2013) indique que tous
2015, le port de Bumba n’a pas encore fait l’objet d’une quel- deux revendiquent la gestion du port de Bumba. Mais selon le
conque réhabilitation. responsable CFU/Bumba, le port est exploité par le CFU.

259
MONGALA

Inauguration du dépôt de Bumba et des installations de la SEP Congo, le 27 février 2013. (Photo © Antonio Lisuma, 2013.)

des grues et l’électrification des locaux et entrepôts En ruine depuis une vingtaine d’années, le port
du port a été détruit pendant les guerres. Les grues, reste pourtant au centre des stratégies de réhabi-
qui ne fonctionnent plus, sont très vétustes ; le béton litation63 ayant été mises en place dans la région.
à la base de la seconde grue est tellement abîmé Comme intermédiaire entre Kinshasa et le troisième
qu’elle menace de s’effondrer. Selon André Mabiti, pôle économique du pays, Kisangani, il constitue un
responsable CFU à Bumba, sur les dépôts portuaires, enjeu majeur.
trois sont disponibles, deux sont en location, et les La plupart des bateaux ne s’arrêtent donc pas au
quatre autres n’ont plus de tôle comme toiture. Enfin, port même, mais ils accostent plutôt le long de la
notons que les espaces de stockage de la Société d’ex- ville, en amont : aux installations SEDEC, au beach
ploitation du pétrole (SEP) au port de Bumba ont
été réhabilités (des tanks de 4200 m3). Ceux-ci per-
63  Plusieurs projets de réhabilitation de la Société des chemins
mettent l’approvisionnement en carburant (essence, de fer des Uele-Fleuve (SCFUF) SARL existent : réhabilitation
pétrole, mazout) de tout le territoire de Bumba du port de Bumba, réhabilitation de la voie ferroviaire et des
(population, sociétés locales, bateaux, aggloméra- ouvrages d’art, acquisition des équipements et matériels des ate-
liers techniques et du réseau de télécommunication, réparation
tions [Lisala, Abuzi et Yakoma]), éliminant un inter- de matériels de traction et tractes (SCTP s.d. : 98-105). Le port
médiaire dans la filière, les revendeurs, dits « kadafi » de Bumba a également sa place dans le programme du PARRSA
(FPM 2013 : 22). (2009b : 22).

260
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Bâtiment de la Socam, Bumba. Grues de l’Onatra, Bumba.


(Photo © Antonio Lisuma, juin 2014.) (Photo © Antonio Lisuma, décembre 2010. )

Socam, au beach DGM, devant la résidence SETI, de la Mongala et du Sud-Ubangi (à la limite entre les
devant le bâtiment du territoire, devant Scibe-Congo deux districts). Avec son quai de 125 m de long en
ou encore devant Congo-Futur, etc. Plus que le port, béton armé, en plus d’une superficie de magasins de
c’est donc l’ensemble de toutes ces petites escales le 600 m2 (qui était de 100 m2 dans les années 1990), il
long de la ville de Bumba qui constituent la plaque dessert les escales de Binga, Likimi, etc. Il possède
tournante des produits vivriers, halieutiques, cyné- deux grues, la première d’une capacité de 5,20  t et
gétiques et manufacturiers dans la Mongala (FPM la deuxième, de 3 t. Dans les années 1980, son élé-
2013 : 21). vateur66 pouvait supporter 3  t (Bampunga 1988 :
Les autres ports présentant un certain intérêt pour 68-69).
le flux commercial de/vers la Mongala, sont celui de Enfin, on note la relative importance du port de
Lisala, à l’intérieur du district, et ceux d’Akula et de Mobeka, à l’embouchure de la Mongala (Départe-
Mobeka, en dehors de la zone d’étude. ment de l’Agriculture et du Développement rural…
Situé à 1220 km de Kinshasa, le port de Lisala64 1985 : 120 ; Logistics Cluster & WFP 2013), bien que
était anciennement un petit poste agricole installé le celui-ci ne se situe plus dans le district de la Mongala,
long de la Mongala, qui assurait l’évacuation des pro- mais juste à la frontière, dans celui de l’Équateur
ductions des grandes plantations coloniales avoisi- (territoire de Mankanza).
nantes (Omasombo 2013 : 436-437). Remplissant des Enfin, des ports privés67, souvent naturels
fonctions plus administratives que commerciales, le (« beaches »), servant directement à l’évacuation
port dispose d’un quai de 123  m de longueur, une de centres de production jalonnent le fleuve. Dans
superficie d’entreposage de 1200 m2 (SCTP s.d. : 13). le territoire de Bumba, il y a notamment un port
Le port de Lisala possède une grue de 5  t65 (Bam- à Ndobo (pour l’écoulement du bois de Trans-M-
punga 1988 : 68). bois), à Ebonda (servant autrefois à l’écoulement
Le port d’Akula, considéré par le Fonds pour de la production des plantations Lever puis, suite à
l’inclusion financière en RDC (FPM) parmi les plus leur rachat, de la PEM68), à Engengele (écoulement
importants de la province et du district de la Mongala du bois de la Siforco (vers Maluku-Kisangani) et à
(FPM 2013 : 20) est pourtant davantage tourné vers Lundu (pour l’écoulement des produits agricoles
Gemena et le Sud-Ubangi que vers Lisala et Bumba. PHC à Yaligimba).
Il est situé à 93 km de la confluence entre le fleuve
Congo et la rivière Mongala, à cheval sur les districts 66  En 1998, il semble qu’il n’y avait pas d’élévateur dans ce port
(Ibid. : 161).
67  Les ports de Mongana et d’Ebonda sont recensés parmi les
64  En plus du projet de réhabiliter le port de Bumba, la SCPT étapes portuaires des bateaux de l’Onatra allant de Bumba à
cite, dans ses projets d’investissement, la réhabilitation du port Mbandaka (Lederer 1973 : 38).
de Lisala (cf. fiche n° 5. Réhabilitation des infrastructures et 68  Depuis les années 1990, le poste PHC de Mokaria a été aban-
acquisition des équipements des ports intérieurs [axe fleuve]). donné et celui d’Ebonda vendu au général Mahele. Celui-ci l’a
65  En 1998, il semble que le port possédait, en fait, deux grues rebaptisé Plantations et Élevage de la Mongala (PEM). Avec la
et un élévateur (Ministère de l’Agriculture… 1998 : 98). mort du général, la société a été fermée (Équipe locale).

261
MONGALA

Dans le territoire de Lisala, deux ports sont éta- augmenter le prix du transport. Les prix plus élevés
blis ; l’un à Boso-Wanga (1 km en amont de Lisala), des produits sur les marchés de Kinshasa par rapport
l’autre à Upoto69 (5 km en aval de Lisala), respecti- à ceux des marchés de Mbandaka ou de Kisangani,
vement pour l’écoulement des bois de Sicobois et de plus proches des zones productrices, attestent de ces
Sodefor. coûts logistiques (SECAL 2012-2013).
Enfin, situés dans le territoire de Bongandanga, Depuis la moitié des années 2000, avec la mise
deux ports sont localisés, l’un à Mongana, pour l’éva- en place de multiples projets de développement
cuation de la production de la SCC ainsi que pour le (PRAPE, PARRSA…), la production recommence
bois de Safo, l’autre à Yakata, servant à l’écoulement et les exportations reprennent (huile de palme, riz,
de bois de Siforco (Équipe locale). maïs, grumes, charbon de bois, chenilles, poissons,
D’autres ports naturels (« beaches ») sont éga- etc.).
lement signalés par une carte de Logistics cluster. Actuellement, le potentiel financier de la Mon-
Au niveau du fleuve Congo se trouvent les ports gala est aux mains d’une poignée d’entreprises qui
d’Ukatura, Yambinga. Le long de l’Itimbiri, on note contrôlent les flux commerciaux : Ets BM, Socam,
le port de Bagata ; le long de la Lopori, les ports Nocafex, PHC-Feronia, Société des cultures congo-
de Lilanga, Mabunde, Bongandanga ; le long de la laises (SCC), etc. On peut y ajouter l’entreprise
Bolombo, les ports de Kailanga, Likulu et au niveau Scibe-Congo72 qui, après quelques années d’absence,
de la Mongala : les ports de Binga, dans la Mongala, reprend le business dans la région (Agreco 2007 : 15).
et ceux de Molanda et Likimi dans le Sud-Ubangi Ces différentes sociétés brassent les principaux sec-
(Logistics Cluster 2013a). teurs, considérés comme ceux « à grand potentiel »,
Après avoir parlé des infrastructures portuaires, c’est-à-dire, la commercialisation du riz, la produc-
il semble indispensable d’aborder l’épineuse question tion d’huile de palme, l’exploitation industrielle du
de la flotte. Selon Roland Pourtier : « le développe- bois. D’un autre ordre, le Centre de développement
ment des échanges par voie d’eau est moins un pro- intégré de Bwamanda est également un acteur éco-
blème d’infrastructure que de reconstitution d’une nomique important de la région, bien que son action
flotte opérationnelle ». Les bateaux de la Société principale soit basée dans le district voisin, le Sud-
commerciale des transports et des ports (SCTP Ubangi (Stessens & Develetere 2005 : 10).
ex-Onatra) ont toujours transporté des produits Leurs exportations depuis la Mongala concernent
vers Mbandaka et vers Kinshasa, tandis qu’en sens essentiellement des matières premières, semi-trai-
inverse, ils transportaient des produits manufac- tées, à l’exception du savon brun « Rambo », produit
turés et du matériel de construction, avant comme par la Socam73 qui, en plus d’approvisionner le mar-
après l’indépendance. Comme ce fut déjà le cas par ché local, est expédié sur les marchés des territoires
le passé70, la SCTP est actuellement confrontée à de environnants, Aketi, Bondo, Yakoma et Lisala.
grosses défaillances matérielles tant au niveau de ses L’évacuation par voie fluviale de la production des
infrastructures portuaires que de sa flotte, qui com- plantations GAP/Blattner (Binga et Bosondjo) est
pliquent, retardent, voire stoppent, l’évacuation des assurée par une société du même groupe, Transport
produits de la Mongala. fluvial et Commerce de l’Équateur, TFCE, dirigée
Sur 13 bateaux qui seraient passés en 2014, trois par Constantino Phillis (AGRER 2006 : 89). TFCE,
sont des bateaux de la SCTP71, et les dix autres sont qui s’occupe du commerce entre l’Équateur et Kin-
des bateaux privés. La plupart des bateaux qui effec- shasa, opère, entre autres, dans les ports de Lisala, de
tuent la liaison appartiennent donc à des sociétés Bumba et d’Akula, dans lesquels la société possède
privées ou à des particuliers, une situation qui fait des espaces de stockage et des magasins pour l’huile
de palme. Ses services sont régulièrement loués par

69  Non localisé sur la carte administrative du MRAC. 72  Anciennement Scibe-Zaïre, l’entreprise de Bemba Saolona,
70  L’Onatra était déjà blâmé dans les années 1980 pour ses pro- assurait, avec une flotte de plus de dix avions, un trafic quotidien
blèmes logistiques et notamment pour l’irrégularité de ses flux sur Gemena et Bumba, qui permettait l’évacuation d’importants
de bières (Schatzberg 1980 : 87). tonnages de café, un secteur sur lequel elle détenait un quasi-
71 Les trois bateaux courriers qui assuraient le trafic entre monopole (Agreco 2007 : 7).
Bumba et Kinshasa seraient en réhabilitation, selon la SCTP 73  La nouvelle usine de la Socam (2013), une savonnerie, dans
(Radio Okapi 2014a). La réparation de l’un d’entre eux (ITB la nouvelle annexe de la concession au bord du fleuve, dans la
Kokolo) vient d’être achevée en février 2015. cité de Bumba.

262
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Immeubles Milena Scibe Nogueira. Bâtiment de la Socam, Bumba.


(Photo © Antonio Lisuma, janvier 2013.) (Photo © Antonio Lisuma, janvier 2013.)

d’autres sociétés, comme la Socam, pour le trans-


port de la farine de maïs depuis Bumba ou dans le
cadre de missions ponctuelles (PAM, Monusco, etc.)
(Biloso & Tollens 2006 : 61-62).
Quant au transport des productions de PHC
(Plantations de Yaligimba), il est assuré par ses ache-
teurs principaux, Marsavco et Nova products &
Savcoki, des industries de transformation qui
fabriquent des savons, des détergents, des cosmé-
tiques, de l’huile alimentaire et des margarines
(AGRER 2006 : 48).
Au niveau de la filière rizicole, une grande par-
tie de la production est achetée par la société Socam
pour être revendue aux deux sociétés brassicoles
nationales, la Bralima et la Bracongo, pour la fabri-
cation de la bière. Celles-ci, revoyant leur stratégie
d’approvisionnement, se tournent de plus en plus
vers la production nationale, qu’elles avaient pré-
cédemment laissé tomber, lui préférant les impor-
tations de riz asiatique (Essolomwa 2011). Bumba,
ciblé pour son Projet Riz74, présente pour Bralima un
bassin agricole stratégique qui, via le fleuve Congo,
peut approvisionner facilement trois de ses bras-
series sur les six, à savoir : Kinshasa, Mbandaka et
Kisangani (Fondation Bralima s.d. : 7).
Bien que sa production soit plus importante
dans la savane (Nord et Sud du pays) que dans le
bassin forestier, des aires de surplus de maïs existent
tout de même dans l’Équateur, à Gemena et Bumba
(Biloso & Tollens 2006 : 14). Le Sud-Ubangi et Production de savon.
le territoire de Bumba sont de loin les principaux (Photo © Antonio Lisuma, juin 2014.)
pourvoyeurs de maïs de Kinshasa : des flux impor-
tants de maïs arrivent à Kinshasa par voie fluviale
depuis Lisala et Bumba (Tollens 2011 : 2 ; Biloso &
74  Le Projet Riz de Bralima mis en place en 2004, grâce au sou- Tollens 2006 : 42).
tien financier de Heineken lnternational et de Schokland Fund
Tandis que le charbon de bois transporté depuis
en partie financé par la coopération hollandaise, distribue aux
paysans des semences, des équipements et des formations et en Bumba et Lisala contribue à alimenter tout au long
leur garantissant l’achat d’une partie de leurs récoltes. de l’année la filière charbon de bois de Kinshasa

263
MONGALA

Liaison ferrée Aketi-Bumba : histoire d’un pari sur l’avenir1


L’idée d’un tel tracé reposait dans les cartons nisation des coopératives et la démotivation des
coloniaux depuis la création de Vicicongo2, l’éven- agriculteurs. Surtout, les mauvaises performances
tualité du prolongement de la ligne des Uele reve- de Vicicongo4, puis les destructions matérielles
nant de façon récurrente à la table des discussions qu’entraîna la rébellion Simba de 1964, gelèrent le
des gérants de la société. C’est à la Cominière3, la projet pour un temps (Blanchart 2008 : 290-291).
société-mère, que l’on doit d’ailleurs la réalisation Sur impulsion financière de la Banque mon-
des premières études techniques, à la fin des années diale, la mise en chantier démarra finalement en
1950 : l’étiage insuffisant de l’Itimbiri devenait, en 1969, et la ligne fut ouverte cinq ans plus tard
effet, un problème critique pour le développement (Ibid. : 290-291). La question de la facilitation du
des transports. Un rapport de la mission de la transport restait prépondérante, mais elle se dou-
Commission économique européenne (CEE), de blait d’enjeux d’une autre dimension, nés de la
1963, éclaire la situation en ces termes : confusion politique et économique du nouveau
« Tous les cargos, tant à l’exportation qu’à l’im- pays : outre des considérations liées à l’obstruction
portation, doivent passer par l’Itimbiri, rivière très naturelle de l’Itimbiri, l’intégrité fiscale était claire-
capricieuse, dont la baisse du plan d’eau, en saison ment en balance. Suivons encore le rapport de la
sèche, peut provoquer un goulot d’étranglement, mission de la CEE :
voire un arrêt des transports. Ainsi en 1951, plus « […] avec les années, le trafic augmentera sans
de 15 000 tonnes de produits furent bloqués à cesse et dès lors une interruption de la naviga-
Aketi et le long de la ligne à cause de l’interruption tion de l’Itimbiri pourrait avoir des conséquences
de la navigation. Si la navigation n’est pas totale- désastreuses. […] À l’heure actuelle, la réalisation
ment interrompue, en tout cas pendant 4 à 5 mois, de ce projet serait particulièrement opportune
elle est très difficile, ce qui a contraint l’Otraco à pour maintenir ou rétablir le courant des échanges
acquérir et à aligner à gros frais, en saison sèche, avec les Uele dans l’orbite de la voie nationale.
un dispositif spécial de barges à faible tirant d’eau. En effet, les conditions difficiles de transport sur
Dans ce cas, les marchandises doivent subir un l’Itimbiri sont un encouragement supplémentaire
transbordement à Bumba, une opération toujours aux transactions illicites avec les pays limitrophes »
risquée et onéreuse. Il arrive d’ailleurs que ce sys- (Commission économique européenne 1963).
tème de navigation soit complètement bloqué en
période de basses eaux » (Commission écono- 1  « Un pari sur l’avenir », expression reprise de Blanchart et
mique européenne 1963). al. In Le Rail au Congo belge (2008 : 290).
Finalement décidée en 1959, l’exécution des tra- 2  Vicicongo : Société des Chemins de fer vicinaux du Congo.
Société de transports constituée en 1924, dont le rayon d’ac-
vaux fut cependant court-circuitée par la combinai- tion couvrait le Nord-Est de la colonie (actuels Bas- et Haut-
son des désordres administratifs et commerciaux Uele, Ituri et Nord-Kivu) (Joye & Lewin 1961 : 250).
consécutifs à l’indépendance et le retournement 3 Cominière : Société commerciale et minière du Congo.
conjoncturel des principaux produits d’exporta- Holding fondée en 1910 (Ibid. : 247).
4  Baisse en deux ans (1961-1962), respectivement de 51 % du
tion sur les marchés mondiaux : la chute des cours trafic ferroviaire et de 40 % du trafic routier (Blanchart et al.
du café et du coton entraîna, en effet, la désorga- 2008 : 290).

264
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

(Trefon et al. 2010), de manière saisonnière, cette Tableau 14.2. Tonnage du transit annuel des produits agricoles
fois, des tonnes de chenilles séchées sont également par le port CFU/Bumba (pour l’année 2014).
transportées par bateau (parfois par avion) vers Produit Tonnage
Kisangani et Kinshasa. Le m’fumbwa (Gnetum spp), Bois sciés 750
un légume qu’on trouve surtout dans l’Équateur, peu
Huile de palme 670
consommé par la population locale – qui conserve
seulement un cinquième de sa cueillette –, est éga- Riz 415
lement exporté à Kinshasa par avion, depuis Mban- Maïs 391
daka (Awono, Ingram et al. 2009). Arachide 90
Manioc 44
Farine de manioc 14
Café 3,60
Haricot 0,72
Noix de coco 0,70
Source : responsable CFU/Bumba 2015.

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266
CHAPITRE 15
ÉTAT DU RÉSEAU ROUTIER :
UN BOURBIER EN PERPÉTUELLE RÉHABILITATION

E
ncouragé par la politique du ministre « Dans la cuvette et les régions lacustres, les voies
Louis Franck75, le réseau fluvial dont nous navigables forment la trame naturelle d’un réseau de
venons de faire état fut complété par un circulation sur lequel se greffent les routes de liaison
réseau routier, dans les années 1920, qui interurbaine et de desserte des espaces ruraux » (Pour-
reliait, dans un premier temps, les centres admi- tier 2008 : 40).
nistratifs, et qui assurait, dans un second temps,
le lien entre les régions agricoles à l’intérieur des Dans cet esprit, la principale route (RN6) au nord
terres et les axes fluviaux d’évacuation (Huybrechts longe l’Itimbiri, depuis Aketi jusqu’à Bumba, puis
1970 : 35-36 ; Tshund’Olela 1971-1972 : 178). Pour continue de s’arc-bouter sur le fleuve Congo jusqu’à
l’État, les sociétés privées ont toujours constitué Lisala et Akula, tandis qu’une myriade de branche-
un partenaire solide en matière de développement ments nord-sud se greffent à cette route pour relier
des infrastructures (qu’elles soient sanitaires, sco- l’intérieur des terres, de même que des petites routes
laires ou routières). De nombreuses routes ont étés relient l’axe principal au fleuve. La route régionale
construites à l’origine par les sociétés industrielles, secondaire du territoire de Bongandanga (RR317)
comme ce fut le cas de la route Yandongi-Eweh- suit le même schéma qu’à Lisala et Bumba ; elle évo-
Bumba par la Cotonco, qui servait à l’évacuation du lue parallèlement au fleuve, bien qu’à une certaine
coton (Konga Egbabe Lithobo 1974 : 199-206), ou distance. Les autres routes, perpendiculaires à celle-
encore la route de 25 km qui relie Mongana à Bofela ci, sont des pistes qui la relient au fleuve.
par la SAACB (actuellement SCC) (Ergo s.d. : 49). Les trois grandes routes régionales prioritaires
La question de l’implication du secteur privé dans la qui traversent verticalement le district de la Mongala
construction ou le maintien des routes est toujours le relient, au nord, à Businga (depuis Lisala) (RR336)
d’actualité. Comme l’évoquait le rapport Pro-Routes, et Yakoma (depuis Bumba) (RR337), au sud, au ter-
certains tronçons de la route Businga-Lisala sont ritoire de la Tshopo (en passant par Bongandanga)
pris en charge par les sociétés forestières exploitantes (RRP 309).
et sont donc praticables. C’est le cas pour le tronçon En plus d’ouvrir la Mongala aux régions envi-
qui va du PK0 au PK5 sur la route Lisala-Businga, ronnantes (Bas-Uele, Sud-Ubangi, Nord-Ubangi)
entretenu par Sicobois et Siforma (Chinamula 2007 : (Tshilema 1974 : 7), le réseau routier, via son tronçon
8). La route Loeka-Bunduki, qui était entretenue par Lisala-Bumba, l’intègre dans un corridor régional de
la Siforco, souffre d’un manque d’entretien, depuis le transport plus vaste76, celui d’un axe transafricain :
départ, en février 2012, de celle-ci (PAR 2013 : 27). l’axe Gemena (Sud-Ubangi)-Lisala-Bumba (Mongala)
(RN6) qui fait partie de l’axe transafricain Lagos
(Nigeria)-Mombasa (Kenya) (Mvuezolo Bazonzi
75  Louis Franck, ministre des Colonies de 1916 à 1924, libéral, 2006 ; NEPAD 2006 : 4). Le premier programme
est connu par ses actions dans le développement économique
du Congo, notamment de nombreux projets de construction
d’infrastructures de transport et les avancées sociales. Pour plus 76  Cellule Infrastructure. Carte. RDC-Afrique : corridors régio-
d’informations : Walraet (1952). naux de transport.

267
MONGALA

Tableau 15.1.  Routes nationales et régionales, prioritaires et


secondaires selon le Plan Mobutu (programme routier 1982-
1984).

Numéro Réseau
Tronçon routier
route prioritaire
Routes nationales
Akula-Bumba-Aketi RN6 RIG/PRP(1)
Routes régionales prioritaires
Mombombo-Lisala RR 336 P(2)
Yandongi-Bumba RR 337 P
Gundji-Bongandanga- RR 309 P
Lingomo
État de la route à Bumba, croisement Mobutu.
Routes régionales secondaires (Photo © Antonio Lisuma, septembre 2014.)
Akula-Mombombo 329 P
Yandongi-Mononge 338 P rêt général/route d’intérêt local » (1974) à un classe-
Likaw-Mondjamboli 341 ment qui prenait en compte les routes à réhabiliter en
Mondjamboli-Bumba 340
priorité (1979) : route nationales prioritaires RNP/
routes régionales prioritaires RRP/routes régionales
Bogbonga-Makumbusu 316
secondaires RRS, sélectionnées selon des critères de
Makumbusu-Lifanga 317 P géolocalisation et de fréquentation. Actuellement,
Source : Département des Travaux publics… 1981 (mars). celle-ci demeure pertinente lorsqu’il s’agit de traiter
Plan Mobutu. Programme routier 1982-1984. Fascicule 1 : du réseau routier de la Mongala, puisqu’elle corres-
Routes nationales et régionales. pond toujours au réseau et aux priorités actuelles78.
(1) PRP/RIG = Programme du réseau routier prioritaire pour
les routes d’intérêt général (RIG) (Commission des infrastructures
Compte tenu des nombreuses rivières et de nom-
de transport… 1997 : 169). breux ruisseaux qui drainent la région, les routes sont
(2) P : route de desserte agricole prioritaire selon le SNDRA entrecoupées de nombreux ponts, bacs et digues. Les
(Ibid. : 194). routes croisent sans cesse les cours d’eau. Les ponts
sont majoritairement en bois (grumes), parfois en
prioritaire (PPP) du plan directeur consensuel des métal. L’axe Lisala-Bumba est le seul à ne compter
transports en Afrique centrale (PDCTAC) de la que des ponts en métal ou en béton. On ne trouve
Communauté économique des États de l’Afrique d’ailleurs ce dernier matériau que sur cet axe.
centrale (CEEAC)77 prévoit, depuis 2007, le bitu- Il y a des digues à la hauteur d’Akula (15 km), de
mage de la route Akula-Lisala-Bumba (346  km). Bolomba (9 km), de Mondjolongo (7 km), qui sont
Mais ce projet prioritaire transcontinental n’a pas difficilement praticables par temps de pluie. Or le
encore été concrétisé (Commission économique climat de l’Équateur est tropical, autrement dit, très
pour l’Afrique… 2007). humide en permanence (Département de l’Agri-
Le Plan Mobutu, qui fait partie des nombreux culture et du Développement rural 1985… : 122  ;
programmes de développement inaboutis, créés Lisuma 2015). La description de l’état, en 2007, de la
dans le but d’appuyer la relance économique du Zaïre digue d’Akula, qui franchit le marais sur la rive droite
(dans la lignée du Programme national riz, PNR, en de la Mongala, est représentatif : « sa construction
sigle, etc.), a revu la classification (priorisation) et est ancienne et ses fondations instables, de fréquents
la nomenclature du réseau routier du pays en 1981. effondrements provoquent des arrêts de trafic de
Elle est passée d’un classement binaire « route d’inté- plusieurs jours. Pour éviter les inondations perma-
nentes le niveau de la digue nécessite un relève-
ment » (Chinamula 2007).
77 Le développement de certains axes transafricains est
rendu possible dans le cadre du New Partnership for Africa’s
Development (Nepad) qui a pour objectif de participer à l’in-
tégration économique de l’Afrique centrale, en reliant certains 78  Cette classification est d’ailleurs reprise dans les cartes de
corridors de développement aux voies maritimes, depuis l’Atlan- l’état du réseau routier de la province de l’Équateur. Logistics
tique jusqu’au Pacifique (Mvuezolo Bazonzi 2006 : 114). Cluster (31 août 2013).

268
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Tableau15.2.  Réseau routier prioritaire de desserte agricole. Région de l’Équateur (Mongala) selon le SNRDA
(Service national des routes de desserte agricole).

Territoire Collectivité Tronçon routier Km Jonction


Itimbiri Bunduki-Bogandu-Yamolota  54 RN6
Yandombo-Loloka  25 RN6
Loeka Monongo-Yamongili-Yalobonga  76 RN6
Bumba-Yakoma Moke  66 RN6
Molua Ebonda-Rivière Baisa  28 RN6
Yaiseke-Yamisolo  60 RR336
Mondjamboli* Mondjamboli-Likaw  41 RN6
Bumba
Likaw-Yandongi (RR)  15 RR337
Mindembo-Bolupi-Yangola  34 RR337
Yangola-Baisa   9 RN6
Banda Yowa Bilia-Yalosemba  29 RR338
Yalosemba-Yangome  29 RR338
Yangome-Yamisakolo (RR)  28 RR338
Yandongi Yandongi-Yamisakolo (RR)  26 RR338
6 13 520
Mongala-Motima Boso/Manzi-Boso/Modjebo  80 RR336
Boso Modjebo-Modombo (RR)  28 RR336
Lisala
Ngombe-Doko Lisala-Bolongo-Lidombo (RR)  80 RR336
Ngombe-Mobangi Boso Gwapi-Mitoko (RR)  60 RR336
3 4 248
Bongandanga-Mokumbusu  30 RR309
Mokumbusu-Boso-Mayala  10 RR317
Boso-Mayala-Boso-Simba  67 RR317
Bongandanga Bongandanga Bongandanga-Bokenga  45 RR309
Boso-Maliba-Port Bombale  55 RR317
Yayolo-Yakata  19 RR317
Boso/Simba-Boso/Adula  25 RR317
1 7 251
Source : Commission des infrastructures… 1997. Colloque national sur les priorités de développement. Rapport-final (p. 195) ; République du
Zaïre. 1994 (21 septembre). Service national des routes de desserte agricole. Projet pilote des routes de desserte. Étude d’impact. Kinshasa
(carte : plan d’ensemble). 
* Mondjamboli-Bumba fait partie des sections de route les plus mauvaises (PAR 2013 : 8).

Sur les bacs à moteur que comptait la Mongala, ne locale). Le bac de Bongandanga (sur la Lopori), qui
sont plus opérationnels que trois bacs actuellement : assure la liaison avec la Province-Orientale (Dépar-
à Lisala (RFA 35 t sur la RR1), à Akula (carte CTB tement des Travaux publics… 1981 : 63-64) ne fonc-
2012) et à Bokata (qui ne peut transporter qu’un tionne plus (CTB 2012). L’accès à Mongana par
véhicule de 6 t). À défaut de bac, la population se sert, véhicule depuis l’autre rive (Lisala) n’est plus possible
pour la traversée des véhicules, de « radeaux », sortes que par des radeaux (Équipe locale).
de grandes pirogues reliées par des planches (Équipe

269
MONGALA

Tableau 15.3.  Liste des bacs dans la Mongala selon le Plan Mobutu (programme routier 1982-1984).

Point de passage Route Distance à parcourir Bac (1980) État (février 2012)


Lisala RR1 ** RFA 35 t Opérationnel
Akula RN6 250 m TRAD. 30 t Opérationnel
Bongandanga RR1 300 m TRAD. 20 t Panne définitive
Bokata RIL 500 m TRAD. 20 t Panne réparable(1)
Source : Département des Travaux publics… 1981 (mars). Plan Mobutu. Programme routier 1982-1984. Fascicule 1 :
Routes nationales et régionales ; CTB (2012).
(1) En 2015, ce bac est en ordre de marche, il a été réhabilité pendant la campagne électorale d’une député originaire de Bumba.

Tableau 15.4.  Les ponts se situant sur les axes nationaux et régionaux de la Mongala.

RN6 RR336

Axe Bumba-Aketi Lisala-Bumba Lisala-Binga Lisala-Businga


Pont Matière Pont Matière Pont Matière Pont Matière
Monama nc Kaba Béton Langa-Langa Métal-bois Mombenga Bois
Boloku Métal Nyalolo Béton Mombwa Bois Nyalo Bois
Modoso Bois Liweya Métal Makomu Bois Dée Bois
Boyange-
Lingodia Bois Mioka(2) Métal Métal
Motima
Lindole Bois Mbaso Béton Businga Métal
Lolo Bois Molua(3) Métal
Lokeli Bois
Itimbiri nc(1)
Lese nc
Loeka (0)
nc
Source : équipe locale (2012).
(0) Pont très abîmé ; (1) nécessité d’un bac ; (2) le pont Mioka a été réhabilité ; (3) le pont Molua a été réhabilité, en 2006, par la fondation
Mabunda (Site officiel de Jeanine Mabunda 2014). Matière bois = en grumes.

Tableau 15.5.  Inventaires des routes, ponts et digues dans le territoire de Bongandanga.

Localisation tronçon* Distance (km) Nombre de digues Nombre de ponts


Ngonzi-Lilenga via Bongandanga 268 8 25
Bongandanga-Ngando 52 3 8
Bobila Pusana–Boso-Gbolonga 176 7 25
Boso-Mayale–Mongana via Kubulu 103 2 13
Ebongo-Endongele 4 - -
Boso-Maliba–Boso-Bafaka 48 1 10
Ngonzi Terre-Boponono 33 3 12
Boso-Simba–Baenga 137 3 62
Yakata-Yalolo 19 / 10
Boso-Gbongo–Eleko 20 1 10
Total 860 28 175
Source : équipe locale (2012).
* L’ensemble de ces lieux n’a pas pu être localisé sur la carte administrative de la Mongala (MRAC, 2014).
Le kilométrage de ce réseau paraît excessif. Nous mettons donc ce tableau à la disposition du lecteur, à titre indicatif.

270
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Bac en attente de réparation. (Photo © Antonio Lisuma, mars 2013.)

Tableau. 15.6.  État du réseau routier de la Mongala au 12 février 2015


(cf. carte de l’état des lieux du réseau routier dans le cahier couleur)

Tronçon N° route État (selon Logistics Cluster) État (selon société civile)
Businga-Lisala RP336 Bon Mauvais
Lisala-Bumba RN6 Bon Mauvais (Lisala-Yamaluka)
Bon (Yamaluka-Bumba)
Bumba-Aketi RN6 Mauvais Moyen(1)
Lisala-Akula RN6 Moyen /
Lisala-Bongandanga RP 309 Mauvais Bon(2)
Bongandanga-Likulu RP 309 Mauvais Mauvais
Source : Carte Logistics Cluster (2015)/société civile (2015).
(1) Alors que Bumba-Aketi est reconnu comme mauvais depuis le départ de Siforco, selon Antonio Lisuma, le tronçon Bumba-Bunduki
est moyen, Bunduki-Aketi, bon (Lisuma 2015).
(2) Si ce n’est l’axe Mongana-Bongandanga, toutes les autres routes du territoire de Bongandanga sont entamées et impraticables en véhicule.

La question de l’état des routes est fluctuante : Cluster (février 2015)79 sont reprises ci-dessous.
celle-ci dépend des diverses réhabilitations qui y ont Certaines de ces données sont en contradiction avec
cours et de l’entretien qui s’ensuit. Globalement, cette les informations que nous fournit au même moment
maintenance ne s’effectue pas correctement, ce qui (2015) un habitant de Bumba (cf. deuxième colonne :
accentue leur dégradation précoce. Quelques pluies société civile).
ainsi que le passage de deux à trois camions très Parmi ces routes principales80, trois tronçons rou-
chargés sur un sol détrempé suffisent à transformer tiers avaient été ciblés, en 2007, pour une réhabilita-
une route en terre, fraîchement réhabilitée, en un
axe parsemé de nids de poule. Ce type d’informa-
tions (sur l’état de dégradation ou non d’une route), 79  L’état des lieux n’a pas changé depuis 2013 (31 août 2013).
aussi récentes soient-elles, devient donc très rapide- 80  Les routes correspondent au classement effectué dans le Plan
ment obsolète. À titre informatif, les dernières don- Mobutu, excepté la route RR337 : Yandongi-Bumba. Celle-ci fait
nées concernant l’état du réseau routier du Logistics l’objet d’une réhabilitation dans le cadre du PRAPE.

271
MONGALA

État de la route, Bosambi. (Photo © Antonio Lisuma, mars 2011.)

tion dans le cadre du projet Pro-Routes (projet de Les routes dans la Mongala, qui présentent quasi
réouverture et d’entretien des routes hautement prio- toutes les mêmes caractéristiques physiques, sont
ritaires81) : Akula-Lisala, Lisala-Businga et Lisala- confrontées aux mêmes types de dégradation. Ce
Bumba (Chinamula 2007 : 3). Elles ont bénéficié des sont des routes argilo-sablonneuses, souvent très
financements de l’Union européenne (UE) pour des ombragées, qui deviennent très vite marécageuses.
travaux de réhabilitation dans un premier temps, Privé d’ensoleillement par une végétation invasive
confortatifs dans un second temps (rechargement (bambous de Chine, arbres, etc.), le sol des routes
partiel et aménagement de certaines déviations) reste humide. Celles-ci manquent également de sai-
dans le cadre du PAR I, PAR II et PARAU82 (RDC gnée, une situation qui favorise les inondations et
2013). Malgré les nombreux projets de réhabilita- les ravinements longitudinaux. Les buses et dalots
tion, l’inefficience du système d’entretien des routes sont souvent corrodés, voire parfois emportés. Les
en RDC laisse des bourbiers derrière ces nombreux digues nécessitent d’être relevées (Lisala-Akula, au
investissements. niveau de la rivière Mongala). Les ponts de grumes
ne supportent pas le tonnage de certains véhicules
81 L’Union européenne (UE) avait confié l’étude d’impact (comme les camions-remorques) et sont donc affais-
socio-environnemental du projet Pro-Routes à la firme envi- sés (Bumba-Bunduki) (Chinamula 2007 : 20).
ronnementale Agreco. Le projet Pro-Routes est un fonds La voie routière connaît peu de circulation, faute
fiduciaire avec, pour maître d’ouvrage délégué, la Cellule des
Infrastructures du ministère des Infrastructures et des Travaux de véhicules83. À Bumba, plusieurs commerçants
publics. Les bailleurs sont DFID (Coopération britannique), possèdent de gros camions, qui assurent les liaisons
l’Union européenne et la Banque mondiale (Chinamula 2007). entre les différents marchés disséminés à travers le
82 Le programme d’entretien et de réhabilitation des infras-
tructures routières en ROC et d’amélioration de l’assainissement
urbain à Kinshasa (PARAU) est en place depuis 2010. Il s’agit 83  Le trafic sur le tronçon Businga-Lisala représente, en 2012,
d’une continuation du PAR I (2000) et du PAR II (2006). entre 16 et 29 véhicules/jour (PAR 2013 : 199).

272
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Avenue du Fleuve et avenue Mobutu à Bumba. (Photo © Antonio Lisuma, septembre 2014.)

territoire. À Lisala, seulement cinq véhicules cir- Le service de transport en commun est assuré par
culent, parmi lesquels trois appartiennent à des des vélos, connus sous le nom de « toleka », mot qui
institutions (la procure du diocèse, les sœurs thé- signifie en lingala « Allons-y » et des motos dénom-
résiennes de Lisala et Scibe-Congo) et deux à des mées « taxis-motos ». Mais dans la Mongala, c’est le
ONGD (Libota Bomoi et COOPAS), assurant les tra- vélo qui reste le moyen de transport le plus indiqué
jets. Le véhicule de l’ONG COOPAS n’est plus opé- et le plus usité pour l’approvisionnement des cités en
rationnel depuis un accident, survenu en mai 2010 vivres (Équipe locale), bien que la moto rencontre
(Équipe locale). Le territoire de Bongandanga, quant de plus en plus de succès auprès des paysans, spé-
à lui, doit se contenter du service de deux véhi- cialement dans le territoire de Bumba. Les jeunes
cules, ceux de deux députés nationaux, qui ne par- planteurs du territoire de Bumba se mettent ponc-
courent que l’unique route praticable du territoire, tuellement à cultiver un grand champ en vue de ras-
c’est-à-dire l’axe Mongana84-Bongandanga. Enfin, les sembler l’argent nécessaire à l’achat d’une moto. En
organismes internationaux d’aide humanitaire et les plus d’être une manière ostentatoire de montrer sa
institutions de l’État ainsi que la Société des cultures richesse, celle-ci constitue un moyen de transport
du Congo (SCC) disposent de véhicules, mais ceux- pratique pour les habitants du village et leur appro-
ci sont destinés à leurs propres activités. visionnement. Les navettes que procurent les motos
sont utilisées pour importer des produits manufac-
turés ou autres sur le marché local (van Hoof 2011 :
57). Fuyant le milieu rural des parents, les jeunes
84  Au bord du fleuve Congo (rive gauche), en face de Lisala. On
ne retrouve pas cette localité sur les cartes CTB, mais bien sur la rentrent ainsi dans le secteur tertiaire en plein essor
carte de la Mongala (MRAC 2014). à Bumba, celui du commerce.

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273
MONGALA

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le document ne fonctionnait plus.
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274
CHAPITRE 16
L’HUILE DE PALME86

1. TRIBULATIONS D’UNE FILIÈRE DOMINANTE comme profit que quelques tonnes de palmistes. Les
SOUS LES DEUX PREMIÈRES RÉPUBLIQUES sociétés qui souffrirent du manque de personnel (dû
(1960-1997)  85 aux évacuations successives des Européens durant
les différents troubles), abandonnèrent les planta-
Après l’indépendance, les plantations dans tions les plus vieilles et les moins rentables. Le staff
l’Équateur restèrent, pendant une douzaine d’années européen dans les plantations du Nord recommença
encore, relativement conformes à leur structure à travailler armé, avec l’accord du Gouvernement
coloniale (Ergo s.d. : 154), bien qu’elles changèrent congolais (Ergo s.d. : 149-150). Mais depuis la remise
de nom. Les HCB devinrent les PLC (Plantation en exploitation de l’ensemble du domaine de PLC,
Lever du Congo) (Joye & Lewin 1961 : 79), qui sa production ne cesse de décroître (Bumba Monga
devinrent à leur tour, avec la zaïrianisation, les PLZ Ngoy 1979 : 6).
(Plantations Lever du Zaïre). Les différentes planta- Déjà l’application de la loi Bakajika de 1966, qui
tions reprirent également leur nom africain : la plan- reconnaît à l’État la propriété exclusive et inaliénable
tation « Alberta » fut renommée « Ebonda » (Ergo du sol, avait eu pour effet de dissuader les nouveaux
s.d. : 148). Les programmes de replanting se poursui- investissements : l’État ne cédait plus les terres en
virent, du moins avant 1965. propriété aux sociétés industrielles, mais concédait
Avec la rébellion de 1964, les plantations d’Al- leur exploitation par des baux emphytéotiques d’une
berta et de Yaligimba furent abandonnées pendant durée de 25 ans, durée inférieure au cycle d’exploi-
plusieurs mois, voire plusieurs années. Plus de 80 % tation d’une palmeraie (AGRER 2006 : 7). Mais c’est
du potentiel des PLC ne fut pas exploité pendant un surtout la « zaïrianisation » générale des entreprises
an, à l’exception de la plantation d’Alberta, qui reprit étrangères décidée par Mobutu, en 1973, qui fixa
son activité assez rapidement et au sein de laquelle l’avenir des sociétés agro-industrielles spécialisées
travaillèrent des planteurs de Yaligimba. Les grandes dans l’huile de palme et consacrera, pour la majo-
plantations de la SACCB (société-sœur de PLC), rité d’entre elles, leur déclin. Les petites et moyennes
Binga et Bosondjo, quant à elles, ne cessèrent jamais entreprises appartenant à des étrangers furent attri-
leurs activités. En revanche, de nombreuses socié- buées par l’État à des entrepreneurs zaïrois. Puis ce
tés, plus modestes, furent définitivement rayées de fut le tour des sociétés plus importantes, qui furent
la carte. La remise en activité des plantations néces- octroyées à des personnes privées ou publiques, dans
sitait des coûts très élevés en entretien (sarclage, la plupart des cas à des hommes politiques locaux
émondage et récolte sanitaire) duquel on ne retirait proches du pouvoir (Nicolaï 2013 : 18). Les PLZ, en
1973, lors de la nationalisation, n’échappèrent pas
à la règle, comme certaines entreprises d’Unilever
85 Dans les années 1920, les principales industries installées (cf. Marsavco86), bien que leur cas ait été particulier.
dans la Mongala sont celles d’Alberta-Ebonda (HCB depuis
1911), les huileries Borzini à Gumba et à Mobeka (1916) et la
SACCB (Société anonyme de culture au Congo belge) (Konga 86  Seule une société du groupe Lever, Marsavco, ne sera pas
Egbabe Lithobo 1974 : 246 ; 248). touchée, sous le prétexte qu’elle avait déjà inclus des Zaïrois

275
MONGALA

Graphique 16.1. Production d’huile de palme des HCB sur vingt ans, de 196888 à 1988 (en tonnes)

Sources : Département en charge de l’Économie (éd.) 1968-1988.


Conjoncture économique, n° 13 (1973) à n° 28 (1989).
87

Les PLZ devinrent, en janvier 1974, la propriété de (entre autres celles de la SCC et les plantations Ban-
l’État zaïrois, bien que les gestionnaires soient res- gala) atterrirent également dans le portefeuille des
tés en place (Carrere 2010 : 56). Tandis que l’Office entreprises du chef de l’État. Il les avait regrou-
national des oléagineux (ONO) était mis sur pied, pées dans un vaste ensemble appelé « les Cultures
Unilever Londres coupa tout contact avec sa filiale et Élevages du Zaïre (CELZA) », créées, en 1974,
zaïroise et bloqua tous les investissements. La ges- par l’appropriation d’entreprises agricoles et agro-
tion désastreuse de la société et l’accroissement de pastorales88 dispersées un peu partout dans le pays
la dette publique obligèrent rapidement l’État à (Kayoka Mudingay 2002 : 102-103). Parmi les plan-
revendre les plantations surendettées. PLZ bénéficia tations SCC, celles connues jadis sous l’appellation
alors d’un régime spécial (accord privilégié obtenu « BBB » (Binga, Bosondjo, Bokonge89), qui étaient
par le biais des négociations du président de l’Over- réputées pour être les meilleures d’Afrique centrale90,
seas Committe d’Unilever) qui lui permit très vite de de par leur jeunesse et leur bon entretien, en firent
racheter successivement ses plantations à partir de intégralement partie (SICAI 1977 : 3-4).
1976. En septembre 1977, PLZ récupéra toutes ses Comme le montre le cas des PLZ, précédemment
installations (Deconinck 1996 : 82, cité par Nico- développé, la plupart des sociétés « zaïrianisées »,
laï 2013 : 19 ; Ergo s.d. : 152). Cette opération ne se après quelques années, avaient perdu toute leur
réalisa pas sans de grandes concessions de la part vigueur91 et le Gouvernement zaïrois n’eut d’autre
de l’État zaïrois (traitement de faveur pour l’impo-
sition, etc., en échange de la mise à disposition pour
88  Les plantations dans la Mongala : Bolombo, Bobala, Modje-
la population d’une série de services fournis par la lenge, Liboko, Madjalanga, Yapama, Likaw, Yasoku (SICAI
société) (Ergo s.d. : 152). La majorité des plantations 1977 : III-5).
à Lisala et quelques-unes à Bumba et Bongandanga 89  Écrit aussi « Bokongo » dans le territoire de Businga.
90  Selon les statistiques du début des années 1970, cette société
possédait d’ailleurs la plus grande palmeraie du monde d’un seul
dans sa direction et son conseil d’administration (Nicolaï 2013). tenant (la plantation à Bosondjo, juste en face de Lisala, dans
Vanderlinden y fait référence dans son livre Du Congo au Zaïre, le territoire de Bongandanga ne s’étendait que sur 12 000  ha)
sans toutefois donner de précisions : « […] sauf les entreprises du (Tshilema 1973-1974 : 6).
groupe Unilever qui échappèrent en pratique à la zaïrianisation 91  CELZA, en 1990, était devenue légendaire pour sa mauvaise
[…]) » (Vanderlinden 1981 : 190). gestion et avait dû abandonner la moitié de ses plantations dans
87  Nous avons choisi 1968, car c’est la date de reprise de l’exploi- lesquelles la végétation avait repris ses droits (Kayoka Mudingay
tation de l’ensemble des HCB. 2002 : 103).

276
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

choix que de faire marche arrière (cf. rétrocession). mais destinée aux usines de transformation, savon-
Mais certains des anciens propriétaires, surtout des neries et margarineries (une petite partie continue à
entreprises individuelles et d’anciens colons, en être utilisée dans la métallurgie du Katanga) (Nicolaï
retrouvant leur entreprise parfois dans un tel état 2013 : 19). La production du secteur moderne conti-
de dégradation, refusèrent, à la différence des PLZ, nua à être tirée à la baisse, dans les années 1980 et
de les reprendre, n’ayant, eux, plus les moyens de jusqu’au milieu des années 199093, par la décote des
les rétablir (Nicolaï 2013). Ce sont donc surtout les produits végétaux sur les principaux marchés mon-
petites et moyennes entreprises (30-500 ha) qui ont diaux et la dévaluation de la monnaie, qui laissaient
souffert de ces mesures de nationalisation (SICAI un champ de manœuvre très réduit pour le gestion-
1977 : 2-2). La zaïrianisation, combinée à la dété- naire (Ergo s.d. : 176). Du fait que la maintenance
rioration de la conjoncture internationale, marquée et la réfection des unités de traitement ainsi que le
par la crise pétrolière et la chute des cours des pro- renouvellement du charroi automobile et de la main-
duits agricoles sur les marchés, entraîna la contrac- d’œuvre n’étaient plus assurés, les sociétés durent
tion des niveaux de production. De même, les unités abandonner leurs vieilles palmeraies. Unilever se
agro-industrielles furent confrontées à d’importants sépara, par exemple, de sa plantation à Ebonda, en
dysfonctionnements, qui accentuèrent le ralentis- 1992 (Nepad 2006 : 4). À ces difficultés s’ajoutait celle
sement de l’activité industrielle de la rétrocession de la pénurie des récolteurs-grimpeurs, qui étaient
jusqu’à la fin des années 1990 (AGRER 2006 : 61). insuffisamment rémunérés (Vanderlinden 1981  :
Le bilan de l’élaéiculture pendant la période zaïroise 193), tant dans le milieu industriel que villageois
est tout sauf brillant92 ; d’une production totale de (AGRER 2006 : 61). Au sein des HCB, l’instabilité et
412 000 t en 1959, elle passe, en 1979, à une produc- la désertion de la main-d’œuvre seront l’un des prin-
tion de 110 000  t (Vanderlinden 1981 : 192), tandis cipaux facteurs de chute de la production de l’entre-
que les surfaces cultivées des plantations passent de prise. À Yaligimba (Bumba), le projet de replanting
160 000 ha en 1958 à 83 000 ha en 1982 et à 48 000 ha lancé sur dix ans (12 000  ha) sera d’ailleurs aban-
en 1986 (Ergo s.d. : 154). donné, par manque de travailleurs. Le territoire de
Suite à la zaïrianisation, le groupe Unilever Bumba, qui est une région où se pratique la chasse,
changa sa stratégie. Il renonça à faire face à la concur- la pêche et où tout pousse à moindre effort (riz,
rence des producteurs sud-asiatiques sur le marché manioc, maïs, arachide), est, par ailleurs, un lieu de
mondial et abandonna tout projet de nouvelles plan- passage stratégique, avec le port fluvial de Bumba
tations. Il décida de se replier sur le marché intérieur et le chemin de fer Isiro-Bumba qui passe via Yali-
et de concentrer l’exportation sur d’autres produits gimba. Les ouvriers sont de facto pris dans un circuit
de ses plantations, comme le caoutchouc, le cacao et économique qui leur offre d’autres opportunités que
le thé (Nicolaï 2013 : 19). Les produits de l’élaéicul- celles offertes par les PLZ (qui proposent de rudes
ture ne sont plus exportés et sont écoulés sur le mar- travaux de plantation) (Bumba Monga Ngoy 1979 :
ché domestique où les produits palmistes entrent en 6 ; 43). La consommation locale, qui s’était accrue,
concurrence avec ceux des petits paysans tradition- en même temps que les rendements avaient baissé
nels (Ibid. : 19). Cette huile artisanale, qui est géné- de plus de la moitié, prend également part à cette
ralement de mauvaise qualité (avec des taux d’acidité régression, qualifiée par Vanderlinden de « specta-
supérieurs à 5 %) est vendue bien meilleur marché. culaire » (Vanderlinden 1981 : 192).
Rares sont les ménages qui peuvent financièrement Les guerres qui suivirent (1997-2002) parache-
se procurer de l’huile de fabrication industrielle, vèrent le déclin du secteur élaéicole. Ces guerres
plus de 700 USD/t, par rapport à l’huile artisanale, eurent pour conséquence directe la séparation des
200 USD/t (AGRER 2006 : 9 ; Feronia 2014). La plus plantations du Nord de la capitale. De nombreuses
grande partie de la production industrielle est désor- exploitations ont suspendu leurs activités, que ce
soit par le biais d’une mesure temporaire ou défi-
92 L’étude SICAI recensait, en 1977, une trentaine d’unités nitive (AGRER 2006 : 62).Vieillies sans avoir été
d’exploitations modernes encore en activité : 16 en territoire de entretenues, elles en sont réduites à un rendement
Lisala, 9 en territoire de Bumba et 8 en territoire de Bongandanga très faible (Ergo s.d. : 156-158). Alors que la plan-
(SICAI 1977 : III-4-III-6). CELZA à Bumba et Lisala, PLZ à
Bumba, et de nombreuses autres plantations de deuxième caté-
gorie (moins de 30 à 500 ha d’exploitation) comme Scibe-Zaïre
à Bumba, etc. Pour plus d’informations, cf. SICAI (1977 : III-4). 93  À l’exception de la brève embellie de 1984.

277
MONGALA

tation de Boteka (dans l’Équateur) continuera sans exclusivement manuelles. Pour la production arti-
interruption ses activités, celle de Yaligimba (dans sanale, le taux d’extraction sur régimes se situe aux
la Mongala) compte parmi celles qui ont dû stop- alentours de 8 à 10 %, contre celui, industriel, de
per leurs activités de 1999 à 2002 (AGRER 2006 : 17 %. L’huile de fabrication artisanale présente glo-
79). Actuellement, le marché intérieur présente un balement un indice d’acidité élevé (AGRER 2006 : 9),
déficit : l’offre locale en huile brute ne satisfait ni les qui en fait une huile de basse qualité.
besoins de la population ni la demande des indus-
tries de transformation, dont les pleines capacités de « Une bouillie de fruits préalablement déchiquetés et
raffinage sont loin d’être atteintes (Nicolaï 2013 : 19). chauffés avec de l’eau dans un premier fût, par exemple,
Le dernier demi-siècle a vu le rapport de forces est ensuite écrasée et malaxée dans un fût métallique
s’inverser entre la production du secteur industriel ou même parfois simplement dans un tronc d’arbre
destinée à l’exportation et la production villageoise évidé, en faisant tourner manuellement un axe cen-
(Nicolaï 2013 : 20). En dehors de PHC/Feronia et tral à l’aide de poignées montées horizontalement. On
SCC/GAP, l’élaéiculture industrielle, qui dominait décante ensuite dans un troisième fût. L’huile obtenue
largement le secteur à l’indépendance, a pratique- est portée à ébullition puis après écumage et nouvelle
ment disparu. Les plantations, devenues trop vieilles, décantation, elle est considérée comme “purifiée” et
sont souvent inexploitables et la main-d’œuvre spé- propre à la vente […] » (Nicolaï 2013 : 22).
cialisée fait défaut (Ergo s.d. : 181 ; AGRER 2006 :
79). Depuis la fin des années 1980, les surfaces culti- Un bidon d’huile de palme de 25 litres acheté
vées du secteur agro-industriel consacrées à l’huile auprès de la population coûte près de 13 000 FC, soit
de palme ont été réduites de près de 40 % et les pro- 520 FC/litre (Lisuma 2014). À Mbandaka, en mars
ductions, faute de rajeunissement du verger, de près 2013, le litre est à 855 FC, à Kisangani à 833 FC, à
de 60 % (AGRER 2006 : 65). Cependant, en 1994, Kinshasa, il coûte 1455 FC/litre (SECAL 2013) ; une
la Mongala restait le producteur d’huile de palme différence de prix qui s’explique par le coût que repré-
(tant en provenance du secteur artisanal que du sec- sente le transport et les multiples intermédiaires.
teur industriel) le plus important de l’Équateur, en Les palmiers sont aussi utilisés pour la fabri-
concentrant encore la moitié de la production pro- cation du vin de palme agene, très célèbre dans la
vinciale (Ministère de l’Agriculture… 1998 : 68-79). région, qui peut s’effectuer selon deux procédés.
La production industrielle nationale, de 25 000 t Ceux qui savent monter sur un palmier incisent
en 2005, ne couvre plus les besoins des industries les fleurs mâles ou femelles et y attachent une cale-
(AGRER 2006 : 9-65). La RDC a été obligée d’opter basse pour recueillir le vin, qui coule à travers un
pour l’importation, qui couvre, en 2011, environ conducteur en feuilles de palmier. Matin et soir, ils
80 % de ses besoins (Devey 2013). coupent un petit morceau de la fleur pour activer
Pour pallier l’insuffisance des huileries indus- la coulée du vin, qui peut durer deux semaines ou
trielles, les villageois se sont lancés dans une inten- plus. Ceux qui ne savent pas monter déracinent un
sification de l’exploitation artisanale, une activité par palmier et le sectionnent au niveau du chou pal-
ailleurs déjà pratiquée bien avant l’arrivée des pre- miste ; ils placent ensuite un grand récipient pour
miers Européens. La production artisanale estimée, recueillir le vin qui en sort. Ce vin connu sous le
en 2005, couvre ainsi la demande locale. Le surplus nom de gugé est moins bon que celui tiré des fleurs
est destiné au commerce avec les centres urbains nsamba (Mumbanza 1989). D’après les témoignages
(Équipe locale). Le secteur artisanal d’extraction a recueillis dans le cadre de l’enquête Pro-Routes
pris le relais avec une production nationale estimée, (2007), le nombre des ménages qui s’y emploient est
en 2005, à environ 200 000 t94 (AGRER 2006 : 65). en nette augmentation dans le territoire de Lisala.
Les procédés de fabrication artisanale sont rudi- Ces pratiques assurent des revenus confortables au
mentaires : les malaxeurs, appelés « moduru », sont producteur, mais auraient un impact négatif sur les
généralement peu performants, les presses méca- jeunes, qui sont les principaux consommateurs du
niques sont rares et les opérations sont presque spiritueux (Chinamula 2007 : 4).

94  Comparé à la production d’huile de palme du secteur tradi-


tionnel en 1994 (pour la Mongala : 14 508 t) (Ministère de l’Agri-
culture… 1998 : 68).

278
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Production du vin de palme. (Photo équipe locale, mars 2013.)

Recherche et développement dans la Mongala en élaéiculture

La recherche dans l’élaéiculture fait l’objet de (AGRER 2006 : 93), donc plus de 2300 kg d’huile
synergie entre les sociétés privées et l’État par la à l’hectare.
mise en place de centres de recherche et de pro- Enfin, toujours en collaboration avec les deux
grammes communs, d’usine pilote et autres. grandes sociétés privées du secteur élaéicole (PLC,
À Yaligimba, l’entreprise PLC comptait un dé- SCC), une usine pilote a été mise en place à Monga-
partement de recherche et, jusqu’en 1960, toutes na (territoire de Bongandanga), au début des an-
les plantations de palmiers des HCB étaient étroi- nées cinquante (entre 1952-1955), par la coopéra-
tement liées aux travaux de recherche de l’INEAC. tive des producteurs d’huile de palme du Congo
Des expériences étaient menées sur le terrain à belge, plus connue sous le nom de Congopalm,
Brabanta, mais aussi à Flandria, à Alberta, à Elisa- avec le soutien de l’IRSIA (Institut pour l’encoura-
betha et à Yaligimba (Ergo s.d. : 130). gement de la recherche scientifique dans l’indus-
La SCC a ouvert, en 1952, à Binga un centre de trie et l’agriculture), du laboratoire de recherches
recherche, en collaboration avec l’INEAC de Yan- du Ceria à Bruxelles. À travers la mise en place de
gambi. Celui-ci, sous la tutelle de la division Elaeis cette usine, leur objectif était d’étudier technique-
de Yangambi, grâce aux expériences d’acclima- ment, scientifiquement et économiquement toutes
tation, les avait amenés à repérer les lignées spé- les opérations de l’usinage afin d’en retirer, dans
cifiques, mieux adaptées aux conditions locales. la mesure du possible, des conclusions pratiques
Ce qui leur permit d’assurer à l’âge adulte, des concernant les éventuelles modifications au niveau
rendements de 15 à 20 tonnes de régimes/ha/an technique (Ergo s.d. : 123 ; Ergo 2011 : 95).

279
MONGALA

Tableau 16.1.  Superficies des aires de culture (palmier, hévéa, cacaoyer) des stations de Binga et Bosondjo de la SCC en 201395.

Palmier (ha) Hévéa (ha) Cacaoyer (ha)


Type de culture
Binga Bosondjo Binga Bosondjo Binga Bosondjo
En rapport 1 899 2 085 2 983 637 117 360
Non en rapport 2 805 1 437 457 96 / /
En métayage 2 180 1 944 / / / /
En voie d’établissement 688 350 190 120 / /
Source : site officiel de la SCC/Blattner.

2. ÉVOLUTIONS RÉCENTES POUR LA FILIÈRE 2.1. LE GROUPE BLATTNER (SCC) ET SES STATIONS
HUILIÈRE INDUSTRIELLE : VERS LE DE BINGA ET BOSONDJO98
REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE  ? 95 96
La SCC (Binga-Bosondjo) fait actuellement
Bien que d’aucuns considèrent irrémédiable le partie du holding Groupe Blattner Elwyn (GBE),
déclin de la production d’huile de palme dans la qui s’est réapproprié le nom de Société des cultures
région, il n’en reste pas moins que le secteur agro- congolaises (SCC). Si cette entreprise s’est principa-
industriel de l’huile, bien qu’étant pour le moment lement intéressée à l’huile de palme et de palmiste,
marginal par rapport à la production nationale, elle détient également, bien que dans une moindre
retient à nouveau l’attention de grands investisseurs, mesure, des activités dans les cultures de l’hévéa99 et
Feronia et GBE. Ceux-ci, qui sont les deux princi- du cacaoyer dans la Mongala.
paux acteurs agro-industriels de la Mongala, croient L’exploitation de la plantation de Binga, inter-
aussi bien l’un que l’autre au potentiel agricole de rompue en 1997, n’a redémarré, doucement, qu’en
la région (Nicolaï 2013 : 28), qui tient surtout de la novembre 2004, avec la remise en état des plan-
proximité des plantations avec les voies d’évacuation. tations100. Ce sont celles situées dans le Nord de
Ce sont les plantations situées en bordure de fleuve l’Équateur et la Province-Orientale qui avaient le
et des principaux affluents qui sont réhabilitées en plus souffert des conflits armés (Devey 2013). Seu-
premier (AGRER 2006 : 27). lement la moitié des cultures, soit celles de moins de
Outres ces investisseurs privés, mentionnons le 20 ans, ont été récupérées. Et environ un quart sont
projet du Nouveau partenariat pour le développe- destinées à être exploitées en métayage101 (Blattner
ment de l’Afrique (Nepad) qui, bien que de faible 2013 ; AGRER 2006 : 80). Actuellement, la station
ampleur, a également attiré l’attention sur le poten- de Binga dispose de deux usines de transforma-
tiel de Bumba dans la filière huilière. En plus du tion : une usine à huile (extraction d’huile de palme
Kwilu, le Nepad a ciblé Bumba pour le rajeunisse- d’une capacité de 15 t/heure) et une usine granulat
ment et la réhabilitation de 1000  ha de palmeraies (capacité 1  t/h). La société emploie 822 travailleurs
afin d’y permettre la relance de plantations existantes contractuels, 1765 temporaires indépendants ainsi
et viables de type villageois dans un premier temps, que 159 métayers palmiers, 819 métayers hévéas et
et la reprise du secteur privé dans un second temps97 40 métayers cacaoyers (Blattner 2013).
(Nepad 2006 : 6).

95  Pour un dossier à charge contre le modèle industriel mis


en place dans la région (à Yaligimba), cf. Grain & Kiao-RDC 98  Les chiffres de production et de superficie cultivée d’AGRER
« 
Agro-colonialisme au Congo. Les institutions financières ne correspondent pas tout à fait à ceux fournis par la société
du développement américaines financent une nouvelle phase elle-même.
d’agro-colonialisme au Congo » (2015: 95). 99  L’exploitation villageoise de l’hévéa, qui avait été stimulée par la
96 Les superficies de la GBE sont plus élevées que celles de Bamboli Cultuur Maatschappij dans le territoire de Bongandanga
l’enquête AGRER 2006. Si chaque année la surface cultivée aug- pendant la colonisation, et qui avait pris de l’ampleur pendant la
mente de 500 ha, comme le rapport l’indique, il est probable que Seconde Guerre mondiale, suite à l’augmentation de la demande,
les informations de 2006 soient dépassées. a totalement cessé (AGRER 2006 : 108-109).
97  Nous n’avons pas d’informations quant au suivi du projet qui 100  À un rythme de 500 ha/an de replantation.
avait été mis en place en 2006 pour une durée de 4 ans. 101  C’est-à-dire mise en location auprès des paysans locaux.

280
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

En ce qui concerne la division de Bosondjo, tion et d’Élevage de la Mongala. Les activités de cette
c’est le même schéma, bien que les activités aient dernière y ont d’ailleurs été mises en veilleuse à la fin
été arrêtées légèrement plus tard, en 1999. Deux des années 1990 (AGRER 2006 : 80 ; Nepad 2006 : 4).
tiers des cultures ont été réhabilitées dont l’un des En 2007, les plantations HCB étaient toujours
deux est exploité de manière traditionnelle, avec exploitées selon le mode traditionnel par une main-
une main-d’œuvre salariée. L’autre tiers est exploité d’œuvre salariée. Le taux d’extraction de la planta-
par des sous-traitants qui font eux-mêmes appel à tion de Yaligimba était de l’ordre de 17,5 %, ce qui
des métayers (AGRER 2006 : 80). La station com- donne un rendement d’environ une tonne à l’hectare
porte trois usines : une usine à huile (extraction (AGRER 2006 : 80).
d’huile de palme d’une capacité de 15 t/h), une usine Quand Feronia a racheté PHC en 2009, plus
à cacao (séchage de 10  t de cacao en 48  h) et une aucune huile n’était produite sur le site. Endommagé,
usine granulat (capacité 1 t/h) dont la construction le moulin à huile avait été déclassé un an auparavant,
a été achevée en 2012. La société dispose de 813 tra- car il ne répondait plus aux normes de sécurité. Les
vailleurs engagés, 240 métayers pour la culture de années qui suivirent la reprise, Feronia reconstrui-
l’hévéa, 128 métayers pour le cacao et 37 pour les sit un nouveau moulin à huile à Yaligimba, devenu
palmiers, ainsi que 1011 journaliers pour cette der- opérationnel en octobre  2013. Dans les mois qui
nière (Blattner 2013). suivirent (jusque mars 2014), l’usine de Yaligimba a
produit 870 tonnes d’huile de palme. Le moulin, qui
2.2. LE RACHAT DE PHC (YALIGIMBA) DU GROUPE a une capacité actuelle de 23 tonnes de grappes de
UNILEVER PAR FERONIA ET LA RÉHABILITATION fruits frais par heure, devrait augmenter à 30 tonnes
DE L’ANCIEN SITE UNILEVER par heure en 2016. En pleine capacité, le moulin
devrait donc produire environ 30 000 tonnes d’huile
En 2009, le groupe Unilever (comme les autres de palme par an à Yaligimba.
sociétés agro-alimentaires) adopte une nouvelle stra- Le tableau 16.2 permet de suivre l’évolution
tégie : il renonce à produire lui-même de l’huile102. de la production sur neuf mois, pour trois années
Alors qu’il avait déjà vendu, au début des années (2012-2014), qui passe de 5444 tonnes en 2012 à
1990, la plupart de ses usines du Kwilu à des hommes 9582 tonnes en 2014, soit un accroissement de 76 %.
politiques et d’affaires congolais, il revend cette fois La production d’huile de palme et de fruit pal-
toutes ses usines et plantations de la cuvette équa- miste de Yaligimba, qui devrait augmenter au fur et à
toriale à Feronia, une filiale du groupe anglo-cana- mesure des réhabilitations, représente un peu moins
dien TriNorth (Nicolaï 2013 : 20). Celui-ci a racheté d’un tiers de celle de la compagnie dans son ensemble
les 74,17 % des parts sociales que le groupe britan- en 2014 (de janvier-septembre), tout comme son
nique Unilever détenait dans les PHC103, ancien PLC effectif humain, qui représente également un tiers de
(AGRER 2006 : 62), le reste revenant à l’État congo- celui de la compagnie (3600 employés105). Les ren-
lais. À cette date, PHC ne détenait plus que trois sites dements, globalement assez faibles par rapport aux
d’exploitation (Yaligimba, Boteka (en territoire d’In- moyennes dans l’industrie, sont meilleurs à Lokutu,
gende) et Lokutu (anciennement, Elisabetha dans la bien qu’ils soient en train d’évoluer pour Yaligimba106.
Province-Orientale)104). Les autres avaient été vendus Sur les 8644 ha plantés de Yaligimba, moins de la
précédemment, dont la plantation d’Ebonda dans la moitié de la superficie plantée (3368 ha) est en produc-
Mongala, laquelle avait été cédée, en 1992, au général tion, le reste des plantations étant encore immature.
Mahele, qui en avait fait la PEM, société de Planta- Enfin, ne perdons pas de vue que la produc-
tion industrielle d’une entreprise comme Feronia
102  D’ailleurs, en 2012, Unilever, en Afrique tout au moins, a demeure tout de même marginale par rapport à
décidé officiellement de se replier sur son business core, c’est-à- la production artisanale, qui atteindrait, en 2005,
dire la fabrication de produits cosmétiques et de lessive et de environ 200 000 tonnes pour l’ensemble de la RDC
produits alimentaires élaborés avec l’huile qu’il a achetée. (AGRER 2006 : 9).
103 La plantation de Yaligimba représente environ 30 % des
hectares plantés matures de Feronia/section huile de palme.
104  Actuellement le domaine de PHC, qui emploie 3524 per- 105  Sans compter ceux que l’entreprise engage de manière jour-
sonnes, s’étend sur 107 000 ha, dont 66 000 ha sont cultivables. nalière.
En 2012, la société a vendu 7000 tonnes d’huile de palme au prix 106  Les trois premiers mois de mars, les rendements pour l’huile
moyen de 910 USD/tonne. de palme étaient de 0,26 t/ha, et pour les palmistes 1,44 t/ha.

281
MONGALA

Tableau 16.2.  Rendements et production d’huile de palme et de fruits palmistes de l’entreprise Feronia en RDC
du 1er janvier au 30 septembre (2012-2013-2014) en tonnes.

Total Total
1er janvier-30 septembre 2014 1er janvier-30 septembre
Production Lokutu Yaligimba Boteka 2014 2013* 2012*
Fruit palmiste (t)/FFB 31 087 15 692 5 435 52 214 34 374 20 079
Huile de palme (t)/CPO 5 701 2 859 1 022 9 582 6 371 5 444
Taux d’extraction (en %) 18,33 18,22 18,80 18,35 18,53 18,10
Rendement palmiste (t/ha) 6,88 4,66 3,16 5,43 5,78 4,76
Rendement de l’huile de palme (t/ha) 1,26 0,85 0,59 1,00 1,07 0,86
Plantations (ha) 11 278 8 644 3 982 23 904 21 218 16 849
Source : Feronia (2014).
* Yaligimba n’a pas contribué à la production de janvier-septembre 2012 et 2013.
FFB : Fresh Fruit Bunch. CPO : Crude Palm Oil.

À côté de son volet production, Feronia déve- temps, un programme qui est constitué du meilleur
loppe la recherche au sein de la station de Yaligimba matériel originaire de RDC mais aussi du Nigeria,
qui, en plus de ses recherches sur l’amélioration des de la Côte d’Ivoire et du Cameroun » (Feronia 2012).
rendements et sur les fertiliseurs, se spécialise dans Les semences de la station de recherche de Yaligimba
le développement des semences pour la culture de sont destinées à des sociétés comme Nocafex et
l’huile de palme commercialisable dans l’Afrique Sisco, Gecotra qui assurent le reste de la production
subsaharienne : « Environ 50 000 palmiers sont sujets ou encore une ONG qui approvisionne des planteurs
à un programme détaillé de monitoring en même villageois dans le Bandundu (Devey 2013).

Une nouvelle usine de savon à Bumba

La Socam, spécialisée au départ dans la transfor- à la production de PHC/Feronia, à Yaligimba, situé


mation du riz, a installé une savonnerie à Bumba en à 60 km de Bumba (Antonio Lisuma 2014).
2013. L’usine est implantée dans la nouvelle annexe Les équipements de l’usine comprennent :
de la concession Socam au bord du fleuve Congo –– un blanchisseur ou une cuve de 10 tonnes des-
dans la cité de Bumba. À côté de l’usine, de grand tinée à chauffer l’huile de palme pour en élimi-
réservoirs sont prévus pour le stockage de l’huile. ner les impuretés et la blanchir ;
La savonnerie, qui emploie une dizaine d’ouvriers, –– deux cuves de stockage, chacune d’une capacité
fabrique des barres de savon de couleur brun- de 15 tonnes. La cuve verte pour contenir de
sombre de la marque Rambo. Celle-ci, encore en l’huile blanchie provenant du blanchisseur. La
phase d’expérimentation, approvisionne en savon cuve jaune pour stocker de l’huile palmiste ;
non seulement les marchés de Bumba, mais aussi –– Une cuve de quatre tonnes pour la dissolution
les territoires voisins tels qu’Aketi, Bondo, Yakoma de soude caustique dans l’eau ;
et Lisala. Un sachet peut contenir 9 barres de savon –– Un grand réservoir dit « mélangeur » qui, d’une
de 28 centimètres, vendues à 4200 FC le paquet, capacité de 10 tonnes, a pour rôle, comme le
soit l’équivalent de 4,5 USD. Au cours d’une pro- mot l’indique, de mélanger tous les ingrédients
duction normale, la pâte d’une tonne d’huile peut destinés à la fabrication de savon : soude caus-
fournir environ 300 sachets de 9 barres avec une tique (18 %), les huiles de palme et palmistes
valeur de 1 260 000 FC, soit 1350 USD. (78 %), ainsi que d’autres produits chimiques
La Socam s’approvisionne auprès de la popula- tels que bicarbonate fixateur, carbonate, aro-
tion qui lui fournit une huile de basse qualité néces- matisants, pigments, etc. (4 %).
sitant un grand travail de blanchissement. Pour
Source : Antonio Lisuma (2014).
faciliter le processus, la Socam pourrait faire appel

282
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

RÉFÉRENCES
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283
CHAPITRE 17 
UNE SPÉCIFICITÉ RÉGIONALE : LES RIZ DE BUMBA

1. GÉNÉRALITÉS : TYPE DE PRODUCTION terres sont nettoyées en janvier et février, tandis que
ET LOCALISATION le riz est semé en mars et avril. Quant à la récolte,
elle prend place en septembre et en octobre. Le mar-
En RDC, deux types de riziculture sont pra- ché du paddy s’ouvre donc en octobre-novembre
tiqués : la riziculture pluviale (environ 98 % des (Département de l’Agriculture et du Développement
superficies emblavées) et la riziculture aquatique rural… 1983 : 59). Les champs de riz sont regrou-
dite aussi « irriguée » (2 %). La riziculture aquatique, pés dans des plantations nommées par les gens de la
nettement moins pratiquée, se rencontre à Kinshasa, région des mopaka (Équipe locale).
dans la plaine de la Ruzizi et, à petite échelle, dans la Bumba, qui compte parmi les principaux bassins
Province-Orientale (Kisangani), dans le Bas-Congo congolais de production de riz, était, avant la guerre
(Mbanza-Ngungu, Mawunzi) et dans l’Équateur (1997-2002), la zone de production la plus impor-
(Mbandaka, Bumba). Si la riziculture aquatique tante de l’Équateur ; elle était considérée comme « le
existe à Bumba, elle y est marginale ; la majorité grenier à riz de la RDC » (FPM 2013 : 21). Caractéri-
de la production se situe plutôt sur les hauteurs de sée par la concentration de sa production108, Bumba
Bumba107 (riziculture pluviale) (SNDR 2013 : 9). faisait d’ailleurs de la Mongala, en 1994, le district-
Introduite dans les années vingt, cette culture producteur de riz le plus important de l’Équateur,
fut très vite instaurée comme « culture obligatoire » produisant 65 % de la production rizicole provin-
dans le territoire de Bumba (Tshund’Olela 1972 : ciale (33 % pour Bumba) et englobant 58 % de la
17). Ses principales zones productrices étaient Yan- superficie consacrée à cette culture (Ministère de
dongi et Mondjamboli desservies par un réseau l’Agriculture… 1998 : 49). En 2008, le district de la
routier qui permettait l’évacuation de la produc- Mongala, grâce surtout à la production du territoire
tion rizicole vers Bumba où se trouvent les rizeries : de Bumba, est toujours le principal producteur de
Yamolumba-Bumba, Yamolumba-Yandongi, Yan- riz de l’Équateur. Le territoire de Bumba compta-
dongi-Bumba (CEE 1963 : 120). Plus récemment, ce bilise plus de la moitié de la production du district
sont quasi tous les secteurs qui sont concernés par la et englobe les deux tiers des surfaces dédiées à cette
production rizicole (à la tête les secteurs de Mond- culture dans le district (Inspection de l’Agriculture…
jamboli et Itimbiri) (Inspection de l’Agriculture… 2008).
2014). Cette zone, qui englobait jadis le paysannat
Yamandika, est très marécageuse ; elle enregistre
entre 1600 et 1800 mm d’eau par an et possède une
couverture végétale et un sol sablo-argileux qui en
font un milieu très favorable à la culture du riz. Les 108  Ce sont ces 4 maisons qui se partageaient 80 % du marché
(Société commerciale et industrielle Bemba-Zaïre [Scibe-Zaïre],
Griza [Bumba], Nogueira et Comagrin pour la riziculture
107  Malgré les insistances du Programme national riz (PNR) [Conde 1981 : 70]). Notons également l’activité du CDI pour les
pour promouvoir le riz irrigué, dont le rendement est nettement projets de développement intégré (surtout à Bumba) dans le sec-
supérieur à celui de montagne (pluvial) (SFMA 1983 : 59). teur (Bampunga Ngila 1988 : 38).

285
MONGALA

Graphique 17.1. Répartition de la production de riz (et surfaces emblavées) par territoire de la Mongala en 2008.

80000 70000

70000 60000
Superficie (en hectares)

60000

Production (en tonnes)


50000
50000
40000
40000
30000
30000
20000
20000

10000 10000

Lisala Bumba Bongandanga


Source : données de l’équipe locale (Inspection de l’Agriculture du district de la Mongala 2008).

D’un point de vue historique, il est difficile de les instituts supérieurs et universitaires (dont l’ISEA-
mettre l’accent sur l’importance que revêt la culture Modongo, dans la Mongala), le PNR est toujours
du riz dans la Mongala, et surtout à Bumba, sans chargé de la recherche et du développement du sec-
évoquer, même brièvement, le rôle que joua la coo- teur rizicole en RDC (SNDR 2013 : 19 ; Ministère de
pération entre le Gouvernement congolais (via son l’Agriculture 2009 : 41)111.
département de l’Agriculture) et le gouvernement de
Taiwan, plus connue sous le nom de « Mission agri- Graphique 17.2. Ventilation de la production de riz dans
le territoire de Bumba en 2014 (en %).
cole chinoise »109, qui apportait une aide technique
aux producteurs congolais. Elle débuta en 1968
(RDC 2009 : 15) par un appui au centre agricole de
Bumba/Loeka, qui devint, en 1974, une station du
Programme national riz (PNR)110, et qui continua à
tenir un rôle fondamental dans la diffusion de cette
culture (Ministère de l’Agriculture… 1998 : 49-51).
La station Bumba/Loeka (dans sa concession de
110  ha, dont 40 emblavés) concentre ses activités
en priorité sur 1es techniques culturales et ensuite
sur la vulgarisation. Elle effectuait également de la
recherche au niveau des semences. En plus des varié-
tés (semences) que le PNR recevait de la FAO et qu’il
testait dans sa station (Département de l’Agriculture
et du Développement rural… 1983 : 48-49), il distri- Source : élaboré par l’auteur selon les données de l’Inspection de
buait des semences aux compagnies qui les répartis- l’Agriculture du territoire de Bumba (rapport annuel 2014).
saient dans les villages. Aujourd’hui, avec l’INERA et Note 1 : Nous nous limitons à la répartition des cultures par secteur,
sans nous attacher aux chiffres de production de l’Inspection de
l’Agriculture, qui paraissent surévalués au regard des différentes
109  Elle apportait son soutien à la station agricole de Bumba en sources dont nous disposons.
vue de la sélection des semences de riz de montagne et de leur
multiplication (18 000  ha concernés en 1969, 24 000 en 1971)
(Département de l’Économie nationale… 1969 : 44 ; 1971 : 62).
La collaboration prit fin en 1978.
110 Supposition de l’auteur, selon les informations du pro-
fesseur Mokili Danga Kassa (1998 : 438), qui date la création
du PNR en 1974. Les activités que menait la mission agricole 111  Le PNR, mis en place en 1987 par l’INERA, prête à confu-
chinoise auraient donc été reprises dans le cadre du Programme sion avec le PNR et sa station à Bumba dépendant du départe-
national riz (PNR) en 1974. ment du Développement rural.

286
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Graphique 17.3. Évolution de la production de riz dans la Mongala (2005-2009) en tonnes*.

110000

105000
Production (en tonnes)

100000

95000

90000

85000

80000
2005 2006 2007 2008 2009

Source : Inspection de l’Agriculture du district de la Mongala (2005, 2006, 2007) ; Inspection


de l’agriculture du district de la Mongala (2008-2009) [transmis par équipe locale].
* Ce graphique est donné par l’auteur à titre indicatif, puisqu’il se base sur les données de
l’Inspection du district de la Mongala, dont la fiabilité a été mise en doute dans l’introduction.

2. TENDANCE À LA HAUSSE DE LA PRODUCTION PRAPE112, depuis 2005, dans l’optique d’un dévelop-
RIZICOLE pement agricole régional.
En 2006, Tollens et Biloso ne cachaient pas leurs
En 1995, au niveau du district, le riz, devant le espoirs quant à une éventuelle augmentation de la
café et l’huile de palme, représentait 45 % du tonnage production, grâce aux opérations du PRAPE : « Le
embarqué depuis Bumba vers Kinshasa, enregistré démarrage du projet Fida113 à Bumba laisse espérer
par le commissariat fluvial/Bumba (transport par une augmentation du surplus local en riz et en maïs »
armateur privé) (Ministère de l’Agriculture… 1998 : (Ibid. : 43).
201). Mais bien qu’il restait la culture commercia- Malgré l’absence de données statistiques fiables
lisée principale du district dans les années 1990, sa au niveau des volumes de production, on peut rai-
production avait déjà commencé à décliner, et les sonnablement avancer que depuis quelques années,
guerres ne firent qu’accélérer le processus. A contra- la production du riz paddy connaît une tendance à la
rio, la consommation de riz n’a cessé d’augmenter, hausse114, directement liée aux résultats de ces diffé-
en particulier en zone urbaine, où ce mets s’insère rents projets de développement et d’appui au secteur
de plus en plus dans les habitudes alimentaires. Les agricole, en particulier rizicole.
grands centres de consommation comme Kinshasa Selon une enquête115 effectuée par Eucord116
ont donc abandonné l’approvisionnement sur le auprès des producteurs de riz de Bumba, où le pro-
marché intérieur pour satisfaire leur demande en jet riz de Bralima était implanté, leur production
croissance par les importations (Chausse & Kem- aurait augmenté de 80 %, passant de 1141  kg/an à
bola 2012 : 4 ; 16 ; Nepad 2006 : 2). Celles-ci, pour le
riz, auraient atteint 180 000  t en 2012 (BCC 2012), 112 Le lancement du PRAPE, par un financement Fida, à
un volume qui se situe dans la marge d’estimation de Bumba, en 2004, visait à atteindre une production de riz suf-
Tollens (qui les évalue entre 100 000 et 200 000 t de fisante pour diminuer les importations et combler la demande.
riz chaque année) (Biloso & Tollens 2006 : 50). 25 millions USD ont été mobilisés par le Fida en accord avec le
ministère de l’Agriculture pour la poursuite du projet en 2008.
Mais depuis 2004, le prix du riz importé a aug-
113  Correspond au projet PRAPE (financé par Fida).
menté, à la faveur du riz local (Ibid.). La tendance au
niveau des importations semble changer. Des initia- 114  La production de riz suite au PRAPE aurait été multipliée
par 4, entre 2007 et 2012 (PRAPE 2013 : 4).
tives privées et publiques ciblées ont vu le jour pour
115 L’enquête a été menée de février à juillet  2012 et en
revaloriser le potentiel agricole national. avril  2013. Les résultats à Bumba sont basés sur 165 question-
Pour diminuer les coûts liés aux importations naires. Pour plus d’informations sur la méthodologie et les biais
asiatiques, Bralima, par exemple, a mis en place son de l’étude, voir Huesken (2013 : 12).
projet riz à Bumba (2009-2013), où opérait déjà le 116  European Cooperative for Rural Development.

287
MONGALA

2044 kg/an. La consommation locale de riz (le pro-


ducteur consomme toujours 20 % de ses récoltes) a
augmenté parallèlement à l’augmentation de sa pro-
duction (SFMA 1983 : 55 ; Huesken 2013 : 16). Cette
augmentation de production est surtout due à une
amélioration des rendements (passant de 1170 kg/ha
à 1371  kg/ha), engendrée par l’utilisation de varié-
tés sélectionnées, distribuées dans le cadre du projet.
Les coûts de production auraient par ailleurs aug-
menté. Les problèmes que rencontrait le producteur
de riz lors de la commercialisation ont légèrement
baissé, mais c’est surtout la certitude du producteur Bâtiment de la Socam, Bumba.
de vendre sa production (à Bralima) qui change la (Photo © Antonio Lisuma, juin 2014.)
donne (Huesken 2013 : 13-19). Il arrivait réguliè-
rement que les productions de riz pourrissent à agro-alimentaire de la Mongala (Socam), qui est le
Bumba, faute d’acheteurs ou de moyen d’évacuation principal acheteur de riz du territoire de Bumba. Une
(Baku 2009 : 2). fois décortiqué, le riz de la Socam était vendu aux
En 2011, Maurice Lahau, inspecteur de l’agri- deux brasseries de la RDC, Bralima118 et Bracongo,
culture du territoire de Bumba, estimait que la pro- pour la fabrication de la bière, jusqu’à ce que l’accord
duction du territoire de Bumba variait entre 85 000 qui la liait à Bralima pour son approvisionnement
et 110  000 t117 de riz par an. Trois ans plus tard, la soit rompu119 (PRAPE 2013 : 17). Depuis, cette der-
production de riz aurait triplé (258 886  t) (Inspec- nière s’approvisionne via de nouveaux partenaires :
tion agricole de Bumba 2014) ; une évolution un peu Dalis et Compagnons de Daniel, qui ont d’ailleurs
trop intense pour être crédible, bien que les enquêtes construit une grande rizerie pour la production de
au sein des ménages qui ont bénéficié des opérations riz blanc.
du PRAPE aient parlé d’un quadruplement de leur
production. Cependant, ce projet n’a pas touché l’en-
semble des producteurs du territoire. 3. LA VALEUR DU RIZ : RÉMUNÉRATION DU
Le riz produit à Bumba est en majorité exporté PRODUCTEUR ET ÉVOLUTIONS DES PRIX
à Kinshasa, soit 60 % (parmi lesquels 35 % vont à la SUR LES MARCHÉS DE BUMBA,
Bralima). Dans les 40 % restant, la moitié est desti- MBANDAKA, KISANGANI ET KINSHASA
née à la consommation locale, tandis que l’autre est
acheminée à Kisangani. En effet, le riz ne compte Malgré des améliorations notables au niveau de la
pas parmi les aliments de base de la population de production, le producteur de riz paddy (qui cultive
la Mongala. Sa production a toujours été essentielle- en moyenne 0,83  ha avec un rendement de 0,9  t/
ment destinée à l’exportation vers les grands centres, ha)120 n’est pas, selon Frans van Hoof, suffisamment
et la majorité était destinée aux brasseries (Ministère rémunéré par rapport au travail fourni. La différence
de l’Agriculture… 1998 : 202). de prix qui existe entre celui du riz paddy accordé
Une grande quantité de la production com- au commerçant par le producteur au village et celui
mercialisée est achetée par la Société commerciale du riz blanc en ville demeure trop importante.

118  Selon l’enquête du projet riz (Bralima), le rendement par


117 Sachant que la production, en 1994, était de 34 967  t paysan avant le projet était de 1,1 t/ha avant de passer à 1,4 t/ha
(Ministère de l’Agriculture… 1998 : 49) pour la Mongala et pour les bénéficiaires.
que celle-ci aurait augmenté à Bumba depuis les interven-
tions du PRAPE, il semble possible que la production rizicole 119  Bralima aurait aligné son prix d’achat du paddy local sur
de la Mongala se situe actuellement entre 85  000 et 110  000 t celui du paddy importé moins cher, une situation résultant d’une
(PARRSA 2009 ; équipe locale ; Radio Okapi 2011) et moins augmentation soudaine de la TVA sur les entreprises locales de
probable qu’elle ait diminué de moitié, selon les statistiques du transformation et de commercialisation du riz à un taux qui
SNSA (13 577  t), qui ne montrent d’ailleurs qu’une très faible excéderait celui des importations alimentaires.
croissance (la même que pour les autres cultures), résultat d’un 120  La Socam distribue aux producteurs différentes variétés de
même taux de croissance théorique appliqué de manière systé- semences qui engendrent des meilleurs rendements et qui amé-
matique. liorent la qualité (Bralima 2013).

288
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Comme c’était déjà le cas dans le passé, la distribu- Graphique 17.4. Prix payé pour le riz (paddy et usiné) sur
tion absorbe tous les bénéfices, qui sont partagés les marchés de Bumba, Kisangani et Kinshasa en 2011.
entre de nombreux intermédiaires (Conde 1981 :
72 ; van Hoof 2011 : 56). Le paddy est généralement
acheté dans les villages auprès du producteur par des
petits commerçants qui le revendent à leur tour à de
grosses sociétés (Socam ou Compagnons de Daniel).
Eux-mêmes vont parfois directement s’approvision-
ner auprès du producteur, quand ce ne sont pas les
paysans eux-mêmes qui se rendent à Kinshasa ou à
Kisangani pour vendre leur production (bien que
cela soit très rare).
Cette situation est le résultat de plusieurs facteurs :
le mauvais état des routes, qui rend certaines régions
complètement enclavées, les taxes et les tracasseries
sur certains axes, qui sont tellement nombreuses
qu’elles découragent les acheteurs plus modestes, qui Source : graphique élaboré par l’auteur selon les données
ne peuvent se les permettre, les difficultés d’accès à de Huesken (2013 : 20).
la transformation du produit (van Hoof 2011 : 56).
Les organisations paysannes121 créent des coo- Plusieurs rizeries sont installées à travers le terri-
pératives de commercialisation (en l’occurrence, le toire de Bumba. Elles seraient au nombre de 80, selon la
Fonsdev dans la Mongala) qui, munies de micro- fédération des entreprises congolaises (FEC) (PRAPE
décortiqueuses à riz, dotent les producteurs de 2013 : 20). Sans être exhaustif, en voici quelques-unes :
moyens concrets pour augmenter, parallèlement à Rizerie de l’entreprise commune des agriculteurs pro-
leur production, leur prix de vente (van Hoof 2011 : gressistes (Ecomapro) ; rizerie Likombi (marque Rice-
59). Les micro-décortiqueuses à riz créent de la Milling) ; rizerie Makambo (Rima) ; rizerie Ekwaki ;
valeur ajoutée et peuvent facilement augmen- rizerie Makengo Lompongo (Rimalo) ; rizerie Kolo-
ter le revenu du paysan. Selon Gaspard Molumbe kota ; rizerie SOCAM (Société commerciale et agri-
d’Inades-Formation à Bumba : « Un sac de riz paddy cole de la Mongala)125 ; rizerie du Programme national
de 100 kg est vendu à 14 000 FC à la Socam. Ce même Riz (PNR) et celle du CDI-Bwamanda ; etc. Dans le
sac de 100 kg produit, à l’usinage, 65 kg de riz blanc, territoire de Lisala, il y a la rizerie du Projet de déve-
qui est vendu à 28 000 FC. Les frais à déduire sont les loppement intégral de Mondongo. Dans le territoire
frais de transport (3000 FC) et d’usinage (3000 FC). de Bongandanga, un particulier a installé sa décorti-
Le paysan reçoit donc 22 000 FC, ce qui représente queuse à riz à Boso-Ndjanoa (Équipe locale).
une augmentation de 50 % par rapport au sac de Suivant la loi de l’offre et de la demande, les prix
paddy » (van Hoof 2011 : 4). À la lumière des prix du riz, qui varient modérément d’année en année126,
sur les marchés, on comprend mieux cette notion sont, par contre, tributaires des saisons et du calen-
de valeur ajoutée : si l’on compare le prix/kg du riz drier cultural127. En période de soudure, les prix
usiné à Bumba (430 FC122) à celui sur le marché de montent, suite à la rareté du produit sur le marché
Mbandaka par exemple (788 FC123), on remarque (SNDR 2013 : 13). La variation saisonnière des prix
qu’il coûte plus du double, et, pour le riz non usiné se marque surtout à Mbandaka, où le prix du riz
(140 FC124), cinq fois le prix. descend de 26 % entre le mois de mars, période de
semis, et le mois de septembre, période de récolte. À
Kinshasa, les prix ne varient que légèrement (6 %).
121  ASCO/Yambuku, ECOMAPRO-Ebonda, CEDICO/Mond-
jamboli, la COOPAYA (Yamwanga). 125  Une usine récente et modernisée (ACP 2010).
122 Selon Huesken (2013), le prix payé pour du riz usiné à 126  Entre 2011 et 2013, le prix du riz local s’est accru de 14 %
Bumba est de 292-299 FC. pour Kinshasa et de 18 % pour Mbandaka.
123  Moyenne du prix de riz (2009-2010-2011) (SECAL 2012). 127  Cf. témoignage du président de l’Association des commer-
124  Pour Bralima (2013), le prix payé au producteur pour du riz çants de Bumba sur l’absence saisonnière du riz de Bumba sur le
paddy est de 111-160 FC (Huesken 2013). marché (Radio Okapi 2011).

289
MONGALA

Graphique 17.5. Indices des prix (en FC) du riz local sur les marchés de Kinshasa,
Mbandaka et Kisangani en 2013.

Source : graphique réalisé par l’auteur à partir des données de RDC-humanitaire, SECAL (2013).

Graphique 17.6. Indices des prix (en FC) du riz local et du riz importé à Mbandaka en 2013.

Source : graphique réalisé par l’auteur à partir des données de RDC-humanitaire, SECAL (2013).

La différence entre le prix du riz importé et celui Kinshasa, le riz importé est entre 9 et 10 % plus cher
du riz local est très marquée à Mbandaka. Le riz que le riz local. Cette situation explique l’intérêt de
importé coûte plus cher que le riz local, la variation l’État congolais et des sociétés comme Bralima, etc.,
est de 30 à 78 % par rapport au prix du riz local. À à investir dans la production rizicole locale.

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292
CHAPITRE 18
REDYNAMISATION DES CULTURES
ET DES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES PAYSANNES

1. AGRICULTURE TRADITIONNELLE liorées). De plus, les paysans utilisent un outillage


ET POPULATION RURALE rudimentaire et des techniques agricoles souvent
obsolètes (Ministère de l’Agriculture… 1998 : 26). Le
Située dans la cuvette centrale, la région de la surplus devrait être destiné en priorité aux réserves
Mongala jouit d’un climat équatorial. La terre y est semencières, mais comme par le passé, il fait très
très fertile : ses caractéristiques édapho-climatiques souvent l’objet d’une commercialisation sur les mar-
se prêtent bien aux activités agricoles (Rodriguez et chés de l’intérieur (Département de l’Agriculture…
al. 2007). Les paysans pratiquent l’agriculture tradi- 1985 : 38). Le nombre de ménages agricoles dans le
tionnelle, à l’opposé du mode de fonctionnement du district a sensiblement augmenté, passant de 85 326
secteur moderne (industriel). à 122 672 ménages en 2011 (SNSA 2013 : 7). Les
Cette agriculture extensive se pratique sur brû- revenus des ménages ruraux de Bumba proviennent
lis et en cultures associées (arachide, maïs et courge, essentiellement de l’agriculture, qu’ils pratiquent sur
surtout). Elle concerne principalement les cultures une terre appartenant au clan ou à la famille, quand
vivrières destinées, avant tout, à l’autosubsistance, à ils ne doivent pas louer une terre par campagne agri-
l’exception du riz. Lorsque le secteur agricole n’est pas cole (un coût allant de 20 000 à 40 000 FC/ha128). La
stimulé dans le cadre d’un projet spécifique (PRAPE, taille d’exploitation varie entre 0,50 et 1  ha, voire
Projet Riz), il ne bénéficie d’aucun intrant amélioré plus, quand il s’agit de propriétaires terriens (PRAPE
(pas d’engrais, ni de pesticide, pas de semences amé- 2013 : 20).
Généralement, la succession des cultures (en
forêt primaire) est la suivante : riz-niébé ou ara-
Tableau 18.1.  Calendrier cultural de la Mongala (dans la zone
dite « cuvette centrale »).
chide-manioc associés au bananier. En jachère :
maïs-arachide ou niébé-manioc (Équipe locale). La
Principales Périodes de Périodes diminution du temps de jachère présente l’une des
cultures semis de récolte principales menaces du secteur agricole à Bumba
Toute l’année- 10 mois (PRAPE 2013 : 5).
Manioc Toute l’année
après plantation
Juillet-août ; décembre-
Riz Mars ; août
janvier
Juillet-août ; décembre-
Maïs Mars ; août
janvier
Juillet-août ; décembre-
Arachide Mars ; août
janvier
Source : FAO, Institut national de recherche agronomique (INRA),
WFP, RDC. Bulletin mensuel de suivi des prix des produits alimentaires 128  Un coût qui représente quasi le revenu annuel du paysan
en RDC. 2012 (décembre). (selon les données de l’enquête socio-économique du PRAPE).

293
MONGALA

2. LE PRAPE, UN STIMULANT POUR ménages agricoles dans ses zones de déploiement


LA PRODUCTION AGRICOLE (PRAPE 2013 : 4).
À en croire son rapport (2013), le PRAPE aurait
Depuis 2005, l’activité agricole est promue dans le récolté des résultats probants : la production agricole
territoire de Bumba grâce, notamment129 aux activi- des ménages aurait sensiblement augmenté133, grâce
tés du Projet de relance agricole province Équateur à l’amélioration des rendements des principales
(PRAPE), qui avait pour objectif de redynamiser le cultures de la zone, en l’occurrence, le riz, le maïs,
secteur agricole dans le territoire de Bumba, en plus le manioc et l’arachide (environ 100 % pour le riz
de l’hinterland de Mbandaka, par le biais de diffé- Nerica, 80 % pour le maïs Kasaï I et l’arachide JL 24 et
rentes activités : la recapitalisation de l’économie 40 % pour le manioc Butambu, Disanka, Sansi, etc.)
agricole et de pêche ; la réhabilitation des infras- (PRAPE 2012 : 20).
tructures et services sociaux (santé, nutrition, édu- L’accroissement des rendements est imputé aux
cation, desserte en eau potable, environnement) ; variétés améliorées diffusées par le PRAPE, au suivi
et l’appui à la commercialisation par la réhabili- des techniques culturales telles que le choix du ter-
tation des voies de desserte agricole et l’organisa- rain, à la délimitation, à l’abattage de sous-bois, à la
tion des producteurs130 (PRAPE 2012). Les actions date de semis, à la densité de semis, à l’écartement
menées dans le cadre du PRAPE, qui devait s’ache- des plantes, à l’entretien des champs, aux échanges
ver en 2010, ont été poursuivies par un autre pro- et aux techniques de stockage (PRAPE 2012 : 20) ;
gramme relativement similaire, le PARRSA131, lancé autrement dit, à l’ensemble des différentes tech-
par le ministère de l’Agriculture, Pêche, et Élevage niques culturales que le PRAPE a diffusées, entre
(AGRIPEL). Celui-ci cible Lisala (dans les secteurs : autres par la mise en place des champs écoles
Mongala-Motima/Ngombe-Doko) et Bumba (dans paysans (CEP). Entre 2007 et 2012, la produc-
les secteurs : Banda-Yoma, Itimbiri, Loeka, Molua, tion de riz aurait quadruplé, celle d’arachide aurait
Mondjamboli, Yandongi) (PARRSA 2009b : 9 ; 17). triplé, celle de maïs aurait été multipliée par 1,5
Un Cadre de planification en faveur des popula- (PRAPE 2013 : 4). Outre les meilleurs rendements,
tions autochtones (CPA) a parallèlement été mis en cette augmentation pourrait aussi être attribuée à
place ; un projet de la Banque mondiale pour proté- l’accroissement du nombre de ménages agricoles
ger les peuples autochtones (Bambenga) de la zone dans la Mongala ces dernières années (2006-2011)134
ciblée par le PARRSA et les faire également béné- (Ministère de l’Agriculture… 2013 : 7). Cet accrois-
ficier du programme (sur les axes Abuzi-Bumba et sement de production n’est pas du tout visible au
Businga-Lisala) (PARRSA 2009a : 9). Le PRAPE, regard des statistiques officielles du Service natio-
qui estime avoir touché, par ses activités, environ nal des statistiques agricoles (SNSA), pour lequel
80 000 ménages à Mbandaka et Bumba, sur 275 000 la production agricole de la Mongala serait restée
ménages132 en tout, aurait touché quasi un tiers des relativement stable entre 2001 et 2011, augmentant
d’environ 16 tonnes chaque année (Ministère de
l’Agriculture… 2013).
129  Signalons d’autres projets, comme celui du CDI-Bwamanda Pourtant, l’augmentation de la production impli-
« Producton agricole et commercialisation » (2008-2014) dans
l’Ubangi et dans la Mongala (van Hoof & Kuyengila 2010 : 25), que une augmentation du revenu annuel de la
que nous n’aborderons pas dans le cadre de cette monographie. population rurale. Si la production est difficilement
130  Le coût du projet s’élevait à 22  millions USD, qui ont été, chiffrable, les informations sur le salaire peuvent
en majorité, financés par le Fonds international de développe- être facilement obtenues par enquête. Celui-ci serait,
ment agricole (FIDA) (15 millions USD), le don du Fonds belge en l’occurrence, passé pour la plupart des ménages
de survie (6 millions USD) et le Gouvernement (1 million USD)
(PRAPE 2013 : 1). bénéficiaires, de 50 000 FC annuellement, en 2006,
131 Financé par la Banque mondiale (à hauteur de 120  mil-
à 75 000 FC, en 2011, une amélioration qui serait
lions USD) et localisé au Nord- et Sud-Ubangi et dans la Mongala.
132  Cependant, cette estimation du nombre de ménages semble
surévaluée. Si on calcule le nombre de ménages agricoles à 133  Un ménage sur deux aurait admis l’augmentation de sa pro-
Bumba (57 % de 275 000), on obtient 156 750 ménages, qu’on duction lors d’une enquête socio-nutritionnelle réalisée dans le
peut multiplier par 5 ou 6 (chiffre moyen de composition du cadre du PRAPE (2013 : 4).
ménage) et on arrive à un total de 940 500 personnes, au-delà 134  Le nombre de ménages agricoles pour le district est passé
de la population du territoire de Bumba selon les estimations de de 85 326 à 122 672 ménages (SNSA 2013). Selon les données du
Léon de Saint Moulin. PRAPE, il y en aurait environ 156 750.

294
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Conditionnement et transport du manioc. (Photo équipe locale, 2013.)

visible par l’accumulation de biens dans les villages chide puis la courge et, finalement, en productions
(vélos, radios, poules, etc.)135 (PRAPE 2013 : 4). marginales, le soja et la patate douce.
Bien que les statistiques de production (SNSA, Le manioc constitue, comme pour l’ensemble de
Inspection de l’Agriculture, etc.) présentent, selon les la RDC, l’aliment de base pour la population de la
sources, des écarts surprenants au niveau des chiffres Mongala, qui est complété par le maïs et l’arachide.
de production, elles ont le mérite de s’harmoniser en Le maïs est cependant, comme le riz, destiné à
ce qui concerne la hiérarchisation des cultures, du l’exportation vers Kinshasa plus qu’à la consomma-
moins les principales. Les différentes cultures pay- tion (Tollens 2011 : 2 ; Biloso & Tollens 2006 : 42).
sannes de la Mongala, outre le riz qui a fait l’objet Après le Kasaï, le Sud-Ubangi et la Mongala sont ses
d’un chapitre précédent, sont, par ordre d’impor- principaux bassins d’approvisionnement. Stocké le
tance (en termes de production), le manioc, la long des routes, le maïs est acheté par de petits com-
banane et le maïs. Elles contribuent d’ailleurs toutes merçants qui l’acheminent vers les centres.
les trois à la fabrication d’un alcool local de fabrica- L’espèce d’igname la plus cultivée dans la Mongala
tion artisanale : lotoko ou agene (Équipe locale 2012), est la Discorea cayenensis, généralement connue sous
particulièrement réputé dans le territoire de Bumba. le nom de mboma ya Bumba (igname de Bumba),
Au niveau des cultures vivrières secondaires alors qu’à Bumba, elle est désignée sous le nom de
viennent l’igname, le niébé, la canne à sucre, l’ara- mboma ya Moenge136.

135 Nous rappelons qu’il s’agit bien d’informations résultant


d’une enquête auprès des ménages touchés par le PRAPE, c’est-
à-dire un échantillon limité, qui ne représente en aucun cas l’en- 136  Moenge est le nom d’une localité du territoire de Bumba
tièreté de la population rurale du territoire de Bumba. spécialisée dans cette culture (Équipe locale).

295
MONGALA

Graphique 18.1. Histogramme des niveaux relatifs de production des principaux produits agricoles,
par secteur du territoire de Bumba (2014)

Source : graphique réalisé par l’auteur à partir des données de l’Inspection de l’Agriculture du territoire de Bumba (rapport annuel 2014).
Note 1. Pour une raison de clarté, nous n’avons pas incorporé le manioc, qui est pourtant la production vivrière principale.
Note 2. Le graphique ne reprend pas la production de la cité de Bumba, marginale par rapport à celles des territoires.
Note 3. Les données chiffrées (en tonnes) correspondantes ne sont pas données (étant donné la fiabilité douteuse des statistiques
de l’Inspection de l’Agriculture). Nous avons décidé de nous limiter à la ventilation de la production.

La banane plantain, variété Gros Michel ou naine,


est de plus en plus cultivée, en particulier dans le
secteur de Ngombe-Doko, à Mondongo (à Lisala)
où elle obtient de bons rendements.
Le niébé, kunde, qui a été vulgarisé dans les
années 1980 par l’Institut supérieur agronomique
(ISEA) de Mondongo, constitue actuellement une
base de protéines dans la ration.
L’Institut avait aussi vulgarisé plusieurs varié-
tés de soja, mais cette culture demeure marginale
et essentiellement située à Bumba, qui possède les
conditions climatiques et pédologiques les plus
appropriées. Enfin, la canne à sucre, toujours culti-
vée en association avec d’autres plantes, est égale-
ment utilisée dans la fabrication artisanale d’une
boisson alcoolisée chez les riverains (Équipe locale). Étape du séchage du soja après la récolte.
C’est le territoire de Bumba qui présente la pro- (Photo équipe locale, 2013.)
duction agricole la plus importante de la Mongala et
la concentration de ménages agricoles la plus élevée. des paysannats (Yandongi, Lilongo, Tshimbi, Yowa,
Déjà à l’époque coloniale, le potentiel de la région de Kwanza et Itimbiri) (IBO 1968 : 4). À l’exception du
Bumba avait été reconnu pour sa fertilité, suite à des niébé, qui semble être plus spécifique du territoire
prospections réalisées par l’INEAC, qui avait établi de Lisala, et la patate douce, qui bien que margi-

296
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

nale, se retrouve surtout à Bongandanga, les autres


cultures sont produites pour la moitié, voire pour les Selon la définition de la FAO : « Un SIM est
trois quarts, à Bumba (Équipe locale). C’est princi- un service normalement opéré par le secteur
palement au niveau du riz, du maïs, du manioc et public, qui collecte des informations régulières
de l’arachide, les productions les plus importantes et sur les prix et dans certains cas, sur les quantités
commercialisables de Bumba, que le PRAPE a ciblé des produits agricoles largement commercia-
ses actions (PRAPE 2013). lisés dans les marchés de groupage ruraux, les
Les activités du PRAPE à Bumba ont également marchés de gros et les marchés de détail, et qui
encouragé la culture caféière137 dans une région communique ces informations en temps utile et
(rayon Yalosemba-Yandongi) qui avait été rava- régulièrement, par le biais de différents médias,
gée dans les années 2000 par une maladie caféière. aux agriculteurs, commerçants, fonctionnaires
Celle-ci avait considérablement réduit son poten- du Gouvernement, décideurs et autres per-
tiel caféier, malgré l’aide procurée par le CDI-Bwa- sonnes intéressées. »
manda, qui était alors propriétaire d’une usine pour Cependant, à Bumba, l’avenir de la radio
le traitement du café à Yandongi (Timolagbala 2012 : communautaire (un des principaux moyens de
19). La reprise des cours caféiers sur le marché inter- communication du SIM) ne serait pas assuré
national, à la moitié de l’année 2006 (Agreco 2007 : (besoin énergétique trop élevé, générateur trop
15)138, et la suspension de la mesure contingente par souvent en panne, risque de dégradation faute
l’Office international du café (OIC) ont stimulé la de maintenance) (van Hoof 2011 : 2).
relance d’une production qui était en baisse. Depuis,
le nombre de planteurs serait en expansion (Baibo-
laka Bobato 2011139). Les paysans de l’Équateur sont nouvelles dans la région, qui en avait vu de nom-
motivés par la réouverture des comptoirs d’achat breuses se créer dans les années 1970 et 1980 (cf.
disséminés dans la campagne, à proximité de leurs ADI-Bondada, Association pour le développement
champs. Une nouvelle usine pour le traitement du intégral140). Mais avec la rupture des financements
café a été implantée à Bumba (ACP 2011). Scibe- au début des années 1990, elles ont dû, pour la plu-
Congo (anciennement Scibe-Zaïre) aurait notam- part, abandonner leurs activités. Actuellement, en
ment repris des activités commerciales un peu amont de toutes ces organisations paysannes qui
partout dans la région (Lisala, Gemena, etc.) dans la sont à nouveau nombreuses, INADES-Bumba joue
filière caféière, lui qui avait quitté la région dix ans un rôle structurant. En plus d’avoir relancé le sys-
auparavant (Agreco 2007 : 15). tème d’informations sur les marchés (SIM) en 2013
(cf. encadré), elle facilite l’accès aux crédits pour les
paysans, à travers des mutuelles d’épargne et de cré-
3. LES FACTEURS QUI INFLUENCENT DIRECTEMENT dit, en soutenant le Fonsdev, une caisse d’épargne
LE NIVEAU DE PRODUCTION : ENCADREMENT pour paysans. À Bumba (2009), la caisse est compo-
DES PAYSANS, INTRANTS ET ROUTES sée de 1500 membres, qui ont épargné ensemble plus
de 81 000 USD. Un Fonsdev a également été mis en
Corollairement à ce regain de production, les place à Mondjamboli (avril 2010), et dans le secteur
usines de transformation, notamment les décor- Itimbiri (décembre 2010) (van Hoof 2011 : 3).
tiqueuses, sont de plus en plus nombreuses. Elles La problématique des intrants et, surtout, de
sont souvent le fruit d’organisations paysannes et l’accès aux semences améliorées apparaît de manière
de coopératives (exemple : l’UOPA-Yambuli d’Hu- récurrente dans tous les projets de développement et
bert Monzoi), dont certaines sont également sou- d’appui au secteur agricole. Une bonne distribution
tenues par le PRAPE. Les coopératives ne sont pas de semences améliorées est souvent l’un des princi-
paux facteurs d’augmentation de la production (cf.
Projet Riz-Bralima). En 2013, le PRAPE a d’ailleurs
137  Le café est une culture pérenne, destinée à l’exportation.
relevé la discontinuité de la diffusion de semences
138  Notons que les cours favorables ne sont pas stables ; ils sont
le fruit d’une mauvaise récolte au Vietnam (Agreco 2007 : 15). certifiées dans le territoire comme un nouveau défi
139  Bien que la qualité des mémoires soit parfois discutable, à
défaut d’autres informations, nous avons choisi de partager l’in-
formation, tout en mettant en garde le lecteur. 140  Un projet du diocèse de Lisala appuyé par la COOPIBO.

297
MONGALA

Tableau 18.2.  Statistiques agricoles des produits vivriers : production (en t) et superficie (en ha) (1981-2008-2009).

Bumba Lisala Bongandanga Mongala


Produit Année
Production Superficie Production Superficie Production Superficie Production Superficie
1981 8026 10 033 4 782 9 565 1 870 2 338 14 678 21 936
Maïs 2008 83 076 101 217 37 420 45 420 27 325 33 042 147 821 179 679
2009 71 252 86 158 44 239 53 494 35 097 38 100 150 588 177 752
1981 55 045 11 939 313 728 242 56 712 566
Banane 2008 295 354 71 205 63 933 17 948 40 302 9 716 399 589 98 869
2009 261 756 63 104 73 448 15 413 40 774 10 112 375 978 88 629
1981 1 740 3 479 59 119 79 159 1 878 3 757
Arachide 2008 46 370 60 518 33 343 41 679 7 866 19 434 87 579 121 631
2009 40 628 58 040 31 604 32 005 6 788 17 295 79 020 107 340
2008 8 344 1 646 74 104 14 619 26 608 15 964 109 056 32 229
Niébé
2009 4 425 885 85 533 17 071 22 669 4 472 112 627 22 428
1981 5 595 - 3 300 - 11 105 - - -
Igname 2008 25 496 6 493 85 257 14 730 214 ** (1)
8 420 110 967 29 643
2009 23 440 4 688 91 323 15 778 67 419 9 010 182 181 29 476
Canne à 2008 - - 99 039 6 036 4 872 6 273 103 911 12 309
sucre 2009 - - 4 872 6 273 5 309 20 601 10 181 26 874
2008 7 075 541 63 670 12 761 540 509 71 285 13 811
Soja
2009 24 575 4 915 5 370 10 762 607 528 39 552 16 205
Patate 2008 - - 736 165 1 073 241 1 809 406
douce 2009 - - 1 811 406 1 206 316 3 017 722
Source : Département de l’Agriculture et du Développement rural… (1981) ; Inspection de l’Agriculture du district de la Mongala (2008-2009)
(Équipe locale).
(1) Il semble y avoir une erreur dans le report des données par l’équipe locale.
Nous mettons le lecteur en garde par rapport à la fiabilité de ces données statistiques. Celles fournies par l’équipe locale, qui présentent
certaines incohérences, et l’écart de production et de surface emblavée entre 1981 et 2008-2009 posent question.

Graphique 18.3. Histogramme de la production de maïs, de banane plantain et d’arachides de 1981 à 2011.
70000
70000
60000
60000

50000 50000
Production (en tonnes)

Production (en tonnes)

Maïs Maïs
40000 40000
Banane plantain
30000 Banane plantain
30000
Arachide
20000 Arachide
20000
10000

10000
1981 1991 2001 2011

Sources : Département de l’Agriculture et du Développement rural… (1985 : 177) ; Ministère de l’Agriculture… (1998 : 46-51) ;
Minagrider (2013 : 14 ; 24). 1981 1991 2001 2011
Pour des raisons de clarté, le manioc n’a pas été repris dans le graphique.

298
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

pour la production agricole à Bumba. Ce problème le cadre du PRAPE, par le biais, entre autres, du
se pose avec d’autant plus d’acuité qu’il était déjà financement du Fonds international de développe-
soulevé dans les années 1980, où l’on déplorait alors ment agricole (Fida) et du Bureau des Nations unies
la dégénérescence des semences (Département de pour les services d’appui aux projets (UNOPS), qui
l’Ariculture… 1985 : 36). À cette époque déjà, ni est intervenu comme maître d’ouvrage, alors que la
le CDI-Mondongo ni le PNR n’arrivaient à pro- main-d’œuvre employée était essentiellement congo-
duire suffisamment de semences pour répondre à laise (Secrétariat de l’agriculture pêche et élevage,
la demande des paysans, qui vendaient le plus sou- site officiel), comme le préconise la méthode dite
vent l’entièreté de leur stock plutôt que d’en garder « HIMO », utilisée pour la plupart de ce type de tra-
une partie en vue d’une hypothétique future récolte vaux. Des sociétés et ONG locales sont également
(Département de l’Agriculture… 1985 : 38 ; 128-129). associées aux travaux.
Lorsque les activités du CAPSA, Centre agricole D’autres routes, qui nécessitent des travaux plus
permanent du Service de l’agriculture de Ndeke141 (à lourds, sont réhabilitées de manière « mécanisée »,
proximité de Mondongo) prirent fin142, on observa comme, par exemple, les routes Yamaluka-Yan-
simultanément une diminution effective de la pro- dongi-Yambuku et Yandongi-Pont Mongala (en
duction agricole des paysans du territoire de Lisala 2012). En plus de réduire significativement le temps
(Équipe locale). Le CAPSA couvrait la même aire de transport (de plusieurs jours) pour les usagers,
que l’ISEA de Mondongo143 (secteur Ngombe Doko), les travaux de réfection réalisés encouragent par
avec lequel il n’entretenait, pourtant, que très peu de le même biais la production agricole, en facilitant
relations. L’ISEA, depuis sa création en 1972, souf- l’écoulement des produits des villages vers Bumba et
frait déjà d’un manque d’infrastructure et de matériel en réduisant les coûts de transport145. L’aménagement
de base et du non-intérêt de l’État, ou du moins d’un de la route Bumba-Matraki146-Bongolu-Yandongi
manque de collaboration avec les services de l’État (PRAPE 2012), supervisée par l’entreprise Yamondio
(Département de l’Agriculture… 1985 : 128-129). Trading147, a réduit radicalement le temps du trajet
Celui-ci, parallèlement à la formation agronomique (10  km) entre le bassin agricole de Yandongi et la
qu’il dispensait, s’intéressait aussi à la sélection et à ville de Bumba (Dovin Ntelolo Diasonga 2013). Mais
la multiplication des semences. Déjà dans les années deux ans plus tard, cette dernière serait à nouveau
1980 se posait la question des synergies, qui faisaient impraticable (2015), car des ouvrages d’œuvre (ponts
défaut, entre les différentes stations de recherche grumes) se seraient effondrés et l’érosion, causée par
postées dans la RDC (cf. ISEA-CAPSA) (Ibid. : 50). la pluie, aurait déjà gâché les résultats des travaux.
Si le CAPSA n’existe plus, l’ISEA de Mondongo serait Dans la continuité du PRAPE, le PARRSA, par
opérationnel (Équipe locale)144. le biais de l’UNOPS, continue à réhabiliter le réseau
Mais le PARRSA, via le programme semencier, routier : travaux en HIMO prévus sur l’axe Bun-
effectué par le consultant expert-semencier Mody duki-Loloka, ainsi que Mondjamboli-Yapeki-Likaw
Ba, s’est plutôt concentré sur le Senasem (à Gemena) ou encore Ebonda (Kwe-Kwe)-Yangula, Angonga-
et sur l’Inera (à Boketa) (Mumbere s.d. : 1-2). Yalosemba, Kanea-Engwanda-Liwea148. L’axe routier
De nombreuses routes de desserte agricole dans Monongo-Yamongili est en cours de réhabilitation en
le territoire de Bumba ont été réfectionnées dans HIMO.

141  À sa création, il était appelé « sous-station d’essais locaux


(SSEL) Ndeke », puis station d’adaptation locale (SAL) Ndeke, 145 Par exemple, la réhabilitation de la route Yamaluka-
avant de revêtir l’appellation qu’on lui connaît en 1959. Yandongi-Yambuku permet une économie de carburant de 75 à
142  L’équipe locale mentionne 1980, mais l’Étude régionale pour 200 l/trajet/camion, une augmentation de la fréquence des véhi-
la planification agricole de 1983 mentionne encore que l’acti- cules, qui passe de 1 trajet/mois à 3 trajets/semaine. Enfin, le prix
vité de l’institution continue, bien que son matériel et sa main- de transport après réhabilitation a diminué de 5000 à 10 000 FC/
d’œuvre montrent des signes d’essoufflement (Département de sac (PRAPE 2013 : 5).
l’Agriculture… 1985 : 36). 146  Non localisé sur la carte administrative du MRAC.
143  Anciennement appelée « ETSSA » (École technique supé- 147  Selon d’autres sources (Société civile, Lisuma 2011), il s’agi-
rieure agricole agréée de l’État). rait d’une ONG.
144  Il semblerait qu’un projet, similaire à celui du CAPSA, soit 148  Orthographiés, dans les différents appels d’offre du PARRSA
envisagé dans la Mongala avec les antennes de SENASEM. Mais (2013-2014) : « Bongandu », « Yapiki », « Likahu », « Munongo »,
nous ne disposons pas d’information plus précise à ce sujet. « Yangola », « Kania », « Liweya ».

299
MONGALA

Entretien et réhabilitation des routes. (Photo équipe locale, mars 2013.)

Les réhabilitations effectuées dans le cadre du 4. UN AUTRE SECTEUR D’ACTIVITÉ (ANCESTRAL) :


PRAPE ou du PARRSA prévoient la mise en place LA PÊCHE
d’un système de maintenance (barrière de pluie,
etc.), en synergie avec les autorités locales, après De par son vaste réseau de cours d’eau, la Mongala
réception des routes réhabilitées auprès de la direc- présente également de grandes richesses en res-
tion des Voies de desserte agricole (DVDA) (ou sources halieutiques (aires de pêche : fleuve Congo,
l’Office des routes, selon les tronçons concernés). La Akula, Mongala, Motima) (Ministère de l’Agricul-
DVDA organise la gestion de l’entretien, grâce à la ture… 1998 : 93). Bien qu’importante à Bumba, c’est
constitution de comités locaux d’entretien routier à Lisala que cette activité est prépondérante. C’est
(CLERC) constitués et structurés au sein des villages d’ailleurs là qu’elle est la plus productive : le tronçon
situés le long des tronçons concernés (PRAPE 2012). du fleuve qui part de Lisala vers le chenal d’Irebu est
Cependant, ce système comporte certains écueils la partie du fleuve la plus poissonneuse. Les popu-
qui menacent la pérennité des pistes rurales réha- lations sur les abords du fleuve, dites « riveraines »
bilitées ; notamment celui du transfert de l’entretien vivent des activités de pêche, rythmées par les saisons
des routes réhabilitées du projet de réhabilitation (la période la plus favorable sur le fleuve Congo au
à l’Office des routes ou à la DVDA (passant sur les niveau de Bumba est celle de janvier et juillet, pour
budgets des organes respectifs), lorsque celui-ci ne la rivière Loeka c’est la période de juin à septembre)
s’effectue que partiellement. Les moyens matériels (Ministère de l’Agriculture… 1998 : 96). Mais cette
dont disposent les CLERC ne sont pas toujours suf- activité peut être également pratiquée à titre complé-
fisants (brouettes, bottes, imperméables, outils, etc.). mentaire. Les pêcheurs, parmi lesquels de nombreux
Enfin, le système des CLERC sur lequel actuellement originaires de la Province-Orientale (Chinamula
repose la majorité de l’entretien du réseau de des- 2007 : 19), qui manquent d’intrants, s’adonnent à
serte agricole serait remis en question par le gouver- cette activité à l’aide de techniques élémentaires,
nement (PRAPE 2013 : 16). notamment l’utilisation de plantes ichtyotoxiques

300
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

(molita), dont la culture est assez répandue le long Graphique 18.2. Ventilation des poissons frais, salés et fumés
du tracé de la route. Les filets dormants, les filets destinés à la commercialisation (2007).
lancés, les scènes de rivage et de plage, les nasses de
28 % 42 %
toutes sortes et les hameçons sont les instruments
les plus utilisés pour la pêche sur le fleuve, aux envi-
rons de Lisala. Plus récemment, on a vu apparaître, Poissons frais
Poissons fumés
au détriment de l’environnement, des moustiquaires
Poissons salés
imprégnées, surtout employées par des pêcheurs 30 %
« amateurs » qui, à défaut d’autres occupations, enva-
Source : Inspection du district de l’Agriculture de la Mongala (2007).
hissent ponctuellement les bords du fleuve et des
affluents. Les professionnels de la pêche fuient donc
les coins fréquentés pour des campements plus loin- les réhabilitations des routes150 et des bâtiments. A
tains, mais sont confrontés à des baisses du prix du contrario, le projet semble avoir montré quelques
poisson, à cause de l’augmentation de l’offre et des performances dans la production agricole (qui ne
petits prix pratiqués par les « mareyeuses » (PRAPE sont cependant pas chiffrées). Enfin, comme c’est le
2013). Une partie des poissons commercialisés est cas pour tout projet de développement, se pose fina-
exportée vers Kinshasa, environ 75 % du produit de lement la question de la pérennité (cf. routes151, radio
la pêche (PARRSA 2013 : 77). Chaque passage d’un communautaire SIM, etc.). Lisuma écrit : « […] Mais
bateau sur le fleuve représente pour le riverain une après le départ du PRAPE, la situation redevient
occasion de vendre son produit, quand il n’est pas peu à peu comme auparavant, cependant avec une
vendu le long des routes ou dans l’un des nombreux légère augmentation par rapport aux années avant
marchés permanents ou ambulants de la région PRAPE. »
(Ministère de l’Agriculture… 1998 : 202-205). Sur le
tronçon Lisala-Bumba, les poissons boucanés sont
exposés sur les étalages le long de la route ; la plupart
d’entre eux appartiennent aux familles des Claridae
et des Protopteridae (Chinamula 2007 : 19).
Depuis 2005, un échantillon de pêcheurs pro-
fessionnels de Bumba et de Lisala (les bénéficiaires)
auraient vu une amélioration de leur revenu (passant
de moins de 50 000 FC à plus de 75 000 FC) (PRAPE
2013 : 4), qu’ils attribuent au microcrédit et au filet
communautaire mis à disposition par le PRAPE, qui
permet aux pêcheurs qui n’en n’ont pas de s’en pro-
curer. Le PRAPE et le PARRSA ont soutenu le ren-
100 %
forcement des organisations des professionnels de
pêche et la conservation des produits halieutiques90 %
(PRAPE 2012).
80 %
Si la société civile149 de Bumba émet certaines
réserves par rapport aux résultats du PRAPE, 70 %ce
dernier décrit sa propre performance globale en ces En sécurité
termes : « modérément insatisfaisante ». L’écart 60entre
%
le résultat effectif par rapport aux objectifs assignés,
50 % Insécurité a
compte tenu des importants financements dont le
limite
programme disposait, témoigne des déficiences 40 dont
%
a souffert le projet. Ses bilans (PRAPE 2012 et 2013) 150  Sur 700  km prévus, seulement 112 ont été réhabilités en Insécurité a
détaillent largement les difficultés et échecs 30 %qui HHIMO et 90 km, mécanisés. Sur 50 puits, seulement 30 ont été sévère
forés. Sur les 30 sources prévues, 5 restent à être aménagées.
concernent principalement la gestion des finances,20 % 151  Par exemple, en 2013, la route Bumba-Matraki-Bongolu-
10 %
149 Article d’Antonio Lizuma (2013) posté sur le site de la
Yandongi serait déjà fortement dégradée, par manque d’entre-
tien, notamment sur les premiers 80  km à partir de Bumba
paroisse Notre-Dame de Bumba.
0% (PRAPE 2013 : 5).

Lisala Bumba Bongandanga


301
MONGALA

Sans prétendre à l’exhaustivité, voici d’autres exemples d’organisations


paysannes (OP) dans la Mongala :

• L’OPM/PORT-ONATRA • OPP/Q. LOKELE-MONGALA


Cette OPM a son siège sur l’avenue du Fleuve, à LOKELE-MONGALA
dans la concession « REGIDESO », dans la Cette structure a son siège sur la première ave-
cité de Bumba. Elle est pilotée par un conseil nue, au quartier Lokele-Mongala, dans la cité
d’administration « CA » composé de treize per- de Bumba. L’effectif de cette OPP est de 67
sonnes ainsi qu’une commission de contrôle membres. Sur le plan organisationnel, elle est
« COCO  », qui comprend trois personnes. dirigée par un conseil d’administration et une
Chaque organe a un mandat de trois ans commission de contrôle. Dans la gestion de
renouvelable une seule fois. Le rôle du conseil leur cantine, le gestionnaire qui gère cette can-
d’administration est d’assurer la gestion quo- tine tient convenablement les supports de ges-
tidienne de l’association et d’appliquer les tion mis à sa disposition (fiches de stock, bon
décisions prises au cours de l’assemblée géné- d’entrée caisse, bon de sortie caisse et journal
rale, tandis que la commission a pour rôle de de caisse ou livre de caisse). Pour ce qui est des
contrôler périodiquement la gestion financière innovations et de l’autonomisation, certaines
et le patrimoine de l’association et de rendre structures se sont organisées en mettant en
compte aux membres. place le système de pêche communautaire, l’éle-
Elle compte en son sein 62 membres adhérents. vage et les activités d’autofinancement.
Hormis l’appui de crédits de matériels de trans- • OPP/Q. LOKELE-MONGALA
formation et conservation reçus du PRAPE Elle dispose d’une pirogue et d’un filet pour la
en 2011, pour une valeur de 1600 USD, leur pêche communautaire.
source principale de revenu est la cotisation • L’OPP/YAOFA, basée à Ebonda, possède une
des membres, avec un taux mensuel de 2000 cantine d’intrants de pêche, deux pirogues et
FC par membre. Le conseil d’administration a deux filets « engin de pêche » pour les activités
initié l’activité de vente groupée pour générer de la pêche communautaire.
des bonus au profit de l’association. À la fin de • L’OPP/Q. MOBUTU : basée dans la cité de
chaque exercice, le bonus réalisé sera réparti Bumba, a initié l’octroi de crédit pour l’achat de
comme suit : tôles dans le cadre de l’amélioration de l’habitat. »
–  70 % aux membres comme cadeau annuel ; Source : les descriptions sont entièrement reprises du rapport du
–  30 % pour renforcer la caisse de l’association. PRAPE (2012).

Les radios rurales dans la Mongala

Plusieurs radios rurales sont installées dans sera dénommée « Lisanga », mot qui veut dire
tous les territoires de la Mongala. Les unes servent « ensemble », compte tenu de l’unité qu’elle vou-
à la propagande politique, d’autres veulent rendre drait créer entre les peuples de culture, de men-
service à la communauté. talité, de religion… différentes, par le biais de ses
À Bumba, nous avons : la radio « Liberté », du futures émissions.
Mouvement de libération du Congo (MLC) ; la À Bongandanga, deux députés nationaux ont
« radio du peuple », du PPRD et la radio du Projet installé chacun leur radio : la radio « Tobongisa
de relance agricole province Équateur (PRAPE). Mboka », de l’honorable Robert Bopolo à Boso-
À Lisala, trois radios : radio « Liberté », « radio Simba et la « Radio communautaire Mongana », de
du peuple » et radio communautaire « Debout l’honorable Fidèle Tingombay à Mongana. Cette
Lisala » (RACODELIS), dont une antenne est dernière, très puissante, est captée même dans le
implantée à Binga. Mais une quatrième, celle du district du Sud-Ubangi.
diocèse de Lisala, est en train d’être installée ; elle Source : Équipe locale.

302
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

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303
CHAPITRE 19
L’EXPLOITATION FORESTIÈRE

INTRODUCTION : UNE QUESTION SENSIBLE forêts une question très sensible, alors que l’enca-
drement législatif et son application effective posent
Comme précédemment décrit, le district de la problème.
Mongala se situe en partie dans la cuvette centrale. Trois catégories d’acteurs s’y côtoient. Il y a
Plus de 70 % de la superficie est recouverte par de la d’abord les communautés locales, dont le niveau
végétation ; le tiers restant est marqué par les activi- de vie dépend directement de la disponibilité des
tés anthropiques : agriculture permanente (environ ressources forestières. Elles sont soutenues par
5 %) et complexes agricoles (environ 22 %). L’espace des organisations de la société civile, auxquelles se
est naturellement divisé d’ouest en est par le fleuve joignent souvent les organisations environnemen-
Congo. Au nord du fleuve, le district est caractérisé tales. Ces dernières constituent une deuxième caté-
par la présence de forêt dense humide (48,6 % du gorie d’intervenants : leur mobile est avant tout de
district) en alternance avec des complexes agricoles protéger la biodiversité, et donc le couvert forestier.
qui, rassemblés aux environs de Bumba et Lisala, Elles font pression à la fois sur le Gouvernement
se déploient le long des routes principales des deux congolais, sur les pays partenaires et sur les orga-
territoires. Les îles et les abords du fleuve Congo nisations internationales pour renforcer le contrôle
abritent des forêts édaphiques sur sols hydromorphes sur les filières bois ; dans le pays, elles font campagne
(23,33 %), lesquels se confondent plus généralement contre l’exploitation industrielle, dont les pratiques
avec le réseau hydrographique (rivières Lopori, ne rencontrent le plus souvent ni les standards de
Bolombo et Yekokora). Au sud, ceux-ci alternent développement durable, ni les doléances des com-
avec la forêt dense humide, dominante (Ministère du munautés locales. La troisième catégorie est celle des
Plan 2005 : 3). Le patrimoine végétal de la Mongala exploitants forestiers, artisanaux ou industriels. Les
compte plusieurs essences dont le Gilbertio dendron premiers œuvrent presque systématiquement dans
dewevrei, l’Uapaca guineensis, le Trema guineensis l’illégalité, et la formalisation de leur activité est un
et le Pericopsis elata (ou « Afrormosia ») qui, depuis enjeu majeur de la lutte contre la déforestation, sou-
l’époque coloniale, ont attiré dans la région de nom- vent négligé (Lescuyer et al. 2014). Les seconds sont
breuses sociétés d’exploitation forestière ou agro- moins nombreux, mais ont une capacité de nuisance
industrielles152. L’accès à ces ressources est au centre locale largement supérieure à celle des exploitants
d’un champ d’interventions aux intérêts divergents, artisanaux. Ils sont, de ce fait, en conflits récurrents,
parfois contradictoires, ce qui fait de la gestion des tant avec les communautés villageoises qu’avec les
organisations de la société civile. Le chapitre s’attar-
dera sur ces acteurs industriels, dont la situation est
152  Pour plus de détails, voir le chapitre 3 Végétation. L’exploi- mieux documentée.
tation du bois attirait aussi les sociétés agricoles. Ainsi la Société
des cultures au Congo belge (SCCB), en plus de produire de
l’huile de palme, exploitait le bois à Bosondjo. Au Nord du terri-
toire de Lisala, c’est la société Agri-Bois qui étendait ses activités
(Équipe locale).

305
MONGALA

1. CADRE LÉGAL DE L’EXPLOITATION FORESTIÈRE : tant des mesures prévues par le Code forestier : la
UNE SITUATION PARFOIS NÉBULEUSE constitution du plan d’aménagement forestier et la
définition du cahier des charges. Mais la procédure
Depuis la fin des hostilités, sous la pression et de conversion des anciens titres (lettre d’intention,
avec l’aide des donateurs internationaux, les lois et garanties d’approvisionnement) a été parasitée par
règlements régissant l’exploitation forestière ont été un manque de volonté politique. Ainsi du déca-
totalement refondus (Lawson 2014 : 7 ; 11). Com- lage entre l’adoption du moratoire sur l’allocation
plété par différents textes d’application (décrets des nouveaux titres forestiers (arrêté ministériel du
et arrêtés), le Code forestier adopté en 2002 et la 14  mai  2002) et sa publication au Journal officiel
Constitution de 2006 constituent le cadre législatif (2004), qui a créé un vide juridique pendant deux
de base qui codifie l’ensemble de la gestion forestière ans, laissant la porte ouverte à de nouvelles attribu-
en RDC. Le Code forestier de 2002 fait table rase tions. Les demandes de conversion qui valaient pour
des textes existants, hérités de la période coloniale, des titres postérieurs au moratoire posaient donc
pour mieux répondre aux nouveaux défis socio-éco- problème (Rodriguez et al. 2007 : 30). En 2005, pour
nomiques de l’État en matière de gestion forestière. mettre fin aux dérives et statuer sur ces nombreux
Quatre priorités se dégagent : protection des forêts ; titres accordés après 2002, un nouvel arrêté qui
gestion des forêts ; gouvernance ; contrôle des acti- fixe les modalités de conversion et qui porte exten-
vités et conduite des contentieux (REM 2011 : 8). La sion du moratoire est publié. Celui-ci entend par
Constitution de 2006 instaure la décentralisation, en « anciens titres forestiers » ceux qui ont été conclus
matière forestière également : elle établit un minis- ou émis avant la publication du même décret. Ce
tère provincial des Forêts. Cependant, le cadre régle- texte valide donc les titres émis entre 2002 et 2005.
mentaire comporte encore de nombreuse failles, tant Finalement, la commission interministérielle a sta-
au niveau de son contenu que de sa mise en œuvre tué en ne considérant que les titres acquis entre le
(Lawson 2014 : 11-12 ; Sakata 2009 : 269 ; 283). 31 août 2002 (publication au Journal officiel du Code
L’accumulation de textes législatifs qui, pour les forestier) et le 15 juillet 2004 (publication au Journal
plus récents ne font pas mention des précédents, crée officiel de l’arrêté ministériel instituant le moratoire)
un flou juridique : souvent contradictoires, les nou- (REM 2012 : 4 ; 6). Par ailleurs, certains titres fores-
veaux textes qui concernent les matières déjà régle- tiers jugés, en 2005, comme « non convertibles » ont
mentées par le Code forestier de 2002 abrogent-ils tout de même fait l’objet d’une conversion au bout
ou complètent-ils les précédents ? Certains auteurs d’un long processus de revue des requêtes de conver-
énumèrent les principaux cas qui posent problème153. sion (RDC/MECNT 2009 : 23 ) et ont débouché sur
Par ailleurs, le Code forestier prévoit la conver- un contrat de concession signé, après avoir fait l’objet
sion des anciens titres (lettres d’intention, garanties d’un avis particulier de la CIM.
d’approvisionnement) en concessions forestières, sur
la base d’une demande à soumettre par l’exploitant,
à charge d’une cellule technique et de la CIM154 de 2. EXPLOITATION FORESTIÈRE ET AGRICULTURE :
statuer sur leur recevabilité endéans un an (cf. carte UN IMPACT SUR LES FORÊTS ET SUR LES
Banque mondiale 2005). Celui-ci a été précédé de COMMUNAUTÉS LOCALES
trois mois par l’instauration d’un moratoire qui a
suspendu l’octroi de nouvelles allocations forestières. 2.1. IMPACT SUR LES FORÊTS
Cette procédure devrait légaliser l’exploitation des
concessions et permettre l’application par l’exploi- L’exploitation du bois se réalise à la fois de
manière industrielle et artisanale, bien qu’elle puisse
également revêtir la forme dite « artistrielle » pour
153  L’arrêté ministériel n°  035 du 5  octobre  2006 qui ne fait reprendre une expression récente, à savoir : une acti-
aucune mention de l’arrêté ministériel n° 263 du 3 octobre 2002 vité industrielle masquée, menée sous le couvert de
relatif au même objet, ou encore l’arrêté n° 036 du 5 octobre 2006 PCA155 (Lescuyer et al. 2014 : 2). Trop souvent, le
sur les plans d’aménagement des concessions forestières, dont
le préambule ne fait nullement allusion à l’arrêté n°  262 du
focus est exclusivement dirigé sur les grosses sociétés
3  octobre  2002 fixant la procédure d’établissement d’un plan
d’aménagement forestier (Sakata 2009 : 282-283).
154  Commission interministérielle. 155  PCA : permis de coupe artisanale.

306
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

industrielles de la région, lorsqu’il s’agit d’aborder la temps de jachère diminuent, la fertilité décroît et
problématique de la déforestation, alors que la filière la part du manioc s’accroît, aux dépens de plantes
artisanale menace davantage l’environnement. De plus exigeantes ; à 20-30 hab./km², le système n’est
récentes études suggèrent que les méthodes d’agri- plus vraiment soutenable et la jachère tend à dispa-
culture sur brûlis et une importante population156 raître159. Dans la région de Lisala et Bumba, la den-
sont les principales causes de déforestation en RDC sité de population a dépassé le seuil des 30 hab./km²
(Defourny et al. 2011 ; Lawson 2014 : 7). Cette thèse (Karsenty 2012160). Certaines cartes réalisées par le
est contestée par certains auteurs tels qu’Eric Tollens, SPIAF161, en 2006, illustrent clairement ce phéno-
qui doute que l’agriculture soit un facteur de défores- mène de déforestation (Musampa Kamungandu
tation déterminant pour la RDC, ou encore Brooks, 2009 : 20). Bien que le taux de dégradation fores-
qui considère que l’Afrique centrale présente peu de tière de la RDC à l’échelle mondiale reste modéré, il
risque de déforestation (Tollens 2010 : 31 ; Vermeu- est tout de même le plus important parmi ceux des
len 2013 : 226). Il est toutefois indéniable que celle- pays du bassin du Congo, entre 2000 et 2005 : « On
ci touche les zones péri-urbaines de la Mongala et note un rythme de déforestation très élevé dans les
qu’elle est provoquée par l’agriculture itinérante, la massifs proches des centres urbains. Ceux-ci servent
coupe de bois de chauffe et l’exploitation artisanale. de bassins d’approvisionnement pour ces mêmes
La proposition officielle de la RDC dans le cadre centres » (Mpoyi et al. 2013 : 12). Dans la Mongala,
du processus REDD+157 (2010) identifie d’ailleurs la pression démographique sur la forêt est la plus
l’exploitation illégale comme une cause directe de intense autour des deux grandes agglomérations,
déforestation et de dégradation des forêts en RDC Bumba et Lisala. Une étude de la Commission des
(Lawson 2014 : 8)158. forêts d’Afrique centrale (Comifac) met en évidence
Lisala et Bumba disposent chacune d’une cen- la concentration des phénomènes de déforestation
trale thermique, mais, à l’instar de toutes celles aux franges du massif forestier, en particulier dans
de la province de l’Équateur, elles sont non opé- les régions de Gemena, Lisala et Bumba au nord
rationnelles, à cause de la vétusté du matériel, du (Defourny et al. 2010 ; CTB 2007 : 17). Après l’Est du
manque de maintenance et de l’approvisionnement Congo, c’est cette partie de l’Équateur qui est la plus
insuffisant en carburant (RDC, Ministère de l’Éner- touchée par la déforestation.
gie 2007 ; Nyembo Kitungwa 2011 ; Objectif Déve- À l’origine, les savanes édaphiques ou les grass-
loppement communautaire 2009 : 7). Les besoins lands sont peu nombreuses, excepté les zones
domestiques (cuisine) en énergie de la majorité de marécageuses le long des plus grandes rivières.
la population sont couverts par le charbon de bois, Selon Lumbuenamo, il semblerait pourtant que,
situation qui provoque la détérioration des massifs tout comme les espaces dits « dégradés », celles-
forestiers autour des zones habitées (Defourny et al. ci deviennent de plus en plus importantes dans la
2011 ; Tollens 2010 : 7). Corollairement à l’augmen- région de Lisala. C’est le résultat d’une activité agri-
tation de la population de Bumba, la pression sur les cole intensive pratiquée par les communautés locales
forêts s’intensifie. Les sociétés d’exploitation parti- (agriculture sur abattis-brûlis) et de l’exploitation
cipent à – et accentuent – cette tendance, bien que, forestière liée au commerce du charbon de bois, qui
même sans leurs interventions, une partie des forêts subissent la pression des marchés de Kinshasa et de
serait vouée à disparaître au profit de l’extension des Kisangani. Sans modification, cette tendance trans-
terres dédiées à l’agriculture (Kjell Khüne 2005 : 9). formera à terme la forêt primaire en forêt secondaire
Quand la population dépasse 10-15 hab./km², les et en couvert non forestier (Lumbuenamo 2006 :
12-13).
156  La densité de population serait la variante la plus corrélée
[à ?] la déforestation selon Mpoyi et al. (2013 : 6).
157 REDD+ : Reducing Emissions from Deforestation and
Forest Degradation. Initiative de l’ONU pour la réduction des 159  Une problématique qui était déjà relevée dans la Mongala
émissions liées au déboisement et à la dégradation des forêts dans les années 1980 (cf. Yekola & Ngatho 1990 : 185-188).
(REDD) dans les pays en développement, étendue à la conser- 160  Cf. carte de la déforestation à Bumba et Lisala, attribuée
vation, à la gestion durable et au stockage de carbone forestier à Defourny & al. (2011) dans un exposé non daté de Karsenty
(site web REDD+). (online).
158  L’auteur cite le Plan de préparation à la REDD, 2010-2012 161  SPIAF : Service permanent d’inventaire et d’aménagement
(RDC/MECNT 2010). des forêts.

307
MONGALA

2.2. IMPACT SUR LES COMMUNAUTÉS LOCALES


La forêt regorge de produits non ligneux
(PFNL), comme le gibier, les insectes, les poissons
et les oiseaux, qui constituent, pour la population
de l’Équateur, le principal apport en ressources
protidiques (Libakata Enyangola 2008 : 61-62). La
chasse est communément pratiquée. En plus du
fusil (moderne ou produit localement), d’autres
techniques sont utilisées, telles que le piégeage ou la
chasse aux chiens et aux filets. La cueillette des PFNL
est aussi une activité traditionnellement rémunéra-
trice ; les produits les plus prisés sont : le m’fumbwa
(Gnetum africanum), le ketsu (poivre noir d’Afrique), Vente de chenilles sur un marché.
les chenilles, les escargots, les termites, les Maranta- (Photo © Antonio Lisuma, août 2011.)
cae (dont les feuilles sont utilisées pour l’emballage
de chikwange, le malemba et le toit des maisons), venait pas des Pygmées de Bongandanga, également
l’Urena Lobata (qui sert de fil pour l’emballage et la d’importants pourvoyeurs, la viande de brousse
fabrication des filets de chasse), la noix de cola, etc.162 retrouvée sur le marché de Lisala venait de routes
Qu’elle soit le fait des guerres passées ou de l’ex- moins fréquentées (Monveda, Binga, etc.), jusque-
ploitation forestière actuelle, la dégradation des mas- là épargnées par l’exploitation forestière. À certains
sifs nuit à toutes ces activités complémentaires : c’est endroits de la route, où l’exploitation forestière a
notamment le cas en territoire de Lisala où les popula- jadis été très active, la diminution en quantité de cer-
tions animales et végétales ont nettement diminué. Le tains PFNL (escargots, termites, etc.) était tangible
gibier se fait de plus en plus rare en ville et au niveau (Chinamula 2007 : 15). Dans le territoire de Bumba
des villages, le long du tracé de la route, malgré les (à Ndobo, secteur de Modjamboli), sur les terres
mesures du Gouvernement qui interdisent périodi- limitrophes de la localité de Yaleli, c’est l’habitat des
quement la chasse, pour tenter de régénérer la faune163. chenilles qui a été bouleversé du fait de l’exploitation
En 2007, la Banque mondiale publiait une du Sapelli par la société Cotrefor. Le témoignage
enquête sur la situation socio-environnementale de d’un villageois, retranscrit dans L’Écho de la forêt, fait
Lisala (tronçon Lisala-Businga). Lorsqu’elle ne pro- part des dégats : « Le Sapelli abrite des chenilles qui
sont, non seulement, la base de l’alimentation de nos
162  Ramassées fraîches, les chenilles sont échaudées, fumées ou
communautés, puisqu’elles sont riches en protéines,
séchées au soleil jusqu’à dessiccation complète, puis rassemblées mais leur commercialisation constitue une source
en paniers ou dans les greniers pour être conservées. Lors de de revenus pour les ménages, permettant ainsi aux
la préparation du mélange, on en retire une certaine quantité familles de payer les frais de scolarité et d’assurer
destinée à être moulue ou pilée pour devenir de la farine. Les
chenilles séchées et grillées sont destinées à être commerciali-
leurs soins de santé. L’abattage de ces arbres perturbe
sées (Kinshasa). nos habitudes alimentaires et l’équilibre de notre
Le commerce de ketsu, autrefois florissant en territoire de communauté » (Wabiwa Betoko 2014 : 6).
Lisala et pratiqué avec les commerçants d’Afrique de l’Ouest,
s’est estompé en même temps que la dégradation des routes.
Le projet Pro-Routes (voir chapitre 15) devait restimuler cette
filière (Chinamula 2007 : 20). 3. EXPLOITATION ARTISANALE/INDUSTRIELLE
Enfin, le commerce de m’fumbwa avec Kisangani et Kinshasa
était jusqu’à récemment toujours pratiqué (Awono et al. 2009).
163  De nombreuses espèces sont considérées comme étant « en
3.1. EXPLOITATION ARTISANALE
voie de disparition et/ou rares » : l’éléphant de forêt (Loxondota
africana cyclotis), le léopard (Panthera pardus), le potamochère, « 
L’exploitation industrielle étant destinée presque
les singes argentés et dorés, l’antilope (Guib d’eau, Tragelaphus exclusivement au marché international à cause de son
spekeii ou sitatunga), la gazelle, le chimpanzé, le cricétome coût élevé, l’exploitation artisanale du bois s’est ainsi
(Cricetomis emini), le grand lézard, la civette d’Afrique (Civettictis
considérablement développée pour satisfaire une
civetta), le pangolin à écailles (Phataginus tricuspis), etc. Dans le
pays de Lisala, la présence de ces espèces a été récemment obser- demande nationale/locale – voire régionale – sans cesse
vée, mais en densités réduites (Chinamula 2007 : 19). croissante » (Bolongo & Maindo 2014 : 7).

308
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

À l’instar d’autres pays du bassin du Congo, le le terrain, l’application des textes doit compter avec
marché domestique de la RDC est principalement de nombreux obstacles, notamment d’ordre tech-
approvisionné par du bois d’origine artisanale, parce nique, financier ou liés à la qualité des textes par-
que les sociétés industrielles n’effectuent générale- fois incomplets ou confus ; surtout, il y a la lenteur
ment pas le sciage du bois sur place, mais l’exportent et l’inefficience de l’Administration qui délivre les
directement. L’exploitation artisanale représente permis164.
90 % de l’exploitation forestière en RDC (Lescuyer L’exploitation artisanale de bois s’effectue à petite
et al. 2014 : 3). Alors que la RDC sort d’années de échelle par des associations et des individus dissémi-
guerre et de conflits armés, le marché intérieur en nés dans la Mongala (RDC, Ministère du Plan 2005 :
bois d’œuvre est en plein essor, favorisé par le secteur 48). Les uns utilisent la scie mobile, c’est le cas de
de la construction et du mobilier dont la demande Caritas-Développement et de l’économat du diocèse
est en hausse. La réhabilitation de certaines routes et de Lisala ; les autres, plus nombreux, emploient la
pistes a facilité l’accès à de nouveaux espaces fores- tronçonneuse. Ce dernier système, plus rapide, grâce
tiers pour l’exploitation artisanale. D’importants auquel ils arrivent à scier le bois avec ou sans grume-
gains sont réalisés par les exploitants artisanaux et lette, est communément appelé monzube. D’autres,
par une multitude d’acteurs et intermédiaires pri- enfin, le coupent à la main (Équipe locale).
vés qui y trouvent chacun leur compte. Les com- Le secteur forestier artisanal est un pourvoyeur
munautés locales sont les premières à en bénéficier important d’emplois directs et indirects. Dans le
(elles font payer des droits d’entrée, louent leur Bandundu, le Bas-Congo et la Province-Orientale,
terre, vendent leurs arbres, etc.) sans égard pour les on recense 2000 à 3000 scieurs artisanaux ; nous ne
dommages environnementaux collatéraux. Mais ce disposons pas de données pour l’Équateur, mais il est
système d’exploitation informelle, « de survie », ne évident qu’il en va de même. Aux métiers de scieurs,
garantit aucune durabilité ni de la forêt, ni des béné- s’ajoutent les métiers liés à la vente des produits (Les-
fices qu’elle procure (Bolongo & Maindo 2014 : 7-8). cuyer et al. 2014 : 39). Le secteur joue localement un
Il devrait pourtant s’effectuer dans un cadre légal rôle central dans l’organisation socio-économique
puisque la législation la reconnaît : aux termes de des communautés installées au voisinage de conces-
l’article 8 de l’arrêté n° 35 du 5 octobre 2006 relatif sions forestières. À Bongandanga, l’exploitation
à l’exploitation forestière, elle définit les conditions artisanale constitue la source principale de revenus
d’octroi du PCA parmi lesquelles figurent l’outil- permettant à la population locale de satisfaire des
lage (qui doit être manuel : scie ou tronçonneuse), besoins socio-économiques. Les externalités sont
la nationalité congolaise et le lieu d’exploitation, qui identifiées au niveau de l’alimentation des familles, la
doit correspondre à celui des forêts des communau- scolarisation des enfants, la réduction de la pauvreté,
tés locales (Lescuyer et al. 2014 : 5 ; Loi n°011/2002 l’amélioration de l’habitat, les capacités de transport
du 29 août 2002 portant Code forestier 2002 – cha- et le développement local (CDRN-forum local de
pitre II). Mais le normatif se heurte à la pratique : sur Bongandanga 2010).
Dans le territoire de Lisala, le charbon de bois,
qui est produit dans les villages avoisinant les routes,
est transporté dans des sacs par portage jusqu’à la
ville de Lisala, où la plupart sont exportés vers Kin-
shasa via le fleuve165 (Chinamula 2007 : 17 ; Trefon et
al. 2010 : 34).

164 À ce sujet, un rapport de mission de terrain OI-FLEG


recense les activités illégales, tant industrielles qu’artisanales
(OGF 2014).
165  Cette production de charbon de bois représenterait, pour
cinq mois (janvier-mai 2007), à peu près 2150 sacs d’environ
50 kg, soit 62,5 t. Mais le service de l’Environnement lui-même,
Sciage de bois à la tronçonneuse. qui a fourni à l’équipe Pro-Routes le chiffre, le critique en préci-
(Photo équipe locale, 2013.) sant qu’il ne correspond pas à la réalité (Chinamula 2007 : 17).

309
MONGALA

3.2. EXPLOITATION INDUSTRIELLE cice comparatif. Lescuyer et al. (2014) rapportent


ainsi que la production industrielle officielle du pays
3.2.1. INTRODUCTION n’a jamais excédé 400 000 m3, un niveau loin en-deçà
des calculs de la BCC, qui reproduisent des volumes
En RDC, la filière industrielle du secteur bois constamment supérieurs à ce plafond, entre 2010 et
évolue dans un marché très concentré : s’appuyant 2013, pour la seule production de grumes167 (BCC
sur les données transmises par la direction de la 2014 : 56). Parallèlement, les informations de la DGF
Gestion forestière (en sigle : DGF), Lawson (2014) reproduites par l’OFAC168, indiquent au contraire une
indique ainsi qu’en 2010, les 10 plus grosses compa- régression de 35 % de la production industrielle169
gnies se partageaient 90 % des abattages légalement de grumes et une contraction des sorties de plus de
réalisés. Encore est-on « en famille », puisque par le 40 %, entre 2008 et 2011. L’incertitude prévaut éga-
jeu des fusions-acquisitions, toutes ces entreprises lement sur le niveau des sciages industriels, au sujet
se côtoient au sein de quelques grands groupes aux desquels la DGF, l’Office congolais de contrôle (en
capitaux européens, libanais ou américains. Dans le sigle : OCC) et l’Organisation internationale des bois
milieu congolais, deux compagnies se distinguent : tropicaux proposent, pour la même année (2011),
la Siforco et la Sodefor, filiales respectivement des respectivement des volumes de 30 000 m3, 36 000 m3
groupes Blattner Elwyn (en sigle : GBE) et NordSud et 62 000 m3 (REM 2013 : 22 ; OFAC). Or, la question
Timber (en sigle : NST), lesquels rassemblent plus de de la santé du secteur industriel a des implications
la moitié de la production industrielle et des expor- très concrètes dans la défense de ses positions sur
tations de bois officiellement enregistrées en RDC certains dossiers sensibles comme l’exploitation de
en 2010 (Lawson 2014 : 8). La production s’écoule l’Afrormosia (voir encadré 19.1).
presque exclusivement à l’international, essentielle-
ment sur les marchés européens et, depuis quelques 3.2.2.  PASSAGE EN REVUE DES SOCIÉTÉS IMPLANTÉES
années, asiatiques (en plein essor). En termes de DANS LA MONGALA
contribution à l’économie nationale, le secteur
industriel pèse environ 15  000 emplois directs, Près de la moitié de la superficie de la Mongala
contre 25 000 au moins au secteur artisanal, d’après est convertie en titres fonciers actifs (voir graphique
certains travaux (Lescuyer et al. 2014 : 30 ; OFAC site 19.1 pour leur répartition par territoire). Le terri-
web online)166. toire de Bongandanga, intégralement installé dans
Le niveau d’activité reste toutefois relativement la cuvette, est également le plus exposé à l’exploita-
faible, en comparaison avec les pays voisins du bassin tion. Mais proportionnellement, c’est le territoire de
du Congo, et selon la Fédération des industriels du Lisala qui cède la plus grande partie de son espace
bois (en sigle : FIB), organisme rassemblant la plu- (plus de 50 %) à l’exploitation industrielle (voir carte
part des grands opérateurs au Congo, celui-ci serait forestière cahier couleur). En mai 2014, les titres
en contraction. La Banque centrale du Congo (en étaient regroupés aux mains de six sociétés, toutes à
sigle : BCC) indique pourtant une nette croissance capitaux étrangers : la Siforco, la Sedaf, la Cotrefor, la
des rentrées en devises générées par les exportations, Soforma, la Sicobois et la Safo.
entre 2009 et 2013, imputable à la fois à une certaine Siforco et Sedaf – Ancienne filiale du groupe
tenue des cours sur les principaux marchés, malgré (suisse) Danzer, passée en 2012 dans le portefeuille
des fluctuations importantes, ainsi qu’à une aug- du groupe américain GBE, la Société industrielle
mentation des volumes commercialisés (BCC 2014 : forestière au Congo (en sigle : Siforco) compte parmi
131 ; 174). Cette contradiction apparente ne peut les principaux exploitants forestiers de la RDC, où
s’expliquer sans tenir compte de la difficulté à quan- elle est active depuis 1972. Ses principales activités
tifier avec un degré d’exactitude raisonnable l’activité
forestière : la déficience des indicateurs statistiques,
les nomenclatures différentes adoptées selon les ser- 167  451 000  m3 en 2010. Volumes prévisionnels en 2011 ;
volumes estimés pour 2012 et 2013.
vices concernés et les informations divergentes y
168  OFAC : Observatoire des forêts d’Afrique centrale.
mentionnées, rendent en fait très aléatoire tout exer-
169  La source est libellée « secteur formel » ; l’examen du tableau
« Production par compagnie pour les plus importantes (m3/an) »,
2 pages plus loin, indique toutefois que n’est ici concernée que la
166  Qui cite la Fédération des industriels du bois (FIB). production industrielle, et non le secteur artisanal.

310
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

concernent l’exploitation forestière et la transfor- sigle : Sedaf), cette dernière concession fut un temps
mation de bois. L’usinage est réalisé sur deux sites : exploitée conjointement par les deux compagnies,
Bumba et Maluku170, ce dernier recevant le bois la Sedaf en étant le titulaire légal depuis 1999, mais
par le fleuve, sous forme de radeau ou embarqué « louant » une partie de sa concession à la Siforco, qui
sur des unités flottantes (barges, pontons) ; de là, le lui rachetait en outre sa propre production. Le titre
bois traité (planches, placages) est acheminé jusqu’à fut transféré en 2012 à la Siforco, mais la situation
Matadi, notamment par la société de transport NRJ ne fut véritablement régularisée qu’en 2014 (Kjell
(GBE). Kühne 2005 : 10 ; OGF 2014 : 19-20). Seule société
Historiquement implantée dans la région à à capitaux congolais dans la région, la Sedaf a été
Engengele (terr. Bumba), la Siforco a développé ses constituée en 1997 ; elle est passée sous le contrôle
activités sur trois GA contiguës, de part et d’autre de de GBE, suite à son rachat, en 2012, par la Siforco.
la limite entre Équateur et Province-Orientale, res- La production cumulée déclarée par la Sedaf entre
tructurées, en 2004, en deux titres constituant le bloc 2009 et 2011 sur la concession de Yakata atteint plus
« K8 », faisant alors de la compagnie le principal opé- de 15 500 m3.
rateur forestier du Nord du pays : en 2006 et 2010, la
compagnie déclarait sortir ainsi environ 120 000 m3 Sodefor et Soforma – Deux sociétés du groupe
des territoires de Bumba et d’Aketi171 (Rodriguez NST opèrent actuellement dans la Mongala. La
et. al. 2007 ; Lawson 2014 : 8). Avec la compagnie Société de développement forestier (en sigle : Sode-
Sodefor (voir ci-dessous), la Siforco est responsable for) est l’héritière de l’ancienne compagnie nationale
de plus de la moitié de la production et des expor- Forescom et, à ce titre, l’État congolais détient encore
tations de bois officiellement enregistrées en RDC une participation minoritaire (18 % en 2004). Enre-
(Lawson 2014 : 8). En 2013, Siforco était également gistrée au Liechtenstein, la NST est dirigée par deux
le principal titulaire, dans le pays, de concessions Portugais ; elle a ouvert son capital au groupe suisse
forestières, lesquelles totalisaient 2,1  millions d’ha, Precious Wood, un autre acteur majeur de l’indus-
soit 19 % de la superficie totale concédée aux compa- trie forestière en Afrique francophone, qui y détient
gnies industrielles (24 % dans la Mongala). En 2010 une importante participation minoritaire (Molnar et
et 2011, la production cumulée déclarée de la com- al. 2011 : 23-24). La Sodefor est le principal exploi-
pagnie sur le seul titre GA 025/04 (partie « Mongala » tant forestier du pays. Un temps détentrice d’un titre
du bloc « K8 ») atteignait plus de 121 000 m3. Suite au à Bumba, celui-ci a été résilié. La Sodefor compte
scandale de Yalisika (lire encadré « Le scandale de encore une exploitation en territoire de Lisala où,
Yalisika », page 316), la Siforco y a cessé ses activi- de 2009 à 2011, sa production cumulée atteignait
tés172. Son exploitation se concentre aujourd’hui sur environ 21 000 m3 (World Resources Institute 2013).
l’autre rive du fleuve, en territoire de Bongandanga, L’autre compagnie du groupe NST toujours présente
où elle gère trois concessions, respectivement dans dans le district est la Société forestière des matières
l’entre-Lopori-Bolombo, dans l’entre-Bolombo-Yeko- ligneuses africaines (en sigle  : Soforma). Autre-
kora173 et près de Yakata174. Initialement attribuée à la fois constitutive avec la Sodefor et la Siforco d’une
Société d’entreprise et de développement africain (en « triade » rassemblant plus de la moitié de la super-
ficie concédée dans le pays aux exploitants forestiers
industriels, la Soforma s’est depuis lors recentrée
170  Située à proximité de Kinshasa à l’extrémité navigable du
fleuve, l’usine de Maluku est la principale unité de transforma-
sur un espace plus restreint. Titulaire d’une conces-
tion de la compagnie (Forest monitor 2006). sion située à cheval sur les territoires de Lisala et de
171  Rapport d’environ 1/3 à 2/3 entre Bumba et Aketi en 2006 Bumba (sect. Banda-Yowa), sa production déclarée
(Rodriguez et al. (2007 : 31), citant les services de l’environne- en 2011 y atteignait un peu plus de 3 000 m3 (World
ment des territoires concernés). Resources Institute 2013).
172  Sa concession GA 025/04 a été résiliée en avril 2014 (OGF
2014 : 15). Sicobois – Si la Siforco domine au sud du fleuve,
173  Blocs « K2 » et « K7 » correspondant aux titres GA 07/95, la compagnie Sicobois est son pendant dans le ter-
26/04 et 27/04. Les deux premiers sont devenus respectivement
CCF 026/11 et CCF 027/11. Pour le titre 27/04, nous ne dispo-
ritoire de Lisala, où elle dispose de trois titres fores-
sons pas d’information. tiers, dont un déborde marginalement sur le district
174  Actuel Bloc « K10 », correspondant au titre GA 02/98. La voisin du Nord-Ubangi. La compagnie est contrôlée
concession déborde sur le district voisin de la Tshuapa. par des capitaux belges.

311
MONGALA

Graphique 19.1. Distribution des superficies concédées par la fermeture effective du site étant intervenue à la fin
territoire et par compagnie. Juillet 2013 (1) 2013 (OGF 2014 : 14). Pareillement, la Compagnie
forestière de transformation (en sigle : CFT), pro-
priété du groupe NST, possédait jusqu’à récemment
un titre à Lisala, dans le nord-ouest du territoire. À
la date de juillet 2013, celui-ci était en cours de rétro-
cession. Enfin, autrefois citées dans la Mongala, les
sociétés Nteeko SPRL, Scibois (Mowaka), Sicomo
(Mondjolongo) et Safbois ont également disparu.

3.3. UN SYSTÈME CONTESTÉ PAR LA BASE :


LES INDUSTRIELS EN PREMIÈRE LIGNE
Source : d’après direction Inventaire et Aménagement (DIAF),
direction Gestion forestière (DGF) (2013).
La formalisation du système d’exploitation fores-
(1)  Ne sont repris dans ce graphique que les CCF signés ou en tière officialisée par l’adoption du Code minier de
attente de signature au 31 juillet 2013. 2002 s’est faite avec le soutien actif des principaux
(2) L’auteur met en garde le lecteur sur les superficies des bailleurs du pays, au premier rang desquels la Banque
concessions ci-dessus qui ne correspondent pas à celles fournies
mondiale. Si la reconnaissance de certains droits aux
par le MRAC (cartographie). Dans la mesure où nous ne disposons
pas de plus d’informations quant aux méthodes de calcul du DIAF communautés locales ainsi que leur implication dans
et DGF, nous gardons ce graphique à titre indicateur. Celui-ci le procédé de gestion durable figurent à l’actif de la loi,
montre la répartition des sociétés industrielles par territoire. l’axe prioritaire de ses concepteurs était l’aménage-
ment des concessions forestières industrielles, fondé
Safo – La Société africaine forestière (en sigle : sur la double prémisse que la gestion durable des res-
SAFO) a été créée en 1994 par la Safricas et la Com- sources ligneuses passe par l’aménagement d’espaces
pagnie de chemins de fer et d’entreprises (CFE), forestiers à grande échelle et que le secteur indus-
originellement sous le nom de Société forestière triel sera mieux à même de financer l’État grâce à un
du Zaïre (SFZ). L’entreprise est installée à Kubulu recouvrement plus aisé, basé essentiellement sur la
(secteur Boso-Simba, terr. Bongandanga), d’où elle surface exploitée et le volume exporté. Derrière cette
exploite les forêts de Boso-Ndjanoa (par Boso-Tokia législation, il y a surtout ce paradigme persistant des
et Tombele) et de Boso-Mosuka. La Safo est titu- effets redistributifs de l’activité industrielle, à la fois
laire d’un titre en territoire de Bongandanga (sect. en ce qui concerne le développement des populations
Yakata). Au début 2014, la mission de contrôle opé- locales par la construction d’infrastructures sanitaires
rée sur le terrain par l’OGF a cependant constaté et sociales en milieu rural (scellée dans la signature
la suspension des activités, en raison de difficultés d’un « cahier des charges » avec la population locale)
financières et techniques auxquelles la société doit et l’augmentation du volume d’emploi au niveau local
faire face depuis 2012, accusant des arriérés de qu’induiraient les activités industrielles. Ces béné-
salaire et l’abandon d’importants stocks de bois abat- fices devaient contrebalancer le manque à gagner
tus depuis 2012 (OGF 2014 : 26). occasionné par la privation de l’usage par les commu-
nautés de leurs forêts : bois domestique, bois d’œuvre,
Autres opérateurs – La Compagnie de transport médicaments, ressources protéinées (chenilles), etc.
et d’exploitation forestière (en sigle : Cotrefor ; ex- À ce jour, ce catalogue d’intentions ne s’est pas vrai-
Trans-M Bois) appartient au groupe libanais Congo ment matérialisé. La corruption à tous les échelons
Futur. Installée à Ndobo (secteur Monzamboli, terr. de l’Administration, l’apathie du Gouvernement,
Bumba), elle détenait l’une des concessions les plus notamment en ce qui concerne l’adoption des décrets
étendues du district (246 000 ha175), de laquelle elle d’application du Code minier, les contradictions et
tirait, en 2011, un volume de production déclaré l’existence de zones d’ombre dans les textes de loi, la
d’environ 13 000  m3 (World Resources Institute faible capacité et l’absence de moyens d’intervention
2013). La société s’est depuis lors retirée de la région, des agents chargés de l’implémentation et du suivi de
la loi sont incriminés (Lawson 2014 ; REM 201 : 393).
L’administration forestière locale à Bongandanga est
175  Selon World Resources Institute (2013). assez faible : les fonctionnaires qui ne disposent pas

312
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

L’exploitation industrielle de l’Afrormosia : un gagne-pain disputé…

Le district de la Mongala est inclus intégrale- mises à l’arrêt et les exportations de parquets, tas-
ment dans l’aire de distribution de Pericopsis elata, seaux et placages sont depuis lors au point mort
nom scientifique de l’Afrormosia. Ce bois à haute (CITES-MECNT 2014 : 40). Dans le même temps
valeur commerciale est très prisé sur les places cependant, le marché pour l’Afrormosia s’est for-
européennes et asiatiques, en raison de ses quali- tement dilaté1. D’une part, le volume d’exporta-
tés esthétiques et techniques. Traité en ébénisterie, tion a explosé, passant d’environ 3600 m3 en 2003
en décoration ou en ameublement, il est valorisé à une moyenne annuelle de 25 000 m3 entre 2010
avec un égal bonheur dans le secteur du bâtiment, et 2012. La géographie des exportations a égale-
dans la construction navale ou dans l’aménage- ment fortement mué. L’Europe, qui s’attirait plus
ment extérieur (Gérard 1998 : 24, cité par : CITES- de 70 % des parts de marché en 2003, représen-
MECNT 2014 : 38). Sa marchandisation représente tait moins de 20 % des importations en 2013. En
un enjeu de taille pour le secteur industriel fores- vérité, le phénomène le plus remarquable est le
tier en RDC, qui est le seul à s’y frotter, et dont glissement du centre dynamique, de l’Europe vers
elle constitue l’un des principaux débouchés. Le l’Asie, et en particulier vers la Chine, laquelle a
niveau réel d’extraction est inconnu, en raison du connu une montée en puissance exponentielle, au
faible niveau de contrôle dont est l’objet le secteur point d’effacer pratiquement tous les autres impor-
forestier (lire par ailleurs). Les quelques enquêtes tateurs. Inexistante en 2003, celle-ci importait
réalisées ces dernières années font état de dépas- près de 30 % des volumes en 2008, et près de 80 %
sements réguliers des quotas d’abattage ainsi que en 2013. Enfin, on enregistre un glissement de la
de l’exploitation d’essences non reprises dans les demande d’un produit brut (grumes) vers un pro-
ACIBO, qui laissent supposer que le niveau d’ex- duit pré-traité (sciages), mieux valorisé2. L’Afror-
traction réel est supérieur à celui consigné dans les mosia représente donc un marché en expansion
documents des sociétés exploitantes. À défaut de qui offre une rente juteuse aux industriels.
constituer un indicateur représentatif, en raison de C’est sans doute ce qui incite la FIB à présenter
la faiblesse de l’échantillon qu’elles reproduisent, son commerce comme « le dernier viatique » pour
les missions de terrain du REM offrent un aperçu le secteur (CITES-MECNT 2014 : 38). Cette asser-
de l’importance locale de l’Afrormosia. L’analyse tion est également à comprendre dans le cadre des
des documents de la Siforco relatifs au titre CCF controverses qui entourent le statut de l’essence,
002/11 (Yakata, terr. Bongandanga) révèle ainsi dont le succès fait craindre à beaucoup une pré-
que pour les années 2012 et 2013, le prélèvement dation fatale à sa survie. La pression extractive sur
d’Afrormosia représentait un peu moins de 23 % les populations d’Afrormosia inquiète et est diffi-
des volumes exploités, soit environ 23 000 m3. Les cilement contrôlable, en particulier en RDC. C’est
documents d’exploitation du titre forestier contigu
CCF 010/11 attribué à la Safo sont beaucoup plus
fragmentaires, seul un ACIBO ayant été examiné ; 1  Les développements qui suivent se fondent sur la base de
données sur le commerce tenues à jour par la CITES, laquelle
en 2012 et 2013, ceux-ci renseignent une propor- reprend à la fois les déclarations des pays exportateurs et
tion légèrement inférieure à 7 % du total enregis- celles des pays importateurs pour les sciages et les grumes.
tré, l’essence Tola lui étant préférée (près de 70 %) Nos calculs ont retenu prioritairement la première série, les
(OGF 2014 : 29 et annexe 5). données communiquées par les pays importateurs étant plus
lacunaires. Dans le cas où une donnée n’apparaît que comme
Depuis dix ans, l’évolution de la conjoncture « quantité importée », il en a toutefois été tenu compte. Pour
et l’émergence de nouveaux consommateurs ont l’année 2013, seules les « quantités importées » sont connues ;
rebattu les cartes de son commerce. Ébranlées par sous peine de fausser la comparaison, elles n’ont pas été prises
la crise mondiale de 2008, qui a pesé sur les com- en compte.
mandes des principaux consommateurs de frises 2 Nonobstant les paramètres liés au prix de revient, les
mercuriales du bois de l’OCC indiquent un différentiel en
et de carrelets (Italie, Espagne, Portugal), l’unité faveur des sciages avivés (standards, chevrons ou frises)
de tranchage de Siforco ainsi que les trois parque- allant de 50 % à 90 % par rapport au prix de grumes de qualité
teries installées dans le pays ont récemment été moyenne (données OCC 2011, valeur FOB).

313
MONGALA

la raison pour laquelle l’essence est classée sur la MECNT, le volume a été ramené à 23 240  m3
liste rouge de l’UICN parmi les espèces considé- pour la saison 2015, tandis que la CITES décidait
rées comme menacées. Depuis 1992, elle figure de sortir l’Afrormosia de RDC des espèces sou-
également sur la liste de la CITES sous l’Appen- mises à une étude du commerce important ; deux
dice II, qui est censée offrir un cadre contraignant décisions contestées par plusieurs organisations
aux pays signataires tenus d’observer certains civiques qui militent pour une suspension du
standards en matière de gestion durable, afin de commerce tant que la RDC se trouve en infrac-
permettre la régénération de l’espèce. Mais l’étude tion vis-à-vis des standards CITES4.
et la qualification de son commerce en RDC ont
subi de nombreux avatars depuis quinze ans. En
dépit d’un avis de suspension émis en 2012 par
le secrétariat du CITES, celui-ci a été maintenu 3  Une ACNP doit servir de base scientifique pour fournir
un quota d’exportation qui ne mette pas l’espèce concernée
jusqu’en 2014 sur la base d’un quota annuel fixé à
davantage en danger.
25 000 m3. Sur la base des conclusions de l’avis de
4  Lire par exemple le courrier commun CIEL/Greenpeace/
commerce non préjudiciable (en sigle : ACNP3) EIA/Global Witness à toutes les parties à CITES (7  juil-
remis conjointement en 2014 par l’ICCN et le let 2014).

de grands moyens de travail, ne sont pas payés ou très litige sont portés à la connaissance du grand public
peu. Pour la plupart, ils ignorent même le nouveau par un panel d’organisations non gouvernementales
Code forestier. À Lisala, les membres de l’administra- influentes : Greenpeace, Global Witness, WWF, etc.,
tion forestière, seraient plus actifs ; ils contrôlent selon lesquelles trouvent également des points d’appui
leurs possibilités les différentes sociétés implantées dans le travail de certains cadres inter-étatiques, tels
sur leur territoire, mais, ironiquement, dépendent que la CITES, la FAO ou le COMIFAC177, ou encore
de ces mêmes sociétés d’exploitation pour leur trans- d’institutions de recherche spécialisées, comme Cha-
port et leur logement, discréditant complètement le tham House, la WRI ou le CIFOR178. En interne, le
contrôle objectif indépendant dont ils sont chargés rôle de sentinelle est également porté par une orga-
(Kjell 2005 : 13). Mais la situation profite avant tout nisation de la société civile congolaise, l’Observatoire
aux opérateurs industriels, qui s’acquittent rarement de la gouvernance forestière (OGF), qui se propose
de leurs obligations. Les cahiers des charges sont en de documenter, de contrôler et d’évaluer les activités
général non respectés, la contribution à l’économie et la situation de la gouvernance forestière179 ; celle-
locale est marginale, les relations avec les populations ci participe ainsi au processus de renforcement du
de base sont souvent difficiles, et le niveau de percep- cadre sentinelle initié par le projet OI-FLEG180. Dans
tion des redevances dues à l’État est insignifiant. chacun des domaines évoqués, la situation faite aux
Le secteur industriel est pointé du doigt par les forêts de la Mongala et aux communautés qui en
organisations de la société civile et les ONG inter- dépendent ne diffère pas de ce qui prévaut ailleurs
nationales, notamment les organisations environ- dans l’Équateur, en Province-Orientale ou dans le
nementales ou de défense des droits de l’homme, Bandundu. Aucune des sociétés installées dans la
avec lesquelles les compagnies forestières entre- région n’échappe aux fourches caudines des détrac-
tiennent une longue histoire conflictuelle. Les griefs teurs de l’option industrielle : la Siforco, la Sodefor et
à l’encontre des compagnies forestières touchent
en particulier à trois registres : l’illégalité des pra- 177 CITES : Convention sur le commerce international des
tiques, l’absence de développement et les relations espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinc-
avec les communautés locales. Alors que l’attention tion ; FAO : Food and Agricultural Organisation ; COMIFAC :
Conférence des ministres en charge des forêts d’Afrique centrale.
des médias sur la situation des forêts primaires en
178  WRI : World Resources Institute ; CIFOR : Center for Inter-
RDC s’est accrue depuis quinze ans176, ces points de national Forestry Research.
179  Site web : [Link].
176  Concernant l’exploitation illégale de bois congolais, lire par 180  OI-FLEG : Observation indépendante de la mise en appli-
exemple Lawson (2014 : 7-8). cation de la loi forestière et de la gouvernance.

314
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

la Sicobois sont toutes épinglées pour leurs manque- et la Safo (Yakata) furent épinglées pour des dépas-
ments à des degrés divers ; les pratiques des socié- sements des volumes de coupe attribués par ACIBO,
tés Cotrefor et Safbois, qui ont aujourd’hui quitté la le phénomène ayant un caractère répétitif en ce qui
région, ont été également critiquées. En tout état de concerne la Siforco. D’autre part, l’observateur indé-
cause, le système actuel ne tient pas suffisamment pendant relevait l’existence, presque systématique
compte de l’intérêt des communautés locales dont sur les sites d’exploitation, de grumes d’essences non
les conditions de vie dépendent de l’accès aux res- autorisées à la coupe. En 2014, le rapport OI-FLEG
sources forestières. signalait ainsi à charge de Siforco l’abattage des
esences suivantes : Bosse, Padouk, Tiama, Dibetou,
a. Les entorses à la légalité Kossipo, Iatandza, Iroko et Doussié (OGF 2014 :
L’exploitation illégale est un fléau en RDC, alors 20). Enfin, l’usage – illicite – de titres artisanaux à
que le pays enregistre l’une des plus fortes progres- des fins industrielles semble être une pratique cou-
sions du taux de déforestation parmi les pays du rante, constatée principalement dans le Bas-Congo,
bassin du Congo. Les compagnies forestières par- le Bandundu et l’Équateur, ainsi que dans les envi-
ticipent de cet état de fait. La légalité de leurs opé- rons de Kisangani (Greenpeace 2012). Nous n’avons
rations est contestée essentiellement sur quatre pas trouvé de témoignages spécifiques à la Mongala,
points : l’octroi des concessions, le respect des per- mais l’ampleur du phénomène laisse supposer que
mis ACIBO (quotas d’abattage, par surface et par cette pratique y a également cours181.
espèce), le respect des procédures d’enregistre-
ment des volumes d’abattage (marquages, etc.) et b. Le mirage du développement et les relations
l’abus des dispositions du Code forestier (détour- avec les communautés locales
nement de titres artisanaux). Concomitamment à Les critiques les plus virulentes contre les com-
l’adoption du Code forestier, était voté, en 2002, un pagnies forestières portent sur la situation endurée
moratoire sur l’attribution, le renouvellement ou la par les communautés locales concernées par les abat-
restructuration de titres forestiers, tant que n’était tages industriels. En 2005, un rapport financé par la
pas régularisée la situation héritée du lacis écono- Rainforest Foundation signalait que les travailleurs
mico-politique de la période de guerre dont profi- locaux de la Sicobois à Lisala étaient hébergés avec
tèrent de nombreux opérateurs pour s’accaparer à leurs familles sous des toits de fortune et exposés à
bas prix de larges parts du domaine forestier congo- de nombreux accidents, en raison des conditions de
lais, principalement dans une optique spéculative. sécurité défaillantes, indiquant la vétusté du matériel
La régularisation du secteur nécessitait, en effet, employé. Compte tenu de leur faible qualification,
dans le même temps, une remise à plat des contrats les travailleurs locaux étaient confinés à des tâches
négociés durant la guerre à travers la révision des de main-d’œuvre et percevaient un salaire journalier
titres existants. Or, au contraire, il fut constaté une limité à 300 FC, soit moins d’un euro ; dans la conces-
inflation de l’octroi de titres entre 2002 et 2005, dans sion voisine de la Soforma, le salaire n’excédait pas
des conditions souvent opaques. Une tendance qu’a 200 FC, un montant indicatif de la valeur limitée de la
dénoncée dans un rapport Greenpeace (2007), qui contribution à l’économie locale (Kjell Kühne 2005).
met en cause quelques-uns des principaux opéra- La société Sicobois accumule, depuis son instal-
teurs implantés dans la Mongala : la totalité des titres lation, les conflits avec les communautés locales :
fonciers dont était alors titulaire la Cotrefor (alors Greenpeace (2007 : 57 ; 2014) a notamment docu-
Trans-M), dont la GA 035/05 (terr. Bumba), furent menté les cas des tensions avec les communautés
acquis après 2002 ; la Sodefor (groupe NST), alors de Mondunga (2005 et 2013) et Bolongo-Bosuwa
titulaire de deux titres à Bumba et Lisala, était éga- (2005), alimentées par l’exécution partielle des enga-
lement mise à l’index ; enfin Sicobois (Lisala) était gements sociaux, les allégations d’abattages irrégu-
suspectée par l’ONG de manœuvres similaires. Les liers sur des parcelles communautaires et les relations
faits reprochés ne s’arrêtent pas là. En 2011 et 2014, délétères qu’entretiennent ouvriers de la compagnie
l’observateur indépendant mandaté par le Gouver-
nement congolais pour examiner la conformité des
181  En 2013, le rapport REM relevait que 94 % des permis arti-
pratiques forestières avec la législation congolaise a
sanaux distribués en 2009, 2010 et 2011 l’ont été à des personnes
visité sept des quatorze titres industriels attribués morales (sociétés), donc « en violation de la réglementation »
dans la Mongala. La Siforco (Engengele puis Yakata) (REM 2013 : 13).

315
MONGALA

Le « scandale » de Yalisika : un cas extrême et emblématique

La Siforco est coutumière des conflits avec les le village de Bongulu1. Et l’armée y aurait com-
communautés locales. Une fois franchi le palier mis des exactions (violences, arrestations arbi-
de la contestation physique (blocage de routes, traires, viols et destruction de bâtiments). Suite
confiscation de matériel, séquestration du per- à ce scandale2, dénoncé par de nombreuses ONG
sonnel, etc.), la résolution du litige prend une (Greenpeace, Swisspeace, European Center for
tournure assez systématique. Le cas de l’affaire Constitutional and Human Rights [ECCHR],
de Yalisika ne se distingue des autres cas que par etc.), le Forest Stewardship Council (FSC) s’est
l’ampleur des exactions commises et les répercus- dissocié du groupe Danzer (cf. site officiel FSC).
sions (inter)nationales qu’elles ont produites. L’af- Une décision qui intervient suite à une enquête
faire renvoie à un incident survenu en 2010 dans approfondie qui a confirmé l’implication de
le village de Bosanga, appartenant au groupement Siforco dans des activités définies comme inac-
Yalisika (terr. Bumba) (Krummenacker 2013 : 2), ceptables dans la politique du FSC (Krumme-
mais elle intervient dans une chaîne d’événements nacker 2013 : 2, 7). Le groupe a vendu l’ensemble
plus anciens. Il semblerait que ces houleuses de ses opérations d’exploitation forestière indus-
querelles aient commencé dès l’implantation du trielle en RDC en cédant, le 23  février  2012, sa
groupe à Engengele (1989-1990). La Siforco aurait filiale Siforco à l’américain GBE3 déjà présent
exploité les forêts de Yalisika entre 1993 et 1996 dans la Mongala dans l’exploitation de l’huile de
et entre 2003 et 2005, année où elle a définitive- palme4. Siforco et les communautés locales ont
ment renoncé à l’exploitation de cette zone (REM signé un nouveau protocole, le 14/15 mai 20135.
2011b : 7). Selon son rapport de bonne gestion,
publié en 2010, la Siforco aurait signé plusieurs
protocoles d’accord (cahiers des charges) en 2005
et 2007 définissant ses propres obligations envers 1 Selon Krummenacker (2013 : 2), il s’agit du village de
les populations riveraines (Siforco 2012 ; Kasabule Bosanga.
2012). Excédée devant le non-respect continu des 2  Voir notamment le chronogramme du conflit avec Siforco
protocoles sensés sceller les engagements de la dans REM (2011 a et b : 12-15).
société, la population de Yalisika s’est mobilisée 3 D’aucuns expliquent la vente de la filiale de Danzer à
Blattner par le fait que la société était alors acculée par les
en 2010 contre Siforco. Des équipements furent dettes.
notamment confisqués (un panneau solaire, un 4  Site officiel de Siforco ; ACP 2012 ; Énergie, Environnement
appareil de phonie, cinq batteries). En réplique, et Ressources EER PP 2014/03 ; Kasabule 2012.
la Siforco s’est retranchée derrière l’armée en lui 5  Pour plus d’informations concernant l’accord et son suivi,
commandant une intervention spéciale dans voir Krummenacker (2013 : 7).

et populations locales. Cette situation n’est pas l’apa- taire, d’entretenir des ponts et ponceaux en béton,
nage de la seule Sicobois : elle concerne la majorité etc. Ces tensions se soldent par des confrontations
des compagnies engagées en RDC, dont la Siforco, violentes sur le terrain entre les différents protago-
qui entretient elle aussi une relation d’antagonisme nistes (Monsembula 2014 : 2) qui suivent généra-
avec les populations locales (lire encadré). L’exécu- lement le même schéma : au mécontentement des
tion du cahier des charges est souvent à l’épicentre villageois succèdent des manifestions, confiscations
des tensions. Une divergence de vue opère systéma- et sabotages de matériel appartenant à la société
tiquement sur son élaboration, laquelle donne lieu à industrielle, puis la répression, sévère, des forces
des myriades de revendications de la part des com- armées derrière lesquelles se retranchent les sociétés
munautés locales occupant les territoires concernés industrielles, exposant les villageois aux dérapages
par la coupe du bois. Ces cahiers contiennent, entre quasi systématiques qu’elle entraîne. Seuls quelques
autres, des obligations pour la société exploitante de cas sont portés à la connaissance générale, dont une
construire des écoles en matériaux durables et des fraction atteint l’international, le plus souvent par
centres de santé équipés en matériel médico-sani- la médiation des organisations citoyennes et envi-

316
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

ronnementales. La couverture médiatique de cer- 4. PROJETS DE ZONAGE ET CRÉATION DE RÉSERVE


taines affaires aboutit dans certains cas au retrait des NATURELLE : VERS LA PRÉVENTION DES
activités des sociétés incriminées182 ; elle mène plus CONFLITS COMMUNAUTAIRES ET
rarement à une modification réelle des pratiques de
gestion sur le terrain.
LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT
Les tensions s’introduisent également au sein des
communautés, entre les membres travaillant pour
4.1. PROJET DE ZONAGE
le concessionnaire et ceux qui s’opposent à l’exploi- L’une des étapes cruciales du processus de mise
tation des forêts de la communauté. Ces derniers en œuvre du Code forestier en RDC est le zonage
dénoncent le fait que les exploitants détruisent la des forêts. Le zonage trouve son fondement dans
forêt, font fuir le gibier, coupent les arbres à che- la loi n°  011/2002 du 29  août  2002, portant Code
nilles, créent des endroits de couvaison des mous- forestier, qui définit trois catégories de forêts (forêts
tiques, etc. En résumé, ils privent la communauté de classées, forêts protégées et forêts de production
ses moyens de subsistance en l’exposant à de nou- permanente). Il permet de déterminer ces catégories
veaux dangers. d’une manière transparente et rationnelle, avec la
Même lorsqu’elles sont informées de projets participation de toutes les parties prenantes (admi-
d’exploitation ou plus généralement des contours de nistration, secteur privé, société civile, populations
la politique forestière, les populations de base n’ont locales). Il sert à prévenir les conflits entre les diffé-
pas souvent l’occasion de faire entendre leur voix. rents acteurs qui sont contraints de partager les res-
Les initiatives locales de dialogue existent toutefois sources forestières (Musampa Kamungandu 2009).
en certains endroits. Elles aboutissent parfois à la Avec le soutien d’USAID (programme CARPE)
publication de synthèses dont la teneur indique la et de la Banque mondiale, un plan de zonage est en
méfiance qu’elles entretiennent vis-à-vis d’un sys- train d’être mis sur pied et réalisé dans trois provinces
tème dont elles ont du mal à percevoir les retombées congolaises : Équateur, Bandundu, Province-Orien-
positives pour leurs membres. En 2010 ainsi, une tale, avec des limites territoriales, négociées avec les
commission diocésaine se tenait à Bongandanga, populations et les autorités locales, et cartographiées.
à la faveur de laquelle furent mises sur papier les « L’ambition de l’État est d’obtenir, au terme du pro-
revendications et besoins vitaux des communautés cessus de zonage, un plan élaboré de manière partici-
du lieu. Elle indique une posture de défiance de la pative, accepté et connu par les différents utilisateurs
part de la population qui a expérimenté par le passé et gestionnaires des ressources forestières » (RDC/
les failles de l’encadrement des activités forestières. MECNT 2009 : 16). Le processus de zonage a l’ambi-
Selon elle, la gestion actuelle de la forêt ne pourra tion de mettre fin aux conflits actuels au sujet de la
jamais mener vers un quelconque développement. terre. Il va permettre de clarifier et de sécuriser les
Les pratiques des sociétés industrielles ne feront droits des utilisateurs de la terre et prévenir ainsi les
qu’attiser les conflits tant que la plupart des commu- conflits locaux et le dépouillement foncier des com-
nautés seront privées de leurs forêts (communautés munautés locales (Ibid.). Le premier projet « pilote »
locales) situées dans les concessions industrielles a été réalisé en Équateur, à Bumba et Lisala : « La pre-
(CDRN 2010). mière expérience pratique réalisée dans le pays l’a été
dans une zone pilote de près de deux millions d’hec-
tares (Lisala-Bumba-Businga, province de l’Équa-
teur), de 2003 à avril 2005, et de 2005 à 2008, projets
qui étaient appuyés par la FAO et le Gouvernement
des Pays-Bas » (Malele Mbala 2010).
D’autres initiatives en parallèle pour améliorer
le zonage national ont été testées avec des approches
méthodologiques spécifiques, notamment la création
du paysage Maringa-Lopori-Wamba183. Ce paysage

182  Ce fut par exemple le cas de Cotrefor, qui a soudainement


quitté Bumba pour Ingende, sans fournir aucun des bénéfices 183  L’arrêté ministériel n°  106/CAB/MIN/ECN-T/15/JEB/009
promis aux communautés locales (Monsembula 2014 : 4). du 20 août 2009, portant dispositions relatives à l’exécution du

317
MONGALA

englobe également une fine partie de la Mongala, au fiant de villages basés sur les principaux axes de
sud du fleuve Congo, dans le territoire de Bongan- communication, n’atteignant pas les communautés
danga. En 2004, c’est l’African Wildlife Foundation, autochtones habitant au cœur de la forêt. Ce type de
qui initie le paysage de la Maringa-Lopori-Wamba, zonage « photo-satellite » ne permet pas de localiser
financé par l’USAID à travers le Central African les village et campements des Pygmées enfouis sous
Regional Program for Environment (CARPE). L’ob- les arbres de la forêt, pas plus que les sites vitaux et
jectif stratégique de ce projet est de réduire la destruc- sacrés pour les communautés traditionnelles. Ce
tion de l’habitat et la perte de la biodiversité à travers type de zonage, de surcroît, n’identifie pas les limites
une meilleure gouvernance des ressources naturelles des terres coutumières et traditionnelles des com-
à un niveau local, régional et national, sur l’entièreté munautés. Il ne peut donc permettre l’identification
du paysage dont la nouvelle réserve de Lomako-Yoko- des différentes utilisations des forêts par les commu-
kala184 fait partie intégrante. African Wildlife Foun- nautés locales (conservation/exploitation), au risque
dation (AWF) opère en étroite collaboration avec le de générer de sérieux conflits entre eux et les autres
MECNEF (le ministère de l’Agriculture et le minis- acteurs intervenant, qui ne respecteraient pas ces
tère du Développement rural) et supporte l’ICCN limites. Le zonage du côté de Lisala-Bumba est cri-
pour implémenter son programme s’accordant avec tiqué par Kjell Khüne. Selon lui, peu de personnes
le document stratégique pour la conservation de la parmi la population autochtone semblent avoir été
nature (AWF 2006). Selon Cédric Vermeulen (2013 : mises au courant. Il semblerait que les chargés du
231), l’étude de Nackoney & Williams (2013) sur le projet aient évité autant que possible les désagré-
paysage Wamba-Lopori tente, par la consultation des ments du travail de terrain (Kjell Khüne 2005 : 24).
acteurs, d’optimiser des scénarios d’expansion agricole
à l’horizon 2015, pour un meilleur développement 4.2. CRÉATION DE LA RÉSERVE LOMAKO-YOKOKALA
local et une meilleure conservation de l’écosystème.
Les projets de zonage-pilote, concoctés par La réserve de faune de Lomako-Yokokala
la Banque mondiale pour le site de la région de (RFLY), créée par un arrêté du ministère de l’Envi-
Maringa-Lopori-Wamba, ont été critiqués par les ronnement, le 28  juin  2006 (n°  024/CAB/MEN du
organisations des autochtones en RDC, en 2005, au 28  juin  2006 et par décision ECN-EF/2006) sous
niveau de la méthodologie employée. « […] Ce projet l’insistance de l’African Wildlife Fund (AWF) et de
est en train d’être mené d’une manière étonnamment l’ICCN est une aire protégée de la République démo-
hâtive, non participative et non transparente. En cratique du Congo (RDC/MECNT 2009  : 35186 ;
effet, d’après nos investigations, dans la région pilote, Mwarabu Kiboko 2006). Partie intégrante des forêts
les équipes des enquêteurs envoyées sur le terrain se tropicales du bassin du Congo, elle est située dans le
sont contentées, au lieu d’une véritable consultation, Centre-Nord du pays, partagée entre les territoires
de parcourir quelques villages, de poser quelques de Bongandanga et Befale, respectivement dans les
questions de curiosité à quelques habitants mal district de la Mongala et de la Tshuapa. La réserve
informés sur l’objet de la visite, de prendre quelques est limitée au nord par la rivière Yokokala et au sud
photos pour enfin retourner en ville et élaborer leurs par la rivière Lomako, et s’étend sur une superficie
rapports […]185 » de 3 625 km2 (362 500 ha) (RDC/MECNT 2009 : 36 ;
Ces zonages auraient été réalisés au moyen de Elanga Bolumbo Entanga et al. 2014 : 43). Se cal-
photos satellites, les consultations opérées sur le quant sur la classification des aires protégées, la RFLY
terrain se seraient limitées à un nombre insigni- appartient à la catégorie187 II (parcs nationaux). La
réserve, gérée par l’ICCN, protège plusieurs espèces,
projet de zonage participatif dans le landscape Maringa-Lopori- comme le bonobo ou chimpanzé nain (Pan panis-
Wamba (Atlas forestier… 2009 : 16). cus), l’éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis), le paon
184  La réserve de faune officiellement créée (promulguée dans congolais (Afropavo congolensis ), le pangolin (Manis
le Journal officiel) en 2006 est également un projet soutenu par
l’AWF, African Wildlife Foundation.
185  Informations mises en ligne sous forme de lettre de 186  Cf. Tableau Aires protégées de la RDC par catégorie.
doléance de la part des organisations des autochtones pygmées 187 Catégorie désignée pour la protection de la biodiversité
et accompagnant les Pygmées en République démocratique du naturelle de même que la structure écologique et les processus
Congo, s’adressant au représentant de la Banque mondiale à environnementaux sous-jacents et pour promouvoir l’éducation
Kinshasa (Organisations des autochtones pygmées… 2005). et les loisirs (Elanga Bolumbo Entanga et al. 2014 : 44).

318
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

javanica), le pangolin géant (Maniscus gigantea) ou des infrastructures, les guerres et l’effondrement de
l’antilope bongo (Tragelaphus eurycerus), etc. Au l’agriculture vers l’activité de chasse et le commerce
total, la réserve loge plus d’une vingtaine d’espèces de viande de brousse (situation exacerbée par la
de grands mammifères et une dizaine de familles. La présence des anciens ouvriers de Siforce, des Kita-
végétation y est luxuriante188. walistes et des Batswa) (Elanga Bolumbo Entanga et
L’ensemble de la population riveraine de la RFLY al. 2014 : 48). En plus de l’exploitation forestière, la
est estimée à 438 023 habitants, dont les trois quarts pression démographique, et avec elle, le braconnage
(325 028 hab.189) habitent dans la partie de la réserve constitue une menace pour la réserve. Les instances
appartenant au territoire de Bongandanga. L’accrois- gouvernementales tentent, depuis la création de
sement de la population à Bongandanga constitue celle-ci, en 2006, de fermer les marchés réputés, où
l’une des menaces pour la réserve. Le groupe mongo, la viande de brousse est commercialisée, et d’évacuer
qui vivait au départ de l’agriculture et de la cueillette, les Kitawalistes en dehors des limites de l’aire proté-
s’est tourné de plus en plus, avec la désagrégation gée. De même,

« la population renoue petit à petit avec l’agriculture et


188  Pour plus d’informations, voir : Elenga Bolumbu Entanga les autres initiatives d’appui (pêche communautaire,
et al. (2014).
bio monitoring, encadrement paysan, etc.) offertes par
189 Équivalent, à deux personnes près, aux chiffres de l’INS
le Gouvernement congolais et ses partenaires (AWF/
(2004) pour le territoire de Bongandanga (352 026). L’auteur
entend par riverain les personnes habitant dans le territoire. La AFD, World Fish Center, CARPE/USAID, Abraham
plupart n’habitent pas la réserve proprement dite. Foundation, PACEBCo/COMIFAC, etc.) (Ibid. : 49).

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322
CHAPITRE 20
ÉBAUCHE D’UNE ÉTUDE DÉMOGRAPHIQUE

INTRODUCTION vement esquissés renvoient à une situation ancienne


déjà rapportée à la fin du XIXe siècle dans les témoi-
En 2011, le père Léon de Saint Moulin publiait un gnages de voyageurs européens.
atlas de la RDC. La carte des densités de population Les contrastes qui marquent l’organisation du peu-
estimées en 2010 y figurant indique une zone foncée plement ainsi que leurs facteurs historiques méritent
en forme de « camembert », dont la base épouse le qu’on s’y attarde. La caractérisation de son évolution
cours de l’Ubangi le long des territoires de Libenge depuis l’indépendance dans le cadre de ses terri-
et de Kungu pour pousser sur la rive droite du fleuve, toires est ensuite développée essentiellement sous
jusqu’à la limite orientale du territoire de Bumba (de l’angle statistique. Enfin, le phénomène de l’urbani-
Saint Moulin 2011a : 25). L’intégration de la Mongala sation en tant que facteur-clé de l’évolution démo-
à cet espace distingue le district des régions voisines, graphique, qui a touché en particulier les centres de
généralement moins performantes : considéré dans Lisala, Bumba, Bongandanga et Binga sera évoqué.
le temps, on observe que derrière le Sud-Ubangi plus Ce chapitre n’épuise naturellement pas l’étude de la
dynamique, cet écart avec les autres districts de la question, puisque des paramètres essentiels n’y sont
province et le Bas-Uele limitrophe s’est creusé depuis pas (ou très superficiellement) abordés : citons par
l’indépendance (graphique n° 20.1). exemple, et sans être exhaustif, l’analyse des mouve-
Déployée de part et d’autre du fleuve dans le ments de population, du rapport hommes-femmes,
nord de l’Équateur, la Mongala est en fait rattachée à de l’évolution du découpage par classes d’âges et,
deux systèmes : un premier, participant de la bande partant, de la population potentiellement active, de
de forte population qui s’étend le long d’un axe de la santé (un encadré en fin de chapitre évoque très
Kungu dans le Sud-Ubangi à Bumba, seulement brièvement les pratiques de contraception, l’encadre-
interrompu par un espace plus faiblement peuplé ment des parturientes et la prévention du VIH), de la
correspondant à la partie orientale du territoire taille des familles, etc. Il y a à cela plusieurs raisons, la
de Lisala ; un second, à partir de la rive gauche du principale renvoyant aux informations disponibles.
fleuve, incorporé à la cuvette centrale, et caractérisé Depuis la fin des années 1930 et jusque dans les
par de faibles niveaux de population. Le premier se années 1960, la dénatalité a fixé l’attention de l’Ad-
déploie en auréoles de densités autour de la ville de ministration, et de géographes et démographes sur
Bumba, laquelle constitue, toute proportion gardée, les populations dont la fécondité était jugée en défi-
le pendant démographique de Gemena pour le dis- cit. Singulièrement exposée, la province de l’Équa-
trict de la Mongala. La partie ouest organisée autour teur a bénéficié à ce titre d’un éclairage particulier
de Binga et d’Akula est, quant à elle, le prolongement dans ce domaine. La qualité des recensements effec-
direct des zones de densités moyennes à fortes du tués durant l’époque coloniale varie d’une période à
sud-ouest du Sud-Ubangi (terr. Budjala). Le second l’autre : il est admis que celle-ci connut un pic à la fin
se fond dans le marasme démographique caracté- des années 1930, l’Administration ne parvenant plus,
ristique d’une grande partie de la cuvette, couverte par la suite, à regagner le niveau de contrôle qu’elle
d’une végétation primaire abondante. Ces traits hâti- a eu alors sur les populations rurales. Il reste que la

323
MONGALA

Graphique 20.1. Évolution comparée de la population estimée de la Mongala, parmi les


districts de la province de l’Équateur (1958-2010)190

Sources : d’après : Ngondo a Pitshandenge, de Saint Moulin & Tambashe (1992 : 494-495) (années 1958 à 1994) ; de Saint Moulin.

190

fiabilité de ces données est de façon générale supé- résultats du premier recensement ont très proba-
rieure à la plupart de celles produites après l’indé- blement été surestimés (de 10 % en moyenne), ceux
pendance. Ces dernières sont grevées d’une double de 1984, plus rigoureux au plan scientifique, ne sont
hypothèque : d’une part, la diminution des moyens pas contestés. Les études réalisées ultérieurement
matériels et humains pour procéder à de telles opé- par de Saint Moulin et quelques-uns de ses collègues
rations ; d’autre part, le parasitage par la raison poli- (Ngondo a Pitshandenge, Tambashe Oleko) pallient
tique qui s’est manifesté en plusieurs endroits jusqu’à partiellement l’absence de recensement depuis lors.
très récemment sous la forme d’une manipulation Celles-ci offrent des résultats quelquefois suspects
(à la hausse ou à la baisse) des chiffres officiels de mais elles ont le double avantage de la transparence
population, par exemple à des fins de représentation de la méthode et de l’exhaustivité spatiale. Dans ses
politique. À cela s’ajoute le fait que les registres de travaux rétrospectifs, de Saint Moulin a levé une
l’état civil sont généralement incomplets, les nais- autre barrière à l’interprétation historique : celle de
sances ou les décès n’étant pas toujours déclarés, en l’évolution des espaces administratifs191. Une fai-
particulier dans le cas de bébés mort-nés. Ce sont blesse réside sans doute dans le fait que les déplace-
pourtant ces statistiques que l’on voit reproduites ments de population ne sont pas pris en compte. Or,
dans les documents officiels et une bonne partie de ce phénomène qui, a priori, est temporaire a, en cer-
la littérature relative au Congo (lire par exemple les tains lieux, tendance à devenir permanent. Ces pro-
monographies de l’Équateur éditées par le PNUD ductions statistiques sont le plus souvent en décalage
[1998 et 2005]). Ces quelques considérations sur avec les chiffres officiels.
les défaillances des données démographiques pro- Ainsi, des différences nettes apparaissent entre
duites par l’Administration nous incitent à nous en les statistiques de l’Institut national des Statistiques
détourner autant que possible pour nous reporter (INS 2004) et les estimations de Léon de Saint Mou-
sur d’autres travaux. Parmi ceux-ci, il y a d’abord lin, nettement inférieures. Les statistiques en pro-
les recensements de 1970 et de 1984 qui, avec les venance du territoire de Bumba (Inspection de
enquêtes démographiques de 1956-1957 consti-
tuent des points d’ancrage incontournables. Si les
191  La Mongala a connu à ce niveau une évolution mouvemen-
tée ; les délimitations actuelles n’ont été fixées qu’en 1976. Pour
plus de détails, se reporter au chapitre « Composition territoriale
190  Selon les délimitations territoriales actuelles. du district », page 151.

324
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Tableau 20.1.  Évolution démographique : divergence des sources (1994-2004).

SNSA & INS(1) Estimations indépendantes(2)


Subdivisions
1994 2004 1994 2004
Lisala 296 804 421 005 304 196 404 120
Bumba 500 296 735 669 504 042 664 576
Bongandanga 219 231 325 026 186 704 227 595
Mongala 1 016 331 1 481 700 994 943 1 296 291
ÉQUATEUR (Province) 4 974 957 7 391 082 4 789 310 6 136 860
Sources : (1) SNSA (Ministère de l’Agriculture … 1998 : 17) & INS 2004 (RDC, Ministère du Plan 2005 : 32) ; (2) Ngondo a Pitshandenge,
de Saint Moulin & Tambashe Oleko (1992 : 495) & de Saint Moulin (2006b : 104).

l’agriculture) sont encore plus surprenantes, tant tie nord de l’espace correspondant à l’actuel district
elles sont en décalage avec les précédentes. Comme de la Mongala est intégrée à la bande de fort peuple-
la production agricole de l’Inspection du district, ment au nord du 2e parallèle N qui s’étend de Zongo
qui semblerait surévaluée, la population serait à l’ouest, à Bumba à l’est. Bongandanga, quant à lui,
surestimée. Le territoire de Bumba compte, selon fait partie de la zone peu peuplée de la cuvette
les données statistiques du rapport annuel (2014), centrale.
1 007 641 habitants soit plus de 200 000 personnes L’îlot de peuplement du Nord avait déjà été
par rapport aux estimations de de Saint Moulin en observé et commenté dès la fin du XIXe siècle par
2010 (799 102 habitants)192. les premiers explorateurs européens, dont Stan-
Enfin, certaines populations restent aujourd’hui ley. Ceux-ci ont directement souligné l’importance
encore très mal connues. C’est le cas des Bambenga, démographique et sociale le long du fleuve, y com-
peuple habitant la forêt profonde, dont les données pris à Bumba (de Saint Moulin 2010 : 105). Nom-
démographiques les concernant sont encore secto- breux sont ceux à avoir mentionné dans leurs récits
rielles, fragmentaires et peu fiables. Elles existent de voyage « la situation démographique contrastée
pour ceux habitant le Sud-Ubangi mais sont encore de ces nouveaux territoires194 », plus précisément,
inexistantes pour les populations bambenga réparties une différence de peuplement au sud et au nord du
le long des axes Abuzi-Bumba et Businga-Lisala193. deuxième parallèle195. En plus de ramener ces rap-
ports souvent limités, quelquefois contradictoires et
forcément subjectifs à leur juste valeur scientifique,
il ne faut pas perdre de vue le fait que ces observa-
1. UN ESPACE DE CONTRASTES ANCIENS tions furent faites à partir des cours d’eau : un point
de vue qui constitue en lui-même un biais, puisqu’il
1.1. ÎLOTS DE PEUPLEMENT : PRÉMICES DU s’agit de zones naturellement plus peuplées que l’in-
PHÉNOMÈNE D’URBANISATION ? térieur des terres, moins accessible. Ces estimations
sont donc sujettes à caution dans certaines régions et
Une des grandes particularités de la Mongala d’aucuns suggèrent que la population aurait été lar-
réside dans la variété des densités démographiques gement surestimée (Romaniuk 1967 : 130 ; Tshilema
selon les régions (Willame 1965 : 15). La Mongala 1974 : 71-72).
présente, en effet, une démographie variable selon Stanley sera le premier à observer une grande
que les territoires sont situés au nord (comme ceux agglomération à Gundji, sur la rive gauche du
de Lisala et Bumba) ou au sud du fleuve Congo fleuve ainsi qu’une population nombreuse sur les
(Bongandanga) (Huysecom-Wolter 1964 : 6). La par- hauteurs d’Upoto, sur la rive droite. Il estimait alors

192  Ces données de l’inspecteur agricole sont données au lec- 194  Lire Hanssens dans le Congo illustré (1894 : 30).
teur à titre informatif. Pour l’ensemble des secteurs (cf. tableau 195 Voir Van Gele (1896), Le Mouvement géographique &
n° 20.4). Heymans (1897), Le Mouvement géographique, cités par Kajyib-
193  Lire par exemple sur ce point : PARSSA, RDC (2009 : 16). wami (1974 : 50).

325
MONGALA

la population des cours d’eau explorés à 806 300 cependant être exclusivement incriminée, certaines
âmes196. Plus tard, Alexandre Delcommune et traces témoignant localement d’un dépeuplement
Wilwerth apporteront à leur tour d’autres témoi- plus ancien, nous y reviendrons.
gnages sur l’importance d’Upoto et les densités Jusqu’à la fin des années 1950, le rôle de l’urba-
considérables de son hinterland. Coquilhatville nisation reste marginal. Loin d’être une création
estime le nombre des Bangala – qui formaient alors coloniale, le schéma du réseau d’agglomérations
à ses yeux une confédération s’étendant jusqu’à la initial correspond aux anciens courants d’échanges
rivière Mongala – à 110 000 habitants (Tshilema et à l’organisation de cet espace de peuplement bien
1974 : 73). Ces informations ont été récoltées avant avant la colonisation (de Saint Moulin 2010 : 31). À
l’arrivée de la maladie du sommeil et ses ravages l’origine, les agglomérations198 repérées par Stanley
démographiques qui changeront ultérieurement étaient celles d’Upoto-Gombe, Bumba, Bas-Yam-
la donne. En ce qui concerne l’intérieur des terres, binga et Haut-Yambinga, etc. Suite à la guerre menée
différents témoignages attestent de régions démo- contre les Bangala, qui furent soumis en 1888, des
graphiquement denses au sud du district, habitées postes secondaires seront installés le long du fleuve
par les Mongo et les Ngombe. Il y aurait quelques pour mieux contrôler la population. Ceux-ci s’établi-
centres peuplés le long de la Lopori (régions fores- ront près des anciens points de peuplement (Umangi,
tières) et des zones très faiblement occupées (régions Upoto, Yambinga, dont nous venons de faire mention
marécageuses). Ces observations assez frustes sont au paragraphe précédent) choisis selon des critères
retranscrites à l’époque sur les premières cartes géo- stratégiques. Parallèlement des entreprises privées
graphiques, encore très peu précises, qu’elles datent installeront leurs affaires ; c’est ainsi que la société SAB
de 1895 (Goffart), de 1928 (de Jonghe) ou de 1938 s’établira à Gongo199 et plus tard l’Anversoise à Mobeka
(Robert) (Kajyibwami 1974 : 51). De celles-ci, on (à l’embouchure du fleuve Congo), qui deviendra
retiendra l’essentiel : les régions au nord du fleuve son siège. L’installation des missions religieuses
y apparaissent plus peuplées, en particulier les s’effectue également selon les mêmes logiques, dans
alentours de Bumba, témoignant d’une occupation les endroits fréquentés, afin d’assurer leur mission
anthropique importante ; Bongandanga présentait, d’évangélisation. C’est ainsi que des catholiques s’im-
en revanche, un faible niveau de peuplement. plantent à Lisala, Bumba, Alberta (Ebonda), Boso-
Quoique convergents dans l’ensemble, les cartes Manzi, Boyange et Umangi, et plus tard à Bolonge et
et les récits d’explorateurs font apparaître certaines à Yambuku, construisant systématiquement un poste
divergences, lorsqu’ils sont confrontés. Le change- de mission, une maternité et un hôpital (Atlas géné-
ment majeur se situe au niveau du peuplement des ral du Congo 1950)200. Bien qu’en retrait par rapport
rives : tandis que les explorateurs sont unanimes sur aux catholiques, les protestants sont également pré-
la densité importante de la population riveraine, sents : ceux-ci s’installent à Upoto, Pimu et Bongan-
les cartes postérieures à l’implantation européenne danga (Atlas général du Congo 1955)201. Par la suite,
font état de rives peu peuplées. Cette différence peut au fur et à mesure de la multiplication des plantations
tenir à l’affinement des connaissances sur l’état des et sociétés industrielles, des échanges commerciaux
populations, notamment avec les premiers recense- parallèlement au déploiement des routes, les villages
ments et leur amélioration au fil du temps, mais elle se multiplieront le long des nouvelles voies de com-
nous semble traduire davantage un phénomène réel : munication. La carte de localisation de la population
la désertion des rives provoquée par le cortège des par points pour la province de l’Équateur (Gourou
conséquences de l’occupation coloniale (propaga- 1955) illustre le phénomène.
tion de maladies, extermination de population suite Lisala doit sans doute son développement origi-
à des exactions, fuite devant l’imposition en caout- nel à l’installation, en 1905, d’un camp militaire de
chouc197, etc.). Aussi violente fût-elle, celle-ci ne peut
198  On ne parle pas encore d’urbanisation.
196  Selon Stanley : Upoto-Gombe : 6000 âmes ; Bumba : 1000 ; 199  Le chemin de fer reliant Gongo à Mongana est visible sur la
Bas-Yambinga : 8000 ; Haut-Yambinga : 8000. carte administrative dressée par A. Massart (1953).
197 La population de Bongandanga, par exemple (chefferie 200  Cf. carte des missions catholiques dressée par le père van
Lilangi), qui comptait 3000 contribuables en 1908 n’en compte Wing (1951).
plus que 470 en 1930. La chefferie Bongandanga, qui comptait 201  Cf. cartes des missions protestantes dressée par H. Wakelin
90 villages, n’en compte plus que 6 en 1930. Coxill (1954).

326
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

la Force publique, auquel fera suite sa promotion En 1955, Pierre Gourou notait l’existence de
comme chef-lieu du district des Bangala en rempla- cette fameuse bande de fort peuplement dans le
cement de Nouvelle-Anvers (actuelle Mankanza), Nord du Congo, le long du 3e parallèle N, traversant,
un statut que la ville conservera jusqu’à aujourd’hui. à l’ouest, la région Gemena-Businga et limitée au
C’est en partie pour répondre à l’augmentation de sa nord par une zone faiblement peuplée correspon-
population qu’est créé, en 1935, le centre extra-cou- dant à l’actuel Nord-Ubangi. Quelques années plus
tumier (CEC) de Lisala, laquelle recense alors parmi tard, prolongeant les travaux de Gourou, Claudine
ses habitants 1338 Africains (Schatzberg 1980 : 4). Huysecom-Wolter a affiné l’étude des populations
En 1958, plus des trois quarts de la population de rurales de l’Équateur202. Elle relevait ainsi une « forte
la province de l’Équateur vivait en milieu coutumier, opposition entre la situation démographique des
contre un cinquième de la population considérée territoires au nord du deuxième parallèle (Banzy-
comme « extra-coutumière », vivant dans les CEC ville, Bosobolo, Budjala, Bumba, Businga, Gemena,
de Lisala, Bumba, Businga, les missions, les cités Kungu, Libenge, Lisala) et celle des territoires au sud
indigènes, centres administratifs, etc. L’importance de ce parallèle » (Huysecom-Wolter 1964 : 6). Cette
des extra-coutumiers varie d’un territoire à l’autre, démarcation se trouve confirmée par les résultats des
les plus grosses concentrations se situant le long du enquêtes de 1956-1957 : les territoires de Bumba et
fleuve Congo et d’un de ses affluents (la Mongala). de Lisala affichent alors des densités supérieures à la
À Bumba, la population extra-coutumière est de moyenne provinciale (5,35 hab./km2), avec respecti-
21 %, à Lisala, de 39 % et à Bongandanga, de 33 %. vement 11 hab./km2 et 6 hab./km2, pour seulement
Par rapport aux districts voisins, cette tranche de 2-3 hab/km2 à Bongandanga (densité moyenne de
population « extra-coutumière » est assez impor- l’espace actuel du district : 6-7 hab./km2).
tante, du fait de la présence de nombreuses socié- Cette répartition démographique se traduit au
tés industrielles dans le district. Mais extrapoler ce sein des ethnies occupant les différents espaces. Tan-
constat et l’assimiler à une urbanisation précoce du dis que certains groupes spécifiques affichent alors
district serait une interprétation tout à fait erronée, des pointes démographiques exceptionnelles (Huy-
puisque la présence d’une population extra-coutu- secom-Wolter 1964 : 56-74), d’autres présentent des
mière relativement importante n’engendre pas sys- densités plus faibles. Ainsi, le territoire de Bumba,
tématiquement un phénomène d’urbanisation : les dont les densités enregistrées par secteurs et cheffe-
cités ouvrières, missions, etc. ne présentent en aucun ries sont partout supérieures à la moyenne du district
cas les caractéristiques du processus d’urbanisation. (10 hab./km2 en 1958), recense des groupements à très
Certaines sociétés avaient même tendance à consi- forte densité « coutumière » : le groupement Ebonda
dérer certains de leurs travailleurs habitant dans les (secteur Baso) et le groupement Dobo (secteur
villages ruraux alentour comme faisant partie de la Mioka) ainsi que le groupement Mondigiri (secteur
population extra-coutumière (Tshilema 1974 : 88). Lisala). Tandis que s’échelonnent des concentrations
Le semblant d’urbanisation que connaissent des variables (plutôt faibles) le long du fleuve de Bikoro
agglomérations comme Bumba ou Lisala reste donc à Lisala, à l’ouest se dessine une enclave plus popu-
modéré ; loin de manifester le désir d’intégrer un leuse autour d’Akula. D’autres groupes, en revanche,
nouveau mode de vie « urbain », les populations des présentent une situation démographique alarmante,
CEC ne sont généralement là que dans l’unique aspi- comme les Mongo établis au sud du fleuve (territoire
ration de travailler. Lorsque la crise survient, elles de Bongandanga) (Huysecom-Wolter 1964 : 8 ; 54).
repartent dans leurs villages et s’y réintègrent tout La juxtaposition des cartes de Gourou (1955
aussi rapidement qu’elles les ont quittés. & 1960) et de de Saint Moulin (1973 & 2011), qui
reproduisent respectivement l’état des densités en
1.2. L’ÉTUDE DE LA RÉPARTITION PAR LES CARTES : 1947, 1957, 1970 et 1984, met en relief la persistance
DES ANNÉES 1950 À AUJOURD’HUI du noyau de forte population dans le pays de Bumba
à partir de son centre, et d’une bande de territoire
Après la Seconde Guerre mondiale, la physio-
nomie démographique de la Mongala change peu
202  Cartes établies à l’échelle des groupements par le CEMUBAC
jusqu’à l’indépendance, à l’exception de l’apparition
(Gourou 1960). Carte 1 : densités de peuplement. Carte 2 : locali-
d’un îlot de peuplement le long du fleuve, à Lisala et sation par point de la population. Aucune étude ultérieure plus
sur la rive gauche en face. précise (par groupement) n’existe au niveau démographique.

327
MONGALA

moyennement bien peuplée le long de la rive gauche L’existence de bonnes concentrations de population
du fleuve jusqu’au niveau de la Lopori. Le change- en certains endroits, de Bongandanga, en particulier,
ment majeur tient en l’inversion des rapports de den- sur la dorsale Congo-Lopori (Boso-Djanoa, etc.) en
sité entre rive gauche et rive droite à partir de Lisala, atteste ; ces mêmes concentrations excluent égale-
déjà perceptible sur la carte de 1973 où les fortes ment l’hypothèse de l’influence climatique, celle-ci
densités au nord de la rivière Mongala débordent étant identique pour toute la région concernée.
jusque dans le pays de Binga. Le territoire de Lisala, L’étude de la carte agro-économique révèle l’exis-
en retard de densité sur la partie sud avant l’indé- tence, avant l’indépendance, d’un espace économique
pendance, s’aligne progressivement sur les fortes dans la région intermédiaire entre la forêt et la savane,
densités de ses espaces voisins ; en 1984, il apparaît dominée au nord par l’association arachide-coton,
plus densément peuplé que la rive gauche ; une ten- et au sud par l’association paddy-coton. Le long de
dance qui se confirme si l’on suit les estimations de l’axe fluvial et au sud (région forestière) apparaît, au
de Saint Moulin pour l’année 2010 (de Saint Moulin contraire, une marqueterie de cultures qui couvre les
2011 : 25) et que corrobore également la lecture de la zones rizicoles de Bumba (est et sud), de Lisala et de
carte de la localisation des complexes agricoles (voir Bongandanga ; les palmeraies de Lisala et de Bongan-
cahier central). danga ; le cacao de Lisala et le paddy de Bumba. La
juxtaposition de ces zones économiques avec celle
1.3. TENTATIVES D’INTERPRÉTATION DE LA SITUATION des densités de population n’offre cependant pas
JUSQU’EN 1960 d’indications concluantes quant à une corrélation
entre les deux phénomènes : des espaces à faible den-
1.3.1.  SUR LA RÉPARTITION DU PEUPLEMENT sité cohabitent ainsi au sein d’une même zone avec
des espaces à forte densité. C’est le cas, par exemple,
Lisala et Bumba sont deux territoires situés en en région forestière où, dans une zone dominée par
dehors de la forêt équatoriale, dont la densité du la culture d’huile de palme, de cacao et de paddy,
couvert et sa qualité incombustible ont pu offrir le territoire de Bumba, les secteurs Boso-Djanoa et
une résistance efficace à l’installation de populations Boso-Sumba (terr. Bongandanga), ou encore le sec-
mongo pratiquant une agriculture itinérante sur brû- teur Mombangi (terr. Lisala) côtoient des coins de
lis. Mais si elle peut éclairer partiellement l’origine faible densité : secteurs Boso-Melo et Bongandanga
de cette démarcation nord-sud, cette hypothèse n’ex- (terr. Bongandanga) ou Ngombe-Doko (terr. Lisala).
plique pas tout et ne lève pas le voile sur le net écart de Puisant dans les analyses modernistes de Pierre
population entre Lisala et Bumba. Dans un mémoire Gourou (1955), Tshilema Tshihiluka privilégie le
d’histoire consacré à l’ancien district de la Mongala, troisième facteur : celui du degré d’organisation des
Tshilema Tshihiluka explore quelques facteurs sus- sociétés humaines. L’auteur décèle une corrélation
ceptibles d’influencer la répartition de la population, entre le niveau de peuplement (au sens de la densité)
synthétisés dans la présente section (Tshilema Tshi- et les caractères des peuples rencontrés : « un peuple
hiluka 1974 : 114-120). Trois ordres d’explication sont vivant en société soumise hiérarchiquement à une
avancés : l’environnement physique, l’activité écono- autorité forte, et ayant une organisation technique
mique et l’organisation humaine. capable de capitaliser d’importants effectifs humains
Physiquement, la richesse du sol et la qualité des sur un espace donné, soutient facilement de fortes
conditions climatiques, donc le potentiel nutritif, densités. Par contre, un peuple qui vit en ordre dis-
contrôlent le développement des populations ; des persé et sans aucun encadrement politique de grande
espaces moins peuplés pourraient en contrepoint envergure ni une puissante technique d’exploitation
renvoyer à des sols moins favorables. Cette lecture de son environnement, est en général un peuple de
ne satisfait toutefois pas, dans la mesure où il a en faibles densités démographiques ». Pour simpliste
effet été constaté que les densités de population sont qu’elle soit, cette interprétation sociologique se véri-
régulièrement fort en-deçà du potentiel alimentaire fierait en certains endroits de la Mongala : connu
(Gourou 1955 : 159). En outre, pour plus pauvres pour son dynamisme démographique, Bumba est
que soient les sols des vallées inondables et des ter- ainsi le foyer des Budja, un peuple réputé pour son
rasses lessivées de la cuvette centrale, ils ne sont pas niveau d’organisation ; les faibles densités des terri-
pour autant totalement hostiles au développement toires de Lisala et Bongandanga, quant à elles, cor-
de cultures, partant, à l’installation de populations. respondraient dans leur ensemble au domaine des

328
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Ngombe et Mongo, au sujet desquels peuples il a une suite ininterrompue de villages de pêcheurs se
été écrit que les techniques culturales moins per- dépeuplèrent en peu d’années : en 1910, ne subsis-
formantes pourraient être préjudiciables (Gourou taient que quelques bicoques en ruine. » La maladie
1955 : 76-80) ; c’est également auprès de ces popula- du sommeil, notamment présente dans la région de
tions que les indices de fécondité relevés à l’époque Yakoma203, mais aussi aux environs de Lisala et de
(Romaniuk 1968) sont généralement les plus faibles. Bumba et dans les différents postes à bois se succé-
Mais de nouveau, l’hypothèse d’un lien entre le génie dant le long du fleuve, fit des ravages, sans compter
particulier de certains peuples et les niveaux de peu- les expéditions militaires, l’imposition, les multiples
plement a ses limites. Ainsi, ces mêmes Mongo et guerres menées contre les hommes blancs par les
Ngombe de faible vitalité démographique habitent Mongo, les exactions de l’ABIR dans la Maringa-
également dans des régions à forte densité, comme Lopori, de la SAB dans la Busira-Tshuapa204 et la
le secteur Mombangi (terr. Lisala), et les secteurs révolte de 1905. Cette thèse fut défendue dans le cas
Boso-Djanoa et Boso-Sumba (terr. Bongandanga), du bassin de la Lulonga205 par les missionnaires de la
où interviennent donc d’autres facteurs explicatifs. Congo Baptist Mission (CBM). Ces événements, bien
réels, se juxtaposent en fait à un substrat plus ancien,
1.3.2.  SUR LE DÉPEUPLEMENT ET L’INFÉCONDITÉ antérieur à la présence européenne, qui inclut les
effets des incursions swahili et des nombreuses luttes
À partir des années 1920, parallèlement au interethniques (Mongo contre Ngombe), aux consé-
développement des activités économiques et à la quences dommageables (Bokongo-Libakea-Kongo
pénurie croissante de main-d’œuvre, on parla de 1978-1979 : 67). Les retombées perverses de la colo-
plus en plus de dépopulation et de dénatalité, des nisation ne firent donc probablement qu’accélérer un
thèmes qui dominèrent la littérature sur la démo- processus démographique depuis longtemps amorcé.
graphie du Congo durant presque toute la période À ces déterminants exogènes s’ajoutent des com-
coloniale (Romaniuk 1968 : 131). C’est souvent aux posantes internes. Dès le XIXe siècle, certains Euro-
influences européennes « néfastes » que furent attri- péens soulignent le faible niveau de fécondité observé
bués les problèmes de dépopulation. Van der Kerken en certains endroits : Dhanis, par exemple, notait au
(1938) soutenait en ce sens que « la dépopulation et sujet des Bapoto (riverains de la région de Lisala) que
la dénatalité en pays mongo sont vraisemblablement les femmes n’avaient que très rarement plus de deux
en grande partie les conséquences des erreurs et des ou trois enfants. Mais ce sont surtout les populations
fautes commises par les Européens depuis la décou- Mongo qui retinrent l’attention. Leur faible fécon-
verte et conquête du pays ». L’intrusion européenne dité a ainsi été incriminée comme l’une des causes
aurait, en somme, provoqué la rupture d’un équi- principales de dépopulation. Ce lien fut confirmé
libre fragile. Si l’impact de l’arrivée des Européens par les enquêtes démographiques de 1956-1957 qui
ne peut être exclu, celle-ci n’a néanmoins pas été la ont relevé un taux de natalité particulièrement faible
seule cause de la baisse démographique au début du dans le chef des populations de Bongandanga (28 %),
XXe siècle. en net retrait par rapport à Lisala et Bumba (43 %) ;
Les peuples vivant aux abords du fleuve Congo pareillement, l’étude mettait en exergue à la fois le
ont été les premiers en contact avec les Européens. net décalage entre le taux d’accroissement naturel
Déjà au début de l’État indépendant du Congo (EIC), des premiers (9 %) et ceux de Lisala et Bumba (res-
les premiers contingents pour la Force publique se pectivement : 31 % et 26 %) et la forte proportion de
recrutaient au sein de ces peuples dits « riverains », femmes de Bongandanga en âge de procréer n’ayant
entre autres dans la Mongala (Willame 1965 : 17). jamais eu d’enfants (35 à 39 %) (République du
Aussi peu précis soient les récits des explorateurs Congo 1961 : 184, 186 ; Romaniuk 1968 : 119). Prin-
sur lesquels se fondent les cartes anciennes, les dif- cipalement peuplé de Mongo, Bongandanga faisait
férences de peuplement observées sur les cartes de partie d’une plus large zone de faible fécondité (liée
densité avant et après l’installation du pouvoir colo- à la natalité) s’étendant de la cuvette centrale jusque
nial témoignent du phénomène de dépeuplement
des rives (lire plus haut). Pierre Gourou estimait que :
« Les déplacements dus au commerce et à l’adminis- 203  Actuellement : territoire de Yakoma (district Nord-Ubangi).
tration brassèrent populations et germes. Les rives 204  Lire chapitre 7 « Pénétration européenne ».
du Congo décrites entre Lisala et l’Itimbiri comme 205  Dont fait partie le territoire de Bongandanga.

329
MONGALA

dans les Uele (qui présentait les taux de fécondité les 2. ÉVOLUTION DE LA POPULATION DANS LE TEMPS
plus faibles). ET ÉTAT ACTUEL DE LA SITUATION
La mauvaise situation démographique de Bongan-
danga et, plus largement, des populations mongo a Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
alimenté une littérature foisonnante sur ses origines. l’amélioration générale des conditions sanitaires
La théorie de l’ébranlement de la société tradition- a eu une incidence favorable sur la progression de
nelle – en particulier des valeurs coutumières – par la population. Celle-ci s’est poursuivie à un rythme
l’irruption du pouvoir colonial et de ses répercus- modéré au cours des vingt-cinq années suivant l’in-
sions démographiques fut un temps très partagée ; dépendance, le taux de croissance annuelle moyen
elle était souvent mise en rapport avec la pratique (TCAM) atteignant 3,34 % entre 1958 et 1970, et
de la polygamie, fort répandue et généralement per- 3,32 % entre 1970 et 1984. Le nombre d’habitants
çue comme un facteur de propagation des maladies dans les territoires de Lisala et Bumba connaît au
vénériennes. Tout en soulignant la corrélation effec- cours de ces deux sous-périodes des augmentations
tive entre régions à faible démographie et régions respectives de 50 % et 56 %, et de 40 % et 53 %, pour
d’implantation des grands peuples polygames, Clau- 67 % et 29 % à Bongandanga, lequel territoire reste
dine Huysecom-Wolter (1964 : 20, 28-31) s’emploie à toutefois davantage caractérisé par de vastes espaces
replacer l’importance de cette dernière variable dans de solitudes : en 1984, la densité de population y
un faisceau de déterminants ; dans le cas des popu- dépasse encore à peine 5 hab./km2.
lations mongo, l’auteur fait néanmoins état d’études Dans un premier temps, les zones les plus dyna-
relevant un plus faible niveau de fécondité dans les miques sont sans conteste les agglomérations urbai-
unions polygamiques par rapport aux unions mono- nes. Bumba et Lisala voient leur population tripler
gamiques. Sans cependant déclasser l’influence du entre 1958 et 1970. Les taux de croissance excep-
système marital, Anatole Romaniuk (1968) met tionnels – 11 % en moyenne annuelle – prolongent
surtout à l’avant-plan la cause pathologique (syphi- en réalité les excellents scores enregistrés dès après
lis et blennoragies) dans l’explication de la stérilité la Seconde Guerre mondiale, le rythme d’expan-
des populations mongo ; il établit également une sion annuelle de Bumba et de Lisala atteignant res-
relation directe et positive entre les mœurs sexuelles pectivement 8,2 % et 12,7 % au cours de la période
– dont il ne remet pas en cause la « légèreté » en pays 1948-1958. L’attractivité des deux centres reste liée à
mongo – et la propagation des maladies vénériennes, leurs fonctions historiques. À Lisala le rayonnement
concluant que celles-ci « ne pouvaient atteindre des administratif (et culturel), à comprendre au sens le
proportions dangereuses qu’à la faveur de l’indisci- plus large du terme : captation administrative des
pline des mœurs » (1968 : 321-322). Replaçant à l’ins- ressources économiques générées dans la région,
tar de Huysecom-Wolter la question de la dénatalité laquelle génère notamment un petit commerce dyna-
des Mongo dans le contexte plus large des contro- mique, et dominance du système éducationnel qui
verses que son étude a suscitées depuis les années lui attire une forte population scolaire (36,15 % de
1930, Anne Retel-Laurentin reprend à son compte la population recensée en 1974) (Schatzberg 1980 :
la thèse pathologique et déconstruit les explica- 9). À Bumba, le pôle économique organisé autour de
tions teintées de moralisme fréquemment avancées ses plantations et de sa situation privilégiée sur les
(1974 : 113-120)206. Très critique envers l’hypothèse grands axes de commerce. Tous deux trouvent des
d’une dévalorisation des mœurs qu’elle estime non relais dans leurs arrière-pays respectifs, piquetés de
fondée, l’auteur est catégorique sur le rôle détermi- centres d’envergure plus ou moins modestes. En ter-
nant des maladies vénériennes sur la faible fécondité ritoire de Lisala, ceux-ci s’échelonnent le long de la
des Mongo, la question subsistante étant, dès lors : route de Businga à partir du chef-lieu, dans l’ordre
« jusqu’à quel point ? ». suivant : Bobala (secteur Gombe Doko), Binga (sec-
teur Gombe Mombangi), Bolombo et Boso-Mod-
jebo (secteur Mongala Motima) ; à Bumba, ils se
206  À lire en particulier sa recension des interprétations suc- répartissent sur quatre des six secteurs du territoire :
cessives, notamment de Van der Kerken, du Dr Schwers, du
Itimbiri (Yaligimba et Yamoloto), Molua (Ebonda),
R.P. Hulstaert, ou encore de Lodewijck. À noter également le
mémoire de Konga Egbabe Lithobo qui fournit une liste des Banda Yowa (Yalosemba) et Yandongi (centre épo-
publications sur la dénatalité chez les Mongo (Konga Egababe nyme) (Département du Plan 1978 : 77).
Lithobo 1974 : 44).

330
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

En réalité, plus que les atouts de ces centres des achats à 30, 60 et 90 jours de termes, qui étaient
secondaires, le ressort de leur progression est alors à autrefois possibles. Cette pratique avait grandement
rechercher dans les campagnes. Bien documentée par facilité le commerce parce qu’elle permettait au mar-
Schatzberg, la situation paysanne dans la Mongala chand d’augmenter la quantité de stocks qu’il pouvait
des années 1970 est celle de sujets soumis à un sys- traiter sans immobiliser son capital. »
tème d’exploitation administratif et économique
animé par les agents des collectivités (les chefs), ce Ce système ne fonctionnait que parce qu’il était
que Wittfogel qualifiait de « capitalistes bureaucra- basé sur la confiance entre fournisseurs et clients. La
tiques » (cité par Schatzberg 1980 : 82). En clair : rupture occasionnée par la zaïrianisation rompit du
« le système d’exploitation rural ne permet pas aux même coup cette confiance.
villageois d’accumuler des ressources économiques
significatives, car l’appareil administratif de la collec- « La nouvelle nécessité d’acheter auprès des magasins
tivité siphonne ce qu’il peut. L’entièreté du système de gros avec du liquide plutôt qu’à crédit a manifeste-
extractif agit de telle façon à cadenasser les opportu- ment été l’un des facteurs responsables de la hausse des
nités des villageois qui souhaiteraient grimper socia- prix. Parce que les paiements en liquide sont requis, les
lement ou politiquement car une telle mobilité est petits négociants n’ont pas la capacité de garder leurs
virtuellement impossible sans argent et sans accès à magasins achalandés comme ils l’étaient dans la période
l’éducation. Les fermiers villageois sont en fait placés précédant le 30  novembre  1973. En conséquence, ils
dans une routine à laquelle ils ne peuvent échapper » ont bien pu être éjectés des affaires » (Schatzberg 1980 :
(Schatzberg 1980 : 81, traduction de l’auteur). Dans 148, traduction de l’auteur).
ces conditions, comment s’étonner du succès de la
cité, qui s’offre comme une alternative à un avenir Cette nouvelle situation a-t-elle précipité la baisse
bouché ? Cette voie reste marginale cependant. À d’attractivité des milieux (semi-)urbains ? En tout cas,
l’époque, seule une portion minime des Zaïrois de l’urbanisation entre dans une période de léthargie à
l’Équateur sont effectivement citadins : la province, partir du milieu des années 1970. Lisala et Bumba
et en particulier sa partie nord, reste un espace stagnent pratiquement entre 1970 et 1984, la progres-
dominé par le secteur agricole. sion n’excédant pas celle d’une population alimentée
La décennie 1970 est marquée par plusieurs uniquement par le croît naturel. Les données dispo-
ruptures politiques et économiques, qui auront des nibles pour 1970 et 1975 indiquent que toutes deux
répercussions directes sur l’évolution de la démogra- enregistrent une régression mais avec un décalage.
phie, en particulier dans le rapport entre les villes et Lisala recule entre 1970 et 1975 ; Bumba, entre 1975
les campagnes. Parmi celles-ci, la zaïrianisation est
celle qui a sans doute été la plus commentée. Les Graphique 20.2. Évolution des densités de population
tendances qui s’amorcent alors seront prolongées et de la Mongala par territoire (1958-2010)
amplifiées par l’état de crise qui s’installe durable-
ment au cours des deux décennies suivantes.
Si elles ont profondément marqué les milieux pay-
sans, les mesures de zaïrianisation ont également eu
des effets délétères sur les activités économiques des
centres urbains : c’est le cas dans l’Équateur, et dans
la Mongala en particulier, où elles ont eu notamment
pour conséquence d’annihiler les activités du petit
commerce, jusqu’alors très répandu dans les petits
centres urbains et dans les campagnes, asphyxié à la
fois par l’inflation des biens de consommation et par
l’insécurité des affaires provoquées par les mesures
de zaïrianisation et dont la fin de l’économie à crédit
fut l’une des conséquences :
Sources : d’après Ngondo a Pitshandenge et al. (1992a : 495)
(1958-1994) ; de Saint Moulin (2006a : 31 ; 2011b : 675) (2005 et
« Une plainte récurrente de tous les marchands de 2010). Les superficies de référence pour les territoires sont celles
Lisala était que la zaïrianisation avait résulté en la fin du recensement scientifique de 1984.

331
MONGALA

Tableau 20.2.  Taux de croissance annuel moyen (TCAM) de la milieu des années 1980, une part croissante du dyna-
population (en %). Évolution estimée par territoire. misme urbain » (Bruneau 1995 : 109). Les même
Territoires 1958-2010 1984-2010 causes engendrant les mêmes effets, il est probable
que l’aggravation de la situation économique dans la
Lisala 3,27 3,22
décennie « perdue » des années 1990 ait prolongé la
Bumba 3,03 3,12 tendance.
Bongandanga 2,55 2,12 Mais quel crédit accorder aux statistiques qui
Mongala 3,01 2,96 sont proposées? Comment analyser les évolutions
récentes ? L’exercice était déjà délicat pour la période
Sources : d’après Ngondo a Pitshandenge et al. (1992a : 497)
(année 1958) ; de Saint Moulin (2006b : 104 ; 2011 : 675) 1958-1984 : le correctif appliqué ailleurs aux résul-
(années 1984 et 2010). tats du recensement (provinces, territoire) de 1970
n’ a pas été porté au niveau de la population des
et 1984. Jusqu’alors première ville du Nord-Équateur centres, dont rien n’indique qu’elle n’ait pas été égale-
en concurrence avec Gemena, c’est au cours de cette ment surévaluée. D’autres part, les chiffres ultérieurs
période que Bumba perd définitivement ce rang au exploités ci-dessus sont ceux du recensement admi-
profit du chef-lieu du Sud-Ubangi. Au niveau des nistratif dont on ne connaît pas le mode d’établis-
centres de moindre importance, Yaligimba recensait, sement et, a fortiori, leur qualité, sauf à savoir que
en 1975, plus de 10 000 habitants ; Bolombo, environ le recensement de 1975 dans la région de l’Équa-
6 400 en 1976 ; Ebonda et Boso-Modjebo, un peu teur a produit des résultats d’une précision rare
moins de 6 000 (chiffres 1975 et 1973) (Département (de Saint Moulin 2010 : 139) sans que ceci soit syno-
du Plan 1978 : 71). Contrairement à la vision de nyme d’exactitude. S’il faut rester prudent par rap-
de Saint Moulin, qui voyait tous ces centres comme port à de telles données, il y a lieu, à plus forte raison,
autant de villes en formation (2010 : 111), ceux-ci de se méfier des chiffres plus récents. Le choix d’opter
disparaissent de la carte en 1984, tandis que s’affirme pour les estimations de de Saint Moulin s’appuie sur
Binga (32 000 habitants). Le tassement n’est natu- trois arguments raisonnables : la transparence dans
rellement pas limité à la Mongala ou à l’Équateur. l’établissement des projections, l’absence d’alternative
L’urbanisation est saisie d’une sorte de torpeur, écrit indépendante et surtout le contreseing que semble
Bruneau en 1995, laquelle concerne aussi l’Équateur globalement leur apporter la confrontation avec les
« région forestière d’urbanisation récente et modeste enrôlements des électeurs, en 2005 comme en 2010.
(14,8 % des citadins en 1984) où la croissance a chuté Mais quel argument tirer de chiffres construits sur
de 10,6 % à 4,6 %. La baisse de régime a touché ici des hypothèses ? Comment se traduisent en termes
les principaux centres, Mbandaka, Lisala, Bumba et démographiques les impacts du démantèlement
même Gemena, sur les plateaux du nord-ouest, où dans les années 1980 puis de la déliquescence des
s’affirment pourtant quelques petites villes comme secteurs sociaux et économiques au moment de la
Binga et Zongo, ou encore Gbadolite (Bruneau guerre, avec notamment la rupture des liaisons avec
1995 : 107). Cette évolution semble incarner locale- Kinshasa (principal débouché commercial) ? Quel
ment le tarissement de l’apport des milieux ruraux tribut les populations ont-elles versé pour ces années
au gonflement des agglomérations, identifié à partir de troubles et d’instabilité et continuent-elles de payer
du milieu des années 1970 et du grippage écono- à la lente reconstruction ? La situation en particulier
mique. La perte d’attractivité des villes – des grandes des centres urbains pose la question. Il apparaît diffi-
villes surtout – entraîne à la fois une réduction de cilement contestable que Bumba et Lisala demeurant
l’exode rural, mais aussi un glissement des popula- les principaux ports modaux de la région n’aient été
tions des grandes villes, plus touchées, au profit de également – voire plus – affectés par la conjoncture.
centres urbains secondaires, constaté un peu partout Néanmoins, Bumba est un point de polarisation
dans les pays dans les années 1980, les petits centres remarquable dans le Nord du Congo, acquis par le
devant, au contraire, leur émergence à la floraison rétablissement progressif des communications sur le
« de multiples trafics (café, or, diamant), à la collecte fleuve, interrompues avec la guerre, bien que celui-ci
des produits vivriers, au retour à la terre, plus sim- reste traînant207. À côté des chiffres de l’Administra-
plement. Ce sont ces échelons inférieurs du système
qui ont fixé l’essentiel de l’exode à rebours venu des 207  Cf. réhabilitation et arrivée à Bumba (en 2015) de l’ITB
grandes villes, et vers lesquels glisse, à l’évidence, au Kokolo, le plus grand bateau naviguant sur le fleuve dont l’acti-

332
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Tableau 20.3.  Évolution de la population urbaine. Dénombrement et estimations par ville/cité (1958-2010).

Villes/cité 1958 1970 1975 1984 2004 2010


Bumba 10 447 34 705 55 592 51 197 89 289 105 502
Lisala 8 810 28 652 28 236 37 565 67 847 81 012
Binga 32 181 55 906 65 981
Bongandanga 3 630 2 208 3 281 3 695
Mongala 123 151 256 190
ÉQUATEUR 511 234 1 059 232
Source : Léon de Saint Moulin (2006b : 114 ; 2010 : 145).

Tableau 20.4.  Répartition de la population dans le territoire de Bumba (par secteur) en 2008 et 2014.

Population du territoire de Bumba


Secteurs de Hommes Femmes Enfants Total
BUMBA 2008 2014 2008 2014 2008 2014 2008 2014 1984
Cité de Bumba
49 077 96 752 53 369 102 547 141 283 230 382 243 729 429 681 51 197
(2 329,75 km2)
Secteur Itimbiri
16 675 21 415 20 262 24 815 43 331 56 433 80 268 102 663 61 838
(2 944,5 km2)
Secteur Loeka
26 313 38 531 27 770 46 963 68 777 82 284 122 860 177 778 50 141
(3 540,17 km2)
Secteur Molua
19 941 24 954 21 778 25 974 50 625 58 969 92 344 109 814 47 125
(969,25 km2)
Secteur
Mondjamboli(1) 19 302 19 853 23 038 22 712 57 815 62 222 92 344 104 787 51 424
(1 940 km2)
Secteur Banda
Yowa 20 768 23 540 20 768 24 792 71 652 80 243 115 458 128 575 49 805
(2 329,75 km2)
Secteur
Yandongi 18 001 19 997 19 166 20 977 44 193 56 371 81 360 89 345 47 960
(3 770 km2)
Total 170 077 245 042(2) 186 151  268 780(3) 477 676 626 904(4) 828 363 1 142 643(5) 359 490
Source : données statistiques de l’Inspection de l’agriculture du territoire de Bumba (rapport annuel 2014) ; Administration du territoire,
district de la Mongala. ca 2009. État de la population du district de la Mongala en 2008.
(1) écrit « Mozamboli » dans le rapport ; (2) total corrigé par l’auteur car erreur dans le rapport (213 506) ; (3) total corrigé par l’auteur car erreur
dans le rapport (232 888) ; (4) total corrigé par l’auteur car erreur dans le rapport (561 247) ; (5) total corrigé par l’auteur car erreur dans le
rapport (1 007 641).

tion, qui ne sont en tout cas pas sérieux, les estima- L’exercice est rendu plus malaisé encore par une
tions de de Saint Moulin n’ont pas plus de chance de autre inconnue. Quelle est l’emprise actuelle du phé-
« coller » avec la réalité, puisqu’elles sont basées sur nomène d’urbanisation sur le territoire ? Quelles
des taux de croissances inchangés depuis 1985, qui ne superficies couvrent aujourd’hui Bumba, Lisala et
prennent donc pas en compte les évolutions récentes Binga ? Au risque de tomber dans des conjectures
et leurs conséquences sur la population. stériles sans étude de terrain, il faut reconnaître que
toutes ces questions sont sans réponse et qu’il est
exclu d’établir un chiffre démographique fiable. Où
vité avait été suspendue en 1997. D’autres bateaux (spécialisés
dans le transport des personnes) sont toujours arrimés au port placer le curseur ? La population de Bumba est-elle
de Kinshasa (Lisuma 28 avril 2015 ; Radio Okapi, 9 février 2015). plus proche des 430 000 habitants annoncés en 2014

333
MONGALA

par l’Inspection du territoire ou des 100 000 avancés semblent, nous l’avons dit, plausibles. Le tableau
par de Saint Moulin en 2010 ? général qui s’en dégage ne laisse entrevoir aucun
Les estimations de la population rurale au bouleversement majeur de l’organisation générale du
niveau de la province, des territoires et des secteurs peuplement dans la Mongala depuis 1984.

Quelques indicateurs de santé directement liés à la démographie

Étudier la démographie, c’est aussi aborder les –– Indicateurs de santé maternelle : répartition
comportements sociaux, l’accès aux services sani- en % des femmes (15-49 ans)
taires (contraception, mortalités infantiles, santé Plus des trois quarts des femmes de la Mongala
maternelle, VIH). ont reçu des soins prodigués par un prestataire
Ci-dessous, sont reproduits quelques indica- formé* lors de leur dernier accouchement.
teurs, communiqués dans l’enquête de démogra- Un peu moins de la moitié des femmes ont ac-
phique et de santé 2013-2014 du ministère du Plan couché dans un établissement de santé.
et de la Santé publique (EDS-RDC II 2013-2014 : Enfin, 36 % des enfants (de la dernière nais-
40-46), qui sont pertinents dans le cadre de l’étude sance) ont été protégés contre le tétanos néo-
démographique de la Mongala : natal.
–– Connaissances en ce qui concerne la
–– Contraception : répartition (en %) des femmes prévention du VIH
de 15 à 49 ans, actuellement en union, par mé- La moitié des femmes ont déclaré qu’utiliser
thode contraceptive utilisée en 2013. un préservatif peut diminuer les risques de
Dans la Mongala, 2,5 % des femmes ont opté contracter l’infection. 66,3 % ont déclaré que les
pour une méthode moderne de contraception risques de contraction du virus diminuent en se
(stérilisation féminine, injectables, préservatif), limitant à un seul partenaire non infecté. 38,6 %
8,8 % optent pour la méthode traditionnelle (le évoquaient les deux moyens. Les hommes sem-
rythme (période d’ovulation), la méthode du blent encore mieux informés sur le sujet: quasi
retrait) et 88,7 % des femmes n’utilisent aucune les trois quarts des hommes évoquent l’utilisa-
méthode. tion des préservatifs et/ou la limitation à un seul
partenaire.
*  Entendu : infirmière, médecin, accoucheuse.

RÉFÉRENCES
Administration du territoire, district de la Mongala. ca 2009. État de la population du district de la Mongala en 2008, par
territoire.
Coxill, H.W. 1954. Carte des missions protestantes. Bruxelles : ARSOM (« Atlas général du Congo »).
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335
CHAPITRE 21
ÉLÉMENTS POUR UN ÉTAT DES LIEUX
DU SECTEUR SANTÉ

1. ORGANISATION DU SYSTÈME SANITAIRE Le niveau de district est situé entre la division


EN RDC208 provinciale de la santé et les zones de santé.
Ce district sanitaire, qui regroupe plusieurs zones
Le système sanitaire de la République démocra- de santé (ZS), est dirigé par un médecin chef de dis-
tique du Congo est réparti en plusieurs niveaux. Au trict sanitaire (MCDS).
sommet de la structure pyramidale, le niveau central Il existe, au total, 65 bureaux de DS. Chaque dis-
correspond au niveau stratégique et de normalisa- trict est composé de trois cellules : à savoir une cellule
tion qui définit les grandes orientations de la poli- des services et études, une cellule de l’inspection des
tique sanitaire nationale (cabinet du ministre de la services médicaux et pharmaceutiques, et une cellule
Santé publique, secrétariat général à la santé dirigé des services de l’hygiène. Toujours à ce niveau, on
par un secrétaire général responsable de l’adminis- recouvre les antennes, qui sont des sous-coordina-
tration, 13 directions centrales, 52 programmes et tions des programmes spécialisés, tels que le PNEL
services spécialisés). Vient ensuite le niveau inter- (Programme national d’élimination de la lèpre), le
médiaire, qui correspond à l’inspection médicale PNLS (Programme national de lutte contre le Sida)
provinciale (IMP), et ses divisions, dont la mission ou encore le PEV (Programme élargi de vaccination).
consiste à fournir un appui technique aux zones de Enfin, le niveau périphérique constitue le niveau
santé (ZS), en ce qui concerne la coordination, la opérationnel. Il s’agit de la ZS, unité de base de plani-
formation, le suivi, la supervision, le monitoring et fication sanitaire. Son organe de gestion est le bureau
l’évaluation. L’inspection médicale de district (IMD), central de la zone de santé (BCZS), qui est dirigé par
qui correspond au district administratif, sert de un médecin chef de zone (MCZ). Il est composé de
commutateur entre l’inspection médicale provin- deux échelons, dont le premier est une constellation
ciale et la ZS. Ce niveau intermédiaire est composé de centres de santé (CS), qui vise à assurer à la popu-
du niveau provincial et du district. Le niveau pro- lation l’offre d’un paquet minimum d’activités de
vincial comprend le bureau du médecin inspecteur prestation de soins de santé primaire (PCMA) avec la
provincial et 13 bureaux qui sont les répondants de participation communautaire. Le deuxième échelon
13 directions centrales. On y trouve aussi les coor- est celui de l’hôpital général de référence (HGR), qui
dinations provinciales des programmes spécialisés. vise à offrir à la population le paquet complémentaire
Il existe au total 11 divisions provinciales de la santé. d’activités de santé (PCA). En 1985, le pays fut divisé
À ce niveau, on trouve des laboratoires provin- en 306 ZS, puis en 515 ZS, dans le cadre de la Stra-
ciaux (Lubumbashi, Mbandaka, Kisangani, Matadi, tégie de renforcement du système de santé (SRSS)
Bukavu et Kananga) et des centrales de distribution (dernier découpage en septembre 2003). Une ZS est
des médicaments. un espace, variant de 100 000 habitants pour les ZS
rurales à 150 000 habitants pour les ZS urbaines, qui
compte un HGR et plusieurs CS répartis dans les
208  [Link]
html, consulté le 11  décembre  2013. (Déjà publié dans la différents AS. Actuellement, pour l’ensemble de la
Monographie du Bas-Uele.) République démocratique du Congo, on dénombre

337
MONGALA

393 HGR et 8628 CS planifiés (Ministère de la Santé Localisation de quelques formations sanitaires
2013 ; OCSD 2003 : 4-5 ; Zinnen 2012 : 29). (FOSA) dans les quatre zones de santé du territoire
Depuis le découpage administratif, effectué en de Bongandanga (Bosondjo, Pimu, Boso-Modanda
2003, et qui a fait passer le nombre des ZS de 306 et Bongandanga)210
à 515 (théoriquement), très peu d’investissements La zone de santé (ZS) de Bongandanga est com-
ont été réalisés dans le secteur de la santé. La grande posée d’un bureau de ZS, d’un hôpital général de
majorité des ZS disposent d’infrastructures qui ne référence et de 17 aires de santé (AS)211 réparties sur
correspondent plus aux normes de leur nouveau sta- différents axes :
tut (HGR, CSR, CS construits en terre battue et en –– l’axe Botewa : les centres de santé (CS) de Songo
pisé). Elles n’offrent donc ni les meilleures conditions Mboyo à 12 km ; Lolengi à 30 km ; Kee à 30 km ;
de prise en charge des malades, ni les soins adaptés Bokenda à 45 km ; Mpukaonga à 45 km ; Botewa
(PPDS 2010 : 82 ; PNDS 2010 : 55). à 85 km ; Molanga à 90 km ; Songo Mboyo /Loka
à 100 km ; Bolima à 110 km ; Bongila à 120 km et
Lilenga à 145 km ;
2. CARTE SANITAIRE : INFRASTRUCTURES –– l’axe Ngando : les centres de santé de Lyefe à
ET OFFRE DES SERVICES SANITAIRES DANS 15 km ; Baolongo à 30 km ; Mange Yaliko à 45 km
LE DISTRICT DE LA MONGALA et Ngando à 55 km ;
–– l’axe Rivière : le CS de Yaonda à 68  km ; le CS
2.1. LA CARTE SANITAIRE (ZS, AS, CS, HGR, ITM) Bongandanga à 1 km.
La ZS de Pimu dans le secteur de Boso-Ndjanoa
Actuellement, le district sanitaire de la Mongala comprend un bureau de ZS, un hôpital général de
est divisé en 12 zones de santé (ZS) (parmi les 69 ZS référence (HGR) à Pimu et 18 CS212 : les centres de
que compte l’Équateur), elles-mêmes divisées en santé de Boso-Ndjanoa, Kodoro, Bombati, Ngonzi
aires de santé (AS) comprenant des centres de santé Rive, Dengbe, Boso Nzambe, Bopako, Bobende
de référence (CSR), des centres de santé (CS), des Nord, Bombia, Boso-Mayale, Kombe Sud, Boso-
hôpitaux généraux de référence (HGR) et des insti- Likolo, Bobende Ngwele, Embelemanzi, Mowaka,
tuts techniques médicaux (ITM). Boso-Magasu, Endongele et Bongela.
Le nom des zones de santé est presque à chaque La ZS Bosomondanda est composée d’un bureau
fois lié à celui d’un village dans lequel une congréga- de ZS, d’un HGR et de 11 centres de santé : les CS
tion religieuse s’était établie pour fonder une mission de Dengbe, Boso-Kwanga, Boso-Melo I et II, Boso-
accompagnée d’un dispensaire, parfois devenu un Mane, Boso-Modanda, Boso-ale, Boso-Ingongo,
hôpital, si ce n’est pour Yamaluka et Yamongili, qui Bongombe, Likwanda et Bogbonga.
sont, par ailleurs, des créations plus récentes. La zone de santé de Bosondjo (ZS) (secteur de
Boso-Simba) comprend un bureau de ZS, un HGR à
Tableau 21.1.  Les zones de santé (ZS) de la Mongala209 Roby et 11 CS : les CS de Bomoi, de Roby, Bosondjo
Bongandanga Bumba Lisala Centre, Lopori, Mbimbi, Bobangala, Boso-Pelindo,
N’Seni, Yakata I et II, Isambi et Lokalema.
Bongandanga Bumba Binga
Bosondjo Lolo Bosomanzi
Bosomondanda Yamaluka Lisala
Pimu Yambuku /
/ Yamongili / 210  Informations de l’équipe locale. Celles-ci ne correspondent
Source : République démocratique du Congo, Ministère de la Santé pas toujours exactement à la liste des FOSA disponible sur le
(2014). site officiel du ministère de la Santé en RDC, ni aux données du
Plan provincial de développement de la santé de l’Équateur (PPDS
2010). De même, les noms ne correspondent pas toujours d’une
source à l’autre.
211  Incohérence de certaines données de l’équipe locale. Selon
209 La Mongala était divisée, avant 2003, en 5 ZS : ZS Pimu cette dernière, la ZS de Bongandanga est divisée en 21 aires de
(Boso-Mondanda, Bosondjo, Bongandanga), ZS Binga, ZS santé.
Lisala (Bosomanzi), ZS Bumba (Lolo, Yamongilli, Yamaluka), 212  Idem. Selon l’équipe locale, la ZS de Pimu comprend
Jambuku (Janssens et al. 1992 : 144). 20 centres de santé (CS) et 3 centres de santé de référence (CSR).

338
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Carte 21.1. Les zones de santé (ZS) de la Mongala

Source : République démocratique du Congo, Ministère de la Santé (2014).

2.2. INFRASTRUCTURES SANITAIRES les épidémies et les maladies endémiques (maladie


du sommeil, paludisme, maladies vénériennes, etc.)
2.2.1.  PREMIÈRES INSTALLATIONS SANITAIRES DANS nécessitait d’importants moyens, que l’État ne put
LE DISTRICT : CONTEXTE ET ACTEURS réunir que progressivement. Les hôpitaux furent
d’abord construits dans les grands centres, pendant
La santé des populations indigènes a toujours été que les populations de l’intérieur étaient soignées
une préoccupation pour l’État colonial. L’EIC213, dans par des équipes mobiles. Dans les années 1920-1945,
une certaine mesure, puis, surtout, le Congo belge phase du développement « rationnel et organisé »
manifestèrent leur volonté d’organiser un système du secteur médical, la brousse est envahie par les
de santé médical performant, justifié par la morta- infrastructures de santé : au centre des circonscrip-
lité très élevée qui sévissait alors en Afrique centrale tions locales, des dispensaires ruraux, des villages
(Dubois 1962 : 873). Il s’agissait avant tout d’éviter de de lépreux, etc., sont érigés (Ruppol s.d. : 5 ; Dubois
décimer la main-d’œuvre potentielle. Les différentes 1962 : 874). Grâce à la croissance économique qui
initiatives en matière de santé ont été mises en place suivit la guerre, les plans décennaux, l’augmenta-
et organisées par l’entremise de l’État, des entreprises tion du budget de l’État et des possibilités en matière
privées et des missions religieuses214. La lutte contre d’hygiène, le développement des services médicaux,
s’est fortement accru entre 1945 et 1960 (Dubois
213  Bien avant la formation de l’EIC, Léopold II aurait déjà émis 1962 : 874).
l’idée d’y établir un service médical pour améliorer l’hygiène et
sauvegarder la santé publique (Kabosani Likinga Geka 1984-
1985 : 83 ; Ruppol s.d. : 5). Par la suite, le roi soutint, entre autres,
la recherche sur la maladie du sommeil (Dubois 1962 : 270).
214  Liste non exhaustive des sociétés et congrégations dispo- liques : Lolo (dominicaines de Lubeek), Bumba, Boso-Modanda
sant d’une infrastructure médicale avec au moins un membre (franciscaines), Lisala-Umangi-Boyange (sœurs missionnaires
du personnel étranger dans les années 1960 : sociétés privées : de Saint-Augustin), Yambuku-Binga (sœurs du Saint-Cœur de
Binga et Bosondjo (SCC), Alberta/Ebonda/Yaligimba (PHC). Marie). La mission de Yalosemba et de Bosumandji (Mission
Missions protestantes (BMS)  : Pimu. Congrégations catho- CEE au Congo 1963 : 48-49 ; IBO 1968 : 14).

339
MONGALA

Tableau 21.2.  Liste non exhaustive de formations sanitaires (FOSA)215 dans le DS de la Mongala216.

ZS Lisala ZS Lolo ZS Pimu ZS Yamaluka ZS Yambuku(1)


Angenga Bokata Bodende Bonzo Bozogi
Bokula Bokombe Bombia Ndabo Mabunda
Bosogbetu Bombanga Boso Maleba PEM Monzambi
Bosokuluki Isamba Embemanzi Pilote Yaombos-Wangando
Kimbanguiste Lolo Kombo Sud Yamakila Yandongi
Libota Bomoi Loloka Pimu Yamaluka Yambuku
Makomu Pembe
Mbengi Yamoleka
Mondongo Yasinga
Ngale
Notre-Dame
Upoto
Lisala
ZS Binga ZS Boso-mondanda ZS Bosondjo ZS Bumba ZS Bongandanga
Binga Bolomba Bombati Bopato (2)
Bongandanga
Bolenga Boso-Dua Bombele CDI Engema
Bokutu Boso-Libondo Bosondjo Damas Lyefe
Bonzambe Boso-Manzi Boso Simba Gosen Molonge
Diobo ville Boso-Mandjebe Kodolo HGR
Libenge Boyange Lopori Lisumbu
Mombongi Gumba Makungu Litambala
Mondungo Liboko Mbimbi Mangondo
Diobo Makao Mompili Mbinza
Bumba Mongili Mongana Ndongo
Kinshasa Monzelenge Yakata I Shekinah
Boso-Djengo Roby Bumba
Boso-Manzi
Boso-Melo
Boso-Yele
Bosomondanda
Source : Ministère de la Santé (site officiel).
(1) La zone de santé de Yambuku couvre l’aire de santé la plus vaste du territoire de Bumba, avec un diamètre de 300 km, une superficie de
14 340 km² et 40 aires de santé (Équipe locale) ; (2) s’écrit aussi « Boboto ».
215216

Dans la Mongala, le secteur privé (par le biais laises [SCC]) avait pris en charge une bonne part du
des grandes entreprises, telles que les Huileries du secteur sanitaire. Les réalisations sociales et médi-
Congo belge [HCB] et la Société des cultures congo- cales de ces sociétés ont été importantes pour le dis-
trict et sont encore visibles aujourd’hui. Elles ont créé
215  On entend par « FOSA » : hôpitaux (de référence), centres
des hôpitaux dans chacune de leur station, à Ebonda
de santé (de référence), maternité, etc. (Inforcongo 1958 : 720), Yaligimba, Bosondjo et
216  Le tableau ne reprend pas les informations pour la ZS de Binga, qui desservaient non seulement leurs travail-
Bosomanzi. leurs, mais aussi les populations alentour.

340
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

De leur côté, les missions accordaient également 2.2.2.  INFRASTRUCTURES SANITAIRES : HGR, CSR, CS
de l’importance à la santé des populations autoch-
tones, bien que leur activité ait été moins soutenue Sur le plan de la couverture sanitaire, les infras-
que dans l’enseignement, du moins du côté catho- tructures ne manquent pas, mais la plupart, qui
lique. Pour les missionnaires, c’était l’occasion, par datent de l’époque coloniale, accusent un état de déla-
le biais de la médecine, de diminuer l’influence des brement très avancé, avec un équipement insuffisant
sorciers et des guérisseurs. En s’installant dans des et vétuste. Sur les dix hôpitaux généraux de référence
milieux ruraux, au départ dépourvus de services (HGR) existants, tous nécessitent une réhabilitation,
officiels de santé, et en général assez isolés, l’Église, qu’elle soit légère ou plus importante.
incarnée par les congrégations religieuses, qui s’oc- Le nombre de CS dont dispose le district de la
cupaient plus particulièrement du secteur, était ame- Mongala dépasse celui de la moyenne nationale219.
née à collaborer étroitement avec l’État (Kabosani Un CS pour 6172 habitants à Bumba, un pour 7146 à
Likinga Geka 1984-1985 : 88- 87). Les congrégations Bongandanga et un pour 7146 à Lisala, alors que la
ont créé de nombreux centres et postes de santé217. moyenne au niveau national se situe aux alentours
Chaque mission possédait son propre dispensaire d’un CS pour 10 218 habitants (Zinnen 2012).
où les soins élémentaires étaient assurés par les reli- À Lisala, un HGR dessert 157 212 habitants. Cette
gieuses et parfois par les prêtres. Là où la demande couverture est meilleure que la moyenne nationale,
était très importante, le vicariat ouvrait un hôpital et qui est d’un HGR pour 180 397 habitants (la norme
engageait un médecin laïc. Le premier médecin des de l’OMS se situe aux environs de un pour 150 000).
missions catholiques dans la Mongala, le docteur Bumba et Bongandanga sont moins bien lotis, avec
Van der Pas, travailla à Yambuku, de 1959 à 1960 seulement un HGR pour respectivement 246 912
(Équipe locale). et 201 821 habitants. Les ZS de Yamaluka, Yamon-
De leur côté, les missionnaires protestants ont gili et Bosomodanda, qui sont des nouvelles zones
également ouvert des dispensaires dans la Mongala ; de santé issues du découpage de 2003, en sont tout
le premier dès leur installation à Upoto, en 1890. Mais simplement dépourvues. Yamongili et Yamaluka ne
c’est dans le territoire de Bongandanga, plus spéciale- possèdent même pas de centre de santé de référence
ment à Pimu, qu’ils ont construit, dès 1935, un grand (CSR). Mais un CS à Yamongili fait tout de même
centre hospitalier appelé Smith Thomas Memorial office d’hôpital général de référence (PRAPE 2013 :
Hospital, au sein duquel ils ont commencé à former 1)220. 87,1 % des aires de santé disposent d’un CS
les infirmiers et les assistants médicaux à partir de (278 CS/295 AS). Même si ce pourcentage se rap-
1945 (Ngoy Ebondo Minono 1999-2000 : 36). proche de la moyenne nationale de 89,5 %, il ne
Actuellement l’activité des organisations reli- permet pas de répondre aux besoins sanitaires des
gieuses dans le secteur médical est toujours impor- populations. Les aires de santé présentent des super-
tante. À Bumba, par exemple, l’hôpital Notre-Dame ficies immenses, aux dénivelés et obstacles naturels
de Bumba (CH) est géré par les sœurs de la doctrine (rivières, montagnes) trop importants pour que
chrétienne. Un autre exemple est celui du diocèse l’ensemble de la population qui constitue l’AS puisse
de Lisala, qui gère 41 formations médicales, dont accéder à son CS.
37 centres de santé et 4 centres de santé de référence, Si la couverture géographique est théoriquement
et ce, par le biais du bureau diocésain des œuvres satisfaisante, les Congolais de l’Équateur n’en béné-
médicales (BDOM) (Société civile218). ficient pas concrètement. Et le problème se situe
À Bumba, l’hôpital général (HGR) est le site prin- autant au niveau de l’accessibilité réelle au service
cipal, avec comme sites satellites : le centre hospita- de santé qu’au niveau de la qualité de l’infrastructure
lier (CH) Notre-Dame, le CS Boboto et le CS Gozen et de l’offre des soins, qui reste très faible (bâtiments
(Ministère de la Santé 2009 : 19). dégradés, pas d’électricité, pas d’eau potable, pas de

219  Pour effectuer ces calculs, l’auteur se base sur les statistiques
217 Les missions catholiques se situent à Binga/Busu/Lisala démographiques par territoire (Lisala, Bumba, Bongandanga)
Bopako, Dobo, Bumba, Moenge, Loloka, Lolo, Roby, Yambuku, reprises par les enquêtes nutritionnelles territoriales de l’Équa-
Bolongo, Bosumandji. Quant aux missions protestantes, elles se teur menées par le PAM et l’Unicef en 2009.
trouvent à Pimu et Upoto. 220  Le PRAPE ne compte pas d’HGR officiel pour Lolo, qui,
218  Site web de la paroisse de Notre-Dame de Bumba. selon lui est un CSR qui joue le rôle d’HGR (PRAPE 2013 : 1).

341
MONGALA

Tableau 21.3.  Zones de santé, aires de santé, HGR, CSR, CS et ITM dans le DS de la Mongala.

Couverture
Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre
Zone de santé Population géographique
AS(1) HGR CSR CS ITM(3)
(%)(2)
Lisala 246 358 34 1 4 27 79,4 2
Binga 231 330 32 1 1 31 96,9 1
Boso-Manzi 105 219 15 1 1 13 86,7 0
Bumba 174 483 16 1 1 15 93,8 2
Lolo 122 564 18 1 1 18 100 1
Yamaluka 114 184 22 0 0 23 115 0
Yambuku 229 387 40 1 1 37 74 0
Yamongili*** 115 908 25 0 0 22 84,6 0
Bongandanga 111 440 17 1 2 15 88,2 0
Pimu 198 449 23 1 3 20 87 1
Bosomondanda 120 331 15 0 3 12 80 0
Bosondjo 196 976 29 1 4 24 82,8 1
Source : RDC. Ministère de la Santé.
Plan provincial de développement de la santé de l’Équateur (PPDS-2010 222) ; UCP/PARSS (2013 : 19).
(1) Le nombre d’AS selon l’équipe locale est différent, l’écart peut varier de 1 à 7 AS.
(2) Pourcentage d’AS qui possèdent un CS offrant un PMA (Paquet minimum d’activités).
(3) Les ITM étatiques et conventionnés en apprentissage des soins de santé (ITM) ont une section infirmière avec une capacité de 50 places.
[Par rapport à 1994, les infrastructures ont changé (sur papier du moins) : la Mongala comptabilisait alors 5 ZS avec 3 ITM, 72 CS et 14 hôpitaux
(Ministère de l’Agriculture… 1998 : 216)].

latrines en bon état, personnel démotivé, manque


d’intrants). À titre illustratif, dans les zones de santé
pourtant considérées comme les mieux couvertes,
même les besoins annuels en transfusion sanguine
ne sont que partiellement remplis. La population
choisit alors des alternatives comme l’automédica-
tion (produits artisanaux), la sorcellerie, etc.221
Selon les rapports sur l’exécution du PRAPE (cf.
encadré : projets d’appui et de développement), la
réhabilitation des hôpitaux généraux de référence
de Bumba et de Yambuku aurait permis d’augmen-
ter leur capacité d’accueil à 60 lits, d’améliorer le
plateau technique en termes de diversité des opé-
rations chirurgicales et de traitement des malades. Consultation post-natale à l’hopital Notre-Dame de Bumba.
(Photo © Antonio Lisuma, 2013.)

221  Le Plan provincial de développement sanitaire (PPDS) est Il semblerait que le problème de l’adduction à l’eau
le fruit du travail des agents et cadres de la division provinciale pour Yambuku soit toujours en attente de résolution
de la Santé (DPS) et des districts sanitaires de la province de (PRAPE 2013 : 8).
l’Équateur, de leurs partenaires et des divisions connexes, grâce
à l’appui technique de la direction d’étude de Planification (DEP) D’autres sources émanant de la société civile sont
et financier du PARSS (Projet d’appui à la réhabilitation du sec- très négatives vis-à-vis de la réhabilitation de l’HGR
teur santé). Il faut rester critique face aux données sanitaires du de Bumba par le projet PRAPE, remplacé par la
PPDS : globalement, l’on note une mauvaise gestion des données réhabilitation par le Projet d’appui et de réhabilita-
sanitaires, qui serait due à la multiplicité des outils de gestion et
au non-respect du circuit de transmission par lequel passent non tion du secteur de la santé (PARSS). Celle-ci n’aurait
maitrisées les informations sanitaires. pas été entreprise comme elle l’aurait dû, par rap-

342
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

port aux montants colossaux mis à la disposition Seules Binga, Pimu et Bosondjo, Lisala, Bumba
du projet d’appui. Seuls quelques bâtiments furent (excepté le service pédiatrique pour cette dernière)
partiellement réhabilités. Le père Carlos Rommel possèdent un service de médecine interne, de chirur-
a entrepris de créer un hôpital moderne (hôpital gie, de pédiatrie et d’obstétrique. Aucun laboratoire,
Notre-Dame) pour permettre à la population de aucun service de soins intensifs ni service de réani-
la région (Bumba), de bénéficier tout de même de mation n’existe dans le district. On retrouve peu ou
soins de santé acceptables. pas de formation pour infirmiers, si ce n’est à Bumba,
Lisala et Pimu (PPDS 2010 : 51-52).
2.2.3.  ŒUVRES SOCIALES (CENTRES ET FOYERS
SOCIAUX, CENTRES POUR HANDICAPÉS ET HOMES) 2.2.5.  RESSOURCES HUMAINES ET MATÉRIELLES
Comme c’est le cas pour les infrastructures À Bumba, il existe un médecin pour 46 296 habi-
sanitaires, les différentes actions sociales dans la tants224 et à Lisala, un médecin pour 67 223 habi-
Mongala sont également, pour la majorité d’entre tants225. Bongandanga dispose, en moyenne, d’un
elles, d’origine coloniale. Respectant les termes de la médecin pour 78 606 habitants226. Dans la Mongala,
convention qu’elles avaient signée avec l’État belge, c’est donc le territoire de Bumba qui est le mieux
les sociétés européennes installées dans la Mongala desservi en termes de personnel médical, tandis que
(HCB, etc.) avaient facilité l’accès à l’enseignement, le territoire de Bongandanga demeure le « parent
aux soins médicaux pour la population autochtone, pauvre ». S’il n’existe pas de règle d’or pour déter-
certaines en recourant à l’œuvre missionnaire. miner si les effectifs de santé sont suffisants, l’OMS
Dans le territoire de Bumba, 14 foyers sociaux ont juge cependant improbable que les pays disposant de
été mis sur pied, au service de la population, pour moins de 23 professionnels de santé (en ne comptant
encadrer les femmes mariées, les mères célibataires que les médecins, le personnel infirmier et les sages-
et les enfants de moins de dix ans222. Les homes de femmes) pour 10 000 habitants obtiennent des taux
vieillards sont pris en charge par l’Église catholique, de couverture convenables pour les interventions
aidée par quelques bénévoles. L’un est installé à essentielles en matière de soins de santé primaires
Bumba, l’autre à Lisala. Leur entretien est assuré res- considérées comme prioritaires par les Objectifs
pectivement par les paroisses Notre-Dame de Fatima du Millénaire pour le développement (normes de
(Bumba Notre-Dame) et Saint-Hermès de Lisala. l’OMS). Ce sont les ZS de Bumba et Lisala qui pos-
Les centres pour handicapés sont des institutions sèdent l’effectif médical le plus important, suivies par
de l’Église catholique, qui apprennent aux personnes Yambuku, Pimu, Binga, et Bosondjo. Bumba et Lisala
vivant avec un handicap à se prendre en charge en sont les plus grandes agglomérations de la Mongala,
les initiant à un métier, principalement la cordonne- pendant que Binga et Bosondjo sont devenus des
rie et la couture. Ils possèdent également un service centres importants de par leur activité industrielle
de kinésithérapie. L’Église catholique gère aussi une (palmier à huile). Pimu est connu pour son hôpital,
léproserie. créé en 1935, et géré par les protestants. Enfin, Yam-
buku est connu pour la mission catholique qui s’y
2.2.4.  OFFRE ET QUALITÉ DES SOINS (SPÉCIALITÉS) est implantée et, surtout, pour la découverte du virus
Ebola. Ces quelques remarques, bien qu’elles restent
Il n’existe pas de paquet minimum d’activités superficielles, peuvent expliquer en partie pourquoi
(PMA)223 complet pour toutes les ZS. Ce qui veut certaines formations médicales disposent de plus de
dire qu’aucun PCA complet, non plus, n’existe dans personnel.
les hôpitaux de la Mongala. Les mauvaises conditions de travail dans les-
quelles le personnel médical doit exercer expliquent
222  Par exemple, dans le territoire de Lisala, il en existe quatre. la mauvaise qualité des prestations sanitaires et
À Lisala, le centre Telema (« lève-toi »), encadrant dix mamans ; expliquent la fuite des cerveaux vers Kinshasa ou les
à Binga, le foyer social de la Société de Culture au Congo ; à
Mazalanga, un foyer social de l’ONGD Libota Bomoi, encadrant
60 mamans et, enfin, un centre à Bosomanzi, en plus d’un centre
de promotion sociale dans la cité de Lisala, encadrant 37 mamans. 224  16 médecins pour 740 737 habitants.
223  Entendu par PMA : les soins de santé de base dispensés 225  9 médecins pour 605 464 habitants.
normalement par un centre de santé (CS). 226  8 médecins pour 628 848 habitants.

343
MONGALA

Projet d’appui et de développement dans la Mongala

Le Projet d’appui à la réhabilitation du secteur soins. Des services de consultance, venant en appui
de la santé (PARSS), financé par la Banque mon- aux activités de planification et de formation (santé
diale et mis en œuvre par la CTB, en collaboration de la reproduction, formation en gestion des soins de
avec le ministère de la Santé de la RDC, a consisté santé primaires) ont été mis en place, de même que
en un appui global à 30 zones de santé (ZS) situées la formation des équipes cadres des zones de santé a
dans les districts de la Mongala et de l’Équateur- été assurée » (CTB, Ministère de la Santé 2010).
Mbandaka (province de l’Équateur) pour une du-
rée de quatre ans (2007-2011) : Enfin, dans le cadre du Programme de relance
agricole dans la province de l’Équateur (PRAPE),
« Toutes ces zones de santé (ZS) présentent des cou- via sa composante : « réhabilitation et amélioration
vertures très faibles en termes d’utilisation des soins de l’accès aux services sociaux de base », des pro-
curatifs, de vaccination et de sécurité transfusion- jets de réhabilitation d’hôpitaux et de centres de
nelle. Le projet poursuit, par conséquent, plusieurs santé ont été menés à Bumba de 2005 à 2010 (en
objectifs : augmenter l’accessibilité et l’utilisation partenariat avec le PARRS, précédemment cité).
d’un ensemble de services de santé efficaces, ren- Les réalisations du PRAPE sont poursuivies
forcer la lutte contre le paludisme et le VIH/SIDA, par un autre projet, similaire, la projet d’appui à
améliorer les capacités de supervision et d’utilisation la réhabilitation et à la relance du secteur agri-
de l’information sanitaire. Concrètement, le projet a cole (PARRSA), qui a également un volet santé
permis de distribuer des moustiquaires imprégnées (CTB, Ministère de la Santé 2010). Bien que les
d’insecticide de longue durée, il a fourni aux struc- résultats du PRAPE soient imparfaits, le projet
tures de santé des médicaments, mais aussi des équi- a tout de même réhabilité, en partie, deux hôpi-
pements (ordinateurs, groupes électrogènes pour taux généraux de référence (HGR) : Yambuku et
les hôpitaux généraux de référence), des moyens de Bumba, ainsi que deux centres de santé de réfé-
transport (véhicules, vélos, moteurs hors-bord et rence (CSR) : Yamongili et Lolo (PRAPE 2012 : 11 ;
pirogues), des fournitures de bureau et du matériel PRAPE 2013 : 7).
d’entretien, qui ont contribué à l’amélioration des

pays étrangers, ce qui accentue davantage le nivel- Lisala) ; un peu moins de la moitié d’entre elles n’ont
lement par le bas. Les spécialisations n’existent pas pas de sources d’énergie. Concernant les kits infor-
en province, les données du personnel médical du matiques, photocopieuses et phonies, excepté Pimu,
PPDS de l’Équateur ne comptabilisent que des méde- les ZS en sont dépourvues. À propos des matériels
cins généralistes pour l’ensemble de la Mongala. On de chaîne de froid, chaque ZS possède au moins un
note, en revanche, un personnel administratif plé- congélateur, excepté Lisala. Précisons que ce tableau
thorique par rapport aux professionnels de la santé. ne reprend que l’existence des objets matériels et non
De même, un nombre important de techniciens spé- leur état de marche et/ou vétusté. Il pourrait donc
cialisés en radiologie est également recensé, mais prêter à confusion.
l’on peut se demander sur quelle machine ils peuvent Enfin, la faible fréquentation, voire la sous-utili-
bien travailler. sation, de certaines infrastructures mises à disposi-
La totalité des ZS ne dispose pas d’ambulances, tion du public congolais peut poser question. Il faut,
excepté la ZS de Bumba, et aucune d’entre elles ne tout d’abord, partir du constat que le public, à qui
dispose d’un véhicule de supervision. Un quart des s’adressent les centres de santé, est occupé par les
ZS n’ont pas de motos, particulièrement celles de activités agricoles, qui suivent leur propre calendrier
Bosomanzi, Bosomodanda et Lisala. Les raisons sont et exigences saisonnières. Ensuite, l’existence de plu-
multiples, notamment l’insuffisance d’appui logis- sieurs formations sanitaires dans un périmètre étroit
tique et la présence des cours d’eau, etc. Seules deux peut nuire à leur influence réciproque, comme l’a
zones de santé disposent d’appareils technologiques démontré le désintérêt du CS de Lolo au profit de
(radiographie, échographie) (les zones de Pimu, l’hôpital des HCB, situé à moins de 10  km dudit

344
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

centre. Enfin, la vétusté des équipements, même la chasse, capturés par le biais de techniques variées,
ceux récemment réhabilités, ainsi que la démotiva- dont le piégeage, comprennent les sangliers, les
tion du personnel – qui a un impact sur la qualité antilopes, les éléphants, les singes, les pangolins, les
des soins prestés –, les prix (des médicaments, des serpents, les porcs-épics, les crocodiles, les hippo-
opérations, etc.) en inadéquation avec le niveau de potames, les ragondins, les rats, etc., sans oublier les
vie des populations rurales contribuent également à oiseaux. Ces différents produits sont, eux aussi, tri-
dissuader la population de se rendre dans une infras- butaires des saisons.
tructure sanitaire. La pêche apporte une part considérable de
protéines à l’alimentation des populations de la
Mongala. Les poissons nourrissent tous les groupes,
3. ALIMENTATION, SÉCURITÉ ALIMENTAIRE riverains comme terriens, via les marchés situés le
ET MALNUTRITION long du fleuve et des rivières. Les plus consommés
sont les petits et les gros silures (ngolo), les carpes
3.1. RÉGIME ALIMENTAIRE (mboto), les protoptères (nzombo), les Ophiocepha-
lidae (mongusu), les polyptères (nkonga), les tilapias
L’alimentation des peuples de la Mongala, comme (libundu), les Characidae (mbenga), les Mormyri-
celle des autres peuples de la cuvette congolaise, est dae (mbongo), les Bagridae (mpoka), etc. (Vulanibo
très riche et variée. Les peuples de la Mongala se Kalissa & Bembe Monziba s.d. ; Équipe locale).
nourrissent de produits en provenance de la cueil- À côté de ces sources protidiques, le féculent reste
lette, de la chasse, de la pêche et de l’agriculture. l’aliment prédominant dans l’alimentation. Les pro-
Si les premières activités n’ont pas beaucoup duits des champs comprennent les ignames, cultivées
changé depuis le milieu du second millénaire, l’agri- en abondance dans le territoire de Bumba, dont cer-
culture a subi de grandes transformations (Équipe taines sont d’origine africaine (les petites) et d’autres
locale). d’origine asiatique (les grandes). L’igname d’origine
Quant à l’élevage (chèvres, moutons, chiens, asiatique a été adoptée au même moment que la
poules et canards), il reste marginal pour deux rai- banane plantain et le taro, probablement vers la fin
sons principales : l’abondance du gibier, qui encou- du XIVe  siècle : elle est actuellement consommée en
rage la chasse, et l’inadéquation du milieu forestier grande quantité dans le district (Équipe locale).
à l’activité pastorale. Bien que la consommation de La banane, fort prisée dans la région entre Kisan-
viande d’élevage soit réduite, chaque ménage pos- gani et Bumba, a donné naissance à une préparation
sède tout de même deux à cinq poules, dont les œufs spéciale appelée lituma (sorte de fufu de bananes).
sont consommés couramment (Vulanibo Kalissa & Tous les peuples de la Mongala avaient l’habitude de
Bembe Monziba s.d.227). Seules les viandes de porc, consommer la banane avant d’avoir adopté le manioc.
de chèvre et de volaille sont de temps en temps Le manioc qui, avec la patate douce et le maïs,
incorporées dans le régime alimentaire, notamment vient d’Amérique, a seulement atteint la Mongala
lors des fêtes ou d’autres événements spéciaux. au milieu du XVIIIe siècle, pour devenir l’aliment de
Les produits de la cueillette qui se succèdent au base au XIXe siècle. Depuis, il est consommé partout
gré des saisons fournissent la plupart des protéines dans l’Équateur sous sa forme la plus utilisée engwele
du régime alimentaire : chenilles ou mbinzo228 (en (chikwangue)229. Les autres formes de consomma-
juin), escargots, termites ailés, vers de palmiers, tion du manioc sont, notamment, le fufu (pâte de
champignons, crevettes, tortues et légumes comme manioc), le ntuka, le malemba. Pour la prépara-
les fougères et les choux palmistes. Les produits de tion du dernier mentionné, très prisé par les Budja,
le manioc est râpé230 après cuisson, sans rouissage,
227  Étude menée au CS de Mondongo (Lisala).
228 Les chenilles se récoltent en bonne quantité malgré le
caractère saisonnier de cette opération. Elles sont fumées et 229  Chez les Ngombe, se dit mœmbe. On la fabrique en pilant le
conservées en panier, ce qui permet une disponibilité tout au manioc après rouissage et en emballant la pâte dans des feuilles
cours de l’année. C’est sous cette forme qu’elles sont exportées de bananiers ou de ngongo. La chikwangue est ensuite cuite à la
à Kinshasa ou Kisangani. On les consomme avec une sauce vapeur (Équipe locale).
tomate, ou mêlées à la soupe ou à des légumes tels que le pondu 230  La râpure est obtenue au moyen d’un couteau plat entaillé
(feuilles de manioc). À Bumba, elles se mangent généralement sur deux côtés et suspendu à une hampe d’environ 60 cm appelée
en accompagnement des malemba (pâte de manioc). linyango (Équipe locale).

345
MONGALA

meraies. La tradition, en matière de préparation de


l’huile, veut que les hommes coupent les régimes de
palme mûrs et facilitent le ramassage des noix, tan-
dis que les femmes les ramassent et s’occupent de la
cuisson. Les noix sont ensuite pilées dans un mor-
tier ou ramollies par « piétiné » dans une pirogue. La
pirogue est remplie d’eau et l’huile qui surnage est
recueillie pour être purifiée au feu.
La consommation de légumes frais dans les
milieux ruraux se limite pratiquement à la consom-
mation du pondu232 (feuilles de manioc, le bapumba)
et dans une certaine mesure du bitekuteku ou babeba
(feuilles d’amarante), du nkoto (feuilles de taro),
des ngai-ngai (oseille), du bilolo (morelle). Dans les
centres urbains cependant, l’introduction de plu-
sieurs variétés de cultures maraîchères, suite à un
brassage de cultures, a entraîné progressivement
une diversification des légumes consommés (par
exemple l’épinard, les tomates et l’aubergine) (Minis-
tère du Plan 2005 : 34).
L’arachide est grignotée entre les repas. Le soja est
encore au stade de la vulgarisation et est peu accepté.
Enfin, les fruits tels que l’avocat, la mangue, l’orange,
le citron, la papaye et l’ananas, sont réservés aux
Femme budja tenant une pâte de manioc cuite.
(Photo équipe locale, 2013.) enfants (enquête alimentaire à Mondongo).
Depuis l’installation des populations dans la
Mongala, des boissons alcoolisées comme le vin de
et trempé dans l’eau au moins deux jours avant d’être palme, le vin de banane, le vin de raphia et le vin de
présenté sous forme de paquets entourés par des canne à sucre sont produites et consommées par la
feuilles et reliés par une corde (libulia). On retrouve population locale.
d’autres préparations du manioc comme le sapa
(manioc bouilli et trempé) ou le ngabuka (manioc 3.2. INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE
cuit pilé ou frappé) (Ministère du Plan 2005 : 34).
Chez les Mongo, le manioc, qui est également râpé231, L’histoire rappelle que la région a déjà connu des
constitue aussi l’aliment de base, appelé teemba. périodes d’insécurité alimentaire. Les périodes de
Le maïs, qui était l’aliment de base du peuple disette étaient rarement causées par des catastrophes
Ngbaka au départ, est actuellement entré dans les naturelles. Ce sont les guerres qui forçaient les com-
habitudes alimentaires d’autres groupes sous forme munautés à abandonner leurs champs en perturbant
de farine mélangée au manioc dans la préparation de ainsi les activités productrices. Toutes ces guerres
fufu (Ministère du Plan 2005 : 34). entre les groupes de la Mongala ont duré plus d’un
Quant au riz, il n’est consommé qu’en faible demi-siècle et ont provoqué des mouvements dans
quantité. Il s’agit davantage d’une culture de rente tous les sens, en forçant les clans à s’enfoncer par-
que d’une culture de subsistance. On le retrouve fois dans des milieux peu propices. Ainsi, les com-
lors d’occasions spéciales, dans un plat de fête ou de munautés déplacées étaient exposées à des famines
cérémonie. périodiques à cause des combats. L’exploitation du
L’huile de palme est produite un peu partout caoutchouc dans les bassins de la Mongala et de
dans la Mongala, là où s’étendent les grandes pal- la Lulonga par les compagnies concessionnaires
(1892-1907) a également enclenché une période de
231  Mais la râpure ici se fait à l’aide d’un morceau de bois bien
taillé qui rend les râpures de manioc des Mongo plus grossières 232  Selon Émeri Cambier, le mpondu est une spécialité chez les
que celles de Budja (Équipe locale). Bangala (Vellut 2001 : 241).

346
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Graphique 21.1. Situation alimentaire de la population récemment, les guerres du Congo qui ont coupé la
de la Mongala en 2010. région de la capitale ont également eu un impact
néfaste sur la production agricole et donc sur la
sécurité alimentaire.
En 2013, selon les critères du cadre intégré de la
classification de la sécurité alimentaire (IPC), un peu
plus de 60 % de la population de la Mongala souffre
d’une insécurité alimentaire modérée à sévère233.
Les causes actuelles de l’insécurité alimentaire
dans la province de l’Équateur sont polymorphes,
mais généralement liées à la pauvreté, qui est la résul-
tante de plusieurs années de conflits politico-mili-
taires et d’une économie déficiente. En pratiquant
l’agriculture et la pêche, ses principales activités de
subsistance génératrices d’un revenu, la population
Source : WFP/PAM 2012 (avril). Résumé exécutif : résultats de l’enquête doit faire face à d’innombrables contraintes, qui
approfondie sur la sécurité alimentaire des ménages dans la province
de l’Équateur. Utilisation des données du PEV 2010. vont de l’insuffisance de l’encadrement au manque
d’intrants, du déficit de main-d’œuvre à la situation
Graphique 21.2. La sécurité alimentaire de la population d’enclavement de certaines zones de production
de la Mongala en 2010. agricole. Environ 70 % des ménages enquêtés par le
PAM n’ont pas accès aux semences améliorées ni au
matériel agricole adéquat. L’utilisation de la houe et
de la machette nécessite une force de travail impor-
tante, qui manque très souvent, un problème qui
d’ailleurs a été soulevé par 50,8 % des ménages lors
de l’enquête du PAM en 2012.
L’enclavement de certains villages ne favorise pas
non plus le développement économique (production
agricole, commerce, etc.). Les voies routières et flu-
viales sont en mauvais état, ce qui rend l’accès aux
marchés précaire (WFP/PAM 2012 : 7-8).
Suivant l’IPC234, on remarque que la sécurité ali-
mentaire dans les territoires de la Mongala est mena-
cée, et ce de manière récurrente. La situation au sein
du territoire de Bongandanga apparaît souvent un
Source : WFP/PAM 2012 (avril). Résumé exécutif : résultats de l’enquête
cran plus précaire que celle de Bumba et de Lisala
approfondie sur la sécurité alimentaire des ménages dans la province
de l’Équateur. Utilisation des données du PEV 2010 (programme (IPC 2008-2013)235.
élargi de vaccination). Cependant, ces données (2010) sont très diffé-
rentes de celles (2011-2012) de l’Analyse approfondie
famine. Les travaux forcés pour la récolte du caout-
chouc paralysaient l’activité agricole des villages : les
paysans se trouvaient dans l’incapacité de produire 233  L’IPC (le cadre intégré de classification de la sécurité ali-
mentaire) ne dispose pas de preuve suffisante pour classer le
suffisamment de vivres pour leur subsistance et celle taux d’insécurité alimentaire de Bongandanga en 2013. Bumba
des soldats établis dans la région. Le travail forcé et et Lisala sont considérés comme « sous pression » (IPC 2014).
les révoltes qui suivirent ont plongé pendant plus 234  Il s’agit d’un outil, conçu en 2007, par le cluster sécurité
d’une décennie l’ensemble de la région dans l’insécu- alimentaire, sous l’égide de la FAO, qui classifie les différentes
rité alimentaire. Ensuite, les deux dernières guerres phases des situations de sécurité alimentaire, fondé sur les effets
sur les vies et les moyens d’existence (Ngonde Nsakala 2008 : 1).
mondiales, par le biais de la mobilisation générale
de la population dans l’effort de guerre, ont égale- 235  Cf. IPC (2008, 2009, 2010, 2012). En 2012, les territoires de
la Mongala ont été classés dans une situation d’« insécurité ali-
ment affaibli un temps la sécurité alimentaire dans mentaire modérée à limite», c’est-à-dire un certain degré d’insé-
l’ensemble du district (Équipe locale). Enfin, plus curité alimentaire (IPC 2012).

347
MONGALA

de la sécurité alimentaire et de la vulnérabilité (CFSVA Mais c’est l’absence de connaissance des parents dans
2014236) pour laquelle c’est le territoire de Bumba qui le domaine de la diététique (période de sevrage, exi-
présente l’insécurité alimentaire la plus importante. gences nutritionnelles d’un enfant sevré, condition-
nement et valeur nutritive des aliments) qui est à
3.3. MALNUTRITION l’origine du problème de la malnutrition.
Une étude menée au centre de santé rural de
Conséquence d’un sevrage d’allaitement brutal Mondongo (zone de Lisala) (Vulanibo Kalissa &
ou d’une alimentation mal conduite, la malnutrition Bembe Monziba 1993) a montré que beaucoup de
protéino-calorique (MPC)237 est une maladie caren- mères, à Mondongo, croyaient que la malnutrition
tielle curable et évitable à moindre coût238, à condi- était causée par un empoisonnement ou par l’em-
tion d’une utilisation réfléchie et variée des ressources prise d’un esprit maléfique. Cette croyance explique-
locales (et donc d’un bon service de vulgarisation). rait le découragement et le fatalisme qu’adoptaient
Contre toute attente, malgré l’augmentation de systématiquement les parents dès l’apparition des
la production agricole dans le territoire de Bumba, premiers symptômes de kwashiorkor chez l’enfant.
suite aux interventions du Projet de réhabilitation de Pour remplacer le régime alimentaire des enfants
l’agriculture dans la province de l’Équateur (PRAPE), récemment sevrés, qui consommaient comme tout
la malnutrition n’a pas disparu et elle y demeure une le monde le plat familial, composé de chikwangue, de
réalité. Une enquête socio-nutritionnelle a commu- fufu ou de banane plantain, aliments assez pauvres
niqué les évolutions suivantes, concernant la mal- en éléments nutritifs, le groupe de chercheurs de
nutrition infantile : « La malnutrition aiguë globale l’ISEA-Mondongo leur mit au point un mélange ali-
(infantile) pour le territoire de Bumba, a augmenté mentaire adapté (maïs, riz et soja, dit le « mariso »).
de 14 %, en 2006, à 19,4 %, en 2012. La malnutrition Celui-ci fut remplacé plus tard par le « mariop » ou le
infantile chronique est passée de 38 % à 36,2 %. L’in- « mariche », dans lesquels, respectivement, les œufs
suffisance pondérale a augmenté de 26 % à 30,7 %. ou les chenilles remplacent le soja, aliment peu dis-
[…] Il s’avère que le régime alimentaire à base de ponible et moins accepté par la population.
manioc a peu évolué ; le faible accès à l’eau potable
(31,3 % des ménages) et à l’assainissement (taux de
0,9 % à Bumba, selon l’enquête socio-nutritionnelle 4. LES PATHOLOGIES LES PLUS FRÉQUENTES
et taux de 32,7 % ayant utilisé la latrine couverte, DANS LA MONGALA
selon l’enquête socio-économique) ; l’incidence de
la rougeole a également augmenté dans le territoire, Non seulement le milieu écologique (conditions
passant de 42 %, en 2007, à 72,7 % en 2012. Ces fac- climatiques, hydrographiques et végétales) propre à
teurs, liés au régime alimentaire, à l’environnement la Mongala favorise la prolifération de moustiques ou
et à la santé contribuent à maintenir la malnutrition autres transporteurs d’agents infectieux, mais, en plus,
infantile à des taux alarmants » (PRAPE 2013 : 15). le fleuve Congo, qui traverse le district, constitue une
Contrairement aux idées reçues, la malnutrition grande voie de pénétration pour les diverses mala-
n’est donc pas nécessairement liée à un manque de dies, qui touchent, en premier lieu, les populations
nourriture. Elle peut être le fait d’une maladie, d’un peuplant les abords du fleuve, qui sont donc les plus
sevrage mal suivi, etc. exposées. À l’époque coloniale, les vastes territoires
En République démocratique du Congo, il arrive situés le long du fleuve étaient considérés comme
de rencontrer des enfants malnutris évoluant pour- d’importants foyers de la maladie du sommeil : « La
tant dans un environnement qui produit en suffi- région de l’Équateur montre en gros que l’infection a
sance tous les aliments nécessaires à leur croissance. suivi les cours d’eau navigables dont elle a décimé les
populations riveraines » (Janssens et al. 1992 : 1413).
La population de la Mongala en fait toujours les frais.
236  Ils se basent sur des données collectées en 2011-2012. Le cheminement des maladies vénériennes est à
237 Le diagnostic de la MPC se précise par des indicateurs peu près le même que celui de la maladie du som-
anthropométriques (poids, taille, cordelette ou circonférence de
l’arrière-bras), des indicateurs biologiques et cliniques.
meil. Les voies fluviales ont joué un rôle important
dans leur propagation, car elles sont notées simul-
238  Le revenu du paysan ne lui permet pas l’achat de produits
alimentaires importés. Le Cérélac et le lait en poudre Nido tanément chez de nombreux riverains du fleuve : les
coûtent 5 à 9 fois plus cher que les produits locaux. Ngombe sur la Mongala, les Bangala sur le Congo, et

348
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

c’est toute la cuvette centrale, occupée par les Mongo, 4.1. SITUATION ÉPIDÉMIOLOGIQUE ET MALADIES
qui sera touchée par le fléau (Retel-Laurentin 1974 : INFECTIEUSES242
50). La diffusion, au début du siècle, de ces maladies
provoquant des taux de stérilité et d’infécondité chez En guise d’introduction, rappelons qu’il sied de
les peuples de la Mongala, fit l’objet de nombreuses rester prudent face aux données du secteur de la
études, à une époque où l’on s’inquiétait de la démo- santé. Les informations médicales sont souvent biai-
graphie africaine et de ces caractéristiques dégres- sées, car le processus de collecte et de communica-
sives. Dans la Mongala, un pourcentage important tion des données sanitaires est souvent défaillant.
des peuples mongo, ngombe et ngbandi souffrait de Sur les 69 ZS que compte la province de l’Équateur,
stérilité (Janssens et al. 1992 : 20). En plus des mala- seules 60 % rapportent des données complètes et à
dies vénériennes, les procédés anticonceptionnels uti- jour. Les données ne sont souvent disponibles que
lisés et les avortements provoqués étaient également dans les zones de santé où interviennent les parte-
avancés par Retel-Laurentin et Romaniuk comme les naires humanitaires.
principales causes de la stérilité chez ces populations. En Équateur, le paludisme est la pathologie
Aux conditions favorables précédemment décrites, dominante. Ce diagnostic est posé chez presque un
s’ajoutent d’autres déterminants politiques, culturels malade sur deux qui se présente à la consultation.
et sociaux, tels que l’instabilité sécuritaire, l’extrême Il est, par ailleurs, responsable de près de 20 % des
pauvreté, les conditions d’hygiène difficiles239. décès. Le paludisme est suivi par les infections res-
En ce qui concerne l’accès à l’eau potable et les piratoires aiguës (IRA243) ainsi que les diarrhées non
types de toilettes utilisés, certaines études du Pro- sanguinolentes, qui touchent toutes les zones de
gramme alimentaire mondial menées auprès de la l’Équateur, la Mongala y compris. Ce sont les enfants
population de l’ensemble de l’Équateur révèlent que de moins de cinq ans qui sont les plus touchés.
seulement 5 % des ménages ruraux ont accès à l’eau, Les IST et les filarioses sont endémiques. On ren-
estimée potable, et seulement 1,6 % utilisent des contre également de l’anémie (dont 90 % des cas sont
latrines améliorées (WFP/PAM 2012 : 8). dus au paludisme), la malnutrition protéino-énergé-
Dans les villes, la situation est différente ; à Lisala tique (MPE), l’amibiase, et l’hypertension artérielle
et Bumba, la Regideso est opérationnelle et dessert la (HTA).
population urbaine en eau potable. Alors qu’en 2007, En plus de ces maladies, d’autres problèmes sani-
l’étude Pro-Routes constatait qu’il n’y avait pas d’eau taires co-existent : la trypanosiomase, le VIH/SIDA
potable dans la ville de Lisala, un projet du Gouver- (taux de prévalence de 1,2 %, en 2011, à Bumba)244, la
nement, exécuté par l’entreprise chinoise SZTC, de tuberculose, avec un taux de détection encore faible,
2010 à 2013240, a implanté depuis lors des fontaines la co-infection VIH/Tuberculose, la lèpre. On note
publiques. La population s’y approvisionne en eau également la forte prévalence de la syphilis, dont le
potable, moyennant 10 FC par litre d’eau (Luka 2010 ; taux est le plus élevé de la RDC (PPDS 2010 : 136).
Équipe locale 2014)241. Les maladies, pourtant évitables par la vacci-
nation, telles que la rougeole, le tétanos néo-natal
(TNN), la coqueluche, sont encore responsables

242  À défaut d’avoir obtenu les données pour la Mongala en par-


ticulier celles sur les maladies concernent l’ensemble de la pro-
vince de l’Équateur (PPDS 2010). Cependant, l’hopital Notre-
Dame de Bumba a classé les maladies les plus fréquentes selon
l’ordre que voici : paludisme, anémie, méningite, kystes ovariens,
239  L’eau destinée à être bue, celle d’usage domestique et celle diabète, HTA, insuffisances cardiaques, hernies (Équipe locale).
des sanitaires sont confondues. Les animaux ou le gibier sont 243 Les IRA sont liées aux conditions climatiques de la
nettoyés dans les mêmes endroits, qui constituent des foyers de Mongala. La prise en charge intégrée des maladies de l’enfant
transmission de maladies hydriques, fréquemment signalées (PCIME) sera intégrée dans les 42 ZS appuyées par le PARSS.
dans la contrée (Chinamula 2007 : 15).
244 La prévalence du VIH auprès des femmes enceintes en
240  Ce projet rend les informations de l’étude Pro-Routes de consultation prénatale (CPN) dans les sites de surveillance de
2007 obsolètes (Chinamula 2007 : 15). l’Équateur est passée, en moyenne, de 4,4 %, en 2003, à 2,6 %, en
241 Ils se sont concentrés sur le captage d’eau de la source 2011. Pour les années 2003-2007, nous ne disposons pas d’infor-
Djongobono et du champ des forages Kaba. Pour détails tech- mation sur la prévalence à Bumba (poste sentinelle défaillant)
niques voir (Regideso 2008). (PNMLS 2014 : 9).

349
MONGALA

Les partenaires humanitaires

d’un assez grand nombre de décès, surtout chez les Les épidémies de toutes sortes sont signalées de
enfants de moins de cinq ans. Plusieurs cas de mala- manière cyclique dans les provinces qui longent le
dies, rares dans d’autres régions, sont encore obser- fleuve. Plus récemment, par exemple, l’épidémie de
vés, telles que le Monkey Pox, la fièvre hémorragique choléra a refait surface dans le district sanitaire de
virale (FHV), la fièvre jaune, les hépatites virales la Mongala, dans les zones de santé (ZS) de Binga,
(PPDS 2010 : 136). Lisala et Pimu, avec un taux de létalité de 5,9 % au-
dessus du taux moyen provincial de 5,5 % (OCHA
4.2. LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES RÉCENTES : 2012), ce qui est déjà élevé par rapport à la moyenne
CHOLÉRA ET ROUGEOLE en Afrique centrale et de l’Ouest en 2008 (3,55 et
3,6 %) (OMS et Unicef 2008 : 4 ; Radio Okapi 2011a
Non sans lien avec le milieu physique et les et b).
conditions hygiéniques précaires que nous venons L’épidémie de rougeole est également cyclique
d’évoquer, la situation sanitaire de la Mongala et la dans la Mongala. En 2013, après avoir ravagé
résurgence de certaines maladies sont inquiétantes. Yambuku et Bumba, elle a sévi un certain temps à
L’eau consommée par la population est généralement Yamongili. Selon l’OCHA, durant cette nouvelle
impropre à la consommation et les campagnes de vague épidémique, la Mongala a comptabilisé 60 %
prévention sont insuffisantes. Il existe, par ailleurs, de cas, soit plus de 6000 cas, dont 45 décès (Radio
peu ou pas d’activités de surveillance épidémiolo- Okapi 2013).
gique en Équateur, en plus d’une capacité assez faible
à la riposte (épidémies ou catastrophes naturelles)
(PPDS 2010 : 10 ; OCHA 2012)245. la zone de santé de Pimu, dans le DS Mongala. Le projet a pour
objectif de former pas moins de 29 400 ménages issus de 5 AS à la
désinfection. Il vise également la formation de 30 « chlorateurs »
245 En réponse à la recrudescence de l’épidémie de choléra, et volontaires, la sensibilisation des populations, la désinfection,
l’ONG Action pour la protection et l’encadrement de l’enfant la distribution d’Acquatabs, et la mise en place de points de chlo-
(APEE) a mis en place un projet de lutte contre le choléra dans ration (OCHA 2011 : 4).

350
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

4.3. SECTEUR PRIVÉ, LUCRATIF ET NON LUCRATIF Bwamanda (Bumba), Memisa-Belgique (à Binga) et
DANS LE SECTEUR SANITAIRE la Coopération technique belge (CTB) (via le projet
PARSS-ASSNIP), ALM (American Lepra Mission),
La contribution du secteur privé lucratif et non UNFPA (United Nation Population Fund), la Croix-
lucratif dans la fourniture de services est estimée à Rouge de la RDC (CRRDC).
environ 50 % des soins délivrés aux patients (Zin- Puisque la direction générale de la Coopération
nen 2012 : 15). au développement belge (DGD) s’est engagée dans la
Ci-contre, sont recensés les principaux parte- nouvelle approche de l’aide internationale (DP, AAA,
naires non étatiques à l’œuvre dans la Mongala, clas- IHP+, etc.), les ONGD belges alignent leurs pro-
sés par ZS. L’Église catholique dispose de bonnes grammes sur les stratégies de renforcement du système
structures sanitaires gérées par les bureaux diocé- de santé (SRSS)246 et le Plan national de développement
sains des œuvres médicales (BDOM) des trois dio- sanitaire de la RDC (PNDS) (Monet 2010 : 4-5).
cèses de Basankusu, Lisala et Lolo. À titre illustratif, le Enfin, des sociétés agropastorales industrielles
BDOM Lisala possède, à lui seul, 50 centres de santé comme la Société de cultures (SCC), et la PHC-Fero-
(Équipe locale 2014). En plus de l’Église, certaines nia, ancien PLZ, s’occupent également de bonnes
ONGD disposent également de bonnes structures structures médicales.
médicales. Il y a l’association Libota Bomoi, SOCO
(Solidarité commune) (selon l’équipe locale), le CDI- 246  Le SRSS vise, entre autres, la revitalisation des ZS.

Découverte du virus Ebola, Yambuku 1976

En 1976, pendant qu’une étrange épidémie septembre mais bien la première à caractère inter-
avec un taux de létalité élevé secoue Yambuku, une national. Apres avoir transité à Bumba, l’équipe
localité au nord de la République démocratique scientifique dont il fait partie arrive en octobre au
du Congo (en Équateur, près de Bumba), un jeune foyer de l’épidémie : la mission catholique de Yam-
médecin de 27 ans, Peter Piot, se spécialisant dans buku (coopérative agricole, école, hôpital). Après
les maladies infectieuses, et ses collègues reçoivent des prélèvements de sang des malades qui confir-
à leur laboratoire de l’institut d’Anvers des échan- meront l’authenticité du virus, l’équipe enquête
tillons de sang contenant le virus en question, également sur son mode de transmission. L’équipe
soupçonné d’être celui d’une fièvre jaune. L’examen sanitaire constate que la proximité avec la mis-
microscopique des cellules révèle un virus géant sion est liée à une augmentation de cas. Comme
(une sorte de grand ver), ressemblant singulière- la grande majorité des malades sont des adultes,
ment à celui de Marburg. Celui-ci provoque une ils réfutent l’hypothèse de l’infection transmise
fièvre hémorragique. Alors que l’Organisation par un moustique (lequel n’aurait évidemment pas
mondiale de la santé (OMS) recommande de stop- épargné les enfants). Les cas féminins (20-30 ans)
per toute recherche sur ce virus, considéré comme sont prédominants. Les médecins vont en conclure
très dangereux, le Centre américain de contrôle un lien avec la reproduction (grossesse, accouche-
des maladies, à Atlanta, auquel les échantillons ment), d’autant que les femmes qui se présentent
avaient été envoyés, confirme qu’il ne s’agit pas du aux consultations prénatales sont souvent atteintes.
virus de Marburg. En quête de plus d’informations Les injections (de vitamines notamment) qui ne
sur ce virus inconnu, appelé par la suite le virus suivent pas les règles d’hygiène de base (utilisation
Ebola, du nom de la rivière traversant la zone où la consécutive d’aiguilles, nettoyées mais pas stérili-
maladie était apparue, le jeune chercheur se rend sées) sont soupçonnées d’être le vecteur de conta-
avec toute une équipe sur le terrain. Ce sont les mination. Le virus semble aussi se disséminer au
ministères belges des Affaires étrangères et de la contact des malades et des cadavres. Les mesures
Coopération qui organisèrent la mission médicale. adoptées pour éviter la propagation du virus ont
Ce n’était pas la première qui avait été organisée finalement abouti après deux mois et demi à la
dans la zone infectée depuis le début du mois de fin de l’épidémie : interdiction du trafic entre les

351
MONGALA

villages, mise en quarantaine de personnes atteintes 280 morts (sur 318 cas) entre le 1er septembre et le
ou ayant été en contact direct avec un blesse ou 24 octobre.
un mort, fermeture du centre infecté, changement La majorité des informations ont été recueillies dans un article
dans les coutumes funéraires. L’épidémie a fait publié dans le journal Le Monde (Benkimoun 2014) et ont été
complétées par OMS (1978) et Sureau, Piot et al. (1978).

Quelques indicateurs de santé pour la population de la Mongala

L’enquête démographique et de santé (EDS II les deux. Sur les 11,3 % de femmes qui utilisent des
2013-2014) nous fournit quelques indicateurs de moyens de contraception, une minorité utilise des
santé pour la population de la RDC, dont certains moyens modernes (stérilisation ou condoms sont
pour les 26 nouvelles provinces de la RDC, repris les deux méthodes les plus utilisées) et les autres se
en annexes de l’étude EDS. Cependant, l’enquête n’a débrouillent avec les moyens dits « traditionnels ».
été menée que sur un échantillon de population, La pilule n’est pas utilisée par les femmes enquêtées
déterminé par tirage au sort. Un certain nombre dans la Mongala.
de quartiers, communes et chefferies ont été tirés, Dans la Mongala, la prévalence du paludisme est
dans lesquels ont été retenus certains villages et, moins élevée que la moyenne nationale. 25,3 % des
dans ceux-ci, un certain nombre de ménages1. enfants sont positifs au test diagnostique rapide
Un total de 18 360 ménages2 ont été sélection- (TDR), alors que la moyenne pour la RDC est de
nés. Toutes les femmes âgées de 15-49 ans vivant 30,8 %. De même, 20,7 % sont positifs au test de la
habituellement dans les ménages sélectionnés, ou goutte épaisse (GE), tandis que la moyenne natio-
présentes la nuit précédant l’enquête, étaient éli- nale est de 22,6 %.
gibles pour être enquêtées. Dans un sous-échan- Très peu d’enfants disposent d’un carnet de vac-
tillon d’un ménage sur deux, tous les hommes de cination. Selon les déclarations de la mère, 5,8 %
15-59 ans étaient éligibles pour être enquêtés. auraient reçu tous les vaccins, et 14,1 % n’en
Quasi tous les hommes et les femmes enquêtés auraient reçu aucun. C’est le vaccin de la polio qui
avaient déjà entendu parler du Sida. La moitié serait le mieux distribué.
des femmes et plus de deux tiers des hommes uti- Plus des trois quarts des femmes de la Mongala
lisent d’ailleurs des préservatifs pour se protéger. ont reçu des soins prénatals d’un prestataire formé
Pour les personnes qui n’en utilisent pas, les deux (qu’il soit infirmier, médecin ou accoucheuse). Un
tiers des femmes limitent leurs rapports à un par- peu plus d’un tiers des enfants nouveau-nés ont été
tenaire non affecté (qui n’a pas d’autres relations vaccinés contre le tétanos prénatal (65,5 % pour
sexuelles), pour les hommes, 76,4 %. Plus d’un l’ensemble de la RDC). Un peu moins de la moitié
tiers des femmes font les deux, tandis que plus de des femmes ont accouché dans un établissement
la moitié (presque les deux tiers) des hommes font de santé (dispensaire, hôpital, etc.), ce qui semble
très inférieur à la moyenne nationale, qui se situe
également à 80 % (EDS-RDC 2014 : 38-46).
1  La base de sondage est la même que celle qui a été utilisée
par l’enquête MICS de 2010 et par l’enquête 1-2-3 (Emploi, Pour plus d’informations sur la méthodologie employée
Secteur informel et Consommation des ménages) de 2012, pour la récolte des données, voir le rapport de l’enquête
menées par l’Institut national de la Statistique (INS). (RDC 2013-2014).
2  5 474 en milieu urbain dans 161 grappes et 12 886 en milieu
rural dans 379 grappes.

352
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

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354
CHAPITRE 22
APERÇU DES STRUCTURES ÉDUCATIVES

1. IMPLANTATION DE L’ENSEIGNEMENT DE TYPE d’opération pour l’essaimage de nouveaux postes


OCCIDENTAL PAR LES MISSIONS (missions, écoles-chapelles, catéchuménats) dans le
Nord de la région.
Avec la convention de 1906 entre l’État indépen-
1.1. RÉSEAU CATHOLIQUE
dant du Congo (EIC) et le Saint-Siège248, les mission-
Alors que des missions de nationalité étrangère, naires de la Congrégation du Cœur Immaculé de
notamment protestante, s’étaient déjà établies dans Marie (CICM), les scheutistes, ont obtenu un quasi-
le pays avant la fondation de l’EIC, l’action des mis- monopole sur l’enseignement. En effet, l’État accor-
sionnaires belges pour l’évangélisation des popula- dait les concessions de terres pour la fondation des
tions allait être encouragée et favorisée par Léopold missions. En contrepartie les missionnaires s’enga-
II,  par le biais d’une législation clairement orientée geaient à créer des écoles primaires pour lesquelles
en leur faveur. Son objectif était de leur confier la ils bénéficiaient de subsides nécessaires afin d’assu-
majorité des tâches sociales et spirituelles entre- rer leur fonctionnement. Les nombreuses missions
prises au sein de l’EIC. Dans un pays où la liberté catholiques rayonnant autour de Lisala ont alors
de commerce, de navigation et de culte était garan- formé un puissant réseau scolaire dont les Ngombe
tie, appuyer l’influence belge catholique romaine en et les Budja ont été les grands bénéficiaires (équipe
défaveur d’une influence, non seulement étrangère, locale). Au duo classique « enseignement et chris-
mais aussi protestante, semblait une nécessité. tianisation », nous pourrions ajouter un troisième
Voisine de la Mongala, la colonie scolaire247 de terme, « agriculture ». C’est en effet dans les fermes-
Nouvelle-Anvers (Mankanza), initiative des pères de chapelles qu’apparut le premier embryon de forma-
Scheut, fut une pionnière dans le domaine de l’ensei- tion agricole au Congo (Ergo s.d. : 11).
gnement (1890). Elle a incarné la première forme Avec la réorganisation des réseaux de l’enseigne-
d’enseignement de type occidental dans l’Équateur. ment congolais par Louis Franck (1918-1924), qui
L’institution accueillait des « enfants de l’État », qui aboutit à la formalisation, en 1925, de la prise en
étaient des anciens esclaves libérés, des enfants charge financière de l’enseignement catholique, le
considérés comme délaissés ou des orphelins en pro- développement du réseau scolaire catholique s’in-
venance du Haut-Congo (Uele et Ubangi) que l’État tensifia (Kita Kyankenge Masandi 1982 : 150, 169-
avait décidé de mettre sous sa tutelle (Mumbanza 170). Et c’est dans ce contexte que l’action d’Égide De
1976 : 113-116). La station servit par la suite de base Boeck a pris de l’ampleur.

247 Une colonie scolaire est une école de l’État confiée à la 248 La convention de  1906 entre le Saint-Siège et l’EIC met
gestion de religieux pour éduquer, évangéliser et former des en place la base du développement scolaire catholique en liant
orphelins congolais ou considérés comme tels. La formation se l’octroi de terres (« à titre gratuit et en propriété perpétuelle »),
concentre sur l’éducation religieuse (elle forme des futurs caté- un revenu aux missionnaires et la fondation d’écoles par les
chistes) et sur l’apprentissage professionnel. Une grande partie missions catholiques (Poncelet 2010 : 23-41 ; Kita Kyankenge
de ces enfants servaient de contingent pour la Force publique. Masandi 1982 : 268-269).

355
MONGALA

Celui-ci marqua durablement la Mongala par furent converties en « humanités modernes, section
le soin qu’il apporta au développement des œuvres commerciale », puis transférées au collège de Lisala,
d’enseignement dans son vicariat. Il fit fonder des en 1969.
écoles tant pour les garçons que pour les filles et Ancien catéchuménat dépendant de la mission
se concentra sur la formation d’un clergé local. d’Umangi, Boyange fut rapidement transformé
Ses séminaristes firent toujours l’objet de toute son en mission, en 1910, et la première école primaire
attention et de tous ses égards. En mai 1931, pour y fut fondée en 1916. C’est aussi à Boyange249, que
faciliter les communications et l’administration fut transférée, en 1928, l’école de moniteurs qui
du vicariat, il avait transféré sa résidence de Nou- avait, dans un premier temps, vu le jour à Nou-
velle-Anvers à Lisala, et le 27 janvier 1936, en plus velle-Anvers (Mankanza). Cette école normale, dont
d’abriter un poste de mission, Lisala devint égale- les bâtiments furent construits en 1933, conféra à
ment le siège du vicariat apostolique. Mgr Égide De Boyange une place prépondérante dans le vicariat.
Boeck mourut à Lisala le 20 décembre 1944 (Storme Le père Joseph Beckers en fut le fondateur et le pre-
1968 : 74-77). En plus d’avoir développé les infras- mier directeur. Appelée « le grand séminaire Saints-
tructures d’accueil que nous verrons ci-dessous, Pierre-et-Paul de Boyange », cette école formait tous
Égide De Boeck marqua durablement l’enseigne- les enseignants qualifiés du vicariat, d’abord en trois
ment par la promotion du lingala, qui était à l’ori- puis en quatre ans. En 1961, elle fut transformée en
gine une langue commerciale, celle des échanges le « humanités pédagogiques » avant d’être transférée à
long du fleuve Congo. La promotion et la diffusion Lisala en 1969 (Équipe locale). Une école artisanale
de cette langue dans l’ensemble de la province de y fut également créée en 1940 (sous la direction du
l’Équateur fut à la fois l’œuvre de l’État et de l’Église, couvent des frères de Saint-Joseph), laquelle ferma
par le biais de l’évangélisation, de l’enseignement, de ses portes en 1963. Si cette dernière n’eut pas beau-
l’administration et de la formation militaire. Afin de coup de rayonnement, l’école normale, quant à elle,
consolider les bases de la langue, les missionnaires joua un rôle considérable dans le développement de
rédigèrent une grammaire de lingala et des manuels l’enseignement dans la Mongala.
d’enseignement ainsi que des livres religieux dans Un autre petit séminaire mis en place à Nouvelle-
la même langue (Nzoimbengene 2013 : 2 ; Storme Anvers par le père Vandeputte depuis 1922250 fut
1968 : 74-77). transféré, en 1934, dans les nouveaux bâtiments de
La première école primaire catholique de la Bolongo, le village qui lui donna son nom ; « le petit
Mongala fut donc construite à Umangi (Lisala) par séminaire de Bolongo ». Il est situé sur la colline sur-
Mgr Egide De Boeck (1875-1944), qui y fonda la pre- plombant la rivière Mombenga, à 10 km de l’évêché
mière mission catholique en 1901. Avant de deve- de Lisala. Depuis sa création, le petit séminaire de
nir une mission, Umangi était un poste d’État, créé Bolombo, mis sous le patronage de Notre-Dame-de-
en 1888, et transformé ensuite en camp militaire, Grâce, organise les humanités latines, gréco-latines
dans lequel les élèves de Nouvelle-Anvers venaient et littéraires pour la formation des futurs prêtres. Ces
parachever leur formation (Kabosani Likinga Geka derniers, comme d’autres qui n’ont pas suivi jusqu’au
1985 : 44 ; Équipe locale 2011). Le camp militaire bout cette vocation, se classent tout de même parmi
fut transféré à Lisala en 1905, tandis que la mission les meilleurs intellectuels du pays. Depuis le père
Saint-Pierre, qui dans un premier temps avait été ins- Vandeputte, 17 supérieurs et/ou recteurs ont dirigé
tallée à Bokele, fut déplacée à Umangi, réinvestissant le séminaire. Si les sept premiers furent des mis-
les infrastructures précédemment abandonnées par sionnaires belges, leurs successeurs seront tous des
l’État (Kabosani Likinga Geka 1985 : 45). L’objectif Congolais, dont deux deviendront évêques (Équipe
de l’enseignement primaire rejoignait celui des colo- locale ; Congoforum 2009).
nies scolaires qui visait, lui aussi, la formation d’auxi-
liaires. L’enseignement à Umangi se spécialisa dans
la formation des auxiliaires administratifs. L’École 249  Pour plus d’informations au sujet de la mission de Boyange,
moyenne d’Umangi (EMU) pour la formation des voir le mémoire de Kabosani Likinga-Geka (1985).
commis prit forme en 1948, sous la direction du père 250 Sa création à Mankanza fut officiellement décidée à la
suite de l’Encyclique « Maximum Illud » de Benoît XV du 30
Robert Depuydt, en même temps qu’une école d’au-
novembre 1919, même si, avant cette date, le projet existait déjà,
xiliaires administratifs (EAA), sous la direction du avec l’enseignement du latin à quelques séminaristes venus de
père Alphonse Parmentier. En 1961, ces deux écoles Kangu (Mayumbe), en 1918.

356
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

À Mondongo, en 1952, fut édifiée par le père Gas- d’enseignement ménager à Bumba, en 1952, puis à
ton Lootens, l’école professionnelle agricole (EPA), Lisala. Cette dernière fut transformée en humanités,
transformée en école technique secondaire agricole sous l’appellation de lycée Monzoto Mwa Ntongo, en
(ETSA) en 1963. 1967. La plus ancienne école maternelle (Kelasi ya
À Yambuku, en 1950, vit le jour une école d’ap- Zéro) fut ouverte à Ebonda en 1942.
prentissage pédagogique (EAP) qui, jusqu’en 1962, L’importance du rôle joué par la mission catho-
avait délivré 136 certificats. lique d’Ebonda dans la formation de la jeunesse
Enfin, à Lokalema, dans le diocèse de Lisala, fut résulte d’une étroite collaboration entre l’Église
également construite, en 1951, l’école artisanale du et la société privée, les Huileries du Congo belge
bois, dont le nombre de certificats délivrés jusqu’en (HCB). En 1916, pendant la Première Guerre mon-
1963 s’élevait à 177. diale, le père Albert Dereume, assisté par le frère
Les couvents destinés aux ordres religieux fémi- Constant Holthuyzen, créa un complexe scolaire
nins ne s’implantèrent qu’au début des années vingt. dénommé « école professionnelle d’Alberta », à la
À cette époque, il n’y avait encore que trois couvents demande de Lord Lerverhulme, propriétaire des
pour tout le vicariat. Les sœurs missionnaires du HCB. Cette école devint, en 1945, le « groupe sco-
Cœur Immaculé de Marie (ICM), autrefois appelées laire d’Alberta », dont le but assigné était celui de for-
sœurs chanoinesses de Saint-Augustin, s’installèrent mer une future main-d’œuvre qualifiée nécessaire au
à Boyange, en 1922, et ce n’est qu’à partir de 1929 bon fonctionnement de cette entreprise (M’Pande :
qu’on peut véritablement parler d’une évolution : les 23251). Après trois années de fonctionnement, cette
mêmes sœurs fondèrent une maison à Ebonda en école comptait déjà 190  élèves répartis en cinq
1929, à Lisala et à Umangi en 1930, enfin à Bosu- classes. Au mois d’octobre 1919, l’école fournit aux
Manzi en 1934. Les franciscaines missionnaires de HCB ses premiers finalistes, affectés à Yampaka pour
Marie se sont ensuite rendues à Bosu-Modanda en un stage de formation professionnelle. L’appren-
1933, à Bumba en 1937 (Biographie coloniale 1958, tissage était organisé selon les différentes sections :
col. 87-89). Plus tard, en 1967, fut créée à Lisala la section mécanique, section bois, section poterie,
congrégation des sœurs de Sainte-Thérèse de l’Enfant section maçonnerie, section artisanale d’agriculture,
Jésus, à Bopako et Roby (territoire de Bongandanga), section moyenne, etc. En 1943, une section spéciale
celle des sœurs missionnaires de Notre-Dame des d’agriculture fut créée à Yaeseke (à 18 km d’Alberta).
Anges et enfin celle des sœurs du Saint-Cœur de À la fin des années 1950, l’attention des mission-
Marie’s Gravenwesel à Binga, Yalosemba et Yambuku naires était centrée sur les écoles secondaires, avec
(Lisala et Bumba) (Annuaire de l’Église catholique… la création, notamment, du collège Saint-Thomas
1969 : 82-83 ; République du Congo 1963). More de Lisala. Son pendant laïc fut lancé : l’athénée
Bien que l’établissement des infrastructures sco- de Bosu-Djanoa252, devenu l’athénée royal de Mika à
laires pour filles ait connu un certain décalage par Lisala. Au même moment, l’abbé Mbonga, premier
rapport à celui des infrastrctures scolaires pour gar- licencié en pédagogie de la Mongala, créa l’œuvre
çons, imputable à celui de l’installation plus tardive diocésaine (ADO) à Lisala. Jusqu’à la fin des années
des sœurs dans la province, les filles de la Mongala 1960, ces trois écoles demeurèrent les plus réputées
ne furent pas totalement négligées. Les religieuses de la Mongala et des districts voisins. Bien des cadres
ont organisé l’enseignement primaire pour filles du pays y suivirent leur formation, plus particulière-
dans toutes les missions où elles se sont implantées. ment au sein du collège Saint-Thomas More, dont les
Pour suivre la formation moyenne, certaines filles anciens montèrent une association dénommée Asso-
de la Mongala étaient orientées à Mankanza (Nou- ciation des anciens du collège de Lisala (ACOLIS)253.
velle-Anvers) pour étudier à l’école de monitrices.
À Ebonda, les religieuses construisirent une école
de monitrices en 1941 qui, jusqu’en 1964, délivra
206 diplômes, avant d’être transformée en appren- 251  Ouvrage inédit, cité par l’équipe locale.
tissage pédagogique professionnel brevet institu- 252 Ancienne prison de Boso-Djanoa reconvertie (Bokongo
Libakea 1978-1979 : 116).
teur (APPBI), puis en humanités pédagogiques, en
253 Mais actuellement, selon la société civile, la Mongala
1964. Toujours à Ebonda, il y avait une école d’aides-
manquerait d’instituts secondaires d’un niveau assez élevé qui
accoucheuses dite d’Alberta (Ebonda), depuis 1930. puissent garantir chaque année la réussite d’un certain nombre
Enfin, avait été mise sur pied une école pédagogique de candidats étudiants aux examens d’État (Antonio Lisuma).

357
MONGALA

1.2. RÉSEAU PROTESTANT

De leur côté, les protestants, bien qu’en nombre


plus restreint, marquèrent aussi la Mongala par
leur mission évangélisatrice. Les missionnaires
Fred R. Oram et John L. Forfeitt s’étaient établis, dès
1891, à Upoto (BMS254) près de Lisala, à la frontière
entre les Bangala et les Ngombe (Braeckman 1961 :
111). Ils s’installèrent également à Pimu (BMS)
(1890) et à Bongandanga (CBM)255 (1892) (Ndaywel
è Nziem1998 : 343). L’œuvre évangélisatrice des pro-
testants au Congo souffrit de l’opposition de l’Église
romaine, mais aussi des réticences manifestées à son
égard par les milieux industriels et l’État belge, bien
que les conventions de Berlin et de Saint-Germain-
en-Laye garantissent la liberté de conscience et le
libre exercice des cultes256.
Ces dissensions sont d’ailleurs tangibles dans
l’histoire missionnaire de la Mongala : une rivalité
existait entre la station catholique d’Umangi et la
station protestante d’Upoto. Elles se menaient une
guerre d’influence. La construction de la mission
d’Umangi à seulement 16  km de celle d’Upoto ne
fut d’ailleurs pas le fruit du hasard. Les pères de
Scheut, en s’y installant, cherchaient clairement à
restreindre l’influence protestante apportée par les
pasteurs d’Upoto. Les missionnaires protestants, Plaque commémorative du père Albert Dereume,
coincés de toute part par les catholiques qui avaient fondateur du groupe scolaire d’Ebonda.
occupé toute la rive droite, se replièrent de l’autre (Photo équipe locale, 2013.)
côté du fleuve et décidèrent de développer leurs
œuvres du côté de Pimu, chez les Ngombe, où ils rive droite du fleuve, suivie de Bumba (1912), Lisala
fondèrent l’hôpital de Pimu. Pour les protestants, (1914), Ebonda (1914) (Kabosani Likinga Geka
la construction d’un hôpital, en plus de constituer 1985 : 48).
un bon moyen pour l’évangélisation des popula-
tions, servait également à amadouer les autorités
coloniales, préoccupées par l’état sanitaire de leur 2. DIVISION ADMINISTRATIVE ACTUELLE :
population. CARTE SCOLAIRE
Plus tard, la mission de Boyange (1910) vint
encore renforcer la position des scheutistes sur la 2.1. STRUCTURE ADMINISTRATIVE
Le découpage du pays par le ministère de l’Éduca-
254  Baptist Missionary Society.
tion primaire, secondaire et professionnel (EPSP) ne
255  Congo Balolo Mission. correspond pas exactement à la trame administra-
256  Convention de 1906 et la politique des subsides, « conven- tive : le ministère compte actuellement 30 divisions
tion De Jonghe » (1925-1928), favorisaient clairement les ini-
tiatives et les projets catholiques d’évangélisation et de scola-
provinciales et 237 sous-divisions. Le district édu-
rité (mise en place de l’enseignement libre subventionné par le cationnel est régi par la division provinciale « Équa-
biais des « missions nationales ») (Poncelet 2010 : 23- 41). Les teur IV », elle-même soumise hiérarchiquement aux
protestants n’obtinrent un soutien financier pour leurs activités institutions centrales de l’inspection provinciale
d’enseignement qu’à partir de 1948, deux ans après que Robert
Godding, ministre libéral des Colonies (1945-1947), ait étendu principale et du bureau provincial de SECOPE, ins-
le régime des subsides aux écoles protestantes (1946) (Kita tallés à Lisala.
Kyankenge Masandi 1982 : 60).

358
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Tandis que la division provinciale de la Mongala Graphique 22.1. Répartition de l’enseignement primaire,
compte cinq sous-divisions provinciales (Bumba I par réseau (année 2007-2008)
et II ; Lisala et Bongandanga I et II), les écoles de 3 %
3 %
chaque sous-division sont réunies en réseaux. Les 1 %
réseaux catholiques, protestants (Communauté bap- 32 %
tiste du fleuve Congo, CBFC) et kimbanguistes sont 7 %
Catholique
dirigés par des coordinateurs provinciaux, tandis Non conventionné
que les autres le sont par des conseillers résidents. 4 %
Protestant
Compte tenu du nombre élevé d’écoles du réseau Islamique
catholique, cette dernière coordination a été scindée, Kibanguiste
Salutiste
au début de l’année scolaire 2010-2011, donnant lieu Privé
à la coordination catholique de Lisala pour les écoles Autres
des territoires de Bongandanga et Lisala, et à la coor- 27 %
dination catholique de Bumba pour les écoles de ce 23 %
territoire (Équipe locale).
Source : d’après Division provinciale de l’EPSP/Mongala (2007-2008).

2.2. RÉPARTITION DE L’ENSEIGNEMENT PAR RÉSEAUX Graphique 22.2. Répartition de l’enseignement secondaire,
par réseau (année 2007-2008)
Les différents réseaux présents dans la Mongala 2 % 3 %
sont les suivants : les écoles conventionnées catho- 3 %

liques (ECC) ; les écoles conventionnées protestantes 3 %


Catholique
(ECP) ; les écoles conventionnées kimbanguistes 27 % Islamique
(ECK) ; les écoles conventionnées islamiques (ECI) ; Protestant
les écoles conventionnées salutistes (ECS) ; l’œuvre Non conventionné
scolaire d’Alberta (OSA)  , l’œuvre diocésaine de 30 % Salutiste
Lisala (ADO) ; l’œuvre pour le développement social 3 % Kibanguiste
et culturel (ODCS)257 ; les écoles privées (EP) ; les Autres
écoles non conventionnées (NC). Privé
Pour ce qui est du paysage confessionnel des infras- 29 %

tructures scolaires dans la Mongala, les écoles protes- Source : d’après Division provinciale de l’EPSP/Mongala (2007-2008).
tantes et catholiques sont de loin les mieux implantées « Autres » = OSA, ODCS.
pour le primaire. La présence des écoles non conven-
tionnées (23 %) est également importante. À côté, L’importance du réseau scolaire catholique est
parmi les autres réseaux (salutiste, islamique…), ce surtout due à l’héritage des scheutistes qui jetèrent
sont les kimbanguistes qui se démarquent (7 %). les premières bases de l’enseignement dans la
En ce qui concerne le secondaire, ce sont tou- Mongala et y restèrent très présents. À l’instar de la
jours les trois réseaux (catholique, protestant et société des jésuites, la congrégation des scheutistes
non conventionné). Les écoles non conventionnées était réputée pour son dynamisme et son innovation
dominent, suivies de près par les écoles protestantes dans le domaine de l’enseignement et la région conti-
(29 %) et catholiques (27 %). Les autres réseaux se nue à bénéficier de son avance dans le domaine (Kita
partagent plus ou moins équitablement le reste de Kyankenge Masandi 1982 : 151).
l’enseignement. Il est intéressant d’ajouter que selon l’Annuaire
Cette répartition se rapproche de celle effectuée à de l’Église catholique en République démocratique
l’échelle nationale à partir de statistiques du MEPSP, du Congo (2012-2013), la population du diocèse de
communiquées dans le rapport de l’association The Lisala258 est estimée à 1 480 000 dont plus de la moitié
Good Planet Foundation en 2013 (« Accelerating Pro- (800 000) serait considérée comme catholique.
gress to 2015 Democratic Republic of the Congo »).
258  Le diocèse de Lisala correspond administrativement aux
257  Écoles Œuvre scolaire d’Alberta (ASO) et Œuvre pour le territoires de Lisala, Bumba, Bongandanga et une partie du terri-
développement social (ODCS) sont reprises dans la rubrique toire de Businga (en dehors du district de la Mongala) (Annuaire
« Autres ». de l’Église catholique… 2012-2013 : 125).

359
MONGALA

Tableau 22.1.  Établissements scolaires de l’EPSP dans la Mongala 2009-2010.

Écoles
Sous-divisions Maternel Primaire Secondaire Total d’établ.
Établ. ARM Établ. ARM Établ. ARM (par sous-division)
Bumba I 18   389 161  43  64 109   243
Bumba II  7 1 214 154  55  85 34   246
Lisala 21   701 249 108 151 181   421
Bongandanga I  6 2 533 136 111  81 187   223
Bongandanga II  7 1 815 165  77  96 132   268
Équateur IV/Mongala 59 865 477 1 401
Source : ARM selon les calculs de l’auteur basés sur les superficies de 1984 et les données de l’équipe locale (EPSP).
*ARM = aire de recrutement moyen (superficie/nombre d’écoles).
*EPSP= ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel.

2.3. AIRE DE RECRUTEMENT MOYEN (ARM) DES indicateurs les plus usuels pour connaître l’offre sco-
ÉCOLES PRIMAIRES ET SECONDAIRES ET laire. Malheureusement, ne disposant pas des don-
TAUX BRUT DE SCOLARISATION nées démographiques classées par catégorie d’âge,
nous ne sommes pas en mesure de le calculer dans le
La Mongala compte, en 2010, un peu plus de cadre de cette monographie.
1401 établissements scolaires. Le niveau maternel Le rapport Agreco de la Banque mondiale nous
reste le privilège des zones urbaines ; il est négli- donne quelques précisions sur la situation sco-
geable en milieu rural, ce qui pourrait en partie laire à Lisala : les écoles sont généralement assez
expliquer que son ARM soit très élevé (peu d’écoles vastes (entre 4 et 8 classes pour une moyenne de
avec section maternelle), surtout dans la sous-divi- 25 à 40 élèves par classe). Le ratio fille/garçon est
sion de Bongandanga. Bien plus nombreuses sont les d’environ 4 sur 10261. Certaines de ces écoles ont été
écoles primaires et secondaires. construites par les exploitants forestiers du territoire.
La moyenne de l’aire de recrutement moyen Mais toutes sont dans des bâtiments en adobe, tou-
(ARM259) des écoles primaires est de l’ordre de jours inachevés, sans toit en dur, si ce n’est en paille.
79,6  km2, un indice qui, bien qu’en dessous de la Le taux de déperdition scolaire serait très élevé, à
moyenne nationale, tend vers celle-ci (ARM de cause de l’incapacité des parents à payer régulièrement
65,35  km2 [CTSE260 2011 : 10]). Cette moyenne les frais scolaires, y compris les enfants des parents
masque, toutefois, des disparités importantes selon travaillant dans les entreprises forestières. Le rapport
les territoires. Il apparaît ainsi, sans surprise, que signale, par ailleurs, une tendance à la scolarisation
c’est dans les territoires accueillant une aggloméra- des adultes. Dans la plupart des écoles, les élèves sont
tion importante (Bumba, Lisala) et le chef-lieu du des adultes. La plupart d’entre eux avaient interrompu
territoire que l’ARM est la plus restreinte. À l’inverse, leur scolarité pendant les années de guerre, mais
la desserte scolaire du territoire de Bongandanga reprennent des études (Agreco 2007 : 12).
pose la question de l’insuffisance des infrastructures
scolaires.
Le taux brut de scolarisation (TBS), qui établit le 3. LA QUALITÉ DE L’ENSEIGNEMENT
pourcentage de population effectivement scolarisée,
relativement à la population officiellement en âge Compte tenu des données exclusivement théo-
de fréquenter l’école (6 à 11 ans) compte parmi les riques et chiffrées qui ont été mises à notre dis-
position par l’équipe locale dans le cadre de cette
monographie, il serait difficile d’apporter une ana-
259  L’ARM est calculée selon les superficies de 1984.
260  CTSE (Cellule technique pour les statistiques de l’Éduca-
tion). 2011 (juin). Annuaire statistique de l’enseignement pri- 261  Confirmé par Antonio Lisuma, professeur à l’école Notre-
maire, secondaire et professionnel. Année scolaire 2009-2010. Dame à Bumba.

360
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Tableau 22.2.  Établissements scolaires de l’EPSP. Nombre d’élèves par établissement et par enseignant (2008-2010).

Maternel Primaire Secondaire Maternel Primaire Secondaire


Nb. d’élèves par établissement Nb. d’élèves par classe
Bumba I 86 367 214 21 42 28
Nb. d’élèves par professeur
Bumba II 21 244  76 15 30 11
Lisala 73 256 122 19 48 63
Bongandanga I nc nc nc nc nc nc
Bongandanga II nc nc nc nc nc nc
Équateur IV/Mongala nc nc nc nc nc nc
Source : calculs de l’auteur, sur base des données fournies par l’équipe locale (EPSP).

lyse détaillée sur la qualité de l’enseignement dis- Graphique 22.3. Indice de parité pour la population scolaire
pensé. Les données sur le personnel enseignant sont de Bumba I, II et Lisala.
limitées à des listes chiffrées qui peuvent parfois pré-
senter certaines incohérences.
Cependant, sans entrer dans les détails de la qua-
lité de l’enseignement dispensé, le manque d’infras-
tructure d’accueil ou leur état de vetusté est criant et
constitue, en lui-même, un sérieux indicateur.
C’est en primaire que les classes sont les plus
grandes ; à Bumba I, on compte 42 élèves par classe.
En primaire, à Bumba II ou Lisala, on a une moyenne
de 30 à 48 élèves par professeur.

Source : graphique élaboré par l’auteur selon les données de


4. ACCÈS À L’ENSEIGNEMENT l’équipe locale (EPSP).

4.1. L’ÉCOLE EST-ELLE GRATUITE ? L’ÉPINEUSE parents pour les élèves de l’école primaire varient
QUESTION DES FRAIS SCOLAIRES262 selon les trimestres, et selon les écoles. Par exemple,
à l’école primaire Notre-Dame, située en ville à
Bien que la gratuité scolaire (au niveau primaire) Bumba, les primes des parents pour les semestres
en RDC ait été édictée en 2010 dans l’article 43 de varient entre 17 000 FC et 22 000 FC265, environ 18
la Constitution : « l’enseignement primaire est obli- à 24 USD.
gatoire et gratuit dans les établissements publics263 » En revanche, l’école secondaire est payante. Dans
(RDC 2006 : art. 43 al. 5), il est à charge des parents les écoles subventionnées, les tarifs sont identiques
d’assumer les frais scolaires « complémentaires ». partout, avec des variations selon les sections (géné-
Et on peut dire que ceux-ci constituent, en fait, la
base du système de financement de l’enseignement,
qui n’est donc gratuit qu’en façade264. Les primes des de l’enseignement, voir : De Herdt, Tom & Kasongo Munongo,
Emmanuel. 2013 (avril). « La gratuité de l’enseignement pri-
maire en RDC : attentes et revers de la médaille ». In Marysse, 
262  Les informations pour ce point nous viennent d’Antonio S. & Omasombo Tshonda, J. (éd.), Conjonctures congolaises
Lisuma, professeur au collège Notre-Dame. 2013. Percée sécuritaire, flottements politiques et essor écono-
263  Le chef de l’État avait décrété l’application immédiate de mique. Tervuren-Paris : MRAC-L’Harmattan (coll. « Cahiers
cette mesure le 31  août  2010, à la veille de la rentrée scolaire africains », n° 82), pp. 217-240.
2010-2011. 265  Correspond au prix de la vente d’un sac (100  kg) de riz
264  Pour plus d’informations concernant les effets de la gratuité blanc.

361
MONGALA

rales/techniques)266. À cela, se rajoutent les primes cation de l’un ou l’autre. Et s’il faut choisir, les filles
des parents, beaucoup plus élevées que dans le pri- ne seront jamais prioritaires. On le voit d’ailleurs à
maire ; au collège Notre-Dame de Bumba, pour travers le graphique ; plus on avance dans le parcours
reprendre le même exemple, elles sont d’environ scolaire, plus l’indice de parité fille/garçon diminue.
47 500 FC, soit 51 USD par semestre. À nouveau, Mais la tendance serait en train de changer. Au fur et
ces primes varient légèrement d’un établissement à à mesure d’une sensibilisation de plus en plus large
l’autre. et efficace sur l’émancipation de la femme congo-
La contrainte financière que représente donc la laise, les filles sont, petit à petit, plus nombreuses
scolarisation d’un enfant pour un ménage rural va, dans les établissements. En effet, elles représentaient
le plus souvent, l’amener à faire un choix pour l’édu- auparavant 20 % à 30 % des élèves, mais leur nombre
tend à progresser (vers 40 %). Cette tendance se
remarque surtout aux examens d’État (les examens
266  Par exemple, pour les sections générales (pédagogie, sec- de fin d’études secondaires) (Lisuma 2015).
tion scientifique, section commerciale, etc.), les frais s’élèvent à
11 000 FC. Pour les sections techniques, comme la mécanique
auto diesel ou l’électricité, les frais de l’État s’élèvent à 22 000 FC.

État des lieux des écoles primaires de Bongandanga par des agents de la CTB (2011)

Dans le cadre des Objectifs du millénaire pour sert de tableau. Les élèves étudient à même le
le développement (OMD), la CTB a fourni à la sol. Les enseignants qui sont très mal rémunérés
RDC des manuels scolaires de français et de ma- ne reflètent en aucun cas une image dorée de ce
thématiques pour les classes de 3e et 4e primaire. « noble » métier. Au contraire, les personnes qui
Sept millions de livres ont été distribués dans plus décident de l’exercer sont contraintes de vivre dans
de 31 000 écoles avec l’objectif de relever le niveau la précarité. Faute de matériel, les enseignants uti-
de l’enseignement primaire congolais. Des équipes lisent de vieux manuels qui datent de l’époque co-
CTB ont été envoyées à Bongandanga, dans la pro- loniale ou leurs anciennes notes. Habitués à lire au
vince de l’Équateur pour assurer le suivi du projet. tableau et pas dans les livres, les élèves découvrent
Comme l’avait précédemment constaté l’équipe le caractère imprimé au test national de fin d’étude
Agreco après sa visite de Lisala, ils ont trouvé primaire voire à l’Examen d’État qui couronne la
que les infrastructures scolaires du territoire de fin des études secondaires. Les manuels scolaires
Bongandanga étaient globalement dans un état de et matériels didactiques sont un luxe. Les respon-
délabrement très avancé. sables d’écoles ont tous gardé les manuels dans
Les écoles sont, pour la plupart, construites leurs maisons, car ils ne disposaient pas d’un local
en briques adobe, sans pavement et dépourvues sûr à l’école (à l’abri des insectes, intempéries et
de bancs. Une planche de bois usée et décolorée voleurs) (CTB 2011- site officiel).

Réalisation du PRAPE dans la réhabilitation de structures éducatives

Le PRAPE aurait mené à terme plusieurs projets troduction du système de double vacation (cours
de réhabilitation d’écoles. 9239 élèves d’école pri- du matin/après-midi), il aurait même quadruplé.
maire seraient touchés par les résultats de la réha- Les directeurs d’école rapportent une amélioration
bilitation. Les réalisations consistent en des écoles progressive au niveau des taux de réussite aux exa-
standard de six classes et un bureau pour le direc- mens. Cependant de nombreux défis persistent
teur, logés dans un seul bâtiment. Les nouveaux encore, notamment la problématique de l’hygiène
bâtiments contrastent avec les anciennes classes avec la gestion de latrines et les difficultés concer-
en pisé. Depuis la réhabilitation, l’effectif des élèves nant l’accès à un point d’eau (PRAPE 2013 : 8).
dans les écoles réhabilitées aurait doublé. Avec l’in-

362
CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

Tableau 22.3.  Nombre d’écoles maternelles, primaires et secondaires par rapport au nombre d’élèves et d’enseignants (2007-2008).

École maternelle École primaire École secondaire


Total Total
Sous-division Nb. Nb. Nb. nb. nb.
Nb. Nb. d’élèves Nb. Nb. d’élèves Nb. Nb. d’élèves
d’ens. d’ens. d’ens. d’élèves d’ens.
écoles écoles écoles
H F Total Total H F Total Total H F Total Total
Bumba I 18 704 853 1557 56 161 33 119 26 006 59 127 404 64 9762 3936 13 698 39 74 380 499
Bumba II 7 74 74 148 10 154 22 754 14 830 37 584 1264 85 5029 1420 6449 578 44 181 1852
Lisala 21 751 786 1537 82 249 35 500 28 345 63 845 1332 152 12 951 5556 18 507 1332 83 889 3296
Bongandanga I 6 nc 136 nc 81 7302 1977 9279 694 nc
Bongandanga II nc
Source : Division provinciale de l’EPSP/Mongala (2007-2008). « ens. » : enseignants/« Nb. » : nombre.

5. ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET UNIVERSITAIRE Sans prétendre à l’exhaustivité267, l’enseignement


supérieur est actuellement desservi à Bumba par
La première tentative d’enseignement supérieur l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA)
dans la Mongala remonte à l’année 1947, lorsque d’Ebonda, l’Institut supérieur pédagogique (ISP)
l’école privée Yaeseke-Alberta, plus tard appelée de Bumba, et l’Institut supérieur des techniques
École supérieure d’agriculture (ESA) de Yaeseke fut médicales (ISTM) de Bumba, qui sont les trois plus
créée en vue de former des cadres supérieurs autoch- anciennes institutions supérieures du territoire. On
tones qui devaient épauler le personnel expatrié des y trouve également : l’ISEA-Loeka, l’ISTP-Bumba,
HCB, en sous-effectif. Elle a ouvert ses portes en jan- le CEPROMAD-Bumba, ULB, UPML-Bumba. On
vier 1947, avec l’ingénieur Conrolte comme direc- y note également deux institutions, encore au stade
teur, en vue de former ses élèves au développement embryonnaire : l’ISTM-Mongala et l’ISP Mongala,
et à l’entretien des plantations. La formation durait toutes les deux localisées dans le territoire de
quatre années, les deux premières théoriques et les Bumba. Sur le territoire de Lisala on recense égale-
deux suivantes pratiques, consistant en un stage ment : l’Université de Lisala (UNILIS) (cf. encadré),
dirigé, soumis à des examens périodiques. Une fois l’Institut supérieur d’études agronomiques (ISEA) de
réussies, les deux premières années donnaient droit Mondongo (cf. encadré), l’Institut supérieur pédago-
à un simple certificat d’études théoriques, tandis qu’à gique (ISP) d’Upoto, l’Institut supérieur de dévelop-
la fin des quatre ans, le diplôme d’assistant agricole pement rural (ISDR) à Bosondjo, l’Institut supérieur
indigène était délivré. Ce diplôme n’était pas reconnu des techniques médicales (ISTM) à Upoto, ainsi que
par l’État, mais les étudiants étaient formés pour être le grand séminaire provincial Saints-Pierre-et-Paul.
engagés au sein de la compagnie. Tandis que les pre- Cependant, malgré la nouvelle dynamique qu’en-
miers de promotion étaient envoyés au département gendre la présence de ces nouveaux établissements
de recherche des HCB à Yaligimba, les autres étaient (entre autres, la reprise des cours par d’anciens élèves
promus comme assistants ou, plus tard, comme res- devenus « adultes »), la société civile à Bumba nous
ponsables de division. Mais bien avant la création informe tout de même que l’enseignement supérieur
de l’institution décrite ci-dessus, dès 1916, les HCB souffre de nombreuses défaillances liées à la qualité
avaient déjà commencé à assurer la formation de de l’enseignement dispensé, au manque d’infrastruc-
leur staff en fondant l’école d’Alberta-Ebonda super- ture (bâtiments, bibliothèque), au déficit en termes
visée par le père Dereume (Ergo s.d. : 57-58 ; Équipe de personnel et au coût que celui-ci représente
locale 2011). La section agricole de cette école, qui lorsqu’il est invité de l’extérieur. Enfin la reconnais-
formait aussi des clercs et des artisans, est devenue sance nationale des diplômes n’est pas encore entéri-
l’école d’assistants agricoles (EAA) (Ergo s.d. : 57-58). née, surtout pour les nouvelles institutions.

267  Ces informations émanant de la société civile sont données à


titre indicatif, elles ne sont pas formelles. Nous mettons en garde le
lecteur quant à l’instabilité du secteur de l’enseignement supérieur
et universitaire. Il s’agit d’un secteur qui connaît un grand roule-
ment (au niveau de l’ouverture et de la fermeture des institutions).

363
MONGALA

L’Université de Lisala (UNILIS)

L’Université de Lisala émane de l’initiative de CUL était obligé de recourir aux professeurs de
Mgr Louis Nkinga Bondala, évêque du diocèse de l’UNIKIN et de l’UNIKIS, ce qui allongeait les
Lisala. Érigée sous le statut du Centre universitaire années académiques. Au cours de l’année acadé-
de Lisala (CUL), extension de l’Université de Kin- mique 2009-2010, le CUL a ouvert le deuxième
shasa par l’arrêté ministériel du 25 avril 20061, elle cycle pour les trois facultés ; la faculté d’agronomie
est implantée dans le chef-lieu du district à Lisala. avec deux orientations : la phytotechnie2 et l’éco-
Elle a ouvert ses portes au cours de l’année acadé- nomie agricole. Depuis décembre 2010, il est élevé
mique 2006-2007 et comporte 3 facultés : Agrono- au rang d’institution autonome et a pris le nom
mie, Droit et Psychologie et Science de l’éducation. d’Université de Lisala (Équipe locale).
Ne disposant pas de ses propres professeurs, le

2  La phytotechnie est l’ensemble des sciences et techniques


1  Arrêté ministériel n° 133/MINESU/CAB/MIN/NM RS/2006. qui étudient la production des plantes cultivées.

Institut supérieur d’études agronomiques (ISEA) Mondongo

L’ISEA de Mondongo est un établissement titut a été assurée pendant plus de vingt ans par
public créé à l’initiative du père Gaston Lootens, André Nguba, ingénieur agronome de l’Université
missionnaire scheutiste belge qui en assuma la de Lovanium et originaire de la région. Cet institut
direction. L’institut est implanté dans le territoire agronomique réputé a pour objectifs : la formation
de Lisala, au secteur Ngombe-Doko, à 30  km de d’ingénieurs techniciens agronomes, la recherche
Lisala. Il a ouvert ses portes en 1973. Il a bénéfi- appliquée en agronomie et l’application sur le ter-
cié jusqu’en 1988 de l’appui matériel, financier et rain des nouvelles connaissances générées par la
humain de la Coopération technique belge. Après recherche via l’encadrement des paysans (Équipe
le missionnaire fondateur, la direction de l’Ins- locale).

RÉFÉRENCES
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364
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365
TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS.................................................................................................................................................. 9

PREMIÈRE PARTIE : LA MONGALA PHYSIQUE....................................................................................... 13


• INTRODUCTION : Origine du nom Mongala.......................................................................................... 15
• CHAPITRE 1 : Géographie et hydrographie.............................................................................................. 21
1. Localisation................................................................................................................................................... 21
1.1. Territoire de Bumba............................................................................................................................ 23
1.2. Territoire de Lisala.............................................................................................................................. 23
1.3. Territoire de Bongandanga................................................................................................................ 23
2. Hydrographie................................................................................................................................................ 23
Références ........................................................................................................................................................... 26

• CHAPITRE 2 : Géologie................................................................................................................................. 27


par Emmanuel Mavungu et Jean Corneil Mbuyi Mushameso
1. Relief et climat.............................................................................................................................................. 27
1.1. Principaux traits du relief................................................................................................................... 27
1.2. Climat................................................................................................................................................... 27
2. Géologie........................................................................................................................................................ 27
3. Minéralisation.............................................................................................................................................. 33
3.1. Or.......................................................................................................................................................... 33
3.2. Fer......................................................................................................................................................... 33
3.3. Bauxites/latérites................................................................................................................................. 33
3.4. Matériaux de construction................................................................................................................. 33
3.5. Matériaux combustibles..................................................................................................................... 33
Références ........................................................................................................................................................... 34

• CHAPITRE 3 : Végétation.............................................................................................................................. 35


par Joëlle De Weerdt, Benjamin Toirambe, Astrid Verhegghen, Pierre Defourny, Hans Beeckman
1. La forêt dense humide................................................................................................................................. 35
2. Les forêts denses sur sols hydromorphes.................................................................................................. 38
2.1. Les forêts périodiquement inondées................................................................................................ 38
2.2. Les forêts marécageuses..................................................................................................................... 38
2.3. Les forêts rupicoles colonisatrices..................................................................................................... 38
3. Le complexe agricole en zone forestière.................................................................................................... 39
4. Agriculture permanente.............................................................................................................................. 40
5. Les risques environnementaux................................................................................................................... 40
Références ........................................................................................................................................................... 41

DEUXIÈME PARTIE : LES HOMMES.............................................................................................................. 43

• CHAPITRE 4 : Peuples.................................................................................................................................... 45


1. Les Batswa..................................................................................................................................................... 45
2. Les migrations des « peuples riverains ».................................................................................................... 46
3. Les migrations des Budja............................................................................................................................ 47

367
4. Les migrations doko et ngombe................................................................................................................. 49
5. Les migrations des Mondunga................................................................................................................... 53
6. Les migrations des Mongo.......................................................................................................................... 54
7. Divers autres peuples................................................................................................................................... 55
Références ........................................................................................................................................................... 64

• CHAPITRE 5 : Langues et cultures............................................................................................................... 65


1. Situation linguistique................................................................................................................................... 65
2. Art et artisanat.............................................................................................................................................. 66
2.1. Art......................................................................................................................................................... 66
2.2. Artisanat............................................................................................................................................... 70
3. Croyances et pratiques magico-religieuses............................................................................................... 73
4. Habitat ........................................................................................................................................................... 77
5. Habillement.................................................................................................................................................. 77
6. Sports et loisirs............................................................................................................................................. 79
6.1. Libanda et mpongo, deux sports populaires.................................................................................... 79
6.2. Chants et danses.................................................................................................................................. 81
7. Guerre et paix............................................................................................................................................... 83
Références ........................................................................................................................................................... 87

• CHAPITRE 6 : Implantation missionnaire................................................................................................. 89


1. L’Église catholique........................................................................................................................................ 89
2. Les Églises protestantes............................................................................................................................... 96
2.1. Baptist Missionary Society (BMS) (1890)........................................................................................ 96
2.2. Les missionnaires protestants de la Congo Balolo Mission (CBM)............................................. 97
2.3. La Mission évangélique de l’Ubangi (MEU)................................................................................... 98
3. Les nouvelles Églises chrétiennes (kimbanguisme et Églises évangéliques) et l’islam........................ 98
4. Les réactions des peuples de la Mongala à la présence missionnaire.................................................... 99
4.1. Les sectes Mani et Bondo................................................................................................................... 99
4.2. La secte Sodo....................................................................................................................................... 100
4.3. La secte Elimu Santu (Esprit saint)................................................................................................... 100
Références ........................................................................................................................................................... 101

TROISIÈME PARTIE : OCCUPATION EUROPÉENNE


ET ORGANISATION ADMINISTRATIVE.................................................................................................... 103

• CHAPITRE 7 : La pénétration européenne................................................................................................ 105


1. Occupation de l’espace par les Européens................................................................................................. 105
2. Les explorations européennes et la fondation des postes....................................................................... 107
3. L’exploitation de la Mongala par la société concessionnaire l’Anversoise
et les réactions des populations.................................................................................................................. 108
Références ........................................................................................................................................................... 115

• CHAPITRE 8 : Évolution de l’organisation administrative..................................................................... 117


1. Les traités d’amitié et la création des postes sous l’égide du commerce................................................ 117
2. Une timide organisation administrative sous l’EIC : 1888-1908............................................................ 119
3. La Mongala à l’époque du Congo belge : 1908-1960................................................................................ 124
3.1. Évolution de l’organisation administrative de la Mongala jusqu’à 1926...................................... 124
3.2. L’Itimbiri, frontière séparant les « Budja » entre la Province-Orientale et la province
de l’Équateur........................................................................................................................................ 133

368
3.3. L’espace de la Mongala jusqu’à l’indépendance............................................................................... 145
Références ........................................................................................................................................................... 149

• CHAPITRE 9 : Composition territoriale du district................................................................................. 151


1. Évolution générale de la composition interne des chefferies et secteurs dans les territoires
du district de la Mongala pendant la colonisation................................................................................... 151
2. Organisation des territoires du district de la Mongala........................................................................... 153
2.1. Territoire de Bongandanga................................................................................................................ 154
2.1.1. O rigine et évolution du territoire de Bongandanga............................................................. 154
2.1.2. Composition administrative du territoire de Bongandanga............................................... 156
2.2. Territoire de Bumba............................................................................................................................ 165
2.2.1. O rganisation administrative du territoire de Bumba.......................................................... 165
2.2.2. C omposition administrative du territoire de Bumba.......................................................... 167
2.2.3. É volution de la composition administrative du territoire à partir de 1959...................... 167
2.3. Territoire de Lisala.............................................................................................................................. 171
2.3.1. Évolution de son organisation................................................................................................. 171
2.3.2. C omposition administrative du territoire de Lisala avant l’indépendance....................... 173
2.3.3. C omposition administrative du territoire de Lisala depuis l’indépendance..................... 174
Références ........................................................................................................................................................... 176

QUATRIÈME PARTIE : LA MONGALA POST-INDÉPENDANCE.......................................................... 179

• CHAPITRE 10 : La Mongala pendant la Première République.............................................................. 181


1. La Mongala à l’aube de l’indépendance..................................................................................................... 181
2. La Mongala dans la province de l’Équateur : 1960-1962......................................................................... 184
2.1. Origines du malaise............................................................................................................................ 185
2.2. Contexte et évolution de la conflictualité dans la province de l’Équateur................................... 187
2.3. La poussée de la Belgique à la création de la République autonome de l’Équateur................... 190
2.4. Les rebondissements du conflit ngombe-mongo jusqu’à la division de la province.................. 190
2.5. Tendances sécessionistes de la province de l’Équateur.................................................................. 191
2.6. Les découpages territoriaux de la province de l’Équateur............................................................. 193
3. La Mongala dans la province du Moyen-Congo : 1963-1966................................................................. 193
3.1. Mise en place des institutions............................................................................................................ 193
3.2. Session extraordinaire de Binga : septembre 1962.......................................................................... 194
3.3. Session extraordinaire de Bosondjo : avril 1963............................................................................. 195
3.4. Session extraordinaire de Lisala : juillet 1963.................................................................................. 196
3.5. Les conflits ethniques budja-ngombe et leurs conséquences........................................................ 197
4. La modification de l’équilibre des forces politiques et le triomphe des députés de Bumba............... 200
4.1. La décapitation du PUNA et la montée du PDC dans le gouvernement provincial.................. 200
4.2. La réaction du PUNA : le congrès d’amitié (20-27 janvier 1963).................................................. 200
4.3. La chute du gouvernement Eketebi (juin 1964).............................................................................. 201
4.4. Élection du gouvernement Engwanda : juin 1964.......................................................................... 203
4.5. La Mongala pendant la rébellion Simba : août-octobre 1964........................................................ 204
4.6. La Mongala de la fin de la rébellion à la réunification des provinces : octobre 1964-1966....... 205
4.6.1.  La poursuite du gouvernement Engwanda : octobre 1964-août 1965............................... 205
4.6.2.  Les élections d’avril 1965 et la mise en place du gouvernement Sakombi : août 1965.... 206
4.6.3.  La Mongala à la réunification de la province de l’Équateur : avril 1966........................... 206
Références..................................................................................................................................................... 214

369
• CHAPITRE 11 : La Mongala sous la Deuxième République : 1966-1997.............................................. 215
1. Les espoirs déçus.......................................................................................................................................... 215
2. La Mongala durant la transition politique : 1990-1997........................................................................... 216
2.1. Pendant la transition sous Mobutu : 1990-1996.............................................................................. 216
2.2. La Mongala sous la guerre de l’AFDL : avril-mai 1997................................................................... 217
3. Les originaires de la Mongala, acteurs politiques sous la Première et la Deuxième Républiques..... 219
Références ........................................................................................................................................................... 226

• CHAPITRE 12 : La Mongala sous les pouvoirs des Kabila père et fils................................................... 227
1. La Mongala sous la rébellion du Mouvement de libération du Congo : 1998-2003............................ 227
2. De la « Transition 1 + 4 » à nos jours......................................................................................................... 229
Références ........................................................................................................................................................... 233

CINQUIÈME PARTIE : SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE................................................................. 235

• INTRODUCTION........................................................................................................................................... 237
Les sources au crible.......................................................................................................................................... 238
Références ........................................................................................................................................................... 241

• CHAPITRE 13 : Instauration d’un modèle économique colonial.......................................................... 243


1. L’installation d’un nouveau modèle d’exploitation économique : le temps des bouleversements
et des exactions............................................................................................................................................. 243
1.1. Économie précoloniale et premiers contacts avec les Européens................................................. 243
1.2. Économie de prédation : la récolte du caoutchouc ......................................................................... 244
2. L’affirmation de l’autorité coloniale : le temps de la consolidation et de la construction
de structures durables/pérennes................................................................................................................ 247
3. La mise en place de la filière huilière industrielle.................................................................................... 249
Références ........................................................................................................................................................... 252

• CHAPITRE 14 : Le commerce : nerf de l’activité économique de la Mongala...................................... 255


Références ........................................................................................................................................................... 265

• CHAPITRE 15 : État du réseau routier : un bourbier en perpétuelle réhabilitation.......................... 267


Références ........................................................................................................................................................... 273

• CHAPITRE 16 : L’huile de palme.................................................................................................................. 275


1. Tribulations d’une filière dominante sous les deux premières républiques (1960-1997) ................... 275
2. Évolutions récentes pour la filière huilière : vers le redressement économique ?................................. 280
2.1. Le groupe Blattner (SCC) et ses stations de Binga et Bosondjo.................................................... 280
2.2. Le rachat de PHC (Yaligimba) du groupe Unilever par Feronia et la réhabilitation
de l’ancien site Unilever...................................................................................................................... 281
Références ........................................................................................................................................................... 283

• CHAPITRE 17 : Une spécificité régionale : les riz de Bumba.................................................................. 285


1. Généralités : type de production et localisation....................................................................................... 285
2. Tendance à la hausse de la production rizicole........................................................................................ 287
3. La valeur du riz : rémunération du producteur et évolutions des prix sur les marchés de Bumba,
Mbandaka, Kisangani et Kinshasa............................................................................................................. 288
Références ........................................................................................................................................................... 290

370
• CHAPITRE 18 : Redynamisation des cultures et des activités économiques paysannes................... 293
1. Agriculture traditionnelle et population rurale....................................................................................... 293
2. Le PRAPE, un stimulant pour la production agricole............................................................................ 294
3. Les facteurs qui influencent directement le niveau de production : encadrement des paysans,
intrants et routes........................................................................................................................................... 297
4. Un autre secteur d’activité (ancestral) : la pêche...................................................................................... 299
Références ........................................................................................................................................................... 303

• CHAPITRE 19 : L’exploitation forestière..................................................................................................... 305


Introduction : une question sensible............................................................................................................... 305
1. Cadre légal de l’exploitation forestière : une situation parfois nébuleuse.............................................. 306
2. Exploitation forestière et agriculture : un impact sur les forêts et sur les communautés locales...... 306
2.1. Impact sur les forêts............................................................................................................................ 306
2.2. Impact sur les communautés locales................................................................................................ 308
3. Exploitation artisanale/industrielle........................................................................................................... 308
3.1. Exploitation artisanale........................................................................................................................ 308
3.2. Exploitation industrielle..................................................................................................................... 310
3.2.1. Introduction............................................................................................................................. 310
3.2.2.  Passage en revue des sociétés implantées dans la Mongala............................................... 310
3.3. Un système contesté par la base : les industriels en première ligne.............................................. 312
4. Projets de zonage et création de réserve naturelle : vers la prévention des conflits
communautaires et la protection de l’environnement............................................................................. 317
4.1. Projet de zonage.................................................................................................................................. 317
4.2. Création de la réserve Lomako-Yokokala........................................................................................ 318
Références ........................................................................................................................................................... 319

• CHAPITRE 20 : Ébauche d’une étude démographique............................................................................ 323


Introduction....................................................................................................................................................... 323
1. Un espace de contrastes anciens................................................................................................................ 325
1.1. Îlots de peuplement : prémices du phénomène d’urbanisation ?.................................................. 325
1.2. L’étude de la répartition par les cartes : des années 1950 à aujourd’hui........................................ 327
1.3. Tentatives d’interprétation de la situation jusqu’en 1960............................................................... 328
1.3.1.  Sur la répartition du peuplement.......................................................................................... 328
1.3.2.  Sur le dépeuplement et l’infécondité..................................................................................... 329
2. Évolution de la population dans le temps et état actuel de la situation................................................ 330
Références ........................................................................................................................................................... 334

• CHAPITRE 21 : Éléments pour un état des lieux du secteur santé........................................................ 337
1. Organisation du système sanitaire en RDC.............................................................................................. 337
2. Carte sanitaire : infrastructures et offre des services sanitaires dans le district de la Mongala......... 338
2.1. La carte sanitaire (ZS, AS, CS, HGR, ITM)..................................................................................... 338
2.2. Infrastructures sanitaires................................................................................................................... 339
2.2.1.  Premières installations sanitaires dans le district : contexte et acteurs............................. 339
2.2.2.  Infrastructures sanitaires : HGR, CSR, CS........................................................................... 341
2.2.3.  Œuvres sociales (centres et foyers sociaux, centres pour handicapés et homes)............ 343
2.2.4.  Offre et qualité des soins (spécialités)................................................................................... 343
2.2.5.  Ressources humaines et matérielles...................................................................................... 343
3. Alimentation, sécurité alimentaire et malnutrition................................................................................. 345
3.1. Régime alimentaire............................................................................................................................. 345
3.2. Insécurité alimentaire......................................................................................................................... 346
3.3. Malnutrition........................................................................................................................................ 348

371
4. Les pathologies les plus fréquentes dans la Mongala.............................................................................. 348
4.1. Situation épidémiologique et maladies infectieuses....................................................................... 349
4.2. Les maladies épidémiques récentes : choléra et rougeole.............................................................. 350
4.3. Secteur privé, lucratif et non lucratif dans le secteur sanitaire..................................................... 350
Références .......................................................................................................................................................... 353

• CHAPITRE 22  : Aperçu des structures éducatives................................................................................... 355


1. Implantation de l’enseignement de type occidental par les missions.................................................... 355
1.1. Réseau catholique................................................................................................................................ 355
1.2. Réseau protestant................................................................................................................................ 358
2. Division administrative actuelle : carte scolaire....................................................................................... 358
2.1. Structure administrative.................................................................................................................... 358
2.2. Répartition de l’enseignement par réseaux...................................................................................... 359
2.3. Aire de recrutement moyen (ARM) des écoles primaires et secondaires et taux brut
de scolarisation.................................................................................................................................... 360
3. La qualité de l’enseignement....................................................................................................................... 360
4. Accès à l’enseignement................................................................................................................................ 361
4.1. L’école est-elle gratuite ? L’épineuse question des frais scolaires.................................................... 361
5. Enseignement supérieur et universitaire.................................................................................................. 363
Références ........................................................................................................................................................... 364

372

Common questions

Alimenté par l’IA

Les pratiques spirituelles et croyances avaient une influence centrale, puisque les chefs et guérisseurs, en tant que médiateurs et détenteurs de pouvoirs spirituels, jouaient un rôle décisif dans la santé communautaire et l'équilibre social. La collaboration entre ces acteurs était cruciale pour gérer les maux liés à la sorcellerie et pour maintenir l'ordre .

La danse des sorcières était un rituel social important où la communauté accueillait la révélation et la résolution des maux attribués aux sorciers. Elle servait non seulement de divertissement mais également de mécanisme pour renforcer les croyances et pratiques communautaires contre les influences négatives des sorciers .

Le territoire de Bongandanga a subi plusieurs réorganisations administratives. Initialement partie du district des Bangala, il a fait partie du district de la Lulonga avant de passer sous l'administration du district de Congo-Ubangi. En 1955, il s'est intégré au district de la Mongala, regroupant les peuples Ngombe et Mongo .

Les traditions vestimentaires de la Mongala ont été abandonnées progressivement sous l'influence de l'arrivée des tissus européens introduits par les missionnaires et commerçants, qui ont facilité l'adoption de nouveaux styles plus pratiques et diversifiés que les pagnes et peaux d'animaux d'antan .

La colonisation européenne a entraîné l'abandon progressif des fortifications traditionnelles et mesures de sécurité, en raison de la cessation des guerres tribales. Par ailleurs, villages et structures se sont reconstruits le long des routes coloniales, adoptant des maisons inspirées des premières constructions coloniales, avec l'introduction d'équipements comme les moustiquaires .

L'administration coloniale a imposé des réformes agricoles et territoriales qui ont souvent déstabilisé les structures locales préexistantes. La production de riz, par exemple, a connu une chute drastique car l'organisation spatiale institutionnelle n'optimisait pas l'exploitation agricole, affectant directement la population locale .

Initialement, les habitants de la Mongala portaient des pagnes d'écorce et des peaux de bêtes. Avec le temps, après l'arrivée des missionnaires et commerçants (1890-1910), les tissus européens et asiatiques ont été adoptés massivement, bien que peu répandus à l'origine .

Le PUNA a promu la réunification de la province pour renforcer leur position politique, notamment parce que l'éclatement affaiblissait leur contrôle sur l'infrastructure économique et administrative. La division avait réduit leur influence alors que la centralisation était vue comme un moyen de stabiliser la région .

Le sport, notamment la lutte (libanda et mpongo), était essentiel dans la Mongala pour renforcer la cohésion communautaire et offrir des moments de loisir. Elle se pratiquait lors de défis entre villages ou d'événements organisés, rassemblant les communautés pour encourager et célébrer les performances des lutteurs .

Les devins, guérisseurs et féticheurs avaient un rôle crucial pour dénoncer les sorciers, guérir les maladies causées par la sorcellerie et protéger la communauté contre leurs attaques. Ils agissaient en qualité de responsables de la santé et de l'équilibre social, souvent en collaboration avec les chefs de familles, qui avaient aussi des pouvoirs spirituels .

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