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Définition et nature de la science

Le document présente les concepts de science et de nature. Il explique que la science vise à établir une connaissance objective fondée sur des preuves et des démonstrations, s'opposant à l'opinion subjective. La science progresse en remettant continuellement en question les connaissances existantes.

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Définition et nature de la science

Le document présente les concepts de science et de nature. Il explique que la science vise à établir une connaissance objective fondée sur des preuves et des démonstrations, s'opposant à l'opinion subjective. La science progresse en remettant continuellement en question les connaissances existantes.

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Complément de cours philosophie

J. Zaganiaris

Science/Nature

« Le terme de « science » est emprunté au latin scientia,


signifiant la « connaissance », au sens large, spécialement la
« connaissance scientifique », prenant dès l’époque classique le
sens du grec epistémè, « savoir théorique ». La science désigne
d’abord un savoir-faire procuré par les connaissances jointes à
l’habileté, puis dénotera, plus tard, les connaissances acquises sur
un objet d’étude plus délimité. La science, tant du point de vue
théorique que théologique, désignera de plus en plus une
connaissance parfaite, précise, rigoureuse, de plus en plus
soucieuse de formalisme (ce formalisme qui lui sera conféré, à
l’époque moderne, par le recours généralisé à l’outil
mathématique rendant possible une mise en équation des
méthodes et des résultats de la recherche) ».

« A ce moment, science et philosophie sont encore assimilées


dans une large mesure, et la « méthode » proposée par Descartes
dans son Discours de la méthode, en 1637, peut porter en sous-
titre: « pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les
sciences ». La philosophie, c’est-à-dire la science s’oppose à
l’opinion comme la vérité, universelle et nécessaire, s’oppose à
l’idée reçue, particulière et contingente. L’objectivité du savoir
scientifique veut se substituer à la subjectivité de l’opinion,
indémontrable et indémontrée, arbitraire et gratuite. La science
s’oppose ainsi à la religion (qui se réfère à une « vérité révélée »,
c’est-à-dire à un « dogme »), et à tout autre « savoir » incapable de
se fonder en raison. La science désignera de plus en plus
l’ensemble des connaissances bien fondées (parce que reposant
sur des démonstrations, comme dans les sciences logico-
Cours J. ZAGANIARIS Page 1
mathématiques, qualifiées d’hypothéticodéductives, ou sur des
preuves, comme dans les sciences expérimentales).

C’est bien cette opposition massive et sans concession entre


savoir objectif et opinion subjective qui ne cessera désormais de
commander toute l’histoire future des rapports entre le savoir à
prétention scientifique et tout autre type de connaissance, ou de
démarche intellectuelle enracinée dans la subjectivité du sujet
pensant ou créateur. Science et philosophie seront encore
assimilées au XVIIIe siècle, où ces deux termes sont équivalents
pour les philosophes allemands que sont Fichte (1762-1814) et
Hegel (1770-1831) ».

Source des deux extraits ci-dessus : Philippe Fontaine, « Qu'est-ce


que la science ? De la philosophie à la science : les origines de
la rationalité moderne », Recherche en soins infirmiers, 2008/1
(N° 92), pp. 6-19 : [Link]
[Link]#

On peut trouver certains textes qui différencient « expérience » et


« expérimentation ». L’expérimentation s’appuie sur « une
intentionnalité structurée de mener des expériences (au sens
scientifique du terme) dans un protocole établi et analysé » (
source : [Link]

« La même ambivalence se rencontre dans la notion d'expérience,


qui allie le fait d'éprouver et l'action d'essayer. Dans son acception
la plus large, l'expérience désigne ce qui nous arrive, ce qui
s'impose à nous selon les hasards de l'existence. Un scientifique va
plus loin, car il recourt délibérément à l'expérience.
L'expérimentation consiste à modifier les conditions de la
manifestation d'un phénomène qu'on veut étudier. Son emploi
rigoureux caractérise la méthode expérimentale. Cette rigueur
exige la répétition et la comparaison avec un système témoin
Cours J. ZAGANIARIS Page 2
n'ayant pas subi d'intervention. On admet que ce recours à
l'expérience vaut à titre de question posée à la nature, dont la
réponse confirmera ou infirmera une hypothèse explicative. À
l'expérimentation est ainsi attribuée une place au sein d'une
démarche expérimentale » qui comporte trois
étapes : observation, hypothèse, expérimentation » (source :
l’encyclopédie Universalis)

NATURE (extrait de A. Comte Sponville, Dictionnaire


philosophique)
La phusis, chez les Grecs, comme la natura chez Lucrèce
ou Spinoza, c’est le réel lui-même, considéré dans son
indépendance, dans sa spontanéité, dans son pouvoir
d’autoproduction ou d’autodéveloppement (phusis vient de
phuein, « croître, pousser, naître »). S’oppose en cela à l’art
ou à la technique (comme ce qui se fait tout seul à ce qui est
fait par l’homme), au divin (comme ce qui se développe ou
change à ce qui est immuable) et au nomos (la loi ou la
convention humaines). Peut se dire en un sens général (la
nature est l’ensemble des êtres naturels) ou en un sens
particulier (la nature d’un être, qu’on appelle parfois son
essence, étant alors ce qu’il y a en lui de naturel : son
« principe, comme dit Aristote, de mouvement et de fixité »).
S’oppose dans les deux cas, mais en deux sens différents, au
surnaturel ou au culturel. La nature, au sens large, c’est tout
ce qui existe, ou qui semble exister, indépendamment de Dieu
– sauf, bien sûr, à définir Dieu comme la nature elle-même
(Spinoza).
Au sens restreint, c’est tout ce qui existe indépendamment
des humains.

Cours J. ZAGANIARIS Page 3


La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe,
s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de
légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent
l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit1, toujours tort. L'opinion pense
mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En
désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne
peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le
premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la
rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de
morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit
scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous
ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler
clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on
dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes.
C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable
esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une
réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir
connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est
construit. »

Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique.

Le point de départ de la science est de commencer par se méfier


des connaissances que nous possédons. Le scientifique n’adhère

1
En droit : Ce qui doit être, ce qui devrait exister (s’oppose à « en fait », ce qui existe en réalité). Voir
manuel p. 526.

Cours J. ZAGANIARIS Page 4


pas aux savoirs qu’on lui présente comme étant vrais. Il cherche à
constater lui-même s’ils sont vrais ou pas. Si le scientifique utilise
des axiomes ou des théorèmes, c’est qu’il reconnait que ces
connaissances ont historiquement acquis une validité scientifique
et ne sont pas des opinions (croyances, préjugés). Cela ne veut pas
dire qu’il faut croire que ces axiomes ou théorèmes sont
indiscutables. Ce sont juste les points de départ indispensables de
la démarche scientifique, qui va vérifier depuis le départ la validité
de tout ce qu’elle utilise.

Bachelard n’est pas aussi radical sur le doute et la recherche de


la vérité que Descartes. Pour Bachelard, il n’y a pas de dogmes en
science. A ce niveau, l’auteur de la Formation de l’esprit scientifique
est plus proche de Nietzsche que de Descartes. Pour ce dernier, la
véracité de Dieu garantit les idées indubitables qui sont en nous
de manière innée (les vérités premières).

L’opinion peut avoir raison mais ce sera le fruit du hasard.


L’opinion peut être un point de départ pour un travail de
recherche. Mais l’opinion ne sera jamais scientifique.

« L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins
en connaissance » G. Bachelard, La formation de l’esprit scientifique,
1938.

Que ce soit au niveau de l’expérience (sciences physiques,


sciences sociales) ou du raisonnement (mathématiques), la science
pense de manière correcte. On ne peut penser que correctement.
Si l’on pense « mal », on ne « pense » pas mais on croit, on
suppose, on a l’impression, on prétend que...

L’opinion transforme ce que l’on a besoin d’entendre, de voir


ou de croire en un discours prétendant au statut de connaissance
exacte. Elle est un obstacle à la connaissance scientifique, qui
cherche à atteindre la vérité.

A l’inverse de l’opinion qui peut être superficielle, subjective,


immédiate et dogmatique, la science s’inscrit dans une démarche
intellectuelle et dynamique. La science suppose de suivre un
processus pour arriver à la connaissance. Les scientifiques
Cours J. ZAGANIARIS Page 5
possèdent la capacité de poser des problèmes qu’ils ont construits
eux-mêmes et à y répondre en faisant des recherches et des
découvertes.

Pour Bachelard, la science ne peut atteindre de vérité absolue.


Le savoir est évolutif (physique de Newton et théorie de la
relativité de Einstein, géométrie euclidienne et non euclidienne)

Extraits :

• « La recherche de la vérité est ardue, la route qui y conduit est


semée d’embûches, pour trouver la vérité, il convient de laisser
de côté ses opinions et de ne pas faire confiance aux écrits des
anciens. Vous devez les mettre en doute et soumettre chacune
de leur affirmations à votre esprit critique. Ne vous fiez qu'à la
logique et l’expérimentation, jamais à l'affirmation des uns et
des autres, car chaque être humain est sujet à toutes sortes
d'imperfections ; dans notre quête de la vérité, nous devons
aussi remettre en questions nos propres théories, à chacune de
nos recherches pour éviter de succomber aux préjugés et à la
paresse intellectuelle. Agissez de la sorte et la vérité vous sera
révélée.»

Ibn al-Haytam, Traité d’optique (1021)

« Comment faire de l’histoire une science, alors que l’objet de


l’histoire, ce sont des faits particuliers, ponctuels, inscrits dans
leurs conditions temporelles et spatiales propres, et ayant
chacun leurs propres causes, immédiates et lointaines ? Ibn
Khaldûn répond que, si l’histoire consiste bien en « récits
d’événements », qui sont des faits particuliers, il n’en est pas
moins possible de faire le premier pas d’une démarche
susceptible d’ériger l’histoire en science, si l’on parvient à
mettre le récit en conformité avec le réel d’une manière telle que
ce récit ne nous informe plus seulement sur la situation dans le
temps ou dans l’espace de l’événement qu’il rapporte, mais
Cours J. ZAGANIARIS Page 6
aussi sur les causes qui l’ont rendu possible, de sorte que le récit
nous représente l’événement sous une forme rationnellement
intelligible »

Mohammed Abed Al-Jabri, Introduction à la critique de la raison


arabe, 1995

Pour vous aider à expliquer ce texte, voilà un des repères du


programme (voir manuel p. 526)

Expliquer : identifier les causes qui ont rendu possible un


phénomène. L’explication utilise des données chiffrées,
notamment des régularités statistiques, pour rendre compte
des raisons qui ont rendu possible un phénomène, une action
ou un événement. L’explication s’appuie sur des données
objectives et non pas sur la conscience subjective des individus.
Exemple : Expliquer l’œuvre de Flaubert consiste à regarder les
causes qui l’ont rendue possible, notamment le nombre de
journaux du XIXème siècle publiant des écrivains méconnus et
contribuant à les faire connaître au grand public.

Comprendre : saisir le sens, la signification d’un phénomène,


d’une action, d’un événement. Pour le sociologue allemand
Max Weber, comprendre consiste à ramener un phénomène
social aux actions individuelles qui le composent et examiner
les intentions, les motifs des acteurs, notamment en se mettant
à leur place. Exemple : Comprendre l’œuvre de Flaubert, c’est
regarder l’intention de l’auteur, notamment en lisant sa
correspondance.

Cette opposition expliquer/comprendre est liée à l’émergence des


sciences sociales à la fin du XIXème siècle. Les sciences sociales
(sociologie, psychologie, l’histoire) prétendent étudier les
comportements humains au sein de la société. Pour Wilhem
Dilthey, l’objectif des sciences de la nature est d’expliquer et
celui des sciences sociales de comprendre. Le physicien cherche
les causes des phénomènes physiques et le sociologue ou
l’historien s’emploient à restituer la signification des
Cours J. ZAGANIARIS Page 7
phénomènes sociaux. Pour Max Weber, la sociologie cherche à
expliquer et à comprendre. Dans L’éthique protestante et l’esprit
du capitalisme (1905), Weber s’intéresse à la fois aux causes qui
ont rendu possible le capitalisme au sein de l’Europe et à la
signification de ce phénomène social. Dans Introduction à la
critique de la raison arabe (1995), Al-Jabri s’appuie sur Ibn
Khaldun pour affirmer que l’histoire est une science. En effet,
elle ne se contente pas de décrire les faits mais cherchent aussi
à les expliquer, c’est-à-dire à restituer leurs causes.

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