Miserables
Introduction : Cet extrait des Misérables a été publié en 1862. Victor Hugo décrit dans le
roman les misères des pauvres en s’attachant au parcours de son héros Jean Valjean. Pour
avoir volé un pain, celui-ci a été condamné à 19 ans de bagne, une fois libéré il devient le
bienfaiteur d’une ville sous le nom de Monsieur Madeleine. Mais un compagnon a été arrêté
et reconnu à tort reconnu comme Jean Valjean pour répondre d’un vol passé et que Jean
Valjean n'a même pas commis. Il risque donc pour récidive le bagne à vie. Monsieur
Madeleine est donc dans cet extrait placé face à un dilemme : soit se dénoncer pour libérer
son compagnon mais dans ce cas il ne pourra plus faire le bien dans la ville ni assumer sa
promesse d’éduquer causette.
Lire Le Texte
En quoi cet extrait montre le questionnement moral du personnage ?
Plan :
1 : début à l9 « il y eut » : il marche et révélation du dilemme
2: jusqu’à l24 « cœur humain » : il expose ce qu’il perdra si il se dénonce
3: jusqu’à la fin : dimension très spirituelle.
1. La marche et révèle le dilemme auquel il fait face
ce premier mouvement constitue la marche du personnage révélant le dilemme auquel il est
confronté.
-« alors il reprit cette marche monotone et lugubre qui troublait ses rêves et réveillait en sursaut
l’homme endormi au-dessous de lui. » :
allitération en r (« marche, lugubre, troublait, reprit »)—>montre la difficulté de cette marche.
« lugubre » mot fort, exprime la sombrete et le noir.
2 imparfait (troublait/ réveillait)—> ils sont successifs et ils évoquent des choses qui se répètent.
Métaphore (l’homme endormi au-dessous de lui) —> relégué au plus bas que lui-même.
-« cette marche le soulageait et l’enivrait en même temps. »
antithèse entre les 2 verbes car ce sont des sentiments contraires.
-« il me semble que parfois dans les occasions suprêmes on se remue pour demander conseil a tout
ce qu’on peut rencontrer en se déplaçant. »
impersonnel —> (il me semble) = habitude habituelle qui a abouti à une impasse.
Situation exceptionnelle = suprêmes = situation générale = « on se remue » avec une on représentant
le collectif.
-« il reculait maintenant avec une égale épouvante devant les deux résolutions qu’il avait prises tour a
tour. »:
métaphore « reculait » dans un état d’esprit. Réalité du dilemme = pas d’hyperbole ici dans ce qu’il
raconte.
Expressions duelles avec « égale, les deux, tour à tour = pléonasme ->répétition de deux solutions.
Rationnel avec « résolution » -> il essaye d’agir mais il n’y a pas d’aboutissement.
-« les deux idées qui le conseillent lui paraissant aussi funestes l’une que l’autre. Quelle fatalité »
expressions duelles avec « les deux idées, l’une que l’autre » = pléonasme
Association des termes « conseillait » et « idées » —> il est le jouet de ses pensées, réflexion. Il y a
une inversion, ce sont les idées qui le conseillent au lieu de l’inverse.
« Quelle rencontre que ce Champmathieu a pris pour lui! Être précipité justement par le moyen que la
providence paraissait d’abord avoir employé pour l’affermir. »
champ lexical de la tragédie (« épouvante, funeste, fatalité, précipité, providence) —> joues avec le
destin, précipité de la tragédie par le destin. Ironie du sort —> il a toujours eu peur d’être reconnu. Ici
une personne reconnue —> lui, quelqu’un est accusé à sa place.
2. Les conséquences de ses choix
Ce deuxième mouvement constitue l’évocation de ce qu’il va perdre et gagner s' il se
dénonce.
-« il y eut un moment où il considéra l’avenir. »
(« il y eut »)—> passé simple = jusqu’à présent, l’imparfait était utilisé pour définir les moments en
globalité.
Ponctuation exclamative x2 avec « ! » —> cela montre l’émotion. Il se parle a lui même.
-« se dénoncer, grand Dieu! Se livrer! Il envisage avec un immense désespoir tout ce qu’il faudrait
quitter, tout ce qu’il faudrait reprendre »
émotionnelle (« grand dieu ») + amplification « se dénoncer »/« se livrer » = le problème engendre le
désespoir, le malheur.
Dualité (« toute ce qu’il faudrait quitter, tout ce qu’il faudrait reprendre ») = quitter en tant que
[Link]. // reprendre en tant que Jean Valjean.
Expression réelle (« immense désespoir ») —> pas d’hyperbole mais une amplification du désespoir.
Répétition x3 « faudrait » = double sens : obligation avec le verbe falloir mais cette obligation dépend
que de lui avec le temps du verbe qui est au conditionnel.
-« il faudrait donc dire adieu à cette existence si bonne, si pure, si radieuse, à ce respect de tous, à
l’honneur, à la liberté. »
c’est un ancien bagnard : on va se rendre compte de sa valeur morale.
L’intensif « si » x3 montre un vocabulaire moral mélioratif et la pureté de ses intentions.
« Radieuse » (radius en latin) = notion de lumière —>moralité, pureté
« honneur » = honneur. Valjean a une position élevée, est bien installé dans la société et à des
valeurs morales.
-« il n’irait plus se promener dans les champs, ils n’entendrait plus chanter les oiseaux au mois de
mai, il ne ferait l’aumône aux petits enfants! Il ne sentirait plus la douceur des regards de
reconnaissance et d’amour fixés sur lui! Il quitterait cette maison qu’il avait bâtie, cette chambre, cette
petite chambre! » suite de conditionnel (« irait; entendrait; sentirait; quitterait ») —> explique ce qu’il
va perdre = passé simple et naturel (« se promener dans les champs ») : vision de lui, il est à l'écoute
de la nature, des valeurs positives.
Insistance sur la sensibilité —> donne de l’argent aux pauvres (« il ne ferait »)
On remarque que c’est un bienfaiteur « reconnaissance, amour » =[Link] de la bienfaisance.
La valeur du travail est inscrite (« ce qu’il avait bâtie ») —> il est devenu riche mais il a le sens de
l’effort.
« Petite chambre » —> il se contente de peu, pas de goût de luxe = valeur de mesure + modestie.
-« tout lui paraissait charmant à cette heure. »
psychologiquement = sentiment de nostalgie avec « tout lui paraissait » —> idéalisation de ce qu’il va
perdre.
-« il ne lirait plus dans ces livres, il n’écrirait plus sur cette petite table de bois blanc! »
portrait mélioratif de Jean Valjean on remarque qu’il est cultivé.
Il a ses livres préférés, et à une activité intellectuelle « il n’écrivait… ».
Esprit de mesure (« cette petite table ») —> n’est pas dans le luxe. De plus, le bois blanc est un bois
ordinaire.
-« sa vieille portière, la seule servante qu’il eût, ne lui montrerait plus son café le matin. » :
(La veille) —> notion de fidélité envers sa domestique. Il y a de l’affection, il s’est attaché à elle.
(« la seule servante ») = une seule domestique lui suffit.
Il a des plaisirs simples (« ne lui monterait plus son café le matin »)
-« Grand Dieu »
cri du cœur.
« au lieu de cela, le chiourme, le carcan, la veste rouge, la chaîne au pied, ma fatigue, le cachot, le lit
de [Link] ces horreurs connues
Champ lexical horreur = énumération horreur du bagne. Opposition avec les plaisirs simples —>
péjoratif : il perd le confort, la liberté, le bétail, il est traité comme un numéro avec « veste rouge » —>
montrant qu’ils sont tous pareils, et qu’on ne peut pas les différencier.
Ellipse (« toutes ces horreurs connues ») = ne donne pas de détail car c’est lourd pour lui, il ne peut
plus en parler.
Le participe passé « connues » ajoute le drame.
-« A son âge, après avoir été ce qu’il était! »
bilan de sa vie avec « après avoir été ». Il est encore comme ça maintenant et le fait devenir passé.
l’imparfait est utilisé pour montrer un état qui devient passé.
-« si encore il était jeune! Mais, vieux, être tutoyé par le 1er venu, être fouillé par le
garde-chiourme, recevoir le coup de bâton de l’argousin! Avoir les pieds nus dans les souliers ferrés »
:
Il est difficile de faire des phrases complètes de ce qu’il va subir.
Irrespect (« tutoyé »); intrusion intime (« fouillé »); maltraitance (« recevoir »); souffrance physique («
avoir les pieds…») —> soulier de fer = douloureux.
-« Tendre matin et soir sa jambe au marteau du Rodier qui visite la Manille! »
montre l’esclavage de soi-même.
-« subir la curiosité des étrangers auxquels on dirait : Celui-là, c’est le fameux Jean Valjean, qui a été
maire à Montreuil-sur-mer! »
voyeurisme —> visualise une nulle réalité/passé/devenu de [Link] à un bagnard = déchéance.
Assonance en m « maire, mer » =insiste sur le nom Montreuil.
Il n’est plus M. Madeline puisqu’il est redevenu M. Valjean. Il est plongé dans cette vision —> longue
phrase où est fait le portait de ce qu’il va devenir.
-« le soir, ruisselant de sueur, accablé de lassitude, le bonnet vert sur les yeux, remonter deux a deux,
sous le fouet du sergent, l’escalier-échelle du bagne flottant! » :
allitération en S —> montre la fatigue et l'épuisement.
(« le bonnet ») = on ne voit plus son visage.
On remarque qu’il perd de l’autonomie avec (« remonter »)
Maltraitance avec « fouet du sergent » —> ils sont battus pour aller plus vite mais ils sont fatigués.
3. Dimension spirituelle
-« Oh! Quelle misère! La destinée peut-elle être méchante comme un être intelligent et devenir
monstrueuse comme le cœur humain! »
(« misère ») est un mot fort puisqu’il porte le nom du livre.
Réflexion spirituelle « destinée » —> s’interroge sur les sens de la vie. + notion de méchanceté
(« monstrueuse ») —> revient au point de départ alors qu’il a fait le bien autour de lui.
Destinée humanisée —> « être, intelligent, cœur, humain » associé à monstrueux =habituellement
associé au bagnard.
-« et quoi qu’il fit, il retombait toujours sur ce poignant dilemme qui était au fond de sa rêverie »
revient au dilemme qui le bouleverse + « poignant » —> terme dramatique.
-« rester dans le paradis, et y devenir un démon! Rentrer dans l’enfer, et y devenir un ange! »:
vocabulaire religieux, spirituelle utilisé avec « paradis, démon, enfer, ange » + point d’exclamation
montrant toujours l’émotion.
Il y a un paradoxe enfer/ange du dilemme —> rester dans la vie actuelle = mal agir puisqu’il laisserait
quelqu’un accusé à sa place ou rentrer dans l’enfer du bagne = devenir un ange. Mais lui seul connaît
ce dilemme.
Conclusion :
Cet extrait expose bien le drame vécu par le personnage avec ce dilemme poignant,
renoncer à son rôle social de bienfaiteur ou imposer ce bagne à quelqu’un qui ne le mérite
pas. Ce texte s’inscrit bien dans le parcours individu moral et société puisque nous avons un
personnage qui comme la princesse de Clèves s’auto analyse et choisira le renoncement
pour rester en accord avec ses valeurs.