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Introduction à la logique et prédicats

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Thomas Lacroix
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Introduction à la logique et prédicats

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Faculté des sciences - U.E.H.

Analyse

MPCI
Prof. : Dr. Vital Ralph
Email : vitalralph@[Link]

2021-2022
1 LOGIQUE

1 Logique

1.1 Assertion et prédicat

Définition 1.1. Une assertion est un énoncé auquel on peut attribuer la valeur de vé-
rité vrai (V) ou faux (F), mais jamais les deux à la fois. C’est le principe du tiers-exclu.

Il est d’usage de noter une assertion en utilisant une lettre majuscule (par exemple P,
Q, R).

Exemple.
1. « Port-au-prince est la capitale d’Haïti. » est une assertion vraie.
2. L’assertion « 24 est un multiple de 2» est vraie et « 19 est un multiple de 2» est
une assertion fausse.

Définition 1.2. Soit E un ensemble. On appelle prédicat sur E un énoncé contenant


des lettres appelées variables tel que quand on remplace chacune de ces variables par
un élément de E, on obtienne une assertion.

Un prédicat contenant la variable x sera noté P (x) pour marquer la dépendance de


sa valeur de vérité par rapport à la variable x considérée. Il est clair qu’une assertion
peut s’interprèter comme un prédicat sans variable, c’est-à dire comme un prédicat
toujours vrai ou toujours faux, ce qui nous autorise à ne faire référence par la suite
qu’à la notion de prédicat, englobant ainsi celle d’assertion.

Exemple.
Comme nous l’avons mentionné, l’énoncé P (n) défini par « n est un multiple de 2 » est
un prédicat sur N. Il devient une assertion quand on donne une valeur entière à n. Par
exemple,
— l’assertion P(10) définie par « 10 est un multiple de 2» obtenue en remplaçant n
par 10 est vraie ;
— l’assertion P(11) définie par « 11 est un multiple de 2» obtenue en remplaçant n
par 11 est fausse

1.2 Les connecteurs logiques

Les connecteurs logiques permettent à partir de prédicats P,Q, R, · · · de créer de nou-


veaux prédicats dits prédicats composés dont on peut déterminer la valeur de vérité
à partir des valeurs de vérité de P,Q, R, · · · . Les connecteurs logiques usuels sont «
non», «et», «ou», « =⇒ » et « ⇐⇒ ».

1 sur 101
1.2 Les connecteurs logiques 1 LOGIQUE

Définition 1.3. La négation du prédicat P est le prédicat noté non(P) (ou parfois ¬P )
qui est vrai lorsque P est faux, et est faux lorsque P est vrai.

Il est d’usage de présenter les valeurs de vérité de non(P) en fonction des valeurs de
vérité de P dans un tableau appelé table de vérité. Pour le connecteur logique «non»,
on obtient la table de vérité suivante :
P ¬P
V F
F V
Exemple. Considérons le prédicat P défini par« 24 est un multiple de 2 ». Il s’agit d’une
assertion vraie. Sa négation est« 24 n’est pas un multiple de 2 ».Il s’agit donc d’une
assertion fausse.
Définition 1.4. Soient P et Q deux prédicats.
1. Le prédicat «P et Q », appelé conjonction de P et Q, est un prédicat qui est vrai
lorsque P et Q sont vrais simultanément, et faux dans tous les autres cas. On le
note aussi P ∧Q
2. Le prédicat «P ou Q », appelé disjonction de P et Q, est un prédicat qui est vrai
lorsque l’un au moins des deux prédicats P et Q est vrai, et faux lorsque les deux
sont faux. On le note aussi «P ∨Q».

Les tables de vérité des deux connecteurs logiques «et» et «ou» ainsi définis sont
donc :
P Q P et Q
V V V
V F F
F V F
F F F
P Q P ou Q
V V V
V F V
F V V
F F F
Remarque. Il est à noter que le « ou » du langage courant a un sens exclusif traduisant
l’alternative entre P et Q : ou bien P est vraie (et Q est fausse), ou bien Q est vraie (et P
fausse), mais P et Q ne peuvent être vrais simultanément. En revanche, le« ou » logique
n’est pas exclusif.
Exemple. Le prédicat P défini par « 10 est divisible par 2 » (c’est une assertion) est vrai.
Le prédicat Q défini par« 10 est divisible par 3 » (c’est aussi une assertion) est faux.
Ainsi,« P et Q » (c’est encore une assertion) est faux. En revanche, « P ou Q » est vrai

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1.3 Implication, équivalence 1 LOGIQUE

1.3 Implication, équivalence

Définition 1.5. Soient P et Q deux prédicats.


— Le prédicat « P =⇒ Q », appelé implication de P vers Q et on lit « P implique Q
» ou encore « P entraîne Q », est un prédicat qui est faux lorsque P est vrai et Q
faux, et vrai dans tous les autres cas.
— Le prédicat «P ⇐⇒ Q», appelé équivalence de P et de Q et on lit « P équivaut à
Q », est un prédicat qui est vrai lorsque P et Q sont simultanément vrais ou faux,
et faux dans tous les autres cas.

Les tables de vérités des deux connecteurs logiques« =⇒ » et« ⇐⇒ » ainsi définis
sont donc :

P Q P =⇒ Q
V V V
V F F
F V V
F F V
P Q P ⇐⇒ Q
V V V
V F F
F V F
F F V

Remarque. La définition de ces deux connecteurs appellent quelques commentaires.


Observons que l’implication de P vers Q, telle qu’elle est définie ci-dessus, englobe la
notion d’implication du langage courant : « Si P alors Q ». En effet, si P =⇒ Q est vrai,
et si P vrai, alors Q est vrai (ce qui correspond à la première ligne de la table de vérité
de P =⇒ Q).

1.3.1 Propriétés

Définition 1.6. Soient R 1 et R 2 deux prédicats (composés ou non).


— Si R 1 est vrai lorsque R 2 est vrai et si R 1 est faux lorsque R 2 est faux alors on dit
que R 1 et R 2 ont la même table de vérité ou qu’ils sont logiquement équivalents,
et on note R 1 ≡ R 2 .
— Dans le cas contraire, on note R 1 6≡ R 2 .

3 sur 101
1.3 Implication, équivalence 1 LOGIQUE

Exemple.

1. Soit P un prédicat. Alors le prédicat P et le prédicat non(non(P)) sont logique-


ment équivalents. En effet, grâce à la table de vérité
P non(P ) non(non(P ))
V F V
F V F
et en comparant la première colonne à la dernière colonne, on se rend compte
que ces deux colonnes sont effectivement identiques. Ceci peut se résumer en
disant que la double négation annule la négation. On note alors :

non(non(P )) ≡ P.

2. Soit P un prédicat. On a : (P et P) = P. De même, (P ou P) = P.


3. Soient P et Q deux prédicats. On vérifie les deux équivalences logiques : (P et Q)
=(Q et P), (P ou Q) = (Q ou P). Elles expriment que les deux connecteurs logiques
« et » et « ou » sont commutatifs .
4. Soient P, Q, R trois prédicats. On vérifie :

((P et Q) et R) ≡ (P et (Q et R)), ((P ou Q) ou R) ≡ (P ou (Q ou R)).

Ces deux équivalences logiques expriment que les deux connecteurs logiques
«et» et «ou» sont associatifs.
5. Soient P, Q deux prédicats. On a l’équivalence logique : (P et (P ou Q)) ≡ P que
l’on peut vérifier en comparant la première colonne et la dernière colonne de la
table de vérité suivante :
6. Soient P et Q deux prédicats. On a l’équivalence logique :

(P ⇐⇒ Q) ≡ (Q ⇐⇒ P ).

Devoir 1. Soient P et Q deux prédicats. Montrer qu’on a alors l’équivalence logique :

[(non(P ) =⇒ Q) et (non(P ) =⇒ non(Q))] ≡ P.

Définition 1.7. Un prédicat composé R qui est vrai quelles que soient les valeurs de
vérité des prédicats qui le composent, est appelé une tautologie.

Exemple. Le prédicat composé «P ou non (P)», construit par disjonction d’un prédicat
P et de sa négation, est vrai quelle que soit la valeur de vérité du prédicat P. C’est donc
une tautologie. Cela se vérifie en écrivant sa table de vérité :

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1.3 Implication, équivalence 1 LOGIQUE

P non(P ) P ou non(P)
V F V
F V V

et en ne constatant que la présence de la valeur de vérité V dans la colonne de «P ou


non (P)».

Devoir 2. Soient P, Q, R trois prédicats. Vérifier que le prédicat composé

((P ⇐⇒ Q) et (Q ⇐⇒ R)) =⇒ (P ⇐⇒ R)

est vrai quelles que soient les valeurs de vérité de P, Q et R.

Définition 1.8. Deux prédicats composés sont dits incompatibles si leur conjonction
est fausse quelles que soient les valeurs de vérité des prédicats qui les composent.

Exemple. Le prédicat P et le prédicat non(P) sont incompatibles car

P non(P ) P et non(P)
V F F
F V F

Ce résultat est bien connu. Il exprime qu’on ne peut avoir à la fois quelque chose et son
contraire.

Proposition 1.1. Soient P, Q, R trois prédicats.


— On a alors les équivalences logiques suivantes, appelées lois de Morgan pour
les prédicats
— non (P ou Q) ≡ (non(P) et non(Q)),
— non(P et Q) ≡ (non(P) ou non(Q)).
— On a aussi les équivalences logiques suivantes :
— (P ou (Q et R)) ≡ ((P ou Q) et (P ou R)),
— (P et (Q ou R)) ≡ ((P et Q) ou (P et R)).
Elles expriment la distributivité du «ou» (respectivement du «et») par rapport au
«et» (resp. au «ou»).

Proposition 1.2. Soient P et Q deux prédicats. On a alors les équivalences logiques


suivantes :
— (P =⇒ Q) ≡ (non(P) ou Q) ;
— non(P =⇒ Q) ≡ (P et non(Q)) ;
— (P =⇒ Q) ≡ (non(Q) =⇒ non(P)) ;

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1.4 Les quantificateurs mathématiques 1 LOGIQUE

— (P ⇐⇒ Q) ≡ ((P =⇒ Q) et (Q =⇒ P)).

1.4 Les quantificateurs mathématiques

1.4.1 Quantificateurs simples

A partir d’un prédicat P (x) défini sur un ensemble E, on peut construire de nouvelles
assertions dites assertions quantifiées en utilisant les quantificateurs «il existe» et
«quel que soit».

Définition 1.9. Soit P (x) un prédicat défini sur un ensemble E.


— Le quantificateur « quel que soit » (appelé aussi « pour tout »), noté ∀, permet
de définir l ’assertion quantifiée « ∀x ∈ E , P (x) » qui est vraie lorsque tous les
éléments x de E vérifient P(x).
— Le quantificateur « il existe », noté : ∃, permet de définir l’assertion quantifiée
« :∃x ∈ E , P (x) » qui est vraie lorsqu’on peut trouver (au moins) un élément x
appartenant à E vérifiant l’énoncé P (x).

Exemple.
1. L’assertion quantifié « ∀n ∈ N (n − 3)n > 0 » est fausse puisque qu’il existe un
élément n de N (prendre n= 0, n= 1,n= 2 ou n= 3) pour lequel l’énoncé « (n−3)n >
0» est faux.
2. L’énoncé « Si le carré d’un entier naturel est pair alors cet entier est pair » écrit :
« ∀n ∈ E , N (n 2 pai r =⇒ npai r ) ». Il est vrai.

Règles de négation d’une assertion quantifiée


La négation de « pour tout élément x de E l’énoncé P (x) est vrai » est « il existe un
élément x de E pour lequel l’énoncé P (x) est faux » et la négation de « il existe un
élément x de E pour lequel l’énoncé P (x) est vrai » est « pour tout élément x de E
l’énoncé P (x) est faux ». Autrement dit,
— non(∀x ∈ E P (x)) ⇐⇒ ∃x ∈ E , non(P (x)),
— non(∃x ∈ E P (x)) ⇐⇒ ∀x ∈ E , non(P (x)).
Par exemple, si P (x) et Q(x) désignent deux prédicats définis sur E alors
non[∀x ∈ E (P (x) =⇒ Q(x))] ≡ ∃x ∈ E non[P (x) =⇒ Q(x)]
≡ ∃x ∈ E (P (x) et non(Q(x)))
car « non(P (x) =⇒ Q(x)) » est équivalent logiquement à « P(x) et non(Q(x)) ». On en
déduit :

non[∀x ∈ E , (P (x) ⇐⇒ Q(x))) ≡ ∃x ∈ E , [(P (x) et non(Q(x))) ou (non(P (x)) et Q(x))).

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1.5 Les différents modes de démonstration en mathématique 1 LOGIQUE

1.4.2 Quantificateurs multiples

Considérons maintenant un prédicat P (x, y) à deux variables où x et y représentent


respectivement un élément d’un ensemble E et un élément d’un l’ensemble F. L’énoncé
« ∀y ∈∈ F, P (x, y) » est encore un prédicat puisque sa valeur de vérité dépend de la
variable x appartenant à E. En revanche, l’énoncé « ∀x ∈ E ∀y ∈ F, P (x, y) » est une
assertion. Elle est définie comme suit.
Définition 1.10. Soit P(x, y) un prédicat défini sur les ensembles E et F.
— L ’assertion quantifiée « ∀x ∈ E ∀y ∈∈ F, P (x, y) » est vraie lorsque tous les élé-
ments x de E et tous les éléments y de F vérifient P(x,y).
— L’assertion quantifiée « ∃x ∈ E ∃y ∈ F, P (x, y)» est vraie lorsqu’il existe (au moins)
un élément x appartenant à E et lorsqu’il existe (au moins) un élément y appar-
tenant à F vérifiant P(x,y).
Exemple.

1. L’assertion quantifiée « ∀x ∈ R+ , ∀n ∈ N (1 + x)n ≥ 1 » est vraie.


2. L’assertion quantifiée« ∃x ∈ R∃x ∈ R+ x + y = 5» est vraie. Il suffit de considérer
par exemple x = 2 et y = 3

1.5 Les différents modes de démonstration en mathématique

1.5.1 Raisonnement par hypothèse auxiliaire

Un raisonnement par hypothèse auxiliaire s’appuie sur la tautologie suivante :

(P et (P =⇒ Q)) =⇒ Q.

Ainsi, si l’énoncé P est vrai et si l’implication P =⇒ Q est vraie alors l’énoncé Q est
nécessairement vrai. C’est la méthode de démonstration la plus courante.
Exemple. Soient A = {2, −3} et B = {x ∈ E |x 2 + x − 6 = 0}. Pour montrer que A = B on
utilise l’implication

(A ⊂ B et c ar d (A) = c ar d (B )) =⇒ A = B.

1.5.2 Raisonnement par contraposée

Il sert à démontrer qu’une implication « P =⇒ Q » est vraie. Il s’appuie sur l’équiva-


lence logique suivante :

(P =⇒ Q) ≡ (non(Q) =⇒ non(P )).

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1.5 Les différents modes de démonstration en mathématique 1 LOGIQUE

Au lieu de montrer que l’implication « P =⇒ Q » est vraie, le raisonnement par


contraposée consiste à montrer que l’implication « non(Q) =⇒ non(P ) » est vraie.
On fait donc l’hypothèse que l’énoncé non(Q) est vrai et on montre que ceci implique
que l’énoncé non(P) est vrai.

1.5.3 Raisonnement par l’absurde

Pour montrer qu’un énoncé P est vrai, un raisonnement par l’absurde consiste à
montrer que sa négation, l’énoncé non(P), entraîne un énoncé Q et son contraire
non(Q). Il s’appuie sur l’équivalence logique :

((non(P ) =⇒ Q)et (non(P ) =⇒ non(Q))) ≡ P.

En pratique, on suppose l’énoncé non(P) comme étant vrai et on cherche alors un


énoncé (noté Q ci-dessus) qui, sous cette hypothèse, serait à la fois vrai et faux. On
dit que l’on a obtenu une contradiction ou que l’hypothèse est contradictoire.

1.5.4 Raisonnement par contre-exemple

Un raisonnement par contre-exemple sert à démontrer qu’une assertion quantifiée


de la forme «∀x ∈ E P (x)» est fausse. Pour cela, on démontre que sa négation est vraie.
On a vu que non(∀x ∈ E P (x)) ≡ (∃ ∈ Enon(P (x))). Ainsi, pour montrer que « ∀x ∈
E P (x)» est une assertion fausse, la méthode consiste à exhiber un élément x de E ne
vérifiant pas P (x).

Exemple. « toute application de R dans R est soit paire soit impaire » est une asser-
tion fausse puisqu’on peut trouver une application de R dans R qui n’est ni paire, ni
impaire. C’est par exemple le cas de l’application x → 1 − exp(x).

1.5.5 Raisonnement par récurrence

De nombreux résultats s’expriment sous la forme « ∀n ∈ N P (n) ». Une démonstra-


tion par récurrence permet de montrer qu’une telle assertion quantifiée est vraie.
Son principe exprime le fait que si la propriété P (0) est vraie et si l’implication «
P (n) =⇒ P (n + 1) » est vraie (on dit alors que P (n) est une propriété héréditaire),
alors la propriété P (n) est vraie pour tout entier naturel n.

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2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

2 Ensembles Numériques

2.1 Généralités

On peut définir de manière intuitive un ensemble comme la réunion dans une même
entité de certains objets bien déterminés. On appelle ces objets les éléments de l’en-
semble. Ce ne sont pas nécessairement des nombres.
Il est d’usage de noter un ensemble en utilisant une lettre majuscule et un élément
en utilisant une lettre minuscule. Ainsi, pour signifier que x est un élément de l’en-
semble E on écrit x ∈ E et on lit x appartient à E . Si x n’est pas un élément de E on
écrit x ∉ E et on dit que x n’appartient pas à E . Si x et y sont deux éléments de E , on
notera x = y si ces éléments sont égaux et x 6= y s’ils sont différents.
Exemples usuels d’ensembles de nombres :
— N ensemble des nombres entiers naturels,
— Z ensemble des nombres entiers relatifs,
— Q ensemble des nombres rationnels,
— R ensemble des nombres réels,
— C ensemble des nombres complexes .
On suppose connues les propriétés de l’ensemble N des entiers naturels et de l’en-
semble Z des entiers relatifs. On désigne par + et × l’addition et la multiplication
entre entiers.

Définition 2.1. Soit R une relation d’un ensemble E dans lui-même.


— La relation R est dite réflexive si xRx pour tout x ∈ E .
— La relation R est dite symétrique si, pour tout (x, y) ∈ E 2 , xR y =⇒ yRx.
— La relation R est dite transitive si, pour tout (x, y, z) ∈ E 3 , (xR y et yRz) =⇒
xRz.
— La relation R est appelée une relation d’équivalence sur E si elle est à la fois
réflexive, symétrique et transitive.

Définition 2.2. Soit R une relation d’équivalence sur un ensemble E.


— Pour tout x ∈ E , on appelle classe d’équivalence de x modulo R l’ensemble noté
C n (x) défini par
C n (x) = {y ∈ E |xR y}.
L ’élément x est appelé représentant de l ’ensemble C n (x).
— On appelle ensemble quotient de E par R, et on note E /R, l’ensemble des classes
d’équivalence modulo R. Autrement dit,

E /R = {C n (x)|x ∈ E }.

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2.1 Généralités 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

2.1.1 Le corps des rationnels

La relation R Q définie sur l’ensemble Z × Z par

∀(m, n) ∈ Z × Z∗ ∀(m 0 , n 0 ) ∈ Z × Z∗ ((m, n)R Q (m 0 , n 0 ) ⇐⇒ m × n 0 = n × m 0 )

est une relation d’équivalence. L’ensemble quotient de Z × Z∗ par R Q est noté Q et


est appelé ensemble des nombres rationnels.
Il résulte de la définition de la relation d’équivalence R Q que

d ×a a
∀d ∈ Z, =
d ×b b
Il est de coutume de prendre pour représentant d’une classe d’équivalence la fraction
²m
n , ² ∈ {−1, 1} où m et n sont deux entiers naturels premiers entre eux (c’est-à-dire
sans diviseur commun autre que 1).
On munit l’ensemble Q des 2 lois notées +Q et ×Q définies par

m m 0 mn 0 + m 0 n m m0
+ 0 = pour tout ∈Q 0 ∈Q
n n nn n n

On vérifie que Q muni des lois +Q et ×Q est un corps commutatif, c’est-à-dire que
l’on a les propriétés suivantes.
— La loi +Q est associative : ∀(x, y, z) ∈ Q3 , (x +Q y) +Q z = x +Q (y +Q z).
— La loi +Q est commutative :∀(x, y) ∈ Q2 , x +Q y = y +Q x.
— La loi +Q possède pour élément neutre l’élément (0, 1) noté 0Q . Cet élément
vérifie : ∀x ∈ Q, x +Q 0Q = x.
— Tout élément x = (m, n) de Q possède un symétrique dans Q pour la loi +Q. Il
s’agit de l’élément (−m, n), noté −x, qui vérifie : x +Q −x = 0Q .
Ces premières propriétés indiquent que (Q, +Q ) est un groupe commutatif.
— La loi ×Q est associative : ∀(x, y, z) ∈ Q3 , (x ×Q y)x ×Q z = x ×Q Q(y ×Q Qz).
— La loi ×Q est commutative :∀(x, y) ∈ Q2 , x ×Q y = y ×Q x.
— La loi ×Q possède pour élément neutre l’élément (1, 1) noté 1Q. Cet élément
vérifie : ∀x ∈ Q, x ×Q 1Q = x.
— Tout élément x = (m, n) de Q différent de 0Q possède un symétrique dans Q
pour la loi ×Q . Il s’agit de l’élément (n, m) qui est noté x −1 et qui vérifie : x ×Q
x −1 = 1Q .
— la loi ×Q est distributive sur +Q :

∀(x, y, z) ∈ Q3 , (x +Q y) ×Q z = (x ×Q z) +Q (y ×Q z).
On note Q+ l’ensemble { m
n
∈ Q|m ∈ N, n ∈ N∗ } et Q∗+ = Q+ − {0Q }.

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2.1 Généralités 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

2.1.2 Relation d’ordre sur un ensemble

Définition 2.3. (Relation d’ordre) Soit E un ensemble non vide. Une relation R de E
dans E est appelée une relation d’ordre sur E si elle est :
— réflexive :∀x ∈ E xRx;
— anti-symétrique : ∀(x, y) ∈ E 2 (xR y et yRx) =⇒ x = y;
— transitive : ∀(x, y, z) ∈ E 3 (xR y et yRz) =⇒ xRz.

Exemple. On vérifie que sur Q la relation définie par

∀x, y ∈ Q2 , x ≤ y ⇐⇒ y − x ∈ Q+

est une relation d’ordre sur Q. On écrit également y ≥ x au lieu de x ≤ y.

Définition 2.4. Soit R une relation d’ordre sur un ensemble E . Cette relation d ’ordre
est qualifiée de relation d ’ordre total sur E si ∀(x, y) ∈ E 2 (xR y ou yRx).

Proposition 2.1. La relation d’ordre sur Q a les propriétés suivantes :


— il s’agit d’une relation d’ordre total :

∀(x, y) ∈ Q2 , (x ≤ y) ou (y ≤ x);

— elle est compatible avec les lois +Q et ×Q :

∀(x, y, z) ∈ Q3 , (x ≤ y =⇒ x +Q z ≤ y +Q z)

et
((x ≤ y et 0Q ≤ z) =⇒ x ×Q z ≤ y ×Q z).
On dit que le corps (Q, +Q , ×Q ) muni de la relation d’ordre est un corps totalement
ordonné.

2.1.3 Bornes supérieure et inférieure

Définition 2.5. Soient E un ensemble muni d’une relation d’ordre total notée ≤ et A
un sous-ensemble non vide de E. On dit qu’un élément S de E est un majorant de A si :

∀x ∈ A, x ≤ S

Si l’ensemble des majorants est non vide, on dit que l’ensemble A est majoré.

Si un élément M de A est un majorant de A, alors il est unique et est appelé élément


maximal de A. On note M = maxE A.

11 sur 101
2.1 Généralités 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

Définition 2.6. Soient E un ensemble muni d’une relation d’ordre total notée ≤ et A un
sous-ensemble non vide de E. On dit qu’un élément s de E est un minorant de A si :

∀x ∈ A, s ≤ x.

Si l’ensemble des minorants est non vide, on dit que l’ensemble A est minoré.

Si un élément m de A est un minorant de A, alors il est unique et est appelé élément


minimal de A. On note m = minE A.
Un ensemble A qui est à la fois minoré et majoré est dit borné.

Définition 2.7. Soient E un ensemble muni d’une relation d’ordre total notée ≤ et A un
sous-ensemble non vide de E.
— Si A est majoré, on appelle supremum ou borne supérieure de A le plus petit
élément, s’il existe, de l’ensemble des majorants. On le note supE A.
— Si A est minoré, on appelle infimum ou borne inférieure de A le plus grand élé-
ment, s’il existe, de l’ensemble des minorants. On le note infE A.

Exemple.

1. Soient E = Q et A = {x ∈ Q|0 ≤ x et x ≤ 2}. L’ensemble des majorants {x ∈ Q|x ≤


2} possède pour plus petit élément 2 ; cet élément appartient à A. La borne supé-
rieure de A est donc son élément maximal.
2. Soient E = Q et A = {x ∈ Q|0 ≤ x et x < 2}. L’ensemble des majorants {x ∈ Q|x ≥
2} possède pour plus petit élément 2 ; cet élément n’appartient pas à A. L’en-
semble A possède donc une borne supérieure mais pas d’élément maximal.

Remarque On prendra garde que l’élément maximal (resp. l’élément minimal) ou la


borne supérieure (resp. la borne inférieure) d’un ensemble A dépend de l’ensemble
E dont A est un sous-ensemble. Ainsi si A = {x ∈ E |3x < 5} on a

5
sup A = et sup A = 1.
Q 3 Z

Dans Q, la borne supérieure de A qui vaut 5/3 n’est pas élément maximal de A. Dans
Z, la borne supérieure de A qui vaut 1 est également l’élément maximal de A. Par
ailleurs, un ensemble majoré n’admet pas nécessairement de borne supérieure. L’en-
semble A = {x ∈ Q|x > 0 et x 2 < 2} est majoré (est un majorant) mais ne possède pas
de borne supérieure dans Q.

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2.1 Généralités 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

2.1.4 Les insuffisances du corps des rationnels

Il est aisé de vérifier que si r désigne un nombre rationnel, il n’existe pas néces-
sairement de nombre rationnel x tel que x 2 = r n’a pas forcément de solution dans
Q. C’est le cas par exemple de l’équation x 2 = 2. Si cette équation avait une solution
x dans Q+ , alors il existerait (m, n) ∈ N × N∗ avec m et n sans diviseur commun autre
que 1 tels que x = m/n autrement dit tels que m 2 = 2n 2 . Ceci impliquerait que m 2
est pair et par conséquent que m est pair. Ainsi il existerait un entier naturel k non
nul tel que m = 2k. On aurait alors 2n 2 = m 2 = 4k 2 ce qui impliquerait que n 2 = 2k 2
et donc n serait pair. Ceci contredirait notre hypothèse que m et n sont sans diviseur
commun autre que 1. Par ailleurs si l’équation avait une solution x dans Q\Q+ alors
le rationnel −x qui appartiendrait à Q + serait aussi solution (car (−x)2 = x 2 ). On vient
de voir que c’est impossible. Ce raisonnement par l’absurde permet de conclure que
l’équation x 2 = 2 n’a pas de solution dans Q.

2.1.5 Le corps des réels

Nous admettons l’existence d’un ensemble R, contenant Q, muni de deux lois de


composition interne + et × et d’une relation d’ordre total qui prolongent celles dé-
finies sur Q et qui possède les propriétés suivantes.
Propriétés de la somme
— La loi + est associative : ∀(x, y, z) ∈ R3 , (x + y) + z = x + (y + z);
— la loi + est commutative : ∀(x, y) ∈ R2 , x + y = y + x;
— l’ensemble R possède un élément neutre pour + qui est l’entier 0 : ∀x ∈ R, x +
0 = x;
— tout élément x de R possède un symétrique dans R pour la loi + appelé» et noté
−x : ∀x ∈ R ∃(−x) ∈ R|x + (−x) = 0.
Pour x et y réels, on note x − y la somme de x avec l’opposé de y. On définit ainsi une
loi de composition interne appelée soustraction qui n’est ni associative, ni commuta-
tive. La commutativité et l’associativité de la loi + ont pour conséquence la possibilité
de considérer des sommes de réels de la forme x 1 + x 2 + · · · + x n sans se préoccuper
de l’ordre des des termes. On note une telle somme ni=1 x i .
P

Propriétés du produit
— la loi × est associative : ∀(x, y, z) ∈ R3 , (x × y) × z = x × (y × z);
— la loi × est commutative : ∀(x, y) ∈ R2 , x × y = y × x;
— l’ensemble R possède un élément neutre pour × qui est l’entier 1 : ∀x ∈ R, x ×
1 = x;
— tout élément x de R différent de 0 possède un symétrique dans R pour la ×
appelé inverse de x est noté x −1 ∀x ∈ R ∃x −1 ∈ R|x × x −1 = 1;
— la loi × est distributive sur + : ∀(x, y, z) ∈ R3 (x + y) × z = (x × z) + (y × z).

13 sur 101
2.1 Généralités 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

Propriétés de la relation d’ordre La relation ≤ est une relation d’ordre sur R :


— elle est réflexive : ∀x ∈ R, x ≤ x;
— elle est anti-symétrique : ∀(x, y) ∈ R2 (x ≤ y et y ≤ x) =⇒ x = y;
— elle est transitive : ∀(x, y, z) ∈ R3 (x ≤ y et y ≤ z) =⇒ x ≤ y;
Cette relation d’ordre est compatible avec les lois + et ×,
∀(x, y, z) ∈ R3 (x ≤ y =⇒ x + z ≤ y + z)
et
((x ≤ y , et , 0 ≤ z)) =⇒ x × z ≤ y × z

On écrit aussi x ≥ y pour y ≤ x. On définit la relation < sur R par :


∀(x, y) ∈ R2 x < y si (x ≤ y et x 6= y).
Il ne s’agit pas d’une relation d’ordre sur R (elle n’est ni réflexive, ni symétrique). On
note aussi y > x pour x < y. On note par ailleurs
— R+ = {x ∈ R|0 ≤ x} l’ensemble des réels positifs ;
— R− = {x ∈ R|x ≤ 0} l’ensemble des réels négatifs ;
— R∗+ = {x ∈ R|0 > x} l’ensemble des réels strictement positifs ;
— R∗− = {x ∈ R|x < x} l’ensemble des réels strictement négatifs ;
— R+ = {x ∈ R|0 ≤ x ou x > 0} l’ensemble des réels non nuls.
Proposition 2.2. Tout sous-ensemble A non vide et majoré de R; admet une borne
supérieure b qui vérifie

(∀x ∈ A, x ≤ b) et (∀² ∈ R∗+ ∃x ² ∈ A, b − ² < x ² )

Tout sous-ensemble A non vide et minoré de R; admet une borne inférieure a qui
vérifie
(∀x ∈ A, x ≥ b) et (∀² ∈ R∗+ ∃x ² ∈ A, a + ² > x ² ).

Théorème 1. (Propriété d’Archimède)

∀² ∈ R∗+ ∀x ∈ R∗+ ∃n ∈ N∗ n² > x.

Preuve. Soient ² et x deux réels strictement positifs fixés.L’ensemble


E = {n ∈ N|n² ≤ x}
est un sous-ensemble non vide (0 ∈ E ) et majoré (par x/²) de R. Il admet donc une borne
supérieure b dans R (qui par définition est le plus petit des majorants de E). Puisque
b − 1 n’est pas un majorant de E, (car ....) il existe ñ ∈ E tel que ñ > b − 1. On en déduit
que ñ + 1 > b et par conséquent que l’entier non nul n 0 = ñ + 1 n’appartient pas à E.
On a donc n 0 ² ≥ x. La propriété d’Archimède est démontrée : il existe un entier naturel
non nul n 0 tel que n 0 ≥ x.

14 sur 101
2.2 Propriétés des nombres réels 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

2.2 Propriétés des nombres réels

2.2.1 Propriétés calculatoires

L’objet de cette partie est de rappeler les principales propriétés et formules calcula-
toires concernant les nombres réels.


 ∀(x, y, u, v) ∈ R4 , ((x ≤ y) et (u ≤ v)) =⇒ x + u ≤ y + v


 ((x ≤ y) et (u < v)) =⇒ x + u < y + v
1.


 ((x ≤ y) et (u ≥ 0)) =⇒ x + u ≤ y + u

((x ≤ y) et (u ≤ 0)) =⇒ x × u ≥ y × u


1 1
∀(x, y) ∈ R × R , 0 < x ≤ y ⇐⇒ 0 < y ≤ x
 ∗ ∗

2. x ≤ y < 0 ⇐⇒ 1y ≤ x1 < 0

x < 0 ≤ y ⇐⇒ 1 < 0 < 1


x y
3. ∀n ∈ N ∀(x, y) ∈ R × R , (x ≤ y ⇐⇒ x ≤ y n )
∗ + + n
(
∀x ∈ R+ ∀(m, n) ∈ N2 , (x ≤ 1 et n ≤ m =⇒ x n ≥ x m )
4.
∀x ∈ R+ ∀(m, n) ∈ N2 , (x ≥ 1 et n ≤ m =⇒ x n ≤ x m )

Proposition 2.3. (Formule du binôme de Newton ) Soient x et y deux réels et n un


entier naturel non nul. On a
à ! à !
n n n n!
(x + y)n = x k y n−k où
X
=
k=0 k k k!(n − k)!

Proposition 2.4. Pour tous réels x et y et pour tout n∈ N, on a


x n − y n = (x − y) n−1 x n−1−k y k
P
k=0
= (x − y)(x n−1 + x n−2 y + · · · + x y n−2 + y n−1 )

2.2.2 La valeur absolue

Définition 2.8. On appelle valeur absolue du réel x le réel positif noté |x| défini par
(
x si x ≥ 0
|x| =
−x si x < 0.

15 sur 101
2.2 Propriétés des nombres réels 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

Proposition 2.5. On a les propriétés suivantes :


1. ∀x ∈ R, (|x| = max{x, −x} et | − x| = |x|;
2. ∀x ∈ R, (|x| = 0 ⇐⇒ x = 0)
3. ∀(x, y) ∈ R2 , |x × y| = |x| × |y|;
4. ∀x ∈ R, ∀n ∈ N, |x n | = |x|n ;
5. ∀(x, y) ∈ R2 , |x + y| ≤ |x| + |y| (1re inégalité triangulaire) ;
6. ∀(x, y) ∈ R2 , ||x| − |y|| ≤ |x − y| (2e inégalité triangulaire).

Preuve. — Les deux premières assertions sont des conséquences immédiates de la


définition de la valeur absolue.
— La troisième assertion se démontre par disjonction des cas selon le signe de x et
de y.
i) Si x ≥ 0 et y ≥ 0 alors d’une part x × y ≥ 0 et par conséquent |x × y| = x × y et
d’autre part |x| = x, |y| = y. La relation |x × y| = |x|×|y| est donc établie dans
ce cas.
ii) Si x ≥ 0 et y ≤ 0 alors d’une part x × y ≤ 0 et par conséquent |x × y| = −x × y
et d’autre part |x| = x, |y| = −y. La relation |x × y| = |x| × |y| est donc établie
dans ce cas.
iii) Si x ≤ 0 et y ≥ 0 alors d’une part x × y ≤ 0 et par conséquent |x × y| = −x × y
et d’autre part |x| = −x, |y| = y. La relation |x × y| = |x| × |y| est donc établie
dans ce cas.
iv) Si x ≤ 0 et y ≤ 0 alors d’une part x × y ≥ 0 et par conséquent |x × y| = x × y et
d’autre part |x| = −x, |y| = −y. La relation |x × y| = |x| × |y| est établie dans
ce cas.
On a démontré que dans les 4 cas envisageables selon les signes de x et de y, la
relation était vraie. Elle est donc toujours vraie.
— La quatrième assertion se démontre aisément par récurrence en utilisant le ré-
sultat qui vient d’être établi.
— Pour démontrer la première inégalité triangulaire nous procédons à nouveau
par disjonction des cas. Remarquons que l’on peut toujours supposer que x ≤ y.
i) Ou bien 0 ≤ x ≤ y et dans ce cas |x + y| = x + y = |x|+|y|. La relation est vraie.
ii) Ou bien x ≤ y ≤ 0 et dans ce cas |x + y| = −(x + y) = −x + (−y) = |x| + |y|. La
relation est vraie.
iii) Ou bien x ≤ 0 ≤ y avec −x ≥ y et

|x + y| = −(x + y) = (−x) − y = |x| − |y| ≤ |x| + |y|.

La relation est vraie dans ce cas.

16 sur 101
2.2 Propriétés des nombres réels 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

iv) Ou bien x ≤ 0 ≤ y avec −x ≤ y et

|x + y| = x + y = −(−x) + y = −|x| + |y| ≤ |x| + |y|.

La relation est vraie dans ce cas aussi. Nous avons montré que dans les 4 cas
envisageables, compte tenu de la commutativité de la somme, la relation était
vraie. Elle est donc toujours vraie.
— Pour démontrer la seconde inégalité triangulaire, considérons deux réels x, y
tels que |x| ≥ |y|. On a alors

||x| − |y|| = |x| − |y| = |x − y + y| − |y|.

En utilisant la première inégalité triangulaire, on obtient

||x| − |y|| ≤ |x − y| + |y| − |y| = |x − y|.

La seconde inégalité triangulaire est démontrée.

Exercice 1. Montrer, en utilisant une disjonction de cas, que pour tout (x, y) ∈ R2 on a
max{x, y} = 12 (x + y + |x − y|) et min{x, y} = 21 (x + y − |x − y|).

L’une des utilisations de la valeur absolue consiste à mesurer la distance entre deux
points sur la droite réelle.

d : R × R → R+
Définition 2.9. On appelle distance usuelle sur R l ’application
(x, y) → |x − y|
Étant donnés deux réels x et y, le réel d(x, y) est appelé distance de x à y.

Proposition 2.6. La distance usuelle sur R possède les propriétés suivantes :


1. ∀(x, y) ∈ R2 (d (x, y) = 0 =⇒ x = y),
2. ∀(x, y) ∈ R2 d (x, y) = d (y, x),
3. ∀(x, y, z) ∈ R3 d (x, z) ≤ d (x, y) + d (y, z).

2.2.3 Partie entière et racine n-ième

Proposition 2.7. (Partie entière) Pour tout x ∈ R il existe un unique α ∈ Z tel que
α ≤ x < α + 1. L ’entier relatif α est appelé partie entière du réel x et est noté E (x)
ou [x].

Preuve. On procède par disjonction de cas selon le signe de x.

17 sur 101
2.2 Propriétés des nombres réels 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

— . Soit x un réel positif et


A = {n ∈ Z|n ≤ x}.
L’ensemble A est non vide (0 ∈ A) et il est majoré dans Z car d’après la propriété
d’Archimède , il existe N ∈ N tel que N > x donc

∀n ∈ A, n ≤ x < N .

L’ensemble A étant un sous-ensemble de Z non vide et majoré, il admet un plus


grand élément (ou élément maximal) α. L’entier α appartient à A, donc α ≤ x,
et puisqu’il s’agit de l’élément maximal de A on a α + 1 6∈ A donc α + 1 > x.
— Considérons à présent un réel x strictement négatif et notons B l’ensemble

{n ∈ Z|n > x}.

Cet ensemble est non vide (0 ∈ B ) et il est minoré car d’après la propriété d’Ar-
chimède, il existe un entier N tel que N > −x, autrement dit tel que x > −N .
L’ensemble B est donc un sous-ensemble de Z, non vide et minoré ; il admet un
unique élément minimal β ∈ Z. Cet élément minimal vérifie d’une part β ∈ B
donc β > x et d’autre part β − 1 6∈ B donc β − 1 ≤ x. On en déduit que l’entier
relatif a = β − 1 vérifie α ≤ x < α + 1.

Proposition 2.8. Soit x un nombre réel. On a


1. E (x) ≤ x < E (x) + 1 et x − 1 < E (x) ≤ x.
2. E (x) = x ⇐⇒ x ∈ Z.
3. ∀n ∈ Z, E (x + n) = E (x) + n.

Proposition 2.9. (Racine n-ième d’un réel positif ) Pour α ∈ R+ et n ∈ N∗ donnés, il


p 1
existe un unique réel positif b tel que b n = a. ce réel est noté n n ou a n et est appelé
racine n-ième de a.

2.2.4 Propriétés fondamentales

Proposition 2.10. Soit x un réel,

(∀² ∈ R∗+ |x| ≤ ²) =⇒ x = 0.

18 sur 101
2.3 Topologie de la droite réelle 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

Preuve. Raisonnons par l’absurde. Supposons l’assertion fausse, c’est-à-dire suppo-


sons que
(∀² ∈ R∗+ |x| ≤ ² et x 6= 0.
Puisque x est non nul, le réel η = 12 |x| est strictement positif et vérifie |x| > η. Cela
contredit l’hypothèse (∀² ∈ R∗+ |x ≤ ²). On en déduit que l’assertion énoncée dans la
proposition est vraie.
Définition 2.10. On dit qu’un sous-ensemble A de R est dense dans R si
∀(x, y) ∈ R2 (x < y =⇒ ∃a ∈ A |x < a < y).

Proposition 2.11. L’ensemble Q des nombres rationnels est dense dans l’ensemble
R des réels.

Preuve. Soit (x, y) ∈ R2 tel que x < y. On utilise la propriété d’Archimède en prenant
² = y − x (on a bien ² > 0) :
∀α ∈ R∗+ , ∃n α ∈ N∗ |n al pha (y − x) > α.
En choisissant de prendre α = 1, on établit l’existence d’un entier n 1 ∈ N∗ tel que n 1 (y −
x) > 1. On a donc y − x > n11 c’est-à-dire y > n1nx+1
1
. Posons a = E (nn1 x)+1
1
; il est clair que
a ∈ Q. En utilisant les proprlétés de la partie entière. On obtient

(n 1 x − 1) + 1 n1 x + 1 1
a> = x et a ≤ =x+ = y.
n1 n1 n1
On a ainsi montré que pour tout couple (x, y) ∈ R2 tel que x < y, il existe un rationnel
a vérifiant x < a < y ce qui permet de conclure que Q est dense dans R.

2.3 Topologie de la droite réelle

Nous présentons dans cette partie quelques notions de topologie de la droite réelle
utiles par la suite. Il s’agit également d’une introduction élémentaire aux notions de
topologie.

2.3.1 Intervalles

Définition 2.11. On appelle intervalle de R. tout sous-ensemble I de R tel que


∀(α, βγ ∈ R3 ((α ∈ Iet β ∈ Iet α ≤ γ ≤ β) =⇒ γ ∈ I )

Autrement dit, un intervalle est défini comme un ensemble où tout réel compris entre
deux réels de l’ensemble appartient à l’ensemble.

19 sur 101
2.3 Topologie de la droite réelle 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

2.3.2 Ensemble ouvert et ensemble fermé

Définition 2.12. (Voisinage) On dit que le sous-ensemble V de R. est un voisinage du


réel x o si V contient un intervalle ouvert de centre x 0 , autrement dit, si

a +b
∃(a, b) ∈ R2 (a < b et x 0 = et ]a, b[⊂ V )
2

Exemple. 1. Les intervalles ]−1, 1] et [−1, 12 ] sont des voisinages de 0. La condition


de la définition 4.6 est en particulier satisfaite avec a = 41 et b = −a.
2. Les intervalles ]0, 1], [0, 1] et [2, 3] ne sont pas des voisinages de 0. Très clairement,
il n’existe pas d’intervalle ouvert de centre 0 qui soit inclus dans ces ensembles.

Définition 2.13. (Ensemble ouvert, ensemble fermé)


— Un sous-ensemble O non vide de R est qualifié d’ensemble ouvert si pour tout
élément x de O il existe un intervalle ouvert de centre x inclus dans O , autrement
dit, un sous-ensemble O est ouvert s’il est voisinage de chacun de ses points.
— Un sous-ensemble F de R est appelé ensemble fermé si son complémentaire
dans R est ouvert.

Exemple. Tout intervalle ouvert ]a, b[ avec a < b est un ensemble ouvert de R En effet,
soit x ∈]a, b[ et d = min{ 12 (x − a), 12 (b − x)}. L’intervalle ouvert ]x − d , x + d [ est inclus
dans ]a, b[ et admet x pour centre.

Proposition 2.12. (Union et intersection d’ouverts ou de fermés)


1. L ’union d ’un nombre quelconque d ’ensembles ouverts est un ensemble ou-
vert. L ’intersection d ’un nombre fini d ’ensembles ouverts est un ensemble
ouvert.
2. L ’intersection d ’un nombre quelconque d ’ensembles fermés est un en-
semble fermé. L ’union d’un nombre fini d’ensembles fermés est un ensemble
fermé.

2.3.3 Intérieur et adhérence d’un ensemble

Définition 2.14. Soit A un sous-ensemble non vide de R et x 0 un réel. On dit que x 0 est
un point intérieur à A si A est un voisinage de x 0 . L ’ensemble des points intérieurs à A
est noté A et est appelé intérieur de A.

Définition 2.15. Soit A un sous-ensemble non vide de R et x 0 un réel.

20 sur 101
2.3 Topologie de la droite réelle 2 ENSEMBLES NUMÉRIQUES

On dit que x 0 est un point adhérent à A si tout intervalle ouvert de centre x 0 contient
au moins un élément de A. L ’ensemble des points adhérents à A est noté A et est appelé
adhérence de A.

On dit que x 0 est un point d’accumulation de A si tout intervalle ouvert de centre x 0


contient au moins un élément de A autre que x 0 .

2.3.4 La droite numérique achevée

L’ensemble R n’a ni plus grand, ni plus petit élément. On lui adjoint éléments notés
+∞ et −∞ de façon à construire l’ensemble noté R. On a donc R = R ∪ {+∞, −∞}.

Définition 2.16. (Voisinage de l’infini) On appelle voisinage de +∞ (resp. −∞) tout


sous-ensemble de R̄ contenant un intervalle de R de la forme ]a, +∞] (resp. [−∞, a[)
où ]a, +∞] =]a, +∞[∪{+∞} et [−∞, a[=] − ∞, a[∪{−∞}.

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3 SUITES NUMÉRIQUES

3 Suites Numériques

3.1 Définitions et généralités

Dans ce chapitre K désigne le corps R ou C. Les éléments de K sont appelés des sca-
laires. Si K = R, le symbole | · | désigne la valeur absolue d’un réel. Si K = C le symbole
| · | désigne le module d’un complexe. Une suite numérique est une application d’un
sous-ensemble infini N1 de N dans K. Au lieu de la noter
N1 → R
u:
n → u(n)

on la note u = (u n )n∈N où u n = u(n). Si K = R on parle de suite réelle et si K = C on


parle de suite complexe. Pour k ∈ N1 , le terme u k est appelé terme de rang k de la
suite numérique (u n )n∈N1 · On dit encore que (u n )n∈N1 est la suite de terme général
un .
On appelle suite stationnaire une suite dont les termes sont constants à partir d’un
certain rang. On dit qu’une suite réelle (u n )n est à termes positifs (resp. négatifs) si
pour tout n ∈ N1 on a u n ≥ 0 (resp. u n ≤ 0).
Soit A un sous ensemble non vide de K. On dit que la suite numérique (u n )n est une
suite d’éléments de A si pour tout entier n ∈ N1 on a u n ∈ A.
Une suite n’est pas nécessairement définie pour tout entier naturel n. Toutefois afin
de simplifier l’exposé, nous ne considérerons que des suites définies sur N. Il sera
aisé d’adapter les énoncés aux cas de suites définies sur un sous-ensemble infini N1
de N.
Exemple.

1. La suite de terme général (1/n)n∈N∗ est une suite réelle définie sur N∗ .
2. la suite ((−1)n )n est une suite réelle définie sur N dont les termes de rang pair
valent 1 et ceux de rang impair −1.

On dit que les suites (u n )n et (v n )n sont égales si pour tout n ∈ N on a u n = v n Par


exemple les suites ((−1)n )n∈N et (cos(nπ))n∈N sont égales.

3.1.1 Convergence d’une suite numérique

Définition 3.1. 1. On dit que la suite numérique (u n )n converge vers le scalaire l ,


(ou qu’elle tend vers l ∈ K) si

∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − l | ≤ ²

22 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

Le scalaire l , est appelé limite de la suite.


2. On dit que la suite numérique (u n )n converge dans K s’il existe l ∈ K tel que la
suite (u n )n converge vers l . Autrement dit, la suite (u n )n converge dans K si

∃l ∈ K ∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − l | ≤ ²)

3. On dit que la suite numérique (u n )n diverge si elle ne converge pas. Autrement


dit, la suite (u n )n diverge si

∀l ∈ K ∃∀² ∈ R∗+ ∀N ∈ N ∃n ∈ N (n ≥ N et |u n − l | > ²)

Exercice 2. Soit A un sous-ensemble non vide de R. Montrer que le réel a est un point
adhérent à A si et seulement si il existe une suite réelle (x n )n d’éléments de A qui
converge vers a.

Proposition 3.1. Si la suite numérique (u n )n converge, la limite de la suite est


unique. On la note limn→+∞ u n .

Preuve. Raisonnons par l’absurde et supposons que la suite (u n )n converge et qu’elle a


deux limites l 1 et l 2 distinctes. Posons ² = 31 |l 1 − l 2 |. 0n a ² ∈ R∗+ d’après la définition 3.1

∃ ∈ N1 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N1 =⇒ |u n − l 1 | ≤ ²)

∃ ∈ N2 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N2 =⇒ |u n − l 2 | ≤ ²)
Notons N = max{N1 , N 2}. En utilisant la première inégalité triangulaire, on obtient

2
|l 2 − l 2 | ≤ |l 2 − u N | + |u N − l 1 | ≤ 2² = |l 2 − l 1 |
3
ce qui est absurde puisque 1 > 23 . On en conclut que si la suite numérique (u n )n converge
alors la limite de la suite est unique.

Proposition 3.2. Si une suite réelle à termes positifs converge, sa limite est un réel
positif.

Preuve. Considérons une suite (u n )n à termes positifs qui converge vers un réel l , c’est-
à-dire, voir la définition 3.1, supposons que

∀² ∈ R∗+ ∃ ∈ N∀n ∈ N(n ≥ N =⇒ |u n − ²|). (1)

Pour montrer que le réel l est nécessairement positif, raisonnons par l’absurde. Si on
suppose que l est strictement négatif alors on établit en prenant ² = 12 |l | dans la relation

23 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

1 (on a bien ² ∈ R∗+ ) l’existence d’un entier naturel N tel que pour tout entier n supérieur
à N,
|l |
|u n − l | ≤
2
On en déduit que pour tout n ∈ N avec n ≥ N ,

l −l
≤ un − l ≤ .
2 2
l
Ceci implique que −l 2 ≤ u n ≤ 2 < 0 ce qui est impossible puisque la suite (u n )n est à
termes positifs. On en conclut que le réel R est nécessairement positif.

Proposition 3.3. Soit A un sous-ensemble de R. L ’ensemble A est fermé si et seule-


ment si toutes les suites d’éléments de A qui convergent ont pour limite un élément
de A.

Preuve. 1. Supposons que A est fermé et considérons une suite (u n )n d’éléments de


A qui converge vers un réel l . Montrons que l ∈ A. Nous avons vu que la limite
l de la suite (u n )n est un point adhérent à l’ensemble U = {u n |n ∈ N} (i.e. l ∈
Ū ). Comme la suite (u n )n est une suite d’éléments A, on a donc U ⊂ A et par
conséquent Ū ⊂ Ā. Or l’ensemble A étant fermé, on A = Ā donc Ū ⊂ A. On en
conclut que l ∈ A.
2. Supposons maintenant que toutes les suites d’éléments de A qui convergent ont
pour limite un élément de A et montrons que A est fermé, autrement dit que
A = Ā. Comme on a toujours A ⊂ Ā, il suffit de montrer que Ā ⊂ A. Soit x un
élément de Ā; cet élément est un point adhérent de A et par conséquent dans tout
intervalle ouvert de centre x il existe (au moins) un élément de A. En particulier,
pour tout n ∈ N∗ il existe un élément u n appartenant à A dans l’intervalle ]x −
1
n
, x + n1 [. La suite (u n )n converge vers x. Comme la suite (u n )n est une suite
d’éléments de A, d’après l’hypothèse sa limite x est un élément de A. On a donc
x ∈ A ce qui permet de conclure que A est fermé.

Exercice 3. Montrer que si une suite réelle converge vers un réel stricte ment positif
alors tous les termes de la suite sont strictement positifs à partir d’un certain rang.
(Indication : on pourra s’inspirer de la démonstration de la proposition 3.2.

Proposition 3.4. Si la suite numérique (u n )n converge vers le scalaire l alors la


suite réelle de terme général |u n | converge vers le réel positif |l |.

24 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

Preuve. Supposons que la suite numérique (u n )n converge vers le scalaire l , c’est-à-


dire d’après la définition 3.1, supposons que

∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − l | ≤ ²).

D’après la deuxième inégalité triangulaire , on a ||u n |−|l || ≤ |u n −l |. On en déduit que

∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ ||u n | − |l || ≤ ²)

c’est-à-dire que la suite numérique de terme général |u n | converge vers |l |.

Proposition 3.5. La suite numérique (u n )n converge vers 0 si et seulement si la


suite réelle de terme général |u n | converge vers 0.

Preuve. Les équivalences suivantes résultent de la définition 3.1 et des propriétés de la


valeur absolue,

limn→+∞ u n = 0
⇐⇒ ∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − 0| ≤ ²)
⇐⇒ ∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n | ≤ ²)
⇐⇒ ∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ ||u n | − 0| ≤ ²)
⇐⇒ limn→+∞ |u n | = 0

et permettent de démontrer la proposition.

Définition 3.2.

— On dit que la suite réelle (u n )n tend vers +∞ si

∀κ ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≥ κ)

et on note limn→+∞ u n = +∞.


— On dit que la suite réelle (u n )n tend vers −∞ si

∀ ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≤ κ)

et on note limn→+∞ u n = −∞.

25 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

3.1.2 Suites bornées

Définition 3.3. Une suite numérique (u n )n est dite bornée s’il existe un réel positif M
tel que pour tout n ∈ N on ait |u n | ≤ M (i .e. − M ≤ u n ≤ M ).

Exemple.

La suite (u n )n de terme général u n = sin(n) est bornée car pour tout n ∈ N on a |u n | ≤ 1.

La suite (u n )n de terme général u n = e n n’est pas bornée car quel que soit le réel positif
M, pour le terme de rang n = E (ln(M + 1)) + 1 on a |u n | > M .

Définition 3.4.

— Une suite réelle (u n )n est dite majorées ’il existe un réel A tel que pour tout n ∈ N
on ait u n ≤ A. Ce réel A est appelé un majorant de la suite (u n )n .
— Une suite réelle (u n )n est dite minorée s ’il existe un réel B tel que pour tout n ∈ N
on ait u n ≥ B. Ce réel B est appelé un minorant de la suite (u n )n .

Proposition 3.6. Toute suite numérique convergente est bornée.

Preuve. Supposons que la suite (u n )n converge vers l . La définition 3.1, où l’assertion


quantifiée est considérée avec ² = 1 indique que

∃N1 ∈ N∀n ∈ N(n ≥ N1 =⇒ |u n − l l ≤ 1).

Pour n ≥ N1 on a
|u n | = |u n − l + l | ≤ |u n − l | + |l | ≤ 1 + |l |.
La suite est donc majorée par M = max(u 0 , u 1 , · · · , u N1 −1 , 1 + |l |).

Proposition 3.7.

— Une suite réelle est bornée si et seulement si elle est à la fois majorée et mi-
norée.
— Toute suite réelle tendant vers +∞ est minorée. Toute suite réelle tendant
vers −∞ est majorée.

26 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

Preuve.

— La première assertion se démontre aisément en utilisant les propriétés de la


valeur absolue. Si la suite réelle (u n )n est bornée par M ∈ R+ alors M est un
majorant et −M est un minorant de la suite. Réciproquement, si la suite réelle
(u n )n est majorée par le réel A et minorée par le réel B alors elle est bornée par
M = max(|A|, |B |).
— Montrons que toute suite réelle tendant vers +∞ est minorée. Supposons que la
suite (u n )n tend vers +∞. On a

∃N1 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N1 =⇒ u n ≥ 1).

La suite est donc minorée par M = min(u 0 , u 1 , · · · , u N1 −1 , 1). Sur le même prin-
cipe, on vérifie que toute suite réelle tendant vers −∞ est majorée.

3.1.3 Propriétés

3.1.4 Propriétés algébriques pour les suites numériques

On munit l’ensemble S des suites numériques de deux lois de composition interne


+S et ×S définies de la manière suivante. Si u = (u n )n et v = (v n )n sont deux éléments
de S , on définit u +S v comme étant la suite de terme général u n +S v n et u ×S v
comme étant la suite de terme général u n ×S v n . On vérifie aisément les propriétés
suivantes en utilisant les propriétés de la somme et du produit dans R.

1. La loi +S est associative : ∀(u, v, w) ∈ S 3 (u +S v) +s w = u +s (v +s w).


2. La loi +S est commutative : ∀(u, v) ∈ S 2 u +S v = v +S u.
3. L’ensemble S possède un élément neutre pour +S , noté (0)n qui est la suite
dont tous les termes sont nuls (cette suite est appelée la suite nulle). On a ∀u ∈
S u +S (0)n = u.
4. Tout élément u = (u n )n de S possède un symétrique pour la loi +S noté −u
qui est la suite de terme général −u n . On a u +S (−u) = 0.
5. La loi ×S est associative :

∀(u, v, w) ∈ S 3 (u ×S v) ×S w = u ×S (v ×S w).

6. La loi ×S est commutative : ∀(u, v) ∈ S 2 u ×S v = v ×S u.


7. La loi ×S est distributive par rapport à +S :

∀(u, v, w) ∈ S 3 u ×S (v +S w) = (u ×S v) +S (u ×S w).

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3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

8. L’ensemble S possède un élément neutre pour ×S , noté (1)n qui est la suite de
terme général 1. On a ∀u ∈ S u ×S (1)n = u.
9. ∀(u, v) ∈ S 2 , λ(u +S v) = λu +S λv
10. ∀(λ, µ) ∈ K2 , (λ + µ) · u = λ · u +S µ · u.
11. ∀(λ, µ) ∈ K ,
2
λ · (µ) · u) = (λ · µ) · u.
12. ∀u ∈ S , 1 · u = u.

Proposition 3.8. L ’ensemble S des suites numériques muni des lois de composi-
tion interne +S et ×S est un anneau commutatif.

Proposition 3.9. Soient u et v deux suites numériques de terme général u n et v n


et soit λ un scalaire.
— Si les suites u et v convergent respectivement vers l et l 0 alors la suite u + v
converge vers l + l 0 .
— Si les suites u et v convergent respectivement vers l et l 0 alors la suite u · v
converge vers l · l 0 .
— Si la suite u converge vers l alors la suite λ · u converge vers λ · l .
— Si les suites u et la suite l et v converge vers l 0 (l 0 6= 0) alors la suite u/v
converge vers l /l 0

3.1.5 Autres propriétés algébriques pour les suites réelles

Dans le cas où les deux suites u et v ne convergent pas toutes les deux dans R la
nature des suites u + v et u × v ne peut être établie que sous certaines hypothèses
supplémentaires sur les suites u et v. Les cas où il est possible de statuer sur la nature
des suites u + v et u × v sont indiqués dans les trois propositions suivantes. Tous les
autres cas correspondent à des situations où il n’est pas possible de conclure sur la
nature de la suite sans une étude plus approfondie (on parle de forme indéterminée).

Proposition 3.10. Soient u et v deux suites réelles.


1. Si la suite u tend vers +∞ et si la suite v est minorée (en particulier si la
suite v a pour limite l ∈ R ∪ {+∞}) alors la suite u + v tend vers +∞.
2. Si la suite u tend vers −∞ et si la suite v est majorée (en particulier si la
suite v a pour limite l ∈ R ∪ {−∞}) alors la suite u + v tend vers −∞.

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3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

Proposition 3.11. Soient u et v deux suites réelles.


1. Si la suite u tend vers +∞ et si la suite v a pour limite l ∈ R∗+ ∪ {+∞} alors la
suite u × v tend vers +∞.
2. Si la suite u tend vers +∞ et si la suite v a pour limite l ∈ R∗− ∪ {−∞} alors la
suite u × v tend vers −∞.
3. Si la suite u tend vers −∞ et si la suite v a pour limite l ∈ R∗− ∪{−∞} alors la
suite u × v tend vers +∞.
4. Si la suite u tend vers −∞ et si la suite v a pour limitel ∈ R∗+ ∪ {+∞} alors la
suite u × v tend vers −∞.

Proposition 3.12. Soit u une suite réelle.


1. Si la suite u à termes tous non nuls tend vers +∞ ou vers −∞ alors la suite
1/u converge vers 0.
2. Si la suite à termes strictement positifs (resp. négatifs) u converge vers 0 alors
la suite 1/u tend vers +∞ (resp. −∞).
3. Si la suite u tend vers +∞ (resp. −∞) et si λ est un réel strictement positif
alors la suite λ · u tend vers +∞ (resp. −∞).
4. Si la suite u tend vers +∞ (resp. −∞) et si µ est un réel strictement négatif
alors la suite µ · u tend vers +∞ (resp. +∞).

On peut résumer les propriétés qui ont été énoncées dans les propositions précé-
dentes sous forme de tableaux. Le tableau suivant indique la limite éventuelle de la
suite u + v en fonction de la limite des suites u et v. On écrit IND pour forme indéter-
minée lorsque les hypothèses ne sont pas suffisantes pour conclure. On écrit PL pour
signifier qu’il n’y a pas de limite dans R.

u+v l0 +∞ −∞ PL
0
l l +l +∞ −∞ PL
+∞ +∞ +∞ IND IND
−∞ −∞ IND −∞ IND
PL PL IND IND IND

Le tableau suivant indique la limite éventuelle de la suite u × v en fonction de la la


limite des suites u et v.

29 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

u×v l0 > 0 l0 = 0 l0 < 0 +∞ −∞ PL


l >0 ll0 0 ll0 +∞ −∞ PL
l =0 0 0 0 IND IND IND
l <0 ll0 0 ll0 −∞ +∞ PL
+∞ +∞ IND −∞ +∞ −∞ IND
−∞ +−∞ IND +∞ −∞ +∞ IND
PL PL IND PL IND IND IND

3.1.6 Propriétés d’ordre pour les suites réelles

La proposition suivante indique que si tous les termes d’une suite réelle convergente
appartiennent à partir d’un certain rang à un intervalle fermé donné, alors la limite
de la suite appartient nécessairement à ce même intervalle. Il s’agit d’un corollaire de
la proposition 3.3 correspondant successivement aux choix suivants de l’ensemble
A : [a, +∞[, ] − ∞, b] et [a, b].

Proposition 3.13. (Passage à la limite dans les inégalités)


Soient (u n )n une suite réelle convergeant vers le réel l , et (a, b) ∈ R2 .
1. Si tous les termes de la suite (u n )n sont minorés par le réel a à partir d’un
certain rang alors l ≥ a. Autrement dit,

(∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≥ a)) =⇒ l ≥ a)

2. Si tous les termes de la suite (u n )n sont majorés par le réel bà partir d’un
certain rang alors l ≤ b. Autrement dit,

(∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≤ a)) =⇒ l ≤ a

3. Si tous les termes de la suite (u n )n à partir d’un certain rang appartiennent


à l’intervalle [a, b] alors l ∈ [a, b]. Autrement dit,

(∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ a ≤ u n ≤ b)) =⇒ a ≤ l ≤ b.

Proposition 3.14. Soient (u n )n une suite réelle convergeant vers le réel l et (a, b) ∈
R2 . Si a < l < b alors il existe un entier N tel que ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ a < u n < b).

Preuve. Considérons le réel ² = min(b −l , l −a). On a ² ∈ 0, l −² > a et l +² < b. Puisque


la suite (u n )n converge vers l d’après la définition 3.1,

∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − l | ≤ ²).

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3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

Autrement dit , pour n ≥ N on a l − ² ≤ u n ≤ l + ². Comme l − ² > a et l + ² < b, on en


conclut que a < u n < b pour tout entier n supérieur à N .

Théorème 2. (Théorème d’encadrement) Soient (u n )n , (v n )n et (w n )n trois suites


réelles vérifiant

∃N ∈ N ∀ ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≤ v n ≤ w n ).

— Si les suites (u n )n , (v n )n et (w n )n convergent respectivement vers l 1 , l 2 et l 3


et alors l 1 ≤ l 2 ≤ l 3 .
— Si les suites (u n )n et (w n )n convergent vers une même limite l ∈ R alors la
suite (v n )n converge vers l .

Preuve. Considérons trois suites (u n )n , (v n )n et (w n )n convergeant respectivement vers


l 1 , l 2 et l 3 . Utilisons un raisonnement par l’absurde pour montrer que si pour tout n ∈ N
avec n ≥ N on a u n ≤ v n alors l 1 ≤ l 2 . Supposons par conséquent que u n ≤ v n pour tout
n ∈ N avec n ≥ N et que l 1 > l 2 . On a dans ce cas l 1 > 21 (l 1 + l 2 ) et la proposition 3.14
indique que
1
∃N1 ∈ N ∀ ∈ N (n ≥ N1 =⇒ (l 1 + l 2 ) < u n ).
2
On a aussi l 2 < 12 (l 1 + l 2 ), donc d’après la proposition 3.14,

1
∃N2 ∈ N ∀ ∈ N (n ≥ N2 =⇒ v n < (l 1 + l 2 )).
2

On en déduit que pour tout entier n supérieur à max(N1 , N2 ) on a

1
v n < (l 1 + l 2 ) < u n .
2
Ceci contredit l’hypothèse selon laquelle u n ≤ v n pour tout n ≥ N et achève le raison-
nement par l’absurde. On procède de la même manière pour montrer que l 2 ≤ l 3 ce qui
permet d’en déduire que l’on a l 1 ≤ l 2 ≤ l 3 . La première partie du théorème est démon-
trée.

Soit ² : un réel strictement positif fixé. Par hypothèse les suites (u n )n et (w n )n conver-
geant vers l , on a d’après la définition 3.1

∃N1 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N1 =⇒ |u n − l | ≤ ²), (2)

∃N2 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N2 =⇒ |w n − l | ≤ ²). (3)

31 sur 101
3.1 Définitions et généralités 3 SUITES NUMÉRIQUES

Par ailleurs, l’hypothèse

∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≤ v n ≤ w n )

implique que
∀n ∈ N(n ≥ N =⇒ u n − l ≤ v n − l ≤ w n − l ).
Soit N3 = max(N , N1 , N2 ). Pour n ≥ N3 on a d’après 2 et 3,

−² ≤ u n − l ≤ v n − l ≤ w n − l ≤ ².

Ainsi pour tout entier n supérieur à N3 on a |v n − l | ≤ ². D’après la définition 3.1, on en


conclut que la suite (v n )n converge vers l . La seconde partie du théorème est démon-
trée.

Proposition 3.15. Soient (u n )n et (v n )n deux suites réelles vérifiant

∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≤ v n )

— Si la suite (u n )n tend vers +∞ alors la suite (v n )n tend vers +∞


— Si la suite (v n )n tend vers −∞ alors la suite (u n )n tend vers −∞.

Preuve. Supposons que la suite (u n )n tend vers +∞, c’est-à-dire d’après la définition
3.2, supposons que

∀κR∗+ ∃N1 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N1 =⇒ u n ≥ κ).

Par hypothèse
∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ u n ≤ v n ).
On en déduit que pour tout entier n supérieur à N2 = max(N1 , N ) on a v n ≥ u n ≥ κ

∀κR∗+ ∃N2 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N2 =⇒ v n ≥ κ).

et d’après la définition 5.2, on en conclut que la suite (v n )n tend vers +∞.

Supposons que la suite (v n )n tend vers −∞. La suite (w n )n de terme général w n = −v n


tend vers +∞ d’après l’hypothèse de la proposition

∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ w n ≤ −u n ).

De la première partie de la démonstration, on en déduit que la suite de terme général


−u n tend vers +∞. Cela implique que la suite (u n )n tend vers −∞.

32 sur 101
3.2 Monotonie 3 SUITES NUMÉRIQUES

3.2 Monotonie

3.2.1 Suites réelles monotones

Définition 3.5.

— On dit que la suite réelle (u n )n est croissante si : ∀n ∈ N, u n+1 ≥ u n .


— On dit que la suite réelle (u n )n est strictement croissante si : ∀n ∈ N, u n+1 > u n .·
— On dit que la suite réelle (u n )n est décroissante si : ∀n ∈ N, u n+1 ≤ u n .
— On dit que la suite réelle (Un)n est strictement décroissante si : ∀n ∈ N, u n+1 <
un .
— On dit qu’une suite réelle est monotone si elle est croissante ou décroissante. On
dit qu’une suite réelle est strictement monotone si elle est strictement croissante
ou strictement décroissante.

Remarque.

1. Une suite peut n’être ni croissante, ni décroissante. C’est le cas de la suite de


terme général (−1)n . La négation de l’assertion la suite est croissant n’est donc
pas la suite est décroissante» mais il existe un entier naturel n pour lequel u n+1 <
un
2. Pour montrer qu’une suite réelle (u n )n est croissante, on peut montrer que pour
tout n ∈ N on a Un+1 −u n ≥ 0. Pour montrer qu’une suite réelle (u n )n est décrois-
sante, on peut montrer que pour tout n ∈ N on a Un+1 − u n ≤ 0.
3. Si tous les termes de la suite (u n )n sont strictement positifs, alors pour montrer
que la suite est croissante on peut montrer que pour tout n ∈ N on a u n+1 /u n ≥ 1.
Pour montrer qu’elle est décroissante, on peut montrer que pour tout n ∈ N on a
u n+1 /u n ≤ 1.
4. Si tous les termes de la suite (u n )n sont strictement négatifs, alors pour montrer
que la suite est croissante on peut montrer que pour tout n ∈ N on a u n+1 /u n ≤ 1.
Pour montrer qu’elle est décroissante, on peut montrer que pour tout n ∈ N on
a u n+1 /u n ≥ 1. 5. Il résulte de manière directe de la définition que si la suite
(u n )n est croissante (resp. décroissante) alors la suite de terme général −u n est
une suite décroissante (resp. croissante).

33 sur 101
3.2 Monotonie 3 SUITES NUMÉRIQUES

Proposition 3.16.

— Si les suites réelles u et v sont croissantes (resp. décroissantes) alors la suite


u + v est croissante (resp. décroissante).
— Si les suites réelles u et v sont à terme positifs et croissantes (resp. décrois-
santes) alors la suite u × v est croissante (resp. décroissante).
— Si la suite u est croissante (resp. décroissante) alors pour tout réel λ positif la
suite λu est croissante (resp. décroissante) et pour tou réel µ négatif la suite
µ · u est décroissante (resp. croissante).

Preuve. La vérification est aisée en utilisant la définition 3.5 et les propriétés de la


relation d’ordre sur R.

Théorème 3.

— Toute suite croissante et majorée est convergente.


— Toute suite décroissante et minorée est convergente.

Preuve. Soit (u n )n une suite croissante et majorée par un réel M . L’ensemble U =


{u n |n ∈ N} est une partie non vide et majorée (par M ) de R, donc il admet une borne
supérieure l et on a

∀n ∈ N u n ≤ l et ∀² ∈ R∗+ ∃N² ∈ N u N² > l − ².

Par ailleurs, comme la suite (u n )n est croissante, pour tout n ∈ N avec n ≥ N² on a


u n ≥ u N² . On en déduit que pour tout n ∈ N avec n ≥ N²

l ≥ u N ≥ u N² > l − ²,

autrement dit que 0 ≤ l − u n < ². Ainsi, pour tout réel strictement positif ² il existe un
entier N² tel que pour tout entier n supérieur à N² on ait |u n − l | ≤ ². D’après la défini-
tion 3.1, cela signifie que la suite (u n )n converge vers l .

La deuxième assertion se déduit de la première en appliquant le résultat qui vient


d’être établi à la suite (v n )n de terme général v n = −u n . Si la suite (u n )n est décrois-
sante et minorée alors la suite (v n )n est croissante et majorée.

34 sur 101
3.2 Monotonie 3 SUITES NUMÉRIQUES

Proposition 3.17.

— Toute suite réelle croissante et non majorée tend vers +∞.


— Toute suite réelle décroissante et non minorée tend vers −∞.

Preuve. Soit (u n )n une suite réelle non majorée, c’est-à-dire telle que

∀M ∈ R ∃N ∈ N u n > M .

Si on suppose que la suite (u n )n est croissante alors pour tout n ∈ N avec n ≥ N on a


u n ≥ u N . On en conclut que

∀M ∈ R ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ =⇒ u n ≥ M )

c’est-à-dire que la suite (u n )n tend vers +∞.


La deuxième assertion se déduit de la première en appliquant le résultat qui vient
d’être établi à la suite (v n )n de terme général v n = −u n . Si la suite (u n )n est décrois-
sante et non minorée alors la suite (v n )n est croissante et non majorée.

3.2.2 Suites adjacentes

Définition 3.6. Deux suites réelles (u n )n et (v n )n sont dites adjacentes si les deux condi-
tions suivantes sont satisfaites :
1. l’une des deux suites est croissante et l’autre est décroissante ;
2. limn→+∞ (u n − v n ) = 0.

Théorème 4. Si deux suites réelles (u n )n et (v n )n sont adjacentes alors elles convergent


et ont même limite.

Preuve. Soient (u n )n et (v n )n deux suites adjacentes telles que la suite (u n )n est crois-
sante et la suite (v n )n est décroissante. Considérons la suite de terme général w n =
v n − u n . En utilisant le fait que les suites (u n )n et (v n )n sont monotones, on obtient
pour tout n ∈ N
w n+1 − w n = (v n+1 − v n ) − (u n+1 − u n ) ≤ 0.
| {z } | {z }
≤0 ≥0

La suite (w n )n est donc décroissante. Par ailleurs, puisque les suites (u n )n et (v n )n sont
adjacentes on a limn→+∞ (u n − v n ) = 0 et la suite (w n )n converge vers 0. Les termes de
la suite (w n )n sont donc nécessairement positifs. On en déduit que pour tout n ∈ N on
a u n ≤ v n . En utilisant par ailleurs la monotonie des suites (u n )n et (v n )n , on obtient

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3.2 Monotonie 3 SUITES NUMÉRIQUES

Puisque la suite (u n )n est croissante et majorée (par exemple par v 0 ), d’après le théo-
rème 3 elle converge vers un réel l 1 . Puisque la suite (v n )n est décroissante et minorée
(par exemple par u 0 ), d’après le théorème 3 elle converge vers un réel l 2 Des égalités

0 = lim w n = lim (u n − v n ) = l 1 − l 2 ,
n→+∞ n→+∞

on conclut que l 1 = l 2 , ce qui achève la démonstration.

Exercice 4. Soient a, b deux réels tels que 0 < a < b. On considère les suites (u n )n et
(v n )n définies par
p un + v n
u 0 = a, u n+1 = u n v n et v 0 = b, v n+1 =
2
1. Montrer que les suites (u n )n et (v n )n sont à valeurs positives et que u n ≤ v n pour
tout n ∈ N.
2. En déduire que la suite (u n )n est croissante et majorée et que la suite (v n )n est
décroissante et minorée.
3. Montrer que les suites (u n )n et (v)n)n sont adjacentes.
La limite commune des deux suites (u n )n et (v n )n est appelée moyenne arithmético-
géométrique des réels a et b.

Définition 3.7. (Suite extraite) La suite numérique (v n )n est une suite extraite ou une
sous-suite de la suite (u n )n s ’il existe une application h de N dans N strictement crois-
sante, appelée extractrice, telle que

∀n ∈ N, v n = u h(n) .

Exemple. 1. L’application h : n ∈ N → 2n est strictement croissante à valeurs dans


N. La suite de terme général v n = u 2n est appelée suite des termes pairs extraite
de la suite (u n )n .
2. L’application h : n ∈ N → 2n + 1 est strictement croissante à valeurs dans N. La
suite de terme général v n = u 2n+1 est appelée suite des termes impairs de la suite
(u n )n .

Proposition 3.18. Si la suite numérique (u n )n converge vers l ∈ K alors toute sous-


suite de la suite (u n )n converge également vers l .

36 sur 101
3.2 Monotonie 3 SUITES NUMÉRIQUES

Proposition 3.19. Supposons que la suite (u n )n converge vers l ∈ K; d’après la


définition 3.1 , pour tout réel e strictement positif fixé,

∃N ∈ N ∀ ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − l | ≤ ²).

Considérons une extractrice h et montrons que la suite (u h(n) )n ∈ N converge vers


l . Comme h est une extractrice, h est croissante et h(N ) ≥ N . Donc, si n ≥ N on a
h(n) ≥ h(N ) ≥ N et par conséquent |u h(n) − l ≤ ²|. On a donc l’assertion suivante

∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u h(n) − l | ≤ ²),

qui d’après la définition 3.1 indique que la suite (u h(n) )n ∈ N converge vers l .

Proposition 3.20. Une condition nécessaire et suffisante pour que la suite numé-
rique (u n )n converge est que la sous-suite des termes d’indice pair et la sous-suite
des termes d’indice impair admettent la même limite. Dans ce cas, cette limite
commune est la limite de la suite (u n )n .

Preuve. D’après la proposition 3.18, si la suite (u n )n converge vers l alors la sous-suite


des termes d’indice pair et la sous-suite des termes d’indice impair convergent toutes
les deux vers l .
Réciproquement, supposons que la sous-suite des termes d’indice pair et la sous-suite
des termes d’indice impair convergent vers une même limite l . D’après la définition
3.1, pour tout réel ² strictement positif,

∃N1 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N1 =⇒ |u 2n − l | ≤ ²)
(4)
et ∃N2 ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N2 =⇒ |u 2n+1 − l | ≤ ²)

Soient N = max(2N1 , 2N2 + 1) et p ∈ N tel que p ≥ N .


1. Si p est pair, il existe un entier k tel que p = 2k et k ≥ N1 .
2. Si p est impair, il existe un entier k tel que p = 2k + 1 et k ≥ N2 .
D’après (4), dans les deux cas on a |u p −l | ≤ ². Ainsi, pour tout réel ² stricte ment positif,
il existe un entier N tel que |u p −l | ≤ ² à N. D’après la définition 3.1, cela signifie que la
suite (u n )n converge vers l .

Exercice 5. Soit (u n )n une suite numérique dont les sous-suites (u 2n )n , et (u 2n+1 )n et


(u n 2 )n convergent. Montrer que la suite (u n )n converge.

37 sur 101
3.3 Suites de Cauchy 3 SUITES NUMÉRIQUES

Théorème 5. (Théorème de Bolzano-Weierstrass) De toute suite numérique bor-


née on peut extraire une sous-suite convergente dans K.

3.3 Suites de Cauchy

Définition 3.8. (Suite de Cauchy) La suite numérique (u n )n est appelée suite de Cau-
chy dans K si elle vérifie la condition :

∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N , ∀n ∈ N ∀m ∈ N ((n ≥ M et m ≥ N ) =⇒ |u n − u m | ≤ ²)
1
Exemple. Montrons que la suite (u n )n de terme général u n = n2
est une suite de Cau-
chy. Pour (m, n) ∈ N2 avec n ≥ m, on a
¯ 1 1 ¯ ¯ n 2 − m 2 ¯ (n + m)(n − m)
|u n − u m | = ¯ 2 − 2 ¯ = ¯ 2 2 ¯ = .
n m n m n2m2
Comme 0 ≤ n−m ≤ n et 0 ≤ n+m ≤ 2n, on a |u n −u m | ≤ 2/m 2 . Soit ² un réel strictement
p
positif et N = E ( (2/²)) + 1. Quels que soient les entiers m et n vérifiant n ≥ m ≥ N on
a 2/m 2 ≤ ² par conséquent
|u n − u m | ≤ ².
D’après la définition 3.8, la suite de terme général 1/n 2 est une suite de Cauchy.

Théorème 6. Une condition nécessaire et suffisante pour qu’une suite numérique


soit une suite de Cauchy est qu’elle converge.

Proposition 3.21. Supposons que la suite (u n )n converge vers l ∈ K et montrons


qu’il s’agit d’une suite de Cauchy. Remarquons tout d’abord que pour (m, n) ∈ N2 ,
on obtient en utilisant la première inégalité triangulaire

|u n − u m | = |u n − l + l − u m | ≤ |u n − l | + |u m − l | (5)

Soit ² un réel strictement positif. Puisque la suite (u n )n converge vers l ∈ K, d’après


la définition 3.1 on a

1
∃N ∈ N ∀k ∈ N (k ≥ N =⇒ |u k − l | ≤ ²). (6)
2
D’après la relation 6 , pour tous entiers m, n vérifiant m > N et n > N , on a

1 1
|u n − l | ≤ ² et |u m − l | ≤ ².
2 2

38 sur 101
3.4 Suites usuelles 3 SUITES NUMÉRIQUES

On déduit de la relation 5 que

1 1
|u n − u m | ≤ ² + ² = ².
2 2
Ainsi,

∀² ∈ R∗+ ∃N ∈ N∀n ∈ N∀m ∈ N ((n ≥ M et m ≥ N ) =⇒ |u n − u m | ≤ ²).

La suite (u n )n est donc une suite de Cauchy. La démonstration de la réciproque


fait l’objet de l’exercice 6.

Exercice 6. Le but de cet exercice est de montrer que toute suite numérique de Cauchy
converge.
1. Montrer en utilisant la définition 3.8 que toute suite de Cauchy est bornée.
2. Montrer qu’une suite de Cauchy qui possède une suite extraite convergente est
une suite convergente.
3. En utilisant le théorème de Bolzano-Weierstrass, en déduire que toute suite nu-
mérique de Cauchy converge.

3.4 Suites usuelles

3.4.1 Suites arithmétiques et suites géométriques

Définition 3.9. (Suite arithmétique) On appelle suite arithmétique de raison r ∈ K


toute suite numérique (u n )n vérifiant

∀ ∈ N u n+1 = u n + r.

Proposition 3.22. Soit (u n )n une suite arithmétique de raison r ∈ K. Pour tout


n ∈ N, on a
un = u0 + r n
et la somme des n premiers termes de la suite arithmétique (u n )n est

n−1
X 1
Sn = u k = (u 0 + u n−1 ).
k=0 2

Preuve. La première propriété se vérifie aisément en utilisant un raisonnement par


récurrence. Pour tout n ∈ N∗ , on a

39 sur 101
3.4 Suites usuelles 3 SUITES NUMÉRIQUES

k = nu 0 + r n(n−1)
Pn−1 Pn−1 Pn−1
Sn = u =
k=0 k
(u + r k) = nu 0 + r
k=0 0 k=0 2

= n2 (2u 0 + r (n − 1)) = n2 (2u 0 + (u n−1 − u 0 )) = n2 (u 0 + u n−1 )


La seconde propriété est établie.

Définition 3.10. (Suite géométrique) On appelle suite géométrique de raison r ∈ K


toute suite numérique (u n )n non nulle vérifiant

∀ ∈ N u n+1 = r u n .

Proposition 3.23. Soit (u n )n une suite géométrique de raison r. Pour tout n ∈ N,


on a
u n = u rn .
Si r 6= 1, la somme des n premiers termes de la suite géométrique (u n )n est

n−1
X 1−rn
Sn = uk = u0 .
k=0 1−r

Preuve. La première assertion se vérifie facilement en utilisant un raisonnement par


récurrence. Pour tout n ∈ N∗ , on a S N = n−1 u = u 0 n−1 r k . En multipliant cette
P P
k=0 k k=0
relation par 1 − r, on obtient

n−1 n−1 n−1


r k = u0 ( rk − r k+1 ) = u 0 (1 − r n ),
X X X
(1 − r )S n = u 0 (1 − r )
k=0 k=0 k=0

les termes des deux sommes s’annulant deux à deux. On en déduit la relation cherchée.

Proposition 3.24. Une suite géométrique de raison r converge si et seulement si


|r | < 1ou r = 1.

40 sur 101
4 CONTINUITÉ

4 Continuité

4.1 L’ensemble des applications de D dans R

4.1.1 Généralités et Rappel

Définition 4.1. Soient E et F deux ensembles. Une application f de E dans F est un


procédé par lequel tout élément α de E , on fait correspondre un élément et un seul de
F noté f (α). On écrit : (
f :E →F
α → f (α)
— f (α) est l’image de α par f , et α est un antécédent de f (α)
— f (E ) = { f (α) ∈ F |α ∈ E } : L’ensemble des images de par f.

Une application f : E → F est une surjection si f (E ) = F c’est-à-dire si tout élément de


F admet au moins un antécédent :

∀β ∈ F ∃α ∈ E , f (α) = β.

f surjective si seulement ∀β ∈ F l’équation f (α) = β admet au moins une solution.


Exercice 7.
— Montrer que f : R → R, α → α2 n’est pas surjective.
— Montrer que f : R → R+ , α → α2 est pas surjective.
— Montrer que f : R → R, α → α3 est pas surjective.

L’application f : E → F est injective si tout β de F admet au plus un antécédent (0


antécédent ou 1 antécédent) et un seul.

∀(α, α0 ) ∈ E 2 , α 6= α =⇒ f (α) 6= f (α0 )


∀(α, α0 ) ∈ E 2 , f (α) = f (α0 ) =⇒ α = α0
Exercice 8. Montrer que f : R → R, x → 3x + 2 est une application injective.
L’application f : R → R, x → x 2 est-elle injective ?
L’application f est dite bijective si elle est injective et surjective.

f bijective si et seulement si ∀β ∈ F l’équation f (α) = β admet une et une seule solu-


tion.
Exercice 9. Montre que :
1. f : R → R, α → α3 est bijective.
2. i d E : E → E , α → α est bijective.

41 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

4.1.2 Composition d’application

Définition 4.2. Soient trois ensembles E , F,G. f un application de E dans F, g une ap-
plication de F dans G. Considérons l’application h : E → G, x → g ( f (x)). h est appelée
application composé de f et g . Elle est noté g ◦ f (g rond f ).

∀x ∈ E , g ◦ f (x) = g ( f (x))

Définition 4.3. Calculer g ◦ f (x) et f ◦ g (x) pour les applications suivantes :


1. f : R → R, x → x 2 g : R → R, x → sin x
p
2. f : R → R , x →
+ +
x g : R+ → R+ , x → x 2
1
3. f : R → R, x → x + 1 g : R → R, x → x 2 +1

Exercice 10. Compléter le tableau suivant :


f (x) g (x) g ◦ f (x)
p
a) x − 7 x
b) x + 2 3x
2
c) x + 2x + 1 |x + 1|
p p
d) x −5 x2 − 5
x x
e) x−1 x−1
p
f) x |x|
p
g) x x
h) x1 x

Exercice 11.
p
1. Donner f (x) et g (x) sachant que g ◦ f (x) = | sin x| et f ◦ g (x) = sin2 ( x).
2. On donne f (x) = 1−x . Montrer que f (x) f˙(1 − x) = 1.
x
3. On donne f (x) = x + 5 et g (x) = x 2 . calculer :

g ◦ f (0) f ◦g g ◦ f (x) f ◦ g (x)


f ◦ f (−5) g ◦ g (2) f ◦ f (x) g ◦ g (x)

Propriétés
Soit les applications f 1 : E 1 → E 2 , f 2 : E 2 → E 3 , f 3 : E 3 → E 4 . Alors :

( f 3 ◦ f 2 ) ◦ f 1 = f 3 ◦ ( f 2 ◦ f 1 ) (associativité).

En effet

∀x ∈ E 1 , (( f 3 ◦ f 2 )◦ f 1 )(x) = ( f 3 ◦ f 2 )( f 1 (x)) = f 3 ( f 2 ( f 1 (x))) = ( f 3 ( f 2 ◦ f 1 (x)) = ( f 3 ( f 2 ◦ f 1 ))(x).

42 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.1. Soient f : E → F, g : F → G, deux applications. Alors


1. Si f et g sont injectives (resp, surjectives), g ◦ f est injective, (resp. surjective).
2. Si f et g sont bijectives, g ◦ f est bijective.
3. Si g ◦ f est injective, f est injective.
4. Si g ◦ f est surjective, g est surjective.

Proposition 4.2. Soit f : E → F une application bijective. Alors il existe une et une
seule application g : F → E telle que :
1. ∀y ∈ F, f ◦ g (y) = y, (c’est-à-dire f ◦ g = i d F )
2. ∀x ∈ E , g ◦ f (x) = x, (c’est-à-dire g ◦ f = i d E )
3. g est bijective.

Remarque. Pour trouver la bijection réciproque g de f on résoudre l’équation f (x) = y


par rapport à x ;
f (x) = y ⇐⇒ x = g (y).

4.1.3 Propriétés algébriques

Soit D un sous-ensemble non vide de R. On note A (D, R) = RD l’ensemble des ap-


plications de D dans R. On désigne momentanément par ×R et +R le produit et la
somme dans le corps R.
On munit A (D, R) de 2 lois de composition interne + et × définies par

(∀( f , g ) ∈ A (D, R)2 ) (∀x ∈ D) ( f + g )(x) = f (x) +R g (x),


(∀x ∈ D) ( f × g )(x) = f (x) ×R g (x),

1. La loi + est une loi de composition interne sur A (D, R) ayant les propriétés sui-
vantes :
(a) elle est associative : ∀( f , g , h) ∈ A (D, R)3 ( f + g ) + h = f + (g + h);
(b) elle est commutative : ∀( f , g ) ∈ A (D, R) 2
f +g = g + f ;
(c) elle possède pour élément neutre l’application nulle :

0A (D,R) : x ∈ D → 0 ∈ R;

(d) tout élément f de A (D, R) possède un symétrique dans A (D, R) qui est l’ap-
plication − f définie par : x ∈ D → − f (x) ∈ R.

43 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

2. La loi × est une loi de composition interne sur A (D, R) ayant les propriétés sui-
vantes :
(a) elle est associative : ∀( f , g , h) ∈ A (D, R)3 ( f × g ) × h = f × (g × h);
(b) elle est distributive par rapport à la loi + : ∀( f , g , h) ∈ A (D, R)3 f ×(g +h) =
( f × g ) + ( f × h);
(c) elle possède pour élément neutre l’application : 1A (D,R) : x ∈ D → 1 ∈ R.

On résume les propriétés qui viennent d’être énoncées pour les lois de composition in-
terne + et × par la proposition suivante.

Proposition 4.3. L ’ensemble A (D, R) muni des lois + et × est un anneau commu-
tatif.

Remarque. L’ensemble structuré (A (D, R), +, ×) n’est pas un corps car un fonction
réelle n’a pas nécessairement de symétrique pour la loi ×.

On munit également A (D, R) d’une loi de composition externe · définie par

(∀ f ∈ A (D, R) ∀λ ∈ R (∀x ∈ D (λ · f )(x) = λ ×R f (x)).


Cette loi possède les propriétés suivantes :
1. ∀( f , g ) ∈ A (D, R)2 ∀λ ∈ R λ · ( f + g ) = λ · f + λ · f ;
2. ∀ f ∈ A (D, R) ∀(λ, µ) ∈ R2 (λ +R µ) · f = λ · f + µ · f ;
3. ∀ f ∈ A (D, R) ∀(λ, µ) ∈ R 2
(λ ×R µ) · f = λ · (µ · f );
4. 1 · f = f .
On peut donc énoncer la proposition suivante.

Proposition 4.4. L ’ensemble A (D, R) muni de la loi de composition interne + et


de la loi de composition externe · est un espace vectoriel sur le corps des réels.

Si on se restreint aux applications ne s’annulant en aucun point de l’ensemble D, alors


on peut définir un symétrique pour la loi ×.

Proposition 4.5. Si g ∈ A (D, R) vérifie (∀x ∈ D g (x) 6= 0) alors g admet un symé-


trique pour la loi produit × qui est l’application notée 1/g définie par

1
x ∈D → ∈ R.
g (x)

44 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

Remarque.
1. Il ne faut pas utiliser la notation g −1 pour désigner le symétrique de g pour la loi
×. Cette notation est réservée pour désigner la bijection réciproque de g (lorsque
celle-ci existe).
f
2. On note g
ou encore f /g , l’application f × 1/g et f − g l’application f + (−g ).

Définition 4.4. Soient f une application de D dans R, J un sous-ensemble de R telle


que f (D) ⊂ J et g une application de J dans R. On appelle composé des applications f
et g et on note g ◦ f , l’application définie par

x ∈ D → g ( f (x)).

Relation d’ordre sur A (D, R)


On définit sur A (D, R) la relation ≤ par

∀( f , g ) ∈ A (D, R)2 f ≤ g ⇐⇒ (∀x ∈ D


¡ ¢
f (x) ≤R g (x))

où ≤R désigne la relation d’ordre sur R. La relation ≤ est une relation d’ordre sur A (D, R) :
— elle est réflexive : ∀ ∈ A (D, R) f ≤ f ;
— elle est anti-symétrique : ∀( f , g ) ∈ A (D, R)2 ( f ≤ g et g ≤ f ) =⇒ f = g ;
— elle est transitive : ∀( f , g , h) ∈ (A (D, R))3 ( f ≤ g et g ≤ h) =⇒ f ≤ h.
La relation ≤ est une relation compatible avec les lois + et × :
— ∀( f , g , h) ∈ (A (D, R))3 ( f ≤ g =⇒ f + h ≤ g + h);
— ∀( f , g , h) ∈ (A (D, R))3 (( f ≤ g ) et (0 ≤ h) =⇒ f × h ≤ h × h).

4.1.4 Monotonicité, parité et périodicité

Soit f une application de R dans R. 0n dit que f est paire si : ∀x ∈ R f (−x) = f (x).
La représentation graphique d’une fonction paire admet l’axe des ordonnées comme
axe de symétrie. On dit que f est impaire si : ∀x ∈ R f (−x) = − f (x). La représentation
graphique d’une fonction impaire admet l’origine du repère comme axe de symétrie.
On dit que f est périodique s’il existe un réel T strictement positif tel que

∀x ∈ R f (x + T ) = f (x).

On appelle période (fondamentale) de f le plus petit réel T strictement positif, s’il existe
, satisfaisant la relation précédente.

Exemple. La fonction sinus est impaire et périodique, de période 2π et la fonction


cosinus est paire et périodique, de période 2π.

45 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

Exercice 12. Montrer que l’application x ∈ R → x − E (x) est périodique de période 1.

Soient D un sous-ensemble non vide de R et f une application de D dans R. On dit que


f est croissante sur D si
∀(x 1 , x 2 ) ∈ D 2 (x 1 ≤ x 2 =⇒ f (x 1 ) ≤ f (x 2 )).

On dit que f est strictement croissante sur D si


∀(x 1 , x 2 ) ∈ D 2 (x 1 < x 2 =⇒ f (x 1 ) < f (x 2 )).

On dit que f est décroissante sur D si


∀(x 1 , x 2 ) ∈ D 2 (x 1 ≤ x 2 =⇒ f (x 1 ) ≥ f (x 2 )).

On dit que f est strictement décroissante sur D si


∀(x 1 , x 2 ) ∈ D 2 (x 1 < x 2 =⇒ f (x 1 ) > f (x 2 )).

On dit que f est monotone sur D si f est croissante sur D ou si f est décroissante sur
D, autrement dit si

∀(x 1 , x 2 ) ∈ D 2
¡ ¢
(x 1 ≤ x 2 =⇒ f (x 1 ) ≤ f (x 2 ))
ou
∀(x 1 , x 2 ) ∈ D 2
¡ ¢
(x 1 ≤ x 2 =⇒ f (x 1 ) ≥ f (x 2 ))
Exercice 13. Montrer que la fonction cosinus est strictement décroissante sur [0, π].

Proposition 4.6.
— La somme de 2 applications paires (resp. impaires) est une application paire
(resp. impaire). Le produit de 2 applications paires ou de 2 applications im-
paires est une application paire. Le produit d’une application paire et d’une
application impaire est une application impaire.
— La somme et le produit de 2 applications périodiques de même période T
est une une application périodique.
— La somme de 2 applications croissantes (resp. décroissantes) est une appli-
cation croissante (resp. décroissante).

Preuve. Ces propriétés se démontrent sans difficulté en revenant aux définitions. Consi-
dérons par exemple deux applications f et g paires. L’application h = f + g vérifie pour
tout x ∈ R,
h(−x) = f (−x) + g (−x) = f (x) + g (x) = h(x).
On en déduit que h est une application paire, autrement dit que la somme de 2 appli-
cations paires est une application paire.

46 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.7. Soient f et g deux applications définies sur R.


— Si f est période alors g ◦ f est une application périodique.
— Si f est croissante (resp. décroissante) et g est croissante (resp. décroissante)
alors g ◦ f est une application croissante.
— Si f est croissante (resp. décroissante) et g est décroissante (resp. croissante)
alors g ◦ f est une application décroissante.
— Si f est paire alors g ◦ f est une application paire (sans hypothèse sur la
parité g ). Si f est impaire et g est paire (resp. impaire) alors g ◦ f est paire
(resp. impaire).

Preuve. Ces propriétés se démontrent en revenant aux définitions. Montrons la pre-


mière propriété, la vérification des autres propriétés est laissée en exercice. Si f est pé-
riodique alors il existe T ∈ R∗+ tel que f (x + T ) = f (x) pour tout x ∈ R. Quelle que soit
l’application g définie sur R, on obtient

∀x ∈ R (g ◦ f )(x + T ) = g ( f (x + T )) = g ( f (x)) = (g ◦ f )(x).

On en déduit que g ◦ f est une application périodique.

4.1.5 Applications bornées

— On dit que f ∈ A (D, R) est majorée sur D si :

∃M ∈ R ∀x ∈ D f (x) ≤ M .

Si f est majorée sur D alors on appelle borne supérieure de f sur D et on note


supx∈D f (x) la borne supérieure de l’image de D par f. On a donc

sup f (x) = sup{ f (x)|x ∈ D} = sup f (D).


x∈D

Rappelons les propriétés de la borne supérieure


1. ∀x ∈ D f (x) ≤ supt ∈D f (t ),
2. ∀² ∈ R∗+ ∃x ∈ D f (x) > supt ∈D f (t ) − ².
— On dit que f ∈ A (D, R) est minorée sur D si :

∃m ∈ R ∀x ∈ D f (x) ≤ m.

Si f est minorée sur D alors on appelle borne inférieure de f sur D et on note


infx∈D f (x) la borne inférieure de l’image de D par f . On a donc

inf f (x) = inf{ f (x)|x ∈ D} = inf f (D).


x∈D

Rappelons les propriétés de la borne inférieure :

47 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

1. ∀x ∈ D f (x) ≥ inft ∈D f (t ),
2. ∀² ∈ R∗+ ∃x ∈ D f (x) < inft ∈D f (t ) + ².
— On dit que f ∈ A (D, R) est bornée sur D si elle est à la fois majorée sur D et
minorée sur D, autrement dit si

∃(M , m) ∈ R2 ∀x ∈ D m ≤ f (x) ≤ M .

De manière équivalente, l’application f est bornée sur D si

∃K ∈ R∗+ ∀x ∈ D | f (x)| ≤ K .

On dit que f ∈ A (D, R) est bornée en x 0 ∈ D si f est bornée sur un voisinage de


x0 .

Exemple.

1. Les applications sinus et cosinus sont bornées sur R car

(∀x ∈ R, −1 ≤ sin(x) ≤ 1) et (∀x ∈ R, −1 ≤ cos(x) ≤ 1).

2. L’application x ∈ R → e x pas majorée car quel que soit le réel M, le réel x =


ln(1 + |M |) est tel que e x = |M | + 1 > M .

Proposition 4.8. Soient f et g deux applications définies sur D.


— Si f et g sont majorées sur D et si f ≤ g sur D alors

sup f (x) ≤ sup g (x).


x∈D x∈D

— Si f et g sont minorées sur D et si f ≤ g sur D alors

inf f (x) ≤ inf g (x).


x∈D x∈D

— f est minorée si et seulement si (− f ) est majorée et

inf f (x) = − sup(− f (x)).


x∈D x∈D

Preuve. Ces propriétés se démontrent en revenant à la définition de la borne supé-


rieure (resp. borne inférieure) d’une fonction et en utilisant les propriétés de la borne
supérieure (resp. borne inférieure) d’un ensemble.

48 sur 101
4.1 L’ensemble des applications de D dans R 4 CONTINUITÉ

Démontrons la première de ces relations. Pour tout x ∈ D, on a d’après les hypothèses


f (x) ≤ g (x) et par définition de la borne supérieure on a :
g (x) ≤ sup g (t ).
t ∈D

On en déduit que
M = sup g (t )
t ∈D
est un majorant de f (D). Comme par définition supt ∈D f (t ) est le plus petit des majo-
rants de f (D); on a nécessairement supt ∈D f (t ) ≤ M . La première relation est démon-
trée.
La vérification des autres relations est laissée en exercice.

Proposition 4.9. Soient f et g deux applications définies sur D et λ un réel positif.


— Si f est majorée sur D alors λ · f est majorée sur D et

sup(λ · f )(x) = λ sup f (x).


x∈D x∈D

— Si f et g sont majorées sur D alors f + g est majorée sur D et

sup(( f + g )(x)) ≤ sup f (x) + sup g (x).


x∈D x∈D x∈D

— Si f et g sont majorées et à valeurs positives sur D alors f × g est majorée sur


D et
sup(( f × g )(x)) ≤ sup f (x) × sup g (x).
x∈D x∈D x∈D

Preuve. Ces propriétés se démontrent en revenant à la définition de la borne supé-


rieure d’une fonction et en utilisant les propriétés de la borne supérieure d’un en-
semble. Montrons la deuxième de ces relations. On a
sup(( f + g )(x)) = sup{ f (x) + g (x)|x ∈ D}.
x∈D

Or, pour tout x ∈ D, f (x) ≤ supt ∈D f (t ) et g (x) ≤ supt ∈D g (t ). On en déduit que


f (x) + g (x) ≤ M où M = sup f (t ) + sup g (t )
t ∈D t ∈D

et par conséquent M est un majorant de l’ensemble { f (x) + g (x)|x ∈ D}. Comme la


borne supérieure de cet ensemble est, par définition, le plus petit des majorants, on
a nécessairement
sup(( f + g )(x)) ≤ M .
x∈D
La deuxième propriété est démontrée. La vérification des autres relations est laissée en
exercice.

49 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

Applications bornées
On désigne par B(D, R) l’ensemble des applications de A (D, R) qui sont bornées sur
D. Il s’agit d’un sous-espace vectoriel de A (D, R). Pour f ∈ B(D, R), on note

|| f ||∞ = sup | f (x)|.


x∈D

Proposition 4.10. Pour tout ( f , g ) ∈ B(D, R)2 et pour tout λ ∈ R, on a les propriétés
suivantes :
1. || f ||∞ = 0 ⇐⇒ f = 0
2. ||λ · f ||∞ = |λ| · || f ||∞ ;
3. || f + g ||∞ ≤ || f ||∞ + ||g ||∞ ;
4. || f × g ||∞ ≤ || f ||∞ × ||g ||∞ ;

Preuve. Les propriétés 2 à 4 découlent des relations données à la proposition 4.9 en


les considérant avec | f | et |g |. Démontrons la première propriété. Si f est l’application
nulle, alors
|| f ||∞ = sup | f (x)| = sup{| f (x)|; x ∈ D} = sup 0 = 0.
x∈D
Réciproquement, si || f ||∞ = 0 alors | f | est une application majorée par 0, i.e.

∀x ∈ D, | f (x)| ≤ 0.

Comme | f | est positive, on a nécessairement | f (x)| = 0 pour tout x ∈ D, autrement dit


f (x) = 0. L’application f est l’application nulle.

4.2 Limites

4.2.1 Définitions

L’ensemble R n’a ni plus grand, ni plus petit élément. On lui adjoint les éléments notés
+∞ et −∞ de façon à construire l’ensemble noté R̄. On a donc R̄ = R ∪ {+∞, −∞}.

Définition 4.5. On appelle intervalle de R tout sous-ensemble I de R tel que

∀(α, β, γ) ∈ R3 ((α ∈ I et β ∈ I et α ≤ γ ≤ β) =⇒ γ ∈ I )

Cette définition regroupe les intervalles des types suivants (avec a et b réels et a < b) :

{x ∈ R | a < x < b} = ]a, b[{x ∈ R | a < x < b} = ]a, b[ (ouvert et non fermé)

50 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

{x ∈ R | a ≤ x ≤ b} = [a, b]{x ∈ R | a ≤ x ≤ b} = [a, b] (fermé et non ouvert)


{x ∈ R | a < x ≤ b} = ]a, b]{x ∈ R | a < x ≤ b} = ]a, b] (semi-ouvert à gauche, semi-fermé à droite)
{x ∈ R | a ≤ x < b} = [a, b[{x ∈ R | a ≤ x < b} = [a, b[ (semi-fermé à gauche, semi-ouvert à droite)

Définition 4.6. Pour a ∈ R on appelle voisinage de a toute partie V de R qui contient


un intervalle de la forme ]a − α, a + α[ avec α > 0.
Pour a = +∞ on appelle voisinage de a toute partie V de R qui contient un intervalle
de la forme ]c, +∞[ avec c ∈ R.
Pour a = −∞ on appelle voisinage de a toute partie V de R qui contient un intervalle
de la forme ] − ∞, c[ avec c ∈ R.

Définition 4.7. Soit A un sous-ensemble non vide de R et x 0 un réel.


— On dit que x 0 est un point adhérent à A si tout intervalle ouvert de centre x 0
contient au moins un élément de A. L ’ensemble des points adhérents à A est
noté A et est appelé adhérence de A.
— On dit que x 0 est un point d’accumulation de A si tout intervalle ouvert de centre
x 0 contient au moins un élément de A autre que x 0 .

Définition 4.8. Soient D un sous-ensemble non vide de R et x 0 ∈ R un point adhérent


à D. On dit que l’application f de D dans R admet pour limite le réel l en x 0 si

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ R ((x ∈ D et |x − x 0 | ≤ η) =⇒ | f (x) − l | ≤ ²).

Exemple. Considérons l’application f : x ∈] − 1, 1[→ 2x/(x + 2) et montrons qu’elle a


pour limite 0 en 0. Pour x ∈] − 1, 1[ on a 1 ≤ 2 + x ≤ 3 et par conséquent

∀x ∈] − 1, 1[ | f (x)| ≤ 2|x|.

Pour tout ² ∈ R∗+ fixé, la quantité | f (x)−0| peut être rendue plus petite que ² en prenant
x tel que 2|x| ≤ ². On a ainsi établi que pour tout réel strictement positif ², on peut
trouver un réel strictement positif η (η = 21 ² convient) tel que

∀x ∈ R ((x ∈] − 1, 1[ et |x| ≤ η) =⇒ | f (x) − 0| ≤ ²).

D’après la définition 4.8 on en conclut que f admet 0 pour limite en 0.

Exercice 14. Soit D un sous-ensemble de R et x 0 un point adhérent à D. Montrer que


f admet pour limite 0 en x 0 si et seulement si | f | admet pour limite 0 en x 0 , autrement
dit montrer que
lim f (x) = 0 ⇐⇒ lim | f (x)| = 0.
x→x 0 x→x 0

Que peut-on dire si f admet une limite non nulle en x 0 ?

51 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.11. Soient D un sous-ensemble de R et x 0 un point adhérent à D. Si


l’application f de D dans R admet une limite en x 0 alors cette limite est unique.

Preuve. Raisonnons par l’absurde. Supposons que l’application f admette 2 deux réels
l 1 et l 2 distincts pour limite en x 0 et considérons le réel strictement positif ² = 31 |l 1 − l 3 |.
D’après la définition 4.8, d’une part

∃η 1 ∈ R∗+ ∀x ∈ D (|x − x 0 | ≤ η 1 =⇒ | f (x) − l 1 | ≤ ²

et d’autre part

∃η 1 ∈ R∗+ ∀x ∈ D (|x − x 0 | ≤ η 2 =⇒ | f (x) − l 1 | ≤ ²

Notons η = min(η 1 , η 2 ); en utilisant la première inégalité triangulaire, pour tout x ∈


]x 0 − η, x 0 + η[∩D on obtient

2
|l 1 − l 2 | = |l 1 − f (x) + f (x) − l 2 | ≤ |l 1 − f (x)| + | f (x) − l 2 | ≤ |l 1 − l 2 |.
3

La relation |l 1 − l 2 | ≤ 23 |l 1 − l 2 | étant impossible si l 1 6= l 2 , on aboutit à une contradic-


tion. Cela signifie que l’hypothèse de deux limites distinctes pour f en x 0 est absurde.
On a ainsi démontré que si l’application f admettait une limite en x 0 celle-ci était
nécessairement unique.

Exercice 15. Soit D un sous-ensemble de R et x 0 un point adhérent à D. Montrer que f


admet pour limite l en x 0 si et seulement si − f admet pour limite −l en x 0 , autrement
dit montrer que
lim f (x) = l ⇐⇒ lim − f (x) = −l .
x→x 0 x→x 0

Il est possible de définir la notion de limite d’une fonction en +∞ ou en −∞ et de définir


la notion de limite pour une application non bornée en x 0 .
— Soient D un sous-ensemble non vide de R. et x 0 un point adhérent à D. On
dit que l’application f de D dans R. admet pour limite +∞ en x 0 et on note
limx→x0 f (x) = +∞ si,

∀κ ∈ R ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ D (|x − x 0 | ≤ η =⇒ f (x) ≥ κ).

— On dit que l’application f de ]a, +∞[ dans R admet pour limite le réel l en +∞
et on note limx→+∞ f (x) = l si

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R ∀x ∈]a, +∞[ (x ≥ η =⇒ | f (x) − l | ≤ ²).

52 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

— On dit que l’application f de ]a, +∞[ dans R admet pour limite +∞ en +∞ et


on note limx→+∞ f (x) = +∞ si

∀κ ∈ R ∃η ∈ R ∀x ∈]a, +∞[ (x ≥ η =⇒ f (x) ≥ κ).

— On dit que l’application f de ] − ∞, b[ dans R admet pour limite le réel l en −∞


et on note limx→−∞ = l si

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R ∀x ∈] − ∞, b[ (x ≤ η =⇒ | f (x) − l | ≤ ²).

— On dit que l’application f de ] − ∞, b[ dans R admet pour limite +∞ en −∞ et


on note limx→−∞ = +∞

∀κ ∈ R ∃η ∈ R ∀x ∈] − ∞, b[ (x ≤ η =⇒ f (x) ≥ κ).

Exercice 16. Montrer que si une fonction périodique admet pour limite en +∞ le réel
l alors il s’agit d’une fonction constante, la constante étant égale à l .

Proposition 4.12. Soient D un sous-ensemble de R et x 0 un point adhérent à D. Si


l’application f de D dans R admet un réel pour limite en x 0 alors f est bornée sur
(l’intersection de D avec) un voisinage de x 0 .

Preuve. Supposons que f admette le réel f pour limite en x 0 . D’après la définition 4.8

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ S (|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − l | ≤ ²).

Prenons ² = 1; il existe un réel strictement positif η tel que pour tout x ∈ D,

|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x − l | ≤ 1.

On en déduit que pour x ∈ [x 0 − η, x 0 + η] ∩ D on a

| f (x)| = | f (x) − l + l | ≤ | f (x) − l | + |l | ≤ 1 + |l |.

L’application f est bornée sur x ∈ [x 0 − η, x 0 + η] ∩ D.

Proposition 4.13. Soient D un sous-ensemble de R et x 0 un point adhérent à D.


L’application f de D dans R admet pour limite l ∈ R̄ en x 0 si et seulement si pour
toute suite réelle (u n )n d’éléments de D convergeant vers x 0 la suite de terme géné-
ral f (u n ) tend vers l .

53 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

Preuve. On suppose que l ∈ R, le cas des limites valant ±∞ se traite de manière ana-
logue en prenant la définition idoine pour la limite donnée 4.8.

Supposons que f admette pour limite l en x 0 et considérons une suite (u n )n convergeant


vers x 0 . Soit ² ∈ R∗+ fixé. Puisque f admet pour limite l en x 0 ,

∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ D (|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − l | ≤ ²)

et puisque la suite (u n )n converge vers x 0

∃N ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ |u n − x 0 | ≤ η).

Pour n ≥ N on |u n − x 0 | ≤ η donc | f (u n ) − l | ≤ ². Ainsi,

∀² ∈ R∗+ ∃ ∈ N ∀n ∈ N (n ≥ N =⇒ | f (u n ) − l | ≤ ²,

ce qui d’après la définition d’une suite chapitre précédente signifie que la suite de terme
général f (u n ) tend vers l .
Pour montrer la réciproque, raisonnons par l’absurde. Supposons que pour toute suite
réelle (u n )n convergeant vers x 0 la suite de terme général f (u n ) tend vers l et que f
n’admet pas pour limite l en x 0 . Montrons que l’on aboutit à une contradiction. La
négation de l’assertion « f admet pour limite f en x 0 s’écrit :

∃ ∈ R∗+ ∀η ∈ R∗+ ∃y η ∈ D (|y η − x 0 | ≤ η et | f (y η ) − l | > ²).

Pour cet ², en prenant pour η des valeurs de la forme 1/n où n ∈ N∗ , on obtient

∀n ∈ N ∃y n ∈ D (|y n − x 0 | ≤ 1/n et | f (y n ) − l | > ²).

On dispose donc d’une suite (y n )n qui converge vers x 0 mais pour laquelle la suite de
terme général f (u n ) ne converge pas vers l . C’est en contraction avec nos hypothèses.

Exercice 17. Montrer que la fonction f : x → sin(1/x) n’a pas de limite en 0.

Théorème 7. (Théorème d’encadrement) Soient D un sous-ensemble de R et x 0


un point adhérent à D. Soient f , g 1 , g 2 , trois applications de D dans R. On suppose
que g 1 et g 2 admettent pour limite en x 0 les réels l 1 et l 2 .
— Si pour tout x ∈ D on a (g 1 (x) ≤ f (x) ≤ g 2 (x)) et si f admet une limite

l 1 ≤ lim f (x) ≤ l 2
x→x 0

54 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

— Si pour tout x ∈ D on a (g 1 (x) ≤ f (x) ≤ g 2 (x)) et si l 1 = l 2 alors f admet

lim f (x) = l 1
x→x 0

Preuve. Soit (u n )n une suite de D convergeant vers x 0 ∈ D̄. D’après les hypothèses, pour
tout n ∈ N on a
g 1 (u n ) ≤ f (u n ) ≤ g 2 (u n ).

D’après la proposition 4.13, puisque f admet une limite l en x 0 , la suite de terme géné-
ral f (u n ) converge vers l . De même, puisque g 1 et g 2 admettent pour limite en x 0 les
réels l 1 et l 2 , on a
lim g 1 (u n ) = l 1 et lim g 2 (u n ) = l 2
n→+∞ n→+∞

D’après le théorème 2, on en déduit que

l1 ≤ l ≤ l2.

Supposons que l 1 = l 2 . D’après ce qui précède, la suite de terme général f (u n ) converge


vers l 1 . Ce résultat est acquis pour toute suite (u n )n convergeant vers x 0 . D’après la
proposition4.13, on en déduit d’une part que f admet une limite en x 0 et d’autre part
que cette limite est l 1 .

Exercice 18. Déterminer la limite en 0 de la function f : x ∈ R∗ → sin(x)


x
.

Théorème 8. Soient D un sous-ensemble de R et x 0 un point adhérent à D. Soient


f et g deux applications de D dans R telles que

∀x ∈ D f (x) ≥ g (x)

1. Si limx→x0 g (x) = +∞ alros limx→x0 f (x) = +∞.


2. Si limx→x0 f (x) = −∞ alros limx→x0 g (x) = −∞.

Preuve. Soit (u n )n une suite à valeurs dans D et convergeant vers x 0 . D’après les hypo-
thèses, pour tout n ∈ N on a
f (u n ) ≥ g (u n ) (7)
Puisque g tend vers +∞ en x 0 , la proposition 4.13 indique que la suite de terme géné-
ral g (u n ) tend vers +∞. D’après la proposition 3.15, on déduit de la relation 7 que la
suite de terme général f (u n ) tend vers +∞. Ce résultat est vrai pour toute suite (u n )n
convergeant vers x 0 . D’après la proposition 4.13 cela implique que

lim f (x) = +∞.


x→x 0

55 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

La seconde assertion de la proposition se déduit de la première assertion et de l’équi-


valence
(∀x ∈ D f (x) ≥ g (x)) ⇐⇒ (∀x ∈ D − g (x) ≥ − f (x)).
Si limx→x0 f (x) = −∞ alors limx→x0 − f (x) = +∞ et on en déduit d’après la première
partie de la démonstration que limx→x0 −g (x) = +∞. On a donc limx→x0 g (x) = −∞.

Proposition 4.14. (Cas des limites finies) Soient D un sous-ensemble de R, x 0 un


point adhérent à D et f et g deux applications de D dans R. Si f a pour limite l en
x 0 et g a pour limite l 0 en x 0 alors,
1. limx→x0 | f (x)| = |l |;
2. ∀λ ∈ R limx→x0 (λ · f )(x) = λl ;
3. limx→x0 ( f + g )(x) = l + l 0 ;
4. limx→x0 ( f × g )(x) = l l 0 ;
f
5. Si de plus on suppose que l 0 6= 0 alors limx→x0 ( g (x)) = ll0 .

Preuve. Supposons que f admette pour limite l en x 0 ; on a

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ D (|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − l | ≤ ²). (8)

D’après la seconde inégalité triangulaire, on a || f (x)| − |l || ≤ | f (x) − l |. L’assertion 8


implique donc que

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ D (|x − x 0 | ≤ η =⇒ || f (x)| − |l || ≤ ²).

D’après la définition 4.8, ceci signifie que l’application | f | admet pour limite en x 0 le
réel |l |.
La seconde assertion résulte de l’égalité suivante pour x ∈ D et λ ∈ R : |(λ · f )(x)| =
|λ|| f (x)|.
Supposons que f admette pour limite f en x 0 et que g admette pour limite l 0 en x 0 et
considérons un réel strictement positif ². En utilisant la première inégalité triangulaire,
on obtient pour tout x ∈ D

| f (x) + g (x)) − (l + l 0 )| = | f (x) − l ) + (g (x) − l 0 )| ≤ | f (x) − l | + |g (x) − l 0 |.

D’après la définition 4.8, on a


1
∀² ∈ R∗+ ∃η0 ∈ R∗+ ∀x ∈ D(|x − x 0 | ≤ η0 =⇒ |g (x) − l 0 | ≤ ²0 )
2
et
1
∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ D(|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − l 0 | ≤ ²0 )
2

56 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

On en déduit que pour tout réel x ∈ D tel que l x − x 0 | ≤ τ où τ = min{η, η0 } on a


1 1
|( f (x) + g (x)) − (l + l 0 )| ≤ | f (x) − l | + |g (x) − l 0 | ≤ ² + ² = ².
2 2
On a donc établi que

∀² ∈ R∗+ ∃τ ∈ R∗+ ∀x ∈ D(|x − x 0 | ≤ τ =⇒ |( f + g )(x) − (l + l 0 )| ≤ ²0 ).

D’après la définition 4.8, on en conclut que f + g admet pour limite l + l 0 en x 0 .


Exercice 19. Soient f et g deux applications définies sur un sous ensemble D de R et x 0
un point adhérent à D. On suppose que f admet pour limite f en x 0 et que g admet pour
limite l ’ en x 0 .
1. Montrer que pour tout x ∈ D on a

| f (x)g (x) − l l 0 | ≤ | f (x) − l ||g (x) − l 0 | + |l 0 || f (x) − l | + |l ||g (x) − l 0 |.

2. En déduire que l’application f × g admet pour limite l l 0 en x 0 (on pourra

Proposition 4.15. (Cas des limites infinies) Soient D un sous-ensemble de R et x 0


un point adhérent à D. Soient f et g deux applications de D dans R.
1. Si limx→x0 g (x) = +∞ et limx→x0 f (x) = l , avec l ∈ R sup{+∞} alors

lim ( f + g )(x) = +∞.


x→x 0

2. Si limx→x0 g (x) = +∞ et limx→x0 f (x) = l , avec l ∈ R∗+ ∪ {+∞} alors

lim ( f × g )(x) = +∞.


x→x 0

3. Si limx→x0 g (x) = +∞ et limx→x0 f (x) = l , avec l ∈ R∗− ∪ {−∞} alors

lim ( f × g )(x) = −∞.


x→x 0

4. Si limx→x0 g (x) = +∞ et limx→x0 f (x) = l , avec l ∈ R alors

f
lim (x) = 0.
x→x 0 g

On peut résumer les propriétés qui ont été énoncées sous forme de tableaux. Le tableau
suivant indique la limite éventuelle de la fonction f+g relativement aux valeurs de la
limite des fonctions f et g. On écrit IND pour forme indéterminée lorsque les hypothèses
ne permettent pas de conclure.

57 sur 101
4.2 Limites 4 CONTINUITÉ

f +g l0 +∞ −∞
l l +l0 +∞ −∞
+∞ +∞ +∞ IND
−∞ −∞ IND −∞

Le tableau suivant indique la limite éventuelle de la fonction f × g relativement aux


valeurs de la limite des fonctions f et g .

f ×g l0 > 0 l0 = 0 l0 < 0 +∞ −∞
0 0
l >0 ll 0 ll +∞ −∞
l =0 0 0 0 IND IND
l <0 ll0 0 ll0 −∞ +∞
+∞ +∞ IND −∞ +∞ −∞
−∞ −∞ IND +∞ −∞ +∞

Le tableau suivant indique la limite éventuelle de la fonction f /g relativement aux


valeurs de la limite des fonctions f et g .

f /g l0 > 0 l0 = 0 l0 < 0 +∞ −∞
0 0
l >0 l /l IND (±∞) l /l 0 0
l =0 0 IND 0 0 0
l <0 l /l 0 IND (±∞) l /l 0 0 0
+∞ +∞ IND (±∞) −∞ IND IND
−∞ −∞ IND (±∞) +∞ IND IND

Proposition 4.16. Soient D un sous-ensemble de R, x 0 un point adhérent à D et


l ∈ R̄. Soient f une application de D dans R, D 0 un sous-ensemble de R tel que
f (D) ⊂ D 0 et g une application de D 0 dans R. Si f admet pour limite y 0 en x 0 et si g
admet pour limite l en y 0 alors g ◦ f admet pour limite l en x 0 .

Définition 4.9. (Limite à gauche et limite à droite) Soient D un sous-ensemble de R; et


x 0 un point adhérent à D.
— On dit que l’application f de D dans R; admet pour limite à droite le réel R en
x 0 si
∀ ∈ R∗+ ∃ηR∗+ ∀x ∈ D(0 < x − x 0 ≤ η| f (x) − l | ≤ ²).
— On dit que l’application f de D dans R; admet pour limite à gauche le réel l 0 en
x 0 si
∀ ∈ R∗+ ∃ηR∗+ ∀x ∈ D(0 < x 0 − x ≤ η| f (x) − l 0 | ≤ ²).

58 sur 101
4.3 Continuité 4 CONTINUITÉ

Exercice 20. étudier la limite éventuelle des. fonctions suivantes aux extrémités de leur
ensemble de définition :
p
x 2 −1+x
1. f : x → x
x cos2 (x)
2. f : x → sin(x)
p
2
3. f : x → x −10x+25
x−5
sin(x)
4. f : x → x 2 −x
p
5. f : x → x x2 − 1 − x
6. f : x → x 2 sin(1/x)
7. f : x → sin(x) ln(x)

4.3 Continuité

4.3.1 Définitions et premières propriétés

Définition 4.10. Soit f une application définie sur un intervalle ouvert I de R et x 0 ∈ I .


— On dit que f est continue en x 0 si f admet pour limite f (x 0 ) en x 0 , autrement dit
si
∀² ∈ R∗+ ∃η ² ∈ R∗+ ∀x ∈ I (|x − x 0 | ≤ η ² =⇒ | f (x) − f (x 0 )| ≤ ²).
— On dit que x 0 est un point de discontinuité pour f si f n’est pas continue en x 0 ,
c’est-à-dire si

∃² ∈ R∗+ ∀η ² ∈ R∗+ ∃x ∈ I (|x − x 0 | ≤ η ² =⇒ | f (x) − f (x 0 )| > ²).

— On dit que f est continue sur l’intervalle I si f est continue en x 0 pour tout x 0 ∈ I .
On note C (I ) ou C 0 (I ) l’ensemble des applications de I dans R continues sur I.
Exercice 21. Montrer, en ayant recours à la définition 4.10, que la fonction cosinus est
continue sur R.
Définition 4.11. Soit f une application définie sur un intervalle I de R.
— Soit x 0 un élément de I tel que I constitue un voisinage à gauche de x 0 . On dit
que f est continue à gauche en x 0 ∈ I si limx→x0− f (x) = f (x 0 ), autrement dit si

∀²R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ I (0 < x 0 − x ≤ η =⇒ | f (x) − f (x 0 )| ≤ ²).

— Soit x 0 un élément de I tel que I constitue un voisinage à droite de x 0 . On dit que


f est continue à droite en x 0 ∈ I si limx→x + f (x) = f (x 0 ), autrement dit si
0

∀²R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀x ∈ I (0 < x − x 0 ≤ η =⇒ | f (x) − f (x 0 )| ≤ ²).

59 sur 101
4.3 Continuité 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.17. Soient f une application définie sur un intervalle ouvert I de


R; et x 0 ∈ I . Si f est continue en x 0 alors f est bornée sur (l’intersection de I avec) un
voisinage de x 0

Exemple. L’application x ∈]0, +∞[→ 1/x ∈ R ; n’est pas continue en 0 car elle n’est pas
bornée en 0.

Proposition 4.18. Soient f une application définie sur un intervalle ouvert I de


R; et x 0 ∈ I . Si f est continue en x 0 et si f (x 0 ) 6= 0 alors f ne s’annule pas dans un
voisinage de x 0 .

Preuve. L’application f étant continue en x 0 , d’après la définition 4.10


∀² ∈ R∗+ ∃η ² ∈ R∗+ ∀x ∈ I (|x − x 0 | ≤ η ² =⇒ | f (x) − f (x 0 )| ≤ ²).
Prenons ² = 12 | f (x 0 )|; il exists η ∈ R∗+ tel que
1
∀x ∈ I (|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − f (x 0 )| ≤ | f (x 0 )|).
2
Soit V = I ∩ [x 0 − η, x 0 + η]; il s’agit d’un voisinage de x 0 . Pour x ∈ V , en utilisant la
seconde inégalité triangulaires, on obtient
1
| f (x 0 )| − | f (x)| ≤ || f (x)| − | f (x 0 )|| ≤ | f (x) − f (x 0 )| ≤ | f (0 )|.
2
On en déduit que pour x ∈ V on a | f (x)| ≥ 21 | f (x 0 )| > 0, autrement dit que f > 0 sur V .

Proposition 4.19. Soient f une application définie sur un intervalle I de R; et


x 0 ∈ l . L’application f est continue en x 0 si et seulement si pour toute suite réelle
(u n )n d’éléments de I convergeant vers x 0 , la suite de terme général f (u n ) converge
vers f (x 0 ).

Exemple. La fonction partie entière E n’est pas continue en 0 car la suite (u n )n de


terme général u n = −1/n converge vers 0 mais la suite de terme général E (u n ) qui est
la suite constante égale à −1 converge vers −1 et E (0) = 0 6= −1.

Proposition 4.20. (Prolongement par continuité) Soient (a, b) ∈ R̄2 et x 0 ∈]a, b[.
étant donnée une application f continue sur ]a, x 0 [∪]x 0 , b[ et admettant pour li-
mite en x 0 le réel l l’application définie sur ]a, b[par
(
f (x) si x ∈]a, x 0 [∪]x 0 , b[
f˜ =
l si x = x 0

60 sur 101
4.3 Continuité 4 CONTINUITÉ

est une application continue sur ]a, b[ appelée prolongement par continuité de
l’application f en x 0 .

Exemple. Le prolongement par continuité en 0 de f : x ∈ R∗ → sin(x)/x est l’applica-


tion f˜ définie par
(
sin(x)/x si x ∈ R∗
f˜(x)
1 si x = 0

Proposition 4.21. Soient λ un réel et f et g deux applications définies sur un in-


tervalle I de R. Si f et g sont continues en x 0 ∈ I (resp. sur I) alors on a les propriétés
suivantes :
1. |f| est continue en x 0 (resp. sur I) ;
2. f + g est continue en x 0 (resp. sur I) ;
3. f × g est continue en x 0 (resp. sur I) ;
4. λ f est continue sur x 0 (resp. sur I)
5. si de plus g (x 0 ) 6= 0 (resp. g ne s annule pas sur I) alors f /g est continue en
x 0 (resp. sur I).

Proposition 4.22. Soient I un intervalle ouvert, f une application de I dans R, J


une partie de R telle que f (I ) ⊂ J et g une application de J dans R. Soient x 0 ∈ I et
y 0 = f (x 0 ). Si f est continue en x 0 (resp. sur I) et si g est continue en y 0 (resp. sur J)
alors g ◦ f est continue en x 0 (resp. sur I).

Corollary 1. Soient f une application définie au voisinage de x 0 et g une application


définie au voisinage de y 0 = f (x 0 ). Si limx→x0 f (x) = y 0 et si g est continue en y 0 alors
limx→x0 g ( f (x)) = g (y 0 ).

Dans cette section a et b désignent deux réels tels que a < b. On rappelle qu’une appli-
cation est continue sur l’intervalle fermé borné [a, b], si elle est continue en tout point
de l’intervalle ouvert ]a, b[ et qu’elle est continue à droite en a à gauche en b.

Théorème 9. (Théorème des valeurs intermédiaires) Soit f une application conti-


nue sur un intervalle [a, b]. Si f (a)× f (b) < 0 alors il existe c ∈]a, b[ tel que f (c) = 0.

Preuve. Supposons que f (a) < 0 et que f (b) > 0. L’ensemble

F = {x ∈ [a, b]| f (x) ≤ 0}

61 sur 101
4.3 Continuité 4 CONTINUITÉ

est une partie non vide (a ∈ F ) et majorée (par b) de R. Il admet donc une borne supé-
rieure c telle que c ≤ b. Nous allons montrer que f (c) = 0.
Puisque c est borne supérieure de F, d’après 2.2,

∀² ∈ R∗+ ∃x ² ∈ F c − ² < x ² ≤ c.

Et en considérant des réels ² de la forme ² = 1/n où n ∈ N∗ dans l’assertion précédente,


on obtient
∀x ∈ N∗ ∃x n ∈ F c − 1/n < x n ≤ c.
Le théorème d’encadrement indique que la suite (x n )n converge vers c. Comme f est
continue en c, d’après la proposition 4.13, la suite de terme général f (x n ) converge vers
f (c). Or, puisque x n ∈ F pour tout n ∈ N∗ , on a f (x n ) ≤ 0. On en déduit d’après le
théorème 7 que f (c) ≤ 0. Cela implique en particulier que c < b car c ∈ F et b qui est
un majorant de F n’appartient pas à F puisque f (b) > 0.
Considérons la suite (y n )n de terme général y n = c + b−cn . Puisque c < b la suite (y n )n
est strictement décroissante et converge vers c. Comme f est continue en c, d’après la
proposition 4.13, la suite de terme général f (y n ) converge vers f (c). Puisque pour tout
n ∈ N ∗, y n 6∈ F on a f (y) > 0. D’après le théorème 7, on en déduit que f (c) ≥ 0.
Finalement pour le réel c on a f (c) ≥ 0 et f (c) ≤ 0. Cela implique que f (c) = 0. Le
théorème est démontré dans le cas où f (a) < 0 et f (b) > 0.
Dans le cas où f(a) > 0 et f(b) < 0 le résultat se déduit de ce qui précède en appliquant
ce qui vient d’être démontré à l’application − f .

Proposition 4.23. Soit f une application continue sur l’intervalle [a, b].
— Si f(a) < f(b) alors étant donné un élément γ de [ f (a), f (b)], il existe un réel
c ∈ [a, b] tel que f (c) = γ.
— Si f(a) > f(b) alors étant donné un élément γ de [ f (b), f (a)], il existe un réel
c ∈ [a, b] tel que f (c) = γ.

Preuve. Supposons f (a) < f (b) et considérons un élément γ appartenant à ] f (a), f (b)[.
La fonction g définie sur [a, b]. par g (x) = f (x) − γ est continu sur [a,b] et

g (a) × g (b) = ( f (a) − γ)( f (b) − γ) < 0.


| {z } | {z }
<0 >0

D’après le théorème des valeurs intermédiaires, il existe un réel c ∈]a, b[ tel que g (c) =
0. Si γ = f (a) (resp. si γ = f (b)) alors g (a) = 0 (resp.g (b) = 0). On en déduit que quel
que soit γ ∈ [ f (a), f (b)], il existe un réel c ∈ [a, b] tel que g (c) = 0, autrement dit tel que
f (c) = γ. Dans le cas où f (a) > f (b) un raisonnement en tout point similaire, où les
rôles de f (a) et f (b) sont inversés, permet d’établir le résultat.

62 sur 101
4.3 Continuité 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.24. L ’image par une application continue d’un intervalle est un
intervalle.

Preuve. Soient I un intervalle et f une application de I dans R continue. Notons J =


f (I ) l’image de I par f. D’après la définition 4.5, pour montrer que J est un intervalle,
il faut montrer l’assertion suivante :

∀(α, β, γ) ∈ R3 ((α ∈ J et β∈ J et α ≤ γ ≤ β) =⇒ γ ∈ J ).

Considérons trois réels α, β et γ tels que α et β appartiennent à J et α ≤ γ ≤ β.


Si α = β alors nécessairement γ = α = β donc γ appartient à J.
Supposons à présent que α < β. Puisque α et β appartiennent à J = f (I ), il existe deux
réels a et b dans l’intervalle I tels que α = f (a) et β = f (b).
Comme α = f (a) < β = f (b), d’après la proposition 4.23, pour tout réel γ ∈ [α, β], il
existe c ∈ [a, b] tel que γ = f (c). Le réel γ est donc l’image par f d’un réel c de l’intervalle
[a, b], et donc de l’intervalle I puisque a ∈ I et b ∈ I . On en conclut que γ ∈ f (I ) donc
que γ ∈ J .

Théorème 10. Soit f une application continue sur l ’intervalle fermé borné [a, b] .
L ’application f est bornée sur [a, b] et atteint ses bornes, i.e.

∃(x 1 , x 2 ) ∈ [a, b]2 tel que f (x 1 ) = inf f (x) et f (x 2 ) = sup f (x).


x∈[x,b] x∈[a,b]

4.3.2 Continuité uniforme

Considérons une application f continue sur un intervalle I . Si l’on se reporte à la défi-


nition de la continuité, en choisissant une valeur x 0 ∈ I et un réel ² strictement positif,
on peut trouver un réel η strictement positif tel que pour tout x ∈]x 0 − η, x 0 + η[∩I on
ait | f (x) − f (x 0 )I ≤ ². Le réel η dépend du réel ² et en général de x 0 et il varie si l’on
choisit une autre valeur dans I pour x 0 . Dans certains cas, on peut trouver un réel η
strictement positif qui reste le même pour toute valeur x 0 choisie dans l’intervalle I .
On dit alors que l’application f est uniformément continue sur I .
De manière plus précise, on définit l’uniforme continuité de la manière suivante.

Définition 4.12. Soit f une application définie sur un intervalle I. On dit que f est uni-
formément continue sur I si

∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ (x, x 0 ) ∈ I 2 (|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − f (x 0 )| ≤ ²).

63 sur 101
4.3 Continuité 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.25. Soit f une application définie sur l’intervalle I. Si J est unifor-
mément continue sur I alors f est continue sur I.

Théorème 11. (Théorème de Heine) Une application continue sur un intervalle


fermé et borné est uniformément continue sur cet intervalle.
Définition 4.13. (Application lipschitzienne) Soit f une application définie sur un in-
tervalle l. On dit que f est lipschitzienne de rapport K sur l si
∃K ∈ R∗+ ∀(x, y) ∈ I 2 | f (x) − f (y)| ≤ K |x − y|.

On dit que f est contractante sur l si f est lipschitzienne de rapport K sur l avec K ∈
]0, 1[.
Exemple. Montrons que la fonction sinus est lipschitzienne sur R. Pour tout (x, y) ∈ R,
on a

1 1
sin(x) − sin(y) = 2 cos( (x + y))si n( (x − y)).
2 2
Compte tenu du fait que la fonction cosinus est bornée par 1 et que pour tout réel t , on
a | sin(t )| ≤ |t |, on obtient

1
| sin(x) − sin(y)| ≤ 2| sin( (x − y))| ≤ |x − y|.
2
La fonction sinus est donc lipschitzienne sur R de constante de Lipschitz K = 1. On
montrerait de même que la fonction cosinus est lipschitzienne sur R.

Proposition 4.26. Si f est une application lipschitzienne sur un intervalle l donné


alors elle est uniformément continue sur l (et en particulier, elle est continue sur l).
Preuve. Supposons que f est lipschitzienne sur l’intervalle l, i.e. supposons que
∃K ∈ R∗+ ∀(x, y) ∈ I 2 | f (x) − f (y)| ≤ K |x − y|.
Montrons que f est uniformément continue sur I, i.e. montrons que
∀² ∈ R∗+ ∃η ∈ R∗+ ∀(x, x 0 ) ∈ I 2 (|x − x 0 | ≤ η =⇒ | f (x) − f (y)| ≤ ²).
Soient ² ∈ R∗+ et (x, x 0 ) ∈ I 2 ; on a
| f (x) − f (x 0 )| ≤ L|x − x 0 |.

On en déduit que si |x − x 0 | ≤ ²/L alors | f (x) − f (x 0 )|²². Ainsi, pour tout ² ∈ R∗+ , il
exists η ∈ R∗+ (η = ²/Lconvi ent ) tel que pour tout (x, x 0 ) ∈ I 2 avec |x − x 0 | ≤ η on a
| f (x) − f (x 0 )| ≤ ². D’apr¡es la définition 13.7, on en conclut que f est uniformément
continue sur l .

64 sur 101
4.4 Étude des suites récurrentes 4 CONTINUITÉ

4.4 Étude des suites récurrentes

Définition 4.14. Soit f une application définie sur un ensemble D. On appelle point
fixe de f tout réel τ ∈ D tel que f (τ) = τ.
Remarque.
1. Un point fixe de f est donc une solution de l’équation f (x) = x. C’est aussi un
zéro de la fonction g : x → f (x) − x.
2. Si f (D) ∩ D = ; alors f ne peut pas avoir de point fixe dans D.
3. Géométriquement les points fixes de f sont les abscisses des points d’intersection
de la représentation graphique de f et de la première bissectrice (droite d’équa-
tion y = x).
Exercice 22. L’objet de cet exercice est l’étude des conditions d’existence d’un point fixe
pour une application f définie sur un intervalle fermé borné [a, b] à valeurs dans [a, b]
(i.e. telle que f ([a, b]) ⊂ [a, b]).
1. On suppose que est continue sur [a, b] et on considère l’application

g : x ∈ [a, b] → f (x) − x.

Montrer que que l’application f admet un point fixe dans [a, b], g (a) ≤ 0 et que
g (b) ≤ 0. En déduire que l’application f admet un point fixe dans [a, b].
2. On suppose que f est croissante sur [a, b] et on considère l’ensemble

Ω = {x ∈ [a, b]| f (x) ≥ x}.

(a) Montrer que Ω admet une borne supérieure M ∈ [a, b].


(b) Montrer que M ∈ Ω. (On pourra utilise un raisonnement par l’absurde.)
(c) En déduire que f admet pour point fixe M .
3. Une application de [a, b] dans [a, b] décroissante admet-elle nécessairement un
point fixe ?

Proposition 4.27. Si la suite (u n )n définie par la relation de récurrence u n+1 =


f (u n ) converge vers le réel l et si f est continue en l alors l est un point fixe de f.

Preuve. Supposons que la suite (u n )n converge vers le réel l alors la suite (u n )n de


terme général v n = u n+1 converge elle aussi vers l . D’après la proposition 13.17, puisque
la fonction f est continue en l , la suite (w n )n de terme général w n = f (u n ) converge
vers f (l ). Or, les suites (v n )n et (w n )n sont égales puisque pour tout n ∈ N on a u n+1 =
f (u n ). Comme il y a unicité de la limite d’une suite, on en déduit que f (l ) = l , autre-
ment dit que l est un point fixe de f .

65 sur 101
4.5 Courbe représentative 4 CONTINUITÉ

Proposition 4.28. Soit f une application définie sur un intervalle I telle f (I ) ⊂ I la


suite définie par (
u 0 = α (où α ∈ I )
u n+1 = f (u n ) pour tout n ∈ N
— Si l ’application f est croissante sur I alors la suite (u n )n est monotone. Plus
précisément, elle est croissante si f (α) ≥ α et décroissante si f (α) ≤ α.
— Si l ’application f est décroissante sur I alors la sous suite (u 2n )n∈N des
termes d’indices pairs et la sous-suite (u 2n+1 )n∈N des termes d’indices im-
pairs extraites de (u n )n sont monotones de sens de variation opposés.

Théorème 12. (Théorème du point fixe de Cauchy) Soient I un intervalle fermé et


f une application de I dans R, contractante sur I et telle que f (I ) ⊂ I .
— L ’application f admet un unique point fixe τ ∈ I .
— De plus, pour tout réel α ∈ I , la suite réelle (u n )n définie par
(
u0 = α
u n1 = f (u n ) pour tout n ∈ N
converge vers τ

4.5 Courbe représentative

66 sur 101
5 DÉRIVATION

5 Dérivation

5.1 Dérivée d’une fonction réelle

5.1.1 Définitions

Définition 5.1. — Soient I un intervalle ouvert, x 0 un élément de I et f une appli-


cation définie sur I . On dit que f est dérivable en x 0 si la quantité

f (x 0 + h) − f (x 0 )
∆x0 (h) =
h
admet une limite quand h tend vers 0. Cette limite, notée f 0 (x 0 ), est appelée
dérivée de f en x 0 .
— On dit que f est dérivable sur un intervalle ouvert J ⊂ I si pour tout x ∈ J , f est
dérivable en x. On appelle dans ce cas dérivée de f et on note f 0 l’application de
J dans R qui à x ∈ J associe f 0 (x) la dérivée de f en x.

Exemple. La dérivée de l’application x ∈ R → x 2 en x 0 vaut 2x 0 . En effet, pour tout


h ∈ R∗ on a
(x 0 + h)2 − x 02 2x 0 h + h 2
∆x0 (h) = = = 2x 0 + h
h h
d’où limh→0 ∆x0 (h) = 2x 0 .

Exercice 23. Soit f une application dérivable sur un intervalle ouvert I et x 0 ∈ I . Cal-
culer les deux limites suivantes :

f (x 0 + h 2 ) − f (x 0 + h) f (x 0 + h) − f (x 0 − h)
lim et lim
h→0 h h→0 h
Définition 5.2. Soient f une application définie sur un intervalle ouvert I et x 0 ∈ I . On
dit que f est dérivable à droite (resp. à gauche) en x 0 si la quantité

( f x 0 + h) − f (x 0 )
∆x0 (h) =
h
admet une limite à droite (resp. à gauche) en x 0 . Cette limite est notée f d0 (x 0 ) (resp.
f g0 (x 0 )) et elle est appelée dérivée à droite (resp. à gauche) de f en x 0 .

Proposition 5.1. Une condition nécessaire et suffisante pour qu’une fonction f


soit dérivable en x 0 est qu’elle soit dérivable à droite en x 0 et dérivable à gauche en
x 0 et que f g0 (xo) = f d0 (x 0 ).

67 sur 101
5.1 Dérivée d’une fonction réelle 5 DÉRIVATION

Remarque. On dit qu’une fonction f est dérivable sur l’intervalle fermé [a, b], si elle est
dérivable en tout x 0 ∈]a, b[ et si elle est dérivable à droite en a et à gauche en b.

Interprétation graphique

— Si limh→0± ∆x0 (h) = ±∞ alors la représentation graphique de f possède une de-


mie tangente verticale au point (x 0 , y 0 ). C’est le cas par exemple de la fonction
racine carrée en (0, 0).
— Si f est continue en x 0 et admet des dérivées à gauche et à droite en x 0 telles
que f g0 (xo) 6= f d0 (x 0 ) alors la représentation graphique de f présente un point
anguleux en (x 0 , f (x 0 )). C’est le cas par exemple de la fonction valeur absolue en
(0, 0) ou de la fonction f définie par f (x) = |Arctan(1/x)| pour x ∈ R ∗ et f (0) = π2 .

Proposition 5.2. Soient f une application définie sur un intervalle ouvert I et x 0 ∈


I . Si f est dérivable en x 0 alors f est continue en x 0 .

Preuve. Soit h ∈ R∗ tel que x 0 + h ∈ I . On peut écrire, vérifier que le membre de droite
se simplifie,
f (x 0 + h) − f (x 0 )
f (x 0 + h) = f (x 0 ) + h .
h
Or, f étant dérivable en x 0 , on a

f (x 0 + h) − f (x 0 )
lim = 0.
h→0 h

On a donc limh→0 f (x 0 +h) = f (x 0 ), ce qui d’après la définition signifie que f est conti-
nue en x 0 .

Exercice 24. En utilisant la définition 5.1, justifier les résultats suivants :

ln(h + 1) eh − 1
lim = 1 et lim = 1.
h→0 h h→0 h

68 sur 101
5.1 Dérivée d’une fonction réelle 5 DÉRIVATION

5.1.2 Dérivée de fonctions usuelles

f Ens. de dérivabilité f ’(x)


n
x → x (n ∈ N) R nx n−1
x → sin(x) R cos(x)
x → cos(x) R − sin(x)
π
x → tan(x) R\{ 2 + kπ; k ∈ Z} 1 + tan2 (x)ou cos12 (x)
x → x α (α ∈ R) R∗+ αx α−1
1
x → ln(x) R∗+ x
x → ex R e x

x → sh(x) R ch(x)
x → ch(x) R sh(x)
1
x → t h(x) R 1 − t h 2 (x) ou
ch2 (x)
x → Arcsin(x) ] − 1, 1[ p 1
1−x 2
x → Arccos(x) ] − 1, 1[ p−11
1−x 2
1
x → Arctan(x) R 1+x 2
x → Argsh(x) R p 1
1+x 2
x → Argch(x) ]1, +∞[ p 1
x 2 −1
1
x → Argth(x) ] − 1, 1[ 1−x 2

5.1.3 Propriétés algébriques de la dérivée

Proposition 5.3. Soient f et g deux application définies sur un intervalle ouvert I.


Si f et g sont dérivables en x 0 ∈ I (resp. sur I) alors
— f + g est dérivable en x 0 (esp. sur I) et

( f + g )0 (x 0 ) = f 0 (x 0 ) + g 0 (x 0 );

— pour tout α ∈ R, la fonction αů f est dérivable en x 0 (resp. sur I) et

(λ · f )0 (x 0 ) = λ f 0 (x 0 );

— f × g est dérivable en x 0 (resp. sur I) et

( f × g )0 (x 0 ) = f 0 (x 0 )g (x 0 ) + f (x 0 )g 0 (x 0 )

69 sur 101
5.1 Dérivée d’une fonction réelle 5 DÉRIVATION

f
— si de plus g (x 0 ) 6= 0 (resp. g ne s ; annule pas sur I), g esst dérivable en x 0
(resp. sur I) et
¡ f ¢0 f 0 (x 0 )g (x 0 ) − f (x 0 )g 0 (x 0 )
(x 0 ) = .
g g (x 0

Preuve. Ces relations se démontrent toutes en utilisant la définition de la dérivée comme


limite du taux d’accroissement, voir la définition 5.1, et en exploitant les propriétés des
limites. Démontrons la dernière relation ; les autres vérifications sont laissées en exer-
cice. On a
f f
¡f ¢ g (x) − g (x 0 )
(x 0 ) = lim
g x→x 0 x − x0
f f
g (x)− g (x 0 ) 1 g (x 0 ) f (x)−g (x) f (x 0 )
x−x 0
= x−x 0 g (x)g (x 0 )

Or 1 g (x 0 )( f (x)− f (x 0 ))+ f (x 0 )(g (x 0 )−g (x))


= x−x 0 g (x)g (x 0 )
1 f (x)− f (x 0 ) f (x ) g (x 0 )−g (x)
= g (x) x−x 0 − g (x)g 0(x0 ) x−x 0

Étudions la limite du premier terme :

1 f (x)− f (x 0 ) 1 f (x)− f (x 0 )
lim x → x 0 g (x) x−x 0
= (lim x → x 0 g (x) )(lim x → x 0 x−x 0
)
1
= g 0 ()x 0
f 0 (x 0 ),
car g étant dérivable en x 0 , g est continue en x 0 et puisque g (x 0 ) 6= 0, 1/g est continue
en x 0 .

Étudions la limite du second terme :


f (x ) g (x )−g (x) f (x ) g (x )−g (x)
lim x → x 0 g (x)g 0(x0 ) x00 −x = (lim x → x 0 g (x)g 0(x0 ) )((lim x → x 0 x00 −x )
f (x 0 ) 0
= g (x 0 )2
g (x 0 ),
car g étant dérivable en x 0 , g est continue en x 0 et puisque g (x 0 ) 6= 0, 1/g est continue
en x 0 . On en déduit que
f f
f g (x)− g (x 0 ) 1 f (x 0 ) 0
( g )0 (x 0 ) = limx→x0 x−x 0 = 0
g (x 0 ) f (x 0 ) − g (x 0 )2 g (x 0 )
f 0 (x 0 )g (x 0 )− f (x 0 )g 0 (x 0 )
= g (x 0 )2
.
La relation est démontrée.

Proposition 5.4. Soient f une application définie sur un intervalle ouvert I, J une
partie de R telle que f (I ) ⊂ J et g une application de J dans R. Soient x 0 ∈ I et
y 0 = f (x 0 ) ∈ J . Si f est dérivable en x 0 et si g est dérivable en y 0 alors l’application

70 sur 101
5.1 Dérivée d’une fonction réelle 5 DÉRIVATION

composée g ◦ f est dérivable en x 0 et

(g ◦ f )0 (x 0 ) = f 0 (x 0 ) × g 0 ( f (x 0 )).

Exercice 25. Déterminer sur quel ensemble les fonctions suivantes sont dérivables puis
calculer leur dérivée.
p
1. f 1 : x → ln( x + 1)
p
x 2 +1
2. f 2 : x → e
3. f 3 : x → x2x
p
1−x 2
4. f 4 : x → Arctan( x
)
1
5. f 5 : x → cos(x) x

Proposition 5.5. Soit f une application dérivable sur R.


1. Si f est paire alors f 0 est impaire.
2. Si f est impaire alors f 0 est paire.
3. Si f est périodique alors f 0 est périodique.

Preuve. L’application g : x ∈ R → − f (−x) est dérivable sur R de dérivée en x ∈ R

g 0 (x) = − f 0 (−x).

Supposons que f soit paire ; pour tout x ∈ R on a f (x) = f (−x) = g (x) et les fonctions f
et g sont donc égales. Ceci implique qu’elles ont même dérivée sur R, autrement dit,
pour tout x ∈ R on a f 0 (x) = g 0 (x). On peut donc conclure que si f est paire alors
f 0 (x) = − f 0 (−x). On a ainsi établi que la dérivée d’une application paire et dérivable
est une application impaire.
On peut montrer, par un raisonnement analogue, que la dérivée d’une application im-
paire et dérivable est une application paires.
La preuve de la troisième propriété de la proposition fait l’objet de l’exercice suivant .

Exercice 26. Soit f une application définie sur R et périodique. Montrer que si f est
dérivable sur R alors sa dérivée est une application périodique.

5.1.4 Différentielle

La définition de la dérivée donnée à la définition 5.1, ne permet pas de généraliser


de manière naturelle la notion de dérivée aux fonctions de plusieurs variables. Cette
généralisation passe par la notion de différentielle que nous allons étudier dans le cas
des fonctions d’une variable réelle.

71 sur 101
5.1 Dérivée d’une fonction réelle 5 DÉRIVATION

Définition 5.3. Soient I un intervalle ouvert de R et f une application de I dans R. On


dit que f est différentiable en x 0 ∈ I s ’il existe une application ² défini dans un voisinage
de V de 0 et un réel α tel que

∀h ∈ f (x 0 + h) − f (x 0 ) = αh + h²(h) avec lim ²(h) = 0.


h→0

L’application linéaire d f x0 ∈ L (R, R) définie par

d f x0 : h ∈ R → αh

est appelée différentielle de f en x 0 .

Exemple. Considérons l’application f : x ∈ R → x 2 . Pour x 0 ∈ R et h ∈ R on a

f (x 0 + h) − f (x 0 ) = (x 0 + h)2 − x 02 = 2x 0 h + h 2 = 2x 0 h + h²(h)

où ² : h ∈ R → h admet pour limite 0 en 0. On en déduit que l’application f admet pour


différentielle en x 0 ∈ R l’application

d f x0 : h ∈ R → 2x 0 h

Le lien entre la dérivée de f en x 0 et la différentielle de f en x 0 est donné par la propo-


sition suivante.

Proposition 5.6. Soient I un intervalle ouvert de R, x 0 un élément de I et f une


fonction application de I dans R. f est différentiable en x 0 si et seulement si f est
dérivable en x 0 . De plus, la différentielle de f en x 0 est

d f x0 : h ∈ R → f 0 (x 0 )h.

Preuve. Supposons que f soit différentiable en x 0 . Il existe dans ce cas une application
² définie dans un voisinage V de 0 et un réel a tels que

∀h ∈ V f (x 0 + h) − f (x 0 ) = αh + h²(h) avec lim ²(h) = 0.


h→0

On en déduit que pour tout h ∈ V \{0} on a

f (x 0 + h) − f (x 0 )
∆x 0 = = α + ²(h)
h
et par conséquent que limh→0 ∆x0 = α. D ’après la définition 5.1 cela implique que f
est dérivable en x 0 , de dérivée en x 0 le réel α.

72 sur 101
5.2 Dérivées successives 5 DÉRIVATION

Supposons que f soit dérivable en x 0 de dérivée f 0 (x 0 ). On a alors


f (x 0 + h) − f (x 0 )
lim = f 0 (x 0 )
h→0 h

autrement dit Considérons la fonction ² définie par ²(0) = 0 et pour tout h ∈ R∗ véri-
fiant h + x 0 ∈ I par
f (x 0 + h) − f (x 0 ) − h f 0 (x 0 )
²(h) =
h
Pour tout réel h dans un voisinage de 0, on a donc
f (x 0 + h) − f (x 0 ) = f 0 (x 0 )h + h²(h) avec lim ²(h) = 0.
h→0

D’après la définition 5.3, cela signifie que f est différentiable en x 0 de différentielle en


x 0 l’application d f x0 : h ∈ R → f 0 (x 0 )h.
Définition 5.4. Soient I un intervalle ouvert de R et f une application de I dans R
admettant une différentielle d f x0 en tout x 0 ∈ I . On appelle différentielle de f , et on
note d f , l’application de I dans L (R, R) définie par
d f : x 0 ∈ f → d f x0 ∈ L (R, R).
Exemple. 1. Considérons l’application identité f : x ∈ R → x. Pour tout x 0 ∈ R, on a
f 0 (x 0 ) = 1 et la différentielle de f est donc
d f : x 0 ∈ R → d f x0 ∈ L (R, R) où d f x0 : h ∈ R → h ∈ R.
On a coutume de noter dx l’application dx : h ∈ R → h ∈ R.

5.2 Dérivées successives

Soit f une fonction réelle définie sur un intervalle ouvert I et dérivable sur I . Si la
dérivée de f est à son tour dérivable, on note f " ou f (2) la dérivée de f 0 qui est appelée
dérivée seconde de f . On peut ainsi de proche en proche définir pour n ∈ N∗ la dérivée
n-ième (ou d’ordre n) de f que l’on note f (n) . Par convention f (0) = f et f (1) = f 0 . On
dit que f est indéfiniment dérivable sur J ⊂ I si pour tout n ∈ N∗ la dérivée n-ième de f
est définie sur J .

Proposition 5.7. Soient f et g deux applications définies sur un intervalle ouvert


I , x 0 ∈ I et n ∈ N∗ . Si f et g admettent des dérivées jusqu’à l’ordre n en x 0 (resp. sur
I) alors
— f + g est dérivable jusqu’à l’ordre n en x 0 (resp. sur I) et

( f + g )(n) (x 0 ) = f (n) (x 0 ) + g (n) (x 0 );

73 sur 101
5.2 Dérivées successives 5 DÉRIVATION

— pour tout λ ∈ R, λ · f est dérivable jusqu’à l’ordre n en x 0 (resp. sur I) et

(λ f )(n) (x 0 ) = λ f (n) (x 0 );

— f × g est dérivable jusqu’à l’ordre n en x 0 ( [Link] I) et ∀k ∈ {1, · · · , n},


à !
k k
( f × g )(k) (x 0 ) = f (i ) (x 0 )g (k−i ) (x 0 ) f or mul ed eLei bni z;
X
i =0 i

— si de plus g (x 0 ) 6= 0 (resp. g ne s ’annule pas sur I), f /g est dérivable jusqu’à


l’ordre n en x 0 (resp. sur I).

Preuve. Ces propriétés se démontrent par récurrence à partir des relations pour la dé-
rivée première données à la proposition 5.3. Démontrons la formule de Leibniz. Soient
f et g deux applications admettant des dérivées jusqu’à l’ordre n, la formule de Leibniz
s’écrit
à ! à !
1 1 0
( f × g )0 (x 0 ) = f (x 0 )g 0 (x 0 ) + f (x 0 )g (x 0 ) = f (x 0 )g 0 (x 0 ) + f 0 (x 0 )g (x 0 ).
0 1

Elle a été établie à la proposition 5.3. Supposons la formule de Leibniz vraie pour un
entier k donné où k ∈ {1, · · · , n − 1} i.e. supposons que
à !
k k
( f × g )(k) (x 0 ) = f (i ) (x 0 )g (k−i ) (x 0 )
X
i =0 i

et montrons que la formule de Leibniz est vraie pour l’entier k + 1, i.e. montrons que
à !
k+1 k + 1
( f × g )(k+1) (x 0 ) = f (i ) (x 0 )g (k+1−i ) (x 0 ).
X
i =0 i

La dérivée (k + 1)e de f × g étant la dérivée de la dérivée k e de f × g , on a


à !
k k
( f × g )(k+1) (x 0 ) = (( f × g )(k) )0 (x 0 ) = ( f (i ) (x 0 )g (k−i ) (x 0 ))0
X
i =0 i

La dérivée d’une somme de deux fonctions étant égale à la somme des dérivées de ces
deux fonctions, voir la proposition 5.3 on en déduit que
à !
k k
( f × g )(k+l ) (xo) = ( f (i ) (x 0 ) × g (k−i ) (x 0 ))0 .
X
i =0 i

74 sur 101
5.2 Dérivées successives 5 DÉRIVATION

En utilisant la relation exprimant la dérivée du produit de deux fonctions (c’est à-dire


la formule de Leibniz pour k = 1, voir la proposition 5.3) , on obtient

( f (i ) (x 0 ) × g (k−i ) (x 0 ))0 = f (i +1) (x 0 ) × g (k−i ) (x 0 ) + f (i ) (x 0 ) × g (k+1−i ) (x 0 )

On en déduit que
à ! à !
k k k k
( f × g )(k+1) (x 0 ) = f (i +1) (x 0 )g (k−1) (x 0 ) + f (i ) (x 0 )g (k+1−i ) (x 0 ).
X X
i =0 i i =0 i

Or, Ã ! Ã !
k k k+1 k
f (i +1) (x 0 )g (k−1) (x 0 ) = f ( j ) (x 0 )g (k+1− j ) (x 0 ),
X X
i =0 i j =1 j − 1

d’où
Ã! Ã !
k k k
( f × g )(k+1) (x 0 ) = ( ) f (i ) (x 0 )g (k+1−i ) (x 0 )
X
+
i =0 i − 1 i
à ! à !
k (0) k (k)
+ f (x 0 )g (k+1) (x 0 ) + f (x 0 )g (0) (x 0 )
0 k
On a à ! à !
k k k! k! k!(i + k)!(k 1 − i )
+ = + =
i −1 i (i − 1)!(k + 1 − i )! i !(k − i )! i !(k + 1 − i )!
à !
(k + 1)! k +1
= =
i !(k + 1 − i )! i
¡k ¢ ¡k+1¢ ¡k ¢ ¡k+1¢
et 0
=1= 0
, k = k+1 = 1. On en déduite donc que
à !
k+1 k + 1 (i )
(k+1)
f (x 0 )g (k+1−i ) (x 0 ).
X
(f × g) (x 0 ) =
i =0 i

La formule de Leibniz est donc vraie pour l’entier k + 1 ce qui prouve l’hérédité de la
relation et achève la raisonnement par récurrence.

Exercice 27. En utilisant la formule de Leibniz, montrer que la dérivée n-ième de l’ap-
plication f : x ∈ R → x n (1 + 2x)n est
à !2
n n
f (n) : x ∈ R → 2k n! x k (1 + 2x)(n−k) .
X
k=0 k

75 sur 101
5.3 Le théorème des accroissements finis 5 DÉRIVATION

Remarque. La formule donnant l’expression de la dérivée k e du quotient f /g à l’aide


des dérivées successives de f et de g ne s’exprime pas simplement. On pourra toutefois
remarquer que la formule de Leibniz indique que
à !
f (k) k k 1
f (k−i ) (x 0 )( )(i ) (x 0 ).
X
( ) (x 0 ) =
g i =0 i g

Bien entendu, il n’y a pas d’égalité entre ( g1 )(i ) et g1(i ) . On sera attentif aux différents
exposants dans ces formules et on ne confondra pas puissance et ordre de dérivation.

Définition 5.5. Soit f une application définie sur un intervalle ouvert I .


— Pour n ∈ N∗ , on dit que f est de classe en sur I si f est dérivable jusqu’à l’ordre n
sur I et si f (n) est continue sur I. On note C n (I ) l’ensemble des applications de
classe C n sur I .
— On dit que f est de classe C ∞ sur l ’ intervalle I si f est indéfiniment dérivable
sur I . On note C ∞ (I ) l’ensemble des applications de classe C ∞ sur I.

Proposition 5.8. Soient f et g deux applications de classe C n (où n ∈ N) sur un


intervalle ouvert I .
— f + g est de classe C n sur I .
— Pour tout λ ∈ R, λ · f de classe C n sur I .
— f × g est de classe C n sur I .
— Si g ne s’annule pas sur I alors f /g est de classe en sur I .

5.3 Le théorème des accroissements finis

Dans cette section, a et b désignent deux réels tels que a < b.

5.3.1 Le théorème de Rolle

Théorème 13. (Théorème de Rolle) Soit f une application de [a, b] dans R. Si


1. f est continue sur [a, b];
2. f est dérivable sur ]a, b[;
3. f (a) = f (b);
alors il existe un réel c ∈]a, b[ tel que f 0 (c) = 0.

76 sur 101
5.3 Le théorème des accroissements finis 5 DÉRIVATION

Preuve. L’application f est continue sur l’intervalle fermé borné [a, b]. D’après le théo-
rème 10, Chapitre 4, elle est donc bornée et atteint ses bornes sur [a, b], i.e.

∃c 1 , c 2 ∈ [a, b] tel que f (c 1 ) = sup f (x) et f (c 2 ) = inf f (x).


x∈[a,b] x∈[a,b]

Soient M = f (c 1 ) et m = f (c 2 ). Si M = m alors f est constante et l’assertion est évidente.


On suppose donc que M > m. Trois cas sont possibles :
1. le maximum de f sur [a, b] est atteint en a (et b) et le minimum est atteint dans
]a, b[ (on a c 2 ∈]a, b[ et c 1 = a ou c 1 = b) ;
2. le minimum de f sur [a, b] est atteint en a (et b) et le maximum est atteint dans
]a, b[ (on a c 1 ∈]a, b[ et c 2 = a ou c 2 = b) ;
3. le minimum et le maximum de f sur [a, b] sont tous les deux atteints dans ]a, b[
(on a c 1 ∈]a, b[ et c 2 ∈]a, b[).
On a donc dans tous les cas c 1 ∈]a, b[ ou c 2 ∈]a, b[.
Supposons dans un premier temps que l’on ait c 1 ∈]a, b[. Pour tout h ∈ R∗+ vérifiant
c 1 + h ∈ [a, b] on a : f (c 1 + h) ≤ M = f (c 1 ). Par conséquent ,
f (c 1 + h) − f (c 1 ) 0 f (c 1 + h) − f (c 1 )
∀h ∈ R∗+ ≤ 0 et f d (c 1 ) = lim+ ≤ 0.
h h→0 h

Pour tout h ∈ R∗− vérifiant c 1 + h ∈ [a, b] on a : f (c 1 + h) ≤ M = f (c 1 ). Par conséquent ,


f (c 1 + h) − f (c 1 ) 0 f (c 1 + h) − f (c 1 )
∀h ∈ R∗− ≥ 0 et f g (c 1 ) = lim− ≥ 0.
h h→0 h
0 0
Comme f est dérivable en c 1 ∈]a, b[ on a f g (c 1 ) = f d (c 1 ) = f 0 (c 1 ). Compte tenu des signes
0 0
de f g (c 1 ) et f d (c 1 ), cela implique que f 0 (c 1 ) = 0.
Si c 1 6=]a, b[ alors on a nécessairement c 2 ∈]a, b[. On peut alors reprendre un raisonne-
ment analogue à celui effectué dans le cas où c 1 ∈]a, b[. On établit par ce moyen que
0 f (c 2 + h) − f (c 2 )
f d (c 2 ) = lim+ ≥0
h→0 h
et que
0 f (c 2 + h) − f (c 2 )
f g (c 2 ) = lim− ≤0
h→0 h
0 0
Là encore, puisque f est dérivable en c 2 ∈]a, b[ on a f 0 (c 2 ) = f d (c 2 ) = f g (c 2 ), ce qui,
0
compte tenu des signes de f d (c 2 ) et de f ^0g (c 2 ),, implique que f 0 (c 2 ) = 0 Dans tous les
cas on a donc existence d’un réel dans l’intervalle ]a, b[ pour lequel f 0 s’annule.

5.3.2 Le théorème des accroissements finis

77 sur 101
5.3 Le théorème des accroissements finis 5 DÉRIVATION

Théorème 14. (Théorème des accroissements finis) Soit f une application de [a, b]
dans R Si
1. f est continue sur [a, b] ;
2. f est dérivable sur ]a, b[ ;
alors il existe un réel c ∈]a, b[ tel que : f (b) − f (a) = f 0 (c)(b − a).

Preuve. On considère l’application φ définie sur [a, b] par

f (b) − f (a)
φ(x) = f (x) − x.
b−a
L’application φ est la somme de l’application f et d’une fonction polynomiale. Elle est
continue sur [a, b] car f est continue sur [a, b] . Elle est dérivable sur ]a, b[ car f est
dérivable sur ]a, b[ et on a pour tout x ∈]a, b[,

f (b) − f (a)
φ0 (x) = f 0 (x) − .
b−a
Par ailleurs, on a les égalités

f (b) − f (a) b f (a) − a f (b) f (b) − f (a)


φ(a) = f (a) − a= = f (b) − b = φ(b).
b−a b−a b−a

D’après le théorème de Rolle, il existe donc un réel c ∈]a, b[ tel que φ0 (x) = 0. Puisque

f (b) − f (a)
φ0 (c) = f (c) − ,
b−a

f (b)− f (a)
On en déduit qu’il existe un réel c ∈]a, b[ tel que f 0 (c) = b−a
c’est-à-dire tel que f (b) − f (a) = f 0 (c)(b − a). Le théorème est démontré.

Proposition 5.9. Soient I un intervalle ouvert, x 0 ∈ I et f une application de I dans


R. Si f est continue sur I , dérivable sur I \{x 0 } et si f 0 admet pour limite en x 0 le
réel l alors f est dérivable en x 0 et f 0 (x 0 ) = l .

Preuve. Puisque f 0 admet pour limite en x 0 le réel l , d’après la définition sur la limite,
pour tout réel strictement positif ² : fixé

∃η ² ∈ R∗+ ∀x ∈ I \{x 0 } (|x − x 0 | ≤ η ² =⇒ | f 0 (x) − l | ≤ ²). (9)

Soit x un élément de I \{x 0 } vérifiant l x − x 0 | ≤ η ² . Désignons par J l’intervalle fermé



d’extrémités x et x 0 et par J l’intervalle ouvert d’extrémités x et x 0 . La restriction de f à

78 sur 101
5.4 Applications du théorème des accroissements finis 5 DÉRIVATION


l’intervalle J est une application continue sur J et dérivable sur J . D’après le théorème

des accroissements finis, il existe un réel c ∈ J tel que
f (x) − f (x 0 ) = (x − x 0 ) f 0 (c).

Le réel c vérifie |c − x 0 | ≤ |x − x 0 | ≤ η ² donc d’après 9 on en déduit que | f 0 (c) − l | ≤ ². .


Le taux d’accroissement ∆x0 (x) de entre x et x 0 vérifie donc
f (x) − f (x 0 )
|∆x0 (x) − l | = | − l | = | f 0 (c) − l | ≤ ².
x − x0
Ainsi, on a prouvé que
∀² ∈ R∗+ ∃η ² ∈ R∗+ ∀x ∈ I \{x 0 } (|x − x 0 | ≤ η ² =⇒ |∆x0 (x) − l | ≤ ²),
autrement dit, d’après la définition de la limite, que limx→x0 ∆x0 (x) = l . D’après la dé-
finition 5.1, cela permet de conclure que f est dérivable en x 0 de dérivée f 0 (x 0 ) = l .

5.4 Applications du théorème des accroissements finis

5.4.1 Étude de la monotonie d’une fonction dérivable

Proposition 5.10. Soit f une application de [a, b] dans R, continue sur [a, b] et dé-
rivable sur ]a, b[. Si f 0 est nulle sur ]a, b[ alors f est constante sur [a, b]. Autrement
dit,
(∀x ∈]a, b[ f 0 (x) = 0) =⇒ (∃K ∈ R ∀x ∈ [a, b] f (x) = K ).

Preuve. Soient x 1 et x 2 deux éléments de [a, b] tels que x 1 < x 2 . D’après les hypothèses
de la proposition, l’application f est continue sur [x 1 , x 2 ] et dérivable sur ]x 1 , x 2 [. Le
théorème des accroissements finis indique par conséquent qu’il existe un réel c ∈]x 1 , x 2 [
tel que
f (x 2 ) − f (x 1 ) = f 0 (c)(x 2 − x 1 ).
Puisque par hypothèse f 0 est nulle sur ]a, b[, on a f 0 (c) = 0 et par conséquent f (x 2 ) =
f (x 1 ). Cette égalité ayant lieu pour tous réels x 1 , x 2 pris dans l’intervalle ]a, b[, cela
signifie que f est constante sur ]a, b[. Désignons par K cette constante. Comme f est
continue à droite en a, on a
f (a) = lim+ f (x) = lim+ K = K
x→a x→a

et comme f est continue à gauche en b, on a


f (b) = lim− f (x) = lim− K = K .
x→b x→b

On en conclut que l’application f est constante sur [a, b].

79 sur 101
5.4 Applications du théorème des accroissements finis 5 DÉRIVATION

Proposition 5.11. Soit f une application de [a, b] dans R, continue sur [a, b] et
dérivable sur ]a, b[.
— L’application f est croissante sur [a,b] si et seulement si

∀x ∈]a, b[ f 0 (x) ≥ 0.

— L ’application f est décroissante sur [a,b] si et seulement si

∀x ∈]a, b[ f 0 (x) ≤ 0.

Preuve. Nous nous contenterons de démontrer la première assertion ; la deuxième as-


sertion s’en déduira en considérant la fonction − f .
Supposons f croissante sur [a, b] et considérons x ∈]a, b[ et h ∈ R∗ tel que x + h ∈ [a, b].
1. Si h > 0 alors x + h > x et f (x + h) ≥ f (x).
2. Si h < 0 alors x + h < x et f (x + h) ≤ ( f (x).
Dans les deux cas (i.e. pour tout h ∈ R∗ ) le taux d’accroissement ∆x (x) = h1 ( f (x + h) −
f (x)) de f entre x et x + h est positif. Puisque f est dérivable en x, le taux d’accroisse-
ment ∆x (h) admet une limite quand h tend vers 0 qui est f 0 (x). D’après le théorème de
l’encadrement, Chapitre 4, on a

f 0 (x) = lim ∆x (h) ≥ 0.


h→0

Réciproquement, supposons que f 0 soit positive sur ]a, b[. Considérons deux réels x 1
et x 2 dans [a,b] avec x 1 < x 2 . Par hypothèse f est continue sur [x 1 , x 2 ] et dérivable sur
]x 1 , x 2 [. D’après le théorème des accroissements finis, il existe un réel c dans l’intervalle
]x 1 , x 2 [ tel que
f (x 2 ) − f (x 1 ) = f 0 (c)(x 2 − x 1 ).
Or, par hypothèse, f 0 (c) ≥ 0 et x 2 − x 1 > 0. On en déduit que f (x 2 ) ≥ f (x 1 ) et cela quels
que soient x 1 et x 2 appartenant à [a, b] et vérifiant x 1 < x 2 . On en conclut que f est
croissante sur [a, b].

5.4.2 Application à la recherche d’extremum

Définition 5.6. Soient D un sous-ensemble de R et f une application de D dans R.


— On dit que f admet un maximum local (resp. un minimum local) en x 0 ∈ D s’il
existe un voisinage V de x 0 inclus dans D tel que

∀x. ∈ V f (x) ≤ f (x 0 ) (r esp. f (x) ≥ f (x 0 )).

Un maximum ou un minimum local est appelé un extremum local.

80 sur 101
5.4 Applications du théorème des accroissements finis 5 DÉRIVATION

— On dit que f admet un maximum global (resp. un minimum global) en x 0 ∈ D


si
∀x ∈ D f (x) ≤ f (x 0 ) (r esp. f (x) ≥ f (x 0 )).

Remarque. Si f admet f (x 0 ) pour maximum local en x 0 ∈ D alors − f admet f (x 0 )


pour minimum local en x 0 .

Proposition 5.12. Soit x 0 ∈ R et f une application dérivable sur un voisinage de


x0 .
— Si f (x 0 ) est un extremum local de f alors f 0 (x 0 ) = 0.
— Si f 0 (x 0 ) = 0 et si f 0 change de signe en x 0 ( f 0 est positive à gauche de x 0 et
négative à droite de x 0 ou inversement) alors f (x 0 ) est un extremum local
de f.

Preuve. On utilise une idée analogue à celle mise en œuvre dans la démonstration
du théorème de Rolle. Supposons que f admette un maximum local en x 0 (le cas où f
admet un minimum local en x 0 s’en déduira d’après la remarque précédente). D’après
la définition 5.6, il existe un intervalle de centre x 0 tel que f (x) ≤ f (x 0 ) pour tout x ∈ I .
Désignons par ∆x0 (h) le taux d’accroissement de f entre x et x 0 , i.e.

f (x) − f (x 0 )
∆x0 (h) = .
x − x0

On déduit de ce qui précède que

∀x ∈ I (x > x 0 =⇒ ∆x0 ≤ 0).

et

∀x ∈ I (x < x 0 =⇒ ∆x0 ≥ 0).

Puisque f est dérivable en x 0 , d’après le théorème de l’encadrement Chapitre 4, cela


implique que les dérivées de f à gauche et à droite en 0 vérifient

f 0 g (x 0 ) = lim x → x 0− ∆x0 (h) ≤ 0 et f 0 d (x 0 ) = lim x → x 0+ ∆x0 (h) ≥ 0.

Mais puisque f est dérivable en x 0 , on a

f 0 (x 0 ) = f 0 d (x 0 ) = f 0 g (x 0 ) = 0.

Comme f 0 d (x 0 ) ≥ 0 et f 0 g (x 0 ) ≤ 0 on a nécessairement f 0 (x 0 ) = 0.

81 sur 101
5.5 La règle de L’Hôpital 5 DÉRIVATION

Supposons que f 0 (x 0 ) = 0 et que f 0 change de signe en x 0 (pour fixer les idées, suppo-
sons que f 0 est négative sur un voisinage à gauche de x 0 et positive sur un voisinage à
droite de x 0 ). Cela implique, d’après la proposition 16.11, qu’il existe un réel η ∈ R∗+ tel
que f soit décroissante sur [x 0 − η, x 0 ] et croissante sur [x 0 , x 0 + η]. On a donc

∀x ∈ [x 0 − η, x 0 ] f (x) ≥ f (x 0 )) et ∀x ∈ [x 0 , x 0 + η] f (x) ≥ f (x 0 )),

autrement dit f (x) ≥ f (x 0 ) pour tout x ∈]x 0 − η, x 0 + η[. D’après la définition 5.6, on
en conclut que l’application f admet un minimum local en x 0 . Si on suppose que f 0
est positive à gauche de x 0 et négative à droite de x 0 , alors on vérifie, en utilisant un
raisonnement similaire, que f admet un maximum local en x 0 .

Exercice 28. Un tracteur partant d’un point A situé sur une route rectiligne doit at-
teindre un point B situé dans un champ. Le tracteur va deux fois plus vite sur la route
que dans le champ. On suppose que le tracteur se déplace sur la route et dans le champ
à vitesse constante. La distance AC est désignée par L et la distance CB par d. Détermi-
ner le point D où le tracteur doit quitter la route pour que le temps de parcours de A à
B soit minimal. On discutera la solution suivant les valeurs de L et d.

5.5 La règle de L’Hôpital

Le théorème des accroissements finis (théorème 16.2) admet la généralisation suivante


dit des accroissements finis généralisés.

Théorème 15. (Théorème des accroissements finis généralisés) Soient f et g deux


fonctions réelles continues sur [a, b] et dérivables sur ] a, b[. Il existe un réel c ∈]a, b[
tel que
(g (b) − g (a))J 0 (c) = ( f (b) − f (a))g 0 (c).

Preuve. On considère la disjonction de cas suivante : ou bien g (a) = g (b) ou bien


g (a) 6= g (b).

Supposons que g (a) = g (b). D’après le théorème de Rolle, il existe un réel c ∈]a, b[ tel
que g 0 (c) = 0. On a

(g (b) − g (a)) f 0 (c) = 0 et ( f (b) − f (a)) g 0 (c) = 0,


| {z } | {z }
=0 =0

donc (g (b) − g (a)) f 0 (c) = ( f (b) − f (a))g 0 (c). Le Théorème est démontré dans le cas où
g (a) = g (b).

82 sur 101
5.5 La règle de L’Hôpital 5 DÉRIVATION

Supposons maintenant que g (a) 6= g (b) et considérons l’application définie sur [a, b]
par
f (b) − f (a)
φ(x) = f (x) − g (x). (10)
g (b) − g (a)

Par hypothèse f et g sont continues sur [a, b] et dérivables sur ]a, b[; l’application φ est
donc continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Elle vérifie par ailleurs

f (x)g (b) − g (a) f (b)


φ(a) = φ(b) = .
g (b) − g (a)

D’après le théorème de Rolle, il existe un réel c ∈]a, b[ tel que φ0 (c) = 0. Or, d’après 10,

f (b) − f (a) 0
φ0 (c) = f 0 (c) = g (c)
g (b) − g (a)

donc il existe un réel c ∈]a, b[ tel que

(g (b) − g (a)) f 0 (c) = ( f (b) − f (a))g 0 (c).

Le théorème est démontré dans le cas où g (a) 6= g (b).

Proposition 5.13. (Règle de L’Hôpital ) Soient x 0 ∈ R et f , g deux fonctions réelles


continues sur un voisinage de x 0 et dérivables au voisinage de x 0 . On suppose que
g 0 ne s’annule pas au voisinage de x 0 . On a

f 0 (x) f (x) − f (x 0 )
∃l ∈ R̄ lim = l ) =⇒ lim = l.
x→x 0 g 0 (x) x→x 0 g (x) − g (x 0 )

Preuve. Les deux fonctions f et g sont continues sur un intervalle ouvert V contenant
x 0 et dérivables en tout point de cet intervalle sauf éventuellement en x 0 . Supposons
que limx→x0 f 0 (x)/g 0 (x) = l avec l ∈ R̄. Pour x ∈ V \x 0 , la formule des accroissements fi-
nis généralisés appliquée à f et à g sur l’intervalle d’extrémités x 0 et x assure l’existence
d’un réel C x,x0 dans l’intervalle d’extrémités x 0 et x tel que

( f (x) − f (x 0 ))g 0 (C x,x0 ) = (g (x) − g (x 0 )) f 0 (C x,x0 ).


Puisque g ne s’annule pas sur V, on en déduit que g (x) − g (x 0 ) 6= 0 pour tout x ∈ V \{x 0 }
et par conséquent que
f (x) − f (x 0 ) f 0 (C x,x0 )
= .
g (x) − g (x 0 ) g 0 (C x,x0 )

83 sur 101
5.5 La règle de L’Hôpital 5 DÉRIVATION

f 0 (x 0 ) f 0 (C x,x0 )
Or, limC x,x0 = x 0 et limx→x0 g 0 (x 0 )
= l donc limx→x0 g 0 (C x,x0 )
. On en conclut que

f (x) − f (a)
lim = l,
x→x 0 g (x) − g (a)

ce qui établit la règle de l’Hôpital. ·


x 2 +x 2x
Exercice 29. En utilisant la Règle de L’Hôpital, calculer limx→1 e cos( −e
π
x)
.
2

84 sur 101
6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

6 Développements limités

6.1 Prépondérance et Domination

Pour x 0 ∈ R̄ = R sup{+∞, −∞}, on dit qu’une fonction f est définie au voisinage de x 0


s’il existe un voisinage V de x 0 tel que f soit définie sur V \{x 0 }. Si f est définie sur
un voisinage de x 0 alors elle est définie au voisinage de x 0 . Une fonction définie au
voisinage de x 0 est définie sur un voisinage de x 0 sauf peut-être en x 0 .

Définition 6.1. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de 0 . On


dit que f est négligeable devant φ au voisinage de x 0 (ou encore que φ est prépondé-
rante devant f au voisinage de x 0 ) s’il existe un voisinage V de x 0 et une application ²
définie sur V \{x 0 } telle que,

∀x ∈ V \{x 0 } f (x) = ²(x) × φ(x)


et

x→x 0 ²(x) = 0.
lim

On note f = o x0 (φ) ou f (x) = o x0 (φ(x)) ou f = o(φ) au voisinage de x 0 .

Proposition 6.1. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de


x 0 . Si φ ne s’annule pas au voisinage de x 0 alors

f (x)
f = o x0 (φ) ⇐⇒ lim =0
x→x 0 φ(x)

Proposition 6.2. Soient x 0 ∈ R̄, λ ∈ R et f , g , φ, ϕ quatre applications définies au


voisinage de x 0 . On a,
1. (
f = o x0 (φ)
=⇒ f + g = o x0 (φ);
g = o x0 (φ)

2.
f = o x0 (φ) =⇒ λ f + g = o x0 (φ);

3. (
f = o x0 (φ)
=⇒ f × g = o x0 (φ × ϕ);
g = o x0 (ϕ)

85 sur 101
6.1 Prépondérance et Domination 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

4. (
f = o x0 (φ)
=⇒ f = o x0 (ϕ)
φ = o x0 (ϕ)

Preuve. Ces propriétés se démontrent en revenant à la définition de la relation de né-


gligeabilité. Démontrons la première propriété ; les autres propriétés sont à vérifier en
exercice sur le même modèle. D’après la définition 6.1, si f = o x0 (φ) et g = o x0 (φ) alors
il existe un voisinage V de x 0 et une application ² définie sur D tel que,

∀x. ∈ D f (x) = ²(x) × φ(x) avec lim ²(x) = 0


x→x 0

et il existe une application σ définie sur D tel que,

∀x. ∈ D g (x) = σ(x) × φ(x) avec lim σ(x) = 0


x→x 0

On a donc pour tout x ∈ D,

( f + g )(x) = f (x) + g (x) = ²(x) × φ(x) + σ(x) × φ(x) = (²(x) + σ(x)) × φ(x)

avec, d’après les hypothèses,

lim µ(x)φ(x) et lim µ(x) = 0.


x→x 0 x→x 0

D’après la définition 6.1, on en déduit que f + g = o(φ).

Définition 6.2. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de 0 . On


dit que f est dominé par φ au voisinage de x 0 s’il existe un voisinage V de x 0 et une
application C définie sur V \{x 0 } telle que,

∀x ∈ V \{x 0 } f (x) = C (x) × φ(x)


et

C est bornée sur V \{x }.

0

On note f = O x0 (φ) ou f (x) = O x0 (φ(x)) ou f = O(φ) au voisinage de x 0 .

Exemple. 1. On a x sin(x) = O 0 (x) car x sin(x) = C (x)x où C : x → sin(x) est bornée au


voisinage de 0 (pour tout x ∈ R on a 1 | sin(x)| ≤ 1).

Proposition 6.3. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de


x 0 . On suppose que φ ne s ’annule pas au voisinage de x 0 . Une condition nécessaire
et suffisante pour que f = O x0 (φ) est que l’application x → f (x)/φ(x) soit bornée
au voisinage de x 0

86 sur 101
6.2 Équivalence 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

6.2 Équivalence

Définition 6.3. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de 0 . On


dit que f est équivalence à φ au voisinage de x 0 s’il existe un voisinage V de x 0 et une
application Λ définie sur V \{x 0 } telle que,

∀x ∈ V \{x 0 } f (x) = Λ(x) × φ(x)


et

x→x 0 Λ(x) = 1.
lim

On note f ∼x0 φ ou f (x) ∼x0 φ(x) ou encore f ∼ φ au voisinage de x 0 .

Exemple. 1. On a sin(x) ∼0 x, en effet pour tout x ∈ Rx on sin(x) = Λ(x)x ou Λ :


sin(x)
x→ x .
2. On a e x − 1 ∼0 x.

Exercice 30. Montrer que E (x) ∼+∞ x et E (x) ∼−∞ x que où E désigne la fonction partie
entière.

Proposition 6.4. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de


x 0 . Si φ ne s’annule pas au voisinage de x 0 alors

f (x)
f ∼x0 φ ⇐⇒ lim = 1.
x→x 0 φ(x)

Corollary 2. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de x 0 . S’il


existe un réel l non nul tel que limx→x0 f (x) = l et limx→x0 φ(x) = l alors f ∼x0 φ.

Proposition 6.5. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de


x 0 . On suppose que φ ne s’annule pas au voisinage de x 0 . On a les propriétés sui-
vantes :
1. (
f = O x0 (φ)
f ∼x0 φ =⇒
φ = O x0 ( f )

2.
f ∼x0 φ ⇐⇒ ( f − φ) = o x0 (φ)

87 sur 101
6.2 Équivalence 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Preuve. Si f ∼x0 φ alors il existe une application Λ définie au voisinage de x 0 sur un


ensemble D = V \{x 0 }, où V désigne un voisinage de x 0 , telle que pour tout x ∈ D,
f (x) = Λ(x)φ(x) et lim Λ(x) = 1.
x→x 0

L’application Λ est définie au voisinage de x 0 ∈ R̄ et a une limite en x 0 ; d’après la propo-


sition . . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . ., elle est bornée sur un voisinage de x 0 . D’après la définition
6.2 cela signifie que f = O x0 (φ). Puisque f et φ ne s’annulent pas sur D, l’application
Λ ne s’annule pas non plus sur D et pour tout x ∈ D, on a
1
φ(x) = f (x).
Λ(x)
Puisque l’application Λ admet pour limite 1 en x 0 , il existe un voisinage W de x 0 tel
que pour tout x ∈ W on ait 21 < Λ(x) < 23 . On en déduit que pour tout x ∈ W on a
2
3 < 1/Λ(x) < 2 et donc l’application 1/Λ est elle aussi bornée sur un voisinage de x 0 .
D’après la définition 6.2, on en conclut que φ = O x0 ( f ).

Supposons que f ∼x0 φ. D’après la définition 6.3, il existe une application Λ définie au
voisinage de x 0 sur un ensemble D = V \x 0 , où V désigne un voisinage de x 0 , telle que
pour tout x ∈ D,
f (x) = Λ(x)φ(x) et lim Λ(x) = 1.
x→x 0
On en déduit que pour tout x ∈ D,
( f − φ)(x) = Λ(x)φ(x) − φ(x) = (Λ(x) − 1)φ(x).

Désignons par ² l’application définie sur D par ²(x) = Λ(x) − 1. Pour tout x ∈ D on a
( f −φ)(x) = ²(x)φ(x) et limx→x0 ²(x) = 0. D’après la définition 6.1 cela permet d’affirmer
que ( f − φ) = o x0 (φ).
Réciproquement supposons que ( f − φ) = o x0 (φ). Il existe alors une application ² défi-
nie au voisinage de x 0 sur un ensemble D = V \{x 0 }, où V désigne un voisinage de x 0 ,
telle que pour tout x ∈ D,
( f − φ)(x) = ²(x)φ(x) et lim ²(x) = 0.
x→x 0

On en déduit que pour tout x ∈ D,


f (x) = (²(x) + 1)φ(x).
Désignons par Λ l’application définie sur D par Λ(x) = ²(x) + 1. Pour tout x ∈ D on a
f (x) = Λ(x)φ(x) et limx→x0 Λ = 1. D’après la définition 6.3 cela permet d’affirmer que
f ∼x0 φ.

88 sur 101
6.2 Équivalence 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Proposition 6.6. Soient x 0 ∈ R̄ et f , g , φ, ϕ quatre applications définies au voisi-


nage de x 0 sur un ensemble D et ne s ’annulant pas sur D. On a les propriétés
suivantes,
1. f ∼x0 f (la relation est réflexive);
2. f ∼x0 φ =⇒ φ ∼x0 f (la relation est symétrique);
(
f ∼x 0 φ
3. =⇒ f ∼x0 ϕ (la relation est transitive);
φ ∼x 0 ϕ
(
f ∼x 0 φ
4. =⇒ f × g ∼x0 φ × ϕ ;
g ∼x 0 ϕ
5. ∀n ∈ N∗ f ∼x0 φ =⇒ f n ∼x0 φn .
6. f ∼x0 φ =⇒ 1/ f ∼x0 1/φ.

Proposition 6.7. Si f ∼x0 φ et g ∼x0 ϕ et si φ et ϕ sont de même signe au voisinage


de x 0 (strictement positives ou strictement négatives) alors
f + g ∼x 0 φ + ϕ

Preuve. Si f ∼x0 φ et g ∼x0 ϕ alors il existe deux applications Λ f etΛg définies au


voisinage de x 0 sur un ensemble D = V \x 0 , où V désigne un voisinage de x 0 , telles que
pour tout x ∈ D
f (x) = Λ f (x)φ(x) avec lim Λ f (x) = 1.
x→x 0
et
g (x) = Λg (x)ϕ(x) avec lim Λg (x) = 1.
x→x 0

On en déduit que
( f + g )(x) = Λ f (x)φ(x) + Λg (x)ϕ(x)
φ(x) ϕ(x)
= (Λ f (x) + Λg (x) )(φ(x) + ϕ(x))
φ(x) + ϕ(x) φ(x) + ϕ(x)

Désignons par Γ l’application

φ(x) ϕ(x)
x ∈ D → Λ f (x) + Λg (x)
φ(x) + ϕ(x) φ(x) + ϕ(x)

On a
ϕ(x)
Γ(x) = Λ f (x) + (Λg (x) − Λ f (x))
φ(x) + ϕ(x)
= Λ f (x) + (Λg (x) − Λ f (x))A(x)

89 sur 101
6.2 Équivalence 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS


1
A(x) = φ(x)
1 + ϕ(x)
Puisque φ et ϕ sont supposées de même signe au voisinage de x 0 , la quantité A(x)
reste bornée dans un voisinage de x 0 (elle est minorée par 0 et est majore par 1). On en
déduite que limx→x0 (Λg (x) − Λ f (x))A(x) = 0 et par conséquent que limx→x0 Γ(x) = 1.
Comme f (x)+g (x) = Γ(x)(φ(x)+ϕ(x)) et que Γ a pour limite 1en x 0 , on en conclut que
f + g ∼x0 φ + ϕ.

Proposition 6.8. S’il existe deux réels c 1 et c 2 tels que f ∼x0 c 1 φ et g ∼ c 2 φ et


— si c 1 + c 2 6= 0 alors f + g ∼x0 (c 1 + c 2 )φ;
— si c 1 + c 2 = 0 alors f + g = o x0 (φ).

Preuve. Si f ∼x0 c 1 φ et g ∼ c 2 φ alors on peut trouver un voisinage V de x 0 et deux


applications Λ1 et Λ2 définies sur l’ensemble D = V \{xo} telles que pour tout x ∈ D,

f (x) = c 1 Λ1 (x)φ(x) avec lim Λ1 (x) = 1.


x→x 0

et
g (x) = c 2 Λ2 (x)φ(x) avec lim Λ2 (x) = 1.
x→x 0

Pour tout x ∈ D, on a

f (x) + g (x) = (c 1 Λ1 (x) + c 2 Λ2 (x))φ(x). (11)

Si c 1 + c 2 6= 0 alors, d’après la relation 11, pour tout x ∈ D on a


c 1 Λ1 (x) + c 2 Λ2 (x)
f (x) + g (x) = Γ(x)(c 1 + c 2 )φ(x) où Γ(x) =
c1 + c2
Comme Λ1 et Λ2 ont pour limite 1 en x 0 , on a limx→x0 Γ(x) = 1 et la définition 6.3 per-
met de conclure que f + g ∼x0 (c 1 + c 2 )φ.

Si c 1 + c 2 = 0 alors comme Λ1 et Λ2 ont pour limite 1 en x 0 , on a


limx→x0 (c 1 Λ1 (x) + c 2 Λ2 (x)) = c 1 + c 2 = 0. Compte tenu de la relation 11, la définition
6.1 permet de conclure que f + g = o x0 (φ).

Proposition 6.9. Si f = o x0 (φ) alors f + φ ∼x0 φ

90 sur 101
6.2 Équivalence 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Proposition 6.10. Si f ∼x0 φ et g = o x0 (φ) alors f + g ∼x0 φ.

Exercice 31. Démontrer les propositions ci-dessus.

Exercice 32. 1. Montre que ch(x) ∼−∞ 21 e −x et que sh(x) ∼+∞ 21 e x puis que ch(x) ∼+∞
sh(x).
2. Donner des équivalents en 0 aux fonctions sinus hyperbolique et cosinus hyper-
bolique.

6.2.1 Composition de fonctions équivalentes

Proposition 6.11. Soient f et φ deux applications définies au voisinage de y 0 ∈ R̄


ne s’annulant pas au voisinage de y 0 . Soit h une application définie au voisinage
de x 0 ∈ R̄.

( f ∼ y 0 φ et lim h(x) = y 0 ) =⇒ f (h(x)) ∼x0 φ(h(x))


x→x 0

Preuve. Puisque φ ne s’annule pas au voisinage de y 0 , on a d’après la proposition


. . .. . .. . .. . .. . .,
f (y)
f ∼ y 0 φ ⇐⇒ lim = 1.
y→y 0 φ(y)

Puisque limx→x0 h(x) = y 0 , d’après la proposition . . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . ., on a

f (h(x))
lim = 1.
x→x 0 φ(h(x))

D’après la proposition . . .. . .. . .. . .. . ., cela implique que f (h(x)) ∼x0 φ(h(x)).

Proposition 6.12. Soient x 0 ∈ R̄, f et φ deux applications définies au voisinage de


x 0 et supposée continues. On suppose que φ est strictement positive au voisinage
de x 0 (pas nécessairement en x 0 ).
— Si f (x) ∼x0 φ(x) alors pour tout α ∈ R on a ( f (x))α ∼x0 (φ(x))α .
— On suppose de plus que φ admet pour limite en x 0 le réel l ∈ [0, 1[∪]1, +∞[
ou bien que φ tend vers +∞ en x 0 . Sous ces hypothèses, si f (x) ∼x0 φ(x) alors
ln( f (x)) ∼x0 ln(φ(x)).

91 sur 101
6.2 Équivalence 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

6.2.2 Équivalents aux fonctions usuelles

— Si f est dérivable en x 0 de dérivée f 0 (x 0 ) alors


f (x) − f (x 0 )
lim = f 0 (x 0 ).
x→x 0 x − x0
— si f 0 (x 0 ) 6= 0 alors on obtient
f (x) − f (x 0 )
lim =1
x→x 0 (x − x 0 ) f 0 (x 0 )

D’après la définition 6.3, cela signifie que

f (x) − f (x 0 ) ∼x0 (x − x 0 ) f (x 0 ).

Cette relation permet d’obtenir les équivalents aux fonctions usuelles suivants
(α désigne un réel non nul).
e x − 1 ∼0 x ln(x + 1) ∼0 x (1 + x)α − 1 ∼ αx
sin(x) ∼0 x sh(x) ∼0 x tan(x) ∼0 x
t h(x) ∼0 x Arcsin(x) ∼0 x Argsh(x) ∼x
Arctan(x) ∼0 x Argth(x) ∼0 x
— En utilisant les égalités trigonométriques

1 1
1 − cos(x) = 2(sin( x))2 et ch(x) − 1 = 2(sh( x))2 ,
2 3
on obtient les équivalents suivants.

x2 x2
1 − cos(x) ∼0 ch(x) − 1 ∼0
2 2
— Toute fonction polynomiale est équivalente en ±∞ à son monôme de plus haut
degré. Toute fonction fraction rationnelle est équivalente en ±∞ au quotient des
monômes de plus haut degré du numérateur et du dénominateur.
— Toute fonction polynomiale est équivalente en 0 à son monôme de plus bas de-
gré. Toute fonction fraction rationnelle est équivalente en 0 au quotient des mo-
nômes de plus bas degré du numérateur et du dénominateur.
Exercice 33. Établissez les équivalences suivantes :
— sh(x) ∼+∞ 12 e x
— ch(x) ∼+∞ 12 e x
— Argsh(x) ∼+∞ ln(x)
— Argch(x) ∼+∞ ln(x)

6.2.3 Changement de variable

92 sur 101
6.3 Développements limités 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Proposition 6.13. Soient f et φ deux applications définies au voisinage de 0 et h


une application définie au voisinage de x 0 ∈ R̄. Si

f (t ) ∼0 φ(t ) et lim h(x) = 0.


x→x 0

alors
f (h(x)) ∼x0 φ(h(x)).

6.2.4 Application au calcul de limites

Proposition 6.14. Deux fonctions équivalentes au voisinage de x 0 ∈ R̄ ont, ou bien


la même limite, ou bien pas de limite en x 0 .

6.2.5 Suites équivalentes

Définition 6.4. Soient (u n ))n et (v n )n deux suites réelles. On dit que la suite (u n )n est
équivalente à la suite (v n )n (sous-entendu : lorsque n tend vers +∞) s ’il existe un entier
naturel p et une suite (Λn )n convergeant vers 1 tels que pour tout entier n supérieur à
p
u n = Λn × v n .
On écrit u n ∼+∞ v n ou (u n ))n ∼ (v n )n .

Proposition 6.15. Soient (u n )n et (v n )n deux suites équivalentes. Ou bien les deux


suites ont une même limite l ∈ R̄ ou bien les deux suites n’ont pas de limite dans R̄.

6.3 Développements limités

Soit f une fonction de R dans R et x o ∈ R. On rappelle que l’on dit que f est définie
au voisinage de x 0 s’il existe un voisinage V de x 0 telle que V \{x 0 } soit inclus dans
l’ensemble de définition de f . Si f est définie sur un voisinage de x 0 alors elle est définie
au voisinage de x 0 . Une fonction définie au voisinage de x 0 est définie sur un voisinage
de x 0 sauf peut-être en x 0 . Dans ce chapitre, on confondra au niveau des notations
un polynôme et la fonction polynomiale qui lui est associée, le contexte permettant
toujours de lever l’ambiguïté.

93 sur 101
6.3 Développements limités 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Définition 6.5. Soient n un entier naturel et f une application définie au voisinage de


0. On dit que f admet un développement limité d’ordre n en 0 (on note de façon abré-
gée DL n (0)) s ’il existe un polynôme P ∈ R[X ] de degré au plus égal à n, un voisinage V
de 0 et une application ² : définie sur V \{0}tels que

∀x ∈ V \{0} f (x) = P (x) + x n ²(x) et lim ²(x) = 0.


x→0

La fonction polynomiale P est appelée partie régulière du développement limité d’ordre


n en 0.

Proposition 6.16. (Unicité du développement limité) Si une fonction f admet un


développement limité d ’ordre n en 0, celui-ci est unique.

Preuve. On utilise un raisonnement par l’absurde. Supposons que f admette en 0 deux


développements limités d’ordre n distincts. Il existe alors un polynôme P 1 ∈ R[X ] de
degré au plus égal à n, un voisinage V1 de 0 et une application ²1 définie sur V1 \{0} tels
que
∀x ∈ V1 \{0} f (x) = P 1 (x) + x n ²1 (x) et lim ²1 (x) = 0
x→0
et il existe un polynôme P2 E IR[X] de degré au plus égal à n, un voisinage V2 de 0 et
une application ²2 définie sur V2 \{0} tels que

∀x ∈ V2 \{0} f (x) = P 2 (x) + x n ²2 (x) et lim ²2 (x) = 0


x→0

L’hypothèse que les deux développements limités sont distincts se traduit par : ou bien
P 1 6= P 2 ou bien P 1 = P 2 et ²1 6= ²2 . Notons U = V1 ∩ V2 , P 1 = nk=0 a k X k et P 2 =
P
Pn
k=0 k
b X k.

Envisageons tout d’abord le cas où P 1 = P 2 sur U \{0}. Par différence des deux dévelop-
pements limités, on obtient

0 = x n (²2 (x) − ²1 (x)) ∀x ∈ U \{0}

Cela implique que ²1 = ²2 sur U \{0}. Les deux développements limités sont donc égaux.

Supposons maintenant que P 1 6= P 2 et désignons par Q le polynôme (non nul) P 1 − P 2 .


La valuation ν de Q vérifie 0 ≤ ν ≤ n et on a

Q(x) ∼0 (a ν − b ν )x ν .

D’autre part pour tout x ∈ U \{0}, on a

Q(x) = P 1 (x) − P 2 (x) = ( f (x) − x n ²1 (x)) − ( f (x) − x n ²2 (x))

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6.3 Développements limités 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

= x n (²2 (x) − ²1 (x)).


On aboutit à la contradiction suivante : Q(x) ∼0 (a ν −b ν )x ν et Q(x) = o 0 (x n ) avec n ≥ ν.
Si la fonction polynomiale Q est équivalente au voisinage de 0 à (a ν − b ν )x ν alors x k =
o 0 (Q(x)) pour k ≥ ν, Puisque n ≥ ν, on ne peut pas avoir Q(x) = o 0 (x n ). On a donc
nécessairement P 1 = P 2 . D’après la première partie de la démonstration, on en déduit
que cela implique que ²1 = ²2 . Les deux développements limités sont donc égaux.
On a ainsi démontré que, si une fonction admettait un développement limité d’ordre
n en 0, celui-ci était nécessairement unique.

Proposition 6.17. (Développement limité et parité) Soit f une fonction admettant


un développement limité d ’ordre n en 0 de partie régulière P.
— Si f est paire alors la fonction polynomiale P est paire. Autrement dit, les
coefficients des monômes de degré impair de P sont nuls.
— Si f est impaire alors la fonction polynomiale P est impaire. Autrement dit,
les coefficients des monômes de degré pair de P sont nuls.

Preuve. Si f admet un développement limité d’ordre n en 0 de partie régulière P alors


il existe un voisinage V de 0 et une application ² définie sur V \{0} tels que pour tout
x ∈ V \{0}
f (x) = P (x) + x n ²(x) et lim ²(x) = 0.
x→0

Puisque V est un voisinage de 0, il existe un réel η strictement positif tel que l’intervalle
ouvert I =] − η, η[ soit inclus dans V. Pour x ∈ I \{0} on a
f (−x) = P (−x) + (−1)n x n ²(−x) = P (−x) + x n ²2 (x),
où la fonction ²2 est définie sur I par ²2 (x) = (−1)n ²(−x) et vérifie donc limx→0 ²(x) = 0.

Si f est paire alors pour tout x ∈ I on a f (−x) = f (x). Par unicité du développement
limité d’ordre n en 0, on en déduit que P (−x) = P (x) pour tout x ∈ I (et par conséquent
pour tout x ∈ R). Autrement dit la fonction polynomiale P est paire.

Si f est impaire alors pour tout x ∈ I on a f (−x) = − f (x). Par unicité du développe-
ment limité d’ordre n en 0, on en déduit que P (−x) = −P (x) pour tout x ∈ I (et par
conséquent pour tout x ∈ R). Autrement dit, la fonction polynomiale P est impaire.

Proposition 6.18. Pour qu ’une fonction f admette un développement limité d’ordre


0 en 0, il faut et il suffit que f soit continue en 0 (ou prolongeable par continuité
en 0). Dans ce cas, on a
f (x) = f (0) + o 0 (1).

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6.3 Développements limités 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

— Pour qu’une fonction f admette un développement limité d’ordre 1 en 0, il


faut et il suffit que f soit dérivable en 0. Dans ce cas, on a

f (x) = f (0) + x f 0 (0) + o 0 (x).

Preuve. 0n a les équivalence suivantes :


f est continue en 0 ⇐⇒ lim ( f (x) − f (0)) = 0
x→0

⇐⇒ f (x) − f (0) = o 0 (1)au voisinage de0

On en déduit que si f est continue en 0 alors elle admet un développement limité


d’ordre 0 en 0 de partie régulière f(0). Réciproquement, supposons que f admette un
développement limité d’ordre 0 en 0. Il existe dans ce cas un voisinage V de 0, un po-
lynôme P de degré au plus 0 et une application ² définie sur V \{0} tels que pour tout
x ∈ V \{0}
f (x) = P (x) + ²(x) et lim ²(x).
x→0
On en déduit que l’application f admet pour limite en 0 le réel P(0). Elle est donc conti-
nue en 0 (ou prolongeable par continuité en 0) .
On a les équivalences suivantes :
f (x) − f (0)
f est dérivable en 0 ⇐⇒ lim = f 0 (0)
x→0 x
f (x) − f (0)
⇐⇒ − f 0 (0) = o 0 (1) au voisinage de 0
x
⇐⇒ f (x) = f (0) + x f 0 (0) + o 0 (x)au voisinage de 0.
On en déduit que si f est dérivable en 0 alors elle admet un développement limité
d’ordre 1 en 0 de partie régulière f (0) + x f 0 (0). Réciproquement, supposons que f ad-
mette un développement limité d’ordre 1 en 0. Elle admet aussi un développement li-
mité d’ordre 0 en 0 et, d’après la première partie de la démonstration, f est continue en
O. Par ailleurs, d’après la définition 17.1, il existe un voisinage V de 0, un polynôme P
de degré au plus 1 et une application f définie sur V \{0} tels que pour tout x ∈ V \{0}
f (x) = P (x) + x²(x) et lim ²(x) = 0.
x→0

Le polynôme P est de la forme P = f (0) + αX avec α ∈ R. On en déduit que


f (x) − f (0)
= α + ²(x)
x
et par conséquent que
f (x) − f (0)
lim = α.
x→0 x
Cela permet de conclure que f est dérivable en 0, de nombre dérivé α en 0.

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6.4 Le théorème de Taylor-Young 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

6.4 Le théorème de Taylor-Young

Théorème 16. (Formule de Taylor-Young) Soient f une application définie sur un


intervalle ouvert I , n ∈ N∗ et x 0 ∈ I . On suppose que f est (n − 1) fois dérivable sur
I et admet une dérivée n-ième en x 0 . Pour tout x ∈ I , on a
n f (k) (x )
0
(x − x 0 )k + o x0 ((x − x 0 )n ).
X
f (x) =
k=0 k!

Cette relation est appelée formule de Taylor-Young à l’ordre n.

Preuve. Nous allons montrer le résultat en utilisant un raisonnement par récurrence.

Pour n = 1, considérons une application f définie sur un intervalle ouvert I possédant


une dérivée en x 0 ∈ I . La quantité

f (x) − f (x 0 ) f (x) − f (x 0 ) − f 0 (x 0 )(x − x 0 )


− f 0 (x 0 ) =
x − x0 x − x0
f (x)− f (x 0 )
admet pour limite 0 lorsque x tend vers x 0 car f 0 (x 0 ) = limx→x0 x−x 0 . Cela se tra-
duit par f (x) − f (x 0 ) − f 0 (x 0 )(x − x 0 ) = o x0 (x − x 0 ). On a donc

f (x) = f (x 0 ) + f 0 (x 0 )(x − x 0 ) + o x0 (x − x 0 )

et la formule de Taylor-Young à l’ordre 1 est vraie.

Supposons que la formule de Taylor-Young à l’ordre (n - 1) soit vraie et montrons qu’elle


est également vraie à l’ordre n. Nous supposons donc que pour toute application g qui
est (n − 2) fois dérivable sur I et qui admet une dérivée (n − 1)-ième en x 0 on ait
n−1 g (k) (x 0 )
(x − x 0 )k + o x0 ((x − x 0 )n−1 )
X
g (x) =
k=0 k!

et nous allons montrer que pour toute application f qui est (n − 1) fois dérivable sur I
et qui admet une dérivée n-ième en x 0 on a
n f (k) (x )
0
(x − x 0 )k + o x0 ((x − x 0 )n )
X
f (x) =
k=0 k!

Considérons la fonction φ définie sur I par


n f (k) (x )
0
φ(x) = f (x) − (x − x 0 )k .
X
(12)
k=0 k!

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6.4 Le théorème de Taylor-Young 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

La formule de Taylor-Young à l’ordre n sera démontré si l’on établit que φ(x) = o x0 ((x −
φ(x)
x 0 )n ) autrement dit, si l’on établit que limx→x0 (x−x0 )n = 0. Pour montrer ce résultat
nous allons avoir recours à la règle de L’Hôpital. Puisque par hypothèse f est (n − 1)
fois dérivable sur I , d’après la relation 12 l’application φ est également (n − 1) fois
dérivable sur I et pour tout i ∈ {1, · · · , n − 1}, on a
n f (k) (x )
0
∀x ∈ I , φ(i ) (x) = f (i ) (x) − (x − x 0 )k−i .
X
(13)
k=i (k − i )!

On en déduit que φ(i ) (x 0 ) = 0 pour tout i ∈ {1, · · · , n −1}. Par ailleurs, d’après la relation
(13) pour tout x ∈ I on a

φ(n−1) (x) − φ(n−1) (x 0 ) f (n−1) (x) − f (n−1) (x 0 ) − f (n) (x 0 )(x − x 0 )


=
x − x0 x − x0

φ(n−1) (x) − φ(n−1) (x 0 ) f (n−1) (x) − f (n−1) (x 0 )


= − f (n) (x 0 ).
x − x0 x − x0
| {z }
=∆x0 (x)

Puisque f admet une dérivée n-ième en x 0 , la quantité ∆x0 (x) tend vers f (n) (x 0 ) lorsque
x tend vers x 0 . On en déduit que φ admet une dérivée n-ième en x 0 qui prend la valeur
0. On a donc établi que la fonction φ est (n −1) fois dérivable sur I et qu’elle admet une
dérivée n-ième en x 0 . Cela implique que la fonction φ0 est (n-2) fois dérivable sur I et
qu’elle admet une dérivée (n − 1)-ième en x 0 . La fonction φ0 satisfait donc aux condi-
tions de l’hypothèse de récurrence et on peut lui appliquer la formule de Taylor-Young
à l’ordre (n − 1). On obtient
X (φ0 )k (x
n−1
0)
φ0 (x) = (x − x 0 )k + o x0 ((x − x 0 )n−1 )
k=0 k!

n−1 1 k+1
φ0 (x) = φ (x 0 )(x − x 0 )k + o x0 ((x − x 0 )n−1 )
X
k=0 k! | {z }
=0

φ (x) = o x0 ((x − x 0 )n−1 )


0

On a donc
φ0 (x) 1 φ0 (x)
lim = lim = 0.
x→x 0 ((x − x 0 )n )0 n x→x0 (x − x 0 )n−1
Les fonctions φ et r : x → (x − x 0 )n étant continues et dérivables sur un voisinage de x 0
et φ(x 0 ) = r (x 0 ) = 0, la règle de L’Hôpital indique que

φ(x) φ(x) − φ(x 0 ) φ0 (x) φ0 (x)


lim = lim = lim = lim = 0.
x→x 0 (x − x 0 )n x→x 0 r (x) − r (x 0 ) x→x 0 r 0 (x) x→x 0 ((x − x 0 )n )0

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6.4 Le théorème de Taylor-Young 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

On en conclut que φ(x) = o x0 ((x − x 0 )n ). La formule de Taylor-Young à l’ordre n est


démontrée et le raisonnement par récurrence achevé.

Corollary 3. Une fonction f qui est n fois dérivable en 0 admet un développement


limité d ’ordre n en 0 de la forme
n f (k) (0)
x k + o 0 (x n )
X
f (x) =
k=0 k!
.
n
2
xk
— e x = 1 + x + x2! + · · · + xn! + o 0 (x n ) =
Pn
Exemple. k=0 k!
+ o 0 (x n ).
3 5 2p+1
x 2k+1
— sinx = x − x3! + x x
+ · · · + (−1)p (2p+1)! + o 0 (x 2p+2 ) = nk=0 (−1)k (2k+1)! + o 0 (x 2p+2 ).
P
5!

Exercice 34. Déterminer le développement limité au voisinage de 0 des fonction sui-


vantes.
— cos(x)
— sh(x)
— ch(x)
1
— 1−x
— (1 + x)α

6.4.1 Opérations sur les développements limités

Proposition 6.19. Soient f et g deux fonctions admettant des développements


limités de même ordre n en 0, de parties régulières respectives P et Q.
— Pour tout (α, β) ∈ R2 , la fonction α f + βg admet un développement limité
d’ordre n en 0 de partie régulière αP + βQ.
— La fonction f × g admet un développement limité d’ordre n en 0 dont la
partie régulière est obtenue en conservant les monômes de degré au plus
égal à n du polynôme P ×Q.
— Si g (0) 6= 0 alors la fonction f /g admet un développement limité d’ordre n
en 0 dont la partie régulière est le quotient de la division selon les puissances
croissantes à l’ordre n de P par Q.

Preuve. Les deux premières assertions se démontrent aisément en utilisant la défini-


tion . . .. . .. . .et l’unicité du développement limité.

Démontrons la troisième assertion. Par hypothèse, f admettant un développement li-


mité d’ordre n en 0 de partie régulière P, il existe un voisinage V1 de 0 et une application
²1 définie sur V1 \{0} tels que pour tout x ∈ V1 \{0}

f (x) = P (x) + x n ²1 (x) et lim ²1 (x) = 0.


x→0

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6.4 Le théorème de Taylor-Young 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Puisque g admet un développement limité en 0, d’après la proposition . . .. . .. . .g est


continue en 0. De plus, comme limx→0 g (x) 6= 0, on peut trouver, d’après la proposition
. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . ., un voisinage V2 de 0 sur lequel g ne s’annule pas. D’autre
part, il existe un voisinage V3 de 0 et une application ² définie sur V3 \{0} tels que pour
tout x ∈ V3 \{0}
g (x) = Q(x) + x n ²2 (x) et lim ²2 (x) = 0.
x→0

On a Q(0) = g (0) 6= 0; on peut donc effectuer la division selon les puissances croissantes
à l’ordre n de P par Q : il existe (U , R) ∈ R[X ]2 tel que

P = Q ×U + X n+1 × R avec d eg (U ) ≤ n.

Pour x ∈ .V = V1 ∩ V2 ∩ V3 , on obtient

f (x) P (x) + x n ²1 (x) Q(x)U (x) + x n+1 R(x) + x n ²(x)


= =
g (x) Q(x) + x n ²2 (x) Q(x) + x n ²2 (x)
f (x) Q(x)U (x) + x n U (x)²2 (x) −x n U (x)²2 (x) + x n+1 R(x) + x n ²(x)
= +
g (x) Q(x) + x n ²2 (x) Q(x) + x n ²2 (x)
f (x) U (x)²2 (x) + xR(x) + ²(x)
= U (x) + x n
g (x) Q(x) + x n ²2 (x)

Comme limx→0 ²1 (x) = 0, limx→0 ²2 (x) = 0 et Q(0) 6= 0, le terme

−U (x)²2 (x) + xR(x) + ²(x)


²3 (x) =
Q(x) + x n ²2 (x)

a pour limite 0 lorsque x tend vers 0. On a donc établi que pour tout x ∈ V,

f (x)
= U (x) + x n ²3 (x) avec d eg (U ) ≤ n et lim ²3 (x) = 0.
g (x) x→0

Cela constitue un développement limité d’ordre n en 0 de f /g et puisque le développe-


ment limite d’une fonction en un point et à un ordre donnés est unique, cela constitue
le développement limité d’ordre n en 0 de f /g .

Exercice 35. Montrer que le développement limité d’ordre 3 en 0 de la fonction x →


ch(x) sin(x) a pour partie régulière x + 13 x 3

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6.4 Le théorème de Taylor-Young 6 DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS

Proposition 6.20. Soient f et g deux fonctions admettant des développements li-


mités de même ordre n en 0, de parties régulières respectives P et Q. Si limx→0 f (x) =
0 alors la fonction g ◦ f admet un développement limité d’ordre n en 0 dont la par-
tie régulière est obtenue en conservant les monômes de degré au plus égal à n de la
fonction polynomiale x → Q(P (x)).

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