Introduction aux séries de Fourier
Introduction aux séries de Fourier
1 Introduction et théorie
La théorie des séries de Fourier permet d’interpréter certains ”signaux” (autrement
dit, certaines fonctions définies sur un intervalle réel) comme résultant de la superposi-
tion d’une infinité de signaux sinusoı̈daux de fréquences différentes. Revenons quelque
peu à l’historique, afin d’en savoir un peu plus sur l’émergence de cette idée géniale.
Joseph Fourier, qui travaillait sur la propagation de la chaleur sur des corps solides, a
remarqué que la propagation de la chaleur sur un anneau ressemble à un mouvement
harmonique.
Notre but, bien plus modeste, est de présenter ici quelques résultats fondamentaux
sur les séries de Fourier. Le cadre adéquat étant indubitablement celui de l’intégrale de
Lebesgue vue en analyse 1, l’étude des séries de Fourier et sa transformation sera donc
approfondie dans un module ultérieur [analyse 3], auquel le présent chapitre peut être
vu comme une préparation. Pour l’instant, afin d’éviter de gaspiller de l’énergie sur des
difficultés liées à l’intégrale de Riemann, le cours sera délibérément placé dans le cadre
très simple des fonctions continues par morceaux.
2.1 Notation
Dans la suite, on notera systématiquement f (c− ) (resp. f (c+ )) la limite à gauche (resp.
à droite) d’une fonction f en un point c donné de R. Autrement dit, on pose
Remarque
Il résulte de cette définition qu’aux points xj avec 1 ≤ j ≤ N − 1, la fonction f a une
limite à gauche et à droite. Ces limites à gauche et à droite coı̈ncident, et valent f (xj ),
si et seulement si la fonction f est en fait continue en xj .
Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle fermé borné [a, b], à valeurs réelles ou
complexes. On dit que f est de classe C 1 par morceaux s’il existe une famille finie
(xj )0≤j≤N de points de [a, b], avec a = x0 < x1 <···< xN = b, telle que, pour tout
j = 0, ..., N − 1, on ait les deux propriétés suivantes :
(i) la fonction f est dérivable, à dérivée continue, sur chaque intervalle ouvert ]xj , xj+1 [,
(ii) la fonction f et sa dérivée f 0 ont une limite à droite en xj et à gauche en xj+1 .
Remarque
Par définition, toute fonction de classe C 1 par morceaux est continue par morceaux
(la réciproque est clairement fausse).
Remarque
Le lecteur dont les connaissances sur l’intégrale de Riemann s’étendent un peu au-delà
de l’intégrabilité des fonctions continues sur un intervalle compact pourra constater que
f est elle-même Riemann intégrable sur l’intervalle [a, b] puisque, d’une part, elle y est
bornée et que, d’autre part, l’ensemble de ses points de discontinuité y est négligeable (il
s’agit, au plus, de l’ensemble des points xj , qui est fini). Fort heureusement, l’intégrale
ainsi obtenue est la même que celle de la définition précédente : en effet, les intégrales
de f et fj sur [xj , xj+1 ] coı̈ncident puisque f et fj diffèrent en un nombre fini de points
sur cet intervalle ; il suffit alors d’utiliser la relation de Chasles.
Remarque
Le choix de la famille (xj )0≤j≤N n’est pas unique, mais l’intégrale définie par (1) ne
dépend pas de ce choix. On peut le démontrer en utilisant la relation de Chasles (c’est
ennuyeux mais sans difficulté), ou en se servant de la remarque précédente, puisque
l’intégrale (1) n’est autre que l’intégrale de Riemann de f sur [a, b].
2.4 Périodicité
Soit T un réel strictement positif. Une fonction f définie sur R, à valeurs réelles ou
complexes, est dite T-périodique si on a f (x + T ) = f (x) pour tout réel x. On appellera
alors intervalle admissible pour f tout intervalle de la forme [a, a + T [
avec a ∈ R. Une fonction T-périodique est entièrement déterminée par sa donnée sur
un intervalle admissible. En effet, pour tout réel x, il existe un unique entier relatif k tel
que l’on ait x ∈ [a + kT, a + (k + 1)T [. La périodicité assure que f (x) = f (x − kT ) ; or
x − kT appartient à l’intervalle admissible [a, a + T [.
Exercice
Dessiner l’allure des graphes des fonctions 1-périodiques f et g définies respectivement
par f (x) = |x| pour x ∈ [−1/2, 1/2[ et g(x) = |x| pour x ∈ [0, 1[.
Définition
Une fonction T-périodique est dite continue (resp. de classe C 1 ) par morceaux sur R
si elle est continue (resp. de classe C 1 ) par morceaux sur un intervalle [a, b] avec a ∈ R
et b = a + T .
Lemme R a+T
Soit f une fonction T-périodique continue par morceaux. Alors l’intégrale a f (x)dx
ne dépend pas du choix du réel a. Autrement dit
T
Z a+T Z T Z
2
f (x)dx = f (x)dx = f (x)dx = ...
−T
a 0 2
Démonstration
La relation de Chasles permet d’écrire
Z a+T Z 0 Z T Z a+T
f (x)dx = f (x)dx + f (x)dx + f (x)dx
a a 0 T
Dans la suite, par commodité, les fonctions périodiques considérées seront 2 -périodiques.
Bien sûr, ce choix est motivé par le fait que les fonctions trigonométriques usuelles
(cos, sin, t → eit ...) sont 2π -périodiques. Il ne restreint pas la généralité, puisque tous
les résultats que l’on établit pour les fonctions 2 -périodiques se transposent très faci-
lement aux fonctions T-périodiques avec T quelconque : il suffit en effet de remarquer
que si f est une fonction T-périodique, alors x → f ( 2π T x) est une fonction 2 -périodique.
C’est un simple changement d’échelle.
Remarque
Pour toute fonction g supposée 2π-périodique continue par morceaux, le lemme donne
en particulier la relation Z Z2π π
g(x)dx = g(x)dx
0 −π
Dans la suite, nous utiliserons souvent cette propriété sans la rappeler explicitement.
où N est un entier naturel et où c−N , ..., c−1 , c0 , c1 , ..., cN sont des coefficients com-
plexes. Lorsque l’un au moins des coefficients c−N ou cN est non nul, on dit que N est
le degré de P .
Remarque
Etant donné un polynôme trigonométrique P , l’écriture (5), où N est le degré de P ,
est unique. En particulier, le degré lui-même est défini sans ambigüité.
Exemple
Les fonctions cos et sin sont des polynômes trigonométriques de degré 1 : c’est une
conséquence immédiate des formules d’Euler, puisque l’on a cos x = 21 e−ix + 12 eix et
1 −ix 1 ix
sin x = − 2i e + 2i e .
Lemme
Soient n et p deux entiers relatifs. On a
Z π
i(n−p)t 2π si n = p
e dt =
−π 0 si n 6= p
Soit alors P le polynôme trigonométrique donné par la relation (5), et soit un entier
N
p vérifiant −N ≤ p ≤ N . On a P (t)e−ipt = cn ei(n−p)t . Compte tenu du lemme
P
n=−N
Rπ
précédent, on en déduit −π P (t)ei(n−p)t dx = 2πcp . En changeant le nom des indices, on
a donc établi le résultat suivant.
Proposition
Soit P le polynôme trigonométrique donné par l’expression (5). Pour tout entier n
avec −N ≤ n ≤ N , on a
Z π
1
cn = P (t)e−int dt
2π −π
En fait, lors d’une expérience simple, il a remarqué que la source de chaleur passe
cycliquement, mais brusquement, d’une valeur extrême à une autre. Il a été ainsi amené
à soupçonner le rôle très important des fonctions trigonométriques et admettre qu’elles
pouvaient être les constituants élémentaires de tout Si nous fixons la variable x, nous
avons ici une fonction f (t) périodique de période T . L’idée de Fourier fut alors d’ap-
proximer le phénomène observé par une somme finie, constituée des harmoniques de la
période fondamentale T .
L’approximation est
N
X 2πn
An sin t + φn
T
n=1
2πn 2πn 2πn
An sin t + φn = An sin t cos (φn ) + cos t sin (φn )
T T T
2πn 2πn
= An sin (φn ) cos t + An cos (φn ) sin t
T T
2πn 2πn
= an cos t + bn sin t
T T
a0
On a choisi le terme constant comme étant pour une raison bien précise que l’on
2
détaillera au moment convenu.
Certainement pas, car nous n’avons pas encore montré les conditions pour que les
deux membres soient équivalents. De plus, on n’a pas encore trouvé les expressions des
a0
constantes , an , bn , qui différencient une série d’une autre.
2
Pour trouver les expressions de ces constantes, nous allons utiliser les outils d’intégrale
sur la période de la fonction que l’on désire étudier.(Et de par le lemme que nous avons
démontré, on voit bien que la restriction à une période suffit).
Pour faciliter la compréhension, nous allons d’abord faire les démonstrations avec
une fonction f (x) qui a une période 2, puis ensuite étendre la démonstration pour des
périodes quelconques.
1 −π 1 −π
Z Z
an = f (x) cos(nx)dx et bn = f (x) sin(nx)dx
π π π π
Résumons quelque peu. Si une fonction périodique de période 2π peut s’écrire sous
forme de série de Fourier, alors
N
a0 X
f (x) = + (an cos (nx) + bn sin (nx))
2
n=1
Alors
1 −π
Z
a0 = f (x)dx
π π
1 −π
Z
an = f (x) cos(nx)dx
π π
1 −π
Z
bn = f (x) sin(nx)dx
π π
Au lieu de prendre tous les termes n de 1 à ∞, on peut penser qu’on peut inverser
ceci sans pour autant changer le sens de la somme en prenant tout les n de −∞ à −1.
∞ ∞ −1
X X
inx an ibn X
−inx a−n ib−n
(an cos (nx) + bn sin (nx)) = e − + e +
2 2 n=−∞
2 2
n=1 n=1
Nous avons envie de grouper les deux sommes, pour ça, il faut qu’on trouve une
relation entre les deux. Puisque la série trigonométrique donne une fonction réelle, alors
la somme de ces deux sommes doit aussi donner quelque chose de réel. La somme des
deux doit donc satisfaire la symétrie complexe : si on veut que la somme de deux nombres
complexes soit un nombre réel il faut alors que si l’un est z, l’autre soit son conjugué z.
an − ibn a−n − ib−n
Si l’on pose que Cn = , donc on peut aussi déduire que C−n = ,
2 2
an + ibn
alors on a besoin que le terme correspondant de Cn soit Cn = et que celui de
2
a−n + ib−n
C−n soit C−n = . Pour montrer cela nous devons d’abord montrer la relation
2
entre les constantes trigonométriques et a−n et b−n .
1 Rπ
On a vu que an = f (x) cos(nx)dx
π −π
1 π
Z
a−n = f (x) cos(nx)dx
π −π
1 π
Z
= f (x) cos(−nx)dx
π −π
Z π
1
= f (x) cos(nx)dx
π −π
= an
1 Rπ
On a vu aussi que bn = f (x) sin(nx)dx
π −π
a−n − ib−n
C−n =
2
an + ibn
=
2
an − ibn
=
2
= Cn
Ceci nous montre bien que la somme des deux est bien réelle puisqu’elles satisfont
Cn = C−n . Par la même procédure, on peut aussi montrer que C−n = Cn . Mais avant de
pouvoir les écrire sous une seule somme, on peut constater qu’il nous manque le terme
n = 0.
Puisqu’on sait que Cn = C−n , alors C0 = C−0 = C0 . Ca montre que C0 est un terme
a0
particulier car il est toujours réel est égale a . C’est la raison pour laquelle on a choisi,
2
a0
dans la série de Fourier trigonométrique, d’introduire la constante comme étant .
2
Finalement, nous pouvons continuer notre raisonnement, et poser que
an − ibn a−n + ib−n
Cn = et Cn =
2 2
∞ ∞ −1
a0 X a0 X inx an − ibn X
−inx a−n + ib−n
+ (an cos (nx) + bn sin (nx)) = + e + e
2 2 2 n=−∞
2
n=1 n=1
∞
X −1
X
= Cn einx + Cn einx
n=1 n=−∞
an − ibn
Cn =
2 Z
1 1 π i π
Z
= f (x) cos(nx)dx − f (x) sin(nx)dx
2 π −π π −π
Z π
1
= f (x) (cos(nx)dx − i sin(nx)) dx
2π −π
Par la relation d’Euler, on peut voir directement que cos(nx) − i sin(nx) = e−inx
Donc
Z π
1
Cn = f (x)e−inx
2π −π
Exemple : Fonction Carrée
Si cette fonction peut être écrite sous la forme de série de Fourier, alors cette série est
a0 PN
égale à + (an cos (nx) + bn sin (nx))
2 n=1
Maintenant, il faut qu’on détermine les coefficients a0 , an et bn . Pour cela, nous pou-
vons directement appliquer ce que nous avons trouvé auparavant,
mais on doit traiter les deux parties séparément, puisque f (x) est définie différemment
sur l’intervalle [−π, π]
Z 0 Z π
1
a0 = f (x)dx + f (x)dx
π −π 0
Z 0 Z π
1
= −1dx + 1dx
π −π 0
1
= (π − π) = 0
π
Z 0
1
an = f (x) cos(nx)dx
π −π
Z 0 Z π
1
= − cos(nx)dx + cos(nx)dx
π −π 0
1 −1 0 1 π
= [sin(nx)]−π + [sin(nx)]0
π n n
1 −1 1
= (sin(0) − sin(−nπ)) + (sin(nx) − sin(0))
π n n
= 0
1 0
Z Z π Z π
1
bn = f (x) sin(nx)dx = − sin(nx)dx + sin(nx)dx
π −π π −π 0
1 1 0 −1 π
= [cos(nx)]−π + [cos(nx)]0
π n n
1 1 −1
= (cos(0) − cos(−nπ)) + (cos(nπ) − cos(0))
π n n
1 1 −1 2
= (1 − cos(−nπ)) + (cos(nπ) − 1) = (1 − cos(nπ))
π n n πn
Par cet exemple, nous pouvons aussi observer une chose étonnante. Cette fonction
carrée peut être simplement écrite par la somme de sinus. En effet, la raison pour laquelle
son expression est uniquement sous forme de termes en sinus est simplement due à sa
parité. Cette ”propriété de parité” nous dit que :
– si la fonction est paire, alors sa série de Fourier est une somme de cosinus.
– si la fonction est impaire, sa série de Fourier est une somme de sinus.
D’où la propostion suivante :
Proposition
Soit une fonction f définie sur R, de période T = 2π, localement intégrable.
Si f est impaire
2 2π
Z
on a ap = 0 pour tout p ≥ 0 et bp = f (t) sin(pt)dt, p ≥ 1.
π 0
Ou bien
(ii)les Coefficients de Fourier de f sont
1 T
Z
cp = f (t) exp(−ipωt)dt, p ∈ Z
T 0
et la série de Fourier de f est la série de fonctions
X
c0 + (cn exp(ipωx) + c−n exp(−ipωx)) , x ∈ R
n≥1
Preuve
2nπ 2nπ
Cela découle directement de l’inégalité : an cos
t + bn sin t ≤ |an |+|bn |
T T
Corollaire P P
Si les séries numériques |an | et |bn | convergent, alors la série trigonométrique
S(t) est continue sur R.
Proposition
Si les suites numériques (an ) et (bn ) sont décroissantes et tendent vers 0, alors la série
trigonométrique S(t) est convergente pour t 6= k.T où k ∈ Z.
Définition
Une fonction f définie sur R est
– de classe C 1 , si f est dérivable et f 0 est continue ;
– de classe C 1 par morceaux, si, sur tout [a, b], f est dérivable à dérivée continue sauf
au plus en un nombre fini de points, dits points singuliers. En un tel point x0 , f
−
– admet une limite à droite, notée f (x+ 0 ), une limite à gauche, notée f (x0 ), une
0 0
dérivée à droite lim f (x) et une dérivée à gauche lim f (x).
x→x+
0 x→x−
0
– s’il est C 1 par morceaux alors elle est continue par morceaux. En particulier, elle
est localement intégrable.
Ou bien Z 2π
1 X
|f (t)|2 dt = |c0 |2 + |cn |2 + |c−n |2
2π 0 n≥1
xk = (2k + 1) π, k ∈ Z
cos(nt) π (−1)n+1
Z π
1 cos(nt) cos(nπ)
bn = −t + dt = − =
π n 0 0 n n n
La série de Fourier de f est donc
X (−1)n+1
sin(nx)
n
n≥1
X (−1)k π
=
2k + 1 4
k≥0
Soit
X1 π2
=
n2 6
n≥1