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Relations maladroites des narrateurs

Les deux narrateurs n'ont pas une relation similaire avec la femme qu'ils séduisent. Alors que le narrateur du Libraire est indifférent et guidé par le désir d'alcool, le narrateur de L'Étranger exprime un désir sexuel à travers la sensualité. Cependant, les deux narrateurs ont une relation empreinte de maladresse et de manque de tact.

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Relations maladroites des narrateurs

Les deux narrateurs n'ont pas une relation similaire avec la femme qu'ils séduisent. Alors que le narrateur du Libraire est indifférent et guidé par le désir d'alcool, le narrateur de L'Étranger exprime un désir sexuel à travers la sensualité. Cependant, les deux narrateurs ont une relation empreinte de maladresse et de manque de tact.

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Correction dissertation partielle II

Correction

Sujet 1 : Est-il juste de dire que, dans ces deux extraits, les narrateurs ont une relation
semblable avec la femme qu’ils séduisent.

Il parait évident que les narrateurs n’ont pas une relation semblable avec la femme qu’ils
séduisent car leurs désirs sexuels ne sont pas de la même intensité. Chez Hervé Jodoin,
narrateur du Libraire, le désir sexuel est occulté par l’indifférence. Le cœur du désir de
Jodoin, personnage alcoolique, n’est initialement pas tourné vers le désir sexuel. La
métonymie « j’avais soif » (l.10) place au centre de ses préoccupations mais d’une
manière atténuée l’envie d’alcool. Cette centralisation autour du désir de l’alcool avant
le désir sexuel se poursuit par l’emploi de phrases simples telles que : « J’approuvais et je
versais » (l.16). Ces phrases simples couplées à l’emploi du discours indirect en ce qui
concerne les propos rapportés de Mme Bouthillier place la protagoniste en recul de
l’action et en désintérêt de l’attention du narrateur. Avec un effet mécanique, les pensées
d’Hervé Jodoin sont centrées sur l’alcool sans accorder d’importance réelle à ce que dit
Mme Bouthillier. L’amoindrissement de l’intérêt (ou renforcement de l’indifférence) se
bâtit tout au loin de l’extrait avec le fait que la discussion avec Mme Bouthillier « n’a
aucun intérêt » (l.12). La négation de la phrase vient souligner le peu d’intérêt que Jodoin
porte à l’autre personne. L’emploi de phrases simples, peu détaillées, se poursuit pour
évoquer l’acte en lui-même : « D’ailleurs, je suis loin d’être un connaisseur. Je n’ai jamais
forniqué outre-mesure. C’est trop fatiguant. Peu importe. » (l.21-22). Cette simplicité,
l’absence de détails détourne l’attention de l’acte pour amoindrir encore une fois son
intérêt. Pris dans la tête de ce narrateur alcoolique, le lecteur comprend assez vite que
Jodoin est certes guidé par ses envies mais que celles-ci portant avant tout sur l’alcool. Le
désir sexuel est simplement sommairement évoqué sans détails. À l’inverse, dans
L’Étranger, le narrateur exprime son désir à travers la sensualité. Meursault est un
personnage qui exprime son désir dans une métonymie plutôt explicite puisqu’il « avait
eu envie [de Marie Cardona] à l’époque » (l.3). L’expression permet ainsi d’écarte toute
ambiguïté dès les débuts de l’extrait et d’orienter la rencontre des deux personnages vers
une construction de la sensualité. Dans ce sens, les verbes construisant un champ lexical
du contact physique abondent : « effleuré » (l.5), « laissé aller ma tête » (l.7), « l’ai
posée » (l.8), « sentais » (l.9), « rattrapée » (l.11), « passée ma main » (l.11), « caressais »
(l.21). L’omniprésence de ces verbes contribue à construire l’impression de
rapprochement physique des deux personnages. Les pensées du narrateur sont ainsi
extrêmement tournées vers Marie et son corps au point de négliger le film lors de la
séance de cinéma : « Le film était drôle par moments puis vraiment trop bête » (l.20). Si
la présence d’une hyperbole « vraiment trop » vient rehausser l’une des caractéristiques
d’ailleurs négatives du film, l’attention du narrateur est plus concentrée sur Marie avec
une abondance de phrases là encore simples : « Elle avait sa jambe contre la mienne. Je

1
lui caressais les seins. Vers la fin de la séance, je l’ai embrassée, mais mal. En sortant, elle
est venue chez moi » (l.21-22). Le narrateur détaille sa proximité physique avec Marie,
met l’accent sur la sensualité de ce moment et laisse le film de côté. En somme, les deux
narrateurs ne vivent pas la relation de la même manière car ils n’accordent pas la même
importance au désir sexuel. Alors que Jodoin est habité par le désir de boire et qu’il
accorde un intérêt superficiel à Rose Bouthillier, Meursault est attiré par le corps de Marie
Cardona.

Cependant, on peut également affirmer que les narrateurs ont la même relation avec la
femme qu’ils séduisent puisque celle-ci est empreinte de maladresse. Dans Le Libraire,
Hervé Jodoin est un personnage malhabile. Dès le début de l’extrait, il souligne la
possibilité d’avoir commis « peut-être une autre bévue » (l.1). L’incertitude est construite
par la répétition de ce « peut-être » (l.1) situé un peu plus loin. Cela montre la difficulté
de ce personnage à juger et estimer ses relations sociales. Cette maladresse prend une
autre dimension avec l’acte sexuel pour lequel Jodoin confie qu’il « ne se sentai[t] pas
tout à fait prêt » (l.19). La négation vient faire ressortir l’incompréhension et même
l’embarras face à la « vitesse surprenante » (l.18) dont fait preuve Mme Bouthillier. Hervé
Jodoin apparait ainsi comme un personnage qui entretient une maladresse et une
incompréhension profonde dans sa relation avec les autres et notamment ici Mme
Bouthillier. Non content d’être à l’aise, il n’est pas non plus capable de porter un jugement
tranché et fonctionne par hypothèse et suppositions. Dans le même sens, Meursault est
un personnage dépourvu de tact. Alors qu’il se trouve avec Marie Cardona, la majorité de
leur discours est rapporté au discours indirect : « Je lui ai demandé si elle voulait venir au
cinéma » (l.13). Au-delà du sentiment de rapidité de la narration, le discours indirect
amène ici un détachement. Pourtant, à la ligne 17, à une question de Marie, Meursault
répond au moyen du discours direct : « Depuis hier ». L’apparition soudaine de ces
quelques mots au discours direct vient participer à la construction de l’effet de brutalité
de la réponse qui entraine chez Marie « un petit recul » (l.17). Ce manque de tact que la
forme du texte vient faire ressortir provoque une réaction chez l’autre personnage. À cela
s’ajoute le questionnement intérieur du narrateur : « J’ai eu envie de lui dire que ce
n’était pas ma faute, mais je me suis arrêté parce que j’ai pensé que je l’avais déjà dit à
mon patron » (l.17 à 19). Cette phrase longue bâtit la confusion mentale du personnage
avec l’antithèse suivante « pas de ma faute » (l.18) et « toujours un peu fautif » (l.19).
Derrière la maladresse et le manque de tact du personnage apparait une confusion. Entre
culpabilité et non culpabilité, Meursault hésite, tergiverse et s’enferme en lui-même loin
de la compréhension de Marie. Sous cet angle-là, les deux narrateurs entretiennent une
relation avec la femme marquée par la maladresse, l’incompréhension et le manque de
tact.

2
Sujet 2 : Peut-on dire que, dans l’extrait du Libraire de Gérard Bessette, les personnages
d’Hervé Jodoin et Léon Chicoine ont une attitude empreinte de ridicule ?

Dans l’extrait du Libraire de Gérard Bessette, on peut dire que les personnages d’Hervé
Jodoin et Léon Chicoine ont une attitude empreinte de ridicule car les deux personnages
sont antithétiques. En effet, Léon Chicoine est un personnage grandiloquent. Ce caractère
s’exprime à plusieurs endroits dans le texte, notamment par la répétition : « Qu’est-ce
que vous en pensez ? » (l.17), « Qu’est-ce que vous en pensez ? » (l.22) et finalement
« Qu’en pensez-vous ? » (l.26). Mais il faut également noter l’adverbe qui vient se greffer
à ces questions : « me demanda-t-il triomphalement » (l.16) et qui vient souligner, en plus
de la comparaison « les bras étendus comme un nouveau riche » (l.15) l’effet de mise en
scène travaillé par Chicoine et sur lequel il compte pour obtenir une certaine
reconnaissance du personnage de Jodoin qui en donne peu. Cette grandiloquence se
poursuit avec sa manière de parler car si Chicoine se met en scène, il présente aussi un
langage excessif soutenu par une abondance d’hyperboles : « pareille collection » (l.19),
nierai absolument tout avec la dernière énergie » (l.35-36), « une excellente réputation »
(l.37). Chicoine parle ainsi, donnant une dimension excessive à ce qu’il désigne par ses
propos. Tout cela fait de lui un personnage très caricatural. Le propriétaire de la librairie
mise sur une excessivité et une mise en scène de son dévoilement du capharnaüm pour
impressionner. À l’inverse, Léon Chicoine fait face au personnage d’Hervé Jodoin qui se
démarque par son indifférence. Celle-ci débute dès le début de l’extrait : « comme je
restais assis près du bureau à déguster mon scotch ». (l. 2-3) Ici, l’emploi d’un verbe
« déguster » précis appartenant au langage soutenu vient souligner l’importance
qu’Hervé Jodoin apporte à son verre plutôt qu’à tout l’enthousiasme de Léon Chicoine. Si
le propriétaire de la librairie éprouve une certaine fierté à son capharnaüm, le regard du
narrateur est tout autre puisqu’il développe un champ lexical du mortifère : « caveau »
(l.9), « moisissure » (l.10), « lieu lugubre » (l.10), « aspect rébarbatif » (l.12). On observe
ici une description faite par les yeux de Jodoin qui contraste avec l’attitude de Chicoine et
vient construire l’attitude ridicule des deux personnages. Le narrateur est indifférent à
tout cela mais s’exécute quand même : « Je compris qu’il voulait que je fasse le tour des
rayons et m’exécutais » (l.20). Se dessine alors un simulacre de visite dans lequel le
lecteur a accès à l’indifférence de Jodoin à travers une focalisation interne : « Je trouvais
son attitude un peu bébète […] Nous n’étions pas au collège Saint-Étienne » (l.24-25).
Construite sur la négation, la pensée d’Hervé Jodoin éloigne la sacralité et l’exagération
dont fait preuve le propriétaire de la librairie par son attitude et son comportement. Ainsi,
le ridicule des deux personnages se construit sur le caractère contrasté de Léon Chicoine
et Hervé Jodoin. L’un est grandiloquent, excessif là où l’autre est terne et indifférent.

Néanmoins, dans l’extrait, l’attitude des deux personnages, Hervé Jodoin et Léon Chicoine
n’est pas empreinte de ridicule car derrière l’apparence, les deux personnages
connaissent d’authentiques sentiments. Tout d’abord, Léon Chicoine est un personnage
habité par la peur. Derrière son masque d’excessivité se trouve dissimulé une crainte,
celle d’être pris à vendre des livres interdits. À travers la répétition des termes « nous

3
verrons bien » (l.36 et 37) s’exprime une insistante menace à peine voilée envers Hervé
Jodoin. Cette menace se termine avec la phrase interrogative suivante qui agit comme
une interpellation suggestive : « Ai-je besoin d’ajouter que pareille divulgation
marquerait la fin de votre emploi ici ? (l.38). Cette peur qui s’exprime ici par ses paroles
menaçantes transparait également dans son aspect physique puisque « tout coloration »
s’efface de son visage. L’hyperbole « toute coloration » vient ici montrer l’impact
physique important que produit la crainte chez le propriétaire de la librairie. On
comprend alors que derrière la mise en scène de Léon Chicoine se cache un réel enjeu
suffisamment fort pour se traduire par des symptômes physiques. De son côté, Jodoin est
une personne qui se caractérise par une grande lucidité. C’est par ses yeux que l’on
comprend que Léon Chicoine est habité par la crainte : « Je compris soudain qu’il avait
peur » (l.41). Face à cela, Jodoin montre une grande lucidité sur ses sentiments : « au lieu
de me fâcher, de rétorquer […] j’éprouvai tout à coup de la sympathie, presque de la
compassion » (l.45). Ce changement de champ lexical du sentiment de la colère vers
l’empathie vient ici construite l’évolution émotionnelle du personnage principal mais
montre aussi la conscience de Jodoin qu’il a de lui-même. La lucidité de Jodoin envers
Léon transparait enfin dans son discours dans lequel il oppose Léon Chicoine aux autres
à travers l’antithèse « vous » (l.49) et « d’autres ». (l.41) Aux yeux de Jodoin, Léon
apparait alors comme quelqu’un de différent car il accepte le narrateur tel qu’il est sans
« essay[er] de restreindre [sa] liberté ». (l.47) Jodoin est alors un personnage clairvoyant,
capable de se rendre compte en dépit de son indifférence. En bref, l’attitude des deux
personnages montre également une peur et une lucidité qui éloigne toute dimension
purement ridicule au profit d’une authenticité de leurs sentiments.

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