Les SPL dans l'action du ministère
de l'Aménagement du territoire
du Maroc
L'aménagement du territoire a été conçu, jusqu’au milieu des années El Kébir Hannou
quatre-vingt dix, comme une politique de redistribution, une planification Direction de
centralisée des grands équipements et une meilleure répartition des hommes l'Aménagement du
territoire
sur le territoire. Or, aujourd’hui, le Maroc est passé à un encouragement (hannou3@[Link])
fort, aux dynamiques endogènes de développement local, fondé sur le
rapprochement des citoyens, que l'élan du développement a le plus de force
et que le contrôle démocratique est le plus fin. L’objectif attendu est de
corriger les grandes inégalités que la nature et les logiques de l’économie
ont inscrites sur le territoire.
L’aménagement de notre territoire doit être défini en fonction de trois
grands objectifs qui sont la durabilité, l’efficacité et l’équité. Concrètement,
cela devrait se traduire par l’adoption d’une nouvelle approche dans la
conception et la mise en œuvre aussi bien du contenu que des outils définis
à cet effet. Cette orientation s’inspire de la vision que notre département
ministériel se fait en matière d’aménagement du territoire et le
développement local : une stratégie basée sur la concertation et le consensus
pour un développement efficace, équitable et durable.
Dès l’avènement du gouvernement d’alternance en mars 1998, le
ministère chargé de l’Aménagement du territoire a déployé tous les efforts
pour sortir l’aménagement de sa coquille, pour en faire une chose publique
qui intéresse tous les acteurs. Il s’agit de les impliquer et de les
responsabiliser pour la mise en œuvre d’un projet partagé du développement
du territoire. De ce fait, la direction de l’Aménagement du territoire a mis
en place un certain nombre d’outils afin de dégager les axes d’un consensus
national explicite sur la gestion des ressources et du territoire, qui ont servi
de base à l’élaboration d’une loi (charte d’aménagement du territoire) et
qui ont fixé les orientations privilégiées du développement à long terme,
les compétences respectives des acteurs et les moyens techniques, juridiques
et financiers pour mettre en œuvre ces orientations.
Ce dispositif est donc un préalable à la définition de l’organisation future
du territoire national, consignée dans le cadre d’un Schéma national
d’aménagement du territoire qui a pour objet de :
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El Kébir Hannou
– présenter les intentions de l’Etat dans les domaines de sa compétence
propre et concernant le territoire régional ;
– expliquer les domaines qui pourront faire l’objet d’actions conjointes
entre l’Etat et les régions ;
– préciser les projets en tranches opératoires propres des régions ;
– formuler un cadre de politique urbaine régionale qui servira de référence
à l’élaboration des documents d’urbanisme ;
– fournir un cadre d’accueil pour les projets issus de la coopération
décentralisée.
Aussi, et dans la perspective de préparer les territoires à faire face à la
mondialisation, ce département a lancé des études sur la compétitivité
territoriale, les aires métropolitaines, la montagne, les oasis… Il a examiné
les enjeux de l’innovation pour les PME/PMI, dans le cadre des systèmes
productifs localisés, et les moyens de favoriser de nouveaux partenariats,
à travers les politiques publiques, notamment :
– la gestion démocratique et la recherche de l’efficacité économique ;
– l'optimisation des ressources industrielles, dans l’optique de la
concrétisation du développement durable avec un souci de la présentation
de l’environnement et l’attractivité des territoires, les méthodes et les
démarches.
Eléments de définition d’un SPL
Un SPL peut être défini comme un ensemble d’unités productives, ayant
des liens interdépendantes au niveau technique, s’organisant au niveau
économique et se trouvant territorialement agglomérées. C’est un réseau
d’entreprises d’une même activité ou d’une même spécialité qui coopèrent
sur un territoire. Néanmoins, les formes d’organisation des SPL varient selon
les territoires, leur culture et leur histoire.
Ces entreprises coopèrent à différents niveaux. Leurs relations ne se
limitent pas à de simples rapports marchands. Elles entretiennent le plus
souvent des liens informels (solidarité, réciprocité…), forgés par une même
culture d’appartenance ou par des attaches communes nouées grâce aux
rapports de proximité.
Ces coopérations inter-entreprises peuvent prendre de multiples formes :
– partage de l’information ou de la veille technologique ;
– actions commerciales communes ;
– mutualisation des investissements ;
– gestion commune des compétences locales ;
– relation de cotraitance allant jusqu’à la conception et la production
d’un même produit ;
– coopérations financières.
Ces collaborations ne se limitent pas aux seules entreprises, puisque le
tissu économique local développe des partenariats avec les écoles, les
universités ou les centres de recherche. Les SPL coopèrent également avec
56 Critique économique n° 14 • Automne 2004
Les SPL dans l'action du ministère de l'Aménagement du territoire du Maroc
leur environnement direct, notamment avec les structures institutionnelles
locales et les pouvoirs publics.
Le tissu est toujours prêt à s’organiser en partenariat et à réactiver les
réseaux en fonction des besoins et des enjeux.
Les SPL présentent tous des caractéristiques communes, que l’on peut
résumer ainsi :
– un système local d’entreprises évoluant dans une ou plusieurs branches
d’activités ;
– interdépendance forte entre les entreprises ;
– existence d’une identité locale ou régionale forte, favorisant la
coopération et la réciprocité ;
– présence de règles et de conventions (souvent non écrites) permettant
de gérer les relations concurrence-collaboration ;
– capacité des entreprises à répondre à une demande finale et différenciée
dans le temps et dans l’espace ;
– existence d’une main-d’œuvre locale qualifiée et reconnue pour son
savoir-faire ;
– présence d’institutions locales communautaires et publiques capables
de soutenir le système, de veiller à son développement en favorisant
l’innovation et l’implantation d’entreprises nouvelles.
Comment constituer un SPL ?
Il existe des espaces organisés économiquement autour d’un réseau dense
de PME, appartenant à une même branche d’activité. Ces organisations
se rapprochent de celles des districts italiens.
Parfois, les SPL échappent à une logique de filière, ils sont plurisectoriels.
Les entreprises appartiennent à des secteurs de production distincts, mais
assez proches pour initier des collaborations. Leurs activités sont connexes,
elles travaillent sur un même couple produit-marché, ce qui leur permet
de bâtir des projets en commun.
Dans d’autres cas, ces réseaux se structurent autour de grands donneurs
d’ordres. Les grandes entreprises implantées sur le bassin poussent leurs
sous-traitants à se diversifier et à coopérer pour bâtir des stratégies de
développement à long terme. Ces coopérations offrent souvent aux
entreprises de nombreuses bases de redéploiement.
Il existe un autre cas de figure appartenant également à la famille des
SPL ; ce sont les technopôles : dans ce cas, les entreprises se rassemblent
et coopèrent autour de la recherche scientifique. Leur objectif est davantage
de générer de l’intelligence économique et de l’innovation transférable que
de produire en commun.
Toutes les actions de partage que développent sur le terrain les
entrepreneurs locaux permettent aux réseaux structurés de constituer une
forme de réponse locale aux défis posés par la mondialisation. Ces initiatives
Critique économique n° 14 • Automne 2004 57
El Kébir Hannou
permettent aux PMI locales de s’approprier des économies d’échelle et
d’agglomération réservées par nature aux grandes entreprises “urbanisées”.
Ces SPL varient également d’un territoire à l’autre, selon les activités ;
c’est pourquoi aucune démarche commune ne peut être appliquée par leur
constitution. Néanmoins, des points communs peuvent être relevés dans
les processus qui permettent à des entreprises de passer d'un stade de relative
indifférence, voire de rivalité, à une attitude plus coopérative.
En effet, les entreprises se découvrent des intérêts communs en montrant
les bénéfices qui pourront être retirés d'actions interentreprises communes.
Et l'animateur, ou le “leadership” du SPL, qui est un acteur à la fois à
l'intérieur du système et à l'extérieur, apporte des éléments de diagnostic
et servant de miroir aux entreprises.
Les différentes origines géographiques des intervenants permettront de
développer une approche comparative sur la mobilisation de ressources
spécifiques : savoir-faire traditionnel, compétences apportées par de grands
partenaires privés, organismes de formation…, autant d'alliances qui
assureront la pérennisation du réseau d'entreprises et nécessitent
l’intervention des pouvoirs publics.
Les politiques publiques d'appui aux SPL
Les SPL sont reconnus comme un atout pour les territoires, car ils
constituent une source d’information et de bénéfices économiques. De ce
fait, les pouvoirs publics y consacrent plus d’efforts pour encourager leur
développement.
La politique de soutien au développement des SPL doit être résolument
novatrice par rapport aux démarches classiques d’intervention des pouvoirs
publics. Cette politique doit non seulement s’inscrire dans un principe de
subsidiarité, mais elle doit obéir à deux principes majeurs :
– le soutien apporté par l’Etat doit glisser d’une logique d’aides
individuelles aux entreprises à une logique d’aides collectives ;
– le soutien économique doit également combiner une logique de soutien
sectoriel à celle d’un soutien territorial.
La nécessité d’engager dans l’action les différents partenaires – l’Etat,
les entreprises et les élus – pour assurer le succès des projets engagés. De
même au plan local, il est nécessaire que les institutionnels agissent eux-
mêmes en réseau, afin d’assurer l'unité et la cohérence de leurs actions.
Ces considérations plaident pour la mise en place de contrats, car les SPL
n’ont besoin ni de loi ni de règlement, mais d’inscrire des projets dans la durée
en partenariat avec leur environnement institutionnel ; le cadre idéal serait
alors d’inscrire les projets de SPL dans les contrats de plan Etat/région.
Ces contrats mettent en place des actions collectives, destinées à soutenir
le tissu local en lui permettant de répondre aux besoins recensés par les
professionnels et sont établis sur la base de diagnostics partagés et d’une
étude stratégique.
58 Critique économique n° 14 • Automne 2004
Les SPL dans l'action du ministère de l'Aménagement du territoire du Maroc
Il ne s’agit pas de recomposer les territoires en zones de spécialisation,
mais de soutenir, par le contrat et dans le respect des différences, des zones
de spécialisations réactives. Le contrat a de plus le mérite de rendre lisible
l’action des pouvoirs publics et de générer de la confiance. Il n’oppose pas
les pratiques individuelles aux pratiques collectives, mais il offre un dispositif
d’incitation cohérent aux coopérations interentreprises. Ils permettraient
d’offrir une palette de services et d’initiatives globales susceptibles de
réaffirmer les cultures locales et de dynamiser le tissu.
La volonté des pouvoirs publics ne peut à elle seule favoriser la création
d’un SPL. Dans l'incitation à monter des projets collectifs grâce auxquels
s'effectuera l'apprentissage de nouvelles façons de travailler, les pouvoirs
publics peuvent être à l'origine d'une nouvelle pédagogie de la coopération,
de méthodes de montage financier et d’encouragement des bailleurs de fonds.
Le financement des SPL et des réseaux d’entreprises
La croissance de la compétitivité entre les petites et moyennes entreprises
incitent à la mutualisation de certaines actions, plus particulièrement celles
relevant de l'investissement matériel et immatériel.
Les besoins de financement apparaissent à différentes étapes de la
structuration financière des SPL. Cependant, ces besoins sont de nature
différente selon le degré de maturité et la nature de l'activité du SPL, selon
l'ambition mutuelle des entreprises et leur volonté d'externaliser certaines
de leurs actions stratégiques.
La question du financement des SPL renvoie à deux types d'interrogations :
– Les outils financiers généralistes (garantie, capital-risque de proximité,
etc.) apportent-ils une réponse adaptée au développement des SPL ?
Comment perfectionner ces outils ou créer des outils complémentaires ?
– La compétitivité des SPL suppose le renforcement financier et l'accès
au crédit de l'ensemble des entreprises qui les composent. Certains
instruments financiers étrangers mobilisent et responsabilisent un grand
nombre d'acteurs du territoire, dont la collectivité publique.
Les partenariats entre SPL
Les systèmes productifs locaux sont conscients de l’importance de la
coopération pour assurer le développement de leurs activités. A cet effet,
plusieurs configurations sont envisageables :
– le partenariat international entre SPL positionnés de manière identique,
qui table sur le bénéfice de l'ouverture à d'autres cultures et d'autres pratiques
comme source de progrès ;
– le partenariat international qui s'inscrit dans une logique de débouché
ou d'approvisionnement commercial, qui répond à un objectif de consolidation
d'une filière de l'amont vers l'aval et qui parfois peut conduire à de véritables
transferts d'activité.
Critique économique n° 14 • Automne 2004 59
El Kébir Hannou
Les SPL sont porteurs de ces opportunités d'ouverture à l'international,
motivées par la recherche de nouveaux marchés.
Le partenariat peut également se faire avec les syndicats pour renforcer
leur SPL. Pour répondre aux exigences des donneurs d'ordres, les
syndicats de travailleurs se sont associés à un groupement de 69 PME
suédoises (travail des métaux). Ce partenariat a permis de mettre en place
un nouveau modèle d'organisation du travail, basé sur une meilleure gestion
des compétences et sur un système de formation continue.
Grandes entreprises et PME
L’objectif de cette opération est de renforcer des liens entre les entreprises
d’un même territoire, de dynamiser les PME existantes et de stimuler la
création de nouvelles entreprises, de rapprocher les grandes entreprises et
les PME en organisant des salons professionnels où les PME locales peuvent
rencontrer les grandes entreprises de la zone, discuter de leurs produits et
services et leur présenter des offres de sous-traitance.
En plus de ces salons, des rencontres régulières ainsi que des séminaires
pour entreprises doivent être organisés dans les différents zonings
industriels (ou zones d’activités) du bassin ou entre entreprises d’un même
secteur d’activités.
Cette action est innovante, par son approche dynamique et concrète
pour mettre en valeur et aider les PME actives sur un bassin industriel. Elle
répond tout à fait à la reconversion d’un bassin industriel où les grandes
entreprises avaient traditionnellement une place plus que prédominante
sur le marché et l’économie locale. Faire ressentir le besoin de collaboration
au niveau d’un territoire est pour plusieurs d’entre elles une nouvelle approche
et une nouvelle dimension.
Cette action nous paraît adaptable aux SPL marocains, notamment
casablancais et tangérois. Elle doit pouvoir compter sur un territoire industriel
où grandes entreprises et PME cohabitent et peuvent tisser des liens de
collaboration et sont intéressées à réfléchir ensemble sur une nouvelle
approche de la relation client-fournisseur.
L’expérience marocaine pour le développement des SPL
Dans notre pays, les systèmes productifs localisés permettent d'amorcer
un processus cumulatif de développement industriel. Y trouve-t-on les
caractéristiques des districts, à savoir une forte cohésion du milieu social,
ou au contraire assiste-t-on le plus souvent à l'émergence de grappes qui
sont le fruit d'un volontarisme des autorités locales ?
Quels rôles stratégiques peuvent alors jouer les pouvoirs publics pour
accompagner et renforcer l'action des entreprises et leur fonctionnement
en réseau, entretenant des synergies avec le milieu local ? Autour de quels
facteurs catalyseurs se constitue une grappe d’entreprises ?
60 Critique économique n° 14 • Automne 2004
Les SPL dans l'action du ministère de l'Aménagement du territoire du Maroc
Tout SPL met en valeur un avantage comparatif spécifique à sa région
(ressource naturelle, savoir-faire, position géographique…). Au-delà des
aspects liés à la création d'un SPL, on peut aborder des questions relatives
à la spécificité de ces organisations qui se trouvent situées dans des
environnements économiques nationaux moins porteurs que ceux de pays
développés, car leur contexte est marqué par de profondes disparités.
Le cas de partenariats entre systèmes productifs de pays développés et
de pays en développement est à discuter également comme une possibilité
de consolider des organisations émergentes, en prenant appui sur des
complémentarités et d'étendre dans les pays partenaires la chaîne de valeur
et les opportunités de marché et d'innovation.
Des exemples se présentent aussi à cet égard et concernent principalement
l’encouragement des SPL en milieu rural, en incitant les brodeuses, les
artisans… à collaborer pour surmonter les obstacles inhérents au secteur
informel. Ce qui pourrait enrichir la démarche souhaitée au Maroc par la
direction de l’Aménagement du territoire dans l’étude qu’elle a lancée,
notamment pour le cas de Guercif, province de Taza, ou à Taounate pour
l'oléiculture, à Taznakht pour les tapis, à Safi et Salé pour la poterie…, où
il faut encourager le groupement des artisans en pôles, les aider par le biais
d’organisation de cycles de formation et les mettre en rapport entre eux.
Notre département est conscient du rôle des SPL dans le développement
local, et c’est pour cela qu’il a lancé une étude à caractère expérimental dans
neuf cas, qui va déboucher sur des projets-pilotes à fort caractère
démonstratif. Cette étude va également préciser les conditions de
généralisation de cette démarche de construction des projets de SPL à
l’ensemble du territoire national. Les divers cas choisis correspondent, tout
d’abord, à des situations où les conditions d’une coopération entre opérateurs
existent potentiellement ou effectivement et combinent une entrée
sectorielle avec une dimension territoriale :
– textile-habillement dans le milieu urbain de Tanger et Ben Msik-Sidi
Othmane, et en milieu rural autour de Guercif ;
– sous-traitance mécanique et électrique à Ain Sbaâ et Sidi Bernoussi-
Zenata ;
– technologies de l’information dans l’agglomération de Casablanca ;
– agriculture avec les systèmes traditionnel et intensif à Souss-Massa ;
– tourisme dans la région de Erfoud ;
– artisanat (cuir, chaussures et dinanderie) à Fès.
En effet, pour répondre de manière compétitive aux attentes et demandes
qui ne cessent d’évoluer, de renouveler et assurer leur pérennité, les PME
notamment artisanales, sont appelées à développer d’ambitieux projets, de
complémentarité et de coopérations inter-entreprises, de mutualisation et
de partage de ressources. Ce qui requiert une grande et rapide ouverture,
une forte capacité d’innovation, une meilleure réactivité aux mutations
techniques et aux évolutions du marché. Une culture commune entre les
Critique économique n° 14 • Automne 2004 61
El Kébir Hannou
entreprises présentant l’émergence d’un SPL, une forte spécialisation
économique concentrée avec un savoir-faire reconnu et ancré dans le territoire
concerné constituent le point de départ pour toute constitution d’un SPL.
Comment accompagner un SPL ?
L’accompagnement du SPL par un animateur (entité ou structure) dont
la compétence et l’image sont reconnues est bien souvent un facteur-clé
de succès. Forte et mobilisatrice pour les SPL en émergence, tel le cas des
SPL potentiels identifiés au Maroc, l’intensité de l’accompagnement décroît
avec l’implication progressive des entrepreneurs concernés, leur connaissance
mutuelle et la confiance qui s’établit avec les premières réalisation.
En principe, l’accompagnement considéré comme la condition sine qua
non pour l’émergence des SPL, notamment en artisanat, devrait suivre les
étapes successives suivantes :
– établir un état des lieux de chaque entreprise, en termes de savoir-
faire, forces et faiblesses et une étude stratégique de l’activité considérée
(marché, tendances, concurrents…) ;
– provoquer les rencontres et nourrir les discussions, dans le cadre de
séances de travail avec les chefs d’entreprises pour leur permettre de formuler
leurs besoins et axes de progrès, et réfléchir collectivement aux solutions
à apporter ;
– rechercher les intervenants et les entreprises leaders par action ;
– monter les dossiers de financement ;
– accompagner la mise en œuvre des projets pour apporter aide et conseils
aux chefs d’entreprises ;
– suivre les délais et les impacts pour mettre en évidence les gains ;
– évaluer les actions réalisées et communiquer sur les améliorations des
performances ;
– montrer en permanence aux chefs d’entreprises concurrentes qu’il vaut
mieux lutter ensemble pour élargir leurs parts de marché que de lutter entre
eux pour grignoter la part de l’autre.
Qui peut accompagner un SPL ?
En attendant l’élargissement et la généralisation de la démarche SPL à
l’ensemble du territoire national, les cas d’expérimentation identifiés pourraient
être accompagnés et animés par des acteurs institutionnels ou privés.
Selon les spécificités locales, l’accompagnement peut être assuré par les
associations du développement local, les agences de développement, les
associations et clubs d’entreprises, les fédérations et unions de métiers, les
chambres d’industrie, de commerce et des services (CCIS), celles de
l’agriculture et de l’artisanat, les conseils régionaux de tourisme (CRT),
les technopôles.
Toutefois, des personnes physiques pourront assurer la médiation et
l’accompagnement par la confiance qu’elles auront su établir, dans le cadre
62 Critique économique n° 14 • Automne 2004
Les SPL dans l'action du ministère de l'Aménagement du territoire du Maroc
d’une charte d’alliance entre entreprises du SPL, conçue pour initier la
coopération inter-entreprises. La démarche d’accompagnement est perçue
comme un redressement et une guérison à court terme, et comme une
anticipation et une pérennité à moyen terme.
A priori, il n’est pas nécessaire de créer une structure spéciale rassemblant
les entreprises d’un même SPL. Néanmoins, cela pourrait être bénéfique
pour les SPL marocains en termes d’identité et d’image.
Les SPL (émergents et potentiels) au Maroc pourraient développer des
actions de coopérations inter-entreprises pour :
– connaître et anticiper l’évolution des marchés sur lesquels sont vendus
les produits ;
– rendre possibles à moindre coût des développements de projets par
des actions de mise en commun des compétences et des moyens ;
– disposer des ressources adéquates par le biais de la formation ;
– orienter la création de nouveaux produits et d’innovations ;
– profiter de l’effet de groupe, en suscitant des actions commerciales
et de promotion ;
– bénéficier de la dynamique territoriale d’attractivité et de proximité,
et ce, avec la collaboration des structures institutionnelles locales.
Comment inscrire la démarche SPL dans la durée ?
La dynamique des projets SPL doit impérativement s’inscrire dans la
durée à travers des contrats ou des engagements, sur plusieurs années, des
entrepreneurs et du secteur financier privé ou public.
Avec les nouvelles mesures prises par les pouvoirs publics marocains,
de déconcentration et de décentralisation économique, les projets SPL
pourront être validés par le Centre régional d’investissement (CRI), qui
devrait s’assurer que ces projets correspondent aux orientations et axes
politiques soutenus par l’Etat et les collectivités locales.
Le projet SPL au Maroc peut s’inscrire comme un des éléments de
développement économique et territorial régional et à ce titre devrait figurer
dans le Schéma régional d’aménagement du territoire (SRAT) et dans le
Plan régional de développement intégré en tant que segment d’une virtuelle
charte territoriale régionale. Ce qui laisse à réfléchir sur la possibilité de
financement partiel des projets SPL dans le cadre régional (Conseil régional,
Centre régional d’investissement, chambres professionnelles, Conseil régional
de tourisme…).
En effet, à l’instar des pays ayant réussi la démarche SPL, qu’ils soient
industriels ou émergents, le financement des projets SPL au Maroc devrait
mobiliser les sources de financement privées (contribution des entreprises
et des professionnels, des organismes financiers spécialisés, des banques,
des compagnies d’assurances…, selon les cas de figure) et publiques
(ministères du Commerce et de l’Industrie, Région, d’où l’intérêt du
développement de la contractualisation Etat/région…) ainsi que les sources
Critique économique n° 14 • Automne 2004 63
El Kébir Hannou
extérieures de financement, par le biais de la coopération décentralisée ou
directe.
Qu’attendons-nous des SPL identifiés au Maroc ?
– Une élévation des performances, en termes de chiffre d’affaires,
d’emplois, d’investissements et de qualité de la production.
– Une amélioration des niveaux de qualification.
– Un accroissement de la capacité de développement et d’adaptation
des entreprises à l’évolution du marché.
– La création de territoires compétitifs, capables de faire face au défit
de la mondialisation.
Conclusion
L'aménagement du territoire constitue actuellement un mélange
d'impulsion donnée aux initiatives locales et d'affirmation de la
responsabilité des pouvoirs publics vis-à-vis des territoires les plus
démunis. Cette articulation entre des approches décentralisées et leur mise
en cohérence dans une perspective d'équité s'appuie sur des instruments
d’aménagement et de développement qui doivent être élaborés dans un cadre
participatif et consensuel à l’échelle locale et régionale, dans le but de passer
de la décomposition à la recomposition de l’avenir d'un territoire. Ces
instruments devraient constituer le cadre de référence “partagé” pour
l'émergence et la conduite de projets.
La notion de Système productif localisé renforce le processus de
déconcentration et de régionalisation que connaît le Maroc et correspond
à la nouvelle conception de gestion et d’aménagement du territoire, laissant
une grande place à la responsabilisation des acteurs locaux et régionaux.
Elle renvoie également à une organisation territorialisée de la production
et est la traduction de phénomènes originaux de développement
économique localisé, que ce soit dans le domaine des nouvelles technologies
de l’information et de la communication ou dans le cadre des espaces ruraux.
L’étude de préfaisabilité que nous avons lancée dans le territoire marocain
a montré que le SPL est, bel et bien, une chance pour la promotion de la
PME et pour le développement territorial.
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