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Modélisation de l'hystérésis ferroélectrique

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Modélisation de l’hystérésis dynamique dans les

ferroélectriques
Benjamin Ducharne

To cite this version:


Benjamin Ducharne. Modélisation de l’hystérésis dynamique dans les ferroélectriques. Sciences de
l’ingénieur [physics]. L’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon et L’Université Claude
Bernard Lyon I, 2015. �tel-01566958�

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N° IDENTIFICATEUR ANNEE 2015

HABILITATION A DIRIGER DES RECHERCHES

Présentée devant

L’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon

Et

L’Université Claude Bernard Lyon I

Modélisation de l’hystérésis dynamique dans les ferroélectriques

PAR

DUCHARNE, Benjamin

Soutenue le 17/12/2015 devant la Commission d’Examen

JURY
Pr. Noel Burais
Dr. Manuel Collet (rapporteur)
Pr. Jean-François Deu
Pr. Patrick Dular (rapporteur)
Pr. Daniel Guyomar
Pr. Xavier Mininger (rapporteur)
Mcf Hdr Marie-Ange Raulet

Laboratoire de Génie Electrique et Ferroélectricité, INSA de Lyon


2
3

TABLE DES MATIERES


INTRODUCTION 5

CURRICULUM VITAE 8

LISTE DES PUBLICATIONS 19

MODELE DE L’HYSTERESIS DIELECTRIQUE DANS UNE CERAMIQUE PIEZO ELECTRIQUE


26
4
Modèle d’hystérésis quasi-statique diélectrique 30
Contribution dynamique 39
Dérivée fractionnaire 40
Prise en compte de la contrainte mécanique 45
Cas des lois d’échelles (évolution de l’aire du cycle en fonction de la fréquence) 47

MODELE INVERSE : CONTROLE DE LA POLARISATION ET DU DEPLACEMENT SOUS CHAMP


ELECTRIQUE ET SOUS CONTRAINTE MECANIQUE 54

Modèle inverse 55
Contribution quasi-statique inverse 56
Contribution dynamique 57
Contrôle de la polarisation sous champ électrique 57
Contrôle de la déformation sous champ électrique 60
Contrôle de la polarisation sous contrainte mécanique 63
Cas du creep mécanique 67

CARACTERISATION DES CERAMIQUES PIEZO-ELECTRIQUES 71

APPLICATION : RECUPERATION D’ENERGIE CYCLE D’ERICSSON 78

Introduction de la technique et de ses applications 79


Technique des cycles d’Ericsson pour la récupération d’énergie, synchronisation champ électrique /
contrainte mécanique 80
Simulation, résultats expérimentaux 81
Discussion et conclusion 84

PROJET DE RECHERCHE 89

Relation entre le modèle d’hystérésis fractionnaire et les modèles de la permittivité diélectrique de Cole-Cole
et de Havriliak-Negami 90
Caractérisation des paramètres fractionnaires à l’impédance-mètre 95
Dynamique de pénétration du champ magnétique dans les ferromagnétiques doux à l’aide d’opérateurs
fractionnaires 97

CONCLUSION GENERALE 104

ANNEXE : Piézoélectricité et pyroélectricité 105


5

INTRODUCTION
Mes activités de recherche concernent la caractérisation et la modélisation des couplages multi

physiques dans les matériaux diélectriques. Pour être plus précis, c’est autour des matériaux

ferroélectriques et piézoélectriques, que s’articulent mes recherches actuelles. Historiquement, les

matériaux piézoélectriques ont, entres autres, fait l’objet de développements intensifs en tant que

résonateurs et transducteurs pour l’acoustique sous-marine (sonars) et l’acoustique médicale

(échographie). Depuis, de nombreux autres champs d’application se sont développés autour des

capteurs (accéléromètres) et des actionneurs de précision. Plus récemment, une application


6
potentielle concerne la récupération d’énergie pour l’auto alimentation des systèmes embarqués

(systèmes sans batteries). Les matériaux piézoélectriques sont des céramiques, des monocristaux ou

des polymères, chaque catégorie présentant des avantages et inconvénients en raison de leurs

propriétés, leurs coûts, et leurs adaptabilités à leurs environnements (impédance acoustique par

exemple). L’effet piézoélectrique se caractérise par la faculté qu’ont certaines familles de matériaux à

générer des charges électriques lorsqu’on les soumet à une contrainte mécanique et à se déformer

lorsqu’on leur applique une tension électrique. Seules les propriétés dites linéaires ont été utilisées

pendant longtemps (déformation proportionnelle à la tension appliquée). Ce n’est plus le cas

actuellement, en effet dans de nombreuses nouvelles applications de puissance comme la

récupération d’énergie les niveaux de contraintes sont si forts que les non-linéarités ne peuvent plus

être négligées. Ces non linéarités rendent les équations classiques de la piézoélectricité obsolètes et

le besoin d’outils de modélisation et de compréhension nouveaux est important.

C’est en ce sens que j’ai été recruté au début de l’année 2005, avec comme cahier de charges la

mise en place d’outils de simulation de l’hystérésis diélectrique à travers les céramiques

piézoélectriques. Depuis la thèse de doctorat, mon activité a toujours été orientée autour de la

modélisation des non linéarités dans les matériaux et plus particulièrement de l’hystérésis et de la

dépendance en fréquence. J’ai soutenu ma thèse à la fin de l’année 2003 sous la direction du

professeur J.P. Masson, celle-ci intitulée “Caractérisation et modélisation de circuits magnétiques: du

global vers le local” s’orientait principalement autour de la modélisation de l’hystérésis dynamique à

travers les tôles ferromagnétiques douces à l’origine des circuits magnétiques des dispositifs de

conversion d’énergie. J’ai par la suite effectué cinq mois de post-doctorat à l’institut Montefiore de

l’université de Liège en Belgique, sous la direction du directeur de recherche P. Dular et où j’ai eu


l’occasion de travailler sur l’intégration d’un modèle de l’hystérésis magnétique dans un logiciel de

simulation électromagnétique par éléments finis.

La première partie de ce manuscrit est un Curriculum Vitae détaillé suivi de la liste complète de mes

contributions en termes de publications et de participation à des conférences. Je présente ensuite

mes apports à la thématique de la modélisation de l’hystérésis diélectrique statique et dynamique.

Cette action de recherche a constitué le cœur de mon activité à l’INSA de Lyon depuis mon

recrutement. Un troisième chapitre rassemble de façon condensée les principales autres thématiques
7
auxquelles j’ai participé. Afin de rendre la lecture du manuscrit plus aisée, la partie scientifique de ce

manuscrit ne comprend pas de premier chapitre général. Il a été préféré de renvoyer le lecteur à

l’annexe I qui présente de façon générale les matériaux piézoélectriques. Enfin, une dernière partie

présente mon futur projet de recherche.


8

CURRICULUM VITAE
Benjamin DUCHARNE

MAITRE DE CONFERENCES A L’INSTITUT NATIONAL DES SCIENCES APPLIQUEES DE LYON

ETAT CIVIL

Date et lieu de naissance : le 27 septembre 1978, à Roanne (Loire)

Nationalité : français

Situation de famille : marié, deux enfants

Adresse personnelle : 12 Avenue Piaton, 69100 Villeurbanne 9


Adresse professionnelle : INSA, 8 rue de la physique, 69621 Villeurbanne

Téléphone professionnelle : 04 72 43 88 33

Mobile : 06 75 38 78 93

Adresse électronique : [Link]@[Link]

CURSUS UNIVERSITAIRE

2001-2003 : Thèse de Doctorat de Génie Electrique, soutenue le 19 décembre 2003.

Sujet : « Caractérisation et modélisation de circuits magnétiques : du global vers le


local »

Laboratoire : AMPERE, université Claude Bernard, Lyon 1.

Directeur de thèse : Jean-Pierre Masson, Professeur à l’université Claude Bernard


Lyon1.

Jury : R. Barrué, Professeur à l’ENS Cachan.


F. Fiorillo, Professeur à l’Instituto Elettrotecnico Nazionale Galileo Ferraris,
Torino.
JP. Masson, Professeur à l’UCB Lyon1.
A. Kedous-Lebouc, Directeur de recherche au G2E Lab de Grenoble.
M.A. Raulet, Maître de conférences à l’UCB Lyon1.
T. Waeckerle, Ingénieur recherche, Aperam alloys Imphy.

2001 DEA de Génie Electrique

Sujet : « Caractérisation des matériaux magnétiques doux du génie électrique, par le


bruit de Barkhausen ».

Université Claude Bernard Lyon 1, mention B.

2000 Maîtrise « Electronique Electrotechnique, Automatique ».

1999 Licence « Ingénierie Electrique », mention AB.

1998 DUT « Génie Industriel et Maintenance », mention AB.


1996 Baccalauréat « Science de la vie et de la terre ».

PARCOURS

Depuis 2005 : Maître de conférences à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon,
Enseignement au département de Génie Electrique
Recherche au laboratoire de Génie Electrique et Ferroélectricité.

2004-2005 : Post Doctorant à l’institut Montefiore de Liège, Belgique.


Sujet : « Intégration d’un modèle de circuit magnétique dans un logiciel de résolution
numérique ».

10 2001-2004 : Moniteur à l’université Claude Bernard Lyon1.

1998-2001 : Tuteur à l’université Claude Bernard Lyon1.

ACTIVITE D’ENSEIGNEMENT

Depuis février 2005, j’enseigne principalement au département de Génie Electrique de l’INSA de

Lyon. J’interviens principalement en formation initiale, dans les domaines suivants :

_ Electrotechnique (TD/TP, 3ème année)

_ Transfert thermique (TD/TP, 3ème année)

_ Projet de réalisation technologique (4ème année)

_ Mesure automatique et productique (TP 3ème année)

Dans ce cadre, j’ai pris depuis 2010 la responsabilité du module Projet de réalisation technologique et

j’ai animé un travail de réorganisation de cette matière avec l’équipe pédagogique.

Toujours à l’INSA de Lyon, et toujours au département de Génie Electrique, j’interviens dans la

formation par alternance dans les domaines suivants :

_ Electrotechnique (TP)

_ Transfert thermique (TP)

Dans ce cadre, je suis le tuteur pédagogique de 3 étudiants alternants.

D’autre part et toujours à l’INSA de Lyon, j’interviens également au département du premier cycle,

dans le cadre des travaux pratiques d’électromagnétisme et d’électrocinétique de première et

deuxième année.

Depuis septembre 2009, je donne également à l’université Claude Bernard un cours intitulé

« Dispositifs piézoélectriques, capteurs, actionneurs, moteurs piézoélectriques » dans le cadre du


master Contrôle et Supervision des Systèmes d’Energie ». Et Depuis septembre 2013, je donne un

autre cours intitulé « Interfaçage des Capteurs » dans la même formation. Je participe également

dans cette formation à des activités d’encadrement pédagogique d’étudiants alternants (2 à 4

étudiants / an).

Période 2001-2004 : pendant ma thèse, j’ai occupé les fonctions de moniteur. Durant cette période,

j’ai enseigné à l’université Claude Bernard où j’ai pu intervenir notamment dans les disciplines

suivantes : Electronique, Electrotechnique, Physique, et Informatique. J’ai également participé à la 11


mise en place d’un enseignement multimédia innovant en Génie Electrique (Clickelec) par la mise au

point d’un module spécialisé.

L’enseignement a été donné principalement à des étudiants de niveau Bac+2, dans les formations

suivantes :

_ Deug « Science et Technique pour l’Ingénieur «

_ Licence « Ingénierie Electrique »

_ Deug « Science de la matière »

Toujours dans le cadre du monitorat, j’ai également effectué des travaux pratiques d’électronique à

L’Institut Universitaire de Technologie B « Génie Electrique et Informatique Industriel » de

Villeurbanne.

Période 1998-2001 : Pendant mes 3 années universitaires à l’université Claude Bernard Lyon1, j’ai

participé à des activités de tutorat. Le tutorat est un service mis en place par l’université Claude

Bernard Lyon1 pour venir en aide (soutien scolaire) aux étudiants de premier cycle. Tuteur pendant 2

ans, puis tuteur pilote pendant mon DEA je m’occupais entre autre de la répartition des heures

d'enseignement.

ACTIVITES LIEES A L’ENSEIGNEMENT

Du 20 au 28 juin 2015, j’ai eu l’occasion de partir enseigner l’électrotechnique à l’université

anglophone de Buéa au Cameroun. Cette semaine doit permettre la mise en place d’accord de

coopération entre l’INSA et l’université de Buéa, je souhaite dans un futur proche m’impliquer

fortement dans cette coopération.


Depuis 2010, je suis responsable du module d’enseignement 4ème année du département Génie

Electrique de l’INSA de Lyon : « projet de réalisation technologique ».

Depuis 2010, je m’occupe des grilles de rotation de travaux pratiques des étudiants de 3ème et 4ème

année du département de Génie Electrique de L’INSA de Lyon.

12 Depuis 2008, je suis président d’un jury de projet de fin d’étude 5ème année du département Génie

Electrique de l’INSA de Lyon.

Depuis 2005, je participe activement aux entretiens de recrutement des étudiants de 1ère et 3ème année

à l’INSA de Lyon.

Depuis 2005, je participe régulièrement à des salons à la promotion de l’INSA de Lyon.

ACTIVITES LIEES A LA RECHERCHE

De mars à juin 2015, j’ai accueilli le professeur G. Litak « professeur invité » de l’université

technologique de Lublin. Cette collaboration a donné lieu à la soumission d’un article dans la revue

internationale « Journal of applied physics » ainsi qu’à une participation dans une conférence

internationale (Slovénie 2015).

En 2014 et 2015, je suis responsable de candidatures « Projet Hubert Curien », Utique (avec la

faculté des sciences de Sfax (Tunisie), Maghreb (avec la faculté des sciences de Sfax (Tunisie),

l’université Badji Mokhtar d’Annaba (Algérie), le laboratoire de la Matière Condensée et

Nanostructures de Marrakech (Maroc)) et Polonium (avec l’université technologique de Lublin

(Pologne)).

En 2013, je suis responsable d’un contrat de recherche « caractérisation vibratoire d’une cave à vin »

avec la société Eurocave.


De 2008-2010, J’ai été fortement impliqué dans le projet de collaboration entre le LGEF et la faculté

de Médecine de l’université Jean Monnet de Saint-Etienne, sur l’effet piézoélectrique des cellules

ostéoformatrices. Ce projet a notamment donné lieu à la thèse de Virginie Dumas

En 2009, j’ai été membre de la commission de Spécialistes 63ème de l’INSA de Lyon.

RESUME DES ACTIVITES D’ENCADREMENT 13


Thèses

Bin Zhang (encadrement à 50%, Directeur : Daniel Guyomar).


« Model for coupled ferroelectric hysteresis using time fractional operators: Application to innovative
energy harvesting. », soutenue le 2 juillet 2014.
Actuellement, Assistant Professor à Shandong University (Chine).
Production scientifique : 5 articles de revues internationales, 4 conférences internationales.

Virginie Dumas (encadrement à 25%, Directeurs : Laurence Vico et Daniel Guyomar)


« Réponse des ostéoblastes à des stimulations physiques basées sur des contraintes mécaniques
basses amplitudes hautes fréquences. Implication en ingénierie tissulaire. » soutenue le 19 mars
2010. Production scientifique : 2 articles de revues internationales.

Stages Master recherche

Bin Zhang (encadrement à 100%)


Master recherche, parcours Génie Electrique, INSA de Lyon.
« Characterization and modeling of a piezo ceramic under mechanical stress excitation. », soutenue le
1 septembre 2011.

Cottinet Pierre-Jean (encadrement à 50%)


Master recherche, parcours Acoustique, INSA de Lyon.
« Récupération d’énergie à l’aide de nano composite polymère. », soutenue le 3 septembre 2008.

RESUME DES ACTIVITES DE RECHERCHE

Mes activités de recherche ont débuté dans le domaine de la caractérisation et la modélisation des

tôles magnétiques douces. Durant ma thèse, de 2001 à 2004, j’ai mis au point de nouvelles

techniques de modélisation de l’hystérésis statique et dynamique afin de rendre compte précisément

des lois de matériaux dans des simulateurs de type « Spice » nécessaires au développement entre

autre des disjoncteurs différentiels.


Lors de mon stage Post doctoral à l’Institut Montefiore de Liège en Belgique, j’ai pu continuer à

travailler sur l’amélioration des modèles développés pendant ma thèse et à commencer leur

intégration dans le logiciel de résolution par éléments finis GetdP.

Finalement depuis 2005 et mon intégration au laboratoire de Génie Electrique et Ferroélectricité de

l’INSA de Lyon, j’ai travaillé entre autres sur la mise au point d’un modèle comportemental de

l’hystérésis dynamique des céramiques piézoélectriques. J’ai travaillé également sur l’utilisation de la

dérivation fractionnaire pour le développement de modèles à constantes localisés des matériaux


14
diffusifs et relaxeurs (prise en compte de l’hystérésis dynamique). J’ai eu également l’occasion de

travailler sur la mise au point de techniques non linéaire de récupération d’énergie et de compensation

du facteur de puissance. Finalement, j’ai travaillé en partenariat avec le laboratoire de Biologie du

Tissu Osseux, de l’université de Saint-Etienne à l’étude de l’influence des contraintes mécaniques

basses fréquences sur les cellules ostéoblastes.

Figure 1. Historique de mes activités de recherche.

Modélisation et caractérisation des matériaux magnétiques doux.

Mes activités de recherche ont débuté au laboratoire Ampère à l’université Claude Bernard Lyon1. J’y

ai effectué mon stage de DEA en 2001, puis ma thèse entre 2001 et 2003, dans l’équipe matériaux

magnétiques sous la direction du professeur Jean-Pierre Masson. Mon DEA a porté sur la

caractérisation des tôles magnétiques douces grâce aux bruits hautes fréquences de Barkhausen, liée
aux mouvements des parois des domaines magnétiques. Le sujet de ma thèse était la modélisation et

la caractérisation de l’hystérésis dans les matériaux magnétiques doux. La modélisation complète des

systèmes électromagnétiques implique la prise en compte de l'ensemble des lois physiques qui

régissent les phénomènes. L'utilisation de lois empiriques pour la représentation des circuits

magnétiques est suffisante pour des études de dimensionnement des machines électriques.

Cependant ces méthodes ne sont pas suffisamment rigoureuses pour le calcul des pertes et la

reconstitution des formes d'ondes des grandeurs magnétiques et électriques. L'étude locale des
15
circuits magnétiques est nécessaire quant à la détermination et à la prédiction des zones sensibles

d'un circuit magnétique. J’ai proposé pendant mon doctorat une contribution à la caractérisation

globale et locale des circuits magnétiques. Ces caractérisations ont comme objectif final le

renseignement des modèles et la validation expérimentale de ceux-ci. En privilégiant dans la

modélisation la représentation du comportement des matériaux magnétiques (hystérésis dynamique,

diffusion…) par rapport aux considérations géométriques sur les circuits, nous recherchons des

signatures électriques et magnétiques plus réalistes. Les résultats obtenus initialement pour des

géométries très simplifiées, sont progressivement étendus à des formes plus complexes. Les résultats

de mes travaux de thèse ont donné lieu à un article de revue internationale [26], deux articles de

revue nationale [23][24] et six conférences internationales.

Intégration des lois comportementales des matériaux magnétiques dans un logiciel du type
éléments finis.

J’ai, à la suite de ma thèse, effectué cinq mois de post doctorat, de septembre 2004 à janvier 2005, à

l’institut Montefiore de Liège en Belgique, sous la direction du directeur de recherche Patrick Dular. Ce

projet de recherche avait comme objectif l’intégration de l’hystérésis et des lois comportementales des

matériaux magnétiques au sein d’un calculateur numérique par éléments finis. La modélisation

dynamique précise temporelle et locale de l’induction magnétique dans les systèmes

électromagnétiques est régie par les équations de maxwell. Dès l’instant où des champs d’excitation

magnétiques circulent dans des objets ferromagnétiques, le champ d’induction n’est plus relié

linéairement au champ d’excitation et pour modéliser correctement les systèmes il faut tenir compte

de l’ensemble des linéarités. De même, pour modéliser précisément et localement les pertes et donc

les échauffements chaque nœud du maillage par élément fini doit présenter sa propre mémoire

magnétique et donc son propre hystérésis dynamique.


Je n’ai malheureusement pas pu aller jusqu’au bout du projet lors de ce stage qui devait durer deux

ans au départ mais qui a été écourté en raison de ma nomination comme maître de conférences à

l’INSA de Lyon. Toutefois, les cinq mois effectués ont permis de bien amorcer le projet et ont donné

lieu à deux articles dans le proceeding de conférences internationales, de plus mes travaux ont été

repris quelques années plus tard et ont à nouveau donné lieu à un article dans le proceeding d’une

autre conférence internationale.

16 Modélisation de l’hystérésis diélectrique statique dans les céramiques piézoélectriques.

A mon arrivée au laboratoire de Génie Electrique et Ferroélectricité de l’INSA de Lyon mon premier

travail s’est focalisé sur la modélisation quasi-statique et sous champ électrique de l’hystérésis

diélectrique des céramiques piézoélectriques. Cette modélisation est nécessaire dans le cas

d’application du type asservissement précis de position type sondes microscopiques. En effet, dans la

modélisation de ce type d’applications où les déplacements sont lents mais doivent être parfaitement

maitrisés, toutes les non-linéarités basses fréquences des matériaux doivent être prises en compte

(hystérésis quasi-statique, creep …). Un modèle basé sur l’analogie entre le mouvement des parois

des domaines ferroélectriques et des frottements secs a été mis en place. Ces mouvements sont à

l’origine des pertes par hystérésis quasi-statique à travers la céramique piézoélectrique. Le modèle

développé permet une modélisation correcte de l’hystérésis obtenu sous des contraintes de fortes

amplitudes. Il permet également de simuler l’évolution du coefficient de permittivité diélectrique en

fonction du niveau de polarisation de la céramique. L’évolution de ce coefficient est obtenue en

mesurant la variation de polarisation à travers la céramique excitée par de faibles amplitudes de

champ électrique. Ces travaux ont donné lieu à deux articles de revues internationales [19][22] ainsi

que deux articles dans le proceeding de conférence internationales.

Effet de stimulations mécaniques et/ou électriques sur l’activité de cellules ostéoformatrices :


Implication en Ingénierie tissulaire.

Une année après mon arrivée au laboratoire du LGEF et en parallèle à mes activités de modélisation

des céramiques piézoélectriques, il m’a été demandé d’encadrer la partie technique de la thèse de

Virginie Dumas. L’objectif de cette étude était de démontrer que le tissu osseux possède des

caractéristiques piézoélectriques, en effet il a été démontré pendant cette étude que la réponse

ostéoblastique n’est pas seulement dépendante de stimuli séparés, déformation mécanique et champ

électrique, mais d’un effet piézoélectrique couplant les deux stimulations. Le terme de cette étude est
de définir des biomatériaux ayant des propriétés piézoélectriques ou incluant des éléments

piézoélectriques capables d’accélérer et de contrôler l’ostéogenèse par stimulation mécanique ou/et

électrique. Cette étude a donné lieu à la publication d’un article dans une revue internationale [12].

Modélisation de l’hystérésis diélectrique dynamique dans les céramiques piézoélectriques à


l’aide de la dérivée fractionnaire.

Au-delà de la limite quasi-statique, les matériaux ferroélectriques présentent un cycle d’hystérésis qui

dépend fortement de la fréquence. Cette dépendance a été clairement considérée dans le passé par
17
l’écriture de lois d’échelle donnant l’évolution de l’aire du cycle comme une fonction de la fréquence et

de l’amplitude du champ d’excitation. Les effets dynamiques dans une céramique piézoélectrique sont

généralement modélisés par le produit d’une constante et de la dérivée temporelle de la polarisation,

malheureusement cette considération conduit à la surévaluation de l’air du cycle dès lors que l’on

dépasse de deux décades la limite de fréquence quasi-statique. En remplaçant la dérivée entière

temporelle par une dérivée fractionnaire nous avons réussi à augmenter fortement la bande de

fréquence de validité de notre modèle. Cette étude a débuté au début de l’année 2008, j’ai testé avec

succès l’opérateur fractionnaire pour différents types d’excitations (forme d’onde, amplitude …). Celui-

ci, couplé au modèle d’hystérésis statique a permis le contrôle de position boucle ouverte via la mise

au point d’un modèle inverse. Finalement, lors du master et de la thèse de Bin Zhang nous avons

vérifié l’universalité de la dynamique diélectrique et de l’utilisation de l’opérateur fractionnaire en

modélisant avec succès l’effet d’une contrainte dynamique mécanique sur la polarisation diélectrique.

Cette thématique est toujours au cœur de mes préoccupations, je travaille actuellement à établir le

lien entre notre modélisation fractionnaire fort champ et les modèles fractionnaires de permittivité

diélectrique de Cole-Cole et Havriliak-Negami. Je travaille également à l’exportation du modèle

fractionnaire à constantes localisées pour la modélisation de l’ensemble des systèmes diffusifs et

relaxeurs, tels que la diffusion du champ magnétique dans les milieux ferromagnétiques ou les

problèmes de relaxation dans les polymères électrostrictifs. De nombreux articles dans des revues

industrielles ainsi que dans des proceedings de revues internationales ont été publiés sur cette

thématique [8]-[11], [13]-[18].

Récupération d’énergie vibratoire

Finalement et en parallèle à l’ensemble de mes activités de recherches précédentes, j’ai eu

l’occasion lors de l’encadrement de la thèse de M. Bin Zhang de travailler à la mise en place d’une
technique de récupération d’énergie vibratoire originale dite des « Cycles d’Ericsson ». Cette

technique est basée sur l’analogie entre une conversion électromécanique d’un convertisseur

piézoélectrique et le cycle vertueux thermodynamique dit « d’Ericsson ». Le principe consiste à venir

adjoindre une source de champ électrique supplémentaire synchronisée sur la contrainte mécanique

extérieure afin d’augmenter artificiellement le cycle de récupération d’énergie et donc le rendement de

la conversion. Cette technique a été proposée pour augmenter les rendements dans des applications

du type « route piézoélectrique » dont le principe est de récupérer de l’énergie suite au passage des
18
véhicules. Deux articles dans des revues internationales ainsi que deux dans les proceedings de

conférences internationales ont été publiés sur cette thématique [3]-[11].


19

LISTE DES PUBLICATIONS

Les publications marquées avec la mention «(T)» correspondent à la période de thèse de doctorat.
L’astérisque « * » à côté d’un nom d’auteur indique le chercheur qui a présenté les travaux lors d’une
conférence.
BIBLIOGRAPHIE

Conférences invitées :

[1] B. Ducharne, G. Sebald, D. Guyomar, “Model for coupled ferroelectric hysteresis using time
fractional operators: application to innovative energy harvesting”, EMN Meeting on Ceramics, Orlando
USA, 2015.

[2] B. Ducharne, D. Guyomar, G. Sebald, “Modèle couplé de l’hystérésis dynamique ferroélectrique à


base de dérivées fractionnaires. Illustration de son efficacité sur une méthode de récupération
d’énergie innovante”, International Conference on Electrical Energy and Systems ICEES 2014,
Annaba Algérie, 2014.
20
Articles dans des revues internationales à comité de lecture :

[1] M. Lallart, G. Sebald, JF. Capsal, B. Ducharne, D. Guyomar, "Modeling of hysteretic behavior in
ferroelectric polymers”, Journal of Polymer Science, Part B: Polymer Physics, accepted sept. 2015.

[2] B. Ducharne, G. Sebald, D. Guyomar, G. Litak “Dynamics of magnetic field penetration into soft
ferromagnets”, Journal of Applied Physics, pp. 243907, 2015.

DOI : 10.1063/1.4923162

[3] B. Zhang, B. Ducharne, G. Sebald, D. Guyomar, “Characterization of fractional order for high-
frequency bandwidth model of dielectric ferroelectrics”, Journal of intelligent material systems and
structures JIMSS, 2015.

DOI : 10.1177/1045389X14563866

[4] D. Guyomar, R. Belouadah, B. Ducharne, B. Guiffard, M.Q. Le, K. Yuse, “Strain in ferroelectric
polymers under low-frequency electric fields: Experiments and modeling”, Journal of intelligent
material systems and structures JIMSS, Vol. 25, Iss. 11, pp. 1323-1330, 2014.

DOI: 10.1177/1045389X13505250

[5] B. Zhang, B. Ducharne, D. Guyomar, “Inverse model of the piezoelectric ceramic polarization
under wide bandwidth mechanical excitations with fractional derivative consideration”, Optical and
quantum electronics, Vol. 46, Iss. 1, pp. 104-110, 2014.

DOI: 10.1007/s11082-013-9710-4

[6] B. Zhang, B. Ducharne, D. Guyomar, “Energy harvesting based on piezoelectric Ericsson cycles in
a piezoceramic material”, European Physical Journal – Special Topics, Vol. 222, Iss. 7, pp. 1733-
1743, 2013.

DOI: 10.1140/epjst/e2013-01958-0

[7] D. Guyomar, Y. Li, G. Sebald, P.J. Cottinet, B. Ducharne, J.F. Capsal, “Elastocaloric modeling of
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[19] B. Ducharne, G. Sebald, D. Guyomar, “Time fractional derivative for frequency effect in
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[23] B. Ducharne, D. Guyomar, G. Sebald, “Low frequency modelling of hysteresis behaviour and
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[24] Y. Bernard, H. Maalej, L. Lebrun, B. Ducharne, “Preisach modelling of ferroelectric behavior”,


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[26](T) B. Ducharne, M.A. Raulet, and J.P. Masson, “Modélisation de circuits magnétiques
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DOI : 27615, 35400012571015.0070

[27](T) M. A. Raulet, B. Ducharne, J.P. Masson, and G. Bayada, “The magnetic field diffusion
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Conférences internationales :
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conducting magnet”, International Symposium on Strong Nonlinear Vibronic and Electronic
Interactions in Solids, Tartu, Estonia, 2015.

[2] G. Litak, B. Ducharne, G. Sebald, "Responses of nonlinear energy harvester by means of


recurrences", The sixth international recurrence plot symposium, Grenoble, France, 2015.

[3] B. Zhang*, B. Ducharne, G. Sebald, D. Guyomar, “Energy harvesting based on piezoelectric


Ericsson Cycles in a Piezoceramic Material”, International Symposium on the Applications of
Ferroelectric ISAF, Pensylvania USA, 2014.

[4] B. Ducharne*, B. Zhang, G. Sebald, D. Guyomar, “Fractional operator for hysteresis and complexe
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USA, 2014.

[5] B. Ducharne*, B. Zhang, G. Sebald, D. Guyomar, “High frequency bandwidth model for dielectric
ferroelectrics”, International Symposium on the Applications of Ferroelectric ISAF, Pensylvania USA,
2014.

[6] B. Zhang*, B. Ducharne, D. Guyomar, “Inverse model of the piezoelectric ceramic polarization
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hysteresis model in the Finite Elements method”. Computational Electromagnetics COMPUMAG
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magnetic materials, Kos Island, Greece, Septembre 2011.

[9] G. Sebald, H. Kuwano*, D. Guyomar, B. Ducharne, “Nonlinear dynamics for broadband


piezoelectric energy harvesting”, The 11th International Workshop on Micro and Nanotechnology for
Power Generation and Energy Conversion Applications POWERMEMS 2011, Seoul South Korea,
2011.

[10] G. Sebald, H. Kuwano*, D. Guyomar, B. Ducharne, “Nonlinear dynamics for broadband


piezoelectric energy harvesting”, POWERMEMS 2011, Seoul South Korea, 2011.

[11] B. Ducharne, G. Sebald, D. Guyomar*, “ Time fractional derivative for frequency effect in
ferroelectrics”, Proceedings of the 18th IEEE International Symposium on the Applications of
Ferroelectrics, ISAF 2009, pp. 43-46, Xi’an China, 2009.

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[12] M.A. Raulet*, B. Ducharne, D. Guyomar, “A novel mathematical approach using fractional
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[13] B. Ducharne*, D. Guyomar, G. Sebald, L. Lebrun, K. Yuse, J. Qiu, “Modeling of ferroelectric


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[14] B. Ducharne, M.A. Raulet, J.P. Masson, P. Dular*, “Local losses distribution through a 2D cross
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[15] B. Ducharne, M.A. Raulet, J.P. Masson, P. Dular*, “Local losses distribution through a 2D
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Juin 2005.

[16] H. Yahoui*, A. Mouhoumed, B. Ducharne, S. Mylvaganam, F. Sixdenier, “Diagnostic of interturn


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[17] B. Ducharne*, J.P. Masson, R. Scoretti, B. Lefebvre, “Modélisation of a current sensor”,


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2003.

[18] B. Ducharne, J.P. Masson*, “A new magnetic structural characterization based on the
24 Barkhausen technique”, Soft magnetic materials, SMM, Düsseldorf Germany, Septembre 2003.

[19] B. Ducharne, J.P. Masson*, “Inversion of a magnetic field diffusion model”, Soft magnetic
materials, SMM, Düsseldorf Germany, Septembre 2003.

[20] B. Ducharne, J.P. Masson*, “B imposed characterization of the homogeneous magnetic circuits
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[21] M. A. Raulet, B. Ducharne*, J.P. Masson, and G. Bayada, “The magnetic field diffusion equation
including dynamic hysteresis: a linear formulation of the problem”, COMPUMAG, Saratoga Springs
New-York USA, Juillet 2003.

[22] F. Sixdenier*, B. Ducharne, L. Morel, J.P. Masson, “Coupled programming: finite elements –
dynamical hysteresis flux tubes for non-homogeneous circuit modeling”, COMPUMAG, Saratoga
Springs New-York USA, Juillet 2003.

[23] M.A. Raulet, B. Ducharne*, J.P. Masson, “Evaluation de cycles dynamiques locaux en tout point
d’une section droite de tôle magnétique fonctionnant à flux imposé”, NUMELEC, Toulouse France,
octobre 2003.

Conférences nationales :

[1] B. Ducharne*, B. Zhang, D. Guyomar, “Relation entre les opérateurs fractionnaires pour la
modélisation de la polarisation diélectrique dynamique champ fort et de la permittivité diélectrique
complexe”, Symposium de Génie Electrique MGE, Cachan France, 2014.

[2] B. Zhang*, B. Ducharne, D. Guyomar, G. Sebald, “Energy harvesting based on Ericsson loop”,
Quatrièmes Journées Nationales sur la Récupération et le Stockage d'Energie (JNRSE 2014), Annecy
France, 2014.

[3] B. Ducharne*, D. Guyomar, G. Sebald, “Contrôle large bande de la déformation d’une céramique
ferroélectrique en régime temporel par modèle inverse fractionnaire”, Matériaux du Génie Electrique
MGE, Montpellier France, 2010.

[4] B. Ducharne*, D. Guyomar, G. Sebald, “Dynamical model of ferroelectric ceramics based on


fractional derivation”, Conference on Materials for Electrical Engineering MGE, Toulouse France,
2008.

[5] B. Ducharne, D. Guyomar*, G. Sebald, “Modélisation basse fréquence de l’hystérésis et de la


permittivité diélectrique dans les céramiques ferroélectriques sous champ électrique”, Matériaux 2006,
Dijon France, 2006.

[6] B. Ducharne*, D. Guyomar, “Modélisation basse fréquence des phénomènes d’hystérésis dans les
céramiques piézoélectriques sous champ et sous contraintes”, Matériaux du Génie Electrique, Lyon
France, 2005.
[7] B. Ducharne*, J.P. Masson, L. Model, M.A. Raulet, “Observation des possibilités de détermination
d’un grand nombre d’information unique : le cycle majeur”, Matériaux du Génie Electrique, Grenoble
France, 2003.

[8] B. Ducharne*, “Modélisation dynamique de circuits magnétiques – Synthèse”, Sixième conférence


des jeunes chercheurs en Génie Electrique JCGE, Saint-Nazaire France, 2003.

25
26

MODELE DE L’HYSTERESIS DIELECTRIQUE DANS UNE CERAMIQUE PIEZO-


ELECTRIQUE
MODELE DE L’HYSTERESIS DIELECTRIQUE DANS UNE
CERAMIQUE PIEZO-ELECTRIQUE

Dans la plupart des applications industrielles basées sur une conversion piézoélectrique, les niveaux

d’excitations sont suffisamment faibles pour considérer comme linéaire les procédés de conversion et

les comportements physiques. Pour de si faibles niveaux d’excitations, une céramique piézoélectrique

est caractérisée par ces coefficients tensoriels : la permittivité, la compliance élastique et les

coefficients piézoélectriques. Huit équations de couplage (quatre liées à l’effet direct et quatre à l’effet 27
inverse) permettent de modéliser le comportement d’une céramique piézoélectrique dans de telles

conditions :

Dm = ε mk
T
Ek + d miTi
Em = bmk
T
Dk − g miTi
Dm = ε mk
S
Ek + emi S i
Em = bmk
S
Dk − hmi S i

Si = sijETj + d mi
t
Em
Si = sijDT j + g mi
t
Dm
(1)
Ti = cijE S j − emi
t
Em
Ti = cijD S j − hmi
t
Dm

(Le détail de ces équations ainsi que des informations complémentaires concernant les généralités

sur la piézoélectricité sont donnés dans l’annexe 1 de ce compte-rendu).

Ces équations fournissent une bonne modélisation du comportement statique et sous de faibles

contraintes d’excitations. Dès lors, que l’on atteint des contraintes d’ordre supérieur (fréquences

supérieures à la limite quasi-statique ou fortes amplitudes d’excitation électriques et mécaniques) des

non linéarités apparaissent et la description linéaire et rapidement inefficace. Dans les applications

industrielles habituelles des actionneurs piézoélectriques, les champs électriques peuvent atteindre

rapidement des valeurs supérieures à la centaine de Volt/mm. Le comportement observé est alors

fortement divergent par rapport à celui décrit par les équations précédentes, les différences entre les

déplacements prévus et mesurés peuvent atteindre des niveaux supérieurs à 100% [1].

Dans des applications de type système de récupération d’énergie, une bonne maîtrise des non

linéarités est nécessaire. En particulier celles liées à la dynamique de l’excitation car celles-ci peuvent
fortement réduire les taux d’énergie récupérés et donc les rendements prévus initialement. De même,

une bonne prise en compte des lois de matériaux est primordiale dans des applications du type :

controle de positionnement, actionneur de puissance.

Dans la plupart de ces applications, les équations linéaires sont rapidement inefficaces et doivent être

remplacées par une solution plus élaborée : une modélisation complète de l’hystérésis tenant compte

de la saturation et de la dépendance fréquentielle. Le modèle de l’hystérésis diélectrique que nous

souhaitons développer doit pouvoir fonctionner quel que soit le type d’excitation (électrique,
28
mécanique ou thermique), et doit fournir de nombreuses informations quant à la compréhension des

relations physiques et du comportement de la céramique piézoélectrique.

Basé sur des considérations expérimentales, nous allons développer un modèle précis de l’hystérésis

diélectrique, évolution de la polarisation diélectrique en fonction du champ électrique ou de la

contrainte mécanique P(E, T) (le cas de la contrainte thermique étant toujours en cours d’étude).

Les modèles de l’hystérésis diélectrique décrits dans la littérature scientifique peuvent être classés

selon trois catégories :

_ Les modèles macroscopiques basés sur des observations phénoménologiques [2, 3].

_ Les modèles microscopiques basés sur des principes quantiques, des relations électromagnétiques

ou des lois thermodynamiques [4, 5].

_ Les modèles semi-macroscopiques qui correspondent à une combinaison des deux précédents [6,

7].

La première catégorie de modèles se concentre sur le phénomène et les résultats empiriques en

laissant de côté les mécanismes microscopiques intrinsèques. Dans cette catégories de modèle, la

dépendance en fréquence est en général un développement du type second ordre de l’équation

piézoélectrique. Cette prise en compte permet de partiellement décrire les non linéarités observées

pour des transducteurs de puissance à la résonance mais n’est efficace qu’à travers de très

restrictives conditions de fonctionnement.

La deuxième catégorie de modèles, va beaucoup plus profondément dans la constitution de la

matière. A partir d’équations décrivant les mécanismes microscopiques, des considérations

statistiques et des hypothèses on cherche à remonter au comportement macroscopique global.

Cependant, dans un matériau ferroélectrique, de nombreuses interactions et combinaisons entre ces

mécanismes quantiques restent incertaines rendant ce type de modélisation hasardeuse. Les


phénomènes de polarisation sont des procédés extrêmes complexes mettant en jeu de nombreuses

variables, une modélisation complète tenant compte de l’ensemble de ces variables est

malheureusement impossible.

Pour obtenir de bons résultats de simulation et être au plus proche de la réalité physique des

phénomènes, l’idéal se situe dans un compromis entre les deux catégories de modèle décrites à

l’instant. C’est dans cet esprit que nous avons développé un modèle fondé sur des principes

physiques appuyés de considérations phénoménologiques. Fort de ce compromis, le modèle que


29
nous avons développé délivre une très bonne précision, et permet des prédictions de fonctionnement

qui vont au-delà des limites expérimentales [8, 9].

Historiquement, ce modèle a dans un premier temps était développé pour simuler le comportement

diélectrique de la céramique piézoélectrique, évolution de la polarisation diélectrique sous contrainte

de champ électrique P(E). Il a par la suite était étendu à des contraintes de type mécanique P(T). Il a

également était inversé E(P), E(S) afin de contrôler la polarisation et par conséquence le déplacement

pour des applications du type asservissement de position.

Dans la suite de ce chapitre, nous proposons une description détaillée du modèle, la contribution

quasi-statique dans un premier temps, puis comment l’utilisation de la dérivation fractionnaire a

permis d’augmenter fortement la précision de la contribution dynamique. Je présenterai ensuite en

détail dans les chapitres suivant comment nous l’avons inversé et finalement les résultats concrets de

l’utilisation du modèle dans une application de type récupération d’énergie.


Modèle d’hystérésis quasi-statique diélectrique

Il est bien connu que pour des fréquences d’excitation inférieures à quelques hertz, le phénomène

d’hystérésis à travers les matériaux ferroélectriques est principalement dû aux mouvements des

parois des domaines de Bloch macroscopiques. Il existe différentes théories quant à la définition et à

la description de ces mouvements, toujours est-il que ceux-ci ont une influence fondamentale dans la
30
mise en place de la polarisation diélectrique. Les murs de domaines séparent les domaines

ferroélectriques. Chaque domaine est caractérisé par une orientation privilégiée de la polarisation (90°

ou 180°). Dès lors que le matériau est soumis à une excitation extérieure, et quelle qu’en soit sa

nature, ces domaines vont se déformer et les parois qui les délimitent vont commencer à bouger. Les

impuretés est les inclusions (défauts) présentes dans le matériau fonctionnent comme des points

d’ancrage pour la paroi, affectant plus ou moins son mouvement [10]. Pour surmonter l’obstacle créé

par la présence d’un défaut, un certain potentiel énergétique est nécessaire, celui-ci est fourni par

l’excitation extérieure. Si celui-ci est suffisant, le passage de l’obstacle se traduit par un saut soudain

de la paroi et un léger changement de la polarisation moyenne au sein du domaine. Si la contrainte

externe n’est pas suffisante pour surmonter l’obstacle la paroi reste clampée sur celui-ci est des

mouvements de vibration peuvent être observés autour du point d’ancrage. Différents type de

mouvements ont déjà été observés : de la vibration, de la translation et du renversement. Les

vibrations correspondent à des mouvements réversibles autour d’une position d’équilibre (ceux-ci

apparaissent pour de faible niveau d’excitation, champs électriques de l’ordre du V/mm). Pour de

faibles niveaux de contraintes, les propriétés diélectriques sont principalement attribuées à ce type de

mouvements (cas de la mesure des coefficients tensoriels caractéristique d’une céramique

piézoélectrique : la permittivité, la compliance élastique et le coefficient piézoélectrique …). En

revanche dans le cas de mouvements de type translation ou renversement, l’amplitude de la

contrainte externe est beaucoup plus élevée. D’un point de vue de la modélisation, on peut considérer

tous ces mouvements comme ayant la même origine et qu’ils ne dépendent en réalité que de

l’amplitude de la contrainte externe. Qu’il soit réversible ou pas, chaque mouvement présentera une

certaine contribution dans la valeur finale de la polarisation.


Pour de faibles niveaux de fréquence ( f << 1Hz) et pour des niveaux d’amplitude importants, un cycle

d’hystérésis est observé quand on trace l’évolution de la polarisation en fonction du champs électrique

E. Pour de tel niveau de fréquence, on suppose que les mouvements des parois de domaine se

comportent comme des frottements secs mécaniques.

Décrivons rapidement le frottement pour une meilleure compréhension des phénomènes :

L’élément de modélisation est composé d’un frottement sec et d’un ressort de rappel. Le

fonctionnement de l’ensemble peut-être décrit par le schéma donné à la figure n°2. La force résistive
31
du frottement sec est toujours opposée au mouvement :

Si du / dt > 0 rien ne se passe tant que Fext < seuil de frottement sec + ƒ(S)

Si du/dt<0 rien ne se passe tant que Fext > seuil de frottement sec - ƒ(S)

Tant que la force appliquée est insuffisante, l’objet ne se déplace pas. Dès qu’on dépasse la force

critique, l’objet se met en mouvement en comprimant le ressort de rappel. Si on ôte la force incidente,

l’objet s’immobilise dans une position différente de la position initiale. Il ne reviendra en arrière que

lorsqu’on appliquera une force qui, ajoutée à la force de rappel du ressort, sera supérieure à la force

critique. Le système considéré possède dès lors une infinité de positions stables. f est la fonction qui

donne l’évolution de la force incidente en fonction de la force extérieur dès lors que le seuil de

frottement sec est surpassé.

Figure 2. Mode de fonctionnement d’un frottement sec mécanique.

Une équation statique (indépendante de la fréquence) basée sur l’analogie entre le fortement sec

mécanique décrit précedement et le mouvement de parois de domaine a été mise en place. Dans
cette analogie le champ extérieur est équivalent à la force appliquée, et la polarisation à la force

incidente, le seuil du frottement sec est équivalent au champ coercitif lu sur le cycle d’hystérésis

obtenue après un cycle complet de mouvement de parois équivalent. En effet, une bonne

approximation du cycle d’hystérésis majeur P(E) peut être obtenue par la translation d’une courbe

anhystérétique (cette translation à comme amplitude Ec (norme des champs coercitifs), et son signe

dépend de la dérivée temporelle de la polarisation). Le figure n°3 donne une illustration de l’obtention

d’un cycle majeur à partir des translations précédement décrites.


32
  dP (t )  
Pi (t) = f  E(t ) − Eci sign  i   (2)
  dt  

Figure 3. Illustration de l’obtention d’un cycle majeur par translation d’une courbe anhystérétique.

Dans l’équation n°2, ƒ(E) (réciproquement ƒ-1(P)) représente le comportement d’un diélectrique non

linéaire. Cette caractéristique anhystérétique d’un pure diélectrique qui sature donnant l’évolution du

champ de polarisation en fonction du champ électrique peut-être décrite mathématiquement à l’aide

d’une fonction arctangente (equation n°3). Celle-ci correspond au cycle de polarisation d’un matériau

dont la présence de défaut serait inexistante [11].

E P
f ( E ) = σ .tan −1   f −1 ( P) = γ .tan   (3)
γ  σ 

Cette fonction ainsi que les paramètres (γ,σ), peuvent être obtenus par comparaison entre la courbe

anhystérétique simulée et celle obtenue à partir de la mesure. Nous avons développé à l’aide de la

toolbox « curve fitting » de Matlab un programme d’optimisation spécial pour permettre l’identification

de ces paramètres. La courbe anhystérétique est obtenue à partir de la mesure du cycle majeur, pour

une polarisation donnée, le champ électrique correspondant est calculé à partir de la valeur moyenne

des champs électriques correspondant à cette polarisation dans la partie croissante et décroissante
de la courbe Eanh = ( Emont + Edesc ) / 2. L’équation n°2 correspondant à un mouvement de parois donne

une description correcte du cycle d’hystérésis majeur observé lors de régimes permanents pour des

excitations de fortes amplitudes centrées autour de zéro ( Emax >> Ec ) . En revanche, celle-ci est

inefficace quant à la modélisation des régimes transitoires (courbe de première polarisation, courbes

de renversements, cycles d’hystérésis mineurs, etc …). En effet à la lecture de cette équation, on

observe que de l’état dépolarisé de la céramique, la présence d’un champ extérieur d’amplitude

inférieur à la norme des champs coercitifs, ne modifie en rien le niveau de polarisation résiduelle, ce
33
qui est absolument faux d’un point de vue expérimental. Cette restriction n’en est plus une dès lors

que l’on introduit une distribution de mouvements de parois (spectre), définit par l’équation n°1 et

caractérisé par leur propres champs coercitifs et leurs propres poids dans la reconstitution finale du

cycle d’hystérésis.

∑ spectrum(i) ⋅ P = P
i =1
i (4)

Si l’on considère que chaque domaine ferroélectrique d’une céramique piézoélectrique se comporte

d’un point de vue de sa polarisation comme un diélectrique parfait. Chaque paroi de domaine est

caractérisée par sa propre énergie d’ancrage. Les parois de ces domaines vont vibrer ou basculer

pour des niveaux de champ d’excitation qui vont varier d’un domaine à l’autre. C’est à partir de cette

propriété que nous avons établi notre modèle définitif, en considérant le cycle d’hystérésis diélectrique

comme la superposition de mouvements de parois définis par l’équation n°1, chacun étant caractérisé

par sa propre énergie d’ancrage et par son propre poids dans la reconstitution du cycle final. Les

figures n°4 et 5 donnent une illustration de ce principe. Figure n°4 présente comment chaque cycle

élémentaire est obtenu en translatant la courbe anhystérétique. A partir de ces différentes

translations, on obtient des cycles caractérisés par différentes valeurs de champ coercitif, ce qui à

l’échelle macroscopique correspond à différents niveaux d’ancrage de la paroi. Dans la reconstitution

finale chaque cycle élémentaire est affecté d’un gain particulier et aura un poids qui lui est propre.
34

Figure 4. Illustration de l’obtention d’un cycle majeur par translation d’une courbe anhystérétique.

Dès lors, chaque cycle élémentaire correspondant à chaque courbe de polarisation diélectrique

anhystérétique décalée aura sa propre contribution dans la reconstitution finale de la polarisation

(comme illustré sur la figure n°5).


35

Figure 5. Illustration de la reconstitution du cycle d’hystérésis à partir des contributions élémentaires.

Nous appelons spectre(i) la fonction qui représente la distribution du poids de chacun de ses

mouvements de parois dans la reconstitution finale de la polarisation. Un protocole spécifique a été

établi pour obtenir cette fonction. Ce protocole nécessite l’obtention de la courbe anhystérétique du

matériau, celle-ci est déterminée en utilisant la méthode précédemment décrite. Le spectre est par la

suite calculé en faisant la déconvolution de la courbe expérimentale de première aimantation par la

courbe anhystérétique déterminée à partir du cycle majeur. A partir de ce procédé, il devient possible

de systématiser l’obtention des paramètres statiques du matériau. La Figure n°3 montre le spectre

obtenu pour une distribution de 50 mouvements de parois, chacun étant séparé par un pas de champ

coercitif de 40V/mm. Ce nombre de mouvements de parois semble suffisant pour décrire

correctement l’hystérésis statique de l’échantillon testé y compris les régimes transitoires donnant

naissance aux cycles mineurs (figure n°4). De nombreux articles traitant ou faisant références à cette

modélisation ont été publiés pendant mes premières année au LGEF, pour plus de résultats je vous

renvoie vers les références suivantes [9, 11].


36

Figure 6. Spectre de distribution des contributions élémentaires.

Finalement, et dans sa version finale l’expression mathématique du modèle quasi-statique diélectrique

est la suivante :

   dP(t )i 
 P(t )i = f  E (t ) − Eci ⋅ sign  
   dt 
 k
(5)

 ∑i =1
Spectrum(i) ⋅ Pi = P

Ici, Pi peut être assimilé à un élément local de polarisation (polarisation d’un domaine ferroélectrique

par exemple). Pi est obtenu à partir de l’équation du mouvement de parois d’indice i. P est la

résultante de polarisation, correspondant à la somme de l’ensemble des contributions.

Le modèle est expérimentalement validé à 2mHz (à ce niveau de fréquence, nous supposons que la

céramique piézoélectrique fonctionne dans un état quasi-statique parfait, et que la dépendance en

fréquence est nulle). Des comparaisons simulations/mesures sont présentées sur la figure n°6.
a

37

Figure 7. Comparaison simulation/mesure sous contraintes quasi-statiques de fréquence.

La figure n°7.a présente une comparaison simulation/mesure pour une forme d’onde du type : cycle

majeur et courbe de première aimantation. La figure n°7.b présente la même comparaison pour des

courbes de renversement et la figure n°7.c présente le cas de cycle mineurs. Les bons résultats de

simulations obtenus dans chacune de ces comparaisons fournissent une bonne preuve de l’efficacité

et de la précision de notre modèle


38

Figure 8. Algorithme de résolution du modèle quasi-statique.

La figure n°8 présente, pour une meilleure compréhension, l’algorithme utilisé pour la programmation

du modèle quasi-statique
Contribution dynamique

Au-delà de la limite fréquentielle quasi-statique, les matériaux ferroélectriques présentent des cycles

d’hystérésis fortement dépendants de la dynamique de l’excitation. Cette observation a été

fréquemment commentée dans la littérature. De nombreux articles relatent la mise en place de lois

d’échelle donnant l’évolution de l’aire du cycle d’hystérésis comme une fonction de l’amplitude et de la

fréquence du champ d’excitation <A> ∞ ƒαE0β (ici α et β sont des paramètres réels dépendant de la

géométrie et de la nature du système). Ces lois d’échelles donnent des informations intéressantes
39
mais ne peuvent en aucun cas fournir l’évolution temporelle de l’hystérésis nécessaire dans la plupart

des applications industrielles (contrôle de position …). D’autres articles considèrent la contribution

dynamique comme une contribution dissipative équivalente issue d’une résistivité ρ caractéristique du

matériau. L’effet dynamique est alors introduit dans le modèle par le produit d’une constante ρ et de la

dérivée temporelle de la polarisation (équation n°8).

dP dP
E − [Link]( ) + ρ. = f −1 ( P) (6)
dt dt

Malheureusement, comme expliqué dans les articles suivants [12, 14], même si l’on ajuste

correctement le paramètre ρ, cette prise en compte semble précise lorsque la dynamique ne s’éloigne

pas trop de la limite quasi-statique, celle-ci conduit à une surestimation de l’aire du cycle d’hystérésis

(pertes) dès lors que l’on augmente un peu trop la fréquence d’excitation.
40

Figure 9. Comparaison mesure/simulation (n=1; n=0.5) de l’évolution de l’aire du cycle en fonction de la fréquence.

Pour corriger ce problème, il nous faudrait des opérateurs mathématiques dont la gestion de la

dépendance fréquentielle soit différente de celle obtenue par une simple dérivée temporelle. Ce type

d’opérateur existe dans le domaine du calcul fractionnaire, on les appelle les dérivées non-entières ou

dérivées fractionnaires.

Dérivée fractionnaire

Le calcul fractionnaire est la branche mathématique de l’analyse qui étend les opérateurs différentiels

entiers à des ordres non entiers réels ou même complexes [15, 17]. Si l’on considère les fonctions

puissances, il est facile de comprendre que a=b3 signifie que a est égale au produit de b par son carré

b2. b2 étant lui-même égale au produit de b par lui-même. Du coup, comment comprendre a= b2.25, en

utilisant ce type de formalisme? Pour autant le calcul est effectué très simplement de façon numérique

par n’importe quelle calculatrice aussi basique soit-elle. De la même façon, dans le domaine des

opérateurs différentiels Dn, il est naturel de considérer n comme un entier, la signification physique

d’une différentielle entière est clairement identifiée. Du coup, que signifie n réel voir complexe ? et que

deviennent les dimensions dans les équations présentant des opérateurs de type fractionnaire ?

La généralisation de la définition usuelle de la dérivation d’après Grünwald-Letnikov peut être

expliquée de la façon suivante :


La définition classique de la dérivée entière est donnée par :

f (x + h) − f ( x)
D1 f ( x) = lim (7)
h →0 h

Pour obtenir des ordres supérieurs, une dérivée nième signifie d’itérer n-1 fois l’équation 9. La

généralisation de la fonction dérivée à des ordres entiers devient :


41

n
 n
D n f ( x) = lim h− n ∑ (−1)k   f ( x + (n − k )h) (8)
h →0
k =0 k

Avec

n n!
 = (9)
 k  k !(n − k )!

Dans l’équation n°9, n et k sont classiquement des entiers positifs. La fonction combinaison peut être

généralisée à l’aide de la fonction Gamma. Si n est un entier positif,

Γ ( n ) = (n − 1)! (10)

La fonction gamma est définie pour l’ensemble des complexes à l’exception du zéro est des entiers

négatifs où elle présente des pôles. Pour un nombre complexe à partie réelle positive, la fonction

gamma est définie par,


Γ( z ) = ∫ t z −1e −t dt (11)
0

L’évolution de la fonction Gamma le long de l’axe réel est tracé figure 10.

Figure 10. Fonction gamma.


Par conséquence, l’écriture d’une combinaison peut être réécrite en utilisant la fonction Gamma

n n! Γ(n + 1)
 = = (12)
 k  k !(n − k )! Γ(k + 1)Γ(n − k + 1)

La définition de la combinaison peut être étendue à des ordres complexes, en remplaçant n par un

nombre arbitraire α à l’aide de la relation suivante :

42
 α  α (α − 1)(α − 2)⋯ (α − k + 1)
 = (13)
k k (k − 1)(k − 2)⋯1

Pour k∈N, α est un nombre arbitraire. La définition du binôme de Newton pour des nombres entiers est

donnée par :

n
n
(a + b)n = ∑  a n−k bk (14)
k =0  k 

En combinant les équations 13 et 14, la généralisation à des nombres non entiers du binôme de

Newton devient :


Γ(α + 1)
(a + b)α = ∑ aα − n b n (15)
n =0 n ! Γ (α − n + 1)

A partir de cette expression, le calcul de la dérivée fractionnaire de la fonction exponentielle devient

envisageable.

α
α 
Dα eα x = lim h −α ∑ (−1)k   ea ( x +(α −k ) h )
x →∞
k =0 k

= eax lim h −α (e ah − 1)α


h →0 (16)
α ax
=a e

Dans l’équation 16 α peut prendre n’importe quelle valeur complexe. Du coup on peut étendre ce

calcul de dérivée au fonction trigonométrique

απ i
D α cos( x ) + iD α sin( x ) = Dα e ix = iα eix = e 2
e ix
απ (17)
ix ( x + ) απ απ
=e 2
= cos( x + ) + i sin( x + )
2 2
Les équations précédentes donnent la solution analytique de la dérivée fractionnaire d’une simple

fonction trigonométrique (sinus ou cosinus).


D’un point de vue spectral, la dérivation fractionnaire signifie que le spectre fréquentiel f (ω) de la

fonction temporelle f (t) sera simplement multiplié par (jω)n en lieu et place de (jω) pour une dérivée

entière. Ce terme de dérivée fractionnaire fréquentielle est également souvent expliqué et modélisé

via ce que l’on appelle un élément à phase constante. L’admittance de l’élément à phase constante

(CPE) est donnée par Y=a.(jω)n avec (0<n<1). Quand n est proche de 1, le comportement du CPE est

assimilable à celui d’une capacité, l’angle de phase est constant est proche de 90°. Si n est proche de

0 le CPE se comporte comme une résistance. Dans l’analogie entre un circuit électrique et notre
43
modèle d’hystérésis, le courant électrique est équivalent à la polarisation diélectrique et la tension au

champ électrique. Dans cette analogie, l’admittance de notre terme fractionnaire n’est pas celle dans

CPE mais peut s’écrire Y=a.(jω)1-n ce composant spécifique est caractérisé par un comportement

opposé au CPE classique, en effet si n est proche de 0 le composant réagit comme une capacité et si

n est proche de 1 comme une résistance.

Figure 11. Elément « Phase constante » circuit électrique équivalent.

Dès lors que la fréquence augmente est surpasse la limite quasi-statique (ƒ>1Hz), l’aire du cycle

d’hystérésis va commencer à augmenter (cette augmentation est une des premières manifestations

des effets de fréquence). Nous avons au préalable traité de la contribution quasi-statique, regardons

maintenant en détail la contribution dynamique. Le modèle d’hystérésis quasi-statique décrit dans la

première partie de ce paragraphe fournit la contribution quasi-statique de l’hystérésis. Comme la

considération classique de la contribution dynamique (produit d’une constante par la dérivée entière

de la polarisation) est divergente dès lors que l’on s’éloigne fortement de la limite quasi-statique, nous

avons décidé de remplacer cette dérivée entière par une dérivée fractionnaire. L’ordre de la dérivée

est à la fois un paramètre caractéristique du matériau et un degré de liberté supplémentaire pour

l’utilisateur du modèle [13, 14, 18]. Dans le modèle, la contribution dynamique produit d’une constante
ρ et de la dérivée fractionnaire temporelle de la dérivation est introduite dans l’équation n°3 comme un

champ électrique équivalent :

d nP
E dyn = ρ . (18)
dt n

Après introduction de la contribution dynamique, l’équation du modèle sous sa forme algorithmique

devient :

44 d n Pi (t )
Si E (t ) > f −1 ( Pi (t )) + Eci + ρ1 .
dt n
 d n Pi (t ) 
Pi (t + dt ) > f  E (t + dt ) − Eci − ρ1 . 
 dt n 
d n Pi (t )
Si E (t ) > f −1 ( Pi (t )) − Eci − ρ1 .
dt n
 d n Pi (t ) 
Pi (t + dt ) > f  E (t + dt ) + Eci + ρ1. 
 dt n 
d n Pi (t ) d n Pi (t )
Si f −1 ( Pi (t )) − Eci − ρ1 . < E ( t ) < f −1
( Pi ( t )) + Eci + ρ1 .
dt n dt n

Pi (t + dt ) = Pi (t )

∑Spectrum (i ) ⋅ P = P
i =1
i
(19)

Il existe plusieurs définitions possibles de la dérivation fractionnaire. Parmi toutes ces définitions, celle

de Grünwald-Letnikov semble particulièrement bien adaptée à une implémentation numérique. La

dérivée fractionnaire de la fonction ƒ au sens de Grünwald-Letnikov est donnée par :


1 n
D n f (t ) = lim
hn
∑ (−1) k
  f (t − kh ) (20)
h →0 k =0 k 

 n  n ( n − 1)( n − 2)...( n − k + 1)
 = (21)
k k!

h est associé à l’échantillonnage et n correspond à l’ordre de la dérivée. L’introduction de l’opérateur

fractionnaire selon Grünwald-Letnikov dans l’équation n°5 conduit à :

k =t / h
1 n  −1 dP 
ρ .(
hn
∑ (−1) k
 P (t − kh)) = E −  f ( P ) + [Link] ( ) 
 dt 
(22)
k =0 k 
Sur la figure suivante, nous effectuons des comparaisons mesures/simulations sur des cycles

d’hystérésis champ fort pour des niveaux de fréquence compris entre 2mHz et 1Hz. Deux types de

modélisation ont été effectués, le premier pour un ordre de dérivée temporelle égale à 1 et le second

pour une dérivée temporelle non entière d’ordre 0,5. La comparaison est assez équivoque même si

les modélisations sont assez proches pour le premier cycle basse fréquence, les différences sont

énormes à 1Hz.

45

Figure 12. Comparaison mesure/simulation de l’évolution du cycle d’hystérésis pour différentes fréquences de champ
électrique.

Prise en compte de la contrainte mécanique

Nous venons de voir que le modèle d’hystérésis diélectrique dynamique fractionnaire P(E) donne de

bons résultats de simulation. Il constitue la base d’une modélisation plus généralisée qui inclut

d’autres natures d’excitations et notamment une excitation du type contrainte mécanique. Cette

modélisation étendue est particulièrement intéressante dans le cas d’application du type récupération

d’énergie ou les systèmes sont couplés. Les contraintes sur les matériaux ne sont pas seulement

d’ordre mécanique, en effet des contraintes thermiques peuvent apparaitre dans le cas de

fonctionnement en milieux extrêmes mais également des contraintes de type champ électrique

peuvent être adjointe à la contrainte mécanique pour optimiser les rendements. L’étude de la non-

linéarité des propriétés diélectriques dans les céramiques piézoélectriques sous contraintes

mécaniques a été relativement peut étudiée. La raison principale à ce manque d’attention tient au fait

que dans la plupart des applications industrielles, même pour des niveaux de contrainte mécanique
important le fonctionnement de la céramique reste linéaire. Ceci n’est malheureusement plus le cas

dès lors que l’on couple cette excitation mécanique à une excitation champ électrique pour optimiser

les performances. Une loi d’échelle spécifique reliant le champ électrique E, et la contrainte

mécanique T, est utilisée pour introduire ce nouveau paramètre dans le modèle d’origine. La loi

d’échelle lie les trois grandeurs suivantes : le champ électrique E, la contrainte mécanique T et la

polarisation diélectrique P en une seule et unique équation. Cette loi d’échelle a été établie à partir

d’observations expérimentales et plus précisément sur l’influence symétrique physique du champ


46
électrique et de la contrainte mécanique. Les résultats expérimentaux montrent que le niveau de

polarisation diélectrique chute sous l’effet d’une contrainte de compression mécanique, cette

contrainte induit une dégradation des propriétés piézoélectriques due un a réarrangement des

domaines ferroélectriques. Pour des raisons de symétrie, un champ électrique génère une variation

de polarisation ΔP dont le signe ne dépend pas du signe de la polarisation P. En revanche, une

variation du niveau de contrainte mécanique conduit à une variation de polarisation de signe opposé à

celui de P. En d’autres mots, sous l’effet d’une contrainte mécanique quelque soit le signe de la

polarisation ceci se traduira obligatoirement par un effet de dépolarisation. Par conséquence, la

symétrie P/-P ne tient pas dans le cas d’un champ électrique (quantité vectorielle) mais est conservé

dans le cas de la contrainte mécanique (quantité tensorielle) [19, 20].

La contrainte mécanique sera introduite dans notre modèle via le produit de cette contrainte et d’une

fonction h(P) permettant la prise en compte de l’observation décrite précédemment. Ce produit h(P).T

est équivalent à un champ électrique. h(P) est une fonction paire de la polarisation. La plus simple a

été choisie : h(P)=α.P.

Finalement :

E eq (t ) = α T (t ) P (t ) (23)

α est une caractéristique du matériau indépendant de sa géométrie et déterminé par comparaison

avec la mesure. Dans sa version définitive, le modèle complet incluant une excitation de type

contrainte mécanique devient :


Pour illustrer la bonne tenue du modèle sous l’effet d’une contrainte mécanique, nous l’avons testé

sous des contraintes mécaniques de fréquences et d’amplitudes variables.

47

Figure 13. Comparaison mesure/simulation de l’évolution du cycle d’hystérésis pour différentes fréquences de
contrainte mécanique.

Figure 14. Comparaison mesure/simulation de l’évolution du cycle d’hystérésis pour différentes amplitudes de
contrainte mécanique.

Cas des lois d’échelles (évolution de l’aire du cycle en fonction de la fréquence)

Nous venons de présenter une modélisation originale de l’hystérésis ferroélectrique P(E) qui présente

de bons résultats de simulation. La prise en compte fractionnaire de la dépendance en fréquence


permet de largement augmenter la bande passante du modèle. Si l’on observe la littérature

scientifique traitant du sujet, on s’aperçoit rapidement que de nombreuses équipes ont préféré opter

pour l’étude de l’évolution de l’aire du cycle en fonction de la fréquence plutôt que de s’intéresser à

l’évolution temporelle des grandeurs physiques. Elles ont alors proposé des lois d’échelles donnant

l’évolution de l’aire du cycle d’hystérésis comme proportionnelle à la fréquence et à la valeur

maximale du champ électrique <A> ∞ ƒαE0β (α et β sont des paramètres réels dépendants de la

géométrie et de la nature du système). Ces lois d’échelles sont intéressantes car elles confirment une
48
dépendance de l’aire du cycle d’hystérésis non entière en fréquence. Par contre, la bande passante

de validité de la loi d’échelle est toujours limitée car elle implique que la dérivée de l’évolution de l’aire

du cycle en fonction de la fréquence est toujours du même signe. Pour lutter contre cette observation

Rao et al. [21][22], ont proposé non plus une mais deux lois d’échelle afin de traiter l’évolution du

cycle dans les deux sens de la fréquence :

<A> ∞ ƒ1/3E02/3 as ƒ → 0 (24)

<A> ∞ ƒ-1E02 as ƒ → ∞ (25)

D’autres lois d’échelle ont été proposées par Yimnirun [23][24] notamment, ou d’autres sources de

contraintes extérieures telles que les contraintes mécaniques et thermiques ont été rajoutées. L’aire

du cycle est alors proportionnelle à la fréquence, et aux valeurs maximales des champs électriques,

mécaniques et thermiques.

D’un point de vue expérimental et pour des raisons qui sont évidentes il est difficile d’obtenir

l’évolution de l’aire du cycle au-delà de 100Hz. Cette limitation est due à l’amplificateur de tension qui

n’est plus capable de délivrer le courant nécessaire à la polarisation de la céramique. Lui et al. qui ont

travaillé avec des couches minces piézoélectriques, ont pu vérifier que sur une large bande passante,

la courbe <A>(freq) présente un pic dont les pentes à la montée et à la descente diffèrent et dont la

position dépend de la valeur maximale du champ électrique.

Par simulation et à l’aide de notre modèle, nous avons pu confirmer ces observations. Les figures 15

a, b et c présentent l’influence des paramètres « amplitude du champ électrique », « ordre

fractionnaire n » et « coefficient ρ » sur l’évolution de l’aire du cycle en fonction de la fréquence.


49

Figure 15. Evolution de la courbe <A>(freq) pour différentes valeurs d’amplitude maximale du champ électrique, de n et

de ρ.
La figure 15.b montre que pour une diminution de n l’ordre fractionnaire, le pic de l’aire du cycle <A>

et moins marqué et apparait à des fréquences supérieures. De même, une augmentation de ρ se

manifeste comme une translation en fréquence de la courbe <A>(freq).

Comme ultime validation de notre modèle, une comparaison a été réalisée entre les résultats

expérimentaux obtenus par Liu et al. [25] et le modèle fractionnaire. Les mesures ont été réalisées sur

des couches minces des Bi4Ti3O12. Les champs électriques sont calibrés entre 100 et 400kV/cm et la

caractérisation a été réalisée à l’aide d’un circuit Sawyer-Tower. Comme la forme de l’hystérésis et les
50
comportements physiques de la couche mince sont différents des matériaux précédemment testé de

nouveaux paramètres de simulation ont été déterminés. Les meilleurs résultats sont obtenus pour

n=0.4, et ρ=7.105. Ce travail sur les couches minces permet de tester le modèle sur de très large

bandes de fréquence (>5 décades).

La figure 16 présente les comparaisons simulation/expérience. Deux sets de paramètres ont été

testés. Dans le premier en rouge sur la figure, n=1, les résultats correspondent à une prise en compte

premier ordre de la dynamique du système. Dans le deuxième, les paramètres optimisés ont été

utilisés. De très bons résultats de simulation sont obtenus alors. L’amplitude, la largeur et la position

du pic de <A>(freq) est correctement pris en compte confirmant le bon comportement fractionnaire sur

de très larges bandes de fréquence.

Figure 16. Evolution de la courbe <A>(freq) pour différentes valeurs d’amplitude maximale du champ électrique, de n et

de ρ.
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54

MODELE INVERSE: CONTROLE DE LA POLARISATION ET DU DEPLACEMENT


SOUS CHAMP ELECTRIQUE ET SOUS CONTRAINTE MECANIQUE
MODELE INVERSE : CONTROLE DE LA POLARISATION ET DU
DEPLACEMENT SOUS CHAMP ELECTRIQUE ET SOUS
CONTRAINTE MECANIQUE

Modèle inverse

Dans la section précédente, l’hystérésis diélectrique statique et dynamique a été étudiés et modélisés.

Nous nous sommes focalisé sur l’évolution du modèle direct P(E, T) (Polarisation diélectrique comme

une fonction du champ électrique et de la contrainte mécanique) à travers la céramique


55
piézoélectrique. L’objectif principal de ce travail est de monitorer et de prévoir les caractéristiques et

réponses des matériaux sous diverses situations de fonctionnement (application de type récupération

d’énergie, actionneurs piézoélectriques, micro positionnement …). Les applications industrielles des

actionneurs piézoélectriques sont variées, cela va du contrôle du bruit et des vibrations, au nano

positionnement et même des systèmes de positionnement aérospatiales [26-28]. Le contrôle

extrêmement précis du déplacement par ce type d’actionneur est exploité pour des applications de

type SPM : microscopie à sonde locale [27]. C’est une technique de microscopie permettant de

cartographier le relief (nano-topographie) ou une autre grandeur physique en balayant la surface à

imager à l'aide d'une pointe très fine (la pointe est idéalement un cône se terminant par un seul

atome). Malheureusement, les très bonnes performances en termes de précision de ce type de

système peuvent être considérablement réduites dès lors que les matériaux actifs commencent à

présenter des non-linéarités dans leurs comportements. Hystérésis, creep et saturation sont autant de

facteurs limitant que leur connaissance et maitrise temporelle sont nécessaires pour conserver

d’excellentes performances [29-32]. Il est possible lorsque les non-linéarités restent faibles d’améliorer

les performances grâce à des techniques d’insertion de capacité. Mais si l’on veut utiliser ces

matériaux actifs sur de très larges bandes de fonctionnement une solution du type contrôle du

déplacement par asservissement est envisageable [33-38]. Cette solution présente en générale de

bons résultats mais nécessite un arsenal électronique assez lourd car il faut être capable de contrôler

et mesurer le déplacement en temps réel. Dans ce mémoire, nous proposons d’utiliser la bonne

précision de notre modèle pour prévoir une forme d’onde permettant d’anticiper le déplacement

d’actionneur en boucle ouverte. Pour cela, il va falloir dans un premier temps établir une loi reliant la

polarisation au déplacement puis inverser le modèle E(P) afin de déterminer le champ électrique

nécessaire à la polarisation imposée [39]. Comme dans le cas du modèle direct, le modèle inverse est
composé de deux contributions : une contribution quasi-statique inverse et une contribution

dynamique fractionnaire dépendante de la fréquence de la polarisation.

Contribution quasi-statique inverse

L’objectif ici est de déterminer le champ électrique nécessaire à l’obtention d’une forme d’onde de

polarisation déterminée. L’inversion du modèle statique tel qu’il est décrit dans la première partie de

ce mémoire est possible mais fastidieuse car il faut séparer et inverser chaque contribution
56
élémentaire. Dans ce mémoire, nous avons décidé de ne travailler que dans des régimes de type

permanent, ainsi en excluant toute forme transitoire (cycles dissymétriques) il est possible d’inverser

simplement le modèle en ne considérant qu’une unique contribution. Le modèle inverse nécessite la

connaissance du signe de la dérivée de la polarisation, cette information est calculée à partir de la

polarisation excitation imposée. Si dP/dt>0, le modèle décrit la partie croissante du cycle d’hystérésis,

en revanche quand dP/dt<0, la partie décroissante est décrite. Le modèle inverse peut être résumé à

partir du système d’équation suivant :

dP
Si >0
dt
P (t + dt ) = f ( E (t + dt ) − Ec ) (26)
dP
Si <0
dt
P (t + dt ) = f ( E (t + dt ) + Ec ) (27)

Figure 17. Illustration de l’obtention du cycle d’hystérésis majeur à partir du modèle inverse.

A noter qu’il est également possible d’obtenir la contribution inverse à partir du modèle direct asservi.

Dans ce cas de figure, l’asservissement et les correcteurs utilisés doivent être réglés très précisément

car le modèle diverge rapidement en raison des fortes non-linéarités intrinsèques à l’hystérésis.
Contribution dynamique

Dans le modèle inverse, la polarisation dynamique est imposée. Le champ électrique dynamique est

obtenu en additionnant le champ électrique dynamique équivalent (c’est à dire, le produit de la

constante ρ et de la dérivée fractionnaire de la polarisation) à la contribution quasi-statique de champ

électrique. Le champ quasi-statique électrique est calculé à partir du modèle inverse quasi-statique

présenté dans [Link] contribution fractionnaire ρ.dαP/dtα est calculée de façon analytique quand ceci

est possible (polarisation imposée sinusoïdale) ou numériquement en utilisant le schéma numérique


57
de Grünwald (voir paragraphe sur la dérivation fractionnaire).

Contrôle de la polarisation sous champ électrique


Si l’on souhaite contrôler la polarisation ce qui revient à travailler à polarisation imposée, le champ

électrique nécessaire est obtenu par addition à la contribution quasi-statique, la contribution

fractionnaire dynamique :

dα P
E = E static + ρ . (28)
dt α

La somme des deux contributions est réalisée sous Matlab. Le fichier de point E(t) résultant est

transféré au générateur basse fréquence qui contrôle l’amplificateur haute tension de notre banc de

caractérisation.
58

Figure 18. Polarisation imposée sinusoïdale pour différentes fréquences.

La figure n°18 illustre à nouveau les bons résultats obtenus à l’aide du modèle fractionnaire qui

parvient à fournir une forme d’onde de champ électrique capable de reconstituer proprement la

polarisation sinusoïdale imposée lorsque l’on fait varier la fréquence.


59

Figure 19. Polarisation imposée sinusoïdale pour différentes amplitudes.

La figure n°19 présente les mêmes comparaisons, dans le cas où l’on fait varier l’amplitude.
a b

60
Figure 20. Cas de la polarisation triangulaire imposée.

Finalement, figure n°20 nous testons une forme d’onde différente, en l’occurrence la polarisation

imposée est de forme triangulaire.

Contrôle de la déformation sous champ électrique


Pour contrôler la déformation ferroélectrique en utilisant le modèle précédent, une relation entre la

déformation mécanique S et le champ de polarisation est nécessaire. Dans le cas des matériaux

électrostrictifs pour lesquels la polarisation est supposée linéaire au champ électrique, il est d’usage

de considérer la déformation comme une fonction quadratique du champ.

Cette relation provient de l’intégrale du champ électrique équivalent le long du cycle d’hystérésis:

P(E )

S= ∫ α PdP
0

α
S= P2 (29)
2

α est le coefficient d’électrostriction. Dans le cas des matériaux ferroélectriques, on peut considérer

que le matériau est électro-strictif intrinsèquement et devient piézoélectrique grâce à la déformation

rémanente induite par l’hystérésis. La relation (25) est donc cohérente avec les relations classiques

de la piézoélectricité. On pourra dans ce qui suit considérer l’évolution de la déformation comme

linéairement reliée au carré de la polarisation. Le champ électrique nécessaire à l’obtention d’un

déplacement peut être déterminé grâce à la procédure suivante :

S imposé (t) (2.S(t) / α)0.5 P (t) E(P) E(t)

A partir de la variation temporelle de la déformation imposée, on détermine grâce à la relation n°25


l’évolution de polarisation correspondante. Le modèle inverse P(E) décrit précédemment permet de

déterminer le champ électrique correspondant. D’un point de vue expérimental, le fichier de point E(t)

résultant de la simulation précédente est transféré au générateur basse fréquence qui contrôle

l’amplificateur haute tension du banc de caractérisation. Le déplacement peut être mesuré à l’aide

d’un vibromètre laser si l’encombrement le permet ou grâce à un capteur capacitif dans le cas

échéant. Dans les résultats de simulation qui suivent (figure n°18) nous avons testé l’influence du

paramètre fréquence, l’amplitude du déplacement est fixée à 3.3 mm/m et 3 fréquences sont testées
61
(10mHz, 100mHz et 1 Hz), il nous est difficile d’aller au-delà du hertz d’un point de vue expérimental

en raison de la limitation en courant de notre amplificateur haute tension.

a b

Figure 21. Comparaison déplacement cible / déplacement obtenus pour différents niveaux de fréquence.

De bons résultats expérimentaux peuvent être observés quant à la dépendance en fréquence de notre

système boucle ouverte. L’influence de l’amplitude de déplacement est testée ensuite, la fréquence

est fixée à 100 mHz et trois niveaux d’amplitude (0.33, 0.3 et 0.27 mm/m) sont testés.
a

62

Figure 22. Comparaison déplacement cible / déplacement obtenus pour différents niveaux d’amplitude.

A nouveau de bons résultats expérimentaux sont observés. Finalement et comme ultime validation,

une déformation du type triangulaire est testée avec succès (figure n°22)

Figure 23. Comparaison déplacement cible / déplacement obtenus pour une forme d’onde de type triangulaire.
Contrôle de la polarisation sous contrainte mécanique
Le contrôle de la déformation sous contrainte mécanique est bien évidemment impossible en raison

du clampage lié au support mécanique nécessaire à la transmission de cette contrainte. En revanche,

le contrôle de la polarisation sous contrainte, permet dans le cadre de certaines applications du type

récupération d’énergie de parvenir à la forme d’onde de polarisation optimale conduisant aux

meilleurs rendements. La relation d’échelle liant le champ électrique E, et la contrainte mécanique T,

est utilisée pour le couplage électromécanique. On considère dans cette relation le produit αTP

comme un champ électrique équivalent. A partir de la polarisation imposée, il nous faut dans un
63

premier temps déterminer la contribution statique de champ électrique. Ceci est fait par l’intermédiaire

du modèle d’hystérésis quasi-statique P(E), d’un d’asservissement et d’un correcteur proportionnel

intégral. Le cycle n’est pas parcouru entièrement, il est donc impossible d’utiliser la technique

d’inversion dite « régime permanent » utilisée dans le chapitre précédent. En réalité, de faibles zones

du cycle sont parcourues, ce qui minimise les non-linéarités et rend la technique par asservissement

possible. La contribution de champ électrique équivalente est calculée de façon numérique à partir de

la consigne de polarisation. Finalement, on fait la somme des deux contributions et la loi d’échelle liant

le champ électrique la polarisation et la contrainte mécanique permet d’obtenir la forme d’onde

optimale d’excitation mécanique. La figure n°24 résume à l’aide d’un schéma bloc le modèle inverse

T(P).

Figure 24. Schéma bloc du modèle inverse T(P).

Pour vérifier ces résultats de simulation un actionneur piézoélectrique est utilisé pour générer la

contrainte mécanique. L’ensemble bâtit mécanique, actionneur, électrode est monté serré de sorte

que les contraintes mécaniques soient entièrement transmises à la céramique. Nous vérifions au

préalable que l’actionneur piézoélectrique renvoie une contrainte linéairement reliée à sa tension

d’alimentation. De nombreux détails concernant le banc de caractérisation utilisé lors de cette


manipulation sont fournis dans la partie expérimentale de ce rapport

De même que pour le contrôle sous champ électrique, nous testons dans un premier temps la

dépendance en fréquence sur trois décades pour des fréquences variant de 0,1 à 10Hz. La

polarisation cible s’écrit :

P (t ) = 0.024 + 0.002 cos(ω t ) (30)

64

Figure 25. Comparaison entre la polarisation cible et la polarisation mesurée (à gauche). Allure de la contrainte

correspondante (à droite)

A noter qu’avant toute mesure, la polarisation rémanente à travers la céramique piézoélectrique est

proche de 0,027C/m2. Comme illustré figure n°25, pour une contrainte d’amplitude constante et une
fréquence croissante, les mesures du champ de polarisation sont très proches de celles espérées.

Dans les 2 cas (n=0.5 and n=1), les paramètres de simulation ont été déterminés par comparaison

entre simulation et résultats expérimentaux. Les résultats expérimentaux obtenus pour une valeur de

dérivation première ne sont pas exposés ici car la différence avec ceux obtenus lorsque n=0.5 est très

faible. Cependant, quand la fréquence augmente (> 1 Hz), des différences significatives commencent

à apparaitre.

Dans l’étape suivante, une forme d’onde du type triangulaire a été testée pour vérifier la capacité du
65
modèle à répondre à une excitation non harmonique. De bons résultats ont été obtenus (figure n°26).

Figure 26. Comparaison entre la polarisation cible et la polarisation mesurée (à gauche). Allure de la contrainte

correspondante (à droite), pour une excitation de type triangulaire.

La dernière figure de ce paragraphe (figure n°27) montre les mêmes comparaisons pour différentes

amplitudes d’excitation à fréquence constante. Nous observons ici l’influence de l’amplitude de

l’excitation sur la précision du modèle inverse. La fréquence a été fixée à 1 Hz et les trois amplitudes

testées sont 0.023, 0.025 et 0.027 C/m2.


66

Figure 27. Comparaison entre la polarisation cible et la polarisation mesurée (à gauche). Allure de la contrainte

correspondante (à droite), pour différentes amplitudes d’excitation.

Pour conclure avec cette partie expérimentale, nous pouvons affirmer que la polarisation mesurée est

très proche de la polarisation cible. Le modèle inverse donne de bons résultats quelles que soient les

variations d’amplitudes et de fréquence de l’excitation. Il donne également de bons résultats sous des

contraintes plus exotiques tel que l’excitation triangle illustré figure n°23.
Cas du creep mécanique

Le creep mécanique correspond à une dérive de la déformation de la céramique piézoélectrique sous

contrainte de champ électrique constante. Ici, la dynamique basse voir très basse fréquence est

sollicitée. Le phénomène de creep est une non linéarité intrinsèque au fonctionnement même de la

céramique piézoélectrique. Le creep mécanique a été beaucoup moins étudié que l’hystérésis et

pourtant il constitue une limitation majeure dans des applications du type micro-positionnement,

traitement de surface [40, 45].


67
Dans les chapitres précédents, il a été démontré la bonne prise en compte de la dynamique de la

céramique piézoélectrique par le modèle fractionnaire. De larges bandes de fréquence ont été testées

et les évolutions de la polarisation et du déplacement ont correctement été reproduites. Pour une

simulation précise sur une large échelle de temps, et dans le cas d’une réponse indicielle en

déplacement, le champ électrique nécessaire est en générale supérieur aux champs coercitifs du

matériau. Plus on s’éloigne du temps de départ et plus la contribution statique est importante, il est

important de soigner la partie champ fort du spectre de distribution caractéristique du modèle

d’hystérésis statique. Même si dans le cadre de la reconstitution des cycles d’hystérésis standards le

poids de cette partie du spectre est faible dans le cadre du creep, elle revêt une importance

fondamentale [46, 48]. Les simulations montrent que 80% des premiers éléments de cette distribution

sont instantanément saturés et que 95% des éléments le sont à la fin de la première seconde. Dès

lors, seule la partie de distribution restante va influer sur l’allure et l’évolution du creep.

Sur la figure n°28, il est présenté la comparaison entre l’évolution simulée et mesurée du courant à

travers la céramique piézoélectrique pour un échelon de champ électrique de 1,5 [Link]-1. Sur les

deux courbes, le courant présente une forme en double piques séparés d’états permanents, ces

résultats sont consistants avec des résultats précédemment publiés [25]. La déformation simulée est

déterminée à partir du courant fournit par le modèle puis est comparée à la déformation expérimentale

mesurée à l’aide d’un vibromètre laser (figure n°29). La déformation atteint 85% de sa valeur finale

instantanément. Une prise en compte des pertes dynamiques du type premier ordre est soit trop

sensible, soit trop lente pour rendre compte correctement de toute la réponse indicielle du système.

En revanche la réponse fractionnaire qui présente un comportement dynamique différent permet une

bonne prise en compte de la partie rapide de la déformation (85% de la valeur finale) ainsi que la lente

évolution de 15% restants correspondant au creep de la céramique.


68

Figure 28. Comparaison simulation/mesure, évolution du courant en fonction du temps.

Figure 29. Comparaison simulation/mesure, évolution de la déformation en fonction du temps.


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71

CARACTERISATION DES CERAMIQUES PIEZO-ELECTRIQUES


CARACTERISATION DES CERAMIQUES PIEZO-ELECTRIQUES

Les céramiques piézo-électriques sont communément regroupées en deux familles. Nous distinguons

les céramiques douces caractérisées par une grande mobilité des parois de domaines et une

polarisation facile, des céramiques dures présentant une grande stabilité en polarisation et de faibles

pertes diélectriques [50, 54].

La plupart des résultats expérimentaux présentés dans les chapitres précédents de ce manuscrit sont
72
issus de la même famille de céramique. Nous avons opté pour une céramique douce Saint-Gobain

type Navy II présentant des effets dynamiques importants et dont les caractéristiques fournies par le

constructeur sont résumées dans le tableau suivant :

Parameters Symbol Units Typical values

Density ρ 103 kg.m-3 7.7

Poisson’s constant σ 0.3

Curie point Tc °C 340

Dielectric permittivity εT33/ε0 1850

Piezoelectric coefficient d33 pC/N 425

Tableau 2. Principale caractéristique d’une céramique standard P188 d’après le constructeur

Cette céramique est particulièrement bien adaptée à notre étude, en effet les comportements non

linéaires sont facilement accessibles et la dépendance en fréquence est fortement marquée. Les

spécimens cylindriques (ϕ 6.3 mm) provenant du fabriquant sont coupés pour atteindre la hauteur

adéquate (1, 2, ou 5mm en fonction de l’application), puis enduis sur les faces latérales de peinture

d’argent qui joue le rôle de l’électrode.

Un banc de caractérisation classique illustré figure n°30 a été utilisé pour évaluer la dépendance en

fréquence sous champ électrique (cas du modèle P(E)). Ce banc de caractérisation offre l’option du

contrôle de la tension imposée, et par conséquence le contrôle du champ électrique. Il nous a permis

de valider les modèles inverses E(P), E(S).

La déformation est mesurée à l’aide d’un capteur capacitif Fogale MC 940. Les échantillons testés

sont positionnés sur un disque d’acier relié à la masse de l’amplificateur de tension. Un autre disque
métallique placé au-dessus de la céramique et relié à la sortie positive permet de créer le champ

électrique. L’amplificateur haute-tension est un modèle 10/10 TrekInc. Cet amplificateur est contrôlé

par un générateur basse fréquence Agilent 33220A programmable. La polarisation est déterminée par

intégration numérique du courant, lui-même mesuré grâce à un amplificateur de courant Keithley

5011. Finalement l’ensemble des signaux, tension imposée, courant mesuré sont monitorés à l’aide

d’un oscilloscope Lecroy 44XS.

73

Figure 30. Banc de caractérisation sous contrainte de champ électrique.

Ce premier banc de caractérisation donne de précieuses informations quant à l’évolution de la

polarisation sous champ électrique, les deux étant dans la même direction.

Dans la validation des modèles P(T) et T(P) un autre banc de caractérisation a été développé. Ce

banc doit permettre la transmission de la contrainte mécanique ainsi que le monitoring en temps réel

de la polarisation.

Dans ce nouveau banc de caractérisation, un stack piézoélectrique (P-246 PI Ceramic Company,

Germany) contrôlé par un générateur de fonction (Agilent, 33220A) et alimenté par un amplificateur de

puissance (HVPZT Ceramic Company) génère la contrainte mécanique. Un capteur de force

XFC200R monté entre le stack piézoélectrique et la céramique permet de mesurer la contrainte

longitudinale. Le tout est monté serré à l’aide d’un châssis en acier dont la rigidité est supposée très

grande devant les autres éléments du montage. Deux pièces en macor (ϕ 6 x 3 mm) assurent

l’isolation diélectrique entre la céramique et le reste du banc de caractérisation. Finalement, du scotch


de cuivre conducteur double face collé sur les électrodes de la céramique est utilisé pour la mesure

du courant de polarisation

74

Figure 31. Banc de mesure de l’évolution de la polarisation diélectrique sous contrainte mécanique.

Ce banc de caractérisation permet également des caractérisations croisées en couplant contrainte

mécanique et électrique. Les deux éléments de scotch de cuivre conducteur double face collés sur les

électrodes de la céramique servent alors comme support de la tension électrique à l’origine du champ

électrique.
75

Figure 32. Banc de caractérisation croisée contrainte mécanique / champ électrique.

Les deux générateurs basses fréquences qui contrôlent la contrainte mécanique et le champ

électrique peuvent être synchronisés et permettre également des mesures de type alterné.
76

Preloaded screw

Piezoceramic
Electric connection
Macor cylinder
Force sensor
Copper tape

Piezo electric stack actuator

Figure 33. Banc de caractérisation croisée contrainte mécanique / champ électrique.


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78

APPLICATION : RECUPERATION D’ENERGIE CYCLE D’ERICSSON


APPLICATION : RECUPERATION D’ENERGIE CYCLE D’ERICSSON

Introduction de la technique et de ses applications

De nombreuses équipes de recherche s’intéressent à la récupération d’énergie vibratoire mécanique

[55, 62]. L’idée est de fournir des micro générateurs capables d’alimenter de petits dispositifs

électroniques déportés [63, 72]. Dans les chapitres précédents, nous avons proposé un modèle

complet (direct et inverse) de l’évolution de la polarisation diélectrique sous contraintes externes de

natures, d’amplitudes et de fréquences aléatoires. De nombreuses applications industrielles mettent 79

en action des systèmes piézoélectriques présentant des performances améliorées lorsque ces

excitations de nature différentes sont combinées. Dans ce paragraphe, nous présentons une

technique de récupération d’énergie vibratoire pour laquelle la combinaison de l’excitation mécanique

naturelle associée à une excitation externe artificielle de champ électrique permet d’augmenter

fortement l’efficacité du système. L’utilisation des modèles précédemment décrits permet ici de

déterminer précisément l’allure (forme d’onde, amplitude et fréquence) du champ électrique optimal

ainsi que le rendement du système. Cette technique de récupération d’énergie est particulièrement

appropriée à l’illustration des modèles définis dans ce compte-rendu. En effet l’excitation combinée de

la céramique piézo-électrique donne naissance à des comportements fortement non-linéaires et le

coté aléatoire de la contrainte vibratoire mécanique impose une modélisation sur de très larges

bandes de fréquence. La bonne prise en compte par le modèle des pertes diélectriques est

fondamentale car le rendement du système est fortement dépendant de celles-ci [73, 74].

La façon la plus simple de récupérer de l’énergie suite à une excitation du type vibration mécanique

nécessite l’utilisation d’un interrupteur contrôlé. L’idée est de court-circuiter la céramique

piézoélectrique dès lors que la contrainte mécanique maximale est atteinte. Le cycle diélectrique P(T)

subi par l’échantillon définit une boucle dans le sens horaire et dont l’aire est égale au maximum

d’énergie disponible. Pour illustrer cette affirmation, prenons l’exemple de la route piézoélectrique, ou

l’excitation mécanique est due au passage des véhicules. Les échantillons de céramique sont noyés

dans l’asphalte et chaque passage de véhicule donne naissance à une excitation mécanique.
80

Figure 34. Illustration de la technique la plus simple de récupération d’énergie suite au passage d’un véhicule.

Technique des cycles d’Ericsson pour la récupération d’énergie, synchronisation champ


électrique / contrainte mécanique

Pour améliorer les performances en terme de récupération d’énergie, nous proposons une technique

qui couple les deux excitations externes, électrique et mécanique. L’idée est d’augmenter l’aire du

cycle vertueux P(E) illustrée précédemment figure n°34, ceci est rendu possible par l’adjonction

synchronisée à la contrainte mécanique d’un champ électrique d’excitation externe. La technique ainsi

développée est analogue à la technique bien connue dans le domaine de la thermodynamique dite

« des cycles d’Ericsson ». Deux transformations isobares et deux transformations isothermes sont

réalisées de façon synchronisée afin d’augmenter le rendement des moteurs thermiques. Dans notre

cas deux transformations iso-contrainte et deux transformations iso-champ électrique permettent une

augmentation conséquente du cycle vertueux de récupération d’énergie. Pour obtenir des cycles de

larges amplitudes, des céramiques pré-polarisées sont nécessaires. Le champ électrique ainsi que la

contrainte mécanique sont imposés en respectant les chronogrammes de la figure n°35. Dans la
première étape de la boucle, la contrainte mécanique est nulle, le champ électrique croit jusqu’à

atteindre une valeur maximale. Le champ électrique est ensuite maintenu à sa valeur maximale

pendant toute la deuxième étape du processus, celle-ci ne se termine que lorsque la contrainte

mécanique a atteint son maximum. Commence alors la troisième étape, la contrainte est maintenue

constante et l’on diminue progressivement la valeur du champ électrique jusqu’à ce que celui-ci

s’annule. Dans la dernière étape, sous champ électrique nulle la contrainte mécanique est

progressivement diminuée jusqu’à ce qu’elle s’annule. Une fois que la contrainte mécanique a
81
totalement disparu un autre cycle peut commencer

Figure 35. Evolution temporelle de la contrainte mécanique et du champ électrique, cycle P(E) associé.

Simulation, résultats expérimentaux

Dans le cas de la route piézo-électrique la contrainte mécanique est issue du mouvement des

véhicules sur le bitume. Ce mouvement aléatoire peut être fortement approximé par une sinusoïdale

d’amplitude décroissante (figure n°36)


Stress (.105 N)

Time (s)
Figure 36. Evolution temporelle de la contrainte mécanique, passage d’un véhicule.

La fréquence est comprise entre quelques mHz et une centaine de Hz, celle-ci est directement liée à

la vitesse du véhicule. La figure n°37 présente une première comparaison simulation/mesure pour un
cycle d’Ericsson. La mesure a été obtenue à l’aide du banc de caractérisation présenté dans le

chapitre précédent. La simulation quant à elle provient du modèle fractionnaire décrit dans la première

partie de ce manuscrit. Pour cette première comparaison, nous avons opté pour les conditions

d’excitation moyenne, un champ électrique d’amplitude 3.105V/m, une fréquence de 0,1Hz, et une

contrainte mécanique d’amplitude de 50MPa. Nous présentons cette figure pour illustrer la bonne

corrélation temporelle entre les cycles d’Ericsson mesurés et simulés. Dans la suite, nous nous

concentrons uniquement sur l’évolution de l’aire du cycle qui reste le paramètre clef dans cette étude
82

Figure 37. Comparaison cycle d’Ericsson mesuré/simulé.

Finalement, nous présentons des comparaisons simulation/mesure donnant l’évolution de l’aire du

cycle d’Ericsson. Différents paramètres sont testés, en prenant soin de ne faire varier qu’un paramètre

à la fois.

Figure 38. Comparaison mesure/simulation, influence du paramètre fréquence du champ électrique.


83

Figure 39. Comparaison mesure/simulation, influence du paramètre fréquence de la contrainte mécanique.

Figure 40. Comparaison mesure/simulation, influence du paramètre amplitude du champ électrique.

Figure 41. Comparaison mesure/simulation, influence du paramètre amplitude de la contrainte mécanique.


A noter que le modèle dynamique fractionnaire donne des résultats de simulation très satisfaisants. La

fréquence du champ électrique est un paramètre clef. La figure suivante ne présente que des résultats

de simulation. Nous avons balayé sur de larges bandes, les paramètres amplitude et fréquence afin

d’évaluer quels sont ceux qui donnent les meilleurs rendements, en terme de récupération d’énergie.

Logiquement ces surfaces 3D se décale vers le bas (traduisant une récupération moindre dès lors que

la fréquence augmente). La vitesse à laquelle se produit ce décalage est directement liée au

coefficient fractionnaire n de notre modèle.


84

Figure 42. Comparaison mesure/simulation, influence du paramètre amplitude de la contrainte mécanique.

Discussion et conclusion

Les vibrations mécaniques sont naturellement accessibles partout autour de nous, c’est une

ressource qui semble illimitée (vent, vague, déplacement). La possibilité de recycler cette énergie

ambiante et de donner naissance à des générateurs électriques illimités dans le temps présente un

intérêt majeur. En synchronisant le champ électrique et la contrainte mécanique suivant le schéma

d’Ericsson, l’amplitude de l’énergie récupérée peut être fortement augmentée. Dans un monde parfait,

sans non-linéarités, cette augmentation n’aurait pas de limite, en réalité les pertes diélectriques et les

non-linéarités créées par le matériau limitent fortement cette augmentation et ceci est d’autant plus

vrai que les niveaux d’excitation sont élevés.


Cette étude sur la technique de récupération d’énergie dite « des cycles d’Ericsson » constitue une

bonne validation du modèle dynamique fractionnaire [75]. En effet, pour estimer correctement

l’énergie récupérée, le modèle doit être précis sur une très large bande de fréquence et d’amplitude.

L’excitation mécanique environnante s’apparente à un bruit blanc dont les fréquences sont largement

distribuées. A noté que même si ceci n’apparait pas dans ce compte-rendu, d’autres méthodes de

récupération d’énergie ont été modélisées à l’aide des mêmes dispositifs, ainsi la modélisation de la

technique SSD « single switch damping » a permis une évaluation bien plus précise des rendements.
85
En effet, ici aussi les matériaux sont fortement excités et les pertes diélectriques ne peuvent être

négligées.
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88

PROJET DE RECHERCHE
PROJET DE RECHERCHE

Mon projet de recherche peut être découpé en deux parties. La première s’inscrit dans la continuité

des activités de recherches actuelles. Je souhaite établir le lien entre le modèle d’hystérésis

fractionnaire présenté dans la première partie de ce compte-rendu et les modèles traitant de la

dépendance fréquentielle de permittivité diélectrique de Cole-Cole et de Havriliak-Negami. Ces

modèles qui sont également des modèles fractionnaires rendent compte de la dépendance en
89
fréquence de l’évolution de la permittivité sous des contraintes de champ électrique très bas niveaux.

On s’absout alors de tout effet de saturation et de non linéarités liés à de l’hystérésis et on ne se

concentre que sur l’influence de la fréquence. Ces modèles ont fait l’objet de nombreuses études

scientifiques qui ont permis de mieux comprendre des phénomènes physiques telle que la relaxation

diélectrique. En établissant le lien entre notre modèle et les modèles de Cole-Cole et Havriliak-

Negami, il semble possible de mieux comprendre la physique de la dépendance fréquentielle

fractionnaire de notre modèle et donc de justifier physiquement sont utilisation. Je souhaite également

toujours grâce au lien entre la modélisation champs forts et les modélisations et caractérisation

champs faibles vérifier que mon terme de pertes fractionnaires ne dépend pas du niveau d’amplitude

mais uniquement de la nature du matériau. Ceci permettrait d’envisager des caractérisations et des

identifications de paramètres faciles sur de large bande de fréquence grâce à des mesures de

permittivité à l’impédance-mètre. Une fois, les paramètres établis grâce à la caractérisation bas

niveau, ceux-ci peuvent être conservés dans notre modèle d’hystérésis dynamique champ fort.

Dans la deuxième partie de mon projet de recherche, je souhaite exporter les modélisations mise en

place sur les céramiques piézoélectriques à d’autres types de matériaux. Je pense notamment aux

polymères électro-strictifs, qui font l’objet de nombreuses études au sein de notre laboratoire et qui

présentent des dépendances en fréquence importantes. Le modèle fractionnaire donne de bons

résultats pour la prise en compte de la dynamique des champs de polarisation et électrique à travers

une céramique piézoélectrique, il rend compte correctement des phénomènes de relaxation de la

polarisation. La relaxation diélectrique traduit un retard correspondant au temps d’établissement de la

polarisation à travers la céramique. Son dual existe au sein des matériaux magnétiques, il correspond

à la diffusion du champ magnétique qui n’est pas instantané et qui dépend fortement de la fréquence.

Il semble particulièrement intéressant d’établir le lien entre la modélisation fractionnaire et la diffusion


du champ magnétique à travers des tôles magnétiques. En effet ceci permet d’établir des modèles

macroscopiques de pertes magnétiques tenant compte de la diffusion du champ d’excitation à travers

le matériau. En exportant et vérifiant la bonne tenue du modèle fractionnaire pour la modélisation de

l’hystérésis dynamique magnétique ceci permettrait de valider l’universalité de la modélisation

fractionnaire à l’ensemble des problèmes diffusifs.

90 Relation entre le modèle d’hystérésis fractionnaire et les modèles de la permittivité diélectrique

de Cole-Cole et de Havrilak Nagami

Les matériaux piézoélectriques et ferroélectriques d’un point de vue général sont largement utilisés

dans de nombreux domaines d’applications scientifiques et technologiques. Les capteurs basés sur

une conversion piézoélectrique transforment une contrainte mécanique en un signal électrique, et

peuvent être utilisés comme accéléromètres, ou pour des mesures de pressions et de vibrations [76,

78]. A l’exception des applications de type mémoire, qui fonctionnent grâce au retournement de la

polarisation diélectrique au sein des céramiques piézoélectriques, l’hystérésis et les non-linéarités

associées sont à prescrire si l’on souhaite converger vers des capteurs ou des actionneurs de haute

précision. L’origine et les mécanismes de l’hystérésis piézoélectriques sont complexes et se

manifestent sous des formes diverses (hystérésis diélectriques, non-linéarités des piques de

résonnances, non-linéarités des coefficients piézoélectriques). Un cycle d’hystérésis idéal est

symétrique, les champs coercitifs et les polarisations rémanentes positives et négatives, présentent

les mêmes valeurs absolues [79]. Ces paramètres caractéristiques de la forme du cycle d’hystérésis

peuvent être affectés par plusieurs facteurs (l’épaisseur de l’échantillon, la présence de défauts

chargés, les contraintes de découpage résiduelles ou encore les traitements thermiques et de

conditionnement). L’aire et la forme des cycles d’hystérésis sont fortement dépendantes de la

fréquence de l’excitation. Les principales conséquences d’une augmentation de la fréquence sont :

_ Une augmentation des champs coercitifs.

_ Une diminution des polarisations rémanentes.

_ Une variation de l’aire du cycle d’hystérésis.

De nombreuses approches [80, 84] ont été adoptées pour expliquer la dépendance caractéristique en

fréquence des matériaux ferroélectriques. Dans la première partie de ce compte-rendu nous avons
vérifié que les opérateurs fractionnaires sont particulièrement bien adaptés pour modéliser l’hystérésis

diélectrique des matériaux ferroélectriques. Là, où les opérateurs à dérivée entière sont en règle

générale limités à des bandes de fréquence relativement restreintes, une approche à base de

dérivées fractionnaires fournit une bonne précision entre mesure et simulation bien au-delà des limites

physiques des systèmes piézoélectriques classiques. Le comportement des céramiques

piézoélectriques à bas niveau de champ électrique est habituellement décrit par des relations

linéarisées autour d’un point de fonctionnement. Le comportement de la céramique lorsque la


91
fréquence augmente également appelée relaxation diélectrique donne des informations importantes

sur la constitution de l'échantillon ainsi que sur les relations physiques à l'origine de la polarisation.

Cette caractéristique est en générale mesurée à l'aide d'un analyseur de spectre (impédance-mètre).

L'analyseur permet de mesurer l'évolution de la capacité parallèle équivalente ainsi que l'angle de

pertes tanδ en fonction de la fréquence. La relaxation diélectrique est en générale définie comme un

retard élémentaire de la polarisation diélectrique P d'un matériau. Cette relaxation est habituellement

décrite dans l'équation donnant l'évolution de la permittivité en fonction de la fréquence, ce qui pour

les systèmes idéaux est donné par l'équation de Debye:

∆ε
ε *(ω ) = ε ∞ + (31)
1 + iωτ

ε∞, correspond à la permittivité à très grande fréquence, ∆ε = εs- ε∞ avec εs la permittivité dite quasi-

statique obtenue à très faible fréquence. τ est le temps de relaxation caractéristique du matériau testé.

Dans le cas des céramiques piézoélectriques classiques, l’équation de Debye (dépendance

fréquentielle de la permittivité) est étendue au modèle dit de Cole-Cole pour une meilleure précision,

et une utilisation sur une bande de fréquence plus large [85, 86].

∆ε
ε *(ω ) = ε '(ω ) − jε ''(ω ) = ε ∞ +
1 + ( iωτ )
α (32)

ε’(ω) et ε’’(ω) sont respectivement la partie réelle et imaginaire de la permittivité. α est relié à la

distribution des temps de relaxation comprise entre 0 et 1. Le modèle de Cole-Cole présente une

dépendance fractionnaire de la permittivité en fonction de la fréquence. Notre objectif ici est d’établir le

lien entre l'opérateur fractionnaire utilisé dans un modèle d'hystérésis diélectrique fort champ et le
modèle fractionnaire de Cole-Cole, bien adapté pour la modélisation large bande de la dépendance

en fréquence de la permittivité.

A température ambiante et sous contrainte de champ électrique faible, il est connu que la partie réelle

ε’(ω) et la partie imaginaire ε’’(ω) de la permittivité diélectrique complexe mesurées autour d’un point

de fonctionnement sont fortement dépendantes de la fréquence. Parties réelle et imaginaire de la

permittivité complexe sont reliées entre elles par les relations bien connues de Kramers-Kronig. Le

modèle de Debye a été le premier modèle proposé pour prendre en compte la relaxation diélectrique
92
(dépendance en fréquence de la permittivité complexe). Mais les premiers résultats expérimentaux

ont rapidement montré qu’une correction de ce modèle simple serait nécessaire. Le modèle de Cole-

Cole introduit une première correction via la considération non plus d’un temps de relaxation comme

c’est le cas du modèle de Debye mais d’une distribution de temps de relaxation. Cette correction est

possible grâce à l’extension à un ordre non entier du modèle de Debye. Le modèle de Cole-Cole

présente en effet une dépendance fractionnaire de l’évolution de la permittivité complexe.

Issu du modèle de Cole-Cole ε’(ω) et ε’’(ω) peuvent être écrites comme:

 

ε '(ω ) = ε ∞ + 
∆ ε ' 


sinh ( β z ) 
 1 
 2   cosh β z + cos  β π  
(33)
( )  
  2  

  π 
sinh  β 
 ∆ε '    2 

ε ''(ω ) =    
 2   cosh β z + cos  β π  
(34)
( )  
  2  

Ici z = ln(ωτ), ∆ε’= εs- ε∞ et β = (1-α), avec α à l’origine de la déformation du demi arc de cercle dans

les tracés Cole-Cole (c'est-à-dire l’angle entre l’axe des ε’ et le centre du demi arc de cercle). ε’(ω) est

reliée à l’énergie stockée dans un matériau, ε’’(ω) est lié à l’énergie dissipée à travers celui-ci.

Selon le modèle Cole-Cole, la permittivité complexe peut-être écrite comme :

∆ε
ε *(ω ) = ε '(ω ) − jε ''(ω ) = ε ∞ +
1 + ( iωτ )
α (35)

avec ∆ε = εs- ε∞ et 0 < α = 1 - 2σ/π ≤ 1. σ est l’angle de déformation du demi arc de cercle, de

nombreuses méthodes existent pour déterminer cet angle.


Si l’on part du modèle d’hystérésis dynamique, et si l’on considère une excitation de faible amplitude

et suffisamment basse pour supposer une relation de linéarité entre la polarisation P et le champ

électrique E et si la polarisation est cosinusoïdale P (t ) = P0 .cos(ω t ) , la contribution statique de E est

donnée par :

P0 .cos(ωt )
Estat (t ) = (36)
ε static

93
Lorsque la fréquence augmente la contribution dynamique est obtenue à partir de la relation

fractionnaire:

dα P
Edynamic (t ) = ρ . (37)
dt α

Comme P est de type harmonique, cette contribution possède une solution analytique:

π
Edynamic (t ) = ρ .P0 .ω α .cos(ωt + α . ) (38)
2

Finalement, pour des fréquences supérieures, le champ électrique incluant toutes les contributions est

donnée par :

π P0 .cos(ωt )
E (t ) = ρ .P0 .ω α .cos(ωt + α . ) + (39)
2 ε static

Ce qui permet en complexe après simplification de revenir sur l’équation de Cole-Cole :

R { E (t )} = E (t )

π
 1 jα 
E (t ) = P0 .e jω t .  + ρ .ω α .e 2  (40)
 ε stat 

1
ε= π
(41)
1 jα
+ ρ .ω .e
α 2
ε stat

ε stat
ε= (42)
1 + (τ .ω. j )
α
Avec τ α = ε stat .ρ (43)

Si l’on suppose enfin que ε(0) >> ε∞, la relation entre le modèle de Cole-Cole et le modèle d’hystérésis

fractionnaire fort champ est alors évidente :

ε (0) − ε ∞ ε stat
ε = ε∞ + ≈ (44)
1 + ( j.ω .τ ) 1 + (τ .ω . j )
γ α

94 Le modèle de la permittivité diélectrique complexe de Havriliak-Negami correspond à une modification

empirique des modèles de la relaxation diélectrique de Cole-Cole et de Debye. Cette modification

permet de prendre en compte la dissymétrie qui apparait dans certains matériaux lorsque l’on trace

l’évolution de la partie imaginaire de la permittivité en fonction de sa partie réelle. Le modèle de

Havriliak-Negami a dans un premier temps été utilisé pour décrire la relaxation diélectrique dans les

polymères. Il est décrit par l’équation suivante :

ε (0) − ε ∞
ε = ε∞ +
(1+ ( j.ωτ. ) )
(45)
α β

α et β sont deux paramètres non entiers. De la même façon qu’il est possible d’établir un lien entre

notre modèle d’hystérésis champ fort et le modèle de permittivité diélectrique de Cole-Cole, un lien

existe avec le modèle de Havriliak-Negami. Pour établir ce lien, il faut partir de l’équation de l’évolution

de la permittivité en fonction de la fréquence selon Havriliak-Negami puis développer le dénominateur

de la fraction à l’aide du binôme de Newton généralisé à des ordres non entiers :


r
( x + y)r = ∑  x r −k y k (46)
k =0  k 

A noter que pour que cette série converge, il faut que y < x , ou encore :


r
(1 + z ) = ∑  z k
r
(47)
k =0  k 
De même pour avoir convergence il faut z <1

Le dénominateur du modèle de Havriliak-Negami devient alors :

∞ β
( ) ∑  k  ( ( j.ωτ. )α )
α β k
1 + ( j.ωτ
. ) = (48)
k =0  

Ceci correspond à une série de termes fractionnaires dont le poids dans la reconstitution finale de la
95
solution diminue lorsque l’ordre de dérivation augmente. Ceci identifié à notre modèle d’hystérésis

champ fort correspondrait à une série de termes dynamiques d’ordre fractionnaire croissant et de

poids décroissants

π π π P0 .cos(ωt )
E (t ) = ρ1.P0 .ω α .cos(ωt + α . ) + ρ 2 .P0 .ω β .cos(ω t + β . ) + ... + ρ n .P0 .ω m .cos(ωt + m. ) +
2 2 2 ε static
Avec α < β < ... < n et ρ1 < ρ2 < … < m. (49)

Caractérisation des paramètres fractionnaires à l’impédance-mètre

Les opérateurs fractionnaires sont particulièrement bien adaptés à la modélisation des pertes

diélectriques dans les matériaux ferroélectriques. Dans la partie précédente nous avons établi le lien

entre la modélisation champ fort de l’hystérésis dynamique et la modélisation bas niveau de la

permittivité diélectrique complexe. Cette relation permet d’attribuer la même origine physique à la

dépendance en fréquence et par conséquent l’utilisation des mêmes paramètres dynamiques. Cette

notion est particulièrement intéressante car elle permet de limiter la caractérisation dynamique d’un

matériau nouveau à l’utilisation de l’impédance mètre et de conserver les paramètres lors des

simulations haut niveau.

L’impédance-mètre fournit un signal AC sinusoïdale de fréquence variable et dont l’amplitude est

proche de 1V. Il fonctionne comme une source de tension parfaite. Le courant qui circule à travers les

morts de l’appareil est monitoré en temps réel. Entre le courant enregistré et la tension imposée

l’appareil donne l’évolution de la capacité parallèle équivalente et l’angle de pertes diélectriques de

l’échantillon testé.

Si l’on repart de l’équation n°50


1
ε= π
(50)
1 jα
+ ρ .ω .e α 2
ε stat

La permittivité sous sa forme algébrique est donnée par l’équation suivante:

 1  π    π 
 + ρ .ω α .cos  α   − j.  ρ .ωα .sin  α  
ε  2    2 
ε =  stat 2 2
(51)
 1  π    π 
96  + ρ .ω .cos  α   +  ρ .ω .sin  α  
α α

 ε stat  2    2 

Par identification avec ε=ε’-jε’’, ceci devient:

 1  π 
 + ρ .ωα .cos  α  
ε'=  ε stat  2 
2 2
 1  π    π 
 + ρ .ω .cos  α   +  ρ .ω .sin  α  
α α

 ε stat  2    2 

 π
ρ .ω α .sin  α 
ε '' =  2 (52)
2 2
 1  π    π 
 + ρ .ω α .cos  α   +  ρ .ω α .sin  α  
 ε stat  2    2 

A partir des parties réelles et imaginaires de la permittivité, ainsi que des caractéristiques

géométriques, il est possible d’avoir accès à l’évolution de la capacité parallèle équivalente ainsi qu’à

l’angle de pertes en fonction de la fréquence. Ces courbes peuvent être comparées à celle fournit par

l’analyseur.

A
Cp = ε '2 + ε ''2 . (53)
th

ε ''
tan δ = (54)
ε'

Ici, A est la surface de la céramique piézoélectrique et th son épaisseur. Par identification numérique

et optimisation il est envisageable à partir de la mesure de la capacité parallèle et de l’angle de pertes

sur une bande de fréquence importante grâce à l’impédance mètre de remonter aux paramètres α et ρ

de notre modèle fractionnaire.


Dynamique de pénétration du champ magnétique dans les ferromagnétiques doux à l’aide

d’opérateurs fractionnaires

Nous nous intéressons ici à l’exportation des modèles et des opérateurs fractionnaires présentés dans

ce manuscrit à d’autres type de matériaux à hystérésis et notamment les matériaux ferromagnétiques

doux. De nombreuses équipes scientifiques s’intéressent au couplage magnétique des lois de

matériaux et des équations de Maxwell [87]. L’intégration de modèle d’hystérésis dans les problèmes

magnétostatiques et magnétodynamiques implique obligatoirement des techniques de résolution non- 97


linéaire telle que la méthode du point fixe [88]. Il a été démontré dans le passé qu’une bonne

corrélation simulation/mesure peut être obtenue en couplant l’équation de diffusion du champ

magnétique à un modèle d’hystérésis dynamique [91, 94]. Dans ce type de modélisation l’équation de

diffusion est reliée aux courants de Foucault macroscopiques et le modèle d’hystérésis aux courants

de Foucault microscopiques [95, 98]. Ces courants microscopiques proviennent du mouvement des

parois de Bloch. Notre objectif ici est d’essayer de remplacer le modèle couplé : équation de diffusion

et hystérésis dynamique par un simple modèle à constante localisée mais dont la dynamique est régie

par des opérateurs fractionnaires [99].

Dans cette étude on s’intéresse en particulier au cas d’une tôle magnétique du type Fer Silicium telle

que celle rencontré dans les transformateurs de tensions. Supposons dans un premier temps que

l’induction B et le champ d’excitation de surface H sont linéairement reliés par une valeur de

perméabilité relative μ0μr. Si l’on considère que la largeur et la longueur de la tôle sont grandes devant

son épaisseur, une modélisation 1D de la diffusion du champ magnétique semble raisonnable. En

supposant une excitation harmonique, le rapport entre le champ d’excitation de surface et l’intégrale

du champ d’induction magnétique donne une perméabilité qui varie en fonction de la fréquence.

Equation de diffusion 1D, dans le domaine temporel :

∂2B ∂B
= µσ (55)
∂y 2
∂t

Même équation dans le domaine fréquentiel :


∂2B
= jωµσ B (56)
∂y 2

Les solutions de cette équation s’écrivent sous la forme :

B = A1 cos( kx ) + A2 sin( kx ) (57)

1− j 2
98 Avec : k 2 = − jωµσ k= δ=
δ ωµσ

En intégrant sur la surface :

e
2

∫ B( y ).dy
−e
Bapp = 2
(58)
e

Finalement l’évolution de la perméabilité s’écrit :

 e
2.µ 0 .µ r . tan  k . 
µ app =  2 (59)
e.k

Les courants de Foucault microscopiques peuvent être ajoutés dans cette modélisation en modifiant

la loi de matériau par une loi dynamique, en considérant le produit d’une constante et de la dérivée

temporelle du champ d’induction comme un champ d’excitation équivalent :

 ∂B 
B = µ.  H − ρ .  (60)
 ∂t 

Dès lors la perméabilité devient :

µ  e
2. .tan  k . 
1 + µ.γ . jω  2
µapp = (61)
e.k

Considérons maintenant l’expression de la perméabilité magnétique à l’aide du modèle à constante

localisée fractionnaire avec (équation n°65) ou sans les courants de Foucault microscopiques
(équation n°63). Dans ce modèle, le terme fractionnaire produit d’une constante et de la dérivée

fractionnaire temporelle du champ d’induction magnétique est équivalent à un champ d’excitation

magnétique.

 ∂n B 
B = µ0 .µ r .  H − ρ . n  (62)
 ∂t 

B.(1 + µ0 .µr .ρ.( jω)n ) = µ0 .µr .H (63) 99

 µ0 .µ r 
B=  .H (64)
 1 + µ0 .µr .ρ .( jω )
n

 µ0 .µr 
µapp =  n 
(65)
 1 + µ0 .µr .ρ .( jω ) 

Si l’on tient compte des mouvements de parois, un terme supplémentaire du type premier ordre

(produit d’une constante et de la dérivée entière première de l’induction magnétique) est ajouté.

 ∂B ∂n B 
B = µ.  H − ρ . − ρ . n  (66)
 ∂t ∂t 

( )
B. 1 + µ .ρ .( jω ) n + µ .ρ .( jω ) = µ .H (67)

 µ 
B=  .H (68)
 1 + µ.ρ.( jω ) + µ.ρ.( jω ) 
n

C’est dans ce dernier cas de figure que les comparaisons de l’évolution de la perméabilité calculées à

partir de l’équation de diffusion et calculée à l’aide de l’opérateur fractionnaire donnent les meilleurs

résultats.
100

Figure 43. Evolution de la perméabilité en fonction de la fréquence. Comparaison entre le modèle fractionnaire (n=0.56)

et la résolution numérique de l’équation de diffusion dans le cas d’un échantillon de faible épaisseur (e=5mm).

Figure 44. Evolution de la perméabilité en fonction de la fréquence. Comparaison entre le modèle fractionnaire (n=0.56)

et la résolution numérique de l’équation de diffusion dans le cas d’un échantillon de large épaisseur (e=5m).
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DOI : 10.1063/1.4923162

103
104

CONCLUSION GENERALE
CONCLUSION GENERALE

La recherche que j’ai effectuée ces dernières années concerne les systèmes et matériaux dit

« intelligents », en particulier les matériaux piézoélectriques et ferroélectriques. J’ai dans un premier

temps travaillé, sur la caractérisation et la modélisation des matériaux magnétiques durant la thèse de

doctorat, j’ai effectué ensuite un post-doctorat ou j’ai mené des travaux sur l’intégration et la prise en

compte de lois de matériaux non linéaires (hystérésis dynamique) dans un logiciel du type éléments
105
finis. Depuis que j’ai été recruté en tant que Maître de conférences à l’INSA de Lyon en 2005, mon

activité s’est alors tournée vers la modélisation de l’hystérésis dynamique dans les matériaux électro

actifs tels que les céramiques piézo-électriques. Les résultats encourageant obtenus à l’aide des

opérateurs fractionnaires ont offert de nouveaux champs d’investigations, tel que celui de la diffusion

dans les matériaux magnétiques ou de la dynamique diélectrique des polymères électro-strictifs.

Pour confirmer expérimentalement ces bons résultats de modélisation, nous avons mis en place une

technique originale de récupération d’énergie dont le gisement énergétique vibratoire est issu de

l’environnement (vent, véhicules …). Cette ressource est du type bruit blanc avec des fréquences

distribuées dans une bande très large. Comme la technique impose de synchroniser le champ

électrique sur le maximum de contrainte mécanique, on se retrouve à devoir imposer le champ

électrique à des fréquences importantes. Ces fréquences élevées associées à des amplitudes

importantes se traduisent par des pertes diélectriques fortes qu’il est nécessaire de considérer pour

connaître précisément les rendements de la méthode et justifier son utilisation.

Les perspectives que j’entrevoie pour donner suite à l’ensemble de ces travaux sont nombreuses:

_ Je pense travailler dans un premier temps à la compréhension physique des bons résultats de

simulation obtenus par les opérateurs fractionnaires. Le lien entre notre modèle et les modèles de la

permittivité diélectrique (Cole-Cole) semble également une piste intéressante.

_ Nous devons ensuite progresser quant à l’obtention des paramètres du modèle (utilisation de

l’impédance-mètre). L’extension du modèle dynamique à d’autres systèmes diffusifs telle que la

diffusion du champ magnétique donne aussi des résultats prometteurs.

_ Finalement, d’autres applications telle que la récupération d’énergie liée aux mouvements des

vagues semble une extension intéressante pour la technique des cycles d’Ericsson.
106

ANNEXE
Annexe : Piézoélectricité et pyroélectricité
L’effet piézoélectrique direct est la capacité d’un matériau à générer une tension électrique suite à

l’application d’une force mécanique. L’effet inverse correspond à la déformation résultante d’une

tension appliquée. L’origine de l’effet piézoélectrique réside dans la structure cristalline des matériaux.

Pour être piézoélectrique un cristal doit être non centro symétrique, c’est-à-dire que les barycentres

des charges positives et négatives doivent être décalés dans l’espace au sein de la maille cristalline

(Figure n°45).
107

Figure 45. Maille non centro-symétrique, exemple du titanate de baryum avec A=Ba, B=Ti.

Ainsi, en l’absence de champ électrique le matériau présente une polarisation spontanée générée par

un moment dipolaire p=qd , q étant la charge électrique de chaque barycentre et d la distance entre

les barycentres. L’application d’un champ électrique augmente la distance entre les deux barycentres,

générant ainsi une déformation de la maille cristalline responsable d’une déformation macroscopique

et donc de l’effet piézoélectrique inverse. De même, une contrainte mécanique de compression

diminue la distance d en libérant des charges électriques. En circuit ouvert, ces charges sont stockées

dans la capacité électrique que représente le matériau engendrant ainsi un champ électrique. Enfin la

température peut modifier la polarisation spontanée. Dans ce dernier cas le matériau est dit

pyroélectrique. Parmi les 32 classes cristallines seules 20 sont piézoélectriques dont 10

pyroélectriques. Au sein des matériaux piézoélectriques, les matériaux ferroélectriques présentent la

particularité d’avoir une polarisation macroscopique différente de la polarisation spontanée

microscopique, qui peut être inversée par l’action d’un champ électrique, c’est-à-dire que leur axe

polaire est mobile sous l’action d’un champ. L’application d’un champ électrique a un diélectrique
parfait engendre une variation de polarisation proportionnelle au champ appliqué. Cette variation

responsable de l’effet capacitif est parfaitement réversible avec le champ électrique.

On décrit le phénomène par les équations suivantes :

P=ε.E avec P, polarisation (C/m2), ε, la permittivité diélectrique du matériau et E, le champ électrique

appliqué.

Si on considère les dimensions de l’isolant diélectrique, on peut alors écrire :

Q=CV avec Q = P.S, V = E / ℓ, S étant la surface de l’échantillon et ℓ sa longueur. ≪ C ≫ est alors la


108
capacité en Farads. Les matériaux ferroélectriques ont à l’inverse un comportement hystérétique

marqué et ne peuvent donc être décrits par cette équation linéaire comme le montre la Figure 39.

Ainsi la variation de polarisation ne dépend plus uniquement de la variation de champ électrique. Pour

des raisons de minimisation de l’énergie interne, les matériaux ferroélectriques sont structurés en

domaines de polarisation spontanée uniforme (à l’instar des matériaux ferromagnétiques). D’un

domaine à l’autre la direction de la polarisation spontanée est différente, la frontière entre deux

domaines étant appelée ≪ mur de domaine ≫. Les directions que peuvent prendre la polarisation

spontanée sont déterminées par la symétrie cristalline du matériau qui dépend de la température, du

champ électrique et de la contrainte mécanique.

Figure 46. Hystérésis caractéristique d’un matériau ferroélectrique avec Ec, champ coercitif, Pr, polarisation
rémanente, et Ps, polarisation de saturation.
Examinons par exemple le cas du titanate de baryum. En température décroissante (et à champ

électrique nul et contrainte nulle) ce matériau passe successivement par les phases cubique,

quadratique, orthorhombique et enfin rhomboédrique. Sur ces 4 phases, seules les trois dernières

sont ferroélectriques (la phase cubique est centro symétrique). Les transitions de phase successives

induisent une variation importante de la permittivité diélectrique en fonction de la température. Les

températures de transition peuvent être estimées par les maxima locaux de la permittivité (Figure

n°47).
109

Figure 47. Permittivité diélectrique en fonction de la température, a) 1er ordre et b) 2ème ordre.

Malgré une hystérésis forte de la polarisation et de la déformation en fonction du champ électrique, les

matériaux ferroélectriques se comportent de façon linéaire lorsqu’ils sont excités à bas niveau. Sur le

cycle d’hystérésis, cela se traduit par des petites variations de la polarisation autour de la position

E=0V/mm, P=Pr (C/m2).

Les grandeurs fondamentales de la piézoélectricité et de la pyroélectricité sont pour la partie

électrique le champ E et l’induction D, pour la partie mécanique la déformation S et la contrainte T, et

pour la partie thermique la température q et l’entropie G. La démonstration qui suit traite de la

linéarisation à l’ordre 1 du potentiel thermodynamique et permet de définir les équivalences entre les

coefficients linéaires. Ces six grandeurs peuvent être décrites comme les dérivées partielles du

potentiel thermodynamique de Gibbs :


G =U −Tij Sij − Ek Dk −θΓ

U est l’énergie interne

Pour une transformation réversible, on a :

dU =−Tij dSij − Ek dDk −Γdθ

D’où, dG =−Sij dTij − Dk dEk −Γdθ


110 En développant le potentiel de Gibbs au premier ordre, on peut écrire :

 ∂G   ∂G   ∂G 
dG = 
 dT   dTij −   dEk −   dθ
 ij E ,θ  dEk T ,θ  dθ  E ,T

Ce qui par identification donne

 ∂G   ∂G   ∂G 
dG =   , Dk = −   , Γ = − 
 dT   dθ E,T
 ij E,θ  dEk T ,θ

Ainsi, si on exprime les dérivées totales de la déformation, de l’induction et de l’entropie, on obtient :

 ∂2G   ∂2G   ∂2G 


dSij = −  dE − dT − dθ
 ∂Tij ∂Ek  k  ∂Tij ∂Tkl  kl  ∂Tij ∂θ 
     
 ∂G 2  ∂G 
2
 ∂G 
2
dDk = −  −
 n 
dE  dTij −   dθ
∂E
 k n ∂E ∂E ∂T
 k ij  ∂E
 k  ∂θ
 ∂ 2G   ∂ 2G   ∂ 2G 
dΓ = −  dE n −   dTij −   dθ
 ∂θ ∂E n   ∂ θ ∂ Tkl   ∂θ
2

On définit les coefficients linéaires de la piézoélectricité et de la pyroélectricité comme étant dans ce


cas-ci :

 ∂2G   ∂2G   ∂2G 


dijk = −   , pk = −   , λ = −  
 ∂Ek ∂Tij  ∂θ∂E
ij  ∂T ∂θ
   k T ,θ  ij 

 ∂2G   ∂2G   ∂2G 


sijkl = − ε = − ×θ = −
 ∂Tij ∂Tkl  ij    2
, , c
   ∂Ei∂Ej   ∂θ 
Ce qui réduit alors les équations à :
dDk = ε ij dE j + d klm dTlm + pk dθ
dSij = dijn dEn + sijkl dTkl + λij dθ
cdθ
d Γ = pn dEn + λij dTij +
θ
Cette double dérivation du potentiel de Gibbs impose une relation entre les dérivées :

∂D n ∂S ij ∂D n ∂Γ ∂S ij ∂Γ
= = dijk , = = pn , = = λij
∂Tij ∂En T ,θ
∂θ E ,θ ∂En T ,θ
∂θ ∂Tij
E ,θ E ,T E ,θ

111
Unités des variables et coefficients
T (N/m2) Contrainte mécanique

S (m/m) Déformation relative

E (V/m) Champ électrique

D (C/m2) Déplacement électrique ou induction

s (m2/N) Compliance ou susceptibilité élastique

ε (F/m) Permittivité diélectrique


112
d (C/N ou m/V) Constante piézoélectrique qui traduit la proportionnalité entre la charge et la

contrainte à champ constant ou nul.

λ (K-1) Coefficient de dilatation thermique

p (C.m-2.K-1) Coefficient pyroélectrique qui traduit la proportionnalité entre l’induction

électrique et la température

c (J.m-3.K-1) Capacité calorifique à champ constant ou nul

Dans ces équations, E et D sont des vecteurs de dimension 3 (les trois directions du repère

orthonormé) tandis que S et T sont des vecteurs de dimension 6 (trois déformations/contraintes

longitudinales et trois déformations/contraintes de cisaillement) si on adopte la notation contractée.

Les variables thermiques q et G sont des scalaires. Par conséquent, les coefficients décrits ci-dessus

sont des tenseurs dont les dimensions varient selon les grandeurs qu’ils lient.

Cas de la détermination des tenseurs piézoélectriques


La détermination des tenseurs peut être faite de différentes manières. Tout d’abord, le tenseur

élastique peut être caractérisé par la mesure des vitesses acoustiques dans le matériau.

On peut aussi exciter les fréquences de résonance acoustique du matériau en utilisant l’effet

piézoélectrique inverse : suivant la géométrie de l’échantillon considéré, différents modes pourront

être privilégiés comme le montre le Tableau n°3.


113

Tableau 3. Mode de résonance pour la détermination des coefficients


114

RESUME
Modélisation de l’hystérésis dynamique dans les ferroélectriques

Historiquement, les matériaux piézoélectriques ont, entre autre, fait l’objet de développements

intensifs en tant que résonateurs et transducteurs pour l’acoustique sous-marine (sonars) et

l’acoustique médicale (échographie). Depuis, de nombreux autres champs d’application se sont

développés autour des capteurs (accéléromètres) et des actionneurs de précision. Plus récemment,

une application potentielle concerne la récupération d’énergie pour l’auto alimentation des systèmes
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embarqués (systèmes sans batteries). Les matériaux piézoélectriques sont des céramiques, des

monocristaux ou des polymères, chaque catégorie présentant des avantages et inconvénients en

raison de leurs propriétés, leurs coûts, et leur adaptabilité à leurs environnements (impédance

acoustique par exemple). Seules les propriétés dites linéaires ont été utilisées pendant longtemps

(déformation proportionnelle à la tension appliquée). Ce n’est plus le cas actuellement, où dans de

nombreuses nouvelles applications de puissance (comme la récupération d’énergie, par exemple) les

niveaux de sollicitations sont si forts que les non-linéarités ne peuvent plus être négligées. Ces non

linéarités rendent les équations classiques de la piézoélectricité obsolètes et le besoin de nouveaux

outils de modélisation important. Dans les deux premiers chapitres de ce manuscrit, est proposé un

modèle de l’hystérésis dynamique dans les matériaux électro actifs tels que les céramiques piézo-

électriques. Le modèle prend en compte deux contributions :

_ Une contribution statique établie à partir de l’analogie entre un frottement sec mécanique et le

déplacement des murs de domaines lors de la variation de la polarisation au sein du matériau.

_ Une contribution dynamique mettant en œuvre des opérateurs à dérivées fractionnaires et

permettant une bonne prise en compte du comportement dynamique de la polarisation.

Pour confirmer expérimentalement ces résultats de modélisation, dans la dernière partie de ce

manuscrit est présentée une technique originale de récupération d’énergie dont le gisement vibratoire

est issu de l’environnement (vent, véhicules …). Cette ressource est de type bruit blanc avec des

fréquences distribuées dans une bande très large. Comme la technique impose de synchroniser le

champ électrique sur le maximum de contrainte mécanique, on se retrouve à devoir imposer le champ

électrique à des fréquences importantes. Ces fréquences élevées associées à des amplitudes de

champ importantes se traduisent par des pertes diélectriques fortes qu’il est nécessaire de considérer

pour connaître précisément les rendements de la méthode et justifier son utilisation.


Dans le futur, les résultats encourageant obtenus à l’aide des opérateurs fractionnaires offrent de

nouveaux champs d’investigations, tel que celui de la diffusion du champ magnétique dans les

matériaux magnétiques ou de la dynamique diélectrique des polymères électro-strictifs.

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