Clovis, Pépin et Charlemagne au Moyen Âge
Clovis, Pépin et Charlemagne au Moyen Âge
L’Histoire, n° 349, p.96. Scènes de la vie de Clovis, vue par les Grandes chroniques de France (XIVe
Décrivez avec précision les quatre scènes qui s’offrent à vous ici.
De quand date le document ? Que dire de des vêtements, des armes et des coiffures ?
Comment est représenté Clovis sur les quatre vignettes ? Décrivez ses postures, ses activités.
Nos connaissances sur le plus fameux roi des Francs sont minces. Elles reposent presque exclusivement sur
quelques passages en latin de Grégoire de Tours (fin du VIe siècle).
Ici scènes de vie de Clovis par les Grandes chroniques de France (XIVe => 9 siècles plus tard !). Ce
document nous montre donc surtout comment les hommes du XIVe siècle percevaient Clovis. Les
vêtements, les coiffures, les chapeaux, les casques : tout date du XIVe. Les chroniqueurs font un transfert
entre leur société et celle du temps de Clovis.
1. Ils le présentent à cheval, allant peut-être en chasse : activité aristocratique. Il est d’ailleurs entouré
d’autres « nobles » bien habillés… NOBLE
2. Ils le représentent comme un homme exerçant la justice sur un siège qui rappelle ceux des
empereurs romains. JUSTICIER
3. Ils le représentent faisant la guerre. Un ange lui tend un bouclier. En effet, depuis la fin du XIIIe on
raconte qu’un ange aurait apporté au premier roi chrétien un écu d’azur orné de trois fleurs de lys
(en bas, à gauche) ; celui-ci devint l’emblème de la monarchie française. CONQUERANT
4. On le voit dans un baptistère entouré d’évêques et le pape le béni tout en recevant l’eau bénite
d’une colombe afin de le baptiser. CHRETIEN.
Si Clovis a peut-être pris pacifiquement la tête de son royaume, il utilise bel et bien les armes pour l’étendre. En
486, notre roi barbare romanisé attaque Syagrius, un général romain barbarisé qui tenait le Soissonnais. (épisode
du vase de Soissons). Après sa victoire sur Syagrius en 486, Clovis étend son pouvoir jusqu’à la Loire et la Saône. Il
entre alors en contact avec des souverains hérétiques ariens : Alaric II, roi des Wisigoths d’Aquitaine et de
Gondebaud, roi des Burgondes de la vallée du Rhône.
Au milieu des années 490, les Francs subissent également l’influence du puissant maître de l’Italie, le roi des
Ostrogoths Théodoric le Grand. Ce dernier propose alors un projet de paix universelle fondé sur des unions
matrimoniales entre toutes les dynasties régnantes. Le roi des Francs feint d’adhérer à cette pax ostrogothia et
donne la main de sa sœur à Théodoric.
Clovis fut un fondateur. Dans la lignée de son père et moins que son fils Thierry Ier et son petit-fils, Théodebert Ier,
mais entre 481 et 511, les Francs sont passés du statut de peuple à celui de royaume. Bien sûr, la transformation ne
résulte pas de la seule volonté de Clovis, mais sa personnalité originale fédéra des énergies latentes et parvint à
opérer une fusion culturelle.
En décuplant la superficie du royaume et en multipliant les innovations culturelles, il l’a obligé à se restructurer
rapidement. Il en résulta ce que les anthropologues appellent un « stress social » : un besoin violent pour les élites
de s’afficher dans leur statut dans une période d’inquiétude et de clamer leur richesse par une surconsommation
tendant au gaspillage. Dans les sociétés anciennes, ce phénomène se traduit généralement par un accroissement du
faste funéraire, sans rapport avec des usages religieux traditionnels. (Dépôts d’objets précieux dans tombes franques
dès 480, pour retrouver un niveau normal ap. 550 => stabilisation)
Le baptême de Clovis
II arriva, en effet, que le conflit des deux armées dégénéra en un violent massacre et que l'armée de
Clovis fut sur le point d'être complètement exterminée. Ce que voyant, il éleva les yeux au ciel et le cœur
plein de componction, ému jusqu'aux larmes, il s'écria : « O Jésus-Christ, si tu m’accordes la victoire, je
croirai en toi et je me ferai baptiser ».
Comme il disait ces mots, les Alamans, tournant le dos, commencèrent à prendre la fuite.
Clovis se rendit au milieu des siens et avant même qu’il eût pris la parole, tout le peuple s’écria en même
temps : « Nous rejetons les dieux mortels, ô pieux (2) roi, et nous sommes prêts à suivre le Dieu
immortel que prêche Rémi (3). » Ces nouvelles sont portées à l’évêque qui, rempli d’une grande joie, fait
préparer la piscine. Ce que fut le roi qui, le premier, demanda à être baptisé par le pontife. Il s’avança,
tel un nouveau Constantin, vers le bassin pour se guérir d’une vieille lèpre et pour effacer avec une eau
fraîche d’anciennes tâches dégoûtantes. Lorsqu’il se présente au baptême, saint Rémi l’interpelle en ces
termes : « courbe doucement la tête, fier Sicambre (4) ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as
adoré ! ». D’après Grégoire de Tours, Histoire des francs, Vle siècle.
La plupart des hommes, au lieu de chercher une croyance saine, s’ils sont exhortés par leurs prêtres ou
conseillés par leurs amis d’abandonner leurs erreurs, se contentent d’opposer la coutume de leur nation, les
rites pratiqués par leurs ancêtres. (…) Vous avez parmi vos ancêtres, des gens qui ont fait de bonnes choses ;
vous avez voulu en faire de meilleures encore.
L’Occident, grâce à vous voit un de ses souverains resplendir. (…) Que Dieu fasse que votre peuple devienne,
tout entier, le sien par vos soins ; que vous répandiez la foi chez les peuples les plus éloignés. (…) N’hésitez
pas à envoyer dans ce but des missions qui étendront le royaume de Dieu, puisque lui-même a constitué le
vôtre.
D’après une lettre de SAINT AVIT, évêque de Vienne, à Clovis, vers 500.
1. Quelles sont les origines de Clotilde, la femme de Clovis ? Quelles sont les religions qui
dominent en Gaule depuis la chute de l’Empire romain d’Occident ?
2. Quel peut être l’intérêt pour lui d’épouser une princesse burgonde ? Et catholique ? (doc.1)
3. Selon l’auteur, quelle raison principale a poussé Clovis à se faire baptiser ? (doc.1)
4. A quel personnage emblématique dans le christianisme est-il comparé ? Quelle image
politique cela lui donne-t-il de lui ? (doc.1+2)
5. A quelle action l’exhorte Saint Avit ? Quelle est selon lui la mission d’un souverain chrétien ?
(doc.2)
Son mariage lui offre quelques années de paix sur la frontière méridionale, le roi des Francs tente alors
de progresser vers la rive droite du Rhin. C’est justement dans le cadre d’une bataille difficile contre les
Alamans (Tolbiac) que Grégoire de Tours situe la conversion de Clovis au catholicisme.
Sur le point d’être vaincu, le roi aurait promis de croire au Dieu de son épouse si ce dernier lui accordait la
victoire.
Le baptême d’un roi ne possède qu’une importance relative chez les peuples barbares. Le geste capital est
plutôt le baptême des héritiers au trône. Or, Clovis manœuvre subtilement en la matière. De son mariage
avec la catholique Clotilde, il a cinq enfants, qu’il laisse épouser la religion de leur mère Mais de son
épouse antérieure, il conserve un fils, Thierry Ier, dont rien ne prouve qu’il soit devenu chrétien avant sa
montée sur le trône lors du partage du royaume en 551. En disposant d’une descendance pour partie
catholique et pour partie païenne, le roi évitait d’hypothéquer l’avenir de sa dynastie.
Le roi n’œuvra pas beaucoup à la christianisation des Gaules. Il n’interdit pas le paganisme et ne fit
construire qu’une seule basilique, les Saints-Apôtres de Paris, restée inachevée après sa mort.
Clovis semble toutefois avoir compris l’intérêt que représentait l’Eglise pour contrôler efficacement son
royaume. Par des interventions directes, il fit nommer des hommes sûrs comme évêques dans les régions
sensibles. L’administration civile du territoire, anémique, put ainsi être doublée par la structure
diocésaine : stratégie de surveillance mises en place sur les terres de conquête. Clovis et ses successeurs
semblent avoir établi leurs fidèles dans les zones les plus menacées, en leur conférant une richesse
foncière leur permettant de dominer la société environnante.
L’implantation de ces hommes nouveaux conduisit à la « francisation » des usages locaux, notamment en
matière d’armement et de modes vestimentaires.
Le vase de Soissons
« En ce temps, beaucoup d’églises furent pillées par l’armée de Clovis parce qu’il était encore enfoncé
dans l’erreur (1). C’est ainsi que ses troupes avaient enlevé d’une église un vase d’une beauté
merveilleuse. L’évêque de cette ville envoya un messager au roi Clovis pour lui demander de le lui
rendre. Le roi dit au messager : « Suis-nous jusqu’à Soissons, et j’exécuterai ce que l’évêque
demande. »
Arrivant à Soissons où toute la masse du butin avait été placée, le roi dit : « Je vous prie, très valeureux
guerriers, de ne pas vous opposer à ce que me soit donné hors part ce vase. » A ces mots, ceux qui
avaient l’esprit sain répliquèrent : « Tout ce que nous voyons ici, glorieux roi, est à toi, et nous-mêmes
sommes soumis à ta domination. » Or quoi qu’ils eussent ainsi parlé, un homme jaloux, ayant levé sa
hache, frappa le vase en criant : « Tu n’auras rien ici que ce que le sort t’attribuera vraiment. »
Le roi contint ainsi son ressentiment. Une année plus tard, Clovis fit défiler son armée pour inspecter la
propreté des armes. Il s’approcha du briseur de vase et lui dit : « Personne n’a apporté des armes aussi
mal tenues que les tiennes » ; et saisissant la hache de l’homme, il la jeta à terre. Tandis que celui-ci
s’était incliné pour la ramasser, le roi lui envoya alors sa propre hache dans la tête en disant : « C’est
ainsi que tu as fait à Soissons avec le vase de Soissons. »
GROUPE 2 :
PÉPIN LE BREF OU LA PRISE
DU POUVOIR PAR
LES MAIRES DU
PALAIS
1. Précisez la source de ce document. Pourquoi peut on dire qu’il a un parti pris ? Qu’il offre une
version de l’histoire qui est orientée ?
2. Quels aspects de la vie de Pépin le Bref sont ici mis en valeur ? Pourquoi ?
3. Quels autres personnages apparaissent et quel est leur apport à l’histoire de France selon ce
document ?
4. Quelle vision de Pépin le Bref cette illustration donne-t-elle ?
Et d’abord de son grand-père. C’est en effet avec Pépin II, dit Pépin de Herstal ou Pépin le Jeune, que, après
680, la famille des Pippinides s’est progressivement emparée des rouages du gouvernement et a réunifié à
son profit le royaume des Francs, étendant le contrôle de l’Austrasie à la Neustrie et à la Bourgogne. Seules
les régions les plus méridionales échappent à son emprise.
Pendant ce temps, les rois mérovingiens sont lentement gagnés par l’impuissance pour devenir les « rois
fainéants » de la légende noire.
Issu des deux familles les plus importantes peut être de l’aristocratie austrasienne, celle de l’illustre Arnulf
et celle du puissant Pépin Ier, Pépin II commence par s’imposer en Austrasie avec le titre de maire du palais
(c’est-à-dire le premier serviteur de la maison du roi). La victoire des ares lui ouvre ensuite les mairies du
palais de Bourgogne et de Neustrie. Il est désormais Dux Francorum (« duc des Francs »), titre qui fait de lui
l’homme le plus puissant du royaume, juste après le roi.
Son fils, Charles (le futur Charles Martel) parvient à lui succéder après des épisodes rocambolesques. Sa
puissance est telle qu’on le gratifie du titre de « princeps », jusqu’alors réservé au roi mérovingien. Mais,
alors qu’il peut se prévaloir d’une écrasante victoire à Poitiers, le 25 octobre 732, contre les armées de
l’islam et que, de fait, le pouvoir entre les mains, il ne remet pas en cause la royauté de Thierry IV et décide
de laisser le trône vacant à la mort de Thierry en 737. Désormais, la réalité du pouvoir échappe aux rois
mérovingiens. La domination du maire du palais s’est imposée à l’aristocratie et à l’Eglise.
Ce presque roi choisit de donner une éducation digne de futurs monarques à ses fils Carloman et Pépin.
Suivant l’exemple des rois anglo-saxons, il les confie aux moines de Saint-Denis afin qu’ils acquièrent les
savoirs nécessaires pour bien gouverner le royaume, quelque soit leur titre. Il est probable que l’amélioration
que l’on constate dans le latin des actes émis par la chancellerie de Pépin devenu roi est due à cette première
formation.
Pépin, le cadet, est envoyé vers 740 (il a alors autour de 25 ans si on s’en tient à la date traditionnellement
retenue pour sa naissance, 714-715) en Italie, auprès du roi des Lombards Liutprand. Ce monarque cultivé a
réuni auprès de lui une cour brillante, composée de clercs, de poètes, d’architectes et de médecins –
préfiguration de la cour carolingienne.
Ce séjour italien pèse aussi sur la conjoncture internationale. Liutprand veut unifier la péninsule sous son
autorité et pour cela s’emparer de Rome et rabaisser le pape au même rang que n’importe quel évêque.
Lorsque les Lombards s’avancent vers Rome, le pape, alors en froid pour cause de querelle des images avec
l’empereur de Byzance, son protecteur traditionnel, se tourne alors vers Charles Martel, qui, après Poitiers et
ses campagnes répétées vers le sud du royaume, apparaît comme la principale puissance de l’Occident.
L’appel pontifical reste lettre morte car Charles sait que le jeune Pépin ferait un otage idéal pour Liutprand.
Peut-être aussi ne sent-il pas sa position assez assurée au sein du royaume pour courir l’aventure italienne.
Toujours est-il qu’il meurt en 741 sans que la question lombarde ait trouvé de solution.
« Tu apprendras que ce fût en l’an de l’Incarnation du Seigneur sept cent soixante-sept, au temps du très
prospère, très paisible et catholique Pépin, roi des Francs et patrice des Romains, fils du feu prince Charles
d’heureuse mémoire, l’an de son règne très prospère au nom de Dieu le seizième, lors de la cinquième
indication et l’an treizième de ses fils eux-mêmes rois des Francs, Charles et Carloman, qui, de la main du très
bienheureux seigneur pape Etienne de sainte mémoire, furent, à l’aide du saint chrême, consacrés rois avec
L’Histoire, n°306, février 2006.
leur susdit père le très glorieux Pépin, roi par la province de Dieu et l’intercession des saints apôtres Pierre et
Paul.
Ledit très florissant seigneur Pépin, en effet, roi pieux, par l’autorité et l’ordre du seigneur Zacharie, pape de
sainte mémoire, et par l’onction du saint-chrême, de la main des bienheureux évêques des Gaules et par
l’election de tous les Francs, trois ans auparavant, élevé sur le trône royal. (…) Il fut, au nom de la Sainte Trinité,
oint et béni comme roi et patrice en même temps que ses susdits fils Charles et Carloman. (…) et leur fit à tous
défense, sous peine d’interdit et de sentence d’excommunication, d’oser jamais élire à l’avenir un roi issu d’un
autre sang que celui de ces hommes (…). »
Les révoltes se succèdent, notamment aux marges du royaume, où les Francs n’ont pas fermement assuré
leur domination, en Germanie, en Bavière et en Aquitaine. A ces ferments autonomistes s’ajoutent de
vives tensions familiales. Charles Martel a en effet eu un troisième fils, Grifon, issu d’une autre union, avec
une noble bavaroise. Ce dernier se dresse contre les maires du palais. Sa mise à l’écart accroit les tensions en
Bavière d’où il est originaire.
Le péril appelle une réponse urgente. Elle est d’abord militaire : Carloman et Pépin multiplient les
campagnes à l’est. Elle est aussi politique. La dynastie mérovingienne n’est pas éteinte : Carloman et Pépin
se rendent au monastère Saint-Omer où Childéric, un fils de Chilpéric II (roi de Neustrie de 715 à 721),
coule des jours paisibles. Il est tiré de sa retraite et placé sur le trône de ses pères. Mais sa marge de
manœuvre politique est restreinte.
En 747, Carloman décide de se retirer du monde. Il remet alors ses domaines à son fils – Pépin se chargeant
de l’empêcher d’avoir les moindres illusions sur une quelconque carrière politique. Pépin se retrouve seul à
la tête du royaume des Francs.
Il a encore accru son influence sur l’aristocratie depuis qu’il a épousé en 744 Bertrade – Berthe au grand
pies – la fille du comte de Laon, Charibert, riche de terres et d’alliances.
Renouant avec la tradition des empereurs romains, Pépin est élu en novembre 751 à Soissons par les
grands du royaume. Ceux-ci font également leur soumission et les évêques lui confèrent le sacre royal : ils
l’oignent d’une huile d’olive très pure, mêlée de baume, consacrée, que l’on appelle le chrême. Pratique
ancienne : les rois wisigoths d’Espagne sont sacrés. Mais c’est dans le royaume des Francs que cette
pratique est appelée aux plus grands développements : la monarchie française en tirera un prestige
extraordinaire.
Visiblement Pépin voulait amplifier cette première onction : il est sacré une deuxième fois en 754 à St
Denis, par le pape Etienne II.
Durant ces mêmes années, Pépin au sein même de son royaume, fait montre de ses capacités militaires par
une série de conquêtes au sud et au sud-ouest. En 759, la Septimanie, notre actuel Languedoc, entre dans le
monde franc. Reste en suspens la question de l’Aquitaine : huit années d’expéditions répétées pour parvenir
à une apparente soumission en 768. L’action militaire de Pépin lui a permis de léguer à ses successeurs un
royaume aux dimensions respectables.
Pépin a aussi mené à terme plusieurs réformes importantes. Outre la rénovation de l’Eglise franque, il a
repris le contrôle, qui avait échappé au pouvoir royal au cours du VIIe siècle, de la frappe de la monnaie,
dont il a réglementé la taille.
Sur le plan international, le roi des Francs retrouve sa place respectable, que les crises successives du VIIe
siècle avaient affaiblie. (Reçoit des ambassadeurs de Byzance et Bagdad).
Tombe malade lors d’une expédition en Aquitaine et amené à St Denis (comme Dagobert et Charles Martel)
=> un des sanctuaires de la monarchie carolingienne. Meurt le 24 sept. 768.
3. RÉFORMATEUR ET PROTECTEUR DE L’ÉGLISE
Dans l’affirmation du pouvoir politique de Pépin, Zacharie puis Etienne ont apporté leur soutien non
sans arrière-pensées : Pépin est la puissance politique montante, la seule qui puisse les soutenir alors que
les armées du roi lombard progressent à nouveau en Italie.
En 755 Etienne obtient de Pépin qu’il lance son armée vers l’Italie contre le roi lombard et une
seconde expédition est menée en 756.
A la suite d’une campagne de quelques mois, Pépin contraint Aistulf à lever le siège de Rome et laisse,
pour assurer la protection du pontife romain son fidèle Fulrad et une importante garnison. Il garantit ainsi
le pouvoir du pape sur les différents territoires conquis par les Francs : Ravenne, les territoires autrefois
byzantins, la côte adriatique (Pentapole).
Le Patrimoine de saint Pierre (les futurs États du pape) est fondé ; le pouvoir temporel du siège
romain est établi.
Assurés de leur pouvoir, les fils de Charles Martel s’attaquent à la remise en ordre de l’Eglise
franque, et tentent d’abord de redresser l’état moral d’un clergé bien mal armé pour faire face à la
recrudescence des pratiques païennes. Pour cela, les frères s’appuient sur deux ecclésiastiques : Chrodegang,
évêque de Metz, et surtout Boniface, archevêque et évangélisateur de la Germanie.
De nombreux conciles sont réunis.
Romanisation de la liturgie, que l’on veut plus proche de celle du siège romain ; création d’une redevance
généralisée au profit des ecclésiastiques dont le montant, un dixième des revenus, est à l’origine du nom, la
dîme ; l’instauration d’une règle pour les clercs séculiers qui vivent autour de l’évêques, les chanoines – ces
derniers sont désormais astreints à une vie commune et à la pratique de la liturgie romaine : autant de
mesures dont l’Eglise a durablement bénéficié, bien au-delà de l’époque carolingienne.
Conclusion :
Héritier et continuateur de l’action de son père, Pépin le Bref en parachève l’œuvre et peut ainsi léguer à ses
héritiers un royaume unifié, pacifié, réformé et agrandi, reconnu jusqu’à Bagdad. Pépin s’est montré un
grand roi. La légende s’est emparée non seulement de sa femme Berthe au grand pied, mais encore de ses
exploits. Gloire et un règne qui a jeté les fondations de la France médiévale.
1. Comparez l’étendu de l’empire à la fin du règne de Charlemagne à celui de son père Pépin le Bref.
2. Où se situe le cœur de l’empire carolingien ?
3. Quelles sont les villes principales ?
4. Quels peuvent être les défis à surmonter dans la gestion d’un territoire si vaste à la fin du VIIIe siècle et au début
du IXe siècle ?
Les règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux correspondent à l’extension maximale de la puissance des Francs
en Europe : si la perspective générale de leur histoire ne peut se comprendre qu’à l’échelle européenne, la partie
occidentale et notamment les régions situées entre la Loire et le Rhin constituent le cœur de la puissance
carolingienne, tandis que l’épopée des conquêtes de Charlemagne fournit un élément fondamental dans la
littérature et la mémoire du futur royaume de France.
1. RÉGNER PAR LA GUERRE ET LES CONQUÊTES.
Charlemagne double l’étendue des territoires soumis aux rois des Francs. Au moment de la succession, en
768, les ducs et les princes en profitent pour reprendre leur autonomie. Charlemagne réagit avec force et
parvient à achever la conquête du duché d’Aquitaine en 769, il absorbe le royaume de son frère Carloman en
771 et conquiert le royaume lombard d’Italie entre 773 et 775.
Il initie la longue campagne de Saxe entre 772 et 803, écrase une révolte à Thuringe en 785 et dépose son
compétiteur de longue date, le dernier duc de Bavière, Tassilon III en 788. Les pays germaniques sous sa
domination, ses armées atteignent les contrées slaves et danubiennes.
Pour mieux régner, il associa partout les élites régionales à son pouvoir. Son armée devint un lieu de
promotion sociale. Les meilleurs pouvaient espérer se faire un nom et une fortune grâce à la vassalité…
2. LÉGIFÉRER, JUGER, ADMINISTRER
Nous voulons que nos villae (1) – celles dont nous affecté les revenus à notre entretien – servent
intégralement à notre usage, et non à celui d’autres personnes.
Qu’on ait bien soin de ceux qui composent notre familia (2) et qu’ils ne soient pas réduits à la pauvreté par
personne.
Que nos fonctionnaires prennent la charge de nos vignes, qu’ils fassent bien cultiver ; qu’ils mettent le vin
dans de bons récipients, et veillent avec soin à ce qu’il n’y en ait pas de perdu.
Quant à l’autre vin dont ils ont à se pourvoir au dehors, qu’ils en fassent acheter ce qu’il faut pour
l’approvisionnement des maisons royales. Le vin qui provient du cens (3) des villae qui doivent en fournir sera
mis dans nos celliers.
Que nos maires, forestiers, préposés aux haras, cellériers, doyens péagers et tous autres ministeriales (4),
fassent les labours réguliers et fixes, et payent la redevance des porcs pour leurs manses (5).
Il faut absolument veiller avec la plus grande attention à ce que le lard, les viandes fumées, les salaisons, le
petit salé, le vin, le vinaigre, le vin de mûres, le vin cuit, le garum (6), la moutarde, les fromages, le beurre, le
malt, la bière, l’hydromel (7), le miel, la cire, la farine, en un mot tout ce qui s’apprête ou se fait avec les
mains, soit apprêté et fait avec la plus grande propreté.
Que nos bois et nos forêts soient bien gardées. S’il y a des endroits à défricher, qu’ils les fassent défricher, et
qu’ils ne laissent pas gagner les bois sur les champs.
Que nos fonctionnaires fassent donner à nos gynécées (8), les matières nécessaires au travail, c’est-à-dire du
lin, de la laine, de la guède (9), de la garance (10), des peignes à laine, des chardons, du savon, de la graisse,
des récipients et les autres objets dont on a besoin dans les gynécées.
Capitulaire « De Villis ». Ed. A. Boretius.M.G.H Capoitula regum francorum t.1
Cité par [Link]é dans Textes et documents, Documentation photographique n°7001.
1. Par quel lien Charlemagne entend-t-il créer des liens avec les élites de son royaume ?
2. Quelle « cérémonie » permet de concrétiser ce lien ?
3. Quels sont les rôles respectifs des personnes qui s’engagent dans cette relation vassalique ?
Document : Les « Missi dominici » rappellent aux comtes les règles de la justice.
Et premièrement nous vous prescrivons d’obéir à votre évêque pour tout ce qui concerne son ministère.
Et puis rendez en toutes choses la justice aux églises, aux veuves, aux orphelins et à tout le monde sans le
moindre profit injuste et sans le moindre retard, pleinement, de manière irréprochable, avec équité et
rectitude, pour que vous en receviez, et auprès de Dieu votre salaire, et auprès de votre seigneur une bonne
récompense.
Et puis, tous ceux qui seront envers vous rebelles ou désobéissants, si grands soient-ils, dressez-en la liste et
envoyez-nous la par avance ou bien avertissez-nous, lors d’une de nos conférences communes, pour que
nous agissions à leur égard suivant ce que notre seigneur à ordoné.
Et puis veillez très précisément à ceci : si quelque chose dans tous les ordres que ,ptre seigneur vous a
envoyés par écrit ou verbalement, touchant Dieu ou touchant le siècel, vous paraît douteux, envoyez-nous
rapidement un message à l’esprit ouvert pour que vous puissiez bien comprendre tout et bien l’accomplir.
Et puis gardez cette lettre, lisez-la souvent, prenez-en soin.
Capitula a missis dominici ad comites directa 801-813, M.G.H Capitularia, tome I, 1883
Cité par [Link]é dans Textes et documents, Documentation photographique n°7001
1. Qui semblent être les missi dominici ? Qui sont les comtes ?
2. Quel est le rôle des missi dominici auprès des comtes ? Que rappellent-ils hommes de confiance du roi ?
3. Qu’est ce que cela nous apprend sur la façon dont Charlemagne administre son royaume ?
La « recommandation »
Formulae Turonenses, n°43, M.G.H Formulae Merowingici et Karolini Aevi, par [Link], 1882, pars I.
Cité par [Link]é dans Textes et documents, Documentation photographique n°7001
En effet, un autre moyen de gouvernement est la création de liens personnels entre le souverain et
l’aristocratie. Charles a utilisé l’institution vassalique qui apparaît dès le VIIIe siècle. Un contrat mis par
écrit unit deux hommes libres, un fort et un faible. Le fort protège le faible, ce dernier l’assure de son aide et
de sa fidélité. Ce contrat, d’abord privé, se généralise à la cour lorsque des « antrustions » se mettent au
service du roi. Le roi a ses vassaux, les grands aristocrates ont les leurs. Les évêques et abbés entrent aussi
dans la vassalité et s’engagent même militairement.
Empire : autorité politique qui s’étend sur plusieurs royaumes et le projet politique qui le sous-tend est de
nature religieuse. Charles enveloppé de la gloire du conquérant mais aussi du prestige du roi sacré, est le
représentant sur Terre de Dieu qui l’a choisi pour conforter et étendre la chrétienté.
Aix la Chapelle.
Charles, comme les empereurs romains, se fait aider par des hommes de confiance et par les bureaux qui
font parvenir ses ordres dans tout l’Empire. Mais comme les comtes doivent être surveillés, il demande aux
missi dominici, c’est-à-dire à ses envoyés personnels, de rappeler aux comtes leurs devoirs. Ils doivent
assurer la justice pour tous, dénoncer les rebelles, demander des explications à la cour si nécessaire. Il est
évident que tout cela implique l’acquisition d’une culture élémentaire du moins la présence d’un
secrétaire auprès du comte. L’efficacité de l’administration carolingienne est liée à la réorganisation de
l’enseignement.
En 800, la pape Léon III, qui pour des raisons intérieures avait besoin de l’aide franque, couronne
Charlemagne empereur. Eginhard nous fait croire que Charles en est mécontent pour des raisons
diplomatiques : le nouvel empereur craint les réactions de l’ancien empereur de Byzance. En fait le
couronnement a été probablement préparé par Charles et son entourage. Le roi, qui aime se faire lire à table
« La Cité de Dieu » de saint Augustin rêve d’organiser sur terre cette Cité dont il serait responsable. Sa
législation tend à faire partout régner l’ordre chrétien, aussi bien dans le domaine social, politique que dans
le domaine économique.
Il parlait avec abondance et facilité et savait exprimer tout ce qu’il voulait avec une grande clareté. Sa langue
nationale (1) ne lui suffisait pas : il s’appliqua à l’étude des langues étrangères et apprit si bien le latin qu’il
s’exprimait indifféremment en cette langue ou dans sa langue maternelle. Il n’en était pas de même du grec,
qu’il savait mieux comprendre que parler. Au surplus, il avait une aisance de parole qui confinait presque à la
prolixité.
Il cultiva passionnément les arts libéraux (2) et, plein de vénération pour ceux qui les enseignaient, il les
combla d’honneurs. Pour l’étude de la grammaire, il suivit les leçons de Pierre de Pise, alors dans sa vieillesse ;
pour les autres disciplines, son maître fut Alcuin, un Saxon originaire de Bretagne (3) , l’homme le plus savant
qui fut alors. Il consacra beaucoup de temps et de labeur à apprendre auprès de lui la rhétorique, la
dialectique et surtout l’astronomie. Il apprit le calcul et s’appliqua avec attention et sagacité à étudier le cours
des astres. Il s’essaya aussi à écrire et il avait l’habitude de placer sous les coussins de son lit des tablettes et
des feuillets de parchemin, afin de profiter des instants de loisir pour s’exercer à tracer des lettres ; mais il s’y
prit trop tard et le résultat fut médiocre.
Il pratiqua avec la plus grande ferveur la religion chrétienne. Aussi construisit-il à Aix une basilique (4) d’une
extrême beauté, qu’il orna d’or et d’argent et, comme il ne pouvait se procurer ailleurs les colonnes et les
marbres nécessaires à sa construction, il en fit venir de Rome et de Ravenne. Il ne manquait pas, quand il était
bien portant, de se rendre à cette église matin et soir. Il s’employa aussi avec beaucoup de diligence à corriger
la façon de «lire » et de psalmodier, étant lui-même très expert en la matière. Eginhard, Vie
de Charlemagne, trad, [Link], Paris, 1938
Cité par [Link]é dans Textes et documents. Documentation photographique, n° 7001, octobre 1990
(1) Le francique, langue germanique
(2) Les arts libéraux comprennent le trivium (grammaire, dialectique, rhétorique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie,
astronomie et musique)
(3) C’est-à-dire un Anglo-Saxon né dans l’ancienne Bretagne romaine, devenue Angleterre.
(4) D’où le nom d’Aix-la-chapelle.
Document : Charlemagne dans la mythologie nationale du XVe siècle.