Livre
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ANNALES 2020-2021
des obligations L2 traité à travers les
DIFFÉRENTES ÉPREUVES
rencontrées en TD et lors de l’EXAMEN
Les CORRIGÉS sont CONFORMES
aux attentes de votre professeur et à ce que
vous pouvez réaliser dans le temps imparti.
ANNALES
CORRIGÉES ET COMMENTÉES
FINAL (dissertation, commentaire d’arrêt,
CORRIGÉES ET COMMENTÉES
cas pratique, QRC et QCM).
2020-2021
ns majeures para
issent adaptées
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Le plan est la répons
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Marie-Cécile Lasserre
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Delphine Lanzara
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Dissertation juridi
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Diane Boustani
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Sujet 9
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Thibault Goujon-Bethan
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LICENCE 2
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OBLIGATIONS
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l’économie – le il, contrats comm cons impo
70
a ve c d e s c o n s e i l s d e m é t h o d o l o g i e
Prix : 14,80 €
ISBN 978-2-297-09127-5
[Link]
Marie-Cécile Lasserre
Delphine Lanzara
Diane Boustani
Thibault Goujon-Bethan
Delphine Lanzara
Delphine Lanzara est Docteur en droit du CERDP et Juriste au Département
des Affaires Sociales et de la Santé de la Principauté de Monaco.
Diane Boustani
Diane Boustani est Maître de conférences à la faculté de droit de Nice -
Université Côte d’Azur et membre du CERDP (E.A n°1201).
Thibault Goujon-Bethan
est Maître de conférences à la faculté de droit de Nice - Université Côte
d’Azur et membre du CERDP.
2
SOMMAIRE
Dossier : 3 copies réelles notées et annotées
Pourquoi ce dossier et comment l’utiliser ? 05
Sujet : Dissertation juridique : L’évolution de la notion de faute dans la responsabilité
du fait personnel 06
Indications de correction 06
Copie notée 05/20 08
Copie notée 10/20 11
Copie notée 15/20 14
Formation du contrat
Sujet 3. Dissertation juridique : La phase précontractuelle est-elle une période de non-droit ? 33
Sujet 4. Dissertation juridique : Le contrat d’adhésion dans la réforme du droit des contrats 39
Sujet 5. Commentaire d’article : L’article 1171 du Code civil 45
Sujet 6. Cas pratique : L’obligation d’information 52
Sujet 7. Cas pratique : Le consentement 57
Sujet 8. Commentaire d’arrêt : Cass. 3 civ., 5 déc. 2019, n° 18-24.152
e
63
Vie du contrat
Sujet 9. Dissertation juridique : Le droit des contrats face à l’épidémie de COVID-19 70
Sujet 10. Dissertation juridique : L’exception d’inexécution est-elle un remède efficace
à l’inexécution du contrat ? 74
Sujet 11. Commentaire d’arrêt : Cass. ch. mixte, 13 avr. 2018, n° 16-21345 et 16-21947 81
Sujet 12. Cas pratique : L’imprévision 87
Sujet 13. Commentaire d’arrêt : Cass. 3 civ., 19 mars 2020, n° 18-22.983
e
91
Sujet 14. Cas pratique : L’inexécution des contrats 95
Sujet 15. Dissertation juridique : L’imprévision dans la réforme du droit des contrats 100
3
SOMMAIRE
Synthèse
Sujet 16. Questions de cours 105
Principes de responsabilité
Sujet 17. Dissertation juridique : Le droit de la responsabilité civile n’a-t-il pour fonction
que de réparer le préjudice subi par la victime ? 110
Sujet 18. Dissertation juridique : Tiers et inexécution du contrat 116
Sujet 19. Questions sur arrêt : Cass. 2 civ., 5 mars 2020,
e
Synthèse
Sujet 29. Questions à réponse courte 176
Sujet 30. Questions de cours 181
Sujet 31. QCM et QCR 185
4
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Pourquoi ce dossier ?
Lorsque vous traitez un sujet lors d’un examen ou d’un TD, vous avez parfois du mal à comprendre la note
qui vous a été attribuée et à savoir ce que vous auriez dû faire pour en obtenir une meilleure.
L’objectif de ce dossier est justement de remédier à cette situation et de vous faire passer de l’autre côté
de la « barrière », en vous permettant de mieux comprendre ce qu’attend votre correcteur : la reproduction
intégrale de trois copies réelles de valeur différente sur un même sujet, les indications générales de correc-
tion ainsi que les appréciations détaillées portées dans les marges de chaque copie vont vous permettre
d’adopter une démarche comparative et de comprendre ce qui fait la différence de notation.
La reproduction d’une excellente copie (récompensée par un 15/20) vous permet également de vous
rendre compte que le sujet était « faisable » et quels étaient les points incontournables de son traitement.
Elle constitue clairement un exemple à suivre et vous prouve que la réussite est à votre portée.
5
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Indications générales
– Les problèmes importants de propreté de la copie, de style, de syntaxe et d’orthographe sont sanction-
nés (jusqu’à - 3 points, avec une mention expresse sur la copie).
– Si le sujet a été longuement abordé en cours, il ne faut toutefois pas perdre de vue qu’il s’agit d’étudiants
de Licence 2 dont le bagage juridique est encore modeste. Les petites maladresses de forme ou l’usage
de quelques termes inappropriés ne doivent pas être trop sévèrement punis.
– L’évaluation doit principalement porter sur la compréhension générale du sujet et les connaissances
acquises.
– Les efforts quant au respect de la méthodologie doivent être valorisés.
– Le hors-sujet doit être sanctionné (06/20 maximum si toute une partie est hors-sujet, 08/20 maximum si
une sous-partie est hors-sujet).
Spécificité du sujet
– Il s’agit d’un sujet de cours classique et ciblé.
– Les notions doivent être manipulées avec beaucoup de rigueur dans la mesure où des confusions
conduisent régulièrement les étudiants de première année à confondre l’élément matériel (ou objectif)
de la faute et l’élément moral (ou subjectif) de celle-ci.
– Le sujet mérite d’être bien cerné et délimité : vous devez vous focaliser sur l’évolution qu’a pu connaître
la notion de faute et ce, uniquement en matière de responsabilité du fait personnel.
6
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Remarques
Le sujet a été proposé antérieurement à la publication du texte de l’avant-projet de réforme de la
responsabilité civile en date du 13 mars 2017. Pour une présentation générale de la faute prenant en
compte le projet de réforme, voir la dissertation sujet n° 17 du présent ouvrage.
7
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Depuis le 1er octobre 2016, il s’agit La notion de faute est prise en compte par l’ultra célèbre article 1382 du Code civil
de l’article 1240 du Code civil !
Soyez à jour !
selon lequel « tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage,
oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ».
Il aurait pu être pertinent d’insister
sur le fait que, malgré l’importance Pour le Code civil la faute peut donc être définie comme « tout fait quelconque de
de cette notion, le législateur ne l’homme qui cause à autrui un dommage ».
définit pas précisément la faute
civile. C’est, dès lors, la doctrine qui Bien plus, l’article 1383 prévoit également l’hypothèse de fautes commises par
a été amenée à en fixer
les contours.
négligence ou par imprudence.
8
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Incontestablement, la notion de faute a évolué au fil du temps (1) de sorte qu’il Une mauvaise délimitation
vous conduit à proposer un 2.
existe aujourd’hui différentes catégories de fautes (2). intégralement hors-sujet.
Passez plus de temps sur la
construction de votre plan et veillez
1 • L ’évolution de la notion de faute à ce qu’il réponde parfaitement
au sujet.
Au fil des années, la notion de faute a connu des évolutions considérables concer-
nant tant son élément matériel (A) que son élément moral (B).
Ce terme alourdit inutilement
A) L’élément constitutif matériel de la faute votre titre ; à supprimer.
La faute doit s’être véritablement réalisée dans la mesure où les fautes purement Confus, manque de clarté.
virtuelles ou potentielles ne sont pas prises en considération.
Il y aura faute dès lors qu’une violation d’une obligation préexistante pourra être
constatée.
L’élément matériel de la faute s’apprécie in abstracto : les juges seront amenés à
comparer les faits commis par l’auteur à l’agissement qu’aurait adopté un bon
père de famille.
Mais au-delà de ce premier élément constitutif, il est utile de s’intéresser à un deu- Pensez au dynamisme de vos
intitulés. Idéalement, vos titres
xième élément capital doivent se répondre ; préférez donc
ici « l’élément moral » pour renvoyer
B) Le caractère subjectif de la faute au A) (« l’élément matériel »).
9
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Hors-sujet !
Il ne s’agit pas de lister les 2 • Les différentes catégories de fautes
différentes fautes civiles ou les
classifications qui ont pu en être
proposées. Le sujet vous invite On peut distinguer des fautes intentionnelles ou non intentionnelles (A) mais aussi
au contraire à regarder la faute des fautes par commission ou par omission (B).
civile de manière globale, en vous
focalisant spécifiquement sur son
évolution. A) Les fautes intentionnelles ou non intentionnelles
La faute intentionnelle se caractérise par une certaine volonté d’agir. L’acte est
voulu par son auteur et peut-être parfois prémédité.
La faute intentionnelle se caractérise par l’intention de nuire, l’intention de produire
le dommage. Le responsable a donc recherché les conséquences dommageables
Vos définitions sont correctes de son acte.
mais ne répondent pas au sujet.
L’opposition faute intentionnelle Ce type de faute est puni avec plus de sévérité.
et faute non intentionnelle ne rend
pas compte de l’ « évolution » La faute pourra en revanche être qualifiée de non-intentionnelle quand l’auteur
de la notion de faute.
aura voulu l’acte mais pas les conséquences de celui-ci. Cette faute peut égale-
ment être sanctionnée.
En réalité, cette distinction est importante au regard du droit des assurances car par
principe, l’assureur ne garantit pas les situations dans lesquelles la personne aura eu
l’intention de nuire.
Au-delà de cette première opposition, il faut présenter les fautes par commission
et par omission.
Attention, votre devoir est
déséquilibré. Le 2. B) est trop court.
Il s’agit d’une partie à part entière, B) Les fautes par commission ou par omission
respectez l’équilibre du devoir.
10
DOSSIER
COPIES RÉELLES
La faute est un des éléments constitutifs de la responsabilité délictuelle qui est le Style lourd, à reformuler !
régime qui trouvera à s’appliquer par principe, en dehors de tout contrat.
Il existe en France trois sortes de faits générateurs de responsabilité : le fait person-
nel, le fait des choses et le fait d’autrui.
La responsabilité du fait personnel occupe une place de premier ordre au sein des Bien. Il est important de souligner
différents régimes de responsabilité. cette absence de définition légale
dès l’introduction dans la mesure
Si la faute est au cœur du régime de responsabilité du fait personnel, celle-ci n’est où elle a cristallisé de nombreuses
pas précisément définie par le Code civil, qui se contente d’y faire référence indi- controverses. Face au silence
du législateur, la doctrine et
rectement. la jurisprudence ont proposé
des définitions.
Classiquement, la faute se définit comme toute violation d’une obligation civile ou
encore comme un fait illicite.
Face aux difficultés rencontrées, les définitions retenues sont en général extensives,
la faute étant alors envisagée comme toute violation d’une obligation préexis-
tante, législative, réglementaire ou coutumière.
La notion de faute est apparue indirectement en 1804 dans le Code civil et n’a
depuis cessé d’évoluer, donnant lieu à d’importantes controverses doctrinales et
jurisprudentielles.
11
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Évitez de multiplier les questions Est-ce que les éléments constitutifs traditionnels de la faute sont aujourd’hui encore
pour formuler votre problématique.
Cette dernière doit pouvoir être d’actualité ?
cernée en une phrase.
Dans la négative, quelles ont été les raisons justifiant l’évolution de ces critères ?
La faute connaît deux éléments constitutifs traditionnels : un élément objectif et
un élément subjectif (1). Toutefois, l’évolution de la société a rendu nécessaire une
certaine adaptation de ce régime séculaire (2).
La faute est constituée de deux éléments : une condition objective (A) et une
condition subjective (B)
Attention à l’équilibre
des parties, votre A) est court. A) La condition objective de la faute
Bien qu’un peu survolé, votre B) Cette condition revient à s’intéresser à la question de l’imputabilité.
est correct. Il est regrettable que
vos propos soient ici purement En effet, pour caractériser la faute et que pour son auteur en soit reconnu respon-
descriptifs. La notion d’évolution,
pourtant au cœur du sujet, est
sable, il faut que l’acte reproché lui soit imputable.
totalement absente. Bien plus, ces
éléments méritaient de plus longs L’imputabilité se traduit par la conscience des actes commis, la faculté de discer-
développements (illustrations nement.
jurisprudentielles, controverses
doctrinales). La jurisprudence a longtemps considéré que les aliénés (personnes atteintes de
troubles mentaux) et les enfants en bas âge étant privés d’une véritable capacité de
discernement, ils ne pouvaient être reconnus responsables de leurs faits personnels.
Bonne transition. Bien que courte,
cette phrase permet de souligner Toutefois, face aux inégalités rencontrées et en vue de rendre plus effectif le droit
clairement les raisons ayant conduit à l’indemnisation des victimes, les deux conditions présentées ont rapidement dû
à l’évolution, objet de votre 2. évoluer.
12
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Ce titre est bien choisi,
A) L’objectivisation de la faute mais la formule n’est pas définie…
et visiblement mal comprise.
La faute a tout d’abord été envisagée comme le fait illicite commis par un individu.
Mais avec l’évolution de la société et plus précisément de l’industrie, on a connu
une collectivisation de la faute.
L’objectivisation de la faute se traduit par l’apparition de l’assurance. Ce paragraphe est confus
et hors-sujet.
L’assurance a permis de généraliser certaines fautes possibles, ce n’est désor-
mais plus systématiquement l’individu qui a commis la faute qui devra réparer le
dommage subi par la victime. Cette réparation pèsera désormais sur la compa-
gnie d’assurances.
La conception de la faute est devenue plus objective et a conduit à un renforce-
ment de la place des assurances.
Cette évolution va également conduire à la suppression de l’imputabilité. Le contenu de ce B) est
globalement de meilleure qualité
B) La suppression de l’imputabilité que le reste du devoir. Le style est
plus clair et les évolutions centrales
semblent maîtrisées.
Sous l’impulsion du législateur et de la jurisprudence, la condition tenant à l’élément
moral de la faute a été progressivement supprimée.
Cet abandon de l’élément moral trouve son origine dans l’inégalité qui pouvait exis-
ter quant à l’indemnisation de certaines victimes (dont la souffrance reste inchan-
gée peu importe l’auteur du fait dommageable).
Soyez plus précis quant
Ainsi, pour lutter contre des situations dans lesquelles certaines victimes se trou- aux références : loi du 3 janvier
vaient privées d’indemnisation, une loi de 1968 a réformé le régime des incapacités 1968 portant réforme du droit des
incapables majeurs.
et supprimé la condition d’imputabilité pour les aliénés. Le principe de la responsa-
bilité personnelle des personnes atteintes de troubles mentaux a ainsi été consacré.
Ces derniers, indépendamment de leur faculté de discernement, sont donc deve-
nus responsables de leurs actes en matière civile. Attention aux références :
soyez plus précis. Les 5 arrêts de
Cette évolution s’est ensuite étendue aux enfants mineurs, par une série d’arrêts l’assemblée plénière de la Cour
de 1994. Ainsi, depuis ces évolutions, la faute commise par l’infans, aura des consé- de cassation datent du 9 mai 1984.
quences même si ce dernier n’est pas capable de discerner les conséquences de
son acte. Sa faute pourra soit engager sa responsabilité délictuelle personnelle (s’il
est l’auteur des faits) soit diminuer son indemnisation (s’il en est victime).
13
DOSSIER
COPIES RÉELLES
14
DOSSIER
COPIES RÉELLES
que l’auteur d’un fait n’engage sa responsabilité (et sera donc obligé de réparer) Ces quelques phrases sont les
bienvenues dans la mesure où elles
que s’il a commis une faute dont la preuve devra être rapportée par la victime. vous permettent de replacer le
sujet dans un cadre plus général,
On envisage classiquement ces aspects en rappelant que la responsabilité du fait en montrant à votre correcteur que
personnel nécessite la réunion de trois éléments : une faute, un dommage et un vous maîtrisez les autres régimes
lien de causalité entre ce dommage et cette faute. de responsabilité.
Les rappels et définitions sont
La faute apparaît donc comme une condition essentielle de la responsabilité du clairs et concis. Conformément à
la technique de l’entonnoir, votre
fait personnel. démonstration se resserre jusqu’à
l’annonce de vos problématiques.
Dans ce contexte, quelles évolutions ont connu la notion de faute dans la respon-
sabilité du fait personnel ? Il s’agira de s’intéresser à la manière dont la faute est
appréciée par les juges et aux éléments nécessaires pour la caractériser.
La faute civile a-t-elle toujours été appréhendée de la même manière ? Vos problématiques sont
parfaitement valables mais
Si la faute civile se définit classiquement au travers de deux éléments constitutifs, pourraient être exprimées sous
la forme affirmative. Évitez,
soit un élément matériel et un élément moral, ces derniers doivent-ils nécessaire- d’une manière générale,
ment se voir reconnaître la même importance ? les questions « en cascade ».
Enfin, les controverses doctrinales ou les enjeux pratiques inhérents à cette notion –
et notamment la volonté de renforcer l’indemnisation des victimes – ont-ils conduit
les juges et le législateur à revoir le système initialement retenu ?
Si la faute civile pouvait à l’origine être retenue dès lors que deux éléments consti-
tutifs étaient réunis (1), un mouvement tenant à l’objectivisation de celle-ci semble
s’être progressivement opéré (2).
Pour retenir l’existence d’une faute civile et en tirer toutes les conséquences en
termes de responsabilité et d’indemnisation, la preuve d’un élément matériel doit
être rapportée.
Cet élément matériel consiste en un acte répréhensible, anormal ; une défaillance
Attention : la notion de « bon
quelconque qui pourra selon les hypothèses constituer une violation d’une obliga- père de famille » (qui renvoie à la
tion législative, coutumière ou réglementaire. conduite d’une personne prudente,
attentive, raisonnable et mesurée)
Il revient au juge d’apprécier ce comportement in abstracto, c’est-à-dire qu’il va a été supprimée du vocabulaire
comparer le comportement du défendeur à celui du bon père de famille pour juridique par la loi n° 2014-873
du 4 août 2014 pour l’égalité réelle
déterminer la normalité ou non du comportement. entre les femmes et les hommes.
Le législateur utilise désormais
Il est acquis que l’auteur pourra adopter un comportement condamnable en l’adverbe « raisonnablement »
agissant, c’est-à-dire en réalisant un acte positif. On parlera alors de faute de ou l’adjectif « raisonnable ».
commission.
Par opposition, la personne peut s’être abstenue d’agir. Cette faute sera qualifiée
de faute d’omission ou d’abstention. En ce sens, la jurisprudence a consacré la
possibilité d’abstention fautive.
15
DOSSIER
COPIES RÉELLES
Cette transition permet de bien
structurer votre présentation L’élément matériel de la faute civile, aujourd’hui encore indispensable, était tradi-
et participe à la clarté de votre tionnellement complété par un élément subjectif.
devoir.
L’articulation des articles 1240 et 1241 du Code civil permet de dégager deux types
de faute : intentionnelle (l’auteur agit en vue de causer un préjudice à autrui) et
non intentionnelle (c’est-à-dire par négligence ou par imprudence).
Si la faute n’implique donc pas d’intention blâmable, il n’en demeure pas moins
qu’elle a été conçue, traditionnellement, comme une défaillance imputable à une
personne.
L’élément moral de la faute civile correspond précisément à cette exigence d’im-
putabilité.
Initialement, pour pouvoir condamner une personne à indemniser les dommages
causés, les juges devaient caractériser cet élément moral, c’est-à-dire s’assurer
que la faute peut lui être moralement imputée. Il était alors recherché si la personne
Ces paragraphes sont clairs avait pleinement conscience que l’acte commis était une faute, ce qui nécessitait
et offrent une présentation
juridique et accessible du régime
donc l’existence d’une capacité de discernement.
initialement applicable.
Ils résument la motivation adoptée
Par conséquent, les personnes privées de cette capacité ne pouvaient être respon-
dans l’essentiel des arrêts. sables de leur fait personnel. Étaient ainsi exclus les aliénés mentaux et les jeunes
enfants. Ces derniers ne pouvaient engager leur responsabilité personnelle dans
les hypothèses où ils causaient des dommages à autrui. En effet, pour les juges,
l’utilisation par le législateur du terme « faute » supposait nécessairement un fait
Bonne transition. Vous synthétisez « dépendant de la volonté ».
clairement les limites des critères
initialement retenus (et présentés Cette approche générait certaines inégalités au sein des victimes, parfois injuste-
dans votre 1.). Les raisons ayant
conduit à la suppression de
ment privées d’indemnisation.
l’exigence d’imputabilité morale
Face aux atteintes portées à l’effectivité du droit à indemnisation des victimes,
vous permettent d’annoncer
habilement votre 2. l’exigence d’imputabilité morale a progressivement été écartée, entraînant par là
même une certaine objectivisation de la faute.
L’expression, utilisée par de
nombreux auteurs, est bien choisie
car à la fois juridique et imagée. 2 • Vers une objectivisation de la faute
Cette approche historique montre La faute civile a longtemps été conçue sous l’influence d’approches moralisatrices,
que vous maîtrisez parfaitement
les tenants et les aboutissants de avec en toile de fond la nécessité d’une réprobation, d’une répression.
l’évolution qui s’est opérée. Ce
faisant, vous répondez parfaitement Dans cette logique, la faute est indissociable de l’exigence d’imputabilité morale,
au sujet qui vous est soumis. La c’est-à-dire de l’aptitude de l’auteur à mesurer la portée de ses actes.
qualité du style est ici mise au
service de votre démonstration. Si l’exigence d’imputabilité morale a longtemps été considérée comme consubs-
tantielle à l’idée de faute, ce constat semble aujourd’hui peu à peu s’effriter.
Analyse pertinente, claire,
structurée et juridique. La suppression de la condition d’imputabilité a eu lieu à la fois sous l’impulsion du
législateur et de la jurisprudence.
16
DOSSIER
COPIES RÉELLES
De plus, en pratique, dans les cas où l’enfant sera à la fois auteur et victime de sa
faute, le nouveau régime va entraîner une certaine sévérité à son égard puisqu’il
pourra exister une diminution de son indemnisation, par le jeu d’un partage de
responsabilité entre lui et le demandeur.
L’élément moral de la faute ne sert désormais plus qu’à faire la distinction entre Idéalement, votre devoir doit
une faute intentionnelle (article 1240) qualifié de délit et une faute non intention- terminer par une « ouverture ».
nelle (article 1241) qualifiée de quasi-délit. Celui-ci demeure utile à démontrer en Par exemple, ici,
vous auriez pu dire un mot :
matière d’assurance car l’assureur ne peut pas garantir les conséquences d’une
- du projet de réforme du droit de la
faute intentionnelle commise par un assuré. responsabilité civile délictuelle ;
- de droit comparé (choix retenus
La conception même de faute civile semble donc profondément impactée par par nos voisins européens).
l’abandon de l’exigence d’imputabilité morale, la volonté d’indemnisation sem-
blant avoir prévalu… Prévalu sur quoi ? Cette dernière
phrase est à reformuler.
Évitez d’une manière générale les
points de suspension.
17
31 annales
corrigées et
commentées
Ces 31 sujets développent les différents types d’exercices que vous devez traiter
en TD ou le jour de l’examen (dissertation juridique, commentaire d’arrêt et de
jugement, commentaire de textes, cas pratique ou consultation, QRC) ; ils ont
été posés au cours de l’année précédente dans les facultés de droit et sont enri-
chis de quelques sujets d’actualité.
Les corrigés, spécialement écrits pour ce livre, sont adaptés à vos capacités et à
vos connaissances réelles, vous qui êtes étudiant de deuxième année de licence
Droit ; c’est dire qu’ils ne constituent pas un cours mais une copie que vous pouvez
réaliser dans le temps imparti.
Comme dans le dossier consacré aux trois copies réelles sur un même sujet déve-
loppé au début de ce livre, chacun de ces corrigés fait l’objet de nombreuses
annotations en marge pour mettre en exergue les « bonnes pratiques », les « mau-
vaises pratiques », « ce qu’il faut faire », « ce qu’il ne faut pas faire », des « rappels de
points de méthode », les « points-clés qui font gagner des points », etc.
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Sujet 1 Dissertation juridique
Durée de l’épreuve : Vous traiterez le sujet suivant :
3 heures « L’application dans le temps
Aucun document
n’est autorisé
de la réforme du droit des contrats »
L’accroche doit retenir l’attention Dans le droit contemporain des contrats, si une date devait être retenue, il s’agi-
du correcteur. L’indication de la
date dans la phrase d’accroche rait du 1er octobre 2016. Le droit des contrats a connu à cette date un boulever-
renvoie aux deux thèmes du sujet : sement majeur, puisque l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit
le temps et la réforme du droit
des contrats. des contrats s’applique aux contrats conclus à compter du 1er octobre 2016. Si le
principe semble clair, sa simplicité est trompeuse. L’application dans le temps de la
réforme du droit des contrats, qui est un enjeu majeur pour les contractants et les
praticiens du droit, est bien plus subtile.
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L’application de la loi dans le temps est une problématique tout à la fois classique
et majeure en droit. Pour preuve, le premier article du Code civil lui est consacré.
Conformément à cet article, les lois « entrent en vigueur à la date qu’ [elles] fixent
ou, à défaut, le lendemain de leur publication ». Et, comme l’a rappelé la Cour Cass. 1re civ., 12 juin 2013,
n° 12-15688.
de cassation, une « loi nouvelle ne s’applique pas, sauf rétroactivité expressément
décidée par le législateur, aux actes juridiques conclus antérieurement à son en- Les intérêts du sujet sont mis
trée en vigueur ». Outre d’être classique, l’applicabilité dans le temps d’une loi est en exergue. Ceux-ci doivent être
une question récurrente en droit. Cette question est emprunte d’enjeux particuliers présents dans toute dissertation,
car ils démontrent la bonne
concernant la réforme du droit des contrats. En effet, si les praticiens du droit des compréhension du sujet
contrats sont légitimement concernés et préoccupés par le droit transitoire, d’une et permettent de construire
la problématique.
manière générale, l’application dans le temps de la réforme des contrats est un
enjeu majeur car le contrat est avant tout un instrument de prévisibilité.
Cet article est le fondement
Conscients de l’importance de l’application dans le temps de la réforme du droit textuel principal de la dissertation.
Il doit être énoncé dès
des contrats, les rédacteurs de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du l’introduction. L’article 9 est
droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligations ont consacré étudié de manière factuelle dans
une disposition de ladite ordonnance à cette question. Il s’agit de l’article 9. Les l’introduction afin d’en exploiter
les idées et thématiques dans
deux premiers alinéas de cette disposition posent le principe : la réforme du droit le corps du devoir.
des contrats est applicable aux contrats conclus à compter du 1er octobre 2016.
Ainsi, une césure temporelle est donnée : les contrats conclus avant l’entrée en
vigueur de l’ordonnance - soit avant le 1er octobre 2016 - demeurent soumis à la loi
Ces trois hypothèses sont
ancienne, ceux conclus à compter de cette date sont régis par la loi nouvelle. Des développées infra (2. A).
exceptions au principe sont, toutefois, visées au troisième alinéa de l’article 9 de C’est pourquoi, elles ne sont
l’ordonnance du 10 février. En effet, trois hypothèses d’application immédiate de la qu’évoquées.
loi nouvelle aux contrats en cours sont prévues. Aussi, le dernier alinéa de l’article 9 est
Il est toujours bien de donner
dédié à l’introduction de l’instance et l’application dans le temps de la loi nouvelle. les objectifs d’une disposition
utilisée dans un devoir, surtout
Les dispositions de droit transitoire présentes à l’article 9 de l’ordonnance du après une énonciation factuelle
de ladite disposition comme
10 février 2016 visent d’une part à garantir la sécurité contractuelle et d’autre part en l’espèce.
à protéger les prévisions des parties. Mais, aussi importantes soient-elles, ces règles
de droit transitoire ne sont pas exemptes de difficultés et ne résolvent pas toutes les Les difficultés du sujet doivent
apparaître dès l’introduction,
situations délicates liées à l’application dans le temps de la réforme du droit des
car elles servent à construire
contrats. Une difficulté aux conséquences multiples a été relevée, notamment, par la problématique.
le Professeur Frédéric Buy. Elle concerne l’appréhension « des contrats conclus sous
l’empire du droit ancien, mais modifiés, prolongés ou cédés sous l’empire du nou- F. Buy « La subtilité du droit
transitoire dans la réforme
veau droit ». Cette difficulté est majeure. Mais, il s’agit d’une difficulté parmi d’autres. du droit des contrats »,
RLDC n° 147, 1er avr. 2017.
De prime abord, le principe de sécurité juridique, en ce qui concerne l’application
dans le temps de la réforme du droit des contrats, semble être garanti par l’article 9 Ce paragraphe permet
de l’ordonnance du 10 février 2016. Pour autant, une analyse plus poussée de cette d’annoncer la problématique.
En l’occurrence, elle est simple.
disposition laisse entrevoir des situations délicates qui ne sont pas directement Elle consiste à analyser
appréhendées par cette disposition. C’est pourquoi, une analyse de l’application l’application dans le temps
dans le temps de la réforme du droit des contrats s’avère impérieuse afin que le de la réforme du droit des contrats,
afin de vérifier si les objectifs
contrat demeure un instrument de prévisibilité. poursuivis par celui-ci sont remplis.
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Le titre doit faire référence au sujet, 1 • L ’application de principe de la réforme aux contrats conclus
tout en exprimant une idée. Ici,
l’aspect temporel du sujet résulte à compter du 1er octobre 2016
de la date mise en avant par
rapport à la réforme. L’idée majeure
de cette partie est de développer
Le principe d’application dans le temps de la réforme du droit des contrats est
la solution de principe. simple. La nouvelle loi s’applique aux contrats conclus à compter du 1er octobre
2016. Le classicisme du principe est indéniable (A). Mais, ce classicisme ne doit
pas occulter les situations délicates que le principe recèle sous son apparente
simplicité (B).
La référence à ce principe atteste Le premier alinéa de l’article 9 prévoit que « les dispositions de (l’) ordonnance
d’une bonne analyse de l’article 9 entreront en vigueur le 1er octobre 2016 ». L’alinéa 2 ajoute que « les contrats conclus
et d’une bonne maîtrise avant (le 1er octobre 2016) demeurent soumis à la loi ancienne ». La réforme obéit
des notions juridiques.
donc à deux principes classiques du droit transitoire.
Le premier principe est celui de l’application immédiate de la loi nouvelle. Tous
les contrats conclus après la date d’entrée en vigueur de la réforme, soit après le
1er octobre 2016, lui sont soumis. Ce principe repose sur une idée simple : le progrès
apporté par la loi nouvelle ne saurait être différé ; il doit immédiatement produire
ses effets. Une nuance doit, néanmoins, être apportée. La loi de ratification adop-
tée le 20 avril 2018 apporte des modifications à l’Ordonnance du 10 février 2016,
lesquelles ont été scindées en deux catégories. D’une part, les modifications
légères, qualifiées d’interprétatives, qui sont applicables aux contrats conclus à
partir du 1er octobre 2016. Et, d’autre part, les modifications substantielles, qui n’en-
treront en vigueur qu’à une date ultérieure, fixée au 1er octobre 2018.
Le deuxième principe est celui de la survie de la loi ancienne. Les contrats conclus
avant le 1er octobre 2016 relèvent du droit antérieur. L’objectif est de garantir la
sécurité des conventions et la prévisibilité du droit. Le contrat est, en effet, un instru-
Il convient de faire attention aux
règles concernant la computation ment de prévision ; en la matière, le principe de non rétroactivité doit s’appliquer
des délais. Si vous avez un doute, avec une rigueur particulière. Ce principe doit, cependant, être, lui aussi, nuancé
vous pouvez vous référer au regard de deux considérations. Premièrement, les parties à un contrat conclu
uniquement aux évènements
correspondant aux dates. dans l’intervalle entre la publication de la réforme et son entrée en vigueur (soit,
entre le 11 février et le 30 septembre 2016) ont pu souhaiter soumettre leur enga-
Cass. 3e civ. ,23 mars 1977, gement au droit nouveau. Un ancien arrêt de la Cour de cassation du 23 mars
n° 75-14708 1977 reconnaît aux contractants une telle possibilité. Deuxièmement, l’application
anticipée de la réforme peut être le fait du juge. Plusieurs décisions remarquées
au cours de l’année 2017 déclarent interpréter le droit ancien « à la lumière de
Il ne suffit pas d’énoncer la règle la réforme ». Le souci d’accélérer la formation d’une jurisprudence cohérente et
de principe. Toute règle a
une signification, une explication actualisée, légitime en soi, ne doit toutefois pas porter une atteinte disproportion-
et un objectif devant être donnés. née aux prévisions des parties. Ces décisions se limitent donc – à une exception
près – à développer des notions connues du droit antérieur et ne se risquent pas à
appliquer rétroactivement les grandes innovations de la réforme.
Dans la transition, les termes clés
du titre suivant doivent apparaître, Ces diverses nuances sont l’occasion de constater que les principes du droit tran-
car la transition permet de lier deux sitoire ne sont pas aussi nets qu’ils le paraissent. Sous une apparente simplicité, ils
parties et est donc également
recèlent de nombreux chevauchements du droit ancien et du droit nouveau.
une annonce de titre.
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B) L a simplicité apparente du principe d’application dans le temps de la
réforme du droit des contrats
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