JOHN M.
KELLY LIBRARY
Donated by
The Redemptorists of
the Toronto Province
from the Library Collection of
Holy Redeemer Collège, Windsor
University of
St. Michael's Collège, Toronto
J/^irJ. J {/ns-m^AZ*. ^-#-4L
A KL £
HW.Y REMEMER LIBWVWINDS'O*
EXERCICES SPIRITUELS
DE
SAINT IGNACE
Gum Superiorum permissu.
Imprimatur.
Parisiis, die ai a Decembris 1910
H. ODELIN, Vie. gm.
COLLE S RETRAITES SPIRITUELLES
ExercIresrSpirituels
de
Saint Ignace de Loyola
Traduits sur l'Autographe espagnol
Par le X Paul DEBUCHY, S. J.
S
PARIS
P. LETHIELLEUX, LIBRAIRE -ÉDITEUR
10, fcftS&^SSETTE, 10
HOLY REDEEMER ÛiRARY, WINDSOR
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Malgré bien des recherches, le manuscrit original
des Exercices de saint Ignace n'a jamais été retrouvé.
On a tout lieu de croire que l'auteur lui-même le
détruisit, après l'avoir fait tirer au net par un
scribe. La copie était destinée à remplacer un brouil-
lon chargé probablement de beaucoup de ratures.
Néanmoins saint Ignace, de sa propre main,
apporta encore des corrections au travail du scribe,
plus d'une trentaine, dans la marge ou entre les
lignes. Ces traces de son écriture justifient suffi-
samment, surtout après la destruction du premier
manuscrit espagnol, le nom à! Autographe, attaché
depuis toujours à la copie authentique.
Conservé aux archives de la Compagnie de Jésus,
—5—
PREFACE DU TRADUCTEUR
l'Autographe pouvait bien être une précieuse reli-
que ; il n'était pas à la portée de tous ceux qui
auraient voulu l'étudier en détail. Mais grâce à la
reproduction par la phototypie ' qu'en ont donnée
en 1908, sous les auspices du T. R. P. Wernz, les
Pères rédacteurs des Monumenta bistorica S.J. nous ,
pouvons maintenant le vénérer et le scruter dans
sa fidèle image ; et si le T. R. P. Roothaan s'est
servi de l'exemplaire des archives pour écrire sa
traduction latine littérale (1835), nous avons au
moins l'avantage de traduire les Exercices en
français sur un fac-similé de l'Autographe espa-
gnol.
A vrai dire, après l'édition espagnole de 161 5,
publiée par les soins du P. de Angelis, secrétaire de
la Compagnie, le texte primitif des Exercices était
assez connu et facilement abordable ; mais les réim-
pressions successives, avec les modifications d'or-
thographe et les petites erreurs involontaires, n'of-
frent pas les garanties d'une reproduction phototy-
1 . Ejercicios Espirituales de S. Ignacio de Loyola
fundador de la Compaiïia de Jésus. Reproduccion
fototipica del original. Roma, Stabilimento Danesi.
MCMVIII.
—6—
PREFACE DU TRADUCTEUR
pique. Cependant le mérite de traduire sur l'Auto-
graphe ne serait peut-être pas, à lui seul, une rai-
son suffisante de recommencer en France une beso-
gne déjà fournie par le P. Pierre Jennesseaux depuis
1854. Ce Père, en effet, s'il n'avait pas l'Autographe
entre les mains, travaillait sur l'édition espagnole
de 1837 (Rome, Salviucci), que la diligence du
R. P. Roothaan rendit fidèlement conforme à l'Auto-
graphe. Mais si tout traducteur n'est souvent qu'un
interprète plus ou moins habile, et risque de recou-
vrir d'une nuance personnelle l'idée qu'il s'efforce
d'exprimer dans sa langue, sera-t-il interdit de
proposer une interprétation nouvelle et d'essayer
encore d'atteindre à plus d'exactitude ? Nous ne
l'avons pas cru; et parce que la Collection des
Retraites spirituelles réclamait sa traduction française
des Exercices, nous nous sommes mis à l'œuvre,
heureux d'ailleurs de pouvoir dans nos doutes
recourir librement à l'avis de notre vénérable
devancier.
Autre raison d'exister : notre traduction se pré-
sente sous une forme qui lui est propre. La dispo-
sition des pages fait qu'elle imite autant que possible
l'ordre adopté en 1548, pour la première édition
—7—
PREFACE DU TRADUCTEUR
latine qui vient aussi d'être reproduite par la pho-
totypie
1
. Cela demande une explication.
Si l'on compare la —
Vulgate nom que
c'est le
porte le texte latin — avec l'Autographe espagnol,
on n'a pas de peine à remarquer certaines diver-
gences, parfois très sensibles. Ce travail de compa-
raison amena le R. P. Roothaan à offrir une nouvelle
traduction latine à ceux qui ignoraient l'espagnol,
parce que l'Autographe lui paraissait l'emporter sur
la Vulgate en clarté et en onction. « Je m'arrêtai
enfin, écrit-il, à ce dessein de préparer du livre entier
une version aussi littérale que possible, et qui
aurait cet avantage de garder plus facilement la
simplicité de l'original et l'onction, compagne de la
simplicité, qui s'attache non seulement aux pensées
mais aux paroles des saints. » L'intention du R. P.
Roothaan n'était point pourtant de substituer sa
version nouvelle à l'antique Vulgate, qu'il déclarait
plus loin « digne de respect à juste titre et sans
conteste ». Aussi prit-il soin d'imprimer en deux
i . Exercitiorum SpiriiuaUum S. Ignatii de Loyola Edi-
tio princeps qualis in lucem prodiit Romae [Link].
(Phototypica effigies.) Paris, Lethielleux, 1910.
—8—
PREFACE DU TRADUCTEUR
colonnes parallèles la Vulgate avec l'interprétation
littérale, afin que le lecteur fût à même de les con-
fronter perpétuellement.
De ce soin respectueux il faudra toujours rendre
grâces à cet illustre disciple de saint Ignace. Car,
si l'auteur des Exercices jugea préférable de les
publier, non pas dans leur teneur originale, mais
dans une traduction revisée et choisie par lui, c'est
à ce texte officiel qu'il convient, en bonne critique,
de demander sa dernière pensée, à tout le moins sa
pensée telle qu'il voulait la livrer à l'universalité
des lecteurs.
Pour ce motif, nous ne devions pas éloigner non
plus de la version latine préférée par saint Ignace
notre traduction littérale de l'Autographe. Nous
faisons donc de celle-ci une édition parallèle à l'é-
dition phototypique de la Vulgate; et nous les pré-
sentons simultanément, afin que le directeur de la
retraite et l'âme qui médite aient à la fois sous les
yeux tous les éléments de leur pieuse étude.
Pour rendre cette étude plus aisée, nous n'avons
pas craint de prendre, en traduisant, ces libertés
que la pratique autorise, comme de mettre en
vedette, par manière de titre, les premiers mots de
PREFACE DU TRADUCTEUR
certains paragraphes, comme aussi de noter par des
chiffres plutôt que par des lettres les citations de
l'Évangile et de rétablir ces textes, lorsqu'il y avait
lieu. Si parfois il nous a semblé bon d'ajouter quel-
ques termes, pour la clarté ou pour plus d'exacti-
tude, nous l'avons fait, en prenant la précaution de
les insérer entre crochets.
Il nous reste à dire de quels secours nous avons
profité. La Bibliothèque des Exercices possédait
deux traductions inédites : l'une du P. Henri Del-
four (| 1878), faite directement sur l'espagnol, l'au-
tre du P. Pierre Cotel (f 1884), d'après le latin du
P. Roothaan, calqué, comme on sait, sur le texte
original. Nous avons utilisé ces inédits, surtout le
second qui vient d'un très sagace interprète des
Exercices. Nous tenons aussi à remercier le P. Pierre
Lhande, à qui sa naissance en pays Basque et son
professorat en Espagne rendaient plus intelligible
le dialecte de saint Ignace, et dont l'aide fraternelle
facilita considérablement notre tâche.
Enghien, fête de la Présentation de Marie,
21 novembre 1910.
ANIMA CHRIST! 1
Ame de Jésus-Christ, sanctifiez-moi.
Corps de Jésus-Christ, sauvez-moi.
Sang de Jésus-Christ, enivrez-moi.
Eau du côté de Jésus-Christ, lavez-moi.
Passion de Jésus-Christ, fortifiez-moi.
O bon Jésus, exaucez-moi.
Dans vos plaies sacrées, cachez-moi.
De me séparer de vous, préservez-moi.
Contre l'ennemi malin, défendez-moi.
A l'heure de ma mort, appelez-moi.
Et commandez-moi de venir à vous,
Afin qu'avec vos saints je vous loue
Dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
i. Pour l'utilité du retraitant, nous mettons à cette
place la traduction de Y Anima Christi. L'auteur des Exer-
cices supposait connue cette prière, qu'il recommande
souvent; et c'est pourquoi il ne crut nécessaire de la
transcrire ni dans l'Autographe ni dans la Vulgate.
Exercices Spirituels
DE
S. IGNACE DE LOYOLA
TRADUITS SUR l/AUTOGRAPHE ESPAGNOL
IHS
ANNOTATIONS
pour faire prendre quelque connaissance
des Exercices spirituels qui suivent,
et pour fournir les moyens de s'aider,
tant à la personne qui doit les donner qu'à celte
qui doit les recevoir.
Première Annotation. — Par ce nom d'Exer-
cices spirituels, on entend toute manière d'exa-
miner sa conscience, de méditer, de contem-
pler, de prier vocal ement et mentalement,
et de faire d'autres opérations spirituelles,
comme il sera dit dans la suite. Car de même
que se promener, marcher, courir sont des
exercices corporels, ainsi toute manière de
— 12 —
ANNOTATIONS
préparer et de disposer l'âme à se défaire de
toutes les affections déréglées, et après qu'elle
s'en est défaite, à chercher et à trouver la
volonté divine, touchant la diposition de sa vie
pour le salut de l'âme, s'appelle exercices
spirituels.
Seconde annotation. — Celui qui propose à
un autre le mode et l'ordre à suivre pour
méditer ou contempler un sujet, doit en racon-
ter fidèlement l'histoire, parcourant seulement
les points avec une courte ou sommaire expli-
cation. Car si celui qui contemple, après avoir
saisi le fondement vrai de l'histoire, parvient
ensuite, en réfléchissant et en raisonnant par
soi-même, à trouver quelque chose qui lui
fasse un peu plus connaître ou sentir la vérité
proposée, soit au moyen de son propre rai-
sonnement, soit parce que la vertu divine aura
éclairé son intelligence, il en recueillera un
goût spirituel et un fruit plus grand que si
on lui eût développé longuement le sens de
l'histoire. Car ce n'est point de beaucoup
— i3 —
ANNOTATIONS
savoir qui rassasie et satisfait l'âme, mais
de sentir et de goûter intérieurement les
choses.
Troisième Annotation. — Comme dans tous
les Exercices spirituels qui suivent, nous
employons les actes de l'entendement quand
nous réfléchissons, et ceux de la volonté quand
nous produisons en nous des affections ; il
faut remarquer que dans les actes de la vo-
lonté, lorsque par le moyen de la prière
vocale ou mentale nous parlons à Dieu notre
Seigneur ou à ses Saints, nous devons appor-
ter un plus grand respect, que quand nous
employons notre entendement à pénétrer les
choses.
Quatrième Annotation. — Pour les Exercices
qui suivent, on prend quatre Semaines, afin de
les faire correspondre aux quatre parties dont
ils se composent. La première est la considé-
ration et la contemplation des péchés ; la
seconde, la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ
jusqu'au jour des Rameaux inclusivement ; la
— 14 —
ANNOTATIONS
troisième, la Passion de Notre-Seigneur
Jésus-Christ; la quatrième, la Résurrection et
l'Ascension, que suivent trois manières de
prier. Toutefois, il ne faut pas entendre cette
division des Semaines en ce sens que chacune
doive nécessairement renfermer sept ou huit
jours. Car comme "il arrive que dans la
première Semaine les uns sont plus lents
à trouver ce qu'ils cherchent, savoir : la con-
trition, la douleur, les larmes pour pleurer
leurs péchés ; de même, les uns sont plus dili-
gents que les autres, et plus agités ou
éprouvés par les divers esprits. 11 est donc
nécessaire de resserrer quelquefois cette
Semaine, et quelquefois de l'étendre, ce qui
doit s'observer également dans toutes les
autres Semaines qui viennent après, cherchant
toujours le fruit propre selon la matière. On
achèvera néanmoins dans l'espace de trente
jours, plus ou moins.
Cinquième Annotation. — Il est d'un mer-
veilleux avantage pour celui qui reçoit les
— j5 —
ANNOTATIONS
Exercices, d'y entrer avec grand cœur et avec
libéralité à l'égard de son Créateur et Sei-
gneur, lui offrant tout son vouloir et sa liber-
té, afin que la divine Majesté dispose de lui
aussi bien que de tout ce qu'il a, selon sa
très sainte volonté.
Sixième Annotation. — Quand celui qui
donne les Exercices s'aperçoit que celui qui
les fait n'éprouve dans l'âme aucun mouve-
ment spirituel, comme sont les consolations
ou les désolations, et qu'il n'est point agité
par les divers esprits, il doit l'interroger soi-
gneusement sur les Exercices, s'il les fait aux
temps prescrits, et comment ; de même sur
les Additions, s'il les observe avec diligence :
lui demandant un compte détaillé sur chacun
de ces points. — On traite de la Consolation
et de la Désolation [à la fin du Livre], et des
Additions [à la fin de la première Semaine].
Septième annotation. — Si celui qui donne
les Exercices voit celui qui les reçoit en butte
à la désolation et à la tentation, bien loin de
— ,6 —
ANNOTATIONS
se montrer dur et sévère, il doit lui témoigner
de la bonté et de la douceur, lui donnant
du courage et des forces pour la suite,
lui découvrant les ruses de l'ennemi de la
nature humaine, et n'épargnant rien pour
obtenir qu'il se prépare et se dispose à la
future consolation.
Huitième Annotation. — Celui qui donne les
Exercices, suivant la nécessité qu'il apercevra
dans celui qui les reçoit, par rapport aux
désolations et aux fraudes de l'ennemi, comme
aussi par rapport aux consolations, pourra lui
expliquer les règles de la première et de la
seconde Semaine, qui servent à faire discer-
ner les divers esprits.
Neuvième Annotation. — Quand celui qui
fait les Exercices, se trouve dans ceux de la
première Semaine, si c'est une personne qui
n'est point versée dans les choses spirituelles,
et qu'elle soit sous le coup de tentations gros-
sières et manifestes, par exemple, lorsqu'elle
_ ,
7
—
EXERCICES. — 2.
ANNOTATIONS
se montre arrêtée par des obstacles qui l'em-
pêchent d'aller plus avant dans le service de
Dieu, tels que la perspective du travail,
ou la honte et la crainte que suggère
l'honneur mondain, etc., alors son guide
doit éviter de lui donner les règles du discer-
nement des esprits, qui sont pour la seconde
Semaine. Car autant celles de la première
Semaine lui seront avantageuses, autant les
autres lui seraient nuisibles, parce que la ma-
tière est trop subtile et trop élevée pour
qu'elle puisse comprendre.
Dixième Annotation. — Si celui qui donne
les Exercices, remarque dans celui qui les
reçoit qu'il est attaqué et tenté sous l'appa-
rence du bien, alors, c'est letemps propre de
lui parler des règles de la seconde Semaine,
parce que communément l'ennemi de la nature
humaine tente davantage sous l'apparence du
bien, quand on s'exerce dans la vie illumina-
tive, qui répond à la seconde Semaine des
Exercices, et qu'il tente moins de cette
— 18 —
ANNOTATIONS
manière dans la vie purgative qui répond aux
exercices de la première Semaine.
Onzième Annotation. — Il est avantageux
à celui qui fait les Exercices, que pendant la
première Semaine il ne sache rien de ce qu'il
doit faire dans la seconde ; mais il doit tra-
vailler dans la première à obtenir ce qu'il
cherche, comme s'il n'espérait plus rien trou-
ver de bon dans la seconde.
Douzième Annotation. — Celui qui donne les
Exercices doit soigneusement avertir celui qui
les reçoit que, comme il faut consacrer l'es-
pace d'une heure à chacun des cinq exercices
ou contemplations qui se feront chaque jour,
ainsi il se procure toujours la satisfaction
de penser qu'il a fidèlement donné l'heure
entière à l'exercice, et plutôt plus que moins.
Car c'est une tentation ordinaire de l'ennemi
de nous faire écourter l'heure que nous de-
vons donner à la contemplation, à Ja médita-
tion ou à la prière.
— 19 —
ANNOTATIONS
Treizième Annotation. — 11 faut remarquer
de même que si dans le temps de la consola-
tion c'est une chose facile et qui ne pèse
point de rester à l'oraison pendant l'heure
entière, c'est très difficile de l'achever au
temps de la désolation. C'est pourquoi celui
qui s'exerce doit alors, afin d'agir contre la
désolation et de vaincre les tentations, persé-
vérer toujours un peu au-delà de l'heure com-
plète. Par ce moyen il s'accoutumera, non
seulement à tenir ferme contre l'adversaire,
mais encore à le terrasser.
Quatorzième Annotation. — Si celui qui
donne les Exercices voit que celui qui les
fait est dans la consolation, et qu'il procède
avec beaucoup de ferveur, il doit le prévenir
de ne point s'engager inconsidérément par
quelque promesse ou vœu précipité, et plus
il aura remarqué en lui un caractère irréflé-
chi, plus il devra le prévenir et lui donner
cet avis. En effet, quoique l'on puisse légiti-
mement porter quelqu'un à embrasser l'état
20
ANNOTATIONS
religieux où Ton fait les vœux d'obéissance, de
pauvreté et de chasteté, et quoiqu'une bonne
œuvre qui se fait par vœu soit plus méritoire
que sans vœu, néanmoins on doit faire grande
attention au sujet et à sa condition person-
nelle, et voir quels secours ou quels obstacles
il pourra rencontrer dans l'accomplissement
de la chose qu'il désire promettre.
Quinzième Annotation. — Celui qui donne
les Exercices ne doit pas porter celui qui
les reçoit à la pauvreté, ni à quelque autre
promesse plutôt qu'à leurs contraires, ni à un
état ou genre de vie plutôt qu'à un autre.
Car, encore que hors des Exercices nous
puissions licitement et avec mérite engager
tous ceux qui ont l'aptitude probable, à choi-
sir la continence, la virginité, l'état religieux
et toute manière de pratiquer la perfection
évangélique, néanmoins, durant ces Exercices
spirituels, il est plus convenable et beaucoup
mieux d'attendre, en cherchant la volonté
divine, que le Créateur et le Seigneur lui-
ANNOTATIONS
même se communique à l'âme qui veut être à
Jui, l'embrasant de son amour et du désir de
sa gloire, et la disposant à prendre la voie
dans laquelle elle pourra mieux le servir dans
la suite. C'est pourquoi celui qui donne les
Exercices ne doit s'avancer ou pencher ni d'un
côté ni de l'autre; mais gardant le milieu, à la
façon d'une balance, il laissera le Créateur
opérer immédiatement avec sa créature, et la
créature avec son Créateur et Seigneur.
Seizième Jlnnotation. — Afin que le Créa-
teur et Seigneur opère plus sûrement dans sa
créature, s'il arrive que cette âme ait pour
quelque objet une affection ou une inclination
qui ne soit pas selon l'ordre, il lui convient
extrêmement de mouvoir sa volonté, faisant
tous ses efforts pour l'incliner vers le con-
traire de la chose qu'elle affectionne avec dé-
règlement. Par exemple, si elle se sent portée
à rechercher et à posséder un emploi ou un
bénéfice, non par le motif de l'honneur et de
la gloire de Dieu notre Seigneur, ni pour le
— 22 —
ANNOTATIONS
saJut spirituel des âmes, mais en vue de ses
propres avantages et de ses intérêts temporels,
z\\z doit pousser son affection en sens op-
posé, insistant sur ce point dans ses prières
demandant le
et autres exercices spirituels, et
contraire à Dieu notre Seigneur; enfin elle
protestera qu'elle ne veut pas cet emploi ou
ce bénéfice, ni autre chose au monde, à
moins que la divine Majesté, ramenant à
l'ordre ses désirs, ne lui change sa première
affection; en sorte que le motif de désirer ou
de posséder une chose ou une autre, soit uni-
quement le service, l'honneur et la gloire de
la divine Majesté.
Dix-septième Annotation. — Bien que celui
qui donne les Exercices ne doive point cher-
cher à connaître les propres pensées et les
péchés de celui qui les reçoit, néanmoins il
est très utile qu'il soit fidèlement informé
des divers mouvements et pensées qu'excitent
les différents esprits, parce que, selon que
l'exercitant obtient plus ou moins de fruit, on
— 23 —
ANNOTATIONS
pourra lui faire faire certains exercices spiri-
tuels qui conviennent et répondent à la néces-
sité présente d'une âme ainsi agitée.
Dix-huitième Annotation. — Ces Exercices
spirituels doivent être appliqués selon la dis-
position de ceux qui veulent les recevoir,
c'est-à-dire qu'il faut pour cela tenir compte
de l'âge, de l'instruction ou du génie de cha-
cun. Ainsi, a-t-on affaire à une personne sans
lettres ou de faible complexion? qu'on évite
de donner des choses qu'elle ne pourrait
lui
aisément porter, et qui seraient sans fruit pour
son avancement. De même il faut avoir égard
au degré de volonté que chacun met à se dis-
poser, afin de pouvoir lui présenter ce dont
il pourra davantage s'aider et tirer profit. —
C'est pourquoi si quelqu'un veut seulement
qu'on l'aide à s'instruire [de ses devoirs] et à
obtenir dans une certaine mesure la paix de
l'âme, on peut lui donner l'Examen particu-
lier, et ensuite l'Examen général ; en même
temps on l'exercera dans la manière de prier
— 14 —
ANNOTATIONS
le matin pendant une demi-heure, sur les Pré-
ceptes, les Péchés capitaux, etc. Enfin on lui
recommandera la Confession à faire tous les
huit jours, et s'il est possible, la Communion
tous les quinze jours, ou mieux encore, si la
piété l'y porte, une fois chaque semaine.
Cette manière d'appliquer les Exercices con-
vient davantage aux personnes simples ou qui
n'ont pas fait d'études : on leur explique en
détail chacun des commandements, ainsi que
les péchés capitaux, les préceptes de l'Eglise,
les cinq sens du corps et les œuvres de misé-
ricorde. Semblablement, si celui qui donne
les Exercices ne voit dans celui qui les reçoit
qu'un sujet étroit ou de peu de capacité natu-
relle qui ne fasse pas espérer beaucoup de
fruit, il est plus expédient de lui présenter
quelques-uns de ces Exercices en se bornant
aux plus faciles, jusqu'à ce qu'il fasse la con-
fession de ses péchés. On lui donnera ensuite
quelques examens de conscience, et on lui sug-
gérera l'usage de se confesser plus souvent
qu'il ne faisait, afin qu'il se conserve dans
— i5 —
ANNOTATIONS
l'état où il est parvenu. Mais on évitera de
passer plus outre, aux matières de l'Election,
et à tout autre exercice en dehors de la pre-
mière Semaine : surtout quand on peut en
exercer d'autres avec plus de profit, puisque
le temps manque pour pouvoir tout faire.
Dix-neuvième JJnnotation, — Si quelqu'un
était retenu par les affaires publiques ou par
des occupations importantes, mais qu'il eût de
l'instruction et de la capacité, et qu'il voulût
disposer chaque jour d'une heure et demie
pour faire les Exercices, on lui proposerait
la fin de l'homme, on pourrait lui donner de
même pendant une demi-heure l'Examen
particulier, puis l'Examen général, et la ma-
nière de se confesser et de recevoir le très
saint Sacrement. Ensuite il ferait durant trois
jours, tous les matins, l'espace d'une heure,
la méditation sur le premier, le second et le
troisième péché ; après cela, durant trois
autres jours, à la même heure, la méditation
sur la revue des péchés; puis durant trois
— 26 —
ANNOTATIONS
autres jours, à la même heure, celle des
peines qui répondent aux péchés. Dans toutes
ces méditations on lui ferait observer les dix
Additions, et Ton suivrait le même ordre re-
lativement aux Mystères de Notre-Seigneur
Jésus-Christ, selon ce qui est déclaré plus
loin et au long dans les Exercices mêmes,
Yingtième Annotation. — Quand une per-
sonne est plus libre de tout empêchement, et
qu'elle désire tirer tout le fruit possible des
Exercices spirituels, il faut les lui donner en
entier, dans Tordre même selon lequel ils pro-
cèdent, et d'ordinaire le profit sera d'autant
plus grand qu'on se sera plus entièrement
séparé de tous ses amis et connaissances, et
de toute sollicitude terrestre. Par exemple on
changera de demeure, choisissant une autre
maison ou un autre appartement, où l'on soit
le plus à l'écart possible; en sorte qu'on ait le
moyen d'aller chaque jour à la messe et aux
vêpres, sans crainte d'être dérangé par per-
sonne. Une solitude de ce genre procurera
_- 27 —
ANNOTATIONS
trois avantages principaux entre beaucoup
d'autres. Le premier est que cette séparation
d'avec tous ses amis et connaissances, et de
même cet éloignement de toute affaire qui ne
serait pas bien ordonnée au but de servir et
de louer Dieu notre Seigneur, n'est pas une
chose peu méritoire aux yeux de la divine
Majesté. Le second est que l'homme dans cet
isolement, n'ayant point l'esprit partagé entre
plusieurs objets, mais appliquant tout son
soin à une chose unique, qui est de ser-
vir son Créateur et de vaquer au profit de
son âme, se sert plus librement de ses puis-
sances naturelles pour la recherche diligente
de ce qu'il désire avec tant d'ardeur. Le
troisième est que plus notre âme se trouve
seule et séparée, plus elle se rend capable
d'approcher tout près de son Créateur et
Seigneur, et plus elle se trouve ainsi en con-
tact avec lui, mieux elle se dispose à recevoir
les grâces et les largesses de sa divine et
suprême Bonté.
PREMIERE SEMAINE
EXERCICES ST>JT$TUELS
pour faire arriver l'homme à se vaincre
soi-même, et à régler sa vie,
sans qu'il se détermine par aucune affection
qui ne soit conforme à l'ordre.
Supposition préalable.
Pour fournir, tant à celui qui donne les
Exercices spirituels qu'à celui qui les reçoit,
le moyen de mieux s'aider et profiter, il faut
supposer que tout bon chrétien doit être plus
prompt à prendre dans un sens favorable une
proposition du prochain, qu'à la condamner.
Si Ton ne peut se la justifier à soi-même,
qu'on le prie de dire comment il entend la
chose, et en cas d'erreur, qu'on le corrige
avec amour. Si cela ne suffit pas, on doit cher-
cher tous les moyens convenables pour le
ramener dans la voie de la vérité et du salut.
— 29 —
PREMIERE SEMAINE
LE PRINCIPE ET LE FONDEMENT
L'homme est créé pour louer, révérer
et servirDieu notre Seigneur, et par ce
moyen sauver son âme. Et les autres choses
qui se trouvent sur la face de la terre, sont
créées pour l'homme, et pour l'aider à obtenir
la fin de sa création. D'où il suit que l'homme
doit faire usage des créatures dans la mesure
qu'elles l'aident à atteindre sa fin, et qu'il doit
s'en abstenir dans la mesure où elles lui font
obstacle. C'est pourquoi il est nécessaire que
nous nous mettions dans l'indifférence à
l'égard de toutes les choses créées, autant
que cela est laissé au choix de notre libre
arbitre et ne lui est pas défendu, en sorte
que, de notre part, nous ne voulions pas
la santé plutôt que la maladie, les riches-
ses plutôt que la pauvreté, l'honneur plutôt
que les mépris, une longue vie plutôt qu'une
courte, et ainsi de tout le reste, désirant et
choisissant uniquement les choses qui nous
— 3o —
EXAMEN PARTICULIER
conduisent mieux à la fin pour laquelle nous
sommes créés.
EXAMEN PARTICULIER
et quotidien. Il renferme trois temps
et deux examens de conscience par jour.
"Le premier temps est le matin : aussitôt
qu'on se lève, on forme la résolution de se
tenir soigneusement en garde contre ce péché
particulier ou défaut dont on veut se corriger
et s'amender.
"Le second temps est après le dîner. D'abord
on demande Dieu notre Seigneur ce que
à
l'on désire; savoir la grâce de se rappeler
:
combien de fois on est tombé dans ce péché
particulier ou défaut, et celle de s'amender à
l'avenir. Puis on fait le premier examen,
— 3i —
PREMIERE SEMAINE
exigeant de son âme un compte fidèle tou-
chant ce point spécial qu'on s'est proposé, et
dont on Yeut se corriger et s'amender. Pour
cela on passe en revue chacune des heures ou
espaces de temps successifs, depuis le mo-
ment du lever jusqu'à celui du présent exa-
men, et l'on marque sur la première ligne du
] zz=l [voir plus bas] autant de points qu'on
sera tombé de fois dans ce péché particulier ou
défaut. Après quoi on forme de nouveau
la résolution de s'amender jusqu'à l'autre exa-
men.
Le troisième temps est après le souper. On y
fera le second examen de la même manière,
heure par heure, à partir du premier, et l'on
marquera sur la seconde ligne du même
"
] autant de points qu'on sera tombé
de fois dans ce péché ou défaut particulier.
— 32 —
QUATRE ADDITIONS
pour ôter plus promptement
le péché ou le défaut particulier en question.
Première Addition. — Chaque fois qu'on
tombera dans ce péché ou défaut particulier,
on portera la main à la poitrine, avec le repen-
tir de sa faute ce qui peut se faire, même en
;
présence de plusieurs, sans qu'ils s'aper-
çoivent de ce que l'on fait.
Seconde Addition. — Comme la première
ligne du J zzzzz indique le premier examen,
et la seconde ligne le second, on verra le soir
s'il y a amendement de la première à la
seconde, c'est-à-dire du premier au second
examen.
Troisième Addition. — Comparer le second
jour avec le premier, c'est-à-dire les deux exa-
mens du jour actuel avec les deux du jour pré-
cédent, et voir si d'un jour à l'autre on s'est
amendé.
— 33 —
EXERC1CBS. — 3.
PREMIERE SEMAINE
Quatrième Addition. — Comparer une
semaine avec l'autre, et voir s'il y a plus
d'amendement dans celle-ci que dans la précé-
dente.
]] faut noter que le premier J , [le
plus] grand de la figure suivante, marque le
Dimanche ; le second, plus petit, marque le
Lundi ; le troisième, le Mardi, et ainsi de
suite.
j :
-3 4 _
EXAMEN GÉNÉRAL DE CONSCIENCE
pour se purifier et pour mieux faire
sa confession
Je présuppose qu'il se trouve en moi trois
sortes de pensées : l'une qui est la mienne
propre, laquelle vient de ma pure liberté
et volonté; et les deux autres qui arrivent
du dehors, Tune par la suggestion du bon
esprit, et l'autre par celle du mauvais.
De la pensée
11 y a deux, manières de mériter dans une
mauvaise pensée qui arrive du dehors. Par
exemple, il me vient la pensée de com-
mettre un péché mortel, et je lui résiste à
l'instant, de sorte qu'elle demeure vaincue.
— 35 —
PREMIERE SEMAINE
La seconde manière de mériter est quand
cette même pensée mauvaise me vient, et moi
je lui résiste ; elle revient deux fois, trois fois,
et je lui résiste toujours, jusqu'à ce que cette
pensée s'en aille vaincue ; et cette seconde
manière est d'un plus grand mérite que la pre-
mière.
On pèche véniellement lorsque la pensée
de pécher mortellement arrive, et qu'on lui
prête l'oreille, s'y arrêtant quelque peu, ou
recevant quelque délectation du sens, ou lors-
qu'il intervient quelque négligence à rejeter
une telle pensée.
11 y a deux manières de pécher mortelle-
ment.
La première quand on donne consente-
est
ment à la mauvaise pensée pour agir après
comme on a consenti, ou bien pour la mettre
à exécution si l'on pouvait.
La seconde manière de pécher mortelle-
ment est lorsqu'on accomplit ce péché par
l'action extérieure, et il est plus grave pour
trois raisons : la première, parce qu'il dure
--36 —
EXAMEN GENERAL
plus longtemps; la seconde, parce qu'il mar-
que plus d'intensité; la troisième, parce que
le dommage est plus grand pour Tune et
l'autre personne.
De la parole
31 ne faut jurer ni par le Créateur ni par
la créature; si ce n'est avec vérité, nécessité
et révérence. J'entends par nécessité non celle
qui oblige de n'affirmer que ce qui est vérita-
ble, mais celle qui veut que la vérité qu'on
affirme soit de quelque importance, pour l'u-
tilité de l'âme ou du corps, ou des biens tem-
porels.
La révérence que j'entends, est celle
qui fait qu'en nommant son Créateur et Sei-
gneur, on apporte une religieuse attention à
lui rendre l'honneur et le respect qui lui sont
dus. Quoique dans le jurement fait en vain, le
péché soit plus grave quand on jure par le
Créateur que lorsqu'on jure par la créature,
il est plus difficile de jurer comme il le faut,
-3 7 -
PREMIERE SEMAINE
avec vérité, nécessité et révérence, en jurant
par la créature, que par le Créateur; et cela
pour les raisons suivantes :
La première est que, lorsque nous voulons
jurer par quelque créature, l'intention de
nommer la créature ne nous rend pas aussi
attentifs ni aussi circonspects pour dire la
vérité et pour l'affirmer avec nécessité, que
l'intention de nommer le Seigneur et Créa-
teur de toutes choses.
La seconde raison est qu'en jurant par la
créature, il n'est pas aussi facile de rendre au
Créateur l'honneur et le respect qui lui sont
dus, qu'en jurant par le nom du Créateur lui-
même. Car vouloir prononcer le nom de
Dieu notre Seigneur, apporte avec soi plus
d'attention et de révérence que de vouloir
nommer une chose créée. Aussi l'on accorde
plutôt aux parfaits qu'aux imparfaits de jurer
par la créature, parce que les premiers
trouvent dans les lumières qu'ils tirent du fré-
quent usage de la contemplation, l'avantage
de mieux saisir que Dieu notre Seigneur est
— 38 —
EXAMEN GENERAL
dans chacune des créatures par son essence,
par sa présence et par sa puissance; et ainsi,
en jurant par la créature, ils sont plus aptes
et mieux disposés que les imparfaits à rendre
l'honneur et le respect à leur Créateur et Sei-
gneur.
La troisième raison est qu'en jurant fré-
quemment par la créature, les imparfaits don-
nent plus sujet de craindre de leur part l'ido-
lâtrie que les parfaits.
On doit éviter toute parole oiseuse. J'en-
tends par là celle qui n'est utile ni à moi ni à
un autre, et qui n'est point dirigée vers cette
fin. Toutes les fois donc qu'il résultera de
mes paroles ou que j'aurai intention qu'il
résulte une utilité quelconque pour mon âme
ou pour celle d'un autre, ou pour le corps,
ou pour les biens temporels, ce ne seront
jamais des paroles oiseuses, même lorsque je
m'entretiendrai de choses étrangères à ma
profession, comme si un religieux parlait de
guerre ou de commerce. Mais dans tout ce
que l'on dit, il y a mérite, si le discours est
-3 9 -
PREMIERE SEMAINE
suivant Tordre, et il y a péché si l'on parJe
avec intention déréglée ou même sans motif
raisonnable.
11 faut se garder de toute parole de détrac-
tion ou de murmure contre le prochain. Car
si je révèle un péché mortel qui ne soit pas
public, je pèche mortellement; si le péché est
véniel, je pèche véniellement ; et si je mani-
feste le défaut d'autrui, je manifeste mon pro-
pre défaut. Mais lorsque mon intention est
deux circonstances parler du
saine, je puis en
péché ou du défaut d'un autre. Premièrement
quand le péché est de notoriété publique,
comme dans le cas d'une courtisane connue,
ou s'il y a eu sentence judiciaire, ou si c'est
une erreur contagieuse qui infecte les âmes de
ceux qui ont des relations avec le pécheur.
Secondement quand on découvre un péché
secret à quelqu'un, afin qu'il aide le pécheur
à se relever; pourvu toutefois qu'on ait des
raisons probables d'espérer qu'il pourra lui
être utile.
— 40 —
EXAMEN GENERAL
De l'action
11 faut prendre pour objet de son examen
les dix commandements de Dieu, ceux de
l'Église, et les ordonnances des supérieurs.
Tout ce qui se fait contre quelqu'un de ces
trois chefs, est un péché plus ou moins grave,
selon l'importance de la matière. Par ordon-
nances des supérieurs, j'entends, par exemple,
les Bulles de Croisade et autres indulgences
en vue d'obtenir la paix [de la chrétientél,
que gagnent ceux qui se confessent de leurs
péchés et reçoivent la sainte Eucharistie. En
effet ce n'est pas un léger manquement que
d'être cause que d'autres méprisent, ou de
mépriser soi-même de si pieuses exhortations
et recommandations de nos supérieurs.
— 41 —
METHODE
POUR FAIRE L'EXAMEN GÉNÉRAL
Elle se compose de cinq points.
Le premier est de rendre grâces à Dieu
notre Seigneur pour les bienfaits reçus.
Le second, de demander son secours pour
connaître nos péchés et pour les expulser de
notre âme.
Le troisième, d'exiger de nous-mêmes un
compte fidèle, à partir du lever jusqu'au pré-
sent examen parcourant toutes les heures ou
;
d'autres espaces de temps successifs pour voir
si nous ayons manqué, d'abord en pensées,
puis en paroles, et après cela en actions, selon
l'ordre indiqué dans l'Examen particulier.
Le quatrième, de demander à Dieu notre
Seigneur le pardon de nos manquements.
Le cinquième, de former le propos de nous
amender avec l'aide de sa grâce.
Pater noster.
-43-
LA CONFESSION GENERALE
avec la Communion
Une confession générale pour celui qui veut
la faire de son propre mouvement, apportera
dans ce temps des Exercices trois avantages
entre plusieurs autres.
Premier avantage. Quoique celui qui se con-
fesse une fois l'an, ne soit pas obligé de faire
une confession générale, néanmoins, en la
faisant, il retire un plus grand profit et un
plus grand mérite, à raison de la douleur plus
grande qu'il conçoit actuellement de tous les
péchés et dérèglements de sa vie entière.
Second avantage. Comme dans les Exercices
sprirituels on connaît plus intimement les
péchés et leur malice, que dans le temps où
l'on ne vaquait pas ainsi aux choses intérieures,
maintenant que l'on obtient plus de lumière et
de contrition, on recueillera de plus grands
fruits et un plus grand mérite de cette con-
fession que des précédentes.
— 44 —
PREMIER EXERCICE
Troisième avantage. Par suite d'une meil-
leure confession et d'une meilleure disposition
de l'àme, on se trouve plus apte mieux pré-
et
paré à recevoir le très saint Sacrement, dont
la réception aide, non seulement à ne point
tomber dans le péché, mais encore à conserver
l'âme dans l'accroissement de la grâce.
Cette confession 'générale se fera mieux
immédiatement après les exercices de la pre-
mière Semaine.
LE PREMIER EXERCICE
est la méditation par les trois puissances
de famé, sur un premier, un second
et un troisième péché. Il renferme, après
une prière préparatoire et deux préludes,
trois points principaux et un colloque.
"La prière préparatoire est de demander à
Dieu notre Seigneur la grâce de diriger tou-
tesmes intentions, actions et opérations pure-
ment au service et à la gloire de sa divine
Majesté.
_ 4 5-
PREMIERE SEMAINE
Le premier prélude est la composition du
lieu, qui consiste à se le figurer.
[Observation.] — 11 faut noter ici que dans
la contemplation ou méditation d'une chose
visible, par exemple de Notre-Seigneur Jésus-
Christ, qui est visible, la composition du lieu
consistera à me figurer, au moyen de l'imagi-
nation, le lieu matériel où se trouve l'objet
que jeveux contempler. Je dis un lieu maté-
riel, comme le Temple, ou bien la montagne
où se trouve soit Notre-Seigneur Jésus-
Christ, soit Notre-Dame, selon la matière
dont je veux faire ma contemplation. — Dans
la méditation d'une chose qui n'est pas
visible, telle qu'est ici celle des péchés,
ma composition du lieu sera de voir par
l'imagination et de considérer mon âme enfer-
mée dans ce corps corruptiblecomme dans
une prison, ma personne, savoir mon
et toute
corps et mon âme, comme en exil dans cette
vallée [de misères], au milieu des animaux pri-
vés de raison.
- 46-
PREMIER EXERCICE
"Le second prélude est une prière pour deman-
der à Dieu notre Seigneur le fruit que je
veux et désire. Cette demande doit être en
rapport avec le sujet que Ton médite; par
exemple, si la contemplation est sur la Résur-
rection, on demandera la joie avec Jésus-
Christ comblé de joie; si elle est sur la Pas-
sion, on demandera Ta douleur, les larmes et
l'affliction avec Jésus-Christ affligé. — Ici je
demanderai la honte et la confusion de moi-
même, en voyant combien sont damnés pour
un seul péché mortel, et moi que de fois j'ai
mérité la damnation éternelle pour tant de
péchés que j'ai commis.
Observation. — Avant toutes les contempla-
tions ou méditations, on doit faire toujours la
prière préparatoire qui ne change jamais, et
les deux préludes qui diffèrent selon la
matière.
47
PREMIERE SEMAINE
Le premier point est d'appliquer la mémoire
sur le premier péché, qui fut celui des anges ;
puis l'entendement sur le même péché, en
réfléchissant ; puis la volonté, voulant ce tra-
vail de la mémoire et de l'entendement dans
l'intention de concevoir plus de honte et de
confusion, en comparant l'unique péché des
anges avec les miens qui sont si nombreux ;
et à la vue de ce seul péché qui les a jetés en
enfer, considérant combien souvent j'ai mérité
d'y aller de même pour tous ceux que j'ai
commis.
Je dis : exercer la mémoire sur le péché des
anges, c'est-à-dire qu'on se rappellera com-
ment les anges, après avoir été créés dans la ^
grâce, ne voulant pas s'aider eux-mêmes au
moyen de leur liberté, pour rendre à leur
Créateur et Seigneur hommage et obéissance,
mais tombant ainsi dans le péché d'orgueil,
se trouvèrent changés de l'état de grâce en un
état de malice, et furent précipités du ciel en
enfer. — Ensuite l'entendement à son tour
s'exercera à réfléchir plus en particulier sur
- 4 8-
PREMIER EXERCICE
ces choses, et la volonté en conséquence
s'exercera plus encore à produire des affec-
tions.
Second point. Faire de même, ic'est-à-dire
exercer les trois puissances de l'âme sur le
péché d'Adam et d'Eve, se rappeler de
quelle manière, à cause de ce péché, ils firent
une si longue pénitence, et quelle corruption
envahit tout le genre humain, tant de généra-
tions d'hommes allant ainsi vers l'enfer.
Je dis : exercer la mémoire sur le second
péché qui est celui de nos premiers parents ;
comment, après
c'est-à-dire qu'on se rappellera
qu'Adam eut été créé dans la campagne de
Damas et placé dans le paradis terrestre, et
Eve créée d'une de ses côtes, la défense leur
manger du fruit de l'arbre de
étant faite de
la science, en mangèrent néanmoins, et
ils
comment, après cela, vêtus de tuniques de
peaux et chassés du paradis, ils passèrent,
sans la justice originelle qu'ils avaient perdue,
toute leur vie dans des travaux sans nombre,
— 49 —
EXERCICES. — 4.
PREMIERE SEMAINE
et dans une longue pénitence. Ensuite on réflé-
chira, par le moyen de l'entendement, et l'on
exercera plus particulièrement encore la
volonté, comme il a été dit.
Troisième point. Exercer de la même façon
les trois puissances de l'âme sur un troisième
péché, savoir, le péché particulier d'un homme
qui pour un seul péché mortel est allé en
enfer; et considérer que beaucoup d'autres
sans nombre sont damnés de même pour des
péchés moins multipliés que les miens.
Je dis : exercer la mémoire sur ce troisième
péché particulier, me rappelant la grièveté et
la malice du péché commis par l'homme con-
tre son Créateur et Seigneur, puis réfléchir
et reconnaître comment ce malheureux, au
moment qu'il péchait, agissant ainsi contre la
Bonté infinie, a été justement condamné pour
toujours, et conclure par les actes de la
volonté, comme il a été dit.
— 5o —
PREMIER EXERCICE
Colloque. Je me représenterai Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ comme s'il était devant moi,
attaché à la croix, et j'établirai un colloque
avec lui : comment étant mon Créateur, il en
est venu jusqu'à se faire homme, à passer d'une
vie éternelle à une mort temporelle, et à
mourir de la mes péchés. Puis,
sorte .pour
reportant les yeux sur moi-même, je me
demanderai aussi ce que j'ai fait pour Jésus-
Christ, ce que je fais pour Jésus-Christ, ce
que je dois faire à l'avenir pour Jésus-Christ.
Et c'est ainsi que, le voyant en cet état, sus-
pendu à une croix, je donnerai un libre cours
aux sentiments de mon cœur.
[Observation.] — Le propre du colloque est
de parler comme un ami parle à son ami, ou
un serviteur à son maître ; tantôt sollicitant
une grâce, tantôt s'accusant d'une faute, tan-
tôt parlant de soi-même et demandant conseil.
Terminer en récitant le Pater noster.
5i —
LE SECOND EXERCICE
est la méditation des péchés ; il renferme,
outre la prière préparatoire et les deux préludes,
cinq points et un colloque.
La prière préparatoire est la même.
"Le premier prélude sera la même composition
de lieu que dans l'exercice précédent.
Le second prélude est la demande du fruit
que je veux. Ici je demanderai une grande
et intense douleur de mes péchés, et des
larmes pour les pleurer.
Le premier point est la revue des péchés,
c'est-à-direque je rappellerai à ma mémoire
tous les péchés de ma vie, scrutant chaque
— 52 —
SECOND EXERCICE
année ou chaque époque. Pour cela trois cho-
ses m'aideront : le souvenir de l'endroit et de
la maison que j'ai habités; celui des relations
que j'ai eues avec d'autres personnes, et celui
des fonctions que j'ai remplies.
Le second point sera^ de peser mes péchés,
en considérant intimement la laideur et la
malice que renferme en soi chacun de mes
péchés mortels, supposé même qn'il ne fût
pas défendu.
Le troisième point sera de voir ce que je suis,
me rapetissant moi-même par compa- des
raisons. —
D'abord, combien je suis peu de
chose, si je me compare à tous les hommes. —
Ensuite, que sont tous les hommes compa-
rés aux Anges et aux Saints du Paradis. —
En troisième lieu, que sont tous les êtres
créés en comparaison de Dieu. Et mainte-
nant moi seul, que puis-je être? En qua- —
trième lieu considérer toute ma corruption et
l'infection de mon corps. — En cinquième lieu
— 53 —
PREMIERE SEMAINE
me voir semblable à un ulcère et à un abcès,
d'où sont sortis tant de péchés, tant de
méchancetés et un poison si honteux.
"Le quatrième point sera de considérer ce
qu'est Dieu, contre qui j'ai péché ; et je par-
courrai ses divins attributs, les comparant avec
leurs contraires en moi, sa sagesse avec mon
ignorance, sa toute-puissance avec ma fai-
blesse, sa justice avec mon iniquité, sa bonté
avec ma malice.
Le cinquième point sera un cri d'étonnement
de mon âme vivement émue en parcourant
toutes les créatures comment elles m'ont
:
laissé vivre et même ont concouru à ma con-
servation 1 Comment les Anges qui sont le
glaive de la divine Justice m'ont supporté,
m'ont gardé, ont prié pour moi ! Comment
les Saints se sont employés à intercéder en
ma faveur 1 Comment les ci eux, le soleil, la
lune, les étoiles et les éléments, les fruits,
les oiseaux, les poissons et les animaux ont
54
SECOND EXERCICE
été à mon service 1 Comment la terre encore
ne s'est pas entr'ouverte pour m'engloutir,
produisant de nouveaux enfers où j'eusse à
subir des châtiments éternels I
Terminer par un colloque à la Miséricorde,
réfléchissant [combien elle a été grande],
remerciant Dieu notre Seigneur de ce qu'il
m'a donné la vie jusqu'à ce jour, et formant
pour l'avenir le propos de m'amender avec sa
grâce.
Pater noster.
— 55
LE TROISIÈME EXERCICE
est la répétition du premier et du second exercice,
en faisant trois colloques.
Après la prière préparatoire et les deux
préludes, on répétera le premier et le second
exercice, notant, pour s'y arrêter davantage,
les endroitsoù l'on aura senti plus de conso-
lation, ou de désolation, ou de goût spiri-
tuel. Après quoi on fera trois colloques de la
manière qui suit.
Le premier colloque à Notre-Dame pour
qu'elle m'obtienne de son Fils et Seigneur la
grâce à ce triple effet Le premier d'avoir
:
une connaissance intime de mes péchés, et de
— 56 —
TROISIEME EXERCICE
les détester du fond de mon âme. Le —
second de sentir le désordre de mes opéra-
tions, en sorte que, l'ayant en horreur, je me
réforme et me remette dans Tordre. — Le
de connaître si bien le monde que
troisième
dans mon aversion pour lui je repousse loin
de moi toutes ses vanités et tout ce qui lui
appartient. Puis réciter une fois VJtve Maria.
Le second colloque de même au Fils, pour
qu'il m'obtienne du Père ces trois choses.
Dire ensuite VAnima Christi.
Le troisième colloque de même au Père, afin
que lui, qui est l'éternel Seigneur, daigne me
les accorder. Et ensuite le Pater noster.
-h
LE QUATRIÈME EXERCICE
se fait en reprenant le troisième exercice.
J'ai dit : en reprenant, de sorte que l'enten-
dement se borne à revenir sur les choses qu'il a
méditées dans les précédents exercices, les
ruminant assidûment sans sortir de là. Et l'on
fait encore les trois colloques comme ci-des-
sus.
LE CINQUIÈME EXERCICE
est la méditation de Venfer ; il renferme,
après la prière préparatoire et les deux préludes,
cinq points et un colloque.
L'oraison préparatoire comme à l'ordi-
naire.
Le premier prélude ou la composition du lieu,
y
est ici de voir des yeux de l'imagination la
longueur, la largeur et la profondeur de l'en-
fer.
— 58 —
CINQUIEME EXERCICE
"Le second prélude : demander Je fruit que
je veux tirer de cet exercice, savoir, de sen-
tir intimement les peines que souffrent les
damnés, afin que si mes fautes me faisaient
jamais oublier l'amour de l'éternel Seigneur,
du moins la crainte des châtiments m'aide à
ne point tomber dans le péché.
"Le premier point est de voir par l'imagina-
tion ces grandes fournaises, et les âmes qui
s'y trouvent, comme dans des corps de feu.
Second point : entendre comme avec les
oreilles les gémissements douloureux, les
hurlements, les clameurs, les blasphèmes
contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et contre
tous ses Saints.
Troisième point : m'imaginer que je respire
par l'odorat la fumée, le soufre, l'infection
d'une sentine et de matières putréfiées.
-5 9 -
PREMIERE SEMAINE
Quatrième point : goûter de même [en esprit]
des choses arrières, telles que les larmes [des
réprouvés], la tristesse, le ver de la cons-
cience.
Cinquième point : appliquer [par imagination]
Je sens du toucher, pour sentir comment ces
feux atteignent et brûlent les âmes.
Faire un colloque à Notre-Seigneur Jésus-
Christ en me rappelant les âmes qui se
trouvent en enfer. Les
unes y sont parce
qu'elles n'ont pas cru à son avènement; les
autres, parce que, tout en y croyant, elles
n'ont point agi selon les préceptes. Je ferai
trois classes de tous les réprouvés la pre- :
mière qui perdue avant sa venue sur la
s'est
terre ; la seconde pendant qu'il vivait la troi- ;
sième après qu'il a vécu dans ce monde ; et
en même temps je lui rendrai grâces de ce
qu'il ne m'a laissé tomber dans aucune de ces
trois classes en mettant fin à ma vie. De
même je reconnaîtrai comment jusqu'ici il a
— 60 —
CINQUIEME EXERCICE
usé d'une si grande bonté et miséricorde
envers moi.
Terminer en récitant le Pater nouer.
Observation. — Le premier exercice se fera
à minuit; le second le matin, aussitôt après
le lever; le troisième avant ou après la
messe : en un mot avant le dîner; le qua-
trième à l'heure de vêpres; le cinquième
une heure avant le coucher.
Cette distribution des heures doit s'obser-
Yer, plus ou moins la même, dans chacune des
quatre semaines, autant que l'âge, la disposi-
tion et la complexion aideront celui qui
reçoit les Exercices à en faire cinq ou un
moindre nombre.
— 61 —
ADDITIONS
pour mieux faire les Exercices,
et pour mieux trouver le fruit que Von désire.
Première Addition. — Après le coucher,
quand je veux m'endormir, je prendrai l'es-
pace d'un Ave Maria pour penser à l'heure
où je dois me lever, et pour quoi faire, repas-
sant la matière de l'exercice qui suivra.
Seconde Addition. — Lorsque je m'éveillerai,
je dois aussitôt, sans donner lieu à telles ou
telles pensées, tourner mon esprit vers le
sujet que j'aurai à contempler dans le pre-
mier exercice de minuit, m'excitant à la con-
fusion de tant de péchés que j'ai commis, et
me proposant des comparaisons, comme celle
d'un gentilhomme qui paraîtrait en présence
de son roi et de toute la cour, couvert de
honte et de confusion pour l'avoir grièvement
— 62 —
ADDITIONS
offensé, malgré les dons et faveurs dont il
en a été comblé. — De même, avant le second
exercice, je me considérerai comme un grand
pécheur qui va comparaître, captif chargé de
chaînes, devant le Juge suprême et éternel,
semblable à ces accusés déjà reconnus dignes
de mort, que Ton tire de leurs prisons, les
fers aux mains, pour les amener devant leur
juge temporel. — Et je m'habillerai en m'en-
tretenant de ces pensées, ou d'autres qui
soient en rapport avec le sujet de l'exercice.
Troisième Addition. — Sur le point de com-
mencer la contemplation ou la méditation, je
me tiendrai debout, à un pas ou deux du lieu
où je dois la faire, pendant l'espace d'un
Pater noster, l'esprit élevé en haut, pour
considérer comment Dieu notre Seigneur me
regarde, puis je ferai un acte de révérence ou
d'humiliation.
Quatrième Addition. — J'entrerai dans la
contemplation, la faisant tantôt à genoux, tan-
— 63 —
PREMIERE SEMAINE
tôt prosterné ou étendu le visage vers le ciel,
tantôt assis ou debout, ayant toujours en vue
de chercher ce que je désire. Sur quoi il faut
remarquer deux choses : la première, que si
je trouve ce que je désire, étant à genoux ou
prosterné, etc., je ne dois point recourir à
une autre position; la seconde, que si un point
me donne ce que je Yeux, je dois m'y arrêter,
sans m'inquiéter de passer outre, jusqu'à ce
que j'aie satisfait le désir de mon âme,
Cinquième Addition. — L'exercice achevé,
j'emploierai un quart d'heure, soit assis, soit
en me promenant, à examiner quel a été le
résultat de la contemplation ou méditation.
S'il a été mauvais, j'en rechercherai la cause,
et l'ayant trouvée, je me repentirai avec pro-
pos de m' amender à l'avenir : s'il a été bon,
j'en rendrai grâces Dieu notre Seigneur,
à
et je me conduirai de la même manière une
autre fois.
Sixième Addition. — J'éviterai de penser
-64 -
ADDITIONS
volontairement à des objets agréables et
joyeux, tels que la gloire [du Paradis], la
Résurrection, etc. ; parce que toute considé-
ration portant à la joie et à l'allégresse serait
un obstacle au fruit présent, qui est la dou-
leur, la contrition et les larmes au sujet de
mes péchés ; mais je m'entretiendrai dans la
volonté de sentir la componction et la peine,
appelant plutôt le souvenir de la mort et du
jugement.
Septième Addition. — Je me priverai, pour
le même effet, de toute clarté du jour, fermant
les portes et les fenêtres au temps où je serai
dans la chambre, si ce n'est pour lire, réciter
des prières ou prendre ma réfection.
Huitième Addition. — J'éviterai de rire, et
de dire quoi que ce soit qui provoque l'hila-
rité.
Neuvième Addition. Je ne porterai les —
yeux sur personne, si ce n'est pour recevoir
ou congédier celui avec qui j'aurai dû parler.
— 65 —
EXERCICES. — Ç.
PREMIERE SEMAINE
Dixième Jiddition. —
Sur ta Pénitence. 11 y a
deux sortes de pénitence l'intérieure et l'ex-
:
térieure. La pénitence intérieure est la dou-
leur de ses péchés, avec une ferme détermina-
tion de ne plus commettre ni les mêmes, ni
d'autres péchés, quels qu'ils soient.
La pénitence extérieure, qui est le fruit de
la première, consiste à s'infliger un châtiment
pour les péchés que l'on a commis. On l'em-
brasse principalement de trois manières :
Premièrement, dans ce qui concerne la
nourriture; sur quoi il faut remarquer que
lorsque nous retranchons le superflu, ce n'est
pas pénitence, mais tempérance. 11 y a péni-
tence quand nous retranchons du convenable,
et plus on retranche ainsi successivement,
plus grande et meilleure est la pénitence,
pourvu qu'on n'aille pas jusqu'à détruire la
santé ou contracter une infirmité notable.
Secondement, dans ce qui regarde la manière
de prendre le sommeil, ce n'est point non
plus pénitence de retrancher un superflu de
choses qui flattent la délicatesse et la mollesse.
— 66 —
ADDITIONS
Mais il y a pénitence quand on se prive en
cela du convenable, et plus on arrive à
retrancher ainsi, meilleure est la pénitence,
pourvu qu'elle ne cause pas un affaiblissement
notable des forces et de la santé. Quant au
sommeil même, il ne faut pas en soustraire
la quantité convenable, si ce n'est, qu'ayant
à corriger l'habitude vicieuse de dormir trop,
on veuille trouver la juste mesure.
Troisièmement, châtier son corps en lui cau-
sant une douleur sensible par des cilices, ou
cordes, ou chaînes de fer que l'on porte sur
sa chair, par des flagellations, des blessures
que l'on se fait, et autres rigueurs semblables.
Une chose qui semble offrir plus d'avantage et
moins d'inconvénient, c'est que la douleur ne
se fasse sentir que dans la chair, sans pénétrer
jusqu'aux os, de manière qu'il y ait douleur
et non infirmité. C'est pourquoi il paraît con-
venable d'employer des disciplines faites de
petites cordes, qui causent la douleur extérieu-
rement, plutôt que tout autre moyen capable
de produire au-dedans une infirmité notable.
-6 7 -
PREMIERE SEMAINE
Observations. — i° Les pénitences exté-
rieures se pratiquent pour trois effets princi-
paux : d'abord, en satisfaction des péchés
passés ; en second lieu, pour se vaincre soi-
même, c'est-à-dire pour que la sensualité
obéisse à la raison, et que l'âme conserve plus
d'empire sur toutes ses puissances inférieures;
en troisième lieu, pour obtenir quelque grâce
ou faveur que l'on désire, comme d'avoir une
intime douleur de ses péchés, des larmes
abondantes pour les pleurer ou pour compatir
aux peines et aux souffrances de N. S. J. C.
dans sa Passion, ou comme de recevoir la
solution de quelque doute où l'on se trouve.
2° Les deux premières Additions regardent
les exercices de minuit et du matin, mais non
ceux qui se feront en d'autres temps ; et la
quatrième Addition ne doit jamais se prati-
quer dans l'église, en présence d'autrui, mais
quand on est seul, comme à la maison, etc.
3° Quand celui qui fait les Exercices ne
trouve pas encore ce qu'il désire, comme les
larmes, les consolations, souvent il est profi-
— 68 —
ADDITIONS
table de faire quelque changement dans la
nourriture, le sommeil et les autres exercices
de mortification, de manière à se changer soi-
même, faisant pénitence durant deux ou trois
jours, et l'omettant deux ou trois autres jours ;
car il convient à quelques-uns de faire davan-
tage pénitence, et à d'autres moins. Souvent
aussi nous omettons l'exercice de la mortifica-
tion par sensualité, et par la fausse idée que
notre santé en souffrirait un notable dom-
mage; et quelquefois, au contraire, nous en
faisons trop, dans la pensée que le corps
pourra tout supporter ; et comme Dieu notre
Seigneur connaît notre nature infiniment
mieux que nous, souvent lorsqu'on alterne de
la sorte, il donne à chacun de sentir ce qui
lui est convenable.
4° L'Examen particulier doit se faire pour
ôter les défauts et les négligences qui regar-
dent les Exercices et les Additions; et ainsi
dans la seconde, la troisième et la quatrième
Semaine.
-69-
DEUXIEME SEMAINE
APPEL D'UN 7{07 TEMPOREL
pour aider à contempler la vie du Ttyi éternel.
L'oraison préparatoire sera comme à l'ordi-
naire.
Le premier prélude est la composition de
lieu. 11 consiste ici à me représenter par l'i-
magination les synagogues, les villes et les
bourgades que parcourait Notre-Seigneur
jésus-Christ, en faisant ses prédications.
Le second prélude est la demande du fruit
que je veux [tirer de cet exercice]. Je deman-
derai à Notre-Seigneur la grâce de n'être
point sourd à son appel, mais prompt et
diligent à faire sa très sainte volonté.
— 70 —
LE REGNE DE JESUS-CHRIST
Premier point Me proposer devant les
yeux un roi de la terre que Dieu aurait lui-
même choisi, et auquel tous les princes et
tous les peuples de la chrétienté rendraient
déjà hommage et obéissance.
Second point. Observer comment ce roi
parle à tous les siens en ces termes : Ma
volonté est de soumettre toute la terre des
infidèles; en conséquence, celui qui voudra
venir avec moi, doit être content d'avoir la
même nourriture que moi, la même boisson,
les mêmes vêtements, etc. Semblablement, il
doit travailler comme moi durant le jour, et
veiller durant la nuit, etc. ; afin que de la
sorte il ait part ensuite avec moi à la vic-
toire, selon qu'il aura pris part à mes tra-
vaux.
Troisième point Considérer ce que doivent
répondre de fidèles sujets à un roi si libéral
et si bon 1 et par conséquent, si quelqu'un se
refusait à l'appel d'un tel roi, combien il
— 71 —
DEUXIÈME SEMAINE
serait digne d'être méprisé de tout le monde
et de passer pour un cœur lâche.
"La seconde partie de cet exercice consiste
à appliquer l'exemple du roi temporel à
Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon les trois
points qui précèdent.
Et quant au premier point, si un semblable
appel d'un roi temporel à ses sujets a de
quoi frapper nos esprits, combien plus c'est
une chose digne de considération de voir
Notre-Seigneur Jésus-Christ, Je roi éternel,
et devant lui le monde entier ; de l'entendre
faire à tous, et à chacun en particulier, cet
appel et ce discours : Ma volonté est de me
soumettre tout l'univers et tous mes ennemis,
et d'entrer ainsi dans la gloire de mon Père.
Celui donc qui voudra venir avec moi, doit
travailler avec moi, afin que, me suivant dans
la peine, il me suive aussi dans la gloire.
— 72 —
LE REGNE DE JESUS-CHRIST
Second point. Considérer que tous ceux qui
ont du jugement et de la raison s'offriront
tout entiers au travail.
Troisième point. Ceux qui voudront montrer
plus de cœur, et se signaler en tout ce qui est
du service de leur Roi éternel et universel Sei-
gneur, non seulement s'offriront tout entiers
au travail, mais encore, prenant l'offensive
contre leur propre sensualité, et contre leur
amour charnel et mondain, ils feront des offres
d'une plus grande valeur et d'un plus grand
poids, lui disant :
O éternel Seigneur de toutes choses,
appuyé sur votre faveur et votre secours, je
fais mon oblation devant votre infinie Bonté,
en présence de votre glorieuse Mère et de
tous les Saints et Saintes de la Cour céleste;
[disant] que ma volonté, mon désir et ma
détermination délibérée est, pourvu que ce
soit aussi votre plus grand service et votre
plus grande gloire, de vous imiter en suppor-
- 7 3-
DEUXIEME SEMAINE
tant toute injure, tout mépris et toute pau-
vreté, tant actuelle que spirituelle ; si votre
Majesté très sainte veut me choisir et me
recevoir pour cette manière et cet état de
vie.
Observations. — Cet Exercice se fera deux
fois dans la journée, le matin après le lever,
et une heure avant le dîner ou le souper.
Durant la seconde Semaine, et ainsi dans la
suite, il est fort avantageux de faire quelque
lecture dans le livre De ImitaHone Cbristi, ou
dans les Évangiles et la Vie des Saints.
74~
LA PREMIÈRE CONTEMPLATION
est de l'Incarnation et elle comprend
la prière préparatoire, trois préludes et
trois points avec un colloque.
La prière préparatoire comme de coutume.
Le premier prélude est de rappeler à mon
esprit l'histoire du Mystère que je dois con-
templer. Ici ce sera comment les trois Per-
sonnes divines considéraient toute la surface
du globe couverte d'hommes, et comment
voyant que tous ces malheureux descendaient
en enfer, la très sainte Trinité forme dans
son éternité le décret que la seconde Personne
se fasse homme pour sauver le genre humain ;
et comment, en conséquence, lorsque la plé-
nitude des temps est arrivée, Elle envoie
l'ange saint Gabriel à Notre-Dame. [Voir —
plus bas aux Mystères de la Vie de J.-Ch.].
- 7 5-
DEUXIEME SEMAINE
"Le second prélude est la composition de lieu.
Ici je me représenterai la vaste étendue de
l'univers habité par tant de nations diverses.
De même ensuite, je verrai en particulier la
maison et la chambre de Notre-Dame, dans
la ville de Nazareth en la province de Galilée.
"Le troisième prélude est la demande du fruit
que je veux [tirer de mon exercice]. Ici je
dois demander une connaissance intime du
Seigneur, qui pour moi s'est fait homme, afin
que je l'aime davantage et suive mieux ses
exemples.
Observation. — 11 convient de noter ici que
cette même prière préparatoire et ces trois
mêmes préludes doivent se faire durant cette
semaine et les suivantes : l'oraison prépara-
toire sansy rien changer,
il a été dit comme
au commencement; les préludes en changeant
leur forme selon les sujets à méditer.
- 76-
L INCARNATION
Le premier point consiste à voir successive-
ment toutes les personnes dont il s'agit [dans
le Mystère].
Et d'abord celles qui sont sur la face de
la terre, avec une si grande diversité de
vêtements et de visages les uns blancs, les
:
autres noirs ; les uns en paix, les autres en
guerre ; les uns qui pleurent, les autres qui
rient; les uns en santé, les autres malades;
les uns qui naissent, les autres qui meurent,
etc.
Ensuite voir et considérer les trois Per-
sonnes divines sur le trône royal de la
Majesté suprême; comment elles contemplent
tout cet univers et toutes ces nations qui
vivent dans un si grand aveuglement, pour
mourir et descendre dans l'enfer.
En troisième lieu, voir Notre-Dame et
l'Ange qui la salue, et faire des réflexions
pour tirer quelque fruit de ce spectacle.
— 77 —
DEUXIEME SEMAINE
Second point. Ecouter ce que disent les per-
sonnes : — celles qui sont sur la surface de
la terre, comme elles parlent entre elles,
comme elles jurent et blasphèment, etc. —
Les Personnes divines, comment elles disent :
« Faisons l'œuvre de la Rédemption du genre
humain, etc. » — Ce que disent l'Ange et
Notre-Dame. — Et réfléchir ensuite pour
tirer du fruit de leurs paroles.
Troisième point Considérer ce que font les
personnes sur la surface de la terre : elles
frappent, elles tuent, elles marchent vers l'en-
fer, etc. ; ce que font les trois Personnes
divines : elles opèrent la très sainte Incarna-
tion, etc. que font l'Ange
; ce et Notre-
Dame : l'Ange s'acquitte de son office d'am-
bassadeur; Notre-Dame s'humilie et rend ses
actions de grâces à la divine Majesté. — Et
puis réfléchir pour tirer quelque fruit de cha-
cune de ces choses.
A la fin je dois faire un colloque, pensant
à ce qu'il me faut dire, soit aux trois Person-
-78-
LA NATIVITE
nés divines, soit au Verbe éternel fait homme,
soit à sa Mère et Notre-Dame; et selon les
affections de mon cœur, je demanderai ce
qui m'aidera à mieux suivre et imiter Notre-
Seigneur qui Yient de s'incarner ainsi.
Terminer par le Tkiter noster.
LA SECONDE CONTEMPLATION
est sur la Nativité [de Jésus-Christ]
"La prière préparatoire à l'ordinaire.
Le premier prélude est l'histoire [du Mys-
tère]. — je me rappellerai comment
Ici
Notre-Dame, vers le neuvième mois de sa
grossesse, partit de Nazareth, assise sur une
— 79 —
DEUXIEME SEMAINE
âncssc (comme il est permis de le méditer
pieusement), accompagnée de Joseph et d'une
servante qui conduisent un bœuf. Us vont à
Bethléem, pour payer le tribut que César
avait imposé à toutes ces contrées. [Voir plus
bas aux Mystères.]
"Le second prélude est la composition de lieu.
— Me figurer ici, par l'imagination, le che-
min de Nazareth à Bethléem, considérant sa
longueur, sa largeur, et s'il est uni, ou s'il va
par des vallées ou des hauteurs. J'examinerai
de même la grotte de la Nativité, combien ce
lieu est spacieux ou étroit, bas ou élevé, et
comment il était préparé.
"Le troisième prélude est le même et se fait
dans la même forme qu'à la contemplation
précédente.
"Premier point Voir les personnes, c'est-à-
dire Notre-Dame et Joseph et la servante, et
l'Enfant Jésus après qu'il sera né. Et moi, je
me tiendrai là comme un petit pauvre et
— 80 —
LA NATIVITE
comme un indigne petit serviteur, les contem-
plant et les servant dans leurs nécessités,
comme si j'étais présent, avec tout le dévoue-
ment et la révérence possibles. Puis je réflé-
chirai sur moi-même pour tirer quelque fruit.
Second point. Prêter, attention, observer et
contempler ce que disent les personnes, et
me repliant sur moi, recueillir quelque fruit.
Troisième point. Regarder et considérer ce
ce que font les personnes : par exemple, elles
voyagent, elles endurent la peine, afin que le
Seigneur naisse dans une extrême pauvreté,
et qu'après tant de travaux, après la faim, la
soif, le chaud et le froid, après les injures et
les mauvais traitements, il meure enfin sur
une croix, et tout cela pour moi 1 — Puis
réfléchir et tirer quelque fruit spirituel.
Terminer, comme dans la contemplation
qui précède, par un colloque et le Pater nos-
ter.
— 81 —
EXERCICES. — 6,
82 DEUXIÈME SEMAINE
LA TROISIÈME CONTEMPLATION
est la répétition du premier
et du second exercice.
Après la prière préparatoire et les trois
préludes, on fera une répétition du premier
et du second exercice, notant toujours les
principaux endroits où l'on aura trouvé quel-
que lumière, et senti la consolation ou la
désolation ; et faisant également un colloque
à la fin. — Puis Pater noster.
[ObseroaNon], — Dans cette répétition et
dans toutes les suivantes, on gardera le même
ordre que dans les répétitions de la première
Semaine, changeant la matière, et retenant la
forme.
— 82 —
LA QUATRIÈME CONTEMPLATION
sera [encore] une répétition de la première
et de la seconde, et Von suivra
ta même marche que dans ta précédente.
LA CINQUIÈME CONTEMPLATION
sera une application des cinq sens
à la première et à ta seconde contemplation.
Après l'oraison préparatoire et les trois
préludes, il est avantageux d'exercer les cinq
sens de l'imagination sur la première et la
seconde contemplation, en la manière sui-
vante :
Premier point. Voir les personnes des yeux
de l'imagination, méditant et contemplant
dans le détail les circonstances où elles se pré-
sentent, pour tirer quelque fruit d'un tel
aspect.
83
DEUXIEME SEMAINE
Second point. Entendre les paroles qu'elles
disent ou qu'elles peuvent dire; puis faisant
des retours sur soi-même, recueillir de là
quelque fruit.
Troisième point. Respirer et goûter par l'o-
dorat et le goût la suavité et la douceur infi-
nie de la divinité, celle de l'âme et de ses
vertus, etc., selon la personne que l'on con-
temple; toujours se repliant sur soi-même
pour tirer de là quelque fruit.
Quatrième point. Toucher les objets, exem-
ple embrasser et baiser les endroits où ces
personnes sacrées ont posé leurs pieds et se
sont arrêtées ; tâchant de faire tout cela avec
quelque profit pour l'âme.
Terminer par un colloque comme dans la
première et dans la seconde contemplation,
et réciter une fois le Pater noster.
- 84 -
OBSERVATIONS
La première est que pendant toute cette
Semaine et dans les autres qui suivent, je dois
lire seulement le Mystère de la contempla-
tion que j'aurai immédiatement à faire, sans
rien lire des autres qui ne sont pas pour ce
jour ou pour cette heure, afin que la consi-
dération d'un Mystère ne trouble point celle
d'un autre Mystère.
Seconde observation. Le premier exercice
sur l'Incarnation se fera à minuit; le second
au point du jour; le troisième vers l'heure de
la messe; le quatrième à l'heure de vêpres
et le cinquième avant l'heure du souper; don-
nant toujours l'espace d'une heure à chacun
de ces cinq exercices. Et le même ordre
s'observera dans la suite.
Troisième observation. Si celui qui fait les
Exercices est d'un grand âge ou d'une santé
faible;ou même fût-il robuste, si la première
Semaine lui a laissé quelque affaiblissement,
— 85 —
DEUXIEME SEMAINE
il mieux que dans cette seconde Semaine,
est
ou du moins quelquefois, il ne se lève pas
au milieu de la nuit; mais il fera une contem-
plation le matin, une autre à l'heure de la
messe, et une autre encore avant le dîner ; de
plus une répétition à l'heure de vêpres, et
enfin l'application des sens avant le souper.
Quatrième observation. Dans cette deuxième
Semaine, parmi les dix Additions exposées lors
de la première on doit changer la seconde, la
sixième, la septième, et en partie la dixième.
Pour la seconde Addition, le changement
sera, qu'aussitôt après mon réveil, je me met-
trai devant les yeux la contemplation que j'ai
à faire, nourrissant en moi le désir de mieux
connaître le Verbe éternel fait chair, afin de
le mieux servir et de le mieux suivre. La
sixième Addition sera de me rappeler fré-
quemment à la mémoire la vie et les Mystères
de J. C. N. S., commençant depuis son
Incarnation jusqu'au passage ou Mystère
qui fait l'objet actuel de ma contemplation.
— 86 —
OBSERVATIONS
Pour la septième Addition je m'attacherai à
faire usage de l'obscurité ou de la clarté, des
agréments de la saison ou de leurs contraires,
selon que je sentirai qu'ils peuvent me servir
et m'aider à trouver le fruit spirituel que je
désire. Pour la dixième Addition, je dois me
comporter suivant Mystères que je contem-
les
ple, parce que quelques-uns demandent la
pénitence et d'autres non. Et ainsi les dix
Additions seront observées avec beaucoup de
soin.
Cinquième observation. Dans tous les exer-
cices autres que ceux de minuit et du matin,
on prendra quelque chose d'équivalent à la
seconde Addition, en la manière suivante :
dès que je verrai s'approcher l'heure de
l'exercice, avant de m'y rendre, je me met-
trai devant les yeux cette pensée : Où vais-je?
et en présence de qui ? résumant quelque peu
l'exercice que j'ai à faire; après quoi, met-
tant en pratique la troisième Addition, j'en-
trerai dans l'exercice.
_8 7 -
DEUXIÈME SEMAINE
Au second Jour
On prendra pour première et pour seconde
contemplation la "Présentation au Temple et la
Tuite en "Egypte où Notre-Seigneur est comme
chassé en exil. Et sur ces deux contempla-
tions on fera deux répétitions, avec une appli-
cation des sens, de la même manière que le
jour précédent.
Observation. — Quelquefois il est utile,
même à celui qui est robuste et bien disposé,
de varier à partir de ce second jour jusqu'au
quatrième inclusivement, pour mieux trouver
ce qu'il désire; prenant seulement une con-
templation tout au matin, et une autre vers
l'heure de la messe, pour faire ensuite sur
les deux une répétition à l'heure de vêpres et
une application des sens avant le souper.
88 —
PRELUDE A L ELECTION
Au troisième Jour
On contemplera comment l'Enfant Jésus
obéissait à ses parents à Nazareth ; et com-
ment ensuite il le trouvèrent dans le Temple.
On fera de même deux répétitions et l'appli-
cation des cinq sens.
PRÉLUDE
pour considérer les états de vie.
Maintenant que nous avons considéré
l'exemple que Jésus-Christ Notre-Seigneur
nous a donné pour deux états de vie, le pre-
mier qui consiste dans l'observation des com-
mandements, lorsqu'il vivait sous l'obéissance
de ses parents, le second qui est celui de la
-8 9 -
DEUXIÈME SEMAINE
perfection évangélique, lorsqu'il resta dans le
Temple, abandonnant son père adoptif et sa
mère selon la chair, pour vaquer uniquement
au service de son Père éternel ; nous com-
mencerons, tout en continuant de contempler
sa vie, à chercher et à demander en quelle
forme et en quel état sa divine Majesté veut
faire usage de nous.
Et afin d'arriver à ce but, l'exercice sui-
vant nous fournira une première introduction,
car nous y verrons l'intention de Jésus-Christ
Notre-Seigneur, et en opposition celle de
l'ennemi de la nature humaine, et nous ap-
prendrons de là comment nous devons nous
disposer nous-mêmes pour en venir à la per-
fection, en quelque état ou forme de vie
que Dieu notre Seigneur nous aura donné
de choisir.
90 —
QUATRIÈME JOW{
Médita Non de deux "Etendards,
l'un de Jésus-Christ, notre Chef suprême
et Seigneur, Vautre de Lucifer,
mortel ennemi de. notre nature humaine.
"L'oraison préparatoire est toujours la même.
Le premier prélude, qui est l'aperçu histori-
que, sera ici comment Jésus-Christ appelle et
veut tous les hommes sous son étendard ; et
comment Lucifer, au contraire, les appelle et
les veut sous le sien.
Le second prélude est la composition de lieu :
ici je me représenterai une vaste plaine de
toute cette contrée de Jérusalem, où le su-
prême Chef des bons est Jésus-Christ Notre-
Seigneur; et une autre plaine dans le pays
de Babylone, où le chef des ennemis est Lu-
cifer.
— 91 —
DEUXIEME SEMAINE
Le troisième prélude est la demande du fruit
que je veux [tirer de mon exercice] : ici je
demanderai d'une part la connaissance des
fraudes du mauvais chef, et le secours néces-
saire pour m'en préserver; de l'autre la con-
naissance de la vraie vie que montre le sou-
verain et véritable Chef, avec la grâce de l'i-
miter.
Premier point. Me figurer le chef de tous
les ennemis au sein de cette vaste plaine de
Babylone, comme si je le voyais assis dans
une grande chaire de feu et de fumée, avec
un visage affreux et terrible.
Second point. Considérer comment il fait
l'appel d'innombrables démons, et comment il
les répand, les uns dans telle ville, les autres
dans telle autre, et ainsi par tout l'univers,
n'omettant aucune province, aucun lieu, au-
cun état, ni aucune personne en particulier.
Troisième point. Considérer la harangue qu'il
— 92 —
DEUX ETENDARDS
leur adresse, et comment il leur enjoint avec
menace de jeter des lacets et des chaînes. Ils
devront d'abord tenter les hommes par la cu-
pidité des richesses, comme a coutume d'en
il
user lui-même à l'égard du plus grand nom-
bre ; afin de parvenir plus aisément à leur
faire aimer le vain honneur du monde, et à les
pousser de là dans un orgueil toujours crois-
sant. De sorte que le premier degré est celui
des richesses, le second celui de l'honneur
mondain, le troisième celui de l'orgueil ; et par
ces trois degrés, Lucifer amène à tous les
autres vices.
De même à l'opposé il faut se figurer le su-
prême et véritable Chef qui est Jésus-Christ
Notre-Seigneur.
Premier point. Considérer comment Jésus-
Christ Notre-Seigneur, beau et plein de
grâce, se tient en un lieu humble, dans la
grande plaine du pays de Jérusalem.
- 9 3-
DEUXIEME SEMAINE
Second point Considérer comment le Sei-
gneur du monde entier choisit tant de person-
nes, apôtres, disciples, etc., et les envoie
dans tout l'univers, répandant sa doctrine
sacrée parmi tous les états et toutes les condi-
tions.
Troisième point. Considérer la harangue que
Jésus-Christ Notre-Seigneur adresse à tous
ses serviteurs et amis, qu'il envoie à une
telle expédition. 11 leur recommande de vou-
loir aider tous les hommes, en les amenant
d'abord à une entière pauvreté de cœur, et,
si sa divine Majesté doit l'avoir pour agréable
et veut les choisir, à la pauvreté même ac-
tuelle ; en second lieu, au désir des oppro-
bres et des mépris, parce que ces deux choses
mènent à leur suite l'humilité. De sorte
qu'il y a trois degrés : le premier est la
pauvreté contre les richesses; le second est
l'opprobre ou le mépris contre l'honneur
mondain; le troisième est l'humilité contre
l'orgueil ; et par ces trois degrés ils feront
— 94 —
DEUX ETENDARDS
arriver les hommes à toutes les autres ver-
tus.
Faire un premier colloque à JVotre-Dame pour
qu'elle m'obtienne de son Fils et Seigneur la
grâce d'être reçu sous son étendard, d'abord
dans une entière pauvreté spirituelle ; et si sa
divine Majesté l'a pour agréable et veut me
choisir et me recevoir, dans la pauvreté même
actuelle, ensuite dans le support des oppro-
bres et des injures, afin de l'imiter ainsi da-
vantage, pourvu que je puisse y être soumis
sans que personne l'offense et sans déplaisir
de sa divine Majesté. — Puis réciter YJlve
Maria.
Faire un second colloque au Tils pour qu'il
m'obtienne la même grâce de son Père, et
dire Y Anima Christi.
Faire un troisième colloque au Père pour
qu'il daigne lui-même m'accorder cette grâce.
— Dire le Pater noster.
_ 9 5-
DEUXIEME SEMAINE
Observation. — Cet Exercice se fera à mi-
nuit, et ensuite une seconde fois tout au ma-
tin. De plus on en fera deux répétitions,
l'une à l'heure de la messe et l'autre à
l'heure de vêpres, finissant toujours par les
trois colloques, à Notre-Dame, au Fils et au
Père. — Enfin l'exercice des trois classes
qu'on va voir, aura lieu une heure avant le
souper.
MÉDITATION
qui se fera aussi le quatrième jour
sur trois classes d'hommes
pour [nous disposer à] embrasser le meilleur parti.
L'oraison préparatoire à l'ordinaire.
Le premier prélude est l'histoire de trois
classes d'hommes dont chacune est devenue
riche d'une somme de dix mille ducats, mais
sans les avoir acquis purement en vue de l'a-
mour qu'elle devait à Dieu. Maintenant tous
_ 9 6-
TROIS CLASSES
veulent se sauver et trouver Dieu notre
Seigneur dans la paix, en ôtant de leur âme
le poids et l'obstacle qu'ils rencontrent dans
leur affection à la chose acquise.
Le second prélude ou la composition de lieu
sera ici de me voir moi-même me tenant en
présence de Dieu notre Seigneur et de tous
ses saints, pour désirer et pour connaître ce
qui sera le plus agréable à sa divine Bonté.
"Le troisième prélude, ou la demande du fruit
que je veux [tirer de cet exercice], sera de
demander la grâce de choisir ce qui doit être
le mieux pour la gloire de sa divine Majesté
et pour le salut de mon âme.
La première classe voudrait se débarrasser de
l'affection qu'elle a pour la chose acquise, afin
de trouver dans la paix Dieu notre Seigneur,
et de pouvoir faire son salut, mais elle n'em-
ploie [de fait] aucun moyen jusqu'à l'heure
de la mort.
— 97
—
EXERCICES. — 7.
DEUXIEME SEMAINE
La seconde classe veut se défaire de l'affec-
tion, mais elle le veut de manière à rester
néanmoins avec la chose acquise, comme si elle
voulait que Dieu notre Seigneur vînt lui-
même à ce qu'elle veut, et elle ne se résout
pas à la laisser pour aller à Dieu, dût cet état
être le meilleur pour elle.
"La troisième classe veut détruire cette affec-
tion, et elle le veut tellement que sa volonté
ne tient point à garder la chose acquise plutôt
qu'à s'en dépouiller; mais elle veut unique-
ment faire à ce sujet ce que Dieu notre Sei-
gneur lui donnera de vouloir, et ce qu'elle
reconnaîtra être le mieux pour le service et la
gloire de sa divine Majesté. En attendant,
elle Yeut se regarder comme ayant tout aban-
donné de cœur, appliquant les forces de son
âme à ne vouloir ni cet objet, ni aucun autre,
si ce n'est par le seul motif du service de
Dieu notre Seigneur, en sorte que seul le
désir de pouvoir mieux le servir la détermine
à prendre ou à laisser la chose.
c,3
TROIS CLASSES
On fera les trois colloques comme dans la
contemplation des deux Etendards.
"Note. — Il faut observer que quand nous
sentons une affection ou répugnance contre la
pauvreté actuelle, quand nous ne sommes pas
indifférents à l'égard de la pauvreté et des
richesses, il sert beaucoup, pour éteindre cette
affection contraire à l'ordre, de demander
dans les colloques, même ende la
dépit
nature, que le Seigneur nous choisisse pour
la pratique de la pauvreté actuelle, lui pro-
testant que nous le voulons, que nous le
sollicitons, que nous l'en supplions, pourvu
que tel soit le service et l'honneur de sa
divine Bonté.
99
—
DEUXIÈME SEMAINE
Au cinquième Jour
On contemplera comment Jésus-Christ
Notre-Seigneur partit de Nazareth pour le
fleuve du Jourdain, et comment il fut baptisé.
Observations, — Cette contemplation se
fera une fois à minuit, et une seconde fois au
matin ; puis on fera sur la même deux répéti-
tions à l'heure de la messe et des vêpres, et
avant le souper une application des sens. En
chacun de ces cinq exercices, on commencera
par faire l'oraison préparatoire accoutumée et
les trois préludes, comme il a été expliqué
dans la contemplation de l'Incarnation et de la
Nativité, et l'on finira par les trois colloques
des Trois Classes, ou selon la Note qui vient
après.
h* Examen particulier après le dîner et après
le souper se fera sur les défauts et négligences
par rapport aux Exercices et aux Additions
de ce jour, et ainsi les jours suivants.
Au sixième Jour
On contemplera comment Jésus-Christ N. S.
— 100 —
DISTRIBUTION DES MYSTERES
alla du Jourdain au désert, inclusivement,
observant en tout la même forme que dans le
cinquième Jour.
Au septième Jour
Comment saint André et les autres sui-
virent Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Au huitième four
Du Sermon sur la montagne qui est des
huit Béatitudes.
Au neuvième Jour
Comment J ésus-Christ Notre-Seigneur appa-
rut à ses disciples sur les flots de la mer.
Au dixième Jour
Comment le Seigneur prêchait dans le
Temple.
Au onzième Jour
De la résurrection de Lazare.
Au douzième Jour
Du jour des Rameaux.
OBSERVATIONS
La première est que dans les contemplations
de cette deuxième Semaine, selon que chacun
101
DEUXIEME SEMAINE
veut lui donner plus ou moins de temps, ou
selon qu'il tire du profit, on peut étendre ou
raccourcir [la Semaine]. Si on l'étend, il fau-
dra prendre les Mystères de la Visitation de
Notre-Dame à sainte Elisabeth, les Pasteurs,
la Circoncision de l'Enfant Jésus, les trois
Rois, et ainsi des autres. Si l'on abrège, on
omettra quelques-uns des Mystères même assi-
gnés ci-dessus ; car c'est seulement une intro-
duction qui est ici donnée, et une méthode
pour mieux et plus complètement méditer.
Seconde observation. La matière des Elec-
tions commencera à partir de la contempla-
tion du départ de Nazareth pour le Jourdain
inclusivement, c'est-à-dire le cinquième jour,
comme on le dira plus loin.
Troisième observation. Avant d'entrer dans
les Elections, il sert beaucoup, pour s'affec-
tionner à la yraie doctrine de Jésus-Christ
Notre-Seigneur, de considérer attentivement
Les trois espèces d'Humilité
que nous allons voir; y revenant à plusieurs
reprises durant tout le jour, et de même fai-
102
DEGRES D HUMILITE
sant les colloques comme il sera dit ci-après.
La première espèce d'humilité est nécessaire
au salut éternel ; elle consiste à m'abaisser
autant que je le puis, et à m'humilier de ma-
nière que je reste soumis en tout à la de loi
Dieu notre Seigneur; au point que quand on
m'établirait le maître de toutes les choses
créées en ce monde, ou quand il s'agirait de
sauver ma propre vie temporelle, je n'en vien-
drais point à délibérer sur la transgression
d'un commandement soit divin, soit humain,
qui m'oblige sous peine de péché mortel.
La seconde humilité est plus parfaite que la
première; elle consiste à me trouver établi
dans un tel état que ma volonté n'incline point
à posséder les richesses plutôt que la pau-
vreté, à désirer l'honneur plutôt que l'ignomi-
nie, à vouloir une longue vie plutôt qu'une
vie courte, lorsqu'il
y aurait égal service de
Dieu notre Seigneur et salut de mon âme ;
de sorte que, ni pour tous les biens créés, ni
pour éviter la mort, je n'en vienne point à
délibérer si je commettrai un péché Yéniel.
— io3 —
DEUXIEME SEMAINE
"La troisième humilité est la plus parfaite :
elle existe lorsque, possédant déjà la première
et la seconde, et supposé que la divine Ma-
jesté fût également louée et glorifiée, moi,
pour imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, et
pour lui devenir actuellement plus semblable, je
veux et je choisis la pauvreté avec Jésus-Christ
pauvre, de préférence aux richesses; l'igno-
minie avec Jésus-Christ rassasié d'opprobres,
de préférence aux honneurs ; et je désire être
estimé un homme de néant et un insensé pour
Jésus-Christ, qui le premier a été traité
comme tel, plutôt que d'être regardé comme
un homme sage et habile en ce monde.
Note. — Celui qui désire obtenir cette troi-
sième humilité, trouvera beaucoup d'avantage
à faire les trois colloques de la méditation
des Trois classes; demandant que Notre-Sei-
gneur veuille le choisir pour cette troisième,
plus grande et plus précieuse humilité, afin
qu'il l'imite et le serve plus parfaitement, si
toutefois c'est là le moyen de servir et de louer
également ou davantage sa divine Majesté.
— 104 —
PRÉAMBULE
pour faire V "Election.
Dans toute bonne élection, quant à ce que
je dois y mettre de ma part, il faut que l'œil
de mon intention soit simple, ayant unique-
ment en vue la fin pour laquelle je suis créé,
de Dieu notre Seigneur
c'est-à-dire la gloire
et le salutde mon âme. Donc, quelle que soit
la chose que je choisisse, ce doit être pour
qu'elle me serve à la fin de ma création, me
gardant bien de subordonner ou d'attirer la
fin au moyen, au lieu de diriger lemoyen vers
la fin. Par exemple, il arrive que plusieurs
commencent par choisir l'état du mariage, ce
qui n'est qu'un moyen, et secondement ils se
proposent de servir Dieu notre Seigneur
dans cet état, ce qui est la fin. D'autres éga-
lement veulent d'abord avoir un bénéfice
ecclésiastique, et après cela ils veulent servir
Dieu dans ce poste. Ces hommes ne vont pas
droit à Dieu, mais ils prétendent que Dieu
vienne droit à leurs affections mal réglées, et
io5
DEUXIEME SEMAINE
par conséquent ils font de la fin le moyen, et
du moyen la fin de sorte que ; la chose qu'ils
devaient embrasser en premier lieu est laissée
par eux à la dernière place. [C'est un désordre
manifeste], car nous devons poser d'abord pour
point de mire de vouloir servir Dieu, ce qui
est la fin, et secondement prendre un bénéfice
ou le mariage, si cela nous sert davantage
comme moyen d'obtenir cette fin. Rien donc
ne doit m'incliner vers tel ou tel moyen ou
m'en écarter, si ce n'est uniquement le ser-
vice et la gloire de Dieu notre Seigneur,
avec le salut éternel de mon âme.
COJVSWÉ71AT70JSI
pour prendre connaissance des matières
sur lesquelles doit se faire l' Election ;
elle renferme quatre points avec une note.
Premier point. Il est nécessaire que toute
matière sur laquelle nous voulons faire une
élection, soit indifférente ou bonne en elle-
même, et admise par la sainte Église hiérar-
— 106 —
ELECTION
chique notre Mère. Les choses mauvaises et
qui répugnent à l'esprit de l'Église, ne peu-
vent être l'objet d'une élection.
Second point. 11 y a des matières qui tom-
bent sous une élection immuable, telles que le
sacerdoce, le mariage, etc.11 y en a d'autres
qui tombent sous une élection qui peut chan-
ger, par exemple accepter un bénéfice ou le
laisser, accepter des biens temporels ou y
renoncer.
Troisième point. Dans une élection im-
muable, quand une fois on a passé à l'exécu-
tion, il n'y a plus à revenir, parce qu'on ne
peut rompre ce qui a été fait, comme le ma-
riage, le sacerdoce, etc. Seulement il faut
remarquer, que si quelqu'un n'a pas fait l'E-
lection selon le devoir et l'ordre, mais qu'il
ait cédé à des affections mal réglées, mainte-
nant il doit s'en repentir et s'efforcer de bien
vivre dans son état. Toutefois cette élection
ne semble pas être une vocation divine, puis-
— 107 —
DEUXIEME SEMAINE
qu'elle a été faite obliquement et sans garder
l'ordre. Car ici bien des personnes se trom-
pent en prenant une élection oblique ou
vicieuse pour une vocation venant de Dieu.
Toute vocation divine est toujours nette et
pure, sans qu'il s'y mêle rien de charnel, ni
aucune autre affection désordonnée.
Quatrième point. Si quelqu'un a fait sur une
matière variable une élection selon le devoir
et l'ordre, sans écouter les conseils de la chair
et du monde, il n'y a pas de raison pour qu'il
fasse de nouveau l'Election, mais il doit choi-
sir les moyens de se rendre parfait dans son
état autant qu'il en sera capable.
JVote. — Quand une élection sur laquelle on
peut revenir n'a pas été faite selon l'ordre et
avec la sincérité requise, alors il est expédient
de la reprendre en la soumettant aux règles,
si toutefois on a le désir d'en tirer des fruits
considérables et qui plaisent grandement à
Dieu notre Seigneur.
— 108 —
ELECTION
TJ{OJS TEMPS
[favorables] pour faire en chacun d'eux
une saine et bonne 'Election
Le premier temps est lorsque Dieu notre
Seigneur excite et attire tellement la volonté
que sans douter ni pouvoir douter, l'âme
dévote prend la route qui lui a été assignée.
Ainsi firent saint Paul et saint Mathieu en
suivant Notre-Seigneur Jésus-Christ.
"Le second temps se déclare par la suffisance
des lumières et des connaissances que donne
l'expérience des consolations et des désolations,
et celle du discernement des divers esprits.
Le troisième temps est celui du calme, lors-
qu'un homme, après avoir considéré d'abord
pourquoi il est au monde, savoir pour louer
Dieu notre Seigneur et pour sauver son
âme; et plein du désir de remplir cette fin,
— 109 —
DEUXIEME SEMAINE
choisit comme moyen une forme ou un état
de vie, parmi ceux que l'Église admet, pour
s'aider à servir Dieu son Seigneur et sauver
son âme. J'appelle « temps de calme », celui
où l'âme n'est pas agitée par les divers
esprits, et où elle fait usage de ses puissances
naturelles avec liberté et tranquillité.
Si l'Election n'a pas lieu dans le premier
ou dans le second temps, voici deux manières
de la faire dans le troisième.
1
ELECTION
P7iBMJÈ7{E MÉTHODE
pour faire une saine et bonne élection ;
elle renferme six points.
Premier point. Me proposer la chose sur
laquelle je veux faire l'Election, par exemple
l'emploi ou le bénéfice qu'il s'agit d'accepter
ou de laisser, ou toute autre matière qui
tombe sous l'élection variable.
Second point. 11 est nécessaire que je tienne
ma vue attachée sur la fin pour laquelle je
suis créé, qui est de louer Dieu notre Sei-
gneur et de sauver mon âme; et en même
temps que je me trouve dans l'indifférence,
sans avoir aucune affection contraire à l'or-
dre ; de sorte que je n'incline point à prendre
plutôt qu'à laisser, à laisser plutôt qu'à pren-
dre la chose en question; mais que je me
trouve comme la balance en équilibre, prêt
à pencher vers le parti que j'aurai senti
davantage être celui de la gloire de Dieu
notre Seigneur et du salut de mon âme.
1
DEUXIEME SEMAINE
Troisième point. Demander à Dieu notre
Seigneur qu'il daigne mouvoir ma volonté et
me mettre dans l'âme ce que je dois faire rela-
tivement à la chose proposée, selon qu'il lui en
reviendra plus de gloire, de manière que mon
intelligence use d'un bon et fidèle raisonne-
ment, et que ma volonté fasse son choix con-
formément à sa très sainte volonté et à son
bon plaisir.
Quatrième point. Considérer, en raisonnant,
le profit et les avantages qui me reviendront
si j'ai cet emploi ou ce bénéfice, uniquement
par rapport à l'honneur de Dieu N. S. et au
salut de mon âme ; et considérer de même par
contre les désavantages et les dangers qu'il y
aurait à le posséder. Dans la seconde partie
[de cet examen], j'en ferai autant, c'est-à-dire
que je verrai les avantages et le profit, et de
même par centre les inconvénients et les
périls qu'il peut y avoir à ne point le posséder.
Cinquième point. Après avoir ainsi porté
1 M
ELECTION
mon attention et raisonné sur toutes les par-
ties de la question, je verrai de quel côté la
raison incline davantage ; et suivant que l'im-
pulsion raisonnable sera plus grande, sans rien
céder à celle des sens, je prendrai ma déter-
mination sur la chose proposée.
Sixième point L'élection ou délibération
étant terminée de la sorte, celui qui l'a faite
doit recourir avec beaucoup de diligence à la
prière, et là, en présence de Dieu notre Sei-
gneur, il lui offrira cette élection, afin que
sa divine Majesté daigne la recevoiret la con-
firmer, si elle est pour son plus grand service
et sa plus grande gloire.
SECONDE MÉTfiOBE
pour faire une saine et bonne élection;
elle contient quatre règles et une note.
Première règle. Il faut que l'amour qui m'in-
cline vers une chose et me la fait choisir,
vienne d'en haut et descende de l'amour de
Dieu; par conséquent avant de me détermi-
— ii3 —
EXERCICES. — 8.
DEUXIEME SEMAINE
ner, je dois sentir d'abord en moi-même que
l'affection plus ou moins grande que j'ai pour
cet objet qui attire mon choix, est unique-
ment en vue de mon Créateur et Seigneur.
Seconde règle. Me proposer à l'esprit une
personne que je n'aurais jamais vue ni connue,
et dans la supposition que je souhaite toute sa
perfection, considérer ce que je lui dirais de
faire et de choisir pour la plus grande gloire
de Dieu N. S. et pour la plus grande perfec-
tion de son âme; et le faire moi-même, obser-
vant la règle que je pose pour cet autre.
Troisième règle. Me voir comme si j'étais à
l'article de la mort, et examiner la forme et la
mesure que je voudrais alors avoir gardée dans
l'affaire de ma présente élection ; et me ré-
glant entièrement d'après cela, prendre ma
détermination.
Quatrième règle. Considérer d'un esprit
attentif en quelle situation d'âme je me trou-
verai au jour du Jugement, examinant de
quelle manière alors je voudrais avoir décidé
l'affaire présente. Or, la règle que je m'ap-
— 114 —
ELECTION
plaudirais alors d'avoir suivie, je dois la
prendre aujourd'hui, afin qu'au Jugement je
me trouve pleinement satisfait et joyeux.
Note. Après avoir appliqué ces règles à la
question proposée, dans la vue de mon salut
et de mon repos éternel, je ferai mon élec-
tion, et je la présenterai à Dieu notre Sei-
gneur, selon le sixième point de la première
Méthode.
[MÉTHODE]
Pour amender et réformer sa vie dans
l'état où Von est.
A l'égard de ceux qui sont fixés dans quel-
que prélature ou dans le mariage (qu'ils pos-
sèdent de grands biens temporels ou non), on
doit observer que s'il n'y a pas lieu pour eux
de faire une élection sur quelque matière
variable, ou bien encore s'ils n'ont point une
volonté assez dévouée pour la bien faire, il
sera utile de leur proposer, en place de l'E-
lection, une forme et une méthode pour
amender et réformer chacun sa manière de
— n5 —
DEUXIEME SEMAINE
vivre en son état, avec cette conviction, qu'ils
ont été créés et qu'ils doivent vivre dans leur
état, pour la de Dieu N.
gloire et l'honneur
S. et pour de
le salut Pour marcher
leur âme.
vers cette fin et l'atteindre, on considérera
attentivement et ruminera, à l'aide des Exer-
cices et des Méthodes d'Election proposées,
quel doit être le train de maison et le
nombre des domestiques; comment on doit
les conduire et les gouverner comment on ;
doit les instruire de parole et d'exemple ; de
même pour les revenus : quelle part il faut
appliquer à l'entretien de sa maison et des
siens, et quelle part attribuer aux pauvres et
à d'autres bonnes œuvres
; en sorte qu'on ne
veuille ne cherche en tout que la plus
et
grande louange et gloire de Dieu notre Sei-
gneur. Car chacun doit songer qu'en tout ce
qui est de la vie spirituelle, il avancera en
proportion du zèle qu'il mettra à se dégager
de son amour-propre, de sa volonté et intérêt
propre.
— 116
TROISIÈME SEMAINE
LA PT{EM1ÈJ{E C0MTEWPLJIT70W
est à minuit : comment Jésus-Christ
JVotre-Seigneur se rendit de Béthanie
à Jérusalem, jusqu'à ta dernière Cène inclu-
sivement. Elle renferme foraison préparatoire,
trois préludes, six points et un colloque.
"L'Oraison préparatoire est toujours la même.
Le premier prélude ou l'aperçu historique du
Mystère sera ici comment Jésus-Christ Notre-
Seigneur envoya de Béthanie à Jérusalem
deux disciples pour préparer la Cène, et
ensuite lui-même y vint avec les autres disci-
ples, et comment, après avoir mangé l'agneau
pascal et achevé le souper, il leur lava les
pieds, et leur donna son très saint corps et
son sang précieux, puis il leur fit un sermon
après que Judas fut sorti pour vendre son
Seigneur.
117
TROISIEME SEMAINE
Le second prélude est Ja composition de
Jicu : ce sera ici de considérer la route de
Béthanie à Jérusalem, si elle est large, ou
étroite, ou unie, et de même le lieu de la Cène,
s'il est spacieux ou étroit, de telle forme ou
de telle autre.
Le troisième prélude est la demande du fruit
que je veux : ici ce sera de demander la dou-
leur, l'affliction et la confusion de ce qu'à
cause de mes péchés le Seigneur va à sa Pas-
sion.
"Premier point. Voir les personnes de la
Cène, et, réfléchissant sur moi-même, tâcher
de tirer de là quelque fruit.
Second point. Ecouter ce qu'elles disent, et
de même en tirer quelque fruit.
Troisième point. Regarder ce qu'elles font et
recueillir quelque fruit.
118
LA CENE
Quatrième point. Considérer les peines que
Jésus-Christ Notre-Seigneur souffre en son
humanité, ou ce qu'il veut souffrir, selon le
trait de la Passion. Et ici je commencerai de
toutes mes forces à exciter dans mon âme la
douleur, la tristesse, la componction, ce que
je m'efforcerai de faire aux autres points qui
suivent.
Cinquième point. Considérer comment la
Divinité se cache, c'est-à-dire comment elle
pourrait détruire ses ennemis, et ne le fait
pas ; et comment elle laisse la très sainte Hu-
manité en proie à de si cruelles douleurs.
Sixième point. Considérer comment N.-S.
endure toutes ces choses pour mes péchés,
etc. ; et ce que moi de mon côté je dois faire
et souffrir pour lui.
Terminer par un colloque à Jésus-Christ
Notre-Seigneur, et à la fin Pater noster.
119
. ;
TROISIÈME SEMAINE
Observation
11 faut remarquer, ainsi qu'il a été dit plus
haut et expliqué en partie, que dans les collo-
ques nous devons faire des réflexions et des
demandes qui scient en rapport avec la ma-
tière proposée [et la disposition présente de
l'âme] ; c'est-à-dire selon que je me trouve
tenté ou consolé ; selon que je désire avoir
une vertu ou une autre; selon que je veux
disposer de moi pour un parti ou pour un
autre; selon que je veux m'attrister ou me
réjouir de l'objet que je contemple; enfin de-
mandant la grâce que je veux plus efficacement
obtenir par rapport à quelques points parti-
culiers. Et l'on peut faire de la sorte un
seul colloque à Jésus-Christ Notre-Seigneur
ou bien si la matière ou la dévotion y portent,
on peut faire trois colloques, un à la Mère, un
autre au Fils, et un troisième au Père, en la
même forme qui a été donnée à la seconde Se-
maine, dans la méditation des deux Etendards,
avec la Note qui suit celle des Trois classes.
120
LM SECONDE CONTEMPLATION
est le matin sur le Mystère depuis la Cène
jusqu'au Jardin inclusivement.
L'oraison préparatoire à l'ordinaire.
Le premier prélude est l'histoire du Mys-
tère : ici ce sera comment Jésus-Christ Notre-
Seigneur descendit avec ses onze disciples de
la montagne de Sion où il avait fait la Cène,
dans la vallée de Josaphat; et laissant huit
d'entre eux en un endroit de la vallée, et les
trois autres dans une partie du jardin, il se
met en oraison; il a une sueur comme de
gouttes de sang il fait par trois fois une
;
prière à son Père, et tire ses disciples de leur
sommeil. Alors ses ennemis arrivent, et à sa
voix ils tombent par terre; Judas lui donne le
baiser, et saint Pierre tranche à Malchus
l'oreille, que Jésus-Christ remet à sa place.
— \i\ —
TROISIEME SEMAINE
Ensuite il est pris comme un malfaiteur et on
le traîne en bas par la vallée, et puis en haut
par la montagne jusqu'à la maison d'Anne.
Le deuxième prélude ou la composition de
lieu est ici de se figurer le chemin du mont
Sion à la vallée de Josaphat, et de même
le jardin, s'il est large ou long, ou de telle
ou telle forme.
Le troisième prélude est la demande du fruit
que je veux ; or, le fruit propre qu'il faut
demander dans la Passion, c'est la douleur
avec Jésus-Christ en proie à la douleur, le
brisement avec Jésus-Christ brisé, les larmes
et une peine intime de la peine si grande
que Jésus-Christ a ressentie pour moi.
[OBSE%VAnOW$]
La première est que dans cette deuxième
contemplation, après avoir fait l'oraison pré-
paratoire et les trois préludes marqués ci-des-
sus, on gardera pour les points et le colloque
— 121 —
, OBSERVATIONS
la forme donnée à la première contemplation
de la Cène. —
Vers l'heure de la messe et
des vêpres on fera deux répétitions de la pre-
mière et de la seconde contemplation puis, ;
avant le souper, on fera sur les deux mêmes
l'application des sens, toujours ayant soin de
commencer par l'oraison préparatoire et les
trois préludes, selon la matière, et en suivant
la forme qui a été dite et expliquée à la
seconde Semaine.
Seconde observation. L'Exercitant, selon que
l'âge, la disposition et la complexion lui
viennent en aide, fera chaque jour cinq exer-
cices, ou un plus petit nombre.
Troisième observation. Dans cette troisième
Semaine, on changera en partie la seconde et
la sixième Addition. Pour la seconde, à peine
serai-je éveillé, qu'aussitôt je penserai où
je vais et pourquoi, résumant un peu la con-
templation que j'ai à faire; et tandis que je
me lève et m'habille, je m'efforcerai, suivant le
Mystère, de concevoir de la tristesse et de la
douleur à la vue des douleurs et des peines
— J23 —
TROISIEME SEMAINE
si grandes de Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Pour la sixième, j'écarterai les pensées
joyeuses, quoique bonnes et saintes, telles que
celles de la Résurrection et du Paradis; mais
plutôt je me porterai moi-même à la douleur,
à la peine et à l'affliction par Je fréquent sou-
venir des maux, des travaux et des souffrances
que Notre-Seigneur Jésus-Christ a endurés,
depuis le moment où il est né jusqu'au Mys-
tère de la Passion qui m'occupe actuellement.
Quatrième observation. L'examen particulier
se fera comme dans la Semaine qui pré-
cède, sur les Exercices et sur les présentes
Additions.
Au deuxième Jour
A minuit, la contemplation sera celle des
Mystères opérés depuis le Jardin jusqu'à la
maison d'Anne inclusivement, et vers l'aurore,
depuis la maison d'Anne jusqu'à celte de Caïphe
inclusivement. Ensuite il y aura deux répéti-
tions à l'ordinaire, et une application des
sens, comme il a été dit.
— 124 —
DISTRIBUTION DES MYSTERES
Au troisième Jour
A minuit, depuis la maison de Ca't'pbe jusque
chez Vitale inclusivement, et vers l'aurore,
de Vitale à Tiérode inclusivement ;
puis les deux
répétitions et l'application des sens, toujours
selon la même forme.
Au quatrième Jour
A minuit, de la maison d'Jiérode à celle de
Vitale, avec la moitié des Mystères qui s'y
opèrent, et le reste de ces Mystères dans
l'exercice du matin; puis les deux répétitions
et l'application des sens à l'ordinaire.
Au cinquième Jour
A minuit, depuis la maison de Vitale jusqu'au
moment où il fut mis en Croix; et le matin,
depuis le Crucifiement jusqu'au dernier soupir;
ensuite la répétition et l'application des sens.
Au sixième Jour
A minuit, de la Croix lorsqu'on le descend,
,
jusqu'au Sépulcre exclusivement ; et le matin,
depuis te Sépulcre inclusivement jusqu'à la
demeure où Notre-Dame se retira, après qu'on
eut mis son Fils dans le tombeau.
125
TROISIEME SEMAINE
Au septième Jour
Contempler toute la Passion à la fois, dans
l'exercice de minuit et celui du matin;
ensuite, au lieu des deux répétitions et de
l'application des sens, considérer pendant
tout le jour, le plus assidûment possible,
comment le corps sacré de Jésus-Christ
Notre-Seigneur resta délié et séparé de
l'âme, et dans quel lieu et de quelle ma-
nière il fut enseveli. De même considérer
quelle fut la solitude de Notre-Dame, et
combien grande sa douleur et son affliction;
et d'un autre côté, quel fut aussi le doulou-
reux isolement où se trouvèrent les disciples.
Observation. —
remarquer que celui
11 faut
qui veut donner plus detemps à la Passion,
doit prendre pour chaque contemplation un
plus petit nombre de Mystères; par exemple,
dans la première, la Cène seulement; dans
la seconde, le Lavement des pieds ; dans la
troisième, le Don de la Sainte Eucharis-
tie; dans le quatrième, le Sermon que Notre-
— 126 —
OBSERVATION
Seigneur fit à ses Apôtres ; et ainsi pour les
autres contemplations et Mystères. De même,
après avoir achevé la Passion, il prendra un
jour entier pour la première moitié de la Pas-
sion, un second pour la seconde moitié, et un
troisième jour pour la reprendre tout entière.
Au y mettre moins
contraire, celui qui voudra
de temps, la Cène, vers
prendra à minuit
l'aurore le Jardin, à l'heure de la messe la
maison d'Anne, à l'heure des vêpres celle de
Caïphe, et pour l'exercice avant le souper la
maison de Pilate; et omettant de la sorte les
répétitions et l'application des sens, il fera
tous les jours cinq exercices différents, en
prenant pour chacun d'eux un Mystère parti-
culier de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-
Christ ;
puis, après avoir achevé de la médi-
ter, il pourra la reprendre un autre jour tout
entière, dans un seul exercice ou dans plu-
sieurs, selon qu'il croira pouvoir en recueillir
plus de fruit.
— i 27 —
TROISIEME SEMAINE
REGLES
pour se mettre dans Tordre à t avenir
en ce qui touche la nourriture
Première règle. 11 convient de moins s'abs-
tenir dans l'usage du pain, parce que c'est un
aliment sur lequel l'appétit sensuel n'a pas
coutume d'autant se dérégler, ni la tentation
de presser autant que sur les autres.
Seconde règle. Dans le boire, il est plus
aisé de se restreindre que dans l'usage
du pain : c'est pourquoi en doit bien consi-
dérer ce qui sera utile pour l'admettre, et ce
qui sera nuisible pour le retrancher.
Troisième règle. Dans l'usage des mets, il
faut garder la plus grande et la plus entière
tempérance, parce que c'est le point sur lequel
l'appétit sensuel est plus prompt à se déré-
gler, et la tentation à chercher ce qui le flatte.
— 128 —
REGLES DE TEMPERANCE
C'est pourquoi la tempérance, pour éviter le
dérèglement, peut ici se pratiquer en deux
manières : Tune est de s'habituer à faire usage
de mets plus communs, l'autre de ne prendre
les délicats qu'en petite quantité.
Quatrième règle. Plus une personne, tout en
évitant de nuire à sa santé, retranchera du
convenable, plus promptement elle arrivera
à trouver le milieu qu'il lui faut garder dans
le boire et le manger; et cela pour deux rai-
sons : l'une est qu'en s Vidant et se disposant
elle-même ainsi, elle recevra souvent d'une
manière plus sensible des lumières intérieures,
des consolations et des inspirations divines
qui lui feront apercevoir ce milieu convenable
pour z\\z; l'autre raison est que, si elle voit
qu'avec ces retranchements le corps n'a plus
autant de force ni d'aptitude aux Exercices
spirituels, elle parviendra facilement à juger
ce qui convient davantage aux besoins du
corps.
— 129 —
EXERCICES. — 0.
TROISIEME SEMAINE
Cinquième règle. Quand on prend sa réfec-
tion, il faut se représenter Jésus-Christ Notre-
Seigneur à table avec ses Apôtres, et considé-
rercomment il mange, comment il boit, com-
ment il regarde, comment il parle, et s'atta-
cher à faire comme lui, de sorte que l'esprit
soitoccupé principalement de la considération
de Notre-Seigneur et moins de la réfection
que l'on donne au corps; afin qu'on garde
mieux ainsi toute mesure et toute convenance
dans la manière d'être et de se gouverner.
Sixième règle. On peut encore, tandis que
Ton prend la nourriture du corps, occuper
son esprit ou de la vie des saints, ou de
quelque pieuse contemplation, ou de quelque
affaire spirituelle que l'on a en vue parce ;
que l'attention qui fixera l'âme sur ces objets,
fera qu'elle prendra moins de délectation et
de plaisir dans la nourriture.
Septième règle. Par-dessus tout, il faut évi-
— ï3o —
REGLES DE TEMPERANCE
ter que l'âme ne soit tout entière à la nourri-
ture qu'elle prend, ou qu'elle cède à l'appé-
tit en mangeant avec empressement; mais
elle doit rester maîtresse d'elle-même, tant
pour la manière de manger, que pour la quan-
tité à prendre.
Huitième règle. Afin d'ôter le dérèglement
en cette matière, un moyen fort efficace est,
qu'après le dîner, ou après le souper, ou dans
quelque autre moment de la journée où l'ap-
pétit ne se fait pas sentir, on détermine avec
soi-même, pour le dîner ou le souper suivant,
la quantité qu'il convient de prendre, et l'on
s'en tiendra là tous les jours, en sorte que,
malgré l'impulsion de l'appétit ou de la tenta-
tion, l'on ne dépasse point la mesure fixée ;
et même, pour vaincre plus complètement
tout appétit désordonné et toute impulsion de
l'ennemi, si l'on est tenté de prendre plus,
qu'on diminue encore la quantité.
3i —
QUATRIEME SEMAINE
P7{EM7È7{E COWTEMPLATJOJV
Comment J.-C. 7V.-5. apparut à Notre-Dame.
"L'oraison préparatoire est toujours la même.
"Le premier prélude, qui. est l'histoire du Mys-
tère, sera comment, après que Jésus-Christ
ici
eut expiré sur la croix, et tandis que son
corps restait séparé de son âme, mais toujours
uni à la Divinité, l'âme bienheureuse, unie
— J32 —
RESURRECTION
pareillement à la Divinité, descendit aux
enfers d'où, ayant arraché les âmes des justes
et étant venue au sépulcre, elle s'unit de
nouveau à son corps; et Jésus-Christ ainsi
ressuscité apparut à sa Mère bénie en corps et
en âme.
"Le second prélude, ou la composition de lieu,
sera ici de me figurer la disposition du saint
sépulcre, et Je lieu ou la maison occupée par
Notre-Dame, regardant les diverses parties
en détail, de même la chambre, l'oratoire, etc.
Le troisième prélude est la demande du fruit
que je veux [tirer de cet exercice]-; ici je
demanderai la grâce de ressentir une allégresse
et une joie intense de la gloire et de la joie
si grandes de J.-C. N.-S.
Le premier point, le second et le troisième
seront les mêmes que dans la Contemplation
de la Cène.
— i33 —
QUATRIEME SEMAINE
Le quatrième point consiste à voir comment
la Divinité qui semblait se cacher dans la
Passion, apparaît et éclate maintenant dans la
très sainte Résurrection par tant de miracles,
et par les vrais et très saints effets qu'elle
opère.
Cinquième point Considérer comment J.-C.
Notre-Seigneur exerce l'office de consolateur,
comparant ce qu'il fait envers les siens avec
ce que les amis ont coutume de faire pour
consoler leurs amis.
Terminer par un ou plusieurs colloques sui-
vant la matière et dire à la fin le "Pater noster.
Première observation. Dans les contempla-
tions qui suivent, on prendra l'un après
l'autre, de la manière indiquée plus bas, tous
les Mystères de la Résurrection jusqu'à l'As-
cension inclusivement, gardant du reste dans
>3 4
OBSERVATION
toute cette Semaine de la Résurrection la
même forme et la même méthode que dans
celle de la de sorte que la première
Passion ;
contemplation, qui vient d'être donnée, serve
de modèle, soit pour les préludes [qui chan-
gent] selon la matière, soit pour les cinq
points qui sont toujours les mêmes. Les Addi-
tions sont aussi les mêmes, avec les modifica-
tions qu'on va indiquer. Pour tout le reste,
savoir : les répétitions, les applications des
sens et la faculté d'abréger ou d'étendre les
Mystères, on peut se régler d'après ce qui a
été dit de la Semaine de la Passion.
Seconde observation. C'est communément
dans la quatrième Semaine qu'il convient plus
que dans les trois précédentes, de faire quatre
exercices par jour au lieu de cinq. Le pre-
mier se fait aussitôt qu'on est levé le matin ; le
second à l'heure de la messe ou avant le dîner,
à la place de la première répétition ; le troi-
sième à l'heure des vêpres, à la place de la
seconde répétition ; le quatrième avant le scu-
— i35 —
QUATRIÈME SEMAINE
per : il consiste à faire l'application des sens
sur les trois exercices du jour, notant, pour
s'y arrêter, les endroits plus importants, et
où l'on aura senti davantage des mouvements
pieux et des goûts spirituels.
Troisième observation. Quoique dans toutes
les contemplations on ait présenté un certain
nombre de points, par exemple trois ou cinq,
etc., néanmoins celui qui médite peut s'en fixer
un plus grand ou un plus petit nombre, selon
qu'il y trouvera plus d'avantage. C'est pour-
quoi il sert beaucoup, avant d'entrer dans la
contemplation, de prévoir et d'arrêter en
nombre déterminé les points qu'on veut pren-
dre.
Quatrième observation. Durant cette quatrième
Semaine, on doit, parmi les dix Additions,
changer la seconde, la sixième, la septième et
la dixième.
Seconde Addition. Aussitôt après mon
réveil, je me mettrai devant les yeux la con-
— i36 —
OBSERVATIONS
tcmplation que je vais faire, ayant la volonté
de m'affecter et de me réjouir de la joie et de
l'allégresse si grande de J.-C. Notre-Sei-
gneur.
Sixième Addition. Appeler dans ma mé-
moire et entretenir dans mon esprit les pensées
qui portent au plarsir, à la joie et à l'allé-
gresse spirituelle, comme la pensée du Paradis.
Septième Addition. Me servir de la clarté
du ciel et des agréments de la saison, par
exemple, en été, de la fraîcheur [ou de la ver-
dure], et, en hiver, de la chaleur du soleil ou
du feu, autant que je croirai pouvoir m'aider
de tout cela pour me réjouir en mon Créa-
teur et Rédempteur.
Dixième Addition. Au lieu de mortifications
corporelles, je me contenterai de veiller à la
garde de la tempérance, tenant une juste
mesure en toute chose, à moins qu'il ne se
rencontre des jeûnes et des abstinences com-
mandés par l'Église, car on doit toujours les
observer quand il n'y a point d'empêchement
légitime.
_,3 7 -
C0WTEMPLJIT70M
pour obtenir l'amour divin.
D'abord il faut remarquer deux choses. La
première est que l'amour doit être placé dans
les œuvres plus que dans les paroles. La
seconde, que l'amour consiste dans la commu-
nication qui se fait de part et d'autre, en
sorte que la personne qui aime donne et
communique à la personne aimée les biens
qu'elle a, ou des biens qu'elle a ou peut
donner ; et de son côté, la personne aimée en
fait autant à l'égard de celle qui aime. C'est
pourquoi si l'une a de la science, des honneurs,
des richesses, elle en fait part à celle qui n'en
a point, et l'autre agit de même.
La prière préparatoire est toujours la même.
Le premier prélude ou la composition de lieu
sera ici de voir comment je me tiens en la
présence de Dieu notre Seigneur, des anges
et des saints qui intercèdent pour moi.
Le second prélude est la demande du fruit
que je veux ; ici je demanderai la connaissance
— i38 —
COMTEMPLATION DE L AMOUR
intime de tant de bienfaits que j'ai reçus, afin
que d'une âme pleinement reconnaissante, je
puisse en toutes choses aimer et servir sa
divine Majesté.
Premier point. Rappeler à ma mémoire tous
les bienfaits reçus, ceux de la création, ceux
de la rédemption, et les dons qui me sont
propres ; pesant avec toute l'affection dont je
suis capable combien Dieu notre Seigneur a
fait et combien il m'a donné de ce
pour moi,
qu'il a conséquemment, combien le même
; et
Seigneur désire se donner lui-même à moi
pour autant qu'il le peut, selon l'ordre établi
par sa divine volonté. — Ensuite, me repliant
sur moi-même, je considérerai ce que moi,
de mon côté et pour ma part, je dois, avec
beaucoup de raison et de justice, offrir et
donner à sa divine Majesté : savoir, toutes
les choses qui sont à moi, et moi-même avec
elles. Faisant donc comme un ami qui offre à
son ami, je dirai d'un cœur vraiment touché :
Prenez, Seigneur, et recevez toute ma
- ,3 9 -
CONTEMPLATION
liberté, ma mémoire, mon entendement et ma
volonté entière, avec tout ce que j'ai et pos-
sède. Vous m'avez donné toutes ces choses,
Seigneur, je vous les rends ; elles sont entière-
ment à vous disposez-en selon toute l'éten-
;
due de votre volonté. Donnez-moi votre—
amour et votre grâce, car c'est assez pour moi.
Second point. Considérer comment Dieu
habite dans les créatures : dans les éléments,
leur donnant l'être ; dans les plantes, leur
donnant la végétation ; dans les animaux, leur
donnant le sentiment; dans les hommes, leur
donnant l'intelligence. Et il habite en moi de
ces diverses manières, me donnant l'être, la
vie, le sentiment et l'intelligence. De même il
fait de moi son temple, m'ayant créé à la
ressemblance et à l'image de sa divine Majesté.
— Ici également je réfléchirai sur moi-même,
de la manière qui a été dite au premier point,
ou d'une autre manière si le cœur m'en
suggère une meilleure. Et je ferai la même
chose dans chacun des points qui suivent.
.
— J40 —
DE L AMOUR
Troisième point. Considérer comment Dieu
opère et travaille pour moi dans toutes les
créatures qui sont en ce monde, c'est-à-dire
qu'il agit comme s'il travaillait ; dans les cieux,
les éléments, les plantes, les fruits, les trou-
peaux, etc., donnant l'être et le conservant,
donnant la végétation, le sentiment, etc. —
Ensuite me recueillir en moi-même.
Quatrième point. Considérer comment tous
les biens et tous les dons descendent d'en
haut ; par exemple, ma puissance limitée
descend de cette puissance suprême et infinie
qui est là-haut; et il en est ainsi de la justice,
de la bonté, de la pitié, de la miséricorde,
etc. C'est comme les rayons qui émanent du
soleil, comme les eaux qui découlent de la
source, etc. — Puis terminer, suivant ce qui
a été dit, en faisant des retours sur soi-même.
Finir par un colloque et réciter le Pater
noster.
— 141
TROIS MJ\mtT{ES DE PJ{1EJ{
[Première] : i° Sur tes Commandements.
La première manière de prier s'exerce sur
Jes dix commandements, sur les sept péchés
capitaux, sur les trois puissances de l'âme et
sur les cinq sens du corps.
Cette Manière de prier est moins une
forme et une manière de prier qu'un moyen
ou exercice par lequel l'âme se prépare et
s'aide, tant à profiter spirituellement qu'à
rendre la prière agréable à Dieu.
D'abord je ferai l'équivalent de la seconde
Addition de la deuxième Semaine; c'est-à-
dire qu'avant de me mettre à prier, étant assis
ou me promenant, selon que je trouverai plus
utile pour moi, je laisserai reposer un peu
mon esprit, considérant où je vais et pour-
quoi. — Et cette même Addition se pratiquera
au commencement de toutes les Manières de
prier.
Je ferai une oraison préparatoire, pour
— 142 —
PREMIERE MANIERE
demander à Dieu notre Seigneur la grâce de
pouvoir connaître en quoi manqué par rap-j'ai
port aux dix commandements et de même ;
j'implorerai grâce et secours pour m'amender
à l'avenir, demandant une parfaite intelligence
des préceptes, afin de toujours mieux les ob-
server à la plus grande gloire et louange de
sa divine Majesté.
Alors venant à la première manière de prier,
je considérerai et j'examinerai comment j'ai
observé le premier commandement, et en quoi
je m'y suis trouvé en faute ; prenant pour
mesure de l'examen le temps de réciter trois
Pater noster et trois Ave Maria; et si, dans
cet intervalle, je découvre des manquements,
j'en demanderai le pardon et la rémission, et
je dirai un Pater noster. Et je ferai de même
ensuite pour chacun des dix commandements.
Notes. — i° 11 faut remarquer que si l'on
arrive à un commandement dans lequel on n'ait
point l'habitude de manquer en rien, il n'est
pas nécessaire de s'y arrêter aussi longtemps ;
- 4 3-
.
PREMIERE MANIERE
mais selon que l'on se trouve plus ou moins
sujet à heurter contre un précepte, il faut plus
ou moins insister sur la considération et l'exa-
men de ce précepte. Et la même chose s'ob-
servera pour les péchés capitaux.
Après que j'aurai parcouru tous les com-
2°
mandements, m'accusant ainsi de mes péchés
et demandant grâce et secours pour l'avenir,
je terminerai par un colloque à Dieu notre
Seigneur, suivant la matière.
2° Sur les péchés capitaux.
Au sujet des sept péchés capitaux, après
l'Addition, je ferai l'oraison préparatoire
comme il a été dit ; puis, changeant seulement
la matière, qui est maintenant de péchés à
éviter au lieu de commandements à observer,
je suivrai le même ordre, avec la même règle
pour le temps, et je finirai par un colloque.
Afin de mieux connaître les fautes que
m'ont fait commettre ces vices, je considérerai
aussi leurs contraires, et dans le désir de les
éviter plus efficacement, je me proposerai et
— 144 —
DE PRIER
m'efforcerai, par de saints exercices, d'acqué-
rir et de posséder les sept vertus opposées.
3° Sur les puissances de Vâme.
A l'égard des trois puissances de l'âme,
faire encore l'Addition et l'oraison prépara-
toire, et suivre la même marche et la même
règle du temps ; puis finir par un colloque.
4° Sur les cinq sens du corps.
Sur les cinq sens du corps, l'ordre est tou-
jours le même ; il n'y a de changé que la ma-
tière.
"Note. — Celui qui veut imiter dans l'usage
de ses sensJ.-C. N.-S., se recommandera à sa
divine Majesté dans l'oraison préparatoire ;
et après avoir considéré chacun des sens, il
récitera Y Ave Maria ou le Pater noster. S'il se
propose d'imiter Notre-Dame dans l'usage des
sens, il se recommandera à elle dans l'oraison
préparatoire, pour qu'elle lui obtienne cette
grâce de son Fils et Seigneur, et après la con-
sidération de chaque sens, il dira VAve Maria,
- ,
4s -
EXERCICES. — 10.
MANIÈRES
Seconde manière de prier.
Elle consiste à contempler la signification
de chacune des paroles dont se compose une
prière vocale.
L'Addition qui a été donnée pour la pre-
mière manière, doit aussi s'observer dans la
seconde. L'oraison préparatoire se fera confor-
mément à la personne à qui s'adresse la prière.
Celui qui veut prier de la seconde manière,
étant à genoux ou assis, selon que le corps est
mieux disposé et que l'âme trouve plus de
dévotion, et tenant les yeux fermés ou arrêtés
sur un même endroit, sans les porter çà et là,
prononcera le mot Vater y
et il s'arrêtera sur
ce mot aussi longtemps qu'il trouvera des
significations, des comparaisons, du goût spi-
rituel etde la consolation à considérer tout ce
que renferme cette expression. Et il fera de
même sur chaque mot du Pater noster ou de
toute autre prière qu'il voudrait prendre pour
prier de cette manière.
— 146 —
DE PRIER
[Jl y a ici trois règles à observer,]
La première est qu'on restera ainsi à prier
l'espace d'une heure pour tout Je Pater noster,
et à la fin on récitera une fois Y Ave Maria,
le Credo, V Anima Christi et le Saîve T^egina de
bouche ou seulement de cceur, à la manière
ordinaire.
Seconde règle. Si celui qui contemple ainsi
le Pater noster trouve dans une seule parole
ou dans deux une matière abondante de
réflexion, de goût spirituel et de consolation,
il ne doit pas se mettre en peine de passer
outre, quand même l'heure s'écoulerait à
recueillir ce qu'il trouve. A la fin il dira le
reste du Pater noster à la manière accoutumée.
Troisième règle. Lorsqu'une ou deux paroles
du Pater noster ont suffi pour l'heure entière,
un autre jour qu'on voudra revenir à la même
prière, on récitera ce mot ou ces deux mots
— 147 ~
MANIERES
à la façon ordinaire, et arrivé à celui qui
vient immédiatement après, on commencera à
contempler de la manière qui a été dite dans
la seconde règle.
Observations.
La première est qu'après avoir achevé le
Pater noster en un jour ou en plusieurs, il faut
faire de même avec YJtve Maria, et ensuite
avec les autres prières, de sorte que pendant
quelque temps on s'exerce toujours sur l'une
d'elles.
La que la prière étant terminée,
seconde est
on s'adressera à la personne qui en était
l'objet, pour lui demander en peu de mots
les vertus et les grâces dont on sent un plus
grand besoin.
- .48
DE PRIER
Troisième manière de prier.
Elle est en forme de rythme.
L'Addition est la même que pour la pre-
mière et la seconde manière de prier.
L'oraison préparatoire est comme dans la
seconde.
La troisième manière consiste en ce qu'à
chaque respiration, il faut prier de cœur,
pendant que l'on prononce de bouche une
parole du Pater noster, ou de toute autre
prière qu'on récite. Ainsi l'on ne dit qu'une
seule parole entre une respiration et l'autre,
et dans l'instant qui s'écoule alors, on fait
principalement attention soit au sens du
mot, soit à la personne qui est l'objet de la
prière, soit à sa propre bassesse, soit encore
à la différence qui existe entre la haute
dignité de cette personne et l'extrême misère
de celle qui lui parle. Et l'on gardera la même
forme et la même règle pour toutes les paroles
du Pater noster; puis on récitera à la manière
— "49-
MANIERES DE PRIER
ordinaire les autres prières, savoir YAve Ma-
ria, Y Anima Christi, le Credo et le Salve
T{egina.
[Il y a ici deux règles à observer.]
La première est que, soit le jour suivant,
soit à une autre heure où l'on voudra prier de
la sorte, on dira YAve Maria suivant cette
forme mesurée, après quoi l'on récitera les
autresprières à la manière accoutumée, et
l'on procédera ainsi successivement pour
chacune d'elles.
"La seconde règle est que celui qui voudra
employer plus de temps à prier ainsi en me-
sure, pourra dire toutes les prières indiquées
ou quelques-unes d'elles, gardant la règle de
ne prononcer qu'une parole à chaque respira-
tion, comme il a été expliqué.
— i5o —
LES MYSTERES DE LA VIE
DE
JÉSUS-CHRIST NOTRE-SEIGNEUR
II faut noter que dans tous les Mystères
qui suivent, les paroles qu'on a renfermées
dans une parenthèse, sont toutes du texte
même de l'Evangile ; mais qu'il n'en est pas
ainsi des paroles qui sont en dehors; et dans
chaque Mystère on trouvera presque toujours
trois points pour les méditer et les contem-
pler avec une plus grande facilité.
DE L'ANNONCIATION
DE NOTRE-DAME
S. Luc, i, 26-38.
Premier point. L'Ange saint Gabriel, saluant
Notre-Dame, lui annonce qu'elle concevra
Jésus-Christ N.-S. (L'ange étant entré chez
— l5i —
MYSTERES
elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce...
Vous concevrez dans votre sein, et yous
enfanterez un Fils.)
Second point. L'Ange confirme ce qu'il avait
dit à Notre-Dame, en lui apprenant la con-
ception de saint Jean-Baptiste en ces termes :
(Et voici qu'Elisabeth, votre parente, a conçu
elle-même un fils dans sa vieillesse...)
Troisième point Notre-Dame répond à
l'Ange : (Voici la servante du Seigneur, qu'il
me soit fait selon votre parole.)
DE LA VISITE DE NOTRE-DAME
A ELISABETH
S. Luc, i, 39-56.
Premier point. Notre-Dame ayant visité
Elisabeth, saint Jean-Baptiste, qui était dans
le sein de sa mère, sentit la visite que faisait
Notre-Dame. (Et à peine Elisabeth eut-elle
entendu la salutation de Marie, que l'enfant
tressaillit dans son sein ; et Elisabeth fut rem-
plie du Saint-Esprit, et elle s'écria à haute
— î5* —
DU CHRIST
voix : Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et béni est le fruit de yos entrailles.)
Second point. Notre-Dame chante un can-
tique, disant : (Mon âme glorifie le Seigneur.)
Troisième point (Marie resta avec elle envi-
ron trois mois, et elle retourna dans sa mai-
son.)
DE LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST
NOTRE-SEIGNEUR
S. Luc, n, 1-14.
Premier point. Notre-Dame et son époux
Joseph vont de Nazareth à Bethléem pour
professer qu'ils sont soumis à César : (Joseph
monta de la Galilée à Bethléem, afin de se
faire inscrire avec Marie, son épouse, qui
était enceinte.)
Second point. (Elle mit au monde son Fils
premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha
dans une crèche.)
Troisième point. (Une troupe nombreuse de
- î53 —
MYSTERES
la milice céleste se joignit à l'Ange, louant
Dieu et disant : Gloire à Dieu au plus haut
des cieux.)
DES BERGERS
S. Luc, jj, 8-20.
"Premier point. La naissance de J.-C. N.-S.
est manifestée par l'Ange aux bergers (Je :
vous annonce une grande joie, parce qu'il vous
est né aujourd'hui un Sauveur.)
Second point. Les bergers vont à Bethléem.
(Ils vinrent en toute hâte, et ils trouvèrent
Marie et Joseph et l'Enfant placé dans une
crèche.)
Troisième point. (Les bergers s'en retour-
nèrent, glorifiant et louant Dieu.)
- .5 4
DU CHRIST
DE LA CIRCONCISION
S. Luc, II, 21 .
Premier point. Us circoncirent l'Enfant
Jésus.
Second point (On lui donna le nom de Jésus,
selon que l'avait nommé l'Ange, avant qu'il fût
conçu.)
Troisième point. Us rendirent l'Enfant à sa
Mère, laquelle compatissait à la vue du sang
qui coulait du corps de son Fils.
LES TROIS ROIS MAGES
S. Mat., ii, 1-12.
Premier point. Trois rois Mages suivant une
étoile qui les guidait, vinrent pour adorer
Jésus, disant : (Nous avons vu son étoile en
Orient, et nous sommes venus l'adorer.)
Second point. Us l'adorèrent et lui offrirent
des présents. (Et se prosternant, ils l'adorèrent;
puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en
présent, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.)
— i55 —
MYSTERES
Troisième point. (Ayant reçu une réponse en
songe de ne point retourner vers Hérode, ils
s'en revinrent dans leur pays par un autre
chemin.)
DE LA PURIFICATION DE N.-D.
et de la Présentation de V "Enfant Jésus.
S. Luc, n, 22-39.
Premier point. Us portèrent l'Enfant Jésus
au Temple, afin qu'il fût présenté au Seigneur
comme premier-né, et ils pour lui
offrirent
(une paire de tourterelles ou deux jeunes
colombes.)
Second point. Siméon étant venu dans le
Temple, (le prit dans ses bras, et bénit Dieu
en disant : Maintenant, Seigneur, vous laissez
aller votre serviteur en paix.)
Troisième point. Anne (étant survenue ren-
dait gloire au Seigneur, et parlait de lui à tous
ceux qui attendaient la Rédemption d'Israël.)
— i56 —
DU CHRIST
DE LA FUITE EN EGYPTE
S. Mat., h, i3-i8.
Premier point Hérode voulait tuer l'Enfant
Jésus; c'est pourquoi il fit égorger les Inno-
cents; mais avant leur massacre, un ange
avertitJoseph de fuir en Egypte (Levez- :
vous, prenez l'Enfant et sa Mère, et fuyez en
Egypte.)
Second point Joseph se mit en route vers
l'Egypte. (Se levant aussitôt de nuit, il se
retira en Egypte.)
Troisième point. (11 était là jusqu'à la mort
d'Hérode.)
- i5 7 -
MYSTERES
COMMENT J-C. N.-S. REVINT
DE L'EGYPTE
S. Mat., h, 19-23.
Premier point. L'Ange avertit Joseph de
retourner en Israël : (Levez-vous, prenez
l'Enfant et sa Mère, et allez dans la terre
d'Israël.)
Second point. (Et s'étant levé, il vint dans la
terre d'Israël.)
Troisième point. Parce que le fils d'Hérode,
Archelaiis, régnait en Judée, il se réfugia à
Nazareth.
DE LA VIE DE JÉSUS-CHRIST N.-S.
depuis Y âge de douze ans jusqu'à trente.
S. Luc, h, 5\-Si.
Premier point. 11 était obéissant à ses
parents.
Second point. (Il croissait en sagesse, en âge
et en grâce.)
— i58 —
DU CHRIST
Troisième point. 11 paraît avoir exercé la
profession de charpentier, puisque saint Marc
l'insinue, disant au chap. vi : (N'est-ce point
là le charpentier?)
DE LA VENUE DE J.-C. AU TEMPLE
à Tâge de douze ans.
S. Luc, n, 4i-5i.
Premier point. J.-C. N.-S., âgé de douze
ans, monta de Nazareth à Jérusalem.
Second point. J.-C. N.-S. resta à Jérusalem,
et ses parents ne s'en aperçurent pas.
Troisième point. Trois jours s'étant écoulés,
ils le trouvèrent dans le Temple, assis au
milieu des Docteurs et discutant avec eux, et
comme ses parents lui demandaient où il avait
été, il répondit : (Ne saviez-vous pas qu'il
faut que je sois aux choses de mon Père?)
- >5 9 -
MYSTERES
COMMENT JÉSUS-CHRIST
FUT BAPTISÉ
S. Mat., m, 1 3-i 7.
Premier point. Jésus-Christ Notre-Seigneur,
après avoir dit adieu à sa Mère bénie, Yint
de Nazareth à la rive du Jourdain où se trou-
vait saint Jean-Baptiste.
Second point. Saint Jean baptisa Jésus-Christ
Notre-Seigneur, et comme il voulait s'excuser
se jugeant indigne de le baptiser, Jésus-Christ
lui dit : (Laisse faire maintenant, car il con-
vient que nous accomplissions ainsi toute
justice.)
Troisième point. L'Esprit-Saint descendit, et
la voix du Père se fit entendre du ciel :
(Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai
mis mes complaisances.)
— 160 —
DU CHRIST
COMMENT J.-C. FUT TENTE
S. Luc, iv, 1-1 3. — S. Mat., iy, 1-11.
Premier point. Après qu'il eut été baptisé,
il se retira dans le désert, où il jeûna quarante
jours et quarante nuits.
Second point. Il fut tenté par l'ennemi à
trois reprises. (Le tentateur s'étant approché
lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, dites
que ces pierres deviennent des pains. — Jetez-
vous en bas. — Je vous donnerai toutes ces
choses, si, tombant à mes pieds, vous m'ado-
rez.)
Troisième point, (Les anges s'approchèrent
et ils le servaient.)
— 161 —
EXERCICES. — II,
MYSTERES
DE LA VOCATION DES APOTRES
Premier point. Saint Pierre et saint André
paraissent avoir été appelés par le Seigneur à
trois reprises : la première fois, à une certaine
connaissance, ainsi qu'on le voit dans S. Jean,
chap. i ; la seconde fois, à le suivre de quelque
manière, avec la pensée de retourner à la
possession des choses qu'ils avaient laissées,
comme le dit S. Luc, chap. v ; la troisième
fois, à suivre pour toujours J.-C. N.-S.
S. Mat., chap. iv, et S. Marc, chap. i.
Second point. 11 appela Philippe, comme on
le lit en saint Jean, ch. i, et Matthieu, selon
son propre récit, ch. ix.
Troisième point. 11 appela tous les autres
Apôtres dont la vocation particulière n'est
pas mentionnée dans l'Evangile.
Et il faut aussi considérer trois autres
choses :
La première, comment les Apôtres étaient
de condition rude et humble.
La seconde est la dignité à laquelle ils
furent si suavement appelés.
— 162 —
DU CHRIST
La troisième, les dons et les grâces par les-
quels ils furent élevés au-dessus de tous les
Pères du Nouveau et de l'Ancien Testament.
DU PREMIER MIRACLE
fait aux noces de Cana en Galilée.
S. Jean, 11, 1-1 1.
Premier point. J.-C. N.-S. fut invité à des
noces avec ses disciples.
Second point. La Mère indique au Fils que
le vin manque, disant : (Ils n'ont point de
vin); et elle commande à ceux qui servaient :
(Faites tout ce qu'il vous dira.)
Troisième point. 11 changea l'eau en vin. (Et
il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent
en lui.)
— i63 —
MYSTERES
COMMENT
J.-G. CHASSA DU TEMPLE
LES VENDEURS
S. Jean, ii, 13-17.
Premier [Link] un fouet fait de cordes,
il chassa du Temple tous ceux qui s'y livraient
au trafic.
Second point. 11 renversa les tables avec
l'argent des changeurs riches qui étaient dans
le Temple.
Troisième point. Aux pauvres qui vendaient
des colombes, il dit avec douceur : (Otez tout
cela d'ici, et ne faites point de la maison de
mon Père une maison de négoce.)
DU SERMON
que J.-C. 7V.-S. fit sur ta Montagne.
S. Mat., v.
Premier point. S'adressant séparément à ses
bien-aimés disciples, il leur parla des huit
Béatitudes : (Bienheureux les pauvres d'esprit;
— 164 —
DU CHRIST
ceux qui sont doux ; les miséricordieux ; ceux
qui pleurent ; ceux qui ont faim et soif de la
justice ; ceux qui ont le cceur pur; les pacifi-
ques ; et ceux qui souffrent persécution.)
Second point. 11 \zs exhorte à faire valoir
les talents qu'ils ont reçus (Que votre
:
lumière brille devant les hommes, afin qu'ils
voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient
votre Père qui est dans les cieux.)
Troisième point. 11 se montre, non le trans-
gresseur, mais le consommateur de la loi,
expliquant les préceptes qui défendent l'homi-
cide, la fornication, le parjure, et celui qui
ordonne d'aimer ses ennemis. (Moi je vous
dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux
qui vous haïssent.)
— i65 —
MYSTERES
COMMENT APAISA J.-C. N.-S.
UNE TEMPÊTE DE LA MER
S. Mat.,yiii, 23-27.
Premier point. Tandis que J.-C. N.-S.
dormait dans la barque, il s'éleva une violente
tempête.
Second point Les disciples effrayés l'é-
il les reprend de leur peu de
veillent, et foi :
(Que craignez-vous, hommes de peu de foi?
Troisième point 11 commanda aux vents et à
la mer de cesser, et aussitôt il se fit un grand
calme sur les eaux, ce qui excitait l'admira-
tion des hommes qui disaient : (Quel est
donc celui-ci à qui les vents et la mer
obéissent ?)
COMMENT J.-C. MARCHAIT
SUR LA MER
S. Mat., xiv, 22-33.
Premier point. J.-C. N.-S. était sur la mon-
tagne lorsqu'il ordonna à ses disciples de s'en
— 166 —
DU CHRIST
aller dans une petite barque. Quant à lui,
ayant congédié la foule, il se mit à prier seul.
Second point La petite barque était vio-
lemment agitée par les flots; Jésus vint à elle
en marchant sur l'eau, et les disciples le pre-
naient pour un fantôme.
Troisième point Le Seigneur leur ayant dit :
(C'est moi, ne craignez point), saint Pierre
sur son commandement vint à lui, marchant
sur les eaux, et ayant douté, il commença à
s'enfoncer; mais J.-C. N.-S. le délivra, et le
reprit de son peu de foi ; ensuite, comme il
entrait dans la nacelle, le vent cessa.
COMMENT LES APOTRES
REÇURENT LA MISSION
DE PRÊCHER
S. Mat., x, 1-16.
Premier point Jésus-Christ appelle ses
bien-aimés Disciples, et leur donne le pou-
voir de chasser les démons du corps des
hommes et celui de guérir toutes les infirmités.
-.6 7 -
MYSTERES
Second point. 11 les instruit sur la prudence
et la patience : (Voici que je vous envoie,
ainsi que des brebis au milieu des loups.
Soyez donc prudents comme des serpents et
simples comme des colombes.)
Troisième point. \\ leur trace la manière de
faire leurs courses apostoliques : Ne possé-
dez ni or ni argent. — Vous avez gratuite-
ment reçu, donnez gratuitement.) Et il leur
donna la matière de leurs prédications :
(Allez et prêchez, disant que le royaume des
Cieux est proche.)
LA CONVERSION DE MADELEINE
S. Luc, vu, 36-5o.
Premier point. Madeleine entre dans la salle
où J.-C. N.-S. est à table, dans la maison du
Pharisien ; elle portait un vase d'albâtre
rempli de parfum.
Second point. Se tenant derrière le Seigneur,
près de ses pieds, elle commença à les arroser
de larmes, puis z\\c les essuyait avec les che-
— 168 —
.
DU CHRIST
veux de sa tête et les baisait et les oignait de
parfum.
Troisième point. Comme le Pharisien accu-
sait Madeleine, J.-C. parle pour sa défense,
disant :(Beaucoup de péchés lui sont remis,
parce qu'elle a beaucoup aimé. Et il dit à
cette femme : Votre foi vous a sauvée ; allez
en paix.)
COMMENT J.-C. N.-S.
donna à manger à cinq mille hommes.
S. Mat., xiv, i 3-2 1
Premier point. Les disciples voyant qu'il se
faisait tard, prient J.-C. de congédier cette
multitude d'hommes qui étaient avec lui.
Second point. J.-C. N.-S. commanda qu'on
lui apportât des pains, et fit asseoir la foule
pour le repas. Puis il bénit ces pains, les rom-
pit et les donna aux disciples, et les disciples
à la multitude.
Troisième point. (Us mangèrent et furent
rassasiés, et l'on emporta douze corbeilles des
morceaux qui étaient restés.)
— 169 —
MYSTERES
DE LA TRANSFIGURATION
DE J.-C.
S. Mat., xyii, 1-9.
Premier point. J.-C. N.-S. ayant pris pour
compagnons ses bien-aimés disciples, Pierre,
Jacques et Jean, (il fut transfiguré devant eux ;
et son visage devint resplendissant comme le
soleil, et ses vêtements blancs comme la neige).
Second point. Il parlait avec Moïse et Elie.
Troisième point. Saint Pierre demandant à
faire trois tentes, une voix éclata du haut du
ciel et dit : (Celui-ci est mon Fils bien-
aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisan-
ces : écoutez-le.) Les disciples, ayant ouï
cette voix, furent saisis de crainte et tom-
bèrent la face contre terre. Alors J.-C. N.-S.
les toucha et leur dit : (Levez-vous et ne
craignez point. Ne dites à personne cette
vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme
ressuscite d'entre les morts.)
— 170 —
DU CHRIST
DE LA RÉSURRECTION DE LAZARE
S. Jean, xi, 1-45.
Premier point. Marthe et Marie font savoir
à J.-C. N.-S. la maladie de Lazare. Après
avoir reçu cette nouvelle, il resta encore deux
jours, afin que le miracle fût plus évident.
Second point. Avant .de le ressusciter, il
exige de l'une et de l'autre qu'elle croient, leur
disant : (Je suis la Résurrection et la Vie.
Celui qui croit en moi, lors même qu'il serait
mort, vivra.)
Troisième point. 11 le ressuscite, après avoir
pleuré et fait une prière ; et la manière de la
ressusciter fut en commandant : (Lazare, viens
dehors ï)
— 171 —
MYSTERES
DU SOUPER A BÉTHANIE
S. Mat., xxvi, 6-1 3.
Premier point. Le Seigneur soupe dans la
maison de Simon le lépreux, en compagnie de
Lazare.
Second point. Marie répand un parfum sur
la tête de Jésus-Christ.
Troisième point. Judas murmure en disant :
(Pourquoi perdre ainsi ce parfum?) Mais
J.-C. excuse pour la seconde fois Madeleine
en disant : (Pourquoi faire de la peine à cette
femme? Car elle a fait une bonne œuvre
envers moi.)
LE DIMANCHE DES RAMEAUX
S. Mat., xxi, 1-11.
Premier point. Le Seigneur envoie pour
qu'on amène l'ânesse et l'ânon, disant :
(Déliez-les et amenez-les moi, et si quelqu'un
vous dit quelque chose, répondez que le Sei-
gneur en a besoin; et aussitôt il les laissera
emmener.)
— '7 2 —
DU CHRIST
Second point 11 monte sur l'ânesse que les
Apôtres avaient couverte de leurs vêtements.
Troisième point. La foule sort pour le rece-
voir ; ils étendent sur la route leurs vêtements
et des branches d'arbres en disant : (Hosanna
au Fils de David ! Réni soit celui qui vient
au nom du Seigneur ! Hosanna dans les
hauteurs des ci eux 1)
DE LA PRÉDICATION
DANS LE TEMPLE
S. Luc, xix, 47-48.
Premier point. Il était chaque jour enseignant
dans le Temple.
Second point. La prédication finie, parce
qu'il n'y avait personne qui le reçût à Jérusa-
lem, il revenait à Béthanie.
-i 7 3-
MYSTERES
DE LA DERNIÈRE CÈNE
S. Mat., xxyi, 17-29. — S. Jean, xjii, i-3o.
Premier point. 11 mangea l'agneau pascal
avec ses douze disciples auxquels il prédit sa
mort : (En vérité, je vous le dis, l'un de vous
me trahira.)
Second point. Il lava les pieds à ses Dis-
ciples, même à Judas, en commençant par
saint Pierre, qui, considérant la majesté du
Seigneur et sa propre bassesse, ne voulait pas
y consentir et disait : (Seigneur, vous me
lavez les pieds !) Mais saint Pierre ne savait
pas que J.-C. donnait en cela un exemple
d'humilité. C'est pourquoi il leur dit : (Je
vous ai donné l'exemple, afin que, comme j'ai
fait à votre égard, ainsi yous fassiez vous-
mêmes.)
Troisième point. Il institua le Très Saint
Sacrifice de l'Eucharistie, pour être le très
grand signe de son amour, disant : (Prenez
et mangez.) La Cène finie, Judas sort pour
vendre J.-C. N.-S.
— '74 —
DU CHRIST
DES MYSTÈRES
opérés depuis la Cène jusqu'au jardin
inclusivement.
S. Mat., xxyi, 30-46. — S. Marc,
xiy, 26-42
Premier point. Le Seigneur ayant achevé la
Cène, et chantant l'hymne, partit pour le mont
des Olives avec ses Disciples remplis de
crainte ; et laissant huit d'entre eux à Gethsé-
mani, il leur dit : (Arrêtez-vous ici, tandis
que j'irai là pour prier.)
Second point. Ayant pris pour compagnons
saint Pierre, saint Jacques et saint Jean, il
pria son Père par trois fois, disant : (Mon
Père, s'il est possible, que ce calice passe loin
de moi, cependant qu'il n'en soit pas comme
je veux, mais comme vous voulez 1) Et étant
tombé en agonie, il prolongeait sa prière.
Troisième point. 11 en vint à une si grande
crainte, qu'il disait : (Mon âme est triste
jusqu'à la mort !) Et il sua du sang en telle
- 7 5- ,
MYSTERES
abondance que saint Luc dit : (Sa sueur
devint comme des gouttes de sang qui cou-
laient par terre); ce qui suppose que ses
vêtements étaient pleins de sang.
DES MYSTÈRES
opérés depuis le jardin
jusqu'à la maison d'Anne inclusivement.
S. Mat., xxvj, 47-58. — S. Luc, xxn, 47-54.
S. Marc, xiv, 43-53.
Premier point. Le Seigneur permit à Judas
de le baiser, et aux satellites de le saisir
comme un malfaiteur, et il leur dit : (Vous
êtes venus à moi comme à un voleur, avec des
épées et bâtons pour me prendre ; tous les
jours j'étais au milieu de yous, enseignant
dans Temple, et vous n'avez pas mis sur
le
moi la main.) Et lorsqu'il leur dit (Qui cher- :
chez-vous ?) ses ennemis tombèrent par terre.
Second peint. Saint Pierre blessa un valet du
grand Prêtre; mais le Seigneur plein de man-
suétude, dit au disciple : (Remettez votre
— 176 —
DU CHRIST
épée dans le fourreau.) Et il guérit la bles-
sure du valet.
Troisième point. Abandonné de ses dis-
ciples, il est traîné à la maison d'Anne, où
saint Pierre, qui le suivait de loin, le renie
une première fois, l^à le Christ reçoit un
soufflet d'un valet qui lui dit : (C'est ainsi
que tu réponds au grand prêtre?)
DES MYSTÈRES
opérés depuis la maison d'Anne
jusqu'à celle de Caïphe inclusivement.
S. Mat. xxyi, 5j-j5.
Premier point. Ils le traînent lié de la mai-
son d'Anne à celle de Caïphe, où saint Pierre
le renia deux fois, mais le Seigneur l'ayant
regardé, (il sortit dehors et pleura amèrement).
Second point. Jésus demeura lié toute cette
nuit-là.
Troisième point. De plus, ceux qui le
tenaient captif, se moquaient de lui, et ils le
frappaient et lui voilaient le Yisage, et ils lui
— J
77 —
SXBBCICES, — 12,
MYSTERES
donnaient des soufflets et ils lui demandaient :
(Prophétise-nous en devinant quel est celui
qui t'a frappé.) Et ils blasphémaient en d'au-
tres manières semblables contre lui.
DES MYSTÈRES
opérés depuis la maison de Caiphe
jusqu'à celle de Pilate inclusivement.
S. Mat., xxvij, i-î3. — S. Luc, xxui, 1-5.
S. Marc, xy, 1-14.
Premier point. Toute la multitude des Juifs
l'entraîne à la maison de Pilate, et l'accuse
devant lui en disant : (Nous avons trouvé cet
homme qui pervertissait notre nation et qui
défendait de payer le tribut à César.)
Second point. Après l'avoir examiné une
première et une seconde fois, Pilate dit :
(Je ne trouve en lui nulle cause de condam-
nation.)
Troisième point. On lui préfère Barabbas le
voleur. (Ils crièrent tous en disant : Ne déli-
vrez point celui-ci, mais Barabbas.)
— 178 —
DU CHRIST
DES MYSTÈRES
opérés depuis la maison de Pilate
jusqu'à celle d'Ttérode inclusivement.
[S. Luc, xxin, 6-12.]
"Premier point. Pilate, apprenant que Jésus
était Galiléen, l'envoya à Hérode, tétrarque
de la Galilée.
Second point. Hérode, curieux, l'interrogea
longuement, mais le Seigneur ne lui répon-
dit sur aucun point, quoique les scribes et les
prêtres ne cessassent de l'accuser.
Troisième point. Hérode avec sa cour le
méprisa et lui fit mettre une robe blanche.
DES MYSTÈRES
f
opérés depuis la maison d Hérode
jusqu'à celle de Pilate.
S. Mat., xxyii, 24-3o. — S. Luc, xxni, 12-23.
S. Marc, xy, 5-1 9. i — S. Jean, xix, 1-11.
Premier point. Hérode le renvoya à Pilate,
et pour ce motif ils devinrent amis, d'enne-
mis qu'ils étaient auparavant.
Second point. Pilate fit prendre et flageller
— '79 ~
MYSTERES
Jésus, et les soldats formèrent une couronne
avec des épines, et ils la lui mirent sur la
tête, et ils le revêtirent de pourpre, et ils
venaient à lui en disant : (Salut, roi des Juifs),
et ils lui donnaient des soufflets.
Troisième point Pilate l'amena dehors en
présence de tous. (Jésus sortit donc, portant
une couronne d'épines et un vêtement de
pourpre.) Et Pilate leur dit : (Voilà l'homme!)
Et à sa vue les pontifes criaient en disant :
(Crucifiez-le î crucifiez-le î)
DES MYSTÈRES
opérés depuis la maison de Pilate
jusqu'à la croix inclusivement.
S. Jean, xix, 16-22.
Premier point. Pilate, s'étant assis comme
juge, leur livra Jésus pour être crucifié, après
que les Juifs l'eurent renié pour leur roi,
en disant : (Nous n'avons pas d'autre roi que
César !)
Second point. 11 portait la croix sur ses
épaules, et comme les forces lui manquaient
— 180 —
DU CHRIST
pour ce fardeau, on contraignit Simon le
Cyrénéen de la porter derrière Jésus.
Troisième point Ils le crucifièrent au milieu
de deux voleurs, avec cette inscription :
(Jésus de Nazareth, roi des Juifs.)
DES MYSTÈRES
opérés sur la croix.
S. Jean, xjx, 23-3j.
Premier point. 11 prononça sept paroles sur
la croix : 11 pria pour ceux qui le cruci-
fiaient ; il accorda le pardon au larron ; il
recommanda Mère à saint Jean, et
sa saint
Jean à sa Mère; dit à haute voix il : (J'ai
soif !) et ils lui donnèrent du fiel et du
vinaigre; il dit qu'il était abandonné; il dit :
(Tout est consommé); il dit : (Mon Père, je
remets mon esprit entre yos mains !)
Second point. Le soleil fut obscurci, les
pierres se fendirent, les tombeaux s'ouvrirent,
le voile du Temple se divisa en deux parties
depuis le haut jusqu'en bas.
Troisième point. Us blasphèment contre lui
— 181 —
MYSTERES
en disant : (Allons, tei qui détruis le Temple
de Dieu, descends de la croix). Ses vête-
ments furent partagés, et son côté, percé
d'un coup de lance, donna de l'eau et du
sang.
DES MYSTÈRES
opérés depuis la croix
jusqu'au sépulcre inclusivement.
Ibidem, 38-42.
Premier point. 11 fut détaché de la croix
par Joseph et Nicodème, en présence de sa
Mère affligée.
Second point. Son corps fut porté au
sépulcre, oint et enseveli.
Troisième point. On y plaça des gardes.
— 182 —
DU CHRIST
DE LA RÉSURRECTION
DE J.-C. N.-S.
et de sa première apparition.
En premier lieu 11 apparut à la Vierge
Marie, car encore que l'Ecriture ne le dise
pas, elle le donne assez à entendre, puisqu'elle
dit qu'il apparut à tant d'autres personnes.
L'Ecriture suppose que nous avons du sens,
suivant cette parole : (Vous aussi, êtes-vous
sans intelligence?)
DE LA SECONDE APPARITION
S. Marc, xvi, i-i J.
Premier point De grand matin, Marie-
Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Marie
Salomé s'en vont au sépulcre, se disant :
(Qui nous ôtera la pierre de l'entrée du
monument ?)
— i83 —
MYSTERES
Second point Elles voient la pierre enlevée
et l'Ange qui leur dit : (Vous cherchez
Jésus de Nazareth; il est ressuscité, il n'est
pas ici.)
Troisième point. 11 apparut à Marie [Made-
leine] qui était restée près du sépulcre, après
que les autres s'en furent allées.
DE LA TROISIÈME APPARITION
S. Mat., xxvni, 8-10.
Premier point. Les trois Maries sortent du
monument avec beaucoup de crainte et de
joie, voulant annoncer aux disciples la résur-
rection du Seigneur.
Second point. J.-C. N.-S. leur apparut sur
la route et leur dit : (Je vous salue.) Elles
s'approchèrent et, se prosternant à ses pieds,
elles l'adorèrent.
Troisième point. Jésus leur dit : (Ne crai-
gnez point, allez annoncer à mes frères
qu'ils aillent en Galilée; c'est là qu'ils me ver-
ront.)
— J84 —
DU CHRIST
DE LA QUATRIÈME APPARITION
S. LUC, XXJY, 12.
Premier point. Saint Pierre, ayant ouï dire
par les saintes femmes que Jésus-Christ était
ressuscité, alla promptement au sépulcre.
Second point Etant entré dans le monument,
il vit seulement les linges dont fut couvert le
corps de J.-C. N.-S. et rien autre chose.
Troisième point. Tandis que saint Pierre
réfléchissait là-dessus, Jésus-Christ lui appa-
rut; c'est pourquoi les Apôtres disaient : (Le
Seigneur est vraiment ressuscité, et il est
apparu à Simon.)
85 —
MYSTIRB6
DE LA CINQUIEME APPARITION
S. Luc, xxiv, ] 3-35.
Premier point. 11 apparut aux disciples qui
allaient à Emmaiis, s'entretenant deJ.-C.
Second point. 11 leur fait des reproches, leur
montrant par les Ecritures que le Christ
devait mourir et ressusciter : (O hommes pri-
vés de sens et tardifs à croire tout ce qu'ont
dit les Prophètes 1 Ne fallait-il pas que le
Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi
dans sa gloire?)
Troisième point. A leur prière, il s'arrêta là,
et il fut avec eux jusqu'à ce que, leur ayant
donné la Communion, il disparut. Alors s'en
retournant [à Jérusalem], ils annoncèrent aux
disciples comment ils l'avaient reconnu dans
la Communion.
— 186 —
DU CHRIST
DE LA SIXIÈME APPARITION
S. Jean, xx, 19-23.
Premier point Les disciples étaient assem-
blés par la crainte des- Juifs, à l'exception de
saint Thomas.
Second point. Jésus leur apparut, lorsque les
portes étaient fermées; et se tenant au milieu
d'eux, il dit : (La paix soit avec vous.)
Troisième point. 11 leur donne l'Esprit-Saint
en disant : (Recevez le Saint-Esprit ; à ceux
dont vous remettrez les péchés, ils leur seront
remis.)
DE LA SEPTIÈME APPARITION
S. Jean, xx, 24-29.
Premier point. Saint Thomas, incrédule
parce qu'il était absent lors de l'apparition
précédente, dit : (Si je ne vois pas, je ne
croirai point.)
— 187 —
MYSTERES
Second point. Huit jours après, Jésus leur
apparaît, Jes portes étant fermées, et dit à
saint Thomas : (Mettez votre doigt ici, et
voyez... et ne soyez point incrédule, mais
fidèle.)
Troisième point Saint Thomas crut en disant :
(Mon Seigneur et mon Dieu!) Jésus-Christ
lui dit : (Bienheureux ceux qui n'ont pas vu,
et qui ont cru.)
DE LA HUITIÈME APPARITION
S. Jean, xxi, 1-17.
Premier point. Jésus apparaît à sept de ses
disciples qui étaient à la pèche; ils n'avaient
rien pris durant toute la nuit; mais ayant
jeté le filet d'après son commandement, (ils
ne pouvaient plus le tirer, à cause de la
multitude des poissons).
Second point. A ce miracle, saint Jean le
reconnut et dit à saint Pierre : (C'est le Sei-
gneur!) Celui-ci se jeta dans la mer et vint à
Jésus-Christ.
— 188 —
DU CHRIST
Troisième point. 11 leur donna à manger du
poisson rôti et un rayon de miel. Puis il con-
fia ses brebis à saint Pierre ; après l'avoir exa-
miné par trois fois sur la charité, il lui dit :
(Paissez mes brebis.)
DE LA NEUVIEME APPARITION
S. Mat., xxviii, 16-20.
Premier point. Les disciples, par Tordre du
Seigneur, se rendent sur le mont Thabor.
Second point. Jésus-Christ leur apparaît et
leur dit : (Toute puissance m'a été donnée
au ciel et sur la terre.)
Troisième point. 11 les envoya partout l'uni-
vers pour prêcher, leur disant : (Allez, ensei-
gnez toutes les nations, les baptisant au nom
du Père, du Fils et du Saint-Esprit.)
— 189 —
MYSTERES
DE LA DIXIÈME APPARITION
r
l ' Epît. aux Corinth., ch. xy, 6.
(Ensuite il fut vu par plus de cinq cents
frères à la fois).
DE LA ONZIÈME APPARITION
1 Cor., xy, 7.
(Ensuite il se fit voir à saint Jacques.)
DE LA DOUZIÈME APPARITION
11 apparut à Joseph d'Arimathie, comme il
est pieux de le méditer, et comme on peut le
lire dans la Vie des Saints.
— 190
DU CHRIST
DE LA TREIZIÈME APPARITION
] Cor., xv, 8.
Il apparut à saint Paul après l'Ascension.
(En dernier lieu il se fit voir à moi, comme
à un avorton.)
]] apparut aussi en âme aux saints Pères
des Limbes, et après qu'il les en eut tirés, et
qu'il eut repris son corps, il apparut bien des
fois à ses disciples, et il conversait avec eux.
DE L'ASCENSION DE J.-C. N.-S.
Actes, i, 1-11.
Premier point Après s'être fait voir à ses
Apôtres pendant quarante jours, multipliant
les preuves et les miracles, et parlant du
royaume de Dieu, il leur commanda d'attendre
à Jérusalem l'Esprit-Saint qu'il avait promis.
— 191 —
MYSTERES DU CHRIST
Second point. 11 les conduisit au mont des
Olives, et en leur présence il s'éleva, et une
nuée le déroba à leurs yeux.
Troisième point. Tandis qu'ils regardent le
ciel, les Anges leur disent : (Hommes de
Galilée, pourquoi restez-vous les yeux fixés
vers le ciel ? Ce Jésus qui s'est élevé du milieu
de vous au ciel, viendra un jour tel que vous
l'y avez vu monter.)
— 192
REGLES
pour sentir et connaître en quelque manière
tes divers, mouvements
qui sont excités dans Vâme :
les bons y afin qu'on les admette;
les mauvais, afin qu'on les rejette.
Ces Règles conviennent davantage pour ta
Première Semaine.
Première règle. A ceux qui vont de péché
mortel en péché mortel, l'ennemi a coutume
pour l'ordinaire de proposer des délices
apparentes, en faisant qu'ils imaginent des
délectations et des voluptés sensuelles ; et son
intention est de les retenir ainsi et de les
enfoncer de plus en plus dans leurs vices et
dans leurs péchés. Envers ces sortes de per-
sonnes, le bon esprit suit une marche con-
traire; il pique leur conscience par le remords
et par les reproches de la raison.
- 9 3-.
EXIRCICIS. — 13.
DISCERNEMENT
Seconde règle. Dans ceux qui se sont mis
avec ardeur à se purifier de leurs péchés, et à
servir Dieu notre Seigneur en s' élevant du
bien au mieux, la manière dont agissent les
esprits est opposée à celle que trace la pre-
mière règle. Car alors c'est le propre du mau-
vais esprit de mordre, d'inspirer la tristesse,
d'opposer des obstacles, inquiétant Fâme par
de fausses raisons, pour l'empêcher d'aller en
avant. Au contraire, le propre du bon esprit
est de donner du courage et des forces, des
consolations, des larmes, des lumières et du
calme, rendant tout facile et écartant tous les
obstacles, afin qu'on avance dans le bien que
l'on fait.
Troisième règle. "De la consolation spirituelle.
J'appelle consolation le mouvement intérieur
qui se produit dans une âme, quand elle vient
à s'enflammer d'amour pour son Créateur et
Seigneur, et conséquemment à ne pouvoir
plus aimer sur la terre aucune créature en
elle-même, mais seulement dans le Créateur
— 194 —
DES ESPRITS
de toutes choses. —
De même encore,
quand on répand des larmes qui portent à
l'amour du Seigneur, soit qu'elles naissent de
la douleur de nos péchés ou du souvenir de la
Passion de Jésus-Christ N.-S., ou de toute
autre cause directement ordonnée à son service
et à sa gloire. — Enfin j'appelle consolation
tout accroissement d'espérance, de foi et de
charité, et toute allégresse intérieure qui
appelle et attire l'âme vers les choses du ciel
et de son propre salut, la rendant calme et la
pacifiant dans son Créateur et Seigneur.
Quatrième règle. De la désolation spirituelle.
J'appelle désolation tout ce qui est contraire
aux effets marqués dans la troisième règle,
comme l'obscurcissement de l'âme, le trouble
intérieur, l'impulsion vers les choses basses et
terrestres, l'inquiétude causée par les diverses
agitations et tentations, et qui porte à la
défiance ; sans espérance, sans amour, l'âme
se trouve paresseuse, tiède, attristée, et
comme séparée de son Créateur et Seigneur.
-» 9 5_
DISCERNEMENT
Car de même que la consolation est opposée
à la désolation, ainsi les pensées qui naissent
de l'une sont en opposition avec celles qui
naissent de l'autre.
Cinquième règle. Au
temps de la désola-
tion, il ne faut jamais faire aucun changement,
mais se tenir ferme et constant dans ses réso-
lutions et dans la détermination où l'on était,
soit au jour qui a précédé cette désolation,
soit pendant qu'on jouissait de la consolation.
La raison en est que comme dans la consola-
tion c'est plutôt le bon esprit qui nous guide
et qui nous dirige par son conseil, ainsi dans
la désolation c'est le mauvais esprit, dont les
conseils ne peuvent nous mener à rien de
bon.
— 196
DES ESPRITS
Sixième règle. Encore que dans la désola-
tion on ne doive rien changer aux résolutions
prises antécédemment, néanmoins il est très
avantageux de se changer soi-même avec cou-
rage, de manière à prendre l'offensive contre
la désolation elle-même ; par exemple, en
s'adonnant davantage à la prière et à la médi-
beaucoup de soin,
tation, en s'examinant avec
en ajoutant quelque exercice convenable de
pénitence.
Septième règle. Celui qui est dans la désola-
tion doit considérer comment le Seigneur
pour l'éprouver l'a laissé à ses puissances natu-
relles, afin qu'il résiste aux diverses agita-
tions et tentations de l'ennemi ; car il le peut
avec Je secours divin, qui lui reste toujours,
quoiqu'il ne le sente pas ouvertement ;
parce
que, si Dieu lui a soustrait cette faveur spéciale,
ce grand sentiment de son amour, et cette
intensité de la grâce sensible, il lui conserve
néanmoins la grâce qui suffit au salut éternel.
— 197
—
DISCERNEMENT
Huitième règle. Quand on est sous le poids
de la désolation, il faut travailler à rester
ferme dans la patience ; car c'est la vertu à
opposer aux vexations présentes. 11 faut aussi
penser que la consolation ne tardera point à
venir, si l'on emploie les moyens prescrits
dans la sixième règle contre la désolation.
Neuvième règle. 11 y a trois causes princi-
pales pour lesquelles nous nous trouvons dans
la désolation. La première est que nous som-
mes tièdes et paresseux, ou négligents dans
nos exercices spirituels, et ainsi ce sont nos
propres fautes qui éloignent de nous la conso-
lation spirituelle.
La seconde cause est que Dieu Yeut nous
éprouver pour voir combien nous valons, et
jusqu'où nous irons dans son service et pour
sa gloire, sans un tel salaire de consolations
et de grâces extraordinaires.
La troisième cause est qu'il veut nous don-
ner cette vraie connaissance et cette conviction
— 198 —
DES ESPRITS
par laquelle nous sentions intimement qu'il ne
dépend pas de nous d'acquérir ou de retenir
la ferveur de la dévotion, la véhémence de
l'amour, les larmes, ni aucune consolation spi-
rituelle, mais que tout cela est un don et une
grâce de Dieu N. S. ; et il veut par là nous
ôter la prétention de placer, pour ainsi dire,
notre nid dans une maison qui n'est point à
nous, laissant aller notre esprit à quelque pen-
sée d'orgueil ou de vaine gloire ; et nous
attribuant à nous-mêmes la dévotion et les
autres parties de la consolation spirituelle.
Dixième règle. Celui qui est dans la conso-
lation, doit penser comment il se comportera
dans la désolation qui surviendra plus tard,
prenant de nouvelles forces pour ce temps-
là.
Onzième règle. Quand on éprouve la conso-
lation, il faut mettre tous ses soins à s'humi-
milier et à se rabaisser autant qu'on en est
capable, en pensant combien peu l'on vaut au
— «99 —
DISCERNEMENT
temps de la désolation, dès qu'on n'a plus cet
appui sensible de la grâce. Au contraire, si
l'on est en proie à la désolation, il faut pen-
ser que l'on peut beaucoup, avec la grâce qui
suffit pour résister à tous les ennemis, prenant
des forces en son Créateur et Seigneur.
Douzième règle. Notre ennemi peut être
comparé à une [méchante] femme, tant par la
faiblesse à laquelle il est forcément réduit,
que par le furieux désir de nuire. Car une
femme, lorsqu'elle est en rixe avec un homme,
a cela de propre qu'elle perd courage et prend
la fuite quand l'homme luimontre un visage
assuré. Au contraire si l'homme commence à
fuir en perdant courage, la colère, la ven-
geance et l'audace de cette femme croissent
et dépassent toute mesure. Ainsi, le propre
de l'ennemi du salut est de sentir ses forces
et son courage lui échapper (et toutes ses
tentations s'enfuient avec lui), lorsque celui
qui s'exerce aux choses spirituelles oppose
un visage intrépide à ses attaques, en faisant
— a ôo —
DES ESPRITS
diamétralement le contraire de ce qu'il sug-
gè[Link] si l'on commence à craindre et à
manquer d'assurance dans le support des ten-
tations, il n'est pas sur la terre de bête féroce
comparable à l'ennemi de la nature humaine,
qui poursuit alors son dessein pervers avec le
dernier acharnement.
Treizième règle. On peut aussi le comparer
à un séducteur, en ce qu'il veut le secret, et
craint d'être découvert. Car de même que le
séducteur qui, par des discours trompeurs, a
l'intention d'attirer au mal la fille d'un bon
père ou l'épouse d'un bon mari, veut que ses
paroles et ses insinuations soient tenues secrè-
tes, et qu'au contraire c'est pour lui un
extrême déplaisir lorsque cette filledécouvre
à son père, et cette femme à son mari, ses
propos fallacieux et sa tendance coupable,
parce qu'il comprend bien que c'en est fait
alorsde son entreprise; de même l'ennemi
de la nature humaine, quand il suggère à
l'âme juste ses frauduleux conseils, Yeut et
201
DtSCERNEMÈNT
désire qu'elle les garde dans le secret ; mais
il éprouve un grand déplaisir lorsqu'elle les
découvre à son bon confesseur, ou à quelque
autre personne spirituelle qui soit au fait de
ses ruses et de ses malices, parce qu'il sent
bien qu'une fois sa fourberie dévoilée, il ne
pourra plus mener à terme son méchant
dessein.
Quatorzième règle. L'ennemi se comporte
encore à l'égard de notre âme comme un
chef de brigands pour vaincre et faire son
[Link] de même que ce capitaine, après
avoir assis soncamp près de la forteresse, en
examine les défenses et la position pour l'at-
quer ensuite par le côté le plus faible ; ainsi
l'ennemi de la nature humaine, rôdant autour
de nous, explore en tous sens toutes nos ver-
tus théologales, cardinales et morales, et à
l'endroit où il nous a trouvés plus faibles et
plus dépourvus de ressources pour notre salut
éternel, c'est là qu'il donne l'assaut et cher-
che à nous prendre.
— 202 —
DES ESPRITS
REGLES
pour obtenir le même effet
avec un plus grand discernement des esprits;
elles conviennent davantage
pour la Seconde Semaine.
Première règle. C'est le propre de Dieu et
de ses anges, dans les mouvements qu'ils
excitent, de donner la véritable allégresse et
la joie spirituelle, bannissant toute tristesse et
trouble suggéré par l'ennemi. Au contraire le
propre de celui-ci est de faire la guerre à
cette sorte de joie et à la consolation spiri-
rituelle, en apportant des raisons apparentes,
des subtilités et des tromperies sans fin.
Seconde règle. 11 appartient à Dieu N. S.
seul de donner à une âme la consolation, sans
— 203 —
DISCERNEMENT
qu'une cause ait précédé; parce que c'est le
propre du Créateur d'entrer dans sa créature,
d'en sortir, de produire un mouvement au fond
de l'âme, l'attirant toute à l'amour de sa di-
vine Majesté. — Je dis sans cause précé-
dente, c'est-à-dire sans que l'esprit et les sens
aient été frappés d'aucun objet par lequel
une telle consolation aurait pu arriver à l'âme,
au moyen des actes de son entendement et
de sa volonté.
Troisième règle. Si une cause a précédé la
consolation, celle-ci peut venir également du
bon et du mauvais ange, mais pour des fins
contraires : le bon ange a toujours en vue que
l'âme profite, qu'elle croisse et qu'elle s'élève
du bien au mieux; le mauvais ange la pousse
dans une voie opposée, pour l'entraîner ensuite
à tout ce que médite sa perversité et sa malice.
Quatrième règle. C'est le propre du mauvais
ange, qui se transfigure en ange de lumière,
d'entrer avec l'âme dévote et de la faire sortir
— 204 —
DES ESPRITS
avec lui-même ; c'est-à-dire qu'il suggère
d'abord des pensées bonnes et saintes, confor-
mément aux dispositions de cette âme juste ;
et puis il tâche peu à peu de parvenir à sa fin,
en l'attirant dans ses pièges occultes et à ses
desseins pervers.
Cinquième règle. 11 faut examiner avec
grande attention le cours des pensées succes-
sives ; et si tout y est bon, le commence-
ment, Je milieu et la fin, tendant au bien
sous tous les rapports, c'est le signe du bon
ange. Mais si dans la suite des pensées qu'on
lui suggère, l'âme finit par rencontrer quelque
chose qui est mal ou qui la distrait du bien,
ou qui est moins bon que ce qu'elle s'était
proposé d'abord, ou encore quelque chose
qui l'affaiblit, ou la rend inquiète, ou la trou-
ble lui ôtant sa paix, son calme, le repos dont
elle jouissait, c'est un signe manifeste que de
telles pensées procèdent du mauvais esprit,
l'ennemi de notre profit et de notre salut éter-
nel.
ao5
DISCERNEMENT
Sixième règle. Quand l'ennemi de la nature
humaine a été surpris et reconnu à sa queue
de serpent, c'est-à-dire à la fin mauvaise où il
conduisait, la personne tentée par lui de la
sorte trouvera de l'avantage à reporter son
attention sur le cours des bonnes pensées
qu'il a suggérées, pour voir quel en a été le
principe, et comment peu à peu il est parvenu
à la faire déchoir de cette suavité et de cette
joie spirituelle dont elle jouissait, jusqu'à ce
qu'il pût l'amener au point où tendait sa
malice, pour qu'à l'avenir, profitant de cette
connaissance expérimentale, elle sache se
garder de ses pièges habituels.
Septième règle. Dans ceux qui avancent du
bien au mieux, le bon ange touche l'âme dou-
cement, légèrement et avec suavité ; c'est
comme une goutte d'eau qui entre dans une
éponge. Au contraire le mauvais ange la
touche durement, avec bruit et secousse,
comme lorsque la goutte d'eau tombe sur une
pierre. Mais dans ceux qui vont du mal au
— 206 —
»ES ESPRITS
pire, les mêmes esprits se font sentir d'une
manière opposée. La cause en est dans la dis-
position de l'âme qui se trouve leur être con-
traire ou semblable ; quand elle est contraire,
ils entrent bruyamment et avec sensation, de
sorte qu'on peut s'en. apercevoir facilement;
quand elle est semblable, ils entrent avec silence
comme dans une maison qui leur appartient et
dont la porte leur est ouverte.
Huitième règle. Lorsque la consolation a lieu
sans une cause qui a précédé, encore qu'elle
soit à l'abri de l'illusion, puisqu'elle ne pro-
cède que de Dieu seul, comme il a été dit;
néanmoins la personne spirituelle à qui N. S.
l'accorde, doit avec beaucoup de vigilance et
d'attention considérer et discerner le temps
propre de cette consolation actuelle, du temps
qui la suit,où l'âme encore fervente continue
de la consola-
à sentir la faveur et les restes
tion déjà passée. Car souvent dans ce second
temps, la personne en question, s'appuyant
sur ses propres habitudes ou sur ses concep-
207
DISCERNEMENT DE» ESPRITS
tions et ses jugements pour raisonner par elle-
même, 11 peut arriver que, soit le bon ange,
soit aussi le mauvais, concoure à lui faire
prendre des déterminations et former des
desseins qui ne viennent pas immédiatement
de Dieu notre Seigneur. C'est pourquoi il
est nécessaire de les discuter avec beaucoup
de soin, avant de leur donner un plein assen-
timent et de les mettre à exécution.
208 —
Dans le ministère de ta distribution des aumônes
on doit observer les 7{ègles suivantes.
Première règle. Si je fais la distribution à
des parents, ou à des amis, ou à des personnes
que j'affectionne, je dois considérer quatre
choses, dont il a été fait mention en partie
dans la matière de l'Élection. — La pre-
mière est que l'amour qui me porte à donner
l'aumône descende d'en haut [et procède] de
l'amour que j'ai pour Dieu notre Seigneur.
C'est pourquoi me faut sentir d'abord en
il
moi que mon affection plus ou moins grande
pour ces personnes est en vue de Dieu, en
sorte que, dans le motif qui me les fait aimer,
Dieu apparaisse clairement.
Seconde règle. Me proposer à l'esprit un
homme que je n'aurais jamais vu ni connu, et
dans la supposition que je lui souhaite toute
la perfection possible à remplir ce ministère
— 209 —
EXERCICES. — 14.
DISTRIBUTION
de l'aumône qui lui est confié, examiner la
conduite que je voudrais lui voir garder pour
la plus grande gloire de Dieu notre Seigneur
et le plus grand bien de son âme. C'est ce que
je ferai moi-même, ni plus, ni moins, obser-
vant la règle et la mesure que je voudrais sug-
gérer à un autre, et que je juge la meilleure
pour lui.
Troisième règle. Me voir comme si j'étais à
l'article de la mort, et de là examiner la forme
et la mesure que je voudrais avoir gardées
dans cet office de mon administration; et me
réglant d'après cela, je ferai ma distribution
selon cette forme et cette mesure.
Quatrième règle. Considérer en quelle situa-
tion d'âme je me trouverai au jour du juge-
ment, et bien penser à ce que je désirerai
alors avoir fait pour m'acquitter de l'office et
de la charge que m'impose actuellement ce
ministère. La règle que je souhaiterai un jour
avoir suivie, je dois la suivre à l'heure pré-
sente.
— 210 —
DES AUMONES
Cinquième règle. Lorsqu'on se sent incliné
par son affection pour les personnes à qui l'on
veut distribuer ses aumônes, il faut se contenir
pour bien ruminer les quatre règles précé-
dentes, à l'aide desquelles on examinera et on
éprouvera cette affection ; et il ne faut point
faire sa distribution jusqu'à ce que, confor-
mément à ce qu'elles prescrivent, on ait
entièrement éloigné et rejeté l'affection déré-
glée.
Sixième règle. Quoiqu'il n'y ait aucune faute
à accepter les biens de Dieu notre Seigneur
pour en donner aux pauvres leur part, quand
on a été appelé par lui à ce ministère, cepen-
dant, lorsqu'il s'agit de déterminer la quantité
qu'il faut prendre et s'appliquer à soi-même,
dans les biens qu'on a aussi reçus pour donner
à d'autres, on peut avec raison craindre d'ex-
céder et de manquer ainsi à son devoir; c'est
pourquoi l'on peut recourir aux règles précé-
dentes, afin de se réformer dans sa vie et
dans son état.
— 211 —
DISTRIBUTION DES AUMONES
Septième règle. Pour Jcs raisons déjà expo-
sées et pour plusieurs autres, il est toujours
meilleur et plus sûr de se restreindre autant
que possible, et de diminuer la part qu'on
donne à sa propre personne et à l'état de sa
maison car plus on se restreint et l'on dimi-
;
nue ainsi, plus on imite de près le souverain
Prêtre, notre Modèle et notre Règle, lequel
est J.-C. N.-S. Et c'est selon cette doctrine
que le troisième concile de Carthage (auquel
assista saint Augustin) décrète et recommande
que l'ameublement d'un évêque soit modeste et
pauvre. — Le même principe doit s'appliquer
à tous les états de vie, en tenant compte de la
condition et de la position de chacun, et en
gardant la proportion convenable. Ainsi, dans
le mariage nous avons l'exemple de saint
joachim et de sainte Anne qui, faisant trois
parts de leur avoir, donnaient la première
aux pauvres, la seconde au ministère et au
service du Temple, et prenaient la troisième
pour leur entretien et celui de leur famille.
— 212 —
Pour sentir et discerner les scrupules
et les fausses persuasions de notre ennemi
les Notes suivantes nous aideront.
Première note. On "donne vulgairement le
nom de scrupule à une chose qui procède de
notre propre jugement et liberté, savoir, quand
je prononce librement moi-même que tel acte
est péché, quoiqu'il ne le soit pas : par
exemple, s'il arrive à quelqu'un de mettre le
pied sur deux pailles en croix, et qu'il pro-
nonce par son propre jugement qu'il a péché.
Or, c'est là proprement un jugement erroné,
et non un vrai scrupule.
Seconde note. Après avoir marché sur cette
croix ou bien après avoir pensé, ou dit, ou fait
quelque autre chose, il me vient du dehors la
pensée que j'ai péché, et d'autre part il me
semble à moi que je n'ai pas péché; et tou-
tefois je sens un trouble à ce sujet, c'est-à-
— 2l3 —
DES SCRUPULES
dire en tant que je doute et en tant que je ne
doute pas : proprement le scrupule,
c'est là
et une tentation dont l'ennemi est l'auteur en
moi.
Troisième note. Le premier scrupule signalé
dans la première note doit être grandement
abhorré, parce qu'il est tout erreur. Mais le
second, décrit dans la deuxième note, n'est pas
d'un médiocre profit, durant quelque espace
de temps, à l'âme qui s'adonne aux Exercices
spirituels ; il sert même beaucoup à lui faire
acquérir une parfaite pureté de cceur, la tenant
bien loin de toute apparence de péché, selon
cette parole de saint Grégoire : C'est le propre
des bonnes âmes de découvrir une faute là
où il n'y en a pas.
Quatrième note. L'ennemi observe beaucoup
si une personne a la conscience large ou
resserrée. S'il la trouve étroite, il s'applique
à la resserrer encore jusqu'à l'extrême, afin
de pouvoir plus aisément la troubler et la
— 214 —
DES SCRUPULES
mettre en déroute ; par exemple, s'il voit
qu'une âme, non seulement ne consent à aucun
péché, ni mortel, ni véniel, mais qu'elle ne
peut souffrir l'ombre même d'une faute déli-
bérée ; alors, comme il tenterait vainement de
lui faire admettre rien qui eût l'apparence du
mal, l'ennemi tâche d'obtenir qu'elle-même se
figure qu'il y a péché là où il n'y en a point,
comme dans quelque parole ou pensée qui ne
mérite aucune attention. Au contraire, l'enne-
mi a-t-il affaire à une conscience large? Alors
il s'attache à l'élargir encore ; par exemple, si
d'abord elle ne comptait pour rien les péchés
véniels, il fera en sorte qu'elle ne s'effraie
plus même des péchés mortels ; et si elle en
avait encore quelque souci, il tâchera de la
faire arriver à s'en inquiéter beaucoup moins,
ou même ne plus s'en inquiéter du tout.
Cinquième note. L'âme qui désire faire des
progrès dans la vie spirituelle, doit toujours
opérer d'une manière opposée à celle de
l'ennemi. Si donc il tente de lui élargir la
— 2l5 —
DES SCRUPULES
conscience, elle doit s'appliquer à la resserrer,
et si l'ennemi prend à tâche de la lui rétrécir,
pour la pousser à bout, elle doit prendre à
tâche de s'établir solidement dans un milieu
qui lui assure un plein repos.
Sixième note. Lorsqu'une âme de bonne
volonté désire faire ou dire quelque chose qui
n'est pas contre l'esprit de l'Eglise ou le sen-
timent de nos Pères, et qui peut se rapporter
à la gloire de Dieu notre Seigneur, s'il lui
vient du dehors la pensée ou la tentation de
ne pas dire ou faire cette chose, sous le pré-
texte apparent qu'elle s'exposerait à la vaine
gloire ou à quelque autre mal, etc., alors
elle doit élever sa pensée vers son Créateur et
Seigneur; et si elle voit que la chose est du
service qu'elle lui doit, ou du moins ne lui
est pas contraire, il faut qu'elle fasse diamé-
tralement l'opposé de ce que suggère cette
tentation, répondant à l'ennemi avec saint
Bernard : « Ce n'est pas pour toi que j'ai
commencé, je ne cesserai pas non plus pour
toi. »
— 216 —
[RÈGLES D'ORTHODOXIE]
Pour avoir des sentiments conformes à ta vérité,
comme c'est notre devoir, dans l'Eglise militante,
il faut observer les T^ègles suivantes.
Première règle. Après avoir déposé tout
jugement propre, nous devons tenir notre
âme préparée et prompte à obéir en toutes
choses à la véritable Épouse de N.-S. J.-C,
laquelle est notre sainte Mère l'Eglise hié-
rarchique.
Seconde règle. Louer la confession au prêtre,
et la réception du Très-Saint-Sacrement une
fois l'an, et beaucoup plus chaque mois, et
beaucoup mieux tous les huit jours, avec les
conditions requises et dues.
— 217 —
REGLES
Troisième règle. Louer l'assistance fréquente
à la messe, de même les chants, les psaumes,
les longues prières dans l'église et ailleurs ;
de même encore la détermination de certains
temps pour tout office divin, et pour toute
prière, et pour toutes les Heures canoniales.
Quatrième règle. Louer beaucoup les insti-
tuts religieux, la virginité et la continence, et
professer qu'on reconnaît la supériorité de
ces états sur celui du mariage.
Cinquième règle. Louer les vœux de reli-
gion, d'obéissance, de pauvreté, de chasteté,
et les autres œuvres de vertu surérogatoires.
Et il est à remarquer que le vœu devant avoir
pour matière les choses qui s'approchent
davantage de la perfection évangélique ; il
n'est pas permis de vouer celles qui s'en éloi-
gnent, comme par exemple d'exercer le
négoce, ou d'entrer dans le mariage, etc.
— ai8 —
D ORTHODOXIE
Sixième règle. Louer Je culte des saintes
Reliques, dans lequel on prie les saints en
vénérant leurs restes. De même louer les sta-
tions, les pèlerinages, les indulgences, les
jubilés, les Buîlx cruciatse et l'usage de faire
brûler des cierges dans les églises.
Septième règle. Louer tout ce que l'Église a
statué sur les jeûnes et les abstinences, comme
du Carême, des Quatre-Temps, des Vigiles,
du Vendredi et du Samedi de même louer ;
les pénitences, non seulement intérieures, mais
encore extérieures.
— 219 —
REGLES
Huitième règle. Louer la décoration et la
construction des églises; louer de même les
saintes images, et les vénérer en vue des objets
qu'elles représentent.
"Neuvième règle. Enfin louer toutes les
prescriptions de l'Eglise, gardant une âme
toujours prompte à chercher des raisons pour
les défendre, et jamais pour les critiquer.
Dixième règle. Nous devons être plus
prompts à approuver et à louer, soit les déci-
sions et recommandations de nos supérieurs,
soit aussi leur conduite et leurs mœurs, [qu'à
les désapprouver et à les blâmer]. Car, sup-
posé même que leurs démarches ne soient pas
ou puissent ne pas être dignes d'éloges, néan-
moins parler contre eux dans les prédications
publiques, ou devant le menu peuple, loin de
faire du bien, engendrerait plutôt les mur-
— 220 —
D ORTHODOXIE
mures et le scandale, de manière à irriter
le peuple contre les supérieurs spirituels ou
temporels. Toutefois, de même qu'il est nui-
sible de mal parler au peuple des supérieurs
absents, ainsi peut-il être utile de manifester
ce qu'il y a de ^répréhensible dans leurs
actes à ceux qui ont le pouvoir d'y porter
remède.
Onzième règle. Louer la théologie positive et
la théologie scoîastique. Car de même que le
propre des Docteurs positifs, tels que saint
Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire et les
autres, est plutôt d'exciter les affections pour
faire aimer et servir en toutes choses Dieu
notre Seigneur; ainsi le propre des Docteurs
scolastiques, comme saint Thomas, saint Bona-
venture, le Maître des Sentences et les autres,
est plutôt de définir les vérités nécessaires au
salut, ou de les expliquer selon les besoins
— 221 —
REGLES
des temps actuels, afin de mieux combattre et
mettre à découvert toutes les erreurs et tous
les sophismes. En effet, les Docteurs scolas-
tiques étant venus plus tard, non seulement ils
joignent à la véritable intelligence des Ecri-
tures sacrées celle des Pères et des Docteurs
positifs, mais encore, éclairés qu'ils sont eux-
mêmes de la lumière divine, ils trouvent encore
un appui dans les Conciles, les Canons et les
Constitutions de la sainte Eglise notre Mère.
Douzième règle. Nous devons éviter de faire
des comparaisons entre les personnes encore
vivantes et les Bienheureux qui sont dans le
Ciel. Car on ne se trompe pas peu en cela,
par exemple, quand on dit « Cet homme en
:
sait plus que saint Augustin celui-ci est un
;
autre saint François, ou plus grand que lui ;
celui-là est un autre saint Paul en vertu, en
sainteté, etc. j>
— 222 —
D ORTHODOXIE
Treizième règle. Pour être assuré de la vérité
en toutes choses, il me faut tenir constamment
à ce principe, que ce qui me paraît blanc, je
dois le croire noir, si l'Église hiérarchique le
définissait ainsi ; me persuadant bien qu'entre
J.-C. N.-S., qui est l'Époux, et l'Église son
Épouse, il n'y a qu'un même esprit qui nous
gouverne et nous régit pour le salut de nos
âmes, parce que cet Esprit divin et ce Seigneur
qui donna les dix Commandements, est le
même qui régit et gouverne la sainte Église
notre Mère.
Quatorzième règle. Quoiqu'il soit très véri-
table que personne ne peut être sauvé s'il
n'est prédestiné, et s'il n'a la foi et la grâce,
néanmoins on doit apporter une grande atten-
tion dans la manièrede parler et de discourir
sur toutes ces questions.
— 223 —
REGLES
Quinzième règle. Nous devons éviter de par-
ler beaucoup, et par manière d'habitude, de
la prédestination. Mais si Ton en dit quelque
chose, et de temps en temps, il faut le faire
de telle sorte qu'on ne donne point au peuple
l'occasion de tomber dans quelque erreur, et
de dire, comme il arrive souvent : « Si je dois
être sauvé ou damné, c'est une chose déjà faite,
et mes œuvres bonnes ou mauvaises n'y peu-
vent rien changer », et de là, tirant une occa-
sion de relâchement, les hommes négligeraient
les bonnes œuvres qui servent au salut et au
profit spirituel de leurs âmes.
Seizième règle. Pour la même raison, il faut
prendre garde qu'en parlant beaucoup de la
foi pour en exalter l'excellence, mais sans
distinction, ni explication suffisante, on ne
fournisse au peuple l'occasion de tomber dans
la nonchalance et la paresse au sujet des
bonnes œuvres, soit avant que la charité ait
informé la foi, soit après.
— 224 —
D ORTHODOXIE
Dix-septième règle. De même encore nous
ne devons pas tellement nous étendre et insis-
ter sur la grâce, que nos paroles fassent naître
le venin qui détruit la liberté. C'est pourquoi
l'on peut parler de la foi et de la grâce autant
qu'on en est capable 'avec l'aide de Dieu, pour
la plus grande gloire de sa divine Majesté,
mais il ne faut pas le faire, surtout en des
temps aussi périlleux que les nôtres, avec des
manières de s'exprimer telles, que les bonnes
œuvres et le libre arbitre en souffrent quel-
que dommage, ou soient comptés pour rien.
Dix-huitième règle. Encore que rien ne soit
aussi digne d'estime que de se donner tout au
service de Dieu notre Seigneur par le motif de
son pur amour ; cependant nous devons beau-
coup louer la crainte de sa divine Majesté,
parce que non seulement la crainte filiale est
une chose pieuse et très sainte, mais la crainte
servile aussi, dans les cas où l'homme ne peut
pas s'élever à quelque chose de mieux et de
plus avantageux, l'aide puissamment à sortir
225 —
EXERCICES. — 9.
RÈGLES D'ORTHODOXIE
du péché mortel ; et une fois sauvé de là, il
parvient sans peine à la crainte filiale qui est
tout agréable et chère à Dieu notre Seigneur,
étant la compagne inséparable de l'amour
divin.
FIN
— 226 —
1
TABLE
Préface du traducteur 5
La prière Anima Christi 1
Les vingt premières Annotations .... 12
PREMIERE SEMAINE
Le titre, un avis préliminaire 29
Le Principe et le Fondement 30
L'Examen particulier et ses quatre Addi-
tions . . . : 3 1
L'Examen général de conscience. — Sa mé-
thode 35
La confession générale avec la communion . 44
Le premier Exercice par les trois puissances
de l'àme, sur un premier, un deuxième et
un troisième péché 45
— 227 —
TABLE
Le second Exercice, la méditation des péchés. 52
Le troisième Exercice, la répétition du pre-
mier et du deuxième avec les trois Col-
loques 56
Le quatrième Exercice, la reprise du troi-
sième 58
Le cinquième Exercice, la méditation de
l'enfer 58
Observations sur le temps et le nombre des
Exercices 61
Les dix Additions — et quatre observations
à leur sujet 62
SECONDE SEMAINE
Méditation du Règne de Jésus-Christ Notre-
Seigneur 70
Observation sur les lectures à faire ... 74
Premier jour. i re Contemplation, sur l'In-
carnation 75
— 2 e Contemplation sur la Nati- ,
vité 79
— 3
e
Contemplation, la répéti-
tion du premier et du
deuxième Exercice ... 82
228
1
TABLE
Premier jour. 4 e Contemplation, encore la
répétition de la première
et de la deuxième ... 83
— 5
e
Contemplation, l'applica-
tion des sens 83
Cinq observations pour la seconde semaine. 85
Second jour. Observation 88
Troisième jour. —
Prélude pour considérer
les états de vie 89
Quatrième jour. Méditation de deux éten-
dards 91
Observation. — Méditation des trois classes
et la note qui suit 96
Cinquième jour. Observations 100
Sixième, septième, huitième, neuvième,
dixième, onzième, douzième jours. . . 101
Trois observations 10
Les trois espèces d'humilité 102
Prélude pour faire une Election .... 105
Matières sur lesquelles elle peut se faire . . 106
Les trois temps favorables pour faire une
bonne Election 109
Première méthode de l'Election . . . . m
Seconde méthode de l'Election . . . . 113
Méthode pour l'amendement et la réforme
de la vie 115
229 —
TABLE
TROISIEME SEMAINE
Contemplation de la dernière Cène . . . 117
Observations sur les Colloques .... 120
Contemplation du Jardin des Olives . . . 121
Quatre observations pour la troisième se-
maine 122
Deuxième jour 124
Troisième, quatrième, cinquième, sixième
jours 125
Septième jour 126
Observation . 126
Règles de la tempérance 128
QUATRIEME SEMAINE
Contemplation de la Résurrection : première
Apparition 132
Quatre observations pour la quatrième se-
maine 134
Contemplation pour obtenir l'amour divin.
— Deux notes 138
Les trois manières de prier 142
î3o
TABLE
Les Mystères de la Vie de J.-C. N.-S. —
Observation •
151
Les Mystères de la Passion de J.-C. N.-S. . 1 75
Les Mystères de la Résurrection de J.-C.
N.-S 183
Règles du discernement des esprits pour la
première semaine*. 193
Règles du discernement des esprits pour la
seconde semaine 20^
Règles pour la distribution des aumônes . 209
Notes sur les scrupules 213
Règles pour avoir des sentiments conformes
à ceux de l'Église 217
— *3j
LIGUGI (VIENNE). — IMPRIMERIE B. AUBIN.
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»jfc r
BX 2179 .L7 F7 1910 SMC
Ignat ius
,
Exercices spirituels de
Saint Ignace de Loyola
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