Rapport de terrain nº1bis
20/08/2015
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de
valorisation des déchets
Au sein du projet ORVA2D, terrain piloté par Mathieu Durand
Auteurs :
Mélanie Rateau, Université du Maine
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Sommaire
SOMMAIRE 2
NOTES DE LECTURE .................................................................................................. 3
INTRODUCTION 6
PARTIE 1. CADRE SOCIO-INSTITUTIONNEL DE LA GESTION DES
DÉCHETS ET MISSION DE STAGE ............................................................................ 7
1. LIMA : UNE MÉTROPOLE FRAGMENTÉE .............................................................................................. 7
2. CADRE LÉGAL ET INSTITUTIONNEL : VERS L’INTÉGRATION DES RÉCUPÉRATEURS INFORMELS ...... 11
3. GESTION DES DÉCHETS SOLIDES (GDS) À L’ÉCHELLE PROVINCIALE ............................................... 16
PARTIE 2. LES ÉTAPES DE LA GESTION DES DÉCHETS À L’ÉCHELLE
DISTRICALE 29
1. COLLECTE SÉLECTIVE ET CENTRE DE TRI MUNICIPAUX À SANTIAGO DE SURCO ............................. 29
2. FORMALISATION DES RÉCUPÉRATEURS ET DES ACHETEURS À COMAS ........................................... 40
3. REMANIEMENT DES POLITIQUES DE GESTION DES DÉCHETS À VILLA MARIA DEL TRIUNFO ........... 54
PARTIE 3. LES INNOVATIONS DE GESTION DES DÉCHETS ............... 63
1. INTÉGRATION DU SECTEUR INFORMEL VIA LE PSF-RS .................................................................... 63
2. VISION D’ENSEMBLE DE LA GESTION DES DÉCHETS SUR LES TROIS DISTRICTS ............................... 69
3. ÉTABLIR UN ÉQUILIBRE FINANCIER DU SERVICE .............................................................................. 73
4. DES INNOVATIONS À VALORISER : DIMENSION SOCIALE ET INTÉGRATION ...................................... 77
CONCLUSION 86
BIBLIOGRAPHIE 87
ANNEXES : CONTEXTE DE RÉALISATION DE L’ÉTUDE ........................................ 89
1. AUTEURS DE L’ÉTUDE DE CAS : ........................................................................................................ 89
2. LISTE DES ACTEURS RENCONTRÉS ................................................................................................... 89
TABLE DES ILLUSTRATIONS.................................................................................... 91
TABLE DES MATIÈRES ............................................................................................. 94
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Notes de lecture
Liste des sigles
PSF-RS : Programme de tri à la source et de collecte sélective, Programa de
Segregacion a la Fuente y de Recoleccion Selectiva
RNB : Revenu National Brut
REP : Responsabilité Élargie du Producteur
MML : Municipalité Métropolitaine de Lima, Municipalidad Metropolitana de
Lima
INEI : Institut National des Statistiques et des Informatiques du Pérou, Instituto
Nacional de Estadisticas e Informaticas
MINSA : Ministère de la Santé, Ministerio de Salud
MINAM : Ministère de l’Environnement, Ministerio del Ambiente
PIGARS : Plan Intégral de Gestion Environnementale des Déchets, Plan Integral
de Gestion Ambiental de Residuos Solidos
DIGESA : Direction Générale de Santé Environnementale, Direccion General de
Salud Ambiental
MEF : Ministère d’Économies et Finances, Ministerio de Economía y Finanzas
FONCOMUN : Fonds de compensation municipal, Fondo de Compensación
Municipal
ONG : Organisation Non Gouvernementale
EC-RS : d’Entreprise commercialisant les déchets, Empresa comercializadora de
Residuos Solidos
CAS : contrat administratif de service, Contrato Administrativo de Servicios
EMUSS SA : Entreprise Municipale de Santiago de Surco, Empresa Municipal
Santiago de Surco S.A.
FENAREP : Fédération Nationale des Récupérateurs, Federacion Nacional de
Recicladores de Peru
FELN : Force entrepreneuriale du nord de Lima, Fuerza emprendedora Lima
Norte
PET : Polytéréphtalate d'éthylène
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NIMBY : phénomène qui décrit l’opposition de résidents à un projet local, Not In
My Back Yard
UNACEM : Union Nationale des Cimentier du Pérou, Union Nacionel de
Cementos
GALS : Gestion environnementale locale pour un développement durable, Gestion
Ambiental Local para el Desarrollo Sostenible
OMR : Ordures Ménagères Résiduelles
ACV : Analyse du Cycle de Vie
Expressions et mots péruviens
Ley del Reciclador Loi n°29419 de 2009, dite Loi du Recycleur
Programa de Segregación a la Fuente y de Programme de tri à la source et de collecte
Recolección Selectiva sélective
Instituto Nacional de Estadisticas e Institut National des Statistiques et
Informaticas (INEI) Informatiques
Municipalidad Metropolitana de Lima Municipalité Provinciale de Lima, se
nommant “Municipalité Métropolitaine de
Lima”
Ministerio de Salud (MINSA) Ministère de la santé
Ministerio del Ambiente (MINAM) Ministère de l’environnement
cercado District central de la province
Plan Integral de Gestión Ambiental de Document de planification, Plan intégral de
Residuos Sólidos (PIGARS) gestion environnementale des déchets
Dirección General de Salud Ambiental Direction générale de la santé
(DIGESA) environnementale
Ministerio de Economía y Finanzas (MEF) Ministère des économies et finances
Empresa comercializadora de Residuos Entreprise commercialisant les déchets,
Sólidos (EC-RS) grossiste ou entreprise d’exportation
centros de acopio Acheteurs de déchets recyclables
recicladores Récupérateurs qui collectent et revendent les
déchets ménagers non organiques
chatarreros Récupérateurs qui achètent et revendent les
métaux
campaneros Récupérateurs qui réalisent le service de
collecte des déchets auprès des ménages
chancheros Éleveurs de porcs qui récupérent les déchets
organiques pour alimenter leurs animaux
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cachineros Récupérateurs qui achètent et revendent les
appareils électrodomestiques et les meubles
hors d’usage
desmonteros Récupérateurs qui assurent le service de
collecte des déchets du bâtiment
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Introduction
La gestion des déchets dans les pays du sud s’est longtemps contentée d’évacuer les
déchets hors de la ville, dans une logique hygiéniste. Le recyclage est ainsi délaissé de la gestion
formelle des déchets aux conditions trop restrictives, permettant indirectement à la récupération
informelle de se développer dans les rues et les décharges. Cette récupération est réalisée par un
secteur informel agissant dans des conditions d’hygiène et de salubrité critiquables. Les
municipalités responsables de la gestion des déchets s’y opposent souvent pour limiter les risques
liés aux déchets. De 2010 à 2025, la hausse de la quantité de production quotidienne de déchets
devrait provenir pour l'essentiel des pays du Sud. Il devient donc urgent pour ces pays de structurer
les filières de valorisation.
Dans ce contexte, le Pérou a choisi d’intégrer ce système parallèle en adoptant en 2009 la
Loi du Recycleur, Ley del Reciclador. Cette loi incite les récupérateurs à se formaliser et les
municipalités à mettre en place la collecte sélective en intégrant ces acteurs informels.
Actuellement les collectivités locales ont à leur disposition des outils légaux, des instruments de
planification et un plan de subventions national. Parmi eux, existent le Programme de tri à la
source et de collecte sélective, Programa de Segregación a la Fuente y de Recolección Selectiva
(PSF-RS) et le processus de formalisation des récupérateurs.
Le projet de recherche ORVA2D porté par le laboratoire ESO de l’Université du Maine,
intègre la métropole de Lima comme terrain d’étude en raison du caractère innovant de cette
solution d’intégration des filières de valorisation au service municipal pour mettre en place la
collecte sélective. Une des particularités de la métropole Lima-Callao est son découpage en
quarante-neuf municipalités districales. Ce qui induit une grande diversité d’application de la Loi
dans la capitale péruvienne. Certains districts précurseurs ont mis en place un système de gestion
des déchets recyclables avant la Loi et sans intégration des filières préexistantes de récupération
et de recyclage, alors que d’autres ont choisi de formaliser les récupérateurs pour qu’ils assurent
la collecte sélective, comme préconisé par la Loi du Recycleur. Il semble donc intéressant
d’étudier les modèles de gestion des déchets de districts liméniens aux caractéristiques socio-
politico-spatiales différentes et aux politiques de gestion et de valorisation des déchets distinctes.
Ce rapport de terrain présente les résultats de 5 mois de recherche à Lima. Il s’organise de
la manière suivante : la première partie décrit la mission du stage et la méthodologie utilisée, puis
le terrain d’étude de Lima qui s’avère être une métropole fragmentée et présente la gestion des
déchets à l’échelle provinciale. La deuxième partie passe à une échelle plus fine, à l’échelle
districale en s’intéressant aux politiques de gestion des déchets municipaux et recyclables de trois
districts bien distincts : Santiago de Surco, Comas et Villa Maria del Triunfo. La troisième et
dernière partie analyse les innovations que développent ces trois modèles de mise en place de la
collecte sélective, notamment en étudiant la rentabilité et le rendement de leurs PSF-RS et la
difficile recherche d’un équilibre entre technologie et intégration sociale, pour lister dans un
ultime chapitre, les innovations intéressantes à généraliser.
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Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Partie 1. Cadre socio-institutionnel de la gestion des
déchets et mission de stage
L’objectif de la première partie est de comprendre le cadre socio-institutionnel de la
gestion des déchets à Lima. Tout d’abord, le premier chapitre présentera le terrain d’étude, Lima-
Callao, qui s’avère être une métropole fragmentée. Puis, nous allons nous attacher à comprendre
le cadre légal et institutionnel de la gestion des déchets en mettant en avant que la politique
péruvienne s’oriente en faveur de l’intégration des récupérateurs informels notamment au moyen
de la Loi dite du Recycleur de 2009. Enfin, le dernier chapitre de cette première partie s’intéressera
à la gestion des déchets à l’échelle provinciale. Les gouvernements provinciaux planifient peu la
gestion des déchets, ce qui induit une grande diversité d’application de la Loi dans la capitale
péruvienne.
1. Lima : une métropole fragmentée
1.1. La croissance urbaine liménienne, facteur d’inégalités
Au cours du XXème siècle, Lima, la capitale péruvienne, a connu une croissance urbaine
rapide et constante. D’après JC. Driant, entre 1948 et 1956, ce sont entre 30 000 et 50 000
migrants qui arrivaient par jour à Lima (JC. Driant, 1991). La ville a donc suivi un processus
d’expansion urbaine exponentiel et constant.
L’essentiel de l’urbanisation formelle s’étendait du centre historique de Lima à Miraflores,
ancienne station balnéaire et centre économique actuel. Peu à peu les populations aisées ont
délaissé le centre-ville historique vieillissant au profit des districts auparavant considérés comme
des stations balnéaires (Miraflores, San Isidro, Barranco…) (M. Durand, 2010).
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Photo 1 : Lutte municipale contre l'urbanisation des flancs de montagne © Stereovilla, Villa Maria del
Triunfo, 2015
La croissance urbaine s’est rapidement heurtée aux contraintes géographiques. La
métropole liménienne est la deuxième plus grande ville au monde à se situer dans un désert, après
le Caire. En effet, la côte pacifique péruvienne est désertique. La capitale se retrouve enclavée
entre l’océan pacifique à l’ouest et le massif andin à l’est. L’urbanisation exponentielle a
rapidement atteint les contreforts des Andes, laissant comme seuls terrains disponibles pour les
nouvelles constructions, des terrains à risque situés sur les flancs de montagnes. Les quartiers
précaires informels ont été construits sur ces derniers espaces et continuent de l’être. Les autorités
locales, tentent aujourd’hui de s’opposer à ces occupations illégales causant parfois des situations
conflictuelles (cf. Photo 1).
La capitale liménienne est une ville inégalitaire. Le centre économique et d’affaire s’est
déplacé vers le sud, dans les districts des anciennes stations balnéaires, aujourd’hui rattrapés par
l’urbanisation. Les quartiers précaires se retrouvent dans le centre historique vieillissant et dans
les marges de la métropole, notamment sur les flancs de montagnes. D’après l’Institut National
des Statistiques et des Informatiques, Instituto Nacionel de Estadisticas e Informaticas (INEI), la
population liménienne en 2013 était de près de 8 900 000 habitants, dont 17,5% sont en situation
de pauvreté et 0,8% en extrême pauvreté.
1.2. Structuration politico-administrative de la ville : deux provinces et cinquante
districts pour la capitale péruvienne
Le Pérou est divisé administrativement en départements, provinces et districts. La capitale
du Pérou est connue comme Lima, mais il s’agit en réalité d’une métropole étendue sur les
provinces de Lima et de Callao pour un total de cinquante districts1.
1
En 2014 a été créé un septième district à Callao, celui de Nuevo Perú. Depuis avril 2015, le district de Pachacutec
est en cours de création. Cette étude s’appuie sur des données correspondantes aux quarante-neuf districts.
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Les deux municipalités provinciales de Lima et de Callao sont responsables de la
planification de la gestion intégrale des déchets sur leur territoire respectif de juridiction. Ce qui
signifie qu’il existe deux planifications différentes pour un même territoire métropolitain. Puis se
sont cinquante municipalités districales qui sont chargées de la propreté de la voirie, de la
prestation des services de collecte et de transport des déchets. La Carte 1 permet de se rendre
compte de la densité du maillage territorial de la métropole.
Le territoire métropolitain va au-delà de la seule province de Lima, comme nous venons
de le voir. Pourtant, la Loi Organique des Municipalités de 2003 désigne la municipalité
provinciale de « Municipalité Métropolitaine de Lima », Municipalidad Metropolitana de Lima,
dite MML. Cette dénomination ne prend donc pas en compte l’aire urbaine de la métropole de
Lima-Callao. Concernant la gestion des déchets, ce nouveau titre ne fait pas évoluer les
compétences de la municipalité provinciale de Lima concernant la gestion des déchets, mais peut
s’avérer contreproductif. En effet, comme l’explique M. Durand, les autorités de Callao ont une
position défensive craignant que Lima ait pour ambition de gérer l’ensemble de l’aire urbaine. Ce
qui peut entraver les collaborations et les coordinations entre ces deux gouvernements locaux.
Le territoire de la capitale péruvienne est donc fragmenté en nombreuses municipalités
districales permettant d’adapter la gestion des déchets à l’échelle politico-administrative la plus
fine. Il est également divisé entre deux municipalités provinciales dont les rivalités empêchent
l’adoption d’une planification de la gestion des déchets commune aux deux provinces.
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Carte 1 : Provinces et districts de la métropole de Lima-Callao
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2. Cadre légal et institutionnel : vers l’intégration des
récupérateurs informels
2.1. Législation en faveur de l’intégration des récupérateurs informels
Loi du Recycleur et Plan de subventions : moteurs de l’intégration des récupérateurs
informels
Le recyclage est une source de revenus pour des milliers de familles dans la capitale
liménienne. Cette activité a longtemps été exclue de la gestion formelle des déchets aux conditions
trop restrictives, laissant le recyclage informel se développer dans les rues et les décharges.
Pourtant les politiques publiques, essayant de limiter les risques liés aux déchets, ont souvent un
regard négatif sur ces pratiques informelles, ce qui se traduit par des politiques de répression, à la
source de nombreux conflits.
Ces dernières années, face aux pressions écologiques, on assiste à un changement de
paradigme. Le Pérou a créé un Ministère de l’Environnement en 2008. Grâce aux négociations
entre ce ministère, les ONG locales et les organisations de récupérateurs, ce pays est le premier
au monde à disposer d’une loi qui régule l’activité des récupérateurs, la Loi n°29419 promulguée
le 7 octobre 2009, bien que d’autres États aient déjà mené des politiques en ce sens.
Le gouvernement fait ainsi évoluer la gestion des déchets en régulant l'activité des
récupérateurs, tout en promouvant indirectement le tri à la source. La Loi dite du Recycleur définit
un cadre réglementaire pour les activités du recyclage en faveur de la protection des travailleurs,
de leur formation et de la valorisation de leur statut social. Les collectivités locales, comme entités
responsables de la gestion des déchets, sont désignées par la loi comme entités régulatrices du
recyclage sur leur territoire. Pour ce faire, elles doivent donc prendre des dispositions pour intégrer
ces acteurs informels dans leur système formel de gestion des déchets, notamment à travers la
mise en place de Programme de tri à la source et de collecte sélective, le Programa de Segregación
a la Fuente y Recolección Selectiva (PSF-RS).
La Loi du Recycleur de 2009 n’a pas prévu dans son règlement des sanctions en cas de
son non-respect. Si un gouvernement local n’applique pas la loi, il ne risque aucune peine légale.
C’est pourquoi le Ministère de l’Environnement incite les municipalités à appliquer la loi en
définissant des objectifs environnementaux que les municipalités doivent atteindre pour obtenir
des subventions du Ministère des Économies et Finances, dans le cadre du Plan de subventions
pour l’amélioration de la gestion et de la modernisation municipale. Par exemple, en cette année
2015, la Municipalité districale de Santiago de Surco, se trouvant dans la capitale liménienne, doit
inscrire 34% des ménages au PSF-RS et doit intégrer des récupérateurs à sa gestion pour obtenir
les subventions nationales. Par cette politique, l’État péruvien a choisi d’inciter les municipalités
à adopter des PSF-RS plutôt que de les y contraindre.
Processus de formalisation
La Loi du Recycleur définit les compétences de chaque acteur institutionnel. On retrouve
ainsi les Ministères de l’Environnement et de la Santé, les municipalités provinciales ainsi que les
municipalités de district.
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Schéma 1: Le processus de formalisation des récupérateurs
Le Ministère de l'Environnement a comme mission la promotion de la formalisation des
récupérateurs comme politique publique au niveau des municipalités provinciales et districales,
la promotion de la sensibilisation environnementale de la population en coordination avec les
municipalités, la systématisation de l’information concernant les PSF-RS, ainsi que la direction
du programme de formation des récupérateurs au niveau national. Le Ministère de la Santé, quant
à lui, doit mener des campagnes de vaccination contre le Tétanos et l'Hépatite B à destination des
récupérateurs.
Les municipalités provinciales conservent leur mission de planification et de contrôle sur
l’ensemble de leur juridiction. Les municipalités districales sont obligées de gérer la collecte des
déchets par la Loi Générale des Déchets, et sont également désignées responsables par la Loi du
Recycleur de la mise en place de la « formalisation » des récupérateurs et des PSF-RS. Ce jeu
d’acteur défini par la Loi du Recycleur est résumé dans le Erreur ! Source du renvoi
introuvable. intitulé « Le processus de formalisation des récupérateurs ».
Ainsi, la municipalité lance le processus administratif par une campagne de recensement
des récupérateurs selon ses propres conditions, par exemple : ces derniers doivent être majeurs,
habiter le district et posséder leur tricycle. Ils recevront ensuite une attestation d’enregistrement
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leur donnant accès à une formation obligatoire et gratuite contenant des cours de gestion des
déchets, de sécurité et de santé au travail, de gestion entrepreneuriale et de recyclage, de
compétences sociales et de développement personnel, puis à une campagne de vaccination. Les
récupérateurs ayant suivi ce processus seront inscrits au registre municipal, leur donnant le droit
de récupérer les déchets recyclables au même titre que les entreprises privées déjà existantes,
uniquement sur le territoire du district concerné.
Aux côtés de ces acteurs clairement identifiés par la Loi n°29419, les Organisations Non
Gouvernementales (ONG) sont de précieux alliés pour les municipalités, comme nous le verrons
par la suite. Ces ONG coordonnent en grande partie les PSF-RS, financent du matériel de
communication par exemple et assurent la formation des récupérateurs.
2.2. Responsabilités et financement de la gestion des déchets
Les responsabilités de la gestion des déchets
La répartition des compétences relatives à la gestion des déchets est régie par la Loi
Générale des Déchets de 2000. Cette loi désigne les municipalités provinciales comme entités
responsables de la planification de la gestion des déchets municipaux, et les municipalités
districales, responsables de la prestation des services. Les instances nationales ont également un
rôle important dans la gestion des déchets au Pérou, notamment le Ministère de la Santé,
Ministerio de Salud, dit MINSA et le plus récent Ministère de l’Environnement, Ministerio del
Ambiente, dit MINAM.
Les municipalités de province ont un rôle de planification sur l’ensemble de leur
juridiction et gardent les compétences districales sur le cercado. Ce gouvernement local planifie
la gestion intégrale des déchets notamment par l’approbation d’un Plan Intégral de Gestion
Environnementale des Déchets, soit Plan Integral de Gestión Ambiental de Residuos Sólidos, dit
PIGARS et prend des dispositions pour promouvoir les PSF-RS. Elle contrôle la prestation des
services et la gestion districale des déchets. Elle approuve les ordonnances districales se référant
aux déchets, ainsi que les projets d’infrastructures dont l’activité est en lien avec les déchets
municipaux ou non municipaux et autorise leur fonctionnement, comme représenté par le Schéma
2.
La réglementation péruvienne ne fournit pas une définition précise des déchets municipaux
(M. Durand, 2010). Le règlement de 2004 de la Loi générale des déchets exclue des déchets
municipaux, les déchets des activités de production et des installations industrielles et spéciales,
tout en incorporant leurs déchets assimilables aux déchets ménagers et les déchets commerciaux.
Les municipalités districales transposent cette typologie dans leur document de planification et
fixent ainsi les limites précises de cette définition.
Les municipalités districales ont un rôle bien plus opérationnel que la province. Elles sont
responsables de la propreté de la voirie et de la prestation des services de collecte et transport des
déchets vers les installations de traitement autorisées par la municipalité provinciale. Cette
mission peut être effectuée directement par les services municipaux ou confiée à un prestataire
privé. Plus récemment, avec la Loi du Recycleur de 2009, ce gouvernement local est l’autorité
compétente pour la mise en place des PSF-RS et doit prendre des dispositions pour intégrer les
acteurs informels dans leur système de gestion des déchets.
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Schéma 2: Acteurs institutionnels de la gestion des déchets
Le Ministère de la Santé, au travers de la Direction Générale de Santé Environnementale,
soit Dirección General de Salud Ambiental dit DIGESA, a une mission de régulation et de contrôle
des activités liées aux déchets dans l’objectif de prévenir les risques sanitaires associés à une
mauvaise gestion des déchets. Dans la Loi Générale des Déchets de 2000, la DIGESA est désignée
comme l’autorité responsable des aspects technico-sanitaires de la gestion des déchets. Ce qui
inclut les activités de recyclage et de valorisation. Elle est également l’autorité compétente pour
délivrer les autorisations nécessaires au fonctionnement des activités liées aux déchets, pour
effectuer des contrôles sanitaires des installations et pour déclarer une zone en état d’urgence
sanitaire pour cause de mauvaise gestion des déchets.
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Le Ministère de l’Environnement est responsable, d’après la Loi Générale des Déchets, de
la planification de la politique nationale des déchets, de la promotion de la gestion intégrale des
déchets, de la coordination avec les autorités sectorielles et municipales de l’application de la loi
et est responsable de la systématisation de l’information par le Système National d’Information
Environnementale. Ainsi, il semblerait que ce ministère ne dispose pas de moyens d’action
importants, mais avec le « Plan de subventions pour l’amélioration de la gestion et de la
modernisation municipale », ce ministère réussit à susciter la planification des politiques locales.
En effet, ce programme créé par la Loi n°29465 définit des objectifs que les municipalités
provinciales et districales doivent atteindre pour toucher des subventions du Ministère
d’Économies et Finances, soit le Ministerio de Economía y Finanzas, dit MEF. Dans ce plan, le
MINAM a rédigé un objectif sur la thématique de la gestion des déchets, ce qui lui permet
d’influer sur les politiques publiques locales.
Les municipalités provinciales sont donc tenues de planifier la gestion intégrale des
déchets sur l'ensemble de leur juridiction et de fournir les services de gestion des déchets sur le
district central tout en respectant la planification et le contrôle des Ministères de la Santé et de
l’Environnement.
Le budget des municipalités pour la gestion des déchets
Le budget des collectivités locales pour la gestion des déchets diffère d’un district à l’autre.
Il provient d’une taxe locale souvent complétée par le fonds de compensation municipal. Dans le
cas des municipalités ayant un Programme de tri à la source et de collecte sélective, une aide
financière est versée si elles atteignent les objectifs fixés par le Ministère de l’environnement.
La Loi organique des municipalités de 2003, la Loi de fiscalité municipale de 2004 et le
Code fiscal établissent que les collectivités locales ont le droit de créer, modifier ou supprimer les
taxes locales, appelées Arbitrios municipales. Ces taxes financent la prestation du service de
propreté dont la gestion des déchets, la police municipale et l’entretien des espaces verts. Le
montant de ces taxes dépend du coût du service mais aussi de sa répartition entre les usagers. Cette
distribution est fixée par ordonnance municipale et varie d’un district à l’autre. Le plus souvent,
on retrouve un calcul à mi-chemin entre la taxe d’enlèvement des ordures ménagères et la
redevance incitative que l’on applique en France. Ce calcul prend en compte l’usage du bien
immobilier, sa dimension, le nombre d’occupants et la production moyenne de déchets par
habitant du district ou par quartier.
Le fonds de compensation municipal, dit FONCOMUN, n’est pas dédié au financement
de la gestion des déchets, mais doit être utilisé pour l’investissement public et les dépenses
courantes. Les recettes de ce fonds proviennent de trois sources. Il est alimenté par une partie de
l’impôt général des ventes, de l’impôt sur le carburant et de l’impôt sur l’achat des bateaux de
plaisance. Le gouvernement péruvien définit le mode de répartition de ce budget entre chaque
municipalité suivant un calcul prenant en compte notamment sa démographie et sa pauvreté. C’est
l’impôt général des ventes qui alimente principalement le fonds, près de 94% en 2005. Les
dépenses liées à la gestion des déchets ménagers, si elles ne sont pas couvertes par les taxes
locales, peuvent être financées par le fonds de compensation municipal en tant que dépenses
courantes.
Les collectivités locales, depuis la Loi du recycleur de 2009, peuvent choisir ou non de
mettre en place un Programme de tri à la source et de collecte sélective sur leur territoire. En
travaillant ce plan avec des récupérateurs et en atteignant les objectifs du Ministère de
l’environnement, ces municipalités ont droit à une subvention du Ministère de l’économie et des
finances. Le montant de la subvention suit le même mode de calcul que celui pour la répartition
du FONCOMUN. Il s’agit là d’une source complémentaire de financement du service de gestion
des déchets.
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Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
La source de financement dédiée au service de gestion des déchets est donc la taxe locale
mais les municipalités ne peuvent compter sur cette seule entrée d’argent car le taux de
recouvrement est faible.
3. Gestion des déchets solides (GDS) à l’échelle
provinciale
3.1. La faible planification des gouvernements de province
Une planification sans règlement d’application
Les municipalités provinciales de Lima et de Callao sont chargées de la planification de la
gestion intégrale des déchets sur leur territoire respectif. Elles ont chacune rédigé un Plan intégral
de gestion environnementale des déchets, Plan integral de gestión ambiental de residuos Sólidos,
dit PIGARS, mais n’ont pas adopté leurs règlements d’application.
Le PIGARS de la province de Lima a été adopté par ordonnance en 2014 et celui de Callao
a été actualisé en 2013 pour couvrir chacun une période de 10 ans. Ces plans fixent les grandes
lignes politiques que devront prendre en compte les municipalités districales lors de la rédaction
de leur Plan municipal de gestion des déchets. Les municipalités provinciales ont collecté les
informations des districts de leur juridiction pour élaborer un diagnostic suivi de
recommandations.
Le PIGARS de Lima souhaite « une ville propre, saine et durable disposant de services
de propreté publique qui arrivent à tous et à toutes, qui réduit et valorise ses déchets, et où les
citoyens, les opérateurs, les autorités municipales de niveau districal et provincial accomplissent
leurs devoirs et travaillent de manière coordonnée2 ». Pour ce faire, ont été approuvées
l’ordonnance n°1778 « Gestion métropolitaine des déchets municipaux » en mars 2014 puis
l’ordonnance n°1854 « Ordonnance métropolitaine pour promouvoir, impulser et réguler le
recyclage des déchets dans la province de Lima » en décembre 2014.
L’ordonnance n°1778 précise qu’elle rentrera en vigueur dès la publication de son
règlement et l’ordonnance n°1854 précise même que son règlement devra être approuvé par
Décret municipal dans les cent-vingt jours suivant la publication de ladite ordonnance. C’est ainsi
qu’aucune de ses ordonnances n’est applicable car leurs règlements n’ont pas été publiés. Leurs
publications risquent d’être d’autant plus retardées que depuis les élections de fin 2014, la
nouvelle équipe municipale est en train de modifier ces ordonnances.
Diagnostic de la production et du contrôle des déchets
Les municipalités districales de Lima n’ont pas les mêmes quantités de déchets
municipaux à prendre en charge et ne disposent pas des mêmes moyens financiers. Ce qui
conditionne en partie le taux de contrôle des déchets produits.
À Lima, la production quotidienne de déchets municipaux par habitant est de
0,84 kg/j/hab, contre 0,58 kg/j/hab au niveau national. La production quotidienne de déchets
ménagers à Lima atteint 0,60 kg/j/hab, dont 52% de matières organiques, 26% de déchets
2
Extrait du PIGARS de Lima (MML, 2014) p. 160, version originale : Lima es una ciudad limpia, saludable y
sostenible que cuenta con servicios de limpieza pública que llegan a todos y todas, que reduce y reaprovecha sus
residuos sólidos, y en donde los ciudadanos, los operadores de residuos, las autoridades municipales de nivel
provincial y distrital cumplen sus deberes y trabajan de manera coordinada.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
recyclables et 23% de non recyclables, comme représenté par le Graphique 1. Les modes de
consommation diffèrent d’un district à l’autre au sein de la capitale péruvienne, ce qui implique
une production de déchets différente d’un district à l’autre. Le centre de Lima ainsi que les districts
les plus aisés sont ceux dont la population génère le plus de déchets par habitant, suivi par le nord
de Lima, l’est et enfin l’ouest. La planche de la Carte 2 illustre ces différences de production de
déchets.
Graphique 1 : Caractérisation des déchets ménagers de la province de Lima
Les dépenses municipales pour mener à bien le service public de gestion des déchets
varient en fonction des tonnages à gérer et en fonction du mode d’administration du service. Les
municipalités districales dépensent entre 10 Nouveaux Soles (3€) par habitant et 245 Nouveaux
Soles (70€), comme repris par la planche de la Carte 2. Avec un service coûtant seulement 10
Nouveaux Soles (3€) par habitant, le district de Villa Maria del Triunfo contrôle à peine 70% des
déchets municipaux produits sur son district. À l’inverse, le district de San Isidro, qui est le centre
d’affaire de Lima, dépense 245 Nouveaux Soles (70€) par habitant et contrôle 260% des déchets
« produits », c’est à dire, les 100% de sa production et 160% provenant d’autres districts ou
n’étant pas des déchets municipaux. Ce district est celui qui dépense le plus par habitant mais
également celui qui affiche le taux de contrôle le plus élevé, et ce notamment grâce au service de
balayage et de propreté de la voirie.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Carte 2: Production de déchets, coût de gestion et taux de contrôle
En comparant les tonnages par district de déchets produits aux quantités collectées et
transportées vers les centres d’enfouissement autorisés, certains s’illustrent par un taux de contrôle
de plus de 150%. Ces districts reçoivent une population journalière supérieure à la population
d’habitants, en raison de la présence d’activités. En observant les taux de contrôle des déchets
produits, repris sur la carte de la planche de la Carte 2, on se rend compte que la majorité des
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
districts ont un taux de contrôle inférieur à 100%, ramenant le taux de contrôle sur l’ensemble de
Lima à 89%.
Destinations officielles des déchets
Les municipalités de Lima-Callao doivent s’assurer que leurs déchets sont évacués vers
les sites de traitement agréés par le Ministère de la Santé et par la province. Elles ont le choix
entre quatre centres d’enfouissement technique (CET) : deux se trouvant dans la province de
Lima, un dans la province de Callao et un autre dans la province du Huarochiri.
Les infrastructures El Zapallal et Portillo Grande appartenaient à la Municipalité
provinciale de Lima, province dans laquelle elles se trouvent. El Zapallal est en fonctionnement
depuis le début des années 1980. Initialement, ce centre d’enfouissement était géré par une
entreprise municipale de Lima qui n’existe plus aujourd’hui. Puis en 1996 sa gestion ainsi que
celle de Portillo Grande ont été confiées à l’entreprise privé Relima3. Pour poursuivre ce processus
de privatisation, depuis 2010 la municipalité de Lima a été expropriée de Portillo Grande qui
appartient à Relima. Ces sites reçoivent des déchets municipaux ainsi que des déchets dangereux.
La durée de vie utile d’El Zapallal est estimée à 25 ans et celle de Portillo Grande à 12 ans à
compter de 2014.
L’entreprise Petramas SAC a la gestion des sites de Modelo del Callao de propriété
publique et de Huaycoloro lui appartenant. Ces deux installations se trouvent en dehors du
territoire de la province de Lima et fonctionnent depuis fin des années 1990 et début 2000. Le
centre d’enfouissement de Huaycoloro accueille le premier programme péruvien de récupération
et de brûlage du biogaz qui devrait évoluer vers un projet de production d’énergie électrique.
L’entreprise estime réduire l’équivalent de deux millions de tonnes d’équivalent CO2 en 7 ans. Ce
qui lui permet d’être reconnu par les Nations Unies comme un Projet de mécanisme de
développement propre. Petramas est en train de rénover Modelo del Callao pour y mettre en place
un deuxième système de brûlage des biogaz et de production énergétique.
Ces quatre sites de traitement des déchets sont autorisés par le Ministère de la Santé et par
la Municipalité provinciale de laquelle ils dépendent respectivement. Les véhicules entrant y sont
pesés et reçoivent une fiche de suivi. Les déchets sont déchargés dans les cellules
imperméabilisées par géomembrane où ils seront compactés et couverts d’une couche de terre et
d’argile de près de 30 cm d’épaisseur à la fin de chaque journée ouvrée. Les centres
d’enfouissement possèdent un système de drainage des lixiviats qui seront captés, stockés et remis
en circulation ou traités, ainsi qu’un système de cheminées pour les biogaz produits sur les sites
de l’entreprise Petramas SAC. La Carte 3 permet d’identifier vers quel centre sont évacués les
déchets produits par chaque district liménien.
3
Relima est le nom commercial de l’entreprise Innova Ambiental SA issu de la fusion du groupe brésilien Solvi et
de l’entreprise péruvienne Ecovida ambiental SA.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Carte 3 : Site de traitement officiel des déchets par district
La quantité totale de déchets de la province de Lima acheminée vers les centres
d’enfouissement atteint une moyenne de 6 409 tonnes par jour, alors que la production de déchets
municipaux est de 7 452 tonnes par jour (MML, 2014). Près de 11% des déchets produits par la
province de Lima se retrouvent dans la chaine de valorisation formelle ou plus vraisemblablement
dans le système informel de valorisation.
Difficultés que rencontrent les municipalités
Les municipalités de Lima sont confrontées à certaines défaillances du système de gestion
des déchets. Les taxes locales sont souvent impayées, de nombreux quartiers d’habitations sont
construits sur les flancs de collines difficiles d’accès et certaines décharges sauvages sont toujours
en activité aujourd’hui.
Le diagnostic du PIGARS de Lima souligne de nombreux défis auxquels sont confrontés
les districts comme par exemple le fort taux de taxes locales non payées. La Municipalité de Lima
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
avance que le taux moyen de taxes impayées atteint les 52% de la province liménienne (MML,
2014). À une échelle plus fine : le taux dans le Nord de Lima est de 67%, dans le Centre de Lima
de 37%, dans l’Est de Lima de 44% et dans le Sud de Lima de 61%. Plusieurs auteurs avancent
une même hypothèse pour justifier cette pratique : « Très souvent, ce n’est pas tant le
consentement à payer qui fait défaut que des prix jugés inacceptables au regard de la faible
qualité du service offert. » (Le Courtois, 2012. p2).
Photo 2 : Difficulté d'accès sur les flancs de colline © H. Estrella, Independencia, 2015
En comparant la carte représentant le taux de taxes locales impayées à la carte des niveaux
socio-économiques de Lima de la planche de la Carte 4, on constate que ce sont les districts les
plus pauvres qui font face à un refus de paiement le plus important. On peut en conclure que les
districts les plus populaires sont ceux proposant un service de gestion des déchets jugé inefficaces
par ses habitants. Ce refus de payer les taxes locales, relevant donc plus d’une preuve de
mécontentement que d’une insolvabilité des ménages, risque pourtant d’accentuer la mauvaise
qualité du service, pourtant objet de mécontentement. M. Durand parle ici d’un cercle vicieux,
qu’il résume ainsi : « Plus le taux d’impayés est élevé, moins les mairies ont de rentrées
financières et moins la qualité de service de collecte est bonne. » (M. Durand, 2010. p171).
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Carte 4 : Contexte contraignant la gestion des déchets
Parmi les déficiences de la gestion municipale des déchets, on retrouve la mauvaise
couverture de la prestation du service de collecte des déchets. Certaines municipalités se justifient
du mauvais taux de contrôle des déchets ménagers produits par son district en invoquant
l’inaccessibilité des quartiers construits souvent informellement sur les flancs de collines (cf.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 2). Le relief rend l’accès par camion difficile. Les quartiers informels d’habitats précaires
sont issus de constructions informelles, sans planification, engendrant des routes étroites et
sinueuses où les camions de collecte des déchets ne s’aventurent pas.
Photo 3 : Décharge de déchets inertes menaçant de s'écrouler dans le fleuve Chillón, ©M. Rateau, Comas,
2015
À ces défis financier et topographique s’ajoute la persistance des décharges sauvages. La
municipalité provinciale de Lima a recensé en 2014 quatorze décharges informelles dont dix
toujours en fonctionnement. Elles reçoivent en majorité des déchets inertes et la présence de
déchets ménagers se fait marginale. Seules trois décharges accueillent suffisamment de déchets
ménagers pour donner lieu à des élevages porcins illégaux engendrant un risque sanitaire majeur.
Dans le nord de Lima, la majorité des décharges se trouve à proximité du fleuve Chillón (cf.
planche de la Carte 4), causant un risque d’inondation due aux grandes quantités de déchets inertes
qui font obstacle à l’écoulement naturel. La Photo 3 permet d’apprécier les quantités de déchets
inertes menaçant de s’écrouler dans le fleuve Chillón, dans le nord de Lima.
Les municipalités districales de Lima doivent prendre en compte lors de la planification
de la gestion des déchets l’ensemble de ces éléments pour que le service de collecte des déchets
couvre l’ensemble de son territoire et pour diminuer voir éliminer les risques sanitaires et
environnementaux liés aux décharges sauvages, et ce dans un contexte budgétaire handicapé par
le mauvais recouvrement des taxes locales.
3.2. Vers une valorisation formelle des déchets à Lima
Le nouveau circuit des déchets
Les municipalités districales sont responsables de la formalisation des récupérateurs mais
n’en n’ont pas l’obligation. Il en est de même pour les Programmes de tri à la source et de collecte
sélective (PSF-RS). Quand la Loi du Recycleur de 2009 est appliquée, la mise en place de la
collecte sélective modifie le schéma dual composé du circuit formel de traitement et du circuit
informel de valorisation, en ajoutant une alternative formelle pour le recyclage des déchets.
La collecte sélective des déchets recyclables ne peut être réalisée si les ordures ne sont
triées préalablement par les ménages. Parallèlement à la formalisation des récupérateurs, la
municipalité va mettre en place le PSF-RS comme résumé dans le Schéma 3. Dans un premier
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
temps, elle définit des zones de collecte sélective. Ensuite des promoteurs environnementaux
municipaux se rendent à chaque zone, font du porte à porte pour sensibiliser la population et
recenser les foyers désirant participer au PSF-RS, leur donnent un sac de tri et un autocollant du
programme.
Dans les districts travaillant avec les récupérateurs, cette liste d’adresses sera donnée au
récupérateur formalisé en charge de la zone. Il se rendra à sa zone selon des horaires définis par
les autorités locales, avec son uniforme pour le différencier des informels. Dans le district de
Comas étudié dans le chapitre III, le récupérateur frappe à chaque porte possédant l’autocollant
pour récupérer le sac de tri vert rempli de déchets recyclables et en donne un neuf en retour. Dans
d’autres districts le sac peut être d’une autre couleur ou même être remplacé par un autocollant à
mettre sur un sac poubelle normal. Une fois la collecte terminée au moyen d’un tricycle ou d’une
moto, le récupérateur trie les matériaux collectés souvent à son domicile ou dans la rue, pour aller
les vendre auprès d’entreprises spécialisées.
Schéma 3: La mise en place de la collecte sélective
Depuis la Loi du Recycleur, la collecte sélective fait partie des services publics fournis par
la municipalité. Les autorités publiques ont ainsi théoriquement le contrôle intégral de la gestion
des déchets : tant du système de valorisation que d’enfouissement. Au fur et à mesure que les
PSF-RS s’appliqueront sur l’ensemble du territoire péruvien, les municipalités devraient réussir à
diminuer la présence de l’informalité. C’est ainsi que la gestion des déchets est passé d’un
système où s’opposent informalité et formalité, à un système composé de trois circuits parallèles
où la récupération informelle fait concurrence à la récupération formelle.
Le circuit suivi par le déchet municipal non recyclable est un circuit d’évacuation des
ordures ménagères et assimilées. Il est collecté par la municipalité districale ou par un prestataire
privé, puis il est transféré dans un centre de transfert. Cette étape est parfois informelle et donc
une partie (recyclable) du flux de déchets risque d’être déviée vers un circuit informel. Le déchet
transféré formellement sera transporté jusqu’à son site de traitement.
Avec l’application de la Loi du Recycleur, le déchet municipal recyclable ne devrait plus
suivre ce schéma de traitement mais entrer dans le circuit de valorisation. En effet, une fois trié à
la source de sa production, ce déchet est collecté par la municipalité districale, par un prestataire
privé ou une association de récupérateurs formalisés. Il sera vendu à un acheteur de déchets
recyclables qui lui-même le revendra à un grossiste. Ces deux acteurs peuvent être tant formels
qu’informels car leur formalisation ne dépend pas de la loi de 2009, mais d’autres règlementations
plus contraignantes. Ce déchet recyclable sera ensuite recyclé au Pérou ou exporté.
À ces deux circuits formels, s’ajoute un circuit informel préexistant à la Loi du Recycleur
comme illustré par le Schéma 4. Les récupérateurs informels sont toujours présents au Pérou. Ils
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
collectent les déchets recyclables pour les revendre à des intermédiaires informels ou fournissent
un service de collecte des déchets auprès des producteurs de déchets. La partie non valorisable ou
sans valeur commerciale terminera dans une décharge sauvage alors que la partie recyclable
retournera dans le circuit formel une fois prise en charge par les industries locales ou par les
entreprises d’exportation.
Schéma 4: Le circuit de gestion des déchets: entre formel et informel
La mise en place de la collecte sélective est un processus récent qui n’est pas encore adopté
par toutes les municipalités districales ce qui explique la persistance d’un système informel actif
dans la gestion des déchets.
Un recyclage informel dominant
La métropole de Lima-Callao concentre les acteurs de la valorisation des déchets du Pérou
dont la majorité reste informelle. Dans ce contexte, les programmes municipaux de tri et de
collecte sélective ont bien du mal à concurrencer ce secteur informel très actif.
La seule province de Lima rassemble près de 40% des récupérateurs de tout le Pérou.
L’ONG Ciudad Saludable estime qu’en 2010, il y avait 39 821 récupérateurs informels qui
travaillaient dans Lima et 4 587 à Callao. La Carte 5 représente leur répartition dans les districts
liméniens. Ils vendaient leurs déchets recyclables à 6 810 acheteurs majoritairement informels de
Lima et 210 de Callao. Ces marchands revendaient ces déchets à quelques 953 grossistes se
trouvant à Lima et 117 à Callao. Dans la dernière étape de la chaîne de valorisation des déchets,
on retrouve 48 entreprises exportatrices à Lima et 7 à Callao, ainsi que 50 industries de
transformation pour Lima et 6 à Callao. Le Graphique 2 illustre cette centralisation des acteurs du
recyclage du Pérou à Lima.
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Graphique 2 : Acteurs du recyclage présents à Lima et Callao
Ces programmes sont récents et le recyclage informel reste très actif. En effet, l’ONG
Ciudad Saludable estime que les récupérateurs informels collectent plus de 8 554 tonnes par mois
à Lima, alors que les municipalités affirment collecter grâce à leur PSF-RS à peine 1 030 tonnes
par mois. C’est donc près de 90% de la récupération des déchets recyclables qui se fait de façon
informelle. Ce sont seulement 4% des déchets municipaux qui font l’objet d’une valorisation. En
observant la Carte 5, certains districts se démarquent par leurs taux de recyclage formel, mais ils
restent marginaux. L’un de ses districts, celui de Santiago de Surco, fera l’objet d’une analyse
détaillée dans le chapitre suivant « Collecte sélective et centre de tri municipaux à Santiago de
Surco ».
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Carte 5 : Récupération des déchets et répartition des récupérateurs informels à Lima
Limites d’une application trop sectorisée de la loi
La Loi du Recycleur de 2009 a suivi un processus de près de deux ans pour être adoptée
après de nombreux débats entre chaque partie concernée. Une des grandes réussites de la loi est
qu’elle met en lumière le récupérateur et le sort d’un milieu exclusivement marginal en l’incluant
au PSF-RS. Là réside une première limite, il ne s’agit que du récupérateur et pas des autres acteurs
de la chaîne du recyclage. Aussi l’application de la Loi du Recycleur n’est pas complète, ce qui
amène de nouvelles limites à la normalisation du secteur informel de la gestion des déchets.
Les acteurs informels de la chaîne du recyclage sont nombreux et variés, pourtant, les PSF-
RS n’abordent pas le thème du recyclage par l’entrée de la commercialisation, ne prennent pas en
compte l’ensemble de la chaîne du recyclage, mais seulement les étapes du tri à la source, de la
collecte et du transport, qui sont de la responsabilité des municipalités de district. La Loi du
Recycleur ne propose pas une simplification de la formalisation des acheteurs de déchets
recyclables alors que la majorité des récupérateurs travaillent avec des intermédiaires informels.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
En accord avec la Loi Générale des Déchets de 2000, les entreprises commercialisant les
déchets doivent obtenir le statut d’EC-RS soit Empresa comercializadora de Residuos Sólidos ou
Entreprise commercialisant les déchets. Les acheteurs devraient théoriquement faire les
démarches pour accéder à ce statut légal et être formels. La première étape est la constitution
légale de l’entreprise auprès d’un notaire, des registres publics et des services des impôts. Ensuite
l’entreprise doit constituer un dossier d’impact environnemental, le faire approuver par la
DIGESA du Ministère de la Santé qui délivrera également une opinion technique quant à
l’infrastructure. Puis elle devra obtenir une licence de fonctionnement par la Municipalité du
district où se trouve le local. Elle devra de nouveau solliciter la DIGESA pour être inscrite au
registre des EC-RS pour enfin demander une autorisation de circulation pour ces véhicules
transportant les déchets auprès de la Municipalité provinciale. Ce sont ainsi six institutions
différentes qui interviennent dans ce processus et les frais engendrés dépassent les 3.000
Nouveaux Soles (859,20€) (Ciudad Saludable, 2010).
La Loi du Recycleur définit dans son règlement que seuls les déchets triés à la source
d’origine ménagère, commerciale ou assimilable aux déchets ménagers, pourront être récupérés
par les récupérateurs. Elle autorise également la collecte de tous les types de déchets, organiques
et inorganiques, mis à part les déchets dangereux. Par contre, l’objectif du MINAM dans le Plan
de subventions vise à améliorer la collecte sélective des déchets ménagers. C’est sans doute pour
cela que dans l’application de la Loi, les déchets organiques et les non ménagers sont
systématiquement exclus.
Actuellement, à Lima, les déchets organiques ne sont pas collectés par les récupérateurs
alors qu’ils représentent plus de la moitié des déchets produits. Et les déchets assimilables aux
déchets ménagers font rarement partie des stratégies locales. Certains fonctionnaires municipaux
réfléchissent à une possible intégration des déchets organiques aux déchets recyclables
collectables par les récupérateurs formalisés, dans le but d’éliminer la concurrence informelle,
ainsi qu’une envisageable participation des commerces et marchés au PSF-RS. Aussi, autoriser la
collecte des déchets recyclables des commerces et marchés permettrait d’augmenter la quantité et
la qualité des déchets et donc d’améliorer les revenus des récupérateurs et de peut-être développer,
en partenariat avec les marchés, une activité de compostage, presque inexistante à Lima. Ces
propositions semblent intéressantes mais le déchet organique est instable et peut rapidement
constituer un risque sanitaire.
L’application de la Loi se fait au niveau districal. Or, la municipalité districale, qui est la
plus petite échelle politico-administrative du Pérou, n’a pas les compétences nécessaires pour
contrôler l’ensemble de la chaîne du recyclage. C’est la province qui a le contrôle de l’urbanisme
et qui donc délimite les zones industrielles, seules zones où peuvent s’installer les activités
commercialisant les déchets. Quant aux autorisations sanitaires de fonctionnement, elles sont
délivrées par la DIGESA du Ministère de la Santé. Aussi, d’un district à l’autre les moyens investis
dans les PSF-RS sont inégaux. Ce qui se répercute sur l’efficacité des municipalités à attirer et
formaliser les récupérateurs tout en continuant la répression contre l’informalité.
La Loi du Recycleur permet de créer un contexte réglementaire pour l’activité des
récupérateurs et la mise en place de la collecte sélective, mais elle ne peut à elle seule créer une
chaîne formelle du recyclage pour les déchets organiques et inorganiques tout en luttant contre les
pratiques insalubres de certains récupérateurs informels qui par exemple éventrent les sacs sur la
voirie.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Partie 2. Les étapes de la gestion des déchets à l’échelle
districale
Cette deuxième partie se focalise sur les étapes de la gestion des déchets à l’échelle de
trois districts : Santiago de Surco, Comas et Villa Maria del Triunfo. Il s’agit de comprendre leurs
modèles de gestion des déchets et de mise en place de la collecte sélective. Le district de Santiago
de Surco est précurseur en ayant créé son entreprise municipale de gestion des déchets recyclables
bien avant la Loi du Recycleur de 2009, mais ne s’appuie pas sur les acteurs informels
préexistants. Les districts de Comas et de Villa Maria del Triunfo ont choisi d’intégrer ces acteurs
informels du recyclage à leur PSF-RS. Ces modèles de gestion dépendent du cadre territorial et
du contexte socio-politico-économique local également caractérisés.
1. Collecte sélective et centre de tri municipaux à
Santiago de Surco
1.1. La gestion des déchets ménagers et assimilés
Un district aisé producteur de déchets
Le district de Santiago de Surco fait partie des districts aisés de la province de Lima. La
délimitation de son territoire est sujette à controverse, mais atteint les 45km² pour une population
de 355 986 habitants qui génèrent près de 1,14 kg de déchets municipaux par personne et par jour,
contre 0,65 kg en moyenne sur la province de Lima (MML, 2014).
Le district de Santiago de Surco se situe dans la ville moderne, au centre de la province de
Lima. D’après le calcul des niveaux socio-économiques de l’institut Apoyo de 2005 se basant sur
des critères d’éducation, d’emploi et de caractéristiques du logement, Santiago de Surco est de
niveau socio-économique aisé. La pauvreté y est présente mais reste marginale en comparaison à
d’autres districts liméniens. Près de 3,3% de la population y est en situation de pauvreté dont 0,2%
en situation d’extrême pauvreté alors que la moyenne sur la province de Lima est de 17,5% de
pauvreté dont 0,8% d’extrême pauvreté.
Les limites administratives du district sont actuellement à l’origine d’un conflit avec le
district voisin de Chorrillos. Les deux districts se disputent la zone 9 de Santiago de Surco visible
sur la Carte 6 (p.39) qui, d’après la province de Lima, appartiendrait à Chorrillos. Les deux
municipalités fournissent leurs services publics dans cette zone, donc nous la prendront en compte
dans ce chapitre comme partie intégrante du district. La superficie de Santiago de Surco en
incluant cette zone est donc de 45km².
Le district de Santiago de Surco produit 147 818 tonnes de déchets municipaux par an,
soit 1,14 kg produit par jour et par habitant. La production quotidienne est donc de 405 tonnes de
déchets municipaux dont 281 tonnes de déchets ménagers. D’après le plan de gestion des déchets
de la ville, ces déchets ménagers sont composés de près de 51% de matières organiques, près de
32% de déchets recyclables inorganiques et donc près de 17% de déchets non recyclables.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Le service de propreté de la voirie et de collecte des DMA en régie
La municipalité de Santiago de Surco fournit les services de propreté de voirie et de
collecte des déchets ménagers et assimilés en régie. Pour ce faire, elle emploie 516 personnes en
main d’œuvre directe.
Le service de propreté de la voirie fait partie intégrante du service public de gestion des
déchets. Il consiste au balayage de la voirie pour collecter les déchets rejetés par le trafic routier,
le vent ou déposés par mauvaise habitude. Sont ainsi ramassées 4,69 tonnes par jour, soit 1 712
tonnes annuelles pour un coût annuel de 6 048 159 Nouveaux Soles4 (1 732 193€) en 2013, soit
plus de 3 500 Nouveaux Soles (1002€) la tonne.
La municipalité districale de Santiago de Surco assure ce service quotidiennement en régie
sur 100% des voies de tous les secteurs sauf la zone n°9 qui est disputée avec Chorrillos. Pour ce
faire, elle emploie 12 ripeurs assurant le ramassage des sacs, 8 chauffeurs et 258 balayeurs sous
contrat fixe et 86 balayeurs avec un « contrat administratif de service » dit CAS qui est un contrat
de courte durée sans les avantages sociaux du contrat fixe.
Photo 4 : Camion de collecte des déchets de la municipalité © Municipalité de Santiago de Surco, 2015
La municipalité fournit également le service de collecte des déchets ménagers et assimilés
en régie. Dans tous les secteurs, excepté le n°9, la collecte des sacs poubelles déposés sur la voirie
à heure fixe en soirée, se fait de nuit en porte à porte quotidiennement. Dans la zone n°9, le camion
poubelle utilise la méthode de collecte « au klaxon » en journée. C’est-à-dire que le camion
klaxonne au fur et à mesure de sa collecte pour que les ménagers et commerçants amènent leurs
sacs poubelles jusqu’au camion. Sont ainsi collectées, 145 566 tonnes à l’année.
La municipalité emploie pour le service de collecte des déchets ménagers et assimilés 54
chauffeurs, dont 43 avec un contrat fixe et 11 de statut CAS ; et 98 ripeurs dont 48 avec un contrat
fixe et 50 sous statut CAS. Le coût de la main d’œuvre pour la collecte des déchets atteint les
2 467 892 Nouveaux Soles (706 804€), sur les 6 875 317 Nouveaux Soles (1 969 091€) que
dépense la municipalité pour le seul service de collecte des déchets en 2013, soit 47 Nouveaux
Soles (14€) par tonne de déchets collectée.
Le service de propreté de la voirie revient cher à la municipalité. Le coût à la tonne
collectée par les balayeurs est de près de 3 500 Nouveaux Soles (1 002€), contre 47 Nouveaux
Soles (14€) si récupérée par le camion de collecte. Le district de Santiago de Surco étant l’un des
4
Les chiffres présentant les dépenses municipales sont tirées du rapport technique pour la détermination des taxes
locales pour l’année 2014 de la municipalité de Santiago de Surco. Les tonnages cités sont extraits du plan de gestion
des déchets de la municipalité de Santiago de Surco de 2012.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
plus aisés de Lima, sa municipalité est donc disposée à dépenser pour garder un district propre et
attractif.
La collecte des encombrants, le transfert et l’élimination délégués à un prestataire
La municipalité de Santiago de Surco délègue à plusieurs prestataires le service de collecte
des déchets encombrants et issus de la construction, le transfert et le transport des déchets jusqu’à
leur site de traitement. Cette ultime étape est également déléguée à un privé.
La municipalité propose un service de collecte et de traitement des déchets encombrants
et issus de la construction bien que ce type de service ne fasse pas partie des obligations
municipales définies par la Loi Générale des Déchets de 2000. En effet ces déchets ne sont pas
considérés comme des déchets municipaux. L’objectif municipal est d’éviter la présence de
décharges sauvages sur le territoire districal. Ainsi sont récupérés et éliminés les déchets
encombrants et issus de la construction abandonnés sur la voirie, dans les points de regroupement
des déchets, issus des campagnes de nettoyage ou si un citoyen en fait la demande. La réalisation
de ce service est déléguée à une entreprise privée Roveve SRL pour un coût annuel de
1 850 550 Nouveaux Soles (529 998€).
Le service de collecte des déchets ménagers et assimilés est fourni en régie par la
municipalité, comme dit précédemment. Une fois la collecte terminée, les camions se dirigent au
centre de transfert privé de l’entreprise Diestra-Patresol. Là, les camions de collecte vident leur
contenu dans des camions bennes qui transporteront les déchets jusqu’au site d’enfouissement.
Sont ainsi transférées et transportées 145 566 tonnes par an, pour un coût de 4 027 799 Nouveaux
Soles (1 153 562 €), soit un coût à la tonne de 28 Nouveaux Soles (7,92€).
Tableau 1 : Coût de la gestion des déchets municipaux à Santiago de Surco en 2013
Coût à la tonne Coût total
Sur l’année 2013 Tonnage
Nouveaux Soles Nouveaux Soles
Propreté de la voirie 3 500 6 048 159
1 711,85
en régie (1 002€) (1 732 193€)
Collecte des déchets 47 6 875 317
145 566,2
en régie (14€) (1 969 091€)
Transfert par un 28 4 027 799
145 565,65
prestataire (7,92€) (1 153 562€)
11,67
Enfouissement par 1 678 250
(3,34€) 143 846,5
un prestataire (480 651€)
130 18 629 525
Total 143 846,5
(37€) (5 333 670€)
Total hors propreté 88,5 12 581 366
142 134,65
de la voirie (25€) (3 602 070€)
Source : Municipalité de Santiago de Surco (2013)
Le site de traitement final choisi par la Municipalité de Santiago de Surco est le centre
d’enfouissement Huaycoloro de l’entreprise Petramas. Ce centre d’enfouissement, présenté
précédemment, est le premier du Pérou à bruler les biogaz produit par les déchets. Sont ainsi
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
enfouies 143 846 tonnes de déchets chaque année, pour un coût de 1 678 249 Nouveaux Soles
(480 651€), soit 11,67 Nouveaux Soles (3,34€) par tonne en 2013.
Les étapes du transfert, du transport et de l’élimination sont déléguées à des prestataires
privés. En raison de l’importance de l’éloignement du centre d’enfouissement, le transfert des
déchets des camions de collecte aux camions bennes de plus grandes capacités permet de
minimiser le coût du transport.
1.2. La mise en place de la collecte sélective municipale
Un district précurseur dans le tri des déchets
La municipalité de Santiago de Surco a lancé une campagne de sensibilisation
accompagnée d’un programme de tri des déchets en 2001, soit seulement une année après la
parution de la Loi Générale des Déchets de 2000.
L’objectif de cette campagne, toujours en vigueur aujourd’hui, est d’inciter les ménages à
mieux gérer leurs déchets en prenant conscience de leurs impacts sur l’environnement. En
parallèle, a débuté un programme de tri des déchets à la source, soit au sein même des foyers, en
vue de leur collecte sélective par l’entreprise municipale de droit privé EMUSS SA créée cette
même année avec l’appui financier de l’Union Européenne via le projet URB-AL III5.
Ce district précurseur est aujourd’hui cité en exemple par la Municipalité provinciale de
Lima dans le Plan intégrale de gestion des déchets : « Cependant, des expériences comme celle
de la municipalité de Surco prouve qu’une chaîne de valorisation des déchets et de recyclage
organisée et formelle est pérenne6. » (MML, 2014, p107)
Photo 5 : Nettoyage des sacs et films plastiques destinés au recyclage © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015
Depuis 2010, la municipalité cherchant à rester innovante, a débuté un programme de
recyclage des sacs et films plastiques en sacs poubelles orange, visibles sur les photosPhoto
5Photo 6Photo 7. Ces sacs orange sont ceux distribués à la population pour qu’elle y sépare les
déchets recyclables destinés à la collecte sélective. D’après les estimations de la municipalité,
5
Page internet du projet : [Link]
6
Version originale: Sin embargo, experiencias como la de la Municipalidad de Surco evidencian que una cadena
organizada y formal de reaprovechamiento y reciclaje de residuos inórganicos es viable.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
1 444 000 sacs ont été produits en 2013. La municipalité n’ayant plus à acheter des sacs de tri
sélectif, économise 316 800 Nouveaux Soles (90 731€) par an. Le slogan de la campagne de
sensibilisation s’est adapté et est devenu « À Surco, la poubelle est utile : le sac qui continuera
d’être sac », « En Surco la basura sirve : Bolsa que seguira siendo bolsa » pour mettre en avant
le cercle vertueux du recyclage.
Photo 6 : Fonte du plastique pour en faire un granulé de matière première © M. Rateau, Santiago de Surco,
2015
Photo 7 : Rouleau de sacs poubelles oranges du programme municipal © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015
EMUSS SA : entreprise municipale de droit privé
L’entreprise municipale EMUSS SA a été créée par la municipalité de Santiago de Surco
par l’Accord de Conseil n°20-2001-ACSS le 10 avril 2001 avec comme mission générale
l’amélioration de la qualité de vie des habitants du district. Il s’agit d’une entreprise municipale
de droit privé qui est autonome sur le plan administratif et économique et dont les salariés
dépendent du régime professionnel privé. La municipalité reste l’autorité suprême car elle est
actionnaire majoritaire.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
EMUSS SA n’est pas seulement dédiée à la gestion des déchets recyclables. Elle compte
parmi ses compétences, la gestion de la clinique médicale du district, du club de tennis, du parc
de l’amitié et des déchets recyclables. Ses revenus proviennent de la réalisation des activités en
lien avec ces domaines de compétence.
Le Conseil Général des actionnaires, qui n’est autre que la seule municipalité de Santiago
de Surco, est l’organe responsable de la nomination des membres du Directoire. Il peut modifier
le statut social ainsi que le capital, donner des ordres. Pour toutes décisions menant à la
transformation de la société, EMUSS SA doit obtenir l’accord du Conseil Général des
actionnaires. Ce conseil n’est pas le seul moyen d’intervention de la municipalité. L’Organe de
contrôle institutionnel de la municipalité vérifie que l’entreprise mobilise les moyens nécessaires
pour atteindre ses objectifs institutionnels. Il vérifie notamment la bonne gestion et utilisation de
son budget.
Le PSF-RS de la municipalité
Au-delà de l’existence de l’entreprise municipale chargée de la gestion des déchets
recyclable, la municipalité conserve l’obligation de mettre en place un PSF-RS. Sa mise en œuvre
est donc plus ambiguë que dans les autres districts du fait de l’existence maintenant consolidée de
l’entreprise municipale. Santiago de Surco doit travailler avec les récupérateurs informels pour
obtenir les subventions du Ministère. Pour cela, l’une de ses obligations première est de mettre en
place une campagne de sensibilisation, étape incontournable pour la collecte sélective.
La campagne de sensibilisation « À Surco, la poubelle est utile » existant depuis 2001 n’a
pas été déléguée à l’entreprise EMUSS SA car la sensibilisation peut aller au-delà de la seule
thématique du recyclage. Pour mener à bien son PSF-RS la municipalité envoie ses promoteurs
environnementaux faire du porte à porte pour présenter le programme, inciter les ménages à y
participer et les y inscrire. La liste de ces foyers sera ensuite remise à l’entreprise EMUSS SA.
La campagne de sensibilisation passe également par des outils de communication variés.
Les « routes vertes » sont des circuits proposés aux ménages inscrits au PSF-RS pour visiter des
installations municipales tels que les jardins vivriers, l’installation de traitement de l’eau du fleuve
et le centre de tri de l’entreprise municipale. Les « écoles itinérantes d’éducation
environnementale » reprend le même circuit de visite accompagné d’ateliers, mais à destination
d’un public scolaire et des agents municipaux. La municipalité peut aussi intervenir sur demande
auprès des particuliers, des universités, des entreprises et toutes autres institutions sur des thèmes
environnementaux.
Pour mener à bien son PSF-RS la municipalité a dépensé en 2013, 2 515 470 Nouveaux
Soles (720 431€). Parmi les postes de dépenses, on retrouve la campagne de sensibilisation, la
construction de conteneurs enterrés de tri sélectif, la formation du personnel municipal et de
l’entreprise municipale, la mise en place d’un centre d’attention pour recevoir les plaintes des
ménages inscrits au programme… Cette même année, la municipalité a perçu 362 032 Nouveaux
Soles (103 686€) de subvention du Ministère de l’environnement dans le cadre du plan de
subvention pour l’amélioration de la gestion et de la modernisation municipale, soit 14% des
dépenses pour le PSF-RS.
La collecte sélective, le tri et la revente par EMUSS SA
L’entreprise municipale planifie et réalise la collecte sélective, le tri des déchets puis leur
revente. Elle réalise également le recyclage des sacs et films plastiques en sacs poubelles orange.
Une fois réalisée la campagne de sensibilisation, la municipalité transmet à EMUSS SA la
liste des nouveaux ménages inscrits au programme. L’entreprise planifiera une nouvelle route de
collecte et un de ses camions s’y rendra une fois par semaine. La collecte se réalise tant auprès
des ménages que des commerces et industries. Les camions passent une musique que les foyers
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
inscrits au programme ont choisie, les familles remettent leur sac de déchets recyclables et les
ripeurs donnent en échange un sac orange. Une fois pleins, ils rentrent au local d’EMUSS SA
pour vider leur cargaison.
Les sacs de déchets sont pesés puis dirigés vers la plateforme de tri. Le carton et le verre
sont les premiers matériaux triés, d’une part par facilité en raison de son volume et d’autre part
pour des raisons de sécurité. Le contenu des sacs est vidé sur le tapis roulant et 14 personnes
effectuent le tri des déchets depuis la plateforme. D’autres opérateurs en poste en contrebas de la
plateforme, reçoivent ces déchets, les mettent sous presse et les stockent dans la zone de
commercialisation. Les entreprises exportatrices ou les industries de transformation viennent
ensuite acheter ces déchets. Les refus de tri sont collectés par les camions municipaux de collecte
des déchets ménagers et assimilés et acheminés vers les sites d’enfouissement.
Photo 8 : Plateforme de tri de l'entreprise EMUSS SA © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015
Photo 9 : Compactage des déchets triés à EMUSS SA © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 10 : Vente des déchets recyclables par EMUSS SA © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015
Les sacs et films plastiques ne sont pas destinés à la commercialisation, mais à leur
recyclage en sacs plastiques orange au sein même du local d’EMUSS SA. Les sacs et films
plastiques sont lavés. Une première machine va ensuite fondre la matière pour en faire des
filaments qui seront découpés sous forme de granulés. Ces granulés additionnés d’un colorant
orange, serviront de matière première à la dernière machine du processus, fabriquant les sacs
plastiques.
Le centre de tri de l’entreprise municipale est aujourd’hui sous-dimensionné. La
municipalité a pour projet la création d’un nouveau centre de tri automatisé qui quadruplerait les
capacités actuelles, le premier centre de ce genre au Pérou.
1.3. La difficile intégration des récupérateurs
Une planification en faveur de l’intégration des récupérateurs informels
Le Plan de gestion des déchets et le Programme de tri et de collecte sélective des déchets
de la municipalité de Santiago de Surco établissent parmi leurs orientations stratégiques la
formalisation et l’intégration des récupérateurs à la gestion municipale. Pour autant la
municipalité, ayant des moyens financiers propres importants, n’a ni la nécessité, ni la volonté
réelle d’appliquer ce programme.
Le Plan de gestion des déchets de Santiago de Surco date de 2011. La sixième ligne
politique (page 99) est formulée ainsi : « Promouvoir la formalisation des trieurs, des
récupérateurs et des autres acteurs qui participent à la gestion des déchets7 ». D’après ce document
de planification, cette action devait être menée à bien durant le troisième et quatrième trimestre
de l’année 2011. Le calendrier n’a pas été respecté, mais le PSF-RS datant de 2012 reprend cet
objectif en établissant plus précisément ses modalités d’application.
Le PSF-RS de la municipalité définit la répartition des zones de collecte entre l’entreprise
municipale et les récupérateurs formalisés. Les récupérateurs seront responsables de la collecte
sélective de l’ensemble de la zone 9 et des logements collectifs dans la zone 2 puis
progressivement de ceux dans les zones 5, 7 et 8. D’après le programme, il n’est pas facile en
logement collectif de conserver une semaine ses déchets recyclables. C’est pour cela que
7
Version originale : Promover la formalización de los segregadores y recicladores y otros actores que participan en
el manejo de los residuos sólidos.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
l’entreprise municipale n’assurera ni la collecte sélective de ces immeubles, ni la collecte de la
zone 9 qui fait l’objet d’un conflit territorial avec le district voisin.
La municipalité planifie la formalisation et l’intégration des récupérateurs depuis 2011 via
le Plan de gestion des déchets, puis en 2012 au moyen du PSF-RS. Récemment en 2013, une
ordonnance de formalisation des récupérateurs a été rédigée, mais elle n’est pas encore signée. Il
semblerait que la municipalité attende d’être obligée légalement à intégrer les récupérateurs pour
enfin appliquer ce qu’elle a déjà planifié. Peut-être que le nouvel objectif du Ministère de
l’Environnement conditionnant l’obtention des subventions du Ministère des Économies et
Finances à la formalisation des récupérateurs, va motiver la municipalité de Santiago de Surco.
Des récupérateurs seulement semi-formalisés
L’association des récupérateurs de Santiago de Surco est née en 2010 grâce à la Fédération
Nationale des Récupérateurs, Fenarep. En effet, un des membres de la Fenarep est un récupérateur
de l’association de Santiago de Surco. Cette association est légalement enregistrée au registre
public sur conseil de la Fenarep et compte 40 membres. Il y a 3 ans, connaissant l’existence de la
Loi du Recycleur de 2009 et les expériences de formalisation d’autres districts, les récupérateurs
se sont rendus à la municipalité pour demander à être reconnus et intégrés à la gestion des déchets.
La municipalité n’a ni besoin de les formaliser car ils sont déjà enregistrés au registre public, ni
besoin de les former car ils ont suivi les cours délivrés par le Ministère de l’Environnement, le
Ministère du travail et la Municipalité provinciale de Lima.
Suite à leur requête et à de multiples négociations, l’association de récupérateurs a obtenu
le droit de travailler dans 3 secteurs du district, le 1, 2 et 9, selon les conditions définies par la
municipalité. Ils ont le droit d’exercer seulement de nuit, pour ne pas faire concurrence à EMUSS
SA. Les récupérateurs vont au préalable faire du porte à porte pour sensibiliser les ménages à
l’importance du tri sélectif sans l’appui de promoteurs environnementaux, puis vont dans les zones
durant la nuit, avec leur moto ou tricycle (cf. Photo 11). Ils récupèrent les sacs poubelles de
déchets recyclables ou ouvrent les sacs de déchets ménagers pour récupérer la matière recyclable.
La municipalité s’est engagée auprès de l’association de récupérateurs à leur fournir un local pour
qu’ils ne commercialisent plus leurs déchets à des intermédiaires informels. Elle commence
également à lutter contre la récupération informelle réalisée tant par les récupérateurs informels
que par les ripeurs des camions de collecte municipaux qui sortent également de nuit.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 11 : Récupérateur de Santiago de Surco luttant pour sa formalisation © M. Rateau, Santiago de Surco,
2015
Lors de la création d’EMUSS SA, la municipalité s’était déjà rapprochée des récupérateurs
en leur proposant un travail au centre de tri. Certains ont accepté mais ont rapidement abandonné.
Le salaire n’était pas suffisant pour faire vivre leurs familles et ils continuaient à sortir récupérer
les déchets recyclables durant la nuit. Ce rythme de vie était trop épuisant et ils ont donc préféré
abandonner le centre de tri. Aujourd’hui les récupérateurs sont toujours en contact avec
l’entreprise municipale. Lorsqu’elle n’arrive pas à vendre ses déchets, les récupérateurs les lui
rachètent. Ils ont par exemple acheté trois fois les stocks de papiers blancs d’EMUSS SA pour les
revendre à leurs acheteurs habituels. La municipalité avait proposé une relation commerciale
inverse au début des négociations, mais les récupérateurs ont immédiatement refusé de vendre à
un prix fixé par EMUSS SA ne respectant pas les prix du marché. Les entreprises d’exportation
et les industries de transformation, derniers maillons de la chaîne de valorisation des déchets,
revendent les déchets ou les nouveaux produits en fonctions des cours internationaux. Chaque
variation de leurs prix va se répercuter sur tous les acteurs de la chaîne de valorisation.
Les récupérateurs bien qu’appuyés par la Fenarep, elle-même appuyée par le Réseau de
Récupérateurs d’Amérique Latine, n’ont obtenu de la municipalité qu’une semi-formalisation,
n’étant pas reconnus officiellement au niveau districal par absence d’ordonnance de formalisation.
1.4. Logique spatiale centralisatrice à Santiago de Surco
La gestion des déchets à Santiago de Surco suit une logique centralisatrice, en particulier
pour les déchets recyclables qui sont collectés formellement par la seule entreprise municipale qui
les vendra par grandes quantités directement aux industries de transformation et entreprises
d’exportation.
La spatialisation de la gestion des déchets municipaux et des déchets recyclables de
Santiago de Surco est reprise par la Carte 6. Les déchets ménagers et assimilés sont collectés par
les camions de collecte qui se rendent au local du service environnemental de la municipalité. Ils
y sont pesés avant de se rendre au centre de transfert qui se trouve dans le district de Villa el
Salvador. De là, repartent les camions bennes jusqu’au site d’enfouissement Huaycoloro dans la
province du Huarochiri. Les déchets ménagers et assimilés sont donc amenés une première fois
au nord du district, puis dans un autre district au sud et dans une autre province au nord. Du local
du service municipal jusqu’au centre d’enfouissement, 54 km sont parcourus.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Carte 6 : Spatialisation de la gestion des déchets à Santiago de Surco
Les déchets recyclables collectés par l’entreprise EMUSS SA suivent des parcours
distincts en fonction du type de matériel. Dans cet exemple, est cartographié le trajet d’un déchet
de type papier. Une fois collecté, ce déchet est amené au centre de tri de l’entreprise municipale
pour être trié, pressé puis vendu. Le principal acheteur de déchets papiers est Papelera del Sur,
producteur d’emballages en carton. Cette entreprise de transformation se trouve dans le district de
Lurin. Les déchets papiers suivent un parcours de 31 km. À Santiago de Surco, les déchets des
zones 1, 2 et 9 (en orange sur la carte) sont collectés par les récupérateurs semi-formels du district.
Reprenons l’exemple des déchets papiers : ils seront vendus à un acheteur de déchets recyclable
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
de proximité dans le district de Chorillos, puis au grossiste Provesur du même district et enfin
revendus à l’entreprise Papelera del Sur. Les déchets passent par deux intermédiaires avant
d’arriver à l’entreprise de transformation, pour un total de 27 km.
Les déchets ménagers et assimilés sont donc conduits vers les périphéries du district puis
vers la périphérie de la province de Lima. En effet le centre d’enfouissement étant consommateur
d’espace foncier, il se trouve là où il y a de l’espace. La municipalité de Santiago de Surco aurait
pu envoyer ses déchets au centre d’enfouissement Portillo Grande (cf. Carte 3, p20) étant le plus
proche, mais a préféré le Huaycoloro pour son système de captation et brûlage des biogaz. Quant
aux déchets pris en charge formellement par EMUSS SA, ils sont centralisés vers le centre de tri
avant d’être commercialisés directement aux entreprises d’exportation et aux industries de
transformation sans passer par un intermédiaire.
2. Formalisation des récupérateurs et des acheteurs à
Comas
2.1. La gestion des déchets ménagers et assimilés
Un district face aux taxes locales non payés et difficultés d’accès dues au relief
Le district de Comas situé au nord de la province de Lima fait partie des districts de niveau
socio-économique populaire selon l’institut Apoyo. La municipalité de Comas doit composer avec
un problème de taxes locales impayées et des difficultés d’accès dues au relief pour proposer un
service de gestion des déchets efficace.
Le district de Comas s’étend sur 49 km² et son altitude se situe entre 140 et 811 mètres sur
le niveau de la mer. La partie Est du district est bordée de collines atteignant jusqu’à 811 mètres
au-dessus du niveau de la mer. Avec la croissance démographique et la raréfaction des terres, la
construction des nouveaux quartiers populaires se fait sur les flancs de montagnes bordant le
district. Ces quartiers, fruits de l’urbanisation de terrains à risque, sont difficiles d’accès, voire
inaccessibles pour les camions de collecte des déchets. Les ménages doivent donc descendre leurs
déchets jusqu’à des points de collecte.
Le district de Comas est traversé par le fleuve Chillón. Les rives de ce fleuve accueillent
deux décharges sauvages de déchets inertes et de la construction. La municipalité doit lutter contre
cette mauvaise pratique des professionnels et particuliers qui engendre un risque sanitaire et
environnemental. Une autre difficulté que rencontre la municipalité de Comas pour mener à bien
le service de collecte des déchets, est le taux élevé de foyers ne payant pas leurs taxes locales. Le
taux de taxes impayées atteint 75%. La municipalité doit donc recourir au Fonds de compensation
Municipale pour couvrir ses dépenses.
Le district de Comas produit 180 748 tonnes de déchets municipaux par an pour une
population de 568 540 habitants en 2014, soit 0,87 kg produit par jour et par habitant (MML,
2014). La production quotidienne est donc de 495 tonnes par jour, dont 381 tonnes de déchets
ménagers. D’après le Plan de Gestion des Déchets du district, ces déchets ménagers sont composés
de près de 53% de matières organiques, près de 25% de déchets inorganiques recyclables et donc
près de 22% de déchets non recyclables.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Classement antérieur en état d’urgence sanitaire
L’efficacité du service de collecte des déchets et de la gestion des déchets en général,
dépend pour beaucoup de la volonté politique. À Comas, la collecte des déchets fonctionnait
correctement jusqu’à la fin du mandat du maire, fin 2014.
Un des devoirs dictés aux municipalités provinciales par la Loi Générale des Déchets de
2000 est décrit dans l’article 10 tel que « Adopter les mesures nécessaires pour promouvoir la
création d’entreprises prestataires de service (…) et d’inciter et prioriser la prestation privée des
dits services ». Le service de gestion des déchets de la municipalité de Comas est en partie
privatisé comme préconisé. Il n’a pas été privatisé entièrement, mais par étape. D’abord,
seulement 25% de la collecte des déchets. En 2009, la collecte était déjà réalisée à 75% par un
prestataire privé. Aujourd’hui, les 80% de la collecte sont réalisés par un prestataire privé.
L’entreprise réalisait plus ou moins correctement la collecte des déchets, sans conflits majeurs,
mais avec une couverture du service stagnant à 96% des déchets produits. Les problèmes ont
commencé à l’approche de la fin du mandat du maire. D’après l’ONG Alternativa, sachant qu’il
n’allait pas se représenter, il ne réglait plus les prestataires. Que ces accusations soient des faits
avérés ou non, le résultat reste le même : l’entreprise privée a suspendu son service de collecte.
Photo 12 : Situation d'urgence sanitaire à Comas © Municipalité de Comas, 2015
La situation sanitaire de Comas s’est rapidement détériorée. Des décharges sauvages ont
commencé à apparaître sur tout le territoire districal. Le taux de taxes impayées a augmenté, les
citoyens mécontents du service municipal ne payant plus leurs taxes locales. Fin 2014, la Direction
Générale de Santé Environnementale du Ministère de la Santé a été obligée de classer le district
en état d’urgence sanitaire pour mauvaise gestion des déchets.
Ce cercle vicieux s’est prolongé jusqu’aux élections municipales et l’entrée du nouveau
maire. Ce nouveau maire s’est rapproché des districts de Carabayllo, d’Independencia et de
Chorrillos qui lui ont prêté des camions de collecte et des engins de chantier tels que des
tractopelles pour faire face à l’urgence sanitaire et évacuer les déchets accumulés.
Gestion des déchets en prestation mixte
La municipalité de Comas fournit le service de propreté de la voirie en régie et le service
de collecte des déchets en prestation mixte. Les déchets ne passent plus par un centre de transfert,
mais sont directement menés à leur site de traitement délégué à un privé.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
La municipalité districale de Comas réalise le service de propreté de la voirie en régie. Les
axes principaux sont balayés un jour sur deux, couvrant ainsi 55% de la voirie du district de
Comas. La municipalité emploie 10 balayeurs sous contrat fixe et 41 balayeurs avec un statut
CAS, soit un contrat de courte durée sans les avantages sociaux du contrat fixe. Sont ainsi
ramassées 9,80 tonnes par jour, soit 3 577 tonnes annuelles pour un coût annuel de 594 091
Nouveaux Soles (170 148€) en 2014, soit plus de 166 Nouveaux Soles (47,54€) la tonne.
Le service de collecte des déchets est réalisé à 20% en régie et à 80% par l’entreprise
privée Prisma SAC. La collecte est assurée tous les jours sur les avenues principales et un jour sur
deux dans le reste du district. Le prestataire réalise la collecte selon les modalités définies par le
gouvernement local, mais la municipalité n’effectue pas de contrôle. Par exemple, les camions de
collecte ont l’interdiction de récupérer les déchets en vue de leur revente, mais dans les faits cette
pratique est courante, ralentissant les camions dans leur collecte. Sur la Photo 13, des sacs et
cartons sont accrochés au camion de collecte pour y séparer les déchets recyclables. La
municipalité emploie 13 ripeurs et 7 chauffeurs avec un contrat fixe et 23 ripeurs et 11 chauffeurs
sous statut CAS. L’entreprise privée est rémunérée à la tonne collectée. Sont ainsi collectées sur
l’ensemble du district près de 169 624 tonnes par an pour un coût annuel de 7 045 494 Nouveaux
Soles (2 017 829€), soit plus de 41,5 Nouveaux Soles (12€) la tonne collectée.
Photo 13 : Camion de collecte des déchets et récupération informelle © M. Rateau, Comas, 2015
Une fois collectés, les déchets ne passent plus par un centre de transfert, l’ancien ayant été
fermé et le nouveau étant actuellement en construction. Les camions assurant la collecte se rendent
donc directement au centre d’enfouissement Modelo del Callao de l’entreprise Petramas SAC. Ce
centre d’enfouissement est le deuxième de l’entreprise à bruler les biogaz. Ce sont ainsi près de
466 tonnes par jour qui y sont enfouies, soit 170 090 tonnes par an. Le paiement de la prestation
se fait à la tonne enfouie, sachant que la tonne coûte 11 Nouveaux Soles (3,15€), le coût annuel
est donc de 1 870 990 Nouveaux Soles (535 852€).
Tableau 2 : Coût de la gestion des déchets municipaux à Comas en 2014
Coût unitaire Coût total
Sur l’année 2014 Tonnage
Nouveaux Soles Nouveaux Soles
Propreté de la voirie 166 594 091
3 577
en régie (47€) (170 148€)
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Collecte des déchets 41 7 045 494
169 624
en prestation mixte (12€) (2 017 829€)
Enfouissement par 11 1 870 990
170 090
un prestataire (3€) (535 852€)
55 9 510 571
Total 170 090
(16€) (2 722 895€)
Total hors propreté 53 8 916 480
166 513
de la voirie (15€) (2 552 805€)
Source : Municipalité de Comas (2014)
En 2015, une nouvelle entreprise a été désignée pour la collecte suite aux difficultés
rencontrées fin 2014 avant les élections municipales et pour passer à une collecte quotidienne. Le
contrat prévoit un coût de collecte à la tonne de 80 Nouveaux Soles (23€). Les dépenses
municipales vont donc sensiblement augmentées.
2.2. Divers partenariats pour la mise en place de la collecte sélective
Le PSF-RS municipale
La municipalité de Comas a mis en place un PSF-RS depuis 2011, dès la création de
l’objectif du Ministère de l’Environnement dans le Plan de subventions. Ce programme ne
s’appelle pas simplement programme de tri à la source et de collecte sélective, comme défini par
la loi, mais « Programme de formalisation des récupérateurs, de collecte sélective et d’éducation
environnementale aux déchets dans le district de Comas ».
Le PSF-RS de la municipalité de Comas s’oriente en faveur de la formalisation des
récupérateurs, de la collecte sélective et de l’éducation environnementale. Sa seule ordonnance
d’approbation, vaut également pour le programme de formalisation. Ces deux programmes
communément distincts dans les autres districts liméniens, forment ici un seul et même
programme. Ce programme a été développé en partenariat avec les associations de récupérateurs,
les associations d’acheteurs ainsi que l’ONG Alternativa lors des trois premières années.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 14 : Sensibilisation au recyclage en porte à porte © Municipalité de Comas, 2015
La municipalité se charge principalement de la sensibilisation en porte à porte pour inciter
les ménages à s’inscrire à son PSF-RS. Ce sont 12 zones des 14 que compte le district qui y
participent. Pour mener à bien ce programme, la municipalité emploie un responsable, 7
promoteurs environnementaux à plein temps et 10 étudiants également chargés de la
sensibilisation en porte à porte sur 6 mois. Les dépenses de main d’œuvre atteignent les 101 400
Nouveaux Soles (29 041€) sur l’année 2014. Parmi les autres frais, ont été achetés les uniformes,
les sacs poubelles verts, les bannières publicitaires des tricycles aux récupérateurs et le matériel
de sensibilisation. Le coût total sur l’année 2014 du PSF-RS est de 159 993 Nouveaux Soles
(45 822€) pour 298 tonnes collectées par les récupérateurs formalisés, soit 538 Nouveaux Soles
(154€) la tonne.
La dépense publique pour la mise en place de la collecte sélective et la formalisation des
acteurs informels s’élève à 159 993 Nouveaux Soles (45 822€) pour l’année 2014 d’après le PSF-
RS de Comas. Cette même année, la municipalité a reçu une subvention de 586 534 (167 983€)
Nouveaux Soles pour avoir atteint l’objectif du Ministère de l’Environnement du Plan de
subventions pour l’amélioration de la gestion et de la modernisation municipale, soit plus de trois
fois les dépenses pour le PSF-RS.
Partenariat avec l’ONG Alternativa
La municipalité districale de Comas a délégué durant les trois premières années de son
PSF-RS, la formation des récupérateurs et des acheteurs des déchets recyclables à l’ONG
Alternativa. Les manifestations et évènements de communication ont aussi été co-organisés par
ces deux institutions.
Alternativa est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) fondée en 1979 à Lima
qui œuvre pour le développement humain intégral et durable et pour encourager la démocratie
dans la province de Lima et dans tout le pays. En 2011, elle a démarré le projet « Recicla para la
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
vida » soit en français « Recycle pour la vie » financé par la Fondation Interaméricaine IAF8 dans
4 districts du Nord de Lima, dont Comas. Le district de Comas a été le premier territoire
d’intervention de « Recicla para la vida ».
L’ONG a réalisé l’étude technique préliminaire pour la mise en place de la collecte
sélective consistant à estimer le gisement de déchets recyclables produits par les ménages du
district, à recenser les récupérateurs pouvant être intéressés par la formalisation et à délimiter
progressivement les zones de collecte pour les récupérateurs. D’après son étude, un récupérateur
devrait couvrir une zone de 300 ménages en estimant que chaque famille donne l’équivalent de 3
Nouveaux Soles (0,86€) de déchets par mois et ainsi avoir un chiffre d’affaire de 900 Nouveaux
Soles (258€). L’ONG évalue une moyenne de dépense mensuelle de 150 Nouveaux Soles (43€).
Il reste donc au récupérateur pour vivre et faire vivre sa famille, 750 Nouveaux Soles (215€/mois),
soit le salaire minimum du Pérou. L’idéal est d’atteindre les 900 ménages par récupérateur.
À la suite de cette étude, la municipalité de Comas lance son PSF-RS et l’ONG forme les
récupérateurs candidats à la formalisation, les gérants des centres d’achat ainsi que les promoteurs
environnementaux. Elle assiste les récupérateurs dans leurs démarches administratives de
formalisation. Et pour aider la municipalité à inscrire suffisamment de ménages au PSF-RS,
Alternativa co-organise des manifestations comme des fêtes de quartiers en faveur du recyclage,
des campagnes de nettoyage des parcs, etc. Le budget du projet « Recicla para la vida » s’élevait
à peu près pour le seul district de Comas à 125 000 Nouveaux Soles (35 800€) provenant de la
Fondation Interaméricaine IAF.
Photo 15 : Fête de quartier co-organisée par la municipalité et l'ONG © Alternativa, Comas, 2012
L’ONG se positionne indirectement entre les associations de récupérateurs et d’acheteurs
et la municipalité, étant plus fréquemment en contact avec ces acteurs que la municipalité elle-
même. En effet, au-delà de les former et de les assister, elle propose également des prêts bancaires
via son service financier. Sans ces micro-crédits d’une valeur allant de 500 Nuevos Soles (143€)
à 1 200 Nuevos Soles (344€), il serait presque impossible pour un récupérateur d’obtenir un crédit
bancaire, le secteur bancaire n’accordant aucune confiance en leur capacité de remboursement.
Ces crédits aident pourtant à couvrir les premiers frais nécessaires à la formalisation et à la
8
IAF : Inter-American Fundation
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
réalisation d’un travail conforme à la loi, tant pour les associations de récupérateurs que pour les
acheteurs.
À travers le projet « Recicla para la vida », l’ONG Alternativa a accompagné la
municipalité durant les trois premières années du PSF-RS. Ce projet étant clôturé depuis fin 2014,
la formalisation de nouveaux récupérateurs risque d’être mise en péril si les agents municipaux
ne se chargent pas de leurs formations qui étaient auparavant assurées par l’ONG.
Collaboration avec les récupérateurs et les acheteurs de déchets recyclables
Pour mener à bien le PSF-RS, la municipalité collabore avec les récupérateurs et les
acheteurs qu’elle formalise. Cette relation est plus ancienne que la Loi du Recycleur de 2009,
mais celle-ci a permis l’officialisation et formalisation de la collaboration.
Précédemment à la Loi du Recycleur de 2009, il existait déjà une association de
récupérateurs dénommée Tambo Rio, ayant une autorisation verbale de la municipalité pour
travailler dans le district de Comas. Dans ce contexte, l’ONG Ciudad Saludable, avec l’objectif
de généraliser la formalisation des récupérateurs, s’est rapprochée de cette association pour leur
proposer de former une micro-entreprise formelle. En 2008 est née la micro-entreprise « Fuerza
emprendedora Lima Norte », « Force entreprenariale du nord de Lima », FELN. Cette micro-
entreprise n’existe plus aujourd’hui n’ayant pas réussi à être rentable et les récupérateurs l’ayant
créée ce sont, pour la plupart, retirés du recyclage formel sauf deux membres de l’association
Tambo Rio.
Aujourd’hui ce sont 4 associations de récupérateurs qui participent au PSF-RS :
Ambientales de Comas – ARAC, ARULN, Tambo Rio et Nueva Jerusalen pour un total de 17
récupérateurs. Participent également 2 associations d’acheteurs : ACOMET et AGIRSUC pour
32 commerçants dans la seule ACOMET. Une fois formalisés, les récupérateurs effectuent la
collecte sélective en uniforme selon les routes et horaires que la municipalité leur assigne. Ils se
rendent ainsi du lundi au samedi, de 7h30 à 14h aux 12 des 14 zones de Comas. Après triage par
matières, les déchets sont vendus aux acheteurs formalisés. Ces commerçants ont de bonnes
relations avec les récupérateurs, ayant suivi les mêmes formations et participé aux mêmes
évènements. Ils leurs achètent les déchets à un prix plus intéressant que les acheteurs informels.
Tout ce processus de collecte sélective et de commercialisation formelle ne coûte rien à la
municipalité, hormis le PSF-RS. Elle a fourni seulement les premiers sacs verts, le premier
uniforme et les banderoles à l’effigie du PSF-RS. Les récupérateurs s’achètent leur matériel de
travail et se financent grâce aux bénéfices tirés de la vente.
Photo 16 : Moto fourgon d'un récupérateur avec les banderoles du PSF-RS © M. Rateau, Comas, 2015
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Les 17 récupérateurs formalisés du district assurent la collecte sélective de plus de 29 000
foyers participants officiellement au PSF-RS, soit plus de 1 700 foyers dans la zone de collecte
sélective de chaque récupérateur. Assurer la collecte d’autant de ménages est impossible pour un
seul récupérateur. C’est pour cela que 23 récupérateurs suivent actuellement le processus de
formalisation pour que chaque récupérateur couvre une zone de 750 foyers par récupérateurs au
mois, comme le conseille l’étude de l’ONG Alternativa.
Participent au PSF-RS de Comas, 4 associations de récupérateurs et 2 associations
d’acheteurs. La formalisation n’en est qu’à ses débuts. Son impact est minime. Sur plus de 1 780
récupérateurs informels que compte le district (Ciudad Saludable, 2010), seulement 40 sont
formalisés ou en cours de formalisation, soit 2% des récupérateurs.
La difficile participation des ménages
La participation des ménages à la collecte sélective n’est pas obligatoire, mais volontaire.
La municipalité sensibilise en porte à porte pour les inciter à participer et réfléchit avec l’ONG
Alternativa à la mise en place de moyens incitatifs.
La campagne de sensibilisation réalisée par la municipalité est axée sur l’intérêt d’une
bonne gestion des déchets et du recyclage pour améliorer les conditions sanitaires,
environnementales et esthétiques du district de Comas. Elle présente également sa politique en
faveur de la formalisation et de l’intégration des récupérateurs pour que les ménages ne remettent
pas leurs déchets recyclables aux informels. Face à ce discours, les foyers acceptent de s’inscrire
au PSF-RS en donnant leur numéro de carte d’identité et en signant la fiche de recensement, sans
poser plus de questions.
Les récupérateurs de Comas couvriront chacun une zone théorique de 750 foyers. Dans les
faits, les récupérateurs collectent moins que prévu. Dans une journée de collecte, il n’est pas rare
qu’un récupérateur ne récupère qu’une trentaine de sacs contre 150 prévus. Lorsque les ménages
sont mécontents des services municipaux, ils refusent de remettre leurs déchets recyclables
pensant que le bénéfice de la vente revient à la municipalité. D’autres vont directement vendre les
déchets aux acheteurs informels, informés de leurs valeurs grâce au PSF-RS. Et pour la majorité,
trier et stocker ses déchets sur la semaine est un effort qui devrait être récompensé et, par
conséquent, ils se démotivent jusqu’à ne plus participer au programme.
Le retrait des foyers du PSF-RS n’apparait pas dans les chiffres officiels, la base de
données n’étant pas mise à jour mais seulement complétée chaque année pour atteindre l’objectif
du Ministère de l’Environnement. Cependant, la municipalité et l’ONG sont conscientes de ce
problème et réfléchissent à la mise en place de moyens incitatifs. Actuellement des négociations
avec les centres commerciaux locaux sont en cours pour mettre en place un partenariat. Les centres
commerciaux devraient ainsi financer en partie les uniformes et sacs verts de tri en tant que
sponsors et fournir des bons de réduction valables dans leur commerce. Ces bons de réductions
seraient remis par les récupérateurs aux ménages participants fidèlement à la collecte sélective.
Le ménage est un acteur clé dans la réussite de la mise en place de la collecte sélective. En
triant au mieux ses déchets, il a la possibilité de limiter en partie la présence des récupérateurs
informels, en diminuant la présence de déchets recyclables accessibles dans la rue.
2.3. Politique municipale en faveur de la formalisation de l’ensemble de la chaîne
du recyclage
Formalisation et intégration des récupérateurs à la gestion municipale
L’ordonnance municipale de Comas n° 365-MDC de 2012 approuvant le PSF-RS établit
les conditions de formalisation des récupérateurs ainsi que leurs obligations comme définies par
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
la Loi du Recycleur de 2009. Cette formalisation a modifié la vie professionnelle de récupérateurs
vers un travail plus ordonné et vers plus de reconnaissance sociale.
Une recycleuse du district de San Martin de Porres, voisin du district de Comas, résume
les raisons de sa formalisation ainsi : « Je me suis formalisée parce que la municipalité nous offrait
une opportunité pour que les ménages nous reconnaissent comme les personnes que nous sommes,
des travailleurs et pour qu’on n’ait plus cette peur que n’importe quel jour ils (la police
municipale) aillent faire une battue et nous confisquent le tricycle, tout ça.9 » (2014). De
nombreux récupérateurs se formalisent pour ne plus souffrir de la marginalisation dont ils sont
victimes et ne plus avoir à craindre la police municipale qui lors de descentes de police leur
confisquait leurs tricycles en plus de leur affliger une amende. D’autres, se formalisent pour
obtenir un « vrai travail », le recyclage informel n’étant pas vu comme un emploi. Leur activité
est réglementée, ordonnée et plus propre. Ce changement est perçu comme positif.
Le récupérateur se rend dans sa zone de collecte en uniforme selon les horaires qui lui sont
imposés, mais il lui faut s’adapter aux réalités du terrain. Comme il s’agit d’une collecte en porte
à porte, très souvent les personnes ne sont pas chez elles, et le récupérateur doit repasser. Son
travail ne se limite pas à cette seule collecte. Plusieurs d’entre eux offrent des services
complémentaires aux ménages pour les fidéliser. Par exemple, ils nettoient les devants de porte
ou s’occupent de leurs jardins. L’ONG Alternativa remettait aux récupérateurs des calendriers à
offrir aux foyers, certains ont donc gardé cette habitude. Cette initiative reste individuelle, alors
qu’ils pourraient réaliser des achats groupés grâce à leur association.
Comme conditions à leur intégration au PSF-RS les récupérateurs doivent suivre le
processus de formalisation décrit précédemment et donc s’organiser en associations. L’association
Ambientales de Comas – ARAC rassemble 5 membres ; ARULN, 4 membres ; Tambo Rio, 2
membres et Nueva Jerusalen, 6 membres. Chaque association est constituée de peu de membres.
Malgré une apparente bonne entente, les récupérateurs n’ont pas réussi à mettre en place une
logique professionnelle collective au sein de leurs associations. Ils pourraient acheter les sacs verts
de tri ainsi que leurs uniformes en grandes quantités, mais ne s’organisent pas pour cela. Le
recyclage informel est une activité très concurrentielle qui impose une logique individuelle
difficile à oublier. Même s’ils ne réalisent pas leurs achats ou vente en commun, l’association leur
fournit certains avantages. Par exemple, lorsqu’un membre est malade, il s’arrange avec ses
collègues pour que la collecte soit réalisée et ne pas perdre la confiance des foyers de sa zone.
Aussi, grâce à la représentativité et à la force du groupe, les demandes ou plaintes des
récupérateurs face à la municipalité ont plus de poids.
Les récupérateurs sont formalisés depuis peu et sont en train d’apprendre à travailler
collectivement. Au fur et à mesure de l’extension du PSF-RS les associations de récupérateurs
vont devoir intégrer de nouveaux membres et structurer leur fonctionnement interne pour éviter
les tensions entre membres et renforcer leur efficacité professionnelle.
Formalisation et reconnaissance des acheteurs de déchets recyclables
La Loi du Recycleur de 2009 se dit en faveur de la formalisation et de l’intégration des
acteurs informels du recyclage. L’ordonnance n° 365-MDC de la municipalité de Comas complète
les dispositions de la loi en proposant un cadre légal pour la formalisation des acheteurs.
La Loi Générale des Déchets de 2000 impose aux entreprises commercialisant les déchets
d’obtenir le statut d’EC-RS pour être formelles. La majorité des acheteurs ne remplissent pas les
9
Version originale: “Yo me formalizé porque la municipalidad nos dio una oportunidad para que los vecinos nos
reconozcan como personas que somos trabajadores y para que no tengamos ese miedo de cualquier día van a hacer
una batida y nos van a quitar el triciclo, todo eso.”
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
conditions pour obtenir ce statut (Ciudad Saludable, 2010). L’ordonnance municipale de Comas
reprend ce statut d’EC-RS en incluant au PSF-RS, un registre municipal des entreprises EC-RS
commercialisant les déchets. Cependant, elle crée une nouvelle catégorie d’acteurs non encadrée
par la Loi Générale des Déchets : les entrepôts périphériques de récupération, de recyclage et de
commercialisation des déchets recyclables. La municipalité de Comas n’appréhende pas la
thématique du recyclage par la seule collecte sélective, mais s’intéresse également à l’étape de la
commercialisation pour construire une chaîne du recyclage entièrement formelle.
Photo 17 : Respect des normes de sécurité pour la formalisation des acheteurs © M. Rateau, Comas, 2015
Le local des entrepôts périphériques ne doit pas être situé seulement dans une zone
industrielle comme c’est le cas pour les EC-RS, mais peut l’être dans une zone commerciale ou
semi-industrielle à plus de 300m des établissements scolaires, hospitaliers et publics. La superficie
minimum doit être de 200m² et non de 1.000m² comme en vigueur pour les EC-RS. Chaque local
doit être identifiable depuis l’extérieur et respecter les normes de sécurité, comme une trousse de
premiers secours, un extincteur, une lumière de secours sur batterie visible sur la Photo 17. Les
gérants des centres d’achat suivent le même processus de formation et formalisation que les
récupérateurs à la différence que leur autorisation de fonctionnement est de 6 mois puis 1 an
renouvelable et qu’ils paient des impôts sur le revenu de leur activité. Lors de leur formation,
l’ONG leur a enseigné à organiser leurs locaux en fonction du poids des matériaux recyclables, à
protéger leur santé, les règles de premiers secours, l’importance d’une bonne gestion comptable,
etc.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 18 : Identification extérieure d'un acheteur de déchets recyclables © M. Rateau, Comas, 2015
Ce sont plus de 32 acheteurs qui sont formalisés et intégrés au PSF-RS pour seulement 17
récupérateurs actuellement formels. Les principaux fournisseurs des acheteurs ne sont donc pas
les récupérateurs formels. Un gérant explique qu’il achète à seulement 5 récupérateurs formels, 1
informel et principalement aux commerces de proximité. Il refuse d’acheter aux ripeurs des
camions de collecte expliquant que leurs déchets sont sales et difficile à revendre à un bon prix.
Les acheteurs formels proposent des avantages aux récupérateurs formels. Ce même gérant peut
se rendre directement chez le récupérateur formel pour lui acheter ses déchets au prix du marché.
Et si la vente se fait au local, le prix est plus avantageux. Quant à ces acheteurs, il évoque ses
doutes quant à leur formalité, mais qu’il traite seulement avec ceux enregistrés aux registres
publics pour respecter l’ordonnance municipale. En effet, la licence de fonctionnement étant
temporaire, les acheteurs s’assurent de respecter au mieux les directives de l’ordonnance.
La formalisation permet aux acheteurs de travailler sereinement sans avoir à craindre une
fermeture de leur local par la municipalité. Les camions municipaux de collecte des déchets
acceptent depuis cette formalisation de ramasser leurs déchets issus des refus de tri évitant ainsi
le risque qu’ils terminent dans une décharge sauvage.
Construction d’un centre privé de transfert, de tri et de commercialisation des déchets soutenu
par la municipalité
La municipalité de Comas, souhaitant diminuer le coût du transport et contrôler
l’intégralité de la chaine de valorisation des déchets, soutient la création d’un centre privé de
transfert, de tri et de commercialisation des déchets. Ce centre ne sera pas le premier que la gestion
municipale expérimente, mais devrait être le premier formel.
Transférer les déchets des camions de collecte aux camions bennes n’est pas une
nouveauté pour la municipalité de Comas. Cette opération était effectuée par le passé dans un
centre de transfert géré par la municipalité mais tout à fait informel. Ce centre était construit sur
le terrain d’un particulier qui recevait en échange une partie des déchets pour alimenter un
commerce de déchets illégal (M. Durand, 2010). Cette installation permettait de diminuer le coût
de transfert et de diminuer les quantités de déchets destinés à l’enfouissement, grâce au recyclage.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Le centre fut fermé pour cause de mauvaise gestion sous le maire suivant, suite à des protestations
citoyennes. L’ONG Alternativa explique que ce centre appartenait à un proche d’un membre du
conseil municipal de l’ancienne gestion politique. Cette gestion politique a repris la municipalité
de Comas fin 2014 et donc un nouveau centre de transfert est en construction également par un
proche d’un membre du conseil municipal.
Ce site recevra les camions de collecte des déchets municipaux de Comas qui videront leur
contenu sur des tapis roulants. Des opérateurs trieront les ordures ménagères brutes pour récupérer
les déchets recyclables. La partie non recyclable sera transférée dans les camions bennes se
rendant au centre d’enfouissement. L’ONG Alternativa soutenant les récupérateurs et acheteurs a
fait part de ses craintes concernant la fin de leur participation au PSF-RS suite à la mise en fonction
de ce site. La première offre de la municipalité proposait que les récupérateurs aillent vendre
directement à ce centre. Dans ce schéma, les acheteurs étaient appelés à disparaitre du système
formel, leurs licences de fonctionnement étant temporaires.
Photo 19 : Le centre de transfert, de tri et de commercialisation en construction © M. Rateau, Comas, 2015
Suite à de nombreuses négociations, un compromis a été trouvé. L’ONG a défendu les
acheteurs en expliquant que les récupérateurs n’étaient pas disposés à traverser tout le district pour
revendre leurs déchets alors que ces centres sont présents sur tout le territoire. Ce centre de tri et
de transfert des déchets aura finalement également le statut d’entreprise de commercialisation
(grossiste) des déchets et achètera directement aux centres d’achat formels et non aux
récupérateurs.
Avec la construction de ce centre privé, la municipalité de Comas va réussir à créer toute
une chaîne formelle de collecte et de commercialisation des déchets. Pour cela, il faudra que
l’entreprise fasse sa demande d’inscription au registre des EC-RS de la DIGESA du Ministère de
la Santé.
2.4. Principe de proximité à Comas
Dans le district de Comas, la mise en place de la collecte sélective passe par l’intégration
de multiples récupérateurs et acheteurs, acteurs locaux du recyclage. Le projet de construction du
nouveau centre de transfert et de tri a failli mettre en péril ce principe de proximité.
La spatialisation de la gestion des déchets municipaux et des déchets recyclables de Comas
est reprise par la Carte 7. Les déchets ménagers et assimilés sont collectés par les camions de
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
collecte qui se rendent directement au centre d’enfouissement Modelo del Callao de l’entreprise
Petramas, se trouvant dans la province voisine de Callao. Ces déchets parcourent en moyenne 12
km. Quant aux déchets recyclables, ils sont collectés par 17 récupérateurs formalisés répartis sur
tout le territoire. Une fois collectés, ils seront triés par le récupérateur et vendus à l’acheteur de
déchets recyclables formel le plus proche. À partir de ce centre, les déchets suivent des parcours
distincts en fonction du type de matériel. Dans cet exemple, est cartographié le trajet d’un déchet
de type plastique PET. L’acheteur Cesitar de l’association ACOMET va revendre ce plastique
PET au grossiste Congesa se trouvant dans le district de Carabayllo. Puis, ils seront enfin revendus
à l’entreprise de transformation et d’exportation, l’entreprise Carvajal se trouvant dans la province
de Callao. Cette entreprise transforme une partie du plastique PET en emballages alimentaires et
exporte une autre partie vers la Chine. De l’acheteur, jusqu’à cette entreprise, les déchets de
plastique PET parcourent 22 km.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Carte 7 : Spatialisation de la gestion des déchets à Comas
Cette gestion de proximité des déchets recyclables a failli disparaitre avec la création du
centre de transfert et de tri. Le projet initial était que ce centre achète également les déchets
directement aux récupérateurs, assurant ainsi la fin des acheteurs formels. Or, transporter les
déchets du site de collecte jusqu’au site de leur commercialisation demande du temps et de
l’argent. Les récupérateurs formels n’ont pas accepté une telle dépense et préfèrent vendre aux
acheteurs les plus proches. Ce sont ces centres qui vendront au nouveau centre de transfert et de
tri qui aura donc également le statut d’entreprise de commercialisation (grossiste).
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Ce respect du principe de proximité pour des raisons essentiellement économiques n’est
pas précisé dans la législation péruvienne alors qu’il est pourtant repris dans le droit européen et
français. Au niveau européen, la directive déchets 2008/98/CE explique dans son article 16 intitulé
« Principe d’autosuffisance et de proximité » que le traitement des déchets, à savoir leur
élimination ou valorisation, doit se faire dans les sites les plus proches spatialement. Le droit
français reprend cette notion de proximité dans le code de l’environnement, en définissant un des
principes de la gestion des déchets comme « d'organiser le transport des déchets et de le limiter
en distance et en volume ».
Cette proximité permet aux producteurs de déchets de garder socialement leur
responsabilité sur ses déchets. Bien que le droit péruvien désigne le producteur du déchet comme
responsable de sa bonne gestion, une fois que celui-ci est suffisamment éloigné, le producteur a
tendance à l’oublier. Également, la représentation négative du déchet entraine un syndrome dit
NIMBY10 d’autant plus violent lorsque le déchet n’est pas celui produit localement. Ce
phénomène NIMBY peut s’opposer par exemple à la construction d’une installation de tri des
déchets recyclables qui pour être rentable importe des déchets. Les centres commerciaux de
proximité peuvent être une solution face à cette opposition citoyenne. En effet, ils concentrent
moins de quantités de déchets, n’importent pas de déchets par poids lourds et savent « se fondre
dans le décor », d’après le gérant de l’acheteur Cesitar de Comas.
La gestion des déchets municipaux de Comas reste à une échelle locale grâce à la proximité
du centre d’enfouissement et à un réseau local de récupérateurs et d’acheteurs formels.
3. Remaniement des politiques de gestion des déchets à
Villa Maria del Triunfo
3.1. La gestion des déchets ménagers et assimilés
Un district de niveau socio-économique pauvre aux déchets principalement organiques
Le district de Villa Maria del Triunfo s’étend sur 71 km² et son altitude se situe entre 200
et 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer. La construction des quartiers populaires aujourd’hui
consolidés, s’est faite sur les flancs de montagnes. À la différence du district de Comas, la pression
démographique n’y est pas aussi importante et les autorités locales empêchent toutes nouvelles
constructions sur ces terrains.
D’après l’institut Apoyo de 2005, Villa Maria del Triunfo est de niveau socio-économique
pauvre. En effet, la pauvreté y est bien plus importante que dans le reste de la province de Lima.
C’est 27,1% de la population qui y vit en situation de pauvreté, dont 1,6% en extrême pauvreté,
alors que la moyenne de la province de Lima est de 17,5% de pauvreté dont 0,8% d’extrême
pauvreté.
Le district de Villa Maria del Triunfo produit 125 542 tonnes de déchets municipaux par
an pour une population de 464 176 habitants en 2014, soit 0,74 kg produit par jour et par habitant
(MML, 2014). La production quotidienne est donc de 344 tonnes, dont 265 tonnes de déchets
ménagers. D’après le Plan de Gestion des Déchets du district, ces déchets ménagers sont composés
de près de 56% de matières organiques, près de 18% de déchets inorganiques recyclables et donc
10
NIMBY : soit « Not In My Back Yard » ou en français « Pas dans mon arrière-cour » qui décrit l’opposition de
résidents à un projet local
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
54
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
près de 26% de déchets non recyclables. Ce district se démarque des districts précédemment
étudiés par sa faible production de déchets et la part importante des déchets organiques.
Une gestion des déchets défaillante en prestation mixte
La municipalité de Villa Maria del Triunfo fournit le service de propreté de la voirie en
régie et le service de collecte des déchets en prestation mixte. Les étapes de transfert et de
traitement sont déléguées à des prestataires privés.
La municipalité districale de Villa Maria del Triunfo réalise le service de propreté de la
voirie en régie. Les huit avenues principales sont balayées quotidiennement et les six autres axes
majeurs, deux fois par semaine. Le service couvre ainsi 30% de la voirie du district (MML, 2014).
La municipalité emploie 55 balayeurs avec un contrat CAS, soit un contrat de courte durée sans
les avantages sociaux du contrat fixe. Sont ainsi ramassées 5,81 tonnes par jour, soit 2 121 tonnes
annuelles pour un coût annuel de 684 135 Nouveaux Soles (195 799€) en 2013, soit plus de 322
Nouveaux Soles (92€) la tonne.
Tableau 3 : Coût de la gestion des déchets municipaux à Villa Maria del Triunfo en 2013
Coût unitaire Coût total
Sur l’année 2013 Tonnage
(Nouveaux Soles) (Nouveaux Soles)
Propreté de la voirie 322 684 135
2 120,65
en régie (92€) (195 799€)
Collecte des déchets 42 3 698 430
88 400
en prestation mixte (12€) (1 058 491€)
Transfert et 29 2 823 017
96 973,2
enfouissement privés (8,30€) (807 947€)
74 7 205 581
Total 96 973,2
(21€) (2 062 971€)
Total hors propreté 69 6 521 446
94 852,55
de la voirie (20€) (1 867 103€)
Source : Municipalité de Villa Maria del Triunfo (2013)
Le service de collecte des déchets est réalisé en régie dans 3 zones et par le prestataire
privé Diestra dans les 4 autres zones que compte le district. La collecte est assurée tous les jours,
même les jours fériés. La municipalité emploie 50 chauffeurs, dont 15 avec un contrat fixe et 35
de statut CAS ; et 108 ripeurs dont 20 avec un contrat fixe et 88 sous statut CAS. Le coût total du
service de collecte des déchets en 2013 est de 3 698 430 Nouveaux Soles (1 058 491€) pour une
collecte annuelle de 88 400 tonnes, soit une dépense de près de 42 Nouveaux Soles (12€) la tonne
collectée. Une fois la collecte assurée, les camions se rendent au centre de transfert de l’entreprise
Arguelles. Puis les camions bennes amènent les déchets à leur destination finale, le centre
d’enfouissement Portillo Grande de l’entreprise Relima. Sont transférées et enfouies 96 973
tonnes par an pour un coût annuel de 2 823 017 Nouveaux Soles (807 947€), soit plus de 29
Nouveaux Soles (8,30€) par tonne.
Ce système de gestion des déchets a fonctionné jusqu’aux élections de fin 2014 et à
l’élection d’un nouveau parti politique. La collecte n’atteignait officiellement que 70%, de
couverture mais d’après un ingénieur de la municipalité, la réalité est plus proche de 60%. De
plus, 40% des déchets collectés provenaient des points d’accumulation temporaires (cf. Photo 20).
D’après l’ingénieur municipal, ces déchets proviennent de près de 350 quartiers précaires formels
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
55
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
des flancs de montagnes où les camions ne peuvent se rendre. La difficulté d’accès due au relief
n’est pas la seule difficulté que rencontre le service municipal de gestion des déchets. Le taux de
taxes locales non payées pèse lourd, atteignant les 80%. Cette situation critique a conduit le
Ministère de la Santé à classer le district en état d’urgence sanitaire fin 2014.
Photo 20 : Un des nombreux points d'accumulation de déchets du district © M. Rateau, Villa Maria del
Triunfo, 2015
Vers la fin de la privatisation du service
Pour faire face à la situation d’urgence sanitaire, la nouvelle gestion politique a délégué la
totalité du service de collecte à un prestataire privé pour par la suite passer à un service
exclusivement en régie.
La municipalité de Villa Maria del Triunfo a rompu son contrat qui l’unissait au prestataire
privé de collecte des déchets, début 2015. Un nouveau prestataire, l’entreprise Mega Pack a été
choisi dans l’urgence pour assurer le service de collecte le temps pour la municipalité d’acquérir
de nouveaux camions et d’embaucher de nouveaux salariés. Ce contrat s’élève à 75 Nouveaux
Soles par tonne collectée, transférée et enfouie.
Cette délégation totale du service de gestion des déchets à une entreprise privée est
temporaire. La municipalité compte fournir le service de collecte en régie. Pour cela, elle a acheté
en juillet 2015, 10 camions de collecte pour un montant de 3 128 890 Nouveaux Soles (895 488€).
Le maire affirme11 que 10 autres camions seront achetés en août. Ces camions ne pourront assurer
la collecte des quartiers construits sur les flancs de collines, l’ingénieur responsable de la gestion
des déchets explique que des moto-fourgons devront également être achetés pour atteindre ces
parties du district.
11
[Link] (page consultée en août 2015)
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
56
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 21 : Présentation officielle des nouveaux camions de collecte © Municipalité de Villa Maria del
Triunfo, 2015
Le transfert des déchets du camion de collecte au camion benne est une étape essentielle
pour minimiser les dépenses de transport. Cette étape devrait également faire l’objet d’une dé-
privatisation, soit un retour en régie. Pour ce faire, la municipalité est en train de remettre en
service deux camions bennes et entame des négociations avec l’Union Nationale des Cimentiers
(UNACEM) présente sur son territoire de juridiction pour qu’elle lui mette à disposition un terrain
où construire un centre de transfert.
Le modèle de gestion des déchets de Villa Maria del Triunfo suit une logique de dé-
privatisation alors que la Loi Générale des Déchets de 2000 priorise la prestation privée des
services.
3.2. Un PSF-RS en perte de vitesse
Le PSF-RS municipal en faveur de l’intégration des récupérateurs
La municipalité a mis en place un PSF-RS depuis 2012 en partenariat avec l’ONG Ciudad
Saludable et les récupérateurs. La municipalité se charge principalement de la sensibilisation en
porte à porte pour qu’ensuite les récupérateurs assurent la collecte sélective.
Le PSF-RS de Villa Maria del Triunfo a été approuvé par le décret du maire n°002-
2014/MVMT le 15 avril 2014. Choisir de l’approuver par décret signé par le seul maire plutôt que
par ordonnance municipale permet à cette municipalité d’ajuster chaque année son programme à
l’objectif de recyclage du Plan de Subvention. Ainsi, le PSF-RS de l’année 2014, se dénomme
« Programme de tri et de collecte sélective des déchets ménagers auprès de 25% des foyers urbains
du district de Villa Maria del Triunfo ».
Ce sont 3 des 7 zones que compte le district qui participent au PSF-RS. Pour mener à bien
ce programme, la municipalité emploie un responsable du programme et 10 étudiants chargés de
la sensibilisation en porte à porte sur 10 mois. Les dépenses en main d’œuvre s’élèvent à 90 000
Nouveaux Soles (25 758 €) sur l’année 2014 (MVMT, 2014). Les autres frais sont dus à l’achat
de matériel de sensibilisation, des uniformes et équipements de sécurité des récupérateurs, du
matériel de bureau et les sacs jaunes du tri sélectif. Le coût total sur l’année 2014 du PSF-RS est
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
57
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
de 208 796 Nouveaux Soles (59 757€) pour 51 tonnes collectées par les récupérateurs formalisés,
soit 4 065 Nouveaux Soles (1 163 €) par tonne.
Les résultats de ce PSF-RS ne sont pas ceux espérés. Non seulement, les tonnages annuels
sont faibles, mais le nombre de récupérateurs assurant la collecte sélective reste marginal. Sur les
13 membres de l’association, seulement 8 participent activement au PSF-RS.
Partenariat avec l’ONG Ciudad Saludable et l’UNACEM
L’ONG Ciudad Saludable a commencé en 2012 son projet « Pro-Reciclador » dans le sud
et l’ouest de Lima. Ce projet concerne les districts de Villa el Salvador, San Juan de Miraflores,
Villa Maria del Triunfo, Chorrillos, Barranco et Miraflores. Il est financé non pas par ces districts,
mais par l’UNACEM.
Le projet « Pro-Récupérateur » que Ciudad Saludable a implanté à Villa Maria del Triunfo
en partenariat avec la municipalité, est un modèle de mise en place du PSF-RS distinct de celui
de l’ONG Alternativa. Les récupérateurs sont formalisés et intégrés au PSF-RS pour assurer la
collecte sélective des ménages ainsi que des commerces et autres producteurs de déchets assimilés
aux déchets ménagers. En échange de leur participation au PSF-RS, la municipalité leur remet un
bon de réduction valable sur les taxes locales. Le « bono verde » équivaut à une remise de 10%
sur ces taxes. L’ONG implante ce modèle et forme les récupérateurs.
Une partie de l’uniforme des récupérateurs, des sacs jaunes de tri et du matériel de
sensibilisation, ainsi que le projet « Pro-Récupérateur » n’est pas financé directement par l’ONG
mais par l’UNACEM. L’union des cimentiers dispose d’un programme de responsabilité socio-
environnementale pour investir dans des projets socio-environnementaux et ainsi être certifiée.
Grâce à son investissement dans le projet « Pro-Récupérateur », elle a notamment reçu la
certification nationale GALS, Gestión ambiental Local para el Desarrollo Sostenible, soit Gestion
environnementale locale pour un développement durable.
De 2012 à fin 2014, date des élections municipales, le PSF-RS de Villa Maria del Triunfo
a fonctionné en partenariat avec l’ONG et l’UNACEM. Malheureusement, le bon de réduction
n’a jamais été suivi de la remise promise sur les taxes locales et les ménages, commerces et
institutions ont peu à peu abandonné la collecte sélective et une partie des récupérateurs s’est
également retirée.
Intégration des récupérateurs informels
Les récupérateurs formels de Villa Maria del Triunfo sont chargés de la collecte sélective
au sein du PSF-RS. L’ordonnance n°155/MVMT de 2012 définit les conditions de leur
formalisation.
Sur les six associations qui existaient dans le district en 2010 lors du recensement
précédant la rédaction de l’ordonnance, seule une association participe au PSF-RS. Les 10
membres de l’association Las Palmeras, doivent, d’après l’ordonnance de 2012, réaliser la
collecte sélective en porte à porte une fois par semaine dans leurs zones attribuées en remettant
un sac de tri jaune en retour. Ils se rendent à leur zone en uniforme, financé à 70% par l’UNACEM
et 30% par le récupérateur, en tricycle ou moto-fourgon. Sur la Photo 22, on peut voir un
récupérateur de Las Palmeras en uniforme avec sa moto aux couleurs de l’association. Une fois
collectés, les déchets recyclables sont stockés dans un local de l’association que la municipalité
leur met à disposition gratuitement, avant d’être vendus à un acheteur de déchets recyclables.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
58
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 22 : Récupérateur de l'association Las Palmeras © M. Rateau, Villa Maria del Triunfo, 2015
D’après le dernier PSF-RS de 2014, les 10 récupérateurs du district couvrent une zone de
22 120 foyers, soit plus de 2 212 par récupérateur. Assurer la collecte d’autant de ménages est
impossible, d’autant plus que les commerces et institutions ne sont pas comptabilisés. Au regard
du faible tonnage de déchets recyclables récupérés par l’association, seulement 51 tonnes par an,
il semble peu probable que l’ensemble des foyers inscrits au PSF-RS participent dans les faits.
Pour mener à bien le PSF-RS, la municipalité devrait formaliser de nouveaux
récupérateurs. Sur plus de 1 230 récupérateurs informels que compte le district (Ciudad Saludable,
2010), seulement 10 sont formalisés…
3.3. Remaniement de la politique d’application du PSF-RS
Nouveau maire et nouvelle ordonnance d’application du PSF-RS
Le PSF-RS de la municipalité de Villa Maria del Triunfo n’a atteint que partiellement les
objectifs du MINAM. Pour remédier à ce problème et inciter de nouveau les foyers, les
commerçants et les récupérateurs à participer activement à la collecte sélective, la gestion
politique entrante a choisi d’adopter une nouvelle ordonnance.
L’ordonnance municipale n°191-MVMT de 2015 approuve le nouveau PSF-RS du
district. Cette ordonnance fait également évoluer le « bon vert » en « bon écologique de Villa
Maria del Triunfo » qui n’est plus un remise de 10% mais de 20%. L’idée est de compenser les
années précédentes de l’ancien bon vert jamais appliqué. Dans l’ordonnance il est détaillé que
cette incitation financière a non seulement l’objectif d’inciter les producteurs de déchets
recyclables à les remettre aux récupérateurs, mais cherche également à motiver de nouvelles
association de récupérateurs à participer au PSF-RS.
L’ordonnance fixe également des sanctions contre les « pollueurs ». Il s’agit d’amendes
environnementales contre les personnes morales et les personnes physiques ne gérant pas
correctement leurs déchets, par exemple, qui ne respectent pas l’interdiction de remettre leurs
déchets aux récupérateurs informels.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Vers un renforcement de la coopération avec les récupérateurs formels
La municipalité districale de Villa Maria del Triunfo doit faire face à des désistements des
récupérateurs. En 2015, l’association Las Palmeras compte 16 membres, mais seulement 8
participent au PSF-RS.
Une des raisons pour laquelle les foyers et commerces ont arrêté de remettre leurs déchets
aux récupérateurs est due au précédent « bon vert » jamais appliqué. Ces personnes mécontentes
ont abandonné le programme et ont accusé les récupérateurs de ne pas effectuer correctement leur
travail, de ne pas signaler leur participation à la municipalité et que c’était par conséquence de la
faute du récupérateur que la réduction des taxes locales ne leur a jamais été accordé. Les
récupérateurs ont pour cela abandonné le programme. Malgré l’adoption d’une nouvelle
ordonnance, ni les foyers et commerces, ni les récupérateurs ne font confiance en la nouvelle
équipe municipale.
Photo 23 : Promoteurs environnementaux participant à la collecte sélective © M. Rateau, Villa Maria del
Triunfo, 2015
La municipalité a donc repris la campagne de sensibilisation et l’inscription des
participants depuis le début, sans prendre en compte les précédents recensements. Elle a
également décidé que ses promoteurs environnementaux accompagneraient les récupérateurs sur
le terrain lors des premiers mois de collecte (cf. Photo 23). L’objectif est de démontrer que le
récupérateur est appuyé par la municipalité, mais surtout de défendre la nouvelle politique de
valorisation des déchets. Les promoteurs environnementaux frappent de porte à porte, comme le
récupérateur, pour collecter les sacs jaunes de tri. Les foyers, commerces et autres institutions
participants sont identifiés par un autocollant sur leur porte. Pour ceux remettant leurs sacs chaque
semaine, le récupérateur donnera leurs coordonnées pour qu’ils bénéficient du bon de réduction.
À long terme, les acheteurs devraient être intégrés au PSF-RS. Cette année, la politique a
pour vocation la consolidation du programme en formalisant de nouveaux récupérateurs et en
inscrivant de nouveaux foyers et commerces, mais par la suite, l’étape de la commercialisation
sera prise en compte dans le futur PSF-RS.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
60
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
3.4. Un district proche des installations de gestion et de valorisation des déchets
Le district de Villa Maria del Triunfo se trouve dans le Sud de la province de Lima, à la
périphérie du centre urbain, tout comme les installations de gestion et de valorisation des déchets.
Ce qui explique le peu de distance parcourue par les déchets issus du tri sélectif et les ordures
ménagères résiduelles.
Carte 8 : Spatialisation de la gestion des déchets à Villa Maria del Triunfo
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
61
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
La spatialisation de la gestion des déchets municipaux et des déchets recyclables de Villa
Maria del Triunfo reprise par la Carte 8 correspond à l’année 2014. Les déchets ménagers et
assimilés sont collectés par les camions de collecte municipaux et du prestataire privé qui se
rendent au centre de transfert se trouvant dans le district voisin de Villa el Salvador. De là,
repartent les camions bennes jusqu’au site d’enfouissement Portillo Grande à Lurin. Les déchets
ménagers et assimilés parcourent ainsi une distance de 34 km. La situation périphérique du district
de Villa Maria del Triunfo par rapport au centre urbain de la métropole s’avère être une situation
centrale pour la gestion des déchets.
Les déchets recyclables sont collectés par les 10 récupérateurs formels du district. Une fois
collectés et triés, ils seront revendus au premier intermédiaire le plus proche, un acheteur des
déchets se trouvant dans la zone de la Tablada de Lurin, dans le Sud de Villa Maria del Triunfo.
Rappelons qu’à partir de ce centre, les déchets suivent des parcours distincts en fonction du type
de matériau. Dans cet exemple, est cartographié le trajet d’un déchet métallique. L’acheteur de la
Tablada de Lurin va revendre ce déchet métallique au grossiste Benites se trouvant dans le district
de Villa el Salvador. Puis, il sera revendu à l’entreprise d’exportation Reprocesa qui le
conditionnera pour l’exporter vers la Chine. De l’acheteur de déchets recyclables, jusqu’à cette
entreprise, les déchets métalliques parcourent 10km.
La gestion des déchets municipaux et des déchets recyclables passe par de nombreuses
étapes. Les déchets municipaux, comme pour le district de Santiago de Surco, passent par un
centre de transfert avant d’arriver à leur site de disposition finale. Quant aux déchets recyclables,
ils suivent les mêmes étapes qu’à Comas, d’abord collectés par les récupérateurs formalisés, ils
passent par deux intermédiaires avant d’arriver à l’entreprise d’exportation. Malgré cette
multiplication d’acteurs et d’étapes, la spatialisation de la gestion des déchets à Villa Maria del
Triunfo reste à une échelle locale.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
62
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Partie 3. Les innovations de gestion des déchets
Dans la partie précédente, ont été décrits les différents modèles de gestion des déchets
municipaux et des déchets recyclables de trois districts liméniens. Cette troisième et dernière
partie cherche à comprendre si ces modèles peuvent être une solution pour atteindre un certain
degré d’intégration entre les différentes pratiques et pour aller vers la généralisation d’innovations
techniques, sociales et organisationnelles. Nous nous intéresserons notamment à l’impact
économique de l’intégration des acteurs informels sur la gestion municipale, les répercussions en
termes d’amélioration du service et la pérennité des filières de valorisation des déchets structurées
par ces modèles.
1. Intégration du secteur informel via le PSF-RS
1.1. Le secteur informel de la gestion des déchets
Les acteurs de la chaîne du recyclage
Les PSF-RS impactent seulement l’activité des récupérateurs et plus rarement les
acheteurs des déchets. Les politiques locales influencent faiblement les grandes industries de
recyclage et les entreprises d’exportation qui ont une activité bien plus internationalisée.
Schéma 5: Les acteurs du recyclage au Pérou
À la base de la pyramide des acteurs du recyclage, comme nous l’avons déjà vu
précédemment, se trouvent les récupérateurs. D’après les estimations de l’ONG Ciudad
Saludable, ce sont 108 594 récupérateurs qui travaillent au Pérou. Ces récupérateurs vont vendre
les déchets recyclables à 13 002 acheteurs ou centros de acopio rarement formels. Les déchets y
sont stockés par type de matériau recyclable puis revendus à différents grossistes spécialisés par
grands types de matériau. Ces dernières donnent une valeur ajoutée aux déchets, par exemple en
pressant les déchets ou en les broyant. Il y a 2 023 de ces grossistes au Pérou (Ciudad Saludable,
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
63
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
2010). Au sommet de la pyramide se trouvent 62 industries de transformation et 78 entreprises
exportatrices, toutes formelles.
La majorité des déchets entrant dans le circuit de valorisation est recyclée par l’industrie
locale, soit 80% d’après l’ONG Ciudad Saludable. Les 20% restants sont destinés à la
commercialisation vers des marchés étrangers, principalement asiatiques.
Il y a de nombreuses industries de recyclage des plastiques, des papiers, des cartons, des
métaux et des verres. Parmi les plus connues, Kimberly Clark recycle le papier pour en faire du
papier hygiénique ; Corporación Arequipa valorise les métaux ; Faber Castell recycle les
plastiques en fournitures scolaires et Owen Illinois transforme le verre. Aussi, au Pérou la
consigne pour les bouteilles en verre est toujours appliquée. On trouve donc également des
industries d’embouteillage. La demande nationale de ces déchets destinés au recyclage
représentait en 2009 d’après Ciudad Saludable 115 922 tonnes pour le papier-carton, 71 775
tonnes pour le plastique, 29 234 tonnes pour le verre et 16 908 tonnes de ferraille-métaux.
Carte 9: Exportations des déchets comme matière première secondaire
La majorité des entreprises exportatrices se situent à Lima et à Callao avec la proximité
du port de Callao qui est le principal point de départ des exportations pour l’Asie, les États-Unis
et l’Europe. Les autres entreprises se trouvent au Nord du Pérou pour l’exportation vers l’Équateur
et au Sud pour accéder aux marchés bolivien et chilien, comme illustré par la Carte 9. En 2009
d’après une étude de l’ONG Ciudad Saludable rassemblant les données douanières, ont ainsi été
exportées 35 300 tonnes de plastiques, 10 116 tonnes de papier-carton, 6 000 tonnes de cuivre,
2 800 tonnes d’aluminium et 3 580 tonnes de fer-acier. Le plastique est la matière la plus exportée,
générant 19 579 300 $ (17 903 109 €12) de recettes en 2009. Son premier consommateur étant la
Chine. Par contre, la matière générant le plus de devises est le cuivre qui a ainsi rapporté près de
24 050 000 $ (22 003 377 €) en 2009.
12
Taux de change en août 2015 : 1$ équivaut à 0,915€
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
64
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Les récupérateurs informels au Pérou
La Loi du Recycleur de 2009 promeut la formalisation des recycleurs, or ce terme peut
porter à confusion. En Europe, le nom de recycleur est donné à une personne ou une entreprise
qui réalise une transformation du déchet, alors qu’au Pérou, cette dénomination englobe tous les
acteurs participant à la gestion des déchets recyclables, hors travailleurs municipaux.
Les récupérateurs ou recicladores informels, ou plus généralement le secteur informel de
la gestion des déchets fait référence à des personnes physiques (des individus et des familles) et à
des petites entreprises privées qui interviennent dans la gestion des déchets sans être salariées,
financées, reconnues ni formellement chargées des services de gestion des déchets par les autorités
concernées (SK. Gupta, 2012 ; E. Gunsilius and al., 2011). Ces personnes ou ces entreprises
récupèrent les déchets recyclables pour les revendre, parfois après un prétraitement, et en tirer un
profit économique.
Le département de Lima concentre près de 40% des récupérateurs du Pérou. Cela peut
s’expliquer par la présence de la capitale péruvienne qui concentre la majorité de la population et
des activités du pays. La répartition des récupérateurs en fonction de la population de chaque
département nuance cette réalité. Ce sont les départements frontaliers, le département de Callao
(premier port du Pérou) ainsi que celui de Lima où l’on retrouve le plus de récupérateurs pour
1 000 habitants. Ces départements sont le point de départ ou d’arrivée des exportations et
importations de déchets. La Carte 10 permet d’apprécier la répartition des récupérateurs par
département au Pérou.
Carte 10 : Répartition des récupérateurs au Pérou par département en 2010
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Les activités des récupérateurs sont variées allant de la collecte des déchets en porte à
porte, à la fouille des décharges municipales. Les acteurs informels sont présents à chaque étape
de la chaîne de valorisation des déchets recyclables : la collecte des déchets, leur transport et
prétraitement, la commercialisation des matières recyclables, exceptées les étapes de leur
transformation et leur export (A. Gerold, 2009 ; M. Durand, 2010).
Définir une typologie de récupérateur n'est pas chose aisée. Au Pérou, dans le langage
courant, les récupérateurs sont caractérisés en fonction du matériel qu’ils recyclent. Parmi les
dénominations les plus courantes on retrouve les récupérateurs ou recicladores qui collectent et
revendent le papier, le carton, le plastique, les boîtes de conserves et les bouteilles en verre, les
ferrailleurs ou chatarreros qui achètent et revendent les métaux, les campaneros (du mot campana
qui désigne une cloche) qui réalisent le service de collecte des déchets auprès des ménages, les
éleveurs de porcs ou chancheros qui récupèrent les déchets organiques pour alimenter leurs
animaux (cf. Photo 24), les cachineros qui achètent et revendent les appareils électrodomestiques
et les meubles hors d’usage, les desmonteros (du mot desmonte qui désigne les déchets du
bâtiment) qui assurent le service de collecte des déchets du bâtiment.
Photo 24 : Collecte de déchets organiques à la fermeture des restaurants ©M. Rateau, Barranco, 2015
La Loi du Recycleur de 2009 définit le recycleur indépendant comme une personne
réalisant la collecte sélective et la commercialisation des déchets recyclables, sans avoir de
relation professionnelle avec les entreprises privées de prestation de service ou avec les grossistes
de déchets. Dans cette même loi, les récupérateurs formalisés ne doivent récupérer que les déchets
non organiques et municipaux. On peut en conclure que les seuls « recycleurs » reconnus sont les
récupérateurs.
1.2. Diversité des PSF-RS à Lima
Diversité des modes de mise en place des PSF-RS
Les municipalités districales sont responsables de la formalisation des récupérateurs et de
la collecte sélective des déchets recyclables depuis la Loi du Recycleur. Cette Loi reste vague sur
les conditions de mise en place des PSF-RS. Il existe une grande diversité de modes de mise en
place de ces programmes.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Les municipalités font souvent appel aux ONG pour les aider à former les récupérateurs
et sensibiliser la population. Les deux principales ONG qui travaillent sur les PSF-RS à Lima sont
Alternativa, historiquement basée dans le nord de Lima et Ciudad Saludable, plutôt dans le centre
et le sud de Lima. Ces deux ONG ne travaillent pas exactement de la même façon et s’adaptent
aux demandes des municipalités. Les grandes étapes décrites dans le chapitre « Le nouveau circuit
des déchets » sont respectées. Les récupérateurs suivent leur processus de formalisation et en
parallèle les municipalités font le zonage de la collecte sélective et la sensibilisation de la
population pour les inciter à s’inscrire au programme.
Les PSF-RS réalisés en partenariat avec l’ONG Ciudad Saludable, intègrent les déchets
recyclables inorganiques ménagers et assimilés. Dans les zones de collecte des récupérateurs, sont
donc inclus les commerces, les artisans et les écoles par exemple. Pour inciter ces commerces ou
les foyers à participer, les municipalités proposent un bon de réduction valable sur les taxes locales
en récompense de leur fidélité à la collecte sélective. Le modèle de mise en place du PSF-RS
proposé par l’ONG Ciudad Saludable est représenté par le Schéma 6.
Schéma 6 : Modèle de mise en place du PSF-RS de Ciudad Saludable
Les municipalités les plus aisées travaillant avec cette ONG, dont Miraflores, ont imposé
aux récupérateurs de travailler seulement avec des camions et non pas avec des tricycles ou moto-
fourgons plus communément employés. Pour aider les récupérateurs à acquérir ce camion, Ciudad
Saludable s’est porté garant de l’association des récupérateurs de Miraflores pour qu’ils
obtiennent un prêt bancaire. Dans d’autres districts comme à Villa Maria del Triunfo, l’ONG
développe des partenariats avec les grandes industries locales pour qu’elles financent les
investissements de l’association des récupérateurs en échange de certificats de responsabilité
sociale. À Villa Maria del Triunfo, une cimenterie a financé les uniformes des récupérateurs.
Les PSF-RS réalisés en partenariat avec l’ONG Alternativa n’autorisent aux récupérateurs
que la collecte des déchets ménagers. Pour inciter les ménages à s’inscrire au programme de tri et
de collecte sélective, l’ONG réfléchit à la mise en place de tickets de réduction en partenariat avec
les centres commerciaux présents dans le nord de Lima. Ce projet est toujours à l’étude mais les
municipalités et les centres commerciaux ont déjà manifesté leur intérêt.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Schéma 7 : Modèle de mise en place du PSF-RS d'Alternativa
Cette ONG travaille sur l’ensemble de la chaîne de valorisation des déchets, comme
représenté par le Schéma 7. Elle ne s’arrête pas à la seule formalisation des récupérateurs, mais
inclut aussi les acheteurs. Elle a, par exemple, aidé des récupérateurs du district de San Martin de
Porres à créer leur centre d’achat en leur fournissant un appui juridique et un prêt financier par le
biais de son service des micro-finances. Autre exemple, le district de Comas est le seul district de
Lima à inclure dans son programme deux associations d’acheteurs des déchets. Ce district sera
l’objet d’une étude plus approfondie dans le chapitre suivant « Formalisation des récupérateurs et
des acheteurs à Comas ».
Ces quelques exemples de districts travaillant avec les ONG ont tous en commun le fait
d’inclure les récupérateurs à leur gestion municipale des déchets. Comme la Loi n’impose pas aux
municipalités de travailler avec ces récupérateurs, certains districts ont fait le choix de mettre en
place la collecte sélective avec d’autres partenaires ou en créant leur entreprise municipale comme
dans le cas de Santiago de Surco par exemple.
Le PSF-RS appréhendé comme un programme satellite
Les municipalités districales choisissent de financer leurs PSF-RS selon leurs propres
conditions budgétaires. Malgré la diversité de districts, les PSF-RS dépendent à la quasi-
unanimité du plan de subventions pour l’amélioration de la gestion et de la modernisation
municipale.
Le Ministère de l’Environnement incite les municipalités à mettre en place des PSF-RS au
moyen du plan de subvention pour l’amélioration de la gestion et de la modernisation municipale.
Les municipalités doivent atteindre des objectifs fixés par ce ministère pour recevoir des
subventions. Dans la pratique, les municipalités financent la mise en place des PSF-RS
exclusivement avec cette aide financière. Les taxes locales n’incluent pas les dépenses de ce
programme. Ici apparait une limite de cette incitation financière : les PSF-RS sont mis en place
comme s’ils étaient des programmes satellites dont la pérennité dépend du plan de subvention
pour l’amélioration de la gestion et de la modernisation municipale. L’ONG Alternativa dénonce
cette stratégie municipale : « Une des leçons que nous avons apprises est que les programmes en
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
général, ont été mis en place dans les municipalités comme un programme satellite, un
programme modulaire, je peux le mettre puis l’enlever13. » d’Oswaldo Caceres, 2015
La Municipalité de Villa Maria del Triunfo explique que le dossier de subvention est à
remettre au Ministère de l’Environnement en juin et que la subvention est versée en septembre ou
octobre. Son service en charge de la gestion des déchets a donc demandé qu’on lui assigne un
fonds symbolique pour commencer à travailler sur le PSF-RS.
La majorité des municipalités reçoivent bien plus en subventions que ce qu’elles
dépensent. Par exemple, cette même municipalité districale de Villa Maria del Triunfo a dépensé
en 2014 pour son PSF-RS 71 220 Nouveaux Soles (20 397 €), alors qu’elle a touché 109 330
Nouveaux Soles14 (31 312 €). Les municipalités n’ont pas l’obligation de réinvestir l’intégralité
de cette somme dans le PSF-RS. Il existe un risque que ce programme soit seulement un
programme mis en place pour percevoir une aide financière, sans réelle pérennité et efficacité.
Pourtant, la mise en place de la collecte sélective en partenariat avec les récupérateurs devrait
permettre de diminuer les tonnages de déchets partant à l’enfouissement et donc les dépenses
municipales. Cet argument ne semble pas être suffisamment répandu.
2. Vision d’ensemble de la gestion des déchets sur les
trois districts
2.1. Une collecte généralisée sur Santiago de Surco
Le district de Santiago de Surco investit suffisamment dans son PSF-RS pour arriver à des
taux de collecte le démarquant des autres districts de la capitale. La municipalité investit
également dans sa gestion des déchets ménagers pour prévenir la présence de décharges sauvages
sur son territoire.
13
Version originale : Los programas en general, en las municipalidades han sido desarrollados como un programa
satélites, un programa modular que puedo poner lo y sacar lo.
14
Montants obtenus lors d’un entretien avec Yovanna Orihuela, ingénieur de la ville de Villa Maria del Triunfo et
grâce à la page internet du Ministère des Économies et Finances : [Link]
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Schéma 8 : Diagramme des flux de déchets à Santiago de Surco
Le district de Santiago de Surco a produit 147 817,70 tonnes de déchets municipaux en
2014. De ce total, 1 711,89 tonnes d’ordures ménagères résiduelles, dites OMR, sont collectées
par le balayage de la voirie et 145 566,20 tonnes par la collecte municipale. De ces OMR,
145 565,65 tonnes sont transférées et 143 846,5 tonnes sont enfouies. À chaque étape de la
gestion, les tonnages sont moindres, sans doute à cause d’un détournement vers le système
informel. L’entreprise municipale EMUSS SA collecte 2 736 tonnes de déchets recyclables issus
du tri sélectif et les récupérateurs semi-formalisés en collectent 720 tonnes. D’après l’ONG
Ciudad Saludable, les récupérateurs informels récupèrent 5 107,2 tonnes sur ce district (Ciudad
Saludable, 2010). Ainsi, dans le district de Santiago de Surco, il y a plus de déchets collectés que
de déchets produits. Ce sont 8 023,5 tonnes de déchets qui sont collectées mais non produites par
le district. L’ensemble de ces tonnages est synthétisé dans le Erreur ! Source du renvoi
introuvable..
L’entreprise municipale EMUSS SA collecte 2 736 tonnes de déchets recyclables du
district de Santiago de Surco. Elle collecte ainsi plus de 6 % des déchets recyclables, soit 1,74%
de la production de déchets municipaux. Malgré l’existence de cette entreprise, les récupérateurs
informels sont nombreux à travailler dans ce district aisé. Ce sont près de 11% des déchets
recyclables qui sont déviés vers le système informel.
Sur le district de Santiago de Surco, il y a plus de déchets collectés que de déchets
municipaux produits. Ce haut taux de contrôle des déchets produits n’empêche pas la présence
d’une concurrence informelle pour l’entreprise EMUSS SA.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
2.2. À Comas, un recyclage formel faible par rapport au recyclage informel
La municipalité de Comas a choisi de formaliser les récupérateurs pour mettre en place la
collecte sélective. Ce sont seulement 17 récupérateurs qui sont actuellement intégrés au PSF-RS,
un chiffre bien faible comparé à l’informalité.
Le district de Comas a produit 180 748 tonnes de déchets municipaux en 2014. De ce total,
3 577 tonnes d’OMR sont collectées par le balayage de la voirie et 169 624 tonnes par la collecte
municipale. De ces OMR, 170 090 tonnes sont enfouies. Il y a donc moins de tonnages enfouis
que collectés, ce qui semble normal sachant que, comme dit précédemment, les agents de collecte
trient informellement les déchets recyclables pour ensuite les revendre. Les récupérateurs formels
du district collectent 297,6 tonnes de déchets issus du tri sélectif alors que les informels en
récupèrent 6 775,95 tonnes (Ciudad Saludable, 2010). Ce sont 473,48 tonnes de déchets qui ne
sont pas collectées dans le district de Comas et qui terminent sans doute dans une décharge
sauvage. L’ensemble de ces tonnages est repris par le diagramme des flux du Erreur ! Source du
renvoi introuvable..
Schéma 9 : Diagramme des flux de déchets à Comas
Les 17 récupérateurs formels de Comas collectent 297,6 tonnes de déchets, soit 0,7% des
déchets recyclables, soit moins de 0,17% des déchets municipaux produits par le district de
Comas. Malgré la politique municipale en faveur de la formalisation des récupérateurs,
l’informalité reste majoritaire. Ce sont près de 15,6% des déchets recyclables qui sont déviés vers
le système informel. Le système informel récupère au moins 20 fois plus de déchets que le système
formel.
Une partie des déchets municipaux produits par Comas ne sont pas collectés, risquant de
terminer dans une décharge sauvage. Quant aux déchets recyclables, seulement 0,7% font l’objet
d’une collecte sélective formelle. Le PSF-RS semble bien inefficace face à l’informalité, mais
permet à la municipalité d’avoir la subvention du MEF.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
2.3. Une gestion des déchets en difficulté à Villa Maria del Triunfo
Le service de gestion des déchets de Villa Maria del Triunfo est en plein remaniement
depuis les élections municipales. La gestion des déchets antérieure était défaillante avec des taux
de collecte insuffisants tant pour les déchets municipaux que pour les déchets recyclables.
Le district de Villa Maria del Triunfo a produit 125 541,8 tonnes de déchets municipaux
en 2014. De ce total, 2 120,65 tonnes d’OMR sont collectées par le balayage de la voirie et 88 400
tonnes par la collecte en prestation mixte. De ces OMR, 96 973,2 tonnes sont transférées et
enfouies, soit plus que les tonnages collectés. Ce qui s’explique par les campagnes de nettoyage
du district (cf. Erreur ! Source du renvoi introuvable.) qui ont lieu presque chaque week-end.
Les récupérateurs formels du district collectent près de 51,3 tonnes de déchets recyclables, alors
que les informels récupèrent 3 811,8 tonnes (Ciudad Saludable, 2010). Ce sont 31 157,9 tonnes
qui ne sont pas collectées chaque année et qui risquent de terminer dans une décharge sauvage.
L’ensemble de ces tonnages est repris par le diagramme des flux du Erreur ! Source du renvoi
introuvable..
Photo 25 : Campagne de nettoyage à Villa Maria del Triunfo © Municipalité de Villa Maria del Triunfo, 2015
Les 10 récupérateurs formels collectent près de 51,3 tonnes de déchets, soit 0,2% des
déchets recyclables, soit 0,04% des déchets municipaux produits par le district de Villa Maria del
Triunfo. Ces tonnages sont donc bien marginaux alors que la récupération informelle atteint
presque 17% des déchets recyclables.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Schéma 10 : Diagramme des flux de déchets à Villa Maria del Triunfo
La part des déchets non collectés à Villa Maria del Triunfo est très importante. En incluant
tous les modes de collecte, tant formels qu’informels, il reste presque 25% des déchets produits
qui ne sont pas ramassés. Quant à la récupération formelle des déchets recyclables, elle est presque
inexistante. Ces difficultés sont avancées comme argument pour justifier le remaniement politique
que connait le service de gestion des déchets.
3. Établir un équilibre financier du service
3.1. À Surco, une entreprise municipale génératrice de bénéfices
La municipalité districale de Santiago de Surco a fait le choix de créer une entreprise
municipale de droit privé en charge de la gestion des déchets recyclables. Cette entreprise est
actuellement suffisamment rentable et productive pour que la municipalité ait en projet la
construction d’un nouveau local.
L’entreprise municipale EMUSS SA collecte, trie et commercialise sur le seul district de
Santiago de Surco, 2 736 tonnes de déchets recyclables sur l’année 2014 générant un chiffre
d’affaire de 1 904 400 Nouveaux Soles (545 420 €). Or, l’entreprise ne tire pas son chiffre
d’affaire exclusivement des déchets recyclables municipaux de ce district. Elle trie et
commercialise les déchets recyclables provenant d’entreprises, de commerces, d’industries et
aussi d’autres districts comme celui de Miraflores par exemple, dans la limite de ses capacités.
Les chiffres précis n’ont pas été dévoilés, mais le responsable technique du centre de tri affirme
que les marges varient entre 10% et 15% dans l’année.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 26 : Futur complexe écologique de Santiago de Surco © [Link] 2015
Forte de ce succès, la municipalité est en train de construire un nouveau centre de tri pour
augmenter ces capacités. Aujourd’hui, le centre actuel est un facteur limitant l’expansion des
consignes de tri, ayant une capacité maximale de 10 tonnes par jour. Ce nouveau centre fait partie
d’un complexe écologique de 10 millions de Nouveaux Soles (2 864 000 €) qui accueillera
également des parcs et autres programmes environnementaux sur un terrain de 40 000 m²15, contre
seulement 2 000 m² pour le centre de tri actuel. Ce dernier ne devrait pas pour autant être fermé,
l’idée étant de multiplier les capacités d’EMUSS SA. Le responsable technique du centre de tri
précise : « On est en train de réfléchir à un centre de tri automatisé, qui quadruplerait la capacité
de tri que nous avons en ce moment (…) C’est en train d’augmenter et nous avons besoin d’outils
qui nous aident.16 ».
La municipalité de Santiago de Surco investit dans ce nouveau projet de centre de tri
automatisé, mais ne participe pas aux dépenses de fonctionnement, l’entreprise EMUSS SA
générant un bénéfice entre 10% et 15% suffisants pour assumer ces coûts. À cet investissement,
il ne faut pas oublier d’ajouter les dépenses liées au PSF-RS. Sur une année, le PSF-RS a couté
2 515 470 Nouveaux Soles (720 431 €) à la municipalité, mais parmi ces dépenses se trouvent des
investissements comme la construction de conteneurs enterrés ou d’une plateforme de
compostage. Il est également intéressant de noter que 120 000 Nouveaux Soles (34 368 €) sont
réservés au montage de projet et à la recherche de fonds.
La politique de Santiago de Surco en faveur de la valorisation des déchets via la création
d’une entreprise municipale a donc généré un chiffre d’affaire sur l’année 2014 de près de
1 904 400 Nouveaux Soles (545 420 €) issus de la vente des déchets, suffisant pour justifier la
construction d’un nouveau centre de tri.
3.2. Intégrer les récupérateurs : moindre investissement pour la municipalité
Les municipalités de Santiago de Surco, de Comas et de Vila Maria del Triunfo ont choisi
d’opter pour deux stratégies distinctes de mise en œuvre de leurs PSF-RS. Elles investissent
différemment et génèrent logiquement des revenus distincts.
L’entreprise municipale de Santiago de Surco a collecté en 2014, 2 736 tonnes de déchets
recyclables. Ces tonnages sont autant de déchets qui ne seront ni collectés par les camions
municipaux de collecte des DMA, ni transférés, transportés et enfouis par des prestataires privés.
L’ensemble des étapes nécessaires pour gérer les déchets non recyclables coûte à la municipalité
88,5 Nouveaux Soles (25 €) par tonne de déchets, sans compter les dépenses de nettoyage de la
15
D’après la page internet [Link] consultée en juillet 2015
16
Version originale : Se están pensando a una nueva faja, automatizada, que cuadruplique la capacidad de
clasificación que está en estos momentos (…) eso se está incrementando y necesitamos herramientas que nos ayuden.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
voirie. La collecte sélective permet donc d’éviter 242 136 Nouveaux Soles (68 878 €) de dépenses
par an. Aussi, l’objectif du Ministère de l’Environnement du Plan de subvention ayant été atteint,
362 032 Nouveaux Soles (103 686€) ont été versés à la municipalité. Les dépenses réellement
engendrées par le PSF-RS ne sont donc plus de 2 515 470 Nouveaux Soles (720 431€), mais de
1 911 302 Nouveaux Soles (543 692 €) à Santiago de Surco. Le montant reste important mais est
dû aux investissements que réalise le district, par exemple dans des conteneurs de tri enterrés.
Il faudrait que l’entreprise EMUSS SA collecte 28 424 tonnes de déchets recyclables pour
que la municipalité recouvre entièrement le coût de son PSF-RS grâce aux dépenses évitées. Ce
qui est possible sachant que 32% des 147 817 tonnes de déchets municipaux produits par le district
sont recyclables, soit 47 301 tonnes.
Tableau 4 : Dépenses engendrées par le PSF-RS pour la municipalité
Santiago de Villa Maria
Comas
Surco del Triunfo
Collecte sélective (tonnes par an) 2 736 297,6 51,3
Coût de gestion des DMA par tonne 88,5 53 69
hors propreté de voirie en Nouveaux Soles (25€) (15€) (20€)
Dépenses évitées par la collecte sélective
242 136 15 922 3 524
en Nouveaux Soles
(69 324€) (4 558€) (1 008€)
Subvention du Ministère de l’Environnement
362 032 586 534 109 322
en Nouveaux Soles
(103 650€) (167 926€) (31 299€)
Coût du PSF-RS par an 2 515 470 159 993 208 796
en Nouveaux Soles (720 184€) (45 806€) (59 779€)
Dépenses engendrées par le PSF-RS pour la
1 911 302 - 442 462 95 950
municipalité
(547 210€) (-126 678€) (27 471€)
en Nouveaux Soles
Source : Municipalité de Santiago de Surco (2013), de Comas (2014) et de Villa Maria del Triunfo (2013)
La municipalité districale de Comas a dépensé 159 993 Nouveaux Soles (45 822 €) en
2014 pour son PSF-RS permettant ainsi la collecte sélective de 297,6 tonnes de déchets sur
l’année. Ces tonnages évitent à la municipalité des dépenses de collecte, de transport et
d’enfouissement. L’ensemble de ces postes de dépenses reviennent à 53,5 Nouveaux Soles
(15,22€) par tonne de déchets. La collecte sélective permet donc d’éviter 15 921,6 Nouveaux Soles
(4 529,08€) de dépenses par an. Aussi, l’objectif du Ministère de l’Environnement du Plan de
subvention ayant été atteint, près de 586 534 Nouveaux Soles (167 983,34€) ont été versé à la
municipalité. Le PSF-RS n’engendre pas de dépenses réelles à la municipalité, mais au contraire
un bénéfice de 442 462,31 Nouveaux Soles (125 863,51€) sur l’année. Sans la subvention du
Ministère de l’Environnement, le coût réel du PSF-RS s’élève à 144 071,4 Nouveaux Soles
(40 982,77€).
Il faudrait que les récupérateurs formalisés de Comas collectent 2 991 tonnes sur l’année
pour que la municipalité recouvre entièrement le coût de son PSF-RS grâce aux dépenses évitées.
Ce qui est largement possible sachant que 24% des 180 748 tonnes de déchets municipaux
produits par le district sont recyclables, soit 43 380 tonnes.
Les récupérateurs formalisés de Villa Maria del Triunfo ont collecté en 2014, 51,3 tonnes
de déchets recyclables. Ces tonnages sont autant de déchets qui ne seront ni collectés par les
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
camions de collecte des DMA, ni transférés, transportés et enfouis par des prestataires privés.
L’ensemble des étapes nécessaires pour gérer les déchets non recyclables coûte à la municipalité
68,7 Nouveaux Soles (19,54€) par tonne de déchets. La collecte sélective permet donc d’éviter
3 524,31 Nouveaux Soles (1 002,53€) de dépenses par an. Aussi, l’objectif du Ministère de
l’Environnement du Plan de subvention n’ayant été que partiellement atteint, 109 322 Nouveaux
Soles (31 120,69€) ont été versé à la municipalité. Les dépenses réellement engendrés par le PSF-
RS ne sont donc plus de 208 796 Nouveaux Soles (59 437,96€), mais de 95 949,69 Nouveaux
Soles (27 294€) à Villa Maria del Triunfo. Ce chiffre aurait été tout autre si l’objectif de 25% des
foyers inscrits au PSF-RS avait été atteint.
Il faudrait que les récupérateurs formels collectent 3 040 tonnes pour que la municipalité
recouvre entièrement le coût de son PSF-RS grâce aux dépenses évitées. Ce qui est possible
sachant que 18% des 125 541,8 tonnes de déchets municipaux produits par le district sont
recyclables, soit 22 598 tonnes.
Les PSF-RS sont rentables pour les municipalités touchant le plus de subventions. Sans
cette aide financière, ils peuvent également être rentables à condition que les tonnages ramassés
par la collecte sélective soient plus importants. L’entreprise municipale semble être l’acteur
profitant des meilleurs taux de rentabilité, suffisants pour justifier la construction d’un nouveau
centre de tri. Au contraire, assurer la collecte sélective au sein du PSF-RS n’est pas rentable pour
les récupérateurs formels de Comas et de Villa Maria del Triunfo qui gagnent juste de quoi
survivre. Les ménages inscrits au PSF-RS de ces deux districts sont peu nombreux à remettre leurs
déchets recyclables aux récupérateurs. Les municipalités ne s’assurent pas que les ménages
inscrits participent dans les faits à la collecte sélective. Il semblerait qu’elles assurent la campagne
de sensibilisation seulement pour continuer à toucher les subventions. Dans ces conditions, le
PSF-RS de Comas est très rentable pour la municipalité au dépend des récupérateurs. Au contraire,
le PSF-RS de Villa Maria del Triunfo n’est pas rentable, ni pour la municipalité n’ayant pas atteint
les objectifs du MINAM, ni pour les récupérateurs collectant trop peu de déchets.
3.3. De faibles revenus pour les récupérateurs formalisés
Les municipalités de Comas et de Villa Maria del Triunfo ont choisi d’intégrer les
récupérateurs pour leur déléguer la collecte sélective ainsi que la commercialisation des déchets.
Elles ne les rémunèrent pas pour ce service, leur laissant tirer leurs revenus des bénéfices de leurs
ventes.
Ce sont 17 récupérateurs qui assurent aujourd’hui la collecte sélective des déchets à
Comas. Ils ont ainsi collecté 297,6 tonnes sur l’année 2014 générant un chiffre d’affaire global de
123 720 Nouveaux Soles (35 433,41€). En moyenne, un récupérateur formel de Comas vend 606,5
Nouveaux Soles de déchets au mois. À Villa Maria del Triunfo, les 10 récupérateurs ont collecté
en 2014, 51,3 tonnes générant un chiffre d’affaire global de 30 576 Nouveaux Soles (8 704,07€).
En moyenne un récupérateur formel de Villa Maria del Triunfo vend 254,80 Nouveaux Soles
(72,53€) de déchets par mois.
Si on soustrait les dépenses professionnelles que l’ONG Alternativa estime à 200
Nouveaux Soles (57,28€), il ne reste que 406,5 Nouveaux Soles (116,42€) aux récupérateurs de
Comas. Quant aux récupérateurs de Villa Maria del Triunfo, le calcul n’a pas lieu d’être, les
récupérateurs ne gagnent presque rien. Ceux travaillant avec des tricycles et non avec une moto-
fourgon dépensent moins, mais le salaire mensuel des récupérateurs de Comas reste en dessous
du salaire minimum du Pérou qui est de 750 Nouveaux Soles (214,80€).
Ce salaire ne devrait pourtant pas être si faible au regard du nombre de foyers que compte
la zone de collecte de chaque récupérateur. La municipalité de Comas a recensé 29 000 foyers au
PSF-RS pour les 17 récupérateurs actuellement formalisés, soit 1 700 foyers par récupérateur. Et
à Villa Maria del Triunfo, chaque récupérateur couvre une zone de 22 120 foyers, soit 2 212 par
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
récupérateur. D’après l’étude de l’ONG Alternativa, chaque famille participant activement au
PSF-RS remet l’équivalent de 3 Nouveaux Soles (0,85€) de déchets par mois. Si assurer la collecte
d’autant de ménages était possible, chaque récupérateur pourrait avoir un chiffre d’affaire mensuel
de 5 100 Nouveaux Soles (1 460,64€) à Comas et de 6 636 Nouveaux Soles (1 889,07€) à Villa
Maria del Triunfo. Il existe donc un problème dans la participation des foyers au PSF-RS.
Les politiques de Comas et de Villa Maria del Triunfo en faveur de la formalisation et de
l’intégration des récupérateurs ont donc généré sur l’année 2014, un chiffre d’affaire respectif de
près de 123 720 Nouveaux Soles (35 433 €) et 30 576 Nouveaux Soles (8 704 €) issus de la vente
des déchets recyclables sur l’année. Ce qui est trop faible pour assurer des revenus dignes aux
récupérateurs.
4. Des innovations à valoriser : dimension sociale et
intégration
4.1. La technologie salvatrice ?
Santiago de Surco et Comas : construction de centres de tri aux caractéristiques bien
différentes
Les modèles de gestion des déchets recyclables des districts de Santiago de Surco et de
Comas vont tous les deux être affectés par la construction d’infrastructures qu’il convient de
distinguer.
La municipalité de Santiago de Surco, forte du succès de son premier centre de tri, va
bientôt en construire un second automatisé. Ce nouveau centre de tri recevra les déchets
recyclables issus de la collecte sélective afin de compléter les capacités du premier centre de tri.
Le modèle de gestion des déchets ne sera que faiblement modifié par la création de ce centre. La
collecte sélective continue d’être effectuée par EMUSS SA, la vente des déchets recyclables
également. Les camions de collecte sélective ne se rendront plus vers un seul centre de tri, mais
vers deux.
À Comas, un centre de transfert, de tri et de commercialisation est en cours de construction
par une entreprise privée. Cette infrastructure assurera plusieurs fonctions : centre de transfert,
centre de tri et entreprise de commercialisation (grossiste) des déchets recyclables. Les camions
de collecte des déchets municipaux ne se dirigeront plus vers le centre d’enfouissement, mais se
rendront exclusivement vers cette nouvelle infrastructure. Ils videront leurs contenus sur les tapis
de tri et les opérateurs effectueront un tri manuel sur les ordures brutes pour en retirer les déchets
recyclables. Les ordures résiduelles seront transportées par camions-bennes vers leur site de
traitement. Quant aux déchets recyclables, ils seront vendus aux industries de transformation ou
aux entreprises d’exportations.
Cette nouvelle infrastructure ne nuira pas à l’intégration des récupérateurs et des acheteurs
au modèle de Comas, car elle assumera la fonction de grossiste. C’est-à-dire qu’elle achètera les
déchets recyclables des acheteurs formalisés. Leurs déchets provenant de la collecte sélective,
sont propres et ont donc une valeur marchande plus importante que les déchets issus du tri sur les
ordures brutes.
La technologie répond à la nécessité de gérer les déchets
La municipalité de Santiago de Surco a débuté son programme de collecte sélective avec
un premier centre de tri fonctionnant grâce à de nombreuses machines. Face à l’augmentation des
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
quantités de déchets recyclables reçus, la municipalité opte maintenant pour la construction d’un
nouveau centre de tri automatisé.
La technologie demande un grand investissement financier mais assure une solution rapide
et efficace. Opter pour un centre de tri demande de patienter les quelques mois que dure la
construction, alors que choisir d’intégrer des récupérateurs implique de mettre en place tout un
processus de formalisation. Certaines municipalités expliquent que tous les récupérateurs ne
réalisent pas leur travail comme demandé, qu’ils oublient d’aller à certaines zones par exemple.
La construction du nouveau complexe écologique de Santiago de Surco coûte 10 millions
de Nouveaux Soles (2 864 000 €) et occupe un terrain de 40 000 m². Pour un telle somme et une
telle surface, de nombreuses matières premières et quantités d’énergies seront vraisemblablement
consommées. Une telle consommation semble contradictoire avec la politique en faveur du
recyclage qui est à l’origine de la construction. Le recyclage est censé être un facteur d’économie
d’énergies et de matières premières. Avec une telle construction, il serait intéressant de réaliser
une analyse du cycle de vie (ACV). C’est-à-dire de quantifier les flux de matières et d’énergies
entrants et sortants, à chaque étape du cycle de vie du « complexe écologique », depuis sa création,
dont l’extraction des matières premières nécessaires à la construction du centre de tri et à la
fabrication des machines technologiques, jusqu’à son élimination en fin de vie.
Le recours à la technologie est également un détail qui a son importance. Un centre
automatisé de tri ayant recours à des rayons laser par exemple, est équipé de machines de haute-
technologie utilisant des minéraux rares et précieux dont les ressources diminuent. Et que dire des
batteries par exemple qui deviendront en fin de vie des déchets dangereux. Il existe également un
risque de fragilité dû à la « techno-dépendance ». Si les machines tombent en panne, il n’est plus
possible de trier les déchets. Il est plus facile de trouver un camion de collecte de remplacement
qu’une des machines du futur premier centre de tri automatisé de Lima. Dans les dépenses de
fonctionnement, il faut prévoir un budget pour faire face à d’éventuelles pannes.
Tableau 5 : Indicateurs d'efficacité du PSF-RS de Santiago de Surco
Coût du PSF-RS en Nouveaux Tonnes recyclées pour 10 000
Tonnes recyclées par an
Soles Nouveaux Soles
2736 10,88
Emplois créés pour
Emplois formels créés 2 515 470
10 000 Nouveaux Soles
80 0,32
Déchets recyclés par jour et
Trieurs par jour Déchets recyclés par jour en kg
par trieur en kg
14 7 495,89 535,42
Source : Municipalité de Santiago de Surco et EMUSS SA (2014)
Le modèle de mise en place de la collecte sélective de la municipalité de Santiago de Surco
permet d’atteindre des hauts taux de productivité par trieur grâce à la mécanisation du travail.
Chaque trieur d’EMUSS SA trie 535,42 kg de déchets par jour. Les quantités du PSF-RS de
Santiago de Surco sont bien plus importantes que celles d’autres districts, pourtant pour 10 000
Nouveaux Soles (2 864€) dépensés au PSF-RS ce sont seulement 10,88 tonnes de déchets qui sont
recyclées. Quant à la création d’emplois, il n’est pas surprenant que les chiffres restent faibles.
Pour 10 000 Nouveaux Soles (2 864€) dépensés, seul 0,32 emploi est créé, en comptant tous les
salariés d’EMUSS SA ainsi que les promoteurs environnementaux.
La technologie a l’avantage d’entrer en fonctionnement rapidement. Cependant, pour
rentabiliser l’investissement, il est nécessaire de gérer de grandes quantités de déchets, risquant
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
de mettre en péril la politique de prévention de la production des déchets et le principe de
proximité à cause des importations de déchets.
Rechercher l’équilibre entre performance et intégration sociale
Le PSF-RS de la municipalité de Comas n’intègre pas d’outils technologiques ou de
machines, mais a choisi d’intégrer des acteurs de la chaîne de valorisation des déchets ayant de
l’expérience. Les machines étant plus productives que l’Homme dans le domaine de la gestion
des déchets, le district de Comas tente de trouver un équilibre.
La création d’une entreprise municipale responsable de la gestion des déchets recyclables,
de la collecte jusqu’à la commercialisation aux consommateurs finaux, n’est pas une option
réplicable dans tous les districts de la province de Lima, notamment à Comas. Au-delà des
difficultés financières pour investir dans un tel projet, il existe un problème d’ordre logistique. Le
district de Comas est composé de nombreuses collines où l’accès par camion de collecte est
impossible. La collecte sélective comme réalisée par l’entreprise EMUSS SA n’y est pas
envisageable. Seuls les récupérateurs peuvent atteindre les parties les plus hautes du district, où
l’accès se fait par escalier. Dans le cas de Comas, l’intégration sociale est un facteur
d’amélioration du taux de couverture du district et donc de performance.
Tableau 6 : Indicateurs d'efficacité du PSF-RS de Comas
Coût du PSF-RS en Nouveaux Tonnes recyclées pour 10 000
Tonnes recyclées par an
Soles Nouveaux Soles
297,6 18,60
Emplois créés pour
Emplois formels créés 159 993
10 000 Nouveaux Soles
57 3,56
Déchets recyclés par jour et
Récupérateurs par jour Déchets recyclés par jour en kg
par récupérateur en kg
17 81,53 4,80
Source : Municipalité de Comas (2014)
Le modèle de mise en place de la collecte sélective de la municipalité de Comas ne permet
pas de collecter de grandes quantités de déchets dans l’absolu. Cependant, pour 10 000 Nouveaux
Soles (2 864€) dépensés au PSF-RS, ce sont 18,60 tonnes qui sont recyclées. Également, ce
modèle est créateur d’emplois formels à moindre frais, d’autant plus que nous avons vu
précédemment que le PSF-RS de Comas permet à la municipalité de gagner de l’argent au dépend
des récupérateurs formalisés. Pour 10 000 Nouveaux Soles (2 864€), sont créés 3,56 emplois
formels. Les récupérateurs employant peu de machines, juste un tricycle ou une moto-fourgon,
sont moins productifs que l’entreprise municipale EMUSS SA s’appuyant sur des camions de
collecte (cf. Photo 27) et un centre de tri. Chaque récupérateur collecte seulement 4,80 kg par
jour, sur les 495,2 tonnes de déchets municipaux produits quotidiennement.
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 27 : Camion de collecte sélective d’EMUSS SA © Municipalité de Santiago de Surco, 2014
L’intégration de machines, notamment via la construction d’un centre de tri ou l’utilisation
d’une moto plutôt qu’un tricycle, permet d’augmenter la productivité mais aussi de lutter contre
la pénibilité au travail. Du point de vue des ressources, par contre, le résultat n’est pas tant
vertueux. Le travail de l’Homme est remplacé par de la consommation de matières premières et
d’énergies, d’où l’intérêt de parvenir à un équilibre entre performance et intégration sociale. Être
récupérateur n’était pas valorisant avant la Loi du Recycleur et il était donc tentant de remplacer
ce travail par la machine. La Loi du Recycleur reconnait officiellement les récupérateurs comme
des travailleurs environnementaux et transforme cette simple activité de survie en un vrai métier.
D’un point de vue social, la formalisation permet une revalorisation du statut social des
récupérateurs que certaines personnes comparent, encore, aux chiens errants. En s’intégrant au
programme municipal, ils reçoivent le soutien de la collectivité locale alors qu’avant elle les
réprimait. Ce soutien est visible aux yeux de tous grâce à l’uniforme. Sur les photosPhoto 28Photo
29, on peut facilement faire la différence entre une récupération informelle et une collecte
sélective formelle. Les récupérateurs doivent s’organiser en association pour accéder à la
formalisation. Ils apprennent ainsi à travailler de façon collective et ne sont plus seuls face à la
municipalité. Leurs revendications prennent plus de poids.
Photo 28 : Récupération informelle © H. Estrella, San Martin de Porres, 2014
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 29 : Collecte sélective à Villa Maria del Triunfo © M. Rateau, Villa Maria del Triunfo, 2015
Dans ce contexte de revalorisation sociale et de reconnaissance professionnelle, peut-être
vaut-il mieux perdre un peu en efficacité pour créer de l’emploi local. La municipalité de Comas
poursuit la formalisation et l’intégration de nouveaux acteurs informels, tout en construisant un
centre de transfert et de tri pour palier l’insuffisance du tri à la source. Ce serait bien qu’elle
renforce également sa campagne de sensibilisation pour qu’il y ait plus de ménages qui participent
activement à la collecte sélective.
4.2. L’intégration des récupérateurs comme innovation sociale et
organisationnelle
Comas et Villa Maria del Triunfo: des districts innovants ?
Depuis quelques années, le concept d’innovation a évolué d’une notion purement
technologique à une définition plus ample, pouvant intégrer les dimensions sociale et
organisationnelle. Les politiques de Comas et de Villa Maria del Triunfo, en faveur de
l’intégration des récupérateurs sont le résultat de la législation, mais l’intégration des acheteurs
de déchets recyclables est une initiative propre au district de Comas.
Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’innovation est entendue comme
technologique. Les scénarios de développement économique des pays dévastés par la guerre
reposaient sur l’entrée de la technologie. En 2008, M. E. Bernal propose une définition d’une
innovation ne reposant plus sur la technologie : l’innovation sociale. Elle est entendue comme le
développement de nouveaux processus, pratiques, usages, méthodes et application dans lesquels
se met en place ou se renforce la participation de la communauté ou des usagers et qui permettent
ou ont le potentiel de diminuer les coûts, d’améliorer les taux de couverture ou d’augmenter le
niveau de qualité, la pertinence et l’efficacité d’un projet (M. E. Bernal, 2008).
La formalisation et intégration des récupérateurs et acheteurs à la gestion des déchets
recyclables est bien, d’après la définition de M. E. Bernal, une innovation sociale. La nouvelle
pratique à laquelle fait référence la définition, est ici le tri des déchets et la collecte sélective. La
communauté des acteurs du recyclage ainsi que les usagers qui sont les foyers inscrits au PSF-RS
sont bien appelés à participer. Les foyers trient leurs déchets et les remettent aux récupérateurs
qui se chargent de leur collecte et de leur commercialisation aux acheteurs. L’objectif de la mise
en place de la collecte sélective via l’intégration de ces acteurs du recyclage est bien d’améliorer
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
la gestion des déchets, mais aussi permet de diminuer indirectement les coûts de gestion grâce aux
dépenses évitées. Il semble donc que le district de Comas soit bien un district innovant.
L’innovation organisationnelle dans le PSF-RS de Comas réside dans
l’institutionnalisation de la complémentarité entre la municipalité, les récupérateurs et les
acheteurs. La municipalité réalise la campagne de sensibilisation et l’inscription des foyers au
programme, les récupérateurs assurent la collecte sélective, le tri et la première commercialisation
des déchets recyclables, puis les acheteurs rassemblent de plus grandes quantités pour revendre
ces déchets vers des entreprises spécialisées par type de matériaux. Cette complémentarité est
reconnue institutionnellement par l’ordonnance d’approbation du PSF-RS.
L’innovation sociale développée par la municipalité districale de Comas a pour objectif,
non seulement de diminuer les coûts de gestion des déchets, mais également de développer le
capital économique du système formel de valorisation des déchets, son capital social en offrant
des emplois formels de récupérateurs, de commerçants de déchets et de promoteurs
environnementaux, ainsi que son capital environnemental, sanitaire, institutionnel et culturel.
Le modèle de Villa Maria del Triunfo est moins innovant en termes d’intégration sociale.
Les seuls acteurs intégrés sont ceux imposés par la Loi du Recycleur de 2009. L’innovation
organisationnelle de son PSF-RS réside dans le partenariat avec l’UNACEM. Contrairement à
Comas inscrit au sein du projet « Recicla para la Vida » de l’ONG Alternativa financé par des
fonds internationaux, le partenariat de Villa Maria del Triunfo avec l’ONG Ciudad Saludable est
financé par une industrie locale, en échange de certifications socio-environnementales.
Santiago de Surco, Comas et Villa Maria del Triunfo : des modèles se rejoignant ?
Les modèles actuels de gestion des déchets recyclables des municipalités de Santiago de
Surco, de Comas et de Villa Maria del Triunfo ne sont pas figés. Ces municipalités ont des projets
en cours de réalisation : l’une s’orientant en faveur de l’intégration des récupérateurs, l’autre
construisant un centre de transfert et de tri et la dernière souhaitant intégrer des acheteurs.
La municipalité de Santiago de Surco base son modèle de gestion des déchets recyclables
seulement sur son entreprise municipale EMUSS SA. À elle seule, cette entreprise réalise la
collecte, le tri et la commercialisation directe à l’utilisateur final. Pour continuer à recevoir la
subvention du Ministère de l’Environnement, cette municipalité va devoir suivre la
recommandation d’intégrer des récupérateurs à sa gestion. Une association de quarante
récupérateurs semi formalisés est actuellement en train de démarcher la municipalité pour être
formalisés et officiellement intégrés à la gestion municipale. Dans le nouveau modèle, ils ne seront
plus relégués dans la zone n°9, territoire de conflit avec le district voisin, mais assureront
également la collecte sélective des logements collectifs du district. Le modèle de Santiago de
Surco intégrera ces acteurs en s’orientant vers un modèle efficace en terme de contrôle de la chaîne
du recyclage, de la collecte jusqu’à la vente au destinataire final, ainsi qu’en terme d’intégration
des acteurs informels, comme résumé par le Schéma 11.
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Schéma 11 : Acteurs intégrés à la gestion des déchets recyclables à Santiago de Surco, Comas et Villa Maria
del Triunfo
Le modèle de gestion des déchets recyclables mis en place par la municipalité de Comas
a pris le parti d’être efficace en termes d’intégration des acteurs informels, plus que de rendement.
Sont actuellement formalisés et intégrés les récupérateurs et les acheteurs. Les tonnages pris en
charge par les récupérateurs formels sont marginaux. Ce modèle a donc l’avantage d’intégrer deux
étapes de la chaîne de valorisation traditionnellement informelles, mais son application demande
à être modifiée pour être efficace. Ce sont deux étapes de la chaîne du recyclage qui sont
actuellement intégrées, mais ce sont très peu d’acteurs à chacune de ces étapes qui sont concernés.
Par exemple, il n’y a que 17 récupérateurs formalisés. C’est pour cela que de nouveaux
récupérateurs sont en cours de formalisation et d’intégration et que le centre de transfert et de tri
en construction rachètera les déchets aux acheteurs et non directement aux récupérateurs. Le
modèle de Comas intégrera ces acteurs en s’orientant vers un modèle efficace en terme de contrôle
de la chaîne du recyclage, de la collecte jusqu’à la vente à l’utilisateur final.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
La gestion des déchets, tant des OMR que des déchets recyclables, est actuellement en
difficulté à Villa Maria del Triunfo. Au sein de son PSF-RS, la municipalité a choisi d’intégrer
des récupérateurs, mais les tonnages pris en charge sont marginaux, bien moindres qu’à Comas.
Les récupérateurs, une fois la collecte assurée selon les modalités définies par le PSF-RS, sont
libres de vendre leurs déchets à l’acheteur de leur choix. Il n’existe aucun partenariat local. Le
modèle actuel de mise en place de la collecte sélective est donc peu efficace quant au contrôle de
la chaîne du recyclage, mais présente l’intérêt d’avoir la volonté d’intégrer les récupérateurs. Le
projet de la municipalité va même au-delà de la seule intégration des récupérateurs, souhaitant
effectivement en formaliser plus, mais souhaitant aussi intégrer des acheteurs. Le futur modèle de
Villa Maria del Triunfo devrait ainsi rejoindre le modèle actuel de Comas, en faveur de
l’intégration des acteurs informels.
Ces trois modèles sont comparés en fonction du degré d’intégration des acteurs informels
et du niveau de contrôle de la chaîne du recyclage pour mettre en avant leurs évolutions vers un
modèle semblable axé sur l’innovation sociale et organisationnelle. Le district de Comas est le
plus efficace en termes d’intégration des acteurs informels, mais au regard du rendement
économique des PSF-RS, des tonnes collectées et du degré d’innovation technologique, le district
de Santiago de Surco avec la construction du centre de tri automatisé est bien plus avancé. Quant
au district de Villa Maria del Triunfo, il semble prendre un nouveau départ en s’orientant vers le
modèle de Comas.
4.3. Les innovations à retenir de chaque district
Santiago de Surco : combiner entreprise municipale et intégration des récupérateurs
Le district de Santiago de Surco est un pionner dans la mise en place de la collecte sélective
à Lima. Son entreprise municipale de gestion des déchets recyclables est rentable et justifie la
création d’un nouveau centre de tri. Depuis la Loi du Recycleur et l’obligation d’intégrer des
récupérateurs pour toucher la subvention du MEF, la politique du district s’oriente en faveur de
leur intégration. Pour ce faire, les récupérateurs devraient assurer la collecte sélective des
logements collectifs où l’espace manque pour stocker les déchets recyclables sur une semaine. Et
l’entreprise municipale serait chargée des habitations individuelles. La municipalité ne les
rémunère pas directement, mais sensibilise les foyers en porte à porte, les inscrit au PSF-RS et
remet cette liste aux récupérateurs ou à l’entreprise municipale, qui s’autofinanceront grâce aux
revenus de la vente des déchets.
Comas : intégration de multiples acteurs informels de la chaîne du recyclage
Le district de Comas a choisi d’intégrer non seulement les récupérateurs comme dicté par
la Loi du Recycleur, mais également les acheteurs de déchets. Ces acheteurs formels appliquent
des tarifs avantageux pour les récupérateurs formels, ce qui peut inciter les informels à se
formaliser. À ce binôme, récupérateur-acheteur, le modèle va ajouter un nouvel acteur : un centre
de transfert et de tri des déchets assurant également la fonction d’entreprise de commercialisation
(grossiste). Cette entreprise achètera les déchets des centres d’achat formels permettant ainsi
d’éviter toute détournement vers le système informel. Dans ce modèle, la municipalité assure la
campagne de sensibilisation, qui est une étape clé restant à améliorer.
Villa Maria del Triunfo : financement local et mesures incitatives
La municipalité de Villa Maria del Triunfo a mis en place son PSF-RS depuis 2012, soit
juste une année après Comas, mais il peine à s’implanter. Les tonnages et le nombre de
récupérateurs intégrés restent marginaux. Certaines innovations restent néanmoins intéressantes à
retenir. Une partie du matériel de sensibilisation, des uniformes des récupérateurs, du matériel de
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
collecte ainsi que le projet « Pro-Récupérateur » de l’ONG partenaire Ciudad Saludable, sont
financés par l’Union des cimentiers UNACEM présente sur le district. Cette grande industrie
locale, finance une partie du PSF-RS pour avoir accès à des certifications socio-
environnementales nationales. Aussi, pour inciter les foyers, les commerces et institutions à
participer à la collecte sélective, la municipalité leur remet en échange un bon de réduction de
20% sur leurs taxes locales. Également, les promoteurs environnementaux municipaux
accompagnent les récupérateurs lors des premiers mois de collecte sélective pour renforcer leur
partenariat avec la municipalité.
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Conclusion
L’intégration des récupérateurs est présentée comme porteuse de trois types d’avantages
(A. Gerold, 2009 ; E. Gunsilius and al., 2011) dont la dimension sociale est souvent le point de
départ : il s’agit prioritairement d’améliorer leurs conditions de travail, de leur garantir inclusion
et protection sociale. De nombreuses études démontrent également que du point de vue
environnemental, ils atteignent des taux de recyclage élevés, du fait d’un savoir-faire et de leur
expérience professionnelle. Enfin, d’un point de vue économique, le secteur est créateur d’emplois
et alimente l’activité industrielle du pays.
Le modèle péruvien d’intégration des récupérateurs pour généraliser la collecte sélective
est récent, découlant de la Loi du Recycleur de 2009. Cette Loi reste vague sur les conditions de
mise en place des PSF-RS leur permettant de s’adapter au contexte local. Pour évaluer les apports
de ce modèle d’intégration, cette étude au sein du projet ORVA2D a comparé trois districts
liméniens aux politiques de valorisation des déchets distinctes s’adaptant aux réalités socio-
politico-spatiales locales. Pour chacun de ces districts, les dépenses du PSF-RS sont
essentiellement dues aux campagnes de sensibilisation et de communication. Ce coût peut
rapidement être compensé grâce aux dépenses évitées de gestion des déchets partant à
l’enfouissement, dès lors que sont récupérés et valorisés suffisamment de tonnages. Le coût réel
du PSF-RS est donc moindre.
Les trois modèles étudiés de structuration des filières de valorisation des déchets sont en
constante évolution et sont en train de s’orienter vers un même modèle intégrant les innovations
développées par chacune des expériences étudiées. Les innovations technique et technologique
permettent d’atteindre de hauts taux de rendement et de rentabilité rapidement, dès la mise en
fonctionnement, mais demandent un lourd investissement de départ que toutes les municipalités
ne peuvent se permettre. Intégrer et formaliser des récupérateurs pour mettre en place la collecte
sélective est un processus qui prend du temps, mais cette innovation sociale apporte d’autres
avantages. Pour une moindre dépense municipale, les PSF-RS intégrant cette innovation sont
notamment créateurs d’emplois et d’inclusion sociale. Ces PSF-RS ont un faible coût réel, mais
certaines municipalités ont choisi de faire porter ce coût par leurs industries locales en échange
de certificats socio-environnementaux. D’autres municipalités développent des partenariats avec
les commerces pour qu’ils sponsorisent les récupérateurs et proposent des tickets de réduction aux
foyers triant leurs déchets. S'appuyer sur divers partenariats locaux est une innovation
organisationnelle intéressante, permettant de diminuer les dépenses municipales et de
responsabiliser les acteurs locaux.
Quelle que soit l’innovation choisie, le système informel reste celui récupérant le plus de
tonnages. Le modèle le plus intéressant reste donc celui s’appuyant sur les filières existantes. Il
est notamment plus simple d’introduire de la régulation dans des dispositifs endogènes, souples
et performants, plutôt que de faire table rase et de vouloir créer un autre système de gestion ex-
nihilo (à partir de rien). D’autant plus que l’efficacité environnementale de tel système ex-nihilo
reposant sur la technique et la technologie, sur la consommation de matières premières et
d’énergies, reste à démontrer, notamment par une analyse du cycle de vie.
Dans tous les districts étudiés, le facteur de réussite ou d’échec de leur PSF-RS dépend de
la participation des foyers. Si les foyers ne trient pas leurs déchets et ne les remettent pas lors de
la collecte sélective, les PSF-RS ne peuvent être rentables et sont inefficaces. L’étape de la
sensibilisation est la plus importante. Certaines municipalités proposent des bons de réduction sur
les taxes locales ou des tickets de réduction avec des partenariats locaux. Mettre en place la
collecte sélective n’entraine pas seulement la structuration des filières de récupération et de
recyclage, mais également la sensibilisation de la population.
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
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domiciliarios en un 25% de viviendas urbanas en el distrito de Villa Maria del Triunfo, El
Peruano, Lima
MVMT. Municipalidad de Villa Maria del Triunfo (2014) Ordenanza n°187-MVMT.
Régimen tributario de los arbitrios de calles, recolección de residuos sólidos, parques y jardines
y seguridad ciudadana, para el ejercicio 2015, El Peruano, Lima
MVMT. Municipalidad de Villa Maria del Triunfo (2015) Ordenanza n°191-MVMT.
Aprueban el programa municipal de segregación en la fuente y de recolección selectiva de
residuos sólidos reaprovechables en el distrito, El Peruano, Lima
MML. Municipalidad Metropolitana de Lima (2014) Ordenanza n°1803 que aprueba el
plan integral de gestión ambiental de residuos sólidos de provincia de Lima, El Peruano, Lima
MML. Municipalidad Metropolitana de Lima (2014) Ordenanza n°1854. Ordenanza
metropolitana para promover, impulsar y regular el reciclaje de los residuos sólidos en la
provincia de Lima, El Peruano, Lima
Textes réglementaires
Congreso de la republica (2000) Ley n°27314. Ley general de residuos sólidos, El Peruano,
Lima
Congreso de la republica (2003) Ley n°27972. Ley orgánica de municipalidades, El
Peruano, Lima
Congreso de la republica (2004) Decreto supremo n°057-2004-PCM. Aprueban el
reglamento de la Ley n°27314, Ley general de residuos sólidos, El Peruano, Lima
Congreso de la republica (2004) Ley del presupuesto del sector público para el año fiscal
2004, El Peruano, Lima
Congreso de la republica (2009) Ley n°29419. Ley que regula la actividad de los
recicladores, El Peruano, Lima
Congreso de la republica (2010) Ley n°29465. Ley del presupuesto del sector público para
el año fiscal 2010, El Peruano, Lima
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
88
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Annexes : Contexte de réalisation de l’étude
1. Auteurs de l’étude de cas :
Données collectées par
Nom Prénom Institution Statut Dates sur Remarque (autres
place missions sur place,
répartition des
tâches…)
Rateau Mélanie Université du Étudiante 10/03/2015 – Rédaction d’un
Maine Master 2 10/08/2015 mémoire de recherche
et du présent rapport
Rapport rédigé par
Nom Prénom Institution Statut Partie rédigée Date de rendu
Rateau Mélanie Université du Étudiante Tout le document 20/08/2015
Maine Master 2
2. Liste des acteurs rencontrés
Échelle Date Institution / Contact Objectif
d’étude Activité
MML 07/04/2015 DESCO, ONG - Gustavo Riofrio E
centre d’étude et [Link]@[Link]
de promotion 990 547 100
environnementale
Comas 08/04/2015 Associations de DV
récupérateurs
Comas 09/04/2015 Acheteur Cesar – Gérant DV
Comas 13/04/2015 Récupérateur Gumercindo D
informel 994 319 153
Comas 14/04/2015 Municipalité de Leoncio Siccha ER
Comas leosicha@[Link]
Direction des
leosicha@[Link]
services à la ville
RPM: #995 151 798
RPC: 959 326 881
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
89
Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Comas 14/04/2015 Récupérateur Maria Jesus DV
formel
Comas 17/04/2015 Municipalité de Leoncio Siccha RV
Comas
Direction des
services à la ville
MML 22/04/2015 Fondateur du Manuel Bernales D
MINAM 994 671 943
mbernalesalvarado@[Link]
MML 27/04/2015 Ciudad Saludable Eduardo de la Torre EP
Villa Maria RPM: #995 590 664 (partenariat n’ayant
C: 995 590 664 jamais fonctionné)
eduardo@[Link]
Bureau: 01 44 66 358
Santiago de 30/04/2015 EMUSS SA Richard Mesias ER
Surco richardmesias@[Link]
980 781 945
Santiago de 11/05/2015 Ingénieur Victor Sifuentes ER
Surco environnemental 997 722 788
à la municipalité
MML 15/05/2015 Alternativa Oswaldo Cáceres EV
Comas Responsable “Recicla para la vida”
oswaldo@[Link]
Santiago de 16/05/2015 Président de José Luis Reyna Huapaya EV
Surco l’association des 940 141 605
récupérateurs de
Surco
Villa Maria 28/05/2015 Ingénieur Yovanna Orihuela Huaranga ER
del Triunfo 13/06/2015 Environnemental #995 306 676 – 994 733 661 DV
de la floramancaesyovys@[Link]
Municipalité de
VMT
Villa Maria 13/06/2015 Récupérateur Pablo Nappanga Atiaga DV
del Triunfo formels 985 859 258
Objectif :
E - Entretien (avec grille d’entretien)
D – Discussion (entretien sans grille)
R - Remplir les grilles quantitatives
P - Mise en place d’un partenariat
V - Vérification des données
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Table des illustrations
Table des cartes
Carte 1 : Provinces et districts de la métropole de Lima-Callao .................................................. 10
Carte 2: Production de déchets, coût de gestion et taux de contrôle ............................................ 18
Carte 3 : Site de traitement officielle des déchets par district ...................................................... 20
Carte 4 : Contexte contraignant la gestion des déchets ................................................................ 22
Carte 5 : Récupération des déchets et répartition des récupérateurs informels à Lima ............... 27
Carte 6 : Spatialisation de la gestion des déchets à Santiago de Surco ........................................ 39
Carte 7 : Spatialisation de la gestion des déchets à Comas .......................................................... 53
Carte 8 : Spatialisation de la gestion des déchets à Villa Maria del Triunfo ............................... 61
Carte 9: Exportations des déchets comme matière première secondaire ..................................... 64
Carte 10 : Répartition des récupérateurs au Pérou par département en 2010 .............................. 65
Table des graphiques
Graphique 1 : Caractérisation des déchets municipaux de la province de Lima.......................... 17
Graphique 2 : Acteurs du recyclage présents à Lima et Callao ................................................... 26
Table des photos
Photo 1 : Lutte municipale contre l'urbanisation des flancs de montagne © Stereovilla, Villa Maria
del Triunfo, 2015 ......................................................................................................... 8
Photo 2 : Difficulté d'accès sur les flancs de colline © H. Estrella, Independencia, 2015 .......... 21
Photo 3 : Décharge de déchets inertes menaçant de s'écrouler dans le fleuve Chillón, ©M. Rateau,
Comas, 2015 .............................................................................................................. 23
Photo 4 : Camion de collecte des déchets de la municipalité © Municipalité de Santiago de Surco,
2015 ........................................................................................................................... 30
Photo 5 : Nettoyage des sacs et films plastiques destinés au recyclage © M. Rateau, Santiago de
Surco, 2015................................................................................................................ 32
Photo 6 : Fonte du plastique pour en faire un granulé de matière première © M. Rateau, Santiago
de Surco, 2015 ........................................................................................................... 33
Photo 7 : Rouleau de sacs poubelles oranges du programme municipal © M. Rateau, Santiago de
Surco, 2015................................................................................................................ 33
Photo 8 : Plateforme de tri de l'entreprise EMUSS SA © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015 . 35
Photo 9 : Compactage des déchets triés à EMUSS SA © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015 . 35
Photo 10 : Vente des déchets recyclables par EMUSS SA © M. Rateau, Santiago de Surco, 2015
................................................................................................................................... 36
Photo 11 : Récupérateur de Santiago de Surco luttant pour sa formalisation © M. Rateau, Santiago
de Surco, 2015 ........................................................................................................... 38
Photo 12 : Situation d'urgence sanitaire à Comas © Municipalité de Comas, 2015 .................... 41
Photo 13 : Camion de collecte des déchets et récupération informelle © M. Rateau, Comas, 2015
................................................................................................................................... 42
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Photo 14 : Sensibilisation au recyclage en porte à porte © Municipalité de Comas, 2015 ......... 44
Photo 15 : Fête de quartier co-organisée par la municipalité et l'ONG © Alternativa, Comas, 2012
................................................................................................................................... 45
Photo 16 : Moto fourgon d'un récupérateur avec les banderoles du PSF-RS © M. Rateau, Comas,
2015 ........................................................................................................................... 46
Photo 17 : Respect des normes de sécurité pour la formalisation des acheteurs © M. Rateau,
Comas, 2015 .............................................................................................................. 49
Photo 18 : Identification extérieure d'un acheteur de déchets recyclables © M. Rateau, Comas,
2015 ........................................................................................................................... 50
Photo 19 : Le centre de transfert et de tri en construction © M. Rateau, Comas, 2015 ............... 51
Photo 20 : Un des nombreux points d'accumulation de déchets du district © M. Rateau, Villa
Maria del Triunfo, 2015 56
Photo 21 : Présentation officielle des nouveaux camions de collecte © Municipalité de Villa Maria
del Triunfo, 2015 ....................................................................................................... 57
Photo 22 : Récupérateur de l'association Las Palmeras © M. Rateau, Villa Maria del Triunfo, 2015
................................................................................................................................... 59
Photo 23 : Promoteurs environnementaux participant à la collecte sélective © M. Rateau, Villa
Maria del Triunfo, 2015 ............................................................................................ 60
Photo 24 : Collecte de déchets organiques à la fermeture des restaurants ©M. Rateau, Barranco,
2015 ........................................................................................................................... 66
Photo 25 : Futur complexe écologique de Santiago de Surco © [Link] 2015
................................................................................................................................... 74
Photo 26 : Campagne de nettoyage à Villa Maria del Triunfo © Municipalité de Villa Maria del
Triunfo, 2015 .................................................................... Erreur ! Signet non défini.
Photo 27 : Camion de collecte sélective d’EMUSS SA © Municipalité de Santiago de Surco, 2014
................................................................................................................................... 80
Photo 28 : Récupération informelle © H. Estrella, San Martin de Porres, 2014 ......................... 80
Photo 29 : Collecte sélective à Villa Maria del Triunfo © M. Rateau, Villa Maria del Triunfo,
2015 ........................................................................................................................... 81
Table des schémas
Schéma 1: Le processus de formalisation des récupérateurs .............. Erreur ! Signet non défini.
Schéma 2: Acteurs institutionnels de la gestion des déchets ....................................................... 14
Schéma 3: La mise en place de la collecte sélective .................................................................... 24
Schéma 4: Le circuit de gestion des déchets: entre formel et informel ....................................... 25
Schéma 5: Les acteurs du recyclage au Pérou ............................................................................. 63
Schéma 6 : Modèle de mise en place du PSF-RS de Ciudad Saludable ...................................... 67
Schéma 7 : Modèle de mise en place du PSF-RS d'Alternativa ................................................... 68
Schéma 8 : Diagramme des flux de déchets à Santiago de Surco ....... Erreur ! Signet non défini.
Schéma 9 : Diagramme des flux de déchets à Comas ......................... Erreur ! Signet non défini.
Schéma 10 : Diagramme des flux de déchets à Villa Maria del TriunfoErreur ! Signet non
défini.
Schéma 11 : Acteurs intégrés à la gestion des déchets recyclables à Santiago de Surco, Comas et
Villa Maria del Triunfo ............................................................................................. 83
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Table des tableaux
Tableau 1 : Coût de la gestion des déchets municipaux à Santiago de Surco en 2013 ................ 31
Tableau 2 : Coût de la gestion des déchets municipaux à Comas en 2014 .................................. 42
Tableau 3 : Coût de la gestion des déchets municipaux à Villa Maria del Triunfo en 2013 ....... 55
Tableau 4 : Coût réel du PSF-RS pour la municipalité ....................... Erreur ! Signet non défini.
Tableau 5 : Indicateurs d'efficacité du PSF-RS de Santiago de Surco ......................................... 78
Tableau 6 : Indicateurs d'efficacité du PSF-RS de Comas ........................................................... 79
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Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Table des matières
SOMMAIRE 2
INTRODUCTION 3
PARTIE 1. CADRE SOCIO-INSTITUTIONNEL DE LA GESTION DES
DÉCHETS ET MISSION DE STAGE ............................................................................ 7
1. LIMA : UNE MÉTROPOLE FRAGMENTÉE .............................................................................................. 7
1.1. La croissance urbaine liménienne, facteur d’inégalités 7
1.2. Structuration politico-administrative de la ville : Deux provinces et cinquante districts pour la
capitale péruvienne 8
2. CADRE LÉGAL ET INSTITUTIONNEL : VERS L’INTÉGRATION DES RÉCUPÉRATEURS INFORMELS ...... 11
2.1. Législation en faveur de l’intégration des récupérateurs informels 11
Loi du Recycleur et Plan de subventions : moteurs de l’intégration des récupérateurs informels11
Processus de formalisation 11
2.2. Responsabilités et financement de la gestion des déchets 13
Les responsabilités de la gestion des déchets 13
Le budget des municipalités pour la gestion des déchets 15
3. GESTION DES DÉCHETS SOLIDES (GDS) À L’ÉCHELLE PROVINCIALE ............................................... 16
3.1. La faible planification des gouvernements de province 16
Une planification sans règlement d’application 16
Diagnostic de la production et du contrôle des déchets 16
Destinations officielles des déchets 19
Difficultés que rencontrent les municipalités 20
3.2. Vers une valorisation formelle des déchets à Lima 23
Le nouveau circuit des déchets 23
Un recyclage informel dominant 25
Limites d’une application trop sectorisée de la loi 27
PARTIE 2. LES ÉTAPES DE LA GESTION DES DÉCHETS À L’ÉCHELLE
DISTRICALE 29
1. COLLECTE SÉLECTIVE ET CENTRE DE TRI MUNICIPAUX À SANTIAGO DE SURCO ............................. 29
1.1. La gestion des déchets ménagers et assimilés 29
Un district aisé producteur de déchets 29
Le service de propreté de la voirie et de collecte des DMA en régie 30
La collecte des encombrants, le transfert et l’élimination délégués à un prestataire 31
1.2. La mise en place de la collecte sélective municipale 32
Un district précurseur 32
EMUSS SA : entreprise municipale de droit privé 33
Le PSF-RS de la municipalité 34
La collecte sélective, le tri et la revente par EMUSS SA 34
1.3. La difficile intégration des récupérateurs 36
Une planification en faveur de l’intégration des récupérateurs informels 36
Des récupérateurs seulement semi-formalisés 37
1.4. Logique spatiale centralisatrice à Santiago de Surco 38
2. FORMALISATION DES RÉCUPÉRATEURS ET DES ACHETEURS À COMAS ........................................... 40
2.1. La gestion des déchets ménagers et assimilés 40
Un district face aux taxes locales non payés et difficultés d’accès dues au relief 40
Classement passé en état d’urgence sanitaire 41
Gestion des déchets en prestation mixte 41
2.2. Divers partenariat pour la mise en place de la collecte sélective 43
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Le PSF-RS municipale 43
Partenariat avec l’ONG Alternativa 44
Collaboration avec les récupérateurs et les acheteurs 46
La difficile participation des ménages 47
2.3. Politique municipale en faveur de la formalisation de l’ensemble de la chaîne du recyclage 47
Formalisation et intégration des récupérateurs à la gestion municipale 47
Formalisation et reconnaissance des acheteur de déchets recyclables 48
Construction privée d’un centre de transfert et de tri des déchets soutenu par la municipalité 50
2.4. Principe de proximité à Comas 51
3. REMANIEMENT DES POLITIQUES DE GESTION DES DÉCHETS À VILLA MARIA DEL TRIUNFO ........... 54
3.1. La gestion des déchets ménagers et assimilés 54
Un district de niveau socio-économique pauvre aux déchets principalement organiques 54
Une gestion des déchets défaillante en prestation mixte 55
Vers la fin de la privatisation du service 56
3.2. Un PSF-RS en perte de vitesse 57
Le PSF-RS municipal en faveur de l’intégration des récupérateurs 57
Partenariat avec l’ONG Ciudad Saludable et l’UNACEM 58
Intégration des récupérateurs informels 58
3.3. Remaniement de la politique d’application du PSF-RS 59
Nouveau maire et nouvelle ordonnance d’application du PSF-RS 59
Vers un renforcement de la coopération avec les récupérateurs formels 60
3.4. Un district proche des installations de gestion et de valorisation des déchets 61
PARTIE 3. LES INNOVATIONS DE GESTION DES DÉCHETS ............... 63
1. INTÉGRATION DU SECTEUR INFORMEL VIA LE PSF-RS .................................................................... 63
1.1. Le secteur informel de la gestion des déchets 63
Les acteurs de la chaîne du recyclage 63
Les récupérateurs informels au Pérou 65
1.2. Diversité des PSF-RS à Lima 66
Diversité des modes de mise en place des PSF-RS 66
Le PSF-RS appréhendé comme un programme satellite 68
2. VISION D’ENSEMBLE DE LA GESTION DES DÉCHETS SUR LES TROIS DISTRICTS ............................... 69
2.1. Une collecte généralisée sur Santiago de Surco 69
2.2. Recyclage formel par les récupérateurs faible face à l’informalité à Comas 71
2.3. Une gestion des déchets en difficulté à Villa Maria del Triunfo 72
3. ÉTABLIR UN ÉQUILIBRE FINANCIER DU SERVICE .............................................................................. 73
3.1. Une entreprise municipale génératrice de bénéfices 73
3.2. Intégrer les récupérateurs : moindre investissement pour la municipalité 74
3.3. De faibles revenus pour les récupérateurs formalisés 76
4. DES INNOVATIONS À VALORISER : DIMENSION SOCIALE ET INTÉGRATION ...................................... 77
4.1. La technologie salvatrice ? 77
Santiago de Surco et Comas : construction de centres de tri aux caractéristiques bien différentes
77
La technologie répond à la nécessité de gérer les déchets 77
Rechercher l’équilibre entre performance et intégration sociale 79
4.2. L’intégration des récupérateurs comme innovation sociale et organisationnelle 81
Comas et Villa Maria del Triunfo: des districts innovants ? 81
Santiago de Surco, Comas et Villa Maria del Triunfo : des modèles se rejoignant ? 82
4.3. Les innovations à retenir de chaque district 84
Santiago de Surco : combiner entreprise municipale et intégration des récupérateurs 84
Comas : intégration de multiples acteurs informels de la chaîne du recyclage 84
Villa Maria del Triunfo : financement local et mesures incitatives 84
CONCLUSION 86
BIBLIOGRAPHIE 87
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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Intégration des récupérateurs à Lima
Étude de trois modèles liméniens de structuration des filières de valorisation des déchets
Bibliographie générale 87
Documents de planification 87
Textes réglementaires 88
ANNEXES : CONTEXTE DE RÉALISATION DE L’ÉTUDE ........................................ 89
1. AUTEURS DE L’ÉTUDE DE CAS : ........................................................................................................ 89
Données collectées par 89
Rapport rédigé par 89
2. LISTE DES ACTEURS RENCONTRÉS ................................................................................................... 89
Objectif : 90
TABLE DES ILLUSTRATIONS.................................................................................... 91
Table des cartes 91
Table des graphiques 91
Table des photos 91
Table des schémas 92
Table des tableaux 93
TABLE DES MATIÈRES ............................................................................................. 94
Mélanie Rateau – Université du Maine – 2014/15
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