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Résolution algébrique des équations

Ce document présente une analyse de la résolution algébrique des équations du troisième degré. Il décrit la méthode de Hudde qui représente la racine comme la somme de deux indéterminées, permettant de séparer l'équation en deux parties résolubles. Cette méthode mène à une équation du sixième degré qui peut être résolue comme une équation du second degré.
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Résolution algébrique des équations

Ce document présente une analyse de la résolution algébrique des équations du troisième degré. Il décrit la méthode de Hudde qui représente la racine comme la somme de deux indéterminées, permettant de séparer l'équation en deux parties résolubles. Cette méthode mène à une équation du sixième degré qui peut être résolue comme une équation du second degré.
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Oeuvres de Lagrange. T.

3 /
publiées par les soins de M.
J.-A. Serret [et G. Darboux] ;
[précédé d'une notice sur la
vie [...]

Source [Link] / Bibliothèque nationale de France


Lagrange, Joseph-Louis (1736-1813). Auteur du texte. Oeuvres de
Lagrange. T. 3 / publiées par les soins de M. J.-A. Serret [et G.
Darboux] ; [précédé d'une notice sur la vie et les ouvrages de J.-L.
Lagrange, par M. Delambre]. 1867-1892.

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RÉFLEXIONS

SUR LA

RÉSOLUTION ALGÉBRIQUE DES ÉQUATIONS(*).

[Nouveaux Ménoire.s de l'Académie rnyale de.s Sciences et Belles-Lettre.s


de Berlin, années et (**).]

La théorie des équations est de toutes les parties de l'Analyse celle


qu'on eût cru devoir acquérir les plus grands degrés de perfection et
par son importance et par la rapidité des progrès que les premiers inven-
teurs y ont faits; mais quoique les Géomètres qui sont venus depuis
n'aient cessé de s'y appliquer, il s'en faut beaucoup que leurs efforts aient
eu le succès qu'on pouvait désirer. On a à la vérité épuisé presque tout
ce qui concerne la nature des équations, leur transformation, les condi-
tions nécessaires pour que deux ou plusieurs racines deviennent égales,
ou aient entre elles un relation donnée, et la manière de trouver ces
racines, la forme des racines imaginaires, et la méthode de trouver la
valeur de celles qui, quoique réelles, se présentent sous une forme ima-
ginaire, etc. On a aussi découvert des règles générales pour reconnaitre
si toutes les racines d'une équation sont réelles ou non, et pour savoir
dans le premier cas combien il doit y en avoir de positives et de néga-
tives mais on n'a jusqu'à présent aucune règle générale pour connaître

(*) CeMémoire a été lu à l'Académie dans le courant de l'année 1771.


(**) Les deux premières Sections de ce Mémoire ont été insérées dans le volume de 177o
les suivantes dans le volume de 1771. (Note de l'Éditeur.)
le nombre des racines imaginaires dans les équations qui doivent en
contenir, et moins encore pour savoir combien il doit y en avoir de
réelles positives et de réelles négatives, lorsqu'on connaît d'ailleurs le
nombre des réelles et des imaginaires; on n'a pas même une règle pour
pouvoir s'assurer si une équation quelconque proposée doit contenir
quelques racines réelles ou non, à moins que l'équation ne soit d'un
degré impair, ou que son dernier terme ne soit négatif.
Ce n'est pas qu'on ne puisse toujours trouver le nombre des racines
imaginaires et des racines réelles positives, ou négatives, lorsqu'on
connaît la valeur numérique des coefficients de l'équation proposée; les
méthodes que j'ai données ailleurs, tant pour cet objet que pour appro-
cher autant que l'on veut de la valeur de chaque racine, ne laissent, ce
me semble, rien à désirer; mais il s'agit ici des équations littérales, et la
question est de trouver les conditions qui doivent avoir lieu entre les
différents coefficients d'une équation d'un degré donné, suivant la qua-
lité de ses racines.
A l'égard de la résolution des équations littérales, on n'est guère plus
avancé qu'on ne l'était du temps de Cardan, qui le premier a publié celle
des équations du troisième et du quatrième degré. Les premiers succès
des Analystes italiens dans cette matière paraissent avoir été le terme
des découvertes qu'on y pouvait faire; du moins est-il certain que toutes
les tentatives qu'on a faites jusqu'à présent pour reculer les limites de
cette partie de l'Algèbre n'ont encore servi qu'à trouver de nouvelles
méthodes pour les équations du troisiè[Link] du quatrième degré, dont
aucune ne paraît applicable, en général, aux équations d'un degré plus
élevé.
Je me propose dans ce Mémoire d'examiner les différentes méthodes
que l'on a trouvées jusqu'à présent pour la résolution algébrique des
équations, de les réduire à des principes généraux, et de faire voir à
priori pourquoi ces méthodes réussissent pour le troisième et le qua-
trième degré, et sont en défaut pour les degrés ultérieurs.
Cet examen aura un double avantage d'un côté il servira à répàndre
une plus grande lumière sur les résolutions connues du troisième et du
quatrième degré; de l'autre il sera utile a ceux qui voudront s'occuper
de la résolution des degrés supérieurs, en leur fournissant différentes
vues pour cet objet et en leur épargnant surtout un grand nombre de pas
et de tentatives inutiles.

SECTION PREMIÈRE.

DE LA RÉSOLUTION DES ÉQUATIONS DU TROISIÈ)IE DEGRÉ.

1. Comme la résolution des équations du second degré est très-facile,


et n'est d'ailleurs remarquable que par son extrême simplicité, j'entrerai
d'abord en matière par les équations du troisième degré, lesquelles de-
mandent pour être résolues des artifices particuliers qui ne se présentent
pas naturellement.
Soit donc l'équation générale du troisième degré

et comme on sait qu'on peut toujours faire disparaître le second terme


de toute équation en augmentant ses racines du coefficient du second
terme divisé par l'exposant du premier, on pourra supposer d'abord,
pour plus de simplicité, m = o, ce qui réduira la proposée à la forme

C'est dans cet état que les équations du troisième degré ont été d'abord
traitées par Scipio Ferreo et par Tartalea, à qui l'on doit leur résolution;
mais on ignore le chemin qui les y a conduits. La méthode la plus natu-
relle pour y parvenir me parait celle que Hudde a imaginée, et qui con-
siste à représenter la racine par la somme de deux indéterminées qui
permettent de partager l'équation en deux parties propres à faire en sorte
que les deux indéterminées ne dépendent que d'une équation résoluble
à la manière de celles du second degré.
Suivant cette méthode on fera donc x = y + z, ce qui étant substitué
dans la proposée la réduira à celle-ci

qu'on peut mettre sous cette forme plus simple

Qu'on fasse maintenant ces deux équations séparées

on aura

et, substituant dans la première,

c'est-à-dire

Cette équation est à la vérité du sixième degré, mais comme elle ne ren-
ferme que deux différentes puissances de l'inconnue, dont l'une a un
exposant double de celui de l'autre, il est clair qu'elle peut se résoudre
comme celles du second degré. En effet, on aura d'abord

et de là

Ainsi l'on connaîtray et z,-et de là on aura

2. Il se présente différentes remarques à faire sur cette solution.


D'abord il est clair que la quantité y doit avoir six valeurs, puisqu'elle
dépend d'une équation du sixième degré; de sorte que la quantité x aura
aussi six valeurs; mais comme x est la racine d'une équation du troi-
sième degré, on sait qu'elle ne peut avoir que trois valeurs différentes;
donc il faudra que les six valeurs dont il s'agit se réduisent à trois, dont
chacune soit double. C'est aussi de quoi on peut se convaincre par le
calcul, en éliminanty des deux équations

Supposons, pour plus de généralité,

on aura donc

et de là

Substituant donc ces valeurs dey3 et yG, on aura

Soit, pour abréger,

on aura

d'où

de sorte qu'en substituant maintenant cette valeur dey dans l'équation

on aura
ce qui se réduit à

ou bien, à cause de x (x2 + 3k) = X p, à

c'est-à-dire à

Maintenant il est clair qu'en faisant k = n/3 pour avoir x=y n/3y, on
aura h = o, ce qui réduira l'équation précédente à

savoir

équation qui aura les mêmes racines que la proposée, mais dont chacune
sera double.
De là il s'ensuit que la résolution d'une équation du troisième degré
est, à proprement parler, la résolution d'une équation du sixième degré,
inconvénient qui n'a pas lieu dans le second degré, dont la résolution
est tout à fait propre à ce degré, mais qui devient encore plus consi-
dérable pour les équations des degrés supérieurs, comme on le verra
plus bas.

3. Puis donc que parmi les six valeurs de y il n'y en a que trois qui
donnent des valeurs différentes de x, il s'agit maintenant de distingue
ces valeurs. Pour cela il faut trouver l'expressionparticulière de chacune
des six valeurs dey; et si l'on nomme 1, et les trois racines cubiques
de l'unité, c'est-à-dire les trois racines de l'équation x3 1 = o, il est
facile de voir que les six valeurs de y seront, en faisant, pour abréger,
de là les valeurs correspondantes de z = seront, à cause de
n/3

et par conséquent

ces valeurs seront, dis-je,

Or, sans connaître même les valeurs de a et de il est facile de s'assurer

l'équation x3 i = o, on aura donc leur produit i .


que aj3 doit être égal à i; car puisque 1, et j3 sont les trois racines de
égal au dernier
terme I; donc = I; et I/ = ; de sorte que les trois valeurs
ci-dessus deviendront

Donc, puisque x = y + z, on aura, en ajoutant ensemble les valeurs cor-


respondantes dey et de z,

où il est facile de voir que, des signes ambigus de q


soit qu'on prenne
le supérieur ou l'inférieur, on aura toujours les trois mêmes valeurs de x.
De là il s'ensuit donc que l'on peut prendre indifféremment le radi-
calq en plus ou en moins, et que les trois racines de l'équation pro-
posée résulteront immédiatement des trois valeurs du radical cubique

4. Nous avons fait voir (2) que la résolution de toute équation du


troisième degré appartient essentiellement à une équation du sixième
degré; cependant si l'on voulait délivrer l'équation

des radicaux, on tomberait dans une équation du neuvième degré; car


en prenant d'abord les cubes on aurait

et prenant de nouveau les cubes, après avoir fait passer dans le premier
membre le terme p, on aurait

c'est-à-dire, a cause de p2/4 q = n3/27,


4 27

Mais il faut remarquer que cette équation renferme, outre les trois ra-
cines de la proposée x3 + nx + p = 0, encore six autres étrangères; en
effet elle peut se décomposer en ces trois-ci

dont les deux dernières sont, comme on voit, différentes de la proposée;


ainsi l'on ne peut rien conclure de cette équation pour le degré auquel
doit se rapporter la résolution des équations du troisième degré, comme
nous l'avons fait plus haut (2), d'après l'équation X2 = o, laquelle ren-
ferme toutes les mêmes racines que la proposée.

5. L'équation du sixième degré

s'appelle la réduite du troisième degré, parce que c'est à sa résolution


que se réduit celle de la proposée

Or nous avons déjà vu plus haut comment les racines de cette dernière
équation dépendent des racines de celle-là; voyons réciproquement
comment les racines de la réduite dépendent de celles de la proposée;
mais pour rendre cette recherche plus générale et plus lumineuse il sera
bon de considérer une équation qui ait tous,ses termes telle que

et dont les racines soient représentées généralement par u, b, c. On com-


mencera donc par faire évanouirle second terme en supposantx = x' m/3

et, faisant, pour abréger,

on aura la transformée

qui a la forme requise. Faisant maintenant x' = y n'/3,


on aura la ré-
duite

d'où, en nommant r la racine cubique de


on aura ces trois valeurs de y, savoir

lesquelles donneront les trois racines

d'où, à cause de x=x'- m/3, on aura, en faisant, pour abréger,


3r
= s,
ces trois valeurs de x, savoir

donc

Retranchant successivement la seconde et la troisième de ces équations


de la première, on aura

d'où l'on tire

et retranchant de nouveau l'une de l'autre, ensuite divisant par


viendra
, il
c'est-à-dire

Or, i a et étant (hypothèse) les trois racines de l'équation x3 i = o,


on aura

et différentiant

'de sorte qu'en faisant successivement x = i ,, on aura

donc, substituant ces valeurs dans l'expression précédente de r, on aura

ou bien, à cause de = l,

Telle est donc la valeur de r, et par conséquent aussi de y; de sorte qu'on


aura en changeant, ce qui est permis, en p et vice versâ

6. On voit d'abord par cette expression de y pourquoi la réduite est


nécessairement du sixième degré; car comme cette réduite ne dépend
pas immédiatement des racines a, b, c de la proposée, mais seulement
des coefficients m, n, p, où les trois racines entrent également, il est
clair que dans l'expression de y on doit pouvoir échanger à volonté les
quantités a, b, c entre elles; par conséquent la quantité y devra avoir
autant de valeurs différentes que l'on en pourra former par toutes les
permutations possibles dont les trois racines a, b, c sont susceptibles;
or on sait par la théorie des combinaisons que le nombre des permuta-
tions, c'est-à-dire des arrangements différents de trois choses, est 3. 2. 1;
donc la réduite en y doit être aussi du degré 3.2.1, c'est-à-dire du
sixième.
Il y a plus la même expression de y montre aussi pourquoi la réduite
est résoluble à la manière des équations du second degré; car il est clair
que cela vient de ce que cette équation ne renferme que les puissancesy3
et y6, c'est-à-dire des puissances dont les exposants sont multiples
de 3; en sorte que, si r est une des valeurs de y, il faut que r ret en
soient aussi à cause de u3 = i et 3 = 1 or c'est ce qui a lieu dans l'ex-
pression de y trouvée ci-dessus. Pour le faire voir plus aisément nous
remarquerons que = 2, car, puisqu'on a = r et 3 1 = 0, on
aura aussi = 3, et de là = 2 de sorte que l'expression dey pourra
se mettre sous cette forme

d'où, en faisant toutes les permutations possibles des quantités a, b, c,


on tire les six valeurs suivantes

qui seront donc les six racines de la réduite. Maintenant si l'on multiplie
la première par u, et ensuite par ou par 2, on aura, à cause de 3 = i,
ces deux-ci

qui sont la sixième et la quatrième; et si l'on multiplie de même la


seconde par CI. et par 2 on aura

qui sont la troisième et la cinquième. Il en sera de même si l'on mul-


tiplie la troisième et la quatrième, ou la cinquième et la sixième par
et par 2, car on aura par là également toutes les autres.

7. Cela nous conduit à une méthode directe pour trouver la réduite


d'où dépend la résolution des équations du troisième degré; car soit

l'équation proposée dont les racines soient a, b, c, et supposons que les


racines de la réduite soient représentées généralement par une fonction
du premier degré des racines a, b, c, telle que

A, B, Cétant des coefficients indépendants des quantités a, b, c; en


faisant toutes les permutations possibles des quantités a, b, c, on aura
ces quantités

qui seront les six racines de la réduite. Or, pour que cette équation n'ait
que des puissances dont les exposants soient multiples de 3, il faut,
comme nous l'avons vu plus ljaut, que, nommant r une de ses racines,
ur et r ou u2r en soient aussi; donc, prenant la quantité

pour r, il faudra que la quantité

soit égale à une des cinq autres quantités ci-dessus; or elle ne saurait
devenir égale à

ni à

qu'en taisant = i, car dans le premier cas on aurait

et dans le second

mais en la comparant à la quantité

on aura

d'où l'on tire

c'est-à-dire

ce qui montre que doit être en effet une des racines de l'équation

ainsi en faisant, pour plus de simplicité, A = i, on aura

ce qui donne les mêmes formules qu'on a trouvées plus haut en faisant
abstraction du dénominateur 3.
Faisant donc, pour abréger,

on aura r,ar, 2r et s, s, 2s pour les six racines de la transformée; or,


nommanty l'inconnue de cette équation, on trouvera d'abord que le
produit des trois facteurs y r, y r, 2
y- r sera y3 r', et que de
même le produit des trois autres sera y3 s3, de sorte que le produit
total, c'est-à-dire la réduite elle-même, sera représentée par

qui a la forme demandée. Il ne s'agit donc plus maintenant que de


trouver les valeurs de r3 + s3 et de r3 s3 or, en élevant au cube la quan-
tité r et faisant attention que 3 = 1, on trouve

et par conséquent, en changeant b en c, on aura de même

Soit, pour plus de simplicité,

on aura donc

donc

mais comme i, 2
et sont les trois racines de l'équation x3 1 = o qui
manque du second terme, on doit avoir

donc
Multipliant ensuite les valeurs de r3 et s3 ensemble, on aura

où bien, à cause de u + u2 = i,

or il est facile de voir que les quantités L, M+N et MN doivent être


données par les coefficients m, n, p de la proposée, et cela sans extrac-
tion de racines, ce qui suit de ce que ces quantités ne changent point,
quelques permutations des quantités a, b, c qu'on y fasse, de sorte
qu'elles ne peuvent avoir chacune qu'une valeur unique.

8. En effet, ayant

on aura d'abord par les règles connues

et l'on trouvera de là

donc

d'où l'on trouvera

de sorte que not, réduite sera

qui revient au même que celle qu'on a trouvée plus haut (5), en faisant
seulement attention que l'inconnuey de celle-ci est triple de l'inconnuey
de celle-là. Résolvant donc cette équation à la manière de celles du
second degré, ou bien faisant, pour abréger, y3 = z, en sorte que l'on aitt

et nommant z' et z" les racines de cette équation du second degré, on aura

donc

par conséquent, puisqu'on a supposé que r et s étaient deux valeurs de y,


on aura

équations qui étant combinées avec l'équation

serviront à trouver les trois racines a, b, c; en effet on aura, à cause de


3 = 1etde 1 + + 2 = 0,

ce qui s'accorde avec ce qu'on a trouvé plus haut.

9. Il est à propos de remarquer encore, pour éclaircir davantage cette


matière, que les quantités M et N du n° 7 sont telles que l'une devient
toujours l'autre en y faisant une permutation quelconque entre les trois
racines a, b, c, de sorte que ces quantités M et N ne peuvent être que les
racines d'une équation du second degré. En effet, nommant t l'inconnue
de cette équation, il est clair qu'elle aura nécessairement cette forme
donc, substituant pour M +N et MN leurs valeurs trouvées ci-dessus (8),
on aura

Ainsi l'on aura, par la résolution de cette équation, les valeurs de M


et N; et comme d'ailleurs la quantité L est déjà donnée, puisqu'on a

on aura les valeurs de r3 et de s3 (7), ou bien celles de z' et z" (8), les-
quelles seront donc

et moyennant ces valeurs on aura celles des racines a, h, c, comme on


l'a vu tantôt.
Au reste cette propriété des fonctions M et N fait voir clairement
pourquoi la quantité

ne dépend que d'une équation du second degré, de sorte que l'équation


en y ne peut renfermer que les puissances y3 et y0.

10. La résolution des équations du troisième degré que nous venons


d'examiner est appelée communément la Règle de Cardan, et elle est la
seule que les Analystes connaissent. Mais il y a encore une autre mé-
thode qui est due à M. Tschirnaus, et qui, quoique moins simple que
celle de Cardan, a cependant l'avantage d'être plus directe et plus géné-
rale. Cette méthode est exposée dans les ActaEruditorum de l'année i683,
et elle consiste à faire disparaître autant de termes intermédiaires que
l'on veut d'une équation quelconque; l'Auteur la propose comme géné-
rale pour cet objet, et nous verrons qu'elle l'est en effet, mais qu'elle
demande souvent la résolution d'équations d'un degré supérieur à celui
de la proposée, ce qui empêche qu'elle ne réussisse au delà du quatrième
degré.
M. Tschirnaus remarque que comme on peut faire évanouir un terme
quelconque d'une équation dont x est l'inconnue, par la supposition de

y étant une nouvelle inconnue et a une quantité indéterminée, de même


on pourra en faire évanouir deux quelconques en supposant

ou trois en supposant

et ainsi de suite, a, b,c, étant tous des coefficients indéterminés dont


le nombre doit être égal à celui des termes qu'on veut faire évanouir,
afin que l'on ait autant d'inconnues que de conditions à remplir.
Ainsi il n'y aura qu'à éliminer l'inconnue x de l'équation proposée
par le moyen de la nouvelle équation qu'on a supposée, et l'on aura une
équation en y qui sera toujours du même degré que la proposée, et dans
laquelle on pourra supposer autant de termes égaux à zéro qu'il v a
d'indéterminées a, b, c,
Prenons donc l'équation du troisième degré

et supposons

pour qu'on soit en état d'éliminer dans la transformée les deux termes
intermédiaires; on aura donc

et, en substituant. la valeur de x2,

donc, substituant ces valeurs dans la proposée, on aura

(A)

d'où l'on tire


valeur qui étant substituée dans l'équation

donnera celle-ci, où je fais, pour plus de simplicité, b + m = c,


b2 + mb + n = d,

c'est-à-dire, en ordonnant les termes par rapport aux puissances de a+y,


et remettant les valeurs de c et d,

(B)

de sorte qu'en développant les puissances de y -1- a, on aura l'équation

dans laquelle

Maintenant on peut faire évanouir le second et le troisième terme en sup-


posant A = o et B = o, ce qui donnera ces deux équations

par lesquelles on pourra déterminer a et b; et l'équation en y sera ré-


duite à la forme

laquelle donne sur-le-champ ces trois racines

i, oc et a2 étant les racines de l'équation x3 1 = 0. Ainsi mettant


d'abord dans l'expression de x trouvée ci-dessus les valeurs de a et b qui
résultent des équations précédentes, et ensuite pour y les trois racines
de l'équation y3 + C = o, on aura tout d'un coup les trois racines x de
l'équation proposée.
Or, comme des deux équations qui doivent donner a et b la première
est du premier degré et la seconde du second, il est visible que la déter-
mination de ces quantités ne dépendra que d'une équation du degré i 2,
c'est-à-dire du second degré; en effet, on aura d'abord

et, substituant cette valeur dans la seconde équation, on aura

d'où l'on tirera deux valeurs de b qui pourront être employées indiffé-
remment, parce qu'elles donneront toujours les mêmes valeurs de x.
Cette méthode a donc l'avantage de conduire immédiatement à une
réduite du second degré, au lieu que par la méthode ordinaire on tombe
dans une réduite du sixième; mais la résolution qu'elle donne n'est pas
pour cela exempte de l'inconvénient que nous avons remarqué dans la
résolution de Cardan, et qui consiste en ce que cette résolution est plu-
tôt celle d'une équation du sixième degré que d'une équation du troi-
sième (2). En effet, puisque la quantité y a trois valeurs, et que les
quantités b et a en ont chacune deux, il est visible qu'il doit résulter six
valeurs de x, lesquelles ne peuvent être par conséquent que les racines
d'une équation du sixième degré; il est vrai que ces six valeurs se rédui-
ront à trois, dont chacune sera double, comme il est facile de le démon-,
trer, et comme nous l'avons déjà fait voir à l'égard de la formule de
Cardan.
11. Il a une remarque importante à faire touchant cette méthode de
y

M. Tschirnaus, c'est que, dès qu'on a trouvé les valeurs de a, de b et de y,


on ne doit pas prendre indifféremmentpour x une des racines de l'équa-
tion supposée
ainsi que l'Auteur le fait; car, pour que cela fût permis, il faudrait que
cette équation renfermât deux des racines de la proposée, et par consé-
quent que b fût la somme de ces deux racines; or, comme il n'y a pas
plus de raison pour que b soit la somme de deux quelconques des trois
racines de la proposée que de deux autres quelconques, il s'ensuit que b
devrait avoir autant de valeurs différentes qu'il y a de manières de pren-
dre les trois racines deux à deux, c'est-à-dire trois valeurs, à cause que
le nombre des combinaisons de trois choses prises deux à deux est
=
—3.2 2
3; au lieu que nous avons vu que la quantité b n'a que deux va-
leurs, puisqu'elle ne dépend que d'une équation du second degré.
L'esprit de la méthode que' nous examinons consiste à faire en sorte
que l'équation supposée ait une racine commune avec la proposée; ainsi,
quand on a déterminé les valeurs de a; b et y en sorte que cette condi-
tion ait lieu, il faut prendre pour la valeur de x celle des racines de
l'équation

qui sera commune à l'équation proposée

pour cela il n'y aura qu'à chercher le plus grand diviseur commun de
ces deux équations, et ce diviseur, où x sera nécessairement linéaire,
donnera une valeur de x qui sera aussi une des racines de la proposée;
or il est facile de comprendre que cette valeur de x ne peut être que celle
que nous avons trouvée en éliminant successivement les puissances plus
hautes de x des deux équations données.
En effet, la méthode ordinaire d'élimination, suivant laquelle on fait
disparaître successivement les plus hautes puissances de l'inconnue en
déduisant, des deux équations données où la même inconnue se trouve
élevée à des puissances quelconques, une suite d'autres équations où le
plus haut degré de l'inconnue est successivement moindre, jusqu'à ce
qu'on arrive à une équation où l'inconnue ne se trouve plus, et qui est le
résultat de l'élimination; cette méthode, dis-je, revient dans le fond à la
même que celle qui sert à trouver le plus grand commun diviseur des
deux quantités qui forment les premiers membres des deux équations
données; les restes que l'on aura par les divisions successives qu'il fau-
dra faire donneront, étant égalés à zéro, les mêmes équations que celles
qui proviennent de l'élimination; le dernier reste où l'inconnue ne se
trouve plus devra être égal à zéro pour que les deux quantités'proposées
aient un diviseur commun du premier degré, lequel sera par conséquent
l'avant-dernier reste où l'inconnue ne sera que Iiiiéaire; de sorte qu'en
égalant aussi à zéro cet avant-dernier reste on aura une valeur de l'in-
connue qui sera la racine commune des deux équations.
Dans l'Exemple du n° 10 les équations (A) et (B) sont celles que l'on
aurait en faisant égal à zéro l'avant-dernier et le dernier reste; par con-
séquent la valeur de x tirée de l'équation (A) est la seule qui puisse don-
ner en même temps une racine de l'équation proposée.

12. A l'occasion de cette remarque, nous croyons devoir encore en


faire une autre touchant la manière de faire en sorte que deux équations
aient plus d'une racine commune; il est évident que si l'on veut qu'elles
aient deux racines communes il faudra qu'elles soient divisibles exacte-
ment par un facteur du second degré; par conséquent, en cherchant le
plus grand commun diviseur des deux quantités qui forment les premiers
membres des équations proposées, dès qu'on sera parvenu à un reste où
l'inconnue se trouvera au second degré, il faudra, pour que ce reste soit
un diviseur commun des deux équations, que le reste suivant soit nul de
lui-même; or ce dernier reste ne renfermera que deux termes, l'un où
l'inconnue ne se trouvera pas, et l'autre où elle se trouvera à la première
dimension; c'est pourquoi il faudra faire chacun de ces termes en parti-
culier égal à zéro, ce qui donnera deux équations contenant les condi-
tions nécessaires pour qu'il y ait dans les proposées deux racines com-
munes. Ce serait la même chose si l'on voulait employer la voie de l'éli-
mination alors il faudrait s'arrêter à l'équation où l'inconnue serait au
premier degré, et vérifier cette équation indépendammentde l'inconnue,
en égalant à zéro l'un et l'autre des deux termes dont elle serait compo-
sée; moyennant quoi l'équalion précédente du second degré renfermerait
les deux racines communes aux deux équations proposées.
On voit par là comment il faudrait s'y prendre pour trouver les condi-
tions qui donnent trois racines communes, ou davantage, à deux équa-
tions données; mais dès qu'on aura trouvé la condition nécessaire pour
que ces deux équations aient une racine commune, on pourra aisément
en déduire celles qui rendront deux ou plusieurs racines communes.
Pour cela, supposons que les deux équations données qui renferment
une même inconnue x soient représentées, .en général, par
P=o et Q = 0;
si, au lieu de prendre P = o, je prends P =y, et que j'élimine ensuite x
des deux équations, j'en aurai une en y que je représenterai par

or, pour que les deux équations P = o et Q = o aient une racine com-
mune en sorte qu'elles puissent subsister à la fois, il faut que y ait une
valeur égale à zéro; donc
r=oo
sera la condition nécessaire pour l'existence d'une racine commune à ces
deux équations; mais si l'on veut qu'elles aient deux racines communes,
alors il faudra que y ait deux valeurs égales à zéro; par conséquent on
aura les deux conditions
r=o et q=o;
de même, s'il devait y avoir trois racines communes, il faudrait que y eût
trois valeurs égales à zéro, ce qui donnerait les trois conditions

r=o, q-o et p=o,


et ainsi de suite.
Je remarque maintenant que pour changer l'équation P = o en P = y,
ou P—y= 0, il n'y a qu'à diminuer le dernier terme de l'équation
P = o de la quantité y; de sorte que si l'on suppose
il n'y aura qu'à écrire p -y à la place de p; or l'équation

est celle qui résulte de l'élimination de x dans les deux équations P =y


et Q = o (hypothèse); par conséquent, en y faisant y = o, l'équation
r= o sera celle qui résultera de l'élimination de x dans les équations
P = o et Q = o donc, ayant l'équation r = o, il n'y aura qu'à y substi-
tuer p y à la place de p pour avoir immédiatementl'équation

mais on sait que si r est une fonction de p et qu'on veuille y substituer


p y à la place de p, on aura, en employant les différentiations, la trans-
formée

donc on aura, par la comparaison des termes,

d'où je tire cette conclusion, que si

r = 0

est la condition nécessaire pour que les équations P = o et Q = o aient


une racine commune, on aura, pour les conditions de deux racines com-
munes,

pour trois racines communes,

et ainsi de suite, p étant le dernier terme de l'une des équations pro-


posées.
13. Il est clair au reste que les racines de l'équation en y ne sont autre
chose que les valeurs de P qui résultent en substituant à la place de x
chacune des racines de l'autre équation Q = o, que nous désignerons
par x', x", x" donc, si l'on suppose que P', P", P"
soient les va-

mis x', x", x'


leurs de P qui viendraient de ces substitutions, c'est-à-dire où l'bn aurait
à la place de x, on aura

d'où l'on voit que l'équation r = o, résultante de l'élimination de l'in-


connue x des deux équations P = o et Q = o, n'est autre chose que le
produit de toutes les équations particulières

P'=o, p" = 0, p'" = 0,


or ce produit P'P"P' peut toujours se trouver sans connaître les ra-
cines de l'équation Q = o, comme il est facile de s'en convaincre en con-
sidérant que le produit en question demeurera toujours le même, quel-
que permutationqu'on y fasse entre les racines x', x",
P"
x"
c'est-à-dire
entre les quantités P', P", qui sont des fonctions semblables de ces
racines; de sorte qu'il doit être donné par une équation linéaire et sans
extraction de racines. En effet, les multiplications des quantités P', P",
P" étant faites, on trouvera toujours que les différentes fonctions
de x', x", x" qui entreront dans le produit total seront exprimables
par les seuls coefficients de l'équation Q=o, dont x', x", x"sont les
racines. On peut consulter là-dessus l'Introduction à l'Analyse des lignes
courbes de M. Cramer, où l'on trouvera des règles pour calculer toutes les
fonctions dont il s'agit, et avoir par conséquent la valeur du produit
P'P"P" nous avons aussi traité ce sujet dans un Mémoire particulier,
où nous avons donné des formules générales pour trouver immédiate-
ment la valeur du même produit, sans passer par les différentes opéra-
tions que la méthode de M. Cramer exige (*); ainsi nous ne nous arrête-
rons pas davantage là-dessus. Nous nous contenterons seulement de re-

(*) OEuvres de Lagrange, t. III, p.


marquer que, de ce que l'équation résultante de l'élimination de x par
le moyen des équations P = o et Q = o peut être représentée par

P'p"P' =o,
il s'ensuit que cette équation doit être telle, que les coefficients de l'équa-
tion P = o y forment partout des produits d'autant de dimensions qu'il y
a de quantités P', P", P' ou de racines x', x", x" dans l'équation
Q = o, c'est-à-dire autant qu'il y a d'unités dans le degré de cette der-
nière équation; il en sera de même des coefficients de l'équation Q = o,
qui devront former partout dans la même équation résultante de l'élimi-
nation des produits d'autant de dimensions qu'il y a d'unités dans l'expo-
sant du degré de l'autre équation P = o.

14. D'ou l'on peut conclure, en général, que, suivant la méthode de


M: Tschirnaus, on aura toujours une transformée en y du même degré
que l'équation proposée, et que dans cette transformée les quantités y,
a, b,c, (y compris l'unité, coefficient de la plus haute puissance de x
dans l'équation supposée) formeront partout des produits du même
nombre de dimensions, c'est-à-dire d'autant de dimensions qu'il y a
d'unités dans le degré de la proposée.
Ainsi, supposant que l'équation proposée dont x est l'inconnue soit
du degré m, et qu'on prenne une équation subsidiaire telle que

on aura une transformée en y du degré m qui, étant représentée par

sera telle que le coefficient A sera une fonction linéaire de a, b, c,


que le coefficient B sera une fonction de deux dimensions des mêmes
quantités, que le coefficient C en sera une de trois dimensions, et ainsi
de suite.
Et en général le coefficient du terme nième sera toujours une fonction
rationnelle et entière de a, b, c, de n i dimensions. Ainsi, prenant
autant d'indéterminées a, b, c, qu'il y a de termes à faire disparaître,
il est clair que pour faire disparaître le second terme on n'aura qu'à
résoudre une équation du premier degré à une seule inconnue; pour
faire disparaître le second terme et le troisième il faudra résoudre deux
équations à deux inconnues, l'une du premier degré et l'autre du second,
ce qui donnera toujours une équation finale du second, comme nous
l'avons vu plus haut; pour faire disparaître le second terme, le troisième
et le quatrième, on aura à résoudre trois équations à autant d'inconnues,
dont l'une sera du premier degré, la seconde du second degré et la troi-
sième du troisième degré, en sorte que l'équation finale sera, en général,
du degré 1.2.3 = 6.
En général, pour faire disparaître à la fois les termes pième, qième,
rième, on aura à résoudre autant d'équations qu'il y aura de ces
termes, avec un même nombre d'inconnues, et ces équations seront des
degrés p — I, q — I, r — I,en sorte que l'équation finale montera, en
général, au degré (p — I) (q — I) (r — I). Donc, pour chasser par cette
méthode tous les termes intermédiaires de la transformée

en sorte qu'elle se réduise à la forme y"z + M = o qui est toujours réso-


luble, on tombera, en général, dans une équation du degré I.2.3.(m—I),
qui sera par conséquenttoujours plus haut que le degré m de la propo-
sée, excepté le seul cas où m = 3.

15. Revenons maintenant à la résolution du troisième degré trouvée


d'après la méthode de M. Tschirnaus, et voyons à priori, et indépendam-
ment de la théorie de l'élimination que nous venons d'expliquer, la raison
pourquoi cette méthode conduit directement à une réduite du second
degré, tandis que la méthode ordinaire mène à une réduite du sixième.
Pour cela je considère l'équation subsidiaire

dans laquelle y doit être déterminé par une équation du troisième degré
à deux termes telle que

dont les racines sont

et je remarque que ces trois racines devant répondre aux trois valeurs
de x qui sont les racines de la proposée

on aura donc, en désignant ces dernières racines par x', x", x' les trois
équations suivantes

(C)

d'où l'on pourra tirer les valeurs de a et b, après avoir chassé \lC; pour
cet effet, il n'y a qu'à [Link] les trois équations dont il s'agit,
après avoir multiplié la seconde par et la troisième par Co(2; car on aura,
à cause de 0(4 = et de i -+- x + 2 = o, comme on l'a déjà vu plus haut,
on aura, dis-je,

d'où l'on tire

Cette expression de b doit nous faire juger immédiatement du degré


de l'équation par laquelle la quantité b doit être déterminée; en effet, il
est clair que cette équation doit avoir autant de racines qu'il peut y avoir
de valeurs de b; or les différentes valeurs de b ne peuvent venir que des
permutations qu'on peut faire entre les racines x', x', x'
et ces permu-
tations sont au nombre de six, comme nous l'avons déjà remarqué plus
haut (voyez les nos 6 et suivants, où les lettres a, b, c désignent les
mêmes quantités qui sont nommées ici x', x", x'" ainsi la quantité b
pourra avoir en tout six valeurs, qui seront

de sorte que, généralement parlant, l'équation en b devrait être du


sixième degré; mais j'observe que des six valeurs précédentes la pre-
mière, la troisième et la cinquième sont égales, ainsi que la seconde, la
quatrième et la sixième. En effet, en multipliant le numérateur et le dé-
nominateur de la première par a, ce qui ne la change pas, elle devient la
;
cinquième, à cause de a3 = i et de a4 = et multipliant par «2, elle de-
vient la troisième; de même, en multipliant le haut et le bas de la seconde
,
par on aura la quatrième, et en multipliant par u2, on aura la sixième.
Donc l'équation en b du sixième degré aura nécessairementtrois racines
égales entre elles et trois autres aussi égales entre elles; ce qui l'abaissera
au second degré, puisqu'elle ne pourra être que le cube d'une équation
du second degré; et voilà pourquoi la quantité b est donnée simplement
par une équation du second degré, comme nous l'avons vu ci-dessus (10).
A l'égard de la quantité a, si l'on ajoute ensemble les trois équa-
tions (C), on aura, à cause de I + a + u2 = o,

mais on a

donc
et de 1à

de sorte qu'en connaissantla valeur de b on connaîtra aussitôt celle de a.

16. La formule

qui exprime la valeur de b, est donc très-remarquableen ce que, quelques


permutations qu'on y fasse entre les quantités x', x", x'
elle ne peut que
demeurer la même, ou se changer en cette autre-ci

de sorte que ces deux quantités ne peuvent être que les racines d'une
équation du second degré; on pourrait trouver à priori cette équation
en cherchant la somme et le produit des deux quantités dont il s'agit, et
il en résulterait après le calcul achevé une équation telle que l'équation
en.b qu'on a trouvée plus haut (10).
On peut encore remarquer que si l'on multiplie ensemble les deux dé-
nominateurs

on aura pour produit

mais

de sorte que ce produit deviendra m2 3 n. De plus, si l'on multiplie le


numérateur

par le dénominateur
on aura pour produit la quantité

laquelle (à cause que x' x", x" sont les mêmes racines que nous avons
nommées ailleurs a, b, c) se réduit (7) à

ou bien à

puisque x'x"x'"= p; de sorte que la fraction

deviendra, en multipliant le haut et le bas par x' + x'" + 2x", celle-ci

et de même l'autre fraction

deviendra, en multipliant le haut et le bas par x'+ x" + 2 x'

Mais dans le numéro cité on avait

donc

[Link]équent les deux fractions dont il s'agit seront


ou bien (8)

z' et z" étant les racines de l'équation

qui est la réduite que donne la méthode de Cardan.


Ce qui fait voir clairement la liaison et l'analogie de cette méthode

avec celle de Tschirnaus.

17. L'expression de x trouvée (10) d'après la méthode de Tschirnaus


peut se mettre évidemment sous cette forme

f, g et k étant des indéterminées et y la racine d'une équation du troi-


sième degré à deux termes telle que

Ainsi il n'y aurait qu'à éliminery par le moyen de ces deux équations,
dont la première donne

ce qui étant substitué dans la seconde, il vient

équation du troisième degré qu'on pourra comparer avec la proposée;


et cette comparaison servira à déterminer les quantités f, g, k, h, dont
une restera arbitraire et pourra être prise à volonté..
Cette méthode de résoudre les équations du troisième degré a déjà été
employée par M. Bezout dans un excellent Mémoire qu'il a donné sur
cette matière dans le volume des Mémoires de l'Académie des Sciences de
Paris, pour l'année 1762, et dans lequel l'Auteur a fait un usage utile
et heureux de ces substitutions pour résoudre une classe très-étendue
d'équations de tous les degrés. Nous nous contenterons de remarquer ici
que si l'on voulait savoir d'avance ce que l'on peut se promettre des sub-
stitutions dont il s'agit pour la résolution des équations du troisième
degré, il n'y aurait qu'à chercher à priori le degré et la forme de l'équa-
tion qui donnera l'un des coefficients f, ou g, etc.; pour cela on consi-
dérera que, puisque y' + h = o, on aura ces trois valeurs de y, savoir
—A. —c:vA, Cl.2 vii, lesquelles étant substituées dans l'expression de

donneront les trois valeurs de a?, savoir x', x", x"


Ainsi prenant l'équation

ou bien

on en déduira ces trois-ci

qui étant d'abord ajoutées ensemble donnent, à cause de x' + x" + -x'"= —m

et I + + 2 =o,

de plus, multipliant la seconde par a et la troisième par (;(2, et les ajou-


tant ensuite toutes trois ensemble, on aura

Celle-ci donne
et, cette valeur étant substituée dans la première, on aura en divisant
par k

d'où l'on tire

d'abord facile de voir par cette expression que la


quantité f k
Il est ne peut
avoir que deux valeurs différentes, et que par conséquent elle ne pourra
être donnée que par une équation du second degré; car la fraction

ne peut que demeurer la même, ou se changer dans la fraction

en faisant telle permutation que l'on voudra entre les trois racines x',
x", x' C'est ce qu'on comprendra encore plus aisément en multipliant
le haut et le bas de la première fraction par

et le haut et le bas de la seconde par

car alors elles deviendront (16)

c'est-à-dire (7)

ou bien
de sorte que les deux valeurs de fk seront

z' et z" étant les racines de l'équation en z donnée ci-dessus.

18. Reprenons l'expression de x

et comme y est un radical donné par l'équation y3 + h = 0, faisons éva-


nouir ce radical du dénominateur k+y en multipliant le haut et le bas
de la fraction par k2 ky+y2, ce qui la changera en celle-ci

c'est-à-dire, en substituant -h à la place dey3,

quantité qu'on peut réduire à cette forme plus simple

de sorte que l'on aura, en général,

a, b, étant des coefficients indéterminés et y la racine d'une équation


c
du troisième degré à deux termes telle que y3 + h = o.
Cette expression de x est la même que MM. Euler et Bezout ont adoptée
pour exprimer les racines des équations du troisième degré, et que ces
Auteurs croient pouvoir étendre, en général, aux équations de tous les
degrés. Voyiez les Nouveaux Commentaires de Pétersbourg, tome IX, et
les Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris, pour l'année 1765.
Pour résoudre donc les équations du troisième degré d'après cette mé-
thode, il n'y a qu'à éliminer y parle moyen des deux équations

ce qui donnera nécessairement une équation en x du troisième degré,


comme on peut s'en assurer par la théorie de l'élimination que nous
avons donnée plus haut; cette équation étant ensuite comparée terme à
terme avec la proposée donnera trois équations par lesquelles on pourra
déterminer trois des quatre indéterminées a, b, c, h, la quatrième pou-
vant être prise à volonté. M. Bezout fait d'abord, pour plus de simpli-
cité, h = I mais M. Euler conserve dans le calcul toutes les indéter-
minées, et il prend ensuite égale à l'unité celle qui lui paraît devoir
donner un résultat plus simple; c'est toute la différence qui se trouve
entre les procédés de ces deux Auteurs.

19. Pour apprécier cette méthode à priori, nous allons chercher


d'après nos principes la forme et le degré des équations finales qui ser-
viront à la détermination des coefficients a, b,
et comme l'équation
y3 + h = 0 donne les trois racines —3h,—3h,—23h il est clair
qu'on aura sur-le-champ les trois équations

qui étant ajoutées ensemble donneront d'abord

ensuite, multihliant la seconde par 2, la troisième par CI. et les ajoutant


toutes trois, on aura

enfin, multipliant la seconde par


même, on aura
, la troisième par a2 et les ajoutant de
Si l'on fait h = i, on aura

Or ces expressions sont les mêmes que celles que nous avons trouvées
plus haut pour les racines de la réduite du troisième degré d'après la
règle de Cardan;- de sorte qu'on peut conclure d'abord que les quantités
b et c seront données par une même équation du sixième degré résoluble
à la manière de celles du second, et qui sera (5)

c'est aussi ce que M. Bezout a trouvé d'après son calcul.


Mais si, au lieu de supposer avec M. Bezout h = i on fait avec
M. Euler b = i on aura

et
la première étant élevée au cube donnera

ou bien, en adoptant les dénominationsdu n° 8,

d'où l'on voit d'abord que la quantité —h sera donnée par une simple
équation du second degré, dont les racines seront z'27 et z"27. Ayant
trouvé h, il n'y aura qu'à multiplier la première équation par la seconde
pour avoir

ce qui se réduit (16) à


d'où

20. Telles sont les principales méthodes qu'on a trouvées jusqu'à


présent pour résoudre les équations du troisième degré. Par l'analyse
que nous venons d'en faire il est visible que ces méthodes reviennent
toutes au même pour le fond, puisqu'elles consistent à trouver des ré-
duites dont les racines soient représentées en général par x'+x"+2x'
ou par (x' + x"+ 2x"')3, ou bien, ce qui. est la même chose, par des
quantités proportionnelles à celles-ci. Dans le cas où la racine de la
réduite est x' + x"+ 2x' cette réduite est du sixième degré, résoluble
à la manière du second parce qu'elle ne renferme que la troisième et la
sixième puissance de l'inconnue. Nous en avons donné la raison dans le
n° 6. Dans l'autre cas, où la racine de la réduite est (x'+ x"+ 2x")3,
cette réduite ne peut être que du second degré, ce qui suit nécessaire-
ment du cas précédent, et que nous avons aussi démontré d'une manière
directe (9).

21. Avant de terminer cette Section nous dirons un mot de la résolu-


tion de l'équation

;
dont nous avons supposé les racines i, u et et nous ferons en même
temps quelques remarques sur la résolution générale de l'équation

lesquelles pourront nous être utiles dans la suite.


Il est d'abord clair que l'unité est une des racines de l'équation
x3 I = O, de sorte que pour trouver les deux autres il n'y aura qu'a
diviser d'abord cette équation par x- I, ce qui donnera celle-ci

d'où l'on tire


Ainsi l'on aura

et

et il est facile de se convaincre que est en effet égal à 2, comme nous


l'avons déjà trouvé à priori; car faisant le carré de on a

En général, soit l'équation à deux termes

on remarquera d'abord que si n est un nombre composé, en sorte que


n = pq, la résolution de cette équation se réduira toujours à celle de
deux équations semblables, l'[Link] degré p et l'autre du degré q. Car,
faisant xq = y, on aura x" = yP, et par conséquent

Supposons donc qu'on ait résolu cette équation du degré p et que soit
une des racines, on aura ensuite

ou bien, faisant x = t q,
et cette nouvelle équation étant résolue, on aura la valeur de t et. par
conséquent celle de x.
De là on voit que la difficulté de résoudre l'équation xn— i = o, lors-
que n est un nombre composé, se réduit à résoudre autant de pareilles
équations que n a de facteurs simples, et dont les degrés soient ces
mêmes facteurs de n.
Ainsi toute la difficulté consiste à résoudre l'équation xn I = O lors-
que n est un nombre premier.
Considérons, en général, le cas où n est impair, en sorte que l'équa-
tion à résoudre soit
puisque l'unité est toujours une des valeurs de x, on pourra diviser par
x—I, et le quotient sera

Or cette équation qui est du degré 2 p peut toujours s'abaisser au degré, p,


car, en la divisant par xp et mettant ensemble les termes qui sont égale-
ment éloignés de celui du milieu, on aura

Qu'on fasse x + Ix =y et élevant y au carré, au cube, etc., on trouvera

donc

et, en général,

en ne continuant la série que tant que l'on aura des puissances positives
de y.
Faisant donc ces substitutions dans l'équation ci-dessus, on aura une
transformée en y où toutes les puissances de y seront positives et où la
plus haute sera yp, de sorte que l'équation ne sera plus que du degré pième.
Donc, si l'on peut résoudre cette dernière équation, on aura p valeurs
de y, dont chacune donnera ensuite deux valeurs de x par la résolution
de l'équation quadratique

moyennant quoi on aura 2p valeurs de x, auxquelles joignant la pre-


mière racine x = r on aura toutes les racines de l'équation

Ainsi l'on pourra avoir par l'extraction de la seule racine carrée les
racines des équations

et

par conséquent on pourra résoudre de même toute équation

lorsque n ne contiendra d'autres facteurs simples que 2, 3 et 5, c'est-à-


dire lorsque n sera de la forme 2. 3µ. 5v. En admettant la résolution des
équations du troisième degré., on pourra résoudre encore l'équation

et par conséquent toute équation

lorsque n sera de la forme 21. 3µ. 5. 7-.


Mais on ne saurait aller plus loin, puisque, le nombre premier qui
suit 7 étant 11, il faudrait pouvoir résoudre l'équation

ce qui demanderait la résolution d'une équation du cinquième degré.


Cependant on peut toujours exprimer les racines de toute équation
x" i = o, quel que soit n, par la division de la circonférence du cercle
en n parties, comme on le verra ci-après.

22. La méthode que nous avons employée pour abaisser l'équation

au degré p peut s'appliquer, en général, à toute équation d'un degré pair,


et où les coefficients des termes équidistants de celui du milieu sont les
mêmes; car prenant l'équation
et la divisant par xP, elle pourra se mettre sous la forme

de sorte qu'on y pourra faire usage des substitutions

au moyen desquelles la transformée en y ne sera que du degré pième.


Si l'on avait l'équation du degré impair 2p + I,

on la disposerait d'abord ainsi

où l'on voit que chaque terme est divisible par x +1, et, la division faite,
on aura

équation qui, étant ordonnée par rapport aux puissances de x, se trou-


vera dans le cas de l'équation ci-dessus et pourra par conséquent s'abais-
ser par la même méthode au degré p.
M. de Moivre est, je crois, le premier qui ait remarqué cette propriété
des équations dont nous parlons, et il a donné dans ses uliscellaneu ana-
lytica la formule générale de la transformée dont le degré-n'est que la
moitié de celui de la proposée. Nous donnerons plus bas la raison à priori
pourquoi ces sortes d'équations sont susceptibles d'une pareille réduction.

23. Reprenons la formule trouvée dans le n° 21, savoir


et remarquons que, par les théorèmes connus de la multisection angu-
laire, la quantité

représente, dans un cercle dont le rayon est égal à i, la corde du com-


plément à 180d d'un arc ruple de celui dont la corde du complément se-
raity; de sorte qu'en nommant ce dernier arc 29 on aura

lés cordes des compléments étant, comme on sait, égales aux doubles
des cosinus de la moitié des angles.
Ainsi faisant x + Ix =
2 cos, on aura, en général, x"+ Ix" = 2 cosn;
par conséquent les deux équations

subsisteront à la fois, quel que soit le nombre n, en sorte que la première


sera nécessairement un diviseur de la seconde; c'est le fondement du fa-
meux théorème de M. Cotes.
Maintenant, si l'on résout ces deux équations à la manière des équa-
tions quadratiques, on aura ces deux-ci

où il est facile de prouver que les signes ambigus doivent être les mêmes
dans l'une et l'autre; car supposant très-petit, on aura, aux infiniment
petits du second ordre près,
et de même

de sorte que les deux équations deviendront


or, en élevant la première à la puissance n, et négligeant le carré et les
,
puissances plus hautes de on aurait

valeur qui devant être la même que celle qui est donnée par la seconde
équation, on en conclura l'identité des signes ambigus + ou — dans
les deux équations. Faisant donc abstraction de l'ambiguïté des signes,
il est clair que

sera la résolution de l'équation

Donc, si l'on suppose sin n =o et cosncp = i, ce qui donne n


= 3God
ou = 720d, ou, en général, égal à m x 36od, m étant un nombre entier
quelconque, on aura l'équation

dont la résolution sera, à cause de = mn x

Cette expression est générale pour chacune des racines de l'équation pro-
posée xn-- i = o, et on les aura toutes en faisant successivement m = 1,
2, 3, jusqu'à n inclusivement; il serait inutile de faire m >n, puis-
qu'il en résulterait de nouveau les mêmes valeurs que lorsque m < n.

24. Nous remarquerons d'abord sur cette solution que toutes les ra-
cines de l'équation xn I = 0 doivent être différentes entre elles, puis-
que dans la circonférence il n'y a pas deux arcs différents qui aient un
même sinus et un même cosinus à la fois. De plus il est facile de voir
que toutes les racines seront imaginaires, à l'exception de la dernière
qui répond à m = n et qui sera toujours égale à i, et de celle qui répon-
dra à m = n 2, lorsque n sera pair, laquelle sera égale à I; car pour que
la partie imaginaire de l'expression de x disparaisse, il faut que l'on ait

ce qui n'arrive que lorsque l'arc est égal à 36od ou à 180d; de sorte qu'on

aura ou m n =i ou =I et par conséquent ou m = n ou m = dans


2,

360d) deviendra cos36od=r; et


le premier cas la partie réelle cos (m n X
dans le second elle deviendra cos 180d = —
I.
Maintenant, si l'on fait

on aura par les formules ci-dessus

de sorte que les différentes racines de xn — I = o seront toutes exprimées


par les puissances de la quantité a; et qu'ainsi ces racines seront a, u2,
a3, un, dont la dernière n sera toujours égale à I, ce qui est évident
par l'équation même xn — I = o, laquelle doit donner an- i = o, et dont
n
celle qui sera représentée par n, lorsque n est pair, sera égale à 1,
comme on l'a vu [Link].
Il est bon d'observer ici que si n est un nombre premier, on pourra
toujours représenter toutes les racines de xn — i = o par les puissances
successives d'une quelconque de ces mêmes racines, la dernière seule
exceptée; car soit, par exemple, n = 3, les racines seront a, a2, a3; si
l'on prend à la place de a la racine suivante a2, on aura les trois ra-
cines a2, 4,
ua; mais, à cause de a3 = i, il est clair que = a et que 4
6 = 3; de sorte que ces racines seront a2, u, a3, les mêmes qu'aupara-
vant de même, si n = 5, les racines seront u, u2, 3, 4, et si l'on5;
,
prend la racine a2 au lieu de la racine on aura celles-ci 2, a4, us, a8,
10, lesquelles, à cause de 5 = I, deviennent a2, 4, a, 3, 5; que si l'on
prend à la place de la racine u3, on trouvera de même, en rabattant
des exposants de.a qui surpassent 5 le nombre 5 autant de fois que l'on
peut, on trouvera, dis-je, les racines a3, , ,4, 2, 5; enfin, prenant
pour oc la racine ud, on trouvera celles-ci 4, u3, 2, 5; de sorte qu'on
aura toujours les mêmes racines, mais dans un ordre différent.
En général, soit m une quelconque des n racines u, 2, 3,
m étant plus petit que n, et n étant un nombre premier; prenant cette
a",

,
racine à la place de on aura celles-ci m, 2m,
retranche des exposants 2m, 3m, 4m,
3m, nm; or, si l'on
lorsqu'ils surpassent n, le plus

q, r, r, on aura les racines m, p, q,


bres m, p, q,
r,
grand multiple de n qu'ils contiennent, et qu'on dénote les restes par p,
v.n; et je dis que lés nom-

n, dont aucun n'est plus grand que n, seront néces-


sairement tous différents entre eux; car si deux quelconques comme p
et r étaient égaux, comme ces nombres ne sont que les restes des nom-
bres 2m, 4m, après en avoir retranché les plus grands multiples de n, il
est clair qu'il faudrait que la différence de ces derniers 2 m, 4m, fût divi-
sible par n; ce qui ne se peut tant que n est premier et m < n. Donc,
puisque les nombres m, p, q, r, dont le nombre est n I, sont tous

racines m, p, q, r,
être autre chose que les nombres 1, 2, 3,
différents entre eux et tous moindres que n, il est clair qu'ils ne peuvent
n — i; par conséquent les
n seront les mêmes que les racines 2, ,
3, n. Il est facile de voir que la démonstrationprécédente n'en sub-
sistera pas moins lorsque n ne sera pas premier, pourvu que l'on
prenne m premier à n; mais si m n'est pas premier à n, et que leur plus
grande mesure soit l, on verra aisément que tous les nombres m, p, q,
r, seront mesurés par 1; de sorte que ces nombres ne pourront être
que des multiples de l moindres que n.
Dé là il est aisé de conclure, en général,- que l'on peut représenter
,
toutes les racines 2,
sances ire, 2e, 3e,
a3, n de l'équation xn — I = o par les puis-
nlème d'une quelconque de ces racines comme m,

pourvu que m soit premier n; mais que si m n'est pas premier à n, en


sorte que leur plus grande mesure soit on n'aura de cette manière que
les seules racines a1, a2t, 3l, an, donc chacune se trouvera répétée
autant de fois qu'il y a d'unités dans n l; et il est facile de voir par les
formules ci-dessus que ces dernières racines seront aussi celles de l'équa-
tion xf- i = o, en supposant lf = n.
Or, comme les racines de l'équation xn — I =o sont représentées par

, a', a3, a",


et que n = I, il est clair qu'on pourra les représenter aussi, si l'on veut,
par

puisqu'on aura â = n1, I 2 = n2,


De plus, à cause que l'équation xn — I = o manque du second terme,
il est clair qu'on aura-toujours, en général,

et de même

Et lorsque n est un nombre composé comme if, on aura en particulier

et de même

c'est-à-dire que les sommes des puissances tant positives que négatives
de dont les exposants sont divisibles par l ou par f seront égales à zéro
par conséquent aussi la somme des puissances dont les exposants ne
seront point divisibles par l sera nulle, comme aussi la somme de celles
dont les exposants ne seront point divisibles par f. Ces différentes re-
marques pourront nous être utiles dans la suite.
25. Maintenant voici les valeurs de pour les équations xn — 1=0
depuis n = i jusqu'à n = 6
Si l'on voulait avoir la valeur de pour l'équation

il faudrait, comme on l'a dit plus haut, résoudre une équation du troi-
sième degré. En effet, en faisant p = 3 dans les formules du n° 21, on
trouvera cette transformée eny

qui, étant du troisième degré, aura toujours une racine réelle; et cette
racine étant substituée dans l'équation

on en tirera x, ou

Quant aux équations


et

on en pourra aussi exprimer la racine a. par de simples radicaux carrés;


mais l'équation

exigerait la résolution de l'équation du cinquième degré

laquelle étant supposée, on aura pour la même expression en y que


ci-dessus.

SECTION SECONDE.

DE LA RÉSOLUTION DES ÉQUATIONS DU QUATRIÈME DEGRÉ.

26. On sait que Louis Ferrari, contemporain et même disciple de


Cardan, est le premier qui ait trouvé une règle générale pour la résolu-
tion des équations du quatrième degré. Sa méthode consiste à partageur
l'équation proposée en deux membres, et à ajouter à l'un et à l'autre une
même quantité telle, qu'on puisse extraire séparément la racine carrée
des deux membres de l'équation, en sorte qu'elle soit par là abaissée au
second degré. Cette méthode, qu'on peut regarder comme la plus ingé-
nieuse de toutes celles qui ont été inventées depuis pour le même objet,
a été adoptée par tous les Analystes qui ont précédé Descartes; mais cet
illustre Géomètre a cru devoir lui en substituer une autre moins simple
à la vérité et moins directe, mais à quelques égards plus conforme à la
nature des équations: c'est celle que la plupart des Auteurs suivent au-
jourd'hui. Nous commencerons donc par examiner ces deux méthodes
l'une après l'autre; ensuite nous viendrons aux méthodes connues pour
la résolution de ces sortes d'équations, parmi lesquelles on doit surtout
distinguer celles de M. Tschirnaus et de MM. Euler et Bezout.
Je suppose d'abord avec Ferrari que l'équation du quatrième degré
qu'il s'agit de résoudre soit privée de son second terme, ce qu'on sait
d'ailleurs être toujours possible, en sorte que cette équation soit repré-
sentée ainsi

Qu'on fasse passer dans le second membre tous les termes excepté lè
premier, et qu'ensuite on ajoute à l'un et l'autre membre la quantité
2yxl + y2, y étant une indéterminée, on aura

équation où le premier membre est évidemment le carré de x2 + y, de


sorte qu'il ne s'agira plus que de rendre aussi carré le second; or pour
cela il faut, comme on sait, que le carré de la moitié du coefficient du
second terme -px soit égal au produit des coefficients des deux autres,
ce qui donne cette condition

laquelle produit l'équation cubique


Supposant donc la résolution de cette équation en sorte qu'on connaisse
une valeur dey, le second membre de la proposée deviendra

donc, tirant la racine carrée des deux membres, on aura

équation où l'inconnue x ne monte qu'au second degré, et qui n'a par


conséquent plus de difficulté. Faisons, pour plus de simplicité,

on aura

d'où l'on tire sur-le-champ

ou bien, en remettant la valeur de z,.

et cette expression donnera à la fois les quatre racines de la proposée en


prenant successivement les deux radicaux carrés en plus et en moins.

27. Nous remarquerons d'abord que cette méthode ne demande pas


absolumentl'évanouissementdu second terme dans l'équation proposée,
et qu'elle peut tout aussi bien s'appliquer aux équations complètes telles
que

en supposant que le premier membre ne soit pas simplement le carré


de x2 +y, mais celui de x2 + mx 2 + y; en effet, en faisant passer comme
ci-devant les trois derniers termes dans le second membre et ajoutant de
part et d'autre la quantité

on aura l'équation

On fera donc, pour rendre aussi le second membre carré,

d'où l'on tire l'équation cubique

La valeur dey étant déterminée par cette équation, que nous appellerons
dorénavant la réduite, si l'on fait, pour plus de simplicité,

on aura

et, tirant la racine carrée des deux membres,

ou bien

d'où enfin
et, remettant la valeur de z,

expression qui donnera pareillement les quatre racines de la proposée,


en prenant successivement chacun des deux radicaux carrés qui y entrent
en plus et en moins.

28. Puisque la réduite en y est du troisième degré, elle aura nécessai-


rement trois racines, dont chacune pourra être égalementsubstituée dans
l'expression de x, de sorte qu'à cause de l'ambiguïté des deux signes ra-
dicaux que cette expression contient, il en résultera douze valeurs de x;
d'où il est aisé de conclure que la résolution précédente est essentielle-
ment celle d'une équation du douzième degré.
Pour trouver cette équation, il faudra éliminer y de l'expression de x
et en faire disparaître ensuite tous les radicaux, ou bien on pourra re-
monter d'abord à l'équation rationnelle

et il n'y aura plus qu'à en éliminer x après y avoir substitué pour z2 sa


valeur

Supposons pour plus de généralité que la valeur de z2, au lieu d'être


simplement 2y + m2 4 n, soit

il est évident que le coefficient k ne peut aucunement changer le degré


auquel doit monter l'équation en x après l'élimination dey; on aura de
cette manière l'équation

ou bien, à cause de

en vertu de l'équation en y,

c'est-à-dire

Soit, pour abréger,

et, faisant k- i = h, l'équation précédente deviendra celle-ci

d'où il ne s'agira plus que d'éliminery par le moyen de l'équation

Nommons y', y", y'" les trois racines de cette dernière équation, et
l'équation en x résultant de l'élimination de l'inconnue y pourra être
représentée (13) par le produit des trois quantités
ce produit étant égalé à zéro. Faisons, pour
abréger,

et, supposant

on trouvera, pour le produit dont il s'agit,

Mais faisant encore, pour abréger,

en sorte que l'équation en y soit représentée par

on aura, comme on sait, par la nature des équations,

et de là
= , = b, 6=c,

Donc l'équation cherchée, résultant de l'élimination dey dans ces deux-ci

sera
Si l'on remet maintenant dans cette équation les valeurs de A, B, C et
de a, b, c, on aura une équation en x qui montera au douzième degré,
puisque A contient toutes les puissances de x jusqu'à la quatrième inclu-
sivement, que B contient simplement x2, et que les autres quantités ne
renferment point x.
Ainsi la résolution de cette équation du douzième degré sera comme
ci-dessus

en supposant

et il n'y aura point ici de racines superflues, puisque les trois valeurs dey,
combinées avec les signes ambigus des deux radicaux, donneront préci-
sément les douze racines de l'équation dont il s'agit.
Faisons à présent k = i pour avoir le cas du n° 27; donc h = o, et par
conséquent

ainsi l'équation dont il s'agit se réduira à A3 = o, c'est-à-dire à celle-ci

qui n'est autre chose, comme on voit, que l'équation proposée élevée au
cube, de sorte qu'elle doit avoir les mêmes racines que cette dernière,
mais chacune triple.
On voit par là bien clairement la raison pourquoi l'expression trouvée
pour la racine d'une équation du quatrième degré renferme réellement
douze racines, qui se réduisent cependant à quatre, puisque chacune
d'elles en a deux autres qui lui sont égales. De plus la démonstration
précédente fait voir que les racines égales ne viennent que de l'élimi-
nation dey, et nullement de l'ambiguïté des radicaux, puisque c'est l'é-
limination de y qui fait monter dans l'équation résultante la quantité X
au cube; d'où l'on peut conclure d'abord que, quelque valeur de y que
l'on emploie dans l'expression de x, on aura toujours les mêmes quatre
racines.

29. Mais, pour éclaircir encore davantage cette matière, on remarquera


que, dès que la réduite en y a lieu, ce qui peut arriver de trois manières
différentes à cause qu'elle a trois racines, on peut donner à la proposée
la forme

comme on l'a fait au n° 27; par où l'on voit qu'elle n'est autre chose que
le produit de ces deux-ci

c'est-à-dire

de sorte que leur résolution donnera toujours les mêmes quatre racines
de la proposée, quelle que soit la racine qu'on substituera à y.
Nommons maintenant a, b, c, d les quatre racines de la proposée; et
il faudra que deux de ces racines soient renfermées dans l'une des deux
équations précédentes, et que les deux autres le soient dans l'autre; de
sorte qu'on aura, par la nature des équations,

d'où l'on tire


Cette valeur dey nous fait voir d'abord, pourquoi la réduite en y est du
troisième degré. En effet il est visible que la quantitéy doit avoir autant
de valeurs différentes qu'on en pourra former par toutes les permutations
possibles des racines a, b, c, d dans l'expression
"b 2 `l;
on ne peut
avoir de cette manière que les trois quantités suivantes

de sorte que l'équation dont y sera la racine, devra donner chacune de


ces trois quantités et, par conséquent, devra être du troisième degré.
30. On peut donc déduire de cette remarque une manière directe de
parvenir à la réduite du quatrième degré, et par son moyen à la résolution
générale de ce degré. Car, puisque la combinaison ab + cd des quatre
racines a, b, c, d est telle qu'elle n'admet que trois variations, savoir

il s'ensuit d'abord que si l'on fait

on aura une équation en u du troisième degré, dont les racines seront

qui sera par conséquent de cette forme

où l'on aura, par la nature des équations,

c'est-à-dire
Or il est facile de voir que ces valeurs de A, B, C doivent être données
par les coefficients m, n, p, q de la proposée, et cela sans aucune extrac-
tion de racines, puisqu'elles demeurent les mêmes, quelque permutation
qu'on fasse entre les racines a, b, c, d de cette équation; d'où il suit que
chacune d'elles ne peut avoir qu'une seule et même valeur. En effet, ayant

on aura d'abord

ensuite, pour trouver B, on observera que

et de même

et ainsi des autres, de sorte qu'on aura

c'est-à-dire

Enfin, pour avoir C, on remarquera que

+
en sorte que la partie abcd (â2 + b2 + c2 d2 ) deviendra (m2 — 2n) q;
et, pour avoir l'autre partie, on fera le carré dep et l'on en déduira

de sorte que l'on aura

Moyennant quoi notre réduite sera

qui est la même que celle en y du n° 27, en supposant-u= 2y.


31. Voyons maintenant comment, en connaissant une des valeurs de u,
on pourra trouver les quatre racines a, b, ç, d. Puisque

il est clair que les deux quantités ab et cd seront les racines de cette
équation du second degré

de sorte qu'en nommant t' et t" ces deux racines on connaîtra les deux
produits

de plus on a

et comme

on aura

donc, puisque

il est clair que a et b seront les racines de cette équation du second degré

et que c et d seront celles de l'équation

On voit par là qu'il suffit de connaître une des racines de la réduite en u


pour avoir les quatre racines a, b, c, d de la proposée, et que chacune
des racines de cette réduite donnera toujours les mêmes quatre racines
a, b, c,d; car si, au lieu de prendre u=ab+cd, on eût pris u=ac+ bd
ou u = ad + bc, il n'y eût eu d'autre changement dans nos formules
sinon que b eût été changé en c ou en d, et vice versâ.
32. On pourrait résoudre encore l'équation du quatrième degré d'une
manière plus simple à l'aide de la réduite dont la racine serait (29)

ou bien

en faisant, pour plus de simplicité, s=2z. Pour savoir d'abord de quel


degré et de quelle forme doit être cette équation, il n'y a qu'à faire dans
la quantité c + d a b toutes les permutations possibles entre les
lettres a, b, c, d, et il en résultera les six suivantes

qui seront donc les racines de la réduite en s, de sorte que cette réduite
sera nécessairement du sixième degré; mais, comme les six quantités
précédentes sont deux à deux égales et de signes contraires, il s'ensuit
que la réduite ne pourra contenir que des puissances paires de l'incon-
nue s, en sorte qu'elle sera résoluble à la manière des équations du troi-
sième degré.
Donc, si l'on fait s2 = t, on aura une réduite en 1 du troisième degré
et dont les trois racines seront

Ainsi l'on pourra trouver cette équation en cherchant la valeur de ses


coefficients, comme nous l'avons fait plus haut à l'égard de la réduite
en u (30); mais, sans entreprendre un nouveau calcul pour cet objet, il
suffira de remarquer que le carré de a + b c d est
mais on a

donc, puisque

on aura

c'est-à-dire

de sorte que, pour avoir la réduite cherchée en t, il n'y aura qu'à substi-
tuer, dans celle en u du n° 30, t 4T 4n a la place de u; et l'on aura
celle-ci

t3—(3m2—8n)t2+(3m4—I6m2n+I6n2+I6mp—64q)t—(m3-4mn+8p)2=o.

Maintenant, si l'on suppose que t', t" et t"' soient les trois racines de cette
équation, on aura (hypothèse)

d'où, en tirant la racine carrée, on aura

combinant ces trois équations avec l'équation

on en tirera les valeurs de chacune des quatre racines a, b, c, d; on aura


donc
De cette manière on aura donc les quatre racines de la proposée, sans
être obligé de résoudre aucune autre équation que la réduite en t. Mais
il se présente ici une difficulté, c'est que, comme chaque radical \/F, J?,
Jtlll peut être pris également en plus et en moins, les expressions précé-
dentes renfermeront encore ces quatre quantités-ci

qui ne sont pas les valeurs des racines a, b, c, d, mais celles de leurs
compléments à la somme

Pour résoudre cette difficulté, je remarque qu'il n'est pas nécessaire


de savoir précisément quel signe on doit donner à la valeur de chacun
des radicaux dont il s'agit, mais qu'il suffit de savoir si ces valeurs
doivent être prises, l'une positive et les deux autres positives ou néga-
tives, ou bien l'une négative et les deux autres positives ou négatives;
car il est facile de voir que les expressions des racines a, b, c, d, trouvées
ci-dessus, donneront toujours les mêmes quatre racines en changeant à
la fois les signes de deux quelconques des radicaux \/7\ \/7, vt" et con-
servant celui du troisième. De sorte que tout se réduit à connaître le
signe que doit avoir le produit des trois valeurs de t-7, lî7, \/P\ Or, par
l'équation en t, on aura
d'où l'on tire

Donc, si l'on dénote par 6', 0", les valeurs des radicaux t', sjt", t"'
prises positivement, en sorte que l'on ait

il faudra, lorsque m3 4mn + 8p est une quantité positive, prendre, ou


et
ou
et
ou
et
les signes ambigus devant être les mêmes pour les quantités 0", 6" ou 6',
ou 0', 6", et l'on aura dans ce cas pour les quatre racines de la pro-
posée les valeurs suivantes

( ) Cette formule a été obtenue en extrayant la racine carrée des deux membres de la pré-
cédente, et celle-ci indique seulement que le produit des radicaux yt\ l1', \Jf est égal à
± (m3 4 mm + 8p Lagrange remplace le signe ambigu ± par +, mais c'est le signe
qu'il fallait prendre; en effet, les radicaux ft7, v7el Fi- représentent les valeurs des quantités

qui ont pour produit la fonction symétrique

dont la valeur est m' + 4 mn 8p. On a donc

quels que soient les coefficients m, n, p, réels ou imaginaires. Cette relation détermine com-
plètement dans tous les cas l'un des radicaux \ft\ VF quand les valeurs des deux autres
ont été fixées. (Note de l'Éditeur.)
Au contraire, si m3 4mn + 8p est une quantité négative, il faudra
alors prendre, ou

et
ou
et
ou
et

ce qui donnera, pour les quatre racines cherchées, ces valeurs

33. La méthode de Ferrari, que nous venons d'examiner, nous a con-


duits à décomposer l'équation du quatrième degré

en ces deux-ci du second degré (29)

de la résolution desquelles on peut tirer les quatre racines de la propo-


sée, comme on l'a vu plus haut; on pourrait aussi obtenir cette décom-
position d'une manière plus simple et plus directe, en supposant d'abord
que l'équation proposée soit le produit de deux équations du second de-
gré telles que
et déterminant ensuite les coefficients f, g, h, k par la comparaison des
termes homologues; c'est ce qu'a fait Descartes, et ce qui a donné nais-
sance à la méthode des indéterminéesdont il est regardé comme l'auteur.
Multipliant donc les deux équations précédentes l'une par l'autre, on
aura celle-ci

laquelle étant comparée terme à terme avec la proposée

donnera les quatre équations

lesquelles serviront à déterminer les quatre inconnues f, g, h, k.


34. Supposons d'abord, avec Descartes, que le second terme de la pro-
posée soit évanoui, c'est-à-dire que l'on ait m=o; on aura doncf-i- h = o
et par conséquent h = f, de sorte que dans ce cas la proposée ne pourra
venir que de la multiplication de deux équations telles que

et l'on aura alors pour la détermination des trois coefficient f, g, k les


équations

les deux premières donnent

et, ces valeurs étant substituées dans la dernière, on aura


ou bien, en multipliant par f et ordonnant les termes par rapport à f,

équation du sixième degré, mais qui est résoluble à la manière de celles


du troisième, à cause qu'elle ne renferme que des puissances paires de
l'inconnue.
Telle est la méthode de Descartes pour les équations du quatrième
degré. Il est vrai que cet Auteur suppose d'abord que les équations com-
posantes soient représentées par

ainsi qu'il résulte de la substitution des valeurs de g et de k trouvées ci-


dessus mais il est naturel de croire qu'il n'a trouvé ces formules que par
une analyse semblable à celle que nous venons de donner, comme on
peut le voir dans le Commentaire de Schooten et dans la Lettre de Hudde
sur la réduction des équations.
35. Il est visible que la Solution précédente revient au même que
f
celle des nos 26 et suivants, et que les inconnues et z expriment la
même quantité dans les deux Solutions lorsque m = o. Ainsi les princi-
pales remarques qu'on a faites sur la Solution de Ferrari pourront s'ap-
pliquer aussi à celle de Descartes, sans qu'il soit nécessaire d'entrer
là-dessus dans un nouveau détail; mais il est bon, de plus, d'examiner
en particulier le principe de cette dernière Solution et de chercher à
priori les conséquences qui peuvent en résulter.
Ce principe consiste, comme nous venons de le voir, à supposer que
l'équation proposée soit divisible par une équation du second degré
telle que

c'est-à-dire qu'elle ait deux racines communes avec cette dernière. Ainsi
l'on pourra trouver les conditions nécessaires pour cela par la méthode
du n° 12. En effet, en divisant le quinôme
par le trinôme

on trouvera le quotient

et le reste

de sorte que, pour que la division puisse se faire exactement, il faudra


que le reste soit nul indépendamment de x, ce qui donnera ces deux
équations

au moyen desquelles on pourra déterminer f et g. La première de ces


équations donnera d'abord

et, cette valeur étant substituée dans la seconde, on aura

ou bien

qui, étant ordonnée par rapport à f, sera en changeant les signes

la même que celle qu'on tirerait des quatre équations de condition du


n° 33.
Cette équation est, comme on voit, du sixième degré, ayant tous ses
termes; mais en faisant m = o tous les termes qui renferment des puis-
sances impaires de l'inconnue s'évanouissent, de sorte que l'équation
devient résoluble à la manière de celles du troisième degré; c'est le cas
que nous avons déjà considéré dans le n° 34. Mais il n'est pas même né-
cessaire de supposer m = 0 pour anéantir tous les termes où l'inconnue
se trouve élevée à des puissances impaires; il suffit pour cela de faire
disparaître le second terme en supposant, suivant la méthode connue,

et l'on verra que tous les autres termes s'évanouiront en même temps,
de sorte qu'on aura une équation en 1 qui ne renfermera que des puis-
sances de l2, laquelle sera

équation qui est la même que la réduite en t du n° 32, en y faisant t = 412,


de sorte que, comme on a supposé dans le même numéro t=s2 et s = 2z,

on aura /= z d'où l'on voit que la quantité l= 2 dans les formules


précédentes sera la même que la quantité z des nos 27 et suivants, et cela
sans supposer m = o, ce qui sert à montrer d'autant mieux la liaison des
solutions que nous venons d'examiner.

36. Voyons maintenant la raison pourquoi la méthode de Descartes


conduit à une réduite du sixième degré telle que, en y faisant évanouir
le second terme, tous ceux qui renferment des puissances impaires de
l'inconnue s'évanouissent aussi, comme nous venons de le trouver;
pour cela on considérera que, puisque l'équation du second degré
x2 + fx + g = o doit être un diviseur exact de la proposée dont les ra-
cines sont a, b, c, d, il faut nécessairement que la même équation ren-
ferme deux quelconques de ces quatre racines. Ainsi l'on aura

ou

ou
ou

ou

ou enfin

d'où l'on voit que l'équation en f doit être du sixième degré aussi bien
que l'équation en g, c'est-à-dire du degré dont l'exposant sera égal au
nombre des combinaisons de quatre choses prises deux à deux, nombre
qu'on sait être 423 = 6. On pourrait donc par ce moyen trouver directe-
ment tant l'équation en f que celle en g en cherchant la valeur de chacun
de leurs coefficients, comme nous l'avons déjà pratiqué dans plusieurs
occasions. Pour cela on représenterait d'abord l'équation en f par la
forme générale

et comme les racines de cette équation doivent être

on aurait

et ainsi de suite.
Maintenant, si l'on voulait faire évanouir le second terme de cette
équation en f, il faudrait, suivant la règle connue, augmenter toutes les
racines de A 6
c'est-à-dire mettre, à la place de f, l- A 6, ce qui donne-
rait une transformée en l où

puisque

de sorte que les racines de cette transformée seraient

c'est-à-dire

où l'on voit que chaque racine a sa compagne négative; en sorte que,


si l'on en prend les carrés et qu'on regarde l2 comme l'inconnue, elle ne
pourra avoir que trois valeurs différentes, savoir
d'où il s'ensuit que l'équation en l, étant ordonnée par rapport à 12 mon-
tera au troisième degré, c'est-à-dire qu'elle sera du sixième, ayant toutes
les puissances de l'inconnue paires, comme nous l'avons trouvé plus haut
par une autre voie c'est à cette circonstance heureuse qu'on doit la réso-
lution des équations du quatrième degré. On voit aussi par là la raison
pourquoi, dans le numéro précédent, l'équation en l est la même que
celle en z, car il est clair (32) que les valeurs de z sont les mêmes que
celles que nous venons de trouver pour 1.

37. On peut encore remarquer que, puisque l'on a

et que les valeurs de f sont


-a-b, -a-c, -a-d, -b-c, -b-d, -c -d,
on aura les mêmes valeurs pour la quantité m f; d'où il
s'ensuit que
f
l'équation en doit être telle, qu'elle demeure, la même en y substi-
tuant m f à la place de f; donc, si l'on fait f = m 2 + l, ce qui donne
m f m 2 l, il faudra que la transformée en L soit telle, qu'elle de-
l
meure la même en y changent en l; par conséquent elle ne devra
renfermer que des puissances paires de l.
Or, si l'on substitue cette valeur de f dans l'expression de g du n° 35,
on a

et les deux facteurs

dans lesquels a été décomposée l'équation


deviendront

équations qui sont les mêmes que celles du n° 29 en faisant l = z et en


substituant dans ces dernières à la place de y sa valeur en z, laquelle
est (28)

Les méthodes que nous venons d'analyser renferment, si je ne me


trompe, toutes les méthodes connues pour la résolution des équations du
quatrièmedegré; il en faut seulement excepter celles de MM. Tschirnaus,
Euler et Bezout, lesquelles méritent un examen particulier; c'est l'objet
qu'il nous reste à remplir dans cette Section.

38. Et d'abord il est clair que pour pouvoir résoudre l'équation du


quatrième degré, suivant la méthode de M. Tschirnaus, il n'est pas néces-
saire de faire disparaître tous les termes intermédiaires, comme dans
celles du troisième, mais qu'il suffit d'y faire disparaître le second et le
quatrième terme où l'inconnue se trouve élevée à des puissances im-
paires car alors on aura une équation résoluble à la manière de celles
du second degré. Pour cela on prendra donc, comme on a fait pour le
troisième degré (10), l'équation subsidiaire

qui contient deux indéterminées a et b; et éliminant par son moyen l'in-


connue x de l'équation proposée

on aura (14) une transformée en y du quatrième degré, dans laquelle le


coefficient de y3 sera une fonction de a et b de la première dimension,
celui de y2 une fonction de a et b de la seconde dimension, celui de y
une fonction de a et b de la troisième dimension, etc. De sorte que, pour
faire disparaître à la fois le second et le quatrième terme, il faudra dé-
terminer les quantités a et b en sorte qu'elles satisfassent à deux équa-
tions, l'une du premier degré et l'autre du troisième, ce qui donnera une
réduite en a ou en b du troisième degré; d'où l'on peut conclure que la
méthode de M. Tschirnaus doit aussi réussir pour le quatrième degré
c'est ce qu'on va voir maintenant par le calcul.

39. Comme nous avons jusqu'ici fait usage des lettres a, b, c, d pour
représenter les quatre racines de l'équation proposée, pour éviter toute
confusion nous prendrons d'autres lettres pour les coefficients de l'équa-
tion subsidiaire, et nous représenterons cette équation ainsi

Or, puisqu'il faut, par la nature de la méthode dont il s'agit (11), que
cette équation ait une racine commune avec la proposée, il n'y aura qu'à
faire en sorte qu'elles aient un diviseur commun où x se trouve à la pI'e-
mière dimension. On divisera donc d'abord le quinôme

par le trinôme

et f'aisant pour un moment g + y = g',on trouvera, comme ci-dessus (35),


le reste

lequel, ne contenant que la première dimension de x, devra par consé-


quent être le diviseur commun des deux polynômes; ainsi il faudra que
ce reste divise exactement le diviseur précédent x2 + fx + g', c'est-à-
dire que la valeur de x tirée de l'équation

satisfasse aussi à l'équation


On aura donc

et substituant cette valeur dans X2 + fx + g'= o, on aura

où il ne s'agira plus que de remettre g + y à la place de g' et de déve-


lopper les termes en les ordonnant par rapport à y.
Soient, pour abréger,

et l'équation précédente deviendra

laquelle étant d'abord ordonnée par rapport à g' devient

et en remettant les valeurs de F, G, H,

Faisons maintenant
pour avoir l'équation

et remettant maintenant g +y à la place de g', on aura, après avoir or-


donné les termes par rapport à y, cette transformée

dans laquelle on est maître de faire évanouir deux termes à volonté en


déterminant convenablementles quantités f et g.
Faisons donc évanouir, comme nous nous le sommes proposé, le se-
cond et le quatrième terme; on aura pour cet effet les équations

dont la première donne

ce qui étant substitué dans la seconde, on aura, en ôtant les fractions,

équation qui, en remettant pour A, B, C leurs valeurs en f, montera au


troisième degré, et deviendra, après avoir ordonné les termes,

Ayant donc déterminéf par cette équation, l'équation en y deviendra, à


cause de g = 4'

ou bien, eh mettant à la place de C sa valeur 2 8'


laquelle est, comme on voit, résoluble à la manière de celles du second
degré. Ainsi l'on connaîtra f et y; après quoi on aura sur-le-champ

et les quatre valeurs dey tirées de l'équation précédente donneront tou-


jours les quatre mêmes racines de la proposée, quelle que soit la racine f
qu'on emploie; ce qu'on pourrait démontrer, s'il en était besoin, d'une
manière analogue à celle du n° 28.

40. Si l'on voulait savoir à priori pourquoi la réduite en f que nous


venons de trouver ci-dessus est nécessairement du troisième degré, il
faudrait chercher quelle fonction des racines a, b, c, d doit être la valeur
de f. Pour cela on reprendra l'équation subsidiaire

et l'on y substituera successivement a, b, c, d à la place de x, et à la


place de y les quatre racines de l'équation en y ci-dessus; mais il n'est
pas nécessaire de connaître la valeur de ces dernières racines, il suffit de
considérer que, comme l'équation ne contient aucune puissance impaire
dey, ses racines doivent être deux à deux égales et de signes contraires;
en sorte qu'on pourra les représenter par y', y', y", y". Faisant
donc ces substitutions dans l'équation x2 + fx + g + y = o, on aura
ces quatre-ci

d'où, chassant d'abord y' et y", on tire


et chassant ensuite g, on aura

Or, pour avoir toutes les valeurs de f, il n'y aura qu'à faire entre les
quatre racines a, b, c, d toutes les permutations possibles, et l'on n'ob-
tiendra que ces trois valeurs différentes

qui seront les racines de la réduite en y, laquelle ne pourra être par con-
séquent que du troisième degré. On pourrait même remonter de là à
l'équation en y, comme nous l'avons déjà pratiqué plusieurs fois; et l'on
trouverait la même équation qu'on a vue ci-dessus.
Au reste, pour pouvoir mieux comparer la réduite en f dont nous par-
lons, avec celles que nous avons trouvées plus haut d'après les solutions
de Ferrari et de Descartes, on remarquera que

or

et

mais on trouve par le calcul

donc on aura
par conséquent

Or nous avons trouvé (32) que la réduite en t a pour racines les diffé-
rentes valeurs de (a + b c d)2; donc on aura, en général,

d'où l'on voit que la réduite en f n'est autre chose qu'une transforma-
tion de la réduite en t du numéro cité.

41. Après avoir vu comment la méthode de Tschirnaus peut s'appli-


quer aux équations du quatrième degré en faisant évanouir deux termes
de la proposée, il ne sera pas inutile de voir encore ce qui en résulterait
si l'on voulait faire évanouir à la fois tous les termes intermédiaires,
comme on a fait pour le troisième degré.
On aurait donc trois termes à faire disparaître, savoir le second, le
troisième et le quatrième, ce qui exigerait une équation subsidiaire qui
contînt trois indéterminées, et qui fût de cette forme

On éliminerait donc x par le moyen de cette équation et de la proposée

et l'on aurait une transformée eny du quatrième degré, telle que

dans laquelle il faudrait supposer A = o, B = o, C = o, pour avoir


l'équation à deux termes

Or, de ce que nous avons démontré, en général, dans le n° 14, il s'ensuit


que A sera une fonction d'une dimension des trois indéterminées. f. g,
h, que B sera une fonction de deux dimensions, et C une fonction de
trois dimensions des mêmes quantités; de sorte que l'on aura, pour la
détermination des inconnues f, g, Ia, ces trois équations
A=o, B=o, C=o,
dont la première sera du premier degré, la seconde du second, et la troi-
sième du troisième degré; d'où il est facile de voir qu'on aura par l'éli-
mination une équation finale en f, ou g, ou h, qui sera du degré 1.2.3,
c'est-à-dire du sixième. Il paraît donc par là que la méthode dont il
s'agit ne saurait réussir, puisqu'elle conduit à une réduite d'un degré
supérieur à la proposée; mais il pourrait se faire que cette réduite du
sixième degré pût s'abaisser à un degré inférieur; c'est ce qu'il est bon
d'examiner à priori avant d'entreprendre le calcul que nous venons d'in-
diquer.
42. Pour cet effet il faut chercher quelle fonction des racines a, b, c,
d devra être l'indéterminée f, par exemple, pour que la transformée en y
se réduise à la forme

Or cette équation en y donne ces quatre racines (25)

ainsi, en faisant pour plus de simplicité Ÿ D = k, il n'y aura qu'à


mettre successivement dans l'équation subsidiaire

a, b, c, d à la place de x, et k, k, k\J— i, -kV-I à la place de y,


et l'on aura ces quatre-ci

d'où l'on pourra tirer les valeurs de f, g, h et k.


Si l'on ajoute ensemble les deux premières et les deux dernières, on
aura ces deux-ci

qui, étant retranchées l'une de l'autre, donnent

où' il n'y a plus que deux inconnues f et g.


Qu'on retranche maintenant les deux premièresl'une de l'autre, comme
aussi les deux dernières, on aura ces deux-ci

dont la seconde étant multipliée par sj—i, et ensuite ajoutée à la pre-


mière, on aura

équation qui, étant combinée avec celle qu'on a trouvée ci-dessus, ser-
vira à déterminer f et g.
Chassant g, on aura une équation en f qui donnera

d'où l'on pourra déduire facilement toutes les différentes valeurs dont la
quantité f est susceptible,en faisanttoutes les permutationspossibles entre
les quatre racines a, b, c, d. De cette manière, si l'on fait, pour abréger,
on trouvera les six valeurs suivantes

qui seront donc les racines de l'équation en f; d'où l'on voit que cette
équation montera en effet au sixième degré, comme nous l'avons déjà
conclu par une autre voie.
43. Il s'agit maintenant de voir si cette équation du sixième degré
peut s'abaisser à un degré inférieur; or c'est ce qui doit avoir lieu en
effet, comme je vais le prouver, d'après la forme que je viens de trouver
pour les six racines de l'équation en question. Car supposons que les
deux racines
et

soient représentées par l'équation du second degré

on aura donc par la nature des équations

et
c'est-à-dire
et

Or je dis que les quantités t et u ne peuvent dépendre que d'équations du


troisième degré telles que

les coefficients E, F, G, H, K, L étant des fonctions rationnelles des


coefficients m, n, p, q de la proposée. De sorte que, nommant t', t", t"'
les trois racines de la première équation, et u', u", u"' les racines corres-
pondantes de ia seconde, on aura ces trois équations en f

dans lesquelles pourra se décomposer l'équation du sixième degré en f


dont nous venons de parler.
Pour démontrer cette proposition, il n'y a qu'à chercher de combien
de valeurs différentes sont susceptibles les quantités t et u, c'est-à-dire
les fonctions
et

des racines a, b, c, proposée, en supposant que l'on fasse entre


d de la

ces racines toutes les permutations possibles; car il est clair que les va-
leurs qui en résulteront seront les racines des équations en t et en u.
Pour cela je remarque d'abord que le nombre total des permutations
des quatre quantités a, b, c, d, doit être, suivant les règles- connues,
[Link]=24: de sorte que, généralement parlant, les équations en t et
en u devraient monter au vingt-quatrième degré. Mais il arrive ici que
parmi les permutations dont il s'agit il y en a plusieurs qui redonnent
les mêmes valeurs de t et M, et qui, par conséquent, doivent être rejetées.
En effet
I° Lorsqu'on échange a en b, il est visible que les quantités N et Q
demeurent les mêmes, et que les quantités M et P changent simplement
de signes, de sorte que les quantités t et u doivent demeurer les mêmes;
d'où il est facile de conclure que parmi les vingt-quatre valeurs de t et
de u, répondant aux vingt-quatre permutations des lettres a, b, c, d, il
doit y en avoir douze égales à douze autres, ce qui réduit déjà le nombre
des valeurs utiles de t et u à la moitié.
2° Lorsqu'on échange en d, les quantités M et P demeurent les mêmes,
et les quantités N et Q changent simplement de signe, ce qui ne produit
aucun changement dans les valeurs de t et u; donc, comme ces permu-
tations sont indépendantes des précédentes, il s'ensuit, par une raison
semblable, que les douze valeurs de t et u se réduiront à six.
3° Enfin, si l'on échange a en c et b en d à la fois, on verra aisément
que les quantités M et N se changeront l'une dans l'autre en changeant
de signe, et qu'il en sera de même des quantités P et Q; mais il est clair
que ces changements ne feront point varier les quantités t et u. Ainsi,
comme ces nouvelles permutations sont aussi indépendantes des précé-
dentes, on en conclura que les six valeurs de t et u se réduiront à trois,
en sorte que, parmi les vingt-quatre valeurs de t et u, il ne s'en trouvera
effectivement que trois différentes entre elles, dont chacune sera répétée
huit fois.
Il y a encore, à la vérité, un échange qui ne produit aucune variation
dans les quantités t et u c'est celui de a en d et b en c à la fois; mais il
ne doit pas entrer en ligne de compte, parce qu'il est déjà renfermé dans
les précédents.
De là on peut conclure que les équations en t et u du vingt-quatrième
degré ne pourront renfermer que trois racines différentes, dont chacune
en aura sept autres d'égales, de sorte que ces équations ne seront autre
chose que des équations du troisième degré élevées à la huitième puis-
sance.

44. Nous venons donc de voir à priori que les valeurs différentes de t
ne peuvent être qu'au nombre de trois, ainsi que celles de u; or il est
facile de trouver que ces valeurs seront, pour la quantité t,

et pour la quantité u,

de sorte qu'on aura (43)

et

Effectivement, si l'on met ces valeurs dans les coefficients E, F, des


équations en t et en u, lesquels doivent être, comme on sait, exprimés
ainsi

on aura des fonctions de a, b, c, d, qui demeureront les mêmes, quelque


permutation qu'on fasse entre les quantités a, b, c, d, et qui pourront
par conséquent s'exprimer par des fonctions rationnelles des coefficients
m, n, p, q de la proposée dont les quantités a, b, c, d sont les racines.
De sorte qu'on pourra par ce moyen trouver directement les valeurs des
coefficients dont il s'agit, comme nous l'avons déjà pratiqué plusieurs
fois dans le cours de ces recherches.
Au reste, dès qu'on connaîtra les trois racines t', t", t"' de l'équation
en t, on pourra par leur moyen trouver les racines correspondantes u',
u", u"' de l'équation en u, sans être obligé de résoudre aucune équation.
Car si l'on prend ces trois expressions
et qu'on y mette à la place de t', t", t"' et u', u", u"' leurs valeurs ci-dessus
en a, b, c, d, on verra aisément que les fonctions résultant de a, b, c, d
seront telles, qu'elles ne changeront point de forme, quelque permu-
tation qu'on y fasse entre les quantités a, b, c, d, de sorte qu'elles seront
toujours exprimables par des fonctions rationnelles des coefficients m,
n, p, q de l'équation proposée. Ainsi l'on pourra trouver les valeurs des
expressions dont il s'agit, moyennant quoi on aura trois équations par
lesquelles on déterminera aisément les trois inconnues u', u", u°'. (Vgyez
la Section quatrième.)

45. Nous étant donc assurés à priori que la réduite du sixième degré, à
laquelle doit conduire la méthode en question, pourra toujours s'abaisser
au troisième, voyons maintenant le procédé du calcul [Link] méthode
exige. On reprendra donc l'équation subsidiaire (40)

et l'on cherchera par la méthode ordinaire (11) les conditions nécessaires


pour que cette équation ait une racine commune avec la proposée

On divisera donc d'abord le polynôme

par le polynôme

en faisant pour plus de simplicité h' = h +,y, et, abstraction faite du


quotient, on aura ce reste

en supposant

On divisera maintenant le quatrinôme x3 + fx2 + gx + h' par le trinôme


Mx2 + N'x + P', et l'oo aura ce nouveau reste

qui, ne renfermant que la première puissance de x, devra par conséquent


ètre le diviseur commun cherché. Faisant donc ce diviseur égal à zéro,
on en tirera

valeur qui, étant substituée dans l'équation

donnera les conditions cherchées.


Faisons maintenant

et, à cause de h' = h +y, on aura

donc, substituant ces valeurs dans l'expression de x, et supposant de plus

on aura

et l'équation de condition sera


laquelle, étant développée et ordonnée par rapport aux puissances dey,
se trouvera, après les réductions, de la forme

comme nous l'avons déjà montré plus haut.


Dans cette équation eny les coefficientsA, B, C, D seront des fonctions
rationnelles et entières des trois indéterminées f, g, h, et les dimensions
de ces indéterminées ne passeront pas le premier degré dans le coeffi-
cient A, le second degré dans le coefficient B, et ainsi' de suite, confor-
mément à ce qu'on a déjà prouvé à priori. Ainsi, pour réduire l'équation
précédente à deux termes, on fera
A=o, B=o, C=o,
équations d'où l'on tirera d'abord les valeurs de g et h en f, et ensuite
une équation finale en/qui sera du sixième degré, mais qui sera réduc-
tible au troisième, comme on l'a démontré ci-dessus; car, en divisant
cette équation par une équation du second degré telle que

on trouvera, pour que la division puisse se faire exactement, deux équa-


tions de condition entre t et u, à l'aide desquelles on pourra d'abord dé-
terminer u en t, et ensuite on aura une équation finale en t qui ne sera
que du troisième degré. Résolvant donc cette équation du troisième
degré, on connaîtra t et de là u; après quoi on aura f par la résolution de
l'équation ci-dessus du second degré, et de là g et h par des équations li-
néaires. Ainsi l'on connaîtra la valeur de tous les coefficients D, Q, R, S,T.
Or l'équation en y, étant réduite à celle-ci

par l'évanouissement des termes intermédiaires, donnera les quatre va-


leurs de y
et

lesquelles, étant substituées successivement dans l'expression de x ci-


dessus, donneront les quatre racines de la proposée. Au reste, comme
ce calcul conduit à des formules assez compliquées, nous nous conten-
tons de l'indiquer, et nous allons plutôt chercher des moyens de le sim-
plifier.

46. Puisque la racine x est de la forme

la quantité y devant être déterminée par l'équation deux termes

il est facile de voir qu'on peut réduire l'expression de x à cette forme


plus simple

a, b, c, d étant des coefficients dépendants de Q,


tiplie d'abord le haut et le bas de la fraction
R, Car si l'on mul-

par S-Ty+y2, le dénominateur de la nouvelle fraction deviendra


c'est-à-dire

et, en mettant D à la place de y4,

donc, multipliant encore tant le numérateur que le dénominateur par


S2 D (2S—T2)y2, le nouveau dénominateur sera

ou bien, à cause de y4 = — D,
où il n'y aura plus de y. Ainsi l'on pourra faire évanouir y du dénomi-
nateur de l'expression de x en le multipliant, aussi bien que le numé-
rateur, par

or par ce moyen le numérateur deviendra un polynôme où y montera au


sixième degré; donc, en y substituant D à la place de y4, — Dy à la
place de y5 et Dy2 à celle de y6, il ne s'y trouvera plus que les puis-
sances y, y2 et y3, en sorte que l'expression de x sera de la forme

Maintenant, comme la substitution des valeurs de y tirées de l'équa-


tion y4 + D = o doit donner les quatre racines x de la proposée

on pourra regarder cette équation comme résultant de l'élimination de y


dans ces deux-ci
et

et la comparaison des termes homologues donnera quatre équations par


lesquelles on pourra déterminer quatre quelconques dés cinq coeffi-
cients a, b, c, d et D, le cinquième pouvant toujours être pris à volonté.
C'est la méthode que MM. Euler et Bezout ont proposée pour la réso-
lution des équations du quatrième degré dans les Mémoires cités ci-
dessus (18).
M. Euler fait c = i, et il trouve par l'élimination des trois autres indé-
terminées a, b, d une réduite en D du troisième degré. M. Bezout, au
contraire, fait d'abord D = — I, et il trouve une réduite en c du sixième
degré résoluble à la manière des équations du troisième, parce qu'elle
ne contient aucune puissance impaire de l'inconnue. M. Bezout fait voir
en même temps que, si au lieu de chercher c on cherchait b ou d, on
tomberait dans une réduite du vingt-quatrième degré, avec des exposants
multiples de 4, et par conséquent résoluble à la manière des équations
du sixième degré. Il fait voir de plus que si l'on cherche une réduite
dont bd soit la racine, elle ne sera que du troisième degré; et par là il
démontre que la réduite en b ou en d ne renfermera que les difficultés
du troisième degré, puisqu'elle pourra, à l'aide de l'équation en bd, se
décomposer en trois équations du huitième degré avec des exposants
multiples de 4, lesquelles seront par conséquent résolubles à la manière
de celles du second.
Nous nous contentons d'indiquer ici ces résultats, puisque le lecteur
peut aisément les trouver de lui-même s'il n'est pas à portée de consulter
les Mémoires cités; mais nous allons chercher à priori la raison de ces
résultats, comme nous l'avons pratiqué jusqu'ici.

47. Nommons x', x', x'


x" les quatre valeurs de x, c'est-à-dire les

y4 + D = o élant ± 4 D, ±
successive de ces valeurs dans l'équation
I,
racines de la proposée, et les quatre valeurs de y tirées de l'équation
4D on aura, par la substitution

ces quatre-ci

Si l'on ajoute d'abord ensemble ces quatre équations on aura

d'où

Ensuite, si l'on fait deux sommes à part des deux premières et des deux
dernières, on aura

d'où l'on tire


Donc, faisant avec M. Euler c = I, on aura

Et il est facile de conclure de cette expression de D que l'équation en D


sera effectivement du troisième degré, comme M. Euler l'a trouvé, car
elle ne sera autre chose que la réduite en t trouvée plus haut (32), dans
laquelle on mettrait 16D à la place de t, puisqu'on a fait

a, b, c, d désignant dans ce numéro-là les quantités que nous dénotons


maintenant par x', x", x" xIV, c'est-à-dire les quatre racines de la pro-
posée.
Mais si M. Euler, au lieu de supposer c = I, avait supposé b = i, sa
réduite en D n'aurait plus été du troisième degré, mais elle serait montée
au sixième.
Car, si des quatre équations ci-dessus on prend la différence des deux
premières et la différence des deux dernières, on a ces deux-ci

d'où l'on tire

De sorte qu'en faisant b = r et prenant les quatrièmes puissances on aura

quantité qui doit dépendre d'une équation du sixième degré, comme on


le verra dans un moment.

48. Si l'on fait avec M. Bezout D = I, on aura par les formules


précédentes

d'où l'on peut conclure d'abord que la réduite en c sera du sixième degré
avec tous les exposants pairs, ainsi que cet Auteur l'a trouvé; car il est
évident que la valeur de D, dans l'hypothèse de M. Euler, est la même
que celle de c2 dans l'hypothèse présente, de sorte qu'en mettant —c2 à
la place de D dans la réduite de M. Euler on aura la réduite de M. Bezout
en c, laquelle sera par conséquent du sixième degré, résoluble à la ma-
nière des équations du troisième. Au reste, cette réduite en c sera la
même que celle en z du n° 29, en y substituant 2C à la place de z.
Voyons maintenant quelle devra être la forme des réduites en b et
en d, en faisant. toujours avec M. Bezout D = — i. On aura dans cette
hypothèse, par les formules du numéro précédent,

d'où l'on tirera toutes les valeurs de b et de d en faisant toutes les per-
mutations possibles entre les quatre racinesx', x", x" xIV, et l'on pourra
juger, par le nombre et la forme de ces valeurs, du degré et de la nature
des équations par lesquelles les quantités b et d doivent être déterminées.
Donc
[° L'équation en b sera la même que l'équation en d, puisque la valeur
de d résulte de celle de b en échangeant entre elles les deux racines x",
xIV, de sorte que les valeurs de b et de d seront les racines d'une même
équation
2° Cette équation sera en général du degré 4. 3 2 1 c'est-à-dire du
vingt-quatrième,puisqu'il y a autant de permutations possibles entre les
quatre quantités x', x", x"'n, xIV;
3° Cette équation du vingt-quatrième degré aura tous les exposants
multiples de 4, car il est facile de voir que, b étant une de ses racines,
b, b J, et b V
i en seront aussi. En effet, prenant comme plus
haut

il est visible que la quantité b deviendra b en échangeant x' en x" et


x"' en xlv, qu'elle deviendra b en échangeant' en x'" et x" en xIV,
et qu'enfin elle deviendra b V i en échangeant x' en xi° et x" en x"
Donc il faudra que l'équation en b demeure la même en y prenant b né-
gatif et en y mettant ±b\J — ï à la place de b; ce qui exige qu'elle ne
contienne aucune puissance impaire dé b ni aucune puissance pairement
impaire. D'où il s'ensuit qu'en faisant b4 = v on aura une réduite en c
du sixième degré. Et l'on remarquera que cette réduite en v sera la même
que celle en D dans l'hypothèse de b = i (numéro précédent); car il
est visible que la valeur de D est la même que celle de b4 ci-dessus.
On pourrait démontrer ici, par une méthode semblable à celle dont
nous avons fait usage dans le n° 32, que cette équation en v pourra se
décomposer en trois équations du second degré au moyen d'une réduite
du troisième; mais on peut le prouver d'une manière plus simple que
voici.
Je fais le produit des quantités b et d, j'ai

or

et il est clair que la quantité x'x"+ x"'xlv est la même que la quantité u
du n° 30 que nous avons vu dépendre d'une équation du troisième degré;
d'où il s'ensuit que l'équation en bd sera aussi du troisième degré. Et
comme
on aura cette équation en bd, en substituant, dans l'équation en u du nu-
méro cité,
"tz -2n-I6bd à la place de
u.
2
Supposons maintenant que p', p", soient les racines de cette équa-
tion en bd, on aura (numéro cité)

or, si l'on multiplie ensemble les deux équations

du n°48, on a

donc

et, prenant les carrés,

mais on a déjà bd = p'; donc

et, à cause de d =
f,

donc

équation du huitième degré, résoluble à la manière de celles du


deuxième, ce qui s'accorde avec le résultat de M. Bezout.
Au reste, il est à propos de remarquer, touchant la réduite en b, qu'en
représentant (25) par i, u, 2, 3 les quatre racines de l'équation
x4 — I = o, on aura

ou bien, ce qui revient au même, en échangeant xlv en x", x" en x"' et


x'" en xIV,

expression analogue à celle qu'on a trouvée pour la réduite du troisième


degré (nos 6 et 19), ce qui sert à faire voir l'analogie entre la résolution
du quatrième degré déduite de cette dernière méthode et celle de la ré-
solution des équations du troisième degré.

49. Si l'on reprend les équations du n° 46,

et qu'on y suppose y2 = z, on aura ces deux-ci

dont la première, étant délivrée de l'irrationnalité, devient

laquelle, à cause de z2= — D, se réduira à cette forme

De cette manière on aura donc les deux équations

qui, par l'élimination de z, donneront une équation du quatrième degré


comparable à la proposée
de sorte que, par la comparaison des termes analogues, on pourra déter-
miner quatre des cinq coefficients f, g, h, k et D, le cinquième demeu-
rant à volonté.
Cette méthode revient à la même que celle que M. Bezout a donnée à
la fin de son Mémoire de 1762 sur les équations, et qu'il a redonnée dans
le Mémoire de 1765, page 548, comme un exemple d'une méthode géné-
rale qui s'étend à toutes les équations dont le degré est marqué par un
nombre composé. Dans le premier de ces endroits l'Auteur suppose
d'abord g= — i, et il trouve une équation finale en k du troisième de-
gré. Dans le second il fait D = I, et il parvient à une équation finale
en g du sixième degré avec des exposants pairs, et par conséquent réso-
lubie à la manière des équations du troisième degré.
Pour voir la raison de ces résultats, il n'y a qu'à remarquer que, puis-
que z = ± \j — D, on aura ces deux équations

dont le produit doit donner l'équation proposée; de sorte qu'il faudra


que l'une de ces équations renferme deux des racines de la proposée, et
que l'autre en renferme les deux autres. Ainsi l'on aura, par la nature
des équations,

donc

g = I, et qu'on substitue la valeur de \/—


Si l'on fait d'abord D tirée
de la première équation dans la seconde, on aura

et de là on peut conclure que l'équation en k ne sera que du troisième


degrés car, quelque permutation qu'on fasse entre les quatre racines x',
x", x", otf, on n'aura jamais que ces trois valeurs différentes de k,

d'après lesquelles valeurs on pourrait, si l'on voulait, trouver directe-


ment l'équation même en k.
Si l'on fait D = i, on aura

en sorte que la quantité g sera la même que la quantité z du n° 29, et


qu'on y pourra appliquer les conséquences trouvées au n° 32. Si, dans
cette hypothèse de D = i, on cherchait k au lieu de g, on aurait

et l'équation en k serait aussi du sixième degré avec tous ses exposants


pairs, ses racines étant

Au reste, cette équation en k pourrait se dériver aisément de l'équation


en u du n° 30; car puisque

(il faut se souvenir que x', xn, x' xIV désignent ici les mêmes quantités
que a, b, c, d dans le numéro cité, c'est-à-dire les racines de la proposée),
on aura

donc

Ainsi, si dans l'équation en u on substitue cette valeur, et qu'on fasse


ensuite disparaître l'irrationnalité, on aura une équation en Ic du sixième
degré, dont tous les exposants seront multiples de 2.

50. Nous terminerons ici notre analyse des méthodes qui concernent la
résolution des équations du quatrièmedegré. Non-seulement nous avons
rapproché ces méthodes les unes des autres, et montré leur liaison et
leur dépendance mutuelle; nous avons encore, ce qui était le point prin-
cipal, donné la raison à priori pourquoi elles conduisent, les unes à des
réduites du troisième degré, les autres à des réduites du sixième, mais
qui peuvent s'abaisser au troisième; et l'on a dû voir que cela vient en
général de ce que les racines de ces réduites sont des fonctions des quan-
tités x', x", x" xlv, telles, qu'en faisant toutes les permutations possibles
entre ces quatre quantités, elles ne peuvent recevoir que trois valeurs
différentes comme la fonction x'x" + x'"xIV, ou six valeurs, mais deux à
deux égales et de signes contraires, comme la fonction x'+x"—x'"—xIV,
ou bien six valeurs telles, qu'en les partageant en trois couples et pre-
nant la somme ou le produit des valeurs de chaque couple, ces trois
sommes ou ces trois produits soient toujours les mêmes, quelque per-
mutation qu'on fasse entre les quantités x', x", x'
xn°, comme la fonc-
tion trouvée au n° 42. C'est uniquement de l'existence de telles fonctions
que dépend la résolution générale des équations du quatrième degré (').

(*) La longueur déjà trop grande de ce Mémoire nous oblige d'en réserver la suite pour le
volume de 1771, auquel il appartient naturellement. On y trouvera une Analyse générale des
méthodes de MM. Tschirnaus, Euleret Bezout, faite par des principes analogues à ceux que
nous avons suivisjusqu'ici, et d'après laquelle on sera en état de conuaitre à priori les résultats
qu'on doit attendre de l'application de ces méthodes aux équations qui passent le quatrième
degré. Oa y trouvera aussi des remarques générales sur la résolution et la réduction des
équations, lesquelles serviront à jeter un nouveau jour sur cette partie de l'Algèbre.
SECTION TROISIÈME.

DE LA RÉSOLUTION DES ÉQUATIONS DU CINQUIÈME DEGRÉ ET DES DEGRÉS


ULTÉRIEURS.

Le Problème de la résolution des équations des degrés supérieurs au


quatrième est un de ceux dont on n'a pas encore pu venir à bout, quoi-
que d'ailleurs rien n'en démontre l'impossibilité. Je ne connais jusqu'à
présent que deux méthodes qui paraissent donner quelque espérance de
succès. Ce sont, l'une celle de M. Tschirnaus, publiée dans les Actes de
Leipsic de i683, et l'autre celle que MM. Euler et Bezout ont proposée
presque en même temps, le premier dans les Nouveaux Commentaires de
Pétersbourg, tome IX, et le second dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences de Paris pour l'année 1765. Ces méthodes ont l'avantage de don-
ner la résolution des équations du troisième et du quatrième degré d'une
manière générale et uniforme, comme on l'a vu dans les Sections précé-
dentes, avantage qui leur est particulier, et qui peut par conséquent être
un préjugé pour leur succès dans les degrés plus élevés; mais les calculs
qu'elles demandent dans les équations du cinquième degré et des degrés
ultérieurs sont si longs et si compliqués, que le plus intrépide calcula-
teur peut en être rebuté. En effet, pour appliquer, par exemple, la mé-
thode de M. Tschirnaus au cinquième degré, il faudra résoudre quatre
équations qui renferment quatre inconnues, et dont la première est du
premier degré, la seconde du second, et ainsi de suite; de sorte que
l'équation finale résultante de l'élimination de trois de ces inconnues
doit monter, en général, au degré dont l'exposant sera 1. 2. 3. 4, c'est-à-
dire au vingt-quatrième degré. Or, indépendamment du travail immense
qui sera nécessaire pour parvenir à cette équation, il est clair que quand
on l'aura trouvée on n'en sera guère plus avancé, à moins qu'on ne
puisse la réduire à un degré moindre que le cinquième, réduction qui,
si elle est possible, ne pourra être que le fruit d'un nouveau travail plus
considérable que le premier.
Suivant la méthode de M. Euler, on parviendra aussi nécessairement à
une réduite du vingt-quatrième degré; car quoique cette méthode pa-
raisse promettre une réduite du quatrième degré seulement, par la rai-
son qu'elle ne donne pour le troisième degré qu'une réduite du second,
et pour le quatrième degré qu'une réduite du troisième; cependant
M. Bezout remarque avec raison que c'est une simplification accidentelle
qui, dans le quatrième degré, rabaisse la réduite de M. Euler au troi-
sième degré, laquelle doit être, en général, du degré 2.3, c'est-à-dire du
sixième, et que cette simplification n'a lieu que parce que l'exposant 4
est un nombre composé. Nous en avons donné la raison à priori dans la
Section précédente, et nous y avons aussi fait voir que M. Euler serait
nécessairement tombé dans une réduite du sixième degré s'il avait cher-
ché à déterminer par l'élimination une des deux autres inconnues qui
entrent dans ses formules. Ainsi l'on n'a d'avance aucun fondement
d'attendre, pour le cinquième degré, une réduite d'un degré moindre que
le vingt-quatrième, par la méthode de M. Euler; et si cette équation est
susceptible de quelqueréduction, ce ne sera qu'à l'aide d'un grand nombre
de tentatives et de calculs très-laborieux qu'on pourra s'en assurer.
Ces inconvénients doivent avoir lieu de même dans la méthode de
l'I. Bezout, qui ne diffère point de celle de M. Euler, si ce n'est qu'elle
donne des réduites plus élevées en apparence, les exposants y étant tous
des multiples de l'exposant du degré de l'équation proposée. Ainsi, dans
le cinquième degré, on a, d'après la méthode de M. Bezout, une réduite
du cent vingtième degré avec des exposants multiples de 5; de sorte
qu'elle équivaut à une équation du vingt-quatrièmedegré.
Ce savant Auteur pense à la vérité que cette réduite du cent vingtième
degré, regardée comme une équation du vingt-quatrième degré, ne doit
renfermer que les difficultés des degrés inférieurs au cinquième, et ses
raisons sont 1° que l'expression des racines des équations du cinquième
degré ne peut renfermer d'autres radicaux que ceux de ce degré et des
degrés inférieurs; 2° que par conséquent les racines de la réduite de ce
degré ne doivent renfermer que les mêmes espèces de radicaux, c'est-à-
dire des radicaux cinquièmes, quatrièmes, etc.; 3° que comme les ra-
cines de la réduite du cent vingtième degré doivent être les racines cin-
quièmes de celles d'une équation du vingt-quatrièmedegré, les radicaux
cinquièmes seront mis en évidence par là, en sorte que les racines de
cette équation du vingt-quatrièmedegré ne pourront plus renfermer que
des radicaux inférieurs, et qu'ainsi sa résolution ne devra dépendre que
des degrés inférieurs au cinquième. Mais cette conclusion, si j'ose le dire,
me parait un peu forcée, car j'avoue que je ne vois pas bien clairement
ce qui pourrait empêcher que l'expression des racines de l'équation .du
vingt-quatrième degré dont il s'agit ne contint encore des radicaux cin-
quièmes du moins il n'est pas démontré que cela ne puisse absolument
avoir lieu; ainsi il pourrait bien arriver que cette équation du vingt-qua-
trième degré renfermât encore toutes les difficultés de l'équation pro-
posée du cinquième degré; auquel cas, après avoir trouvé cette équation
par des calculs très-pénibles, on n'en serait que plus éloigné de la réso-
lution de l'équation proposée.
Il résulte de ces réflexions qu'il est très-douteux que les méthodes dont
nous venons de parler puissent donner la résolution complète des équa-
tions du cinquième degré, et à plus forte raison celle des degrés supé-
rieurs et cette incertitude, jointe à la longueur des calculs que ces mé-
thodes exigent, doit rebuter d'avance tous ceux qui pourraient être tentés
d'en faire usage pour résoudre un des Problèmes les plus célèbres et les
plus importants de l'Algèbre. Aussi voyons-nous que les Auteurs mêmes
de ces méthodes se sont contentés d'en faire l'application au troisième et
au quatrième degré, et que personne n'a encore entrepris de pousser
leur travail plus loin.
Il serait donc fort à souhaiter que l'on pût juger à priori du succès
que l'on peut se promettre dans l'application de ces méthodes aux degrés
supérieurs au quatrième; nous allons tâcher d'en donner les moyens par
une analyse semblable à celle dont nous nous sommes servis jusqu'ici à
l'égard des méthodes connues pour la résolution des équations du troi-
sième et du quatrième degré.
51. Considérons en général l'équation du µième degré

(a)

Suivant la méthode de M. Tschirnaus on prendra une équation subsi-


diaire, telle que
(Gp

qui contient p indéterminées f, g,avec une nouvelle inconnue y; on


éliminera par le moyen de ces deux équations l'inconnue x, et l'on aura
une transformée eny qui sera du même degré N. que la proposée, et qui
aura cette forme
( c)

où les coefficients A, B, C,seront des fonctions rationnelles et entières


des coefficients indéterminés, f, g, et où l'on aura, en particulier,
A égal à une fonction de la première dimension, B égal à une fonction
de la seconde dimension, et ainsi de suite (14).
Or, ayant p indéterminées, on pourra par leur moyen faire évanouir,
dans la transformée en y, p termes à volonté, ou bien établir entre ces
termes telles relations qu'on voudra, dépendantes de p équations, et par
là rendre l'équation en y résoluble, ou au moins réductible à une équa-
tion de degré inférieur. La résolution de cette équation en y donnera
sur-le-champ celle de l'équation proposée en x, car nous avons démon-
tré (11) que l'équation en y renferme les conditions nécessaires pour que
les deux équations d'où l'on a éliminé x aient une racine commune; de
sorte que la valeur de x ne pourra être que la racine commune aux deux
équations (a) et (b), qu'on trouvera en cherchant leur plus grand com-
mun diviseur et l'égalant à zéro.
On fera pour cela l'opération ordinaire, qu'on continuera jusqu'à ce
qu'on parvienne à un reste où x ne soit plus que linéaire ce reste sera
le diviseur cherché; ou bien, ce qui revient au même, on éliminera suc-
cessivement des deux équations précédentes les puissances de x, jusqu'à
ce qu'on arrive à une équation qui ne renferme que la première puis-
sance de x, et il est aisé de prouver que cette équation sera de la forme

d'où l'on aura


(d)

étant égal à 2 si µ est pair, et égal à µ — I 2I si


p. est impair.
De cette manière on aura donc x exprimé par une fonction rationnelle
de y, de sorte que si l'on connaît toutes les µ valeurs de y, on aura par
leur substitution successive les p. valeurs correspondantes de x qui se-
ront les racines de la proposée.
52. Cette méthode est, comme on voit, très-simple et très-générale;
mais la difficulté est de pouvoir déterminer les indéterminées f, g, h,
en sorte que la transformée en y soit résoluble.
La supposition la plus naturelle et en même temps la plus générale
qu'on puisse faire pour cet objet, c'est d'égaler à zéro les coveflicients A,
B, de tous les termes intermédiaires; en sorte que l'équation en y se
réduise à cette forme

dont on peut toujours avoir immédiatement une ou. deux racines suivant
que y. est impair, ou pair, et dont les autres racines ne dépendent plus
que d'une équation du degré (J.- ou N2 (21),
outre qu'on peut aussi
les déterminer toutes directement par la division de la circonférence du
cercle (23).
Il faudra donc prendre dans ce cas p = p. r pour avoir autant d'in-
déterminées que d'équations à remplir, et l'on tombera, en général, dans
une équation finale du degré I.2.3.(µ I), comme on l'a prouvé

,

dans le n° 14.
Si l'exposant p. est un nombre composé, en sorte que l'on ait N. =
il est clair qu'on pourra, en faisant y-=
z et faisant disparaître tous les
termes de l'équation en y dont l'exposant ne sera pas divisible par cr,
réduire cette équation en une équation en z du degré inférieur v. On aura
donc, dans ce cas,
faudra prendre =
(( termes à faire disparaître; par conséquent il
1)
1) pour avoir autant d'indéterminées, et de
ce qu'on a démontré dans le n° 14 il est facile de conclure que l'équation
finale qu'on aura dans ce cas sera, en général, du degré marqué par le
nombre

c'est-à-dire du degré

ou bien de celui-ci

Tels seront donc les degrés auxquels pourront monter les réduites
qu'il faudra résoudre lorsqu'on voudra faire usage de la méthode de
[Link]; mais il peut se faire que ces réduites soient telles qu'elles
puissent s'abaisser à des degrés moindres c'est ce qu'il serait comme
impossible de reconnaître à posteriori, c'est-à-dire par la forme mème de
ces réduites, mais on pourra s'en assurer à priori par la considération de
leurs racines, regardées comme des fonctions de celles de l'équation
proposée, et de l'équation transformée en y, ainsi qu'on va le voir.

53. Désignons, en général, par x', x", x" x'°, les µ racines de
l'équation proposée

et pary', les µ racines de la transformée

substituant successivement ces racines dans l'équation subsidiaire

on aura µ équations particulières par lesquelles on pourra déterminer


les coefficients indéterminés f, g, h,
" peut répondre également à chacune des racines x', x", x'
et comme chacune des racines
il s'ensuit que les inconnues f, g, h, seront susceptibles de différentes
valeurs, qu'on trouvera toutes en faisant toutes les combinaisons pos-
sibles des racines x', x", x" avec les racines y', y", y" C'est par
le nombre et la forme de ces différentes valeurs d'une même inconnue
qu'on pourra juger du degré et de la nature de l'équation par laquelle
elle doit être déterminée.

54. Supposons d'abord que tous les termes intermédiaires de la trans-


formée en y doivent disparaître, en sorte qu'elle se réduise à la forme

pour cela il faudra faire dans l'équation subsidiaire p = µ i pour avoir


µ i indéterminées (52), et comme l'équation yµ + V = 0 donne [en
supposant pour plus de simplicité

,
et désignant par r, 2, µ-1 les racines de l'équation µ 1 =0(24)],
les racines u, u, 2u, µ-1u, on aura, en prenant ces racines pour
et les substituant, ainsi que les racines x', x",
l'équation subsidiaire, on aura, dis-je, ces µ équations
x"
dans

(e)

par lesquelles on pourra déterminer tant la quantité u que les µ r quan-


g,
tités f, l.
Comme ces inconnues ne sont qu'au premier degré dans les équations
précédentes, il est clair que le système de toutes ces équations ne don-
nera qu'une seule valeur déterminée pour chacune de ces inconnues. Or,
supposons que l'on ait trouvé, par la méthode ordinaire d'élimination, la
valeur de l'inconnue f (on fera les mêmes raisonnements pour chacune
des autres indéterminées g, h, 1), il est visible que cette valeur sera
exprimée par une fonction des µ racines x', x", x" et de la racine .
Donc, si l'on y fait toutes les permutations possibles entre les p. racinesx',
x", x' on aura toutes les valeurs particulières de
les racines de l'équation en f.
f qui devront être

Comme le nombre des permutations qui peuvent avoir lieu entre


µ choses est exprimé en général par 1 2 3 µ, il s'ensuit qu'on aura,
généralement parlant, 1.2.3. µ valeurs particulières de f; mais, si
parmi ces valeurs il s'en trouve d'égales entre elles, il est clair qu'on
pourra les réduire à un plus petit nombre en faisant abstraction des
valeurs égales, et nous allons faire voir qu'il n'y aura en effet que
1.2.3.(µ-1) valeurs différentes de f.
55. Pour cela il n'est pas nécessaire de chercher l'expression de f par
le moyen des équations (e); il suffit d'examiner les variations dont le
système de ces équations est susceptible par les permutations des racines
x', x",x" entre elles. Pour connaître ces variations, on commencera
par supposer que la racine x' demeure à sa place, c'est-à-dire que la pre-
mière équation reste la même, et l'on échangera successivement entre
elles, dans les autres équations, les µ racines x", x' xIV, ce qui
donnera 1.2.3. (µ-1) variations; ensuite on fera prendre à x' la place
de x' et vice versâ, ou, ce qui revient au même, on mettra dans la pre-
mière équation uu à la place de u, et dans la seconde u à la place de u,
et l'on fera ensuite les mêmes échanges entre les [µ racines x", x"
xIV ce qui donnera 1.2.3. (µ 1) nouvelles variations; on mettra
encore x' à la place de x" et vice versâ, ou bien on substituera 2 u à la
place de u dans la première équation, et u à la place de 2 u dans la troi-
sième, et l'on fera ensuite les mêmes échanges entre les racinesx', x"
ce qui donnera aussi 1.2.3. (µ 1) variations, et ainsi de suite. Par ce
moyen on aura µ fois 1.2.3.(µ 1) variations, ce qui fait le nombre
total 1.2.3. µ. de toutes les variations possibles du système des équa-
tions (e).
Maintenant je remarque que dès qu'on aura trouvé les 1.2.3.(µ 1)
variations qui ont lieu tant que x' demeure à sa place, on pourra en dé-
duire sur-le-champ toutes les autres en ne faisant que substituer succes-
sivement dans toutes les équations (e), à la place de u, les quantités
u, 3 u, µ-1 u; c'est de quoi il est facile de se convaincre avec
un peu d'attention en observant que

Or il est visible que ces substitutions de u,


2u, à la place de u
ne peuvent produire aucun changement [Link] la valeur de f;
car, dès
qu'on élimine u, il est indifférent quelle valeur on donne à cette quan-
tité, et les résultats de l'élimination sont nécessairement indépendants
de la valeur de u.
Donc il n'y aura proprement que les i. 2.3. (µ i) variations, qui
résultent des permutations entre les µ 1 racines x", x" qui pourront
donner des valeurs différentes pour f; de sorte que l'équation en f ne
devra être que du degré 1.2.3.(µ 1), ce qui s'accorde avec ce que
l'on a dit plus haut (52).
Mais voyons encore si cette équation ne sera pas susceptible de quelque
réduction. Pour cela il faut distinguer le cas où l'exposant p. de la pro-
posée est un nombre premier, et celui où cet exposant est un nombre
composé.

56. Supposons que p. soit un nombre quelconque premier, et faisant


abstraction, dans le système des équations (e), de la première équation,
à cause qu'on peut regarder la quantité x' comme fixe, voyons quelles
sont les variations dont ce système est susceptible en vertu des permuta-
tions entre les autres racines x°,x"
Pour cela on suivra une méthode semblable à celle du numéro précé-
dent. On regardera d'abord la quantité x" comme fixe et on cherchera
les variations résultantes des 1.2.3.(µ 2) permutations entre les
µ 2 autres racinesx' xIV on mettra ensuite x" à la place de x'" et
réciproquement, ce qui revient au même que de mettre u2u à la place
de u dans la seconde équation, et uu à la place de 2 u dans la troisième,
et l'on cherchera de nouveau les 1.2.3. (µ 2) variations provenantes des
permutations des autres racines x' xi°, on mettra x" à la place de xi"
et vice versâ, ou, ce qui revient au même, on substituera a.3u à la place
de u dans la seconde équation, et u 3 u dans la qua-
à la place de
trième, l'on cherchera
et comme auparavant les 1.2.3. (µ 2) varia-
tions provenantes des permutations entre les µ 2 racines x'" xIV, et
ainsi de suite. Ce procédé donnera µ 1 fois 1.2.3.(µ 2) variations,
ce qui fera le nombre total des )
(µ 1 variations cherchées.
Or je dis que dès qu'on aura trouvé les 1.2.3. (µ- 2) variations, qui
ont lieu tant que x" demeure à sa place, et qu'on change celles des autres
racines x" xIV, on pourra en déduire immédiatement toutes les varia-
tions résultantes des permutations entre les µ racines x", x" xlV,
en substituant successivement u2, 3, µ-1 à la place de u dans toutes
les équations ( e) car par ce moyen le terme uu de la seconde équation
se changera successivement en 2u, 3 u, u'u,
et les termes a2 m, des
autres équations ne feront que s'échanger entre eux (à cause que µ est.
un nombre premier, comme on peut s'en convaincre par ce qui a été
démontré dans le n° 24), échanges qui équivalent évidemment à ceux des
racines x" xIV, entre elles.
D'où je conclus que quand on aura trouvé par le moyen des équa-
tions (e) l'expression de f en x', x",x" , et et qu'on voudra con-
naître les 1.2.3. (µ i) valeurs de f qui résultent des permutations des
racines x", x" xIV, entre elles, et qui doivent être les racines de
l'équation en f du degré 1.2.3.(µ 1) (numéro précédent), il suffira
de chercher les 1.2.3. (µ 2) valeurs de f provenantes des seules per-
mutations entre les racines x" xlV, et d'y échanger ensuite successi-
vement u en 2, 3, 4, µ-1; ou bien, ce qui revient au même, on
échangera d'abord dans l'expression de f la racine en 2, 3, µ-1,
et ensuite on fera dans chacune de ces µ 1 valseurs de f les

x'
1.2.3 (µ 2 ) permutations qui ont lieu entre les µ 2 racines x",
on aura par là les 1.2.3. (µ 1) racines de l'équation en f.

57. Imaginons maintenant que les µ 1 valeurs de f qui viennent de


la substitution successive de 2, 3 µ-1 à la place de soient les
racines de l'équation du (µ 1)ième degré
(/)
et comme 1, y, 2, 3, µ
sont les racines de l'équation 1 =o
(hypo-
thèse), il est clair que , u2, u3, seront les µ i racines de l'équation

µ I y I = o, savoir
(g)

Donc, si dans l'expression de f tirée des équations (e) on met, en gé-


,
néral, y à la place de et qu'ensuite on élimine y par le moyen de
l'équation (g), on aura nécessairement l'équation ( f); d'où l'on voit

F, G,
que cette équation ne contiendra plus , x"
de sorte que les coefficients
seront que des fonctions de x', x",
Or, ayant trouvé l'équation (f), il n'y aura plus qu'à faire dans les
expressions des coefficients F, G, toutes les permutations possibles
entre les µ 2 racines x" xIV, et l'on aura par là 1.2.3. (µ 2)
équations en f dont chacune sera du (µ 1)ième degré, et qui renfermeront
par conséquent les 1.2.3.(µ 1) racines de l'équation générale en f.
De là il est facile de conclure que chacun des coefficients F, G, ne

comme ces coefficients sont des fonctions des racines x', x', x'
pourra dépendre que d'une équation du degré 1.2.3.(µ 2). En effet,

clair que chacun d'eux, par exemple F, devra être déterminé par une
il est

équation qui ait autant de racines que ce coefficient aura de différentes


valeurs en faisant toutes les permutations possibles entre les racines x',
x", x" mais on a démontré plus haut (55) que les permutations de
la racine x' en chacune des autres ne changent point les valeurs de f;
par conséquent elles ne changeront pas non plus celles de F, G, qui
sont des fonctions des racines de de plus on a vu (56) qu'on peut
suppléer aux permutations de la racine x" en échangeant la racine «
en 2, 3, de sorte que comme les valeurs de F, G, sont indépen-
dantes de u, elles ne recevront aucun changement par les permutations
de x". Ainsi il n'y aura que les permutations des µ 2 racines x" xlv,
entre elles, qui donneront des valeurs différentes de F, ainsi que de
G, H, d'où il s'ensuit que le nombre de ces valeurs différentes sera
simplement 1.1.3. (µ 2); par conséquent chacun des coefficients
F, G, H, sera donné par une équation d'un degré marqué par ce même
nombre.

58. Donc la réduite en f, qu'on trouvera par la méthode de M. Tschir-


naus, et que nous avons vu devoir être, en général, du degré 1.2.3. (µ 1),
sera toujours décomposable, lorsque p. est un nombre premier, en
1.2.3. (µ 2) équations du degré µ 1, telles que l'équation (f) ci-
dessus, et cela par le moyen d'une équation du degré 1.2.3. (µ 2);
car, quoique les coefficients F, G, dépendent chacun d'une équation
de ce dernier degré, cependant il suffira d'avoir l'équation en F, ou
en G, etc., parce que les autres coefficients pourront toujours s'exprimer
par des fonctions rationnelles de celui-là.
En effet, si l'on regarde l'équation (f) du degré µ 1 comme un divi-
seur de la réduite en f du degré 1.2.3.(µ 1), on trouvera pour cela
µ 1 1 conditions par lesquelles on pourra déterminer, en général, les
µ 2 coefficients G, H, en F, sans aucune extraction de racines, et
ces valeurs étant ensuite substituées dans l'une des équations de con-
dition, on aura l'équation même en F, laquelle ne devra pas passer le
degré r .2.3.(p. 2). Je dis qu'on peut déterminer, en général, les va-
leurs de G, H, en F sans extraction de racines; cela est vrai tant qu'on
ne donne à F aucune valeur particulière; mais lorsqu'on voudra substi-
tuer à la place de F les racines de l'équation en F pour avoir les valeurs
correspondantes de G, H, s'il arrive que la racine substituée soit
double, ou triple, ou, etc., les expressions rationnelles de G, H, se
trouveront en défaut, et ces quantités dépendront alors de la résolution
d'une équation du second, ou du troisième, ou, etc., degré, comme nous
le démontrerons plus bas (102).

de ses racines regardées comme des fonctions de x', x", x"


On pourrait au reste trouver directementl'équation en F par le moyen
on a vu
différents exemples de cette méthode dans les Sections précédentes. Et,
supposant cette équation en F connue, on pourra, par son moyen, déter-
miner directement les valeurs de G, H,par la méthode qu'on trouvera
dans la Section quatrième (100).
Maintenant il est visible que l'équation en F sera toujours d'un degré
plus haut que la proposée, excepté le seul cas de µ = 3; car, faisant
µ = 3, on a
1.2.(µ 2)=1,
faisant µ = 5, on a
1.2.(µ 2) = 1.2.3 = 6,
faisant µ = 7, on a
1.2. (µ 2) = [Link].5 = 120,

et ainsi de suite; donc, à moins que cette équation ne puisse encore


s'abaisser à un degré moindre que µ, la solution de M. Tschirnaus ne
sera d'aucun usage; or c'est ce qui me paraît presque impossible, en gé-
néral. Il est vrai que, quoique le degré 1.2 (µ 2) de l'équation
dont nous parlons soit plus élevé que le degré µ de la proposée, cette
équation ne renfermera pas cependant des difficultés supérieures à celles
des équations du degré p.; car, puisque ses 1.2.3.(µ
2) racines sont
des fonctions connues des p. racines x', x", x"
il est clair qu'elles ne
seront pas indépendantes les unes des autres, mais qu'il y aura entre
elles des relations exprimées par un nombre d'équations égal à la diffé-
rence des exposants 1.2.3. (µ 2) et µ; de sorte que, supposant que
l'on connaisse un nombre p. de ces racines, on connaîtra aussi par leur
moyen toutes les autres.
D'où il s'ensuit que l'équation en F ne pourra renfermer dans le fond
que les difficultés du degré p.; mais, par la même raison, il paraît aussi
qu'elle devra toujours renfermer toutes les difficultés de ce degré, de
sorte qu'on se trouvera ramené aux mêmes difficultés auxquelles la réso-
lution générale de l'équation proposée est sujette.

59. Supposons présentement que l'exposant p. de la proposée soit un


nombre composé dans ce cas il faudra apporter quelque modification
au raisonnement du n° 56, car, si dans les termes de la progression géo-
, 3,
métrique u2, 3
les puissances 2,
µ-1 on substituait indifféremment à la place de a
µ-1, on ne retrouverait pas toujours les mêmes
termes comme lorsque µ est un nombre premier; nous en avons donné
la raison dans le n° 24, et nous y avons démontré aussi qu'il n'y a que
les puissances de cl dont l'exposant est un nombre premier à p. qui, étant
substituées à la place de dans les termes a2, , 3, µ-1 puissent
redonner les mêmes termes, de sorte qu'il faudra restreindre à ces seules
puissances de les résultats du n° 56.
Donc, si l'on désigne, en général, par ,, tous les nombres

soit on pourra, par les substitutions de a' ,


moindres que p. et premiers à µ, dont nous supposerons que le nombre
-1, à la place
de dans l'expression de f, suppléer aux permutations de la racine x"

que les 1. valeurs de /qui viennent de la substitution aY,


place de a soient les racines de l'équation
,
dans les racines x(+1), x(+1), x(+1), par conséquent, si l'on suppose
à la

(h)

cette équation sera un diviseur de la réduite en f, et les coefficients F,


G, seront donnés chacun par une équation du degré 1.2.3.(µ I)/
de sorte que dans ce cas la réduite enf, trouvée par la méthode de
M. Tschirnaus, et qui est du degré 1.2.3.(µ 1), sera résoluble en
1.2.3.(µ I)/ équations, chacune du degré
et cela moyennant une
équation du degré

Pour trouver l'équation (h) à priori, il n'y aura qu'à mettre à la place

,,,
de u dans l'expression de f, et ensuite éliminer y par le moyen de l'équa-
tion dont les racines seraient or voici comment on
pourra avoir cette équation.
60. Considérons, en général, l'équation

,
dont les racines sont 1, a1, a3,
t,
µ-1, et supposons que le nombre µ.
soit résolu dans les facteurs premiers r, s, dont chacun soit contenu
une ou plusieurs fois dans le nombre µ, il est facile de voir que les puis-
sances de
, (1.\ , ,qu'il faudra exclure, pour avoir uniquement les puissances
u.P, dont les exposants sont premiers à µ, il est facile de
voir, dis-je, que ces puissances seront celles dont les exposants seront
des multiples des nombres r, s, t, de plus il est clair, par ce qu'on a
démontré dans le n° 24, que ces mêmes puissances de seront les racines
des équations

donc, si l'on fait pour plus de simplicité

et qu'on divise l'équation µ 1 = o successivement par celles-ci

on aura les équations suivantes

dont la première aura pour racines toutes les puissances de jusqu'à


µ-1, à l'exception de celles dont les exposants seront des multiples de r;
la seconde, toutes les puissances de ,
à l'exception de celles dont les
exposants seront des multiples de s; la troisième, etc.; d'où l'on peut
conclure que, si l'on cherche le plus grand commun diviseur de toutes

puissances

(i)
,, ,
ces équations, on aura l'équation cherchée, dont les racines seront les
et qui sera par conséquent de la forme

Ainsi, par exemplè, si p, = 4, on aura r= 2, µ'= 2, et l'on aura cette


seule équation

dont les racines seront et 3.


Si li. = 6, on aura r = 2, s = 3; donc µ' = 3, p."= 2, ce qui donnera
ces deux équations

dont le plus grand commun diviseur est

équation dont les racines seront par conséquent et a5.


Si µ = 8, on aura r= 2; donc µ'= 4, et l'on aura cette seule équation

,
dont les racines seront 3, 5, a1, et ainsi de suite.
Quant à l'exposant ),, on peut le déterminer à priori d'après les fac-
teurs du nombre µ, car on aura toujours

comme on peut le démontrer aisément en cherchant combien, parmi les


nombres moindres que p., il y en aura de premiers à µ. (Voyez les Nou-
veaux Commentaires de Pétersbourg, tome VIII.)
61. Ayant donc trouvé ainsi l'équation (i), on s'en servira pour éli-
miner y de l'expression de f, et il en résultera l'équation (h), dont tous
G,
les coefficients F, seront des fonctions des racines x', x" sans ,
telles qu'elles ne seront susceptibles que de 1.2.3.(µ I) 1)
variations,
par toutes les permutations possibles des racines x', x" entre elles;
de sorte que chacune de ces fonctions sera donnée simplement par une
équation du degré

comme on l'a déjà dit plus haut.


Il se peut au reste que ces équations en F, ou en G, etc., soient en-
core susceptibles de quelques réductions; c'est ce qui dépendra de la
forme des fonctions de x', x", par lesquelles les quantités F, G,
seront exprimées; mais nous n'entrerons pas dans cette recherche, d'au-
tant que dans le cas où l'exposant p. est un nombre composé on peut
simplifier la Solution de M. Tschirnaus en ne faisant évanouir que
quelques-uns des termes intermédiaires de la transformée (52).

62. Nous allons donc chercher à priori les résultats qu'on doit avoir

µ étant égal à ,
dans ce cas, et nous supposerons, comme dans le numéro cité, que,
tous les termes de la transformée en y dont les expo-
sants ne seront pas divisibles par a disparaissent, en sorte que, faisant
y= z, l'équation (c) devienne

laquelle aura par conséquent v racines que nous dénoterons par z', z",
Z" Z(v); et comme l'équation y
= z donne

ou bien, en dénotant par i, a, u2, -1 les racines de y I = o,

on aura, en substituant successivement à la place de z les v racines z', z",


z" et faisant pour plus de simplicité

on aura, dis-je, ces p. valeurs dey

qui seront celles des racines y', y", y"9 y().).


Substituant donc successivement ces valeurs à la place de y dans
l'équation subsidiaire (b) du n° 51, et mettant en même temps x'; x",
x" à la place de x (53), on aura les p. équations suivantes

Or, comme on doit supposer dans ce cas (52)

pour que le nombre des indéterminées f, g, ,


l soit aussi µ— il est
clair que, si dans les µ équations qu'on vient de trouver on élimine
d'abord les v quantités ç", (v), il restera µ — équations, qui
serviront à déterminer les µ — inconnues f, g, l.
Imaginons maintenant qu'on ait trouvé, par les règles ordinaires de
l'élimination, l'expression de f (on appliquera les mêmes raisonnements
aux autres indéterminées g, l); on cherchera toutes les valeurs diffé-
rentes de f qui peuvent venir des permutations des p. racines x', x"
entre elles, et l'on-aura les racines de l'équation en f, laquelle sera par
conséquent d'un degré égal au nombre de ces différentes valeurs.
Or les racines x', x", étant au nombre de p., seront susceptibles en
général de I 2. 3 µ permutations; mais il faudra défalquer de ce
nombre les permutations qui ne produiront aucun changement dans
l'expression de f.
Pour cela je remarque d'abord que si l'on suppose qu'on échange res-
pectivement les racines x', x" x() en x(-1), x(+2), X(2), ou en
x(2+1), x(2+2), X(3), ou, etc., il en résultera dans les équations pré-
cédentes les mêmes changements que si l'on échangeait en i; ou
en ou, etc.; de sorte que les permutations des quantités
entre elles seront équivalentes aux permutations des racines x', x(+1),
X(2+1), entre elles, ces permutations étant combinées avec les permu-
tations correspondantes et simultanées des racines x", X(2+2),
entre elles, avec celles des racines x", x(+3), x(2+3), entre elles, etc.
Or, comme dans la détermination des coefficients f,
disparaître les quantités
g, on doit faire
par l'élimination, il sera indifférent
que ces quantités soient mises les unes à la place des autres d'une ma-
nière quelconque; par conséquent il ne résultera de leurs permutations
quelconques aucun changement dans les valeurs de f, g, donc, puis-
que ces quantités étant au nombre de v sont susceptibles de 1.2.3.v v
permutations, voilà autant de permutations entre les µ racines x', x",
.x" x(µ) qui ne produiront aucun changement dans les valeurs de f,

g, d'où il s'ensuit que, dans le nombre total 1..2.3. µ des valeurs


particulières de f, chaque valeur se trouvera répétée i.2.3.v fois; par
conséquent il ne pourra y avoir qu'un nombre de valeurs différentes de f
exprimé par

x' 63. Maintenant si l'on considère les permutations des racines x', x°,
x() entre elles, et qu'on considère en même temps les pre-
mières équations du n° 62, lesquelles renferment ces racines, on y pourra

x'
appliquer des raisonnements analogues à ceux du n° 55, et l'on en con-
clura que les échanges de la racine x' en les autres racines x",

3
x() ne produiront aucun changement dans les valeurs de f, g, puis-

2
que ces échanges donneront les mêmes résultats que l'on aurait en sub-
stituant successivement -1' a ta place de
Donc le nombre des valeurs différentes de f ne pourra être plus grand
que

On tirera des conclusions semblables de la considération des zs racines


x(+1), x(+2), x(+3), x(2), comme aussi des racines x(2+1), x(2+2)
x(2+3), x(3), et ainsi des autres; et comme les combinaisons de ces
racines entre elles sont totalement indépendantes, il s'ensuit qu'il faudra
1.2.3.µ/1.2.3.
diviser le nombre autant de fois par zs qu'il y a de ces systèmes
de racines chacun, c'est-à-dire v fois, nombre des quantités ,
Donc le nbmbre des valeurs différentes de f ne pourra être que
(),

par conséquent l'équation en f ne devra monter qu'au degré marqué par


ce même nombre.
C'est aussi ce qui s'accorde avec ce que l'on a trouvé à la fin du no 52;
en effet, il est clair que le nombre

se réduit d'abord à celui-ci

et ensuite, à cause de µ = vs, à celui-ci

64. La réduite en f sera donc, généralement parlant, du degré

mais cette équation pourra toujours s'abaisser à un degré inférieur par


des considérations semblables à celles des nos 57 et 59. En effet, si est
un nombre premier, il est facile de prouver par des raisonnements ana-
logues à celui du n° 56, que l'on pourra suppléer aux permutations des
racines x', x(-1), x(2+1), en x", x(+2), x(2+2), en x, x(+3),
en, etc., en substituant successivement dans l'expression de f
x(2+3),
les puissances 2, 3, -1 à la place de a; de sorte que si l'on met y
au lieu de u dans l'expression de f, et qu'ensuite on élimine y par le
moyen de l'équation

ou bien

on aura une équation en f telle que

laquelle sera un diviseur de la réduite en f; et les coefficients F, G,


seront déterminés chacun par une équation du degré

ce qui donnera autant de diviseurs de la même réduite, dont chacun sera


du degré —I.
Si v n'est pas un nombre premier, alors il faudra chercher, comme
dans le n° 60, l'équation dont les racines seront les puissances de u qui
auront pour exposant des nombres premiers à v en y comprenant l'unité,
et, désignant cette équation par

on éliminera, par son moyen, y de l'expression de f; on aura une équa-


tion en f telle que

où chaque coefficient F, G, ne dépendra que d'une équation du degré

de sorte que l'on aura par là autant de valeurs de F, G, et par consé-


f
quent autant d'équations en du degré X, lesquelles seront les diviseurs
de la réduite en f.
Soit, par exemple, p. = 6
1" On pourra faire v = 3, =2,
et la réduite en f sera du degré
3.4.5 22 = 15; et, à cause de i = i, elle ne pourra plus s'abaisser par
la méthode précédente.
[Link] 3
2° On pourra faire v = 2, = 3, on aura = 4o pour le degré
de la réduite en f; et comme i = 2, on pourra résoudre cette réduite
en vingt équations du second degré chacune, moyennant une équation
du vingtième degré.

65. Revenons maintenant aux formules du n° 51; et il est clair que


l'équation proposée () pourra être regardée à son tour comme le résul-
tat de l'élimination de y faite par le moyen des équations (c) et (d).
Ainsi, si l'on regarde les coefficients A, B, C,
de l'équation en y
comme donnés et les coefficients F, G,
de l'expression de x en y
comme indéterminés, on pourra, par la comparaison des termes de
l'équation résultante de l'élimination de y avec ceux de la proposée, dé-
terminer ces derniers coefficients, pourvu que leur nombre ne soit pas
moindre que µ.; ce qui ne sera point à craindre tant qu'on prendra
= f. 2 µ I 2
ou et si l'équation eny est prise telle qu'elle soit résoluble,
ce qui peut avoir lieu d'une infinité de manières différentes, on aura la
résolution complète de la proposée; mais la difficulté consistera dans la
détermination des coefficients indéterminés F, G,
On facilitera cependant beaucoup cette détermination ainsi que l'éli-
mination de y, si l'on change l'expression de x, donnée par l'équa-
tion (d), en une autre où l'inconnue y ne se trouve qu'au numérateur;
c'est ce qui est toujours possible en multipliant le haut et le bas de la
fraction

par un polynôme convenable en y, qu'on pourra trouver de la manière


suivante.
On supposera

et comme y est déterminé par l'équation

on élimineray par le moyen de cette équation, ce qui donnera une équa-


tion en z du degré µ qu'on pourra représenter ainsi

,
où les coefficients a,
C,
y,N, w seront par conséquent des fonctions con-
nues des A, B, et L, M,
Ainsi l'on aura

d'où l'on voit que la quantité z deviendra égale à w, et par conséquent


indépendante de y, étant multipliée par le polynôme

De sorte que si l'on remet dans ce polynôme, à la place de z, sa valeur


en y, on aura le polynôme cherché, dans lequel on pourra, si l'on veut,
n'admettre que des puissances de y moindres que y 11- parce qu'au moyen
de l'équation

on pourra toujours faire rentrer les puissances dey supérieures à yµ dans


la classe des inférieures.
De cette manière on pourra donc ramener l'équation (d) à la forme

(k)

de sorte qu'on pourra toujours regarder l'équation proposée (a)


comme la résultante de l'élimination de y, faite par le moyen de l'équa-
tion c)

et de l'équation (k). On supposera donc les coefficients a, b, c,


dont le nombre est µ, indéterminés, et l'équation provenante de l'élimi-
k,

nation de y étant comparée terme à terme avec la proposée donnera fl.


conditions qui serviront à déterminer les quantités a, b,
Si l'on réduit l'équation en y à deux termes tels que
c,
la méthode précédente reviendra à celle de MM. Euler et Bezout, dont
nous avons déjà fait mention plusieurs fois dans le cours de ce Mémoire.
Le détail où nous venons d'entrer sert à rapprocher cette méthode de
celle de M. Tschirnaus, et à montrer leur analogie et dépendance mu-
tuelle.

66. Comme tout se réduit à déterminer les inconnues a, b, c, k


dont le nombre est p., par la comparaison des termes de la proposée avec
ceux de la résultante de l'élimination de y, nous remarquerons d'abord
à l'égard de cette dernière, qu'elle sera nécessairement exprimée par
une fonction rationnelle et entière des quantités a, b, c, k et x, où

ces quantités rempliront partout le même nombre de dimensions p.,


comme on peut aisément le conclure de la théorie d'élimination donnée
dans le n° 13; d'où il s'ensuit qu'en ordonnant cette équation par rap-
port à x les coefficients de tous ces termes se trouveront être des-fonc-
tions rationnelles, eiltières et homogènes des quantités a, b,
dont les dimensions seront o, i, 2, 3, c, k, et
pour les puissances xµ, xµ-1,

Ainsi le premier terme xµ n'aura d'autre coefficient que l'unité, le se-


cond terme xµ-1 aura pour coefficient une quantité de la forme

a, , étant des coefficients numériques, le troisième terme xµ-2 aura


pour coefficient une quantité de la forme

et ainsi des autres.


Égalant donc le coefficient du second terme à m, celui du troisième
terme à n, et ainsi de suite, on aura p. équations entre les µ inconnues a,
b,c, k, dont la première sera du premier degré seulement, la seconde,
du second degré, la troisième, du troisième, et ainsi des autres; de sorte
qu'en éliminant ces inconnues à l'exception d'une seule quelconque, on
aura, en général, pour la détermination de celle-ci une équation finale
du degré marqué par i.2.3.u.; ce qui est contraire au sentiment de
M. Euler, mais ce qui s'accorde avec ce que M. Bezout a trouvé par
induction.
67. Pour confirmer davantage cette conclusion sur le degré des équa-
tions en a, ou b, ou c, et pour voir en même temps dans quel cas ces
équations sont susceptibles de simplification, nous allons chercher à
priori l'expression des quantités a, b,
la proposée.
c, en x', x", x" racines de

Faisons, comme dans le n° 54,


les µ racines de l'équation
µ- V
= u, et désignant par i ,
on aura u, u, u, yu, pour les µ racines de l'équation
donc, substituant successivement ces racines dans l'équation (k) du n° 65
à la place de y, et mettant en même temps les racines x', x",
place de x, on aura les µ équations suivantes
x' à la

par lesquelles on pourra déterminer les p. racines inconnues a, b, c,


Cette détermination n'a aucune difficulté; car puisque i, , , y,
sont les racines de l'équation yµ — i = o, Iaquelle manque de tous ses
termes intermédiaires, on aura, comme on sait,

c'est-à-dire que la somme de toutes les racines élevées chacune à une


même puissance quelconque sera toujours nulle lorsque l'exposant de la
puissance ne sera pas divisible par p.; et à l'égard des puissances dont
l'exposant sera multiple de p., il est visible, par l'équation même
yµ— i = o, qu'on aura µ= i, 2µ= I, et ainsi des autres racines.
Donc, si l'on ajoute ensemble les µ équations du numéro précédent,
après les avoir multipliées respectivement par les p. racines correspon-
dantes i, ,, élevées successivement aux puissances p.6, (µ — I)ième,
(µ— 2)ième, jusqu'à la première inclusivement, on aura sur-le-champ

On voit d'abord que la quantité a doit être donnée par une équation
linéaire, puisqu'elle conserve la même valeur, quelque permutation
qu'on fasse entre les racines x',x" en effet, à cause de

m
un aura a =
Quant aux autres quantités ub, u2c, u3 d, chacune d'elles dépendra,
en général, d'une équation d'un degré égal au nombre de toutes les per-
mutations possibles entre les µ racines x', x", x" nombre qui esl,
comme on sait, marqué par I.2.3.µ; car à chacune de ces permuta-
tions il répondra une valeur différente des quantités ub, u2c, u3 d,
mais ces valeurs peuvent avoir entre elles des relations telles, que l'équa-
tion dont elles seront les racines puisse s'abaisser à un degré inférieur;
c'est ce que nous allons examiner.

68. Pour cela nous remarquerons d'abord que, comme la quantité u


demeure indéterminée, on pourra lui donner telle valeur qu'on voudra;
la supposition la plus simple est de faire, avec M. Bezout,
u =
r, et par
conséquent

nous adopterons donc cette hypothèse et nous supposerons en même


temps

ce qui donnera ces formules plus simples

Considérons l'expression de la quantité a', et comme les racines de


l'équation yµ- i = o, que nous avons désignées par i,
peuvent s'exprimer (24) par i, u, 2, u3, on
,
(3,

de sorte que l'on aura

et pour avoir les valeurs des autres quantités a", a" il n'y aura qu'à

3,
mettre, dans cette expression de a', à la place de a, ses puissances 2,
D'où, et de ce qui a été démontré plus haut (56), on peut d'abord
conclure que, lorsque l'exposant y de l'équation proposée'est un nombre
premier, les quantités a', a",a" seront les racines d'une même équa-
tion; mais il n'en sera pas ainsi lorsque µ sera un nombre composé; c'est
pourquoi il faudra, dans la suite, distinguer les deux cas, où p. est un
nombre premier et où il n'est pas premier.

69. Supposons, en général,

et voyons quelle doit être la nature de l'équation en t. Pour cela on cher-


chera toutes les valeurs particulières de t qui résultent des I.2.3.µ per-
mutations dont les µ racines x', x" sont susceptibles; et dans cette re-
cherche on suivra une méthode analogue à celle du n° 55; ainsi l'on regar-
dera d'abord la quantité x' comme fixe, et l'on fera varier la position des
µ— i autres quantités, lesquelles étant susceptibles de I.2.3. (µ— 1)

dénoterons par t', t",t"


permutations donneront autant de valeurs particulières de t, que nous
maintenant on fera varier, dans l'expression
de chacune de ces valeurs, la position de la quantité x' en la mettant
successivement à la place de x", x" ce qui donnera les I.2.3.µ va-
leurs cherchées qui devront être les racines de l'équation en t.
Or on verra aisément que pour avoir toutes ces valeurs il n'y aura qu'à

3,
multiplier successivement chacune des valeurs t', t", t" par a, 2,
µ—l; de sorte que les racines de l'équation en t seront exprimées
ainsi

d'où il est facile de conclure que l'équation en t ne renfermera que des


puissances de t dont les exposants seront multiples de p..
De là il s'ensuit donc qu'en faisant tµ = 5, en sorte que l'on ait

on aura une équation en 5 du degré I.2.3. (µ— i), dont les racines
seront les valeurs de qui viennent des permutations des µ — I racines
x", x" en faisant abstraction de la racine x'.
Cette conclusion a lieu quel que soit le nombre µ. Examinons main-
tenant à part les deux cas où µ est un nombre premier ou non.

70. Supposons d'abord que l'exposant µ soit un nombre premier, et


nous remarquerons que pour trouver toutes les valeurs de 6 il suffira de
chercher celles qui viennent des permutations des µ — 2 racines x"
x'°, entre elles, et dont le nombre est par conséquent 1 .2.3. (p. 2),

valeurs, 2, 3,
et de substituer successivement, dans l'expression de chacune de ces
aµ—l à la place de x; c'est de quoi on peut se con-
vaincre par un raisonnement analogue à celui du n° 56.

qui répondent aux substitutions de 2, 3,


D'où il s'ensuit (57) que, si l'on suppose que les µ—I valeurs de 5
µ—l à la place de dans
l'expression précédente de soient les racines de cette équation du
(µ —I)ième degré

les coefficients T, U, X, seront donnés chacun par une équation du


degré I.2.3.(µ—2) de sorte que l'équation en 6 du degré 1.2.3. (µ— 1)
sera décomposahle en I.2.3.(µ—2) équations du (µ—I)ième degré
chacune, au moyen d'une équation du degré 1. 2. 3 (p. 2), car, ayant
trouvé l'un des coefficients T, U, X, par la résolution d'une équation
de ce degré, il sera aisé d'avoir tous les autres.

71. Puisque les µ— r racines de l'équation

sont les valeurs de 5, c'est-à-dire de

que l'on aurait en supposant que devint successivement C(2, 3, µ—I,


il s'ensuit de ce qui a été dit dans le n° 68 que les racines de cette équa-
tion exprimeront justement les valeurs des quantités a', a", a" élevées
à la puissance µ.
Donc, si l'on dénote ces racines par 6", (µ—), on aura

Maintenant, pour trouver avec facilité l'équation dont il s'agit, on élè-


vera le holynôme

à la puissance p., et, faisant attention que µ= i µ—1 = u, on aura


pour 6 une expression de cette forme

où seront des fonctions des racines x', x", x', sans


changera u en y et ensuite on éliminera y par le moyen de l'équation (g)
;
on

du n° 57; mais, si l'on ne veut pas employer la voie ordinaire de l'élimi-


nation, on s'y prendra de la manière suivante.

72. Puisque =2, =3, (68), on aura

,, étant avec i les racines de l'équation yµ— I= o.


Connaissant donc ainsi les racines de l'équation en 6, on pourra déter-
miner par leur moyen les valeurs des coefficients T, U, X, car on
aura, comme on sait,

On facilitera beaucoup cette détermination si l'on cherche la somme


des puissances premières, secondes, troisièmes, etc., jusqu'aux µièmes,
des racines 6', 0", 6" et pour cela il sera utile de faire entrer dans le
calcul la quantité

en sorte que les quantités GO, 0', 6" répondent aux racines l, ,
de l'équation yµ— i = o.
Or, si l'on élève successivement le polynôme

aux puissances seconde, troisième, etc., et qu'on dénote par 2, 3,


4, les termes de ces puissances qui ne seront point affectés de ur
après avoir suhstitué partout i à la place de µ, à la place de aµ+1 et
,
ainsi de suite; il est facile de voir, par les propriétés des quantités I,
(67), que les sommes des puissances premières, secondes, troi-
(3,
sièmes, etc., des quantités °, 5', 6" se réduiront àµ, µ2, µ3,
Or

donc, si l'on retranche respectivement des quantités µ,


µ2, µ3, les
puissances première, seconde, troisième, etc., de (- m)i\ les restes

seront les sommes des µ— i racines 5", 6" de leurs carrés, de leurs
cubes, etc., de sorte qu'on aura, par les formules connues,

73. Maintenant, si l'on fait dans les expressions des quantités T, U,


X, toutes les permutations possibles entre les racines x', x", x"
on ne trouvera pour chacune de ces quantités que I.2.3. (µ— 2) va-
leurs différentes, lesquelles viendront uniquement des permutations
entre les µ— 2 racines x" xIV, ainsi l'on aura autant d'équations en
telles que
,
lesquelles étant multipliées ensemble donneront une équation en 5 du
degré I.2.3.(µ—I), et dont tous les coefficient seront déterminables
par des fonctions rationnelles des coefficients m, n, p, de l'équation
proposée.
Cette équation en 5 étant ainsi trouvée, si on la divise par une équa-
tion du degré µ— i telle que la précédente, on aura µ— 1 équations de
condition entre les quantités T, U, X, par lesquelles on pourra déter-
miner, par exemple, les valeurs de U, X, en T, et l'on parviendra
ensuite à une équation finale en T qui ne pourra monter qu'au degré
I.2.3.(µ 2).
En effet, puisque la quantité T n'est susceptible que de I.2.3.(µ— 2)
valeurs différentes, si l'on appelle ces aleurs T', T",
posant, pour abréger,
T' T(v), en sup-

on aura une équation en T, telle que

dont les racines seront T', T",T" en sorte qu'on pourra, si l'on veut,
déterminer à priori les valeurs des coefficients ts, p, d'après celles
des racines T',T"
De cette manière on aura donc l'équation en T directement et sans re-
courir à l'équation en 6 du degré v (µ I) et l'on pourra trouver aussi,
indépendamment de cette dernière équation, les valeurs des autres coef-
ficients U, X, en T, comme nous le démontrerons plus bas dans la
Section quatrième.
Concluons de tout ce qui précède que la méthode de MM. Euler et
Bezout conduit nécessairement à une réduite du degré I.2.3. (µ— i),
laquelle, quand l'exposant p. de la proposée est un nombre premier, doit
être décomposable en I.2.3.(µ—2) facteurs du (µ—I)ième degré
chacun.
Ce résultat s'accorde, comme on voit, avec celui que l'on aurait par la
méthode de M. Tschirnaus; ainsi l'on y pourra appliquer des remarques
semblables à celles que nous avons faites dans le n° 58.

74. Pour éclaircir la théorie précédente par un exemple, prenons


l'équation du cinquième degré

dont les racines soient désignées par x', x", x" xlv, xv.
On supposera donc

et l'on regardera l'équation proposée comme le résultat de celle-ci et de


l'équation à deux termes

ob bien, en faisant, comme dans le n° 68, V = I,

MM. Euler et Bezout ont donné dans leurs Mémoires sur ce sujet
l'équation finale, qui doit résulter de l'élimination de y dans le cas de
m = o et de a = o, et dont la comparaison avec la proposée fournit les
quatre équations nécessaires pour la détermination des coefficients b, c,
d, e; mais ces savants Auteurs n'ont point donné le résultat qui doit
provenir de ces quatre équations par l'élimination de trois quelconques
des quatre inconnues qu'elles renferment, et cela à cause du travail im-
fournit
mense que cette élimination demande. La méthode précédente
les moyens de trouver ce résultat à priori, et nous allons en donner un
essai.
On aura d'abord (67)
et ensuite (71)

6', 6", IV étant les quatre racines de l'équation

laquelle sera un diviseur de l'équation du vingt-quatrième degré qu'on


doit trouver pour la valeur de 5.
Maintenant, pour avoir la valeur des coefficients T, U, il faudra
élever le polynome

à la cinquième puissances, ce qui donnera, à cause de.«5


= I, cet autre
polynôme

Et l'on aura d'abord

Or, en considérant l'expression de , on voit que les termes

peuvent s'exprimer immédiatementpar les coefficients m, n, de l'équa-


tion proposée; et il est facile de trouver que la valeur de ces termes sera
Donc, si l'on fait pour plus de simplicité

on aura

et l'on trouvera que la quantité z ne sera susceptible que des six valeurs
suivantes, que nous désignerons par z', z", z" ziv, zv, zVI:
En effet, si l'on fait dans ces formules telles permutations que l'on vou-
x"
dra entre les racines x', x", on verra toujours renaître les mêmes
z"
f'ormules; d'où il s'ensuitque les six quantités z', z", seront néces-
sairement les racines d'une équation du sixième degré, telle que

B, pourront par conséquent se déterminer par


dont les coefficients A,
les règles connues.
On aura, par exemple,

c'est-à-dire

Or on a dans l'équation proposée


donc les cinq premiers membres de la valeur de A deviendront

Pour trouver la valeur des cinq derniers membres de la quantité A, il


faudra commencer par chercher celle de la quantité

que nous désignerons, pour abréger, par l; or, si l'on carre la valeur
de n, on aura

d'où

maintenant il est facile de trouver que la valeur des cinq derniers mem-
bres de A sera exprimée par
de sorte qu'en rassemblant toutes ces quantités on aura enfin

On pourra trouver d'une manière semblable la valeur de chacun des


autres coefficients B,C, de l'équation z, et l'on en abrégera beaucoup
le calcul si l'on fait usage des règles données par M. Cramer à la fin de
son Introduction à l'Analyse des lignes courbes, pour calculer la somme
des produits des racines d'une équation quelconque, prises deux à deux,
ou trois à trois, ou, etc., et élevées chacune à une puissance quelconque
donnée; mais nous n'entrerons point ici dans ce détail qui, outre qu'il
exigerait des calculs très-longs, ne saurait d'ailleurs jeter aucune lumière
sur la résolution des équations du cinquième degré; car comme la ré-
duite en z est du sixième degré, elle ne sera pas résoluble à moins qu'elle
ne puisse s'abaisser à un degré inférieur au cinquième; or c'est ce qui
ne me paraît guère possible d'après la forme des racines z', z", de cette
équation.

75. Nous avons supposé depuis le n° 70 jusqu'ici, que l'exposant ;j. de


l'équation proposée était un nombre premier; voyons maintenant ce qui
doit arriver lorsque µ sera un nombre composé.
Dans ce cas il est facile de prouver par des raisonnements analogues à
ceux du n° 59 que les conclusions du numéro cité et des numéros sui-

puissances cl',,
vants n'auront lieu que tant qu'on ne substituera à la place de que les
dont les exposants v,
premiers à u.; d'où il s'ensuit:
, p, sont des nombres

I° Qu'en désignant par — i le nombre des exposants v, , dont


il s'agit, l'équation en 6, quiest généralement du degré I.2.3.(µ—I),

et telle que
les coefficients T, U, X, étant donnés chacun par une équation du
degré ————————-

2° Que tes À racines de cette équation en étant désignées par 6', 6",

les quantités -*— J6" > NJ6", > exprimeront les valeurs de ceux
des coefficients k, h,
marqué par les nombres
g,i, , , p, rang, à commencer par k, sera
c, b dont le
premiers à µ; de sorte que tous ces
coefficients seront donnés par une même équation.
3° Que pour appliquer la méthode du n° 71 à la recherche des coeffi-
cients T, V,X, il ne faudra pas se servir de l'équation (g) du n° 57

du n° 60, et dont les racines seront a, aW, ,


pour éliminer y, mais de l'équation (i) qu'on trouvera par la
uP,
méthode
que, par consé-
quent, si l'on veut faire usage de la méthode du n° 72 pour trouver les
coefficients dont il s'agit, il faudra d'abord chercher d'après l'équa-
tion (i) les sommes des racines u, v, aW,
cubes, etc., qu'on dénotera par S', S",
sivement le polynôme
S'de leurs carrés, de leurs
ensuite ayant élevé succes-

aux puissances deuxième, troisième, etc., et représentant ces puissances


par

on aura les quantités

pour les sommes des racines 6"


élevées aux puissances pre-
mière, deuxième, troisième, etc., d'où il s'ensuit qu'on aura enfin par
les formules connues

76. Pour trouver maintenant les valeurs des autres coefficients qui,
dans la série k, h, g,
nombres commensurables à p., supposons, en général, µ = ,
c, b occupent des places marquées par des
et que
l'on cherche ceux des coefficients dont il s'agit dont l'exposant du rang
sera multiple de v; il est facile de voir par ce qui a été dit dans le n° 68,
que si l'on exprime, pour plus de simplicité, ces coefficients par

et qu'on fasse = w, on aura

(3v),
successivement w en w2, 3,
et, pour avoir les autres quantités (2v), il n'y aura qu'à changer

Soit, à l'imitation de ce qui a été fait dans le n° 69,

et cherchons de même quelle doit être la nature de l'équation en t.


Pour cet effet on remarquera d'abord que, puisque w = v, on aura

et de là

En général, puisque i, (1., 2, 3, sont les racines de l'équation


yµ — I = O, les puissances
l'équation y — I = O (24).
I, , 3, -1
W2, seront les racines de

Faisant donc rentrer les puissances de w plus hautes que ws-' dans la
classe des inférieures, l'expression de t deviendra de cette forme

en supposant

77. En considérant maintenant l'équation en t dans toute sa généra-


lité, il est clair qu'elle devrait être du degré 1.2.3.p., puisqu'il y a au-
tant de permutations possibles entre les µ racines x', x", x" et dont
chacune doit donner une valeur particulière de t; mais si parmi ces va-
leurs il y en a d'égales, on pourra en faire abstraction et abaisser par là
l'équation en t à un moindre degré; or c'est précisément ce qui a lieu
dans le cas présent.
En effet, il est visible que la quantité z' demeurera toujours la même,
quelquepermutation qu'on fasse entre les racines x', x(+1) x(2+1),
donc, puisque v choses admettent I.2.3.v permutations, il s'ensuit
d'abord que les I.2.3. µ valeurs de t seront telles que chacune se trou-
vera répétée i.2.3.v fois; en sorte que parmi ces valeurs il ne pourra
v en avoir
que 2 -3' de différentes entre elles.

Considérons ensuite la quantité z", on prouvera de la même manière


que chacune de ces dernières valeurs devra aussi se trouver répétée
I.2.3. fois, ce qui réduira le nombre des valeurs différentes de t
1.2.3.u.
([Link])2
En continuant le même raisonnement à l'égard des autres quantités z"
zIV, z(), on en conclura enfin que le nombre des valeurs différentes
de t ne sera que de sorte que l'équation en t ne montera
qu au degré -————'—-
(I.z.3.v)
78. Cela posé, si l'on compare maintenant l'expression précédente
de t avec celle du n° 69, on verra aisément qu'elle est susceptible de re-
marques semblables, relativement aux permutations des quantités z', z",
zm, entre elles; d'où l'on conclura
1° Qu'en supposant égal à un nombre premier, l'équation en t ne
renfermera que des puissances de t dont les exposants soient multiples
de ;de sorte qu'en faisant
1.2.3. (l..
t ,
= on aura une équation en du degré
(1.2.3.
2° Que cette équation sera toujours décomposable en '2' "'(f
équations de la forme

où les coefficients T, U, ne dépendront que d'une équation du degré


1.2.3.
Jm — 1) m (1 2.3 p)"
3° Que, si l'on désigne
par les —
i racines de l'équa-
tion précédente, les quantités

seront les valeurs de ceux des coefficients k, h,


dans cette série les places vième, (2 v)ièim, (3
g, c, b qui occupent
la (µ — v)ième
inclusivement, ou, ce qui revient au même (à cause que le nombre de
tous les coefficients a, b, c, c,
k est µ), des coefficients qui occupent les
mêmes places dans la série a, b, k;
4° Que, pour trouver les valeurs des coefficients T, U, on
se servir pareillement des méthodes des nos 71 et 72, en ayant seulement
pourra

attention de mettre partout l'exposant à la place de l'exposant µ;


5° Que, si ) n'est pas un nombre premier, il faudra apporter aux con-
clusions précédentes des modifications relatives à la nature du nombre 1;)
et qu'on trouvera aisément par des considérations semblables à celles
qui ont fait l'objet du n° 75.

79. On voit donc, d'après ce qui précède, que, lorsque l'exposant µ de


l'équation proposée est un nombre composé, les coefficients b, c, d,
ne peuvent pas être les racines d'une même équation, comme cela a lieu
dans le cas où l'exposant µ est un nombre premier, mais que ces coeffi-
cients dépendent alors d'équations différentes suivant que leurs places
dans la série a, b, c,d, sont marquées par des nombres dont les plus
grandes mesures avec le nombre li. sont différentes.
Cependant il ne sera pas nécessaire de chercher et de résoudre toutes
ces différentes équations; car les coefficients dont il s'agit dépendent
mutuellement les uns des autres, en sorte que dès que l'on aura trouvé
la valeur d'un de ces coefficients on pourra en déduire aisément celles de
tous les autres. En effet, si l'on suppose que l'on élimine y de l'équa-
tion (Ic) du n° 65 par le moyen de l'équation yµ — i = o, et qu'on com-
pare ensuite l'équation résultante terme à terme avec la proposée, on
aura autant d'équations qu'il y a de coefficients indéterminés a, b,
par lesquelles on pourra déterminer chacun de ces coefficients or, à
c,
l'exception du premier coefficient a qui se trouvera donné par une équa-
tion où il n'y aura point d'autres inconnues, tous les autres coefficients
inconnus b, c, se trouveront mêlés entre eux, de manière que par la
méthode ordinaire d'élimination on pourra déterminer la valeur de cha-
cune de ces inconnues par une autre quelconque d'entre elles; sur. quoi
on fera des remarques semblables à celles du n° 58.
80. M. Bezout, dans le dessein de simplifier et de faciliter l'usage de
sa méthode lorsque l'exposant de l'équation proposée est un nombre
composé, [Link]é une seconde méthode qui paraît en quelque manière
plus générale que la première, mais qui revient cependant à la même
dans le fond, comme nous l'allons faire voir.
Suivant cette méthode, si l'exposant µ de l'équation proposée est re-
présenté par le produit va des deux nombre
équations de cette forme
et , on prendra deux

(l)

Et éliminant y on aura une équation finale en x du degré yts qu'on

c,
particulières entre les coefficients a, b, c'
comparera terme à terme avec la proposée; ce qui donnera
a', b',
équations
dont le nombre
est aussi vsr; de sorte qu'on pourra par là déterminer chacun de ces coef-
ficients.
Or, comme l'équation y — I = o donne valeurs de y, on aura, par
la substitution successive de ces valeurs, autant d'équations en x, cha-
cune du degré y; d'où l'on tirera µ valeurs de x, qui seront les racines
de l'équation proposée.
Il est clair, par la théorie de l'élimination exposée dans le n° 13, que
l'équation résultante de l'élimination de y dans les deux équations ci-
dessus ne sera autre chose que le produit de toutes les équations (l) que
l'on aurait en y mettant à la place de y les racines de l'équation
y — I = O; d'où l'on voit que l'esprit de cette méthode consiste à dé-

composer l'équation proposée du degré


ième degré, et cela moyennant une équation du degré
y — I = O.
,
en équations, chacune du
de la forme

connus a, b, c'
Toute la difficulté consiste dans la détermination des coefficients in-
c,
a', b', c'est pourquoi il est bon de rechercher à
priori quelle doit être la nature des équations par lesquelles ces quantités
doivent se déterminer.

81. Supposons donc que l'équation proposée du degré µ = , et


dont les racines sont x', x", x" soit le produit de équations telles
que

il faudra que chacune de ces équationsrenferme v racines de la proposée;


de sorte qu'en partageant la totalité des p. racines x', x",x" x(µ) en
a systèmes de v racines chacun, et tels par exemple que

on aura par la nature des équations z' égal à la somme, u' égal à la
somme des produits deux à deux, v' égal à la somme des produits trois à
trois, etc., des racines x', x(+1), x(2+1), x(µ-+1); de même on aura
z" égal à la somme, u" égal à la somme des produits deux à deux, v" égal
à la somme des produits trois à trois, etc., des racines x", x(+2),
x(2+2), x(µ-+2), et ainsi de suite.
y
Or, si l'on désigne par i, w, ;
— i = o, on aura (numéro précédent)
les racines de l'équation

et de même

et ainsi de suite.
Donc, puisque par la nature de l'équation y I= 0 qui manque de
tous les termes intermédiaires on a

on pourra déterminer les valeurs [Link]ésa, b, c, k, a', b', c', k',


a", b", c", k" par une méthode semhlable à celle du n° 67; et il
viendra

ensuite

et ainsi de suite.

82. Examinons les valeurs des quantités a, b, c, k, et il est d'abord


clair que la valeur de
x" a sera égale à la somme de toutes les racines x',
x", x(µ); de sorte que l'on aura a = m; et par conséquent

Ensuite, si l'on met 2, 3, à la place de , en sorte que les


racines de l'équation ys i = o soient représentées par l, 2,
-1 (24), on aura

h,
et pour avoir les valeurs des quantités
ger successivement, dans cette expression, la racine M en
Or l'expression précédente de k
3,
g, il n'y aura qu'à chan-
2,
est la même que celle de la quan-
tité a(v) ou t du n°76; par conséquent celles de h, wg, seront aussi
les mêmes que celles des quantités a(2V), a(3V), du même numéro; d'où
d,
il est facile de conclure que les coefficients a, b, c, de l'équation (l)
du n° 80, étant multipliés par
coefficients a, b, c;
,
seront respectivement égaux à ceux des
de l'équation (k) du n° 65, qui occuperont dans la
série a, b, c,
les places marquées par les nombres r, v, 2v, 3v,
µ — v, chacun de ces coefficients étant multiplié par p..
Ainsi l'on pourra appliquer sur-le-champ aux coefficients a, b,
de la formule ci-dessus les mêmes conclusions des nOs 76 et suivants.
c,
83. Quant aux autres coefficients a', b', c' a", b", c" de la même
formule (l) on pourra, si l'on veut, les faire dépendre des précédents, ou
simplement d'un quelconque d'entre eux, par des considérations sem-
hlables à celles du n° 79; on peut aussi déterminer à priori, d'après les
formules du n° 81, le degré et la forme de l'équation d'où chacun de ces
coefficients doit dépendre immédiatement.

sont analogues aux quantités correspondantesz', z", z


Pour cet effet il suffira de remarquer que les quantités u', u",
en ce que ces
quantités sont des fonctions des mêmes racines, lesquelles ont la pro-
u°'

priété de demeurer les mêmes, quelques permutations qu'on fasse entre

que l'on pourra appliquer aux coefficients b', c', d'


ces racines; il en est de même des quantités V, v", v, d'où il s'ensuit
b", c",
raisonnements et des conclusions semblables à celles qui ont lieu pour
d"des

les coefficients b, c, d,
Mais à l'égard des coefficients a', a" il faudra les considérer à part,
et après avoir prouvé par des raisonnements analogues à ceux du n° 77

que chacune de ces quantités ne pourra avoir que 1.2.3.µ (1.2.3.v) valeurs
différentes, on remarquera que ces quantités ne souffrant aucun chan-
gement par les permutations des quantités u', u", u, u(), ou v', v",
v" v(), ou, etc., entre elles, il faudra encore diviser le nombre
par 1.2.3. pour avoir celui des valeurs différentes de cha-
1.2.3.µ (1.2.3.v)

cun des coefficients a', a"


d'où il s'ensuit que chacun de ces mêmes
coefficients devra être déterminé par une équation particulière du degré

84. Supposons que l'équation proposée soit d'un degré pair, et pre-
nons = 2, en sorte que l'on ait y = av; dans ce cas l'équation
y- 1 i = o deviendra

laquelle donne les deux racines

y = 1 et y = — 1;
et il faudra, suivant la méthode précédente, que l'équation proposée

soit formée du produit de ces deux-ci

Ainsi l'on aura

Et l'on trouvera que l'équation en b sera du degré

c'est-à-dire

avec tous les exposants pairs.


Donc, si l'on suppose que l'équation proposée ait un diviseur du de-
gré v et tel que
on trouvera pour m' une équation du degré

ce qui s'accorde avec ce que l'on sait d'ailleurs, puisque ce nombre


exprime celui des combinaisons de 2v choses prises v à v.
Et comme en faisant

on doit avoir une équation en b qui n'ait que des puissances paires, il
s'ensuit que l'équation en m' sera telle que, si l'on y fait disparaître le se-
cond terme, tous les termes alternatifs disparaîtront en même temps,
comme nous l'avons vu par rapport aux équations du quatrième de-
gré (35).
85. Si l'équation proposée est du sixième degré, en sorte que v = 3,
et qu'on fasse 4b2 9, on aura une équation en 6 du degré

M. Bezout pense que cette équation pourra se décomposer en deux


équations, au moyen d'une équation du second degré c'est de quoi je
doute fort; en effet, les racines de l'équation en 0 seront représentées par

x
ces dix quantités, lesquelles renferment toutes les valeurs de (z' — z")2
qui peuvent résulter des permutations entre les six racines x', x",
Or, si l'on suppose que les deux facteurs de l'équation dont il s'agit
soient représentés par

il faudra que f soit égale à la somme de cinq des dix quantités précé-
dentes, et que f' soit égale à la somme des cinq autres; et pour que les
coefficients f et f'ne soient affectés que de radicaux du second degré,
il faudra que ces deux coefficients soient les racines d'une équation du
second degré telle que

M et étant des fonctions rationnelles des coefficients m, n,


N

l'équation proposée; on aura donc


p, de

de sorte que tant la somme que le produit des deux quantités f et f' de-
fonctions des racines x', x", x
vront être des fonctions rationnelles de m, n,p, et par conséquent des
telles, qu'elles ne changent point de
valeur, quelque permutation qu'on fasse entre ces racines; or cette con-
dition a bien lieu à l'égard de la somme f + f', qui est égale à la somme
de toutes les dix quantités ci-dessus; mais il n'en est pas de même à
l'égard du produit fI'; car on peut s'assurer facilement que, de quelque
manière qu'on partage la somme des dix racines précédentes en deux
sommes partielles de cinq racines chacune, le produit de ces deux
sommes partielles n'aura jamais la propriété de demeurer invariable dans
toutes les permutations qu'on pourra faire des racines x', x", x",
entre elles.
On pourrait dire qu'il ne serait peut-être pas nécessaire que les deux
quantités y et f' fussent les racines d'une même équation du second de-
gré, et que l'une de ces quantités pourrait dépendre d'une équation et
l'autre d'une autre; mais pour détruire cette exception il suffit de con-
sidérer que, supposant y déterminée par une équation du second degré
telle que

les deux racines de cette équation seront nécessairementégales chacune


à la somme de cinq quelconques des dix quantités précédentes; et il
faudra que ces deux sommes ajoutées ensemble produisent une quan-
tité M qui ait la propriété de demeurer la même, quelque permutation
qu'on fasse entre les racines x x", x" ce qui ne saurait avoir lieu à
moins que les deux sommes dont nous parlons ne renferment toutes les
dix quantités en question; par conséquent, l'une étant la somme de cinq
de ces quantités, l'autre devra être nécessairement celle des cinq autres.

SECTION QUATRIÈME.

CONCLUSION DES RÉFLEXIONS PRÉCÉDENTES, AVEC QUELQUES REMARQUES GÉNÉ-


RALES SUR LA TRANSFORMATION DES ÉQUATIONS, ET SUR LEUR RÉDUCTION OU
ABAISSEMENT A UN MOINDRE DEGRÉ.

86. On a dû voir par l'analyse que nous venons de donner des princi-
pales méthodes connues pour la résolution des équations, que ces mé-
thodes se réduisent toutes à un même principe général, savoir à trouver
des fonctions des racines de l'équation proposée, lesquelles soient telles
1° que l'équation ou les équations par lesquelles elles seront données,
c'est-à-dire dont elles seront les'racines (équations qu'on nomme com-
munément les réduites), se trouvent d'un degré moindre que celui de la
proposée, ou soient au moins décomposables en d'autres équations d'un
degré moindre que celui-là; 2° que l'on puisse en déduire aisément les
valeurs des racines cherchées.
L'art de résoudre les équations consiste donc à découvrir des fonctions
des racines, qui aient les propriétés que nous venons d'énoncer; mais
est-il toujours possible de trouver de telles fonctions, pour les équations
d'un degré quelconque, c'est-à-dire pour tel nombre de racines qu'on
voudra? C'est sur quoi il parait très-difficile de pouvoir prononcer en gé-
néral.
A l'égard des équations qui ne passent pas le quatrième degré, les
fonctions les plus simples qui donnent leur résolution peuvent être re-
présentées par la formule générale

x', x', x" x(µ) étant les racines de l'équation proposée, qu'on suppose
être du degré p., et y étant une racine quelconque autre que l'unité de
l'équation

c'est-à-dire une racine quelconque de l'équation

comme il résulte de tout ce qu'on a exposé dans les deux premières Sec-
tions, touchant la résolution des équations du troisième et du quatrième
degré.
Quant à celle des équations du second degré dont nous avons jusqu'à
présent fait abstraction, il .est visible qu'elle se rapporte aussi au même
principe; car en faisant p. = 2, on aura la fonction x' + yx"; et l'équa-
tion y + = 0 donnant y = i, cette fonction deviendra x' x", c'est-
à-dire la différence des deux racines; or l'art de résoudre les équations
du second degré consiste uniquement à faire évanouir le second terme
pour avoir une réduite qui, ne contenant que le carré de l'inconnue, soit
résoluble par la simple extraction de la racine carrée; et comme l'éva-
nouissement du second terme dans une équation quelconque exige qu'on
diminue les racines du coefficient de ce terme pris avec un signe con-
traire, et divisé par l'exposant du degré de l'équation, c'est-à-dire de la
somme de toutes les racines divisée par le nombre de ces racines, il s'en-
suit que la réduite du second degré aura pour racines les différences
entre les racines de la proposée, divisées par 2, ou bien ces différences
mêmes, en supposant qu'on augmente les racines de la réduite dans la
raison de i à 2, ce qui ne change rien à la nature de cette équation.
Il semble donc qu'on pourrait conclure de là par induction que toute
équation, de quelque degré qu'elle soit, sera aussi résoluble à l'aide
d'une réduite dont les racines soient représentées par la même formule

Mais, d'après ce que nous avons démontré dans la Section précédente


à l'occasion des méthodes de MM. Euler et Bezout, lesquelles conduisent
directement à de pareilles réduites, on a, ce semble, lieu de se con-
vaincre d'avance que cette conclusion se trouvera en défau't dès le cin-
quième degré; d'où il s'ensuit que, si la résolution algébrique des équa-
tions des degrés supérieurs au quatrième n'est pas impossible, elle doit
dépendre de quelques fonctions des racines, différentes de la précédente.

87. Comme jusqu'ici nous n'avons fait que chercher ces sortes de
fonctions à posteriori et d'après les méthodes connues pour la résolution
des équations, il est nécessaire de faire voir maintenant comment il fau-
drait s'y prendre pour les trouver à priori et sans supposer d'autres prin-
cipes que ceux qui suivent immédiatement de la nature même des équa-
tions c'est l'objet que je me propose principalement dans cette Section.
Je donnerai d'abord des règles directes et générales pour déterminer
le degré et la nature de l'équation d'où une fonction quelconque pro-
posée des racines d'une équation de degré donné devra dépendre; .quoi-
que cette matière ait déjà été traitée par d'habiles Géomètres, je crois
qu'elle peut l'être encore d'une manière plus directe et plus générale,
surtout dans le point de vue où nous l'envisageons ici, relativement à la
résolution générale des équations.
Je ferai voir ensuite quelles sont les conditions nécessaires pour que
l'équation dont il s'agit puisse admettre la résolution en supposant
uniquement celle des équations des degrés inférieurs à celui de l'équa-
tion proposée; et je donnerai à cette occasion les vrais principes et, pour
ainsi dire, la métaphysique de la résolution des équations du troisième
et du quatrième degré.
Je traiterai enfin en peu de mots de la réduction des équations qui'
peuvent se décomposer en d'autres plus simples à cause de quelque rela-
tion particulière qu'il y a entre leurs racines, et je montrerai par quel-
ques exemples comment on peut découvrir ces relations, et abaisser par
là les équations proposées à des degrés moindres.

88. Nous ne considérerons ici que des fonctions rationnelles, et nous


désignerons ces fonctions en général par la caractéristique f.
Ainsi f [(x)j signifiera une fonction quelconque rationnelle de x;
f [(x) (y)] signifiera une fonction quelconque rationnelle de x et y;
f [(x) (y) (z)], une fonction quelconque rationnelle de x, y, z, et ainsi
des autres.
Si dans une fonction donnée f [(x) (y)] on a y=x, en sorte qu'il en
résulte une simple fonction de x, au lieu de dénoter cette fonction par
f [(x) (x)], nous la désignerons pour plus de simplicité par f[(X)2];
pareillement, si dans la fonction donnée f [(x) (y) (z) on fait y=x, on
dénotera la fonction résultante de x et z par f [(x)2 (z)], et, si l'on fait
en même temps x = y = z, on aura une simple fonction de x qu'on dési-
gnera par f [(x)3], et ainsi des autres.
De plus, lorsqu'on voudra représenter une fonction de x et y, par
exemple, telle qu'elle demeure la même en échangeant x en y, c'est-à-
dire une fonction f [(x) (y)] telle, que l'on ait f[(x) (y)] =f[(y) (x)],
nous la désignerons simplement par f[(x, y)]. De même on désignera
par f[(x, y, z)] toute fonction de x, y et z telle, qu'elle ne change point
en échangeant les quantités x, y, z entre elles d'une manière quelconque..
Ainsi f[(x, y) (z)] dénotera une fonction rationnelle de x, y, z telle,
qu'elle demeure la même en échangeant x en y sans toucher à la quan-
tité z, et ainsi de suite.
Mais si l'on avait une fonction de x, y, z et u telle, qu'elle demeurât la
même en échangeant à la fois x en z et y en u, on la dénoterait par
f[(x) (y), (z) (u)]; et si cette fonction demeurait aussi la même en
échangeant simplement x en y, ou z en u, on la désignerait alors par
f[(x, y), (z, u)]
Enfin, si l'on a plusieurs fonctions des mêmes quantités, on appellera
fonctions semblables celles qui varient en même temps ou demeurent les
mêmes lorsqu'on y fait les mêmes permutations entre les quantités dont
elles sont composées, de manière qu'elles puissent être désignées d'une
f
manière analogue. Ainsi prenant les caractéristiques et pour dési-
gner des fonctions différentes, les fonctions f [(x) (y)] et [(x) (y)]
seront semblables, ainsi que les fonctions f[(x, y)], [(x, y)], et ainsi
des autres.

89. Nous supposerons, comme dans la Section précédente, que l'équa-


tion proposée soit représentée généralement par

et que ses racines, qui doivent être au nombre de µ, soient désignées


par x', x", x, xIV, x(µ).
Ainsi l'on aura, par la nature des équations,

Et il est clair que ces fonctions de x', x", x", xIV, par lesquelles sont
exprimées les quantités m, n,
forme f[(x, x", x" xIV, .)],
p, seront nécessairement toutes de la
et que par conséquent ces fonctions seront
toutes semblables, ce qui est une propriété fondamentale des équations.

90. Cela posé, pour commencer par les cas les plus simples, suppo-
sons que l'équation proposée ne soit que du second degré, et qu'on de-
mande l'équation par laquelle devra être déterminée la fonction

Je fais t=f[(x')(x")] ensorte que t soit l'inconnue de l'équation


cherchée, et comme x' et x" sont déterminées l'une et l'autre par la
même équation

je mets, pour plus de généralité, x à la place de x' et y à la place de x";


j'aurai ainsi l'équation

d'où il s'agira de chasser x et y par le moyen des deux équations

Soit

on chassera d'ahord x de l'équation X = 0 par le moyen de l'équation


x2 + mx + n = 0, ce qui donnera une équation que je désignerai par
Y= o, et dans laquelle Y sera une fonction rationnelle des quantités t,
m, n et y. On chassera ensuite y de cette dernière équation par le moyen
de l'autre équation y2 + my + n = o, et l'on aura l'équation finale
T = o, où T sera une fonction rationnelle de t, m et n.
Je remarque maintenant que puisque les racines de l'équation

sont x", si l'on désigne par X' et X" les valeurs de X qui viennent
x' et
de la substitution de ces racines à la place de x, on aura (par ce qui a été
démontré dans le n° 13 de la Section I)

Et de même, à cause que x' et x" sont aussi les racines de l'équation
y2 + my + n = o, si l'on désigne par Y' et Y" les valeurs de Y qui résul-
teront de la substitution de x' et x" à la place de y, on aura

Or on a

donc

et de là
donc on aura

Or, si l'on considère la fonction


qu'on élimine ensuite x de
f [(x)2] et qu'on fasse tf[(x)2] = ;
= o, par le moyen de l'équation
x2 + mx + n = o, on aura l'équation = o, où 0 sera une fonction ra-
tionnelle de t et de m,.n. Et désignant par S et " les valeurs de qui
résultent de la substitution de x', x" à la place de x, on aura

Mais on a

donc

Faisons

et l'on aura T = et par conséquent 0


= T ; de sorte que, comme T

et 0 sont des fonctions rationnelles de t, m et n, il est clair que 0 sera


aussi une fonction rationnelle de t, m, n.
Ainsi l'équation T = o pourra se décomposer en ces deux-ci 6 = o et
= 0; et comme la première est celle qui donne la valeur de f[(x)2], il
s'ensuit que la détermination de la fonction proposée f[(x') (x")] dé-
pendra uniquement de l'autre équation 0 = o.
Donc, pour trouver cette équation 0=o qui résout le Problème, il
n'y aura qu'à éliminer des équations

les inconnues x ety par le moyen des équations


et désignant par T = o et 0 = o les équations résultantes on aura sur-le-
champ =T .
91. On voit par l'expression de 0 que l'équation 0 = o, qui doit servir
à déterminer la valeur de la fonction f[(x') (x")], est du second degré,
et que ses deux racines sont f [(x') (x")] et f [(x") (x')]. En effet,
comme les racines x' et x' sont déterminées [Link] même manière par
l'équation x2+mx+n = o, il est clair que les deux fonctions f[(x')(x")]
et f [(x") (x')], qui ne diffèrent entre elles que par l'échange mutuel des
racines x', x", devront être aussi déterminées par une même équation.
Si la fonction f [(x') (x")] était de la forme f[(x', x")], en sorte que
l'on eût (88)

alors on aurait

par conséquent l'équation 0 = o deviendra simplement

d'où l'on voit que la fonction dont il s'agit sera déterminée dans ce cas
par une équation linéaire; par conséquent elle sera donnée par une
expression rationnelle en m et n.

terminée la fonction f[[x') (x") en


92. Qu'on demande maintenant l'équation par laquelle devra être dé-
supposant que x', x", .x"' soient
les racines de l'équation du troisième degré

Prenant, comme ci-dessus, t pour l'inconnue de cette équation, et


mettant x, y, z à la place de x', x", x" j'aurai l'équation

d'où il s'agira d'éliminer successivement x, y, z par le moyen des trois


équations

Soit

qu'on élimine d'abord de l'équation X = o la quantité x par le moyen


de l'équation en x, on aura une seconde équation que je désignerai par
Y= o, et où Y sera une fonction rationnelle de t, y, z, et des coeffi-
cients m, n, p. Qu'on élimine ensuite y de l'équation Y = 0 par le moyen
de l'équation en y, on aura une troisième équation, que je désignerai par
Z = o, et où Z sera une fonction rationnelle de t, z et des coefficients m,

n, p. Qu'on élimine enfin de cette équation Z = o la quantité z, par le


moyen de l'équation en z, on aura une équation finale, qu'on pourra dé-
signer par T = o, et où T sera une fonction rationnelle de t, m, n, p.
Or, puisque les racines de l'équation en x sont x', x", x" si l'on dé-
signe par X', X", X"' les valeurs, de X qui résultent des substitutions de
ces racines à la place de x, on aura, par le n° 13,

De même, puisque les racines de l'équation en y sont aussi x', x", x", si
l'on dénote par Y', Y", Y"' les valeurs de Y qui résultent des substitutions
de ces racines à la place dey, on aura par la même raison

Enfin, comme l'équation en z a aussi les mêmes racines x', x", x" dé-
notant par Z', Z", Z"' les valeurs de Z qui résultent de leurs substitutions
à la place dez, on aura

Mais il est clair qu'on aura


Donc

De là on aura

Donc

Donc

Donc enfin, si l'on multiplie ces trois quantités ensemble, et qu'on fasse,
pour abréger,

on aura

Maintenantje remarque que, si l'on suppose

et qu'on élimine x par le moyen de l'équation en x,

on trouvera, comme dans le numéro précédent, l'équation finale 0 = o,


de sorte que 0 sera nécessairement une fonction rationnelle de t et des
coefficients m, n, p.
On trouvera, par les mêmes principes, que si l'on fait

et qu'on élimine successivement x et y par le moyen des deux équations


en x et en y, savoir
on aura, pour équation finale, 6 6, = o, où la quantité 1
sera par con-
séquent une fonction rationnelle de t, m, n, p; et comme 6 en est une
aussi, il s'ensuit que 0, sera de même une fonction rationnelle de t et
de m, n, p.
Pareillement, si l'on fait

et qu'on élimine x et y par les mêmes équations, on trouvera cette équa-


tion finale 2 = o, dans laquelle la quantité 2sera donc une fonction
rationnelle de t, m, n, p; de sorte que la quantité 2 en sera une aussi.
Enfin, si l'on fait

et qu'on élimine de même x et y, on trouvera pour équation finale


3 = o; de sorte que la quantité 6 3 sera une fonction rationnelle de t,

m, n, p, et par conséquent la quantité 63 en sera aussi une.


Donc, puisque les quantités 0, 6" 2, B3 sont chacune des fonctions
rationnelles de t et des coefficients m, n, p, il s'ensuit que l'équation

savoir

pourra se décomposer en celles-ci

de sorte que la quantité 0 sera aussi une fonction rationnelle de t, m, n, p.


Or il est facile de voir que les équations

sont toutes étrangères à la question proposée, c'est-à-dire à la détermi-


nation de la fonction f[(x') (X") (x"')]; car ces équations, comme il pa-
raït par les expressions des quantités 6, 1, 2, 3, ont pour racines des
fonctions de x', x", x"' d'une forme différente de la proposée; ainsi il ne
restera que l'équation 0 = o, qui renfermera par conséquent toutes les
racines utiles à la solution du Problème.
93. Pour trouver donc cette équation 0 = o, il n'y aura qu'à éliminer
des cinq équations

les inconnues x; y, z par le moyen des équations

et, désignant les équations finales résultantes par

on aura

par conséquent

Cette méthode au reste serait extrêmement longue et pénible dans la


pratique, et elle le deviendrait de plus en plus, à mesure que l'équation
proposée serait d'un degré plus haut; aussi ne l'ai-je donnée ici que
parce qu'elle sert à faire connaître, d'une manière directe et indépen-
dante de toute considération étrangère, la nature de l'équation cherchée
= o.
94. En effet il est visible, par l'expression de donnée ci-dessus (92),
que la réduite 0 = o sera du sixième degré, ayant pour racines les fonc-
tions

lesquelles sont toutes semblables, et dérivent l'une de l'autre par de


simples permutations entre les quantités x', x", x"; il est clair en effet
que, comme ces quantités sont toutes déterminées de la même manière
par l'équation

dont elles sont les racines, l'équation qui donnera la valeur d'une fonc-
tion quelconque des mêmes quantités devra donner également les autres
fonctions qui viendront de toutes les permutations possibles entre elles.
Cette proposition paraît même assez évidente par elle-même pour n'avoir
pas besoin de démonstration; mais on ne voit pas aussi évidemment, ce
me semble, que l'équation dont il s'agit ne devra contenir d'autres ra-
cines que les différentes fonctions qui viendront des permutations entre
les racines de la proposée; c'est-à-dire qu'en supposant cette équation
formée du produit des facteurs simples

chacun des coefficients pourra toujours s'exprimer par une fonction ra-
tionnelle des coefficients m, n, de l'équation proposée; or c'est sur
quoi notre démonstration ne laisse aucun doute, puisque l'on a vu que la
quantité 0, qui est égale à ce produit, est toujours nécessairement une
fonction rationnelle de t, m, n,
95. Si l'équation proposée était d'un degré plus haut, en sorte qu'elle
eùt quatre ou un plus grand nombre de racines x', x", x" xIV, on
pourrait trouver de même l'équation 0 = o, qui servirait à déterminer la
fonction f[(x') (x") (x"') (xIV).]; et l'on verrait que la quantité 0 serait
le produit d'autant de facteurs simples tels que

qu'il y a de permutations possibles entre les racines x', x", x" xIV,
de sorte que, si l'équation proposée est du degré µ., le nombre des fac-
teurs simples de la quantité 0, et par conséquent le nombre des racines
de l'équation = o sera marqué par 1.2.3.p., puisque ce nombre est
celui de toutes les permutations dont y. choses sont susceptibles; et les
racines de cette équation seront les différentes fonctions dans lesquelles
la fonction proposée f [(x') (x")(x"').] pourra se changer parles permu-
tations des racines x', x", x" entre elles.
96. Or, pour trouver toutes ces différentes fonctions par ordre et sans
en omettre aucune, on échangera d'abord, dans la fonction proposée,
x" en x' et vice versâ; on aura ainsi deux fonctions; ensuite on échangera
successivement dans ces deux-ci x"' en x', en x", et l'on aura six fonc-
tions puis dans ces six on échangera successivement xl" en x', en x",
en x"' et l'on aura vingt-quatre fonctions, et ainsi de suite, jusqu'à ce
x"
que l'on ait épuisé toutes les racines x', x",
D'où l'on voit clairement que le nombre des fonctions différentes doit
croître suivant les produits des nombres naturels

1, 1.2, 1.2.3, [Link], [Link].5.µ.


Ayant' toutes ces fonctions on aura donc les racines de l'équation
= o; de sorte que, si on la représente par

on aura = [Link].µ; et le coefficient M sera égal à la somme de


toutes les fonctions trouvées, le coefficient N égal à la somme de tous les
produits de ces fonctions multipliées deux à deux, le coefficient P égal à
la somme de tous les produits des mêmes fonctions multipliées trois à
trois, et ainsi de suite.
Et comme nous avons démontré ci-dessus que l'expression de 0 doit
être nécessairement une fonction rationnelle de t et des coefficients m,
n,p, de l'équation proposée, il s'ensuit que les quantités M, N, P,
seront nécessairement des fonctions rationnelles de m, n, p, qu'on
pourra trouver directement, comme nous l'avons pratiqué dans les Sec-
tions précédentes. Voyez là-dessus, outre l'Ouvrage de M. Cramer que
nous avons déjà cité, encore celui de M. Waring, qui a pour titre llledi-
tationes algebraïcœ, Ouvrage rempli d'excellentes recherches sur les
équations.

97. Quoique l'équation 0 = o doive être, en général, du degré


1. 2 3. µ. =,
cines x', x", x',
qui est égal au nombre des permutations dont les N ra-
sont susceptibles, cependant s'il arrive que la fonc-
tion soit telle, qu'elle ne reçoive aucun changement par quelqu'une ou
quelques-unes de ces permutations, alors l'équation dont il s'agit s'abais-
sera nécessairement à un degré moindre.
Car supposons, par exemple, que la fonction f[(x') (x") (x") (3IV).
soit telle, qu'elle conserve la même valeur en échangeant x' en x",
x" en x", et x"' en x', en sorte que l'on ait

il est clair que l'équation 0=o aura déjà deux racines égales; mais je
vais prouver que dans cette hypothèse toutes les autres racines seront
aussi égales deux à deux. En effet, considérons une racine quelconque
de la même équation, laquelle soit représentée par la fonction

comme celle-ci dérive de la fonction

en échangeant x' en xIV, x" en x", xen x', xl° en x", il s'ensuit qu'elle
devra garder aussi la même valeur en y changeant xIV en x, x"' en x' et
x' en x"; de sorte qu'on aura aussi

Donc, dans ce cas, la quantité 0 sera égale à un carré, 92, et par consé-
quent l'équation 0=o se réduira à celle-ci 9=o, dont la dimension
a
sera /2.
2
On démontrera de la même manière que, si la fonction
est de sa propre nature telle, qu'elle conserve la même valeur en faisant
deux, ou trois, ou un plus grand nombre de permutations différentes
entre les racines x', x", x", xIV, les racines de l'équation 0=o seront
égales trois à trois, ou quatre à quatre, ou, etc.; en sorte que la quantité 0
sera égale à un cube 3, ou à un carré-carré 9\ ou, etc., et que par con-
séquent l'équation 0= o se réduira à celle-ci 6 = o, dont le degré sera
égal à à
3 ou égal
4
ou, etc.

98. Donc, si la fonction proposée est de la forme

qui a la propriété de demeurer la même en échangeant x' en x" (88),


toutes les racines de l'équation = 0 seront égales deux à deux; de
sorte que cette équation s'abaissera au degré
1.2.3.µ 2

De même la fonction

devant demeurer la même, quelque permutation qu'on y fasse entre les


trois racines x', x", x,
il s'ensuit que l'équation 0=o aura toutes ses
racines égales 1.2.3 à 1.2.3; de sorte qu'elle s'abaissera au degré
1.2.3.µ 1.2.3

Et la fonction

qui doit demeurer la même, quelque permutation qu'on fasse entre les
deux racines x', x", ainsi qu'entre les deux x", xIV, donnera une équa-
tion 0 = o où les racines seront toutes égales 1.2 x 1.2 à 1.2 x 1.2;
de sorte qu'elle s'abaissera au degré 1.2.3.µ 1.2 x 1.2.

En général, la fonction

donnera une équation = 0, où la quantité 0 sera une puissance qui


aura pourexposantle nombre 1.2.3. x 1.2.3. x 1.2.3. de manière
[Link].µ/1.2.3.x1.2.3.x1.2.3.
que cette équation s'abaissera au degré
On voit par là que toute fonction de la forme

qui aura la propriété de demeurer la même, quelque permutation qu'on


fasse entre les racines x', x", x, x(µ) de l'équation proposée, devra

dépendre seulement d'une équation du degré 1.2.µ 1.2.3.µ = 1, c'est-à-dire


du premier degré; de sorte qu'elle devra être déterminable algébrique-
ment et rationnellement par les coefficients m, n, p,
de la proposée;
théorème que nous avons déjà supposé dans les Sections précédentes
comme évident par soi-même, mais dont la démonstration rigoureuse
dépend des principes établis ci-dessus.
On peut aussi conclure de ce qui précède que, si l'on a une fonction
quelconque qui ne contienne qu'un nombre ), des u. racines x', x", x,
en sorte qu'elle soit représentée par

elle conduira simplement à une équation du degré car


il est clair qu'on peut regarder la fonction proposée comme étant de la
forme

en supposant, ce qui est permis, que les racines X(+1), x(+2) x(µ)
y soient multipliées par des coefficients égaux à zéro ou élevées à des
exposants égaux à zéro.
Donc la fonction

conduira à une équation du degré 1.2.3.µ 1.2x1.2.3.(µ-),


et ainsi des autres.
Et la fonction
conduira à une équation du degré

Ainsi, si l'on voulait abaisser, en général, l'équation proposée du de-


,
gré p, à une équation d'un degré inférieur telle que

laquelle eût toutes ses racines communes avec la proposée, c'est-à-dire


dont les racines fussent x', x", x" x(), on tomberait nécessairement
dans une équation du degré

pour la détermination de chaque coefficient a, b, c, car ces coeffi-


cients seraient nécessairement des fonctions de la forme

comme on l'a fait remarquer dans le n° 89. C'est aussi une proposition
connue depuis longtemps, mais qu'on n'avait pas encore, ce me semble,
démontrée en toute rigueur.
Or, comme en prenant a moindre que µ le nombre

ne peut jamais être plus petit que p, il s'ensuit que l'on ne peut rien se
promettre de ces sortes de réductions pour la résolution générale des
équations.

99. De tout ce que nous venons de démontrer il s'ensuit donc, en gé-


néral il que toutes les fonctions semblables des racines x', x", x"
d'une même équation sont nécessairement données par des équations du
même degré; 2° que ce degré sera toujours égal au nombre 1.2.3.µ
(µ étant le degré de l'équation donnée), ou à un sous-multiple de ce
nombre; 3° que pour trouver directementl'équation la plus simple = 0
par laquelle devra être déterminée une fonction quelconque donnée de
x', x",x" il n'y aura qu'à chercher toutes les différentes valeurs que
cette fonction peut recevoir par les permutations des quantites x', x",
.x' entre elles, et, prenant ces valeurs pour les racines de l'équation
cherchée, on déterminera par leur moyen les coefficients de cette équa-
tion suivant les méthodes connues et employées déjà plusieurs fois dans
ce Mémoire.

100. Or, dès qu'on aura trouvé, soit par la résolution de l'équation
= o ou autrement, la valeur d'une fonction donnée des racines x', x",
x" je dis qu'on pourra trouver aussi la valeur d'une autre fonction
quelconque des mêmes racines, et cela, généralement parlant, par le
moyen d'une équation simplement linéaire, à l'exception de quelques
cas particuliers qui exigent une équation du second degré, ou du troi-
sième, etc. Ce Problème me parait un des plus importants de la théorie
des équations, et la Solution générale que nous allons en donner servira
à jeter un nouveau jour sur cette partie de l'Algèbre.
Nous commencerons par supposer, pour plus de simplicité, que les
deux fonctions proposées, dont les valeurs sont l'une connue et l'autre
inconnue, soient semblables, suivant la définition que nous avons donnée
de ce terme dans le n° 88, et nous désignerons, en général, par t la pre-
mière de ces deux fonctions et par y la seconde; nous désignerons de
plus par t', t",t" t () les différentes valeurs de t qui proviennent de
toutes les permutations possibles entre les racines x', x", x, et pa-
reillement par y', y", y, y() les différentes valeurs de la fonction y
provenantes des mêmes permutations; car, les deux fonctions t ety étant

t
supposées semblables, il s'ensuit que le nombre des valeurs différentes
dont elles seront susceptibles par toutes les permutations possibles entre
x', x",x" sera le même pour l'une et pour l'autre, et que ces valeurs
seront dues aux mêmes permutations dans les deux fonctions.
Ainsi les quantités t', t", tm seront les racines de l'équation
en t, qui sera par conséquent du degré , et les quantités y', y", y,
y() seront pareillement les
racines de l'équation .en y, laquelle sera du
.
même degré On pourra donc trouver ces équations en t et en y par les
méthodes exposées plus haut; mais nous n'aurons besoin que d'avoir
l'équation en t, .que nous représenterons, en général, par

ou plus simplement par = o, en supposant

où les coeflïcients A, B, C, seront des fonctions connues des coeffi-


cients m, n, p, de l'équation proposée en x dont les racines sont x',

Cela posé, qu'on considère en général la fonction txy, il est visible que
les différentes valeurs de cette fonction résultantes de toutes les permu-
tations possibles entre les racines x', x", x, seront t'y', t"y"
ty, t()y(); de sorte qu'en prenant la somme de toutes ces valeurs
on aura la fonction

laquelle aura la propriété de demeurer invariable, quelque permutation


qu'on y fasse entre les racines x', x", x" et par conséquent pourra
s'exprimer algébriquement et rationnellement par les coefficients m, Il,
p, (98).
Qu'on cherche donc les valeurs de cette fonction pour les exposants
— o, 1, 2, 3, 1, et qu'on les dénote par les quantités M, M1,
M2, M3, M(-1), on aura les équations suivantes
où les termes M, M" M2, M(-1) seront des quantités connues en m,
n, p,
s'agit maintenant de tirer de ces équations, par la voie de l'élimi-
Il
nation, les valeurs des 7 inconnues y', y", y, y(); or, si l'on suivait
pour cela la méthode ordinaire, on tomberait dans des expressions fort
compliquées et qui auraient d'ailleurs l'inconvénient de renfermer à la
fois toutes les quantités t', t", t" il faudra donc employer une autres
méthode, et voici celle qui m'a paru la plus propre.
Je prends un nombre -1 de quantités indéterminées que je désigne
par N1 N2, N3, N(-1), et je multiplie respectivement par ces quan-
tités toutes les équations précédentes, excepté la première; après quoi
je les ajoute ensemble, ce qui me donne cette équation unique

Supposons, en général,

et désignons par T', T", T,


t
l'on aura en faisant successivement = t', t", t"
T() les valeurs particulières de T, que
t (); il est clair que
l'équation précédente se réduira à cette forme très-simple

Maintenant, pour trouver la valeur d'une quelconque des inconnues


y', y", y, comme dey(P), il est clair qu'il n'y aura qu'à faire évanouir
les coefficients de toutes les autres inconnues, à l'exception de celle-ci,
et l'on aura sur-le-cliamp
Et les équations
T' = 0, T" = 0, T"o, T() = 0,
à l'exception de T() = o, serviront à déterminer les — indéterminées i

t
N1N2,N3, N(-1)
En effet, pour que toutes ces équations particulières aient lieu à la
fois; il est visible
qu'il faudra que l'équation générale T= o ait pour
racines les quantités t', t", t(), à l'exception seulement de t();
donc, si l'on multiplie le polynôme T, dont le terme tout connu est
l'unité, par le facteur I t/t(), on aura le polynôme T (I— t t()), qui
étant égalé à zéro aura pour racines toutes les quantités t',t", t, t();
mais ces racines sont déjà celles de l'équation 6= o; donc, puisque le
terme tout connu, tant du polynôme T
(I t t())
que du polynôme 0, est
égal à l'unité, il s'ensuit qu'on aura l'équation

ou bien

d'où, à cause que cette équation doit être identique, on tire

et de là

Maintenant, pour trouver la valeur de la quantité T(), on remarquera


que l'on a, en général,

de sorte qu'il n'y aura qu'à faire dans cette expression t = t(); mais,
comme cette supposition fait évanouir en même temps le numérateur 0,
parce que t() est une des racines de l'équation = o, et le dénomina-
t t(),
teur I — il faudra, suivant la règle connue, prendre à la place de

ces quantités leurs différences; ainsi l'on aura, en faisant varier t, la


fraction ainsi, la valeur de T() sera égale à ce que devient
— d dt I t();

la quantité —t d dt lorsqu'on y met t(p) à la place de t, ce qu'on peut


désigner ainsi

ou bien, en substituant la valeur de 0 et changeant, après la différentia-


tion, t en t(P),

Il n'y aura donc plus qu'à substituer cette valeur de T(), ainsi que
celles de N,, N2. N3,
trouvées ci-dessus, dans l'expression générale
de y(P!, donnée plus haut, et l'on aura la valeur de la fonction y() expri-
mée uniquement par celle de la fonction correspondante donnée et t()
par les coefficients m, n, p,
de l'équation proposée.
Toute la difficulté se réduit donc à trouver tant les coefficients A, B,
C, de l'équation en t

que les quantités M, Mig M2, M3, c'est à quoi l'on peut parvenir par
différentes méthodes, comme on l'a vu plus haut; l'essentiel consiste à
remarquer que toutes ces quantités seront toujours exprimables algébri-
quement par les seuls coefficients m, n, p,
de l'équation proposée; ce
que nous avons démontré à priori avec toute la rigueur possible.
Ces quantités étant donc trouvées, si l'on fait, pour plus de simplicité,

on aura, pour la valeur d'une y quelconque,

en prenant pour t la fonction correspondante à la fonction y.

101. Il est évident que cette solution servira toujours, quelle que soit
la valeur donnée de t, pourvu qu'elle ne rende pas nul le dénominateur

or, comme la valeur de t doit déjà être une racine de l'équation = 0,


ils'ensuit que le cas de dO = o n'aura lieu que lorsque cette valeur sera

une racine multiple de la même équation = 0.


Pour trouver ce qui doit arriver dans ce cas-là, supposons que t' soit
la valeur donnée, de t, laquelle répond à la valeur cherchée y de y, et
que dans la suite des valeurs t', t", t,t(), il s'en trouve une autre
comme t" qui soit égale à t', en sorte que la valeur donnée t'
soit une
racine double de l'équation = 0; considérant d'abord les valeurs t'
et t" comme inégales, on aura
et, comme

on aura, en différentiant et faisant successivement t = t', t = t",

où l'on voit que dans le cas de t'= t" ces deux quantités seront nulles.
Supposons pour un moment que t"=t'+, étant une quantité
infiniment petite, on aura, en négligeant les infiniment petits du second
ordre,

Donc faisant, pour abréger,

on aura

mais

donc on aura

et de là
Mais, puisque

il est facile de voir qu'on aura, lorsque t = t',

par conséquent

Donc

Ainsi, dans ce cas la formule ne donnera pas la valeur de chacune


des inconnues y', y", qui répondent aux racines égales t', t", mais seu-
lement celle de leur somme y' + y", et l'on voit, tant par l'expression
précédente que par l'analyse d'où elle résulte, que la valeur de la moitié
de cette somme résultera de l'expression générale de y du numéro pré-
cédent, en prenant, laplace du numérateur et du dénominateur, leurs
différentielles divisées par dt.
On trouvera de la même manière que, lorsque la valeur donnée de t
sera une racine triple de l'équation = o, en sorte que l'on ait, par
exemple, t' = t" = t'
alors on ne pourra pas avoir en particulier cha-
cune des fonctions correspondantes y', y", y'
mais seulement leur
somme y'+ y" + y' et l'expression générale de y donnera le tiers de
cette somme en prenant, à la place du numérateur et du dénominateur
de cette expression leurs différentielles secondes divisées par dt2; et
ainsi de suite.

102. En général, si en substituant la valeur connue de t dans le déno-


minateur de l'expression générale de y du n° 101, on trouve que ce dé-
nominateur devient nul, alors on le différentiera autant de fois de suite
qu'il sera nécessaire pour qu'il ne devienne plus zéro par la même sub-
stitution, en traitant toujours les différences premières dt comme con-
stantes on différentiera ensuite un pareil nombre de fois le numérateur,
et la nouvelle fraction qu'on aura de cette manière exprimera la somme
d'autant de valeurs particulières de y qu'il y aura d'unités dans le
nombre des différentiations augmenté de l'unité, cette somme étant
divisée par le nombre des valeurs de y; et ces valeurs seront celles qui
répondent aux valeurs égales de t, dont le nombre, comme on sait, est
toujours égal à celui des différentielles successives de 6 qui s'évanouissent
en même temps, augmenté de l'unité.
On connaîtra donc ainsi la somme de ces différentes valeurs de y; or,
on pourra trouver de même la somme de leurs carrés, de leurs cubes, etc.,
car il
n'y aura pour cela qu'à faire un nouveau calcul en prenant, à la
place de la fonction y, son carréy2, et ensuite le cube y3, etc.; de là on
tirera, par les formules connues, les valeurs des produits deux à deux,
trois à trois, etc., des valeurs de y; de sorte qu'on connaitra tous les.
coefficients de l'équation dont ces valeurs seront les racines; et il faudra
ensuite résoudre cette équation pour avoir chacune des valeurs cherchées
en particulier.
D'où il s'ensuit que lorsque, parmi les valeurs t', t", t" de la fonc-

des valeurs y', y", y'


tion t, il s'en trouve deux ou plusieurs qui sont égales entre elles, celles
qui répondent aux valeurs égales de t ne
pourront pas être données simplement par une fonction rationnelle de t
et des coefficients m, n, p, de l'équation proposée; mais elles le seront
par une équation d'un degré égal au nombre de ces valeurs égales, et
dont tous les coefficients seront eux-mêmes exprimés rationnellement
en t et en m, n, p,
C'est ce qui est d'ailleurs bien naturel et conforme aux principes de
l'Analyse. Car, puisqu'il y a différentes valeurs dey qui répondent à une
même valeur de t, il est clair que chacune de ces valeurs de y dépendra
de la même manière de la valeur correspondante de t, et qu'ainsi ces
valeurs ne pourront être que les racines d'une même équation, dont les
coefficients seront donnés en t par des expressions rationnelles.
Supposons, par exemple, qu'ayant une équation d'un degré quel-
conque p., telle que

on veuille en trouver une autre d'un degré moindre , telle que

qui ait toutes ses racines communes avec celle-là, c'est-à-dire qui en soit
un diviseur; on sait que les coefficients a, b, c, seront tous des fonc-
tions semblables des racines de la proposée, et qui seront susceptibles-
d'un nombre

de variations, en sorte que chacun de ces coefficients sera nécessairement


donné en m, n, p, par une équation d'un degré égal à ce même
nombre (nos 89 et 98). Or, dès qu'on connaîtra la valeur d'un quel-
conque de ces coefficients, on pourra, à l'aide du Problème que nous
venons de résoudre, trouver la valeur de chacun des autres coefficient;
et il s'ensuit de notre solution que si la valeur du coefficient supposé
connu est une racine simple de l'équation d'où dépend la détermination
de ce coefficient, tous les autres pourront être exprimés rationnellement,
par celui-là; mais si la valeur du coefficient connu est une racine .double,
ou triple, ou, etc., de la même équation, alors chacun des autres coeffi-
cients ne pourra être donné par celui-là que par le moyen d'une équation
du second, ou du troisième, ou, etc., degré.
Pour confirmer iz posteriori ce que nous venons de trouver à priori.
prenons l'équation du quatrième degré

et supposons, comme dans le n° 35 (.Section II), qu'elle soit divisible pair


celle-ci du second degré
on parviendra, ainsi qu'on l'a déjà vu, aux deux équations de conditions

dont la première donne d'abord

ainsi, ayant g exprimé rationnellement en f, il suffira de trouver la valeur


de f pour avoir celle de g sans aucune extraction de racines. Cependant,

s'il arrive que la valeur de f soit égale à m2 et qu'on ait en même temps

p = mn2
m38,
cette valeur de f donnera g=oo; et il faudra alors, pour

connaître la valeur de g, avoir recours à l'autre équation où g monte au


second degré, et qui est

de sorte qu'en mettant m2 à la place de f on aura celle-ci

par la résolution de laquelle il faudra donc déterminer g. Or je dis que


le cas dont il s'agit est celui où la valeur 2t de f sera une racine double
de l'équation en f.
Pour le prouver nous remarquerons que cette équation en f doit venir
de la substitution de la valeur de g tirée de la première équation, dans
la seconde; ainsi faisant, pour abréger,

g = PQ,
en sorte que on aura, pour l'équation en f, celle-ci
laquelle étant développée montera au sixième degré et se trouvera la
même que celle du numéro cité 35; or il est visible que, lorsque
p = mn2-m38, une des racines de cette équation sera égale a m2, parce
qu'en faisant f=m2 on aura en même temps P = o et Q = o; et comme
ces deux conditions détruisent, non-seulement tous les termes de l'équa-'
Lion dont il s'agit, mais aussi ceux de sa différentielle qui sera

aPdP (2f df— m df) PQ (n- mf+f') (PdQ+QdP) + 2qQdQ= o,


il s'ensuit que la racine f= m2
sera une racine double de la même équa-
tion.
103. Nous avons supposé jusqu'ici que les deux fonctions t et y
étaient semblables; considérons maintenant le Problème dans toute sa
généralité en supposant que ces fonctions soientd'une forme quelconque.
Qu'on fasse successivement dans l'une et l'autre fonction toutes les
permutations possibles entre les racines x', x", x" dont elles sont
composées, en n'ayant cependant aucun égard à celles de ces permuta-
tions qui redonneraient à la fois les mêmes valeurs de t et de y, et il en

l'on désignera, comme dans le n° 100, par t', t", t"


résultera un égal nombre -a de valeurs correspondantesde t et de y, que
t(w), et par y',
y", y"
les valeurs t', t",t'
y(). Dans le cas où les deux fonctions t et y sont semblables,
t() seront toutes exprimées d'une manière diffé-
rente, et seront les racines de l'équation la plus simple = o qui servira
à déterminer la fonction t en m, n,
leurs y', y",y" p,
et il en sera de même des va-
y(w); ce qui n'empêche cependant pas que quelques-
unes des valeurs de t ou de y ne puissent être égales entre elles, comme
dans le cas que nous avons examiné dans le n° 102; il s'agit ici unique-
ment de la forme de ces valeurs et non de leur quantité absolue. Au

vera nécessairement que parmi les valeurs t', t",


y" t'
contraire, lorsque les fonctions t et y ne seront pas semblables, il arri-
t(), ou y', y",
y() il y en aura qui seront les mêmes, en sorte que le nombre des
valeurs différentes de t ou de y sera moindre que ,
et il est facile de
conclure de ce que nous avons démontré dans le n° 97 que ce nombre
ne pourra être qu'un sous-multiple de .
Or il y a ici deux cas à consi-
dérer, suivant que le nombre des valeurs différentes dé la fonction
donnée t sera égal à ou à un sous-multiple de w.
I° Supposons que les valeurs t', t", t"
t() de la fonction t soient
toutes différentes, c'est-à-dire représentées d'une manière différente; en
ce cas il est clair que l'équation 0 = o aura nécessairement pour racines
toutes ces différentes valeurs, en sorte qu'elle sera essentiellement du
degré , quelles que soient d'ailleurs les valeurs de la fonction cher-

2° Supposons que parmi les valeurs t', t", t"


chéey; ainsi la solution du n° 100 s'appliquera également à ce cas.
t() il n'y en ait qu'un
nombre p de différentes, p étant un facteur de e, en sorte que = ;
en ce cas, si 6 = o est l'équation dont ces différentes valeurs sont les ra-
cines, il s'ensuit de ce qu'on a démontré dans le n° 97 que l'équation
qui aura toutes les valeurs t', t", t"
sorte que chacune de ses racines en aura
t(1:iJ) pour racines sera ° = o; en
— i autres qui lui seront

égales. On pourra donc encore appliquer à ce cas la solution générale du


n° 100, pourvu qu'on prenne =o pour l'équation en t, c'est-à-dire
qu'on fasse

mais, à cause que chaque racine de cette équation est une racine égale,
il faudra modifier la solution par les règles données dans le n° 102 pour
le cas des racines égales; et au lieu de trouver la valeur de chaque y ré-
pondante à chaque t, on ne trouvera plus que la valeur de la somme de
toutes les y qui répondront aux valeurs égales de t; or, comme chacune

t"
des valeurs différentes de t se trouve répétée c fois dans la série t', t",

y'
t(r;J), et que d'ailleurs à chacune des valeurs de cette série il répond

une valeur de la série y', y", y(), en sorte que les mêmes valeurs
de t et de y ne se trouvent pas deux fois dans les mêmes séries à des
places correspondantes, il s'ensuit qu'à chaque valeur différente de t il
répondra c valeurs différentes y, et qu'ainsi en connaissant une valeur
de t on ne pourra connaître que la somme cles valeurs différentes dey
qui y répondent.
De là et du n° 103 on conclura donc que, dans ce cas, chaque valeur
de y ne pourra être donnée en t qu'au moyen d'une équation du degré
laquelle renfermera à la fois toutes les valeurs de y répondantes à une
même valeur de t.
Au reste on peut simplifier beaucoup la solution du cas dont il s'agit
en le ramenant à celui des fonctions semblables; car il est visible que si
à la valeur t', par exemple, répondent les valeurs y', y",
fonction de la forme f [(y', y", y'y())]
y" y(a), toute
sera telle, qu'elle n'admettra
plus que p valeurs différentes comme la fonction t', et qu'ainsi ces deux
fonctions seront des fonctions semblables des racines x', x", x°' Par
conséquent, en prenant à la place de la fonction y une fonction quel-
conque de la formef [(y',y", y",y' y())], on trouvera directement la
valeur de cette fonction en t par la solution du n° 100, en employant
simplement l'équation 6=0, qui n'aura pour racines que les p diffé-

coefficients de l'équation dont les valeurs y', y", y'


rentes valeurs de t. Ainsi l'on pourra connaître par ce moyen tous les
y() seront les
racines, puisque chacun de ces coefficients est nécessairement une fonc-
tion de la même forme f[(y,y", y'y())] (89).

104. Donc
I° Si l'on a deux fonctions quelconques t et y des racines x', x",
x" de l'équation

racines x', x°, x'


et que ces fonctions soient telles, que toutes les permutations entre les
qui feront varier la fonction y, fassent varier aussi
en même temps la fonction t, on pourra, généralement parlant, avoir la
valeur de y en t et en m, n, p, par une expression rationnelle, de ma-
nière que connaissant une valeur de t on connaîtra aussi immédiatement
la valeur correspondante de y; nous disons généralement parlant, car
s'il arrive que la valeur connue de t soit une racine double, ou triple, etc.
de l'équation en t, alors la valeur correspondante de y dépendra d'une
équation carrée, ou cubique, etc., dont tous les coefficients seront des fonc-
tions rationnelles de t et de m, n, p,
20 Si les fonctions t et y sont telles, que la fonction t conserve la même
valeur par des permutations qui font varier la fonction y, alors on ne
pourra trouver la valeur de y en t et en m, n, p, qu'au moyen d'une
t
équation du second degré, si à une même valeur de répondent deux
valeurs différentes de y, ou du troisième degré, si à une même valeur
de t répondent trois valeurs différentes dey, et ainsi de suite. Les coeffi-
cients de ces équations en y seront, généralement parlant, des fonctions
rationnelles de t et de m, n, p, en sorte qu'étant donnée une valeur
de t, on aura y par la simple résolution d'une équation du second ou du
troisième degré, etc.; mais s'il arrive que la valeur connue de t soit une
racine double ou triple, etc., de l'équation en t, alors les coefficients
des équations dont il s'agit dépendront encore eux-mêmes d'une équa-
tion du second ou du troisième degré, etc.
De là on peut déduire les conditions nécessaires pour pouvoir déter-
miner les valeurs mêmes des racines x', x", x" au moyen de celles
d'une fonction quelconque de ces racines; car il n'y aura pour cela qu'à
prendre la simple racine x à la place de la fonction y, et appliquer à ce
cas les conclusions précédentes.

105. Voyons maintenant l'application qu'on peut faire des principes


établis jusqu'ici, à la résolution générale des équations; nous commen-
cerons par examiner le cas où il n'y a que trois racines x', x", x", c'est-
à-dire où l'équation proposée est du troisième degré.
Dans ce cas, si l'on considère la fonction généralef [(x') (x") (x"')],
on trouvera qu'elle doit dépendre d'une équation du degré 1 .2. 3, dont
les six racines seront

Maintenant, pour pouvoir abaisser cette équation à un degré moindre


que celui de la proposée, il est clair qu'il n'y a d'autre moyen que de
faire en sorte que ses racines soient égales, trois à trois; auquel
cas elle
se réduira au second degré. Pour cela on supposera que la fonction pro-
posée soit telle, que l'on ait

indépendamment de toute relation entre les racines x', x", x" c'est-à-
dire que cette fonction demeure la même en y changeant x' en x", x" en
x", et x" en x'; et l'on aura par la même raison

et ensuite

d'où l'on voit que ces trois fonctions

seront nécessairement égales, et qu'il n'y aura que ces trois-ci qui
puissent l'être en vertu de la condition supposée; par conséquent les
trois autres fonctions

seront aussi égales; de sorte que (98) l'équation dont il s'agit s'abaissera
au degré 1,2,33=2.
Or, pour trouver, en général, la forme de la fonction proposée, qu'on
prenne une autre fonction quelconque représentée par ? [ (x') (x°) (x'")];
qu'on désigne, pour abréger, par y', y", y' les trois fonctions

qui répondent aux trois premières fonctions égales ci-dessus, et par z',
z",z' les trois fonctions

qui répondent aux trois autres fonctions égales; il est clair qu'on pourra
exprimer toute fonction de x', x', x"' par une fonction quelconque de y',
y", Y" ou de z', z", z'puisque la caractéristique dénote une fonction
indéterminée quelconque. Ainsi l'on pourra représenter, en général, la
fonction f [(x') (x") (x"')] par celle-ci f [(') (") ()] or il faut, par

'
les conditions du Problème, que cette fonction demeure la même en v
échangeant x' en a?", x° en x°' et x"' en x'; donc, puisque par ces échanges
les trois quantités y', y", y"' ne font que se changer l'une dans l'autre, il
s'ensuit que la fonction f[(') (y") (y')] doit être telle qu'elle demeure
la même, quelque permutation qu'on y fasse entre les trois quantitésy',
et par conséquent qu'elle soit de la forme f [(y', y",
Toute fonction donc de la forme

aura les propriétés requises, et ne dépendra par conséquent que d'une


équation du second degré. En effet, il est facile de voir que, quelques
permutationsqu'on fasse entre les trois racines x', x", x" les trois quan-
tités y', y", y"' ne peuvent que s'échanger entré elles, ou dans les trois
quantités analogues z', z", z' d'où il s'ensuit que la fonction

ne peut que demeurer la même ou se changer dans la fonction

et qu'ainsi ces deux fonctions ne peuvent qu'être les racines d'une même
équation du second degré.
Regardons maintenant ces fonctions comme connues, et la difficulté
se réduira à trouver par leur moyen les valeurs de chacune des quantités
y', y", et z', z", z' Or, comme les fonctions dont il s'agit sont de na-
ture à demeurer les mêmes, quelque échange qu'on fasse entre les quan-
tités y', y", y", ainsi qu'entre les quantités z', z", z" il s'ensuit de ce
qui a été démontré ci-dessus, que les trois quantités y', y", y"' seront les
racines d'une équation du troisième degré, et les trois quantités z' z", z'"
les racines d'une autre équation du troisième degré. Qu'on représente
ces équations par celles-ci
et, comme les coefficients a, b, c sont des fonctions de la forme
f[(y"')], et les coefficients f, g, h des fonctions analogues de la
forme f[(z', z", z"')], il résulte de ce qui précède que les coefficients cor-
respondants a et f seront les racines d'une même équation du second
degré, dont les coefficients seront donnés en m, n, p, et il en sera de
même des coefficients b, g et c, h; sur quoi il est bon de remarquer que
dès qu'on aura trouvé les valeurs de a et f, on pourra, par leur moyen,
trouver immédiatementcelles de b, g et c, h, par la méthode du n° 100.
Puis donc que les équations en y et z sont l'une et l'autre du troisième
degré, il faut tâcher de les ramener à une forme qui en permette la réso-
lution car, d'un côté, on ne saurait les résoudre, en général, au moins
on est censé ne savoir pas les résoudre, puisque la résolution des équa-
tions de ce degré est précisément ce qui fait l'objet de cette recherche;
de l'autre, on ne peut pas employer la méthode du n° 99 pour abaisser
ces équations à un degré inférieur, à cause que l'exposant 3 est un
nombre premier qui n'a point de diviseur.
Or, comme la résolution des équations à deux termes est toujours pos-
sible, il conviendra de réduire les équations dont il s'agit à cet état; ainsi
nous supposerons que l'équation eny devienne

ou, plus généralement, de la forme

et, pour trouver les conditions nécessaires pour cela, il n'y aura qu'à re-
marquer qu'en prenant i, u, J2 pour dénoter les racines cubiques de
l'unité, on aura

d'où l'on tire, à cause de a3 =r

Ainsi, il faudra que la fonction de x', x", x" qu'on a désignée par la
,
caractéristique soit telle qu'on ait, indépendamment de toute relation
entre les racines x', x", x",

Et alors on aura aussi en échangeant x' en x",

c'est-à-dire

moyennant quoi l'équation en z se réduira aussi à la forme

Or, en comparant l'équation

avec l'équation

on a

et par conséquent, à cause de

(puisqu'on est maître de substituer, à la place de y, une quelconque de


ses racines),

on trouvera de même

De sorte que ces deux quantités

seront les racines d'un'e équation du second degré, qu'on pourra par
conséquent regarder comme la réduite générale du troisième degré.
Par la résolution de cette équation on connaîtra donc les valeurs des
deux fonctions y [(x') (x") (x'")] et [(x") (x') (x'")], et l'on aura celles
des quatre autres fonctions dérivées de celles-ci, par le moyen des équa-
tions de condition ci-dessus. Or, ces fonctions étant connues, on pourra
en déduire les valeurs de chacune des trois racines x', x", x"' (104).

106. Voilà donc le principe de la résolution des équations du troi-


sième degré présenté de la manière la plus directe et la plus générale; il
est facile d'en faire des applications particulières et d'en déduire les dif-
férentes théories que nous avons données dans la Section I.
La forme la plus simple qu'on puisse donner à la fonction

est celle-ci

A, B, C, D étant des constantes; ainsi l'équation de condition sera

d'où l'on tire ces équations

La seconde donne

et ces valeurs satisfont aussi en même temps à la première et à la troi-


sième, à cause de 3= i; quant à la quatrième, elle donnera
D + le = o, et par conséquent D = k;

ainsi la fonction proposée sera de la forme

qui, en faisant k = o, est précisément la même à laquelle nous avons été


conduits à posteriori dans la Section citée (5).
107. Supposons maintenant qu'il y ait quatre racines, x', x", x" xIV,
ce qui est le cas des équations du quatrième degré; et, considérant la
fonction générale f [(x') (x") (x") (xIV)], on trouvera qu'elle devra dé-
pendre d'une équation du degré 1. 2 3. 4 dont les vingt-quatre racines
seront (96)

Il faudra donc tâcher d'abaisser cette équation a un degré moindre que


le quatrième, c'est-à-dire au second ou au troisième degré, et il convien-
dra de choisir ce dernier, comme étant le plus haut qu'on puisse admettre
dans cette recherche. Pour cela, il faudra donc faire en sorte que les
vingt-quatreracines que nous venons de trouver soient égales huit à huit,
et l'on y parviendra en comparant ces racines les unes avec les autres de
toutes les manières possibles, jusqu'à ce qu'on trouve une combinaison
qui donne justement huit racines égales, car alors les seize autres seront
aussi égales huit à huit (97).
Supposons d'abord

en sorte que la fonction proposée soit de la forme f[(x', x") (x"') (xIV)], et
toutes les racines deviendront égales deux à deux, de manière que l'équa-
tion ne montera plus qu'au douzième degré (98). Supposons ensuite
qu'on ait aussi

c'est-à-dire que la forme de la fonction soit f[(x', x") (x' xlV)], l'équa-
tion se réduira par là au sixième degré. Enfin, si l'on-suppose encore
qu'on ait

c'est-à-dire que la fonction proposée soit telle, qu'elle ne change point


lorsqu'on y échange à la fois x'et x" en x'" et xIV, elle se trouvera réduite
à l'état demandé, puisqu'elle n'admettra plus que ces trois variations

de sorte qu'elle ne pourra dépendre que d'une équation du troisième


degré, dont ces trois fonctions seront les racines.
Pour trouver la forme générale de la fonction dont il s'agit, je prends,
comme dans le n° 105, une autre fonction quelconque, désignée par
[(x')(x")(x"')(xIV)], et je la réduis d'abord à la forme [(x', x"j (x°', xIV)],
pour qu'elle demeure la même en y, changeant x' en x" ou x"' en xIV; sup-
posant maintenant, pour plus de simplicité,

il est clair que toute fonction de la forme f [(x', x") (x" xIV)] pourra
s'exprimer par une fonction de y' ety"; de sorte qu'on pourra représen-
ter, en général, la fonction cherchée par f[(')
(y")] mais il faut, par
l'hypothèse, que cette fonction demeure aussi la même en y changeant à
la fois x et x" en x'" et x'V; donc, puisque par ces permutations les deux
quantités y' et y" se changent l'une dans l'autre, il faudra que la fonc-
tionf[(') (")] soit de la forme f[( ")].
Ainsi l'expression générale de la fonction cherchée sera
en effet, si l'on fait

et ensuite

il est facile de voir qu'en faisant telle permutation qu'on voudra entre les
quatre racines x', x°, x" xIV, il n'en résultera jamais que ces trois fonc-
tions différentes

de sorte qu'elles seront nécessairementracines d'une même équation du


troisième degré.
On pourra donc par la résolution d'une équation du troisième degré
déterminer la valeur de toute fonction telle que f[(")]- Ainsi, si
l'on suppose que les quantités y' et y" soient les racines de cette équation
du second degré

chacun des coefficients a et b sera donné par une équation du troisième


degré, puisqu'il sera de la forme f[(")] de sorte que par là on con-
naîtra les deux quantités y' et y". Or si l'on suppose, ce qui est permis,
que la fonction 5 [(x', x") (x" xIV)] ne renferme que les deux racines x'
et x", en sorte qu'elle soit simplement de la forme [(x', x")], on aura

et

donc, si l'on prend x' et x" pour les racines de l'équation

et x" xlv pour celles de l'équation

les valeurs des coefficients f, g, Ia, l ne dépendront que d'équations du


troisième et du second degré; et ces valeurs étant connues on aura celles
des quatre racines cherchées par la résolution des deux équations précé-
dentes du second degré.
Tel est le principe général auquel se rapportent la plupart des méthodes
pour la résolution des équations du quatrième degré, comme on peut le
voir par l'analyse que nous en avons donnée dans la Section Il.
En effet, si l'on fait

et
il en résultera la solution du n° 32, et faisant

et
il en résultera celle du n° 3 t et ainsi des autres.

108. On peut encore dériver la résolution des équations du quatrième


degré d'un autre principe, en faisant une combinaison différente des
vingt-quatre fonctions du n° 106. Car, si l'on suppose d'abord

c'est-à-dire que la fonction demeure la même en y changeant à la t'ois x'


en x', x" en x" x°' en xi° et xIV en x', on trouvera ensuite

etdelà
et enfin

de sorte que les fonctions

seront égales, et qu'il n'y aura que ces quatre qui le seront; d'où il s'en-
suit que les quatre fonctions dont il s'agit seront égales quatre à quatre,
ce qui conduira d'abord à une équation du sixième degré.
Maintenant, si l'on suppose encore cette égalité

c'est-à-dire que la même fonction reste aussi invariable en y changeant à


la fois x' en xIV et x" en x" et vice versâ, il en résultera encore quatre
autres fonctions égales aux précédentes, savoir

moyennant quoi les vingt-quatre fonctions du numéro cité se trouveront


égales huit à huit, et ne dépendront plus que d'une équation du troi-
sième degré.
Or, en prenant une autre fonction quelconque des racines x', x", x"
xlv, qu'on désignera par la caractéristique et désignant par y', y", y"
IV, V, VI, VII VIII les huit fonctions suivantes

qui répondent, comme on voit, aux huit fonctions égales ci-dessus, on


pourra représenter toute fonction, qui doit demeurer la même soit en
changeant x' en x", x" en x" x"' en xIV et xIV en x', soit en changeant x'
en xlv et x'' en x" par celle-ci

car il est facile de voir que par ces échanges les quantités y",
ne feront que s'échanger les unes dans les autres.
Cette fonction aura donc la propriété de ne conduire qu'à une équa-
tion du troisième degré; en effet, si l'on désigne par z', z", z' zIV, zv,
zVI, zVII, zVIII ces liuit fonctions-ci

et par u', u", u" uIV uV, uVII, uVIII ces huit autres-ci

on verra aisément que, quelques permutations que l'on fasse entre les
quatre racines x', x", x", xIV, on n'aura jamais que ces trois fonctions
différentes

qui seront par conséquent racines d'une équation du troisième degré.


Ainsi, la résolution générale de ce degré étant supposée, on pourra
déterminer toutes les fonctions de la forme des précédentes; mais,
comme les quantités y" z"
z', u', u"
entrent de la même
manière dans ces sortes de fonctions, il est clair que leur détermination
dépendra encore de trois équations, chacune du huitième degré.
Il faudra donc tâcher de nouveau de rabaisser ces équations au-dessous
du quatrième degré; c'est ce qu'on obtiendra en supposant que la fonc-
tion représentée par la caractéristique soit telle, qu'elle demeure la
même en y changeant x' en x", x" en x", x'" en xIV et x'° en x'; car alors
les quatre quantités y', y", y" IV deviendront égales, et les quatre
autres V, VI, VII, VIII aussi égales; et il en sera de même des quantités
correspondantesz', z" et u', u"
De cette manière les trois fonctions précédentes pourront s'exprimer
simplement par les formules

et les quantités y', yv; z', zv; u', uv seront les racines de trois équations
du second degré telles que

où les coefficients a, c, f seront racines d'une équation du troisième de-


gré, ainsi que les trois autres coefficients b, d, g.
Il ne reste donc qu'a trouver la forme que doit avoir la fonction
pour que les conditions prescrites aient lieu. Pour y parvenir de la ma-
nière la plus générale, on prendra une autre fonction quelconque de x',
x", x' x'°, qu'on désignera parla caractéristique on formera, comme
ci-dessus, les vingt-quatre fonctions qui répondent aux vingt-quatre per-
mutations qu'on peut faire entre les racines x', x", x" xIV; et l'on dési-
gnera ces fonctions par les quantités Y', Y" YVIII, Z', Z" ZVIII,
U"
U',
la caractéristique o en ,
UVIII; c'est-à-dire qu'on changera dans les formules ci-dessus

et les petites lettres y, z, u dans les grandes


lettres Y, Z, U. Ensuite, en prenant de nouveau la caractéristique pour
désigner une fonction quelconque, il est facile de voir qu'on aura, en gré-
néral,

De là il est aisé de conclure que la détermination des fonctions Y', Y",


Y" YIVdépendra maintenant d'une équation du quatrième degré, ainsi
que celle des fonctions Yv, YVI, YVII, YVIII, et il
en sera de même des
autres fonctions Z', Z" ZVIII et U', U"UVIII, qui dépendront aussi

quatre à quatre d'équations du quatrième degré.


Soit donc

l'équation dont les racines seraient Y', Y", Y" YIV; il est clair qu'on
pourra la résoudre de deux manières
io En faisant disparaître ses puissances impaires pour la réduire à la
forme

qui est résoluble a la manière de celles du second degré; or pour cela il


faudra que les racines Y', Y", Y" YIV soient deux à deux égales et de
signes différents, c'est-à-dire que l'on ait

Ainsi il faudra, dans ce cas, que la fonction (1) soit telle, que l'on ait

et

c'est-à-dire qu'elle ait la propriété de devenir négative en y changeant x'


en x", x" en x" x"' en x'° et xlv en x'; auquel cas on aura aussi

d'où l'on voit qu'on aura en même temps

c'est-à-dire

ce qui rendra l'équation en Y de cette forme

(Y2-E)2=o, c'est-à-dire y2-E=o.


Et il est facile de voir que les 'autres équations dont les racines seront
les quantités Y', YVI, YVII, YVIII, ou Z', Z", Z' ZIV, ou, etc., se trouveront
aussi par là réduites à la même forme, puisque ces racines ont entre elles
la même relation qu'ont les racines Y', Y", Y" YIV, laquelle consiste en
ce que l'une dérive de l'autre par les échanges de x' en x", x" en x"
x"' en xI° et xIV en x'.
Les fonctions

et d'autres semblahles, auront la propriété dont il s'agit.


2° On peut aussi rendre résoluble l'équation générale

en la réduisant à deux seuls termes

auquel cas les quatre racines Y', Y", Y" YIV seront exprimées ainsi

en prenant 1, a, 2, a3 pour les quatre racines quatrièmes de l'unité; de


sorte que la condition pour ce cas sera, à cause de = i, 4

c,'est-à-dire qu'il faudra que la fonction soit telle, qu'on ait

Et alors toutes les équations du quatrième degré d'où dépendent les


autres quantités Yv, YVI, YVII, YVIII, Z', Z", se trouveront aussi réduites
au même état, par la raison énoncée ci-dessus.
Il est facile de trouver que la fonction

aura la propriété requise; d'où l'on peut conclure que l'analyse précé-
dente contient le fondement de la méthode du n° 47.
109. Voilà, si je ne me trompe, les vrais principes de la résolution des
équations et l'analyse la plus propre à y conduire; tout se réduit, comme
on voit, à une espèce de calcul des combinaisons, par lequel on trouve
à priori les résultats auxquels on doit s'attendre. Il serait à propos d'en
faire l'application aux équations du cinquième degré et des degrés supé-
rieurs, dont la résolution est jusqu'à présent inconnue; mais cette appli-
cation demande un trop grand nombre de recherches et de combinaisons,
dont le succès est encore d'ailleurs fort douteux, pour que nous puissions
quant à présent nous livrer à ce travail; nous espérons cependant pouvoir
y revenir dans un autre temps, et nous nous contenterons ici d'avoir posé
les fondements d'une théorie qui nous paraît nouvelle et générale.

110. Avant de terminer cette Section, nous croyons devoir encore


traiter en peu de mots de la réduction ou abaissement des équations à
un moindre degré, qui a lieu lorsqu'il y a entre quelques-unes des racines
de l'équation proposée quelque relation donnée. Car, quand toutes les
racines d'une équation ont entre elles les mêmes rapports, l'équation est
alors nécessairement et essentiellementd'un degré égal au nombre des
racines, et il est impossible, généralement parlant, qu'elle puisse s'abais-
ser à un moindre degré. C'est ainsi, par exemple, que le Problème de la tri-
section de l'angle, considéré en général, est nécessairement du troisième
degré, puisqu'il y a trois différentes manières d'y satisfaire, lesquelles
conduisent toutes à une même équation, où les trois solutions sont éga-
lement renfermées. Cependant il y a, comme on sait, des cas particuliers
où l'on réussit à rabaisser ce Problème au second degré, parce qu'il y a
alors un rapport particulier entre deux des racines de l'équation.
Il en est de même de tous les Problèmes et de toutes les équations. S'il
y a une relation particulière entre quelques-unes des racines d'une équa-
tion quelconque, on est assuré qu'elle peut s'abaisser à un moindre de-
gré et si l'on connaît à priori cette relation, ou par la forme même de
l'équation, ou par la nature du Problème qui y a conduit, on pourra tou-
jours trouver la réduction dont elle est susceptible.
M. Hudde est, je crois, le premier qui ait traité cette matière dans la
Lettre De reductione equationum qui est imprimée à la suite de la Géomé-
trie de Descartes. Il y fait voir comment une équation peut être abaissée
à un moindre degré lorsqu'il y a entre quelques-unes de ses racines une
relation telle, que leur somme, ou la somme des produits deux à deux,
ou des produits trois à trois, ou, etc., est nulle ou égale à une quantité
donnée; comme aussi lorsqu'elle renferme des racines égales ou des divi-
seurs commensurables quelconques. D'autres Géomètres se sont ensuite
exercés sur cette matière et ont perfectionné et étendu plus loin les règles
et les méthodes de M. Hudde (voyez surtout l'excellent Ouvrage de
M. Waring cité ci-dessus); mais on peut encore envisager ce sujet d'une
manière plus générale d'après les principes établis dans les nos 100 et
suivants,

111. Si, dans l'équation du degré p.

dont les racines sont x', x", x" x(µ), on suppose qu'il y ait une rela-
tion connue entre quelques-unes de ces racines, comme entre celles-ci x',
x°, x" x(), étant plus petit que µ; il est d'abord clair que cette
relation pourra toujours s'exprimer par une équation dont le premier
membre sera une fonction algébrique de x', x", x" xo); de sorte
qu'on connaîtra par ce moyen la valeur d'une fonction telle que

Or
Io Si l'équation dont nous parlons est telle, qu'elle n'ait lieu qu'entre
les racines x', x", x" x(µ), et même d'une seule manière, en sorte
qu'elle cesse d'être vraie si l'on fait une permutation quelconque entre
ces racines, alors on pourra, généralement parlant, déterminer la valeur
de chacune des racines x', x°, x" x() en particulier sans la résolution
d'aucune équation, de sorte que dans ce cas ces racines seront nécessai-
rement toutes commensurables (104).
2° Si l'équation qui renferme la relation donnée entre les racines x',
x", x" x() n'a lieu à la vérité qu'entre ces racines, mais qu'elle sub-
siste cependant en y changeant, par exemple, x' en x", alors on verra
par le numéro cité que les deux racines x', x" dépendront nécessaire-
ment d'une équation du second degré, telle que

dont les coefficients a et b seront commensurables.


3° De même, si l'équation en question est telle, qu'elle soit vraie aussi
lorsqu'on y change x' en x" et en x", les trois racines x', x", x°' dépen-
dront alors d'une équation du troisième degré, telle que

où les coefficients a, b, c seront commensurables, et ainsi de suite.


4° Si l'équation qui n'a lieu que d'une seule manière entre les racines
x x", x" x(), comme dans le premier cas, a lieu aussi en même
x(2), alors, comme la
temps entre les racines x(+1), x(+2), x(+3),
fonction f[(x') (x') (x"') (x())] demeure la même en y changeant .x'
en x(+1), x" en x(+2), il est clair que les racines x', x(+1) dépendront
d'une équation du second degré, comme

où et seront commensurables; et il en sera de même des racines x",


XO.+2), des racines x" x(+3), et ainsi des autres.

De même, si l'équation a lieu également entre les racines x', x",


x(), entre les racines x(+1), x(+3),
x'
x(2) et entre les racines
alors les racines x', x(+1), x(2+1) cépen-
dront d'une équation du troisième degré, telle que

où u, ,y seront commensurables; et il en sera de même des racines x",


x(+2), x(2+2) des racines x" x(+3), x(2+3), et ainsi de suite.
l'équation qui, comme dans le deuxième cas, a lieu de deux
5° Mais si
manières différentes entre les racines x', x", x"
x(), avait lieu de
même entre les racines x(+1), x(+2), x(+3), x(2), alors on aurait pa-
reillement pour les racines x', x" l'équation du second degré

et de même pour les racines x(+1), x(+2) l'équation du second degré

où les coefficients analogues a', a" seraient racines d'une autre équation
du second degré, telle que

et étant commensurables; et il en serait de même des coeffieients b'


et b".
Et, si la même équation avait lieu aussi parmi les racines x(2+1),
x(3), alors on aurait pour les racines x', x" l'équation

pour les racines x(+1), l'équation

et pour les racines x(2+1), x(2+2) l'équation

uù les coefficients d', a", a'" seraient eux-mêmes racines de l'équation

,, étant commensurables; et il en serait de même des coefficients b',

Et ainsi de suite.
6° On fera le même raisonnement sur le troisième cas, où l'on suppose
que la même équation ait lieu entre les racines x', x', x°' x() en y
changeant x' en x", en x' car, si cette équation subsiste également
entre les racines x(+1), x(+2), x(+3), x(2), alors les racines x', x", x'"
dépendront de l'équation du troisième degré

et les racines x(+1), x(+2), x(+3) de l'équation analogue

où les coefficients a' et a" seront donnés par l'équation du second degré

u et j3étant rationnels; et il en sera ainsi des coefficients b', b" et c', c".
Par la même raison, si l'équation dont il s'agit subsistait aussi entre
les racines x(2+1), x(2+2), x(3), on aurait de plus pour les
trois racines x(2+1), x(2+2), x(2+3), l'équation

et les coefficients a', a", a"' seraient dans ce cas les racines de l'équation
du troisième degré

u, j3, étant rationnels; il en serait de même des coefficients b', b", b"'
etc',c",c'
On voit assez par là les conséquences analogues que l'on peut tires
pour les autres cas; on doit seulement se souvenir que ces conclusions
peuvent souffrir quelques exceptions dans les cas particuliers des racines
égales (104).

112. Pour éclaircir ce que nous venons de dire par quelques exemples,
considérons d'abord les équations qu'on appelle réciproques, et qui sont
telles, que les coefficients des termes équidistants des extrêmes sont
égaux, de cette manière

il est visible, par la forme de cette équation, qu'elle demeure la même


en y mettant à la place de x; d'où il s'ensuit que si x' en est une ra-
cine, I x' en sera une aussi, de sorte qu'on aura x'x"=I, c'est-à-dire
x'x"— par la même raison on aura x"'xIV — i = o, xVxVI— i =
=
On a donc, dans ce cas, une équation entre les racines x', x", qui
o,
subsiste aussi en changeant a?' en x", et qui a lieu de même entre les ra-
cines x", xIV; entre x°, xVI, Donc, ces racines seront renfermées deux
à deux dans les équations suivantes, dont le nombre sera µ/2 ou µ-I/2,

les coefficients a", étant racines d'une même équation du de-


gré ou µ-I/2, suivant que µ sera pair ou impair, comme nous l'avons
déjà démontré par une méthode particulière (22). Voyez aussi sur ce
sujet, outre les Dliscellanea analytica de M. Moivre, le tome Ier des Com-
mentaires de Bologne, et le tome VI des anciens Commentaires de Pàers-
bourg.
Au reste on peut, par les principes établis ci-dessus, rendre raison
pourquoi la substitution de y= x + I x
que nous avons employée dans le

numéro cité doit conduire à une réduite du degré µ 2 lorsque µ est pair.
Car il est clair que les valeurs de y, c'est-à-dire les racines de l'équation
en y seront

mais on a x" = I x', xIV, = I x" donc ces racines seront


et par conséquent égales deux à deux; de sorte que l'équation en y, qui
devrait être naturellement du degré p, s'abaissera d'elle-même au de-
gré
On pourrait aussi employer une autre substitution qui abaisserait de
même l'équation, mais en faisant disparaître toutes les puissances im-
paires de l'inconnue; c'est celle-ci x = laquelle donne y = I-x I+x;

car alors les racines de la transformée en y seraient

c.'est-à-dire Cà
cause de x" = I x', xIV = I x" .)

et par conséquent égales deux à deux, et de signes contraires.

113. Dans l'exemple précédent, c'est par la forme même de l'équation


qu'on a reconnu la relation qu'il doit y avoir entre ses racines, et qui la
rend susceptible de réduction; mais on peut aussi déduire cette connais-
sance de la nature même du Problème qu'on a à résoudre; c'est ce qu'il
est bon de faire voir par quelques exemples.
Soit proposé de trouver quatre quantités en proportion continue, dont
la somme soit donnée ainsi que celle de leurs carrés.
Nommant ces quantités inconnues x, y, z, u, on aura par les condi-
tions du Problème ces quatre équations

a et b étant des quantités connues.


Pour éliminer plus facilement les trois inconnuesy, z, u, et avoir une
équation finale en x, je fais y = rx, et j'aurai, par les deux premières
équations, z = r2x, u = r3x, valeurs qui, étant substituées dans les
deux dernières, donnent celles-ci

d'où s'agira plus que d'éliminer r.


il ne
Pour faciliter cette élimination je multiplie la première par 1 r, et
la seconde par i r2, j'ai ainsi

et, divisant cette dernière par l'autre, j'aurai

de sorte qu'on aura maintenant ces deux-ci

d'où il est facile de tirer

Si l'onsubstitue maintenant la valeur de r, que donne la première de ces


équations, dans la seconde, on aura une équation finale en x qui, étant
développée, montera au cinquième degré, mais si l'on substitue la même
valeur de r dans l'équation primitive

on en aura une en x qui ne montera qu'au quatrième, et qui sera l'équa-


tion la plus simple qu'on puisse avoir pour la détermination de l'incon-
nue x.
Je vaisprouver maintenant, sans connaître même la forme de cette
équation, qu'elle doit être décomposable en deux équations du second
degré, moyennant une autre équation du second degré aussi.
Pour cela, je remarque que si, au lieu de chercher l'inconnue x, on
eût cherché l'inconnue u, on serait tombé dans une équation semblable;
car, faisant z = su, on aurait y = s2u et x = s3 u; de sorte que les équa-
tions en s et u seraient

c'est-à-dire entièrement semblables aux équations en x et r. D'où je con-


clus d'abord que la valeur de l'inconnue u sera nécessairement aussi une
des racines-de l'équation en x trouvée ci-dessus.
Or, on a u= r3 x, et, divisant la valeur de r4, trouvée ci-dessus, par
celle de r, on a

par conséquent,

Ainsi, si l'on dénote par x', x", x" xIV les quatre racines de l'équation
en x dont il s'agit, ces racines seront telles, qu'on aura

c'est-à-dire

or, il n'y a pas plus de raison pour que cette équation subsiste entre les
deux racines x', x" qu'entre les deux autres x" xIV; par conséquent on
aura aussi

Voilà donc deux équations semblables qui ont lieu entre les racines
x', x" et x" xll, et qui sont de plus telles, qu'elles ne changent point en
changeant x' en x" et x'" en xIV; donc, par le n° 111, on pourra sûrement
décomposer l'équation en question du quatrième degré en deux autres
du second degré, telles que
f'
où les coefficient et f" seront racines d'une équation du second degré
ainsi que les coefficients g' et g".
Et comme ces deux équations doivent renfermer, l'une les deux ra-
cines x', x", et l'autre les deux autres racines x" xlv, on aura

donc on aura

d'où

De sorte que les deux facteurs de l'équation proposée seront

Pour le faire voir et trouver en même teinps l'équation dont les ra-
cines seront f'
et f", il faut chercher d'abord l'équation du Problème
en x. Or faisant, pour abréger,

on aura r= c ex, et cette valeur, étant substituée dans l'équation

donnera, en ordonnant les termes par rapport à x, celle-ci


Maintenaiit, à cause de

les deux facteurs de cette équation seront

qui, étant multipliés l'un par l'autre, donnent

La comparaison des trois premiers termes de cette équation avec ceux


de la précédente donne d'abord

et par conséquent

Et l'on trouvera que ces valeurs de f'+ f" et de f' f" satisferont aussi à
la comparaison des autres termes.
f'
Ainsi, les quantités et f" seront les racines de cette équation

J'avoue qu'on peut résoudre le Problème précédent d'une manière


plus simple, comme Newton l'a fait dans son Arithmétique universelle,
où, à l'aide d'un certain choix entre les inconnues, il parvient d'abord à
deux équations du second degré; mais, d'un côté, il me semble que la
solution que je viens de donner est en quelque façon plus directe et plus
lumineuse, puisqu'elle fait voir la raison pourquoi l'équation du qua-
trième degré, à laquelle on est naturellement conduit, doit être résoluble
au moyen de deux du second; et, de l'autre, la règle que Newton établit
pour le choix des inconnues n'a point été démontrée par cet Auteur et
ne peut l'être, si je ne me trompe, que par les principes généraux que
nous avons établis ci-dessus. Mais ce n'est pas ici le lieu de nous étendre
sur ce sujet.
114. On pourrait aussi, par la méthode précédente, résoudre avec la
mème facilité le Problème où l'on demanderait un nombre quelconque µ
de quantités en proportion continue, dont la somme et celle de leurs
carrés seraient données.
Car, nommant x le premier terme de la progression, et rx le second.
on aura d'abord ces deux équations

qui se changent en ces deux-ci

d'où l'on tire, comme plus haut,

La valeur de r, qu'on peut mettre, comme ci-devant, sous la f'orme

étant substituée dans la première équation, donnera celle-ci

laquelle sera, comme on voit, du degré u..


On prouvera maintenant, par un raisonnement semblable à celui qu'on
a fait plus haut, que le premier terme x et le dernier rµ-1 x de la pro-
gression continue devront être également racines de l'équation précé-
dente mais en divisant la valeur de rµ par celle de r, on a

donc

De là, en nommant x', x", x' x(µ) les racines de l'équation précé-
dente, on aura cette condition, entre les deux racines x' x",

et comme il n'y a pas plus de raison pour qu'une telle relation ait lieu
entre les racines x', x" qu'entre les racines x" xIV, ou xv, xVI, ou, etc.,
on aura de même

le nombre des équations ou µ-I/2 suivant que p. sera pair ou


impair.
D'où, et de ce qu'on a démontré dans le n° 111, il s'ensuit que l'équa-
tion du µième degré doit être décomposable ou
µ-I/2 équations du
second degré, telles que

dans lesquelles les coefficients f', f",


équation du ou -I/2
f' seront racines d'une même
ainsi que les coefficients g', g" g'
Et comme, à cause de

on a

on aura

de sorte que les µ/2


ou µ-1/2 facteurs de l'équation dont il s'agit seront

Dans le cas où u. est un nombre pair, le produit de toutes ces équations


devra donner l'équation du degré µ trouvée ci-devant; mais, dans le cas
où µ est un nombre impair, il faudra y ajouter encore un facteur simple,
tel que x — h = o.
multiplication faite, il n'y aura plus qu'à comparer les premiers
La
termes de l'équation résultante avec ceux de l'équation dont nous venons
de parler, et cette comparaison donnera les valeurs des quantités

qui seront les coefficients de l'équation en f; et quant au coefficient A,


dans le cas où Il. est impair, il se trouvera donné par une équation
linéaire.
De là il s'ensuit que le Problème proposé peut toujours se réduire à la
résolution d'une équation du degré µ/2
ou µ-1/2.
Au reste si, au lieu de déterminer l'inconnue x, on voulait déterminer
l'inconnue r, on parviendrait à une équation du genre des réciproques;
car les deux équations

donnant

on aura, en chassant x,

ou bien, en divisant par 1 — r,

d'où, en multipliant en croix et faisant, pour plus de


on aura

c'est-à-dire

équation réductible au ou µ-1/2


par les méthodes connues.
Ce qu'il y aura de plus simple pour cela ce sera d'employer la substi-
tution de r= I-/I- laquelle changera l'équation

en celle-ci

où toutes les puissances impaires de y disparaîtront d'elles-mêmes.


115. Ajoutons encore un Exemple tiré de la Géométrie. Proposons-
nous ce Problème très-connu, où il s'agit de mener par le point D du
carré ACDB une ligne droite MN telle, que la partie MN de cette ligne,
qui sera comprise entre les deux côtés opposés AC, AB du carré, prolon-
gés en M, N, soit d'une grandeur donnée.

Nommant a le côté du carré et longueur donnée de la ligne MN,


b la
prenons, pour déterminer la position de cette ligne, l'inconnue CM =x;
on aura donc MD = x2+ a2, et les deux triangles semblables MCD,
MAN donneront sur-le-champ

d'où l'on tire l'équation

laquelle, étant dégagée du radical et ordonnée par rapport à x, deviendra

qui est, comme on voit, du quatrième degré.


Voyons maintenant si, par la nature même du Problème, on ne pourra
pas trouver quelque relation entre les racines de cette équation, qui la
rende décomposable en des équations d'un degré moindre.
Pour y parvenir je remarque qu'on peut en effet mener par le point D
quatre lignes qui remplissent la condition du Problème; ce sont les lignes
MN, M'N', M"N" et M"'N" de sorte que les racines de l'équation précé-
dente seront les lignes CM, CM', CM", CM" dont les deux dernières sont,
comme on voit, négatives.
Dénotons donc ces lignes par x', x", x'
xl'; et, à cause des triangles
semblables MDC, DNB, on aura

MC CD = DB BN;

mais, puisque M'N' doit être égal à MN, que CD = DB, il est facile de
voir qu'on aura aussi M'G = BN; donc on aura cette proportion

c'est-à-dire

On pourrait d'abord conclure, par le principe de la raison suffisante,


qu'une pareille relation doit aussi avoir lieu entre les deux autres racines
x" xIV; mais, si l'on voulait s'en convaincre à posteriori, il n'y aurait qu'à
considérer qu'à cause de M"N"=N'"M'" on aura nécessairement aussi
CM"' = BN"; et qu'ensuite, à cause des triangles semblables DCM", DBN",
on aura CM": CD = DB :BN"= DB CM" c'est-à-dire

et par conséquent

Puis donc qu'on a deux équations semblables, l'une entre x', x",
l'autre en x" xIV, et que ces équations subsistent également en changeant
x' en x", x"' en xi°, il s'ensuit des principes établis plus haut que l'équa-
tion du quatrième degré, trouvée ci-dessus, sera nécessairement décom-
posable en deux équations du second degré, telles que
où f' et f" seront racines d'une équation du second degré, ainsi que g'
et g"; mais, puisque g'= x'x" et g"=x"'xIV, on aura g'= g"= a2; par
conséquent les deux facteurs de l'équation dont il s'agit seront

Qu'on en fasse donc le produit, on aura

donc

par conséquent

Oe sorte que l'équation qui aura pour racines les quantités f' et f" sera

Au reste, il est clair que si, dans l'équation en x du quatrième degré,


on fait x = az, on aura une équation en z du genre des réciproques, et
dans laquelle on pourra, par conséquent, faire disparaître toutes les puis-

sances impaires de l'inconnue en faisant z = 1- X; de sorte que la sub-

stitution propre pour cet effet sera de faire d'ahord x = a (1 or)

Si l'on tire la valeur de y de cette équation, on a

mais on a

donc on aura

supposant que R soit le point du milieu de la ligne MN. De là on voit


qu'on serait parvenu d'abord à une équation du quatrième degré sans
puissances impaires de l'inconnue, si l'on eût pris pour inconnue la
ligne DR. C'est ce qu'a fait Newton dans la solution qu'il a donnée de ce

Problème dans son Arithmétique universelle; mais on doit avouer, ce me


semble, qu'un tel choix de l'inconnue est assez peu naturel, et que ce
n'est, pour ainsi dire, qu'après coup qu'on peut le faire; du moins il me
parait que le principe d'où Newton le fait dépendre n'a pas toute l'évi-
dence qu'on est en droit d'exiger dans ces sortes de matières.
DÉMONSTRATION
t

D'UN THÉORÈME NOUV EAU

CONCERNANT LES NOMBRES PREMIERS.

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