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les règlements de sécurité et de concurrence. Il a ainsi
perdu son droit d’exercer à Londres en raison d’une
Uber: derrière la com’, un modèle
faille informatique à l’automne 2019.
économique non viable
PAR MARTINE ORANGE
ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 4 MARS 2020
Uber assure que son modèle de plateforme est
inégalable. Pourtant, le groupe n’a jamais gagné
d’argent. En 2019, il a encore perdu plus de 8 milliards
de dollars.
Dans la communication d’Uber, un mot domine © Jakub Porzycki / NurPhoto/ AFP
tous les autres : disruption. Sa qualité d’entreprise La firme ne s’estime pas non plus obligée de respecter
high tech, de licorne, son modèle de plateforme les lois fiscales : grand adepte de l’évasion fiscale,
et d’organisation sont censés balayer toutes les Uber estime que le paiement de la TVA et de l’impôt
organisations précédentes. Le vieux monde. « sur les sociétés relève de quelques contingences
Uber peut exploiter les services de voiture inadaptées. Ce qui lui vaut un procès avec le fisc
urbaine de manière beaucoup plus efficace que britannique sur le règlement de la TVA qu’il a
les opérateurs traditionnels qu’ils ont mis hors longtemps minorée. Il s’estime tout autant dispensé
service. Uber a introduit des percées majeures de respecter certaines règles de bonne conduite. Après
en termes de produits / technologies / processus de nombreuses accusations de maltraitance et de
qui créent d’énormes avantages concurrentiels que harcèlement moral et sexuel de la part des salariés de la
les opérateurs historiques ne pourraient égaler », firme, le fondateur d’Uber, Travis Kalanick, a dû être
répètent à l’envi les dirigeants du groupe. débarqué de ses fonctions opérationnelles en 2017 par
Ces arguments justifient à eux seuls, aux yeux des le conseil d’administration pour éteindre le scandale.
responsables d’Uber, tous les dépassements de ligne Le groupe a été condamné à payer une amende de
jaune. Au nom de l’économie digitale, le groupe ne 4,4 millions de dollars« pour avoir laissé s’installer
doit pas être soumis aux règles communes, inadaptées une culture de harcèlement sexuel » dans ses murs.
à son modèle. Il ne se sent pas tenu de respecter les Pour des défenseurs d’Uber, tout cela n’est que
lois sociales : ses chauffeurs sont supposés être des peccadilles. D’une certaine façon, ces « affaires »
entrepreneurs acceptant de travailler librement à la incarnent, selon eux, la rupture qu’ils soutiennent et
tâche, sans aucune assurance ni garantie. Le groupe devraient même être mises à son crédit : la firme
s’apprête donc à entamer un combat judiciaire bouscule les cadres anciens et vermoulus et trace le
contre l’État de Californie qui entend inscrire dans chemin de la nouvelle ère high tech, mondialisée et
la loi des droits pour les salariés des plateformes débarrassée de toutes les contraintes inutiles.
numériques. Il ne se sent pas concerné non plus par Nombre de responsables politiques ne sont pas loin de
partager l’argument, en acceptant de fermer les yeux
sur toutes les entorses commises par Uber, au nom
du soutien aux start-up. Ce qui revient à une forme
de subventions sur le dos des intérêts publics et des
salariés.
Il y a cependant une question à laquelle ne répondent
pas les laudateurs d’Uber et qui est peut-être la plus
disruptive de toutes : pourquoi, après plus de dix ans
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d’existence, Uber, bien que considérablement allégé et les promesses d’une croissance sans fin. Le groupe
de ses obligations sociales et fiscales, ne gagne-t-il a obtenu les capitaux nécessaires pour se renflouer,
toujours pas d’argent ? éponger ses pertes, et continuer l’aventure. C’est ainsi
que le fonds souverain d’Arabie saoudite s’est retrouvé
brillant actionnaire de la firme en 2015.
Chiffres d'affaires et résultats d'Uber (en milliards de dollars). © Bloomberg
Pour l’année 2019, le groupe a enregistré une perte de
8,5 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de
14,1 milliards de dollars. Soit un ratio de 60 % de perte Évolution du cours de bourse d'Uber depuis son introduction en avril 2019. © Bloomberg
sur chiffre d’affaires. Qui dit mieux ? Plus inquiétant Les choses sont peut-être un peu en train de changer.
encore, la firme ne dégage aucun moyen financier : elle Lassés d’attendre un retour sur investissement qui
a enregistré un cash-flow négatif opérationnel de 4,3 ne venait jamais, les actionnaires ont exigé une
milliards de dollars. introduction en bourse afin de pouvoir revendre sans
Ce n’est pas un simple accident. Année après année, trop de casse leurs titres. En avril 2019, Uber a ainsi
Uber enregistre des pertes. En dix ans, le groupe a été coté. Les dirigeants avaient promis que l’opération
brûlé plus de 29 milliards de dollars de capital. Sans valoriserait au moins Uber à 120 milliards de dollars.
que jamais le moindre questionnement ne soit posé Il leur a fallu en rabattre : la vente s’est faite à un prix
sur son modèle. Car si Uber avait un avantage aussi diminué de moitié.
flagrant qu’il le prétend, il aurait dû en tirer profit. Introduite à un cours de 45 euros, l’action depuis n’a
Le groupe compte quelque 27 000 salariés. Il est jamais retrouvé son prix de départ, alors que, dans le
aujourd’hui dans plus de 800 villes dans le monde. Il même temps, Wall Street, jusqu’à la semaine dernière,
s’est diversifié dans la location de véhicules partagés, volait de record en record.
dans la livraison de plats préparés, et la livraison de En présentant ses derniers résultats, tout aussi
colis. Mais malgré cette croissance impressionnante, il catastrophiques que les précédents, le nouveau
n’arrive pas à équilibrer ses comptes. président d’Uber, Dara Khosrowshahi, a promis
Peut-être parce que son modèle n’est pas viable ? que les choses allaient changer. Le groupe allait
L’organisation de transports collectifs de taxis abandonner sa course à la croissance et se fixer comme
notamment, contrairement à ce qu’il prétend, requiert objectif de devenir profitable. « Nous n’avons pas
de lourdes immobilisations de véhicules et de encore finalisé notre plan. Cela prend beaucoup de
chauffeurs toujours disponibles, qui ne peuvent pas temps et mobilise beaucoup de personnes. Mais nous
être annulées par le seul miracle d’une application visons d’avoir un Ebidta ajusté profitable dès cette
reliée à une plateforme. Et l’accroissement de son année », a-t-il expliqué.
emprise, grâce à une guerre des prix menée sur le dos Tout le monde a compris que le groupe serait au
de chauffeurs dont les droits et garanties sont réduits à moins à l’équilibre cette année. En fait non, comme
zéro, ne suffit pas à compenser les coûts. l’explique le journaliste Hubert Horan. Le groupe,
Fascinés par les mots « plateforme », « application », dénonce-t-il, est seulement en train d’élaborer ses
les investisseurs – au moins certains d’entre eux – propres critères comptables afin de faire apparaître une
semblent en avoir oublié tout repère. L’économie du situation profitable, alors qu’il ne l’est pas. Cela passe
digital leur paraît tellement essentielle, qu’ils veulent notamment par l’exclusion d’un certain nombre de
en être à tout prix, à n’importe quel prix. Pratiquement charges fixes, parmi lesquelles la distribution de stock-
tous les deux ans depuis sa création, Uber a réussi à
séduire des investisseurs par son discours « disruptif »
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options aux dirigeants qui est « un élément important titres et a empoché 2,5 milliards de dollars. Tous
de notre stratégie de rémunération », explique le les autres dirigeants rêvent de l’imiter. Tout cela n’a
groupe. rien de très disruptif. C’est même un grand classique.
Là est sans doute l’élément clé du modèle d’Uber : L’étrange est que tous s’y laissent encore prendre, à
l’enrichissement personnel de ses dirigeants. Dès qu’il commencer par les gouvernements.
a pu vendre, le fondateur s’est débarrassé de ses
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