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Origines de l'Opéra au XVIIe siècle

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Origines de l'Opéra au XVIIe siècle

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Lycée Henri Martin – CPGE option musique

Histoire de la musique

Période Baroque
L’invention de l’Opéra

- En quoi et pourquoi l’Opéra devient-il un genre majeur du début du 17ème siècle ?

I) Les origines de l’Opéra


A) Opéra : définition et éléments constitutifs
- Le terme italien Opera signifie « œuvre ».
- L’Opéra est essentiellement constitué d’un livret, de musique, d’une mise en scène, costumes et décors.
- Le chant est présent soit de manière continue, soit discontinue (cela varie en fonction des époques).
- En fait, nous allons voir que ce genre répond à l’une des caractéristiques esthétiques de l’époque baroque
qui est de mettre en avant un art de la représentation, du spectacle, de la démonstration.

B) Les genres ayant présidés à la naissance de l’Opéra


- Certains éléments que l’on retrouve au moment de la naissance officielle du genre sont dores et déjà
présents durant la période de la Renaissance.
- Certains genres musicaux peuvent être considérés comme les précurseurs de l’Opéra :
o le drame pastoral
o la comédie madrigalesque
o l’intermedio (ou intermède)

b1) Le drame pastoral


- Le drame pastoral consiste en une pièce écrite en vers, entrecoupée de musique et chants.
o Avant cette œuvre, les seules pièces en italien sont les sacre rappresentazioni (sacra
rappresentazione, au singulier).
o Elles sont connues dans toute l'Europe sous le nom de « mystères » dont les thèmes sont
généralement religieux.
- La Favola d’Orfeo fut écrite par Angelo Poliziano (ou Angelo Ambrogini, humaniste italien, 1454-1494) et
semble être le premier drame pastoral mis en scène. [cf. powerpoint]
o La favola di Orfeo est la 1ère pièce qui soit véritablement d'argument profane, d'où son importance
littéraire.

1
§ La renommée de Poliziano comme poète lyrique s’étend à toute l’Italie et même au-delà.
§ A 26 ans, il est déjà en pleine possession de son art. Il est le maître de l’ottava rima, la
forme poétique sur laquelle s’établira le futur récitatif.
• L’ottava rima est une forme strophique italienne composée de 8 vers de 11 syllabes
chacun.
• La rime d’établit comme suit : abababcc [cf. powerpoint, extrait du texte]
• Cette forme trouve son origine aux XIIIème et XIVème siècle dans la poésie toscane.
• Elle se développe par la suite en Espagne, au Portugal et en Angleterre où elle
change de forme (10 pieds par vers au lieu de 11)
• Dans ses œuvres Il filostrato (ca. 1338) et Teseida (1340–41), Giovanni Boccaccio
(Boccace, 1313-1375) fait de l’ottava rima la forme du poème épique et du poème
narratif.
o La pièce de théâtre écrite en 1480 à l'occasion des noces de Francesco II Gonzaga et d'Isabella
d'Este. Elle ne sera publiée qu’en 1494.
§ Angelo Poliziano est alors à Mantoue au service du cardinal Francesco II Gonzaga.
§ L'œuvre est composée en deux jours !!!
§ Le thème d’Orphée lui est suggéré par les versions classiques du mythe et en particulier
celles d'Ovide (43 av. J.C – 17 ap. J.C.) et de Virgile (70 av. J.C – 17 av. J.C.).
o Poliziano fait ici coexister plusieurs niveaux de langage et cherche à traduire la dimension
profonde de l’âme humaine.
§ A la simplicité des bergers, il entremêle le chant élégant d'Orphée tout imprégné de
références classiques.
§ Les motivations de Poliziano sont celles de son époque : il veut « traduire dans un poème
lyrique la dimension profonde de l’âme humaine, sa fragilité, son incroyable espoir, et sa
force d’exprimer ses émotions et de les transcender grâce à l’art du chant et de la poésie. »1
§ L’Humanisme en est un des mots clefs.
- Les premiers compositeurs d’Opéra emprunteront beaucoup à ce genre.
o Même si de 1480 à 1607, 127 ans séparent les « deux Orfeo », Striggio imaginera le livret pour
Monteverdi en se référant largement à ce premier Orfeo de Poliziano.

Article à lire
Dalla Valle Daniela. La pastorale dramatique au XVIIe siècle : influence italienne, succès français. In: Cahiers de
l'Association internationale des études françaises, 1987, N°39. pp. 49-61.

1Anne Françoise Le Guilliez, L'Orfeo de Poliziano, Présentation,


[Link] consulté le 10/03/2013.

2
b2) La comédie madrigalesque
- La comédie madrigalesque est un genre musical italien en vogue à la fin du XVIème siècle.
- On trouve parfois ce genre sous l’appellation de « madrigal dramatique ».
- Il est constitué d’une suite de pièces vocales dont les caractéristiques sont les suivantes :
o Elles sont composées soit dans le style du madrigal traditionnel, soit dans celui de formes profanes
plus légères.
o Elles sont souvent reliées entre elles de manière arbitraire, ou par un semblant d'intrigue ou par un
thème commun, sans individualisation musicale des personnages.
o Ce genre éphémère exercera cependant une grande influence sur la naissance et l'essor de
l'opéra.
o Contrairement à l’opéra, les comédies madrigalesques n'étaient pas représentées sur scène mais
chantées au cours de concerts ou de réunions.
- L'Amfiparnaso (1597) sur une musique d’Orazio Vecchi (1550-1605) et sur un livret attribué à Giulio Cesare
Croce (1550-1609) est certainement l’une des comédies madrigalesques les plus représentatives. [cf.
powerpoint]
o Il s’agit d’une comédie de masques en un prologue et trois actes.
§ La comédie de masques est une création collective de comédiens habitués à jouer ensemble.
§ Le scénario est réglé d’avance par un auteur, souvent un acteur de la troupe.2
o Elle comporte des personnages typiques de la commedia dell'arte.
§ Le texte alterne italien populaire et élégant, onomatopées et cris d’animaux, dialogues entre
serviteurs et maîtres dans un esprit commedia dell’arte.
o L’œuvre est conçue essentiellement pour l’audition et non pour la représentation, comme le
précise le compositeur dès le prologue.
§ Orazio Vecchi emploie comme sous-titre « commedia armonica » et parle, dans sa préface,
de « commedia musicale ».
§ Il déclare que les scènes doivent davantage atteindre l'esprit par l'oreille que par les
yeux (cf. les paroles du prologue)
§ Le titre L'Amfiparnaso insiste sur le caractère poétique et musical de la composition.
o Extrait vidéo de L'Amfiparnaso [cf. powerpoint, prologue « Benche siat'usi » + Acte 1, scène 1]

b3) Intermedio (intermedii)


- L’intermède désigne avant tout un divertissement musical qui se place avant, pendant et après les actes
d’une pièce de théâtre.

2cf. [Link] consulté le


10/02/2014

3
o En général, il y avait 6 intermèdes pour chaque pièce.
o Le sujet était généralement pastoral, allégorique ou mythologique.
o Pour des occasions particulières, ces intermèdes pouvaient être beaucoup plus élaborés : ajouts de
chœurs, danses, costumes et même d’effets scéniques.
- La Pellegrina est une pièce de théâtre lyrique italienne de Girolamo Bargagli (1537-1586) [cf. powerpoint,
La Pellegrina]
o Créée à l’occasion du mariage du grand Duc Ferdinand de Medici et de Christine de Lorraine au
palais Pitti à Florence, la pièce fut composée en 1579 et ne sera donnée publiquement qu’en 1589,
soit 3 ans après la mort de Girolamo Bargagli.
o La pièce est dotée d’intermèdes qui racontent des histoires tirées de la mythologie grecque en
faisant référence aux mariés.
o Les intermedii qui ont fait la célébrité de cette pièce consistent en de nombreux passages
musicaux et vocaux (mis à part les sinfonie) intercalés avec les parties parlées. Ils sont conçus à
l'imitation du théâtre antique.
o L’importance des intermezzi fait de cette œuvre une pièce phare. Certains la considèrent même
comme le premier opéra !
o Plusieurs artistes, dont on retrouve le nom parmi les précurseurs de l’Opéra (notamment avec la
Camerata Fiorentina), sont impliqués dans cet énorme projet : [cf. powerpoint, nom des artistes]
§ Emilio de' Cavalieri (1550-1602, compositeur et chorégraphe)
§ Giulio Caccini, (1551-1618, impliqué en tant que compositeur et chanteur)
§ Jacopo Peri, (1561-1633, impliqué en tant que compositeur et chanteur)

C) La Camerata fiorentina3
- Le nom de « Camerata fiorentina » désigne en fait plusieurs groupements d’intellectuels et d'artistes
actifs à la fin du XVIème siècle à Florence. [cf. powerpoint]
o Ce groupe d’érudits, qui fréquente le salon du comte Giovanni de' Bardi, échange aussi bien des
propos sur l’art, que la littérature et les sciences.
o Les rencontres se tiennent entre 1573 et 1587.
o Ces dates ont parfois été étendues au groupe qui effectue les expérimentations musicales sous la
houlette du Chevalier Corsi (cf. la seconde Camerata fiorentina)
- La Camerata fiorentina est à l’origine de l’unification des différents genres évoqués précédemment. Leurs
travaux ont donné naissance à l'Opéra.
o Le chef de groupe est Giovanni de' Bardi

3Claude V. Palisca. "Camerata." Grove Music Online. Oxford Music Online. Oxford University Press. Web. 13
Mar. 2013

4
o Parmi les membres important du cénacle, on compte :
§ Vincenzo Galilei (env. 1520-1591), théoricien et compositeur, il est le père du célèbre
astronome.
§ Giulio Caccini (1551-1618)
§ Pietro Strozzi (ca. 1510-1558)

c1) La première Camerata fiorentina


- La première Camerata fiorentina a été créé à Florence dans les années 1570, 1573 exactement.
- On l'a nommée également « Camerata Bardi », du nom de son mécène, Giovanni Bardi, Comte de Vernio, un
riche banquier florentin, qui était également musicien, écrivain et scientifique.
- G. Caccini dédicace sa partition Euridice à Bardi (20 décembre 1600) dans laquelle il signe la première
utilisation du terme « camerata » pour désigner ce groupe.
- Philosophiquement lié au néo-platonisme florentin initié au cours du siècle précédent par Lorenzo
Medici (dit « Laurent le Magnifique »), ce cénacle d'artistes avait pour but de retrouver, sur la base de
traités antiques, la musique de l'ancienne Grèce à laquelle ils attribuaient le pouvoir de transformer et
d'élever l'être humain.

c2) La seconde Camerata fiorentina


- La seconde Camerata se constitue au cours des années 1590.
o Elle correspond au départ du comte Giovanni Bardi pour Rome.
o Elle s’organise cette fois autour du Chevalier Corsi (Jacopo Corsi, 1561–1602) et de son théâtre.
- Les travaux entrepris dépassent alors le seul cadre musical pour s'atteler à une forme de spectacle total,
alliant musique et poésie.
- Sous la Camerata Fiorentina, on dénombre des créations qui font date dans l’histoire de l’opéra
o 1597 : Dafne de Jacopo Peri
o 1600 : Euridice de Peri (mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis)
o 1602 : Euridice de Caccini

D) A propos de la tragédie grecque antique


- A l’instar de Michel-Ange, qui avec son David (1501-1504) avait égalé, voire dépassé, le modèle grec dans le
domaine de la sculpture, des hommes du Cinquecento tentent de retrouver le modèle de la tragédie
grecque. [cf. powerpoint, sculpture du David de Michel-Ange]
- La musique (voire la danse) était présente dans les représentations antiques, « tragédie » venant de deux
mots grecs, dont l'un signifie « chanter ».
o Le mot « tragōidia» signifie originellement dire « chant du bouc ». [cf. powerpoint]

5
o Essentiellement inspirés par la figure humaine, les artistes grecs créent un art à la mesure de
l'homme et centré sur lui. Ils se distinguent des autres civilisations antiques précédentes toutes
tournées vers la représentation d’un divin inaccessible.
o Bien que les érudits (les clercs) ne soient pas toujours d’accord sur la place de la musique dans la
tragédie de la Grèce Antique, celle-ci aurait servi de modèle (un peu éloigné) au théâtre de la
Renaissance.
§ A titre d’exemple, Andrea Gabrieli (1533-1585) écrit les chœurs d’Oedipus Rex (1585) de
Sophocle à la manière de chœurs que l’on rencontrait dans le théâtre antique, c’est à dire en
utilisant uniquement un style de déclamation homophonique qui met en valeur la
rythmique de la langue parlée.4 [cf. powerpoint, éléments de la mise en scène du l’Œdipe
de Sophocle mis en musique par A. Gabrieli]
- Girolamo Mei (historien italien et humaniste, 1519-1594) tente de faire revivre le drame musical Antique. [cf.
powerpoint]
o En cela, il va contribuer à des avancées décisives de la Camerata Fiorentina par le biais de Vincenzo
Galilei à qui il communique un certain nombre d’informations à propos des effets de la musique
grecque sur les émotions humaines [cf. présentation, lettre].
o A Rome, travaillant en tant que secrétaire au service du cardinal Giovanni Ricci (1498-1574), il se
lance dans un travail de recherche sur la musique grecque, et sur son rôle particulier dans le
théâtre.
o Le résultat de ses recherches sera reporté dans un traité intitulé De modis musicis antiquorum (non
publié officiellement, mais écrit entre 1568 et 1573)
§ Il s’agit de la première étude sérieuse sur les problèmes liés à la musique grecque.
L’ouvrage est basé sur toutes les lectures des écrits sur la musique qui étaient à la
disposition de l’auteur à l’époque.5
§ En fait, Girolamo Mei est le premier européen après Boèce à faire une étude détaillée de la
musique grecque ancienne.
§ Selon lui, le texte des tragédies grecques était entièrement chanté, y compris les
interventions des acteurs. Les parties chantées étaient d’ailleurs accompagnées par l’aulos.
[cf. powerpoint, photo d’un jeune garçon jouant de l’aulos]
• Généralement assimilé à une flûte double, cet instrument est en fait plus proche du
hautbois (instrument à anche double).6

4 The Production of Edipo Re at the Teatro Olimpico, Vicenza, in 1585,


[Link] consulté le 13 mars 2013
5 Claude V. Palisca. "Mei, Girolamo." Grove Music Online. Oxford Music Online. Oxford University Press. Web. 13

Mar. 2013.
6 Henri-Irénée Marrou, Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, vol. I Le monde grec, Seuil, coll. « Points », 1ère

édition 1948, p. 202

6
§ Cette théorie a de grandes répercussions dans les cercles musicaux et littéraires à Florence
et Ferrare (Nord de l’Italie), et donc sur la fameuse Camerata Fiorentina.

Article à lire
Claude V. Palisca. "Mei, Girolamo." Grove Music Online. Oxford Music Online. Oxford University Press.
[article joint en pdf aux supports de cours]

E) Vers le stile nuovo ou stile moderno


e1) Les théories de Vincenzo Galilei
- En 1581, Vincenzo Galilei (ca. 1520-1591) fait publier le premier traité littéraire du contrepoint, Dialogo di
Vincentio Galilei Nobile Fiorentino della musica antica, e della moderna (1581) chez Giorgio Marescotti,
premier des imprimeurs de musique à Florence. [cf. powerpoint, vers le stile nuovo ou stile moderno]
o Utilisant les thèses avancées par Girolamo Mei, il attaque les théories et pratiques du contrepoint
vocal tel qu’on le rencontre dans le Madrigal.
o Selon lui, la mélodie solo est idéale pour exprimer les émotions.
§ Au contraire, lorsque plusieurs voix chantent simultanément différentes mélodies avec des
mots qui se superposent selon des rythmes et avec des registres différents, la musique est
incapable de rendre les émotions d’un texte.
§ Si il y a des voix dans l’aigu, et d’autres dans le grave, des voix se mouvant avec des
rythmes rapides, et d’autres avec des rythmes lents, alors il en résulte une sorte de chaos
donnant des impressions contradictoires qui servent uniquement à montrer l’habileté
du compositeur et le talent des interprètes…
§ Selon lui, cette musique complexe n’a alors de valeur que pour un ensemble d’instruments.
o Il utilise le terme de « monodie » afin de définir la ligne vocale solo accompagnée.

e2) Caccini et la nouvelle musique


- En 1602, Giulio Caccini dédie Le Nuove Musiche à Lorenzo (di Jacopo) Salviati7.
o Il s’agit d’un recueil de chants (arias) sous forme de monodies ou madrigaux solos accompagnés
d’une basse continue.
o L’ouvrage contient 12 madrigaux et 10 arias.
o L’introduction y décrit les ornements et leurs usages.
o L’ornementation y est décrite comme un moyen de mettre en valeur le texte.

7Lorenzo (di Jacopo) Salviati était membre d’une famille distinguée de Florence, occasionnellement
ambassadeur de Ferdinand Ier de Médicis et gouverneur de Sienne en 1607.

7
§ De nombreux exemples musicaux d’ornements montrent comment un passage spécifique
pouvait être ornementé de diverses façons par le chanteur afin de transmettre une émotion
spécifique.
- Étude d’un madrigal extrait du recueil Le Nuove Musiche : Vedrò ‘l mio Sol [cf. powerpoint]
o Ce madrigal a été crée dans le cadre de La Camerata Fiorentina
o L’accompagnement se présente sous forme d’une basse continue et figure parmi les 1ers exemples
du genre.
o Chaque ligne de poésie est pensée de manière indépendante, avec une cadence qui la conclue.
o La mélodie colle à la déclamation naturelle de la voix.
o Les ornements apportent une dimension supplémentaire (expressive) au texte.

II) Les premières mises en scènes importantes de l’époque


A) Dafne (1597-98) de Jacopo Peri (1561-1633)
- Sur un livret de Ottavio Rinuccini (1562-1621).
- La première a lieu dans le palais de Jacopo Corsi (1561-1602) qui gère la Camerata Fiorentina après le
départ de Bardi pour Rome.
o La première version est revue pour de nouvelles représentations en 1599, 1600 et 1604.
- Dafne de Jacopo Peri est considéré comme le premier opéra, mais un opéra dont la partition a été
perdue...
- A la frontière de plusieurs autres genres musicaux comme le madrigal, la monodie accompagnée, le choral et
la sinfonia, il constitue une réaction contre la polyphonie issue du contrepoint de la fin du Moyen-Age et de
la Renaissance.

B) Rappresentatione di Anima e di Corpo (1600)


- La Rappresentazione di anima e di corpo (1600) est opéra sacré crée à Santa Maria della Vallicella d’un
opéra sacré.
o Sur un livret d’Agostino Manni et une musique par Emilio de' Cavalieri (1550-1602), cette œuvre est
considérée comme un essai de mise en pratique de la forme alors nouvelle à l’époque : l’opéra ou
encore le dramma per musica.
o Cet opéra est le premier à être édité en 2 versions : une avec partition et livret et partition, une autre
uniquement avec le livret (Rome, 1600).8 Il est de fait le premier opéra dont l’intégralité de la musique
et du livret ont survécu !
o C’est aussi la première partition à être imprimée avec une basse continue.

8 Article « Rappresentatione di anima, et di corpo » extrait du Grove Music Online.

8
o A l’origine destiné à un public cultivé de cour, ce dernier est une forme développée par les érudits
dans le but de faire revivre les pratiques du théâtre antique.
o La pièce est dédiée à un prélat romain, le Cardinal Pietro Aldobrandini.
- A la différence des oratorios qui sont donnés à la même époque, cette œuvre exige une représentation
scénique et des ballets.
o Selon le Grove Music Online, cet opéra sacré était mis en scène sur 3 niveaux représentant
respectivement l’enfer, la terre et le ciel.
o Il s’agit d’une pièce de théâtre mise en musique qui parle de moralité et qui compte une multitude de
personnages :
§ L’âme : soprano
§ Le corps : ténor
§ 12 autres personnages, la plupart du temps allégoriques : intelletto (l’Intelligence ; alto) ,
Consiglio (le Bon Conseil, ténor) , Piacere (le Plaisir, alto), etc…
§ divers chœurs : Angeli dans coelo (les Anges du ciel), Anime dannate (les Âmes Damées),
Anime Beate (les Âmes Bénies).
o L'axe de l'action est la lutte entre les tentations détenues par Il mondo (Le Monde, ténor) et Vita
Mondana (La vie mondaine, soprano) et les délices éternels du ciel promis à ceux qui rejettent de
telles tentations.
o À la fin de l'acte II : le corps et l’âme, enfin unis à l'aide d'un ange gardien (soprano), chassent le
monde et la vie mondaine.
o Acte III : la bouche de l'enfer ouvre pour révéler la souffrance des Âmes Damnées et se referme
alors que le ciel s’ouvre pour révéler le bonheur des Âmes Bénies .
o [cf. powerpoint, version 1 avec représentation, version 2 sans représentation]

Article à lire
H. Wiley Hitchcock. "Rappresentatione di Anima, et di Corpo." The New Grove Dictionary of Opera. Ed. Stanley
Sadie. Grove Music Online. Oxford Music Online. Oxford University Press. [article joint en pdf aux supports de
cours]

III) Euridice (1600)


[cf. cours « Du stile antico au stile moderno »]

IV) Une œuvre de transition : L’Orfeo (1607) de Cl. Monteverdi (1567-1643)


A) Présentation générale de l’œuvre [cf. powerpoint]

9
- Cette œuvre a une importance particulière au regard de l’histoire de la musique car elle montre le potentiel
énorme de l’Opéra.
- L’Orfeo est considéré comme l'un des premiers opéras de l’histoire de la musique.
o Le premier étant bien évidemment le Dafne de Jacopo Peri dont la partition a été perdue
- L’œuvre fut commandée pour l'ouverture du Carnaval, au Théâtre de la Cour de Vincent Ier de Mantoue et fut
jouée le 24 février 1607.
- Le livret est du poète Alessandro Striggio (1573-1630).
o Alessandro Striggio est le fils du compositeur de même nom, le marquis Alessandro Striggio I (1540-
1592, instrumentiste et compositeur italien de la Renaissance).
o Le livret est composé de 5 actes :
§ Ils sont tous centrés sur un chant d’Orfeo.
§ Chacun se termine avec un chœur qui commente la situation (cf. tragédie Grecque)
- Monteverdi spécifie les instruments qu’il utilise dans sa partition
o Flûtes à bec, cornet à bouquin (vents, cuivre), trompettes, trombones, cordes, et continuo
o Un régal, tout petit orgue transportable composé uniquement de tuyaux à anches.
§ L’instrument est très en vogue aux XIVème et XVème siècles en Allemagne, en France et en
Espagne.
§ On l'appelle aussi « orgue régale » ou « orgue bible » (bibelorgel ou bibelregal en allemand).
§ Dans L’Orfeo, il symbolise le monde souterrain des enfers.

B) Caractéristiques musicales à travers l’étude de quelques extraits représentatifs


- La monodie est l’élément essentiel de cet Opéra.
o Les récitatifs changent de style en fonction des diverses situations à l’œuvre dans le drame.
- Les passages d’ensembles et les chœurs apportent un contraste par rapport aux passages monodiques.
- Les ritournelles, quant à elle, ponctuent le drame et marquent les divisions structurelles de la pièce.

b1) Prologue, La Musica : Dal mio Permesso [cf. powerpoint, extrait vidéo à partir de 3’00’’]
- Le prologue est constitué des strophes alternant avec une ritournelle instrumentale
o Chacune des strophes est variée mélodiquement afin de mettre le texte en valeur. Cette technique
était particulièrement utilisée dans l’improvisation chantée de la poésie au 16ème siècle.
o L’harmonie, quant à elle, reste la même.

b2) Le chant d’Orfeo : Vi ricorda o boschi ombrosi [cf. powerpoint, extrait vidéo à partir de 28’52’’]
- Forme Ritournelle : alternance de couplets et d’une ritournelle (refrain) instrumentale.
- Du point de vue rythmique, on retrouve l’hémiole qui introduit un impression de découpage binaire dans un
rythme ternaire.

10
- Dans l’esprit, cette Canzone ressemble à l’Air de Tisi (« Nel pur ardor ») de Jacopo Peri (cf. cours « Du stile
antico au stile moderno »), à la différence que, chez Monteverdi, la ritournelle est à 5 voix.

b3) L’annonce de la mort d’Eurydice [cf. powerpoint, extrait vidéo à partir de 35’35’’]
- Comme dans les œuvres de Jacopo Peri, Monteverdi réserve le style le plus moderne pour les dialogues qui
ont une valeur dramatique particulière.
- Dans In un fiorito prato, Monterverdi imite le style du récitatif développé par Peri.
o Cependant, les mouvements mélodiques et les contours harmoniques sont développés de manière
beaucoup plus ample.
- Dans le lamento d’Orfeo qui suit (Tu se’ morta), chaque phrase musicale, comme chaque phrase du texte,
intensifie celle qui précède.
o Il commence par des expressions du chagrin dépeintes par des phrases qui se développent
progressivement et par des dissonances
o Pour intensifier le caractère de certains mots ou fragments de phrases, Monteverdi les répète. [cf.
partition]
- Dans le Chœur qui suit, Monteverdi réutilise la ligne du récitatif du premier berger [extrait vidéo à partir de
42’13’’]
« Ahi caso acerbo, ahi fat’ empio e crudele !
Ahi stelle ingiuriose, ahi cielo avaro ! »
o Après avoir procédé à des modifications dans la basse, il construit ses 4 parties au-dessus de celle-ci.
o Comme dans le kommos de la tragédie grecque antique, le chœur rejoint Orfeo et les bergers sur
scène pour se lamenter sur la mort d’Euridice.
§ Le kommos est chanté par le chœur Aristote le définit comme « un chant de lamentation
(thrênos) commun au chœur et aux acteurs sur scène.
§ Le kommos s’apprente au thrène qui est une lamentation funèbre chantée lors de
funérailles.
• A la Renaissance, le thrène est un type de lamentation attribuée au prophète
Jérémie (cf. Le livre des Lamentations)
• Ce texte a d’ailleurs été mis en musique par des compositeurs du 20ème siècle
comme Igor Stravinsky et Krzysztof Penderecki.
o Threni: id est Lamentationes Jeremiae Prophetae (1957-58, 1ère pièce du
compositeur entièrement dodécaphonique, pour chanteurs solistes, chœur
et orchestre)
o Tren ofiarom Hiroszimy (Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima,
1960, pour 52 cordes)

11
o Dans la seconde partie du chœur (après la double barre indiquée sur la partition) le chœur assume
sa fonction traditionnelle, offrant une réflexion moralisatrice sur l’action dramatique.
§ Le chœur dit que le genre humain ne doit pas faire confiance aux biens et aux plaisirs du
monde, car ils sont insaisissables et passet rapidement
§ Monteverdi a ici recours aux figuralismes (« word-painting ») du madrigal (on part alors de
madrigalisme).
• Sur le plan rythmique, toutes les accélèrent sur « che tosto fugge » qui traduit l’idée
de fuite.
• Les ténors et les basses réalisent un saut de sixte mineur ascendant sur « a gran
salita » (grand saut).
• Toutes voix réalisent un saut de sixte mineure descendant sur « il precipizio »

V) Les œuvres plus tardives de Monteverdi


A) L’Arianna (SV 291)
- Œuvre commandée par le Duc Vincenzo Gonzaga (1608)
- Sur un poème d'Ottavio Rinuccini, cet opéra est le 2ème écrit par Monteverdi.
- Il fut créé à Mantoue, le 28 mai 1608.
- Son sujet est fondé sur la légende grecque d'Ariane et de Thésée [cf. présentation powerpoint]
- Le seul fragment connu qui ait survécu est le fameux Lamento d’Arianna.

Lamento d'Arianna, Lasciatemi morire (Claudio Monteverdi)


voix, basse continue / SV 22

B) Il Combattimento di Tancredi e Clorinda (1624)


- Poème narratif mis en musique pour chanteur et mime, accompagné de cordes et du continuo
- La plupart de la narration est chantée par un ténor dans un style récitatif
- Le ténor et la soprano miment leurs courts passages parlés et le récit
- Les interludes instrumentaux suggèrent une action : les combats de chevaux et d’épées
- Présence de passages dans un style spécifique à Monteverdi : stile concitato
o Le compositeur utilise des notes répétées pour suggérer et provoquer une agitation
o les périodes agitées (« concitati ») s’opposent ainsi aux périodes tranquilles (« molli »)9
o utilisation de trilles étendus afin de suggérer la colère et le côté belliqueux
- Le stile concitato est présent dans d’autres œuvres de Monteverdi :
o L'incoronazione di Poppea (1643)

9Kulturica, Il Combattimento di Tancredi e di Clorinda, [Link]


e-clorinda/, consulté le 14/03/2013

12
o Il Retorno d'Ulisse in Patrie (1640)
§ Acte 3 (dans la version en 5 actes)
§ Scène 5 (Au début de la scène, lorsque les soupirants de Penelope préparent conspirent
contre Telemaque)

C) Les Opéras à destination des théâtres publics de Venise


- On en compte deux :
o Il Ritorno d'Ulisse in Patrie (1640), basée sur l’Odyssée d’Homère
o L'incoronazione di Poppea (1643)
- Le livret du deuxième opéra cité est basé sur un sujet historique, ce qui le singularise des traditionnels
mythes généralement utilisés.
o L’histoire tourne autour du second mariage de l’Empereur Néron.
o Le livret est de Giovanni Francesco Busenello (1598-1659)
- Monteverdi a 74 ans lorsqu’il écrit cet opéra.
- Cette pièce est souvent considérée comme la pièce maîtresse de Monteverdi à cause de son haut degré
d’expressivité.
- La scène d’amour entre Neron et Poppée (Acte I, scène 3) présente différentes configurations d’utilisation de
la voix. [cf. présentation powerpoint]
o récitatif totalement parlé avec des passages non-mesurés et quelques cadences qui ponctuent le
discours
o arioso mesuré
- Dans la Scène 3, Poppée et Néron apparaissent. Néron s'arrache avec difficulté aux bras de sa maîtresse.
- elle oscille entre un récitatif simple, puis un air, et une manière de chanter à mi-chemin entre les 2, sorte de
recitativo arioso, ou arioso.

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