Maintenance des photocopieurs : enjeux et pratiques
Maintenance des photocopieurs : enjeux et pratiques
Reinhard GRESSEL
IFSTTAR, SPLOTT
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Les photocopieurs sont devenus d!une grande banalité pour tous ceux qui
fréquentent les bureaux. Les gens qui y travaillent ont sans cesse recours à leurs
services.
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Il s'agit de l!approfondissement et du prolongement d!une enquête antérieure plus vaste et qui
portait plus généralement sur les professionnels mobiles. Les résultats de cette première enquête
ont été publiés dans : Gressel et Munduteguy (2008). L'enquête spécifique sur les techniciens de
maintenance de photocopieurs comportait 6 entretiens avec des techniciens, 8 observations de
dépannage, 3 observations en tournée, 2 entretiens avec des commerciaux d'entreprises de
maintenance et 2 entretiens avec des responsables signataires des contrats de maintenance en
tant que clients.
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Les photocopieurs
Les photocopieurs modernes sont en fait des scanners combinés avec une
imprimante à travers une mémoire informatique. Ce ne sont plus de ce fait des
machines strictement spécialisées dans la copie de documents mais des
machines à fonctions multiples. Elles intègrent des fonctions de copie,
d!impression, de scanner et de fax avec quelquefois une fonction de stockage et
de gestion de documents. A ces fonctions s!ajoutent des fonctions de traitement
physique des documents comme des modules de tri, d!agrafage et quelquefois de
pliage.
Il y a d!une part des copieurs courants, ceux que l!on trouve dans les couloirs et
les étages des bureaux en libre service, généralement en noir et blanc, qui
réalisent autour de 25 copies à la minute, et d!autre part, des copieurs beaucoup
plus performants, qui peuvent faire de la couleur et tournent à un rythme de 50
copies à la minute en recto verso. Ces derniers copieurs sont beaucoup moins
nombreux et généralement réservés à des services de reproduction. Ils sont
utilisés par un personnel spécialisé.
Les photocopieurs neufs sont rarement achetés par des entreprises ou des
administrations clientes, mais plutôt loués par l!intermédiaire de sociétés de
financement. Ces contrats de location ne portent pas à proprement parler sur les
machines. Les clients achètent en quelque sorte la mise à disposition d!une
capacité à faire un certain (grand) nombre de copies et payent ce service en
fonction du nombre de copies réalisées. Les fabricants et leurs concessionnaires
ont alors intérêt à ce que les machines soient toujours en mesure de fournir ce
service, et donc en parfait état de fonctionnement.
Quand les photocopieurs ont atteint un certain âge (à partir de deux ou trois ans)
ils commencent une sorte de deuxième vie. Ils sortent alors du parc des machines
mises en location dans le cadre de contrats à la copie et sont vendus après un
reconditionnement à d!autres clients. Ces photocopieurs vont désormais leur
appartenir en propre et donner lieu, là aussi, à des contrats de maintenance moins
chers, mais aussi moins exigeants du point de vue de la qualité et des délais de
maintenance. On observe même souvent que les délais contractuels de
dépannage sont dépassés.
! #!
Les entreprises de maintenance de photocopieurs
Ce ne sont pas les fabricants des photocopieurs eux mêmes qui vendent, louent,
installent et entretiennent leurs machines mais des entreprises concessionnaires
et distributrices. Ces entreprises sont donc aussi celles qui emploient des
techniciens de maintenance. Elles peuvent être de grands concessionnaires dont
les effectifs comportent quelques centaines de techniciens mais aussi des
moyennes et petites entreprises qui n!emploient que quelques techniciens. Nous
verrons que selon l'envergure de ces entreprises elles ne visent pas le même type
de clients et surtout que les formes d'organisation du travail de leurs techniciens
sont différentes.
Les techniciens
Ils débutent en double avec des techniciens expérimentés pendant une ou deux
semaines avant d!être envoyés, pour commencer, chez des clients disposant de
machines pas trop compliquées.
Ensuite ils peuvent bénéficier de stages de formation chez les fabricants, tout
particulièrement au moment du lancement d!une nouvelle gamme de copieurs.
Ces stages sont plutôt appréciés par les techniciens de toutes les générations. En
! $!
effet, ils leur permettent non seulement d!apprendre rapidement les éléments
essentiels d!une maintenance rapide sur ces matériels, mais les tiennent plus
largement au courant des dernières innovations dans le domaine. Ces formations
les mettent aussi en contact avec d!autres techniciens pour échanger des
informations sur le métier ainsi que sur les autres entreprises de maintenance,
éventuels employeurs.
L!ensemble de leur outillage de base est fourni par l!entreprise qui les emploie.
Suivant leur degré d!expérience et d!ancienneté dans la profession, ils possèdent
des compléments d!outillage, quelquefois assez perfectionnés comme des
tournevis électriques qui économisent du temps et des tas de petits outils
astucieux de fabrication plus ou moins artisanale. Ces outils facilitent certaines
interventions (tenir une pièce alors que l!on a besoin des deux mains pour
travailler, par exemple).
Approvisionnement en pièces
Les pièces de rechange dont les techniciens ont besoin pour leurs dépannages se
répartissent entre des kits de dépannage courant (des rouleaux galets de prise de
papier par exemple) et des pièces plus spécifiques correspondant à des pannes
plus rares et qui demandent une commande spéciale.
Dans les grandes entreprises de maintenance, les pièces et kits sont disponibles
en stock, et les techniciens se servent en fonction de leurs besoins prévisionnels.
Les pièces en commande spéciale sont livrées soit à l!entreprise si les techniciens
y passent, soit dans des dépôts banalisés (de type "self stockage" - boxes de
stockage et de rangement en libre service pour particuliers et professionnels)
situés de manière plus centrale sur la zone d!intervention des techniciens.
Dans quelques cas d!urgence liés à des contrats de maintenance très stricts du
point de vue des obligations de dépannage dans des délais très courts, il arrive
que des pièces de rechange nécessaires au dépannage soient directement livrées
sur les lieux par coursier spécial (souvent un taxi).
Leur travail conduit ces techniciens dans des bureaux, et non dans un univers
industriel comme beaucoup d!autres techniciens de maintenance. Ils s!y rendent
non pas en camionnette mais en voiture de société. Ils transportent leurs outils
! %!
dans une mallette et non pas dans une caisse à outils. Ils portent non pas un bleu
ou un vêtement de travail, mais il y a quelques années encore un costume,
chemise, cravate, maintenant, avec le relâchement des contraintes vestimentaires,
ils s'habillent comme des employés de bureau. Et ils côtoient des gens qui
travaillent dans des bureaux, des secrétaires, des employés, des cadres, tout un
univers spécifique dans lequel ont cours des manières particulières de se
comporter, d!agir et de parler avec des codes de politesse différents de ceux des
ateliers.
Les techniciens se déplacent sur cette zone avec une voiture, plus rarement avec
un deux-roues motorisé2. C!est une voiture de type société avec seulement 2
sièges à l!avant : l!emplacement des sièges à l!arrière ainsi que le coffre sont
destinés à recevoir l!outillage et les pièces de rechange ainsi que les
consommables dont les techniciens ont besoin lors de leurs interventions.
Ces véhicules sont dans la grande majorité des véhicules en contrat de location
longue durée avec des abonnements de maintenance, de dépannage etc. et qui
sont attribués au technicien. Très souvent il garde le véhicule le soir pour pouvoir
directement partir en intervention le lendemain matin, mais il en a alors la
responsabilité ainsi que celle de son contenu. En conséquence, la question de
l!inscription « publicitaire » sur le véhicule de la marque et de l!entreprise de
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Seulement les concessionnaires d!une grande marque de photocopieurs utilisent ce type de
véhicules dans des centres-villes très denses dans le but d!éviter en partie des problèmes de
stationnement.
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maintenance de photocopieurs ainsi que ses coordonnées est controversée. Pour
des raisons de visibilité commerciale, les fabricants et les entreprises ont
tendance à faire figurer ces inscriptions sur les véhicules, alors que les techniciens
préfèrent avoir des véhicules banalisés pour moins attirer la convoitise d'éventuels
voleurs.
Grâce aux contrats d'entretien, les véhicules sont conservés dans un assez bon
état de fonctionnement, ce qui fait que les pannes lors des déplacements des
techniciens sont assez rares. En revanche le déroulement de leurs interventions
est considérablement affecté par les conditions de circulation et de stationnement
auxquelles ils doivent faire face.
Tout de suite après la question des encombrements de la route se pose pour ces
techniciens la question du stationnement, tout au moins pour des interventions en
zone d!urbanisation très dense. En effet, ils doivent non seulement transporter à
pied leur outillage et l!ensemble du matériel nécessaire à leurs interventions mais
aussi quelquefois des compléments de consommables pour les machines (toner,
agrafes). Ainsi, la proximité d!une possibilité de stationnement autorisé par rapport
! '!
à leur lieu d!intervention devient un enjeu important dès que la société ou
l!administration cliente ne dispose pas de stationnements dédiés.
Quand le technicien se rend sur un lieu de dépannage, il est très souvent attendu
par des usagers, impatients de le voir arriver. Il est donc accueilli avec un mélange
de mauvaise humeur et de soulagement. Il commence par poser quelques
questions sur la nature de la panne qui affecte la machine tout en consultant les
informations concernant les incidents de la machine sur l!écran de contrôle du
copieur.
Il commence alors à démonter des pièces pour accéder aux parties en panne. Soit
il dispose dans sa mallette du kit ou des pièces nécessaires pour un dépannage
(dans le cas des pannes les plus fréquentes), soit il doit retourner à sa voiture pour
y chercher les pièces en question. Il peut arriver que la panne soit plutôt
compliquée ou rare, et que la ou les pièces pour effectuer la réparation doivent
être commandées.
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Mais la situation de service peut s!avérer pour le technicien une véritable épreuve :
il est seul face à des utilisateurs quelquefois hostiles qui demandent seulement et
de manière insistante que la machine fonctionne. Les possibilités d!établir des
relations de coopération sont alors extrêmement limitées. Les techniciens
perçoivent cette situation comme une injonction à produire un résultat sans la
prise en compte des difficultés que représente la production d'un tel résultat ni des
moyens qu'ils doivent mettre en œuvre pour y parvenir.
Dans certains cas, pour des copieurs de reprographie le technicien peut tenter un
dépannage à distance. Il est alors contacté directement et en dehors du circuit
réglementaire de signalement des incidents et pannes par le « reprographe ». Ce
dernier lui soumet par téléphone la nature du disfonctionnement qui affecte sa
machine. Le technicien tente alors, sur la base des indications (symptômes et
codes à lire sur l!écran de la machine) que lui communique son interlocuteur de
guider ce dernier. Le « réprographe » peut alors effectuer les quelques opérations
nécessaires pour remettre la machine en route, si ce n!est définitivement du moins
provisoirement jusqu!à l!intervention du technicien.
Ici la situation de prestation de service prend réellement son sens, l!utilisateur est
satisfait, le technicien peut faire preuve de compétence, un déplacement est évité
ou du moins différé. Mais cette prestation se fait quasiment à l!insu des
responsables ayant établi formellement le contrat de service du coté de
l!entreprise de maintenance tout comme du coté de l!entreprise ou de
l'administration cliente.
Beaucoup de pannes sur des photocopieurs ne sont pas des pannes franches
mettant directement en cause un et un seul élément de la machine. Certains
copieurs déjà d!un certain âge commencent à présenter des symptômes de
disfonctionnement diffus qui se manifestent par un mauvais fonctionnement en
général, des copies pas nettes, pas propres, des bourrages de papier à répétition
etc.. Tout le monde fait l!expérience de ce genre de situation où l!on ouvre toutes
les portes de la machine pour finalement en extraire peut-être une feuille,
quelques fois froissée, puis on referme tout et ça repart ….. pour recommencer
quelques heures ou quelques jours plus tard.
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Ce genre de pannes est compliqué à diagnostiquer, difficilement accessible par
les indications d'incidents contenues dans la mémoire de la machine et demande
au technicien une certaine expérience non seulement pour trouver et éliminer le
disfonctionnement mais aussi pour ne pas s!engager trop loin dans la révision de
la machine. En effet beaucoup de ces pannes « disparaissent » lors du
dépannage sans que le technicien ait pu identifier formellement un défaut
particulier, et une fois remontée et nettoyée la machine fonctionne à nouveau
comme « par miracle ».
Les machines des plus grandes marques ne sont pas exemptes de défauts (patins
en mousse qui collent certains palpeurs par ex.). Les techniciens expérimentés
connaissent ce type de défauts et essaient de les éliminer systématiquement sur
les copieurs de leur zone d!intervention afin de prévenir les pannes qui pourraient
en résulter.
Faire un peu plus lors d!une intervention que le strict minimum pour remédier à la
panne, tel qu!un peu de nettoyage et quelques réglages sans pour autant excéder
un certain délai, est une charge supplémentaire, peu valorisable face à
l!employeur. En effet ce n!est pas immédiatement rentable, pourtant c!est un
investissement intéressant. Outre d!entretenir une bonne relation de service avec
les utilisateurs, ces opérations ont aussi pour conséquence de retarder des
dysfonctionnements ultérieurs. De plus, laisser la machine dans un état
acceptable pour un autre technicien, susceptible d!intervenir sur cette même
machine plus tard, permet ainsi de montrer que l!on est un bon professionnel
respectueux de ses collègues.
! *!
par priorités l!ensemble des interventions d!une zone et les transmet
automatiquement par le réseau du téléphone mobile aux techniciens disponibles.
Par ailleurs, le système contient une catégorisation des incidents survenus et des
interventions réalisées pour y remédier que les plus expérimentés des techniciens
jugent assez pauvre. Pour pallier alors à l!absence de catégories suffisamment
fines parmi celles que proposent les menus de ces PDA et que les techniciens
sont censés utiliser pour rendre compte de leur activité, certains de l!ancienne
école tiennent en plus manuellement un cahier sur lequel ils portent
soigneusement le détail des interventions qu!ils ont réalisées pour pouvoir les
opposer en cas de litige aux clients ou à leur hiérarchie. De manière convergente
avec ce que décrit J. Boutet (2001) à propos de l!expression par la parole et par
l!écrit dans des systèmes taylorisés d!organisation du travail, on peut observer
pour ces techniciens de maintenance à la fois une mise en écriture de leur activité
qui s!effectue en marge de l!organisation prescrite et une contestation (explicite ou
implicite) des catégories de langage proposées par l!organisation du travail pour
saisir et rendre compte de leur activité. Mais il semble que cette distance envers
les catégorisations officielles ne soit pas répartie de manière uniforme chez les
techniciens.
! "+!
Les plus jeunes d!entre eux ne sont pas aussi méfiants vis à vis de ces systèmes
et font davantage confiance à la fiabilité de l!informatique. Leur attitude peut être
rapprochée de celle que notent S. Beaud et M. Pialoux (1999) au cours de leur
enquête chez les ouvriers à Sochaux, lorsqu!ils observent comment s!opèrent des
clivages entre générations d!ouvriers et comment ces clivages s!appuient sur leurs
rapports respectifs aux innovations technologiques. De façon analogue, on peut
observer chez les techniciens de maintenance des photocopieurs une différence
entre les générations qui se joue au sein du groupe des techniciens. Cette
différence s!appuie sur une polarité entre les anciens qui se méfient de cette
technologie et qui ont tendance à la refuser et les jeunes qui lui font confiance en
se l!appropriant avec un certain engouement. Il en résulte une certaine
"ringardisation" des anciens qui tend à les disqualifier ce qui ouvre la voie à une
imposition, au nom d'un progrès technique inévitable, des systèmes informatiques
et des formes d'organisation du travail que sous-tendent ces systèmes.
Dans les petites entreprises la visibilité sur le travail à réaliser est plus grande pour
le technicien du fait de la relative plus faible rationalisation de l!organisation du
travail. En revanche dans les grandes entreprises, la plus grande rationalisation de
l!organisation du travail, appuyée sur des systèmes informatiques et
automatisées, rend le travail à réaliser très peu prévisible et anticipable pour les
techniciens.
C!est ainsi qu!ils n!hésitent pas, dès qu!ils rencontrent un problème technique avec
une machine, à téléphoner à un collègue plus expérimenté ou plus familier avec la
machine en question. Très souvent cette manière de procéder les conduit plus
rapidement vers un diagnostic efficace de la panne plutôt que de longs
tâtonnements et des recherches fastidieuses dans leurs documentations.
! ""!
Par ailleurs beaucoup de techniciens d!une même zone prennent l!habitude de se
retrouver quand cela est possible pour manger ensemble à midi dans les mêmes
restaurants. Ces repas en commun sont alors aussi le lieu d!échanges à propos
des clients, des utilisateurs rencontrés et bien sûr des machines, leurs
particularités et leurs défauts.
Subordinations multiples
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4
On trouvera une analyse des différentes formes de coopération et d'établissement de collectifs de
travail et des possibilités de les maintenir alors que les interactions en coprésence des agents et
au jour le jour ne sont plus possibles ou se raréfient dans Bercot et de Coninck (2003).
5
Cette distinction entre le client formel et le consommateur ou l'utilisateur est également décrite par
Dondeyne (2002) dans son analyse des relations des entreprises prestataires de services de
restauration collective et leurs clients et utilisateurs.
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permettait pas de faire plus. Les usagers de leur côté s!attendaient à avoir accès à
de vrais copieurs couleur et ignorent que les machines à leur disposition sont en
fait des copieurs N&B avec « seulement » un complément couleur.
Conclusion
Leur situation de professionnels mobiles les conduit à être confrontés à deux types
d'aléas : Elle les expose aux difficultés de la circulation routière au cours de leurs
trajets et elle les engage dans des relations avec de multiples catégories d'acteurs
qui interviennent à des niveaux et à des dégrées divers sur leur activité.
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mouvement de fond qui affecte l'organisation du monde des entreprises par un
découplage entre la localisation des établissements employant les salariés et les
lieux sur lesquelles ces salariés exercent leur activité. Cette évolution peut être
pensée comme la conséquence de l'externalisation croissante de fonctions par les
entreprises, fonctions qui sont alors assurées sous la forme de services rendus
par des entreprises autonomes et spécialisées.
Les professionnels mobiles sont très peu étudiés ou plus exactement l'étude des
groupes professionnels qui, pour exercer leur activité doivent se déplacer ne prend
que très rarement en considération cette activité secondaire, indispensable à
l'exercice de leur métier. Pourtant nous avons pu montrer dans le cas des
techniciens de maintenance de photocopieurs9 qu'il est indispensable de la
prendre en compte pour comprendre les enjeux de leur travail quotidien.
Non seulement cela permet d'éclairer les contraintes auxquelles ils sont soumis
dans leur activité principale et secondaire et les risques qui en résultent. Cela
permet également de mieux comprendre la situation d'isolement dans laquelle ils
se trouvent face au client et aux utilisateurs dans la relation de prestation de
service ainsi que les systèmes de subordination multiples dans lesquels ils sont
engagés.
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même enquête montre qu'entre 1981 et 1993 la mobilité dans le travail est passée de 16 à 24%
pour l'ensemble des actifs. L'ensemble des chiffres de cette enquête concernant la mobilité en
rapport avec le travail est discuté en détail dans Crague (2003).
9
Mais aussi dans le cas d'autres techniciens de maintenance industrielle ou du personnel soignant
des services d'hospitalisation à domicile (Gressel et Munduteguy 2008)
! "%!
Références :
Beaud, S., Pialoux, M., 1999. "Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux
usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard", Paris, Fayard, 468 p.
Bercot, R., de Coninck, F., "Que devient le travail collectif dans des groupes
entrecroisés et transitoires", Gérer et Comprendre, N° 72, p. 69-78.
Boutet, J., 2001. "La part langagière du travail : Bilan et évolution", Langage et
société, 2001/4 N° 98, p. 17-42.
Cochoy, F., Boissière, I., 2003. "Le pouvoir de l!expert revisité. Les techniciens de
France Telecom entre service public et satisfaction du client", Gérer et
comprendre, N° 73, p. 25-35.
Crague, G., 2003. "Des lieux de travail de plus en plus variables et temporaires",
Économie et Statistiques, 369-370, p. 191-212.
Crague, G., 2006. "La place du travail dans la production", Espace et sociétés, N°
124-125, p. 131-151.
Gadrey, J., 1994. "Les relations de service et l'analyse du travail des agents",
Sociologie du travail, vol. 36, N° 3, p. 381-389.
Weller, J.-M., 2003. "Quel modèle professionnel pour l'agent public ?",
Informations sociales, N° 109, p. 84-93.
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