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Sédimentation à l'embouchure des fleuves

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Caracteristiques de la sédimentation à L’embouchure

1. GENERALITES

L'embouchure d'un cours d'eau dans la mer représente un domaine intermédiaire où


s'affrontent les influences marines et fluviatiles. Le fleuve apporte des matériaux
qui s'accumulent et gagnent sur la mer; la mer déblaie et remanie les matériaux
apportés. Le résultat dépend du rapport de force existant entre le fleuve et la
mer. Lorsque le fleuve a une influence dominante, il construit un delta; lorsque la
mer est dominante, l'embouchure est un estuaire. Il existe en fait des
intermédiaires entre ces deux types.

Condition de sedimentation

2. LES ESTUAIRES

L'embouchure est un estuaire quand le fleuve apporte peu de matériaux grossiers,


surtout des suspensions fines et des matières en solution, et quand
l'hydrodynamisme marin est fort: fortes marées, forte houle, courants littoraux.
Ces conditions sont réalisées sur les côtes françaises de la Manche et de
l'Atlantique: estuaire de la Seine, de la Loire.
La circulation de l'eau salée et de l'eau douce suit un trajet complexe qui dépend
du cycle des marées. La marée montante refoule l'eau douce en amont sur une
distance qui peut être importante (100 Km dans l'Hudson sur la côte est des Etats
Unis): c'est le mascaret. La vitesse du courant fluviatile diminue et les matériaux
en suspension se sédimentent; les argiles s'agglomèrent en flocons (floculation)
sous l'action des ions de l'eau de mer et forment un "bouchon vaseux". Le sédiment
caractéristique est la vase. La vase est formée de particules fines de la classe
des lutites (limons, argiles), de sulfures et d'hydroxydes de fer et de colloïdes
organiques. Comme dans les vasières littorales, qui sont souvent des dépendances
d'estuaires, la marée délimite la schorre, zone supratidale couverte de végétation,
et la slikke, vase non fixée de la zone intertidale. Dans les régions équatoriales,
les estuaires sont colonisés par la mangrove.
Dans le chenal fluviatile peuvent se déposer des barres sableuses; quand celles-ci
deviennent importantes au point de prograder vers la mer, l'estuaire se transforme
en delta. C'est le cas actuel de la Gironde.

3. LES DELTAS

3.1 Morphologie

La partie distale du bassin versant d'un fleuve est généralement une large plaine
alluviale où s'accumule une grande partie des matériaux transportés. Arrivé en mer,
le courant décélère et le reste de la charge se dépose et forme le delta. L'apport
continu des sédiments dans le delta fait avancer ce dernier dans le domaine marin:
c'est la progradation deltaïque. Un delta se décompose en 3 parties.

Figure 10-1: Morphologie d'un delta

* La plaine deltaique est le prolongement de la plaine alluviale. Elle est


parcourue par un réseau de chenaux ramifiés, les distributaires. Entre les chenaux
s'étendent des zones marécageuses et garnies de végétation sous climat humide.
* Le front du delta est le prolongement de la plaine deltaïque sous la mer.
* Le prodelta est la partie la plus externe et la plus profonde du delta; il
repose sur les sédiments marins de la plate-forme littorale.
3.2 Principaux types de deltas

La morphologie des deltas dépend de l'importance relative de 3 facteurs qui sont


le volume des apports sédimentaires du fleuve, l'énergie de la houle et l'énergie
de la marée.

Figure 10-2: Classification des deltas.

* Deltas à dominance fluviatile: ils sont lobés ou allongés (ou en "patte


d'oiseau", comme le delta du Mississipi). Dans la plaine deltaïque, les
distributaires sont nombreux et rectilignes; il s'y dépose des barres sableuses.
Les distributaires sont bordés par des levées qui les isolent des zones
interdistributaires plus basses et marécageuses. La rupture des levées produit
l'épandage du sable sur les argiles des marécages en delta de crevasse ("crevasse
splay"). A l'embouchure des distributaires (front du delta) se déposent des barres
sableuses qui progradent sur les sédiments fins du prodelta.

* Deltas à dominance de marée: les chenaux sont méandriformes et évasés à leur


embouchure; le sable s'accumule en barres de méandre et en barres tidales à
l'embouchure. Les chenaux sont bordés de slikke intertidale. Les zones
interditributaires sont garnies de schorre. Exemple: l'embouchure de la Gironde, le
delta du Gange.

* Deltas à dominance de vagues: l'action des vagues se fait sentir sur le front du
delta; les sables sont remaniés et forment des cordons littoraux et des plages; les
particules fines sont dispersées vers le large. Les distributaires sont peu
nombreux. Exemple: le Rhône, le fleuve Sénégal.

◦ Ils dépendent des paramètres physiques comme la température et la
profondeur; ils conditionnent les facteurs biologiques.

◦ a) Potentiel d'oxydo-réduction (Eh)

◦ Eh des milieux sédimentaires:

◦ * Eh > 0 : milieux oxydants en contact avec l'air: milieux aériens,
milieux aquatiques superficiels ou agités

◦ * Eh < 0 : milieux réducteurs, à l'abri de l'air: milieux aquatiques
calmes, eaux stratifiées, sols hydromorphes.

◦ Le potentiel d'oxydo-réduction régnant dans le milieu de dépôt agit sur
l'intensité de l'activité biologique, sur l'état d'oxydation de certains éléments
(fer, manganèse...), sur l'évolution de la matière organique. L'Eh agit sur la
nature des espèces vivantes et sur l'abondance des individus. En milieu réducteur,
pauvre en oxygène (anoxique), la faune est rare, les espèces sont adaptées aux
conditions défavorables, les bactéries réductrices contribuent à l'abaissement de
l'Eh. Les minéraux à base de fer sont des oxydes ferriques (Fe+++) en milieu
oxydant, des oxydes, carbonates et sulfures à fer ferreux (Fe++) en milieu
réducteur. La couleur du sédiment varie du rouge ou jaune (oxydant) au vert-gris
(réducteur). Les restes organiques disparaissent par oxydation pour un Eh>0; ils
sont conservés, s'accumulent et sont réduits en hydrocarbures et carbone en Eh
négatif: le sédiment est noir.

◦ b) Acidité ou basicité du milieu (pH)

◦ Un milieu de sédimentation est généralement proche de la neutralité:
son pH est compris entre 6 et 8. Il existe des milieux particulièrement acides
comme les tourbières (pH voisin de 5) ou basiques comme les lacs sodiques du grand
Rift africain (pH > 9). Certains minéraux comme la calcite et la silice, sont
sensibles au pH qui agit sur leur solubilité.

◦ Dans l'eau de mer:

◦ * la calcite précipite en totalité pour pH > 8; elle est dissoute aux
pH inférieurs

◦ * la silice précipite en grande partie pour pH < 7.


◦ Figure 2-5: solubilité de la silice amorphe et de la calcite dans l'eau
de mer à 20°C.

◦ On voit que ces deux minéraux ne sont généralement pas simultanément en
équilibre avec leur environnement chimique dans un même sédiment; s'ils coéxistent,
l'un a toujours tendance à se substituer à l'autre. Dans les grès à ciment
calcaire, les grains de quartz sont trés souvent corrodés par le ciment calcitique.
La nature du sulfure de fer dépend également du pH. La marcasite se forme
préférentiellement en pH acide (c'est le cas des marais houillers); la pyrite se
forme en milieu basique comme dans l'eau de mer (pH voisin de 8). Parmi les
minéraux argileux, la kaolinite est plutôt formée en milieu acide, à l'inverse des
smectites. Le pH agit conjointement avec l'Eh dans un milieu. Des champs de
stabilité caractérisent les conditions de formation des minéraux.



◦ Figure 2-6a: Eh et pH de quelques milieux de dépôt

◦ Figure 2-6b: Stabilité de quelques composant de roches sédimentaires
◦ en fonction de l’Eh et du pH (d'après GARREL et CHRIST).

◦ c) Salinité

◦ La salinité d'un milieu marin est évaluée en g/l de sels dissous
(surtout NaCl) ou en % d'ion chlorure (chlorinité). La salinité de l'eau de mer est
d'environ 35 g/l, sa chlorinité de 19,4 pour mille. La salinité des milieux
aquatiques varie de 0 g/l à plus de 100 g/l. On parle d'eau douce, d'eau saumâtre,
d'eau de mer, d'eau sursalée (hypersaline). Les sels précipitent à saturation.
Certains caractères faciologiques permettent de connaître la salinité d'un milieu
ancien (paléosalinité). La faune est un bon critère: des espèces vivent en eau
douce, d'autres en eau de mer; certaines supportent des variations de salinité
(espèces euryhalines), d'autres non. Les populations animales des milieux sursalés
sont pauvres en espèces mais nombreuses en individus souvent de petite taille. La
présence d'évaporites (gypse, halite...) indiquent une sursalure; la précipitation
des sels de potassium est la preuve d'une évaporation complète de la masse d'eau.
Ces évaporites se trouvent en bancs continus ou dispersées en cristaux dans le
sédiment (cristaux de sel). Les cristaux de sels peuvent être par la suite dissous
et laisser une cavité cubique qui est remplie par un sédiment fin: ce moulage est
une pseudomorphose de cristal de sel.

◦ La teneur en bore des argiles constitue un bon indicateur de
paléosalinité. En effet, la teneur en bore de l'eau est fonction de sa salinité. Le
bore se fixe dans les feuillets argileux, surtout ceux des illites qui enregistrent
donc la salinité de leur milieu de dépôt. Des illites contenant moins de 50 ppm de
bore ont été déposées en eau douce. Des teneurs voisines de 300 ppm indiquent un
milieu salé de type marin. Des teneurs supérieures sont celles de sédiments de
milieux sursalés.


◦ 1.5 Paramètres biologiques

◦ Les êtres vivants dépendent étroitement des autres paramètres: énergie
du milieu, température, salinité, Eh-pH, teneur en oxygène. Ils dépendent également
les uns des autres (équilibre d'une population avec son milieu, notion de chaîne
alimentaire, nourriture disponible, surpopulation...). Ils agissent en retour sur
les paramètres physico-chimiques directement et indirectement:

◦ sur l'énergie du milieu: par exemple, les organismes marins fixés
diminuent par leur présence l'hydrodynamisme ambiant (cas des récifs, des herbiers)
et favorisent le dépôt des sédiments; ils créent un micro-milieu protégé (lagon
d'un atoll par exemple).

◦ sur l'Eh et le pH: la surproduction de matières organiques par dans un
milieu aquatique entraîne son eutrophisation; la teneur en oxygène de l'eau
diminue(anoxie), la matière organique s'accumule au fond et subit l'action des
bactéries réductrices (production de méthane, de sulfures).

◦ sur le taux d'accumulation de sédiments en produisant des débris
organiques (déjections...) et minéraux (squelettes, coquilles, tests...) qui
constituent les bioclastes des roches calcaires (principale source des carbonates
marins).

◦ 2. PRINCIPAUX MILIEUX DE SEDIMENTATION

◦ 2.1 Les milieux continentaux

◦ a) milieux aériens

◦ * sols

◦ * pentes: éboulis, coulées de solifluxion

◦ * vallées torrentielles: alluvions

◦ * piedmonts:

◦ * milieux glaciaires

◦ * dépôts éoliens

◦ b) milieux aquatiques:

◦ * plaines alluviales (grandes rivières permanentes)

◦ * lacs

◦ * marécages

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