Faucher 2016
Faucher 2016
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Physiopathologie de l’obésité
Physiopathology of obesity
Pauline Faucher a,b , Christine Poitou a,∗,b
a
Département nutrition, institut de cardiométabolisme et nutrition, ICAN, Pitié-Salpêtrière hôpital, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, 75013 Paris,
France
b
Inserm, U1166, UMR S U1166, nutriomique team 6, Paris, Sorbonne universités, université Pierre-et-Marie-Curie–Paris 6, 75013 Paris, France
i n f o a r t i c l e r é s u m é
Historique de l’article : L’obésité est actuellement un problème de santé publique du fait de sa prévalence en augmentation pré-
Accepté le 24 août 2015 occupante au cours des dix dernières années. La prise en charge de l’obésité et des comorbidités associées
Disponible sur Internet le xxx est donc une priorité. L’obésité est une pathologie chronique complexe tant sur le plan physiopatholo-
gique que dans la prise en charge. C’est une maladie hétérogène sur le plan phénotypique et évoluant
Mots clés : en plusieurs phases (constitution, maintien, aggravation) dont les déterminants sont multiples. On ne
Obésité peut donc parler de maladie unique mais bien de types variés d’obésités et de situations médicales. Le
Mode de vie
développement de la masse grasse est sous l’influence de facteurs génétiques qui s’expriment en fonction
Génétique
Tissu adipeux
de facteurs environnementaux et comportementaux. Les modifications de l’alimentation et la réduction
de l’activité physique entraînent un déséquilibre de la balance énergétique. Il existe également des fac-
teurs psychosociaux, et biologiques, tels que les altérations du tissu adipeux et de ses interactions avec
d’autres tissus impliqués dans la régulation de l’homéostasie énergétique et le développement des comor-
bidités. La stratégie thérapeutique doit s’adapter au type d’obésité et en particulier au stade évolutif de la
maladie en tenant compte des facteurs étiologiques en cause. La prise en charge des patients obèses est
donc un exercice de médecine globale et personnalisée, nécessitant un temps d’expertise et d’évaluation
multidisciplinaire pour fixer au mieux les objectifs de prise en charge.
© 2015 Publié par Elsevier Masson SAS pour la Société française de rhumatologie.
a b s t r a c t
Keywords: Obesity is currently a matter of public health due to its concerning increasing prevalence during the last
Obesity decade. The management for obesity and for associated diseases is thus a priority. Obesity is a complex
Lifestyle chronic disease at the pathophysiological level as well as at the management level. It is a heterogeneous
Genetic disease regarding the phenotype, which evolves in several stages (formation, continuation, worsening)
Adipose tissue
whose deciding factors are numerous. That is why it is not a unique disease, there are various types of
obesities occurring in various medical situations. The development of fat is induced by genetic factors,
which express themselves according to environmental and behavioural factors. This leads to an imbalance
of the energetic balance due to changes related to food intake and reduced physical activity. There are
also psychosocial and biological factors, such as modifications of fat tissue and its interactions with
other tissues involved in the regulation of the energetic homeostasis and the development of associated
diseases. The therapeutic strategy needs to adapt to the type of obesity, in particular at the progressive
stage of the disease, taking into account the etiological factors in question. Managing obese patients is
thus an exercise of general and personalized medicine, requiring a time for a medical assessment and for
a multidisciplinary evaluation in order to better set the management goals.
© 2015 Published by Elsevier Masson SAS on behalf of the Société française de rhumatologie.
∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [Link]-bernert@[Link] (C. Poitou).
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1878-6227/© 2015 Publié par Elsevier Masson SAS pour la Société française de rhumatologie.
Pour citer cet article : Faucher P, Poitou C. Physiopathologie de l’obésité. Revue du rhumatisme monographies (2015),
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Une phase d’aggravation de la maladie aboutit au stade d’obésité atteint leur volume maximal, ils ont la capacité de recruter de
constituée caractérisée par l’apparition de comorbidités à la nouvelles cellules, les préadipocytes, qui se différencient en adi-
fois métaboliques (diabète de type 2, hypertension, dyslipidémie, pocyte mature capable de se charger de triglycérides, ce que l’on
NASH) et mécaniques (apnées du sommeil, atteintes rhumatolo- appelle l’adipogénèse (Fig. 2). Ainsi, la masse du tissu adipeux
giques, insuffisance veineuse, lymphoedème). Cette phase est aussi peut s’accroître non seulement par l’augmentation du volume
marquée par des fluctuations pondérales en lien avec des tentatives des adipocytes (hypertrophie), mais aussi par l’augmentation du
répétées de perte de poids très souvent suivies de rebonds pon- nombre d’adipocytes qui le compose (hyperplasie). Une altération
déraux. Ces épisodes de « yo-yo » pondéral ont des conséquences de l’adipogénèse, sous l’influence par exemple de certains nutri-
psychologiques (troubles de l’estime de soi, troubles du compor- ments, d’agents infectieux ou de polluants, de facteurs nerveux ou
tement alimentaire) et physiques indéniables (diminution de la hormonaux, peut contribuer à l’expansion de la masse grasse.
masse maigre, modifications du métabolisme énergétique) et abou- Lorsque les capacités de stockage du tissu adipeux sous-cutané
tissent in fine à une aggravation du poids. Cliniquement, il y a une sont dépassées, il existe une accumulation ectopique du tissu adi-
chronicisation du processus d’inflation adipeuse et s’installe une peux au niveau viscéral (graisse omentale), mais également au
résistance à l’amaigrissement (obésité dite « réfractaire »). niveau d’organes multiples tels que le muscle, le cœur (épicarde), le
pancréas, les vaisseaux, et le foie (stéatose hépatique). Ces dépôts
2.2. Les différents types d’obésité ectopiques de tissu adipeux sont responsables de comorbidités de
l’obésité, telles que l’insulino-résistance, le diabète de type 2, la
La classification de l’OMS distingue 4 types d’obésité selon l’IMC maladie athéromateuse coronaire. Au niveau hépatique, la stéatose
en termes de sévérité : obésité type I ou modérée, pour un IMC hépatique peut se compliquer d’une stéato-hépatite (NASH « non
entre 30,0 et 34,9 kg/m2 , obésité type II ou sévère pour un IMC entre alcoolic steato-hepatitis ») pouvant aller jusqu’à la cirrhose et est
35,0 et 39,9 kg/m2 , et obésité type III ou massive pour un IMC supé- fortement associée à l’insulino-résistance et au diabète de type 2
rieur à 40 kg/m2 . Il est montré en effet que plus l’IMC augmente, plus (Fig. 3).
la morbimortalité s’élève. Mais cette classification ne permet pas Par ailleurs, le tissu adipeux, outre les adipocytes, contient de
d’apprécier la répartition de la masse grasse. Une obésité androïde nombreuses cellules notamment inflammatoires (macrophages)
ou abdominale est définie par un tour de taille ≥ 80 cm chez la interagissant avec d’autres organes par la libération de nombreuses
femme et ≥ 94 cm chez l’homme de race caucasienne, mesures substances, les adipokines, qui sont autant de signaux adressés
anthropométriques utilisables pour les obésités modérées mais au système nerveux central, au foie, aux muscles, au cœur, aux
non applicable pour les obésités sévères et massives pour les- vaisseaux, à l’intestin. Parmi elles, on retrouve au premier rang la
quelles d’autres examens se discutent (DEXA, scanner) [4]. L’obésité leptine et l’adiponectine, puis la résistine la visfatine, auxquelles
abdominale et l’accumulation de graisse au niveau viscéral sont s’associent des cytokines telles que le tumor necrosis factor alpha
associées au développement de pathologies cardiovasculaires et (TNF␣), l’interleukine 6 et le monocyte chemo-attractant protein 1
métaboliques [5]. D’autre part, au-delà de l’IMC, le phénotype des (MCP1). La leptine est produite principalement par les adipocytes
obésités doit intégrer des dimensions somatique, psychologique et du tissu adipeux blanc, surtout au niveau sous-cutané en quan-
fonctionnelle, comme le suggère l’Edmonton Obesity Staging Sys- tité parallèle à la proportion de masse grasse. Elle joue un rôle
tem (EOSS) [6] afin de mieux évaluer le stade d’évolution, la gravité majeur au niveau du système nerveux central en stimulant les
et le pronostic pour adapter la prise en charge (Tableau 1). circuits neuronaux anorexigènes, mais a aussi un rôle dans la sen-
sibilité à l’insuline, et l’état d’inflammation chronique observée
2.2.1. L’obésité : une maladie du tissu adipeux dans l’obésité. L’adiponectine est également produite principale-
Les connaissances sur la physiologie et la physiopathologie ment par le tissu adipeux, en quantité inverse de la proportion
du tissu adipeux se sont considérablement accrues ces dernières de masse grasse. Elle est impliquée dans la sensibilité à l’insuline,
années. De par ses fonctions métaboliques et son rôle endocrine dans l’inhibition de la néoglucogenèse hépatique, et joue un rôle
avéré, le tissu adipeux est apparu comme un organe central de préventif lors de l’athérogénèse, tout comme dans la diminution
l’homéostasie énergétique et métabolique. de la réponse inflammatoire induite par TNF-␣. La résistine est
Les adipocytes s’hypertrophient (augmentent de volume) au une adipokine découverte récemment, sécrétée potentiellement
fur et à mesure qu’ils accumulent des lipides. Lorsqu’ils ont par les adipocytes et les macrophages et qui pourrait jouer un rôle
Tableau 1
Les 5 stades de l’Edmonton Obesity Staging System.
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Fig. 2. Régulation de l’adipogénèse. Les différentes voies de signalisation impliquées dans l’adipogénèse regroupant des inducteurs adipogéniques utilisés in vitro (DEX :
dexamethasone, glucocorticoide de synthèse ; MIX : methylisobutyl xanthine, inhibiteur de phosphodiestérase) ainsi que des acteurs moléculaires identifiés in vivo tels les
voies Hedgehod, Wnt. L’activation de PPAR␥ induit la différenciation terminale par la transcription de gènes cibles comme FABP4 (aP2), CD36, LPL et GLUT-4.
direct dans l’insulino-résistance observée dans l’obésité ainsi qu’un de nouvelles adipokines, dont la sécrétion est altérée dans le tissu
rôle dans l’altération endothéliale. Enfin, l’IL6 est une cytokine pro- adipeux au cours de l’obésité, ont été décrites comme pouvant faire
inflammatoire sécrétée par de nombreuses cellules, y compris par le lien avec les complications de l’obésité (fibroblast growth factor
les adipocytes, de façon augmentée dans l’obésité Plus récemment 21 [FGF21], retinol-binding protein 4 [RBP4], dipeptidyl peptidase 4
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[DPP-4], bone morphogenetic protein [BMP]-4, BMP-7, vaspin, ape- tels que les modifications de l’alimentation et le manque d’activité
lin, et progranulin) [7]. Chez la personne atteinte d’obésité, ce physique entraînant une balance énergétique positive.
dialogue entre le tissu adipeux et le reste de l’organisme est altéré
avec une double conséquence : une dérive du poids de plus en plus 3.1.1. Excès d’apports énergétiques
difficile à contrôler et la survenue de complications hépatiques, La prise alimentaire est un comportement régulé par des méca-
cardiaques, respiratoires, articulaires. nismes biologiques complexes et redondants permettant un apport
Au cours de l’obésité humaine, apparaissent progressivement adapté en nutriments nécessaire à la vie. Des modifications de
des altérations structurales du tissu adipeux, perturbant forte- la prise alimentaire, en termes de structure ou de composition
ment sa biologie. L’inflammation du tissu adipeux est maintenant alimentaire, peuvent aboutir à une prise de poids. Parmi les modi-
reconnue comme un élément important des altérations tissulaires fications de la prise alimentaire, on retrouve des modifications
observées au cours de l’obésité, participant à l’inflammation sys- quantitatives, telles que l’augmentation de la densité calorique
témique bas grade et impliquées dans la physiopathologie des de l’alimentation [11] et des modifications qualitatives, comme la
maladies cardio-métaboliques. Par exemple, le nombre de macro- diminution de la consommation de glucides complexes (féculents,
phages dans le tissu adipeux est relié au phénotype hépatique chez fibres), l’augmentation de l’apport lipidique [12] et la déstructu-
l’adulte [8]. S’associe à l’inflammation, la fibrose, autre anoma- ration des rythmes alimentaires. En outre, la prise alimentaire
lie du tissu adipeux bien décrite chez le sujet obèse [9] et reliée est étroitement liée aux stimuli sensoriels, notamment la dispo-
à des altérations métaboliques [10]. De plus, la présence d’une nibilité, la palatabilité des aliments et les circonstances sociales
fibrose péri-adipocytaire constitue un facteur de résistance à la qui l’entourent (convivialité, habitudes familiales, contexte profes-
perte de poids [10]. À partir de ces observations, il est proposé de sionnel etc.). Elle dépend également des émotions et affects. Au
redéfinir la classification des obésités en tenant compte des phéno- maximum peuvent exister des troubles du comportement alimen-
types cliniques, comportementaux, biologiques mais également de taire (boulimie, binge eating disorder, night eating syndrome) en lien
l’analyse des tissus adipeux (localisation, dépôts ectopiques, taille avec des difficultés psychologiques (anxiété), voire une maladie
cellulaire, inflammation/fibrose) [1]. psychiatrique (dépression, psychose).
Enfin, des anomalies dans les structures centrales et péri-
3. Déterminants et origines des obésités phériques impliquées dans la régulation du bilan energétique
participent aussi au déséquilibre de la balance énergétique :
L’ensemble des facteurs étiopathogéniques impliqués dans les anomalies de sécrétion ou de signalisation des substances pro-
différentes phases de constitution de l’obésité n’est encore que venant du tube digestif (ex : Glucagon-like Peptide 1, ghréline), du
partiellement identifié (Fig. 4). Certains ont un impact sur la pancréas (ex : insuline), du tissu adipeux (ex : leptine), interagis-
balance énergétique en entraînant un déséquilibre entre apport sant au niveau du système nerveux central. Celui-ci, notamment
et dépenses, d’autres agissent au niveau biologique : homéostasie l’hypothalamus (noyaux arqués et vendromédians), contrôle la
du poids au niveau du système nerveux central, biologie du tissu prise alimentaire et la dépense énergétique via des neurones ano-
adipeux (stockage, adipogénèse) par exemple. rexigènes mettant en jeu le couple leptine-proopiomélanocortine
et des neurones orexigènes via les molécules (NPY/Agouti-related
3.1. Déséquilibre de la balance énergétique peptide). Dans cette cascade de signalisation l’AMP-activated pro-
tein kinae (AMPK) est un médiateur central des effets de toutes
L’obésité est une maladie multifactorielle résultant de facteurs ces hormones et pourrait constituer une cible intéressante dans
génétiques multiples associés à des facteurs environnementaux le développement pharmacologique du contrôle pondéral [13].
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3.1.2. Défaut de dépense énergétique à un même régime de suralimentation pendant 3 mois diffèrent
La balance énergétique peut devenir positive par augmentation par leur prise de poids (+2 kg, voire +10 kg pour d’autres), souli-
des apports alimentaires, mais aussi par diminution de la dépense gnant l’effet « environnement », mais toujours de façon corrélée
énergétique totale. La dépense énergétique totale est constituée entre les jumeaux homozygotes, soulignant l’effet « génétique »
de 3 composantes, variables d’un individu à l’autre, contribuant de [21]. Par ailleurs, des arguments épidémiologiques, d’études
façon déterminante au bilan énergétique. Ces 3 composants sont : d’intervention et de biologie moléculaire suggèrent l‘existence
la dépense énergétique de repos (variable selon l’âge, le sexe et la de « gènes d’épargne », qui favoriseraient le stockage des apports
composition corporelle notamment la masse musculaire), la ther- énergétiques en cas d’excès.
mogenèse (liée à la consommation des aliments et la régulation de Certaines obésités, notamment massives et précoces, sont liées
la température corporelle, peu variable), et la dépense énergétique à la mutation d’un seul gène ou d’une région chromosomique et
liée à l’activité physique (DEAP), qui est très variable d’un individu associent généralement des syndromes pléiotropiques au sein des-
à l’autre. L’activité physique correspond à tout mouvement effec- quels le poids n’est qu’un symptôme [22]. On distingue les obésités
tué dans la vie quotidienne (elle ne se réduit pas à la seule pratique monogéniques définies par une obésité rare (< 5 % des obésités),
sportive). La DEAP semble réduite chez les patients obèses [14]. On sévère, à début précoce associée à des anomalies endocriniennes.
distingue également la sédentarité, définie par un état dans lequel L’impact de la génétique y est majeur et très peu dépendant des fac-
les mouvements sont réduits au minimum et où la dépense éner- teurs environnementaux. Ces obésités monogéniques sont le plus
gétique est à peu près égale au métabolisme énergétique au repos souvent causées par des mutations des gènes de la voie leptine-
(activité physique nulle). Ainsi, il existe une relation étroite entre mélanocortines impliquée dans la régulation de la prise alimentaire
le nombre d’heures passées devant les écrans et la prévalence de (gènes de la leptine [LEP] et de son récepteur [LEPR] par exemple).
l’obésité [15], notamment chez l’enfant [16]. La sédentarité est un Outre les formes monogéniques d’obésité, il existe des obésités
facteur de risque majeur de surpoids et le style de vie moderne syndromiques qui associent une obésité sévère à début précoce
nous y prédispose tout en augmentant l’offre alimentaire. L’arrêt du à une atteinte multi-organes (déficience intellectuelle, troubles
sport ou l’immobilisation prolongée (par exemple, après un trau- neuropsychologiques, éléments dysmorphiques, anomalies déve-
matisme), sont autant de circonstances associées à une diminution loppementales, atteintes neurosensorielles et/ou endocriniennes).
des dépenses, favorable à une prise pondérale. L’exemple le plus fréquent est celui du syndrome de Prader Willi.
Enfin les obésités oligogéniques, comme celles dues aux mutations
3.2. Facteurs génétiques du gène melanocortin 4 receptor (MC4R) impliqué dans la régulation
centrale du poids, sont rapportées chez 2,5 % des sujets obèses, et
Cependant, tous ces facteurs entraînant une balance énergé- chez 1,2 à 6,3 % des enfants avec obésité massive [23,24]. Ces muta-
tique positive ne suffisent pas pour expliquer l’augmentation de tions sont caractérisées par une expression phénotypique variable
la fréquence de l’obésité, ni « l’inégalité » des individus vis-à-vis de dépendant en partie des facteurs environnementaux avec peu de
la prise de poids : certaines personnes prennent en effet plus de spécificité dans les phénotypes.
poids que d’autres, alors qu’elles ont les mêmes modes de vie. Une
prédisposition génétique à la prise de poids peut rendre compte 3.3. Autres facteurs impliqués dans l’obésité humaine
de ces différences de susceptibilité individuelle à l’obésité. Plu-
sieurs équipes françaises de l’Inserm et du CNRS ont identifié à ce D’autres facteurs impliqués dans le développement de l’obésité
jour plus de 250 gènes impliqués dans la prise de poids, l’obésité et son maintien sont discutés.
sévère et/ou les complications de l’obésité, mais dont l’effet indi- Comme nous l’avons déjà évoqué, des altérations primitives
viduel reste modeste [17]. Dans la grande majorité des cas, la du tissu adipeux pourraient être à l’origine de certaines formes
génétique détermine une susceptibilité à l’obésité avec une héré- d’obésité. Un des exemples est celui de certains médicaments,
dité polygénique ; l’expression de ces gènes est ensuite modulée connus pour favoriser l’adipogénèse comme les corticoïdes ou les
par d’autres gènes eux-mêmes régulés par des facteurs environne- glitazones. Il a également été décrit des modifications des capaci-
mentaux. C’est l’association de plusieurs traits génétiques orientant tés de stockage du tissu adipeux et de l’inflammation en réponse au
l’organisme vers l’économie d’énergie qui favorise l’obésité. Les fac- stress [25], à certains virus [26] ou à des modificateurs endocriniens
teurs génétiques déterminent les différents paramètres influençant et polluants [27].
la balance énergétique (dépense énergétique de repos, effet ther- Des travaux récents ont permis de mettre en évidence que la
mogène des aliments, coût calorique de l’effort, comportement qualité de la flore intestinale peut être associée à une susceptibilité
alimentaire) et contribuent à l’aspect phénotypique de l’obésité plus ou moins importante de développer des maladies métabo-
(distribution du tissu adipeux, masse grasse totale). liques liées à l’obésité. Les études menées chez les souris axéniques
Il existe une hérédité indéniable de l’obésité : 70 % des patients (dépourvues de flore intestinale) ont clairement démontré le rôle
obèses ont un parent obèse. Si un des parents présente une obésité important du microbiote intestinal dans l’homéostasie énergétique
massive (IMC ≥ 40 kg/m2 ), le risque d’obésité dans la descendante de l’hôte [28]. De plus, les souris axéniques (comparativement aux
est multiplié par 5 [18]. Cependant, cette transmission familiale souris pourvues en flore intestinale) sont protégées de l’obésité
ne suffit pas pour affirmer une transmission génétique car les induite par un régime à haute teneur en graisses, mais également
membres d’une même famille partagent non seulement des des désordres métaboliques associés comme l’intolérance au glu-
gènes, mais aussi un type d’alimentation, un contexte socio- cose et le diabète de type 2 [29]. Le transfert du microbiote de souris
culturel et un style de vie. La prédisposition génétique pourrait obèses induit une obésité chez les souris minces (alors que la prise
aussi venir d’une empreinte laissée par les conditions intra- alimentaire de ces dernières n’est pas modifiée) [30].
utérines ou postnatales, une sur ou sous-alimentation chez la Chez l’homme, des données récentes suggèrent également
mère majorant le risque d’obésité dans la descendance (modi- un lien entre microbiote, homéostasie énergétique (métabolisme
fications épigénétiques) [18], comme analysé dans l’étude Elfe glucido-lipidique) et homéostasie inflammatoire. Il a été démon-
[19]. L’épigénétique régulerait 760 gènes humains, dont 20 % de tré que le diabète de type 2 est associée à la présence d’espèces
gènes dits « obésogènes » [20]. La génétique joue donc un rôle bactériennes différentes (en comparaison avec des sujets non
dans le développement dans l’obésité, mais en interaction étroite diabétiques) [31]. L’étude de la flore intestinale a été favorisée
avec l’environnement, comme en attestent les expériences de par l’apparition de nouvelles techniques de métagénomique per-
suralimentations et par l’étude des jumeaux : des individus soumis mettant de caractériser la diversité bactérienne. Celle-ci apparaît
Pour citer cet article : Faucher P, Poitou C. Physiopathologie de l’obésité. Revue du rhumatisme monographies (2015),
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P. Faucher, C. Poitou / Revue du rhumatisme monographies xxx (2015) xxx–xxx 7
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Pour citer cet article : Faucher P, Poitou C. Physiopathologie de l’obésité. Revue du rhumatisme monographies (2015),
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