Les poissons sont des animaux vertébrés aquatiques à branchies, pourvus de nageoires dont le
corps est généralement couvert d'écailles. On les trouve abondamment aussi bien dans les
eaux douces que dans les mers : on trouve des espèces depuis les sources de montagnes
(omble de fontaine, goujon) jusqu'au plus profond des océans (grandgousier, poisson-ogre).
Leur répartition est toutefois très inégale : 50 % des poissons vivraient dans 17 % de la
surface des océans1 (qui sont souvent aussi les plus surexploités).
Ils ont un rôle fondamental pour les humains :
en tant que nourriture, les poissons sont partout dans le monde ; qu'ils soient pêchés
dans la nature ou élevés en pisciculture ;
ils sont aussi exploités à des fins récréatives, avec la pêche et l'aquariophilie, et sont
parfois exposés dans de grands aquariums publics ;
ils jouent et ont joué un rôle significatif dans de nombreuses cultures, en tant que
déités et symboles religieux, ou sujets de contes, légendes, livres et films ;
en jouant un rôle écosystémique important ;
en contribuant aux cycles biogéochimiques, dont le cycle du carbone et en particulier
en contribuant au puits de carbone océanique1.
Dans la classification phylogénétique2, obtenue par application des méthodes cladistiques, les
poissons forment un groupe paraphylétique de vertébrés, donc non reconnu, car il exclut les
tétrapodes (vertébrés terrestres). La super-classe des Poissons (les Pisces) de la classification
classique n'est reconnue que par certains systématiciens évolutionnistes3. Les espèces
actuelles (non-éteintes) de poissons sont réparties dans les taxons Pétromyzontides
(lamproies), Chondrichtyens (les raies et requins), Actinoptérygiens (les plus communs),
Sarcoptérygiens (Dipneustes et Actinistiens). On y associe parfois les Myxinoïdes.
Le premier inventaire ichtyologique de France semble être celui de Pierre Belon, en 1555,
intitulé La nature et la diversité des poissons avec leurs pourtraicts représentés au plus près
du naturel4.
Sommaire
1 Définition et classification
o 1.1 Étymologie
o 1.2 Définition
o 1.3 Terminologie
o 1.4 Classification
2 Génomique
3 Évolution
o 3.1 Agnathes
o 3.2 Poissons cartilagineux (Chondrichtyens)
o 3.3 Poissons osseux (Ostéichtyens au sens classique)
o 3.4 Poisson à nageoires charnues
4 Morphologie et anatomie
o 4.1 Morphologie
4.1.1 Aspect général
4.1.2 Épiderme
4.1.3 Nageoires
o 4.2 Alimentation
o 4.3 Anatomie
5 Écologie et comportement
o 5.1 Comportement social
o 5.2 Cycles
o 5.3 Migration des poissons
6 Contribution des poissons aux puits de carbone
7 Les poissons et l'Homme
o 7.1 Utilisation alimentaire
o 7.2 Surpêche
o 7.3 Pollution de l'eau, des sédiments et destruction des habitats
o 7.4 Espèces exotiques envahissantes
o 7.5 Conservation
7.5.1 Statut de préservation
o 7.6 Mesures de protection
7.6.1 Échelles à poissons
o 7.7 Vers un usage éthique des poissons
o 7.8 Les poissons dans la culture
8 Records
o 8.1 Taille
o 8.2 Puissance
9 Annexes
o 9.1 Articles connexes
o 9.2 Bibliographie
o 9.3 Liens externes
10 Notes et références
Définition et classification
Étymologie
Le substantif masculin5,6,7 « poisson » (prononcé : [pwasɔ̃ ] en français standard)6 est issu,
par l'intermédiaire de l'ancien français peis, pois, du latin piscis, de même sens5,6.
Définition
Un ptérois à antennes.
Le terme « poisson » est plus précisément employé pour désigner les crâniates non tétrapodes,
c'est-à-dire des animaux avec un crâne cartilagineux ou osseux qui protège la partie antérieure
du système nerveux, possédant des branchies toute leur vie et qui peuvent posséder des
nageoires, mais pas de « pattes »8. Les poissons ne forment pas un groupe
phylogénétiquement homogène, à l'inverse des oiseaux ou des mammifères (voir plus bas).
Un poisson typique est « à sang froid » ; il possède un corps allongé lui permettant de nager
rapidement ; il extrait le dioxygène de l'eau en utilisant ses branchies ou un organe
respiratoire annexe lui permettant de respirer le dioxygène atmosphérique ; il possède deux
paires de nageoires, les nageoires pelviennes et latérales, habituellement une ou deux (plus
rarement trois) nageoires dorsales, une nageoire anale et une nageoire caudale; il possède une
double mâchoire pour les gnathostomes et simple pour les agnathes ; il possède une peau
généralement recouverte d'écailles ; ovipare, il pond des œufs et la fécondation peut être
interne ou externe.
Il existe de nombreuses formes et tailles de poissons : ce dragon des mers, proche de
l'hippocampe, se confond avec les algues grâce à ses nageoires.
Chacune de ces caractéristiques comporte toutefois des exceptions. Les thons, les espadons et
certaines espèces de requins sont entre sang chaud et sang froid, et peuvent élever leur
température corporelle au-dessus de celle de l'eau ambiante9. Et de la même façon, la lampris-
lune semble être un cas unique de poisson à sang chaud. La forme du corps et les
performances natatoires varient considérablement, des nageurs très rapides capables de
parcourir dix à vingt longueurs de leur corps par seconde (thons, saumons) aux poissons très
lents mais mieux manœuvrants (comme les anguilles ou les raies) qui ne dépassent pas 0,5
longueur par seconde10. Plusieurs groupes de poissons d'eau douce extraient le dioxygène de
l'air comme de l'eau en utilisant des organes variés. Les dipneustes possèdent deux poumons
similaires à ceux des tétrapodes ; les gouramis ont un « organe labyrinthe » qui fonctionne de
la même manière ; les Corydoras extraient le dioxygène par l'estomac ou l'intestin11. La forme
du corps et la position des nageoires varient énormément, comme en témoigne la différence
entre les hippocampes, les lophiiformes, les poissons globes ou les saccopharyngiformes. De
même, la surface de la peau peut être nue (murènes) ou couverte d'écailles de différents
types : placoïdes (requins et raies), cosmoïdes (cœlacanthes), ganoïdes, cycloïdes et
cténoïdes12. Certains poissons passent même davantage de temps hors de l'eau que dedans,
comme les périophthalmes qui se nourrissent et interagissent entre eux sur des terrains boueux
et ne retournent dans l'eau que pour se cacher dans leur terrier13. Certaines espèces peuvent
être ovovivipares ou vivipares.
La taille d'un poisson varie du requin baleine de 16 m au Schindleria brevipinguis d'à peine
8 mm.
Quelques espèces de poisson dulçaquicole disposent de poumons, si les Erythrinus de
l'Amazone extraient 50 % du dioxygène dont ils ont besoin avec ceux-ci, les poumons sont
l'unique moyen de respiration des Arapaima gigas ou des gymnotes.
Terminologie
Plusieurs types d'animaux aquatiques sont communément appelés « poissons » mais n'en sont
pas vis-à-vis de la définition précédente.
Les termes relatifs aux poissons viennent de différentes racines :
Poisson se dit piscis (pisces au pluriel) en latin, d'où la pisciculture, piscivore, etc.
Poisson se dit ichthys en grec (plus exactement le mot grec ἰχθύς se transcrit ainsi en
latin) ; l'Académie française a simplifié le groupe chth en cht en 1878 mais l'on
retrouve le groupe complet en anglais par exemple ; d'où l'ichtyologie, Ichtus,
l'ichtyocolle, etc.
Classification
À l'opposé des groupes tels que les oiseaux ou les mammifères, les poissons ne forment pas
un clade : le groupe est paraphylétique, c'est-à-dire qu'il ne comporte pas tous les descendants
de leur ancêtre commun14,15,16. Pour cette raison, la « super-classe Pisces » n'est plus utilisée en
classification phylogénétique, chaque clade devant comporter tous les descendants du même
ancêtre, ce qui amènerait à y adjoindre les Tétrapodes. Elle est par contre conservée dans
certaines classifications évolutionnistes modernes3.
Les poissons sont classés dans les groupes principaux suivants (en grisé et précédés de l'obèle
« † », les taxons éteints) :
Infra-embranchement des Agnathes ou Cyclostomes, (vertébrés sans mâchoires)
o Classe Hyperoartia (Hyperoartiens : poissons sans mâchoires)
Ordre des Petromyzontiformes (lamproies)
o groupe des †Ostracodermes (terme qui regroupe les classes éteintes de
poissons sans mâchoires)
Classe †Pteraspidomorphi GOODRICH, 1909 (Ptéraspidomorphes,
poissons primitifs sans mâchoires)
Sous-classe †Heterostraci LANKESTER, 1868 (Hétérostracés,
poissons primitifs sans mâchoires, Ordovicien → Dévonien)
Sous-classe †Astrapida BERG, 1940 (Astrapides, poissons
primitifs sans mâchoires, Ordovicien → Dévonien)
Sous-classe †Arandaspida RITCHIE et GILBERT-
THOMLINSON, 1977 (Arandaspides, poissons primitifs sans
mâchoires, Ordovicien)
Classe †Anaspida TRAQUAIR, 1899 (poissons primitifs sans
mâchoires, Silurien → Dévonien supérieur)
Classe †Thelodonti JAECKEL, 1911 (poissons primitifs sans
mâchoires, Ordovicien → Dévonien)
Classe †Cephalaspidomorphi GOODRICH, 1909
(Céphalaspidomorphes : poissons sans mâchoires à cuirasse articulée)
Sous-classe †Osteostraci LANKESTER, 1868 (Ostéostracés :
poissons à cuirasse ossifiée, Silurien moyen → Dévonien
supérieur)
Sous-classe †Galeaspida LIU, 1965 (Galéaspidés, poissons
avec bouclier céphalique en forme de heaume, Silurien →
Dévonien)
Sous-classe †Pituriaspida (Pituriaspides, poissons cuirassés de
"Pituri", Queensland, Australie, Dévonien moyen)
Infra-embranchement des Gnathostomes (vertébrés à mâchoires)
o Classe †Placodermi (Placodermes : poissons à cuirasse articulée)
o Classe †Acanthodii (Acanthodiens : requins épineux)
o Classe Chondrichthyes (Chondrichtyens : poissons cartilagineux : requins et
les raies)
o Superclasse Osteichthyes (Ostéichthyens : poissons osseux)
Classe Actinopterygii (Actinoptérygiens : poissons à nageoires
rayonnées)
Classe Sarcopterygii (Sarcoptérygiens : poissons à nageoires charnues)
Sous-classe Coelacanthimorpha (cœlacanthes)
Sous-classe Dipnoi (dipneustes)
Certains paléontologues considèrent que les conodontes sont des chordés et les considèrent
comme des poissons primitifs ; voir l'article Vertébré.
Les différents groupes de poissons pris tous ensemble comprennent plus de la moitié des
vertébrés connus. Il y a près de 28 000 espèces de poissons existantes (sans compter les
espèces disparues), dont près de 27 000 poissons osseux, le reste étant formé d'environ 970
requins, raies et chimères et environ 108 lamproies et myxines17. Un tiers de toutes ces
espèces est renfermé dans les neuf plus grandes familles, qui sont (des plus grandes aux plus
petites) : Cyprinidae, Gobiidae, Cichlidae, Characidae, Loricariidae, Balitoridae, Serranidae,
Labridae, et Scorpaenidae. D'un autre côté, environ 64 familles sont monotypiques (ne
contiennent qu'un seul genre, parfois monospécifique). On suppose que le nombre total
d'espèces de poissons en existence serait de 32 50017.
Génomique
Les poissons contemporains sont les vertébrés chez lesquels on observe les plus grands et les
plus petits génomes (parmi les vertébrés), phénomène qui a une « signification évolutive »
encore incomprise18. Le génome est plus petit chez les poissons à nageoires à rayons que chez
les poissons cartilagineux, hormis chez les polyploïdes (qui explique en grande partie les
variations de taille de génome au sein de ces deux groupes)18. Le génome des poissons d'eau
douce (et eurybiontes) est plus grand que celui des espèces apparentées marines et
sténobiontes18. Les différences de taille de génome ne semblent pas liées au taux métabolique
propre à l'espèce mais elles sont positivement corrélées avec la taille des œufs, ce qui peut
évoquer un lien avec l'évolution des soins parentaux18.
Évolution
Article détaillé : Histoire évolutive des poissons.
Haikouichthys ercaicunensis, unique espèce de son genre, est un poisson agnathe éteint.
Dans un contexte évolutif, l'ensemble des taxons désignés par le terme poisson n'est plus
considéré homogène, ces taxons ayant des histoires évolutives différentes et formant donc
différents clades2.
Certains pensent que les poissons ont évolué à partir d'une créature du type ascidie (dont les
larves ont des ressemblances avec les poissons primitifs) ; les premiers ancêtres des poissons
auraient alors conservé leur forme larvaire à l'état adulte par néoténie, mais l'inverse est aussi
possible. Les fossiles candidats au statut de « premier poisson » connus sont Haikouichthys,
Myllokunmingia et Pikaia.
Les tout premiers fossiles de poissons ne sont guère nombreux, ni de bonne qualité : peut-être
les poissons primitifs étaient-ils rares ou mal fossilisables ou les conditions taphonomiques
mauvaises. Cependant, le poisson devint une des formes de vie dominantes du milieu
aquatique et a donné naissance aux branches évolutives menant aux vertébrés terrestres
comme les amphibiens, les reptiles et les mammifères.
L'apparition d'une mâchoire articulée semble être la raison majeure de la prolifération
ultérieure des poissons, car le nombre d'espèces de poissons agnathes devint très faible. Les
premières mâchoires ont été trouvées dans les fossiles de placodermes. On ignore si le fait de
posséder une mâchoire articulée procure un avantage, par exemple pour la préhension ou la
respiration.
Les poissons ont aussi coévolué avec d'autres espèces (prédateurs, pathogènes et parasites
notamment, mais aussi parfois des espèces symbiotes). Durant leurs migrations (longues et
sur de longues distances pour les saumons et lamproies, et plus encore pour les anguilles), ils
peuvent transporter (dispersion) un certain nombre de propagules d'autres organismes
(ectoparasitisme, endozoochorie, œufs viables non digérés19….)
Agnathes
Une lamproie marine.
Les agnathes regroupent des animaux à corde dorsale et à crâne, mais sans mâchoires. Leur
vie en milieu aquatique les a fait longtemps classer parmi les poissons.
La monophylie des agnathes actuels est débattue20,21,3 :
les myxines, font ou ne font pas partie des vertébrés selon la phylogénie retenue ;
les lamproies, sont indéniablement des vertébrés.
La plupart des études récentes basées sur les comparaisons de séquences d'ADN soutiennent
que les myxines et les lamproies sont étroitement apparentées. On parlera alors du groupe des
cyclostomes20.
Les myxines et lamproies partagent des caractères morphologiques ancestraux à tous les
craniés, qui sont perdus chez les gnathostomes. Leur bouche rudimentaire, qui se comporte
comme une ventouse, ne possède pas de mâchoires, et ne peut donc pas modifier son
ouverture. Leur squelette est cartilagineux et composé d'une capsule crânienne et d'une
colonne vertébrale sans côtes.
Si les agnathes actuels sont peu nombreux, de nombreux fossiles d'agnathes sont présents
dans les sédiments du paléozoïque. Les agnathes furent les tout premiers crâniates à
apparaître.
Certains agnathes fossiles, comme les ostéostracés sont plus proches parents des vertébrés à
mâchoire que des lamproies et myxines. Par exemple, ils possèdent des membres pairs
(nageoires pectorales) à la différence de ces dernières20.
Les conodontes sont un type d'agnathes préhistoriques ayant développé des "dents" sans avoir
jamais développé de machoires.
Poissons cartilagineux (Chondrichtyens)
Un grand requin blanc de 3,5 mètres environ.
Chez les Chondrichthyens, aussi appelés « poissons cartilagineux », il n'y a globalement pas
d'ossification endochondrale. Le squelette est donc très majoritairement composé de cartilage,
et pas d'« os vrai »2. On peut y trouver les différentes espèces de requins, de raies et de
chimères. Il faut ajouter que les « os vrais » peuvent tout de même être observés chez les
Chondrichtyens, mais en petite quantité22. La généralisation de l'os enchondral ne se trouvera
que chez les ostéichtyens, étant par ailleurs leur synapomorphie principale.
Les principales synapomorphies des chondrichthyens incluent une couche de cartilage calcifié
prismatique et, chez les mâles, les nageoires pelviennes portent des claspers pelviens (organes
servant à l'accouplement)2.
Poissons osseux (Ostéichtyens au sens classique)
Un poisson mandarin, un exemple de poisson osseux.
Comme leur nom l'indique, l'innovation la plus notable des poissons osseux est l'os. Le tissu
osseux périchondral qui renforçait certains cartilages se généralise, et conduit à deux types
d'os d'origines différentes :
l'os enchondral (associé au mésoderme), qui remplace au cours du développement les
pièces cartilagineuses du squelette interne ;
surtout, l'os dermique, qui se forme à partir du derme (d'origine mésodermique),
apparaît. Il donne les os de la boîte crânienne et les ceintures scapulaires, ainsi que les
rayons des nageoires (qui évolueront ultérieurement en membres).
On observe aussi la présence de sacs aériens connectés au tube digestif qui donneront les
poumons des vertébrés terrestres et les vessies natatoires des Actinopté