Bonjour à tous chers députés, il y a 41 ans, le 17 septembre 1981, dans cette
même assemblée Robert Badinter a défendu le projet de loi gouvernemental
pour l'abolition de la peine de mort devant l'Assemblée nationale. Il est le
garde des Sceaux autrement dit le ministre de la Justice du Gouvernement de
Pierre Mauroy. Cette loi est l’un des engagements présidentiels de François
Mitterrand, président de la République française de 1981 à 1885.
En effet, rappelez-vous Robert Badinter, né le 30 mars 1928 à Paris, est un
homme politique, juriste et essayiste français. Professeur de droit privé et
avocat au barreau de Paris, il se fait connaître pour son combat contre la peine
de mort dont il défend l'abolition devant le Parlement en 1981.
A travers son discours, de plus de deux heures, tenu devant l’Assemblée
Nationale, Robert Badinter essaie d’inciter les 593 législateurs à voter pour
l’abolition de la peine de mort. En effet, comme le dit l’orateur : « Je n’accepte
pas une justice qui tue », pour lui, il s’agit d’un acte moralement inacceptable
qui est symbole de dictature. Ainsi nous ne pouvons pas vivre dans une société
en paix tant que la peine de mort n’est pas abolie. Robert Badinter souhaite
alors stopper cette vengeance privée afin de créer une société sans haine. De
plus aucun homme n’est totalement responsable et aucune justice ne peut être
absolument infaillible. Pour lui, seul Dieu détient le pouvoir de vie et de mort.
La peine de mort est donc une honte pour l’humanité qui ne fait absolument
pas reculer la criminalité. Le scrutin a été serré puisque d’après les résultats,
113 députés ont voté contre et 117 se sont abstenus.
Robert Badinter utilise des arguments clairs et courts, dès sa première phrase il
annonce « Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, j'ai
l'honneur, au nom du Gouvernement de la République, de demander à
l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France ».
Effectivement il place directement le débat sur le plan « moral » qui l’implique
lui-même mais surtout les députés en face de lui : « C’est un débat de
conscience et le choix auquel chacun d’entre vous procédera l’engagera
personnellement. » Badinter s’adresse ici aux affects des hommes (captive par
la psychologie) mais aussi à leur logique et leurs valeurs ( captive par la logique
et l’éthique). C’est un homme qui parle à d’autres hommes et femmes. Et non
un avocat ou un ministre qui s’adresse à des députés. Pour balayer l’argument
de la « valeur dissuasive » de la peine de mort, -argument majeur des
opposants- Robert Badinter va s’appuyer sur son expérience, acquise durant sa
carrière d’avocat. « Je vous dirai pourquoi, plus qu’aucun autre, je puis affirmer
qu’il n’y a pas dans la peine de mort de valeur dissuasive : sachez bien que,
dans la foule qui, autour du palais de justice de Troyes, criait au passage de
Buffet et de Bontems : « A mort Buffet ! À mort Bontems ! » se trouvait un
jeune homme qui s’appelait Patrick Henry. Croyez-moi, à ma stupéfaction,
quand je l’ai appris, j’ai compris ce que pouvait signifier, ce jour-là, la valeur
dissuasive de la peine de mort ! », demontant ainsi cet argument, puisque
patrick henri a assassiné une petite fille de 7 ans en 1976
Cette scène nous montre un de ces autres talents d’orateur, sa maitrise
parfaites de la théâtralisation de son discours. Il s’enflamme, son ton s’accélère
lorsqu’il raconte cette scène. Quand il dit « A mort Buffet, A mort Bontems ! »,
c’est la foule que l’on entend. Quand il rappelle que « La France aura été
presque le dernier pays en Europe occidentale -et je baisse la voix pour le dire-
à abolir la peine de mort », il baisse en effet sa voix, pour exprimer sa honte. A
ce moment-là il fait également une analogie tres intéressantes avec le fait que
la France a été dans les premiers pays à abolir la torture et l’esclavage, et
s’étonne justement de l’abolition si tardive de la peine de mort.
Nous cherchons maintenant à savoir par quels procédés ce discours est-il rendu
vivant et captivant. D’une part, Robert Badinter rend vivant son discours en
insistant sur certaines phrases voir sur certains mots comme avec l’anaphore
de « malheur ». Cette anaphore rythme alors l’idée que Badinter veut faire
passer en créant un effet musical et une dynamique au plaidoyer car elle
permet d’appuyer le style du texte et de donner du vivant au discours. Ensuite
la figure de style de répétition est employée. En effet, les mots « mort »,
« crime », « souffrance » et « malheur » sont adoptés plusieurs fois par l’auteur
de ce discours. Cette répétition de mots permet d’insister et de créer un
rythme et renforce donc la sensation et l’émotion produites chez l’auditoire.
. On remarque également des silences que l’orateur impose à son auditoire. Il
lui permette en premier lieu d’adapter son rythme à son publique. En effet, il
ne fait pas son discours pour lui-même mais pour une Assemblée, il doit donc
prendre en compte son auditoire en lui permettant de pouvoir comprendre sa
cause. Ces silences l’aide aussi à mettre en valeur des phrases comme « Du
malheur et de la souffrance des victimes, j’ai, beaucoup plus que ceux qui s’en
réclament, souvent mesuré dans ma vie l’étendue ». Enfin, il l’aide à
transmettre des émotions, pour susciter comme ici la tristesse ainsi que la
douleur. Plus généralement on peut donc affirmer que c’est la rhétorique qui
contribue à donner cette force au discours. D’autre part, Badinter rend son
discours captivant grâce aux figures d’instances tels que l’anaphore ou la
répétition mais aussi car il raconte une histoire, celle de la peine de mort qui
repend le malheur tout autour d’elle. Enfin, l’orateur conclut son discours en
captant l’attention de son auditoire avec une question rhétorique qui implique
l’auditoire à répondre au sujet de la vengeance privée.
« Demain vous voterez l’abolition de la peine de mort. Législateur français, de
tout mon cœur, je vous en remercie. » Il ne laisse ainsi aucun choix aux députés
presents dans l’assembles . Pour conclure, il laisse ses sentiments s’exprimer
une dernière fois : « Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une
justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte
commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons
françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. Il
utilisent ici le genre épidictique, car il loue la grâce des deputes de voter contre
la peine de mort (ce qu’il ne feront alors que le matin suivant), les
encourageants un peu plus à voter en faveur de ses idées. L’utilisation des 3
registres de l’éloquence à travers son discours : délibératif, judiciaire et
epidictique nous montrent que Badinter maitrise à la perfection la rhétorique.
Vous pouvez également remarquer l’articulation et le ton sur lequel il prononce
son discours : très particuliers, on ressent réellement les valeurs qu’il défend et
communique, il est engagé corps et âme dans la cause qu’il défend.
Rappelez-vous également que Robert Badinter s’inspirait beaucoup du combat
abolitioniste de Victor hugo, il a même cité ses propos : « on ne doit pas
condamner à mort parce que aucun homme n'est véritablement totalement
coupable »
Robert badinter a toujours été un grand orateur capable transmettre sa
motivation, ses émotions, sa révolte à son auditoire. Il a su convaincre et
persuader en touchant les valeurs et les affectes de chacun, mais aussi en
faisant appelle à la raison : il a donc utilisé la rhétorique. Robert badinter est
aussi un grand orateur pour son éloquence : son discours est composés de
nombreuses figures de styles, sa voix est posée, claire